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Détail
Liste
1
p. 111-127
DE LA GENERATION.
Début :
Comme vous avez dans vostre Province quantité d'Amis Sçavans, je / C'est un principe tiré d'Aristote, qu'il n'y a point de genèration [...]
Mots clefs :
Corruption, Plantes, Graines, Feuilles, Nature, Coquille, Pourriture, Génération, Fève, Noix
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texteReconnaissance textuelle : DE LA GENERATION.
Comme vous avez dans
voſtre Province quantité
d'Amis Sçavans , je ne doute
112 MERCURE
point que vous ne ſoyez bienaiſe
de leur faire voir ce qu'un
Particulier a écrit contre une
Maxime affez genéralement
receuë en Philoſophie. Come
ce Traité eſt court , il peut
trouver place dás cetteLettre.
52-5252-5252 525252
DE LA GENERATION.
C'est un principe tiré d'Ariſtote
,qu'il nn''yy aappooint degeneration
fans corruption , &que
la corruption d'une choſe eſt la
generation d'une autre. Depuis
que ce Philoſophe a dit cela , per-
Sonne que je fçache ne s'est avisé
GALANT. 113
d'obferver ce quiſe paſſe dans les
generations. On ne s'abaiſſe point
à regarder comment une graine
germe dans laTerre ; cela esttrop
bas. Onsefait honneurde lire
Aristote of tous les Phyſiciens
qui l'ont ſuivy , mais on trouve
abjet de contempler les effets de
la Nature en elle mesme , & de
tâcher de découvrir les voyes qu'-
elle tientpour engendrerune Plante
d'une autre Plante..
Pour moy , fans aller chercher
autre chose que les graines par lefquelles
il est viſible que toutes cho
ſes s'engendrent , je vay faire
voir qu'une veritable genération
Avril 1685. K
114 MERCURE
priſe dans sa vraye fignification
ne vient pointde corruption , mais
qu'elle est une continuelle produ-
Etion.
Cette ſeule propoſition décou
vre tout dun coup ma pensée.
Pour luy donner encore plus de
jour, il nefautpasfimplement lire
Ariftote ; mais ilfautſemelire des
graines , les voir germer , lever,
&pouffer leurs tiges , épanoüir
leurs feüilles , éclorre leurs fleurs,
voir tomber les feilles de ces
fleurs, ſurles tiges demeurerdes
bourſes dans lesquellessont enfermées
les graines , qui dans leurs
temps ſe reſſemeront comme les
GALANT. 115
premieres , dont tout l'effet de ces
Plantes que je viens de décrire
s'estensivy.
Avant que d'expliquer commentse
fait la genération , il
faut que je demande à ceux qui
me pourront contredire fi lors que
l'on feme une Feve , & qu'elle
leve de terre , qu'elle estend ses
branches ,qu'elle produitfesfleurs,
enfin ſes gouffes , ſes Fefin
les
ves qui ſervirontà avoir depareilles
Plantes l'année d'aprés
( Spes altera gentis , ) il faut,,
dis je , que je leur demande s'ils
trouvent qu'il y ait de la corru..
ptiondans tout cela ou en quel د
Kij
116 MERCURE
qu'une de ces parties , or en quel
temps. Si Ariftote a trouvé làde
la corruption , qu'on me diſe , s'il
yanoyen , quelle corruption on
apperçoit quand une branche s'allonge
, quand elle groffit , quand
une feüille devient plus large&
plus grande. La même choſeſedoit
dire des fleurs (4) des graines furvenantes
aux flours. Que si on
n'y en apperçoit pas , comme visi
blement il n'y en a point, n'y
ayant rien de ſi incorrompu que
ce qui est actuellement vivant &
bien composé en toutes ses parties,
pourquoy dire que la genération
ſefait par lacorruption ? Onvoiمtد
GALANT. 117
bien de la genération , puis que
des fleurs s'engendrent , & fur
une Plante comme je le viens de
dépeindre , &fur un Arbre qui
fleurit auſſi bien que les Plantes,
& on ne voitpasseulement l'ombre
ou l'apparence de la moindre
corruption , au contraire tout se
perfectionne en ſe groffiſſant , en
s'agrandiſſant , en s'eftalant , t
en s'éparpillant.
Je croy qu'on ne pourra me
dire autre chose , finon que ce n'est
pas là le temps & l'endroit de
cette corruption qui est principe de
generation. Alor je demande en
quel temps &en quel endroit de
-
18 MERCURE
la Plante arrive cette corruption.
Si on me dit , comme on le dit or
dinairement , que c'est lors que
P'on met la graine en terre ,
qu'elle germe , pourveu que je
faſſe voirque mesme en ce tempslà,
& en cette partie de laPlan.
te ; ( car la graine est une partie
de la Plante , bien qu'elle en foit
alors détachée , ) elle estde mesme
nature que la Plante , & qu'il
n'arrive rien autre choseàlagraineſemée
en terre, que ce qui arrive
en toutes les parties de la
Plante quand elle est enfon entier,
je croy qu'on ne pourra pas
me contester que ce que j'ayavan
GALANT. 119
cê ne foit veritable. Puis que le
germe qui fort de la graine n'est
autre chose que labranche quifort
de fon tronc , la feüille qui fortde
la branche , &les fleurs des feüilles
, ou des boutons entre lesfeüil
les , il eſt plus clair que le jour
qu'il n'y a point de corruption à
tout cela; donc il n'y en a point
du tout non plus dans la genération
de la Plante , qui n'estqu'-
une continuation de production de
mesme nature que la croiffance
l'épanoüiffement de la Plante.
Pour en venir au détail , il
faut qu'on m'avoue qu'aprésqu'une
Féve a esté quelque temps
120 MERCURE
dans terre , l'on en voit fortir
deux demy Féves , car la Féve
qui estoit contenuë dans une pel.
licule, comme un oeufdans sa coquille
, la rompt , &l'abandonne
à la corruption & à la pourritu.
re. C'est là qu'il en faut reconnoiſtre
comme je fais . Elle est en
core plus ſenſible aux fruits qui
ont des noyaux , comme la Noix,
IAbricot , la Peſche. Il'est vist
ble que la coquillede la Noix se
pourrit quand la Noix germe;
ainſi du noyau de l' Abricot , ex
de la Peſche , & la coquille de
cetteNoix & les noyaux de cét
Abricot , & de cette Pefcbe fe
pourriffent
GALANT. 121
peurriffent &se corrompent effe-
Etivement. Auſſi ne s'en engendre.
il rien que de la terre noire,
qui peut - estre est fort propre
à la nourriture des Plantesfutures.
Ces deux moitiez de Féve,
bien loin de fe corrompre , reverdiffent
, &deviennent comme les
deux premieres feüilles de la
Plante qui doit naiſtre , c'est à
dire qui ſe va développer
agrandir à la faveurde l'humidi
té de la chaleur de la terre.
Cette petiteparrie appellée leger
,que l'on peut encore mieux
voir avec des Microscopes , est
Avril 1685.
me
L
122 MERCURE
déja une Plante , &fait en ellemesme
ce qu'elle auroit peut- eftre
pû faire fur la Plante d'où elle
a estétirée. Je puis montrer par
un exemple , que cela arrive à
quelques graines d' Arbres , qui
commencentàdevenirArbres c'est
àdire à avoir racine , tige
feüilles fur leur Arbre mesme,
car cela arrive à la grainedes Sicomores
, & d'autres Arbres en_
core.
Onm'a déja ,je croy , accordé
qu'il n'y a point de corruptionfur
une Plante quand fes feüilles deviennent
plus grandes , et qu'el
les s'estendent , &je fais comGALANT.
123
prendre parla ſimple veuë, qui'l
n'arrive rien à la graine que ce
qui arrive à ces feüilles ; doncon
ne peut pas dire qu'ily ait de la
corruption à la pouffée d'une tige
qui fort de la boette defa graine:
carqu'onyprenne bien garde,tou
tes les grainesfont enfermées dans
des boettes qui nefervent à rien
du tout qu'à les conferver juſques
au temps de leur plantage, &les
amandes que l'on caffe font bien
voir que leur noyau on coquille ne
fertde rien pour lesfairegermer.
Ce que j'ay dit de la corruption
de la pourriture de la
pelliculede la Féve , &de la co-
Lij
124 MERCURE
quille de la Noix , peut faire connoiſtre
tres- clairement ce que c'eff
veritablement que corruption
pourriture. La coquille de Noix
pourrit , &ilne s'enproduit rien.
Si le germe de la Noix pourriffoit
de mesme , il ne naiſtroit
point de Noyer. Quand on seme
des graines , quand on plante des
Noix , du Gland , des Chaftaignes
, il n'en leve quelquefois
pas la moitié. D'où vient cela?
C'est que la graine la Noix , le
Pepin eftant maleficié , corrompu,
pourry , il ne peut produire ce
qu'il auroit produit s'il euft esté
bien conditionné &dansson entier.
GALANT. 125
L'idée de la Corruption n'et
donc pas fi difficile à avoir, il n'y
a qu'à confiderer que dés qu'une
graine est brizée , que dés qu'elle
eft deffechée outre mesure , que dés
qu'elle eft exceſſivement remplie
ou engloutie d'humidité , elle ne
peut plus fairefis fonctions ,
pouſſerfelonſa vertu &ſa force
naturelle une nouvelle Plante:
Ainsi dans une Horloge , déran
gez le moins du monde plusieurs
ou une feule de ſes roües , vous
ruinez tout le mouvement
du moins vous le pervertiſfez,
l'Horloge au lieu de marquer
Septheures en marquera dix
د
Ou
ara
Lij
126 MERCURE
Lieu de fonnerquatre heures , elle
en fonnera douze. Voila un leger,
&tres-foible exemple de ce
qui arrive en la nature , la corru
ption n'est autre chose qu'un defordre
, qu'un dérangement , qu'une
diffipation. Que tout foit dans
l'ordre , que tout foit bien arrangé,
que tout soit bien ramaffé
afſſemblé , il ne manquerajamais
d'y avoir une bonne production,
c'est à dire une veritable genération.
On s'est donc bien trompé en
fuivant Aristote , & tant d'autres
qui l'en ont crufurSaparole,
quand on a dit que la corruption
1
GALANT. 127
estoit cause de genération ; car
je pense avoirfait voir, à n'en
pouvoirjamais douter, que la corruption
de pourriture est l'ennemie
capitale de toute generation,
& que nous ne verrions que perir
les choses dans le monde, fi elles
fe corrompoient.
voſtre Province quantité
d'Amis Sçavans , je ne doute
112 MERCURE
point que vous ne ſoyez bienaiſe
de leur faire voir ce qu'un
Particulier a écrit contre une
Maxime affez genéralement
receuë en Philoſophie. Come
ce Traité eſt court , il peut
trouver place dás cetteLettre.
52-5252-5252 525252
DE LA GENERATION.
C'est un principe tiré d'Ariſtote
,qu'il nn''yy aappooint degeneration
fans corruption , &que
la corruption d'une choſe eſt la
generation d'une autre. Depuis
que ce Philoſophe a dit cela , per-
Sonne que je fçache ne s'est avisé
GALANT. 113
d'obferver ce quiſe paſſe dans les
generations. On ne s'abaiſſe point
à regarder comment une graine
germe dans laTerre ; cela esttrop
bas. Onsefait honneurde lire
Aristote of tous les Phyſiciens
qui l'ont ſuivy , mais on trouve
abjet de contempler les effets de
la Nature en elle mesme , & de
tâcher de découvrir les voyes qu'-
elle tientpour engendrerune Plante
d'une autre Plante..
Pour moy , fans aller chercher
autre chose que les graines par lefquelles
il est viſible que toutes cho
ſes s'engendrent , je vay faire
voir qu'une veritable genération
Avril 1685. K
114 MERCURE
priſe dans sa vraye fignification
ne vient pointde corruption , mais
qu'elle est une continuelle produ-
Etion.
Cette ſeule propoſition décou
vre tout dun coup ma pensée.
Pour luy donner encore plus de
jour, il nefautpasfimplement lire
Ariftote ; mais ilfautſemelire des
graines , les voir germer , lever,
&pouffer leurs tiges , épanoüir
leurs feüilles , éclorre leurs fleurs,
voir tomber les feilles de ces
fleurs, ſurles tiges demeurerdes
bourſes dans lesquellessont enfermées
les graines , qui dans leurs
temps ſe reſſemeront comme les
GALANT. 115
premieres , dont tout l'effet de ces
Plantes que je viens de décrire
s'estensivy.
Avant que d'expliquer commentse
fait la genération , il
faut que je demande à ceux qui
me pourront contredire fi lors que
l'on feme une Feve , & qu'elle
leve de terre , qu'elle estend ses
branches ,qu'elle produitfesfleurs,
enfin ſes gouffes , ſes Fefin
les
ves qui ſervirontà avoir depareilles
Plantes l'année d'aprés
( Spes altera gentis , ) il faut,,
dis je , que je leur demande s'ils
trouvent qu'il y ait de la corru..
ptiondans tout cela ou en quel د
Kij
116 MERCURE
qu'une de ces parties , or en quel
temps. Si Ariftote a trouvé làde
la corruption , qu'on me diſe , s'il
yanoyen , quelle corruption on
apperçoit quand une branche s'allonge
, quand elle groffit , quand
une feüille devient plus large&
plus grande. La même choſeſedoit
dire des fleurs (4) des graines furvenantes
aux flours. Que si on
n'y en apperçoit pas , comme visi
blement il n'y en a point, n'y
ayant rien de ſi incorrompu que
ce qui est actuellement vivant &
bien composé en toutes ses parties,
pourquoy dire que la genération
ſefait par lacorruption ? Onvoiمtد
GALANT. 117
bien de la genération , puis que
des fleurs s'engendrent , & fur
une Plante comme je le viens de
dépeindre , &fur un Arbre qui
fleurit auſſi bien que les Plantes,
& on ne voitpasseulement l'ombre
ou l'apparence de la moindre
corruption , au contraire tout se
perfectionne en ſe groffiſſant , en
s'agrandiſſant , en s'eftalant , t
en s'éparpillant.
Je croy qu'on ne pourra me
dire autre chose , finon que ce n'est
pas là le temps & l'endroit de
cette corruption qui est principe de
generation. Alor je demande en
quel temps &en quel endroit de
-
18 MERCURE
la Plante arrive cette corruption.
Si on me dit , comme on le dit or
dinairement , que c'est lors que
P'on met la graine en terre ,
qu'elle germe , pourveu que je
faſſe voirque mesme en ce tempslà,
& en cette partie de laPlan.
te ; ( car la graine est une partie
de la Plante , bien qu'elle en foit
alors détachée , ) elle estde mesme
nature que la Plante , & qu'il
n'arrive rien autre choseàlagraineſemée
en terre, que ce qui arrive
en toutes les parties de la
Plante quand elle est enfon entier,
je croy qu'on ne pourra pas
me contester que ce que j'ayavan
GALANT. 119
cê ne foit veritable. Puis que le
germe qui fort de la graine n'est
autre chose que labranche quifort
de fon tronc , la feüille qui fortde
la branche , &les fleurs des feüilles
, ou des boutons entre lesfeüil
les , il eſt plus clair que le jour
qu'il n'y a point de corruption à
tout cela; donc il n'y en a point
du tout non plus dans la genération
de la Plante , qui n'estqu'-
une continuation de production de
mesme nature que la croiffance
l'épanoüiffement de la Plante.
Pour en venir au détail , il
faut qu'on m'avoue qu'aprésqu'une
Féve a esté quelque temps
120 MERCURE
dans terre , l'on en voit fortir
deux demy Féves , car la Féve
qui estoit contenuë dans une pel.
licule, comme un oeufdans sa coquille
, la rompt , &l'abandonne
à la corruption & à la pourritu.
re. C'est là qu'il en faut reconnoiſtre
comme je fais . Elle est en
core plus ſenſible aux fruits qui
ont des noyaux , comme la Noix,
IAbricot , la Peſche. Il'est vist
ble que la coquillede la Noix se
pourrit quand la Noix germe;
ainſi du noyau de l' Abricot , ex
de la Peſche , & la coquille de
cetteNoix & les noyaux de cét
Abricot , & de cette Pefcbe fe
pourriffent
GALANT. 121
peurriffent &se corrompent effe-
Etivement. Auſſi ne s'en engendre.
il rien que de la terre noire,
qui peut - estre est fort propre
à la nourriture des Plantesfutures.
