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1151
p. 99-130
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Mardi 13 Juillet, le sieur Gautier Docteur en Medecine de [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Altesse royale, Expériences, Eau potable, Eau de mer, Machine, Invention , Marine, Feu, Charbon, Certificats, Sel, Thèses, Discours, Serment, Duc, Jardin, Conférence, Promenade, Conseillers, Nominations, Cardinal, Vaisseaux de guerre, Maréchal, Charges, Régent, Audience, Procession, Élection, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
Fermer
1152
p. 165-168
CAROSSES De Nouvelle Invention.
Début :
M. de Camis Gentil-homme Lorrain, de l'Académie Royale des [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Carrosse, Invention , Construction, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CAROSSES De Nouvelle Invention.
CAROSSES
De Nouvelle Invention.
M. de Camus Gentil-homme Lor-
:
1
166 LE MERCURE
rain , de l'Académie Royale des Sciences,
vient de faire éxecuter un Carrofle
qui eft beaucoup plus roulant que les
autres & qui ne peut verſer. En voici
la Deſcription . Ce Caroffe eſt ſoûtenu
par les Brancars qui font au rafe du
Pavillon , auxquels font attachez 4
petits Cris qui ſoûtiennent une longue
ſoupante,d'un bout à l'autre du
Caroſſe, 4 autres foupantes qui font
priſes à côté du Caroffe& foûtenuës
par la grande ſoûpante , avec deux
Menotes,l'une priſe le long du pied
Cormier & l'autre dans la longue
foupante, avec 4 autres Croix de traverſes,
dont l'une eſt attachée au Bráncar&
l'autre, au pied duCaroffe. Il a
4Arcs-boutans devant & autant derriére
mis en croix , qui fuportent les
longs Brancars. Les deux Rouës de
devant font auffi hautes que celle du
derriere : Le ſiége du Cocher qui eſt
entre les deux moutons , a de quoi
mettre deux Pages aflis à ſes côtez .
On a fait pluſieurs Expériences qui
ont toutes réuſſi. On a mené ce Caroſſe
charge de 18 perſonnes, tant en dedans
que ſur les Brancars , par la Plaine de
Vaugirard , avec des Chevaux de
이
D'AOUST. 167
loiage,qui , quoique petits & foibles ,
pafférent affez vite à travers les fables,
franchirent des Tas de pierres,des Elévations
de terre ,des Bornes , & le tirérent-
fans peine des orniéres les plus
profondes. On chercha tous les moïens
de le faire verſer , mais inutillement :
Tous ces efforts ayant cependant fait
rompre une ſoupante , le Caroſſe reſta
enplace & avança même un long efpace
de chemin, fans qu'on s'en apperçût
. Deux jours après , on fit une
ſeconde Epreuve dans la Cour du
Vieux Louvre ; les Chevaux allant au
galop : Il pafla égallement avec la
charge de 22 perſonnes fur des Colonnes
renverſées&c.fans qu'il ait verſé
&qu'ily ait û riende caffe. Tous ces
avantages viennent de la conftru-
Etion de ce Caroffe , dont les roies,
de devant étant auſſi hautes que celle
de derrière, lui donnent toute cette facilité;
joint à ce que la force des che
vaux eſt égallement appliquée , par
l'élévation des Panoniers & du Timon
qui ſe trouvent à la hauteur du poitrail
des Chevaux & les retiennent , lorf
qu'ils font prêts à s'abattre : Ce qui
répond aux Démonſtrations que l'Au,
168 LE MERCURE
teur fit à l'Ouverture de l'Académie
des Sciences , après Pâques. On verra
dans peu l'uſage des Charettes à 4
grandes Rouës , dont il parla dans la
même Affemblée.
De Nouvelle Invention.
M. de Camus Gentil-homme Lor-
:
1
166 LE MERCURE
rain , de l'Académie Royale des Sciences,
vient de faire éxecuter un Carrofle
qui eft beaucoup plus roulant que les
autres & qui ne peut verſer. En voici
la Deſcription . Ce Caroffe eſt ſoûtenu
par les Brancars qui font au rafe du
Pavillon , auxquels font attachez 4
petits Cris qui ſoûtiennent une longue
ſoupante,d'un bout à l'autre du
Caroſſe, 4 autres foupantes qui font
priſes à côté du Caroffe& foûtenuës
par la grande ſoûpante , avec deux
Menotes,l'une priſe le long du pied
Cormier & l'autre dans la longue
foupante, avec 4 autres Croix de traverſes,
dont l'une eſt attachée au Bráncar&
l'autre, au pied duCaroffe. Il a
4Arcs-boutans devant & autant derriére
mis en croix , qui fuportent les
longs Brancars. Les deux Rouës de
devant font auffi hautes que celle du
derriere : Le ſiége du Cocher qui eſt
entre les deux moutons , a de quoi
mettre deux Pages aflis à ſes côtez .
On a fait pluſieurs Expériences qui
ont toutes réuſſi. On a mené ce Caroſſe
charge de 18 perſonnes, tant en dedans
que ſur les Brancars , par la Plaine de
Vaugirard , avec des Chevaux de
이
D'AOUST. 167
loiage,qui , quoique petits & foibles ,
pafférent affez vite à travers les fables,
franchirent des Tas de pierres,des Elévations
de terre ,des Bornes , & le tirérent-
fans peine des orniéres les plus
profondes. On chercha tous les moïens
de le faire verſer , mais inutillement :
Tous ces efforts ayant cependant fait
rompre une ſoupante , le Caroſſe reſta
enplace & avança même un long efpace
de chemin, fans qu'on s'en apperçût
. Deux jours après , on fit une
ſeconde Epreuve dans la Cour du
Vieux Louvre ; les Chevaux allant au
galop : Il pafla égallement avec la
charge de 22 perſonnes fur des Colonnes
renverſées&c.fans qu'il ait verſé
&qu'ily ait û riende caffe. Tous ces
avantages viennent de la conftru-
Etion de ce Caroffe , dont les roies,
de devant étant auſſi hautes que celle
de derrière, lui donnent toute cette facilité;
joint à ce que la force des che
vaux eſt égallement appliquée , par
l'élévation des Panoniers & du Timon
qui ſe trouvent à la hauteur du poitrail
des Chevaux & les retiennent , lorf
qu'ils font prêts à s'abattre : Ce qui
répond aux Démonſtrations que l'Au,
168 LE MERCURE
teur fit à l'Ouverture de l'Académie
des Sciences , après Pâques. On verra
dans peu l'uſage des Charettes à 4
grandes Rouës , dont il parla dans la
même Affemblée.
Fermer
1153
p. 5-20
A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
Début :
Messieurs, J'ai l'honneur de vous présenter toutes les Questions que l'on [...]
Mots clefs :
Questions, Eau de mer, Eau potable, Machine, Utilité, Invention , Solidité, Vaisseaux, Dépenses, Entretien, Équipages, Réparations, Espace, Grandeur, Caisse, Canal, Citerne, Tambour, Quantité infinie, Cuisine, Avantages, Eau distillée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
A l'Orient ,le 12. May 1717.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
Fermer
1154
p. 20-35
CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Début :
Aprés avoir peint assez naturellement le mois dernier, le Caractére / Le Bourgeois à Paris, Madame, est un animal mixte, qui tient [...]
Mots clefs :
Bourgeois, Paris, Noblesse, Caractère, Politesse, Compliments, Peuple, Amitié, Argent, Dames, Marchands, Commerce, Bonté, Chrétien, Sévère, Plaisirs, Coquetterie, Moeurs, Vanité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE II. LE BOURGEOIS.
Aprés avoir peint affez naturelleament
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
|
d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
33
que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
34
LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
35
plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
le moisdernier , le Caractére du
Peuple de Paris , on ne fera peut- être
pas faché que le nouveau Theophraste
effaye de donner quelques coups de
crayon fur les Moeurs Bourgeoifes .
Si le premier Chapitre a û des Approbateursde
goût , pour les Traits de vivacité
& de génie qu'ils y ont remarqué
; il faut efpérer que le ſecond n'en
aura pas moins : Cette Matiere en promet
beaucoup :Voyons ſi l'Auteur l'au-
Fa bien mife en oeuvre.
L
CHAPITRE. II.
LE BOURGEOIS.
EBourgeois à Paris , Madame
eſt un Animal mixte , qui tient
DE SEPTEMBRE . 21
du Grand Seigneur & du Peuple :
Quand il a de la Nobleſſe dans ſes
manieres , il eſt preſque toûjours Singe :
Quand il a de la Petiteſſe , il est narurel
; ainſi , il eſt Noble par imitation
& Peuple par Caractére.
Entre les Bourgeois , la cérémonie
eſt ſans fin : Jecrois en ſçavoir la raifon,
en ſuivant toûjours mes Prin
cipes.
Il règne parmi les Gens de Qualité
,une certaine Politeſſe dégagée de
route fade affectation. Cette Politeffe
n'eſt autre choſe qu'une façon d'agir
naturelle, épurée de la groſſiereté que
pourroit avoir la Nature.
Le Bourgeois voudroit bien imitet
cette Politefle ; mais malheureuſement
, le premier effort qu'il fait pour
cela , le tire de l'air naturel & tout
ce qu'il fait , eſt cérémonie ; ainſi, dans
l'exécution , il reſſemble au Peuple
qui ſe complimente beaucoup , & dans
• l'intention , il reſſemble aux Gens de
Qualité.
La façon mixte du Bourgeois eft
cent fois plus comique que l'uniforme
groſſiereté du Peuple ; de même
que l'habit d'Arlequin ett plus plaiΣΣ
LE MERCURE
fant que celui de Scaramouche.
Le Bourgeois dans ſes ameublemens
, ſes maiſons & fa dépense , eft
fouvent aufli magnifique que le ſont
les Gens de Qualité ; Mais , la maniere
dont il produit ſa magnificenice , a
toûjours certain air ſubalterne qui le
met au deſſous de ce qu'il poſſede :
Y paroît-il indifférent ? On voit qu'il
géne ſa vanité : En joüit- il avec-faſte
Hs'y prend avec pétiteſſe.
2
Le Bourgeois eft quelquefois fier
avec les gens au deſſus de lui ; mais
il en eſt de cette fierté , comme de ces
aîles poftiches dont la cire ſe fond au
Soleil ,&le Bourgeois ne paroît jamais
plus Bourgeois , que quand il veut
fortirde ſa Sphere.
Un Bourgeois qui s'en tient à fa
condition , qui en ſçait les bornes &
l'étenduë , qui ſauve ſon Caractère de
la pétiteſſe de celui du Peuple , qui
s'abſtient de tout amour de reſſemblance
avec l'homme de Qualité ,
dont la conduite en un mot , tient unjante
milieu ; cet homme ſeroit mon
Sage.
Généralement parlant , à Paris ,
vous trouverés de la franchiſe & de
DE
SEPTEMBRE
23
L'amitié dans les Bourgeois ; mais , il
ne faut point le tâter ſur ſa bourſe : Une
froideur ſubite & l'éloignement ſuccéderont
aux marques d'affection que
vous en aurez reçû : Le Bourgeois
alors , ſe fait de vous fuir , un principe
de Sageſſe & d'habileté ; il ſe
croiroit votre dupe , s'il vous avoit obligé
.
Je connois un homme qui avoit été
long- tems en commerce d'amitié avec
un Bourgeois. Il ût un jour , un beſoin
preffant de quelque fonime d'argent :
Hécrivit au Bourgeois & le pria de la
lui prêter. Je me trouvois chez lui ,
quand il reçût la Lettre. Il lui répondit
qu'il lui étoit impoſſible de lui faire
ce plaifir : Lorſque le Laquais fut parti :
Monfieur me demande de
l'argent à emprunter , medit-il : Malepeſte
, qu'il eſt fin avec ſes amitiez ?
Mais,j'en ſçai autant que lui. Monfieur,
répondis-je , il n'y a pas grande fineſſe
à avoir beſoin d'argent & à en demander
à ſes amis : Bon!ſes Amis, reprit- il ,
il en a cinquante comme moi ; mais , il
n'aura garde de leur propoſer la choſe ;
il ſçait bien qu'il n'y auroit rien à faire
il m'a cru plus fot qu'un autre ;
24
LE MERCURE
peut-être plus généreux , répondis-je :
Îln'ya plus que les Bêtes qui le font ,
me dit-il.
Parlons un peu des Dames Bourgeoifes
; car , vous avez ſans doute ,
plus d'envie de connoître les perſonnes
de vôtre Séxe que celles du nôtre.
Comme je n'ai d'ordre que lehazard
dans cette Rélation , je ne ferai
point difficulté de vous dire ici ce que
j'aurois pû vous dire ailleurs.
C'est qu'il y a différentes Bourgeoiſies
: Le Commerce par exemple , eſt
un rêtier qui fait une eſpécede Bourgeoifie
: La Pratique fait une autre ef
péce , & dans ces deux eſpéces-là , il
ya encore une différence du plus au
moins.
Jeſuis tenté devous dire, que pour
l'ordinaire , les Bourgeoiſes Marchandes
font de groſſes perſonnes bien
nourries Vous en trouvez de fort
bruſques qui vous querellent preſque
au premier fignede difficulté que vous
faites : Vous en trouvez d'affables ;
mais , d'une affabilité vive &bruyante .
Rienn'eſt épargné pour vous faire plaifir:
On dévine ce qui vous plaît : Faites
un geſte de tête , toute la Boutique
eft
t
G
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d
DE SEPTEMBRE . 25
en enmouvement : Cet eipreffement
d'actions eft entremêlé, commeje vous
l'ai dit , d'un torrent de douleurs &
d'honnêtetés .
Un jour , un Provincial nouvellement
débarqué dans Paris , entra dans
la Boutique d'une de ces Marchandes
pour acheter quelque choſe de
conſidérable. D'abord , falut gracieux
, étalage empreffé; la marchandiſe
ne lui plaifoit pas , il machoit-un
refus de la prendre & n'ofoit le prononcer.
La reconnoiffance pour tant
d'honnêtetés l'arrêtoit : Plus il héſitoit,
plus la Marchande chargeoir fon hom
me de nouveaux motifs de reconnoiffance.
De dépit de lui voir prendre
tant de peine& de n'avoir pas la force
d'être ingrat , il fe léve&tire fa Bourſe;
tenez , Madame , lui dit- il , vôtre
marchandise ne me convient pas &je
n'ai nulle envie de la prendre ; vous
m'avez accablé d'honêtetés & jen enrage:
Je n'ai pas le front defor ir fans
acheter. Voilà ma Bourſe , je vo s laifſe
la liberté de me vendre ou de me
renvoyer ; le dernier m'obligera d'avantage.
Ce difcours re demonta pas
la Marchande : Il crût, le puvre hom-
Septembre 1717. G
26 LE MERCURE
me , avoir trouvé le ſecret de ſe tirer
d'affaire avec honneur : Ce que vous
me dites , eſt trop obligeant , lui ditelle
; je n'ai pas le coeur moins bon
que vous , Monfieur , &je ne puis répondre
mieux à la bonté du vôtre ,
qu'en vous vendant ma marchandise :
J'en ſçai la valeur & vous ſeriez affûrément
trompé ailleurs ; je veux vous
faire du bien malgré que vous en
ayez. La - deſſus , elle ouvrit la Bourſe,
en prit ce qu'il lui falloit , fit couper la
marchandise & la livra à nôtre Provincial
de qui cette action avoit diffis
péla honte; mais il n'étoit plus tems
d'être courageux .
Vous me direz la- deſſus , que toute
Marchande n'auroit point été capable
de profiter de la beriſe de l'autre
avec autant d'eſprit ; mais , vous ferez
bien ſurpriſe,quand je vous dirai qu'-
elle, en avoit fort peu ; quoiqu'il y ût
biende la fineſſe dans ſa replique .
Il y a dans le commerce à Paris , un
cerrain eſprit de pratique parmi les
Marchands : Rien n'eſt plus adroit ,
plus fouple , plus ſpirituel que leur
façond'offrir à qui vient acheter. Vous
croyez que cene ſoupleſſe veut réelle.
DE SEPTEMBRE . 27
cet
ment de l'eſprit & qu'elle eſt mieux
ou moins bien pratiquée , par ceux ou
celles qui ont plus ou moins d'eſprit.
Point du tour: Cette foupleſſe ,
Art de captiver la bien - veillance,d'embaraffer
la reconnoiſſance, n'est qu'un
métier qui s'apprend , comme celui de
Tailleur ou de Cordonnier : Les plus
fpirituels ne font pas les plus parfaits :
Dans cet Art , un Garçon de Boutique
épais & peſant d'intellect , y fera le
plus habile.
Il me vient une penſée affez plaifante
fur le babil obligeant des marchands
dontj'ay parlé : Je les compare aux Chirurgiens
qui , avant de vous percer la
veine ,paffent longtems la main fur vôtre
bras pour l'endormir: Les Marchandes,
pour tirer l'argent de vôtre bourſe,
endorment auſſi vôtre intereſt à force
d'empreſſemens & de diſcours ; &
quand le bras eſt en état , je veux
dire, quand elles ont tourné voſtre efprit
à leur profit , le coup de lancette
vient enſuite, elles diſpoſent de voſtre
volonté , elles coupent , elles tranchent
, elles vous arrachent vôtre argent
, & vous ne vous ſentez bleſſe que
quand la ſaignée eſt faire .
Cij
18 LE MERCURE
La Boutique de ces Marchandeseft
un vray coupe- gorge pour les bonnes
gens qui n'ontpas la force de dire non .
Estes vousbelle& jeune? Elles vous cajolent
fur vos appas en déployant leurs
marchandiſes : Ces complimens ne ſont
point étrangers à la vente ; on diroit qu'-
ils font partie de la marchandiſe même.
Vous eſtes cajollé , vous écoutez , vous
leurs en ſçavez gré , vous vous prévenez
pour elles , tout cela , ſans que
vous vous en apperceviez. Eſtes vous
vieux ou vieille ? Elles ont des recettesde
ſurpriſes pourtout âge. Eſtes vous
jeune homme? Elles font en forte qu'un
peu de galanterie vous amuſe ; pendant
lequel temps la bourſe ſe délie & l'argent
eſt jetté ſur la table, tout enbadinant.
Vous me demanderez peut-eſtre ,
Madame, fi labonne- foy regne dans la
boutique des Marchands .
Si vous entendez par cette bonne- foy
une exactitude de confcience fans détour
, en un mot cette bonne-foy prefcrite
à la rigueur par la Loy; je vous
répondrai franchement que je n'en ſçai
rien : En revanche ,je vous dirai qu'il
peut s'y trouver une bonne-foy mitigée
, qui dégagée de la ſéverité du Pré
DE SEPTEMBRE. 29
cepte , s'acommode à l'avidité que les
Marchands ont de gagner ſans violer
abſolument la Religion. Le Marchand
partage le different en deux : La Religion
veut une regularité abſoluë , l'Avidité
veut un gain hors de tout fcrupule.
On est Chrêtien , mais on eſt Marchand
: Ce font deux contraires , c'eſt
le froid & le chaud , il faut vivre &
fe fauver : Que fait- on? On cherche un
tempérament : Comme Chretien , je
m'abſtiendrai d'un gain exorbitant ,
comme Marchand , je le ferai raiſonnable:
Lemalheur eſt que ce n'eſt preſque
jamais le Chrêtien , mais bien le Marchand
qui fixe ce raiſonnable .
Ce difcours ſur le Commerce commence
à m'ennuyer : Changeons de ſujet
fans changerd'objer. Tous les plaifirs ,
tous les délices de la vie font à Paris
tellement à portée de celui qui les peur /
prendre , qu'il faut eſtre d'un tempérament
bien inſenſible pout ne point
abuſer de la poffibilité de les goûter. Les
riches Marchands ici ne s'en refufent
gueres. Il eſt ſurtout un agrément fort
goûté du Bourgeois opu'ent , c'eſt ne
vous en déplaife , Madame , a rément
Cij
30 LE MERCURE
d'aimer une perfonne qui n'eſt point leur
femme , mais qui les traite avec autant
debonté que leurs Epouſes mêmes.
Apropos de ces femmes ſi bonnes ,
puiſque j'en ſuis à elles :Détaillons un
peu les disterens degrez de bonté que
comprend le métier de femme obligeante.
Paris , Madame , eſt aujourd'hui rempli
de femmes exceſſivement bonnes ,
dont la charité ne fait acceptionde perfonne
: Cette forte de femme poſſede
le degré de banre le plus éminent. il
y en a d'autres d'une charité plus inferieure
,& que j'appellerai , pour quitter
Je langage figuré , des Coquettes parfaites.
Ce font de ces femmes qui n'affichent
point, pour ainſi dire , l'excésde
leur coquetterie, qui ne la promenent
pas dans les ruës; maqui, fans beau-
Coup de façon, lamontrent toute entiere
àceux à qui le hazard la fait deviner .
Ilyena d'une autre eſpece encore ,
qui font celles à qui les Bourgeois donment
volontiers le fuperflu de leur bien.
Dans le métier de coquetterie,elles font
fans doute les plus honorables , & le
défaut qui ſe trouve dans leur conduite,.
DE SEPTEMBRE.
紅
eſt àpreſent, parmi la plupart des femmes,
un ſi petit objet,que depuis le peuple
juſqu'aux femmes de qualité , tout
s'en mêle,& perſonne n'en rougit.
Jemetrouvois un jour en compagnie;
j'y vis une des plus belles perſonnes de
la Ville ; je m'approchai d'elle dans le
deſſeinde la féliciter de ſes appas ;elle
mereçût honnêtement , mais elle avoit
des diſtrations qui me ſembloient eſtre
-de commande : J'apperçît dans un coin
unhomme de cinquante ans & en rabat
, il fronçoit le ſourcil & jettoir de
nôtre côté de noirs regards qui ſigni
floient méchante humeur.
Undemes amis plus au fait quemoy,
des moeurs & de la conduite de ceux
qui compoſoient la compagnie , vintme
tirerparta manche &m'arracha d'auprésde
ma belle, ſous pretexte de me
dire quelque choſe: Vous ne ſçavez pas,
medit-il , que vous caufiez de l'inquiétude
àdeux perſonnes , à la Demoiſelle
à qui vous parliez & à celui que vous
voyez dans le coin , ajouta-t- il , en me
montrantmon homme à rabat : Est-ce
ſon Mari, répondis- je ? Non, c'eſt apparemment
fon Pere , repris je;ce n'eſt ni
Kun ni l'autre , me dit-il ; mais , c'eſt
१२
LE MERCURE
un Ami , c'eſt un brutal dont elle a befoin.
Mademoiſelle de...n'apas de
bien&elle est obligéed'avoir desménagemens
pour cet homme làqui luy
faitplaifir.
J'entens, répondis-je : Elle fait avec
luy un troc de ce qu'elle a , contre ce
qui luymanque &qu'il poſſede ; mais,
comment n'a-t-elle pas honte de ſe
montrer en fi bonne compagnie ? Puifque
l'on ſçait leſecretde fon petit ménage
; & comment celles qui font ici,
font-elles auſſi peu de difficulté de la
voit ?Vous vous moquez , me dit-il :
Si une ſi petite bagatelle deshonoroit
il n'y auroit pas une femme ici qu'on ne
dûtfuir: On vit à preſent plus aisément
dans le Monde; la rareté de l'argent
a diminué les ſcrupules de ſageſſe qui
reſtoient parmi le ſexe; les femmes
entr'elles ſe font confidence de leurs
intrigues , elles n'ont plus rienàſe reprocher
après : Se conferver un Amant
utile, eſt prudence.Une femme regarde
même come un bienfait, l'amour qu'un
homme riche veut bien prendre pour
elle;mais enfin,répondis-je , l'honneur .
Bon l'honneur ! Me dit-il, en m'interrompant
: Sçavez- vous bien ce que c'eſt
DE SEPTEMBRE
33
que l'honneur dans la plupart des femmes
: Vous imaginez - vous que ce ſoit
vertu de ſentiment ? Non ; c'eſt un refpect
pour l'opinion publique .. Le Public
àpreſent, n'eſt plus ſcandalife des complaiſances
d'une femme pour un homme
wile . Adieu l'honneur ,les femmes ſeront
tout aufli libertines qu'on voudra:
Orez le ſcandale , il n'y aura plus de
Cruelles.
Je ne ſçai plus où j'en ſuis ; je parlois
des Bourgeoiſes oudes Marchandes .
Difons encore un mot fur ces dernieres.
Le Comptoir eſt une place d'une dan
gereuſe conſequence pour un mari ,
quand fa femine eſt belle &qu'elle l'occupe;
les regards des curieux qui la
contemplent , donnent aux fiens une
hardieſſe qui des yeux, paffe dans le
diſcours &du diſcours dans les actions .
Une femme qui s'accoûtume à regarder
ceux qui la regardent , répond aifément
à ceux qui luy parlent .
Les Marchandes à Paris,peuvent an
comptoir avoir impunément auprés
d'elles un Soupirant; mais elles ne l'ont
pas impunément pour leur innocence .
S'il eſtoit poſſible que la coquetterie
:
34
LE MERCURE
ſe perdit parmi les femmes , on la retrouveroit
chez les filles des Marchandes:
Je ne crois pas qu'on foit obligé de
l'y aller chercher ; les Bourgeoifes de
toute eſpece en ont bonne provifion .
on
Par exemple , quelle conduite croyez
vous qu'obſervent ſouvent les Moiriez
des gens de Palais ? Leurs maris accoûtumez
à chicaner , chicanent toujours ſur
les ajuſtemens qu'elles demandent : En
attendant quele Procès ſe vuide ,
achete toujours les ajuſtemens en queſtion
; mais , avec quoy , me direz-vous ,
voilà l'affaire , ne la comprenez - vous
pas : Aufli, de quoy s'aviſe un mati d'obliger
ſa femme à porter des ajuſtemens
qu'il ne paye point.
La paſſion la plus dominante des Bourgeoiſes
, c'eſt la vanité : Elle eſt la tige
detous les autres menus défauts qu'elles
contractent . Sans la vanité , elles
n'aimeroient pas la bonne chere; ſans la
vanité , elles ne ſeroient point avides de
plaiſirs.
La vûë d'une Bourgeoiſe magnifique,
quoique galante , va triompher de
la vertude cinquante de ſes ſemblables
qui la verront & qui n'auront pas autant
de parures qu'elle : La preuve la
DE SEPTEMBRE .
35
plus certaine qu'elles voudroient eſtre
à ſa place , c'eſt le mépris qu'elles témoigneront
pour elle .
Parmi les Bourgeoiſes , la médiſance
n'est qu'une expreſſion de l'envie
qu'elles auroient de la mériter.
Ce qui gâte l'eſprit des Bourgeoiſes ,
c'eſt le faſte continuel qui s'offre à leurs
yeux : Chaque caroffe que rencontre en
chemin une femme à pied , porte en fon
cerveau une impreſſion de douleur & de
plaifir; de douleur,en ſe voyant à pied ,
de plaifir , en ſe figurant celui qu'elle
auroit , fi elle poffedoit une pareille
voiture : Le moyen que le cerveau
d'une femme ſoûtienne tant d'impref-
Gons ſans ſedéranger.
Fermer
1155
p. 35-38
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Début :
Aprés avoir donné dans les Mercures précedens, plusieurs Extraits / Paul de Gondy Cardinal de Retz, est né avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Cardinal de Retz, Caractère, Esprit, Politesse, Manières honnêtes, Vanité, Cardinal Mazarin, Gloire, Dignité, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
Aprés avoir donné dans les Mercures
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
37
foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
précedens , pluſieurs Extraits des
Mémoires du Cardinal de Rets qui ont
eſté favorablement reçû du Public ;
je ſuis perfuadé que cemême Public
me ſçaura gré de luy faire connoiſtre
cegrandhomme plus particulierement,
en luy preſentant fon Portrait. Ses
moeurs , fon eſprit , festalents , ſes dé36
LE MERCURE
fauts mêmes y font ſi bien peints ,
qu'on ſeroit tenté de ſoupçonner qu'il
en eſt l'Auteur.
CARACTERE DU CARDINAL DE RETZ.
avec P
Aul de Gondy Cardinal de Retz ,
beaucoup d'esprit de
courage ; il avoit une mémoire extraordinaire
, plus de force que de politeffe
dansfes paroles, l'humeur douce une admirable
docilité à fouffrir les plaintes &
les reproches de ses amis , peu de pieté
&beaucoup de Religion. Il paroift plus
ambitieux qu'il ne l'est en effet , la va
nitéjeule luya fait entreprendre de grandes
choses presque toutes opposées à sa
profeffion , La fuscité les plus grandsdéfordres
de I Etat : Ce n'estpas cependant
qu'il ait fongé à occuper la place du Cardinal
Mazarin ; ilprétendoit feulement
tuy paroiſtre redoutable &se vengerdu
mepris que Mazarin avoit fait de fon
entremise dans le temps des barricades . Il
s'eſt ſervi ensuite des malheurs publics
avec beaucoup d'utilité poursefaire Car
dinal ; il afouffert laprifon ave fermeté
n'adûfalibertéàperſonne qu'àfabar
dnffe . Lepareffe autant que laforce l'ent
-Soûtenn
14
't
t
a
C
F
P
DE SEPTEMBRE.
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foutenu avecgloire dans l'obscurité d'une
retraite de fix années. Il n'a voulu se
démettre de son Archevêché de Paris
qu'aprés la mort du Cardinal Mazarin .
Il est entré dans divers Conclaves &
Sa conduitey a toûjours augmentésa réputation:
L'oiſiveté eſtſa pente naturelle.
Il travaille néanmoins dans les grandes
affaires , comme s'il ne pouvoit souffrir
le repos , & il se repoſe quand elles font
finies , comme s'il ne pouvoit souffrir le
travail. Il a une grande présence d'efprit.
Il Sçait tellement tourner à fon
avantage les occasions que la fortune
lui préſente , qu'il semble qu'il les ait
prévûës on désirées. It'aime à conter
ce qu'il a vû &souvent son imagination
lui offre plus que sa mémoire ne
Ini fournit . Il est pen ſenſible àla haine
&à l'amitié , bien qu'il ait paris occире
de l'une & de l'autre . Il fçait donner
un beau jour à ses défants &. ſouvent
il croit être tel qu'il veut paroitre aux
autres. Il a plus emprunté de ses amis
qu'un particulierme devoit espérer d:
leur pouvoir rendre : Il s'iſt n'armoins
acquitté envers eux avec beaucoup de
justice & de fidélité. Sa retraite est la
plus éclatante Action de sa vie. Il se
Septembre 1717 . D
35
LE MERCURE
démet généreusement desa Dignité de
Cardinal , ilpartage ce qui lui reſte de
biens àſes Amis ,àſes Domestiques&
aux Pauvres ; mais , en renonçant à
tout, il demeure encore exposé à la malignité
des jugemens du monde & il
laiſſe en doute ,fi c'est la Piété , on la
foibleffe humaine qui lui a fait entroprendre&
exécuter unfi grand deſſein.
Fermer
1156
p. 71-96
Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
J'asistai Lundy sixiéme Septembre, à un exercice qui se faisoit [...]
Mots clefs :
Plaidoirie, Rhétoriciens, Avocats, Juge, Discours, Éloquence, Empires, Épée, Orateur, Magistrat, Procès, Autorité, Symboles, Homme d'Église, Jurisconsultes, Éloges, Ennemis, Vérités, Courtisans, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
J'aſiſtai Lundy fixiéme Septembre,
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
Fermer
1157
p. 96-110
JUGEMENT.
Début :
Cela posé, nous donnons d'abord l'exclusion à l'homme [...]
Mots clefs :
Jugement, Cour, Vertus, Fortune, Testament, Courtisan, Ecclésiastique, Richesses, Vainqueur, Réputation, Auditoire, Avocats, Juges, Gratification, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT.
JUGEMENT.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
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LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
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I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Fermer
1158
p. 128-143
NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Début :
Comme je finissois cet Extrait, il m'est tombé à point / Le Mississippi appellé maintenant le Fleuve Saint Loüis, [...]
Mots clefs :
Mississippi, Vaisseaux, Amérique, Sauvages, Chasse, Climat, Pierres précieuses, Fort, Vers à soie, Gouverneur, Île, Vaisseaux, La Havane, Or et argent, Familles, Nation, Marchandises, Indigo, Laine, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLE RELATION DE LA LOUISIANNE.
Cm'esttombé apoint nommé une
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
让
Ré
lation fort curieuse de la Loiſianne ,
autrement Missiſſipi : Les interêts du
Public ont une telle liaiſon avec ce
vaste Païs , par raport au nouvel éta--
bliſſement de la Compagnie d'Occident,
que je crois lui faire un préſent de fai--
Son , que de lui mettre sous les yeux
une Rélation précise &fidete de cegrand
Continent. Il sera difficile d'entrouver
une de plus fraîche datte , puiſqu'elle
a été écrite du Port Dauphin au Fort
Louis , à la fin de Mayde cette année
1717.
NOUVELLE RELATION
DE LA LOUISIANNE.
1
EMiffiflippi appellé maintenant
le Saint ſe décharge
dans le Golphe du Mexique . Le Cours
en fut découvert en 1682 par le ſieur
dela Salle , qui ût le malheur d'être
aſſaſſiné par ſes gens-mêmes en 1687
dans le tems qu'il étoit le plus animé
1
DE SEPTEMBRE . 129
chercher l'Embouchure de ce grand
Fleuve. Elle ne fut trouvée ſûrement
qu'en 1698 , par M. d'Hiberville Gentil-
homme Canadien , Capitaine des
Vaiſſeaux du Roy , fameux par ſes entrepriſes
& ſes fuccez ſurles Anglois
dans la Baye d'Hudſon & dans les
Iles de l'Amérique Méridionale. Ce
Fleuve avoit donné ſon nom à ce grand
Continent qui en eſt arrofé , juſqu'en
1682 , que le ſieur de la Salle lui impoſa
celui de la Loiüifiane , en l'honneur
de Louis XIV . Ce Païs eft borné
à l'Eſt par la Floride & la Caroline,où
les Anglois ont un établiſſement trés
confiderable à l'Oueſt par le nouveau
Mexique , dont les Eſpagnols font en
poffeffion & par le Fleuve Miſſouri *
qui traverſe un vaſte Païs , dont on
ne connoît point les bornes ; &
qui peut être tient au Japon , s'il eſt
vrai que ce dernier Empire ne
* On a remonté le Missouri plus de
400 lienës fans rencontrer aucune habitation
Espagnole , & cen'est qu'à soo
lieuës qu'on a commencé à en avoir des
nouvelles par des Sauvages qui ſont
en Guerre contre eux.
130 LE MERCURE
foit qu'une preſqu'Iſle . Les Terres
les plus Occidentalles de la Nouvelle
France ou du Canada , en font les li-,
mites au Nord , comme le Golphe
du Mexique les termine au Sud. La
Loüifiane va du Nord au Sud , depuis
le 29º dégré de latitude juſqu'au 45 ;
& de l'Eſt à l'Oueſt , ſon étendue est
tout-à-fait inconnuë.
On a ſeulement appris par des Satıvages
, que cette derniere Partie étoi
habitée partout , & que la Chaſſe y
étoit très abondante. Selon le raport
de ces mêmes Sauvages , les Fleuves
ent toujours leur cours à l'Occident ;
& le Climat y eſt trés temperé St.
trés fertile, étant ſitué depuis le 3se dégré
juſqu'au 45e . Ilsfont entendre qu'il
y a des Mines d'or & d'argent & qu'il
s'y trouve une Roche * fort précieuſe,
de laquelle ils ſont contraints dedéracher
à coup de Fléches, de certaines
Pierres vertes , fort dures & fort
belles , ſemblables à l'Emeraude dont
ils ornent leur lévre ſupérieure qu'ils
percent à cet effet. Ily a apparence
* Elle est fi eſcarpée , qu'on ne peut
monter Jur ſon ſammet.
۱
۱
DE SEPTEMBRE .
131
Ten
es
41
Site
que les François qui s'établiront chez
les Sauvages Illinois feront toutes ces
riches découvertes , lorſque la Colonie
ſera plus nombreuſe.
Les Illinois nommés auſſi les Catz,occupent
les bords d'uneRiviere* qui tombe
dans le Miſſiffipi: Elle tire ſes eaux
auprés des Lacs qui forment la ſource
du Fleuve S. Laurent . Ce Païs , outre
la beauté de ſon climat , eſt d'un excellent
raport : Tout y croît en abondance
, comme Prunes , Peſches , Abricotiers
, Noyers , &c. Légumes , Herbes ,
Bled d'Indes , Bled de France & c. Ces
Feuples ont l'obligation de cette abondance
aux Jeſuites du Canada qui font
venu habiter parmi eux ; car, en mêmetems
que ces Peres leur profeſſoient la
Religion chrétienne,ils leur aprenoient
à cultiver la terre : De forte qu'ils
recueillent à préſent plus de grains
qu'ils n'en peuvent confommer : La
terre y produit naturellement des Vignes
ſauvages dont le Raifin eſt de trés
bon goût , & il y a lieu de croire que fi
ces Vignes étoient tranſplantées , le
* Elle porte le nom de Rivieres
Islinois.
132
LE MERCURE
.
vin y feroit fort bon & fort commun.
Il s'y éleve partout une eſpéce de
Chanvre dont on peut faire du linge
& des cordages.
On y a bâti un Fort ſur la cîme d'un •
rocher élevé de prés de 200 pieds , au
bas duquel coule la Riviere des Illinois .
Il y a de plus,deux grands Villages habitez
par les Sauvages , en l'un deſquels
font les Jeſuites & en l'autre les Miffionaires
: Nous y avons une trentaine
de François qui font le commerce des
Pelleteries avec les Sauvages : On ſçait
par expérience que ce Canton renferme
des mines d'or & d'argent , de cuivre
& de plomb ; on en tire actuellement
beaucoup de ce dernier, ſans prefque
aucun travail : Les Mûriers y font
trés communs,comme dans toutle refte
du Pays , & l'on fit avec ſuccés l'année
derniere 1716, l'épreuve des Vers - à
foye : Cette Contrée eſt à 450 licuës
de l'endroit où les François ont le Fort
Saint-Loüis placé à la tête de la Riviere
de la Mobile : Elle eſt à 40 lieuës dans
1'Eſt du Fleuve Saint- Loüis; à 14 lieuës
dans l'Oüeſt d'un Fort Eſpagnol appellé
Panfaxola. Le Gouverneur de la
Loüifiane y fait ſa réſidence avec
quatre
!
DE SEPTEMBRE.
ち
quatre Compagnies de so hommes de
Garpiſon , outre plus de 200 Habitans .
Alieüës en Mer, eſt l'Iſle Dauphine,
autrefois l'ifle Maſſacre
,
nommée
ainſi à cauſe d'une Bataille trés fanglante
qui s'y donna entre deux Nations
Sauvages. Nous y avons établi
un Fort pour la déffenſe du Port qui eſt
à couvertdes vents du Large par l'Ifle
Eſpagnolette , & de ceux de la Terre
par les grandsbois de l'Iſle Dauphine :
Il pouvoit recevoir 25 ou 30 gros Bâtimens
; mais , par un accident imprévû
, l'entrée de ce Port où il y avoit
encore 14 à 15 pieds d'eau, les derniers
jours d'Avril de cette année 1717, le
trouva tout à coup bouchée lej , du
mois ſuivant, par une Digue de fable
large de 14 toiſes,& égale en hauteur
à l'Iſle à laquelle elle eſt joinre. Le
Paon l'un des deux Vaiſſeaux du Roy.
qui eſtoit alors à la Loüifiane , & un
Vaifleau Marchand furent preſque interceptés
dans ce Port ; ils ûrent cependant
le bonheur de déboucher en prenant
de tres grandes précautions par un
autre petit paſſage qui n'avoit quero
à 11 pieds d'eau : Au défautde ce Port
qui ne peut plus ſervir que pour des
Septembre 1717.
M
134
LE MERCURE
Brigantins , les Bâtimens auront toujours
pour azile, l'Isle aux Vaisseaux
qui eſt à 14 lieuës dans l'Oüeft de l'Iffe
Dauphine vers le Miſſipipi, où il fera
facile aux plus gros Vaiſſeaux d'entrer
& eſtre à l'abri des vents les plus
orageux. Il pourroit même arriver par
lafuite qu'on pourroit nétoyer un Banc
qui est à l'embouchure du Fleuve Saint
Loüis , fur lequel il y a encore à
12 pieds d'eau : Cet obstacle ſurmonté,
le Fleuve qui a un trés bon fond partout&
qui eſt fort droit juſqu'à 25 lienës,
formeune anſe aprés cette diſtance,propre
à conſtruire un trés beau Port.
Le Portde Pensacola, aprés celui de
la Havanne , peut paffer pour le plus
grand & le meilleur de l'Amérique :
Les Eſpagnols qui s'en font emparés,
l'appellent Préſidio de Santa Maria
de Galva ou de Santo Carolo de
Auſtria : Il eſtſur la Côte , 4 lienës à
l'Eſt de la Riviere Perdide; c'eſt un
grand Fort de lieux qui a préſentement
goo hommes de Garniſon:Ony envoye
du Mexique tous ceux qui ont mérité
la corde,&c'eſt , pour ainſi dire,les Galéres
par terre de la nouvelle Eſpagne :
Ces Eens, avec la Garniſon& les triftes
:
i
DE SEPTEMBRE 15
20
Et
J
reſtes des Apalaches qui furent détruits
il y a 9 ans, par les Alibamous , compofent
le nombre d'environ 300 perſonnes,
en y comprenant les Officiers &
les femmes . L'air eſt trés ſain le long de
Ja Côte. En viron 100 lieuës de la Mer ,
le Pays eſt d'une température charmante
; c'eſt chez la Nation des Oumas
que commencent les bonnes Terres ;
cene font que Plaines à perte de vûë ;
iln'y a qu'à mettre la charuë & enfuite
femer.
Ily a apparence que la Mer a couvert
autrefois les terres juſqu'à 150 lieuës
avant dans le Pays; car on a trouvé
vers les Akancas des Montagnes d'Ecailles
d'huitres.
Il nous eit revenu par des Sauvages
du haut du Mifſſouri, qu'il y a en ces
quartiers un Peuple d'Indiens chez qui
tous les ans , desHommes blancs viennent
traiter & enlever ſur des chevaux ,
du fer jaune , c'eſt ainſi que ces Peuples
appellent l'or; & ces hommes
blancs ſont ſans doute les Eſpagnols .
De plus , la même chaine des Montagnesoù
ſe trouve l'or & l'argent dans
le Pérou&dans le Méxique, paſſe par
lehaut de la Loüifiane .
Mij
136
LE MERCURE
La coutume d'applatir la tête des
enfans par une planche qu'on leur met
fur le front, n'eſt commune qu'aux Nations
voifines de la Mer. Les principales
Nations qui font autour de nous ,
font ou fur la Riviere de la Mobile ,
ou fur celle du Miſſiffipi , ou entre ces
deux Rivieres .
:
Sur la Mobile , font les Appallaches
de 20 Familles.
Les Chattaux ou Chattas , de 10.
Familles.
Les Taouachas , de 8 ou 9 Familles.
Les Mobiliens , de ; o Familles .
Les Thomés joints avec quelques
Chattas , de 40 Familles , à quelques
100 lieuës du Fort- Loüis de la Mobile.
Entre la Mobile & le Miffiflippi , vers
'le Nord d'Ouest du Fort-Louis , font
les Chattas diviſés en pluſieurs Villages
; cette Nation eft composée de
plus de 600 Hommes .
A so lieuës plus haut , vers le même
Rhombe de vent, font les Chica bas
en deux Villages , qui font 6 à 700
Hommes.
,
A l'Eſt de la Riviere de la Mobile ,
àquelques 70 lieuës du Fort-Loiis
font les Alibarnoms , fur le compte def
quels on a coûtume de mettre preſque
1
DE SEPTEMBRE.
137
:
toutes les Expéditions de Guerre qui
ſe font ſur Penfacole&fur nos Alliés.
Les Albikas & Conchaques leurs Voifins
, ſe fervent d'eux pour Guides ,
toutes les fois qu'ils marchent contre
les Mobiliens & Thomes.
Les Albikas & Conchaques font deux
puiſſantes Nations qui peuvent faire
enſemble quelques 8000 hommes ,
Nous les aurions pour amis , ſans les
Anglois de la Caroline qui les fréquentent&
qui les ont aliénés de nous.
Il y a entre les Chattas & les Chicachas,
un reste de la Nation des Sacchoumas
dont nous nous fervons utilement,
pourdécouvrir tout ce que nos
Ennemis trâment contre nous. Il faut
remarquer que dans 20 lieuës d'étenduë
fur la Mobile , il y a 4 Langues
différentes .
La premiere Nation qui ſe rencontre
l'Embouchure du Miffiffippi , ſont les
Bilocci , dont il ne reſte plus que s ou
6Familles.
Aquelques 60 lieües plus haut , font
les Oumas qui ont û autrefois un
Pere Jeſuîte pour Miffionaire. Ils compoſentbien
100 Familles.
En remontant environ 40 licües ,
Miij
138 LE MERCURE
font les Tonikas,dont il y en a un bon
nombre de Chrêtiens. Entre les Tonikas
& les Oumas de l'un & l'autre
bord du Miffiffippi , ſont les Sitimachas
qui s'étendoient autrefois jufque
fur les rivages de la Mer ; mais ,
depuis la guerre cruelle qui leur eſt
faite par nos Alliez , pour venger là
mort d'un de nos Miſſionaires ; elle n'a
plus de terrain certain , & erre vagabonde
, tantôt ſur les bordsdu Miliffippi
& tantôt ſur les côtes de la Mer.
Il y avoit une autre Nation alliée cidevant
à celle- ci , laquelle,pour n'être
pas envéloppée dans la guerre qu'on
faifoit aux Sitimachas , s'eſt ſéparée:
d'eux pour faire Village avec les Ournas..
Environ à 200 lieües de l'Embou
chure du Miffiffippi , ſont les Natchez
d'environ 6 à 700 Fanides , gouvernez
apréſent par une Femme qu'ils difent
deſcendre du Soleil. C'eſt le
Peuplele plus civiliſé du Miffiilippi
& le ſeul où on remarque quelque
veſtige de Réligion : On y voit un
Templede tems immémorial , où on
conferveun feu perpétuel , à peu prés ,
comme dans le Temple de Veſta chez
DE SEPTEMBRE. 139
ST
12
S
S
les Romains. A quelque 100 licües
desNatchez en remontant , on trouve
les Akancas : Ce Peuple autrefois fi
puiffant , ne fait gueres apréſent que
3 à 400 hommes.
Après avoir donné une idée générale
des Nations Sauvages qui nous environnent
, je reviens aux productions du
Pais.
On voit dans le haut des Terres
une quantité prodigieuſe de Boeufs fauvages
, qui au lieu de poil, ſont couverts
d'une laine trés fine , de laquelle on
pouroit faire des Draps & des Chapeaux
de ſervice, Ces Animaux ont
une boſſe élevée ſur le dos , comme le
Chameau. On n'a pu encore juſqu'apréfent
les accoutumer au joug: Nos
Voyageurs en eſtiment fort la chair.
Les Forets font pleines de Pouletsd'Inde
ſauvages , d'Outardes , de Per
drix d'une eſpéce particuliere , de
Canars&de Chevreüils , de Cochons ,
de Liévres & de toutes fortes deGi
biers. Il y a entr'autres , des Rats gros
comme des Chats,qui ont ſous la gorge
un ſac où ils enferment leurs Petits
Ils vivent de noix & de glands , font
fort gras & leur chair a le goût de
140 LE MERCURE
:
celled'un Cochon de lait. Les Perroquets
y font dans une extréme vénération.
Les Sauvages n'en tuënt ni n'en
élévent aucuns , ayant la ſuperftition
de croire que s'ils les dénichoient ,
ils perdrosent la vûë .
On ſçait par expérience , que tous
les grains d'Europe viendront à merveilles
dans ces Terres vierges , exceptè
ſur les bords de la Mer, leſquels
étant preſque tous ſablés , doivent
moins raporter que les autres ; quoiqu'il
foit vrai cependant , que dans
les Jardins dont on a û foin , tous les
Légumes de France , Peſchers, Abricotiers
, Poiriers , Pomiers , Muſcats
&c. y ont fort bien fait.
L'Indigo Sauvage , qui croît partout
comme la Vigne , ne demanderoit que
les ſoins de la culture , pour y venir
auſſibonquedans l'Iſle de S. Domingue;
il en ſeroit de même du Tabac,
Outre les Mats pour les Vaiſſeaux
dont on en pourroit tirer telle quantité
qu'on voudroit ; le bois yeſt fort
propre pour la conſtruction des Vaiffeaux;
tout eſt rempli de Cheſnes d'une
hauteur & d'une groſſeur étonnnante ;
àpeuprès ſemblables àceux de France:
DE SEPTEMBRE 141
Les Hétres,les Cédres rouges &blancs,
&pluſieurs autres eſpèces d'arbres ,
n'attendent que des Ouvriers pour être
employés à toutes fortes d'uſages .
Le Cédre y eſt ſi fort ſous la main ,
que les François établis dans la Louifianne
, y ont élevés des Maiſons affés
commodes , toutes conſtruites de
planches de ce bois de ſenteur; mais,
un des plus grands avantages qui puiffe
revenir à l'Etat de cette Colonie , doit
provenir fans doute des Meuriers : Cet
Arbre y eſt trés commun , particulierement
fur les bords du Flenve S. Loüis
où on en voit des Forêts entiéres ; dont
la feüille eſt double de celles de nos.
Meuriers de France . Les Vers à foye la
dévorent , & la foye qui en a éé
tirée,paroît plus fine que celle d'Ita
lie .
Les Peaux de Caſtors , de Chevreüils
& de Boeufs font le commerce
principal & ordinaire des Sauvages a
vec nous . Nous leur donnons en troc
des balles de fufil , de la poudre à
tirer , de groffes couvertures de laine ,
142 LE MERCURE
A
des fufils , de la Raſſade , * des gros
draps rouges & bleux dont ils ſe couyrent.
On peut affûrer que parmi une infi
nité deNations ſauvagesqui ſont dan's
la Loüifiane , il n'y en a point qui ne
s'accorde trés bien avec nos.Voyageurs
François en leur faiſant quelque
préfent : Le Gouverneur du Pays en
fera toujours le Maître. Dans toutes
les Ambaſſades qu'ils luy envoyent, ils
luy promettent ſincérement beaucoup
de dévouement & de fidélité , &d'eſtre
toujours preſts à porter la guerre où il
le jugera à propos : On ne peut même
leur faire plus de plaifir , que de leur
donner ordre decourir ſur des Nations
voifines.
Il n'y a qu'une ſeule Nation dans
toute la Loüifiane qui nous ſoit oppoſée;
il eſt vray qu'elle eſt trés confidérable.
On la nomme les Charaquis ;
elle eſt alliée des Anglois de la Caroline
, & habite à la ſource de la Riviere
* Cefont de petites Perles de verre ,
couleur de Turquoises, dont on fait des
grains de Chapelet en France & dont
les Sauvagesse font des Coliers.
DE SEPTEMBRE. 143
d'Ouabache qui groſſie de platien sautres
, ſedécharge dans leFleuve Saint-
Loüis à 40 lieuës des Illinois .
Les Chataquis deſcendent par-là dans
ce grand fleuve,pour ſurprendre ou ataquer
nosVoyageurs qui viennent de Canada
à la Mobile , qui eſt un vovage de
plus de 800 lieuës : Il y a 2ans qu'ils tuërent
dix à douze François qui tomberent
entre leurs mains , parmi leſquels
eſtoient deux Officiers du Canada. Le
Gouverneur Général envoya au commencement
de 1717, 300 Iroquois &
quelques Canadiens à leur tête, pour
venger la mort de ces François : On apprit
à la Mobile au mois d'Avril que ces
Iroquois en avoient déja mange trois
Villages. cette Nation étant toujours
antropophage,leGouverneur de la Loüifiane
ſe preparoit de ſon côté à faire
attaquer ces Sauvages ennemis.
Fermer
1159
p. 190-191
PROGRAME De l'Academie Royale des Sciences & Arts. POUR UN PRIX D'ANATOMIE
Début :
Le Prix de la Médaille d'Or de trois cent livres proposé l'année [...]
Mots clefs :
Médaille d'or, Anatomie, Ouvrages, Dissertation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAME De l'Academie Royale des Sciences & Arts. POUR UN PRIX D'ANATOMIE
PROGRAME
Del'Academie Royale des Sciences
&Arts.
POUR UNPRIX D'ANATOMIE
L
EPrixde la Médaille d'Or de trois
cent livres propoſé l'année derniere
pour une découverted' Anatomie,
n'a point été diſtribué ; parce que
les Ouvrages envoyez pour l'obtenir ,
n'ontpas paru àl'Académie remplirtout
fon objet , qui' eſt d'acquérir au Public
du nouveau &de l'utile.
Cette Compagnie deſtine ce même
Prix, pour le jourde Saint Loüis, 25. du
mois d'Aouſt 1718; à celui qui expli
quera de la maniere la plus vrai-femblable
I'usage des Glandes renales ,
nommées autrement , Reins fuccenturiaux
, ou Capsules atrabilaires . :
Il ſera libre d'envoyer les Diſſertations
en François ou en Latin. Elles ne
feront reçûës que juſqu'au premier jour
deMay prochain incluſivement. Gelles
qui arriveront plus- tard, n'entreront
DE SEPTEMBRE .
191
pas en concours. Au bas des Diſſertations
, il y aura une Sentence , & l'Auteur
mettra dans un Billet ſeparé & ca
cheré, la même Sentence avec ſon nom
&fonadreſſe.
Ceux qui enverront leurs Ouvrages ,
les adreſſeront à Meſſieurs de l'Academie
Royale de Bordeaux , ou au Sieur
Brun Imprimeur de cette Compagnie ,
ruë Saint James. On aura ſoinde faire
affranchir de port les paquets, ſans quoi..
ils ne feront pas retirez du Courier.
A Bordeaux le vingt-cinq Août mil
ſept cens dix -fept.
r
NAVARRE Secretaire perpetuelde
l'Académie Royale des Belles- Lettres,
Sciences & Arts .
Del'Academie Royale des Sciences
&Arts.
POUR UNPRIX D'ANATOMIE
L
EPrixde la Médaille d'Or de trois
cent livres propoſé l'année derniere
pour une découverted' Anatomie,
n'a point été diſtribué ; parce que
les Ouvrages envoyez pour l'obtenir ,
n'ontpas paru àl'Académie remplirtout
fon objet , qui' eſt d'acquérir au Public
du nouveau &de l'utile.
Cette Compagnie deſtine ce même
Prix, pour le jourde Saint Loüis, 25. du
mois d'Aouſt 1718; à celui qui expli
quera de la maniere la plus vrai-femblable
I'usage des Glandes renales ,
nommées autrement , Reins fuccenturiaux
, ou Capsules atrabilaires . :
Il ſera libre d'envoyer les Diſſertations
en François ou en Latin. Elles ne
feront reçûës que juſqu'au premier jour
deMay prochain incluſivement. Gelles
qui arriveront plus- tard, n'entreront
DE SEPTEMBRE .
191
pas en concours. Au bas des Diſſertations
, il y aura une Sentence , & l'Auteur
mettra dans un Billet ſeparé & ca
cheré, la même Sentence avec ſon nom
&fonadreſſe.
Ceux qui enverront leurs Ouvrages ,
les adreſſeront à Meſſieurs de l'Academie
Royale de Bordeaux , ou au Sieur
Brun Imprimeur de cette Compagnie ,
ruë Saint James. On aura ſoinde faire
affranchir de port les paquets, ſans quoi..
ils ne feront pas retirez du Courier.
A Bordeaux le vingt-cinq Août mil
ſept cens dix -fept.
r
NAVARRE Secretaire perpetuelde
l'Académie Royale des Belles- Lettres,
Sciences & Arts .
Fermer
1160
p. 23-35
Suite de ces caracteres, [titre d'après la table]
Début :
Varions les matiéres : Laissons-là les Bourgeois & leurs femmes, pour [...]
Mots clefs :
Habitants, Parisiens, Qualité, Chimère, Noblesse, Philosophe, Superbe, Sentiments, Provinciaux, Modeste, Familiarité, Préjugés, Bourgeoisie, Mépris, Femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ces caracteres, [titre d'après la table]
Arións les matiéres : Laiſſons - là
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
les Bourgeois & leurs femmes ,
pour les reprendre chemin faifant ; &
parlons un peu des gens de Qualité.
C'est là vôtre ordre , Mde. Hûreux
ceux qui comme vous , fçavent en rendre
la Chimére refpectable , & qui par
leur affabilité , reftituent à l'Ignoble ,
comme un équivalent de l'égalité naturelle
entre les Hommes.
J'ai dit chimére ; & ce mot eft fans
conféquence ; c'est le langage des Philofophes
, & leurs idées ne gâtent perfonne
fur le train établi des chofes.
On pourroit dire là - deffus ', qu'il en
eft de la pure raifon , à peu près comme
de ces Antiques : Elle a fes Curieux qui
la prêchent par interêt ou par vanité ,
jamais par goût.
14
LE
MERCURE
Le Philofophe Roturier tâche dé
F'accréditer chez les Nobles ; il en voudroit
faire fes Dupes : Le noble Philofophe
quitte avec fon amour propre
fur le chapitre de la naiffance , ſe
cherche par elle des admirateurs.
Pouvoir être impunément fuperbe ; -
fentir que cela n'eft pas jufte & fe rendre
modefic , non , pour l'honneur de
l'être , mais par fageffe ; cela eft beau.
Eftre né fans Nobleffe , n'en point
cougir intérieurement , prêcher des Sentimens
d'égalité , fans mépris & fans envie
l'état du Noble, & par un paifible
amour pour la vérité ; c'eft avoir
des lumieres de raifon parfaite .
pour
Ces deux caractéres d'efprit que je
viens de peindre , font fans exemple ;
mais en revanche , nous avons des Fourbes
qu'on appelle Sages ou Philofophes
: Ils n'ont point les Vertus que je
viens de dire , mais ils ont de l'efprit ,
& beaucoup d'orgueil : Ils font avec ces
deux pièces , la même figure que s'ils
étoient en effet ce qu'ils feignent d'être
: Ils trompent les fots : & les Clairvo
yans font en fi petit nombre , qu'ils ne
vallent pas une exception.
Vous feriés furpriſe de voir ici
Mde
D
D'OCTOBRE. 25
Madame , avec quelle facilité certains
Hommes du plus haut rang abordent
leurs inférieurs ; j'ai fouvent regardé
leur façon de près.
Celui- ci vous careffe , vous tend la
main , vous fous-rit , familiarife , pourvû
qu'il ait des témoins ; car , c'eft un
râle de fimplicité trop brillant , pour
le perdre dans l'obfcurité. Nôtre homme
n'eft point fimple ; c'est un Acteurqui
veut être aplaudi : Il lui faut du
Spectacle : Tous les inftans ne font pas
favorables ; il en vient un : l'Acteur
Vous trouve. Vous devenez l'inftrument
& la victime de fa gloire : Vous restés
careffé , marqué de honte , confirmé
petit , infulté par l'eftime que s'acquiert
le Perfide qui vous facrifie , qui a joué
le Public & qui s'eft jojié lui- même ;
car , il jouit de l'aplaudiffement , fans fe
douter que c'eft un bien mal acquis.
Sans s'en douter , me dirés- vous ; oui,
Madame ; ajuftés cela, comme vous le
pourés ; mais la Comédie ne finit pas
autrement
.
Sur cela , je fais une refléxion . Le
Superbe hypocrite eft comme un Monftre
dans la Nature ; elle femble ne lui
avoir donné qu'un pur orgueil : Il n'ea
Octobre 1717. C
F
26 LE MERCURE
fait pas un ufage de bonne foy ; il fouftrait
ce vice aux yeux des autres ; il letravaille
, il en mafque la forme
l'unit par fon rafinement à des dehors
de modeftie , & fe fait enfin un
caractére de vice que j'appelle monftrueux
, par l'alliage raifonné du mauvais
avec l'aparence du bon.
Le Superbe qui va fon train d'orgueil
tout uniment , fait fa charge & remplit
fa vocation ; on fçait à quoy s'en tenir
avec lui.
Un jour , je me trouvai dans un endroit
où vint un de ces hauts Seigneurs
dont nous avons parlé ; il fe fit un écart
dans la compagnie ; on lui prodigua les
honnêtes déférences. Meffieurs , dit- il ,
avec un gefte de main , qui mélangeoit
artiftement la hauteur& la fimplicité , ou
qui pour mieux dire , étoit un équivoque
de l'une & de l'autre , auffi fateur
pour lui qu'il le croyoit flateur pour
nous ; Meffieurs , point de cérémonie ,
je vis fans façon , & partout où je vais ;
c'eft m'obliger que de n'en point faire.
Cela bien interprété , fignifioit ; on doit
des refpects à mon rang ,je le fçai ; je fuis
charme que vous ne l'ignoriés pas ,
mais , je vous en fais grace ; vous vous
D'OCTOBRE. 27
êtes mis en état , & cela me fuffit.
A vôtre avis , Madame , ay - je mal
fondu ce Compliment ; n'eft- ce pas là
le fens qu'il peut rendre ; & l'inférieur
n'eft-il pas bien flaté d'une familiarité
dont on ne l'honore , qu'en fe montrant
fatisfait des fentimens qu'il a de fa petiteffe.
Avec cela cependant , & d'autres vertus
de la même force , l'Homme de haute
Qualité gagne le titre de Philofophe :
Celui dont je vous parle, nous fit un récit
qui tendoit à nous prouver fa Modeftie;
mais , qui charioit en même tems
une HISTORIETTE de fes avantages.
Ce récit eft de trois lignes ; le
voici.
Les Provinciaux font fatiguans , nous
dit-il , je ne pû l'autre jour , me difpenfer
d'aller à une petite Ville dont je fuis
Seigneur; j'appris que les Habitans viendroient
en Corps me complimenter à
mon arrivée.LeGentil- homme deFrance
le plus ennemi de ces fadaifes là ; c'eſt
moi : La vanité de mes Confreres làdeffus,
m'eft infuportable . Pour me fauver
je dis à mes gens d'arrêter à deux lieuës
de la Ville , dans le deffein de n'entrer
qu'à dix heures du foir , & d'envoyer
Cij
28 LE MERCURE
dire que je n'arriverois que le lendemain
. Je m'affoupis pour mes péchés ;
on n'ofa me réveiller , & le lendemain,
je fus contraint d'effuyer la Kirielle de
refpects ridicules : Quelle corvée ! Je
baiffai mes glaces , & fis le malade .
Monfieur , lui dis-je ; le fommeil a
joué plus d'un mauvais tour à bien des
gens ; il endormit l'autre jour un Juge
au Palais , qui fut obligé d'opiner fur
ce qu'il n'avoit pas entendu ; cela eft
mortifiant , mais , dans vôtre avanture ,
il est bien modefte à vous de dire qu'il
vous deffervit , nous ne le penfons pas.
Tout ce que j'ai dit jufqu'ici , ne regarde
que l'homme du haut rang ; le
petit Noble ne peut guéres fe donnertes
airs mitigés ; la diitance d'un Bourgeois
à lui , n'eft pas affés grande , pour qu'ils
fuffent à leur place. Dénué de ces équipages
magnifiques , de cet apareil de domeftiques
qui fubjugue la vanité des
inférieurs , à la faveur d'un Sentiment
de vanité même , il n'a pour toute reffource
d'orgueil , que le maigre titre de
Noble ; & fa Philofophie , quand il fe
mêle d'en avoir , n'eft guéres au large
avec cela .
S'il contrefait le modefte ; ce ne peut
D'OCTOBRE.-
·29
eftre qu'avec le Bourgeois ; & fa modeitie
avec luy , ne feroit point fortune :
Le Bourgeois à la vérité, l'en croira fur fa
mine ; mais , il ne l'en louera pas ; il le
trouvera feulement dans l'ordre ; &
file Bourgeois eft plus riche , il croira
pouvoir en confcience , faire deux nombres
égaux en valeur , de fa roture & de
fes richeffes , avec la naiffance & la médiocrité
des biens du Noble , tant pour
tant, & le compte fait , fa fierté fe tient
en garde.
Il y a de l'erreur , dit intérieurement
le Noble qui fe doute bien du calcul ;
mais; comment faire pour la prouver au
Bourgeois ? Le voici , Madame.
Parmi les Hommes , le préjugé de la
Nobleffe eft violent ; le riche Bourgeois
a beau s'étourdir là - deffus , il n'y
a que façon de le prendre pour le rendre
au joug.
Le Gentil - homme employe une familiarité
franche & fans mélange odieux ,
raille la Nobleffe, vante le bon Citoyen ,
luy fait honneur de fa roture , & le confirme
dans le mépris qu'il a pour les
avantages de la naiffance. C'est là le
hameçon qui ratrape le Bourgeois qui
avoit rompu fes filets .
Ciij
30 LE MERCURE
Comme il s'étoit attendu à quelque
réfiftance de la part du Noble , quand
il avoit arrêté fon compte ; il eft charmé
de fa docilité , il en a de la reconnoiffan
te , il eftime , il admire enfin , celui qui
a bien voulu ne pas fentir qu'il eftoit
Gentil-homme:Voilà le grand oeuvre du
petit Noble Philofophe , dont l'amour
propre longtems contraint , fe fait enfin ,
une recolte à vie de refpect & de réputation.
Il me femble , Madame , que vous me
demandez , comment il en ufe avec
l'Homme de Qualité ; c'est une autre
allure ; jeune , il brigue fa compagnie,
fon amitié , fa confidence ; quelquefois
par un autre tour d'imagination , il travaille
d'efprit , de gefte & de dépenfe
pour arriver à prendre un ton d'égal à
égal , & lui donner cours en fa faveur ;
il s'enfle , fait la Grenouille & veut être
auffi gros que le Boeuf.
>
Si fon bien & fa fituation lui interdifent
le commerce des Gens de Qualité ,
& que par hazard il ayt à leur parler, il
affiche fur fon vifage , qu'il eft Gentilhomme
, & paroît à peu-prés dans le
goût de ces Avanturiers de Roman
cafque en tête & lance au poing , &
D'OCTOBRE.
qui fe vantent par la pofture.
Tous ces caractéres fe peuvent trouver
en Province , àl'air prés de focieté
moins aifé : Parlons de chofes plus nonvelles
pour vous Mde; par exemple, difons
un mot des femmes de Qualité ,
cela vous réjouira .
Oftés à la Campagnarde de Qualité
fon Mafque qu'elle porte ; quand mon
rée fur fa Hacquenée , elle traverse.
d'un Château à l'autre ; ôtés lui fa vanité
crûe fur les Antiquitez de fa Famille
, fon ton bruyant , fon estomac redreffé
par intervalles de réflexion , l'embaras
total de fa contenance , & fa marche
à mouvement uniforme ; car , tout
cela compofe l'Economie de fa figure ;
ôtés lui fon fils le Marquis & le Chevalier
, petits enfans qu'elle dreffe devant
vous à la révérence villageoife , & qui
par fatalité,font toujours morveux quand
ils arrivent afin d'être, mouché du
mouchoir de la Mere; paflés- moi le portrait
; ôtés-lui , dis-je toutes ces chofes , il
ne vous reste plus rien de curieux chez
elle , fi ce n'eft la longueur ou le ton
pathétique des complimens qu'elle fait ,
quand elle eft en Ville .
2
Tout cela vû & entendu , le fujet
Ciiij
3 LE MERCURE
eft épuifé , les femmes de Qualité dans
ce pays, font un fpectacle bien plus varié:
Les definirai je en général ? Le projet
eft hardy ; n'importe .
La femme de Qualité a tous les défauts
de la Bourgeoife ; mais, pour ainfi die ,
tirés au clair par l'éducation & l'ufage .
Elle poffede un goût de hardieffe fi hûreux
, qu'elle jouit du bénéfice de l'effronterie
fans être effrontée . Pent- être ,
ne doit - elle cette indulgence , qu'à la
nature de l'efprit des hommes , faciles à
donner des droits plus amples à qui les
étonne par de plus fortes impreffions.
L'air de mépris le mieux entendu de
la femme de Qualité pour la Bourgeoife;
ce font fes careffes & fes honnêterez ;
& là- deſſus , rien n'eft plus poly que la
femme de Qualité , dit la Bourgeoife ;
l'innocente qui ne voit pas le ftratageme
, & qui ne fent pas que par cette politeffe
, la voila marquée au coin de fubordination
.
Dans la femme de Qualité , l'habillement
, la marche , le gefte & le
ton, tout eft formé par les Graces ; mais,
la Nature ne les a point faites ; ce ne
font point de ces graces qui font partie
néceffaire de la figure , que l'on a fans y
D'OCTOBRE. 33
penfer , qui nous fuivent par tout , qui
font. en nous , qui font nous mêmes ; ce
font des Graces de hazard, d'aprés coup,
que la vanité des Parens a commencées,
que l'exemple & le commerce aifé des
autres femmes ont avancées , & qu'un.
étude de vanité perfonnelle a finies.
Graces ridicules aux yeux raifonnables
, attirantes pour les jeunes gens ,
impofantes pour le peuple , inimitables
aux Bourgeoifes , quoique toujours copiées
par elles , voifines du mal dont
elles applaniffent les voyes , & peut- être.
le terme de l'orgueil .
Et voila, Mde, ce que l'on appelle , Air
du monde .
On ne peut aisément exprimer ce que
c'eltque
le commerce mutuel des femmes
de Qualité ; fans aller même jusqu'au
crime, tout eft jeu pour elles, jufqu'à leur
réputation ; & ce qui paroît incroyable ,
leur réputation même eft un jeu pour
ceux dont elles dépendent.
Parmi elles , attrappe qui peut , le dit
qui veut , un bon mot tire tout le monde
d'affaire ; elles font les Confidentes
les unes des autres, fe préftent réciproquement
fecours dans l'occafion , fe
promettent le fecret que réciproquement .
34 LE MERCURE
elles violent auffi ; la médiſance court ,
on la croife par une autre , & pendant
que la demande & la repartie amuſent
le Public, elles reftent en bonnes amies ,
fpectatrices des effets plaifans de leur
perfidie.
Il y a l'efpece des femmes tendres ;
ce font celles dont le coeur embraffe la
profeffion du bel amour ; leur éfprit
fourmille d'idées délicates ; elles aiment
en un mot , plùs par métier que par paffion
: Un Amant infidele met leur talent
au jour ; fans lui , on ne fçauroit pas qu'elles
ont mille graces attendriffantes dans
une affiction de tendreffe .
promena-
Il y a l'efpece des femmes coquettes
: Celles- la font l'amour indiftinctement
; ce font des femmes à
des , à rendés- vous imprudens ; ce font
des furieufes d'éclat ; elles ne languiffent
point , elles aiment hardiment , fe
plaignent de même ; c'eft pour elles , faveur
du hazard , quand on trouve un
de leurs billets d'intrigue ; tout cela va
au profit de leur gloire. Il y a les femmes
prudes ; ce font celles qui s'entefent
, non de l'amour de l'ordre , mais ,
de l'estime qu'on fait de ceux qui font
dans l'ordre : Elles font ordin airement
D'OCTOBRE. 135
âgées, cabale d'autant plus dangereufe,
qu'elle eft du côté des plaifirs dans une
oifiveté dont elle enrage. Je vous les
peindrai une autrefois , Mde, en achevant
l'article des femmes de Qualitez qui ne
fait que commencer & qui n'a rien
dit encore des exceptions avantageufes.
Fermer
1161
p. 35-59
DISSERTATION SUR LES PIECES DE CORNEILLE ET DE RACINE A Mr DE ***
Début :
Monsieur, Je ne suis pas si broüillé avec Mr De ... que la [...]
Mots clefs :
Corneille, Racine, Pièces, Amour, Grandeur, Caractère, Action, Critique, Passions, Récit, Scènes, Gloire, Spectacle, Jalousie, Élévation, Sentiments, Délicatesse, Défauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION SUR LES PIECES DE CORNEILLE ET DE RACINE A Mr DE ***
DISSERTATION
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
SUR LES PIECES
DE CORNEILLE ET DE RACINE
A M DE ***
MONSIE ONSIEUR ,
Je ne fuis pas fi broüillé avec Mr
De... que la Rénommée le publie : Je
vais vous rendre un compte fidele de
la prétendue querelle , dont on vous a
parlé un peu malignement. Je compte
que vôtre fcandale ceffera , lorfque vous
aurez vû de quoi il a été queftion entre
nous. Nous allâmes Mr De ... &
moy ; la femaine derniere , à la maifon
de Campagne de la Marquife De ...
Vous fçavez qu'elle eftime infiniment
36 LE MERCURE
fort
Racine ; mais , vous ne fçavez peut- être
pas que Mr De ... n'en fait pas
grand cas , & qu'il n'a jamais pê fouffrir
qu'on fit à cet Auteur , l'honneur de le
mettre en parallele avec le grand Corneille
. La Marquife De .. engagea la converfation
fur les ouvrages de Théatre , &
demanda quel jugement nous portions
de Pierre Corneille . Mr De ... ſe hâta
de l'élever jufqu'aux Cieux , & dele faire
primer fur Sophocle , fur Euripide
& même fur Racire . Pour l'emporter fur
Sophocle & fur Furipide , dit la Marquife
, c'eft ce que j'ignore , mais j'ofe
le croire inferieur à Racine , & j'en
prends , dit- elle, en me montrant , Mr
à temoin : Je ne fçai , réprit nôtre ami ,
d'un air un peu ferieux , fi Mr donne
la préférence à Racine ; mais , il feroit
aifé de le détromper, en comparant l'un
avec l'autre . Que faire Mr. dans des
circonftances fi embaraffantes : Accepter
le défi ; c'eftoit s'expofer à rompre avec
nôtre ami. Abandonner le parti de la
Marquife, me paroiffoit peu galant; d'ail
leurs , c'étoit trahir mes propres fentiments
. Enfin,me voyant dans la néceffité
de choifir entre les deux perils , je me determinay
à courir le plus noble Nous
D'OCTOBRE.
37
voilà aux mains. Nôtre ami commença
par me lancer les grands traits que lui
fournirent le Cid , Cinna , Pompée , & quelques
autres piéces fuperieures de Corneille
Aprés ce préliminaire faftueux ,
ilfe mit en régle. Pour juger fainement
du mérite des deux Emules , ne pré- .
nons,dit-il,qu'une pièce de chacun . Je ne
propoferai point le Cid , continua- t -il, ce
feroit trop vous embaraffer. Paffons à
une autre. Pour le Cid , lui dis-je , il eft
vray que j'aurois peine à trouver de quoy
lui oppofer. Racine ne fçait pas renfer
mer dans une feule pièce, autant d'avantages
, que Corneille la fçût faire dans
celle-là. Je n'en vois point où il faffe rire
& pleurer tout enfemble , où il ait
l'art , de renfermer en un feul jour,plus
d'actions qu'il ne s'en pouroit moralement
paffer enun mois : Où il enrichiffe
fa langue de nouvaux mots , & qui
ont été fi refpectez , que depuis , on n'a
point ofé s'en fervir : & ce qu'il y a de
plus admirable, où il ménage fesActeurs
avec tant d'adreffe , qu'il les laiffe repofer
préfque à chaque fcéne . Enfin , je
n'y vois point tout ce que l'Académie
& Mr Scuderi ont fi juftement critiqué ,.
& où vous permettrez que je vous ren38
LE
MERCURE
voye . Tout ce que vous en dirés , réprit
nôtre ami , n'empêchera pas pourtant
que le Cid ne foit le plus beau Poëme
que nous ayons . Mais, venons dit- i !,
à quelque piéce de Racine. Je devine
que vous me propoferez Phédre , comme
le modele des Tragedies. Cependant ,
avec le fecours que Racine a pris
dans Euripide ; Mr de Fénelon ne l'a
point trouvée fi parfaite , qu'en deux
mots , il ne nous y faffe voir de grands
défauts. Par exemple, cet amour d'Hippolite
fi inutile & fi contraire à fon caractere
, amour qui ne fert qu'à rendre
le fpectacle double . Ce recit fi pompeux
de la mort du Heros , déclamation
fleurie qui dément la douleur de Theraméne
; tous ces défauts , dis- je ,ne les érigerez-
vous point en perfections . A cela
Mr , lui dis-je , je pourois vous répondre
que tout ce que Mr de Fénelon condamne
, n'eft pas également condamné
de tout le monde ; & quoique je n'aye
jamais les ouvrages de cet illuftre
Prélat que pour les admirer , on me permettra
de dire , que le Parallele par exemple,
qu'il fait de Martial &d'Ovide ,
n'eft pas fort juste : Et quel autre que lui ,
a jamais reproché à Ovide d'être forD'OCTOBRE.
39
cé dans fes penſées ? Certainement , fila
Poftérité a toujours regardé ce Poëte
comme le plus fpirituel de l'Antiquité ;
elle ne lui à jamais difputé la gloire d'être
le plus naturel ; le reproche que Mr
de la Bruyere fait à ces Auteurs , qui ne
fe fervent de ce qu'ils ont puifé chez les
Anciens, que pour les combattre , & qu'il
compare à ces enfants drus & forts d'un
bon laict , qui battent leur nourrice ; ce
reproche, dis- je, ne pouroit- il point tomber
fur Mr de Fénelon . Cette belle &
féconde imagination qui paroît dans fes
écrits , cet art de faire plufieurs defcriptions
d'une même chofe , & toujours
avec un nouveau tour & un nouvel
agrément , tout cela reffemble fi fort
au caractére d'Ovide ; que fi Mr de
Cambrai n'y a pas puifé ces avantages ,
du moins , devroit - il épargner un homme
avec lequel il a tant de raport. Mr de
Cambrai ne me paroît pas plus heureux ,
dans la critique qu'il fait de cet endroit
de l'Avare de Moliere , où Harpagon
qui met un Valet dehors , & toujours
inquiet , fi on ne le vole point ; lui demande
à voir fes mains : Aprés les avoir
vues, montre-moi les autres , dit - il . Je
foutiens contre Moliere , dit Mr de Fé40
LE MERCURE
•
nelon , qu'un Avare qui n'eft point fou ,
ne va point jufqu'à vouloir regarder
dans la troifiéme main de l'homme qu'il
foupçonne l'avoir volé. J'avoue avec
Mr de Fénelon , que cette action n'eſt
pas d'un homme qui a tout fon bon fens ;
mais,depuis quand les paffions , fur tout
quand elles font auffi violentes, qu'eſt
celle que Moliere nous repréfente dans
Harpagon , ne font -elles plus faire de
folie? Selon cette critique, ilfaudroit condamner
tout le caractére d'Harpagon .
Un homme fans être fou , dirai-je à M¹ de
Cambrai , aprés avoir foüillé par tout, le
même homme qu'il foupçone l'avoir volé,
ne va point jufqu'à lui dire , rend- moi ,
fans te foüiller, ce que tu ma pris. Un Avare
ne peut dire ,fans être fou , qu'il veut
faire arrêter la Ville & les Fauxbourgs ,
pour ravoir un argent qu'on lui à volé ,
& tout ce que dit Harpagon , dans la
derniére fcéne du quatrième Acte. Je dirai
encore qu'il faudra retrancher les
traits qui peignent le mieux les paffions,
par exemple , celui- ci du Misantrope, à
qui on confeille de folliciter les juges
pour fon procés,de crainte que fa Partie
ne l'emporte par la faveur.
Je
D'OCTOBRE.
41
Je voudrois m'en couta-t- il grand'chofe
Pour la beauté du fait , avoir perdu
ma caufe.
Mais , ne nous écartons point , & revenons
à la critique qu'il fait de Phédre.
Mr Racine , dit Mr de Cambrai , a fait
un double fpectacle, en joignant à Phédre
furieufe, Hippolite foupirant contre fon
vrai caractere . A cela , je n'ai d'autre réponfe
à faire , que celle que Mr Racine
me fournit lui - même dans la préface
de cetteTragédie : Qu'il falloit don
ner quelque foibleffe à Hippolite , de
crainte que fa mort ne caufa plus d'indignation
que de pitié , fans lui ôter cependant
cette grandeur d'Ame , avec laquelle
il aime mieux fe laiffer opprimer
que d'expofer l'honneur de Phédre. Ce,
Amour encore , ne rend point le fpec- t
tacle double , puifqu'il ne fait pas l'action
principale , & qu'il ne fert qu'à faire
mieux connoître l'action que le Poëte
veut principalement reprefenter. Je
veux dire, à montrer toute l'étendue de
la fureur de Phédre , par la jaloufie
qu'allume dans fon coeur ,l'amour d'Hippolite
pour Aricie. Or , fi cette action
n'eft pas l'action principale ; mais ferr :
D
12 LE MERCURE
feulement à fortifier le principal Caratére
; on n'a pas plus de droit
de le condamner qu'on en auroit à
condamner un Peintre qui par exemple,.
voulant peindre le facrifice d'Iphigénie
, ne la repréfenteroit pas feule au
pied de l'autel avec Calcas ; mais ,y adjouteroit
tous les Princes Grécs. Ménélaus
fonOncle avec un vifage afligé ; Agamemnon
, avec un voile fur fon vifage ,
pour cacher la tendreffe paternelle aux
Chefs de fon armée ; Clitemnestre , com
me défefperée , à caufe que toutes les
actions accompagnent cette pieufe cérémonie
qui feroit foible & denuée de
fes agréments , fans ces circonstances . Il
n'eft pas plus vrai que cet amour d'Hippolite
foit contraire à fon caractére
puifque Virgile dit que ce Prince époufa
Aricie. Il fuffit que Racine ait tellement
ménagé cette paffion dans ce
Prince , que loin de nous la reprefenter
comme fon occupation ordinaire , Hippolite
paroiffe fi nouveau dans l'amour,
que la maniere dont il s'exprime , ne
ferve qu'à fortifier l'idée que nous avons
de ce Prince. La premiere idée que nous
avons d'Hercule , n'eft certainement
D'OCTOBRE. 43
point d'un Prince foupirant & amoureux
; cependant , on auroit tort de blamer
un Auteur qui nous, le repréfenteroit
dans quelques circonftances de fa
vie, aux pieds de Déjanire & d'Ioles.
Venons préfentement à la critique ,
que le même Autheur fait du recit de la
mort d'Hippolite . Rien n'est moins naturel
, dit Mr de Cambrai , que la narration
de la mort d'Hippolite ... Theramene
qui vient pour apprendre à Thefée
la mort funefte de fon fils , ne devroit
dire que ces deux mots , & manquer
même de force pour les prononcer
diftinctement. Hyppolite eft mort : Un
Monftre envoyé du fond de la Mer par
la colere des Dieux , l'a fait périr , je l'ai
vû. Un tel homme faifi , éperdu , fans
Haleine , peut- il s'amufer à faire la def
cription la plus pompeufe & la plus fleu--
ric. Hé quoi ? Mr de Cambrai n'a- t - il jamais
remarqué qu'un homme faifi de la
douleur la plus violente , qui a l'imagi
nation troublée d'un fpectacle auffi tragique
, qu'est celui dont Theramene:
vient d'être temoin , exagere toujours
fur ce qu'il à vui. Comme il veut infpirer
aux autres toute l'horreur dont il
eft faifi , fa douleur lui fournit quelque-
Dij
44 LE MERCURE
fois les expreffions les plus fortes , & les
plus energiques ; les moindres circontances
mêmes ne lui échapent point :
Mais , pour preuve que ce recit eft fondé
far la Nature, je citeray l'avide attention
du Spectateur , la furprife dont il
eft frapé , l'émotion douloureuſe dont
il eft faifi ; le dirai-je ? Ces larmes qu'il
répand fur le fort du malhûreux Hippolite
.
Enfin , toutes ces voix qui s'élévent
pour aplaudir , & qui forment , comme
la voix de la Nature , ne doivent- elles
pas faire foupçonner que tant de beautez
qui fe trouvent dans ce récit , ne
font point fi déplacées & fi contraires
à la reffemblance , que le foutient M. de
Fénelon ?
Nôtre ami affés embaraffé , & n'ayant
peut-etre pas de quoy répondre , me
dit , que quand il feroit vray que ces.
endroits feroient excufables , & qu'il y
auroit de grandes beautés dans Phedre,il
ne s'en-fuivroit pas que cette piéce dût
l'emporter fur les meilleures de Corneille
: Qu'elle devoit toujours céder à
Cinna , Pompée , Nicomede , Sertorius
&c. Il est vrai , répondis- je, que ces piéces
ont dignes de nôtre admiration ; mais,,
D'OCTOBRE ,
45
cela n'empêchera point de dire que leurs
beautés font alterées par beaucoup de
défauts: Cinna par exemple, qui eft une
des piéces les plus exactes de Corneille,
n'eft pas fans imperfections. Le commencement
, comme remarque Mr Defpreaux,
eft trop plein d'Emphafe ; la fin
ne me fatisfait pas pleinement ; quand
j'ai veu Cinna accablé de biens de la
part d'Augufte , & dans le temps même
qu'il veut partager avec lui fa puiffance ,
fonger encore à l'affaffiner ; je doute de
la fincérité des fentiments de ce même
Cinna;lorfqu'Augufte lai pardonne , rien
ne me répond que ce Courtifan ne fera
plus traitre. Et Corneille a fi bien fenti
ce defaut, que pour renvoyer les élprits.
tranquiles, il fait parler Livie comme infpirée
des Dieux , qui affûre Augufte
d'une foy inviolable de la part des Romains
: Mais, cette prophetie a paru fi peu
naturelle , qu'on a mieux aimé la retrancher
dans la repréfentation. Je ne puis encore
fouffrir fans indignation , Cinna ,
confeiller à Augufte de retenir l'Empire,
de le voir fe jetter à fes pieds,l'en conjurer
au nom de Rome; & cela, pour avoir
un prétexte de l'affaffiner. Ce trait eft ſi
lâche que la tyrannie & les fureurs
4.5. LE MERCURE
d'Augufte ne me préfentent rien de fr
odieux . Pour ce qui eft de Pompée , je ne
fçaurois m'empêcher de rendre juftice
à cette pièce ; je ne vois rien au deffus
de la grandeur d'Ame que j'y rémarque
:Toute la grandeur Romaine, eft à
fon comble dans la perfonne de Corne
lie : Je lis toujours avec un nouveau
plaifir , tout ce que cette Princeffe dit
à Céfar ; mon ame s'éleve au deffusd'elle
même , & il me femble que les
fentimens de cette Romaine paffent
dans moi. Enfin , plus je lis cette pièce , &
plus je doute fi les Romains ont plus fait
pour Corneille , que Corneille a fait
pour les Romains . Mais avec tout cela ,
cette Tragédie n'a jamais paffé pour
être dans les regles : Et aprés le troifiéme
acte , il femble que ce foit une nouvelle
action , dont la mort de Ptolomée
& des Complices fait le dénouement.Si
je fuis charmé de Pompée , je ne le fuis
pas moins de fon Horace Toutes les
paffions y font raffemblées avec un Art
admirable;laFureur & l'Amour,la Crainte
& la Terreur y font parfaitement exprimées.
J'aime à y voir Sabine foeur des
Curiaces , que Corneille fuppofe êiremariée
avec l'Aîné des Horaces , qui op-
.
D'OCTOBRE.
47
pofe toutes les paffions d'une Epoufe à
celles de Camille qui n'étoit qu'Amante.
Enfin , fi on retranche le cinquiéme
acte , qui eft hors d'oeuvre & qui ne fert
qu'à faire languir la pièce , l'ouvrage eft
entier. Je trouve dans les derniers actes
de l'Oedipe , de grandes beautés, mais , je
ne puis fouffrir le commencement de
cette piéce.Dans une confternation auffi
grande qu'eft celle où fe trouve la Cour
d'Oedipe, ce n'eft gueres le rems de parler
d'amour ,& encor moins de mariage :
Toutes ces idées m'écartent de l'unique
que je devrois avoir , m'arrachent à
l'horreur que le fujet de cette pièce doit
m'infpirer J'ay veu des perfonnes inftruites
de l'hiftoire d'Oedipe, démander
à la fin dù fecond acte , quelle piéce on
reprefentoit.
:
Je fçai queCorneille repond à cela, qu'il
a voulu par cet épifode qu'il apelle heureux,
ménager la délicateffe des Dames :
Certainement, les Dames n'ont point un.
goût contraire à celui de la Nature ; &
je fuis fûr que les feules avantures d'Oëdipe
ménagées avec art , ne leurs auroit
pas moins plû, que je fuis certain que
le froid amour de Dirce leurs déplaît .
Mais enfin , reprit la Marquife , quand
48 LE MERCURE
même la piéce auroit infpiré de l'horreur
, le fujer y préparoit affés , & il ût
encore mieux valu bleffer la délicateffe
des Dames , que de pecher contre la
vrai-femblance & contre la raison . Mais
M. achevez de nous dire vôtre fentiment
fur les autres Piéces de Corneille ;
car , je vois que M.de...brûle d'envie
de fe venger fur Racine . Nicomede , repris-
je , et une des Piéces ou Corneille
a le plus excelle : Quoiqu'elle foit
d'une conduite extraordinaire , & qn'il·
n'y ait ni tendreffe ni paffions , la grandeur
de courage y tient lieu de tout . Je
remarque avec plaifir le difciple d'Annibal,
braver la grandeur Romaine & l'emporter
fur cette orgueilleufe République ,
par la hauteur des fentimens & par- la.
force du courage
.
J'admire Laodice qui méprife un Trône
qu'elle tiendroit d'une autre que
d'elle-même: J'aime à la voir réſiſter
aux confeils de Prufias , & refufer d'écouter
l'Ambaffadeur Romain,chargé de
luy propofer un himen qu'elle déteite .
Recevoir Ambaffade en qualité de Reine ,
Ce feroit à vos yeuxfaire la Souveraine ;
Car, hors de l'Arménie , enfin je ne fuis
rien ,
D'OCTOBRE. 49
Et ce grand nom de Reine , ailleurs ne
m'autorife
Q'è n'y voir point de Trône à qui je
fois foumife ;
A vivre indépendante & n'avoir en tous
lieux
Pour Souverains , que Moi, la Raifon &
les Dieux.
J'aurois cependant voulu que Corneille
ût donné plus de grandeur d'ame
à Flaminius , & moins de foibleffe à Prufias.
Quelqu'élévation que je trouve
dans Nicoméde , j'en vois encote davantage
dans Sertorius ; c'eft dans cette
Piéce où Corneille a pris plaifir à déployer
fon ame entiere. Je fuis fi faifi
des grandes beautés que je trouve dans
l'entrevûë de Sertorius & de Pompée ,
que fi cette Piéce a des défauts , elles
m'ôtent la liberté de les voir : Voilà,
continuai- je rendre juftice à Corneille ;
mais avec tout cela , je le crois encor inferieur
à Racine ; & par quel endroit ,
reprit nôtre ami ; feroit - ce par défaut
de régularité Mais ; fi on vous en faifoi
voir autant dans Racine , luy donneriez
vous encore la préférence ? Oiii M. re
pondis- je, je le croirois encore fupérieu
O &tobre
1717. E
so
LE MERCURE
par la délicateffe des fentimens , par le
choix heureux de fes fujets , par la beauté
des vers , par la maniere vraie dont
il dévelope la Nature ; & que n'ajoûtez
-vous encore , par la grandeur des
fentimens ? Dit M. de ... Pour l'élévation
, repris-je , Corneille en a peuteftre
plus , quoique Racine n'en manque
pas , & qu'il en faffe voir autant que Corneille
dans de certains endroits . Ah , celui-
là eft nouveau ! Reprit nôtre ami ,
en s'éforçant de rire ; autant de grandeur
d'amé dans Racine que dans
Corneille ! Faites le nous un peu voir,
& ouvrez les yeux du Public qui ont
efté jufqu'aujourd'hui fermez : Ce fera
M. luy dis-je , lorfque vous m'aurez
fait voir cette irregularité que vous
reprochez à Racine. Comme cela nous
meneroit un peu loin , reprit M. de ...
& que nous n'avons déja que trop difputé
en prefence d'une fi aimable Dame ;
nous en parlerons une autrefois : Auffibien,
aurez- vous le loifir de feuilleter
vôtre Racine, pour chercher ce fublime
que vous devez comparer à celui de
Corneille. Dailleurs, j'aurois de la peine
à condamner en prefence de Madame ,
un Auteur pour qui elle témoigne tant
d'attachement.
D'OCTOBRE.
SI
En verité Mr , reprit la Marquife en
fouriant , il faut que vous me croyez bien
peu généreufe , de croire que je veuille
fauver Racine de vôtre critique ; apré
avoir été témoin du traitement févér
qu'on a fait à fon Emule : Non-Mr, com™
battez avec courage ; je vous prie de ne
faire aucune grace à nôtre Heros ; il n'a
aucun befoin d'indulgence : Nôtre ami
commença donc par attaquer Andromaque
. Je ne conçois pas , dit-il , comment
Racine , qui s'eft fur tout appliqué à la
régularité dans toutes les pièces , a mis
dans fon Andromaque une double ac
tion. L'amour de Pyrrus pour Andromaque
, & les répugnances de cette Princeffe
pour Pirrus devoient fuffire , fans joindre
encore l'amour d'Orefte pour Hermione
qui caufe la duplicité d'action .
D'ailleurs , le Caractére d'Orefte eft fi
odieux , qu'en le retranchant , il auroit
ôté un défaut de fa piéce , fans lui ravir
aucune beauté : Je ne vois dans ce Prince,
qu'un Furieux qui ne parle que d'enlevement,
de mort , & dont l'ambaffade
fe termine par le plus lâche des Parricides.
Il est vrai , dis- je , que Racine a
eu tort de nous reprefenter ce Prince
avec un Caractére fi violent. Qui ne
E ij
52 LE MERCURE
fçait que jamais homme ne fut plus tránquile
qu'Orefte ? Mais , que veulentces
fureurs qui s'emparent de ce Prince à
la fin de la piéce?
Mais, quelle épaiffe nuit tout à coup m'environne
>
De quel côté fortir , d'où vient que je
frifonne ?
Quelle horreur me faifit , grace au Ciel
j'entrevois
Dieux , quels ruiffeaux de fang coulent
au tour de moy.
..... quoy Prrus , je te rencontre encore?
Trouverai-je partout un Rival que j'abhorre:
Percé de tant de coups , comment t´es- tu
Sauvé ,
Tiens , tiens , voilà le coup que je t'ai
réservé?
Mais, que vois-je à mes yeux, Hermione
l'embraffe?
Elle vientl'arracher au coupqui le menace;
Dieux , quels affreux regards elle jette
fur moi!
Quels Démons , quels Serpens traînet'elle
apres foi !
Hé bien Filles d'Enfer , vos mains fontelles
prêtes?
D'OCTOBRE. 53
Pour quifont ces Serpens qui fiflent fur
vos têtes ?
A qui deftinés- vous , l'appareil qui vous
Suit ?
Venez- vous m'enlever dans l'éternelle
nuit ?
Venez , à vos fureurs Orefte s'abandonne
;
Mais non , retirés- vous , laiffez faire
Hermione :
L'ingrate mieux que vous , sçaura me
déchirer ,
Etje lui porte enfin , mon coeur à dévorer.
Ne feriez- vous point tenté , continua-
t'il , d'oppofer ce morceau de Racine
, aux plus grands traits de Corneille
; ce n'en est pas un des moindres ,
répris-je , ni l'unique, comme il fera aifé
de vous le faire voir ; lorfque vous aurez
achevé de nous dire vôtre fentiment
fur les autres piéces de Racine .
Britannicus , reprit nôtre ami , qui eft
la piéce que Racine avoue avoir le plus
travaillé , n'eft pas à beaucoup - prés
fans défauts; témoin cette confiance qu'a
Britannicus enNarciffe contre toute vraifemblance.
Britannicus , aprés la froideur
que Junie a été obligée de lui té-
Eiij
14 LE MERCURE
moigner; Britannicus , dis-je , la croyant
infidele , & ne la pouvant cependant
bannir de fon coeur , demande à Narciffe
dans la fixième fcéne du troifiéme
acte ; s'il ne peut plus voir Junie . Narciffe
répond qu'elle reçoit les voeux de
Néron fon nouvel Amant. Junie arri
vant dans le moment , l'affûre d'une
amour éternelle , lui découvre la caufe
de la froideur qu'elle lui a temoignée , lui
dit que Néron P'écoutoir & lui ordonnoit
de feindre : Tout cela devroit être
plus que fuffifant , pour prouver à Britannicus
que Narciffe le trahiffoit ; cependant,
au commencement du cinquiéme
acte , le même Britannicus , pour
prouver à Junie que Neron eft réconcilié
avec lui de bonne- foy , lui cite en
core le témoignage de Narciffe .
.
Que dis-je , il reconnoît ſa derniere
injuftice ,
Ses remords ont paru même aux
yeux de Narciffe ;
Ah ? s'il avoit dit ma Princeſſe à
quel point .
Et fur ce que Junie lui répond ;
D'OCTOBRE.
35
Mais , Narciffe , Seigneur ne vous
trahit-il point ?
Britannicus que tout doit porter à la
défiance , lui dit.
Et pourquoi voulés vous que mon
coeur s'en defie ?
Vous me dirés peut- être,que Britannicus
qui a le coeur bon & fincére,juge icy
des autres par lui même ; mais , à moins
de vouloir abfolument fermer les
yeux ; on ne peut être crédule juſqu'à
que
cet exces.
Pour l'Alexandre , je n'en dirai préfque
rien , aprés la differtation qu'en a
faite Mr de S. Evremont. J'adjouterai
feulement que je ne puis fouffrir qu'un
Prince tel que nous eft dépeint Porus
dans toute la piéce , amoureux de la
gloire au deffus de ce qu'on peut dire ,
qui avoit trouvé Alexandre trop lent à
traverfer l'Afie & à venir l'attaquer ;
je ne puis, dis - je , fouffrir , que ce grand
coeur foit cependant prêt à facrifier cette
même gloire à une Maîtreffe ; voici
comme il parle à Axiane .
E iiij
55 LE MERCURE
Ab ? Madame , arrêtés , & connoiffes
ma flame >
Ordonnés de mes jours , difpofez de
mon Ame;
La gloire ypeut beaucoup , je ne m'en cache
pas ;
Mais , que n'y peuvent point tant de divins
appas ?
*
Je ne vous dis plus rien , parlés en Souveraine
;
Mon coeur met à vos pieds ,
Sa haîne.
.
fagloire
y a encore un endroit dans Mitridate
, qui ne me paroit pas tout -à - fait
excufable : Je ne fçai pourquoi Arbate
accufe Pharnace , d'aimer Monime
Maîtreffe de Mithridate; tandis qu'il épargne
Xiphares. Vous me dirès qu'il
eft attaché à Xiphares . Mais enfin , étant
inftruit de l'amour de celui- cy pour Monime
, il me femble qu'il ne devoit pas
plus accufer Pharnace que Xiphares , ou
plutôt,qu'il devoit déguifer l'amour de
l'un comme celui de l'autre ; cela feroit
plus généreux : Pharnace accufé , tandis
que fon frere ne l'eft point , me fait
quelque pitié ; & je m'intereffe un peu
moins au fort de Xiphares . PermettésD'OCTOBRE
57
moi encore de dire deux mors fur Iphigénie
. Je ne prétends pas être le feul
qui refufeà cette piéce , les louanges
qu'elle merite . On peut dire que les Caractéres
font parfaitement bien confervés.
Agamemnon y eft peint avec tout
l'orgueil & toute la fierté des Atrides .
J'y reconnois Achille agiffant , fier ,inéxorable
, croyant que les Loix lui doivent
céder , & ne connoiffant que la
force pour tout droit dans fes entreprifes.
Le refpect & l'aveugle obeiffance
d'Iphigénie , jufqu'à être prête à facrifier
la vie au premier ordre de fon Pere ;
me font prendre un fi grand intereft
à fon fort , que non feulement, j'ap .
prouve la fureur d'Achille ; mais que
je crains qu'elle ne foit impuiffante à
conferver la vie à cette Princeffe. Troye
ne me paroit pas un prix digne d'un fang
fi précieux. Clitemneftre me fait voir
les fentiments les plus vifs d'une Mere
tendre & défolée . Enfin,il ne manque à
cette piéce , qu'un fondement plus folide.
Cette piéce ne roulé que fur l'égarement
de chemin de Clitemnestre &
d'Iphigénie . En voila affés, continua nôtre
ami , pour vous faire voir que Racine
eft au deffous de Corneille ; puif58
LE
MERCURE
qu'outre ces defauts vous ne nous ferez
jamais voir dans Racine, l'équivalent
du fublime de Corneille .
Comme Racine, répondis- je , ne s'eft
pas principalement attaché au fublime ',
je m'en fuis tenu à dire , qu'il a autant
d'élévation que Corneille , dans les endroits
où elle eft néceffaire : Et que
voulez - vous de plus grand que Porus ?
Quoi qu'il foit grand prefque par tout ,
je ne raporterai que quatre vers ; c'eft
lorfqu'il répond à Taxile qui lui vante
Alexandre.
Oui , je confens qu'au Ciel on éleve
Alexandre ;
Mais ,fi je puis Seigneur , je l'en
ferai defcendre ;
Et j'irai l'attaquer jufque fur
les Autels
Que lui dreffe en tremblant le
refte des Mortels.
Voyez le caractére d'Andromaque
, de Burrus , de Mitrhidate , de Joud
dans Athalie ; adjoutés encore que Racine
traite infiniment mieux les paffions
que Corneille : Voulez - vous voir la
violence dé l'amour , vous les verrés
D'OCTOBRE.
59
dans l'Andromaque ; toutes les fureurs
dans Phedre: La Delicaleffe , la Jaloufie
, l'Inquiétude qu'il caufe dans Bajazet.
J'ofe avancer que tout ces effets ne
feront jamais mieux dans leur jour.Tantôt
je vois une Amante dans Atalide ,
qui d'abord confent à voir fon Amant
entre les bras d'une autre , plutôt que
de le voir perir ; & qui un moment
aprés, s'en répent. Peu- t- on jamais rien
dire de plus tendre , que ce qu'elle dit
à Bajazet dans la cinquiéme fcéne du
deuxième acte ; On voit dans Roxane ,
uneAmante que la Jaloufie rend furieufe;
qui veut perdre fon Amant , qui ordonne
fon fupplice , parce qu'elle eft
toujours maitreffe de le fauver. Mais
qui , fur l'ordre qu'elle reçoit d'Amurat
de faire mourir Bajazet , change tout à
coup de fentiment, & ne ppeennffee plus
qu'à le fauver. Enfin Mr , quand je conviendrois
avec vous qu'en général Corneille
éleve plus l'éfprit , il faudroit que
vousconvinifies que Racine feait toucher
plus le coeur. Mde De ... craignant
que nôtre difpute ne nous entrainât
trop loin , demanda grace aux Difputans
, & fit changer d'objet la converfation.
Fermer
1162
p. 75-100
DESCRIPTION DE LA CAFRERIE, ET DES RIVIERES DE CUAMA
Début :
Il me semble que tout soit en vacances, Hommes & Nouvelles. / L'Ethiopie inferieure ou Affrique Australe, dont nous allons parler [...]
Mots clefs :
Portugais, Afrique, Éthiopie, Rivières, Royaumes, Habitations, Description, Empire, Espérance, Fleuves, Montagne, Corail, Latitude, Conquêtes, Bétail, Forteresses
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION DE LA CAFRERIE, ET DES RIVIERES DE CUAMA
L femble que tout foit en vacances ,
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
les Mercures précedens , m'avoit fourni
affés d'évenemens pour enformer deux articles
confidérables , me laffe ce mois - cy
dans une telle difette , que pour remplir
ee vuide , je crois ne pouvoir mieux faire
qu'enyfubftituant une lettrefort curieuſe,
écrite récemment de Goa. C'est une défcription
Hiftorique & Geographique
de la partie Meridionale de l'Affrique.
On aura le plaifir d'y remarquer des découvertes
dans l'interieur des Terres , &
d'y voir des détails qu'on chercheroit inutilement
dans toutes les autres Rélations
que l'on nous a données jusqu'à préſent.
D'OCTOBRE.
75
1
*********
DESCRIPTION
DE LA CAFRERIE ,
IT DES RIVIERES DE CUAMA
'Ethiopie inferieure ou Affrique
Auftrale, dont nous allons parler
ici , s'étend en allant de la ligne vers le
Sud, jufqu'au Cap de bonne efperance, à
la hauteur de 35 degrés. Elle eft environnée
de l'Ocean au Levant : Au Couchant
, au Midy & du côté du Nord ,
elle confine à cette etendue immenfe de
Terre qu'on nomme Affrique Septentrionale
ou Ethiopie fuperieure . C'eft dans
l'Affrique Auftrale qu'eft fitué le Pays
que les Portugais appellent Cafreries
pour être habitée par des Cafres , mor
Arabe qui fignife Hommes fans loy : Ce
nom convient plus particulierement aux
Nations qui fe trouvent fur la côte
Orientale , depuis le cap Delgado qui
eft à 10 degrés , 20 m . de latitude Méridionale,
jufqu'au Cap de bonne Efperance
; parce que les Arabes qui donnerent
le nom de Cafres à ces Barbares , n'ont
Gij
76 LE MERCURE
jamais paffé à la côte Occidentale ; &
que les Portugais d'Europe , ni ceux du
Brefil n'appellent point Caffres , les Häbitans
d'Angola , de Bengola & les autres
Nations des Negres Occidentaux
qui font fous leur domination.
Il y a donc dans cette partie Orien
tale de l'Affrique Auftrale , beaucoup
de Seigneuries , de Républiques libres
& de Royaumes , dont cependant , les
plus confiderables & les plus connus font
les deux Empires du Monomotapa &
des Bororos : L'un & l'autre font féparés
par la Riviére de Zambeze , le prémier
à l'Occident & le dernier à l'Orient.
Cette Riviére arrofe prefque toute
la Cafrerie ; fa fource et fi éloignée
oufi cachée , qu'on n'eft pas encor parvenu
jufqu'à préfent à la decouvrir ; parce
que toute l'attention des Portugais
dans cette Conquête , ne tend qu'à la
traite de l'Or & de l'Argent , fans être
curieux d'aucune autre récherche . En attendant
cette découverte , nous pouvons
toujours affûrer que la Riviére de Zambeze
, aprés avoir parcouru une grande
partie de l'Afrique , &avoir reçû dans fon
fein plufieurs autres fleuves , vient ſejetter
dans la Mer Orientale par deux bou
D'OCTOBRE. 77
ches éloignées l'une de l'autre de 30.
lieuës . La prémiere embouchure qui est
la plus proche de Moçanbique , eft la
Barre de Quilimane dont l'ouverture
eft à l'Eft. La feconde qui eft plus proche
du Cap de bonne Efperance, eft celle de
Luabo. Entre ces deux barres , il y a
trois Ifles , dont celle du milieu eft la
plus grande , & peut avoir 30 lieuës
d'étendue jufqu'à la gorge de la Riviére
qui ferpentant delà en avant , remonte
vers le Nort , & fait une bonne
route par
où nous allons parer au Lac
de Zembre : Chingoma eft le nom de cette
Ifle. Il y a û autrefois une habitation ya
nommée Cuama , qui a donné lieu aux
Portugais d'appeller tout ce Pais , Riviéres
de Cuama : Je dis Riviéres & non
pas Riviére ; car , quoique ce n'en foit
qu'une feule , elle paroit fe divifer en
beaucoup d'autres, partageant le terrain
en diverfes Ifles par la quantité de bras
qu'elle fait.
La deuxième Iffe eft celle de Linde
qui a fept lieues de long ; elle eft vis- àvis
la terre ferme de Quilimane & en
forme la Barre .
La troifiéme qui eft la plus petite , eſt
du côté de Luabo . Les deux barres de
Giij
78 LE MERCURE
Quilimane &de Luabo peuvent contenir
des Vaiffeaux de cent toneaux ; cependant
, les Portugais ne frequentent que
celle de Quilimane , comme étant la
plus fûre .
Mais , avant que de quitter la côte
Orientale , il eft à propos que nous faffions
connoître un peu les Peuples qui
l'habitent . La plus part de ces Barbares ,
furtout ceux qui tirent vers le Cap
de bonne Efperance , font beaucoup
moins noirs que les autres Nations de
l'Affrique : Leur couleur livide & bazanée
approche fort de celle des Mulates dans
tout le refte : Ils font trez reffemblants
pour les cheveux , le nez , les levres ,
aux autres Negres ; mais beaucoup plus
alertes : Ce qui fait qu'ils font fi légers
à la courfe & en même tems fi vigoureux,
qu'ils arrêtent un Taureau .Ils ornent
leurs cheveux de petites plaques ,
comme de déniers , des coquilles & des
grains de Corail : Beaucoup fe font des
incifions fur la peau , & les rempliffent
de graiffe & de fuif; ce qui exhale une
odeur fi dégoutante qu'il n'eft pas poffible
à un Européen d'ofer approcher
d'eux.Les plus riches en Troupeaux , ont
le côté extérieur de leurs habits tout
+
D'OCTOBRE. 79%
réluiffant de graiffe ; & ceux qui en ont
peu, ne font vetus que de peaux féches :
Ainfi , parmi les Gorin- Huiconas qui ont
peu de bétail , il n'y a que leurs Chefs
qui en portent de graffes : Leurs pendans-
d'oreil font des faifceaux de Corail
,de neuf ou dix branches chacune , du
poids d'un quarteron ; d'autre fe font
un collier des entrailles d'une ere fraichement
tuée; & l'habitude qu'ils ont à
fouffrir cette puanteur , fait qu'ils ne
l'ôtent pas même quand ils fe couchent .
Ils prennent auffi de ces boyaux fecs ,
s'en entortillent les jambes , tant pour fe
garantir des épines , que pour faire plus
de bruit en danfant . Il y en a même qui
fe font une poche de ces inteftins à leur
col, où ils mettent leur tabac, leur pipe ,
& de certaines racines qu'ils mâchent .
Quand ils fortent , ils prennent une plume
d'Autruche& une queue dechat ſauvage
, pour chaffer les mouches dont ce
Pays eft rempli : L'Arc , les fleches &
les Zagayes * font leurs armes ordinaires;
on pouroit y ajouter leurs ongles qui
font fi longs , qu'on les prendroit pour
* Batons de 4. on de 5. pieds de long ,
enchaffés dans un fer long & pointu.
Giiij
to LE MERCURE
des griffes d'Aigles. Ils font fifort abru
tis, que la plupart n'ont pas l'adreffe de
préparer leur viande ; ils fe jettent fur
les charognes qu'ils trouvent; & le plus
fouvent , ils les mangent toutes cruës.
Faute de chair , ils vont chercher du
poiffon mort fur le Rivage. Malgré une
vie fi mathureufe ils atteignent à une extremevieleffe.
Leurs funérailles étoient
autrefois fuivies d'une cérémonie trés
facheufe , touts les Parents du deffunt
étant obligés de fe faire couper le petit
doigt de la main gauche , pour le
mettre auprés du mort; & les Enfans å la
mamelle n'étoient pas exempts de cette
cruelle Loy.
Lorfqu'un Pere accorde fa fille à un
jeune homme qui la demande , elle eit
obligée d'obeir fans murmurer. La
Chaîne nuptiale que l'Epoux lui donne ,
eft un boyau de Boeuf , qu'il faut qu'elporte
au col jufqu'à qu'étant ufé, il tombe
par piéces. Les femmes mariées ont
le fein fi pendant , qu'elles le renverfent
par deffus leurs épaules , pour donner
à téter plus facilement à leurs Enfans.
On condamne au foüet les Adulteres ,
& on fait fouffrir un fuplice horrible aux
D'OCTOBRE. 81
1
Inceftueux. On jette les Criminels , pieds
& poings liés , dans une foffe; le jour fuivant
, on retire l'homme & on le pend
par le cou à une branche d'Arbre où il
eft déchiqueté: Aprés l'avoir ainfi traité,
ce corps mutilé & encore vivant , refte là
pour fervir d'exemple ; enfuite, on tire la
femme de la foffe , & on la jette fur un
Bucher où elle eft brulée toure vive.
Pour les Affaffins , on leur perce les genoux
qu'on attache à leurs épaules , &
on les laiffe expirer dans les tourmens
d'une longue mort. On voit par là que
ces Peuples , quoi qu'en apparence plus
bêtes qu'hommes , ont pourtant de l'amour
pour la vertu & pour l'équité naturelle.
Ils vivent à la Campagne fous des
Tentes faites de branches d'arbres , &
couvertes de Nates de Jonc ; il y en a
de fi grandes qu'une Famille de 20. ou
30. perfonnes peut s'y retirer. Le foyer
eft au milieu ; ce qui fait qu'on ne peut
prefque pas y refpirer , à caufe de la fumée
épaiffe qui n'a point d'iffue que par
l'ouverture de la porte qui eft fort baffe.
Au refte , le Pays eft propre à porter
des fruits de toute efpece , étant gras &
limoneux en plufieurs endroits , fort
82 LE MERCURE
Pierreux & fort fabloneux en d'autres ,
furtoutau delà de la ligne duCapricorne.
Les Pâturages y font bons ; leFroment , le
Segle , l'Orge viennent fort bien dans
les vallées où on les féme . On ya
beaucoup de bétail gros & menu : Les
Boeufs font d'un demi- pied plus
hauts que nos plus grands Boeufs d'Europe.
Pour les Brebis , elles font fort
hautes de jambes , trainans une queuë
qui pefe 20 livres & quelquefois
davantage. Les Forêts , les Plaines &
les Vallées nouriffent quantité de gros
& menu Gibier , comme Cerfs . Chevreüils
, Buffles ou Chamois , Liévres ,
lapins ; & des Bêtes féroces comme
Sangliers , Loups , Tigres , Leopards
Lions,Eléphans.Ordinairement, le Lion
eft accompagné d'un Animal nommé
Kak- Hals par les Hollandois , fort reffemblant
à un Renard ; lequel ayant
l'odorat extrêmement fin , découvre la
proye de fort loin ; le Lion s'en étant
faifi , ne manque jamais de lui en faire
part. On y trouve une espece de Rhinoceros
qui a deux Cornes fur le nez; il eſt
de la groffear d'un Eléphant & le poil
d'un gris cendré , avec un flocon fur la
Nuque qui eft de couleur noire. Il y a
quantité de Tortues de Terre & d'Eau ;
,
>
D'OCTOBRE. 83
la Mer prés de cette côte , eft trés féconde
en Monftres Amphibies ; on y voit
des Chiens , & des Chats de Mer , des
Loups , des Ours marins ; ce dernier
Animal eft d'une viteffe extraordinaire ;
il eft fort hideux & fa morfure eft prefque
mortelle : Les Boeufs marins s'y trou
vent à foifon; on les nomme Démons de
Mer ; ils vont fouvent paître dans les
Prairies comme le bétail : En Eté , tous
ces Monitres nagent & s'éloignent de
la côte . En Hiver, le froid les fait retiter
prés du Rivage & demeurer entre les Ecueils.
Il eft tems à préfent d'avancer
dans le Pays.
Defcription des Habitations des Portugais
& de leurs Foires.
Po
OUR décrire par ordre la fituation
& la difpofition des habitations Portugaifes
, & donner une idée des Foires.
ou Marchés d'or ; fuppofons que nous
entrons par la Barre de Luabo , & que
nous allons à la vue des Terres qui font
à main gauche & qui appartiennent à
l'Empire du Monomotapa . De la Barre
de Luabo jufqu'à l'Habitation de Séna ,
il y'a do lieues : Toutes les Terres qui
font au bord de la Riviére , appartiennent
à la Couronne de Portugal. Les
84 LE MERCURE
Jefuites ont deux Paroifles à Luabo , &
une autre à Gornbe qui n'eft pas éloignée
de Séna. Cette Habitation de Séna
fituée dans le Royaume d'Inbamoy, a
fon Eglife Cathédrale , la Mifericorde ,
le Couvent de S. Dominique & la réfidence
de la Compagnie de JESUS
fondée dans le même lieu , où on dépeçoit
& vendoit autrefois la chair
humaine . Il peut y avoir 30 familles
Portugaifes & un grand nombre de
Chrêtiens du Pais de Séna jufqu'à
Tété qui eft la feconde Habitation des
Portugais . Il y a auffi 60 lieues de Païs
dans ce district ; les PP. Jefuites en ont
une fituée dans le Païs de la Chemba ,
& une autre au Marangué. Il peut avoir
dans Tété 15 ou 20 familles de Portugais
, une Eglife Paroiffiale de Religieux
Dominicains , une réfidence de la Čompagnie
de Jesus & un bon nombre
de Naturels baptifés.
SU
Maintenant, nous allons voir d'icy en
avant le très vafte Royaume de Munbay
, Patrimoine du Monomotapa , dont
les Païs qui font plus avancés dans les
Terres , s'appellent Mocranga ; & ceux
qui font proche la Riviére , Botonga . En
navigeant donc de Tété , 30. lieues en
D'OCTO BR E. 85
remontant la Riviére , on rencontre un
Rocher qui occupe & traverse toute cette
Riviere , & qui empêche le paffage
des Vaiffeaux. On peut voyager cependant
le long de ce fleuve , par un grand
chemin Royal par lequel , du tems de
François Barreto premier Conquérant
des Mines , dix Portugais allérentpour
en découvrir la fource , dont ils ne
pûrent rien apprendre , non pas même
fur les Relations des Naturels du Païs.
Nous voici déja au diſtrict des Mines,
& nous pouvons parcourir les Foires ,
où nos gens remontoient anciennement,
pour y faire la traite de l'Or , & où les
Caffres defcendoient en même tems,
pour y acheter des Etoffes ; dans toutes
lefquelles Foires il y avoit beaucoup
de Portugais établis .
35
>
La premiere Foire étoit un lieu appellé
Luanze. Cette Foire qui n'éxifte
plus , étoit éloignée de Tété ,
lieues du côté du Sud , entre deux petites
Rivieres qui fe joignent en une
laquelle prend le nom de Manzoro &
fe jette dans le Zambeze. Il y avoit
dans cette Foire , une Eglife de Religieux
de S. Dominique . Elle abondoit
en Vaches , Poules , Beurre & Ris . Il
86 LE MERCURE
y a quantité de bonnes Fontaines qui
arrofent cette Contrée , & la rendent
fort faine , comme font toutes les Terres
de la Maranga.
en
La feconde Foire étoit celle de Bocuto
, à treize lieues de Luanze` ,
ligne droite : La fituation étoit entre
deux petites Riviéres qui fe déchargent
dans le Manzoro, à demie lieuë de l'habitation.
On portoit beaucoup d'or à
cette Foire,, où l'on trouvoit aufli quantité
de rafraichiffemens , d'herbages &
de fruits , & où il y avoit une Eglife de
Religieux Dominicains.
A cinquante lieues de Tété, 10 lienës.
de Bocuto , & demie journée de la riviere
de Manforo, eft le Bourg de Maſſapa
qui étoit anciennement la principale
Foire ; c'eft encore aujourd'huy la réfidence
d'un Capitaine Portugais quen
nomme le Capitaine des Portes , à caufe
que de là en avant dans le Païs , on
trouve les Mines d'Or. Les Dominicains
y ont une Eglife de Nôtre- Dame
du Rofaire. Tous les Portugais dans cet
Empire , ont le Privilege de prendre la
qualité de Femmes de l'Empereur ; &
même ce Prince appelle le Capitaine
des Portes ,fa grande femme. Cet OffiD'OCTOBRE.
87
sier eft honoré de ce Titre par les Caffres.
Jufqu'à préfent, je n'ai trouvé perfonne
qui ait bien pû m'expliquer ce
que c'est que ces Priviléges .
Auprés de ce lieu , eft la grande Montagne
de Fara trés riche en or ; &.
il y en a qui veullent que ce nom de
Fura , vient par corruption du mot Ofir.
On voit encore aujourd'huy dans cette
Montagne , des enceintes de pierres de
taille , de la hauteur d'un homme , en- .
chaffées les unes dans les autres ,
avec un artifice admirable , fans y avoir
de chaux & fans être travaillées au Pic .
C'étoit apparemment dans ces enceintes
que demeuroient les Juifs de la
Flote de Salomon . Depuis ce tems- là ,
les Maures durant plufieurs fiécles , ont
été les maîtres de ce Commerce . C'elt
entre cette Montagne que paffe la Riviere
de Mocaras , dont les Eaux roulent
des fables d'or que les Cafres raportent
en poudre.
A trente-cinq lieuës de Maffapa , eft
le lieu de Dambarari qui a été une Foire
à l'or dans ces derniers tems ; & à quatre
journées de Dambarari vers le Nord ,
la Foire de l'Ongoé : Ces deux Foires
ont été détruites, par le Général Char$$
LE MERCURE
gamira, Caffre qui fe fouleva au mois de
Novembre 1693 ; avec cette différence
que les Habitans de l'Ongoé , tant Portugais
que Canarins , eurent le tems de
fe fauver & échapérent ; mais , ceux
de Dambarari qui voulurent fe montrer
plus courageux , périrent tous en fe défendant.
C'est ainsi que toutes ces Foires
à l'Or que les Portugais avoient
établies dans la Mocranga , durant un fi
long efpace d'années, ont été ruinées tout
d'un coup ; pour venger le tort & les
injuftices que nous avons faites aux Empereurs
de Monomotapa , qui nous
avoient toujours recûs & traitez, comme
fi nous avions été leurs enfans ; ou bien,
fuivant qu'ils s'en expliquent eux- mêmes
, à caufe que leurs femmes nous
marquoient un peu trop d'amitié.
Defcription des autres Royaumes.
Aprés avoir paffé les Mines d'or qui
font toutes à main gauche , en entrant
par l'embouchure du Zambeze ; on trouve
le Royaume de Chiroro fuffifament
fourni de provifions de vivres , mais qui
manque de bois, parce que ce n'eft partout
que des champs & des campagnes
de
D'OCTOBRE. 89
de ris , & des paturages de gros & menu
Bétail : Mais au couchant , il y a Aru- ya
pande , Xangra & le vafte Royaume
de Butua , fi connu par la Racine médecinale
qu'on en tire . Il abonde en or
que les Portugais de la fortereffe de Sofala
auffibien que ceux de Séna , vont
trafiquer. Il y a dans ce Royaume un
grand fleuve par lequel les Caffres Occidentaux
defcendent jufqu'à un certain
parage ; & fuivant les indices qu'ils donnerent
anciennement , on jugea qu'ils
étoient Naturels d'Angola ou de Ben- .
guela ; car ils difoient , felon le témoi
gnage de plufieurs , qu'à vingt journées
de chemin , il y avoit un pays de Gens
blancs qui alloient à cheval & qui portoient
des croix. Il y a apparence qu'ils
vouloient parler de quelqu'une de nos
armées qui fe trouvoit dans ce tems là ,
marcher dans le coeur du païs : Cequi me
confirme dans cette penfée , eft que j'ai
lû dans une Rélation manufcrite , que le :
Conquérant de Benguela avoit penêtré:
fi avant dans les Terres , qu'en deux jour
nées il auroit pû arriver aux Riviéres de:
Cuama.
Il refulte de la connoiffance des deux :
faits que je viens de raporter qu'es
H
90 LE MERCURE
pouroit ailément venir à bout du def
fein que plufieurs ont formé , de s'ouvrir
un chemin de communication de l'un
à l'autre côté de l'Afrique ; ce qui feroit
d'une utilité incomparable pour le
commerce , & qui affûreroit bien davantage
l'une & l'autre conquête, par la mutuelle
correfpondance des fecours , &
auffi par la furpriſe des Cafres qui feroient
bien étonnez de l'etenduë de nôtre
puiffance , en fe voyant enfermez &
coupez des deux côtez.
Cette entrepriſe feroit veritable
ment trez digne d'un Roy de Portugal ,
qui ajoutant la conquête de ces Provinces
à celle des autres , fe rendroit
ainfi maître de toutes les Terres qui s'étendent
depuis le Cap de bonne Efperance
jufqu'en Egypte,
Le Royaume de la Manica eft un
des plus célébres qui foient dans l'interieur
de la Caffrerie ; & les Portugais
y ont deux Foires , où les Marchands
de Séna & de Sofala vont trafiquer
ou prendre l'or .
Il y a dans ce Royaume une Montagne
où croît la fameufé Racine de Manique
, qui a tant d'admirables vertus,
particulierement pour les bleffures fraîD'OCTOBRE.
ches , étant trempée dans l'Eau & appliquée
fur la playe avec autant ou plus
d'effet que le Baume. On dit que
que l'Arbre
qui produit cette Racine, eft unique , comme
le Phoenix , & que la Racine vaut
autant d'or qu'elle péfe : Cependant,
aprez avoir confulté la deffus , comme fur
plufieurs autres chofes , unhomme digne
de foi & trez fincére , qui a été dans
toute la Cafrerie pendant plus de vingt
ans ; il a affûré que tout cela n'étoit
que des gafconades & des embelliffemens
de ceux qui vouloient faite valoir
leurs préfens , en faifant paffer cet
Arbre pour unique , & fa Racine , pour
quelque chofe d'infiniment précieux.
Le Royaume de la Manica eft éloigné
de Séna de 40. ou so . lieues au couchant
; & c'eft entre deux que font
les deux Royaumes de Barbé & de
Macombe. Je ne marque point les degrés
de latitude fous lefquels ces pays
font fituez ; parce que les Marchands
des Riviéres de Cuama portent d'une
main la balance pour pefer l'or , & de
l'autre, la verge ou aulne pour méfurer
le drap; & qu'ils ne vont pas s'amufer
à porter des Aftrolabes pour prendrela
hauteur du Soleil , & des Cartes
Saga Hij
*
92 LE MERCURE
pour la marquer deffus.
Je remarqueray feulement ici , que
pour ce qui touche la fituation des Terres
dans l'interieur de la Cafrerie , il ne
faut pas fe fier aux Cartes modernes :
dont la plupart ont été traçées fur des.
nouvelles Rélations fort incertaines ,
On doit encore moins s'affûrer fur
les anciennes . Outre les habitations
mentionnées ci -deffus , nous avons
encore dans cet Empire de Monomotapa
, la fortereffe de Sofala port de Mer
qui eft à 16 degrez de latitude auftrale
, & à 30 lieues de la Barre de Luabo ;.
On y a découvert une pêche d'Aljofres
qu'on aporta à Goa en 1715.
De ce Port , on embarque pour Mo.
cambique & de là pour l'Inde , la plus
grande quantité de Morfis , autrement
dits de l'Ivoire.
Defcription de Simbacê..
*
Avant que de paffer à l'Empire des
Bororos , il eft à propos de dire quelque
chofe de l'Empereur du Monomotapa
; j'ai trouvé deux verfions : L'une
dit qu'il fignifie Empereur de l'or ; &
* Ce font depetits Coquillages quifervent
de Monnoye .
D'OCTOBRE.
93
né
l'autre , fils de la Terre : Peut -être que
les Caffres donnent ce nom à leur Roy,
pour faire entendre qu'il eft ce grand
& ce puiffant Geant de l'Affrique, à qui
la Terre comme à fon fils Aîné, a donpour
heritage, les plus précieux Tréfors
qu'elle enferme dans fes entrailles .
La Ville impériale s'appelle Simbaoê ,
ce qui dans leur langue,fignifie la même
chofe que la Cour. Lorfqu'en
1620 , le Pere jules Céfar jefuite y entra
, aprés en avoir été convié par l'Empereur,
cetteCapitale avoit plus d'une lieue
de circuit, parce que les maifons étoient
éloignées les unes des autres d'un jet de
pierre, en y comprenant les clayes de bois
qui les environnent. Le même Pere .
dit ,, que le Roy avoit neuf enceintès
de ces Clayes , outre les maifons de
fes femmes , lefquelles femmes étoient
au nombre de plus de 1000 ; & que la
multitude de fes enfans égaloit celledes
Effains de mouches ; que ces enfans
là étoient occupés à charier de la paille,
pour couvrir les maifons , & que le Roy
fui- même les y faifoit travailler en perfonne
, pour une maifon à un étage qui
lui avoit été bâtie par cinq Mocoques ;
c'est- à - dire Canarins , qui s'étoient
94
LE MERCURE
réfugiés en ce Païs -là 11 fe ceignoit
d'une Etoffe de foye , & en avoit une
autre par derriere qui lui tomboit fur
les épaules & le couvroit tout entier.
Il étoit vêtu de cette maniére , quand il
recût l'Ambaffadeur Gafpard Bocarro
Jefuite. Son Trône étoit le Seuilde
la Porte , fur lequel il s'affit fur
un dégré élevé & couvert d'une Machire
c'est - à - dire d'un filet , comme
ceux du Brefil : Il n'y avoit pour tout
Meuble & pour toute Tapiflerie au
Parois de fon Palais, que de ces Machi
res : Tel eft l'appareil avec lequel cette
noire Majefté le fait fervir à genoux ;
& quand il boit , qu'il touffe ou qu'i
éternuë, auffi -tôt on le fçait dans toute
la Ville ; car, ceux qui font préfents, le
faluent à haute voix & battent en mê--
me- tems des mains : Dés que ceux qui
font hors de fon Appartement , l'entendent
; ils en font de même par imitation
; ce qui fe continuë de l'an à l'au--
tre par tous les Quartiers de la Ville.
Il porte une petite Hache penduë à
fa ceinture , que plufieurs ont pris pour
une bêche ; de forte que d'un Arme militaire
, ils en ont fait un inftrument/de
D'OCTOBRE.
95
Laboureur, qualité que ce Prince'ne mé
prife pas ; au contraire, le même Pere
affûre qu'il expédia promptement fon..
Ambaffade , afin d'aller vaquer à fon
Labour , parce que c'étoit le tems des
femailles.
,
Quand il fort dehors , il porte dans
fa main fon Arc & des Flèches ou
bien une Zagaye de bois noir, dont la
pointe eft d'or , en forme de pointe de
Lance. Il y a toujours un Caffre qui
marche devant lui , en frapant de fa main
fur un Tambour , pour avertir tout le
monde que l'Empereur le fuit . Tous les
mois à la nouvelle Lune , il fait une
Fête à fes Mozimnes , c'eſt-à - dire aux.
Morts ; & ce jour là, perfonne ne tra
vaille ; mais chacun fe rend à la Cour,
où ce Prince prend de certaines Herbes -
qu'il mêle avec du Mill & de l'Huile" :
Il fe lave dans du vin ; enſuite, il le donne
à boire à fes gens pour les unir à lui,
comme ne faifans qu'un coeur & qu'une
ame. Cette Fête fe célébre au fon de
quantité de Flutes , de Timbales & de
Chalumeaux ; aprês quoy tout le mon
de fe retire, la tête baiffée & lespieds
tremblans .
Les chofes font encore à peu prés.
96 LE MERCURE
dans le même état & ont fort peu changé.
Qui croiroit cependant que ce
fût là le même Palais & les mêmes
Ameublemens dont certains Auteurs
ont parlé, entre autres Dupper ? Le Pais
Impérial felon eux , eit d'une magnificence
fans pareil ; les Poutres &
les Lambris font d'une Sculpture finie
& tous couverts de Plaques d'or cizelé.
