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1
p. 206
INPROMPTU POUR MONSIEUR LE DUC.
Début :
Que d'esprit & que de valeur [...]
Mots clefs :
Grandeur, Condé
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texteReconnaissance textuelle : INPROMPTU POUR MONSIEUR LE DUC.
148 LE MERCVRE
INPROMPTU
POVR
MONSIEUR LE DUC.
Q
Ve d'esprit &que de valeur
On voit dans ce Prince admirable!
Ses grandes qualitez furpaſſent Sagrandeur.
Sans luy Condéferoit un Prince
incomparable ,
Mais par bonheur pournous il a
faitsonsemblable
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2
p. 138-148
POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
Début :
Quel éclat s'offre encore à mes yeux ébloüis ? [...]
Mots clefs :
Ennemis, Orgueil, Roi, Grandeur, Troupes, Armée, Victoire
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texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
POVR LE ROY.
VERS IRREGVLIERS.
Q
A l'Académie Françoiſe.
1
Vel éclat s'offre encore à
ébloüis ?
mesyeux
Quel bruit ſe répandſur la terre ,
Et fait tant d'honneur à Loüis ?
Toujours vainqueur , toûjours plus craint que te Tonnerre ,
Ses Ennemis par tout battus ou mépriſez,
Toute la Flandre désolée ,
Toute la Sicile ébranlés fol
GALANT. 87
Ruyter mort des Vaiſſfeaux abiſmez, em brafez,
Quellerichemoiffon de gloire.
Pouren celebrer la memoire ,
Qu'onnem'imposepoint de Loix Dont la contrainte eft incomode ;
Lenepuis ajuster ma voix.
Surletonmeſuré du Sonnet &de l'Ode:
Neſuivons plusnyregle,ny methode Pour chanter defi grands Exploits.
Quen'ay-je dans l'ardeurdont j'ay l'ame enftamée Ces transports éloquens , ces fçavantes fureurs Dont les Chantres fameux enfloient la
Renommée
Etdespremiers Héros , &des premiers Vainqueurs !
Quen'ay-je tout l'encens, avectoutes les fleurs,
Dontonvitautrefais couverte &parfu
mée
LaRoutedes Triomphateurs !
Muses,je neveuxpointvosfaveurs or
dinaires,
Ou plûtost je renance àvosvaines chi
meres.. ટુ-* -*
88 LE MERCVRE
Vostre fauxApollon , fon fabuleux pou voir ,
Vosfontaines, tous vosmiſteres Abuſent trop long-temps noſtre credule espoir,
C'eſt icy quesans vous ilm'eſt permis de
voir
Lesfidelles Dépositaires * De l'Eloquence &du Sçavoir.
Vous donc,mes chers Rivaux ,dontl'éclat m'environe و
Fourniffez-moy cet amasde Lauriers Dont je veux aujourd'buy former une Couronne
Pourleplus granddes Rois &des Guer riers.
Ecoutezaujourd'huy vostre illustre Mecene ,
Obeiffez à cette voix.
Quiparmy nous doit estre fouveraine,
Etquidans les Conſeils duplus ſagedes Rois
Netrouverienque parfon poids -Elle nefurmonte n'entraine ;
Luy- meſme pourvous aniner Interrompt ſes travaux , vous exhorte,
vouspreffe
GALANT. 89 Se mefle auxbeaux Concertsque vousde- vezformer.
Ace zele infiny qui te brûlefans ceſſe,
Poëtes , Orateurs , laiſſez-vous enflamer..
Pour vous à qui Loüis a confié l'Hi- stoire
D'une vie abondante en Exploits fi gnalez.
Pourentransmettre la memoire AuxSiecles les plus reculez ,
Faites-c. in recit &fidelle &fincere.
Point de vains
emprunté...
ornemens , point d'éclat
C'est le plus grandeffort que vostre Art
puiſſefaire ,
Que d'en mettre en plein jour laſimple verité.
Laiffez aux Ennemis , quand tout lear eft contraire.
L'artifice honteux d'un Triomphe in venté ;
Laissez leur ,pour pouvoir conſoler leur mifere ,
La ridicule vanité
D'une Victoire imaginaire.
)
90 LE MERCVRE
Dans un Récit naif, montrez parquels efforts Par quels afſauts , par quelles fune- railles,
Quand l'épée àla main nousforcions des muraillestol L'Escautaven rougirfes bords:
Dequels mursfaudroyez il vitfumer fes rives;
Quel nombre il entraîna de morts &de
mourans ,
Etde quelsang qui couloit en torrens,
Il vit haſterſes ondesfugitives.
Dites-nousquel prodige ouquel enchantement ,
Rend l'Armée ennemie étonnée&confuse ,
Etquelle nouvelleMeduse Ofteàcent mille bras l'aime &le mouve
ment ?
Faites nous voir l'Ibere &le Batave
Toustremblans àl'aspect d'un Roy victo- rieux,
Comme on voit à l'aspect d'un Maistre impérieux Vnfoible &malheureuxEsclave.
GALANT. 91
は
fas
60%
10
k
Racontez- nous avec quelle chaleur Onvit fondrefurnous desTroupesafſem blées ,
Puissefauverconfuses &troublées,
Etrepaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Ne fardezpoint pardes Contesfrivoles
DesFaitsfi beaux ,fi glorieux :
Quele Vaincumenace &triomphe enpa- roles ,
EtpardefauxExploitss'élevejusqu'ause
Cieux,
Nosfimples veritez paffent leurs hyper- boles..
Commeplangezdans un profondfom- meil ,
Les Ennemis se paiſſent de beauх Songes,
:
Maisenfinvaicy le réveil Qui vadiffiper ces mensonges.
Quen'attendoient-ilspas de cet immense
Corps Defieres Nations contre nousramassées!
Ilsseflatoient devoirpar leurs communs
efforts Toutesnosforcesrenversées.
Cependant unRoy ſeul ſans en estre al- Larmé,
91 LE MERCVRE Faitteste àl'Univers armé.
Ilfaitplus,d'une main ce Prince redou table
Combat les effortdangereux D'une Lignesiformidable ,
Etde l'autre en Roy genereux ,
Parunevaleurfecourable - Il fauve un Peuple malheureux.
Etbriſe le joug qui l'accable.
Quel espoir,quel orgueil vous eft encor permis
- Dans une Guerre fi funeste ?
Tremblezſuperbes Ennemis ,
Ruyterest tout ce qui vous reste.
Faut- il que ce Ruyter,l'ame deſes Soldats
Faut-ilque cette illustre teſte ,
Ce Secours mandié plus craint que tous
vosbras,
Plus redouté que la tempeste ,
Vous fasse pour jamais rougir de fon trépas Etqu'enfin ce grand coup nous rende une Conqueste Quenousne vousdemandions pas ?
Mais ce n'est pas aſſez , voſtre audace obſtinée ,
GALANT. 93 Parnosfréquensfuccés honteuse &con- damnée,
Démentſes propresyeuxpour tromperfa fierté :
Il faut des veritez encorplus convainquantes د
DesVictoires plus éclatantes Pourfurmonter enfin voſtre incredulité.
Pour vous perfuaderàforce de Miracles,
Etpourconfondre vos Oracles ,
Il faut vous enlever tout l'Empire des
Eaux:
Ilfaut pour vous ofter toute vostre espe
rance, LYON
Avecune intrépide &noble confiance,
Aller jusqu'en vos Ports, attaquer vos93 Vaisseaux.
Il faut que pour jamais deux Flotes de- folées ,
Des Vaiſſeaux abymez , des Galeres brûlées,
De vostre orgueil puny foient l'affreux
monument ,
Quede l'Onde &duFen lemélangeterrible ,
Quele bruyant éclat d'un longembrafe.
ment
94 LEMERCVRE
Rende à tout l'Univers vostre perte vi- fible.
Ouvrez enfin les yeux , Ennemis du
repos ;
Voyez quel est le Fruit de vostre injuste
Guerre:
Loüis triomphoitſur laTerre,
Louis vapourjamais triompher ſur les Flots.
Il vivoit glorieux dansune Paix pro- fonde ,
Contentdefa grandeur &du noble afcen- dant 2
Qui le rendoient l'amour , les delices du monde;
Etvostre ambition , voſtre orgueil impru dent ,
Remettantdansses mains la Foudre&le
Trident,
Le rendent la terreur de la Terre&de
l'Onde.
VERS IRREGVLIERS.
Q
A l'Académie Françoiſe.
1
Vel éclat s'offre encore à
ébloüis ?
mesyeux
Quel bruit ſe répandſur la terre ,
Et fait tant d'honneur à Loüis ?
Toujours vainqueur , toûjours plus craint que te Tonnerre ,
Ses Ennemis par tout battus ou mépriſez,
Toute la Flandre désolée ,
Toute la Sicile ébranlés fol
GALANT. 87
Ruyter mort des Vaiſſfeaux abiſmez, em brafez,
Quellerichemoiffon de gloire.
Pouren celebrer la memoire ,
Qu'onnem'imposepoint de Loix Dont la contrainte eft incomode ;
Lenepuis ajuster ma voix.
Surletonmeſuré du Sonnet &de l'Ode:
Neſuivons plusnyregle,ny methode Pour chanter defi grands Exploits.
Quen'ay-je dans l'ardeurdont j'ay l'ame enftamée Ces transports éloquens , ces fçavantes fureurs Dont les Chantres fameux enfloient la
Renommée
Etdespremiers Héros , &des premiers Vainqueurs !
Quen'ay-je tout l'encens, avectoutes les fleurs,
Dontonvitautrefais couverte &parfu
mée
LaRoutedes Triomphateurs !
Muses,je neveuxpointvosfaveurs or
dinaires,
Ou plûtost je renance àvosvaines chi
meres.. ટુ-* -*
88 LE MERCVRE
Vostre fauxApollon , fon fabuleux pou voir ,
Vosfontaines, tous vosmiſteres Abuſent trop long-temps noſtre credule espoir,
C'eſt icy quesans vous ilm'eſt permis de
voir
Lesfidelles Dépositaires * De l'Eloquence &du Sçavoir.
Vous donc,mes chers Rivaux ,dontl'éclat m'environe و
Fourniffez-moy cet amasde Lauriers Dont je veux aujourd'buy former une Couronne
Pourleplus granddes Rois &des Guer riers.
Ecoutezaujourd'huy vostre illustre Mecene ,
Obeiffez à cette voix.
Quiparmy nous doit estre fouveraine,
Etquidans les Conſeils duplus ſagedes Rois
Netrouverienque parfon poids -Elle nefurmonte n'entraine ;
Luy- meſme pourvous aniner Interrompt ſes travaux , vous exhorte,
vouspreffe
GALANT. 89 Se mefle auxbeaux Concertsque vousde- vezformer.
Ace zele infiny qui te brûlefans ceſſe,
Poëtes , Orateurs , laiſſez-vous enflamer..
Pour vous à qui Loüis a confié l'Hi- stoire
D'une vie abondante en Exploits fi gnalez.
Pourentransmettre la memoire AuxSiecles les plus reculez ,
Faites-c. in recit &fidelle &fincere.
Point de vains
emprunté...
ornemens , point d'éclat
C'est le plus grandeffort que vostre Art
puiſſefaire ,
Que d'en mettre en plein jour laſimple verité.
Laiffez aux Ennemis , quand tout lear eft contraire.
L'artifice honteux d'un Triomphe in venté ;
Laissez leur ,pour pouvoir conſoler leur mifere ,
La ridicule vanité
D'une Victoire imaginaire.
)
90 LE MERCVRE
Dans un Récit naif, montrez parquels efforts Par quels afſauts , par quelles fune- railles,
Quand l'épée àla main nousforcions des muraillestol L'Escautaven rougirfes bords:
Dequels mursfaudroyez il vitfumer fes rives;
Quel nombre il entraîna de morts &de
mourans ,
Etde quelsang qui couloit en torrens,
Il vit haſterſes ondesfugitives.
Dites-nousquel prodige ouquel enchantement ,
Rend l'Armée ennemie étonnée&confuse ,
Etquelle nouvelleMeduse Ofteàcent mille bras l'aime &le mouve
ment ?
Faites nous voir l'Ibere &le Batave
Toustremblans àl'aspect d'un Roy victo- rieux,
Comme on voit à l'aspect d'un Maistre impérieux Vnfoible &malheureuxEsclave.
GALANT. 91
は
fas
60%
10
k
Racontez- nous avec quelle chaleur Onvit fondrefurnous desTroupesafſem blées ,
Puissefauverconfuses &troublées,
Etrepaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Ne fardezpoint pardes Contesfrivoles
DesFaitsfi beaux ,fi glorieux :
Quele Vaincumenace &triomphe enpa- roles ,
EtpardefauxExploitss'élevejusqu'ause
Cieux,
Nosfimples veritez paffent leurs hyper- boles..
Commeplangezdans un profondfom- meil ,
Les Ennemis se paiſſent de beauх Songes,
:
Maisenfinvaicy le réveil Qui vadiffiper ces mensonges.
Quen'attendoient-ilspas de cet immense
Corps Defieres Nations contre nousramassées!
Ilsseflatoient devoirpar leurs communs
efforts Toutesnosforcesrenversées.
Cependant unRoy ſeul ſans en estre al- Larmé,
91 LE MERCVRE Faitteste àl'Univers armé.
Ilfaitplus,d'une main ce Prince redou table
Combat les effortdangereux D'une Lignesiformidable ,
Etde l'autre en Roy genereux ,
Parunevaleurfecourable - Il fauve un Peuple malheureux.
Etbriſe le joug qui l'accable.
Quel espoir,quel orgueil vous eft encor permis
- Dans une Guerre fi funeste ?
Tremblezſuperbes Ennemis ,
Ruyterest tout ce qui vous reste.
Faut- il que ce Ruyter,l'ame deſes Soldats
Faut-ilque cette illustre teſte ,
Ce Secours mandié plus craint que tous
vosbras,
Plus redouté que la tempeste ,
Vous fasse pour jamais rougir de fon trépas Etqu'enfin ce grand coup nous rende une Conqueste Quenousne vousdemandions pas ?
Mais ce n'est pas aſſez , voſtre audace obſtinée ,
GALANT. 93 Parnosfréquensfuccés honteuse &con- damnée,
Démentſes propresyeuxpour tromperfa fierté :
Il faut des veritez encorplus convainquantes د
DesVictoires plus éclatantes Pourfurmonter enfin voſtre incredulité.
Pour vous perfuaderàforce de Miracles,
Etpourconfondre vos Oracles ,
Il faut vous enlever tout l'Empire des
Eaux:
Ilfaut pour vous ofter toute vostre espe
rance, LYON
Avecune intrépide &noble confiance,
Aller jusqu'en vos Ports, attaquer vos93 Vaisseaux.
Il faut que pour jamais deux Flotes de- folées ,
Des Vaiſſeaux abymez , des Galeres brûlées,
De vostre orgueil puny foient l'affreux
monument ,
Quede l'Onde &duFen lemélangeterrible ,
Quele bruyant éclat d'un longembrafe.
ment
94 LEMERCVRE
Rende à tout l'Univers vostre perte vi- fible.
Ouvrez enfin les yeux , Ennemis du
repos ;
Voyez quel est le Fruit de vostre injuste
Guerre:
Loüis triomphoitſur laTerre,
Louis vapourjamais triompher ſur les Flots.
Il vivoit glorieux dansune Paix pro- fonde ,
Contentdefa grandeur &du noble afcen- dant 2
Qui le rendoient l'amour , les delices du monde;
Etvostre ambition , voſtre orgueil impru dent ,
Remettantdansses mains la Foudre&le
Trident,
Le rendent la terreur de la Terre&de
l'Onde.
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Résumé : POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
Le poème célèbre les victoires militaires du roi Louis, mettant en lumière ses exploits en Flandre et en Sicile, ainsi que la mort de l'amiral néerlandais Ruyter. Le poète exprime son désir de célébrer ces événements sans se conformer aux contraintes poétiques traditionnelles, cherchant une expression plus authentique et directe. Il appelle les muses et les poètes à se libérer des conventions littéraires pour se concentrer sur la vérité des faits. Le texte invite à décrire les batailles avec réalisme, en montrant les efforts et les sacrifices des soldats, et en contrastant avec les illusions des ennemis. Il met en avant la bravoure et la générosité du roi, qui combat les ennemis tout en sauvant les peuples opprimés. Le poème souligne la nécessité de victoires éclatantes pour convaincre les ennemis de la supériorité du roi. Il décrit des batailles navales victorieuses, où les flottes ennemies sont détruites, et appelle les ennemis à reconnaître la domination de Louis sur terre et sur mer. Le poème se termine en soulignant comment l'ambition et l'orgueil des ennemis ont transformé Louis en une figure redoutable, tant sur terre que sur les flots.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 15-31
LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Début :
On ne doit point s'étonner apres tous ces soins, / Grand Roy, qui dans l'Eglise avez le Droit d'Ainesse, [...]
Mots clefs :
Louanges, Monarque, Chevalier de Longueil, Hérésie, Lois, Église, Couronne, Honneur, Grandeur, Monstres, Conversion, Tyrans, Vérité, Auteurs, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
On ne doit point s'étonner
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
apres tous ces foins , qui font
fuivis tous les jours de fuccez
tres- favorables , fi l'on entend
retentir de toutes parts les
loüanges de noftre augufte
Monarque. Je croy ne pouvoir
vous les faire entendre
16 MERCURE
d'une maniére plus agréable ,
qu'en vous envoyant les Vers
que vous allez lire . Ils font de
M'le Chevalier de Longueil,
qui ſe diſtingue autant par les
belles Lettres que par les Mathématiques
. Če Gentilhomme
qui demeure en Anjou ,
eft de l'Illuftre Maifon de
Longueil , qui a l'honneur de
voir encore aujourd'huy M¹
le Préfident de Maifons, exercer
une des premiéres Charges
de la Juſtice , avec toute
la réputation que ſes Ance
ftres ont acquife pendant les
trois derniers Siécles , & fen
GALANT.
17
3
>
M' le Préfident de Maiſons.
fon Pere , Surintendant des
Finances en celuy- cy. Il
femble que M' le Chevalier
de Longueil ait voulu imiter
dans ces vers le zéle de Chriftophe
de Longueil , le plus
celebre Orateur Latin , que las
France ait eu jufques à luy ,,
lequel déclama dans l'Eglife
de S. Pierre , en prefence dus
Pape Leon X. cette éloquente
Oraifon , qu'il avoit compofée
contre l'Heréfie de Luther
alors naiffante , & qui fe:
trouve dans fes Ouvrages.
Février
1685-
B
18 MERCURE
SZ-SSSESES:S22SSSS
LA FRANCE
AU ROY,
SUR L'EXTIRPATION
DE L'HERESIE.
G
·RAND ROT , quidas l'Eglife
avez le Droit d' Aineffe ,
Et aans fesfaintes Loixpuifez voftre
Sageffe,
Pour régir des François l'Empire
glorieux,
Qu'a fignalé la Foy de vos premiers
Aуeux;
Cher Prince, à qui le Ciel adonné ma
Couronne,
Pourtenir en vos mains tous les ordres
qu'il donne,
GALANT rep
Rétablir des Autels les bonneurs méprifez
Réunir tant de coeurs fi long- temps
divifex, A
Et pour rendre à mes Lys cette pure
innocence,
Qu'ils reçûrent du lien de leurfainte
naiffance.
Apres m'avoirportée à ce baut point:
d'honneur,
Qui refléchitfur- moy vostre propre
Grandeur;
M'avoir donné du Rhin la Barriere
fameuse,
Faitcoulerfous mesLoix , & l'Efcaur »
& la Meufe;
Avoirpour le Commerce ouvert de
nouveaux Ports ,
De Pinde & du Couchant attiré les
tréfors;
Et pour joindre les Mers, prodiguanst
Les miracles ,
20 MERCURE
Des Rochers & des Eauxforcé tous les
obftacles;
Apresm'avoir donné, par lefecours
des Arts,
Defuperbes Palais , & defameux
Ramparts,
Et par tant de travaux, qu'en tous
lieux on renomme,
Eait voir qu'eftre François, c'eft eftre
plus qu'un Homme;
Par un reffentiment digne de vos
bienfaits,
Je viens du Monde entier vous offrir
les refpects,
Et donner pour Garans de ma reconnoiffance,
Les coeurs de vos Sujets,& mon obeïf
fance.
De mefme que la Terre au retour du
Printemps
Découvre defes Fleurs les Rubis éclas
tans.ક
GALANT 20
Etpourenfaire hommage au Roy de la
Nature,
Semble luy présenter la naiffante
verdure;
Telle, &plus redevable à vos ſoins
glorieux,
Jétale mon bonheur & mapompe à
vos yeux
Mais le Ciel a voulu qu'à de plus
nobles marques akt
Vousfuffiez reconnu le plus grand
des Monarques,
Et qu'un pieux Héros dans la prospé
rité,
Travaillantfans relâche à l'immortalité,
Extirpast l'Heréfie, & coupantfes
racines,
Enfin d'avec mes Lys feparast les
Epines..
Depuis unfiécle, on plus, mes Peuples
vas Sujets
22 MERCURE
Ont pour ce grand deſcin formé de.
vains projets...
Les Charles , les Henrys, & voftre
auguste Pere,
Ontcombatu ce,Monftre , & n'ontpú
le défaires
Et P.Universconnoist,fans en estre
jaloux,
Qu'il n'eftoitréfervé
qu'à vos illu .
ftres coups.
QuelSpectacle de voir mon Roy cou
vert degloire,
Faire de Conftantin revivre lamémoire
,
Elevercomme luy l'Etendart de la
Croix,
Faireregnerceluy qui fait regner les.
Roys ,
Contrefes Ennemisprendre en main.
fa quercite,
Et vanger en Chrétien fon Eglife
fidelle!
GALANT. 23
4
Oxy , Dicu mefmejaloux deſespra..
pres honneurs.
S'estfait en tous les temps de pieux:
Défenfeurs;
Lug - mefme a foûtenu le coeur des
Macabées,
Pour vaincre d'un Tyran les nom
breufes Armées;
Et l'heureufe valeur du Berger d'If
raël,
Pour délivrer les Iuifs , fut l'ouvrage
du Ciel."
Voftre tour eft venu, Grand Prince, il
vous appelle,
Pour eftre l'Héritier de leur glaire
immortelle..
Oquej'aime à vous voir, épris de
cette ardeur,
Chercher tous les moyens de diffiper
L'erreur;
Dufameux Bofsüet emprunter l'élo-
∙quence,
24 MERCURE
Et dujufte Tellier confulter lapru
dence;
Exciter Chanvallon, dont lafainte
ferveur,
D'Aurele & d Auguſtin imitant la
douceur,
Propofe du Clergé la Lettre Paftorale, -
Pour attirer les coeurs que retient la
Cabale,
Etjoindre àleurs travaux la libéra--
lité,
Lamajefté des Loix, l'exemple, & -
L'équités
Des Nouveaux Convertis foûtenirl'indigence,
Etpunirdes Relaps l'odieufe incon--
Stance!
D'unfage & puiffant Roy falutaire
rigueur,
Qui détermine au Bien la liberté du
coeur
maiss
GALANT. 25
Mais quey ! doit-on ainfi nommer
voftrejustice,
Qui pardonne à tous ceux qui renoncentau
vice?
Elle qui n'interdit les emplois glorieux
Quejufques au moment que l'Homme
ouvre les yeux.
Quand par voftre bonté, dont elle est
prévenuë,
De ceux qui la craignoient le nombre
diminuë;
Lorsque vous adoptez cesgenéreux
Enfans,
Dont les Peres, fans vous, deviendroient
les Tyrans;
On quand vos foins heureux, cherchant
avec tendreffe
Ceux que la Grace touche, & la Verité
preſſe,
Font voir avec éclat d'illuftres Déferteurs,
Fevrier 1685. C
26 MERCURE
Minifires de Satan , abjurer leurs »
erreurs.
Puiffe du GrandLOVIS l'infatiga
ble zéle
Aux Héros à venir eftre un parfait
modelle;
Ou fi de l'imiter on tâche vaincment,
Que du moins on l'admire avec étonnement,
Dans le défir de voir réunis à l'Eglife
Les coeurs defes Sujets, que le Schifme
divife,
S'eftimer fortuné, fi defon Bras un
jour
Il payoit la valeur de cet heureux
retour.
Maisformez d'autres voeux, Prince
trop magnanime,
Le Ciel ne veut de vous qu'un tribut
légitime:
Gardez ce Bras vainqueur, que craint
tout l'Univers,
GALANT 27
Pour punir les Mechans, & leur donnerdes
fers.
Ce Bras, par qui la Foy de fes droits
refaifie,
Ajufque dans Strasbourg détrôné ››
PHeréfie ;
Et qui pour la détruire enfes Retranchemens,
then war
Renverse d'unſignalfes plus chers
monumens:
Pourfuir voftrejuftice, oùfe cachera-telle?
Lefameux Montauban,
l'orgueilleufe
Rochelle,
Nifmes & Montpellier, avec tant
d'autres
Lieux ,
Où l'audace Herétique a bravé vos
Ayeux,
Ont vû tomber les Murs qui lay fervoient
d'azile.
L'Anglois, qui lafoûtint, luy devient
inutile.
28 MERCURE
L'Union d'Allemagne &defes Novateurs
Est le Phantome vain de nos Réfor
mateurs,
Et leur ambition clairement décou
verte,
Enfaveur de l'Etat doit avancer leur
perte.
Sans répandre leurfang, vousfçavez,
m'en vanger;
Fousles traitez en Perc, & l'onles
voit changer;
Mais
pour
les coeurs d'airain ayez
moins de clémence.
De cet illuftre Grec imitez la pru
.
dence,
Qui ne pouvoit fouffrir le dernier.
Rejetton
Qui pust de Troye un jour refufciter
le
nom,
Et rangerfur les Grecs la bonte de
Afie.
GALANT. 29
Vous connoiffez, Grand Roy, ce que
peut l'Heréfie;
Cet Hydre renaissant, de monfang
alteré,
Monftre des coeursféduits follement
revéré.
Et vous, Sujets ingrats, rebelles
Herétiques,
Quejay vus les Autheurs des miferes
publiques,
Volontaires Profcrits , ambitieuxTitans,
Nourris du mefme lait de mes plus
chers Enfans;
De quel Démon pouffez , de quelle
barbarie,
Avez - vous déchiré le fein de la
Patrie?
Mes Fleuves teints defang, & mes
Roys méprifez,
LesTemples mis en cendre , & les
Autels brifez,
30 MERCURE
Sont les affreux effets de ces triftes
journées,
oùjay vi mafortune &ma gloire
bornées,
Quandl'erreur populaire infectant
les grands coeurs,
De mes pres Hérosfaifoitfes Protecicurs.
Dreux, S. Deni ,Farnac, font les têmoins
fidelles
Des premieres horreurs de ces Guerres
cruelles,
où j'ay, quand vostre fer ne me refpectoir
plus,
Couronné les Vainqueurs, &pleuré
les Vaincus.
Soit de tels attentats l'audace terminée;
Mon Roytientfous ſes pieds la Difcorde
enchaînée.
Pourriez - vousfoûtenir; impuiſſans
Factieux,
GALANT 31
Les regards d'un Héros toûjours
victorieux,
Etfaire foulever les Cevennesfidel
les?
Non, a Religion ne fait point de
rebelles.
Grand Monarque, achevez la Conqueftedes
coeurs,
Elle doit égaler les vaincus aux Vainqucurs;
Etfaites avouer à la plus noire envie,
Que le Nom de LOVIS ,fatal à
l'Heréfie,
Dans l'Eglife & l'Etat rétablit l'u
nité;
Et que celuy de GRAND, tantdefois
mérité,
Vientmoins de vos Exploits , qu'honore
la Vistoire,
Que de la Pieté que marque voftre
Hiftoire.
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Résumé : LA FRANCE AU ROY, SUR L'EXTIRPATION DE L'HERESIE.
Le poème adressé au roi Louis XIV, écrit par le Chevalier de Longueil, membre d'une famille distinguée par ses contributions aux lettres et aux mathématiques, célèbre les exploits du roi et ses efforts pour extirper l'hérésie en France. Le texte loue le roi pour ses actions en faveur de la foi catholique, comparant ses efforts à ceux des grands rois et héros du passé. Il met en avant les succès militaires du roi ainsi que ses réformes administratives, telles que l'ouverture de nouveaux ports et la construction de palais et de remparts. Le poème souligne la détermination du roi à éradiquer l'hérésie et à réunir les cœurs divisés, soulignant son rôle de défenseur de la foi et de l'unité nationale. Le texte se termine par une exhortation au roi de continuer ses efforts pour maintenir la paix et la justice dans le royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 1-6
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui n'est destiné qu'à de grandes choses, [...]
Mots clefs :
César, Chef-d'oeuvres, Magnificence, Art, Ouvrages, Louis le Grand, Versailles, Grandeur, Royaume de France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
E Roy qui n'eft def
tiné qu'à de grandes
chofes, vient de faire
uneEntrepriſe vrayment Romaine
, & je ne croy pas
qu'aucun des Céfars en ait
jamais réfolu une pareille..
Ce n'eft pas , Madame , que
Mars
1685.
A
2 MERCURE
1 parmy tant de Chef- d'oeuvres
qui ont rendu l'ancienne
Rome fi celebre , il n'y en
ait eu de trés -importans
, &
dans lefquels laMagnificence
.
a efte jointe à tout ce que
l'Art a de plus ingénieux
;
mais ces Ouvrages que l'on
avoit commencez fans avoir
examiné toute leur grandeur
, & fans en avoir prévû
la dépenfe , eftoient devenus
des Ouvrages de plufieurs
Régnés , au lieu que Louis
LE GRAND voit en mefme
temps , & tout ce qu'il entreprend
, & tout ce qu'il
GALANT.
faut qu'il luy en coufte . Ainfi
l'on peut affurer , que fi depuis
qu'il y a des Hommes
fur la terre , il s'eft fait une
dépenfe plus forte que celle
de conduire la Riviere d'Eure
à Verſailles , il ne s'eft jamais
conclu un Marché de tant
de millions tout à la fois, ny
mefme qui en ait approché.
Cette Riviere dont la fource
eft dans le Perche , paffe à
Chartres , à Nogent-le- Roy,
à Ivry , à Louviers , & va fe
joindre à la Seine au- deffus
du Pont de l'Arche , apres
avoir receu la Drouete , la
A ij
4 MERCURE
Blaie , l'Aure , la Vegre ,
I'Hon , l'Andelle , & divers
autres Ruiffeaux . On va commencer
à Maintenon le mer
veilleux Aqueduc qui luy
fera perdre fon cours ordinaire
, & comme la pente
qu'il faut qu'on luy donne
oblige à prendre un grand
tour, on peut juger combien
ce travail eft confidérable.
Vous ne devez point douter
qu'on ne m'envoye bientoft
la fin , puis que c'eft un
deffein du Roy, que l'on exécute.
L'utilité qu'en peut recevoir
Verfailles , & l'orne_
GALANT.
5
ment que fes fuperbes Jar
dins en tireront , n'eft pas ce
qui a le plus excité le Roy
à entreprendre un Ouvrage
fi digne de la grandeur Françoife,
telle qu'elle eft aujour
d'huy. Ce Prince a eu des
veuës plus dignes d'admiration
, & qui font connoiſtre
la bonté qu'il a pour fes Sujets.
Il a préveu que la plû
part de ceux à qui la Guerre
donnoit dequoy vivre , demeureroient
fans employ ; &
par cette grande entrepriſe il a
voulu leur fournir les moyens
de fubfifter, Il rend par là fon
A iij
6 MERCURE
Nom immortel , & la France
redoutable. Il fait connoiftre
aux Etrangers que fes Finances
ne font point épuiſées,
& que puis que fans rien diminuer
de fes autres dépen
fes , il en entreprend d'extraordinaires
prefque dans
F'instant qu'on voit la Guerre
finie , il feroit preft à la ſoûtenir
tout de nouveau , fren
troublant le repos qu'il vient .
de donner à l'Europe , on
le contraignoit de fe remettre
en Campagne .
tiné qu'à de grandes
chofes, vient de faire
uneEntrepriſe vrayment Romaine
, & je ne croy pas
qu'aucun des Céfars en ait
jamais réfolu une pareille..
Ce n'eft pas , Madame , que
Mars
1685.
A
2 MERCURE
1 parmy tant de Chef- d'oeuvres
qui ont rendu l'ancienne
Rome fi celebre , il n'y en
ait eu de trés -importans
, &
dans lefquels laMagnificence
.
a efte jointe à tout ce que
l'Art a de plus ingénieux
;
mais ces Ouvrages que l'on
avoit commencez fans avoir
examiné toute leur grandeur
, & fans en avoir prévû
la dépenfe , eftoient devenus
des Ouvrages de plufieurs
Régnés , au lieu que Louis
LE GRAND voit en mefme
temps , & tout ce qu'il entreprend
, & tout ce qu'il
GALANT.
faut qu'il luy en coufte . Ainfi
l'on peut affurer , que fi depuis
qu'il y a des Hommes
fur la terre , il s'eft fait une
dépenfe plus forte que celle
de conduire la Riviere d'Eure
à Verſailles , il ne s'eft jamais
conclu un Marché de tant
de millions tout à la fois, ny
mefme qui en ait approché.
Cette Riviere dont la fource
eft dans le Perche , paffe à
Chartres , à Nogent-le- Roy,
à Ivry , à Louviers , & va fe
joindre à la Seine au- deffus
du Pont de l'Arche , apres
avoir receu la Drouete , la
A ij
4 MERCURE
Blaie , l'Aure , la Vegre ,
I'Hon , l'Andelle , & divers
autres Ruiffeaux . On va commencer
à Maintenon le mer
veilleux Aqueduc qui luy
fera perdre fon cours ordinaire
, & comme la pente
qu'il faut qu'on luy donne
oblige à prendre un grand
tour, on peut juger combien
ce travail eft confidérable.
Vous ne devez point douter
qu'on ne m'envoye bientoft
la fin , puis que c'eft un
deffein du Roy, que l'on exécute.
L'utilité qu'en peut recevoir
Verfailles , & l'orne_
GALANT.
5
ment que fes fuperbes Jar
dins en tireront , n'eft pas ce
qui a le plus excité le Roy
à entreprendre un Ouvrage
fi digne de la grandeur Françoife,
telle qu'elle eft aujour
d'huy. Ce Prince a eu des
veuës plus dignes d'admiration
, & qui font connoiſtre
la bonté qu'il a pour fes Sujets.
Il a préveu que la plû
part de ceux à qui la Guerre
donnoit dequoy vivre , demeureroient
fans employ ; &
par cette grande entrepriſe il a
voulu leur fournir les moyens
de fubfifter, Il rend par là fon
A iij
6 MERCURE
Nom immortel , & la France
redoutable. Il fait connoiftre
aux Etrangers que fes Finances
ne font point épuiſées,
& que puis que fans rien diminuer
de fes autres dépen
fes , il en entreprend d'extraordinaires
prefque dans
F'instant qu'on voit la Guerre
finie , il feroit preft à la ſoûtenir
tout de nouveau , fren
troublant le repos qu'il vient .
de donner à l'Europe , on
le contraignoit de fe remettre
en Campagne .
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
Louis XIV entreprend un projet ambitieux consistant à dévier la rivière Eure vers Versailles, comparable par son ampleur à des entreprises romaines. Contrairement aux projets antiques souvent réalisés sur plusieurs règnes, Louis XIV finance et voit immédiatement ses projets. La rivière Eure, prenant sa source dans le Perche, traverse plusieurs localités avant de se jeter dans la Seine. Un aqueduc sera construit à Maintenon pour modifier son cours, nécessitant un tracé complexe et coûteux. La principale motivation du roi n'est pas l'utilité de ce projet pour Versailles et ses jardins, mais de fournir du travail aux sujets affectés par la fin des guerres, démontrant ainsi sa bonté et sa prévision. Ce projet montre également la solidité des finances françaises, capables de soutenir de nouvelles dépenses extraordinaires malgré la fin récente des conflits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 22-48
LETTRE.
Début :
Un Particulier ayant fait divers Ouvrages sur les dernieres Actions / Je me souviens, Monsieur, que vous avez voulu me persuader [...]
Mots clefs :
Approbation, Louis, Univers, Sentiments, Roi, Combats, Grandeur, Lois, Héros, Fortune, Monarque, Sage, Ennemis, Ambassadeur, Mérite, Guerre, Éloge, Honneur, Campagne militaire, Espagne, Vainqueur, Prudence, Courage, États, Audace, Sentiments, Conquérant, Trêve, Souverain, Armes, Peuple, Bonheur, Devise, Éclat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE.
Un Particulier ayant fait
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
Fermer
6
p. 131-133
« Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...] »
Début :
Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...]
Mots clefs :
Défauts, Auteur, Chanson, Coeur, Ardeur , Grandeur, Mr d'Ambruis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...] »
MEttre dans un beau jour les
plus foibles penjees ,
Réparerpar des tous les defauts d'un
Autheur,
122 MERCURE
Toucherd'une Chanson le moinsfen
fible coeur,
Et redonner la vie àdes choses paſſées.
25
Avec un tour galanı , des manieres
aisées
Peindre les paffionszen inſpirer l'ardeur,
Faire d'un beausujet éclater la gran
deur,
Etsçavoirménager les choses op...
pofées.
Sz
Travaillerfans relache, eftre toûjours
nouveau,
C'eſt montrerce que l' Art a de rare o
de beaus
Etce quejusqu'icy peu de Gens ont
Soeufaire:
25
Mais joindre àces talens un esprit
bientourné,
)
GALANT. 133
Pour plaire également en plus d'un
caractére
Ce n'estqu'au ſeuld' Ambruis quele
Ciel l'a donné.
plus foibles penjees ,
Réparerpar des tous les defauts d'un
Autheur,
122 MERCURE
Toucherd'une Chanson le moinsfen
fible coeur,
Et redonner la vie àdes choses paſſées.
