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1
p. 18-38
PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
Début :
La Victoire ayant fait connoistre en une Assemblée des Dieux, [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Victoire, Héros antiques, Dieux, Conquérants, Honneur, Illustre, Temples, Perfection, Courage, Charmes, Invincible monarque
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texteReconnaissance textuelle : PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
PRIX REMPORTE
Par Louis LE GRAND ,
fur tous les Heros de l'Antiquité.
LA
A Victoire ayant fait connoiftre
en une Affemblée
des Dieux , qu'elle vouloit recompenfer
celuy de tous les He.
ros qui fe feroit le plus fignalé
par fes belles actions , en luy donpant
un prix qui puft égaler fon
merire , les Dieux furent tres
contens de cette propofition , &
Jupiter s'offrit mefme de donner
ce prix. Il députa Mercure pour
annoncer de fa part à tous ceux
qui pouroient y pretendre , qu'ils
euffent à fe trouver dans le Temdu
Mercure Galant. 19
ple de la Victoire , où l'on devoit
décider du merite de chaque
Heros en particulier , & recompenfer
celuy qui en en feroit
jugé le plus digne . Dés que
Mercure eut receu cét ordre , il
alla avertir tous les Conquerans
de venir recevoir la recompenſe
de leurs travaux. Chacun d'eux
fe trouva le plûtoft qu'il pût dans
ce Champ d'honneur , & mefme
ils furent fi ponctuels à executer
l'ordre qui leur avoit eſté donné,
qu'ils fe rendirent tous au mefme
temps à la porte du Temple
de la Victoire . Hercule , Achilles
, Céfar , Annibal , Alexandre
, Scipion , Pyrrus , Hector ,
& quantité d'autres attendoient
les ordres de cette grande Déef
fe pour entrer , lors qu'elle leur
Bij
20 Extraordinaire
1
vint ouvrir la porte de fon Temple.
D'abord Hercule voulut
paffer devant les autres , difant
qu'il avoit terraffé des Monftres,
& vaincu l'Hydre , & que quand
bien mefme il n'auroit pas receu
de fi grands avantages par fes
Conqueftes , le feul titre de Fils
de Jupiter luy fuffifoit pour eftre
preferé à tous les autres Conquerans.
Alexandre enfuite prit
la parole , difant qu'il ne devoit
pas eftre moins confideré , ayant
vaincu prefque tout l'Univers
& furmonté avec une poignée de
gens , les Armées les plus nombreuſes
; que s'il eftoit permis de
fe prevaloir de fa Naiffance , il
pouvoit fe vanter d'eſtre Fils de
Jupiter Hammon. Achilles difoit
qu'il ne fe glorifioit point d'eftre
du Mercure Galant. 21
Fils de la Deeffe Thetis , qui avoit
eu l'honneur d'eftre aymée
de Jupiter , que les marques glorieufes
qu'il avoit données de fon
courage , fur tout à la Guerre de
Troye , eftoient capables de le
faire diftinguer des plus Illuftres
Conquerans . Céfar tiroit fon
origine du Vaillant Enée , Fils .
de la Déeffe d'Amour , & diſoit
que Venus eftant Fille de Jupiter,
il avoit quelque raifon de fe
vanter d'eftre defcendu de Jupiter
; mais que la Naiffance , quel
que illuftre qu'elle pût eftre ,
eftoit un foible avantage fi elle
n'eftoit foûtenuë par un merite
particulier , & que s'eftant acquis
un renom immortel par fes Con .
queftes , il ne devoit point paffcr
aprés les autres. Scipion , An22
Extraordinaire
nibal , Hector & Pyrrus , relevoient
autant qu'il leur eftoit
poffible l'éclat de leur Naiffance
, & chacun d'eux fe glorifioit
d'avoir donné des preuves extraordinaires
de fa valeur. Sur
ces entrefaites la Victoire qui
avoit écouté toute leur difpute ,
& qui voyoit bien qu'elle pourroit
durer encore long - temps ,
les fit entrer , & aprés les avoir
mis chacun en leur place , elle
alla prendre la frenne en un lieu
plus élevé . Le Temple de la
Victoire eftoit un Edifice qui
devoit à bon droit paffer pour
un miracle de l'Art . Il eftoit
porté fur des Colomnes de Mar.
bre blanc , & les voûtes eftoient
enrichies de diverfes Hiftoires
repreſentées au naturel. On y
du Mercure Galant. 23
voyoit un grand nombre d'Autels
richement ornez & bien
qu'il n'y euft pas beaucoup de
Cierges allumez , l'éclat de l'or
& des pierreries y eftoit fi grand,
que le jour y euft paru à minuit .
C'eftoit unfpectacle affez agrea
ble pour les Conquerans que la
Victoire avoit fait entrer . De
quelque cofté qu'ils rournaffent
la veuë , ils trouvoient toujours
de quoy admirer mais l'objet
qui leur parut le plus digne d'admiration
, fut un Heros qui eftoit
aux coftez de la Victoire , qui
égaloit par fa bonne mine le plus
grand des Dieux , & ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eft que
ces grands Capitaines qui ne fon.
geoient auparavant qu'à contefter
ensemble à qui auroit la
;
24
Extraordinaire
préeminence , femblerent ſe reü.
nir tout à coup pour admirer un
fi grand Heros . Ils confeffoient
tous qu'ils n'avoient jamais rien
vû de plus beau que cét Invincible
( car c'eftoit le nom qu'ils
luy donnoient ) jugeant mefme
à fon port qu'il avoit fait des actions
furprenantes . Ils fe difoient
les uns aux autres que fon air n'é-
*toit pas d'un Mortel , & que fa
feule Majefté le mettoit au rang
des Dieux , mais ils en furent encore
bien plus perfuadez lors
qu'ils apprirent que c'eftoit
LOUIS LE GRAND ; qu'il eftoit
aux coſtez de la Victoire , parce
qu'elle & luy eſtoient infeparables
; que fes Victoires avoient
commencé avec fa Naiffance ,
& que vaincre & combattre n'é
toit
du Mercure Galant. 25
toit pour luy qu'une mefme chole
; que tout eftoit illuftre en
luy , & que s'il fe faifoit diftinguer
par la valeur , il n'en faifoit
pas moins par fes autres excellentes
qualitez , que fa Juſtice &
fa Prudence eftoient fans égales ;
que fes Bienfaits envers fes Sujets
auffi bien que fes Conquêtés
, n'avoient point de bornes ,
& qu'au milieu des plus ardentes
Guerres il ne laiffoit pas
de faire goûter à fes Peuples la
mefme douceur & les mefmes
délices que dans la plus grande
Paix , qu'enfin Lours eftoit le
modele des perfections ; qu'il étoit
Incomparable , Bon Magnanime
, Jufte ,Victorieux , toûjours
aimable , & toûjours aimé.
Tous ces Conquerans en
Q. d'Octobre 1685. C
>
26 Extraordinaire
tendant tant de merveilles de
s'ils
Loüis , jugeoient bieǹ que
avoient quelques pretentions au
Prix dont il s'agiffoit , il falloit
neceffairement les ceder à ce
Grand Monarque , qui en eftoit
d'autant plus digne , que la moindre
de fes Vertus furpaffoit de
beaucoup celles des plus fameux
Heros de l'Antiquité. Cependant
ils eftoient encore en balance
s'ils devoient luy difputer
le prix , lors que la Victoire leur
prefenta un Livre où eftoient
contenuës les actions heroïques
de cét illuftre Conquerant. Ce
fut pour lors que ces grands Capitaines
qui avoient toûjours efté
intrepides au milieu des plus
grands Combats , perdirent entierement
courage . Il eft impof
du Mercure Galant.
27
fible de dire l'effet que la lecture
des Conqueftes de Loüis
produifit dans leur efprit ; car
voyant que leur eſperance eftoit
perdue fans refource , les uns pâlirent
les autres baifferent la
tefte. On dit mefme que Céfar
fçachant que les Gaulois avoient
produit en la Perfonne de Louis
un fecond Mars pour la valeur ,
fe repentit de n'avoir pas détruit
toute leur race aprés qu'il les eut
défaits, Hercule ne put s'empefcher
de s'abandonner aux
plaintes , de ce qu'ayant terraffé
les Monftres , & remply toute
la Terre du bruit de fes furprenans
Exploits , il eftoit obligé
de ceder à un plus grand Con.
querant que luy . Achille fe montra
plus fenfible à la Gloire qu'à
Cij
28 Extraordinaire
l'Amour , car il témoigna en cette
occafion plus de colere , que
lors qu'Agamemnon luy ravit fa
belle Efclave . Pour les autres , ils
firent affez connoiſtre par leur
reffentiment la paffion qu'ils avoient
pour la gloire & pour
l'honneur. Mais quoy que cette
journée euft caufé beaucoup d'amertume
à ces grands courages ,
& que l'ambition ne leur duft
pas permettre de vouloir trop
de bien à un Vainqueur qui leur
enlevoit le prix par l'excellence
de fon merite , cependant com.
me fi l'admiration des vertus de
Louis les euft enlevez à leur
propre ambition , ils confefferent
qu'ils n'avoient point de regret
que la valeur fuft couronnée en
Louis LE GRAND . Hercule dit
du Mercure Galant. 29
tout haut que quelques honneurs
que l'on puft rendre à ce genereux
Monarque , ils eftoient bien
au deffous de fon merite . Achil
le ne fit point de difficulté d'avouer
que l'on ne pouvoit trop.
admirer un Prince qui avoit plus
fait en un an que les Heros les
plus illuftres én toute leur vie .
Pour Alexandre , ilfe contenta
de dire , que l'on voyoit briller
en Louis une Majeſté toute divine
; mais Annibal qui s'eftoit
vanté d'eftre le premier Homme
du monde , fut contraint de
confeffer , que la veritable gloire
n'eftoit deuë qu'à Louis , &
que c'eftoit eftre injufte que de
la luy vouloir difputer. La Victoi
re ayant remarqué auparavant
l'étonnement
que le feul afpect
C iij
30
Extraordinaire
de Loüis avoit fait naiftre dans
l'esprit de tous ces grands Capitaines,
& que fans avoir rien appris
de fes glorieux Exploits ; ils l'avoient
admiré comme uneDivini
té , & reconnoiffant de plus par
leurs dernieres paroles , que bien
loin de luy contefter une recompenfe
qu'il meritoit fans contredit,
ils avoüoient ingenument l'inégalité
d'avantages quife rencon
troient entre eux & un Prince fi
accomply , elle pria Jupiter de
luy envoyer le prix deſtiné pour
le plus illuftre de tous les Conquerans.
Jupiter envoya une
Couronne d'or par Mercure , qui
la porta à laVictoire,& fe fervit de
toute fon éloquence pour louer
l'invincible Monarque des François
car aprés avoir parle de fa.
du Mercure Galant. 31
valeur , de fa clemence , & de fon
amour pour les beaux Arts dont
il fe rendoit le Protecteur par
Feftime & les liberalitez , dontil
honoroit ceux qui y excelloient,
il s'arrefta fur fa bonté & fur fa
juſtice envers fes Sujets , qui bien
loin de fatiguer. Jupiter par
leurs
frequentes fupplications , comme
ils avoient fait dans les fiecles
precedens , ne luy adreffoient
plus que des Voeux , des Sacrifices
, & des actions de grace , en
reconnoiffance des faveurs dont
il les avoit comblez en leur don
nant un Monarque auffi aimable
, & auffi jufte que Lou 15.
De fi beaux Eloges partant d'une
bouche auffi éloquente que celle
de Mercure , n'auroient pas déplu
à tant de Conquerans , s'ils n'euf
C iiij
32
Extraordinaire
fent efté parties intereffées dans
cette affaire , & fi l'on en veut
croire la Renommée , ils interompirent
Mercure pour ſe plaindre
de la Victoire , qui fçachant
bien que Loüis les avoit ſurpaſfez
, tant par fa valeur que par
fon merite , & pouvant leur é
pargner la douleur de le voir
Couronner en leur prefence ,
n'avoit pas laiffé de les mander
pour venir recevoir la recompenfe
de leurs travaux. La Victoire
auroit bien pú fe paſſer de répondre
à leurs plaintes , mais
comme elle eftoit fage & prudente
, & qu'elle reconnoiffoit
bien que ce feroit accroitre leur
douleur que de ne pas faire femblant
de les entendre , elle leur
répondit mais avec affez de
du Mercure Galant .
33
fierté , que toute la Terre eftanc
informée des Conqueftes de
LOUIS LE GRAND , auffi bien
que du premier rang qu'il tenoit
par deffus tous les Conquerans
qui l'avoient devancé , il eftoit
bien jufte qu'ils appriffent à leur
tour à le tefpecter. En falloit-il
davantage pour défoler ces
Grands Capitaines ? Recevoir une
telle réponſe de la Victoire , qui
les avoit favorifez en tant d'oc.
cafions , c'eftoit à la verité une
rude atteinte , mais voir encore
pour comble de malheur couronner
leur Vainqueur par la
mefme Victoire , l'on peut dire .
que ce fut un coup de foudre
pour ces grands. courages , car
bien qu'ils euffent auparavant
cedé à Louis ce qu'ils ne luy
34
Extraordinaire
pouvoient difputer qu'à leur comfufion
, il eft aifé de juger que
ce fut plûtoft par contrainte que
de bonne grace. En effet eft il
croyable que l'ambition qui les
avoit toûjours emportez au delà
des bornes , euft efté fi prompte
ment éteinte en ces Conquerans ?
Il fembloit que la fortune prift
plaifir à les perfecuter , en ajoûtant
de nouveaux charmes à leur
Illuftre Vainqueur. L'éclat que
ce Soleil de juftice & de valeur
répandoit de tous coftez , é.
bloüit ces petits Aiglons qui fe
fioient un peu trop fur leurs for
ces, & fur leurs Conqueftes . L'afpect
d'un victorieux joint à la hon.
te d'eftre vaincus , les mit en un
eftat qu'il eft impoffible d'expri
mer.Jamais ils ne reffentirent tant
du Mercure Galant.
35.
de douleur qu'en cette journée.
Ce fut en vain qu'ils eurent recours
à la diffimulation , il eftoit.
aifé de lire leur trifteffe fur leurs
vilages . Ce n'eft pas qu'au plus
fort de leur chagrin ils n'euffent
en veneration l'Augufte Vainqueur
qui les avoit furmontez ,.
mais l'avidité naturelle qu'ils avoient
pour la gloire & pour les
louanges , leur fervoir de glaive
pour les tourmenter. Eux qui
regardoient au commencement
Louis avec tant d'admiration ,
ne purent foûtenir la veuë d'un
objet qui leur faifoit tant de confufion.
Ils fortirent fans prendre
congé de la Victoire. Céfar alla
du cofté d'Egypte ponr y trouver
quelque allégement à fa douleur ;
quelques- uns difent qu'il y cher..
36
Extraordinaire
cha Cleopatre , avec laquelle il
avoit autrefois paffé de fi doux
momens. Hercule eftoit fi préoccupé
de fon chagrin , que fans
fonger où il alloit , il fe trouva
au paffage du Fleuve d'Evene ,
mais ce luy fut un furcroift de
douleur , car il reconnut bien que
c'eftoit là l'endroit où le Çentaure
Neffus luy avoit donné des
marques de fa rage . Pour Alexandre
, le bruit courut qu'il eftoit
allé en Macedoine . L'on ne fçait
pas bien de quel costé les autres
tournerent. Cependant Lours
LE GRAND chargé de gloire &
d'honneur , & accompagné de la
Victoire , prit le chemin de Strafbourg.
Le mécontentement qu'il
avoit receu de cette Ville l'ayant
obligé a en tirer raifon par les
du Mercure Galant. 37
Armes , il fe preparoit à la punir
de fon audace & de fa temerité ;
mais fes Habitans ayant appris
les approches de ce redoutable
Vainqueur , & voyant bien que
toute refiftance eftoit inutile , fe
rendirent entierement , & pour
marque de leur foûmiſſion , ils luy
envoyerent les Clefs de la Ville.
Cét illuftre Heros dont la clemence
n'eft point limitée , les
receut en fa protection , & renvoya
leurs Députez avec des
conditions fi avantageufes & des
preuves fiévidentes de fa magnificence
& de fes liberalirez , qu'ils
publierent par tout qu'il y avoit
bien des Roys & des Princes
dans le Monde , mais qu'il étoit
impoffible qu'il y en euft un
feul , qui pût égaler en juſtice ,
38
Extraordinaire
.
en bonté , en clemence , & en valeur
, le puiffant Monarque des
François.
Par Louis LE GRAND ,
fur tous les Heros de l'Antiquité.
LA
A Victoire ayant fait connoiftre
en une Affemblée
des Dieux , qu'elle vouloit recompenfer
celuy de tous les He.
ros qui fe feroit le plus fignalé
par fes belles actions , en luy donpant
un prix qui puft égaler fon
merire , les Dieux furent tres
contens de cette propofition , &
Jupiter s'offrit mefme de donner
ce prix. Il députa Mercure pour
annoncer de fa part à tous ceux
qui pouroient y pretendre , qu'ils
euffent à fe trouver dans le Temdu
Mercure Galant. 19
ple de la Victoire , où l'on devoit
décider du merite de chaque
Heros en particulier , & recompenfer
celuy qui en en feroit
jugé le plus digne . Dés que
Mercure eut receu cét ordre , il
alla avertir tous les Conquerans
de venir recevoir la recompenſe
de leurs travaux. Chacun d'eux
fe trouva le plûtoft qu'il pût dans
ce Champ d'honneur , & mefme
ils furent fi ponctuels à executer
l'ordre qui leur avoit eſté donné,
qu'ils fe rendirent tous au mefme
temps à la porte du Temple
de la Victoire . Hercule , Achilles
, Céfar , Annibal , Alexandre
, Scipion , Pyrrus , Hector ,
& quantité d'autres attendoient
les ordres de cette grande Déef
fe pour entrer , lors qu'elle leur
Bij
20 Extraordinaire
1
vint ouvrir la porte de fon Temple.
D'abord Hercule voulut
paffer devant les autres , difant
qu'il avoit terraffé des Monftres,
& vaincu l'Hydre , & que quand
bien mefme il n'auroit pas receu
de fi grands avantages par fes
Conqueftes , le feul titre de Fils
de Jupiter luy fuffifoit pour eftre
preferé à tous les autres Conquerans.
Alexandre enfuite prit
la parole , difant qu'il ne devoit
pas eftre moins confideré , ayant
vaincu prefque tout l'Univers
& furmonté avec une poignée de
gens , les Armées les plus nombreuſes
; que s'il eftoit permis de
fe prevaloir de fa Naiffance , il
pouvoit fe vanter d'eſtre Fils de
Jupiter Hammon. Achilles difoit
qu'il ne fe glorifioit point d'eftre
du Mercure Galant. 21
Fils de la Deeffe Thetis , qui avoit
eu l'honneur d'eftre aymée
de Jupiter , que les marques glorieufes
qu'il avoit données de fon
courage , fur tout à la Guerre de
Troye , eftoient capables de le
faire diftinguer des plus Illuftres
Conquerans . Céfar tiroit fon
origine du Vaillant Enée , Fils .
de la Déeffe d'Amour , & diſoit
que Venus eftant Fille de Jupiter,
il avoit quelque raifon de fe
vanter d'eftre defcendu de Jupiter
; mais que la Naiffance , quel
que illuftre qu'elle pût eftre ,
eftoit un foible avantage fi elle
n'eftoit foûtenuë par un merite
particulier , & que s'eftant acquis
un renom immortel par fes Con .
queftes , il ne devoit point paffcr
aprés les autres. Scipion , An22
Extraordinaire
nibal , Hector & Pyrrus , relevoient
autant qu'il leur eftoit
poffible l'éclat de leur Naiffance
, & chacun d'eux fe glorifioit
d'avoir donné des preuves extraordinaires
de fa valeur. Sur
ces entrefaites la Victoire qui
avoit écouté toute leur difpute ,
& qui voyoit bien qu'elle pourroit
durer encore long - temps ,
les fit entrer , & aprés les avoir
mis chacun en leur place , elle
alla prendre la frenne en un lieu
plus élevé . Le Temple de la
Victoire eftoit un Edifice qui
devoit à bon droit paffer pour
un miracle de l'Art . Il eftoit
porté fur des Colomnes de Mar.
bre blanc , & les voûtes eftoient
enrichies de diverfes Hiftoires
repreſentées au naturel. On y
du Mercure Galant. 23
voyoit un grand nombre d'Autels
richement ornez & bien
qu'il n'y euft pas beaucoup de
Cierges allumez , l'éclat de l'or
& des pierreries y eftoit fi grand,
que le jour y euft paru à minuit .
C'eftoit unfpectacle affez agrea
ble pour les Conquerans que la
Victoire avoit fait entrer . De
quelque cofté qu'ils rournaffent
la veuë , ils trouvoient toujours
de quoy admirer mais l'objet
qui leur parut le plus digne d'admiration
, fut un Heros qui eftoit
aux coftez de la Victoire , qui
égaloit par fa bonne mine le plus
grand des Dieux , & ce qu'il y eut
de plus remarquable , c'eft que
ces grands Capitaines qui ne fon.
geoient auparavant qu'à contefter
ensemble à qui auroit la
;
24
Extraordinaire
préeminence , femblerent ſe reü.
nir tout à coup pour admirer un
fi grand Heros . Ils confeffoient
tous qu'ils n'avoient jamais rien
vû de plus beau que cét Invincible
( car c'eftoit le nom qu'ils
luy donnoient ) jugeant mefme
à fon port qu'il avoit fait des actions
furprenantes . Ils fe difoient
les uns aux autres que fon air n'é-
*toit pas d'un Mortel , & que fa
feule Majefté le mettoit au rang
des Dieux , mais ils en furent encore
bien plus perfuadez lors
qu'ils apprirent que c'eftoit
LOUIS LE GRAND ; qu'il eftoit
aux coſtez de la Victoire , parce
qu'elle & luy eſtoient infeparables
; que fes Victoires avoient
commencé avec fa Naiffance ,
& que vaincre & combattre n'é
toit
du Mercure Galant. 25
toit pour luy qu'une mefme chole
; que tout eftoit illuftre en
luy , & que s'il fe faifoit diftinguer
par la valeur , il n'en faifoit
pas moins par fes autres excellentes
qualitez , que fa Juſtice &
fa Prudence eftoient fans égales ;
que fes Bienfaits envers fes Sujets
auffi bien que fes Conquêtés
, n'avoient point de bornes ,
& qu'au milieu des plus ardentes
Guerres il ne laiffoit pas
de faire goûter à fes Peuples la
mefme douceur & les mefmes
délices que dans la plus grande
Paix , qu'enfin Lours eftoit le
modele des perfections ; qu'il étoit
Incomparable , Bon Magnanime
, Jufte ,Victorieux , toûjours
aimable , & toûjours aimé.
Tous ces Conquerans en
Q. d'Octobre 1685. C
>
26 Extraordinaire
tendant tant de merveilles de
s'ils
Loüis , jugeoient bieǹ que
avoient quelques pretentions au
Prix dont il s'agiffoit , il falloit
neceffairement les ceder à ce
Grand Monarque , qui en eftoit
d'autant plus digne , que la moindre
de fes Vertus furpaffoit de
beaucoup celles des plus fameux
Heros de l'Antiquité. Cependant
ils eftoient encore en balance
s'ils devoient luy difputer
le prix , lors que la Victoire leur
prefenta un Livre où eftoient
contenuës les actions heroïques
de cét illuftre Conquerant. Ce
fut pour lors que ces grands Capitaines
qui avoient toûjours efté
intrepides au milieu des plus
grands Combats , perdirent entierement
courage . Il eft impof
du Mercure Galant.
27
fible de dire l'effet que la lecture
des Conqueftes de Loüis
produifit dans leur efprit ; car
voyant que leur eſperance eftoit
perdue fans refource , les uns pâlirent
les autres baifferent la
tefte. On dit mefme que Céfar
fçachant que les Gaulois avoient
produit en la Perfonne de Louis
un fecond Mars pour la valeur ,
fe repentit de n'avoir pas détruit
toute leur race aprés qu'il les eut
défaits, Hercule ne put s'empefcher
de s'abandonner aux
plaintes , de ce qu'ayant terraffé
les Monftres , & remply toute
la Terre du bruit de fes furprenans
Exploits , il eftoit obligé
de ceder à un plus grand Con.
querant que luy . Achille fe montra
plus fenfible à la Gloire qu'à
Cij
28 Extraordinaire
l'Amour , car il témoigna en cette
occafion plus de colere , que
lors qu'Agamemnon luy ravit fa
belle Efclave . Pour les autres , ils
firent affez connoiſtre par leur
reffentiment la paffion qu'ils avoient
pour la gloire & pour
l'honneur. Mais quoy que cette
journée euft caufé beaucoup d'amertume
à ces grands courages ,
& que l'ambition ne leur duft
pas permettre de vouloir trop
de bien à un Vainqueur qui leur
enlevoit le prix par l'excellence
de fon merite , cependant com.
me fi l'admiration des vertus de
Louis les euft enlevez à leur
propre ambition , ils confefferent
qu'ils n'avoient point de regret
que la valeur fuft couronnée en
Louis LE GRAND . Hercule dit
du Mercure Galant. 29
tout haut que quelques honneurs
que l'on puft rendre à ce genereux
Monarque , ils eftoient bien
au deffous de fon merite . Achil
le ne fit point de difficulté d'avouer
que l'on ne pouvoit trop.
admirer un Prince qui avoit plus
fait en un an que les Heros les
plus illuftres én toute leur vie .
Pour Alexandre , ilfe contenta
de dire , que l'on voyoit briller
en Louis une Majeſté toute divine
; mais Annibal qui s'eftoit
vanté d'eftre le premier Homme
du monde , fut contraint de
confeffer , que la veritable gloire
n'eftoit deuë qu'à Louis , &
que c'eftoit eftre injufte que de
la luy vouloir difputer. La Victoi
re ayant remarqué auparavant
l'étonnement
que le feul afpect
C iij
30
Extraordinaire
de Loüis avoit fait naiftre dans
l'esprit de tous ces grands Capitaines,
& que fans avoir rien appris
de fes glorieux Exploits ; ils l'avoient
admiré comme uneDivini
té , & reconnoiffant de plus par
leurs dernieres paroles , que bien
loin de luy contefter une recompenfe
qu'il meritoit fans contredit,
ils avoüoient ingenument l'inégalité
d'avantages quife rencon
troient entre eux & un Prince fi
accomply , elle pria Jupiter de
luy envoyer le prix deſtiné pour
le plus illuftre de tous les Conquerans.
