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1
p. 71-96
Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
J'asistai Lundy sixiéme Septembre, à un exercice qui se faisoit [...]
Mots clefs :
Plaidoirie, Rhétoriciens, Avocats, Juge, Discours, Éloquence, Empires, Épée, Orateur, Magistrat, Procès, Autorité, Symboles, Homme d'Église, Jurisconsultes, Éloges, Ennemis, Vérités, Courtisans, Rivaux
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texteReconnaissance textuelle : Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
J'aſiſtai Lundy fixiéme Septembre,
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
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2
p. 100-106
Poësies composées et récitées au College de Louis le Grand, [titre d'après la table]
Début :
MUSAE RHETORICES seu Carminum libri sex, à selectis Rhetorices Alumnis in [...]
Mots clefs :
Collège Louis le Grand, Roi, Reine, Frères, Poésies, Rhétoriciens
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texteReconnaissance textuelle : Poësies composées et récitées au College de Louis le Grand, [titre d'après la table]
Mvsæ RHETORICES seu Carminum li-' _
bri sex , à selectis Rhetorices Alumnis in
Regio Ludovici Magni Collegio , élabo
tari
JANŸIE R} 173;: x61‘
e tari et palàm recitati, 8Ce. dest-à-dire,
‘six Livres de Paësits , comparée: et retirées,
par des Rbétoricien: choisir , du Collage de
LOUIS LE GRAND ,mr divers Sujets propo
ne parle R. P. m; LA SANTE , de la Cam
Przgnie de Jnsus. vol. in 12. de 28S pag.
A Paris , chez les Freres Barâou , ruë S.
Jacques, aux Cicognes , 1732.
Ce Recueil a déja reçu les applaudisseä
mens du Public éclairé; il fait également
honneur à ‘Phabile Maître qui en a four- a
ni les sujets , et aux illustres Eleves qui
les ont heureusement exécutez. La gran
de variété ui s'y trouve en augmente l’a
grémcnt gi fait en même - temps notre
embarras, étant assez difficile de se dé
terminer our le choix dans un nombre
considéra le de Pièces difFerentes , qui
ont ‘toutes leurs beautez, et dont la plus:
part excellent dans leur genre. v
Nous nous arrêterpns à l’une de celles.
qui nous ont le plus frappez et dontle
sujet a interessé toute l’Europe. C'est
l'heureuse convalescence du Roy , célé
brée par M‘ le Marquis de Charost ,fils
de M.le Duc de Bethune. Cette‘ belle
Piece est _la XII‘, du III‘ Livre, et porte
ce titre : CHARITUM Trutnupnus ,siz/e 4d‘
LuDovrcuM moïèi gratin: drpopnlanti:
vutorem soterm.
Le
m MER CURE m: FRANCE.‘
"7
Le Poëre représente d’abord le Roy et
l la Reine goûtantâ Fontainebleau les plais
sirs innocens de la‘ plus belle des Saisons;
Plaisir , au milieu desquels une cruelle et
dangereuse contagion empoisonne l'air ,2
attaque le plus aimable des Rois.
En: lues , mal: fæda lues , quam taèidus Ami"
Pulmomcm exhala penetvalilru: , inficit auras ,
fltque abigit Zephiros , hilare»: quiêm invide‘
Aulam ,
Imvidm namque sole: fwar Julian m'en tarda.
‘ Suit le portrait inimitable de la petite
Verole naissante, et la description de ses
progrès. Les Graces afiligées, font des
efiorts inutiles. Elles s’attachent à defïen
cire du moins FAuguste Visage du Monar
que attaqué :
Obsimmt tlmrites ; turôam m! rider inumm ,
Dira Eraêi sobales. Rimsfugere , pa-varem ,
Conteperejoci. Q5455 se con-verrai ad‘ nm: ,
Gms Charitùm e gemit , et Iiegem defmdere forums
Cum negueat , Regis certat defendere «vultus ,
Conspimos vultus , ubi pactofoedere juntm
Insidet imgusm mm Majestzm wenusms ,
Et simul 06s: uium, simul mm ne i nifumorelmi
Î S3
La Reine , notre Auguste Reine , en.
vérin
_, J A N VIE R8 1733, ‘je;
véritable Amazone , pourparlcr le lcn;
gageide llllustre Poëte, non seulement
se’ joint a la Troupe des Graces, dans le
même dessein; mais s’exposc à tous les
dangers de la plus intime communica-g;
{ion , pour sauver un Epoux; un Monar-‘
que si cher. Cet endroit est des mieux
touchez.
s
I
Sallkitäs Cbtrrimm m?» partimr Âmuon , r!