25
Avec un tour galanı , des manieres
aisées
Peindre les paffionszen inſpirer l'ardeur,
Faire d'un beausujet éclater la gran
deur,
Etsçavoirménager les choses op...
pofées.
Sz
Travaillerfans relache, eftre toûjours
nouveau,
C'eſt montrerce que l' Art a de rare o
de beaus
Etce quejusqu'icy peu de Gens ont
Soeufaire:
25
Mais joindre àces talens un esprit
bientourné,
)
GALANT. 133
Pour plaire également en plus d'un
caractére
Ce n'estqu'au ſeuld' Ambruis quele
Ciel l'a donné.
Fermer
7
p. 149-162
LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Début :
Vous vous souvenez de la Dispute qui s'est élevée / Sur le bord de l'Arar, ma Muse solitaire, [...]
Mots clefs :
Statue, Vénus, Muse, Amour, Sommeil, Triomphe, Courtisans, Glorieux, Grâces, Jeux, Coeur, Grandeur, Lumière, Charme, Héros, Heureux, Louis le Grand
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE TRIOMPHE DE VÉNUS.
Vous vous ſouvenez de la
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
Diſpute qui s'eſt élevée entre
les Sçavans touchant la Statuë
de la Viile d'Arles , pour
fçavoir fi elle repreſentoit
Venus , ou Diane. La décifion
de Sa Majesté qui s'eft
déclarée pour la premiere,
ayant terminé ce differend,
M' Magnin de l'Academie
Royale d'Arles , a fait làdeſſus
le galantOuvrage que
je vous envoye.bon
Nij
150 MERCURE
?
:
52555255-52552 555
LE TRIOMPHE
DE VENUS .
Urte bord de l'Arar ,ma Mase
Jolitaire
Cher espoirde mes derniers jours
M'offroitde quelques vers leSterite
Lecours,
Et révoit à ſon ordinaire,
Quandles Feux,les Ris,lesAmours
Vinvent troubler en foule, avecque I
leursTambours رد مرا
Leurs chants, leur Haut-bois , lour
Musette,
Lefilence dema Retraite.
52
ол
LeDieu qui fait aimer , l'air gay , le
teintvermeil,
GALANT. 151
M'aborde, s'avanceà leurteste,
Etme dit,fors de cesommeil,
Qui,filoin des plaisirs , &t'endort,
&i'arreste.
Venus triomphe enfin,je t'invite à la
feſte;
Ala Cour de LOVIS, on enfait l'appareil,
Ettout en estjusqu'au Soleil.
Se
Dianeabeaufaire lafiere,
Ellen'a plusde Courtisans,
Etfesplus zelez Partiſans
Ontabandonnéla carriere.
S2
SurunSujetfi glorieux
Nous avons raisonné , mais foibles
quenoussommes,
Dis-je alors , n'est- cepas au plusparfaitdes
Hommes
Adireſon avissur l'interèt desDieux?
N iiij
152 MERCURE
LOVIS aprononcé, c'est à tuy de ré-
Soudre,
Il estdans un degréfihaut chez les
Humains,
Que quandmesme ces Dieux luy préteraient
lafoudre,
Apeine croiroit on qu'elle custchangé
demains.
Se
Aprésque ce Heros a vuidé la querolle
Ilnefautplus disputer,
Venus le doitemporter,
Les Muſes deformais vivront bien
avec elle..
Prés de LOVIS le Grand, eltesfont
enfaveur,
P
Les Graces pour Venus ont un zele
fidelte
Enſemble de ce vainqueur
Chantantlagloire immortelle
GALANT 153
Ellesfe feront honneur
Den'avoirqu'un mesme coeur.
Se :
Les Gracesme répondirent,
Ilnetiendrapoint ànous
Les Feux,les Ris repartirent,
Quepeut- on fairefansvous,
Fillesde Venus difcrettes ?
Tout ce que gouſtent de doux
Lesamours les plusparfaites ,
N'est-cepasvousquile faites?
Que peut onfairefans vous,
Filles de Venus difcrettes?
52
Entrez dans'le Palais du plusgrand
Roy du monde,
Admirezſaſageſſe , & tranquile&
profonde,
Entrez , Mere des Amours ,
Vous triomphez , & Diane
Qui vous traitoit de Propbanes
:
154 MERCURE
N'eutjamais de fibeauxjours.
८८
Aces cris d'allegreffe
LesMuſes à leurtour
Vinrent fendre la preſſe,
Etpourfaire leur cour
Meſlons nosvoix , dirent- elles,
Ala gloire du Heros,
Dont les grandeurs immortelles,
Nous donnent en cejour unsi noble
repos.
Se
Leparty plut d'abord , lesGraces l'ac
cepterent,
Etfan's perdre de temps en recitsfuflus,
Voicy comme elles chanterent
LeTriomphe de Venus.
LES GRACES.
Venus a l'airtouchant,&d'elleonpeut
apprendre
1
GALANT. 155
Amefler aux Lauriers les Myrthes
amoureux .
Venus ne gaste rien audeſtin des
heureux,
En eft.on moins Heros , pouravoir le
coeur tendre?
LES MUSES .
Quand on donnedes loix aux plus
grands des Humains,
Toûjours vainqueur, &toûjours
équitable,
Etque demille Souverains
On tient lefort entre ses mains,
Pour avoir l'amefiere, en est- on moins
aimable?
LES GRACES.
Dans un degréde gloire , ou rien ne
peutatteindre,
Ilfautsçavoirdécendre , il fautſca-
いいvoir charmer
Il est beau dese faire craindre
156 MERCURE
Ilestdoux dese faire aimer.
LES MUSES ...
Si Venus maintenant d'une Pomme
eftornée,
Del'air dont elle la tient
Onvoitqu'ellesefouvient
DuHeros qui l'a donnéc.
LES GRACES.
Celle qu'elle recent de ce Bergervolage
Qui causa d'Ilion lefuneste ravage
Eftoit- elle de ceprix?
LOUIS a le rare avantage
De ne pouvoir estresurpris;
Iljointpar unheureux , &charmant
affemblage
Alafiertéd' Hector les charmes de
Paris. 6
LES MUSES .
Son régnefiplein de merveilles
Est la gloire de l'Univers .
i
GALANT. 157
LES GRACES .
Il est l'entretien de vosveilles
Il estle charme de vos Vers.
LES MUSES .
:
Certesfafaveurfouveraine
Nous tient lieu detout aujourd'huy.
LES GRACES.
Il estAuguste , il est Macene,
Vous n'avez affaire qu'à luy.
LES MUSES .
Qui peut nous troubler ? de la
guerre
On a fermé les Esendars
LES GRACES .
Flore peut reduire en parterre
Tout le terrain du Champ de Mars.
LES MUSES .
Plusde Canons , plus de Carcaffes,
Ne troublent l'accord de nos voix.
MULES GRACES.
Ilfautlaiſſer rive les Graces,
158 MERCURE
LOVIS les remet dans leurs
droits.
LES MUSES .
Dianen'estpoint abaiffée ;
Que cede- t'elle icy dufien?
LES GRACES .
Elle estla premiereplacée,
Venusne luy dérobe rien.
LES MUSES .
Sous le Heros quiles aſſemble
Qu'elles aurontdejours heureux!
LES GRACES.
Puißent-elles toûjours enſemble
L'accompagner dans tous fes
vaux.
... LES MUSES.
Puiffent elles d'intelligence
De charmerdans ses petits Fils.
LES GRACES!
Puiffent- elles toûjours en France
Faire la culture des •
GALANT 159
LES MUSES .
Venez ,heureuſes Destinées
Venez ſeconderſes defirs.
LES GRACES .
Neveillez queſurſes années,
Neménagezqueses plaisirs.
LES MUSES .
Fieres Beautez , Venus vous preffe
Devous enflamer en ce jour.
LES GRACES.
Que toutse rendeà latendreſſe;
Quefaire d'un coeurfans amour?
LES MUSES .
-Sans amourseroit- il poſſible
D'avoir des plaiſirs accomplis?
LES GRACES.
QuAmarilisfoitinſenſible,
C'est tant pis pour Amarilis.
LES MUSES.
Venus triomphe, tout le monde
Doit estresoumis àses loix.
160 MERCURE
LES GRACES .
Elle enflame laterre & l'onde,
Peut - on avoir de plus grands
droits?
Se
Merucilledufiecle ou nnoouussfommes
Dit l'Amour , fi Venus voit rétablir
Ses droits,
N'est- ce pas par la voix
Du plus parfait des Hommes,
plus grand des Rois? Etdu
は
Son triomphe estfiny , Sa gloire estaccomplie
Sa place estoit marquée , &le fera
toujours,
Pouvoit elle eftre mieux remplie
rlaMeredes Que parla
Se
Amours?
Allez à vostre tour, allez prendre vos
GALANT. 161
!
Dans ce Palais auguſte , il ne vous
manque rien
Etpourfinirvoſtre entretien
Apprenez à tous ceux qui plaignoients
vos disgraces,
Que les Muses, &les Graces
Nefurentjamaissibien.
SS
Rag છે
Allez par toute laterre
Aſſemblervos Favoris,
Lebruit affreux de la guerre
Netroublera plus vos cris..
Signalons noftre allegreffe
Regnons dansce Siecle heureux,
C'estl'amourqui nous en preſſe,
Direntles Ris,&les feux.
Allonsfaire éclaterfur laTerre&fur
l'onde,
Allons , & ne tardóns plus,
Au nom du Maistre du monde
162 MERCURE
Le triomphe de venus.
S&
Acesmots ils difparurem wiel
Sur leurs pas les Zephirs de la Plaine
coarurent
A
Etreftantfeulje dis en soupirant,
Tropheureux qui vous peutfuivre
Dans cet airfi triomphant;
Mais plus beureux qui peutvivre
Auprés de LOUIS le Grand!
Fermer
8
p. 213-232
Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Tant de Personnes m'ont témoigné avoir leu avec plaisir les [...]
Mots clefs :
Angleterre, Roi, Malheurs, Apoplexie, Décès, Trône, Vengeance, Héritier, Joies, Peuple, Confiance, Grandeur, Tranquilité, Couronnement, Cérémonie, Westminster, Fonctions, Titres, Élections, Assemblées, Liste des élus, Duc, Serment, Conseiller, Royaume, Désordres, Voleurs, Proclamation, Sureté publique, Larron, Récompenses, Guillaume Bridgeman
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Affaires d'Angleterre, [titre d'après la table]
Tant de Perſonnes m'ont
témoigné avoir leu avec plai.
fir les Nouvelles d'Angleterre
, qui font des Articles importans
dans mes deux dernieres
Lettres , que je puis
croire que vous me parlez
fincerement quand vous
m'aſſeurez que vous en eſtes
contente . L'Hiſtoire des malheurs
du Roy , dont je vous
ay fait un abregé , pouvoit ſe
trouver ſéparément en plu
ſieurs Volumes , mais peuteſtre
toutes les Relations qui
ont couru ne vous auroient
pas fourny le triſte Journal
و
ال
214 MERCURE
de ce qui s'eſtoit paſſé dans
le peu de temps qu'a duré ſa
maladie , ſi je n'avois eu le
foin d'en ramaffer les plus remarquables
circonstances.
Elle a commencé par une attaque
d'Apoplexie , contre
laquelle l'Art des Medecins 2.
efté ſans force. Il ſemble que
comme ſa vie avoit eſté extraordinaire
, il falloit auffi
que ſa mort le fuft. Je vous
envoye un Sonnet qui a esté
fait ſur cette penſée..
GALANT. 215
SUR LA MORT
DU ROY D'ANGLETERRE.
Q
Vinesçait de ceRoy l'étonnan-.
temifere!
Ses malheurs purent-ils abairefon.
grand coeur?
Un Trônequi fumoit encor dufang
d'un Pere
Poury monterfi- 10ft luyfaisoit trop
d'horreur.
Ledefirdevangeruneteftesi chere
Al'Univers entier exprimafa dou-
Ieur.
Qu'ily fatisfitbien quandle Cicl 業
moins contraire
Enfindansfes Etatsle ramena vainqueur!
Mais belas ! iln'estplus ; l'impitoyable
Parque
216 MERCURE
Vientde trancher lefildesjours de ce
..... Monarque..
C'auroit estétrop peu cependant pour
lefort
Qui d'abord lefoûmit aux fureurs
de l'envie,
D'avoirpar de grands traits voulu
marquersaviesa :
S'il n'eust faitremarquer le genre de
Samort.
Je vous ay appris avec
quelle fermeté fon Auguste
Succeffeur s'eſt déclaré Ca
tholique. Sa fincerité a efte
heureuſe. Les Peuples ont
eu de la joye de voir qu'il ne
cherchoit point à les trom
per , & qu'il s'en croyoit affez
aimé,
GALANT. 217
aimé , pour leur confier un
fecret de cette importance,
ſans qu'il en deuſt rien apprehender
de fâcheux. La
confiance qu'il a cuë dans l'amour
de ſes Sujets , a produit
l'effet qu'il en avoit attendu.
L'intrepidité en toutes chofes
leur paroiffant digne d'un
Monarque né pour leur donner
des Loix , ils ont eſtimé
en luy cette grandeur d'ame
✓ qui l'engage à foûtenir l'indépendance
du rang ou le
Ciel l'a élevé. Puis qu'il leur
laiſſe une entiere liberté de
confcience , il la doit avoir
Avril 1685. T
218 MERCURE
comme eux , & il feroit bien
injuſte qu'il ne joüiſt pas
d'un Privilege qu'il veut bien
leur accorder. Toutes les
Lettres qui viennent de ce
Pays là ne parlent que de la
tranquilité où tout le monde
s'y trouve , des Adreſſes pleines
de ſoûmiffion & de ref
pect , qu'on préſente de toutes
partsau nouveau Roy , &
du choix des Députez pour
le prochain Parlement. Le
16. du dernier mois on expedia
un ordre pour fignifier à
tous les Pairs du Royaume &
à leurs Femmes , de ſe trou
GALANT. 219
ver au Couronnement du
Royavec leurs Robes deCe
remonies & leurs Couron
nes. Les Barons & leurs Femmestauront
des Robes de
Velours Cramoiſy , de meſ
me que les Vicomtes & les
autres Pairs d'une dignité
plus relevée. On a nommé
le Docteur Turner Eveſque
d'Ely , pour preſcher en préſence
de leurs Majeſtez le
jourde cette ceremonie. Les
circonstances en ont eſté ré
ſoluës devant le Roy par le
Conſeil Privé qui s'eſt aſſemblépour
les regler. Les Com-
Tij
220 MERCURE
miſſaires que l'on a choiſis
pour citer tous ceux que le
devoir de leurs Charges , ou
les redevances de leurs Fiefs
obligent à faire quelques
fonctions auCouronnement,
s'affemblerent le 3. de ce
mois dans la Chambre Peinte
du Palais de Westminster,
&commencerent à recevoir
les Requeſtes de ceux qui
prétendent avoir droit de faire
ces fonctions. Ils s'occupentà
verifier lesTitres qu'on
leur préſente , pour accorder
àchacun la fonction qui luy
appartient. Sa Majeſté a fait
GALANT. 221
donner de nouvelles Lettres
à tous les Lords Lieutenans,
ou Gouverneurs des Provinces
que le feu Roy avoit établis.
Les Affemblées pour
les Elections des Députez
qui doivent entrer au Parlement,
ſe font par tout avec
beaucoup de tranquilité.
Ces Elections ont déja eſté
faites par l'Univerſité de
Cambridge , par celle d'OK--
ford , par les Comtez de Bedford
, de Brecon , de Kenr,
deHamp , de Middleſer , de
Durban , de Glocefter , de
Hereford, de Sommerſet, de
Tiij
222 MERCURE
Cambridge , de Suffer , de
Leiceſter , de Hartford , de
Chefter , de Lincoln , de
Huntington , de Darby,
de Radnor , & par les Villes
de Cantorbury , de Darby,
de Shaftsbury , de Wood.
ſtocke , de Midhurst de
Steyning , de Bedvvyn , d'Amodesham
, d'Aileſbury , de
Ludgerſtall , d'Andover , de
Durham , de Warvvicke , de
Leiceſter , de Reading , de
Devvntom , de Heddon , de
Corfe , de Shoreham , de
Stamford , de Brecon , de
Winchester , de Chippin
GALANT. 223
Wicomb , de Chippenham,
d'Ipſvvich , de Hindon , de
Peterboroug , de Southamptom
, de Limmington ,
Westminster , d'Yorc , de
Neſtingham , de Wendover
, d'Eaft-Grimſtead ,
de
d'Abington
,, ddee LLyymm ,, de Covventry
, d'Orford , de Tornes
, de Poole , de Warcham
, de Sbareham , de
Weoby , de Petersfield , de
Nevvcastle , de Borróbridge,
d'Albroug , de Thirske , du
Grand Yarmouth , de Colcheſter
, d'Huſlemere , de
Hereford , de Lempſter , do
T iiij.
224 MERCURE
1
Cardiffe , de Marleboroug,
d'Ilcheſter , de Nevv- Sarum,
de Castle- Rifing , de Tavi
ſtocke , de Chriſt Church,
de Rygate , de Windfor , de
Malton , deNorthallerten,
Nevvarke, de Richmond, de
de
Beverley , de Pontefract, de
Leaverpoole , de Stafford, de
Sandvvick de Cirenceſter, de
Weymouth, de Melcomb, de
Devices , de Hasting , de
Norfolk , de Higham-Ferfars
, de Hetsbury , de Thet
ford & de Dunvvich. Tous
ceux que l'on a choiſis font
Gens d'une grande probité,
GALANT. 225
&dont la pluſpart ont fair
paroiſtre un attachement in
violable au feu Roy dans
les temps les plus difficiles .
Le 6. de ce mois le Duc de
Queenſborouhg grand Trefo
rier , & préſentement grand
Commiſſaire de Sa Majesté
au Royaume d'Ecoffe , & le
Comte de Perth , grand
Chacelier du meſme Royaume
, preſtérent les Sermens
accoûtumez , en qualité de
Conſeillers d'Etat du Conseil
Privé du Roy , & prirent
ſeance au Conſeil ſelon leur
rang . Peu de jours aprés le
226 MERCURE
Duc d'Ormond arriva d'Irlande.
Plus de quarante Carroſſes
à fix Chevaux allerent
au devant de luy, avec quantitéde
Nobleſſe à Cheval. Il alla
auſſi-toſt ſaluer le Roy,& il en
receut un accueil tres -favorable.
Ce Monarque luy donna
en meſme temps le Bâton
de la Charge de Lord Stevvard
, ou Grand Maiſtre de ſa
Maiſon,qu'il poſſedoit ſous le
Roy Charles II. Comme il
employe tous ſes ſoins à éta.
blir la tranquilité de fon
Royaume , & à reprimer tous
les defordres qu'y pourGALANT.
227
}
C
roient commettre lesVoleurs
de grand chemin , il fit publier
le mois paſſe la Proclamation
dont voicy les termes.
A la Courde VVitheal.
DE PAR LE ROY,
& les Seigneurs de ſon Confeil
Privé.
TERoy voulant pourvoir à
lafeureté de fes Sujets dans
les Voyages qu'ils font en ce
Royaume , pour vaquer à leurs
affaires , a ordonné aujourd'huy
228 MERCURE
eſtant en fon Confeil , & il est
ordonné par ces Preſentes à tous
fes Officiers de Justice , &à tous
ſes autres amez Sujets de faire
leurs efforts , & d'user de dili
gence , pour apprehender tous
Larrons & Voleurs de grand
chemin , afin qu'on puiſſe proceceder
contr'eux felon les Loix; &
pour encourager ceux qui appre
benderont lesdits Voleurs , il est
de plus ordonné par Sa Majesté,
que l'on donnera une récompense
de dix livres sterling pour chaque
Voleur arreſté , à celuy ou à ceux
qui en quelque temps que ce ſoit,
depuis le jour de la date des pré
> GALANT. 229
fentes , jusqu'à ce qu'il plaiſe à
Sa Majesté de rappeller cét ordre
par proclamation , ou par un autre
ordre fait en ſon Confeil,
prendront ou apprehenderont aucun
Larron ou Voleur de grand
chemin , & le feront mettre en
lieu de ſeureté. Laquelle ſomme
de dix livres sterling leur fera
payée quinze jours aprés que ledit
Voleur aura esté convaincu ou
prouvé eſtre tel. Et il est enjoint
par ces Préfentes à tous les Sherifs
des Comtez , or autres dans
L'étenduë de leur Jurisdiction ou
telle conviction aura estéfaite ,de
payer à celuy ou à ceux qui ap-
い
230 MERCURE
ON
prehenderont de tels Malfai-
Eteurs,la recompenſeſuſdite dans
le temps cy-deſſus ſpecifié , pour
chaque Voleur ainſi pris &convaincu
,furle Certificat dufuge
ou de deux , ou davantage defuges
de Paix , devant lequel,
lesquels tel Voleur aura efté convaincu.
Laquelle ſomme d'argent
ils prendront des deniers de
Sa Majesté , par eux receus dans
leComté ou telle conviction aura
eſté faite , & laquelle leur fera
paffée encompte, lors qu'ils viendront
rendre leurs comptes à l'Echiquier,
ou Chambre des Finances.
Et le GrandTreforierd'An
GALANT. 231
:
gleterre est autorisé par ces Préſentes
, & a pouvoir de donner
des ordres aux Officiers de l'Echi
quier , de paffer lesdits deniers en
compte aufdits Sherifs selon le
préſent ordre. Il est encore ordonné
àtous Gouverneurs, Lientenans
Gouverneurs , Fuges de
Paix, Maires , Sherifs , Baillis,
&autres Officiers & Perſonnes
de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de prendre cond
- noiſſance du préfent ordre &y
obeïr , comme auffi de prefter fecours
& affistance en tout ce qui
regardera l'execution , ſur peine
d'encourir le déplaisir de SaMa
232 MERCURE
jesté,&d'estre poursuivis comme
contempteurs defon Autorité
Royale.
GUILLAUME BRIDGEMAN.
témoigné avoir leu avec plai.
fir les Nouvelles d'Angleterre
, qui font des Articles importans
dans mes deux dernieres
Lettres , que je puis
croire que vous me parlez
fincerement quand vous
m'aſſeurez que vous en eſtes
contente . L'Hiſtoire des malheurs
du Roy , dont je vous
ay fait un abregé , pouvoit ſe
trouver ſéparément en plu
ſieurs Volumes , mais peuteſtre
toutes les Relations qui
ont couru ne vous auroient
pas fourny le triſte Journal
و
ال
214 MERCURE
de ce qui s'eſtoit paſſé dans
le peu de temps qu'a duré ſa
maladie , ſi je n'avois eu le
foin d'en ramaffer les plus remarquables
circonstances.
Elle a commencé par une attaque
d'Apoplexie , contre
laquelle l'Art des Medecins 2.
efté ſans force. Il ſemble que
comme ſa vie avoit eſté extraordinaire
, il falloit auffi
que ſa mort le fuft. Je vous
envoye un Sonnet qui a esté
fait ſur cette penſée..
GALANT. 215
SUR LA MORT
DU ROY D'ANGLETERRE.
Q
Vinesçait de ceRoy l'étonnan-.
temifere!
Ses malheurs purent-ils abairefon.
grand coeur?
Un Trônequi fumoit encor dufang
d'un Pere
Poury monterfi- 10ft luyfaisoit trop
d'horreur.
Ledefirdevangeruneteftesi chere
Al'Univers entier exprimafa dou-
Ieur.
Qu'ily fatisfitbien quandle Cicl 業
moins contraire
Enfindansfes Etatsle ramena vainqueur!
Mais belas ! iln'estplus ; l'impitoyable
Parque
216 MERCURE
Vientde trancher lefildesjours de ce
..... Monarque..
C'auroit estétrop peu cependant pour
lefort
Qui d'abord lefoûmit aux fureurs
de l'envie,
D'avoirpar de grands traits voulu
marquersaviesa :
S'il n'eust faitremarquer le genre de
Samort.
Je vous ay appris avec
quelle fermeté fon Auguste
Succeffeur s'eſt déclaré Ca
tholique. Sa fincerité a efte
heureuſe. Les Peuples ont
eu de la joye de voir qu'il ne
cherchoit point à les trom
per , & qu'il s'en croyoit affez
aimé,
GALANT. 217
aimé , pour leur confier un
fecret de cette importance,
ſans qu'il en deuſt rien apprehender
de fâcheux. La
confiance qu'il a cuë dans l'amour
de ſes Sujets , a produit
l'effet qu'il en avoit attendu.
L'intrepidité en toutes chofes
leur paroiffant digne d'un
Monarque né pour leur donner
des Loix , ils ont eſtimé
en luy cette grandeur d'ame
✓ qui l'engage à foûtenir l'indépendance
du rang ou le
Ciel l'a élevé. Puis qu'il leur
laiſſe une entiere liberté de
confcience , il la doit avoir
Avril 1685. T
218 MERCURE
comme eux , & il feroit bien
injuſte qu'il ne joüiſt pas
d'un Privilege qu'il veut bien
leur accorder. Toutes les
Lettres qui viennent de ce
Pays là ne parlent que de la
tranquilité où tout le monde
s'y trouve , des Adreſſes pleines
de ſoûmiffion & de ref
pect , qu'on préſente de toutes
partsau nouveau Roy , &
du choix des Députez pour
le prochain Parlement. Le
16. du dernier mois on expedia
un ordre pour fignifier à
tous les Pairs du Royaume &
à leurs Femmes , de ſe trou
GALANT. 219
ver au Couronnement du
Royavec leurs Robes deCe
remonies & leurs Couron
nes. Les Barons & leurs Femmestauront
des Robes de
Velours Cramoiſy , de meſ
me que les Vicomtes & les
autres Pairs d'une dignité
plus relevée. On a nommé
le Docteur Turner Eveſque
d'Ely , pour preſcher en préſence
de leurs Majeſtez le
jourde cette ceremonie. Les
circonstances en ont eſté ré
ſoluës devant le Roy par le
Conſeil Privé qui s'eſt aſſemblépour
les regler. Les Com-
Tij
220 MERCURE
miſſaires que l'on a choiſis
pour citer tous ceux que le
devoir de leurs Charges , ou
les redevances de leurs Fiefs
obligent à faire quelques
fonctions auCouronnement,
s'affemblerent le 3. de ce
mois dans la Chambre Peinte
du Palais de Westminster,
&commencerent à recevoir
les Requeſtes de ceux qui
prétendent avoir droit de faire
ces fonctions. Ils s'occupentà
verifier lesTitres qu'on
leur préſente , pour accorder
àchacun la fonction qui luy
appartient. Sa Majeſté a fait
GALANT. 221
donner de nouvelles Lettres
à tous les Lords Lieutenans,
ou Gouverneurs des Provinces
que le feu Roy avoit établis.
Les Affemblées pour
les Elections des Députez
qui doivent entrer au Parlement,
ſe font par tout avec
beaucoup de tranquilité.
Ces Elections ont déja eſté
faites par l'Univerſité de
Cambridge , par celle d'OK--
ford , par les Comtez de Bedford
, de Brecon , de Kenr,
deHamp , de Middleſer , de
Durban , de Glocefter , de
Hereford, de Sommerſet, de
Tiij
222 MERCURE
Cambridge , de Suffer , de
Leiceſter , de Hartford , de
Chefter , de Lincoln , de
Huntington , de Darby,
de Radnor , & par les Villes
de Cantorbury , de Darby,
de Shaftsbury , de Wood.
ſtocke , de Midhurst de
Steyning , de Bedvvyn , d'Amodesham
, d'Aileſbury , de
Ludgerſtall , d'Andover , de
Durham , de Warvvicke , de
Leiceſter , de Reading , de
Devvntom , de Heddon , de
Corfe , de Shoreham , de
Stamford , de Brecon , de
Winchester , de Chippin
GALANT. 223
Wicomb , de Chippenham,
d'Ipſvvich , de Hindon , de
Peterboroug , de Southamptom
, de Limmington ,
Westminster , d'Yorc , de
Neſtingham , de Wendover
, d'Eaft-Grimſtead ,
de
d'Abington
,, ddee LLyymm ,, de Covventry
, d'Orford , de Tornes
, de Poole , de Warcham
, de Sbareham , de
Weoby , de Petersfield , de
Nevvcastle , de Borróbridge,
d'Albroug , de Thirske , du
Grand Yarmouth , de Colcheſter
, d'Huſlemere , de
Hereford , de Lempſter , do
T iiij.
224 MERCURE
1
Cardiffe , de Marleboroug,
d'Ilcheſter , de Nevv- Sarum,
de Castle- Rifing , de Tavi
ſtocke , de Chriſt Church,
de Rygate , de Windfor , de
Malton , deNorthallerten,
Nevvarke, de Richmond, de
de
Beverley , de Pontefract, de
Leaverpoole , de Stafford, de
Sandvvick de Cirenceſter, de
Weymouth, de Melcomb, de
Devices , de Hasting , de
Norfolk , de Higham-Ferfars
, de Hetsbury , de Thet
ford & de Dunvvich. Tous
ceux que l'on a choiſis font
Gens d'une grande probité,
GALANT. 225
&dont la pluſpart ont fair
paroiſtre un attachement in
violable au feu Roy dans
les temps les plus difficiles .
Le 6. de ce mois le Duc de
Queenſborouhg grand Trefo
rier , & préſentement grand
Commiſſaire de Sa Majesté
au Royaume d'Ecoffe , & le
Comte de Perth , grand
Chacelier du meſme Royaume
, preſtérent les Sermens
accoûtumez , en qualité de
Conſeillers d'Etat du Conseil
Privé du Roy , & prirent
ſeance au Conſeil ſelon leur
rang . Peu de jours aprés le
226 MERCURE
Duc d'Ormond arriva d'Irlande.
Plus de quarante Carroſſes
à fix Chevaux allerent
au devant de luy, avec quantitéde
Nobleſſe à Cheval. Il alla
auſſi-toſt ſaluer le Roy,& il en
receut un accueil tres -favorable.
Ce Monarque luy donna
en meſme temps le Bâton
de la Charge de Lord Stevvard
, ou Grand Maiſtre de ſa
Maiſon,qu'il poſſedoit ſous le
Roy Charles II. Comme il
employe tous ſes ſoins à éta.
blir la tranquilité de fon
Royaume , & à reprimer tous
les defordres qu'y pourGALANT.
227
}
C
roient commettre lesVoleurs
de grand chemin , il fit publier
le mois paſſe la Proclamation
dont voicy les termes.
A la Courde VVitheal.
DE PAR LE ROY,
& les Seigneurs de ſon Confeil
Privé.
TERoy voulant pourvoir à
lafeureté de fes Sujets dans
les Voyages qu'ils font en ce
Royaume , pour vaquer à leurs
affaires , a ordonné aujourd'huy
228 MERCURE
eſtant en fon Confeil , & il est
ordonné par ces Preſentes à tous
fes Officiers de Justice , &à tous
ſes autres amez Sujets de faire
leurs efforts , & d'user de dili
gence , pour apprehender tous
Larrons & Voleurs de grand
chemin , afin qu'on puiſſe proceceder
contr'eux felon les Loix; &
pour encourager ceux qui appre
benderont lesdits Voleurs , il est
de plus ordonné par Sa Majesté,
que l'on donnera une récompense
de dix livres sterling pour chaque
Voleur arreſté , à celuy ou à ceux
qui en quelque temps que ce ſoit,
depuis le jour de la date des pré
> GALANT. 229
fentes , jusqu'à ce qu'il plaiſe à
Sa Majesté de rappeller cét ordre
par proclamation , ou par un autre
ordre fait en ſon Confeil,
prendront ou apprehenderont aucun
Larron ou Voleur de grand
chemin , & le feront mettre en
lieu de ſeureté. Laquelle ſomme
de dix livres sterling leur fera
payée quinze jours aprés que ledit
Voleur aura esté convaincu ou
prouvé eſtre tel. Et il est enjoint
par ces Préfentes à tous les Sherifs
des Comtez , or autres dans
L'étenduë de leur Jurisdiction ou
telle conviction aura estéfaite ,de
payer à celuy ou à ceux qui ap-
い
230 MERCURE
ON
prehenderont de tels Malfai-
Eteurs,la recompenſeſuſdite dans
le temps cy-deſſus ſpecifié , pour
chaque Voleur ainſi pris &convaincu
,furle Certificat dufuge
ou de deux , ou davantage defuges
de Paix , devant lequel,
lesquels tel Voleur aura efté convaincu.
Laquelle ſomme d'argent
ils prendront des deniers de
Sa Majesté , par eux receus dans
leComté ou telle conviction aura
eſté faite , & laquelle leur fera
paffée encompte, lors qu'ils viendront
rendre leurs comptes à l'Echiquier,
ou Chambre des Finances.
Et le GrandTreforierd'An
GALANT. 231
:
gleterre est autorisé par ces Préſentes
, & a pouvoir de donner
des ordres aux Officiers de l'Echi
quier , de paffer lesdits deniers en
compte aufdits Sherifs selon le
préſent ordre. Il est encore ordonné
àtous Gouverneurs, Lientenans
Gouverneurs , Fuges de
Paix, Maires , Sherifs , Baillis,
&autres Officiers & Perſonnes
de quelque qualité & condition
qu'elles foient , de prendre cond
- noiſſance du préfent ordre &y
obeïr , comme auffi de prefter fecours
& affistance en tout ce qui
regardera l'execution , ſur peine
d'encourir le déplaisir de SaMa
232 MERCURE
jesté,&d'estre poursuivis comme
contempteurs defon Autorité
Royale.
GUILLAUME BRIDGEMAN.
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9
p. 273-278
Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui remplit avec tant d'application & d'exactitude tous les [...]
Mots clefs :
Roi, Grandeur, Carême, Piété, Chrétien, Offices, Cène, Toucher des malades, Sermon, Piété, Prédicateurs, Monseigneur le Dauphin, Messe, Musique, Famille royale, Dévotion, Cour, Hôpital général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Devotions du Roy, & de toute la Maison Royale pendant la Semaine Sainte, [titre d'après la table]
Le Roy qui remplit avec
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
tant d'application & d'exactitude
tous les devoirs d'un
grand Monarque , s'eft ata
ché pendant toute la derniere
femaine de Careſme avec autant
de zéle que de pieté à
tous ceux d'un veritableChré
tien. Non ſeulement il s'eſt
trouvé à tous les Offices que
preſcrit l'Egliſe dansun temps
fi faint , mais il a fait encore
toutes les choses qui les rendent/
beaucoup plus longs &
plus fatigans pour luy que
pour les Particuliers, comme
font celles de faire la Cene,
•
274MERCURE
code toucher les, Malades.
Il y a toujours, Sermon la
jour que ce Princebfaitola
Genet & c'eſt la coûtume
de choiſir un autre Prédicateur
que celuy qui preſche
le Gareſime, Leuchoixtoft
tombé cette année ſur M² Tiberge,
un des Directeurs des
Miſſions Etrangeres . Son Employ
vous doit faire juger de
fa picté , & de fon zéle pour
le falut des Ames. Il a de
grands talens pour la Chaire;
&quoy que perſonne ne l'ait
jamais entendu fansle mettre
au rang des plus grands Pré
GALANTM 1275
dicateuré il fotoit encore
plus connu qu'il n'eft , fyld
profonde humilité qu'il pra
tique ne luy faiſoit fuirbe
clat. Ceux qui le connoiffent
tomberont d'accord que
rendre de luy ce témoignage,
c'eſt ſimplement rendre la
justice qui eft deuë à ſaverra.
L'Abfoute ſuivit cette Prédi
cation. Elle fut faite parM'le
Cardinal de Boüillon ; apres
quoy Sa Majesté lava les pieds
à douze Pauvres , & les fer
vit à Table Le premier Plat
fat porté par Monseigneur le
Dauphin, Il eſtoit fuivyde
•
276 MERCURE
Monfieur le Duc de Bour
bon , de Monfieur le Duc
du Mayne , & de Monfieur
le Comte de Thoulouze . Ces
trois jeunes Princes ſe firent
admirer d'une grande foule
de Perſonnes qui eſtoient venuës
de toutes parts , pour
eftre témoins de cette Ceremonie.
Neuf Seigneurs des
plus diftinguez de la Cour,
marchoient apres eux. Monfieur
le Duc, comme Grand-
Maiſtre de la Maiſon du Roy,
précédoit Monſeigneur le
Dauphin , & eſtoit ſuivy des
Maistres d'Hoſtel de Sa Ma
GALANT. 277
jeſté. Le meſme jour le Roy,
Monseigneur le Dauphin , &
Madame la Dauphine , en
tendirent la Grand' Meſſe
chantée par la Muſique de
Sa Majesté , & affiftérent à
la Proceffion du Saint Sacrement.
Lelendemain, le Roy
accompagnéde toute laMaifon
Royale , entendit le Sermon
de la Paffion , prefché
par le Pere Gaillard , Jéſuite,
& le jour ſuivant, Sa Majefté
apres avoir fait ſes Devotions,
toucha un grand nombre de
Malades. Elle ſupporta cette
fatigue, avec l'air content que
(
278 MERCURE
l'on voit toujours à ce Mo
narque lors qu'il s'attache
à faire dubbien Le jour de
Paſques, ce Prince édifia encore
toute la Cour par ſa
pieté Il a fait de grandes
charitez en divers endroits,
& a donné dix mille écus à
l'Hospital Generalog
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10
p. 20-29
Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Cependant Mr Decluseaux manquoit non seulement d'ordres, mais il [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux, Grandeur, Desclouzeaux, Réception, Brest, Ambassadeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Cependant
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
M'Decluſeaux manquoit
non feulement d'ordres ,
mais il n'avoit meſme l'exemple
d'aucune Ville
qui euſt reçu avant luy
ces Ambaſfadeurs , puis
qu'ils avoient abordé à
Breft , & qu'ils eftoient
encore dans les Vaiffeaux
de Siam. 21
où ils s'eftoient embarquez
pour venir en France
; mais il fe fonda fur
la grandeur d'ame du
Roy , qui ne furpaffe pas
moins en honnefteté& en
reconnoiffance tout ce
qu'il y a jamais eu de Souverains
, qu'il les furpaffe
en prudence & en valeur.