Jupiter envoya une
Couronne d'or par Mercure , qui
la porta à laVictoire,& fe fervit de
toute fon éloquence pour louer
l'invincible Monarque des François
car aprés avoir parle de fa.
du Mercure Galant. 31
valeur , de fa clemence , & de fon
amour pour les beaux Arts dont
il fe rendoit le Protecteur par
Feftime & les liberalitez , dontil
honoroit ceux qui y excelloient,
il s'arrefta fur fa bonté & fur fa
juſtice envers fes Sujets , qui bien
loin de fatiguer. Jupiter par
leurs
frequentes fupplications , comme
ils avoient fait dans les fiecles
precedens , ne luy adreffoient
plus que des Voeux , des Sacrifices
, & des actions de grace , en
reconnoiffance des faveurs dont
il les avoit comblez en leur don
nant un Monarque auffi aimable
, & auffi jufte que Lou 15.
De fi beaux Eloges partant d'une
bouche auffi éloquente que celle
de Mercure , n'auroient pas déplu
à tant de Conquerans , s'ils n'euf
C iiij
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Extraordinaire
fent efté parties intereffées dans
cette affaire , & fi l'on en veut
croire la Renommée , ils interompirent
Mercure pour ſe plaindre
de la Victoire , qui fçachant
bien que Loüis les avoit ſurpaſfez
, tant par fa valeur que par
fon merite , & pouvant leur é
pargner la douleur de le voir
Couronner en leur prefence ,
n'avoit pas laiffé de les mander
pour venir recevoir la recompenfe
de leurs travaux. La Victoire
auroit bien pú fe paſſer de répondre
à leurs plaintes , mais
comme elle eftoit fage & prudente
, & qu'elle reconnoiffoit
bien que ce feroit accroitre leur
douleur que de ne pas faire femblant
de les entendre , elle leur
répondit mais avec affez de
du Mercure Galant .
33
fierté , que toute la Terre eftanc
informée des Conqueftes de
LOUIS LE GRAND , auffi bien
que du premier rang qu'il tenoit
par deffus tous les Conquerans
qui l'avoient devancé , il eftoit
bien jufte qu'ils appriffent à leur
tour à le tefpecter. En falloit-il
davantage pour défoler ces
Grands Capitaines ? Recevoir une
telle réponſe de la Victoire , qui
les avoit favorifez en tant d'oc.
cafions , c'eftoit à la verité une
rude atteinte , mais voir encore
pour comble de malheur couronner
leur Vainqueur par la
mefme Victoire , l'on peut dire .
que ce fut un coup de foudre
pour ces grands. courages , car
bien qu'ils euffent auparavant
cedé à Louis ce qu'ils ne luy
34
Extraordinaire
pouvoient difputer qu'à leur comfufion
, il eft aifé de juger que
ce fut plûtoft par contrainte que
de bonne grace. En effet eft il
croyable que l'ambition qui les
avoit toûjours emportez au delà
des bornes , euft efté fi prompte
ment éteinte en ces Conquerans ?
Il fembloit que la fortune prift
plaifir à les perfecuter , en ajoûtant
de nouveaux charmes à leur
Illuftre Vainqueur. L'éclat que
ce Soleil de juftice & de valeur
répandoit de tous coftez , é.
bloüit ces petits Aiglons qui fe
fioient un peu trop fur leurs for
ces, & fur leurs Conqueftes . L'afpect
d'un victorieux joint à la hon.
te d'eftre vaincus , les mit en un
eftat qu'il eft impoffible d'expri
mer.Jamais ils ne reffentirent tant
du Mercure Galant.
35.
de douleur qu'en cette journée.
Ce fut en vain qu'ils eurent recours
à la diffimulation , il eftoit.
aifé de lire leur trifteffe fur leurs
vilages . Ce n'eft pas qu'au plus
fort de leur chagrin ils n'euffent
en veneration l'Augufte Vainqueur
qui les avoit furmontez ,.
mais l'avidité naturelle qu'ils avoient
pour la gloire & pour les
louanges , leur fervoir de glaive
pour les tourmenter. Eux qui
regardoient au commencement
Louis avec tant d'admiration ,
ne purent foûtenir la veuë d'un
objet qui leur faifoit tant de confufion.
Ils fortirent fans prendre
congé de la Victoire. Céfar alla
du cofté d'Egypte ponr y trouver
quelque allégement à fa douleur ;
quelques- uns difent qu'il y cher..
36
Extraordinaire
cha Cleopatre , avec laquelle il
avoit autrefois paffé de fi doux
momens. Hercule eftoit fi préoccupé
de fon chagrin , que fans
fonger où il alloit , il fe trouva
au paffage du Fleuve d'Evene ,
mais ce luy fut un furcroift de
douleur , car il reconnut bien que
c'eftoit là l'endroit où le Çentaure
Neffus luy avoit donné des
marques de fa rage . Pour Alexandre
, le bruit courut qu'il eftoit
allé en Macedoine . L'on ne fçait
pas bien de quel costé les autres
tournerent. Cependant Lours
LE GRAND chargé de gloire &
d'honneur , & accompagné de la
Victoire , prit le chemin de Strafbourg.
Le mécontentement qu'il
avoit receu de cette Ville l'ayant
obligé a en tirer raifon par les
du Mercure Galant. 37
Armes , il fe preparoit à la punir
de fon audace & de fa temerité ;
mais fes Habitans ayant appris
les approches de ce redoutable
Vainqueur , & voyant bien que
toute refiftance eftoit inutile , fe
rendirent entierement , & pour
marque de leur foûmiſſion , ils luy
envoyerent les Clefs de la Ville.
Cét illuftre Heros dont la clemence
n'eft point limitée , les
receut en fa protection , & renvoya
leurs Députez avec des
conditions fi avantageufes & des
preuves fiévidentes de fa magnificence
& de fes liberalirez , qu'ils
publierent par tout qu'il y avoit
bien des Roys & des Princes
dans le Monde , mais qu'il étoit
impoffible qu'il y en euft un
feul , qui pût égaler en juſtice ,
38
Extraordinaire
.
en bonté , en clemence , & en valeur
, le puiffant Monarque des
François.
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Résumé : PRIX REMPORTÉ Par LOÜIS LE GRAND, sur tous les Heros de l'Antiquité.
La Victoire décide de récompenser le héros le plus méritant de l'Antiquité. Jupiter envoie Mercure convoquer des héros célèbres tels que Hercule, Alexandre, Achille, César, Hannibal, Scipion, Pyrrhus et Hector. Chaque héros présente ses exploits et sa lignée divine. La Victoire introduit ensuite Louis le Grand, récompensé pour ses victoires incessantes, sa justice, sa prudence et ses bienfaits envers ses sujets. Les héros admirent sa majesté et reconnaissent sa supériorité. La Victoire montre un livre contenant les actions héroïques de Louis, ce qui provoque un profond désarroi parmi les héros. César regrette de ne pas avoir anéanti les Gaulois, Hercule se plaint de devoir céder à un conquérant plus grand, et Achille manifeste plus de colère face à cette révélation qu'envers Agamemnon. Tous admettent finalement la supériorité de Louis. La Victoire demande à Jupiter de lui attribuer le prix, et Jupiter envoie une couronne d'or via Mercure, louant la valeur, la clémence, l'amour pour les arts, la bonté et la justice de Louis. Les héros, malgré leur amertume, acceptent la suprématie de Louis, couronné par la Victoire. Le texte décrit également la réaction des figures historiques face à la victoire de Louis XIV, surnommé 'le Soleil de justice & de valeur'. César, Hercule et Alexandre quittent la scène de leur défaite. Louis se dirige vers Strasbourg, qui se rend sans résistance. Il accepte la soumission des habitants avec clémence et générosité, soulignant ainsi sa justice, sa bonté et sa valeur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 70-71
Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Début :
Le Regne de LOUIS, le plus grand Roy du Monde, [...]
Mots clefs :
Louis, Monarque, Cour, Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Pour Monfieur le Chancelier .
SONNET.
L
E Regne de LOVIS , le plus grand
Roy du Monde ,
Fait rendre au vray merite un favorable
accueil.
C'eft fur luy feulement que fa faveur
ſe fonde ,
Sa Cour eft pour la brigue un redontable
écueil.
Tes Vertus , BOUCHERAT , ta fageffe
profonde ,
Ta conduite toûjours fi noble & fans
orgueil ,
T'ayant fait Chancelier, loin que Themis
en gronde.
Ton élevation vient de calmer fon dežil.
du Mercure Galant.
ଘ୬
Elle ne fera plus deformais éplorée ,
Du Sage LE TELLIER la perte eft
reparée ,
Le plus parfait des Rois en répond
aujourd'huy.
LOVIS a difposé de ce degré fupréme,
Il en connois le poids : & le tenir
de luy
Eft un honneur plus grand que la Di
gnité mefme.
SONNET.
L
E Regne de LOVIS , le plus grand
Roy du Monde ,
Fait rendre au vray merite un favorable
accueil.
C'eft fur luy feulement que fa faveur
ſe fonde ,
Sa Cour eft pour la brigue un redontable
écueil.
Tes Vertus , BOUCHERAT , ta fageffe
profonde ,
Ta conduite toûjours fi noble & fans
orgueil ,
T'ayant fait Chancelier, loin que Themis
en gronde.
Ton élevation vient de calmer fon dežil.
du Mercure Galant.
ଘ୬
Elle ne fera plus deformais éplorée ,
Du Sage LE TELLIER la perte eft
reparée ,
Le plus parfait des Rois en répond
aujourd'huy.
LOVIS a difposé de ce degré fupréme,
Il en connois le poids : & le tenir
de luy
Eft un honneur plus grand que la Di
gnité mefme.
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Résumé : Pour Monsieur le Chancelier. SONNET.
Le sonnet célèbre l'accession de Boucherat au poste de chancelier sous Louis, présenté comme le plus grand roi. La faveur royale repose sur le mérite. La cour de Louis est un obstacle aux intrigues. Les vertus et la sagesse de Boucherat justifient sa nomination, qui compense la mort de Le Tellier. Louis, sage, honore Boucherat au-delà de la dignité du poste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 145-214
Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Début :
Une personne de ma connoissance qui a vescu pendant 9. [...]
Mots clefs :
Dissertation philosophique, Âme, Bêtes, Castors, Sociétés animales , Éducation des petits , Remèdes naturels , Prévoyance , Société, Instinct, Architectures animales, Médecine animale , Machines, Liberté, Intelligence, Fidélité, Reconnaissance, Chien, Observation, Vertus animales, Chasse, Perfection, Construction, Architecture, Géométrie, Abeilles, Taons , Fourmis, Pigeons, Mouches à miel, Diligence, Enfants animaux, Jeux, Éducation, Perception
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Suite de la DijjertationPhilofopbiquesur
lame des befles.
w Une personne de ma
connoissance qui a vescu
pendant9.années dans la
Loüiziane au Canada,m'a
assuré que rien n'etf plus
certain,que ce que Lahontan
& autres Auteurs rapportent
des Castors de ce
Pays; sçavoir
, que ces
animaux s'assemblent en
quantité, & rongent par le
pied,des arbres qui font le
long des bords des ruisseaux
, en telle forte qu'ils
les font tomber dans le
travers de l'eau pour en arrester
le cours, & soustenir
la terre qu'ils jettent
ensuite dedans au devant
de ces arbres,& dontils
font des Chaussées. Et pour
cet effet la societé de ces..,
ouvriers est commandée
par un chef; les uns cernent
& arrachent à belles
dents des gazons, & les
chargent ensuite sur les
queuës des autres ,
qui
font faites comme une
fole ; ceux-cy marchant
gravement & droits sur
leurs jambes de derriere,
traifnent leur charge jusques
surces arbres, &la
déchargent ensuite dans
l'eau. A mesure que la digue
s'esleve il y a des ouvriers
qui ont soin d'y pratiquer
des appartements
pour se loger
,
des greniers
pour conserverl'écorce
d'arbre qu'ils y amassent
pour leur nourriture; & des
galleries souterraines pour
aller à la pesche dans les
estangs formez par ces digues.
Ily a jusqu'à des hospitaux
pour retirer leurs
malades fatiguez du travail
; & d'un autre costéles
faineants qui se couchent
sur le dos pour sereposer,
sans avoir le dessous de la
queuë écorché,à force de
charier des gazons, y sont
rigoureusement punis &
chassez. Les digues sontartissement
recouverres de
gazon,ensorteque la pluye
ne peut les endommager,
&qu'on passe aifémenc desfus
sans se douter de rien.
Beaux exemples que les
stupides bestes nous fournissent,
nonseulement pour
avoir soin des malheureux,
mais encore pour ne point
souffrir dans les Etats de
ces gens qui se croyent
uniquement faits pour vivre
& joüir du travail d'autruy.
f
4. On sçait assez que les
bestes ontaussil'instinctde
chercher des remedes pour
leurs malades; que les
Chiens mangent du chiendant
pour s'exciter à vomir;
que les Gruës se donnent
des lavements;que
les Macreuses qui n'ont
pointde jabot avalent force
petits cailloux, pour broyer
dans leur gozier les petits
coquillages dont elles se
nourrissent
, & quantité
d'autres singularitez qui
regardent leur santé. Et
peut estre les hommessont
ils encore redevables aux
bestes des premieres régles,
de la Medecine.
Prétendra-t-on donc en-»
core que les machines font
aussi capables de prévoyance
& de crainte, de former
des societez, de bastir des
domicilles, d'avoir pitié
des malheureux,de punir
les vauriens,& en un mot
1
de trouver des remedes
contre ce qui peut les endommager?
Il vaut mieux
penser que les premiersAuteurs
de ce beau systesme
n'avoient pasune parfaite
connoissance des proprietez
des bestes, & que leurs
Sectateurs ont mieux aimé
s'attacher servilement à
leur opinion; que dese
donner la peine d'examiner
eux mêmes la question
avec toute rexaaitlldeù'loo
elle demande,comme ce
n'est que trop l'ordinaire.
5. A l'égard de rinfiind:
des belles pour ce qui regarde
l'éducation de leurs
petits, qu'yac-il de plus
admirable que de voir cette
méprisable & stupide
Araignée, dont nousavons
déjà parle, s'ourdir un sac
d'une toiletres-fine& trèsforte,
pour y pondre & y
conserver ses oeufs. & ses
petits : Un Loriot suspendre
son nid à 3. branches
d'arbre par trois fils de plus
d'une demie aulne-de longueur
chacun, de crainte
apparemment que les Ecureuils
ou les Belettes ne.
viennent manger les oeufs,
ou ses petits; & qui fçaic
aussi si ce n'est point en^-
core pour bercer ces nouveaux
nez, & les endor*-
mir, tandis que leurs pa.
rens leur cherchent la vie?
UnTirarache ou Moineau
aquatique attache le ben
librement à deux ou trois
roseaux
,
afin qu'il puisse
flotter sur l'eau-, hausser &
baisser comme eUe, rani
en estré emporré, c'estce
que j'ay vû plusieurs fois
avec beaucoup d'admiration.
On raconteaussi
Jes stupides Hiboux ont
foin decasser les pattesaux
souris qu'ils apportent à
leurs petits, & qu'ils la-if.
sent en reserve dans leurs
trous, ôc mesme d'appor.
ter dubledà ces souris pour
vivre, afin que leurs jeunes
éleves ayent le plaisir de
lescroquertoutesvivantes^
quand la faim les prend
e qu'ils trouvent tousjours,
par ce moyen dela viande
fraischeàmanger.Sur tout
les Aigles ont grand foin
de plumer ôc çl'a^acher le
poil des animaux qu'ils apportent
à leurs petits, de
crainte qu'un peu trop de
gloutonnerie ne les sasse
étrangler. Jeneparle point
des Guenons qui portent
leurs petits sur leurs épau*
les jusques au haut des
toits & des arbres, pour
leur apprendre à grimperr
& peut estreaussiàmépris
ser les dangers.
Mais je ne fçauroisassez
admirerlirft'nd: qui don
ne une intrépidité & un
courage surprenant
, ( &
qui va quelquefois jusqu'à
la sureur)aux animaux qui
ont des petits, pourenoser
attaquer d'autres d'ailleurs
beaucoup plus méchants
qu'eux,& les chasser, lorsqu'ils
s'en veulent approcher
; ny cette tendresse
plus que maternelle qui
porte les Perd rix à se jetter
pour ainsi dire dans la
gueule des chiens de chasse
pour les amuser,& don
ner lieu à leur petits de
sévader; cVil ce que j'ay
veu cent fois, non
lins
un
veritible estonnement.
Qu'y a t il deplusconstante.
& en mesme temps
de plus inconcevable que
l'histoire des Pigeons qu'on
emporte d'Alep à Alexandrette
en Syrie( ou tout au
contraire) par l'espace de
50. ou 60. lieuës, & qu'on
lasche ensuite avec une lettre
aucol, sitostqu'on est
arrive; car ces courriers
de l'air prennent aussitost
leur essor jurques au dessus
des nuées, & montent tant
qu'ils apperçoivent leur
chere patrie, & le lieu de
leurs petits,& de leurcompagne,
où ils se rendent en
trois ou quatre heures de
temps au plus. Par ce moyen
on apprend des nouvelles
toutes recentes, quon
ne pourroit sçavoir,que
plusieurs jours aprés. Ilest
évident aussi que les différentes
especes de Mouches
à miel, comme les Abeilles,
lesGuespes, les Freflons
,
Bourdons) Taons
,
&c. doivent avoir une sagacité
pareille à celle des
oiseaux,pourreconnoistre
le lieu de leur domicile &
leurs rusches. Goedart écrit
dans son Livre des insectes,
qu'il a eu chez luy
unetaniereouil aobserve
que les Taons, lorsqu'ils
travaillent aux cellules devinées
pour leurs oeufs, ont
aussi un Commandant
comme les Castors, lequel
a soind'eveillerles ouvriers
dès la pointe du jour par le
bruit de Ces ailes. Qu'auuitost
chacun s'en va à son
ouvrage , ceux qui ont un
an paffé vont chercher la
cire & le miel, pour bastir
les cellules ou nids, & pour
vivre, & outre cela de l'eau
pour détrem per de la terre
& en former des voûtes.
Les jeunes Taons comme
aides maçons,détrempent
cette terre, & en font des
boulins ou rouleaux qu'ils
roulent ensuite avec leurs
pieds dederrière jusqu'aux
sommets des ouvrages, ou
les plus anciens qui ne sont
plus propres qu'à bastir les
reçoivent, & en forment
des voutes au dessus deces
nids, de crainte qu'il ne
tombe de la terre dedans.
Les plus vigoureux ont foin
de faire la chatTe) & d'étrangler
sans misericorde
les vauriens, qui non contens
tens dene pointtravailler,
vont encore manger la
nourriture des leur, ouvriers en absence,;
Sil'ontraittoit ainsitous
ceux qui en usent de mesme
dans les Estars policez,
il n'y auroit pas tant
de faineants& de voleurs
& l'abondance y regneroic
en la place du brigandage.
Au reste quoyque je n'aye
pas de témoin oculaire des
merveilles des Taons, il
n'y a pas
@
cependant plus
de peine à les-croire que
celles des;Fourmis& dee
Castors dont je suis certain,
ou que celles des Abeilles
qui les surpassent
peut-estre encore de bien
loin, comme on laveudans
le Mercure de Paris de fan.
née1712.. au mois d'Avril.
Car on peut asseurer qu'il
n'y a peut-estrepasd'animal
si brute qu'il foit
;
qui ne devienne comme
sensé &intelligent lorsqu'il
s'agit de sa conservation,
ou de la production
de ses petits. Est- il rien
qi4i paroiiflcplustbFute ql.Í.
ui* Limaçon?ilcreuse cc*
pendant un nid en terre
pour y pondte ses oettfs; il
les couvre ensuite d'une
especedecole quise durcit
extrêmement, & qui les
conserve contre les insectes
& contre toutes les injures
du temps. Qu'estildeplus
pefanc qu'une Tortue, elle
fort néanmoins du fond de
la mer, elle vient creuser
un nid dans le fable où elle
fait sa ponte,& recouvre
ensuite ses oeufs de ce met
me fable,afin que la chaleur
du soleil suppléé au
deffaut de lasienne
, qui
ne feroit pas suffisante pour
les faire éclorre. Les Saumons
& plusieurs autres
poissons remontent les ri.
vieres jusqu'à leur source,
& fouvenc par. respace de
plus de cent cinquante
lieues
, pour femer leurs
oeufs sur la bouë Ôc dans
une eau peu profonde afin
que la chaleur du Soleil
puisse les faire éclorre.
Faut-il que desbestes
pour qui nous avons tant
de mépris., surpassent la
,
pluspart des Peres & Meres
en tendresse &.. en soins
1
pour l'éducation de leurs
enfants?
•
Quoy donc les Machines
opereront-elles aussi des
prodiges pour enfanter
d'autres Machines, pour
les conserver, & pour leur
sauverla vie; & a pprendront-
elles à nos amesraisonnables
à avoir des sentimens
de rendresse & de
crainte;àestrelaborieuses,
soigneuses , courageuses ,
& tantd'autres vertus necessaires
à l'éducation des
pietits?Mais auparavant que
de quitter ce sujet,considerons
un peu quel plaisir
nos bestes brutes prennent
à exercer leurs jeunes adul.A
Ks, désqu'ils commencent
à courir, voler, ou
nager. Ne diroit-on pas
qu'elles ont recouvert une
nouvelle jeunesse pour
jouër & folastreravec eux?
Que ne doit.on point penser
aussi des jeux de ces
jeunes animaux,qui sont
remplis de feintises,d'imitations
,
& de singeries ;
tantost ils feignent d'estre
fort en colere ; & dese
mordre tantost de fuïr tantost de poursuivre,tan-r
tost de flatter
,
tantost
-
de
craindre,en un mot ils imitent
parfaitement les jeux
des enfants, qui ne font
jeux qu'en ce qu'ils ne sont,
comme ceux- là
, que de
pures fictions. Il n'est pas
jusques aux plus stupides
animaux,dont les amufementis
de jeunesse ne eausent
beaucou p d'admiration
,
& de plaisir à ceux
qui les observent. Si quelqu'un
en doute,iln'a qu'à
considerer pendant quelque
beau jour de Printems,
les jeux des jeunes Arai-r gnées des jardins. On les
trouve au iixleil contre les
muraillesqui selivrent mita
le combats,moitié feints,
moitié san g lants
; là elles
(e mordent
,
se précipitent.
s'arrachent les pattes, 5e..
tranglent, & surpassent de
bien loin,tout ce qu'on rapporte
des gladiateuts sur les
arenes.
Les Machines seront-elles
donc encore capables
de fictions
,
& d'imitation
comme les enfants, & produiront-
elles
duiront-elles des opera»
tions pour lesquelles e lles
ne sont pas veritablement
montées? Une montre par
exemple qui est montée
pour marquer deux fois
douze heures par jour, s'a).
visera-t-elle, pour se divertir
, & pour nous jouër, de
les marquer en une heure,
& reprendra telle ensuite
d'elle-mesme son serieux,
& son veritable train. J'avouë
qu'on entrevoit des
étincelles de liberté dans le
delire des enfants, par la
communication qu'ils ont
avec nous de leurs pensées
, & que nous ne pouvons
rien appercevoir de
semblable dans les animaux,
avec lesquels nous ne
pouvons point avoir cette
sorte de commerce. Mais
avantd'entrer plus avant
dans cette discussion, examinons
encore quc!qucs
vertus des bef.l:e)q.ui nous
aideront à prendre parti
plusseurement.
7. Tout le monde sçait
assez l'arrache,la fidélité,
la soumission & la reconnoissance
, que les Chiens
ont pour leurs maistres,leur
docilité,l'impatience qu'ils
ont de les revoir quand
ils sont absens
,
la tristesse
que cette absence leurcause
,& la joye qu'ils marquent
quand ils les retrouvent,
ou lorsqu'ils peuvent
leur rendre quelque service;
avec quelle chaleur ils
prennent leur deffense,
leur patience à en souffrir,
leur perseverance à leur
estresoumis,leur contrain- te&leurcomplaisance pour
eux. Undemesamisayant
fait emporter à dix lieuës
de Paris un vilain Chien ,
qui s'estoit addonné chez
luy
5
& qu'on n'avoit pû en
estranger à force de coups
de baston; ce Chien revintà
samaison aprésquelques
jours.Le maistre las de
lemaltraiter luy fit lier les
quatre pattes, attacher une
pierre au col, & lefit jetter
de dessus le pont Marie
dans la Seine. Le Chien ne
laissa pas de se sauver, ( ce
que j'aurois toutes les peines
du monde à croire,s'il
ne m'estoit arrivé une chose
toute pareille, ) & s en
revint au plus viste donner
de nouveaux tefmoignages
d'une fidélité & d'une foumission
inviolables à son
maistre adoptif, lequel en
fut tellement touché d'estonnement,
qu'il changea
dans le moment toute sa
rigueur enaffection.Tout
Paris a veu avec surprise, il
y a eennYvilrroonncfi.:nlnqquuaannttec 'ilnn's)
la constanceinvincible
d'un Chien,qui demeura
pendant plusieurs années
collé sur la fosse de son maistre,
dans le cimetiere des
saints Innocens , sans que
"Dy flatteries, ny nlrnaces.
ny lâFhecelïite peussent l'en
tirer. Ayantblesséunefois
un Lievre,il k sauva dans
tuàfe vigne
y
oùje le suivis
à lâ vbix de mes Chiens;
peu dete-n, psaprês;les voix
ayant etffé-,jc&urav
qu'ils*T-avoientafrêïïé-,<K
comme je les clltrèhÓisa
costé & d'autre
,
j'en ap -
perceus un qui venoit à
moyen grande diligence;
me flattant & thc caressant
,
aprés quoy il s'en
retourna avec beaucoup
-V
d'em pressement,ce qui me
fit comprendre qu'il falloir
le suivre: pendant que je
marchois, il prenoit le devant,
& revenoit fouvenc
sur ses pas, marquant tousjours
de l'im patience; à la
fin il ne revint plus, &
m'estant un peu avancé,
j'entendis mes deuxChiens
( d'ailleurs tousjours tresbons
amis) qui se mangeoient
l'un l'autre.Dés que
le second m'aperceut il prit
aussitost la suite
,
fentané
apparemment que ficatifë
n'estoit pas bonne. 1c vis
effectivement que le sujet
de leur querelle estoit que
le second avoit fort endommage
le Lievre pendantl'absence
dupremier,
lequel au contraire me caressoit
avec beaucoup de
confiance,comme pour me
marquer son innocence de
sa Cfiodmélibtiée.n
de belles regles
de morale ne peut-on
pas tirer de tousces exemples
; mais il vaut mieux
que chacun aitle plaisir de
les endeduire, que d'ennuyer
icy le kdieur par des
reflexions qu'il peut faire
aisément luy-mesme.