Ces deux moitiez de Féve,
bien loin de fe corrompre , reverdiffent
, &deviennent comme les
deux premieres feüilles de la
Plante qui doit naiſtre , c'est à
dire qui ſe va développer
agrandir à la faveurde l'humidi
té de la chaleur de la terre.
Cette petiteparrie appellée leger
,que l'on peut encore mieux
voir avec des Microscopes , est
Avril 1685.
me
L
122 MERCURE
déja une Plante , &fait en ellemesme
ce qu'elle auroit peut- eftre
pû faire fur la Plante d'où elle
a estétirée. Je puis montrer par
un exemple , que cela arrive à
quelques graines d' Arbres , qui
commencentàdevenirArbres c'est
àdire à avoir racine , tige
feüilles fur leur Arbre mesme,
car cela arrive à la grainedes Sicomores
, & d'autres Arbres en_
core.
Onm'a déja ,je croy , accordé
qu'il n'y a point de corruptionfur
une Plante quand fes feüilles deviennent
plus grandes , et qu'el
les s'estendent , &je fais comGALANT.
123
prendre parla ſimple veuë, qui'l
n'arrive rien à la graine que ce
qui arrive à ces feüilles ; doncon
ne peut pas dire qu'ily ait de la
corruption à la pouffée d'une tige
qui fort de la boette defa graine:
carqu'onyprenne bien garde,tou
tes les grainesfont enfermées dans
des boettes qui nefervent à rien
du tout qu'à les conferver juſques
au temps de leur plantage, &les
amandes que l'on caffe font bien
voir que leur noyau on coquille ne
fertde rien pour lesfairegermer.
Ce que j'ay dit de la corruption
de la pourriture de la
pelliculede la Féve , &de la co-
Lij
124 MERCURE
quille de la Noix , peut faire connoiſtre
tres- clairement ce que c'eff
veritablement que corruption
pourriture. La coquille de Noix
pourrit , &ilne s'enproduit rien.
Si le germe de la Noix pourriffoit
de mesme , il ne naiſtroit
point de Noyer. Quand on seme
des graines , quand on plante des
Noix , du Gland , des Chaftaignes
, il n'en leve quelquefois
pas la moitié. D'où vient cela?
C'est que la graine la Noix , le
Pepin eftant maleficié , corrompu,
pourry , il ne peut produire ce
qu'il auroit produit s'il euft esté
bien conditionné &dansson entier.
GALANT. 125
L'idée de la Corruption n'et
donc pas fi difficile à avoir, il n'y
a qu'à confiderer que dés qu'une
graine est brizée , que dés qu'elle
eft deffechée outre mesure , que dés
qu'elle eft exceſſivement remplie
ou engloutie d'humidité , elle ne
peut plus fairefis fonctions ,
pouſſerfelonſa vertu &ſa force
naturelle une nouvelle Plante:
Ainsi dans une Horloge , déran
gez le moins du monde plusieurs
ou une feule de ſes roües , vous
ruinez tout le mouvement
du moins vous le pervertiſfez,
l'Horloge au lieu de marquer
Septheures en marquera dix
د
Ou
ara
Lij
126 MERCURE
Lieu de fonnerquatre heures , elle
en fonnera douze. Voila un leger,
&tres-foible exemple de ce
qui arrive en la nature , la corru
ption n'est autre chose qu'un defordre
, qu'un dérangement , qu'une
diffipation. Que tout foit dans
l'ordre , que tout foit bien arrangé,
que tout soit bien ramaffé
afſſemblé , il ne manquerajamais
d'y avoir une bonne production,
c'est à dire une veritable genération.
On s'est donc bien trompé en
fuivant Aristote , & tant d'autres
qui l'en ont crufurSaparole,
quand on a dit que la corruption
1
GALANT. 127
estoit cause de genération ; car
je pense avoirfait voir, à n'en
pouvoirjamais douter, que la corruption
de pourriture est l'ennemie
capitale de toute generation,
& que nous ne verrions que perir
les choses dans le monde, fi elles
fe corrompoient.
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Résumé : DE LA GENERATION.
La lettre traite de la génération des plantes et conteste une maxime philosophique d'Aristote selon laquelle toute génération implique une corruption. L'auteur critique les philosophes pour leur manque d'observation directe des processus naturels, préférant se référer à Aristote plutôt que d'étudier la germination des graines. Il affirme que la génération est une production continue et non une corruption. L'auteur décrit le processus de germination des graines, comme celles des fèves ou des noix, où la coquille se corrompt mais le germe se développe en une nouvelle plante. Il soutient que la corruption est en réalité un désordre ou un dérangement, contraire à la génération. La lettre vise à démontrer que la corruption n'est pas le principe de la génération, mais plutôt son ennemie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 261-268
Ce qu'ils ont vû & dit à l'Imprimerie du Roy. [titre d'après la table]
Début :
On les a aussi menés à l'Imprimerie du Roy, dont Mr [...]
Mots clefs :
Imprimerie du roi, Sébastien Mabre-Cramoisy, Ambassadeur, France, Roi, Caractères, Travail, Feuilles, Imprimerie, Presses
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texteReconnaissance textuelle : Ce qu'ils ont vû & dit à l'Imprimerie du Roy. [titre d'après la table]
On les a auſſi menés à l'Imprimerie
du Roy , dont M
Mabre - Cramoify eft Direteur.
Il y avoit fait mettre
pluſieurs brafiers , afin qu'il
s'y répandiſt par tout un air
chaud. Il les conduifit d'abord
au lieu où ſont les caf262
IV . P. du Voyage
fes des Compoſteurs , pour
leur faire voir comment on
aflemble les caracteres . Ils
furent furpris de la viteſſe a
vec laquelle les Ouvriers levo
ent les lettres , & particulierement
les petites;car l'Ambaſſadeur
fit de luy-meſme
la difference des gros & des
petits caracteres qu'il confronta
les uns contre les autres.
Il demanda à MF Cramoiſy
de quel metal ces lettres
estoient ,&fi on les faisoit en
France. Lors qu'il eut fatisfait
à ces demandes , l'Ambaſſadeur
pourſuivit en difant que
des Amb. de Siam. 263
l'on trouvoit toutes choses en
France , & qu'elle pouvoit fo
paſſer de tous les autres Païs.
M. CrCramoiſy fit enſuite lier
des pages , & meſme impofer
une Forme devant eux, & les
mena aufli- toft dans la Salle
où font les Preſſes au nombre
de douze , toutes roulantes.
Leur ſurpriſe augmenta d'abord
, & l'Ambaſſadeur dit en
entrant à m' Cramoify , & en
s'arreſtant à confiderer les
mouvements des 24. hommes
qui faifoient aller les Preſſes,
qu'il croyoit voir des Soldats
rangez en bataille. M Cramoi-
!
264 IV. P. du Voyage
ſy luy répondit , que s'ils n'étoientpas
Soldats, ils employoient
leur die auſſi utilement pour le
fervice du Roy ; que le plus
grand travail de l'Imprimerie
h'avoit preſentement pour but
que la gloire de Sa Majesté,
qu'à bien examinerles chofes , il
n'y avoit pas moins de merite à
apprendre aux Nations les plus
éloignées , & à la pofterité même
, les grandes actions de Sa
Majesté , qu'à prendre des Villes
, & à gagner des Batailles.
L'Ambaſſadeur luy répondit
qu'il ne s'étonnoit pas de voir
tant de Travailleurs , & qu'il
ny
des Amb. de Siam. 265
n'y en pourroit jamais avoir af-
Sez, pour publier les grandeurs
inoüies du Roy & de la France.
Ils s'attacherent enſuite à examiner
le travail de chaque
Preſſe , & l'Ambaſſadeur fit
pluſieurs queſtions à m ' Cramoiſy
ſur l'ancre & fur les balles,&
luydemanda pourquoy
le papier eſtoit moüillé, aprés
quoy il mania beaucoup de
choſes pour les mieux connoître.
Le ſecond Ambaſſadeur
prit un bareau, tira cinq
ou fix feuilles , & parut fort
furpris , de ce que les feuilles
qu'il avoit tirées , eſtoient ve-
Z
266 IV. P. du Voyage
nuës toutes pareilles aux autres.
Ils entrerent apres dans
le Magazin , oùM Cramoiſy
leur fit entendre comment on
étend les feuilles mouillées ,
comment on les affemble ,
aprés qu'on les a ſechées , &
la maniere dont on fait des
corps complets de Livres. Ils
les pria enfuite de monter
dans un petit Cabinet , où il
leur fit voir les Poinçons des
CaracteresGrecs du Roy,que
François I. a fait faire,&qui
font tres-beaux. M. Cramoiſy
leur montra auffi des Cara-
Eteres Arabes nouvellement
des Amb. de Siam. 267
fondus , ſur quoy le premier
Ambaſſadeur luy dit qu'on
pourroit donc faire des Caracteres
Siamois , & avoir une Im
primerie à Siam ? Il luy répondit
que oüy , &qu'il ne falloit
que le vouloir. L'Ambaſſadeur
leva auſſi- tôt les yeux auCiel,
& fit une maniere de cry. M
Cramoiſy demanda à l'Inter
prete ce que l'Ambaſſadeur
diſoit , & il luy répondit qu'il
avoit dit , ô France , France!
Ils fortirent enſuite de l'Im.
primerie apres avoir remer
cié M Cramoiſy , qui leur
dit en les reconduiſant , qu'il
Zij
268 IV. P. du Voyage
s'eſtimoit heureux que defigrands
Seigneursfuſſent venus defi loin
voirfon travail, &qu'ilsy euffent
pris duplaisir..
du Roy , dont M
Mabre - Cramoify eft Direteur.
Il y avoit fait mettre
pluſieurs brafiers , afin qu'il
s'y répandiſt par tout un air
chaud. Il les conduifit d'abord
au lieu où ſont les caf262
IV . P. du Voyage
fes des Compoſteurs , pour
leur faire voir comment on
aflemble les caracteres . Ils
furent furpris de la viteſſe a
vec laquelle les Ouvriers levo
ent les lettres , & particulierement
les petites;car l'Ambaſſadeur
fit de luy-meſme
la difference des gros & des
petits caracteres qu'il confronta
les uns contre les autres.
Il demanda à MF Cramoiſy
de quel metal ces lettres
estoient ,&fi on les faisoit en
France. Lors qu'il eut fatisfait
à ces demandes , l'Ambaſſadeur
pourſuivit en difant que
des Amb. de Siam. 263
l'on trouvoit toutes choses en
France , & qu'elle pouvoit fo
paſſer de tous les autres Païs.
M. CrCramoiſy fit enſuite lier
des pages , & meſme impofer
une Forme devant eux, & les
mena aufli- toft dans la Salle
où font les Preſſes au nombre
de douze , toutes roulantes.
Leur ſurpriſe augmenta d'abord
, & l'Ambaſſadeur dit en
entrant à m' Cramoify , & en
s'arreſtant à confiderer les
mouvements des 24. hommes
qui faifoient aller les Preſſes,
qu'il croyoit voir des Soldats
rangez en bataille. M Cramoi-
!
264 IV. P. du Voyage
ſy luy répondit , que s'ils n'étoientpas
Soldats, ils employoient
leur die auſſi utilement pour le
fervice du Roy ; que le plus
grand travail de l'Imprimerie
h'avoit preſentement pour but
que la gloire de Sa Majesté,
qu'à bien examinerles chofes , il
n'y avoit pas moins de merite à
apprendre aux Nations les plus
éloignées , & à la pofterité même
, les grandes actions de Sa
Majesté , qu'à prendre des Villes
, & à gagner des Batailles.
L'Ambaſſadeur luy répondit
qu'il ne s'étonnoit pas de voir
tant de Travailleurs , & qu'il
ny
des Amb. de Siam. 265
n'y en pourroit jamais avoir af-
Sez, pour publier les grandeurs
inoüies du Roy & de la France.
Ils s'attacherent enſuite à examiner
le travail de chaque
Preſſe , & l'Ambaſſadeur fit
pluſieurs queſtions à m ' Cramoiſy
ſur l'ancre & fur les balles,&
luydemanda pourquoy
le papier eſtoit moüillé, aprés
quoy il mania beaucoup de
choſes pour les mieux connoître.
Le ſecond Ambaſſadeur
prit un bareau, tira cinq
ou fix feuilles , & parut fort
furpris , de ce que les feuilles
qu'il avoit tirées , eſtoient ve-
Z
266 IV. P. du Voyage
nuës toutes pareilles aux autres.
Ils entrerent apres dans
le Magazin , oùM Cramoiſy
leur fit entendre comment on
étend les feuilles mouillées ,
comment on les affemble ,
aprés qu'on les a ſechées , &
la maniere dont on fait des
corps complets de Livres. Ils
les pria enfuite de monter
dans un petit Cabinet , où il
leur fit voir les Poinçons des
CaracteresGrecs du Roy,que
François I. a fait faire,&qui
font tres-beaux. M. Cramoiſy
leur montra auffi des Cara-
Eteres Arabes nouvellement
des Amb. de Siam. 267
fondus , ſur quoy le premier
Ambaſſadeur luy dit qu'on
pourroit donc faire des Caracteres
Siamois , & avoir une Im
primerie à Siam ? Il luy répondit
que oüy , &qu'il ne falloit
que le vouloir. L'Ambaſſadeur
leva auſſi- tôt les yeux auCiel,
& fit une maniere de cry. M
Cramoiſy demanda à l'Inter
prete ce que l'Ambaſſadeur
diſoit , & il luy répondit qu'il
avoit dit , ô France , France!
Ils fortirent enſuite de l'Im.
primerie apres avoir remer
cié M Cramoiſy , qui leur
dit en les reconduiſant , qu'il
Zij
268 IV. P. du Voyage
s'eſtimoit heureux que defigrands
Seigneursfuſſent venus defi loin
voirfon travail, &qu'ilsy euffent
pris duplaisir..
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Résumé : Ce qu'ils ont vû & dit à l'Imprimerie du Roy. [titre d'après la table]
Des ambassadeurs de Siam ont visité l'Imprimerie du Roy, dirigée par M. Cramoisy. Ils ont été conduits dans divers ateliers pour observer le processus d'impression. Les ambassadeurs ont été impressionnés par la rapidité avec laquelle les ouvriers assemblaient les caractères et ont posé des questions sur le métal utilisé et la fabrication des lettres en France. M. Cramoisy leur a montré comment les pages étaient liées et imprimées, et ils ont été surpris par l'efficacité des presses et des ouvriers. Les ambassadeurs ont ensuite examiné le travail des presses et posé des questions sur les mécanismes. Ils ont également visité le magasin où les feuilles étaient étendues et assemblées pour former des livres. M. Cramoisy leur a présenté des poinçons de caractères grecs et arabes, et un ambassadeur a exprimé son intérêt pour la création de caractères siamois. La visite s'est conclue par des remerciements et des compliments de part et d'autre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 70-130
DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
Début :
Monsieur, Je vous obéïs, & vous me tiendrez compte de cette obéïssance, [...]
Mots clefs :
Île, Ceylan, Province, Montagnes, Hollandais, Portugais, Pierre, Feuilles, Végétations, Animaux, Rivières, Peuples, Abondance, Fruits, Royaume, Souverain, Côtes, Forteresse, Sauvages, Cultures
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
DESCRIPTION
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
Fermer
4
p. 123-124
Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
Début :
NOUVEAU PLAN DE PARIS, et de ses environs, contenant le [...]
Mots clefs :
Plan de Paris, Ingénieur, Cartes, Feuilles, Papier, Gravé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
NOUVEAU PLAN DE PARTS , et
de ses environs , contenant le détail de
ses Faux- Bourgs , Villages et Maisons de
Campagne. Levé géométriquement parle
sieur Roussel , Ingénieur ordinaire de
Sa Majesté. Dédié et présenté au Roi le
6. de ce mois, Se vend 24. livres en
feuilles. A Paris , chez la Veuve Faillot ,
attenant les grands Augustins.
Ce Plan mérite une attention particuliere
; M. Roussel , Ingénieur ordinaire
du Roy , Chevalier de S. Louis , Chef du
- Bureau des Plans et Cartes de S. M..sous
les ordres du Ministre de la Guerre , qui
en est l'Auteur , n'a rien oublié pour le
rendre utile et agréable au Public . Il a
crû qu'après avoir levé , pour le service
du Roi , les Alpes , les Pyrennées , la Sa
voye, partie des Etats de Piémont , de
Mantouë et de Brabant , il lui convenoit ,
après une pratique de 40. années , de
traiter ce dernier Ouvrage avec tout l'Art
et toute la précision possible , en quoi
on peut dire que l'Auteur a réussi , On
ne trouvera point ailleurs un détail plus
varié et plus agréable ; car outre les Fauxbourgs
de Paris , on y voit avec plaisir
dans.