Ainfi il crut avec beaucoup
de raiſon , que c'eſtoit
répondre aux intentions
de ce grand Monarque,
que de faire rendre de
22 Voyage des Amb.
fort grands honneurs aux
Ambaſſadeurs d'un puiffant
Roy , qui avoit receu
ceux de Sa Majefté
d'une maniere toute extraordinaire
, & les avoit
diftinguez de tous les Ambaffadeurs
d'Europe &
d'Afie Cet Intendantauffi
galant que magnifique ,
impatient de faire éclater
fon zele en s'acquittant
de toutes les choses qu'il
croyoit devoir eftre agréables
à Sa Majesté ,
de Siam. 23
convia les Ambaſſadeurs
de venir incognito fouper
- dans la Ville ,& les traita
avec quantité de Perſonnes
confiderables de l'un
& de l'autre fexe. Toute
-l'Aſſemblée fut ſurpriſe
de leur trouver des ma-
¡nieres fiaiſées ; leur efprit
parut dans tout ce qu'ils
dirent , & ils firent voir
beaucoup d'honneſteré ,
fans defcendre de la grandeur
que leur caractere
demandoit. Ils retourne
24 Voyage des Amb.
rent coucher dans leurs
Vaiffeaux , & firent leur
Entrée le lendemain , accompagnez
de foixante
ou quatre- vingt Chaloupes
,& au bruit d'un nombre
infimy de coups de Canon.
Enfin on leur fit tous
les honneurs qu'ils pouvoient
attendre . M de
Cintré , Lieutenant de
Roy , fit ceux de la Citadelle,
lors qu'ilsy allerent,
&on tira le Canon. M.
Decluſeaux les traitajul
qu'à
de Siam. 25
qu'à ce que l'on fuft venu
les recevoir de la part du
- Roy. Pendant ce temps-
: la ils fatisfirent leur curio-
- ſite ſur tout ce qui meri-
- toit d'eſtre vû dedans &
dehorslaVille. On los mena
dans les Magaſins ,
• dont ils furent extremement
furpris , & encore
plus de voir que bien qu'il
y euſt quarante gros Vaifſeaux
en Mer , fans ceux
1 qui estoient dans le Porr ,
ces Magaſins pouvoient
S
11
1 C
26 Voyage des Amb.
fournir dequoy en équiper
encore un plus grand
nombre. Ils vifiterent le
Port , & entrerent dans
trois Vaiſſeaux , qui pour
la grandeur , la ſculpture,
& la dorure , furpaſſent
tous ceux dont onajamais
entendu parler. Ces Vaifſeaux
font , le Soleil Royal,
la Couronne , & la Reyne.
Ils les vifiterent avec une
exactitude qu'on ne sçauroit
exprimer , ils en prirent
meſme les meſures ,
de Siam. 27
&écrivirent tout ce qui
regarde ces trois Vaiffeaux
. Ils en font de mefme
de tout ce qu'ils
voyent , & s'enferment
tous les foirs aprés le Sou
pé avec pluſieurs Secretaires.
Ils te relifent les
- uns aux autres tout ce
qu'ils ont remarqué , &
les uns pouvant fe fouvenir
d'une choſe que les
- autres peuvent avoir ou-
- bliée , ils font ainſi jour
pour jour , un Journal
Cij
28 Voyage des Amb.
exact de ce qu'ils ont vu.
Il fut mefme reſolu entre
eux avant leur départ de
Breft , qu'ils envoyeroient
à droit & à gauche fur le
chemin quelques Mandarins
, & un Interprete ,
pour examiner ce qui leur
paroiſtroit de plus curieux
,& pour demander
lors qu'ils verroient des
Chaſteaux , quels en étoient
les Seigneurs , &
tout ce qu'il y auroit à
fçavoir fur leur qualité &
de Siam. 29
leurs fervices On dit qu'ils
fe fontacquitez fi exactement
de cette commif
fion , que non ſeulement
ils ont fait une eſpece
d'Inventaire de tout ce
qu'ils ont vù , mais qu'ils
ont mefme compré jufques
aux Arbres des lieux
qu'ils ont viſitez .
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Résumé : Reception faite à Brest aux Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'arrivée des ambassadeurs de Siam en France et les préparatifs de leur accueil. M. D'Cluseaux, en l'absence d'ordres et d'exemples précédents, s'appuie sur la grandeur d'âme du roi de France pour déterminer les honneurs à leur accorder. Il organise une réception incognito où les ambassadeurs sont traités avec respect et curiosité. Le lendemain, ils font une entrée officielle à Brest, accompagnés de chaloupes et de salves de canon. Ils visitent divers lieux, notamment des magasins et des vaisseaux, et sont impressionnés par les ressources et la grandeur des navires français. Les ambassadeurs prennent des notes détaillées et rédigent un journal de leurs observations. Avant leur départ de Brest, ils avaient prévu d'envoyer des mandarins et un interprète pour explorer et documenter des lieux et des châteaux, recueillant des informations sur leurs propriétaires et leurs services.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 143-145
Parterre qui est au dessus de l'Orangerie & ses Figures de bronze, [titre d'après la table]
Début :
Ils vinrent le jour suivant au petit Parc, & virent tout [...]
Mots clefs :
Petit parc, Figures de bronze, Figures de marbre, Bronze, Statues, Grandeur, Beau, Parterre, Orangerie
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texteReconnaissance textuelle : Parterre qui est au dessus de l'Orangerie & ses Figures de bronze, [titre d'après la table]
Ils vinrent le jour ſuivant
an petit Barc , & virent tout
ce que le coſté gauche de ce
Parc , qui n'a le nom de pe
tit qu'à cauſe de la grandeur
extraordinaire du grand
expofe & renferme de beautez.
Ils coramencerent par
le Parterre qui eft au deſſus
de la voûte de l'Orangerie ,
& furent ſurpris de voir pluſieurs
Statuës de bronze , du
nombre deſquelles font la
130 Suite du Voyage
le
Diane d'Ephefe , & le Bachus ,
dont les Marbres ſont dans
la grande Galerie de Verſailles
, peinte par Mr le Brun.
Ils virent auſſi l'Apollon ,
& pluſieurs autres Statuës
nouvellement fondues en
bronze à l'Arcenal , par
Sieur Keiler. Mr de Louvois
qui ne cherche qu'à embellir
les Baſtimens du Roy , & à
faire paroiſtre la grandeur de
Sa Majesté , s'eft imagine
de faire fondre en bronze
tout ce que l'Antique a de
plus beau en Marbre , & fon
deſſein a parfaitement réüfli ,
ces Figures eftant venues
d'une
des Amb. de Siam.
131
- d'une netteté ſurprenante.
Ainſi la France & les Arts
devront beaucoup à ce Miniftre
, & par ce moyen nous
acheverons bien - toſt d'y
voir tout ce que l'ancienne
Grece & l'Italie ont eu de
plus beau.
an petit Barc , & virent tout
ce que le coſté gauche de ce
Parc , qui n'a le nom de pe
tit qu'à cauſe de la grandeur
extraordinaire du grand
expofe & renferme de beautez.
Ils coramencerent par
le Parterre qui eft au deſſus
de la voûte de l'Orangerie ,
& furent ſurpris de voir pluſieurs
Statuës de bronze , du
nombre deſquelles font la
130 Suite du Voyage
le
Diane d'Ephefe , & le Bachus ,
dont les Marbres ſont dans
la grande Galerie de Verſailles
, peinte par Mr le Brun.
Ils virent auſſi l'Apollon ,
& pluſieurs autres Statuës
nouvellement fondues en
bronze à l'Arcenal , par
Sieur Keiler. Mr de Louvois
qui ne cherche qu'à embellir
les Baſtimens du Roy , & à
faire paroiſtre la grandeur de
Sa Majesté , s'eft imagine
de faire fondre en bronze
tout ce que l'Antique a de
plus beau en Marbre , & fon
deſſein a parfaitement réüfli ,
ces Figures eftant venues
d'une
des Amb. de Siam.
131
- d'une netteté ſurprenante.
Ainſi la France & les Arts
devront beaucoup à ce Miniftre
, & par ce moyen nous
acheverons bien - toſt d'y
voir tout ce que l'ancienne
Grece & l'Italie ont eu de
plus beau.
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Résumé : Parterre qui est au dessus de l'Orangerie & ses Figures de bronze, [titre d'après la table]
Le texte relate une visite dans un parc, probablement celui de Versailles, où les visiteurs ont admiré diverses statues. Ils ont commencé par le parterre au-dessus de la voûte de l'Orangerie, où se trouvent plusieurs statues de bronze, telles que la Diane d'Éphèse et le Bacchus. Les originaux en marbre de ces œuvres sont exposés dans la grande Galerie de Versailles, décorée par Monsieur Le Brun. Les visiteurs ont également observé l'Apollon et d'autres statues récemment fondues en bronze à l'Arsenal par le Sieur Keiler. Monsieur de Louvois a initié ce projet pour embellir les bâtiments du roi et montrer la grandeur de Sa Majesté. Les figures provenaient d'une ambassade de Siam et étaient d'une grande netteté. Cette initiative permettra à la France et aux arts de bénéficier grandement, en exposant bientôt les plus belles œuvres de l'ancienne Grèce et de l'Italie.
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12
p. 335-342
Portrait de l'esprit des trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Début :
Je ne dois rien dire icy davantage de l'esprit [...]
Mots clefs :
Esprit, Ambassadeurs, Premier ambassadeur, Second ambassadeur, Troisième ambassadeur, Vérité, Storf, Grandeur, Indes, Roi
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texteReconnaissance textuelle : Portrait de l'esprit des trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Jes
ne doisriendire icy davanta
ge de l'eſprit du premier Am--
baffadeur, puiſqu'en recevant
cette lettre,vous aurés la qua
triéme Relation remplie de
toutes leschoſes quil'ont fait
briller , & de tout ce qu'il as
dit de ſpirituel , mais j'y dois
encore ajoûter que fans fortir
de fon caractere , il a fait
voir des bontés & des honneſtetés
ſi grandes pour tous
ceux qui luy ont rendu quel
que ſervice, ou meſme qui ne
luy ont fait que des civilités ,
qu'on n'apûle voir deux fois
336 IV.P. duVoyage
fans eftre charmé de ſes ma
nieres. Il a remporté un ſenſis
ble deplaifir , de n'avoir pû
faire des preſens à tous ceux
à qui il a crûavoir obligation.
Il a dit cent fois qu'il croyoit
qu'apres le Roy , & les Princess
à qui il en a fait , il
pas imaginé qu'il dût estre redevable
à tant de perſonnes qui
ſeſont portées d'elles- mefmes à
luy rendre ſervice , & mesme a
vec empreſſement , &à les divertir,&
qui luy ont fait auffi
quelques petits prefens, mais que
L'éloignement des lieux n'empêchoitpas
qu'il ne s'en souvinst,
ne s'estoit
ني
des Amb. de Siam. 337
qu'ils le connoiſtroient par le
retour des Vaiſſeaux. Je dois
pourbeaucoup de raiſons , &
pour rendre juſtice à la verité
, vous marquer icy , que je
n'ay rien fait dire par le premier
Ambaſſadeur dans mes
trois Relations precedentes ,
&dans celle que je vous envoye
aujourd'huy , qu'il n'ait
veritablement dit luy-mefme.
J'ay tout ſceu d'original , c'eſt
à dire , ou par M Torf , qui
ne les a pas quittés d'un moment
, ou par les perſonnes à
qui cet Ambaſſadeur a fait
des reparties ſi ſpirituelles, ou
Ff
338 IV.P.du Voyage
- par moy meſme qui ay eu
I'honneur d'aller en pluſieurs
endroits avec eux dans leur
propre Carroffe , & de manger
à leur table. Ainfije n'ay
rien mis ſur des oüy dire , &
j'ay pluſtoſt oublié qu'ajoûté.
On ne doutera point
que je n'aye dit la verité, lors
qu'on fera reflexion, que ceux
à qui je marque qu'on a fait
des réponſes ſi ſpirituelles,
pourroient me démentir , ſi
on ne leur avoit pas dit les
chofes que je rapporte . On ne
peut rien ajoûter à ce que cét
Ambaſſadeur a dit du Roy ,
des Amb. de Siam. 339
a ſouvent
mais ce qu'ily a de remarquable
, c'eſt qu'il n'a loüé Sa
Majesté que fur des faits, mais
auſſi n'a-r'il point manqué de
luy donner de juftes loüanges
, quand les occafions s'en
ſont prefentées. Il
dit que le recit qu'on luy avoit
fait de la grandeur , & de la
perſonne de ce grand Monarque,
n'approchoit pas de ce qu'il avoit
vû. Aufſi doit-on avoüer
que l'air de bonté qui ſe trouve
meſlé avec l'air majestueux
de ce Prince , eft au deſſus de
toutes fortes d'expreffions.
Je ne puis finir ſans vous
Ffij
340 IV. P. du Voyage
dire auſſi quelque choſe des
deux autres Ambaſſadeurs. Le
ſecond que je vous ay déja
dit avoir fait de grands Voyages
, eſt d'une fincerité qu'il
feroit difficile d'exprimer : il
eſt ennemy de la flatterie , &
fait profeſſion de dire toûjoursla
verité,enfin I onpeut
dire que c'eſt unparfaitement
honneſte homme. Son efprit
n'a pû briller , parce que n'étant
pas premier Ambaffadeur
, il n'a guere eu d'occaſions
de parler. Le troifiéme
en a encore eu moins , parce
qu'il n'eſt que le dernier,auſſi
desAmb. de Siam. 341
eft - il encore jeune , &n'a eſté
envoyé qu'afin d'eſtre honoré
du titre d'Ambaſſadeur , &
parce que fon pere avoit eſté
nommé pour aller en Portugal
dans la meſme qualité. Ce
qu'ily a de plus remarquable
dans cette Ambaſſade , c'eſt
que nous n'avions point encore
vû en France d'Ambaffadeurs
Extraordinaires des In--
des. Cependant on doit peu
s'eſtonner qu'il en ſoit venu
de ſi loin , puifque la grandeur
duRoy fait faire tous lesjours
des chofes bien plus ſurpre
Ffiij
342 IV . P. du Vovage
nantes , & dont il n'y avoit
point encore eu d'exemple .
FIN.
ne doisriendire icy davanta
ge de l'eſprit du premier Am--
baffadeur, puiſqu'en recevant
cette lettre,vous aurés la qua
triéme Relation remplie de
toutes leschoſes quil'ont fait
briller , & de tout ce qu'il as
dit de ſpirituel , mais j'y dois
encore ajoûter que fans fortir
de fon caractere , il a fait
voir des bontés & des honneſtetés
ſi grandes pour tous
ceux qui luy ont rendu quel
que ſervice, ou meſme qui ne
luy ont fait que des civilités ,
qu'on n'apûle voir deux fois
336 IV.P. duVoyage
fans eftre charmé de ſes ma
nieres. Il a remporté un ſenſis
ble deplaifir , de n'avoir pû
faire des preſens à tous ceux
à qui il a crûavoir obligation.
Il a dit cent fois qu'il croyoit
qu'apres le Roy , & les Princess
à qui il en a fait , il
pas imaginé qu'il dût estre redevable
à tant de perſonnes qui
ſeſont portées d'elles- mefmes à
luy rendre ſervice , & mesme a
vec empreſſement , &à les divertir,&
qui luy ont fait auffi
quelques petits prefens, mais que
L'éloignement des lieux n'empêchoitpas
qu'il ne s'en souvinst,
ne s'estoit
ني
des Amb. de Siam. 337
qu'ils le connoiſtroient par le
retour des Vaiſſeaux. Je dois
pourbeaucoup de raiſons , &
pour rendre juſtice à la verité
, vous marquer icy , que je
n'ay rien fait dire par le premier
Ambaſſadeur dans mes
trois Relations precedentes ,
&dans celle que je vous envoye
aujourd'huy , qu'il n'ait
veritablement dit luy-mefme.
J'ay tout ſceu d'original , c'eſt
à dire , ou par M Torf , qui
ne les a pas quittés d'un moment
, ou par les perſonnes à
qui cet Ambaſſadeur a fait
des reparties ſi ſpirituelles, ou
Ff
338 IV.P.du Voyage
- par moy meſme qui ay eu
I'honneur d'aller en pluſieurs
endroits avec eux dans leur
propre Carroffe , & de manger
à leur table. Ainfije n'ay
rien mis ſur des oüy dire , &
j'ay pluſtoſt oublié qu'ajoûté.
On ne doutera point
que je n'aye dit la verité, lors
qu'on fera reflexion, que ceux
à qui je marque qu'on a fait
des réponſes ſi ſpirituelles,
pourroient me démentir , ſi
on ne leur avoit pas dit les
chofes que je rapporte . On ne
peut rien ajoûter à ce que cét
Ambaſſadeur a dit du Roy ,
des Amb. de Siam. 339
a ſouvent
mais ce qu'ily a de remarquable
, c'eſt qu'il n'a loüé Sa
Majesté que fur des faits, mais
auſſi n'a-r'il point manqué de
luy donner de juftes loüanges
, quand les occafions s'en
ſont prefentées. Il
dit que le recit qu'on luy avoit
fait de la grandeur , & de la
perſonne de ce grand Monarque,
n'approchoit pas de ce qu'il avoit
vû. Aufſi doit-on avoüer
que l'air de bonté qui ſe trouve
meſlé avec l'air majestueux
de ce Prince , eft au deſſus de
toutes fortes d'expreffions.
Je ne puis finir ſans vous
Ffij
340 IV. P. du Voyage
dire auſſi quelque choſe des
deux autres Ambaſſadeurs. Le
ſecond que je vous ay déja
dit avoir fait de grands Voyages
, eſt d'une fincerité qu'il
feroit difficile d'exprimer : il
eſt ennemy de la flatterie , &
fait profeſſion de dire toûjoursla
verité,enfin I onpeut
dire que c'eſt unparfaitement
honneſte homme. Son efprit
n'a pû briller , parce que n'étant
pas premier Ambaffadeur
, il n'a guere eu d'occaſions
de parler. Le troifiéme
en a encore eu moins , parce
qu'il n'eſt que le dernier,auſſi
desAmb. de Siam. 341
eft - il encore jeune , &n'a eſté
envoyé qu'afin d'eſtre honoré
du titre d'Ambaſſadeur , &
parce que fon pere avoit eſté
nommé pour aller en Portugal
dans la meſme qualité. Ce
qu'ily a de plus remarquable
dans cette Ambaſſade , c'eſt
que nous n'avions point encore
vû en France d'Ambaffadeurs
Extraordinaires des In--
des. Cependant on doit peu
s'eſtonner qu'il en ſoit venu
de ſi loin , puifque la grandeur
duRoy fait faire tous lesjours
des chofes bien plus ſurpre
Ffiij
342 IV . P. du Vovage
nantes , & dont il n'y avoit
point encore eu d'exemple .
FIN.
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Résumé : Portrait de l'esprit des trois Ambassadeurs. [titre d'après la table]
Le texte décrit les qualités et les actions des ambassadeurs de Siam en France. Le premier ambassadeur est présenté comme spirituel, bon et honnête, regrettant de ne pouvoir offrir des présents à tous ceux qui l'ont aidé. Le second ambassadeur est sincère et honnête, mais a eu peu d'occasions de parler. Le troisième est jeune et a été nommé pour des raisons honorifiques. Le narrateur assure la véracité de ses récits, affirmant avoir rapporté des propos authentiques des ambassadeurs, obtenus directement ou par des témoins fiables. Il met en avant la grandeur et la bonté du roi de France, telles que perçues par les ambassadeurs. Cette mission est notable car il s'agit des premiers ambassadeurs extraordinaires des Indes en France, soulignant l'attrait du roi qui attire des visiteurs de loin.
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13
p. 53-105
ARTICLE BURLESQUE. SUITE DU PARALLELE d'Homere & de Rabelais.
Début :
J'ay cru que rien ne rendroit ce Parallele plus [...]
Mots clefs :
Homère, Rabelais, Comique, Sublime, Sujet, Éloquence, Auteur, Génie, Neptune, Beau, Idée, Paris, Vers, Paradoxe, Comparaison , Parallèle, Grandeur, Dieux, Sérieux, Combat, Tempête, Panurge, Pantagruel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARTICLE BURLESQUE. SUITE DU PARALLELE d'Homere & de Rabelais.
ARTICLE BURLESQUE.
SUITE DV PARALLELE
d'Homere&de Rabelais.
*
J'Ay cru que rien ne
rendroit ce Parallele
plus amusantque d'y
mêler de petits contes,
dontle fond estdeRabelais;
mais que j'ai accommodez
de maniere
à pouvoir être lûs des
Dames,& à moins ennuyer
ceux qui ne sont
point afeZj erudits &
"affedwnnez^ Pentagruelistes,
poursavourer,
mâcher&remâcherjusqu'aux
moindres roga-*
tons, & avaler à longs
traits sa -desfuavitezRabelaisiennes
en faveur de
quelques grains de gros
sel,semez par ci par là,
ez., salmigondis & pots
pouris de Maître François.
Pour assortir, ou plûtôrpour
opposer à ces
contes, en trouverai
bien encor quelqu'un
dans Homere, mais je
respecte trop son grand
nom, pour oser rien
mettre du mien dans
ses ouvrages; à peine
ai-je osé retrancher une
bonne moitié du conte
du Cyclope, afin de
rendre l'autre moins
ennuyeuse.
: Pour oposer au grand
& au sublime du Poëte
grec, on trouvera
peut-être dans Maître
François quelques endroits
assez solides pour
faire avouer que Rabelais
cût mieux réussi
dans le sérieux, qu'Homere
n'a réussi dans le
comique, & de là je
prendrai occasion d'avancer
quelques propositions
qui seroient
hardies, téméraires,ridicules
même si on les
avançoit sérieusement,
& dont je n'ose prouver
laveritéqu'en plaisantant;
je les proposeray
donc d'abord
comme des Paradoxes
badins ; tcbadinageaT
cela de bon qu'il peut
éclaircir certaines veritez
qu'une dispute serieuse
ne seroit qu'obscurcirjlcbadinageaencore
cet avanta ge sur la
dispute, qu'au lieud'attirerla*
colere des difputcurs
graves, il n'en
attire qu'un fîlencedédaigneux
, & c'es en
être quitte à bon marché
j car la force des raisonnemens
ne fait que
les irriter au lieu de les
convaincre.
La prévention s'irrite
par la resistance, cest un
animal feroce qu'Homere
eut comparé àun
Taureau furieux
J
qui
parcourant les njaftes
campa?nes de la Lybie,
d'autre but dans sa
fureur que de heurtertête
baiJJie) & de renverser
IÙS plus fortsanimaux
qui oseront l'attaquer
de front.
C'est ainsi que dans
les vastes ambiguitez
dela dispure,les plus
fortes raisons ne tiennent
point contre la
prévention.
Comparons à present
le badinage à l'Abeille
legere, qui voltige en
folâtrant autour de ce
Taureau furieux; elle
badine en fureté entre
ses cornes, lepique legerement,
il ne fait que
secoücr l'oreille,autre
coup d'aiguillon qu'il
méprise, il ne voit point
d'ennemy, cependant
la mouche le pique, ses
piquûres sontlegeres:
maisc11es sontréïterées,
la mouc he se porte avec
agilité par tous les endroits
sensibles, les piqueures
redoublent,il
commence à s'irriter,
se ne voyant à qui s'en
prendre, il tourne sa
colerecontrelui- même,
il s'agite,ilse mord,il
se tourmente, &enfin
il s'épuise,s'affoiblit&
tombe. Procumbithumi
Bos.
Nôtre comparaison
nous a fortéloignez de
nostresujet:tant mieux,
elle n'en est que plus
Homerienne,s'il y a
quelque chose de faux
dans l'application, tant
mieux encore. Homere
est un modele qu'il faut
imiter : ses comparaisons
sont longues, fausses
& semblables les
unes aux autres, il n'importe;
c'est toûjours le
second &C le parfait
Homere.
Les comparaisons de
Rabelais sont plus variées,
plus justes,mais
elles ne sont pas
moins allongées, & la
plûpart sont si basses,
qu'àcet égard ilfaut
bien pour l'honneur du
goût donner la préferenceau
Prince des
Poëtes.
Avantcettedigression
j'ay promis,à propos
d'Homere & de Rabelais
, d'avancer pour rire
quelques proportions
étonnantes, le
premier de ces Paradoxes
c'est :
Qu'il faut pins d'étendue
d'esprit & peutcireplus
d'élévationpour
exceller dans le beau comique
, qu'il n'en faut
pour réussir dansle serieux.
Cette proposition va
révolter d'abord ceux
qui prévenus par refpcâ
pour tout ce qui
a l'air sérieux:
admirent en baillant
un ennuyeux tragique,
Et riant d'une Jjlgne's,
méprisentlecomique.
Le
Le second Paradoxe,
e'est. Que les plus excellentes
piecesserieuses
font mêlées d'excellent
comique
, & par consesquent
qu'un Authtur ne
peut excellerdans lesérieuxy
s'iln'a du talent
pour le comique.r
On trouveroitdans
tous; les siecles, 8cmême
dans lenôtrçxque
les plus grands genies
ont mêlé du winique,
dans leurs ouvrages SC
dans leurs discours,&
les genies mediocres
dérogent même quelquefois
aux prérogatives
de leur gravité,
pour hazarder d'être
plaisans; j'en ai vû s'arrêter
tout court, par
vanité, s'appercevant
qu'ils plaisantoient de
mauvaise grace, & se
déchaîner le moment
d'après contre le meilleur
genre de plaisanterie.
-
Toi qui debite gravement
Tafademédisance,
Caustique par tempec.
ramment,
Serieuxparprudence,
Tumtprifes d'un hon
r, plaisant
La comique élegance,
Comme un gouteux foi- ble&pesant
Mépriseroit la danse.
Les Vers ci-dejjus peuvent Je
chanter sur l'AirdeJÓconde.
Avantque d'avancer
mon troisiéme Paradoxe
,
il faudroit avoir
bien défini le mot de
comique, & celui de subhme
y &C aprés celà
même il seroitpeut-être
encor ridicule de
dire:Quenon-seulement
lè Jubltmerieft pas incompatibleavec<
li\comiqu^
ymais,qmlpssd-J
avoir dans certain comiquedestraitssuperieurs
ausublimeserieux. Voila
unepropositionétonnante,
par rapport à l'idée
qu'on a du sublimc,
que je définirois
volontiers, laperfection
dans le grand : mais on
peut en donner encor
d'autres définitions,&
c'est ce qui nous meneroit
trop loin, il faudroit
trop1 de temps
pourdonneràces trois
Paradoxes toutes les ex*
plications& modifications
qui pourroient
les rendre sérieusement
vrayes > c'est ce que
j'entreprendrai peutêtre
quelque jour,sij'ai
le loisir de mettre en
oeuvre les reflexions
que j'ai faites sur les
fesses idées qu'on a du
sublime, du sérieux &
du comique; contentons-
nous ici de badiner
sur nôtre dernier Paradoxe,
qui nous donnera
occasion de comparer
quelques mor-*
ceaux des deux Autheurs,
dont jecontinuë
le Parallele.
Pour parler selon les
idées communes, disons
: que le comique
nest point sublimepar
lui-mesme
,
mais qu'il
peut renfermer des sens
& des veritez sublimes,
& c'est pour sçavoir
renfermer ces grandes
veritez dans le comique,
qu'il faut un genie
tres étendu.
Ilenfaut moins,par
exemple, pour soûtenirune
morale sublime
par des expressions
fortes & nobles, qui lui
font propres, que pour
la traitter comiquement,
sansl'affoiblir,
&:. sans la dégrader.
Il est'vray que le genre
serieux est plus grand
par luy-même que le
sgaennsre comique, iltient
doute le premier
rang, mais il n'y a point.
au
au Parnasse de ceremonial
qui donne le pas a un Autheur sérieux
surun comique. Ilest
plus grand parexemple,
de traitter la guerre
de Troye ,causée
par lenlevement d'une
Princesse, que la guerre
causéepar l'enlevement
d'un Seau, La
sequi à rapita,mais cette
grandeur est dans le
sujet, & non dans TAutheur
qui le traitte.,8c
celui qui daps le Poème
del'enlevement d'un
Seau, feroit entrer les
idées les plushéroïques
, feroit sansdoute
un plus grand genie"
que celui à qui la grandeur
du sujet fournit
naturellement de grandes
idées.
On ne peut pas soûtenirqu'ily
ait quantité
de hautes idées renfermées
dans le comique
de Rabelais, mais
on prouveroit peut- être
qu'Homere doit une
bonne partie deson sublime
à la grandeurde
son sujet.; ?;!> JU ;
.,' La bassesse des sujets
que Rabelais à traitez
auroit sait tomber son
ouvrage,s'iln'avoit pas étésoustenu par: des
partiesexcellentes;
L'élévation Se lrrraportance
du sujet de
rmiadercûcsoustenuë
qu^îidniémeil yauroit
eu moins de beautez
quon,ny en trouve.
Nous voyons clairementpar
la connolt:
sance dusiecle où Rabelais
avescu, que la
plûpart de ses expressiós
fortes&naïves lui font
propres a lui seul.
Mais les sçavans sans
prévention avouent
-qu:on- neconnoist pas
assez le siecle d'Homere
pour sçavoirenquoi
il dl original:ceuxqui
connoissent le genie
oriental croiront plustost
que ses expressions
nobles& figurées, que
ses comparaisons magnifiques,&
mesme la
pluspart de sesideés
Poëtiques pouvoient
estreaussi communes
aux Grecsde son temps
que les proverbes sensez
le sont à Paris parmi
le peu ple.
Al'égard du sublime
de Rabelais, il faut convenir
qu'il est bien malâisé
de l'appercevoirà
travers le bascomique,
dont il est offusqué, il
dit en parlant de la
Loy comrnentée & embrouillée
par nos Juris-
Confulres
, que c'est
une belle robe à fondd'or
brodée de crote
: j'en dirois
autant de son sublime
,
qu'on me passe
ce mot en attendant
la définition : Mais appellez
comme il vous
plaira l'idée qu'il donne.
de la vraye & naturelle
Eloquence, par la décision
de Pcntagruel
sur le verbiage du li-,
centié, il paroit qu'elle
fit excellente: en voici
l'idée en abbregé.
LAVRAYE ELOQUENCE.
1 uN jour Penragruel
rencontra certainLice-nti.é,,
non autrement sçavant es;
sciences de son métier de
Docteur:mais en recompense
sçachant tres-foncicierement
danser & joüer
à la paume,lequel donc
rencontrépar Pentagruel,
fut interrogé d'où il venoit
5
& luy répondit,je
liens de l'urbe&citécelebrisjimt
quevulgairement onvocite
Lutece.Qu'est-ce à dire,
dit Pentagruel
,
à son truchementordinaire?
je suis
tout ebahi de tel jargon.
C'efc, répond letruchemenrjqu'il
vient de Paris:
Hé,reprit Pentagruel,.
à quoy passez-vous le
temps à Paris vous autres
licentiez^Nflw^repondit le
Licentié
, en nos occupations
dit: Quel diable de langa
ge est-cecy ? Ce nest que latinécorché, dit le Truchement,
& luy semble
qu'il est éloquent Orateur,
pource qu'ildédaigne
l'usance commune de
parler: or le Licentié
croyant que l'étonnement
Se ébahissement dePentagruel
venoit pour admirer
la haute beauté de cette
élocution, se reguinda encore
plus haut &: plus obleur,
si que par longueur
de periodes,poussa patience
à bout. Parbleu, dità
part-foi Pentagruel,je tapprendrai
quelle est vraie Se
naturelle éloquence ;puis
demadaauLicêciédequel
païs il étoit, à quoy répond
ainsi le Licencié.L'illustre
&honoriferantepropagation
demesaves&ataves, tire
son origine primordiale des
Régions Limosiniennes.J'entens
bien, dit Pentagruel,
tu n'es qu'un Limosin de
Limoge, & tu veux faire
5 le Demosthenes de Grece;
Or viens-cà que je te donne
un tour de peigne, lors
le prit à la gorge,disant :
tu écorches le Latin, moy
j'écorcheray le latiniseur,
si fort lui serroit la gorge
que le pauvre Limosin
commence à crier en Limosin,
vée Dicou Gentil.
latre : Hosaint Marsau !
secourami,bau,bau, laisias k
qu'ou AU nom de Dtous
y
dm
ne me tou cas grou.Ah5 dit
Pentagruel en le laissant ;
voila comment je te voulois
remettre en droit chemin
de vraye éloquence;
car à cette, heure viens-tu
de p, rler comme nature,
&, grand biente fasse icelle.
corrp&ion,-v.
Quoique je trouve
dans; cette;idéeune e fpece
de sublime, je ne
le. compareraipas sans
doute,à ce sublime
d'Homere, dans son
Vingtième Livre,oùil
Ïaicporter ainsiJupiter fàcNrëeibptluéendee4s'aDniseTuxA/tsembléedesDieux,
- '.i! r
Je vaisdonc m'asseoir
sur le sommet de l'Olimpe,
ôcregarder le combat :
mais pour vous autres vous
pouvez descendre,& prendre
ouvertement le party
deceux quevous favorilez,
car si Achille attaque
seullesTroyens,ils ne le
soûtiendront pas un moment
:comment le soû-
,tiendroient-ils aujourd'hui
qu'il est armé ,ôc que là
valeur est encoreaiguisée
par la douleur qu'il a de
la
mort de son amy J
qu'-
hier le voyant mêmesans
armes, ils furent remplis
/deterreur^,ôc..,
- E.î:n(.fuiteHomr ere fait
descendre les Dieux de
YOUmpC) qui animant
les troupes des deuxpartisye.
ng,agIentldfbataille, &se mêlenteux-mêmes
days le combat.
En cet endroit -je
quitte lebadinage par
respect, non pour la reputationseule
d'Homere,
mais pour la grandeur,
la majesté&l'élévation
de sa PoëGe;
quel genie! Se avec
quel art inceresse-t-il
icileCiel, la terre &
toute la nature au grad
fpe&acle qu'ilvanous
donner?il nous forceà
nousy interesser nousmêmes;&
voilal'effet
dusublime.
Pédantcecombat,continué
Homere, le Souverainmaître
des Dieux
tonne du haut duCiel,
'& Neptune élevant ses
flots ébranle laterre,
lescimes du Mont Ida
tremblent jusques dans
leurs
leursfondemens,Troye,
le champ de bataille&
les vaisseaux sontagitez.
par des secousses
violentes,le Roy; des
Enfers, épouvanté au
fond de son Palais, s'élance
de son Trône, &
s'écrie de toute sa force
dans la frayeur où il
est, que Neptune, d'un
coup de son Trident,
n'entrouvre laTerre
qui couvre les ombres,
&, qiie cet affreux séjour,
demeure éternelle
des tenebres & de la
mort, abhorré des Hommes8£
craint même des
Dieux,nereçoive pour
la premiere fois la lumiere,&
ne paroisse à
découvert, si grand eil
le bruit que font ces
Dieux, qui marchent
trleess/unsilco'rn*tre les au- ab-quor
Apollon armé detous
ses traits, attaque Neptune
; Minerves'oppose
à Mars, Diane
marche contre Junon,
mais Achille n'en
veut qu'à Hector, il le
cherche dans la mêlée,
impatient de verser le
fang deceHeros,sous
les yeux même du Dieu
Mars qui le protege.
Voila du beau, du
grand, il se fait sentir
par luy-même, il n'a
pasbesoin de Cõmentaire,
comme mille autres
endroits des anciens
Autheurs, qui ne
sont beaux qu'à proportion
de la creduliré
de ceux qui veulent
bien se prester aux. décisionsdes
Commentateurs.
Comparonsàpresent
., deux tableaux de nos
deux Autheurs sur le
même sujet, ils veulent
runU. l'autre representer
unetempeste..
,
Tout ~~p~
en peinture, en mufiqne,
En prose comme en vers.
sérieux ou comique,
Tempeste de Rubens;.
tempefle de Rablais,
jMrwe du grand Poëte
tragique*.
L'on pourroit comparer
la tempeste heroïque,.
Ala tempeste de Ma, -rais.
Ces vers sepeuvent chanter fit- PairdeJoconde.
TEMPESTE
DE
RABELAIS.
EN. nôtre nauf étions
avec Pentagruel le bon,
joyeusementtranquiles,&
étoit la mer tranquillement
triste; car Neptune
en son naturel est melancolique
& fonge-creux
pource qu'il est plus flegmatique
que sanguin.
Bonasse traîtreuse nous
invitoit à molle oisiveté
>1
ôc oisiveté nous invitoit à
boire,or à boisson vineuse
mêlions saucisses,boutargue
& jambons outrement
salez,pour plus vcu
luptueufement faire sentir,
& contraster suavité
nectarine ,douce non
comme,mais plus que lait.
O que feriez mieux, nous
cria le pilote au lieu d'icelles
salinesmangerviandes
douces,pource qu'incontinent
ne boirez peutêtreque
trop salé ; ce que
disoitlepilote par pronom
c::1:
stication; car pilotes ainsi
que chats en goutieres,
fleurent par instincpluyes
& orages.