Les Tapifferies à la vérité ne font
que de coton ; mais , la vivacité des
couleurs y difpute le prix à l'éclat de
l'or. Des Meubles dorés , peints & émaillés
, des Chandeliers & de la Vaiffelle
d'or maffif , avec une infinité de
Porcelaine entourée de Rameaux d'or
qui reffemblent à des branches de corail
, font une partie des beautés de ces
fuperbes Appartemens : Les dehors du
Palais , ajoûtent- ils , font fortifiés de
Tours , dont la ftructure & la fimmétrie
font un effet furprenant . Ce Puiffant
Monarque employe deux livres d'Or
par jour en parfums. Son Habit eft une
Robe d'un drap de foye à ramage d'or ,
tiffu dans le Païs , &c. C'eft par ces
Defcriptions imaginaires qu'en furprend
la crédulité des Lecteurs ; mais
c'est trop s'arrêter fur le faux .
Simbacé
D'OCTOBRE. 97
Simbaoé eft fitué au Levant de l'habitation
de Têté :Toutes les maifons font de
bois & de terre, couvertes de paille , n'y
ayant point de chaux ni de brique dans
ce Païs là. Il n'y en a aucune qui ait
des portes que celles du Roy.Les Grands
du Royaume font chargés du foin de
deffendre le Peuple des voleurs . En effet,
fi la Juſtice étoit bien exercée dans
les Villes , on pouroit fe paffer de porde
verrouils & de ferrures. tes ,'
Plufieurs de ces Empereurs ont été
Chrétiens de nom : & D. Pedro qui regne
aujourd'hui , fut batifé, étant enfant ,
par un Réligieux Dominicain, à l'inftance
du Roy fon Pere .
Defcription de l'Empire des Bororos
& du Lac de Maravi.
Le fecond Empire eft celui des Boro
ros qui eft à main droite du fleuve Zambeze
, en entrant par la barre de Quilimane
. Proche de cette barre , les Portugais
ont une habitation limitée qui les
rend maîtres de quantité de terres en
avant ; & les Peres Jefuites y ont
une Paroiffe : Tous les autres Païs
qui s'étendent jufqu'aux confins du Ma-
Octobre 1717. I
98 LE MERCURE
rave , qui eft vis- à- vis l'habitation de
Tété , apartiennent à des Rois & à des
Seigneurs qui du tems du Gouverneur
François Barreto, faifoient hommage aux
Portugais Aujourd'hui , ces Barbares
n'ont ni Eglife ni hitations de ce côtelà.
La Ville de Maravi , qui a donné fon
nom au principal Royaume de cet Empire,
peut être éloignée de Tété d'un peu
plus de 60 lieuës . A demi lieuë de cette
Ville , on voit un lac qui va en ferpentant
au Nord Nord Eft . On ne fait
pas encore aujourd'hui jufqu'où il s'étend.
Sa largeur eft de 4. ou 5. licuës; &
on ne voit point la terre du côté de
l'Orient , en quelques endroits ; ni les
Caffres eux -mêmes n'en ont point connoiffance
. Tout ce Lac eft femé de quantité
d'lfles défertes , à la faveur defquelles
pouront s'abrier les Argonautes qui
en voudront découvrir l'extremité du
côté du Nord. Il abonde en Poiſſons , &
a un fond de 8 ou 10 braffes.Les Peres de
la Compagnie de J. voulurent anciennement
naviger par ce Lac jufqu'en Ethiopie
, dont les Ports qui font fur la Mer
rouge, étoient déja pour lors fous 1
mination des Turcs. Ils envoyere
mander au Pere Louis Mariano
l '
D'OCTOBRE. 99
5
meuroit à Tété, fi ce voyage étoit praticable
. Le Pere leur fit réponſe dans une
Lettre que l'on conferve encore dans la
fécretairie de Goa , que cela étoit poffible
& praticable,parce que la Rive de ce
Lac abondoit en mill& en viandes comme
auffi en quantité d'Ivoire,joint à cela
qu'il s'y trouvoit des Almadies ou Canots
qui pouvoient naviger où on voudroit
que cette découverte dépendoit
d'avoir où 6 charges d'Etoffe qu'on
nomme Barres,avec quantité deVeroterie
&40 perfonnes tant Blancs queNoirs,
qu'il falloit commencer la navigation
en Avril & en May , à caufe que c'eft la
faifon ou régnent les vents du Couchant
comme fur la Côte de Moçambique : Cependant,
il ne s'eft trouvé jufqu'à préfent
perfonne qui ait voulu fe charger de cette
entreprife. Cette découverte démanderoit
un bras Royal; & pour cela il faudroit
conftruire fur le Lac même des
Vaiffeaux à voiles & à rames , ainfi que
fit Ferdinand Cortez , lorſqu'il voulût al--
ler prendre la Ville de Mexique ; à caufe
qu'il eft prefque impoffible que des
hommes hazardent l'entreprife d'une
navigation fi longue & fi incertaine fur
de fimples petits Canots.
Iij
335104
100 LE MERCURE
Le Royaume de Maravi eft fitué entre
ce Lac & le fleuve Zambeze , & en pénétrant
plus avant fur la même rive,à 15 .
journées de chemin , on trouve le RoyaumedeMaffi
:Puis,pourfuivant encore
autant de journées , un peu plus out
moins , eft le Royaume de Ruengas , prefqu'à
la hauteur de Mombas ; aprés cela,
je, ne fai pas qu'il s'étende plus loin.
Fermer
1163
p. 5-59
REFLEXIONS SUR LA POËSIE FRANCOISE, OÙ L'ON EXAMINE En quoy consiste ce qui fait le Caractere propre du Vers François, & ce qui la distingue essentiellement la Prose.
Début :
Comme le reproche le plus spécieux qu'on ait fait à la Poësie [...]
Mots clefs :
Vers, Prose, Poésie, Langue, Phrase, Racine, Effets, Transpositions, Caractères, Rime, Césure, Cadence, Vers français, Règles, Discours, Hémistiche, Poète
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texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS SUR LA POËSIE FRANCOISE, OÙ L'ON EXAMINE En quoy consiste ce qui fait le Caractere propre du Vers François, & ce qui la distingue essentiellement la Prose.
REFLEXIONS
SUR LA POESIE FRANCOISE ,
où L'ON EXAMINE
En quoy confifte ce qui fait le Caractere
propre du Vers François , &
ce qui le diftingue
effentiellement
de
la Profe.
OM ME le reproche le plus
fpécieux qu'on ait fait à la
Poëfie Françoife, roule fur le
Langage contraint & forcé ;
auquel femble la réduire la néceffité
A iij
6 LE MERCURE
de la Mefure & de la Rime ; il n'y a
rien à quoi les Poëtes , tant bons que
mauvais , fe foient généralement plus
étudiez , qu'à rendre leurs Vers aifez
& naturels . On a tâché , malgré cette
efpece de gêne effentiellement attachée
à la méchanique du Vers , de faire
paffer dans la Poëfie la même aifance
qui fe trouve dans la Profe. La
Poëfie en effet ne touche gueres que
quand elle est coulante & libre dans fa
marche. Les Vers les plus beaux d'ailleurs
, laffent & fatiguent , dés qu'on
y apperçoit quelque chofe de forcé ;
on fçait mauvais -gré à l'Auteur , de
s'être mis à la torture , pour nous y
mettre enfuite nous mêmes ; & l'on ne
peut s'empêcher de lui dire avec Def
preaux .
Il ſe tuë à rimer, que n'écrit- il en Proſe?
Qui eft-ce au contraire , qui ne fe
rend pas au charme de la facilité qui
regne dans les bons Vers : On y admire
d'autant plus l'art , qu'il y eft
plus caché ; & le Lecteur n'eft jamais.
plus content que quand , en lifant des
Vers , il lui femble qu'il eut êté imDE
NOVEMBRE
. 7
poffible de s'exprimer
plus heureuſement
en Profe .
Mais, il y a en ceci un grand écueil à
éviter ; & il eft à craindre qu'en vou→ lant donner aux Vers le naturel de la
Profe , on n'énerve & on ne dégrade
la Poëfie , & qu'on ne faffe de la Pro
fe rimée , en croyant faire des Vers.
Bien des gens tombent dans le cas fans
la Rimie
s'en appercevoir
. Pourveu que
vienne naturellement
à la fin du Vers ,
on croit que tout est fait ; & on fe livre
tellement
à cet air de facilité , qu'on
en neglige tout le refte , & qu'à la Rime
prés , on oublie , ou peu s'en faut,
qu'on faffe des Vers . Mais , le Public
éclairé n'en eit pas la Dupe ; & quelque
charme qu'ait pour lui ce naturel ,
qu'on exige & qu'on recherche
aujourd'hui
plus que jamais dans nôtre Poëfie
, il fent bien quand on lui donne de
la Profe rimée pour des Vers .
Ily a donc dans la Poëfie Françoiſe
un air de facilité different de celui de
la Profe. On demande également dans
l'une & dans l'autre , un tour ailé &
naturel ; mais , il me paroît que ce tour
n'eft pas le même pour l'une & pour
l'autre , & qu'indépendamment
de la
A iiij
LE MERCURE.
Mefure & de la Rime, chacune a fa marche
particuliere. C'est un point que je
fuis furpris, qu'aucunAuteur n'ait enco
re traitté . Nous avons des Livres faits
exprez pour enfeigner les Regles des
Vers François , chofe fi aifée & d'un
fi petit détail, qu'il n'y a perfonne qu'en
une demie heure de temps, on ne mette
parfaitement au fait fur cette matiere.
Nous avons des Volumes entiers &
des Differtations trés fçavantes , fur les
differentes efpeces de Poëfies. Il y en
a fur le Poëme Epique , fur le Dramatique
, fur le Lyrique , fur l'Eclogue
fur l'Epigramme &c. Mais, nous
n'avons rien fur ce qui fait la difference
effentiélle du ftile dans la Profe
& dans les Vers. Cependant,faute d'être
bien inftruit fur cet article , on
peut avec la connoiffance la plus parfaite
des Régles ordinaires de la verfification
, & avec toute la Doctrine renfermée
dans les difcours que je viens
de citer , faire de trés mauvais Vers.
,
Il feroit donc à fouhaiter que quelqu'un
de nos Grands - Maîtres voulût
bien s'ouvrir un peu là deffus , & nous
traçer quelques Leçons touchant un
point fi délicat , & qui me paroît fi
DE NOVEMBRE.
néceffaire pour la perfection de notre
Poëfie ; mais , en attendant qu'il plaife.
Apollon d'en fufciter quelqu'un d'affez
zelé , pour fe charger d'un pareil
travail , je me hazarderai à propoſer
fur cela mes Réflexions , plûtôt comme
des doutes que comme des Regles
, & moins pour inftruire les autres,
que pour engager par là quelque Poëte
plus intelligent à me redreffer &
à m'inftruire moi- même.
Je fuis convaincû que fi l'on prenoit
à ferment la plupart de ceux qui
fe meflent de verfifier , & qu'on leur
demandât , en quoi ils font confiſter
l'effence du Vers françois & le Caractere
diftinctif qui le tire de pair
d'avec la Profe , ils conviendroient de
bonne-foy , qu'ils n'en ont jamais connu
d'autre que la Mefure & la Rime :
Principe qu'on peut regarder, comme
la Source de ce ftile profaique qui s'eft :
intrus dans nôtre Poëfie . Car , cette maxime
une fois établie , il s'enfuivra que.
la Profe & les Vers auront une même.
allûre pour le fonds , & qu'en mertant
une Rime au bout d'un certain nombre
de Syllabes , on pourra avec trés
peu de changement, métamorphofer en
10 LE MERCURE
Poëte , un Orateur , & faire un Poëme
d'une Hiftoire ; au moins en ce qui
regarde le ftile .
Pour rendre ceci plus fenfible , je
me fers du premier Livre qui me tombe
fous la main , & qui fe trouve être
le fecond Tome de l'Hiftoire Univerfelle
où l'Auteur commence ainfi .
Nicephore chaffa Irêne & s'empara de
l'Empire d'Orient . Ce fut un Prince
avare & fans foy , Difciple des Ma
nichéens , & rempli de leurs fuperſtitions
, Grand perfécuteur des Ecclefiaftiques
& des Moines. Il fit une paix
honteuse avec les Sarrazins , & périt
dans la guerre qu'il eut contre les Bulgares.
Voilà de la Profe & de la plus
fimple , telle qu'il convient pour un
Abrégé Chronologique : Or , fi pour faire
des Vers ,il ne s'agit que de mefurer des
Syllabes & de coudre une Rime au bout;
il me paroît que de cette Profe fi fimple
& fi unie , il eft fort aifé de faire
des Vers : En voici la preuve.
Nicéphore autrefois chaffa du Trane
Irêne,
Et bientôt s'empara de l'Empire fans
peine ;
DE NOVEMBRE. I
1
C'étoit un Prince indigne , avare , fans
bonneur ;
Il fut Manichéen & grand Ferfécu
teur.
Avec les Sarrazins fit une paix hon-
*tenſe ;
Puis , eut chez le Bulgare une fin malheureuſe.
Je pourrois continuer fur le même
ton , & la chofe eft fi facile qu'il ne
faudroit gueres pour cela que le tems
d'écrire. Que l'on compare à préfent
ces prétendus Vers avec la Profe fur
laquelle je les ai formez , on conviendra
qu'il n'y a autre difference entre les
deux , que la Rime que j'ai coufuë
au bout d'un certain nombre de Syllabes
mefurées & coupées par la céfure.
Quantà l'arrangement
des termes , &
à ce qui s'appelle le ftile , c'eft précifément
la même chofe. On ne dira
pas d'ailleurs qu'il y ait beaucoup à
redire à ces prétendus Vers , foit pour
la Céfure , foit pour la Rime ; & j'en
citerois , s'il le falloit , qui fans être
mieux conditionnés fur ces deux points,
ne laiffent pas de paffer pour trés bons
& de l'être en effet.Que ceux- ci foient
12.
LE MERCURE
trés mauvais , c'eft fur quoi je fuis
perfuadé qu'il n'y aura point deux voix .
Les Sçavants & les Ignorants conviendront
également qu'ils ne valent rien.
Cependant , pechent- ils contre les regles
de la verfification ? Non ; tout
y eft affez exact pour la Mefure des
Syllabes , pour la Céfure & pour la Rime;
mais , avec tout cela , on n'y fent
point le goût de Vers ; on n'y trouve
de la Profe cadencée & rimée . Il
faut donc néceffairement conclure delà
, que ce qui fait l'effence & le caractere
diftinctifdu Vers , confifte dans
quelque autre chofe que la cadence
d'un certain nombre de Syllabes mefurées
& terminées par une Rime.
que
C'est de quoy je m'imagine que ceux
qui liront ceci avec attention , demeureront
d'abord perfuadez . Voyons cependant,
fr on ne pourroit point encore
porter la chofe à un plus haut degré
d'évidence & la rendre plus palpable.
Quelqu'un dira peut- être que j'ai choifilà
une matiere peu favorable à lan
Poëfie , & qu'il n'eft pas étonnant qu'on
ne puiffe faire que de mauvais Vers ,
de ce qui eft pure Profe. C'eft ce me
femble,l'objection la plus raisonnable
DE NOVEMBRE .
13
qu'on peut faire , & celle qui vient
le plus naturellement à l'éfprit. Mais,
fi on y prend bien garde , cette objection
là même renferme la
7
preuve de
ce que je dis , qu'il y a autre chofe
que la mefure
& la rime , en quoy . confifte
le caractere
effentiel
du Vers :
Car , fi malgré cette rime & cette mefure
, la Profe que je viens d'habiller
.
en Vers , reite toujours
Profe & n'acquiert
rien de plus , fi non qu'elle
eft, cadencée
& rimée , il s'enfuit
évidemment
de là qu'indépendamment
de la mefure
& de la rime , 'les Vers
ont un ftile particulier
, different
de ce- lui de la Profe.
Mais , pour faire encore mieux fentir
la difference infinie de ces deux ftiles
, effayons un peu , fi de cette même
matiere qui paroît fi ingrate & fi
peu fufceptible des ornements de la
Poëfie , on ne pourroit pas en faire de
bons Vers & qui ne reffemblaffent en
rien à la Profe . Voici, à ce qu'il me paroît
, comment un Poëte pourroît en
huit Vers ,dire à peu prez du regne de
Nicéphore , ce que l'Auteur de l'Hiftoire
univerfelle en dit en huit lignes
-de Profe .
$4
LE MERCURE
Miniſtre ambitieux , traître à ſa Souveraine
,
Nicéphore autrefois chaſſa du Trône
Irêne.
· Prince avare & fans foy , ce lafche Ufurpateur
Difciple de Manés & grand Perfécuteur
>
Bientôt aux Sarrafins pour fruit de leur
Victoire ,
> Par un Traitté honteux Sacrifia fa
gloire ;
Et Victime , à la fin du Bulgare irrité
,
Périt plus noblement qu'il n'avoit merité.
Quelques que foient ces Vers , &
quelque chofe qu'on y puiffe reprendre
d'ailleurs, du moins , ne difconviendra-
t-on point que ce ne foient veritablement
des Vers & non de la Profe
rimée. Cependant , qu'ont- ils de plus
que les prémiers pour la mefure ou
pour la rime ? Rien d'effentiel . Tout
eft à peu prez égal de part & d'autre
fur ces deux points. Concluons donc ,
que ce qui fait le caractére propre du
DE NOVEMBRE.
'S
Vers & ce qui le diftingue effentiellement
de la Profe, eft quelque autre chofe
que la meſure & que la rime.
En effet , fi les Vers n'avoient point
d'autre avantage fur la Profe , les Poëtes
n'auroient pas lieu de s'en faire tant
accroire ; & le langage des Dieux ne
l'emporteroit de gueres fur le langage
ordinaire des Hommes. De plus , com
me les Vers de quatre pieds ou de huit
Syllabes & audeffous, n'ont point de céfureoude
reposdéterminé ,il fe trouveroit
qu'une grande partie de noftre Poëfie
françoife & fur- tout une de fes efpeces
les plus nobles , qui eft la Poëfie Lyrique
, ne differeroit prefque de la Proſe
que par la rime. Nos Pindares , nos
Horaces & nos Anacréons modernes
fe contenteroient-ils d'une difference fi
légere , & trouveroient-ils dans la feule
prérogative de la rime , de quoy ſe tirer
de pair d'avec le refte des Auteurs?
J'avoue que dans les Vers de fix & de
cinq pieds , le repos joint à la rime , a
quelque chofe de plus marqué ; mais ,
quand il ne s'y trouve rien d'ailleurs
qui caractériſe le vers , on fent que la
rime & la céfure ( je comprends fous ce
nom la meſure des fyllabes qu'elle partage
) loin d'eftre un agrêment , dégeLE
MERCURE
nerent en une monotonie plus infoutenable
que la Profe même la plus fimple
& la moins ornée . Qu'y a- t-il en effet
de plus ennuyeux que ce repos & cette
rime qui reviennent toujours au bout
d'un certain nombre de fyllabes toujours
le même ? L'un & l'autre à la verité ,
font effentiels à la forme méchanique
du Vers, fi j'ofe m'exprimer ainfi ; mais ,
ce n'eft point ce qui en conftituë le caractere
& ce qui fait le charme de la
Poëfie. On convient que les Vers plaifent
plus que la Profe ; cependant , s'ils
n'en eftoient diftinguez que par ces deux
endroits, ils devroient plaire infiniment
moins. Cette monotonie uniforme a
quelque chofe en foy de fi defagréable ,
que toutes chofes égales d'ailleurs , l'avantage
feroit tout entier pour le ftile
qui s'en trouveroit le plas exempt . Or,
fi malgré le defagrément qui refulte de
cette uniformité perpetuelle de chutes
& de fons , les Vers , de l'aveu même
de ceux qui font le moins favorables à
noftre Poëfie , ont plus de charmes que
la Profe ; il faut conclure néceffairement
, qu'il y a quelque chofe de plus
que la céfure & que la rime quiles en diftingue
, & qui fait en quelque forte l'a .
Ame
DE NOVEMBRE. 17
me de cette Poëfie , dont le repos &
la rime ne font , pour ainsi dire , que le
corps ou la forme exterieure. Enfin,
pour finir fur cet article , il faut un diftinctif
qui foit général pour toutes les
efpeces de Vers ; & comme les Vers de
huir fyllabes & audeffous , qui tous
n'admettent point de céfure , font autant
& auffi effentiellement Vers , que
ceux de dix & de douze fyllabes ; il eft
évident que la céfure n'eft point ce qui
décide de la Poëfie dans le Vers françois
: Ainfi , on ne pourra fe retrancher
que fur la rime ; & alors , il ne faudra
plus mettre d'autre diftinction entre les
Vers & la Profe , finon, que les premiers
feront de la Profe qui rime , & l'autre
de la Profe qui ne rime pas. Concluons
donc de tout cela , qu'il faut qu'il y ait
quelqu'autre chofe que la rime & que
la céfure , qui conftitue l'effence de la
Pocfie, & qui faffe le caractere diſtinctif
de ce qui eft véritablement Vers &
de ce qui n'en a que l'apparence,
On ne peut point non plus réferer
ce diftinctif à la difference des termes
& à la nobleffe de l'expreffion ; puifque
les termes font communs aux Vers
& à la Profe , & que tous ceux qui font
Novembre 1717. B
18 LE MERCURE
reçûs dans la bonne Profe , font auffi
de mife dans les bons Vers . Je dis la
même chofe des figures hardies & fublimes
que la Poëfie ne fait qu'emprunter
de la Rhétorique , à qui elles appartiennent
en propre, & dont les Poëtes
doivent l'hommage aux Orateurs.
Ce n'eft donc que dans l'arrangement
des termes , c'est à dire dans la conftruction
& le tour de la phrafe , que
peut confifter cette difference qui caractériſe
le Vers François & le diftingue
de la Profe ; & c'eft en cela uniquement
que je pretends qu'elle confifte
, comme je me flate de le démontrer
dans la fuite.
Mais , pour aller au devant de toute
équivoque , il faut faire attention que
je ne parle ici que de la verfification
prife precifément en elle- même , indépendamment
du génie & de la verve du
Poëte ; & que je ne l'enviſage qu'entant
que le tour du Vers differe de celui de
la Profe. Un Auteur peut etre tout Poëtique
dans un Ouvrage , par la hardieffe
& la nouveauté des Fictions , par
la richeffe & la varieté des Images , par
la fécondité & les faillies heureuſes
• d'une Imagination vive & allumée , fans
-
DE NOVEMBRE, 19
que pour cela il le foit dans fa verfification
. Un autre au contraire ,peut l'eftre
dans fa verfification , fans qu'il le foit
dans la difpofition & l'économie de
fon Ouvrage : C'est ce qu'on peut dire
en particulier de Lucain . Il n'eft en
quelque forte que trop Poëte dans fes
Vers ; il ne l'eft pas affez dans l'ordonnance
de fon Poëme . Rien de plus Poëtique
que le Télémaque , par rapport à
Fordonnance & à la conduite , aux fictions
, aux figures & à tous les autres
ornements qui ne touchent point à la
Verfification. Pour le ftile , non feulement
il ne l'eft pas , mais même il ne
le doit pas être.
C'est ce que je fuis bien - aife de faire
remarquer ici , pour décromper bien des
gens qui fur les defcriptions brillantes ,
fur les comparaifons fleuries & autres
pareils ornements que l'Auteur a empruntez
de la Poëfie , fe font imaginez
que le Télémaque eftoit écrit en ftile
Poetique . Ces fortes d'agrêments font
chofes qu'il ne faut point confondre
avec le ftile , auquel ils font abfolument
étrangers.Dire que l'Aurore avec
* Nouveau Télém. Liv. 4. pag. 120.
121. Bij
20 LE MERCURE
fes doigts de rofes entr'ouvre les portes dorées
de l'Orient , & Souhaiter que
Morphée répande fes plus doux charmes
fur des paupieres appefanties , qu'ilfaffe
couler une vapeur divine dans des mem
bres fatigués , & autres expreffions
femblables , fouvent employées dans
le Télémaque ; c'est ce qu'on peut
appeller le langage ou même le jargon
de la Poefie , qui accoûtumée à
animer , à perfonnifier , & même à
divinifer tout ce qu'il lui plaît , nous
reprefente l'Aurore fous l'idée de Déeffe;
& le fommeil fous le nom d'un Dieu..
Mais , comme ces conceptions figurées
fe peuvent exprimer dans un itile Profaique
, tout auffi bien que dans un ftile
Poëtique , elles ne décident rien pour
la qualité du ftile . Feu M. de Cam
brai fe propofant de faire un Poëme Epique
en Profe , aprice la Poëfie tout
ce que la Profe e pouvoit admetre.
Ainfi , la difpofition , l'ordonnance & la
conduite de fon fujet , les penfées , les
images , les comparaifons, les defcriptions,
tout y eft poëtique pour le fonds ;
mais , comme il fe bornoit à écrire en
Profe , il s'eft toujours tenu renfermé
}
DE NOVEMBRE. 2.I
*
dans la fphere d'une Profe , vive à la
verité , noble , fublime & pompeufe ,
mais, qui ne fort point du Caractere de
la Profe. Il y a plus , comme je l'ai déja
remarqué ; c'eft qu'il n'a pas même
dû en ufer autrement , puifque le ftile
Poëtique fiéeroit aufli mal dans la Profe
, que le ftile Profaïque le fait dans
les vers. Ainfi , quand l'Auteur de la Préface
qui est à la tête du nouveau Télémáque
, applique à M. de Cambrai ,
ce que Strabon a dit d'un ancien :
Qu'il avoit imité parfaitement la Poëfie
en rompant feulement la Meſure.
Si par le terme de Mefure , il n'entend
que le dérangement des pieds du
Vers , il n'en dit pas affez ; puifque
M. de Cambrai a fait plus que cela,
& que fon ftile tel qu'il eft , quand on
en arrangeroit les fyllabes felon la Méchanique
du Vers , n'en feroit pas moins
ftile de Profe. Si fous le terme de Mefure
, il entend le Tour Poetique & ce
ftile propre & particulier qui diftingue
les Vers de la Profe rimée , je fouferis
fans peine à fa penfée , & nous
fommes parfaitement d'accord.
* pag. 47+
22 LE MERCURE
En effet , qu'on life Télémaque , on
y trouvera la preuve de ce que j'avance.
Calypfo , dit-il d'abord en commengant
, ne pouvoit fe confoler du départ
d'Uliffe . Dans fa douleur , elle fe trouvoit
malheureuse d'être immortelle & c .
Voila , de la Profe , voila le pur ftile
Hiftorique , tel que M. de Cambrai
l'employe dans tout le cours de fon ouvrage
, & tel qu'il a dû abfolument
l'employer. Veut- on transformer cette
Profe en ftile Poëtique ? Voici ce
me femble , comme on pourroit tourner
la penſée.
Du départ de fan cher Uliffe ,
Calypfo ne pouvoit encor fe confoler ;
Pour elle déformais la vie est un fupplice
exc.
Je crois qu'on n'aura pas de peine
à fentir la difference de ces deux ftiles
par rapport à la Poëfie ; mais , je me
Alate qu'on la fentira bien mieux encore
, quand j'aurai développé ce quifait
, felon moi , cette difference , que
je foutiens qui ne confifte que dans la
difference du tour qu'on donne à la
Phrafe , & qui eft toute autre dans les
DE NOVEMBRE. 23
Vers que dans la Profe . C'est à dire
qu'il y a un tour de Phrafe qui eft Poëtique
& un qui eft Profaïque ; que ce
dernier , avec la meſure la plus exacte
& la Rime la plus riche , eft toujours
dans le fonds veritablement Profe ; au
lieu que l'autre , fans rime même &
fans meſure , est toujours réellement
Poëfie. Il ne s'agit plus que de démefler
ce qui fait la difference , & ce qui
conftitue le caractére diftinctif de ces
deux Tours de Phraſe .
C'est un point qui paroît d'abord d'autant
plus difficile à déterminer , que la
conftruction françoife ne nous permet
pas , même dans la Poëfie la plus fublime
, ces inverfions hardies que fouffre
la conftruction latine , où pourveû
que tous les mots qui doivent
entrer dans la compofition d'une Phrafe
, s'y trouvent raffemblez , peu importe
bien fouvent dans quel ordre on
les y place , & quel rang ils y tiennent.
Tel qu'on met à la tête de la Période ,
figureroit fouvent tout auffi bien , ſi on
le renvoyoit à la queue ; de forte qu'en
mettant confufément tous les termes
d'une Phraſe dans un chapeau , & les
tirant au hazard l'un aprés l'autre >
24 LE MERCURE
comme des Billers de Loterie , la conf
truction s'en trouveroit toujours , à
peu de chofe prés , affés réguliere-
Nôtre Langue n'admet point une pareille
liberté , & a fa route plus refferrée
& plus gênée . C'est ce que quelques
gens lui reprochent, comme une
imperfection. J'en conviendrai fans peine
dés qu'on m'aura fait concevoir , que
de parler dans le même ordre qu'on
penfe , c'est un deffaut : Que l'obfcurité
dans la conftruction des Phrafes ,.
eft une vertu , & la clarté un vice ; &
que plus une Langue eft embroüillée ,
& plus elle laiffe à deviner , plus auffi
elle est belle. Pour moi , j'ai crû jufqu'ici
, que comme on ne parle que
pour ſe faire entendre , celui-la parloit
le mieux , qui fe rendoit le plus intelligible,
& qu'on fe le rendoit d'autant
plus , qu'on laiffoit moins à faire à la
conception de ceux à qui on adreffoit la
parole. Le dérangement de mots & la
difpofition prefque arbitraire que permet
fur ce point la conftruction latine
, a quelque chofe de fatiguant pour
l'intelligence de celui qui écoute. Il
faut qu'il épele, pour ainfi dire, chaque
mot , & qu'il mette en ordre dans fon
efprit
DE NOVEMBRE. 25
ofprit , ce que nous lui préfentons en
défordre dans le Difcours. Je ſçai
que l'ufage & l'habitude rendent cette
peine beaucoup moins fenfible qu'elle
ne l'eft en effet ; mais , c'est toujours
une peine & une fatigue de moins que
nôtre Langue nous épargne , en préfentant
les idées dans l'ordre naturel
qu'elles doivent avoir : De forte que
celui qui nous écoute , n'a rien à reformer
pour l'arrangement , dans ce que
nous lui difons ; & comme nous lui
préfentons les idées felon l'ordre qu'elles
doivent avoir entre elles , elles fe
placent d'elles mêmes dans fon efprit,
à mesure que nous parlons , & toute
fa peine fe réduit à écouter.
C'eft un avantage que nôtre Langue
a fur la Latine & fur celles qui lui
reffemblent ; & l'on peut dire que l'éloignement
naturel que nous avons
pour tout ce qui demande du travail
& de la difcuffion , n'en releve pas
peu le prix. Tout ce qui fe fait à moins
de frais, eft toujours plus felon le goût
de l'homme , en quelque chofe que ce
foit,&fur-tout dans celles qui font d'un
ufage ordinaire & néceffaire , comme
l'eft le Langage. Je ne prétends point
Novembre 1717. C
26 LE MERCURE
par la déprimer la Langue Latine
que j'ai étudiée toute ma vie , &
dont je fuis Partifan auffi zelé que perfonne
: Mais,je ne craindrai point de dire
, que je l'admire bien moins dans la
conftruction de chaque phraſe en particulier
, que dans la liaifon des phrafes
, dans le tiffu du difcours , & dans
l'ordre naturel & aifé avec lequel elle
développe un raifónement ou un narré ,
& en affortit toutes les parties . C'eſt
en quoi elle l'emporte infiniment fur
nôtre Langue : Mais , quand elle l'emporteroit
encore par mille autres endroits
, dont la difcuffion feroit ici hors
d'oeuvre , il faut qu'elle lui céde pour
la régularité & la netteté de la conftruction.
Cette licence qu'elle fe permet
dans le defordre & la confufion
des termes qui compofent fa phrafe ,
eit , felon moi , bien moins une liberté
qu'une forte de libertinage , dont on
doit fçavoir bon gré à nôtre Langue de
s'être jufqu'ici toujours défenduë .
Il eft aifé de juger par là , que je
fuis bien éloigné de foufcrire au fouhait
que
femble former , en faveur de nôtreLangue
, l'Auteur de l'excellente Préface
que j'ai déja citée . C'eſt à la
A
page
DE NOVEMBRE.
27
XLVIII. * où après avoir loüé un Poëte
Anglois qui a commencé , dit- il , d'introduire
avec fuccés dans la Langue
les Inverfions des Phrafes : Feut - être
ajoute- il , que les François reprendront
un jour cette noble Liberté des Grecs &
des Romains. Le terme de reprendront ,
femble fuppofer qu'ils l'avoient prife
autrefois ; & en cela , cet Auteur à raifon.
Ronfard en effet , l'avoit introdui
te de fon temps dans nôtre langue . Sa
réputation foûtenue de l'exemple des
beaux efprits de fon fiécle , qui le regardant
comme le Phenix de la Poë
fie , & comme leur Maître , faifoient
gloire de l'imiter , avoit mis en crédit
ces inverfions hardies de phraſes
qu'il avoit empruntées du Grec & du
Latin. Ces Meffieurs crûrent embellir
nôtre Langue en l'obfcurciffant ; ce
fût un mérite , que de fe rendre inintelligible
; & la chofe fat pouffée
fi loin , que du vivant même de Ronfard
, il fallut un Commentaire à fes
Poëfies. C'eft- à - dire , que fes Vers
devinrent en quelque forte, un langage
* Difcours de la Poëfie Epique &c.
fervant de Préface au nouveau Téléma
que. Cij
28 LE MERCURE
êtranger pour fes Compatriotes mêmes,
& que des François , pour. entendre des
Poëtes François, eurent befoin de Scholiaftes
, comme s'il fe fut agi de Poëtes
Latins ou de Poëtes Grecs .
Mais,l'illufion ne fut pas de longue
durée. Le génie droit & judicieux de
la Nation, qu'on furprend quelquefois ,
mais qu'on ne violente jamais longtemps
, réclama bientôt contre un goût
fi oppofé à ce caractére de fimplicité
& de clarté que nous aimons tant
dans les Ouvrages d'efprit. On cut
honte d'avoir efté quelque temps la
dupe du Pédantifme de Ronfard & de
fes Partifans ; & les productions de
ce Poëte tombérent bientôt dans un
mépris dont elles ne fe font point relevées
jufqu'ici . Je ne fçai même fi
on n'a pas un peu outré les choſes à
cet égard , & il me femble qu'on ne
rend d'ailleurs à Ronfard toute la
pas
juftice qu'il mérite ; car , il faut convenir
, qu'il avoit , après tout , d'excellentes
parties pour la Poefie : Beauboup
d'efprit , de l'imagination , du
feu, de l'entoufiafme , bien de la lecture
, & une grande connoiffance des
Anciens ; de forte qu'on ne peut guć- '
DE NOVEMBRE. 29
res attribuer fa chûte & le décri de
fes ouvrages qu'à ces Inverfions bardies
, qu'on prétend qui manquent à
nôtre langue ; mais , qui ont fi mal
réüffi à cet Auteur , que je ne crois
pas, qu'il prenne jamais envie à aucun
autre de tenter une femblable Avan
ture.
Mais , en rejettant ces Inverfions hardies
, je fuis bien éloigné , comme on
le va voir , de prétendre que toute
tranfpofition foit incompatible avec la
conſtruction de nôtre Langue , & conféquemment
avec nôtre Poëfie ; puifque,
c'eſt au contraire dans ces tranfpof
tions mêmes,que je fais confifter le caractere
effèntiel & diftinctif de la verfification
françoife : Voici comment.
J'ai dit , qu'il y avoit une phrafe
poëtique , & une phrafe profaique ;
& comme les termes qui entrent dans
la compofition de l'une & de l'autre
appartiennent également à la Profe &
aux Vers , & que l'ufage leur en eft
commun ; il s'enfuit que ces deux fortes
de Phraſes ne peuvent différer , que
par l'arrangement des termes & par le
tour qu'on leur donne . Or, quel eft cè
tour de phrafe qui eft particulier à la
Ciij
30 LE MERCURE
Poëfie , & qui diftingue les Vers , de
la Profe ? Le voici . C'eſt uniquement
le Tour qui met de la ſuſpenſion dans
la Phrafe , par le moyen des inverfions
on tranfpofitions recenës dans la Langue ,
qui n'en forcent point la construction.
Les exemples rendront cela plus fenfible
, que llaa ddééffiinniittiioonn ne le peut faire ;
mais , avant que de les appliquer , je
crois qu'il eft à propos de développer
cette définition , dont je fais la bafe
de tout mon Syſtème fur cette matiere .
- Je regarde donc la fufpenfion , comme
l'ame du Vers , & ce qui en fait le
charme , par l'attente où elle met
& par la furpriſe qu'elle caufe . On foûtient
par ce moïen l'efprit duLecteur qui
demeure toûjours en haleine,jufqu'à ce
que le terme le plus effentiel , & qui eſt
comme la clef de la phraſe, ait enfin déterminé
la penſée. Il en eft à peu prés en
cela,duVers par rapport à laProfe,comme
du Poeme par rapport à l'Hiftoire .
Un Hiftorien qui entreprend de traiter
d'une guerre , obferve régulièrement
dans fa narration l'ordre naturel des
chofes. Il expofe d'abord les motifs de
cette guerre , de là il paffe aux préparatifs
, & il ne fera point le fiége d'une
Ville qu'il n'ait mis auparavant l'Ar-
T
DE NOVEMBRE. 31
mée en Campagne. Le Poete au contraire
, tranfporte d'abord fon Lecteur
au milieu des Evénements.
a In medias res
Non fecus ac notas Auditorem rapit .
C'eſtpar la fin d'un fiége qu'il ouvre
la Scéne ; & ce n'eft que dans le cours
du Poëme qu'on apprend enfin , comme
par occafion , les cauſes , les ſuites
& les exploits d'une guerre qui eft fur
le point de fe terminer.
Telle eft , à proportion , la marche
du Vers par rapport à la Profe ; car,
au lieu que celle- cy débute ordinairement
par le terme principal de la
Phrafe ; au lieu qu'elle met d'abord en
chef le Nominatif fubftantif efcorté
de fon adjectif , s'il doit en avoir , &
fuivi de fon verbe , qui traifne lui même
aprés lui ou l'accufatif , ou tel
autre cas qui lui convient : Méthode
qui , comme le remarque fort bien M.
de Cambray , b exclut toute fufpenfion
d'esprit , toute attente , toute furprife ,
a Horat. Ars Poëtica.
Réfléxions fur la Rhéthorique.
C iiij
32. LE
MERCURE
toute variété , & Souvent toute magnifique
cadence ; le Vers au contraire ,
Commence fa marche par ce qu'il renferme
de moins effentiel. Le premier
terme qui fe préfente d'abord , en fuppofe
prefque toûjours un autre , dont
il dépend abfolument , & qui peut-être,
ne fe déclarera qu'à la fin de là Période .
Souvent tout eft en l'air dans le piemier
Vers , & ce n'eft que dans le fecond
ou le troifiéme qu'on découvre
enfin , ce qui l'appuye & lui fert de
foûtien. C'eft comme une intrigue de
Théatre qui caufe un embarras intereffant
& agréable durant le cours de
la Piéce , & dont on ne voit le dénouëment
qu'à la fin : & voilà ce qui produit
cette fufpenfion d'efprit propre du
Vers , & où la Profe , de l'aveu de M.
de Cambray , ne fçauroit afpirer.
Qu'on rappelle ici ce quej'ai cité plus
haut du commencement deTélémaque.
On y trouvera la preuve de ce que je
viens d'expofer. Calypfo , dit l'Auteur , ne
pouvoit fe confoler da départ d'Uliffe.
Quel est dans cette phrafe le principal
Perfonnage ,&celui qui y figure en chef?
C'eft Calypfo. Auffi, eft- ce elle qu'on
met d'abord fur la Scene. Qu'elle eft
DE NOVEMBRE,
33:
1
fon attitude ? C'est celle d'une femme
défolée. Elle ne peut fe confoler :
Et de quoi ? Du départ d'une perfonne.
qu 'elle aime. Qui eft cette perfonne ?
C'eft Ulyffe. Voilà l'ordre naturel
des Questions qu'on peut faire fur
Calypfo dans le point de vue où on la
met ? On veut d'abord connoître la
perfonne ; ce n'est qu'aprés qu'on a re--.
connu qu'elle eft affligée , qu'on s'informe
du fujet de fon affliction ; & c'eſt'
auffi l'ordre que fuit la Phrafe profaïque
dans fa conftruction . La Poëfie
au contraire , débute d'abord par ce
qui fait le fujet de l'affliction ; & on
apprend chez elle , pourquoi Calypfo
eft affligée,avant que de fçavoir que
Calypfo foit affligée ,
Du départ de fon cher Ulyffe
Calypfo ne pouvoit encorfe confoler.
Ici , le premier Vers eft comme en
l'air. On y parle du départ d'Ulyffe ;
mais, on n'y voit point encore , ny qui
s'y intereffe , ny à quel point on s'y intereffe
; & ce n'eft que dans le fecond
Vers qu'on apprend enfin que c'eſt
Calypfo qui y prend part , & qui en eft
même touchée à tel point , qu'elle ne
1
1
34 LE MERCURE
peut s'en confoler. De là naît certe
furprife , cette attente & cette agréa
ble fufpenfion, dans laquelle je fais confifter
le caractere & l'agrêment de la
verfification françoife.
Je ferois même voir, s'il étoit néceffaire,
que la fufpenfion dont je parle,
s'ĉtend à la Verfification Latine comme
à la Françoife ; que c'eft en fa faveur,
qu'on y fait ordinairement marcher
les Epithetes avant leur fubftantif.
c Seve memorem Junonis ob iram.
Et qu'entre deux fubftantifs celui qui
eft gouverné , paffe prefque toûjours
devant celui qui gouverne , & qu'il fup -
pofe.
d Troje qni primus ab oris
Italiam fato profugus &c .
Mais , comme cela eft êtranger à mon
fujet , je ne m'y arrête pas ; & quoiqu'il
en foit de la fufpenfion à l'égard
du Vers latin , il eft toûjours vrai qu '
C
Virg. I. Æneid.
Ibid.
DE NOVEM BRE
35
elle eft l'ame du Vers francois , &
qu'elle en fait le caractere diftinctif.
Je crois avoir expliqué d'une maniere
affez fenfible , ce que j'entends par
cette fufpenfion. Elle convient effentiellement
au Vers , comme je me fla
te de l'avoir déja montré,& comme je
le ferai encore mieux fentir dans la
fuite ; & elle y convient , à la difference
de la Profe , dont la marche réglée &
uniforme lui donne , de l'aveu de M.
de Cambray , une entiére exclufion .
Mais, quel eft ce principe de cette
fufpenfion , & par où parvient-on à la
produire ? C'eft , comme je l'ai dit
dans ma définition , par le moyen des
tranfpofitions reçues dans la langue.
Ce que j'entends par tranfpofition ,
' eft quand l'ordre naturel de la Phrafe
eft renverfé, & qu'un nom ou un verbe
qui dépend d'un autre , paffe devant
celui de qui il dépend & qui le gouverne.
Onen a déja vû un exemple dans
ce que j'ai tourné en Vers , du commencement
de Télémaque , où l'on ap .
prend le fujet de l'affliction de Calypfo,
avant que de fçavoir qu'elle foit
*
Reflex. fur la Rh.
366
LE
MERCURE
affligée. En voici un autre tiré de Raeine
dans fa Tragédie de Mithridate :
Arbate étant arrivé affez à temps , pour
empêcher la Reyne d'avaler le poifon.
qu'on lui préfentoit par ordre de Mithridate
, ordonne à Arcas d'aller informer
ce Prince du fuccés de fa diligence
& de fon zele . A parler régu
lierement voici comment il auroit
dû s'expliquer à Arcas , & comment
en effet il auroit parlé en Profe : Et
vous , Arcas , courez apprendre à Mithridate
la nouvelle du fuccès de mon
zele. Tel eft l'arrangement naturel
quedemande la conftruction ordinaire.
La Poefie au contraire , renverse &
dérange cette conftruction , & tranf
porte au commencement de la Phrafe ,
ce qui dans la Profes ne doit eftro
qu'à la fin.
* Et vous Arcas,du fuccés de mon zele
Courez à Mithridate apprendre la nouvelle.
La Phrafe en Profe, finiffoit par ces
termes du fuccés de mon zele ; c'eſt par
*A&t. V. Scene III
DE NOVEMBRE.
$7
où elle débute en Vers ; voilà ce que
j'appelle tranfpofition.
Mais ,comme nôtre langue a ces ufages
; qu'elle n'admet pas toutes fortes
d'inverfions ; qu'il y en a qu'elle fouffre
, & d'autres qu'elle rejette ; c'eft
pour cela que j'ai déterminé les differentes
fortes de tranfpofitions qu'admet
notre Poefie , en les fixant précifément
à celles qui font reçues dans la
langue. En effet , la Poefie fuppofe la
Grammaire ; & il faut parler François ,
avant que d'entreprendre de faire des
Vers françois. C'eft fur cela que Deſpreaux
dit fi judicieufement dans
Lon Art Poetique.
*Surtout qu'en vos Ecrits la langue révérée
,
Dans vos plus grands excés vous foit
toujours facrée.
Envain , vous mefrapez d'un ton mélodieux
,
Si le terme eft impropre ou le tour vicieux.
Donnez à vos Vers le tour le plus
* I. Chant.
38
LE
MERCURE
noble & le plus neuf qu'il vous fera
poffible ; mais, que ce tour foit avoüé
de l'ufage : Ufez de tranfpofitions, vous
le devez , mais , n'en hazardez point
que la langue n'autorife . M. de Cambray
& l'Auteur de la Préface de fon
Télémaque , femblent ſouhaiter qu'on
mît nôtre langue un peu plus au largefur
le fait des inverfions. Je le fouhaiterois
comme eux. Les Poetes y gagneroient
encore plus que le refte des Ecrivains.
Qu'on adopte dans nôtre
langue de nouvelles inverfions , je ferai
des premiers à les fuivre , dés
qu'elles auront été admifes . Mais , jufqu'à
ce que l'ufage ait naturalifé celles
qu'on prétend qui nous manquent ,
plus für eft de ne rien rifquer , & de
nous en tenir à celles qui font inconteſtablement
receuës.
le
Bien loin que la Poefie foit pour
nous, un titre de nous licentier für la
régularité de la conftruction ; je fuis
perfuadé au contraire , qu'elle autorife
les Cenfeurs à exiger de nous, plus
d'exactitude que du refte des Auteurs ;
& il me paroît en effet , que perfonne
*Réflex . fur la Rh .
DE NOVEMBRE. 39
ne mérite moins d'indulgence qu'un'
Poete qui péche contre la langue .
Qu'on s'explique en Profe bien ou mal,
quand le fonds des chofes eft bon , on
n'y prend pas garde de fi prés : Un
homme eft excufable de le faire
entendre comme il peut . Mais ,
fi vous ne pouvez pas parler correctement
en Vers ; qui vous oblige à
verfifier , & que ne vous expliquezvous
en Profe ?
Ainfi , tant d'inverfions & de tranfpofitions
qu'il vous plaira , la Poefie non
feulement les fouffre , mais mefme les
exige ; mais à cette condition , qu'elles
foient receues dans la langue. J'ai ajouté
& qu'elles n'en forcent point la conftrution.
Quelqu'un croira peut- être , que
cette addition eft inutile , puifque les
tranfpofitions qui font receues dans la
langue,n'en fçauroient forcer la conftruction
; mais , cela n'eft pas tout- àfait
vrai , y ayant des tranfpofitions
qui , quoique receues dans la langue , ne
laiffent pas par la façon dont elles font
maniées,d'en forcer quelquefois la conftruction.
Auffi , cette remarque tombet-
elle moins fur la tranfpofition même ,
que fur le mauvais ufage qu'on en peut
40 LE MERCURE
faire. Je n'apporte point ici d'exemple
ny de l'une ny de l'autre , parce qu'il
s'en préfentera affez dans les Vers
que j'aurai occafion de citer dans la
fuite ; & fur lesquels je ne manquerai
pas de faire remarquer le rapport qu'ils
auront à ce que je viens d'obferver ici
Voilà donc ma définition expliquée ,
de la maniere la plus intelligible qu'il
m'a efté poffible . Il ne me reste plus
qu'à y appliquer les exemples pour la
juftifier ; & je me flate que cette application
donnera encore une nouvelle
clarté à mon opinion , en même tems
qu'elle en fera la preuve .
la
Et , afin que ces exemples foient plus
à la main , je les ay tous tiré pour
pluspart d'une des plus bellesTragédies
de Racine qui eft Mithridate. Cette
feule Tragedie me fournira , foit en
bonne , foit en mauvaiſe part , tous les
Traits dont j'aurai beſoin. Je n'ay
garde de vouloir blâmer par là ny la
Piéce ny l'Auteur ; je rend juſtice autant
que perfonne à l'un & à l'autre :
Mais , comme je ne pouvois gueres
mieux m'adreffer que chez Racine ,
pour trouver des exemples à imiter
jay crû auffi que n'y ayant point d'Auteur
DE NOVEMBRE. 41
Auteur fi parfait qui ne foit réprehenfible
en quelque chofe , les exemples
que je citerois en mauvaiſe part , feroient
bien plus d'effet , fi je les tirois
d'un Auteur de la réputation de Racine
, que fi j'allois les dêterrer dans
quelque Poete médiocre ,à l'incapacité
duquel on pût les attribuer. J'ay efté
bien-aife d'ailleurs ,dans une matiere de
Critique , de ne toucher à aucun Auteur
vivant ,ou du moins de n'en point citer,
que ce ne fût en bonne part. On peut
en ufer avec plus de liberté à l'égard
des morts , fur-tout , quand on le fait
avec toute la circonfpection & la réverence
même que je me propofe d'apporter
au fujet de Racine . Je ne l'ay
choifi préférablement à d'autres , que
parce que je l'ay regardé , comme un
des plus excellens Poetes & des plus
corrects que nous ait fournis le dernier
Siécle & pour un trait où il y aura
peut -eftre quelque chofe à redire , j'en
trouverai chez luy cent qui pourront
fervir de modele. Cela eft fi vray , que
jay eu bien de la peine à découvrir
dans toute la Tragédie de Mithridate ,
un exemple en mauvaiſe part , part , conditionné
comme je le fouhaitois , pour
Novembre 1717. D
42 LE MERCURE
l'ufage que j'en veux faire . Il eft tiré
de la Scene où Arbate vient raconter
, comment Mithridate , aprés avoir
effayé inutilement le fecours des poifons
, a efté réduit à fe fervir de fon
épée contre luy même : Voici donc
comme il s'explique .
D'abord il a tenté les atteintes
mortelles
Des Poifons que luy-même a crû les plus
fideles
Je n'examine point pour le préfent ,
fi la céfure du premier Vers eft d'alloy,
ny, file paffage de ce même Vers " au
fuivant , eft dans les regles : Ce font
chofes à difcuter à part , & que je pourai
traiter dans la fuite. Il n'eft queſtion
ici que de fçavoir , fi le ftile de ces deux
Vers eft Poetique ou Profaïque.
de
Or ,pour pouvoir juger plus fùrement
, tant de ces deux Vers , que
tous les autres que j'aurai à citer dans
la fuite ; j'établis d'abord une regle generale
qui me paroît évidente , & qui
cft : Qu'un Vers , pour être veritable-
Alte S. Scene
DE NOVEMBRE . 43
ment de la Poëfie & non de la Profe ,
doit être tel ; qu'en rompant la meſure
en Suprimant la rime , on ne laiffe
pas de retrouver , même dans cette ef
péce de démembrement , un air de
Poefie & un langage veritablement poëtique.
Car , s'il eft vray , comme je
crois l'avoir montré fenfiblement , qu'-
indépendamment de la Rime & de la
Mefure , la marche du Vers doit être
toute différente de l'allûre de la Profe;
du moins quant au ftyle , le Vers refte
toujours Vers , même après le dérangement
des fyllabes & la fuppreffion de la
time :& dés qu'en le dégradant de la
forte , il paroît Profe ; il faut conclure
que ce n'étoit pas un Vers , mais feulement
de la Profe rimée .
Or , fur ce principe , je dis que les
deux Vers que j'ai citez de Racinę ,
ne font point d'un ftile poetique. Pourquoy
parce que fi on vouloit dire
la mefme chofe en Profe , on n'arrangeroit
point les termes autrement qu'ils
le font dans ces deuxVers ; & qu'en les
dépouillant de la Rime & en compant
la cadence' , on n'y trouve plus que de
la Profe.
Faifons en l'épreuve , en les dégra44
LE MERCURE
dant de la maniere que je viens de pro
pofer. Voici précisément comme parle
Arbate. D'abord il a effayé les mortelles
atteintes despoifons que lui- même
avoit crû les plus fideles. Il eft aifé de
voir que dans cette expofition , je ne
dérange rien de l'ordre des termes qui
compofent les deux Vers , & que je
n'y apporte de changement que celui
qui eft néceffaire pour fupprimer
la rime & rompre la cadence. Or ,
je demande fi , dans cette phraſe ainſi
expofée , il refte rien qui fente la Poefie
? La Profe s'énonceroit - elle autrement
? On trouve ici le nominatif fuivi
immédiatement de fon verbe , il a tenté.
Le cas du verbe fuit dé mefme immédiatement
aprés , tenant comme par
main fon adjectif, les atteintes mortelles,
& traînant après lui un genitif qu'il
gouverne & qui con nence le Vers fuivant
: Despoifons. Voilà la marche pure
de la Profe telle que nous l'a tracée
* M . de Cambray. Nulle tranfpofition ;
& par conféquent nulle fufpenfion. Or,
que faut- il faire pour ménager cette
fufpenfion par le moyen des tranfpofi
Reflexions fur la Rh
la
DE NOVEMBRE. 43
tions ; & pour rendre poetiques , ces
deux mefmes Vers Rien autre chofe
que d'en renverfer. l'ordre ? & de mettre
le premier , celui que Racine a mis
le fecond , en difant :
Des poifons que lui-même a crû les plus
fideles
D'abord il a tenté les atteintes mortelles.
Ou , comme il feroit encore mieux ,
en changeant quelque chofe de plus ;
conferver au commencement dè pour
la phraſe , le terme de Dabord , qui y
figure plus naturellement : On pour
roit dire.
D'abord , de ces poifons qu'il crût les plus
fideles ,
Mithridate a tentéles atteintes mortelles
Qu'on fupprime ici la Rime ; qu'on
rompe la cadence des Vers & qu'on
dife : Dabord des Poifons aufquels ilfe
froit le plus , Mithridate a effayé les
mortelles atteintes . On reconnoîtra toujours
dans ces Vers mefmes ainfi degradez
, un tour étranger à la Profe ,
& un ftile véritablement poetique; car,
Dij
46 LE MERCURE
comme la tranfpofition fubfifte toujours
, la phrafe ne perd rien de cette
fufpenfion qui tient l'efprit en attente ,
& qui fait l'ame de la Poefie.
Autre exemple tiré de la même
Piéce . Monime voulant implorer le
fecours de Xiphares , contre Pharnace
frere du même Xiphares , luy parle
ainfi.
J'efpere toutefois qu'un Prince magnanime
Ne facrifiera point les pleurs des malbeureux,
Aux interefts du Sang qui vous unit tous
deux.
La nobleffe des termes qui entrent
dans la compofition de ces trois
Vers, a quelque chofe de féduifant &
qui impofe d'abord ; mais, qu'on en retranche
la Rime , & qu'on en rompe la
cadence , comme on a fait aux précedens
, on
trouvera que le tour eft
pure
Profe ; car , voici ce que dit Monime.
J'efpere pourtant qu'un Grand Prince
ne facrifiera point les larmes des mifé-
A& . I. Sc . 2.
DE NOVEMBRE. 47
rables aux interefts de ce Sang qui vous
lie tousdeux . Or , on ne peut difconvenir
que la construction de la Profe telle
que la reprefente M. de Cambray , ne
foir ici trés régulierement obfervée ;
c'est ce que chacun peut juftifier par
foy- même , en examinant ces trois Vers
en détail , comme on a fait les deux
précedents. Veut-on à prefent faire de
la Poefie , de ces trois Vers qui ne
paroiffent que de la Profe rimée ? Il
ne faut que déplacer les deux derniers ,
mettre le fecond , celui qui eft le troifiéme
, & en ajuſtant le reste à ce dérangement
, faire dire ainfi .
J'efpere toutefois , Prince trop magnanime,
Qu'aux interefts du Sang qui vous unit
tous deux ,
Vous n'immolerez point les pleurs des
malheureux.
Je parle mal peut-être , en difant immoler
des pleurs , métaphore que je
ne crois pas bien réguliere ; mais ce
n'eft pas de quoi il eft ici queftion .
Il s'agit feulement du tour de la Phrafe
, qui de profaïque qu'elle êtoit, de43
LE MERCURE
-
vient poetique par le fecours de la
tranfpofition. En effet , qu'on fupprime
la rime dans ces Vers , & qu'on en
rompe la cadence , en difant. J'efpere
toutefois , Grand Prince , qu'aux interefts
du fang qui vous lie tous deux ,
vous nefacrifierez point les larmes des
miferables. On y trouve toujours un
goût de Vers , parce que la tranfpofition
y fubfifte toûjours , & donne à la
Phrafe un tour que la Profe n'admet
gueres.
Encore un exemple plus étendu &
tiré de la mefme Scene. C'est Xiphares
qui parle , & qui ayant fait entendre
à Monime , que fi Pharnace êtoit coupable
en l'aimant , il étoit fur ce point
là , plus criminel encore que Pharnace.
Fous? Lui dit Monime , avec un air de
furprife ; à quoi Xiphares répond ainfi .
Mettez ce malheur au rang des plus
funeftes ,
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances :
Celeftes ,
Contre un fang malheureux , né pour
vous tourmenter ,
Pere , Enfans animez à vous perſecu
ter&c.
fans
DE NOVEMBRE.
49
Sans qu'il foit befoin de faire ici l'Anatomie
de ces quatre Vers , il n'y a perfonne
qui n'avoue , qu'on ne peut rien
voir de plus profaïque que la conftru-
&tion de cette Phrafe.
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances
Célestes
Contre &c .
Rien de plus aifé cependant , que
de réformer cette Profe rimée , & de
la rendre poetique . Il ne faut pour cela
que tranfpofer l'ordre des Vers ; &
voici , ce me femble , comment on pourroit
s'y prendre , pour les rétablir , en
ajuftant d'ailleurs les Rimes , par rapport
à ce qui précéde & à ce qui fuit.
3. Contre un Sang malheureux , ně pour
vous tourmenter >
4. Peres, Enfans animez à vous perfécuter
,
2. Atteftez , s'il le faut , les Puiſſances
Célestes ,
1. Et mettezce malheur au rang des plus
funeftes.
J'ai chiffré ces quatre Vers felon l'or-
Novembre 1717.
E
50 LE MERCURE
dre qu'i's gardent dans l'Origin al . On
y trouvera un grand renverfement ; car,
je commence la Phrafe par les deux
Vers qui la finiffent dans Racine , & je
finis par celui qu'il met au commencement
:Mais ,letour poetique demande
cela , & toutes les perfonnes qui auront
quelque connoiffance de la Poefie, conviendront
, en comparant ces deux Phrafes
, que la derniere eft poetique , &
que celle de Racine ne l'eft pas . Cependant
, qu'y a-t-il de plus dans l'une
que dans l'autre ? Rien ; finon, qu'aulieu
que Xiphares chez Racine dit :
Atteftez les Puiffances Céleftes contre un
fang malheureux , & c. Je lui fais dire :
Contre un fang malheureux & c . Atteftés
les Puiffances Celeftes. C'est- à- dire, que
j'ufe de tranfpofition où il n'en ufe pas
& par ce feul fécret, je fais des Vers avec
les mêmes termes dont il ne fait que de
la Profe rimée.
Vous blâmez donc Racine, dira quetqu'un
, & vous vous croyez bon pour
lui faire fon procez ? Quelle préfomption
? Elle eft grande , j'en conviens ; &
cependant ,toute grande qu'elle eft , je
DE
NOVEMBRE.
ne la
defavouë pas. * Vous
manquez en
5.2
peu de chofes, dit Ciceron , en
appliquant
à Catoa ce paffage d'un Ancien ; mais ,
fi vous tombez enfaute , jefuis en droit
de vous reprendre. Je puis dire la même
chofe à l'égard de Racine .
Rarement
s'écarte-t-il des regles dans fa Poëfie ;
mais , lorfqu'il s'en écarte , je fuis en
droit de le relever ; & je le fais avec
d'autant plus de confiance , que c'eft à
lui même que je dois les lumieres à la
faveur
defquelles je découvre fes négligences
. C'eft chez lui en effet, plus que
chez aucun autre Poëte , que j'ai appris
combien l'ufage des
tranfpofitions êtoit
néceffaire, pour parvenir à cette fufpenfion
qui fait l'ame de la Poëfie , & qu'il
ménage fi habilement dans la fienne. Il
faudroit tranfcrire ici prefque toutes fes
piéces , fi je voulois rapporter tous les
exemples qu'on en peut tirer fur ce
point : Mais , comme je me fuis borné ,
dans cet examen, à la feule Tragédie de
Mithridate , je me contenterai d'en citer
une tirade de huit ou dix Vers de la
* Non multa peccas , inquit ille , fed fi
peccas , te regere poffum.
Cic. or. pro Murænâ.
Eij
52 LE
MERCURE
premiere page. C'eſt Xiphares qui parle,
& qui , aprés avoir annoncé en quatre
Vers à Arbate la mort de Mithridate ,
pourſuit ainsi.
Aprez un long combat , tout fon Camp
difperfé ,
Dans la foule des Morts en fuyant l'a
laiffé.
Etj'aifcû qu'un Soldat dans les mains
de Pompée
Avec fon Diademé à remis ſon Epée.
Ainfi ce Roy , quifeul a durant quaran
te ans
Laffé tout ce que Rome eut de Chefs im
portants ,
Et qui dans l'Orient balançant la fortune
,
Vengeoit de tousles Roys la querelle commune
,
Meurt , & laiffe aprez lui ,pour venger
fon trépas ,
Deuxfils infortunez qui ne s'accordent
pas.
Qu'on examine ces Vers , on n'en
trouvera gueres où il n'y ait quelque
tranfpofition & quelquefois deux plûtôt
qu'une. La Profe diroit. L'a laiffé
DE NOVEMBRE.
S3
dans lafoule des morts ... a remis fon Epée
avec fon Diadême dans les mains de
Pompée a laffe durant quarante ans ...
balançant la fortune dans l'Orient .
Vengeoit la querelle commune de tous les
Roys . La Poëfie au contraire dir : Dans la
fouledes morts l'a laiffé ... dans les mains
de Pompée avec fon Diademe a remis fon
Epée:Ce qui fait deux tranfpofitions.La
premiere , en ce qu'il y a , dans les mains
de Pompée aremis fonEpée. La feconde ,
en ce qu'au lieu de dire , a remis fon
Epée avec fon Diadéme, on met : Avec
fon Diademe a remis fon Epée. Et ainfi
des autres tranfpofitions qu'on peut juftifier
dans ce morceau , & qui fe trouvent
en affez grand nombre dans l'efpace
de fept Vers feulement. Voila quel
eft le ftile ordinaire de Racine dans fa
Poëfie , & s'il lui arrive quelquefois de
mollir & de s'écarter de la regle qu'il
fuit le plus fouvent , on doit regarder
eesfortes de libertez , comme des petites
négligences, dont les plus grands
Poëtes mêmes n'ont jamais efté totalement
exempts. Je crois qu'aprez cette
déclaration, perfonne ne trouvera mauvais
que je continue à relever ces négligences
légeres qui peuvent fervir à nous
A iij
$4
LE MERCURE
inftruire . C'eſt par là que les fautes mêmes
ou les imperfections de Grands.
Hommes,nous déviennent utiles..
Je n'ai jufqu'ici apporté d'exemples
que de plufieurs Vers joints enfemble
&l'on a pû voir ,comment en les déplaÇant
feulement, & mettant les premiers
ceux qui eftoient les derniers , on faifoit
des Vers , de ce qui n'eftoit auparavant
que de la profe rimée . J'ajoûte
à cela que la même chofe arrive à
l'égard des moitiez de Vers ou des hemiftiches
, où ce qui en Profe iroit le
´premier , doit marcher le dernier dans
la Poëfie, Qu'on dife par exemple .
Kondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Le Vers n'eft point abfolument mauvais
; mais , la Profe ne parlera pas autrement.
Au lieu que dans la Poëfie , on
tranfpofe ces deux hemiftiches , comme
le fait Racine.
D'un Gendre fans appui voudra- t-il fe
charger ?
On dira peut. être , que la rime eft ce
qui a déterminé Racine à cette tranfpo-
* A&t. 3. Sc. 1 .
DE NOVEMBRE.
$5
fition . C'est ce qui peut bien arriver à
des Poëtes médiocres , mais , non pas
à un Poëte tel que Racine. Ses ouvrages
font affez foy , que la rime ne le
gouvernoit point.Non, que quelquefois
il ne fe difpenfe de cette tranfpofition
d'hemiftiches , & qu'il ne fuive à peu
prez l'allure de la Profe. Comme quand
il dit .
I Il faut qu'on joigne encor l'outrage
mes douleurs ,
...
2- L'Amour a peu de part à mes juftes
Soupçons.
Car , il eft certain qu'il eut efté plus
poëtique de dire.
Ilfaut qu'à mes douleurs on joigne encor
l'outrage ,
A mes juftes foupçons l'Amour a peu
de
part.
Mais , il faut confiderer qu'il y a des
occafions où cela eft corrigépar ce qui
précede ou par ce qui fuit , & où ces
inverfions trop multipliées pourroient
faire un mauvais effet . C'eft fur quoi
je m'expliquerai plus au long , en par
1 A&t . 2. Sc. 6.
2 Act . 4. Sc. 1. E iiij
+6 LE MERCURE
lant de l'ufage des tranfpofitions , &
de la maniere dont il faut les ménager.
Je me contenterai de faire voir ici par
un feul exemple, qu'un Vers qui confideré
feul , auroit l'allure de la Profe ,
dévient poëtique, quand il eft joint à un
autre ; & cela , par le moyen de la tranfpofition
commune qui les lie tous deux .
Suppofons donc le Vers que j'ay déja
cité un peu plus haut.
Voudra-t- il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Il eft fûr que ce Vers confideré feul
eft tout-à-fait dans le goût de la Profe
. Mais , joignons en un autre qui le
précede dans ce fens...Ce Prince qui
avoit de la peine à fe déclarer pour .
nous , dans le temps que la fortune
nous favorifoit le plus.
9
Lorfque tout l'Univers nous accable aujourd'hui
Vondra-t-ilfe charger d'un Gendre fans
appui?
Alors ,ce fecondVers qui pris tout feul,
paroiffoit Profe, devient véritablement
Vers , par la jonction du premier. Pourquoi
cela ? C'est qu'il s'y trouve de la
1
DE NOVEMBRE.
57
tranfpofition , & par confequent de la
fufpenfion ; car , dans l'ordre naturel ,
& tel que le demande le tour de la
Profe , il faudroit dire.
Vondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Lorfque tout l'Univers nous accable an
jourd'hui.
Dans cette difpofition des deux Vers ,
on n'attend plus le fecond , qu'on ne
peut regarder que comme un traîneur
qui vient trop tard & après coup : Aulieu
qu'en commençant par ce fecond
Vers , comme je l'ay fait ci-devant , onprépare
l'efprit à l'autre Vers que celuici
fuppofe : Or , voilà la fufpenfion ,
& dés qu'il y a de la fufpenfion , le
tour eft poëtique.
Ainfi,quand j'examine un Vers en par
ticulier , & que je juge fi le tour en eft
poëtique ou non , je n'en juge qu'en
le confidérant à part , & fans rapport
à ce qui précede ou ce qui fuit : & je
disfur cela , que la Poëfie demande que
le premier hémistiche fuppofe toujours ,
autant qu'il fe pourra , celui qui doit
fuivre , & qu'il y prépare l'efprit du
58 LE MERCURE
Lecteur ; c'eft comme en ufe ordinai
rement Racine. Il ne dit point.
On m'y verra courir plus ardent qu'aucun
autre . . .
Pourquoi vous taifiez vous, avant que
partir ...
de
Preffer noftre départ ainfi que noftre hymen
Cette tournure ne vaudroit rien , parceque,
fi on y prend garde ; aprés le premier
hémiftiche de ces trois Vers , on
n'attend plus le fecond : Chacun de ces
premiers hémiftiches a un fens terminé
qui ne promet plus rien . Auffi , Racine
n'a - t- il eu garde de les conftruire de la
forte. Il a tranfporté ces hémiſtiches ,
& par là en là en a fait de trés bons Vers en
difant.
1. Plus ardent qu'aucun autre , on my
verra courir,
2. Avant que de partir , pourquoi vous
taifiez vous ?
3. Ainfi que noftre hymen preſſer noſtre
départ .
Mais , comme en êtabliffant la né-
1. Acte III. Sc. I.
2. Att . IV. Sc. 4.
3, Alte I. Sc. 30.
DE NOVEMBRE. 59%
ceffité des tranfpofitions , par rapport
à la fufpenfion dont elles font le principe
, j'ay fixé ces tranfpofitions à celles
qui font reçues dans la langue . Je
crois qu'il ne fera point hors de propos
d'examiner qui font celles qui fe pratiquent
en Vers , & que la langue autorife
; & qui font celles qu'elle n'y fouffre
pas.
Nous sommes obligez, de remettre au
mois prochain, la fuite de cette Differtation
qui contient un détail trés curieux
fur les tranfpofitions , & dont on ne fera
pas moins content que de ce qu'on a pû
Lire ici.
SUR LA POESIE FRANCOISE ,
où L'ON EXAMINE
En quoy confifte ce qui fait le Caractere
propre du Vers François , &
ce qui le diftingue
effentiellement
de
la Profe.
OM ME le reproche le plus
fpécieux qu'on ait fait à la
Poëfie Françoife, roule fur le
Langage contraint & forcé ;
auquel femble la réduire la néceffité
A iij
6 LE MERCURE
de la Mefure & de la Rime ; il n'y a
rien à quoi les Poëtes , tant bons que
mauvais , fe foient généralement plus
étudiez , qu'à rendre leurs Vers aifez
& naturels . On a tâché , malgré cette
efpece de gêne effentiellement attachée
à la méchanique du Vers , de faire
paffer dans la Poëfie la même aifance
qui fe trouve dans la Profe. La
Poëfie en effet ne touche gueres que
quand elle est coulante & libre dans fa
marche. Les Vers les plus beaux d'ailleurs
, laffent & fatiguent , dés qu'on
y apperçoit quelque chofe de forcé ;
on fçait mauvais -gré à l'Auteur , de
s'être mis à la torture , pour nous y
mettre enfuite nous mêmes ; & l'on ne
peut s'empêcher de lui dire avec Def
preaux .
Il ſe tuë à rimer, que n'écrit- il en Proſe?
Qui eft-ce au contraire , qui ne fe
rend pas au charme de la facilité qui
regne dans les bons Vers : On y admire
d'autant plus l'art , qu'il y eft
plus caché ; & le Lecteur n'eft jamais.
plus content que quand , en lifant des
Vers , il lui femble qu'il eut êté imDE
NOVEMBRE
. 7
poffible de s'exprimer
plus heureuſement
en Profe .
Mais, il y a en ceci un grand écueil à
éviter ; & il eft à craindre qu'en vou→ lant donner aux Vers le naturel de la
Profe , on n'énerve & on ne dégrade
la Poëfie , & qu'on ne faffe de la Pro
fe rimée , en croyant faire des Vers.
Bien des gens tombent dans le cas fans
la Rimie
s'en appercevoir
. Pourveu que
vienne naturellement
à la fin du Vers ,
on croit que tout est fait ; & on fe livre
tellement
à cet air de facilité , qu'on
en neglige tout le refte , & qu'à la Rime
prés , on oublie , ou peu s'en faut,
qu'on faffe des Vers . Mais , le Public
éclairé n'en eit pas la Dupe ; & quelque
charme qu'ait pour lui ce naturel ,
qu'on exige & qu'on recherche
aujourd'hui
plus que jamais dans nôtre Poëfie
, il fent bien quand on lui donne de
la Profe rimée pour des Vers .
Ily a donc dans la Poëfie Françoiſe
un air de facilité different de celui de
la Profe. On demande également dans
l'une & dans l'autre , un tour ailé &
naturel ; mais , il me paroît que ce tour
n'eft pas le même pour l'une & pour
l'autre , & qu'indépendamment
de la
A iiij
LE MERCURE.
Mefure & de la Rime, chacune a fa marche
particuliere. C'est un point que je
fuis furpris, qu'aucunAuteur n'ait enco
re traitté . Nous avons des Livres faits
exprez pour enfeigner les Regles des
Vers François , chofe fi aifée & d'un
fi petit détail, qu'il n'y a perfonne qu'en
une demie heure de temps, on ne mette
parfaitement au fait fur cette matiere.
Nous avons des Volumes entiers &
des Differtations trés fçavantes , fur les
differentes efpeces de Poëfies. Il y en
a fur le Poëme Epique , fur le Dramatique
, fur le Lyrique , fur l'Eclogue
fur l'Epigramme &c. Mais, nous
n'avons rien fur ce qui fait la difference
effentiélle du ftile dans la Profe
& dans les Vers. Cependant,faute d'être
bien inftruit fur cet article , on
peut avec la connoiffance la plus parfaite
des Régles ordinaires de la verfification
, & avec toute la Doctrine renfermée
dans les difcours que je viens
de citer , faire de trés mauvais Vers.
,
Il feroit donc à fouhaiter que quelqu'un
de nos Grands - Maîtres voulût
bien s'ouvrir un peu là deffus , & nous
traçer quelques Leçons touchant un
point fi délicat , & qui me paroît fi
DE NOVEMBRE.
néceffaire pour la perfection de notre
Poëfie ; mais , en attendant qu'il plaife.
Apollon d'en fufciter quelqu'un d'affez
zelé , pour fe charger d'un pareil
travail , je me hazarderai à propoſer
fur cela mes Réflexions , plûtôt comme
des doutes que comme des Regles
, & moins pour inftruire les autres,
que pour engager par là quelque Poëte
plus intelligent à me redreffer &
à m'inftruire moi- même.
Je fuis convaincû que fi l'on prenoit
à ferment la plupart de ceux qui
fe meflent de verfifier , & qu'on leur
demandât , en quoi ils font confiſter
l'effence du Vers françois & le Caractere
diftinctif qui le tire de pair
d'avec la Profe , ils conviendroient de
bonne-foy , qu'ils n'en ont jamais connu
d'autre que la Mefure & la Rime :
Principe qu'on peut regarder, comme
la Source de ce ftile profaique qui s'eft :
intrus dans nôtre Poëfie . Car , cette maxime
une fois établie , il s'enfuivra que.
la Profe & les Vers auront une même.
allûre pour le fonds , & qu'en mertant
une Rime au bout d'un certain nombre
de Syllabes , on pourra avec trés
peu de changement, métamorphofer en
10 LE MERCURE
Poëte , un Orateur , & faire un Poëme
d'une Hiftoire ; au moins en ce qui
regarde le ftile .
Pour rendre ceci plus fenfible , je
me fers du premier Livre qui me tombe
fous la main , & qui fe trouve être
le fecond Tome de l'Hiftoire Univerfelle
où l'Auteur commence ainfi .
Nicephore chaffa Irêne & s'empara de
l'Empire d'Orient . Ce fut un Prince
avare & fans foy , Difciple des Ma
nichéens , & rempli de leurs fuperſtitions
, Grand perfécuteur des Ecclefiaftiques
& des Moines. Il fit une paix
honteuse avec les Sarrazins , & périt
dans la guerre qu'il eut contre les Bulgares.
Voilà de la Profe & de la plus
fimple , telle qu'il convient pour un
Abrégé Chronologique : Or , fi pour faire
des Vers ,il ne s'agit que de mefurer des
Syllabes & de coudre une Rime au bout;
il me paroît que de cette Profe fi fimple
& fi unie , il eft fort aifé de faire
des Vers : En voici la preuve.
Nicéphore autrefois chaffa du Trane
Irêne,
Et bientôt s'empara de l'Empire fans
peine ;
DE NOVEMBRE. I
1
C'étoit un Prince indigne , avare , fans
bonneur ;
Il fut Manichéen & grand Ferfécu
teur.
Avec les Sarrazins fit une paix hon-
*tenſe ;
Puis , eut chez le Bulgare une fin malheureuſe.
Je pourrois continuer fur le même
ton , & la chofe eft fi facile qu'il ne
faudroit gueres pour cela que le tems
d'écrire. Que l'on compare à préfent
ces prétendus Vers avec la Profe fur
laquelle je les ai formez , on conviendra
qu'il n'y a autre difference entre les
deux , que la Rime que j'ai coufuë
au bout d'un certain nombre de Syllabes
mefurées & coupées par la céfure.
Quantà l'arrangement
des termes , &
à ce qui s'appelle le ftile , c'eft précifément
la même chofe. On ne dira
pas d'ailleurs qu'il y ait beaucoup à
redire à ces prétendus Vers , foit pour
la Céfure , foit pour la Rime ; & j'en
citerois , s'il le falloit , qui fans être
mieux conditionnés fur ces deux points,
ne laiffent pas de paffer pour trés bons
& de l'être en effet.Que ceux- ci foient
12.
LE MERCURE
trés mauvais , c'eft fur quoi je fuis
perfuadé qu'il n'y aura point deux voix .
Les Sçavants & les Ignorants conviendront
également qu'ils ne valent rien.
Cependant , pechent- ils contre les regles
de la verfification ? Non ; tout
y eft affez exact pour la Mefure des
Syllabes , pour la Céfure & pour la Rime;
mais , avec tout cela , on n'y fent
point le goût de Vers ; on n'y trouve
de la Profe cadencée & rimée . Il
faut donc néceffairement conclure delà
, que ce qui fait l'effence & le caractere
diftinctifdu Vers , confifte dans
quelque autre chofe que la cadence
d'un certain nombre de Syllabes mefurées
& terminées par une Rime.
que
C'est de quoy je m'imagine que ceux
qui liront ceci avec attention , demeureront
d'abord perfuadez . Voyons cependant,
fr on ne pourroit point encore
porter la chofe à un plus haut degré
d'évidence & la rendre plus palpable.
Quelqu'un dira peut- être que j'ai choifilà
une matiere peu favorable à lan
Poëfie , & qu'il n'eft pas étonnant qu'on
ne puiffe faire que de mauvais Vers ,
de ce qui eft pure Profe. C'eft ce me
femble,l'objection la plus raisonnable
DE NOVEMBRE .
13
qu'on peut faire , & celle qui vient
le plus naturellement à l'éfprit. Mais,
fi on y prend bien garde , cette objection
là même renferme la
7
preuve de
ce que je dis , qu'il y a autre chofe
que la mefure
& la rime , en quoy . confifte
le caractere
effentiel
du Vers :
Car , fi malgré cette rime & cette mefure
, la Profe que je viens d'habiller
.
en Vers , reite toujours
Profe & n'acquiert
rien de plus , fi non qu'elle
eft, cadencée
& rimée , il s'enfuit
évidemment
de là qu'indépendamment
de la mefure
& de la rime , 'les Vers
ont un ftile particulier
, different
de ce- lui de la Profe.
Mais , pour faire encore mieux fentir
la difference infinie de ces deux ftiles
, effayons un peu , fi de cette même
matiere qui paroît fi ingrate & fi
peu fufceptible des ornements de la
Poëfie , on ne pourroit pas en faire de
bons Vers & qui ne reffemblaffent en
rien à la Profe . Voici, à ce qu'il me paroît
, comment un Poëte pourroît en
huit Vers ,dire à peu prez du regne de
Nicéphore , ce que l'Auteur de l'Hiftoire
univerfelle en dit en huit lignes
-de Profe .
$4
LE MERCURE
Miniſtre ambitieux , traître à ſa Souveraine
,
Nicéphore autrefois chaſſa du Trône
Irêne.
· Prince avare & fans foy , ce lafche Ufurpateur
Difciple de Manés & grand Perfécuteur
>
Bientôt aux Sarrafins pour fruit de leur
Victoire ,
> Par un Traitté honteux Sacrifia fa
gloire ;
Et Victime , à la fin du Bulgare irrité
,
Périt plus noblement qu'il n'avoit merité.
Quelques que foient ces Vers , &
quelque chofe qu'on y puiffe reprendre
d'ailleurs, du moins , ne difconviendra-
t-on point que ce ne foient veritablement
des Vers & non de la Profe
rimée. Cependant , qu'ont- ils de plus
que les prémiers pour la mefure ou
pour la rime ? Rien d'effentiel . Tout
eft à peu prez égal de part & d'autre
fur ces deux points. Concluons donc ,
que ce qui fait le caractére propre du
DE NOVEMBRE.
'S
Vers & ce qui le diftingue effentiellement
de la Profe, eft quelque autre chofe
que la meſure & que la rime.
En effet , fi les Vers n'avoient point
d'autre avantage fur la Profe , les Poëtes
n'auroient pas lieu de s'en faire tant
accroire ; & le langage des Dieux ne
l'emporteroit de gueres fur le langage
ordinaire des Hommes. De plus , com
me les Vers de quatre pieds ou de huit
Syllabes & audeffous, n'ont point de céfureoude
reposdéterminé ,il fe trouveroit
qu'une grande partie de noftre Poëfie
françoife & fur- tout une de fes efpeces
les plus nobles , qui eft la Poëfie Lyrique
, ne differeroit prefque de la Proſe
que par la rime. Nos Pindares , nos
Horaces & nos Anacréons modernes
fe contenteroient-ils d'une difference fi
légere , & trouveroient-ils dans la feule
prérogative de la rime , de quoy ſe tirer
de pair d'avec le refte des Auteurs?
J'avoue que dans les Vers de fix & de
cinq pieds , le repos joint à la rime , a
quelque chofe de plus marqué ; mais ,
quand il ne s'y trouve rien d'ailleurs
qui caractériſe le vers , on fent que la
rime & la céfure ( je comprends fous ce
nom la meſure des fyllabes qu'elle partage
) loin d'eftre un agrêment , dégeLE
MERCURE
nerent en une monotonie plus infoutenable
que la Profe même la plus fimple
& la moins ornée . Qu'y a- t-il en effet
de plus ennuyeux que ce repos & cette
rime qui reviennent toujours au bout
d'un certain nombre de fyllabes toujours
le même ? L'un & l'autre à la verité ,
font effentiels à la forme méchanique
du Vers, fi j'ofe m'exprimer ainfi ; mais ,
ce n'eft point ce qui en conftituë le caractere
& ce qui fait le charme de la
Poëfie. On convient que les Vers plaifent
plus que la Profe ; cependant , s'ils
n'en eftoient diftinguez que par ces deux
endroits, ils devroient plaire infiniment
moins. Cette monotonie uniforme a
quelque chofe en foy de fi defagréable ,
que toutes chofes égales d'ailleurs , l'avantage
feroit tout entier pour le ftile
qui s'en trouveroit le plas exempt . Or,
fi malgré le defagrément qui refulte de
cette uniformité perpetuelle de chutes
& de fons , les Vers , de l'aveu même
de ceux qui font le moins favorables à
noftre Poëfie , ont plus de charmes que
la Profe ; il faut conclure néceffairement
, qu'il y a quelque chofe de plus
que la céfure & que la rime quiles en diftingue
, & qui fait en quelque forte l'a .
Ame
DE NOVEMBRE. 17
me de cette Poëfie , dont le repos &
la rime ne font , pour ainsi dire , que le
corps ou la forme exterieure. Enfin,
pour finir fur cet article , il faut un diftinctif
qui foit général pour toutes les
efpeces de Vers ; & comme les Vers de
huir fyllabes & audeffous , qui tous
n'admettent point de céfure , font autant
& auffi effentiellement Vers , que
ceux de dix & de douze fyllabes ; il eft
évident que la céfure n'eft point ce qui
décide de la Poëfie dans le Vers françois
: Ainfi , on ne pourra fe retrancher
que fur la rime ; & alors , il ne faudra
plus mettre d'autre diftinction entre les
Vers & la Profe , finon, que les premiers
feront de la Profe qui rime , & l'autre
de la Profe qui ne rime pas. Concluons
donc de tout cela , qu'il faut qu'il y ait
quelqu'autre chofe que la rime & que
la céfure , qui conftitue l'effence de la
Pocfie, & qui faffe le caractere diſtinctif
de ce qui eft véritablement Vers &
de ce qui n'en a que l'apparence,
On ne peut point non plus réferer
ce diftinctif à la difference des termes
& à la nobleffe de l'expreffion ; puifque
les termes font communs aux Vers
& à la Profe , & que tous ceux qui font
Novembre 1717. B
18 LE MERCURE
reçûs dans la bonne Profe , font auffi
de mife dans les bons Vers . Je dis la
même chofe des figures hardies & fublimes
que la Poëfie ne fait qu'emprunter
de la Rhétorique , à qui elles appartiennent
en propre, & dont les Poëtes
doivent l'hommage aux Orateurs.
Ce n'eft donc que dans l'arrangement
des termes , c'est à dire dans la conftruction
& le tour de la phrafe , que
peut confifter cette difference qui caractériſe
le Vers François & le diftingue
de la Profe ; & c'eft en cela uniquement
que je pretends qu'elle confifte
, comme je me flate de le démontrer
dans la fuite.
Mais , pour aller au devant de toute
équivoque , il faut faire attention que
je ne parle ici que de la verfification
prife precifément en elle- même , indépendamment
du génie & de la verve du
Poëte ; & que je ne l'enviſage qu'entant
que le tour du Vers differe de celui de
la Profe. Un Auteur peut etre tout Poëtique
dans un Ouvrage , par la hardieffe
& la nouveauté des Fictions , par
la richeffe & la varieté des Images , par
la fécondité & les faillies heureuſes
• d'une Imagination vive & allumée , fans
-
DE NOVEMBRE, 19
que pour cela il le foit dans fa verfification
. Un autre au contraire ,peut l'eftre
dans fa verfification , fans qu'il le foit
dans la difpofition & l'économie de
fon Ouvrage : C'est ce qu'on peut dire
en particulier de Lucain . Il n'eft en
quelque forte que trop Poëte dans fes
Vers ; il ne l'eft pas affez dans l'ordonnance
de fon Poëme . Rien de plus Poëtique
que le Télémaque , par rapport à
Fordonnance & à la conduite , aux fictions
, aux figures & à tous les autres
ornements qui ne touchent point à la
Verfification. Pour le ftile , non feulement
il ne l'eft pas , mais même il ne
le doit pas être.
C'est ce que je fuis bien - aife de faire
remarquer ici , pour décromper bien des
gens qui fur les defcriptions brillantes ,
fur les comparaifons fleuries & autres
pareils ornements que l'Auteur a empruntez
de la Poëfie , fe font imaginez
que le Télémaque eftoit écrit en ftile
Poetique . Ces fortes d'agrêments font
chofes qu'il ne faut point confondre
avec le ftile , auquel ils font abfolument
étrangers.Dire que l'Aurore avec
* Nouveau Télém. Liv. 4. pag. 120.
121. Bij
20 LE MERCURE
fes doigts de rofes entr'ouvre les portes dorées
de l'Orient , & Souhaiter que
Morphée répande fes plus doux charmes
fur des paupieres appefanties , qu'ilfaffe
couler une vapeur divine dans des mem
bres fatigués , & autres expreffions
femblables , fouvent employées dans
le Télémaque ; c'est ce qu'on peut
appeller le langage ou même le jargon
de la Poefie , qui accoûtumée à
animer , à perfonnifier , & même à
divinifer tout ce qu'il lui plaît , nous
reprefente l'Aurore fous l'idée de Déeffe;
& le fommeil fous le nom d'un Dieu..
Mais , comme ces conceptions figurées
fe peuvent exprimer dans un itile Profaique
, tout auffi bien que dans un ftile
Poëtique , elles ne décident rien pour
la qualité du ftile . Feu M. de Cam
brai fe propofant de faire un Poëme Epique
en Profe , aprice la Poëfie tout
ce que la Profe e pouvoit admetre.
Ainfi , la difpofition , l'ordonnance & la
conduite de fon fujet , les penfées , les
images , les comparaifons, les defcriptions,
tout y eft poëtique pour le fonds ;
mais , comme il fe bornoit à écrire en
Profe , il s'eft toujours tenu renfermé
}
DE NOVEMBRE. 2.I
*
dans la fphere d'une Profe , vive à la
verité , noble , fublime & pompeufe ,
mais, qui ne fort point du Caractere de
la Profe. Il y a plus , comme je l'ai déja
remarqué ; c'eft qu'il n'a pas même
dû en ufer autrement , puifque le ftile
Poëtique fiéeroit aufli mal dans la Profe
, que le ftile Profaïque le fait dans
les vers. Ainfi , quand l'Auteur de la Préface
qui est à la tête du nouveau Télémáque
, applique à M. de Cambrai ,
ce que Strabon a dit d'un ancien :
Qu'il avoit imité parfaitement la Poëfie
en rompant feulement la Meſure.
Si par le terme de Mefure , il n'entend
que le dérangement des pieds du
Vers , il n'en dit pas affez ; puifque
M. de Cambrai a fait plus que cela,
& que fon ftile tel qu'il eft , quand on
en arrangeroit les fyllabes felon la Méchanique
du Vers , n'en feroit pas moins
ftile de Profe. Si fous le terme de Mefure
, il entend le Tour Poetique & ce
ftile propre & particulier qui diftingue
les Vers de la Profe rimée , je fouferis
fans peine à fa penfée , & nous
fommes parfaitement d'accord.
* pag. 47+
22 LE MERCURE
En effet , qu'on life Télémaque , on
y trouvera la preuve de ce que j'avance.
Calypfo , dit-il d'abord en commengant
, ne pouvoit fe confoler du départ
d'Uliffe . Dans fa douleur , elle fe trouvoit
malheureuse d'être immortelle & c .
Voila , de la Profe , voila le pur ftile
Hiftorique , tel que M. de Cambrai
l'employe dans tout le cours de fon ouvrage
, & tel qu'il a dû abfolument
l'employer. Veut- on transformer cette
Profe en ftile Poëtique ? Voici ce
me femble , comme on pourroit tourner
la penſée.
Du départ de fan cher Uliffe ,
Calypfo ne pouvoit encor fe confoler ;
Pour elle déformais la vie est un fupplice
exc.
Je crois qu'on n'aura pas de peine
à fentir la difference de ces deux ftiles
par rapport à la Poëfie ; mais , je me
Alate qu'on la fentira bien mieux encore
, quand j'aurai développé ce quifait
, felon moi , cette difference , que
je foutiens qui ne confifte que dans la
difference du tour qu'on donne à la
Phrafe , & qui eft toute autre dans les
DE NOVEMBRE. 23
Vers que dans la Profe . C'est à dire
qu'il y a un tour de Phrafe qui eft Poëtique
& un qui eft Profaïque ; que ce
dernier , avec la meſure la plus exacte
& la Rime la plus riche , eft toujours
dans le fonds veritablement Profe ; au
lieu que l'autre , fans rime même &
fans meſure , est toujours réellement
Poëfie. Il ne s'agit plus que de démefler
ce qui fait la difference , & ce qui
conftitue le caractére diftinctif de ces
deux Tours de Phraſe .
C'est un point qui paroît d'abord d'autant
plus difficile à déterminer , que la
conftruction françoife ne nous permet
pas , même dans la Poëfie la plus fublime
, ces inverfions hardies que fouffre
la conftruction latine , où pourveû
que tous les mots qui doivent
entrer dans la compofition d'une Phrafe
, s'y trouvent raffemblez , peu importe
bien fouvent dans quel ordre on
les y place , & quel rang ils y tiennent.
Tel qu'on met à la tête de la Période ,
figureroit fouvent tout auffi bien , ſi on
le renvoyoit à la queue ; de forte qu'en
mettant confufément tous les termes
d'une Phraſe dans un chapeau , & les
tirant au hazard l'un aprés l'autre >
24 LE MERCURE
comme des Billers de Loterie , la conf
truction s'en trouveroit toujours , à
peu de chofe prés , affés réguliere-
Nôtre Langue n'admet point une pareille
liberté , & a fa route plus refferrée
& plus gênée . C'est ce que quelques
gens lui reprochent, comme une
imperfection. J'en conviendrai fans peine
dés qu'on m'aura fait concevoir , que
de parler dans le même ordre qu'on
penfe , c'est un deffaut : Que l'obfcurité
dans la conftruction des Phrafes ,.
eft une vertu , & la clarté un vice ; &
que plus une Langue eft embroüillée ,
& plus elle laiffe à deviner , plus auffi
elle est belle. Pour moi , j'ai crû jufqu'ici
, que comme on ne parle que
pour ſe faire entendre , celui-la parloit
le mieux , qui fe rendoit le plus intelligible,
& qu'on fe le rendoit d'autant
plus , qu'on laiffoit moins à faire à la
conception de ceux à qui on adreffoit la
parole. Le dérangement de mots & la
difpofition prefque arbitraire que permet
fur ce point la conftruction latine
, a quelque chofe de fatiguant pour
l'intelligence de celui qui écoute. Il
faut qu'il épele, pour ainfi dire, chaque
mot , & qu'il mette en ordre dans fon
efprit
DE NOVEMBRE. 25
ofprit , ce que nous lui préfentons en
défordre dans le Difcours. Je ſçai
que l'ufage & l'habitude rendent cette
peine beaucoup moins fenfible qu'elle
ne l'eft en effet ; mais , c'est toujours
une peine & une fatigue de moins que
nôtre Langue nous épargne , en préfentant
les idées dans l'ordre naturel
qu'elles doivent avoir : De forte que
celui qui nous écoute , n'a rien à reformer
pour l'arrangement , dans ce que
nous lui difons ; & comme nous lui
préfentons les idées felon l'ordre qu'elles
doivent avoir entre elles , elles fe
placent d'elles mêmes dans fon efprit,
à mesure que nous parlons , & toute
fa peine fe réduit à écouter.
C'eft un avantage que nôtre Langue
a fur la Latine & fur celles qui lui
reffemblent ; & l'on peut dire que l'éloignement
naturel que nous avons
pour tout ce qui demande du travail
& de la difcuffion , n'en releve pas
peu le prix. Tout ce qui fe fait à moins
de frais, eft toujours plus felon le goût
de l'homme , en quelque chofe que ce
foit,&fur-tout dans celles qui font d'un
ufage ordinaire & néceffaire , comme
l'eft le Langage. Je ne prétends point
Novembre 1717. C
26 LE MERCURE
par la déprimer la Langue Latine
que j'ai étudiée toute ma vie , &
dont je fuis Partifan auffi zelé que perfonne
: Mais,je ne craindrai point de dire
, que je l'admire bien moins dans la
conftruction de chaque phraſe en particulier
, que dans la liaifon des phrafes
, dans le tiffu du difcours , & dans
l'ordre naturel & aifé avec lequel elle
développe un raifónement ou un narré ,
& en affortit toutes les parties . C'eſt
en quoi elle l'emporte infiniment fur
nôtre Langue : Mais , quand elle l'emporteroit
encore par mille autres endroits
, dont la difcuffion feroit ici hors
d'oeuvre , il faut qu'elle lui céde pour
la régularité & la netteté de la conftruction.
Cette licence qu'elle fe permet
dans le defordre & la confufion
des termes qui compofent fa phrafe ,
eit , felon moi , bien moins une liberté
qu'une forte de libertinage , dont on
doit fçavoir bon gré à nôtre Langue de
s'être jufqu'ici toujours défenduë .
Il eft aifé de juger par là , que je
fuis bien éloigné de foufcrire au fouhait
que
femble former , en faveur de nôtreLangue
, l'Auteur de l'excellente Préface
que j'ai déja citée . C'eſt à la
A
page
DE NOVEMBRE.
27
XLVIII. * où après avoir loüé un Poëte
Anglois qui a commencé , dit- il , d'introduire
avec fuccés dans la Langue
les Inverfions des Phrafes : Feut - être
ajoute- il , que les François reprendront
un jour cette noble Liberté des Grecs &
des Romains. Le terme de reprendront ,
femble fuppofer qu'ils l'avoient prife
autrefois ; & en cela , cet Auteur à raifon.
Ronfard en effet , l'avoit introdui
te de fon temps dans nôtre langue . Sa
réputation foûtenue de l'exemple des
beaux efprits de fon fiécle , qui le regardant
comme le Phenix de la Poë
fie , & comme leur Maître , faifoient
gloire de l'imiter , avoit mis en crédit
ces inverfions hardies de phraſes
qu'il avoit empruntées du Grec & du
Latin. Ces Meffieurs crûrent embellir
nôtre Langue en l'obfcurciffant ; ce
fût un mérite , que de fe rendre inintelligible
; & la chofe fat pouffée
fi loin , que du vivant même de Ronfard
, il fallut un Commentaire à fes
Poëfies. C'eft- à - dire , que fes Vers
devinrent en quelque forte, un langage
* Difcours de la Poëfie Epique &c.
fervant de Préface au nouveau Téléma
que. Cij
28 LE MERCURE
êtranger pour fes Compatriotes mêmes,
& que des François , pour. entendre des
Poëtes François, eurent befoin de Scholiaftes
, comme s'il fe fut agi de Poëtes
Latins ou de Poëtes Grecs .
Mais,l'illufion ne fut pas de longue
durée. Le génie droit & judicieux de
la Nation, qu'on furprend quelquefois ,
mais qu'on ne violente jamais longtemps
, réclama bientôt contre un goût
fi oppofé à ce caractére de fimplicité
& de clarté que nous aimons tant
dans les Ouvrages d'efprit. On cut
honte d'avoir efté quelque temps la
dupe du Pédantifme de Ronfard & de
fes Partifans ; & les productions de
ce Poëte tombérent bientôt dans un
mépris dont elles ne fe font point relevées
jufqu'ici . Je ne fçai même fi
on n'a pas un peu outré les choſes à
cet égard , & il me femble qu'on ne
rend d'ailleurs à Ronfard toute la
pas
juftice qu'il mérite ; car , il faut convenir
, qu'il avoit , après tout , d'excellentes
parties pour la Poefie : Beauboup
d'efprit , de l'imagination , du
feu, de l'entoufiafme , bien de la lecture
, & une grande connoiffance des
Anciens ; de forte qu'on ne peut guć- '
DE NOVEMBRE. 29
res attribuer fa chûte & le décri de
fes ouvrages qu'à ces Inverfions bardies
, qu'on prétend qui manquent à
nôtre langue ; mais , qui ont fi mal
réüffi à cet Auteur , que je ne crois
pas, qu'il prenne jamais envie à aucun
autre de tenter une femblable Avan
ture.
Mais , en rejettant ces Inverfions hardies
, je fuis bien éloigné , comme on
le va voir , de prétendre que toute
tranfpofition foit incompatible avec la
conſtruction de nôtre Langue , & conféquemment
avec nôtre Poëfie ; puifque,
c'eſt au contraire dans ces tranfpof
tions mêmes,que je fais confifter le caractere
effèntiel & diftinctif de la verfification
françoife : Voici comment.
J'ai dit , qu'il y avoit une phrafe
poëtique , & une phrafe profaique ;
& comme les termes qui entrent dans
la compofition de l'une & de l'autre
appartiennent également à la Profe &
aux Vers , & que l'ufage leur en eft
commun ; il s'enfuit que ces deux fortes
de Phraſes ne peuvent différer , que
par l'arrangement des termes & par le
tour qu'on leur donne . Or, quel eft cè
tour de phrafe qui eft particulier à la
Ciij
30 LE MERCURE
Poëfie , & qui diftingue les Vers , de
la Profe ? Le voici . C'eſt uniquement
le Tour qui met de la ſuſpenſion dans
la Phrafe , par le moyen des inverfions
on tranfpofitions recenës dans la Langue ,
qui n'en forcent point la construction.
Les exemples rendront cela plus fenfible
, que llaa ddééffiinniittiioonn ne le peut faire ;
mais , avant que de les appliquer , je
crois qu'il eft à propos de développer
cette définition , dont je fais la bafe
de tout mon Syſtème fur cette matiere .
- Je regarde donc la fufpenfion , comme
l'ame du Vers , & ce qui en fait le
charme , par l'attente où elle met
& par la furpriſe qu'elle caufe . On foûtient
par ce moïen l'efprit duLecteur qui
demeure toûjours en haleine,jufqu'à ce
que le terme le plus effentiel , & qui eſt
comme la clef de la phraſe, ait enfin déterminé
la penſée. Il en eft à peu prés en
cela,duVers par rapport à laProfe,comme
du Poeme par rapport à l'Hiftoire .
Un Hiftorien qui entreprend de traiter
d'une guerre , obferve régulièrement
dans fa narration l'ordre naturel des
chofes. Il expofe d'abord les motifs de
cette guerre , de là il paffe aux préparatifs
, & il ne fera point le fiége d'une
Ville qu'il n'ait mis auparavant l'Ar-
T
DE NOVEMBRE. 31
mée en Campagne. Le Poete au contraire
, tranfporte d'abord fon Lecteur
au milieu des Evénements.
a In medias res
Non fecus ac notas Auditorem rapit .
C'eſtpar la fin d'un fiége qu'il ouvre
la Scéne ; & ce n'eft que dans le cours
du Poëme qu'on apprend enfin , comme
par occafion , les cauſes , les ſuites
& les exploits d'une guerre qui eft fur
le point de fe terminer.
Telle eft , à proportion , la marche
du Vers par rapport à la Profe ; car,
au lieu que celle- cy débute ordinairement
par le terme principal de la
Phrafe ; au lieu qu'elle met d'abord en
chef le Nominatif fubftantif efcorté
de fon adjectif , s'il doit en avoir , &
fuivi de fon verbe , qui traifne lui même
aprés lui ou l'accufatif , ou tel
autre cas qui lui convient : Méthode
qui , comme le remarque fort bien M.
de Cambray , b exclut toute fufpenfion
d'esprit , toute attente , toute furprife ,
a Horat. Ars Poëtica.
Réfléxions fur la Rhéthorique.
C iiij
32. LE
MERCURE
toute variété , & Souvent toute magnifique
cadence ; le Vers au contraire ,
Commence fa marche par ce qu'il renferme
de moins effentiel. Le premier
terme qui fe préfente d'abord , en fuppofe
prefque toûjours un autre , dont
il dépend abfolument , & qui peut-être,
ne fe déclarera qu'à la fin de là Période .
Souvent tout eft en l'air dans le piemier
Vers , & ce n'eft que dans le fecond
ou le troifiéme qu'on découvre
enfin , ce qui l'appuye & lui fert de
foûtien. C'eft comme une intrigue de
Théatre qui caufe un embarras intereffant
& agréable durant le cours de
la Piéce , & dont on ne voit le dénouëment
qu'à la fin : & voilà ce qui produit
cette fufpenfion d'efprit propre du
Vers , & où la Profe , de l'aveu de M.
de Cambray , ne fçauroit afpirer.
Qu'on rappelle ici ce quej'ai cité plus
haut du commencement deTélémaque.
On y trouvera la preuve de ce que je
viens d'expofer. Calypfo , dit l'Auteur , ne
pouvoit fe confoler da départ d'Uliffe.
Quel est dans cette phrafe le principal
Perfonnage ,&celui qui y figure en chef?
C'eft Calypfo. Auffi, eft- ce elle qu'on
met d'abord fur la Scene. Qu'elle eft
DE NOVEMBRE,
33:
1
fon attitude ? C'est celle d'une femme
défolée. Elle ne peut fe confoler :
Et de quoi ? Du départ d'une perfonne.
qu 'elle aime. Qui eft cette perfonne ?
C'eft Ulyffe. Voilà l'ordre naturel
des Questions qu'on peut faire fur
Calypfo dans le point de vue où on la
met ? On veut d'abord connoître la
perfonne ; ce n'est qu'aprés qu'on a re--.
connu qu'elle eft affligée , qu'on s'informe
du fujet de fon affliction ; & c'eſt'
auffi l'ordre que fuit la Phrafe profaïque
dans fa conftruction . La Poëfie
au contraire , débute d'abord par ce
qui fait le fujet de l'affliction ; & on
apprend chez elle , pourquoi Calypfo
eft affligée,avant que de fçavoir que
Calypfo foit affligée ,
Du départ de fon cher Ulyffe
Calypfo ne pouvoit encorfe confoler.
Ici , le premier Vers eft comme en
l'air. On y parle du départ d'Ulyffe ;
mais, on n'y voit point encore , ny qui
s'y intereffe , ny à quel point on s'y intereffe
; & ce n'eft que dans le fecond
Vers qu'on apprend enfin que c'eſt
Calypfo qui y prend part , & qui en eft
même touchée à tel point , qu'elle ne
1
1
34 LE MERCURE
peut s'en confoler. De là naît certe
furprife , cette attente & cette agréa
ble fufpenfion, dans laquelle je fais confifter
le caractere & l'agrêment de la
verfification françoife.
Je ferois même voir, s'il étoit néceffaire,
que la fufpenfion dont je parle,
s'ĉtend à la Verfification Latine comme
à la Françoife ; que c'eft en fa faveur,
qu'on y fait ordinairement marcher
les Epithetes avant leur fubftantif.
c Seve memorem Junonis ob iram.
Et qu'entre deux fubftantifs celui qui
eft gouverné , paffe prefque toûjours
devant celui qui gouverne , & qu'il fup -
pofe.
d Troje qni primus ab oris
Italiam fato profugus &c .
Mais , comme cela eft êtranger à mon
fujet , je ne m'y arrête pas ; & quoiqu'il
en foit de la fufpenfion à l'égard
du Vers latin , il eft toûjours vrai qu '
C
Virg. I. Æneid.
Ibid.
DE NOVEM BRE
35
elle eft l'ame du Vers francois , &
qu'elle en fait le caractere diftinctif.
Je crois avoir expliqué d'une maniere
affez fenfible , ce que j'entends par
cette fufpenfion. Elle convient effentiellement
au Vers , comme je me fla
te de l'avoir déja montré,& comme je
le ferai encore mieux fentir dans la
fuite ; & elle y convient , à la difference
de la Profe , dont la marche réglée &
uniforme lui donne , de l'aveu de M.
de Cambray , une entiére exclufion .
Mais, quel eft ce principe de cette
fufpenfion , & par où parvient-on à la
produire ? C'eft , comme je l'ai dit
dans ma définition , par le moyen des
tranfpofitions reçues dans la langue.
Ce que j'entends par tranfpofition ,
' eft quand l'ordre naturel de la Phrafe
eft renverfé, & qu'un nom ou un verbe
qui dépend d'un autre , paffe devant
celui de qui il dépend & qui le gouverne.
Onen a déja vû un exemple dans
ce que j'ai tourné en Vers , du commencement
de Télémaque , où l'on ap .
prend le fujet de l'affliction de Calypfo,
avant que de fçavoir qu'elle foit
*
Reflex. fur la Rh.
366
LE
MERCURE
affligée. En voici un autre tiré de Raeine
dans fa Tragédie de Mithridate :
Arbate étant arrivé affez à temps , pour
empêcher la Reyne d'avaler le poifon.
qu'on lui préfentoit par ordre de Mithridate
, ordonne à Arcas d'aller informer
ce Prince du fuccés de fa diligence
& de fon zele . A parler régu
lierement voici comment il auroit
dû s'expliquer à Arcas , & comment
en effet il auroit parlé en Profe : Et
vous , Arcas , courez apprendre à Mithridate
la nouvelle du fuccès de mon
zele. Tel eft l'arrangement naturel
quedemande la conftruction ordinaire.
La Poefie au contraire , renverse &
dérange cette conftruction , & tranf
porte au commencement de la Phrafe ,
ce qui dans la Profes ne doit eftro
qu'à la fin.
* Et vous Arcas,du fuccés de mon zele
Courez à Mithridate apprendre la nouvelle.
La Phrafe en Profe, finiffoit par ces
termes du fuccés de mon zele ; c'eſt par
*A&t. V. Scene III
DE NOVEMBRE.
$7
où elle débute en Vers ; voilà ce que
j'appelle tranfpofition.
Mais ,comme nôtre langue a ces ufages
; qu'elle n'admet pas toutes fortes
d'inverfions ; qu'il y en a qu'elle fouffre
, & d'autres qu'elle rejette ; c'eft
pour cela que j'ai déterminé les differentes
fortes de tranfpofitions qu'admet
notre Poefie , en les fixant précifément
à celles qui font reçues dans la
langue. En effet , la Poefie fuppofe la
Grammaire ; & il faut parler François ,
avant que d'entreprendre de faire des
Vers françois. C'eft fur cela que Deſpreaux
dit fi judicieufement dans
Lon Art Poetique.
*Surtout qu'en vos Ecrits la langue révérée
,
Dans vos plus grands excés vous foit
toujours facrée.
Envain , vous mefrapez d'un ton mélodieux
,
Si le terme eft impropre ou le tour vicieux.
Donnez à vos Vers le tour le plus
* I. Chant.
38
LE
MERCURE
noble & le plus neuf qu'il vous fera
poffible ; mais, que ce tour foit avoüé
de l'ufage : Ufez de tranfpofitions, vous
le devez , mais , n'en hazardez point
que la langue n'autorife . M. de Cambray
& l'Auteur de la Préface de fon
Télémaque , femblent ſouhaiter qu'on
mît nôtre langue un peu plus au largefur
le fait des inverfions. Je le fouhaiterois
comme eux. Les Poetes y gagneroient
encore plus que le refte des Ecrivains.
Qu'on adopte dans nôtre
langue de nouvelles inverfions , je ferai
des premiers à les fuivre , dés
qu'elles auront été admifes . Mais , jufqu'à
ce que l'ufage ait naturalifé celles
qu'on prétend qui nous manquent ,
plus für eft de ne rien rifquer , & de
nous en tenir à celles qui font inconteſtablement
receuës.
le
Bien loin que la Poefie foit pour
nous, un titre de nous licentier für la
régularité de la conftruction ; je fuis
perfuadé au contraire , qu'elle autorife
les Cenfeurs à exiger de nous, plus
d'exactitude que du refte des Auteurs ;
& il me paroît en effet , que perfonne
*Réflex . fur la Rh .
DE NOVEMBRE. 39
ne mérite moins d'indulgence qu'un'
Poete qui péche contre la langue .
Qu'on s'explique en Profe bien ou mal,
quand le fonds des chofes eft bon , on
n'y prend pas garde de fi prés : Un
homme eft excufable de le faire
entendre comme il peut . Mais ,
fi vous ne pouvez pas parler correctement
en Vers ; qui vous oblige à
verfifier , & que ne vous expliquezvous
en Profe ?
Ainfi , tant d'inverfions & de tranfpofitions
qu'il vous plaira , la Poefie non
feulement les fouffre , mais mefme les
exige ; mais à cette condition , qu'elles
foient receues dans la langue. J'ai ajouté
& qu'elles n'en forcent point la conftrution.
Quelqu'un croira peut- être , que
cette addition eft inutile , puifque les
tranfpofitions qui font receues dans la
langue,n'en fçauroient forcer la conftruction
; mais , cela n'eft pas tout- àfait
vrai , y ayant des tranfpofitions
qui , quoique receues dans la langue , ne
laiffent pas par la façon dont elles font
maniées,d'en forcer quelquefois la conftruction.
Auffi , cette remarque tombet-
elle moins fur la tranfpofition même ,
que fur le mauvais ufage qu'on en peut
40 LE MERCURE
faire. Je n'apporte point ici d'exemple
ny de l'une ny de l'autre , parce qu'il
s'en préfentera affez dans les Vers
que j'aurai occafion de citer dans la
fuite ; & fur lesquels je ne manquerai
pas de faire remarquer le rapport qu'ils
auront à ce que je viens d'obferver ici
Voilà donc ma définition expliquée ,
de la maniere la plus intelligible qu'il
m'a efté poffible . Il ne me reste plus
qu'à y appliquer les exemples pour la
juftifier ; & je me flate que cette application
donnera encore une nouvelle
clarté à mon opinion , en même tems
qu'elle en fera la preuve .
la
Et , afin que ces exemples foient plus
à la main , je les ay tous tiré pour
pluspart d'une des plus bellesTragédies
de Racine qui eft Mithridate. Cette
feule Tragedie me fournira , foit en
bonne , foit en mauvaiſe part , tous les
Traits dont j'aurai beſoin. Je n'ay
garde de vouloir blâmer par là ny la
Piéce ny l'Auteur ; je rend juſtice autant
que perfonne à l'un & à l'autre :
Mais , comme je ne pouvois gueres
mieux m'adreffer que chez Racine ,
pour trouver des exemples à imiter
jay crû auffi que n'y ayant point d'Auteur
DE NOVEMBRE. 41
Auteur fi parfait qui ne foit réprehenfible
en quelque chofe , les exemples
que je citerois en mauvaiſe part , feroient
bien plus d'effet , fi je les tirois
d'un Auteur de la réputation de Racine
, que fi j'allois les dêterrer dans
quelque Poete médiocre ,à l'incapacité
duquel on pût les attribuer. J'ay efté
bien-aife d'ailleurs ,dans une matiere de
Critique , de ne toucher à aucun Auteur
vivant ,ou du moins de n'en point citer,
que ce ne fût en bonne part. On peut
en ufer avec plus de liberté à l'égard
des morts , fur-tout , quand on le fait
avec toute la circonfpection & la réverence
même que je me propofe d'apporter
au fujet de Racine . Je ne l'ay
choifi préférablement à d'autres , que
parce que je l'ay regardé , comme un
des plus excellens Poetes & des plus
corrects que nous ait fournis le dernier
Siécle & pour un trait où il y aura
peut -eftre quelque chofe à redire , j'en
trouverai chez luy cent qui pourront
fervir de modele. Cela eft fi vray , que
jay eu bien de la peine à découvrir
dans toute la Tragédie de Mithridate ,
un exemple en mauvaiſe part , part , conditionné
comme je le fouhaitois , pour
Novembre 1717. D
42 LE MERCURE
l'ufage que j'en veux faire . Il eft tiré
de la Scene où Arbate vient raconter
, comment Mithridate , aprés avoir
effayé inutilement le fecours des poifons
, a efté réduit à fe fervir de fon
épée contre luy même : Voici donc
comme il s'explique .
D'abord il a tenté les atteintes
mortelles
Des Poifons que luy-même a crû les plus
fideles
Je n'examine point pour le préfent ,
fi la céfure du premier Vers eft d'alloy,
ny, file paffage de ce même Vers " au
fuivant , eft dans les regles : Ce font
chofes à difcuter à part , & que je pourai
traiter dans la fuite. Il n'eft queſtion
ici que de fçavoir , fi le ftile de ces deux
Vers eft Poetique ou Profaïque.
de
Or ,pour pouvoir juger plus fùrement
, tant de ces deux Vers , que
tous les autres que j'aurai à citer dans
la fuite ; j'établis d'abord une regle generale
qui me paroît évidente , & qui
cft : Qu'un Vers , pour être veritable-
Alte S. Scene
DE NOVEMBRE . 43
ment de la Poëfie & non de la Profe ,
doit être tel ; qu'en rompant la meſure
en Suprimant la rime , on ne laiffe
pas de retrouver , même dans cette ef
péce de démembrement , un air de
Poefie & un langage veritablement poëtique.
Car , s'il eft vray , comme je
crois l'avoir montré fenfiblement , qu'-
indépendamment de la Rime & de la
Mefure , la marche du Vers doit être
toute différente de l'allûre de la Profe;
du moins quant au ftyle , le Vers refte
toujours Vers , même après le dérangement
des fyllabes & la fuppreffion de la
time :& dés qu'en le dégradant de la
forte , il paroît Profe ; il faut conclure
que ce n'étoit pas un Vers , mais feulement
de la Profe rimée .
Or , fur ce principe , je dis que les
deux Vers que j'ai citez de Racinę ,
ne font point d'un ftile poetique. Pourquoy
parce que fi on vouloit dire
la mefme chofe en Profe , on n'arrangeroit
point les termes autrement qu'ils
le font dans ces deuxVers ; & qu'en les
dépouillant de la Rime & en compant
la cadence' , on n'y trouve plus que de
la Profe.
Faifons en l'épreuve , en les dégra44
LE MERCURE
dant de la maniere que je viens de pro
pofer. Voici précisément comme parle
Arbate. D'abord il a effayé les mortelles
atteintes despoifons que lui- même
avoit crû les plus fideles. Il eft aifé de
voir que dans cette expofition , je ne
dérange rien de l'ordre des termes qui
compofent les deux Vers , & que je
n'y apporte de changement que celui
qui eft néceffaire pour fupprimer
la rime & rompre la cadence. Or ,
je demande fi , dans cette phraſe ainſi
expofée , il refte rien qui fente la Poefie
? La Profe s'énonceroit - elle autrement
? On trouve ici le nominatif fuivi
immédiatement de fon verbe , il a tenté.
Le cas du verbe fuit dé mefme immédiatement
aprés , tenant comme par
main fon adjectif, les atteintes mortelles,
& traînant après lui un genitif qu'il
gouverne & qui con nence le Vers fuivant
: Despoifons. Voilà la marche pure
de la Profe telle que nous l'a tracée
* M . de Cambray. Nulle tranfpofition ;
& par conféquent nulle fufpenfion. Or,
que faut- il faire pour ménager cette
fufpenfion par le moyen des tranfpofi
Reflexions fur la Rh
la
DE NOVEMBRE. 43
tions ; & pour rendre poetiques , ces
deux mefmes Vers Rien autre chofe
que d'en renverfer. l'ordre ? & de mettre
le premier , celui que Racine a mis
le fecond , en difant :
Des poifons que lui-même a crû les plus
fideles
D'abord il a tenté les atteintes mortelles.
Ou , comme il feroit encore mieux ,
en changeant quelque chofe de plus ;
conferver au commencement dè pour
la phraſe , le terme de Dabord , qui y
figure plus naturellement : On pour
roit dire.
D'abord , de ces poifons qu'il crût les plus
fideles ,
Mithridate a tentéles atteintes mortelles
Qu'on fupprime ici la Rime ; qu'on
rompe la cadence des Vers & qu'on
dife : Dabord des Poifons aufquels ilfe
froit le plus , Mithridate a effayé les
mortelles atteintes . On reconnoîtra toujours
dans ces Vers mefmes ainfi degradez
, un tour étranger à la Profe ,
& un ftile véritablement poetique; car,
Dij
46 LE MERCURE
comme la tranfpofition fubfifte toujours
, la phrafe ne perd rien de cette
fufpenfion qui tient l'efprit en attente ,
& qui fait l'ame de la Poefie.
Autre exemple tiré de la même
Piéce . Monime voulant implorer le
fecours de Xiphares , contre Pharnace
frere du même Xiphares , luy parle
ainfi.
J'efpere toutefois qu'un Prince magnanime
Ne facrifiera point les pleurs des malbeureux,
Aux interefts du Sang qui vous unit tous
deux.
La nobleffe des termes qui entrent
dans la compofition de ces trois
Vers, a quelque chofe de féduifant &
qui impofe d'abord ; mais, qu'on en retranche
la Rime , & qu'on en rompe la
cadence , comme on a fait aux précedens
, on
trouvera que le tour eft
pure
Profe ; car , voici ce que dit Monime.
J'efpere pourtant qu'un Grand Prince
ne facrifiera point les larmes des mifé-
A& . I. Sc . 2.
DE NOVEMBRE. 47
rables aux interefts de ce Sang qui vous
lie tousdeux . Or , on ne peut difconvenir
que la construction de la Profe telle
que la reprefente M. de Cambray , ne
foir ici trés régulierement obfervée ;
c'est ce que chacun peut juftifier par
foy- même , en examinant ces trois Vers
en détail , comme on a fait les deux
précedents. Veut-on à prefent faire de
la Poefie , de ces trois Vers qui ne
paroiffent que de la Profe rimée ? Il
ne faut que déplacer les deux derniers ,
mettre le fecond , celui qui eft le troifiéme
, & en ajuſtant le reste à ce dérangement
, faire dire ainfi .
J'efpere toutefois , Prince trop magnanime,
Qu'aux interefts du Sang qui vous unit
tous deux ,
Vous n'immolerez point les pleurs des
malheureux.
Je parle mal peut-être , en difant immoler
des pleurs , métaphore que je
ne crois pas bien réguliere ; mais ce
n'eft pas de quoi il eft ici queftion .
Il s'agit feulement du tour de la Phrafe
, qui de profaïque qu'elle êtoit, de43
LE MERCURE
-
vient poetique par le fecours de la
tranfpofition. En effet , qu'on fupprime
la rime dans ces Vers , & qu'on en
rompe la cadence , en difant. J'efpere
toutefois , Grand Prince , qu'aux interefts
du fang qui vous lie tous deux ,
vous nefacrifierez point les larmes des
miferables. On y trouve toujours un
goût de Vers , parce que la tranfpofition
y fubfifte toûjours , & donne à la
Phrafe un tour que la Profe n'admet
gueres.
Encore un exemple plus étendu &
tiré de la mefme Scene. C'est Xiphares
qui parle , & qui ayant fait entendre
à Monime , que fi Pharnace êtoit coupable
en l'aimant , il étoit fur ce point
là , plus criminel encore que Pharnace.
Fous? Lui dit Monime , avec un air de
furprife ; à quoi Xiphares répond ainfi .
Mettez ce malheur au rang des plus
funeftes ,
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances :
Celeftes ,
Contre un fang malheureux , né pour
vous tourmenter ,
Pere , Enfans animez à vous perſecu
ter&c.
fans
DE NOVEMBRE.
49
Sans qu'il foit befoin de faire ici l'Anatomie
de ces quatre Vers , il n'y a perfonne
qui n'avoue , qu'on ne peut rien
voir de plus profaïque que la conftru-
&tion de cette Phrafe.
Atteftez , s'il le faut , les Puiffances
Célestes
Contre &c .
Rien de plus aifé cependant , que
de réformer cette Profe rimée , & de
la rendre poetique . Il ne faut pour cela
que tranfpofer l'ordre des Vers ; &
voici , ce me femble , comment on pourroit
s'y prendre , pour les rétablir , en
ajuftant d'ailleurs les Rimes , par rapport
à ce qui précéde & à ce qui fuit.
3. Contre un Sang malheureux , ně pour
vous tourmenter >
4. Peres, Enfans animez à vous perfécuter
,
2. Atteftez , s'il le faut , les Puiſſances
Célestes ,
1. Et mettezce malheur au rang des plus
funeftes.
J'ai chiffré ces quatre Vers felon l'or-
Novembre 1717.
E
50 LE MERCURE
dre qu'i's gardent dans l'Origin al . On
y trouvera un grand renverfement ; car,
je commence la Phrafe par les deux
Vers qui la finiffent dans Racine , & je
finis par celui qu'il met au commencement
:Mais ,letour poetique demande
cela , & toutes les perfonnes qui auront
quelque connoiffance de la Poefie, conviendront
, en comparant ces deux Phrafes
, que la derniere eft poetique , &
que celle de Racine ne l'eft pas . Cependant
, qu'y a-t-il de plus dans l'une
que dans l'autre ? Rien ; finon, qu'aulieu
que Xiphares chez Racine dit :
Atteftez les Puiffances Céleftes contre un
fang malheureux , & c. Je lui fais dire :
Contre un fang malheureux & c . Atteftés
les Puiffances Celeftes. C'est- à- dire, que
j'ufe de tranfpofition où il n'en ufe pas
& par ce feul fécret, je fais des Vers avec
les mêmes termes dont il ne fait que de
la Profe rimée.
Vous blâmez donc Racine, dira quetqu'un
, & vous vous croyez bon pour
lui faire fon procez ? Quelle préfomption
? Elle eft grande , j'en conviens ; &
cependant ,toute grande qu'elle eft , je
DE
NOVEMBRE.
ne la
defavouë pas. * Vous
manquez en
5.2
peu de chofes, dit Ciceron , en
appliquant
à Catoa ce paffage d'un Ancien ; mais ,
fi vous tombez enfaute , jefuis en droit
de vous reprendre. Je puis dire la même
chofe à l'égard de Racine .
Rarement
s'écarte-t-il des regles dans fa Poëfie ;
mais , lorfqu'il s'en écarte , je fuis en
droit de le relever ; & je le fais avec
d'autant plus de confiance , que c'eft à
lui même que je dois les lumieres à la
faveur
defquelles je découvre fes négligences
. C'eft chez lui en effet, plus que
chez aucun autre Poëte , que j'ai appris
combien l'ufage des
tranfpofitions êtoit
néceffaire, pour parvenir à cette fufpenfion
qui fait l'ame de la Poëfie , & qu'il
ménage fi habilement dans la fienne. Il
faudroit tranfcrire ici prefque toutes fes
piéces , fi je voulois rapporter tous les
exemples qu'on en peut tirer fur ce
point : Mais , comme je me fuis borné ,
dans cet examen, à la feule Tragédie de
Mithridate , je me contenterai d'en citer
une tirade de huit ou dix Vers de la
* Non multa peccas , inquit ille , fed fi
peccas , te regere poffum.
Cic. or. pro Murænâ.
Eij
52 LE
MERCURE
premiere page. C'eſt Xiphares qui parle,
& qui , aprés avoir annoncé en quatre
Vers à Arbate la mort de Mithridate ,
pourſuit ainsi.
Aprez un long combat , tout fon Camp
difperfé ,
Dans la foule des Morts en fuyant l'a
laiffé.
Etj'aifcû qu'un Soldat dans les mains
de Pompée
Avec fon Diademé à remis ſon Epée.
Ainfi ce Roy , quifeul a durant quaran
te ans
Laffé tout ce que Rome eut de Chefs im
portants ,
Et qui dans l'Orient balançant la fortune
,
Vengeoit de tousles Roys la querelle commune
,
Meurt , & laiffe aprez lui ,pour venger
fon trépas ,
Deuxfils infortunez qui ne s'accordent
pas.
Qu'on examine ces Vers , on n'en
trouvera gueres où il n'y ait quelque
tranfpofition & quelquefois deux plûtôt
qu'une. La Profe diroit. L'a laiffé
DE NOVEMBRE.
S3
dans lafoule des morts ... a remis fon Epée
avec fon Diadême dans les mains de
Pompée a laffe durant quarante ans ...
balançant la fortune dans l'Orient .
Vengeoit la querelle commune de tous les
Roys . La Poëfie au contraire dir : Dans la
fouledes morts l'a laiffé ... dans les mains
de Pompée avec fon Diademe a remis fon
Epée:Ce qui fait deux tranfpofitions.La
premiere , en ce qu'il y a , dans les mains
de Pompée aremis fonEpée. La feconde ,
en ce qu'au lieu de dire , a remis fon
Epée avec fon Diadéme, on met : Avec
fon Diademe a remis fon Epée. Et ainfi
des autres tranfpofitions qu'on peut juftifier
dans ce morceau , & qui fe trouvent
en affez grand nombre dans l'efpace
de fept Vers feulement. Voila quel
eft le ftile ordinaire de Racine dans fa
Poëfie , & s'il lui arrive quelquefois de
mollir & de s'écarter de la regle qu'il
fuit le plus fouvent , on doit regarder
eesfortes de libertez , comme des petites
négligences, dont les plus grands
Poëtes mêmes n'ont jamais efté totalement
exempts. Je crois qu'aprez cette
déclaration, perfonne ne trouvera mauvais
que je continue à relever ces négligences
légeres qui peuvent fervir à nous
A iij
$4
LE MERCURE
inftruire . C'eſt par là que les fautes mêmes
ou les imperfections de Grands.
Hommes,nous déviennent utiles..
Je n'ai jufqu'ici apporté d'exemples
que de plufieurs Vers joints enfemble
&l'on a pû voir ,comment en les déplaÇant
feulement, & mettant les premiers
ceux qui eftoient les derniers , on faifoit
des Vers , de ce qui n'eftoit auparavant
que de la profe rimée . J'ajoûte
à cela que la même chofe arrive à
l'égard des moitiez de Vers ou des hemiftiches
, où ce qui en Profe iroit le
´premier , doit marcher le dernier dans
la Poëfie, Qu'on dife par exemple .
Kondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Le Vers n'eft point abfolument mauvais
; mais , la Profe ne parlera pas autrement.
Au lieu que dans la Poëfie , on
tranfpofe ces deux hemiftiches , comme
le fait Racine.
D'un Gendre fans appui voudra- t-il fe
charger ?
On dira peut. être , que la rime eft ce
qui a déterminé Racine à cette tranfpo-
* A&t. 3. Sc. 1 .
DE NOVEMBRE.
$5
fition . C'est ce qui peut bien arriver à
des Poëtes médiocres , mais , non pas
à un Poëte tel que Racine. Ses ouvrages
font affez foy , que la rime ne le
gouvernoit point.Non, que quelquefois
il ne fe difpenfe de cette tranfpofition
d'hemiftiches , & qu'il ne fuive à peu
prez l'allure de la Profe. Comme quand
il dit .
I Il faut qu'on joigne encor l'outrage
mes douleurs ,
...
2- L'Amour a peu de part à mes juftes
Soupçons.
Car , il eft certain qu'il eut efté plus
poëtique de dire.
Ilfaut qu'à mes douleurs on joigne encor
l'outrage ,
A mes juftes foupçons l'Amour a peu
de
part.
Mais , il faut confiderer qu'il y a des
occafions où cela eft corrigépar ce qui
précede ou par ce qui fuit , & où ces
inverfions trop multipliées pourroient
faire un mauvais effet . C'eft fur quoi
je m'expliquerai plus au long , en par
1 A&t . 2. Sc. 6.
2 Act . 4. Sc. 1. E iiij
+6 LE MERCURE
lant de l'ufage des tranfpofitions , &
de la maniere dont il faut les ménager.
Je me contenterai de faire voir ici par
un feul exemple, qu'un Vers qui confideré
feul , auroit l'allure de la Profe ,
dévient poëtique, quand il eft joint à un
autre ; & cela , par le moyen de la tranfpofition
commune qui les lie tous deux .
Suppofons donc le Vers que j'ay déja
cité un peu plus haut.
Voudra-t- il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Il eft fûr que ce Vers confideré feul
eft tout-à-fait dans le goût de la Profe
. Mais , joignons en un autre qui le
précede dans ce fens...Ce Prince qui
avoit de la peine à fe déclarer pour .
nous , dans le temps que la fortune
nous favorifoit le plus.
9
Lorfque tout l'Univers nous accable aujourd'hui
Vondra-t-ilfe charger d'un Gendre fans
appui?
Alors ,ce fecondVers qui pris tout feul,
paroiffoit Profe, devient véritablement
Vers , par la jonction du premier. Pourquoi
cela ? C'est qu'il s'y trouve de la
1
DE NOVEMBRE.