Je ne sçaurois cependant
m'empescher de luy
faire observer,que ces marques
de fidelité, de complaisance
& de retenuë,
n'ont gueres de compatibilité
avec l'idée que nous
avons d'une machine, qui
doit tousjours aller son
train, & tendre droit à sa
fin, dez qu'elle est une fois
desmontée d'une certaine
façon.
8. Que ne devons. nous
point penser encore de la
réglé que la pluspart des
belles observent dans toutes
leurs actions; les unes
ne sortent jamais qu'à une
certaine heure de nuit pour
chercher leur vie, ou une
com pagne,comme les Becasses,
les Lapins,les Limaces
,
les Herissons
,
les
Hiboux, & quantité d'autres
animaufc nocturnes
& sauvages qui rentrent
tous constamment à une
certaine heure du matin;
D'autres au contraire tid
manquent jamais de s'éJ
Veiller au lever du soleilJ
&de se rendormir à ion
coucher, ne perdanr pas
pour ainsi dire un seul ravon
de sa lumiere. En
Jquoy certes ils font beaucoup
plus dignes de louanges
que tant d'hommes déréglées,
qui paissentléurvie
comme les Hiboux, veillant
toute la nuit, & dormant
tout le jour.
On sçaicaussi que quan
tité d'oiseauxpassent tous
les ans des pays chauds:
dans des contrées plus temperées,
pour se sauver de
l'ardeurdusoleil. D'autres
au contraire
, vont des
paysfroids dans les mesmes
comrees, pour eviter
la rigueur de l'hyver, & les
uns & les autres s'en retournent
tous les ans d'où
ils font venus; sans que la
distance decinq ousixcens,
lieuës de pays, ny les trajets
des mers,soient capables
de leur faire Interrompre
leur réglé ( passant airtsi
toute leur vie comme des
voyageurs .& des étrangers
sur la rerre) Entre les differens
oisèaux les uns se
marient pour un temps,
d'autres mesme pour toute
leur vie) comme les
Tourterelles. Ils ne connoissent
point le divorce,
&. leurs mariages demeurent
inviolables, jusques à
ce que leurs petits n'ayent
plus besoin de leur secours.
Quel sujet de confusion
pour tant d'hommes d'ailleurs
raisonnables, mais
certainement inférieurs en
cecy aux bestes. De plus
le mariage n'est point en
eux une lubricitépuisqu'il
ne se contracte unique.
ment que pour la generation.
C'est pour cela que
leur rut dure si peu,&qu'il
ne vient que dans des tems
reglez& propres pour l'é.
ducatiori des petits; au lieu
que la lubricité des hommes
débauchez est perpetuelle.
«>. Disons encore un mot
de la chanté, de l'honnes.
teté & de lajustice que les
belles exercent entre elles,
outre ce que nous avons
remarqué des Cerfs à l'égard
de leurs compagnons
fatiguez, des Castors, des
Taons,& des peres &meres
a regard de leurs petits.
Plusieurs, ont apparemment
entendu dire un ancien
Proverbe, asinus asinum
fricat, mais peu en
gavent la vericable raison,
& peut estre que çeluy qui
la mis au jour ne la sçavoit
pas bien IUY.tesme. Pour
donc l'entendre
,
il faut
considererque quandun
Cheval, Asne ouMulet ne
sçauroit se gratter en quel.
que partie de son corps qui
: hlY démange, comme sur
le dos, le col, ou la teste, ils'approche de son cama.
rade, & le grate al'endroit
pareil à celuy quiluy démange.
Aussitost ce compagnon
charitable ne manque
pas, comme comprenant
le besoin de son camarade
, de le grater au
mesme endroit où il a esté
graté, & souventmesme
de l'avertir d'un endroit
qui luy demange aussi
> ôc
c'est alors qu'il est vray de
dire (qu'un Cheval grate
un autre Cheval, ) ces animaux
se prellant alors un
secours mutuel, dont chacun
a bes•oin, & dans l'en. k droic
droit qu'il souhaine. Qui
est-ce qui n'a pas veu les
Chiens d'un logis, & mesme
d'une rue, courir à la
deffense d'un de leurs camarades
attaque par quelqu'autre?
Qui ne sçait pas
la complaisance & les égards
qu'un animal a pour
un autre de mesme espece
plus jeune, ou plus foible
que luy
, & celle que les
masles en general ont pour
toutes les femelles? Qui
est:ce qui n'a pas remarque
le soin que les Chats
ont de cacher leur ordure,
ôc de nettoyer leur toison ?
Les oiseaux ont le mesme
foin de nettoyer les nids de
leurs petits, & les fourmis
leurs fourmillieresOnsçait
assez que les animaux corrigent
leurs perirs,-& quemesme
cespetits ont pour
létor^merèstoute'sa fbumissionpossible,
mais peutestre
tout le rriendenè sçait
f>rs queles Fôùrrftfa àidenif
courêS en : tbminun 'ccllè&:.
quiviennent s'estabmordans
fëurvôisinàge^Icdnftrmfé
fài/tfelji^iltiere*, qu'elfes
tfeÂir1 ^rêft?entdateur'graiiï
pendant ce temps-là, &
que celles-cy le leur rendent
fidellement
,
quand
leurestablissement est fini.
Que les Fourmis exercent
en rigoureux supplice contre
les Fourmis larronnefses
ou paresseuses, en les
déchirant à quatre. Mais
on ne finiroit jamais, si l'on
vouloit ra pporter toutes les
singularitez morales qu'on
remarque dans la conduite
des animaux;& peut-estre
arriveroit- on à s'asseurer
un repos & un bonheur
parfait dés cette vie, si on
estoit allez prudent pour
en bien profiter.
Qui pourra penser aprés
cela que les belles soient
de pures Machines, toutes
matérielles, meuës feule-
X ment par des loix du mouvement
générales & estoignées
J
dépendemment
d'une organisation de parties.
Il vaudroit autant faire
tout d'un cou p de la raison
& de la prudence hu-,
maine une espece de Ma-,
chine, necessitée aussipar
les mesmes loix, & par consequent
aveugle & sans li.
berté; mais dans quel excez
d'aveuglement faudroit-
il tomber pour imaginer
une telle chimere;
& quand mesme uneraison
dérangée pourroit y consentir,
nostre sentiment intérieur
ladementiroittousjours.
10. Que penser donc
maintenant sur la nature
du principe qui meut les
bestes, voyant qu'il est
pourveu de tant de belles
& bonnes qualirez ; qu'il
cft si judicieux, si vigilant,
si prudent, & si reglé dans
toutes ses opérations; tandis
que nostre amé au contraire
est sujette à tant
d'imperëfdibns&devices;
à T-éVréur5 à linjtTftice; à
l'ingràtitude, à l'infidélité,
àl'oisivetéà l'inhumanité,
à: l'impicte,a I'hypocrifie&
au dereglementdes moeurs.
Mais cette différence est
encore peu de chose, (s'il
rit permis de le dire) en
comparaison de cettequi
setire de la sagacité des
bestes à executer leursou.
vrages sans aucune estude,
&mesme sans aucun inftrument
étranger; tandis
que nos ouvriers font au
contraire obligez de faire
dé longs apprentissages,
d'où souvent ils sortent encore
fort ignorants, quelquefois
mesme font-ils
tout-à-fair incapables dé
rien apprendre. Nos Architectes
( par exemple) ne
sçatiroient bastirsansavoir
âppris avec bien du temps
&des peines les réglés dé
la Geornerrie& de l'Archirecture.
Cependant les Gac.
tors duCanada font des
digues&desappartements
pourse loger, conformes
à la droite architeaure sans
avoirappris aucunes réglés.;
Les Taons font de
mesme leurs voûtes sans le.
secours d'aucuns precepres,
que de leur bon genie. En
un mot les animaux construisent
leurs ouvrages de
la maniere qu! est tousjours
la plus parfaite en
chaque espece, comme
nous l'avons fait voir par
l'examen des raïons des Abeilles;
dans le mémoire
cite cy- devant, article l.
J'avoue qu'en cela mesme
me les bestes paroissent
bornées dans leurs operations;
elles ne sçavent point
varier leurs ouvrages en
uneinfinité de manieres.
comme l'homme, elles
sont, pour ainsi dire, asservies
à leur sujet ;au lieu que
l'homme travailleen maistre
dans ce qu'il possede.
Outre qu'il rassemble, pour
ainsi dire, éminemment en
luy toutes les inventions
dont les différents animaux
sont capables;& quoyqu'ii
n'y parvienne qu'à force
de travail&de temps,cela
ne laisse pas de prouver
parfaitement la fecondité
de son genie. Mais cette
secondité ne suffit pas pour
luy donner la Préférence
du codé de la perfection;
d'autant plus que les bestes
sont aussi capables par leur
docilité, d'apprendre une
infinité dechosestrès singuliere,
outre celles qu'elles
tiennent de leur inClinét
naturel. Ensorte que si les
bestes pouvoient le communiquer
leurs idées comme
les hommes font entre
eux, & si elles avoient des
mains, & des instruments
propres à tout executer
comme nous, peut-estre
auroient-elles aussi chez elles
des arts beaucoup plus
parfairs que lesnostres.J'ay
veu il y a environ dix ans
à la foire de saint Germain
un animal appelle Fecan,
assez semblable à un Renard
,
excepté qu'il a les
pattes d'un Singe, il se fervoit
de celles de devant
avec une adresse surprenante.
Au contraire les animaux
les plus stupides ont
les pieds ordinairement les
moins divitez. Il y a plusieurs
animaux qui ont la
partie de l'oreille appellée
le labyrinthe, semblable à
celle de l'homme, comme
les Chiens
J
les Chevaux,
les Elephans, les oiseaux
,
&c. lesquels sont tres- sensïbles
à la musique;ôc ceux
au contraire qui en font
privez y sont tout-a-fait in.
sensibles, furquoy l'on peut
voir nostre discours de l'oreille
imprimé en 1711.
dans le Mercure de Février,
d'où l'on pourroit inferer,
que si les bestes paroissent
si bornées, c'est du moins
en partie, parce que les instruments
leur manquent.
Mais du costé de la perfection
il ne faut qu'examiner
leurs ouvrages avec exactitude
, pour voir qu'elles
remportent de bien loin
sur nous. Si l'on se donne
la peine, par exemple,de
considerer la figure du
fond des cellules des Abeil.
les, & de quelle maniere
cescellules sontassemble'es
&oppocées les unes aux autres,
on fera forcé d'avouer
que l'intelligence qui les
conduit,est naturellement
pourveuë des connoissances
de la Géométrie,& de
l'Architeâure, & que pour
donner la mesure la plus
parfaite aux angles plans
ôc solides qui s'y rencontrent,
il faut qu'ellesçache
non seulementle calcu l des
triangles, mais mesme l'Algebre
; qu'elle possede les
proprietez de la sphere, &
des polyedres in scrits ôc
circonscrits; & en un mot
tout ce que nos plus habiles
Architectes ne sçavent
que fort mediocrement;
puisque ces cellules admirables
renferment toute la
perfeaion quecessciences
demandent,tant pour avoir
de la solidité & de la régularité
, que pour s'assembler
les unes avec les autres,&
pour s'y loger commodément
& seurement j ôc je
ne douté nullement que si
l'on faisoit un examen pareil
à celuy-cy des ouvrages
des Castors, des Taons ôc
des autres animaux archicettes)
on y trouveroit la
mesme perfection que dans
les raïons desAbeilles.
11. Nous voicy donc forcez
par nostre propre experience
d'avouer que l'intelligence
qui guide les animaux,
de quelque nature
qu'elle foit, est infiniment
plus parfaite en son essence
, que l'esprit de l'homme.
Maisenmesmetemps
quelle honte n'est
- ce pas
pour nous, si nous faisons
cet aveu en faveur de créatures,
que nous traittons de
stupides, & pour lesquelles
nous avons le dernier mépris-
N'est-ce pas la nous
précipiter nous-mesmes de
ce throne de gloire ou nous
nous estions placez au def-
-
fus detoutce quirespire?
- Quel parti prendré dans
une telle conjoncture,ne
pouvant ny osterla raison
aux belles pour en faire de
pures Machines, sans tomber
dans un ridicule intolérable
; ny leur donner un
principe spirituel sans estre
obligezd'abbaisser nostre
amour proprejusquà consentir
de le faire infiniment
plus parfait que nostre
ame.
Je ne voy plus d'autre
parti que de reconnoistre
dans tous ces effets singuliers,
oùla raison & le jugement
reluisent, le doigt
de l'Autheur de la nature,
( vereeniimdigitus Dei hi,cess )
ôc d'avouer que c'est sa
main qui se fert alors librement
des bestes, comme
d'un instrument sensible
pour se faire admirer, 0&
pour nous enseigner les leçons
de sa sagesse & de sa
justice. Voilàcetteintelligence
toujours libre, & infiniment
estevée au dessus
dela nostre, qui n'a besoin
ny de regles,ny d'apprentissage,
ny d'instruments,
pour operer tous ses miracles;
qui est toute en toutes
ses créatures,& toute en
chacune, sans leur estre aucunement
asservie,,& sans
estre déterminée par leurs
organizations presentes,
comme les Carthesiens le
prétendent, puisque c'est
elle au contraire qui en
produit librement tous les
mouven ens judicieux,selon
les differentes conjonétures
où elles se trouvent; le
tout uniquement pour leur
conservation
, pour nostre
utilité, 6c pour sa gloire.
Et si elle ne tire pas de chaque
sujettout ce qu'elle
pourroiten tirer, c'est quelle
a voulu manifester sa
secondité, en multipliant
& variant ses sujets indefiniment,
afin d'exciter davantage
nostre admiration,
&de lareveiller continuellement
; au lieu qu'elle languiroit
bien tost, si nous
trouvions les mesmes operations
dans coures les bestes.
Par ce moyen toutes
les difficultez sont levées;
nous nous délivrons du ridicule,
de vouloir tirer une
raison ( & une raison tressuperieure
à la nostre ) d'une
Machine purement materielle;
& ceux à quila propre
conscience de leur libertédans
les operations
intellectuelles,nefuflitpas
pour les sauver de la terreur
panique de devenir aussi de
pures Machines,files bestes
estoient telles, font entièrement
rasseurez. Nous
ne nous dégradons point
de nostre estat,en nous mettant
au dessous de l'intelli*
gence qui meut les bestes;
puisque nous y reconnoissons
l'Auteur de la nature,
qui se dévoile, pour ainsi
dire, librement & de luymesme
à nos yeux; nous
confondons aussi l'endurcissement
des Athées, en
adorant sa providence, &
nous trouvons un moyen
facile pour expliquer tout
ce qui paroist de plusmerveilleux
dans les actions
des bestes, sans qu'il nous
en couste aucun travail, ny
aucune estude.
12. Je ne prérends pas
cependant par là osteraux
belles une espece d'ame
materielle
,
qui préside à
leurs operations vitales, &
qui soit mesme susceptible
desentiments,&de perceptions,
de plaisir,de douleur,
de joye,de tristesse,de colere,
d'amour,decrainte, de
haine, de jalousie,&de toutes
les autres passionsqu'on
remarque dans les bestes;
même encore si on le veut,
d'imagination, de memoire&
d'action,parce que ces
operations sont encore infiniment
esloignées de la raison.
Je soustiens au contraire
que toutes ces passions
ou actions se passent
uniquement dans les esprits
animaux,qui sont contenus
dans leur cerveau, ans leurs nerfs, & dans
leurs membranes. Car il
suffit pour cela que ces cCprits
coulent continuellement
dans le sang, dans les
autres humeurs, & dans
toutes les parties de leur
corps; & que de plus ils
soient capables de recevoir
les impressions des objets
extérieurs par les sens, d'en
conserver
conserver les motions ou
images, & que ces images
ayenc communication les
unes avec les autres, pour
produire toutes les actions
destituées de jugement ôc
de raison
, ce que je n'ay
pas entrepris d'expliquer
icy en détail. Je dis seulement
icy que ces esprits
animaux sont la feule ame
matérielle
,
sensitive & animale,
Ôc la forme substantielle
des bestes, dont l'Autheur
de la nature se sert librement
pour produire
tout ce qui est au dessus de
la nature, je veux dire ce
qui tient de la raison & du
jugementsans qu'il soitnecessaire
de leur donner encoreune
ame spirituelle,qui
compare ces images formées
dans les esprits,qui
conçoive des idées & des
partions à leuroccasionqui
reflechissesur elle
-
mesme,
& sursesoperations,qui soit
capabledese déterminer la
première,&quisoitsusceptible
de rtgles.)ou de connoissances
universelles &
âb'ftriiittcs,comme la nostre,&
cela par lesraisons
que nous avons rapportées.
Il est évident que nous
ostons par là toute connoissance
aux bestes, pour leur
laisser feulement la vie, la
perception, & le mouvement
, comme font les CarteGens;
parce que cela
suffit pour leurs opérations
naturelles & vitales; &
qu'à l'égard des autres ope- A rations, cette âme materielle
,
sensitive & animale
, cette forme substantielle
n'enest que l'organe
& l'instrument
,
qui bien
loin de déterminer l'Auteur
de la nature à agir d'ue maniere
machinale&fcrvile,
comme le prétendent ces
Messieurs,est au contraire
déterminée par ce mesme
Auteur àsuivre ses impressions,
& à produire les actions
dont la matière est incapable
par elle.'-mefnJc.
Ainsi nous devons bien distinguer
deux especes d'operations
de Dieu dans les
bestes; la premiere qui est
leur vie est generale& éloignée
,
elle est déterminée
par les loix qu'il a establies
en formant le monde&a
parconsequent une connexion
necessaire avec tous
les autres mouvemens qui
s'y font; on peut l'appeller
à cause de cela naturelle &
necessaire; la secon de au
contraire estlibre & comme
surnaturelle,elle ne dépend
au plus que des conjonctures
presentes, & nullement
des organes ou des
loix gencrales. La première
est ce qu'on entend par
le simple concours de Dieu;
la feconde est l'effet d'une
Providence qui ne differe
du miracle, qu'en ce
qu'il ne produit aucun dé..
rangement sensible dans la
nature, &qu'il ne manque
jamais de se faire dans IC4
mesmescirconstances, parce
que Dieu est toujours le,
mesme;c'est si l'on veut un*
miracle naturel & ordinaire>
qui n'est méconnu ôc
ignoré
, que parce qu'il est
tousjours present aux yeux
detous les hommes.
lame des befles.
w Une personne de ma
connoissance qui a vescu
pendant9.années dans la
Loüiziane au Canada,m'a
assuré que rien n'etf plus
certain,que ce que Lahontan
& autres Auteurs rapportent
des Castors de ce
Pays; sçavoir
, que ces
animaux s'assemblent en
quantité, & rongent par le
pied,des arbres qui font le
long des bords des ruisseaux
, en telle forte qu'ils
les font tomber dans le
travers de l'eau pour en arrester
le cours, & soustenir
la terre qu'ils jettent
ensuite dedans au devant
de ces arbres,& dontils
font des Chaussées. Et pour
cet effet la societé de ces..,
ouvriers est commandée
par un chef; les uns cernent
& arrachent à belles
dents des gazons, & les
chargent ensuite sur les
queuës des autres ,
qui
font faites comme une
fole ; ceux-cy marchant
gravement & droits sur
leurs jambes de derriere,
traifnent leur charge jusques
surces arbres, &la
déchargent ensuite dans
l'eau. A mesure que la digue
s'esleve il y a des ouvriers
qui ont soin d'y pratiquer
des appartements
pour se loger
,
des greniers
pour conserverl'écorce
d'arbre qu'ils y amassent
pour leur nourriture; & des
galleries souterraines pour
aller à la pesche dans les
estangs formez par ces digues.
Ily a jusqu'à des hospitaux
pour retirer leurs
malades fatiguez du travail
; & d'un autre costéles
faineants qui se couchent
sur le dos pour sereposer,
sans avoir le dessous de la
queuë écorché,à force de
charier des gazons, y sont
rigoureusement punis &
chassez. Les digues sontartissement
recouverres de
gazon,ensorteque la pluye
ne peut les endommager,
&qu'on passe aifémenc desfus
sans se douter de rien.
Beaux exemples que les
stupides bestes nous fournissent,
nonseulement pour
avoir soin des malheureux,
mais encore pour ne point
souffrir dans les Etats de
ces gens qui se croyent
uniquement faits pour vivre
& joüir du travail d'autruy.
f
4. On sçait assez que les
bestes ontaussil'instinctde
chercher des remedes pour
leurs malades; que les
Chiens mangent du chiendant
pour s'exciter à vomir;
que les Gruës se donnent
des lavements;que
les Macreuses qui n'ont
pointde jabot avalent force
petits cailloux, pour broyer
dans leur gozier les petits
coquillages dont elles se
nourrissent
, & quantité
d'autres singularitez qui
regardent leur santé. Et
peut estre les hommessont
ils encore redevables aux
bestes des premieres régles,
de la Medecine.
Prétendra-t-on donc en-»
core que les machines font
aussi capables de prévoyance
& de crainte, de former
des societez, de bastir des
domicilles, d'avoir pitié
des malheureux,de punir
les vauriens,& en un mot
1
de trouver des remedes
contre ce qui peut les endommager?
Il vaut mieux
penser que les premiersAuteurs
de ce beau systesme
n'avoient pasune parfaite
connoissance des proprietez
des bestes, & que leurs
Sectateurs ont mieux aimé
s'attacher servilement à
leur opinion; que dese
donner la peine d'examiner
eux mêmes la question
avec toute rexaaitlldeù'loo
elle demande,comme ce
n'est que trop l'ordinaire.
5. A l'égard de rinfiind:
des belles pour ce qui regarde
l'éducation de leurs
petits, qu'yac-il de plus
admirable que de voir cette
méprisable & stupide
Araignée, dont nousavons
déjà parle, s'ourdir un sac
d'une toiletres-fine& trèsforte,
pour y pondre & y
conserver ses oeufs. & ses
petits : Un Loriot suspendre
son nid à 3. branches
d'arbre par trois fils de plus
d'une demie aulne-de longueur
chacun, de crainte
apparemment que les Ecureuils
ou les Belettes ne.
viennent manger les oeufs,
ou ses petits; & qui fçaic
aussi si ce n'est point en^-
core pour bercer ces nouveaux
nez, & les endor*-
mir, tandis que leurs pa.
rens leur cherchent la vie?
UnTirarache ou Moineau
aquatique attache le ben
librement à deux ou trois
roseaux
,
afin qu'il puisse
flotter sur l'eau-, hausser &
baisser comme eUe, rani
en estré emporré, c'estce
que j'ay vû plusieurs fois
avec beaucoup d'admiration.
On raconteaussi
Jes stupides Hiboux ont
foin decasser les pattesaux
souris qu'ils apportent à
leurs petits, & qu'ils la-if.
sent en reserve dans leurs
trous, ôc mesme d'appor.
ter dubledà ces souris pour
vivre, afin que leurs jeunes
éleves ayent le plaisir de
lescroquertoutesvivantes^
quand la faim les prend
e qu'ils trouvent tousjours,
par ce moyen dela viande
fraischeàmanger.Sur tout
les Aigles ont grand foin
de plumer ôc çl'a^acher le
poil des animaux qu'ils apportent
à leurs petits, de
crainte qu'un peu trop de
gloutonnerie ne les sasse
étrangler. Jeneparle point
des Guenons qui portent
leurs petits sur leurs épau*
les jusques au haut des
toits & des arbres, pour
leur apprendre à grimperr
& peut estreaussiàmépris
ser les dangers.
Mais je ne fçauroisassez
admirerlirft'nd: qui don
ne une intrépidité & un
courage surprenant
, ( &
qui va quelquefois jusqu'à
la sureur)aux animaux qui
ont des petits, pourenoser
attaquer d'autres d'ailleurs
beaucoup plus méchants
qu'eux,& les chasser, lorsqu'ils
s'en veulent approcher
; ny cette tendresse
plus que maternelle qui
porte les Perd rix à se jetter
pour ainsi dire dans la
gueule des chiens de chasse
pour les amuser,& don
ner lieu à leur petits de
sévader; cVil ce que j'ay
veu cent fois, non
lins
un
veritible estonnement.
Qu'y a t il deplusconstante.
& en mesme temps
de plus inconcevable que
l'histoire des Pigeons qu'on
emporte d'Alep à Alexandrette
en Syrie( ou tout au
contraire) par l'espace de
50. ou 60. lieuës, & qu'on
lasche ensuite avec une lettre
aucol, sitostqu'on est
arrive; car ces courriers
de l'air prennent aussitost
leur essor jurques au dessus
des nuées, & montent tant
qu'ils apperçoivent leur
chere patrie, & le lieu de
leurs petits,& de leurcompagne,
où ils se rendent en
trois ou quatre heures de
temps au plus. Par ce moyen
on apprend des nouvelles
toutes recentes, quon
ne pourroit sçavoir,que
plusieurs jours aprés. Ilest
évident aussi que les différentes
especes de Mouches
à miel, comme les Abeilles,
lesGuespes, les Freflons
,
Bourdons) Taons
,
&c. doivent avoir une sagacité
pareille à celle des
oiseaux,pourreconnoistre
le lieu de leur domicile &
leurs rusches. Goedart écrit
dans son Livre des insectes,
qu'il a eu chez luy
unetaniereouil aobserve
que les Taons, lorsqu'ils
travaillent aux cellules devinées
pour leurs oeufs, ont
aussi un Commandant
comme les Castors, lequel
a soind'eveillerles ouvriers
dès la pointe du jour par le
bruit de Ces ailes. Qu'auuitost
chacun s'en va à son
ouvrage , ceux qui ont un
an paffé vont chercher la
cire & le miel, pour bastir
les cellules ou nids, & pour
vivre, & outre cela de l'eau
pour détrem per de la terre
& en former des voûtes.
Les jeunes Taons comme
aides maçons,détrempent
cette terre, & en font des
boulins ou rouleaux qu'ils
roulent ensuite avec leurs
pieds dederrière jusqu'aux
sommets des ouvrages, ou
les plus anciens qui ne sont
plus propres qu'à bastir les
reçoivent, & en forment
des voutes au dessus deces
nids, de crainte qu'il ne
tombe de la terre dedans.
Les plus vigoureux ont foin
de faire la chatTe) & d'étrangler
sans misericorde
les vauriens, qui non contens
tens dene pointtravailler,
vont encore manger la
nourriture des leur, ouvriers en absence,;
Sil'ontraittoit ainsitous
ceux qui en usent de mesme
dans les Estars policez,
il n'y auroit pas tant
de faineants& de voleurs
& l'abondance y regneroic
en la place du brigandage.