Et de fait le beau
clair jour qui luisoit perdant
peu à peu sa transparence,
lumineuse
,
devint
d'abord comme entre
chien & loup,puis brun,
obscur, puis presquenoir,
puis si noir,si noir que
fumes saisis de mal peur;
* car autrelumiere n'éclaira
plus nos faces blêmes
&effrayées, que lueurs
d'éclairsfulminantspar
'Tecrevements
de flambantes
nuées, avec millions
de tonnerres tonigrondants
sur tous les tons
&intonations des orgues
de Jupin, les pedales ,
pou, dou ,dou
,
dou3
icy cromornes,Ton, ron,
ron ) ron &C cla
,
cla y
cla
,
clacla
,
misericorde
, crioit Panurge; détournez
l'orage, Tonnez
les cloches, mais cloches
ne sonnerent ,car en
avoit pour lors: voilà
tout en feu, voilà tout en
eau, bourasques de vents,
fiflemens horrifiques, ce1
la fait trois élements
dont de chacun , trop a-
Ivioiis n'y avoit que terre
qui nous manquoit,si
non pourtant que fondrieres
marines furent si
profondes,qu'en fin fond
d'abîmes ouverts eût-on
pu voir,harangs sur sable
-&C moruës engravées, or
'-du fio,nd d'iceuxabysmes r
vagues montoient aux
nuës
,
& d'icelles nûës.
fc precipitoient comme
torrents , montagnes
d'eau, foy disant vagues,
desquelles aucunes
tombant sur la nauf, Panurge
, qui de frayeur
extravaguoit, disoit ho
ho ho, quelle pluye estce
cy 5 vit-on jamais
pleuvoir vagues toutes
brandies: helas,helas
be be be be, , je nage, bou
bou bou bou, ha maudit
cordonnier, mes souliers
prennent l'eau par
le colet de mon pourpoint.
Ha que cette boit:
son est amere ! hala,
hola
,
je n'ay plus soif.
Te tairas - tu ?
crioit
Frere Jean, & viens
plustost nous aider à
manouvrer ,
où sont
nos boulingues
,
noftrc
trinquet est avau l'eau,
amis à ces rambades
Enfans, n'abandonnons,
le tirados, à moy, à moy.
Par icy, par la haut ,
par là bas.
Viens donc, Pcanurge,
viens, ventre de solles,
viens donc. Hé! ne jurons
point, disoit piteusement
Panurge, ne ju.
rons aujourd'huy, mais
demain tant que tu voudras
,
il est maintenant
heure de faire voeux,Se
promettre pelerinages :
ha ha
,
ha ha, ho ho
ho , ho, je nage, bou bi,
bou bous, sommes-nous
au fond? Ah je me
meurs! mais viens donc
icy nous aider, crioit
Frere Jean, au lieu de
moribonder,met la main
à l'estaransol
, gare la
pane, hau amure, amure
bas , peste soit du
pleurard qui nous est
nuisible au lieu de nous
aider. Ha! oüy oüy oüy,
reprenoit Panurge,vous
fuis nuisible
, mettezmoy
donc à terre afin
que puissiez à l'aise manouvrer
tout vostre soul-
Or icelle tempeste
ou tourmente, ou tourmentante
,comme voudrez
, commença à prendre
fin à force de durer,
comme toutes choses
mondaines: terre, terre,
cria le Pilote,& jugez
bien quelle jubilation
senfUlVlt
, a quoy prit
la plus forte part le
craintif Panurge, qui
defeendant le premier
sur l'arene,disoit,ôtrois
& quatre fois heureux.
Jardinier qui plante
choux, car au moins a-til
un pied sur terre, &
l'autre n'en est esloigné
que d'un fer de besche.
Or remettons tempeste
d'Homere à la pro- „ chaine mercuriale ainsi
que plusieurs autres bribes
des deux Autheurs
que nous paralelliferons
par maniere de passetemps
Rabelaisien, & -
non dogmatiquement ,
chose que- trop repeter
ne puis ; car pires sourds
n'y a que ceux qui ne
veulent point entendre.
SUITE DV PARALLELE
d'Homere&de Rabelais.
*
J'Ay cru que rien ne
rendroit ce Parallele
plus amusantque d'y
mêler de petits contes,
dontle fond estdeRabelais;
mais que j'ai accommodez
de maniere
à pouvoir être lûs des
Dames,& à moins ennuyer
ceux qui ne sont
point afeZj erudits &
"affedwnnez^ Pentagruelistes,
poursavourer,
mâcher&remâcherjusqu'aux
moindres roga-*
tons, & avaler à longs
traits sa -desfuavitezRabelaisiennes
en faveur de
quelques grains de gros
sel,semez par ci par là,
ez., salmigondis & pots
pouris de Maître François.
Pour assortir, ou plûtôrpour
opposer à ces
contes, en trouverai
bien encor quelqu'un
dans Homere, mais je
respecte trop son grand
nom, pour oser rien
mettre du mien dans
ses ouvrages; à peine
ai-je osé retrancher une
bonne moitié du conte
du Cyclope, afin de
rendre l'autre moins
ennuyeuse.
: Pour oposer au grand
& au sublime du Poëte
grec, on trouvera
peut-être dans Maître
François quelques endroits
assez solides pour
faire avouer que Rabelais
cût mieux réussi
dans le sérieux, qu'Homere
n'a réussi dans le
comique, & de là je
prendrai occasion d'avancer
quelques propositions
qui seroient
hardies, téméraires,ridicules
même si on les
avançoit sérieusement,
& dont je n'ose prouver
laveritéqu'en plaisantant;
je les proposeray
donc d'abord
comme des Paradoxes
badins ; tcbadinageaT
cela de bon qu'il peut
éclaircir certaines veritez
qu'une dispute serieuse
ne seroit qu'obscurcirjlcbadinageaencore
cet avanta ge sur la
dispute, qu'au lieud'attirerla*
colere des difputcurs
graves, il n'en
attire qu'un fîlencedédaigneux
, & c'es en
être quitte à bon marché
j car la force des raisonnemens
ne fait que
les irriter au lieu de les
convaincre.
La prévention s'irrite
par la resistance, cest un
animal feroce qu'Homere
eut comparé àun
Taureau furieux
J
qui
parcourant les njaftes
campa?nes de la Lybie,
d'autre but dans sa
fureur que de heurtertête
baiJJie) & de renverser
IÙS plus fortsanimaux
qui oseront l'attaquer
de front.
C'est ainsi que dans
les vastes ambiguitez
dela dispure,les plus
fortes raisons ne tiennent
point contre la
prévention.
Comparons à present
le badinage à l'Abeille
legere, qui voltige en
folâtrant autour de ce
Taureau furieux; elle
badine en fureté entre
ses cornes, lepique legerement,
il ne fait que
secoücr l'oreille,autre
coup d'aiguillon qu'il
méprise, il ne voit point
d'ennemy, cependant
la mouche le pique, ses
piquûres sontlegeres:
maisc11es sontréïterées,
la mouc he se porte avec
agilité par tous les endroits
sensibles, les piqueures
redoublent,il
commence à s'irriter,
se ne voyant à qui s'en
prendre, il tourne sa
colerecontrelui- même,
il s'agite,ilse mord,il
se tourmente, &enfin
il s'épuise,s'affoiblit&
tombe. Procumbithumi
Bos.
Nôtre comparaison
nous a fortéloignez de
nostresujet:tant mieux,
elle n'en est que plus
Homerienne,s'il y a
quelque chose de faux
dans l'application, tant
mieux encore. Homere
est un modele qu'il faut
imiter : ses comparaisons
sont longues, fausses
& semblables les
unes aux autres, il n'importe;
c'est toûjours le
second &C le parfait
Homere.
Les comparaisons de
Rabelais sont plus variées,
plus justes,mais
elles ne sont pas
moins allongées, & la
plûpart sont si basses,
qu'àcet égard ilfaut
bien pour l'honneur du
goût donner la préferenceau
Prince des
Poëtes.
Avantcettedigression
j'ay promis,à propos
d'Homere & de Rabelais
, d'avancer pour rire
quelques proportions
étonnantes, le
premier de ces Paradoxes
c'est :
Qu'il faut pins d'étendue
d'esprit & peutcireplus
d'élévationpour
exceller dans le beau comique
, qu'il n'en faut
pour réussir dansle serieux.
Cette proposition va
révolter d'abord ceux
qui prévenus par refpcâ
pour tout ce qui
a l'air sérieux:
admirent en baillant
un ennuyeux tragique,
Et riant d'une Jjlgne's,
méprisentlecomique.
Le
Le second Paradoxe,
e'est. Que les plus excellentes
piecesserieuses
font mêlées d'excellent
comique
, & par consesquent
qu'un Authtur ne
peut excellerdans lesérieuxy
s'iln'a du talent
pour le comique.r
On trouveroitdans
tous; les siecles, 8cmême
dans lenôtrçxque
les plus grands genies
ont mêlé du winique,
dans leurs ouvrages SC
dans leurs discours,&
les genies mediocres
dérogent même quelquefois
aux prérogatives
de leur gravité,
pour hazarder d'être
plaisans; j'en ai vû s'arrêter
tout court, par
vanité, s'appercevant
qu'ils plaisantoient de
mauvaise grace, & se
déchaîner le moment
d'après contre le meilleur
genre de plaisanterie.
-
Toi qui debite gravement
Tafademédisance,
Caustique par tempec.
ramment,
Serieuxparprudence,
Tumtprifes d'un hon
r, plaisant
La comique élegance,
Comme un gouteux foi- ble&pesant
Mépriseroit la danse.
Les Vers ci-dejjus peuvent Je
chanter sur l'AirdeJÓconde.
Avantque d'avancer
mon troisiéme Paradoxe
,
il faudroit avoir
bien défini le mot de
comique, & celui de subhme
y &C aprés celà
même il seroitpeut-être
encor ridicule de
dire:Quenon-seulement
lè Jubltmerieft pas incompatibleavec<
li\comiqu^
ymais,qmlpssd-J
avoir dans certain comiquedestraitssuperieurs
ausublimeserieux. Voila
unepropositionétonnante,
par rapport à l'idée
qu'on a du sublimc,
que je définirois
volontiers, laperfection
dans le grand : mais on
peut en donner encor
d'autres définitions,&
c'est ce qui nous meneroit
trop loin, il faudroit
trop1 de temps
pourdonneràces trois
Paradoxes toutes les ex*
plications& modifications
qui pourroient
les rendre sérieusement
vrayes > c'est ce que
j'entreprendrai peutêtre
quelque jour,sij'ai
le loisir de mettre en
oeuvre les reflexions
que j'ai faites sur les
fesses idées qu'on a du
sublime, du sérieux &
du comique; contentons-
nous ici de badiner
sur nôtre dernier Paradoxe,
qui nous donnera
occasion de comparer
quelques mor-*
ceaux des deux Autheurs,
dont jecontinuë
le Parallele.
Pour parler selon les
idées communes, disons
: que le comique
nest point sublimepar
lui-mesme
,
mais qu'il
peut renfermer des sens
& des veritez sublimes,
& c'est pour sçavoir
renfermer ces grandes
veritez dans le comique,
qu'il faut un genie
tres étendu.
Ilenfaut moins,par
exemple, pour soûtenirune
morale sublime
par des expressions
fortes & nobles, qui lui
font propres, que pour
la traitter comiquement,
sansl'affoiblir,
&:. sans la dégrader.
Il est'vray que le genre
serieux est plus grand
par luy-même que le
sgaennsre comique, iltient
doute le premier
rang, mais il n'y a point.
au
au Parnasse de ceremonial
qui donne le pas a un Autheur sérieux
surun comique. Ilest
plus grand parexemple,
de traitter la guerre
de Troye ,causée
par lenlevement d'une
Princesse, que la guerre
causéepar l'enlevement
d'un Seau, La
sequi à rapita,mais cette
grandeur est dans le
sujet, & non dans TAutheur
qui le traitte.,8c
celui qui daps le Poème
del'enlevement d'un
Seau, feroit entrer les
idées les plushéroïques
, feroit sansdoute
un plus grand genie"
que celui à qui la grandeur
du sujet fournit
naturellement de grandes
idées.
On ne peut pas soûtenirqu'ily
ait quantité
de hautes idées renfermées
dans le comique
de Rabelais, mais
on prouveroit peut- être
qu'Homere doit une
bonne partie deson sublime
à la grandeurde
son sujet.; ?;!> JU ;
.,' La bassesse des sujets
que Rabelais à traitez
auroit sait tomber son
ouvrage,s'iln'avoit pas étésoustenu par: des
partiesexcellentes;
L'élévation Se lrrraportance
du sujet de
rmiadercûcsoustenuë
qu^îidniémeil yauroit
eu moins de beautez
quon,ny en trouve.
Nous voyons clairementpar
la connolt:
sance dusiecle où Rabelais
avescu, que la
plûpart de ses expressiós
fortes&naïves lui font
propres a lui seul.
Mais les sçavans sans
prévention avouent
-qu:on- neconnoist pas
assez le siecle d'Homere
pour sçavoirenquoi
il dl original:ceuxqui
connoissent le genie
oriental croiront plustost
que ses expressions
nobles& figurées, que
ses comparaisons magnifiques,&
mesme la
pluspart de sesideés
Poëtiques pouvoient
estreaussi communes
aux Grecsde son temps
que les proverbes sensez
le sont à Paris parmi
le peu ple.
Al'égard du sublime
de Rabelais, il faut convenir
qu'il est bien malâisé
de l'appercevoirà
travers le bascomique,
dont il est offusqué, il
dit en parlant de la
Loy comrnentée & embrouillée
par nos Juris-
Confulres
, que c'est
une belle robe à fondd'or
brodée de crote
: j'en dirois
autant de son sublime
,
qu'on me passe
ce mot en attendant
la définition : Mais appellez
comme il vous
plaira l'idée qu'il donne.
de la vraye & naturelle
Eloquence, par la décision
de Pcntagruel
sur le verbiage du li-,
centié, il paroit qu'elle
fit excellente: en voici
l'idée en abbregé.
LAVRAYE ELOQUENCE.
1 uN jour Penragruel
rencontra certainLice-nti.é,,
non autrement sçavant es;
sciences de son métier de
Docteur:mais en recompense
sçachant tres-foncicierement
danser & joüer
à la paume,lequel donc
rencontrépar Pentagruel,
fut interrogé d'où il venoit
5
& luy répondit,je
liens de l'urbe&citécelebrisjimt
quevulgairement onvocite
Lutece.Qu'est-ce à dire,
dit Pentagruel
,
à son truchementordinaire?
je suis
tout ebahi de tel jargon.
C'efc, répond letruchemenrjqu'il
vient de Paris:
Hé,reprit Pentagruel,.
à quoy passez-vous le
temps à Paris vous autres
licentiez^Nflw^repondit le
Licentié
, en nos occupations
dit: Quel diable de langa
ge est-cecy ? Ce nest que latinécorché, dit le Truchement,
& luy semble
qu'il est éloquent Orateur,
pource qu'ildédaigne
l'usance commune de
parler: or le Licentié
croyant que l'étonnement
Se ébahissement dePentagruel
venoit pour admirer
la haute beauté de cette
élocution, se reguinda encore
plus haut &: plus obleur,
si que par longueur
de periodes,poussa patience
à bout. Parbleu, dità
part-foi Pentagruel,je tapprendrai
quelle est vraie Se
naturelle éloquence ;puis
demadaauLicêciédequel
païs il étoit, à quoy répond
ainsi le Licencié.L'illustre
&honoriferantepropagation
demesaves&ataves, tire
son origine primordiale des
Régions Limosiniennes.J'entens
bien, dit Pentagruel,
tu n'es qu'un Limosin de
Limoge, & tu veux faire
5 le Demosthenes de Grece;
Or viens-cà que je te donne
un tour de peigne, lors
le prit à la gorge,disant :
tu écorches le Latin, moy
j'écorcheray le latiniseur,
si fort lui serroit la gorge
que le pauvre Limosin
commence à crier en Limosin,
vée Dicou Gentil.
latre : Hosaint Marsau !
secourami,bau,bau, laisias k
qu'ou AU nom de Dtous
y
dm
ne me tou cas grou.Ah5 dit
Pentagruel en le laissant ;
voila comment je te voulois
remettre en droit chemin
de vraye éloquence;
car à cette, heure viens-tu
de p, rler comme nature,
&, grand biente fasse icelle.
corrp&ion,-v.
Quoique je trouve
dans; cette;idéeune e fpece
de sublime, je ne
le. compareraipas sans
doute,à ce sublime
d'Homere, dans son
Vingtième Livre,oùil
Ïaicporter ainsiJupiter fàcNrëeibptluéendee4s'aDniseTuxA/tsembléedesDieux,
- '.i! r
Je vaisdonc m'asseoir
sur le sommet de l'Olimpe,
ôcregarder le combat :
mais pour vous autres vous
pouvez descendre,& prendre
ouvertement le party
deceux quevous favorilez,
car si Achille attaque
seullesTroyens,ils ne le
soûtiendront pas un moment
:comment le soû-
,tiendroient-ils aujourd'hui
qu'il est armé ,ôc que là
valeur est encoreaiguisée
par la douleur qu'il a de
la
mort de son amy J
qu'-
hier le voyant mêmesans
armes, ils furent remplis
/deterreur^,ôc..,
- E.î:n(.fuiteHomr ere fait
descendre les Dieux de
YOUmpC) qui animant
les troupes des deuxpartisye.
ng,agIentldfbataille, &se mêlenteux-mêmes
days le combat.
En cet endroit -je
quitte lebadinage par
respect, non pour la reputationseule
d'Homere,
mais pour la grandeur,
la majesté&l'élévation
de sa PoëGe;
quel genie! Se avec
quel art inceresse-t-il
icileCiel, la terre &
toute la nature au grad
fpe&acle qu'ilvanous
donner?il nous forceà
nousy interesser nousmêmes;&
voilal'effet
dusublime.
Pédantcecombat,continué
Homere, le Souverainmaître
des Dieux
tonne du haut duCiel,
'& Neptune élevant ses
flots ébranle laterre,
lescimes du Mont Ida
tremblent jusques dans
leurs
leursfondemens,Troye,
le champ de bataille&
les vaisseaux sontagitez.
par des secousses
violentes,le Roy; des
Enfers, épouvanté au
fond de son Palais, s'élance
de son Trône, &
s'écrie de toute sa force
dans la frayeur où il
est, que Neptune, d'un
coup de son Trident,
n'entrouvre laTerre
qui couvre les ombres,
&, qiie cet affreux séjour,
demeure éternelle
des tenebres & de la
mort, abhorré des Hommes8£
craint même des
Dieux,nereçoive pour
la premiere fois la lumiere,&
ne paroisse à
découvert, si grand eil
le bruit que font ces
Dieux, qui marchent
trleess/unsilco'rn*tre les au- ab-quor
Apollon armé detous
ses traits, attaque Neptune
; Minerves'oppose
à Mars, Diane
marche contre Junon,
mais Achille n'en
veut qu'à Hector, il le
cherche dans la mêlée,
impatient de verser le
fang deceHeros,sous
les yeux même du Dieu
Mars qui le protege.
Voila du beau, du
grand, il se fait sentir
par luy-même, il n'a
pasbesoin de Cõmentaire,
comme mille autres
endroits des anciens
Autheurs, qui ne
sont beaux qu'à proportion
de la creduliré
de ceux qui veulent
bien se prester aux. décisionsdes
Commentateurs.
Comparonsàpresent
., deux tableaux de nos
deux Autheurs sur le
même sujet, ils veulent
runU. l'autre representer
unetempeste..
,
Tout ~~p~
en peinture, en mufiqne,
En prose comme en vers.
sérieux ou comique,
Tempeste de Rubens;.
tempefle de Rablais,
jMrwe du grand Poëte
tragique*.
L'on pourroit comparer
la tempeste heroïque,.
Ala tempeste de Ma, -rais.
Ces vers sepeuvent chanter fit- PairdeJoconde.
TEMPESTE
DE
RABELAIS.
EN. nôtre nauf étions
avec Pentagruel le bon,
joyeusementtranquiles,&
étoit la mer tranquillement
triste; car Neptune
en son naturel est melancolique
& fonge-creux
pource qu'il est plus flegmatique
que sanguin.
Bonasse traîtreuse nous
invitoit à molle oisiveté
>1
ôc oisiveté nous invitoit à
boire,or à boisson vineuse
mêlions saucisses,boutargue
& jambons outrement
salez,pour plus vcu
luptueufement faire sentir,
& contraster suavité
nectarine ,douce non
comme,mais plus que lait.
O que feriez mieux, nous
cria le pilote au lieu d'icelles
salinesmangerviandes
douces,pource qu'incontinent
ne boirez peutêtreque
trop salé ; ce que
disoitlepilote par pronom
c::1:
stication; car pilotes ainsi
que chats en goutieres,
fleurent par instincpluyes
& orages.
Et de fait le beau
clair jour qui luisoit perdant
peu à peu sa transparence,
lumineuse
,
devint
d'abord comme entre
chien & loup,puis brun,
obscur, puis presquenoir,
puis si noir,si noir que
fumes saisis de mal peur;
* car autrelumiere n'éclaira
plus nos faces blêmes
&effrayées, que lueurs
d'éclairsfulminantspar
'Tecrevements
de flambantes
nuées, avec millions
de tonnerres tonigrondants
sur tous les tons
&intonations des orgues
de Jupin, les pedales ,
pou, dou ,dou
,
dou3
icy cromornes,Ton, ron,
ron ) ron &C cla
,
cla y
cla
,
clacla
,
misericorde
, crioit Panurge; détournez
l'orage, Tonnez
les cloches, mais cloches
ne sonnerent ,car en
avoit pour lors: voilà
tout en feu, voilà tout en
eau, bourasques de vents,
fiflemens horrifiques, ce1
la fait trois élements
dont de chacun , trop a-
Ivioiis n'y avoit que terre
qui nous manquoit,si
non pourtant que fondrieres
marines furent si
profondes,qu'en fin fond
d'abîmes ouverts eût-on
pu voir,harangs sur sable
-&C moruës engravées, or
'-du fio,nd d'iceuxabysmes r
vagues montoient aux
nuës
,
& d'icelles nûës.
fc precipitoient comme
torrents , montagnes
d'eau, foy disant vagues,
desquelles aucunes
tombant sur la nauf, Panurge
, qui de frayeur
extravaguoit, disoit ho
ho ho, quelle pluye estce
cy 5 vit-on jamais
pleuvoir vagues toutes
brandies: helas,helas
be be be be, , je nage, bou
bou bou bou, ha maudit
cordonnier, mes souliers
prennent l'eau par
le colet de mon pourpoint.
Ha que cette boit:
son est amere ! hala,
hola
,
je n'ay plus soif.
Te tairas - tu ?
crioit
Frere Jean, & viens
plustost nous aider à
manouvrer ,
où sont
nos boulingues
,
noftrc
trinquet est avau l'eau,
amis à ces rambades
Enfans, n'abandonnons,
le tirados, à moy, à moy.
Par icy, par la haut ,
par là bas.
Viens donc, Pcanurge,
viens, ventre de solles,
viens donc. Hé! ne jurons
point, disoit piteusement
Panurge, ne ju.
rons aujourd'huy, mais
demain tant que tu voudras
,
il est maintenant
heure de faire voeux,Se
promettre pelerinages :
ha ha
,
ha ha, ho ho
ho , ho, je nage, bou bi,
bou bous, sommes-nous
au fond? Ah je me
meurs! mais viens donc
icy nous aider, crioit
Frere Jean, au lieu de
moribonder,met la main
à l'estaransol
, gare la
pane, hau amure, amure
bas , peste soit du
pleurard qui nous est
nuisible au lieu de nous
aider. Ha! oüy oüy oüy,
reprenoit Panurge,vous
fuis nuisible
, mettezmoy
donc à terre afin
que puissiez à l'aise manouvrer
tout vostre soul-
Or icelle tempeste
ou tourmente, ou tourmentante
,comme voudrez
, commença à prendre
fin à force de durer,
comme toutes choses
mondaines: terre, terre,
cria le Pilote,& jugez
bien quelle jubilation
senfUlVlt
, a quoy prit
la plus forte part le
craintif Panurge, qui
defeendant le premier
sur l'arene,disoit,ôtrois
& quatre fois heureux.
Jardinier qui plante
choux, car au moins a-til
un pied sur terre, &
l'autre n'en est esloigné
que d'un fer de besche.
Or remettons tempeste
d'Homere à la pro- „ chaine mercuriale ainsi
que plusieurs autres bribes
des deux Autheurs
que nous paralelliferons
par maniere de passetemps
Rabelaisien, & -
non dogmatiquement ,
chose que- trop repeter
ne puis ; car pires sourds
n'y a que ceux qui ne
veulent point entendre.
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Résumé : ARTICLE BURLESQUE. SUITE DU PARALLELE d'Homere & de Rabelais.
L'article compare les œuvres d'Homère et de Rabelais, en soulignant les différences de style et de réception. L'auteur décide de rendre les contes de Rabelais plus accessibles et moins ennuyeux, notamment en retranchant une partie du conte du Cyclope d'Homère pour le rendre moins ennuyeux. Il propose plusieurs paradoxes, comme l'idée que le comique nécessite plus d'étendue d'esprit que le sérieux, et que les œuvres sérieuses excellentes contiennent du comique. L'auteur utilise une métaphore pour comparer la prévention à un taureau furieux et le badinage à une abeille légère qui le pique sans le blesser gravement. Il discute de la difficulté de percevoir le sublime dans les œuvres de Rabelais en raison de leur comique bas. Il cite un exemple de la vraie éloquence dans 'Pantagruel' et le compare à un passage sublime de l'Iliade. Le texte compare également deux descriptions de tempêtes, mettant en avant la tempête de Rubens, celle de Rabelais et la tempête héroïque d'Homère. Il décrit en détail la tempête narrée par Rabelais dans 'Pantagruel'. Cette tempête commence par une mer tranquille et mélancolique, puis se transforme en un chaos de vents, d'éclairs et de vagues monumentales. Les personnages, notamment Panurge et Frère Jean, réagissent avec peur et désespoir, mais aussi avec des tentatives de manœuvre pour sauver le navire. La tempête finit par s'apaiser, apportant un soulagement général, surtout à Panurge, qui exprime sa joie d'avoir enfin un pied sur terre. L'auteur admire la grandeur et la majesté de la poésie d'Homère, qui parvient à impliquer le ciel, la terre et toute la nature dans ses descriptions. Il conclut en quittant le badinage par respect pour Homère. Le texte mentionne la comparaison des tempêtes des deux auteurs comme un passe-temps, sans intention dogmatique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 205-206
Réponse à la seconde Question: S'il est plus avantageux à un homme d'être d'une grande taille que d'une petite.
Début :
Un grand homme & un petit peuvent à esprit égal [...]
Mots clefs :
Homme, Taille, Grandeur
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texteReconnaissance textuelle : Réponse à la seconde Question: S'il est plus avantageux à un homme d'être d'une grande taille que d'une petite.
Reponse à la feconde Quef
tion :
S'il eft plus avantageux
un homme d'être d'une
grande taille que d'une
petite.
ParMad. la Comteffe de **.
Un grand homme & un"
petit peuvent à efprit égal
paroître en avoir moins
l'un que l'autre. Il femble
que l'efprit paroît plus dans
un petit homme : feroit- ce
206 MERCURE
3
parce qu'on en attend davantage d'un grand , pour
remplir l'idée de grandeur
que fa taille nous donne ?
Je ne fçai fi les autres femmes font de mon goût :
mais un grand homme fot
m'ennuye plus qu'un petit ,
& je le trouve bien plus embaraffant ; il ſemble que
j'aye plus de regret à la place qu'il occupe dans ma
chambre.
tion :
S'il eft plus avantageux
un homme d'être d'une
grande taille que d'une
petite.
ParMad. la Comteffe de **.
Un grand homme & un"
petit peuvent à efprit égal
paroître en avoir moins
l'un que l'autre. Il femble
que l'efprit paroît plus dans
un petit homme : feroit- ce
206 MERCURE
3
parce qu'on en attend davantage d'un grand , pour
remplir l'idée de grandeur
que fa taille nous donne ?
Je ne fçai fi les autres femmes font de mon goût :
mais un grand homme fot
m'ennuye plus qu'un petit ,
& je le trouve bien plus embaraffant ; il ſemble que
j'aye plus de regret à la place qu'il occupe dans ma
chambre.
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Résumé : Réponse à la seconde Question: S'il est plus avantageux à un homme d'être d'une grande taille que d'une petite.
Madame la Comtesse de ** discute des perceptions liées à la taille. Un petit homme semble plus intelligent qu'un grand, car on attend plus d'un grand homme. Elle préfère les petits hommes, trouvant les grands plus ennuyeux et encombrants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 206-208
Réponse par M.L.R.
Début :
Les grands hommes se font plus respecter; les petits hommes [...]
Mots clefs :
Hommes, Taille, Grandeur
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texteReconnaissance textuelle : Réponse par M.L.R.
Réponse par M. L. R.
Les grands hommes fe
GALANT. 207
font plus refpecter ; les petits hommes fe font plusai1: mer, & même des Dames.
Elles s'imaginent peut-être
qu'elles retrouveront dans
leur efprit tout ce qui manque à leur taille : il femble
que l'amour & la galanterie foient plûtôt l'apanage
dès petits hommes , & que
la gloire & le heroifme de
la guerre doivent être le
partage des grands hommes. Cette prevention étoit
bien réelle du temps d'Homere , où l'on mefuroit
même la grandeur des He-
208 MERCURE
ros par la largeur de leurs
épaule
Les grands hommes fe
GALANT. 207
font plus refpecter ; les petits hommes fe font plusai1: mer, & même des Dames.
Elles s'imaginent peut-être
qu'elles retrouveront dans
leur efprit tout ce qui manque à leur taille : il femble
que l'amour & la galanterie foient plûtôt l'apanage
dès petits hommes , & que
la gloire & le heroifme de
la guerre doivent être le
partage des grands hommes. Cette prevention étoit
bien réelle du temps d'Homere , où l'on mefuroit
même la grandeur des He-
208 MERCURE
ros par la largeur de leurs
épaule
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Résumé : Réponse par M.L.R.
Le texte explore les perceptions sociales des grands et petits hommes. Les petits hommes et certaines dames sont souvent respectés et admirés. Les dames compensent leur petite taille par leur esprit. L'amour et la galanterie sont liés aux petits hommes, tandis que la gloire et le héroïsme en guerre sont attribués aux grands hommes. À l'époque d'Homère, la grandeur des héros se mesurait par la largeur de leurs épaules.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 97-144
Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Début :
Les effets du feu son si admirables & si terribles, / Il y a si peu de choses qui puissent passer pour certaines [...]
Mots clefs :
Feu, Incendie, Corps, Auteur, Eau, Nature, Chaleur, Esprits, Vertu, Dieu, Terre, Froid, Avantages, Traité, Principes, Force, Divinité, Substance, Couleur, Grandeur, Soleil, Physique, Entretiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
admirables & si terribles,
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
si utiles & si dangereux, &
j'en ai déja parlé tant de
fois superficiellement, que
4 je croy ne pouvoir mieux
faire, pourinstruire & pour
amuser le lecteur, que lui
donner un extrait des dissertationssuivantes,
oùil
verra un tableau assez exact
des qualitez & des proprietez
de cet élement.
h) ;>-t'ï
J, Traité du feu, dans lequel on établît les vraisfondemens
n' de la Physique.
-'u-j
,
Il y a si peu de choses qui
puissent passer pour certaines
& pour confiantes dans
la Physique, qu'il n'ya
rien de plus aisé que dese
tromper, lors qu'on entreprend
de prononcer decisivement
sur les matierés qui
s'y traitent. D'ailleurs,les
methodes Ics- plus regulieres
ne fonc pas toûjours les
meilleures; elles ont fouvent
beaucoup plus de
montre que d'utilité solide,
& l'on peut dire qu'en bien
des rencontres elles servent
bien plus à gêner l'esprit,
qu'à le conduire droit à la
verité. C'a été pour prendre
uneroute qui l'exposât
moins àces deux inconve-
,
niens, que le P. C. a donné
la formed'entretiens à cet
ouvrage, parce qu9ona accoûtumé
de bannir de tout
ce qui porte ce titrele ton
decisif de Docteur,aavec
ce faste & cet apparat qui
l'accompagne d'ordinaire,
&. que du reste on n'y reçoit
point les regularitez importunes,
ni les formalitez
gênantes des manieres de
l'Ecole. Ainsi les
13.
dissertarions
dont il a composé son
livre, sontautant de ron'Ver.
sations libres& sçavantes,
où il fait entrer trois personnes
d'un rare merire &
d'une fort grande érudition;
à peu prés comme Ciceron
introduit sesillustres
amis parlansdans ses ouvrages
de Philosophie. Je tjU
cherai d'informer les lecteurs
de ce qui s'y trouve
de plus remarquable 8; de
principal: mais comme je
suis obligé d'éviter la longueur
des extraits , autant
qu'il me fera possible,
& qu'il feroit difficile de
rendre compte en peu de
mots de 13.dissertations pleines
de choses considerables
&qui font un gros volume,
je me contenterai de donner
ici le précis des 5. premieres,
& je renvoyerai le
reste à un autre mois.
Nôtre auteur entre en
matiere,dans la premiere
dissertation;d'une maniere
agreable -" par une petite
disputequ'il fait naître entre
ses personnages sur cette
question curieuse : Lequel
desdeuxestleplus excellent &
le plus utile, de l'eau ou du
feu ? C'est pour se donner
jour à faire l'élogedu sujet
qu'il veut traiter, en montrant
l'avantage qu'a le feu
sur tous les corps simples,
dont il pretend qu'il est le
plusnoble à bien des égards.
On ne pouvoit gueres
mieuxtourner la chose qu'-
en laprenant de cette maniere
,
ni faire voir un plus
beau mélange de la belle
litterature avec la Philosophie,
que celui que nous
donne ici le P.C. On allegue
• de part & d'autre ce qu'on
pouvoir dire de plus curieux
à l'avantage du feu ou de
l'eau. On cite les autoritez
des Poëtes & des Philosophes,
on produit le celebre
passage de Pindare, qui des
le commencement de ses
Odes dit qu'il n'y a rien de
meilleur que l'eau. Et on lui
opposePlutarque,qui ayant
traité la même question
qu'on a gite ici, l'adecidée
en faveur du feu. On peut
bien croire qu'on n'oublie
pas là-dessus ni Vulcain, qui
étoit du nombre des grandes
Divinitez Payennes, ni le
feusucré,qui étoit l'objet de
la devotion des Perfes
; ni
l'adoration que les Chaldéens
rendoient à cet element,
qu'ils, consideroient
comme leur supreme Divinité.
Cependant comme le
feu ne craint rien si fort que
l'eau,on raconte ici une as
fez plaisante avanture,tirée
de Ruffln & de Suidas, oùles
choses ne tournerent pas à
l'avantage du Dieu de Chaldée.
Ceux de cette nation
vantoient leur Divinité,
comme la plus puissante de
toutes; & quelques-uns de
leurs Prêtres, courans de
Province enProvince,défioient
au combat tous les
f
autresDieux. Maiscomme
ceux-ci, de que lque matierequ'ils
fussent, de bois,
, ou d'airain ,ou d'argent
ou d'or, ne pouvoientresister
au feu, qui en venoit
-
enfin à bout,il le trouva un
Prêtre d'Egypte qui arrêta
de cette maniere les triomphes
de ce Dieu, qui en avoit
dévoré tant d'autres. Il
prit une cruche percée de
quantité de petits trous,
qu'il boucha avec de la cire,
mais si proprement, qu'on
n'en pouvoitrien connoître
; & après avoir rempli
cette cruche d'eau, & avoir
mis au dessus la tête de son
Idole qu'on nommoit Canope,
il accepta le défi. Les
Chaldéens mirent aussitôt
le feu à l'entour de l'Idôle:
mais la cire se fondant au
feu, ouvrit incontinent le
passage à l'eau, qui sortant
de tous cotez par les petits
trous ,qu'on ne voyoit pas,
éteignit le feu, & faisant
triompher Canope, fit avoüer
aux Chaldéens que.
le Dieu des Egyptiensétoit
le plus fort. Avec tout cela,
comme il estaussi naturel
au feu de consumerl'eau,
qu'ill'est à l'eau d'éteindre
le feu, on ne peut nier que
celui-ci ne se dédommage
quelquefois au double, parce
qu'il gagne à son tour
sur l'autre.Mais pourétablir
sur quelque chose de c'on.,
fiderable l'avantage qu'on
donne aufeu,on remarque
ici que si on recüeille les
suffrages des Philolophes,
on trouvera que le plus
grand nombre est celui de
ceux qui ont mis le feuen
tre les principes deschoses;
ce qui vient sans douce de
l'impression nature lle qu'on
a de ion excellence & de
son utilité. Qu'au reste ce
n'est pas un foible argument
pour nous en persuader,
que de voir qu'entre »
tant de sortes d'animauxil
n'y ait que l'homme à qui
a nature en ait proprement
accordé l'usage : ce qui va
siloin
,
selon la pensée de
Lactance
,
qu'il semble que
Dieu ait voulu assurer les
hommes de leur immortalité
, en leur abandonnant
l'usage & la disposition de
cet element, qui est celui de
la lumiere & de la vie. Que
quoy qu'il en soit, lavie est
un feu, & que si le feu en
est le symbole,il en est aussi
le soûtien, & leplus necessaire
instrument, puis qu'-
après tout il n'est pas possïble
ni de cuire les alimens,
ni de préparer les remedes,
ni de se prévaloir de cent
autres choses necessaires à
la vie, sans le secours de
cet element. Que d'ailleurs
quand on pourroit vivre
sans l'usage du feu,la vie
ne sçauroit être qu'extremement
miserable, privée
de tous les avantages qu'on
tire des sciences & des arts,
& plongée dans une obscurité
qui lui ôteroit tout ce
qu'elle a dagreable. Qu'en
un mot on est redevable de
toutes lescommoditez, ôc
de tous les ornemens de la
: vie au feu ,qui eR: d'une utiflité
si étenduë & si gene- rale, qu'outre le secours
qu'il prête à la vûé au milieu
de l'obscurité , il supplée
quelquefois à l'usage
[. de la parole, en donnant
aux amis éloignez de quelques
lieuës le moyen de se
pouvoir parler la nuit par
des flambeauxallumez. Enl'
fin, après avoir remarqué
que les effets mêmequ'on
lui reproche sont des preuves
de noblesse & des marques
de grandeur,on observe
quetousles peuples
l'ont prispour le symbole
de la puissance, & pourle
caractere de la majesté:d'où
vient qu'on le portoit autrefois
devant les Rois de
l'Asie, & devant les Empereurs
Romains. Et pour
achever par un endroitqui
en couronne dignementl'éloge,
on ajoûte qu'il n'y a
point eu de nation dans le
monde qui ne l'ait regardé
non feulement comme un
excellent present duCiel,
mais encore comme une illustre*
imagerdela-Divinité. Que
rQue de là est venu qu'on Fa
employé dans toutes les Religious,&
que ce n'ont point
été les Chaldéens feu ls, ni
les Poëtes, ni les Philosophesqui
ont dit que Dieu
est unfeu : mais que l'Ecriture
sainte a parlélemême
langage, & n'a pas faitdifficulté
de nous assurer que
Dieu estunfeuconsumant. 1
Aprés ces préliminaires,
il passe dans le deuxiéme
entretien à l'explication de
lanature du feu. Lefeu, sef!
on" lui, est un esprit qui soy a en unechaleur vive brûlante.