57
tranfpofition , & par confequent de la
fufpenfion ; car , dans l'ordre naturel ,
& tel que le demande le tour de la
Profe , il faudroit dire.
Vondra-t-il fe charger d'un Gendre fans
appui ?
Lorfque tout l'Univers nous accable an
jourd'hui.
Dans cette difpofition des deux Vers ,
on n'attend plus le fecond , qu'on ne
peut regarder que comme un traîneur
qui vient trop tard & après coup : Aulieu
qu'en commençant par ce fecond
Vers , comme je l'ay fait ci-devant , onprépare
l'efprit à l'autre Vers que celuici
fuppofe : Or , voilà la fufpenfion ,
& dés qu'il y a de la fufpenfion , le
tour eft poëtique.
Ainfi,quand j'examine un Vers en par
ticulier , & que je juge fi le tour en eft
poëtique ou non , je n'en juge qu'en
le confidérant à part , & fans rapport
à ce qui précede ou ce qui fuit : & je
disfur cela , que la Poëfie demande que
le premier hémistiche fuppofe toujours ,
autant qu'il fe pourra , celui qui doit
fuivre , & qu'il y prépare l'efprit du
58 LE MERCURE
Lecteur ; c'eft comme en ufe ordinai
rement Racine. Il ne dit point.
On m'y verra courir plus ardent qu'aucun
autre . . .
Pourquoi vous taifiez vous, avant que
partir ...
de
Preffer noftre départ ainfi que noftre hymen
Cette tournure ne vaudroit rien , parceque,
fi on y prend garde ; aprés le premier
hémiftiche de ces trois Vers , on
n'attend plus le fecond : Chacun de ces
premiers hémiftiches a un fens terminé
qui ne promet plus rien . Auffi , Racine
n'a - t- il eu garde de les conftruire de la
forte. Il a tranfporté ces hémiſtiches ,
& par là en là en a fait de trés bons Vers en
difant.
1. Plus ardent qu'aucun autre , on my
verra courir,
2. Avant que de partir , pourquoi vous
taifiez vous ?
3. Ainfi que noftre hymen preſſer noſtre
départ .
Mais , comme en êtabliffant la né-
1. Acte III. Sc. I.
2. Att . IV. Sc. 4.
3, Alte I. Sc. 30.
DE NOVEMBRE. 59%
ceffité des tranfpofitions , par rapport
à la fufpenfion dont elles font le principe
, j'ay fixé ces tranfpofitions à celles
qui font reçues dans la langue . Je
crois qu'il ne fera point hors de propos
d'examiner qui font celles qui fe pratiquent
en Vers , & que la langue autorife
; & qui font celles qu'elle n'y fouffre
pas.
Nous sommes obligez, de remettre au
mois prochain, la fuite de cette Differtation
qui contient un détail trés curieux
fur les tranfpofitions , & dont on ne fera
pas moins content que de ce qu'on a pû
Lire ici.
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1164
p. 70-130
DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
Début :
Monsieur, Je vous obéïs, & vous me tiendrez compte de cette obéïssance, [...]
Mots clefs :
Île, Ceylan, Province, Montagnes, Hollandais, Portugais, Pierre, Feuilles, Végétations, Animaux, Rivières, Peuples, Abondance, Fruits, Royaume, Souverain, Côtes, Forteresse, Sauvages, Cultures
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
DESCRIPTION
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
Fermer
1165
p. 168-171
Régle artificielle du tems par M. Henri Sully. [titre d'après la table]
Début :
Nous annoncâmes dernierement un Livre, qui a pour Titre, / L'Auteur entre en matiere, par une petite dissertation sur la [...]
Mots clefs :
Dissertation, Horloges, Montres, Chapitres, Temps, Mécanique, Astronomie, Règles, Nature, Soleil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Régle artificielle du tems par M. Henri Sully. [titre d'après la table]
Nous annoncames dernierement
un
Livre , qui a pour Titre , Regle
artificielle du tems : Nous promimes d'en
donner l'Extrait ; c'est avec plaifir que
nous fatisfaifons
aujourd'hui
à nôtre
engagement Persuadéque c'eftfervir
le Public que de iny faire connoiftre un
Traité,qui a mérité l'approbation de l'Académie
des Sciente . Ce Livrefe trouve
chez Gregoire Dupuis rue S. Jacques a
La Fontaine d'Or. L'Auteur
novembre 1I
9:2
Chers Infans deBaccim
- ment
sablée
, α
fir
J
ci o vous qui de
ombreyrepo- se; Elle &
J
J
Cest de larmes de Vin :
1
DE
NOVEMBRE.
169
L
'Auteur entre en matiere , par une
petite differtation fur la conftruction
des Horloges & des Montres en
général : Il en donne une idée fort nette.
Le reste de fon ouvrage eft divifé
en dix Chapitres. Dans le premier , il
diftingue les differentes
efpeces
d'Horloges
& de
Montres , & enfeigne les
degrés
d'exactitude, qu'on doit attendre
de
chacune de ces
efpeces en particulier
, fuivant la Nature ou les Principes
de fa conftruction.
Le fecond Chapitre contient des
raifons tant. Phifiques que Méchaniques
; pourquoi les Montres de Poches
ne peuvent pas aller auffi
regulierement
que les Pendules, quelques perfections
que les plus habiles Ouvriers leurs
puiffent donner.
с
Leze , 4° &
Chapitres roulent
fur la divifion
naturelle &
artificielle
du Tems , fur la Nature du Tems vrai
& du
Tems moyen , ainfi
diftingué
par les
Aftronômes , & que
l'Autheur
aime mieux
appeller Tems
apparent
& Tems égal ; & fur le
moyen de
trouver ces Tems par le Soleil & par
les Etoilles fixes , avec toutes les pré-
Novembre 1717 .
P
170 LE MERCURE
cautions réquifes . Les matieres contenues
dans ces 5. 1ers Chapitres , font
traîtées avec beaucoup d'ordre & de
clarté ; & quoiqu'on y trouve un affez
grand nombre de traits de Phifique
,de Méchanique & d'Aftronômie,
qui ne foient pas à la portée de tout le
monde , l'Autheur a pourtant rendû
ces chofes trés faciles à entendre , à
ceux mêmes qui font les moins au fait
des ces fortes d'études .
Lefixiéme Chapitre traite de la maniere
de fe fervir du Tems apparent
& du Tems égal , pour bien regler les
Horloges & les Montres : On y trouve
plufieurs inftructions fort détaillées qui
conduifent à ces Opérations.
tre par
Les Chapitres 7. 8. contiennent des
difcours un peu moins arangés que ces
premiers , qui roulent fur le choix des
Montres , & ce qu'on en peut connoîl'effai
; on y apprend pourtant
plufieurs chofes qu'on ett bien aife de
ne pas ignorer. Le Chapitre 9e traite
de la Nature & de l'office du Reffort
fpiral dans les Montres de poches ,
avec les regles ou inftructions néceffaires
, pour fçavoir faire avancer ou
retarder le mouvement d'une Montre ,
DE NOVEMBRE. 171
felon qu'il en fera befoin . Les regles
contenues dans ce Chapitre , intereffent
toutes les Perfonnes qui ont des Mon
tres ; & on y trouve des remarques affez
curieufes fur la délicateffe de cette
operation. Le Chapitre 10 contient
quelques regles générales pour le ménagement
des Montres de poches; avec
quelques réflexions fur l'importance de
l'art de les raccommoder ; & fur les
abûs qui s'y commettent.
,
On trouve enfuite des remarques
de feu M. le Baron de Libnitz fut cer
ouvrage , & aprés , celles d'un Sçavant
Jefuite, regardans l'Equation du mouvement
du Soleil . Ces dernieres ont
excité l'Auteur à y répondre , pour
mettre cette matiere jufqu'ici affez embrouillée
, dans un plus beau jour .
Il conclut par la Defcription d'une
Montre de fon invention , qui eft
conftruite différemment des autres..
Comme ce Mémoire a efté prononcé
devant l'Ac . R. des Sçi . & qu'elle en
a porté fon jugement , qui eft plus circonftancié
que ceux qu'elle a coûtume
de donner en pareil rencontre ; je
ne puis donner une meilleure idée de
cette partie de l'ouvrage , qu'en rap-
Pij
172 LE MERCURE
portant le jugement même de l'Académie
, qui eft enſemble & un extrait
& une approbation.
un
Livre , qui a pour Titre , Regle
artificielle du tems : Nous promimes d'en
donner l'Extrait ; c'est avec plaifir que
nous fatisfaifons
aujourd'hui
à nôtre
engagement Persuadéque c'eftfervir
le Public que de iny faire connoiftre un
Traité,qui a mérité l'approbation de l'Académie
des Sciente . Ce Livrefe trouve
chez Gregoire Dupuis rue S. Jacques a
La Fontaine d'Or. L'Auteur
novembre 1I
9:2
Chers Infans deBaccim
- ment
sablée
, α
fir
J
ci o vous qui de
ombreyrepo- se; Elle &
J
J
Cest de larmes de Vin :
1
DE
NOVEMBRE.
169
L
'Auteur entre en matiere , par une
petite differtation fur la conftruction
des Horloges & des Montres en
général : Il en donne une idée fort nette.
Le reste de fon ouvrage eft divifé
en dix Chapitres. Dans le premier , il
diftingue les differentes
efpeces
d'Horloges
& de
Montres , & enfeigne les
degrés
d'exactitude, qu'on doit attendre
de
chacune de ces
efpeces en particulier
, fuivant la Nature ou les Principes
de fa conftruction.
Le fecond Chapitre contient des
raifons tant. Phifiques que Méchaniques
; pourquoi les Montres de Poches
ne peuvent pas aller auffi
regulierement
que les Pendules, quelques perfections
que les plus habiles Ouvriers leurs
puiffent donner.
с
Leze , 4° &
Chapitres roulent
fur la divifion
naturelle &
artificielle
du Tems , fur la Nature du Tems vrai
& du
Tems moyen , ainfi
diftingué
par les
Aftronômes , & que
l'Autheur
aime mieux
appeller Tems
apparent
& Tems égal ; & fur le
moyen de
trouver ces Tems par le Soleil & par
les Etoilles fixes , avec toutes les pré-
Novembre 1717 .
P
170 LE MERCURE
cautions réquifes . Les matieres contenues
dans ces 5. 1ers Chapitres , font
traîtées avec beaucoup d'ordre & de
clarté ; & quoiqu'on y trouve un affez
grand nombre de traits de Phifique
,de Méchanique & d'Aftronômie,
qui ne foient pas à la portée de tout le
monde , l'Autheur a pourtant rendû
ces chofes trés faciles à entendre , à
ceux mêmes qui font les moins au fait
des ces fortes d'études .
Lefixiéme Chapitre traite de la maniere
de fe fervir du Tems apparent
& du Tems égal , pour bien regler les
Horloges & les Montres : On y trouve
plufieurs inftructions fort détaillées qui
conduifent à ces Opérations.
tre par
Les Chapitres 7. 8. contiennent des
difcours un peu moins arangés que ces
premiers , qui roulent fur le choix des
Montres , & ce qu'on en peut connoîl'effai
; on y apprend pourtant
plufieurs chofes qu'on ett bien aife de
ne pas ignorer. Le Chapitre 9e traite
de la Nature & de l'office du Reffort
fpiral dans les Montres de poches ,
avec les regles ou inftructions néceffaires
, pour fçavoir faire avancer ou
retarder le mouvement d'une Montre ,
DE NOVEMBRE. 171
felon qu'il en fera befoin . Les regles
contenues dans ce Chapitre , intereffent
toutes les Perfonnes qui ont des Mon
tres ; & on y trouve des remarques affez
curieufes fur la délicateffe de cette
operation. Le Chapitre 10 contient
quelques regles générales pour le ménagement
des Montres de poches; avec
quelques réflexions fur l'importance de
l'art de les raccommoder ; & fur les
abûs qui s'y commettent.
,
On trouve enfuite des remarques
de feu M. le Baron de Libnitz fut cer
ouvrage , & aprés , celles d'un Sçavant
Jefuite, regardans l'Equation du mouvement
du Soleil . Ces dernieres ont
excité l'Auteur à y répondre , pour
mettre cette matiere jufqu'ici affez embrouillée
, dans un plus beau jour .
Il conclut par la Defcription d'une
Montre de fon invention , qui eft
conftruite différemment des autres..
Comme ce Mémoire a efté prononcé
devant l'Ac . R. des Sçi . & qu'elle en
a porté fon jugement , qui eft plus circonftancié
que ceux qu'elle a coûtume
de donner en pareil rencontre ; je
ne puis donner une meilleure idée de
cette partie de l'ouvrage , qu'en rap-
Pij
172 LE MERCURE
portant le jugement même de l'Académie
, qui eft enſemble & un extrait
& une approbation.
Fermer
1166
p. 172-174
RAPPORT De Messieurs Commis par l'Académie Royale des Sciences, pour examiner un Mémoire, intitulé Description d'une Montre de nouvelle construction, & les piéces mêmes d'une Montre exécutées sur les principes du Mémoire. Par H. Sully.
Début :
Nous avons examiné avec soin, suivant l'ordre de l'Académie, [...]
Mots clefs :
Mémoire, Montre, Auteur, Invention , Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RAPPORT De Messieurs Commis par l'Académie Royale des Sciences, pour examiner un Mémoire, intitulé Description d'une Montre de nouvelle construction, & les piéces mêmes d'une Montre exécutées sur les principes du Mémoire. Par H. Sully.
RAPPORT
l'Académie
De Meffieurs Commis par
Royale des Sciences , pour examiner un
Mémoire , intitulé Defcription d'une
Montre de nouvelle conftruction , &
les piéces mêmes d'une Montre exécutées
fur les principes du Mémoire
. Par H. Sully.
N
Ous avons examiné avec foin ,
fuivant l'ordre de l'Académie ,
le Mémoire qui lui a etté preſenté par
le fieur Sully , ayant pour titre . Defcription
d'une Montre de nouvelle con-
Struction , & contenant les Caufes les
plus confiderables & les moins connuës ,
des défauts qui fe trouvent encore dans
les Montres portatives , les moyens de
rendre leurs mouvemens plus juftes &
cette jufteffe plus durable . Nous avons
examiné en même tems & avec le même
foin , toutes les piéces d'une MonDE
NOVEMBRE. 173
tre exécutée par l'Autheur,fur les principes
établis dans le Mémoire , & nous
avons efté fi pleinement fatisfaits & du
Mémoire & de la Montre , que nous
nous croyons obligés de lui en rendre
un témoignage qui réponde à l'idée
que nous en avons conçue.
Nous avons remarqué dans l'inven- .
vention de l'Autheur,trois chofes principales
. 1º Une diminution des frotemens
trés confiderable , & par des vo-.
yes qui nous ont parû également fimples
& ingenieuſes . z . Une adreffe finguliere
pour conferver dans une égalité
conftante , ce qui refte de frotemens.
3. Un arangement des parties de la
Montre , qui marque beaucoup de fagacité
dans l'Inventeur , & qui promet
une plus grande perfection ; l'arrangement
ordinaire eftant une des
principales caufes de l'inégalité du
dans une Montre miſe en mouvement ,
differentes
pofitions .
Au refte , les attentions fenfées &
délicates,que l'Autheur à eues dans fes
recherches , & qu'on voit avec plaifir
dans fon Mémoire ,jointes à l'ordre & à
la netteté qui y regnent, annoncent un
Talent qui pourroit dévenir d'autant
P iij
174 LE MERCURE
plus utile, qu'il eft moins commun aux
perfonnes qui s'attachent à la pratique
de l'Art dont il fait profeffion . Et l'exactitude
pleine d'adreffe qui paroît dans
F'exécution de fa Montre , nous fait efperer
de fa main des Ouvrages plus
achevés que ce qu'on a vu jufqu'à prefent.
Donné à l'Académie le 10.Juin1716.
Ce rapport a efté unanimement approuvé
par tout le Corps , & enregiftré
dans les Mémoires de l'Acadé-
- mie .
l'Académie
De Meffieurs Commis par
Royale des Sciences , pour examiner un
Mémoire , intitulé Defcription d'une
Montre de nouvelle conftruction , &
les piéces mêmes d'une Montre exécutées
fur les principes du Mémoire
. Par H. Sully.
N
Ous avons examiné avec foin ,
fuivant l'ordre de l'Académie ,
le Mémoire qui lui a etté preſenté par
le fieur Sully , ayant pour titre . Defcription
d'une Montre de nouvelle con-
Struction , & contenant les Caufes les
plus confiderables & les moins connuës ,
des défauts qui fe trouvent encore dans
les Montres portatives , les moyens de
rendre leurs mouvemens plus juftes &
cette jufteffe plus durable . Nous avons
examiné en même tems & avec le même
foin , toutes les piéces d'une MonDE
NOVEMBRE. 173
tre exécutée par l'Autheur,fur les principes
établis dans le Mémoire , & nous
avons efté fi pleinement fatisfaits & du
Mémoire & de la Montre , que nous
nous croyons obligés de lui en rendre
un témoignage qui réponde à l'idée
que nous en avons conçue.
Nous avons remarqué dans l'inven- .
vention de l'Autheur,trois chofes principales
. 1º Une diminution des frotemens
trés confiderable , & par des vo-.
yes qui nous ont parû également fimples
& ingenieuſes . z . Une adreffe finguliere
pour conferver dans une égalité
conftante , ce qui refte de frotemens.
3. Un arangement des parties de la
Montre , qui marque beaucoup de fagacité
dans l'Inventeur , & qui promet
une plus grande perfection ; l'arrangement
ordinaire eftant une des
principales caufes de l'inégalité du
dans une Montre miſe en mouvement ,
differentes
pofitions .
Au refte , les attentions fenfées &
délicates,que l'Autheur à eues dans fes
recherches , & qu'on voit avec plaifir
dans fon Mémoire ,jointes à l'ordre & à
la netteté qui y regnent, annoncent un
Talent qui pourroit dévenir d'autant
P iij
174 LE MERCURE
plus utile, qu'il eft moins commun aux
perfonnes qui s'attachent à la pratique
de l'Art dont il fait profeffion . Et l'exactitude
pleine d'adreffe qui paroît dans
F'exécution de fa Montre , nous fait efperer
de fa main des Ouvrages plus
achevés que ce qu'on a vu jufqu'à prefent.
Donné à l'Académie le 10.Juin1716.
Ce rapport a efté unanimement approuvé
par tout le Corps , & enregiftré
dans les Mémoires de l'Acadé-
- mie .
Fermer
1167
p. 218-219
APOSTILLE. Accouchement extraordinaire, fait par la Dame Ferrot Sage-Femme, demeurant à Paris, dans l'Isle, ruë des deux-Ponts.
Début :
Claude Alay Jardinier, demeurant Cul-de-sac S. Laurent, à la [...]
Mots clefs :
Accouchement, Consultations , Chirurgien, Sage-femme, Chair, Césarienne, Garçon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APOSTILLE. Accouchement extraordinaire, fait par la Dame Ferrot Sage-Femme, demeurant à Paris, dans l'Isle, ruë des deux-Ponts.
APOSTILLE.
Accouchement extraordinaire , fait par
la Dame Ferrot Sage- Femme , demeurant
à Paris, dans l'Ifle , ruë des
deux -Ponts.
Chau Cul-de -fac S. Laurent , à la Laude Alay Jardinier , demeu-
Porte S. Denis , aïant fa femme groffe
depuis 14 mois , & ne voyant point de
difpofition
pour fon Accouchement
, fit
faire plufieurs
confultations
de Médecins
, Chirurgiens
& Accoucheurs
,qui
ne pûrent convenir qu'elle eftoit groffe
d'enfant , ( aprés lui avoir fait tous les
remédes imaginables ) : Les uns affûroient
que cette groffeffe ne provenoit
que d'un corps êtranger qui n'avoit pas
pris place dans la matrice ; les autres ,
que c'étoit un monftre , & les autres ,
que ce n'eftoit qu'un mole. Enfin, un des
Chirurgiens
s'avifa d'infinuer
fa main
jufqu'à la matrice , pour en découvrir
la vérité. Il déclara que c'eftoit une
maffe de chair déplacée , qu'il eftoit
impoffible
de pouvoir tirer du ventre
de la mere , fans faire l'Opération
Céfarienne
, & l'expofer à perdre la
DE NOVEMBRE. 219
1
vie. Les chofes en cet êtat , obligérent
ledit Alay d'avoir recours à la
Dame Perrot fort expérimentée dans
fa Profeffion ; laquelle en préfence
de toute fa Famille & de plufieurs
Chirurgiens & amis du mari , fit
fa vifite ; aprés quoi , elle protefta que
cette femme êtoit véritablement groffe
d'enfant qui eftoit ſitué dans la matrice
, & qu'avec la grace de Dieu , elle
fauveroit la mere & l'enfant ; ce qui
arriva heureufement le 24 Novembre
dernier, le troifiéme jour aprés fa vifite ;
la mere êtant accouchée d'un gros garçon
qui a eû vie, contre toute efpérance ,
Accouchement extraordinaire , fait par
la Dame Ferrot Sage- Femme , demeurant
à Paris, dans l'Ifle , ruë des
deux -Ponts.
Chau Cul-de -fac S. Laurent , à la Laude Alay Jardinier , demeu-
Porte S. Denis , aïant fa femme groffe
depuis 14 mois , & ne voyant point de
difpofition
pour fon Accouchement
, fit
faire plufieurs
confultations
de Médecins
, Chirurgiens
& Accoucheurs
,qui
ne pûrent convenir qu'elle eftoit groffe
d'enfant , ( aprés lui avoir fait tous les
remédes imaginables ) : Les uns affûroient
que cette groffeffe ne provenoit
que d'un corps êtranger qui n'avoit pas
pris place dans la matrice ; les autres ,
que c'étoit un monftre , & les autres ,
que ce n'eftoit qu'un mole. Enfin, un des
Chirurgiens
s'avifa d'infinuer
fa main
jufqu'à la matrice , pour en découvrir
la vérité. Il déclara que c'eftoit une
maffe de chair déplacée , qu'il eftoit
impoffible
de pouvoir tirer du ventre
de la mere , fans faire l'Opération
Céfarienne
, & l'expofer à perdre la
DE NOVEMBRE. 219
1
vie. Les chofes en cet êtat , obligérent
ledit Alay d'avoir recours à la
Dame Perrot fort expérimentée dans
fa Profeffion ; laquelle en préfence
de toute fa Famille & de plufieurs
Chirurgiens & amis du mari , fit
fa vifite ; aprés quoi , elle protefta que
cette femme êtoit véritablement groffe
d'enfant qui eftoit ſitué dans la matrice
, & qu'avec la grace de Dieu , elle
fauveroit la mere & l'enfant ; ce qui
arriva heureufement le 24 Novembre
dernier, le troifiéme jour aprés fa vifite ;
la mere êtant accouchée d'un gros garçon
qui a eû vie, contre toute efpérance ,
Fermer
1168
p. 220-221
De Turin, ce 28 Octobre 1717. LETTRE De M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Parlement de Turin, à M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Savoye, de son Excellence Mgr le Comte de Kinigsegg Ambassadeur de l'Empereur, & Chirurgien Oculiste, par Brevet du Roï.
Début :
Monsieur, J'apprens avec plaisir, que son Excellence Monseigneur le Comte de Kinigsegg, [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Comte, Gratification, Santé, Guérison, Pauvres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Turin, ce 28 Octobre 1717. LETTRE De M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Parlement de Turin, à M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Savoye, de son Excellence Mgr le Comte de Kinigsegg Ambassadeur de l'Empereur, & Chirurgien Oculiste, par Brevet du Roï.
De Turin , ce 28 Octobre 1717.
LETTRE
De M. le Chevalier de C *** fils
de défunt M. le Premier Préfident
du Parlement de Turin , à M. Anel
Docteur en Chirurgie , Chirurgien
de Madame Royale de Savoye , de
de fon Excellence Met le Comte de
Kinigſegg Ambaffadeur de l'Empereur
, & Chirurgien Oculifte , par
Brevet du Roï .
MONSIEUR,
J'apprens avec plaifir , que Son Excellence
Monfeigneur le Comte de KinigDE
NOVEMBRE. 221
fegg , Ambassadeur de l'Empereur ,
vient de vous accorder une nouvelle gratification
trés confidérable , en reconnoif
fance de cette grande cure que vous ûtes
le bonheur de lui faire en Italie.Je -fouhaiterois
être en état de vous en faire
unefemblable : Vous ne l'avez pas moins
méritée avec moi , puifque je vous fuis
redevable de la vie , & de lafanté : Je
ne me tiens pas quitte en vôtre endroit
pour vous avoirprocuré l'occafion de guéri
la mere du Roy de Sicile. Quoique
vous ayez acquis par- là une fi haute réputation
, & reçu une récompenfe qui
n'eft pas moindre , je m'intéreffe trop en
tout ce qui vous regarde , pour ne vous
en pas donner de témoignages en toutes occafions.
Agréez donc que je vous exhorte
à vous attacher plus que jamais , à faire
des recherches dans un Art , où vous
faites fi facilement &fi heureufement des
nouvelles découvertes ; dont le fuccés eft
fi avantageux au Public, & à vous mêmes
furtout , foyez charitable à votre
ordinaire , envers les pauvres . Croyez
moi ; c'est à eux feuls que vous devez
tous les biens qui vous font furvenus.
Je fuis ,&c.
LETTRE
De M. le Chevalier de C *** fils
de défunt M. le Premier Préfident
du Parlement de Turin , à M. Anel
Docteur en Chirurgie , Chirurgien
de Madame Royale de Savoye , de
de fon Excellence Met le Comte de
Kinigſegg Ambaffadeur de l'Empereur
, & Chirurgien Oculifte , par
Brevet du Roï .
MONSIEUR,
J'apprens avec plaifir , que Son Excellence
Monfeigneur le Comte de KinigDE
NOVEMBRE. 221
fegg , Ambassadeur de l'Empereur ,
vient de vous accorder une nouvelle gratification
trés confidérable , en reconnoif
fance de cette grande cure que vous ûtes
le bonheur de lui faire en Italie.Je -fouhaiterois
être en état de vous en faire
unefemblable : Vous ne l'avez pas moins
méritée avec moi , puifque je vous fuis
redevable de la vie , & de lafanté : Je
ne me tiens pas quitte en vôtre endroit
pour vous avoirprocuré l'occafion de guéri
la mere du Roy de Sicile. Quoique
vous ayez acquis par- là une fi haute réputation
, & reçu une récompenfe qui
n'eft pas moindre , je m'intéreffe trop en
tout ce qui vous regarde , pour ne vous
en pas donner de témoignages en toutes occafions.
Agréez donc que je vous exhorte
à vous attacher plus que jamais , à faire
des recherches dans un Art , où vous
faites fi facilement &fi heureufement des
nouvelles découvertes ; dont le fuccés eft
fi avantageux au Public, & à vous mêmes
furtout , foyez charitable à votre
ordinaire , envers les pauvres . Croyez
moi ; c'est à eux feuls que vous devez
tous les biens qui vous font furvenus.
Je fuis ,&c.
Fermer
1168
De Turin, ce 28 Octobre 1717. LETTRE De M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Parlement de Turin, à M. Anel Docteur en Chirurgie, Chirurgien de Madame Royale de Savoye, de son Excellence Mgr le Comte de Kinigsegg Ambassadeur de l'Empereur, & Chirurgien Oculiste, par Brevet du Roï.
1169
p. 222-224
De Paris, ce 14 Novembre 1717. REPONSE De M. Anel à la Lettre de M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Turin.
Début :
Monsieur, La Renommée vous a informé des bienfaits que son Excellence [...]
Mots clefs :
Monseigneur, Fortune, Attachement , Princesse, Maladie, Remèdes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Paris, ce 14 Novembre 1717. REPONSE De M. Anel à la Lettre de M. le Chevalier de C*** fils de défunt M. le Premier Président du Turin.
De Paris , ce 14 Novembre 1717.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
REPONSE
De M. ANEL à la Lettre de M. le
Chevalier de C *** fils de défunt
M. le Premier Préfident du Turin.
MONSIEUR,
La Renommée vous ainfermé des bienfaits
que fon Excellence Monfeigneur le
Comte de Kinigsegg vient de me départirf
généreusement . Je fuis fûrque connoiffantfon
caractére, vous n'en estes pas
furpris : La fortune qui nous perfecute
en général , m'a favorisé de ce côté-là,
J'ai refpiré long-tems aprés l'arrivée de
S. E. en cette Cour, par la reconnoiffance
l'attachement que je lui dois , &
que je lui porte ; fans m'attendre d'ailleurs
, à un fi grand bien-fait de fapart,
ny an témoignage de confideration &
d'eftime » que vous aves M. la bonté de
me marquer aujourdhui à ſon occafion. I
n'êtoit pas befoin M. d'une nouvelle conDE
NOVEMBRE.
225
firmation ; -vous m'en aviés donné des
marques affés fenfibles par tant d'endroits
particulierement, en me procurant
l'avantage d'être utile au retabliffement
de la fanté de Madame Royalle ; ce que
vous fites de la maniere du monde la plus
généreuse : Souvenés- vous M. que vous
eftiés chez moi a Gênes , dans un lit
prefque agonifant ; dans le tems que vous
prites la plume à mon infçu , pour faire
part de ma nouvelle découverte à Madame
Royalle , & pour lui offrir monfecours
; fans l'informer de vôtre êtat , ny
du befoin que vous en aviés vous même :
Il arriva que cette Princeffe ignorant
vôtrefituationfâcheufe , ennuyée de la longueur
de fa maladie , & preffée de fa
guérifan , hâta mon départ pour me rondre
aupres defa Perfonne Royalle , &.
que vous vous déterminates à vous tranfporter
dans une Litiére de 'Gênes à Turin,
pour mefuivre au peril de vôtre vie,
crainte que l'occafion que vous m'aviés
procurée ne me manquat . Le zele que vous
portiés à cette Princeffe , & l'affection
que vous aviés deja congeuë pour moy´,
vous firentfaire une Action digne d'Alexandre
:Je vous traite auffi , commefr
vous aviez êté lui-mêm: ; & la Princeſſe
"
124
LE MERCURE
vous regala aprés votre parfaite conva»
Ifcence , d'un riche Diamant. Vous
m'cxbortés , Monfieur , à avoir toujours
fin des Pauvres infirmes ; c'est ce que
j'ai deßein de faire plus que jamais . J'e
continuerai de leur donner audiance
les après midi , depuis une heure , juf
qu'à cinq heures en Hiver ; & en E'té ,
jufqu'afix. Ils trouveront chezmoi , tous
les fecours que je fuis capable de leur donner;
Remédes , Panfemens , Operations ,
Confultations verbales & par êcrit , tant
pour la Ville que pour les Provinces ;
j'irai panfer chez eux , ceux qui ne
pourront pas venir chez moi . La Maifon
où je demeure , rue du Four proche
Saint Eustache , vis- à- vis l'avance de
l'Hôtel de Soiffons , nommé l'Hôtel du
Bien des Yeux , eft un Hôpital affûré
pour eux : Qrant à vous , Monfieur , je
Souhaite que vôtre fante fe maintienne
long- tems auffi parfaite , qu'elle l'eftoit
aprés la cure que je vous ai faite. Je fuis
&'c.
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1170
p. 7-69
EXAMEN DES TRANSPOSITIONS PERMISES, Ou défenduës dans le stile Poëtique.
Début :
Quand je ne me serois pas engagé dans ma Dissertation précédente, [...]
Mots clefs :
Transpositions, Génitif, Ablatif, Datif, Pluriel, Singulier, Vers, Verbe, Phrases, Langue, Construction, Poésie, Règles, Style, Lecteur, Qualité, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXAMEN DES TRANSPOSITIONS PERMISES, Ou défenduës dans le stile Poëtique.
EXAMEN
DES
TRANSPOSITIONS PERMISES ;
Ou défendues dans le ftile Poëtique.
Q
UAND je ne me ferois
pas engagé dans ma Differtation
précédente , à traitter
en détail, ce qui regar-
Tranfpofitions ; & à faire la
diftinction de celles qui font permiſes ,
& de celles qui ne le font pas ; c'eft
un point fi effentiel à mon fujet , que
de les
A iiij
LE MERCURE
je ne pourrois me difpenfer d'en parler.
termes
En effet , comme entre les Tranſpofitions
qui caractérisent le tour Poëtique
, par la fufpenfion qu'elles introduifent
dans la Phrafe , il y en a que.
la Langue admet , & d'autres qu'elle
rejette ; tout ce que j'ai dit jufqu'ici
, & de la fufpenfion & des tranfpofitions
, fe réduiroit aux
⚫d'une pure fpéculation ; fi je ne donnois
des régles fures , pour difcerner
celles qui font de mife , de celles qui ne
le font pas. Je fçai bien que l'uſage
qui eft le Grand Maître de la Langue,
femble les déterminer ; mais , outre
qu'il y a des Franfpofitions qui font
propres à la Poëfie & que la Profe ne
fouffre pas ; que l'ufage même qu'en
fait la Pocfie , n'eft pas bien certain ,.
bien déterminé & hors de toute conteſtation
, au moins à l'égard de quelques-
unes de ces Tranfpofitions ; ily
a lieu de douter , fi ce principe de l'ufage
,auquel on rapporte tout dans les bizarreries
prétendues de la Langue , ne
fuppofe pas lui -même un principe ultérieur
, & s'il n'eft pas fondé fur quelque
raifon.
DE DECEMBRE. 9
Pour moi , fi j'ofe dire ce que j'en
penfe , je fuis perfuadé que les irrégularitez
même les plus bizarres , en fait
de Langage , ont un principe caché que
peu de gens pénétrent ; mais , dont
tout le monde fuit l'impreffion fans le
connoître. C'eft une forte d'instinct
qui infpire toute une Nation ; & qui ,
quoi qu'à l'aveugle , conduit auffi
fûrement l'ignorant, que la raifon & la
régle dirigent l'Homme de Lettres &
le Grammairien. Pourquoi, entre deux
façons de parler , qui d'elles- mêmes
n'ont rien de vicieux , l'une eft - elle
admife & l'autre réprouvée ? On repond
que cela vient de l'ufage , qui
admet l'une & qui défavoue l'autre ,
& l'on feroit fcrupule de creufer plus
avant. Mais,comme de la maniere que
les Hommes font faits , toute une Nation
ne fe détermine pas à préférer une
expreffion à une autre , fans qu'il y ait
quelque raifon fourde de préférence ;
j'ofe dite , que fi on vouloit un peu
creufer en cette matière , on trouveroit
infailliblement ou dans le génie
de la Langue , ou dans le goût de la
Nation, le principe caché qui , fans
nous nous en appercevions › dé--
que
ΤΟ LE MERCURE
cide dans nous , de ce que nous devons
admettre en fait de Langage , & de ce
que nous devons réprouver.
Or , c'eft à ce principe que j'ai tâché
de remonter , non pas, pour régler
quelles font les Tranfpofitions dont
on peut ufer, & quelles font celles dont
on doit s'abstenir ; puifque , cela n'appartient
qu'à l'ufage : Mais , pour juftifier
l'ufage même dans celles qu'il a
permifes , comme dans celles qu'il a
condamnées. J'aurois pû m'en tenir à
faire un détail exact des differentes
inverfions qui font d'alloy dans la Poëfie
, & à les appuyer par des exemples
tirez de nos meilleurs Poëtes :
C'eftoit même , à peu prés , à quoi je
m'eftois borné d'abord . Le hazard,fans
que j'en euffe deffein , me mena plus
loin ; car , en lifant à quelques - uns
des mes amis , ce que j'avois jetté fur
le papier, touchant les Tranfpofitions,
& en ayant rapporté une qui , de mon
aveur,êtoit bonne ; mais , que j'avoüois
qui m'embarraffoit ; parce que je ne
trouvois pas qu'elle quadrât avec les
autres de même efpece , & que je ne
voyois pas d'ailleurs , ce qui pouvoit
la tirer hors de la régle; un d'eux,homDE
DECEMBRE. 1 11
me de beaucoup d'efprit * & qui fans
être Poëte , eft fort au fait fur la
Poëfie , me donna fur le champ le
dénouement que je cherchois >
en
me faifant remarquer , que ce qui
autorifoit cette Tranfpofition ; c'eftoit
qu'elle fe pouvoit faire fans ambiguité
& fans équivoque. Sa raifon qui me
parut décifive pour la difficulté dont
il s'agiffoit , me donna lieu d'enviſager
toutes les autres Tranfpofitions par
le même endroit . Je les examinai , &
les êtudiai de nouveau ; & à force de
les remanier & de les confronter enfemble
, je trouvai dans ce qu'on
m'avoit dit pour une , la clef de toutes
les autres , & le principe général &
déterminant , qui a fait admettre celles
qui font en ufage , & qui a fait exclure
celles qui n'y font pas.
C'est ce que je vais tâcher de développer
; & pour y parvenir , il faut
fuppofer d'abord , que les Tranfpofitions
ne peuvent rouler que fur deuxfortes
de termes qui font , pour ainfi
parler , le corps de la Phrafe ; c'est -àdire
ou furles noms , ou fur les verbes..
* M. l'Abbé de Pons.
1.2 LE MERCURE
Sur les noms , foit par rapport
d'autres noms dont ils dépendent ,
foit par rapport aux verbes , qu'ils
gouvernent ou dont ils font gouvernez
. Sur les verbes , par rapport à d'autres
verbes avec lefquels ils fe trouvent
liez par la conftruction.
A l'égard des Verbes , il n'y a point
de diftinction à faire entre les tems
differents ; préfent , paffé & fûtur ,
fur lefquels ils roulent. Car , comme
cela ne change rien à leur fignification
effentielle , dés qu'ils fouffrent
la tranfpofition dans un de
ces tems , ils la peuvent fouffrir dans
tous les autres . Il n'en est pas de même
des noms , par raport aux cas diffé
rens dont ils font compofez , & dont
les uns admettent la tranfpofition fans
reftriction ; & les autres ne s'y prêtent
qu'avec précaution , & qu'en certaines
fituations : Le Datif par exemple , le
tranfpofe tant qu'on veut , & prefque
fans aucune exception. Le Génitif &
l'Ablatif fe tranfpofent auffi le plus
fouvent , hors en quelques rencontres
particulieres. Le Nominatif aucontraire
, & l'Accufatif n'admettent la
ranfpofition qu'à certaines conditions,
DE DECEMBRE.
13
& ce dernier encore plus rarement que
l'autre. C'est ce que le Lecteur reconnoîtra
par lui-même ; lorfque j'entrerai
dans le détail des tranfpofitions ,
par rapport à ces différens cas. Je ne
mets point ici le Vocatif en ligne de
compte , parce que , n'ayant proprement
point de régime ny actif, ny
paffif , il eft abfolument indépendant .
Au refte , je crois qu'on ne trouvera
pas mauvais , qu'en parlant de tous
ces cas , je me régle fur i'Analogie latine:
11 ma paru que dans une matiére qui
ne regarde gueres que les gens de
Lettres , je devois en ufer ainfi , pour
leur plus grande commodité ; & je ne
difconviendrai pas que je n'aye û auffi
en cela , un peu égard à la mienne. La
différence de certains cas dans nôtre
Langue , eft fi peu marquée , que j'aurois
efté fort embaraffé à diftinguer
enplufieurs occafions , le Génitif de l'Ablatif.
Il m'a donc fallu , pour les fixer ,
avoir recours à la Méthode qu'on fuit
dans les
Déclinaifons de la Langue
Latine ; & fuivant ce plan , j'appelle
Nominatif, Génitif& c.ce qui dansnôtre
Langue , répond au Nominatif, Génitif
& autres cas des Latins. Détail de
14 LE MERCURE
Grammaire affez defagréable , mais fi
utile , que je me flate , qu'on voudra
bien l'excufer en faveur de la clarté
qu'il répandra fur tout ce que j'ai à
dire des tranfpofitions.
Ce fut dans la difcuffion de ces cas
différents , qu'ayant remarqué que des
cinq cas , à l'égard defquels la tranf
pofition pouvoit avoir lieu , le Datif
l'admettoit fans violence , & même
affés naturellement ; qu'à peu de chofe
prés , il en eftoit de mefme du Génitif
& de l'Ablatif mais qu'au contraire
, le Nominatif ne la fouffroit qu'à
peine , & feulement en certaines conjonctures
; & que l'Accufatif y répugnoit
prefque totalement ; je voulus démêler
d'où pouvoit venir tant de répugnance
dans les derniers , & tant de
facilité dans les premiers : Car , d'attribuer
cela à la bizarrerie de l'uſage ,
il me paroiffoit que c'eftoit éviter la
difficulté , & non pas la réfoudre. Je
me figurai donc qu'il falloit néceffairement
qu'il y ût dans quelques- uns
de ces cas , quelque chofe de particulier
qui ne fe trouvât pas dans les autres.
Sur cela , je me mis à les éxaminer
tous en détail , dans trois fortes de
"
DE DECEMBRE. IS
noms différens , tels que je les repréfente
içi.
SINGULIER.
Nominatif. L'homme.
Genitif.
La table. Le temple.
De l'homme, De la table. Du temple.
Datif. A l'homme. A la table . Au temple.
Accufatif. L'homme. La table. Lo temple.
Ablatif, De l'homme. De la table. Du temple.
Génitif.
PLURIER.
Nominatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Des hommes. Des tables. Des temples .
D'atif. Aux hommes, Aux tables. Aux temples.
Accufatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Ablatif. Des hommes. Des tables. Des temples.
Comme les noms dans nôtre Langue,
n'ont point d'infléxions différentes ,
ainfi que dans la latine , c'eſt l'article
feul qui y diftingue les cas. Or , je remarquai
qu'il n'y avoit que le Datif
qui ut un article particulier , lequel ne
lui fût commun avec aucun autre cas ;
c'eft l'article à ou au pour le fingulier ,
& aux pour le plurier. Auffi , remarquai-
je en mefme tems , que c'eftoit ,
comme onle verra dans la fuite , celui
de tous les cas , dont la tranſpoſition
16 LE MERCURE
.
êtoit la plus naturelle , & avoit le plus
d'agrêment & de douceur. Pour le
Génitif& l'Ablatif, je trouvai une entiére
conformité entr'eux ; de forte
que , quand ils concourent enfemble ,
ils femblent deux Génitifs de fuite ;
car , en difant : De l'Armée de Céfar
il paffa dans celle de Pompée ; cela fait
à peu prés le mefme effet , que fi on difoit
: Il eftoit le meilleur Soldat del'Armée
de Céfar. Sur quoi , je fis trois obfervations
; la premiere , que ce concours
de l'Ablatif & du Génitif êtoient
rares . La feconde › que comme ils figuroient
de la mefme maniére que
deux Génitifs ; ils devoient auffi obferver
la mefme régle ; & que par conféquent
, il ne pouvoit y avoir de tranfpofition
entr'eux , non plus qu'entre
deux Génitifs , à caufe de l'équivoque
qui en réfulteroit , comme je l'expliquerai
dans l'article de cette , tranfpofition
. Enfin , la troifiéme obfervation
que je fis , fut que partout ailleurs,
où il n'y avoit point lieu à une femblable
équivoque , le Génitif & l'Ablatif
pouvoient fe tranfpofer : De forte
qu'eftant d'eux- mêmes & de leur nature,
trés fufceptibles de tranfpofition ,
ce
DE DECEMBRE . 37
ce n'eftoit qu'accidentellement qu'ils
y répugnoient quelquefois, & toûjours ,
pour éviter l'ambiguité & l'équivoque ,
que cette tranfpofition y pourroit mettre..
Enfin , je trouvai entre le Nominatif
& l'Accufatif , une reffemblance plus
parfaite encore par fa fimplicité, qu'en
tre le Génitif & l'Ablatif ; car , ny l'un
my l'autren'ont d'articles : Reffemblance
d'ailleurs , bien autrement incommode
que dans les deux autres cas ; en ce
que fe trouvant prefque toûjours enfemble
par la conftitution de la phrafe,
où le verbe doit avoir fon Nomina
tif & fon cas , lequel pour le plus fouvent
, eft l'Accufatif ; il n'y avoit que
l'ordre de la marche entr'eux qui pût:
les caractériſer : De forte qu'on ne pouvoit
difcerner le Nominatif de l'Accufatif
, que parce que celui - là précé--
doit le verbe , & celui ci le fuivoit :
Car , fi on veut tranfpofer les termes
de cette phrafe ; Céfaraimoit la gloire
en difant ; la gloire aimoit Céfar ; on
prendra cela plûtôt pour un changement
de phrafe , que pour une tranf
pofition. La gloire paffera pour le Nominatif,
parce qu'elle eft devant le
B
18 LE MERCURE
verbe , & Céfar pour l'Accufatif , parce
qu'il eft aprés ; & perfonne ne
s'imaginera qu'on veuille dire dans
cette tranfpofition , que c'eft Céfar
qui aimoit la gloire , & non pas la gloire
qui aimoit Céfar .
De cette remarque je tirai deux conféquences.
La premiere , que la répugnance
que ces deux cas fembloient
avoir à la tranfpofition , ne venoit
que de la confufion inévitable que leur
uniformité cauferoit dans la phrafe ,
pour peu qu'on en troublât l'ordre naturel
: La feconde , que toutes les
fois qu'il n'y avoit point d'ambiguité
à craindre , on pouvoit tranfpofer ces
deux cas comme les autres ; & que c'êtoit
pour cela qu'il y avoit des occa-.
fions , où la tranfpofition du Nominatif,
loin de choquer , avoit un trés bon
effet.
Enfin , ramaffant tout ce que j'avois
fait d'obfervations , & confidérant
que le Datifne repugnoit prefque jamais
à la tranfpofition ; parce qu'ayant
marque particuliére dans fon article ,
l'inverfion à fon égard , ne pouvoit caufer
d'ambiguité : Que les autres cas ne
l'exclupient , que quand elle faifoir
fa
DE DECEMBRE. 19
un fens douteux & équivoque ; & que
hors delà , ils l'admettoient librement :
Que de mefme , comme on le verra
dans fon lieu , elle fe fouffroit entre
deux verbes , lorfqu'elle n'y apportoit
point d'embarras & de confufion ; je
tirai cette conféquence générale , dont
je fais la régle décifive , pour difcerner
les bonnes & les mauvaiſes tranfpofitions
Que toute inverfion de
phrafe eft permife & légitime , dés
qu'elle n'en altére point la clarté , &
qu'elle n'y cause ni confufion , ni équivoque
. Principe , d'autant plus folide
& plus fûr , qu'il eft fondé fur le génie
de la Langue françoife , dont le caractére
propre & particulier , eft la
clarté. La conftitution fimple & naturelle
de la phrafe , dans laquelle l'expreffion
fuit l'ordre de la perfée , nous
en eft une preuve. Nôtre Langue fe
preftera toujours fans répugnance aux /
tours les plus hardis , aux figures less
plus outrées , aux tranfpofitions les
plus extraordinaires , à toutes les libertez
, & aux défordres même de
la Poëfie , fi jofe parler ainfi ; mais
à cette condition , que fa clarté n'en
fouffrira point . Tant de beautés & d'ox-
Bij
20
LE MERCURE
nements qu'il vous plaisa; mais ny obfcurité
, ny confufion , ny équivoque.
La clarté eft un point , fur lequel elle
n'admet aucune compenfation , & elle
préférera toujours une fimplicité fans
embarras , à unfublime obfcur & fatigant
.
Ce principe êtant êtabli , il ne reſte
plus qu'à l'appliquer , & cette application
même en fera la preuve ; car , en
éxaminant fur cette régle , toutes les
tranfpofitions , tant bonnes que mauvaifes
, je ferai toucher au doigt : Que .
les premieres ne font permifes,que parce
qu'en donnant de la beauté à la phrafe
, elles n'en altérent point la clartés.
& que les autres ne font rejettées
que parce que , fous prétexte d'embellir
la phrafe , elles l'obfcurciffent .
Et comme , de toutes les tranfpofitions
, celle du Darif eft la plus naturelle
; c'est par elle auffi que je crois
devoir commencer , en l'éxaminant,
& par rapport aux verbes , & par rap
port aux noms , avec lefquels le Da
tif peut eftre tranfpofé.
DE DECEMBRE. 2x
EXAMEN
De la Tranfpofition du Datif.
Le Datif eft ordinairement régi par un
verbe qui le demande aprés lui : Comme
quand on dit . Tout confpire à mes
deffeins. On s'appofe à mes voeux. Déro- .
ber fa tête à un fardeau Voilà comment
on doit parler en profe , où l'on
place le verbe devant le cas qui en dépend
: En Vers , c'eft tout le contraire .
Le ftile poëtique éxige , qu'en renver..
-fant la phrafe , on tranſporte le cas devant
le verbe , & qu'on dife : A mes.
deffeins tout confpire. A mes voeux ons'oppofe.
A un fardeau dérober sa tête ::
Et c'eft ainfi qu'en uſe Racine.
A mesjuftes deffels je vois tout confpirer.
2. Ilfe plaint qu'à ſes voeux un autre ·
amour s'oppofe.
3 Chacun à ce fardeau vent dérober Sa
tête.
Tragédie de Mithridate..
A&t. III . Sc. I..
2. Act. II. Sc . VI
3 A&… III, Sc. I.
LE MERCURE
Ce n'eft pas à dire , que Racine luf
même fuive toûjours cette méthode ;
car , dans un autre endroit , il dit fansufer
de tranfpofition .
* Tu ne t'attendois pas fans doute à ce
Difcours.
Mais en cela mefme , il s'écarte de
fa pratique ordinaire ; & il eſt évident
qu'il feroit plus poëtique d'ufer de
tranfpofition, & de dire.
Sans doute à ce Difcours tu ne t'attendois
pas.
>
On peut donc établir , comme une
régle fûre , que le ftile poëtique exige
la Tranfpofition du datif, par rapport
aux verbes dont ce datif dépend.
Je ne prétends pas néantmoins qu'il ne
foit jamais permis de s'abftenir det ranfpofitions
tant à l'égard de ce cas ,
que des autres qui en font fufceptibles
car , ffuurr ccee ppiieedd , il faudroit
mettre dans un vers , toutes les tranfpofitions
qui pourroient y entrer : Ce
qui feroit le plus fouvent un trés mauvais
effet . Il y a du plus & du moins ,
des tempéraments à garder en tout
* Alte I. Sc. I.
DE DECEMBRE. 23
cela. C'eft de quoi je parlerai plus au
long dans la fuite , lorfque je traitterai
de l'ufage qu'on doit faire des tranf
pofitions. Mais quant à prefent , je
me borne à déterminer ce que le tour
de la Péëfie exige de lui- même , & à
quoi il faut s'affujettir , lorfqu'il n'y a
point de raifon légitime de s'en difpenfer..
Outre les Verbes qui gouvernent
des datifs , il y a auffi des adjectifs
, dont ces mêmes datifs dépendent..
Quelquefois , ces adjectifs font liez
à un verbe. Comme quand on dit . Cefils
fut cruel à fon Pere . Quelquefois ,ils
fe trouvent feuls & fans verbe , comme
fi on diſoit : Et par un trait fun? -
fte à fa gloire. Et quelquefois auffi , ils
font participes d'un verbe . C'eſt ainft.
qu'on dit. Soumis à mes loix , attaché
à fon devoir. Trois fituations , par rapport
aux quelles il faut confiderer la
Tranfpofition du datif.
Toutes les fois que l'adjectif fait
lui-même partie d'un verbe , ou qu'il
eit lié à un verbe , il peut-être regardé
comme verbe par rapport au datif
qui le fuit , & par confequent, la Tranf
14 LE MERCURE
pofition du Datif a lieu à fon égard
auffi naturellement qu'à l'égard des
verbes. En voici des exemples , donɛ
je forge le premier , parce que je n'en
trouve point fous ma main ; & je prie
le Lecteur d'agréer que j'en ufe de la
forte , lorfqu'ils me manqueront.
A fon Pere ce Fils fut toûjours trop
cruel.
Je fçay que de tout tems à mês ordres
foumis
Ilbait autant que moi nos communs
Ennemis.
Dans le premier exemple , l'Adjectif
eft joint à un verbe ; dans le fecond
, l'Adjectif eft participe , & la
Tranfpofition fait fort bien dans tous
les deux.
Mais , lorfque l'Adjectif est tour
feul , & qu'il n'eft point participe , il
eft difficile que la Tranfpofition ne
caufe de l'ambiguité dans la Phraſe.
S'il falloit dire , par exemple.
Mais , entreprise hélas ! · Trop fu-·
nefte à la gloire .
Er qu'on Tranfpofat ainfi.
1. Act. 11. Sc . 39 . Mais ,
DE
DECEMBRE.
25
Mais , entreprife hélas ! A fa gloire
funefte .
Cette
Tranfpofition ne
vaudroit
rien , parce qu'on pourroir douter , fi
l'Adjectif, funefte , fe
rapporteroit à entreprife
, ou à gloire ; & que felon le
principe général des
tranfpofitions ,
on n'en doit point ufer , dés qu'elles
peuvent apporter la moindre obfcurité
au fens de la Phrafe . Toutes les
précédentes ne font bonnes , que parce
qu'elles n'en altérent en rien la
clarté , de forte même , quefi en gare
dant la
tranfpofition dans ce dernier
Vers , on pouvoit le tourner , de maniere
qu'il n'y ût lieu à aucune équivoque
; comme fi on diſoit ,
Mais , à fa gloire hélas ! Entreprife
funeйte.
la
Tranfpofition feroit
beaucoup plus
tolerable.
Cependant ,
comme dans
ces termes , à fa gloire , l'article à ,
qui n'eft point encore
déterminé , peut
paffer pour
prépofition , & avoir le
même fens que ,
ad ejus
gloriam en
C Décembre
1717.
26 LE MERCURE
latin ; c'eſt-à- dire , marquer un Accufatif
; comme fi on difoit : A fagloi
re il faut que je le publie ; l'efprit
fouffre dans l'incertitude où il eft , fi
l'article , à , eft ici un article ou une
prépofition ; & fi c'eft un Datif ou un
Accufatif qu'il lui annonce : Or , il ne
faut jamais que l'efprit travaille pour
deviner ce qu'on lui expofe . Quelque
belle que fut une tranfpofition , on
doit toûjours la facrifier en faveur de
la clarté ; ou plûtôt, elle n'eft plus recevable
, dés qu'elle péche contre ce
principe .
C'eft de la fufpenfion que la Poëfie
demande , & non de l'incertitude ;
deux impreffions qu'il ne faut point
confondre. L'incertitude renferme la
fufpenfion, & en corrompt l'agrêment
par la peine , & la perplexité qu'elle
y porte ; mais , la fufpenfion ne fuppofe
point l'incertitude . Son idée aucontraire,
ne nous préfente qu'une attente
agréable de ce qu'elle nous annonce ,
& qu'elle nous met par avance à portée,
de deviner au moins en partie. Par
exemple , dans le Vers fuivant.
DE DECEMBRE : 27
1 Aux offres des Romains , ma Mere
ouvrit les yeux .
Il y a de la fufpenfion , mais , il
n'y a point d'incertitude ; parce que la
particule aux , marque évidemment un
article & non, une prépofition: Et quand
ily auroit , à l'offre des Romains , ce
feroit la même chofe , comme on peut
le voir dans le Vers qui fuit .
2 A mille coups mortels contre eux
me devouer.
Cette particule , à , détermine abfolument
le Datif , & annonce le verbe
qui demande ce cas : De forte que ,
quand ce verbe arrive , l'efprit qui
êtoit demeuré en fufpens , durant le
premier hémiftiche , elt enfin content
& fatisfait ; parce qu'il trouve ce qu'on
lui avoit annoncé , & ce qu'il s'êtoit
promis. Au lieu que , quand il ne fçait fi
la particule , à , eft article ou prépofition
; & fi elle prépare à un Datif
1 A&t. 1. Sc. I.
a Act. 1. So. I..
Cij
18 LE MERCURE
ou à un Accufatif , comme dans ces
termes ci - deffus , à fa gloire ; il fouffre ,
il peine , il n'ofe prendre de parti entre
le Datif & l'Accufatif ; ou , s'il le
prend , il rifque à fe voir obligé de
revenir fur fes pas ; chofe defagréable
pour nôtre efprit , & mortifiante
pour notre vanité. Toute erreur nous
humilie ; & comme nous n'aimons pas
à être humiliez , nous voulons toujours
du mal à ceux qui ont donné occafion
à nôtre humiliation : Nous cherchons
à nous difculper à leurs dépens ;
& fur ce point , comme dans toutes
les chofes où nous avons quelque tort ,
nous nous en prenons toûjours plus
volontiers à autrui , qu'à nous mêmes.
Or , rien n'eft plus facheux , &
plus imprudent à un Auteur , que de
mettre fon Lecteur , c'eft à - dire fon
juge , contre lui. Enfin , ce qui fait auprés
de nous le merire de la fufpenfion
, & le defagrêment de l'incertitu
de eſt fondé fur la bonne opinion
que nous avons de nôtre intelligence.
Nous voulons deviner , ce qui eft
la chofe du monde qui bleffe le plus
nôtre efprit ; mais , nous ne voulons
pas nous tromper ; ce qui est la cho-
?
•
DE DECEMBRE 29
que
fe du monde qui l'humilie le plus : Or,
par tout où il y a du doute & de l'in
certitude , il faut , ou que l'efprit s'arrête
tout - court , ou qu'il s'expofe &
fe mêprendre S'il eft obligé de s'arrêter
, c'eft un aveu de fon peu de pénétration
; s'il paffe outre , c'eft précipitation
& imprudence ; deux partis
qui bleffent prefque également fon orgueil
, & dont il fçait toûjours mauvais
gré , à ceux qui ne lui laiffentfur
cela le choix. Au lieu que, quand
il n'y a que de la fufpenfion ; il a le
plaifir pur de pouvoir deviner , fans
courir rifque de fe tromper. Peut - être,
trouvera- t-on que je me fuis trop êtendu
fur ce point ; mais , dans une matiere
fi mince d'elle-même , je ne crois
pas devoir rejetter , ce qui peut en
quelque forte, en corriger la fécheref
fe ; fur-tout , quand ce font des réfléxions
que mon fujet me fournit de lui
même : Et d'ailleurs,il eft bon que,par
le rapport fécret que des minuties de
Grammaire ont à notre amour propre ,
nous ayons occafion de connoître jufqu'où
s'étend fa tyrannie .
Voilà à peu près , à quoi fe réduit la
Tranfpofition du Datif , à l'égard des
Ciij
20 LE MERCURE
verbes & des Adjectifs dont il peut
dépendre.
Mais , comme il peut encore fe trouver
en concurrence avec d'autres cas;il
eft à propos d'éxaminer qui font ceux ,
à l'égard defquels il admet la tranſpofition
, & ceux avec qui il la comporte
moins. Ce qu'on peut dire en général
; c'eft que , quand la tranfpofition
fouffre de la difficulté , cela vient
moins de la part du Datif, que de celle
des autres cas avec lefquels il fe
trouve lié . De lui-même , il s'y prête
toûjours affez volontiers.
où il
Voici pourtant une rencontre ,
paroît autant de réſiſtance de fa part
à la tranfpofition , qu'il peut y en
avoir du côté du Genitif : Car , fuppofons
qu'on veüille tranfpofer ces
deux cas dans le Vers fuivant ,
Au plus grand des Héros , j'ofe le
comparer.
Il faudra dire .
Des Héros au plus grand , j'oſe le
comparer.
Tranfpofition qui paroît fonner mal,
& qui même , n'eft pas néceffaire dans
DE DECEMBRE.
31
ce Vers , où il y en a déja une . Mais ,
ce qui rend ce Vers rude , ce n'eft pas
la multiplicité des tranfpofitions ; c'eſt
la qualité de l'une des deux ; je veux
dire , celle du Genitif & du Datif qui
y repugnent également . Le Genitif prémierement
, à caufe de l'article , des
qui devient alors équivoque entre
lui & l'Ablatif. Car , on ne fçait , fi cet
hémiftiche, des Romains au plus grand ,
annonce une fimple comparaifon , ou
une efpéce de gradation , comme du
petit au grand : En fecond lieu , du côté
du Datif , on doute fi la particule
an , eft un article , ou une prépofition ;
fi elle défigne un Datif , ou un Acfatif.
Et ce qui femble prouver que
l'incongruité de la tranfpofition vient
de là en partie ; c'eft que fi on change
le Nominatif en Datif , & qu'on
dife ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos узих .
la Tranfpofition fera bonne.
J'ai dit que ce qui donnoit de la
rudeffe au Vers , n'êtoit pas la multi-
Des Héros au plus grand,j'ofe le com
parer.
2
32 LE MERCURE
plicité de tranfpofitions qu'il renfer
me , mais , la qualité de l'une de ces
tranfpofitions : C'est ce qu'il faut que
j'explique , quoi que cela regarde
proprement l'ufage & le ménagement
des tranfpofitions , dont j'ai deffein de
traitter à part; mais, pour ne point laiffer
le Lecteur dans l'embarras , je
crois devoir par avance, en toucher ici
quelque chofe.
En quoi donc , eft- ce que la qualité
d'une des tranfpofitions dans ce dernier
Vers , en caufe la rudeffe ? C'eſt
en ce qu'une de ces tranfpofitions eft
double ; c'eſt à - dire , en ce que le même
cas ett tranfpofé deux fois , l'une
avec un autre cas , & l'autre avec fon
verbe. Car , quoique la Phrafe Poëtique
exige des tranfpofitions , elle
ne les admet néantmoins , comme
nous l'avons remarqué qu'autant
qu'elles n'embarraffent point trop la
Phrafe Or , la Phrafe ne peut manquer
d'être embarraffée , dés qu'un terme
qui a de la liaiſon avec deux autres ,
eft tranfpofé à l'égard de tous les deux ;
& c'est ce qui arrive dans ce Vers.
,
Des Héros au plus grand , j'ofe le
comparer.
H
D
ta
D
DE DECEMBRE.
33
Au plus grand , qui eft un Datif,
eft déja tranfpofé , par rapport à fon
verbe qu'il précede ; car, dans l'ordre
naturel, il devroit le fuivre , & on dévroit
dire , comparer au plus grand. On
le tranfpofe encore à l'égard du Genitif
qu'il régit ; puifqu'au lieu de dire.
Au plus grand des Héros , on dit , des
Héros au plus grand. Voilà donc , le
même cas tranfpofé deux fois : De forte
qu'il faut que l'efprit faffe deux
opérations fur le même terme , pour
démêler le vrai fens que cette duplicité
de tranfpofition obfcurcit. Ce
n'eft plus un plaifir , tel que celui de
la fufpenfion ; c'est une peine & une
efpéce de torture , dont nôtre délicateffe
ne s'accommode pas.
,
D'où vient que dans la feconde maniere
de tourner ce même Vers en
changeant le Datif en Nominatif ; &
en difant ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos yeux .
la tranfpofition eft de mife ? C'eft
qu'alors , le même mot n'eft tranfpofé
qu'une fois .
14 LE MERCURE
Et pour prouver encore plus fenfiblement
, que la dureté de l'autre
Vers , des Héros au plus grand & c.
ne vient point de ce qu'il y a deux
tranfpofitions ; mais , de ce que l'une
des deux eft double ; c'est - à-dire , que
le même terme y eft tranfpofé deux
fois ; je vais citer un Vers de Racine ,
auffi compliqué qu'il puiffe y en avoir ,
par la multitude des termes differents.
qui le compofent , & qui forment
deux tranfpofitions ; fans que pourtant
, la beauté du Vers , ny la clarté
de la Phrafe en fouffrent. Le voici.
› De mon Pere à la Reyne il conte
la difgrace.
Il y a dans ce Vers un Nominatif,
il ; un Génitif , de mon Pere ; un Datif
; à la Reyne ; un Accufatif ; la difgrace
; un verbe , conta. Il s'y trouve
de plus deux tranfpofitions , mais ,
toutes deux fimples ; c'eft- à- dire, qu'il
n'y a aucun terme qui foit tranfpofe
deux fois. Le Genitif l'ett, par rapport
à l'Accufatif; de mon Pere la difgrace,
1 Att . 1. Sc . I
DE DECEMBRE.
35
au lieu de dire , la difgrace de mon
Pere. Le Datif l'eft , par rapport au
verbe qui le gouverne , à la Reyne il
conta au lieu de dire il conta à la
Reyne. Ainfi, cela ne fait point d'embarras
; cela n'altere point la clarté de
la Phrafe ; & dés lors , felon nôtre
principe , les tranfpofitions font bonnes.
Ce n'est donc point la multiplicité
des tranfpofitions , mais , leur
qualité qui peut nuire à la beauté du
Vers. Paffons aux autres cas avec lef
quels le Datif peut fe rencontrer.
Il fe trouve quelquefois deux Datifs
enfemble , comme dans ce Vers.
Aux Gaulois , aux Romains , fa
valeur fut fatale.
Mais , ces deux Datifs n'ayant point
de dépendance l'un de l'autre , il ne
peut y avoir entre eux de tranfpofition.
L'arrangement en eft purement
arbitraire : On peut mettre le premier
ou le dernier , celui des deux qu'on
juge à propos ; & c'eft dans certe occafion
que , comme dit Dom Japhet.
Il n'importe guere.
Que Pafcal foit devant , on Pafcal
foit derriere.
36
LEMERCURE
,,
On peut dire la même chofe du
Datif , par rapport au Nominatif &
à l'Accufatif , parce que , quoiqu'ils
fe trouvent enſemble dans une même
Phrafe c'eft fans dépendance l'un
de l'autre , & par conféquent , fans
qu'il puiffe y avoir de tranfpofition.
Il n'en faut point d'autre exemple ,
que le dernier Vers que j'ai cité de
Racine .
De mon Pere à la Reyne il conta
la difgrace.
Car dans ce Vers , le Datif , à la
Reyne , ne dépend que du verbe , il
conta ; & n'a point de rapport , ny au
Genitif , de mon Pere , ny à l'Accufatif
, difgrace.
Il ne refte que l'Ablatif, avec lequel
le Datif puiffe fe rencontrer ; mais , ny
le Datif, ny aucun autre cas ne peut
être lié avec l'Ablatif , qui ne dépend
que des verbes ,comme on l'expliquera
en fon lieu. Dans le Vers fuivant de
Defpreaux ,
De Paris au Perou , du Japon jufqu'à
Rome.
Sat. VIII.
DE DECEMBRE. 37
il faut prendre garde que
la particule
, as , n'eft point article , mais ,
prépofition ; & qu'elle ne défigne pas
un Datif, mais , un Accufatif. Ainfi,
cela ne regarde point la tranfpofition
du Datif , à laquelle nous nous bornons
dans cet article , & que je crois
avoir examinée, felon toutes les fitua
tions que ce cas peut avoir.
Or , de tout ce que j'ai dit jufqu'ici
fur la tranfpofition du Datif, je tire
trois conféquences.
La 1 : Que de lui-même , il ne répugne
prefque jamais à la tranfpofition
, & que , quand elle ne fe peut fai
re ce n'eft gueres de fon côté que l'affaire
manque
.
an ,
La 2 : Que la feule occafion où il
paroît ne la pas fouffrir fi commodé
ment , eft quand , la particule , à , ou ,
qui fait fon article déterminant
fe
peut prendre pour une prépofition,
& former par là une équivoque , comme
quand on dit : J'ofe le dire à fa
gloire.
La 3 Que quand , par la nature
des autres cas avec lesquels il concourt,
la tranfpofition ne peut le pratiquer ;
elle ne fe trouve exclufe, qu'à raifon
38
LE MERCURE
de l'équivoque & de l'ambiguité
qu'elle introduiroit dans la Phrafe .
Conféquences , qui toutes trois , quadrent
avec le principe général que j'ai
êtabli fur les tranfpofitions & en
même tems , en font la preuve ; fçavoir.
Que toute tranfpofition eft permife, des
qu'elle peut fefairefans altérer la elarté
de la Phrafe ..
Jufqu'à prefent , je n'ai envifagé la
tranfpofition du Datif , que dans ce
qu'elle a d'effentiel , & uniquement
pour régler , quand elle pouvoit avoir
lieu. Mais comme , quelque naturelle
& quelque douce qu'elle foit par
elle -même , elle peut avoir plus ou
moins de beauté , felon la maniere
dont on la pratique , il ne fera pas hors
propos
de faire fur cela quelques de
remarques .
La principale , & celle qui renferme
toutes les autres , & qui eft géné- ,
rale pour tous les cas , eft que plus
ils font éloignez du mot , auquel ils
font liez & dont ils dépendent ; &
plus auffi , la tranfpofition a de douceur.
Ainfi , quand les deux termes , entre
lefquels fe fair la tranfpofition , fe
trouvent dans le même hémiftiche ,
DE DECEMBRE. 39
elle eft moins douce ,que quand ils font
dans deux hémiftiches differents . C'eſt
ce qu'on peut voir dans les exemples
fuivants.
1Je fçay que de tout tems à mes ordres
foûmis.
Il bait autant que moi &c.
2 Un coeur que fon devoir à moi feul
affervit.
La tranfpofition du Datif eſt ſi naturelle
, que même pratiquée de la
forte , elle n'a rien de bien rude
mais , elle feroit encore plus agréable ,
fi les deux termes rélatifs fe trouvoient
dans deux hémiftiches differents
, en tournant ces vers de la maniere
qui fuit.
Et je fçay qu'à mes loix fon coeur
toujours foûmis .
Ce grand coeur qu'à moi feul fon
devoir affervit.
Enfin , fuivant le principe que j'ai
avancé , la tranfpofition s'adoucit toû-
1 A &t . 2. Sc. ; .
A&t . 2. Sc. 5.
40 LE MERCURE
jours , à proportion de l'éloignement
qui fe trouve entre les termes rélatifs
qui la compofent : Je vais en apporter
des exemples , où comme par
gradation , ils s'éloignent toûjours de
plus en plus.
Quand je fçûs qu'à fon lit Monime
réfervée .
2 Qu'aux offres des Romains , ma
Mere ouvrit les yeux.
que
Et fe pourroit-il bien qu'à mon reffentiment
3
?
Mon Amour indifcret eût livré.
mon Amant ?
On voit dans ces trois exemples ,
le Datif s'éloigne toûjours de plus
en plus , du verbe dont il dépend :
Que même au dernier , ils font l'un
& l'autre dans deux Vers differents ;
& que la tranfpofition n'en a que plus
de grace . C'est ce que je ferai obferver
dans les autres , comme dans celle-
ci , de laquelle je paffe immédiatement
à la tranfpofition du Génitif ,
1 A &t . 1. Sc . I.
2 Ibid.
3 Act. 4. Sc. I.
DE DECEMBRE. 41
& à celle de l'Ablatif , comme
êtant les plus naturelles , aprés celle
du Datif. La conformité & la reffemblance
que ces deux cas ont entre eux,
m'engage à les traitter enfemble ; &
je le ferai de maniere , que loin que
cela y mette de la confufion , ils fe
donneront au contraire du jour l'un à
l'autre .
EXAMEN
DE LA TRANSPOSITION
Du Génitif& de l'Ablatif.
> Me
Comme le Génitif & l'Ablatif one
tous deux le même article , & qu'on
dit également à l'un & à l'autre
l'homme , de la table , du temple. Il
faut d'abord donner un moyen de les
diftinguer. Or , voici le diftinctif de
de l'un & de l'autre.
Le Génitif eft toûjours gouverné par
un nom , foit fubftantif , foit adjectif :
En voici des éxemples.
*
De fes feintes bontez j'ai connu la
contrainte .
Att. IV. Sc. 2.
D
42 LEMERCURE
J'ay honte de me voir fi peu digne
de unus.
Seigneur , de mes malheurs ce ſont-là
les plus doux.
Dans le premier éxemple , le Génitif
eft gouverné par un fubitantif.
Dans le fecond , par un adjectif : Et
dans le troifiéme ,
par un fuperlatif,
qui eft auffi une forte d'adjectif.
L'Ablatifeft toûjours gouverné par
un verbe ; & toutes les fois qu'un nom ,
qui a l'article commun au Génitif & à
l'Ablatif , eft régi par un verbe , il le
faut tenir pour un Ablatif. Exemple:
1. Allés de fes fureurs fongez à vous
garder.
2. Et même de monfortje ne pourrois
me plaindre.
Je n'éxamine point ici fcrupuleufement
, fi en rigueur de Grammaire , il
n'y a pas des noms qui gouvernent
l'Ablatif, & des verbes qui gouvernent
le Génitif ; & fi quand on dir , digne d'ar
A&t. III. Sc. I.
* Act. I. Sc. II.
1. A&t. IV . Sc . I.
2. Ibid. Sc. IV.
DE DECEMBRE.
43
mour , ou je me souviens de vous i
amour eft à l'Ablatif dans le premier,
& de vous , au Génitif dans le fecond.
Que ce foit Ablatifou Génitif , je n'envilage
ces mots que par rapport
aux autres avec qui ils font liez ; &
tout ce queje me propofe , c'eft d'expliquer
comment, on doit en ufer pour
tranfpofition , à l'égard d'un cas qui
a, des , du , ou des, pour article : Et comme
ce cas défigné par un de ces articles,
eft tantôt joint à un verbe , & tantôt
joint à un nom ; je l'appelle Génitif,
quand il eft joint à un nom ; & Ablatif
, quand il eft joint à un verbe.
la
Je dois auffi faire obferver qu'il y a
des Ablatifs régis par une prépofition
telle que, dans ,fans , par , avec , & c : Mais ,
comme , je traiterai à part de la tranfpofition
des noms , qui font régis par
une prépofition , quelque foit cette
prépofition , & quelque cas qu'elle demande
; je renvoye là les Ablatifs de
cette nature & ne traitte dans l'article
préfent , que de ceux qui font
gouvernez immédiatement par un
verbe.
Il s'agit donc de fçavoir , fi à l'égard
du Génitif joint à un nom , & d'un
Dij
44 LE MERCURE
Ablatifjoint à un verbe , on peut ufer
de Tranfpofition ; & fi au lieu de dire ;
balancer le deftin des Romains , honorer
d'un titre funefte ; on peut dire ; des
Romains balancer le deftin , d'un titre
funefte honorer. Je répons qu'oüi : En
voici des exemples de Racine . D'abord
pour le Génitif.
i Qui des Romains toûjours balançant
le deftin. *
2 Du Palais à ces mots , il leur
ouvre les portes.
En voici d'autres pour l'Ablatif.
3 Quand d'un titre funefte on me
vint honorer.
4 Que de tant d'Ennemis vous
puiffiez vous défendre.
Les deux premiers exemples ,font pour
la tranfpofition du Génitif : A l'égard
d'un nom Subitantif , en voici'd'autres,
pour fa tranfpofition , avec un nonr
Adjectif.
. A&t. II. Sc. III.
2. Act. V. Sc. IV
3 .
A&t. V. Sc. II.
4. Ibid. Sc. dern
DE DECEMBRE.
45
1 Vous faffe des Romains , dévenir
l'alliée .
2 Seigneur , de mes malheurs ce font
là les plus doux .
Telle eft la régle générale pour le Génitif
& l'Ablatif , qui tous deux admettent
la tranfpofition , avec le terme
dont ils dépendent . Il ne reste plus
qu'à faire les obfervations qui peuvent
être particuliéres au Génitif , par rap
port aux autres cas , avec lefquels il
fe rencontrer. Car , comme l'Ablatif,
felon que nous l'avons expliqué
, ne dépend que des verbes ; il ne
peut concourir avec les noms .
peut
De tous les cas , le Nominatif &
l'Accufatif font ceux avec lesquels la
tranfpofition du Génitif , fe fait le plus
commodément , & le plus gracieuſement.
La raiſon de cela eft, que le Nominatif
, & l'Accufatif n'ayant point
d'article ; on ne peut les confondre
avec le Génitif. Auffi , le Génitif ne fe
trouve-t-il jamais tranfpofé plus fiéquemment
, qu'avec ces deux cas . Les
1. A &t. III. Sc. V.
2. Act . I. Sc. II.
46 LE MERCURE
exemples en fourmillent dans tous les
Livres de Poëfie : Je me contente d'en
rapporter un pour le Nominatif, & un
autre pour l'Accufatif.
1 D'un Heros tel que vous,c'est là
l'effort füpréme.
2 D'un Rival infolent , arrêter les
complots.
Il y a feulement , à l'égard de ces
deux cas joints avec le Génitif,une précaution
à prendre dans leur tranfpofition
; c'eft d'arranger tellement les
termes , que quand dans le mefme
Vers , il fe trouve deux Nominatifs ,
eu bien un Nominatif &iun Acccufatif
avec le Génitif ; on ne puiffe douter
auquel des deux le Génitif fe rapporte
. C'est à quoi Racine femble n'avoir
pas fait affez d'attention dans le Vers
fuivant.
* Le Parthe des Romains comme moi la
terreur.
Voilà deux Nominatifs : Le Parthe
1. At. II. Sc. VI.
2. Ibid . Sc . V.
* AT. III. Sc. I.
DE DECEMBRE. 47
1
la terreur : Et l'on peut douter fi,
c'est le Parthe des Romains , ou la
terreur des Romains. Je fçay que quand
le Vers eft achevé , on voit bien auquel
des deux le Génitif, des Romains,
fe rapporte , parce que le fens le détermine
; mais , cela fait toujours d'abord
quelque peine : J'ajouterai que ,
quand mefine au lieu d'un fecond Nominatif
, on mettroit un Accufatif,
en tournant le Vers de la maniére qui
fuit 2
Le Parthe des Romains , redoutoit la
terreur.
la mefme équivoque refteroit toûjours.
L'embarras eftoit de tourner autrement
le Vers ; car , de dire ,
Des Romains comme moi le Parthe la
terreur.
l'équivoque ût efté encore plus
grande ; parce que , comme moi ”, fe
rapporteroit alors bien plus naturellement
aux Romains , qu'à la terreur ;
outre que les deux Nominatifs joints
de fi prés , font un mauvais effet : On
pouvoit encore l'arranger ainfi..
48 LE MERCURE
+
Le Parthe comme moi des Romains la
terreur.
Ou bien .
Comme moi des Romains le Farthe la
terreur.
Mais , cette derniére maniére a encore
le défagrêment des deux Nominatifs
qui fe fuivent. La précédente vaut
mieux ; & je crois que Racine ne l'a
rejettée , qu'à caufe de la proximité
des deux mots qui forment la tranfpofition
du Génitif : Ce qui rend cette
tranfpofition plus rude , comme nous
l'avons déja fait remarquer au fajer du
Datif . Mais , j'aimerois mieux encore
m'expofer à cette rudeffe , pardeffus
laquelle Racine paffe quelquefois ,
que de mettre rien d'équivoque ou
d'obfcur dans le Vers. Pour celui- ci ,
il eft impoffible, en confervant la rime,
de la terreur , & la tranfpofition du
Génitif, d'en faire un Vers bien parfait
; & j'aurois autant aimé me paffer
de tranfpofition dans ce Vers , & dire.
Le Parthe comme moi la terreur des
Komains.
Cet éxemple du moins ,nous fait voir,
comDE
DECEMBRE. 49
ond
paile
COMP
dire
Combien Racine jugeoit la tranfpolition
effentielle au Vers ; puifqu'il en
a voulu abfolament mettre une dans
celui - ci , aux dépens même de la clarté
; mais , je m'en tiens à mon principe
: Que la tranfpofition n'eft de mife
, qu'autant qu'elle ne jette point
d'embarras, ni d'obſcurité dans la phra-
Le.
Au refte , on trouve dans ces Vers
de Racine , une preuve de ce que j'ai
infinué dans ma définition du tour poëtique
, qui eſt ; qu'il y a des tranfpcitions
, qui , quoique reçûës dans la
Langue , en forcent quelquefois la
conftruction . Car , la tranfpofition du
Génitifavec le Nominatif, en difant ,
des Romains la terreur , au lieu de dire
la terreur des Romains ; elt une tranf
pofition très permiſe & de fort bon
alloy ; mais , toute permife qu'elle eft
d'elle-même , elle force ici la conftruction
, à caufe de la concurrence
des deux Nominatifs ; & par là , elle
déchoit de fon prix .
Autre éxemple de tranfpofition ,
où la conftruction eft forcée : C'est dans
ce Vers du mefme Auteur.
Décembre 1717.
E
LE MERCURE
*
Lafoy de tous les coeurs eft pour moi
difparuë.
C'eftici une tranfpofition d'Ablatif ,
& d'elle-même elle eft bonne ; car ,
fi on change le terme de foy , qui ne
peut pas entrer dans le Vers , de la maniére
qu'il le faut tourner ; & qu'on
fubftitue à ſa place celui de crainte ,
on pourra conftruire le Vers de la maniére
fuivante , & il fera bon.
De tous les coeurs la crainte eft pour moi
difparuë.
Ce n'est donc point du côté de la
tranfpofition que péche ce Vers : Tout
le défaut n'en vient, que de la maniére
dont cette tranfpofition eft tournée ,
& de l'arrangement qu'on donne à la
phrafe. Car, comme le Génitif & l'Ablatif
font entièrement conformes , &
qu'il n'y a que le terme auquel on les
lie , qui détermine le nom à l'un ou
l'autre de ces deux cas ; on prend d'abord
cet hémistiche : La foy de tous les
coeurs , par une conftruction de Génitif;
& cependant , de tous les coeurs ne
dépend point du Nominatif , la foy
* A&t. III. Sc. IV.
,
DE DECEMBRE. SI
>
mais du verbe, eft difparuë , & c'eft une
conſtruction d'Ablatif: Ainfi , cela fait
une équivoque qui met l'efprit en défaut
; car , fur le premier hémistiche
ils'attend à une conftruction de Génitif
, & s'arrange fur cela ; & quand il
eft au bout du vers , il trouve qu'il a
efté furpris , & eft obligé de changer
d'idée. C'eft une espéce de bévûë dont
il fe prend à l'Auteur du Vers,& il n'a
pas tout-à- fait tort . Ce qui a engagé
Racine à tourner fon vers de la forte
c'est qu'en confervant les termes qui
le compofent , il ne pouvoit le tourner
autrement , car , l'arrangement naturel
ût efté celui - ci .
[parue.
Four moi de tous les coeurs la foi eft dif-
Mais , la foy eft , font deux termes
qui ne peuvent fe fuivre en Vers ; à
caufe de la rencontre des deux voyelles
. Il n'y avoit donc d'autre parti à
préndre , que celui de changer le Vers,
fi on vouloit le rendre correct ; & c'eft
ce qu'il me paroît qu'on doit toûjours
faire en femblable occafion.
.
Le feu Abbé Regnier des Marais
Sécretaire de l'Académie Françoiſe
nous a donné en cette matiére, un éxemple
qui ne fçauroit trop eftre imité. Je
E ij
52
LE MERCURE
le rapporte d'autant plus volontiers
en cet endroit , qu'il tombe fur un
défaut pareil à celui que nous venons
de relever dans Racine ; c'eſt- à-dire ,
fur une équivoque produite par l'incertitude
où l'on eft , du terme auquel
doit fe rapporter un Génitif , qui , par fa
conftruction , peut dépendre de deux
termes différents. Voici donc le fait.
L'Abbé Regnier traduifit en 1655 , la
fameufe Scéne du Paftor fido , qui commence
par ce Vers : 0 Mirtillo , Mirtillo
, animamia . Cette Traduction , qui
ût beaucoup de fuccés en ce tems- là ,
& qui eft encore fort eftimée aujourd'hui
, avoit esté attribuée durant long.
tems, à la célèbre Comteffe de la Suzë ,
fous le nom de laquelle elle avoit prefque
toûjours parû ; jufqu'à ce que
l'Abbé Regnier la revendiqua publiquement
, en imprimant fes Poëfies ,
peu d'années avant fa mort. Or , dans
cette Piece , aprés les quatorze premiers
Vers , voici comme il fait parler
Amarillis .
* Du Ciel pour nous trop rigoureux ,
Par quel ordre injufte & barbare ,
Faut- il que le fort nous fepare?
Poëfies franç. de M. l'Ab, Regnier
Des Marais. P. 2
DE DECEMBRE. $3
L'équivoque dans ces Vers, confifte
en ce que le mot , du Ciel , eftant tranf
pofé , on ne fçait d'abord à quoi il
faut le rapporter ; fi c'eft à ce nom ,
erdre injufte & barbare , où fi c'eſt à
à ce verbe , nous fépare ; puifque, dans
la conftruction , il peut fe rapporter
également à l'un & à l'autre ; & qu'il
peut eftre ou Génitif, en
au nom ; ou Ablatif , en fe
rapportant
au verbe : De forte que ce n'eft qu'aprés
avoir examiné le fens de la phraſe ,
qu'on démêle enfin , que c'est au nom
qu'il doit fe rapporter , & que par conféquent
, c'eft un Génitif.
en fe
rapportant
Apparemment , que l'Abbé Regnier
fentit lui-même l'inconvénient de
cette équivoque ; & ce fut pour y remédier
, qu'entre plufieurs changemens
qu'il fit de cette Scene , dans une
feconde Traduction qu'il nous a donnée
à la fuite de la premiere , il fupprima
totalement le premier Vers ; &
par ce retranchement , il fupprima auffi
l'équivoque , fe contentant de dire :
* Par quel ordre injufte & barbare,
Faut- il que le Ciel nous fépare ?
* Ibid .
Pag. s.
E iij
54 LE MERCURE
Ce changement eftoit abfolument
néceffaire ; mais auffi , eftoit- ce pref
que le feul qu'il fallût faire felon moi,
à la premiere Traduction . Je ne fçay ,
fi l'habitude & la prévention ne me féduifent
point , en faveur de cette premiere
façon , à laquelle je fuis accoûtumé
depuis plus de trente ans ;
mais , je ne puis m'empêcher de la
préférer de beaucoup à la fuivante ,
quoique faite dans un âge plus mûr , &
de la même main que la premiere : Il
me femble du moins , en n'envifage ant
cette Scéne que du côté de la verfification
, & mettant à part ce qui en
fait le fujet ; que je me fçaurois bon
gré d'avoir fait la premiere Tradution
, & que je ne me foucierois pas
d'avoir fait la feconde . On fent dans
celle- ci , non feulement le Phlegme ,
mais même la pefanteur de l'âge , &
la féchereffe , ou la fervitude d'une veine
que l'Art gourmande & maîtriſe ,
& qui ne coule plus librement : Dans
l'autre au contraire , ce qu'il peut quelquefois
y avoir de lâche , eft compenfé
, & en quelque forte rectifié par un
hûreux naturel ; rien , je ne dis pas,
qui y foit forcé ou contraint,mais même
DE DECEMBRE.
qui y paroiffe recherché ou étudié ,
foit dans les expreffions , foit dans les
tours ; & cependant , tours & expreffions
qui femblent faites, pour les fentimens
dont ils font les organes , & qui
ont quelque chofe d'auffi tendre &
d'auffi naturel que les penfées. Tout
y coule de fource ; un ftile aifé , intéreffant
, nourri , moëlleux ; & qui porte
avec lui , non feulement le feu & la
légereté , mais encore , l'embonpoint
& le coloris de la jeuneffe . Enfin , quand
je lis la premiere Traduction , je fuis
tenté de croire,que c'eft Amarillis qui
y parle elle-même : Mais , je ne reconnois
que l'Abbé Regnier dans la
feconde.
Je ne dirai rien ici de la tranfpofition
du Génitif avec le Datif ; parce
que j'en ai parlé , en traitant de la
tranfpofition du Datif même. Refte
donc à traiter de celle de l'Ablatif avec
le Génitif ; laquelle , comme il eſt viſible
, ne peut avoir lieu ; à caufe de
l'équivoque qu'elle cauferoit infailliblement.
Un exemple rendra la choſe
plus fenfible. Racine dit ,
* Mais , des fureurs du Roy, que puis -je
enfin juger ?
* Act. 2. Sc. 6. E iiij
56 LE MERCURE
Le terme , de fureurs , eſt un Ablatif,
eftant gouverné par le verbe, juger. Le
terme , de Roy , eft un Génitif régi par
celui de fureurs. Si , outre la tranfpofition
de l'Ablatif ou du verbe , on veut
encore en faire une , entre l'Ablatif &
le Génitif qu'il gouverne , cela fera
pis qu'une équivoque ; car , le fens de
la phrafe fera totalement changé.
Mais , du Roy des fureurs , que puis- je
enfin juger?
Ce n'eft plus une tranfpofition , c'eft
un changement de cas , qui produit
le changement du fens de la phrafe..
L'Ablatif devient Génitif, & le Génitif
devient Ablatif : Ce n'eft plus des
fureurs du Roy qu'on juge , c'eft du
Roy des fureurs . Inconvénient d'autant
plus infurmontable, qu'il vient de l'uniformité
qui fe trouve entre le Génitif
& l'Ablatif : De forte que tant qu'ils
auront le même article , la tranfpofition
fera toûjours impraticable entr'eux .
Je dis la même chofe de deux Génitifs
qui fe fuivent , & dont l'un dépend
de l'autre ; puifque , changeant
en Génitif,l'Ablatif du Vers précédent,
le même inconvénient refte toûjours ,
comme on va voir.
DE DECEMBRE.
57
Gead
Mais , des fureurs du Roy, fuis-je toujours
l'objet ?
Le terme,defureurs , qui ettoit Ablatif
dans le Vers précédent , devient
Génitif dans celui - ci ; cependant , l'équivoque
, ou plûtôt le contre-fens
n'en refte pas moins fenfible. Car , de
dire ,
Mais , du Roy des fureurs , que puis - je
enfin juger ?
Ou de dire ,
Mais , du Roy des fureurs, fuis-je toû
jours l'objet ?
· C'eft,par rapport au contre-fens , toutà-
fait la même chofe .
Je n'ai rien à dire ici de l'Ablatif,
par rapport aux autres cas . Premierement
, parce que ne dépendant jamais
que d'un verbe , felon la définition que
j'en ai donnée , il ne peut eftre gouverné
par un nom , en quelque cas que
ce foit : Secondement , parce que fi ,
fans eftre gouverné d'aucun nom , il
en gouverne quelqu'un lui-même , il ne
peut le 'gouverner qu'au Génitif ; &
nous venons de traiter ce point en
montrant,pourquoi la tranfpofition ne
pouvoit fe pratiquer entre le Génitif &
I'Ablatif.
,
,
18
LE
MERCURE
Ainfi , aprés avoir déterminé ce qu'il
y a d'effentiel , pour la tranfpofition de
ces deux cas , il ne refte qu'à dire un
mot ,de ce qui peut la rendre plus ou
moins douce.
Sur quoi , il faut obferver d'abord ,
que la remarque qu'on a faite au fujet
de la tranfpofition du Datif , a lieu
rout de même , à l'égard de celles du
Génitif & de l'Ablatif ; c'eſt- à- dire ,
que plus les termes tranfpofez feront
éloignez l'un de l'autre , plus la tranfpofition
aura de douceur. L'on peut
même ajoûter , que c'eft un ménage- .
ment , d'autant plus néceffaire à ces
dernieres tranfpofitions , qu'elles font
moins naturelles que celles du Datif.
Car, dans celle - ci , on peut abfolument
renfermer les deux termes tranfpofez
dans le même hémiftiche , fans que
cette proximité rende la tranfpofition
bien rude ; comme en font foy les exemples
qu'on a rapportez , & d'où font
tirez ces deux hémiſtiches .
A mes ordresfoûmis.
A moi feul afervit.
Au lieu que dans la tranfpofition du
DE DECEMBRE. 12
Génitif & de l'Ablatif , ce voifinage
feroit un trés mauvais effet ; comme ,
fi au lieu de dire ,
1. Qui de Rome toûjours balançant le
deftin.
on difoit
.
Qui toûjours balançant de Rome le
deftin.
Autre exemple en ce genre, pourl'Ablatif.
Si , au lieu de tourner le vers
fuivant , comme l'a tourné Racine ,
2 De ce trouble fatal, par où dois-je -
fortir ?
on rapprochoit le Génitif , trouble ,
du verbe , fortir , qui le gouverne ,
& qu'on dît
Et par où dois-je enfin de ce trou
ble fortir.
Cela auroit quelque chofe de choquant
& de fort dur.
Le mieux eft donc , d'éloigner , autant
que la conftruction de la Phrafe
peut fouffrir le , tant le Génitif que
1 Act. 2. Sc. 3.
2 Act. g. Sc. s.
60 LE MERCURE
l'Ablatif , du verbe ou du nom avec
lequel ils font liés. Voici des exemples
de l'un & de l'autre , qui vont
par gradation , comme nous avons fait
à l'égard du Datif. Et prémierement,
pour le Génitif.
1 Vangeoit de tous les Roys , la querelle
commune .
2 Il fant d'un fuppliant emprunter
le vifage .
3 D'un Rival infolent arrêter les
complots.
Quelquefois , le Génitif eft dans un ·
Vers , & le nom qui le gouverne , ne
paroît qu'au vers fuivant.
Je ne m'attendois pas que de nôtre
hymenée,
4Je diffe vor fi tard arriver la
journée .
On pourroit même encore , & les
Vers n'en auroient que plus de nơbleffe
, mettre le Génitif au commen-
1 A &t . 1. Sc . I.
2 A&t. 3. Sc. I.
3 A&t. 2. Sc. 3.
4 Act. 2. Sc. 4.
DE DECEMBRE. 61
cement du premier Vers ; & renvo
yer à la fin du fecond , le nom qui
le gouverne : Tel eft cet exemple que
j'ajufte exprés.
De l'hymen malheureux où j'étois
deftinée ,
J'attendois malgré moy , la fatale
journée.
Voici d'autres exemples pour l'Ablatif
, qui vont auffi par gradation.
1 Et même de mon fort , je ne pourrois
me plaindre.
2 Que de tant d'Ennemis vous puisfiez
vous défendre .
On peut encore de ce dernier Vers ,
en faire deux , où l'Ablatif foit au
commencement du premier , & le verbe
, à la fin du fecond.
Quand, de tant d'Ennemis tout prêts
vous furprendre
à >
Vous pourriez efpérer , Seigneur , de
vous défendre .
Ces exemples fuffifent
1. A &t. 4. Sc. 4.
2 Act.5. Sc. dern.
pour faire
62 LE MERCURE
connoître , combien l'éloignement des
termes , qui font rélatifs l'un à l'autre,
adoucit ces deux tranfpofitions .
Je crois pourtant devoir faire fur
cela une obfervation : J'ai recherché
d'où venoit , que dans les tranfpofitions
, tant du Datif , dont nous avons
déja traité , que du Génitif & de l'Ablatif,
fur lesquelles nous fommes à préfent
; plus les termes , du renversement
defquels fe forme la tranfpofition , fe
trouvoient éloignez l'un de l'autre , &
plus la tranfpofition avoit de grace.
Le fait eft für , comme on l'a pu voir .
par les exemples ; & cependant, il femble
, que plus , des termes rélatifs font
prés l'un de l'autre , & mieux ils devroient
compatir enfemble.
Surquoy , il m'a paru que l'éloignement
eftoit moins le Principe , que l'occafion
de ce bon effet ; & que la grace ,
qu'il donne à la tranfpofition , ne venoit
pas préciſement , de ce que les termes
tranfpofez eftoient féparez l'un de
l'autre , mais de ce que , par cette féparation
, ils facilitoient l'arrangement
naturel de la conftruction du refte de
la phrafe. Je m'explique.
DE DECEMBRE. 63
›
gou- Un Génitif, par exemple , eft
verné par un nom , & ce nom réciproquement,
eft lié à un verbe dont il eft,
ou le Nominatif , & ou plus fouvent
encore le cas. Suppofons cette phraſe ,
pour rendre cela plus fenfible . Il m'annonça
l'amour & les deffeins du Roy.
Dans cette phrafe , annoncer , eft le
verbe amour & les deffeins , voilà
l'Accufatif ou le cas du verbe . Du Roy,
voilà le Génitif qui ne dépend que de
l'Accufatif, l'amour & les deffeins.
On veut faire un Vers de cette phraſe ;
& pour y donner le tour poëtique
on y ménage la tranfpofition du Génitif
avec l'Accufatifdont il dépend ; c'eft· àdire
, qu'au lieu de mettre l'amour &
les deffeins du Roy ; on met , du Roy
l'amour & les deffeins . Voilà la tranf
pofition faite . Mais , comme toute
tranfpofition eft un dérangement de
l'ordre naturel , & qu'il ne fe fait point
fans quelque forte de violence ; il eft
fûr que, fi à cette premiere violence ,
on en ajoûte une feconde , le dérangement
en fera d'autant plus defagréable.
Or, c'est ce qui arrive ,quand les termes
tranfpofez fe touchent , comme
dans ce vers de Racine.
64 LE MERCURE
1. M'annoncérent du Roy l'amour &
les deffeins.
La premiere efpéce de violence eft
vifible ; c'eft la tranfpofition du cas du
verbe, & du Génitif que ce cas gouverne.
Mais , où eft la feconde ? Elle confifte
en ce que ce Génitif fépare du
verbe,le cas que ce mefme verbe gouverne
, & qui le devroit fuivre immé
diatement. C'est-à-dire, qu'il ne ſe contente
pas de déranger l'Accufatif , par
raport àlui-même, il le dérange encore
par rapport à fon verbe. C'est ce qu'on
voit dans levers de Racine que j'ai cité,
où le Génitif qui eft ce terme , du Roy,
fe met entre le verbe , annoncer &
l'Accufatif qui devroit le fuivre , l'amour&
les deffeins : Dérangement, dont
le verbe feroit en droit de fe plaindre,
& de demander raifon au Génitif. Il
vous plaît de vous déplacer, & de changer
de pofte avec l'Accufatif que je
dois avoir à ma fuite . A la bonne- heure ,
pourvû que je n'en fouffre point ; mais ,
vous venez vous jetter à la traverſe ,
& couper ma marche , en me féparant
de mon Accufatif , qui dans l'ordre naturel
, doit me fuivre immédiatement ,
1. Alt. 1. Sc. I.
2
&
DE DECEMBRE. 65
& dont rien ne m'oblige ici de me féparer
: En cela,je fuis lézé , & vous me
faites tort. Tant de tranfpofitions que
vous voudrez ; mais à condition , que
ce'ne foit pas à mon préjudice. Il me
femble que ce verbe a raifon de fe
plaindre ; & comme on doit juſtice à
tout le monde , il faut la lui rendre .
Comment cela ? En réformant le Vers
& rapprochant le verbe de fon Accufatif
; mais , comme cela ne ſe peur
faire avec le terme , annoncérent ; à
caufe de la cèfure à laquelle il n'eft
pas propre , je le change en celui d'annonça
, &je dis ,
Et du Roy m'annonça l'amour & les
deffeins .
Comme le Génitif , du Roy , dans ce
Vers,eft plus éloigné de l'Accufatif qui
le régit , qu'il ne l'eft dans celui de
Racine ; on croit d'abord , que c'eft
cet éloignement qui adoucit la tranfpofition
; mais dans le vrai , l'adouciffement
ne vient , que de ce qu'en s'éloignant
davantage , il laiffe au verbe
fa place naturelle , & ne trouble en
rien fa conftruction .
On pourra m'objecter , que
même Vers , de la maniére que je l'aj
Décembre 1717. F
dans ce
66 LE MERCURE
tourné , la céfure eft moins marquée
que dans celui de Racine. J'en conviendrai,
fi l'on veut ; mais , je répons
à cela , que je préférerai toûjours la
clarté de la phrafe , à la beauté de la
céfure ; comme la raifon , à la rime.
Je n'apporte point d'autre exemple
fur ce dérangement ; parce que , celui
que j'ai allégué , par rapport à l'Accufatif
, peut s'appliquer & au Nominatif
& au Datif, quand ces deux cas
fe trouvent dans un même Vers avec
le Génitif. Il fuffit feulement d'êtablic
pour Maxime certaine en ce genre ;
que comme , toute tranfpofition cauſe
toûjours un dérangement dans la conftruction
naturelle de la phrafe ; moins
on la trouble , & on la dérange d'ailleurs
; & mieux la tranſpoſition en eſt
reçûë.
Aprés tout , je ne voudrois pas nier
abfolumen , que l'éloignement des deux
termes relatifs ne contribuât par luimême
à adoucir leur tranfpofition.
Car , quoi qu'il femble , comme je me
le fuis objecté , que plus , deux termes
de cette espéce font près l'un de l'autre
, &plus ils doivent convenir entre
eux : Cela eſt vrai , quand ces termes
DE DECEMBRE. 67
font dans leur fituation naturelle ; mais,
quand ils font déplacez , ce n'eft plus
la même chofe . Au contraire , il paroît
qu'alors , ce que ce déplacement peut
avoir de rude , s'affoiblit & s'adoucit
à proportion de leur éloignement . Il en
eft , comme de deux couleurs contraires
,dont l'oppofition eft d'autant moins
fenfible , qu'elles font plus éloignées
l'une de l'autre. Le milieu quiles fépare
, ett une forte de dégradation qui
fert à faciliter leur accord.
Ce qui me le fait juger ain , par
rapport aux tranfpofitions , c'eft la re
marque que j'ai faite , fur- tout à l'égard
de celle du Génitif ; qu'une épithéte
ajoûtée à l'un des fubftantifs tranfpofez
, adouciffoit infiniment la tranſpofition
. Je vais en apporter des exem
ples , qui feront connoître infenfiblement
, quelle différence il y a pour la
douceur dans le même Vers , lorfque
les fubftantifs tranfpofez font dénuez
d'épithetes , & lorfqu'ils en font revêtus.
Suppofons donc d'abord ce Vers ,
fans épithètes.
J'y penfe , & de ce jour le fouvenir
m'afflige.
On fent que le choc de ces deux
68 LE MERCURE
Subftantifs, qui fe heurtent immédiate
ment , de cejour le fouvenir , a quelque
chofe de rude : Joignons une Epithéte
au premier , & le Vers perdra beaucoup
de fa dureté. En voici la preuve.
De ce jour malhûreux le fouvenir
m'aflige.
L'Epithéte eft jointe ici au premier
Subitantif , mais , quand elle ne le feroit
qu'au fecond , elle ne laifferoit
pas de produire à peu prés, le même
effet :On pourra en juger par ce Vers
de Racine .
*Etquede mon devoirEsclave infortunée.
Ce Vers en effet, n'a rien de choquant ;
mais , il auroit encore plus de douceur ,
fi,outre l'Epithéte jointe au fecond Subftantif,
on en ajoûtoit encore une au
premier , en difant ,
De ce cruel devoir Efclave infortunée.
Et peut - être , feroit- il plus doux encore
, fi cette nouvelle Epithéte féparoit
les deux Subftantifs , & qu'on dît :
D'un devoir odieux Efclave infortunée .
Car,quoiqu'il y ait plus de fufpenfion ,
quand l'Epithété précéde fon Subftan
tif, on doit toujours facrifier cet agrêment
, en faveur de tout ce qui peut
* Act. II. Sc. G.
DE DECEM BRE. 69
adoucir la tranfpofition . C'est par oú
je finirai ce qui regarde celle- cy , pour
paffer à celle du Nominatif & de l'Accufatif
, dont il nous refte à parler.
DES
TRANSPOSITIONS PERMISES ;
Ou défendues dans le ftile Poëtique.
Q
UAND je ne me ferois
pas engagé dans ma Differtation
précédente , à traitter
en détail, ce qui regar-
Tranfpofitions ; & à faire la
diftinction de celles qui font permiſes ,
& de celles qui ne le font pas ; c'eft
un point fi effentiel à mon fujet , que
de les
A iiij
LE MERCURE
je ne pourrois me difpenfer d'en parler.
termes
En effet , comme entre les Tranſpofitions
qui caractérisent le tour Poëtique
, par la fufpenfion qu'elles introduifent
dans la Phrafe , il y en a que.
la Langue admet , & d'autres qu'elle
rejette ; tout ce que j'ai dit jufqu'ici
, & de la fufpenfion & des tranfpofitions
, fe réduiroit aux
⚫d'une pure fpéculation ; fi je ne donnois
des régles fures , pour difcerner
celles qui font de mife , de celles qui ne
le font pas. Je fçai bien que l'uſage
qui eft le Grand Maître de la Langue,
femble les déterminer ; mais , outre
qu'il y a des Franfpofitions qui font
propres à la Poëfie & que la Profe ne
fouffre pas ; que l'ufage même qu'en
fait la Pocfie , n'eft pas bien certain ,.
bien déterminé & hors de toute conteſtation
, au moins à l'égard de quelques-
unes de ces Tranfpofitions ; ily
a lieu de douter , fi ce principe de l'ufage
,auquel on rapporte tout dans les bizarreries
prétendues de la Langue , ne
fuppofe pas lui -même un principe ultérieur
, & s'il n'eft pas fondé fur quelque
raifon.
DE DECEMBRE. 9
Pour moi , fi j'ofe dire ce que j'en
penfe , je fuis perfuadé que les irrégularitez
même les plus bizarres , en fait
de Langage , ont un principe caché que
peu de gens pénétrent ; mais , dont
tout le monde fuit l'impreffion fans le
connoître. C'eft une forte d'instinct
qui infpire toute une Nation ; & qui ,
quoi qu'à l'aveugle , conduit auffi
fûrement l'ignorant, que la raifon & la
régle dirigent l'Homme de Lettres &
le Grammairien. Pourquoi, entre deux
façons de parler , qui d'elles- mêmes
n'ont rien de vicieux , l'une eft - elle
admife & l'autre réprouvée ? On repond
que cela vient de l'ufage , qui
admet l'une & qui défavoue l'autre ,
& l'on feroit fcrupule de creufer plus
avant. Mais,comme de la maniere que
les Hommes font faits , toute une Nation
ne fe détermine pas à préférer une
expreffion à une autre , fans qu'il y ait
quelque raifon fourde de préférence ;
j'ofe dite , que fi on vouloit un peu
creufer en cette matière , on trouveroit
infailliblement ou dans le génie
de la Langue , ou dans le goût de la
Nation, le principe caché qui , fans
nous nous en appercevions › dé--
que
ΤΟ LE MERCURE
cide dans nous , de ce que nous devons
admettre en fait de Langage , & de ce
que nous devons réprouver.
Or , c'eft à ce principe que j'ai tâché
de remonter , non pas, pour régler
quelles font les Tranfpofitions dont
on peut ufer, & quelles font celles dont
on doit s'abstenir ; puifque , cela n'appartient
qu'à l'ufage : Mais , pour juftifier
l'ufage même dans celles qu'il a
permifes , comme dans celles qu'il a
condamnées. J'aurois pû m'en tenir à
faire un détail exact des differentes
inverfions qui font d'alloy dans la Poëfie
, & à les appuyer par des exemples
tirez de nos meilleurs Poëtes :
C'eftoit même , à peu prés , à quoi je
m'eftois borné d'abord . Le hazard,fans
que j'en euffe deffein , me mena plus
loin ; car , en lifant à quelques - uns
des mes amis , ce que j'avois jetté fur
le papier, touchant les Tranfpofitions,
& en ayant rapporté une qui , de mon
aveur,êtoit bonne ; mais , que j'avoüois
qui m'embarraffoit ; parce que je ne
trouvois pas qu'elle quadrât avec les
autres de même efpece , & que je ne
voyois pas d'ailleurs , ce qui pouvoit
la tirer hors de la régle; un d'eux,homDE
DECEMBRE. 1 11
me de beaucoup d'efprit * & qui fans
être Poëte , eft fort au fait fur la
Poëfie , me donna fur le champ le
dénouement que je cherchois >
en
me faifant remarquer , que ce qui
autorifoit cette Tranfpofition ; c'eftoit
qu'elle fe pouvoit faire fans ambiguité
& fans équivoque. Sa raifon qui me
parut décifive pour la difficulté dont
il s'agiffoit , me donna lieu d'enviſager
toutes les autres Tranfpofitions par
le même endroit . Je les examinai , &
les êtudiai de nouveau ; & à force de
les remanier & de les confronter enfemble
, je trouvai dans ce qu'on
m'avoit dit pour une , la clef de toutes
les autres , & le principe général &
déterminant , qui a fait admettre celles
qui font en ufage , & qui a fait exclure
celles qui n'y font pas.
C'est ce que je vais tâcher de développer
; & pour y parvenir , il faut
fuppofer d'abord , que les Tranfpofitions
ne peuvent rouler que fur deuxfortes
de termes qui font , pour ainfi
parler , le corps de la Phrafe ; c'est -àdire
ou furles noms , ou fur les verbes..
* M. l'Abbé de Pons.
1.2 LE MERCURE
Sur les noms , foit par rapport
d'autres noms dont ils dépendent ,
foit par rapport aux verbes , qu'ils
gouvernent ou dont ils font gouvernez
. Sur les verbes , par rapport à d'autres
verbes avec lefquels ils fe trouvent
liez par la conftruction.
A l'égard des Verbes , il n'y a point
de diftinction à faire entre les tems
differents ; préfent , paffé & fûtur ,
fur lefquels ils roulent. Car , comme
cela ne change rien à leur fignification
effentielle , dés qu'ils fouffrent
la tranfpofition dans un de
ces tems , ils la peuvent fouffrir dans
tous les autres . Il n'en est pas de même
des noms , par raport aux cas diffé
rens dont ils font compofez , & dont
les uns admettent la tranfpofition fans
reftriction ; & les autres ne s'y prêtent
qu'avec précaution , & qu'en certaines
fituations : Le Datif par exemple , le
tranfpofe tant qu'on veut , & prefque
fans aucune exception. Le Génitif &
l'Ablatif fe tranfpofent auffi le plus
fouvent , hors en quelques rencontres
particulieres. Le Nominatif aucontraire
, & l'Accufatif n'admettent la
ranfpofition qu'à certaines conditions,
DE DECEMBRE.
13
& ce dernier encore plus rarement que
l'autre. C'est ce que le Lecteur reconnoîtra
par lui-même ; lorfque j'entrerai
dans le détail des tranfpofitions ,
par rapport à ces différens cas. Je ne
mets point ici le Vocatif en ligne de
compte , parce que , n'ayant proprement
point de régime ny actif, ny
paffif , il eft abfolument indépendant .
Au refte , je crois qu'on ne trouvera
pas mauvais , qu'en parlant de tous
ces cas , je me régle fur i'Analogie latine:
11 ma paru que dans une matiére qui
ne regarde gueres que les gens de
Lettres , je devois en ufer ainfi , pour
leur plus grande commodité ; & je ne
difconviendrai pas que je n'aye û auffi
en cela , un peu égard à la mienne. La
différence de certains cas dans nôtre
Langue , eft fi peu marquée , que j'aurois
efté fort embaraffé à diftinguer
enplufieurs occafions , le Génitif de l'Ablatif.
Il m'a donc fallu , pour les fixer ,
avoir recours à la Méthode qu'on fuit
dans les
Déclinaifons de la Langue
Latine ; & fuivant ce plan , j'appelle
Nominatif, Génitif& c.ce qui dansnôtre
Langue , répond au Nominatif, Génitif
& autres cas des Latins. Détail de
14 LE MERCURE
Grammaire affez defagréable , mais fi
utile , que je me flate , qu'on voudra
bien l'excufer en faveur de la clarté
qu'il répandra fur tout ce que j'ai à
dire des tranfpofitions.
Ce fut dans la difcuffion de ces cas
différents , qu'ayant remarqué que des
cinq cas , à l'égard defquels la tranf
pofition pouvoit avoir lieu , le Datif
l'admettoit fans violence , & même
affés naturellement ; qu'à peu de chofe
prés , il en eftoit de mefme du Génitif
& de l'Ablatif mais qu'au contraire
, le Nominatif ne la fouffroit qu'à
peine , & feulement en certaines conjonctures
; & que l'Accufatif y répugnoit
prefque totalement ; je voulus démêler
d'où pouvoit venir tant de répugnance
dans les derniers , & tant de
facilité dans les premiers : Car , d'attribuer
cela à la bizarrerie de l'uſage ,
il me paroiffoit que c'eftoit éviter la
difficulté , & non pas la réfoudre. Je
me figurai donc qu'il falloit néceffairement
qu'il y ût dans quelques- uns
de ces cas , quelque chofe de particulier
qui ne fe trouvât pas dans les autres.
Sur cela , je me mis à les éxaminer
tous en détail , dans trois fortes de
"
DE DECEMBRE. IS
noms différens , tels que je les repréfente
içi.
SINGULIER.
Nominatif. L'homme.
Genitif.
La table. Le temple.
De l'homme, De la table. Du temple.
Datif. A l'homme. A la table . Au temple.
Accufatif. L'homme. La table. Lo temple.
Ablatif, De l'homme. De la table. Du temple.
Génitif.
PLURIER.
Nominatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Des hommes. Des tables. Des temples .
D'atif. Aux hommes, Aux tables. Aux temples.
Accufatif. Les hommes. Les tables. Les temples.
Ablatif. Des hommes. Des tables. Des temples.
Comme les noms dans nôtre Langue,
n'ont point d'infléxions différentes ,
ainfi que dans la latine , c'eſt l'article
feul qui y diftingue les cas. Or , je remarquai
qu'il n'y avoit que le Datif
qui ut un article particulier , lequel ne
lui fût commun avec aucun autre cas ;
c'eft l'article à ou au pour le fingulier ,
& aux pour le plurier. Auffi , remarquai-
je en mefme tems , que c'eftoit ,
comme onle verra dans la fuite , celui
de tous les cas , dont la tranſpoſition
16 LE MERCURE
.
êtoit la plus naturelle , & avoit le plus
d'agrêment & de douceur. Pour le
Génitif& l'Ablatif, je trouvai une entiére
conformité entr'eux ; de forte
que , quand ils concourent enfemble ,
ils femblent deux Génitifs de fuite ;
car , en difant : De l'Armée de Céfar
il paffa dans celle de Pompée ; cela fait
à peu prés le mefme effet , que fi on difoit
: Il eftoit le meilleur Soldat del'Armée
de Céfar. Sur quoi , je fis trois obfervations
; la premiere , que ce concours
de l'Ablatif & du Génitif êtoient
rares . La feconde › que comme ils figuroient
de la mefme maniére que
deux Génitifs ; ils devoient auffi obferver
la mefme régle ; & que par conféquent
, il ne pouvoit y avoir de tranfpofition
entr'eux , non plus qu'entre
deux Génitifs , à caufe de l'équivoque
qui en réfulteroit , comme je l'expliquerai
dans l'article de cette , tranfpofition
. Enfin , la troifiéme obfervation
que je fis , fut que partout ailleurs,
où il n'y avoit point lieu à une femblable
équivoque , le Génitif & l'Ablatif
pouvoient fe tranfpofer : De forte
qu'eftant d'eux- mêmes & de leur nature,
trés fufceptibles de tranfpofition ,
ce
DE DECEMBRE . 37
ce n'eftoit qu'accidentellement qu'ils
y répugnoient quelquefois, & toûjours ,
pour éviter l'ambiguité & l'équivoque ,
que cette tranfpofition y pourroit mettre..
Enfin , je trouvai entre le Nominatif
& l'Accufatif , une reffemblance plus
parfaite encore par fa fimplicité, qu'en
tre le Génitif & l'Ablatif ; car , ny l'un
my l'autren'ont d'articles : Reffemblance
d'ailleurs , bien autrement incommode
que dans les deux autres cas ; en ce
que fe trouvant prefque toûjours enfemble
par la conftitution de la phrafe,
où le verbe doit avoir fon Nomina
tif & fon cas , lequel pour le plus fouvent
, eft l'Accufatif ; il n'y avoit que
l'ordre de la marche entr'eux qui pût:
les caractériſer : De forte qu'on ne pouvoit
difcerner le Nominatif de l'Accufatif
, que parce que celui - là précé--
doit le verbe , & celui ci le fuivoit :
Car , fi on veut tranfpofer les termes
de cette phrafe ; Céfaraimoit la gloire
en difant ; la gloire aimoit Céfar ; on
prendra cela plûtôt pour un changement
de phrafe , que pour une tranf
pofition. La gloire paffera pour le Nominatif,
parce qu'elle eft devant le
B
18 LE MERCURE
verbe , & Céfar pour l'Accufatif , parce
qu'il eft aprés ; & perfonne ne
s'imaginera qu'on veuille dire dans
cette tranfpofition , que c'eft Céfar
qui aimoit la gloire , & non pas la gloire
qui aimoit Céfar .
De cette remarque je tirai deux conféquences.
La premiere , que la répugnance
que ces deux cas fembloient
avoir à la tranfpofition , ne venoit
que de la confufion inévitable que leur
uniformité cauferoit dans la phrafe ,
pour peu qu'on en troublât l'ordre naturel
: La feconde , que toutes les
fois qu'il n'y avoit point d'ambiguité
à craindre , on pouvoit tranfpofer ces
deux cas comme les autres ; & que c'êtoit
pour cela qu'il y avoit des occa-.
fions , où la tranfpofition du Nominatif,
loin de choquer , avoit un trés bon
effet.
Enfin , ramaffant tout ce que j'avois
fait d'obfervations , & confidérant
que le Datifne repugnoit prefque jamais
à la tranfpofition ; parce qu'ayant
marque particuliére dans fon article ,
l'inverfion à fon égard , ne pouvoit caufer
d'ambiguité : Que les autres cas ne
l'exclupient , que quand elle faifoir
fa
DE DECEMBRE. 19
un fens douteux & équivoque ; & que
hors delà , ils l'admettoient librement :
Que de mefme , comme on le verra
dans fon lieu , elle fe fouffroit entre
deux verbes , lorfqu'elle n'y apportoit
point d'embarras & de confufion ; je
tirai cette conféquence générale , dont
je fais la régle décifive , pour difcerner
les bonnes & les mauvaiſes tranfpofitions
Que toute inverfion de
phrafe eft permife & légitime , dés
qu'elle n'en altére point la clarté , &
qu'elle n'y cause ni confufion , ni équivoque
. Principe , d'autant plus folide
& plus fûr , qu'il eft fondé fur le génie
de la Langue françoife , dont le caractére
propre & particulier , eft la
clarté. La conftitution fimple & naturelle
de la phrafe , dans laquelle l'expreffion
fuit l'ordre de la perfée , nous
en eft une preuve. Nôtre Langue fe
preftera toujours fans répugnance aux /
tours les plus hardis , aux figures less
plus outrées , aux tranfpofitions les
plus extraordinaires , à toutes les libertez
, & aux défordres même de
la Poëfie , fi jofe parler ainfi ; mais
à cette condition , que fa clarté n'en
fouffrira point . Tant de beautés & d'ox-
Bij
20
LE MERCURE
nements qu'il vous plaisa; mais ny obfcurité
, ny confufion , ny équivoque.
La clarté eft un point , fur lequel elle
n'admet aucune compenfation , & elle
préférera toujours une fimplicité fans
embarras , à unfublime obfcur & fatigant
.
Ce principe êtant êtabli , il ne reſte
plus qu'à l'appliquer , & cette application
même en fera la preuve ; car , en
éxaminant fur cette régle , toutes les
tranfpofitions , tant bonnes que mauvaifes
, je ferai toucher au doigt : Que .
les premieres ne font permifes,que parce
qu'en donnant de la beauté à la phrafe
, elles n'en altérent point la clartés.
& que les autres ne font rejettées
que parce que , fous prétexte d'embellir
la phrafe , elles l'obfcurciffent .
Et comme , de toutes les tranfpofitions
, celle du Darif eft la plus naturelle
; c'est par elle auffi que je crois
devoir commencer , en l'éxaminant,
& par rapport aux verbes , & par rap
port aux noms , avec lefquels le Da
tif peut eftre tranfpofé.
DE DECEMBRE. 2x
EXAMEN
De la Tranfpofition du Datif.
Le Datif eft ordinairement régi par un
verbe qui le demande aprés lui : Comme
quand on dit . Tout confpire à mes
deffeins. On s'appofe à mes voeux. Déro- .
ber fa tête à un fardeau Voilà comment
on doit parler en profe , où l'on
place le verbe devant le cas qui en dépend
: En Vers , c'eft tout le contraire .
Le ftile poëtique éxige , qu'en renver..
-fant la phrafe , on tranſporte le cas devant
le verbe , & qu'on dife : A mes.
deffeins tout confpire. A mes voeux ons'oppofe.
A un fardeau dérober sa tête ::
Et c'eft ainfi qu'en uſe Racine.
A mesjuftes deffels je vois tout confpirer.
2. Ilfe plaint qu'à ſes voeux un autre ·
amour s'oppofe.
3 Chacun à ce fardeau vent dérober Sa
tête.
Tragédie de Mithridate..
A&t. III . Sc. I..
2. Act. II. Sc . VI
3 A&… III, Sc. I.
LE MERCURE
Ce n'eft pas à dire , que Racine luf
même fuive toûjours cette méthode ;
car , dans un autre endroit , il dit fansufer
de tranfpofition .
* Tu ne t'attendois pas fans doute à ce
Difcours.
Mais en cela mefme , il s'écarte de
fa pratique ordinaire ; & il eſt évident
qu'il feroit plus poëtique d'ufer de
tranfpofition, & de dire.
Sans doute à ce Difcours tu ne t'attendois
pas.
>
On peut donc établir , comme une
régle fûre , que le ftile poëtique exige
la Tranfpofition du datif, par rapport
aux verbes dont ce datif dépend.
Je ne prétends pas néantmoins qu'il ne
foit jamais permis de s'abftenir det ranfpofitions
tant à l'égard de ce cas ,
que des autres qui en font fufceptibles
car , ffuurr ccee ppiieedd , il faudroit
mettre dans un vers , toutes les tranfpofitions
qui pourroient y entrer : Ce
qui feroit le plus fouvent un trés mauvais
effet . Il y a du plus & du moins ,
des tempéraments à garder en tout
* Alte I. Sc. I.
DE DECEMBRE. 23
cela. C'eft de quoi je parlerai plus au
long dans la fuite , lorfque je traitterai
de l'ufage qu'on doit faire des tranf
pofitions. Mais quant à prefent , je
me borne à déterminer ce que le tour
de la Péëfie exige de lui- même , & à
quoi il faut s'affujettir , lorfqu'il n'y a
point de raifon légitime de s'en difpenfer..
Outre les Verbes qui gouvernent
des datifs , il y a auffi des adjectifs
, dont ces mêmes datifs dépendent..
Quelquefois , ces adjectifs font liez
à un verbe. Comme quand on dit . Cefils
fut cruel à fon Pere . Quelquefois ,ils
fe trouvent feuls & fans verbe , comme
fi on diſoit : Et par un trait fun? -
fte à fa gloire. Et quelquefois auffi , ils
font participes d'un verbe . C'eſt ainft.
qu'on dit. Soumis à mes loix , attaché
à fon devoir. Trois fituations , par rapport
aux quelles il faut confiderer la
Tranfpofition du datif.
Toutes les fois que l'adjectif fait
lui-même partie d'un verbe , ou qu'il
eit lié à un verbe , il peut-être regardé
comme verbe par rapport au datif
qui le fuit , & par confequent, la Tranf
14 LE MERCURE
pofition du Datif a lieu à fon égard
auffi naturellement qu'à l'égard des
verbes. En voici des exemples , donɛ
je forge le premier , parce que je n'en
trouve point fous ma main ; & je prie
le Lecteur d'agréer que j'en ufe de la
forte , lorfqu'ils me manqueront.
A fon Pere ce Fils fut toûjours trop
cruel.
Je fçay que de tout tems à mês ordres
foumis
Ilbait autant que moi nos communs
Ennemis.
Dans le premier exemple , l'Adjectif
eft joint à un verbe ; dans le fecond
, l'Adjectif eft participe , & la
Tranfpofition fait fort bien dans tous
les deux.
Mais , lorfque l'Adjectif est tour
feul , & qu'il n'eft point participe , il
eft difficile que la Tranfpofition ne
caufe de l'ambiguité dans la Phraſe.
S'il falloit dire , par exemple.
Mais , entreprise hélas ! · Trop fu-·
nefte à la gloire .
Er qu'on Tranfpofat ainfi.
1. Act. 11. Sc . 39 . Mais ,
DE
DECEMBRE.
25
Mais , entreprife hélas ! A fa gloire
funefte .
Cette
Tranfpofition ne
vaudroit
rien , parce qu'on pourroir douter , fi
l'Adjectif, funefte , fe
rapporteroit à entreprife
, ou à gloire ; & que felon le
principe général des
tranfpofitions ,
on n'en doit point ufer , dés qu'elles
peuvent apporter la moindre obfcurité
au fens de la Phrafe . Toutes les
précédentes ne font bonnes , que parce
qu'elles n'en altérent en rien la
clarté , de forte même , quefi en gare
dant la
tranfpofition dans ce dernier
Vers , on pouvoit le tourner , de maniere
qu'il n'y ût lieu à aucune équivoque
; comme fi on diſoit ,
Mais , à fa gloire hélas ! Entreprife
funeйte.
la
Tranfpofition feroit
beaucoup plus
tolerable.
Cependant ,
comme dans
ces termes , à fa gloire , l'article à ,
qui n'eft point encore
déterminé , peut
paffer pour
prépofition , & avoir le
même fens que ,
ad ejus
gloriam en
C Décembre
1717.
26 LE MERCURE
latin ; c'eſt-à- dire , marquer un Accufatif
; comme fi on difoit : A fagloi
re il faut que je le publie ; l'efprit
fouffre dans l'incertitude où il eft , fi
l'article , à , eft ici un article ou une
prépofition ; & fi c'eft un Datif ou un
Accufatif qu'il lui annonce : Or , il ne
faut jamais que l'efprit travaille pour
deviner ce qu'on lui expofe . Quelque
belle que fut une tranfpofition , on
doit toûjours la facrifier en faveur de
la clarté ; ou plûtôt, elle n'eft plus recevable
, dés qu'elle péche contre ce
principe .
C'eft de la fufpenfion que la Poëfie
demande , & non de l'incertitude ;
deux impreffions qu'il ne faut point
confondre. L'incertitude renferme la
fufpenfion, & en corrompt l'agrêment
par la peine , & la perplexité qu'elle
y porte ; mais , la fufpenfion ne fuppofe
point l'incertitude . Son idée aucontraire,
ne nous préfente qu'une attente
agréable de ce qu'elle nous annonce ,
& qu'elle nous met par avance à portée,
de deviner au moins en partie. Par
exemple , dans le Vers fuivant.
DE DECEMBRE : 27
1 Aux offres des Romains , ma Mere
ouvrit les yeux .
Il y a de la fufpenfion , mais , il
n'y a point d'incertitude ; parce que la
particule aux , marque évidemment un
article & non, une prépofition: Et quand
ily auroit , à l'offre des Romains , ce
feroit la même chofe , comme on peut
le voir dans le Vers qui fuit .
2 A mille coups mortels contre eux
me devouer.
Cette particule , à , détermine abfolument
le Datif , & annonce le verbe
qui demande ce cas : De forte que ,
quand ce verbe arrive , l'efprit qui
êtoit demeuré en fufpens , durant le
premier hémiftiche , elt enfin content
& fatisfait ; parce qu'il trouve ce qu'on
lui avoit annoncé , & ce qu'il s'êtoit
promis. Au lieu que , quand il ne fçait fi
la particule , à , eft article ou prépofition
; & fi elle prépare à un Datif
1 A&t. 1. Sc. I.
a Act. 1. So. I..
Cij
18 LE MERCURE
ou à un Accufatif , comme dans ces
termes ci - deffus , à fa gloire ; il fouffre ,
il peine , il n'ofe prendre de parti entre
le Datif & l'Accufatif ; ou , s'il le
prend , il rifque à fe voir obligé de
revenir fur fes pas ; chofe defagréable
pour nôtre efprit , & mortifiante
pour notre vanité. Toute erreur nous
humilie ; & comme nous n'aimons pas
à être humiliez , nous voulons toujours
du mal à ceux qui ont donné occafion
à nôtre humiliation : Nous cherchons
à nous difculper à leurs dépens ;
& fur ce point , comme dans toutes
les chofes où nous avons quelque tort ,
nous nous en prenons toûjours plus
volontiers à autrui , qu'à nous mêmes.
Or , rien n'eft plus facheux , &
plus imprudent à un Auteur , que de
mettre fon Lecteur , c'eft à - dire fon
juge , contre lui. Enfin , ce qui fait auprés
de nous le merire de la fufpenfion
, & le defagrêment de l'incertitu
de eſt fondé fur la bonne opinion
que nous avons de nôtre intelligence.
Nous voulons deviner , ce qui eft
la chofe du monde qui bleffe le plus
nôtre efprit ; mais , nous ne voulons
pas nous tromper ; ce qui est la cho-
?
•
DE DECEMBRE 29
que
fe du monde qui l'humilie le plus : Or,
par tout où il y a du doute & de l'in
certitude , il faut , ou que l'efprit s'arrête
tout - court , ou qu'il s'expofe &
fe mêprendre S'il eft obligé de s'arrêter
, c'eft un aveu de fon peu de pénétration
; s'il paffe outre , c'eft précipitation
& imprudence ; deux partis
qui bleffent prefque également fon orgueil
, & dont il fçait toûjours mauvais
gré , à ceux qui ne lui laiffentfur
cela le choix. Au lieu que, quand
il n'y a que de la fufpenfion ; il a le
plaifir pur de pouvoir deviner , fans
courir rifque de fe tromper. Peut - être,
trouvera- t-on que je me fuis trop êtendu
fur ce point ; mais , dans une matiere
fi mince d'elle-même , je ne crois
pas devoir rejetter , ce qui peut en
quelque forte, en corriger la fécheref
fe ; fur-tout , quand ce font des réfléxions
que mon fujet me fournit de lui
même : Et d'ailleurs,il eft bon que,par
le rapport fécret que des minuties de
Grammaire ont à notre amour propre ,
nous ayons occafion de connoître jufqu'où
s'étend fa tyrannie .
Voilà à peu près , à quoi fe réduit la
Tranfpofition du Datif , à l'égard des
Ciij
20 LE MERCURE
verbes & des Adjectifs dont il peut
dépendre.
Mais , comme il peut encore fe trouver
en concurrence avec d'autres cas;il
eft à propos d'éxaminer qui font ceux ,
à l'égard defquels il admet la tranſpofition
, & ceux avec qui il la comporte
moins. Ce qu'on peut dire en général
; c'eft que , quand la tranfpofition
fouffre de la difficulté , cela vient
moins de la part du Datif, que de celle
des autres cas avec lefquels il fe
trouve lié . De lui-même , il s'y prête
toûjours affez volontiers.
où il
Voici pourtant une rencontre ,
paroît autant de réſiſtance de fa part
à la tranfpofition , qu'il peut y en
avoir du côté du Genitif : Car , fuppofons
qu'on veüille tranfpofer ces
deux cas dans le Vers fuivant ,
Au plus grand des Héros , j'ofe le
comparer.
Il faudra dire .
Des Héros au plus grand , j'oſe le
comparer.
Tranfpofition qui paroît fonner mal,
& qui même , n'eft pas néceffaire dans
DE DECEMBRE.