124 MERCURE DE FRANCE
dans le même Plan , tous les Villages et
les Campagnes qui sont compris entre
Vincennes et S. Cloud. Le Plan est en
neufFeüilles , en beau papier, et fort bien
gravé.
de ses environs , contenant le détail de
ses Faux- Bourgs , Villages et Maisons de
Campagne. Levé géométriquement parle
sieur Roussel , Ingénieur ordinaire de
Sa Majesté. Dédié et présenté au Roi le
6. de ce mois, Se vend 24. livres en
feuilles. A Paris , chez la Veuve Faillot ,
attenant les grands Augustins.
Ce Plan mérite une attention particuliere
; M. Roussel , Ingénieur ordinaire
du Roy , Chevalier de S. Louis , Chef du
- Bureau des Plans et Cartes de S. M..sous
les ordres du Ministre de la Guerre , qui
en est l'Auteur , n'a rien oublié pour le
rendre utile et agréable au Public . Il a
crû qu'après avoir levé , pour le service
du Roi , les Alpes , les Pyrennées , la Sa
voye, partie des Etats de Piémont , de
Mantouë et de Brabant , il lui convenoit ,
après une pratique de 40. années , de
traiter ce dernier Ouvrage avec tout l'Art
et toute la précision possible , en quoi
on peut dire que l'Auteur a réussi , On
ne trouvera point ailleurs un détail plus
varié et plus agréable ; car outre les Fauxbourgs
de Paris , on y voit avec plaisir
dans.
124 MERCURE DE FRANCE
dans le même Plan , tous les Villages et
les Campagnes qui sont compris entre
Vincennes et S. Cloud. Le Plan est en
neufFeüilles , en beau papier, et fort bien
gravé.
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Résumé : Nouveau Plan de Paris en 9. Feüilles, &c. [titre d'après la table]
Le document présente un nouveau plan de Paris et de ses environs, réalisé par le sieur Roussel, ingénieur ordinaire du Roi et Chevalier de Saint-Louis. Ce plan, dédié au Roi et présenté le 6 du mois, est en vente à Paris chez la Veuve Faillot pour 24 livres en feuilles. Roussel, chef du Bureau des Plans et Cartes de Sa Majesté sous les ordres du Ministre de la Guerre, a mis toute son expérience de 40 années au service de cet ouvrage. Le plan inclut les faubourgs de Paris ainsi que les villages et campagnes situés entre Vincennes et Saint-Cloud. Il est composé de neuf feuilles, imprimées sur beau papier et gravé avec soin. Le document souligne la précision et la variété des détails fournis, rendant le plan utile et agréable au public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 773-776
Grille faite pour le Roy de Portugal, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur Garnier, Serrurier, Entrepreneur dans les Bâtimens du Roy, a attiré dans son Attellier, [...]
Mots clefs :
Serrure, Corniche, Feuilles, Bronze, Fleurons, Grille, Barreaux, Roi de Portugal, Garnier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grille faite pour le Roy de Portugal, [titre d'après la table]
Le sieur Garnier , Serrurier, Entrepreneur dans
les Bâtimens du Roy, a attiré dans son Attellier,
à l'entrée de la Cour des Princes du Château des
Thuilleries, un tres -grand concours de Curieux et
de gens de distinction de la Cour et de la Ville,
ainsi que les Entrepreneurs et Architheques des
Bâtimens de S. M. pour voir une magnifique
Grille , ordonnée par le Roy de Portugal , sous
la direction de M. Mendés de Goisse , et exécutée
par ledit sieur Garnier , dont tout le monde
a paru tres- satisfait.
6. vj
Ce
774 MERCURE DE FRANCE
Ce bel Ouvrage de Serrurerie doit être posé
dans l'Eglise des Capucins de Mafre , de fondation
Royale , à six lieuës de Lisbonne , et servir
de clôture au Choeur de cette Eglise , où est la
Sépulture des Rois de Portugal.
Ce grand Ouvrage , qui fut commencé au
mois de Juin 1730. et fini au mois de Mars
1733. sera incessamment embarqué sur la Seine
, jusqu'au Havre de Grace , et de là transporté
à Lisbonne.
La Grille a 15 pieds de hauteur , compris la
Corniche , et le Socle d'en bas et de pourtour
54 pieds , compris les Pans coupez et retour.
Elle est composée de 16 Panneaux , compris
les petits des côtez , et de 14 Pilastres . Au inilieu
est une Porte , à deux Vanteaux , portant
13 pieds de haut , sur 6 de large.
Les Panneaux sont composez de 6 Balustres
par en bas, qui sont garnis de 2 Consolles coudées
, avec deux Roulleaux carrez par en bas ,
qui forment leurs bases , portant des queues de
poireaux , avec leurs ovalles entretoisez , er arriere
corps , garnis d'ornemens en bronze , fleurons
, agraphes , feuilles d'eau , rosette et des
Liens à cordons.
Au dessus des Panneaux d'en - bas est une
traverse double où est incrutée une Frise en cuivre
, ornée de feuilles de Lauriers et autres.
2
Au-dessus de cette traverse il y a 7 Barreaux,
et demi Barreaux qui forment les panneaux
du haut. Ces barreaux sont cannelés sur :
fasses , depuis le haut de la Corniche jusques sur
la traverse, où est la Frise, à 9 pieds de hauteur,
bien ajustée et profilée , tout d'égale grosseur ,
tres- bien finis et poussez au rabot et autres ouails
faits exprès,
Chaque
AVRIL: 1733. 779
Chaque barreau est monté sur 2 consolles ,
avant -corées avec leurs bases, garnies d'ornemens
de bronze , fleurons , agraphes , ovalles et feüilles
de revers.
Le haut des Barreaux est aussi garni de Consolles
sous la barre du Linteau , avec leurs bases
et avant corps , ornez de liens à cordon , agraffes
, fleurons , et feuilles de refend .
Ces Pilastres , sur quoi la Corniche est posée
ont 8 pouces de large,et sont ornez de leurs Socles
et Baze , avec une Cimaise vis-à- vis la Frise,
et un Chapiteau au - dessus ; le tout tres-bien assemblé
avec la Corniche , où lon voit des or
nemens de bronze , têtes de Cherubins , Astragalle
, grandes palmettes, coquilles et des Cadres
par en haut et par bas , avec des moulures et des
guirlandes de feuilles de Lauriers et Rosettes , le
tout à double face . En bas est un Socle , qui fait
le pourtour à deux faces , garni de moulure en
bronze.
La Corniche d'un pied de hauteur , et de deux
de largeur , à double face , faisant le pourtour
des Pans coupez et retour de la grille , avec saut
et ressaut et onglet bien assemblé , avec moulures,
congez et carderons , ornez de bronzé , Une
bordure profilée , avec moulures carrées , et carderons
regne sur la face d'en bas de cette bordure
, garnie de 200 fleurons , ainsi qu'au dessous
de la même corniche , garnie de feuilles de
revers et de refends , dans le pourtour de la
grille ,
, pans coupez et ressauts.
Sur la Corniche sont posez à l'aplomb des
Pilastres , 8 Chandeliers triangulaires, de 6 pieds
de haut , avec leurs bassins de fer, recouverts en
cuivre , et ornez de plusieurs Aeurons et têtes de
Cherubins , &c .
La
776 MERCURE DE FRANCE
La Serture de la porte , sa garniture et la Clef
en acier cizelé, ont fait l'admiration de plusieurs
personnes de goût ; le canon tournant de la clef
est canelé en trefle , limé et poli dans la plus
grande perfection ; l'anneau est formé par deux
cornes d'abondance , et la Couronne de Portugal
au-dessus ; dans le Paneton on voit d'autres attributs
de l'Ecusson de S. M. Portugaise.
les Bâtimens du Roy, a attiré dans son Attellier,
à l'entrée de la Cour des Princes du Château des
Thuilleries, un tres -grand concours de Curieux et
de gens de distinction de la Cour et de la Ville,
ainsi que les Entrepreneurs et Architheques des
Bâtimens de S. M. pour voir une magnifique
Grille , ordonnée par le Roy de Portugal , sous
la direction de M. Mendés de Goisse , et exécutée
par ledit sieur Garnier , dont tout le monde
a paru tres- satisfait.
6. vj
Ce
774 MERCURE DE FRANCE
Ce bel Ouvrage de Serrurerie doit être posé
dans l'Eglise des Capucins de Mafre , de fondation
Royale , à six lieuës de Lisbonne , et servir
de clôture au Choeur de cette Eglise , où est la
Sépulture des Rois de Portugal.
Ce grand Ouvrage , qui fut commencé au
mois de Juin 1730. et fini au mois de Mars
1733. sera incessamment embarqué sur la Seine
, jusqu'au Havre de Grace , et de là transporté
à Lisbonne.
La Grille a 15 pieds de hauteur , compris la
Corniche , et le Socle d'en bas et de pourtour
54 pieds , compris les Pans coupez et retour.
Elle est composée de 16 Panneaux , compris
les petits des côtez , et de 14 Pilastres . Au inilieu
est une Porte , à deux Vanteaux , portant
13 pieds de haut , sur 6 de large.
Les Panneaux sont composez de 6 Balustres
par en bas, qui sont garnis de 2 Consolles coudées
, avec deux Roulleaux carrez par en bas ,
qui forment leurs bases , portant des queues de
poireaux , avec leurs ovalles entretoisez , er arriere
corps , garnis d'ornemens en bronze , fleurons
, agraphes , feuilles d'eau , rosette et des
Liens à cordons.
Au dessus des Panneaux d'en - bas est une
traverse double où est incrutée une Frise en cuivre
, ornée de feuilles de Lauriers et autres.
2
Au-dessus de cette traverse il y a 7 Barreaux,
et demi Barreaux qui forment les panneaux
du haut. Ces barreaux sont cannelés sur :
fasses , depuis le haut de la Corniche jusques sur
la traverse, où est la Frise, à 9 pieds de hauteur,
bien ajustée et profilée , tout d'égale grosseur ,
tres- bien finis et poussez au rabot et autres ouails
faits exprès,
Chaque
AVRIL: 1733. 779
Chaque barreau est monté sur 2 consolles ,
avant -corées avec leurs bases, garnies d'ornemens
de bronze , fleurons , agraphes , ovalles et feüilles
de revers.
Le haut des Barreaux est aussi garni de Consolles
sous la barre du Linteau , avec leurs bases
et avant corps , ornez de liens à cordon , agraffes
, fleurons , et feuilles de refend .
Ces Pilastres , sur quoi la Corniche est posée
ont 8 pouces de large,et sont ornez de leurs Socles
et Baze , avec une Cimaise vis-à- vis la Frise,
et un Chapiteau au - dessus ; le tout tres-bien assemblé
avec la Corniche , où lon voit des or
nemens de bronze , têtes de Cherubins , Astragalle
, grandes palmettes, coquilles et des Cadres
par en haut et par bas , avec des moulures et des
guirlandes de feuilles de Lauriers et Rosettes , le
tout à double face . En bas est un Socle , qui fait
le pourtour à deux faces , garni de moulure en
bronze.
La Corniche d'un pied de hauteur , et de deux
de largeur , à double face , faisant le pourtour
des Pans coupez et retour de la grille , avec saut
et ressaut et onglet bien assemblé , avec moulures,
congez et carderons , ornez de bronzé , Une
bordure profilée , avec moulures carrées , et carderons
regne sur la face d'en bas de cette bordure
, garnie de 200 fleurons , ainsi qu'au dessous
de la même corniche , garnie de feuilles de
revers et de refends , dans le pourtour de la
grille ,
, pans coupez et ressauts.
Sur la Corniche sont posez à l'aplomb des
Pilastres , 8 Chandeliers triangulaires, de 6 pieds
de haut , avec leurs bassins de fer, recouverts en
cuivre , et ornez de plusieurs Aeurons et têtes de
Cherubins , &c .
La
776 MERCURE DE FRANCE
La Serture de la porte , sa garniture et la Clef
en acier cizelé, ont fait l'admiration de plusieurs
personnes de goût ; le canon tournant de la clef
est canelé en trefle , limé et poli dans la plus
grande perfection ; l'anneau est formé par deux
cornes d'abondance , et la Couronne de Portugal
au-dessus ; dans le Paneton on voit d'autres attributs
de l'Ecusson de S. M. Portugaise.
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Résumé : Grille faite pour le Roy de Portugal, [titre d'après la table]
Le sieur Garnier, serrurier et entrepreneur des bâtiments du roi, a attiré une grande foule à son atelier près du Château des Tuileries pour admirer une magnifique grille commandée par le roi de Portugal. Cette grille, dirigée par M. Mendès de Goisse et exécutée par Garnier, est destinée à l'église des Capucins de Mafra, près de Lisbonne, pour clôturer le chœur où reposent les rois de Portugal. La grille, commencée en juin 1730 et achevée en mars 1733, mesure 15 pieds de hauteur et 54 pieds de pourtour. Elle est composée de 16 panneaux et 14 pilastres, avec une porte centrale à deux vantaux. Les panneaux sont ornés de balustres, consoles, roulleaux, et divers ornements en bronze. La grille sera bientôt transportée par la Seine jusqu'au Havre, puis à Lisbonne. Les détails de la grille incluent des barreaux cannelés, des consoles ornées, et une corniche richement décorée avec des ornements en bronze, des têtes de chérubins, et des guirlandes. La porte, sa serrure et sa clé en acier ciselé ont également été admirées pour leur finesse et leur perfection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2615-[2]621
MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Mr Dufay termina la Séance par un Mémoire sur l'Electricité ; il [...]
Mots clefs :
Corps électriques, Électricité, Pieds, Corde, Couleurs, M. Dufay, Planche, Tube, Enfant, Mémoire, Feuilles, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
MEMOIRE sur l'Electricité , lû à la
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
derniere Assemblée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
MR
par
R Dufay termina la Séance
un Mémoire sur l'Electricité ; il
rappelle d'abord que dans le premier il a
donné l'Histoire des Découvertes , qui
avoient été faites jusqu'à présent sur PElectricité
; et que dans le second il a fait
voir par un grand nombre d'Expériences
que cette propriété merveilleuse , qu'on
avoit crue jusqu'à ce jour particuliere à
un petit nombre de corps , étoit commune
à toutes les matieres que leur solidité
met en état d'être frottez assez vivement,
à l'exception néanmoins des Métaux qu'il
n'a jamais pû rendre électriques par euxmêmes
, mais.qui le deviennent par communication
, de même que les fluides , et
tous les autres corps , de quelque nature
qu'ils soient.
Dans ce troisiéme Mémoire M. Dufay
examine quels sont les corps qui sont le
plus vivement attirez par les matieres
électriques , et quels sont ceux qui transmettent
le plus facilement et le plus abondamment
les Ecoulemens électriques.
1. Vol, Dij M.
2616 MERCURE DE FRANC
M. Gray avoit dit dans les Transactions
Philosophiques, que les corps devenoient
plus ou moins électriques relativement
à leur couleur ; cette idée a engagé M. D.
à teindre des Rubans de diverses couleurs
et à les présenter au Tube rendu
électriques il a attiré d'abord le noir,
ensuite le blanc , et le rouge a été le dernier
de tous. M. D. teignit ensuite des
Gazes de mêmes couleurs que les Rubans
, et les ayant montées sur de petits
chassis , il s'en servit pour intercepter les
écoulemens électriques , et il s'apperçut
que la Gaze noire et la Gaze blanche, soutenues
au dessus des feuilles d'or , empêchoient
qu'elles ne fussent attirées par le
Tube , et que la Gaze rouge au contraire
et les autres Gazes de couleurs laissoient
passer les Ecoulemens électriques, ensorte
que les feuilles d'or étoient enlevées , et se
venoient appliquer aux Gazes ; ces expériences
le persuaderent d'abord que les
couleurs avoient quelque rapport avee
l'Electricité et que le noir , par exemple ,
s'abbrevoit plus facilement que le rouge,
de la matiére électrique ; ensorte que le
Ruban noir par cette raison étoit attiré
de plus loin que les autres, et que la Gaze
noire arrêtoit cette matiere , et l'empêchoit
de passer jusques aux feuilles d'or ,
I.Vol.
qui
DECEMBRE. 1733 2614°
qui étoient au- delà. M D. avoue que ces
raisons lui avoient paru vrai- semblables
assez long-temps ; mais ayant remarqué
des variétez dans ces Expériences , suivant
la température de l'air , et d'autres
circonstances , il commença à douter de
cet effet des couleurs , comme couleurs ;
enfin il reconnut , à n'en pouvoir douter,
qu'elles n'entroient pour rien dans ces
Phénoménes ; il fit pour cet effet plusieurs
Expériences sur les couleurs des
Corps naturels , sur celles de la lumiere
par le moyen du Prisme ; il fit chauffer
les Gazes et les Rubans de differentes
couleurs , il les mouilla , et il résulta de
cet examen que ces variétez ne venoient
point de la couleur , mais des ingrédiens
qui avoient servi à colorer. Nous ne le
suivrons point dans ce détail , et nous allons
dire un mot de la transmission de la
vertu électrique le long d'une corde , ce
qui est le second objet de ce Mémoire.