Au reste quoyque je n'aye
pas de témoin oculaire des
merveilles des Taons, il
n'y a pas
@
cependant plus
de peine à les-croire que
celles des;Fourmis& dee
Castors dont je suis certain,
ou que celles des Abeilles
qui les surpassent
peut-estre encore de bien
loin, comme on laveudans
le Mercure de Paris de fan.
née1712.. au mois d'Avril.
Car on peut asseurer qu'il
n'y a peut-estrepasd'animal
si brute qu'il foit
;
qui ne devienne comme
sensé &intelligent lorsqu'il
s'agit de sa conservation,
ou de la production
de ses petits. Est- il rien
qi4i paroiiflcplustbFute ql.Í.
ui* Limaçon?ilcreuse cc*
pendant un nid en terre
pour y pondte ses oettfs; il
les couvre ensuite d'une
especedecole quise durcit
extrêmement, & qui les
conserve contre les insectes
& contre toutes les injures
du temps. Qu'estildeplus
pefanc qu'une Tortue, elle
fort néanmoins du fond de
la mer, elle vient creuser
un nid dans le fable où elle
fait sa ponte,& recouvre
ensuite ses oeufs de ce met
me fable,afin que la chaleur
du soleil suppléé au
deffaut de lasienne
, qui
ne feroit pas suffisante pour
les faire éclorre. Les Saumons
& plusieurs autres
poissons remontent les ri.
vieres jusqu'à leur source,
& fouvenc par. respace de
plus de cent cinquante
lieues
, pour femer leurs
oeufs sur la bouë Ôc dans
une eau peu profonde afin
que la chaleur du Soleil
puisse les faire éclorre.
Faut-il que desbestes
pour qui nous avons tant
de mépris., surpassent la
,
pluspart des Peres & Meres
en tendresse &.. en soins
1
pour l'éducation de leurs
enfants?
•
Quoy donc les Machines
opereront-elles aussi des
prodiges pour enfanter
d'autres Machines, pour
les conserver, & pour leur
sauverla vie; & a pprendront-
elles à nos amesraisonnables
à avoir des sentimens
de rendresse & de
crainte;àestrelaborieuses,
soigneuses , courageuses ,
& tantd'autres vertus necessaires
à l'éducation des
pietits?Mais auparavant que
de quitter ce sujet,considerons
un peu quel plaisir
nos bestes brutes prennent
à exercer leurs jeunes adul.A
Ks, désqu'ils commencent
à courir, voler, ou
nager. Ne diroit-on pas
qu'elles ont recouvert une
nouvelle jeunesse pour
jouër & folastreravec eux?
Que ne doit.on point penser
aussi des jeux de ces
jeunes animaux,qui sont
remplis de feintises,d'imitations
,
& de singeries ;
tantost ils feignent d'estre
fort en colere ; & dese
mordre tantost de fuïr tantost de poursuivre,tan-r
tost de flatter
,
tantost
-
de
craindre,en un mot ils imitent
parfaitement les jeux
des enfants, qui ne font
jeux qu'en ce qu'ils ne sont,
comme ceux- là
, que de
pures fictions. Il n'est pas
jusques aux plus stupides
animaux,dont les amufementis
de jeunesse ne eausent
beaucou p d'admiration
,
& de plaisir à ceux
qui les observent. Si quelqu'un
en doute,iln'a qu'à
considerer pendant quelque
beau jour de Printems,
les jeux des jeunes Arai-r gnées des jardins. On les
trouve au iixleil contre les
muraillesqui selivrent mita
le combats,moitié feints,
moitié san g lants
; là elles
(e mordent
,
se précipitent.
s'arrachent les pattes, 5e..
tranglent, & surpassent de
bien loin,tout ce qu'on rapporte
des gladiateuts sur les
arenes.
Les Machines seront-elles
donc encore capables
de fictions
,
& d'imitation
comme les enfants, & produiront-
elles
duiront-elles des opera»
tions pour lesquelles e lles
ne sont pas veritablement
montées? Une montre par
exemple qui est montée
pour marquer deux fois
douze heures par jour, s'a).
visera-t-elle, pour se divertir
, & pour nous jouër, de
les marquer en une heure,
& reprendra telle ensuite
d'elle-mesme son serieux,
& son veritable train. J'avouë
qu'on entrevoit des
étincelles de liberté dans le
delire des enfants, par la
communication qu'ils ont
avec nous de leurs pensées
, & que nous ne pouvons
rien appercevoir de
semblable dans les animaux,
avec lesquels nous ne
pouvons point avoir cette
sorte de commerce. Mais
avantd'entrer plus avant
dans cette discussion, examinons
encore quc!qucs
vertus des bef.l:e)q.ui nous
aideront à prendre parti
plusseurement.
7. Tout le monde sçait
assez l'arrache,la fidélité,
la soumission & la reconnoissance
, que les Chiens
ont pour leurs maistres,leur
docilité,l'impatience qu'ils
ont de les revoir quand
ils sont absens
,
la tristesse
que cette absence leurcause
,& la joye qu'ils marquent
quand ils les retrouvent,
ou lorsqu'ils peuvent
leur rendre quelque service;
avec quelle chaleur ils
prennent leur deffense,
leur patience à en souffrir,
leur perseverance à leur
estresoumis,leur contrain- te&leurcomplaisance pour
eux. Undemesamisayant
fait emporter à dix lieuës
de Paris un vilain Chien ,
qui s'estoit addonné chez
luy
5
& qu'on n'avoit pû en
estranger à force de coups
de baston; ce Chien revintà
samaison aprésquelques
jours.Le maistre las de
lemaltraiter luy fit lier les
quatre pattes, attacher une
pierre au col, & lefit jetter
de dessus le pont Marie
dans la Seine. Le Chien ne
laissa pas de se sauver, ( ce
que j'aurois toutes les peines
du monde à croire,s'il
ne m'estoit arrivé une chose
toute pareille, ) & s en
revint au plus viste donner
de nouveaux tefmoignages
d'une fidélité & d'une foumission
inviolables à son
maistre adoptif, lequel en
fut tellement touché d'estonnement,
qu'il changea
dans le moment toute sa
rigueur enaffection.Tout
Paris a veu avec surprise, il
y a eennYvilrroonncfi.:nlnqquuaannttec 'ilnn's)
la constanceinvincible
d'un Chien,qui demeura
pendant plusieurs années
collé sur la fosse de son maistre,
dans le cimetiere des
saints Innocens , sans que
"Dy flatteries, ny nlrnaces.
ny lâFhecelïite peussent l'en
tirer. Ayantblesséunefois
un Lievre,il k sauva dans
tuàfe vigne
y
oùje le suivis
à lâ vbix de mes Chiens;
peu dete-n, psaprês;les voix
ayant etffé-,jc&urav
qu'ils*T-avoientafrêïïé-,<K
comme je les clltrèhÓisa
costé & d'autre
,
j'en ap -
perceus un qui venoit à
moyen grande diligence;
me flattant & thc caressant
,
aprés quoy il s'en
retourna avec beaucoup
-V
d'em pressement,ce qui me
fit comprendre qu'il falloir
le suivre: pendant que je
marchois, il prenoit le devant,
& revenoit fouvenc
sur ses pas, marquant tousjours
de l'im patience; à la
fin il ne revint plus, &
m'estant un peu avancé,
j'entendis mes deuxChiens
( d'ailleurs tousjours tresbons
amis) qui se mangeoient
l'un l'autre.Dés que
le second m'aperceut il prit
aussitost la suite
,
fentané
apparemment que ficatifë
n'estoit pas bonne. 1c vis
effectivement que le sujet
de leur querelle estoit que
le second avoit fort endommage
le Lievre pendantl'absence
dupremier,
lequel au contraire me caressoit
avec beaucoup de
confiance,comme pour me
marquer son innocence de
sa Cfiodmélibtiée.n
de belles regles
de morale ne peut-on
pas tirer de tousces exemples
; mais il vaut mieux
que chacun aitle plaisir de
les endeduire, que d'ennuyer
icy le kdieur par des
reflexions qu'il peut faire
aisément luy-mesme.
Je ne sçaurois cependant
m'empescher de luy
faire observer,que ces marques
de fidelité, de complaisance
& de retenuë,
n'ont gueres de compatibilité
avec l'idée que nous
avons d'une machine, qui
doit tousjours aller son
train, & tendre droit à sa
fin, dez qu'elle est une fois
desmontée d'une certaine
façon.
8. Que ne devons. nous
point penser encore de la
réglé que la pluspart des
belles observent dans toutes
leurs actions; les unes
ne sortent jamais qu'à une
certaine heure de nuit pour
chercher leur vie, ou une
com pagne,comme les Becasses,
les Lapins,les Limaces
,
les Herissons
,
les
Hiboux, & quantité d'autres
animaufc nocturnes
& sauvages qui rentrent
tous constamment à une
certaine heure du matin;
D'autres au contraire tid
manquent jamais de s'éJ
Veiller au lever du soleilJ
&de se rendormir à ion
coucher, ne perdanr pas
pour ainsi dire un seul ravon
de sa lumiere. En
Jquoy certes ils font beaucoup
plus dignes de louanges
que tant d'hommes déréglées,
qui paissentléurvie
comme les Hiboux, veillant
toute la nuit, & dormant
tout le jour.
On sçaicaussi que quan
tité d'oiseauxpassent tous
les ans des pays chauds:
dans des contrées plus temperées,
pour se sauver de
l'ardeurdusoleil. D'autres
au contraire
, vont des
paysfroids dans les mesmes
comrees, pour eviter
la rigueur de l'hyver, & les
uns & les autres s'en retournent
tous les ans d'où
ils font venus; sans que la
distance decinq ousixcens,
lieuës de pays, ny les trajets
des mers,soient capables
de leur faire Interrompre
leur réglé ( passant airtsi
toute leur vie comme des
voyageurs .& des étrangers
sur la rerre) Entre les differens
oisèaux les uns se
marient pour un temps,
d'autres mesme pour toute
leur vie) comme les
Tourterelles. Ils ne connoissent
point le divorce,
&. leurs mariages demeurent
inviolables, jusques à
ce que leurs petits n'ayent
plus besoin de leur secours.
Quel sujet de confusion
pour tant d'hommes d'ailleurs
raisonnables, mais
certainement inférieurs en
cecy aux bestes. De plus
le mariage n'est point en
eux une lubricitépuisqu'il
ne se contracte unique.
ment que pour la generation.
C'est pour cela que
leur rut dure si peu,&qu'il
ne vient que dans des tems
reglez& propres pour l'é.
ducatiori des petits; au lieu
que la lubricité des hommes
débauchez est perpetuelle.
«>. Disons encore un mot
de la chanté, de l'honnes.
teté & de lajustice que les
belles exercent entre elles,
outre ce que nous avons
remarqué des Cerfs à l'égard
de leurs compagnons
fatiguez, des Castors, des
Taons,& des peres &meres
a regard de leurs petits.
Plusieurs, ont apparemment
entendu dire un ancien
Proverbe, asinus asinum
fricat, mais peu en
gavent la vericable raison,
& peut estre que çeluy qui
la mis au jour ne la sçavoit
pas bien IUY.tesme. Pour
donc l'entendre
,
il faut
considererque quandun
Cheval, Asne ouMulet ne
sçauroit se gratter en quel.
que partie de son corps qui
: hlY démange, comme sur
le dos, le col, ou la teste, ils'approche de son cama.
rade, & le grate al'endroit
pareil à celuy quiluy démange.
Aussitost ce compagnon
charitable ne manque
pas, comme comprenant
le besoin de son camarade
, de le grater au
mesme endroit où il a esté
graté, & souventmesme
de l'avertir d'un endroit
qui luy demange aussi
> ôc
c'est alors qu'il est vray de
dire (qu'un Cheval grate
un autre Cheval, ) ces animaux
se prellant alors un
secours mutuel, dont chacun
a bes•oin, & dans l'en. k droic
droit qu'il souhaine. Qui
est-ce qui n'a pas veu les
Chiens d'un logis, & mesme
d'une rue, courir à la
deffense d'un de leurs camarades
attaque par quelqu'autre?
Qui ne sçait pas
la complaisance & les égards
qu'un animal a pour
un autre de mesme espece
plus jeune, ou plus foible
que luy
, & celle que les
masles en general ont pour
toutes les femelles? Qui
est:ce qui n'a pas remarque
le soin que les Chats
ont de cacher leur ordure,
ôc de nettoyer leur toison ?
Les oiseaux ont le mesme
foin de nettoyer les nids de
leurs petits, & les fourmis
leurs fourmillieresOnsçait
assez que les animaux corrigent
leurs perirs,-& quemesme
cespetits ont pour
létor^merèstoute'sa fbumissionpossible,
mais peutestre
tout le rriendenè sçait
f>rs queles Fôùrrftfa àidenif
courêS en : tbminun 'ccllè&:.
quiviennent s'estabmordans
fëurvôisinàge^Icdnftrmfé
fài/tfelji^iltiere*, qu'elfes
tfeÂir1 ^rêft?entdateur'graiiï
pendant ce temps-là, &
que celles-cy le leur rendent
fidellement
,
quand
leurestablissement est fini.
Que les Fourmis exercent
en rigoureux supplice contre
les Fourmis larronnefses
ou paresseuses, en les
déchirant à quatre. Mais
on ne finiroit jamais, si l'on
vouloit ra pporter toutes les
singularitez morales qu'on
remarque dans la conduite
des animaux;& peut-estre
arriveroit- on à s'asseurer
un repos & un bonheur
parfait dés cette vie, si on
estoit allez prudent pour
en bien profiter.
Qui pourra penser aprés
cela que les belles soient
de pures Machines, toutes
matérielles, meuës feule-
X ment par des loix du mouvement
générales & estoignées
J
dépendemment
d'une organisation de parties.
Il vaudroit autant faire
tout d'un cou p de la raison
& de la prudence hu-,
maine une espece de Ma-,
chine, necessitée aussipar
les mesmes loix, & par consequent
aveugle & sans li.
berté; mais dans quel excez
d'aveuglement faudroit-
il tomber pour imaginer
une telle chimere;
& quand mesme uneraison
dérangée pourroit y consentir,
nostre sentiment intérieur
ladementiroittousjours.
10. Que penser donc
maintenant sur la nature
du principe qui meut les
bestes, voyant qu'il est
pourveu de tant de belles
& bonnes qualirez ; qu'il
cft si judicieux, si vigilant,
si prudent, & si reglé dans
toutes ses opérations; tandis
que nostre amé au contraire
est sujette à tant
d'imperëfdibns&devices;
à T-éVréur5 à linjtTftice; à
l'ingràtitude, à l'infidélité,
àl'oisivetéà l'inhumanité,
à: l'impicte,a I'hypocrifie&
au dereglementdes moeurs.
Mais cette différence est
encore peu de chose, (s'il
rit permis de le dire) en
comparaison de cettequi
setire de la sagacité des
bestes à executer leursou.
vrages sans aucune estude,
&mesme sans aucun inftrument
étranger; tandis
que nos ouvriers font au
contraire obligez de faire
dé longs apprentissages,
d'où souvent ils sortent encore
fort ignorants, quelquefois
mesme font-ils
tout-à-fair incapables dé
rien apprendre. Nos Architectes
( par exemple) ne
sçatiroient bastirsansavoir
âppris avec bien du temps
&des peines les réglés dé
la Geornerrie& de l'Archirecture.
Cependant les Gac.
tors duCanada font des
digues&desappartements
pourse loger, conformes
à la droite architeaure sans
avoirappris aucunes réglés.;
Les Taons font de
mesme leurs voûtes sans le.
secours d'aucuns precepres,
que de leur bon genie. En
un mot les animaux construisent
leurs ouvrages de
la maniere qu! est tousjours
la plus parfaite en
chaque espece, comme
nous l'avons fait voir par
l'examen des raïons des Abeilles;
dans le mémoire
cite cy- devant, article l.
J'avoue qu'en cela mesme
me les bestes paroissent
bornées dans leurs operations;
elles ne sçavent point
varier leurs ouvrages en
uneinfinité de manieres.
comme l'homme, elles
sont, pour ainsi dire, asservies
à leur sujet ;au lieu que
l'homme travailleen maistre
dans ce qu'il possede.
Outre qu'il rassemble, pour
ainsi dire, éminemment en
luy toutes les inventions
dont les différents animaux
sont capables;& quoyqu'ii
n'y parvienne qu'à force
de travail&de temps,cela
ne laisse pas de prouver
parfaitement la fecondité
de son genie. Mais cette
secondité ne suffit pas pour
luy donner la Préférence
du codé de la perfection;
d'autant plus que les bestes
sont aussi capables par leur
docilité, d'apprendre une
infinité dechosestrès singuliere,
outre celles qu'elles
tiennent de leur inClinét
naturel. Ensorte que si les
bestes pouvoient le communiquer
leurs idées comme
les hommes font entre
eux, & si elles avoient des
mains, & des instruments
propres à tout executer
comme nous, peut-estre
auroient-elles aussi chez elles
des arts beaucoup plus
parfairs que lesnostres.J'ay
veu il y a environ dix ans
à la foire de saint Germain
un animal appelle Fecan,
assez semblable à un Renard
,
excepté qu'il a les
pattes d'un Singe, il se fervoit
de celles de devant
avec une adresse surprenante.
Au contraire les animaux
les plus stupides ont
les pieds ordinairement les
moins divitez. Il y a plusieurs
animaux qui ont la
partie de l'oreille appellée
le labyrinthe, semblable à
celle de l'homme, comme
les Chiens
J
les Chevaux,
les Elephans, les oiseaux
,
&c. lesquels sont tres- sensïbles
à la musique;ôc ceux
au contraire qui en font
privez y sont tout-a-fait in.
sensibles, furquoy l'on peut
voir nostre discours de l'oreille
imprimé en 1711.
dans le Mercure de Février,
d'où l'on pourroit inferer,
que si les bestes paroissent
si bornées, c'est du moins
en partie, parce que les instruments
leur manquent.
Mais du costé de la perfection
il ne faut qu'examiner
leurs ouvrages avec exactitude
, pour voir qu'elles
remportent de bien loin
sur nous. Si l'on se donne
la peine, par exemple,de
considerer la figure du
fond des cellules des Abeil.
les, & de quelle maniere
cescellules sontassemble'es
&oppocées les unes aux autres,
on fera forcé d'avouer
que l'intelligence qui les
conduit,est naturellement
pourveuë des connoissances
de la Géométrie,& de
l'Architeâure, & que pour
donner la mesure la plus
parfaite aux angles plans
ôc solides qui s'y rencontrent,
il faut qu'ellesçache
non seulementle calcu l des
triangles, mais mesme l'Algebre
; qu'elle possede les
proprietez de la sphere, &
des polyedres in scrits ôc
circonscrits; & en un mot
tout ce que nos plus habiles
Architectes ne sçavent
que fort mediocrement;
puisque ces cellules admirables
renferment toute la
perfeaion quecessciences
demandent,tant pour avoir
de la solidité & de la régularité
, que pour s'assembler
les unes avec les autres,&
pour s'y loger commodément
& seurement j ôc je
ne douté nullement que si
l'on faisoit un examen pareil
à celuy-cy des ouvrages
des Castors, des Taons ôc
des autres animaux archicettes)
on y trouveroit la
mesme perfection que dans
les raïons desAbeilles.
11. Nous voicy donc forcez
par nostre propre experience
d'avouer que l'intelligence
qui guide les animaux,
de quelque nature
qu'elle foit, est infiniment
plus parfaite en son essence
, que l'esprit de l'homme.
Maisenmesmetemps
quelle honte n'est
- ce pas
pour nous, si nous faisons
cet aveu en faveur de créatures,
que nous traittons de
stupides, & pour lesquelles
nous avons le dernier mépris-
N'est-ce pas la nous
précipiter nous-mesmes de
ce throne de gloire ou nous
nous estions placez au def-
-
fus detoutce quirespire?
- Quel parti prendré dans
une telle conjoncture,ne
pouvant ny osterla raison
aux belles pour en faire de
pures Machines, sans tomber
dans un ridicule intolérable
; ny leur donner un
principe spirituel sans estre
obligezd'abbaisser nostre
amour proprejusquà consentir
de le faire infiniment
plus parfait que nostre
ame.
Je ne voy plus d'autre
parti que de reconnoistre
dans tous ces effets singuliers,
oùla raison & le jugement
reluisent, le doigt
de l'Autheur de la nature,
( vereeniimdigitus Dei hi,cess )
ôc d'avouer que c'est sa
main qui se fert alors librement
des bestes, comme
d'un instrument sensible
pour se faire admirer, 0&
pour nous enseigner les leçons
de sa sagesse & de sa
justice. Voilàcetteintelligence
toujours libre, & infiniment
estevée au dessus
dela nostre, qui n'a besoin
ny de regles,ny d'apprentissage,
ny d'instruments,
pour operer tous ses miracles;
qui est toute en toutes
ses créatures,& toute en
chacune, sans leur estre aucunement
asservie,,& sans
estre déterminée par leurs
organizations presentes,
comme les Carthesiens le
prétendent, puisque c'est
elle au contraire qui en
produit librement tous les
mouven ens judicieux,selon
les differentes conjonétures
où elles se trouvent; le
tout uniquement pour leur
conservation
, pour nostre
utilité, 6c pour sa gloire.
Et si elle ne tire pas de chaque
sujettout ce qu'elle
pourroiten tirer, c'est quelle
a voulu manifester sa
secondité, en multipliant
& variant ses sujets indefiniment,
afin d'exciter davantage
nostre admiration,
&de lareveiller continuellement
; au lieu qu'elle languiroit
bien tost, si nous
trouvions les mesmes operations
dans coures les bestes.
Par ce moyen toutes
les difficultez sont levées;
nous nous délivrons du ridicule,
de vouloir tirer une
raison ( & une raison tressuperieure
à la nostre ) d'une
Machine purement materielle;
& ceux à quila propre
conscience de leur libertédans
les operations
intellectuelles,nefuflitpas
pour les sauver de la terreur
panique de devenir aussi de
pures Machines,files bestes
estoient telles, font entièrement
rasseurez. Nous
ne nous dégradons point
de nostre estat,en nous mettant
au dessous de l'intelli*
gence qui meut les bestes;
puisque nous y reconnoissons
l'Auteur de la nature,
qui se dévoile, pour ainsi
dire, librement & de luymesme
à nos yeux; nous
confondons aussi l'endurcissement
des Athées, en
adorant sa providence, &
nous trouvons un moyen
facile pour expliquer tout
ce qui paroist de plusmerveilleux
dans les actions
des bestes, sans qu'il nous
en couste aucun travail, ny
aucune estude.
12. Je ne prérends pas
cependant par là osteraux
belles une espece d'ame
materielle
,
qui préside à
leurs operations vitales, &
qui soit mesme susceptible
desentiments,&de perceptions,
de plaisir,de douleur,
de joye,de tristesse,de colere,
d'amour,decrainte, de
haine, de jalousie,&de toutes
les autres passionsqu'on
remarque dans les bestes;
même encore si on le veut,
d'imagination, de memoire&
d'action,parce que ces
operations sont encore infiniment
esloignées de la raison.
Je soustiens au contraire
que toutes ces passions
ou actions se passent
uniquement dans les esprits
animaux,qui sont contenus
dans leur cerveau, ans leurs nerfs, & dans
leurs membranes. Car il
suffit pour cela que ces cCprits
coulent continuellement
dans le sang, dans les
autres humeurs, & dans
toutes les parties de leur
corps; & que de plus ils
soient capables de recevoir
les impressions des objets
extérieurs par les sens, d'en
conserver
conserver les motions ou
images, & que ces images
ayenc communication les
unes avec les autres, pour
produire toutes les actions
destituées de jugement ôc
de raison
, ce que je n'ay
pas entrepris d'expliquer
icy en détail. Je dis seulement
icy que ces esprits
animaux sont la feule ame
matérielle
,
sensitive & animale,
Ôc la forme substantielle
des bestes, dont l'Autheur
de la nature se sert librement
pour produire
tout ce qui est au dessus de
la nature, je veux dire ce
qui tient de la raison & du
jugementsans qu'il soitnecessaire
de leur donner encoreune
ame spirituelle,qui
compare ces images formées
dans les esprits,qui
conçoive des idées & des
partions à leuroccasionqui
reflechissesur elle
-
mesme,
& sursesoperations,qui soit
capabledese déterminer la
première,&quisoitsusceptible
de rtgles.)ou de connoissances
universelles &
âb'ftriiittcs,comme la nostre,&
cela par lesraisons
que nous avons rapportées.
Il est évident que nous
ostons par là toute connoissance
aux bestes, pour leur
laisser feulement la vie, la
perception, & le mouvement
, comme font les CarteGens;
parce que cela
suffit pour leurs opérations
naturelles & vitales; &
qu'à l'égard des autres ope- A rations, cette âme materielle
,
sensitive & animale
, cette forme substantielle
n'enest que l'organe
& l'instrument
,
qui bien
loin de déterminer l'Auteur
de la nature à agir d'ue maniere
machinale&fcrvile,
comme le prétendent ces
Messieurs,est au contraire
déterminée par ce mesme
Auteur àsuivre ses impressions,
& à produire les actions
dont la matière est incapable
par elle.'-mefnJc.
Ainsi nous devons bien distinguer
deux especes d'operations
de Dieu dans les
bestes; la premiere qui est
leur vie est generale& éloignée
,
elle est déterminée
par les loix qu'il a establies
en formant le monde&a
parconsequent une connexion
necessaire avec tous
les autres mouvemens qui
s'y font; on peut l'appeller
à cause de cela naturelle &
necessaire; la secon de au
contraire estlibre & comme
surnaturelle,elle ne dépend
au plus que des conjonctures
presentes, & nullement
des organes ou des
loix gencrales. La première
est ce qu'on entend par
le simple concours de Dieu;
la feconde est l'effet d'une
Providence qui ne differe
du miracle, qu'en ce
qu'il ne produit aucun dé..
rangement sensible dans la
nature, &qu'il ne manque
jamais de se faire dans IC4
mesmescirconstances, parce
que Dieu est toujours le,
mesme;c'est si l'on veut un*
miracle naturel & ordinaire>
qui n'est méconnu ôc
ignoré
, que parce qu'il est
tousjours present aux yeux
detous les hommes.
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Résumé : Suite de la Dissertation Philosophique sur l'ame des bestes.