Inclytz ; ne: raison rastas âme sedula tmltum ,
Corpus a 0mn: km CoNJUx animes» Manrrt.‘ ‘
Propagnnre parut , propriaque mlute salutam
Rners amentis amant opte: Rnema redmzptamQ
Tout ce qui suit est si beau, si pathe-i
tique,sur tout Pendroit qui peint la consç.
tance héroïque du Roy, 8re. que nous -
croïons devoir le donner icy dans son en
tier. Les Connoisseurs nous en sçauront
gré. V n.
REGINÆ que»: mngit amer ,° ne: peut‘: imago ,'
Nec dolar , nm fbrmn vint/e parie-u!» terre»: ,
Consmntem L onoicr animum. Livet aria Ring,
Àtque jaci fugiimt , ager Mme» ipse jocamr ,
Pugna fit Heroi Indus , ma vulnmz rider;
B 0 R n o N r n n M meurtris meminit Mmm ma:
dom/Indis
æugnnnzem namm jtwnt pimmarer , c: min ,
. V3
m, MERCURE DE FRANCE
' î’i prvpria extrudit virus , plantasque salnkres ,
Qe/as pari: ipsn. , tiäi solers Medieina , ministmt ,
Pharmuaque et parus agro interdieit amaros , I
Èt proml ire juëet «venu. instrument/t semnda ,
Qtippe ‘nefas repumt pretioso bac sanguine rings‘.
" A: neque mm nntuia sngax , Medeeinawve [ms
dens ,
Ne: sueei , planuque lev/tut, superant-ve dolarema
Q5217» z'ictrix inmnmssa constant?» menti: ,
fltque Profeem Polo , nutrita m6 I-Imcuu-z virtus.
l
Durn Lonoxx pugnæt, pugnä dum «uineie, e)
ntram ,
E memâris Aulaîquefugat m5 Tnrtam Pestem ;
Fuma , lneessentis fnemt que nnntia Monstri ,
figue mem varias Europe impleverat Urlzes.
Ha: rewlnns adit , nuque tuba plant/lente per omne!
Lat» refert populos Regem vieisse, nefzmdnm
Dzjfugisse luge». Gaudet gens quaque seqnestrum ,
' Convaluisse mum , qui num Regm serermt ,
fufigque‘ Pacatafaeit Arbiter aria manda. ,
5.4i Cburins dignnm ante alias diademite fron-î
rem ,
v Ut damita intnctam Pesti videre , triumpbum , .
Cpneinuers , simulque hilnres dngrere ehoreas ,
Unanimesqtu nm’ manimmmm insigne triltm
fi” 9 L
Extra;
‘n
æ
JANVIER. 1733.‘ ‘m,
‘î, _.
Extruxere , êrew‘ signutum curmine , Amas-i: , l’
Qfiad munus insculpsit celuntis ucumim tcli ;
H00 LODOIX CHARIruM DEFORMI rx non-n
TROPÆUM , t w
Versiculi scriptor , Lonorcxs umubila nome» ,
flltius infixit Gullorum in peczan umutum r
Hi ccleéruntinomcn , vurïisque trapau, Pyrasguo
Erexere lacis z Lonorco saspit: ,saspes
Gullia ncmpe sibi , valut ‘a-gra est agru‘, vuidetur.
Nos etium ingmata ingenui Pietutis Alumni,
Nos qui te à tencris sumeruri et umure docemur ,'
O noNn REX ; guasque ips; tua dzgnuris umare
Muneriéusque tufs , hîc exultumus avances , _
Te sulva , tegue incalumi ; gua vindice regnut
Relligia et stuâili , quam sperut ,pace fluetur.
Hinc amnes m‘ pluusu Strepitugue secundo ,‘
E: festa‘ prace lani ium testumur umcmtes ,
Qoemque prius mæstis oneruvimus athem van": ,'
Missiliêus recreure juvut nunc igniéus. Ædes
Hac dulci clumare sonuizt , Rsx vrvnaufllumnas
Instigunt studiis , excmpla , et. -vace Magistrat;
fi E X valet , ucclumunt , Kex dzgnus «uirverai
nvm‘- ' '
Basnxus n: Cuanosr.