Mais il faut sçavoir
que par cet esprit il n'entend
pas ce que les Chymistes
appellent de ce nom &
qu'ils distinguent par là mêmedavec
leursouphre &
leur mercure. Dans ce que
nôtre auteur nomme ainsi,
il n'est pas tant question de
larareté dela matiere,ou
'de la legereté, quede la subtilité
& de la sorce:&en
un mot, l'esprit, dans son
sens
,
estune substance tres-déliée&
trés-subtile,très-capablede
s'insinuer&depenetrer
dans les pores de tous les corps.
cr >
Quand donc cette subtilité
se trouve jointe avec la É-lieleur,
& que celle-ci est dars
un degré de force & d'ardeur
considerable, nôtre
auteurpretend quec'estce
qui fait propremenr le feu.
D'où vient qu'il ne fait pas
de difficulté de mettre le
sel aunombredes corpsde
nature ignées parce qu outre
•
qu'il désechetoutes leschop
ses ou il s'attache, & qu'il
consume puissamment les
-
humiditez, on en tire, en
ledistillent,des eaux fortes
qui ont la vertu de dissoudre
les metaux,en bien
moins
,-
de temps quene
sçauroit faire le feu leplus
fort &le plusardentde nos
fourneaux.Au reste; comme,
l'ondistingue diverses
sortes de terres,qui, quoy
qu'ellesconviennent toutes
dans cette nature generale,
qui leur est commune; ne
laissent pas d'être differentes
en espece les unesdes
autres; nôtre aauurteeuurrine j ne
doute pointqu'on ne doive
aussidistinguer diverses sortes
de feux, qui tenant tous
en général de la nature de
cet element , différent entr'eux,
en ce qu'ilssont d'une
vivacité,d'un éclat,d'une
subtilité ,d'une force, Si
d'une activité inégale.Quelquedifferensneanmoins
qu'ils soiênt,ilveutqu'ils se
reduisent tous à deux genres
principaux:les uns, qui
ont,tout enlemble de la lumiere&
de la chaleur &
lesautres qui ont de la chaleur
,mais quin'ont point
de lumiere. Les premiers
sont ceux qu'on nomme
feux par excellence : aussi
l'auteur lesappelle-1-il des
feuxvifs, parce qu'ils renfermenc
une quantité d'esprits
vifs & lumineux, comme
font ceux d'une vive
flamme. Les autres sont des
feux beaucoup moins parfaits:
c'est pourquoyl'auteur
les appelle des feux
morts, parce qu'ils sont composez
d'espritsqui n'ont ni
vivacité, ni clarté, & qu'avec
la vertu de brûler , ils
n'ont pas celle d'eclairer &
de luire. Le poivre, le pyretbre,
l'argent vifprécipité, ôc
generalement tous lescaustiques
renferment des eA
prits de cette espece, & doivent
par cette raison être
mis entre les corps qui tiennent
de la nature du feu. /',
Maiscequ'ilyaicid'aussi
remarquable; & qui pourra
surprendre ceux qui n'aurontpoint
oüi parler du
traité de M. Boyle; deflam-
; mæ ponderabilitate y cest qu'-
excepté le feu celeste & de
la nature de celui des astres,
qu'on veut bien qui soit ler
ger. & capable de s'élever
sen haut, on soûtient que
* tous les autres tendent naturellement
vers le centre,
& qu'ilssontmême plus
pesans que tous les autres
elemens.
La troisiéme dissertation
est employée toute entiere
à soûtenir ce paradoxe,& il
fautavoüerqu'on lui donne
un grand air de vraifemblance
par les preuves qu'-
on apporte pour l'établir.
Par exemple , to.. L'on remarque
que les briques,
qui demeurent long-temps
dans le feu, y deviennent
beaucoup plus pesantes,
quoique l'évaporation de
l'humidité en dûtdiminuer
le
le poids.2°. On rapporte un
grand nombre d'experiences
du traité de M. Boyle,
par lesquelles il paroît que
delachaux vive &, divers
metauxayant été exposez
au feu pendant deuxon
trois heures, ont considerablement
augmenté leur
poids; ce qui ne pouvoit
venir que des particules du
feu qui s'étoientmêlées
avec ces matieres. 3°. Enfin
on soûtient que le lieu prow
pre & naturel de nôtre feu
élémentaire est dans les entrailles
de la terre, levrai
cétre des choses pefanses^
lendrpiçle.plus basde tonné
l'univers, ôcquec'estçefils
central, &: non pas la chaleuo
du soleil,ou la vertu ôdesin-j
lfweçesque1,onattribueau^
astrequi est le véritable
principe de la génération
des métaux, & la veritablq
çausequi produit les sources
des rivieres&des fontaines;
;:
En .effet3il est si peuvrai
que la vertu des astres fQ
false sentirdans- les pro-l
fonds cachotsdes lieux [oûi
terrains, que l'on pose en
fait que dans les plus gran4eschaleurs
de l'Esté,lorfque
le soleil darde ses.rayons
avec plus de force, & qu'ils
donnent sur la terre à
plomb, si Tonveut bienfe
donner la peine d'observer
l'effet qu'ilsyfont, on ne
itrouvera point, je ne dirai
pas quils l'ayent penetrée
de quelque milles, mais feu-,
lement qu'ils l'ayent réchauffée
de quelques pieds
de profondeur. L'auteur
nous apprend quelque cho.
se d'asser remarquable làideflus.
Il dit que tous ceux
qui ont écrit touchant les
mi,nes, au moi,ns tous ceux1
dont il, a lû les ecrits rapportent
constammentque.
la terre est froide vers sa fuperficie;
qu'on çommence
à la trouver un peu rechauf-j
fée, lors qu'on y est defcen,
du plus avant;& qu'ensuite
plus on l'enfonce, plus on
trouve que sa chaleur se forciné,
& qu'elle s'augmente
sensiblement. C'est ce que
témoigné entr'autres J. B.
Adorin dans sa relation de
lotis fubterraneis, où il rapporte,
qu'ayant eu la curiofit-R
dedépendre dans les minesd'or
de Hongrie au mots deJuillet,
il avoit trouvé la région superieure
de la terre extremement
froide jusques environ 480.
pieds : mais quétantdescendu
plusbas, ily aVoit trouvé de
la chaleur, qui saugmentait de
relie forte a mesure qu'il s'avançoit
vers lefond,que dans
l'endroit ou étoient les ouvriers
,
ils ne poyvoient travailler
que nuds. Et l'onremarque
qu'il en est de même
dans routes les autres
mines de ce pays-là.
La quatrième -diflertation
roule
sur cette quêstion
assez curieufc
: Si lorfqueï
quelque choje est brûUe>ils'en-t
gendre une nouvellefubflancef1
Pour la resoudre clairemenr,
l'auteurexplique fort,
au long toute la nature de la
génération des substances
inanimées. Il ne reconnoit^
aucune matierepremière proprement
airifi nommée', ôc ilsoûtientfqu'il n'yen ai
point d'autre que divers
corpuscules (impies, qui onci
chacun leur figure, leur!
grandeur, & leurs autre,
proprietez; de
maniéréquel
ne dépendant nullement lest
uns des-autres, ils peuvent
également [ublifler & ensemble,
& fcparez
:
après
cela on conçoit aflfez que,
félon cet auteur, laforme des
chosesinanimées ne doit consister
que dans la conformation,
qui refaite de l'union legitimé&
naturelle deflujieurs
Jecescorpujèule., qui composent
rtt.vtJCm1l "' om-mye par exemple, la forme d'urn--emaison
n'etf autre chose
que cette ftrudture qui le
forme de l'union & de l'arrangement
convenable des
matériaux dont on la bâtir.
Et de cettemanière il'.cÍt
clairque lagenerationde toutes
ces choses ne confifie
non plus que dans taffimblage
que la na«tureIfait de ces fM- diierfespartiesqu'elleuniten- j
semblefour enfaire unmême
corps: comme à lopposite,
la corruprion n'est rien autre
chose que 14 diffilution
& laseparation de ces mêmes
parties,-que lagénération avoit
assemblées;comme on le fait
voir clairement parune experiencecurieule
du vitriol
diûile dans le fourneau de
réverbere. Car après en
Ravoir tiré d'abord un phleg:.
me presque insipide, & enfuite
une liqueur fortace-
; teuse, il ne restera plus au [fond qu'une terre d'un beau [rouge couleur de poùrprë.
I Mais si vous versez vos deux
j[ liqueurs sur cette rerre,vous
l verrez aussitôt vôtre vitriol
; réproduit
, avec sa même
couleur 1V presque son même
poids, parce qu'il a peu
,
d'esprit & dé fou phre volatile.
Enfinnôtre auteur prei
tend que les principesde cetteunion
des parties des corps.
naturels
,
dans laquelle il
veut que la génération cohj
Me, ne font autre chose,
que lesesprits & lesfels auf- j
quels il attribuë tant de
force,qu'il tient que là Oùi
les mêmes efprirs & les memes
fels se trouvent, ils ne
manquent presque jamais
de produire à peu prés la.
Inêmeconfiguratron,quél-
1
,.r que peu ae diipoirm.on qu"r1ry--
rencontrent assezsouvent
dans lamatiere sur laquelle
ils agissent. Onenrapporte
ici deux preuves, qui fèroient
bien considerables &
bien cotivaincantessi elles
étoient bien averées.La premiere
est que la terre cremt
pée&imbuëdecefanggâté
•5 & de ces humeurs infedtes
& corrompues qui forcent
des corps de ces malheureux
qu'on laisse arrachez
aux gibets
,
après leur avoir
fait souffrir le dernier supplice
; que cette terre3 disje,
ainsi detrempée prociuic
une herbe, dont la racine
exprime beaucoup mieux la
forme du corps humain>
que ne fait la racine dela
mandragore. L'autre experience
qu'on alléguéest que
tous les raiforts, qui venoient
dans un jardin,&où
l'on avoitautrefois enterré
un grand nombre de personnes,
avoient la figure de
la moitié du corps humain,
mais si bien representée,
qu'il ne se pouvoir rien de
plus rèssemblant.Cesèxemples
qui quadrent si bien
aux principes de nôtre auteur,
lui donnent occasion
depenser qu'il y a bien plus
de raison qu'on ne s'imagine
dans les regles des
physionomistes, qui tiennent
pour une de leurs grandes
maximes, que les hommes
ont d'ordinaire les inclina..
tions des animaux avec leC
quels ils ont du rapport
dans les traits & dans la forme
exterieure ; parce qu'il
paroît par là qu'ils ont à peu
prés les mêmes esprits, &
qu'il y a bien de l'affinité
entre les particules qui les
composent.
Il nest pas mal aisé de
juger, après tout ce qu'on
vient de voir, ce que nôtre
auteur doit répondre à la
question qu'on a proposée;
car. puis qu'il fait consister
la générationdans un assemblage,&
dans une union
de plusieurs parties pour ne
composer qu'un seul tour,
on voit bien que pour raisonner
consequemment sur
ses principes, il ne peut pas
dire que le feu, qui en embrasant
une matiere combustible,
ne fait qu'en dissoudre
& en separer les parties
,
produise une nouvelle
substance. Il pose donc ici en
fait que tout ceque l'embrasement
peut faire, ne peur
être toutau plus que de prd."
duire de nouvelles qualitez.Et
pour faire voir qu'en celail
ne fait que suivre le sentiment
des anciens, il allègue
là dessus un paisage d'Ari.
stote, qui ne sçauroit être
plus exprés pour,lui quoy
il joint ces beaux vers d'Oise
, où il dit que la garde
du feu sacré avoit été donnée
à des vierges,pourmarquer
,
s'il faut ainsi dire, la
virginité de cet element,par
lequel rien n'est produit.
Comme l'auteur est per.
suadé qu'il n'y a rien de plus
essentiel au feu que la chalent,
il en parle à fond dans
la cinquièmedissertation,
où il s'accache à en expliquerexactement
la nature:,
mais comme pour y bien
reüssir sélon ses principes, il
se trouve obligé de faire
comprendre comment il
conçoit que les corps qui enj
font susceptibles sont composez,
il entre d'abord dans1
un examen fort particulier j
de cette matiere, Bien qu'ilJ
rejette tout à fait lesatomes
d'Epicure, il ne laisse pas de
croire que ces corpuscules,
dont nous avons vû qu'il
composetous lescorps îèn- :';.' fibles,
sibles;sontsi minces, qu'on
n'en peut assez concevoir la
petitesse. Ce qui l'en a convaincu,
c'est,dit- il, quayanc
regardeau travers d'un microscope
de petits grains de
fromage vermoulu
,
qu'il
avoit exposez au soleil, ily
apperçut unefourmilliere
de petits vers, quel'oeil n'auroit
jamais sçû découvrir
sans l'aide de cet instrument.
Il remarque d'ailleurs
qu'on en a observé quelquefois
une grandequantité de
la même petitesse dans le
sang qu'on a tiré à des personnesqui
avoient lafievre,
& qu'il se trouvoir qu'ils
avoient la têtenoire:c'etoit
un signe que la fievre étoit
maligne & dangereuse.Nô- i
tre auteur croiroit assez-que
ces fortes de vers pourroient
devoir leur origineà
ces petits animaux queVarron
dit quisont dans l'air
mais quiyfont imperceptibles
& qui entrant dans nos corps
par la bouche & par les nari
nés,yengendrent desmaladies
difficiles & perilleuses. Mais,
pour revenir à ses corpuscules,
il tient que comme ils.
ne peuvent pas être tous de
la même grandeur) il ne se
peut pas non plus qu'ils
Soient tous de la même sigure;
Chaque espece, selon
lui, a la sienne particulière,
comme on le voit dans les
cristaux, dont chacun a ses
parties configurées d'une
certaine manière qui lui est
propre ; & ç'est de là qu'il
pretend que vient la diversitéqu'on
remarque dans la
contexture des corps, dont
les uns sont plus rares, les
autres plus ferrez, & les autresd'une
consistance mediocre.
Mij
4 Celaposé, ilvientà montrer
ce que c'est que la chaleur,
& commentilconçoit
qu'elle, se produit dans les
corps quisechauffent. Il
n'est pas dusentiment de
ceux qui en font un pur accident.
Il croit quelle envelope
necessairement dans
sa notion une substance,
puisqu'elleconsille dans
l'agitation de ces petitsfeux
ou esprits ignez, qui sont
renfermez dans les corps
chauds; ou pour mieux dire,
qu'elle n'estaucrechose que
ces mêmes feux ou esprits
violemment agitez. En effet il
n'a pas de peine à ren d re raison
par ce principe de la plupart
des effets qu'on attribuë a la
chaleur, comme de secher les
draps mouillez,d'amolir la cire,
de durcir la bouë, de faire évanouir
l'esprit de vin qui fera
dans une phiole ouverte,&c. Il
fait voir que tout cela se fait par
le mouvement & par l'agitation
violente de ces petits feuxou efpritsdont
les lieux où toutes
ces choses arrivent setrouvent
remplis. Il ne trouve pasplus de
difficulté à expliquer la maniere
dont la chaleur s'engendre
en de certains corps, &
pourquoy il y en a qui n'en font
point susceptibles. Il dit que les
premiers s'échauffent aisément,
parce qu'a yant une contexture
rare, ils reçoivent facilemenr
dans leurs pores les petits feux
étrangers qui réveillent ceux
qu'ils avoient déja dans leur
propre sein,ouils étoient comme
assoupis,& qui les remuent
& lesagitent: mais que les autres
ne s'échauffent pas, parce
que leurs pores ne font pas faits
d'une maniéré propre à admettre
ces petits feux ou esprits.
C'est de là que vient, selon lui,
que le ru bis soutient la chaleur
du feu jusques à 5. jours, & le
diamantjusques à 9 ;ce qui a
fait que les Grecs lui ont donne
le nom d'adamas, qui signifie
invincible.C'est encore, à son
avis,ce qui fait que la pierre aprelié
chalazia, parce qu'elle a la
couleur & la figure de la grêle,
conserve sa froideur dansJe
feu? comme au contraire ce,le
queles-Grecsont appelléeapiyilos,
c'etf à dire irrefrigerable),
étant une fois échauffée, conserve
toute sa chaleur pendant
plusieurs jours.
'-Il ne faut pas oublier que nôtre
auteur ne croit pas que le
froid soit une simple privation
dechaleur, comme la plupart
dumon deselepersuade. Il pretend
que comme la chaleur
consiste dans desesprits de nature
ignée ,
le froid consiste à
l'oppalire dans des esprits froids
églacez.Etil croit le prouver
invinciblement par deux experiences.
La premiere est le froid
insupportable que l'Atlasdela
Chine rapporte qu'il fait toûjours
sur une montagne de la
Prov ince Quan^ft, qui pour cet
te raison est appellée la montagnefroide
;car quoy qu'elle soit
dans la zone torride, elle est
pourtant inhabitable par l'extreme
rigueur du froid. L'autre
est la vertu qu'a la pierre nommée
æmatite, d'empêcher l'eau
de boüillir,sion la jette dans le
vaisseau; & celle qn'elle a d'arrêter
le fang, lors qu'une trop
grande fermentation le fait sortir
hors des veines. L'auteur
croit qu'une même cause produit
l'un & l'autre de ces effets,
& il ne conçoit pas qu'on
puisse attribuer ni le froid de
cette montagne,ni la vertu de
cette pierre, qu'à des exhalaisons
froides,qui arrêtent l'action
& le mouvement des esprits
chauds.
Fermer
Résumé : Traité du feu, dans lequel on établit les vrais fondemens de la Physique.
Le texte, rédigé par le P. C., explore la nature et les propriétés du feu, élément à la fois admirable et dangereux. L'auteur choisit une structure d'entretiens pour éviter un ton trop formel. Il commence par discuter de la supériorité du feu sur l'eau, le considérant comme le plus noble des éléments, essentiel à la vie et aux arts. Le feu est décrit comme un esprit subtil et brûlant, capable de pénétrer tous les corps. L'auteur distingue deux types de feu : les feux vifs, qui possèdent lumière et chaleur, et les feux morts, qui n'ont que la chaleur. Il soutient que, contrairement au feu céleste, tous les autres feux tendent vers le centre de la terre et sont plus pesants que les autres éléments. La troisième dissertation affirme que le feu élémentaire se trouve dans les entrailles de la terre, et non dans la chaleur du soleil ou la vertu des astres. Le texte aborde également des observations et théories scientifiques sur la chaleur, le froid et la génération des substances inanimées. Dans les mines, la chaleur augmente avec la profondeur, rendant le travail des ouvriers difficile. La quatrième dissertation explore la question de savoir si une substance brûlée engendre une nouvelle substance. L'auteur explique que les substances inanimées sont composées de divers corpuscules ayant des propriétés spécifiques. La forme des choses inanimées résulte de l'arrangement naturel de ces corpuscules. Par exemple, la forme d'une maison dépend de la structure et de l'arrangement de ses matériaux. La génération des substances consiste en l'assemblage de différentes parties, tandis que la corruption est la séparation de ces mêmes parties. Une expérience avec du vitriol illustre ce processus : en chauffant le vitriol, on obtient d'abord un phlegme insipide, puis une liqueur astringente, et enfin une terre rouge. En mélangeant les deux liquides avec la terre, le vitriol se reforme. L'auteur affirme que les principes de l'union des parties des corps naturels, impliqués dans la génération, sont les esprits et les sels. Il cite des exemples comme la croissance d'une herbe à partir de terre imbibée de fluides humains et la forme humaine des raiforts poussant sur des lieux d'enterrement. La cinquième dissertation examine la nature du feu et de la chaleur. L'auteur rejette les atomes d'Épicure mais croit en l'existence de corpuscules extrêmement petits, observables au microscope et présents dans divers phénomènes, comme la fièvre. La chaleur est due à l'agitation de petits feux ou esprits ignés dans les corps chauds. L'auteur distingue les corps susceptibles de s'échauffer de ceux qui ne le sont pas, en fonction de leur structure poreuse. Enfin, il ne considère pas le froid comme une simple privation de chaleur, mais comme la présence d'esprits froids, illustrée par des exemples comme le froid extrême sur une montagne en Chine et les propriétés de la pierre hématite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 1672-1678
EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
Début :
Madame la Princesse de Conti, accompagnée du Prince son Fils ainé, [...]
Mots clefs :
Prince de Conti, Princesse de Conti, Joie, Grandeur, Peuple, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
EXTRAIT d'une Lettre , au sujet du
de L. A. S. Madame la Princeffe
voyage
& M. le Prince de Conti.
la Princeffe de Conti , ace
Mcompagnée duPrince fon Fils ainé ,
arriva le 4. Juin à la Ville de Pezenas ,
Chef de la Comté de ce nom ; elle fut
reçûë aux acclammations publiques
n'ayant pas voulu permettre qu'on tirât
le Canon. Elle entra par la Porte appellée
de Conti , où commence une ruë fort ſpacieuſe
, au bout de laquelle on voit une
vafte Hale , couverte d'ardoifes de differentes
couleurs , fi artiftement rangées
qu'elle attire l'admiration des Etrangers.
A l'extrémité de cette Hale , on voit
une Place d'une étenduë & d'une beauté
qui fatisfait la vûë ; elle aboutit à un Quai
d'une longueur & d'une largeur confiderable
, dont le terrain eſt élevé d'environ
6 à 7. piés aux ; deux côtés regnent deux
grandes rues , formées par une longue
fuite de belles maifons d'une même fimetrie
, avec des Balcons. Les deux extrémi
tés duQuai font terminées par deux belleş
Fontaines de forme piramidale , à plufieurs
tuyaux , difpofés en rond , qui jettent
abondamment dans un grand baffin
une eau excellente , & dont la fource n'a
jamais
,
JUILLET. 1730. 1673
jamais fenfiblement diminuée , même dans
les tems des plus grandes fechereffes.
Deux Feux d'artifice furent conftruits
aux deux bouts du Quai , avec des Infcriptions
& des Emblêmes à l'honneur de
la Princeffe & du jeune Prince. Leur logement
fut préparé par les Confuls dans
des maifons fituées au milieu du Quai , &
ils y furent conduits par des Compagnies
de gens à cheval & à pied , compofées de
fa plus belle jeuneffe de la Ville , propremént
habillée .
Sur les 8. heures du foir , on commença
à tirer les deux Feux d'Artifice , ce qui
fut executé avec beaucoup de fuccès , au
bruit de plufieurs falves réïterées de Petards
& de Moufqueterie . Enfuite les Confals
, accompagnés de tout le Corps de
Ville , mirent le feu à un Bucher qui avoit
été preparé à l'une des extremités du Quai ,
les Bourgeois étant fous les armes . On n'a
jamais vu de plus belles illuminations ni
un plus grand concours d'Etrangers , dont
les uns furent attirés par le defir de voir
la Princeffe & le jeune Prince , les autres
par le devoir qui les engageoit à leur venir
rendre leurs hommages , & tous enfemble
par le zele qui leur faifoit prendre part à
la joye publique .
A quatre heures du foir de cette journée,
qui fut une des plus belles de la faifon ;
I iij
La
1674 MERCURE DE FRANCE
Ja Princeffe & le Prince donnerent audience
aux Deputés des Villes & lieux de
la Comté , qui les complimenterent au
nom de leurs Corps , auffi - bien que tous
les Ordres de la Ville. Le lendemain à
-deux heures du matin , la Princeffe ſe mit
en chemin avec le Prince & la Ducheffe
de Grillon qui l'accompagnoit, ayant laiffé
dans le coeur du peuple un grand regret
de la perdre fi tôt . Entre les differens com
plimens , on en a choifi deux que le fieur
Julien , Juge Royal de la Ville de Monblanc
, fit à la Princeffe & au Prince , au
Į nom de la même Ville & du Corps de la
Juftice.
MADAME ,
S'il n'eft rien de plus ordinaire que de voir
redoubler notre joye à la vie des Perfonnes
que nous avons long- tems defirées , & que
nous jugeons dignes de notre estime par leur
naiffance , par leur merite & par leurs bienfaits.
Quels feront aujourd'hui nos tranfports
à la vue d'une grande Princeffe qui fut tou
jours l'objet de nos plus ardens defirs ; iſſuë
de Heros & de Monarques , ornée de toutes
les perfections , & dont la bonté & la magnificence
égalent la grandeur& la dignité de
Jon rang.
Oui , MADAME , notre joye eft extréme ,
JUILLET. 1730. 1673
& nous devons la faire éclater , lorsque
V. A. S. quitte le fejour de la Cour pour ve
nir dans nos Provinces combler de fatisfac
tion & de bonheur les peuples qui lui font
foumis: femblables à ces Aftres doux & bienfaifans
qui ne fe montrent fur l'Horifon que
pour y augmenter la lumiere & y répandre de
falutaires influences.
ن م
Heureux les Païs que V. A. S. a daigné
vifiter dans le cours de ce long & penible
voyage ! heureux vos Sujets de la Principauté
d'Orange , à qui elle vient de faire
voir de fi grands , de fi doux & de fi aimables
maitres mais plus heureux encore ,
mille fois plus heureux les peuples de votre
Comte de Pezenas,fi après avoir joui ce pen
de momens de votre préfence , ils pouvoient
meriter de vous poffeder à l'avenir auſſi longtems
que leurs Peres & leurs Ayeux poffederent
autrefois Noffeigneurs les Princes vos
illuftres & incomparables Predeceffeurs .
Mais il eft tems , MADAME , de finir un
Difcours fi peu digne de la favorable atten
tion que V. A. S. me donne ; & n'eft-il pas
jufte d'ailleurs de ceder la place au langage
du coeur qui fçaura bien mieux fe faire entendre
par les cris de joye & les acclamations
publiques, qu'on ne peut s'exprimerpar
les traits de la plus vive éloquence. Agréez
donc , MADAME , la très humble proteftation
que votre Ville de Monblanc & le Siége de
I iiij Sa
1676 MERCURE DE FRANCE
fa Fuftice , dont j'ai l'honneur d'être le Chef,
font aujourd'hui à V. A. S. d'une profonde
foumiffion & d'une fidelité inviolable &c.
Le St Julien alla enfuite complimenter
le Prince dans fon Appartement , en ces
termes :
MONSEIGNEU NSEIGNEUR ,
La bonté avec laquelle S. A. S. Mada→
me la Princeffe vient de recevoir nos trèsbumbles
hommages , nous eft un préfage affuré
de la vôtres auffifommes nous certains qu'ils
ne vousferont pas défagréables , la grandeur
d'ame fi naturelle à la Maison de Bourbon
étant comme la fource ou plutôt comme l'affemblage
de toutes les vertus Royales. Il n'eft rien
de grand , de glorieux & de louable qu'on
ne doive attendre des Princes qui naiffent
d'un fi noble Sang , &pour en être convaincu
on n'a qu'à jetter les yeux fur nos Hiftoires.
On y verra des Rois dont les vertus n'ont
le
pas
été moins reverées de toute la terre que
leur puiffance ; des Conquerans qui ont pris
des Villes & conquis des Provinces par
feul bruit de leur nom , & des Heros à qui
l'ancienne Rome & la Grece euffent dreffé
des Autels. N'en déplaife au Vainqueur de
l'Afie , on l'eut vû, ce fameux Guerrier, bornerfes
vaftesdeffeins à la deffenfe de la Ma
eedoine,
JUILLET . 1730. 1677
edoine , fi au lieu des Rois de Perſe & des
Generaux des Grecs , il eut rencontré des
Condés : qu'ai-je dit ? il eut rencontré des
Bourbons fur fes pas.
2
Tant de vrai mérite , tant de valeur , tant
d'exemples domestiques firares & fi éclatans
nous permettent-ils , MONSEIGNEUR, de douter
que V. A. S. ne monte bientôt aux plus hauts
degrés des perfections Héroïques ? & la Na-`
ture elle-même qui a tant pris de foin de graver
fur votre visage , où brillent tant de gra
ces , tous les traits de la grandeur & de la
beauté des Heros , ne femble- t'elle pas nous le
promettre ? Oui , MONSEIGNEUR , ces qualités
auguftes que votre tendre jeuneffe nous
représentefi vivement , feront l'admiration de
toute la terre , lorsque la gloire vous aura appellé
dans ces vaftes plaines de Mars
les lauriers toujours d'accord avec les lys ,
vous préparent déja une abondante moiffon.
&C..
on
La Princeffe n'ayant pas jugé à propos
d'accorder aux vives inftances du Peuple
de Pezenas un jour entier de féjour le
fieur Julien fit à ce fujet le Rondeau
fuivant , au nom du Peuple de la Comté
Seroit - c
Pour appaiſer la jufte impatience ,,
D'un Peuple heureux, dont la noble ferveur
Eroit - ce trop'un jour de réfidence ; -
Ly
›
Vient
1678 MERCURE DE FRANCE
Vient publier la joye & le bonheur ,
Que dans ces lieux répand votre prefence ,
Le cas n'eft pas de petite importance ;
S'il ne faifoit qu'honorer l'éminence ,
De ce haut rang où brille la grandeur ,
Seroit -ce tropa
Mais fi par cas , la vertu , la clémence
La Majeſté , l'air , la magnificence ,
Le charme enfin féduiſant notre coeur
Y faifoit naître une difcrete ardeur ,
Dont ne puffions furmonter la puiffance.
Seroit- ce trop ?
de L. A. S. Madame la Princeffe
voyage
& M. le Prince de Conti.
la Princeffe de Conti , ace
Mcompagnée duPrince fon Fils ainé ,
arriva le 4. Juin à la Ville de Pezenas ,
Chef de la Comté de ce nom ; elle fut
reçûë aux acclammations publiques
n'ayant pas voulu permettre qu'on tirât
le Canon. Elle entra par la Porte appellée
de Conti , où commence une ruë fort ſpacieuſe
, au bout de laquelle on voit une
vafte Hale , couverte d'ardoifes de differentes
couleurs , fi artiftement rangées
qu'elle attire l'admiration des Etrangers.
A l'extrémité de cette Hale , on voit
une Place d'une étenduë & d'une beauté
qui fatisfait la vûë ; elle aboutit à un Quai
d'une longueur & d'une largeur confiderable
, dont le terrain eſt élevé d'environ
6 à 7. piés aux ; deux côtés regnent deux
grandes rues , formées par une longue
fuite de belles maifons d'une même fimetrie
, avec des Balcons. Les deux extrémi
tés duQuai font terminées par deux belleş
Fontaines de forme piramidale , à plufieurs
tuyaux , difpofés en rond , qui jettent
abondamment dans un grand baffin
une eau excellente , & dont la fource n'a
jamais
,
JUILLET. 1730. 1673
jamais fenfiblement diminuée , même dans
les tems des plus grandes fechereffes.
Deux Feux d'artifice furent conftruits
aux deux bouts du Quai , avec des Infcriptions
& des Emblêmes à l'honneur de
la Princeffe & du jeune Prince. Leur logement
fut préparé par les Confuls dans
des maifons fituées au milieu du Quai , &
ils y furent conduits par des Compagnies
de gens à cheval & à pied , compofées de
fa plus belle jeuneffe de la Ville , propremént
habillée .
Sur les 8. heures du foir , on commença
à tirer les deux Feux d'Artifice , ce qui
fut executé avec beaucoup de fuccès , au
bruit de plufieurs falves réïterées de Petards
& de Moufqueterie . Enfuite les Confals
, accompagnés de tout le Corps de
Ville , mirent le feu à un Bucher qui avoit
été preparé à l'une des extremités du Quai ,
les Bourgeois étant fous les armes . On n'a
jamais vu de plus belles illuminations ni
un plus grand concours d'Etrangers , dont
les uns furent attirés par le defir de voir
la Princeffe & le jeune Prince , les autres
par le devoir qui les engageoit à leur venir
rendre leurs hommages , & tous enfemble
par le zele qui leur faifoit prendre part à
la joye publique .
A quatre heures du foir de cette journée,
qui fut une des plus belles de la faifon ;
I iij
La
1674 MERCURE DE FRANCE
Ja Princeffe & le Prince donnerent audience
aux Deputés des Villes & lieux de
la Comté , qui les complimenterent au
nom de leurs Corps , auffi - bien que tous
les Ordres de la Ville. Le lendemain à
-deux heures du matin , la Princeffe ſe mit
en chemin avec le Prince & la Ducheffe
de Grillon qui l'accompagnoit, ayant laiffé
dans le coeur du peuple un grand regret
de la perdre fi tôt . Entre les differens com
plimens , on en a choifi deux que le fieur
Julien , Juge Royal de la Ville de Monblanc
, fit à la Princeffe & au Prince , au
Į nom de la même Ville & du Corps de la
Juftice.
MADAME ,
S'il n'eft rien de plus ordinaire que de voir
redoubler notre joye à la vie des Perfonnes
que nous avons long- tems defirées , & que
nous jugeons dignes de notre estime par leur
naiffance , par leur merite & par leurs bienfaits.
Quels feront aujourd'hui nos tranfports
à la vue d'une grande Princeffe qui fut tou
jours l'objet de nos plus ardens defirs ; iſſuë
de Heros & de Monarques , ornée de toutes
les perfections , & dont la bonté & la magnificence
égalent la grandeur& la dignité de
Jon rang.
Oui , MADAME , notre joye eft extréme ,
JUILLET. 1730. 1673
& nous devons la faire éclater , lorsque
V. A. S. quitte le fejour de la Cour pour ve
nir dans nos Provinces combler de fatisfac
tion & de bonheur les peuples qui lui font
foumis: femblables à ces Aftres doux & bienfaifans
qui ne fe montrent fur l'Horifon que
pour y augmenter la lumiere & y répandre de
falutaires influences.
ن م
Heureux les Païs que V. A. S. a daigné
vifiter dans le cours de ce long & penible
voyage ! heureux vos Sujets de la Principauté
d'Orange , à qui elle vient de faire
voir de fi grands , de fi doux & de fi aimables
maitres mais plus heureux encore ,
mille fois plus heureux les peuples de votre
Comte de Pezenas,fi après avoir joui ce pen
de momens de votre préfence , ils pouvoient
meriter de vous poffeder à l'avenir auſſi longtems
que leurs Peres & leurs Ayeux poffederent
autrefois Noffeigneurs les Princes vos
illuftres & incomparables Predeceffeurs .
Mais il eft tems , MADAME , de finir un
Difcours fi peu digne de la favorable atten
tion que V. A. S. me donne ; & n'eft-il pas
jufte d'ailleurs de ceder la place au langage
du coeur qui fçaura bien mieux fe faire entendre
par les cris de joye & les acclamations
publiques, qu'on ne peut s'exprimerpar
les traits de la plus vive éloquence. Agréez
donc , MADAME , la très humble proteftation
que votre Ville de Monblanc & le Siége de
I iiij Sa
1676 MERCURE DE FRANCE
fa Fuftice , dont j'ai l'honneur d'être le Chef,
font aujourd'hui à V. A. S. d'une profonde
foumiffion & d'une fidelité inviolable &c.
Le St Julien alla enfuite complimenter
le Prince dans fon Appartement , en ces
termes :
MONSEIGNEU NSEIGNEUR ,
La bonté avec laquelle S. A. S. Mada→
me la Princeffe vient de recevoir nos trèsbumbles
hommages , nous eft un préfage affuré
de la vôtres auffifommes nous certains qu'ils
ne vousferont pas défagréables , la grandeur
d'ame fi naturelle à la Maison de Bourbon
étant comme la fource ou plutôt comme l'affemblage
de toutes les vertus Royales. Il n'eft rien
de grand , de glorieux & de louable qu'on
ne doive attendre des Princes qui naiffent
d'un fi noble Sang , &pour en être convaincu
on n'a qu'à jetter les yeux fur nos Hiftoires.
On y verra des Rois dont les vertus n'ont
le
pas
été moins reverées de toute la terre que
leur puiffance ; des Conquerans qui ont pris
des Villes & conquis des Provinces par
feul bruit de leur nom , & des Heros à qui
l'ancienne Rome & la Grece euffent dreffé
des Autels. N'en déplaife au Vainqueur de
l'Afie , on l'eut vû, ce fameux Guerrier, bornerfes
vaftesdeffeins à la deffenfe de la Ma
eedoine,
JUILLET . 1730. 1677
edoine , fi au lieu des Rois de Perſe & des
Generaux des Grecs , il eut rencontré des
Condés : qu'ai-je dit ? il eut rencontré des
Bourbons fur fes pas.