31
ce Vers , où il y en a déja une . Mais ,
ce qui rend ce Vers rude , ce n'eft pas
la multiplicité des tranfpofitions ; c'eſt
la qualité de l'une des deux ; je veux
dire , celle du Genitif & du Datif qui
y repugnent également . Le Genitif prémierement
, à caufe de l'article , des
qui devient alors équivoque entre
lui & l'Ablatif. Car , on ne fçait , fi cet
hémiftiche, des Romains au plus grand ,
annonce une fimple comparaifon , ou
une efpéce de gradation , comme du
petit au grand : En fecond lieu , du côté
du Datif , on doute fi la particule
an , eft un article , ou une prépofition ;
fi elle défigne un Datif , ou un Acfatif.
Et ce qui femble prouver que
l'incongruité de la tranfpofition vient
de là en partie ; c'eft que fi on change
le Nominatif en Datif , & qu'on
dife ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos узих .
la Tranfpofition fera bonne.
J'ai dit que ce qui donnoit de la
rudeffe au Vers , n'êtoit pas la multi-
Des Héros au plus grand,j'ofe le com
parer.
2
32 LE MERCURE
plicité de tranfpofitions qu'il renfer
me , mais , la qualité de l'une de ces
tranfpofitions : C'est ce qu'il faut que
j'explique , quoi que cela regarde
proprement l'ufage & le ménagement
des tranfpofitions , dont j'ai deffein de
traitter à part; mais, pour ne point laiffer
le Lecteur dans l'embarras , je
crois devoir par avance, en toucher ici
quelque chofe.
En quoi donc , eft- ce que la qualité
d'une des tranfpofitions dans ce dernier
Vers , en caufe la rudeffe ? C'eſt
en ce qu'une de ces tranfpofitions eft
double ; c'eſt à - dire , en ce que le même
cas ett tranfpofé deux fois , l'une
avec un autre cas , & l'autre avec fon
verbe. Car , quoique la Phrafe Poëtique
exige des tranfpofitions , elle
ne les admet néantmoins , comme
nous l'avons remarqué qu'autant
qu'elles n'embarraffent point trop la
Phrafe Or , la Phrafe ne peut manquer
d'être embarraffée , dés qu'un terme
qui a de la liaiſon avec deux autres ,
eft tranfpofé à l'égard de tous les deux ;
& c'est ce qui arrive dans ce Vers.
,
Des Héros au plus grand , j'ofe le
comparer.
H
D
ta
D
DE DECEMBRE.
33
Au plus grand , qui eft un Datif,
eft déja tranfpofé , par rapport à fon
verbe qu'il précede ; car, dans l'ordre
naturel, il devroit le fuivre , & on dévroit
dire , comparer au plus grand. On
le tranfpofe encore à l'égard du Genitif
qu'il régit ; puifqu'au lieu de dire.
Au plus grand des Héros , on dit , des
Héros au plus grand. Voilà donc , le
même cas tranfpofé deux fois : De forte
qu'il faut que l'efprit faffe deux
opérations fur le même terme , pour
démêler le vrai fens que cette duplicité
de tranfpofition obfcurcit. Ce
n'eft plus un plaifir , tel que celui de
la fufpenfion ; c'est une peine & une
efpéce de torture , dont nôtre délicateffe
ne s'accommode pas.
,
D'où vient que dans la feconde maniere
de tourner ce même Vers en
changeant le Datif en Nominatif ; &
en difant ,
Des Héros le plus grand fe fit
voir à nos yeux .
la tranfpofition eft de mife ? C'eft
qu'alors , le même mot n'eft tranfpofé
qu'une fois .
14 LE MERCURE
Et pour prouver encore plus fenfiblement
, que la dureté de l'autre
Vers , des Héros au plus grand & c.
ne vient point de ce qu'il y a deux
tranfpofitions ; mais , de ce que l'une
des deux eft double ; c'est - à-dire , que
le même terme y eft tranfpofé deux
fois ; je vais citer un Vers de Racine ,
auffi compliqué qu'il puiffe y en avoir ,
par la multitude des termes differents.
qui le compofent , & qui forment
deux tranfpofitions ; fans que pourtant
, la beauté du Vers , ny la clarté
de la Phrafe en fouffrent. Le voici.
› De mon Pere à la Reyne il conte
la difgrace.
Il y a dans ce Vers un Nominatif,
il ; un Génitif , de mon Pere ; un Datif
; à la Reyne ; un Accufatif ; la difgrace
; un verbe , conta. Il s'y trouve
de plus deux tranfpofitions , mais ,
toutes deux fimples ; c'eft- à- dire, qu'il
n'y a aucun terme qui foit tranfpofe
deux fois. Le Genitif l'ett, par rapport
à l'Accufatif; de mon Pere la difgrace,
1 Att . 1. Sc . I
DE DECEMBRE.
35
au lieu de dire , la difgrace de mon
Pere. Le Datif l'eft , par rapport au
verbe qui le gouverne , à la Reyne il
conta au lieu de dire il conta à la
Reyne. Ainfi, cela ne fait point d'embarras
; cela n'altere point la clarté de
la Phrafe ; & dés lors , felon nôtre
principe , les tranfpofitions font bonnes.
Ce n'est donc point la multiplicité
des tranfpofitions , mais , leur
qualité qui peut nuire à la beauté du
Vers. Paffons aux autres cas avec lef
quels le Datif peut fe rencontrer.
Il fe trouve quelquefois deux Datifs
enfemble , comme dans ce Vers.
Aux Gaulois , aux Romains , fa
valeur fut fatale.
Mais , ces deux Datifs n'ayant point
de dépendance l'un de l'autre , il ne
peut y avoir entre eux de tranfpofition.
L'arrangement en eft purement
arbitraire : On peut mettre le premier
ou le dernier , celui des deux qu'on
juge à propos ; & c'eft dans certe occafion
que , comme dit Dom Japhet.
Il n'importe guere.
Que Pafcal foit devant , on Pafcal
foit derriere.
36
LEMERCURE
,,
On peut dire la même chofe du
Datif , par rapport au Nominatif &
à l'Accufatif , parce que , quoiqu'ils
fe trouvent enſemble dans une même
Phrafe c'eft fans dépendance l'un
de l'autre , & par conféquent , fans
qu'il puiffe y avoir de tranfpofition.
Il n'en faut point d'autre exemple ,
que le dernier Vers que j'ai cité de
Racine .
De mon Pere à la Reyne il conta
la difgrace.
Car dans ce Vers , le Datif , à la
Reyne , ne dépend que du verbe , il
conta ; & n'a point de rapport , ny au
Genitif , de mon Pere , ny à l'Accufatif
, difgrace.
Il ne refte que l'Ablatif, avec lequel
le Datif puiffe fe rencontrer ; mais , ny
le Datif, ny aucun autre cas ne peut
être lié avec l'Ablatif , qui ne dépend
que des verbes ,comme on l'expliquera
en fon lieu. Dans le Vers fuivant de
Defpreaux ,
De Paris au Perou , du Japon jufqu'à
Rome.
Sat. VIII.
DE DECEMBRE. 37
il faut prendre garde que
la particule
, as , n'eft point article , mais ,
prépofition ; & qu'elle ne défigne pas
un Datif, mais , un Accufatif. Ainfi,
cela ne regarde point la tranfpofition
du Datif , à laquelle nous nous bornons
dans cet article , & que je crois
avoir examinée, felon toutes les fitua
tions que ce cas peut avoir.
Or , de tout ce que j'ai dit jufqu'ici
fur la tranfpofition du Datif, je tire
trois conféquences.
La 1 : Que de lui-même , il ne répugne
prefque jamais à la tranfpofition
, & que , quand elle ne fe peut fai
re ce n'eft gueres de fon côté que l'affaire
manque
.
an ,
La 2 : Que la feule occafion où il
paroît ne la pas fouffrir fi commodé
ment , eft quand , la particule , à , ou ,
qui fait fon article déterminant
fe
peut prendre pour une prépofition,
& former par là une équivoque , comme
quand on dit : J'ofe le dire à fa
gloire.
La 3 Que quand , par la nature
des autres cas avec lesquels il concourt,
la tranfpofition ne peut le pratiquer ;
elle ne fe trouve exclufe, qu'à raifon
38
LE MERCURE
de l'équivoque & de l'ambiguité
qu'elle introduiroit dans la Phrafe .
Conféquences , qui toutes trois , quadrent
avec le principe général que j'ai
êtabli fur les tranfpofitions & en
même tems , en font la preuve ; fçavoir.
Que toute tranfpofition eft permife, des
qu'elle peut fefairefans altérer la elarté
de la Phrafe ..
Jufqu'à prefent , je n'ai envifagé la
tranfpofition du Datif , que dans ce
qu'elle a d'effentiel , & uniquement
pour régler , quand elle pouvoit avoir
lieu. Mais comme , quelque naturelle
& quelque douce qu'elle foit par
elle -même , elle peut avoir plus ou
moins de beauté , felon la maniere
dont on la pratique , il ne fera pas hors
propos
de faire fur cela quelques de
remarques .
La principale , & celle qui renferme
toutes les autres , & qui eft géné- ,
rale pour tous les cas , eft que plus
ils font éloignez du mot , auquel ils
font liez & dont ils dépendent ; &
plus auffi , la tranfpofition a de douceur.
Ainfi , quand les deux termes , entre
lefquels fe fair la tranfpofition , fe
trouvent dans le même hémiftiche ,
DE DECEMBRE. 39
elle eft moins douce ,que quand ils font
dans deux hémiftiches differents . C'eſt
ce qu'on peut voir dans les exemples
fuivants.
1Je fçay que de tout tems à mes ordres
foûmis.
Il bait autant que moi &c.
2 Un coeur que fon devoir à moi feul
affervit.
La tranfpofition du Datif eſt ſi naturelle
, que même pratiquée de la
forte , elle n'a rien de bien rude
mais , elle feroit encore plus agréable ,
fi les deux termes rélatifs fe trouvoient
dans deux hémiftiches differents
, en tournant ces vers de la maniere
qui fuit.
Et je fçay qu'à mes loix fon coeur
toujours foûmis .
Ce grand coeur qu'à moi feul fon
devoir affervit.
Enfin , fuivant le principe que j'ai
avancé , la tranfpofition s'adoucit toû-
1 A &t . 2. Sc. ; .
A&t . 2. Sc. 5.
40 LE MERCURE
jours , à proportion de l'éloignement
qui fe trouve entre les termes rélatifs
qui la compofent : Je vais en apporter
des exemples , où comme par
gradation , ils s'éloignent toûjours de
plus en plus.
Quand je fçûs qu'à fon lit Monime
réfervée .
2 Qu'aux offres des Romains , ma
Mere ouvrit les yeux.
que
Et fe pourroit-il bien qu'à mon reffentiment
3
?
Mon Amour indifcret eût livré.
mon Amant ?
On voit dans ces trois exemples ,
le Datif s'éloigne toûjours de plus
en plus , du verbe dont il dépend :
Que même au dernier , ils font l'un
& l'autre dans deux Vers differents ;
& que la tranfpofition n'en a que plus
de grace . C'est ce que je ferai obferver
dans les autres , comme dans celle-
ci , de laquelle je paffe immédiatement
à la tranfpofition du Génitif ,
1 A &t . 1. Sc . I.
2 Ibid.
3 Act. 4. Sc. I.
DE DECEMBRE. 41
& à celle de l'Ablatif , comme
êtant les plus naturelles , aprés celle
du Datif. La conformité & la reffemblance
que ces deux cas ont entre eux,
m'engage à les traitter enfemble ; &
je le ferai de maniere , que loin que
cela y mette de la confufion , ils fe
donneront au contraire du jour l'un à
l'autre .
EXAMEN
DE LA TRANSPOSITION
Du Génitif& de l'Ablatif.
> Me
Comme le Génitif & l'Ablatif one
tous deux le même article , & qu'on
dit également à l'un & à l'autre
l'homme , de la table , du temple. Il
faut d'abord donner un moyen de les
diftinguer. Or , voici le diftinctif de
de l'un & de l'autre.
Le Génitif eft toûjours gouverné par
un nom , foit fubftantif , foit adjectif :
En voici des éxemples.
*
De fes feintes bontez j'ai connu la
contrainte .
Att. IV. Sc. 2.
D
42 LEMERCURE
J'ay honte de me voir fi peu digne
de unus.
Seigneur , de mes malheurs ce ſont-là
les plus doux.
Dans le premier éxemple , le Génitif
eft gouverné par un fubitantif.
Dans le fecond , par un adjectif : Et
dans le troifiéme ,
par un fuperlatif,
qui eft auffi une forte d'adjectif.
L'Ablatifeft toûjours gouverné par
un verbe ; & toutes les fois qu'un nom ,
qui a l'article commun au Génitif & à
l'Ablatif , eft régi par un verbe , il le
faut tenir pour un Ablatif. Exemple:
1. Allés de fes fureurs fongez à vous
garder.
2. Et même de monfortje ne pourrois
me plaindre.
Je n'éxamine point ici fcrupuleufement
, fi en rigueur de Grammaire , il
n'y a pas des noms qui gouvernent
l'Ablatif, & des verbes qui gouvernent
le Génitif ; & fi quand on dir , digne d'ar
A&t. III. Sc. I.
* Act. I. Sc. II.
1. A&t. IV . Sc . I.
2. Ibid. Sc. IV.
DE DECEMBRE.
43
mour , ou je me souviens de vous i
amour eft à l'Ablatif dans le premier,
& de vous , au Génitif dans le fecond.
Que ce foit Ablatifou Génitif , je n'envilage
ces mots que par rapport
aux autres avec qui ils font liez ; &
tout ce queje me propofe , c'eft d'expliquer
comment, on doit en ufer pour
tranfpofition , à l'égard d'un cas qui
a, des , du , ou des, pour article : Et comme
ce cas défigné par un de ces articles,
eft tantôt joint à un verbe , & tantôt
joint à un nom ; je l'appelle Génitif,
quand il eft joint à un nom ; & Ablatif
, quand il eft joint à un verbe.
la
Je dois auffi faire obferver qu'il y a
des Ablatifs régis par une prépofition
telle que, dans ,fans , par , avec , & c : Mais ,
comme , je traiterai à part de la tranfpofition
des noms , qui font régis par
une prépofition , quelque foit cette
prépofition , & quelque cas qu'elle demande
; je renvoye là les Ablatifs de
cette nature & ne traitte dans l'article
préfent , que de ceux qui font
gouvernez immédiatement par un
verbe.
Il s'agit donc de fçavoir , fi à l'égard
du Génitif joint à un nom , & d'un
Dij
44 LE MERCURE
Ablatifjoint à un verbe , on peut ufer
de Tranfpofition ; & fi au lieu de dire ;
balancer le deftin des Romains , honorer
d'un titre funefte ; on peut dire ; des
Romains balancer le deftin , d'un titre
funefte honorer. Je répons qu'oüi : En
voici des exemples de Racine . D'abord
pour le Génitif.
i Qui des Romains toûjours balançant
le deftin. *
2 Du Palais à ces mots , il leur
ouvre les portes.
En voici d'autres pour l'Ablatif.
3 Quand d'un titre funefte on me
vint honorer.
4 Que de tant d'Ennemis vous
puiffiez vous défendre.
Les deux premiers exemples ,font pour
la tranfpofition du Génitif : A l'égard
d'un nom Subitantif , en voici'd'autres,
pour fa tranfpofition , avec un nonr
Adjectif.
. A&t. II. Sc. III.
2. Act. V. Sc. IV
3 .
A&t. V. Sc. II.
4. Ibid. Sc. dern
DE DECEMBRE.
45
1 Vous faffe des Romains , dévenir
l'alliée .
2 Seigneur , de mes malheurs ce font
là les plus doux .
Telle eft la régle générale pour le Génitif
& l'Ablatif , qui tous deux admettent
la tranfpofition , avec le terme
dont ils dépendent . Il ne reste plus
qu'à faire les obfervations qui peuvent
être particuliéres au Génitif , par rap
port aux autres cas , avec lefquels il
fe rencontrer. Car , comme l'Ablatif,
felon que nous l'avons expliqué
, ne dépend que des verbes ; il ne
peut concourir avec les noms .
peut
De tous les cas , le Nominatif &
l'Accufatif font ceux avec lesquels la
tranfpofition du Génitif , fe fait le plus
commodément , & le plus gracieuſement.
La raiſon de cela eft, que le Nominatif
, & l'Accufatif n'ayant point
d'article ; on ne peut les confondre
avec le Génitif. Auffi , le Génitif ne fe
trouve-t-il jamais tranfpofé plus fiéquemment
, qu'avec ces deux cas . Les
1. A &t. III. Sc. V.
2. Act . I. Sc. II.
46 LE MERCURE
exemples en fourmillent dans tous les
Livres de Poëfie : Je me contente d'en
rapporter un pour le Nominatif, & un
autre pour l'Accufatif.
1 D'un Heros tel que vous,c'est là
l'effort füpréme.
2 D'un Rival infolent , arrêter les
complots.
Il y a feulement , à l'égard de ces
deux cas joints avec le Génitif,une précaution
à prendre dans leur tranfpofition
; c'eft d'arranger tellement les
termes , que quand dans le mefme
Vers , il fe trouve deux Nominatifs ,
eu bien un Nominatif &iun Acccufatif
avec le Génitif ; on ne puiffe douter
auquel des deux le Génitif fe rapporte
. C'est à quoi Racine femble n'avoir
pas fait affez d'attention dans le Vers
fuivant.
* Le Parthe des Romains comme moi la
terreur.
Voilà deux Nominatifs : Le Parthe
1. At. II. Sc. VI.
2. Ibid . Sc . V.
* AT. III. Sc. I.
DE DECEMBRE. 47
1
la terreur : Et l'on peut douter fi,
c'est le Parthe des Romains , ou la
terreur des Romains. Je fçay que quand
le Vers eft achevé , on voit bien auquel
des deux le Génitif, des Romains,
fe rapporte , parce que le fens le détermine
; mais , cela fait toujours d'abord
quelque peine : J'ajouterai que ,
quand mefine au lieu d'un fecond Nominatif
, on mettroit un Accufatif,
en tournant le Vers de la maniére qui
fuit 2
Le Parthe des Romains , redoutoit la
terreur.
la mefme équivoque refteroit toûjours.
L'embarras eftoit de tourner autrement
le Vers ; car , de dire ,
Des Romains comme moi le Parthe la
terreur.
l'équivoque ût efté encore plus
grande ; parce que , comme moi ”, fe
rapporteroit alors bien plus naturellement
aux Romains , qu'à la terreur ;
outre que les deux Nominatifs joints
de fi prés , font un mauvais effet : On
pouvoit encore l'arranger ainfi..
48 LE MERCURE
+
Le Parthe comme moi des Romains la
terreur.
Ou bien .
Comme moi des Romains le Farthe la
terreur.
Mais , cette derniére maniére a encore
le défagrêment des deux Nominatifs
qui fe fuivent. La précédente vaut
mieux ; & je crois que Racine ne l'a
rejettée , qu'à caufe de la proximité
des deux mots qui forment la tranfpofition
du Génitif : Ce qui rend cette
tranfpofition plus rude , comme nous
l'avons déja fait remarquer au fajer du
Datif . Mais , j'aimerois mieux encore
m'expofer à cette rudeffe , pardeffus
laquelle Racine paffe quelquefois ,
que de mettre rien d'équivoque ou
d'obfcur dans le Vers. Pour celui- ci ,
il eft impoffible, en confervant la rime,
de la terreur , & la tranfpofition du
Génitif, d'en faire un Vers bien parfait
; & j'aurois autant aimé me paffer
de tranfpofition dans ce Vers , & dire.
Le Parthe comme moi la terreur des
Komains.
Cet éxemple du moins ,nous fait voir,
comDE
DECEMBRE. 49
ond
paile
COMP
dire
Combien Racine jugeoit la tranfpolition
effentielle au Vers ; puifqu'il en
a voulu abfolament mettre une dans
celui - ci , aux dépens même de la clarté
; mais , je m'en tiens à mon principe
: Que la tranfpofition n'eft de mife
, qu'autant qu'elle ne jette point
d'embarras, ni d'obſcurité dans la phra-
Le.
Au refte , on trouve dans ces Vers
de Racine , une preuve de ce que j'ai
infinué dans ma définition du tour poëtique
, qui eſt ; qu'il y a des tranfpcitions
, qui , quoique reçûës dans la
Langue , en forcent quelquefois la
conftruction . Car , la tranfpofition du
Génitifavec le Nominatif, en difant ,
des Romains la terreur , au lieu de dire
la terreur des Romains ; elt une tranf
pofition très permiſe & de fort bon
alloy ; mais , toute permife qu'elle eft
d'elle-même , elle force ici la conftruction
, à caufe de la concurrence
des deux Nominatifs ; & par là , elle
déchoit de fon prix .
Autre éxemple de tranfpofition ,
où la conftruction eft forcée : C'est dans
ce Vers du mefme Auteur.
Décembre 1717.
E
LE MERCURE
*
Lafoy de tous les coeurs eft pour moi
difparuë.
C'eftici une tranfpofition d'Ablatif ,
& d'elle-même elle eft bonne ; car ,
fi on change le terme de foy , qui ne
peut pas entrer dans le Vers , de la maniére
qu'il le faut tourner ; & qu'on
fubftitue à ſa place celui de crainte ,
on pourra conftruire le Vers de la maniére
fuivante , & il fera bon.
De tous les coeurs la crainte eft pour moi
difparuë.
Ce n'est donc point du côté de la
tranfpofition que péche ce Vers : Tout
le défaut n'en vient, que de la maniére
dont cette tranfpofition eft tournée ,
& de l'arrangement qu'on donne à la
phrafe. Car, comme le Génitif & l'Ablatif
font entièrement conformes , &
qu'il n'y a que le terme auquel on les
lie , qui détermine le nom à l'un ou
l'autre de ces deux cas ; on prend d'abord
cet hémistiche : La foy de tous les
coeurs , par une conftruction de Génitif;
& cependant , de tous les coeurs ne
dépend point du Nominatif , la foy
* A&t. III. Sc. IV.
,
DE DECEMBRE. SI
>
mais du verbe, eft difparuë , & c'eft une
conſtruction d'Ablatif: Ainfi , cela fait
une équivoque qui met l'efprit en défaut
; car , fur le premier hémistiche
ils'attend à une conftruction de Génitif
, & s'arrange fur cela ; & quand il
eft au bout du vers , il trouve qu'il a
efté furpris , & eft obligé de changer
d'idée. C'eft une espéce de bévûë dont
il fe prend à l'Auteur du Vers,& il n'a
pas tout-à- fait tort . Ce qui a engagé
Racine à tourner fon vers de la forte
c'est qu'en confervant les termes qui
le compofent , il ne pouvoit le tourner
autrement , car , l'arrangement naturel
ût efté celui - ci .
[parue.
Four moi de tous les coeurs la foi eft dif-
Mais , la foy eft , font deux termes
qui ne peuvent fe fuivre en Vers ; à
caufe de la rencontre des deux voyelles
. Il n'y avoit donc d'autre parti à
préndre , que celui de changer le Vers,
fi on vouloit le rendre correct ; & c'eft
ce qu'il me paroît qu'on doit toûjours
faire en femblable occafion.
.
Le feu Abbé Regnier des Marais
Sécretaire de l'Académie Françoiſe
nous a donné en cette matiére, un éxemple
qui ne fçauroit trop eftre imité. Je
E ij
52
LE MERCURE
le rapporte d'autant plus volontiers
en cet endroit , qu'il tombe fur un
défaut pareil à celui que nous venons
de relever dans Racine ; c'eſt- à-dire ,
fur une équivoque produite par l'incertitude
où l'on eft , du terme auquel
doit fe rapporter un Génitif , qui , par fa
conftruction , peut dépendre de deux
termes différents. Voici donc le fait.
L'Abbé Regnier traduifit en 1655 , la
fameufe Scéne du Paftor fido , qui commence
par ce Vers : 0 Mirtillo , Mirtillo
, animamia . Cette Traduction , qui
ût beaucoup de fuccés en ce tems- là ,
& qui eft encore fort eftimée aujourd'hui
, avoit esté attribuée durant long.
tems, à la célèbre Comteffe de la Suzë ,
fous le nom de laquelle elle avoit prefque
toûjours parû ; jufqu'à ce que
l'Abbé Regnier la revendiqua publiquement
, en imprimant fes Poëfies ,
peu d'années avant fa mort. Or , dans
cette Piece , aprés les quatorze premiers
Vers , voici comme il fait parler
Amarillis .
* Du Ciel pour nous trop rigoureux ,
Par quel ordre injufte & barbare ,
Faut- il que le fort nous fepare?
Poëfies franç. de M. l'Ab, Regnier
Des Marais. P. 2
DE DECEMBRE. $3
L'équivoque dans ces Vers, confifte
en ce que le mot , du Ciel , eftant tranf
pofé , on ne fçait d'abord à quoi il
faut le rapporter ; fi c'eft à ce nom ,
erdre injufte & barbare , où fi c'eſt à
à ce verbe , nous fépare ; puifque, dans
la conftruction , il peut fe rapporter
également à l'un & à l'autre ; & qu'il
peut eftre ou Génitif, en
au nom ; ou Ablatif , en fe
rapportant
au verbe : De forte que ce n'eft qu'aprés
avoir examiné le fens de la phraſe ,
qu'on démêle enfin , que c'est au nom
qu'il doit fe rapporter , & que par conféquent
, c'eft un Génitif.
en fe
rapportant
Apparemment , que l'Abbé Regnier
fentit lui-même l'inconvénient de
cette équivoque ; & ce fut pour y remédier
, qu'entre plufieurs changemens
qu'il fit de cette Scene , dans une
feconde Traduction qu'il nous a donnée
à la fuite de la premiere , il fupprima
totalement le premier Vers ; &
par ce retranchement , il fupprima auffi
l'équivoque , fe contentant de dire :
* Par quel ordre injufte & barbare,
Faut- il que le Ciel nous fépare ?
* Ibid .
Pag. s.
E iij
54 LE MERCURE
Ce changement eftoit abfolument
néceffaire ; mais auffi , eftoit- ce pref
que le feul qu'il fallût faire felon moi,
à la premiere Traduction . Je ne fçay ,
fi l'habitude & la prévention ne me féduifent
point , en faveur de cette premiere
façon , à laquelle je fuis accoûtumé
depuis plus de trente ans ;
mais , je ne puis m'empêcher de la
préférer de beaucoup à la fuivante ,
quoique faite dans un âge plus mûr , &
de la même main que la premiere : Il
me femble du moins , en n'envifage ant
cette Scéne que du côté de la verfification
, & mettant à part ce qui en
fait le fujet ; que je me fçaurois bon
gré d'avoir fait la premiere Tradution
, & que je ne me foucierois pas
d'avoir fait la feconde . On fent dans
celle- ci , non feulement le Phlegme ,
mais même la pefanteur de l'âge , &
la féchereffe , ou la fervitude d'une veine
que l'Art gourmande & maîtriſe ,
& qui ne coule plus librement : Dans
l'autre au contraire , ce qu'il peut quelquefois
y avoir de lâche , eft compenfé
, & en quelque forte rectifié par un
hûreux naturel ; rien , je ne dis pas,
qui y foit forcé ou contraint,mais même
DE DECEMBRE.
qui y paroiffe recherché ou étudié ,
foit dans les expreffions , foit dans les
tours ; & cependant , tours & expreffions
qui femblent faites, pour les fentimens
dont ils font les organes , & qui
ont quelque chofe d'auffi tendre &
d'auffi naturel que les penfées. Tout
y coule de fource ; un ftile aifé , intéreffant
, nourri , moëlleux ; & qui porte
avec lui , non feulement le feu & la
légereté , mais encore , l'embonpoint
& le coloris de la jeuneffe . Enfin , quand
je lis la premiere Traduction , je fuis
tenté de croire,que c'eft Amarillis qui
y parle elle-même : Mais , je ne reconnois
que l'Abbé Regnier dans la
feconde.
Je ne dirai rien ici de la tranfpofition
du Génitif avec le Datif ; parce
que j'en ai parlé , en traitant de la
tranfpofition du Datif même. Refte
donc à traiter de celle de l'Ablatif avec
le Génitif ; laquelle , comme il eſt viſible
, ne peut avoir lieu ; à caufe de
l'équivoque qu'elle cauferoit infailliblement.
Un exemple rendra la choſe
plus fenfible. Racine dit ,
* Mais , des fureurs du Roy, que puis -je
enfin juger ?
* Act. 2. Sc. 6. E iiij
56 LE MERCURE
Le terme , de fureurs , eſt un Ablatif,
eftant gouverné par le verbe, juger. Le
terme , de Roy , eft un Génitif régi par
celui de fureurs. Si , outre la tranfpofition
de l'Ablatif ou du verbe , on veut
encore en faire une , entre l'Ablatif &
le Génitif qu'il gouverne , cela fera
pis qu'une équivoque ; car , le fens de
la phrafe fera totalement changé.
Mais , du Roy des fureurs , que puis- je
enfin juger?
Ce n'eft plus une tranfpofition , c'eft
un changement de cas , qui produit
le changement du fens de la phrafe..
L'Ablatif devient Génitif, & le Génitif
devient Ablatif : Ce n'eft plus des
fureurs du Roy qu'on juge , c'eft du
Roy des fureurs . Inconvénient d'autant
plus infurmontable, qu'il vient de l'uniformité
qui fe trouve entre le Génitif
& l'Ablatif : De forte que tant qu'ils
auront le même article , la tranfpofition
fera toûjours impraticable entr'eux .
Je dis la même chofe de deux Génitifs
qui fe fuivent , & dont l'un dépend
de l'autre ; puifque , changeant
en Génitif,l'Ablatif du Vers précédent,
le même inconvénient refte toûjours ,
comme on va voir.
DE DECEMBRE.
57
Gead
Mais , des fureurs du Roy, fuis-je toujours
l'objet ?
Le terme,defureurs , qui ettoit Ablatif
dans le Vers précédent , devient
Génitif dans celui - ci ; cependant , l'équivoque
, ou plûtôt le contre-fens
n'en refte pas moins fenfible. Car , de
dire ,
Mais , du Roy des fureurs , que puis - je
enfin juger ?
Ou de dire ,
Mais , du Roy des fureurs, fuis-je toû
jours l'objet ?
· C'eft,par rapport au contre-fens , toutà-
fait la même chofe .
Je n'ai rien à dire ici de l'Ablatif,
par rapport aux autres cas . Premierement
, parce que ne dépendant jamais
que d'un verbe , felon la définition que
j'en ai donnée , il ne peut eftre gouverné
par un nom , en quelque cas que
ce foit : Secondement , parce que fi ,
fans eftre gouverné d'aucun nom , il
en gouverne quelqu'un lui-même , il ne
peut le 'gouverner qu'au Génitif ; &
nous venons de traiter ce point en
montrant,pourquoi la tranfpofition ne
pouvoit fe pratiquer entre le Génitif &
I'Ablatif.
,
,
18
LE
MERCURE
Ainfi , aprés avoir déterminé ce qu'il
y a d'effentiel , pour la tranfpofition de
ces deux cas , il ne refte qu'à dire un
mot ,de ce qui peut la rendre plus ou
moins douce.
Sur quoi , il faut obferver d'abord ,
que la remarque qu'on a faite au fujet
de la tranfpofition du Datif , a lieu
rout de même , à l'égard de celles du
Génitif & de l'Ablatif ; c'eſt- à- dire ,
que plus les termes tranfpofez feront
éloignez l'un de l'autre , plus la tranfpofition
aura de douceur. L'on peut
même ajoûter , que c'eft un ménage- .
ment , d'autant plus néceffaire à ces
dernieres tranfpofitions , qu'elles font
moins naturelles que celles du Datif.
Car, dans celle - ci , on peut abfolument
renfermer les deux termes tranfpofez
dans le même hémiftiche , fans que
cette proximité rende la tranfpofition
bien rude ; comme en font foy les exemples
qu'on a rapportez , & d'où font
tirez ces deux hémiſtiches .
A mes ordresfoûmis.
A moi feul afervit.
Au lieu que dans la tranfpofition du
DE DECEMBRE. 12
Génitif & de l'Ablatif , ce voifinage
feroit un trés mauvais effet ; comme ,
fi au lieu de dire ,
1. Qui de Rome toûjours balançant le
deftin.
on difoit
.
Qui toûjours balançant de Rome le
deftin.
Autre exemple en ce genre, pourl'Ablatif.
Si , au lieu de tourner le vers
fuivant , comme l'a tourné Racine ,
2 De ce trouble fatal, par où dois-je -
fortir ?
on rapprochoit le Génitif , trouble ,
du verbe , fortir , qui le gouverne ,
& qu'on dît
Et par où dois-je enfin de ce trou
ble fortir.
Cela auroit quelque chofe de choquant
& de fort dur.
Le mieux eft donc , d'éloigner , autant
que la conftruction de la Phrafe
peut fouffrir le , tant le Génitif que
1 Act. 2. Sc. 3.
2 Act. g. Sc. s.
60 LE MERCURE
l'Ablatif , du verbe ou du nom avec
lequel ils font liés. Voici des exemples
de l'un & de l'autre , qui vont
par gradation , comme nous avons fait
à l'égard du Datif. Et prémierement,
pour le Génitif.
1 Vangeoit de tous les Roys , la querelle
commune .
2 Il fant d'un fuppliant emprunter
le vifage .
3 D'un Rival infolent arrêter les
complots.
Quelquefois , le Génitif eft dans un ·
Vers , & le nom qui le gouverne , ne
paroît qu'au vers fuivant.
Je ne m'attendois pas que de nôtre
hymenée,
4Je diffe vor fi tard arriver la
journée .
On pourroit même encore , & les
Vers n'en auroient que plus de nơbleffe
, mettre le Génitif au commen-
1 A &t . 1. Sc . I.
2 A&t. 3. Sc. I.
3 A&t. 2. Sc. 3.
4 Act. 2. Sc. 4.
DE DECEMBRE. 61
cement du premier Vers ; & renvo
yer à la fin du fecond , le nom qui
le gouverne : Tel eft cet exemple que
j'ajufte exprés.
De l'hymen malheureux où j'étois
deftinée ,
J'attendois malgré moy , la fatale
journée.
Voici d'autres exemples pour l'Ablatif
, qui vont auffi par gradation.
1 Et même de mon fort , je ne pourrois
me plaindre.
2 Que de tant d'Ennemis vous puisfiez
vous défendre .
On peut encore de ce dernier Vers ,
en faire deux , où l'Ablatif foit au
commencement du premier , & le verbe
, à la fin du fecond.
Quand, de tant d'Ennemis tout prêts
vous furprendre
à >
Vous pourriez efpérer , Seigneur , de
vous défendre .
Ces exemples fuffifent
1. A &t. 4. Sc. 4.
2 Act.5. Sc. dern.
pour faire
62 LE MERCURE
connoître , combien l'éloignement des
termes , qui font rélatifs l'un à l'autre,
adoucit ces deux tranfpofitions .
Je crois pourtant devoir faire fur
cela une obfervation : J'ai recherché
d'où venoit , que dans les tranfpofitions
, tant du Datif , dont nous avons
déja traité , que du Génitif & de l'Ablatif,
fur lesquelles nous fommes à préfent
; plus les termes , du renversement
defquels fe forme la tranfpofition , fe
trouvoient éloignez l'un de l'autre , &
plus la tranfpofition avoit de grace.
Le fait eft für , comme on l'a pu voir .
par les exemples ; & cependant, il femble
, que plus , des termes rélatifs font
prés l'un de l'autre , & mieux ils devroient
compatir enfemble.
Surquoy , il m'a paru que l'éloignement
eftoit moins le Principe , que l'occafion
de ce bon effet ; & que la grace ,
qu'il donne à la tranfpofition , ne venoit
pas préciſement , de ce que les termes
tranfpofez eftoient féparez l'un de
l'autre , mais de ce que , par cette féparation
, ils facilitoient l'arrangement
naturel de la conftruction du refte de
la phrafe. Je m'explique.
DE DECEMBRE. 63
›
gou- Un Génitif, par exemple , eft
verné par un nom , & ce nom réciproquement,
eft lié à un verbe dont il eft,
ou le Nominatif , & ou plus fouvent
encore le cas. Suppofons cette phraſe ,
pour rendre cela plus fenfible . Il m'annonça
l'amour & les deffeins du Roy.
Dans cette phrafe , annoncer , eft le
verbe amour & les deffeins , voilà
l'Accufatif ou le cas du verbe . Du Roy,
voilà le Génitif qui ne dépend que de
l'Accufatif, l'amour & les deffeins.
On veut faire un Vers de cette phraſe ;
& pour y donner le tour poëtique
on y ménage la tranfpofition du Génitif
avec l'Accufatifdont il dépend ; c'eft· àdire
, qu'au lieu de mettre l'amour &
les deffeins du Roy ; on met , du Roy
l'amour & les deffeins . Voilà la tranf
pofition faite . Mais , comme toute
tranfpofition eft un dérangement de
l'ordre naturel , & qu'il ne fe fait point
fans quelque forte de violence ; il eft
fûr que, fi à cette premiere violence ,
on en ajoûte une feconde , le dérangement
en fera d'autant plus defagréable.
Or, c'est ce qui arrive ,quand les termes
tranfpofez fe touchent , comme
dans ce vers de Racine.
64 LE MERCURE
1. M'annoncérent du Roy l'amour &
les deffeins.
La premiere efpéce de violence eft
vifible ; c'eft la tranfpofition du cas du
verbe, & du Génitif que ce cas gouverne.
Mais , où eft la feconde ? Elle confifte
en ce que ce Génitif fépare du
verbe,le cas que ce mefme verbe gouverne
, & qui le devroit fuivre immé
diatement. C'est-à-dire, qu'il ne ſe contente
pas de déranger l'Accufatif , par
raport àlui-même, il le dérange encore
par rapport à fon verbe. C'est ce qu'on
voit dans levers de Racine que j'ai cité,
où le Génitif qui eft ce terme , du Roy,
fe met entre le verbe , annoncer &
l'Accufatif qui devroit le fuivre , l'amour&
les deffeins : Dérangement, dont
le verbe feroit en droit de fe plaindre,
& de demander raifon au Génitif. Il
vous plaît de vous déplacer, & de changer
de pofte avec l'Accufatif que je
dois avoir à ma fuite . A la bonne- heure ,
pourvû que je n'en fouffre point ; mais ,
vous venez vous jetter à la traverſe ,
& couper ma marche , en me féparant
de mon Accufatif , qui dans l'ordre naturel
, doit me fuivre immédiatement ,
1. Alt. 1. Sc. I.
2
&
DE DECEMBRE. 65
& dont rien ne m'oblige ici de me féparer
: En cela,je fuis lézé , & vous me
faites tort. Tant de tranfpofitions que
vous voudrez ; mais à condition , que
ce'ne foit pas à mon préjudice. Il me
femble que ce verbe a raifon de fe
plaindre ; & comme on doit juſtice à
tout le monde , il faut la lui rendre .
Comment cela ? En réformant le Vers
& rapprochant le verbe de fon Accufatif
; mais , comme cela ne ſe peur
faire avec le terme , annoncérent ; à
caufe de la cèfure à laquelle il n'eft
pas propre , je le change en celui d'annonça
, &je dis ,
Et du Roy m'annonça l'amour & les
deffeins .
Comme le Génitif , du Roy , dans ce
Vers,eft plus éloigné de l'Accufatif qui
le régit , qu'il ne l'eft dans celui de
Racine ; on croit d'abord , que c'eft
cet éloignement qui adoucit la tranfpofition
; mais dans le vrai , l'adouciffement
ne vient , que de ce qu'en s'éloignant
davantage , il laiffe au verbe
fa place naturelle , & ne trouble en
rien fa conftruction .
On pourra m'objecter , que
même Vers , de la maniére que je l'aj
Décembre 1717. F
dans ce
66 LE MERCURE
tourné , la céfure eft moins marquée
que dans celui de Racine. J'en conviendrai,
fi l'on veut ; mais , je répons
à cela , que je préférerai toûjours la
clarté de la phrafe , à la beauté de la
céfure ; comme la raifon , à la rime.
Je n'apporte point d'autre exemple
fur ce dérangement ; parce que , celui
que j'ai allégué , par rapport à l'Accufatif
, peut s'appliquer & au Nominatif
& au Datif, quand ces deux cas
fe trouvent dans un même Vers avec
le Génitif. Il fuffit feulement d'êtablic
pour Maxime certaine en ce genre ;
que comme , toute tranfpofition cauſe
toûjours un dérangement dans la conftruction
naturelle de la phrafe ; moins
on la trouble , & on la dérange d'ailleurs
; & mieux la tranſpoſition en eſt
reçûë.
Aprés tout , je ne voudrois pas nier
abfolumen , que l'éloignement des deux
termes relatifs ne contribuât par luimême
à adoucir leur tranfpofition.
Car , quoi qu'il femble , comme je me
le fuis objecté , que plus , deux termes
de cette espéce font près l'un de l'autre
, &plus ils doivent convenir entre
eux : Cela eſt vrai , quand ces termes
DE DECEMBRE. 67
font dans leur fituation naturelle ; mais,
quand ils font déplacez , ce n'eft plus
la même chofe . Au contraire , il paroît
qu'alors , ce que ce déplacement peut
avoir de rude , s'affoiblit & s'adoucit
à proportion de leur éloignement . Il en
eft , comme de deux couleurs contraires
,dont l'oppofition eft d'autant moins
fenfible , qu'elles font plus éloignées
l'une de l'autre. Le milieu quiles fépare
, ett une forte de dégradation qui
fert à faciliter leur accord.
Ce qui me le fait juger ain , par
rapport aux tranfpofitions , c'eft la re
marque que j'ai faite , fur- tout à l'égard
de celle du Génitif ; qu'une épithéte
ajoûtée à l'un des fubftantifs tranfpofez
, adouciffoit infiniment la tranſpofition
. Je vais en apporter des exem
ples , qui feront connoître infenfiblement
, quelle différence il y a pour la
douceur dans le même Vers , lorfque
les fubftantifs tranfpofez font dénuez
d'épithetes , & lorfqu'ils en font revêtus.
Suppofons donc d'abord ce Vers ,
fans épithètes.
J'y penfe , & de ce jour le fouvenir
m'afflige.
On fent que le choc de ces deux
68 LE MERCURE
Subftantifs, qui fe heurtent immédiate
ment , de cejour le fouvenir , a quelque
chofe de rude : Joignons une Epithéte
au premier , & le Vers perdra beaucoup
de fa dureté. En voici la preuve.
De ce jour malhûreux le fouvenir
m'aflige.
L'Epithéte eft jointe ici au premier
Subitantif , mais , quand elle ne le feroit
qu'au fecond , elle ne laifferoit
pas de produire à peu prés, le même
effet :On pourra en juger par ce Vers
de Racine .
*Etquede mon devoirEsclave infortunée.
Ce Vers en effet, n'a rien de choquant ;
mais , il auroit encore plus de douceur ,
fi,outre l'Epithéte jointe au fecond Subftantif,
on en ajoûtoit encore une au
premier , en difant ,
De ce cruel devoir Efclave infortunée.
Et peut - être , feroit- il plus doux encore
, fi cette nouvelle Epithéte féparoit
les deux Subftantifs , & qu'on dît :
D'un devoir odieux Efclave infortunée .
Car,quoiqu'il y ait plus de fufpenfion ,
quand l'Epithété précéde fon Subftan
tif, on doit toujours facrifier cet agrêment
, en faveur de tout ce qui peut
* Act. II. Sc. G.
DE DECEM BRE. 69
adoucir la tranfpofition . C'est par oú
je finirai ce qui regarde celle- cy , pour
paffer à celle du Nominatif & de l'Accufatif
, dont il nous refte à parler.
Fermer
1171
p. 80-92
RÊVE D'UN ANGLOIS, Sur la dissertation du Crane d'un PETIT-MAITRE, & du Coeur d'une COQUETTE, traduit de l'Anglois.
Début :
Je me trouvai hier engagé dans une Assemblée de Philosophes, dont [...]
Mots clefs :
Philosophe, Anatomie, Découverte, Cerveau, Rêve, Crâne, Microscope, Cavité, Glande pinéale, Épiderme, Poète, Dissection, Vaisseaux, Coeur, Péricarde, Anatomiste, Liqueur, Fibres, Soupir, Sommeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÊVE D'UN ANGLOIS, Sur la dissertation du Crane d'un PETIT-MAITRE, & du Coeur d'une COQUETTE, traduit de l'Anglois.
REVE D'UN ANGLOIS ,
Sur la diffection du Crane d'un PETITMAITRE,&
du Can d'une COQUETTE,
traduit de l'Anglois.
JA
E me trouvai hier engagé dans une
Affemblée de Philofophes , dont l'un
nous étala quantité d'obfervations curiefes
, qu'il avoit faites depuis peu ,
dans l'Anatomie du corps humain. Un
autre nous fit part de plufieurs Découvertes
admirables , qu'il y a faites avec
DE DECEMBRE
le fecours de certains Microſcopes fort
exacts : Tout cela produifit diverfes
remarques peu communes , & fournit
matiére à difcourir tout le refte de la
journée .
Les différens Syftemes qu'on bâtic
là deffus , préfentérent tant de nouvelles
idées à mon imagination , que jointes
à celles qu'il y avoit déja , elles
ont donné de l'exercice à mon pauvre
cerveau toute la nuit paffée , & ont
formé le Rêve extravagant dont je vais
yous entretenir.
Je fus invité,à ce qu'il me fembloit ,
à voir la diffection du crane d'un petit-
Maître , & du coeur d'une Coquette ,
qui repofoient fur une table qu'il y avoit
devant nous. Un habile Anatomifte ouvrit
la tefte du premier avec beaucoup
d'art ; & quoi qu'elle parût d'abord ,
comme celle d'un autre homme , nous
fâmes bien étonnés de voir , qu'à l'approche
de nos Microfcopes , ce que
nous avions pris pour de la cervelle ,
n'en avoit que l'apparence , & n'eftoit
qu'un amas de matiéres étranges , empaquetées
enfemble , avec un art merveilleux
, dans les différentes cavités
du crane : De forte que, fi Homere nous
82 LE MERCURE
dit ,, que le fang des Dieux n'eft pas
du veritable fang , mais , quelque chofe
d'Analogue ; on peut dire auffi , que
la cervelle d'un petit- Maître n'en est
pas réellement une , mais quelque chofe
qui en a la figure .
La Glande pinéale , que plufieurs de
nos Philofophes modernes fuppofent
eftre le fiége de l'Ame , avoit une
odeur très forte d'Effence , & d'Eau
de Fleur d'Orange ; & paroiffoit d'une
fabftance qui approchoit de la corne,
taillée en mille petites facettes, ou miroirs
imperceptibles à l'oeil ; en forte
que l'Ame , sil y en avoit jamais û
une , devoit eftre toujours occupée à
s'admirer elle - mefme.
Nous remarquâmes fur le devant
de la tefte , une grande cavité pleine
de Rubans , de Dentelles & de Broderies
, qui formoient enfemble une
cfpéce de réfeau , fi artiftement travaillé
& fi fin , que le tiffu en êchapoit
à la vûë : Une autre de ces cavités
eftoit farcie de Billets doux , de
Lettres Amoureufes , de Chanfons notées
, & de pareilles gentilleffes , qu'on
n'appercevoit qu'à la faveur de nos
Microſcopes Dans un troifiéme , ·il
DE DECEMBRE. 8*
y avoit une espéce de Poudre , qui fit
éternüer toute la compagnie , & que
nous reconnûmes à l'odeur , pour du
veritable tabac d'Espagne. En un mot ,
car je ne veux pas ennuyer mes Lecteurs
par un inventaire trop exact ,
plufieurs autres cellules contenoient
divers autres matériaux , à peu prés
auffi curieux .
Cependant , une grande cavité fpacieufe
, qu'il y avoit à l'un & à l'autre
côté de la tefte , mérite quelque attention
Celle du côté droit estoit rem-
'plie de fictions , de flateries , & de menfonges
, de voeux , de promeffes & de
proteftations : Celle du côté gauche ,
renfermoit des imprecations & des fermens.
De chacune de ces cavités , on
voyoit fortir un conduit , qui aboutiffoit
à la racine de la Langue , où ils
fe joignoient tous deux , & ne formoient
enfuite qu'un canal jufqu'à ce
petit mobile. Nous obfervâmes divers.
petits fentiers , ou conduits , qui paſfoient
de l'oreille au cerveau ; & nous
ûmes un foin tout particulier , de les
fuivre dans tous leurs détours : L'un
de ces conduits fe rendoit à un paquet
de Sonnets , & d'autres menuës Poefies :
84 LE MERCURE
D'autres fe terminoient à un amas de
veffies pleines d'écumes & de vent :
Mais , le plus gros de ces tuyaux entroit
dans une grande cavité du crane ,
d'où un autre s'êchapoit vers la langue.
Cette derniére cavité êtoit le réſervoir
d'une fubftance molle & fpongieuſe,
que l'on nomme Galimathias.
Les cuirs du front , la Derme & l'Epiderme,
êtoient d'une épaiffeur & d'une
duteté extraordinaire ; & nous fumes
bien furpris , de ne pouvoir y découvrir
,ny ártéres ny veines ; d'où nous
conclûmes, que le propre de ce crane
avoit perdu la faculté de rougir , lorfqu'il
étoit en vie.
L'os cribleux êtoit prefque bouché ,
par un amas de Tabac en poudre , &
même endommagé en quelques endroits
. Nous remarquâmes furtout , ce
petit mufcle , qu'on a de la peine à
découvrir dans les diffections , & qui
fert à tirer le nés en haut ; lorfque le
Propriétaire vent témoigner le mépris
qu'il fent , à la vue de quelque chofe
qui lui déplaît , ou à l'ouie de quelque
chofe qu'il n'entend pas . Il eft inutile
d'avertir que ce mufcle eft le même,
qui produit le mouvement tant de fois
DE DECEMBRE.
fpécifié dans les Poëtes latins ; lorfqu'ils
parlent d'un homme qui retrouffe
le nés , ou qui fait le bec de
Rhinoceros .
;
Nous n'apperçumes rien de fort remarquable
dans l'oeil à cela prés
que les muſcles amoureux , ou fi l'on
veut , lorgneurs , êtoient extrémement
ufez ; au lieu que l'éleveur , ou le
mufcle , qui fait tourner l'oeil vers le
Ciel , ne paroiffoit point avoir êté mis
en oeuvre.
Je n'ai parlé dans certe diffection ,
que des nouvelles découvertes que
nous y fîmes , fans examiner aucune
de ces parties qui fe trouvent dans les
têtes ordinaires . A l'égard du crane ,
du vifage , & même de toute la figure
externe , nous ne remarquâmes rien
qui la diftinguât de la tête des autres
hommes : D'ailleurs , on nous dit que
le propriétaire de cette belle tête avoit
vécu 35 ans : Que durant tout cet intervalle
, il avoit mangé & bû comme
les autres : Qu'il fe mettoit fort bien :
Qu'il parloit fort haut : Qu'il éclatoit
fouvent de rire ; & qu'en certaines
occafions , il jouoit affés bien fon rôle
dans un Bal , ou dans une Affemblée :
86 LE MERCURE
9
à quoi un de la compagnie ajouta
qu'il y avoit un cercle de Dames qui
le prenoient pour un bel efprit . Il fut
affommé d'un coup de péle , à la fleur
de fon âge , par un vieux militaire ,
qui le trouva un peu trop civil à l'égard
de fa femme.
Après qu'on ûr examiné à fonds cette
tête,avec toutes fes appartenances & fa
fourniture; on remit le cerveau , tel qu'il
êtoit en fon lieu , & la têtefût laiffée à.
quartier , fous un grand morceau de
drap écarlatte , pour être préparée à
loifir , & gardée dans un beau cabinet .
de diffections Anatomiques . De plus ,
nôtre Opérateur nous dit , que la préparation
n'en feroit pas fi difficile que
celle d'une autre tête ; puifque , la plûpart
des petits vaiffeaux , qui traverfoient
la fubftance interne , comme il
l'avoit obfervé , êtoient déja remplis
d'une espèce de mercure , ou plûtôt de
vif- argent , dont le mort avoit fait
ufage pendant fa vie .
Après avoir donné la diffection de la
tête d'un petit-Maître , je raporterai
ici l'Anatomie du coeur d'une Coquette.
Hûreufement , j'en ai gardé la
Minute.
A Vant que nôtre Anatomiſte en vint à cette diffection , il nous
dit , qu'il n'y avoit rien de plus difficile
dans fon Art , que d'ouvrir le coeur
d'une Coquette , & d'en expoſer fidélement
toutes les parties aux yeux
des fpectateurs , à cauſe d'une infinité
de labyrintes & de replis qu'on y trouve
, & qui ne paroiffent pas dans le
coeur d'aucun autre animal .
Enfuite , il nous pria d'obſerver le
Péricarde , ou l'envelope extérieure du
coeur ; & nous y vîmes , à la faveur
de nos microſcopes , des millions de
petites cicatrices , qui fembloient avoir
êté caufées par les pointes d'une infinité
de petits dards & defléches , qu'on
avoit lancées côtre cette mébrane; quoi
qu'il n'y ût pas le moindre petit orifice ,
à travers lequel,aucun de ces traits ût
percé jufqu'à la fubftance du coeur.
Tous ceux qui ont quelque teinture
36 LE MERCURE
de l'Anatomie , fçavent que le Péricarde
contient une efpéce de liqueur
rougeatre & déliée , qu'on croit fe
former des exhalaifons qui s'évaporent
du coeur , & qui s'y confervent de cette
maniére. Lorsqu'on vint à l'examiner ,
il fe trouva qu'elle avoit toutes les
qualités de l'efprit - de - vin , dont on
remplit les Thermométres , qui fervent
à marquer les différens dégrez de
chaud ou de froid , qui arrivent dans
l'air .
Je ne dois pas oublier ici une expérience
, qu'un des Membres de lacompagnie
nous dit avoir faite avec
cette Liqueur , dont il avoit trouvé
bonne provifion,au tour du coeur d'une
Coquette qu'il avoit anatomifé autrefois
: Il nous affùra donc , qu'il en
avoit rempli un tuyau de verre , à peu
prés comme celui d'un Thermométre ;
mais , qu'au lieu de marquer les variations
de l'air , il défignoit les qualités
des perfonnes , qui entroient dans
la chambre où il l'avoit fufpendu. Il
ajoûta que cette Liqueur montoit à
l'approche d'un plumet , d'un habit
en broderie , ou d'une paire de gants à
franges ; & qu'elle baiffoit , d'abord
qu'une
DE DECEMBRE. 89
qu'une vilaine perruque mal peignée
qu'une paire de fouliers lourds , ou un
habit à l'antique , paroiffofent dans
fa maiſon. Ce n'eft pas tout , il
nous certifia , que s'il venoit à éclarer
de rire auprés de cette Liqueur ;
elle montoit d'une maniere fenfible
& qu'elle defcendoit au plus vîte , auſſitôt
qu'il prénoit un air férieux . En
un mot , il voulut nous perfuader que
par le moyen de cette invention , il
pouvoit connoître , s'il y avoit un homme
de bon fens ou un fat ,dans fa chamb.
e.
Aprés avoir bien épluché le Péricarde,
& confideré la Liqueur qu'il renfermoit
, nous en vinmes au coeur même ;
La furface extérieure en eftoit fi polie ,
& la pointe fi fioide , que lorfqu'on
vouloit l'empoigner , il s'échapoit à
travers les doigts , comme un morceau
de glace , ou une Anguille .
Les fibres en êtoient plus entrelacés,
que celle des autres cours ; jufques- là,
que ce coeur fembloit former un veritable
noud-gordien,& ne pouvoit avoir
û que des mouvemens fort inégaux &
fort irréguliers , pendant qu'il exerçoit
fes fonctions vitales.
Décembre 1717 . H
༡༠ LE MERCURE
Lorfque nous examinâmes tous les
vaiffeaux , qui en fortoient ou y aboutiffoient
; nous ne pûmes jamais découvrir
qu'il y ût û la moindre communication
avec la Langue ; ce qui
nous parut une caufe trés digne de
remarque .
On nous fit obferver en même tems,
que plufieurs de ces petits nerfs , qui
contribuoient à faire fentir l'amour
, la haine & les autres paffions,
n'y defcendoient pas du cerveau ,
mais des mufcles fitués au tourdes yeux.
Je pris ce coeur dans la main , pour
juger du poids ; & il me parut fi léger
, que je conclus d'abord , qu'il y
avoit beaucoup de vuide : En effet , l'intérieur
eftoit plein de cavités & de
cellules , qui paffoient les unes dans
les autres , & qui reffembloient à ces
appartements , que nos Hiftoriens attribuent
au berceau de Rofemonde . Pluhieurs
de ces petits trous êtoient farcis
de bagatelles , qu'il me feroit impoffible
de nommer en détail ; mais , je remarquerai
ſeulement , que la premiere
chofe que nous y apperçûmes , par le
moyen de nos Microſcopes , eftoit une
Coeffe de couleur de feu .
DE DECEMBRE. 91
Du refte , on nous dit que la Dame
propriétaire de ce coeur , lorfqu'elle
eftoit en vie ,, fouffroit les pourfuites
de tous ceux qui lui faifoient l'amour,
les entretenoit tous dans l'efpérance ,
& infinuoit à chacun d'eux , qu'il étoit
diftingué des autres ; c'est pour cela ,
que nous nous attendions à voir l'empreinte
d'un nombre infini de vifages ,
fur les différentes enveloppes de ce
coeur Mais , nous fumes bien furpris
de n'y en trouver aucune , juſqu'à
ce qu'on fût arrivé au centre .
Alors , nous y apperçumes un petit
homme vêtu d'un habit fort bizare ;
plus je le regardois , plus il me fembloit
que je l'avois vu quelque part fans
pouvoir me rappeller , ni le tems , ni
l'endroit ; jufques à ce qu'enfin , un
de la compagnie , qui l'avoit examiné
de plus prés que les autres , nous fit
voir clairement par le tour du vifage ,
& par plufieurs de fes traits , que la
petite idole , ainfi placée au milieu de
ce coeur , eftoit le feu petit- Maître
dont nous venions de defigner le cerveau.
2
D'abord que notre Anatomifte ûr
achevé fa diffection ; incapables de
Hij
92 LE MERCURE
nous déterminer fur la nature de ce
coeur , fi différent de celui des autres
femmes, nous réfolûmes d'en venir à
quelque épreuve , pour en découvrir
la fubftance : Ainfi , on le mit fur des
charbons ardens ; mais , bien loin de
fe confumer , il n'en reçut pas la moindre
atteinte d'où nous conclûmes
;
qu'il tenoit de la nature de la Salamandre
, & qu'il auroit pû ſubſiſter au
milieu du feu & des flammes .
Lorfque nous admirions un fi étrange
Phænoméne , & que nous formions un
cercle au tour du cerveau; ce coeur laiffa
échaper un terrible foupir , ou plûtôt
un éclat ; & fe réduifit en fumée : Cet
éclat imaginaire , qui me parut plus
fort que celui d'un canon , m'ébranla
fi bien le cerveau , qu'il diffipa toutes
les douces vapeurs du fommeil , &
qu'il n'y ût plus moyen de me rendormir.
Sur la diffection du Crane d'un PETITMAITRE,&
du Can d'une COQUETTE,
traduit de l'Anglois.
JA
E me trouvai hier engagé dans une
Affemblée de Philofophes , dont l'un
nous étala quantité d'obfervations curiefes
, qu'il avoit faites depuis peu ,
dans l'Anatomie du corps humain. Un
autre nous fit part de plufieurs Découvertes
admirables , qu'il y a faites avec
DE DECEMBRE
le fecours de certains Microſcopes fort
exacts : Tout cela produifit diverfes
remarques peu communes , & fournit
matiére à difcourir tout le refte de la
journée .
Les différens Syftemes qu'on bâtic
là deffus , préfentérent tant de nouvelles
idées à mon imagination , que jointes
à celles qu'il y avoit déja , elles
ont donné de l'exercice à mon pauvre
cerveau toute la nuit paffée , & ont
formé le Rêve extravagant dont je vais
yous entretenir.
Je fus invité,à ce qu'il me fembloit ,
à voir la diffection du crane d'un petit-
Maître , & du coeur d'une Coquette ,
qui repofoient fur une table qu'il y avoit
devant nous. Un habile Anatomifte ouvrit
la tefte du premier avec beaucoup
d'art ; & quoi qu'elle parût d'abord ,
comme celle d'un autre homme , nous
fâmes bien étonnés de voir , qu'à l'approche
de nos Microfcopes , ce que
nous avions pris pour de la cervelle ,
n'en avoit que l'apparence , & n'eftoit
qu'un amas de matiéres étranges , empaquetées
enfemble , avec un art merveilleux
, dans les différentes cavités
du crane : De forte que, fi Homere nous
82 LE MERCURE
dit ,, que le fang des Dieux n'eft pas
du veritable fang , mais , quelque chofe
d'Analogue ; on peut dire auffi , que
la cervelle d'un petit- Maître n'en est
pas réellement une , mais quelque chofe
qui en a la figure .
La Glande pinéale , que plufieurs de
nos Philofophes modernes fuppofent
eftre le fiége de l'Ame , avoit une
odeur très forte d'Effence , & d'Eau
de Fleur d'Orange ; & paroiffoit d'une
fabftance qui approchoit de la corne,
taillée en mille petites facettes, ou miroirs
imperceptibles à l'oeil ; en forte
que l'Ame , sil y en avoit jamais û
une , devoit eftre toujours occupée à
s'admirer elle - mefme.
Nous remarquâmes fur le devant
de la tefte , une grande cavité pleine
de Rubans , de Dentelles & de Broderies
, qui formoient enfemble une
cfpéce de réfeau , fi artiftement travaillé
& fi fin , que le tiffu en êchapoit
à la vûë : Une autre de ces cavités
eftoit farcie de Billets doux , de
Lettres Amoureufes , de Chanfons notées
, & de pareilles gentilleffes , qu'on
n'appercevoit qu'à la faveur de nos
Microſcopes Dans un troifiéme , ·il
DE DECEMBRE. 8*
y avoit une espéce de Poudre , qui fit
éternüer toute la compagnie , & que
nous reconnûmes à l'odeur , pour du
veritable tabac d'Espagne. En un mot ,
car je ne veux pas ennuyer mes Lecteurs
par un inventaire trop exact ,
plufieurs autres cellules contenoient
divers autres matériaux , à peu prés
auffi curieux .
Cependant , une grande cavité fpacieufe
, qu'il y avoit à l'un & à l'autre
côté de la tefte , mérite quelque attention
Celle du côté droit estoit rem-
'plie de fictions , de flateries , & de menfonges
, de voeux , de promeffes & de
proteftations : Celle du côté gauche ,
renfermoit des imprecations & des fermens.
De chacune de ces cavités , on
voyoit fortir un conduit , qui aboutiffoit
à la racine de la Langue , où ils
fe joignoient tous deux , & ne formoient
enfuite qu'un canal jufqu'à ce
petit mobile. Nous obfervâmes divers.
petits fentiers , ou conduits , qui paſfoient
de l'oreille au cerveau ; & nous
ûmes un foin tout particulier , de les
fuivre dans tous leurs détours : L'un
de ces conduits fe rendoit à un paquet
de Sonnets , & d'autres menuës Poefies :
84 LE MERCURE
D'autres fe terminoient à un amas de
veffies pleines d'écumes & de vent :
Mais , le plus gros de ces tuyaux entroit
dans une grande cavité du crane ,
d'où un autre s'êchapoit vers la langue.
Cette derniére cavité êtoit le réſervoir
d'une fubftance molle & fpongieuſe,
que l'on nomme Galimathias.
Les cuirs du front , la Derme & l'Epiderme,
êtoient d'une épaiffeur & d'une
duteté extraordinaire ; & nous fumes
bien furpris , de ne pouvoir y découvrir
,ny ártéres ny veines ; d'où nous
conclûmes, que le propre de ce crane
avoit perdu la faculté de rougir , lorfqu'il
étoit en vie.
L'os cribleux êtoit prefque bouché ,
par un amas de Tabac en poudre , &
même endommagé en quelques endroits
. Nous remarquâmes furtout , ce
petit mufcle , qu'on a de la peine à
découvrir dans les diffections , & qui
fert à tirer le nés en haut ; lorfque le
Propriétaire vent témoigner le mépris
qu'il fent , à la vue de quelque chofe
qui lui déplaît , ou à l'ouie de quelque
chofe qu'il n'entend pas . Il eft inutile
d'avertir que ce mufcle eft le même,
qui produit le mouvement tant de fois
DE DECEMBRE.
fpécifié dans les Poëtes latins ; lorfqu'ils
parlent d'un homme qui retrouffe
le nés , ou qui fait le bec de
Rhinoceros .
;
Nous n'apperçumes rien de fort remarquable
dans l'oeil à cela prés
que les muſcles amoureux , ou fi l'on
veut , lorgneurs , êtoient extrémement
ufez ; au lieu que l'éleveur , ou le
mufcle , qui fait tourner l'oeil vers le
Ciel , ne paroiffoit point avoir êté mis
en oeuvre.
Je n'ai parlé dans certe diffection ,
que des nouvelles découvertes que
nous y fîmes , fans examiner aucune
de ces parties qui fe trouvent dans les
têtes ordinaires . A l'égard du crane ,
du vifage , & même de toute la figure
externe , nous ne remarquâmes rien
qui la diftinguât de la tête des autres
hommes : D'ailleurs , on nous dit que
le propriétaire de cette belle tête avoit
vécu 35 ans : Que durant tout cet intervalle
, il avoit mangé & bû comme
les autres : Qu'il fe mettoit fort bien :
Qu'il parloit fort haut : Qu'il éclatoit
fouvent de rire ; & qu'en certaines
occafions , il jouoit affés bien fon rôle
dans un Bal , ou dans une Affemblée :
86 LE MERCURE
9
à quoi un de la compagnie ajouta
qu'il y avoit un cercle de Dames qui
le prenoient pour un bel efprit . Il fut
affommé d'un coup de péle , à la fleur
de fon âge , par un vieux militaire ,
qui le trouva un peu trop civil à l'égard
de fa femme.
Après qu'on ûr examiné à fonds cette
tête,avec toutes fes appartenances & fa
fourniture; on remit le cerveau , tel qu'il
êtoit en fon lieu , & la têtefût laiffée à.
quartier , fous un grand morceau de
drap écarlatte , pour être préparée à
loifir , & gardée dans un beau cabinet .
de diffections Anatomiques . De plus ,
nôtre Opérateur nous dit , que la préparation
n'en feroit pas fi difficile que
celle d'une autre tête ; puifque , la plûpart
des petits vaiffeaux , qui traverfoient
la fubftance interne , comme il
l'avoit obfervé , êtoient déja remplis
d'une espèce de mercure , ou plûtôt de
vif- argent , dont le mort avoit fait
ufage pendant fa vie .
Après avoir donné la diffection de la
tête d'un petit-Maître , je raporterai
ici l'Anatomie du coeur d'une Coquette.
Hûreufement , j'en ai gardé la
Minute.
A Vant que nôtre Anatomiſte en vint à cette diffection , il nous
dit , qu'il n'y avoit rien de plus difficile
dans fon Art , que d'ouvrir le coeur
d'une Coquette , & d'en expoſer fidélement
toutes les parties aux yeux
des fpectateurs , à cauſe d'une infinité
de labyrintes & de replis qu'on y trouve
, & qui ne paroiffent pas dans le
coeur d'aucun autre animal .
Enfuite , il nous pria d'obſerver le
Péricarde , ou l'envelope extérieure du
coeur ; & nous y vîmes , à la faveur
de nos microſcopes , des millions de
petites cicatrices , qui fembloient avoir
êté caufées par les pointes d'une infinité
de petits dards & defléches , qu'on
avoit lancées côtre cette mébrane; quoi
qu'il n'y ût pas le moindre petit orifice ,
à travers lequel,aucun de ces traits ût
percé jufqu'à la fubftance du coeur.
Tous ceux qui ont quelque teinture
36 LE MERCURE
de l'Anatomie , fçavent que le Péricarde
contient une efpéce de liqueur
rougeatre & déliée , qu'on croit fe
former des exhalaifons qui s'évaporent
du coeur , & qui s'y confervent de cette
maniére. Lorsqu'on vint à l'examiner ,
il fe trouva qu'elle avoit toutes les
qualités de l'efprit - de - vin , dont on
remplit les Thermométres , qui fervent
à marquer les différens dégrez de
chaud ou de froid , qui arrivent dans
l'air .
Je ne dois pas oublier ici une expérience
, qu'un des Membres de lacompagnie
nous dit avoir faite avec
cette Liqueur , dont il avoit trouvé
bonne provifion,au tour du coeur d'une
Coquette qu'il avoit anatomifé autrefois
: Il nous affùra donc , qu'il en
avoit rempli un tuyau de verre , à peu
prés comme celui d'un Thermométre ;
mais , qu'au lieu de marquer les variations
de l'air , il défignoit les qualités
des perfonnes , qui entroient dans
la chambre où il l'avoit fufpendu. Il
ajoûta que cette Liqueur montoit à
l'approche d'un plumet , d'un habit
en broderie , ou d'une paire de gants à
franges ; & qu'elle baiffoit , d'abord
qu'une
DE DECEMBRE. 89
qu'une vilaine perruque mal peignée
qu'une paire de fouliers lourds , ou un
habit à l'antique , paroiffofent dans
fa maiſon. Ce n'eft pas tout , il
nous certifia , que s'il venoit à éclarer
de rire auprés de cette Liqueur ;
elle montoit d'une maniere fenfible
& qu'elle defcendoit au plus vîte , auſſitôt
qu'il prénoit un air férieux . En
un mot , il voulut nous perfuader que
par le moyen de cette invention , il
pouvoit connoître , s'il y avoit un homme
de bon fens ou un fat ,dans fa chamb.
e.
Aprés avoir bien épluché le Péricarde,
& confideré la Liqueur qu'il renfermoit
, nous en vinmes au coeur même ;
La furface extérieure en eftoit fi polie ,
& la pointe fi fioide , que lorfqu'on
vouloit l'empoigner , il s'échapoit à
travers les doigts , comme un morceau
de glace , ou une Anguille .
Les fibres en êtoient plus entrelacés,
que celle des autres cours ; jufques- là,
que ce coeur fembloit former un veritable
noud-gordien,& ne pouvoit avoir
û que des mouvemens fort inégaux &
fort irréguliers , pendant qu'il exerçoit
fes fonctions vitales.
Décembre 1717 . H
༡༠ LE MERCURE
Lorfque nous examinâmes tous les
vaiffeaux , qui en fortoient ou y aboutiffoient
; nous ne pûmes jamais découvrir
qu'il y ût û la moindre communication
avec la Langue ; ce qui
nous parut une caufe trés digne de
remarque .
On nous fit obferver en même tems,
que plufieurs de ces petits nerfs , qui
contribuoient à faire fentir l'amour
, la haine & les autres paffions,
n'y defcendoient pas du cerveau ,
mais des mufcles fitués au tourdes yeux.
Je pris ce coeur dans la main , pour
juger du poids ; & il me parut fi léger
, que je conclus d'abord , qu'il y
avoit beaucoup de vuide : En effet , l'intérieur
eftoit plein de cavités & de
cellules , qui paffoient les unes dans
les autres , & qui reffembloient à ces
appartements , que nos Hiftoriens attribuent
au berceau de Rofemonde . Pluhieurs
de ces petits trous êtoient farcis
de bagatelles , qu'il me feroit impoffible
de nommer en détail ; mais , je remarquerai
ſeulement , que la premiere
chofe que nous y apperçûmes , par le
moyen de nos Microſcopes , eftoit une
Coeffe de couleur de feu .
DE DECEMBRE. 91
Du refte , on nous dit que la Dame
propriétaire de ce coeur , lorfqu'elle
eftoit en vie ,, fouffroit les pourfuites
de tous ceux qui lui faifoient l'amour,
les entretenoit tous dans l'efpérance ,
& infinuoit à chacun d'eux , qu'il étoit
diftingué des autres ; c'est pour cela ,
que nous nous attendions à voir l'empreinte
d'un nombre infini de vifages ,
fur les différentes enveloppes de ce
coeur Mais , nous fumes bien furpris
de n'y en trouver aucune , juſqu'à
ce qu'on fût arrivé au centre .
Alors , nous y apperçumes un petit
homme vêtu d'un habit fort bizare ;
plus je le regardois , plus il me fembloit
que je l'avois vu quelque part fans
pouvoir me rappeller , ni le tems , ni
l'endroit ; jufques à ce qu'enfin , un
de la compagnie , qui l'avoit examiné
de plus prés que les autres , nous fit
voir clairement par le tour du vifage ,
& par plufieurs de fes traits , que la
petite idole , ainfi placée au milieu de
ce coeur , eftoit le feu petit- Maître
dont nous venions de defigner le cerveau.
2
D'abord que notre Anatomifte ûr
achevé fa diffection ; incapables de
Hij
92 LE MERCURE
nous déterminer fur la nature de ce
coeur , fi différent de celui des autres
femmes, nous réfolûmes d'en venir à
quelque épreuve , pour en découvrir
la fubftance : Ainfi , on le mit fur des
charbons ardens ; mais , bien loin de
fe confumer , il n'en reçut pas la moindre
atteinte d'où nous conclûmes
;
qu'il tenoit de la nature de la Salamandre
, & qu'il auroit pû ſubſiſter au
milieu du feu & des flammes .
Lorfque nous admirions un fi étrange
Phænoméne , & que nous formions un
cercle au tour du cerveau; ce coeur laiffa
échaper un terrible foupir , ou plûtôt
un éclat ; & fe réduifit en fumée : Cet
éclat imaginaire , qui me parut plus
fort que celui d'un canon , m'ébranla
fi bien le cerveau , qu'il diffipa toutes
les douces vapeurs du fommeil , &
qu'il n'y ût plus moyen de me rendormir.
Fermer
1172
p. 93-135
MEMOIRE DU SIEUR DE VILLARS Concernant une EAU de sa composition, qu'il qualifie REMEDE UNIVERSEL.
Début :
Nous avons annoncé avec éloge dans quelques Mercures, la vertu / J'ai fait annoncer dans les Journaux de France, de Hollande, de Trévoux, [...]
Mots clefs :
Maladies, Liqueur, Remèdes, Eau, Fluides, Guérison, Brûlure, Tumeurs, Peste, Saignée, Médecine, Régime, Douleurs, Convalescence, Veines et artères, Fièvres, Rhumatismes, Apoplexie, Paralysie, Démence
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE DU SIEUR DE VILLARS Concernant une EAU de sa composition, qu'il qualifie REMEDE UNIVERSEL.
Ous avons annoncé avec
éloge dans quelques
Mercures , la vertu des Eaux
de M. de Villars contre toute
forte de Maladies: Comme nous
n'en avonsppaarrlléé qquuee fort légerement
, c'est avec plaifir que
nous communiquons au Public
un Mémoire Phifique , raifonné
détaillé fur leurs qualités.
Nous le faifons d'autant plus
volontiers , que M. de Villars
nous l'a prefenté de trop
grace , & qu'il y exprime
d'une maniere trop fenfee , pour
qu'on foit tenté de le foupçonner
d'aucun Charlatanifm ?.
bonne
Hij
94 LE MERCURE
MEMOIRE
DU SIEUR DE VILLARS
Concernant une EAU de fa
compofition , qu'il qualifie
REME'DE UNIVERSEL.
J
A v fait annoncer dans
les Journaux de France ,
de Hollande , de Trévoux ,
& dans la clef du Cabinet
des Princes , une Eau falutaire
, que j'ai qualifiée Reméde
univerfel ; fur la foy
des expériences multipliées
que j'en ai faites , fur toutes
efpéces de Maladies indiftinctement
.
Elle eft claire , tranfpaDE
DECEMBRE.
95
Ires
ARS
SELE
Fice,
OUN
rente , légere , ſans dégoût ,
fans faveur qui puiffe accufer
la moindre compofition
,
& la faire diftinguer de
l'Eau de Fontaine, la plus pure
& la meilleure.
Toutes les maladies tant
externes qu'internes , de
quelque caufe qu'elles procédent
, cédent à l'efficacité
de cette Eau : On en boit
pour les unes & pour les autres
; & outre cela , on en
lave les Playes , les Meurtriffûres
, les Brulûres , les
Dartres , les Tumeurs , les
Loupes , & généralement ,
toutes les excrefcences & inflammations
, dans quelque
partie du corps qu'elles
96 LEMERCURE
fe trouvent & quelque
corruption qu'il y ait , foit
Gangrenne , foit Cancer ,
foit Ecroüelle , foit Vérole
, fut- ce la Pefte même :
Elle en arrête le progrés ,
& diffout infenfiblement
tous les venins qui les caufent
, ou qui les nouriffent :
Il n'y faut point d'autre façon
que d'en boire , & d'en
baffiner les parties offenfées,
en renouvellant les compreffes
, 3 ou 4 fois par jour.
Dans les Maladies aiguës ,il .
en faut boire fans difcōtinuation,
& ne point craindre que
l'excés en foit préjudiciable.
Pour les Maladies , dont
les fuites ne font , ni ſi précipitées
DE DECEMBRE. 97
cipitées ny fi dangéreuſes, il
fuffit d'en boire à trois tems
par jour ; le matin en fe levant
, aprés dîné , & avant
de fe coucher , environ chopine
à chaque fois .
On
peut la boire froide ;
il eft pourtant mieux de la
faire un peu tiédir,fur tout ,
lorfqu'on s'en fert , comme
Topique. La feignée , les
purgations, & les autres préparatifs
, qui font ordinairement
cortège aux fpécifiques
les plus accrédites de la
Medecine ordinaire , nonfeulement
font inutiles à
mon remede , mais ils y font
préjudiciables : J'ai remarqué
, que quand ce cérémo-
Décembre 1717. I
58 LE MERCURE
nial avoit précedé , la guerifon
n'en étoit que plus lente
& plus difficile.
Il fuffit d'un régime réglé
par la raifon , & non ,
par le fcrupule : On peut
boire & manger , comme à
fon ordinaire , fans fe gêner.
Il n'y a aucun fruit à tirer
de ces attentions fuperftitieufes
, fur le choix des alimens
, de ces retranchemens
fur leur quantité , de ces réformes
en un mot , qui ont
donné lieu au proverbe :
Vivere médicé , vivere miferé ,
S'il eft effentiel de boire
de mon Eau , dés le commencement
de la Maladie ;
il ne l'eſt pas moins de´n'en
DE DECEMBRE. 99
pas difcontinuer l'ufage ,
tant qu'on peut préfumer
que le levain du mal féjourne
encore dans le corps . 11
y a des gens qui fe croyent
parfaittement gueris , dés.
qu'on les a foulagés : Ils ne
reffentent plus de douleur ,
cela leur fuffit : Ils interrompent
le remede ; & de là ,
il arrive , je ne dis pas
toûjours,
mais, quelquefois, que
le Malade retombe . Alors, il
faut recommencer fur nouveaux
frais ; & l'on multiplie
une dépense qu'on fe
feroit épargnée , fi l'on eut
paffé d'abord par tous les
degrés de convalefcence.
J'ai fouvent éprouvé que les
I ij
335100
100 LE MERCURE
1
Malades refufoient à mon
Eau , l'honneur des guerifons
les plus inefperées. Ces
Malades accutumés aux remüements
violents des remédes
ordinaires ; aiment
mieux attribuer leur guerifon
à la feule nature , qu'à
une liqueur dont l'opération
eft pour l'ordinaire infenfible
, & qui ne produit
aucun de ces effets violents
& douloureux , auxquels
leur imagination eſt accoutumée
d'attacher la guerifon
.
Lorfque les Malades feront
dans le cas d'une Nature
affaiſée fous les ans , accablée
du poids des autres
੧ .
DE DECEMBRE. ION
ge
remédes , ruinée par des débauches
d'habitude, & prefque
éteinte , ou par l'invetération
du mal , ou par l'alteration
des Parties nobles ;
ils feront foulagés par l'uſade
mon Eau : Elle émouf
fera les douleurs dont elle
ne poura enlever la cauſe.
Voilà à quoi je borne la vertu
de mon reméde , dans ces
cas , pour ainfi dire , défefperés:
Quoique , j'en aye éprouvé
quelquefois dans ces
cas mêmes , des guerifons
prefque furnaturelles .
L'étalage de tant de miracles
, n'eſt affûrément pas
un moyen fort fûr de me faire
des Profélites ; c'eft en-
I iij.
102 LE MERCURE
tendre mal mes interrêts ,
que d'annoncer mon Eau ,
d'une maniére fi peu mefurée
à la croyance commune .
J'aurois dû reſtraindre fes
proprietez , à la guérifon de
certaines Maladies privilegiées
, & quin'attaquent ordinairement
que les Grands
& les Riches : La vente m'au
roit rendu davantage fous
cette couleur ; & par ces titres
, je fçay tout cela : Mais
je haïs tout artifice , & je
rend compte de la verité ,
fans m'embaraffer, s'il m'auroit
êté plus utile de la déguifer
.
Je crois qu'il eft à propos
d'éxaminer ici , s'il y a
DE DECEMBRE. 103
de l'abfurdité à croire, qu'un
feul & unique reméde puiffe
guerir indiftinctement
toutes fortes de Maladies.
On croit communément que
nos Maladies , qui fe produifent
par des fignes variés
& fouvent contraires ; . qui
nous caufent des douleurs
de differentes efpéces ; qui
attaquent differentes parties
denôtre Machine ; on croit ,
dis-je , que chacune de ces
Maladies a fa cauſe & fon
principe particulier : D'où
l'on conclut , que la Médecine
a raifon d'employer des
remédes de differens genres ,
dont chacun ait pour objet ,
fon opération particuliere.
I iiij
104
LE MERCURE
Ce
raifonnement paroît
invincible , à quiconque n'a
jamais foupçonné , que toutes
nos maladies ou infirmiquelques
differentes tés
qu'elles nous paroiffent,foyent
une feule & même maladie
, enviſagées dans leur
principe .
Mais , j'efpere de prouver
avec évidence , qu'il n'y
a qu'une feule & unique
caufe , principe commun de
toutes nos differentes maladies
: Aprés quoi , l'on concevra
, que fi j'ai trouvé un
Reméde, qui agiffe efficacement
fur cette caufe com
mune , ce Reméde doit être
univerfel. Je m'expliquerai
DE DECEMBRE.
IOS
le plus fuccinctement & le
plus clairement qu'il me fera
poffible.
La ftructure du Corps humain
eſt un tiffu de canaux
de differentes grandeurs ,
qui font remplis de fang &
d'autres liqueurs qui y circulent
avec continuité .
De toutes les liqueurs qui
parcourent la Machine humaine
, nous diſtinguerons
le fang qui coule dans les
Arteres & dans les Veines ;
& le Suc nerveux c'eſt-àdire
, la liqueur qui coule
dans les tuyaux des Nerfs.
Nous ne dirons rien en particulier,
de la Lymphe , de
la falive , de la Bile & au105
LE MERCURE
tres fucs , qui font , pour
ainfi dire , des excrémens
du fang ; excrément qu'il
dépofe dans des glandes , où
ils récoivent une filtration ;
aprés laquelle , ils circulent
eux mêmes dans les canaux
qui leur font deſtinés .
Tous les mouvemens du
Corps humain , ſa ſanté , fa .
vie , dépendent du mouvement
circulaire du ſang , &
de celui des autres liqueurs.
Le cours du fang eft le mobile
de celui des autres liqueurs.
A mefure que le fang &
les autres liqueurs circulent,
une certaine portion de leur
maffe fe diffipe par la tranfDE
DECEMBRE. 107
I
25
piration ; & cette perte ,
comme celle qui s'eft faite
par les déjections fenfibles ,
fe répare proportionellement
par les fucs alimentaires.
-
Si un homme , joüiffant
d'une fanté parfaite , s'avifoit
de s'interdire tous alimens
, durant deux jours ou
plus ; fon Corps tomberoit
dans la langueur , à mefure
que le befoin de réparer
la perte de la tranſpiration
& de l'évacuation fenfible
, croîtroit. Le cours des
liqueurs eft alors extrémément
rallenti ; la maffe du
fang s'épaiffit à melure
qu'elle a perdu par la tranf
>
f
108 LE MERCURE
piration , fes parties les plus
fluides , qui n'ont point êté
remplacées par les alimens ;
le fuc nerveux s'eſt épaiffi
de même ; en forte que n'ayant
plus cette fluidité , qui
donne l'action aux Nerfs J
la Machine tombe à la fin ,
dans une impuifface prefque
rotale d'agir fi l'on tarde
à fécourir nôtre homme >
dans l'êtat où nous le fuppofons
: Bientôt le cours des
fiqueurs ceffera entierement ;
& ce qui veut dire la même
chofe , bientôt nôtre
homme mourra .
La fanté de l'homme que
nous venons de propofer
pour exemple , confiftoit
DE DECEMBRE. 100
dans la circulation parfaite
de fes liqueurs.
Sa
Maladie avoit pour
caufe , le rallentiſſement
de
cette circulation
.
Sa mort enfin , ne fera
caufée que par la ceffation
totale du cours de ces mêmes
liqueurs.
Nous avons donné pour
caufe du rallentiffement du
cours circulaire des liqueurs,
l'épaififfement & la coagulation
de leur maffe.
lon-
L'épaifiſſement & la coagulation
des liqueurs , peut
donc venir d'une trop
gue abftinence comme
dans l'exemple propofé
Mais , elle peut venir auſſi
›
:
110 LE MERCURE
d'une exceffive
intemperance
: C'est ce que nous allons
prouver par un nouvel
exemple .
Un homme joüiffant d'une
fanté parfaite , fe rend ſubitement
& volontairement
malade , en buvant des liqueurs
enyvrantes. Examinons
avec attention , ce qui ·
lui arrive dans les différents
degrés de l'yvreffe.
Dans le premier degré ,
il éprouve un fentiment joyeux
; il penſe avec liberté
& s'exprime avec grace :
Dans le fecond degré , fa
joye fe rallentit ; il penfe
confufément & s'exprime
difficillement : Dans le troiDE
DECEMBRE. III
a
fiéme enfin , il balbutie , au
point qu'on peut à peine
l'entendre . Il à la tête fi peſante,
qu'il ne peut la foûtenir
: Effaye - t - il de fe tenir
deboût , le voilà qui tombe
par terre , & qui y demeure
plongé dans un fommeil
apoplectique ?
Le Vin a produit fucceffivément
tous ces effets ; en
augmentant d'abord , & rallentiffant
enfuite , la circulation
du fang & du fuc nerveux
; ou ce qui veut dire
la même chofe , en augmentant
d'abord la fluidité , &
caufant aprés , l'épaififfement
de la maffe des liqueurs
.
112 LE MERCURE
Mais , comment le Vin
a-t-il pu caufer deux effets
auffi contraires : Le voici.
Il y a dans le Vin , dans
l'Eau-de-Vie , & autres liqueurs
enyvrantes ,des particules
extremément fluides ,
1
actives & pénétrantes ; mais,
ces parties extremément fluides
, y font mêlées avec une
huile glutineufe & un ſoufre
, qui ont , comme l'on
voit , une qualité contraire .
Lorſque le Vin eſt arrivé
dans l'eſtomac , les parties
les plus fluides de ce
mixte , fe féparent des parties
huileufes & fulphureufes
; & fe communiquent
promtement au ſang , & au
fuc
DE DECEMBRE 137
fuc nerveux , dont elles
augmentent
la fluidité , & hatent
le cours circulaire . Voilà
la raison de cette joye
que l'on éprouve dans le premier
degré de l'yvreffe.
Laiffons féjourner quelque
tems dans l'eftomac , les'
parties huileufes & fulphureufes
du Vin ; nous reviendrons
à elles , aprés avoir
examiné l'action des parties
fluides & pénétrantes
, qui
s'en font féparées , & qui
circulent dans la malle du
fang & du fuc nerveux.
Les parties les plus fluides
& les plus pénétrantes du
Vin, ne peuvent refter longtems
dans le corps : Non
K
114 LE MERCURE
feulement , elles s'échapent
abondamment par la tranfpiration
; mais en circulant
rapidement avec la maſſe du
fang, elles entraînent & diffipent
par la même voye, celles
du même caractére , qui
êtoient déja dans le fang &
dans le fuc nerveux ; aprés
quoi , il arrive néceffairement
, que la maffe de l'une
& de l'autre liqueur s'êpaiffit
, & que leur circulation
fe ralentit.
Revenons aux parties huileufes
& fulphureufes du
Vin , que nous avons laiffées
quelque tems dans l'eftomach
; elles en fortent enfin
mêlées avec le Chile , &
DE DECEMBRE.
ITS
fe comuniquét à leur tour, au
fang & au fuc nerveux : C'eft
alors,
que
la maffe
de l'une
& de l'autre
liqueur
s'épaiffit
, & fe
coagule
au point
,
qu'elles
ne peuvent
circuler
que
trés
lentement
. Or, c'eſt
la lenteur
de la
circulation
,
caufée
par
l'épaififfement
&
la coagulation
des
liqueurs
,
qui
eft la caufe
& le principe
de tous
les accidents
, du
fecond
& du
troifiéme
degré
de
l'yvreffe
.
Un homme peut donc fe
procurer la mort , foit par
l'excés d'abſtinence, foit par
celui d'intépérance ; & dans
ces deux cas qui paroiffent .
fi contraires , la mort & les
Kij
116 LE MERCURE
n'auront
différens accidens qui l'auront
précédée
qu'une feule & unique cau
fe ; à fçavoir , l'épaififfement
, & la coagulation des
liqueurs , le rallentiffement ,
& la ceffation totale de leur
cours circulaire dans la Machine
.
Il faut porter le même jugement
de toutes les Maladies
variées qui nous affiégent
.
Fiévres , Apoplexies , Paralyfies,
Rhumatifmes, Goutes
, Diffenteries , Afthmes ,
Pulmonies , Humeurs froides
, Epilepfies , & autres
Maladies quelconques , ne
font que des accidens vaDE
DECEMBRE.
17
Off
riés,qui procedent tous d'un
principe comun ; jeveuxdire ,
de l'épaififfemet de nos fucs,
& du ralentiffement de leur
circulation dans laMachine.
Un Reméde univerfel fera
donc celui , qui aura la
vertu de reftituer aufang &
aux autres liqueurs , la flui
dité qui leur eft néceffaire ;
pour fournir leur cours circulaire
, felon les vûës de la
Nature . Or , voila la vertu
que j'attribue à mon Eau :
Elle eft active , fluide & pénétrante
dans toutes fes parties.
Lorfqu'elle eft dans l'eftomac
, elle en perfectionne
les fucs , & les attenûë par
fon activité : Elle paffe enIIS
LE
MERCURE
fuite dans les
tuyaux des liqueurs
; elle y
communique
fa
fluidité , en
attenuant les
parties
coagulées
de leur
maffe : Elle
diffout les obftructions
qui
interceptoient
le paffage des fucs dans leurs.
tuyaux
, s'il y a érofion
dans
les
tuyaux : Elle a une vertu
balzamique qui
répare
cette
érofion . En un mot , .
je
prétend
que mon Eau eft
également
fouveraine
pour
toutes
fortes de
Maladies ;
& je le prétend , fur le fondement
des
expériences que
j'en ai
faittes ;
expériences
multipliées au
point de pe
pouvoir me
laiffer
aucun
doute :
Mais ,
tout ce que
DE DECEMBRE. 119
j'ai éprouvé de la vertu de
mon Reméde, ne prouve que
pour moi ; & le public ne
peut raifonnablement partager
ma confiance , qu'autant
qu'il aura êté témoin luimême
de fon efficacité . Or ,
je déclare qu'il ne tiendra
pas à moi, qu'il n'en ſoit fait
fous les yeux , des épreuves
folennelles
. J'ofe donc prendre
la liberté de dire aux
PRINCES & aux SoUVERAINS
, que rien n'eſt peutêtre
plus digne de leur attention
, que ce que je leur
propofe ; & que je m'engage
à guerir , à mes dépens ,
tous les malades qu'ils voudront
bien me confier : Bien
120 LE MERCURE
entendu , qu'on ne m'en livrera
qu'un feul à la fois , &
qu'on m'en laiffera abfolument
le Maître : Bien entendu
auffi , que ces Malades
ne feront dans aucun des
cas defefperés , pour lefquels
j'ai fait une exception expreffe
dans ce Mémoire . Je
ne ferar autre choſe , que de
leur faire boire de mon Eau ,
& d'en laver leurs playes :
J'en boirai moi - même autant
qu'eux , pour leur ôter
la crainte , qu'on voulût tenter
fur eux une experience
dangéreuſe. Je rendrai témoins
de ma conduite , toutes
les perfonnes intelligentes
qui me témoigneront en
avoir
:
DE DECEMBRE. 121
avoir la curiofité . On me
donnera un Certificat , atteſtant
l'êtat du Malade au
moment qu'il aura êté mis
entre mes mains ; & lorſqu'il
en fortira , on m'en donnera
un autre , qui fera foy du
changement que mon Reméde
aura fait en lui. Je ne
parle affûrément pas ici le
langage d'un Impofteur : On
fent bien que, fi je n'êtois vivement
perfuadé de ce que
j'avance , je ne m'aviſerois
pas de propofer à mes dépens
, une épreuve , dont le
mauvais fuccés ne pouroit
que détromper le Public fur
mon compte.Il ne reſte donc .
plus contre moi , que le
Décembre 1717. L
22 LE MERCURE
foupçon d'extravagance &
de fanatifme : Or , je protefte
que je pardonne fincerement
à ceux , qui fe feront
hâtés de me croire un Vifionnaire
; pourvû que , par
un orgueil mal -entendu , ils
ne refuſent pas de foûmettre
leur jugement aux experiences
que je propoſe.
Au refte, j'avertis que, je
ne vais chés aucun malade ,
& que je n'ai point l'honneur
d'être Médecin . Ceux
qui voudront effayer de mon
Eau , fe pafferont , s'il leur
plaît de moi Elle n'a pas
befoin , pour agir avec efficacité
, que je la fomme de
fon devoir, à la vue du MaDE
DECEMBRE. 123
lade : Elle agit à cent lieuës
de moi , comme fous mes
yeux . Je l'envoye hors du
Royaume ; elle ne fe corrompt
point ; & pourvû
qu'elle foit transferée dans
des bouteilles bien bouchées ,
elle portera toute la vertu au
bout du Monde .
Il eft bon de donner ici un
Mémoire abbregé , fur la maniére
dont il faut ufer de cette
Eau dans tous les cas.Nous commencerons
par les cas les plus
finguliers & les plus graves.
Pour l'Apoplexie. Il faut
chauffer l'Eau d'une chaleur
temperée , & en faire boire
coup fur coup au Malade ;
c'eſt - à - dire de moment à
Lij
124 LE MERCURE
autre , jufqu'à ce qu'il révienne
à fon bon fens : Ce
qui arrivera promptement ,
pourvû qu'on ne tente fur
lui aucun autre Reméde. Au
cas que le Malade foit hors
d'êtat d'avaler la liqueur , &
même, d'ouvrir la bouche ;
il faut la lui ouvrir avec une
cuilliere , lui en verfer doucement
avec un buberon , &
continuer de même, juſqu'à
ce qu'il foit en êtat d'en boire
en plus grande quantité ;
c'eft - à - dire 4 ou 5 bouteilles
, durant les deux ou trois
premiers jours , s'il eft poffible
; parce que la quantité
ne fauroit nuire.
Il eſt bon
d'obſerver que ,
DE DECEMBRE. 125
quoique le Malade faffe des
évacuations
fenfibles
en
prenant ce Reméde , il ne
doit pas pour cela diſcontinuer
d'en boire : Il faut prévenir
les impreffions
, que
cette Maladie fait d'ordinaire
dans le cerveau : Un
ufage continu de cette Eau
les empêchera
, auſſi bien
que tous les accidents de Paralyfie,
Ainfi , aprés avoir
fauvé les prémiers perils de
Apoplexie, par le moyen de
cette Eau , il faut continuer
en boire une bouteille
ou
deux , chaque jour , juſqu'à
parfaite guérifon
Les perfonnes qui font menacées
d'Apoplexie
, & qui
Liij
126 LE MERCURE
en éprouvent les fignes
avant- coureurs , comme , é
tourdiffemens , douleurs de tête
, laffitudes aux jambes , fe
garentiront de tous accidens
; en buvant de cette
Eau , une bouteille ou deux
par jour , jufqu'à parfaite .
guérifon.
Les perfonnes attaquées
de la Pefte , de la Fiévre maligne
, de la Pleuréfie , de la
Paralyfie fubite , uferont de
cette Eau , comme il a êté
expliqué pour l'Apoplexie.
Cette Eau guérit la Go
re ; pourvû qu'elle ne foit
pas podagre , & qu'elle n'ait
point formé de Nodus dans
les jointures des membres :
DE DECEMBRE. 127
car en ce cas , elle ne feroit
que foulager ; à moins qu'on
ne continuât d'en boire trés
long-tems . Mais , fi la Goute
n'eſt pas invetérée , elle
guérira en peu de jours : Il ne
faut pas omettre d'avertir ,
que la Goute remontée le guérit
en vingt - quatre heures ;
pourvû qu'on boive de mon
Eau abondament
& avec
continuité
. les Rhumatismes
& les Sciariques cédent à l'efficacité
de mon Eau, comme
la Goute.
On s'en fervira de même
pour la Démence, de quelqu'-
accidentqu'elle procéde, foit
Maladie,foit Chagrin, ſoit Accouchement.
Si le mal êtoit in-
L iiij
128 LE MERCURE
véteré , il en faudroit boire
durant quelque tems , environ
deux
Bouteilles par
jour.
On guérira auffi l'Hydropifie
, foit de poitrine , foit
de
quelqu'autre partie du
corps ; en buvant par jour ,
environ deux bouteilles de
cette Eau , juſqu'à parfaite
guérifon . Il en fera de même
des Exflures , qui auront
percé par quelqu'accident r
mais en ce cas , il faut faire
chauffer de cette Eau , en
baffiner la playe , & y mettre
des compreffes 4 fois en
heures . On ne
manquera
donc aucune Hydropifie ,
excepté celle qui fera caufée
24
DE DECEMBRE. 129
;
par un Squire pourvû encore
, que le foye ne ſoit point
ulceré car en ce cas , je ne
promets au Malade que du
foulagement, & non pas une
parfaite guérifon .
9
Pour l'Epilepfie , cette Eau
eft fouveraine. Il en faut boire
deux pintes ou plus par
jour , jufqu'à parfaite guérifon
: Pour les Enfans , on
leur en fera boire plus ou
moins , à proportion de leur
âge ; mais , il feroit bon que
tous les Epileptiques , fans diftinction
d'âge , en fiffent
leur boiffon ordinaire . Elle
guérira auffi les perfonnes
detout âge , attaquées de la
petite verole ; & les préferve130
LE MERCURE
.
ra de tous les accidens que
cette maladie traîne fouvent
à fa fuite : Il faut que le Malade
faffe de mon Eau , fa
boiffon ordinaire , juſqu'à
parfaite guérifon.
Toutes Coliques nefretiques
feront foulagées
ou autres ,
en deux ou trois heures de
tems , & entiérement gueries
en peu de jours ; à moins
que la Colique ne fut cauſée
par la Pierre.
Toutes les Diffenteries ou
Cours de ventre, guériront de
même : Si le Malade fouffre
des douleurs dans le ventre ,
il ne faut pas oublier de faire
tiédir l'Eau .
Les Pertes defang de filles,
DE DECEMBRE I31
ou de femmes , de quelque
caufe qu'elles puiffent venir;
la ceffation des Regles , dans
une âge où elles ne doivent
pas ceffer ; les fleurs blanches ,
de quelque caufe qu'elles
proviennent; la jauniffe, non
feulement des femmes, mais
des hommes ; les Fiévres , de
quelque nature qu'elles foyent;
les maux de Téte , Vapeurs
, ou Etourdiffemens ; les
Indigeftions, & Douleurs d'eftofoit
avant , foit aprés
le repas ; toutes les Maladies
veneriennes , de quelque nature
qu'elles foyent , guériront
par l'ufage de mon Eau.
Il en faudra ufer , comme il
a êté expliqué , & en contimac
132
LE MERCURE
nuer l'ufage plus ou moins
long- tems , fuivant le degré
ou la durée de la Maladie .
Cette Eau eft immanquable
pour la Surdité :
la Surdité : Il faut
pour cela la faire chauffer ,
en baffiner l'oreille dedans
& déhors , & mettre dans
l'oreille affligée , du coton
ou du linge trempé dans cette
Eau: Il faut en même tems,
que le Malade en boive une
bouteille ou plus par jour ,
& il guérira en affés peu de
tems , fi la violence de quelqu'autre
Reméde n'a point
offenfé ou brulé l'organe.
Elle eft un Reméde fouverain
pour les Ulceres , les
Chanchres , les Fiftules & HéDE
DECEMBRE. 133
morhoides : Elle guérira même
la Gangreine. Il faut non
feulement boire de mon
Eau , comme il a êté dit, pour
remédier à la caufe interne
de ces differens maux exterieurs
; mais il faut encore
en laver les parties offenſées ,
& les couvrir d'une compreffe
trempée , comme il à
déja êté expliqué.
Les Contufions , Meurtrifûres
& Brulûres , qui ne fuppofent
point une cauſe interne
, feront guéries , en lavant
feulement, & couvrant
d'une compreffe imbibée, la
partie malade.
Je voudrois pouvoir prévenir
par un détail plus êten134
LE MERCURE
du , toutes les queſtions que
les uns & les autres feront
tentés de me faire, aprés l'éclairciffement
général que
je donne ici ; mais ce Mémoire
n'eft déja que trop
long ; & d'ailleurs , les perfonnes
qui auront quelques
doutes , ou incertitudes àme
propofer , peuvent s'adreffer ·
directement à moi , j'aurai
l'honneur de les fatisfaire.Si
ces perfonnes ne demeurent
pas à Paris , elles
pouront
m'êcrire , en affranchiffant
leurs Lettres ; je répondrai
avec exactitude : Il faudra
adreffer les Lettres ..
A Monfieur de Villars ruë
Poiffonniere , quartier de NôtreDE
DECEMBRE. 135
Dame de Bonnes - Nouvelles.
A Paris.
éloge dans quelques
Mercures , la vertu des Eaux
de M. de Villars contre toute
forte de Maladies: Comme nous
n'en avonsppaarrlléé qquuee fort légerement
, c'est avec plaifir que
nous communiquons au Public
un Mémoire Phifique , raifonné
détaillé fur leurs qualités.
Nous le faifons d'autant plus
volontiers , que M. de Villars
nous l'a prefenté de trop
grace , & qu'il y exprime
d'une maniere trop fenfee , pour
qu'on foit tenté de le foupçonner
d'aucun Charlatanifm ?.
bonne
Hij
94 LE MERCURE
MEMOIRE
DU SIEUR DE VILLARS
Concernant une EAU de fa
compofition , qu'il qualifie
REME'DE UNIVERSEL.
J
A v fait annoncer dans
les Journaux de France ,
de Hollande , de Trévoux ,
& dans la clef du Cabinet
des Princes , une Eau falutaire
, que j'ai qualifiée Reméde
univerfel ; fur la foy
des expériences multipliées
que j'en ai faites , fur toutes
efpéces de Maladies indiftinctement
.
Elle eft claire , tranfpaDE
DECEMBRE.
95
Ires
ARS
SELE
Fice,
OUN
rente , légere , ſans dégoût ,
fans faveur qui puiffe accufer
la moindre compofition
,
& la faire diftinguer de
l'Eau de Fontaine, la plus pure
& la meilleure.
Toutes les maladies tant
externes qu'internes , de
quelque caufe qu'elles procédent
, cédent à l'efficacité
de cette Eau : On en boit
pour les unes & pour les autres
; & outre cela , on en
lave les Playes , les Meurtriffûres
, les Brulûres , les
Dartres , les Tumeurs , les
Loupes , & généralement ,
toutes les excrefcences & inflammations
, dans quelque
partie du corps qu'elles
96 LEMERCURE
fe trouvent & quelque
corruption qu'il y ait , foit
Gangrenne , foit Cancer ,
foit Ecroüelle , foit Vérole
, fut- ce la Pefte même :
Elle en arrête le progrés ,
& diffout infenfiblement
tous les venins qui les caufent
, ou qui les nouriffent :
Il n'y faut point d'autre façon
que d'en boire , & d'en
baffiner les parties offenfées,
en renouvellant les compreffes
, 3 ou 4 fois par jour.
Dans les Maladies aiguës ,il .
en faut boire fans difcōtinuation,
& ne point craindre que
l'excés en foit préjudiciable.
Pour les Maladies , dont
les fuites ne font , ni ſi précipitées
DE DECEMBRE. 97
cipitées ny fi dangéreuſes, il
fuffit d'en boire à trois tems
par jour ; le matin en fe levant
, aprés dîné , & avant
de fe coucher , environ chopine
à chaque fois .
On
peut la boire froide ;
il eft pourtant mieux de la
faire un peu tiédir,fur tout ,
lorfqu'on s'en fert , comme
Topique. La feignée , les
purgations, & les autres préparatifs
, qui font ordinairement
cortège aux fpécifiques
les plus accrédites de la
Medecine ordinaire , nonfeulement
font inutiles à
mon remede , mais ils y font
préjudiciables : J'ai remarqué
, que quand ce cérémo-
Décembre 1717. I
58 LE MERCURE
nial avoit précedé , la guerifon
n'en étoit que plus lente
& plus difficile.
Il fuffit d'un régime réglé
par la raifon , & non ,
par le fcrupule : On peut
boire & manger , comme à
fon ordinaire , fans fe gêner.
Il n'y a aucun fruit à tirer
de ces attentions fuperftitieufes
, fur le choix des alimens
, de ces retranchemens
fur leur quantité , de ces réformes
en un mot , qui ont
donné lieu au proverbe :
Vivere médicé , vivere miferé ,
S'il eft effentiel de boire
de mon Eau , dés le commencement
de la Maladie ;
il ne l'eſt pas moins de´n'en
DE DECEMBRE. 99
pas difcontinuer l'ufage ,
tant qu'on peut préfumer
que le levain du mal féjourne
encore dans le corps . 11
y a des gens qui fe croyent
parfaittement gueris , dés.
qu'on les a foulagés : Ils ne
reffentent plus de douleur ,
cela leur fuffit : Ils interrompent
le remede ; & de là ,
il arrive , je ne dis pas
toûjours,
mais, quelquefois, que
le Malade retombe . Alors, il
faut recommencer fur nouveaux
frais ; & l'on multiplie
une dépense qu'on fe
feroit épargnée , fi l'on eut
paffé d'abord par tous les
degrés de convalefcence.
J'ai fouvent éprouvé que les
I ij
335100
100 LE MERCURE
1
Malades refufoient à mon
Eau , l'honneur des guerifons
les plus inefperées. Ces
Malades accutumés aux remüements
violents des remédes
ordinaires ; aiment
mieux attribuer leur guerifon
à la feule nature , qu'à
une liqueur dont l'opération
eft pour l'ordinaire infenfible
, & qui ne produit
aucun de ces effets violents
& douloureux , auxquels
leur imagination eſt accoutumée
d'attacher la guerifon
.
Lorfque les Malades feront
dans le cas d'une Nature
affaiſée fous les ans , accablée
du poids des autres
੧ .
DE DECEMBRE. ION
ge
remédes , ruinée par des débauches
d'habitude, & prefque
éteinte , ou par l'invetération
du mal , ou par l'alteration
des Parties nobles ;
ils feront foulagés par l'uſade
mon Eau : Elle émouf
fera les douleurs dont elle
ne poura enlever la cauſe.
Voilà à quoi je borne la vertu
de mon reméde , dans ces
cas , pour ainfi dire , défefperés:
Quoique , j'en aye éprouvé
quelquefois dans ces
cas mêmes , des guerifons
prefque furnaturelles .
L'étalage de tant de miracles
, n'eſt affûrément pas
un moyen fort fûr de me faire
des Profélites ; c'eft en-
I iij.
102 LE MERCURE
tendre mal mes interrêts ,
que d'annoncer mon Eau ,
d'une maniére fi peu mefurée
à la croyance commune .
J'aurois dû reſtraindre fes
proprietez , à la guérifon de
certaines Maladies privilegiées
, & quin'attaquent ordinairement
que les Grands
& les Riches : La vente m'au
roit rendu davantage fous
cette couleur ; & par ces titres
, je fçay tout cela : Mais
je haïs tout artifice , & je
rend compte de la verité ,
fans m'embaraffer, s'il m'auroit
êté plus utile de la déguifer
.
Je crois qu'il eft à propos
d'éxaminer ici , s'il y a
DE DECEMBRE. 103
de l'abfurdité à croire, qu'un
feul & unique reméde puiffe
guerir indiftinctement
toutes fortes de Maladies.
On croit communément que
nos Maladies , qui fe produifent
par des fignes variés
& fouvent contraires ; . qui
nous caufent des douleurs
de differentes efpéces ; qui
attaquent differentes parties
denôtre Machine ; on croit ,
dis-je , que chacune de ces
Maladies a fa cauſe & fon
principe particulier : D'où
l'on conclut , que la Médecine
a raifon d'employer des
remédes de differens genres ,
dont chacun ait pour objet ,
fon opération particuliere.
I iiij
104
LE MERCURE
Ce
raifonnement paroît
invincible , à quiconque n'a
jamais foupçonné , que toutes
nos maladies ou infirmiquelques
differentes tés
qu'elles nous paroiffent,foyent
une feule & même maladie
, enviſagées dans leur
principe .
Mais , j'efpere de prouver
avec évidence , qu'il n'y
a qu'une feule & unique
caufe , principe commun de
toutes nos differentes maladies
: Aprés quoi , l'on concevra
, que fi j'ai trouvé un
Reméde, qui agiffe efficacement
fur cette caufe com
mune , ce Reméde doit être
univerfel. Je m'expliquerai
DE DECEMBRE.
IOS
le plus fuccinctement & le
plus clairement qu'il me fera
poffible.
La ftructure du Corps humain
eſt un tiffu de canaux
de differentes grandeurs ,
qui font remplis de fang &
d'autres liqueurs qui y circulent
avec continuité .
De toutes les liqueurs qui
parcourent la Machine humaine
, nous diſtinguerons
le fang qui coule dans les
Arteres & dans les Veines ;
& le Suc nerveux c'eſt-àdire
, la liqueur qui coule
dans les tuyaux des Nerfs.
Nous ne dirons rien en particulier,
de la Lymphe , de
la falive , de la Bile & au105
LE MERCURE
tres fucs , qui font , pour
ainfi dire , des excrémens
du fang ; excrément qu'il
dépofe dans des glandes , où
ils récoivent une filtration ;
aprés laquelle , ils circulent
eux mêmes dans les canaux
qui leur font deſtinés .
Tous les mouvemens du
Corps humain , ſa ſanté , fa .
vie , dépendent du mouvement
circulaire du ſang , &
de celui des autres liqueurs.
Le cours du fang eft le mobile
de celui des autres liqueurs.
A mefure que le fang &
les autres liqueurs circulent,
une certaine portion de leur
maffe fe diffipe par la tranfDE
DECEMBRE. 107
I
25
piration ; & cette perte ,
comme celle qui s'eft faite
par les déjections fenfibles ,
fe répare proportionellement
par les fucs alimentaires.
-
Si un homme , joüiffant
d'une fanté parfaite , s'avifoit
de s'interdire tous alimens
, durant deux jours ou
plus ; fon Corps tomberoit
dans la langueur , à mefure
que le befoin de réparer
la perte de la tranſpiration
& de l'évacuation fenfible
, croîtroit. Le cours des
liqueurs eft alors extrémément
rallenti ; la maffe du
fang s'épaiffit à melure
qu'elle a perdu par la tranf
>
f
108 LE MERCURE
piration , fes parties les plus
fluides , qui n'ont point êté
remplacées par les alimens ;
le fuc nerveux s'eſt épaiffi
de même ; en forte que n'ayant
plus cette fluidité , qui
donne l'action aux Nerfs J
la Machine tombe à la fin ,
dans une impuifface prefque
rotale d'agir fi l'on tarde
à fécourir nôtre homme >
dans l'êtat où nous le fuppofons
: Bientôt le cours des
fiqueurs ceffera entierement ;
& ce qui veut dire la même
chofe , bientôt nôtre
homme mourra .
La fanté de l'homme que
nous venons de propofer
pour exemple , confiftoit
DE DECEMBRE. 100
dans la circulation parfaite
de fes liqueurs.
Sa
Maladie avoit pour
caufe , le rallentiſſement
de
cette circulation
.
Sa mort enfin , ne fera
caufée que par la ceffation
totale du cours de ces mêmes
liqueurs.
Nous avons donné pour
caufe du rallentiffement du
cours circulaire des liqueurs,
l'épaififfement & la coagulation
de leur maffe.
lon-
L'épaifiſſement & la coagulation
des liqueurs , peut
donc venir d'une trop
gue abftinence comme
dans l'exemple propofé
Mais , elle peut venir auſſi
›
:
110 LE MERCURE
d'une exceffive
intemperance
: C'est ce que nous allons
prouver par un nouvel
exemple .
Un homme joüiffant d'une
fanté parfaite , fe rend ſubitement
& volontairement
malade , en buvant des liqueurs
enyvrantes. Examinons
avec attention , ce qui ·
lui arrive dans les différents
degrés de l'yvreffe.
Dans le premier degré ,
il éprouve un fentiment joyeux
; il penſe avec liberté
& s'exprime avec grace :
Dans le fecond degré , fa
joye fe rallentit ; il penfe
confufément & s'exprime
difficillement : Dans le troiDE
DECEMBRE. III
a
fiéme enfin , il balbutie , au
point qu'on peut à peine
l'entendre . Il à la tête fi peſante,
qu'il ne peut la foûtenir
: Effaye - t - il de fe tenir
deboût , le voilà qui tombe
par terre , & qui y demeure
plongé dans un fommeil
apoplectique ?
Le Vin a produit fucceffivément
tous ces effets ; en
augmentant d'abord , & rallentiffant
enfuite , la circulation
du fang & du fuc nerveux
; ou ce qui veut dire
la même chofe , en augmentant
d'abord la fluidité , &
caufant aprés , l'épaififfement
de la maffe des liqueurs
.
112 LE MERCURE
Mais , comment le Vin
a-t-il pu caufer deux effets
auffi contraires : Le voici.
Il y a dans le Vin , dans
l'Eau-de-Vie , & autres liqueurs
enyvrantes ,des particules
extremément fluides ,
1
actives & pénétrantes ; mais,
ces parties extremément fluides
, y font mêlées avec une
huile glutineufe & un ſoufre
, qui ont , comme l'on
voit , une qualité contraire .
Lorſque le Vin eſt arrivé
dans l'eſtomac , les parties
les plus fluides de ce
mixte , fe féparent des parties
huileufes & fulphureufes
; & fe communiquent
promtement au ſang , & au
fuc
DE DECEMBRE 137
fuc nerveux , dont elles
augmentent
la fluidité , & hatent
le cours circulaire . Voilà
la raison de cette joye
que l'on éprouve dans le premier
degré de l'yvreffe.
Laiffons féjourner quelque
tems dans l'eftomac , les'
parties huileufes & fulphureufes
du Vin ; nous reviendrons
à elles , aprés avoir
examiné l'action des parties
fluides & pénétrantes
, qui
s'en font féparées , & qui
circulent dans la malle du
fang & du fuc nerveux.
Les parties les plus fluides
& les plus pénétrantes du
Vin, ne peuvent refter longtems
dans le corps : Non
K
114 LE MERCURE
feulement , elles s'échapent
abondamment par la tranfpiration
; mais en circulant
rapidement avec la maſſe du
fang, elles entraînent & diffipent
par la même voye, celles
du même caractére , qui
êtoient déja dans le fang &
dans le fuc nerveux ; aprés
quoi , il arrive néceffairement
, que la maffe de l'une
& de l'autre liqueur s'êpaiffit
, & que leur circulation
fe ralentit.
Revenons aux parties huileufes
& fulphureufes du
Vin , que nous avons laiffées
quelque tems dans l'eftomach
; elles en fortent enfin
mêlées avec le Chile , &
DE DECEMBRE.
ITS
fe comuniquét à leur tour, au
fang & au fuc nerveux : C'eft
alors,
que
la maffe
de l'une
& de l'autre
liqueur
s'épaiffit
, & fe
coagule
au point
,
qu'elles
ne peuvent
circuler
que
trés
lentement
. Or, c'eſt
la lenteur
de la
circulation
,
caufée
par
l'épaififfement
&
la coagulation
des
liqueurs
,
qui
eft la caufe
& le principe
de tous
les accidents
, du
fecond
& du
troifiéme
degré
de
l'yvreffe
.
Un homme peut donc fe
procurer la mort , foit par
l'excés d'abſtinence, foit par
celui d'intépérance ; & dans
ces deux cas qui paroiffent .
fi contraires , la mort & les
Kij
116 LE MERCURE
n'auront
différens accidens qui l'auront
précédée
qu'une feule & unique cau
fe ; à fçavoir , l'épaififfement
, & la coagulation des
liqueurs , le rallentiffement ,
& la ceffation totale de leur
cours circulaire dans la Machine
.
Il faut porter le même jugement
de toutes les Maladies
variées qui nous affiégent
.
Fiévres , Apoplexies , Paralyfies,
Rhumatifmes, Goutes
, Diffenteries , Afthmes ,
Pulmonies , Humeurs froides
, Epilepfies , & autres
Maladies quelconques , ne
font que des accidens vaDE
DECEMBRE.
17
Off
riés,qui procedent tous d'un
principe comun ; jeveuxdire ,
de l'épaififfemet de nos fucs,
& du ralentiffement de leur
circulation dans laMachine.
Un Reméde univerfel fera
donc celui , qui aura la
vertu de reftituer aufang &
aux autres liqueurs , la flui
dité qui leur eft néceffaire ;
pour fournir leur cours circulaire
, felon les vûës de la
Nature . Or , voila la vertu
que j'attribue à mon Eau :
Elle eft active , fluide & pénétrante
dans toutes fes parties.
Lorfqu'elle eft dans l'eftomac
, elle en perfectionne
les fucs , & les attenûë par
fon activité : Elle paffe enIIS
LE
MERCURE
fuite dans les
tuyaux des liqueurs
; elle y
communique
fa
fluidité , en
attenuant les
parties
coagulées
de leur
maffe : Elle
diffout les obftructions
qui
interceptoient
le paffage des fucs dans leurs.
tuyaux
, s'il y a érofion
dans
les
tuyaux : Elle a une vertu
balzamique qui
répare
cette
érofion . En un mot , .
je
prétend
que mon Eau eft
également
fouveraine
pour
toutes
fortes de
Maladies ;
& je le prétend , fur le fondement
des
expériences que
j'en ai
faittes ;
expériences
multipliées au
point de pe
pouvoir me
laiffer
aucun
doute :
Mais ,
tout ce que
DE DECEMBRE. 119
j'ai éprouvé de la vertu de
mon Reméde, ne prouve que
pour moi ; & le public ne
peut raifonnablement partager
ma confiance , qu'autant
qu'il aura êté témoin luimême
de fon efficacité . Or ,
je déclare qu'il ne tiendra
pas à moi, qu'il n'en ſoit fait
fous les yeux , des épreuves
folennelles
. J'ofe donc prendre
la liberté de dire aux
PRINCES & aux SoUVERAINS
, que rien n'eſt peutêtre
plus digne de leur attention
, que ce que je leur
propofe ; & que je m'engage
à guerir , à mes dépens ,
tous les malades qu'ils voudront
bien me confier : Bien
120 LE MERCURE
entendu , qu'on ne m'en livrera
qu'un feul à la fois , &
qu'on m'en laiffera abfolument
le Maître : Bien entendu
auffi , que ces Malades
ne feront dans aucun des
cas defefperés , pour lefquels
j'ai fait une exception expreffe
dans ce Mémoire . Je
ne ferar autre choſe , que de
leur faire boire de mon Eau ,
& d'en laver leurs playes :
J'en boirai moi - même autant
qu'eux , pour leur ôter
la crainte , qu'on voulût tenter
fur eux une experience
dangéreuſe. Je rendrai témoins
de ma conduite , toutes
les perfonnes intelligentes
qui me témoigneront en
avoir
:
DE DECEMBRE. 121
avoir la curiofité . On me
donnera un Certificat , atteſtant
l'êtat du Malade au
moment qu'il aura êté mis
entre mes mains ; & lorſqu'il
en fortira , on m'en donnera
un autre , qui fera foy du
changement que mon Reméde
aura fait en lui. Je ne
parle affûrément pas ici le
langage d'un Impofteur : On
fent bien que, fi je n'êtois vivement
perfuadé de ce que
j'avance , je ne m'aviſerois
pas de propofer à mes dépens
, une épreuve , dont le
mauvais fuccés ne pouroit
que détromper le Public fur
mon compte.Il ne reſte donc .
plus contre moi , que le
Décembre 1717. L
22 LE MERCURE
foupçon d'extravagance &
de fanatifme : Or , je protefte
que je pardonne fincerement
à ceux , qui fe feront
hâtés de me croire un Vifionnaire
; pourvû que , par
un orgueil mal -entendu , ils
ne refuſent pas de foûmettre
leur jugement aux experiences
que je propoſe.
Au refte, j'avertis que, je
ne vais chés aucun malade ,
& que je n'ai point l'honneur
d'être Médecin . Ceux
qui voudront effayer de mon
Eau , fe pafferont , s'il leur
plaît de moi Elle n'a pas
befoin , pour agir avec efficacité
, que je la fomme de
fon devoir, à la vue du MaDE
DECEMBRE. 123
lade : Elle agit à cent lieuës
de moi , comme fous mes
yeux . Je l'envoye hors du
Royaume ; elle ne fe corrompt
point ; & pourvû
qu'elle foit transferée dans
des bouteilles bien bouchées ,
elle portera toute la vertu au
bout du Monde .
Il eft bon de donner ici un
Mémoire abbregé , fur la maniére
dont il faut ufer de cette
Eau dans tous les cas.Nous commencerons
par les cas les plus
finguliers & les plus graves.
Pour l'Apoplexie. Il faut
chauffer l'Eau d'une chaleur
temperée , & en faire boire
coup fur coup au Malade ;
c'eſt - à - dire de moment à
Lij
124 LE MERCURE
autre , jufqu'à ce qu'il révienne
à fon bon fens : Ce
qui arrivera promptement ,
pourvû qu'on ne tente fur
lui aucun autre Reméde. Au
cas que le Malade foit hors
d'êtat d'avaler la liqueur , &
même, d'ouvrir la bouche ;
il faut la lui ouvrir avec une
cuilliere , lui en verfer doucement
avec un buberon , &
continuer de même, juſqu'à
ce qu'il foit en êtat d'en boire
en plus grande quantité ;
c'eft - à - dire 4 ou 5 bouteilles
, durant les deux ou trois
premiers jours , s'il eft poffible
; parce que la quantité
ne fauroit nuire.
Il eſt bon
d'obſerver que ,
DE DECEMBRE. 125
quoique le Malade faffe des
évacuations
fenfibles
en
prenant ce Reméde , il ne
doit pas pour cela diſcontinuer
d'en boire : Il faut prévenir
les impreffions
, que
cette Maladie fait d'ordinaire
dans le cerveau : Un
ufage continu de cette Eau
les empêchera
, auſſi bien
que tous les accidents de Paralyfie,
Ainfi , aprés avoir
fauvé les prémiers perils de
Apoplexie, par le moyen de
cette Eau , il faut continuer
en boire une bouteille
ou
deux , chaque jour , juſqu'à
parfaite guérifon
Les perfonnes qui font menacées
d'Apoplexie
, & qui
Liij
126 LE MERCURE
en éprouvent les fignes
avant- coureurs , comme , é
tourdiffemens , douleurs de tête
, laffitudes aux jambes , fe
garentiront de tous accidens
; en buvant de cette
Eau , une bouteille ou deux
par jour , jufqu'à parfaite .
guérifon.
Les perfonnes attaquées
de la Pefte , de la Fiévre maligne
, de la Pleuréfie , de la
Paralyfie fubite , uferont de
cette Eau , comme il a êté
expliqué pour l'Apoplexie.
Cette Eau guérit la Go
re ; pourvû qu'elle ne foit
pas podagre , & qu'elle n'ait
point formé de Nodus dans
les jointures des membres :
DE DECEMBRE. 127
car en ce cas , elle ne feroit
que foulager ; à moins qu'on
ne continuât d'en boire trés
long-tems . Mais , fi la Goute
n'eſt pas invetérée , elle
guérira en peu de jours : Il ne
faut pas omettre d'avertir ,
que la Goute remontée le guérit
en vingt - quatre heures ;
pourvû qu'on boive de mon
Eau abondament
& avec
continuité
. les Rhumatismes
& les Sciariques cédent à l'efficacité
de mon Eau, comme
la Goute.
On s'en fervira de même
pour la Démence, de quelqu'-
accidentqu'elle procéde, foit
Maladie,foit Chagrin, ſoit Accouchement.
Si le mal êtoit in-
L iiij
128 LE MERCURE
véteré , il en faudroit boire
durant quelque tems , environ
deux
Bouteilles par
jour.
On guérira auffi l'Hydropifie
, foit de poitrine , foit
de
quelqu'autre partie du
corps ; en buvant par jour ,
environ deux bouteilles de
cette Eau , juſqu'à parfaite
guérifon . Il en fera de même
des Exflures , qui auront
percé par quelqu'accident r
mais en ce cas , il faut faire
chauffer de cette Eau , en
baffiner la playe , & y mettre
des compreffes 4 fois en
heures . On ne
manquera
donc aucune Hydropifie ,
excepté celle qui fera caufée
24
DE DECEMBRE. 129
;
par un Squire pourvû encore
, que le foye ne ſoit point
ulceré car en ce cas , je ne
promets au Malade que du
foulagement, & non pas une
parfaite guérifon .
9
Pour l'Epilepfie , cette Eau
eft fouveraine. Il en faut boire
deux pintes ou plus par
jour , jufqu'à parfaite guérifon
: Pour les Enfans , on
leur en fera boire plus ou
moins , à proportion de leur
âge ; mais , il feroit bon que
tous les Epileptiques , fans diftinction
d'âge , en fiffent
leur boiffon ordinaire . Elle
guérira auffi les perfonnes
detout âge , attaquées de la
petite verole ; & les préferve130
LE MERCURE
.
ra de tous les accidens que
cette maladie traîne fouvent
à fa fuite : Il faut que le Malade
faffe de mon Eau , fa
boiffon ordinaire , juſqu'à
parfaite guérifon.
Toutes Coliques nefretiques
feront foulagées
ou autres ,
en deux ou trois heures de
tems , & entiérement gueries
en peu de jours ; à moins
que la Colique ne fut cauſée
par la Pierre.
Toutes les Diffenteries ou
Cours de ventre, guériront de
même : Si le Malade fouffre
des douleurs dans le ventre ,
il ne faut pas oublier de faire
tiédir l'Eau .
Les Pertes defang de filles,
DE DECEMBRE I31
ou de femmes , de quelque
caufe qu'elles puiffent venir;
la ceffation des Regles , dans
une âge où elles ne doivent
pas ceffer ; les fleurs blanches ,
de quelque caufe qu'elles
proviennent; la jauniffe, non
feulement des femmes, mais
des hommes ; les Fiévres , de
quelque nature qu'elles foyent;
les maux de Téte , Vapeurs
, ou Etourdiffemens ; les
Indigeftions, & Douleurs d'eftofoit
avant , foit aprés
le repas ; toutes les Maladies
veneriennes , de quelque nature
qu'elles foyent , guériront
par l'ufage de mon Eau.
Il en faudra ufer , comme il
a êté expliqué , & en contimac
132
LE MERCURE
nuer l'ufage plus ou moins
long- tems , fuivant le degré
ou la durée de la Maladie .
Cette Eau eft immanquable
pour la Surdité :
la Surdité : Il faut
pour cela la faire chauffer ,
en baffiner l'oreille dedans
& déhors , & mettre dans
l'oreille affligée , du coton
ou du linge trempé dans cette
Eau: Il faut en même tems,
que le Malade en boive une
bouteille ou plus par jour ,
& il guérira en affés peu de
tems , fi la violence de quelqu'autre
Reméde n'a point
offenfé ou brulé l'organe.
Elle eft un Reméde fouverain
pour les Ulceres , les
Chanchres , les Fiftules & HéDE
DECEMBRE. 133
morhoides : Elle guérira même
la Gangreine. Il faut non
feulement boire de mon
Eau , comme il a êté dit, pour
remédier à la caufe interne
de ces differens maux exterieurs
; mais il faut encore
en laver les parties offenſées ,
& les couvrir d'une compreffe
trempée , comme il à
déja êté expliqué.
Les Contufions , Meurtrifûres
& Brulûres , qui ne fuppofent
point une cauſe interne
, feront guéries , en lavant
feulement, & couvrant
d'une compreffe imbibée, la
partie malade.
Je voudrois pouvoir prévenir
par un détail plus êten134
LE MERCURE
du , toutes les queſtions que
les uns & les autres feront
tentés de me faire, aprés l'éclairciffement
général que
je donne ici ; mais ce Mémoire
n'eft déja que trop
long ; & d'ailleurs , les perfonnes
qui auront quelques
doutes , ou incertitudes àme
propofer , peuvent s'adreffer ·
directement à moi , j'aurai
l'honneur de les fatisfaire.Si
ces perfonnes ne demeurent
pas à Paris , elles
pouront
m'êcrire , en affranchiffant
leurs Lettres ; je répondrai
avec exactitude : Il faudra
adreffer les Lettres ..
A Monfieur de Villars ruë
Poiffonniere , quartier de NôtreDE
DECEMBRE. 135
Dame de Bonnes - Nouvelles.
A Paris.
Fermer
1173
p. 135-142
LETTRE D'UNE DAME, SUR LA PERFIDIE DE SON MARY, A. L'A. D. M.
Début :
Lorsqu'on a entendu le récit de quelque chose de surprenant & de / Il y a quelques années que je me trouvai logée dans une même Maison, [...]
Mots clefs :
Maison, Gentilhomme, Civilité, Déclaration, Inégalité, Richesse, Mariage, Certificat, Tendresse, Relation épistolaire, Accouchement, Passion, Fortune, Larmes, Trahison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE D'UNE DAME, SUR LA PERFIDIE DE SON MARY, A. L'A. D. M.
Lorsqu'on a entendu le récit de quel
que chofe de furprenant & de merveilleux
, on dit prefque toujours : Que
cela eft fort beau ! Du moins , s'il est
vrai. Mais , je fouhaiterois de tout mon
coeur , que la Rélation que je vais donner
, ſe trouvât fauffe ; quoiqu'elle fait
accompagnée d'une fi grande fimplicité,
& qu'ily ait des traits ſi vifs &fi natu.
rels d'une douleur profonde , qu'elle ne
paroît que trop véritable .