Nous sommes fâchez de ne pouvoir pas
klonner icy d’autres Morceaux de ce Re
,_ J. _ q F’ cedil
o
{eËM ERCURF. DE FRANCE.‘
æ
cueil qui meritent une attention particn.
liere; mais nous ne sçaurions passer sous;
silence le beau Discours Préliminaire
aiclclressé aux Lecteurs par le Libraire,qou
lntôt par les Éditeurs du Receuil; Ce
Ëiscours , outre l'instruction et l'utilité
ufil renferme , est d’une élégance et‘
‘une pureté de Diction peu commune,
ensortcv qu’en est presque étonné cle voir
icÿ les Freres Barbe}: parler aussi admi
rablement bien Latin que les Eriennes,
les Manuces , 8Ce.
bri sex , à selectis Rhetorices Alumnis in
Regio Ludovici Magni Collegio , élabo
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e tari et palàm recitati, 8Ce. dest-à-dire,
‘six Livres de Paësits , comparée: et retirées,
par des Rbétoricien: choisir , du Collage de
LOUIS LE GRAND ,mr divers Sujets propo
ne parle R. P. m; LA SANTE , de la Cam
Przgnie de Jnsus. vol. in 12. de 28S pag.
A Paris , chez les Freres Barâou , ruë S.
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Ce Recueil a déja reçu les applaudisseä
mens du Public éclairé; il fait également
honneur à ‘Phabile Maître qui en a four- a
ni les sujets , et aux illustres Eleves qui
les ont heureusement exécutez. La gran
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grémcnt gi fait en même - temps notre
embarras, étant assez difficile de se dé
terminer our le choix dans un nombre
considéra le de Pièces difFerentes , qui
ont ‘toutes leurs beautez, et dont la plus:
part excellent dans leur genre. v
Nous nous arrêterpns à l’une de celles.
qui nous ont le plus frappez et dontle
sujet a interessé toute l’Europe. C'est
l'heureuse convalescence du Roy , célé
brée par M‘ le Marquis de Charost ,fils
de M.le Duc de Bethune. Cette‘ belle
Piece est _la XII‘, du III‘ Livre, et porte
ce titre : CHARITUM Trutnupnus ,siz/e 4d‘
LuDovrcuM moïèi gratin: drpopnlanti:
vutorem soterm.
Le
m MER CURE m: FRANCE.‘
"7
Le Poëre représente d’abord le Roy et
l la Reine goûtantâ Fontainebleau les plais
sirs innocens de la‘ plus belle des Saisons;
Plaisir , au milieu desquels une cruelle et
dangereuse contagion empoisonne l'air ,2
attaque le plus aimable des Rois.
En: lues , mal: fæda lues , quam taèidus Ami"
Pulmomcm exhala penetvalilru: , inficit auras ,
fltque abigit Zephiros , hilare»: quiêm invide‘
Aulam ,
Imvidm namque sole: fwar Julian m'en tarda.
‘ Suit le portrait inimitable de la petite
Verole naissante, et la description de ses
progrès. Les Graces afiligées, font des
efiorts inutiles. Elles s’attachent à defïen
cire du moins FAuguste Visage du Monar
que attaqué :
Obsimmt tlmrites ; turôam m! rider inumm ,
Dira Eraêi sobales. Rimsfugere , pa-varem ,
Conteperejoci. Q5455 se con-verrai ad‘ nm: ,
Gms Charitùm e gemit , et Iiegem defmdere forums
Cum negueat , Regis certat defendere «vultus ,
Conspimos vultus , ubi pactofoedere juntm
Insidet imgusm mm Majestzm wenusms ,
Et simul 06s: uium, simul mm ne i nifumorelmi
Î S3
La Reine , notre Auguste Reine , en.
vérin
_, J A N VIE R8 1733, ‘je;
véritable Amazone , pourparlcr le lcn;
gageide llllustre Poëte, non seulement
se’ joint a la Troupe des Graces, dans le
même dessein; mais s’exposc à tous les
dangers de la plus intime communica-g;
{ion , pour sauver un Epoux; un Monar-‘
que si cher. Cet endroit est des mieux
touchez.
s
I
Sallkitäs Cbtrrimm m?» partimr Âmuon , r!
Inclytz ; ne: raison rastas âme sedula tmltum ,
Corpus a 0mn: km CoNJUx animes» Manrrt.‘ ‘
Propagnnre parut , propriaque mlute salutam
Rners amentis amant opte: Rnema redmzptamQ
Tout ce qui suit est si beau, si pathe-i
tique,sur tout Pendroit qui peint la consç.
tance héroïque du Roy, 8re. que nous -
croïons devoir le donner icy dans son en
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gré. V n.