2
Tant de vrai mérite , tant de valeur , tant
d'exemples domestiques firares & fi éclatans
nous permettent-ils , MONSEIGNEUR, de douter
que V. A. S. ne monte bientôt aux plus hauts
degrés des perfections Héroïques ? & la Na-`
ture elle-même qui a tant pris de foin de graver
fur votre visage , où brillent tant de gra
ces , tous les traits de la grandeur & de la
beauté des Heros , ne femble- t'elle pas nous le
promettre ? Oui , MONSEIGNEUR , ces qualités
auguftes que votre tendre jeuneffe nous
représentefi vivement , feront l'admiration de
toute la terre , lorsque la gloire vous aura appellé
dans ces vaftes plaines de Mars
les lauriers toujours d'accord avec les lys ,
vous préparent déja une abondante moiffon.
&C..
on
La Princeffe n'ayant pas jugé à propos
d'accorder aux vives inftances du Peuple
de Pezenas un jour entier de féjour le
fieur Julien fit à ce fujet le Rondeau
fuivant , au nom du Peuple de la Comté
Seroit - c
Pour appaiſer la jufte impatience ,,
D'un Peuple heureux, dont la noble ferveur
Eroit - ce trop'un jour de réfidence ; -
Ly
›
Vient
1678 MERCURE DE FRANCE
Vient publier la joye & le bonheur ,
Que dans ces lieux répand votre prefence ,
Le cas n'eft pas de petite importance ;
S'il ne faifoit qu'honorer l'éminence ,
De ce haut rang où brille la grandeur ,
Seroit -ce tropa
Mais fi par cas , la vertu , la clémence
La Majeſté , l'air , la magnificence ,
Le charme enfin féduiſant notre coeur
Y faifoit naître une difcrete ardeur ,
Dont ne puffions furmonter la puiffance.
Seroit- ce trop ?
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre, au sujet du voyage de L. A. S. Madame la Princesse & M. le Prince de Conti.
Le 4 juin, la princesse de Conti et son fils aîné, le prince de Conti, arrivèrent à Pezenas, chef-lieu de la comté du même nom. Ils furent accueillis par des acclamations publiques, la princesse refusant que le canon soit tiré en son honneur. Ils entrèrent par la porte de Conti et traversèrent une rue spacieuse menant à une vaste halle aux ardoises colorées. Cette halle débouchait sur une place magnifique aboutissant à un quai long et large, bordé de belles maisons symétriques avec des balcons. Le quai était terminé par deux fontaines pyramidales offrant une eau abondante et constante. Des feux d'artifice furent allumés aux extrémités du quai, accompagnés d'inscriptions et d'emblèmes en l'honneur de la princesse et du jeune prince. Leur logement fut préparé par les consuls dans des maisons situées au milieu du quai. Le soir, les feux d'artifice furent tirés avec succès, suivis d'un bûcher allumé par les consuls et les bourgeois armés. La ville fut illuminée, attirant un grand nombre d'étrangers venus rendre hommage à la princesse et au prince. Le lendemain matin, la princesse et le prince quittèrent Pezenas, laissant le peuple attristé. Le juge royal de la ville de Monblanc, Julien, adressa des compliments à la princesse et au prince, soulignant leur dignité et leur bonté. Il exprima également le regret du peuple de voir la princesse partir si tôt.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 2677-2679
ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
Début :
Scavantes filles de mémoire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Lyre, Ouvrage, Grandeur
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
ODE
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
A M. BOUHI ER.
Nommé premier Evêque de Dijon .
Scavantes Cavantes filles de mémoire ,
Daignez m'inspirer en ce jour ,
C'est travailler à votre gloire ,
Que de seconder mon amour.
Mais quel est le feu qui m'inspire ,
A prendre en main ma foible Lyre ?
'Auriez-vous exaucé mes voeux ?
Oui , Muses , un secret présage
7
Me dit que c'est là votre ouvrage;
Soutenez vos soins genereux.
D'un Prélat ennemi du vice ,
Le mérite est enfin connu ,
Un Roy , guidé par la justice ,
Vient de couronner sa vertu ;
BOUHIER , ne crois pas que je fonde ,
Sur ta tige illustre et féconde ,
Ce nouvel éclat de Grandeur ;
Ce Monarque en tout équitable ,
S'il en croyoit un plus capable ,
Ne te feroit pas cet honneur.
I iij Bijon
2678 MERCURE
DE FRANCE
Dijon , ton heureuse patrie ,
A mes accents mêle sa voix ;
Tu l'entends cette voix chérie
Du Prince elle approuve le choix ,
Ce Roy le plus sage du monde ,
Sans ton humilité profonde
T'auroit couronné dès long- temps ,
Mais la sagesse qui te guide
Met la gloire la plus solide ,
A fuir les honneurs éclatans.
>
Déja chacun de nous soupire
Après ce moment précieux ,
Où la vertu sous ton Empire ,
Fera le bonheur de ces lieux ;
La foible et timide innocence ,
Depuis si long-temps sans deffense
Va retrouver un protecteur.
Déja par une fuite prompte
Le vice porte ailleurs la honte
De voir en toy son
1
destructeur.
Mais si de mon ardeur extrême
Je voulois suivre les transports ,
Ma Lyre en louant ce que j'aime ,
Pourroit enfin manquer d'accords ;
Impa
OVEMBRE . 1731. 2679
imposons
silence à ma Muse ;
Car je m'apperçois que trop j'abuse
Du temps qu'il perd à m'écouter ,
Les momens sont chers à son zele
Le soin de son Troupeau l'appelle ,
Et ce soin lui fait tout quittér.
C. R. C. V. S. E.
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Résumé : ODE A M. BOUHIER. Nommé premier Evêque de Dijon.
L'ode célèbre la nomination de M. Bouhier comme premier évêque de Dijon. Inspirée par les Muses, l'œuvre exprime la joie et l'admiration de l'auteur pour cette distinction. Le roi, guidé par la justice, a récompensé la vertu de Bouhier non pas en raison de sa lignée, mais de ses mérites personnels. Dijon, la patrie de Bouhier, approuve ce choix royal. L'auteur souligne que l'humilité de Bouhier a retardé cette reconnaissance, mais il est désormais attendu avec impatience comme protecteur de l'innocence et destructeur du vice. L'auteur conclut en imposant silence à sa muse, respectant le dévouement de Bouhier à ses responsabilités pastorales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 213-228
REFLEXIONS sur le nouveau Traité du Sublime de M. Silvain, Avocat au Parlement de Paris, dont il est fait mention dans le Mercure de Novembre 1732.
Début :
L'Auteur de ce nouvel Ouvrage a prétendu rencherir sur le Traité du Sublime [...]
Mots clefs :
Sublime, Définition, Longin, Vrai, Despréaux, Sentiments, Élévation, Force, Grandeur, Exemples, Style, Éloquence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS sur le nouveau Traité du Sublime de M. Silvain, Avocat au Parlement de Paris, dont il est fait mention dans le Mercure de Novembre 1732.
REFLEXIONS sur le nouveau Traité
du Sublime de M. Silvain , Avocat an
Parlement de Paris , dont il est fait mention
dans le Mercure de Novembre
1732.
L'entu de ce nusur le Traité du Su--
' Auteur de ce nouvel Ouvrage a préblime
de Longin , traduit depuis longtems
par l'Illustre M. Despreaux , et malgré
les Eclaircissemens qui se voyent dans
la Préface du même Traité, sur la nature et
le caractere du Sublime , M. Silvain a
fait le procès à Longin , sous prétexte
qu'il a manqué de donner la veritable définition
du Sublime ; mais il est aisé de
faire voir que l'Auteur s'est trompé dans
ses idées , et que c'est à tort qu'il a voulu
établir sa réputation sur les ruines de
celle de Longin : il ne faut pour cela que
rapporter les paroles de M. Despreaux
qui sont une Apologie parfaite de l'un et
de l'autre.
>
» Il ne reste plus , dit M. Despreaux ;
" pour finir cette Préface , que de dire ce
» que Longin entend par Sublime ; car
» comme il a écrit de cette maniere après
25 Cé
214 MERCURE DE FRANCE
» Cécilius , qui avoit presque employé
"tout son Livre à montrer ce que c'est
"que Sublime , il n'a pas crû devoir re-
» battre une chose qui n'avoit été déja
discutée
que trop
par un autre. Il faut
» donc sçavoir que par Sublime , Longin
» n'entend pas ce que les Orateurs appel-
» lent le stile sublime , mais cet extraor-
» dinaire et ce merveilleux qui frappe dans
» le discours , et qui fait qu'un Ouvrage
» enleve , ravit , transporte . Le stile su-
» blime veut toujours de grands mots
»
,
mais le Sublime se peut trouver dans
» une seule pensée , dans une seule figu-
» re , dans un tour de paroles . Une chose
peut être dans le stile sublime , et n'ê-
» tre pourtant pas sublime : c'est - à - dire
» n'avoir rien d'extraordinaire et de sur-
» prenant. Par exemple , le Souverain
» Arbitre de la Nature , d'une seule paro-
» le forma la lumiere . Voilà qui est dans
» le stile sublime , cela n'est pas néan-
» moins sublime , parce qu'il n'y a rien là
» de fort merveilleux , et qu'un autre ne
pût aisément trouver. Mais Dicu dit
» que la lumiere se fasse , et la lumiere se
fit : ce tour extraordinaire d'expression
» qui marque si bien l'obéissance de la
créature aux ordres du Créateur , est
veritablement sublime , et a quelque
F
» cho
>>
FEVRIER . 1733 215
» chose de divin . Il.faut donc entendre
» par sublime dans Longin , l'extraordi-
» naire , le surprenant , et comme je l'ai
» traduit , le merveilleux dans le dis
» cours.
Voilà les paroles de M. Despreaux ; il
est bien surprenant qu'après un pareil
éclaircissement , tiré des pensées et des
éxemples de Longin , qui a cité , quoique
Payen , le Passage de la Genese comme
une marque du vrai Sublime , M. Silvain
ait pourtant accusé l'ancien Rhe
teur de n'avoir pas connu le Sublime
d'avoir oublié le principal but de son
Ouvrage , qui étoit , à ce qu'il prétend ,
de donner la définition du Sublime ; comme
si le manque de définition empêchoit
d'entendre ce qu'a dit Longin dans le reste
de son Ouvrage , où il marque si expressément
ce que c'est que le Sublime
ainsi qu'on l'a vû par les paroles de
M. Despreaux.
que
La surprise est d'autant plus grande ;
M. Silvain en est convenu lui - même,
par ce qu'il a fait dire à Longin même ,
page 372. Il faut sçavoir , dit-il , que
» par sublime , Longin n'entend pas ce
» que les Orateurs appellent le stile Su
»blime , mais cet extraordinaire et ce
>> merveilleux qui frape dans le discours ,
> et
216 MERCURE DE FRANCE
net qui fait qu'un Ouvrage enleve , ravit
, transporte. C'est en propres termes
ce qu'a dit M. Despreaux , dont
l'Auteur a copié les paroles. Il paroit donc
qu'il s'est contredit lui-même , quand il
a accusé Longin de n'avoir pas connu le
Sublime , après qu'il en a donné la notion
la plus claire et la plus parfaite qu'on
pouvoit souhaiter. N'importe ; parce que
Longin n'a point donné la définition litterale
du Sublime , le Censeur lui fait son
procès , il l'accuse d'imprudence et d'ignorance.
C'est ce qu'il a fait à la page
381. où il s'exprime de la sorte : » Je ne
» répeterai point ici , dit-il , ce que j'ai
déja dit , qu'il me paroît que Longin
» n'a pas bien traité sa matiere , et qu'il
» n'a pas connu le Sublime. On le mon-
» treroit plus aisément , ajoûte t'il , s'il
» en avoit donné une définition , et on ne
>> peut connoître ce qu'il pense que par
» ses raisonnemens et ses exemples. Peuton
excuser une pareille contradiction ? et
n'est- ce pas manquer d'équité que de condamner
d'uncôté ce qu'on a approuvé de
33
Pautre ?
Quoi donc ne suffit- il pas que Lon-
?
gin ait montré par ses raisonnemens et
par ses exemples ce que c'est que le Sublime
? Faut- il que le manque de définition
qui
FEVRIER: 1733. 217
qui peut aisément être suppléé , détruise
ce qu'il a dit si clairement , et en termes
si précis , que le Censeur n'a pû s'empêcher
de lui rendre cette justice à la page
372. » qu'il a parfaitement connu la natu-
» re du Sublime ; mais il prétend ensuite
» qu'or, la connoîtroit mieux , s'il en avoit
» donné une définition . Peut- il ignorer
qu'il y a des choses qui s'entendent quelquefois
plus aisément par des raisonnemens
et par des exemples que par des définitions
, et que le sentiment causé par
ces exemples est d'ordinaire plus vif, plus
prompt et plus décisif que par la connoissance
qu'on tire d'une simple définition
?
D'ailleurs , comme les définitions doivent
toujours être courtes , et renfermer
beaucoup en peu de mots ; il n'est pas
fort aisé d'y réussir , et Longin a senti
sans doute la difficulté qu'il y a d'en faire
une bonne , principalement dans un sujet
qui embrasse tant de matieres et de
notions differentes ; mais quand on pour.
roit attribuer son silence à quelqu'autre
cause , il est injuste d'attaquer la réputa,
tion d'un ancien Rheteur , estimé et reveré
de tous les Sçavans , de l'accuser de
n'avoir pas connu le Sublime , dans le
tems qu'on avoue qu'il en a donné les
exem
218 MERCURE DE FRANCE:
exemples les plus convaincants .
Mais il paroît que l'Auteur n'a blâme
Longin du manque de définition , que
pour avoir lieu d'en donner une de sa façon
, et pour la faire passer pour excellente
, il faut donc voir et examiner cette
définition , telle qu'on l'a rapportée dans
le Mercure , page 2415.
» Le Sublime , dit- il , est un discours
» d'un tour extraordinaire , qui par les
» plus nobles images , et par les plus
>> grands sentimens , dont il fait sentir
» toute la noblesse par ce tour même d'expression
, éleve l'ame au - dessus de ces
» idées ordinaires de grandeur , et qui la
» portant tout-à- coup avec admiration à
» ce qu'il y a de plus élevé dans la Natu-
» re la ravit , et lui donne une haute
idée d'elle- même.
,
:
Voilà sa définition ; l'Auteur du Mercure
a dit nettement sur le rapport du
Public , que bien des gens l'ont trouvée
trop longue , et que c'est plutôt une des
cription qu'une définition . En cela ils ont
eu raison il s'agissoit de montrer ce que
le sublime est en lui-même , et non pas
quels sont les effets qu'il produit ; il falloit
marquer la cause et l'origine de ces
effets. En suivant cette régle , il auroit
pû définir le Sublime , autant du moins
que
FEVRIER. 1733 219
que la chose est possible ; au lieu qu'en
mettant plusieurs phrases tout de suite
il n'a fait proprement qu'une tirade d'Eloquence
, qui n'a pû contenter les vrais
Connoisseurs. J'ajoûte que sa prétenduë
définition est fausse presque dans toutes
ses parties. Venons à la preuve , et reprenons.
» Le Sublime , dit- il , est un discours
d'un tour extraordinaire , qui par les
plus nobles images , et par les plus grands
» sentimens , dont il fait sentir toute la
» noblesse par ce tour même d'expression ,
» éleve l'ame au - dessus de ses idées ordinaires
de grandeur...
A quoi bon parler en cet endroit des
plus nobles images et des plus grands sentimens
, puisqu'il paroît par le sentiment
de M. Despreaux , que le Sublime se peut
trouver dans une pensée , dans une figu
dans un tour de paroles ; or comment
faire entrer dans un si petit espace
ces images ou ces sentimens dont parle
l'Auteur à moins que chaque pensée
chaque figure et chaque tour d'expression
, ne fussent aussi longues que sa définition
Ignore- t'il que le Sublime peut
quelquefois se rencontrer dans un seul
mot : c'est ce qu'on pourroit justifier par
des exemples , et il ne sert de rien d'alleguer
220 MERCURE DE FRANCE
leguer que cette derniere espece de Su
blime ne regarde que les sentimens : car
on peut répondre , que c'est presque dans
les seuls sentimens que le Sublime se manifeste
et se fait sentir , et il s'ensuit de
là que sa définition n'est pas exacte.
Mais à quoi bon ajoûter , que le Subli
me en portant l'ame tout à coup à ce
» qu'il y a de plus élevé dans la Nature
la ravit , et lui donne une haute idée d'elle-
même ? Est- il vrai qu'on ne puisse être
frappé d'un trait sublime , sans concevoir
aussi- tôt une haute idée de soi - même ?
Quelqu'un a- t'il fait cette refléxion
qu'en lisant un Ouvrage qui l'a charmé ,
qui l'a enlevé , il s'est rendu ce témoigna
ge en secret ; » voilà un trait admirable
qui me donne une grande idée de moi-
» même ; je m'estime , et je m'applaudis
» de cette pensée , comme si c'étoit moi
» qui l'eusse produite ; me voilà rempli
» d'un noble orgüeil : je n'ai plus rien à
» désirer , après la belle idée qu'on me
donne de ma grandeur et de ma péné-
» tration naturelle. Je le répéte , a- t'on
jamais fait un pareil retour , une pareille
refléxion sur soi - même ? que si personne
n'oseroit tenir ce langage , comment l'Auteur
a- t'il pû faire entrer cette idée dans
sa définition ?
11
FEVRIER . 1733. 221
•
.
,
Il est vrai qu'il a copié cet endroit du
Traité de Longin , qui dit que le Su-
»blime inspire à l'ame , je ne sçai quel
>> noble orgueil , comme si elle avoit con-
» çû les choses mêmes qu'elle admire :
mais outre que cette expression n'est pas
tout-à- fait semblable à celle de l'Auteur ,
et que M. Despreaux s'est bien gardé de
l'inserer dans ses Eclaircissemens ne
croyant pas , sans doute , que cela fut nécessaire
,l'Auteur devoit distinguer ce qui
est solide de ce qui ne l'est pas : et l'on
ne doit pas suivre les Anciens , quand ils
paroissent aller trop loin. Quoiqu'il en
soit , cette refléxion sur soi même ne peut
guére arriver que dans les occasions où
P'Orateur parle avec beaucoup de passion ;
car la passion est l'ame de la parole ; et
alors le coeur émû et transporté de la justesse
et de l'élévation de ce qu'il sent , il
applaudit à ces sentimens , comme s'il
les avoit lui - même conçûs : mais cela ne
va pas jusqu'à donner aux Auditeurs une
plus grande idée d'eux mêmes , ni à leur
inspirer de l'orgueil : cet orgüeil seroit
trop imperceptible pour pouvoir être démêlé
parmi les mouvemens d'admiration
que cause le Sublime . On l'admire veritablement
, mais on ne pense nullement.
à s'admirer soi-même. Au surplus , cette
B éxa222
MERCURE DE FRANCE
éxageration de Longin n'empêche pas
qu'il n'ait parfaitement connu et exprimé
le caractere du Sublime ; mais l'Auteur
ne devoit pas la faire entrer dans sa définition
, ainsi qu'on vient de le dire.
On voit par tout ce détail , où l'on a
été obligé d'entrer , que cette définition
est défectueuse ; qu'elle péche par sa longueur
, et par les paroles inutiles dont
elle est chargée ; et qu'on a eu raison
de relever les fautes qu'il y a commises.
2
On me dira , sans doute , que puisque
j'ai entrepris de blâmer celle de l'Auteur
je suis obligé d'en donner une autre , et
qu'il faut necessairement qu'elle soit meilleure.
Eh bien , je vais la donner cette
définition ; je suis persuadé du moins
qu'on n'y trouvera pas les mêmes défauts
que dans la sienne . Je dis donc , que
le Sublime n'est autre chose , que le vrai
dans toute son élevation et toute sa force.
Cette notion est courte , elle est simple
elle comprend tout ce qu'on peut dire du
Sublime.
Je dis le vrai , soit dans la Nature ;
soit dans l'Eloquence et dans la Poësie
parce qu'il n'y a que le vrai qui puisse
frapper , plaire , toucher , persuader , et
remplir l'ame d'admiration et de plaisir.
C'est
FEVRIER.
1733 225
C'est la maxime de Despreaux , comme
il paroît par ces deux Vers .
Rien n'est beau que le vrai , le vrai seul est aimable,
Il doit régner par tout , et même dans la
Fable.
Je dis , dans toute son élévation et toute
sa force , pour le distinguer des expres
sions ordinaires , qui n'ont rien que de
médiocre , parce que c'est la mediocrité
des sentimens et des pensées qui éloigne
absolument le discours de la grandeur et
de la noblesse du Sublime.
Je soûtiens que lorsqu'un Auteur s'est
élevé au dessus de la mediocrité , c'est
une necessité que ses Ouvrages soient sublimes
et pour s'en convaincre , il ne
faut que jetter les yeux sur les grands
Hommes qui se sont signalez de nos jours
dans l'Eloquence et dans la Poësie. Les
Corneilles , les Racines ont été sublimes
dans leurs Tragédies . Combien de traits
y remarque - t'on qui frappent tout à la
fois l'esprit et le coeur ? quelle grandeur ,
quelle elevation , quelle noblesse ! plusieurs
Livres sont remplis des differents
traits qu'on en a recueillis ; c'est pour
quoi il n'est pas necessaire de s'étendre là
dessus .
Bij Les
224 MERCURE DE FRANCE
Les Despreaux , les Lafontaines ont été
sublimes dans leurs Poësies , l'un a excellé
dans la Satyre , et dans ses Epitres
au Roi , dans lesquelles on peut dire qu'il
égalé le merite de ce grand Prince,
L'autre dans ses Fables , selon le sentiment
de M. de la Bruyere , a élevé les petits
Sujets jusqu'au sublime , a été plus loin
que ses modeles , modele lui- même difficile
à imiter. Il faut ajoûter ce qu'a dit
M. de la Motte , en parlant du même
Poëte .
Au gré de ce nouvel Esope ,
Les animaux prennent la voix ;
Sous leurs discours il enveloppe
Des Leçons même pour les Rois.
Une douceur simple , élegante ,
En riant , par tout y présente
La Nature et la Verité ,
De quelle grace il les anime !
Oui , peut- être que le Sublime
Cede à cette naïveté.
Voila le Sublime attribué à un Auteur¸
qui n'a écrit cependant que des Fables ,
D'où vient cela ? c'est qu'en faisant agir
et parler les animaux d'une maniere qui
şemble n'avoir rien que de puerile , il en
a tiré des moralitez si élevées et si toui
chan
FEVRIER. 1733. 225
:
chantes , qu'elles enseignent les plus grandes
vertus et les pensées les plus raisonnables
c'est par cette élevation et cette
force qu'il a prêtée aux petits sujets, qu'il
les a rendus veritablement sublimes; d'où
vient , dis-je , cet heureux succès ? c'est
que cet Auteur inimitable a mis par tout
le vrai dans son plus beau jour ; c'est
qu'il a sçû instruire en riant , en badinant
, et par ce badinage spirituel , qu'on
avoit crû impossible avant lui dans les Fables
; il a enlevé l'estime , l'admiration et
les applaudissemens des plus grands hommes.
Sera- t- on surpris de me voir loüer
si avantageusement un tel Poëte ? J'oserai
dire encore , que ses Fables me paroissenţ
divines , et que c'est peut-être ce que
nous avons en notre Langue de plus parfait.
Mais revenons à notre définition.Questce
que le Sublime dans l'Eloquence ? Je
le dirai selon les principes que j'ai déja
posez ; c'est le vrai exprimé dans toute
son élevation et toute sa force , soit par
rapport à l'esprit , soit par rapport au
coeur. En pourra-t'on disconvenir ? Les
Bossuets , les Flechiers , les Bourdalouës ,
n'en sont- ils pas des preuves convaincantes
? Qu'on lise les Oraisons Funebres de
M. Bossuet, de la Reine d'Angleterre , de
Biij la
1
226 MERCURE DE FRANCE
la Duchesse d'Orleans , et du grand Prin
ce de Condé , on y trouvera et le Sublime
religieux , et le Sublime naturel , alliez
ensemble dans toute leur perfection . J'en
rapporterois des exemples , ou plutôt je
les ai ci - devant rapportez dans mes Refléxions
sur l'Eloquence , inserées dans l'un
des Mercures.
,
:
Qu'on lise celles de l'éloquent M. Fléchier
surtout celles de la Reine et de
M. de Turenne , on y verra le vrai dans
toute son élevation et toute sa force : les
vertus chrétiennes , les vertus civiles >
morales et militaires y paroissent dans
tout leur éclat on est ébloui de la grandeur
du Heros , mais on ne l'est pas
moins de celle de l'Orateur. On en peut
dire autant de ses Panegyriques des Saints
qui sont des Chef- d'oeuvres. Voilà pour
ce qui regarde le Sublime des louanges.
Quant au fameux Bourdalouë on
trouve dans ses Discours le vrai , c'est àdire
, la raison dans sa plus grande élévation
et sa plus grande force ; et c'est là
que regne le Sublime de la persuasion et
de la science des moeurs : sans parler de
ses Oraisons Funebres où il n'a pas
moins brillé que dans sesDiscours de morale
.
Voilà
FEVRIER. 1733 . 227
6
Voilà ma définition pleinement justifiée
et dans la cause et dans les effets. La voilà
exprimée avec la briéveté et la précision
qui manquent à celle du Censeur de
Longin.
On me permettra d'ajouter , que le Sublime
doit être partagé dans celui des
faits , et dans celui des sentimens ou des
expressions. Le sublime des faits , tel
qu'on le voit dans les Histoires , ne sçauroit
être imité ; il dépend uniquement de
la grandeur de ceux qui en sont les Auteurs.
Il n'y a que celui des sentimens et
des expressions qui puisse être l'objet de
l'Art, et il est inutile de demander là- dessus
s'il y a un Art du Sublime . Qui en
doute mais il n'est pas necessaire d'en
donner des régles : ou plutôt la plus sûre
et la plus précise , c'est d'exprimer le
vrai dans toute son élevation et toute sa
force ; c'est de l'étudier , de l'approfon
dir , d'en mesurer toute l'étenduë , de
l'embellir de tous les ornemens et de toute
la vivacité que la Nature et l'Art peuvent
fournir ; et comme j'ai déja dit , que
la passion est l'ame de la parole , c'est
en l'animant , en l'élevant , en la perfectionnant
, qu'on peut parvenir au Subli
me , c'est par cette voye qu'on s'y doir
prendre mais il faut pour cela que la
B iiij Na228
MERCURE DE FRANCE
Nature ait donné à l'Orateur , au Poëte ,
à l'Ecrivain , toure la force et toute la
grandeur de génie qui convient à ces
trois differentes Professions.
J. C.
A Nismes le 3 Janvier 1733 .
du Sublime de M. Silvain , Avocat an
Parlement de Paris , dont il est fait mention
dans le Mercure de Novembre
1732.
L'entu de ce nusur le Traité du Su--
' Auteur de ce nouvel Ouvrage a préblime
de Longin , traduit depuis longtems
par l'Illustre M. Despreaux , et malgré
les Eclaircissemens qui se voyent dans
la Préface du même Traité, sur la nature et
le caractere du Sublime , M. Silvain a
fait le procès à Longin , sous prétexte
qu'il a manqué de donner la veritable définition
du Sublime ; mais il est aisé de
faire voir que l'Auteur s'est trompé dans
ses idées , et que c'est à tort qu'il a voulu
établir sa réputation sur les ruines de
celle de Longin : il ne faut pour cela que
rapporter les paroles de M. Despreaux
qui sont une Apologie parfaite de l'un et
de l'autre.
>
» Il ne reste plus , dit M. Despreaux ;
" pour finir cette Préface , que de dire ce
» que Longin entend par Sublime ; car
» comme il a écrit de cette maniere après
25 Cé
214 MERCURE DE FRANCE
» Cécilius , qui avoit presque employé
"tout son Livre à montrer ce que c'est
"que Sublime , il n'a pas crû devoir re-
» battre une chose qui n'avoit été déja
discutée
que trop
par un autre. Il faut
» donc sçavoir que par Sublime , Longin
» n'entend pas ce que les Orateurs appel-
» lent le stile sublime , mais cet extraor-
» dinaire et ce merveilleux qui frappe dans
» le discours , et qui fait qu'un Ouvrage
» enleve , ravit , transporte . Le stile su-
» blime veut toujours de grands mots
»
,
mais le Sublime se peut trouver dans
» une seule pensée , dans une seule figu-
» re , dans un tour de paroles . Une chose
peut être dans le stile sublime , et n'ê-
» tre pourtant pas sublime : c'est - à - dire
» n'avoir rien d'extraordinaire et de sur-
» prenant. Par exemple , le Souverain
» Arbitre de la Nature , d'une seule paro-
» le forma la lumiere . Voilà qui est dans
» le stile sublime , cela n'est pas néan-
» moins sublime , parce qu'il n'y a rien là
» de fort merveilleux , et qu'un autre ne
pût aisément trouver. Mais Dicu dit
» que la lumiere se fasse , et la lumiere se
fit : ce tour extraordinaire d'expression
» qui marque si bien l'obéissance de la
créature aux ordres du Créateur , est
veritablement sublime , et a quelque
F
» cho
>>
FEVRIER . 1733 215
» chose de divin . Il.faut donc entendre
» par sublime dans Longin , l'extraordi-
» naire , le surprenant , et comme je l'ai
» traduit , le merveilleux dans le dis
» cours.
Voilà les paroles de M. Despreaux ; il
est bien surprenant qu'après un pareil
éclaircissement , tiré des pensées et des
éxemples de Longin , qui a cité , quoique
Payen , le Passage de la Genese comme
une marque du vrai Sublime , M. Silvain
ait pourtant accusé l'ancien Rhe
teur de n'avoir pas connu le Sublime
d'avoir oublié le principal but de son
Ouvrage , qui étoit , à ce qu'il prétend ,
de donner la définition du Sublime ; comme
si le manque de définition empêchoit
d'entendre ce qu'a dit Longin dans le reste
de son Ouvrage , où il marque si expressément
ce que c'est que le Sublime
ainsi qu'on l'a vû par les paroles de
M. Despreaux.
que
La surprise est d'autant plus grande ;
M. Silvain en est convenu lui - même,
par ce qu'il a fait dire à Longin même ,
page 372. Il faut sçavoir , dit-il , que
» par sublime , Longin n'entend pas ce
» que les Orateurs appellent le stile Su
»blime , mais cet extraordinaire et ce
>> merveilleux qui frape dans le discours ,
> et
216 MERCURE DE FRANCE
net qui fait qu'un Ouvrage enleve , ravit
, transporte. C'est en propres termes
ce qu'a dit M. Despreaux , dont
l'Auteur a copié les paroles. Il paroit donc
qu'il s'est contredit lui-même , quand il
a accusé Longin de n'avoir pas connu le
Sublime , après qu'il en a donné la notion
la plus claire et la plus parfaite qu'on
pouvoit souhaiter. N'importe ; parce que
Longin n'a point donné la définition litterale
du Sublime , le Censeur lui fait son
procès , il l'accuse d'imprudence et d'ignorance.
C'est ce qu'il a fait à la page
381. où il s'exprime de la sorte : » Je ne
» répeterai point ici , dit-il , ce que j'ai
déja dit , qu'il me paroît que Longin
» n'a pas bien traité sa matiere , et qu'il
» n'a pas connu le Sublime. On le mon-
» treroit plus aisément , ajoûte t'il , s'il
» en avoit donné une définition , et on ne
>> peut connoître ce qu'il pense que par
» ses raisonnemens et ses exemples. Peuton
excuser une pareille contradiction ? et
n'est- ce pas manquer d'équité que de condamner
d'uncôté ce qu'on a approuvé de
33
Pautre ?
Quoi donc ne suffit- il pas que Lon-
?
gin ait montré par ses raisonnemens et
par ses exemples ce que c'est que le Sublime
? Faut- il que le manque de définition
qui
FEVRIER: 1733. 217
qui peut aisément être suppléé , détruise
ce qu'il a dit si clairement , et en termes
si précis , que le Censeur n'a pû s'empêcher
de lui rendre cette justice à la page
372. » qu'il a parfaitement connu la natu-
» re du Sublime ; mais il prétend ensuite
» qu'or, la connoîtroit mieux , s'il en avoit
» donné une définition . Peut- il ignorer
qu'il y a des choses qui s'entendent quelquefois
plus aisément par des raisonnemens
et par des exemples que par des définitions
, et que le sentiment causé par
ces exemples est d'ordinaire plus vif, plus
prompt et plus décisif que par la connoissance
qu'on tire d'une simple définition
?
D'ailleurs , comme les définitions doivent
toujours être courtes , et renfermer
beaucoup en peu de mots ; il n'est pas
fort aisé d'y réussir , et Longin a senti
sans doute la difficulté qu'il y a d'en faire
une bonne , principalement dans un sujet
qui embrasse tant de matieres et de
notions differentes ; mais quand on pour.
roit attribuer son silence à quelqu'autre
cause , il est injuste d'attaquer la réputa,
tion d'un ancien Rheteur , estimé et reveré
de tous les Sçavans , de l'accuser de
n'avoir pas connu le Sublime , dans le
tems qu'on avoue qu'il en a donné les
exem
218 MERCURE DE FRANCE:
exemples les plus convaincants .
Mais il paroît que l'Auteur n'a blâme
Longin du manque de définition , que
pour avoir lieu d'en donner une de sa façon
, et pour la faire passer pour excellente
, il faut donc voir et examiner cette
définition , telle qu'on l'a rapportée dans
le Mercure , page 2415.
» Le Sublime , dit- il , est un discours
» d'un tour extraordinaire , qui par les
» plus nobles images , et par les plus
>> grands sentimens , dont il fait sentir
» toute la noblesse par ce tour même d'expression
, éleve l'ame au - dessus de ces
» idées ordinaires de grandeur , et qui la
» portant tout-à- coup avec admiration à
» ce qu'il y a de plus élevé dans la Natu-
» re la ravit , et lui donne une haute
idée d'elle- même.
,
:
Voilà sa définition ; l'Auteur du Mercure
a dit nettement sur le rapport du
Public , que bien des gens l'ont trouvée
trop longue , et que c'est plutôt une des
cription qu'une définition . En cela ils ont
eu raison il s'agissoit de montrer ce que
le sublime est en lui-même , et non pas
quels sont les effets qu'il produit ; il falloit
marquer la cause et l'origine de ces
effets. En suivant cette régle , il auroit
pû définir le Sublime , autant du moins
que
FEVRIER. 1733 219
que la chose est possible ; au lieu qu'en
mettant plusieurs phrases tout de suite
il n'a fait proprement qu'une tirade d'Eloquence
, qui n'a pû contenter les vrais
Connoisseurs. J'ajoûte que sa prétenduë
définition est fausse presque dans toutes
ses parties. Venons à la preuve , et reprenons.
» Le Sublime , dit- il , est un discours
d'un tour extraordinaire , qui par les
plus nobles images , et par les plus grands
» sentimens , dont il fait sentir toute la
» noblesse par ce tour même d'expression ,
» éleve l'ame au - dessus de ses idées ordinaires
de grandeur...
A quoi bon parler en cet endroit des
plus nobles images et des plus grands sentimens
, puisqu'il paroît par le sentiment
de M. Despreaux , que le Sublime se peut
trouver dans une pensée , dans une figu
dans un tour de paroles ; or comment
faire entrer dans un si petit espace
ces images ou ces sentimens dont parle
l'Auteur à moins que chaque pensée
chaque figure et chaque tour d'expression
, ne fussent aussi longues que sa définition
Ignore- t'il que le Sublime peut
quelquefois se rencontrer dans un seul
mot : c'est ce qu'on pourroit justifier par
des exemples , et il ne sert de rien d'alleguer
220 MERCURE DE FRANCE
leguer que cette derniere espece de Su
blime ne regarde que les sentimens : car
on peut répondre , que c'est presque dans
les seuls sentimens que le Sublime se manifeste
et se fait sentir , et il s'ensuit de
là que sa définition n'est pas exacte.
Mais à quoi bon ajoûter , que le Subli
me en portant l'ame tout à coup à ce
» qu'il y a de plus élevé dans la Nature
la ravit , et lui donne une haute idée d'elle-
même ? Est- il vrai qu'on ne puisse être
frappé d'un trait sublime , sans concevoir
aussi- tôt une haute idée de soi - même ?
Quelqu'un a- t'il fait cette refléxion
qu'en lisant un Ouvrage qui l'a charmé ,
qui l'a enlevé , il s'est rendu ce témoigna
ge en secret ; » voilà un trait admirable
qui me donne une grande idée de moi-
» même ; je m'estime , et je m'applaudis
» de cette pensée , comme si c'étoit moi
» qui l'eusse produite ; me voilà rempli
» d'un noble orgüeil : je n'ai plus rien à
» désirer , après la belle idée qu'on me
donne de ma grandeur et de ma péné-
» tration naturelle. Je le répéte , a- t'on
jamais fait un pareil retour , une pareille
refléxion sur soi - même ? que si personne
n'oseroit tenir ce langage , comment l'Auteur
a- t'il pû faire entrer cette idée dans
sa définition ?
11
FEVRIER . 1733. 221
•
.