Le texte explore les comportements remarquables et les capacités des animaux, illustrant leur intelligence et leur organisation sociale. Les castors, par exemple, construisent des digues et des logements en abattant des arbres et en travaillant en société organisée. Ils prennent soin de leurs malades et punissent les fainéants. Les animaux cherchent également des remèdes pour leurs maladies, comme les chiens qui mangent du chiendent pour vomir. Les araignées construisent des sacs pour leurs œufs, les loriots suspendent leurs nids pour protéger leurs petits, et les hiboux cassent les pattes des souris pour les conserver. Les pigeons voyageurs sont capables de retrouver leur domicile après avoir été transportés sur de longues distances. Les fourmis et les abeilles démontrent une organisation sociale complexe, avec des rôles spécifiques pour chaque membre de la colonie. Le texte souligne la fidélité et la soumission des chiens envers leurs maîtres, illustrées par des exemples de chiens revenant chez eux malgré les obstacles. Les animaux montrent également des comportements admirables dans l'éducation de leurs petits, comme les chats qui cachent leur ordure et nettoient leur toison, et les oiseaux et les fourmis qui entretiennent leurs nids et fourmilières. Les animaux corrigent leurs petits et leur montrent de la soumission. Les fourmis, par exemple, aident celles qui déménagent et punissent les paresseuses. Le texte insiste sur le fait que les animaux ne sont pas de simples machines, mais possèdent des qualités morales et une intelligence remarquable. Ils construisent des ouvrages parfaits sans étude ni instruments, comme les castors et les taons. Les abeilles, par exemple, construisent des cellules géométriquement parfaites, démontrant une connaissance avancée de la géométrie et de l'architecture. Le texte conclut que l'intelligence qui guide les animaux est supérieure à celle des humains, qui sont sujets à des imperfections morales. Il propose que cette intelligence est l'œuvre de l'Auteur de la nature, qui se manifeste librement à travers les animaux. Enfin, il reconnaît que les animaux possèdent une âme matérielle capable de sentiments et de perceptions, mais sans raison ni jugement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 169-238
Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Début :
Au reste, Messieurs, quoique j'aye donné mon consentement à [...]
Mots clefs :
Madame Dacier, Auteur, Éloquence, Anciens, Modernes, Anciens et Modernes, Ouvrages, Antiquité, Homère, Poètes, Héros, Grecs, Belles-lettres, Esprit, Goût, Corruption du goût, Quintilien, Éducation, Opéra, Éducation, Public, Dialogue, Perfection, Amour
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texteReconnaissance textuelle : Critique modeste du Livre de Madame Dacier, qui a pour Titre, des Causes de la Corruption du goust. [titre d'après la table]
Aureste,Meilleursquoique
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
j'aye donné mon consentementàl'Ouvrage
que vous
allez lire, quoi-que je l'aye
signé & paraphé, ne varietur,
& quoi-qu'en un mot il ne
tienne qu'à moi de me donner
des airs de sçavant à tort
6e à travers,& quand bon me
semble, gardez-vous bien de
faire à l'Auteur anonyme de
cette dissertation, lechagrin
de mecroirecapabled'unaut
si bon raisonnement. Je l'approuve,
& je pense comme
lui sur la matiere qu'il a traité.
Voila mon sentiment, lifez
donc cette piece, sans prévention,
si VOJS pouvez, Se
jeferai bien étonné, si vous
he pensez comme nous. Sinon
,àvous permis d'en penser
ôc d'en dire ce qui vous
plaira.
Memoires Littéraires, & CrU
qtiesP&c.
Sur la fin du dernier siecle
il s'alluma une querelle vive
dansla republique des Lettres.
Il estoitquestion de regler
un Cérémonial entre les
grandshommes de l'anna:ité,&
nosmaîtresmodernes
DeuxAcademiciens françois
dont l'un estoitencausepour
Jes Anciens,d'autre pour les
Modernes, aprés avoirconstesté
long-tems, avec grandevivacité,
pournerien dire
de plusn,se separerent enfin
au grand scandale du pufb1icy
£ànsr.avoirreg1éaucun
article. -->//
Cettequerelle serenouvelle
aujourdhuy entreMadame
Dacier & Monsieur dela
Motte.Il nes'agitneanmoins
encore,quedefixer les honmeursdûs
à Homere : Mais
ce qui fera décidé enfaveur
du plus grand desPoëte&
du plus reculé de nous, fcivira
de regle pour nossucres
ayeuls..<i
t i' l'..,.
1
Faits quieftabhfjent l'eflat de
- ', laqueflion.
: Il ya quelquesannées que
M. de la Motte conçut le desfein
de sauver la Nation du
reproche de n'avoir pu enfanter
un poëme digne d'estime.
Dans cette vûë il examina
la celebre Illiade d'Homere
:aprés un exact examen,
ilcrut sentir que le pere des
Pôëtesn'avoit donné qu'une
ébauche grossiere de son art. il reconnut àlavérité dans
cePoëme tant célébré
,
loue
ce qu'on peut exiger d'ungenie
rare& d'une imaginationriche,
à qui le secours
desregles &desbxémplîes^
manqué;mais il y sentit bien
des défauts qu'une plus grande
connoissance de l'art a sale
éviter àVirgile; &depuis à
quelques autres, que je ne
nommepasde peurdescan.
,dle.:tJ.r.,'rlc: Le sujetdel'Illiade, je veux
dire, le; fonds historique jdii
Poëmelui parut grand &.d«-
gne d'interesser.Paris.filsds
P,riamen*lew Helene èpoufc de
Menelas: Tous lesRoysdela
Grece seliguenten faveur ds
toffenfe,g/paffentJes Mers±
pour détruire un flçrifavt
t
ErfJt. pire!Voila.ungrandobjet
pour la curiosité. Cette guer
re est abondanteen grands
évenemens:lesDieuxsemeitent
de lapartie ttes unsse
declarent en faveur desGrecs.
les autresfavorisent lesTroyens
:
Quelle source demer,. veilleux!
- ïl est vray queles Dieux
n'agissentpas avec - dignité
Jns l'Iliade,& que leur puissance
y est exactementlimitée:
Mais si Homereavoit eq
une idée plusraisonnablede
sesDieux,il n'auroit pu en fii"Çyfff amusantôc
si varié dans son Ouvrage :
Supposé, par exemple, que
Jupiter eut esié le souverain
arbitre des destinées, Sarpedon
son fils n'auroit pu torn*-
ber fous les coups de Patron
cle, si les Dieux inférieurs
avoient esté parfaitementsubordonnez
à Jupiter: On ne
les eût pas vû divisez entre
les deux armées. La feule saveur
de Jupiter auroit acquis
tout le Ciel à un seul parti:
alors qu'auroit on pû esperer
pour l'autre? Les Dieux
de l'Iliade,tout méprisables
qu'ils sont EU WJI'I'IWCI'IWÔ ,
ne laissent pas d'estre
, par
leur petitessemême,plus propres
à jetter dans le Poëme
le genre de merveilleux que
nous amenons quelquefois
dans les nostres par le ministere
des enchanteurs,&.des
Fées.
Mais sila petitesse desDieux:
amene le merveilleux dans
l'Iliade, la grossiere rusticité
des Heros acteurs n'y amene
rien qui demande gracepour
elle. On ne doit pas
néanmoins faire un crimeà
Homere de n'avoir pas imaginé
des caracteres plus dignes
d'admiration, Il a peint
piftoriquement les Moeurs
baffes & grossieres de son
tems, & n'ayant aucune idée
decette politesse & de cette
veritable grandeur reservées
aux sieclessuivants, il seroit
injuste de ne lui pas faire grace
sur cela.
2
Il sembla donc à M. de la.
Motte qu'on pouvoit faire
de l'Iliaded'Homereun poë
me agreable dans nôtre lani.
gue,non pas en traduifanc
servilement, comme tant de
gens l'ont tenté, à la honte
deleurgoût, mais en corrigeantle
tissu de l'Hiiloire,
en supprimant certains traits
qui revoltent nos moeurs ou
quiblessent la vrai-semblance,
en avilissant un peu moins
les Dieux auteurs, qui neanmoins
ne peuvent,pour le
IQle qu'ils doivent jouer,estreélevez
jusqu'à leur verieqçn
pçqla^udefjTe&'larailicité,
peularedesse&
foppfiw^tipîpfiG^^repcisz,8oç^ peula,
o
des j en. un mot M. de la Mot-j
te seproposa, non de tradui- rHa,fgtu,lemen> c'sfti&w4$pren-î
dred sonouvragecequilui
sembloit bon,de cotri@erpli
supprimer e qu'il, j^geoif
dsfecueux&é féprehenfiQle
f .Dans,.cetespritilconippt
sa l'Jliade franoife.P9#.m
.hftribuéen :dqU¡é, Livresi
Ame&rje que cet Ouvrage
croissoit l'auteurle reckoitf
aux Assembléèspublicjùés-daf
l'Accademie, & l'onnêdciitt
pas craindre d'être démanti i
endisantqu'ilfuttoûjôurs
reçû du public avec accuei
avec acclamation enfinl'ouvrageachevé
5
M. de la Mot
técrût devoircompterau pu*
blicdes raisons pour lesquelles
il s'étoit tant écarté du
poëme original.Ilfit une
dHfertatÎotfk{url'lliadedHo
mere, il y rend hommage à
ce vieuxPoëte commeau plus
haut genie que lanature ait
peut-être enfanté,il declare
qu'àjuger de lui par le poër
mequ'ilahasardéavantque
JArG,suc( né,il seepersuade
que , dans quelque siecle oi*
Ú {teft«i&ei!oacplaçé rilHaur
roit_touj;oursét£le premier
Poëte dé ce siecle, & que
naissant dans un tems où les
reglesdel'Art auroient été
dévelopées,oules moeurs atiroientéteciviliséesou
l'on
auroic mieux connu la vertu
&. levericable heroisme,il auroit
fait un poëmeaccompli.
Ilfait l'enumeration des talents
naturels dont il voit les
fruits dans l'Ouvrage ; Mais
commetout Oev^agpihp.
main pàïcesoft ëâri&4reic
^ecéîefoûaiiÉeufpatqirôi^ûë
tléfaUtr)&qedÜUeuèil est
iïtïpôSi~lc~onm~nte~&
qu'onperfectionneuncoup
UnArtquidemandetant de
vûes i tant de lumieres ,tant
ifneditarions,!Nfcde;la
Mottenes'est pas crû enpe- rildepasserpouruninsensé
en dénonçant au public les
fautes grossieres qu'il a senîies
dans l'Iliade,fautes qu'il
n'allegue point en reproche
contre Homere
,
qui ne
nous devoit pas un prodige,
mais qu'il convientdéreprocher
à ces sçavans sans lu*.
rmeierce,qouni nne loes gîatvreent.pas
,.. D'abordquel'Ouvrage fut
public,le peupleConifaetitateur
interesse à mainrenir
le culte d'Homere dans torte
sa pureté
, s'émûtà la vue
des profanations sacrileges
de M. de la Motte, ils crurentqu'il
étoitimportant de
s'elever avec vigueur contre
cecriminel attentat,afin que
la crainte servît defrain dans
la fuite aux infideles.
Ils commencèrent donc
par qualifier le coupable
comme leurs Statuts le prescrivent,
c'est un homme sans
lumiere & sans goût, il nous
a bien trompé, nous lui trouvions
du talent&du genie,
il faut que la tête lu ait tourné,
c'efl: dommage? On endoctrinoit
le public, on combattait
vigoureusement l'adversaire
abfen t; la differtation
sur Homere, Messieurs,
est un poradoxe perpetuelle
poëme François, un Ouvrage
miserable & pire que leClo-
Vis,*&comment grandDieu 1
-
pouroit
*Puéme de Saint Sorlin.
pouroit-il naîtrequelquechose
depassablede lapaitd'uii
homme qui a assezpeu dç
goût pour trouver des dessauts
dans le divin Horoere.
Avec ces graves décisions ,
nos: confederez se faisoient
des échos de tous les cotez,
la plupartdes gens du,monde
ne sont pas fâchez d'entendre
condamner un Ouvrage
nouveau qu'ils se
croyent obligez de lire; c'est
une espece de dette dont on
acquitte leur parene.
Mais comment les confederez
pouront ils corrompre
le jugement des poëtes j
peupleindocileaujoug de
l'autorité V Ce que ne peut
furieuxl'autorité ;31a bassejalousieleva
faire. Ils souscrirontàr\
la,. condamnation du
poëme, en donnant des Eloges
hypocritesà la dissertatiort,
M.- de laMotte s'est
ouvert tant de chemins à la
réputation, il a excellé dans
tant de genres au grand préjudicéde
ces Messieurs,qu'il
doit leur pardonner cette legere
vengeance. L'affaire neanmoins devientserieuse
les poëtes,les
Juges de l'Art liguez avec
Je peuple Commentateur
entraînentla multitude, qui
oseras'opposer à ce torrent > lui Gfera-,* tout homme
d'honneur, qui, libre deprévention
& de vil interêt,aurà
senti que notre siecle n'a donné
aucun Ouvrage,où il
éclate plus de génie ,
plus de
conduite, plus de magnificence
poëtique,que dans Jeic
scandaleux poëme. Il en est,
chez les gens de lettres, de
ces hommes que je viens de
définir, j'en connoismême
entre les poëtes, quiont la
generosité de rendre justice
à M. de la Motte, au peril de
l'Epigramme & de la Satyre.
Les Journalistes de Paris,
ceux de Trevoux, & ceux
d'Hollande,enfin tous les
Tribunaux érigez, si j'ose le
dire, pour juger les Ouvrages
, ont donné de grands
éloges à celuy-ci. Les extraits
faits dans ces Journaux ont
fait lire l'Ouvrage, à tel qui lecondamnoit sur la foi d'autruy.
L'heresie faisoittous les
jours de nouveaux progrés :
Les confederez sentirentenfinla
necessité de tenter une
:ritique , ou l'onessaya de
demontrer la fausseté des
nouveaux dogmes.
Madame Dacier qui tient
ans contredit le premier
ang entre les Commentaleurs,
entreprit cette glorieux
efutation : Et elle s'est monrée
cette refutation, à la
grande joye de tout le parti,
e premier de ce mois.
En voicy le titre:
Des Cdufs de la corruption du
gouss ,par Madame Dacier.
E'ay(oic'yeledçffein; ÇfefïAuteur qui parle,
^efperefaireVoir d'une majniere
trcs-fible& tres-intel.
ligtble, que tout le difeours de M.
if la Motte) rouleJur de faux
principes: Que la critique des
passages dHomere quil a raeporteZ,
cftfrivole,& qu'il régnépar
tout un certaineyfrittrès
capable de nuire aux belles lettres
& à la Poësie.Apres a-
Voir examine le difeours>feutrcra;/
dans l'examen du Poeme.
fcwflamfor(kwwftç*qm
M.wMf)t.l 4$Mfg4metH
malheureux dans\cequ'il4. ref
tranché,dam et qtiii.a ajoutér
st) dans ce qu'ila changé9(§fc
ép4?Ja^çeJtê?Jtfieffatoz% si
frojaique3 qu'endemontaptJif
Vers yon riy trouvera pas la
tnoindreexpressiondtPoete, ttJ.
qu'on nefournoity fybflmer dg
prose plus familiere st)plus com~
muneMaispournepasfuir
re de cet Ouvrage un deces Outyrages
purement polémiquesyf$
que le hais, parce qu'ils me pafoijpnt
pluspropres à réjouir
quàwflmre tâcherai devif
tirer de cette- Vojye commune de
diffut;'&de fair&unetfpece
detraité quifera une recherche
descauses de la corruption du giujî j "ln.. '- \: "C'I.
>
MadameDaciernouspromet
beaucoup. Voyons commentelle
acquittera ses engagement.
Commençons par
son traité descauses de la
corruption du goût quin'occupe
que trois feuilletsd'un
livre de plus de six cent page
Nous examinerons ensuite
l'Ouvrage même, & nous jugéronsdes
coups qu'il porte
à M. de la MQtte.-- <
Mad1a- j
-
Madame Dacier nous a
donné autrefois une magnifiquedefiniton
du Goust
dans une Préface sur Ariftophane.
Elle n'estoit pas là
trop en place; mais elle auroit
eû , ce me semble, fort
bonne grace à la tête de son
petit Traité de la décadence
dugoût. On en va juger: la
voicy :
Tout le mondeparle dégoût,
&je n'ay encoretrouvéperjonne
qui l'ait bien défini les traite
quefen ay njûyneJont que des
idées confuses où il n'y a nijuflefjè
ni raiJon,Qjparconfèquentpoint.
de verité; fejpere que j'auray
este plus heureuse dans la recberch
e que *'en a 1
cherche j'enajfaite (t) que
la definition quefenVais donner,
contentera tous ceuxqui Voudront
Je donner lapeined'approfondir
ma pensee.
Le goût est une harmonie, un
accord de l'esprit&de la raison:
en en aplus ou moins ,Je/on que
cette harmonie efiplus ou moins
juste
y
cela étant, tous les objets
exterieurs quisepresentent à IL
maginationyjfontynonfeulement
une image,maisyrendent aussi
une efyece de soni Cartoutparle
à tefprit,sil'harmonie exterieure
Je trouve d'accordavec cette har:
monie intérieure : l'imagination
reçoit & approuve d'abord cet
objet, qu'elle ne manque jamais
de rejetter quand le contraire arrive.
Car comme l'harmonieM
l'accord eflla cause de l'amour
que ton a pour certains objets,
par la raijon des contraires; la
dissonance est certainement la
cause de la haineicettedissonance
Vient apurement ou de l'objet ou
de feJPrit qui juge, ou bienjou-
Vent de tous les deux; quand elle
Vient de l'objet, & que notre
esPrit a cette harmonieparfaite,
-dont je viens de parler; il estimpossible
que nous approuvions
l'objetqu'on nous presente
)
il
nous parditra toujoursdefectueux
quand la difonance vient
de nôtre esprit qui juge, alors les
meilleures cbojes nous paroiffint
mau-vasses, mais au lieu de nous
dccujernousmêmes, nous accusons
toujoursfobjet, parce que
comme nôtre esprit efl accoutume
à cette difJànance, il nesçauroit
de lui-même la remarquer ;
enfin quand elle efl dans l'un {$)
dans l'autre,&dans l'esprit&
dans l'objet, de là vient que les
plusmauvaises chosèspassentfort
fouVentpourbonnesy parce quellesfont
en proportion de di/Janance
avec le[prit.par ce moyen
on trouvera facilement la raifony
fourquoy un Ouvrage mediocre
trouve fort peu de censeurs, &
qiïun Ouvrage excellent ne pt«reout-ivtneombre.Sil'onvouqlouierpnofurft- petêtnombre.Sil'on
fer cette matiere à bout, ftj
tournermadéfinition entousfens,
jefinsperjuadéeqiïon auroit
l'explication des cbojes quiparoif
Jent les plus difficiles & lesplus
biZdres.
Il sieroit bien
, ce me semble,
au grand Aristote,d'être
l'Auteur de cette définition
tant elle est claire & inge**
nieufe, elle ne cede en rien
assurement à celle que ce
Prince des Philosophes a
donnée du rire immodérée
Madame Dacier la cite avec
élogedans saPréfacesur Terence
:Voicy ses termes.
Ce rirequHomereappelle mextinguible,
c"eft-a-dire,iull, nefinit
point,nest pas le lut de l&
-Comedie,(tJje [fay bon gré à
Aristote de l'avoir defini, une
difformitésans douleur qui corrompt
unepartiede lyhommefans
luyfaire aucun mal. C*esi pourfjuoy,
continuëc-elle~f/
condamne cerire immodéré,&
blâme fort Homere d'avoir t1t:'!.
tribué aux Dieux une passion
qui ricfi pas mêmepardonnable,
aux hommes. Cela est assurementadmirable,
mais revenons
augout, & voyons d'abord
commenton prouve
qu'il eu aujourd'huy corrompu.
Le bon gOllt, dit-on, qu'on*
ûnjm eu tant de peine à ftr
mer, est retombé danssa première
barbarie. Cette proposition
n'a pasbesoin de preuve
selon Madame Dacier,
c'est une véritéévidente,
c'est un fait denotoriété-,le
mal estconstant,il n'est plus
question que d'en demesler
les causes & de procéder à la
guerison. Passons lui sa proposition
,
puis qu'elle est si
évidemment vraye, mais
si le goût est retombé dans sa.
premiere barbarie; comment
s'est-il pu faire, comme Madame
Dacier le suppose,que
l'éloquence du barreau, &
celle de la chaire, quenôtre
poësie même, se soient garentiesdelacontagion;
changeons
l'ordre des propositions&
disons, si l'éloquent
ce &la poësie françoises sont
arrivées de nos jours au point
de pouvoir lutter contre les
travaux de l'antiquité, comment
peut - on dire que le
goût François soit tombé
dans la barbarie?Mais afin
qu'on ne m'accuse pas d'en
imposer
,
il est bon qu'on
voye comment Madame Daciers'explique.
j Véloquence de la chaire &
celle du barreau;) se font fau-
'Vez decette fejleJicontagieux
se. A quelle haut degré de perfèÛion
celle de U chaireti4
Uelle pas esiéportée de nos jours?
Où trouVe-t'on dans les anciens,
plus de Vehemence, plus
de passion
,
plus de force, plus
d'élévation d'efyrit3 des Images
plus Vives &plus magnifiques des , Figuresplusnobles}gr une
compositionplusmajeflueufe ?
ttJ quant à celle du barreau
pour ne pasparler de ces grands
personnages que nous avons perdus)&
qui ont acquis unegloire
immortelle par leur éloquence,
n'en Voyons -nous pas aujourd'huy
fr le .t dans le Parquet,
quAthènes (7 Rome auroient
conipte'Z autrefois parmi leurs
dusgrand Orateurs?Que dis-je
xotre éloquence,notrepoejîe mène
nes'elf- elle pas garantie
tussi de cette contagion
> &
less-elle pas devenue la rivale
le la poëjie des Grecs, entre,
es mains des grands poetes qui
Int bonnorè ledernier siecles
Dequoy donc se plaint
MadameDacier :l'éloquent
ce est actuellement au plus
iauc degré de perfection,où
elle se foit jamais élevée en
France ; lapoësie du dernier
Siecleestarrivée à son plus
haut point, Quand il seroit
vray ,
commeelle lesuppose
ensuite, que les poëtes qui
travaillentactuellement deshonoreroient
leurart, on ne
pourroit en rien conclure
contre le goût du public, à
qui l'on ne peut pas reprocher
de leur faire trop d'ae"
cueil. Ces grands Poëtes du
sïecle dernier,les Corneilles,
les Racines, les Molieres
vivent encore pour luy sur
nos Theatres?
Mais un peu de bonne foi.
Pourquoy Madame Dacier
ne dit - elle pas bonnemenc
son veritable grief: Relevons-
la du tort quesa mode-
[tie fait à sa cause.La preu-
Je, que le goût du Public eO:
âté, se tire des jugements
qu'il a porté destraductions
admirables qui lui ont esté
données des meilleurs Ouvrages
de l'antiquité. On lui
1 mis recemment fous les
eux le Poëme miraculeux
du divin Homere,avec des
notes qu'ilavertissentauxenendroits
qu'il doit le plus admira:
On luiavoitdonné cidevant
une Traduction des
Comedies admirables d'Ariftophanes,
avec des remarques
sur les endroits oùil est
du devoir de rire.
Qu'est-il arrivé? le public
indocile & brouillon a ri souvent
sur les endroits admirables
d'Homere, & arefusé
le devoir au grand Comique
d'Aristophanes : En
voilà assez pour devoir convenir
que noussommes tombez
dans la plus grossiere barbarie-
Ne chicannons donc
plus sur cette question de
fait. Examinons seulement
avec Madame Dacier lescauses
de nôtre infortune,
t» Lairc cause que Madame
Dacier allégué de la corruption
du goût, c'est le peu de
cas que l'on fait des anciens
auteurs. C'est, dit-elle
,
l'éltude
des Grecs&des Latins qui
nous a tirez de la grossiereté où
nous estions, st) nous allons Voir
que c'est l'ignorance&lemépris
decette même étude qui nous J.
replongent. : ?
: Jeconviens d'abord avec
Madame Dacier que sans les
Grecs & les Latins qui nous
ont autrefois mis sur les traces
des sciences&des Arts:
il nous eue salu une longue
fuite de siecles, pour acquérir
par nous - mêmes & inventer
ce qu'ils avoient inventez
par degrez durant une
longue suite de siecles :
Ils nous auroient donc fort
abregé le chemin du beau &
du parfait dans tous les genres
,
n'eussent
- ils fait que
nous en ouvrir les premieres
voyes : mais de ce que nous
sommes autrefois sortis de
la grossieretéparl'étudeassidu
des Grecs & des Latins,
il ne s'enfuit pas qu'un étude
deaussiassidudeces Auteurs
nous foit aujourd'huy nececfairepour
nous empêcher d'y
retomber. Pourquoi cela? le
voici.Tenez-vous-lepourdic
une bonne fois,Messieurs les
Commentateurs, & ne faites
plus reparoître vôtrevieux,
sophisme.On pretend donc
Meilleurs, que quand tous , les anciens Philosophes, les
Aristotes, lesPlatons , les
Socrates nousmanqueroient,
nous ne laisserions pas de faire
de grandsPhilosophes a-
,vec les Descartes, les Malbranches&
autres hommes
qui ne font pas distants de
nous d'un demi siecle:quand
les Cicerons & les Demosthenes
seroient perdus pour
nous, nostre siecle a ses Cicerons
& ses Demosthenes ; ilasesEuripides, ses Sophocles,
ses Aristophanes :ila
plus d'un Anacreon & plus
d'unHorace,il a mieux qu'un
Theocrite. Il est étonnant
que nos Scoliastessoient devenus
si passionnezcitoyens
deRome& d'Athenes, qu'ils
ne puissent les perdre un moment
de vûë, pours'attacher
à la consideration des merveilles
de tout genre nouvellement
écloses dans leur ve
litable Patrie.
,
Je n'applique point cette
reflexion à Madame Dacier.
je l'excepte feule pour l'aveu
qu'elle vient de faire en faveur
de nôtre éloquence, 8c
de nôtre Poësie. Mais cet aveu
est- il bien sincere? N'ac
corde-t-elle rien à la dureté
de nos coeurs? Défions-nous
encore de sa loüange, car si
elle estoit sincere, Madame
Dacier qui a l'esprit si juste failliroit dans ses consequen-,
ces.
Un excellent Auteur ne
jouirajamais parfaitementde
la reputation meritée par ses
Ouvrages. Pour estre bien
loué, il faut qu'il ui en coûte
la vie: Ses Rivaux que sa
su periorité irritoit, setrouventalorsà
leuraise,& maîtres
du champs de bataille:
ils ne plaindront pas à l'ennemi
des éloges qui ne vont
pas jusqu'à lui.