LETTRE
D'UNE DAME ,
SUR LA PERFIDIE DE SON MARY,
A. L'A. D. M.
Ly a quelques années,que je me trou .
vai logée dans une même Maifon ,
avec un jeune Gentil-homme de mérite
. Frapée de fa bonne mine , & plus
135 LE MERCURE
tout en oeuvre >
encore de fes bonnes qualitez , je mis
pour en acquérir
moi-même ; afin de me concilier fon
eftime. La facilité que nous avions de
converfer l'un avec l'autre , nous entraîna
bien- tôt d'une civilité générale,
à une paffion particulière. Il chercha
l'occafion de me déclarer la fienne ;
& moi , qui ne pouvois raiſonablement
prétendre à un homme auffi riche que
Îui , charmée de fa propofition , j'y
répondis en des termes , qui lui faifoient.
connoître , que fa déclaration ne me
déplaifoit pas , fans lui en marquer au
cun excés de joye , ny rien qui ne s'accordât
avec les régles de la bien- féance.
Son pere, quoiqu'homme du monde,
êtoit avare , & en même- tems ambiticux
De forte qu'il n'auroit pas êté
facile de lui perfuader , qu'il pût ſe
trouver quelque autre mérite , dans la
perfonne , ou le caractére d'une femme,
capable de balancer l'inégalité des
richeffes. Cependant , le fils m'entretenoit
toûjours de fon amour , & il ne
perdoit aucune occafion de me témoi
gner fon défintéreffement. Il offrit même
de m'époufer en fecret , & de taire
la chofe , jufqu'à ce qu'il ût obtenu
l'approbation
DE DECEMBRE
137
l'approbation de fon pere , ou qu'il fûc
maître de fon bien. Je l'aimois avec
tendreffe ; & vous pouvez bien croire ,
que je ne lui refufai pas ce que mon
interêt m'obligeoit de lui accorder :
Mais , je n'êtois pas fi neuve , que je
ne priffe avec moi , pour affilter à la
cérémonie de mon Mariage , deux
perfonnes de confiance , du fecret defquelles
j'étois bien füre. Lorfque le
Sacrement nous ût lié , je retirai du
Prêtre, un Certificat figné de ſa main ,
de celle de mon Epoux , & de mes
deux Témoins. Après cela , nous vécumes
plus familiéremene que jamais ,
fous le même toit ; quoique la contrainte
dans laquelle nous vivions en
général , & le foin extréme qu'il fal-
Toit prendre , pour cacher nos entrevûës
, donnaffent à nos démarches , un
air qui fembloit plûtôt venir de la tendreffe
impatiente de jeunes Amans ,
que de la paffion réguliére & ſatisfaite
de perfonnes mariées .
Le pere de mon Epoux , informé
fans doute de nos amours , craignit
dès-lors , que fon fils ne s'engageât avec
moi : De forte qu'il le preffà de fe déclarer
en faveur d'un parti , fur lequel
Décembre 1717. M
138 LE MERCURE
carté >
il avoit jetté les yeux, Pour nous délivrer
l'un & l'autre de cet embaras ,
& prévenir l'éclat de nôtre Mariage ,
qui ne pouvoit guéres fe cacher plus
long- tems , il fut réfolu que j'irois à la
campagne , dans quelque endroit é-
& que nous nous écririons
fous des noms fuppofez. Cela s'exécuta
, & nôtre commerce épiftolaire ne
dura que trop . Quoiqu'il en foit , avec
le fecours de mon aiguille , de mon
clavecin , d'un petit nombre de Livres
choifis ; & plus que tout cela , des
Lettres de mon Epoux que je relifois
à tout moment ; j'y coulai la vie dans
l'attente de voir enfin des jours moins
folitaires. Vous fçaurez d'ailleuts
qu'au bout de quatre mois , après nôtre
féparation , j'accouchai fécretement
d'un enfant , qui ne vécut que peu
d'heures après . Comme on me croyoit
fille dans le canton , où par prudence
je m'êtois exilée, un Gentil- homme du
voifinage , qui eftoit un vrai brutal de
profeffion , s'avifa de m'aimer ; & fa
paffion fut par la fuite , la fource funefte
de tous mes malheurs. Ce Ruftique
eft un de ces Campagnards grol-
Gers , qui croient eftre d'autant plus
DE DECEMBRE .
139
polis , qu'ils négligent toutes les régles
de la polireffe ; & qui ,à l'abry d'un ris
éclatant , d'un ton bruyant , d'un fort
petit génie & d'un grand bien , fe
croient tout permis , fans avoir aucun
égard au tems ou aux lieux . Une Parente
chez qui je demeurois cachée ,
& qui ,fans avoir le fécret de mon Maiiage
, avoit celui de mes couches , s'êtonnoit
, de ce que je faifois paroître
tant de froideur pour ce Gentil- homme
, qui avoit intention de m'époufer ;
puifque , felon elle , la fortune ne me
préfenteroit jamais une occafion plus
favorable , pour réparer ma faute . En
cela , elle avoit raifon de vouloir m'engager
Acette union ; & moi , je n'en
avois pas moins de la refufer conftament.
Comme elle perféveroit opiniatrément
dans ce deffein , quelque priére
& quelque inftance que je lui fiſſe ,
pour qu'elle me délivrât de mon importun
; ma bonne parente croyoit encore
faire merveilles , en l'introduifant
malgré moi , dans mon Appartement ;
perfuadée qu'à la fin , je m'accoutumerois
à fes maniéres . Il fallut donc fouffrir
en dépit de moi , les vifites de cet home.
Un jour , que j'étois affife dans une
Mij
140 LEMERCURE
>
petite fale à manger , toute occupée
de la lecture d'une Lettre de mon
Epoux , dans laquelle je pliois toujours
le Certificat de mon mariage ;
ceRuftre y furvint tout à coup ; & avec
cette familiarité dégoutante , qui eſt
affez ordinaire à de pareils brutaux
il m'arracha brufquement ces papiers
de la main : Je fus d'abord fi confternée
, que me jettant à fes pieds
je le fupliai de me les rendie . Là - deffus
, avec les mêmes airs impertinents
& haïffables , il jura qu'il les liroit ;
plus je redoublois mes inftances plus
fa curiofité augmentoit , jufques à ce
qu'enfin , pénétré d'un dépit qui partoit
fans doute , de la paffion qu'il avoit
pour moi; il jetta les papiers dans le
feu , avec ferment que puifquil ne
devoit pas les lire , celui qui les avoit
écrits , n'auroit pas le bonheur de les
faire fervir au mien. Il eft prefque inutile
de vous avertir , que mes larmes
& mes fanglans reproches obligérent
cet Indigne à fortir de ma Chambre,
couvert de honte & de confufion ; &.
que ce défaftie me caufa des inquiétudes
mortelles . Cependant , j'avois
alors une confiance fi grande en la
,
DE DECEMBRE. 14 .
bonne-foy de mon Epoux , que je lu,
écrivis le mal-heur qui m'étoit arrivé
& que je le priai de me renvoyer un
autre Certificat en bonne forme . Après
m'avoir manqué deux ou trois poftes ,
il me répondit en général , qu'il ne
pouvoit pas m'envoyer alors ce que
je lui demandois ; mais , qu'auffitôt
qu'il pourroit.me le faire tenir en fûseté
, je devois eftre perfuadée qu'il
me donneroit cette fatisfaction. Depuis
cette Epoque , fes Lettres devinrent
plus froides de jour en jour ; & à mefure
que fon indifférence croifloit ,
mes foupçons prenoient de nouvelles
racines. Enfin , c'eft ce qui m'a fair
prendre le parti de me rendre en cette
Ville, où j'ai trouvé que , les deux perfonnes
, qui avoient fervies de Témoins
à nôtre Mariage , êtoient mortes , &
que mon Epoux êtoit veuf d'une jeune
Dame qu'il avoit prife , il n'y a que
trois mois , pour obéir à fon pere. En
un mot , il me fuit & me défavotie.
Si j'allois chez lui , pour le convaincre
de fa perfidie, fon pere ne manqueroit
pas de foûtenir fon fils contre mes
prétentions . Si je divulgois dans le
monde ſa trahison , quelle réparation
Mij
142
LEMERCURE
pourois-je attendre d'une injustice que
je ne fçaurois prouver ? Il s'imagine ,
fans doute , de me réduire par la néceſſité,
à lui céder mes droits pour ure
penfion viagere ; mais , j'en mourrois
plûtôt , que de commettre une telle
lâcheté. Je fuis fa femme : Faites le
fouvenir je vous prie , vous Monfieur ,
qui êtes fon meilleur ami , de fa premiere
tendreffe pour moi , du plaifir
charmant qu'il prenoit , lorfque je venois
à me découvrir par mégarde devant
quelqu'un ; faites le fouvenir de
mon air fot & entrepris , lorfque je
voulois paroître indifférente pour lui
devant la compagnie ; demandez- lui
s'il eft poffible , que moi qui ne pous
vois , quoiqu'il m'en priât , cacher
mon amitié pour lui , je puiffe à préfent
renoncer pour toujours à la fienne .
Ah ! Mr , les coeurs fenfibles ne connoiffent
point d'indifférence dans le
Mariage : Si vous avez quelque compaffion
de l'innocence expofée à l'infamie
, jugez de l'état déplorable où
je me vois réduite. Je fuis &c.
que chofe de furprenant & de merveilleux
, on dit prefque toujours : Que
cela eft fort beau ! Du moins , s'il est
vrai. Mais , je fouhaiterois de tout mon
coeur , que la Rélation que je vais donner
, ſe trouvât fauffe ; quoiqu'elle fait
accompagnée d'une fi grande fimplicité,
& qu'ily ait des traits ſi vifs &fi natu.
rels d'une douleur profonde , qu'elle ne
paroît que trop véritable .
LETTRE
D'UNE DAME ,
SUR LA PERFIDIE DE SON MARY,
A. L'A. D. M.
Ly a quelques années,que je me trou .
vai logée dans une même Maifon ,
avec un jeune Gentil-homme de mérite
. Frapée de fa bonne mine , & plus
135 LE MERCURE
tout en oeuvre >
encore de fes bonnes qualitez , je mis
pour en acquérir
moi-même ; afin de me concilier fon
eftime. La facilité que nous avions de
converfer l'un avec l'autre , nous entraîna
bien- tôt d'une civilité générale,
à une paffion particulière. Il chercha
l'occafion de me déclarer la fienne ;
& moi , qui ne pouvois raiſonablement
prétendre à un homme auffi riche que
Îui , charmée de fa propofition , j'y
répondis en des termes , qui lui faifoient.
connoître , que fa déclaration ne me
déplaifoit pas , fans lui en marquer au
cun excés de joye , ny rien qui ne s'accordât
avec les régles de la bien- féance.
Son pere, quoiqu'homme du monde,
êtoit avare , & en même- tems ambiticux
De forte qu'il n'auroit pas êté
facile de lui perfuader , qu'il pût ſe
trouver quelque autre mérite , dans la
perfonne , ou le caractére d'une femme,
capable de balancer l'inégalité des
richeffes. Cependant , le fils m'entretenoit
toûjours de fon amour , & il ne
perdoit aucune occafion de me témoi
gner fon défintéreffement. Il offrit même
de m'époufer en fecret , & de taire
la chofe , jufqu'à ce qu'il ût obtenu
l'approbation
DE DECEMBRE
137
l'approbation de fon pere , ou qu'il fûc
maître de fon bien. Je l'aimois avec
tendreffe ; & vous pouvez bien croire ,
que je ne lui refufai pas ce que mon
interêt m'obligeoit de lui accorder :
Mais , je n'êtois pas fi neuve , que je
ne priffe avec moi , pour affilter à la
cérémonie de mon Mariage , deux
perfonnes de confiance , du fecret defquelles
j'étois bien füre. Lorfque le
Sacrement nous ût lié , je retirai du
Prêtre, un Certificat figné de ſa main ,
de celle de mon Epoux , & de mes
deux Témoins. Après cela , nous vécumes
plus familiéremene que jamais ,
fous le même toit ; quoique la contrainte
dans laquelle nous vivions en
général , & le foin extréme qu'il fal-
Toit prendre , pour cacher nos entrevûës
, donnaffent à nos démarches , un
air qui fembloit plûtôt venir de la tendreffe
impatiente de jeunes Amans ,
que de la paffion réguliére & ſatisfaite
de perfonnes mariées .
Le pere de mon Epoux , informé
fans doute de nos amours , craignit
dès-lors , que fon fils ne s'engageât avec
moi : De forte qu'il le preffà de fe déclarer
en faveur d'un parti , fur lequel
Décembre 1717. M
138 LE MERCURE
carté >
il avoit jetté les yeux, Pour nous délivrer
l'un & l'autre de cet embaras ,
& prévenir l'éclat de nôtre Mariage ,
qui ne pouvoit guéres fe cacher plus
long- tems , il fut réfolu que j'irois à la
campagne , dans quelque endroit é-
& que nous nous écririons
fous des noms fuppofez. Cela s'exécuta
, & nôtre commerce épiftolaire ne
dura que trop . Quoiqu'il en foit , avec
le fecours de mon aiguille , de mon
clavecin , d'un petit nombre de Livres
choifis ; & plus que tout cela , des
Lettres de mon Epoux que je relifois
à tout moment ; j'y coulai la vie dans
l'attente de voir enfin des jours moins
folitaires. Vous fçaurez d'ailleuts
qu'au bout de quatre mois , après nôtre
féparation , j'accouchai fécretement
d'un enfant , qui ne vécut que peu
d'heures après . Comme on me croyoit
fille dans le canton , où par prudence
je m'êtois exilée, un Gentil- homme du
voifinage , qui eftoit un vrai brutal de
profeffion , s'avifa de m'aimer ; & fa
paffion fut par la fuite , la fource funefte
de tous mes malheurs. Ce Ruftique
eft un de ces Campagnards grol-
Gers , qui croient eftre d'autant plus
DE DECEMBRE .
139
polis , qu'ils négligent toutes les régles
de la polireffe ; & qui ,à l'abry d'un ris
éclatant , d'un ton bruyant , d'un fort
petit génie & d'un grand bien , fe
croient tout permis , fans avoir aucun
égard au tems ou aux lieux . Une Parente
chez qui je demeurois cachée ,
& qui ,fans avoir le fécret de mon Maiiage
, avoit celui de mes couches , s'êtonnoit
, de ce que je faifois paroître
tant de froideur pour ce Gentil- homme
, qui avoit intention de m'époufer ;
puifque , felon elle , la fortune ne me
préfenteroit jamais une occafion plus
favorable , pour réparer ma faute . En
cela , elle avoit raifon de vouloir m'engager
Acette union ; & moi , je n'en
avois pas moins de la refufer conftament.
Comme elle perféveroit opiniatrément
dans ce deffein , quelque priére
& quelque inftance que je lui fiſſe ,
pour qu'elle me délivrât de mon importun
; ma bonne parente croyoit encore
faire merveilles , en l'introduifant
malgré moi , dans mon Appartement ;
perfuadée qu'à la fin , je m'accoutumerois
à fes maniéres . Il fallut donc fouffrir
en dépit de moi , les vifites de cet home.
Un jour , que j'étois affife dans une
Mij
140 LEMERCURE
>
petite fale à manger , toute occupée
de la lecture d'une Lettre de mon
Epoux , dans laquelle je pliois toujours
le Certificat de mon mariage ;
ceRuftre y furvint tout à coup ; & avec
cette familiarité dégoutante , qui eſt
affez ordinaire à de pareils brutaux
il m'arracha brufquement ces papiers
de la main : Je fus d'abord fi confternée
, que me jettant à fes pieds
je le fupliai de me les rendie . Là - deffus
, avec les mêmes airs impertinents
& haïffables , il jura qu'il les liroit ;
plus je redoublois mes inftances plus
fa curiofité augmentoit , jufques à ce
qu'enfin , pénétré d'un dépit qui partoit
fans doute , de la paffion qu'il avoit
pour moi; il jetta les papiers dans le
feu , avec ferment que puifquil ne
devoit pas les lire , celui qui les avoit
écrits , n'auroit pas le bonheur de les
faire fervir au mien. Il eft prefque inutile
de vous avertir , que mes larmes
& mes fanglans reproches obligérent
cet Indigne à fortir de ma Chambre,
couvert de honte & de confufion ; &.
que ce défaftie me caufa des inquiétudes
mortelles . Cependant , j'avois
alors une confiance fi grande en la
,
DE DECEMBRE. 14 .
bonne-foy de mon Epoux , que je lu,
écrivis le mal-heur qui m'étoit arrivé
& que je le priai de me renvoyer un
autre Certificat en bonne forme . Après
m'avoir manqué deux ou trois poftes ,
il me répondit en général , qu'il ne
pouvoit pas m'envoyer alors ce que
je lui demandois ; mais , qu'auffitôt
qu'il pourroit.me le faire tenir en fûseté
, je devois eftre perfuadée qu'il
me donneroit cette fatisfaction. Depuis
cette Epoque , fes Lettres devinrent
plus froides de jour en jour ; & à mefure
que fon indifférence croifloit ,
mes foupçons prenoient de nouvelles
racines. Enfin , c'eft ce qui m'a fair
prendre le parti de me rendre en cette
Ville, où j'ai trouvé que , les deux perfonnes
, qui avoient fervies de Témoins
à nôtre Mariage , êtoient mortes , &
que mon Epoux êtoit veuf d'une jeune
Dame qu'il avoit prife , il n'y a que
trois mois , pour obéir à fon pere. En
un mot , il me fuit & me défavotie.
Si j'allois chez lui , pour le convaincre
de fa perfidie, fon pere ne manqueroit
pas de foûtenir fon fils contre mes
prétentions . Si je divulgois dans le
monde ſa trahison , quelle réparation
Mij
142
LEMERCURE
pourois-je attendre d'une injustice que
je ne fçaurois prouver ? Il s'imagine ,
fans doute , de me réduire par la néceſſité,
à lui céder mes droits pour ure
penfion viagere ; mais , j'en mourrois
plûtôt , que de commettre une telle
lâcheté. Je fuis fa femme : Faites le
fouvenir je vous prie , vous Monfieur ,
qui êtes fon meilleur ami , de fa premiere
tendreffe pour moi , du plaifir
charmant qu'il prenoit , lorfque je venois
à me découvrir par mégarde devant
quelqu'un ; faites le fouvenir de
mon air fot & entrepris , lorfque je
voulois paroître indifférente pour lui
devant la compagnie ; demandez- lui
s'il eft poffible , que moi qui ne pous
vois , quoiqu'il m'en priât , cacher
mon amitié pour lui , je puiffe à préfent
renoncer pour toujours à la fienne .
Ah ! Mr , les coeurs fenfibles ne connoiffent
point d'indifférence dans le
Mariage : Si vous avez quelque compaffion
de l'innocence expofée à l'infamie
, jugez de l'état déplorable où
je me vois réduite. Je fuis &c.
Fermer
1174
p. 181-182
« Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille, & non, [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille, & non, [...]
Mots clefs :
Quenouille, Musique, Oublieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille, & non, [...] »
Le mot de la premiere Enigme du
Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille
, & non , le Miroir.
Le mot de la premiere du mois de
182
LE MERCURE
Novembre , eft l'Oublieux , & celui de
la feconde , la Mufique.
Mercure d'Octobre, êtoit la Quenoüille
, & non , le Miroir.
Le mot de la premiere du mois de
182
LE MERCURE
Novembre , eft l'Oublieux , & celui de
la feconde , la Mufique.
Fermer
1175
p. 217-286
LISTE UNIVERSELLE. Du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, où chacun peut donner & recevoir avis, de toutes les nécessités & commoditez de la vie & societé civile, remis en meilleur ordre qu'il n'a êté par le passé, pour l'utilité du Public. PAR PERMISSION DU ROY, Contenuë en ses Brévets, Arrêts du Conseil d'Etat, Déclarations, Privilege, Confirmations, Arrêts de la Cour, Sentences & Jugemens donnez en consequence.
Début :
J'ai parlé dans les Mercures précédens, de l'ouverture du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, / Le Bureau d'Adresse a paru si utile, que les Rois Henri IV. Louis XIII. Louis XIV. n'ont [...]
Mots clefs :
Bureau d'adresse, Brevets, Privilèges, Rois, Feuille, Mémoire, Dépenses, Velours, Avis, Public, Messagers, Affiches, Liste, Vente, Annonce, Maisons, Libraires, Jardiniers, Biens, Princes étrangers, Marchands, Peintres, Huissiers, Prédicateur, Tapisserie, Tableau, Meubles, Demandes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LISTE UNIVERSELLE. Du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, où chacun peut donner & recevoir avis, de toutes les nécessités & commoditez de la vie & societé civile, remis en meilleur ordre qu'il n'a êté par le passé, pour l'utilité du Public. PAR PERMISSION DU ROY, Contenuë en ses Brévets, Arrêts du Conseil d'Etat, Déclarations, Privilege, Confirmations, Arrêts de la Cour, Sentences & Jugemens donnez en consequence.
Ai parlé dans les Mercures précédens
,de l'ouverture du Bureau général
d'Adreffe & de Rencontre , & des avantages
que le Public en retireroit.
Comme je n'en ai donnéjufqu'apréfent
qu'une légére idée , il femble que le Public
exige de moi , que je l'inftruife des
Loix & des Réglemens, que les Direc
teur de cette entrepriſe fe font impofés
pour l'utilité& la commodité publique.
J'ai cru qu'en y ajoûtant la première
Lifte de tous les Effets , Demandes G
Propofitions préfentées audit Bureau .
on détromperoit par cet expofé , beaucoup
de perfonnes qui avoient regardé
jufqu'à préfent , le projet de cet établiffement
, comme impoffible dans l'éxécution.
Voilà cependant les chofes en ordre »
& c'est déja beaucoup pour affermir la
confiance commune. Il faut efpérer
qu'elle ne fera qu'augmenter , & que
l'on appercevra bien- tôt les effets de la
fage régie de ceux qui en font à la tête.
Décembre 1717.
T
218 LE MERCURE
LISTE UNIVERSELLE.
Du Bureau général d'Adreffe & de
Rencontre , où chacun peut donner &
recevoir avis , de toutes les néceffités
& commoditez de la vie & focieté
civile , remis en meilleur ordre qu'il
n'a été par le paffé , pour l'utilité da
Public.
PAR PERMISSION DU ROY ,
Contenue en fes Brévets , Arrêts du .
Confeil d'Etat , Déclarations , Privilege
, Confirmations , Arrêts de
la Cour, Sentences & Jugemens don
nez en confequence .
L
E Bureau d'Adreſſe a paru fi utile
que les Rois Henri IV.
,
Louis XIII. Louis XIV. & Louis XV.
n'ont ceffé de le favorifer par les Brévers
, & Privileges qu'ils en ont accordés.
En effet , pour peu qu'on y
veüille faire attention , l'on reconnoîtra
qu'il n'y a gueres de chofes plus
avantageufes , que l'établiffement de
ce Bureau. Comme les hommes
DE DECEMBRE. 219
font liés entr'eux , par la néceffité
d'un commerce mutuel de befoins &
de fecours réciproques , il arrive tous
les jours , que les uns fouhaitent d'avoir
quelque chofe, dont les autres feroient
bien aife de fe défaire ; & que réciproquement
, les uns cherchent à fe
débaraffer de plufieurs effets , dont d'autres
defireroient de s'accommoder. Ce
qui peut donc être le plus utile pour
le commerce , c'est que chacun de
ceux qui voudroient fe dèfaire de quelque
chofe, fçeût à point nommé, quels
font les gens qui en ont befoin ; & qu'au
contraire, ceux qui voudroient s'accommoder
d'autres choſes , fuffent inftruits
où ils pourroient les trouver : Rien ne
paroît donc plus utile que de trouver
unmoyen facile , par lequel on pût
fatisfaire à ces befoins mutuels .
C'eft ce que nos Rois fe font propofé
dans l'établiffement du Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre ,
auquel ce nom n'a êté donné , que
parce que, tout le monde pouvant toûjours
s'y adreffer , chacun y peut rencontrer
ce qu'il chercheroit vainement
ailleurs . C'eft auffi ce qu'on fe propo-
Tij
220 LE MERCURË
fe dans ce Bureau établi ruë faint Sau
veur , dans lequel , chaque particulier
qui aura befoin de quelque chofe
pourra venir propofer ce qu'il defire ;
comme au contraire , celui qui aura
quelque chofe dont il ait deffein de fe
défaire , viendra en donner avis ; afin
que l'on en informe le public.
"
On tiendra dans ce Bureau univerfel
des Regiftres dans lesquels ,
non feulement les perfonnes qui auront
des avis licites & permis à donner ,
mais celles qui voudront en recevoir ,
pouront fe faire enregistrer.
Pour cela , chaque particulier y
fera d'abord dreffer fon Mémoire fur
une feuille , en forme de Minute , fur
laquelle , l'intention du Demandeur y
fera apurée ; après quoi , ce Mémoire
fera infcrit fur le Regiftre dans les 2,4
heures , pendant lefquelles il fera in--
formé avec une prudence tacite , du Domicile
donné ; afin qu'il n'y ait point
d'avis inutiles ; & le tout fe fera moyennant
trois fols feulement , pour
chaque article enregistré , de même
que pour l'Extrait de chaque enrégiftrement
, en cas que l'on défire en
faire tirer un : Et fi on veut que l'avis
DE DECEMBRE. 221
•
paroiffe dans les Liftes courantes , le
Bureau fe contentera de fort peu de
chofe ,pour l'article qu'on fouhaite faire
imprimer , & que l'on réitérera dans
toutes les Editions fuivantes , jufqu'à
ce que l'affaire foit confommée .
L'on rendra le Mémoire le mieux
circonftancié & le plus court qu'il fe
pourra ; & pour éviter même la longueur
& l'embaras , on fe contentera
d'écrire fur le Registre du Bureau , le
nom de celui qui donne l'avis , ou tef
autre qu'il voudra choifir avec la chofe
dont il s'agit ; & on lui donnera un
billet femblable à cet enrégiftrement ,
fel on le rang auquel il fera venu .
On recevra auffi tous les avis des
Provinces de France & des Païs étrangers
, qui indiqueront quelque chofe à
vendre , ou qui marqueront les chofes
que l'on veut achetter. Mais on aura
foin fur les lieux , de payer le port des
Lettres qu'on envoyera : Les dépenfes
que l'onfait pour le Bureau étant déja
aflés grandes , il ne feroit pas jufte que
F'on fût encore chargé de celle- là .
On fera donc imprimer , autant de
fois qu'il fera néceffaire , un petit Livre
qui ne coutera que 2 fols 6 deniers , &
Tiij
222 LE MERCURE
>
qui contiendra tous les AVIS qu'on
aura envoyez au Bureau comme
Terres , on Maisons à vendre ou à
louer , Meubles , Chevaux , Inventaires
, Curiofitez , ou autres chofes
nouvellement arrivées , à vendre à
Paris ou en Province : Livres nouveaux,
inventions touchant , les Arts & les
Sciences , Changement de demeures des
Marchands on Artifans, & autres : Hôtel
à louer , entiere ou portion , on
Chambre garnie.
De même,fiquelqu'un a befoin d'un
habit brodé , d'un meuble de Velours
ou autre effet , on aura foin de le faireimprimer
comme les autres . Si l'on
ne veut pas mettre dans l'Avis ,fon nom,
ni fon adreffe , on poura donner des
Mémoires où cela ne foit point marqué
, & le petit Livre avertita que ce
nom eft au Bureau . Par ce moyen ,
aura l'avantage , fans fe faire
connoître , de fçavoir à qui s'adreffer,
& d'apprendre quels font les gens qui
auront befoin des chofes dont on veut
fe défaire Il en fera de même à l'égard
du prix. On aura foin à l'avenir ,
pour la commodité de ceux qui achetteront
ce petit Livre , de difpofer ces
on
DE DE CEMBRE. 223
avis par Chapitres diftincts avec cha
cun leur titre, comme Maifons à louer;
Maifons à vendre , Meubles, Chevaux ,
Nouveautez, chofes perdues & trou
vées & c.
S
Or , pour éviter les inconveniens
qui arrivent , de ce que les Avis publics
changent tous les jours , & engager
les particuliers à en avertir , on dépofera
au Bureau depuis fols , jufqu'à
un louis , dont fera donné recépiffé
; car , une des principalles commoditez
du Public en ceci , eft de
ne point recevoir d'Avis inutiles. De
même , ceux qui affichent pour toute
leur vie , & qui ont befoin de renouveller
leurs Affiches de tems en tems,
& de faire pour cela , bien de la dépenfe,
en feront quittes pour une mé
diocre fomme par mois , fans autre foin
que d'envoyer payer le mois.
Il eft bon d'avertir, que ceux qui demeurent
en Province , & qui voudront
avoir ces petits Livres , n'auront qu'à
faire tenir l'argent d'un quartier ou
d'une année , par leurs meffagers , ou
amis ou correfpondans ; on fera les paquets
, & on les portera à la pofte ,
fans qu'il en coûte autre chofe , que
le prix des Livrets , avec le port. Tiiij
•
224 LE MERCURE
Ceux qui voudront donner des Avis,
touchant ce petit Livre , pour l'utilité
du Public , pouront les envoyer inceffament
.
Cette nouvelle maniere prévé
nant tous les inconvéniens , on retirerá
de ce Bureau toute l'utilité imagi
nable :Car , on ne poura rien défirer
dans les Provinces & dans la Capitale
du Royaume , dont on ne foit informé
par cette voye , ce qui feroit trés difficile
à découvrir fans ce fecours , ne
feachant à qui s'adreffer , pour avoir
ces chofes , ou pour s'en défaire. Com- ·
me les Avis viendront d'une partie du
Public , ce fera faire préfent à l'autre ,
de ce que le Public lui donne : Ainfi ,
ce canal donnera, lien réciproquement
à tous les particuliers, de fe rendre fervice
les uns aux autres ; enforte que
perfonne n'aura rien qui puiffe ferviz
à un autre , que cet autre ne fçache
auffitôt où trouver celui qui peut l'en
accommoder . Il fe rencontrera même
par là , que la plupart des perfonnes qui
ont des choſes inutiles , qui ne font
publiquement d'aucun débit , & dont
elles demeurent chargées ; & d'autres
aucontraire,ayant befoin de ces chofes ,
DE DECEMBRE. 225
eftant contraints de s'en paffer, faute
de fçavoir où les prendre , les uns &
les autres apprendront par ces petits
Livres , les moyens de s'accommoder ;
ce que l'on peut regarder , comme un
des principaux liens de la focieté ; &
it eft difficile de trouver une voye plus
abregée , plus fûre & moms onéreufe ,
pour fe rendre utile les uns aux autres.
Car ,que peut - on imaginer de plus
commode , que de pouvoir apren
dre en un quart d'heine , fans for
tir de chez foi , & prefque pour rien ,
• tout ce qui peut entrer dans le commerce
des néceffitez de la vie ? L'on pou
ta donc encore fe difpenfer par ce même
moyen, de faire des affiches , dont
la dépenfe eft d'autant plus confidérable
, qu'elle monteroit fouvent auffi
haut , que la forme que produiroit ce
qu'on veut vendre ; lors que les chofes
dont on veut fe défaire , font de peu
deconféquence, & qui font en bien plus
grand nombre que les autres. De plus ,
il y a quantité de chofes pour lesquelles
on ne s'eft point encore fervi d'affiches,
afin d'en informer le Public .
La voye qu'on propofe eft bien plus
facile > car , outre que les affiches no
226 LE MERCURE
font vûës que de ceux qui marchene
dans les rues , & dont la plûpart ſe font
même une espéce de honte de les regarder
& de les lire ; c'eft qu'elles font
en une telle confufion , par le grand
nombre de nouvelles qu'on en trouve
tous les jours , qu'on ne daigneroit y
chercher celles dont on a befoin ; enforte
qu'on ne remarque guéres que
les plus apparentes. Ainfi , chaque particulier,
qui a quelque avis à donner au
public , a donc beaucoup d'interêt de
le faire par le moyen de ce petit Livre;
& l'on peut affûrer que ceux qui s'y
feront mettre , auront un grand avantage
fur ceux qui voudroient épargner
fe peu qu'il en coûte. Car , il eft certain
qu'une maison, par exemple, que par ce
Livrer , on verra être à louer , le fera
beaucoup plûtôt que celle dont on n'eſt
averti que par un écriteau attaché à la
porte. Ceux qui auront quelques mar→
chandifes ou modes nouvelles , quelque
invention ou autre chofe qui foit
d'ufage dans les Provinces , auront encore
un interêt trés confiderable à en
donner avis , par ce petit Livre qui ne
manquera pas d'y être envoyé.
.
DEDECEMBRE.. 227
LISTE
Des principalles chofes pour lesquelles
on peut s'adreffer, & defquelles on
peut faire rencontre aisément au Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre
, & quiferont mifes fur le Regiftre
, & imprimées dans les petits
Livres d'Avis.
1. Eux qui voudront vendre des
Terres ou des Maifons à la
Campagne, envoyeront au Bureau , des
mémoires qui marquent en quoi elles
confiftent , & qui en faffent connoître
le prix.
II. Ceux qui auront des Maifons à
vendre à Paris , marqueront le prix &
ce qu'elles contiennent , dans les mémoires
qu'ils envoyeront au Bureau .
III. Ceux qui auront des places
à vendre pour bâtir , doivent marquer
dans leurs mémoires , le nombre des
toifes , le quartier où la place eft fituée
& le prix .
I V. Ceux qui auront des Charges
à vendre , doivent en marquer le prix
dans les mémoires qu'ils envoyeront
128 LE MERCURE
avec les gages & les émolumens qu'ils
en retirent.
V. Ceux qui auront des Rentes à
vendre , marqueront dans leurs mémoires
en quoi elles confiftent."
VI. Ceux qui auront des Biens, dont
la vente fera pourfuivie en Juſtice ,
pouront envoyer leurs mémoires.
VII. Ceux qui auront des Inventaires
à faire , pouront , quelque tems
avant de les ouvrir , envoyer des mémoires
de ce qui s'y doit vendre de plus
remarquable.
VIII. Ceux qui voudront vendre
des Bibliotheques , des Cabinets de
Livres ou des fonds de Librairie , dotvent
faire fçavoir le nombre des vo-
Humes, & fi ce font des Livres de Theo
logie , de Philofophie , de Mathe na
tiques , de Médecine , de Droit , d’Hiftoires
ou de figures , & dans quel lieu
on les peut aller voir ou achetter.
IX. Les Libraires pouront envoyer
des mémoires de leurs Livres nouveaux
, & le prix qu'ils les vendent ,
afin que le Public en föit inftruit On
n'entrera dans aucun détail de ce que
contiennent ces Livres ; mais , l'on fe
contentera de marquer le titre du Li-
C
DE DECEMBRE. 229
vre , le prix & le nom du Libraire .
X. Les Curieux ou autres , qui voudront
le défaire de leurs tableaux
n'auront qu'à en marquer la grandeur ,
ce qu'ils reprefentent , le nom des
Peintres qui les ont faits , & ce qu'ils
les eftiment.
XI. Ceux qui voudront vendre tout
ce qui s'appelle meubles , bijoux , habits
, caroffes , chevaux &c. n'auront
qu'à envoyer des mémoires inftructifs
de toutes ces choſes .
XII. Ceux qui voudront faire pêcher
leurs êtangs , & en vendre le
poiffon , doivent envoyer des mémojres
du lieu & du tems.
XIII. Les Particuliers qui auront
du vin à vendre en gros ou en détail ,
n'auront qu'à faire fçavoir de quel
crû , & de quel prix il eſt .
XIV. Les Jardiniers qui auront des
fruits , fleurs & legumes prématurées
à vendre , n'auront qu'à en envoyer
des mémoires .
XV. Ceux qui voudront achetter
quelques -unes des chofes marquées
dans les articles ci - deffus n'auront
qu'à s'adreffer au Bureau pour en informer
le Public.
›
230 LE MERCURE
XVI. Ceux qui auront des Maifons
ou des appartemens confidérables
à louer , en envoyeront des mémoires
: On en parlera plus amplement
que les écriteaux qui n'en font point
de defcriptions ; on dira en quel quartier
elles fons fituées , ce qu'elles ont
de beau & de commode , & leur prix.
XVII. Ceux qui voudront prendre
des Maifons à loyer, envoyeront auffi
leurs mémoires .
XVIII. Ceux qui auront des Jardins
à louer dans les fauxbourgs de
Paris , ou dans les Villages des envi-
Tons , pouront en faire fçavoir le prix ,
& en quoi ils confiftent; afin qu'on épargne
par là au Public , la peine de faire
plufieurs voyages pour en chercher.
XIX. Ceux qui voudront prendre
des Jardins à loyer , feront la même
choſe.
XX. Ceux qui voudront faire des
échanges de terres , de rentes , & généralement
de tout ce qui fe peut échanger
, marqueront dans leurs mémoires
ce qu'ils veulent donner , &
ce qu'ils veulent avoir.
XXI. Ceux qui auront des Biens
à donner à ferme , envoyeront des
DE DECEMBRE.
231
mémoires bien circonftanciés , & on
les rendra publics .
XXI . Ceux qui voudront prendre des
biens à ferme , feront la même chofe.
XXII . Ceux qui auront des machines
& des découvertes nouvelles ,
utiles au Public , n'auront qu'à le faire
fçavoir au Bureau.
XXIII . Ceux qui chercheront des
gens pour s'affocier avec eux , foit
dans l'exercice de quelque art , foit
pour trafiquer , n'auront qu'à le faire
fçavoir.
XXIV . Les Pinces Etrangers , les
Ambaffadeurs , & les autres Etrangers
de qualité qui arriveront à Paris , pourront
s'adreffer au Bureau , s'ils veulent
que leur train foit fait en peu de
tems. On les fervira , non feulement
en cela , mais encore, en ce qui regarde
beaucoup de chofes dont ils рец-
vent avoir beſoin .
XXV. Tous les Etrangers qui vien
dront à Paris , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau ; on leur dira comment
ils pourront voir ce qu'il y a de curieux
, à qui ils doivent s'adreffer ; &
s'ils veulent, on leur donnera des gens
pour les conduire par tour . On leur
232 LE MERCURE
enfeignera auffi ce qui leur poura
être néceffaire pendant le tems de
leur fejour.
dans
XXVI. Les Maîtres , qui prennent des
Penfionnaires pour étudier ,
étudier , n'auront
qu'à envoyer leurs Mémoires ,
lefquels ils auront foin de marquer
le lieu où ils demeurent , le prix qu'ils
prennent , & le nombre des Penfionnaires
qu'ils ont. Ils doivent même faire
fçavoir , s'ils font d'Eglife , ou mariez
; s'ils ont des Jardins , & s'ils
font logez en bel air .
XXVII. Ceux qui voudront fe mettre
en penfion , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau , on leur rendra fervice.
XXVIII. Les perfonnes publiques qui
fe trouveront chargées de beaucoup
d'affaires , pouront envoyer le lieu
de leur demeure , lors qu'elle "aura
changé ; on en avertira le public , &
fur tout, les gens de Province à qui on
croira faire un grand plaifir . Plufieurs
n'ayant point d'habitude à Patis , font
fouvent embaraffez , au retour de leur
pays, à chercher ceux qui ont eu autrefois
leurs affaires entre les mains ,
ne pouvant les trouver , parce qu'ils
ont changé de demeure,
CeuxDE
DECEMBRE. 233
XXIX. Cenx qui feront intereffez
dans les manufactures , pouront avertir
des chofes à quoi on travaille dans
ces lieux. Beaucoup de gens paffent
fouvent par des Villes , où il y en a
d'établies,fans rien achetter , faute de
fçavoir qu'il y en ait .
XXX . Les Curieux qui voudront
indiquer leurs demeures , & recevoir
ceux qu'on leur envoyera , pour voir
leurs Cabinets , pouront par ce moyen,
faire leurs affaires , foit en vendant ,
foit en troquant.
XXXI. Les Intereffez dans les Vaiffeaux
qui arriveront dans les Ports de
France , n'auront qu'à envoyer le dénombrement
des marchandifes qui feront
dans lefdits Vaiffeaux , & on en
avertira le Public .
XXXII Les Marchands forains
pourront
, avant l'ouverture des Foires , envoyer
des mémoires de tout ce qu'ils
auront fait faire de nouveau , pour y
étre vendu .
XXXIII. Les Peintres fameux , dont
le public fouhaite de voir les Ouvra
ges , & fur tout les Etrangers , envoyeront
leur demeure , & des mémoires
de tout ce qu'ils auront de plus confi
234
LE MERCURE
•
derable , ou qu'ils confervent chez
eux , ou qu'ils ont fait chez des , perfonnes
qui voudront bien les faire voir
aux Etrangers de qualité ; le tout , pour
la gloire de la France , & pour leur
utilité particuliere.
XXXIV . Les Marchands & Artifans
confiderables , qui auront changé de
demeure , , pouront en ' donner avis au
Bureau , qui en informera le Public.
XXXV.Ceux qui établiront des commoditez
pour voyager , doivent en envoyer
des mémoires .
XXXVI . Les Huiffiers qui partiront
pour quelque Province, pouront le faire
fçavoir , par ce moyen ils feront
chargez des affaires de ceux qui en
ent dans les mêmes lieux ou fur la
route ; & il en coûtera bien moins aux
particuliers , qui font fouvent obligez
d'envoyer des Haffiers , & de payer
feuls , tous les frais de leurs voyages.
XXXVII . Ceux qui auront des affaires
en Province , pouront auffi en
donner avis , & en envoyer des mémoires
au Bureau.
XXXVIII. Ceux qui auront fait
quelques pertes , de quelque nature
qu'elles foient , doivent bien marquer
DE DECEMBRE
235
dans les mémoires qu'ils envoyeront
au Bureau , tout ce qu'ils auront perdu
, & ce qu'ils voudront donner à
ceux qui l'auront trouvé .
XXXIX. Ceux qui auront trouvé
quelque chofe , en donneront avis au
Bureau ..
XL. Comme il fe fait de tems en
rems des plaidoyers fameux , que pluhieurs
perfonnes fouhaitent d'entendre,
foit à caufe des matiéres curieufes que
l'on y doit traitter , & dont on eft bien
aife de s'inftruire , foit à caufe du merite
des Avocats ; on croit obliger le
'public, en avertiffant des jours que l'on
doit plaider des caufes fi célébres . Ainfi
, les Parties pour lefquelles ces caufes
fe plaident , ou Meffieurs les Avocats
n'auront qu'à en envoyer des avis .
XLI. Lorfque des Prédicateurs fameux
prêcheront dans quelque Eglife ,
en en pourra auffi donner avis.
XLII. Ceux qui voudront faire des
Leçons ou des Conferences publiques ,
n'auront qu'à envoyer lears avis au
Bureau .
XLIII. Tous ceux enfin , qui voudront
avertir le public de quelque chofe qui
foit de nature à être affiché , ou qui
Vij
236
LE MERCURE
a coûtume de l'être , n'auront qu'a
donner leurs mémoires bien circonf.
tanciés au Bureau , avec pouvoir de les
faire imprimer on ne manquera pas
de les fatisfaire .
ce
Enfin , on peut s'adreffer en ee Bu
reau univerfel , pour tout ce qui peut
entier dans le commerce licite & permis
, qui compofe la focieté civile .
PREMIERE LISTE
Des Avis qui font venus au BUREAU
général d' Adreffe & de Rencontre, ruë-
S., Sauveur , qui donne d'un bout , dars
la rue Montorgueil; de l'autre , dans
la rue S. Denis..
DEUX NAVIRES A VENDRE .
L'un eft de so à 52 piéces de Canony
& l'autre, de 40 à 44 piéces , du port
de 400 à 450 Tonneaux chacun.
On verra au Bureau , l'Etat de leurs
Inventaires & autres Inftructions , pour
y recevoir les offres ..
UNE MAGNIFIQUE TENTURE DE
TAPISSERIE à Vendre .
C'eft un Ouvrage des plus riches
& des plus finis : Elle eft digne de
DE DECEMBRE.. 237
Fattention des curieux : Elle paffe.
30000 , cy
Elle eft au Bureau. grean .
30000
liv.
UNE BAGUE d'un Diamant de dix
huit grains , fort
Elle eft au Bureau.
• 5000
liv.
PLUS . 2. Pendeloques de Diamants
Ils péfent enfemble vingt-deux grains .
Au Bureau.
4500
liv.
UNE VERDURE , TAPISSERIE DE
FLANDRE.
Elle a deux afines & demie de haut ,
fur environ dix- huit aûnes de cours.
Au Bureau.
UN TABLEAU du Rimbran .. 150 liv.
1
On le voit an Bureau.
N° 2. UN TABLEAU de Louis XIV..
Dans fon cadre de bois doré.
L'adreffe eft au Burear.
་
N° 3. UN TABLEAU de Mgr le Grand
Dauphin , Fils de Louis XIV. 33 1
Au Bureau.
N 4 UN TABLEAU de Mgr le Dau
phin , Petit - Fils de Louis XIV : 33 10
Au Bureau.
NS UN TABLEAU repréſentant une
Danaë , dit original
Au Bureau.
60 liv.
Vrij
238
LE MERCURE
Nº 6. DEUX BRAS à bougie , à plaques
de glace de Venife .
An Bureau .
35 liv.
N° 7. DEUX FAUTEUILS à bras , garnis
de crin-
Ils font couverts de morceaux de
rapport , & en partie de velours cramoifi
•
401
.
L'adreffe eft au Bureau.
No S.UNE GARNITURE de fept piéces
de Fayance
Au Bureau.
14 l.
N° 9 UN CABINET,façon de la Chine.
11 eft avec une table à tiroirs , &
deux guéridons affortiffans , 401. ·
Au Bureau.
N 10. N. DEMANDB à emprunter
14000 1. partie Billers de l'Etat .
C'est un Particulier & la Dame fon
époufe , qui déclarent pour 42000 1. de
principal dans Paris , francs & quittes;
à l'exception de 150-1.de rente rachetable
, à laquelle la femme n'eft pas
obligée Les éclairciffements de leurs
biens font contenus fous les Articles ,
depuis No 10 , jufques & compris le
N 18 inclufivement. On en donnera
communication feulement à ceux à
qui la propofition conviendra .
No 19. UN TABLEAU fur toille de 40 f
DE DECEMBRE. 239
Il repréfente un Paifan jouant de
la mufette , copie d'aprés Vandeck,
Au Bureau .
30 1.
N 20 UN TABLEAU fur toille de 10 f
11 repréfente un S. Jerôme , d'aprés
Blanchard
Au Bureau.
20 1.
No 21 UN TABLEAU repréfentant les
Enfans de Jacob vendant leur frere
Jofeph ,
Au Bureau.
Nº. 22. AFFAIRE particulière .
N' 23. AFFAIRE particuliere.
No 24. UN MEUBLE à vendre.
30
l..
C'est un Lit à la Ducheffe de Damas
verd , & reparty de plufieurs étoffes
d'habits à fleurs d'or : Il y a un bordé
d'or fin , qui à la verité eft terny.
L'adreffe eft au Bureau.
No 25. PLus un Bois pour ledit lit,
une Paillaffe , deux Matelas , un
Lit de Plume , deux Couvertures
No 26. Affaire finie.
No 27 Affaire auffi finie.
N° 28. Affaire finie.
300 liv,
N 29. UNSOPHA de Bois à la
Capucine,
240 LEMERCURE
Heft garny de crin & couvert par Bandes
de Tapiflerie , & de Damas à
feurs d'Or.
L'adreffe eft au Bureau.
า
60 liv
N° 30 35. & 32. SIX CHAISES
afforties aux fufdit Soffa.
L'adreffe eft au Bureau .
>
N 33 DEUX TABOURETS de
Bois à la Capucine , affortiffans auf
dites Chaifes
An Bureau.
15. liv.
N34. UN PETIT Bureau à pied de
Biche.
Il eft façon d'Ebeine, couvert de maroquin.
Au Bureau.
1101
No 35 Jufqu'au No 47. Affaires finies .
N° 48. UN PARAVANT à fept.
feuilles.
Il est de bon Drap verd
L'adreffe eft au Bureau.
40 liv.
N 49. UN BON CLAVECIN ordinaire:
à deux Claviers & trois Jeux rgo l ..
Au Burean.
No.
50. N. DEMAND E´un Chien
Brac.
L'adreffe eft au Bureau.
No 51. N DEMANDE deux Lits
Jumeaux de rencontre,qui foient de
Damass
DE DECEMBRE. 241
Damas garnis de leur couche.
L'adreffe eft au Bureau.
No 52. N. DEMANDE une Roquelaure
Ecarlate , qui foit à Boutons d'or &
de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau.
No 53 N. DEMANDE à vendre ou
à troquer un Contrat fur une Communauté.
Il est au principal de
L'adreffe eft au Bureau .
20000 1 .
No 54. DEMANDE particuliere.
L'adreffe eft au Bureau .
No ss. N. DEMANDE une Chaiſe
roulante de rencontre
piftoles.
>
L'adreffe eft an Bureau .
d'environ 35
N°. 55. UN TABLEAU repréfentant
un Saint Pierre dans le défert. 20 liv.
Au Bureau.
DEPUIS le N°. 57. jufques & compris
le N° 1 16, le Registre du Bureau n'eſt
chargé que de belles Porcelaines du
Japon , de rencontre , & à trés jufte
prix.
L'on en voit des efchantillons an
Bureau.
N° 117. UNE GARNITURE de bontons
de rencontre .
Décembre 1717. X
242 LE MERCURE
Ils font de pur trait d'argent. II liv.
Au Bureau.
N° 1 IS. UNE BELLE ECHARPE d'hermine
noire 200 liv.
Au Bureau.
LA MESME PERSONNE demande à achetter
un Lit à la Ducheffe , de Damas
cramoifi ; les Tapifleries les
Chaifes & le Sopha affortiſſans.
L'adreffe eft au Bureau.
,
N° 1 19. N. DEMANDE encore un
Meuble de Damas cramoifi.
L'adreffe eft au Bureau .
NI 20. CHAMBRE GARNIE AVEC
UN CABINET A LOVER .
Elle confifte en une Tapifferie à
Oyfeaux , un grand Lit à Houffe verte ,
& un petit Lit dans le Cabinet, avec un
grand Miroir ; & l'on y fournira le
linge de Table ; le tout pour 20 liv,
par mois , cy
20 liv.
L'adreffe eft vis- à - vis les Peres de
l'Oratoire , à l'Image Saint Sulpice.
N° 121 DEMANDE fecrette :Elle peut
convenir à beaucoup de gens , qui ont
de l'argent qu'ils veulent placer fûrement
& fans ufure ; les éclairciffemens
s'en pouront communiquer à
gens propres pour l'exécution.
DE DECEMBRE. 243
L'adreffe eft au Bureau .
N. 122. N. Demande un caroffe
coupé de rencontre .
L'adreffe eft au Bureau.
N. 123. N. Demande une tapifferie
, verdure de Flandre , de fept à
850. livres ; & pour n'avoir point
la peine d'aller de Tapifliers en Tapiffiers
, on prie ceux qui en auront de
cette qualité & de ce prix , de la venir
annoncer au Bureau . On la payera
Comptant.
No. 124. N. Demande à emprunter à
conftitution de rente,neufà 10000. liv.
L'on hypothequera pour dix-huit à
20000. livres de contrats de rente à Paris,
que l'on déclarera francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau .
N. 125. Un Habillement d'homme
complet,neuf & de rencontre , à vendre .
Il eft de drap noir , la culote doublée
de peau;il est pour moyenne taille .
40. liv.
Au Bureau.
No. 125. N. Demande à emprunter
fur des délégations de loyers qui feront
acceptés .
L'on veut fept à 800. livres , qui fe
Xij
244
LE MERCURE
ront remboursées par cinquième , de
quartier en quartier.
L'adreffe eft au Bureau.
N ... 127. N. Demande à acheter une
Terre confidérable , dans l'acquifition
de laquelle , on voudroit paffer des billets
de l'Etat . On voit là fuite de la
propofition au Bureau.
Propofition fecrétté , pour emprunter
cent mille livres.
L'on donnera des fûretés pour plus de
trois cent mille livres, qui ne feront pas
rejettées.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 128. N. Demande à emprunter
soo. livres pour neufmois.
. On donnera de bonnes fûretés.
N. Demande une verdure d'Hollande
, & unlit de Damas uni.
C'eft la même perfonne que deffus :
L'adreffe eft au Bureau .
No. 129. Un juppon , & la tapiſſerie
d'un fauteuil à vendre .
Le juppon eft de damas verd , beau ,
comme neuf, & les morceaux de tapiflerie
pour le fauteuil , n'ont point en
core êté montés , 39 liv.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 130. N. Affaire particuliere .
DE
245 DECEMBRE.
No 131. Affaire finie .
No 132.Un Trumeau ,pour cheminée
d'une glace à vendre ,
An Bureau.
70. liv.
No 133. N. Demande à acheter une
Berline , ou un Caroffe coupé.
L'adreffe eft au Bureau.
N' . 134. N. Demande à acheter une
maifon dans Paris .
On fouhaiteroit qu'elle fût à porte
cochere,avec jardin en grand air ; comme
vers l'Eſtrapade : L'on y mettra vingt
à 22000. livres ; & on payera d'abord
moitié en efpeces .
L'adreße eft au Bureau .
No. 135. Une Montre Angloife à
vendre .
La même perfonne demande 12. chemifes
à dentelles ; il y mettra quatre
à 5oo. livres .
No. 136. L'on demande 3000. livres
à conftitution de rente.
L'on déclare pour 30000. livres de
fonds à Paris, francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 137. Diverfes rentes & rembourfemens,
à vendre ou à emprunter deffus ,
avec garantie .
Le tout eft fur dés perfonnes qui font
•
X iij
2~46 LE MERCURE
bonnes , ainfi que les éclairciffemens,
que le propofant en a donné au Bureau ,
le feront connoître .
N° 138. N. Demande une place de
Jardinier.
C'est un homme de 40. ans , marié,
& fans enfans , qui dit fçavoir le jardinage
en perfection : Il entend la culture
des arbres fruitiers des orangers ; il tra
vaille aux fontaines ; il fera connoître
les lieux où il a été.
L'adresse eft au Bureau.
No. 139. N. Demande une place
de Concierge.
C'eſt une femme veuve ,fans enfans;
elle eft propre a être concierge , jardi-
Diere & gouvernante d'enfans.
No. 140. Finie.
No. 141. Plufieurs Commodes , &
Equipages de toillete,à vendre en gros .
Une commode d'écaille de marqueserie
,
On lafera
voir
au Bureau
.
145.
liv.
No. 142. Une autre de bois d'olivier,
48. liv.
L'adresse eft au Bureau.
lée ,
Nº. 143. Une de paliffandre anne-
46.
liv.
DE DECEMBRE. 247
L'adresse eft au Bureau.
No. 144. Une de bois d'olivier , 30. I.
L'adresse eft au Bureau.
No. 145. jufqu'au no. 148. finies .
N. 149. Une de bois de fil d'olivier,
Ladresse eft au Bureau..
30 liv.
No. 1 5o. Un équipage de toilette
ferrée ,
L'adresse eft au Bureau .
No. 151. Une autre de
L'adresse eft an Bureau .
20. liv.
14. liv.
No. 152. Une de bois d'Olivier. 18. 1 .
On poura vendre lefdites Commomodes
en gros , ou on les troquera con .
tre d'autres effets.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 153. Finic .
No. 154. Quarante-fix aûnes & demie
d'or faux , fur foye fine , de rencontre
.
Il eft large de trois travers de doigt ,
& uni ; le tout péfe 7. marcs 4. onces.
L'once eft à vingt fols .
No. 155. Vingt-deux onces de bord,
de même qualité , & au même prix.
On les fera voir au Bureau.
No. 156. Rente à vendre , ou à y faire
emprunt.
X iiij
248 LE MERCURE
C'est uncontrat au principal de 3000.
livres,fur l'Hôtel de Ville , que l'on veut
vendre , ou emprunter deffus 1000. 1 .
Le mari & la femme s'obligeront .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 157. Augmentations de gages
montants à 1500. livres , à vendre , ou
à emprunter deffus 400. livres.
No. 158. N. Demande à emprunter
6000. livres.
A rendre dans fix mois ; & l'on hypothequera
pour 1 8000. livres de contrats
,fur la Province de Languedoc.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 159. Finie.
No. 160. Un contrat de 1800. livres de
principal , à vendre fur une maiſon.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 161. Affaire particuliere.
No. 162. Finie.
No. 162. N. Demande place de Précepteur.
Le fujet offre d'être éprouvé un mois.
No. 164. Une Maiſon à donner à bail
ou à vendre à Fontainebleau.
Les inftructions font au Bureau.
No. 165. Finie.
N. 165 Avis , pour toifer exactement
les Terres.
DE DECEMBRE. 249
L'Auteur a apporté au Bureau un mémoire
inftructif, touchant la maniere de
tirer les plans des terres , &de renouveller
les terriers : Ceux qui en auront
befoin , s'adrefferont au Bureau , où on
leur donnera communication dudit
mémoire, avec la demeure de l'Auteur.
No167.Six bordures fculptées, non dorées
, avec leurs chapiteaux à vendre.
Mefure des bordures par le dedans.
Une de 39. pouces fur 29. po.
Une de 40 pouces fur 29. po .
Une de 42. pouces fur 31. po.
Une de 36. pouces fur 26. po .
Une de 34. pouces fur 26. po .
Une de 45 pouces fur 33.
Cette dernière eft fans chapiteau.
Les autres font particulierement
propres pour des miroirs.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 168. Affaire particuliere.
No. 159. Un Habit complet pour
femme ; il eft bordé d'or & de foye torfe
, non monté , & de rencontre , le tout
y eft diftribué avec un goût admirable.
sso. liv.
On lefera voir au Bureau.
No. 170. Une garniture brodée de
mouffeline non montée , à vendre.
250
LE MERCURE
Elle contient onze pieces , y compris
les engageantes , & le tour de gorge :
Cette broderie eft des plus parfaites.
On la voit au Bureau.
so. liv.
N. 171. Un Phaeton à cerceau , ou
chaife roulante de rencontre , à vendre.
Elle eft garnie de drap écarlate ,
effyeux de fer . 400.
liv, N». 172.
jufqu'au
110. 174„finies
.
N.
175. N. Demande
à vendre
un
contrat
fur la Ville
.
Il est au principal de 1500. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 176. Finie.
No. 177 N. Demande à vendre un
contrat fur la Ville .
Il eſt au principal de 5000. livres.
Liadreffe eft au Bureau.
No. 178. Finie .
No. 179. Finie.
No. 180. N. Demande d'être Précepteur
, ou un autre emploi ; il fera
connoître qui il eft .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 181. N. Affaire particuliere.
No. 182. N. Demande plufieurs meubles
& hardes à acheter.
Sçavoir une tapifferie de 6000. liv.
DE DECEMBRE .
25x
Une montre , d'or de 600. liv.
Un lit de damas cramoifi , ou d'une
autre couleur , & une juppe de velours .
L'adreffe eft au Bureau .
No. 183. N. Demande à emprunter
4000. livres par obligation , un tiers en
argent , & deux tiers en billets d'Etat .
Il a de bons hypotheques à Paris .
L'adreffe eft au Bureau.
{ No. 184. Contrat fur la Ville à vendre
.
Il est au principal des5oo. livres .
No. 185. N. Demande un emploi.
Cette perfonne a eu plufieurs emplois
, dans les Aides , Domaines , &
dans les vivres. Il eft encore propre
pour les affaires du Commerce , foit
de Mer ou autre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 186. N. Demande à acheter une
trouffe de rencontre.
On y mettra jufqu'à dix pistolles.
No. 187.. Affaire particuliere.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 188. Un lit de damas' cramoifi
de rencontre , à vendre .
La houffe eft d'une belle ferge d'aumal.
Au Bureau .
252 LE MERCURE
No. 189. Finie.
No. 190. Finie ..
No. 191. Un Lit brodé en or & en argent
, avec des tapifferies y affortif
fantes.
Au Bureau.
No. 192. Un tableau à vendre .
On le dit un Paul Brille , peint fur
bois,dans fa bordure dorée , d'environ
trois pieds , fur deux pieds & demi de
haut :Il reprefente un Port .
Au Bureau.
No. 193. Un homme qui a été marchand
, demande de l'emploi , ou à folliciter
des payemens en ville.
Quelques Marchands l'en ont déja
chargé.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 193. Une Montre d'or d'Angleterre
, à double boëte , à vendre ; pour
1000. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 195. On demande à acheter des
perles fines , & toutes fortes de diamans
de prix , de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 196. Un contrat fur la Ville , au
principal de 8000. livres, à vendre , ou
à échanger contre des billets de l'Etat ,
ou autres effets.
L'adreffe
DE DECEMBRE.
253
L'adreffe eft au bureau.
No 197. Un Habit d'homme , velours
cra moifi , richement brodé d'or & non
monté , à vendre , pour
Au bureau.
soo liv
No 198. Une Vefte de taffetas vert , brodée
d'or , doublée de taffetas vert, pour
Au bureau.
100 livres.
No. 199. Une Paire de paremens de
drap écarlate,brodés d'or,comme neufs ,
pour
Au bureau.
90. liv.
No 200. Une riche Houffe brodée
d'or, avec les cuftodes , pour 500. liv.
Au bureau.
Nd. 201. N. Demande à acheter une
Maifon à Paris , ou une Terre d'environ
40000 liv. partie en billets de l'Etat.
Ou bien à placer fûrement le fonds
de pareille fomme.
L'adreffe eft au bureau.
No. 202. On demande un Lit de damas
de Camp.
Il n'importe de quelle couleur.
L'adreffe eft au bureau .
No. 203. Finie .
No 204 Une Maison à vendre à Paris
, ou à emprunter deffus , en atten
dant la vente. Y
1234 LE MERCURE
L'adreße eft au bureau.
No. 205. Cheval Anglois à vendre.
Il eft fous poil gris de fouris, âgé de
huit à neuf ans .
L'adreffe eft au bureau .
No. 206. Maifon à Arcücil prés Pa
is, à vendre.
Elle eft bâtie depuis 10. à 12. ans ; le
prix eft de 3500. livres .
1
Le memoire eft au bureau.
No. 207. Finie .
No 208. Un Tablier à raifeaux d'or,
pour
Au bureau.
No. 209. Finie.
30.
liv
.
No. 210. On demande une maiſon de
canipagne à acheter , du prix de fept à
8000. livres .
L'adresse eft an bureau.
No. 211. On demande une tableà
jouer, garnie de velours , à acheter.
L'adresse eft au bureau.
No. 212. Ondemande à placer environ
50000 livres efpéces , fur des nantiffements
en billets d'Etat , ou autres
effets mobiliaires , dont il fera paffé
acte pardevant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No. 213. Un beau Tableau original, reDE
DECEMBRE . 255
préfentant une fileuſe ; à vendre.
Il est d'un des bons maîtres du fiécle,
pour
Au bureau.
400.
1.
N. 214. On demande à acheter une
Terre, la plus proche deParis que faire
fe pourra , depuis 40000. écus juſqu'à
200000. livres .
Que ladite Terre foit en Château ,
Prés , Bois , &c.
L'adreffe eft au bureau.
No. 215 On demande à emprunter
vingt à 30000. livres d'efpèces .
On hypothequera un bâtiment neuf
à Paris.
L'adreffe eft au bureau .
No 216. On demande une tapifferie,
verdure, d'environ dix aûnes .
L'adresse eft au bureau.
No. 217. On demande une maifon
à louer.
Qu'elle foit fituée depuis le coin
de la rue Saint Sauveur , jufqu'au Palais
Royal , ou dans les rues qui y aboutiffent.
N.218 . Avis , pour mettre des Enfans
en penfion , depuis l'âge d'environ
deux ans .
Pour douze à quinze livres par mois.
Yij
256
LEMERCURE
L'adresse eft au bureau.
No. 219. Affaire particuliere.
No 2 20. Un Habit de la Vannerie du
Louvre , à vendre chez un Tailleur.
L'adresse eft au bureau .
-Changement de demeure.
No. 2 2 1. Monfieur Porus Mc Boutonnier
, qui demeuroit ci - devant ruë
Saint Sauveur , donne avis qu'il de
meure préfentement rue Saint Denis ,
devant la Huche verte , aux vieilles
étuves .
No. 222. Finie.
N. 223. On demande une maifon à
loüer .
Qu'elle foit à porte cochere ou boutique
, fans corps de logis derriere , an
quartier S. Honoré , ou au Faubourg
Saint Germain ; du prix de mille , douze
à quinze cent livres.
L'adreffe eft aus Bureau.
No.2 24. Un Meuble précieux à vendre
.
Il est compofé de fix fauteuils , un
canapé , un écran , deux placets travaillés
en petits points de foye , figures reprefentans
des hiftoires & payfages ; le
tout d'une beauté parfaite , le prix eft
DE DECEMBRE. 257
•
de 2000. livres efpéces & 2000. en
billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
No. 225. Finie .
No. 226. On demande à placer pour
1 2 30. livres de billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
N 227. UN PETIT COFFRET de bois ,
garni de chaton & de filagrame d'argent
, à vendre pour
Au Bureau.
* 25 liv.
No. 228 UN LIT de Tapiflerie à
vendre.
"
Le dedans eft de Taffetas aurore ,
garni de trois pointes , & trois foubaffemens
de Tapifferie par bandes , de
moire aurore ; les deux bonnes - graces
de Tapifferies en plein & les
quatre rideaux doublés en plein de
taffetas aurore , le grand Doffier &
l'Impérial doublé de toile > pour
450 liv.
Un habit d'Eté avec fa vefte , galoné
d'argent fur les manches & les poches
en plein , pardevant & par derriere
, pour 60 liv..
Au Bureau.
No 229. UN PARTICULIER , à quil
il est dû deux années de rentes de sol
Yiij
258
LE MERCURE
par chacun an , payables à Paris , vou
droit les tranfporter avec garantie ,
de même qu'une Promeffe de 312 liv.
10 fols.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 230. Vafes précieux & des Tableaux
originaux à vendre .
L'adreffe eft au Bureau .
No 231. On demande à emprunter
16 à 17000 liv. d'efpéces , fous le
cautionnement d'une perfonne de
Paris connue , & qui pofféde environ
12 à 1 500000 livres de biens en
fonds , confiftants en Maiſons dans .
Paris & en Terres..
L'adreffe eft au bureau ..
No 232. Un Garçon demande à emprunter
20000 1. en espéces, & 10000
1. en billets de l'Etat..
C'est pour 4 ans ; l'on affectera &
hipotequera pour plus d'un million de
biens à Paris .
L'adresse eft au bureau.
No 233 Plufieurs pièces de Dentelles
de Maline à vendre.
" Elles montent à 104 IL. 1 f 6 d. fui
vant la notte inferée au Regiftre du
Bureau qui les fera voir;
No 234 On demande une vefte
DE DECEMBRE.
259
d'Etoffe d'or pour l'efté.
L'adresse eft au bureau .
No 235. On demande à emprunter
1000 1. espéces
L'on hipotequera une maiſon ſciſe
à une demie lieue de Paris , que l'on
déclarera franche & quitte; elle produit
400 l de rentes par an , & indépendamment,
il donnera caution qui certi-.
fiéra que ladite maifon eft franche &
quitte .
L'adresse eft au bureau.
No 235. finie .
No 237. finie.
No 238. L'on demande à placer en
viron 6000 liv. partie en billets d'Etat.-
L'adreffe eft au Bureau .
*
No 239. Demande particuliere : On
en trouvera au Bureau les éclairciffe :
mens néceffaires.
N 240. Cinquante mil livres d'ar .
gent à placer , en donnant de bonnes
feuretés .
L'adresse eft au Bureau.
No 241. finie.
• No 24 Un Particulier demande
à emprunter 4000 liv. à conftitution
de, rente .
C'eft pour les employer ; fçavoir
160 LE MERCURE
2000 liv. au Bailleur de fonds de la
Maifon acquife par ledit particulier ,
& les autres 2000l . pour parachéver de
payer les Ouvriers qui ont travaillé
aux Ouvrages & réparations qui y êtoient
à faire.
L'adresse eft au bureau.
No 243. On demande à acheter une
veille Tapiflerie d'Aubuffon ou d'Auvergne,
de 13 à 14 aûnes de cours ,
fur deux un quart de haut au moins.
On y mettra jufqu'à 250 liv.
L'adresse eft au bureau.
No 244 Dentelles en gros à ven- .
dre. Il y en a environ II aûnes.
274 liv. 13 f. 8 d.
L'adresse eft au bureau.
pour
No 245. Um Habit complet pour
femme à vendre.
Il eft de Damas brodé d'or & fove ,
manteau & juppe de huit lais , non
monté pour
me.
Au bureau:
No 245. Un autre habit
650 liv.
pour fem-
Il eft de Damas brodé , argent &
foye ,la juppe ayant huit lais non mon
té
pour
Au bureau..
350 liv.
DE DECEMBRE. 261
No 247. finie .
No 248.Une Garnitured'Angleterre,
à raiſeau , à 2 piéces fans fond , à vendre
pour
Au bureau.
100 liv.
No 249. Tableaux à vendre .
Sçavoir une Marine fur toille . 35 1.
Une autre grande Marine . 35 liv.
Une Simphonie ou Mufique. 15 liv
Un Hyver.
Une Réveufe
Un Païfage.
Autre Païfage,
30 liv
20 liv
20 liv
20 liv.
liv.
Un Tableau Flamand pour 25
On les fera voir au Bureau.
N 250 Affaire particuliere .
N° 251. Affaire particuliere.
No 252 Un Particulier demande à
emprunter 500 1 efpéces pour 6 mois .
I nantira d'une ordonnance fur le
le Tréfor Royal de 14000 1 . pour la
liquidation d'un office de Sécretaire
du Roy , & il en fera paffé un acte
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
par
No 253 On demande à emprunter
à conftitution de rente, 4000 1. efpeces
C'est pour employer au parfait payement
d'une Terre de 180000 1. Ainfi,
il y a emploi & un privilege certain .
$262 LE MERCURE
L'adresse eft au bureau.
No 254 On demande un meuble à
acheter.
Qu'il foit complet , il n'importe de
quelle couleur ; mais qu'il foit propre
, avec une batterie de cuisine .
On y mettra environ.
L'adresse eft au bureau.
6000 1.
No ass. Affaire particuliere..
No. 256. On demande à emprunter
200 livres pour un an..
On hypothequera un contrat de
4400. livres fur l'Hôtel de Ville de
Paris,que l'on déclarera franc & quitte.
L'adresse eft au bureau.
No. 257. Un contrat de rente fur
l'Hôtel de Ville à vendre.
Il eft de 5500. livres de principal.
L'adresse eft au bureau.
No.
9.258. Un jeu de paume à vendre.
Il eft d'environ vingt à 2 2000. liv.
L'ddrefse eft au bureau .
No. 259. Demande particuliere.
On en trouvera les éclairciffements
convenables au Bureau .
No. 260. On demande à emprunter
à fond perdu.
On voudroit trouver une perfonne,
qui voulût mettre fur une Terre à fond
perdu , 20000 écus au denier 16. dont
DE DECEMBRE. 26
l'acquiſition eft de 1 20000. livres,produifant
8000. livres de rente par an.
L'adresse eft au bureau.
No. 261. N. Demande à emprunter
20000. livres d'argent .
On nantira de 5000. livres de billets
de l'état , dont fera paffé acte par
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No 252. Un Habit d'homme brodé
en argent , à vendre.
Il eft de drap brun , avec les paremens
d'étoffe d'argent , & or fur-brodés
, doublé de chagrin ,couleur de feu,
avec la culotte.
Au bureau.
No. 263. Marché de laine à faire.
Un Particulier voudroit trouver une
perfonne , avec qui il pût faire marché,
pour lui fournir trente livres de laine
par femaine , toute prête à filer , ou
huit à dix livres de filée , ainſi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 264. Marché de faffran à faire.
Un Particulier demande qu'on lui
fourniffe huit ou dix livres de faffran
par femaine,lec , ou fraichement cüeilli
, au choix de l'Acheteur , même pour
264 DE DECEMBRE.
plus grande quantité ; ainfi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 265. N. Demande à acheter
une Terre , & veut vendre une berline ,
& une chaife de pofte.
Que la terre foit fituée au tour de
Paris , & du prix de dix- huit à 20000.
livres de produit au denier 20.
La Berline eft un caroffe coupé, doublé
de velours, avec les harnois.
La chaife de pofte eft doublée de
drap écarlate.
L'adresse eft au bureau .
No. 266. Affaire particuliere .
No. 266. N. Demande à emprunter
300. livres d'argent pour fix mois.
On hypothequera un contrat de
1400. livres de principal, fur les mouleurs
de bois ; vifé & liquidé , duquel
il fera paffé acte par devant Notaires .
L'adresse eft au bureau.
No. 267. Tapisserie de Flandre à
vendre.
Elle contient fix piéces , ayant enfemble
dix- huit aûnes de cours , fur
deux aûnes & demie de haut , doublée
par bandes, petit cadre bien rembruni ,
& elle eft fraîche , pour
550.
liv.
On
DE DECEMBRE
265
On les fera voir au Bureau.
N°. 268. Affaire particuliere.
No. 269. Affaire particuliere.
N°. 270. Diverses Tentures de tapifleries
, d'Aubuffon , & de félletin ,
& fauteuil à vendre.
Une verdure de fix pièces , fut deux
aûnes un grand tiers d'hauteur , à double
broche bordée à Grotefque , coin à
coquille , bande , mufque tirant 16.
aûnes , un tiers , pour sso. liv.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 271. Six piéces verdure de felletin
, bordée avec des cartouches au milieu
, bandes bleuës , fur deux aûnes &
demie d'hauteur , tirant 17. dûnes , pour
L'adreffe eft au Bureau. an
380. liv.
&
No. 272. Sept pieces de tapifferies ,
verdure trés- fine , fur deux afines & demie
de haut , bords à ornement ,
portes bandes de mufque , deffin avec
des parterres ; tirant 19 , aûnes , cinq ,
fix , pour
1393 liv.
L'alreffe eft au Bureau .
No. 273. Six pieces , verdure fur deux
aûnes & demie d'hauteur , bords , dits
à la Romaine ; coins à Dauphin , bandes
bleuës , tirant dix fept aûnes deux
Ꮓ
266 LE MERCURE
tiers , pour
L'adreffe et au Bureau .
No. 274 Finic .
Nº.
No. 275. Finie .
424.liv.
No. 276. N. Demande à emprunter
2000. livres de billers de l'Etat.
On rembourfera ladite fomme , d'année
en année, par 400. livres en espéces,
& on donnera toutes les fûretés néceffaires.
L'adreße eft au Bureau-
N°. 277. N. Demande à emprunter
2000. livres , ou 1590. feulement d'atgent
.
On hypothequera une Maifon & Terres
, fituées à la valée de Montmorency
, de valeur de 10000. livres , qui fe
ront déclarées franches & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 278. N. Demande à emprunter
3000, livres en billets de l'Etat.
On prendra ladite fomme à conftitution
; & on hypothequera une Terre
Seigneuriale , eftimée 20000. livres , &
affermée 800 , livres , fituée dans l'Election
de Mantes .
L'adreffe eft au Bureau,
N°. 279. N. Demande à acheter une
Maiſon à Paris ,
DE DECEMBRE 267
Qu'elle foit fituée dans un bon &
beau quartier: On y met ra depuis trente
jufqu'à foooo . livres , & même quelque
chofe de plus ; on payera moitié comptant
, & l'autre moitié en contrat fur
la Vile , ou en bi lets de l'Etat , ou en
conftitution fur la maifon , & fur les autres
biens,
Ou bien , on placera le même fond
fur des maifonsà Paris, ou fur autres bons
privileges & déclarations d'emploi .
L'adreße eft an Bureau.
a
N°. 280. Ñ. Demande à le défaire
d'une Penſion en argent comptant.
Elle eft de 450. livres fur le Tréfor
Royal.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 281. N. Demande à acheter une
bigue & une chêne d'or , de rencontre
.
Que le Diamant foit d'environ soo. I.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 282. N. Demande à acheter une
Montre unie de bons Maîtres.
L'alreffe eft au Bureau.
·N °. 283. L'on demande à placer
des billets de l'Etat , de plufieurs manieres.
Z ij
268
LE MERCURE
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 284. Ceintures de femmes , cotdons
de Cannes , or , argent & foye , à
vendre.
No. 285. Une couverture de laine blanche
, à vendre.
Au Bureau .
Nº . 286. Un Paravant trés- curieux,
à huit fcüilles , orné de plufieurs figures
d'hommes & d'animaux , à l'endroit
& à l'envers , pour
An Burean.
5oo. liv.
No. 287 N Demande à emprunter
1200 livres en efpéces , pour trois mois. ·
L'on hypothequera un contrat de
l'Hôtel de Ville , au principal de 5000 ,
liyres ; lequel eft à un garçon , qui le
déclarera franc & quitte.
adre e au Bureau ..
No. 288. N. Demande à acheter des
Con rats , fur les Etats de Languedoc
& de Bretagne .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 289. On demande une maison à
loüer , & un caroffe coupé à acheter .
Que la maifon foit à porte cochere ,
écurie , remife , cave , & grenier , de huit
à 900. livres , & même 1000. livres de
loyers ; qu'elle foit fituée dans l'undes
DE DECEMBRE 269
Quartiers de Richelieu , Butte de Saint
Roch , ou Faubourg Saint Germain
ou au tour des Théatins , ou de l'Abbaye
Saint Germain des Prés ; & que
le caroffe foit de fept à 8oo . livres.
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 290. N. Demande une maiſon
à vendre.
Elle eft fituée à Paris , du côté de la
rue de Bourbon .
La même perfonne demande à emprunter
2000. 1. & on l'hypothequera,
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 291 Caléche à vendre. Elle eft
doublée d'un velours cramoifi , les Campannes
de foye aurore , avec cinq grandes
glaces , les cuirs & la dorure belle;
& le tout comme neuf , pour 3000. I.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 292. Office de Secretaire du Roy,
à vendre en la Chancellerie du Parlement
de Besançon , dont la finance eft de
25000. I. il y a les augmentations de
gages .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 293. C'est la tapifferie magnifique
qui eft tranfportée au commencement
de la lifte..
N°. 294. Habit , écharpes , fau-
Z iij
270 LE MERCURE
teuils & chaifes à vendre.
L'Habit eft de drap brun , fur couleur
noilette , brodé en argent.
L'écharpe eft de taffetas blanc d'Angleterre
, brodé de plufieurs couleurs en
foye , garnie de feugere ; le corps eft de
gafe noire à fleurs.
Deux deffus de fauteuils de petit
point en laine , à fond blanc.
Un fauteuil de commodité , à fond
de laine noire de petit point, quatre chaifes
, & deux tabourets à fond noir de
pareil deffin , le tout non monté.
L'adreffe eft au Bureau .
N°. 295. N. Demande à ceder deux
fols d'interêt dans une Ferme.
On prendra des billets de l'Etat.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 296. N. Demande à emprunter
soo. livres en espéces pour fix mois .
On nantira de deux quittances de
finances de rachat de Capitation , montant
en principal & inrerêt à 3065. lie
vres 14. fols 4. deniers ; il & en fera
paffé un acte par devant Notaires.
L'adreße et au Bureau.
No. 297. N. Lemande à emprunter
4000. livres ; un tiers en billets de l'E
Tat
1
DE DECEMBRE. 271
Deux Freres feront folidairement une
conftitution de ladite fomme , ou céderont
plufieurs parties de rentes , dont
les principaux font de 44300 l .; ainſi
qu'il eft plus amplement décrit fur le
Registre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 298. Caroße coupé à vendre.
Il eft de velours craimoify à rama ,
ge , le tout bon , comme neuf.
L'adreffe eft au Burean.
No 299 Deux Tableaux à vendre.
Ils font de grands Maîtres , l'un reprefente
un Paï fage , & l'autre , une
Tempeſte.
"
On les fera voir au Bureau.
No 300. Une Charge. Une Charge de Confeiller
en la Cour des monnoyes à vendre .
L'adreffe eft au bureau..
Na 301. Affaire particuliére.
N° 302. Contrat de rente fur l'Hô
gel de Ville à vendre.
Il eft de 3000 l. de principal , ou on
empruntera 1200. 1. & on hipotequera
ledit Contrat.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 303.N.Demande à acheter des ro
bes de chambre de Damas , & des juppes
de drap de faint- maur.
Z iiij
272 LE MERCURE
Il n'importe de quelles couleurs
foient les robes de chambre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 374. N. Demande à acheter une
Tapiflerie .
Qu'elle foit de ferge ou de foye, pro.
pre à un Cabinet.
L'adreffe eft an Bureau.
· N° 305- Contrat de Conftitution
de rente..
C'eft une portion de 7600. 1.
On donnera toutes les facilités convenables..
La même perfonne fouhaiteroit encore
vendre une portion de 3000 ! .
qu'il a fur un Contrat de 6000 1. qui
eft principalement hipotequé fur une
Terre , dont les déniers ont êté employés
à l'acquifition .
L'adreße eft au Bureau.
N ° 306 finie .
N° 307. N. Demande à acheter une
robe de chambre d'homme & de
femme de Calemande ou d'autres
Eroffes.
>
Qu'elles foient de rencontre & à bon
marché .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 508. NDemande à acheter une
DE DECEMBRE. 273
Tapiflerie des gobelins , Berline , Bague
, & Pendulle.
Que la Tapiflexie foit de 3 à 4000
1. Que la Bague foit pour homme , &
d'un brillant de 12 à 1500l . & que la
Pendulle foit de 2 à 300 l.
L'adreffe eft au Bureau.
•
N° 309. N. Demande à acheter un
lit de ferge , chaifes , commode , Diamans
& Montre d'or à répetition .
A
Que le Lit de ferge foit couleur de
feu ou cramoify , bordé de blanc avec
fa garniture complerte , & à la ducheffe
, d'environ 4 à 500 l , avec une demie
douzaine de chaifes & une Commode.
Que la Bague pour homme, foit d'un
Diamant brillant de 4 à 500 I , & la
Montre d'or à répetition aufli de 4 a 500
1.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 310. On demande à emprunter
de
l'argent.
tés ..
On donnera de trés bonnes feure-
L'adreffe eft au Bureau .
No 311. N. Demande à placer 40000
1. de billets de l'Etat,
Soit à conftitution ou à rendre en
differents tems , ou on les employera en
1
274 LE MERCURE
achat de meubles de differentes natures.
L'adreffe eft aus Bureau .
N° 312. On demande à acheter un
trumeau .
Qu'il foit de cinq pieds d'hauteur
& de ; pieds de largeur.
L'adreffe eft au Bureau,
N° 313 N. Demande une Terre ou
Ferme à acheter.
Que la Terre foit du prix depuis
3000 1. jufqu'à 10000 1. & éloignées
de Paris depuis 6 lieües jufqu'à 3olieües.
L'adreffe eft aus Bureau.
N° 314. N. Demande à achetter une
véfted'Etoffe d'or ou d'argent , & une
juppe de velours noir .
La même perfonne demande un Domeftioue
qui ait au moins 40 ans , fçachant
faire la cuifine & qui foit à toute
main.
L'adreffe eft au Bureau .
N° 315. N. Demande à acheter une
Tapiflerie fine , à perfonnages, d'environ
3000 1.
Plus deux faureüi's .
L'adreße eft au Bureau.
N° 316. N Demande à acheter
Maitons , Terres ou Rentes , ou à plaDE
DECEMBRE. 275
cer un fonds fur divers particuliers .
L'adreje eft an Bureau.
N° 317. N. Demande à acheter des
fauteuils dorés & des rideaux de fenêtres
.
Que les fauteiii's foient faits à la mode,
garnis non couverts, & que les deux
rideaux foient de Damas où de Taffetas
cramoify .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 318. N. Demand: à placer ou à
acheter diverfes chofes en billets de
l'Etat , partie en argent.
L'adreße eft au Bureau,
N° 319. N. Demande à acheter Dentelles
, Tabatiére , & Montre d'or pour
homme & pour femme.
L'adreffe eft an Bureau.
N° 320. N. Demande à convertir
des billets d'Etat en rentes, fur des parti
culiers
L'adreffe eft au Bureau.
N° 321. N. Demande à acheter une
Maiſon ,
Qu'elle foit fituée à Paris , & au deffous
de 40000.1 . On payera le prix de
l'acquifition en espéces , pourvû qu'elle
n'ait aucunes charges.
L'adreße eft an Bureau.
275 LE MERCURE
Nº 322. Ce sont deux Navires , dont
il est parlé au ' article de cette Lifte.
No 323. Affaire particuliére.
N° 324. Jufqu'au Nº 329. Affaires
finics .
N° 330. Sept livres de foye d'Italie
fillées , à vendre pour
Au Bureau .
80. l.
N° 331. N. Demande à emprunter
15000 1. efpéces .
C'eft pour achever de payer des Ouvrages
& Bâtiments déja avancés ; l'on
fournira une déclaration d'emploi fur
& Maifons .
L'adreffe eft au Bureau.
Nº 332. On demande un meuble
complet à acheter.
C'est - à - dire , une Tapiflerie de Damas
cramoify , avec 8 fauteuils , un
fopha comme tout neuf; plus un
écran, un trumeau qui ait tout au moins
3 pieds de large , & la hauteur à proportion.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 333. N. Demande à acheter un
Diamant brillant en bague , pout homme,
de 10 à 1200 1. & une juppe de
velours noir,
L'adreffe eft an Bureau.
DE DECEMBRE
277
N° 134. Charge d'Aumonier ordinaire
en Cour , à vendre , pour 5000 1.
Elle jouit de tous les Privileges des
grands Commenfeaux de France ; elle
peut être poffedée à fimple Tonfure ;
elle produit de révenu , fçavoir 547 l .
10 f.pour nourriture , payables en argent
par chacun quartier ; 200 1. d'apointements
; 6ol.de fourniture & 180 ' .
de bon par an ; plus un logement à Paris
de trois chambres eftimées 300 1. par an ,
outre deux autres en deux Maifons Royales.
Les frais de reception iront à 150
1. pour l'acquereur.
L'adreße est au Bureas.
No 335. Un gand Tableau reprefentant
le jugement univerfel , à vendre .
Il et de 7 pieds 2 po . de haut , &
de 6 pieds 2 po. de large fur toille ,
de
C'eſt une copie tirée fur l'original , d'aprés
Michel Ange fur leVatican deRome
On le voit au Bureau .
N » 336. Montres à vendre .
>
Depuis ce N jufqu'à 339 , font pluficurs
Montres de differents prix ,
parmi lesquelles il y en a une à répetition
d'or.
A a
278 LE MERCURE
On en donnera l'adreffe.
N 340, Affaire particuliére
No 341. N. Demande à emprunter
soo 1, efpéces.
On hipotequera un Contrat de rente,
fur l'Hôtel de Ville de 4850. 1. de
principal , que l'on déclarera franc &
quitte.
L'adreße eft au bureau.
No 242. Deux bagues à vendre.
L'une eft carrée , taillée en rofe pour,
4501
.
Et l'autre
en coeur
, auffi
taillée
en
rofe
, pour
300
1. Au
bureau
.
N 344 Un Pied de table à confolle,
fculpté , en tête de Dragon d'oré ,
comme neuf, à vendre.
Au bureau.
40 1.
No
345. On
demande
à acheter
à
vie
une
maifon
, à Paris
ou à la Campagne
, de 8 à 900
1. de loyer
.
la
Que la maison de Campagne foit à
3 ou 4 lieues de Paris , fortant par
porte faint Bernard , ou par celle de
faint Antoine , du prix de 4 à 5000 l .
qu'il y ait un peu de terrain en cour
& en jardin.
Que la maifon dansParis , foit à porte
cochere , remite & écurie , avec un
DE DECEMBRE. 279
jardin , il n'importe du quartier ny de
l'éloignement.
L'adresse eft au bureau .
No 346. Un Particulier demande une
place de fécretaire ou gouverneur d'enfans.
Il fçait le Latin , l'Eſpagnol , l'Aritmethique
, & les affaires.
L'adresse eft au burean .
No 347. finie .
No 348. Un (arofse à deux fonds
à vendre .
Il eft de bois peint en ébeine , doublé
de damas à feuilles mortes , & à feurs
noires & aurores , avec 3 belles glaces
, & quatre bons réforts ; il eft d'environ
4. à fool.
L'adresse est au bureau .
No 349. N. Demande à fe deffaire du
billet d'un particulier d'environ 2020 l .
L'adresse du Propofant est au bureau.
No 350 : 351. & 352. font Plufieurs
fichus brodés , or , argent & foye , fur
gaze d'Italie , à vendre.
Les uns font à 3 l . 6 ſ. 6 d . & á
51. 14 f. & les autres à 9 l . 10 f. de
toutes couleurs.
Au burean.
7
No 353. N. Demande à acheter une
bonne Berline. A a ij
LE MERCURE
"
Il n'importe de quelle couleur le dedans
foit.
L'adresse est au bureau.
No 354. N. Demande à acheter un
habit court avec un manteau pour un
Eclefiaftique.
On y mettra jufqu'à 60 1 .
L'adresse est au bureau .
No 355. N. Demande à acheter une
Terre , à haute , moyenne & baffe juftice.
Qu'elle foit hors de toutes capitaineries
, diftante de Paris , depuis 8 jul
qu'à 16 lieües : S'il y a Riviére , en remontant
de Paris , du côté d'Auxerre
ou de Nogent fur Seyne, on fera content
que la diſtance foit d'environ 25 lieües ,
fi plus prêt elle ne fe trouve.
L'adresse eft au bureau ,
No 356. N. Demande à placer des
billets de l'Etat.
L'adrefe eft au bureau .
No 357. Demande à emprunter 1000
1. fur une maison à Paris .
Elle produit 240 1. de rente ; on la
déclarera franche & quitte , & on payera
l'intérêt au dénier 20 .
L'adresse eft au bureau.
No 358. N. Demande à acheter une
DE DECEMBRE 281
maifon aux environs du Palais.
Qu'elle foit à porte cochere ou une
belle porte batarde ; on y mettra environ
L'adresse est au bureau.
30000
1.
No. 359. Ceintures de femmes ; fines,
* de faye , mêlées d'or & d'argent , à vendre.
Il y en a de differents prix , & de di-
- verfes couleurs ; ainfi qu'on en fera voir
au Bureau les échantillons .
1
• Nº, 360. Chaife de poste , comme
neuve , à vendre .
Elle eft doublée de velours , à ramige
, à refforts d'Espagne , Elle a coûté
d'hazard soo . livres , & n'a fait que le
voyage d'Alençon .
L'adresse est au bureau.
N° , 361. N. Demande à emprunter
1000. livres à dé eguer
,
fur des loyers
de maitons pour le remboursement.
L'adrelse est au bureau .
N°. 362. N. Demande à vendre une
maifon à Paris , ou à emprunter 3000.
livres à conflitution .
Elle eft nouvellement rébatie ,
prés de la place Maubert , & a êté acquife
par decret ; pour fûreté de l'emprunt
, on hypothequera ladite maifon
A a iis
282 LE MERCURE
que l'on déclarera franche & quitte ,
avec 20000 livres de principaux fur.
l'Hôtel de Ville .
*
L'adreffe eft au Bureau.
No. 394. Une Montre à vendre.
Elle eft de métal doré, cizelée, à grand
balancier ; émaille blanc , pour 55. liv.
Au Bureau.
No, 565. 7abatiere en étoile , garnie
de piéces d'or , & de chagrin vert , à
vendre.
Au Bureau.
No. 366. N. Demande à acheter des
foyers de marbres , des chambranles en
marbre & en pierre , avec des trumeaux
& gardes-feu do : és ou unis .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 367. N. Demande à transporter
un Billet en forme de Quittances , fur
le Tréforier des menus de la Maifon du
Roy.
L'adreffe eft au Bur as.
No. 368. Affaire particuliere.
No. 369 N. Demande à acheter un
Caroffe coupé , ou une Berline à deux
petits fonds , ou coupée
On y mettra ufqu'à mille ou 1200. l-
L'atreffe eft au Bureau .
N°. 370. Chaife de pofte , à vendre.
DE DECEMBRE 283
Elle eft fur quatre rouës , pour 400 .
L'adreße eft au Bureau.
No. 371. Finic .
No. 372. Montre à vendre .
Elle cit de métal de Prince , à grand
balancier , à boëre de chagrin noir , piquée
de cloux d'or , chaine à l'Angloife
de même métal , pour
Au Bureau.
75. liv.
No. 373. Un Particulier demande une
perfonne qui veuille s'accommoder avec
lui , des prétentions qu'il a pour un
compte de tutelle , qui eft pendant au
Bailliage de Tours ; le rendant - compte
fe trouve reliquaraire de 90co . livres ,
& eft fort folvable .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 374. Un beaufufil , comme neuf,
à garniture dorée , à vendre, pour 100. 1 .
An Bureau·
Nº . 375. N. Demande à placer 2500.
1vres , partie en billets de l'Etat , partie
en argent , à rendre dans les remps
convenus.
L'adreße eft an Bureau .
No. 376. & 377. Plufieurs piéces de
ruban rayé , mêlé d'argent fur gros
grains, de diverfes couleurs , & à differens
prix, à vendre les uns à 3. livres 5. fols S
284 LE MERCURE
1
*
l'aune , & les autres,à 2. livres 5. fols.
Au Bureau
No. 378. Finie.
No. 379. Un Particulier , Me & ancien
Marchand , demande à s'affocier
avec une perfonne , pour fabriquer des
draps hins.
L'a'reffe eft au bureau,
N° 380 N. Demande à acheter une
Charge d'Architecte ou autres , à conftitution
, au denier 255 ou àરે payer en
quittances de finances d'une autre
charge , liquidées.
L'adreße eft au bureau.
N° . 381. Un Particulier demande un
emploi dans un Bureau , ou place de
Secretaire , ou Gouverneur d'enfans de
Qualité ; il fçait écrire, felon les principes
du plus fçavant Maître de Paris , &
fçait auffi les Mathématiques.
L'adreffe eft an bureau.
N°. 382. N. Demande à tranſporter
des interêrs échûs & à échoir , d'uneCharge
(uprimée , & dont le remboursement
a êté liquidé.
L'adreffe eft au burean .
No. 383. Apartementgarni à loiter.
C'est dans la rue Maubué au Saint-
Efprit , chez Monfieur Marior.
DE DECEMBRE 285
L'ameublement eſt trés propre , & à
lamode : Il fournira la nourriture, fi on
le fouhaite .
N. 384. Une garniture de point , à
raifeau , avec les engagantes , à vendre.
Au bureau.
Nº . 385. Une Enſeigne de cuivre de
la bonne grandeur , reprefentant la Pro-´
vidence , à vendre . .
Au bureau,
No. 386. Une Garde d'épée fur cuivre
doré, à vendre ; elle eft comme neuve,
2. liv. 10, f.
Au bureau.
No. 387. Plufieurs pieces de dentelles
communes , à differens prix , à vendre
.
Au bureau.
Nº . 388. N. Demande à placer 30oo .
livres de billets de l'Etat , ou à acheter
pour ladite fomme, divers effets de rencontre.
L'adresse eft au bureau.
N. 389. Montre à vendre .
Elle eft de métal de Prince doré dans
fa boëte de même métal , cifelée , faite
par Jean Baillon , pour
An bureau.
75.
liv.
N°. 390. boutons de poignets , montés
en or , à vendre.
286 LE MERCURE
"
Ils font d'Angleterre , & garnis de
chiffres , couverts de criftaux taillez ,
pour
Au bureau.
25. liv.
N°. 391. Un brafselet de vermeil ,
avec un chiffre couronné de deux Anges
, à vendre , pour
Au burean.
10. liv.
No. 392. On demande un Caroffe
doublé de velours cramoifi, à quatre pla
ces , avec une catéche à cinq ou fix places
, avec un dais .
L'adresse est an bureau .
,de l'ouverture du Bureau général
d'Adreffe & de Rencontre , & des avantages
que le Public en retireroit.
Comme je n'en ai donnéjufqu'apréfent
qu'une légére idée , il femble que le Public
exige de moi , que je l'inftruife des
Loix & des Réglemens, que les Direc
teur de cette entrepriſe fe font impofés
pour l'utilité& la commodité publique.
J'ai cru qu'en y ajoûtant la première
Lifte de tous les Effets , Demandes G
Propofitions préfentées audit Bureau .
on détromperoit par cet expofé , beaucoup
de perfonnes qui avoient regardé
jufqu'à préfent , le projet de cet établiffement
, comme impoffible dans l'éxécution.
Voilà cependant les chofes en ordre »
& c'est déja beaucoup pour affermir la
confiance commune. Il faut efpérer
qu'elle ne fera qu'augmenter , & que
l'on appercevra bien- tôt les effets de la
fage régie de ceux qui en font à la tête.
Décembre 1717.
T
218 LE MERCURE
LISTE UNIVERSELLE.
Du Bureau général d'Adreffe & de
Rencontre , où chacun peut donner &
recevoir avis , de toutes les néceffités
& commoditez de la vie & focieté
civile , remis en meilleur ordre qu'il
n'a été par le paffé , pour l'utilité da
Public.
PAR PERMISSION DU ROY ,
Contenue en fes Brévets , Arrêts du .
Confeil d'Etat , Déclarations , Privilege
, Confirmations , Arrêts de
la Cour, Sentences & Jugemens don
nez en confequence .
L
E Bureau d'Adreſſe a paru fi utile
que les Rois Henri IV.
,
Louis XIII. Louis XIV. & Louis XV.
n'ont ceffé de le favorifer par les Brévers
, & Privileges qu'ils en ont accordés.
En effet , pour peu qu'on y
veüille faire attention , l'on reconnoîtra
qu'il n'y a gueres de chofes plus
avantageufes , que l'établiffement de
ce Bureau. Comme les hommes
DE DECEMBRE. 219
font liés entr'eux , par la néceffité
d'un commerce mutuel de befoins &
de fecours réciproques , il arrive tous
les jours , que les uns fouhaitent d'avoir
quelque chofe, dont les autres feroient
bien aife de fe défaire ; & que réciproquement
, les uns cherchent à fe
débaraffer de plufieurs effets , dont d'autres
defireroient de s'accommoder. Ce
qui peut donc être le plus utile pour
le commerce , c'est que chacun de
ceux qui voudroient fe dèfaire de quelque
chofe, fçeût à point nommé, quels
font les gens qui en ont befoin ; & qu'au
contraire, ceux qui voudroient s'accommoder
d'autres choſes , fuffent inftruits
où ils pourroient les trouver : Rien ne
paroît donc plus utile que de trouver
unmoyen facile , par lequel on pût
fatisfaire à ces befoins mutuels .
C'eft ce que nos Rois fe font propofé
dans l'établiffement du Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre ,
auquel ce nom n'a êté donné , que
parce que, tout le monde pouvant toûjours
s'y adreffer , chacun y peut rencontrer
ce qu'il chercheroit vainement
ailleurs . C'eft auffi ce qu'on fe propo-
Tij
220 LE MERCURË
fe dans ce Bureau établi ruë faint Sau
veur , dans lequel , chaque particulier
qui aura befoin de quelque chofe
pourra venir propofer ce qu'il defire ;
comme au contraire , celui qui aura
quelque chofe dont il ait deffein de fe
défaire , viendra en donner avis ; afin
que l'on en informe le public.
"
On tiendra dans ce Bureau univerfel
des Regiftres dans lesquels ,
non feulement les perfonnes qui auront
des avis licites & permis à donner ,
mais celles qui voudront en recevoir ,
pouront fe faire enregistrer.
Pour cela , chaque particulier y
fera d'abord dreffer fon Mémoire fur
une feuille , en forme de Minute , fur
laquelle , l'intention du Demandeur y
fera apurée ; après quoi , ce Mémoire
fera infcrit fur le Regiftre dans les 2,4
heures , pendant lefquelles il fera in--
formé avec une prudence tacite , du Domicile
donné ; afin qu'il n'y ait point
d'avis inutiles ; & le tout fe fera moyennant
trois fols feulement , pour
chaque article enregistré , de même
que pour l'Extrait de chaque enrégiftrement
, en cas que l'on défire en
faire tirer un : Et fi on veut que l'avis
DE DECEMBRE. 221
•
paroiffe dans les Liftes courantes , le
Bureau fe contentera de fort peu de
chofe ,pour l'article qu'on fouhaite faire
imprimer , & que l'on réitérera dans
toutes les Editions fuivantes , jufqu'à
ce que l'affaire foit confommée .
L'on rendra le Mémoire le mieux
circonftancié & le plus court qu'il fe
pourra ; & pour éviter même la longueur
& l'embaras , on fe contentera
d'écrire fur le Registre du Bureau , le
nom de celui qui donne l'avis , ou tef
autre qu'il voudra choifir avec la chofe
dont il s'agit ; & on lui donnera un
billet femblable à cet enrégiftrement ,
fel on le rang auquel il fera venu .
On recevra auffi tous les avis des
Provinces de France & des Païs étrangers
, qui indiqueront quelque chofe à
vendre , ou qui marqueront les chofes
que l'on veut achetter. Mais on aura
foin fur les lieux , de payer le port des
Lettres qu'on envoyera : Les dépenfes
que l'onfait pour le Bureau étant déja
aflés grandes , il ne feroit pas jufte que
F'on fût encore chargé de celle- là .
On fera donc imprimer , autant de
fois qu'il fera néceffaire , un petit Livre
qui ne coutera que 2 fols 6 deniers , &
Tiij
222 LE MERCURE
>
qui contiendra tous les AVIS qu'on
aura envoyez au Bureau comme
Terres , on Maisons à vendre ou à
louer , Meubles , Chevaux , Inventaires
, Curiofitez , ou autres chofes
nouvellement arrivées , à vendre à
Paris ou en Province : Livres nouveaux,
inventions touchant , les Arts & les
Sciences , Changement de demeures des
Marchands on Artifans, & autres : Hôtel
à louer , entiere ou portion , on
Chambre garnie.
De même,fiquelqu'un a befoin d'un
habit brodé , d'un meuble de Velours
ou autre effet , on aura foin de le faireimprimer
comme les autres . Si l'on
ne veut pas mettre dans l'Avis ,fon nom,
ni fon adreffe , on poura donner des
Mémoires où cela ne foit point marqué
, & le petit Livre avertita que ce
nom eft au Bureau . Par ce moyen ,
aura l'avantage , fans fe faire
connoître , de fçavoir à qui s'adreffer,
& d'apprendre quels font les gens qui
auront befoin des chofes dont on veut
fe défaire Il en fera de même à l'égard
du prix. On aura foin à l'avenir ,
pour la commodité de ceux qui achetteront
ce petit Livre , de difpofer ces
on
DE DE CEMBRE. 223
avis par Chapitres diftincts avec cha
cun leur titre, comme Maifons à louer;
Maifons à vendre , Meubles, Chevaux ,
Nouveautez, chofes perdues & trou
vées & c.
S
Or , pour éviter les inconveniens
qui arrivent , de ce que les Avis publics
changent tous les jours , & engager
les particuliers à en avertir , on dépofera
au Bureau depuis fols , jufqu'à
un louis , dont fera donné recépiffé
; car , une des principalles commoditez
du Public en ceci , eft de
ne point recevoir d'Avis inutiles. De
même , ceux qui affichent pour toute
leur vie , & qui ont befoin de renouveller
leurs Affiches de tems en tems,
& de faire pour cela , bien de la dépenfe,
en feront quittes pour une mé
diocre fomme par mois , fans autre foin
que d'envoyer payer le mois.
Il eft bon d'avertir, que ceux qui demeurent
en Province , & qui voudront
avoir ces petits Livres , n'auront qu'à
faire tenir l'argent d'un quartier ou
d'une année , par leurs meffagers , ou
amis ou correfpondans ; on fera les paquets
, & on les portera à la pofte ,
fans qu'il en coûte autre chofe , que
le prix des Livrets , avec le port. Tiiij
•
224 LE MERCURE
Ceux qui voudront donner des Avis,
touchant ce petit Livre , pour l'utilité
du Public , pouront les envoyer inceffament
.
Cette nouvelle maniere prévé
nant tous les inconvéniens , on retirerá
de ce Bureau toute l'utilité imagi
nable :Car , on ne poura rien défirer
dans les Provinces & dans la Capitale
du Royaume , dont on ne foit informé
par cette voye , ce qui feroit trés difficile
à découvrir fans ce fecours , ne
feachant à qui s'adreffer , pour avoir
ces chofes , ou pour s'en défaire. Com- ·
me les Avis viendront d'une partie du
Public , ce fera faire préfent à l'autre ,
de ce que le Public lui donne : Ainfi ,
ce canal donnera, lien réciproquement
à tous les particuliers, de fe rendre fervice
les uns aux autres ; enforte que
perfonne n'aura rien qui puiffe ferviz
à un autre , que cet autre ne fçache
auffitôt où trouver celui qui peut l'en
accommoder . Il fe rencontrera même
par là , que la plupart des perfonnes qui
ont des choſes inutiles , qui ne font
publiquement d'aucun débit , & dont
elles demeurent chargées ; & d'autres
aucontraire,ayant befoin de ces chofes ,
DE DECEMBRE. 225
eftant contraints de s'en paffer, faute
de fçavoir où les prendre , les uns &
les autres apprendront par ces petits
Livres , les moyens de s'accommoder ;
ce que l'on peut regarder , comme un
des principaux liens de la focieté ; &
it eft difficile de trouver une voye plus
abregée , plus fûre & moms onéreufe ,
pour fe rendre utile les uns aux autres.
Car ,que peut - on imaginer de plus
commode , que de pouvoir apren
dre en un quart d'heine , fans for
tir de chez foi , & prefque pour rien ,
• tout ce qui peut entrer dans le commerce
des néceffitez de la vie ? L'on pou
ta donc encore fe difpenfer par ce même
moyen, de faire des affiches , dont
la dépenfe eft d'autant plus confidérable
, qu'elle monteroit fouvent auffi
haut , que la forme que produiroit ce
qu'on veut vendre ; lors que les chofes
dont on veut fe défaire , font de peu
deconféquence, & qui font en bien plus
grand nombre que les autres. De plus ,
il y a quantité de chofes pour lesquelles
on ne s'eft point encore fervi d'affiches,
afin d'en informer le Public .
La voye qu'on propofe eft bien plus
facile > car , outre que les affiches no
226 LE MERCURE
font vûës que de ceux qui marchene
dans les rues , & dont la plûpart ſe font
même une espéce de honte de les regarder
& de les lire ; c'eft qu'elles font
en une telle confufion , par le grand
nombre de nouvelles qu'on en trouve
tous les jours , qu'on ne daigneroit y
chercher celles dont on a befoin ; enforte
qu'on ne remarque guéres que
les plus apparentes. Ainfi , chaque particulier,
qui a quelque avis à donner au
public , a donc beaucoup d'interêt de
le faire par le moyen de ce petit Livre;
& l'on peut affûrer que ceux qui s'y
feront mettre , auront un grand avantage
fur ceux qui voudroient épargner
fe peu qu'il en coûte. Car , il eft certain
qu'une maison, par exemple, que par ce
Livrer , on verra être à louer , le fera
beaucoup plûtôt que celle dont on n'eſt
averti que par un écriteau attaché à la
porte. Ceux qui auront quelques mar→
chandifes ou modes nouvelles , quelque
invention ou autre chofe qui foit
d'ufage dans les Provinces , auront encore
un interêt trés confiderable à en
donner avis , par ce petit Livre qui ne
manquera pas d'y être envoyé.
.
DEDECEMBRE.. 227
LISTE
Des principalles chofes pour lesquelles
on peut s'adreffer, & defquelles on
peut faire rencontre aisément au Bureau
général d'Adreffe & de Rencontre
, & quiferont mifes fur le Regiftre
, & imprimées dans les petits
Livres d'Avis.
1. Eux qui voudront vendre des
Terres ou des Maifons à la
Campagne, envoyeront au Bureau , des
mémoires qui marquent en quoi elles
confiftent , & qui en faffent connoître
le prix.
II. Ceux qui auront des Maifons à
vendre à Paris , marqueront le prix &
ce qu'elles contiennent , dans les mémoires
qu'ils envoyeront au Bureau .
III. Ceux qui auront des places
à vendre pour bâtir , doivent marquer
dans leurs mémoires , le nombre des
toifes , le quartier où la place eft fituée
& le prix .
I V. Ceux qui auront des Charges
à vendre , doivent en marquer le prix
dans les mémoires qu'ils envoyeront
128 LE MERCURE
avec les gages & les émolumens qu'ils
en retirent.
V. Ceux qui auront des Rentes à
vendre , marqueront dans leurs mémoires
en quoi elles confiftent."
VI. Ceux qui auront des Biens, dont
la vente fera pourfuivie en Juſtice ,
pouront envoyer leurs mémoires.
VII. Ceux qui auront des Inventaires
à faire , pouront , quelque tems
avant de les ouvrir , envoyer des mémoires
de ce qui s'y doit vendre de plus
remarquable.
VIII. Ceux qui voudront vendre
des Bibliotheques , des Cabinets de
Livres ou des fonds de Librairie , dotvent
faire fçavoir le nombre des vo-
Humes, & fi ce font des Livres de Theo
logie , de Philofophie , de Mathe na
tiques , de Médecine , de Droit , d’Hiftoires
ou de figures , & dans quel lieu
on les peut aller voir ou achetter.
IX. Les Libraires pouront envoyer
des mémoires de leurs Livres nouveaux
, & le prix qu'ils les vendent ,
afin que le Public en föit inftruit On
n'entrera dans aucun détail de ce que
contiennent ces Livres ; mais , l'on fe
contentera de marquer le titre du Li-
C
DE DECEMBRE. 229
vre , le prix & le nom du Libraire .
X. Les Curieux ou autres , qui voudront
le défaire de leurs tableaux
n'auront qu'à en marquer la grandeur ,
ce qu'ils reprefentent , le nom des
Peintres qui les ont faits , & ce qu'ils
les eftiment.
XI. Ceux qui voudront vendre tout
ce qui s'appelle meubles , bijoux , habits
, caroffes , chevaux &c. n'auront
qu'à envoyer des mémoires inftructifs
de toutes ces choſes .
XII. Ceux qui voudront faire pêcher
leurs êtangs , & en vendre le
poiffon , doivent envoyer des mémojres
du lieu & du tems.
XIII. Les Particuliers qui auront
du vin à vendre en gros ou en détail ,
n'auront qu'à faire fçavoir de quel
crû , & de quel prix il eſt .
XIV. Les Jardiniers qui auront des
fruits , fleurs & legumes prématurées
à vendre , n'auront qu'à en envoyer
des mémoires .
XV. Ceux qui voudront achetter
quelques -unes des chofes marquées
dans les articles ci - deffus n'auront
qu'à s'adreffer au Bureau pour en informer
le Public.
›
230 LE MERCURE
XVI. Ceux qui auront des Maifons
ou des appartemens confidérables
à louer , en envoyeront des mémoires
: On en parlera plus amplement
que les écriteaux qui n'en font point
de defcriptions ; on dira en quel quartier
elles fons fituées , ce qu'elles ont
de beau & de commode , & leur prix.
XVII. Ceux qui voudront prendre
des Maifons à loyer, envoyeront auffi
leurs mémoires .
XVIII. Ceux qui auront des Jardins
à louer dans les fauxbourgs de
Paris , ou dans les Villages des envi-
Tons , pouront en faire fçavoir le prix ,
& en quoi ils confiftent; afin qu'on épargne
par là au Public , la peine de faire
plufieurs voyages pour en chercher.
XIX. Ceux qui voudront prendre
des Jardins à loyer , feront la même
choſe.
XX. Ceux qui voudront faire des
échanges de terres , de rentes , & généralement
de tout ce qui fe peut échanger
, marqueront dans leurs mémoires
ce qu'ils veulent donner , &
ce qu'ils veulent avoir.
XXI. Ceux qui auront des Biens
à donner à ferme , envoyeront des
DE DECEMBRE.
231
mémoires bien circonftanciés , & on
les rendra publics .
XXI . Ceux qui voudront prendre des
biens à ferme , feront la même chofe.
XXII . Ceux qui auront des machines
& des découvertes nouvelles ,
utiles au Public , n'auront qu'à le faire
fçavoir au Bureau.
XXIII . Ceux qui chercheront des
gens pour s'affocier avec eux , foit
dans l'exercice de quelque art , foit
pour trafiquer , n'auront qu'à le faire
fçavoir.
XXIV . Les Pinces Etrangers , les
Ambaffadeurs , & les autres Etrangers
de qualité qui arriveront à Paris , pourront
s'adreffer au Bureau , s'ils veulent
que leur train foit fait en peu de
tems. On les fervira , non feulement
en cela , mais encore, en ce qui regarde
beaucoup de chofes dont ils рец-
vent avoir beſoin .
XXV. Tous les Etrangers qui vien
dront à Paris , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau ; on leur dira comment
ils pourront voir ce qu'il y a de curieux
, à qui ils doivent s'adreffer ; &
s'ils veulent, on leur donnera des gens
pour les conduire par tour . On leur
232 LE MERCURE
enfeignera auffi ce qui leur poura
être néceffaire pendant le tems de
leur fejour.
dans
XXVI. Les Maîtres , qui prennent des
Penfionnaires pour étudier ,
étudier , n'auront
qu'à envoyer leurs Mémoires ,
lefquels ils auront foin de marquer
le lieu où ils demeurent , le prix qu'ils
prennent , & le nombre des Penfionnaires
qu'ils ont. Ils doivent même faire
fçavoir , s'ils font d'Eglife , ou mariez
; s'ils ont des Jardins , & s'ils
font logez en bel air .
XXVII. Ceux qui voudront fe mettre
en penfion , n'auront qu'à s'adreffer
au Bureau , on leur rendra fervice.
XXVIII. Les perfonnes publiques qui
fe trouveront chargées de beaucoup
d'affaires , pouront envoyer le lieu
de leur demeure , lors qu'elle "aura
changé ; on en avertira le public , &
fur tout, les gens de Province à qui on
croira faire un grand plaifir . Plufieurs
n'ayant point d'habitude à Patis , font
fouvent embaraffez , au retour de leur
pays, à chercher ceux qui ont eu autrefois
leurs affaires entre les mains ,
ne pouvant les trouver , parce qu'ils
ont changé de demeure,
CeuxDE
DECEMBRE. 233
XXIX. Cenx qui feront intereffez
dans les manufactures , pouront avertir
des chofes à quoi on travaille dans
ces lieux. Beaucoup de gens paffent
fouvent par des Villes , où il y en a
d'établies,fans rien achetter , faute de
fçavoir qu'il y en ait .
XXX . Les Curieux qui voudront
indiquer leurs demeures , & recevoir
ceux qu'on leur envoyera , pour voir
leurs Cabinets , pouront par ce moyen,
faire leurs affaires , foit en vendant ,
foit en troquant.
XXXI. Les Intereffez dans les Vaiffeaux
qui arriveront dans les Ports de
France , n'auront qu'à envoyer le dénombrement
des marchandifes qui feront
dans lefdits Vaiffeaux , & on en
avertira le Public .
XXXII Les Marchands forains
pourront
, avant l'ouverture des Foires , envoyer
des mémoires de tout ce qu'ils
auront fait faire de nouveau , pour y
étre vendu .
XXXIII. Les Peintres fameux , dont
le public fouhaite de voir les Ouvra
ges , & fur tout les Etrangers , envoyeront
leur demeure , & des mémoires
de tout ce qu'ils auront de plus confi
234
LE MERCURE
•
derable , ou qu'ils confervent chez
eux , ou qu'ils ont fait chez des , perfonnes
qui voudront bien les faire voir
aux Etrangers de qualité ; le tout , pour
la gloire de la France , & pour leur
utilité particuliere.
XXXIV . Les Marchands & Artifans
confiderables , qui auront changé de
demeure , , pouront en ' donner avis au
Bureau , qui en informera le Public.
XXXV.Ceux qui établiront des commoditez
pour voyager , doivent en envoyer
des mémoires .
XXXVI . Les Huiffiers qui partiront
pour quelque Province, pouront le faire
fçavoir , par ce moyen ils feront
chargez des affaires de ceux qui en
ent dans les mêmes lieux ou fur la
route ; & il en coûtera bien moins aux
particuliers , qui font fouvent obligez
d'envoyer des Haffiers , & de payer
feuls , tous les frais de leurs voyages.
XXXVII . Ceux qui auront des affaires
en Province , pouront auffi en
donner avis , & en envoyer des mémoires
au Bureau.
XXXVIII. Ceux qui auront fait
quelques pertes , de quelque nature
qu'elles foient , doivent bien marquer
DE DECEMBRE
235
dans les mémoires qu'ils envoyeront
au Bureau , tout ce qu'ils auront perdu
, & ce qu'ils voudront donner à
ceux qui l'auront trouvé .
XXXIX. Ceux qui auront trouvé
quelque chofe , en donneront avis au
Bureau ..
XL. Comme il fe fait de tems en
rems des plaidoyers fameux , que pluhieurs
perfonnes fouhaitent d'entendre,
foit à caufe des matiéres curieufes que
l'on y doit traitter , & dont on eft bien
aife de s'inftruire , foit à caufe du merite
des Avocats ; on croit obliger le
'public, en avertiffant des jours que l'on
doit plaider des caufes fi célébres . Ainfi
, les Parties pour lefquelles ces caufes
fe plaident , ou Meffieurs les Avocats
n'auront qu'à en envoyer des avis .
XLI. Lorfque des Prédicateurs fameux
prêcheront dans quelque Eglife ,
en en pourra auffi donner avis.
XLII. Ceux qui voudront faire des
Leçons ou des Conferences publiques ,
n'auront qu'à envoyer lears avis au
Bureau .
XLIII. Tous ceux enfin , qui voudront
avertir le public de quelque chofe qui
foit de nature à être affiché , ou qui
Vij
236
LE MERCURE
a coûtume de l'être , n'auront qu'a
donner leurs mémoires bien circonf.
tanciés au Bureau , avec pouvoir de les
faire imprimer on ne manquera pas
de les fatisfaire .
ce
Enfin , on peut s'adreffer en ee Bu
reau univerfel , pour tout ce qui peut
entier dans le commerce licite & permis
, qui compofe la focieté civile .
PREMIERE LISTE
Des Avis qui font venus au BUREAU
général d' Adreffe & de Rencontre, ruë-
S., Sauveur , qui donne d'un bout , dars
la rue Montorgueil; de l'autre , dans
la rue S. Denis..
DEUX NAVIRES A VENDRE .
L'un eft de so à 52 piéces de Canony
& l'autre, de 40 à 44 piéces , du port
de 400 à 450 Tonneaux chacun.
On verra au Bureau , l'Etat de leurs
Inventaires & autres Inftructions , pour
y recevoir les offres ..
UNE MAGNIFIQUE TENTURE DE
TAPISSERIE à Vendre .
C'eft un Ouvrage des plus riches
& des plus finis : Elle eft digne de
DE DECEMBRE.. 237
Fattention des curieux : Elle paffe.
30000 , cy
Elle eft au Bureau. grean .
30000
liv.
UNE BAGUE d'un Diamant de dix
huit grains , fort
Elle eft au Bureau.
• 5000
liv.
PLUS . 2. Pendeloques de Diamants
Ils péfent enfemble vingt-deux grains .
Au Bureau.
4500
liv.
UNE VERDURE , TAPISSERIE DE
FLANDRE.
Elle a deux afines & demie de haut ,
fur environ dix- huit aûnes de cours.
Au Bureau.
UN TABLEAU du Rimbran .. 150 liv.
1
On le voit an Bureau.
N° 2. UN TABLEAU de Louis XIV..
Dans fon cadre de bois doré.
L'adreffe eft au Burear.
་
N° 3. UN TABLEAU de Mgr le Grand
Dauphin , Fils de Louis XIV. 33 1
Au Bureau.
N 4 UN TABLEAU de Mgr le Dau
phin , Petit - Fils de Louis XIV : 33 10
Au Bureau.
NS UN TABLEAU repréſentant une
Danaë , dit original
Au Bureau.
60 liv.
Vrij
238
LE MERCURE
Nº 6. DEUX BRAS à bougie , à plaques
de glace de Venife .
An Bureau .
35 liv.
N° 7. DEUX FAUTEUILS à bras , garnis
de crin-
Ils font couverts de morceaux de
rapport , & en partie de velours cramoifi
•
401
.
L'adreffe eft au Bureau.
No S.UNE GARNITURE de fept piéces
de Fayance
Au Bureau.
14 l.
N° 9 UN CABINET,façon de la Chine.
11 eft avec une table à tiroirs , &
deux guéridons affortiffans , 401. ·
Au Bureau.
N 10. N. DEMANDB à emprunter
14000 1. partie Billers de l'Etat .
C'est un Particulier & la Dame fon
époufe , qui déclarent pour 42000 1. de
principal dans Paris , francs & quittes;
à l'exception de 150-1.de rente rachetable
, à laquelle la femme n'eft pas
obligée Les éclairciffements de leurs
biens font contenus fous les Articles ,
depuis No 10 , jufques & compris le
N 18 inclufivement. On en donnera
communication feulement à ceux à
qui la propofition conviendra .
No 19. UN TABLEAU fur toille de 40 f
DE DECEMBRE. 239
Il repréfente un Paifan jouant de
la mufette , copie d'aprés Vandeck,
Au Bureau .
30 1.
N 20 UN TABLEAU fur toille de 10 f
11 repréfente un S. Jerôme , d'aprés
Blanchard
Au Bureau.
20 1.
No 21 UN TABLEAU repréfentant les
Enfans de Jacob vendant leur frere
Jofeph ,
Au Bureau.
Nº. 22. AFFAIRE particulière .
N' 23. AFFAIRE particuliere.
No 24. UN MEUBLE à vendre.
30
l..
C'est un Lit à la Ducheffe de Damas
verd , & reparty de plufieurs étoffes
d'habits à fleurs d'or : Il y a un bordé
d'or fin , qui à la verité eft terny.
L'adreffe eft au Bureau.
No 25. PLus un Bois pour ledit lit,
une Paillaffe , deux Matelas , un
Lit de Plume , deux Couvertures
No 26. Affaire finie.
No 27 Affaire auffi finie.
N° 28. Affaire finie.
300 liv,
N 29. UNSOPHA de Bois à la
Capucine,
240 LEMERCURE
Heft garny de crin & couvert par Bandes
de Tapiflerie , & de Damas à
feurs d'Or.
L'adreffe eft au Bureau.
า
60 liv
N° 30 35. & 32. SIX CHAISES
afforties aux fufdit Soffa.
L'adreffe eft au Bureau .
>
N 33 DEUX TABOURETS de
Bois à la Capucine , affortiffans auf
dites Chaifes
An Bureau.
15. liv.
N34. UN PETIT Bureau à pied de
Biche.
Il eft façon d'Ebeine, couvert de maroquin.
Au Bureau.
1101
No 35 Jufqu'au No 47. Affaires finies .
N° 48. UN PARAVANT à fept.
feuilles.
Il est de bon Drap verd
L'adreffe eft au Bureau.
40 liv.
N 49. UN BON CLAVECIN ordinaire:
à deux Claviers & trois Jeux rgo l ..
Au Burean.
No.
50. N. DEMAND E´un Chien
Brac.
L'adreffe eft au Bureau.
No 51. N DEMANDE deux Lits
Jumeaux de rencontre,qui foient de
Damass
DE DECEMBRE. 241
Damas garnis de leur couche.
L'adreffe eft au Bureau.
No 52. N. DEMANDE une Roquelaure
Ecarlate , qui foit à Boutons d'or &
de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau.
No 53 N. DEMANDE à vendre ou
à troquer un Contrat fur une Communauté.
Il est au principal de
L'adreffe eft au Bureau .
20000 1 .
No 54. DEMANDE particuliere.
L'adreffe eft au Bureau .
No ss. N. DEMANDE une Chaiſe
roulante de rencontre
piftoles.
>
L'adreffe eft an Bureau .
d'environ 35
N°. 55. UN TABLEAU repréfentant
un Saint Pierre dans le défert. 20 liv.
Au Bureau.
DEPUIS le N°. 57. jufques & compris
le N° 1 16, le Registre du Bureau n'eſt
chargé que de belles Porcelaines du
Japon , de rencontre , & à trés jufte
prix.
L'on en voit des efchantillons an
Bureau.
N° 117. UNE GARNITURE de bontons
de rencontre .
Décembre 1717. X
242 LE MERCURE
Ils font de pur trait d'argent. II liv.
Au Bureau.
N° 1 IS. UNE BELLE ECHARPE d'hermine
noire 200 liv.
Au Bureau.
LA MESME PERSONNE demande à achetter
un Lit à la Ducheffe , de Damas
cramoifi ; les Tapifleries les
Chaifes & le Sopha affortiſſans.
L'adreffe eft au Bureau.
,
N° 1 19. N. DEMANDE encore un
Meuble de Damas cramoifi.
L'adreffe eft au Bureau .
NI 20. CHAMBRE GARNIE AVEC
UN CABINET A LOVER .
Elle confifte en une Tapifferie à
Oyfeaux , un grand Lit à Houffe verte ,
& un petit Lit dans le Cabinet, avec un
grand Miroir ; & l'on y fournira le
linge de Table ; le tout pour 20 liv,
par mois , cy
20 liv.
L'adreffe eft vis- à - vis les Peres de
l'Oratoire , à l'Image Saint Sulpice.
N° 121 DEMANDE fecrette :Elle peut
convenir à beaucoup de gens , qui ont
de l'argent qu'ils veulent placer fûrement
& fans ufure ; les éclairciffemens
s'en pouront communiquer à
gens propres pour l'exécution.
DE DECEMBRE. 243
L'adreffe eft au Bureau .
N. 122. N. Demande un caroffe
coupé de rencontre .
L'adreffe eft au Bureau.
N. 123. N. Demande une tapifferie
, verdure de Flandre , de fept à
850. livres ; & pour n'avoir point
la peine d'aller de Tapifliers en Tapiffiers
, on prie ceux qui en auront de
cette qualité & de ce prix , de la venir
annoncer au Bureau . On la payera
Comptant.
No. 124. N. Demande à emprunter à
conftitution de rente,neufà 10000. liv.
L'on hypothequera pour dix-huit à
20000. livres de contrats de rente à Paris,
que l'on déclarera francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau .
N. 125. Un Habillement d'homme
complet,neuf & de rencontre , à vendre .
Il eft de drap noir , la culote doublée
de peau;il est pour moyenne taille .
40. liv.
Au Bureau.
No. 125. N. Demande à emprunter
fur des délégations de loyers qui feront
acceptés .
L'on veut fept à 800. livres , qui fe
Xij
244
LE MERCURE
ront remboursées par cinquième , de
quartier en quartier.
L'adreffe eft au Bureau.
N ... 127. N. Demande à acheter une
Terre confidérable , dans l'acquifition
de laquelle , on voudroit paffer des billets
de l'Etat . On voit là fuite de la
propofition au Bureau.
Propofition fecrétté , pour emprunter
cent mille livres.
L'on donnera des fûretés pour plus de
trois cent mille livres, qui ne feront pas
rejettées.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 128. N. Demande à emprunter
soo. livres pour neufmois.
. On donnera de bonnes fûretés.
N. Demande une verdure d'Hollande
, & unlit de Damas uni.
C'eft la même perfonne que deffus :
L'adreffe eft au Bureau .
No. 129. Un juppon , & la tapiſſerie
d'un fauteuil à vendre .
Le juppon eft de damas verd , beau ,
comme neuf, & les morceaux de tapiflerie
pour le fauteuil , n'ont point en
core êté montés , 39 liv.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 130. N. Affaire particuliere .
DE
245 DECEMBRE.
No 131. Affaire finie .
No 132.Un Trumeau ,pour cheminée
d'une glace à vendre ,
An Bureau.
70. liv.
No 133. N. Demande à acheter une
Berline , ou un Caroffe coupé.
L'adreffe eft au Bureau.
N' . 134. N. Demande à acheter une
maifon dans Paris .
On fouhaiteroit qu'elle fût à porte
cochere,avec jardin en grand air ; comme
vers l'Eſtrapade : L'on y mettra vingt
à 22000. livres ; & on payera d'abord
moitié en efpeces .
L'adreße eft au Bureau .
No. 135. Une Montre Angloife à
vendre .
La même perfonne demande 12. chemifes
à dentelles ; il y mettra quatre
à 5oo. livres .
No. 136. L'on demande 3000. livres
à conftitution de rente.
L'on déclare pour 30000. livres de
fonds à Paris, francs & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 137. Diverfes rentes & rembourfemens,
à vendre ou à emprunter deffus ,
avec garantie .
Le tout eft fur dés perfonnes qui font
•
X iij
2~46 LE MERCURE
bonnes , ainfi que les éclairciffemens,
que le propofant en a donné au Bureau ,
le feront connoître .
N° 138. N. Demande une place de
Jardinier.
C'est un homme de 40. ans , marié,
& fans enfans , qui dit fçavoir le jardinage
en perfection : Il entend la culture
des arbres fruitiers des orangers ; il tra
vaille aux fontaines ; il fera connoître
les lieux où il a été.
L'adresse eft au Bureau.
No. 139. N. Demande une place
de Concierge.
C'eſt une femme veuve ,fans enfans;
elle eft propre a être concierge , jardi-
Diere & gouvernante d'enfans.
No. 140. Finie.
No. 141. Plufieurs Commodes , &
Equipages de toillete,à vendre en gros .
Une commode d'écaille de marqueserie
,
On lafera
voir
au Bureau
.
145.
liv.
No. 142. Une autre de bois d'olivier,
48. liv.
L'adresse eft au Bureau.
lée ,
Nº. 143. Une de paliffandre anne-
46.
liv.
DE DECEMBRE. 247
L'adresse eft au Bureau.
No. 144. Une de bois d'olivier , 30. I.
L'adresse eft au Bureau.
No. 145. jufqu'au no. 148. finies .
N. 149. Une de bois de fil d'olivier,
Ladresse eft au Bureau..
30 liv.
No. 1 5o. Un équipage de toilette
ferrée ,
L'adresse eft au Bureau .
No. 151. Une autre de
L'adresse eft an Bureau .
20. liv.
14. liv.
No. 152. Une de bois d'Olivier. 18. 1 .
On poura vendre lefdites Commomodes
en gros , ou on les troquera con .
tre d'autres effets.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 153. Finic .
No. 154. Quarante-fix aûnes & demie
d'or faux , fur foye fine , de rencontre
.
Il eft large de trois travers de doigt ,
& uni ; le tout péfe 7. marcs 4. onces.
L'once eft à vingt fols .
No. 155. Vingt-deux onces de bord,
de même qualité , & au même prix.
On les fera voir au Bureau.
No. 156. Rente à vendre , ou à y faire
emprunt.
X iiij
248 LE MERCURE
C'est uncontrat au principal de 3000.
livres,fur l'Hôtel de Ville , que l'on veut
vendre , ou emprunter deffus 1000. 1 .