,
Il est vrai qu'il a copié cet endroit du
Traité de Longin , qui dit que le Su-
»blime inspire à l'ame , je ne sçai quel
>> noble orgueil , comme si elle avoit con-
» çû les choses mêmes qu'elle admire :
mais outre que cette expression n'est pas
tout-à- fait semblable à celle de l'Auteur ,
et que M. Despreaux s'est bien gardé de
l'inserer dans ses Eclaircissemens ne
croyant pas , sans doute , que cela fut nécessaire
,l'Auteur devoit distinguer ce qui
est solide de ce qui ne l'est pas : et l'on
ne doit pas suivre les Anciens , quand ils
paroissent aller trop loin. Quoiqu'il en
soit , cette refléxion sur soi même ne peut
guére arriver que dans les occasions où
P'Orateur parle avec beaucoup de passion ;
car la passion est l'ame de la parole ; et
alors le coeur émû et transporté de la justesse
et de l'élévation de ce qu'il sent , il
applaudit à ces sentimens , comme s'il
les avoit lui - même conçûs : mais cela ne
va pas jusqu'à donner aux Auditeurs une
plus grande idée d'eux mêmes , ni à leur
inspirer de l'orgueil : cet orgüeil seroit
trop imperceptible pour pouvoir être démêlé
parmi les mouvemens d'admiration
que cause le Sublime . On l'admire veritablement
, mais on ne pense nullement.
à s'admirer soi-même. Au surplus , cette
B éxa222
MERCURE DE FRANCE
éxageration de Longin n'empêche pas
qu'il n'ait parfaitement connu et exprimé
le caractere du Sublime ; mais l'Auteur
ne devoit pas la faire entrer dans sa définition
, ainsi qu'on vient de le dire.
On voit par tout ce détail , où l'on a
été obligé d'entrer , que cette définition
est défectueuse ; qu'elle péche par sa longueur
, et par les paroles inutiles dont
elle est chargée ; et qu'on a eu raison
de relever les fautes qu'il y a commises.
2
On me dira , sans doute , que puisque
j'ai entrepris de blâmer celle de l'Auteur
je suis obligé d'en donner une autre , et
qu'il faut necessairement qu'elle soit meilleure.
Eh bien , je vais la donner cette
définition ; je suis persuadé du moins
qu'on n'y trouvera pas les mêmes défauts
que dans la sienne . Je dis donc , que
le Sublime n'est autre chose , que le vrai
dans toute son élevation et toute sa force.
Cette notion est courte , elle est simple
elle comprend tout ce qu'on peut dire du
Sublime.
Je dis le vrai , soit dans la Nature ;
soit dans l'Eloquence et dans la Poësie
parce qu'il n'y a que le vrai qui puisse
frapper , plaire , toucher , persuader , et
remplir l'ame d'admiration et de plaisir.
C'est
FEVRIER.
1733 225
C'est la maxime de Despreaux , comme
il paroît par ces deux Vers .
Rien n'est beau que le vrai , le vrai seul est aimable,
Il doit régner par tout , et même dans la
Fable.
Je dis , dans toute son élévation et toute
sa force , pour le distinguer des expres
sions ordinaires , qui n'ont rien que de
médiocre , parce que c'est la mediocrité
des sentimens et des pensées qui éloigne
absolument le discours de la grandeur et
de la noblesse du Sublime.
Je soûtiens que lorsqu'un Auteur s'est
élevé au dessus de la mediocrité , c'est
une necessité que ses Ouvrages soient sublimes
et pour s'en convaincre , il ne
faut que jetter les yeux sur les grands
Hommes qui se sont signalez de nos jours
dans l'Eloquence et dans la Poësie. Les
Corneilles , les Racines ont été sublimes
dans leurs Tragédies . Combien de traits
y remarque - t'on qui frappent tout à la
fois l'esprit et le coeur ? quelle grandeur ,
quelle elevation , quelle noblesse ! plusieurs
Livres sont remplis des differents
traits qu'on en a recueillis ; c'est pour
quoi il n'est pas necessaire de s'étendre là
dessus .
Bij Les
224 MERCURE DE FRANCE
Les Despreaux , les Lafontaines ont été
sublimes dans leurs Poësies , l'un a excellé
dans la Satyre , et dans ses Epitres
au Roi , dans lesquelles on peut dire qu'il
égalé le merite de ce grand Prince,
L'autre dans ses Fables , selon le sentiment
de M. de la Bruyere , a élevé les petits
Sujets jusqu'au sublime , a été plus loin
que ses modeles , modele lui- même difficile
à imiter. Il faut ajoûter ce qu'a dit
M. de la Motte , en parlant du même
Poëte .
Au gré de ce nouvel Esope ,
Les animaux prennent la voix ;
Sous leurs discours il enveloppe
Des Leçons même pour les Rois.
Une douceur simple , élegante ,
En riant , par tout y présente
La Nature et la Verité ,
De quelle grace il les anime !
Oui , peut- être que le Sublime
Cede à cette naïveté.
Voila le Sublime attribué à un Auteur¸
qui n'a écrit cependant que des Fables ,
D'où vient cela ? c'est qu'en faisant agir
et parler les animaux d'une maniere qui
şemble n'avoir rien que de puerile , il en
a tiré des moralitez si élevées et si toui
chan
FEVRIER. 1733. 225
:
chantes , qu'elles enseignent les plus grandes
vertus et les pensées les plus raisonnables
c'est par cette élevation et cette
force qu'il a prêtée aux petits sujets, qu'il
les a rendus veritablement sublimes; d'où
vient , dis-je , cet heureux succès ? c'est
que cet Auteur inimitable a mis par tout
le vrai dans son plus beau jour ; c'est
qu'il a sçû instruire en riant , en badinant
, et par ce badinage spirituel , qu'on
avoit crû impossible avant lui dans les Fables
; il a enlevé l'estime , l'admiration et
les applaudissemens des plus grands hommes.
Sera- t- on surpris de me voir loüer
si avantageusement un tel Poëte ? J'oserai
dire encore , que ses Fables me paroissenţ
divines , et que c'est peut-être ce que
nous avons en notre Langue de plus parfait.
Mais revenons à notre définition.Questce
que le Sublime dans l'Eloquence ? Je
le dirai selon les principes que j'ai déja
posez ; c'est le vrai exprimé dans toute
son élevation et toute sa force , soit par
rapport à l'esprit , soit par rapport au
coeur. En pourra-t'on disconvenir ? Les
Bossuets , les Flechiers , les Bourdalouës ,
n'en sont- ils pas des preuves convaincantes
? Qu'on lise les Oraisons Funebres de
M. Bossuet, de la Reine d'Angleterre , de
Biij la
1
226 MERCURE DE FRANCE
la Duchesse d'Orleans , et du grand Prin
ce de Condé , on y trouvera et le Sublime
religieux , et le Sublime naturel , alliez
ensemble dans toute leur perfection . J'en
rapporterois des exemples , ou plutôt je
les ai ci - devant rapportez dans mes Refléxions
sur l'Eloquence , inserées dans l'un
des Mercures.
,
:
Qu'on lise celles de l'éloquent M. Fléchier
surtout celles de la Reine et de
M. de Turenne , on y verra le vrai dans
toute son élevation et toute sa force : les
vertus chrétiennes , les vertus civiles >
morales et militaires y paroissent dans
tout leur éclat on est ébloui de la grandeur
du Heros , mais on ne l'est pas
moins de celle de l'Orateur. On en peut
dire autant de ses Panegyriques des Saints
qui sont des Chef- d'oeuvres. Voilà pour
ce qui regarde le Sublime des louanges.
Quant au fameux Bourdalouë on
trouve dans ses Discours le vrai , c'est àdire
, la raison dans sa plus grande élévation
et sa plus grande force ; et c'est là
que regne le Sublime de la persuasion et
de la science des moeurs : sans parler de
ses Oraisons Funebres où il n'a pas
moins brillé que dans sesDiscours de morale
.
Voilà
FEVRIER. 1733 . 227
6
Voilà ma définition pleinement justifiée
et dans la cause et dans les effets. La voilà
exprimée avec la briéveté et la précision
qui manquent à celle du Censeur de
Longin.
On me permettra d'ajouter , que le Sublime
doit être partagé dans celui des
faits , et dans celui des sentimens ou des
expressions. Le sublime des faits , tel
qu'on le voit dans les Histoires , ne sçauroit
être imité ; il dépend uniquement de
la grandeur de ceux qui en sont les Auteurs.
Il n'y a que celui des sentimens et
des expressions qui puisse être l'objet de
l'Art, et il est inutile de demander là- dessus
s'il y a un Art du Sublime . Qui en
doute mais il n'est pas necessaire d'en
donner des régles : ou plutôt la plus sûre
et la plus précise , c'est d'exprimer le
vrai dans toute son élevation et toute sa
force ; c'est de l'étudier , de l'approfon
dir , d'en mesurer toute l'étenduë , de
l'embellir de tous les ornemens et de toute
la vivacité que la Nature et l'Art peuvent
fournir ; et comme j'ai déja dit , que
la passion est l'ame de la parole , c'est
en l'animant , en l'élevant , en la perfectionnant
, qu'on peut parvenir au Subli
me , c'est par cette voye qu'on s'y doir
prendre mais il faut pour cela que la
B iiij Na228
MERCURE DE FRANCE
Nature ait donné à l'Orateur , au Poëte ,
à l'Ecrivain , toure la force et toute la
grandeur de génie qui convient à ces
trois differentes Professions.
J. C.
A Nismes le 3 Janvier 1733 .
Fermer
Résumé : REFLEXIONS sur le nouveau Traité du Sublime de M. Silvain, Avocat au Parlement de Paris, dont il est fait mention dans le Mercure de Novembre 1732.
Le texte critique le traité sur le Sublime de M. Silvain, avocat au Parlement de Paris, publié en novembre 1732. Silvain reproche à Longin, dont le traité a été traduit par M. Despreaux, de ne pas avoir fourni une définition adéquate du Sublime. Cependant, le texte conteste cette accusation en citant Despreaux, qui explique que Longin définit le Sublime comme 'l'extraordinaire et le merveilleux' dans le discours, capable de ravir et de transporter le lecteur. Despreaux illustre cette notion avec des exemples, comme la création de la lumière par Dieu dans la Genèse. Le texte souligne que Silvain se contredit en accusant Longin de ne pas connaître le Sublime, tout en reconnaissant que Longin en a donné une notion claire. Silvain critique Longin pour ne pas avoir fourni une définition littérale, mais le texte argue que les raisonnements et les exemples de Longin suffisent à expliquer le Sublime. La définition de Silvain est jugée trop longue et inexacte, car elle se concentre sur les effets plutôt que sur la cause du Sublime. En conclusion, le texte propose une définition alternative du Sublime comme 'le vrai dans toute son élévation et toute sa force', soulignant que seul le vrai peut frapper et toucher l'âme. Cette définition est illustrée par les œuvres des grands auteurs comme Corneille et Racine, dont les tragédies sont marquées par la grandeur et la noblesse. Le texte discute également des qualités sublimes des œuvres de Jean de La Fontaine et de Jean-Baptiste de Boileau-Despréaux. Boileau est loué pour ses satires et ses épîtres au roi, tandis que La Fontaine est célébré pour ses fables, qui élèvent des sujets modestes au sublime. La Fontaine est décrit comme un maître de la moralité et de la vérité, capable d'instruire en riant et d'obtenir l'admiration des grands hommes. Le texte compare également le sublime dans l'éloquence, illustré par des orateurs comme Bossuet, Fléchier et Bourdalouë, qui expriment le vrai avec élévation et force. Il conclut que le sublime peut être partagé entre les faits et les sentiments ou expressions, et que l'art du sublime réside dans l'expression du vrai avec passion et génie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 1990-2002
REFLEXIONS.
Début :
Les hommes ne sçavent ni donner ni perdre à propos. [...]
Mots clefs :
Hommes, Mal, Mérite, Beauté, Politesse, Bienfaits, Esprit, Homme, Femmes, Justice, Grandeur, Paraître, Vertu, Réflexions, Défauts, Monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
Lperdre à
propos .
Es hommes ne sçavent ni donner ni
Pecuniam in loco negligere , maximum interdum
lucrum est. Terence . Adelph.
L'esprit de l'homme se connoît à ses
paroles et sa naissance ou son éducation
à ses actions.
C'est le destin de l'homme de ne jamais
SEPTEMBRE . 1733. 1991
mais connoîce Son vrai bien , et de chercher
courant à être plus mal , pour vou
mieux.
Il est plus aisé d'abuser les hommes
par une narration où il entre du merveilleux
, que de les instruire par un
récit simple et naïf.
Nous sommes presque tous de telle
condition , que nous sommes fâchez d'être
ce que nous sommes.
On ne doit jamais parler de soi ni en
bien , parce qu'on ne nous croit point ,
ni en mal , parce qu'on en croit plus
qu'on n'en dit.
Les hommes prétendent que les femmes
leur sont fort inferieures en mérite , cependant
ils ne veulent leur passer aucun
défaut , et ils éclatent en mauvaise
humeur quand elles en remarquent quelqu'un
marqué en eux . Ils devroient opter
, s'appliquer à avoir moins de défauts
qu'elles , ou avoir moins de sévérité pour
les leurs.
Un homme toujours satisfait de luimême
, l'est peu souvent des autres ; rarement
on l'est de lui.
On
1992 MERCURE DE FRANCE
On trouve bien des hommes qui s'avoient
avares , vindicatifs , yvrognes ,
orgueilleux , poltrons même ; mais l'en
vie et l'ingratitude sont des passions si
lâches et si odieuses, que jamais personne
n'en demeura d'accord. Il n'y a point
de vertus compatibles avec les vices , et
point de crimes ausquels elles ne puissent
conduire.
La plupart des hommes ont bien plus
d'affectation et d'adresse pour excuser
leurs fautes , que d'attention pour n'en
point commettre.
Quand on paroît aimable aux yeux
des hommes , on paroît à leur esprit
tout ce qu'on veut .
Il n'est pas plus dangereux de faire du
mal à la plupart des hommes , que de
leur faire trop de bien .
Les hommes ont plus d'interêt à cor
riger les défauts de l'esprit , que ceux du
corps ; ils agissent cependant comme s'ile
étoi.nt persuadez du contraire.
Les hommes ont une application continuelle
à cacher et à déguiser leurs vices
СБ
SEPTEMBRE. 1733. 1993
et leurs défauts ; ils auroient peut- être
moins de peine à s'en corriger.
La vertu est souvent voilée par la modestie
, et le vice par l'hypocrisie ; ainsi
il est bien difficile de pouvoir penetrer
l'interieur des hommes.
Il est aussi avantageux aux hommes
de publier les bienfaits qu'ils reçoivent,
u'il leur est desavantageux de se plaindre
de leurs disgraces.
qu'il
Les hommes sont aveugles dans leurs
desirs , leurs pensées sont trompeuses ,
leurs discours et leurs esperances folles ,
et leurs apétits dereglez. Omnes decipimur
specie recti , dit Horace . Car à plusieurs
une blessure a procuré la santé ,
et l'on s'est trouvé quelquefois au comble
de la gloire , quand on ne devoit attendre
que l'infamie ou la mort.
Les hommes ne sont pas obligez d'être
bien faits , d'êtres riches ; ils sont obligez
d'avoir de la probité et de l'honneur,
Les hommes trouvent presque toujours
la peine , quand ils la fuyent avec
trop d'empressement.
Etre
1994 MERCURE DE FRANCE
Etre utile au Public , est un call tere
brillant ; ne nuire à personne , est un
état de vertu obscur , mais for rava Il
faudroit que les hommes avant que d'êtres
utiles au Public , cessassent de nuire
à qui que ce soit.
On doit plaindre presque également
un homme riche qui n'a qu'une bonne table
, et un pauvre qui n'a que de l'apétit.
C'est une grande foiblesse à un Prince
de n'oser refuser justement ce qu'on ose
bien lui demander sans avoir égard à
la justice.
Les Grands , pour l'ordinaire , se contentent
de sentir qu'on leur est agréàble
, sans approfondir si on mérite de
l'être. Leur plus importante occupation
cependant devroit être de connoître les
hommes , puisqu'ils veulent passer pour
les images de la divinité ; mais ils craignent
en cela de se détromper , de peur
de trouver souvent leurs Favoris indignes
de leurs bontez , et les autres hommes
qu'ils ne regardent pas , dignes de
plus de distinction .
Les Souverains se picquent d'ordinaire
de
SEPTEMBRE. 1733. 1995
7
de constance ; ils condamneroient plutôt
leurs propres Enfans que de blâmer
un Sujet choisi de leur main . Ils ne crais
tant de paroître malheureux
dat leur famille
Pears
jugemens.
, que mal- habiles dans
Ifatti de Principi , hanno ogn'altra facsia
che la vera.
Il est bien rare que les Grands n'abusent
pas de leur grandeur.
Il y a cette difference entre le Peuple
et les Grands ; que celui - là perd fa- .
cilement le souvenir des bienfaits et des
injures , au lieu que celui- cy oublie facilement
les plaisirs reçûs , et se souvient
toujours des injures.
Plusieurs méprisent la grandeur , afin
de s'élever dans leur imagination audessus
des Grands et de se bâtir ainsi une
grandeur imaginaire. De même qu'en
méprisant les richesses, c'est souvent pour
se faire un petit trésor de vanité , qui
tienne lieu de ce qu'on n'a pas.
Les Princes doivent être extrémement
attentifs à moderer tellement , même
leurs
1996 MERCURE DE FRANCE
à
leurs vertus , que l'une ne nuise pas
l'autre par son excès . Prendre garde sur
tout que leur justice et leur bonté ne
s'entre- détruise ; car à vouloir êne trop
juste , on devient odieux ; à vouloir être
trop bon , on devient méprisable.
L'estime des Grands est quelquefois
facile à acquerir , mais elle est toujours
difficile à conserver.
Selon le sentiment d'Epicure , il doit
être plus agréable de donner que de recevoir.
L'ingratitude même ne doit pas nous
empêcher de faire du bien , car il vaut
encore mieux que les bienfaits se perdent
dans les mains des ingrats , que
dans les nôtres.
Rien ne s'achette plus cherement que
ce qu'on achette par les prieres.
L'avidité de recevoir un nouveau bien--
fait , fait oublier celui qu'on a déja reçû .
Cupiditas accipiendorum oblivionem facit
acceptorum. Seneq .
Nous traçons sur la poussiere les bienfaits
SEPTEMBRE . 1733. 1997
faits que nous recevons , et nous gravons
sur le marbre le mal qu'on nous
fait , dit un Ancien.
Un bienfait desaprouvé n'est gra
ce que pour un seul , et c'est une injure
pour plusieurs.
Le bienfait n'est tel que par le bon
usage qu'en fait celui qui le reçoit .
De toutes les choses du monde , celle
qui vieillit le plus aisément et le plu
tôt , c'est le bienfair.
- Plusieurs sçavent perdre leurs biens ;
mais peu les sçavent donner .
Faire du bien aux méchants
souvent faire du mal aux bons.
c'est
Presque toujours lorsque les bienfaits
vont trop loin , la haine prend la place
de la reconnoissance.
Il y a des plaisirs dont on se paye par
ses mains ; celui d'en faire aux autres
est de cette nature.
I Beneficii ordinariamente si vedono
E contra
1998 MERCURE DE FRANCE
sontra cambiati , con ingratitudine infinita ;
più per l'impertinenza che il Benef
usa nell'esigere la gratitudine del of
altrui , che per la discortesia di d
il beneficio.
Gli Beneficii si ricevano sempre volentieri
, ma non sempre volentieri si vede il
Benefattore.
Nous sommes toujours extrémement
agréables à ceux à qui nous donnons
occasion de l'être.
Une femme ne trouve rien de si diffi
cile à faire que de s'accoûtumer à n'être
plus belle , quand elle l'a été pare
faitement,
Il n'y a pas de femme , si laide soitelle
, qui ne se trouve quelque trait de
beauté.
Sibi quaque videtur amanda,
Pessima sit , nulli non sua forma placet.
Ovid. de Art. Am. L. 23
La beauté dans le Sexe expose à tant
de périls , qu'il est bien difficile qu'on
ne succombe pas à quelques- uns .
Les
SEPTEMBRE. 1733. 1999
gou-
Les femmes ont souvent raison de vouloir
, à quelque prix que ce soit , paroître
belies, puisque c'est tout ce que les hommes
leur ont laissé ; car , point de
vernement pour elles , point d'autorité
absoluë , point de conduite d'ames , point
de pouvoir dans l'Eglise , point de possession
de Charges , point d'entrée dans
le Secret des affaires d'Etat.Il semble même
qu'on leur veuille ôter jusqu'à l'esprit
, en traitant de précieuses celles qui
en font paroître. Laissons -leur donc la
beauté , et quand elles n'en ont point ,
laissons - leur du moins le plaisir de croire
qu'elles en ont.
La laideur fait quelquefois présumer la
vertu où elle n'est pas ; et la beauté a
cela de funeste , qu'on croit les belles
personnes capables de toutes les foiblesses
qu'elles causent .
La beauté sans la grace, est un apas sans
hameçon.
En désirant trop ardemment de plaire,
on ne se rend pas plus aimable.
La réputation qui vient de la beauté
est quelque chose de si délicat parmi les
E ij
Fem-
885481
2000 MERCURE DE FRANCE
Femmes, qu'encore qu'elles ayent la plus
grande indifférence du monde pour quel
qu'un , jamais pourtant cette indirerence
n'ira jusqu'à vouloir que ce quelqu'un
porte ailleurs ses hommages et ses soupirs.
Tant de fierté qu'on voudra , une
belle personne regarde toujours la fuite
d'un amant sans mérite si on veut , et
qu'elle n'estime pas , comme autant de
diminué sur son empire.
Il
y
des beautez si engageantes , que
si on ne fuit , sans hésiter, on ne fuit pas
loin. On ne peut aller tout au plus que
de la longueur de ses chaînes.
Le véritable Efprit de Politesse consiste
dans une certaine attention à faire ensorte
que par nos paroles et par nos manieres
, les autres soient contens de nous
et d'eux -mêmes.
L'incivilité n'est pas un vice de l'ame ;
elle est l'effet de plusieurs vices ; de la
sotte vanité , de l'ignorance de ses devoirs
, de la paresse , de la stupidité , de
la distraction , du mépris des autres de
la jalousie , & c.
Rien n'est plus contraire à la véritable
poSEPTEMDA
E. *733• 2001
politesse et à la bienséance , que
de l'observer
avec trop d'affectation ; c'est s'incommoder
, c'est s'embarrasser , pour incommoder
, pour embarrasser les autres.
Il eft presqu'autant contre la bienséance
de se cachet en faisant le bien , que de
chercher à se faire voir en faisant le mal.
Tel croit mériter le nom de Poli , qui
ne mérite que celui de Dameret ou de
Pindariseur. La vraie Politesse est souvent
confondue avec des qualitez qui
méritent plus de blâme que de loüange.
On doit obeir sans cesse à la Loy des
usages et des bienséances ; il n'y a que
les Loix de la necessité qui nous dispensent
de toutes les autres.
On voit beaucoup de gens qui sçavent
comme on vit , mais fort peu qui sçachent
vivre ; c'est qu'on est trop curieux
de sçavoir ce que le monde fait , et qu'on
ne l'est pas assez de ce qu'il devroit
Faire.
La Politesse ne donne pas le mérite ,
mais elle le rend agréable , sans elle ildevient
presque insupportable , car il est
farauche et sans agrément. E iij
2002 MERCURE DE FRANCE
"
On perd presque tout le mérite du
bien,si on le fait sans Politesse ; unc mauvaise
maniere gâte tout , elle, défigure
même la justice et la raison .
Le chef- d'oeuvre de la Politesse est de
n'insulter jamais à ceux qui en manquent,
et de se contenter de les instruire par
l'exemple , sans rien faire davantage .
Lperdre à
propos .
Es hommes ne sçavent ni donner ni
Pecuniam in loco negligere , maximum interdum
lucrum est. Terence . Adelph.
L'esprit de l'homme se connoît à ses
paroles et sa naissance ou son éducation
à ses actions.
C'est le destin de l'homme de ne jamais
SEPTEMBRE . 1733. 1991
mais connoîce Son vrai bien , et de chercher
courant à être plus mal , pour vou
mieux.
Il est plus aisé d'abuser les hommes
par une narration où il entre du merveilleux
, que de les instruire par un
récit simple et naïf.
Nous sommes presque tous de telle
condition , que nous sommes fâchez d'être
ce que nous sommes.
On ne doit jamais parler de soi ni en
bien , parce qu'on ne nous croit point ,
ni en mal , parce qu'on en croit plus
qu'on n'en dit.
Les hommes prétendent que les femmes
leur sont fort inferieures en mérite , cependant
ils ne veulent leur passer aucun
défaut , et ils éclatent en mauvaise
humeur quand elles en remarquent quelqu'un
marqué en eux . Ils devroient opter
, s'appliquer à avoir moins de défauts
qu'elles , ou avoir moins de sévérité pour
les leurs.
Un homme toujours satisfait de luimême
, l'est peu souvent des autres ; rarement
on l'est de lui.
On
1992 MERCURE DE FRANCE
On trouve bien des hommes qui s'avoient
avares , vindicatifs , yvrognes ,
orgueilleux , poltrons même ; mais l'en
vie et l'ingratitude sont des passions si
lâches et si odieuses, que jamais personne
n'en demeura d'accord. Il n'y a point
de vertus compatibles avec les vices , et
point de crimes ausquels elles ne puissent
conduire.
La plupart des hommes ont bien plus
d'affectation et d'adresse pour excuser
leurs fautes , que d'attention pour n'en
point commettre.
Quand on paroît aimable aux yeux
des hommes , on paroît à leur esprit
tout ce qu'on veut .
Il n'est pas plus dangereux de faire du
mal à la plupart des hommes , que de
leur faire trop de bien .
Les hommes ont plus d'interêt à cor
riger les défauts de l'esprit , que ceux du
corps ; ils agissent cependant comme s'ile
étoi.nt persuadez du contraire.
Les hommes ont une application continuelle
à cacher et à déguiser leurs vices
СБ
SEPTEMBRE. 1733. 1993
et leurs défauts ; ils auroient peut- être
moins de peine à s'en corriger.
La vertu est souvent voilée par la modestie
, et le vice par l'hypocrisie ; ainsi
il est bien difficile de pouvoir penetrer
l'interieur des hommes.
Il est aussi avantageux aux hommes
de publier les bienfaits qu'ils reçoivent,
u'il leur est desavantageux de se plaindre
de leurs disgraces.
qu'il
Les hommes sont aveugles dans leurs
desirs , leurs pensées sont trompeuses ,
leurs discours et leurs esperances folles ,
et leurs apétits dereglez. Omnes decipimur
specie recti , dit Horace . Car à plusieurs
une blessure a procuré la santé ,
et l'on s'est trouvé quelquefois au comble
de la gloire , quand on ne devoit attendre
que l'infamie ou la mort.
Les hommes ne sont pas obligez d'être
bien faits , d'êtres riches ; ils sont obligez
d'avoir de la probité et de l'honneur,
Les hommes trouvent presque toujours
la peine , quand ils la fuyent avec
trop d'empressement.
Etre
1994 MERCURE DE FRANCE
Etre utile au Public , est un call tere
brillant ; ne nuire à personne , est un
état de vertu obscur , mais for rava Il
faudroit que les hommes avant que d'êtres
utiles au Public , cessassent de nuire
à qui que ce soit.
On doit plaindre presque également
un homme riche qui n'a qu'une bonne table
, et un pauvre qui n'a que de l'apétit.
C'est une grande foiblesse à un Prince
de n'oser refuser justement ce qu'on ose
bien lui demander sans avoir égard à
la justice.
Les Grands , pour l'ordinaire , se contentent
de sentir qu'on leur est agréàble
, sans approfondir si on mérite de
l'être. Leur plus importante occupation
cependant devroit être de connoître les
hommes , puisqu'ils veulent passer pour
les images de la divinité ; mais ils craignent
en cela de se détromper , de peur
de trouver souvent leurs Favoris indignes
de leurs bontez , et les autres hommes
qu'ils ne regardent pas , dignes de
plus de distinction .
Les Souverains se picquent d'ordinaire
de
SEPTEMBRE. 1733. 1995
7
de constance ; ils condamneroient plutôt
leurs propres Enfans que de blâmer
un Sujet choisi de leur main . Ils ne crais
tant de paroître malheureux
dat leur famille
Pears
jugemens.
, que mal- habiles dans
Ifatti de Principi , hanno ogn'altra facsia
che la vera.
Il est bien rare que les Grands n'abusent
pas de leur grandeur.
Il y a cette difference entre le Peuple
et les Grands ; que celui - là perd fa- .
cilement le souvenir des bienfaits et des
injures , au lieu que celui- cy oublie facilement
les plaisirs reçûs , et se souvient
toujours des injures.
Plusieurs méprisent la grandeur , afin
de s'élever dans leur imagination audessus
des Grands et de se bâtir ainsi une
grandeur imaginaire. De même qu'en
méprisant les richesses, c'est souvent pour
se faire un petit trésor de vanité , qui
tienne lieu de ce qu'on n'a pas.
Les Princes doivent être extrémement
attentifs à moderer tellement , même
leurs
1996 MERCURE DE FRANCE
à
leurs vertus , que l'une ne nuise pas
l'autre par son excès . Prendre garde sur
tout que leur justice et leur bonté ne
s'entre- détruise ; car à vouloir êne trop
juste , on devient odieux ; à vouloir être
trop bon , on devient méprisable.
L'estime des Grands est quelquefois
facile à acquerir , mais elle est toujours
difficile à conserver.
Selon le sentiment d'Epicure , il doit
être plus agréable de donner que de recevoir.
L'ingratitude même ne doit pas nous
empêcher de faire du bien , car il vaut
encore mieux que les bienfaits se perdent
dans les mains des ingrats , que
dans les nôtres.
Rien ne s'achette plus cherement que
ce qu'on achette par les prieres.
L'avidité de recevoir un nouveau bien--
fait , fait oublier celui qu'on a déja reçû .
Cupiditas accipiendorum oblivionem facit
acceptorum. Seneq .
Nous traçons sur la poussiere les bienfaits
SEPTEMBRE . 1733. 1997
faits que nous recevons , et nous gravons
sur le marbre le mal qu'on nous
fait , dit un Ancien.
Un bienfait desaprouvé n'est gra
ce que pour un seul , et c'est une injure
pour plusieurs.
Le bienfait n'est tel que par le bon
usage qu'en fait celui qui le reçoit .
De toutes les choses du monde , celle
qui vieillit le plus aisément et le plu
tôt , c'est le bienfair.
- Plusieurs sçavent perdre leurs biens ;
mais peu les sçavent donner .
Faire du bien aux méchants
souvent faire du mal aux bons.
c'est
Presque toujours lorsque les bienfaits
vont trop loin , la haine prend la place
de la reconnoissance.
Il y a des plaisirs dont on se paye par
ses mains ; celui d'en faire aux autres
est de cette nature.
I Beneficii ordinariamente si vedono
E contra
1998 MERCURE DE FRANCE
sontra cambiati , con ingratitudine infinita ;
più per l'impertinenza che il Benef
usa nell'esigere la gratitudine del of
altrui , che per la discortesia di d
il beneficio.
Gli Beneficii si ricevano sempre volentieri
, ma non sempre volentieri si vede il
Benefattore.
Nous sommes toujours extrémement
agréables à ceux à qui nous donnons
occasion de l'être.
Une femme ne trouve rien de si diffi
cile à faire que de s'accoûtumer à n'être
plus belle , quand elle l'a été pare
faitement,
Il n'y a pas de femme , si laide soitelle
, qui ne se trouve quelque trait de
beauté.
Sibi quaque videtur amanda,
Pessima sit , nulli non sua forma placet.
Ovid. de Art. Am. L. 23
La beauté dans le Sexe expose à tant
de périls , qu'il est bien difficile qu'on
ne succombe pas à quelques- uns .
Les
SEPTEMBRE. 1733. 1999
gou-
Les femmes ont souvent raison de vouloir
, à quelque prix que ce soit , paroître
belies, puisque c'est tout ce que les hommes
leur ont laissé ; car , point de
vernement pour elles , point d'autorité
absoluë , point de conduite d'ames , point
de pouvoir dans l'Eglise , point de possession
de Charges , point d'entrée dans
le Secret des affaires d'Etat.Il semble même
qu'on leur veuille ôter jusqu'à l'esprit
, en traitant de précieuses celles qui
en font paroître. Laissons -leur donc la
beauté , et quand elles n'en ont point ,
laissons - leur du moins le plaisir de croire
qu'elles en ont.
La laideur fait quelquefois présumer la
vertu où elle n'est pas ; et la beauté a
cela de funeste , qu'on croit les belles
personnes capables de toutes les foiblesses
qu'elles causent .
La beauté sans la grace, est un apas sans
hameçon.
En désirant trop ardemment de plaire,
on ne se rend pas plus aimable.
La réputation qui vient de la beauté
est quelque chose de si délicat parmi les
E ij
Fem-
885481
2000 MERCURE DE FRANCE
Femmes, qu'encore qu'elles ayent la plus
grande indifférence du monde pour quel
qu'un , jamais pourtant cette indirerence
n'ira jusqu'à vouloir que ce quelqu'un
porte ailleurs ses hommages et ses soupirs.
Tant de fierté qu'on voudra , une
belle personne regarde toujours la fuite
d'un amant sans mérite si on veut , et
qu'elle n'estime pas , comme autant de
diminué sur son empire.
Il
y
des beautez si engageantes , que
si on ne fuit , sans hésiter, on ne fuit pas
loin. On ne peut aller tout au plus que
de la longueur de ses chaînes.
Le véritable Efprit de Politesse consiste
dans une certaine attention à faire ensorte
que par nos paroles et par nos manieres
, les autres soient contens de nous
et d'eux -mêmes.
L'incivilité n'est pas un vice de l'ame ;
elle est l'effet de plusieurs vices ; de la
sotte vanité , de l'ignorance de ses devoirs
, de la paresse , de la stupidité , de
la distraction , du mépris des autres de
la jalousie , & c.
Rien n'est plus contraire à la véritable
poSEPTEMDA
E. *733• 2001
politesse et à la bienséance , que
de l'observer
avec trop d'affectation ; c'est s'incommoder
, c'est s'embarrasser , pour incommoder
, pour embarrasser les autres.
Il eft presqu'autant contre la bienséance
de se cachet en faisant le bien , que de
chercher à se faire voir en faisant le mal.
Tel croit mériter le nom de Poli , qui
ne mérite que celui de Dameret ou de
Pindariseur. La vraie Politesse est souvent
confondue avec des qualitez qui
méritent plus de blâme que de loüange.
On doit obeir sans cesse à la Loy des
usages et des bienséances ; il n'y a que
les Loix de la necessité qui nous dispensent
de toutes les autres.
On voit beaucoup de gens qui sçavent
comme on vit , mais fort peu qui sçachent
vivre ; c'est qu'on est trop curieux
de sçavoir ce que le monde fait , et qu'on
ne l'est pas assez de ce qu'il devroit
Faire.
La Politesse ne donne pas le mérite ,
mais elle le rend agréable , sans elle ildevient
presque insupportable , car il est
farauche et sans agrément. E iij
2002 MERCURE DE FRANCE
"
On perd presque tout le mérite du
bien,si on le fait sans Politesse ; unc mauvaise
maniere gâte tout , elle, défigure
même la justice et la raison .
Le chef- d'oeuvre de la Politesse est de
n'insulter jamais à ceux qui en manquent,
et de se contenter de les instruire par
l'exemple , sans rien faire davantage .
Fermer
Résumé : REFLEXIONS.
Le texte explore diverses réflexions sur la nature humaine et les comportements sociaux. Il met en lumière la difficulté des hommes à reconnaître et à rechercher leur véritable bien, souvent préférant le malheur. Les récits merveilleux trompent plus facilement les hommes que les récits simples. La plupart des gens sont insatisfaits de leur condition et évitent de parler de leurs défauts. Les hommes critiquent les femmes pour leurs défauts tout en étant intolérants aux remarques sur les leurs. Les vices comme l'avarice et l'ingratitude sont rarement admis par ceux qui les possèdent. Les hommes cachent et déguisent leurs défauts plutôt que de les corriger. La vertu est souvent voilée par la modestie, tandis que le vice l'est par l'hypocrisie. Il est avantageux de publier les bienfaits reçus et désavantageux de se plaindre des malheurs. Les hommes sont aveugles dans leurs désirs et leurs pensées sont trompeuses. Les grands et les souverains ont souvent des comportements contradictoires, abusant de leur pouvoir et étant intolérants aux critiques. Les bienfaits sont souvent oubliés rapidement, tandis que les injures sont gravées dans la mémoire. La beauté chez les femmes expose à des périls et est souvent la seule chose qu'elles peuvent utiliser pour se distinguer. La véritable politesse consiste à rendre les autres contents d'eux-mêmes et de soi, sans affectation. L'incivilité est l'effet de plusieurs vices, et la politesse rend le mérite agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 2876-2877
DEMONSTRATION du principe de M. de Fontenelle, que toute grandeur qui peut augmenter à l'infini, peut être supposée augmentée à l'infini.
Début :
Mr de S. Aubin en répondant dans le Mercure de Novembre, au Problême proposé [...]
Mots clefs :
Infini, Grandeur, Principe, Pied, Fontenelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DEMONSTRATION du principe de M. de Fontenelle, que toute grandeur qui peut augmenter à l'infini, peut être supposée augmentée à l'infini.
DEMONSTRATION du principe de
M. de Fontenelle , que toute grandeur
qui peut augmenter à l'infini , peut être
supposée augmentée à l'infini.
MR
TR de S. Aubin en répondant dans le Mercure
de Novembre , au Problême proposé
en Septembre dans le même Mercute , combat
un principe des Elémens de la Géométrie de l'infini.
Toute son objection se réduit uniquement à
dire que cette grandeur ne peut être supposée augmentée
à l'infini par cette raison même qu'elle est
capable d'augmentation à l'infini.
N'est-ce pas comme si on disoir , qu'une grandeur
qui peut être augmentée à l'infini , ne peut
être augmentée à l'infini , par cette raison même
qu'elle peut être augmentée à l'infini.
Ou même que ce qui peut être augmenté d'un
pied , ne peut être supposé augmenté d'un pied,
par cette raison même , qu'il est capable d'une
augmentation d'un pied .
