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1
p. 99-130
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Mardi 13 Juillet, le sieur Gautier Docteur en Medecine de [...]
Mots clefs :
Docteur en médecine, Altesse royale, Expériences, Eau potable, Eau de mer, Machine, Invention , Marine, Feu, Charbon, Certificats, Sel, Thèses, Discours, Serment, Duc, Jardin, Conférence, Promenade, Conseillers, Nominations, Cardinal, Vaisseaux de guerre, Maréchal, Charges, Régent, Audience, Procession, Élection, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
MArdi
13 Juillet , le ſieur Gautier
Docteur en Medecine de l'Univerſité
de Nantes, fut préſenté à Son
ALTESSE ROYALE , par Mt le Comte
deToulouſe & parMrle Maréchal d'Efzrées
: Il rendit compte à S. A. R. des
883102
Lij
100 LE MERCURE
Expériences qu'il a faites durant trois
mois, au Port de l'Orient, par fon ordre
& par celui du Conſeil de Marine
, de l'Eau de Mer renduë potable
&dégagée de tout Sel volatile.S. A.R.
en fut très fatisfaite & fit voir ſa pénétration
, en deſſinant ſur le champ
la Machine , ſur le ſeul récit du ſieur
Gautier qu'il chargea de lui en faire
un Modéle de carton. La Machine
eſt très ſimple & a une parfaite imitationde
la Nature;elle n'eſt point embaraſſante
, donne à peu de frais quantité
d'eau , auſſi bonne & auſſi ſalutaire
que cellede Fontaine & même plus
fraiche , comme il paroît par les Procès
verbaux des Gens qui en ont bû
durant deux mois. Comme c'eſt une
des plus utiles & des plus bellesDécouvertes
qui ait été miſe au jour
depuis pluſieurs fiécles , je commencerai
le Journal de Paris par les Procés
verbaux des Expériences qui en
ont été faites ſur les Lieux. Je continuërai
par la ſuite à informer le Publicde
tout ce qui viendra à ma connoiffance
, touchant cette nouvelle
Découverte.
D'AOUST.
101
EXTRAIT DU REGISTRE
Des Procez Verbaux, tenu au Contrôle
de la Marine , au Port de l'Orient .
,
Nous , Medecin du Roy , Chirurgien
Major &Apoticaire de la Marine de
ce Port , Certifions que le premier de ce
mois , nous nous sommes transportez par
ordre de Meſſieurs de Beauregard Commandant
la Marine en ce Port , & de
Clairembault Commiſſaire General
Ordonnateur de la Marine en ce Fort ,
àBord du Vaisseau du Roy le Triton ,
poury examiner l'Eau du ſieur Gautier
Medecin; & que ſur le lien,nous avons
fait mettre devant nous de l'Eau de Mer
dans la Cucurbitte de ſa Machine , pour
être échauffée & élevée en vapeurs ,
par le moyen d'un Tambour placéau def
Sus de l'Ean , qui dans ſon ſein, contenoit
un feu de bois & de charbon ; &
que par le Robinet de la Citerne de la
Machine ,nous en avons vû couler une
Eau claire dont nous avons emporté
environfix pots ; sur laquelle nous avons
fait des Epreuves avec la Noix de
Galle , le Sucre de Saturne , l'Ozeille,
I iij
102 LE MERCURE
le Sel de Tartre , le Sublimé Corrofif,
l'Esprit de Coclearia & le Vinaigre diftillé:
Qu'en même-tems nous avonsfait
pareilles Epreuvesſur la meilleure Eau
de Fontainedu Païs, &que dans la confrontation
que nous avons faite de l'une
&de l'autre Eau, nous n'y avons trouvé
nulle difference , exceptéque celledu
fieur Gautier tire plus fortement la
Teinture : Que nous avons peſépareille
quantité de ces deux Eaux & les
avons trouvées de mêmepoids: Que nous
avons deſſéché pareille quantité de ces
deux Eaux , & qu'aufond du Vaisseau
il est resté un peu de Sel Nitreux de
pareil goût , à l'exception pourtant que
l'Eau de Fontaine en alaiſſsé plus groſſe
quantité , &que le Selde l'Eau duficur
Gautier étoit plus gris que celui de l' Ean
de Fontaine. Nous avons gouté & bû
plusieurs fois de cette Eau que nous trouvons
absolument dépoüilléede SelMarin
& qu'elle est en sont , ſemblable
à l'Ean de Fontaine , à l'exception que
dans celleduficurGautier , nousy avons
remarquéunpetit goût Etranger , que le
fieur Gautier nous a dit provenirde la
Résine qu'il a été obligé d'employer
pourfonder lePlomb desa Machine
7
D'AOUST. 103
cequi peut-être veritable ; puiſque nous
avons rémarqué dans ſon Eau quelques
petits Corpuscules Argentins qui ſurnageoient
fur fon Eau , qu'il dit auſſiprovenir
de la Réſine : Qu'étant à bord
du Vaisseaule Triton , nous en avons
vû boire aux Gardiens de ce Vaisseau
auxJournaliers qui tournent le Tambourde
la Machine , qui nous ont assuré
que dépuis que l'Eau couloit , ils n'en
buvoient point d'autre & n'avoient
réſſenty aucunes altérations , ni incommoditez
. Fait à l'Orient le ſeptiéme
Juin 1717. figné de Villartay , Jarnoien
, Dufay & Cordier.
PROCEZ VERBAL DE L'EAU DE MER,
renduë potable.
Nous, Officiers de Marine & du port,
Souſſignez , Certifions qu'en consequence
des Lettres écrittes de Paris par le Confeil
de Marine , à M. de Bauregard
Capitaine de Vaisseaux du Roy , Commandant
la Marire au Département du
Port - Loüis & l'Orient , & à MrClarrembault
Commiſſaire Général , Or
donnateurde la Marine du 30. Décembre
1716.qui permettent anfieurGan104
LE MERCURE
tier Medecin de Nantes , de faire en
ce port l'épreuve qu'il a proposéeàS.
A. R. Mgr.le Duc d'Orleans , Regent
du Royaume & au Conseil de
Marine,du fécret qu'il a trouvé pour
rendre l'Eau de la Mer potable ; lefieur
Gautier auroit établisa Machine à bord
du Vaisseau de S. M. nommé le Triton
, où nous étant transportés pour être
preſents à l'épreuve & voir agir cette
Machine , afin d'en faire un fidele raport
; nous aurions obſervé cequifuit.
SÇAAVVOOIIR.
Cette Machine occupe l'espace d'environ
8. Tonneaux , dont il yen a 2.
à diminuer pour le Vuide laiſſe par le
bas , pour ne pas toucher au l'est.
Le 20. May1717. Le fieur Gautier
aallumé lefeudans le Réchaud de cette
Machinezil est provenu pendant 24. heures
, depuis midy jusqu'à pareille beure
dutendemain , 9Pieds Cubes d'Eau donce
,faiſans àraison de 36 pintes que contient
la mesuredu pied cube , la quan
tité de 324. pintes , ou une Barrique
42, Pots : Il a été consommé en
sette Opération un pied Cube de charbon
de
L
D'AQUST .
105
I
de Terre & pied Cube de charbon
de Bois mêlez ensemble ; & nous avons
remarqué que la Machine prenoit vent
par plusieurs endroits , ſans quoi la distillation
eût étéplusforte ; ( ce qui n'arriveroit
pas à l'avenir ;) le ſieur Gautier
nous ayant fait connoître qu'il établifſoit
fes Machines Sans ſouder te
Plomb : Ce sera une épargne & les
Machines neSauroient prendre vent.
Le 22. dudit mois , le feu étantralumé
dans la Machine , il est provenu
pendant 12. heures ; dépuis 7. heures du
matin jusqu'à pareille heure du foir ,
4. pieds Cubes d'Eau douce , faifans
144. pintes ou une démie Barrique &
12. Pots. Ila été consommé en cette Opération
un feixiéme de Corde de gros-
Bois.
Le 25. le feu a été rallumé pour faire
de nouvelle Eau , dont on s'eſt ſervi
pour cuire des Viandes , Boeuf , Monton
& Lard , des Féves & poids qui
ont aussi été trés bien cuits , en moins
dedeux heures , avec un feu médiocre.
Le 26. on a pefé de cette Eau avec
un Pese- liqueurs ; elle s'est trouvée
d'égal poids que celle de la meilleure
Fontaine de ce port.
106 LE MERCURE
Le 28. on a Boullangé un pain pétri
de cette Eau & un autre pain de celle
dont on ſe ſert ici ordinairement ;
les deux d'une même Farine, avec égal
lévain & les Eaux chauffées à pareil
degré : Lepain de l'Eau artificielle s'eft
trouvé aussi bon & même un peu plus
frais & léger que l'autre.
,
Cette Eau n'a aucun goût deſel ; elle
est parfaitement bonne , étant réposée
du matin au foir ; elle est meilleure
plus fraîche que celle des Fontaines.
Nous avons remarqué qu'elle devient
meilleure de jour à autre , & que plus
la Machine travaille , plus elle perd
le petit goûtde réſine qu'elle contrartoit
de lasoudure du Plomb , de manilre
qu'il ne luy reste à preſent autant
que nous en pouvons juger, que leſeul
goût d'Eau de pluye : Les Gardiens des
Vaisseaux &les Gens qui travaillene
à sa distillation , nous ont assuré n'avoir
pris d'autres boiffons que cette
Eau,pendantplus d'un mois , mêmefort
Souvent à jeun ; fans avoir reſſenty ancune
incommodité ; qu'au contraire ils
la trouvoient bonne , fraiche &faine :
Ce qui a engagé plusieurs personnes de
confideration à en faire emplir & cm
D'AO UST. 107
porter des cruches dans leurs maisons ,
pour en boire & s'en servir à differens
usages.
EVALUATION
DU CHARBON ET DU BOIS,
Qui ont été conſommés pour les deux
épreuves ci-deſſus , par laquelle on
connoit à peu prés ce que peût couter
la Barrique d'Eau distillée
le Charbon , & celle diſtillée par
le Bois.
par
Ilentre 10 pieds Cubes de Charbon
de Terre ou de Bois , dans la Barrique.
La Barrique de Charbon de Terre
coûte àpréſent ici au Roy 10 livres; ainfi,
lepied Cube qu'on en a consommépour la
distillation , pendant les 24 heures fufdites,
revient à 20fols , cy. 11. o ſod
La Barrique de Charbon de bois conte
30 fols ; ainfile pied cube consommé
pour mêler avec le Charbon de Terre
ci-deſſus,revient à un folfix deniers .
o 1f. 6. d .
..
108 LE MERCURE
Ladite Suivant cette Dépense :
Epreuve ayant produit 324 pintes d'eau
douce , la Barrique d'eau pourroit couter
ici à préſent, étant distillée, deCharbon
de Terre de Charbon de Bois
environ quinze fols onze deniers.
cy
1
15 f. 11 d.