Le mari & la femme s'obligeront .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 157. Augmentations de gages
montants à 1500. livres , à vendre , ou
à emprunter deffus 400. livres.
No. 158. N. Demande à emprunter
6000. livres.
A rendre dans fix mois ; & l'on hypothequera
pour 1 8000. livres de contrats
,fur la Province de Languedoc.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 159. Finie.
No. 160. Un contrat de 1800. livres de
principal , à vendre fur une maiſon.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 161. Affaire particuliere.
No. 162. Finie.
No. 162. N. Demande place de Précepteur.
Le fujet offre d'être éprouvé un mois.
No. 164. Une Maiſon à donner à bail
ou à vendre à Fontainebleau.
Les inftructions font au Bureau.
No. 165. Finie.
N. 165 Avis , pour toifer exactement
les Terres.
DE DECEMBRE. 249
L'Auteur a apporté au Bureau un mémoire
inftructif, touchant la maniere de
tirer les plans des terres , &de renouveller
les terriers : Ceux qui en auront
befoin , s'adrefferont au Bureau , où on
leur donnera communication dudit
mémoire, avec la demeure de l'Auteur.
No167.Six bordures fculptées, non dorées
, avec leurs chapiteaux à vendre.
Mefure des bordures par le dedans.
Une de 39. pouces fur 29. po.
Une de 40 pouces fur 29. po .
Une de 42. pouces fur 31. po.
Une de 36. pouces fur 26. po .
Une de 34. pouces fur 26. po .
Une de 45 pouces fur 33.
Cette dernière eft fans chapiteau.
Les autres font particulierement
propres pour des miroirs.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 168. Affaire particuliere.
No. 159. Un Habit complet pour
femme ; il eft bordé d'or & de foye torfe
, non monté , & de rencontre , le tout
y eft diftribué avec un goût admirable.
sso. liv.
On lefera voir au Bureau.
No. 170. Une garniture brodée de
mouffeline non montée , à vendre.
250
LE MERCURE
Elle contient onze pieces , y compris
les engageantes , & le tour de gorge :
Cette broderie eft des plus parfaites.
On la voit au Bureau.
so. liv.
N. 171. Un Phaeton à cerceau , ou
chaife roulante de rencontre , à vendre.
Elle eft garnie de drap écarlate ,
effyeux de fer . 400.
liv, N». 172.
jufqu'au
110. 174„finies
.
N.
175. N. Demande
à vendre
un
contrat
fur la Ville
.
Il est au principal de 1500. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 176. Finie.
No. 177 N. Demande à vendre un
contrat fur la Ville .
Il eſt au principal de 5000. livres.
Liadreffe eft au Bureau.
No. 178. Finie .
No. 179. Finie.
No. 180. N. Demande d'être Précepteur
, ou un autre emploi ; il fera
connoître qui il eft .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 181. N. Affaire particuliere.
No. 182. N. Demande plufieurs meubles
& hardes à acheter.
Sçavoir une tapifferie de 6000. liv.
DE DECEMBRE .
25x
Une montre , d'or de 600. liv.
Un lit de damas cramoifi , ou d'une
autre couleur , & une juppe de velours .
L'adreffe eft au Bureau .
No. 183. N. Demande à emprunter
4000. livres par obligation , un tiers en
argent , & deux tiers en billets d'Etat .
Il a de bons hypotheques à Paris .
L'adreffe eft au Bureau.
{ No. 184. Contrat fur la Ville à vendre
.
Il est au principal des5oo. livres .
No. 185. N. Demande un emploi.
Cette perfonne a eu plufieurs emplois
, dans les Aides , Domaines , &
dans les vivres. Il eft encore propre
pour les affaires du Commerce , foit
de Mer ou autre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 186. N. Demande à acheter une
trouffe de rencontre.
On y mettra jufqu'à dix pistolles.
No. 187.. Affaire particuliere.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 188. Un lit de damas' cramoifi
de rencontre , à vendre .
La houffe eft d'une belle ferge d'aumal.
Au Bureau .
252 LE MERCURE
No. 189. Finie.
No. 190. Finie ..
No. 191. Un Lit brodé en or & en argent
, avec des tapifferies y affortif
fantes.
Au Bureau.
No. 192. Un tableau à vendre .
On le dit un Paul Brille , peint fur
bois,dans fa bordure dorée , d'environ
trois pieds , fur deux pieds & demi de
haut :Il reprefente un Port .
Au Bureau.
No. 193. Un homme qui a été marchand
, demande de l'emploi , ou à folliciter
des payemens en ville.
Quelques Marchands l'en ont déja
chargé.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 193. Une Montre d'or d'Angleterre
, à double boëte , à vendre ; pour
1000. livres.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 195. On demande à acheter des
perles fines , & toutes fortes de diamans
de prix , de rencontre.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 196. Un contrat fur la Ville , au
principal de 8000. livres, à vendre , ou
à échanger contre des billets de l'Etat ,
ou autres effets.
L'adreffe
DE DECEMBRE.
253
L'adreffe eft au bureau.
No 197. Un Habit d'homme , velours
cra moifi , richement brodé d'or & non
monté , à vendre , pour
Au bureau.
soo liv
No 198. Une Vefte de taffetas vert , brodée
d'or , doublée de taffetas vert, pour
Au bureau.
100 livres.
No. 199. Une Paire de paremens de
drap écarlate,brodés d'or,comme neufs ,
pour
Au bureau.
90. liv.
No 200. Une riche Houffe brodée
d'or, avec les cuftodes , pour 500. liv.
Au bureau.
Nd. 201. N. Demande à acheter une
Maifon à Paris , ou une Terre d'environ
40000 liv. partie en billets de l'Etat.
Ou bien à placer fûrement le fonds
de pareille fomme.
L'adreffe eft au bureau.
No. 202. On demande un Lit de damas
de Camp.
Il n'importe de quelle couleur.
L'adreffe eft au bureau .
No. 203. Finie .
No 204 Une Maison à vendre à Paris
, ou à emprunter deffus , en atten
dant la vente. Y
1234 LE MERCURE
L'adreße eft au bureau.
No. 205. Cheval Anglois à vendre.
Il eft fous poil gris de fouris, âgé de
huit à neuf ans .
L'adreffe eft au bureau .
No. 206. Maifon à Arcücil prés Pa
is, à vendre.
Elle eft bâtie depuis 10. à 12. ans ; le
prix eft de 3500. livres .
1
Le memoire eft au bureau.
No. 207. Finie .
No 208. Un Tablier à raifeaux d'or,
pour
Au bureau.
No. 209. Finie.
30.
liv
.
No. 210. On demande une maiſon de
canipagne à acheter , du prix de fept à
8000. livres .
L'adresse eft an bureau.
No. 211. On demande une tableà
jouer, garnie de velours , à acheter.
L'adresse eft au bureau.
No. 212. Ondemande à placer environ
50000 livres efpéces , fur des nantiffements
en billets d'Etat , ou autres
effets mobiliaires , dont il fera paffé
acte pardevant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No. 213. Un beau Tableau original, reDE
DECEMBRE . 255
préfentant une fileuſe ; à vendre.
Il est d'un des bons maîtres du fiécle,
pour
Au bureau.
400.
1.
N. 214. On demande à acheter une
Terre, la plus proche deParis que faire
fe pourra , depuis 40000. écus juſqu'à
200000. livres .
Que ladite Terre foit en Château ,
Prés , Bois , &c.
L'adreffe eft au bureau.
No. 215 On demande à emprunter
vingt à 30000. livres d'efpèces .
On hypothequera un bâtiment neuf
à Paris.
L'adreffe eft au bureau .
No 216. On demande une tapifferie,
verdure, d'environ dix aûnes .
L'adresse eft au bureau.
No. 217. On demande une maifon
à louer.
Qu'elle foit fituée depuis le coin
de la rue Saint Sauveur , jufqu'au Palais
Royal , ou dans les rues qui y aboutiffent.
N.218 . Avis , pour mettre des Enfans
en penfion , depuis l'âge d'environ
deux ans .
Pour douze à quinze livres par mois.
Yij
256
LEMERCURE
L'adresse eft au bureau.
No. 219. Affaire particuliere.
No 2 20. Un Habit de la Vannerie du
Louvre , à vendre chez un Tailleur.
L'adresse eft au bureau .
-Changement de demeure.
No. 2 2 1. Monfieur Porus Mc Boutonnier
, qui demeuroit ci - devant ruë
Saint Sauveur , donne avis qu'il de
meure préfentement rue Saint Denis ,
devant la Huche verte , aux vieilles
étuves .
No. 222. Finie.
N. 223. On demande une maifon à
loüer .
Qu'elle foit à porte cochere ou boutique
, fans corps de logis derriere , an
quartier S. Honoré , ou au Faubourg
Saint Germain ; du prix de mille , douze
à quinze cent livres.
L'adreffe eft aus Bureau.
No.2 24. Un Meuble précieux à vendre
.
Il est compofé de fix fauteuils , un
canapé , un écran , deux placets travaillés
en petits points de foye , figures reprefentans
des hiftoires & payfages ; le
tout d'une beauté parfaite , le prix eft
DE DECEMBRE. 257
•
de 2000. livres efpéces & 2000. en
billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
No. 225. Finie .
No. 226. On demande à placer pour
1 2 30. livres de billets de l'Etat.
L'adreffe eft au bureau.
N 227. UN PETIT COFFRET de bois ,
garni de chaton & de filagrame d'argent
, à vendre pour
Au Bureau.
* 25 liv.
No. 228 UN LIT de Tapiflerie à
vendre.
"
Le dedans eft de Taffetas aurore ,
garni de trois pointes , & trois foubaffemens
de Tapifferie par bandes , de
moire aurore ; les deux bonnes - graces
de Tapifferies en plein & les
quatre rideaux doublés en plein de
taffetas aurore , le grand Doffier &
l'Impérial doublé de toile > pour
450 liv.
Un habit d'Eté avec fa vefte , galoné
d'argent fur les manches & les poches
en plein , pardevant & par derriere
, pour 60 liv..
Au Bureau.
No 229. UN PARTICULIER , à quil
il est dû deux années de rentes de sol
Yiij
258
LE MERCURE
par chacun an , payables à Paris , vou
droit les tranfporter avec garantie ,
de même qu'une Promeffe de 312 liv.
10 fols.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 230. Vafes précieux & des Tableaux
originaux à vendre .
L'adreffe eft au Bureau .
No 231. On demande à emprunter
16 à 17000 liv. d'efpéces , fous le
cautionnement d'une perfonne de
Paris connue , & qui pofféde environ
12 à 1 500000 livres de biens en
fonds , confiftants en Maiſons dans .
Paris & en Terres..
L'adreffe eft au bureau ..
No 232. Un Garçon demande à emprunter
20000 1. en espéces, & 10000
1. en billets de l'Etat..
C'est pour 4 ans ; l'on affectera &
hipotequera pour plus d'un million de
biens à Paris .
L'adresse eft au bureau.
No 233 Plufieurs pièces de Dentelles
de Maline à vendre.
" Elles montent à 104 IL. 1 f 6 d. fui
vant la notte inferée au Regiftre du
Bureau qui les fera voir;
No 234 On demande une vefte
DE DECEMBRE.
259
d'Etoffe d'or pour l'efté.
L'adresse eft au bureau .
No 235. On demande à emprunter
1000 1. espéces
L'on hipotequera une maiſon ſciſe
à une demie lieue de Paris , que l'on
déclarera franche & quitte; elle produit
400 l de rentes par an , & indépendamment,
il donnera caution qui certi-.
fiéra que ladite maifon eft franche &
quitte .
L'adresse eft au bureau.
No 235. finie .
No 237. finie.
No 238. L'on demande à placer en
viron 6000 liv. partie en billets d'Etat.-
L'adreffe eft au Bureau .
*
No 239. Demande particuliere : On
en trouvera au Bureau les éclairciffe :
mens néceffaires.
N 240. Cinquante mil livres d'ar .
gent à placer , en donnant de bonnes
feuretés .
L'adresse eft au Bureau.
No 241. finie.
• No 24 Un Particulier demande
à emprunter 4000 liv. à conftitution
de, rente .
C'eft pour les employer ; fçavoir
160 LE MERCURE
2000 liv. au Bailleur de fonds de la
Maifon acquife par ledit particulier ,
& les autres 2000l . pour parachéver de
payer les Ouvriers qui ont travaillé
aux Ouvrages & réparations qui y êtoient
à faire.
L'adresse eft au bureau.
No 243. On demande à acheter une
veille Tapiflerie d'Aubuffon ou d'Auvergne,
de 13 à 14 aûnes de cours ,
fur deux un quart de haut au moins.
On y mettra jufqu'à 250 liv.
L'adresse eft au bureau.
No 244 Dentelles en gros à ven- .
dre. Il y en a environ II aûnes.
274 liv. 13 f. 8 d.
L'adresse eft au bureau.
pour
No 245. Um Habit complet pour
femme à vendre.
Il eft de Damas brodé d'or & fove ,
manteau & juppe de huit lais , non
monté pour
me.
Au bureau:
No 245. Un autre habit
650 liv.
pour fem-
Il eft de Damas brodé , argent &
foye ,la juppe ayant huit lais non mon
té
pour
Au bureau..
350 liv.
DE DECEMBRE. 261
No 247. finie .
No 248.Une Garnitured'Angleterre,
à raiſeau , à 2 piéces fans fond , à vendre
pour
Au bureau.
100 liv.
No 249. Tableaux à vendre .
Sçavoir une Marine fur toille . 35 1.
Une autre grande Marine . 35 liv.
Une Simphonie ou Mufique. 15 liv
Un Hyver.
Une Réveufe
Un Païfage.
Autre Païfage,
30 liv
20 liv
20 liv
20 liv.
liv.
Un Tableau Flamand pour 25
On les fera voir au Bureau.
N 250 Affaire particuliere .
N° 251. Affaire particuliere.
No 252 Un Particulier demande à
emprunter 500 1 efpéces pour 6 mois .
I nantira d'une ordonnance fur le
le Tréfor Royal de 14000 1 . pour la
liquidation d'un office de Sécretaire
du Roy , & il en fera paffé un acte
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
par
No 253 On demande à emprunter
à conftitution de rente, 4000 1. efpeces
C'est pour employer au parfait payement
d'une Terre de 180000 1. Ainfi,
il y a emploi & un privilege certain .
$262 LE MERCURE
L'adresse eft au bureau.
No 254 On demande un meuble à
acheter.
Qu'il foit complet , il n'importe de
quelle couleur ; mais qu'il foit propre
, avec une batterie de cuisine .
On y mettra environ.
L'adresse eft au bureau.
6000 1.
No ass. Affaire particuliere..
No. 256. On demande à emprunter
200 livres pour un an..
On hypothequera un contrat de
4400. livres fur l'Hôtel de Ville de
Paris,que l'on déclarera franc & quitte.
L'adresse eft au bureau.
No. 257. Un contrat de rente fur
l'Hôtel de Ville à vendre.
Il eft de 5500. livres de principal.
L'adresse eft au bureau.
No.
9.258. Un jeu de paume à vendre.
Il eft d'environ vingt à 2 2000. liv.
L'ddrefse eft au bureau .
No. 259. Demande particuliere.
On en trouvera les éclairciffements
convenables au Bureau .
No. 260. On demande à emprunter
à fond perdu.
On voudroit trouver une perfonne,
qui voulût mettre fur une Terre à fond
perdu , 20000 écus au denier 16. dont
DE DECEMBRE. 26
l'acquiſition eft de 1 20000. livres,produifant
8000. livres de rente par an.
L'adresse eft au bureau.
No. 261. N. Demande à emprunter
20000. livres d'argent .
On nantira de 5000. livres de billets
de l'état , dont fera paffé acte par
devant Notaires.
L'adresse eft au bureau.
No 252. Un Habit d'homme brodé
en argent , à vendre.
Il eft de drap brun , avec les paremens
d'étoffe d'argent , & or fur-brodés
, doublé de chagrin ,couleur de feu,
avec la culotte.
Au bureau.
No. 263. Marché de laine à faire.
Un Particulier voudroit trouver une
perfonne , avec qui il pût faire marché,
pour lui fournir trente livres de laine
par femaine , toute prête à filer , ou
huit à dix livres de filée , ainſi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 264. Marché de faffran à faire.
Un Particulier demande qu'on lui
fourniffe huit ou dix livres de faffran
par femaine,lec , ou fraichement cüeilli
, au choix de l'Acheteur , même pour
264 DE DECEMBRE.
plus grande quantité ; ainfi qu'il fera
convenu .
L'adresse eft au bureau.
No. 265. N. Demande à acheter
une Terre , & veut vendre une berline ,
& une chaife de pofte.
Que la terre foit fituée au tour de
Paris , & du prix de dix- huit à 20000.
livres de produit au denier 20.
La Berline eft un caroffe coupé, doublé
de velours, avec les harnois.
La chaife de pofte eft doublée de
drap écarlate.
L'adresse eft au bureau .
No. 266. Affaire particuliere .
No. 266. N. Demande à emprunter
300. livres d'argent pour fix mois.
On hypothequera un contrat de
1400. livres de principal, fur les mouleurs
de bois ; vifé & liquidé , duquel
il fera paffé acte par devant Notaires .
L'adresse eft au bureau.
No. 267. Tapisserie de Flandre à
vendre.
Elle contient fix piéces , ayant enfemble
dix- huit aûnes de cours , fur
deux aûnes & demie de haut , doublée
par bandes, petit cadre bien rembruni ,
& elle eft fraîche , pour
550.
liv.
On
DE DECEMBRE
265
On les fera voir au Bureau.
N°. 268. Affaire particuliere.
No. 269. Affaire particuliere.
N°. 270. Diverses Tentures de tapifleries
, d'Aubuffon , & de félletin ,
& fauteuil à vendre.
Une verdure de fix pièces , fut deux
aûnes un grand tiers d'hauteur , à double
broche bordée à Grotefque , coin à
coquille , bande , mufque tirant 16.
aûnes , un tiers , pour sso. liv.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 271. Six piéces verdure de felletin
, bordée avec des cartouches au milieu
, bandes bleuës , fur deux aûnes &
demie d'hauteur , tirant 17. dûnes , pour
L'adreffe eft au Bureau. an
380. liv.
&
No. 272. Sept pieces de tapifferies ,
verdure trés- fine , fur deux afines & demie
de haut , bords à ornement ,
portes bandes de mufque , deffin avec
des parterres ; tirant 19 , aûnes , cinq ,
fix , pour
1393 liv.
L'alreffe eft au Bureau .
No. 273. Six pieces , verdure fur deux
aûnes & demie d'hauteur , bords , dits
à la Romaine ; coins à Dauphin , bandes
bleuës , tirant dix fept aûnes deux
Ꮓ
266 LE MERCURE
tiers , pour
L'adreffe et au Bureau .
No. 274 Finic .
Nº.
No. 275. Finie .
424.liv.
No. 276. N. Demande à emprunter
2000. livres de billers de l'Etat.
On rembourfera ladite fomme , d'année
en année, par 400. livres en espéces,
& on donnera toutes les fûretés néceffaires.
L'adreße eft au Bureau-
N°. 277. N. Demande à emprunter
2000. livres , ou 1590. feulement d'atgent
.
On hypothequera une Maifon & Terres
, fituées à la valée de Montmorency
, de valeur de 10000. livres , qui fe
ront déclarées franches & quittes.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 278. N. Demande à emprunter
3000, livres en billets de l'Etat.
On prendra ladite fomme à conftitution
; & on hypothequera une Terre
Seigneuriale , eftimée 20000. livres , &
affermée 800 , livres , fituée dans l'Election
de Mantes .
L'adreffe eft au Bureau,
N°. 279. N. Demande à acheter une
Maiſon à Paris ,
DE DECEMBRE 267
Qu'elle foit fituée dans un bon &
beau quartier: On y met ra depuis trente
jufqu'à foooo . livres , & même quelque
chofe de plus ; on payera moitié comptant
, & l'autre moitié en contrat fur
la Vile , ou en bi lets de l'Etat , ou en
conftitution fur la maifon , & fur les autres
biens,
Ou bien , on placera le même fond
fur des maifonsà Paris, ou fur autres bons
privileges & déclarations d'emploi .
L'adreße eft an Bureau.
a
N°. 280. Ñ. Demande à le défaire
d'une Penſion en argent comptant.
Elle eft de 450. livres fur le Tréfor
Royal.
L'adreffe eft au Bureau.
No. 281. N. Demande à acheter une
bigue & une chêne d'or , de rencontre
.
Que le Diamant foit d'environ soo. I.
L'adreffe eft au Bureau .
No. 282. N. Demande à acheter une
Montre unie de bons Maîtres.
L'alreffe eft au Bureau.
·N °. 283. L'on demande à placer
des billets de l'Etat , de plufieurs manieres.
Z ij
268
LE MERCURE
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 284. Ceintures de femmes , cotdons
de Cannes , or , argent & foye , à
vendre.
No. 285. Une couverture de laine blanche
, à vendre.
Au Bureau .
Nº . 286. Un Paravant trés- curieux,
à huit fcüilles , orné de plufieurs figures
d'hommes & d'animaux , à l'endroit
& à l'envers , pour
An Burean.
5oo. liv.
No. 287 N Demande à emprunter
1200 livres en efpéces , pour trois mois. ·
L'on hypothequera un contrat de
l'Hôtel de Ville , au principal de 5000 ,
liyres ; lequel eft à un garçon , qui le
déclarera franc & quitte.
adre e au Bureau ..
No. 288. N. Demande à acheter des
Con rats , fur les Etats de Languedoc
& de Bretagne .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 289. On demande une maison à
loüer , & un caroffe coupé à acheter .
Que la maifon foit à porte cochere ,
écurie , remife , cave , & grenier , de huit
à 900. livres , & même 1000. livres de
loyers ; qu'elle foit fituée dans l'undes
DE DECEMBRE 269
Quartiers de Richelieu , Butte de Saint
Roch , ou Faubourg Saint Germain
ou au tour des Théatins , ou de l'Abbaye
Saint Germain des Prés ; & que
le caroffe foit de fept à 8oo . livres.
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 290. N. Demande une maiſon
à vendre.
Elle eft fituée à Paris , du côté de la
rue de Bourbon .
La même perfonne demande à emprunter
2000. 1. & on l'hypothequera,
L'adreffe eft au Bureau.
N°. 291 Caléche à vendre. Elle eft
doublée d'un velours cramoifi , les Campannes
de foye aurore , avec cinq grandes
glaces , les cuirs & la dorure belle;
& le tout comme neuf , pour 3000. I.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 292. Office de Secretaire du Roy,
à vendre en la Chancellerie du Parlement
de Besançon , dont la finance eft de
25000. I. il y a les augmentations de
gages .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 293. C'est la tapifferie magnifique
qui eft tranfportée au commencement
de la lifte..
N°. 294. Habit , écharpes , fau-
Z iij
270 LE MERCURE
teuils & chaifes à vendre.
L'Habit eft de drap brun , fur couleur
noilette , brodé en argent.
L'écharpe eft de taffetas blanc d'Angleterre
, brodé de plufieurs couleurs en
foye , garnie de feugere ; le corps eft de
gafe noire à fleurs.
Deux deffus de fauteuils de petit
point en laine , à fond blanc.
Un fauteuil de commodité , à fond
de laine noire de petit point, quatre chaifes
, & deux tabourets à fond noir de
pareil deffin , le tout non monté.
L'adreffe eft au Bureau .
N°. 295. N. Demande à ceder deux
fols d'interêt dans une Ferme.
On prendra des billets de l'Etat.
L'adreffe eft an Bureau.
N°. 296. N. Demande à emprunter
soo. livres en espéces pour fix mois .
On nantira de deux quittances de
finances de rachat de Capitation , montant
en principal & inrerêt à 3065. lie
vres 14. fols 4. deniers ; il & en fera
paffé un acte par devant Notaires.
L'adreße et au Bureau.
No. 297. N. Lemande à emprunter
4000. livres ; un tiers en billets de l'E
Tat
1
DE DECEMBRE. 271
Deux Freres feront folidairement une
conftitution de ladite fomme , ou céderont
plufieurs parties de rentes , dont
les principaux font de 44300 l .; ainſi
qu'il eft plus amplement décrit fur le
Registre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 298. Caroße coupé à vendre.
Il eft de velours craimoify à rama ,
ge , le tout bon , comme neuf.
L'adreffe eft au Burean.
No 299 Deux Tableaux à vendre.
Ils font de grands Maîtres , l'un reprefente
un Paï fage , & l'autre , une
Tempeſte.
"
On les fera voir au Bureau.
No 300. Une Charge. Une Charge de Confeiller
en la Cour des monnoyes à vendre .
L'adreffe eft au bureau..
Na 301. Affaire particuliére.
N° 302. Contrat de rente fur l'Hô
gel de Ville à vendre.
Il eft de 3000 l. de principal , ou on
empruntera 1200. 1. & on hipotequera
ledit Contrat.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 303.N.Demande à acheter des ro
bes de chambre de Damas , & des juppes
de drap de faint- maur.
Z iiij
272 LE MERCURE
Il n'importe de quelles couleurs
foient les robes de chambre.
L'adreße eft au Bureau.
N° 374. N. Demande à acheter une
Tapiflerie .
Qu'elle foit de ferge ou de foye, pro.
pre à un Cabinet.
L'adreffe eft an Bureau.
· N° 305- Contrat de Conftitution
de rente..
C'eft une portion de 7600. 1.
On donnera toutes les facilités convenables..
La même perfonne fouhaiteroit encore
vendre une portion de 3000 ! .
qu'il a fur un Contrat de 6000 1. qui
eft principalement hipotequé fur une
Terre , dont les déniers ont êté employés
à l'acquifition .
L'adreße eft au Bureau.
N ° 306 finie .
N° 307. N. Demande à acheter une
robe de chambre d'homme & de
femme de Calemande ou d'autres
Eroffes.
>
Qu'elles foient de rencontre & à bon
marché .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 508. NDemande à acheter une
DE DECEMBRE. 273
Tapiflerie des gobelins , Berline , Bague
, & Pendulle.
Que la Tapiflexie foit de 3 à 4000
1. Que la Bague foit pour homme , &
d'un brillant de 12 à 1500l . & que la
Pendulle foit de 2 à 300 l.
L'adreffe eft au Bureau.
•
N° 309. N. Demande à acheter un
lit de ferge , chaifes , commode , Diamans
& Montre d'or à répetition .
A
Que le Lit de ferge foit couleur de
feu ou cramoify , bordé de blanc avec
fa garniture complerte , & à la ducheffe
, d'environ 4 à 500 l , avec une demie
douzaine de chaifes & une Commode.
Que la Bague pour homme, foit d'un
Diamant brillant de 4 à 500 I , & la
Montre d'or à répetition aufli de 4 a 500
1.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 310. On demande à emprunter
de
l'argent.
tés ..
On donnera de trés bonnes feure-
L'adreffe eft au Bureau .
No 311. N. Demande à placer 40000
1. de billets de l'Etat,
Soit à conftitution ou à rendre en
differents tems , ou on les employera en
1
274 LE MERCURE
achat de meubles de differentes natures.
L'adreffe eft aus Bureau .
N° 312. On demande à acheter un
trumeau .
Qu'il foit de cinq pieds d'hauteur
& de ; pieds de largeur.
L'adreffe eft au Bureau,
N° 313 N. Demande une Terre ou
Ferme à acheter.
Que la Terre foit du prix depuis
3000 1. jufqu'à 10000 1. & éloignées
de Paris depuis 6 lieües jufqu'à 3olieües.
L'adreffe eft aus Bureau.
N° 314. N. Demande à achetter une
véfted'Etoffe d'or ou d'argent , & une
juppe de velours noir .
La même perfonne demande un Domeftioue
qui ait au moins 40 ans , fçachant
faire la cuifine & qui foit à toute
main.
L'adreffe eft au Bureau .
N° 315. N. Demande à acheter une
Tapiflerie fine , à perfonnages, d'environ
3000 1.
Plus deux faureüi's .
L'adreße eft au Bureau.
N° 316. N Demande à acheter
Maitons , Terres ou Rentes , ou à plaDE
DECEMBRE. 275
cer un fonds fur divers particuliers .
L'adreje eft an Bureau.
N° 317. N. Demande à acheter des
fauteuils dorés & des rideaux de fenêtres
.
Que les fauteiii's foient faits à la mode,
garnis non couverts, & que les deux
rideaux foient de Damas où de Taffetas
cramoify .
L'adreffe eft au Bureau.
N° 318. N. Demand: à placer ou à
acheter diverfes chofes en billets de
l'Etat , partie en argent.
L'adreße eft au Bureau,
N° 319. N. Demande à acheter Dentelles
, Tabatiére , & Montre d'or pour
homme & pour femme.
L'adreffe eft an Bureau.
N° 320. N. Demande à convertir
des billets d'Etat en rentes, fur des parti
culiers
L'adreffe eft au Bureau.
N° 321. N. Demande à acheter une
Maiſon ,
Qu'elle foit fituée à Paris , & au deffous
de 40000.1 . On payera le prix de
l'acquifition en espéces , pourvû qu'elle
n'ait aucunes charges.
L'adreße eft an Bureau.
275 LE MERCURE
Nº 322. Ce sont deux Navires , dont
il est parlé au ' article de cette Lifte.
No 323. Affaire particuliére.
N° 324. Jufqu'au Nº 329. Affaires
finics .
N° 330. Sept livres de foye d'Italie
fillées , à vendre pour
Au Bureau .
80. l.
N° 331. N. Demande à emprunter
15000 1. efpéces .
C'eft pour achever de payer des Ouvrages
& Bâtiments déja avancés ; l'on
fournira une déclaration d'emploi fur
& Maifons .
L'adreffe eft au Bureau.
Nº 332. On demande un meuble
complet à acheter.
C'est - à - dire , une Tapiflerie de Damas
cramoify , avec 8 fauteuils , un
fopha comme tout neuf; plus un
écran, un trumeau qui ait tout au moins
3 pieds de large , & la hauteur à proportion.
L'adreffe eft au Bureau.
N° 333. N. Demande à acheter un
Diamant brillant en bague , pout homme,
de 10 à 1200 1. & une juppe de
velours noir,
L'adreffe eft an Bureau.
DE DECEMBRE
277
N° 134. Charge d'Aumonier ordinaire
en Cour , à vendre , pour 5000 1.
Elle jouit de tous les Privileges des
grands Commenfeaux de France ; elle
peut être poffedée à fimple Tonfure ;
elle produit de révenu , fçavoir 547 l .
10 f.pour nourriture , payables en argent
par chacun quartier ; 200 1. d'apointements
; 6ol.de fourniture & 180 ' .
de bon par an ; plus un logement à Paris
de trois chambres eftimées 300 1. par an ,
outre deux autres en deux Maifons Royales.
Les frais de reception iront à 150
1. pour l'acquereur.
L'adreße est au Bureas.
No 335. Un gand Tableau reprefentant
le jugement univerfel , à vendre .
Il et de 7 pieds 2 po . de haut , &
de 6 pieds 2 po. de large fur toille ,
de
C'eſt une copie tirée fur l'original , d'aprés
Michel Ange fur leVatican deRome
On le voit au Bureau .
N » 336. Montres à vendre .
>
Depuis ce N jufqu'à 339 , font pluficurs
Montres de differents prix ,
parmi lesquelles il y en a une à répetition
d'or.
A a
278 LE MERCURE
On en donnera l'adreffe.
N 340, Affaire particuliére
No 341. N. Demande à emprunter
soo 1, efpéces.
On hipotequera un Contrat de rente,
fur l'Hôtel de Ville de 4850. 1. de
principal , que l'on déclarera franc &
quitte.
L'adreße eft au bureau.
No 242. Deux bagues à vendre.
L'une eft carrée , taillée en rofe pour,
4501
.
Et l'autre
en coeur
, auffi
taillée
en
rofe
, pour
300
1. Au
bureau
.
N 344 Un Pied de table à confolle,
fculpté , en tête de Dragon d'oré ,
comme neuf, à vendre.
Au bureau.
40 1.
No
345. On
demande
à acheter
à
vie
une
maifon
, à Paris
ou à la Campagne
, de 8 à 900
1. de loyer
.
la
Que la maison de Campagne foit à
3 ou 4 lieues de Paris , fortant par
porte faint Bernard , ou par celle de
faint Antoine , du prix de 4 à 5000 l .
qu'il y ait un peu de terrain en cour
& en jardin.
Que la maifon dansParis , foit à porte
cochere , remite & écurie , avec un
DE DECEMBRE. 279
jardin , il n'importe du quartier ny de
l'éloignement.
L'adresse eft au bureau .
No 346. Un Particulier demande une
place de fécretaire ou gouverneur d'enfans.
Il fçait le Latin , l'Eſpagnol , l'Aritmethique
, & les affaires.
L'adresse eft au burean .
No 347. finie .
No 348. Un (arofse à deux fonds
à vendre .
Il eft de bois peint en ébeine , doublé
de damas à feuilles mortes , & à feurs
noires & aurores , avec 3 belles glaces
, & quatre bons réforts ; il eft d'environ
4. à fool.
L'adresse est au bureau .
No 349. N. Demande à fe deffaire du
billet d'un particulier d'environ 2020 l .
L'adresse du Propofant est au bureau.
No 350 : 351. & 352. font Plufieurs
fichus brodés , or , argent & foye , fur
gaze d'Italie , à vendre.
Les uns font à 3 l . 6 ſ. 6 d . & á
51. 14 f. & les autres à 9 l . 10 f. de
toutes couleurs.
Au burean.
7
No 353. N. Demande à acheter une
bonne Berline. A a ij
LE MERCURE
"
Il n'importe de quelle couleur le dedans
foit.
L'adresse est au bureau.
No 354. N. Demande à acheter un
habit court avec un manteau pour un
Eclefiaftique.
On y mettra jufqu'à 60 1 .
L'adresse est au bureau .
No 355. N. Demande à acheter une
Terre , à haute , moyenne & baffe juftice.
Qu'elle foit hors de toutes capitaineries
, diftante de Paris , depuis 8 jul
qu'à 16 lieües : S'il y a Riviére , en remontant
de Paris , du côté d'Auxerre
ou de Nogent fur Seyne, on fera content
que la diſtance foit d'environ 25 lieües ,
fi plus prêt elle ne fe trouve.
L'adresse eft au bureau ,
No 356. N. Demande à placer des
billets de l'Etat.
L'adrefe eft au bureau .
No 357. Demande à emprunter 1000
1. fur une maison à Paris .
Elle produit 240 1. de rente ; on la
déclarera franche & quitte , & on payera
l'intérêt au dénier 20 .
L'adresse eft au bureau.
No 358. N. Demande à acheter une
DE DECEMBRE 281
maifon aux environs du Palais.
Qu'elle foit à porte cochere ou une
belle porte batarde ; on y mettra environ
L'adresse est au bureau.
30000
1.
No. 359. Ceintures de femmes ; fines,
* de faye , mêlées d'or & d'argent , à vendre.
Il y en a de differents prix , & de di-
- verfes couleurs ; ainfi qu'on en fera voir
au Bureau les échantillons .
1
• Nº, 360. Chaife de poste , comme
neuve , à vendre .
Elle eft doublée de velours , à ramige
, à refforts d'Espagne , Elle a coûté
d'hazard soo . livres , & n'a fait que le
voyage d'Alençon .
L'adresse est au bureau.
N° , 361. N. Demande à emprunter
1000. livres à dé eguer
,
fur des loyers
de maitons pour le remboursement.
L'adrelse est au bureau .
N°. 362. N. Demande à vendre une
maifon à Paris , ou à emprunter 3000.
livres à conflitution .
Elle eft nouvellement rébatie ,
prés de la place Maubert , & a êté acquife
par decret ; pour fûreté de l'emprunt
, on hypothequera ladite maifon
A a iis
282 LE MERCURE
que l'on déclarera franche & quitte ,
avec 20000 livres de principaux fur.
l'Hôtel de Ville .
*
L'adreffe eft au Bureau.
No. 394. Une Montre à vendre.
Elle eft de métal doré, cizelée, à grand
balancier ; émaille blanc , pour 55. liv.
Au Bureau.
No, 565. 7abatiere en étoile , garnie
de piéces d'or , & de chagrin vert , à
vendre.
Au Bureau.
No. 366. N. Demande à acheter des
foyers de marbres , des chambranles en
marbre & en pierre , avec des trumeaux
& gardes-feu do : és ou unis .
L'adreffe eft au Bureau.
No. 367. N. Demande à transporter
un Billet en forme de Quittances , fur
le Tréforier des menus de la Maifon du
Roy.
L'adreffe eft au Bur as.
No. 368. Affaire particuliere.
No. 369 N. Demande à acheter un
Caroffe coupé , ou une Berline à deux
petits fonds , ou coupée
On y mettra ufqu'à mille ou 1200. l-
L'atreffe eft au Bureau .
N°. 370. Chaife de pofte , à vendre.
DE DECEMBRE 283
Elle eft fur quatre rouës , pour 400 .
L'adreße eft au Bureau.
No. 371. Finic .
No. 372. Montre à vendre .
Elle cit de métal de Prince , à grand
balancier , à boëre de chagrin noir , piquée
de cloux d'or , chaine à l'Angloife
de même métal , pour
Au Bureau.
75. liv.
No. 373. Un Particulier demande une
perfonne qui veuille s'accommoder avec
lui , des prétentions qu'il a pour un
compte de tutelle , qui eft pendant au
Bailliage de Tours ; le rendant - compte
fe trouve reliquaraire de 90co . livres ,
& eft fort folvable .
L'adreße eft au Bureau.
N°. 374. Un beaufufil , comme neuf,
à garniture dorée , à vendre, pour 100. 1 .
An Bureau·
Nº . 375. N. Demande à placer 2500.
1vres , partie en billets de l'Etat , partie
en argent , à rendre dans les remps
convenus.
L'adreße eft an Bureau .
No. 376. & 377. Plufieurs piéces de
ruban rayé , mêlé d'argent fur gros
grains, de diverfes couleurs , & à differens
prix, à vendre les uns à 3. livres 5. fols S
284 LE MERCURE
1
*
l'aune , & les autres,à 2. livres 5. fols.
Au Bureau
No. 378. Finie.
No. 379. Un Particulier , Me & ancien
Marchand , demande à s'affocier
avec une perfonne , pour fabriquer des
draps hins.
L'a'reffe eft au bureau,
N° 380 N. Demande à acheter une
Charge d'Architecte ou autres , à conftitution
, au denier 255 ou àરે payer en
quittances de finances d'une autre
charge , liquidées.
L'adreße eft au bureau.
N° . 381. Un Particulier demande un
emploi dans un Bureau , ou place de
Secretaire , ou Gouverneur d'enfans de
Qualité ; il fçait écrire, felon les principes
du plus fçavant Maître de Paris , &
fçait auffi les Mathématiques.
L'adreffe eft an bureau.
N°. 382. N. Demande à tranſporter
des interêrs échûs & à échoir , d'uneCharge
(uprimée , & dont le remboursement
a êté liquidé.
L'adreffe eft au burean .
No. 383. Apartementgarni à loiter.
C'est dans la rue Maubué au Saint-
Efprit , chez Monfieur Marior.
DE DECEMBRE 285
L'ameublement eſt trés propre , & à
lamode : Il fournira la nourriture, fi on
le fouhaite .
N. 384. Une garniture de point , à
raifeau , avec les engagantes , à vendre.
Au bureau.
Nº . 385. Une Enſeigne de cuivre de
la bonne grandeur , reprefentant la Pro-´
vidence , à vendre . .
Au bureau,
No. 386. Une Garde d'épée fur cuivre
doré, à vendre ; elle eft comme neuve,
2. liv. 10, f.
Au bureau.
No. 387. Plufieurs pieces de dentelles
communes , à differens prix , à vendre
.
Au bureau.
Nº . 388. N. Demande à placer 30oo .
livres de billets de l'Etat , ou à acheter
pour ladite fomme, divers effets de rencontre.
L'adresse eft au bureau.
N. 389. Montre à vendre .
Elle eft de métal de Prince doré dans
fa boëte de même métal , cifelée , faite
par Jean Baillon , pour
An bureau.
75.
liv.
N°. 390. boutons de poignets , montés
en or , à vendre.
286 LE MERCURE
"
Ils font d'Angleterre , & garnis de
chiffres , couverts de criftaux taillez ,
pour
Au bureau.
25. liv.
N°. 391. Un brafselet de vermeil ,
avec un chiffre couronné de deux Anges
, à vendre , pour
Au burean.
10. liv.
No. 392. On demande un Caroffe
doublé de velours cramoifi, à quatre pla
ces , avec une catéche à cinq ou fix places
, avec un dais .
L'adresse est an bureau .
Fermer
1175
LISTE UNIVERSELLE. Du Bureau général d'Adresse & de Rencontre, où chacun peut donner & recevoir avis, de toutes les nécessités & commoditez de la vie & societé civile, remis en meilleur ordre qu'il n'a êté par le passé, pour l'utilité du Public. PAR PERMISSION DU ROY, Contenuë en ses Brévets, Arrêts du Conseil d'Etat, Déclarations, Privilege, Confirmations, Arrêts de la Cour, Sentences & Jugemens donnez en consequence.
1176
p. 100-111
Suite des Caractéres des Dames de Qualité, par M. de Marivaux [titre d'après la table]
Début :
Voici la suite des Caractéres de M. de Marivaux que nous avions êté / Dans mes dernieres réfléxions, Madame, je vous en promis de [...]
Mots clefs :
Femme, Madame, Femmes, Cour, Âme, Qualité, Négligé, Amant, Amants, Habit, Espérances, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : Suite des Caractéres des Dames de Qualité, par M. de Marivaux [titre d'après la table]
V
Oici la fuite des Caractéres de M.
de Marivaux que nous avions êté
obligés d'interrompre pendant quelques
mois , par certains contre - tems qui
font néceffairement du reffort du Mercure
: Si les morceaux du même Auteur
inférés dans nos derniers Journaux de
1717 , lui ont concilié le fuffrage des
gens délicats , il me femble que celui - ci
en fera du moins auffi favorablement
reçû. Ony fentira une maniere neuve
& fine de penser, qui renduë par des
expreffions de génie , préfente aux
yeux de l'efprit , des tableaux finis :
Mais , c'est au Lecteur à l'apprécier
felon fa jufte valeur.
DE MAR S 101
D
Ans mes dernieres réfléxions ,
Madame , je vous en promis
de nouvelles fur les femmes de Qualité
: J'en vis l'autre jour deux ou trois
qui m'en fournirent quelques - unes ;
elles étoient , ce qu'on appelle , en négligé.
J'ai toujours regardé cet habit ,
comme un honnête équivalent de la
nudité- même : Vous verrez dans un
moment pourquoi je l'appelle équivalent
Les femmes ont un fentiment
de coquetterie qui ne defempare
jamais leur ame ; il eft viclent
dans les occafions d'éclat , quelquefois
tranquille dans les indifférentes ;
mais , toujours préfent , toujours fur
le qui- vive : C'eft en un mot , le mouvement
perpétuel de leur ame ; c'eft
le feu facré qui ne s'éteint jamais ;
de forte qu'une femme veut toujours
plaire,fans le vouloir par une réflexion
expreffe. La Nature a mis ce fentiment
chez elle , à l'abri de la diftraction
& de l'oubli : Une fême qui n'eft
plus coquette , c'est une femme qui
a ceffé d'être .
Mais , revenons à ma Théfe . J'ai
Iiij
702 LE MERCURE
nommé le négligé , l'équivalent de la
audité même : Pourquoi , Madame ?
Le voici.
Je vous ai dit que les femmes
eftoient coquettes fans relâche . Or ,
elles ne le font jamais plus , que quand
elles femblent vouloir infinuer qu'elles
ne le font pas. Le négligé , par exemple
, eft une abjuration fimulée de
coquetterie , mais , en même tems ,
le chef- d'oeuvre de l'envie de plaire..
L'habit magnifique donne de l'éclat
à l'aimable femme ; elle en devient
plus curieuſe à voir , mais , non pas
fi touchante ; elle en eft plus belle ,
& moins dangereufe ; & cet éclat
étranger qui faute au yeux , étouffe
l'impreffion des graces naturelles , &
divertit le fpectateur de l'attention
rifquable qu'il donneroit au refte.
Cette façon de fe montrer , eft plus .
fuperbe que délicate : Ufer d'ornemens
pour plaire , c'eft s'appuyer de feconds
, c'eft combattre avec rufe ; &
comme cela , la victoire n'est pas
nette. Ai-je plû comme femme ornée,
ou comme femme aimable ? Voilà la
fourde queftion qu'en pareils cas fe
fait une Dame ; argument dicté par
DE MARS 103
l'amour propre qui fe connoit en
vrais avantages , & qui fe juge à la
rigueur , quand il prévoit n'y rien
rifquer.
Pour vuider la queſtion , on a recours
au négligé , c'eft par lui qu'on
fait une épreuve de fes charmes , qui
finit les chicannes de l'amour propre ;
c'est par lui qu'on expofe la vérité
toute nue , & qu'on femble dire , me
voilà telle que m'a fait la Narure ;
voilà du moins une copie modefte de
l'original mais à vous dire vrai , ce
modefte eft fifuperficiel , qu'il ne gêne
en rien l'imagination des hommes.
Mais , me dirés - vous , les femmes fça
vent-elles ce libertinage d'imagination.
Je ne vous dirai pas fi elles le
fçavent ; mais , pour le peu qu'elles
s'en doutent , le négligé durera longtems.
:
Concluez fur tout ce que nous ve
nons de dire , Madame , que cet habit
a la fimplicité , la proprété , le
peu d'affectation des habits vraiment
modeftes ; mais , qu'il n'en a pas la
pudeur ; qu'il porte ,pour ainfi dire, le
caractére de la peu chafte vanité
qui l'inventa fans doute : Quand je
Liiij .
i04 LE MERCURE
dis peu chafte , je n'entends pas des
deffeins formellement mauvais ; mais,
de vifs fentimens de complaifance
pour fes charmes ; fentimens de qui
vient l'art de pallier la vérité fans
rien perdre , & de mettre fans blâme
fes appas dans leur plus dange-
Leufe posture.
:
Revenons aux Dames que je vis .
Une d'elles fe retira , je m'en allois
auffi Un Cavalier s'avança pour
lui parler. Je m'attendis fur le champ.
à quelque phrafe de manége , & je
ne me trompai point. Laiffez- moi , lui
dit- elle , je me fauve , je fuis faite
comme une folle . Sçavez- vous , Madame
, ce qu'une femme de Qualité
penfe confufément , toutes les fois
qu'elle prononce ce peu de mots.
Regardés moi ; je ne fuis point parée
comme les femmes doivent l'eftre ;
mon bon air & les graces de ma taille
ne font point équivoques ; tout naît
de moi , c'eft moi qui donne la forme
à mon habit , & non , mon habit qui
me la donne ; je fçai combien je fuis
aimable & touchante en cet état ;
mais , je dois paroiftre ne le pas fçavoir
; c'eft une grace de plus , que
DE MARS:
105
d'en avoir tant, & les ignorer : On les
voit , on les fent , on croit qu'elles
m'échappent;croyés - le de même , je
me fauve ,je fuis faite comme une folle .
Voilà , .Madame , ce que fignifie
le langage hipocrite dont nous parlons
; & le plaifant de cela , c'eft que
les hommes n'en expliquent que le
fens favorable , & que leur jugement
étourdi fait grace du refte à la Comédienne
, & glifle fur le ridicule
qu'il contient. Il y a là deffus bien
d'autres réflexions à faire , convenables
au feu de mon âge , mais d'un
vrai trop voifin de la licence : Quelque
agréable que foit le champ d'idées
qu'elles ouvriroient à mon efprit
, je vous les facrifie , Madame.
Que vous dirai- je encore ? Les femmes
de Qualité élevées dans les ufages
de Cour , qui fçavent leurs droits
& l'étendue de leurs libertés , ne rougiffent
pas d'avoir un Amant avoué ;
ce feroit rougir à la Bourgeoife
. De
quoi rougiffent
- elles donc ? C'eft de
n'avoir
point d'Amant
, ou de le
perdre. J'aurois
pû dire des Amans.
Le plurier ailleurs
deshonorant
, fait
ici cortége
glorieux
. Chaque
Païs a
105 LE MERCURE
fa guife . On fçait à la Cour le prix de
la vie , & l'on n'y admet nulle maxime
qui ne tende à la faire fentir .
Nous avons dit qu'elles y rougif
foient de n'avoir point d'Amant . Cela
n'eit pas difficile à comprendre , en
les fuppofant coquettes . Une femme
qui vit fans eftre aimée , vit dans l'opprobre
, & dans la derniere des réputations
; la plus galante des femmes
de Cour à le pas fur elle dans
l'eftime des hommes: Je ne fçai même ,
à bien examiner l'efprit de Cour , fi
cette plus galante n'eft pas dans mille
momens la plus eftimée. Les momens
font ceux où les Courtifans ne font
point de réfléxions raifonnables : Il
feroit hardi de parier qu'ils en fiffent
quelquefois
Il faut donc des Amans , il faut
même fe les conferver. Ah ! C'en eft
trop , me répondrés- vous : Ceci devient
férieux ; j'en conviens , Madame
, & trés férieux ; fur-tout , avec
des Amans de Cour , qui veulent bien
effuyer des délais de bienséance , qui
s'attendent bien à combattre des imitations
de vertu ; mais non pas , la
verin-même ; & qui fçavent,à un jour
DE MAR S. 107
prés , affigner la durée raisonnable de
ces imitations , qui foûpirent enfin ,
non , pour tâcher de vaincre , car , tâcher
,fuppofe des efforts pour un fuccés
douteux ; mais , parce que les foupits
font un cérémonial qui doit précéder
la récompenfe ; & qu'il eft de
l'ordre qu'une femme paroifle recompenfer
, & non, donner d'avance .
Comment donc conferver des
Amans de cette efpece ? Comment.
Comme on peut : Par des efpérances.
Ah grands Dieux ! Eit- il permis
d'en fouffrir l'idée dans un homme?
Une femme a-t - elle befoin d'un plus
grand oubli de vertu pour les remplir
, que pour les donner ? C'eft contefter
fur le tems , & non, fur le crime.
Oh, Madame Attendés : Ces efperances
qui vous choquent ,ne font pas
fi criminelles que vous le penfez : Si
nous parlions d'une femme ordinaire ,
j'entends , femme de Ville ou de Pro
vince , vos conféquences feroient juftes.
Une éducation roturiere , purgée
de licence, & qui lui a appris à obferver
les vertus à la lettre , lui défend
de fouffrir unAmant : Le fouffre- t- elle?-
Elle a fait un premier pas dans la voye
108 LE MERCURE
du crime : Lui perme- t- elle d'efperer ?
Elle en a fait mille.
En effet , avant que d'en venir là ,
que de diminutions journalieres dans
fa fageffe ? Que d'inutiles travaux de
pudeur ? Quelle fucceffion de mouvemens
libertins n'a- t- il pas fallu , pour
aguerrir fon ame , pour la familiarifer
avec l'idée du crime ? Elle donne des
efperances , le crime eft refolu , elle
l'envifage , elle s'y promet. Que ne s'y
livre- t-elle ? Ce n'est pas la pudeur qui
l'en empêche , c'eft le fouvenir d'en
avoir eu , qui la retarde .
Voilà , Madame , l'hiftoire du coeur
d'une femme ordinaire qui donne des
efperances Vous vous imaginez qu'il
en eft de même du coeur d'une femine
de Cour ; mais il n'y a rien de tout
celà. 1o , quoi qu'elle foit mariée ,
elle peut avoir un foûpirant ; il fait
comme partie de fon équipage : Quant
aux efperances qu'elle lui donne , c'eſt
un difcours en l'air , un proverbe , un
vaudeville de Cour : En fait de galanterie
, elle ne fçait pas ce qu'elle don
ne alors.
Mais , l'Amant qui en attend l'échéance
, comme d'un bon billet, preffe ,
DE MAR S.
109
s'impatiente , fait fes diligences , menace
d'infidelité ; & fi quelqu'un alors ,
ne vient heureufement fe préfenter
pour tenir fa place, en cas de deſertion,
je croi franchement qu'une femme
eft en peril manifefte .
L'on voit encore une autre forte de
femmes de Cour . Il eft , par exemple,
des Coquettes honoraires ; ce font celles
qui font leurs preuves d'agrêmens
& de charmes , en laiffant feulement
aborder les Amans ; & qui , refoluës
d'être fages , prennent de publiques
atteftations de la facilité qu'elles auroient
à fe mettre au rang des aimables
folles.
Ce n'eft pas là , vertu parfaite ;
mais que voulez- vous , Madame . La
corruption eft tellement fimpathique
avec le coeur humain , qu'on ne peut
l'en purger fibien , qu'il n'y refte fouvent
ou la honte de n'ofer paroître
fage , ou du penchant à ne pas l'être .
Là deffus , ne pouroit - on pas dire que
le vice eft comme l'Amant chéri de
l'ame ? Elle le regrête en y renonçant ,
& ne le hait jamais.
Il y ades femmes de Qualité plus
courageufes encore que ces dernieres ,
TIO LE MERCURE
& qui ne fouffrent point d'adorateurs :
On voudroit bien qu'elles fuffent coquettes
; elles fçavent qu'on le voudroit
bien , & le fçavent avec plaifir ;
voilà leur coquetterie : Il leur eft doux
d'être comptées comme des beautez
inacceffibles , il leur est doux , toutes
féqueftrées qu'elles font de la foule ,
d'inquiéter les fens des fpectateurs.
Je vous parlerois ici , Madame , des
femmes de Qualité devotes; mais c'eft
une efpece trop marquée : Il vous fuffira
de fçavoir en général que la devotion
dont il s'agit , les éloigne du
monde , fans le plus fouvent les approcher
de Dieu .
Quand je vois ces faintes Ames ,
je ne puis m'empêcher de les comparer
à ces Soldats que leurs bleffures envoyent
aux Invalides : Les bleffures
de nos femmes , c'eft l'âge , & le déchet
de leurs charmes : Adieu le
monde, belle vocation ! Les habits , le
maintien, le difcours, les démarches ,
tout eft pieux , le coeur même prend
du goût pour la façon des actions
pieufes , il aime fon métier ; le formulaire
ambulant ou contemplatif lui en
plaît on gémira fans douleur aux
DE MAR S. III
pieds des Autels, on verfera des pleurs
dont la fource fera , non , l'amourde
Dieu , mais la vive & jaloufe imitation
de cet amour ; je veux dire , que l'ame
entrera dans fon fujet , ainfi qu'un
Acteur Tragique entre dans la paffion
qu'il reprefente .
Mais , fans m'en appercevoir , je
traitte une matiere que je m'êtois d'abord
interdite. Peu s'en eft fallu , que
je ne parlaffe de ceux à qui nos Dames
confient leur confcience , gens au
profit dequi , tourne la pieté de nos devotes
, pendant que Dieu n'en a que
les honneurs .
Je ne fçai ; mais l'inquiétude , le
fcrupule toûjours renaiffant , & ces vifites
fréquentes chez l'homme de Dieu ,
font une image bien reffemblante des
mouvemens du coeur tendre , ce pouroit
être de l'amour qui n'a fait que
changer de nom ; peut- être que l'ame
s'y méprend elle -même & qu'elle
n'eft jamais plus profane , que quand
elle paroît fcrupuleufe .
Oici la fuite des Caractéres de M.
de Marivaux que nous avions êté
obligés d'interrompre pendant quelques
mois , par certains contre - tems qui
font néceffairement du reffort du Mercure
: Si les morceaux du même Auteur
inférés dans nos derniers Journaux de
1717 , lui ont concilié le fuffrage des
gens délicats , il me femble que celui - ci
en fera du moins auffi favorablement
reçû. Ony fentira une maniere neuve
& fine de penser, qui renduë par des
expreffions de génie , préfente aux
yeux de l'efprit , des tableaux finis :
Mais , c'est au Lecteur à l'apprécier
felon fa jufte valeur.
DE MAR S 101
D
Ans mes dernieres réfléxions ,
Madame , je vous en promis
de nouvelles fur les femmes de Qualité
: J'en vis l'autre jour deux ou trois
qui m'en fournirent quelques - unes ;
elles étoient , ce qu'on appelle , en négligé.
J'ai toujours regardé cet habit ,
comme un honnête équivalent de la
nudité- même : Vous verrez dans un
moment pourquoi je l'appelle équivalent
Les femmes ont un fentiment
de coquetterie qui ne defempare
jamais leur ame ; il eft viclent
dans les occafions d'éclat , quelquefois
tranquille dans les indifférentes ;
mais , toujours préfent , toujours fur
le qui- vive : C'eft en un mot , le mouvement
perpétuel de leur ame ; c'eft
le feu facré qui ne s'éteint jamais ;
de forte qu'une femme veut toujours
plaire,fans le vouloir par une réflexion
expreffe. La Nature a mis ce fentiment
chez elle , à l'abri de la diftraction
& de l'oubli : Une fême qui n'eft
plus coquette , c'est une femme qui
a ceffé d'être .
Mais , revenons à ma Théfe . J'ai
Iiij
702 LE MERCURE
nommé le négligé , l'équivalent de la
audité même : Pourquoi , Madame ?
Le voici.
Je vous ai dit que les femmes
eftoient coquettes fans relâche . Or ,
elles ne le font jamais plus , que quand
elles femblent vouloir infinuer qu'elles
ne le font pas. Le négligé , par exemple
, eft une abjuration fimulée de
coquetterie , mais , en même tems ,
le chef- d'oeuvre de l'envie de plaire..
L'habit magnifique donne de l'éclat
à l'aimable femme ; elle en devient
plus curieuſe à voir , mais , non pas
fi touchante ; elle en eft plus belle ,
& moins dangereufe ; & cet éclat
étranger qui faute au yeux , étouffe
l'impreffion des graces naturelles , &
divertit le fpectateur de l'attention
rifquable qu'il donneroit au refte.
Cette façon de fe montrer , eft plus .
fuperbe que délicate : Ufer d'ornemens
pour plaire , c'eft s'appuyer de feconds
, c'eft combattre avec rufe ; &
comme cela , la victoire n'est pas
nette. Ai-je plû comme femme ornée,
ou comme femme aimable ? Voilà la
fourde queftion qu'en pareils cas fe
fait une Dame ; argument dicté par
DE MARS 103
l'amour propre qui fe connoit en
vrais avantages , & qui fe juge à la
rigueur , quand il prévoit n'y rien
rifquer.
Pour vuider la queſtion , on a recours
au négligé , c'eft par lui qu'on
fait une épreuve de fes charmes , qui
finit les chicannes de l'amour propre ;
c'est par lui qu'on expofe la vérité
toute nue , & qu'on femble dire , me
voilà telle que m'a fait la Narure ;
voilà du moins une copie modefte de
l'original mais à vous dire vrai , ce
modefte eft fifuperficiel , qu'il ne gêne
en rien l'imagination des hommes.
Mais , me dirés - vous , les femmes fça
vent-elles ce libertinage d'imagination.
Je ne vous dirai pas fi elles le
fçavent ; mais , pour le peu qu'elles
s'en doutent , le négligé durera longtems.
:
Concluez fur tout ce que nous ve
nons de dire , Madame , que cet habit
a la fimplicité , la proprété , le
peu d'affectation des habits vraiment
modeftes ; mais , qu'il n'en a pas la
pudeur ; qu'il porte ,pour ainfi dire, le
caractére de la peu chafte vanité
qui l'inventa fans doute : Quand je
Liiij .
i04 LE MERCURE
dis peu chafte , je n'entends pas des
deffeins formellement mauvais ; mais,
de vifs fentimens de complaifance
pour fes charmes ; fentimens de qui
vient l'art de pallier la vérité fans
rien perdre , & de mettre fans blâme
fes appas dans leur plus dange-
Leufe posture.
:
Revenons aux Dames que je vis .
Une d'elles fe retira , je m'en allois
auffi Un Cavalier s'avança pour
lui parler. Je m'attendis fur le champ.
à quelque phrafe de manége , & je
ne me trompai point. Laiffez- moi , lui
dit- elle , je me fauve , je fuis faite
comme une folle . Sçavez- vous , Madame
, ce qu'une femme de Qualité
penfe confufément , toutes les fois
qu'elle prononce ce peu de mots.
Regardés moi ; je ne fuis point parée
comme les femmes doivent l'eftre ;
mon bon air & les graces de ma taille
ne font point équivoques ; tout naît
de moi , c'eft moi qui donne la forme
à mon habit , & non , mon habit qui
me la donne ; je fçai combien je fuis
aimable & touchante en cet état ;
mais , je dois paroiftre ne le pas fçavoir
; c'eft une grace de plus , que
DE MARS:
105
d'en avoir tant, & les ignorer : On les
voit , on les fent , on croit qu'elles
m'échappent;croyés - le de même , je
me fauve ,je fuis faite comme une folle .
Voilà , .Madame , ce que fignifie
le langage hipocrite dont nous parlons
; & le plaifant de cela , c'eft que
les hommes n'en expliquent que le
fens favorable , & que leur jugement
étourdi fait grace du refte à la Comédienne
, & glifle fur le ridicule
qu'il contient. Il y a là deffus bien
d'autres réflexions à faire , convenables
au feu de mon âge , mais d'un
vrai trop voifin de la licence : Quelque
agréable que foit le champ d'idées
qu'elles ouvriroient à mon efprit
, je vous les facrifie , Madame.
Que vous dirai- je encore ? Les femmes
de Qualité élevées dans les ufages
de Cour , qui fçavent leurs droits
& l'étendue de leurs libertés , ne rougiffent
pas d'avoir un Amant avoué ;
ce feroit rougir à la Bourgeoife
. De
quoi rougiffent
- elles donc ? C'eft de
n'avoir
point d'Amant
, ou de le
perdre. J'aurois
pû dire des Amans.
Le plurier ailleurs
deshonorant
, fait
ici cortége
glorieux
. Chaque
Païs a
105 LE MERCURE
fa guife . On fçait à la Cour le prix de
la vie , & l'on n'y admet nulle maxime
qui ne tende à la faire fentir .
Nous avons dit qu'elles y rougif
foient de n'avoir point d'Amant . Cela
n'eit pas difficile à comprendre , en
les fuppofant coquettes . Une femme
qui vit fans eftre aimée , vit dans l'opprobre
, & dans la derniere des réputations
; la plus galante des femmes
de Cour à le pas fur elle dans
l'eftime des hommes: Je ne fçai même ,
à bien examiner l'efprit de Cour , fi
cette plus galante n'eft pas dans mille
momens la plus eftimée. Les momens
font ceux où les Courtifans ne font
point de réfléxions raifonnables : Il
feroit hardi de parier qu'ils en fiffent
quelquefois
Il faut donc des Amans , il faut
même fe les conferver. Ah ! C'en eft
trop , me répondrés- vous : Ceci devient
férieux ; j'en conviens , Madame
, & trés férieux ; fur-tout , avec
des Amans de Cour , qui veulent bien
effuyer des délais de bienséance , qui
s'attendent bien à combattre des imitations
de vertu ; mais non pas , la
verin-même ; & qui fçavent,à un jour
DE MAR S. 107
prés , affigner la durée raisonnable de
ces imitations , qui foûpirent enfin ,
non , pour tâcher de vaincre , car , tâcher
,fuppofe des efforts pour un fuccés
douteux ; mais , parce que les foupits
font un cérémonial qui doit précéder
la récompenfe ; & qu'il eft de
l'ordre qu'une femme paroifle recompenfer
, & non, donner d'avance .
Comment donc conferver des
Amans de cette efpece ? Comment.
Comme on peut : Par des efpérances.
Ah grands Dieux ! Eit- il permis
d'en fouffrir l'idée dans un homme?
Une femme a-t - elle befoin d'un plus
grand oubli de vertu pour les remplir
, que pour les donner ? C'eft contefter
fur le tems , & non, fur le crime.
Oh, Madame Attendés : Ces efperances
qui vous choquent ,ne font pas
fi criminelles que vous le penfez : Si
nous parlions d'une femme ordinaire ,
j'entends , femme de Ville ou de Pro
vince , vos conféquences feroient juftes.
Une éducation roturiere , purgée
de licence, & qui lui a appris à obferver
les vertus à la lettre , lui défend
de fouffrir unAmant : Le fouffre- t- elle?-
Elle a fait un premier pas dans la voye
108 LE MERCURE
du crime : Lui perme- t- elle d'efperer ?
Elle en a fait mille.
En effet , avant que d'en venir là ,
que de diminutions journalieres dans
fa fageffe ? Que d'inutiles travaux de
pudeur ? Quelle fucceffion de mouvemens
libertins n'a- t- il pas fallu , pour
aguerrir fon ame , pour la familiarifer
avec l'idée du crime ? Elle donne des
efperances , le crime eft refolu , elle
l'envifage , elle s'y promet. Que ne s'y
livre- t-elle ? Ce n'est pas la pudeur qui
l'en empêche , c'eft le fouvenir d'en
avoir eu , qui la retarde .
Voilà , Madame , l'hiftoire du coeur
d'une femme ordinaire qui donne des
efperances Vous vous imaginez qu'il
en eft de même du coeur d'une femine
de Cour ; mais il n'y a rien de tout
celà. 1o , quoi qu'elle foit mariée ,
elle peut avoir un foûpirant ; il fait
comme partie de fon équipage : Quant
aux efperances qu'elle lui donne , c'eſt
un difcours en l'air , un proverbe , un
vaudeville de Cour : En fait de galanterie
, elle ne fçait pas ce qu'elle don
ne alors.
Mais , l'Amant qui en attend l'échéance
, comme d'un bon billet, preffe ,
DE MAR S.
109
s'impatiente , fait fes diligences , menace
d'infidelité ; & fi quelqu'un alors ,
ne vient heureufement fe préfenter
pour tenir fa place, en cas de deſertion,
je croi franchement qu'une femme
eft en peril manifefte .
L'on voit encore une autre forte de
femmes de Cour . Il eft , par exemple,
des Coquettes honoraires ; ce font celles
qui font leurs preuves d'agrêmens
& de charmes , en laiffant feulement
aborder les Amans ; & qui , refoluës
d'être fages , prennent de publiques
atteftations de la facilité qu'elles auroient
à fe mettre au rang des aimables
folles.
Ce n'eft pas là , vertu parfaite ;
mais que voulez- vous , Madame . La
corruption eft tellement fimpathique
avec le coeur humain , qu'on ne peut
l'en purger fibien , qu'il n'y refte fouvent
ou la honte de n'ofer paroître
fage , ou du penchant à ne pas l'être .
Là deffus , ne pouroit - on pas dire que
le vice eft comme l'Amant chéri de
l'ame ? Elle le regrête en y renonçant ,
& ne le hait jamais.
Il y ades femmes de Qualité plus
courageufes encore que ces dernieres ,
TIO LE MERCURE
& qui ne fouffrent point d'adorateurs :
On voudroit bien qu'elles fuffent coquettes
; elles fçavent qu'on le voudroit
bien , & le fçavent avec plaifir ;
voilà leur coquetterie : Il leur eft doux
d'être comptées comme des beautez
inacceffibles , il leur est doux , toutes
féqueftrées qu'elles font de la foule ,
d'inquiéter les fens des fpectateurs.
Je vous parlerois ici , Madame , des
femmes de Qualité devotes; mais c'eft
une efpece trop marquée : Il vous fuffira
de fçavoir en général que la devotion
dont il s'agit , les éloigne du
monde , fans le plus fouvent les approcher
de Dieu .
Quand je vois ces faintes Ames ,
je ne puis m'empêcher de les comparer
à ces Soldats que leurs bleffures envoyent
aux Invalides : Les bleffures
de nos femmes , c'eft l'âge , & le déchet
de leurs charmes : Adieu le
monde, belle vocation ! Les habits , le
maintien, le difcours, les démarches ,
tout eft pieux , le coeur même prend
du goût pour la façon des actions
pieufes , il aime fon métier ; le formulaire
ambulant ou contemplatif lui en
plaît on gémira fans douleur aux
DE MAR S. III
pieds des Autels, on verfera des pleurs
dont la fource fera , non , l'amourde
Dieu , mais la vive & jaloufe imitation
de cet amour ; je veux dire , que l'ame
entrera dans fon fujet , ainfi qu'un
Acteur Tragique entre dans la paffion
qu'il reprefente .
Mais , fans m'en appercevoir , je
traitte une matiere que je m'êtois d'abord
interdite. Peu s'en eft fallu , que
je ne parlaffe de ceux à qui nos Dames
confient leur confcience , gens au
profit dequi , tourne la pieté de nos devotes
, pendant que Dieu n'en a que
les honneurs .
Je ne fçai ; mais l'inquiétude , le
fcrupule toûjours renaiffant , & ces vifites
fréquentes chez l'homme de Dieu ,
font une image bien reffemblante des
mouvemens du coeur tendre , ce pouroit
être de l'amour qui n'a fait que
changer de nom ; peut- être que l'ame
s'y méprend elle -même & qu'elle
n'eft jamais plus profane , que quand
elle paroît fcrupuleufe .
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1177
p. 177-184
SUITE Des Caractéres de M. de Marivaux.
Début :
Vous voulés que je vous parle des beaux Esprits de Paris, Madame : La [...]
Mots clefs :
Esprit, Beaux esprits, Amour propre, Esprits, Auteurs, Officiers subalternes, Excellent, Médiocre, Philosophe, Matière, Goût, Idées, Sentiment
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texteReconnaissance textuelle : SUITE Des Caractéres de M. de Marivaux.
SUITE
Des Caracteres de M. de Marivaux.
Vousvoulés que je vous parle des
beaux Efprits de Paris, Madame : La
matiere eft fine ; & bien m'en prend d'avoir
un zéle d'obéïffance qui m'étourdit fur les
difficultez du . Sujet . Foferai donc obéir ,
mais obfervez , s'il vous plaît , Madame ,
qu'ici , tout mon devoir eft d'ofer , & point.
de reuffir ; à moins qu'il ne foit vrai , comme
on dit , que l'amour donne de l'efprit :
Nous fçaurons bientôt ce qu'il en faut croire;
car, je vais éprouver le proverbe , comme
partie capable , s'ilen fûr jamais .
Paris fourmille de beau Efprits : Il n'y
en eut jamais tant ; mais , il en eft d'eux à
peu prés , comme d'une armée ; il y a peu
d'Officiers généreaux , beaucoup d'Officiers
Subalternes , un nombie infini de Soldats..
178 LE MERCURE
J'appelle Officiers généraux , les Auteurs
qu'en fait d'ouvrages de goût , le
public avoie pour excellens .
Aprés eux , viennent les Grands Médioeres
dans le même genre de travail , & que
j'appellerai les premiers des Officiers Subalternes.
Imaginez vous , Madame , un efpace
entre l'excellent & le médiocre ; c'eſt celui
qu'ils occupent . Leurs idées font intermediaires
; ce n'eft pas que ce milieu qu'ils
tiennent , foit fenti de tout le monde ; il
n'appartient qu'au Lecteur excellent luimême
, de les y voir ; & leur Caractére
d'efprits générallement parlant , leur fait
tour à tour , & trop de tort , & trop d'honneur
: Trop de tort , parce que bien des gens
machinallement connoiffeurs du beau , ne
fe fentant pas affés frappés du ton de leurs
idées , les confondent avec les médiocres :
Trop d'honneur , parce que bien des gens
auffi , n'ayant qu'un goût peu fûr ,peu décifif,
les jugent excellens fur la foy du
peu de
plaifir qu'ils prennent à la lecture de leurs -
ouvrages .
*
Aprés eux , font les Médiocres , comme
les moindres des Officiers Subalterness
gens , dont le lent eft de fixer avec ordre
fur du papier , un certain genre d'idées raifonnables
, mais communes , qui fuffifent
pour le commerce & la conduite des honnêtes
gens entr'eux; & par là fi familieres ,
DE MAY. 179
qu'elles ne méritent pas d'être expreffement
offertes à la curiofité du lecteur un
peu délicat .
Difons un mot en paffant , des Efprits
du plus bas rang : Ce font ces Auteurs audeffous
du médiocre ; gens fi miférables ,
que c'eft fortune à eux de fixer même une
idée commune dans fon degré de force &
de justeffe ,
Tax
Un fi petit talent d'efprit ne vaut pas
dépenfe d'une plus grande analyfe. Qu'il
vous fuffife de fçavoir , Madame , que ces
Meffieurs n'ont point de nom ; qu'on ne
connoît chacun d'eux , ny par la chutte ny
par le fuccés particulier de leurs ouvrages .
Fuffe par la chutte : Ce feroit toujours être
connu par quelque chofe . Un Médiocre
compofe - t-il ? S'il tombe , du moins diton
; un tel est tombé , comme on dit , un
tel Officier a efté tué ; mais à l'égard de
ces derniers , on fçait en gros , que mille
de leurs productions paroiffent & ne vallent
rien ; c'eft comme un Bataillon qui fe
préfente , & que le moufquet fait tomber.
Qui eft-ce qui s'avifera de demander le
non des Soldats morts ?
Il y a d'autres Auteurs encore que nous
mettrons , fi vous voulez , au rang des
beaux Efprits : Ce font les Traducteurs ;
ils fçavent les Langues fçavantes , & reffufcitent
l'efprit des Anciens , qui , difentils
, vaut cent fois mieux que l'efprit des
180 LE MERCURE
Modernes : Du moins , faut -il avouer qu'ils
le croient de bonne-foy ; puifque nous ne
voyons pas qu'ils s'eftiment affez pour
penfer par eux - mêmes . C'eft agir conféquement
à leur principe .
Je vous aurois parlé plûtôt d'une autre
forte d'Auteurs , fi je n'avois jugé qu'ils
tiendroient à injure de fe voir au rang de
ceux qu'on appelle beaux Efprits : Ce font
les Philofophes & les Geomêtres . J'ai quelquefois
penfé au peu de cas que ces Meffieurs
la femblent faire des productions
de fentiment & de goût ; auffi bien qu'à
la diſtinction avantageufe que le publis
fait d'eux.
Un Gromêtre , difois-je , eft un homme
qui cherche pefamment & pas à pas , les
proportions que plufieurs lignes diverfement
tracées , ont enfemble.
Si celui qui fçait l'art de trouver ces
proportions , en demeure là ; s'il ne fent
les applications délicates de fes principes ;
s'il ne voit l'ufage détourné qu'il en peut ,
& qu'on en doit faire en tout exercice d'efprit
, il eft en verité bien peu de choſe.
Le bel Efprit , il eft vrai , ne s'eft pas
fait de la Geometrie une Science ifolée ;
il n'eft point Geomêtre ouvrier , c'est un
Architecte né , qui méditant un édifice , le
voit s'élever à fes yeux dans toutes fes parties
differentes ; il en mefure l'effet total
DE MA Y. 181
parun railonnement imperceptible & comme
fans progrés , qui,pour le Geomêtre, contiendroit
la valeur de mille raisonnemens
lentement fucceffifs. Le bel Efprit en un
mot, eft doué d'une avantageufe conformation
d'organe , de laquelle réfulte dans l'ame
un fentiment arrangé des impreffions qui la
frappent : Il eft entre les organes &fon ef
prit, d'heureux accords qui lui forment une
maniere de penfer , dont l'érenduë , l'évidence
, & la chaleur font un corps ; c'eft
trois , réduit en un ; je ne dis pas qu'il ait
chacune de ces qualitez dans la totalité
de leur force ; un fi grand bien eft audeffus
de l'homme , mais il en a ce qu'il faut pour
voller à une ſphere d'idées , dont non - feulement
les raports , mais la fimple veüe
paffe le Geomêtre .
-
A l'égard des Philofophes , la Nature"
& fes principaux effets ne font il pas le
noceud-gordien pour eux ? Nous fommesnous
à nous mêmes moins Enigmes , qu'il
y a quatre mille ans ? Qu'a pu penfer fur
l'homme un Philofophe , qu'un bel efprit
excellent ne puiffe nous dire , & plus ingenieufement
, & par des préceptes plus accommodez
à nos façons non refléchies de
connoître & de fentir ? A entendre f.ftueu-
Sement prononcer le nom de Philofophe ,
qui ne croiroit que fon étude eft d'un autre
gente que celle du be ! efprit ? L'homme
pour l'ordinaire, eft cependant leur fujet
182 LE MERCURE
1
commun. En quoi different - ils donc ? C'eft
que l'un traitre ce fujet dans un Poëme ,
dans uneOde ; l'autre le traitte dans un corps
de raifonnement qu'on appelle fiftême :
L'un gliffe l'inftruction à la faveur du fentiment
; c'eft un Maître careffant qui vous
fait des leçons utiles , mais intereffantes ;
l'autre eft un Pédaguogue qui vous régente
durement & dans un trifte filence.
Pourquoi donc penfe - t- on plus refpectueufement
du Philofophe que du bel Ef
prit ? Ne feroit- ce pas que le Philofophe
au fiftême , nous propofant une connoiffance
expreffe de nous mêmes , nous fait
penfer que nous fommes difficiles à comprendre
, & fans doute importans ; au lieu
que le Philofophe du Poëme ou de l'Ode ,
femble ne nous expofer à nos propres yeux,
que pour nous divertir : Ce deffein là ne
nous fait pas tant d'honneur.
Pardon , Madame , fi ceci m'a conduit
un peu loin : Ce que j'ai dit , eft une idée
que j'avois depuis long-tems dans l'efprit ,
& qui a trouvé jour. Revenons à nos Auteurs.
Je fçai que vous aimez à raifonner ;
je vais tâcher de vous fervir à vôtre goût.
L'amour propre eft à peu prés à l'efprit ,
ce qu'eft la forme à la matiere . L'un fuppofe
l'autre . Tout efprit a donc de l'amour
propre , comme toute portion de matiere
a fa forme : De même auffi que toute portion
de matiere eft pliable à une forme
DE MAY.-
པ
18
plus ou moins fine & variée , fuivant qu'elle
et plus ou moins fine & délicate ellemême
; de même encore , nôtre amour
propre eft-il plus ou moins fubtil , fuivant
que notre efprit a lui -même plus ou moins
de fineſſe .
Ces principes établis, concluons que l'Auteur
excellent eft de tous les Auteurs celui
dont l'amour propre doit être le plus
fubtil .
Tâchons d'en développer le jeu . Tout
homme vraiment fuperieur a fentiment de
fa fuperiorité. Il a les yeux bons , il voit
incontestablement ce qu'il eft ; or , il fe
complaît à fe voir , il s'eftime ; voilà le
début de fon amour propre ; il veut des
témoins de fes avantages : En voilà le progrez.
Il veut des témoins fans faveur , naïfs ,
irréprochables , portant témoignage avec
un étonnement qui les décele inferieurs ;
il veut mettre leur propre orgueil en défaut
il eft bon juge des moindres expreffions
de confufion qui échappent à cet orgueil
; il apprécie un gefte , le filence même
: Voilà la fineffe de l'amour propre excellent.
Mais , obfervez , Madame , que
cet amour propre eft à fon dernier période ,
quand avec l'art de ces appréciations dont
j'ai parlé , il joint encore l'art de dérober
fes inquiétudes fuperbes & de jouir de fes
découvertes , fans paroître y avoir tâché.
Infinuer qu'il eft bonnement , innocem-
;
784
+
LE MERC
ment fuperieur , efcamoter à ceux qu'il
furpaffe jufqu á la trifte confolation de
I appeller vain ; voilà le nec plus ultra de
l'orgueil d'Auteur.
Nous poursuivrons le reste une autrefois
Madame : Il vous divertira.
Des Caracteres de M. de Marivaux.
Vousvoulés que je vous parle des
beaux Efprits de Paris, Madame : La
matiere eft fine ; & bien m'en prend d'avoir
un zéle d'obéïffance qui m'étourdit fur les
difficultez du . Sujet . Foferai donc obéir ,
mais obfervez , s'il vous plaît , Madame ,
qu'ici , tout mon devoir eft d'ofer , & point.
de reuffir ; à moins qu'il ne foit vrai , comme
on dit , que l'amour donne de l'efprit :
Nous fçaurons bientôt ce qu'il en faut croire;
car, je vais éprouver le proverbe , comme
partie capable , s'ilen fûr jamais .
Paris fourmille de beau Efprits : Il n'y
en eut jamais tant ; mais , il en eft d'eux à
peu prés , comme d'une armée ; il y a peu
d'Officiers généreaux , beaucoup d'Officiers
Subalternes , un nombie infini de Soldats..
178 LE MERCURE
J'appelle Officiers généraux , les Auteurs
qu'en fait d'ouvrages de goût , le
public avoie pour excellens .
Aprés eux , viennent les Grands Médioeres
dans le même genre de travail , & que
j'appellerai les premiers des Officiers Subalternes.
Imaginez vous , Madame , un efpace
entre l'excellent & le médiocre ; c'eſt celui
qu'ils occupent . Leurs idées font intermediaires
; ce n'eft pas que ce milieu qu'ils
tiennent , foit fenti de tout le monde ; il
n'appartient qu'au Lecteur excellent luimême
, de les y voir ; & leur Caractére
d'efprits générallement parlant , leur fait
tour à tour , & trop de tort , & trop d'honneur
: Trop de tort , parce que bien des gens
machinallement connoiffeurs du beau , ne
fe fentant pas affés frappés du ton de leurs
idées , les confondent avec les médiocres :
Trop d'honneur , parce que bien des gens
auffi , n'ayant qu'un goût peu fûr ,peu décifif,
les jugent excellens fur la foy du
peu de
plaifir qu'ils prennent à la lecture de leurs -
ouvrages .
*
Aprés eux , font les Médiocres , comme
les moindres des Officiers Subalterness
gens , dont le lent eft de fixer avec ordre
fur du papier , un certain genre d'idées raifonnables
, mais communes , qui fuffifent
pour le commerce & la conduite des honnêtes
gens entr'eux; & par là fi familieres ,
DE MAY. 179
qu'elles ne méritent pas d'être expreffement
offertes à la curiofité du lecteur un
peu délicat .
Difons un mot en paffant , des Efprits
du plus bas rang : Ce font ces Auteurs audeffous
du médiocre ; gens fi miférables ,
que c'eft fortune à eux de fixer même une
idée commune dans fon degré de force &
de justeffe ,
Tax
Un fi petit talent d'efprit ne vaut pas
dépenfe d'une plus grande analyfe. Qu'il
vous fuffife de fçavoir , Madame , que ces
Meffieurs n'ont point de nom ; qu'on ne
connoît chacun d'eux , ny par la chutte ny
par le fuccés particulier de leurs ouvrages .
Fuffe par la chutte : Ce feroit toujours être
connu par quelque chofe . Un Médiocre
compofe - t-il ? S'il tombe , du moins diton
; un tel est tombé , comme on dit , un
tel Officier a efté tué ; mais à l'égard de
ces derniers , on fçait en gros , que mille
de leurs productions paroiffent & ne vallent
rien ; c'eft comme un Bataillon qui fe
préfente , & que le moufquet fait tomber.
Qui eft-ce qui s'avifera de demander le
non des Soldats morts ?
Il y a d'autres Auteurs encore que nous
mettrons , fi vous voulez , au rang des
beaux Efprits : Ce font les Traducteurs ;
ils fçavent les Langues fçavantes , & reffufcitent
l'efprit des Anciens , qui , difentils
, vaut cent fois mieux que l'efprit des
180 LE MERCURE
Modernes : Du moins , faut -il avouer qu'ils
le croient de bonne-foy ; puifque nous ne
voyons pas qu'ils s'eftiment affez pour
penfer par eux - mêmes . C'eft agir conféquement
à leur principe .
Je vous aurois parlé plûtôt d'une autre
forte d'Auteurs , fi je n'avois jugé qu'ils
tiendroient à injure de fe voir au rang de
ceux qu'on appelle beaux Efprits : Ce font
les Philofophes & les Geomêtres . J'ai quelquefois
penfé au peu de cas que ces Meffieurs
la femblent faire des productions
de fentiment & de goût ; auffi bien qu'à
la diſtinction avantageufe que le publis
fait d'eux.
Un Gromêtre , difois-je , eft un homme
qui cherche pefamment & pas à pas , les
proportions que plufieurs lignes diverfement
tracées , ont enfemble.
Si celui qui fçait l'art de trouver ces
proportions , en demeure là ; s'il ne fent
les applications délicates de fes principes ;
s'il ne voit l'ufage détourné qu'il en peut ,
& qu'on en doit faire en tout exercice d'efprit
, il eft en verité bien peu de choſe.
Le bel Efprit , il eft vrai , ne s'eft pas
fait de la Geometrie une Science ifolée ;
il n'eft point Geomêtre ouvrier , c'est un
Architecte né , qui méditant un édifice , le
voit s'élever à fes yeux dans toutes fes parties
differentes ; il en mefure l'effet total
DE MA Y. 181
parun railonnement imperceptible & comme
fans progrés , qui,pour le Geomêtre, contiendroit
la valeur de mille raisonnemens
lentement fucceffifs. Le bel Efprit en un
mot, eft doué d'une avantageufe conformation
d'organe , de laquelle réfulte dans l'ame
un fentiment arrangé des impreffions qui la
frappent : Il eft entre les organes &fon ef
prit, d'heureux accords qui lui forment une
maniere de penfer , dont l'érenduë , l'évidence
, & la chaleur font un corps ; c'eft
trois , réduit en un ; je ne dis pas qu'il ait
chacune de ces qualitez dans la totalité
de leur force ; un fi grand bien eft audeffus
de l'homme , mais il en a ce qu'il faut pour
voller à une ſphere d'idées , dont non - feulement
les raports , mais la fimple veüe
paffe le Geomêtre .
-
A l'égard des Philofophes , la Nature"
& fes principaux effets ne font il pas le
noceud-gordien pour eux ? Nous fommesnous
à nous mêmes moins Enigmes , qu'il
y a quatre mille ans ? Qu'a pu penfer fur
l'homme un Philofophe , qu'un bel efprit
excellent ne puiffe nous dire , & plus ingenieufement
, & par des préceptes plus accommodez
à nos façons non refléchies de
connoître & de fentir ? A entendre f.ftueu-
Sement prononcer le nom de Philofophe ,
qui ne croiroit que fon étude eft d'un autre
gente que celle du be ! efprit ? L'homme
pour l'ordinaire, eft cependant leur fujet
182 LE MERCURE
1
commun. En quoi different - ils donc ? C'eft
que l'un traitre ce fujet dans un Poëme ,
dans uneOde ; l'autre le traitte dans un corps
de raifonnement qu'on appelle fiftême :
L'un gliffe l'inftruction à la faveur du fentiment
; c'eft un Maître careffant qui vous
fait des leçons utiles , mais intereffantes ;
l'autre eft un Pédaguogue qui vous régente
durement & dans un trifte filence.
Pourquoi donc penfe - t- on plus refpectueufement
du Philofophe que du bel Ef
prit ? Ne feroit- ce pas que le Philofophe
au fiftême , nous propofant une connoiffance
expreffe de nous mêmes , nous fait
penfer que nous fommes difficiles à comprendre
, & fans doute importans ; au lieu
que le Philofophe du Poëme ou de l'Ode ,
femble ne nous expofer à nos propres yeux,
que pour nous divertir : Ce deffein là ne
nous fait pas tant d'honneur.
Pardon , Madame , fi ceci m'a conduit
un peu loin : Ce que j'ai dit , eft une idée
que j'avois depuis long-tems dans l'efprit ,
& qui a trouvé jour. Revenons à nos Auteurs.
Je fçai que vous aimez à raifonner ;
je vais tâcher de vous fervir à vôtre goût.
L'amour propre eft à peu prés à l'efprit ,
ce qu'eft la forme à la matiere . L'un fuppofe
l'autre . Tout efprit a donc de l'amour
propre , comme toute portion de matiere
a fa forme : De même auffi que toute portion
de matiere eft pliable à une forme
DE MAY.-
པ
18
plus ou moins fine & variée , fuivant qu'elle
et plus ou moins fine & délicate ellemême
; de même encore , nôtre amour
propre eft-il plus ou moins fubtil , fuivant
que notre efprit a lui -même plus ou moins
de fineſſe .
Ces principes établis, concluons que l'Auteur
excellent eft de tous les Auteurs celui
dont l'amour propre doit être le plus
fubtil .
Tâchons d'en développer le jeu . Tout
homme vraiment fuperieur a fentiment de
fa fuperiorité. Il a les yeux bons , il voit
incontestablement ce qu'il eft ; or , il fe
complaît à fe voir , il s'eftime ; voilà le
début de fon amour propre ; il veut des
témoins de fes avantages : En voilà le progrez.
Il veut des témoins fans faveur , naïfs ,
irréprochables , portant témoignage avec
un étonnement qui les décele inferieurs ;
il veut mettre leur propre orgueil en défaut
il eft bon juge des moindres expreffions
de confufion qui échappent à cet orgueil
; il apprécie un gefte , le filence même
: Voilà la fineffe de l'amour propre excellent.
Mais , obfervez , Madame , que
cet amour propre eft à fon dernier période ,
quand avec l'art de ces appréciations dont
j'ai parlé , il joint encore l'art de dérober
fes inquiétudes fuperbes & de jouir de fes
découvertes , fans paroître y avoir tâché.
Infinuer qu'il eft bonnement , innocem-
;
784
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LE MERC
ment fuperieur , efcamoter à ceux qu'il
furpaffe jufqu á la trifte confolation de
I appeller vain ; voilà le nec plus ultra de
l'orgueil d'Auteur.
Nous poursuivrons le reste une autrefois
Madame : Il vous divertira.
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1178
p. 68-74
SUITE DES CARACTERES de M. de Marivaux.
Début :
Nous parlions l'autre jour de l'amour propre de l'Auteur excellent ou supérieur ; [...]
Mots clefs :
Madame, Auteur, Amour propre, Esprit, Monde, Homme supérieur, Ouvrages, Vanité, Estimer, Grands médiocres
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texteReconnaissance textuelle : SUITE DES CARACTERES de M. de Marivaux.
SUITE DES CARACTERES
de M. de Marivaux .
N
Ous parlions l'autre jour de l'amour
propre de l'Auteur excellent ou fupérieur
; & je vous dis là deffus , Madame ,
que cet Auteur fçavoit fes avantages :
Qu'il fe difoit , je connois ma fupériorité ;
cela eft doux , mais , il me revient encore
un plaifir bien flateur à prendre ; c'eft de
voir les autres , la connoître avec moi.
Ces autres , Madame , ce font des hommes
orgueilleux , comme lui ; qui compofent
ou qui ne compofent pas . Mais en un
mot , qui ont de l'efprit , qui font marqués
dans le monde , comme gens qui en ont
beaucoup , qui s'en croyent encore davantage
, parce qu'ils fuppofent que le Public
jaloux,loue modiquement , & que quand
il va pour nous jufqu'à l'eftime
c'eft figne qu'il devroit aller plus loin :
Gens enfin qui font fentinelle , fur tout à
ce qui paroît de beau , qui vont & viennent
pour en arrêter les impreffions , dans la
crainte que ce beau ne leur nuife , & qu'en
penfant indirectement à eux , on ne préfumât
pas qu'ils pûffent en faire ou dire
autant & même plus.
>
>
Voilà , Madame , quels font ceux de qui
DE JUIN. 69
l'Auteur fupérieur veut un hommage .
Cet hommage ; je vous ai dit ce que c'étoit
: Ce n'eft le plus fouvent qu'un gefte
un mot ; c'eft le filence mefme de certaine
espéce.
>
Il faut eftre bien fin, pour expliquer de pareils
fignes que la jaloufie de ceux meſmes à
qui ils échappent , rend obfcurs : Ce font
comme des Enigmes , dont l'homme fupépérieur
a le talent de trouver le Mot; mais ,
il fe garde bien de laiffer apperçevoir qu'il
l'a trouvé .
Non pas , qu'il paroiffe indifférent aux
louanges formelles qu'on veut bien lui donner
; l'air d'indifférence feroit trop groffier ,
& qui veut trop prouver , ne prouve rien.
Ce n'eft pas là le party qu'il prend ; cela
ne feroit digne que d'un mal- droit qui
ne fçauroit pas qu'il eft des occafions , où
pour faire mystére de toute fa vanité , il
faut en montrer un peu ; parce qu'il ne leroit
pas naturel de n'en point avoir alors ,
& de ne pas reffembler à tous les autres
hommes & c .
,
Bien loin donc d'eftre indifférent aux éloges
, illes reçoit d'un air ingénu , par lequel
il femble dire : Tenés , Meffieurs , je
n'y entends point de fineffe ; franchement
vôtre approbation me ffate ; j'ai du plaiſir
à vous voir eftimer ce que j'ai fait ; vous
récompenfés mon travail,
Et voilà , Madame , ce qui s'appelle agir
70 LE
MERCURE
en habile homme : Voulés- vous fçavoir ce
qui arrive de cela .
Il a forcé les autres à l'admirer ; ils
ont rougi de fe trouver inférieurs . Imaginez
- vous une jolie femme qui n'a pû
s'empêcher de convenir avec elle - même
, que fes appas le cédent à ceux de
fa Compagne . Quelle mortification ?
Eh bien , nos gens ont fenti un chagrin
de la même nature ! Mais , de la façon
dont s'y prend l'homme fupérieur , ils fe
trouvent foulagez .
Ils ont comprendre qu'il n'a pas apperçu
l'excez humiliant de leur admiration
; c'eft autant de diminué fur la honte
de l'avoir fenti Ils n'en ont û de témoins
qu'eux- mêmes ; ce témoin là n'eſt
point incorruptible , on peut fe fauver
avec lui ; à la fin , il fe trouvera qu'il
s'eft trompé.
D'ailleurs , cet homme fupérieur auroit
pû furprendre leur fécret ; il l'ignore ,
il ne leur a pas fait tout le mal qu'il pouvoit
leur faire ; ils l'en haïffent moins ,
ils le fupportent ; volontiers même lui veulent-
ils du bien ; parce que l'ignorance
où il eft de ce qu'il vaut , les mer plus
à leur aife en le loüant , & rend la loüange
fans conféquence , & de pair à pair :
Voici un homme , difent-ils , qui n'abufera
point de l'eftime que nous lui montrerons
; il l'a fimplement efpérée , &
DE JUIN. 71
cela nous fait honneur : Car , efpérer un
bien , c'eft l'eftimer foi - même : En n'en
regardant pas l'acquifition comme infaillible
, c'eft nous dire , je fouhaite de l'obtenir
; jugez fi je le mérite. Nous voici
donc juges & difpenfateurs de ce bien
qu'il attend ; c'eft jouer un rolle avantageux
, & plus noble que le fien même.
Aprés ces courtes réfléxions , qui dans
l'efprit de nos admirateurs , s'arrangent
en un inftant , & non par, reprifes comme
ici ; Le croiriez - vous , Madame , Madame , l'affront
s'oublie , leur dépit paffe , l'art de l'Auteur
a mis , pour ainfi dire , un appareil
à tout ; il fort juftifié , parce qu'il a fçû
raccommoder les autres avec eux - mêmes,
en amuſant leur vanité par de petits profits
, qui lui font regarder fon defavanta
ge paffé , comme une fauffe allarme .
Que conclure de la confiance de nos
Dupes , qui croient s'eftre effarouchés malà
propos ?
Que l'homme vraiment fupérieur , eſt
celui qui fçait plier les autres à lui ſouffrir
, à lui pardonner fa fupériorité : Tout
homme fupérieur qui révolte les autres ,
n'eft pas fi fupérieur que l'on penfe ; je
dis , quand même on lui paffe en fécret
qu'il l'eft : Illui manque au moins de voir
qu'il intereffe la malice des autres à lui
refufer nettement , pour le punir , ce qu'il
veut emporter à force ouverte , & ce qu'il
72
LE MERCURE
qu'il pourroit obtenir fans bruit.
Car , quoique l'Auteur dont je vous
ai parlé , Madame , ait fait penfer aux
autres qu'ils traitent avec lui de pair
à pair ; cependant , le dépit de fe fentir
inférieurs les petites illufions dont ils
ont eu befoin pour perdre ce fentiment d'infériorité
, tant de mouvemens enfin , ont
laiffé chez eux des traces de ce fentiment-
même ; & l'Auteur revient fi fouvent
à la charge , les réveille fi fouvent,
ces traces , qu'elles fe fortifient au point
que petit à petit les illufions n'ont plus
de prife .
Voilà ce qui arrive en faveur de l'homme
fupérieur , quand il fçait fe ménager.
Ses Ouvrages peuvent impunément
mortifier l'orgueil des autres , pourvû
que par fa conduite perfonnelle , il repare
l'effet de fes Ouvrages : Il les gâte en
les appuyant de fa voix , qu'il fe réjoüiffe
de ce que les autres les trouvent bons ;
il doit alors des démonftrations de joye à
ceux qui l'environnent , & qu'il irriteroit ,
s'il ne paroiffoit touché de leur approbation
II lesa bleflé par l'excés de fes talens,
qu'il les guériffe , en ne s'en prévalant
que de leur aveu ; ce fera tenir
d'eux fes plaifirs. Par là , il calmera leur
orgueil par cet orgueil même : Ils ont
efté fachés de le fentir au deffus d'eux ,
ile
DE JUIN. · 73
ils feront Autez de penfer qu'il ne fe croit
loüable que fur leur parole ; il gouver
nera leur amour propre , tandis qu'ils s'i
magineront qu'ils gouvernent le fien.
·
Difons encore un mot de l'Auteur dont
j'ai d'abord peint l'amour propre : Si par
hazard , il fe trouve dans le monde avec
de Grands Médiocres , & qu'on vienne
à parler d'Ouvrages , quel parti croyezvous
que lui fera prendre fa vanité ?
De mettre les fiens fur le tapis ? Non
Madame , mais bien ceux des Grandsmédiocres.
Dans le monde , on eft fort perfuadé
que ces Meffieurs ont de l'efprit ; mais,
comme cet efprit eft entre deux fers , ni
excellent, ni médiocre ; la réputation qu'il
leur produit , eft comme indécife ; on ne
fçait pas bien à quel dégré d'eftime il
faut les honorer : Parler d'eux alors ,
leur donner occafion de briller , c'eft donner
fujet aux autres de les eftimer plus
hardiment , de fe déterminer du moins
fur leur compre ,, le plus favorablement
qui fera poffible ; c'eft leur procurer une
bonne fortune de paffage .
Vous me demanderez pourquoi leur
prêter ce fecours , & fe taire fur fon chapitre
?
Tout doucement , Mada te , car voici
un des plus fins & des plus fuperbes procédés
de l'amour propre dans nôtre Au
Juin 1718 ,
G
74
LE MERCURE
teur ; voyons ce qu'il penfe.
Il s'agit d'Ouvrages : Si je parle des
miens , mes inférieurs parleront des leurs ;
on me loüera , on les louera de même ,
& me voilà compromis ; car , ils feront
comparaifon avec moi . Non , non , faifons
garder le refpect qui m'eft dû : Je fuis defhonoré
fi l'on me loüe , & l'éloge ici le
plus digne de moi , c'eft de n'en point recevoir.
Qu'ils brillent au contraire , ces inférieurs
, & qu'ils brillent par moi- même
, le Géant a bonne grace à louer la
force des hommes ; c'eft montrer à l'oeil
fa grandeur & leur petiteffe . A leur égard ,
ils ne remarqueront pas l'affront que leur
fait mon fuffrage : La remarque eft au
deffus d'eux .
Voilà , Madame , ce que fignifie le
fecours dont vous vous étonniés , & que
nôtre Auteur prête aux Grands- Médiocres .
Une autrefois , Madame , nous verrons
le refte : Je vous parlerai des Mediocres ,
enfuite des Traducteurs , ou des amateurs
des Anciens : Vous verrez les combats
qu'ils ont livrez aux Modernes & leurs
malheurs : Préparés- vous , en attendant
à les regarder comme une Famille ruinée ,
où tout le monde jufqu'aux domestiques
fe plaint de la partie adverfe , & des indifférens
même au Procés.
de M. de Marivaux .
N
Ous parlions l'autre jour de l'amour
propre de l'Auteur excellent ou fupérieur
; & je vous dis là deffus , Madame ,
que cet Auteur fçavoit fes avantages :
Qu'il fe difoit , je connois ma fupériorité ;
cela eft doux , mais , il me revient encore
un plaifir bien flateur à prendre ; c'eft de
voir les autres , la connoître avec moi.
Ces autres , Madame , ce font des hommes
orgueilleux , comme lui ; qui compofent
ou qui ne compofent pas . Mais en un
mot , qui ont de l'efprit , qui font marqués
dans le monde , comme gens qui en ont
beaucoup , qui s'en croyent encore davantage
, parce qu'ils fuppofent que le Public
jaloux,loue modiquement , & que quand
il va pour nous jufqu'à l'eftime
c'eft figne qu'il devroit aller plus loin :
Gens enfin qui font fentinelle , fur tout à
ce qui paroît de beau , qui vont & viennent
pour en arrêter les impreffions , dans la
crainte que ce beau ne leur nuife , & qu'en
penfant indirectement à eux , on ne préfumât
pas qu'ils pûffent en faire ou dire
autant & même plus.
>
>
Voilà , Madame , quels font ceux de qui
DE JUIN. 69
l'Auteur fupérieur veut un hommage .
Cet hommage ; je vous ai dit ce que c'étoit
: Ce n'eft le plus fouvent qu'un gefte
un mot ; c'eft le filence mefme de certaine
espéce.
>
Il faut eftre bien fin, pour expliquer de pareils
fignes que la jaloufie de ceux meſmes à
qui ils échappent , rend obfcurs : Ce font
comme des Enigmes , dont l'homme fupépérieur
a le talent de trouver le Mot; mais ,
il fe garde bien de laiffer apperçevoir qu'il
l'a trouvé .
Non pas , qu'il paroiffe indifférent aux
louanges formelles qu'on veut bien lui donner
; l'air d'indifférence feroit trop groffier ,
& qui veut trop prouver , ne prouve rien.
Ce n'eft pas là le party qu'il prend ; cela
ne feroit digne que d'un mal- droit qui
ne fçauroit pas qu'il eft des occafions , où
pour faire mystére de toute fa vanité , il
faut en montrer un peu ; parce qu'il ne leroit
pas naturel de n'en point avoir alors ,
& de ne pas reffembler à tous les autres
hommes & c .
,
Bien loin donc d'eftre indifférent aux éloges
, illes reçoit d'un air ingénu , par lequel
il femble dire : Tenés , Meffieurs , je
n'y entends point de fineffe ; franchement
vôtre approbation me ffate ; j'ai du plaiſir
à vous voir eftimer ce que j'ai fait ; vous
récompenfés mon travail,
Et voilà , Madame , ce qui s'appelle agir
70 LE
MERCURE
en habile homme : Voulés- vous fçavoir ce
qui arrive de cela .
Il a forcé les autres à l'admirer ; ils
ont rougi de fe trouver inférieurs . Imaginez
- vous une jolie femme qui n'a pû
s'empêcher de convenir avec elle - même
, que fes appas le cédent à ceux de
fa Compagne . Quelle mortification ?
Eh bien , nos gens ont fenti un chagrin
de la même nature ! Mais , de la façon
dont s'y prend l'homme fupérieur , ils fe
trouvent foulagez .
Ils ont comprendre qu'il n'a pas apperçu
l'excez humiliant de leur admiration
; c'eft autant de diminué fur la honte
de l'avoir fenti Ils n'en ont û de témoins
qu'eux- mêmes ; ce témoin là n'eſt
point incorruptible , on peut fe fauver
avec lui ; à la fin , il fe trouvera qu'il
s'eft trompé.
D'ailleurs , cet homme fupérieur auroit
pû furprendre leur fécret ; il l'ignore ,
il ne leur a pas fait tout le mal qu'il pouvoit
leur faire ; ils l'en haïffent moins ,
ils le fupportent ; volontiers même lui veulent-
ils du bien ; parce que l'ignorance
où il eft de ce qu'il vaut , les mer plus
à leur aife en le loüant , & rend la loüange
fans conféquence , & de pair à pair :
Voici un homme , difent-ils , qui n'abufera
point de l'eftime que nous lui montrerons
; il l'a fimplement efpérée , &
DE JUIN. 71
cela nous fait honneur : Car , efpérer un
bien , c'eft l'eftimer foi - même : En n'en
regardant pas l'acquifition comme infaillible
, c'eft nous dire , je fouhaite de l'obtenir
; jugez fi je le mérite. Nous voici
donc juges & difpenfateurs de ce bien
qu'il attend ; c'eft jouer un rolle avantageux
, & plus noble que le fien même.
Aprés ces courtes réfléxions , qui dans
l'efprit de nos admirateurs , s'arrangent
en un inftant , & non par, reprifes comme
ici ; Le croiriez - vous , Madame , Madame , l'affront
s'oublie , leur dépit paffe , l'art de l'Auteur
a mis , pour ainfi dire , un appareil
à tout ; il fort juftifié , parce qu'il a fçû
raccommoder les autres avec eux - mêmes,
en amuſant leur vanité par de petits profits
, qui lui font regarder fon defavanta
ge paffé , comme une fauffe allarme .
Que conclure de la confiance de nos
Dupes , qui croient s'eftre effarouchés malà
propos ?
Que l'homme vraiment fupérieur , eſt
celui qui fçait plier les autres à lui ſouffrir
, à lui pardonner fa fupériorité : Tout
homme fupérieur qui révolte les autres ,
n'eft pas fi fupérieur que l'on penfe ; je
dis , quand même on lui paffe en fécret
qu'il l'eft : Illui manque au moins de voir
qu'il intereffe la malice des autres à lui
refufer nettement , pour le punir , ce qu'il
veut emporter à force ouverte , & ce qu'il
72
LE MERCURE
qu'il pourroit obtenir fans bruit.
Car , quoique l'Auteur dont je vous
ai parlé , Madame , ait fait penfer aux
autres qu'ils traitent avec lui de pair
à pair ; cependant , le dépit de fe fentir
inférieurs les petites illufions dont ils
ont eu befoin pour perdre ce fentiment d'infériorité
, tant de mouvemens enfin , ont
laiffé chez eux des traces de ce fentiment-
même ; & l'Auteur revient fi fouvent
à la charge , les réveille fi fouvent,
ces traces , qu'elles fe fortifient au point
que petit à petit les illufions n'ont plus
de prife .
Voilà ce qui arrive en faveur de l'homme
fupérieur , quand il fçait fe ménager.
Ses Ouvrages peuvent impunément
mortifier l'orgueil des autres , pourvû
que par fa conduite perfonnelle , il repare
l'effet de fes Ouvrages : Il les gâte en
les appuyant de fa voix , qu'il fe réjoüiffe
de ce que les autres les trouvent bons ;
il doit alors des démonftrations de joye à
ceux qui l'environnent , & qu'il irriteroit ,
s'il ne paroiffoit touché de leur approbation
II lesa bleflé par l'excés de fes talens,
qu'il les guériffe , en ne s'en prévalant
que de leur aveu ; ce fera tenir
d'eux fes plaifirs. Par là , il calmera leur
orgueil par cet orgueil même : Ils ont
efté fachés de le fentir au deffus d'eux ,
ile
DE JUIN. · 73
ils feront Autez de penfer qu'il ne fe croit
loüable que fur leur parole ; il gouver
nera leur amour propre , tandis qu'ils s'i
magineront qu'ils gouvernent le fien.
·
Difons encore un mot de l'Auteur dont
j'ai d'abord peint l'amour propre : Si par
hazard , il fe trouve dans le monde avec
de Grands Médiocres , & qu'on vienne
à parler d'Ouvrages , quel parti croyezvous
que lui fera prendre fa vanité ?
De mettre les fiens fur le tapis ? Non
Madame , mais bien ceux des Grandsmédiocres.
Dans le monde , on eft fort perfuadé
que ces Meffieurs ont de l'efprit ; mais,
comme cet efprit eft entre deux fers , ni
excellent, ni médiocre ; la réputation qu'il
leur produit , eft comme indécife ; on ne
fçait pas bien à quel dégré d'eftime il
faut les honorer : Parler d'eux alors ,
leur donner occafion de briller , c'eft donner
fujet aux autres de les eftimer plus
hardiment , de fe déterminer du moins
fur leur compre ,, le plus favorablement
qui fera poffible ; c'eft leur procurer une
bonne fortune de paffage .
Vous me demanderez pourquoi leur
prêter ce fecours , & fe taire fur fon chapitre
?
Tout doucement , Mada te , car voici
un des plus fins & des plus fuperbes procédés
de l'amour propre dans nôtre Au
Juin 1718 ,
G
74
LE MERCURE
teur ; voyons ce qu'il penfe.
Il s'agit d'Ouvrages : Si je parle des
miens , mes inférieurs parleront des leurs ;
on me loüera , on les louera de même ,
& me voilà compromis ; car , ils feront
comparaifon avec moi . Non , non , faifons
garder le refpect qui m'eft dû : Je fuis defhonoré
fi l'on me loüe , & l'éloge ici le
plus digne de moi , c'eft de n'en point recevoir.
Qu'ils brillent au contraire , ces inférieurs
, & qu'ils brillent par moi- même
, le Géant a bonne grace à louer la
force des hommes ; c'eft montrer à l'oeil
fa grandeur & leur petiteffe . A leur égard ,
ils ne remarqueront pas l'affront que leur
fait mon fuffrage : La remarque eft au
deffus d'eux .
Voilà , Madame , ce que fignifie le
fecours dont vous vous étonniés , & que
nôtre Auteur prête aux Grands- Médiocres .
Une autrefois , Madame , nous verrons
le refte : Je vous parlerai des Mediocres ,
enfuite des Traducteurs , ou des amateurs
des Anciens : Vous verrez les combats
qu'ils ont livrez aux Modernes & leurs
malheurs : Préparés- vous , en attendant
à les regarder comme une Famille ruinée ,
où tout le monde jufqu'aux domestiques
fe plaint de la partie adverfe , & des indifférens
même au Procés.
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1179
p. 77-79
Au Caffé de Will.
Début :
Je me suis souvent plaint ici des Lettres de compliment. Les François ont cette / Mon cher Monsieur, Je croy que voici la première fois qu'on [...]
Mots clefs :
Neige, Montagnes, Suisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Au Caffé de Will.
Au Caffé de Will.
Jemefuisfouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui piseft , ils ren
dent public ce qui ne vautrienen particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé juf
ques chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amisabfens defort рей
de profit & d'inftruction. C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'é
"
crire de maniere à me faire fouhaiterd'ê
tre avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde, qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir, au
tant que les plantes qui y croiffent. Unde
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres, qui ne me déplait pas trop.
Moncher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pournepas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommetde la plus haute MontagnedeSuiffe,
furlaquellejefriffonne maintenant aumilieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre, quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft. Mon encre gele au fort de la Ca
nicule. En recompenfej'ai leplaifir devoir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre; me voici fur un tas qui
s'éboula dutems deCharlemagne oude Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans nefont pas une desmoin
dres curiofitezdu Païs. Dans leurjeuneffe,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cin
quante ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont derefte,
achever leursjours parmi leurs Montagnes
natales. Undes Gentilshommes dulien,
qui
en a été quitte pour un œil, m'adit par
maniere de vanterie, qu'il y avoit à prefent
Sept jambes de bois dans fa Famille, &
que depuis fept generations , on n'avoit en
terré aucun mâle de fa branche tout à la
fois. Vous trouverez peut-être mon ftile
auffi extraordinaire que tout cela ; mais
Souvenez- vous qu'il eft dit dans une de nos
Comedies, que les gens qui parlent fur les
nuages , ne doivent pas être affervi à met
tre du fens dans leurs difcours. Je me croi
endroit d'ufer du même privilege , moi qui
voy les nuages au deßous de moi. En quel
que lieu que jefois,je ferai toûjours , &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes, on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte
Fité la plus éloignée.
Jemefuisfouvent plaint ici des Lettres
de compliment. Les François ont cette
mauvaife maniere , & qui piseft , ils ren
dent public ce qui ne vautrienen particu
lier. Ces complimens , qui ont paflé juf
ques chez nous par contagion , ont rendu
les entretiens des Amisabfens defort рей
de profit & d'inftruction. C'eft pourquoi
j'ai toûjours demandé à mes Amis de m'é
"
crire de maniere à me faire fouhaiterd'ê
tre avec eux , plûtôt que de me proteſter
qu'ils fouhaitent fort d'être avec moi. Par
ce moyen , j'ai un recueil de Lettres , de
la plupart des parties du monde, qui font,
pour ainfi dire , du cru du terroir, au
tant que les plantes qui y croiffent. Unde
mes Amis qui voyageoit , m'en a écrit
plufieurs de cette efpece ; en voici une
entr'autres, qui ne me déplait pas trop.
Moncher Monfieur ;
Je croy que voici la premiere fois qu'on
vous écrit de la moyenne Region de l'air :
pournepas vous tenir en fufpens , c'est du
Sommetde la plus haute MontagnedeSuiffe,
furlaquellejefriffonne maintenant aumilieu
des glaces & des neiges éternelles dont je
fuis environné. J'ai peine à ne pas dater
G
78
LE MERCURE
ma Lettre du mois de Decembre, quoiqu'on
veuille me foutenir que c'eft ici le premier
Aouft. Mon encre gele au fort de la Ca
nicule. En recompenfej'ai leplaifir devoir
divers Paifages de neige , quifont les plus
jolis du monde. Cette neige est aufi durable
que le marbre; me voici fur un tas qui
s'éboula dutems deCharlemagne oude Pepin
le bref, à ce qu'on
qu'on dit partradition.
Les Habitans nefont pas une desmoin
dres curiofitezdu Païs. Dans leurjeuneffe,
ils fe louent à leurs Voifins , & ceux qui
font à l'épreuve du mousquet jufqu'à cin
quante ans , reviennent avec l'argent qu'ils
ont gagné & les membres qu'ils ont derefte,
achever leursjours parmi leurs Montagnes
natales. Undes Gentilshommes dulien,
qui
en a été quitte pour un œil, m'adit par
maniere de vanterie, qu'il y avoit à prefent
Sept jambes de bois dans fa Famille, &
que depuis fept generations , on n'avoit en
terré aucun mâle de fa branche tout à la
fois. Vous trouverez peut-être mon ftile
auffi extraordinaire que tout cela ; mais
Souvenez- vous qu'il eft dit dans une de nos
Comedies, que les gens qui parlent fur les
nuages , ne doivent pas être affervi à met
tre du fens dans leurs difcours. Je me croi
endroit d'ufer du même privilege , moi qui
voy les nuages au deßous de moi. En quel
que lieu que jefois,je ferai toûjours , &c.
DE SEPTEMBRE. 79
Je voudrois que dans un Païs où l'on a
des materiaux fi commodes, on érigeât
des Statues de neige à ces Heros mutilez
qui reviennent de la guerre. Ce feroit des
monumens qui pafferoient jufqu'à la poſte
Fité la plus éloignée.
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1180
p. 1283-1288
LETTRE écrite de Montpellier, sur une inondation extraordinaire, arrivée dans le bas Languedoc, au mois d'Octobre dernier.
Début :
Je vous écris, Monsieur, encore tout consterné du triste évenement dont [...]
Mots clefs :
Inondation, Eau, Province du Languedoc, Montpellier, Rivières, Quantité, Cause
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Montpellier, sur une inondation extraordinaire, arrivée dans le bas Languedoc, au mois d'Octobre dernier.
LETTRE
écrite
de
Montpellier
,
Surune
inondation
extraordinaire
,
arrivée
dans
le
bas Languedoc
,
au
mois d'Octo
bre
dernier
.
E vous écris , Monfieur , encore tout
confterné du trifte évenement dont
vous me priez de vous marquer les prin-
cipales circonftances . La pluye commen-
ça de tomber ici, abondamment le pre-
mier jour du mois d'Octobre dernier ,
& continua jufqu'au 9. avec la même
force , & un débordement general de
toutes les Rivieres & des Ruiffeaux cir-
convoisins ; enforte que l'eau entroit par
les fenêtres & par les cheminées des mai-
fons les mieux fermées , ce qui caufa une
inondation generale. Le Faubourg de
Montpellier fut totalement entraîné , &
quantité de Tanneurs, qui y ont leurs Ma-
nufactures , y périrent. La petite Rivie-
' re qui traverfe ce Fauxbourg, fe débor-
da tellement , qu'elle entra bien avant
dans le Ville , & monta jufqu'au dernier
degré du Portail de l'Eglife des Reli-
gieufes de fainte Marie. Les Troupeaux
nombreux , qui paiffoient , felon la coû-
tume , dans la grande Prairie auprès
de la Ville , furent entraînez par le tor-
rent avec prefque tous les Bergers. Les
Efclufes du Canal de Lates en furent
renverfées , auffi bien que la Chauffée du
Pont Juvenal . Les Marchands de laine
de Montpellier ont fait en cet endroit
une perte de S. ou 600. mille livres , les
eaux ayant entraîné toutes les laines qui
étoient étenduës fur un grand Pré , voiſin
du Pont Juvenal. La maifon des Des
de Rouffel , quoique fituée fur la hauteur
de la Canourgue , promenade de Mont-
pellier , & rebâtie depuis peu , a èré abî
mée , l'eau ayant rempli les caves & en-
dommagé les fondemens ; fix' perfonnes:
furent
écrasées
&
ſubmergées
tout à
la
fois
fous
les
ruinés
.
Toutes les Campagnes voifines n'é-
toient qu'une Mer orageufe : on ne pou
voit aller qu'en bateau dans les rues des
Villes de Lunel & de Somieres , par le
débordement de la Riviere , dont tous les
Moulins ont été entraînez. L'eau caufa
le même ravage dans tous les Villages &
Hameaux d'alentour. Voici cependant un
fait , & tout enfemble un bonheur bien
fingulier, arrivé dans le Village de Claret.
Le Meûnier fe voyant tout-à- coup &
de toutes parts invefti par les ondes , pro-
pofa à fa femme de fe fauver à la nâge ;
il la fit étendre fur fon dos , lui recom-
mandant de le ferrer étroitement , & de
,n'avoir
point
de peur
:
il
prit
en
même-
temps
avec
les
dents
un
enfant
de
trois
mois
,
par
le
maillot
;
&
nonobftant ce
double
fardeau
,
il
eut
le
bonheur
d'arri
ver
fain
&
fauf à
un
rivage élevé
;
mais
la frayeur
&
le
froid ayant
faifi
la
fem-
elle
tomba
en
foibleffe
;
alors le
Meû
.
nier fe
remit dans
l'eau
&
alla
chercher
une
bouteille d'eau de
vie
qu'il
avoit
laif-
fée
dans
la
maiſon abandonnée
.
A
peine
eut
-il
pris la bouteille
,
que
la
maiſon
&
le moulin furent
abîmez
.
Il vint au fe-
cours de
fa
femme
,
qu'il fortifia
par le
moyen
de l'eau
de vie
.
Je vous affure
,
onfieur , que ce trait des plus hardis
& des plus genereux eft vrai dans toutes
fes circonftances , & qu'il fait encore icy
l'admiration de tout le monde.
Cette inondation a encore caufé de
grands ravages du côté d'Aigues-Mortes,
& fur tout au Salin de Pequés , l'un des
plus grands du Royaume , par la prodi-
gieufe quantité de fel qui y a été perdu ,
fans compter le terrain des Salines , pref-
que entierement engravé , ce qui fait un
tort immenfe , non-feulement aux Pro
prietaires , mais à toute la Province de
Languedoc, qui tiroit de- là le meilleur
Sel pour fon ufage.
L'impetuofité des torrens a été fi gran-
de , qu'elle a entierement renversé les
Ponts de la Verune , de faint Jean de
Vedas , de Ville- neuve , de Maguelone ,
de Pefenas , de Montagnac , d'Aniane, de
S. Guillain le Defert , & d'Agdes . Celui
de Lunel n'a pas été abbatu comme on
l'avoit d'abord dit.
Le Canal de communication des deux
Mers , par la Province de Languedoc ,
commence , comme l'on fçait , à la Ville
d'Agdes , dont le Port eft l'Entrepôt des
Marchandifes qu'on veut tranfporter
d'Agdes à Touloufe , & aux autres Vil-
les du hut Languedoc, & de la Guyenne
jufqu'à Bordeaux . Toutes les Marchan-
difes qui fe trouverent dans cet Entrepôt
furent emportées par ce déluge , qui prit
en quelque maniere fa naillance en ce
Port- là , où la Mer fembloit , pour ainfi
dire , tomber du Ciel en terre , les nuées
s'étant crevées à cette hauteur. Ces Mar-
chandiſes confiftant principalement , en
Vins , Bleds , Huiles , font eftimées en-
viron deux millions.
Les
autres Rivieres
qui ont
débordé
en-
même
-
temps
,
depuis
Beziers jufqu'à
Nif-
mes
,
ont
auffi
caufé
de
grands ravages
,
particulierement
celle
qu'on
nomme
leHe
.
ran
,
dont
toutes
les
Prairies voisines
ne fontplus
qu'une
Greve
ſterile
;
il
ne
reste
plus
fur
fes
bords
que
huit à
dix
arbres
d'une
infinité qu'il
y
en
avoit
,
&
qui
for-
moient
un
ſpectacle
champêtre
,
des plus
agréables ;
deforte
que
ces
bords font
à
prefent tout ruinez
&
d'une nudité
af-
freufe
.
On a obfervé que l'eau de la plûpart
de ces Rivieres débordées , eft montée
plus haut qu'elle n'a jamais fait , de 22.
Palmes Palme eft une mefure du pays ,
qui fait la cinquième partie de l'aune
de Paris. La Riviere du Lez en parti-
culier eft montée de douze pieds plus haut
qu'en l'année 1465. époque de la plus
grande inondation , dont les Archives de
la Province faffent mention
l
faudroit
un
volume
entier
pour
faire
un
détail
exact des degâts
horribles
que
celle
-
cy
a
caufé
.
Un
Voiturier qui
con-
duifoit
douze Mulets
chargez
d'Huile
,
en
fut
la
derniere
victime
,
fes
Muletsavec
leur
charge
périrent
auffi
.
On
croit
enfin
que
dix
ou
douze
millions
ré-
pareroient
à
peine
les
dommages
de
cetté
inondation
,
laquelle a
déraciné
une
gran
de
quantité
d'Oliviers
,
ce
qui
a
ruiné
beaucoup de
Particuliers
,
&
c
.
Je
fuis
,
Monfieur
,
&
c
écrite
de
Montpellier
,
Surune
inondation
extraordinaire
,
arrivée
dans
le
bas Languedoc
,
au
mois d'Octo
bre
dernier
.
E vous écris , Monfieur , encore tout
confterné du trifte évenement dont
vous me priez de vous marquer les prin-
cipales circonftances . La pluye commen-
ça de tomber ici, abondamment le pre-
mier jour du mois d'Octobre dernier ,
& continua jufqu'au 9. avec la même
force , & un débordement general de
toutes les Rivieres & des Ruiffeaux cir-
convoisins ; enforte que l'eau entroit par
les fenêtres & par les cheminées des mai-
fons les mieux fermées , ce qui caufa une
inondation generale. Le Faubourg de
Montpellier fut totalement entraîné , &
quantité de Tanneurs, qui y ont leurs Ma-
nufactures , y périrent. La petite Rivie-
' re qui traverfe ce Fauxbourg, fe débor-
da tellement , qu'elle entra bien avant
dans le Ville , & monta jufqu'au dernier
degré du Portail de l'Eglife des Reli-
gieufes de fainte Marie. Les Troupeaux
nombreux , qui paiffoient , felon la coû-
tume , dans la grande Prairie auprès
de la Ville , furent entraînez par le tor-
rent avec prefque tous les Bergers. Les
Efclufes du Canal de Lates en furent
renverfées , auffi bien que la Chauffée du
Pont Juvenal . Les Marchands de laine
de Montpellier ont fait en cet endroit
une perte de S. ou 600. mille livres , les
eaux ayant entraîné toutes les laines qui
étoient étenduës fur un grand Pré , voiſin
du Pont Juvenal. La maifon des Des
de Rouffel , quoique fituée fur la hauteur
de la Canourgue , promenade de Mont-
pellier , & rebâtie depuis peu , a èré abî
mée , l'eau ayant rempli les caves & en-
dommagé les fondemens ; fix' perfonnes:
furent
écrasées
&
ſubmergées
tout à
la
fois
fous
les
ruinés
.
Toutes les Campagnes voifines n'é-
toient qu'une Mer orageufe : on ne pou
voit aller qu'en bateau dans les rues des
Villes de Lunel & de Somieres , par le
débordement de la Riviere , dont tous les
Moulins ont été entraînez. L'eau caufa
le même ravage dans tous les Villages &
Hameaux d'alentour. Voici cependant un
fait , & tout enfemble un bonheur bien
fingulier, arrivé dans le Village de Claret.
Le Meûnier fe voyant tout-à- coup &
de toutes parts invefti par les ondes , pro-
pofa à fa femme de fe fauver à la nâge ;
il la fit étendre fur fon dos , lui recom-
mandant de le ferrer étroitement , & de
,n'avoir
point
de peur
:
il
prit
en
même-
temps
avec
les
dents
un
enfant
de
trois
mois
,
par
le
maillot
;
&
nonobftant ce
double
fardeau
,
il
eut
le
bonheur
d'arri
ver
fain
&
fauf à
un
rivage élevé
;
mais
la frayeur
&
le
froid ayant
faifi
la
fem-
elle
tomba
en
foibleffe
;
alors le
Meû
.
nier fe
remit dans
l'eau
&
alla
chercher
une
bouteille d'eau de
vie
qu'il
avoit
laif-
fée
dans
la
maiſon abandonnée
.
A
peine
eut
-il
pris la bouteille
,
que
la
maiſon
&
le moulin furent
abîmez
.
Il vint au fe-
cours de
fa
femme
,
qu'il fortifia
par le
moyen
de l'eau
de vie
.
Je vous affure
,
onfieur , que ce trait des plus hardis
& des plus genereux eft vrai dans toutes
fes circonftances , & qu'il fait encore icy
l'admiration de tout le monde.
Cette inondation a encore caufé de
grands ravages du côté d'Aigues-Mortes,
& fur tout au Salin de Pequés , l'un des
plus grands du Royaume , par la prodi-
gieufe quantité de fel qui y a été perdu ,
fans compter le terrain des Salines , pref-
que entierement engravé , ce qui fait un
tort immenfe , non-feulement aux Pro
prietaires , mais à toute la Province de
Languedoc, qui tiroit de- là le meilleur
Sel pour fon ufage.
L'impetuofité des torrens a été fi gran-
de , qu'elle a entierement renversé les
Ponts de la Verune , de faint Jean de
Vedas , de Ville- neuve , de Maguelone ,
de Pefenas , de Montagnac , d'Aniane, de
S. Guillain le Defert , & d'Agdes . Celui
de Lunel n'a pas été abbatu comme on
l'avoit d'abord dit.
Le Canal de communication des deux
Mers , par la Province de Languedoc ,
commence , comme l'on fçait , à la Ville
d'Agdes , dont le Port eft l'Entrepôt des
Marchandifes qu'on veut tranfporter
d'Agdes à Touloufe , & aux autres Vil-
les du hut Languedoc, & de la Guyenne
jufqu'à Bordeaux . Toutes les Marchan-
difes qui fe trouverent dans cet Entrepôt
furent emportées par ce déluge , qui prit
en quelque maniere fa naillance en ce
Port- là , où la Mer fembloit , pour ainfi
dire , tomber du Ciel en terre , les nuées
s'étant crevées à cette hauteur. Ces Mar-
chandiſes confiftant principalement , en
Vins , Bleds , Huiles , font eftimées en-
viron deux millions.
Les
autres Rivieres
qui ont
débordé
en-
même
-
temps
,
depuis
Beziers jufqu'à
Nif-
mes
,
ont
auffi
caufé
de
grands ravages
,
particulierement
celle
qu'on
nomme
leHe
.
ran
,
dont
toutes
les
Prairies voisines
ne fontplus
qu'une
Greve
ſterile
;
il
ne
reste
plus
fur
fes
bords
que
huit à
dix
arbres
d'une
infinité qu'il
y
en
avoit
,
&
qui
for-
moient
un
ſpectacle
champêtre
,
des plus
agréables ;
deforte
que
ces
bords font
à
prefent tout ruinez
&
d'une nudité
af-
freufe
.
On a obfervé que l'eau de la plûpart
de ces Rivieres débordées , eft montée
plus haut qu'elle n'a jamais fait , de 22.
Palmes Palme eft une mefure du pays ,
qui fait la cinquième partie de l'aune
de Paris. La Riviere du Lez en parti-
culier eft montée de douze pieds plus haut
qu'en l'année 1465. époque de la plus
grande inondation , dont les Archives de
la Province faffent mention
l
faudroit
un
volume
entier
pour
faire
un
détail
exact des degâts
horribles
que
celle
-
cy
a
caufé
.
Un
Voiturier qui
con-
duifoit
douze Mulets
chargez
d'Huile
,
en
fut
la
derniere
victime
,
fes
Muletsavec
leur
charge
périrent
auffi
.
On
croit
enfin
que
dix
ou
douze
millions
ré-
pareroient
à
peine
les
dommages
de
cetté
inondation
,
laquelle a
déraciné
une
gran
de
quantité
d'Oliviers
,
ce
qui
a
ruiné
beaucoup de
Particuliers
,
&
c
.
Je
fuis
,
Monfieur
,
&
c
Fermer
1181
p. 1-18
REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
Début :
RÉPONSE. L'On est d'avis que l'on y doit [...]
Mots clefs :
Chartes, Abbaye, Règne, Roi, Histoire, Saint-Germain, Incarnation, Charte, Date
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
REMARQUES' sur la Réponse qui a .
paru dans le Mercure du mois de No»
vemb're dernier à la question : Si les
Chartes qui ». font point dattées , mais
munies de Sceaux dé personnes illustres,
dont le temps n est pas douteux , pe «-
vent pajfcr pour certaines & autcntiquest
RE'PONS E.
JSppS^jl.'O» est d'avis que l'on y doit
P Ijjifj "lQ"Kr T°y , ©- qu'elles peuvent
|Éjg|gg| [ preuve qu'une choje est an.
Ay Cet
i MERCURE DE FRANCE
Cet avis , quoique bon en lui-même
est cependant trop vague , & trop gene
rai , les raisons fur leíquelles il est fondé
supposent le faux , &c l'on ne croit pas
qu'elles soient jamais admises par ceux
qui font un peu versez dans la connoisfance
des Chartes.
Il y a un certain milieu à garder en tou
tes choses. C'est un excès causé par l'igno
rance de l'Histoire Diplomatique , & des
coutumes des siecle? paslèz , de rejetter
abíolument toutes les Chartes qui manq
ent de dattes , de signatures ou de
sceaux ; & c'en est un autre de les admet
tre trop facilement- L'Auteur de la Ré
ponse > est tombé dans celui.ci , qui est
bien le moindre ; 8c M s de la Justice
tombent tous les jours dans l'autre , Se
en même temps condamnent' de faux des .
pieces , lesquelles avec les conditions
Îiu'ils exigent seroient entierement fauses
aux yeux des connoisteurs. Cette
erreur vient de ce qu'ils croyent que les
anciennes Chartes ne peuvent être bon
nes fans les formalitez des Actes d'au
jourd'hui , & qu'elles dévoient être dres
sées dans les siecles paísez comme elles
le fuit depuis un certain temps.