REGINÆ que»: mngit amer ,° ne: peut‘: imago ,'
Nec dolar , nm fbrmn vint/e parie-u!» terre»: ,
Consmntem L onoicr animum. Livet aria Ring,
Àtque jaci fugiimt , ager Mme» ipse jocamr ,
Pugna fit Heroi Indus , ma vulnmz rider;
B 0 R n o N r n n M meurtris meminit Mmm ma:
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æugnnnzem namm jtwnt pimmarer , c: min ,
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Pharmuaque et parus agro interdieit amaros , I
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" A: neque mm nntuia sngax , Medeeinawve [ms
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fltque Profeem Polo , nutrita m6 I-Imcuu-z virtus.
l
Durn Lonoxx pugnæt, pugnä dum «uineie, e)
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Fuma , lneessentis fnemt que nnntia Monstri ,
figue mem varias Europe impleverat Urlzes.
Ha: rewlnns adit , nuque tuba plant/lente per omne!
Lat» refert populos Regem vieisse, nefzmdnm
Dzjfugisse luge». Gaudet gens quaque seqnestrum ,
' Convaluisse mum , qui num Regm serermt ,
fufigque‘ Pacatafaeit Arbiter aria manda. ,
5.4i Cburins dignnm ante alias diademite fron-î
rem ,
v Ut damita intnctam Pesti videre , triumpbum , .
Cpneinuers , simulque hilnres dngrere ehoreas ,
Unanimesqtu nm’ manimmmm insigne triltm
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JANVIER. 1733.‘ ‘m,
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Qfiad munus insculpsit celuntis ucumim tcli ;
H00 LODOIX CHARIruM DEFORMI rx non-n
TROPÆUM , t w
Versiculi scriptor , Lonorcxs umubila nome» ,
flltius infixit Gullorum in peczan umutum r
Hi ccleéruntinomcn , vurïisque trapau, Pyrasguo
Erexere lacis z Lonorco saspit: ,saspes
Gullia ncmpe sibi , valut ‘a-gra est agru‘, vuidetur.
Nos etium ingmata ingenui Pietutis Alumni,
Nos qui te à tencris sumeruri et umure docemur ,'
O noNn REX ; guasque ips; tua dzgnuris umare
Muneriéusque tufs , hîc exultumus avances , _
Te sulva , tegue incalumi ; gua vindice regnut
Relligia et stuâili , quam sperut ,pace fluetur.
Hinc amnes m‘ pluusu Strepitugue secundo ,‘
E: festa‘ prace lani ium testumur umcmtes ,
Qoemque prius mæstis oneruvimus athem van": ,'
Missiliêus recreure juvut nunc igniéus. Ædes
Hac dulci clumare sonuizt , Rsx vrvnaufllumnas
Instigunt studiis , excmpla , et. -vace Magistrat;
fi E X valet , ucclumunt , Kex dzgnus «uirverai
nvm‘- ' '
Basnxus n: Cuanosr.
Nous sommes fâchez de ne pouvoir pas
klonner icy d’autres Morceaux de ce Re
,_ J. _ q F’ cedil
o
{eËM ERCURF. DE FRANCE.‘
æ
cueil qui meritent une attention particn.
liere; mais nous ne sçaurions passer sous;
silence le beau Discours Préliminaire
aiclclressé aux Lecteurs par le Libraire,qou
lntôt par les Éditeurs du Receuil; Ce
Ëiscours , outre l'instruction et l'utilité
ufil renferme , est d’une élégance et‘
‘une pureté de Diction peu commune,
ensortcv qu’en est presque étonné cle voir
icÿ les Freres Barbe}: parler aussi admi
rablement bien Latin que les Eriennes,
les Manuces , 8Ce.
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Résumé : Poësies composées et récitées au College de Louis le Grand, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de poèmes intitulé 'Mvsæ RHETORICES seu Carminum libri sex', composé par des élèves en rhétorique du Collège de Louis le Grand. Publié en 1732 à Paris par les Frères Barbe, cet ouvrage a été acclamé par le public éclairé et rend hommage tant aux maîtres qui ont fourni les sujets qu'aux élèves qui les ont exécutés. La diversité et la qualité des pièces rendent difficile le choix parmi elles. Une pièce particulière, la douzième du troisième livre, intitulée 'CHARITUM Trutnupnus Ludovici Magni gratiam depropnanti vutorem sotern', est mise en avant. Ce poème, écrit par le Marquis de Charost, célèbre la convalescence du roi. Il décrit le roi et la reine à Fontainebleau, affectés par une contagion. La reine, comparée à une Amazone, se joint aux Grâces pour sauver le roi. Le poème détaille ensuite la convalescence héroïque du roi, avec des descriptions pathétiques et émouvantes. Le texte exprime le regret de ne pas pouvoir mentionner d'autres morceaux du recueil, mais souligne l'élégance et la pureté du discours préliminaire adressé aux lecteurs par les éditeurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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