La Cordede bois à bruler de 8 pieds
de long , 4 pieds de haut , & les buches
qui la compoſent , ayant chacune 2 .
pieds de longueur , coute ici apréſent
an Roys livres dixfols. Il en a estécon-
Somme pour la distillation pendant les 12
heuressusdites unfeixiéme de Corde ,
quirevientàfix fols fix deniers.
cy
,
6 f. 6 d.
Ces deux differentes épreuves nous
font connoître que l'Eau diſtillée par
le Bois, couteroit moins que celle dif
tillée par le Charbon ; mais le Bois envolumeroit,&
embaraſſeroit d'avantage
un Navire que le Charbon. Nous
rémarquons que le feu de Boisne produit
pas autant d'Ean que celui de
Charbon , il eſt à préſumer que fi la
foudure
D'AOUST.
109
foudure du Plomb de la Machine ût
été bien faite , elle n'ût pas pris vent
& elle eut donné beaucoup plus d'Eau
douce;ce qui en auroit diminué le prix .
Le ſieur Gautier nous a même affirmé
que par la Réfaction d'une autre pareilleMachine
pas plus grande ny plus
embaraffante , il fourniroit la quantité
d'Eau néceflaire par jour , à un Equipage
de plus de 400 hommes. En foy
de quoy nous avons figné la préſente
à l'Orient , le onzième Juin 1717. figne
, de Beauregard , Clairembault ,
Collationné Chunland de Boiſdiſon ,pour
M. le Controllcur.
Le 23 Juillet , on fit en Sorbonne
l'Ouverture des Théſes appellées
Sorboniques . M. l'Abbé Parquet
Prieur de la Maiſon , prononça fur
la néceſſité & fur l'utilité de lite les
Peres de l'Eglife , un Diſcours éloquent
, & récita une Ode à la loüange
deMgr le Régent .
Le Pere Macé Cordelier , répondit
& démontra par un autre Difcours qui
fut applaudi , l'importance de lire l'Ecriture
Sainte, comme la Source pure
& originále , où les Peres de l'Eglife
avoient puiſé : 11 finit par une Piece
Aouft 1717. K
-
110 LE MERCURE
de Vers de très bon goût. L'Affemblée
fut nombreuſe : M. le Cardinal de
Noailles & pluſieurs Prélats s'y trouvérent
Le 24 , M. le Marquis de Pracontal
Capitaine au Régiment Royal des
Cuiraffiers , fils du Marquis de Pracontal
Lieutenant Général des Armées
du Roy , préta Serment entre
les mains du Roy , pour la Charge de
Lieutenant de S. M. en la Province
de Nivernois vacante par la mort
du Comte de Bulleaux ſon Oncle .
Le 25 de Juillet , le Roy accompagné
deMer le Duc du Maine , de M.
le Maréchal de Villeroy , de M. I'Evêque
de Frejus , de M. le Prince
Charles & de ſa Cour ordinaire ,
partit du Palais des Tuilleries ſur les
4heures& demie du ſoir , pour aller
ſe promener à Bercy qui eſt á une perite
lieuë de Paris. Il alla deſcendre
dans la Maiſon de M. Pajot d'Onzeen-
Bray , laquelle , quoique médiocrement
grande eſt cependant trés
bien entenduë ; elle eſt ſurtout décorée
d'un Cabinet , où le Maître de la
Maiſon a raſſemblé avec beaucoup de
dépenſe & de curioſité, tous les me
د
D'AOUS-T.. III
:
déles de Machines , qui ſont comme
autant de Chefs-d'oeuvre de la Méchanique.
Ces Raretés ſont placées en
différentes Armoires , dont la difpofition
intérieure ſe change d'un moment
à l'autre,pardes refforts ſécrets qu'a inventé
le fameux PereSebastien Carme
de la Place Maubert , quí a travaillé
depuis plus de 20 ans à perfectionner
ce Cabinet deſtiné après la mort du
Poſſeſſeur , à l'Académie des Sciences .
S. M. ſe promena d'abord dans le Jardin
, où on fit joüer les Eaux qui font
trés belles. Elle vit enſuite la Ménagerie
compoſée d'animaux rares ;
aprés quoy elle monta aux Appartemens
: Pendant ce tems là on fit ra.
fraichir ſes Gardes , ſes Pages & les .
Suiſſes de fa Garde. M. Pajot montra
à S. M. un excellent Miroir ardent ,
eſtimé 25000 livres , qui diſſout tou
tes fortes de Métaux. Le Roy ût le
plaisir de voir fondre un Louis d'or
& pluſieurs Morceaux d'acier : 11
voulut voir le Laboratoire , ſuivi de
toure la Cour. S. M. fit attention à ce
qu'il y avoit de plus curieux. Le Roy
deſcendit de là dans le Jardin & fe
promena ſur la Terraffe : Pendant qu'-
Kij
112 LE MERCURE
il faifoit Collation on tira un Feu
d'Artifice qui avoit été préparé ſur
l'Eau. A huit heures , le Roy retourna
au Louvre, fort content de ſa Promenade.
د
Le même jour , on chanta le Te
Deum, pour le rétabliſſement de la
fanté de MADAME , dans l'Eglife
des Quinze-Vingts. Elle continuë de
venir de Saint Cloud à Paris, une fois
la ſemaine. Cette Princeſſe dîna hier
au Palais Royal , comptant d'affifter
à la repreſentation de la Tragédie
d'Heraclius que les Comédiens
François devoient joüer ſur le Théatre
de l'Opera . Madame étoit déja dans
fa Loge , lorſque le ſieur Guerin qui
étoit habillé & prêt à paroître ſur la
Scéne , tomba enApoplexie dans les
Couliffes : Il fut emporté auſſitôt chez
lui. Il eſt leplus ancien Comédien de
la Troupe. Il avoit été Camarade de
Molière dont il avoit épousé la Veuve
. Il excelloit dans les Rôles de vieillard,
furtout pour le Comique ; & on
l'écoutoir avec ſatisfaction dans le
Tragique , où il faiſoit le Rôle de
Confident. Il lui ſera plus facile qu'a
un autre,d'être fidéle à la parole qu'il
D'AO UST.
113
adonnée,de neplus monter ſur leThéatre
; car , il a 82 ans & de plus ſon
Apoplexie s'est tournée en Paralific
fur la langue. Cet Accident imprévû
étonna ſi fort les Acteurs , qu'ils aimérent
mieux rendre l'argent, que de repreſenter
cette Piéce.
Le 25 après midi , il ſe tint une lom
gue Conférence chez M. le Chancelier,
entre les neuf Commiſſaires nom.
més pour l'arrangement des Finances .
On continue d'éxaminer avec beaucoup
d'attention tous les Mémoires
qui ont été préſentés à ce deſſein. La
principale application de ces Mefſieurs
, eſt de pouvoir accorder les
interrêts du Roy avec ceux du Public .
Les Promenades du Cours pendant
la nuit , ſont plus fréquentes que
jamais, à caufe des chaleurs exceffivesdont
on eſt incommodé pendant
la journée :On y reſte juſqu'au jour.
Ces Affemblées nocturnes donnent
lieu à beaucoup de petites Hiftoriettes
qui ſe débitent le lendemain & que
chacun charge,à ſa fantaiſie,de quelque
Circonſtance maligne.
Il ya dans le menu Peuple de Paris,
une eſpèce de Badaux qui ne man-
Küp
14 LE MERCURE
quent/aucune des Exécutions qui ſe
font ici. Ils ont û plein contentement
cette ſemaine; car , il y en a û beaucoup
: Je n'en parlerois point dans ce
Journal , ſans la particularité d'un
Maure , qui s'étant amuſé à voler un
Conſeiller du grand Conſeil , le 22
du paſſe ſur les 9 heures du ſoir , fut
reconnu le lendemain avec le Chapeau
de celui qu'il avoit attaqué. A certe
marque , il fut arrêté & conduit en
Priſon. Comme il n'étoit d'aucune
Religion , on le catéchifa la veille de
fon Jugement ; il fut batiſé le Samedy
matin vingt-quatre & rompu vif à
ſept heures du ſoir , à cauſe de l'énormité
de ſes Crimes. Il a déclaré
22 de ſes Complices Voleurs de nuit ,
dontpluſieurs ont été arrêtés.
M. de Harlai de Beaumont Confeiller
d'Etat Ordinaire , dont nous
avons annoncé la mort dans le Mercure
de Juillet , a fait un Teſtament,
par lequel il laifſe les Mémoires &
les Papiers qu'il avoit afſſemblés touchant
la Charge d'Avocat General , à
M. Chauvelin de Griſenois qui occupe
cette Place ; & au cas que ce dernier
vint à décéder ſans enfans , il lé-
1
1
---
!
D'AOUST.
11F
gue tous ſes Manuscrits à la Biblioteque
des Peres de Sainte Géneviève ,
qui a été fort augmentée par celle de
feu M. l'Archevêque de Reims .
M. d'Armenonville a û le Bureau
de M. de Harlai ,en montant à l'ordinaire
: Il devient par là le 4º Conſeiller
d'Etat par ſon ancienneté d'Intendant
des Finances.
Le29 , Mgt le Duc d'Orleans voulant
éviter les importunités des ſollicitations
qu'on lui fait , auffi-tôt qu'une
Place eſt vaquante dans le Conſeil
d'Etat ; a jugéà propos de donner une
Expectative à celui des Maîtres des
Réquêtes Intendants, felonle rang de
fa Réception : Comme M. de Bernage
s'eſt trouvé plus ancien que M. Ferrand
, il a obtenu par cette Loy l'Expectative
, pour la premiere Place qui
vaquera.
Le 30,onfut informé à laCour que le
Pape tint Confittoire le 11 Juillet. Le
Saint Pere s'étendit fort ſur les grandes
Qualités de M. l'Abbé Alberoni ;
il fit valoir ſurtout , les ſervices qu'il
a rendu au Saint Siege ; aprés quoi ,
il le déclara Cardinal , & en réſerva un
autre in Petto. Par cette Promotion
116
LE MERCURE
onjuge que toutes les Affaires d'Efpa.
gne ſont ajuſtées avec la cour de Rome.
On écrit d'Eſpagne , que ce noun
veau Cardinal n'a en vûë que le bien
de l'Etat. Toutes les Affaires roulent
préſentement ſur lui & lui font prefque
toutes renvoyées : C'eſt par ſes
ſoins que la Flotte d'Eſpagne compofée
de ſeize Vaiſſeaux de Guerre , de fix
Galéres & 36 Vaiſſeaux de tranfport
, a été équipée. Il y avoit longtems
que cette Couronne n'avoit été
en ſituation d'aſſembler une Flotte fi
nombreuſe. Malgré la dépenſe qu'il
a fallu faire pour un pareil Armement
, ce Miniſtre a déclaré qu'il avoit
100000 Piſtoles en réſerve ,destinées
pour l'Expédition qu'il ſe propoſoir.