Tel pardonne à M.Dacier
d'avoir prêché queMalherbe
tient encore le sceptre de la
.p()ëe lirique,quine me pardonnera
jamais d'avoirdonné
cet éloge, quoique mieux
[uerité)à son rival vivant:
Les maîtres dans tous les arts
liberaux,ne promenentpoint
leur ambition jalouse hors
des limites de leur genre: Un peintre,parexemple,qui
excelle pour le Portrait, ne
fera point mortifié des honneurs
qu'un autre Peintre acquiert
dans le genre Historique
ou dans le Paysage:
Leur ambition n'a pour objet
que le prix de la carriereoù
ilscourrent. Il n'en est pas de
même des gens de lettres, te
sur tout des Poëtes , genre
d'hommes, sur qui les pa6t
sions ont fait de tout telUi!
leurs plus grands miracles:
Le Dramatique enviera les
succés de l'Epique: LeLirique
fera jaloux du Pastoral.
Anisi dés qu'un excellentOuvrage
dePoësie se montre,les
plus competens d'en juger,
les Poëtes rivaux s'en saisissent
& l'examinent, dans le
dessein,non d'en proteger les
beautez, mais d'en dénoncer
lesdéfauts.Ils recueillentprécieuféméc
les traits les moins
heureux: Ils chargent malignement
leur memoire des
versfoibles,qu'ilsdistribuent
ensuite liberalement dans le
nonde. Les voila soulagez:
ls ont esquivé la honte de:)
eur défaite.
Ne soy ons point les duppes
despassions des Auteurs.
Dés que le beau se montre à
10US &, se fait sentir, il faut
e reconnoître,&le proteger.
Jouïssons les premiers de*,
heureux genies de ce siecle:
Ze les decourageons pas par
d'injustesoutrages. Excitons
au contraire leur émulation
en leur accordant nous-mêmes
des loüanges utiles, que,
la posteritéjudicieuse leur
prodiguera en vain. ,-
Madame Dacier est bien
opposéeàcette maxime:elle
croit ne devoir aucunségards
à un Auteur tel que
M de la Motte. Le tems de
sa gloiren'est pasarrivé.Elle
le méprise de toutes ses forces
pendant qu'il est vivant,
& lui laisse pour toute consolation
l'esperance des honneurs
qu'on lui fera après Ca
mort. Voicy comment elle
s'explique dans saPreface sur
Aristophanes Pendant que
tonrccenjoupour bon cequiestok
toit Vieux, un Auteurpouwit au
moins efpererque le tems leferoit
jouïr du priviïege que Ion accordoit
à tout ce qui efloit ancien,
& pour se consoler du mépris
quon avoit pour luy pendantsa
*uie3 il n'aVoit qu'à fionger a
l'honneur quon luy feroit après
sa mort: eAu lieu qne la préruention
où l'on est aujourd'huy
osse toute efterance à ïeffrit :
Elle l'abatjse, & si sose me
jfruir icy de cette figure de
Platon: Elle cou pe ses aiiles,
(f) l'empêche d'arriruer à cette
élévation> qui est la source des
belles chçfes.
C'est a dire, selonMadame
Dacier,que si l'on rendoitjustice
aux bons auteurs vivans,
cette justicemême toute flateuse
qu'elle paroist, les jecteroit
dans le découragemet,
parce qu'elle leur feroit un
sûr augure du mépris qui les
attendroic dans des tems re-<
cu lez.
M. de la Motte ne se seroit
pas avisé de soupçonner qu'il
dût à la pure bien-veillance
de son adversaire, les mauvais
traitemens qu'il en reçoit,
elle se gardera bien de
le louer,de peur que ses éloges
ne lui fassent tort & ne
l'avissent dans les tems futurs.
L'extrême modestie deMadameDacier
promene sa charité
par des chemins bien singuliers.
Il me semble que
plus un Auteur a elleaccueilli
de ses contemporains,plus
il a lieu de se flatter que ses
Ouvrages feront bien reçus
de la posterité. Il est vrai que
comme on neconnoistpoint
de bornes fixesà l'éloquence
& à la poësie, il peut arriver
que l'un & l'autre arc atteignant
dans la suite une plus
haute perfection, tel Ouvrage
autrefois le modele de (on
genre,cesseroit de l'estre, &:
cederoit la place au nouveau
venu. Mais ce peril, tout réel
qu'il est, ne cause pas grand
effroi aux Auteurs de ce siecle,
& je ne crains pas de
couper les aislesàleurgenie en
le mettant sous leurs yeux: il faut servir nos contemporains
au gré de leurs desirs ; ilsnous demandent Justice,
il faut la leur accorder. Ne
nous defions point de la pofterité
,
elle fera son devoir à
leur égard: Elle fera plus,
elle leur feragrace: elle hefitera
long-tems à les avoüer
vaincusapres leur defaite :
à moins que leslumieres de
la nouvelle Philosophie ne
delivre la republique des lettres
de l'idolatre amour de
l'antique.
Envoila,je pense,assez,
sur la premiere cause de la
,
décadence du goût. Parcourons
les autres: elles n'auront
pas besoin d'une longue
discution. C'est Madame
Dacier qui parle.
Mais nous avons deux choses
qui nous font particulières
9 & qui contribuent autant que
tout le reste à la corruption du
gouss: L'une, cefont ces fpeflacleslicentieux
qui combattent
direélément la Religion g- les
moeurs, st) dont la poejie &la
musique
y
également molles&effeminées)
communiquenttout leur
poison à l'ame,st) relâchent tous
les nerfs de te/prit,
Uautre3 cefont ces Ouvrages
f-desftjfrivoles, dont ai parlé
dans la 'Preface sur l'Iliade :
cesfaux Poëmes épique^ces Romans
inftnseZ que l'ignorance
st) l'amour ont produits, & qui
métamorphosant lesplus grands
Héros de l'antiquité en Bourgeois
Damoiseaux,accoutument
tellement les jenfs pens à ces faux caraEtcres qu'iols ne peu-
'ventplus fouflrir les vrais Héros
y
s'ils ne ressemblent à cesperflnndgcsbizarres
& extravaxants.
- Il efl vrai que la Morale
des Operas n'est gueres cTaccord
avec la morale de l'évangile.
Ce reproche pourraits'étendre
à tous les
Ouvrages de Theatre, dont
la fin generale est de dérober
l'homme à luy-même
> d'agacer ses passions, & de
l'amuser de leur revolte.
Je suis d'accord en cela
avec Madame Dacier : OüyJ
la morale de nos Opéras est
un poison dangereux pour les
ameschrestiennes: mais qu'il
me soit permis de le dire,
la morale du Galant Anacreon
dont elle fait ses déli
ces, & qu'elle nousatraduit
en françois
,
n'est-elle pas
beaucoup plus licentieufe,
que celle de nos Operas? e.
le a jugé que cette Traduction
pouvoit aider auprogrés
du genre lyrique,& à
la perfection du gouss:)nlais
l'utilité des lettres,selon fou
principe, devoit ceder au péril
des moeurs. Auresteles
Operas que Madame Dacier
condamne avec un zele si
loüable pour leur morale licentreuse,
sont ,à les considerer
du côté de l'esprit, des
poëmes ingenieux qui exi*
gent de la part des Auteurs,
beaucoup d'art de goût & de
genie. Il est vray quecegenre
de spectacle porte le vice
de n'avoir pas elle inventé
en Grece, & voila assuremet
un grand vice. Je m'en rapporte
à Madame Dacier.
Passons aux Romans, que
Madame Dacier appelle en
cause,assez mal-à- propos,ce
me semble, je pourrois d'abord
opposer la prescri ption
en leur faveur. Il y a longtems
qu'ils ne font plus de
mode en France. Il y a environ
un siecle que les Cyrus,
les Cassandres, les Cleopatres&
les Amadis, ( car ce
font là les poëmes que Madame
Dacier designe par le
reproche d'avoir travesti les
plus grands Heros de l'antiquité
en Bourgeois Damoiseaux)
il y a, dis- je, prés d'un
siecle que ces longsRomans
faisoient les delices de laNation,
maiscette passion ne
dura pas -,
le goût se tourna
à d'autres genres, & l'on se
fit unprincipe d'éducation ,
d'interdire ces lectures à la
jeunesse) parce qu'elles lùy
donnoientdudégoût pourdes
travaux plus serieux, & des
ledtures plus utiles.
Je souscris à la Critique
que Madame Dacier fait de
ces Romans, pourvu qu'on
ne prenne pas taut-a, -crl.lt à,
la lettre l'expression de Bourgeois
Damoiseaux. En effet
ces vieux Romanciers se proposant
de peindre les Grands
hommes de l'antiquité
,
ils
devoient laisser a ces Grands
hommes la rudesse de leurs
siecles. Cette politesse des
derniers tems, cette galanterie
respectueuse, bienséante
à nos Héros,s'ajuste mal a
l'idée quel'histoire nous don
jie des Heros Grecs ôc Romains.
Au reste ces Ouvrages que
Madame Dacier traite il injurieusement,
meritent plus
d'égards,àc j'avoue que j'ay
une grande idée du genie de
leurs Auteurs.
Nous n'avons pas fait. Il
nous revient encore trois eauses
de nôtre mauvais Goût
qu'un ancien Rhereur fournie
à Madame Dacier.
Quintilien Auteur presque
contemporain de Ciceron,
a faitm-ilheureucement pour
nous , un traité en forme de
Dialogue, où il recherche
les causes de la corru ption
de l'éloquence de son tems.
Madame Dacier nous invite àmediter ce Traité, parce
qu'il agite laquestionqui regne
entre nous sur les Anciens
& les Modernes, & que
l'Auteur y fait triompher les
premiers:Nous le mediterons
& nous tirerons party
de ses leçons. Mais voyons
ce que Madame Dacier en
a tiré : trois eauses denostre
mauvais goust: Sçavoir :
La mdu\diÇe éducation.
L'ignorance des Maifires..
Laparesse st) la négligence
des jeunes gens.
Du tems de Quintilien les
enfans estoient paresseux &
negligens: ils ne le sont pas
moins aujourd'huy,maisen
quel siecle les a-t-onvû vigilans,
actifs, se porter d'euxmêmes
au travail des Lettres.
Du temps de Quintilien,
il a esté vray de dire
en général
, que les peres &
meres ne sont pas assez attentifsa
l'éducation de leurs
enfans, & que les précepteurs
auxquels on commet
leur éducation
,
se trouvent
rarement ca pables de leur
-
employ.
Voila desveritez detous
les âges, des inconvénients
de tous les siecles. Madame
Dacier ne sent-elle pas la petitesse
titesse deces reproches vagues.
Ellese donne bien de
la peine pour lés para phraser
avec un ton patetique.
CVS une pitié dit- elle,de
;.z.'oir cruels Preceptrurs on
donne pour l'ordinaire à ces
pauvres enfans Celaestvrai
Madame, il seroit à souhaitter
que tous les précepteurs
eullentvotre érudition ôc
vos lumières : mais en quel
sieclea-t-on vu ce prodige?
Revenons à Quintihen..
MadameDucierest elle bien
entréedansles vûës de son
dialogue? j'ai grand penchant
àcroire qu'elle
n'a pu prendre le change
: Mais je fuis un peu
scandalisé de voir dans
l'Auteur des Paralelles-
un Extrait de ce
Dialogue mcfmc, qui
supposenecessairement
dans Quintilien le dessein
de saryrifer les an- ciensOrateurs.Voilà
comme il s'explique en-
J
fuite de l'Extraite quil
en'd onne.
Ou je nay pas le sens corn.,
muny ou ce Dialogu de 0!!."
iilien
y
ntest autre chosè qu'une
Satyre contre les anciens Ora.
teurs
y quoy -
qu'il conclue rn
leur faveur. Les raisons dont
illes attaquefont sifortes st)
celles dont illes dejfendfon•tJî
foibles jque je ne doutepoint
qu'il n'ait voulu se ranger parla
de rinjufiiee quon rendoit
à son siecle. L'Eloquence
>
<lit-ilJst. tombée en décadcnce1parce
que les femmes, au
lieude donner à taitter ellesmêmes
2 leurs enfans> les ont
mis en nourrice , parce qu'au
l1e. u d 1. de mener les jeunes gens
entendre ceux qui plaidoient
bien, on leur a donné des Maistres
de l'Eloquence, * st) enfin
, parce que les manches de
leurs Robbcs font devenues
heaucou, plusétroites quelles
n'efloitnt du temps desgrands
,. z." * Qr-itilienejoitAI,v('rîrcdeJ -î'JI:-f¡a- î
&pr(miers ordteurs.
N'fft.ce pas là une raillerie
mamfefîe?^aimerois bien un
homme qui ne Voudroitpasdonfierfit
cause à un de nos meilleurs
Avocats,parce qu'il au-
,roitappris que cet Avocat auroit
esiemisen Alourice aVaugirard
: 0'aulzeu de le mener
Joigneujèment aux uiudiances.9
on lluuyyaauurrooiittddoonnnnéé un MMaaieflre re
de Phetoriliie: Et enfin parce
que les manches defit RcMc
ne jèroientpas assiz larges. Ilestfutprenant que
ce Dialogue ait frappé
si différemment l'Atiteur
des Parallèles,&
Madame Dacier. Lestile
neanmoins en est simple
& la dictionnaire:
Il faut sans douteque
l'Auteur des Paralleles
ne l'ait pas assez médité:
car Madame Dacier
convient qu'il faut le
méditer pour y trouver
que lesanciens y triomphent.
Nousvoilà
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5
p. 172-174
RAPPORT De Messieurs Commis par l'Académie Royale des Sciences, pour examiner un Mémoire, intitulé Description d'une Montre de nouvelle construction, & les piéces mêmes d'une Montre exécutées sur les principes du Mémoire. Par H. Sully.
Début :
Nous avons examiné avec soin, suivant l'ordre de l'Académie, [...]
Mots clefs :
Mémoire, Montre, Auteur, Invention , Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RAPPORT De Messieurs Commis par l'Académie Royale des Sciences, pour examiner un Mémoire, intitulé Description d'une Montre de nouvelle construction, & les piéces mêmes d'une Montre exécutées sur les principes du Mémoire. Par H. Sully.
RAPPORT
l'Académie
De Meffieurs Commis par
Royale des Sciences , pour examiner un
Mémoire , intitulé Defcription d'une
Montre de nouvelle conftruction , &
les piéces mêmes d'une Montre exécutées
fur les principes du Mémoire
. Par H. Sully.
N
Ous avons examiné avec foin ,
fuivant l'ordre de l'Académie ,
le Mémoire qui lui a etté preſenté par
le fieur Sully , ayant pour titre . Defcription
d'une Montre de nouvelle con-
Struction , & contenant les Caufes les
plus confiderables & les moins connuës ,
des défauts qui fe trouvent encore dans
les Montres portatives , les moyens de
rendre leurs mouvemens plus juftes &
cette jufteffe plus durable . Nous avons
examiné en même tems & avec le même
foin , toutes les piéces d'une MonDE
NOVEMBRE. 173
tre exécutée par l'Autheur,fur les principes
établis dans le Mémoire , & nous
avons efté fi pleinement fatisfaits & du
Mémoire & de la Montre , que nous
nous croyons obligés de lui en rendre
un témoignage qui réponde à l'idée
que nous en avons conçue.
Nous avons remarqué dans l'inven- .
vention de l'Autheur,trois chofes principales
. 1º Une diminution des frotemens
trés confiderable , & par des vo-.
yes qui nous ont parû également fimples
& ingenieuſes . z . Une adreffe finguliere
pour conferver dans une égalité
conftante , ce qui refte de frotemens.
3. Un arangement des parties de la
Montre , qui marque beaucoup de fagacité
dans l'Inventeur , & qui promet
une plus grande perfection ; l'arrangement
ordinaire eftant une des
principales caufes de l'inégalité du
dans une Montre miſe en mouvement ,
differentes
pofitions .
Au refte , les attentions fenfées &
délicates,que l'Autheur à eues dans fes
recherches , & qu'on voit avec plaifir
dans fon Mémoire ,jointes à l'ordre & à
la netteté qui y regnent, annoncent un
Talent qui pourroit dévenir d'autant
P iij
174 LE MERCURE
plus utile, qu'il eft moins commun aux
perfonnes qui s'attachent à la pratique
de l'Art dont il fait profeffion . Et l'exactitude
pleine d'adreffe qui paroît dans
F'exécution de fa Montre , nous fait efperer
de fa main des Ouvrages plus
achevés que ce qu'on a vu jufqu'à prefent.
Donné à l'Académie le 10.Juin1716.
Ce rapport a efté unanimement approuvé
par tout le Corps , & enregiftré
dans les Mémoires de l'Acadé-
- mie .
l'Académie
De Meffieurs Commis par
Royale des Sciences , pour examiner un
Mémoire , intitulé Defcription d'une
Montre de nouvelle conftruction , &
les piéces mêmes d'une Montre exécutées
fur les principes du Mémoire
. Par H. Sully.
N
Ous avons examiné avec foin ,
fuivant l'ordre de l'Académie ,
le Mémoire qui lui a etté preſenté par
le fieur Sully , ayant pour titre . Defcription
d'une Montre de nouvelle con-
Struction , & contenant les Caufes les
plus confiderables & les moins connuës ,
des défauts qui fe trouvent encore dans
les Montres portatives , les moyens de
rendre leurs mouvemens plus juftes &
cette jufteffe plus durable . Nous avons
examiné en même tems & avec le même
foin , toutes les piéces d'une MonDE
NOVEMBRE. 173
tre exécutée par l'Autheur,fur les principes
établis dans le Mémoire , & nous
avons efté fi pleinement fatisfaits & du
Mémoire & de la Montre , que nous
nous croyons obligés de lui en rendre
un témoignage qui réponde à l'idée
que nous en avons conçue.
Nous avons remarqué dans l'inven- .
vention de l'Autheur,trois chofes principales
. 1º Une diminution des frotemens
trés confiderable , & par des vo-.
yes qui nous ont parû également fimples
& ingenieuſes . z . Une adreffe finguliere
pour conferver dans une égalité
conftante , ce qui refte de frotemens.
3. Un arangement des parties de la
Montre , qui marque beaucoup de fagacité
dans l'Inventeur , & qui promet
une plus grande perfection ; l'arrangement
ordinaire eftant une des
principales caufes de l'inégalité du
dans une Montre miſe en mouvement ,
differentes
pofitions .
Au refte , les attentions fenfées &
délicates,que l'Autheur à eues dans fes
recherches , & qu'on voit avec plaifir
dans fon Mémoire ,jointes à l'ordre & à
la netteté qui y regnent, annoncent un
Talent qui pourroit dévenir d'autant
P iij
174 LE MERCURE
plus utile, qu'il eft moins commun aux
perfonnes qui s'attachent à la pratique
de l'Art dont il fait profeffion . Et l'exactitude
pleine d'adreffe qui paroît dans
F'exécution de fa Montre , nous fait efperer
de fa main des Ouvrages plus
achevés que ce qu'on a vu jufqu'à prefent.
Donné à l'Académie le 10.Juin1716.
Ce rapport a efté unanimement approuvé
par tout le Corps , & enregiftré
dans les Mémoires de l'Acadé-
- mie .
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6
p. 992
AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
Début :
Les Reflexions que l'on a promises dans le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de [...]
Mots clefs :
Avis, Réflexions, Brutus , Voltaire, Pièce, Corrections, Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
AVIS de PAuteur des Reflexions
à Poccasion du Brutus , & c. inserées
dans le dernier Mercure.
>
Es Reflexions que l'on a promises dans
le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de
Brutus , sont toutes prêtes. L'Auteur alloit
les donner , lorsqu'il a appris que M. de
Voltaire retouchoit à sa Piece. Comme
M.de Voltaire a toûjours bien réüssi aux
corrections quil a faites à ses differens
Ouvrages , et que l'Auteur des Reflexions
ne critique pas pour le plaisir de critiquer,
il attendra la nouvelle Edition du Brutus,
Si , comme il y a apparence , M. de
Voltaire a reparé les principales fautes
de sa Tragedie , on renfermera sans peine
des
Reflexions qui n'avoient pour princiep
que le desir de voir un bon Ouvrage
devenir meilleur. Si les corrections
ne répondent pas aux Reflexions , quant
aux Vers , et sur tout quant à la conduite
de la Piece , on les donnera toûjours dans
le même motif de
contribuer à la perfec
sion de cet
Ouvrage.
à Poccasion du Brutus , & c. inserées
dans le dernier Mercure.
>
Es Reflexions que l'on a promises dans
le Mercure d'Avril, sur la Tragedie de
Brutus , sont toutes prêtes. L'Auteur alloit
les donner , lorsqu'il a appris que M. de
Voltaire retouchoit à sa Piece. Comme
M.de Voltaire a toûjours bien réüssi aux
corrections quil a faites à ses differens
Ouvrages , et que l'Auteur des Reflexions
ne critique pas pour le plaisir de critiquer,
il attendra la nouvelle Edition du Brutus,
Si , comme il y a apparence , M. de
Voltaire a reparé les principales fautes
de sa Tragedie , on renfermera sans peine
des
Reflexions qui n'avoient pour princiep
que le desir de voir un bon Ouvrage
devenir meilleur. Si les corrections
ne répondent pas aux Reflexions , quant
aux Vers , et sur tout quant à la conduite
de la Piece , on les donnera toûjours dans
le même motif de
contribuer à la perfec
sion de cet
Ouvrage.
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Résumé : AVIS de l'Auteur des Reflexions à l'occasion du Brutus, &c. inserées dans le dernier Mercure.
L'auteur des Réflexions sur la tragédie de Brutus attend la nouvelle édition de la pièce de Voltaire. Si les corrections sont satisfaisantes, les Réflexions ne seront pas publiées. Sinon, elles le seront pour améliorer l'ouvrage, notamment les vers et la conduite de la pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1121-1128
REFLEXIONS.
Début :
Nihil veritas erubescit, nisi solummodò abscondi. Il y a à [...]
Mots clefs :
Réflexions, Vertu, Vertus, Vol, Vérité, Moquer, Engendrer, Perfection, Épreuve, Raisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
'hil veritas erubescit , nisi solummo
To abscondi.
Il y a à la Cour quatre bonnes Meres ,
qui ont quatre fort mauvais enfans ; sçavoir
, la Verité , qui engendre la haine s
la Prosperité , qui engendre , l'orgueil 3
la Séverité , qui engendre le périls et la
Familiarité qui engendre le mépris .
Amant veritatem lucentem , non redar
gueniem.
Le salaire des menteurs est de n'être
point crûs quand ils disent la verité.
Mendaci etiam verum dicenti non creditur.
Phédre.
Les raisons simples et foibles de ceux
qui deffendent la verité , font souvent
un meilleur effet que de plus fortes et
plus recherchées , en découvrant à quelles
extremitez sont réduits ceux qui veulent
la combattre . Il faut avouer cependant
qu'on fait quelquefois tort à la veẻ
par la maniere de la deffendre .
I. Vol. D iij
rité
Une
1122 MERCURE DE FRANCE
Une trop grande confiance d'avoir
trouvé la verité, et la persuasion qu'on en
a , empêchent souvent de la trouver en
effet.
Il faut proportionner les veritez
Saintes à l'intelligence humaine ; il est
de la prudence de ne pas exposer le
langage divin à l'insulte des prophanes ,
et au mépris de ceux qui condamnent
et blasphement tout ce qu'ils ignorent,
et qui , devenus semblables à des animaux
sans raison , corrompent tellement
leur esprit , qu'ils ne connoissent rien
que par le seul interêt de la Nature.
C'est souvent rendre la verité douteuse
et en prophaner la simplicité , que d'em
ployer trop d'éloquence pour l'établir.
Dans les Narrations , un Auteur qui
veut être crû , doit moins s'appliquer à
dire la verité , qu'à rendre croyable co
qu'il dit.
Les gens de bien ne disent rien de
vrai mollement , ni de faux hardiment.
Nequid falsi dicere audeat , nequid veri
non audeat.
Il n'y a rien de si aigu qui ne rebrousse
contre le bouclier de la verité.
I. Vol. Veritati
JUI N. 1734: 1123
Veritati præscribere nemo potest , non spas
tium temporum , non patrocinia personarum
, non privilegium nationum . Tertul.
Les Vertus chrétiennes n'étant pas
apposées entr'elles , la charité qu'on doit
à son prochain ne doit pas arrêter la
justice qu'on se doit à soi- même.
L'art de la dépravation ne se doit apprendre
nulle part. Les loix de l'honnêteté
doivent être scrupuleusement gar
dées par tout. Il ne faut point imprimer
de dangereuses pensées dans les esprits ,
sous prétexte de rendre le vice plus abominable
, ni les remplir de honteuses.
idées , lorsqu'il n'est question que de les
animer à la recherche de la gloire , en leur
représentant les plus éminentes vertus.
Quand on ne veut faire que ce qui
est permis , il est permis de faire tout
ce qu'on veut.
Le comble de la vertu c'est d'élever
son esprit au -dessus des promesses et des
menaces de la fortune.
On est parvenu à une extrême , vertu
quand on pardonne tout aux autres ,
D iiij comme I. Vol
1124 MERCURE DE FRANCE
comme si on faisoit tous les jours des
fautes, et qu'on s'abstint d'en faire, comme
si on ne pardonnoit rien à personne.
C'est un grand Art dans certaines occasions
, que de sçavoir soutenir la vertu
sans offenser ceux qui l'attaquent.
Combien de choses sont l'effet du dégoût
, de la bienséance ou de l'amour
de la santé , dont on fait honneur à la
Vertu .
On n'a que trop de penchant à fonder
son opposition à la pratique des vertus
chrétiennes sur l'impossibilité d'ar
teindre à la perfection des Saints ; et
l'on s'autorise à ne pas les imiter quand
leurs actions paroissent trop au dessus
des efforts ordinaires de la Nature .
On ne manque jamais d'occasion de
pratiquer la vertu . Nunquam potest nom
esse virtuti locus. Seneq. Medee.
Pour juger de la vertu d'un homme ,"
il faudroit lire dans le fond de son coeur
pour y découvrir les causes qui le font
agir , car ce sont les causes qui font la
vertu , et non pas les actions exterieures.
1. Vol.
Souvent
"
JUIN. 1734
1125
Souvent les plus grandes vertus des
Hommes ne sont que le triomphe d'une
passion moins criminelle sur une passion
plus criminelle ; ensorte que ceux
qu'on croit si vertueux , ne different des
autres que par le choix de certains deffauts
qui sont moins condamnez dans
le Monde.