Il falloit donc distinguer les lieux, les.
temps, &: les personnes ; car íuivant ces. i
trois différents rapports il y a des Char
tes
JANVIER 1724. 3
tes fans dacte , auxquelles on peut, &
(on doic ajouter foy , & d'autres qui n'en
meritent aucune. Or l'on peut connoître
à peu près le temps d'une Charte
fins datte , par l'écriture , & par les per
sonnes qui y sont nommées. Pour les
lieux ils y sont presque toujours mar
quez.
Chez les Romains tout Acte étoit nul
lorsqu'il n'étoit point datté du jour &
du Coníulat , abfine die & Consule , &
par les Loix des Àllemans , {a) il étoit
défendu d'avoir égard à aucune Charte
qui n'étoit pas dattée du jour & de l'an.
C'est ce qui fait qu'on ne trouve qu'une
feule de leurs Chartes qui n'ait point de
datte : c'est la 55 .- dans Goldast. Ainsi
les Chartes faites dans les lieux où les
Loix Romaines , &ç celles des Allemans
étoient observées doivent être dattées ,
autrement il y a grande apparence qu'el
les sont fau fies.
Il n'en est pas de même de celles des
François & des Germains , on en trou
ve beaucoup fans aucune datte. (b) Ferard
en a raporté un grand nombre des
Ducs de Bourgogne , & même de quel
ques Evêques , 8c l'on env voit beaucoup
(a) Leges Aìamann. cap. 42. .
b) Pcrard , pag. r?*. tu, ait. *M. &
vantes.
A vj de
4 MERCURE DE FRANCE.
de pareilles dans les traditions de l'Ab
baye de Fulde.
Mais il faut faire attention que cet
uíàge ne s'est introduit que vers le 10e
siecle , & qu'il a fini dans le 13e & cela
principalement dans les Chartes: des
Seigneurs & des autres particuliers; car
pour celles des Rois il est très.rare (a)
d'en trouver íàns datte , au moins dans
les siecles dont nous venons de parler ,
excepté celles qui étoient de peu de con
sequence, & qui devoient être execu
tées fur le champ. Encore y marquoit.on
le plus souvent le mois , & même le
jour du mois. Il est vrai que les Char
tes des Rois de la premiere race n'ont
quelquefois pour toute datte que leur
nom , où les années de leur Regne. Il y
en a deux de cette premiere sorte dans le
supplement de la Diplom. p. 92. L'une
est de Clothaire IL & l'autre de Dagobert
I. & deux autres dans la nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Germain ; (b)
sçavoir le Testament de Dagobert qui
n'a. ni datte, ni signature, &.une Charte
de Thierry IL
Au reste , il est aisé de distinguer les
Chartes des Rois Merovingiens de celles
(«.! Mabillon. Diplom. p. in.
(í) Histoire de l'Abbaye de S.. Germain , .
pieces juuir. p. 4, & suivantes.
des
JANVIER 1714/ f
des autres qui les ont suivis , & même
celles des particuliers de leur temps, de
celles des temps posterieurs ; car on ob
serva preíque toujours de leur temps
cette formule , datum qnod fecit menfìs
N. dies N_4»#o N. Regis nostri , cowïendio
in dei nomine feliciter. Ou bien
iatum fub die v. Kal. &c. ou enfin fait*
.ejjio fub die &c. Mais la premiere sornule
étoit plus commune aux Rois , &
a derniere aux particuliers. Cette soriule
varia dès les commencemens de la
euxiéme race ,. & du Regne même de
'epin. Au lieu de. regni nostri , on mit
°gni Domini , Sec. k la troisième persons
, Se au datum ou data ,.. &c On ajouta
1nm, &c. Il y eut ensuite bien d'autres
îangemens juiqu'à Charles le Gros qui
ajouta l'année de l'Incarnation. Os
:rroit peut.être ici avec plaisir toutes
s differentes formules des dattes & des
nelusions des Chartes des Rois, & des
rtkuliers juíqu'à nos jours ; mais ce
oit trop s'écarter, & ce peut être le
et d'une Diísertation particuliere , en
endant on renvoye à la Diplomatie
e , où l'on trouvera íuffisamment de
ai se satisfaire.
Il n'y a donc presque eu que les par.
jliers , quelques Comtes , Ducs , &
êques qui ayent manqué de mettre
une
4 MERCURE DE FRANCE.
line datce à leurs Chartes.' Il s'en voit
tìn grand nombre dans le Yrésor. des
Anecd. dans la nouvelle édition des Di
plômes d'Aub. le Mire, &fen particu
lier parmi les pieces justificatives de
l'Histoire de l'Abbaye de S. Germain,
entre autres une de la Comtesse Eve fans
datte, ni signature, laquelle a été don
née vers l'an 849. Cependant ce non
usage n'étoit pas absolument universel ,
même dans l'onzième &c douzième siecle,
puiíque l'on en voit plusieurs avec le
mois 8e le regne du Roy, d'autres avec
l'année du regne fans mois ni jour, &
d'autres enfin avec, regnante DominoNpomifiâante
NV Comite N. fans en mar
quer les années.
Il y a une chose qui peut servir à
donner quelque ordre à cette diversité si
confuse. C'est qu'il ne paroît dans ces
deux siecles prelqu'aucun Acte fans datte
que ceux que l'on appelle notices , &
qui commencent par ces mots , noti
fia , notum fit , noveritis notifico , 8c
les Statuts Sc decrets des Abbez, des
Evêques , ou de leurs Chapitrest On en
trouve beaucoup dans l'Histoire de Saint
Germain, & pas une n'est dattée avant
l'an 1191. peut.être que ceci n'étoit
particulier qu'à la France , puisque pa-
«eils Actes faits dans la Belgique (ont
presque
JANVIER 1714. 7
preíque tous dattez , au moins ceux qui'
font raportez dans la nouvelle -édition/
d'Aubert le Mire*
Quant aux Diplômes de nos Rois il.
y en a plusieurs, principalement depuis'
le commencement de l'xi. siecle juíqu'à
la fin du 13e qui font dattez de l'année
de l'Incarnation , íâns mois , ni jour ; Se
d'autres avec le mois íans lejour. Tels.
íònt entre autres deux de Philippe Au
guste, raportez dans Perard , page 340..
mais l'on n'en trouve aucun fans quel
que marque chronologique.
Devant le regne de Charles le Gros
les Chartes des particuliers íe dattoient eiv
Italie du regne de l'Empereur, du Roy,
du Comte , Se en même temps de l'indiction.
Sous íon regne on commença à y
ajouter l'année de l'Incarnation , princi
palement en Allemagne ; (a) ainsi qu'il
paroît dans lesTrad. de Fulde, page 509..
où il y a une Charte dattée de l'an
783/ & deux autres de 800. & 802..
Mais ce ne íònt pas encore les premieres
que l'on ait dattées de l'an de i'Jncarna.
tion, puisque le continuateur du Reciieil/
des Diplômes d'Aubert Ie Mire raporte s.
page 1 1 2Ó. deux Chartes de Pépin le
Gros dit d'Heristel , dattées de l'an 687.
(a) Mabìl. Diplom. p..
S MERCURE DE FRANCE:
Se <?$> i. de l'Incarnation indict, 4e Le 5;
de sa Principauté , &c.
Il y a cependant beaucoup lieu de ne
íè pas trop fier à ces deux .Chartes pour
plusieurs raisons qui ne sont pas de nôtre
ïùjet , du. moins pour les dattes qui pourroient
y; avoir été ajoutées après coup.
En voilà aílez pour donner une idée
des Chartes .dattées , & non dattées, &
de celles qui ne le font , pour ainsi dire ,
qu'à demi. On voit par là quand elles
peuvent faire foy , étant íàns datte , &
qui étoient les personnes qui negligeoient
de les marquer, Examinons à present les.
raisons fur leíquelles l'Auteur de la Ré^.
ponse fonde sa décision-
Suite de la Réponse. .
Car la Charte , quoique faite pour la. '
même fin , n'approchoit cependant pas de
ce que nous nommons aujourd'hui un ASte,
en ne s'en est servi que tant qu'il n'y
Ai/oit point , ou très .peu de Notaires , &c.
Premierement tout ceci ne dit rien , &
ne regarde pas la question proposée , il
s'agit des Chartes non dattées , & non
pas de celles qui n'a voient ppint de si
gnature.
Secondement, on ne voit pas pour
quelle raison l' Auteur de la Réponse
met
J A N VIE t' Vit f
met la Charte tout au.dessous de l'Acte
de Notaire. U est vrai qu'on n'y obfèr-
Voit' pas les formalitez d'aujourd'hui ;
mais celles dont on se servoit ne la
rendoient pas moins , pour ne pas dire
plus authentique que les Actes de No
taires. S'il s'agit des Chartes de nos Rois>
c'étaient leurs Referendaires ou Chan
celiers qui en étaient les Notaires j fous
la premiere race les Princes les lìgnoient
preíque toujours., £c on y appofoit le
cachet de leurs anneaux , & eníuite leur«
sceaux ; lôus ceux de la deuxième. Le
Prince les íìgnoit de son Monogramme ,
& en generai on peut dire qu'ils n'accordoient
, Se ne faiioient presque point ex
pedier des privileges que lorsqu'ils
tenoient leurs cours plenieres, ou ea
presence des Grands Officiers de la Cou
ronne, leíquels sont toujours nommez ,
Sc signent dans les Chartes des Rois de'
la troisième race , depuis Louis le Gros.
(a) D'où vient cette formule observée'
dans. la fuite , Aílum Parifiis , &c. astan~
tïbus in Palatio nostr'o quorum nominafubtitulata
futit & signa. Signum N. Da.
piferi S. N. Const-abulariï Baftculario
nullo S. N. Camerarii data per manum
lí. Cancellarii , ou vacante cancellaria.
S'il s'agit des Chartes des particuliers,'
(«) Mabil. Diplom..p. 104..
outíe.'
lé MERCURE DÉ fRANCÊ.-
Outre qu'elles étoient preíque toujours
écrites par des Notaires , leíquels quoique
íàns privilege exclusif étoient veriblement,'
8c pas leúf profeísion hommes3
publics elles étoient ordinairement don*
nées , relues 8c signées dans des assem
blées publiques , In mallo publico. In gtr
nerali placito. In convensu Nobiliwn, &C
(a) Le Seigneur les faiseít publier de
vant íes pairs , Se devant ses Vassaux quï
étoient obligez d'être fa caution y il étoit'-
reciproquement la leur ; mais d'une au
tre maniere , ne s'engageanc seulement
qu'à les contraindre d'executer leurs
conventions , 8c les autres- , obligeant
pour leur ^Seigneur , 8c leurs corps &
leurs biens. Ç'est.là cette servitude dont
il est. parlé dans íes Chartes.
Troisièmement y les Notaires publics
étoient bien plus anciens & bien plus.
communs que l'Auteur ne l'a crû ; car
outre qu'il en est parlé dans les Loix des
Ripuaires fous le nom de Chanceliers^
dans les Chartes de Childebert , & de
S. Germain., Evêque de Paris (c) pour
l'Abbaye de son nom; Charlemagne dans
le j. Capitulaire de l'an 8oj. ordonne,
(») Bouilíard , Histoire de l'Abbaye de Saint
Germain , pieces justificatives , page 7. ' .
(b) Ad fidejujfores tollendos.
\c) Histoire de S. Germain, pages i. & *.
ut
"I A N V í Ê tí tfn. fi
.Ht mijfì nostri scabînios Advocatos yNotariosperfîngiila
loca éligant s tkc. Depuis
ce temps ilj y en a toujours eu,& en
aísez grand nombre y les Evêqtìes, les
Abbez 8c ks Seigneurs avoient ordinai
rement leurs Notaires , ou Chanceliers
qui servoient pour tous leurs Vaslàux ,
car il ne leur étoit pas permis de faire
des Chartes , c'est ce qui fait qde celles
áusquelles ils sont interessez soit pour
vente ou donation aux Eglises , sont tou.*
jfours au nom du Seigneur y qui donne ?
ou qui vend comme proprietaire , après.
avoir marqué qu'un tel ion Vassal, refîgnavit
in manus suas , &c.
Ainsi les Chartes ne se faisoient point
par le premier venu > comme l'Auteut
l'insinuë , mais par des Chanceliers oit
Notaires qui étoient publics. Et ces Offi
ces étoient exercez communément paf
des Clercs , ou des Moines q»i étoient
les moins ignorans de ces temps.là , Si
qui servoient en même temps de Cha
pelains à ces Seigneurs.
Il étoit si necessaire pour k validité
des Chartes qu'elles fuisent écrites par'
des personnes , dont le nom & l'écris
ture fu/sent si connues , qu'elles fuisent
Censées personnes publiques que le Pape
' Innocent II í. (a) regarde comme nut
1*1 Innoc.III. liw í. Epist- 3 f
a Mercure de francs.
«n privilege de l'Empereur Henry , quia
nec erat publica manu conseílmn j nef
figillum habzbat ambenticum.
Suite de la Réponse.'
Lu negligence avoit tellement pris le
dessus , que les personnes de la. premiere
difiinclion ne /pavoient pas assez, bien
écrire poursigner leur nom , ce qui a dvn*
né lieu aux sceaux , &c'
Ce n'est point à l'ignorance d'écrire
oU de signer que l'on doit l'usage d'ap
poser des sceaux, Se des cachets fur les
titres. Cet uíage est de l'antiquité la plus
íçculée; Lorsque Pharaon donna à Jo
seph le Gouvernement dé l?Egypte , (a)
tulit a-nnulum de- manu- sua & dedit eum
in manu cjus.. Les Lettres d'Assuerus ,.
Roy des Perses & des Medes , accordées'
à Esther en faveur des Juifs, (bj; anftulo
ipfius obsignata funt & mijst per
veredarios ,-Sc.c. Lefc Romains s'en fer-'
voient aussi , ainsi que les Historiens, &
les cabinets des curieux qui en íorit rem
plis en font foy. Et nos premiers Rois',
dont il s'agit ici plus particulierement
ont eu des cachets , aufquels les sceaux
ont succedé. On garde encore dans le
(a) Genes. 41.
(*} E/lhexé c l' "
cabinet^
î A.NViER 1714. 13
cabinet du Roy l'Aneau de Childeric,
pexc du grand Clo.vis. Mais .ce qui fait
voir que ce n'est point pour íuppléer à
la íignature (a) qu'on s'est mis a ícelei
les titres ; c'est que les Chartes ictus la
premiere race de nos Rois , sont preíque
toutes ignées &c sce.léçs. -Et non.íèuler
ment .celles de nos Rois , mais encore
çelles des Evêques & des Seigneurs par*;
ticuliers.
Il est vrai qu'il y a un temps & de»
lieux toìi les sceaux suppleoient aux si
gnatures i mais l'uíàge de signer & d?
sceller en même temps était bien plu?
ancien. C'est ce qui paroît certain parle
témoignage de Gregoire .de Tours qui
dit {&) que Mummole envoyé par le
Roy Theodebert vers l'Empereur Justir
nien , étant à l'extrémité fit faire son
(a) Von peut ajouter que les sceaux supfleoient
encore moins aux dattes, & que
Auteur de la Lettre écrite d Evreux dans le
Mercure d'XDcìpbre 1713. quoique bien mieux
au fait des Chartes que celui.ci , n'y a pas fait
allez d'attention , lorsqu'il a avance que dans
l'onzième & douzième siecles , il n'y avoït sas
une Charte qui n'eut son sceau , &c. il est
pourra voir un grand nombre fans dattes &
fans sceau dans les Recueils des Chartes ; 8ç
en particulier dans les pieces justificatives dé
la nouvelle Histoire de l'Abbaye de Saint
î.Germain. '
(b) Greg. Tftrpn. de Gltr.MarU lib. 1. cxti
teftar.
f 4 MERCURE DE FRANCE,
íestament., & le fit munir de signatures
.& de íceaux- Fecit testamentum fuum sertht
, munitum fubfcriptionibus ac figillis ,
&Cz. Dans le siecle suivant Berthramn ,
Evêque du Mans fit mettre siir son testa
ment les signatures., 8c les sceaux de íépt
personnes illustres. Septem virorum honestorum
fubscriptionibus & figillis.
Charlemagne signe & scelle la Charte
{a) pour l'Abbaye de S. Germain , manu
nostra fubfcriptionis fabter decrevimus robarare
, & de amuio nofiro fubter figillare.
Chez les Anglois même les íèeaux , quoi
que communs à tout le monde, au moins
depuis Guillaume le Conquerant , ne tenoient
pas lieu de signatures , mais bien
de Tabellions qui n'y étoient pas en usa
ge loríque ce Prince conquit l'Angle
terre ; cfKoHiam Tabellionum ttfus ( dit
(b) Matthieu Paris ) in eo regno non httbebamr.
Cependant il faut convenir que
depuis Gregoire de Tours jusqu'à l'oneiéme
siecle , il se trouve bien des Char
tes des Rois , d'Evêques & de Seigneurs
qui n'ont aucunes marques de cachets ,
ni de sceaux. Or la veritable marque
qu'une Charte ait été scellée , n'est pas
qu'il y ait des trous, par lefquelj leî
(a) Boiiillard. Hist. de l'Abbaye de S. Ger
main, p. u,
(i) Math. ïarìs. ad an, 1237.
lac»
JANVIER 1714. ts
|acs ou cordons du sceau auroient été
pastez , ou quelques restes de cire appli
quée dessus ; mais c'est loríqu'il est énon.
jcé dans l'Acte qu'elle* été ícellée. Car
sans cela les sceaux íèroienc une preuyg
de fausseté.
Suite de la Réponse.
L'on se servoit dans le même temps des
ghartes parties ou coupées , c'est.à.dire
qu'après avoir fait une Charte , on la
fioupoit en pieces , dont chaque contrac
tant en prenoit une pour la representer lors
de l'execution des conventions , Sec.
Ceci est dit d'une maniere si décisive,
-qu'on croiroit que tout cela est vrai , &
que l'Auteur a vu de ces Cljarces parties ;
jnais il permettra que l'on assure qu'il
n'en connoît que le nom , & qu'on n'a
jamais coupé en pieces Jes Chartes com
me il s'imagine.'
Les Chartes parties ou coupées tirent
leur origine des Chartes appellées dans
les formules (a) de Marculfe Chant pa~
rida & paricuU , parce que c'étoient des
doubles copies d'un même acte fait entre
deujç parties égales inter pares , ou plutft
parce qu'elles étoient de pareille for
me, grandeur & écriture. A ces Char-
(a) Marculfi formuis. , lib* z.
tes
itf MERCURE DE FRANCE.
tes succederent les Chartes parties ow
.coupées , autrement Chartes endentées,
Charte indentatA , ou idetitat* , que l'on
appella dans les H. 11. Se 1.3 e. siecles
Chkographes ou CirographeS. C!étpient
auflì deux copies d'un même acte écrites
fur une même peau , & de même ma
niere, entre lesquels on .écrjvoit en
grands caracteres une ligne , qui ne contenoit
Jbuvent qu'une partie des Lettres
de l'Alphabet , quelquefois une Sentent
ce, 6c quelquefois le .nom du principal
des contractons $ & l'on separoitees deux
copies, en coupant la peau par le mi
lieu Se .le long de ces caracteres. A peu
pïès de la même maniere que l'on faiíòit
les premiers billets de banque , ait.
tpur desquels, on voyoit une partie de
pluíieurs traits entrelacez.
' Ces fortes de Chartes n'etoient gneres
;cn usage que pour les échanges , transac
tions Se accords entre deux ou plusieurs
Í>arties , Se l'on y marquoit la datte .de
a maniere qu'on avoit coutume de la
marquer dans le temps , Se les lieux où
elles éto.ient dressées. Lorsqu'il y avoit
plus que deux parties interessées au mê
me Acte , ôc que l'on étoit obligé d'en
faire trois ou quatre copies , on les écr re
voit en même temps fur la même peau ,
6c l'on écriyoitfcendeflture fur les lignes,
par
des jugemjenst aes iianrdcriox
B
.par lesquelles on les devoit separer.
i'Auteur de la Réponse , qui íâns
doute n'en a jamais vu íera bien aiíê d'en
voir ici une., & il y a lieu d'eiperer
qu'elle fera plaisir au.public., parce qu'el
les font aflez rares ; on l'a réduite de
grande en petite , & l'on n'en a fait co
pier que le commencement 8c la fin, ce
qui suffira pour en donner une idée , &
pour faire voir à 1J Auteur que. l'on dattoit
ces Chartes , .& que chaque partie
étoit une copie entiere du même Acte.
Cette piece dont l'original est dans les
Archives de l'Abbaye de Saint Bertin, a
pour endenture , ces mots DROGO
TARWANENSIS EPS. & c'est un
accord fait entre cet Evêque & l'Abbé
4e S. Bertin en l'année 1040.
.Suite de la Réponse.
D'ailleurs le sujet dont on composé ît la
Charte ne rouloit pour l'ordinaire que fur
des conventions qui n a voient sas besoin
d'un temps fixé , &c.
On íçait quels sent les íujets des
Chartes, c'étoientdes privileges accor
dez aux Villes, aux Eglises, &aux par
ticuliers par les Souverains, des dona
tions faites paf eux, ou par les Seigneurs,
des jugemens, des transactions , des
B baux
tt MERCURE DE FRANCE.
baux à ferme , &c. Voilà le sujet dont on
oompoíoit les Chartes. Or )e demaïde
/il ne rouloit c/ue Jur dus conventions cjui
n'avaient pas b"foin d'un temps fivé} La
chose est si claire qu' .1 íuffit d'y faire
faire attention. Nqus en avons dit aslez
pour faire voir que l'on .ne doit pas
ajouter foy indifferemment aux Chartes
non dattées , pour marquer en quel
temps , & quels lieux on les dattoit,
Se on ne les dattoit pas pour mon
trer l'antiquité desjsigriatjures., des sceaux
& des Notaires , Se pour .expliquer ce
que c'étoit que les Chartes parties. Nous
esperons que l'Auteur ne trouvera pas
mauvais que l'on ait un peu éclairci cette
matiere , & que l'on ne se íôit pas ren
contré de iòn sentiment.
Nous croyons que le public éclairé pen
sera comme nom furie merite de cette pier
Ce, il seroit a souhaiter cjjipn nous en
envoyât souvent de semblables : la Repu
blique des Lettres , & nôtre Journal en
particulier y gagneroient infiniment?
paru dans le Mercure du mois de No»
vemb're dernier à la question : Si les
Chartes qui ». font point dattées , mais
munies de Sceaux dé personnes illustres,
dont le temps n est pas douteux , pe «-
vent pajfcr pour certaines & autcntiquest
RE'PONS E.
JSppS^jl.'O» est d'avis que l'on y doit
P Ijjifj "lQ"Kr T°y , ©- qu'elles peuvent
|Éjg|gg| [ preuve qu'une choje est an.
Ay Cet
i MERCURE DE FRANCE
Cet avis , quoique bon en lui-même
est cependant trop vague , & trop gene
rai , les raisons fur leíquelles il est fondé
supposent le faux , &c l'on ne croit pas
qu'elles soient jamais admises par ceux
qui font un peu versez dans la connoisfance
des Chartes.
Il y a un certain milieu à garder en tou
tes choses. C'est un excès causé par l'igno
rance de l'Histoire Diplomatique , & des
coutumes des siecle? paslèz , de rejetter
abíolument toutes les Chartes qui manq
ent de dattes , de signatures ou de
sceaux ; & c'en est un autre de les admet
tre trop facilement- L'Auteur de la Ré
ponse > est tombé dans celui.ci , qui est
bien le moindre ; 8c M s de la Justice
tombent tous les jours dans l'autre , Se
en même temps condamnent' de faux des .
pieces , lesquelles avec les conditions
Îiu'ils exigent seroient entierement fauses
aux yeux des connoisteurs. Cette
erreur vient de ce qu'ils croyent que les
anciennes Chartes ne peuvent être bon
nes fans les formalitez des Actes d'au
jourd'hui , & qu'elles dévoient être dres
sées dans les siecles paísez comme elles
le fuit depuis un certain temps.
Il falloit donc distinguer les lieux, les.
temps, &: les personnes ; car íuivant ces. i
trois différents rapports il y a des Char
tes
JANVIER 1724. 3
tes fans dacte , auxquelles on peut, &
(on doic ajouter foy , & d'autres qui n'en
meritent aucune. Or l'on peut connoître
à peu près le temps d'une Charte
fins datte , par l'écriture , & par les per
sonnes qui y sont nommées. Pour les
lieux ils y sont presque toujours mar
quez.
Chez les Romains tout Acte étoit nul
lorsqu'il n'étoit point datté du jour &
du Coníulat , abfine die & Consule , &
par les Loix des Àllemans , {a) il étoit
défendu d'avoir égard à aucune Charte
qui n'étoit pas dattée du jour & de l'an.
C'est ce qui fait qu'on ne trouve qu'une
feule de leurs Chartes qui n'ait point de
datte : c'est la 55 .- dans Goldast. Ainsi
les Chartes faites dans les lieux où les
Loix Romaines , &ç celles des Allemans
étoient observées doivent être dattées ,
autrement il y a grande apparence qu'el
les sont fau fies.
Il n'en est pas de même de celles des
François & des Germains , on en trou
ve beaucoup fans aucune datte. (b) Ferard
en a raporté un grand nombre des
Ducs de Bourgogne , & même de quel
ques Evêques , 8c l'on env voit beaucoup
(a) Leges Aìamann. cap. 42. .
b) Pcrard , pag. r?*. tu, ait. *M. &
vantes.
A vj de
4 MERCURE DE FRANCE.
de pareilles dans les traditions de l'Ab
baye de Fulde.
Mais il faut faire attention que cet
uíàge ne s'est introduit que vers le 10e
siecle , & qu'il a fini dans le 13e & cela
principalement dans les Chartes: des
Seigneurs & des autres particuliers; car
pour celles des Rois il est très.rare (a)
d'en trouver íàns datte , au moins dans
les siecles dont nous venons de parler ,
excepté celles qui étoient de peu de con
sequence, & qui devoient être execu
tées fur le champ. Encore y marquoit.on
le plus souvent le mois , & même le
jour du mois. Il est vrai que les Char
tes des Rois de la premiere race n'ont
quelquefois pour toute datte que leur
nom , où les années de leur Regne. Il y
en a deux de cette premiere sorte dans le
supplement de la Diplom. p. 92. L'une
est de Clothaire IL & l'autre de Dagobert
I. & deux autres dans la nouvelle
Histoire de l'Abbaye de S. Germain ; (b)
sçavoir le Testament de Dagobert qui
n'a. ni datte, ni signature, &.une Charte
de Thierry IL
Au reste , il est aisé de distinguer les
Chartes des Rois Merovingiens de celles
(«.! Mabillon. Diplom. p. in.
(í) Histoire de l'Abbaye de S.. Germain , .
pieces juuir. p. 4, & suivantes.
des
JANVIER 1714/ f
des autres qui les ont suivis , & même
celles des particuliers de leur temps, de
celles des temps posterieurs ; car on ob
serva preíque toujours de leur temps
cette formule , datum qnod fecit menfìs
N. dies N_4»#o N. Regis nostri , cowïendio
in dei nomine feliciter. Ou bien
iatum fub die v. Kal. &c. ou enfin fait*
.ejjio fub die &c. Mais la premiere sornule
étoit plus commune aux Rois , &
a derniere aux particuliers. Cette soriule
varia dès les commencemens de la
euxiéme race ,. & du Regne même de
'epin. Au lieu de. regni nostri , on mit
°gni Domini , Sec. k la troisième persons
, Se au datum ou data ,.. &c On ajouta
1nm, &c. Il y eut ensuite bien d'autres
îangemens juiqu'à Charles le Gros qui
ajouta l'année de l'Incarnation. Os
:rroit peut.être ici avec plaisir toutes
s differentes formules des dattes & des
nelusions des Chartes des Rois, & des
rtkuliers juíqu'à nos jours ; mais ce
oit trop s'écarter, & ce peut être le
et d'une Diísertation particuliere , en
endant on renvoye à la Diplomatie
e , où l'on trouvera íuffisamment de
ai se satisfaire.
Il n'y a donc presque eu que les par.
jliers , quelques Comtes , Ducs , &
êques qui ayent manqué de mettre
une
4 MERCURE DE FRANCE.
line datce à leurs Chartes.' Il s'en voit
tìn grand nombre dans le Yrésor. des
Anecd. dans la nouvelle édition des Di
plômes d'Aub. le Mire, &fen particu
lier parmi les pieces justificatives de
l'Histoire de l'Abbaye de S. Germain,
entre autres une de la Comtesse Eve fans
datte, ni signature, laquelle a été don
née vers l'an 849. Cependant ce non
usage n'étoit pas absolument universel ,
même dans l'onzième &c douzième siecle,
puiíque l'on en voit plusieurs avec le
mois 8e le regne du Roy, d'autres avec
l'année du regne fans mois ni jour, &
d'autres enfin avec, regnante DominoNpomifiâante
NV Comite N. fans en mar
quer les années.
Il y a une chose qui peut servir à
donner quelque ordre à cette diversité si
confuse. C'est qu'il ne paroît dans ces
deux siecles prelqu'aucun Acte fans datte
que ceux que l'on appelle notices , &
qui commencent par ces mots , noti
fia , notum fit , noveritis notifico , 8c
les Statuts Sc decrets des Abbez, des
Evêques , ou de leurs Chapitrest On en
trouve beaucoup dans l'Histoire de Saint
Germain, & pas une n'est dattée avant
l'an 1191. peut.être que ceci n'étoit
particulier qu'à la France , puisque pa-
«eils Actes faits dans la Belgique (ont
presque
JANVIER 1714. 7
preíque tous dattez , au moins ceux qui'
font raportez dans la nouvelle -édition/
d'Aubert le Mire*
Quant aux Diplômes de nos Rois il.
y en a plusieurs, principalement depuis'
le commencement de l'xi. siecle juíqu'à
la fin du 13e qui font dattez de l'année
de l'Incarnation , íâns mois , ni jour ; Se
d'autres avec le mois íans lejour. Tels.
íònt entre autres deux de Philippe Au
guste, raportez dans Perard , page 340..
mais l'on n'en trouve aucun fans quel
que marque chronologique.
Devant le regne de Charles le Gros
les Chartes des particuliers íe dattoient eiv
Italie du regne de l'Empereur, du Roy,
du Comte , Se en même temps de l'indiction.
Sous íon regne on commença à y
ajouter l'année de l'Incarnation , princi
palement en Allemagne ; (a) ainsi qu'il
paroît dans lesTrad. de Fulde, page 509..
où il y a une Charte dattée de l'an
783/ & deux autres de 800. & 802..
Mais ce ne íònt pas encore les premieres
que l'on ait dattées de l'an de i'Jncarna.
tion, puisque le continuateur du Reciieil/
des Diplômes d'Aubert Ie Mire raporte s.
page 1 1 2Ó. deux Chartes de Pépin le
Gros dit d'Heristel , dattées de l'an 687.
(a) Mabìl. Diplom. p..
S MERCURE DE FRANCE:
Se <?$> i. de l'Incarnation indict, 4e Le 5;
de sa Principauté , &c.
Il y a cependant beaucoup lieu de ne
íè pas trop fier à ces deux .Chartes pour
plusieurs raisons qui ne sont pas de nôtre
ïùjet , du. moins pour les dattes qui pourroient
y; avoir été ajoutées après coup.
En voilà aílez pour donner une idée
des Chartes .dattées , & non dattées, &
de celles qui ne le font , pour ainsi dire ,
qu'à demi. On voit par là quand elles
peuvent faire foy , étant íàns datte , &
qui étoient les personnes qui negligeoient
de les marquer, Examinons à present les.
raisons fur leíquelles l'Auteur de la Ré^.
ponse fonde sa décision-
Suite de la Réponse. .
Car la Charte , quoique faite pour la. '
même fin , n'approchoit cependant pas de
ce que nous nommons aujourd'hui un ASte,
en ne s'en est servi que tant qu'il n'y
Ai/oit point , ou très .peu de Notaires , &c.
Premierement tout ceci ne dit rien , &
ne regarde pas la question proposée , il
s'agit des Chartes non dattées , & non
pas de celles qui n'a voient ppint de si
gnature.
Secondement, on ne voit pas pour
quelle raison l' Auteur de la Réponse
met
J A N VIE t' Vit f
met la Charte tout au.dessous de l'Acte
de Notaire. U est vrai qu'on n'y obfèr-
Voit' pas les formalitez d'aujourd'hui ;
mais celles dont on se servoit ne la
rendoient pas moins , pour ne pas dire
plus authentique que les Actes de No
taires. S'il s'agit des Chartes de nos Rois>
c'étaient leurs Referendaires ou Chan
celiers qui en étaient les Notaires j fous
la premiere race les Princes les lìgnoient
preíque toujours., £c on y appofoit le
cachet de leurs anneaux , & eníuite leur«
sceaux ; lôus ceux de la deuxième. Le
Prince les íìgnoit de son Monogramme ,
& en generai on peut dire qu'ils n'accordoient
, Se ne faiioient presque point ex
pedier des privileges que lorsqu'ils
tenoient leurs cours plenieres, ou ea
presence des Grands Officiers de la Cou
ronne, leíquels sont toujours nommez ,
Sc signent dans les Chartes des Rois de'
la troisième race , depuis Louis le Gros.
(a) D'où vient cette formule observée'
dans. la fuite , Aílum Parifiis , &c. astan~
tïbus in Palatio nostr'o quorum nominafubtitulata
futit & signa. Signum N. Da.
piferi S. N. Const-abulariï Baftculario
nullo S. N. Camerarii data per manum
lí. Cancellarii , ou vacante cancellaria.
S'il s'agit des Chartes des particuliers,'
(«) Mabil. Diplom..p. 104..
outíe.'
lé MERCURE DÉ fRANCÊ.-
Outre qu'elles étoient preíque toujours
écrites par des Notaires , leíquels quoique
íàns privilege exclusif étoient veriblement,'
8c pas leúf profeísion hommes3
publics elles étoient ordinairement don*
nées , relues 8c signées dans des assem
blées publiques , In mallo publico. In gtr
nerali placito. In convensu Nobiliwn, &C
(a) Le Seigneur les faiseít publier de
vant íes pairs , Se devant ses Vassaux quï
étoient obligez d'être fa caution y il étoit'-
reciproquement la leur ; mais d'une au
tre maniere , ne s'engageanc seulement
qu'à les contraindre d'executer leurs
conventions , 8c les autres- , obligeant
pour leur ^Seigneur , 8c leurs corps &
leurs biens. Ç'est.là cette servitude dont
il est. parlé dans íes Chartes.
Troisièmement y les Notaires publics
étoient bien plus anciens & bien plus.
communs que l'Auteur ne l'a crû ; car
outre qu'il en est parlé dans les Loix des
Ripuaires fous le nom de Chanceliers^
dans les Chartes de Childebert , & de
S. Germain., Evêque de Paris (c) pour
l'Abbaye de son nom; Charlemagne dans
le j. Capitulaire de l'an 8oj. ordonne,
(») Bouilíard , Histoire de l'Abbaye de Saint
Germain , pieces justificatives , page 7. ' .
(b) Ad fidejujfores tollendos.
\c) Histoire de S. Germain, pages i. & *.
ut
"I A N V í Ê tí tfn. fi
.Ht mijfì nostri scabînios Advocatos yNotariosperfîngiila
loca éligant s tkc. Depuis
ce temps ilj y en a toujours eu,& en
aísez grand nombre y les Evêqtìes, les
Abbez 8c ks Seigneurs avoient ordinai
rement leurs Notaires , ou Chanceliers
qui servoient pour tous leurs Vaslàux ,
car il ne leur étoit pas permis de faire
des Chartes , c'est ce qui fait qde celles
áusquelles ils sont interessez soit pour
vente ou donation aux Eglises , sont tou.*
jfours au nom du Seigneur y qui donne ?
ou qui vend comme proprietaire , après.
avoir marqué qu'un tel ion Vassal, refîgnavit
in manus suas , &c.
Ainsi les Chartes ne se faisoient point
par le premier venu > comme l'Auteut
l'insinuë , mais par des Chanceliers oit
Notaires qui étoient publics. Et ces Offi
ces étoient exercez communément paf
des Clercs , ou des Moines q»i étoient
les moins ignorans de ces temps.là , Si
qui servoient en même temps de Cha
pelains à ces Seigneurs.
Il étoit si necessaire pour k validité
des Chartes qu'elles fuisent écrites par'
des personnes , dont le nom & l'écris
ture fu/sent si connues , qu'elles fuisent
Censées personnes publiques que le Pape
' Innocent II í. (a) regarde comme nut
1*1 Innoc.III. liw í. Epist- 3 f
a Mercure de francs.
«n privilege de l'Empereur Henry , quia
nec erat publica manu conseílmn j nef
figillum habzbat ambenticum.
Suite de la Réponse.'
Lu negligence avoit tellement pris le
dessus , que les personnes de la. premiere
difiinclion ne /pavoient pas assez, bien
écrire poursigner leur nom , ce qui a dvn*
né lieu aux sceaux , &c'
Ce n'est point à l'ignorance d'écrire
oU de signer que l'on doit l'usage d'ap
poser des sceaux, Se des cachets fur les
titres. Cet uíage est de l'antiquité la plus
íçculée; Lorsque Pharaon donna à Jo
seph le Gouvernement dé l?Egypte , (a)
tulit a-nnulum de- manu- sua & dedit eum
in manu cjus.. Les Lettres d'Assuerus ,.
Roy des Perses & des Medes , accordées'
à Esther en faveur des Juifs, (bj; anftulo
ipfius obsignata funt & mijst per
veredarios ,-Sc.c. Lefc Romains s'en fer-'
voient aussi , ainsi que les Historiens, &
les cabinets des curieux qui en íorit rem
plis en font foy. Et nos premiers Rois',
dont il s'agit ici plus particulierement
ont eu des cachets , aufquels les sceaux
ont succedé. On garde encore dans le
(a) Genes. 41.
(*} E/lhexé c l' "
cabinet^
î A.NViER 1714. 13
cabinet du Roy l'Aneau de Childeric,
pexc du grand Clo.vis. Mais .ce qui fait
voir que ce n'est point pour íuppléer à
la íignature (a) qu'on s'est mis a ícelei
les titres ; c'est que les Chartes ictus la
premiere race de nos Rois , sont preíque
toutes ignées &c sce.léçs. -Et non.íèuler
ment .celles de nos Rois , mais encore
çelles des Evêques & des Seigneurs par*;
ticuliers.
Il est vrai qu'il y a un temps & de»
lieux toìi les sceaux suppleoient aux si
gnatures i mais l'uíàge de signer & d?
sceller en même temps était bien plu?
ancien. C'est ce qui paroît certain parle
témoignage de Gregoire .de Tours qui
dit {&) que Mummole envoyé par le
Roy Theodebert vers l'Empereur Justir
nien , étant à l'extrémité fit faire son
(a) Von peut ajouter que les sceaux supfleoient
encore moins aux dattes, & que
Auteur de la Lettre écrite d Evreux dans le
Mercure d'XDcìpbre 1713. quoique bien mieux
au fait des Chartes que celui.ci , n'y a pas fait
allez d'attention , lorsqu'il a avance que dans
l'onzième & douzième siecles , il n'y avoït sas
une Charte qui n'eut son sceau , &c. il est
pourra voir un grand nombre fans dattes &
fans sceau dans les Recueils des Chartes ; 8ç
en particulier dans les pieces justificatives dé
la nouvelle Histoire de l'Abbaye de Saint
î.Germain. '
(b) Greg. Tftrpn. de Gltr.MarU lib. 1. cxti
teftar.
f 4 MERCURE DE FRANCE,
íestament., & le fit munir de signatures
.& de íceaux- Fecit testamentum fuum sertht
, munitum fubfcriptionibus ac figillis ,
&Cz. Dans le siecle suivant Berthramn ,
Evêque du Mans fit mettre siir son testa
ment les signatures., 8c les sceaux de íépt
personnes illustres. Septem virorum honestorum
fubscriptionibus & figillis.
Charlemagne signe & scelle la Charte
{a) pour l'Abbaye de S. Germain , manu
nostra fubfcriptionis fabter decrevimus robarare
, & de amuio nofiro fubter figillare.
Chez les Anglois même les íèeaux , quoi
que communs à tout le monde, au moins
depuis Guillaume le Conquerant , ne tenoient
pas lieu de signatures , mais bien
de Tabellions qui n'y étoient pas en usa
ge loríque ce Prince conquit l'Angle
terre ; cfKoHiam Tabellionum ttfus ( dit
(b) Matthieu Paris ) in eo regno non httbebamr.
Cependant il faut convenir que
depuis Gregoire de Tours jusqu'à l'oneiéme
siecle , il se trouve bien des Char
tes des Rois , d'Evêques & de Seigneurs
qui n'ont aucunes marques de cachets ,
ni de sceaux. Or la veritable marque
qu'une Charte ait été scellée , n'est pas
qu'il y ait des trous, par lefquelj leî
(a) Boiiillard. Hist. de l'Abbaye de S. Ger
main, p. u,
(i) Math. ïarìs. ad an, 1237.
lac»
JANVIER 1714. ts
|acs ou cordons du sceau auroient été
pastez , ou quelques restes de cire appli
quée dessus ; mais c'est loríqu'il est énon.
jcé dans l'Acte qu'elle* été ícellée. Car
sans cela les sceaux íèroienc une preuyg
de fausseté.
Suite de la Réponse.
L'on se servoit dans le même temps des
ghartes parties ou coupées , c'est.à.dire
qu'après avoir fait une Charte , on la
fioupoit en pieces , dont chaque contrac
tant en prenoit une pour la representer lors
de l'execution des conventions , Sec.
Ceci est dit d'une maniere si décisive,
-qu'on croiroit que tout cela est vrai , &
que l'Auteur a vu de ces Cljarces parties ;
jnais il permettra que l'on assure qu'il
n'en connoît que le nom , & qu'on n'a
jamais coupé en pieces Jes Chartes com
me il s'imagine.'
Les Chartes parties ou coupées tirent
leur origine des Chartes appellées dans
les formules (a) de Marculfe Chant pa~
rida & paricuU , parce que c'étoient des
doubles copies d'un même acte fait entre
deujç parties égales inter pares , ou plutft
parce qu'elles étoient de pareille for
me, grandeur & écriture. A ces Char-
(a) Marculfi formuis. , lib* z.
tes
itf MERCURE DE FRANCE.
tes succederent les Chartes parties ow
.coupées , autrement Chartes endentées,
Charte indentatA , ou idetitat* , que l'on
appella dans les H. 11. Se 1.3 e. siecles
Chkographes ou CirographeS. C!étpient
auflì deux copies d'un même acte écrites
fur une même peau , & de même ma
niere, entre lesquels on .écrjvoit en
grands caracteres une ligne , qui ne contenoit
Jbuvent qu'une partie des Lettres
de l'Alphabet , quelquefois une Sentent
ce, 6c quelquefois le .nom du principal
des contractons $ & l'on separoitees deux
copies, en coupant la peau par le mi
lieu Se .le long de ces caracteres. A peu
pïès de la même maniere que l'on faiíòit
les premiers billets de banque , ait.
tpur desquels, on voyoit une partie de
pluíieurs traits entrelacez.
' Ces fortes de Chartes n'etoient gneres
;cn usage que pour les échanges , transac
tions Se accords entre deux ou plusieurs
Í>arties , Se l'on y marquoit la datte .de
a maniere qu'on avoit coutume de la
marquer dans le temps , Se les lieux où
elles éto.ient dressées. Lorsqu'il y avoit
plus que deux parties interessées au mê
me Acte , ôc que l'on étoit obligé d'en
faire trois ou quatre copies , on les écr re
voit en même temps fur la même peau ,
6c l'on écriyoitfcendeflture fur les lignes,
par
des jugemjenst aes iianrdcriox
B
.par lesquelles on les devoit separer.
i'Auteur de la Réponse , qui íâns
doute n'en a jamais vu íera bien aiíê d'en
voir ici une., & il y a lieu d'eiperer
qu'elle fera plaisir au.public., parce qu'el
les font aflez rares ; on l'a réduite de
grande en petite , & l'on n'en a fait co
pier que le commencement 8c la fin, ce
qui suffira pour en donner une idée , &
pour faire voir à 1J Auteur que. l'on dattoit
ces Chartes , .& que chaque partie
étoit une copie entiere du même Acte.
Cette piece dont l'original est dans les
Archives de l'Abbaye de Saint Bertin, a
pour endenture , ces mots DROGO
TARWANENSIS EPS. & c'est un
accord fait entre cet Evêque & l'Abbé
4e S. Bertin en l'année 1040.
.Suite de la Réponse.
D'ailleurs le sujet dont on composé ît la
Charte ne rouloit pour l'ordinaire que fur
des conventions qui n a voient sas besoin
d'un temps fixé , &c.
On íçait quels sent les íujets des
Chartes, c'étoientdes privileges accor
dez aux Villes, aux Eglises, &aux par
ticuliers par les Souverains, des dona
tions faites paf eux, ou par les Seigneurs,
des jugemens, des transactions , des
B baux
tt MERCURE DE FRANCE.
baux à ferme , &c. Voilà le sujet dont on
oompoíoit les Chartes. Or )e demaïde
/il ne rouloit c/ue Jur dus conventions cjui
n'avaient pas b"foin d'un temps fivé} La
chose est si claire qu' .1 íuffit d'y faire
faire attention. Nqus en avons dit aslez
pour faire voir que l'on .ne doit pas
ajouter foy indifferemment aux Chartes
non dattées , pour marquer en quel
temps , & quels lieux on les dattoit,
Se on ne les dattoit pas pour mon
trer l'antiquité desjsigriatjures., des sceaux
& des Notaires , Se pour .expliquer ce
que c'étoit que les Chartes parties. Nous
esperons que l'Auteur ne trouvera pas
mauvais que l'on ait un peu éclairci cette
matiere , & que l'on ne se íôit pas ren
contré de iòn sentiment.
Nous croyons que le public éclairé pen
sera comme nom furie merite de cette pier
Ce, il seroit a souhaiter cjjipn nous en
envoyât souvent de semblables : la Repu
blique des Lettres , & nôtre Journal en
particulier y gagneroient infiniment?
Fermer
Résumé : REMARQUES sur la Réponse qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier à la question : Si les Chartes qui ne sont point dattées, mais munies de Sceaux de personnes illustres, dont le temps n'est pas douteux, peuvent passer pour certaines & autentiques.
Le texte examine la validité des chartes historiques non datées mais portant des sceaux de personnes illustres. L'auteur du Mercure de France critique l'avis selon lequel ces chartes peuvent servir de preuve authentique, le jugeant trop vague et général. Il dénonce l'ignorance historique qui conduit soit à rejeter toutes les chartes sans dates, signatures ou sceaux, soit à les accepter trop facilement. Le texte insiste sur l'importance de distinguer les lieux, les temps et les personnes pour évaluer la validité des chartes. Chez les Romains et les Allemans, les actes devaient être datés, tandis que chez les Francs et les Germains, nombreuses étaient les chartes sans date. Les chartes royales étaient généralement datées, sauf celles de peu d'importance ou exécutées immédiatement. En revanche, les chartes des particuliers, des comtes, des ducs et des évêques étaient souvent sans date. Le texte mentionne les différentes formules de datation utilisées par les rois mérovingiens et leurs successeurs. Les chartes sans date étaient souvent des notices ou des statuts d'abbayes et d'évêques. À partir du XIe siècle, les diplômes royaux étaient souvent datés de l'année de l'Incarnation, sans mois ni jour. Le texte critique également l'auteur d'une réponse pour avoir sous-estimé l'authenticité des chartes, souvent rédigées par des notaires ou des chanceliers publics et signées en assemblées publiques. Les chartes étaient considérées comme valides si elles étaient écrites par des personnes reconnues, dont le nom et l'écriture étaient connus. Par ailleurs, le texte souligne que les sceaux et les signatures étaient utilisés conjointement pour authentifier les actes. Des exemples historiques, comme ceux de Grégoire de Tours et de Charlemagne, illustrent cette pratique. Les chartes parties ou coupées, utilisées pour les transactions entre plusieurs parties, étaient écrites sur une même peau et séparées par une ligne de caractères ou une sentence. Le texte conclut en affirmant que les chartes non datées ne doivent pas être utilisées pour déterminer l'antiquité des signatures, des sceaux ou des notaires, et qu'il est important de comprendre le contexte des chartes parties.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1182
p. 24-34
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure pour servir de réponse aux Remarques sur les figures du Portail de l'Eglise de l'Abbaye S. Germain
Début :
Vous avez inseré, Messieurs, dans vôtre Journal du mois de May de [...]
Mots clefs :
Clotaire, Saint-Germain, Abbaye, Église, Portail, Figures, Dom Bouillart, Couronnes de gloire, Patron, Tombeau
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure pour servir de réponse aux Remarques sur les figures du Portail de l'Eglise de l'Abbaye S. Germain
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure
four servir de réponse aux Remarques
fur les figures du Portail de CEglist
de CAbbaye S. Germain.
VOus avez iníèré, Messieurs ., dans
vôtre Journal du mois de May de
l'année derniere , les Remarques d'un'
Auteur Anonyme, fur les figuras du
grand Portail de VEglise Saint Germain
des Pre^, par leíquelles il prétend dé
truire le sentiment du R. P. Dòm Jean'
Mabillon', qui' dit dàns ses Anrtales (a);
que l'£glise de S. Germain a été bâtie
Se fondée par Cliildebert L. & que les'
figures qui íònt au Portail de la même.
Eglise dix coté gauche en entrant , font
S. Germain , Clovis , Sainte Clotilde Se
Clodomir , & au côté opposé , Chilperic,
Childebert , Ultrogothe ,. íà femmes &
Clotaire î.
L'Auteur dés Remarques refute ausii
Dom Thierry Riíinard , qui prétend à
la fin de son Edition de S. Gregoire (b)
de Tours / que les figures qui font à
gauche en entrant representent Saint
(a) Annal. Ben. tom; i. pag. 169.
{í) Gieg. Turpn.
Remv>
JANVIER 1714. ; 2;
Remy , Clovis , Sainte Clotilde & Clo.
domir , Se que celles qui sont à droite ,
sont Thierry , Chlldebert , Ultrogoche
8e Clotaire.
Ces deujr sentimens ne sont pas du
goût de l'Auteur , parce qu'il prétend
l p que c'est Clotaire , & non pas ChHdebert
, qui a achevé de bâtir l'Egliíe,.
& il cite pour ses garants l'Auteur de
la vie de S. Droctovée, (a) Se l'Histoire
interpolée d'Aimoin ^ í. . 2 < cv 29. Se. 3 6 .
& 1. 3. c }1.
2° Il ajoute que ce Portail étant bien
Í>osterieur à la construction de l'Eglise , .
es figures qui y sont repreíentées ne
sont point celles que Dom Mabillon &
Dom Ruinard ont prétendu ; mais cel
les de S. Germain, de Pepin, de Bertrade
, íâ femme ., de Charlemagne Se
Carloman leurs fils , de Childebert , &
d'Ultrogothe , fa femme , & de Clotaire.
Voici les raisons qui confirment l'Au-.
teur dans cette idée. 1 * La donation du.!
Domaine de Palaiíëau , Se de ses dépen
dances faites à' l'Eglise de l'Abbaye par
Pepin , le jour de la Translation de Saints.
Germain y Se confirmée par Charlema
gne en 77 9' Cette Eglise , selon lui ,
eut un nouveau Patron en même temps:-
que la France eut des Rois d'une nou-
(4) Si. OrA. S. Btned. tMt. r.
Bt rell#
ié MERCURE DE FRANCE.
velle race , & les Moines de l'Abbaye J.
pour éterniíèr la memoire d'un si grand
changement , firent construire un Por
tail, où ils placerent les figures de ces
Princes , en conservant toujours la mé
moire de leurs premiers Fondateurs. 2*'
Le peu de vrai.semblance que l'on ait
mis à la porte d'une Eglise les Statues du
pere , de la mere & des freres du Fon
dateur. Et a quelle porte £'Eglise , dit-il
a..t'qn representé ainft des genealogies ?
3° Les Couronnes de gloire qui font
derriere la tête des sept figures , ne íê
mettoient qu'à ceux qui étroient décedezs .
& que l'on croyoit dans la beatitude t
par consequent celui qui n'en a point ne.
peut être que Charlemagne qui vivoit
alors. 4° La difficulté de trouver des^
Couronnes du sixième siecle semblables ;
à celles' que portent les figures du Por-'
tail de Saint Germain.. Enfin le peu de'
eertitude que le tombeau deFredegonde^
qui a une semblable Couronne , soit veri- :
tablement d'elle.. .
Ce íônt là Meísieurs les principaux.^
argumens que l'Auteur des Remarques.
propose dans vôtre Journa.l contre les :
ientimens de Dom Mabillon , & de Dom 1
Huinart au íujet de ces figures. Il seroit?
k- íouhaiter qu'il eut apporté des autorir'
ter tirées de bons Auteurs , au lieu de
Ï'AN VÌ E R 1724. 27
íèá íimples. conjectures qui ne peuvent
fSrvir de preuves dans les difficultez
dont il est ici question.
Dom Jacques Bouillart , qui vient de
mettre au jour l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Germain des Prez a répondu dans
íon ouvrage aux objections que l'on
Vient deráporter. Il prouve d'abord que
l'Auteur des Remarques s'est trompé
considerablement , en citant la vie de
Saint Droctovée , & l'Histoire interpo
lée d'Aimoin , & qu'il n'y a pas un seul
mot dans les endroits par lui citez où il
soit marqué que l'Egliíê fut achevée par-
Clotaire. Dom Bouillart prouve au con
traire par les mêmes Auteurs , que Chil.
debert acheva cet Edifice avant ía mort,
& que Saint Germain la dédia , à la sol
licitation de Clotaire , le jour même des
funerailles de Childebert.
Pour ce qui est du Portail , lé même'
Auteur soutient qu'il est aufli ancien que
l'Eglise : fa si uation sous la grosse tour,
faiíant corps avec elle , le goût du temps , .
le jugement qu'en ont porté juíqu'à.
present les personnes /ça vantes dans la
connoissance des anciens monumens , sont
des autoritez plus que suffisantes pour'
prouver ce qu'il avance..
L'Historien dë Saint Germain répond5
aussi à l'Aùteu.X- des Remarques , sor ce
B vj qu'il
2 8 MERCURE DE FRANCE:
qu'il avance que l'Egliíe de l'Abbaye
eut uh nouveau Patron , après la Trans
lation de Saint Germain. Il avouè que
Pepin donna alors le Domaine de Palaiseau,
& ses dépendances avec une en
tiere franchise de tous peages , Se que
cette donation fut confirmée par Charle.
magne en 779. mais. il nie que l'Eglise
ait eu dans cette occasion un nouveau.
Patron, & que les Moines de S. Ger
main ayent fait construire un Portail pour
y placer les Statues de S. Germain , des
Pepin , dç Bertrade , &c. pour éterniser
la memoire. du;. grand changement arrivé
en France. Il prouve d'une maniere so
lide & convaincante que l'Eglise, quoi
que dédiée en l'honneur de Sainte Croix,,
& de Saint Vincent, a eu aussi: le nom
de Saint Germain dès la mort du même
Saint, à cause des frequens. miracles que
Dieu operoit à son tombeau ,.nom qui lui
est resté dans les siecles^suivans. II cite
pour ce sujet le testament de Bertrant ,
í ou Bertieram Evêque du Mans , S. Gre
goire de Tours , Saint Ouen , Archevêque
de Rouen qui a écrit la -vie de Saint
Eloy, l'Auteur de la vie dé Sainte Batilde
, & plusieurs Chartes.très.ancien
nes , qu'il a mises parmi les preuves à
la fin de son Histoire. Ilisoutient de plus
que l'Eglise dc.S. Germain n'a eu que
deux
JANVIER
deux dédicaces , la premiere faite par
Saint Germain , & la seconde par le
Pape Alexandre III. en ii6}, Se que.
dans ces deux dédicaces il n'est fait men
tion que de. Sainte Croix & de Saint Vin
cent. Or comme l'on ne donne un Patron
aux Eglises que dans cétte ceremonie y
Dom Bouillart demande à l'Auteur de*
Remarques qu'il lui faste voir. une autre
dédicace faite en 7f4-. ou. environ ,
dans laquelle l'on ait changé le nom de
Saint Vincent , ou ajpûté celui de Saint'
Germain-
Quant à. la íècoside objection , qu'il .
n'est pas vrai-íèmblable que l'on ait pJa--
oé à la porte d'une Eglise les. Statues du
pere -, de la m ere & des freres du Fon-.
dateur1. Dom Bouillart répond que cet
n'est pas une chose inusitée, puisque l'on.
en voit dé íemblables au Portail de Nô
tre.Dame la Répostetdènt l'Auteur mê
me des Remarques fait mention , Se dont
ilparoît reconnoître l'antiquité,
Enfin l' Auteur. de l'Histoire de Saint'
Germain dit que l'Auteur des Remar
ques fait une question inutile, loríqu'il.
demande à' quelle porte d'Eglise a-t'om
representé ainsi des genealogies ? puis
qu'il les admet lui-même dans le Por
tail de S: Germaini en disant qu'il s'ima*
fifre ». voir Pepin , Bertrade tjâ femme ,
Jfe* MERCURE DE FRANCS.
Charlemagne & Carloman ses fils. N'estce
pas là en eiíèt une genealogie à íà
maniere, & suivant ces propres idées.
Un des principaux argumensde l'Au
teur des Remarques est comme ori
IV déja dit, que ces Statues du Por
tail de Saint Germain ont des Cou
ronnes de gloire , qui ne se mettoient
qu'aux' personnes décedées , que l'on
croyoit dans la beatitude , d'où il conclut
que la huitième Statue, qui n'en a point,
represente Charlemagne qui vivoit en
core alors , & par coníequent que le Por
tail de Saint Germain n'a été construit
que de son temps.
Dom Bouillart lui répond que les
Couronnes de gloire se mettoient aux vi-
Vans aussi bien qu'aux morts. , d'où il
conclut que ceux qui font representez .
au Portail de Saint Germain , pou voient
être vivans dans le temps de là construc
tion. Il donne plusieurs exemples de cetusage.
fa) L'Empereur Trajan est repre
senté deux fois dans l'Arc de Constantin,.
2ui est à Rome , comme vivant avec une'
louronne de gloire derriere fa tête.'
(i) Dans les siecles suivans l'Empereur'
(a) V. l'Antiquité expliquée, &c' tòm. ti.
$ 186. & tom. 3. pagg. 31J. 330. & tom. v
p. 167.
{b) iiidt Supplement.
y-alen
t
y á n v nr r ry.»^ f*
Valentinien II. paróît avec une Couron
ne de gloire faiíant des largeíses au peu
ple. On voit auflì des Medailles (#)fra*
pées du vivant des Empereurs Justin , <
Justin le jeune , Maurice , Phocas , & de
quelques Imperatrices , où ils font re
presenter de même. Il ajoute après M. le
Blanc dans son Traité des Monnoyes,
que, les Gaulois ayant été' íubjuguez par
les premiers Rois de la Monarchie Fran
çoise , ont gardé pendant quelque temps'
les usages des Romains leurs derniers
maîtres. Les Rois même de lá premiere
race les ont auflì conservez, principale
ment dans leurs Monnoyes. Ainsi il ne
faut pas s'étònnersi dans ks' temps de la
premiere race l'on mettait des Courons
ries de gloire dérriere la tête dés Rois,
Si même des Evêques qui étoient encore
en vie. L'on en trouve une preuve dans
le premier tome des Annales de Dom
Mabillon , f b) où il est: fait mention de'
S. Armand , Evêque dé Mastric , lequel.
fft son testament en presence de Rieul,^
Archevêque de Rheims , de Mommolen,'
Evê qùe deNoyon, de Vendicien de Cam.
bray ', de Bertin ; Abbé de Sithiu , Se des
Prêtres Jéán & Baudemond. Ils ont tous
des Couronnes de Gloire derriere leurs
f» Numism. Imp. Rom. ulhselm.Sfiwiuri 2-.
>z. MERCURE DE FRANCE.
têtes , comme on le peut voir dans It
planche que Dom Mabíllon' a Fait gras
ver , laquelle a été tirée des anciens. monumens
de l'Abbaye de & Amand.' Ce
íçavant homme fait là - dessus la mê
me obíervation que l'Auteur des Re
marques r5c il s'étonne que ces figu
res portent des couronnes de gloire , quoi
que ceux qu'elles representent fussent en
core vivans. L'on doit donc conclure ne-.
cessairement de ces exemples , que l'on
mettoit íouvent des couronnes de gloire
aux personnes vivantes , & que ce n'est.
pas une preuve que ceux qui íònt repre
sentez au Portail de S. Germain , fus
sent decedez.
Dom Bouillait ajoute: Y a ) l'Auteur
des Remarques admet , fans y penser , k;
même chose ; car en mettant la construc
tion du portail dans le huitième siecle ,.
il dit que les Religieux. de S. Germain le
firent faire pour éterniser la mémoire du
grand changement arrivé en France, en'
754. lorsque le corps de S. Germain fut
transferé, què l'Eglise eut un nouveau
Patron , Se que Pepitvla combla de biens.-
Or s'il est vrai que les figures du Por
tail representent Pepin, fa femme & ses
Énfans , l'Auteur des Remarques doit
convenir que l'on donnoit des couronnes
( * ) Híst. de S. Gertiwpag, 30*.
1
Janvier 17I4." :W
3è gloire aux Rois & auxpersonnes illus
tres, lorsqu'elles vivoient.j puiíque Pepin
& les Princes qu'il íoutient être re1.
preíentez par ces- figures ,- vivoient en
754. 8c que cependant ils ont des' cousonnes
de gloire , ou des nimbes derriere
leurs têtes. Il. est inutile de dire que Gharlemagnen'en
a point , parce qu'il étoit
encore vivant, ^& que les autres étoient
morts. Il en avdit auslì ; mais celui qu'il
avoit est tombe dans la fuite, ou pour
n'avoir pas. bien été attaché,' ou pour
avoir été rompu >. en eífet on voit encore
derriere íà tête un crampon de fer qui le
íetenoit t & il estcouché horiíôntalemerjt
contre la muraille.
Il ne s'agit p.lt»s que de la difficulté que
iorrrîe lf Auteur des Remarques /qui est
defaire voir des couronnes du íixième
siecle íemblables à celles que portent les.
figures' du Portail de S. Germain , & que'
le tombeau de Fredegondc qui Jt une
semblable couronne y soit Veritablement
d'elle. C'est ce que Dom Boùillart déve-
Ibpe avec solidité , en diíànt d'abord que
les anciens Historiens ont fait mention de
la íépulture de Fredegende dans l'Eglise
de S. Vincent, maintenant de S. Germain
des Prez. Il lë prouse ensuite par la situa
tion 8c la distinction des tombeaux des.
Rois 8c des Reines de la premiere race »
f4 MERCURE DE FRANCE;
inhumez dans la' même Egliie,tlonc les
.inícriptions , quoique moins anciennes T
.(ont restées julqu'en 1656. par la tra
dition des Religieux de l'Abbaye , & par
le jugement des períônnes les plus éciar*.
rées dans l'Antiquicé , qui ont regardé
le tombeau de Fredcgondë , comme uQ
monument aussi ancien qu'elle. il répond
enfin aux objections que l'on pourroit fai
re au sujet des Fleurs.de.lys qui font à la
couronne 8c au Iccprre de cette Reine ',
&c rapporte quelques exemples qui font
voir que les fleurs de lys étoient en usage
íòus les Rois de la premiere race s d'où il
Conclut que le tombeau & la couronne de
Frédegoncle «'tant aussi ancien qu'elle, les
couronnesdes statues du Portail de S. Ger
main sont aussi anciennes que & construc^
tion & du sixième siecle.
Je fuis , Messieurs , Sec1
A Paris le 13. Janvier 1714»'
four servir de réponse aux Remarques
fur les figures du Portail de CEglist
de CAbbaye S. Germain.
VOus avez iníèré, Messieurs ., dans
vôtre Journal du mois de May de
l'année derniere , les Remarques d'un'
Auteur Anonyme, fur les figuras du
grand Portail de VEglise Saint Germain
des Pre^, par leíquelles il prétend dé
truire le sentiment du R. P. Dòm Jean'
Mabillon', qui' dit dàns ses Anrtales (a);
que l'£glise de S. Germain a été bâtie
Se fondée par Cliildebert L. & que les'
figures qui íònt au Portail de la même.
Eglise dix coté gauche en entrant , font
S. Germain , Clovis , Sainte Clotilde Se
Clodomir , & au côté opposé , Chilperic,
Childebert , Ultrogothe ,. íà femmes &
Clotaire î.
L'Auteur dés Remarques refute ausii
Dom Thierry Riíinard , qui prétend à
la fin de son Edition de S. Gregoire (b)
de Tours / que les figures qui font à
gauche en entrant representent Saint
(a) Annal. Ben. tom; i. pag. 169.
{í) Gieg. Turpn.
Remv>
JANVIER 1714. ; 2;
Remy , Clovis , Sainte Clotilde & Clo.
domir , Se que celles qui sont à droite ,
sont Thierry , Chlldebert , Ultrogoche
8e Clotaire.
Ces deujr sentimens ne sont pas du
goût de l'Auteur , parce qu'il prétend
l p que c'est Clotaire , & non pas ChHdebert
, qui a achevé de bâtir l'Egliíe,.
& il cite pour ses garants l'Auteur de
la vie de S. Droctovée, (a) Se l'Histoire
interpolée d'Aimoin ^ í. . 2 < cv 29. Se. 3 6 .
& 1. 3. c }1.
2° Il ajoute que ce Portail étant bien
Í>osterieur à la construction de l'Eglise , .
es figures qui y sont repreíentées ne
sont point celles que Dom Mabillon &
Dom Ruinard ont prétendu ; mais cel
les de S. Germain, de Pepin, de Bertrade
, íâ femme ., de Charlemagne Se
Carloman leurs fils , de Childebert , &
d'Ultrogothe , fa femme , & de Clotaire.
Voici les raisons qui confirment l'Au-.
teur dans cette idée. 1 * La donation du.!
Domaine de Palaiíëau , Se de ses dépen
dances faites à' l'Eglise de l'Abbaye par
Pepin , le jour de la Translation de Saints.
Germain y Se confirmée par Charlema
gne en 77 9' Cette Eglise , selon lui ,
eut un nouveau Patron en même temps:-
que la France eut des Rois d'une nou-
(4) Si. OrA. S. Btned. tMt. r.
Bt rell#
ié MERCURE DE FRANCE.
velle race , & les Moines de l'Abbaye J.
pour éterniíèr la memoire d'un si grand
changement , firent construire un Por
tail, où ils placerent les figures de ces
Princes , en conservant toujours la mé
moire de leurs premiers Fondateurs. 2*'
Le peu de vrai.semblance que l'on ait
mis à la porte d'une Eglise les Statues du
pere , de la mere & des freres du Fon
dateur. Et a quelle porte £'Eglise , dit-il
a..t'qn representé ainft des genealogies ?
3° Les Couronnes de gloire qui font
derriere la tête des sept figures , ne íê
mettoient qu'à ceux qui étroient décedezs .
& que l'on croyoit dans la beatitude t
par consequent celui qui n'en a point ne.
peut être que Charlemagne qui vivoit
alors. 4° La difficulté de trouver des^
Couronnes du sixième siecle semblables ;
à celles' que portent les figures du Por-'
tail de Saint Germain.. Enfin le peu de'
eertitude que le tombeau deFredegonde^
qui a une semblable Couronne , soit veri- :
tablement d'elle.. .
Ce íônt là Meísieurs les principaux.^
argumens que l'Auteur des Remarques.
propose dans vôtre Journa.l contre les :
ientimens de Dom Mabillon , & de Dom 1
Huinart au íujet de ces figures. Il seroit?
k- íouhaiter qu'il eut apporté des autorir'
ter tirées de bons Auteurs , au lieu de
Ï'AN VÌ E R 1724. 27
íèá íimples. conjectures qui ne peuvent
fSrvir de preuves dans les difficultez
dont il est ici question.
Dom Jacques Bouillart , qui vient de
mettre au jour l'Histoire de l'Abbaye de
Saint Germain des Prez a répondu dans
íon ouvrage aux objections que l'on
Vient deráporter. Il prouve d'abord que
l'Auteur des Remarques s'est trompé
considerablement , en citant la vie de
Saint Droctovée , & l'Histoire interpo
lée d'Aimoin , & qu'il n'y a pas un seul
mot dans les endroits par lui citez où il
soit marqué que l'Egliíê fut achevée par-
Clotaire. Dom Bouillart prouve au con
traire par les mêmes Auteurs , que Chil.
debert acheva cet Edifice avant ía mort,
& que Saint Germain la dédia , à la sol
licitation de Clotaire , le jour même des
funerailles de Childebert.
Pour ce qui est du Portail , lé même'
Auteur soutient qu'il est aufli ancien que
l'Eglise : fa si uation sous la grosse tour,
faiíant corps avec elle , le goût du temps , .
le jugement qu'en ont porté juíqu'à.
present les personnes /ça vantes dans la
connoissance des anciens monumens , sont
des autoritez plus que suffisantes pour'
prouver ce qu'il avance..
L'Historien dë Saint Germain répond5
aussi à l'Aùteu.X- des Remarques , sor ce
B vj qu'il
2 8 MERCURE DE FRANCE:
qu'il avance que l'Egliíe de l'Abbaye
eut uh nouveau Patron , après la Trans
lation de Saint Germain. Il avouè que
Pepin donna alors le Domaine de Palaiseau,
& ses dépendances avec une en
tiere franchise de tous peages , Se que
cette donation fut confirmée par Charle.
magne en 779. mais. il nie que l'Eglise
ait eu dans cette occasion un nouveau.
Patron, & que les Moines de S. Ger
main ayent fait construire un Portail pour
y placer les Statues de S. Germain , des
Pepin , dç Bertrade , &c. pour éterniser
la memoire. du;. grand changement arrivé
en France. Il prouve d'une maniere so
lide & convaincante que l'Eglise, quoi
que dédiée en l'honneur de Sainte Croix,,
& de Saint Vincent, a eu aussi: le nom
de Saint Germain dès la mort du même
Saint, à cause des frequens. miracles que
Dieu operoit à son tombeau ,.nom qui lui
est resté dans les siecles^suivans. II cite
pour ce sujet le testament de Bertrant ,
í ou Bertieram Evêque du Mans , S. Gre
goire de Tours , Saint Ouen , Archevêque
de Rouen qui a écrit la -vie de Saint
Eloy, l'Auteur de la vie dé Sainte Batilde
, & plusieurs Chartes.très.ancien
nes , qu'il a mises parmi les preuves à
la fin de son Histoire. Ilisoutient de plus
que l'Eglise dc.S. Germain n'a eu que
deux
JANVIER
deux dédicaces , la premiere faite par
Saint Germain , & la seconde par le
Pape Alexandre III. en ii6}, Se que.
dans ces deux dédicaces il n'est fait men
tion que de. Sainte Croix & de Saint Vin
cent. Or comme l'on ne donne un Patron
aux Eglises que dans cétte ceremonie y
Dom Bouillart demande à l'Auteur de*
Remarques qu'il lui faste voir. une autre
dédicace faite en 7f4-. ou. environ ,
dans laquelle l'on ait changé le nom de
Saint Vincent , ou ajpûté celui de Saint'
Germain-
Quant à. la íècoside objection , qu'il .
n'est pas vrai-íèmblable que l'on ait pJa--
oé à la porte d'une Eglise les. Statues du
pere -, de la m ere & des freres du Fon-.
dateur1. Dom Bouillart répond que cet
n'est pas une chose inusitée, puisque l'on.
en voit dé íemblables au Portail de Nô
tre.Dame la Répostetdènt l'Auteur mê
me des Remarques fait mention , Se dont
ilparoît reconnoître l'antiquité,
Enfin l' Auteur. de l'Histoire de Saint'
Germain dit que l'Auteur des Remar
ques fait une question inutile, loríqu'il.
demande à' quelle porte d'Eglise a-t'om
representé ainsi des genealogies ? puis
qu'il les admet lui-même dans le Por
tail de S: Germaini en disant qu'il s'ima*
fifre ». voir Pepin , Bertrade tjâ femme ,
Jfe* MERCURE DE FRANCS.
Charlemagne & Carloman ses fils. N'estce
pas là en eiíèt une genealogie à íà
maniere, & suivant ces propres idées.
Un des principaux argumensde l'Au
teur des Remarques est comme ori
IV déja dit, que ces Statues du Por
tail de Saint Germain ont des Cou
ronnes de gloire , qui ne se mettoient
qu'aux' personnes décedées , que l'on
croyoit dans la beatitude , d'où il conclut
que la huitième Statue, qui n'en a point,
represente Charlemagne qui vivoit en
core alors , & par coníequent que le Por
tail de Saint Germain n'a été construit
que de son temps.
Dom Bouillart lui répond que les
Couronnes de gloire se mettoient aux vi-
Vans aussi bien qu'aux morts. , d'où il
conclut que ceux qui font representez .
au Portail de Saint Germain , pou voient
être vivans dans le temps de là construc
tion. Il donne plusieurs exemples de cetusage.
fa) L'Empereur Trajan est repre
senté deux fois dans l'Arc de Constantin,.
2ui est à Rome , comme vivant avec une'
louronne de gloire derriere fa tête.'
(i) Dans les siecles suivans l'Empereur'
(a) V. l'Antiquité expliquée, &c' tòm. ti.
$ 186. & tom. 3. pagg. 31J. 330. & tom. v
p. 167.
{b) iiidt Supplement.
y-alen
t
y á n v nr r ry.»^ f*
Valentinien II. paróît avec une Couron
ne de gloire faiíant des largeíses au peu
ple. On voit auflì des Medailles (#)fra*
pées du vivant des Empereurs Justin , <
Justin le jeune , Maurice , Phocas , & de
quelques Imperatrices , où ils font re
presenter de même. Il ajoute après M. le
Blanc dans son Traité des Monnoyes,
que, les Gaulois ayant été' íubjuguez par
les premiers Rois de la Monarchie Fran
çoise , ont gardé pendant quelque temps'
les usages des Romains leurs derniers
maîtres. Les Rois même de lá premiere
race les ont auflì conservez, principale
ment dans leurs Monnoyes. Ainsi il ne
faut pas s'étònnersi dans ks' temps de la
premiere race l'on mettait des Courons
ries de gloire dérriere la tête dés Rois,
Si même des Evêques qui étoient encore
en vie. L'on en trouve une preuve dans
le premier tome des Annales de Dom
Mabillon , f b) où il est: fait mention de'
S. Armand , Evêque dé Mastric , lequel.
fft son testament en presence de Rieul,^
Archevêque de Rheims , de Mommolen,'
Evê qùe deNoyon, de Vendicien de Cam.
bray ', de Bertin ; Abbé de Sithiu , Se des
Prêtres Jéán & Baudemond. Ils ont tous
des Couronnes de Gloire derriere leurs
f» Numism. Imp. Rom. ulhselm.Sfiwiuri 2-.
>z. MERCURE DE FRANCE.
têtes , comme on le peut voir dans It
planche que Dom Mabíllon' a Fait gras
ver , laquelle a été tirée des anciens. monumens
de l'Abbaye de & Amand.' Ce
íçavant homme fait là - dessus la mê
me obíervation que l'Auteur des Re
marques r5c il s'étonne que ces figu
res portent des couronnes de gloire , quoi
que ceux qu'elles representent fussent en
core vivans. L'on doit donc conclure ne-.
cessairement de ces exemples , que l'on
mettoit íouvent des couronnes de gloire
aux personnes vivantes , & que ce n'est.
pas une preuve que ceux qui íònt repre
sentez au Portail de S. Germain , fus
sent decedez.
Dom Bouillait ajoute: Y a ) l'Auteur
des Remarques admet , fans y penser , k;
même chose ; car en mettant la construc
tion du portail dans le huitième siecle ,.
il dit que les Religieux. de S. Germain le
firent faire pour éterniser la mémoire du
grand changement arrivé en France, en'
754. lorsque le corps de S. Germain fut
transferé, què l'Eglise eut un nouveau
Patron , Se que Pepitvla combla de biens.-
Or s'il est vrai que les figures du Por
tail representent Pepin, fa femme & ses
Énfans , l'Auteur des Remarques doit
convenir que l'on donnoit des couronnes
( * ) Híst. de S. Gertiwpag, 30*.
1
Janvier 17I4." :W
3è gloire aux Rois & auxpersonnes illus
tres, lorsqu'elles vivoient.j puiíque Pepin
& les Princes qu'il íoutient être re1.
preíentez par ces- figures ,- vivoient en
754. 8c que cependant ils ont des' cousonnes
de gloire , ou des nimbes derriere
leurs têtes. Il. est inutile de dire que Gharlemagnen'en
a point , parce qu'il étoit
encore vivant, ^& que les autres étoient
morts. Il en avdit auslì ; mais celui qu'il
avoit est tombe dans la fuite, ou pour
n'avoir pas. bien été attaché,' ou pour
avoir été rompu >. en eífet on voit encore
derriere íà tête un crampon de fer qui le
íetenoit t & il estcouché horiíôntalemerjt
contre la muraille.
Il ne s'agit p.lt»s que de la difficulté que
iorrrîe lf Auteur des Remarques /qui est
defaire voir des couronnes du íixième
siecle íemblables à celles que portent les.
figures' du Portail de S. Germain , & que'
le tombeau de Fredegondc qui Jt une
semblable couronne y soit Veritablement
d'elle. C'est ce que Dom Boùillart déve-
Ibpe avec solidité , en diíànt d'abord que
les anciens Historiens ont fait mention de
la íépulture de Fredegende dans l'Eglise
de S. Vincent, maintenant de S. Germain
des Prez. Il lë prouse ensuite par la situa
tion 8c la distinction des tombeaux des.
Rois 8c des Reines de la premiere race »
f4 MERCURE DE FRANCE;
inhumez dans la' même Egliie,tlonc les
.inícriptions , quoique moins anciennes T
.(ont restées julqu'en 1656. par la tra
dition des Religieux de l'Abbaye , & par
le jugement des períônnes les plus éciar*.
rées dans l'Antiquicé , qui ont regardé
le tombeau de Fredcgondë , comme uQ
monument aussi ancien qu'elle. il répond
enfin aux objections que l'on pourroit fai
re au sujet des Fleurs.de.lys qui font à la
couronne 8c au Iccprre de cette Reine ',
&c rapporte quelques exemples qui font
voir que les fleurs de lys étoient en usage
íòus les Rois de la premiere race s d'où il
Conclut que le tombeau & la couronne de
Frédegoncle «'tant aussi ancien qu'elle, les
couronnesdes statues du Portail de S. Ger
main sont aussi anciennes que & construc^
tion & du sixième siecle.
Je fuis , Messieurs , Sec1
A Paris le 13. Janvier 1714»'
Fermer
Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure pour servir de réponse aux Remarques sur les figures du Portail de l'Eglise de l'Abbaye S. Germain
La lettre répond aux critiques d'un auteur anonyme publiées dans le Mercure de mai précédent, concernant les figures du portail de l'église Saint-Germain-des-Prés. L'auteur anonyme remet en question les interprétations du Père Jean Mabillon et de Dom Thierry Ruinard, qui attribuent les figures du portail à des personnages spécifiques de la dynastie mérovingienne. Selon l'auteur anonyme, le portail est postérieur à la construction de l'église et représente des personnages comme Pépin, Bertrade, Charlemagne, et leurs descendants. Il soutient que Clotaire, et non Childebert, a achevé la construction de l'église, citant des sources comme la vie de Saint Droctovée et l'histoire interpolée d'Aimoin. Il argue également que les couronnes de gloire sur les statues indiquent que Charlemagne, qui n'en porte pas, était vivant lors de la construction du portail. Dom Jacques Bouillart, dans son histoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, réfute ces remarques. Il prouve que Childebert a achevé l'église avant sa mort et que Saint Germain l'a dédiée. Bouillart soutient que le portail est aussi ancien que l'église et que les figures représentent bien des personnages mérovingiens. Il démontre également que les couronnes de gloire pouvaient être attribuées à des personnes vivantes, citant des exemples historiques pour appuyer cette affirmation. Enfin, Bouillart confirme l'ancienneté du tombeau de Frédégonde et des couronnes des statues du portail, les datant du sixième siècle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1183
p. 38-47
EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
Début :
Le I. Decembre, le Pere de la Sante, Jesuite, l'un des Professeurs [...]
Mots clefs :
Paix, Orateur, Règne, Louis XV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
EX' TRAIT£un Discours. Latin prononcé
au College de Louis le Grand , fur la
longue durée de la. paix dont jouit la
France ? fous le Regne de Louis XV.
LE Decembre , le Pere de lai
Sante, Jésuite, l'un des Professeurs
de Rethorique , au College de Louis le
Grand , fit l'éloge de la Paix t dont joiiit
la France depuis plusieursannées, fous le
regne de Louis XV. La salle où se pafla
cette action ,étoit magnifiquement parée.
Ce discours fut prononcé .en prescnee de
M. le Cardinal dè ;Bilïy,de quantité de
Prélats , & de personnes de distinction ,
& il répond ;pa.rfaitetnent à la reputa
tion que s'£Ét' Acquit l'Auteur par d'au-
..E'a : . ' ; "«
7 AN VIE R. 1714. 39
tres íemblables Pieces d'Eloquence , dorçt
nous avons donné l'Extrait les années
precedentes.
' L'Orateur commence par insinuer ,
que comme chaque Roi de l'auguste
Maison de Bourbon , a merité un nom
dlstinctif , qui caracterise les principaux
évenemensde íà vie , chaque Regne de
vrait auffi avoir un nom particulier qui
le distinguat des autres. Sur ce principe
'il .voudrait qu'on appellât le regne de
tìenry I V. le regne de la clemence ,
celui de Louis X IH. le regne de la jus-
.cice , celui de Louis X 1 V. Je regne
de. la victoire , enfin celui de Louis
X V. le regne de la pai.x , puiíqu'elle
est née , puisqu'elle a crû avec ce Monar
que , & que vrai.semblablement elle diu
rera autant , ou plus que si*n regne.
Ce début conduit naturellement le Pa
negyriste à la division de iòn diícours,
où il prétend faire voir la naissance , le
progrès , & la durée de la derniere paix ,
dont il mesure en quelque íorte les disselens
âges, fus ceux même du Roi. Il
montre qu'elle a commencée íôus d'heujreux
auspices , qu'elle s'est avancée par
de sages conseils , qu'elle est íondée fur
4es conditions propres à la perpetuer.
Ces trois propositions partagent l'éloge
de la paix.
^0 MERCURE DE FRANCE.
.1/
Les commencemens de cette paix sem>;
îblent d'autant plus heureux à l'Orateur ,
qu'on entra en négociation dans un.tems
où la paix étoit plus ineíperée , &où elle
pouyoit être plus glorieuse &c plus avan
tageuse à la Francç.
.Paix inesperée , vô la difference de
caractere & d'interêt des nations qui
étoient alors en .guerre , &jque l'Orateur j
Concilie toutes , en les faisant. se regarder I
c.hacune par l'endroit le plus capable de
réiinir tant de genies .opposes , & en
leur faisant trouver un interêt commua
dans cette réunion. Cet endroit a été pour
l'habile Orateur , un de ces morceaux que
l'éloquence embellit de tout ce qu'elle
peut emprunter de la beauté du style , de
k délicateíse des pensées, de la solidité
des reflexions & de la vivacité de l'acr
tion.
Paix glorieuse , parce que ce n'est
qu'après nous être glorieusement relevez
de nos pertes par la victoire de Denain ,
par le recouvrement de la plupart de
nos places de Flandre f parla prise de
quelques.unes des plus fortes Villes de ï.
l'Allemagne qu'on a procedé tout de
bon à la paix generale, Ceci donne lieu à
un magnifique éloge du Maréchal de VilJ
ANVIER i7t4. 41
lars ,& à une élegante description de la
conference qu'il eut à Rastad avec le
Prmce Eugene , dont le caractere est
heureusement pris. L'Orateur fait un
gracieux paralelle de ces deux grands
Generaux avec Scipion & Annibal réunis
pour traiter de la paix ; mais il fait voir
l'avantage jqu'ont les deux Heros mo
dernes fur les deux anciens. Ce trait est
nouveau.
Enfin , paix avantageuse , vûlebeíôin
qu'en avoient les nations d'Europe , qui
toutes y ont trouvé leur compte , comme
l'Orateur le prouve , fie vu les conjonc
tures où elle a été negociée , c'est.à.dire,
quand la France étoit íùr le point de per
dre un grand Roi , & à là veille d'une
minorité ., source seconde de troubles ,
íîir tout quand le Royaume n'est pas en
paix au dehors.
.Rien de plus intereilânt pour le Roi ,
que la conclusion de cette premiere par-
Eie. L'Orateur felicite ce Prince d'avoir
goûté les prémices de la paix aveccelles
du Trône ; en cela plus heureux qu'Au
guste , qui ne put jouir des douceurs de
la paix que íûr la fin de íòn Empire , en
core fut-ce une paix achetée au prix de
bien des cruautez , au lieu que celle ci
n'a point coûté de sang au Roi , qui l'a
vûë naî;re avec lui , & a eu le bonheur
C d'à
4* MERCURE DE FRANCE.
d'avoir ce crait de ressemblance avec 1$
Roi des Rois , donc il est la viye image
fur lacerre.
Ce premier poinc ne rapprochanc que
des objets pour la plupart éloignés , avpit
besoin de couce l'adrefle & de touce l'é
loquence de l'Orateur , pour être recíi
aussi favorablement qu'U l'a été.
Il'
Le íêcond est beaucoup plus piquant , ij[
a les gfaces de la nouveauté par la proxi
mité des choies qu'on y traite. L'Orateur
y peint les progrès merveilleux que fit
la paix , par les foins du feu Duc d'Or
leans. Il represente ce Prince comme uç
habile & grand politique , qui fait ser
vir à la paix un rare genie soutenu d'une
admirable fermeté d'ame ; genie qu'il em.
ploye à presenter íàns cesle de nouvel
les amorces de paix 5 fermeté dont il use
pour en écarter les obstacles.
Le premier article est un portrait na
turel de cet heureux genie occupé à exa
miner & £ connoître à fond les divers in
terêts des Puislances étrangeres , à pene
trer leurs yûès , à discerner le fort & le
foible de chaque nation , à les amener
toutes par differentes voyes à son but ,
à se rendre lui.même impenetrable aux
esprits les plus clair.voyans , à déguiser
JANVIER i724, 4j
iles plus importans projets fous un air
aisé, ou vert & ingenu i à couvrit ses
desseins d'un eípece de jeu i à faire du
secret fame- de ses entreprises , & à in
spirer la même dexterité, la même sageslè,
& la même aisance à. tous ceux qui le
servoient dans les négociations de paix.
Le íecond article est une peinture alle
gorique, mais des plus brillantes de la ma
noeuvre que fit cet habile Pilote qui tint
toujours ferme le gouvernail ,qui sembla
.«'être rendu maître des .vents , qui lçut le
grand art de prévenir -ou d'écarter les tem
pêtes , d'éviter ou de bxaver les écueils,
d'entretenir le calme & de conduire ion
vaiíîeau à bon port.
La mort de ce grand Prince , les lar
mes de la pieuse Princesse , son épouse ,
les regrets d'un auguste fils , si digne de
íâ tendreíïe , & si cher à toute la France,
terminent ces deux articles qui furent
maniés par le Panegyriste avec une fi
nesse d'expressions , & un goût de pen
sées , dont l'Assemblée fit l'éloge par ses
applaudissemens. Il retombe eníuite íur
l'heureux choix qu'a fait le Roi de
Monsieur le Duc, pour remplacer le Prin-
.ce-, que la France vient de perdre. Le ca
ractere de cet auguste Ministre n'e<t des
plus brillans que parce qu'il est vrai. Ou*
»tie plusieurs grandes quaU'ez dont l'ex.
C i) trait
44. MERCURE DE FRANCE. .
trait íèroit trop long , il prouve sa bonté
pour le peuple par le premier usage qu'il
a fait de sa nouvelle autorité,pour le sou
lager , son discernement pour le vrai me
rite, & son amour pour la justice, parle
soin qu'il a eu de presenter au Roi un di
gne sujet pour mettre à la tête du pre
mier Parlement du ;Royaume. Tout le
monde a reconnu avec d'autant plus de
plaisir cet illustre Magistrat au portrait
tracé par l'Orateur , qu'il l'avoit orné de
ses veritables couleurs, & qu'il l'avoit
placé dans le jour , où M. de Novion ,
bien qu'ennemi de la louange , ai meroíc
luí.meme à se reconnoître . U finit ce se
cond point par la douce esperance dont
il flatte ses Auditeurs , que Monsieur le
Duc mettra la derniere main au grand
ouvrage de la paix , si fort avancé par le:
genie & la fermeté de son Predecesseur
de glorieuse mémoire. s
[ U I.
La troisième partie ne cede en rien à
la seconde , quoi qu'elle semble beau
coup moins fournir à l'éloquence de
l'Orateur. Il y parle des fondemens fur
lesquels est appuyée la paix , & qui la
doivent rendre durable > il les reduit à
trois principaux .. i°. à l'exacte fidelité
ayee laquelle les Puissances intéressée*
JANVIER ïfî4V 4?
observent les conventions & les traitez
reglez entr'elles. i°. Aux Alliances con
tractées entre les Maisons des Souverains
& des Princes. Aux congrès pacifi
ques établis pour donner à la' paix la der
niere perfection , & en prévenir la rup
ture. . ^
Comme' nous apprenons que lé di£
cours de l'Auteur est fous la preste, 8c
va bien-tôt paroître , nous n'entrerons
point dans les preuves de ces trois arti
cles. Qu'il nous soit feulement permis.
d'ajoûter un mot fur la conclusion de toute
la Piece. C'est une idée des plus inge
nieusement imaginées Se des plus. noble
ment remplies. L'on y represente les
Plenipotentiaires des Couronnes > envoyés
à Cambray, comme d'excellens Ouvriers
qui travaillent à la structure du Temple
de la Paix, où- chacun d'eux pose fa pierre,
jusqu'à ce que ce grand ouvrage projette
par un second David , soit consommé
par le pacifique Salomon, c'est.à.dire,
par le Roi , que l'Auteur invite à conía
crer ce monument au Dieu de la paix ,
& d'y réunir par les liens sacrez de la
même Religion tous les François , &c
tous les autres Peuples , en sorte qu'il
n'y ait plus qu'une feule bergerie 6c un
seul Pasteur. Il lui fait envisager cette
double paix de l'Eglise & de l'Europe ,
com
4* MERCURE DE FRANCË^
comme un oeuvre digne de sa pieté , de'
sa prudence, de sa qualité de Roi très-
Chrétien, & de Fils aîné de l'Eglise. En--
fin il propose le desiein d'une Inscription'
que l'on pourra graver íur le frontispice
de cet auguste édifice à la gloire du Mo
narque.
Ce seroit défigurer cette inscription ,
que de vouloir la mettre ici, après l'a
voir simplement entendue' reciter. Un
mot ou transposé , ou traduit peu correc.
tement 3lui feroit perdre son prix. Noos .
renvoyons. les Lecteurs à l'imprimé des
Discours, aufli.bien que pour les aqtres.
endroits que nous n'avons osé toucher.
Il est vrai que le papier n'aura pas tout'
l'agrément de l'action vive & animée }
mais en recompense il donnera le temps
de goûter à loisir ce que le feu de l'Ora
teur dérobe quelquefois à l'attention de
l'auditeur ; d'ailleurs ce n'est que dans
une lecture qu'on admire , comme il faut,
ces traits que k Pere de la Sante a sçû
rendre inimitables ; j'entends les caracte
res. Un caractere achevé dans l'éloquen
ce , & un portrait fini dans la peinture ,
ex kent le même sentiment, je veux dire,
ce cri d'applaudiísement universel causé
par l'agréable surprise de voir la copie
heureusement semblable en tout à l'ori
ginal. Telles étoient les acclamations
qu'on
JANVIER if 14. 47
qu'on donnoit à tous Ceux qu'a touché
l'Orateur dans le Discours Latin , dont il
feroit difficile de rendre la majesté & la
pureté de stile en François.
au College de Louis le Grand , fur la
longue durée de la. paix dont jouit la
France ? fous le Regne de Louis XV.
LE Decembre , le Pere de lai
Sante, Jésuite, l'un des Professeurs
de Rethorique , au College de Louis le
Grand , fit l'éloge de la Paix t dont joiiit
la France depuis plusieursannées, fous le
regne de Louis XV. La salle où se pafla
cette action ,étoit magnifiquement parée.
Ce discours fut prononcé .en prescnee de
M. le Cardinal dè ;Bilïy,de quantité de
Prélats , & de personnes de distinction ,
& il répond ;pa.rfaitetnent à la reputa
tion que s'£Ét' Acquit l'Auteur par d'au-
..E'a : . ' ; "«
7 AN VIE R. 1714. 39
tres íemblables Pieces d'Eloquence , dorçt
nous avons donné l'Extrait les années
precedentes.
' L'Orateur commence par insinuer ,
que comme chaque Roi de l'auguste
Maison de Bourbon , a merité un nom
dlstinctif , qui caracterise les principaux
évenemensde íà vie , chaque Regne de
vrait auffi avoir un nom particulier qui
le distinguat des autres. Sur ce principe
'il .voudrait qu'on appellât le regne de
tìenry I V. le regne de la clemence ,
celui de Louis X IH. le regne de la jus-
.cice , celui de Louis X 1 V. Je regne
de. la victoire , enfin celui de Louis
X V. le regne de la pai.x , puiíqu'elle
est née , puisqu'elle a crû avec ce Monar
que , & que vrai.semblablement elle diu
rera autant , ou plus que si*n regne.
Ce début conduit naturellement le Pa
negyriste à la division de iòn diícours,
où il prétend faire voir la naissance , le
progrès , & la durée de la derniere paix ,
dont il mesure en quelque íorte les disselens
âges, fus ceux même du Roi. Il
montre qu'elle a commencée íôus d'heujreux
auspices , qu'elle s'est avancée par
de sages conseils , qu'elle est íondée fur
4es conditions propres à la perpetuer.
Ces trois propositions partagent l'éloge
de la paix.
^0 MERCURE DE FRANCE.
.1/
Les commencemens de cette paix sem>;
îblent d'autant plus heureux à l'Orateur ,
qu'on entra en négociation dans un.tems
où la paix étoit plus ineíperée , &où elle
pouyoit être plus glorieuse &c plus avan
tageuse à la Francç.
.Paix inesperée , vô la difference de
caractere & d'interêt des nations qui
étoient alors en .guerre , &jque l'Orateur j
Concilie toutes , en les faisant. se regarder I
c.hacune par l'endroit le plus capable de
réiinir tant de genies .opposes , & en
leur faisant trouver un interêt commua
dans cette réunion. Cet endroit a été pour
l'habile Orateur , un de ces morceaux que
l'éloquence embellit de tout ce qu'elle
peut emprunter de la beauté du style , de
k délicateíse des pensées, de la solidité
des reflexions & de la vivacité de l'acr
tion.
Paix glorieuse , parce que ce n'est
qu'après nous être glorieusement relevez
de nos pertes par la victoire de Denain ,
par le recouvrement de la plupart de
nos places de Flandre f parla prise de
quelques.unes des plus fortes Villes de ï.
l'Allemagne qu'on a procedé tout de
bon à la paix generale, Ceci donne lieu à
un magnifique éloge du Maréchal de VilJ
ANVIER i7t4. 41
lars ,& à une élegante description de la
conference qu'il eut à Rastad avec le
Prmce Eugene , dont le caractere est
heureusement pris. L'Orateur fait un
gracieux paralelle de ces deux grands
Generaux avec Scipion & Annibal réunis
pour traiter de la paix ; mais il fait voir
l'avantage jqu'ont les deux Heros mo
dernes fur les deux anciens. Ce trait est
nouveau.
Enfin , paix avantageuse , vûlebeíôin
qu'en avoient les nations d'Europe , qui
toutes y ont trouvé leur compte , comme
l'Orateur le prouve , fie vu les conjonc
tures où elle a été negociée , c'est.à.dire,
quand la France étoit íùr le point de per
dre un grand Roi , & à là veille d'une
minorité ., source seconde de troubles ,
íîir tout quand le Royaume n'est pas en
paix au dehors.
.Rien de plus intereilânt pour le Roi ,
que la conclusion de cette premiere par-
Eie. L'Orateur felicite ce Prince d'avoir
goûté les prémices de la paix aveccelles
du Trône ; en cela plus heureux qu'Au
guste , qui ne put jouir des douceurs de
la paix que íûr la fin de íòn Empire , en
core fut-ce une paix achetée au prix de
bien des cruautez , au lieu que celle ci
n'a point coûté de sang au Roi , qui l'a
vûë naî;re avec lui , & a eu le bonheur
C d'à
4* MERCURE DE FRANCE.
d'avoir ce crait de ressemblance avec 1$
Roi des Rois , donc il est la viye image
fur lacerre.
Ce premier poinc ne rapprochanc que
des objets pour la plupart éloignés , avpit
besoin de couce l'adrefle & de touce l'é
loquence de l'Orateur , pour être recíi
aussi favorablement qu'U l'a été.
Il'
Le íêcond est beaucoup plus piquant , ij[
a les gfaces de la nouveauté par la proxi
mité des choies qu'on y traite. L'Orateur
y peint les progrès merveilleux que fit
la paix , par les foins du feu Duc d'Or
leans. Il represente ce Prince comme uç
habile & grand politique , qui fait ser
vir à la paix un rare genie soutenu d'une
admirable fermeté d'ame ; genie qu'il em.
ploye à presenter íàns cesle de nouvel
les amorces de paix 5 fermeté dont il use
pour en écarter les obstacles.
Le premier article est un portrait na
turel de cet heureux genie occupé à exa
miner & £ connoître à fond les divers in
terêts des Puislances étrangeres , à pene
trer leurs yûès , à discerner le fort & le
foible de chaque nation , à les amener
toutes par differentes voyes à son but ,
à se rendre lui.même impenetrable aux
esprits les plus clair.voyans , à déguiser
JANVIER i724, 4j
iles plus importans projets fous un air
aisé, ou vert & ingenu i à couvrit ses
desseins d'un eípece de jeu i à faire du
secret fame- de ses entreprises , & à in
spirer la même dexterité, la même sageslè,
& la même aisance à. tous ceux qui le
servoient dans les négociations de paix.
Le íecond article est une peinture alle
gorique, mais des plus brillantes de la ma
noeuvre que fit cet habile Pilote qui tint
toujours ferme le gouvernail ,qui sembla
.«'être rendu maître des .vents , qui lçut le
grand art de prévenir -ou d'écarter les tem
pêtes , d'éviter ou de bxaver les écueils,
d'entretenir le calme & de conduire ion
vaiíîeau à bon port.
La mort de ce grand Prince , les lar
mes de la pieuse Princesse , son épouse ,
les regrets d'un auguste fils , si digne de
íâ tendreíïe , & si cher à toute la France,
terminent ces deux articles qui furent
maniés par le Panegyriste avec une fi
nesse d'expressions , & un goût de pen
sées , dont l'Assemblée fit l'éloge par ses
applaudissemens. Il retombe eníuite íur
l'heureux choix qu'a fait le Roi de
Monsieur le Duc, pour remplacer le Prin-
.ce-, que la France vient de perdre. Le ca
ractere de cet auguste Ministre n'e<t des
plus brillans que parce qu'il est vrai. Ou*
»tie plusieurs grandes quaU'ez dont l'ex.
C i) trait
44. MERCURE DE FRANCE. .
trait íèroit trop long , il prouve sa bonté
pour le peuple par le premier usage qu'il
a fait de sa nouvelle autorité,pour le sou
lager , son discernement pour le vrai me
rite, & son amour pour la justice, parle
soin qu'il a eu de presenter au Roi un di
gne sujet pour mettre à la tête du pre
mier Parlement du ;Royaume. Tout le
monde a reconnu avec d'autant plus de
plaisir cet illustre Magistrat au portrait
tracé par l'Orateur , qu'il l'avoit orné de
ses veritables couleurs, & qu'il l'avoit
placé dans le jour , où M. de Novion ,
bien qu'ennemi de la louange , ai meroíc
luí.meme à se reconnoître . U finit ce se
cond point par la douce esperance dont
il flatte ses Auditeurs , que Monsieur le
Duc mettra la derniere main au grand
ouvrage de la paix , si fort avancé par le:
genie & la fermeté de son Predecesseur
de glorieuse mémoire. s
[ U I.
La troisième partie ne cede en rien à
la seconde , quoi qu'elle semble beau
coup moins fournir à l'éloquence de
l'Orateur. Il y parle des fondemens fur
lesquels est appuyée la paix , & qui la
doivent rendre durable > il les reduit à
trois principaux .. i°. à l'exacte fidelité
ayee laquelle les Puissances intéressée*
JANVIER ïfî4V 4?
observent les conventions & les traitez
reglez entr'elles. i°. Aux Alliances con
tractées entre les Maisons des Souverains
& des Princes. Aux congrès pacifi
ques établis pour donner à la' paix la der
niere perfection , & en prévenir la rup
ture. . ^
Comme' nous apprenons que lé di£
cours de l'Auteur est fous la preste, 8c
va bien-tôt paroître , nous n'entrerons
point dans les preuves de ces trois arti
cles. Qu'il nous soit feulement permis.
d'ajoûter un mot fur la conclusion de toute
la Piece. C'est une idée des plus inge
nieusement imaginées Se des plus. noble
ment remplies. L'on y represente les
Plenipotentiaires des Couronnes > envoyés
à Cambray, comme d'excellens Ouvriers
qui travaillent à la structure du Temple
de la Paix, où- chacun d'eux pose fa pierre,
jusqu'à ce que ce grand ouvrage projette
par un second David , soit consommé
par le pacifique Salomon, c'est.à.dire,
par le Roi , que l'Auteur invite à conía
crer ce monument au Dieu de la paix ,
& d'y réunir par les liens sacrez de la
même Religion tous les François , &c
tous les autres Peuples , en sorte qu'il
n'y ait plus qu'une feule bergerie 6c un
seul Pasteur. Il lui fait envisager cette
double paix de l'Eglise & de l'Europe ,
com
4* MERCURE DE FRANCË^
comme un oeuvre digne de sa pieté , de'
sa prudence, de sa qualité de Roi très-
Chrétien, & de Fils aîné de l'Eglise. En--
fin il propose le desiein d'une Inscription'
que l'on pourra graver íur le frontispice
de cet auguste édifice à la gloire du Mo
narque.
Ce seroit défigurer cette inscription ,
que de vouloir la mettre ici, après l'a
voir simplement entendue' reciter. Un
mot ou transposé , ou traduit peu correc.
tement 3lui feroit perdre son prix. Noos .
renvoyons. les Lecteurs à l'imprimé des
Discours, aufli.bien que pour les aqtres.
endroits que nous n'avons osé toucher.
Il est vrai que le papier n'aura pas tout'
l'agrément de l'action vive & animée }
mais en recompense il donnera le temps
de goûter à loisir ce que le feu de l'Ora
teur dérobe quelquefois à l'attention de
l'auditeur ; d'ailleurs ce n'est que dans
une lecture qu'on admire , comme il faut,
ces traits que k Pere de la Sante a sçû
rendre inimitables ; j'entends les caracte
res. Un caractere achevé dans l'éloquen
ce , & un portrait fini dans la peinture ,
ex kent le même sentiment, je veux dire,
ce cri d'applaudiísement universel causé
par l'agréable surprise de voir la copie
heureusement semblable en tout à l'ori
ginal. Telles étoient les acclamations
qu'on
JANVIER if 14. 47
qu'on donnoit à tous Ceux qu'a touché
l'Orateur dans le Discours Latin , dont il
feroit difficile de rendre la majesté & la
pureté de stile en François.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'un Discours Latin prononcé au College de Louis le Grand, sur la longue durée de la paix dont jouit la France, sous le Regne de Louis XV.
En décembre, un jésuite et professeur de rhétorique au Collège de Louis le Grand prononça un discours élogieux sur la longue paix dont jouissait la France sous le règne de Louis XV. Cet événement eut lieu en présence du Cardinal de Bissy, de nombreux prélats et personnes de distinction. L'orateur suggéra que chaque règne des Bourbons devrait avoir un nom distinctif, proposant d'appeler celui de Louis XV le 'règne de la paix'. Il divisa son discours en trois parties : la naissance, le progrès et la durée de cette paix. L'orateur souligna que les négociations de paix commencèrent à un moment inattendu et particulièrement glorieux pour la France. Il mentionna la victoire de Denain et le recouvrement des places de Flandre comme préludes à la paix générale. Il fit également un parallèle entre les maréchaux Villars et le Prince Eugène, les comparant à Scipion et Hannibal. La paix était avantageuse pour toutes les nations d'Europe, qui y trouvèrent leur compte. L'orateur félicita Louis XV d'avoir goûté les prémices de la paix dès le début de son règne, le comparant à Auguste qui n'en jouit qu'à la fin de son empire. Le discours détailla ensuite les progrès de la paix sous l'influence du Duc d'Orléans, décrit comme un habile politique. Après la mort du Duc, l'orateur loua le choix du Roi de nommer le Duc de Bourbon pour le remplacer. Il mentionna trois principes de la paix : la fidélité aux conventions, les alliances entre souverains et les congrès pacifiques. Le discours se conclut par une métaphore des plénipotentiaires travaillant à la construction du 'Temple de la Paix', invitant le Roi à consacrer cet ouvrage au Dieu de la paix et à unir tous les peuples sous une même religion. L'orateur proposa une inscription pour ce monument, dont la récitation exacte est renvoyée à l'impression du discours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1184
p. 50-56
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
Début :
L'écrit dont vous me parlez, Monsieur, ne demande pas une grande [...]
Mots clefs :
Oronte, Syrie, Lucas, Laodicée, Mer, Voyageur, Ville, Rivière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
voyage de Syrie & du Mont-Liban ,
, imprimé a Paris chez. Cailleau , en
rannée T72Z. pour servir de réponse à
l'Ecrit qui a paru dam le Mercure du
mois de Novembre dernier , fous le nom
du Jïeur Paul Lucas. . ,
L'Ecrit dont vous me parlez , Mon~
sieur , ne demande pas une grande
attention ; on ne peut Je regarder que
comme un fruit dé la prévention & de
l'amour propre , mais il suffit que vous
daigniez vous y interesser , en faveur dé?
la verité, pour m'engager à rompre le
silence que j'avois résolu de garder. J'ai
donné dans le Mercure du mois de sep
tembre dernier une Dissertation íùr une.
Medaille de la Ville d'Apamée y dans la
quelle il est beaucoup prié du Fleuve
Oronte , lequel , comme je le prouve ,a
été un íùjet d'erreur à quelques Au
teurs distinguez dans la Republique des
Lettres , à commencer par Pline qui a
erré dès fa source. J'ai de plus fait connoître
en palTànt une erreur des Editeurs
- du Dictionnaire Historique dans la po
sition d' A pamée , & en finissant) 'ai pris
1»
TA Si V I £ R 1724. fi
la liberté de parler aussi d'une méprise
-de M. Paul Lucas , au íûjet du même
Fleuve , méprise deux fois repetée dans
ía Relation , & qu'on s'efforce neanmoins
de défendre , & de soutenir dans l'Hcric
inferé dans le Mercure.
Ce voyageur en décrivant les ruines
de Laodicée , aujourd'hui nommée Lataquie
Se son territoire , prétend qu'il y
paslè un bras de l'Oronte, qui arrose,.
dit-il , en .íerpentant une bonne partie.
de tout ce pays , &c en allant par terra
de Lataquie à Tripoli , c'est.à.dire , en/
s'éloignant toujours davantage de l'O
ronte , il le retrouve encore íiir íà rou
te. Quand nous eûmes marché environ
ïïne heure, dit l'Auteur , nous paffâmes
l'Oronte fur un très.beau pont. Voilà,
dis-je, ee qu'il prétend, & je prétends
précisément touc le contraire ; car je
soutiens que ce Fleuve ne se divise point,.
qu'il ne forme aucun bras , & qu'il pafle
au moins à quinze lieuës loin de la Ville,.
& des campagnes que M. Lucas lui fait
arroser. Je prétends aussi quepour-sça*
Voir qui de lui ou de moi íê trompe , il
n'est pas neceslaire de faire le voyage de
Syrie , & je vous prens . Moníieur , pour
}age de la contestation . & avec vous tou
tes les personnes d'un certain esprit qui
iïont ma lettre.
5* MERCURE DE FRANCE.
Voici d'abord à quoi se réduiíent les'
preuves de nôtre Voyageur. J'ay appris ,
dit. il, des habitans de Laodicée ,fue la
riviere en question étoit un bras de P Ci
ronte, 8c plus bas dans le même écrit. J'ai
traversé plusieurs fois cette partie de la
Syrie , j'ai été a. l'embouchure de cette ri
viere par mer en venant de- Tmrtoufe , je
Vai pafie fur un beau pont en allant par
terre a Tripoli. Je m'abstiens ici de réfle
xions fur la qualité de ces preuves , afin.
d'abreger , & pour laisler aux vôtres.
une plus grande liberté.
Mes preuves feront un peu plus éten
dues , quoique réduites à d'étroites bor
nes ; mais je me flatte que vous les trourerez
d'une autre eípece. Je n'aflure
lien íur des oiti-dire r. & si je me donne
moi-même pour témoin de ce que j'arance
, mon témoignage fera si solide
ment appuyé , que je crois que l'ignorance
íeule ,.Se l'entêtement , feront en
droit de ne pas s'y rendre.
Vous fçavez , Monsieur ,. mieux que
personne ce qui me donna lieu de par
courir l'Oronte depuis íâ source jusqu'à
la mer. J'en ai instruit le public dans
deux ditserens ouvrages , vous fçavez
de plus que j'ai fait cîtte course , Se dtefíè
la Carte en question. avec l'un des plus
habiles hommes du pays., &. des: plus
doctes
doctes parmi les Maronites , que le. Pa*
triarche Etienne , dont il étoit Secretaireì
rn'avoit bien voulu donner , pour m'accompagner
par tout où j'aurois des éclair*
eissemens à prendre, ÔC des memoires à
verifier fur le Liban, & fur la Syrie
Maritime. C'est le même que vous ayez
Vu à Paris en l'année 1 701* envoyé à làr
Gour par le Patriarche pour des affaires
importantes de fa nation , le même enfin
dont il est parlé fur la. fin dû second vo
lume de mon voyage. J'ose vous assu
rer que rien ne nous est éthapé fur le
fait dont il s'agit ici , & que nous n'avoní
point vû que l'Oronte íè diviíe dans au
cun endroit de son cours..
Et comment l'aurions.nous Vu ^ Mon
sieur, puisque de tous les Auteurs que
j'ai lus , Historiens , Geographes , Voya.*
geurs, &c. anciens & modernes , qui
ont parlé de ce Pleuve , & de la Ville de
Laodicée , aucun n'a observé la division
íoutenuë par M.. Lucas', Se le passage
prétendu d'un de íès bras par les lieux
marquez dans fa- Relation. Ils s'accor
dent au contraire. tous à conduire l'Oronte
fans division , & à le faire tomber
enfin dans la Mer presque en droite li^
gne au defïous díAntiôche.
Il seroit aussi ennuyeux qu'indisertt
de vous taire de longues; citations de ces
.y. An
f4 MERCURE DÉ FRANCE.
Auteurs , une feule autorité nous suffira,
Hiais elle est ici d'un merite particulier ;
e'est celle d'Abulfeda Prince ou Sultan
de Hamah en Syrie > Historien & Geographe
Arabe sort estimé. Il y a dans la
Bibliotheque du Roy un beau manuscrit
de sa Geographie &. jJai quelque obli
gation à M. Lucas de m'avoir engagé par
là contestation , à consulter cet Auteur
sur le cours de l'Oronte , & fur la Syrie
Maritime , qu'il de voit connoître mieux
qu'un autre 3 la Syrie , où il a regné ,
comme je viens de le dire étant son
propre pays. Auíïï entre.t'il là.deslus
dans un grand détail , mais il. ne dit
liulle part que l'Oronte à qui ii donne
trois diíFerens noms , se divise & forme'
quelque bras de riviere. il le fuit avec
exactitude depuis son origine jusqu'à la'
Mer , nommant tous les lieux qu'il arroíe
, décrivant tous ses contours ^ & fixant
enfin son embouchure au mime lieu oit
fous les Aufeurs, qui en ont parlé avant
& après lui , l'ònt reconnuë , c'est.à.dire,-
à Seleucie, dont il nous donne auffi ta
position Astronomique.
Le même Auteur parle auffi de Laòdi-.
eée, ou L.ìta^uie , Se de ses environs , en
parcourant la côte de la Mer de Syrie.
C'était , Monsieur , le lieu de reconnoître
& de aomnjer ce bias de l'Oronte
(pis
JANVIER 171* ff
«ruì , íêlon M. Lucas , arrose touc ce
pays. Cependant il n'en dit rien , il ne
ait pas même positivement qu'il y ait.
une riviere près de Laodicée , se conten
tant de remarquer qu'il y a des eaux aux
en virons , qui rendent le pays humide Sc
fertile , & certainement Abulfeda a raiiòn
; car qu'est.ce en effet que la rivieie
, méprisée & omise par plusieurs Geo- '
graphes , qui paíîe aux environs de cette
(Ville ? si ce n'est une eípece de Torrent,
«lui Tans avoir rien de commun avec PO.
lonte , prentì son origine dans cette par
tie de montagnes , marquée dans nôtre
Carte , Se qui par l'abondance des pluyess
la fonte des neiges , & la jonction de
quelques ruiíseaux , s'enfle , groísit & se
«écharge enfin dans la Mer de Syrie ,
comme toutes les rivieres , & les autres
torrens , qu'on trouve fur cette côte.
Ainsi , Monsieur, si dans nôtre Carte
nous nous sommes contentez de marquer.,
auprès de Laodicée , une riviere de cette
.qualité, fâns lui donner de nom , il ne
s'enfuit pas, comme le veut M. Lucas,
que ce soit un bras de l'Oronte , qui nous
a été inconnu , &c. U y a fur toute cette
côte une grande quantité de ces préten
dues rivieres, qui n'ont aucun nom , Se
comme parle un Voyageur * moderne des '
* Henry MaundreU , Voyageur Angles
«n ií96. PluS
j<í ftfeRCUKE DE FRANCE,
plus éclairez , qui les a toutes remarquées
avec foin. Ces rivieres des montagnes font
d'ordinaire très.peu considerables , mais
les grossis fluyes les enflent .tellement , Sec-
Enfin ce que dit M. Lucas de la riviere
d'Arquis , qui lui est inconnue' , de la
transpoíition prétendue de trois autres
rivieres dans nôtre description , & le reste
de sa critique ; tout cela , dis.je , n'est
pas mieux fondé que ce qu'il a prétendu
fur l'Orònte., Se vous en conviendrez ,
Monsieur , quand vous aurez lu ce que
je vous prepare là.delfus , Se qui entrera
naturellement dans la réponse que je
Vous dois, fur le Fleuve Sabbathique des
Juifs, qui vient auffi du Liban, Se íùr le
monument érigé par un Roy de Syrie s
fur|les bords du Fleuve Lycus. Cette Let
tre n'est déja que trop. longue ; je ren-.
voye tout ce qui me resteroit à dire fur
cette matiere au troisième volume de
mon voyage de Syrie & du Mont.Liban^
qui est déja bien avancé , Se à la Carte
generale du même pays , qui fera à la
tête de ce volume.
Je fuis y Monsieur , Sec
'A' Paris t ce 15. Decembre 1723.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre de l'Auteur du voyage de Syrie & du Mont-Liban, imprimé à Paris chez Cailleau, en l'année 1722. pour servir de réponse à l'Ecrit qui a paru dans le Mercure du mois de Novembre dernier, sous le nom du sieur Paul Lucas.
L'auteur réagit à une critique de Paul Lucas publiée dans le Mercure de novembre 1723, concernant une dissertation sur une médaille de la ville d'Apamée parue dans le Mercure de septembre 1723. L'auteur conteste les affirmations de Lucas sur le fleuve Oronte, notamment que ce dernier se divise en bras et passe près de Laodicée, aujourd'hui Lattaquié. Lucas avait décrit les ruines de Laodicée en mentionnant qu'un bras de l'Oronte arrose la région. L'auteur, appuyé par ses propres observations et celles d'Abulfeda, un historien et géographe arabe, soutient que l'Oronte ne se divise pas en bras. Il a parcouru le fleuve depuis sa source jusqu'à la mer en compagnie d'un guide maronite compétent et n'a jamais observé de division du fleuve. L'auteur critique les preuves de Lucas, jugées basées sur des ouï-dire et des observations superficielles. Il conclut en promettant de développer ses arguments dans le troisième volume de son voyage de Syrie et du Mont-Liban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1184
1185
p. 60-66
LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Début :
Je vous ai caché jusques à present, Monsieur, le dessein que j'avois de [...]
Mots clefs :
Dijon, Compagnie de la Mère-Folle, Institution, Bourgogne
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
LETTRE d'un Gentilhomme de Bjurgorgne
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
écrite à Ai. ' Aíereau
de Asautour.'
JE vous ai caché juíques à present 3.
Monsieur , le dessein que j'avois de
rechercher des Memoires, cane fur l'o-/
rígine de la Fête des Foiix , que fur celle;
de l'Institution de la Compagnie de la
Mere Folle de Dijon , dont vous avez
òiïi parler souvent. Je ne me flattois pas
malgré mes recherches de trouver íur.
cette matiere- ses éclàirciûemehs que j'ai
découvert ; c'est ce qui m'engage aujour
d'hui à rompre le silence fur cet article.
Je formai le dessein de cette recherche,
par rapport à la découvertë que je hV
d'une repreíentation.d'ui>Chat parfaite
ment bien figure, ayant poHr tête le-.Cliariot
de la Mere.Folle de Dijon , lequel
est le' dernier qui parut en cette Ville
l'an I 6icr. & duquel il est fait mention
dans une Relation imprimée à Dijon en:
8. par Paillot , ayant pour titre : Re
cit de ce qui s'est passe à Dijon pour
l'heureuse naissance de' Moníeigneur le
Dauphin , depuis Loiiis XIV.
Je m'affermis d'autant plus volontiers.
dans
J A N V I E R 1724. $s
ans Ce dessein que dès 1^95 . j'avois vÇt
'Etendajrt original , dont cette Compa-
;nie de la Mere.Foll.e de Dijon se 1erroit
loríqu'elle marchoit par la Ville les
ours de ré|oiiifl"ances.
Il y a lieu même de cqnclure qu'il íp
lortoit à des Processions -que cette Com-
»agnje avoit coutume de faire , & cela par
aport à un Bâton qui se portoit pareil.-
ement à ces Aísemblées , duquel ainíi
[ue du Ghariot, & de l'Etendart, j'ai
íonné des representations au naturel
lans mes Memoires.
.Ces preuves réelles se íoutiennent pa,r
ieux écrits authentiques ; sçavoir, la con-
Srmacion accordée^ à celui qui étoit Bâ.
onnier de cette societé , par le Duc da
3ourgogne Philippe le Bon en 1454. &
meacçordéeen 1482. par Jean d'Amboj-
"e , Evêque de Langres , alors Lieutenant
raur le Roy en Bourgogne, conjointemen t
tyec Jean de Baudricourt Gouverneur
le la Province , à la requête du Protoîotaire
des Fqìix. Les Lettres du Duc
Reliées de son íceau en cir£ verte , & les
tutres lignées de l'Evêque & du Gou
verneur , & scellées du Iceau de leurs
irmes en cire rouge , se conservent en ori
gnal dans le Trésor de la Sainte Cha-
Delle de Dijon.
De ces deux titres qui ne laissent plys
sGt MERCURE DE FRANCE.
.doute sur cette Institution , il resulte
,qu'on en doit chercher la íôurce dans ua
;temps plus reculé.
L'Institution de la Compagnie de la
Mere.Folle de Dijon peut s'attribuer l'an
<tç 8.1. auquel un certain Adolphe, Comte
de Cléves , établit dans ses Etats une
Societé qu'il nomma la Société des Fous ^
►laquelle ctoit composée de $6. Gehtil-
.jiommes , la traduction de la Patente in£.
titutive de cette Societé se trouve dans
l'Histoire des Ordres Religieux , com- '
.posée par le Pere Helpot du Tiers.Or
dre de S. François , dit Picpus , mort à
Paris en 1716.
Comme il íè trouve tant de .rapport
.entre les Regles & les Statuts de cette
Societé de Cleves , & celles qui s'obíèrj-
. -voient par la Societé de Dijon , j'ai cru
pouvoir dire avec aíTez de probabilité
que celle.ci avoit pû prendre naiflance
de l'autre , & cela fondé fui ce que les
Princes de la Maiíon de Cleves ont con
tracté de grandes alliances avec celles
.des Ducs de Bourgogne , dans la Cour
desquels ils étoient le plus souvent , &
que d'ailleurs un nommé Engilbert ,
«tant pour lors Gouverneur de Bourgo
gne , qui pourroit bien étant du. temps
.de Cleves , avoir introduit à Dijon cette
même Societé qui étoit dans son pays. .
JANVIER 1724, 6%
L'on peut encore tirer la source de cet
établislement sur .ce qui se pratiquoit k
Autun „ corame le raporèe le Secretaire
jRhotarius dans son Registre , qui com
mence en 141 1. & finit en 14.16. où iji
est parlé de la Fête de? Foux. Il le dit
fol. I 0 qu'à la Fcte dite Follorum , on
.conduisoit un âne , & que l'on chantoit
Jié > tire âne , hé , hé , &c. que plusieurs
alloient à l'Eglise déguisez , 8c avec des
habits grotesques , ce qui fut défendu
.depuis &c abrogé.
Au surplus l'existence de cette Com
pagnie de Sainteté folle , qui étoit com
posée en partie d'Infanterie., 8c en par
tie de Cavalerie , le confirme par l'orir
ginal du Çuidon .qui se portpit lors
qu'elle étoit en marche. Duquef j'ai fait
joindre la representation à mes memoi
res. J'y ai fait joindre de plus Je Bonnet
des trois couleurs, jaune , rouge Se vert f
<jue portaient les Aslociez en ladite Com
pagnie , dont les habillemens devoient
.être de même , mais dont les pfficiers se
.distinguoient par la forme de l'habit , 8c
la. qualité des étoffes , les galons , & l'arfangement
des grelots & des sonnettes,.
Toutes ces curiositez se sont trouvées
.chez plusieurs particuliers de la Ville de
Dijon.
Le Chef de cette Compagnie qui s'appelloit
,P4 MERCURE DE FRANCE.
^pelloit Merç- Folle, avoit Sa. Cour com
posée d'Officiers de même que les Prin
ces 8c les Souverains ont la leur , & on
ne pouvoit pas faire aucune Montrée 3
( c'est ainsi que le nommoit les Merches
de cette Compagnie, ) ni le -service ,des
habirs des trois couleurs, íàns la per
miísion de ce Chef : ce qui resuite d'une
Lettre écrite à ce sujet en 1617. au sieur
des Champs , pour lors Mere.Folle, de
laquelle Lettre ensemble5 de celle des
invitations qui sefaisoient, íòit en generai*
soit en particulier , la teneur est inserée
dans les Memoires.
.Les jugemens qui se .rendoient par le
Chef étoient Souverains , & executez
nonobstant l'appel , Se le Parlement les a
tous confirmez , lorsque les appels y ont
été portez ; ce qui se trouve verifiez par
un Arrest du 6. Fevrier 1^79. par les
conclusions que prit le Fiscal vert, c'é
tait le Procureur Fiscal de cette Com
pagnie.
Au surplus les Convocations , les Re
ceptions , les Jugemens , Se autres Actes,
tie même que les entretiens pendant que
duroient les Assemblées devoient se faire
en vers burlesques ou comiques , en la
jnaniere & en la forme que je les ai dé
crites dans mes Memoires , même jus
qu'aux Lettres qu'on s'écrivoit l'un à
l'autre
JANVIER 1724- 6%
l'autre , comme celles écrites .au sieur
des Champs en Se 1617.
Enfin pour ne rien omettre de tous les
éclaircistemens qui me fout venus fur
l'existence de cette Compagnie , j'ai in
feré tout au long dans le petit ouvrage
les Lettres de reception de feu Jean de
VandeneíTe du mois de Mars 1604. qui
étoit gendre dudit sieur des Champs , Se
ayeul du sieur Gaspard de Vandenesle ,
qui m'a communiqué des Mémoires très.
curieux fur cet article.
Au reste , on ne recevoit en cette Com
pagnie , quoique composée de plus de
500. hommes, que des notables, tant des
.Cours Superieures , que de la Bourgeoi
sie de la Ville > Se des environs des periônnes
de la plus haute consideration , y
. reçurent en 162.6. le Bonnet, &: la Ma-
.rolle par les mains du sieur des Champs*
Mere-Folle.
Leurs Lettres Patentes sont iníêrées
dans mes Memoires avec les deslèins fi
gurez des Sceaux ; Se pour achever tout
ce que j'ai allegué au sujet de cette So
cieté de la Mere.Folle à Dijon, j'ai rap
porté ce qu'en a écrit íe P. Menestrier,
Jesuite dans lòn Livre des Repreíêntar
tions en Musique , ancienne & moderne.
Si cette Compagnie a eu des agrémens
<îans son origine , on peut dire qu'elle
D a
64 MERCURE DE FRANCE.
a eu ses chagrins dans la fuite , je rap
porte à ce íujet les Arrests de la Cour p
rendus le 18. Janvier 1552. le 16. Juin
1578. 16. Avril 16 1 6. 31. Janvier \6i6.
Ils m'ont été communiquez par plusieurs
personnes de consideration de la Ville de
Dijon.
Enfin , par un Arrest rendu le il.
Juillet i 630. en la Ville de Lion , &
homologué au Parlement de Dijon le xy.
du même mois, cette Compagnie fut en
tierement abolie fous de grosses peines.
Voilà, Monsieur, tous les eclaircilïer.
mens que j'ai découverts fur les deu£
Societez , & le produit des foins qu'il a
fallu prendre pour rassembler des preu
ves aussi solides qu'elles le font dans l'ou
vrage même je souhaite ppxe cela
puiíîè vous amuser un moment , & vous
prouver de plus en plus les .sentiment
d'estime avec lesquels j'ai l'honneur d'ê
tre , &c. Monsieur , vôtre très-humble,
Se très.obéifíànt serviteur.
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Résumé : LETTRE d'un Gentilhomme de Bourgogne écrite à M. Moreau de Mautour.
Un gentilhomme de Bjurgorgne écrit à M. de Aíereau pour partager ses découvertes sur l'origine de la Fête des Fous et de la Compagnie de la Mere Folle de Dijon. Il a trouvé des représentations et des documents authentiques, tels qu'un chariot et un étendard, liés à cette compagnie. Les preuves incluent des confirmations accordées par le Duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1454 et par Jean d'Amboise, Évêque de Langres, en 1482. Ces documents sont conservés dans le Trésor de la Sainte Chapelle de Dijon. L'auteur attribue l'origine de cette compagnie à une période antérieure et décrit ses activités, notamment des processions et des déguisements grotesques. Il rapporte également des arrestations et l'abolition de la compagnie en 1630. L'auteur souhaite que ces informations amusent et intéressent M. de Aíereau.
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1186
p. 69-80
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
Début :
C'est une tradition dans ce Pays qu'Orange a été fondée en même temps [...]
Mots clefs :
Orange, Colonie, Mars, Empereur, Romains, Médaille, Hercule, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
EXTRAIT esune Lettre écrite par
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
M. Jean Frederic Guib , DoEleur h
Droits i a M. le Marquis de .. . fur
l'origine & les Antie/uiteT^dc la Pille
d'Orange.
C'Est une tradition dans ce Pays qù'O.
' range a été- fondée en même temps
qu'Avignon , 8c que ces deux Villes doi
vent leur origine aux Phocéens ou Grecs
Asiatiques ; mais c'est une chose bien dif
ficile , pour ne pas dire impossible , que
de vouloir aujourd'hui marquer précisé
ment letemps auquel elles ont été fon
dées. Pline le Naturaliste , livre j. chap.
5'. en parlant des Villes de l'Italie qui lui
D iij de
70 MERCURE DE FRANCË.
de voit être un païs très.connu, puisque'
c' étoit la pártie'du monde la plus polie 8e
la plus éclairée, & danslaquelle même if
étoit né , avojie néanmoins qu'il lui sera;
très.difficile de fixer la situation des Vil
les d'Italie sic de marquer leur origine y.
Nec Jitus origine/que persequi facile esi..
Si un Ecrivain de cette importance con-'
feslè une telle chose à l'égard des Villes
de l'Italie, comment sera.t-il poslible au-'
jourd'hui qu'il s'est écoulé ún si grand
nombre de siecles, de pouvoir désigner le
tems de la fondation de la plupart des an
ciennes Villes- de ces Provinces habitées
par des Peuples qui n'a voient aucun soiiv
d'écrire les évenemens dignes d'être tranCrriìs
à la posterité.
Tout ce donc qu'on peut dire rest qu'en.
l'année (a ) six cens avant la nailîàncer
de notre Seigneur Jeíùs.Çhrist , des Habitans
de Phocée , ville de l'Ionie dans l'A
sie Mineure , étant sortis de leur Patrie,
vinrent fonder la ville de Marseille, &
que dans la fuite d'autres Phocéens étant
également venus à Marseille , ils sorti
rent de cette Ville , qui étoit déja extrê
mement peuplée & fonderent les Villes
de Nice, d'Antibes , d'Agde, & peutêtre
même la Ville d'Orange , &c. Mais
( a ) Cette année concourt avec la premiere
année de la 4j- Oiimpiade.
y A N V I E R tin. f t 7t
fòit que ces Phocéens en ayent été les
fondateurs ou qu'ils y ayent seulement en
voyé Une Colonie , on peut aíîurer qu'O
range n'a commencée d'être opulente Se
renommée que depuis qu'elle fut assu
jettie à la domination Romaine > car envi
ron ans avant l'Ere vulgaire , cet
te Ville n'étoit encore qu'un Bourg. Je
me fonde íurce que Tite.Live parlant du
pais que nous habitons a écrit dans le Li
vre li. chap. 28. que dans ce tems-là les
Gaulois de la Rite gauche du Rhône ,
habitoient dans les Bourgs. La Ville d'O
range qui par fa situation ne se trouve
éloignée du Rhône que d'une lieùë , ne
pou voit pas être , íuivant les apparences ,
ni plus puissante , ni d'une plus vaste
étendue que les habitations des peuples
du voisinage.