Il a fait nommer M. Leedes Général
de l'Armement de Mer. Les Troupes
feront commandées par 3 Lieutenans
Généraux , 6 Maréchaux de camp &
autant deBrigadiers. M. le Marquis dé
Patignes qui est bien fourni d'argent ,
a été choisi pour Intendant des Troupesde
cetArmement. Il y a fur cetteE
cadre douze Bataillons (dont deux font
de Gardes Vvalones) 5o Compagnies
de Grenadiers. & 300 Dragons , qui
D'AOUST.
117
font to à 1 mille hommes de débarquement
; un Train d'Artillerie de 40
piéces de Canon & toutes fortes de
Munitions de Guerre & de bouche
pour une longue Expédition. Cette
Flotte a été vûë à la hauteur de Marfeille&
de Toulon , faiſant voile vers
l'Italie , fans qu'on ſcache encore ſa
deſtination.
LISTE DES VAISSEAUX
Armezà Cadix .
TE Prince des Asturies , autrefois
le Cumberland de ... 70 Canons .
Le Saint Philippe & le Saint Charle
:
La Sainte Elifabeth .
Le Saint Louis
Le Saint Ferdinand
Le Saint Pierre
Le Saint Rofaire.
Le Royal .
La Perle.
Le Volant.
La Surpriſe .
La Junon .
..
•
ة •
•
• 60 Canons.
.60.
60.
..
• .60.
60.
•
.60.
60.
•48.
.46.
44.
• 36.
2Brulots , le Saint Philippe &Caſtille.
Le Saint Salvador & l'Hercule , dont
le premier fertde Magazin & l'autre
d'Hôpital .
118 LE MERCURE
M. le Maréchal de Tallard , à quả
Mgt le Duc d'Orleans avoit donné
une Place dans le Conſeilde Régence,
y vint prendre Séance le 31.
د
Lei Août , Mst le Prince de Conty
n'a point paru au Conſeil de Régence
ayant perdu la nuit du 31 Juillet
fon fils unique leComte de la Marche ,
âgé de 2 ans & 4 mois , étant né le
28 Mars 1715.
Le même jour on folemnifa à
la Mercy , la Fête de Nôtre-Dame
de ce Nom. M. le Comte de
Ribeira Ambaſſadeur de Portugal ,
rendit le Pain - Benî qui fut préſenté
par fon Aumônier en Rochet & en
Manteau. Les Timbales , les Trompettes
&Haut-bois précédoient plufieurs
Pains-Benîts portés pardes gens
de ſa livrée. Cette Cérémonie fut
magnifique.
L'aprés midi , enſuite du Sermen du
Pere Candide Chalippe Récolet , la
Proceſſion ſe mit en marche. Pluſieurs
Eſclaves retirez dépuis peu d'Alger &
de Maroc, avec quantité de jeunes enfans
en habits d'Anges , tenans à la
main des Banderoles aux armes de
M. l'Ambaſſadeur , attirérent l'atten-
(
D'AOUST. 119
1
tion du Public & ſurtout celle de
Madame la Ducheſſe de Ventadour ,
qui étoit avec Madame la Princeffe
de Rohan fa fille & autres Perſonnes
de Diftinction , ſur les Balcons de l'Hôtel
de Soubize .
Le méme jour , on trouva aſſaſſiné
un nommé Gerinaın , Officier reçu en
furvivance dans la petite Ecurie :
Quelque recherche qu'on ait faite , on
n'apû en découvrir les Aſſaſſins.
Le 2 , quoiqu'il ût été établi que l'on
ne porteroit point le Deüil des Princes
du Sang , que lorſqu'ils moureroient
au-deſſus de 7 ans ; la Cour n'a point
û d'égard à cette régle , l'ayant pris
pour la mort du Comte de la Marche.
Le 3 , Madame d'Aligre Religieufe
Benedictine de la Ville-l'Evêque,a été
nommée Coadjutrice de Madame ſa
Grande Tante qui eſt Abbeſſe de la
petite Abbaye de Saint Cir.
Le 4 , on ſçûr que M. le Marquis
d'Alincour Villeroy , étant tout à fait
rétabli de fon indiſpoſition , partit le
21 de Juillet de Vienne , pour ſe rendre
au Camp des Impériaux ſous Belgrade.
Les , on reprefenta fur le Theatre
120 LE MERCURE
du Palais Royal la Tragédie d'Heraclius
que les Comédiens n'avoient
point joliće le Jeudi précédent, à cauſe
de l'accident arrivé au ſieur Guerin
qui ſe porte beaucoup mieux . MADAME
aû la bonté d'envoyer tous
les jours ſavoir de ſes nouvelles.
Le 7. le Roy a donné à M. le Duc
d'Albret Pair & Grand Chambelan de
France , la Charge de Gouverneur
& Lieutenant General d'Auvergne, par
la démiſſion de M. le Duc de Bouillon
fon Pere , du 7. Aouſt 1717 .
Idem , le Gouvernement particulier
de la Ville de Cuſſet dans ladite
Province , par la même démiſſion du
7.Aouit 1717.
Idem , un Brevet de retenuë fur
la Charge de Gouverneur d'Auvergne
, de la ſomme de 30000 livres ,
en faveur de M. le Duc d'Albret.
Un Brevet d'affûrance deſdites
Charges , en faveur de M. le Duc de
Boüillon , en cas de prédécéds de M.
le Puc d'Albret.
Ure commiffion à M. le Duc de
Boüillon , pour commander ſa vie durant
& faire les fonctions deſdites
Charges , nonobſtant fa demiffion.
Le
D'AOUST. 124
Le Roy a été un peu incommo lé ;
mais il ſe porte mieux : Il a foupé
aujourd'huy chez Madame la Ducheffe
de Ventadour.
Le 7. S. A. R. Mgt le Regent , alla
préſider pour la premiere fois au Conſeil
du Dédans du Royaume : Il entendit
pendant 4 heures entiéres, avec une
attention toûjours égalle , le raport
d'une Affaire importante qui lui fut
fait par M. l'Abbé Mainguy. Ce Prince
y donna des preuves de ſa péné -
trátion ordinaire & de la facilité qu'il a
pour le maniement des plus grandes
Affaires. Il en fortit auſſi fatisfait de
l'application que l'on donne dans ce
Conſeil , à rendre la Juſtice aux Sujers
duRoy,que de l'habileté duRaporteur.
Le peu de Logement qu'il y
avoit dans l'enceinte du Palais des
Tuilleries , avoit fait juſqu'à préſent
demeurer les Pages & le Manege à
Verſailles : Comme on a bâti depuis
peu des Logemens & des Ecuries , on
a fait venir ici tous les Equipages qui
étoient reſté à la Grande & à la Petite
Ecurie. On a aufli rétabli & approprié
l'ancien Carouſel .
: Le9 , M. de Rocheplatte Major
Agust 1717. L
1
122 LE MERCURE
des Gardes de Mar le Duc d'Orleans ,
ût l'honneurde monter dans le Caroffe
de S. A. R. qui lui permit d'uſer du
droit qu'il en avoir.
Le 10,M. le Comte de Stairs, après
pluſieursconteftations , a enfin,ce matin,
préſenté ſa Lettre de créance au
Roy & a pris Qualité.
On fut fort allarmé à la Cour , de
la chutte que le Roy fit de fon Lit le
foir , enjoiant avec M. le Prince de
Boüillon ; mais hûreuſement , il tomba
légérement ſur les mains & re
ſentit de mal qu'au petit doigt , dont
la douleur pafla promptement. Mr Ma-
'réchal Chirurgien de S. M. le vifita
depuis les pieds juſqu'à la tête , ſans
appercevoir aucun autre mal.
Let , M. le Comte de Ribeira Ambafladeur
Extraordinaire de Portugal,
îût Audiance particuliere du Roy, dans
laquelle il fit part à S.M.delaNaiſſance
d'un 3 Infant dont laReine de Portugal
accoucha les du moispaffe. It donna
une grande Fête pour célébrer la Naifſance
de ce Prince. Sa Maiſon connue
fous le nom de l'Hôtel de Bretonvilliers,
à la Pointe de l'Ifle Saint
Louis , étoit toute illuminée de Cire
blanche.
DAOUST. 123
Ontira unfeu d'Artifice avant le Bal,
pendant lequel on diſtribua avec profufion
aux Maſques , toutes fortes de
rafraichiſſemens .On danſoit dans une
Gallerie qui donne fur la Riviére &
dont la ſituation eſt la plus charmante
de Paris . Cette Fête auſſi galante que
fomptueuſe , a répondu parfaitement
à la haute opinion que cet Ambafladeur
a donnée de ſa Magnificence en
pluſieurs occafions.
Le 12 , S. M. foupa dans le Pavillon
que l'on a élevé au milieu des Tuilleries
, à la place du Boſquet que l'on
appelloit le Théatre. Le Roy a quitté
le Deil qu'il avoit pris pour M. le
Comte de la Marche. Mst le Duc
d'Orleans continuë à le porter de l'Electrice
Doüairiere de Saxe..
MADAME vintà Paris& aſſiſta
pour la deuxième fois à la Repréſentation
d'Heraclius. Elle ût la fatisfa
Etion en arrivant , de faire ſes compli
mens à Mst le Duc de Chartres qui
étoit entré le 4 de ce mois ,dans ſa isa
année. Ce Prince étoit allé le matin
prendre Séance au Parlement , ſans
aucun Cortége. Les fix Gentils-Hommes
fortis depuis peu de Vincennes &
Lij
124 LE MERCURE
د enne rede
laBaſtille , voulans réparer la faute
qu'ils avoient commife
conduifant pas Mst le Duc de Chartres
, le jour qu'il obtint leur grace , fe
trouvérent à la defcente de fon caroffe,
le conduifirent à la Grand Chambre
&ne le quittérent quelorſqu'ilfut deretour
au Palais Royal &qu'il fut rentré
dans fon Cabinet. Je reviens aux honneurs
que leParlemēt rendit à cePrince .
Les Huifliers de la Grand'Chambre
vinrent au devant de lui , jufqu'à
la Porte , de la Grande Sallea
Lorſqu'il ût traverſé le Parquet & pris
fa Place , M. le Premier Préſident lui
adreſſa un Compliment fort éloquent ,
dans lequel , en faifant l'éloge de Mg
le Duc d'Orleans , il y joignit aufli
celui de Msi le Duc de Chartres . IL
fit ſurtout ſentir qu'on avoit tout lieu
d'eſpérer que ce jeune Prince ſe conformeroit
aux exemples que lui donnoir
S. A R.: Mgr le Duc de Chartres
pondit à ce Compliment avec autant
de modeſtie & de juſteſſe dans ſes termes
que de dignité & d'affûrance
dans la maniére de les prononcer. Il
donna enſuite ſon avis dans l'affaire
qui fut jugée à la petite Audiance. l'AD'AOUST".
125
vocat qui plaida à la Grand Chambre ,
fitun éloge trés convenable de Mst le
le Duc de Chartres , qui en ſortant ,
fut reconduit par les Huiffiers juſqu'à
la Porte de la Sainte Chapelle. Il revintenfuite
au Palais Royal recevoir
des complimens qu'il avoit fibien mérité.