M. Gray avoit porté la distance à la--
quelle se peut transmettre l'Electricité par
le moyen
d'une corde jusques à la distance
de 886 pieds Anglois. M. Dufay après
avoir essayé sur une distance de 25 pieds ,
quelles étoient les circonstances nécessaires
pour réussir dans cette Expérience,
le mieux qu'il étoit possible , à trouvé
a
I. Vol.
que Di
2818 MERCURE DE FRANCE
que
l'Electricité étoit encore tres- sensible
à la distance de 1256 pieds , et il ne dou
te point qu'elle ne puisse aller encore
beaucoup plus loin. Voicy la maniere
dont il s'y est pris . Il a tendu des soyes
de 20 pieds en 20 pieds , en les attachano
transversalement d'un Arbre à l'autre ,
dans une allée ; il a posé sur ces soyes
une corde de la grosseur d'un tuyau de
plume ; ayant attaché un bout de corde
à la premiere soye , il a fait revenir la
corde du bout de l'allée sur les mêmes
soyes , l'ayant fait passer dans des boucles
aussi de soye , attachées au bout de
l'allée. Il a fait faire ensuite à la corde le
même chemin dans une autre allée , parallele
à la premietejet ayant ramené dans
une chambre le second bout de cette mê
me corde , à laquelle étoit soutenuë une
Boule de bois , l'Electricité parut tressensible
dans cette Boule , lorsqu'après
avoir frotté le Tube on l'approchoit du
premier bout de la corde qui étoit distant
du second de 1256 pieds il a remarqué
que pour réussir encore plus parfaitement
il falloit moüiller la corde avec
des Eponges , et bien prendre garde de
moüiller les soyes qui la soutiennent ; il
y a encore plusieurs autres circonstances
à observer , mais il ne nous est pas pos
sible d'entter dans ce détail.
DECEMBRE . 1733. 2619
M.Dufay rapporte ensuite ce qui lui est
árrivé , en faisant une Expérience qui se
trouve dans le Mémoire de M. Gray, qui
consiste à rendre électrique le visage d'un
enfant suspendu sur des cordes en approchant
le Tube des pieds de cet enfants
Voici de quelle maniere s'y est pris
M. Dufay ; il a attaché au Plancher deux
cordons de soye par les deux bouts , et
ayant posé une planche sur ces deux especes
de Boucles , il a placé un enfant de
8 à 9 ans sur cette planche, et l'a fait coucher
de son long , en approchant des
pieds de l'enfant le Tube , après l'avoir
bien frotté le visage et les mains de l'enfant
deviennent fort éléctriques , et attirent
de tres- loin les feuilles d'or. La même
chose arrive aux pieds de l'enfant lorsqu'on
approche le Tube de sa tête .
M. Dufay s'est mis ensuite lui - même
sur la planche à la place de l'enfant , et
cela lui a donné lieu de faire plusieurs
découvertes tres- singulieres , entr'autres
il prit à sa main un carton sur lequel
étoient des feuilles d'or , son autre main,
ni son visage ne les attiroient point alors ,
mais si quelque autre personne qui s'étoit
tenuë éloignée , venoit à présenter la main ,
ou un bâton au dessus de ces feuilles , elles
y voloient sur le champ.Un autre fait
1. Vol. D iiij enco2620
MERCURE DE FRANCE
•
encore plus singulier est que tandis qu'il`
étoit assis , ou couché sur la planche , et
que l'on avoit approché le Tube de ses
jambes , ou de l'une de ses mains ; si quelqu'un
venoit à passer la main auprès de
ses bras , de ses jambes , de son visage, ou
de tout son corps , on entendoit sur le
champ un petit bruit , semblable à un pétillement,
qui sortoit de son bras , ou de
sa jambe , et qui venoit frapper la main
de celui qui l'avoit approchée, ce qui causoit
même , tant à lui qu'à la personne
qui avoit approché la main , une petite
douleur semblable à la piqueure d'une
épingle faite brusquement , ou à la brulure
d'une étincelle.Ces pétillemens étoient
en effet de véritables étincelles , lorsque
l'Expérience se faisoit dans l'obscurité , et
elles arrivoient toujours lorsque c'étoit
un homme ou un animal vivant qui étoit
sur la planche ; mais il ne s'en formoit
point lorsque c'étoit un animal mort, ou
quelque autre corps inanimé, comme une
planche , un fagot , une botte de paille ,
&c. quoique ces corps contractassent
l'Electricité à peu près aussi facilement
que les corps animez.
M. Dufay ajoute encore plusieurs autres
faits curicux , indépendemment de
ceux qu'il dit avoir réservez pour les as-
1. Kol.
бел
1
DECEMBRE . 1733. 4621
semblées particulieres , et il finit par annoncer
la découverte de deux principes
nouveaux et tres- simples , qui servent à
expliquer une grande partie de tous ces
faits. Le premier est que les corps Electriques
attirent tous ceux qui ne le sont
point , et les repoussent lorsqu'ils le sont
devenus par communication; et le second
qu'il y a deuxElectricitez distinctes et tresdifférentes
l'une de l'autre , qui font des
effets entierement opposez , et qui sont la
cause des varietez , et des contrariétez apparentes
qui se trouvent dans la plupart
des Expériences de l'Electricité ; mais la
preuve et le détail de ces principes font le
sujet d'un quatriéme Mémoire , qu'il doit
lire incessamment à l'Académie.
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Résumé : MEMOIRE sur l'Electricité, lû à la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences.
Le mémoire de M. Dufay, présenté à l'Académie Royale des Sciences, explore les propriétés de l'électricité et les corps qu'elle affecte. Dans ce troisième mémoire, Dufay examine quels matériaux sont le plus attirés par les matières électriques et lesquels transmettent le mieux les écoulements électriques. Il réfute l'idée de M. Gray selon laquelle la couleur des corps influence leur capacité à devenir électriques, démontrant que les variations observées dépendent des ingrédients utilisés pour colorer les corps plutôt que des couleurs elles-mêmes. Dufay rapporte également des expériences sur la transmission de l'électricité à longue distance. Il a réussi à transmettre l'électricité sur une distance de 1256 pieds en utilisant une corde mouillée, dépassant ainsi les 886 pieds atteints par M. Gray. Il décrit également une expérience où un enfant, suspendu sur des cordes, devient électrique en approchant un tube frotté de ses pieds, rendant son visage et ses mains électriques. Dufay observe des phénomènes électriques singuliers, tels que des étincelles et des bruits de pétillement, lorsqu'une personne approche sa main de son corps pendant qu'il est sur une planche électrique. Ces phénomènes n'apparaissent pas avec des corps inanimés. Il conclut en annonçant la découverte de deux principes fondamentaux : les corps électriques attirent ceux qui ne le sont pas et repoussent ceux qui le sont par communication. De plus, il existe deux types d'électricité distincts et opposés. Ces principes seront détaillés dans un quatrième mémoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 118
La Bibliotheque des Enfans, [titre d'après la table]
Début :
Le Livre intitulé : La Bibliotheque des Enfans, &c. se vend chez Pierre Simon, Imprimeur du [...]
Mots clefs :
Feuilles, Nouvel abécé, Langue, Enfants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Bibliotheque des Enfans, [titre d'après la table]
Le Livre intitulé : La Bibliotheque des Enfans ,
c. se vend chez Pierre Simon , Imprimeur du
Parlement , ruë de la Harpe , à Hercule, et chez
Pierre Witte , rue S. Jacques , à l'Ange Gardien
. Cet Ouvrage in 4. comprend 4 parties ; la
premiere , de 28 feuilles , contient le Systême du
Bureau Typographique. La seconde , en 15 feüilles
, contient les leçons du nouvel A b , c , la
tin , pour les Maîtres et pour les Enfans . La troisiéme
, en 31 feuilles , contient les 106 leçons.
du nouvel A, b , c ,françois , et du supplément
sur l'Arithmétique , sur le Calendrier et sur l'Ecriture.
Ces trois volumes se vendront ensemble,
comme faisant un seul Ouvrage de Litterature.
On vendra séparément le 4 volume , qui est
zo feuillets , feuilles in 4. contient le Rudiment
pratique de la Langue Latine , pour les Garçons,
et une Introduction à la Langue Françoise , pour
les Filles . On vendra aussi séparément et en pe
tit , pour l'exemplaire de chaque Enfant , le
nouvel A , b , c , Latin , le nouvel A, b , c , François
, et le Rudiment pratique de la Langue La
tine..
c. se vend chez Pierre Simon , Imprimeur du
Parlement , ruë de la Harpe , à Hercule, et chez
Pierre Witte , rue S. Jacques , à l'Ange Gardien
. Cet Ouvrage in 4. comprend 4 parties ; la
premiere , de 28 feuilles , contient le Systême du
Bureau Typographique. La seconde , en 15 feüilles
, contient les leçons du nouvel A b , c , la
tin , pour les Maîtres et pour les Enfans . La troisiéme
, en 31 feuilles , contient les 106 leçons.
du nouvel A, b , c ,françois , et du supplément
sur l'Arithmétique , sur le Calendrier et sur l'Ecriture.
Ces trois volumes se vendront ensemble,
comme faisant un seul Ouvrage de Litterature.
On vendra séparément le 4 volume , qui est
zo feuillets , feuilles in 4. contient le Rudiment
pratique de la Langue Latine , pour les Garçons,
et une Introduction à la Langue Françoise , pour
les Filles . On vendra aussi séparément et en pe
tit , pour l'exemplaire de chaque Enfant , le
nouvel A , b , c , Latin , le nouvel A, b , c , François
, et le Rudiment pratique de la Langue La
tine..
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Résumé : La Bibliotheque des Enfans, [titre d'après la table]
Le texte décrit un ouvrage intitulé 'La Bibliothèque des Enfants', disponible chez Pierre Simon, imprimeur du Parlement, rue de la Harpe, à Hercule, et chez Pierre Witte, rue Saint-Jacques, à l'Ange Gardien. Cet ouvrage, au format in-4, est structuré en quatre parties. La première partie, composée de 28 feuilles, expose le système du Bureau Typographique. La deuxième partie, en 15 feuilles, contient les leçons du nouvel alphabet pour les maîtres et les enfants. La troisième partie, en 31 feuilles, inclut 106 leçons du nouvel alphabet français, ainsi qu'un supplément sur l'arithmétique, le calendrier et l'écriture. Ces trois volumes sont vendus ensemble comme un seul ouvrage de littérature. Le quatrième volume, de 20 feuilles, propose un rudiment pratique de la langue latine pour les garçons et une introduction à la langue française pour les filles. Ce volume est également disponible séparément, ainsi que le nouvel alphabet latin, le nouvel alphabet français et le rudiment pratique de la langue latine, destinés à chaque enfant.
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8
p. 222-232
SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
Début :
ART. 4. / pag. 24 / Mr de la Baïsse avoit résolu de suivre, s'il étoit possible, [...]
Mots clefs :
Circulation de la sève dans les plantes, Suc, Écorce, Plantes, Sève, Fibres ligneuses, Feuilles, Canaux, Parties, Utricules
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
SUITE de la Lettre de M. D. B. ***
contenant l'Analyse de la Dissertation
sur la Circulation de la Séve dans les
Plantes , &c.
ART. 4.
pag. 24
R de la Baïsse avoit résolu
Mde suivre, s'il étoit
possible,
dans les Plantes le cours de la Séve d'une
maniere
FEVRIER 1734. 223
>
maniere aussi précise qu'on fait le cours
du Chyle dans les animaux , il vouloit en
déterminer les visieres , les veines , les ar--
teres , les glandes , et les vaisseaux , parce
qu'il avoit cru les voir distinctement
dans quelques Plantes ; il entreprit pour
executer ce projet plusieurs dissections ;
mais comme il ne retiroit de ce travail
aucun fruit , il jugea l'entreprise impossible
, du moins de la maniere dont il avoit
arrangé son plan , c'est pourquoi il l'abandonna
entierement , et il se contenta
d'examiner en general comment et ent
quelles parties de la Plante se dégorgent
les premiers tuyaux par lesquels monte
d'abord le suc nourricier ; notre Auteur
a toûjours mis tremper dans une liqueur.
colorée les parties des Plantes qu'il a voulu
examiner , et cette voye lui a paru suffisante
pour découvrir la route de la
séve.
La premiere partie de la Plante dans laquelle
il a observé le cours de la liqueur, a
été les fleurs ; il a jugé par ses observations
que le suc monte fort vîte et fort aisément
jusqu'au sommet des tiges , mais qu'il se
trouve ensuite arrêté aux plis et extrê
mitez des fleurs ; il pense que c'est peutêtre
en ces Endroits que le suc dépose ce
qu'il a de plus grossier ; il a aussi remar-
Bij qué
224 MERCURE DE FRANCE.
qué que le suc passe de ces premiers canaux
dans les parties charnues de la fleur
comme au travers d'un filtre , ce qui fait
qu'il n'y a que la portion du suc la plus
subtile qui y puisse être ; il prétend que les
sacs , ( il entend par sacs les utricules de
Malpighi ) tirent le suc immédiatement
de ces vaisseaux le long desquels ils sont
apparemment attachez ; peut- être bien ,
ajoûte-t'il , le suc nourricier se filtre par
côté , et passe dans de petits canaux collateraux
qui servent de communication
pour le porter dans les Kistes charnus , les
mêmes que ce qui vient d'être appellez
sacs. M. de la Baïsse seroit fort embarrassé
de trouver ces vaisseaux de communication
, même avec le secours du microscope.
.ART. 5. p. 30. Art . 6. ibid. Notre Auteur
n'ayant pû observer la route du suc
dans les fruits , passa la distribution de la
liqueur dans les feuilles , il a découvert
que les canaux destinez à porter la premiere
nourriture dans les feuilles sont situez
dans les nervures , que ces canaux ne
sont qu'une continuation des fibres de la
portion Higneuse , que le suc passe de
ces tuyaux dans les parties charnuës des
feuilles de la même maniere que dans celles
des fleurs , enfin qu'à mesure que le
Suc
FEVRIER. 1734. 225
suc monte dans les nervures , il s'y débarasse
de sa portion la plus grossiere. Pour
ne rien avancer gratis , voici la preuve de
cette derniere proposition , mettant une
feuille tremper par le pidicale dans une liqueur
colorée , la teinture devenoit moins
chargée à proportion qu'elle montoit plus
haut dans les tuyaux de la feiiille ; il falloit
donc qu'elle se dépoüillât de ses parties
heterogenes , par consequent la même
députation doit arriver à la seve qui
se meut dans ces canaux . Il faut avouer
qu'il est impossible de se refuser à de telles
preuves
.
ART. 7. p. 34. M. de la Baïsse mit pendant
deux ou trois jours en experience
dans la liqueur colorée l'écorce de quelques
Plantes , il observa que dans la partie
superieure et inferieure de l'écorce , la
teinture s'étoit répandue , et que la couleur
étoit très- visible vers le bas environ
jusqu'à la hauteur où s'élevoient en dedans
de la Plante des veines sensiblement rouges
, et vers le haut dans l'endroit où le suc
continuellement poussé avoit eu le loisir
de se ramasser jusqu'à répandre une couleur
rougeâtre dans presque tout l'interieur
de la plante ; il n'apperçût aucune
alteration de couleur au milieu de la tige,
et il conclut que ce n'est que quand la
B iij partie
226 MERCURE DE FRANCE
partie ligneuse de la plante a été imbuë de
la couleur du suc dont elle s'est nourrie ,
que l'écorce s'en est aussi trouvée colorée
quelque temps après , et par consequent
que c'est immédiatement du bois que l'écorce
tire sa premiere nourriture ; enfin
comme notre Auteur n'a pû distinguer
de rameaux rouges dans la substance de
l'écorce comme dans celle du bois , quoique
la teinture se répandit dans l'écorce toujours
assez uniformement , il lui a paru démontré
que la seve qui nourrit l'écorce passe immédiatement
des fibres de la portion ligneuse
dans les utricules de l'écorce.