Environ cent vingt.quatre ans avant la
riaiíïànce de notre Sauveur , les Romains
étant sollicitez par les Marfeillois de leur
envoyer des Troupes pour les secourir ,
ils profiterent habilement de cette occa
sion , & ayant eu le bonheur. de battre les
ennemis dans deux grandes 8c celebres
batailles , la conquête de la^rovence , du
Languedoc , de la Savoye & du Dauphiné,
fût à peu . près le fruit de leurs vic
toires. Le Territoire de cette Ville ayant
été le Théatre fur lequel ces mémorables
* biii) se
7i MERCURE DÉ FRANCE'.
& glorieuses actions s'étoient paslées , lô$
Romains pour éterniser des faits si con
siderables y firent construire notre Arc de
Triomphe , comme je l'ai prouvé dans la
Diísertation qui a été inserée dans le Mer
cure de Paris du- mois de Decembre 17 1 iJ.
page 1 8c fui v. Voilà l'origine de cette
particuliere prédilection & de ce tendre
attachement que ces- superbes Vainqueurs
ont toujours depuis ce tems-là cherement
conservé pour cette Ville.
Elle est devenue Colonie Romaine en1.
viron 4 5. ans avant k naissance de Jesus1.
Christ par le ministere de Tibere Neron
Pere de l'Empereur Tibere ; car ce fut
fous les auspices de ce grand Homme
que des soldats de la seconde legion
vinrent dans cette Ville , de lui' procure'.
lent par.là le nom à'Araitfio Secunda^
normn:
L'an (Í4.0U environ de l'Ere vulgaire
les Romains auraient envoyé une seconde
Colonie dansicette Ville, si ce que Goltzius
a écrit étoit veritable. Cet antiquaire
assure dans son Trésor des Medailles qu'if
y a une Medaille de l'Empereur Neron
sûr laquelle op lit ces paroles íuivantes .•
Colonia 'Araufìo Secnndanornm cohortis
55. viluntariomm.. Ce qui signifierait
que sous le regne de cet Empereur on
envoya dans cette Ville une Colonie pri*
J A NV 1ER 1724.. 73
se des soldats de la cohorte }}. de la ( a )
íeconde legion. Mais comme Pillustre
M. de Peirescn'a jamais pu deterrer une
semblable Medaille , quelques recherches
qu'il ait faites , au rapport de Gaiîèndi in
vita Peiresk.it, f*g. 4.5. il y a lieu de
soupçonner que Goltzius ne s'est pas ex
primé avec l'exactitude convenable. Ce
pendant je ne voudrois pas assurer que
cette Medaille n'ait jamais existé, il peut
bien être que M. de Peireíc arec toutes
ses recherches , n'aura pas trouvé ce qu'un
heureux hazard pouîroit procurer à un;
Curieux de Medailles. Geui qui ont cette
paflìon doivent ^enflammer d'une nou
velle ardeur pour tâcher de découvrir'
une piece d'une si grande rareté , Se ilsr
seroient bien pavez de leurs peines &de
leurs foins par le plaisir de posseder une
Medaille qui auroit été inconnue à une
personne d'un merite auísi distingué que
M. dePeirefo
Quoiqu'il en soit les Romains ayant ho
noré cette Ville d'une Colonie Militaire,
ils lui accorderent les privileges & les'
prérogatives qui y étoient attachez. Au-'
lu.gelíe,au livre 1 6. chap. ij. de Ces
Nuits Attiques , a judicieusement remar
qué que les Colonies étoient en petit une
( a ) La Legion n'étoh ordinairement divi
sée qu'en dix cohortes.
D v image
74 MERCURE DE FRANCE.
image & une representation de la. ma
jesté & de l'opulence dela ville de Rome^
Amplimdinem, Majestatemque Populi Ro
mani Colonie quasi effigies parva ,
jìmulacraque ejfe qu&iam "jidentur. Pair
consequent Orange avoit des Pontifes
ponr regler toutes les affaires concer
nant la Religion , des AugureS qui observoient
le tems favorable pour com
mencer quelque affaire > íoit par le vol ,
chant , ou le manger des oiíeaux , des
Aruspices pour predire l'avenir en re
gardant les entrailles des Victimes, dejf
Ceníeurs , pour regler les moeurs , re
trancher les abus , faite le dénombre
ment des Citoyens & leur assigner un
rang à proportion de leur revenu y des
Quêteurs ou Trésoriers pour exiger Se
avoir foin des deniers publics > des Ediles
pour veiller à la conservation des Edifices
publics tant Saints que Profanes , pour
avoir l'oeil à l'entretien des grands che
mins , des Ponts , des Bains publics, des
Aqueducs , &c pour taxer les Denrées
qui íè vendoient dans les places publi
ques , pour punir ceux qui usoient de.
faux poids & de faussés meíùres , &c.
Les Romains en relevant de cette ma
nière la gloire de cette Ville par la créa
tion de ses dignitez , n'oublierent pas auffi
de l'embellir par un grand nombre de
íôm
/ Â tftf ï' É R 1724. 7 f
íomptueux Bâtimens , des Temples dé
diez à Mars (a) , Diane , Hercule , &c.
furent des preuves de leur zele pour le
culte de ces fausses Divinitez ; des sbains
publics & particuliers , des pavez à la
Mosaïque , des Arenes , un Capitole, urt
Champ de Mars , un Théatre & des
Aqueducs , furent des marques de leur
luxe ou de leur magnificence. Ce qui
nous reste aujourd'hui de ces ouvrages ,
ne nous fait pas moins admirer la somp
tuosité du Bâtiment que l'excellent genie
de ceux qui précedoient à la construction
de ces travaux si utiles 8c si necessaires
aux peuples qui étoient soumis à leur
domination.'
Je passerois de beaucoup les bornes
que je me fuis prescrites dans cet abregé,
íî je parlois avec l'étenduë necessaire de
tous ces divers Edifices ; cependant je ne
fìjaurois m'empêcher d'en dire quelque
chose , quand ce ne seroit que pour indi
ques l'état dans lequel on les voit pré
sentement.
Les Temples de Mars , de Diane &
d'Hercule sont àpreíènt entierement dé
truits. Les Uns assurent que le Temple
de Diane étoit situé à l'endroit où est au-
(a) Il y a des gens qui croyent que les Tem
ples de Mars , & d'Hercule furent bâtis avant
qu'Orange devint Colonie Romaine. .
76. MERCURE DE FRANCE.
jourd'hui l'Eglise Cathedrale ; les autres
disent qu'il étoit fur le derriere du logis
des trois Oranges ; mais d'autres préten
dent qu'en ce dernier endroit l'on voyoit
les Temples de Mars , & d'Hercule , 8c
que dehors la Ville , à la plaine appellée
Martignan , il y a voit un autre Temple
coníàcré au Dieu Mars.
Les Bains publics se trouvent mainte
nant éloignez d'environ 250. pas de la
Porte de Tourre. Ce n'est presque plus
des mazures r nommées vulgairement la
Tour. Ronde.
Les Arenes iônt entierement détruites;.
elles étoient placées dans une Terre à eni
viron 460. pas de la Porte de Saint Mar
tin. C'ëtoit là que les Gladiateurs se battoient
avant. la construction de notre
Theatre. .
Le Capitole , qui étoit ainsi appelle ,
parce qu'il étoit situé dans un lieu le
plus. élevé de la Ville , étoit placé íùr
notre Montagne , ca r Orange étoit four
lors située partie fur la Montagne & par
tie dans la plaine. C'est dáns cet endroit
que deux Magistrats appeliez' Diiumvirs
rendoient la Justice ; oh les éliïòit ctu
corps des Decurions qui étoient à peu
près ce que font à present nos Coníeil
lers politiques. If qui non fit Deciino
JDmmviraut , vd aliis honoribus fungl
non.
JANVIER 17*4. 77.
non potest. liv, 7. $. 2. íF. de Dccurion. SS
filiis eorum. Decuriones , dit le Jurifcon-.
fuite Pomponius au §. 5. de la loi 239^
du Titre du Digeste de verbor. fignif..
Quidam diílos aiunt ex eo , quod initio ^
cum coloni» deduceretur , decima part
eorum , qui' dncerenturconfilii' publici gra-'
ri* y conscribi solita fit.
Le Champ de Mars étoit situé dans l'en-'
droit où est aujourd'hui le Couvent des
Religieux Capucins -, qui étroit autrefois'
le Fau xbourg Saint Florent, & aupara
vant le Bourg de la Clastre. C'étoitdans'
ce champ qu'on s'éxerçoit à la course, à'
la lutte, à tirer de l'arc 3 &c. qu'on bruloit
les corps y Sec.
Notre Théatre appelle communément'
le Cirque servait pour les courses des'
chariots , les combats des Gladiateurs &
des bêtes feroces , & poiír donner les'
naumachies pr ie moyen de l'eau que:
l'on' y faiíòit venir en abondance , toutes'
l«s fois qu'on le fouhaittoit , erî ouvrant
des conduits destinez à cet usage. lia 108.' .
pieds de hauteur & 124. de largeur. Je
dirai ailleurs qu'il a été bâti sous le re
gne de l'Empereur Adrien , environ 121,
ans après la naissance de notre di via
Sauveur.
L'Aqueduc avort son origine à quel
ques lieues de cette Ville dans le Terxoir
f* MERCURE DE FRANCE.
roir de Malauslenne , petite Ville dit
Gomtat. Il íerroit à conduire l'eau qui
étoit nécessaire pour les bains 8c pour les
naumachíes , &c. Oh en voit encore des
débris assez considerables.
Si à tous ces' precieux restes ont joint
les bas.reliefs., les pavez à la Moíàïque ,
Sec. qui se voient chez diyers particu
liers, on'J conviendra facilement qu'O
range devoit être une Ville bien magni
fique & bien opulente. Quelle perte
n'est.ce pas pour la" Republique des Let
tres , n quelque Auteur ancien avoit
entrepris une Deícription exacte & fi
dele de cette Ville dans le tems qu'elle
étoit dans íà íplendeur , qu'un tel Ou
vrage ne soit pas parvenu juíqu'à nous ?
Combien de Coutumes & de ceremonies,
tant íàcrées que prophaites , qui étoient
usitées parmi les Romains , & qui nous
sont à present inconnues , n'apprendrions-.
rtous pas par' la lecture d'un semblable
Ouvrage? Plus l'Auteur auroit été judi
cieux ,& plus nous y découvririons des
faits curieux & interessons, La perle de'
Cleopatre qui fut mise aux oreilles de
la Statue de la Déesse Venus, ou la cassette
ornée de pierreries dans laquelle Alexan
dre le Grand mettoit les Ouvrages d'Homere
, ne seroient pas capable de payer
an tel Livre. Si on étoit assez heureux
.:u* pour
JANVÍER ^724. ff
jjoíseder une semblable production , on
auroic le plaisir de voir d'une maniere
claire & convaincante que les Sorligers ,
les Saumajflès , les Menage, les Spon ,
les Voíïïus les Spanheim , les Dacier ,
& en un mot, que la plupart de ceux
qui se sont attachez à expliquer les Antiquitez
Romaines , ont heureuíement ren
contre la verité , & nous ne serions plus
dans l'incertitude s'ils se sont quelque.,
fois trompez dans leurs raisonnemens,
ou dans leurs conjectures..
Les autres Anciens qui ont parlé d'O
range l'ont fait d!une maniere si succinte,
que cela ne donne pas de grands éclaireiflèmens
à ceux qui font une étude par
ticuliere de l'Histoire ancienne de cette
Ville. On en powrra juger , si on lit ce
que les Auteurs suivans en ont dit.
Strabon , celebre Geographe , qui vi-
Voit sous les regnes des Empereurs Au
guste & Tibere , est le plus ancien Au
teur qui ait fait mention d'Orange.
Pomponius Mela qui vivoit.íôus le
regne de l'empereur Claude a aussi par.r
lé de cette Ville.
Pline le Naturaliste en a également
parlé. Il vivoit fous le regne de l'Empe
reur Vespaíîen.
Pcolemée , le Prince des Astronomes
qui fleurissoit sous le regne de l'Empe
reur
U MERCURE- DE FRANCE.
reur Adrien a pareillement sait mention
de cette Ville , de même que l'Itinéraire
que l'on attribuè' à l'Empereur Anto.,
nin , &c.
Peut.être ne íèroit-if pas inutile avant
que de finir de donner l'étimologie du
nomà'Orange. Je le ferois avec plaisir,
íì je ne croyois qu'il y a trop d'incertitu
de dans cette science , pour pouvoir s'y
arrêter avec quelque fondement. Une
rencontre , un rien sont quelquefois les
motifs du nom que l'on donne à une.
Ville ; qu'on aille après cela donner une
raison de ce qui est un pur effet du hazard.
Ainsi ,. Monsieur , j'aime mieux
employer le peu d'espace qui me reste à
vous supplier très.humblement de me
pardonner la liberté que j'ai priíê de
mettre vôtre illustre nom à la tête de
cet Écrit,. &c. ;
A Orange >.cé r. Septembre. ìjì jì
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par M. Jean Frederic Guib, Docteur ès Droits, à M. le Marquis de ... sur l'origine & les Antiquitez de la Ville d'Orange.
La lettre de M. Jean Frédéric Guib explore l'origine et les antécédents de la ville d'Orange. Selon une tradition locale, Orange et Avignon auraient été fondées simultanément par les Phocéens, des Grecs asiatiques. Cependant, la date exacte de leur fondation reste incertaine. Pline le Naturaliste, bien que familier avec l'Italie, reconnaissait la difficulté de déterminer l'origine des villes italiennes, rendant la datation des villes provençales encore plus complexe. En 600 avant J.-C., des habitants de Phocée fondèrent Marseille, et d'autres Phocéens établirent ensuite Nice, Antibes, Agde, et peut-être Orange. Orange ne devint prospère et renommée qu'après être passée sous domination romaine. Environ 124 ans avant J.-C., les Romains, sollicités par les Marseillais, battirent les ennemis et conquirent la Provence, le Languedoc, la Savoie et le Dauphiné. Orange, située près du Rhône, était alors un simple bourg. Les Romains construisirent un arc de triomphe à Orange pour commémorer leurs victoires. La ville devint une colonie romaine environ 45 ans avant J.-C., sous le règne de Tibère Néron. Les Romains y envoyèrent des soldats de la seconde légion, lui donnant le nom de Colonia Arausio Secunda. Une médaille de Néron mentionnerait une seconde colonie, mais son authenticité est douteuse. Orange bénéficia de privilèges et de dignités romaines, incluant des pontifes, augures, aruspices, censeurs, questeurs, et édiles. Les Romains embellirent la ville avec des temples, des bains, des arènes, un théâtre, et des aqueducs. Aujourd'hui, plusieurs de ces structures sont détruites ou en ruine, mais des vestiges subsistent, témoignant de la grandeur passée d'Orange. Les auteurs anciens comme Strabon, Pomponius Mela, et Pline le Naturaliste ont mentionné Orange, mais leurs descriptions sont succinctes et ne fournissent que peu d'éclairages sur l'histoire ancienne de la ville. Le texte mentionne également Ptolémée, décrit comme le 'Prince des Astronomes' vivant sous le règne d'un empereur non nommé, ainsi qu'Adrien et un itinéraire attribué à l'empereur Antonin. L'auteur exprime son intention de donner l'étymologie du nom 'Orange', mais il hésite en raison des incertitudes dans cette science. Il conclut en s'excusant pour la liberté prise de mentionner le nom illustre d'une personne à la tête de son écrit. Le texte est daté du 21 septembre et provient d'Orange.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1187
p. 81-82
EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
Début :
J'ay l'honneur de vous informer, Messieurs, d'un évenement qui a eu [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
£ JT7*^ AIT d'une Lettre écrits au»
Auteurs' du Mercure , par Ai. l'Abbé
de sienne , Chanoine de la Cathedrale'
de Châlons en Champagne , le 2 z.'
Decembre 1723.
J'Ay l'honneur dé vous informer ,
Messieurs , d'un évenement qui a eu
pour témoins. tous les habitans de cette
Ville, &c que j'ai vu moi.même dans
toutes les circonstances que je vais vous
détailler.
On trouva le 14V du present mois da
decembre 1725. en l'Eglise Paroissiale
de S. Alpin , un corps sain & entier'
après vingt. trois ans, & quelque mois
de sepulture ; les yeu* 8c lèvres qui íònt
les parties les plus délicates 3 & par con-
Itquent les plus sujettes à corruption',
n'avoient aucune apparence de pourririture',
se visage étoit si peu changé ,
que l'on reconnut sans peine les traits de;
M. Braux du Locton , vivant" Ecuyer ,
President du Bureau des Trésoriers do
France en Champagne. On raisonna dif
feremment fur un fait aussi singulier m
les uns le regardent comme la récom^
pense du merite & de la vertu du dé
font ?
#2 MERCURE DE FRAN
funt, qui en effet a vécu en bon""Chrérien
, & en honnête homme , d'autre»
l'attribuent à une veine de terre ; mais
ce dernierjfentiment me paroît peu plau.<
íible attendu que le terrain de cette
Eglise est très.humide , & que d'ailleurs
l'on n'a jamais trouvé fous la tombe de
la Famille des Braux de corps sain dans
aucune de lès parties , peu de temps mê
me après avoir été inhumé. Au reste.
Messieurs , quelque cause que puiJïe avoir
un' effet aussi extraordinaire , je l'ai crû
digne de l'attention des curieux. Je fuis,
&c.
Auteurs' du Mercure , par Ai. l'Abbé
de sienne , Chanoine de la Cathedrale'
de Châlons en Champagne , le 2 z.'
Decembre 1723.
J'Ay l'honneur dé vous informer ,
Messieurs , d'un évenement qui a eu
pour témoins. tous les habitans de cette
Ville, &c que j'ai vu moi.même dans
toutes les circonstances que je vais vous
détailler.
On trouva le 14V du present mois da
decembre 1725. en l'Eglise Paroissiale
de S. Alpin , un corps sain & entier'
après vingt. trois ans, & quelque mois
de sepulture ; les yeu* 8c lèvres qui íònt
les parties les plus délicates 3 & par con-
Itquent les plus sujettes à corruption',
n'avoient aucune apparence de pourririture',
se visage étoit si peu changé ,
que l'on reconnut sans peine les traits de;
M. Braux du Locton , vivant" Ecuyer ,
President du Bureau des Trésoriers do
France en Champagne. On raisonna dif
feremment fur un fait aussi singulier m
les uns le regardent comme la récom^
pense du merite & de la vertu du dé
font ?
#2 MERCURE DE FRAN
funt, qui en effet a vécu en bon""Chrérien
, & en honnête homme , d'autre»
l'attribuent à une veine de terre ; mais
ce dernierjfentiment me paroît peu plau.<
íible attendu que le terrain de cette
Eglise est très.humide , & que d'ailleurs
l'on n'a jamais trouvé fous la tombe de
la Famille des Braux de corps sain dans
aucune de lès parties , peu de temps mê
me après avoir été inhumé. Au reste.
Messieurs , quelque cause que puiJïe avoir
un' effet aussi extraordinaire , je l'ai crû
digne de l'attention des curieux. Je fuis,
&c.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite aux Auteurs du Mercure, par M. l'Abbé de Vienne, Chanoine de la Cathedrale de Châlons en Champagne, le 22. Decembre 1723.
Le 14 décembre 1725, à Châlons en Champagne, un corps intact a été découvert dans l'église paroissiale de Saint-Alpin après vingt-trois ans de sépulture. Le visage de M. Braux du Locton, écuyer et président du Bureau des Trésoriers de France en Champagne, était parfaitement reconnaissable, sans trace de décomposition. Les habitants ont réagi différemment : certains ont vu cela comme une récompense pour sa vertu et sa foi chrétienne, tandis que d'autres ont évoqué une particularité du terrain, bien que cette explication soit moins convaincante. Le terrain de l'église est humide, et aucune autre tombe de la famille Braux n'a montré de signes similaires de conservation. L'Abbé Chanoine de la Cathédrale de Châlons a jugé cet événement digne d'intérêt et a décidé de le relater dans le Mercure de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1188
p. 88-92
LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
Début :
J'eus le plaisir il y a quelques jours, Messieurs, de souper avec des personnes [...]
Mots clefs :
Bons mots, Italien, Auditeurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
LETTRE écrite aux Auteurs du
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
Mercure.
J 'Eus le plaisir il y a quelques jours ,
Meilleurs , de íòuper avec des per
sonnes d'esprit & de merite , qui s'eatretinrent
long .temps fur le Mercure.
On en dit du bien & du mal , comme
vous fçayez que l'on en dit des meilleurs
ouvrages quand on en parie en pleine
liberté.
L'un des convives dit qu'il manquait
un. article essentiel au Mercure, c'est
l'Article dei bons motu Nôtre nation ,
jdit.il , est naturellement yive, & se
conde en reparties plaiíantes , & íëníëes,
qui
JANVIER 1714»
^ui mericeroient d'être exactement re
cueillies. Mais par malheur ce font des
fleurs qui meurent d'abord qu'elles font
écloses. Le Mercure devroit les faire vi
vre éternellement. Il arriveroït même ,
continua.t'il , que s'il y avoit tous les
mois un ReciieH judicieux de cinq ou
íìx bons mots , on pourroit au bout ' de
quelques années extraire des Mercures
un juste volume , qui en ce genre auroit
son prix.
Cet avis fut generalement applaudi ,
Se je fus chargé , Meilleurs , de vous le
communiquer , &c de vous prier d'invi
ter le Public, & -surtout les habitans des
pays qui font au.delà de la Loire de vous
envoyer les bons mots qui échapent en
tout genre dans les converlâtions , dans
les plaidoyers , dans les lettres , Sec.
Je vais , Meilleurs , en attendant vous
en communiquer quelques-uns qui ne
lônt pas dans les Recueils publiez.
Un Seigneur d'Angleterre haï d'un
Ministre , fut injustement accusé d'avoir
tíempé dans une conípiration contre le
Roy. En coníéquence de cette accuíation
H fut injustement puni de mort. Pendant
le procès fa femme ne fit aucune démar
che pour travailler à fa justification.
Quelque temps après ses enfans trama.
rcnt^une veritable conípiration contre le
E Mi
5>o MERCURE DE FRANCE.
Ministre , & résolurent de l'assaslinër..
Ils furent découverts , & pendant qu'on
leur faisoit leur procès la mere sollicitpit
vivement pour eux. Le Ministre
lui dit un jour: D'où vient, Mada
me, que vous sollicitez. fi vivement pour
vos enfans , & qu'on ne vous a p oint
vue ici pendant l'affaire de vôtre mari,
C'est que mon mari n étoit point coupable ,
répondit elle.
Une Dame de Provence disoit qu'elle
n'aimoit pas les hommes de belle taille,
qu'elle auroit plus de goût pour un hom
me d'une taille un peu au.dessous de la
mediocre. Un homme fort grand qui étok
present à ce Diícours en fut piqué , &
s'en vengea en rendant des lôins à cette
Dame. Les mêmes Diícours continue
rent long.temps de la part de la Dame ,
& les soins furent redoublez de la parc
du Cavalier. Un jour qu'il la trouva sou
le, apfès quelques discours generaux , la
conversation tomba , & la Dame parut
rêveuse , le Cavalier lui demanda poli
ment à quoi elso réyoit , songi , lui ditelle
en Provençal , qué vous fi tous
les jours plus picbon ; c'est-à.dire , je
songe que vous devenez. tous les jours plus
petit.
Un Bourgeois de Paris voyoit rire un
Savetier qui demeuroit auprès de chez:
JANVIER 1714. íi
lui presque toutes les fois qu'il pasioic
jUn jour que cela l'impatienta plus qu'à
l'ordinaire : d'où vient , lui dit.il , que
tu ris toutes les fois que je passe ? Se
d'où vient, lui répondit brusquement le
Savetier., que vous passez toutes les fois
que je ris.
Un Prédicateur qui prêchoit avec
beaucoup de feu , faisoit des grimaces à
ses Auditeurs. Ce défaut lui fut reproché
confidemment par un autre Prédicateur
xoncurrent. Le premier lui repartit d'un
.ton doux: Mon pere , vous voyez les
grimaces que je fais à mes Auditeurs
jnais vous ne voyez pas celles que vos
Auditeurs vous font.
Un Gentilhomme de Caen avoit un
-procès considerable au Parlement. Son
^Rapporteur aimoit paílìonnéilfent la Muiìque.
11 avoit beau le solliciter , il le
.trouvoit toujours à son Clavecin , un
livre de Muíique devant lui , & son pro
cès ne se raportoit point. Enfin las de
dtòlliciter , & las des promesses fans effet
xlu Rapporteur, il le pria de lui rendre
ion íâc, íôus quelque prétexte ; le Rap
porteur n'en voulut rien faire, & pro
mit de nouveau de raporter l'affaire. Le
client revient à la charge, & trouvant
encore M. le Conseiller avec un livre
Ae Musique, le pressa plus vivement ds
Eij ' 1««
92 MERCURE DE FRANCE.
lui remettre le sac du procès , mais qu'en
voulez.vous faire , dit le Rapporteur ?
je veux le faire .noter , repartit le Nor
mand , 8c le faire mettre en partition par
un habile Musicien que je connois. '
M. de S. H. Capitaine de Galere per
dit cent Louis à Gènes contre un Italien
avec qui il avpit joiié au Trente &.Qua
rante. Un de ses amis l'avertit qu'il avoir.
été friponné , & que ion joueur ne manr
quoit pas d'arranger quatre Cartes qui
faiíòieht justement quarante , & quand il
donnoit à couper , il mettoit fort habile
ment la coupe'delfus. M. de S. H. bien
instruit, se munit d'une quantité d'as dans
une de ses poches, &c va demander fa
revanche à son fripon , qui croyant avoir
trouvé sa dupe ne íè fait pas prier. On
joue, l'Italien fait fa manoeuvre , & nô
tre Marin fait la sienne, qui étoit en
coupant de glisser finement un as audessus
des Caftes. Il regagna ces cent
Louis, plus de cent pistolles au.delà , 8c
quitta. L'Italien outré de colere & de
dépit , en voulut sçavoir la raison , c'est
que je n'ai plus d'as , lui répondit froi
dement M. de S. H.
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Résumé : LETTRE écrite aux Auteurs du Mercure.
La lettre adressée aux auteurs du Mercure rapporte une conversation récente entre des personnes de mérite concernant cette publication. Un convive a souligné l'absence d'un article sur les bons mots, notant la richesse de la nation française en reparties plaisantes et fines. Il a proposé que le Mercure recueille ces bons mots pour les préserver éternellement, suggérant un recueil annuel. Cette idée a été bien accueillie, et l'auteur de la lettre a été chargé de la communiquer aux auteurs du Mercure, les invitant à recueillir des bons mots auprès du public, notamment ceux des régions au-delà de la Loire. L'auteur partage ensuite plusieurs exemples de bons mots. Un premier exemple concerne une femme dont le mari a été injustement condamné. Plus tard, lorsqu'elle plaide pour ses enfants impliqués dans une conspiration, elle explique qu'elle n'avait pas défendu son mari car il était innocent. Un autre exemple provient d'une dame de Provence qui préférait les hommes de petite taille, ce qui a conduit à une réplique humoristique d'un homme grand. Un bourgeois parisien a également échangé des répliques amusantes avec un savetier. Un prédicateur a riposté à une critique sur ses grimaces en soulignant celles de ses auditeurs. Un gentilhomme de Caen a utilisé une métaphore musicale pour presser un rapporteur de traiter son dossier. Enfin, un capitaine de galère a regagné de l'argent perdu au jeu en utilisant une ruse similaire à celle de son adversaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1189
p. 94-95
Jeux de Quadrille, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Jeux de Quadrille & de Quintille, de la maniere dont on les [...]
Mots clefs :
Jeux, Quadrille
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texteReconnaissance textuelle : Jeux de Quadrille, &c. [titre d'après la table]
LEs Jeux de Quadrille &'deQuintille
, de la maniere dont on les'
joiie presentement , avec les regles éta
blies par l'usage, & un Recueil de dé.-
cisions nouvelles fur les diffìcultez, &j
incidens qui' peuvent1 survenir. 'Au Palais,
chez le Gras 1724,. brochure' in 12-
pag. 103. ; .
C'est ici une fuite des Jeux Histori.r.
lîques & Académiques'. Les hommes rï'eT
sçauroient être desceuvrez. Le íàng qut
circule toôjoars dans nos veúoes.. paité;
les esprits animaux dans les muscles .qui
fervent à divers mouvemens ; & lorsque'
ces esprits ne font point déterminez par
des occùpatioíits utiles 01» indiííêfenPesíy..
il. est dangereux -. qu'ils . n'excitení des*i
mouvemens nuiíìBles. t ; ./.ti:
Les Jeux ont donc. leur utilité.* parceA
qu'ils occupent , pourvu qu'ils n'occu
pent point trop. Mad. Deshoulieres , a
dit qu'il faut seulement que le l'eu nous
a use. Les jeux fans regles , font une
source de dispute > chacun croit & veut
-T.' avoiï
JANVIER 1714: ' 9f
áyoir raison , c'est pour prévenir cet in
convenient qu'on nous donne ici les re
gles du Quadrille , & du Quintille. , qui
depuis quelques années font devenus à'
la mode en ce pays.ci. lira à la fin un
petit Recueil de décisions fur les cas dif
ficiles , & un petit Dictionnaire des ter
mes du Jeu de Quadrille. On peut dire
des Jeux comme des alimens : Omrita ba
ttu bonis, omnia mala rnalis.
, de la maniere dont on les'
joiie presentement , avec les regles éta
blies par l'usage, & un Recueil de dé.-
cisions nouvelles fur les diffìcultez, &j
incidens qui' peuvent1 survenir. 'Au Palais,
chez le Gras 1724,. brochure' in 12-
pag. 103. ; .
C'est ici une fuite des Jeux Histori.r.
lîques & Académiques'. Les hommes rï'eT
sçauroient être desceuvrez. Le íàng qut
circule toôjoars dans nos veúoes.. paité;
les esprits animaux dans les muscles .qui
fervent à divers mouvemens ; & lorsque'
ces esprits ne font point déterminez par
des occùpatioíits utiles 01» indiííêfenPesíy..
il. est dangereux -. qu'ils . n'excitení des*i
mouvemens nuiíìBles. t ; ./.ti:
Les Jeux ont donc. leur utilité.* parceA
qu'ils occupent , pourvu qu'ils n'occu
pent point trop. Mad. Deshoulieres , a
dit qu'il faut seulement que le l'eu nous
a use. Les jeux fans regles , font une
source de dispute > chacun croit & veut
-T.' avoiï
JANVIER 1714: ' 9f
áyoir raison , c'est pour prévenir cet in
convenient qu'on nous donne ici les re
gles du Quadrille , & du Quintille. , qui
depuis quelques années font devenus à'
la mode en ce pays.ci. lira à la fin un
petit Recueil de décisions fur les cas dif
ficiles , & un petit Dictionnaire des ter
mes du Jeu de Quadrille. On peut dire
des Jeux comme des alimens : Omrita ba
ttu bonis, omnia mala rnalis.
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Résumé : Jeux de Quadrille, &c. [titre d'après la table]
La brochure 'Les Jeux de Quadrille & de Quintille', publiée en 1724 par le Gras, expose les règles des jeux de Quadrille et de Quintille selon les usages établis. Elle inclut un recueil de décisions nouvelles pour résoudre les difficultés et incidents pouvant survenir. L'auteur souligne l'utilité de ces jeux pour occuper les esprits de manière constructive, évitant ainsi des comportements nuisibles. Les jeux structurés, comme le Quadrille et le Quintille, sont préférables aux jeux sans règles, qui peuvent engendrer des disputes. La brochure se conclut par un recueil de décisions sur les cas difficiles et un dictionnaire des termes du jeu de Quadrille. Madame Deshoulières est citée, soulignant que les jeux doivent être bénéfiques sans occuper trop de temps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1190
p. 95-98
« ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...] »
Début :
ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...]
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texteReconnaissance textuelle : « ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...] »
Ecole de Mails ou M emoir es ins
tructifs fus toutes les parties qui compo
sent le Corps Militaire en France, avec
leur origine.& les differentes manoeuvres
au (quelles elles sont employées. Par Ai* .
Guignard, Chevalier de S. Louis , Lieu
tenant Colonel du Regiment d'Infanterig
de ThtL z. vol. in 4*. enrichis. d'un
grand nombre de figures. taris , chez
Simart , rue S. Jacques 1723.
L'Histoire Ecclesiastique & Civile
de la Ville & du Comté d'Evreux Par
M. le Brasseur., Aumônier du Conseil „
& Bibliothecaire de M. le Chancelier
Dague/seau. A Paris , chez Barrois , vol.
in 4°.
Histoire générale de la Danse ,
&erée Se pçofane, Sec. avec un supplç.
... . . E ni). ment
9& MERCURE DE FRANCE.
ment de l'Histoire de la Musique , & le
paralelle de la Peinture & de la Poesie.
Par M. Bonnet , ancien Payeur des Ga
ges du Parlement. A Paris , chez d'Houriy
ruë de la Harpe , in 1 2 . de 269. pages.
BrBLioTHEcA Sacra , &c. Bibliothe
que Sacrée , di visée en deux parties. Par
i'e Pere h Long, Prêtre de l'Oratoire. A'
Paris , chez F. Montaiant , Quay des
Augustins 1723. 2- vol. in fol.
Suite de Pièces de Deslus &c de
Pardeísus de Viole, & trois Sonates ,
avec les Basiès.continuës qui se peuvent
' joiier sur la Viole , la Flute Traversiere,.
& autres Instrumens. Par M. Marc.
Livre r. dédié à S. A. S. Mademoiselle
de la Roche-sur. Yon. A Paris , chez.
f'Auteur , rué du Haut-Moulin , derriere
S. Denis de la Chartre , a la Croix d'Or,
chez. M. Barré, Orfèvre, & chez. le
fieur Boivin , rué S. Honoré , a la Regle
v d'Or 1724. in fol. de 41. pages. Le prix
est de 6. liv.
Livre de Pieces de Clavecin , conte
nant plusieurs Divertiíïèmens , dont les
principaux íònt , les caracteres de la
Guerre , ceux de la Chaise , & la Fête
de Vilìage. Dédié au Roy. Par Franpì's
Dan~
JAN V I E R X724/ yf
Dandrieu , Organiste de la Chapelle de
S. M. & de la Paroisse S. Merry 1714*
A Paris, chez l'Auteur ,.ruë Sainte Anne,
près le Palais, Se ^ la Regle d'Or, rue
S. Honoré , chez Boivin ,. in fol. de 65.
pages , íàns l'Epître la .Preface Se la
Table. Le prix est de 15. liv. en blanc.
Ce livre est orné d'un très.beau fron-..
tiípice , gravé par C. Simonneaù , où la
Guerre , la Chasse, & la Fête Cham,
pêtre íònt très.bietfearacterisées. Cet or
nement, la propreté dont tout l'ouvrage
est gravé ; & plus que tout, le merite &
la réputation de l'Auteur, doivent faire
rechercher ces Pieces avec empreslèment,
par les Musiciens, & par les amateurs
de Musique , qui sont aujourd'hui en si
grand nombre.
Traite' Philosophique de íafoiblesle
de l'eíprit humain. Par M Huet , ancien'
Evêque £ Avranches. A Amsterdam*,.
chez H. du Sauzet 172 J. 'in 8 0 de i y 6 -.
sages , fans ïavertissement , l'éloge de M*
Huet , & la Table des Chapitres , qui
contiennent 40. pages.
Le Gage Touche', Histoire Galante*
chez. le même Libraire , 2.. vol. in 12,
avec figures.
Ey His>
9 g MERCURE DE FRAfcCfEV
Histoire du Concile de Trente }
& des choses qui se sont passées en Eu
rope touchant la Religion , depuis la
convocation de ce Concile jusqu'à la fin.
Par feu M. Louis Elies du Pm , Uoiïeur
en Theologie de la Faculté dje Pans > &
Professeur Royal en Philosophie. A Bru
xelles , chez S. Tíèrstevens 172 1.
tructifs fus toutes les parties qui compo
sent le Corps Militaire en France, avec
leur origine.& les differentes manoeuvres
au (quelles elles sont employées. Par Ai* .
Guignard, Chevalier de S. Louis , Lieu
tenant Colonel du Regiment d'Infanterig
de ThtL z. vol. in 4*. enrichis. d'un
grand nombre de figures. taris , chez
Simart , rue S. Jacques 1723.
L'Histoire Ecclesiastique & Civile
de la Ville & du Comté d'Evreux Par
M. le Brasseur., Aumônier du Conseil „
& Bibliothecaire de M. le Chancelier
Dague/seau. A Paris , chez Barrois , vol.
in 4°.
Histoire générale de la Danse ,
&erée Se pçofane, Sec. avec un supplç.
... . . E ni). ment
9& MERCURE DE FRANCE.
ment de l'Histoire de la Musique , & le
paralelle de la Peinture & de la Poesie.
Par M. Bonnet , ancien Payeur des Ga
ges du Parlement. A Paris , chez d'Houriy
ruë de la Harpe , in 1 2 . de 269. pages.
BrBLioTHEcA Sacra , &c. Bibliothe
que Sacrée , di visée en deux parties. Par
i'e Pere h Long, Prêtre de l'Oratoire. A'
Paris , chez F. Montaiant , Quay des
Augustins 1723. 2- vol. in fol.
Suite de Pièces de Deslus &c de
Pardeísus de Viole, & trois Sonates ,
avec les Basiès.continuës qui se peuvent
' joiier sur la Viole , la Flute Traversiere,.
& autres Instrumens. Par M. Marc.
Livre r. dédié à S. A. S. Mademoiselle
de la Roche-sur. Yon. A Paris , chez.
f'Auteur , rué du Haut-Moulin , derriere
S. Denis de la Chartre , a la Croix d'Or,
chez. M. Barré, Orfèvre, & chez. le
fieur Boivin , rué S. Honoré , a la Regle
v d'Or 1724. in fol. de 41. pages. Le prix
est de 6. liv.
Livre de Pieces de Clavecin , conte
nant plusieurs Divertiíïèmens , dont les
principaux íònt , les caracteres de la
Guerre , ceux de la Chaise , & la Fête
de Vilìage. Dédié au Roy. Par Franpì's
Dan~
JAN V I E R X724/ yf
Dandrieu , Organiste de la Chapelle de
S. M. & de la Paroisse S. Merry 1714*
A Paris, chez l'Auteur ,.ruë Sainte Anne,
près le Palais, Se ^ la Regle d'Or, rue
S. Honoré , chez Boivin ,. in fol. de 65.
pages , íàns l'Epître la .Preface Se la
Table. Le prix est de 15. liv. en blanc.
Ce livre est orné d'un très.beau fron-..
tiípice , gravé par C. Simonneaù , où la
Guerre , la Chasse, & la Fête Cham,
pêtre íònt très.bietfearacterisées. Cet or
nement, la propreté dont tout l'ouvrage
est gravé ; & plus que tout, le merite &
la réputation de l'Auteur, doivent faire
rechercher ces Pieces avec empreslèment,
par les Musiciens, & par les amateurs
de Musique , qui sont aujourd'hui en si
grand nombre.
Traite' Philosophique de íafoiblesle
de l'eíprit humain. Par M Huet , ancien'
Evêque £ Avranches. A Amsterdam*,.
chez H. du Sauzet 172 J. 'in 8 0 de i y 6 -.
sages , fans ïavertissement , l'éloge de M*
Huet , & la Table des Chapitres , qui
contiennent 40. pages.
Le Gage Touche', Histoire Galante*
chez. le même Libraire , 2.. vol. in 12,
avec figures.
Ey His>
9 g MERCURE DE FRAfcCfEV
Histoire du Concile de Trente }
& des choses qui se sont passées en Eu
rope touchant la Religion , depuis la
convocation de ce Concile jusqu'à la fin.
Par feu M. Louis Elies du Pm , Uoiïeur
en Theologie de la Faculté dje Pans > &
Professeur Royal en Philosophie. A Bru
xelles , chez S. Tíèrstevens 172 1.
Fermer
Résumé : « ECOLE DE MARS, ou Memoires instructifs sur toutes les parties qui composent [...] »
Le document recense diverses publications parues entre 1723 et 1724. 'Ecole de Mails ou Mémoires instructifs' de Guignard, Chevalier de S. Louis, explore les différentes parties du Corps Militaire en France, leurs origines et manœuvres. 'L'Histoire Ecclesiastique & Civile de la Ville & du Comté d'Evreux' est rédigée par M. le Brasseur, Aumônier du Conseil et Bibliothécaire de M. le Chancelier Daguesseau. 'Histoire générale de la Danse' de M. Bonnet, ancien Payeur des Gages du Parlement, inclut des éléments sur l'histoire de la musique et compare la peinture et la poésie. 'Bibliotheca Sacra' du Père Long, Prêtre de l'Oratoire, est divisée en deux parties. 'Suite de Pièces de Deslus' de Pardeísus de Viole contient des sonates et des bases continues pour divers instruments, dédiée à Mademoiselle de la Roche-sur-Yon. 'Livre de Pièces de Clavecin' de Jean-Baptiste Dandrieu, Organiste de la Chapelle de Sa Majesté et de la Paroisse Saint Merry, inclut des divertissements tels que les caractères de la Guerre, de la Chasse et la Fête de Village, dédié au Roi. 'Traité Philosophique de la faiblesse de l'esprit humain' est l'œuvre de M. Huet, ancien Evêque d'Avranches. 'Le Gage Touché' est une histoire galante. Enfin, 'Histoire du Concile de Trente' de Louis Ellies du Pin traite des événements religieux en Europe depuis la convocation du Concile de Trente jusqu'à sa fin.
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1191
p. 98-99
Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
Début :
ENTRETIENS DES OMBRES aux Champs Elisées, sur divers sujets d'Histoire, de [...]
Mots clefs :
Ombres
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texteReconnaissance textuelle : Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
Entretiens des Ombrés aux. Champs
Elisées , fur divers sujets d'Hiítoire, de
Politiques de Morale .^Ouvrage traduit
de l' Allemand , par M. Valentinlungerman.
A Amsterdam , chez Herman Vytwerfï
Les six -premiers n.ois qui font le'
premier volume contiennent 614. pages.
. On attribue cet ouvrage à diversespersonnes
: les uns croyent qu'ils font de'
l'Auteur qui est nommé dans le titre
d'autres l'attribuent à une Damoiselle de
beaucoup d'esprit qui s'est cachée sous ce'
nom , &' d'autres enfin croyent y reconnoître
Un homme de Lettres qui fait ion1
iejour en Hollande. Quoiqu'il en soit de
l'Auteur de ces Entretiens qui proisfent
tous les mois , on «peut juger par son
stile qu'il a beaucoup de feu St d'agré
ment , & qu'il merite aííez le nom qu'il'
s'est donné , supposé que ce ne soit pas
le íien.
Ce Traducteur nous apprend dans lé
JANVIER 1724. &
tnier avertissement, que depuis qu'il est
naturalisé en France , il doit regarder
ce Royaume comme íâ Patrie , & en
procurer la gloire par tous les moyens
honnêtes qui font en íòn pouvoir. Ce n'est
pas d'aujourd'hui , dit. il , que fat re
marqué que Messieurs les Allemands ft
font enrichis aux dépens de la Litterature
françoise. Il ne parott pas un bon livre.
qu'ils m traduisent presque auffi.tot. Il est
temps d'user de represailles a noire' tour ,
& lorsque nous les trouverons pillables y
il ne faut pas se faire. un scrupule de pro
fiter des ouvrages qu'ils publient' en leur
langue. Il declare eníuite que son deísein
n'est pas de traduire en Notaire ,- & de
mot à mot. Il tient parole, & ion ou
vrage n'est rien moins qu'une traduct'on,.
car il n'a tout au plus pris de son origi
nal que les noms des interlocuteurs.
Elisées , fur divers sujets d'Hiítoire, de
Politiques de Morale .^Ouvrage traduit
de l' Allemand , par M. Valentinlungerman.
A Amsterdam , chez Herman Vytwerfï
Les six -premiers n.ois qui font le'
premier volume contiennent 614. pages.
. On attribue cet ouvrage à diversespersonnes
: les uns croyent qu'ils font de'
l'Auteur qui est nommé dans le titre
d'autres l'attribuent à une Damoiselle de
beaucoup d'esprit qui s'est cachée sous ce'
nom , &' d'autres enfin croyent y reconnoître
Un homme de Lettres qui fait ion1
iejour en Hollande. Quoiqu'il en soit de
l'Auteur de ces Entretiens qui proisfent
tous les mois , on «peut juger par son
stile qu'il a beaucoup de feu St d'agré
ment , & qu'il merite aííez le nom qu'il'
s'est donné , supposé que ce ne soit pas
le íien.
Ce Traducteur nous apprend dans lé
JANVIER 1724. &
tnier avertissement, que depuis qu'il est
naturalisé en France , il doit regarder
ce Royaume comme íâ Patrie , & en
procurer la gloire par tous les moyens
honnêtes qui font en íòn pouvoir. Ce n'est
pas d'aujourd'hui , dit. il , que fat re
marqué que Messieurs les Allemands ft
font enrichis aux dépens de la Litterature
françoise. Il ne parott pas un bon livre.
qu'ils m traduisent presque auffi.tot. Il est
temps d'user de represailles a noire' tour ,
& lorsque nous les trouverons pillables y
il ne faut pas se faire. un scrupule de pro
fiter des ouvrages qu'ils publient' en leur
langue. Il declare eníuite que son deísein
n'est pas de traduire en Notaire ,- & de
mot à mot. Il tient parole, & ion ou
vrage n'est rien moins qu'une traduct'on,.
car il n'a tout au plus pris de son origi
nal que les noms des interlocuteurs.
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Résumé : Entretiens des ombres, &c. [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Entretiens des Ombrés aux Champs' est une traduction française d'un texte allemand réalisée par M. Valentinlungerman. Publié à Amsterdam par Herman Vytwerf, le premier volume compte 614 pages. L'auteur de l'œuvre originale est incertain : certains attribuent le texte à l'auteur nommé dans le titre, d'autres à une dame spirituelle, et d'autres encore à un homme de lettres vivant en Hollande. Le style de l'auteur est décrit comme vif et agréable. Dans un avertissement daté de janvier 1724, le traducteur, naturalisé en France, exprime son désir de contribuer à la gloire de la France par des moyens honnêtes. Il note que les Allemands enrichissent souvent leur littérature en traduisant des œuvres françaises et propose de traduire des œuvres allemandes pour en tirer profit. Le traducteur précise que sa traduction n'est pas littérale mais adaptée, conservant uniquement les noms des interlocuteurs de l'original.
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1192
p. 99-102
« OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...] »
Début :
OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...] »
0EUVR.T.S de M. l'Abbé de S.' Reaí,
nouvelle édition. A la. Haye, chez les
freres Vaillant, & N. Prevost 1722,
j. vol. in fi.
De la Plúralite' des Mondes. Paf
Chrétien Huyghem. A la Haye , chéX^.
J. Neaulme , vol. in íi. Le même Li
braire imprime in r 2. la vie de M. Bayle,
avec des remarques curieuses.
.ioo MERCURE DE FRANCE;
Lvcje Tozzi , Opera Medica omníaj
&c. Traitez. de Medecine , de"Ai.-ToK.zJ,
Medecin Napolitain , divifil^jn cinq vo
lumes. in 4P. A Venise , chez Nicolas.
Pezzana 17 z 1 .
On trouve dans ce livre une infinité
de remedes pour toutes sortes de mala
dies. On a eu soin de faire remarquer
ceux qui sont les plus efficaces , & les
plus éprouvez.
Gatinetto Akmonico pieno d'iní7-
tromenti sonori , indicati , spiegati , e di
nuovo corretti ed accresciuti dal Padre
Philippo Bonanni delia Compagnia di
Giefu , offerti al S. Rè David. In Roma;
nella Stamperia di Giorgio Plack 1723.
Ce curieux ouvrage est accompagné de
quantité de figures-
On a imprimé à Verone chez Jacques.
Vallarsi un Teatro ltalìano. C'est un choix
des plus excellentes Tragedies Italien
nes pour l'ufàge de la scene. Le premier
tome qu'il donne au public contient h.
Sophonisbe du Triíîîn , i'Oreste du Rucel-
Iai , qui a été representée , & qui a été
fort applaudie, mais qui n'a jamais été
imprimée ; ì'Edipe de Sophocle , tra
duite par le Justinien & la Merope dix
Totelìi.
JANVIER 1714. m
On donne avis au public qu'il va paroître
une nouvelle édition de l'Histoire
dela Bible, volume in-folio avec 267'.
planches par souscription en faveur des
pauvres , le prix fera de 4. liv. 10. fols
pour ceux qui auront souícrit ; Se 6. lin
pour ceux qui n'auront pas souícrits elles
íeront ouvertes depuis le premier Fe
vrier jusqu'à la fin du mois de Mars.
On délivrera les exemplaires au mois
de May prochain , chez Alexis de la
Roche , Quay des Augustins , proche la
rue Gille.coeur,. à l'Esperance , & chez
"Lesclapart, du.côté du Pont Si Michel, à.
l'Esperance couronnée.
Le nouveau Coutumier generai , pour'
lequel on a souícrit est en vente , & l'on
délivrera les exemplaires aux Souscrip
teurs r Je ij. Fevrier à Paris , chez les
sieurs Brunet & le Gras, Libraires au
Palais , & CL Robustel , Libraire , rue
S. Jacques.
Vrìci le Titre du Livre.
Nouveau Coutumier. General, ou
corps de toutes les Coutumes Generales
& particulieres de France , & des Pro
vinces connues fous le nom de Gaules,
avec des Notes de Meísieurs Toussaint
, Ghauvelin, Julien Brodeau , & Jean-
Marie Ricard, Avocats au Parlement,
pintes.
te* MÍRCUït'E DE FRANGE.
pintes aux annotations de MM. Charles
Dumolin, François Ragueau , & Gabriel
Michel de la Roche-Maillet , mis en
ôrdre , &. accompagné de sommaires' en
marge des articles , d'interpretations des
Dictions obscures employées dans 1 estextes
de Listes Alphabetiques des lieux.
regis par chaque Coutume , & enrichi
de nouvelles Notes ., tirées des principa
les observations des Commentateurs > Sc
des jugemens qui ont éclairci ^interpreté
ou corrigé quelques points & articles des
Coutumes. Par M. Charles Antoine Bourdot
de Richebourg ,.. Avocat au Parle
ment ,.4. vol. in.folio.
On imprime actuellement chez Cail-
.feau , Place de Sorbonne , des Medita
tions Chrétiennes pour chaque jour de
Tannée en deux tomes in.douze \ ce Li
vre est .dédié à Madame la Ducheíse de'
Vantadour. Le Pere Chappuis , Jeíùite
de la Province de Lyon , qui est 1 Auteus
de ce Livre, est déja connu par d'autres
ouvrages , & par ses succès dans la] Pré
dication.
nouvelle édition. A la. Haye, chez les
freres Vaillant, & N. Prevost 1722,
j. vol. in fi.
De la Plúralite' des Mondes. Paf
Chrétien Huyghem. A la Haye , chéX^.
J. Neaulme , vol. in íi. Le même Li
braire imprime in r 2. la vie de M. Bayle,
avec des remarques curieuses.
.ioo MERCURE DE FRANCE;
Lvcje Tozzi , Opera Medica omníaj
&c. Traitez. de Medecine , de"Ai.-ToK.zJ,
Medecin Napolitain , divifil^jn cinq vo
lumes. in 4P. A Venise , chez Nicolas.
Pezzana 17 z 1 .
On trouve dans ce livre une infinité
de remedes pour toutes sortes de mala
dies. On a eu soin de faire remarquer
ceux qui sont les plus efficaces , & les
plus éprouvez.
Gatinetto Akmonico pieno d'iní7-
tromenti sonori , indicati , spiegati , e di
nuovo corretti ed accresciuti dal Padre
Philippo Bonanni delia Compagnia di
Giefu , offerti al S. Rè David. In Roma;
nella Stamperia di Giorgio Plack 1723.
Ce curieux ouvrage est accompagné de
quantité de figures-
On a imprimé à Verone chez Jacques.
Vallarsi un Teatro ltalìano. C'est un choix
des plus excellentes Tragedies Italien
nes pour l'ufàge de la scene. Le premier
tome qu'il donne au public contient h.
Sophonisbe du Triíîîn , i'Oreste du Rucel-
Iai , qui a été representée , & qui a été
fort applaudie, mais qui n'a jamais été
imprimée ; ì'Edipe de Sophocle , tra
duite par le Justinien & la Merope dix
Totelìi.
JANVIER 1714. m
On donne avis au public qu'il va paroître
une nouvelle édition de l'Histoire
dela Bible, volume in-folio avec 267'.
planches par souscription en faveur des
pauvres , le prix fera de 4. liv. 10. fols
pour ceux qui auront souícrit ; Se 6. lin
pour ceux qui n'auront pas souícrits elles
íeront ouvertes depuis le premier Fe
vrier jusqu'à la fin du mois de Mars.
On délivrera les exemplaires au mois
de May prochain , chez Alexis de la
Roche , Quay des Augustins , proche la
rue Gille.coeur,. à l'Esperance , & chez
"Lesclapart, du.côté du Pont Si Michel, à.
l'Esperance couronnée.
Le nouveau Coutumier generai , pour'
lequel on a souícrit est en vente , & l'on
délivrera les exemplaires aux Souscrip
teurs r Je ij. Fevrier à Paris , chez les
sieurs Brunet & le Gras, Libraires au
Palais , & CL Robustel , Libraire , rue
S. Jacques.
Vrìci le Titre du Livre.
Nouveau Coutumier. General, ou
corps de toutes les Coutumes Generales
& particulieres de France , & des Pro
vinces connues fous le nom de Gaules,
avec des Notes de Meísieurs Toussaint
, Ghauvelin, Julien Brodeau , & Jean-
Marie Ricard, Avocats au Parlement,
pintes.
te* MÍRCUït'E DE FRANGE.
pintes aux annotations de MM. Charles
Dumolin, François Ragueau , & Gabriel
Michel de la Roche-Maillet , mis en
ôrdre , &. accompagné de sommaires' en
marge des articles , d'interpretations des
Dictions obscures employées dans 1 estextes
de Listes Alphabetiques des lieux.
regis par chaque Coutume , & enrichi
de nouvelles Notes ., tirées des principa
les observations des Commentateurs > Sc
des jugemens qui ont éclairci ^interpreté
ou corrigé quelques points & articles des
Coutumes. Par M. Charles Antoine Bourdot
de Richebourg ,.. Avocat au Parle
ment ,.4. vol. in.folio.
On imprime actuellement chez Cail-
.feau , Place de Sorbonne , des Medita
tions Chrétiennes pour chaque jour de
Tannée en deux tomes in.douze \ ce Li
vre est .dédié à Madame la Ducheíse de'
Vantadour. Le Pere Chappuis , Jeíùite
de la Province de Lyon , qui est 1 Auteus
de ce Livre, est déja connu par d'autres
ouvrages , & par ses succès dans la] Pré
dication.
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Résumé : « OEUVRES de M. l'Abbé de S. Real, nouvelle édition. A la Haye, chez les [...] »
Le document recense diverses publications et annonces éditoriales de 1722 et 1723. Parmi les ouvrages mentionnés, on trouve 'OEUVR.T.S de M. l'Abbé de S.' et 'De la Pluralité des Mondes' de Chrétien Huygens, tous deux publiés à La Haye. Le libraire J. Neaulme imprime 'La vie de M. Bayle' avec des remarques curieuses. En Italie, Luca Tozzi publie 'Opera Medica omnia', un traité de médecine en cinq volumes, à Venise, proposant de nombreux remèdes pour diverses maladies. Philippo Bonanni publie 'Gatinetto Akmonico', accompagné de nombreuses figures, à Rome. À Vérone, Jacques Vallarsi imprime un 'Teatro Italiano' contenant des tragédies italiennes, certaines inédites. Le document annonce également la parution d'une nouvelle édition de l'Histoire de la Bible, avec des planches, dont les souscriptions sont ouvertes jusqu'à la fin mars. Le 'Nouveau Coutumier Général', un recueil des coutumes de France enrichi de notes et d'interprétations par plusieurs avocats au Parlement, est en vente. Enfin, des 'Méditations Chrétiennes' pour chaque jour de l'année, écrites par le Père Chappuis, sont en cours d'impression à Paris.
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1193
p. 102-104
Journal des Sçavans. [titre d'après la table]
Début :
Le nouveau Journal des Sçavans que nous avons annoncé, a paru au commencement [...]
Mots clefs :
Journaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Journal des Sçavans. [titre d'après la table]
Le nouveau Journal des Sçavans que
lìous avons annoncé , a paru au commen
cement de l'année , après une interrup
tion de sept mois , fous la forme in 1 2 *
f A N V I 1 R 1714: roi
& îrt 40 l'un & l'autre en caracteres de
Cicero. L'in.quarto est à deux colonnes.,
& contient 65. pages fans l'avertisse-
Hient, & la Table. Cet ouvrage qui doit
paroître regulierement tous les mois fous
cette double forme , se vend jo. ícls^,
chez N. Pissot, Libraire, Quay des Au
gustins , lequel n'a rien ép argné pour la
beauté du papier & des caracteres. L'emprelîèment
avec lequel le tublic com/>
mence à rechercher cet ouvrage periodi
que , fait astèz sentir que la beauté de
l'impreísion n'en est pas le seul merite y
ion succès est dû en effet à un autre chan?
gement , que celui de la forme exte
rieure.
On apprend dans l'avertissement que
les Journalistes renoncent déformais aux
Vacances , & qu'on donnera toujours fans
interruption 12. Journaux par an.
Nous nous éloignerons également , «*
& de la basse flaterie , & de la censure «
atnere ( nous dit.on dans cet avertisse- «
ment ) nous voudrions pouvoir toujours «"
loiier , mais l'équité s'y oppoíe. Le bon «
goût & le progrès des sciences font in. «
fererîêz au discernement des ouvrages. «
Ainsi nous louerons , & nous censure. -
ions aussi quelquefois ; mais quand nous «
ne pourrons donner des éloges ., on s'ap. «
percevra du moins que nous ne préten- "
. dons
Rr* MERCURE DE FRANCE. .
» dons pas rendre des Arrests. A propres
» ment parler nous ne jugerons point >
» nous ne voulons être que les échos des
* íçivans , Ôc dresser touc au plus le dií^
» positif des jugemens qu'ils auront ren-
» dus avant nous , &c.
» Nous dirons à. la louange des Jour-
» naux Litteraires. en generai , que tous
» les Païs où les Lettres fleuriíïent , pro
duisent aujourd'hui de ces ouvrages*
» Comme leur nature est de ne pouvoir
» naître que parmi les nations íça vantes ,
» ils interessent en quelque forte la ré-
»' putation des Etats &c lagloire du Prin-
» ce. On peut dire même que tous les
.» Journaux , de quelque pays qu'ils^nous
»' viennent , font un honneur particulier
» à nôtre nation , parce qu'ils font tous
«► en quelque façon originaires de Fran-
» ce. C'est à Paris que le premier Jour-
» nal est né , &' ce premier Journal a
» dans la fuite servis de modele à tous
» les autres, auífrbien qu'à tous les Mei
» moires des Acadimies de l'Europe. Le
» nôtre est donc comme le pere de tous
» les. Journaux. On' ne fçauroitau moins
» lui contester le droit d'aînesse. Puistè.
» t'il avoir encore la' préeminence du
» merite, qui n'est cependant pas tou*
» jours le partage des aîner.
lìous avons annoncé , a paru au commen
cement de l'année , après une interrup
tion de sept mois , fous la forme in 1 2 *
f A N V I 1 R 1714: roi
& îrt 40 l'un & l'autre en caracteres de
Cicero. L'in.quarto est à deux colonnes.,
& contient 65. pages fans l'avertisse-
Hient, & la Table. Cet ouvrage qui doit
paroître regulierement tous les mois fous
cette double forme , se vend jo. ícls^,
chez N. Pissot, Libraire, Quay des Au
gustins , lequel n'a rien ép argné pour la
beauté du papier & des caracteres. L'emprelîèment
avec lequel le tublic com/>
mence à rechercher cet ouvrage periodi
que , fait astèz sentir que la beauté de
l'impreísion n'en est pas le seul merite y
ion succès est dû en effet à un autre chan?
gement , que celui de la forme exte
rieure.
On apprend dans l'avertissement que
les Journalistes renoncent déformais aux
Vacances , & qu'on donnera toujours fans
interruption 12. Journaux par an.
Nous nous éloignerons également , «*
& de la basse flaterie , & de la censure «
atnere ( nous dit.on dans cet avertisse- «
ment ) nous voudrions pouvoir toujours «"
loiier , mais l'équité s'y oppoíe. Le bon «
goût & le progrès des sciences font in. «
fererîêz au discernement des ouvrages. «
Ainsi nous louerons , & nous censure. -
ions aussi quelquefois ; mais quand nous «
ne pourrons donner des éloges ., on s'ap. «
percevra du moins que nous ne préten- "
. dons
Rr* MERCURE DE FRANCE. .
» dons pas rendre des Arrests. A propres
» ment parler nous ne jugerons point >
» nous ne voulons être que les échos des
* íçivans , Ôc dresser touc au plus le dií^
» positif des jugemens qu'ils auront ren-
» dus avant nous , &c.
» Nous dirons à. la louange des Jour-
» naux Litteraires. en generai , que tous
» les Païs où les Lettres fleuriíïent , pro
duisent aujourd'hui de ces ouvrages*
» Comme leur nature est de ne pouvoir
» naître que parmi les nations íça vantes ,
» ils interessent en quelque forte la ré-
»' putation des Etats &c lagloire du Prin-
» ce. On peut dire même que tous les
.» Journaux , de quelque pays qu'ils^nous
»' viennent , font un honneur particulier
» à nôtre nation , parce qu'ils font tous
«► en quelque façon originaires de Fran-
» ce. C'est à Paris que le premier Jour-
» nal est né , &' ce premier Journal a
» dans la fuite servis de modele à tous
» les autres, auífrbien qu'à tous les Mei
» moires des Acadimies de l'Europe. Le
» nôtre est donc comme le pere de tous
» les. Journaux. On' ne fçauroitau moins
» lui contester le droit d'aînesse. Puistè.
» t'il avoir encore la' préeminence du
» merite, qui n'est cependant pas tou*
» jours le partage des aîner.
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Résumé : Journal des Sçavans. [titre d'après la table]
Le 'Journal des Sçavans' a repris sa publication en janvier 1714 après une interruption de sept mois. Il est désormais disponible en deux formats : in-folio et in-quarto, chacun en caractères de Cicero. Le format in-quarto, à deux colonnes, contient 65 pages, sans compter l'avertissement et la table des matières. Le journal est vendu chez N. Pissot, libraire au Quai des Augustins, qui n'a pas investi dans la qualité du papier ou des caractères. Le succès du journal repose sur une nouvelle politique éditoriale : les journalistes promettent 12 publications par an sans interruption, évitent la flatterie et la censure excessive, tout en reconnaissant parfois la nécessité de critiquer. Ils se présentent comme des échos des savants, dressant un état positif des jugements rendus avant eux. Le texte souligne l'importance des journaux littéraires dans les pays où les lettres fleurissent, soulignant que ces publications intéressent la réputation des États et la gloire des princes. Les journaux littéraires, quel que soit leur pays d'origine, font honneur à la nation française, car le premier journal a été créé à Paris et a servi de modèle à tous les autres. Le 'Journal des Sçavans' est ainsi considéré comme le père de tous les journaux et des mémoires des académies européennes.
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1194
p. 105-108
Réception de l'Abbé Alaric à l'Académie Françoise. [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudi 30. Decembre dernier M. l'Abbé Alary, prit séance à l'Académie [...]
Mots clefs :
Abbé Alary, Roi, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Réception de l'Abbé Alaric à l'Académie Françoise. [titre d'après la table]
Le Jeudi 30. Decembre dernier M.
l'Abbé Alary , prit séance à l'Académie
Françoise qui l'âvok élû pour remplir la*
place de feu M. de Mesmes , Premier
President du Parlement de Paris. M.'
l'Abbé Alary a eu Phonneur d'être un>
des instituteurs choisis pour les études
du Roy , & on peut avancer hardiment
qu'il est plus glorieux pour lui de s'êtrepresenté
avec ce titre qu'avec des ouvra
ges même applaudis. Quoique fa mcw
destie íèmble leule lui avoir dicté fa ha
rangue ; on sent pourtant bien que fòrí
esprit s'en est mêlé, & que ses foins ont
parfaitement réussi. Ce discours finement
& délicatement écrit , met le public etí
droit de faire de justes «proches à celui qui
l'a composé ; ne dòit.on pas tenir compte?
de fe4.talens à ee public qui les perfec
tionne ? I/Exorde de M. l'Abbé Alary ,
fait autant honneur à son coeur qu'à sort
esprit. C'est un monument de fa recon-'
noistànce pour M. le Marquis , & M.
l'Abbé deDangeau, 8c l'aveu genereux1
qu'il fait des bienfaits qu'il en a reçus
n'est pas moins une lòiiange pour lui y
que pour ces deux illustres frères.
Les Portraits du Cardinal de Riche
lieu & de Louis le Grand , quoique trai
tez déja par mille pinceaux paroislent
ensuite avec des couleurs nouvelles, &
eepenr
&á MERCURÉ DE FRANGÉ..
cependant justes. route l'Europe attenti~
ve k ses d^fieins, dit-il , en parlanc du
Cardinal de Richelieu, & executant ses
ordres dans le temps même qu'elle croyois
te plus y résister, auroit fuffi a l'ambition
du politique le p lus consommé , mais les
vastes projets d'Armand alloient encore
plus loin y toujours plein des siecles futurs
quand le sien sembloit épuiser tous ses foinsy
& l'occuper tout entier , il comptoit que...-.
la gloire de la Nation feroit ensevelie y fi
la langue qui la devoit immortaliser n'é
tait portée kfa plus haute perfection. Voici
tìn trait qui seul caracterise Loiiis XIW
il refpeEloit fa place, il la faisoit respec
ter aux autres , il étoit homme pour les
malheureux , il étoit Roy quand il falloit.
Pepriroer P injustice y & vanger l'inno*
cence. On rte peut peindre les vertus de
Ce grand Roy, íàns penser à celles de
íòn arriere - petit.fils. A peine sorti de.
l'enfance , il marche déjà fur les traces de
son prédecesseur ; l'amour de l'ordre , la
bienseance qui regle ses discours & ses
átìions , cette discretion fi necessaire pour là
gouvernement :, cette douceur ces grâces
majestueuses , tout nous rappelle son au*
giiste Bifayeul.
M. l'Ancien Evêque de Fréjus ne
í^auroìt être oublié quand on parle d'un
Prince aimable , précieux dépost confié k
ses
JANVIER tftf/ i#r
set soins. Ce Prélat qui duns le sein de lit
Cour a sait éclater un^defintenss.ment di
gne des premiers siecles de l'Eglise ne fan.
ge qu'à donner un f ere k la Patrie.
Agrès ces éloges íiiit celui de M. le
Premier President de Meímes , qui est
manié avec un art infini ; celui de Mon
sieur le Duc d'Orleans défunt n'a pas'
moins de force & de finelîe. Quelle forte
de connotjfance avoit échapée h [a penetralion
? chaque art lui avoit découvert fis
délicatesses , & l'accueil. le plus affable ,
la simplicité ta plus modeste , rehaussoient
encore le prix de ses plus rares qualite'^.
Quelle fuperiorité ne falloit-il pas pour
s'attirer le réspeSì sans l'appareil de la
grandeur \ l'hommage forcé que les. place»
exigent approthc-t'il de celui qjti ne ft
rend q u k la personne \ Vous *n'en connoifi
yê^ point d'autre , ajoûte.t'il , en s'ad-.
dielíant à ses nouveaux Confreres , &
9.est l' ifnique qu'il Vous convient de rece
voir & de rendre* . Le mente seul a des
droits fur vous \ il doit justifier les fa
iseurs de la. fortune t ou accompagner l'é
clat de la- naissance ; vous voulei toujours'
que les. digntte^ soient la preuve des talens
ou la récompense de la vertu.
. Cet Extrait de la Harangue de M.
l'Abbé Atary, & le peu d'usage qu'il a
fait jusqu'à present pour le public d'une.
V.Hi élo~''
ie# MERCURE CE FRANCE.
éloquence si brillance &c si neuve , dé
montrent claire mejjf que ce ne sont pas
toujours les meilleures plumes qui écri.*
vent davantage. La réponse de' M. l'Abbé
D"ubos , Secretaire perpetuel de l'AcgdérriieFrançoile
soutient cette proposition en'
faveur de M.- l'Abbé Alaryv II est vrai ,'
lui dit.il , Monsieur, que vous n'appor
tez. pas ici les titres qui déterminent ordi*
nairement C Académie dans les èlvEtions.
Vos ouvrages n'ont paru encore qu'aux?
yeux de vos amis , mais vous nous appor
tez. des talens qui justifient bien nôtre.
choix :. une' érudition capable de faire
honneur à des sçavans qui auroient vécu
deux fois l'âge ou vous êtes : un juge
ment aujfi solide que fi vous aviez. em
ployé' tout votre temps à l'étude des feien-'
ces y dont le principal' merite e(l de nous
accoutumer à' raisonner avec just jfe , &c.
La précision ne nous permet pas dedonner
un abregé plus étendu de la repon-'
se de M . ï Abbé Dubos qui raísemble bien
des traks dignes d'être citez.
Nous ne rappellerons que celui.ci au
fbjet de M. le Duc , chargé par le Roy
des fonctions de Principal Ministre. C'est'
un Prince dit M. l'Abbé Dubos , trop'
juste pour prendre des résolutions qui ne
fiient pas équitables > & trop ferme pour
VarUr dans celUs qu'il aura prises.
l'Abbé Alary , prit séance à l'Académie
Françoise qui l'âvok élû pour remplir la*
place de feu M. de Mesmes , Premier
President du Parlement de Paris. M.'
l'Abbé Alary a eu Phonneur d'être un>
des instituteurs choisis pour les études
du Roy , & on peut avancer hardiment
qu'il est plus glorieux pour lui de s'êtrepresenté
avec ce titre qu'avec des ouvra
ges même applaudis. Quoique fa mcw
destie íèmble leule lui avoir dicté fa ha
rangue ; on sent pourtant bien que fòrí
esprit s'en est mêlé, & que ses foins ont
parfaitement réussi. Ce discours finement
& délicatement écrit , met le public etí
droit de faire de justes «proches à celui qui
l'a composé ; ne dòit.on pas tenir compte?
de fe4.talens à ee public qui les perfec
tionne ? I/Exorde de M. l'Abbé Alary ,
fait autant honneur à son coeur qu'à sort
esprit. C'est un monument de fa recon-'
noistànce pour M. le Marquis , & M.
l'Abbé deDangeau, 8c l'aveu genereux1
qu'il fait des bienfaits qu'il en a reçus
n'est pas moins une lòiiange pour lui y
que pour ces deux illustres frères.
Les Portraits du Cardinal de Riche
lieu & de Louis le Grand , quoique trai
tez déja par mille pinceaux paroislent
ensuite avec des couleurs nouvelles, &
eepenr
&á MERCURÉ DE FRANGÉ..
cependant justes. route l'Europe attenti~
ve k ses d^fieins, dit-il , en parlanc du
Cardinal de Richelieu, & executant ses
ordres dans le temps même qu'elle croyois
te plus y résister, auroit fuffi a l'ambition
du politique le p lus consommé , mais les
vastes projets d'Armand alloient encore
plus loin y toujours plein des siecles futurs
quand le sien sembloit épuiser tous ses foinsy
& l'occuper tout entier , il comptoit que...-.
la gloire de la Nation feroit ensevelie y fi
la langue qui la devoit immortaliser n'é
tait portée kfa plus haute perfection. Voici
tìn trait qui seul caracterise Loiiis XIW
il refpeEloit fa place, il la faisoit respec
ter aux autres , il étoit homme pour les
malheureux , il étoit Roy quand il falloit.
Pepriroer P injustice y & vanger l'inno*
cence. On rte peut peindre les vertus de
Ce grand Roy, íàns penser à celles de
íòn arriere - petit.fils. A peine sorti de.
l'enfance , il marche déjà fur les traces de
son prédecesseur ; l'amour de l'ordre , la
bienseance qui regle ses discours & ses
átìions , cette discretion fi necessaire pour là
gouvernement :, cette douceur ces grâces
majestueuses , tout nous rappelle son au*
giiste Bifayeul.
M. l'Ancien Evêque de Fréjus ne
í^auroìt être oublié quand on parle d'un
Prince aimable , précieux dépost confié k
ses
JANVIER tftf/ i#r
set soins. Ce Prélat qui duns le sein de lit
Cour a sait éclater un^defintenss.ment di
gne des premiers siecles de l'Eglise ne fan.
ge qu'à donner un f ere k la Patrie.
Agrès ces éloges íiiit celui de M. le
Premier President de Meímes , qui est
manié avec un art infini ; celui de Mon
sieur le Duc d'Orleans défunt n'a pas'
moins de force & de finelîe. Quelle forte
de connotjfance avoit échapée h [a penetralion
? chaque art lui avoit découvert fis
délicatesses , & l'accueil. le plus affable ,
la simplicité ta plus modeste , rehaussoient
encore le prix de ses plus rares qualite'^.
Quelle fuperiorité ne falloit-il pas pour
s'attirer le réspeSì sans l'appareil de la
grandeur \ l'hommage forcé que les. place»
exigent approthc-t'il de celui qjti ne ft
rend q u k la personne \ Vous *n'en connoifi
yê^ point d'autre , ajoûte.t'il , en s'ad-.
dielíant à ses nouveaux Confreres , &
9.est l' ifnique qu'il Vous convient de rece
voir & de rendre* . Le mente seul a des
droits fur vous \ il doit justifier les fa
iseurs de la. fortune t ou accompagner l'é
clat de la- naissance ; vous voulei toujours'
que les. digntte^ soient la preuve des talens
ou la récompense de la vertu.
. Cet Extrait de la Harangue de M.
l'Abbé Atary, & le peu d'usage qu'il a
fait jusqu'à present pour le public d'une.
V.Hi élo~''
ie# MERCURE CE FRANCE.
éloquence si brillance &c si neuve , dé
montrent claire mejjf que ce ne sont pas
toujours les meilleures plumes qui écri.*
vent davantage. La réponse de' M. l'Abbé
D"ubos , Secretaire perpetuel de l'AcgdérriieFrançoile
soutient cette proposition en'
faveur de M.- l'Abbé Alaryv II est vrai ,'
lui dit.il , Monsieur, que vous n'appor
tez. pas ici les titres qui déterminent ordi*
nairement C Académie dans les èlvEtions.
Vos ouvrages n'ont paru encore qu'aux?
yeux de vos amis , mais vous nous appor
tez. des talens qui justifient bien nôtre.
choix :. une' érudition capable de faire
honneur à des sçavans qui auroient vécu
deux fois l'âge ou vous êtes : un juge
ment aujfi solide que fi vous aviez. em
ployé' tout votre temps à l'étude des feien-'
ces y dont le principal' merite e(l de nous
accoutumer à' raisonner avec just jfe , &c.
La précision ne nous permet pas dedonner
un abregé plus étendu de la repon-'
se de M . ï Abbé Dubos qui raísemble bien
des traks dignes d'être citez.
Nous ne rappellerons que celui.ci au
fbjet de M. le Duc , chargé par le Roy
des fonctions de Principal Ministre. C'est'
un Prince dit M. l'Abbé Dubos , trop'
juste pour prendre des résolutions qui ne
fiient pas équitables > & trop ferme pour
VarUr dans celUs qu'il aura prises.
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Résumé : Réception de l'Abbé Alaric à l'Académie Françoise. [titre d'après la table]
Le 30 décembre dernier, l'Abbé Alary a été élu à l'Académie Française pour succéder à M. de Mesmes, Premier Président du Parlement de Paris. L'Abbé Alary a été l'un des instituteurs choisis pour les études du Roi, ce qui est considéré comme un honneur supérieur à celui des œuvres applaudies. Son discours, finement et délicatement écrit, a été bien accueilli par le public. L'exorde de l'Abbé Alary rend hommage à son cœur et à son esprit, et il reconnaît les bienfaits reçus de M. le Marquis et M. l'Abbé de Dangeau. Les portraits du Cardinal de Richelieu et de Louis XIV sont présentés avec des couleurs nouvelles et justes. Richelieu est décrit comme un homme dont les vastes projets dépassaient son époque, tandis que Louis XIV est loué pour ses vertus et son respect des malheureux. Le jeune Louis XIV est comparé à son auguste bisaïeul, Henri IV, en raison de ses qualités telles que l'amour de l'ordre et la bienveillance. L'ancien Évêque de Fréjus est également mentionné pour ses qualités et son dévouement à la patrie. Les éloges de M. de Mesmes et du Duc d'Orléans sont soulignés pour leur art et leur finesse. La harangue de l'Abbé Alary démontre son éloquence et son talent, bien que ses œuvres n'aient pas encore été largement publiées. La réponse de l'Abbé Dubos, Secrétaire perpétuel de l'Académie Française, souligne que l'Abbé Alary, bien qu'il n'ait pas encore publié d'ouvrages, apporte des talents et une érudition qui justifient son élection. L'Abbé Dubos mentionne également le Duc, chargé par le Roi des fonctions de Principal Ministre, en le décrivant comme juste et ferme dans ses résolutions.
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1195
p. 109-110
SUJET que propose l'Academie des Belles-Lettres, Sciences & Arts, établie à Pau pour l'Ouvrage qui doit remporter le Prix de l'Année 1724.
Début :
Les Etats Generaux de Bearn, toûjours attentifs à tout ce qui peut procurer [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres, sciences et arts de Pau, Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUJET que propose l'Academie des Belles-Lettres, Sciences & Arts, établie à Pau pour l'Ouvrage qui doit remporter le Prix de l'Année 1724.
SUJET que proposé l'sîcademie des
Belles .Lettres , Sciences & Arts , et b lie
à Pau pour l'Ouvrage qui doit rempor
ter le Prix de l'Année ì 72 4.
LEs Etats Generaux de Bearn , tau.
purs attentifs à tout ce qui peut prev
. curer quelque utilité à la Province., ont '
4>ien voulu accorder aux Meilleurs de
4' Académie , établie à Pau, une somme
annuelle pour son établiísement , augmen
tation', & pour la rendre plus stable.
Cette libéralité a engagé les Messieurs
'qui composent cette Compagnies adjuger
pour prix , chaque année, une Medaille
.d'Oi , où seront gravées d'un côté les Ar
mes de la Province , avec ces mots ( Ex
libe'.alit.ïte Provincis. ) & de l'autre la
Devise de l'Academie.
' Elle avertit le Public qu'elle le destine
à une piece d'Eloquence d'une demi. heure
de lecture , tout au plus , fur ,
Ee bonheur de l'Homme ne consiste
..pas a estre sans pas s ions ., mai s a.
s'en rendre le maître
Toutes les Personnes du Royaume pourxor
t remporter le Prix ; l'Académie ayant
en vue' de faire naître par là plus d'ému
lation
silo MERCURE DE PR-ANCÇ,
lation parmi ses Habicans. On le distri.
.buera le 24. Août 1724. à l'Auteur
de la Piece qui íèra trouvée la plus
digne.
Ceux qui voudrdnt travailler doivent
envoyer leurs Ouvrages ayant Iepremier
de Juin prochain ; s'ils arrivent plus tard,
ils n'entreront point en concours. Il y au-
.ra au bas da chacun uneSentence , & l' Au
teur ^ dont l'Academie veut ignorer le
nom jusqu'à ce qu'elle ait donné son ju
gements mettraJdans un Billet separé &
cacheté , la même Sentence , avec íòct
.Nom & íòn adresse.
Les Ouvrages que l'on enyoyera de la
maniere cy. dessus expliquée , feront
adressez aux Messieurs de l'Academie .à
ipau. On aura foin de faire affranchir le
.port de ceux qu'on mettra à la Poste , íàns
!quoi ils ne seroient pas retirez.
Belles .Lettres , Sciences & Arts , et b lie
à Pau pour l'Ouvrage qui doit rempor
ter le Prix de l'Année ì 72 4.
LEs Etats Generaux de Bearn , tau.
purs attentifs à tout ce qui peut prev
. curer quelque utilité à la Province., ont '
4>ien voulu accorder aux Meilleurs de
4' Académie , établie à Pau, une somme
annuelle pour son établiísement , augmen
tation', & pour la rendre plus stable.
Cette libéralité a engagé les Messieurs
'qui composent cette Compagnies adjuger
pour prix , chaque année, une Medaille
.d'Oi , où seront gravées d'un côté les Ar
mes de la Province , avec ces mots ( Ex
libe'.alit.ïte Provincis. ) & de l'autre la
Devise de l'Academie.
' Elle avertit le Public qu'elle le destine
à une piece d'Eloquence d'une demi. heure
de lecture , tout au plus , fur ,
Ee bonheur de l'Homme ne consiste
..pas a estre sans pas s ions ., mai s a.
s'en rendre le maître
Toutes les Personnes du Royaume pourxor
t remporter le Prix ; l'Académie ayant
en vue' de faire naître par là plus d'ému
lation
silo MERCURE DE PR-ANCÇ,
lation parmi ses Habicans. On le distri.
.buera le 24. Août 1724. à l'Auteur
de la Piece qui íèra trouvée la plus
digne.
Ceux qui voudrdnt travailler doivent
envoyer leurs Ouvrages ayant Iepremier
de Juin prochain ; s'ils arrivent plus tard,
ils n'entreront point en concours. Il y au-
.ra au bas da chacun uneSentence , & l' Au
teur ^ dont l'Academie veut ignorer le
nom jusqu'à ce qu'elle ait donné son ju
gements mettraJdans un Billet separé &
cacheté , la même Sentence , avec íòct
.Nom & íòn adresse.
Les Ouvrages que l'on enyoyera de la
maniere cy. dessus expliquée , feront
adressez aux Messieurs de l'Academie .à
ipau. On aura foin de faire affranchir le
.port de ceux qu'on mettra à la Poste , íàns
!quoi ils ne seroient pas retirez.
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Résumé : SUJET que propose l'Academie des Belles-Lettres, Sciences & Arts, établie à Pau pour l'Ouvrage qui doit remporter le Prix de l'Année 1724.
L'Académie des Belles-Lettres, Sciences & Arts de Pau a lancé un concours pour un ouvrage destiné à remporter le Prix de l'Année 1724. Les États Généraux de Béarn ont alloué une somme annuelle à l'Académie pour assurer sa stabilité. En retour, l'Académie décerne chaque année une médaille d'or aux armes de la province et à sa devise. Le prix est attribué à une pièce d'éloquence de moins de 30 minutes sur le sujet 'Le bonheur de l'Homme ne consiste pas à être sans passions, mais à s'en rendre le maître'. Tous les habitants du Royaume peuvent participer pour encourager l'émulation. Le prix sera remis le 24 août 1724 à l'auteur de la meilleure pièce. Les candidatures doivent être envoyées avant le 1er juin 1724, accompagnées d'une sentence et d'un billet cacheté contenant le nom et l'adresse de l'auteur. Les ouvrages doivent être adressés aux Messieurs de l'Académie à Pau, avec port affranchi pour ceux envoyés par la poste.
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1196
p. 110-112
« Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...] »
Début :
Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...] »
Le sieur Martin , Libraire f imprime le
/Catalogue des Livres de feu M. Fessart ,
celebre Avocat , dont la Bibliotheque est
principalement recommandable par les
Livres de Jurisprudence , qui sont' eh
.grand nombre, 8c par les collections òfc
les études du défunt , si estimé du Public,
par fa droiture & fa grande capacité.
. . . On a soutenu depuis peu dans les
Ecole?
JANVIER 1714. u,
Ecoles de Medecine , ? Paris , une gran
de These, contre la pratique de l'inocu
lation de la petite verole.
Nous apprenons de Berlin que le nou
veau College de Medecine s'assembla
pour la premiere fois le 1 $>. du mois paíTé.
Tjous les Membres y furent introduits par
jVÍ. de t rintzen , Curateur de toutes les
Academies Royales- Les Leçons s'y feront
en Langue Allemande.
.On apprend de Madrid , que le Roi
d'Espagne , considerant l'utilité & lagloi?
.ie de la Nation , a accordé à l'Academie
Royale Espagnolle qu'elle a fondée depuis
son avenement à la Couronne , une rente
annuelle de 6ooqo. réales , pour les frais
de l'impreffion de son nouveau Diction
naire , & lorsque l'édition en sera ache
tee , les arrerages de cette rente ferons
employées àfournir aux frais de ,íès cor-.
jreípondances.
i. .
iOn mande de Rome qu'on y a inhumé
depuis peu dans l'Eglise de Jesus , le
corps de Ferdinand Padrone , fameux Ar
chitecte, qui íous le Pontificat d'Innocent
XII. trouva le moyen de faire conduire
les eaux d'une source de la montagne de
Tolfa , dans la Ville de Civita.Fecchia.
.ni MERCURE -DE FR ANCE.
Le Trésorier de la Chambre Apostoli
que a fait porter dans une des Salles dit
^Palais Pontifical , une statue de marbre
blanc de Jules.Ceíàr qui a été trouvée
dans les fondemens qu'on a creusez de
puis peu pour construire les fortifications
du^Port de Sainte Felicite.
Le Prince Borghese a fait present .au
íape d'un Crucifix d'or , du poids de
douze marcs.
On apprend de Lisbonne que les con
ferences de Medecine qui avoient été in
terrompues pendant quelque tems , fu
rent' recommencées le 12. de l'autre mois,
dans la maison de Joseph Gomez t Prc
fdseur en Chymie &en Pharmacie. On
y lut une Dissertation fur les fractures
des os, & .fur les meilleurs moyens qui
en procurent la réunion. La.Séance finit
parla lecture de quelques pieces de Poi>
fie, à ta louange de l' Anatomie.
On a exposé à Venise dans une des
Cours du nouveau Palais des Procura
teurs de S. Marc, un groupe de marbre
'blanc , representant le tems qui découvre
la verité. Ces deux figures font l'ouvra
ge d'Antoine Corradin-i , fameux Scul
pteur Venitien. Ce beau morceau est des
tiné pour le Palais du Rei de Pologne,
à Dresde,
/Catalogue des Livres de feu M. Fessart ,
celebre Avocat , dont la Bibliotheque est
principalement recommandable par les
Livres de Jurisprudence , qui sont' eh
.grand nombre, 8c par les collections òfc
les études du défunt , si estimé du Public,
par fa droiture & fa grande capacité.
. . . On a soutenu depuis peu dans les
Ecole?
JANVIER 1714. u,
Ecoles de Medecine , ? Paris , une gran
de These, contre la pratique de l'inocu
lation de la petite verole.
Nous apprenons de Berlin que le nou
veau College de Medecine s'assembla
pour la premiere fois le 1 $>. du mois paíTé.
Tjous les Membres y furent introduits par
jVÍ. de t rintzen , Curateur de toutes les
Academies Royales- Les Leçons s'y feront
en Langue Allemande.
.On apprend de Madrid , que le Roi
d'Espagne , considerant l'utilité & lagloi?
.ie de la Nation , a accordé à l'Academie
Royale Espagnolle qu'elle a fondée depuis
son avenement à la Couronne , une rente
annuelle de 6ooqo. réales , pour les frais
de l'impreffion de son nouveau Diction
naire , & lorsque l'édition en sera ache
tee , les arrerages de cette rente ferons
employées àfournir aux frais de ,íès cor-.
jreípondances.
i. .
iOn mande de Rome qu'on y a inhumé
depuis peu dans l'Eglise de Jesus , le
corps de Ferdinand Padrone , fameux Ar
chitecte, qui íous le Pontificat d'Innocent
XII. trouva le moyen de faire conduire
les eaux d'une source de la montagne de
Tolfa , dans la Ville de Civita.Fecchia.
.ni MERCURE -DE FR ANCE.
Le Trésorier de la Chambre Apostoli
que a fait porter dans une des Salles dit
^Palais Pontifical , une statue de marbre
blanc de Jules.Ceíàr qui a été trouvée
dans les fondemens qu'on a creusez de
puis peu pour construire les fortifications
du^Port de Sainte Felicite.
Le Prince Borghese a fait present .au
íape d'un Crucifix d'or , du poids de
douze marcs.
On apprend de Lisbonne que les con
ferences de Medecine qui avoient été in
terrompues pendant quelque tems , fu
rent' recommencées le 12. de l'autre mois,
dans la maison de Joseph Gomez t Prc
fdseur en Chymie &en Pharmacie. On
y lut une Dissertation fur les fractures
des os, & .fur les meilleurs moyens qui
en procurent la réunion. La.Séance finit
parla lecture de quelques pieces de Poi>
fie, à ta louange de l' Anatomie.
On a exposé à Venise dans une des
Cours du nouveau Palais des Procura
teurs de S. Marc, un groupe de marbre
'blanc , representant le tems qui découvre
la verité. Ces deux figures font l'ouvra
ge d'Antoine Corradin-i , fameux Scul
pteur Venitien. Ce beau morceau est des
tiné pour le Palais du Rei de Pologne,
à Dresde,
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Résumé : « Le sieur Martin, Libraire, imprime le Catalogue des Livres de feu M. Fessart, [...] »
Le texte relate plusieurs événements historiques et culturels. Le libraire Martin a imprimé le catalogue des livres de feu M. Fessart, avocat renommé pour sa bibliothèque spécialisée en jurisprudence. En janvier 1714, une thèse contre l'inoculation de la petite vérole a été présentée à Paris. À Berlin, le nouveau Collège de Médecine a tenu sa première réunion, avec des cours en allemand. À Madrid, le roi d'Espagne a octroyé une rente annuelle à l'Académie Royale Espagnole pour l'impression de son dictionnaire. À Rome, l'architecte Ferdinand Padrone a été inhumé après avoir conduit les eaux d'une source à Civita Vecchia. Une statue de Jules César a été découverte lors de travaux de fortification. Le Prince Borghese a offert un crucifix d'or à une chapelle. À Lisbonne, les conférences de médecine ont repris, abordant les fractures osseuses et incluant des lectures de poésie en hommage à l'anatomie. À Venise, une sculpture de marbre représentant le temps découvrant la vérité, œuvre d'Antoine Corradini, a été exposée pour le roi de Pologne à Dresde.
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1197
p. 113-117
EXTRAIT de diverses Lettres.
Début :
Depuis 1720. il s'est trouvé ici (Ganderheim) dans quelques oeufs [...]
Mots clefs :
Savants, Oeufs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de diverses Lettres.
"EXTRAIT de diverses Lettres.
DEpuis 17ZO- il s'est trouvé ici
( Ganderheim ) dans .quelques oeufs
de poule , que des femmes étrangeres 8c
inconnues ont vendu , quatre , cinq &
jfîx lentilles ou pois entre le blanc & le
jaune , qui ayant. été semez, ont pour la
plupart levé & produit à l'ordinaire. Nos
Sçavans ont beaucoup travaillé par l'or
dre de S. A. S. Mad' l'Abbeslé Elisabeth
Ernesse , pour expliquer comment ces
grains ont pu palier dans ces oeufs , &
n'ont rien dit qui satisfasse l'esprit. Pour
les autres ils n'y ont pas tant cherché de
finesse ; ils attribuent le tout à la sorcelle
rie. Nous rapporterons à ce sujet ce qui
.arriva il y a quinze ans à la femme d'un
Marchand de Ventíè. Elle étoit tourmen
tée d'une tumeur en forme d'oeuf de pi
geon , situé en un endroit que la pudeur
^empêche de nommer.* Après .qu'on y eut
appliqué quelque tems un emplâtre ,
on fut surpris d'en voir íortir une petite
branche de romarin , dont les feuilles
étoient aussi vertes que si elle venoit d'ê
tre coupée fur la plante. On communi
qua le fait à M's Senachi , Hartman , Paísol,
& Matthini ; mais , à mon avis, ils ne
réussirent pas mieux que nos Fçavans.
Notre Recteur ML J. Çristophe Ha-
F remberg
M4 MERCURE DE FRANCE.
remberg a fait imprimer une Diísertation
fur unPaííage d'Amos , chap. 5. v.
27. & fur celui des Actes des Apô
tres , chap. 7. v. 4£. & 4^. fous ce titres
Difquifìtio cçnjefturalis propemtica de
Jdolo Chtun & Rephan. L'Auteur pré
tend prouver par quelques Antiquitez
Egiptiennes , qu'on ne doit entendre par
ces mots autre chose que le Fleuve d»
jNil , que les Egyptiens désignoient par
Saturne dans le Ciel. Il fait yoir de plus
la conformité des noms en plusieurs Lanr
gues Orientales. Jl fortifie son opinion
d'autoritez aufquelles il joint de frequen
tes reflexions. Si son Óuvrage est bien
seçu du Public , il fait eíperer de donner
des jéclaiíciísemens fur plusieurs Idoles
inconnues jusqu'à present ; & de fait,
il promet dans l'Epure dédicatoire une
Dissertation particuliere de Jove Çafio
qui a été adoré à Seleucie de Sirie , sous
la forme d'un écuérL
Enfin il a paru ici „ .{ Milan ) à la gran
de satisfaction du Public", deux Tomes ,
Rernm Italicamm du fçavant Ltidovìco
jíntonio Maratore , Bibliothecaire de fòn
A. S. le Duc de Modene , & l'on attend
avec impatience les autres qui font sous
presse.
Almoro Albrizzi vient de nous donne*
(Venisi) le premier Tome des Extraits.
i'*L- ' des
JANVIER. 1714. nj
áes Principaux Journaux des Sçavans de
l'Europe > il est tiré de la Bibliotheque
.ancienne & moderne^Amsterdam. i.part.
tom. xix. & des Actes des Sçavans de
Lipsic .part. lxxxvií . Le second , qui est
tout prêt, est extrait des Journaux des
Sçavans.
M. Berger , Conseiller du Duc de.
Wirtemberg , fart imprimer ici , ( Vvïr-'
temberg ) uBe-Diflertation Critique , His
torique , Morale & Juridique sur les Mas.
.ques , accompagnée de~ 180* figures en
taille.douce>gravées par Wolffgang . cele
bre G raveur à Berlin. Elle paraîtra sous ce
titre : Commentatìo de Personisyseu L trvist
»Criûca^ Historica t Aíoralis ac Juridica,
On nous écrit de la Haye que M. de la
G range, Pocte François^ a publié un Re
cueil de ses Oeuvres mêlées , dont nous
pourrons donner un Extrait le mois pro
chain.
L'Eglise & la Republique des Lettres
ont perdu le n. de ce mois M. Jacques
de Poisson , seul Chevalier Noble Se
Commandeur Ecclesiastique des Ordres
Royaux de S. Lazare , & de Notre.Dame
de Mont.Carmel. Le feu Roi l'avoir ho
noré des principales Charges de íâ Cha
pelle pendant plus de trente ans "cç l'avoiC
gssuice donné à Madame la Dauphi.
né MERCURE DE FRANCE.
ne, Adelaïde de Sayoye. Pendant ce terns.
Jà il fut pourvu des Abbayes de Bournet
Se de Beiiil. Il joignoit à une naiííànce il?
lustre un goût & une délicatesse pour les
sciences qui l'avoient fait souhaitter dans
toutes les Academies d'Italie & de pres
que toute l'Europe , & il ne s'éíoit excusé
d'y entrer que par le travail immeníe
qu'il a voit entrepris ; sçavoir , de donner
une Traduction fidel.le des Çohciles comr
pilez en 1606. par Bini. Cet Ouvrage
qu'il disposoit pour la presse avec un
Suplement eut été d'un grand íecours aux
gens de lettres pour discerner dans les
Actes des Conciles ce que l'ignorance des
siecles grossiers, ou la malice des hereti
ques ont pu introduire d'apocriphe ou de
supposé. Il avoit encore entrepris de tra
duire en Latin la grande histoire de Fran
ce par Mezeray qu'il voulok auísi traduire
en Grec , en faveur des Orientaux. Ce
Sçavant joignoit à son érudition une po
litesse & une generosité qui reiadoient sa
maiíon & sá Bibliotheque ouvertes à tous
ceux qui en ayoient besoin. On assure
qu'il a refusé plusieurs Evêchez dans les
tems où íes fermons l'ont fait desirer des
plus grands Diocèses , content de donner
son tems à la priere , à l'étude , & à
éclairer ceux qui venoient le coníulter.
U est mort à l'âge de 80. ans 'regretté
CL ; JANVIER 171*. ÎI7
♦
GO des gens de la plus singuliere distinction,
Bon & on a crû qu'un homme de ce carac-
(k tere meritoic d'être inhumé , comme ií
)oc: l'a été dans l'Egliíe Metropolitaine de
kI Paris. On attend avec impatience que
ici ses heritiers donnent au public les fruits
tes' de plus de soixante ans , d*un travail
w assidu , utile à l'Eglise & honorable à nô*
ic tre nation.
Se Miches Boyer , Peintre ordinaire du
m Rôy , pour l'Architecture & la Perspec-
.;; tive, pensionnaire de Sa Majesté ,.demeulfj
çant aux Galleries du Louvre , Coníèilr
1er de l'Académie Royale de Feinture &
Sculpture, mourut à Paris le 15. de ce
; mois y âgé ds 5 ans',' dans de grands
feritimens de Pieté & de Religion ; outre
son rare talent, il étoit trcs.bon & fi
dele ami , ce qui le faisoit estimer do
tous .ceux qui le connoilîoient.
La pension de 600. liv qu'a voit M.
Boyer , a été donnée à M. de Chavanes,
fils d'un Notaire de Paris , Peintre du
, Roy, excellent Païíàgiste aux Gobelins.
L'Abbé Molaire , nouveau Profeíseur
du College Royal, fit le 20. de ce mois,
l'ouverture d'un cours de Phisique,par
un Discours préliminaire qui fut fort
applaudi.
DEpuis 17ZO- il s'est trouvé ici
( Ganderheim ) dans .quelques oeufs
de poule , que des femmes étrangeres 8c
inconnues ont vendu , quatre , cinq &
jfîx lentilles ou pois entre le blanc & le
jaune , qui ayant. été semez, ont pour la
plupart levé & produit à l'ordinaire. Nos
Sçavans ont beaucoup travaillé par l'or
dre de S. A. S. Mad' l'Abbeslé Elisabeth
Ernesse , pour expliquer comment ces
grains ont pu palier dans ces oeufs , &
n'ont rien dit qui satisfasse l'esprit. Pour
les autres ils n'y ont pas tant cherché de
finesse ; ils attribuent le tout à la sorcelle
rie. Nous rapporterons à ce sujet ce qui
.arriva il y a quinze ans à la femme d'un
Marchand de Ventíè. Elle étoit tourmen
tée d'une tumeur en forme d'oeuf de pi
geon , situé en un endroit que la pudeur
^empêche de nommer.* Après .qu'on y eut
appliqué quelque tems un emplâtre ,
on fut surpris d'en voir íortir une petite
branche de romarin , dont les feuilles
étoient aussi vertes que si elle venoit d'ê
tre coupée fur la plante. On communi
qua le fait à M's Senachi , Hartman , Paísol,
& Matthini ; mais , à mon avis, ils ne
réussirent pas mieux que nos Fçavans.
Notre Recteur ML J. Çristophe Ha-
F remberg
M4 MERCURE DE FRANCE.
remberg a fait imprimer une Diísertation
fur unPaííage d'Amos , chap. 5. v.
27. & fur celui des Actes des Apô
tres , chap. 7. v. 4£. & 4^. fous ce titres
Difquifìtio cçnjefturalis propemtica de
Jdolo Chtun & Rephan. L'Auteur pré
tend prouver par quelques Antiquitez
Egiptiennes , qu'on ne doit entendre par
ces mots autre chose que le Fleuve d»
jNil , que les Egyptiens désignoient par
Saturne dans le Ciel. Il fait yoir de plus
la conformité des noms en plusieurs Lanr
gues Orientales. Jl fortifie son opinion
d'autoritez aufquelles il joint de frequen
tes reflexions. Si son Óuvrage est bien
seçu du Public , il fait eíperer de donner
des jéclaiíciísemens fur plusieurs Idoles
inconnues jusqu'à present ; & de fait,
il promet dans l'Epure dédicatoire une
Dissertation particuliere de Jove Çafio
qui a été adoré à Seleucie de Sirie , sous
la forme d'un écuérL
Enfin il a paru ici „ .{ Milan ) à la gran
de satisfaction du Public", deux Tomes ,
Rernm Italicamm du fçavant Ltidovìco
jíntonio Maratore , Bibliothecaire de fòn
A. S. le Duc de Modene , & l'on attend
avec impatience les autres qui font sous
presse.
Almoro Albrizzi vient de nous donne*
(Venisi) le premier Tome des Extraits.
i'*L- ' des
JANVIER. 1714. nj
áes Principaux Journaux des Sçavans de
l'Europe > il est tiré de la Bibliotheque
.ancienne & moderne^Amsterdam. i.part.
tom. xix. & des Actes des Sçavans de
Lipsic .part. lxxxvií . Le second , qui est
tout prêt, est extrait des Journaux des
Sçavans.
M. Berger , Conseiller du Duc de.
Wirtemberg , fart imprimer ici , ( Vvïr-'
temberg ) uBe-Diflertation Critique , His
torique , Morale & Juridique sur les Mas.
.ques , accompagnée de~ 180* figures en
taille.douce>gravées par Wolffgang . cele
bre G raveur à Berlin. Elle paraîtra sous ce
titre : Commentatìo de Personisyseu L trvist
»Criûca^ Historica t Aíoralis ac Juridica,
On nous écrit de la Haye que M. de la
G range, Pocte François^ a publié un Re
cueil de ses Oeuvres mêlées , dont nous
pourrons donner un Extrait le mois pro
chain.
L'Eglise & la Republique des Lettres
ont perdu le n. de ce mois M. Jacques
de Poisson , seul Chevalier Noble Se
Commandeur Ecclesiastique des Ordres
Royaux de S. Lazare , & de Notre.Dame
de Mont.Carmel. Le feu Roi l'avoir ho
noré des principales Charges de íâ Cha
pelle pendant plus de trente ans "cç l'avoiC
gssuice donné à Madame la Dauphi.
né MERCURE DE FRANCE.
ne, Adelaïde de Sayoye. Pendant ce terns.
Jà il fut pourvu des Abbayes de Bournet
Se de Beiiil. Il joignoit à une naiííànce il?
lustre un goût & une délicatesse pour les
sciences qui l'avoient fait souhaitter dans
toutes les Academies d'Italie & de pres
que toute l'Europe , & il ne s'éíoit excusé
d'y entrer que par le travail immeníe
qu'il a voit entrepris ; sçavoir , de donner
une Traduction fidel.le des Çohciles comr
pilez en 1606. par Bini. Cet Ouvrage
qu'il disposoit pour la presse avec un
Suplement eut été d'un grand íecours aux
gens de lettres pour discerner dans les
Actes des Conciles ce que l'ignorance des
siecles grossiers, ou la malice des hereti
ques ont pu introduire d'apocriphe ou de
supposé. Il avoit encore entrepris de tra
duire en Latin la grande histoire de Fran
ce par Mezeray qu'il voulok auísi traduire
en Grec , en faveur des Orientaux. Ce
Sçavant joignoit à son érudition une po
litesse & une generosité qui reiadoient sa
maiíon & sá Bibliotheque ouvertes à tous
ceux qui en ayoient besoin. On assure
qu'il a refusé plusieurs Evêchez dans les
tems où íes fermons l'ont fait desirer des
plus grands Diocèses , content de donner
son tems à la priere , à l'étude , & à
éclairer ceux qui venoient le coníulter.
U est mort à l'âge de 80. ans 'regretté
CL ; JANVIER 171*. ÎI7
♦
GO des gens de la plus singuliere distinction,
Bon & on a crû qu'un homme de ce carac-
(k tere meritoic d'être inhumé , comme ií
)oc: l'a été dans l'Egliíe Metropolitaine de
kI Paris. On attend avec impatience que
ici ses heritiers donnent au public les fruits
tes' de plus de soixante ans , d*un travail
w assidu , utile à l'Eglise & honorable à nô*
ic tre nation.
Se Miches Boyer , Peintre ordinaire du
m Rôy , pour l'Architecture & la Perspec-
.;; tive, pensionnaire de Sa Majesté ,.demeulfj
çant aux Galleries du Louvre , Coníèilr
1er de l'Académie Royale de Feinture &
Sculpture, mourut à Paris le 15. de ce
; mois y âgé ds 5 ans',' dans de grands
feritimens de Pieté & de Religion ; outre
son rare talent, il étoit trcs.bon & fi
dele ami , ce qui le faisoit estimer do
tous .ceux qui le connoilîoient.
La pension de 600. liv qu'a voit M.
Boyer , a été donnée à M. de Chavanes,
fils d'un Notaire de Paris , Peintre du
, Roy, excellent Païíàgiste aux Gobelins.
L'Abbé Molaire , nouveau Profeíseur
du College Royal, fit le 20. de ce mois,
l'ouverture d'un cours de Phisique,par
un Discours préliminaire qui fut fort
applaudi.
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Résumé : EXTRAIT de diverses Lettres.
Entre 1710 et 1714, plusieurs événements scientifiques et littéraires marquants ont eu lieu. En 1710, à Gandersheim, des graines de lentilles ou de pois ont été découvertes dans des œufs de poule, un phénomène inexpliqué que les savants ont souvent attribué à la sorcellerie. Un cas similaire a été rapporté à Venise, où une tumeur a produit une branche de romarin. Le Recteur J. Christophe Haferberg a publié une dissertation sur des passages bibliques, interprétant des termes comme le Nil et Saturne. À Milan, Ludovico Antonio Muratori a publié deux tomes des 'Rerum Italicarum', avec d'autres tomes attendus. Almoro Albrizzi a édité des extraits des principaux journaux savants d'Europe. M. Berger, conseiller du Duc de Wurtemberg, a préparé une dissertation sur les masques, illustrée par Wolffgang. À La Haye, M. de La Grange a publié un recueil de ses œuvres. En janvier 1714, Jacques de Poisson, érudit et traducteur, est décédé à l'âge de 80 ans, laissant plusieurs traductions inachevées. Michel Boyer, peintre et architecte, est également décédé à Paris à l'âge de 55 ans, et sa pension a été attribuée à M. de Chavanes. L'Abbé Molaire a inauguré un cours de physique au Collège Royal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1198
p. 118-119
EXPLICATION des Types & Legendes des Jettons frappez pour le premier Janvier 1724. dont la planche est ci à côté.
Début :
TRÉSOR ROYAL. LA figure d'un Fleuve, qui avec son [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION des Types & Legendes des Jettons frappez pour le premier Janvier 1724. dont la planche est ci à côté.
EXPLICATION Àes-'-f^^
Légendes des Jeitms fra-ffez
.jjnmìer Janvier 1714. dont la planche
est ci k côté.
A figure d'un Fleuve , qui: ^fciòrF
JL/ Urne répand des eaux dans un grarjttt
Ballin , Legende. Recipuqùe réfertqueí^ í
// rend ce qu'il refoit.
Parties Casvelibs.
Un grand Chesne qui laisse tomber
quantité de glands , Legende : Sic manet
immortale genus. C'est ainsi que fi ntc*
fimmortalise.
Chambre aux' Déni ers.
Un Arrosoir répandu fur de jeunes
Lauriers , Legende f Certior imbre. Cet»
j>lnye ajs-tre leur vie.
Bastimens du Roy.
Apollon bâti (Tant les murailles de ThebeS,
en joiiant de la Lyre , Légende r Saxa
aurita moventur. Les Pierres enundent ,
& se meuvent d'elles.mêmes.
ÛRD5-
^ANVIÊR uitç ïi*
ÒrûinAike DES GÒER.RïS.
La tête de Meduse representée sur un
Bouclier, Legende: Contra quid postent
ruentes ! Que fourroient contre elles les
efforts ennemis !
Extraordinaire des Guerres,'.
La Massiie d'Hercule. Legendes Etianw
que per otia terret. Elle inspire la órain*
te,' même dans son repos.
Marine.
Un Vaiíseau en plaine Mer conduit
par Jes étoiles de Castor & Pollux. Legen
de : Subamico íìdere tuta. Je vogue en
partitfins cet ajìre protetteur.
Galères.'
Des Òiíèaux de Proye qui semblent
r'égayer en volant sur une mer calme.
Legende : Discuntque pei otia bellutn.
ils apprennent la guerre dans le calmt
mime.
Légendes des Jeitms fra-ffez
.jjnmìer Janvier 1714. dont la planche
est ci k côté.
A figure d'un Fleuve , qui: ^fciòrF
JL/ Urne répand des eaux dans un grarjttt
Ballin , Legende. Recipuqùe réfertqueí^ í
// rend ce qu'il refoit.
Parties Casvelibs.
Un grand Chesne qui laisse tomber
quantité de glands , Legende : Sic manet
immortale genus. C'est ainsi que fi ntc*
fimmortalise.
Chambre aux' Déni ers.
Un Arrosoir répandu fur de jeunes
Lauriers , Legende f Certior imbre. Cet»
j>lnye ajs-tre leur vie.
Bastimens du Roy.
Apollon bâti (Tant les murailles de ThebeS,
en joiiant de la Lyre , Légende r Saxa
aurita moventur. Les Pierres enundent ,
& se meuvent d'elles.mêmes.
ÛRD5-
^ANVIÊR uitç ïi*
ÒrûinAike DES GÒER.RïS.
La tête de Meduse representée sur un
Bouclier, Legende: Contra quid postent
ruentes ! Que fourroient contre elles les
efforts ennemis !
Extraordinaire des Guerres,'.
La Massiie d'Hercule. Legendes Etianw
que per otia terret. Elle inspire la órain*
te,' même dans son repos.
Marine.
Un Vaiíseau en plaine Mer conduit
par Jes étoiles de Castor & Pollux. Legen
de : Subamico íìdere tuta. Je vogue en
partitfins cet ajìre protetteur.
Galères.'
Des Òiíèaux de Proye qui semblent
r'égayer en volant sur une mer calme.
Legende : Discuntque pei otia bellutn.
ils apprennent la guerre dans le calmt
mime.
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Résumé : EXPLICATION des Types & Legendes des Jettons frappez pour le premier Janvier 1724. dont la planche est ci à côté.
En janvier 1714, diverses légendes et figures sont illustrées. Un fleuve, représenté par une urne versant de l'eau dans un grand bassin, symbolise la réciprocité. Un chêne laissant tomber des glands illustre l'immortalité de la descendance. Un arrosoir arrosant de jeunes lauriers signifie que l'eau assure leur croissance. Apollon construit les murailles de Thèbes en jouant de la lyre, montrant que les pierres se meuvent d'elles-mêmes. La tête de Méduse sur un bouclier symbolise la défense contre les efforts ennemis. La massue d'Hercule inspire la crainte même dans son repos. Un vaisseau en mer, guidé par les étoiles de Castor et Pollux, indique une navigation protégée. Des oiseaux de proie volent sur une mer calme, apprenant la guerre dans le calme.
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1199
p. 120-122
« Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
Début :
Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...]
Mots clefs :
Théâtre, Pièce, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
LE 7. de ce mois les Comedien*
François ont remis au Theatre la
Tragedie' de Ntthetisàe M. Danchet, de'
l'Académie Françoise , dont nous donnâ
mes un Extrait, lorsqu'elle parut l'an
née passée. L'Auteur y a fait quelques
changemens qui ont contribué à la faire
encore plus goûter da Public. La distribu-~
tion des rôles a été la même, à là'réíèrve
de celui de Nithetis , que la DUe Lecouvreur
n'a pas été en état de joiïer d'abord,
& que' la D'i« Labat a rempli au gré des.
Spectateurs. Cette jeune personne pro
met beaucoup , l'intelligence, les graces^
la Noblesse, & beaucoup de décence en
trent également dans son jeu. Le Publie
l'a encouragée par ses applaudissémens.
Le 8.. la D1 e la Chaise , qui avoit déja
été de la Troupe des Comediens Fran
çois , reparut comme postulante , & joua
les rôles de Suivante dans Democrite , Se
dans les Folies amoureuses , ainíi que
dans Tartuffe , Se la Serenade.
Le 19. de ce mois les Comediens Ita
liens donneront une Piece nouvelle d'un"
Acte en prose avec des Vaudevilles &c
des.
JANVIER 1724- m
des Chants , intitulée : Le mariage d'Ar
lequin avec Silvia , ou Thetis & Pelée
déguise.
Cette piece ne fut point goûtée du
Public, qui trouva cependant à íè dé
dommager à la Double Inconstance qu'on
repreíenta d'abord ; c'est une des meil
leures Comedies de M. de Marivaux.
Le 2 2. il parut un autre Actrice au
Theatre François , dans le rcfle de la
íuivante des Folies amoureusès de feu M.
Renard. La Due Nefmond qui donne lieu
à cet article â est une jeune personne qui
n'a jamais joiié la Comedie.
Le 26. on donna fur le même Theatre
la premiere repreíentation de l'Impatient,
Comedie en cinq Actes ^ & en vers avec
un Prologue t par M. de Boissi , Auteur.
de la Rivale d'elle.même , qui fut joiiée
avec succès il y a trois ans. La premiere
repreíentation de cette Piece a été fort
applaudie. Nous en parlerons plus au
long , & nous endonnerons un .Extrait*.
On apprend de Venise que le 2 6. de
Pautre mois tous les Theatres furent
rouverts , Si. l'on representa fur celui
de S. Chriíòstome , un Opera nouveau
intitulé le plus fideU des Amis.
Le de ce mois on representa íur
F v celui
ï2i MERCURE DE FRAtfCE;
celui de S. Moyse , un nouvel Opera ^
qui a pour titre : les Effets de l'Amour dr
di l'Ai.b'non*
François ont remis au Theatre la
Tragedie' de Ntthetisàe M. Danchet, de'
l'Académie Françoise , dont nous donnâ
mes un Extrait, lorsqu'elle parut l'an
née passée. L'Auteur y a fait quelques
changemens qui ont contribué à la faire
encore plus goûter da Public. La distribu-~
tion des rôles a été la même, à là'réíèrve
de celui de Nithetis , que la DUe Lecouvreur
n'a pas été en état de joiïer d'abord,
& que' la D'i« Labat a rempli au gré des.
Spectateurs. Cette jeune personne pro
met beaucoup , l'intelligence, les graces^
la Noblesse, & beaucoup de décence en
trent également dans son jeu. Le Publie
l'a encouragée par ses applaudissémens.
Le 8.. la D1 e la Chaise , qui avoit déja
été de la Troupe des Comediens Fran
çois , reparut comme postulante , & joua
les rôles de Suivante dans Democrite , Se
dans les Folies amoureuses , ainíi que
dans Tartuffe , Se la Serenade.
Le 19. de ce mois les Comediens Ita
liens donneront une Piece nouvelle d'un"
Acte en prose avec des Vaudevilles &c
des.
JANVIER 1724- m
des Chants , intitulée : Le mariage d'Ar
lequin avec Silvia , ou Thetis & Pelée
déguise.
Cette piece ne fut point goûtée du
Public, qui trouva cependant à íè dé
dommager à la Double Inconstance qu'on
repreíenta d'abord ; c'est une des meil
leures Comedies de M. de Marivaux.
Le 2 2. il parut un autre Actrice au
Theatre François , dans le rcfle de la
íuivante des Folies amoureusès de feu M.
Renard. La Due Nefmond qui donne lieu
à cet article â est une jeune personne qui
n'a jamais joiié la Comedie.
Le 26. on donna fur le même Theatre
la premiere repreíentation de l'Impatient,
Comedie en cinq Actes ^ & en vers avec
un Prologue t par M. de Boissi , Auteur.
de la Rivale d'elle.même , qui fut joiiée
avec succès il y a trois ans. La premiere
repreíentation de cette Piece a été fort
applaudie. Nous en parlerons plus au
long , & nous endonnerons un .Extrait*.
On apprend de Venise que le 2 6. de
Pautre mois tous les Theatres furent
rouverts , Si. l'on representa fur celui
de S. Chriíòstome , un Opera nouveau
intitulé le plus fideU des Amis.
Le de ce mois on representa íur
F v celui
ï2i MERCURE DE FRAtfCE;
celui de S. Moyse , un nouvel Opera ^
qui a pour titre : les Effets de l'Amour dr
di l'Ai.b'non*
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Résumé : « Le 7. de ce mois les Comediens François ont remis au Theatre la [...] »
En janvier 1724, les Comédiens Français ont présenté la tragédie 'Nitétis' de M. Danchet, avec des modifications appréciées. La Duè Labat a remplacé la Duè Lecouvreur dans le rôle principal et a été bien accueillie pour son intelligence et ses grâces. Le 8 janvier, la Duè La Chaise est revenue dans la troupe et a joué dans 'Démocrite', 'Les Folies amoureuses' et 'Tartuffe'. Le 19 janvier, les Comédiens Italiens ont présenté 'Le Mariage d'Arlequin avec Silvia, ou Thétis & Pelée déguisé', mais le public a préféré 'La Double Inconstance' de Marivaux. Le 22 janvier, la Duè Nefmond a fait ses débuts dans 'Les Folies amoureuses'. Le 26 janvier, la première représentation de 'L'Impatient', une comédie en cinq actes de M. de Boissy, a été applaudie. À Venise, les théâtres ont rouvert le 26 décembre précédent, avec des opéras nouveaux au théâtre de San Cristoforo et au théâtre de San Moisè.
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1200
p. 1913-1917
EXTRAIT d'une autre Lettre curieuse, écrite aussi de Malthe dans le même temps, sur un Phénomene de Medecine.
Début :
Or écoutez, Seigneurs, petits & grands, l'Histoire del Medico dell' [...]
Mots clefs :
Eau, Glace, Douleurs, Fièvres, Capucin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre curieuse, écrite aussi de Malthe dans le même temps, sur un Phénomene de Medecine.
EXTRAIT d'une autre Lettrecurieufe,
écriteauffi deMalthe dans le mêmetemps,
JurunPhénomene de Medecine.
R écoutez , Seigneurs , petits &
grands , l'Hiftoire del Medico dell'
acqua fresca: un Prêtre Sicilien , fils
d'un Apoticaire , Docteur en Medecine,
Chimifte de réputation , & de plus Ca
pucin pour le falut de fon ame , eft ici
depuis fix femaines. Il a par charité , par
vanité ou par malice contre la Faculté
´entrepris de guerir les maux qu'on croit
inconnus aux Medecins: voici le fait.
Le Comte Beveren , Allemand , étoit
depuis trois ans affligé d'une palpitation
de cœur avec des mouvemens convul
fifs , un froid à la poitrine qui ne lui
permettoit pas dans la canicule , de fouf--
frir l'air quoique très chaud. Il étoit
toûjours couvert d'une fourrure fur la
peau , & à l'avenant vêtu de veſtes & de
furtouts outre cet affortiment de jour
il étoit très-chaudement couché , & il
ne pouvoit la nuit fous fes couvertu
res fortir le doigt fans être gelé , &
en avoir des convulfions. Le Capucin
Cij
d'entrée dejeu,le dépouille de fes inuti
les/
1914 MERCURE DE FRANCE.
les furtouts , le mit à l'air , & avec de
l'eau commune à la glace & prefque
gelée, fait en 24. heures , que le Comte
Beveren ne connoît plus la foibleffe de
fa poitrine , nile froid ordinaire dont il
étoit tourmenté , eft fans convulfions ,
1
dort à merveille, & fetrouve déja com
me gueri ; fes palpitations fontfort di
minuées. C'eſt l'ouvrage de cinq ſemai
nes. Nota que tous les Medecins de Fran
ce, d'Angleterre & d'Allemagne conful
tez , n'ont rien connu à ce mal. Ils ont
feulement tenu les difcours ordinaires .
un épaiffement du fang , &c. mais de
remede point du tout.
Le CommandeurGuarrena,Piémontois,
livréparla facultéà ladifcretion d'un po
lipeou Schirre,formé ou non, mais placé
àcôtédufoye en long, &fi dur qu'il n'o
béïffoit pas à la main;exterieurement mar
qué avec tous les fimptômes d'un homme
farci d'obftructions ; un corps fec, exte
nué , face livide , &c. par l'effet de l'eau,
le Schirre fe ramolit , 15. jours après il
fentit toute forte de douleurs. La dureté
s'eft diffipée à mesure que dans fes uri
nes on voyoit des matieres comme de la
craye & vifqueufes,à couper avec le cou
teau. M. Guarrena eft revenu de fes laffi
tudes , fon vifage a repris couleur, & ilfe
trouve guerri. Maux de têtes, migraines,
cha
SEPTEMBRE 1724. 1915
chaleurs d'entrailles , diarrées inveterées,
n'ont fait que blanchir fous l'eau glacée.
Un Prêtre atteint de la fiévre maligne
en trois jours a été fur pied : la fiévre
fut prife dans le commencement , &'dès
qu'ellefut declarée maligne.
UnEſpagnol, Page du Grand-Maître,
abandonné par fon Medecin , & après
avoir reçu les Sacremens , fut dans trois
jours fans fiévre par le fecours du Ca
pucin. Il leprit dans cet état , fit ouvrir
les fenêtres , & lui fit avaler de l'eau à la
glace.
Il prétend guerir les hidropifies avec
l'eau en très-peu de temps , & a propofé
qu'on lui donnât de tels malades.
Le Bailly Ruffo fe trouvant attaqué
d'une fiévre violente, avec une diarréeen
tenefme , & des douleurs affieufes , rien
ne le foulagea. Il fit venir le Capucin &
prit l'eau. Dès les premieres 24. heu
res , plus de fiévre, moins de douleurs.
Le lendemain fa diarrée augmenta &
fit de la matiere verte en abondance ;
le troifiéme jour nous l'avons vû chez
le Grand-Maître. J'en fus tout étonné, je
l'avois vû le matin dans fon lit.
Tout ce que je vous écris , mon cher
Bailly , eft de vifu & auditu : je ne
fuis pas prévenu en faveur de l'eau , je
ne la croyois bonne que pour rinfer nos
ver
C iij
1916 MERCURE DE FRANCE.
verres, & pour laver les égouts.
Voici fa maniere de traiter. Onfait ra
fraîchir l'eau à force de glacé ou de nei
ge, autant qu'elle peut l'être , & vous
en buvez trois grands gobelets le matin ,
& dansle cours de la journée jufques à
35. On ne mange point, fur-tout les pre
miers jours. Lorfqu'on fe trouvefoible
au lieu d'alimens , il donne deux ou trois
verres d'eau le foir , avec deux ou trois
jaunes d'oeufs. Dans la fuite on mange
plus ou moins un demi poulet , un petit
pigeon , deux ou trois onces de macar
rons de Sicile, felon l'état où le Capucin
trouve fon malade. Plus ou moins d'eau ,
plus ou moins d'alimens. Il ne quitté
pas fes malades , & obferve continuelle
ment leur poulx. L'effet de l'eau eſt dé
donner , ou des maux de tête , ou dés
chaleurs extrêmes , ou des douleurs dans
les entrailles , même la diarrée , & de
Vous renouveller tous vos anciens maux.
Voici le remede pour la diarrée il
vous coule des lavemens d'eau à la glacë,
& fait boire dans l'inftant, ainſi que pour
les douleurs d'entrailles , & vous fait
frotter le ventre avec de la glace. Pour
les chaleurs de même , il frotte avec de la
glace la tête & l'eftomach. Si c'eft fciati
que qui fe renouvelle ou rumatifine
friction fur la partie avec cette glace.
Ecce
SEPTEMBRE 1724. 1917
Ecce homo, jugez- en, j'ai vû , je vois
tous les jours ce que j'écris ; il traite ſes
malades fans intereft. Ce Religieux a
de l'efprit , l'air guai , confolant & de
confiance. Je lui ai propofé l'eau pour
mesyeux, il m'afait efperer d'autres re
medes pour fortifier les nerfs optiques ,
j'en uferai s'ils font externes , s'il m'en
propofe d'autres , chiſta benè nonſi mo
ve, mafanté eftparfaite,fon graffo ,fref
co comecarne di vitella. Honorez-moi de
vos ordres dans les quatre mois que je.
ferai encore ici ; heureux fi je pouvois
prouver à vôtre Excellence le tendre &
refpectueux attachement de fon très
humble & très obéiffant ferviteur F. P.
écriteauffi deMalthe dans le mêmetemps,
JurunPhénomene de Medecine.
R écoutez , Seigneurs , petits &
grands , l'Hiftoire del Medico dell'
acqua fresca: un Prêtre Sicilien , fils
d'un Apoticaire , Docteur en Medecine,
Chimifte de réputation , & de plus Ca
pucin pour le falut de fon ame , eft ici
depuis fix femaines. Il a par charité , par
vanité ou par malice contre la Faculté
´entrepris de guerir les maux qu'on croit
inconnus aux Medecins: voici le fait.
Le Comte Beveren , Allemand , étoit
depuis trois ans affligé d'une palpitation
de cœur avec des mouvemens convul
fifs , un froid à la poitrine qui ne lui
permettoit pas dans la canicule , de fouf--
frir l'air quoique très chaud. Il étoit
toûjours couvert d'une fourrure fur la
peau , & à l'avenant vêtu de veſtes & de
furtouts outre cet affortiment de jour
il étoit très-chaudement couché , & il
ne pouvoit la nuit fous fes couvertu
res fortir le doigt fans être gelé , &
en avoir des convulfions. Le Capucin
Cij
d'entrée dejeu,le dépouille de fes inuti
les/
1914 MERCURE DE FRANCE.
les furtouts , le mit à l'air , & avec de
l'eau commune à la glace & prefque
gelée, fait en 24. heures , que le Comte
Beveren ne connoît plus la foibleffe de
fa poitrine , nile froid ordinaire dont il
étoit tourmenté , eft fans convulfions ,
1
dort à merveille, & fetrouve déja com
me gueri ; fes palpitations fontfort di
minuées. C'eſt l'ouvrage de cinq ſemai
nes. Nota que tous les Medecins de Fran
ce, d'Angleterre & d'Allemagne conful
tez , n'ont rien connu à ce mal. Ils ont
feulement tenu les difcours ordinaires .
un épaiffement du fang , &c. mais de
remede point du tout.
Le CommandeurGuarrena,Piémontois,
livréparla facultéà ladifcretion d'un po
lipeou Schirre,formé ou non, mais placé
àcôtédufoye en long, &fi dur qu'il n'o
béïffoit pas à la main;exterieurement mar
qué avec tous les fimptômes d'un homme
farci d'obftructions ; un corps fec, exte
nué , face livide , &c. par l'effet de l'eau,
le Schirre fe ramolit , 15. jours après il
fentit toute forte de douleurs. La dureté
s'eft diffipée à mesure que dans fes uri
nes on voyoit des matieres comme de la
craye & vifqueufes,à couper avec le cou
teau. M. Guarrena eft revenu de fes laffi
tudes , fon vifage a repris couleur, & ilfe
trouve guerri. Maux de têtes, migraines,
cha
SEPTEMBRE 1724. 1915
chaleurs d'entrailles , diarrées inveterées,
n'ont fait que blanchir fous l'eau glacée.
Un Prêtre atteint de la fiévre maligne
en trois jours a été fur pied : la fiévre
fut prife dans le commencement , &'dès
qu'ellefut declarée maligne.
UnEſpagnol, Page du Grand-Maître,
abandonné par fon Medecin , & après
avoir reçu les Sacremens , fut dans trois
jours fans fiévre par le fecours du Ca
pucin. Il leprit dans cet état , fit ouvrir
les fenêtres , & lui fit avaler de l'eau à la
glace.
Il prétend guerir les hidropifies avec
l'eau en très-peu de temps , & a propofé
qu'on lui donnât de tels malades.
Le Bailly Ruffo fe trouvant attaqué
d'une fiévre violente, avec une diarréeen
tenefme , & des douleurs affieufes , rien
ne le foulagea. Il fit venir le Capucin &
prit l'eau. Dès les premieres 24. heu
res , plus de fiévre, moins de douleurs.
Le lendemain fa diarrée augmenta &
fit de la matiere verte en abondance ;
le troifiéme jour nous l'avons vû chez
le Grand-Maître. J'en fus tout étonné, je
l'avois vû le matin dans fon lit.
Tout ce que je vous écris , mon cher
Bailly , eft de vifu & auditu : je ne
fuis pas prévenu en faveur de l'eau , je
ne la croyois bonne que pour rinfer nos
ver
C iij
1916 MERCURE DE FRANCE.
verres, & pour laver les égouts.
Voici fa maniere de traiter. Onfait ra
fraîchir l'eau à force de glacé ou de nei
ge, autant qu'elle peut l'être , & vous
en buvez trois grands gobelets le matin ,
& dansle cours de la journée jufques à
35. On ne mange point, fur-tout les pre
miers jours. Lorfqu'on fe trouvefoible
au lieu d'alimens , il donne deux ou trois
verres d'eau le foir , avec deux ou trois
jaunes d'oeufs. Dans la fuite on mange
plus ou moins un demi poulet , un petit
pigeon , deux ou trois onces de macar
rons de Sicile, felon l'état où le Capucin
trouve fon malade. Plus ou moins d'eau ,
plus ou moins d'alimens. Il ne quitté
pas fes malades , & obferve continuelle
ment leur poulx. L'effet de l'eau eſt dé
donner , ou des maux de tête , ou dés
chaleurs extrêmes , ou des douleurs dans
les entrailles , même la diarrée , & de
Vous renouveller tous vos anciens maux.
Voici le remede pour la diarrée il
vous coule des lavemens d'eau à la glacë,
& fait boire dans l'inftant, ainſi que pour
les douleurs d'entrailles , & vous fait
frotter le ventre avec de la glace. Pour
les chaleurs de même , il frotte avec de la
glace la tête & l'eftomach. Si c'eft fciati
que qui fe renouvelle ou rumatifine
friction fur la partie avec cette glace.
Ecce
SEPTEMBRE 1724. 1917
Ecce homo, jugez- en, j'ai vû , je vois
tous les jours ce que j'écris ; il traite ſes
malades fans intereft. Ce Religieux a
de l'efprit , l'air guai , confolant & de
confiance. Je lui ai propofé l'eau pour
mesyeux, il m'afait efperer d'autres re
medes pour fortifier les nerfs optiques ,
j'en uferai s'ils font externes , s'il m'en
propofe d'autres , chiſta benè nonſi mo
ve, mafanté eftparfaite,fon graffo ,fref
co comecarne di vitella. Honorez-moi de
vos ordres dans les quatre mois que je.
ferai encore ici ; heureux fi je pouvois
prouver à vôtre Excellence le tendre &
refpectueux attachement de fon très
humble & très obéiffant ferviteur F. P.
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