Il étoit à cette Cérémonie vétu
deDeüil, avec beaucoup de Pierreries
fur fon Habit. On étoit ſi peu informé
dans Paris du jour que ce Prince prendroit
Séance au Parlement , qu'il ne
s'y trouva que trois Ducs , qui étoient
M. l'Evêque de Beauvais , M. le Duc
d'Antin&M. le Duc deVillars Brancas .
Les Commiffaires nommés pour éxaminer
les Projets propoſés pour le
nouvel arrangement des Finances , y
travaillent avec beaucoup d'affiduite
& de diligence. Mst le Duc d'Orleans
a fi fort à coeur que ce nouveau
Siftéme ait ſon effet , qu'il trouva bon
qu'il n'y ût point Samedydernier, de
Confeil de Régence ; mais , on en
tint un extraordinaire , Mardy , pour
examiner le travail de ces Meffieurs ,
qui en ont rendu compte , encore
plus particulièrement dans les Af
emblées tenues au Palais Royal ,lo
Liij
126 LEMERCURE
11 au foir , ce matin , & l'aprés-midi.
On n'a preſque plus d'attention qu'à
cette affaire qui ſuſpend toutes les
auties.
Le 13 , Mgt le Prince de Conty eft
venu ce matin, annoncer au Roy , que
Madamela Princeſſe de Conty étoit
accouchée hûreuſement d'un Prince.
On a porté aujourd'huy à la Grand'
Chambre , la Lettre de Cachet ordinaire
, pour ordonner au Parlement
de ſe rendre en l'Egliſe de Nôtre-
Dame; afin d'aſſiſter à la Proceffion
qui ſe fait le jour de l'Aſſomption ,
pour l'accompliſſement du voeu de
Louis XIII. Le Roy ajoute dans
cette Lettre , qu'il veut que le Due
d'Orleans y recoive les mêmes
Honneurs que l'on rendroit à S.
Μ.
Mst le Duc Régent travaille trés ſouvent
avec M. le Duc de la Force &
M.Pelletier des Forts, à la réviſion des
Taxes , afin d'accélérer cette affaire .
Poury parvenir, on a éré forcé de mettre
Garniſon chez pluſieurs des Taxés
S. A. R. a cependant û la bonté d'envoyer
à M ' le Premier Preſident , le
Rôle des Conſeillers au Parlement qui
D'AOUST. 17
l'ont été ; afin de les engager à
fatisfaire promptement à leur Impoſition
; faure de quoi , on feroit obligé
de les y contraindre. Il a aſſemblé chez
lui les Doyens & Sous-Doyens de
chaque Chambre , pour prendre des
meſures qui puiſſent contenter Mst le
Duc Régent..
Onaparlé enmêmetems de la Conteſtation
qui s'eſt élévée entrelaGrand'
Chambre & les Enquêtes , au ſujet
des Commiſſaires que l'on nomme
pourexaminer les Edits qui ſont envoyés
au Parlement. Les Conſeillers
des Chambres des Enquêtes prétendans
qu'une partie des Commiſſaires
nommés , doit être choiſie parmi
eux.
Lers , jour de l'Afſomprion de la
Vierge , leRoyſe confeſſa àM. l'Abbé
Fleury ſon Confefleur , avec tout le
recueillement imaginable & donna
des marques d'une Piété exemplaire,
pendant toute la Cérémonie.
La Proceſſion de l'Egliſe de Notre-
Dame qui fe fait tous les ans à pareil
jour , au tour de la Gité , en exécution
du Voeu de Louis XIII , ſe fir avec
beaucoup de Pompe & de Solemnité.
¥28 LEMERCURE
Mstle Duc Régent s'étant rendu ſur les
4heures à l'Eglife Métropolitaine , il
ytrouvalesGardes du Roy qui occupoientle
Chour , rangez en haye , le
Mousqueton ſur l'épaule. Les Cent-
Suiſſes du Roy étoient dans la Nef& fe
mirent en marche avec la Proceffion
S. A. R. marchoit immédiatement
après M. le Cardinal , précédé d'un
Officier des Cent- Suiſſes du Roy &
fuivi de l'Officier des Gardes du Corps.
CePrince avoit à ſa droite Μ. ΙἘνει
quedeVannes ſon premier Aumônier,
M. l'Abbé Maler , M. l'Abbé du Rodetſes
Aumônietsen Rochet; M. l'Abbé
Pajor Maîtrede laChapelle de la
Muſique à ſa gauche. Enſuite , étoit
le Parlement en Robes Rouges , la
Chambre des Comptes , la Cour des
Aydes & la Ville. Il yût un concours
de Peuple infini , attiré par la préſence
de MB le Duc d'Orléans.
Le 16 , Madame la Ducheſſe de
Berry , qui étoit venuë de la Meже ,
entendre les Offices aux Carmelites ,
le jour de la Fête ; tint Toillette au
au Palaisjdu Luxembourg , où ſe trouvěrent
Mesdames les Ducheſſes de
Saint Simon , de Villars , ſes Dames
--
D'AOUST. 129
du Palais, pluſieurs Ducs,Grands Seigneurs
, Marquis & preſque tous les
Ambaſſadeurs & Envoyez. Le 17 , elle
alla à la premiere Répreſentation de
l'Opera de Venus &d'Adonis , qui eſt
goûté;&de là, elle retourna à laMente.
Le même jour , on tint à l'Hôtel
de Ville l'Aſſemblée ordinaire , pour
l'Election de deux nouveaux Echevins.
M. Trudaine Prévôt des Marchands
ouvrit la Séance par un Diſcours ,
dans lequel il fit l'Eloge du Roy , de
Mgt le Régent & de M. Bignon ſon
Prédéceſſeur. Enfuite , les deux anciens
Echevins ſortans , firent chacun
unDiſcours de remercîmens à Mesde la
Ville ; après quoi , M.le Procureur du
Roy fit un difcours ſur les avantages
& l'honneur de la Charge de Prévôt
des Marchands & d'Eſchevin. Il paffa -
enfuite , à l'Eloge du Roy , de Mst le
Duc d'Orleans & deM. Bignon ; après
quoi , on procéda à l'Election en la
maniere accoutumée , par le Scrutin :
Celui qui le portoit , étoit M Nicolaï
le fils , Conſeiller au Parlement & recû
en ſurvivance de la Charge de Premier
Préſident de la Chambre des
Comptesi Parmi les perſonnes
130 LEMERCURE
qui votérent pour l'Election , ſe trouvérent
M.Dagueſſeau de Valjoint frere
de M. le Chancelier , M. de Maupeou
Confeiller au Parlement. Les
Echevins élûs font M. Gachier Notaire
& Conſeiller de Ville , & M.
Maſſon Greffier du Parlement.
Fermer
2
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
Comme on ne peut vérifier trop exactement une Découverte aussi [...]
Mots clefs :
Invention , Eau potable, Eau de mer, Attestations, Objections
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT - PROPOS.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
Comme
Omme on ne peut vérifier trop
exactement une Découverte ausse
avantageuse au Public , qu'est celle de
l'Eau de la Mer rendue potable ; j'ai
crû que je ne pouvois employer plus uti
lement mes recherches , qu'à recueillir
avec ſoin tout ce qui concerne cette importante
matiere. Dans le Mercure
d'Aoust , j'ai donné les Procez verbaux
des expériences qui en ont étéfaites
au Port de l'Orient, par des Commiffaires
nommés pour les examiner. Ge
mois-cy , je commencerai mon Recučilpar
toutes les objections qui ont été proposées
à M. Gautier Auteur de l'ingénieuse
Machine , à qui toutes les Nations
Maritimes vont être redevables d'un
préſentſi considérable .
J'y joindrai en même tems les Répon
Sesfatisfaisantes qu'il y a données , afin
defixer les sentimens des moins crédules
: Mais comme l'approbation de Meffieurs
de l' Académie des Sciences est d'un
grand poids enfait d'expériences nouvel
Aij
1
AVANT - PROPOS.
les , de Lecteur mefaura grésans doute =
queje produiſe l'attestation qu'ils ontac
cordée à l' Inventeur.
Fermer
3
p. 5-20
A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
Début :
Messieurs, J'ai l'honneur de vous présenter toutes les Questions que l'on [...]
Mots clefs :
Questions, Eau de mer, Eau potable, Machine, Utilité, Invention , Solidité, Vaisseaux, Dépenses, Entretien, Équipages, Réparations, Espace, Grandeur, Caisse, Canal, Citerne, Tambour, Quantité infinie, Cuisine, Avantages, Eau distillée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A l'Orient, le 12. May 1717. A MESSIEURS Les Commandant & Commissaire Général Ordonnateur, & à Messieurs les Officiers de la Marine de Port-Loüis & de l'Orient.
A l'Orient ,le 12. May 1717.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
A MESSIEURS
Les Commandant & Commiſſaire Gl
néral Ordonnateur , & à Meſſicurs
les Officiers de la Marine de Port
Louis & de l'Orient.
MESSIEURS.
J'ai Phonneur de vous préſenter tou
tes les Oueſtions que l'on a pû me
faire ſur le moyen de rendre l'Eau de
Mer potable , & les Réponſes à tourës
ces Queſtions. Je les ai réduites à
quatre Chefs: Les unes regardent la
Aij
6 LE MERCURE
Machine; les autres, le lieu & l'eſpa
ce qu'elle occupe : Celles-ci ,les effets,
& les dernieres, ce que l'on conſomme
pour en tirer avantage. Il pourroit m'en
être échapé quelques - unes. Je vous
prie, MESSIEURS , de me les propoſer ;
je tacherai d'y repondre & d'en tirer
toute l'utilité poſſible ; n'ayant rien
plus à coeur que de profiter des lumieies
des perſonnes expérimentées , qui
veulentbien concourir à augmenter le
bien public& particulier.
QUESTIONS SUR LA MACHINE.
DEMANDES.
Si laMachine eft fimple?
REPONSES.
Elle peut paffer pour ſimple , fi elle
n'eſt précisément compoſée que d'autant
d'Equivalents ſimples .que le Nature
employe de moyens,pour rendre
l'Eau de Mer potable : Quelques-uns
ont été fabriqué publiquement : On
les peut voir tous les jours. Le filence
refpectueux que je dois à la COUR,
DE SEPTEMBRE 7
1.
m'empêche de divulguer le reſte qui
eſt auſſi ſimple , juſqu'à ce qu'elle em
ait autrement ordonné .
Si elle est folide&à l'épreuve des agi
tations de la Mer?
La Caiſſe eſt auſſi ſolide que l'Ar
chi-pompe : Le Tambour n'en peut être
endommagé; puiſqu'il eſt dans une agitation
plus grande , lorſque la Machine
produit ſon effet , que celle que la
Mer lui pourra donner.-
Si elle est durable ? ..."
Lorſqu'elle ſera bien exécutée, elles
pourra durer autant qu'un Vaiffeau.
Si on la peut aisément construire?