Ordinairement le signe caracteriastique
d'un systême vrai est la facilité qu'il donne
pour expliquer tous les faits qui se présentent
, c'est pourquoi M. de la Baïsse
tâchá de rendre raison selon ses principes
de plusieurs phénomenes qui appartiennent
à la Physique des Plantes. Comme
je crois , Monsieur , que vous ne serez pas
fâché de voir un essai des applications de
son systême à differens cas particuliers , je
vais vous en rendre compte en peu de
mots.
P. 35. M. de la Baïsse se propose d'abord
d'examiner d'où vient cette abondance
de suc qu'on trouve au Printems
entre l'écorce et le bois des Arbres , et
l'explication
FEVRIER 1734 227
l'explication de ce fait lui paroît plutôt
une consequence qu'une nouvelle preuve
de son sentiment , tant elle est ( selon
lui ) naturelle ; au renouvellement de la saison
les premiers canaux situez dans la portion
ligneuse de l'arbre abondent en sucs,
dont ils se déchargent par tous leurs dégorgemens
; bientôt les vessicules de l'écorce
en sont remplies ; et ne pouvant plus
contenir celui qui survient , il faut de necessité
qu'il sorte hors de ses vaisseaux , et
qu'il se jette entre l'écorce et le bois dans
les endroits où l'écorce est trop adhérente
au bois , les fibres ligneuses se replient sur
elles -mêmes, et poussées au dehors par l'effort
continuel des sucs nouveaux , elles
fendent l'écorce et forment de nouveaux
jes. Notre auteur ajoûte que s'il est permis
de se livrer aux conjectures , il dira
encore que cet excès de séve venant à
rompre , les petites attaches qui lioient
les utricules de l'écorce aux fibres les plus
voisines de l'écorce , presse par dehors
ces letricules et les force à s'étendre suivant
la direction la plus facile , c'est- à dire
, selon la longueur de l'Arbre , bientôt
ces utricules ainsi pressez et étendus
en longueur s'ouvrent les uns dans les autres
et deviennent par - là des canaux
longs et contigus ; en un mot , de vrayes
و
B iiij
fibres
228 MERCURE DE FRANCE
fibres ligneuses , c'est aux approches de
l'hyver que le froid doit le presser ,
assez pour les faire coller au corps de
l'Arbre.
et
M. de la Baïsse après cette explication
qui est certainement toute neuve , employe
encore une preuve de fait qui lui
paroît décisive pour démontrer que le
nouveau bois se forme de l'écorce , et il
termine cet article par une question qu'il
se propose , et qu'il résout ensuite ; on lui
demandera peut être , dit-il , comment
l'écorce répare la perte qu'elle fait chaque
année de la portion de substance qui devient
partie ligneuse , il répond qu'il se
travaille dans l'interieur même de l'écorce
une substance propre à reparer ses pertes
et il appuye cette réponse par une obser
vation à peu près aussi juste et aussi concluante
que la réponse elle -même est instructive.
ART. 8. p. 41. La moëlle , selon notre
Auteur , tire sa nourriture de la partie
superieure de la portion ligneuse , et un
de ses usages lui paroît être de filtrer et de
préparer les sucs qui doivent nourrir l'embryon
, parce que dans la dissection des
fruits de plusieurs Arbres on voit une
communication sensible du coeur du jeune
fruit avec la moëlle du nouveau jet.
ART.
FEVRIER. 1734. 229
ART. 9. p. 43. ART. 10. p. 44. Il ne
suffit pas de connoître que la séve monte
jusqu'aux extrêmitez des Plantes , il faut
sçavoir encore si cette séve redescend , les
Plantes poussent des racines de la même
maniere qu'elles poussent des feuilles et
des branches ; ainsi comme il y a un suc
•qui en montant fait rejetter les plantes par
le haut , il doit y en avoir un autre qui en
descendant les fasse croître par le bas . M.
de la Baïsse n'a regardé ce Phénomene que
.comme une simple indication , et afin de
découvrir la verité il s'est engagé dans
plusieurs experiences que je vais rappor
ter dans le même ordre qu'il les a exposées.
1 °. Dans les fleurs et branches opposées
qui ont trempé dans la liqueur de
Phytolaus par une de leurs extrêmitez superieures
et dans une situation renversée
le premier suc ne s'est élevé que très- peu ,
quoique les parties inferieures , les bran
ches et les fleurs collaterales se soient bien
conservées , ce qui fait penser à M. de la
Baisse( et qui peut le penser que lui ? )qu'il
faut qu'il se fasse dans les feuilles et
sommitez où s'arrête ce premier suc une
digestion qui donne naissance à un suc - secondaire
, propre à porter en descendant
la fraîcheur dans les parties inferieures et
collaterales de la fleur ou de la branche
By
230 MERCURE DE FRANCE
-2 ° . Il monte du suc des racines des jeunes
Plantes aux feuilles seminales , et il en
descend des feuilles seminales aux racines,
comme il est facile de le prouver par les
experiences de Malpighi qui démontrent
la nécessité de ses feuilles seminales pour
la vegetation de la tige et des racines naissantes.
3 ° . Si on fait une ligature à une
tige de titrimale , il se forme un bourelet
au dessus de la ligature. Preuve sensible .
d'un suc descendant , et de la verité de
cette experience faite par M. Perrault. 4° .
Dans un gros tronc de noyer vers le couronnement
, sous une des plus considerables
branches , M. de la Baïsse a vû une
grande carité du milieu de laquelle sortoit
une racine de quatre lignes de diametre
à sa naissance , et longue de huit
ces , cette racine n'a pû être formée que
par un suc descendant . 5 ° . Dans les Greffes
la direction des fibres ligneuses est irréguliere
, du moins suivant notre Auteur ,
et à la pluspart il se forme des bourelets ,
les fibres du sujet au contraire ne sont
que peu ou point dérangées , ce qui lut
paroît prouver qu'il descend de la greffe
au sujet un suc qui ne pouvant passer alsement
dans le sujet est repoussé dans la
greffe , où il se replie sur lui même . M. Du
amel a avancé dans les Memoires de l'A
poucadémi
FEVRIER. 1734. 231
cadémie Royale des Sciences 1728. que la
qualité des fruits se perfectionne par la
greffe , parce que le suc se travaille dans
les plis et replis qui se forment au-dessus
de la jonction , M. de la Baïsse pensant
que les observations de cet Academicien
pourroient faire contre son sentiment une
obection assez forte , du moins en apparence
, a jugé à propos pour y répondre
de faire observer que le premier suc montant
se façonne très peu dans les tuyaux
par lesquels il passe et qu'il faut de necessité
que ce suc ait fait plusieurs circulations
dans la Plante , ce qui est alors supposer
un suc descendant. M. de la Bisse
pour prouver que ce n'est pas sans fondement
qu'il prétend qu'il y a des fibres voisines
, dont les unes portent le suc montant
, et les autres le descendant , se sert
de l'experience suivante qu'il croit bien
écisive dans le cas present ; il mit au
Printemps dans la teinture de Phytolacca
une branche de Tilleul longue d'environ
trois pieds la cinture s' leva jusqu'au
haut de la branche , il coupa cette bran
che obliquement en differens endroits , il
en regard less ctions avec une loupe , et
il distingua dans toutes des cercles concentriques
alternativement rouges et
blancs. 6. Si on coupe l'éclaire,le suc jau-
B vj
ne
232 MERCURE DE FRANCE
ne , suivant notre Auteur , sort en plus
grande abondance de la partie superieure
que
de l'inferieure , souvent même il n'en
découle pas une seule goutte de la section
inferieure , ce qui lui semble prouver que
ce suc vient des parties superieures de la
Plante , et par consequent que c'est au suc
descendant . M. de la Baïsse avoue que cette
experience ne lui a pas toujours également
réussi. 7. Enfin notre Auteur a fait
les mêmes observations sur le suc des tithimales
que sur celui de l'éclaire .
ART. II . p. 55. Il s'agit présentement
de déterminer d'où vient ce suc descendant
, et de découvrir si c'est la séve de
la Plante , ou un suc fourni par l'air , M.
de la Baïsse adopte le premier sentiment
et dit que le dernier ne mérite pas qu'on
s'arrête à le refuter par de longs raisonnemens
, et en consequence il conclut qu'il
ya dans les Plantes une vraye circulatio
de la séve ; au reste , s'il entre à rebours
par les extrêmitez des fibres ligneuses des
feuilles ou des tiges , quelques sucs étrangers
, notre Auteur pense qu'ils y reçoivent
bientôt une digestion, qui en les faisant
passer dans d'autres canaux , les réduit
au cours naturel des liquides ordinaires.
contenant l'Analyse de la Dissertation
sur la Circulation de la Séve dans les
Plantes , &c.
ART. 4.
pag. 24
R de la Baïsse avoit résolu
Mde suivre, s'il étoit
possible,
dans les Plantes le cours de la Séve d'une
maniere
FEVRIER 1734. 223
>
maniere aussi précise qu'on fait le cours
du Chyle dans les animaux , il vouloit en
déterminer les visieres , les veines , les ar--
teres , les glandes , et les vaisseaux , parce
qu'il avoit cru les voir distinctement
dans quelques Plantes ; il entreprit pour
executer ce projet plusieurs dissections ;
mais comme il ne retiroit de ce travail
aucun fruit , il jugea l'entreprise impossible
, du moins de la maniere dont il avoit
arrangé son plan , c'est pourquoi il l'abandonna
entierement , et il se contenta
d'examiner en general comment et ent
quelles parties de la Plante se dégorgent
les premiers tuyaux par lesquels monte
d'abord le suc nourricier ; notre Auteur
a toûjours mis tremper dans une liqueur.
colorée les parties des Plantes qu'il a voulu
examiner , et cette voye lui a paru suffisante
pour découvrir la route de la
séve.
La premiere partie de la Plante dans laquelle
il a observé le cours de la liqueur, a
été les fleurs ; il a jugé par ses observations
que le suc monte fort vîte et fort aisément
jusqu'au sommet des tiges , mais qu'il se
trouve ensuite arrêté aux plis et extrê
mitez des fleurs ; il pense que c'est peutêtre
en ces Endroits que le suc dépose ce
qu'il a de plus grossier ; il a aussi remar-
Bij qué
224 MERCURE DE FRANCE.
qué que le suc passe de ces premiers canaux
dans les parties charnues de la fleur
comme au travers d'un filtre , ce qui fait
qu'il n'y a que la portion du suc la plus
subtile qui y puisse être ; il prétend que les
sacs , ( il entend par sacs les utricules de
Malpighi ) tirent le suc immédiatement
de ces vaisseaux le long desquels ils sont
apparemment attachez ; peut- être bien ,
ajoûte-t'il , le suc nourricier se filtre par
côté , et passe dans de petits canaux collateraux
qui servent de communication
pour le porter dans les Kistes charnus , les
mêmes que ce qui vient d'être appellez
sacs. M. de la Baïsse seroit fort embarrassé
de trouver ces vaisseaux de communication
, même avec le secours du microscope.
.ART. 5. p. 30. Art . 6. ibid. Notre Auteur
n'ayant pû observer la route du suc
dans les fruits , passa la distribution de la
liqueur dans les feuilles , il a découvert
que les canaux destinez à porter la premiere
nourriture dans les feuilles sont situez
dans les nervures , que ces canaux ne
sont qu'une continuation des fibres de la
portion Higneuse , que le suc passe de
ces tuyaux dans les parties charnuës des
feuilles de la même maniere que dans celles
des fleurs , enfin qu'à mesure que le
Suc
FEVRIER. 1734. 225
suc monte dans les nervures , il s'y débarasse
de sa portion la plus grossiere. Pour
ne rien avancer gratis , voici la preuve de
cette derniere proposition , mettant une
feuille tremper par le pidicale dans une liqueur
colorée , la teinture devenoit moins
chargée à proportion qu'elle montoit plus
haut dans les tuyaux de la feiiille ; il falloit
donc qu'elle se dépoüillât de ses parties
heterogenes , par consequent la même
députation doit arriver à la seve qui
se meut dans ces canaux . Il faut avouer
qu'il est impossible de se refuser à de telles
preuves
.
ART. 7. p. 34. M. de la Baïsse mit pendant
deux ou trois jours en experience
dans la liqueur colorée l'écorce de quelques
Plantes , il observa que dans la partie
superieure et inferieure de l'écorce , la
teinture s'étoit répandue , et que la couleur
étoit très- visible vers le bas environ
jusqu'à la hauteur où s'élevoient en dedans
de la Plante des veines sensiblement rouges
, et vers le haut dans l'endroit où le suc
continuellement poussé avoit eu le loisir
de se ramasser jusqu'à répandre une couleur
rougeâtre dans presque tout l'interieur
de la plante ; il n'apperçût aucune
alteration de couleur au milieu de la tige,
et il conclut que ce n'est que quand la
B iij partie
226 MERCURE DE FRANCE
partie ligneuse de la plante a été imbuë de
la couleur du suc dont elle s'est nourrie ,
que l'écorce s'en est aussi trouvée colorée
quelque temps après , et par consequent
que c'est immédiatement du bois que l'écorce
tire sa premiere nourriture ; enfin
comme notre Auteur n'a pû distinguer
de rameaux rouges dans la substance de
l'écorce comme dans celle du bois , quoique
la teinture se répandit dans l'écorce toujours
assez uniformement , il lui a paru démontré
que la seve qui nourrit l'écorce passe immédiatement
des fibres de la portion ligneuse
dans les utricules de l'écorce.
Ordinairement le signe caracteriastique
d'un systême vrai est la facilité qu'il donne
pour expliquer tous les faits qui se présentent
, c'est pourquoi M. de la Baïsse
tâchá de rendre raison selon ses principes
de plusieurs phénomenes qui appartiennent
à la Physique des Plantes. Comme
je crois , Monsieur , que vous ne serez pas
fâché de voir un essai des applications de
son systême à differens cas particuliers , je
vais vous en rendre compte en peu de
mots.
P. 35. M. de la Baïsse se propose d'abord
d'examiner d'où vient cette abondance
de suc qu'on trouve au Printems
entre l'écorce et le bois des Arbres , et
l'explication
FEVRIER 1734 227
l'explication de ce fait lui paroît plutôt
une consequence qu'une nouvelle preuve
de son sentiment , tant elle est ( selon
lui ) naturelle ; au renouvellement de la saison
les premiers canaux situez dans la portion
ligneuse de l'arbre abondent en sucs,
dont ils se déchargent par tous leurs dégorgemens
; bientôt les vessicules de l'écorce
en sont remplies ; et ne pouvant plus
contenir celui qui survient , il faut de necessité
qu'il sorte hors de ses vaisseaux , et
qu'il se jette entre l'écorce et le bois dans
les endroits où l'écorce est trop adhérente
au bois , les fibres ligneuses se replient sur
elles -mêmes, et poussées au dehors par l'effort
continuel des sucs nouveaux , elles
fendent l'écorce et forment de nouveaux
jes. Notre auteur ajoûte que s'il est permis
de se livrer aux conjectures , il dira
encore que cet excès de séve venant à
rompre , les petites attaches qui lioient
les utricules de l'écorce aux fibres les plus
voisines de l'écorce , presse par dehors
ces letricules et les force à s'étendre suivant
la direction la plus facile , c'est- à dire
, selon la longueur de l'Arbre , bientôt
ces utricules ainsi pressez et étendus
en longueur s'ouvrent les uns dans les autres
et deviennent par - là des canaux
longs et contigus ; en un mot , de vrayes
و
B iiij
fibres
228 MERCURE DE FRANCE
fibres ligneuses , c'est aux approches de
l'hyver que le froid doit le presser ,
assez pour les faire coller au corps de
l'Arbre.
et
M. de la Baïsse après cette explication
qui est certainement toute neuve , employe
encore une preuve de fait qui lui
paroît décisive pour démontrer que le
nouveau bois se forme de l'écorce , et il
termine cet article par une question qu'il
se propose , et qu'il résout ensuite ; on lui
demandera peut être , dit-il , comment
l'écorce répare la perte qu'elle fait chaque
année de la portion de substance qui devient
partie ligneuse , il répond qu'il se
travaille dans l'interieur même de l'écorce
une substance propre à reparer ses pertes
et il appuye cette réponse par une obser
vation à peu près aussi juste et aussi concluante
que la réponse elle -même est instructive.