De- même qu'il est plus aisé de pren
dre la maladie d'un autre , que de lui
donner la santé dont nous jouissons , nous
avons plus de facilité à contracter les
vices d'autrui , qu'à communiquer notre
vertu. Facilius est vitium contrahere quam
virtutem impertiri : quem admodum facilius
est morbo alieno infici , quàm sanitatem lar:
giri. S. Greg. de Nazianze.
La pauvreté n'ête pas les vertus , et les
riches ses ne les donnent point.
Avec de la vertu , de la capacité et
une bonne conduite , on peut être insupportable;
les manieres que l'on néglige
comme de petites choses , sont souvent
ce qui fait que les hommes décident
de nous en bien ou en mal. Une
legere attention à les avoir douces et
polies , prévient leurs jugemens. Il ne
I. Vol.
faut D v
116 MERCURE DE FRANCE
faut presque rien pour être crû fier , incivil
, méprisant , désobligeant. I fiut
encore moins pour être estimé tout le
con raire.
C'est une vertu bien legere que celle
qui n'a jamais été à l'épreuve.,
Il est beaucoup plus aisé de conserver
toute sa vertu , que de revenir à
elle , dès que nous avons fait un pas
qui nous en éloigne.
Ceux qui prétendent s'attirer des dé
ferences par de fausses vertus , se mocquent
de ceux de qui ils les prétendent ;
et ceux- cy , à leur tour , se mocquent
de ceux- là en leur rendant des respects
apparens , au lieu des véritables qu'ils
esperent.
le
La haute vertu imprime dans tous
les coeurs certains caracteres de veneration
que temps n'efface jamais . On
admirera toujours l'action de Camille ,
qui renvoya aux Siliques , leur Maître
d'Ecole , fouetté par la Jeunesse de leur
Ville qu'il avoit voulu livrer ; et celle
de Fabrice , qui avertit Pyrrhus , son Ennemi
, que son Medecin offroit de l'empoisonner.
I. Vol La
JUIN. 1734. 1127
La plupart des hommes ont mons
d'empressement à être vertueux , qu'à ,
le paroître.
Tanto major fama satis est , quàm
Virtutis : quis enim virtutem amplectitur ipsam ;
Pramia si tollas ? Juven. Sat 10. ,
Les vertus mêmes sont quelquefois dangereuses
dans un homme sans jugement.
Quand on conseille la vertu aux au
tres , on augmente les raisons que l'on
a de la pratiquer..
Dicta , factis de facientibus erubescunt.
Il est bien plus difficile de se soutenir
dans la perfection , que d'y atteindre.
peu
Il y a bien
de vertu de bon aloy;
parmi les plus sinceres
il y a toujours
un certain
exterieur
sévere et rebutant
, très utile à la vertu.
Il en est de la veritable vertu comme
des bons Parfums , qui n'ont jamais plus
d'odeur que quand on les pile ou qu'on
les brule. La vertu a besoin d'épreuve .
Marcet sine adversario virtus. Seneque .
La vertu, doit être sans excès , et la
La Vol D vj per116
MERCURE DE FRANCE
faut rien presque pour être crû fier , incivil
, méprisant , désobligeant. I fiue
encore moins pour être estimé tout le
con raire.
C'est une vertu bien legere que celle
qui n'a jamais été à l'épreuve.,
Il est beaucoup plus aisé de conserver
toute sa vertu , que de revenir à
elle , dès que nous avons fait un pas
qui nous en éloigne .
Ceux qui prétendent s'attirer des dé
ferences par de fausses vertus , se mocquent
de ceux de qui ils les prétendent s
et ceux - cy , à leur tour , se mocquent
de ceux - là en leur rendant des respects
apparens , au lieu des véritables qu'ils
esperent.
La haute vertu imprime dans tous
les coeurs certains caracteres de veneration
que le temps
n'efface jamais. On
admirera toujours l'action de Camille ,
qui renvoya aux Saliques , leur Maître
d'Ecole , fouetté par la Jeunesse de leur
Ville qu'il avoit voulu livrer ; et celle
de Fabrice , qui avertit Pyrrhus , son Ennemi
, que son Medecin offroit de l'empoisonner.
I. Vol
La
JUIN. 1734. 1127
La plupart des hommes ont mons
d'empressement à être vertueux , qu'à,
le paroître.
Tanto major fama satis est , quàm
Virtutis : quis enim virtutem amplectitur ipsam ;
Pramia si tollas ? Juven. Sat 10 .
Les vertus mêmes sont quelquefois dangereuses
dans un homme sans jugement.
Quand on conseille la vertu aux au
tses , on augmente les raisons que l'on
a de la pratiquer..
Dicta , factis de facientibus erubescunt.
Il est bien plus difficile de se soutenir
dans la perfection , que d'y atteindre .
Il y a bien peu de vertu de bon aloy;
parmi les plus sinceres il y a toujours
un certain exterieur sévere et rebutant,
très utile à la vertu.
Fl en est de la veritable vertu comme
des bons Parfums , qui n'ont jamais plus
d'odeur que quand on les pile ou qu'on
les brule. La vertu a besoin d'épreuve .
Marcet sine adversario virtus . Seneque .
La vertu doit être sans excès , et la
L Vol D vj per1128
MERCURE DE FRANCE
perfection même doit avoir ses bornes.
Oportet sapere usque ad sobrietatem. S. Paul.
Les richesses sont à la vertu ce que
le bagage est à une armée , qui quelque
fois l'empêche d'avancer , et d'autres fois
la fait aller bien loin. Bacon.
L'amour de la gloire et la crainte du
blâme , sont presque toujours les vrais
motifs de la vertu .
Non basta la Fortuna per ingrandire
gl'homini , senon vi concorre la virtùs ed è
vana la virtù dove manca la fortuna .
Il vitio non è sicuro , nemeno nel mez
delle virtù , per che contamina la virtù.
'hil veritas erubescit , nisi solummo
To abscondi.
Il y a à la Cour quatre bonnes Meres ,
qui ont quatre fort mauvais enfans ; sçavoir
, la Verité , qui engendre la haine s
la Prosperité , qui engendre , l'orgueil 3
la Séverité , qui engendre le périls et la
Familiarité qui engendre le mépris .
Amant veritatem lucentem , non redar
gueniem.
Le salaire des menteurs est de n'être
point crûs quand ils disent la verité.
Mendaci etiam verum dicenti non creditur.
Phédre.
Les raisons simples et foibles de ceux
qui deffendent la verité , font souvent
un meilleur effet que de plus fortes et
plus recherchées , en découvrant à quelles
extremitez sont réduits ceux qui veulent
la combattre . Il faut avouer cependant
qu'on fait quelquefois tort à la veẻ
par la maniere de la deffendre .
I. Vol. D iij
rité
Une
1122 MERCURE DE FRANCE
Une trop grande confiance d'avoir
trouvé la verité, et la persuasion qu'on en
a , empêchent souvent de la trouver en
effet.
Il faut proportionner les veritez
Saintes à l'intelligence humaine ; il est
de la prudence de ne pas exposer le
langage divin à l'insulte des prophanes ,
et au mépris de ceux qui condamnent
et blasphement tout ce qu'ils ignorent,
et qui , devenus semblables à des animaux
sans raison , corrompent tellement
leur esprit , qu'ils ne connoissent rien
que par le seul interêt de la Nature.
C'est souvent rendre la verité douteuse
et en prophaner la simplicité , que d'em
ployer trop d'éloquence pour l'établir.
Dans les Narrations , un Auteur qui
veut être crû , doit moins s'appliquer à
dire la verité , qu'à rendre croyable co
qu'il dit.
Les gens de bien ne disent rien de
vrai mollement , ni de faux hardiment.
Nequid falsi dicere audeat , nequid veri
non audeat.
Il n'y a rien de si aigu qui ne rebrousse
contre le bouclier de la verité.
I. Vol. Veritati
JUI N. 1734: 1123
Veritati præscribere nemo potest , non spas
tium temporum , non patrocinia personarum
, non privilegium nationum . Tertul.
Les Vertus chrétiennes n'étant pas
apposées entr'elles , la charité qu'on doit
à son prochain ne doit pas arrêter la
justice qu'on se doit à soi- même.
L'art de la dépravation ne se doit apprendre
nulle part. Les loix de l'honnêteté
doivent être scrupuleusement gar
dées par tout. Il ne faut point imprimer
de dangereuses pensées dans les esprits ,
sous prétexte de rendre le vice plus abominable
, ni les remplir de honteuses.
idées , lorsqu'il n'est question que de les
animer à la recherche de la gloire , en leur
représentant les plus éminentes vertus.
Quand on ne veut faire que ce qui
est permis , il est permis de faire tout
ce qu'on veut.
Le comble de la vertu c'est d'élever
son esprit au -dessus des promesses et des
menaces de la fortune.
On est parvenu à une extrême , vertu
quand on pardonne tout aux autres ,
D iiij comme I. Vol
1124 MERCURE DE FRANCE
comme si on faisoit tous les jours des
fautes, et qu'on s'abstint d'en faire, comme
si on ne pardonnoit rien à personne.
C'est un grand Art dans certaines occasions
, que de sçavoir soutenir la vertu
sans offenser ceux qui l'attaquent.
Combien de choses sont l'effet du dégoût
, de la bienséance ou de l'amour
de la santé , dont on fait honneur à la
Vertu .
On n'a que trop de penchant à fonder
son opposition à la pratique des vertus
chrétiennes sur l'impossibilité d'ar
teindre à la perfection des Saints ; et
l'on s'autorise à ne pas les imiter quand
leurs actions paroissent trop au dessus
des efforts ordinaires de la Nature .
On ne manque jamais d'occasion de
pratiquer la vertu . Nunquam potest nom
esse virtuti locus. Seneq. Medee.
Pour juger de la vertu d'un homme ,"
il faudroit lire dans le fond de son coeur
pour y découvrir les causes qui le font
agir , car ce sont les causes qui font la
vertu , et non pas les actions exterieures.
1. Vol.
Souvent
"
JUIN. 1734
1125
Souvent les plus grandes vertus des
Hommes ne sont que le triomphe d'une
passion moins criminelle sur une passion
plus criminelle ; ensorte que ceux
qu'on croit si vertueux , ne different des
autres que par le choix de certains deffauts
qui sont moins condamnez dans
le Monde.
De- même qu'il est plus aisé de pren
dre la maladie d'un autre , que de lui
donner la santé dont nous jouissons , nous
avons plus de facilité à contracter les
vices d'autrui , qu'à communiquer notre
vertu. Facilius est vitium contrahere quam
virtutem impertiri : quem admodum facilius
est morbo alieno infici , quàm sanitatem lar:
giri. S. Greg. de Nazianze.
La pauvreté n'ête pas les vertus , et les
riches ses ne les donnent point.
Avec de la vertu , de la capacité et
une bonne conduite , on peut être insupportable;
les manieres que l'on néglige
comme de petites choses , sont souvent
ce qui fait que les hommes décident
de nous en bien ou en mal. Une
legere attention à les avoir douces et
polies , prévient leurs jugemens. Il ne
I. Vol.
faut D v
116 MERCURE DE FRANCE
faut presque rien pour être crû fier , incivil
, méprisant , désobligeant. I fiut
encore moins pour être estimé tout le
con raire.
C'est une vertu bien legere que celle
qui n'a jamais été à l'épreuve.,
Il est beaucoup plus aisé de conserver
toute sa vertu , que de revenir à
elle , dès que nous avons fait un pas
qui nous en éloigne.
Ceux qui prétendent s'attirer des dé
ferences par de fausses vertus , se mocquent
de ceux de qui ils les prétendent ;
et ceux- cy , à leur tour , se mocquent
de ceux- là en leur rendant des respects
apparens , au lieu des véritables qu'ils
esperent.
le
La haute vertu imprime dans tous
les coeurs certains caracteres de veneration
que temps n'efface jamais . On
admirera toujours l'action de Camille ,
qui renvoya aux Siliques , leur Maître
d'Ecole , fouetté par la Jeunesse de leur
Ville qu'il avoit voulu livrer ; et celle
de Fabrice , qui avertit Pyrrhus , son Ennemi
, que son Medecin offroit de l'empoisonner.
I. Vol La
JUIN. 1734. 1127
La plupart des hommes ont mons
d'empressement à être vertueux , qu'à ,
le paroître.
Tanto major fama satis est , quàm
Virtutis : quis enim virtutem amplectitur ipsam ;
Pramia si tollas ? Juven. Sat 10. ,
Les vertus mêmes sont quelquefois dangereuses
dans un homme sans jugement.
Quand on conseille la vertu aux au
tres , on augmente les raisons que l'on
a de la pratiquer..
Dicta , factis de facientibus erubescunt.
Il est bien plus difficile de se soutenir
dans la perfection , que d'y atteindre.
peu
Il y a bien
de vertu de bon aloy;
parmi les plus sinceres
il y a toujours
un certain
exterieur
sévere et rebutant
, très utile à la vertu.
Il en est de la veritable vertu comme
des bons Parfums , qui n'ont jamais plus
d'odeur que quand on les pile ou qu'on
les brule. La vertu a besoin d'épreuve .
Marcet sine adversario virtus. Seneque .
La vertu, doit être sans excès , et la
La Vol D vj per116
MERCURE DE FRANCE
faut rien presque pour être crû fier , incivil
, méprisant , désobligeant. I fiue
encore moins pour être estimé tout le
con raire.
C'est une vertu bien legere que celle
qui n'a jamais été à l'épreuve.,
Il est beaucoup plus aisé de conserver
toute sa vertu , que de revenir à
elle , dès que nous avons fait un pas
qui nous en éloigne .
Ceux qui prétendent s'attirer des dé
ferences par de fausses vertus , se mocquent
de ceux de qui ils les prétendent s
et ceux - cy , à leur tour , se mocquent
de ceux - là en leur rendant des respects
apparens , au lieu des véritables qu'ils
esperent.
La haute vertu imprime dans tous
les coeurs certains caracteres de veneration
que le temps
n'efface jamais. On
admirera toujours l'action de Camille ,
qui renvoya aux Saliques , leur Maître
d'Ecole , fouetté par la Jeunesse de leur
Ville qu'il avoit voulu livrer ; et celle
de Fabrice , qui avertit Pyrrhus , son Ennemi
, que son Medecin offroit de l'empoisonner.
I. Vol
La
JUIN. 1734. 1127
La plupart des hommes ont mons
d'empressement à être vertueux , qu'à,
le paroître.
Tanto major fama satis est , quàm
Virtutis : quis enim virtutem amplectitur ipsam ;
Pramia si tollas ? Juven. Sat 10 .
Les vertus mêmes sont quelquefois dangereuses
dans un homme sans jugement.
Quand on conseille la vertu aux au
tses , on augmente les raisons que l'on
a de la pratiquer..
Dicta , factis de facientibus erubescunt.
Il est bien plus difficile de se soutenir
dans la perfection , que d'y atteindre .
Il y a bien peu de vertu de bon aloy;
parmi les plus sinceres il y a toujours
un certain exterieur sévere et rebutant,
très utile à la vertu.
Fl en est de la veritable vertu comme
des bons Parfums , qui n'ont jamais plus
d'odeur que quand on les pile ou qu'on
les brule. La vertu a besoin d'épreuve .
Marcet sine adversario virtus . Seneque .
La vertu doit être sans excès , et la
L Vol D vj per1128
MERCURE DE FRANCE
perfection même doit avoir ses bornes.
Oportet sapere usque ad sobrietatem. S. Paul.
Les richesses sont à la vertu ce que
le bagage est à une armée , qui quelque
fois l'empêche d'avancer , et d'autres fois
la fait aller bien loin. Bacon.
L'amour de la gloire et la crainte du
blâme , sont presque toujours les vrais
motifs de la vertu .
Non basta la Fortuna per ingrandire
gl'homini , senon vi concorre la virtùs ed è
vana la virtù dove manca la fortuna .
Il vitio non è sicuro , nemeno nel mez
delle virtù , per che contamina la virtù.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS.
Le texte examine les concepts de vérité et de vertu, en soulignant leurs implications et leurs manifestations. À la cour, quatre figures maternelles sont identifiées : la Vérité, la Prosperité, la Sévérité et la Familiarité, chacune engendrant respectivement la haine, l'orgueil, les périls et le mépris. La défense de la vérité peut parfois être nuisible, et une confiance excessive en elle peut empêcher de la découvrir. Il est recommandé de doser les vérités divines selon l'intelligence humaine et d'éviter de les exposer à ceux qui les méprisent. Dans les récits, un auteur doit privilégier la crédibilité plutôt que la stricte vérité. Les personnes vertueuses ne disent rien de vrai timidement ni de faux audacieusement. La vérité est indépendante du temps, des personnes ou des nations. Les vertus chrétiennes doivent être pratiquées sans compromettre l'honnêteté. Il est crucial de ne pas diffuser des idées dangereuses sous prétexte de dénoncer le vice. La véritable vertu élève l'esprit au-dessus des influences de la fortune. Pardonner et éviter les fautes sont des signes de grande vertu. Il est important de défendre la vertu sans offenser ses détracteurs. Souvent, les grandes vertus résultent du triomphe d'une passion moins criminelle sur une autre plus criminelle. La pauvreté n'enlève pas les vertus, et les richesses ne les confèrent pas. Les manières et les attentions aux détails influencent la perception des autres. La vraie vertu est celle qui a été éprouvée et il est plus facile de la conserver que de la retrouver après l'avoir perdue. Les fausses vertus attirent moqueries et respects apparents. Le texte met en garde contre ceux qui cherchent davantage à paraître vertueux qu'à l'être réellement. Les vertus peuvent être dangereuses sans discernement, et il est plus difficile de maintenir la perfection que de l'atteindre. La véritable vertu se révèle dans les épreuves et doit être modérée pour éviter les excès. Les richesses peuvent soit entraver, soit favoriser la vertu. L'amour de la gloire et la crainte du blâme sont souvent les moteurs de la vertu. Deux exemples historiques illustrent ces principes : Camille, qui renvoya un maître d'école fouetté, et Fabrice, qui avertit son ennemi Pyrrhus d'un complot d'empoisonnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 131-133
AUTRE.
Début :
En tout, de tout je suis le plus haut point ; [...]
Mots clefs :
Perfection
9
p. 119-129
HORLOGERIE. ÉSSAI sur l'Horlogerie ; Par M. FERDINAND BERTHOUD, Horloger à Paris.*
Début :
L'ART de l'Horlogerie si long-temps ignoré a acquis de nos jours un très grand [...]
Mots clefs :
Montres, Pendules, Horloges, Horlogerie, Construction, Machine, Perfection
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HORLOGERIE. ÉSSAI sur l'Horlogerie ; Par M. FERDINAND BERTHOUD, Horloger à Paris.*
HORLOGERIE.
ÉSSAI fur l'Horlogerie ; Par M. FERDIN
AND BERTHOUD , Horloger
à Paris. *
-
L'ART de l'Horlogerie fi long-temps
ignoré a acquis de nos jours un trèsgrand
degré de perfection du côté de la
main-d'oeuvre ; mais on n'avoit pas encore
tenté de réduire cette Science en
principes. Les Auteurs qui en ont écrit
jufqu'à préfent , fe font contentés de
décrire les piéces d'Horlogerie les plus
en ufage , & de traiter chacun à ſa maniere
de quelques foins de pratique . Delà
eft venue la variété que l'on s'eft
permife dans la fabrication des Pendules
& des Montres. Ce n'eft cependant
* Cet Auteur eft déjà connu par les Articles
Horlogerie qu'il a faits pour l'Encyclopédie ;
par différens Ouvrages de fon invention , préfentés
à l'Académie Royale des Sciences ; par le Livre
de l'Art de conduire & de régler les Pendules &
les Montres &c.
On trouvera auffi chez les mêmes Libraires le Livre
de l'Art de conduire & de régler les Pendules
& les Montres.
120 MERCURE DE FRANCE.
que d'après des principes bien établis
que l'on peut parvenir au point de conftruire
& d'éxécuter ces Machines , pour
les mettre en état de mefurer le temps
avec la plus grande précifion.
C'est pour répondre au défir des Amateurs
de cet Art, & au befoin des fabricateurs
d'Horlogerie que l'Auteur de cet
Ouvrage s'eft déterminé à faire part au
Public de tout ce qu'il eft parvenu à
découvrir fur cette fcience par un travail
conftant & defintéreffé qui l'occupe
depuis plus de dix ans & par
l'étude particulière qu'il a faite des principes
de méchanique , & furtout par un
grand nombre d'expériences tendantes
vérifier ces principes .
,
Cet Ouvrage eft donc le fruit d'une
étude longue & pénible , & l'Auteur
n'y fait myſtère d'aucune des chofes qu'il
a apprifes ; il y expofe les principes fur
Lefquels il eft parvenu à compofer non
feulement des Horloges à pendule , qui
ne varient ni par le chaud ni par le froid ;
des Horloges marines pour fervir aux
longitudes , & c ; mais encore à établir
une théorie fur les Montres , vérifiée
par l'expérience , & au moyen de laquelle
il conftruit auffi des Montres
qui ne varient point par les différentes
températures ;
FEVRIER. 1763. 12.1
températures ; chofe à laquelle on n'avoit
ofé penfer jufqu'à préfent .
Le but de l'Auteur étant d'inftruire
les Artiſtes & les Amateurs , il ne fe
contente pas de les guider par des principes
mis à leur porté , il entre encore
dans tous les détails de pratique fur les
Pendules & les Montres ; enforte qu'avec
un peu de réflexion une perfonne
qui n'auroit même aucune teinture de
l'Art , pourroit parvenir à exécuter des
Pendules & des Montres qui marcheroient
avec jufteffe .
L'Ouvrage entier eft divifé en deux
Parties , qui forment chacune un Volume.
La première Partie comprend
trente-fix Chapitres , qui traitent principalement
des defcriptions des Machines
ordinaires d'Horlogerie , comme Pendules
à fecondes , fonnerie d'un an
an ,
Horloges à répétition , à équation , & c.
Des Montres ; Montres à réveil , à répétition
, à équation , à quatre parties ,
& plufieurs inftrumens & outils les plus
éffentiels , & c ; de tous les détails de
main-d'oeuvre d'une Répétition en Pendule.
Dix-neuf Planches jointes au premier
Volume , font relatives à l'objet
de cette Partie .
La feconde Partie eft divifée en qua-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rante-fept Chapitres , qui traitent particuliérement
des principes & de la théorie
de l'art , de la meſure du temps ;
grand nombre d'expériences & de machines
faites pour vérifier ces principes ;
la conftruction qu'il faut donner aux
machines qui mefurent le temps , tant
dans les Horloges aftronomiques , que
dans les Montres & les Horloges Marines
, &c. Dix- neuf Planches gravées
en taille-douce , font relatives aux matières
traitées dans ce Volume. Nous
allons parcourir la totalité de cet Ouvrage
, pour donner une notice de ce
qu'il contient.
PREMIERE PARTIE . Le Chapitre L
traite de la divifion du temps , qui eft
mefuré par les révolutions du foleil': on
fait voir que le foleil varie , & l'on explique
les caufes de ces écarts : Chap. II.
Pour parvenir à faire concevoir parfairement
les divers effets de cette partie
d'une Horloge qui mefure le temps ,
l'Auteur fuppofe que n'ayant aucune
notion des machines qui mefurent le
temps , on veut en compofer une. Pour
cet effet il paffe des idées les plus fimples
& par gradation , au point de former la
machine ; & l'on acquiert par cette mé-
-thode des idées générales , nettes &
FEVRIER. 1763. 123
justes de chaque partie des Horloges ;
Au Chap. III , Defcription d'une Pendule
à fecondes , à fonnerie : Chap. IV
& V , fur les fonneries . Defcription
d'une fonnerie d'un an. Chap . VI &
VII , Notion générale des répétitions ,
avec la defcription de ce méchaniſme.
Pour parvenir à donner des notions nettes
des Montres , l'Auteur fuppofe que
l'on ne connoît point le méchaniſme de
ces ingénieuſes machines , & que l'on
veut en compofer une ; il fait voir par
gradation comment on pourroit y parvenir
c'est l'objet du Chap . VIII. Le
IX eft la defcription d'une Montre ordinaire
Chap . X , Defcription d'une
Montre à répétition : Chap . XI , Defcription
d'une Montre à réveil : Chap.
XII , de l'Équation ; fes effets. Les
Chap . XIII , XIV , XV , XVI , XVII
& XVIII , contiennent des defcriptions
de différentes fortes d'Equation pour les
Pendules & pour les Montres : Montres
d'un mois fans monter à répétition , fecondes
, équation , & c. Chap. XIX , on
entre dans les détails d'exécution de ces
machines : Chap. XX , de l'uſage des
Tables d'équation jointes à ce Livre .
Les Chap . XXI , XXII , XXIII & XXIV
font des defcriptions d'échappemens
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
pour les Pendules ou pour les Montres :
Chap. XXV , de la machine à fendre
les roues Chap . XXVI , de l'outil à
tailler les fufées. Les Chap. XXVII ,
XXVIII & XXIX font des defcriptions
des outils les plus éffentiels qui fervent à
la pratique de l'Art. Chap . XXX , Defcription
d'une Montre à trois parties.
Chap . XXXI , de quelques foins de
conftruction & d'exécution des Montres.
Chap. XXXII & XXXIII , Examen
des caufes d'arrêts & de variations
des Montres & des Pendules. Chap.
XXXIV , fur les nouvelles productions
d'Horlogerie. Chap. XXXV, des Baromêtres
& Thermomêtres à aiguille. Enfin
on termine cette première Partie
par tous les détails de main-d'oeuvre pour
l'entière exécution d'une Pendule à répétition
: celaforme le Chapitre XXXVI,
qui eft de 260 pages.