Il eſt trés facile à tout Ouvrier de la
conſtruire en peu de tems: En botte,elle
n'aura que le volume d'une Barrique..
On pourra,pour quelque raiſon que ce
foit, en porterpluſieurs , & tout équipage
les pourra établir en peu d'hesres..
t
<
8 LE MERCURE
Si lapremiere Dépense est considérable ?
Il ne faut rien établir fur la dépenſfe
préſente,pour pluheurs bonnes raiſons .
Pour un Vaiſſeau du Roy , elle ne
peut paffer cent piſtoles : Dépenſe qui
diminuera à proportion des équipages ;
de forte qu'elle reviendra à peu prés à
trente piſtoles pour un moyen Navire:
J'entens par moyen navire , celui qui a
cinquante à ſoixante hommes d'équipage
, tels que font ceux de la Riviere de
Nantes fur leſquels j'ai fait ma ſupputation.
Qu'on ſuppute à combien reviennent
les Futailles, pour un Vaiſſean
de 400. hommes qui fait de l'Eau pour
trois mois ? Combien elles durent ; ce
qu'il en coute pour le radoub ; & qu'on
faſſe attention qu'on perdtout , bois &
fer , quand elles deviennent inutiles ?
Qu'on balance enſuite cette dépense &-
la durée avec la dépenſe & la durée
,
de ce que je propoſe ?
Si l'entretien est de conſequence.
L'entretien eſt ſi peu de choſe qu'il ne
mérite pas attention.
DE SEPTEMBRE
9
Si on peut à la Mer réparer ce qui
s'en pourroit déranger ?
Ledérangement regarde, ou la Caiffe
qui peut être réparée ſur le champ
par le dernier Matelot,ou le Tambour.
Il n'y a qu'un coup de Canon qui le
puiffe rompre ; mais , quelque choſe
qu'il arrive , on le peut auſſi aisément
raccommoder qu'une chaudiere ordinaire
: Le reſte eſt encore plus facile à
rétablir.
St on perd tout , lorſqu'elle ne peutplus
• Servir ?
Le Cuivre ſe vendra , comme les
autres Uſtenſfiles du Vaiſſeau:Le Plomb
fe retrouvera tout entier&pourra fer vir
à pluſieurs Vailleaux ſucceſſivement ,
fans une nouvelle dépenſe de fonte &
de déchet .Quoique la charpente foit
faite de vieux bois , elle peut fervir
de la même maniere .
QUESTIONS SUR LE LIEU ET'L'ESPAGE
QU'ELLE OCCUPE .
Si on lapeut placer en plusieurs endroits
du Vaisseau?
On la peut placer indifferemment parLE
MERCURE
tout , pourvû qu'on obſerve une ſeule R
choſe; que l'Axe du Tambour ſoit parallele
à la Quille. Il est vrai que de
tous les endroits du Vaiſſeau , il me
feinble que le plus convenable ſeroic
entre l'Archi-pompe & le grand Panneau
, endroit où elle n'incommoderoit
point l'équipage , où elle n'embaraſſeroit
point pour la charge& ladécharge
& où , ( fi la COUR m'honnoroit
de ſes ordres , pour réformer les
Pompes auxquelles je connois cinq à
fix défauts eſſentiels , ) je profiterois fi
bien da vuide de l'Archi-pompe, ſans
intereſſer le Mât & les Pompes que la
Machine s'y établiroit preſque toute :
C'eſt la raifon qui m'avoir fait avancer
que l'endroit que je demandois , n'eſt
jamais occupé.
Si la grandeur est déterminée?
Elle n'exige aucune grandeur déterminée.
Il ne faut rien conclure de celle
qu'on voit qui a été faite pour
prouver la potabilité , la diligence &
le peu de dépenſe ,& pour profiter des
lumieres du Public ; afin de me mettre
en état de la placer dans le lieu
de
DE SEPTEMBRE
le plus convenable aux Vaiſſeaux &
de l'exécuter de la maniere la plus ſolide.
Si la configuration est déterminée ?
On la peut faire de toute figure &
profiter de tous les endroits qui lui
font voiſins , quelques irréguliers qu'ils
foient.
Si on peut faire toute forte d'arrimage ?
On pourra faire toute forte d'arrimage
au tour de la Caiſſe , puiſqu'elle
ſera auffi folidement établie que l'Ar
chi-pompe.
Si on peut aisémentse fervir de la Machine
, pour y mettre l'Eausalée نم
la Matiere combustible ?
On établira un petit Canal ſur le
Pont , par lequel elle recevra l'Eau
falée. La matiere combustible ſera
fournie par l'Archi-pompe. De cette
maniere , on ménage l'eſpace qu'exige
deſervice.
42 LE MERCURE
Où fera contenue l'Eau douce?
On fera deux Citernes contenans
pluſieurs Barriques , & on templira
l'une pendant qu'on vuidera l'autre .
J'ai trouvé un moyen de faire aifément
ces Citernes avec le Plomb , ſans foudure.
Elles feront fûres & à l'épreuye
des agitations de laMer.
Comment tirera-t-on l'Eau douce?
L'Eaudouce ſe tirera entre les Ponts ,
par le moyen d'une petite Pompe.
Si on ne courtpoint les risques dufen ?
Pour en juger , il ne faut que voir
de quelle maniere le Fourneau eſt
placé.
Oùfera le Matelot deſervice ?
Il ſera placé à l'entre-Pont , d'où il
fera tourner le Tambour ; & par ce
moyen , on préviendra tous les défauts
d'attention. Le Fontenier de quart
deſcendra detems en tems pour enretenir
le feu
QUESTION
DE SEPTEMBRE.
QUESTIONSSUR SES EFFETS
Si elle poura faire une quantité d'Eau
Suffisante, pour quelque Equipage
que ce soit?
, on aura autant
Lorſque la Machine ſera exécutée ,
-comme elle doit être
d'Eau qu'on voudra , ſelon la grandeur
des Vaiſſeaux. La néceffité de ſe
ſervir du Plomb du Magazin qui eſt
trop fort des deux tiers , rend la Caifſe
fort défectueuſe ;les Ouvriers ayant
eu beaucoup de peine à l'employer.
De plus , il eſt plein de fable & de
craffe de Plomb incorporés enſemble ;
ces Tables n'étant que de vieux
Plomb refondu: C'eſt ce qui a rendu
l'Eau ſale pendant ſi long-tems &
lui a même, donné un petit goût
qu'elle ne doit point avoir ; ce qui m'a
fait trouver le moyen de la faire ſans
foudure. Pour le Tambour , on a employé
le Cuivre qu'on a trouvé ici &
qui étoit trop fort de la moitié; ce qui
m'a obligé de ne donner que quinze
pouces de Diamêtre au Réchaud qui
pouvoit en avoir le double ; ce qui ût
Septembre 1717. B
14 LE MERCURE
produit le double de l'Eau. De plus ,
ce Païsn'eſt pas propre pour telle Febrique
: Le Cuivre y eſt d'une cherté
exceffive. Une Machine de trois pieds
de long & autant de large , donnera
quatre Barriques d'Eau par jour,
Sil' Ean est potable & fi elle défaltére ,
Sans intéreſſer la santé?
Il y a plus d'un mois que les Gardiens
& les Ouvriers qui tournent la
Machine, ne boivent que de cette Eau,
fans aucun changement dans leur tempérament
; & je crois que cette Expérience
ſeule vaut mieux que cent raifonnemens
de Médecine & de Phyfique
; puiſque ce ſont des gens qui ne
boivent ni Vin , ni Cidre &qui ne mangent
que du Pain. Les perſonnes qui
boivent du Vin ne font pas de ſi bons
Juges des Eaux : Il faut avoir foifpour
les trouver bonnes .
Si elle cuit bien les Viandes & les Lé
gumes ?
Les Expériences reitérées font voir
qu'elle cuit les Viandes & les LéguDE
SEPTEMBRE . I
mes , plus promptement que les Eaux
de Fontaine : Elle a même cuit des'
Poix qui font à l'épreuve de route
Eau. Elle deſſale mieux les Viandes .
Si elle est bonne àfaire du Pain ?
Le Pain fait avec l'Eau douce , nous
aparu plus léger , plus frais&de meil
leurgoût.
Si elle a d'autres Propriétez ?
Elle est beaucoup plus fraiche que
l'Eau de Fontaine .
Elle ne laiſſe nul fel Marin après
l'évaporation.
Elle s'évapore beaucoup plus vite.
Elle diffour mieux le Savon & le
Sucre.
Elle bout avec le Lait fans le
faire cailler.
Éllepeſe moins d'un 128ª que l'Eau
de Fontaine.
Elle est douce au toucher& au goût;
parce que,ſuivant les Mémoires de l'Académie
, qui affûrent que l'Eau de
Mer n'a de mauvaiſes qualités que la
falure; j'ai travaillé à la dépoüiller tel
Bij
16 LE MERCURE
lement de ſon ſel , qu'elle a le goût
d'Eau de pluye ou de citerne ; ce
que j'ai cherché avec attention , parce
qu'à la Mer , on reſpire un air ſalé &
on mange beaucoup de choſes ſalées :
C'est pourquoi , l'Eau ne sçauroit être
trop douce.
Elle eſt ſi légére , que j'en ai bû plufieurs
fois à jeun , juſqu'à deux & trois
Pintes , fans m'appercevoir de rien.
Ces mêmes Gardiens & Ouvriers l'expérimentent
auſſi tous les jours.
Si ellese peut garder ?
Toute Eau diſtilée étant plus ſimple, il
eſt hors de doute qu'elle ſe conſervera
fort bien. Je n'en ai pas fait l'expérience
: Elle éxige un trop long-tems&me
paroît inutile ; puiſqu'on en peut faire
à toute heure & que j'ai trouvé un
moyen de ſe paſſer de Barriques , d'où
procéde principalement la corruption
de l'Eau..
QUESTION SUR LES MATIERES
COMBUSTIBLES.
Quelles Matieres peut- on bruler ?
Toute forte de bois & de charbons
,& tout ce qui eſt combustible.
1
DE SEPTEMBRE .
17
1
Quel Volume d'Eau produit certain
Volume de Matiere ?-
Un tiers de charbonde bois& deux
tlers de charbon de terre mêlés , donrient
fix à ſept fois plus d'Eau que leur
Volume. Le bois ſeul donne près de
trois fois plus que ſon Volume : Lorfqu'on
les brule enſemble , ils font cinq
fois plus que leur Volume.
A combien revient la Barrique d'Eau ?
Une Barrique compofée d'un tiers
de charbon de bois & de deux tiers
de charbon de terre , donne fix à ſept
Barriques d'Eau qui reviennent à peu
près , à dix ou douze fols chacune ,
avec le bois à cinq fols ou environ .
Je préférerois cependant le charbon ,
parce qu'il envolume moins.
Os mettra-t- on la matiere combustible ?
On mettra du charbon de bois &
đủ charbon de terré mêlés , comme
L'eſt qu'on gardera pour les beſoins
imprevûs : On fera un petit parc ,
✓
Biij ..