ART. 8. p. 41. La moëlle , selon notre
Auteur , tire sa nourriture de la partie
superieure de la portion ligneuse , et un
de ses usages lui paroît être de filtrer et de
préparer les sucs qui doivent nourrir l'embryon
, parce que dans la dissection des
fruits de plusieurs Arbres on voit une
communication sensible du coeur du jeune
fruit avec la moëlle du nouveau jet.
ART.
FEVRIER. 1734. 229
ART. 9. p. 43. ART. 10. p. 44. Il ne
suffit pas de connoître que la séve monte
jusqu'aux extrêmitez des Plantes , il faut
sçavoir encore si cette séve redescend , les
Plantes poussent des racines de la même
maniere qu'elles poussent des feuilles et
des branches ; ainsi comme il y a un suc
•qui en montant fait rejetter les plantes par
le haut , il doit y en avoir un autre qui en
descendant les fasse croître par le bas . M.
de la Baïsse n'a regardé ce Phénomene que
.comme une simple indication , et afin de
découvrir la verité il s'est engagé dans
plusieurs experiences que je vais rappor
ter dans le même ordre qu'il les a exposées.
1 °. Dans les fleurs et branches opposées
qui ont trempé dans la liqueur de
Phytolaus par une de leurs extrêmitez superieures
et dans une situation renversée
le premier suc ne s'est élevé que très- peu ,
quoique les parties inferieures , les bran
ches et les fleurs collaterales se soient bien
conservées , ce qui fait penser à M. de la
Baisse( et qui peut le penser que lui ? )qu'il
faut qu'il se fasse dans les feuilles et
sommitez où s'arrête ce premier suc une
digestion qui donne naissance à un suc - secondaire
, propre à porter en descendant
la fraîcheur dans les parties inferieures et
collaterales de la fleur ou de la branche
By
230 MERCURE DE FRANCE
-2 ° . Il monte du suc des racines des jeunes
Plantes aux feuilles seminales , et il en
descend des feuilles seminales aux racines,
comme il est facile de le prouver par les
experiences de Malpighi qui démontrent
la nécessité de ses feuilles seminales pour
la vegetation de la tige et des racines naissantes.
3 ° . Si on fait une ligature à une
tige de titrimale , il se forme un bourelet
au dessus de la ligature. Preuve sensible .
d'un suc descendant , et de la verité de
cette experience faite par M. Perrault. 4° .
Dans un gros tronc de noyer vers le couronnement
, sous une des plus considerables
branches , M. de la Baïsse a vû une
grande carité du milieu de laquelle sortoit
une racine de quatre lignes de diametre
à sa naissance , et longue de huit
ces , cette racine n'a pû être formée que
par un suc descendant . 5 ° . Dans les Greffes
la direction des fibres ligneuses est irréguliere
, du moins suivant notre Auteur ,
et à la pluspart il se forme des bourelets ,
les fibres du sujet au contraire ne sont
que peu ou point dérangées , ce qui lut
paroît prouver qu'il descend de la greffe
au sujet un suc qui ne pouvant passer alsement
dans le sujet est repoussé dans la
greffe , où il se replie sur lui même . M. Du
amel a avancé dans les Memoires de l'A
poucadémi
FEVRIER. 1734. 231
cadémie Royale des Sciences 1728. que la
qualité des fruits se perfectionne par la
greffe , parce que le suc se travaille dans
les plis et replis qui se forment au-dessus
de la jonction , M. de la Baïsse pensant
que les observations de cet Academicien
pourroient faire contre son sentiment une
obection assez forte , du moins en apparence
, a jugé à propos pour y répondre
de faire observer que le premier suc montant
se façonne très peu dans les tuyaux
par lesquels il passe et qu'il faut de necessité
que ce suc ait fait plusieurs circulations
dans la Plante , ce qui est alors supposer
un suc descendant. M. de la Bisse
pour prouver que ce n'est pas sans fondement
qu'il prétend qu'il y a des fibres voisines
, dont les unes portent le suc montant
, et les autres le descendant , se sert
de l'experience suivante qu'il croit bien
écisive dans le cas present ; il mit au
Printemps dans la teinture de Phytolacca
une branche de Tilleul longue d'environ
trois pieds la cinture s' leva jusqu'au
haut de la branche , il coupa cette bran
che obliquement en differens endroits , il
en regard less ctions avec une loupe , et
il distingua dans toutes des cercles concentriques
alternativement rouges et
blancs. 6. Si on coupe l'éclaire,le suc jau-
B vj
ne
232 MERCURE DE FRANCE
ne , suivant notre Auteur , sort en plus
grande abondance de la partie superieure
que
de l'inferieure , souvent même il n'en
découle pas une seule goutte de la section
inferieure , ce qui lui semble prouver que
ce suc vient des parties superieures de la
Plante , et par consequent que c'est au suc
descendant . M. de la Baïsse avoue que cette
experience ne lui a pas toujours également
réussi. 7. Enfin notre Auteur a fait
les mêmes observations sur le suc des tithimales
que sur celui de l'éclaire .
ART. II . p. 55. Il s'agit présentement
de déterminer d'où vient ce suc descendant
, et de découvrir si c'est la séve de
la Plante , ou un suc fourni par l'air , M.
de la Baïsse adopte le premier sentiment
et dit que le dernier ne mérite pas qu'on
s'arrête à le refuter par de longs raisonnemens
, et en consequence il conclut qu'il
ya dans les Plantes une vraye circulatio
de la séve ; au reste , s'il entre à rebours
par les extrêmitez des fibres ligneuses des
feuilles ou des tiges , quelques sucs étrangers
, notre Auteur pense qu'ils y reçoivent
bientôt une digestion, qui en les faisant
passer dans d'autres canaux , les réduit
au cours naturel des liquides ordinaires.
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Résumé : SUITE de la Lettre de M. D. B.*** contenant l'Analyse de la Dissertation sur la Circulation de la Séve dans les Plantes, &c.
Le texte relate les travaux de M. de la Baïsse sur la circulation de la sève dans les plantes, initiés en février 1734. Initialement, il visait à tracer le parcours de la sève avec la même précision que celle du chyle chez les animaux, mais il abandonna cette approche après plusieurs dissections infructueuses. Il se concentra alors sur l'observation générale du parcours de la sève nourricière. M. de la Baïsse utilisa des liquides colorés pour suivre la sève dans différentes parties des plantes. Il observa que la sève monte rapidement dans les tiges et se dépose dans les fleurs, où elle se filtre dans les parties charnues. Il nota également que les utricules de Malpighi tirent directement le suc des vaisseaux. Dans les feuilles, la sève circule dans les nervures et se débarrasse de ses parties grossières au fur et à mesure de son ascension. Lorsqu'il trempa l'écorce de certaines plantes dans des liquides colorés, il constata que la teinture se répandait dans les parties supérieure et inférieure de l'écorce, confirmant que l'écorce tire sa nourriture directement du bois. Il expliqua l'abondance de sève au printemps par le débordement des sucs dans les canaux ligneux, qui finissent par se répandre entre l'écorce et le bois. M. de la Baïsse examina également la moelle, qui tire sa nourriture de la partie supérieure ligneuse et filtre les sucs pour nourrir l'embryon. Il s'intéressa aussi à la descente de la sève, notant que les plantes poussent des racines de manière similaire aux feuilles et branches. Il réalisa plusieurs expériences pour prouver l'existence d'un suc descendant, notamment en observant la formation de bourrelets après des ligatures ou des greffes. Enfin, il conclut qu'il existe une véritable circulation de la sève dans les plantes, bien que des sucs étrangers puissent entrer par les extrémités des fibres et être digérés pour suivre le cours naturel des liquides.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 555-556
Nouvelle Carte du Duché de Milan, [titre d'après la table]
Début :
Le Sr Gaspard Baillieu, Géographe et Ingénieur, donne avis qu'il a publié une Carte du [...]
Mots clefs :
Carte, Partie, Feuilles, Baillieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelle Carte du Duché de Milan, [titre d'après la table]
Le Sr Gaspard Baillieu , Géographe et Ingé→
Gij nieur
56 MERCURE DE FRANCES
nieur , donne avis qu'il a publié une Carte du
Daché de Milan , en deux Feuilles , comprenant
le Bressan , le Crémonois , le Bergamasque , l'Aléxandrin
, le Parmésan , le Modénois , l'Evêché
de Trente , partie du Tirol , partie de l'Etat de
Venise , le Duché de Mantouë , le Piémont , le
Montferrat et la République de Gênes. Il a aussi
publié le cours du Rhin , en quatre feuilles, depuis
Basle jusqu'à Mayence. Il a fait aussi une
Carte , qui comprend partie du cours de la Mozelle
et de la Sarre , partie du Duché de Luxembourg
et Païs Messin. Il vend aussi une Carte, en
2 feuilles , des Etats situez au - delà du Rhin, par
Henry Sengre , Ingénieur. L'Auteur de ces Cartes
a été par tout , tant en Italie qu'en Allemague
, et il a travaillé sur les Lieux . Elles se vendent
au Palais , dans la grande Sale , contre la
Fenestre , et chez ledit sieur Baillieu , ruë de la
Calandre , dans la Maison de M. le Commissai-
* Lafosse,
Gij nieur
56 MERCURE DE FRANCES
nieur , donne avis qu'il a publié une Carte du
Daché de Milan , en deux Feuilles , comprenant
le Bressan , le Crémonois , le Bergamasque , l'Aléxandrin
, le Parmésan , le Modénois , l'Evêché
de Trente , partie du Tirol , partie de l'Etat de
Venise , le Duché de Mantouë , le Piémont , le
Montferrat et la République de Gênes. Il a aussi
publié le cours du Rhin , en quatre feuilles, depuis
Basle jusqu'à Mayence. Il a fait aussi une
Carte , qui comprend partie du cours de la Mozelle
et de la Sarre , partie du Duché de Luxembourg
et Païs Messin. Il vend aussi une Carte, en
2 feuilles , des Etats situez au - delà du Rhin, par
Henry Sengre , Ingénieur. L'Auteur de ces Cartes
a été par tout , tant en Italie qu'en Allemague
, et il a travaillé sur les Lieux . Elles se vendent
au Palais , dans la grande Sale , contre la
Fenestre , et chez ledit sieur Baillieu , ruë de la
Calandre , dans la Maison de M. le Commissai-
* Lafosse,
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Résumé : Nouvelle Carte du Duché de Milan, [titre d'après la table]
Le Sr Gaspard Baillieu, géographe et ingénieur, a édité des cartes du Duché de Milan et du cours du Rhin. Ses publications couvrent diverses régions italiennes et allemandes. Il vend également une carte des États au-delà du Rhin par Henry Sengre. Les cartes sont disponibles au Palais et chez Baillieu, rue de la Calandre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 145-163
Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Début :
Ayant mis au jour des Cartes très amples de l'Amérique Septentrionale, [...]
Mots clefs :
Carte, Asie, Lieu, Géographie, Détail, Cartes, Mer, Sujet, Étendue, Feuilles, Position, Distance, Projection, Constantinople, Carte d'Asie, Discussion, Espace, Anciens
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texteReconnaissance textuelle : Discussion Sommaire de la construction d'une premiere partie de la Carte d'Asie, par M. D'ANVILLE.
Discussion Sommaire de la construction d'une
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
premiere partie de la Carte d'Asie, par
M. D'ANVILLE.
Ayant mis au jour des Cartes très amples
de l'Amérique Septentrionale,
de la Méridionale, & de l'Afrique, qui
se sont succédées les unes aux autres, je
me suis déterminé à composer celle de l'A-
sie; nonobstant que la difficulté de traiter
convenablement ce morceau de Géogra-
phie, aussi intéressant qu'il est vaste, ine
fût connue. Il ne me convenoit pas de
macquitter de ce travail plus legérement
que des Cartes précédentes , d'autant
moins que celle de l'Asie pouvoit tirer de
beaucoup de choses nouvelles dans le dé-
tail, un avantage aussi évident que de la
disposition des parties en général. Ce sujet
ne devoit donc pas être ressérré dans des
bornes, qui ne pussent admettre ce qu'un
assemblable considérable de marériaux, &
une longue étude lui avoient acquis. En
donnant à la Carte de l'Asie, l'étendue &
la richesse qui étoient nécessaires, pour
la rendre plus utile & plus satisfaisante,
146 MERCURE DE FRANCE.
c'étoit procurer à la Géographie tout le
prosit qu'elle peut retirer des bienfaits,
par lesquels Monseigneur le Duc d'Orleans
veut bien faciliter les ouvrages, que ce
grand Prince a daigné me proposer de
faire.
Par ces considérations, en entrepre-
nant la Carte de l'Asie, il m'a paru qu'il
ne lui falloit pas moins de six feuilles;
en se tenant même un peu au-dessous de
l'étendue d'échelle, sur laquelle j'ai dressé
les Cartes de l'Amérique. J'ai commen-
cé de traiter mon sujet, comme ne de-
vant composer qu'un seul morceau, par
l'union des fix feuilles; l'assujettissant à
une projection en concave, qui par la
pression & l'enfoncement même qu'elle
fait de la surface convexe d'une partie
quelconque du Globe, en resserre le mi
lieu, & dilate les extrémités; & l'effet
doit en être fort sensible dans une Carte
de l'Asie, vû la grande étendue qu'elle
prend sur le Globe. Le mérite de cette
projection consiste, à faire que les méri-
diens coupent par tout les parallelles per-
pendiculairement, comme sut la surface
sphérique: mais elle a un inconvénient
considérable, par l'inégalité que produit
ce contraste de ressetrement & de dilata-
tion, qui est de ne point admettre une
Digisitues vo 300
MARS. 1792.
741
mesure égale pour les distances: de ma-
niere que dans le cas, où l'on veuille se
servir d'une échelle, on soit obligé de
s'en faire une particuliere en chaque en-
droit de la Carte, rélativemend à la gra-
duation qui lui est propre, ou à ce qui se
rencontre d'intervalle entre les paralleles.
Outre cet inconvénient, je n'ai pum en
dissimuler un autre, qui est l'étendue de
six feuilles, pour former une seule Car-
te, ce qui peut paroître incommode dans
l'usige. On renfermera dans le porte-
feuille, ou dans un Atlas, une Carte de
deux feuilles, mais non pas une Carte
de six feuilles assemblées.
Quoique j'eusse employé près de six
mois à travailler sur le plan que je viens
d'exposer, le désir d'en écarter les incon-
véniens que j'y fais observer, m'a déter-
miné à abandonner ce travail, pour re-
commencer sur un plan disférent, &
mieux conçu à ce qui m'a paru. J'ai re-
marqué que mon sujet se pouvoit diviser
en trois parties assez distinctes, à chacune
desquelles je trouvois convenable de don-
ner deux feuilles. Cette division, rédui-
sant à une bien moindre portion de la
surface du globe chaque partie du sujet,
qui par conséquent souffre beaucoup
moins de l'applatissement inévitable sur
G ij
148 MERCURE DEFRANCE.
le papier, j'ai été en état d'user d'une
projection qui maintient l'égalité de me-
sure dans toute l'étendue de la Carte.
Cette projection est exécutée dans l'esprit
de celui des deux modes de projection
décrits par Ptolemée dans les prélimi-
naires de sa Géographie, lequel plus dif-
ficile à pratiquer, prend avantage sur l'au-
tre, par la justesse de proportion que l'in-
tervalle des Méridiens doit avoir avec la
distance des paralleles à différentes hau-
teurs. Il est vrai que l'intersection des
Méridiens & des paralleles, ne se fait
pas par tout aussi regulierement que dans
la projection en concave. Mais ce que
produit cet inconvénient en chacune des
trois parties ausquelles j'ai divisé l'Asie,
n est pas, à mon avis, comparable à celui
d'une diversité d'échelle répandue en dif-
férens endroits d'une même Carte.
Voici maintenant quelle est la division
que j'ai faite de l'Asie en trois Cartes:
dans la premiere je me suis étendu de-
puis l'Archipel jusqu'aux bouches du Gan-
ge; & j'y renferme par conséquent la
Turquie, l'Arabie, la Perse, l'Inde en
deçà du Gange, & m'étant élevé jusques
aux Palus-Maeotis inclusivement, cette
hauteur fait entrer dans la Carte la partie
de la Tartarie qui se joint à la Perse & à
MARS. 1752.