II. PARTIE
,
POUR parvenir à établir une théorie
fur les machines qui mefurent le temps ,
objet de la feconde Partie l'Auteurcommence
dans le premier Chapitre par
démontrer les loix de l'équilibre dans le
fimple levier. Ce principe établi il
l'employe à faire entendre comment les
,
FEVRIER. 1763. 125
roues , qui ne font que des compofés de
leviers , agiffent les unes fur les autres :
c'eft le but du Chapitre II . Dans le III ,
on donne des règles générales pour mefurer
la force tranfmife par le moteur à
la dernière roue d'un rouage. On examine
dans le Chap. IV les effets des
mauvais engrénages. Au Chap . V , on
démontre les courbés que doivent avoir
les dents des roues & pignons. Les Chapitres
VI , VII & VIII , traitent du
calcul des rouages , foit pour trouver les
nombres des dents des roues & pignons,
quand on compofe un Pendule ; ou ,
cette machine ou Pendule étant faite ,
pour favoir les révolutions que les roues
font , & pour trouver le nombre de
dents de rochets relativement à la longueur
d'un Pendule donné. Les Chapitres
IX & X traitent des loix du Pendule
fimple & de fes propriétés. On recherche
dans le Chapitre XI la meilleure
manière de fufpendre un Pendule ; &
dans le XII , comment doit être la lentille
pour éprouver une moindre réfiftance
de l'air. Chap. XIII , Expériences
fur les réfiftances de l'air . Chap. XIV &
XV , calcul de la force requife pour entretenir
en mouvement un Pendule :
ce qui conduit à la meilleure manière
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
de régulateur . L'Auteur traite dans les
Chapitres XVI & XXVII des Pendules
qui font mus par l'action inégale des
refforts ; des effets des échappemens ; &
de la machine qu'il a conftruite pour
faire des expériences fur cette matière ,
& c. Il traite dans le Chap. XVIII , de
la dilatation & contraction des métaux
par le chaud & le froid . Chap. XIX , du
Pyrometre qu'il a compofé pour mefurer
les effets des métaux ; & Chap . XX ,
il donne le précis des expériences qu'il
a faites là -deffus. Chap . XXI , des écarts
que la différence de la température caufe
aux Horloges à pendule. L'Auteur
traite dans les Chap . XXII & XXIII
de la conftruction de plufieurs verges
compofées pour compenfer les effets du
chaud & du froid. Chap . XXIV , Defcription
d'une Horloge aftronomique ,
à fecondes concentriques , allant un an :
Sonnerie de fecondes pour faciliter les
obfervations pour les Aftronomes.
Après avoir traité des parties les plus
éffentielles des Horloges à pendule ,
l'Auteur a entrepris de parcourir tour
ce qui peut contribuer à la jufteffe des
Horloges portatives , & à établir une
théorie fur les Montres . Pour cet effet ,
il examine dans le Chapitre XXV , le
FEVRIER . 1763. 127
Balancier fimple ; & Chap. XXVI , les
propriétés du Spiral. Chap . XXVII ,
les conditions du meilleur régulateur de
Montre. Il démontre dans le Chapitre
XXVIII , tout ce qui eft relatif au Balancier
, poids , grandeurs , vîteffes ,
&c. Chap. XXIX , l'Auteur traite des
frottemens , de leurs effets , des huiles ,
& c. Il donne dans le Chap. XXX deux
propofitions qui fervent de baſe à la
théorie qu'il établit pour les compenfations
du chaud & du froid fur les Montres.
Le Chap. XXXI contient plufieurs
expériences qui confirment cette théorie.
Chap. XXXII , des effets des échappemens
dans les Montres , leurs propriétés
, &c. Il donne dans le Chapitre
XXXIII des principes fur la force de
mouvement des Balanciers , & on en
fait l'application dans le Chap . XXXIV ,
pour trouver les pefanteurs des Balanciers
, forces de refforts , étendue de
vibration , & c. Chap. XXXV , l'Auteur
y établit quelques principes fur les Ref
forts on trouve dans le Chap. XXXVI
la deſcription d'une Montre à fecondes
concentriques de fa façon ; & Chapitre
XXXVII , la defcription d'une Montre à
huit jours à fecondes , régulateur à deux
balanciers.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
L'Horloge aftronomique décrite dans
le Chap. XXIV n'ayant pas autant approché
de la perfection que l'Auteur le
defiroit , il a travaillé à une nouvelle
Horloge , dans la conftruction de laquelle
il a raffemblé tout ce que l'étude
& l'expérience ont pu lui apprendre ;
auffi a -t- elle parfaitement réuffi . Cette
Horloge a fait l'objet des Chapitres
XXXVIII & XXXIX.
Après avoir travaillé avec fuccès à
la perfection des Horloges aftronomiques
& des Montres , l'Auteur a formé
le projet de conftruire une Horloge marine
pour fervir aux longitudes : c'eſt
l'objet de quatre Chapitres. Pour parvenir
au but qu'il fe propofe ; il donne
dans le Chapitre XL une notion des longitudes
& de leur utilité en mer ; de
l'ufage de l'Horlogerie pour parvenir à
leur découverte . Le Chap. XLI traite
des principes qu'il a fuivis pour la compofition
d'une Horloge marine , laquelle
ell décrite Chap. XLII ; & d'après l'exétion
qu'il en a faite , il donne dans le
Chapitre XLIII les détails de maind'oeuvre
, & les expériences faites avec
cette machine. Il propofe dans le Chapitre
XLIV la conftruction d'une Horloge
marine plus fimple & moins coû
FEVRIER . 1763. 129
-
•
teufe que celle qu'il a exécutée . Il donne
auffi le plan de cette machine. Ce Chapitre
eft terminé par la defcription d'une
troifiéme Horloge , qu'il croit préférable
aux précédentes : il ne l'a pas exécutée
, mais il en donne le plan.
Le Chap. XLV contient quelques
additions & expériences relatives à la
perfection des Horloges aftronomiques .
Le Chapitre XLVI contient des additions
à plufieurs parties des Montres ; fur
les frottemens , compenfations du chaud
& du froid , & c : on y trouvera la defcription
de plufieurs inftrumens éffentiels
à la perfection des Montres , & entr'autres
une machine à fendre & à tailler
les roues de cylindre & roues de rencontres
enarbrées ; de l'exécution de l'échappement
à cylindre , &c . Enfin , pour
terminer cet Ouvrage , l'Auteur traite
dans le Chap. XLVII de la conftruction
& de l'exécution d'une bonne Montre
& il fait concourir tout ce qui peut la
porter à la plus grande perfection , &
entre dans tous les détails de fa conftruction
& dans les plus éffentiels de
fon exécution.
ÉSSAI fur l'Horlogerie ; Par M. FERDIN
AND BERTHOUD , Horloger
à Paris. *
-
L'ART de l'Horlogerie fi long-temps
ignoré a acquis de nos jours un trèsgrand
degré de perfection du côté de la
main-d'oeuvre ; mais on n'avoit pas encore
tenté de réduire cette Science en
principes. Les Auteurs qui en ont écrit
jufqu'à préfent , fe font contentés de
décrire les piéces d'Horlogerie les plus
en ufage , & de traiter chacun à ſa maniere
de quelques foins de pratique . Delà
eft venue la variété que l'on s'eft
permife dans la fabrication des Pendules
& des Montres. Ce n'eft cependant
* Cet Auteur eft déjà connu par les Articles
Horlogerie qu'il a faits pour l'Encyclopédie ;
par différens Ouvrages de fon invention , préfentés
à l'Académie Royale des Sciences ; par le Livre
de l'Art de conduire & de régler les Pendules &
les Montres &c.
On trouvera auffi chez les mêmes Libraires le Livre
de l'Art de conduire & de régler les Pendules
& les Montres.
120 MERCURE DE FRANCE.
que d'après des principes bien établis
que l'on peut parvenir au point de conftruire
& d'éxécuter ces Machines , pour
les mettre en état de mefurer le temps
avec la plus grande précifion.
C'est pour répondre au défir des Amateurs
de cet Art, & au befoin des fabricateurs
d'Horlogerie que l'Auteur de cet
Ouvrage s'eft déterminé à faire part au
Public de tout ce qu'il eft parvenu à
découvrir fur cette fcience par un travail
conftant & defintéreffé qui l'occupe
depuis plus de dix ans & par
l'étude particulière qu'il a faite des principes
de méchanique , & furtout par un
grand nombre d'expériences tendantes
vérifier ces principes .
,
Cet Ouvrage eft donc le fruit d'une
étude longue & pénible , & l'Auteur
n'y fait myſtère d'aucune des chofes qu'il
a apprifes ; il y expofe les principes fur
Lefquels il eft parvenu à compofer non
feulement des Horloges à pendule , qui
ne varient ni par le chaud ni par le froid ;
des Horloges marines pour fervir aux
longitudes , & c ; mais encore à établir
une théorie fur les Montres , vérifiée
par l'expérience , & au moyen de laquelle
il conftruit auffi des Montres
qui ne varient point par les différentes
températures ;
FEVRIER. 1763. 12.1
températures ; chofe à laquelle on n'avoit
ofé penfer jufqu'à préfent .
Le but de l'Auteur étant d'inftruire
les Artiſtes & les Amateurs , il ne fe
contente pas de les guider par des principes
mis à leur porté , il entre encore
dans tous les détails de pratique fur les
Pendules & les Montres ; enforte qu'avec
un peu de réflexion une perfonne
qui n'auroit même aucune teinture de
l'Art , pourroit parvenir à exécuter des
Pendules & des Montres qui marcheroient
avec jufteffe .
L'Ouvrage entier eft divifé en deux
Parties , qui forment chacune un Volume.
La première Partie comprend
trente-fix Chapitres , qui traitent principalement
des defcriptions des Machines
ordinaires d'Horlogerie , comme Pendules
à fecondes , fonnerie d'un an
an ,
Horloges à répétition , à équation , & c.
Des Montres ; Montres à réveil , à répétition
, à équation , à quatre parties ,
& plufieurs inftrumens & outils les plus
éffentiels , & c ; de tous les détails de
main-d'oeuvre d'une Répétition en Pendule.
Dix-neuf Planches jointes au premier
Volume , font relatives à l'objet
de cette Partie .
La feconde Partie eft divifée en qua-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
rante-fept Chapitres , qui traitent particuliérement
des principes & de la théorie
de l'art , de la meſure du temps ;
grand nombre d'expériences & de machines
faites pour vérifier ces principes ;
la conftruction qu'il faut donner aux
machines qui mefurent le temps , tant
dans les Horloges aftronomiques , que
dans les Montres & les Horloges Marines
, &c. Dix- neuf Planches gravées
en taille-douce , font relatives aux matières
traitées dans ce Volume. Nous
allons parcourir la totalité de cet Ouvrage
, pour donner une notice de ce
qu'il contient.
PREMIERE PARTIE . Le Chapitre L
traite de la divifion du temps , qui eft
mefuré par les révolutions du foleil': on
fait voir que le foleil varie , & l'on explique
les caufes de ces écarts : Chap. II.
Pour parvenir à faire concevoir parfairement
les divers effets de cette partie
d'une Horloge qui mefure le temps ,
l'Auteur fuppofe que n'ayant aucune
notion des machines qui mefurent le
temps , on veut en compofer une. Pour
cet effet il paffe des idées les plus fimples
& par gradation , au point de former la
machine ; & l'on acquiert par cette mé-
-thode des idées générales , nettes &
FEVRIER. 1763. 123
justes de chaque partie des Horloges ;
Au Chap. III , Defcription d'une Pendule
à fecondes , à fonnerie : Chap. IV
& V , fur les fonneries . Defcription
d'une fonnerie d'un an. Chap . VI &
VII , Notion générale des répétitions ,
avec la defcription de ce méchaniſme.
Pour parvenir à donner des notions nettes
des Montres , l'Auteur fuppofe que
l'on ne connoît point le méchaniſme de
ces ingénieuſes machines , & que l'on
veut en compofer une ; il fait voir par
gradation comment on pourroit y parvenir
c'est l'objet du Chap . VIII. Le
IX eft la defcription d'une Montre ordinaire
Chap . X , Defcription d'une
Montre à répétition : Chap . XI , Defcription
d'une Montre à réveil : Chap.
XII , de l'Équation ; fes effets. Les
Chap . XIII , XIV , XV , XVI , XVII
& XVIII , contiennent des defcriptions
de différentes fortes d'Equation pour les
Pendules & pour les Montres : Montres
d'un mois fans monter à répétition , fecondes
, équation , & c. Chap. XIX , on
entre dans les détails d'exécution de ces
machines : Chap. XX , de l'uſage des
Tables d'équation jointes à ce Livre .
Les Chap . XXI , XXII , XXIII & XXIV
font des defcriptions d'échappemens
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
pour les Pendules ou pour les Montres :
Chap. XXV , de la machine à fendre
les roues Chap . XXVI , de l'outil à
tailler les fufées. Les Chap. XXVII ,
XXVIII & XXIX font des defcriptions
des outils les plus éffentiels qui fervent à
la pratique de l'Art. Chap . XXX , Defcription
d'une Montre à trois parties.
Chap . XXXI , de quelques foins de
conftruction & d'exécution des Montres.
Chap. XXXII & XXXIII , Examen
des caufes d'arrêts & de variations
des Montres & des Pendules. Chap.
XXXIV , fur les nouvelles productions
d'Horlogerie. Chap. XXXV, des Baromêtres
& Thermomêtres à aiguille. Enfin
on termine cette première Partie
par tous les détails de main-d'oeuvre pour
l'entière exécution d'une Pendule à répétition
: celaforme le Chapitre XXXVI,
qui eft de 260 pages.
II. PARTIE
,
POUR parvenir à établir une théorie
fur les machines qui mefurent le temps ,
objet de la feconde Partie l'Auteurcommence
dans le premier Chapitre par
démontrer les loix de l'équilibre dans le
fimple levier. Ce principe établi il
l'employe à faire entendre comment les
,
FEVRIER. 1763. 125
roues , qui ne font que des compofés de
leviers , agiffent les unes fur les autres :
c'eft le but du Chapitre II . Dans le III ,
on donne des règles générales pour mefurer
la force tranfmife par le moteur à
la dernière roue d'un rouage. On examine
dans le Chap. IV les effets des
mauvais engrénages. Au Chap . V , on
démontre les courbés que doivent avoir
les dents des roues & pignons. Les Chapitres
VI , VII & VIII , traitent du
calcul des rouages , foit pour trouver les
nombres des dents des roues & pignons,
quand on compofe un Pendule ; ou ,
cette machine ou Pendule étant faite ,
pour favoir les révolutions que les roues
font , & pour trouver le nombre de
dents de rochets relativement à la longueur
d'un Pendule donné. Les Chapitres
IX & X traitent des loix du Pendule
fimple & de fes propriétés. On recherche
dans le Chapitre XI la meilleure
manière de fufpendre un Pendule ; &
dans le XII , comment doit être la lentille
pour éprouver une moindre réfiftance
de l'air. Chap. XIII , Expériences
fur les réfiftances de l'air . Chap. XIV &
XV , calcul de la force requife pour entretenir
en mouvement un Pendule :
ce qui conduit à la meilleure manière
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
de régulateur . L'Auteur traite dans les
Chapitres XVI & XXVII des Pendules
qui font mus par l'action inégale des
refforts ; des effets des échappemens ; &
de la machine qu'il a conftruite pour
faire des expériences fur cette matière ,
& c. Il traite dans le Chap. XVIII , de
la dilatation & contraction des métaux
par le chaud & le froid . Chap. XIX , du
Pyrometre qu'il a compofé pour mefurer
les effets des métaux ; & Chap . XX ,
il donne le précis des expériences qu'il
a faites là -deffus. Chap . XXI , des écarts
que la différence de la température caufe
aux Horloges à pendule. L'Auteur
traite dans les Chap . XXII & XXIII
de la conftruction de plufieurs verges
compofées pour compenfer les effets du
chaud & du froid. Chap . XXIV , Defcription
d'une Horloge aftronomique ,
à fecondes concentriques , allant un an :
Sonnerie de fecondes pour faciliter les
obfervations pour les Aftronomes.
Après avoir traité des parties les plus
éffentielles des Horloges à pendule ,
l'Auteur a entrepris de parcourir tour
ce qui peut contribuer à la jufteffe des
Horloges portatives , & à établir une
théorie fur les Montres . Pour cet effet ,
il examine dans le Chapitre XXV , le
FEVRIER . 1763. 127
Balancier fimple ; & Chap. XXVI , les
propriétés du Spiral. Chap . XXVII ,
les conditions du meilleur régulateur de
Montre. Il démontre dans le Chapitre
XXVIII , tout ce qui eft relatif au Balancier
, poids , grandeurs , vîteffes ,
&c. Chap. XXIX , l'Auteur traite des
frottemens , de leurs effets , des huiles ,
& c. Il donne dans le Chap. XXX deux
propofitions qui fervent de baſe à la
théorie qu'il établit pour les compenfations
du chaud & du froid fur les Montres.
Le Chap. XXXI contient plufieurs
expériences qui confirment cette théorie.
Chap. XXXII , des effets des échappemens
dans les Montres , leurs propriétés
, &c. Il donne dans le Chapitre
XXXIII des principes fur la force de
mouvement des Balanciers , & on en
fait l'application dans le Chap . XXXIV ,
pour trouver les pefanteurs des Balanciers
, forces de refforts , étendue de
vibration , & c. Chap. XXXV , l'Auteur
y établit quelques principes fur les Ref
forts on trouve dans le Chap. XXXVI
la deſcription d'une Montre à fecondes
concentriques de fa façon ; & Chapitre
XXXVII , la defcription d'une Montre à
huit jours à fecondes , régulateur à deux
balanciers.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
L'Horloge aftronomique décrite dans
le Chap. XXIV n'ayant pas autant approché
de la perfection que l'Auteur le
defiroit , il a travaillé à une nouvelle
Horloge , dans la conftruction de laquelle
il a raffemblé tout ce que l'étude
& l'expérience ont pu lui apprendre ;
auffi a -t- elle parfaitement réuffi . Cette
Horloge a fait l'objet des Chapitres
XXXVIII & XXXIX.
Après avoir travaillé avec fuccès à
la perfection des Horloges aftronomiques
& des Montres , l'Auteur a formé
le projet de conftruire une Horloge marine
pour fervir aux longitudes : c'eſt
l'objet de quatre Chapitres. Pour parvenir
au but qu'il fe propofe ; il donne
dans le Chapitre XL une notion des longitudes
& de leur utilité en mer ; de
l'ufage de l'Horlogerie pour parvenir à
leur découverte . Le Chap. XLI traite
des principes qu'il a fuivis pour la compofition
d'une Horloge marine , laquelle
ell décrite Chap. XLII ; & d'après l'exétion
qu'il en a faite , il donne dans le
Chapitre XLIII les détails de maind'oeuvre
, & les expériences faites avec
cette machine. Il propofe dans le Chapitre
XLIV la conftruction d'une Horloge
marine plus fimple & moins coû
FEVRIER . 1763. 129
-
•
teufe que celle qu'il a exécutée . Il donne
auffi le plan de cette machine. Ce Chapitre
eft terminé par la defcription d'une
troifiéme Horloge , qu'il croit préférable
aux précédentes : il ne l'a pas exécutée
, mais il en donne le plan.
Le Chap. XLV contient quelques
additions & expériences relatives à la
perfection des Horloges aftronomiques .
Le Chapitre XLVI contient des additions
à plufieurs parties des Montres ; fur
les frottemens , compenfations du chaud
& du froid , & c : on y trouvera la defcription
de plufieurs inftrumens éffentiels
à la perfection des Montres , & entr'autres
une machine à fendre & à tailler
les roues de cylindre & roues de rencontres
enarbrées ; de l'exécution de l'échappement
à cylindre , &c . Enfin , pour
terminer cet Ouvrage , l'Auteur traite
dans le Chap. XLVII de la conftruction
& de l'exécution d'une bonne Montre
& il fait concourir tout ce qui peut la
porter à la plus grande perfection , &
entre dans tous les détails de fa conftruction
& dans les plus éffentiels de
fon exécution.
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Résumé : HORLOGERIE. ÉSSAI sur l'Horlogerie ; Par M. FERDINAND BERTHOUD, Horloger à Paris.*
Le texte présente un ouvrage sur l'horlogerie rédigé par Ferdinand Berthoud, horloger à Paris. Berthoud observe que, bien que l'art de l'horlogerie ait progressé en termes de main-d'œuvre, il manquait de principes scientifiques formalisés. Les auteurs précédents se limitaient à décrire les pièces et les pratiques courantes, entraînant une grande diversité dans la fabrication des pendules et des montres. Berthoud a donc entrepris de structurer cette science en principes établis, après plus de dix ans de travail et d'expériences. Son ouvrage vise à instruire les artisans et les amateurs en exposant les principes mécaniques et les détails pratiques nécessaires à la construction de machines précises. Il aborde la fabrication de pendules et de montres résistantes aux variations de température, ainsi que des horloges marines pour la détermination des longitudes. L'ouvrage est divisé en deux parties. La première partie, composée de trente-six chapitres, décrit les machines ordinaires d'horlogerie, les montres et les outils essentiels. La seconde partie, en quarante-sept chapitres, traite des principes théoriques, des expériences et des constructions de machines précises, y compris les horloges astronomiques et marines. Berthoud inclut également des planches illustratives et des détails techniques pour chaque type de machine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 103-105
M. T. CICERONIS, Orator & dialogi de Oratore, numeris & capitibus distincti, brevibusque argumentis per singula capita illustrati. Ad usum Collegiorum Universitatis Parisiensis Nova editio accuratior & emendatior. Parisiis, Typis J. Barbou, via san Jacobω, sub Ciconiis, 1763.
Début :
DANS le dessein où est le sieur Barbou, de completter sa magnifique collection [...]
Mots clefs :
Édition, Dictionnaire, Art oratoire, Perfection, Ouvrages
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texteReconnaissance textuelle : M. T. CICERONIS, Orator & dialogi de Oratore, numeris & capitibus distincti, brevibusque argumentis per singula capita illustrati. Ad usum Collegiorum Universitatis Parisiensis Nova editio accuratior & emendatior. Parisiis, Typis J. Barbou, via san Jacobω, sub Ciconiis, 1763.
M. T. CICERONIS , Orator & dialogi
de Oratore , numeris & capitibus diftincti
, brevibusque argumentis per
fingula capita illuftrati. Ad ufum
Collegiorum Univerfitatis Parifienfis
Nova editio accuratior & emendatior.
Parifiis , Typis J. Barbou , via fan-
Jacobad,fub Ciconiis, 1763.
DANS le deffein où eft le fieur Barbou,
de completter fa magnifique collection
des Auteurs latins, il prépare une édition
entière de toutes les OEuvres de Ciceron
, qu'il donnera par volume , à meſure
qu'ils fortiront de deffous la preffe . Celui
qu'il fait paroître aujourd'hui, contient les
préceptes fur l'art oratoire , qui feront
bientôt fuivis des autres ouvrages de cet
Orateur. Nous n'avons rien à ajouter
ici aux éloges donnés tant de fois à cette
fuperbe collection , & aux foins employés
par le Libraire , pour conduire
cette immenfe & difpendieufe entrepriſe
à fa perfection.
Les autres Ouvrages imprimés chez
Barbou , durant cette annéej1763 , font :
E iv
T04 MERCURE DE FRANCE.
Cæfaris , comment, cum notis Gallicis ,
in- 24. il. 4f.
1l. 4 f.
Novum J. C. Teftamentum , avec une
Cartes de la Terre Ste.
Difcours fur l'Education,par M. Vicaire ,
11. 16 f.
8°. broché.
Aventures de Télémaque , 2 vol in- 12 ,
fig. 51.
Oraifons choifies de Ciceron , traduct.
nouv. avec le latin à côté, fur l'Edition
de Grævius , & avec des notes , 3 vol.
71. 10 f.
Le Socrate ruftique , ou defcription
de
la conduite
oeconomique
& morale
d'un Payfan Philofophe
&c. broché.
1 l. 10 f
Le même Libraire vient d'acquérir les
Livres fuivans.
5 1.
Dictionarium Univerfale feu Boudot. 8°.
dernière édition. 5 l. 10 f.
Hiftoire de Saladin, Sultan d'Egypte par
M. Marin , 2 vol . in - 12 .
Rhetorica juxta Ariftolelis Doctrinam
Dialogis explanata , autore Gibert
Eloquentia Profeffore , in 4° . broché.
Il. 4. f.
Dictionn . Italien François , & François
Italien par M. l'Abbé Antonini ,
SEPTEMBRE . 1763. 105
30 1.
nouv . Edition très-augmentée , 2 vol.
in-4° . 1761 .
Journal des Saints par Grofes, 3 vol in- 12
figures. 7 1. 10 f.
Bibliotheca Rhetorum præcepta & exempla
complectens , quæ tam ad oratoriam
Facultatem quam ad Poëticam
pertinent, difcipulis pariter ac Magiftris
perutilis,à P. le Jay 2 vol. in 4°.
24 1.
de Oratore , numeris & capitibus diftincti
, brevibusque argumentis per
fingula capita illuftrati. Ad ufum
Collegiorum Univerfitatis Parifienfis
Nova editio accuratior & emendatior.
Parifiis , Typis J. Barbou , via fan-
Jacobad,fub Ciconiis, 1763.
DANS le deffein où eft le fieur Barbou,
de completter fa magnifique collection
des Auteurs latins, il prépare une édition
entière de toutes les OEuvres de Ciceron
, qu'il donnera par volume , à meſure
qu'ils fortiront de deffous la preffe . Celui
qu'il fait paroître aujourd'hui, contient les
préceptes fur l'art oratoire , qui feront
bientôt fuivis des autres ouvrages de cet
Orateur. Nous n'avons rien à ajouter
ici aux éloges donnés tant de fois à cette
fuperbe collection , & aux foins employés
par le Libraire , pour conduire
cette immenfe & difpendieufe entrepriſe
à fa perfection.
Les autres Ouvrages imprimés chez
Barbou , durant cette annéej1763 , font :
E iv
T04 MERCURE DE FRANCE.
Cæfaris , comment, cum notis Gallicis ,
in- 24. il. 4f.
1l. 4 f.
Novum J. C. Teftamentum , avec une
Cartes de la Terre Ste.
Difcours fur l'Education,par M. Vicaire ,
11. 16 f.
8°. broché.
Aventures de Télémaque , 2 vol in- 12 ,
fig. 51.
Oraifons choifies de Ciceron , traduct.
nouv. avec le latin à côté, fur l'Edition
de Grævius , & avec des notes , 3 vol.
71. 10 f.
Le Socrate ruftique , ou defcription
de
la conduite
oeconomique
& morale
d'un Payfan Philofophe
&c. broché.
1 l. 10 f
Le même Libraire vient d'acquérir les
Livres fuivans.
5 1.
Dictionarium Univerfale feu Boudot. 8°.
dernière édition. 5 l. 10 f.
Hiftoire de Saladin, Sultan d'Egypte par
M. Marin , 2 vol . in - 12 .
Rhetorica juxta Ariftolelis Doctrinam
Dialogis explanata , autore Gibert
Eloquentia Profeffore , in 4° . broché.
Il. 4. f.
Dictionn . Italien François , & François
Italien par M. l'Abbé Antonini ,
SEPTEMBRE . 1763. 105
30 1.
nouv . Edition très-augmentée , 2 vol.
in-4° . 1761 .
Journal des Saints par Grofes, 3 vol in- 12
figures. 7 1. 10 f.
Bibliotheca Rhetorum præcepta & exempla
complectens , quæ tam ad oratoriam
Facultatem quam ad Poëticam
pertinent, difcipulis pariter ac Magiftris
perutilis,à P. le Jay 2 vol. in 4°.
24 1.
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