18 LE MERCURE
:
où ſera la proviſion courante. On met
le bois partout.
AVANTAGES
Les uns regardent l'Etat par raport
la conſervation dela vie & de la fanté
: Les autres regardent le Roy par
raport à la dépenſe de ſes armemens ;
les Futailles montans à très haut prix .
Les avantages des Négocians ſont
auſſi le ménagement des Furailles &
le profit que prodairont les marchandiſes
qu'on mettra en leur place. Exemple.
Un Vaiſſeau de 400 hommes embarque
ordinairement cent Tonneaux
d'Eau pour trois mois : Suppoſant que
la Machine & la Matiere combustible
occupent vingt Tonneaux , il reſte So
Tonneaux de vuide : Et de plus , lorfqu'on
a de la Matiere combustible ,
oneft für d'avoir de l'Eau ; mais, celui
qui a une Barrique d'Eau, n'eſt pas für
de l'avoir un moment aprés. S'il faut
plus d'Eau , on peut ou augmenter, la
Machine , ou en établir une autre...
Les relaches , lecommerce des Négres
, la ſanté des Equipages , le bien
des Particuliers& beaucoup d'autres
DE SEPTEMBRE 19
commodités qu'il ſeroit trop long de
détailler , feroient la matiere d'un
Volume.
Si ce qu'on dir eft vrai , que le prétendu
beſoin d'Eau eſt quelquefois un
prétextede relache,ſoit afin de prolonger
levoyage, ſoit pour faire de petits
commerces au détriment des Arma--
teurs; je ne doute pas que cette raiſon
jointe à la prévention contre les choſes
nouvelles , ne faſſe paroître àces
Marins & aux Eſprits prévénus que
mes Expériences font trés défectueuſes.
Ce n'est pas leur approbation que
je dois chercher , mais, celle des gens
de bien & d'honneur , qui n'ont pour
but de leurs Actions que le bien de
l'Etat , la conſervation des Equipages ,
la perfectionde la Marine , & qui contribuent
par de ſérieuſes attentions
rendre l'établiſſement de la Machine ,
facile , folide & commode, convaincus
de l'étenduë de fon utilité.
J'oubliois de vous dire , Meſſicurs ,.
que vingt- une Barriques de charbon
de terre, priſes àNantes , coutent àpréſent
vingt-une Piſtoles , & ces vingtune
Barriques donnent trente-huit
Barriques , meſure de l'Orient , qui
20 LE MERCURE
vallent trente-huit Piſtoles ; ce qui fate
une différence notable pour l'eſtime
de la Barrique d'Eau .
Vôtre trés humble &trésobéissant
Serviteur,
GAUTIER , Dr. M.
Fermer
4
s. p.
AVANT-PROPOS.
Début :
On ne sçauroit trop se préter à la curiosité publique, quand [...]
Mots clefs :
Eau de mer, Machine, Invention , Découverte, M. Gautier, Navigation, Distillation, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANT-PROPOS.
AVANT- PROPOS.
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
Nne sçauroit trop se prêter à la
curiofitépublique , quand il s'agit
d'une Recherche auffi utile qu'est celle
de l'Eau de la Mer renduë potable .
Les Piéces juftificatives que nous avons
produites dans les Mercures précédents
touchant cette Découverte , n'ont ſervi
qu'à exciter de plus en plus le défir de
connoître tous les moyens employez pour
parvenir à la consommation de ce grand
Oeuvre Il femble après cela , que ce
feroit naturellement ici la place de donner
la defcription de la Machine avec
laquelle l'ingénieux Auteur a operé
cette Merveille. On n'auroit pas manqué
de remplir l'attente du Public , en
la faifant graver , fi M. Gautier à qui
Seul appartient l'honneur de l'Invention
, n'avoit reçû des ordres précis de
Monfeigneur le Duc Régent & du
Confeil de Marine , de n'en pas révé-
:
Aij
AVANT - PROPOS.
.
ler fitôt le Mécanisme : On a jugé à prode
la mettre en évidence
pos
avant que
de faire embarquer l'Auteur fur unVaiffeau
du Roy deftiné pour l'Amérique ;
afin d'éprouver files Equipages qui refpirent
en Mer un air falé , & qui ne
mangent que des viandes altérantes , fe
trouveront auffi bien de l'ufage de cette
Eau , que ceux qui en ont bû , étant à terre,
dans un état tranquile & dans un air plus
doux .
2. On veut voir , fi la Machine eft
à l'épreuve des agitations & desfeconfes
violentes de la Mer. Comme l'Inventeur
eft feul capable de remédier à ces Inconvéniens
, c'est ce qui l'a engagé à demander
au Confeil de Marine , de courir les
rifques d'une Navigation de long cours ;
afin d'être toujours prêt à réparer les
défordres de fa Machine, au cas qu'il en
arrivât ; & par la même occafion , de la
rectifier ou de la perfectionner , chemin
faifant : Ce qui ne lui étoit pas poſſible
d'exécuter au Port de l'Orient , où il a fait
fes expériences fur une Mer calme : Il
eft vray que l'Auteur , par Ordre de S.
A. R. en a fait un modéle en Cartons
qui a mérité L'approbation de ce Prince
1
-AVANT - PROPOS.
pas
>
celle de Meffieurs de l'Académie
des Sciences ; mais on ne craindra,
d'avancer › que ce modéle ne fuffit
pas pour donner une idée complette de
la chofe , & für lequel on puiffe tenter
des expériences avec fuccès ; l'Auteur
déclarant qu'il ne s'eft point encore expliqué
fur les Proportions , fur les Matieres
convenables & fur la Maniere de
travailler: Il affure même que la nouvelle
Machine qu'il vafaire conftruire pourfon
voyage , ne ferapas précisément la même
que le Modèle ; elle ne perdra cependant
rien de fa fimplicité , puiſqu'il ne fera que
changer la figure du Tambour. Alors,
le même feu fervira en même temps .
pour différens befoins trés néceffaires
à tout l'Equipage du Vaiffean , fans
néanmoins interrompre fon effet princi
pal qui doit être par préférence , la
diftillation de l'Eau de Mer. On y rôtira
par exemple , les Viandes & l'on
Le paffera de Fours pour cuire le pain
des Officiers : On y pourra joindre une
Chaudiere fabriquée fuivant les principes
de cette Découverte dont le Sieur
Gaultier a fait ici l'expérience , aprés
en avoir préſenté le Modéle à S. A.
ཞ་
-
A iij
AVANT - PROPOS.
Monfeigneur le Comte de Toulouſe qui
a fort approuvée . Cette Chaudiere eft
propre à toutes fortes d'ufages , foit pour
faire cuire des Pois , Fêves , &c. Ce
qu'il y a de furprenant , c'est que pour
toutes ces différentes Opérations , it
fandra fi peu confommer de matiére
combustible , de quelque nature qu'elle
foit ,, que ce ne fera plus un objet pour
la dépenfe ; fans compter que le Faif
feau en fera beaucoup moins embaraſſé.
Les Nations Maritimes qui auroient
un interêt prochain qu'on en donnât.
an plûtôt une exacte Defcription , doivent
attendre de la libéralité de S. A.
R. que non seulement elle n'en fera
point un Secret , mais que , lorfque les
Expériences feront confommées , elle
préviendra leurs fouhaits : Elle a
même û la bonté de témoigner par
Avance , la fatisfaction qu'elle aurois
de leur en faire préfent , lorsqu'on n'aura
plus rien à défirer. L'espérance
de profiter bien-tôt de l'avantage d'une
fi hurense Découverte , dont ce Prince a
entrepris de poursuivre avec tant de générofité
& de dépense la perfection ,
doit animer les Puiffances à favorifer
AVANT- PROPOS.
,
-
*
toutes les perfounes éclairées qui ne
font occupées que de travaux utiles
à la République ; afin de tirer du fruit
de leurs veilles , des avantages qui aillent
au bien commun de la Societé des
Hommes ; mais , cette même prudence
qui doit les porter à protéger les
Arts & à examiner avec foin toutes
les Découvertes de cette nature
doit auffi les tenir en même temps ,
en garde contre ceux qui dans leurs
Systèmes entreprennent de forcer
Art & la Nature an lien de
lui obéir & de s'y plier felon les
circonftances : C'est le principe qu'à
Suivi conftamment Monfieur Gautier ,
& qui l'a conduit à ſurpaſſer la Nature
même en l'imitant ; ayant été
obligé de trouver l'Art en multipliant
les furfaces , d'en multiplier auſſi l'effet
fous trés pen de furface apparente ;
Parce que en Suivant les régles feules
de la Nature , la Machine ent été
d'un f grand volume , pour en tirer
quelque avantage , quelle feroit devenuë
impraticable.
En attendant que nous puissions mettre
au jour le deffein de fa Machine
?
A iiij
AVANT- PROPOS.
en donner un Plan exact ; j'espére
que le Leiteur fera bien- aife de trou
ver ici les Lettres qui m'ont été communiquées
touchant les premieres épreuves
de cette fameuſe expérience .
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5
p. 9-10
COPIE DE LA LETTRE DU CONSEIL DE MARINE, Ecrite de Paris à Monsieur de Lusançay, Commissaire de la Marine à Nantes, le 30 Decembre 1716.
Début :
Le Sieur Gautier Medecin de Nantes, prétend avoir trouvé un [...]
Mots clefs :
M. Gautier, Eau de mer, Eau potable, Conseil, Succès, Navigation, Voyage, Secret
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COPIE DE LA LETTRE DU CONSEIL DE MARINE, Ecrite de Paris à Monsieur de Lusançay, Commissaire de la Marine à Nantes, le 30 Decembre 1716.
COPIE DE LA LETTRE
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
DU CONSEIL DE MARINE ,
Ecrite de Paris à Monfieur de Lufançay ,
Commiffaire de la Marine à Nantes ,
le 30 Decembre 1716.
E Sieur Gautier Medecin de
Nantes , prétend avoir trouvé
un fecret pour deffaler l'Eau de
la Mer , & a propofé au Confeil par une
Lettre du 8 de ce mois , d'en faire l'épreuve
. Comme le fuccés d'une pareille
Découverte feroit trés utile à la navigation,
vous pourrez dire au Sieur Gautier
de fe rendre à l'Orient , pour faire certe
épreuve en préfence du Commandant
10 LE MERCURE
& de l'Ordonnateur de ce Port : Que le
Confeil luy fera payer la dépenfe de fon
voyage , & qu'il luy fera donné une
gratification pour le dédommager du
tems qu'il aura employé , file fecret fe
trouve bon. Signés , Louis -Alexandre:
de Bourbon & le Maréchal d'Eftrées .
Pour Copie Lufançay.
A Paris , Le 30 Decembre 1716.
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6
p. 11-17
EXTRAIT Du registre des Lettres écrites au Conseil de Marine, par M. de Beauregard Chevalier de l'Ordre militaire de Saint Loüis, Capitaine de Vaisseaux du Roy, Commandant la Marine au Département du Port-Louis & l'Orient.