149
l'Inde: dans la seconde, en reprenant les
bouches du Gange, l'Inde au delà de ce
fleuve est jointe à la Chine, & à celle-ci
le Tibet, & la partie de la Tartarie qu'on
peut appeller Chinoise. Le Japon se ren-
contre à la hauteut du Nord de la Chi-
ne; & on juge bien que les Isses de l'Asie,
Sumatra, Java, Borneo, les Moluques,
& les Philippines, sont comprises dans le
même carré de Carte. Enfin la troisième
Carte representera tout le Nord de l'Asie,
depuis la frontiere de l'Europe, jusqu'à
la mer Orientale, entre la mer Caspienne
d'une part, & la mer Glaciale de l'autre.
A l'égard des deux premières parties, les
deux fcuilles dont chacune est composée,
sont nécessairement l'une au-dessus de
l'autre; la troisième partie ayant son éten-
due d'Occident en Orient, les feuilles s'y
rangent l'une à côté de l'autre. On doit
sentir que c'est la forme & la convenance
des Continens qui décide souverainement
de cette disposition des feuilles; & j'ose
dire, qu'on ne peut la vouloir autrement
sans absurdité.
Mais, dira-t-on peut-être, on voudroit
avoir l'Asie rassemblée en une Carte, pour
saisir aisément & d'un coup d'oil le rap-
port des différentes contrées qu'elle ren-
ferme. A cela je réponds, que me propo-
G uij
450 MERCURE DEFRANCE.
sant de dresser incessamment deux gtands
hémispheres, on y verra l'Asie aussi éten-
due que dans une feuille, ce qui tiendra
bien licu d'une Carte générale de cette
partie du Monde: & ce que je dis actuel-
sement de l'Asie, conviendra de même à
l'Amérique & à l'Afrique, vû la maniere
également ample & étendue, dont je les
ai représentées dans les Cartes qui ont
précédé celle de l'Asie. Mais au lieu de
chercher à reprendre sur la forme, que
l'on considere le grand fond de Géogra-
phie que renfermera la nouvelle Carte
d'Asie; & qui est tel, que si on excepte
quelques endroits particuliers, où en
certains cas on désireroit les Cartes les
plus circonstanciées, & même quelque
fois des plans plutôt que des Cartes, il.
fournit de quoi satisfaire amplement au
besoin, &, rend superflu un grand nom-
bre d'autres morceaux Géographiques
qui n'y suppléeroient même pas également
par tout, sans parler du plus ou moins
de justesse dans la manière de traiter les
mêmes choses.
Des trois parties de la Carte d'Asie,
la premiere est fortie des mains du Gra-
veur, & rendue publique: la seconde
s'exécute actuellement au burin, & je
suis occupé à dresser la troisième. S'il
MARS. 1752.
151
étoit question d'analyser fort en dérail
tous les moyens employés à la composi-
tion de ces divers morceaux, & sur tout
de la premiere partie, il en résulteroit un
gros volume. Ce n est donc pas mon ob-
jet actuel, quelque persuadé que je sois
de l'utilité d'une semblable discussion pour
le fond de la Géographie, & pour faire
connoître en même tems ce qu'il falloit
de recherches & d'étude pour mettre cet
Ouvrage dans l'état où on le produit.
Mais il semble que le coup d'œil de la
Carte, & quelque comparaison avec cel-
les qu'on avoit auparavant, préviendront
sur ce suiet; & je me contenterai ici d'une
exposition succinte des principales cir-
constances, & de ce qui domine plus gé-
néralement dans la Carte, & influe da-
vantage dans sa composition.
IIny a point de morceau de Géographie
que j'aye autant travaillé, & dont je sois
plus flaté, s'il m est permis de le dire, que
ce qui est compris dans la Carte d'Asie
depuis la Propontide ou Mer de Marmara
jusqu'à Ormus. Je n'exagererai point en
disant, que j ai employé plusieurs an nées
à étudier à plusieurs reprises, & à repeter
divers essais de composition sur les diffé-
rentes parties renfermées dans cet espace.
Rien en effet de plus interessant dans la
G iiij.
152 MERCURE DE FRANCE.
Géographie, par la liaison de l'ancienne
avec la moderne, par les évenemens his-
toriques qui ont rapport à ces contrées
par les routes des Voyageurs qui les ont
traversées. En m'expliquant sur ce sujet,
comme d'un Ouvrage dont je suis flaté,
ce n'est pas que je croye y avoir mis le
dégré de perfection qui seroit à désirer.
Il est bien constant que la Carte d'Euro-
pe aura plus de précision; que dans
l'Asie même, la partie de la Chine que
l'ont doit aux RR. PP. Jesuites, est plus
décidée dans les circonstances locales. Mais
il faut considérer l'état auquel j'ai trouvé
les choses, & le point duquel je suis par-
ti. Pour peu que l'on confronte à la nou-
velle Carte d'Asie, ce qui existoit an-
térieurement sur les Pays contenus dans
l'espace dont il est question, on ne dis-
conviendra pas que la Géographie de ces
Pays nait bien changé de face; ensorte
que l'expression du détail, indépendam-
ment de ce qui concerne la disposition gé-
nérale, ait tout le mérite de la nou-
veauté.
Les diverses parties qui composent ce
grand espace, ayant fait le sujet de plu-
sieurs morceaux que j'ai traités en parti-
culier, & plus en grand qu'ils ne pa-
toissent dans la Carte d'Asie; lorsqu'il
MARS. 1752. 153
a été question de les y faire entrer,
& de les réduire, j'ai voulu ne perdre
que le moins de circonstances qu'il étoit
possible, par un sentiment quin est point
à blâmer, & qui tourne au profit du Pu-
blic. De-là vient que cette partie de la
Carte est extrêmement chargée: & si on
m'en faisoit reptoche, bien loin d'en être
touché, je dirois volontiers que c'est bien
malgré moi, & par faute de connoissan-
ce, qu'en d'autres parties la Carte ne se
soutient pas sur le même ton. Il ne con-
venoit pas aussi de prendre le parti de
faire la Carte plus grande, par la consi-
dération d'un Canton en particulier,
lorsque l'étendue de cette Carto est suffi-
sante à ce qu'elle contient d'ailleurs, &
que dans la combinaison qui a servi à
déterminer la grandeur du point de la-
Carte d'Asie en sa totalité, il falloit avoir
plus d'égard à l'universalité du sujet, qu'à
quelques-unes de ses parties.
Cette richesse de détail, sur ce qu'il est
plus essentiel de connoître en Asie, est le
fruit d'une recherche qui auroit voulu tout
épuiser. Pour donner la forme & les cou-
leurs aux objets réprésentés, toute l'An-
riquité, y compris même les principaux
Auteurs Byzantins, & non-seulement ceux-
des Orientaux qui ont traité spécialement
G.V
154 MERCURE DE FRANCE.
de la Géographie, mars aussi plusieurs de
leurs Historiens, avec ce que les récits
plus on moins bien circonstanciés des
Voyageurs y peuvent ajoûter, ont été mis
en œeuvre. J'ai véritablement pris le plus
vif intérêt à cette partie du Continent de
l'Asie. Car dès l'an 1727 & 28, j'en avois
dressé une Carte, qui quoique avec quel-
que amélioration, me déplairoit aujour-
d'hui, si dès-lors je l'avois publiée. Entre
les Géographies Orientales, outre celles
de l'Edrisi & d'Abulfeda, une Géogra-
phie Turque, intitulée Gehan-numa, ou
le miroir du Monde, compilée par Kia-
tib-Shelebi, m'a instruit de beaucoup de
circonstances particulieres à l'égard de di-
verses contrées, mais sur tout en ce qui
regarde l'Asie-Mineure. L'Ambassadeur
Turc qui est venu en France en dernier
lieu, mavoit fait connoître cette Geo-
graphie par plusieurs morceaux, qu'il
avoit eu la complaisance de m'expliquer:
mais elle a été traduite par M. Armain,
à la sollicitation de M. Melot, Confrere
de M. l'Abbé Sallier, dans la place de
Garde de la Bibliotheque du Roi. Au res-
te, je souhaiterois que cette Géographie
fût connue; on sentiroit ce qu'il falloit
employer d'étude & de cririque, & com-
bien d'autres instructions devoient con-
MARS. 1752.
courir, pour donner un état de solidité
& de justesse à la réprésentation Géogra-
phique. Je suis obligé de m'expliquer sut
ce sujet pat rapport à ceux qui croyent
sans aucun examen, que l'espéce de cer-
tains matériaux suffit pour faire tout le
mérite d'un Ouvrage, & qui ne font au-
cune attention au sçavoir, & j'ose dire à
l'intelligence, nécessaires pour en faire
usage & s'en bien servir.
Je vais maintenant entrer dans quelque
détail de ce que contient la premiere par-
tie de la Carte d'Asie. En partant de la-
position de Constantinople, déterminée
en longitude comme en latitude, si l'on
commence par s'avancer le long des bords
de la Mer noire, on ne peut micux se
gouverner pour la distance des lieux, que
par les indications que les aneiens Périples
de cette Mer nous en donnent dans un
fort grand détail, tant en mesure de sta-
des qu'en milles; & la comparaison de
ces différentes mesures sert même à véri-
fier chaque distance particuliere. D'ail-
leurs, on ne se méprend point sur le rap-
port des noms anciens & des modernes
qui presque tous conservent entt'eux sur
le bord Méridional du Pont-Euxin une
analogie évidente. Comme je me propose
d'être fott abrégé dans cette analyse, je
G vj
156 MERCURE DEFRANCE.
ne ferai point d'énumération des lieux
qui se retrouvent de cette maniere. Lors-
que je publierai les Cartes du Monde Ro-
main, il sera aisé d'en faire la remarque,
en conférant la réprésentation de l'ancien-
ne Géographie avec la moderne. Ce qui
m'a soutenu en latituce dans cette course
d'Occident en Orient, le long du rivage
de la Mer Noire; c'est de sçavoir qu'à Si-
nub ou Sinope elle est à peu près la mê-
me que celle de Constantinople. Il me pa-
roît incontestable, qu'au de-là de Sino-
pe, la Mer Noire forme un Golfe pro-
fond, tanti recessus, dit Pline, que l'Asie
en devient peninsule: & ce qui me per-
suade que le fond de ce Golfe est à peu
près bien établi dans ma Carte, c'est
d'avoir recueilli des Anciens la mesure
d'espace qui convient entre ce Golphe &
le rivage de la Méditerranée aux environs.
de Tarse & d'Issus, dont la latitude ne
sçauroit être fort incertaine, vû le rap-
port immédiat de ces points & leur pro-
ximité avec celui d'Alexandrette, détermi-
né par observation. Instruits même par les
Anciens, que la longitude du Sinus Ami-
senus qui est celui dont je parle, répond
à celle du Golfe d'Issus, il est remarqua-
ble que la détermination quon a d'A-
lexandrette en longitude, soit propre à
157
MARS. 1752.
justifier celle où le Golfe en question se
range en effet dans la composition de la
Carte.
J'ai dit que les anciens Périples du
Pont-Euxin nous fixoient de lieu en lieu
par des distances le long de cette Mer: ils
en font même le circuit entier, pour ré-
pondre au titre de Périple: mais le dé-
tail qu'ils donnent se signale surtout jus-
qu'à Trébisonde, & jusqu'à l'extrémité
de la Colchide. Nous sommes fixés en la-
ticude à Trébisonde par les observations
du Pere Beze, Jésuite; & selon qu'At-
rien l'a remarqué, la côte de cette Mer
jusqu'à l'embouchure de l'Apsarus, qui
est sous le Château de Goné, court gé-
néralement parlant vers l'Est; & depuis la
bouche du Phase, elle commence à s'in-
cliner du Nord vers le Couchant, ce der-
nset point étant confirmé parl'orientement
d'une Carte particuliere de la Mingrelie,
publiée par Thevenot.
De l'extrémité de la Colchide à Dios-
curias ou Isgaur, on se replie vers le Bos-
phore Cimmérien. La position de ce Bos-
phore dépend d'ailleurs de son rapport au-
point d'Azof, en corrigeant quelques
Cartes récentes sur la longueur du Palus
Moeotis, où il est constamment trop rac-
courci, puisqu'il y a des mesures tant an-
158 MERCUREDE FRANCE.
cieunes que modernes qui le déterminent
plus allongé. La position d'Azof est con-
clue d'une correspondance établie avec
celle de Moskou, par le moyen du cours
du Don, levé dans le plus grand détail,
par le Vice-Amiral Cruys, sous le regne
de Pierre I. Car le rapport de position
entre Moskou & Woronez, où commen-
ce la grande Carte du Don, ne paroît pas
fusceptible de quelque erreur considéra-
ble, si on le tire de la Carte de l'Empire
de Russie, publiée par l'Académie de Pe-
tersbourg, dont ces positions font en
quelque manière le centre. Je ne dirai
rien ici du reste de la Mer Noire, patce
que cette partie interesse plus l'Europe que
l'Asie. Cen est pas qu'elle ne soit autant
travaillée qu'il m'a été possible, & qu'el-
le ne paroisse avec des circonstances qui
mériteroient d'être observées.
Reprenons le point de Constantinople.
La Mer de Marmara & le détroit des
Dardanelles sont l'extrait d'une grande
Carte particuliere que j'en ai dressée aveè
beaucoup d'étude, & qui est accompa-
gnée dans mes papiers d'une discussion
par écrit des positions, distances, &c.
de sorte que j'ai lieu de regarder cette
partie comme une des plus solides de la
Carte. J'en dirai presqu'autant de la côte
***
MARS. 1732.
159
qui succede sur la Mer Egée ou l'Archi-
pel, & des Isses voisines de cette côte
jusqu'à Rhodes inclusivement. On peut
s'appuyer sur une détermination de lon-
gitude à Smyrne, qui influe directement
fur la position de l'ancien Ephese, au-
jourd'hui Aio-zoluk. L'Isse de Rhodes qui
termine certe partie, est décidée dans sa
latitnde par observation.
De Rhodes, en rangeant la côte Mé-
ridionale de l'Asic-Mineure, j'ai cherche
à m'assurer de la distance & de la hauteur
du Cap Kelidom, point important. en ce
que la pointe Occidentale de Cypre s'y
lie par ia combinaison de diverses distan-
ces: & je me tiens presque assuré du jus-
te éloignement où se trouve le point
d'Antalia ou de Satalie, parce qu'indé-
pendamment de la position que donne la
fuite de la côte, j'ai eu lieu d'en vérifier
la distance par la travorse des terres, de-
puis Smyrne. L'Antiquité nous fournit
des mesures très-convenables de l'éten-
due de l'Isse de Cypre d'une pointe à
l'autre, & de l'intervale entre la poin-
re Orientale & l'embouchure du fleuve
Piramus ou Gihon, près de l'ancien Is-
sus. La latitude de certe Isse est assurée
par celle d'Arnako ou Lerneca, observée
par M. de Chazelles. Elle influe même
760 MERCURE DEFRANCE.
fur celle de la côte du Continent opposé,
parce que hous trouvons dans Strabon
une indication de la distance entre le Pro-
montoire Crommyon ou Cap Cormakiti
de Cypre, & la pointe d'Anemur. De
cette pointe située en position intermé-
diaire d'Antalia & de la bouche du Py-
rame, la côte s'élevant insensiblement
vers le Nord, forme un enfoncement de
Mer, au sommet duquel Tarse se rencon-
tre. C'est par cet enfoncement, repon-
dant à celui du Golfe d'Amisus dont j'ai
parlé, que l'Asie se trouve resserrée dans
un espace qui ne vaut sur la Carte que
trois dégrés de la graduation de latitu-
de; ce qu'il seroit aisé de justifier, en
fixant même la hauteur qui convient à
Césarée de (appadoce dans cet intervale,
si je pouvois me permettre toute cette
discussion dans un écrit aussi abregé que
celui ci: & il faut convenir que la con-
noissance de ces régions interessoit assez
les Anciens, & leur étoit assez familiere,
pour qu'ils méritent d'en être crus.
Diverses routes tirées ou des Itinérai-
res Romains, ou décrites par des voya-
geurs modernes, se sont jointes au détail
de la Géographie Turque, pour fixer un
grand nombre de points dans l'intérieur
de l'Asie mineure. Je compte que la posi-
MARS.
1752.