Début :
La Machine est en place, mais le Sieur Gautier veut faire diverses [...]
Mots clefs :
Machine, Eau douce, Projet, Marine, Vaisseaux, Tonneaux, Charbon, Quantité, Eau de mer, Soudure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT Du registre des Lettres écrites au Conseil de Marine, par M. de Beauregard Chevalier de l'Ordre militaire de Saint Loüis, Capitaine de Vaisseaux du Roy, Commandant la Marine au Département du Port-Louis & l'Orient.
EXTRAIT
Du Regiftre des Lettres écrites au Cönfeil
de Marine , par M. de Beauregard
Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , Commandant la Marine
an Département du Port- Louis &
l'Orient.
Du 19 Avril 1717.
LA Machine eft en place s mais le
Sicur Gautier veut faire diverfes
12 LE MERCURE
épreuves en fon particulier avant la décifive
Il veut pendant trois ou quatre
jours , faire bouillir de l'Eau douce dedans
, pour ôter l'odeur de la foudure :
il veut auffi connoitre la difference qu'il
peut y avoir du charbon de bois à celui
de terre , employés dans fon réchaud .
J'ai en mon particulier, fait un Mémoire
de tout ce qui pouvoit s'oppofer à l'exécution
de fon projet ; afin qu'il y faffe
fes réponſes , pour autorifer l'ufage qu'il
prétend qu'on en peut faire , & faire
prononcer fur cela Meffieurs les Capitaines
, le Médecin , les Chirurgiens-
Majors & l'Apoticaire de la Marine, fans
leur donner une entiére connoiffance de
fon fecret.
:
D# 7 May 1717.
' Ay l'honneur d'informer le Confeil ,
que les Gardiens des Vaiffeaux du
Roy & celui du Triton où eft la Machine
du Sieur Gautier , ne boivent que
de l'Eau de l'épreuve de cette Machine;
& il me paroift que s'il y a quelque
difficulté dans fon projet , ce ne fera pas
fur la qualité de l'Eau : Car , on ne peut
alléguer qu'étant confervée, elle fe pour
Loit corrompre ; puifqu'elle n'eft point:
D'OCTOBRE,
13.
faite
pour ne s'en point fervir journellement
: Il ne s'agit donc que de fçavoir
la quantité qui s'en pourra faire dans
un jour , & l'efpace que contiendra le
bois ou le charbon qui feront employés
à cet ufage : Je fçay déja que ladire Machine
peut contenir l'efpace de 8 à 10
Tonneaux dans un Vaiffeau du troifiéme
rang , & dans un autre plus petit
Navire , elle feroit plus inférieure : Je
ne manquerai pas d'en faire un détail ,
lorfque l'entiére connoiffance de tout ce
qui pourra regarder l'employ de cette
Eau , me fera parvenue ; car , j'aimerois
mieux eftre mort que d'avoir condamné
ou approuvé ce que je ne fçaurois pas.
certainement.
DE
Du 21 May 1717.
EPUIS hier midi jufqu'aujourd'huy
pareille heure , le Sieur Gautier
a fait l'épreuve de la quantité d'Eau
que luy pouvoit produire la Machine
qu'il a établie à bord du Vaiffeau du
Roy le Triton , & la confommation du
charbon Pendant ces 24 heures , il a
confommé un pied & demi cube de
charbon , dont les deux tiers de terre &
14 LE MERCURE
l'autre tiers de bois , mêlés enfemble, &
a fait 162 pots d'Eau douce en préfence
de deux perfonnes fidéles ; l'une nommée
par M. Clairambault ,
l'autre par
moy , qui y ont paffé la nuit fans repofer.
Demain à 7 heures du matin , on commencera
l'épreuve de la confommation
du bois feul & de la quantité d'Eau qui
en proviendra pendant 12 heures.
>
Du 28 May 1717.
TOUTES les expériences que M.
Gautier devoit faire ici par ordre
du Confeil , devant eftre finies Lundi
prochain , il fupplie le Confeil d'avoir
la bonté de luy faire fçavoir , s'il pourra
retourner à Nantes , avant que d'avoir la
réponſe du Procés verbal , où fera détaillé
toutes les épreuves de l'Eau de
Mer qu'il a convertie en Eau douce , qui
fera envoyé fans faute avec de cette Eau
dans la femaine prochaine ; parce qu'il
eft appellé par plufieurs malades à
Nantes,qui ont en luy toute la confiancé
qu'on peut avoir pour un auffi habile &
un auffi honête homme que nous le connoiffons
tous :Son expérience dans la Médecine,
a tiré d'affaire plufieurs Gens ici .
"
D'OCTOBRE.
Du 18 Juin 1717.
COMM. j'ay une connoiffance parfaite
de toutes les épreuves mentionnées
au Procés verbal qu'on envoye
au Confeil , ainfi que des réponſes faites
par le Sieur Gautier,fur les queftions qui
luy ont efté alléguées par Meffieurs les
Officiers que j'ay choifi , comme les plus
capables de juger de la qualité de l'Eau
de Mer rendue potable , du lieu le plus
convenable pour placer fa Machine , &
de la facilité avec laquelle on s'en pourra
fervir; je croirois abufer de la patience
du Confeil , en luy faifant un nouveau.
détail de toute l'utilité qu'on en peut
tirer ; j'aurai l'honneur de luy dire leulement,
qu'ayant fait conferver de cette
Eau dans une barrique , pour fçavoir.
précisément ce qu'il en arriveroit : Aprés
Î'y avoir laiffée quinzejours, j'ay remarqué
que non feulement elle ne s'étoit
pas corrompue , & même que fon leger
goût de feu & de la foudure s'étoit
diffipé ; mais, pour ôter toute fufpicion ;
j'ay appellé les Médecins , Chirurgiens
Majors & Apoticaires du Port , pour
voir diftiller eux-mêmes l'Eau qu'on en16
LE MERCURE
voye au Confeil dans une bouteille que
je les ai prié de cacheter du Sceau dut
Contrôlle de la Marine ; & en mêmetems
, M. de Clairambault & moy y
avons mis nos cachets. Ce n'eſt pasTans
répugnance que j'ay conſenti à demander
le congé du Sieur Gautier , aupara
vant d'avoir eu l'honneur d'informer le
Confeil du fuccés de cette épreuve,dont
xécution paroift auffi facile que la
fimplicité de fon Auteur , qui exige plûtoft
qu'on luy faffe des difficultez que de
quêter des éloges : Il m'a paru fi uniyerfel
qu'à quelque dégré de fçience que
Meffieurs de l'Académie foient parvenus
, je fuis perfuadé qu'ils ne feroient
pas fâchés de connoiftre ce Médecin qui
n'a pas laiffé de fe trouver ici à propos,
pour fecourir de fa profeffion , plufieurs
perfonnes dangereufement malades : Il
s'eft acquis dans le peu de féjour qu'il
a fait ici, toute l'eftime qu'un honnête
homme peut efperer ; je lui ai remis fon
congé pour retourner à Nantes.
Depuis que j'ay eu l'honneur d'écrire
le contenu ci-deffus au Confeil ; M. le
Maréchal de Montefquiou a goûté de
cette Eau , ainfi que les Meffieurs qui
l'accompagnent ; ils l'ont trouvée bonne
Et
D'OCTOBRE. 17
& utile pour l'ufage auquel on la detic.
Pour copie , figné , Chunlaud de
Boisdizon Sécretaire de Mr le Comman-
'dant.
Du Regiftre des Lettres écrites au Cönfeil
de Marine , par M. de Beauregard
Chevalier de l'Ordre militaire
de Saint Louis , Capitaine de Vaiffeaux
du Roy , Commandant la Marine
an Département du Port- Louis &
l'Orient.
Du 19 Avril 1717.
LA Machine eft en place s mais le
Sicur Gautier veut faire diverfes
12 LE MERCURE
épreuves en fon particulier avant la décifive
Il veut pendant trois ou quatre
jours , faire bouillir de l'Eau douce dedans
, pour ôter l'odeur de la foudure :
il veut auffi connoitre la difference qu'il
peut y avoir du charbon de bois à celui
de terre , employés dans fon réchaud .
J'ai en mon particulier, fait un Mémoire
de tout ce qui pouvoit s'oppofer à l'exécution
de fon projet ; afin qu'il y faffe
fes réponſes , pour autorifer l'ufage qu'il
prétend qu'on en peut faire , & faire
prononcer fur cela Meffieurs les Capitaines
, le Médecin , les Chirurgiens-
Majors & l'Apoticaire de la Marine, fans
leur donner une entiére connoiffance de
fon fecret.
:
D# 7 May 1717.
' Ay l'honneur d'informer le Confeil ,
que les Gardiens des Vaiffeaux du
Roy & celui du Triton où eft la Machine
du Sieur Gautier , ne boivent que
de l'Eau de l'épreuve de cette Machine;
& il me paroift que s'il y a quelque
difficulté dans fon projet , ce ne fera pas
fur la qualité de l'Eau : Car , on ne peut
alléguer qu'étant confervée, elle fe pour
Loit corrompre ; puifqu'elle n'eft point:
D'OCTOBRE,
13.
faite
pour ne s'en point fervir journellement
: Il ne s'agit donc que de fçavoir
la quantité qui s'en pourra faire dans
un jour , & l'efpace que contiendra le
bois ou le charbon qui feront employés
à cet ufage : Je fçay déja que ladire Machine
peut contenir l'efpace de 8 à 10
Tonneaux dans un Vaiffeau du troifiéme
rang , & dans un autre plus petit
Navire , elle feroit plus inférieure : Je
ne manquerai pas d'en faire un détail ,
lorfque l'entiére connoiffance de tout ce
qui pourra regarder l'employ de cette
Eau , me fera parvenue ; car , j'aimerois
mieux eftre mort que d'avoir condamné
ou approuvé ce que je ne fçaurois pas.
certainement.
DE
Du 21 May 1717.
EPUIS hier midi jufqu'aujourd'huy
pareille heure , le Sieur Gautier
a fait l'épreuve de la quantité d'Eau
que luy pouvoit produire la Machine
qu'il a établie à bord du Vaiffeau du
Roy le Triton , & la confommation du
charbon Pendant ces 24 heures , il a
confommé un pied & demi cube de
charbon , dont les deux tiers de terre &
14 LE MERCURE
l'autre tiers de bois , mêlés enfemble, &
a fait 162 pots d'Eau douce en préfence
de deux perfonnes fidéles ; l'une nommée
par M. Clairambault ,
l'autre par
moy , qui y ont paffé la nuit fans repofer.
Demain à 7 heures du matin , on commencera
l'épreuve de la confommation
du bois feul & de la quantité d'Eau qui
en proviendra pendant 12 heures.
>
Du 28 May 1717.
TOUTES les expériences que M.
Gautier devoit faire ici par ordre
du Confeil , devant eftre finies Lundi
prochain , il fupplie le Confeil d'avoir
la bonté de luy faire fçavoir , s'il pourra
retourner à Nantes , avant que d'avoir la
réponſe du Procés verbal , où fera détaillé
toutes les épreuves de l'Eau de
Mer qu'il a convertie en Eau douce , qui
fera envoyé fans faute avec de cette Eau
dans la femaine prochaine ; parce qu'il
eft appellé par plufieurs malades à
Nantes,qui ont en luy toute la confiancé
qu'on peut avoir pour un auffi habile &
un auffi honête homme que nous le connoiffons
tous :Son expérience dans la Médecine,
a tiré d'affaire plufieurs Gens ici .
"
D'OCTOBRE.
Du 18 Juin 1717.
COMM. j'ay une connoiffance parfaite
de toutes les épreuves mentionnées
au Procés verbal qu'on envoye
au Confeil , ainfi que des réponſes faites
par le Sieur Gautier,fur les queftions qui
luy ont efté alléguées par Meffieurs les
Officiers que j'ay choifi , comme les plus
capables de juger de la qualité de l'Eau
de Mer rendue potable , du lieu le plus
convenable pour placer fa Machine , &
de la facilité avec laquelle on s'en pourra
fervir; je croirois abufer de la patience
du Confeil , en luy faifant un nouveau.
détail de toute l'utilité qu'on en peut
tirer ; j'aurai l'honneur de luy dire leulement,
qu'ayant fait conferver de cette
Eau dans une barrique , pour fçavoir.
précisément ce qu'il en arriveroit : Aprés
Î'y avoir laiffée quinzejours, j'ay remarqué
que non feulement elle ne s'étoit
pas corrompue , & même que fon leger
goût de feu & de la foudure s'étoit
diffipé ; mais, pour ôter toute fufpicion ;
j'ay appellé les Médecins , Chirurgiens
Majors & Apoticaires du Port , pour
voir diftiller eux-mêmes l'Eau qu'on en16
LE MERCURE
voye au Confeil dans une bouteille que
je les ai prié de cacheter du Sceau dut
Contrôlle de la Marine ; & en mêmetems
, M. de Clairambault & moy y
avons mis nos cachets. Ce n'eſt pasTans
répugnance que j'ay conſenti à demander
le congé du Sieur Gautier , aupara
vant d'avoir eu l'honneur d'informer le
Confeil du fuccés de cette épreuve,dont
xécution paroift auffi facile que la
fimplicité de fon Auteur , qui exige plûtoft
qu'on luy faffe des difficultez que de
quêter des éloges : Il m'a paru fi uniyerfel
qu'à quelque dégré de fçience que
Meffieurs de l'Académie foient parvenus
, je fuis perfuadé qu'ils ne feroient
pas fâchés de connoiftre ce Médecin qui
n'a pas laiffé de fe trouver ici à propos,
pour fecourir de fa profeffion , plufieurs
perfonnes dangereufement malades : Il
s'eft acquis dans le peu de féjour qu'il
a fait ici, toute l'eftime qu'un honnête
homme peut efperer ; je lui ai remis fon
congé pour retourner à Nantes.
Depuis que j'ay eu l'honneur d'écrire
le contenu ci-deffus au Confeil ; M. le
Maréchal de Montefquiou a goûté de
cette Eau , ainfi que les Meffieurs qui
l'accompagnent ; ils l'ont trouvée bonne
Et
D'OCTOBRE. 17
& utile pour l'ufage auquel on la detic.
Pour copie , figné , Chunlaud de
Boisdizon Sécretaire de Mr le Comman-
'dant.
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7
p. 17-18
EXTRAIT De la Lettre du Conseil, écrite à M. de Clairambault. A Paris le 3 Juillet 1717.
Début :
Le Conseil a reçû la Lettre que vous lui avez écrite le 18 [...]
Mots clefs :
Conseil, Épreuve, Secret, Eau de mer, Expérience, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT De la Lettre du Conseil, écrite à M. de Clairambault. A Paris le 3 Juillet 1717.
EXTRAIT
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
De la Lettre du Confeil , écrite à M. de
Clairambault.
A Paris le Juillet 1717.
E Confeil a reçu la Lettre que
vous lui avez écrite le 18 du paffé ,
avec les Procez verbaux de l'Epreuve
Octobre 1717. But
r8 LE MERCURE
qui a été faite du Sécret que le fieur
Gautier ainventé , pour deffaller l'Eau
de la Mer. Le Confeil en a rendu compte
à MB le Regent , & S. A. R. a été
bien aife d'apprendre qu'elle ait réüffi :
Il auroit été néceffaire, que le fieur
Gautier eut remis un Mémoire de ce
Sécret , & un deffein de la Machine ;
afin d'en faire l'Expérience à la Mer ,
fur le premier Vaiffeau qui ira au long
cours. Signés L. A. de Bourbon & le
Marêchal d'Eftrées. Pour Extrait. Clai-
Jambault.
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8
p. 18-20
A L'ORIENT. Le 8 Juillet 1717.
Début :
Je viens, Monsieur, de recevoir la réponse du Conseil, sur [...]
Mots clefs :
Conseil, Eau douce, Régent, Machine, Précaution, Eau de mer, Sel, Navire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'ORIENT. Le 8 Juillet 1717.
A L'ORIENT ,
Le 8 Juillet 1717.
E viens , Monfieur , de recevoir la
réponse du Confeil , fur l'envoi que
vous fçavez que nous fimes touchant
l'Eau douce : Vous verrez.
:: Vous verrez par l'Extrait
cy joint , qu'ils en ont rendu compte
à MB le Regent & qu'ils font bienaifes
que cela ait réüffi ; & comme ils
ont envie d'avoir un deffein de la Machine
, il vous fera aifé de les contenrer
en leur faifant yôtre cour , & en prenant
les précautions convenables , pour.
qu'elle ne devienne pas publique fitôt
D'OCTOBRE. 19
J'apprens que la Frégatte la Bellone
armée à Breft , commandée par M
Kerguelin Officier dudit Département ,
eft arrivée au Chily , avec 68. malades
dans fon Equipage : Il ne me mande
point la caufe de leur maladie , aparemment
qu'ils n'ont pas bû de l'Eau auffi
bonne que la vôtre. Il marque qu'il fait
faire par ordre du Confeil, une Machine
de cuivre propre à deffaler l'Eau de la
Mer , fur le modèle d'une caiffe trouvée
dans une prife Hollandoife , avec
laquelle on fait de l'Eau douce , en 12.
heures 60 pots ; & qu'il a ordre , après
qu'elle fera finie , de la faire embarquer
fur un Navire qui ira au long cours pour
l'effayer , & qu'on en fait du Thé qui
oft bon. Nous verrons dans la fuite fi
cette Eau eft auffi pure que la vôtre.
Vous fçavés que j'ai mis de l'Eau de
fontaine dans une fiolle que j'ai expofée
à la chaleur , fur la fenêtre de mon
Cabinet , & que je l'ai pofée proche du
vafe rempli de votre Eau douce ; afin
d'obferver pendant cet Ete , les chan
gemens qui pourront arriver dans ces
Eaux. Jufqu'à préfent , vôtre Eau s'eft
maintenue dans fa clarté ordinaire , &
je n'y vois plusfublimer ces petites veffi
2
Bij
20 LE MERCURE
cules d'air , & je viens de regarder la
furface de cette Eau : Elle m'a paru
auffi nette que toute celle du vafe , au
fonds duquel il paroît feulement un peu.
de parties terreftres ; mais , en fi petite
quantité, que cela ne mérite pas d'atten
tion : Il n'en eft pas ainfi de l'Eau de
fontaine de ma fiolle ; peu de jours aprés
y avoir été mife, il s'eft amaffé au fonds .
d'icelle quelques parties terreftres &
jaunâtres , qui peu à peu , font devenuës .
vertes , comme ces Eaux qui croupif
fent dans des endroits peu fréquentez :
Cette verdeur s'eft fublimée & arrêtée :
au haut du col de la fiolle : Je verray
ce que deviendra cette verdeur. Cela.
me fait juger que vôtre Eau doit être:
bien plus faine que nôtre Eau de Fontaine.
Signé , Clairambault.
Le 8 Juillet 1717.
E viens , Monfieur , de recevoir la
réponse du Confeil , fur l'envoi que
vous fçavez que nous fimes touchant
l'Eau douce : Vous verrez.
:: Vous verrez par l'Extrait
cy joint , qu'ils en ont rendu compte
à MB le Regent & qu'ils font bienaifes
que cela ait réüffi ; & comme ils
ont envie d'avoir un deffein de la Machine
, il vous fera aifé de les contenrer
en leur faifant yôtre cour , & en prenant
les précautions convenables , pour.
qu'elle ne devienne pas publique fitôt
D'OCTOBRE. 19
J'apprens que la Frégatte la Bellone
armée à Breft , commandée par M
Kerguelin Officier dudit Département ,
eft arrivée au Chily , avec 68. malades
dans fon Equipage : Il ne me mande
point la caufe de leur maladie , aparemment
qu'ils n'ont pas bû de l'Eau auffi
bonne que la vôtre. Il marque qu'il fait
faire par ordre du Confeil, une Machine
de cuivre propre à deffaler l'Eau de la
Mer , fur le modèle d'une caiffe trouvée
dans une prife Hollandoife , avec
laquelle on fait de l'Eau douce , en 12.
heures 60 pots ; & qu'il a ordre , après
qu'elle fera finie , de la faire embarquer
fur un Navire qui ira au long cours pour
l'effayer , & qu'on en fait du Thé qui
oft bon. Nous verrons dans la fuite fi
cette Eau eft auffi pure que la vôtre.
Vous fçavés que j'ai mis de l'Eau de
fontaine dans une fiolle que j'ai expofée
à la chaleur , fur la fenêtre de mon
Cabinet , & que je l'ai pofée proche du
vafe rempli de votre Eau douce ; afin
d'obferver pendant cet Ete , les chan
gemens qui pourront arriver dans ces
Eaux. Jufqu'à préfent , vôtre Eau s'eft
maintenue dans fa clarté ordinaire , &
je n'y vois plusfublimer ces petites veffi
2
Bij
20 LE MERCURE
cules d'air , & je viens de regarder la
furface de cette Eau : Elle m'a paru
auffi nette que toute celle du vafe , au
fonds duquel il paroît feulement un peu.
de parties terreftres ; mais , en fi petite
quantité, que cela ne mérite pas d'atten
tion : Il n'en eft pas ainfi de l'Eau de
fontaine de ma fiolle ; peu de jours aprés
y avoir été mife, il s'eft amaffé au fonds .
d'icelle quelques parties terreftres &
jaunâtres , qui peu à peu , font devenuës .
vertes , comme ces Eaux qui croupif
fent dans des endroits peu fréquentez :
Cette verdeur s'eft fublimée & arrêtée :
au haut du col de la fiolle : Je verray
ce que deviendra cette verdeur. Cela.
me fait juger que vôtre Eau doit être:
bien plus faine que nôtre Eau de Fontaine.
Signé , Clairambault.
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