161
tion de Bursa, rapportée à Constantinople,
est établie avec quelque précision. J'ai ap-
porté une attention particuliere à recon-
noître celle d'Angora, celle de Konié; &
je les juge surtout convenables, par rap-
port à leur distance de divers points qui
sont en liaison immédiate avec la position
de Constantinople. Ces points d'Angora
& de Konié importent d'autant à cet égard,
que de l'un comme de l'autre, par d'autres
distances assez bien déterminées, on est
conduit jusqu'au fameux passage des Pylae
Ciliciæ, dans le voisinage de Tarse; d'où
il reste peu d'intervalle jusqu'à l'entrée de
la Syrie, & au terme que prend la Médi-
terranée près d'Alexandrette. Strabon nous
donne la traversée de l'Asie mineure en-
tiére, depuis Ephèse jusqu'à un lieu situé
sur l'Euphrate, vis à-vis de Melitene ou
Malatia. Et ce lieu qu'il nomme Tomisos,
je l'ai retrouvé subsistant encore sous le
nom actuel de Tzemish, qui ne differe de
l'ancien que par une altération du T. en
Tz. dont je pourrois apporter grand nom-
bre d'exemples.
Je passerois beaucoup trop les bornes
que je me suis prescrites ici, si je me li-
vrois à la discussion d'un plus grand détail,
où le goût & l'intérêt même de la chose
m'entraîneroient assez. Si outre les posi-
162 MERCURE DE FRANCE.
tions de lieu, on examine le cours des ri-
vieres, l'enchaînement & la disposition
des montagnes, & quelques autres cir-
constances, on ne pourra disconvenir que
cette partie de l'Asie n'ait aequis un détail
de connoissance, qu'on ignoroit, ou dont
on étoit mal instruit. La division des con-
trées qui partagent actuellement ce pays,
est dans le cas dont je viens de parler. On
lui donne communément le nom de Nato-
lie en général. Mais, on verra que le nom
d'Ana loli ne convient spécialement qu'à
une de ses parties. Karaman, ou la Cara-
manie, en fait une autre trés-distincte, &
séparée précisément par les limites que
montre la Carte. Ces deux parties ne se
confondent point avec une troisieme, qui
prend quelquefois le nom du licu domi-
nant, de Siwas; mais qui étant propre à
une ville en particulier, est moins conve-
nable pour une région que celui de Roum,
qui lui est donné. Et quand on se rappelle,
que le pays qui étoit resté aux Empereurs
Grecs de Constantinople du tems de l'Em-
pire Mahométan sous les Khalifes, étoit
appellé Roum en général, on n est point
surpris que ce qui faisoit la frontiere de
ce pays, ait conservé cette dénomination,
ce qui mérite bien qu'une carte en instrui-
se. Ces parties ont encore leur subdi vision
MARS. 1752.
163
en Jurisdictions de Sangiaks, qu'on ap-
pelle Liva. Mais, quant à ce détail, pour
lequel l'étendue de la Carte d'Añe ne suffit
pas, un point d'Echelle beaucoup plus
grand dans la Carte d'Europe, qui admet
l'Asie mineure dans son quarré, me pro-
curera la satisfaction de donner une repré-
sentation plus ample de ce même pays. Et
en général, tout ce que la Carte d'Europe
me donnera lieu de répéter de l'Asie plus
en détail, je ne le croirai pas hors de pro-
pos, ni que le Public m'en sçache mauvais
gré.
A l'Asie Mineure je fais succéder la Sy-
rie, &c.
La suite dans le Mercure prochain.
Fermer
11
p. 157
La Nature considérée sous ses différens aspects, [titre d'après la table]
Début :
La nature considérée sous ses différens aspects ; 52 feuilles par an ; dont il paroît [...]
Mots clefs :
Nature, Journal, Feuilles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Nature considérée sous ses différens aspects, [titre d'après la table]
La nature conſidéréeſousſes differens afpects
; 52 feuilles par an ; dont il paroît
un cahier le premier & le quinze de
chaque mois. On ſouſcrit en tout
temps ; port franc par la Poſte , à
Paris & en Province 12 liv .
Le ſavant Naturaliſte qui compoſe cette
fenille périodique , ſans s'écarter des
trois règnes de la nature , dont il annonce
& développe en toutes occafions les richeſſes
& les merveilles , s'attache prin
cipalement à faire connoître les procédés
de pratique , pour la médecine , les
ſciences & les arts ; &de ſe rendre utile
aux Lecteurs , en confultant encore plus
leurs intérêts que leur curiofité. La table
détaillée des matières traitées dans le
Journal de l'année 1774 , fuffiroit ſeule
pour exalter non ſeulement les avantages,
mais , on peut le dire , la néceſſité d'un
Journal de ce genre qui fixe les productions
& les efforts réunis de la nature &
de l'art pour nos beſoins & pour notre
Lagrément. C'eſt ce qui doit rendre ces
feuilles précieuſes , autant à titre de Journal
, qu'à titre d'ouvrage & de collection.
; 52 feuilles par an ; dont il paroît
un cahier le premier & le quinze de
chaque mois. On ſouſcrit en tout
temps ; port franc par la Poſte , à
Paris & en Province 12 liv .
Le ſavant Naturaliſte qui compoſe cette
fenille périodique , ſans s'écarter des
trois règnes de la nature , dont il annonce
& développe en toutes occafions les richeſſes
& les merveilles , s'attache prin
cipalement à faire connoître les procédés
de pratique , pour la médecine , les
ſciences & les arts ; &de ſe rendre utile
aux Lecteurs , en confultant encore plus
leurs intérêts que leur curiofité. La table
détaillée des matières traitées dans le
Journal de l'année 1774 , fuffiroit ſeule
pour exalter non ſeulement les avantages,
mais , on peut le dire , la néceſſité d'un
Journal de ce genre qui fixe les productions
& les efforts réunis de la nature &
de l'art pour nos beſoins & pour notre
Lagrément. C'eſt ce qui doit rendre ces
feuilles précieuſes , autant à titre de Journal
, qu'à titre d'ouvrage & de collection.
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Résumé : La Nature considérée sous ses différens aspects, [titre d'après la table]
Le texte décrit une publication périodique intitulée 'Journal', dédiée à l'étude de la nature sous divers aspects. Parue deux fois par mois, elle compte 52 numéros annuels, disponibles par abonnement avec port gratuit à Paris et en province pour 12 livres. Le rédacteur, un naturaliste, explore les trois règnes de la nature, mettant en avant leurs richesses et merveilles. Il se concentre sur les applications pratiques pour la médecine, les sciences et les arts, priorisant les intérêts des lecteurs. La table des matières de l'année 1774 illustre la diversité des sujets abordés, soulignant l'importance et les avantages de cette publication. Le journal est ainsi précieux tant comme revue régulière que comme ouvrage de référence et collection.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 187-189
LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Début :
Il est juste, Monsieur, de démontrer la fausseté de tous les bruits répandus dans plusieurs Feuilles périodiques, [...]
Mots clefs :
Jacques de Boutier de La Cardonnie, Feuilles, Personnes, Bruits, Vérité, Marine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
LETTRE à M. de La HARPE. 62
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
De Rochefort , ce 26 Aout 1778.
IL eft jufte , Monfieur , de démontrer la fauffeté
de tous les bruits répandus dans plufieurs Feuilles périodiques,&
particuliérement dans le Courier de l'Europe
, au fujet de M. de la Cardonie , Commandant
le Vaiffeau le Diadême. Senfible au malheur d'un brave
Militaire , victime de la plus noire calomnie ,
c'eft à ce titre que je vous adreffe la note fuivante.
On convient généralement que M. de la Cardonie
n'a pu voir les fignaux ; il n'y a point eu de
Confeil de guerre , ce qui prouve affez que fa conduite
étoit irréprochable dans l'affaire de notre Efeadre.
La réponse que M. le Duc de Chartres lui a faite
198 MERCURE
lors de fon départ pour Paris , dément toutes celles
qu'on lui attribuoit , & qui ne partoient que de perfonnes
intéreffées à les répandre. M. de la Cardonie
eft forti avec fon Vaiffeau , & l'on ne doute pas qu'il
ne réponde à l'idée qu'on a toujours eue de fes talens
& de fa bravoure.
J'efpère , Monfieur , que ce que je viens de dire
fuffira pour détromper les perfonnes qui s'étoient laiffées
prévenir , & qu'elles reconnoîtront aifément
la fource de tous les bruits qui ont coúru dans une
cabale ennemie du vrai mérite.
1
J'espère aufli que vous ne refuferez pas une place
dans votre Journal , que l'honnêteté & l'impartialité
ont toujours caractérisé , à ce peu de mots dictés
la vérité & la juftice.
par
J'ai l'honneur d'être , Monfieur , avec toute l'eftime
qui vous eft dûe , votre très- humble &
très-obéiffant ferviteur ,
Le Chevalier de *** Officier de la Marine.
P. S. Je crois , Monfieur , qu'il eft bon d'avertir
ici , que tout ce qui regarde la Marine dans le Courier
de l'Europe , n'eft qu'un tiffu de menfonges &
d'abfurdités *.
On y lit que les Commandants du Conquérant &
du Solitaire avoient réfufé de fortir avec M. de la
Cardonie ; il n'y a pas-là un mot de vrai. Nous fom-
* N. B. Nous pouvons ajouter que cette feuille , qui n'a
d'autre avantage que de donner la traduction des Papiers
Anglois , eft , d'ailleurs , un répertoire ouvert à toutes les
haines cachées qui le rempliffent de diffamations anonymes ,
facilement adoptées par le Rédacteur , qui n'eft pas fâché de
pouvoir donner impunément cet attrait à la malignité
publique. Il n'y a pas de femaine où quelqu'un n'ait à s'en
plaindre ; & tel eft l'abus de toutes les feuilles de cette nature
, dont les Auteurs ne font foumis à aucune difcipline..
Note du Rédacteur.
DE FRANCE. 189
>
។
mes dans le cas de prouver qu'il n'y a rien de plus
faux. D'ailleurs ces deux Officiers penfent trop bien
pour avoir tenu un propos auffi imprudent. Il eſt
donc bien fingulier qu'un Gazetier le leur prête dans
des Papiers publics , fans citer aucune preuve de ce
qu'il avance.
Autre abfurdité : il dit que M. du Paty , comman
dant une Frégate , a été caffé & enfermé au Château
de Pierre- Encife , pour n'avoir pas voulu recevoir à
fon bord des Auxiliaires. Il eft faux que M. du Paty
commande une Frégate ; à quoi donc fe réduit ce
fait !
Je crois qu'il feroit fort intéreffant de connoître
les fources où ce Gazetier puiſe des menſonges auffi
avérés , & qui ne pourroient que faire tort aux perfonnes
les plus eftimées , fi l'expérience n'avoit appris
à fe méfier de tous les faits rapportés dans ces
Feuilles où la vérité eſt toujours facrifiée à unc foule
d'intérêts particuliers,
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Résumé : LETTRE à M. DE LA HARPE. De Rochefort, ce 26 Aout 1778.
Un officier de marine écrit à M. de La Harpe pour contester des rumeurs publiées dans divers journaux, dont le Courrier de l'Europe, concernant M. de la Cardonie, commandant du vaisseau le Diadème. L'auteur nie que M. de la Cardonie ait pu voir les signaux ou qu'un conseil de guerre ait eu lieu, affirmant ainsi son innocence. La réponse du Duc de Chartres à M. de la Cardonie lors de son départ pour Paris confirme cette innocence. L'auteur espère que ces explications dissiperont les erreurs propagées par une cabale hostile au mérite de M. de la Cardonie. Il sollicite la publication de cette note dans le journal de M. de La Harpe, réputé pour son honnêteté et son impartialité. En post-scriptum, l'auteur dénonce les fausses informations du Courrier de l'Europe sur les commandants du Conquérant et du Solitaire, ainsi que sur M. du Paty, soulignant les diffamations anonymes et les abus fréquents dans ce journal.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Mercure de France, auquel on a réuni le Journal Politique de Bruxelles, paroîtra à l'avenir [...]
Mots clefs :
Journal, Mercure de France, Port, Feuilles, Province, Souscripteurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE MERCURE de France , auquel on a rétini le
Journal de Politique de Bruxelles , paroîtra à l'avenir
tous les dix jours , les f , 15 & 25 de chaque mois .
Chaque Cahier fera compofé de cinq feuilles. Ce
Journal , quoique augmenté de trente-fix feuilles par
an , fera, comme ci -devant , du prix de 24liv . pour
trente- fix Caliers , rendus francs de port à Paris , & -
de 32 liv . pour la Province. On a auli réuni au
Mercure toutes les foufcriptions du Journal des
Dames , du Journal François , du Journal ou Gazette
de Littérature, du Journal des Spectacles ; &
ces quatre Journaux font fupprimés.
Les Soufcripteurs de Paris qui font dans le cas
d'aller paffer quelques mois en province , & qui
defireront y recevoir leur Journal , paieront pour le
port 3 liv. On peut foufcrire en tout temps & à
telle époque que l'on veut , pourvu que ce foit pour
une année .
On prie Meffieurs les Soufcripteurs d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement , franc de port,
par la Pofte , à l'adreffe du Sieur PANCKOUCKE ,
Propriétaire du Brevet & Privilége du Mercure , rue
des Poitevins ; c'eft à lui auffi qu'il faut adreffer
maintenant les Paquets & Lettres , ainfi que les
Livres , les Etampes , les Pièces de vers ou de
profe , la Mufique , les Annonces , Avis , Obfervations
, Anecdotes , Evénemens finguliers, Remarques
fur les Sciences & Arts , & généralement tout ce
qu'on veut faire inférer dans le Mercure de France .
Comme ce Journal fera véritablement composé par
une Société de Gens de Lettres , le Sieur PANCKOUCKE
fe charge de leur faire paffer les objets qui lui auront
été remis , chacun fuivant leur partie
LE MERCURE de France , auquel on a rétini le
Journal de Politique de Bruxelles , paroîtra à l'avenir
tous les dix jours , les f , 15 & 25 de chaque mois .
Chaque Cahier fera compofé de cinq feuilles. Ce
Journal , quoique augmenté de trente-fix feuilles par
an , fera, comme ci -devant , du prix de 24liv . pour
trente- fix Caliers , rendus francs de port à Paris , & -
de 32 liv . pour la Province. On a auli réuni au
Mercure toutes les foufcriptions du Journal des
Dames , du Journal François , du Journal ou Gazette
de Littérature, du Journal des Spectacles ; &
ces quatre Journaux font fupprimés.
Les Soufcripteurs de Paris qui font dans le cas
d'aller paffer quelques mois en province , & qui
defireront y recevoir leur Journal , paieront pour le
port 3 liv. On peut foufcrire en tout temps & à
telle époque que l'on veut , pourvu que ce foit pour
une année .
On prie Meffieurs les Soufcripteurs d'envoyer
d'avance le prix de leur abonnement , franc de port,
par la Pofte , à l'adreffe du Sieur PANCKOUCKE ,
Propriétaire du Brevet & Privilége du Mercure , rue
des Poitevins ; c'eft à lui auffi qu'il faut adreffer
maintenant les Paquets & Lettres , ainfi que les
Livres , les Etampes , les Pièces de vers ou de
profe , la Mufique , les Annonces , Avis , Obfervations
, Anecdotes , Evénemens finguliers, Remarques
fur les Sciences & Arts , & généralement tout ce
qu'on veut faire inférer dans le Mercure de France .
Comme ce Journal fera véritablement composé par
une Société de Gens de Lettres , le Sieur PANCKOUCKE
fe charge de leur faire paffer les objets qui lui auront
été remis , chacun fuivant leur partie
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le 'Mercure de France', intégrant désormais le 'Journal de Politique de Bruxelles', sera publié tous les dix jours, les 6, 15 et 25 de chaque mois. Chaque numéro comportera cinq feuilles. Malgré une augmentation de trente-six feuilles par an, le prix reste inchangé : 24 livres pour trente-six numéros à Paris et 32 livres pour la province. Les abonnements incluent les contenus des journaux supprimés : 'Journal des Dames', 'Journal Français', 'Journal ou Gazette de Littérature' et 'Journal des Spectacles'. Les abonnés parisiens partant en province pourront recevoir leur journal avec un supplément de 3 livres pour le port. Les abonnements peuvent être souscrits à tout moment pour une année complète. Les paiements doivent être envoyés à Monsieur Panckoucke, propriétaire du brevet et privilège du 'Mercure', rue des Poitevins. Panckoucke reçoit également les articles, lettres, livres, gravures, poèmes, musique, annonces, observations, anecdotes, événements singuliers, remarques sur les sciences et les arts, et toute autre contribution destinée au 'Mercure de France'. Le journal sera rédigé par une société de gens de lettres, et Panckoucke se chargera de distribuer les contributions reçues selon leurs domaines respectifs.
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