Il y a une équivoque dans l'objection de M. le
Gendre : il prend le mot de grandeur deux fois
dans le même sens , quoique tout homme qui
II. Vol. enDECEMBRE
. 1733. 2877
ntend le principe , voye d'abord qu'il faut lui
n donner deux ; car la grandeur qui peut augmenter
à l'infini est une grandeur fixée . Au lieu
que la même grandeur supposée augmentée à
l'infini , est infinie et dans ce sens - là elle est désormais
inaugmentable. De sorte que le principe
se réduit à dire , qu'une grandeur finie peut
par les augmentations dont elle est toujours
susceptible dans cet état devenir infinie .
On pourroit donner une démonstration direc
te de ce principe de M. de Fontenelle , en disant
qu'une grandeur qui peut augmenter d'un pied
d'étendue ne le peut que parce qu'il y a dans la
nature des choses un pied d'étenduë qui existe ,
que si elle peut augmenter de deux pieds , il y a
donc dans la nature une étendue de deux pieds
&c. et qu'ainsi une grandeur , pouvant auginenter
à l'infini , suppose necessairement une grandeur
à l'infini , c'est - à - dire infinie , actucllement
suffisante. G. Q. F. D.
M. de Fontenelle , que toute grandeur
qui peut augmenter à l'infini , peut être
supposée augmentée à l'infini.
MR
TR de S. Aubin en répondant dans le Mercure
de Novembre , au Problême proposé
en Septembre dans le même Mercute , combat
un principe des Elémens de la Géométrie de l'infini.
Toute son objection se réduit uniquement à
dire que cette grandeur ne peut être supposée augmentée
à l'infini par cette raison même qu'elle est
capable d'augmentation à l'infini.
N'est-ce pas comme si on disoir , qu'une grandeur
qui peut être augmentée à l'infini , ne peut
être augmentée à l'infini , par cette raison même
qu'elle peut être augmentée à l'infini.
Ou même que ce qui peut être augmenté d'un
pied , ne peut être supposé augmenté d'un pied,
par cette raison même , qu'il est capable d'une
augmentation d'un pied .
Il y a une équivoque dans l'objection de M. le
Gendre : il prend le mot de grandeur deux fois
dans le même sens , quoique tout homme qui
II. Vol. enDECEMBRE
. 1733. 2877
ntend le principe , voye d'abord qu'il faut lui
n donner deux ; car la grandeur qui peut augmenter
à l'infini est une grandeur fixée . Au lieu
que la même grandeur supposée augmentée à
l'infini , est infinie et dans ce sens - là elle est désormais
inaugmentable. De sorte que le principe
se réduit à dire , qu'une grandeur finie peut
par les augmentations dont elle est toujours
susceptible dans cet état devenir infinie .
On pourroit donner une démonstration direc
te de ce principe de M. de Fontenelle , en disant
qu'une grandeur qui peut augmenter d'un pied
d'étendue ne le peut que parce qu'il y a dans la
nature des choses un pied d'étenduë qui existe ,
que si elle peut augmenter de deux pieds , il y a
donc dans la nature une étendue de deux pieds
&c. et qu'ainsi une grandeur , pouvant auginenter
à l'infini , suppose necessairement une grandeur
à l'infini , c'est - à - dire infinie , actucllement
suffisante. G. Q. F. D.
Fermer
Résumé : DEMONSTRATION du principe de M. de Fontenelle, que toute grandeur qui peut augmenter à l'infini, peut être supposée augmentée à l'infini.
Le texte traite d'une démonstration du principe de M. de Fontenelle, selon lequel toute grandeur capable d'augmenter à l'infini peut être supposée augmentée à l'infini. M. de S. Aubin conteste ce principe dans le Mercure de Novembre, affirmant que cette grandeur ne peut être augmentée à l'infini précisément parce qu'elle est capable d'augmentation infinie. Cette objection est comparée à une contradiction, comme dire qu'une grandeur augmentable d'un pied ne peut être augmentée d'un pied pour la même raison. L'auteur souligne une équivoque dans l'objection de M. de S. Aubin, qui utilise le terme 'grandeur' de manière ambiguë. Il explique que la grandeur capable d'augmenter à l'infini est une grandeur finie, tandis que la grandeur supposée augmentée à l'infini est infinie et donc inaugmentable. Le principe de M. de Fontenelle est ainsi clarifié : une grandeur finie peut devenir infinie par des augmentations successives. Une démonstration directe du principe est proposée, affirmant que si une grandeur peut augmenter d'un pied, c'est parce qu'il existe une étendue d'un pied dans la nature. De même, une grandeur capable d'augmenter à l'infini suppose nécessairement une grandeur infinie existante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 51-58
RÉPONSE aux démonstrations du plus qu'infini, et de ce principe : Que toute grandeur qui peut être augmentée à l'infini, peut être supposée augmentée à l'infini.
Début :
Mr de S. Aubin avoüe que s'il y avoit différens ordres d'infinis, le plus [...]
Mots clefs :
Infini, Grandeur, Calcul, Pied, Géométrie, Raisonnement, Étendue, Plus qu'infini, Divisible, Absurde
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux démonstrations du plus qu'infini, et de ce principe : Que toute grandeur qui peut être augmentée à l'infini, peut être supposée augmentée à l'infini.
REPO NS E aux démonstrations du plus
qu'infini , et de ce principe : Que toute
grandeur qui peut être augmentée à l'infini,
peut être supposée augmentée à l'infini,
R de S. Aubin avoue que s'il y avoit
M différens ordres d'infinis , le plus
qu'infini exifteroit , mais il a prouvé que
les différens ordres d'infinis ne sont pas
moins contradictoires que le plus qu'infini
A l'égard de la seconde démonstration ,
voilà comment le Géométre anonyme
tourne l'objection de M. de S. Aubin :
C'est comme si l'on disoit qu'une grandeur qui
peut être augmentée à l'infini , ne peut être
augmentée à l'infini , par cette raison même
qu'elle peut être augmentée à l'infini . Mais il
ne s'agit que d'expliquer les termes , pour
rendre à l'objection toute sa force.
Une grandeur supposée toujours augmentable
ou divisible de plus en plus , ne
peut être supposée augmentés ou divisée
à l'infini , en sorte qu'elle ne soit plus
augmentable ou divisible.
* On
52
MERCURE
DE FRANCE
On ne peut pas supposer une grandeur
dans ces deux états différens , puisqu'on
suppose qu'il est impossible , qu'elle sorte
de son premier état , en la supposant toujours
divisible de plus en plus : ainsi il est
contradictoire de regarder l'espace asymprotique
, comme extensible à l'infini et terminé
, ou une progression géométrique
comme inépuisable et épuisée.
Le Géometre anonyme donne pour une
démonstration directe du principe , ce
raisonnement : qu'une grandeur qui peut
augmenter d'un pié d'étendue ne le peut , que
purce qu'il y a dans la nature des choses ,
un pie d'étenduë qui éxiste , que si elle
peut augmenter de deux piés , il y a donc
dans la nature une étendue de deux piés ;
&c. et qu'ainsi une grandeur pouvant
augmenter à l'infini , suppose nécessairement
unegrandeur à l'infini , c'est- à - dire , infinie,
actuellement subsistante.
M. de S. Aubin répond que rien ne fait
mieux sentir la contradiction du pricipe ,
qui régne dans la Géométrie transcendante
, que cette prétendüe démonstration .
Il est vrai qu'une grandeur n'est susceptible
de l'augmentation d'un pié , que parce
que l'étendue d'un pié subsiste dans la
natures mais prétendre que parce qu'une
grandeur est toujours augmentable ou divisible
de plus en plus , cette grandeur
est susceptible d'une augmentation actuellement
JANVIER 1734. 53
lement infinie , même de différens ordres
d'infinis , ou du plus qu'infini , et d'en
inférer que tout cela est nécessairement
subsistant dans la nature , d'une maniere
réelle et actuelle , comme l'étendue d'un
pié , de deux piés & c. c'est donner pour
démonstrations des suppositions contradictoires;
la contradiction la plus formelle
résultant de ce qu'une chose soit augmen
table ou divisible, et ne soit pas augmentable
ou divisible.
D'ailleurs on conçoit aisément , com
ment une grandeur augmentable d'un
pié ,, passe de cet état à celui d'être augmentée
d'un pié , mais le passage du fini à
l'infini , et le retour sont inconcevables ;
et une grandeur ne peut jamais être augmentée
d'un pié , si l'on y met la condition
d'un progression géométrique , suivant
laquelle l'augmentation soit de la
moitié d'un pié , d'un quart , d'un huitiéme
, & c. Les deux démonstrations du plus.
qu'infini et du principe , ne servent done
qu'à faire connoître que ces propositions
sont insoutenables.
Dans la seconde partie de la réponse au
Problême sur l'Essence de la Matiere
Mercur. de Décembr . dernier 2. vol . pag.
2850. lign . 4. Au lieu de ces mots , nombres
entiers & fractions du dessus et au dessous
de l'unité , lisez , nombres positifs et
négatifs au dessus et au dessous de zéro .
III.
$4 MERCURE DE FRANCE
III. Partie de la Réponse au Problême.
Lplus
A Réponse aux Démonstrations du
plus qu'infini , et du principe , s'est
présentée ici fort à propos , pour rappeller
les idées , dont l'évidence a été développée
dans les deux premieres Parties
de cette Dissertation .
Celle cy est la plus importante , non
que le Calcul puisse commander au raisonnement
: tous deux marchent de pair,
et doivent toujours concourir dans une
parfaite intelligence ; mais le Calcul est
plus d'usage que le raisonnement , dans
les trois especes de Géométrie , simple ,
composée et transcendante.
Les Observations suivantes , qui rou
lent sur le Calcul , ne sont proprement
convenables qu'à ceux qui sont versez
dans l'Algebre ; car je ne puis suppléer
ici aux principes du Calcul Algébrique
qui demandent des explications étenduës
et même quelque usage,pour être entendu .
Cependant ceux qui n'ont aucune teinture
d'Algebre, pourront entendre , sinon
le Calcul même , au moins les raisons sur
lesquelles je me fonde , et quel est l'usage
et l'esprit en géneral de la Géometrie de
l'infini, y
Soit le mouvement désigné par m ,
et le repos désigné par r . L'Auteur du
Problême prétend démontrer par le Cal-.
cul
JANVIER. 1734 55
eul suivant , qu'un mouvement infini est
égal à un parfait repos.
m plus t diminüe , plus m augmente
, sans que e varie ; de sorte que t
étant , alors moet em 。=r
- Ce Calcul se détruit premierement par
les conséquences qui en résultent,ainsi que
je l'ai démontré . Or la verité est une, et ce
qui est faux par le raisonnement , ne peut
être vrai le Calcul. Mais il y a plus 3
par
ce Calcul ne se détruit pas moins par
les principes du Calcul même.
Ce qui a causé l'erreur qui s'y trouve,
c'est que l'Auteur du Problême n'a pas
remonté aux principes , suivant l'exemple
de la plupart des Géométres plus attentifs
à calculer qu'à chercher les raisons
pour lesquelles il faut calculer ainsi , plus
occupez des regles du calcul que de la
source de ces regles . C'est neanmoins la
principale utilité de la Géometrie, de considerer
autant pourquoi chaque opération
se fait , que de quelle maniere elle doit sa
faire. C'est encore plus dans les causes des
préceptes , que dans les préceptes mêmes
de la Géométrie et de l'Algébre , que l'èsprit
peut trouver le plus grand avantage
qui en résulte, et acquerir cette précision
et cette étendue , qui sont les fruits les
plus précieux de ces deux Sciences . Je
passe à l'examen du Calcul en question .
Il est clair que par e l'Auteur entend
se
uno
56 MERCURE DE FRANCE
une quantité de mouvement constante et
finie ; par tune grandeur numérique variable
et décroissante à l'infini , et par r
le repos ou le mouvement nul : d'où il
suit que mest une quantité de
mouvement , finie lorsque t est un nombre
fini , et infinie , lorsque to , et
alors on a mte , ou moe , mettant
au lieu de t sa valeur o . Mais on n'a
pas mor , puisque r est le repos.ou
le mouvement nul , et que moe
quantité de mouvement constante et finie.
Il est vrai que c'est un principe reçû en
Géométrie , que toute grandeur multipliée
par o , donne un produit nul , et
qu'ainsi on doit avoir mxoo, ou
; mais cela prouve simplement que si
l'on a moe quantité constante , la
supposition est absurde et par conséquent
mabsurde, et parce que , suivant les prin-,
cipes des Géometres Infinitaires , m infinie
( , t étant o ) est une grandeur
qui multipliée par to , donne e grandeur
constante , il s'ensuit que m
est une grandeur absurde ; mais il ne s'ensuit
pas que mor mouvement nul; en
effet il seroit facile de démontrer géometriquement
que par la loi même qui donne
m , c'est- à- dire , une quantité finie
e , divisée par une grandeur t décroissante
à l'infini , il est absurde que t soit
L'infini
JANVIER 1734. 57
L'infini en grandeur est absurde , mais
par la raison qu'on peut concevoir qu'u
ne chose est absurde , on peut aussi l'exprimer
, et c'est ce qui faitou ∞ . De
plus on peut aussi se servir de l'expression
de l'absurdité dans la recherche du vrai ;
suivant la méthode des plus grands géometres
. Mais il y faut apporter beaucoup de
précaution, et il y a souvent lieu de craindre
que l'absurdité supposée dans le Calcul
ne passe dans le raisonnement, et ne
fasse prendre de fausses idées , ce qui peut
arriver sur tout , quand on donne trop
l'essort à son imagination .
C'estune magnifique invention d'avoir
par leCalcul differentiel les cxpressionsdes
grandeurs nulles, telles que, quoique nulles
, elles conservent leurs rapports primitifs,
en sorte que par là les Géometres Infinitaires
ont assujetti ces nullitez aux Calculs
, et qu'il operent aussi aisément sur les
grandeurs nulles , que sur les grandeurs
finies ; ce qui leur donne des voies beaucoup
plus abregées , et sert à découvrir
tous les Problêmes , où deux ou plusieurs
points se réunissent ; à trouver les tangentes,
les grandeurs négatives, les points d'in
flexion et de rebroussement, les caustiques
tant réflexion
par que par réfraction , et les
autres proprietez des courbes et de toutes
sortes de figures. Mais tous ceux qui ont la
véritable clef de la Géométrie , ne pren.
D nent
58 MERCURE DE FRANCE
nent ces nullitez que pour ce qu'elles sont ,
et il s'en faut bien qu'ils ne les regardent
comme réelles.
Il étoit important de justifier la Géométrie
des désordres dans le raisonnement
,
qui lui étoient Imputés.
De tout cecy il résulte qu'un corps ne
peut être à la fois à Paris et à Constantinople
, et que cette conséquence ne répugne
pas moins à la Géométrie qu'au raisonnement
. Je finirai par cette observation
, que le calcul , au lieu d'être l'instrument
, est quelquefois rendu le voile des
Sciences .
qu'infini , et de ce principe : Que toute
grandeur qui peut être augmentée à l'infini,
peut être supposée augmentée à l'infini,
R de S. Aubin avoue que s'il y avoit
M différens ordres d'infinis , le plus
qu'infini exifteroit , mais il a prouvé que
les différens ordres d'infinis ne sont pas
moins contradictoires que le plus qu'infini
A l'égard de la seconde démonstration ,
voilà comment le Géométre anonyme
tourne l'objection de M. de S. Aubin :
C'est comme si l'on disoit qu'une grandeur qui
peut être augmentée à l'infini , ne peut être
augmentée à l'infini , par cette raison même
qu'elle peut être augmentée à l'infini . Mais il
ne s'agit que d'expliquer les termes , pour
rendre à l'objection toute sa force.
Une grandeur supposée toujours augmentable
ou divisible de plus en plus , ne
peut être supposée augmentés ou divisée
à l'infini , en sorte qu'elle ne soit plus
augmentable ou divisible.
* On
52
MERCURE
DE FRANCE
On ne peut pas supposer une grandeur
dans ces deux états différens , puisqu'on
suppose qu'il est impossible , qu'elle sorte
de son premier état , en la supposant toujours
divisible de plus en plus : ainsi il est
contradictoire de regarder l'espace asymprotique
, comme extensible à l'infini et terminé
, ou une progression géométrique
comme inépuisable et épuisée.
Le Géometre anonyme donne pour une
démonstration directe du principe , ce
raisonnement : qu'une grandeur qui peut
augmenter d'un pié d'étendue ne le peut , que
purce qu'il y a dans la nature des choses ,
un pie d'étenduë qui éxiste , que si elle
peut augmenter de deux piés , il y a donc
dans la nature une étendue de deux piés ;
&c. et qu'ainsi une grandeur pouvant
augmenter à l'infini , suppose nécessairement
unegrandeur à l'infini , c'est- à - dire , infinie,
actuellement subsistante.
M. de S. Aubin répond que rien ne fait
mieux sentir la contradiction du pricipe ,
qui régne dans la Géométrie transcendante
, que cette prétendüe démonstration .
Il est vrai qu'une grandeur n'est susceptible
de l'augmentation d'un pié , que parce
que l'étendue d'un pié subsiste dans la
natures mais prétendre que parce qu'une
grandeur est toujours augmentable ou divisible
de plus en plus , cette grandeur
est susceptible d'une augmentation actuellement
JANVIER 1734. 53
lement infinie , même de différens ordres
d'infinis , ou du plus qu'infini , et d'en
inférer que tout cela est nécessairement
subsistant dans la nature , d'une maniere
réelle et actuelle , comme l'étendue d'un
pié , de deux piés & c. c'est donner pour
démonstrations des suppositions contradictoires;
la contradiction la plus formelle
résultant de ce qu'une chose soit augmen
table ou divisible, et ne soit pas augmentable
ou divisible.
D'ailleurs on conçoit aisément , com
ment une grandeur augmentable d'un
pié ,, passe de cet état à celui d'être augmentée
d'un pié , mais le passage du fini à
l'infini , et le retour sont inconcevables ;
et une grandeur ne peut jamais être augmentée
d'un pié , si l'on y met la condition
d'un progression géométrique , suivant
laquelle l'augmentation soit de la
moitié d'un pié , d'un quart , d'un huitiéme
, & c. Les deux démonstrations du plus.
qu'infini et du principe , ne servent done
qu'à faire connoître que ces propositions
sont insoutenables.
Dans la seconde partie de la réponse au
Problême sur l'Essence de la Matiere
Mercur. de Décembr . dernier 2. vol . pag.
2850. lign . 4. Au lieu de ces mots , nombres
entiers & fractions du dessus et au dessous
de l'unité , lisez , nombres positifs et
négatifs au dessus et au dessous de zéro .
III.
$4 MERCURE DE FRANCE
III. Partie de la Réponse au Problême.
Lplus
A Réponse aux Démonstrations du
plus qu'infini , et du principe , s'est
présentée ici fort à propos , pour rappeller
les idées , dont l'évidence a été développée
dans les deux premieres Parties
de cette Dissertation .
Celle cy est la plus importante , non
que le Calcul puisse commander au raisonnement
: tous deux marchent de pair,
et doivent toujours concourir dans une
parfaite intelligence ; mais le Calcul est
plus d'usage que le raisonnement , dans
les trois especes de Géométrie , simple ,
composée et transcendante.
Les Observations suivantes , qui rou
lent sur le Calcul , ne sont proprement
convenables qu'à ceux qui sont versez
dans l'Algebre ; car je ne puis suppléer
ici aux principes du Calcul Algébrique
qui demandent des explications étenduës
et même quelque usage,pour être entendu .
Cependant ceux qui n'ont aucune teinture
d'Algebre, pourront entendre , sinon
le Calcul même , au moins les raisons sur
lesquelles je me fonde , et quel est l'usage
et l'esprit en géneral de la Géometrie de
l'infini, y
Soit le mouvement désigné par m ,
et le repos désigné par r . L'Auteur du
Problême prétend démontrer par le Cal-.
cul
JANVIER. 1734 55
eul suivant , qu'un mouvement infini est
égal à un parfait repos.
m plus t diminüe , plus m augmente
, sans que e varie ; de sorte que t
étant , alors moet em 。=r
- Ce Calcul se détruit premierement par
les conséquences qui en résultent,ainsi que
je l'ai démontré . Or la verité est une, et ce
qui est faux par le raisonnement , ne peut
être vrai le Calcul. Mais il y a plus 3
par
ce Calcul ne se détruit pas moins par
les principes du Calcul même.
Ce qui a causé l'erreur qui s'y trouve,
c'est que l'Auteur du Problême n'a pas
remonté aux principes , suivant l'exemple
de la plupart des Géométres plus attentifs
à calculer qu'à chercher les raisons
pour lesquelles il faut calculer ainsi , plus
occupez des regles du calcul que de la
source de ces regles . C'est neanmoins la
principale utilité de la Géometrie, de considerer
autant pourquoi chaque opération
se fait , que de quelle maniere elle doit sa
faire. C'est encore plus dans les causes des
préceptes , que dans les préceptes mêmes
de la Géométrie et de l'Algébre , que l'èsprit
peut trouver le plus grand avantage
qui en résulte, et acquerir cette précision
et cette étendue , qui sont les fruits les
plus précieux de ces deux Sciences . Je
passe à l'examen du Calcul en question .
Il est clair que par e l'Auteur entend
se
uno
56 MERCURE DE FRANCE
une quantité de mouvement constante et
finie ; par tune grandeur numérique variable
et décroissante à l'infini , et par r
le repos ou le mouvement nul : d'où il
suit que mest une quantité de
mouvement , finie lorsque t est un nombre
fini , et infinie , lorsque to , et
alors on a mte , ou moe , mettant
au lieu de t sa valeur o . Mais on n'a
pas mor , puisque r est le repos.ou
le mouvement nul , et que moe
quantité de mouvement constante et finie.
Il est vrai que c'est un principe reçû en
Géométrie , que toute grandeur multipliée
par o , donne un produit nul , et
qu'ainsi on doit avoir mxoo, ou
; mais cela prouve simplement que si
l'on a moe quantité constante , la
supposition est absurde et par conséquent
mabsurde, et parce que , suivant les prin-,
cipes des Géometres Infinitaires , m infinie
( , t étant o ) est une grandeur
qui multipliée par to , donne e grandeur
constante , il s'ensuit que m
est une grandeur absurde ; mais il ne s'ensuit
pas que mor mouvement nul; en
effet il seroit facile de démontrer géometriquement
que par la loi même qui donne
m , c'est- à- dire , une quantité finie
e , divisée par une grandeur t décroissante
à l'infini , il est absurde que t soit
L'infini
JANVIER 1734. 57
L'infini en grandeur est absurde , mais
par la raison qu'on peut concevoir qu'u
ne chose est absurde , on peut aussi l'exprimer
, et c'est ce qui faitou ∞ . De
plus on peut aussi se servir de l'expression
de l'absurdité dans la recherche du vrai ;
suivant la méthode des plus grands géometres
. Mais il y faut apporter beaucoup de
précaution, et il y a souvent lieu de craindre
que l'absurdité supposée dans le Calcul
ne passe dans le raisonnement, et ne
fasse prendre de fausses idées , ce qui peut
arriver sur tout , quand on donne trop
l'essort à son imagination .
C'estune magnifique invention d'avoir
par leCalcul differentiel les cxpressionsdes
grandeurs nulles, telles que, quoique nulles
, elles conservent leurs rapports primitifs,
en sorte que par là les Géometres Infinitaires
ont assujetti ces nullitez aux Calculs
, et qu'il operent aussi aisément sur les
grandeurs nulles , que sur les grandeurs
finies ; ce qui leur donne des voies beaucoup
plus abregées , et sert à découvrir
tous les Problêmes , où deux ou plusieurs
points se réunissent ; à trouver les tangentes,
les grandeurs négatives, les points d'in
flexion et de rebroussement, les caustiques
tant réflexion
par que par réfraction , et les
autres proprietez des courbes et de toutes
sortes de figures. Mais tous ceux qui ont la
véritable clef de la Géométrie , ne pren.
D nent
58 MERCURE DE FRANCE
nent ces nullitez que pour ce qu'elles sont ,
et il s'en faut bien qu'ils ne les regardent
comme réelles.
Il étoit important de justifier la Géométrie
des désordres dans le raisonnement
,
qui lui étoient Imputés.
De tout cecy il résulte qu'un corps ne
peut être à la fois à Paris et à Constantinople
, et que cette conséquence ne répugne
pas moins à la Géométrie qu'au raisonnement
. Je finirai par cette observation
, que le calcul , au lieu d'être l'instrument
, est quelquefois rendu le voile des
Sciences .
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Résumé : RÉPONSE aux démonstrations du plus qu'infini, et de ce principe : Que toute grandeur qui peut être augmentée à l'infini, peut être supposée augmentée à l'infini.
Le texte explore les controverses mathématiques et philosophiques autour des concepts d'infini et de grandeur infinie. Un géomètre anonyme et M. de S. Aubin débattent de l'existence du 'plus qu'infini' et des différents ordres d'infinis. Le géomètre anonyme argue que supposer une grandeur augmentable à l'infini mène à des contradictions, car cette grandeur ne peut être à la fois augmentable et déjà augmentée à l'infini. M. de S. Aubin critique cette démonstration, la jugeant fondée sur des suppositions contradictoires. Le texte examine également une démonstration directe selon laquelle une grandeur augmentable à l'infini suppose l'existence d'une grandeur infinie. M. de S. Aubin réfute cette idée, affirmant que le passage du fini à l'infini est inconcevable et que les démonstrations du 'plus qu'infini' et du principe sont insoutenables. Par ailleurs, le texte met en avant l'importance de la Géométrie et de l'Algèbre, soulignant la nécessité de comprendre les raisons derrière les opérations calculatoires. Il critique un calcul présenté par l'auteur d'un problème sur l'essence de la matière, démontrant que ce calcul est erroné tant par ses conséquences que par ses principes. Le texte conclut en insistant sur la nécessité pour la Géométrie de se justifier des désordres dans le raisonnement qui lui sont imputés et en soulignant que le calcul peut parfois masquer les véritables fondements des sciences.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 307-313
Pensées Critiques sur les Mathématiques, [titre d'après la table]
Début :
On vend depuis peu chez Osmon, rue S. Jacques, proche la Fontaine S. Severin, [...]
Mots clefs :
Mathématiques, Préjugé, Unité, Principes, Géométrie, Géomètres, Grandeur, Objet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pensées Critiques sur les Mathématiques, [titre d'après la table]
On vend depuis peu chez Osmon , rue
S. Jacques , proche la Fontaine S. Severin
, et chez Clousier , dans la même rue,
aux Armes de France , un Livre intitulé
Pensées Critiques sur les Mathematiques , où
l'on propose plusieurs Préjugez contre ces
Sciences, à dessein d'en ébranler la certitude,
et de prouver qu'elles ont peu contribué à la
perfection des Beaux Arts . Par M. Cartand.
Volume in 12.
L'Auteur a mis à la tête de cet Ouvrage
un long Discours , dans lequel
on trouve des Réfléxions neuves sur
le culte des Payens , sur
sur l'Astrologie
et sur la Magie . Après ce discours préliminaire
l'on propose sept Préjugez contre
les Mathématiques.
M. Cartaud fait voir dans le premier
que les Mathématiciens ne peuvent arriver
à la haute certitude sans avoir auparavant
308 MERCURE DE FRANCE
ravant établi des principes certains dans
la Métaphysique , puisque la seule hypothese
d'un Dieu trompeurferoit de cette
Geométrie un Pays de soupçons et d'incertitude
; il faut , dit- il , entrer aussi
dans l'examen de la nature de l'ame , et
des idées , pour nous assurer que nous
n'avons aucune erreur à craindre de ce
côté- là. Car enfin , ajoute t-il , il est important
pour les Géometres de démontrer
la spiritualité de l'ame , puisque
bien qu'elle fût une matiere très subtile;
elle ne le seroit jamais assez pour atteindre
aux objets insensibles de la haute Géométrie.
Le second Prejugé est une Compila
tion des autoritez de ceux qui ont mis
en problême la verité des Mathématiques ,
tels que sont Mrs Bayle , Huet , Gassendi
, la Mothe le Vayer , la Placette
Agrippa , Joseph Scaliger , le Chevalier
Meré , les deux Pics de la Mirandole ,
Pascal , Descartes , Couti , le Clerc , & c.
L'Auteur prouve ensuite par plusieurs
raisonnemens que les doutes de tous ces
Grands hommes, devroient rendre les
Geométres moins décisifs.
L'Auteur raporte dans le troisiéme
Préjugé le témoignage de plusieursGrands
Geométres , qui avoient que les Mathé
matiFEVRIER.
1734. 309
matiques sont remplies de profondeurs ,
et d'obscuritez qu'on ne peut percer. Il
fait voir à la fin de ce même préjugé
que la Geométrie la plus élementaire
demande qu'on entre dans l'Analyse des
infiniment petits , ce qui fait naître indispensablement
les discussions sur l'Infini
, qui est , selon nôtre Auteur , une
source inépuisable de ténébres et d'incer
titudes.
On fait voir dans le quatriéme préju
gé que les Mathématiciens ne sont pas
plus unanimes que les autres Scavans , et
pour le prouver, on raporte les disputes
qui s'éleverent dans l'Académie des Sciences
au sujet des nouvelles méthodes de
l'Infini. L'Auteur fait aussi mention de
quelques. légeres diversitez de sentiment ,
qui diviserent il y a quelque tems M. de
Fontenelle et le P. Castel. On n'a pas
oublié Hobbes , le Jesuite Mancanus , ni
Vossius , qui se sont un peu écarté de la
route que tiennent les Geométres ; on
s'est également prévalu des incertitudes
de M. Leibnitz , qui sembloit s'être relâché
jusqu'au point de réduire les Infinis
de différens ordres à n'être que des
incommensurables au Globe de la Terre,
ou ce Globe à un Globe dont le rayon
seroit la distance du Soleil à Sirius ; ce
qui
310 MERCURE DE FRANCE
qui ruineroit l'exactitude Geométrique
des calculs . L'on a ajouté à toutes ces
contrarietez le peu d'unanimité qui se
trouve entre ceux qui déterminent la
distance des Globes celestes , et qui prétendent
trouver au juste la grandeur de
leur rayon . Enfin l'on fait voir que les
Mathématiciens sont le plus souvent aux
prises , et qu'ils ne partent pas toujours
des mêmes principes.
L'Auteur des Pensées critiques se propose
de prouver dans le cinquième préjugé
que l'objet des Mathématiques est
obscur. Voici ce qu'il dit sur ce sujet .
Les Mathématiques ont pour objet où
la grandeur en general , ou l'étendue ,
ou les nombres , ou le mouvement , ou
le tems.
Nous ignorons quelle est la nature de
la grandeur en general . Premierement
il est certain qu'elle n'est pas un être : en
second lieu , si elle étoit un néant , comment
pourroit- elle être l'objet des Mathématiques
?Troisiémement on auroit tore
de dire que les Algebristes prennent pour
objet deleur science la grandeur en general
en ce sens , que toutes leurs opérations
peuvent également avoir lieu en
Geometrie et en Aritmetique , puisqu'il
est très-certain que les nombres et l'étenduë
A
FEVRIER. 1734. 311
due ont des proprietez tout- à - fait differentes
. 2° . Les notions que nous avons
de l'étenduë sont très- incertaines , puisque
nous ignorons si elle est divisible à
l'infini , ou si elle est composée d'indivisibles
, si ces indivisibles sont étendus
ou inétendus . Cependant , ajoute notre
Auteur ; on ne peut s'assurer d'aucunes
conséquences Geométriques , jusqu'à - ce
que les Physiciens ayent vuidé leurs différends
sur ce sujet , puisque les conclusions
que l'on tire de ces divers systêmes
sont aussi opposées entr'elles , que la supposition
des indivisibles l'est de celle de
la divisibilité inépuisable. Ainsi , puisque
les principes sont arbitraires , les conséquences
doivent l'être aussi . 3 °. Notre
Auteur après avoir dit qu'il est souvent
inutile et même dangereux de trop rafiner
sur les premiers principes , ajoute ,
pour faire voir que les premieres notions
même ne sont pas exemptes d'obscurité,
lorsqu'on donne un plein essor à son
esprit ; l'idée qu'on a de l'unité n'est pas
fixée sur la perception d'un être simple ,
parce qu'on ne sçait qu'un objet est simple
qu'autant qu'on le confronte avec
l'idée qu'on a de l'unité . Ainsi l'idée
qu'on a de l'unité précede la perception
de l'être qui est simple. Mais si la per-
сер-
312 MERCURE DE FRANCE .
ception de l'être qui est simple est postérieure
à l'idée qu'on a de l'unité , il faut
donc que l'unité soit quelque chose de
réel , et qu'elle subsiste indépendament
de tout sujet. Voilà donc le triomphe des
Pitagoriciens quelle sera la nature de
l'unité?L'on fait voir ensuite que les fractions
seules suffisent pour rendre la notion
de l'unité douteuse et équivoque.
L'on parcourt ainsi toutes les autres
grandeurs , er on prouve que
les notions
que nous en avons doivent nous paroître
incertaines .
L'Auteur fait voir dans le sixième préjugé
qu'en supposant une fois le principe
des indivisibles , qu'il n'est pas bien
aisé de combattre , il faut jetter les fondemens
d'une nouvelle Geométrie . Pour
cet effet il choisit plusieurs propositions
qui concernent lesLignes , les Plans et les
Solides , et démontre qu'elles sont des
Paralogismes hors la divisibilité inépuisable
, qui ne paroît pas à notre Auteur
être établie sur des principes assez certains
pour servir de fondement à des
conséquences infaillibles.
On propose un septiéme préjugé , où
l'on prétend prouver que les Mathématiques
ont peu contribué à la perfection
des Beaux Arts , toutes les réfléxions que
notre
FEVRIER, 1734. 313
ture ,
>
notre Auteur emploie dans ce préjugé ,
peuvent se réduire à celle- ci ,
L'Architecture civile et militaire , la
Marine,l'Astronomie , les Méchaniques
la Cosmographie , la Peinture , la Sculpet
tous les Beaux Arts ont atteint
à un très-haut degré de perfection dans
des tems auxquels on n'avoit point les
méthodes de résoudre les problêmes , et
où les connoisseurs Geométriques se bornoient
à quelques propositions élementaires
d'un usage très- peu fécond. En second
lieu les Sciences qui ont emprunté
le secours des Mathématiques ne sont
jamais arrivées à une parfaite précision :
l'on pourroit même dire que l'Astronomie
est incertaine en ce qu'elle a de
commun avec les Mathématiques , puisque
malgré toutes les regles de la Trigonometrie
on n'a pû réussir à assigner la
vraie distance des Astres , ni déterminer
la grandeur de leur diamétre , et que
malgré toutes les observations des Geométres
de notre siècle et du siécie dernier
, on n'en connoît pas mieux la figure
du Globe de la terre.
S. Jacques , proche la Fontaine S. Severin
, et chez Clousier , dans la même rue,
aux Armes de France , un Livre intitulé
Pensées Critiques sur les Mathematiques , où
l'on propose plusieurs Préjugez contre ces
Sciences, à dessein d'en ébranler la certitude,
et de prouver qu'elles ont peu contribué à la
perfection des Beaux Arts . Par M. Cartand.
Volume in 12.
L'Auteur a mis à la tête de cet Ouvrage
un long Discours , dans lequel
on trouve des Réfléxions neuves sur
le culte des Payens , sur
sur l'Astrologie
et sur la Magie . Après ce discours préliminaire
l'on propose sept Préjugez contre
les Mathématiques.
M. Cartaud fait voir dans le premier
que les Mathématiciens ne peuvent arriver
à la haute certitude sans avoir auparavant
308 MERCURE DE FRANCE
ravant établi des principes certains dans
la Métaphysique , puisque la seule hypothese
d'un Dieu trompeurferoit de cette
Geométrie un Pays de soupçons et d'incertitude
; il faut , dit- il , entrer aussi
dans l'examen de la nature de l'ame , et
des idées , pour nous assurer que nous
n'avons aucune erreur à craindre de ce
côté- là. Car enfin , ajoute t-il , il est important
pour les Géometres de démontrer
la spiritualité de l'ame , puisque
bien qu'elle fût une matiere très subtile;
elle ne le seroit jamais assez pour atteindre
aux objets insensibles de la haute Géométrie.
Le second Prejugé est une Compila
tion des autoritez de ceux qui ont mis
en problême la verité des Mathématiques ,
tels que sont Mrs Bayle , Huet , Gassendi
, la Mothe le Vayer , la Placette
Agrippa , Joseph Scaliger , le Chevalier
Meré , les deux Pics de la Mirandole ,
Pascal , Descartes , Couti , le Clerc , & c.
L'Auteur prouve ensuite par plusieurs
raisonnemens que les doutes de tous ces
Grands hommes, devroient rendre les
Geométres moins décisifs.
L'Auteur raporte dans le troisiéme
Préjugé le témoignage de plusieursGrands
Geométres , qui avoient que les Mathé
matiFEVRIER.
1734. 309
matiques sont remplies de profondeurs ,
et d'obscuritez qu'on ne peut percer. Il
fait voir à la fin de ce même préjugé
que la Geométrie la plus élementaire
demande qu'on entre dans l'Analyse des
infiniment petits , ce qui fait naître indispensablement
les discussions sur l'Infini
, qui est , selon nôtre Auteur , une
source inépuisable de ténébres et d'incer
titudes.
On fait voir dans le quatriéme préju
gé que les Mathématiciens ne sont pas
plus unanimes que les autres Scavans , et
pour le prouver, on raporte les disputes
qui s'éleverent dans l'Académie des Sciences
au sujet des nouvelles méthodes de
l'Infini. L'Auteur fait aussi mention de
quelques. légeres diversitez de sentiment ,
qui diviserent il y a quelque tems M. de
Fontenelle et le P. Castel. On n'a pas
oublié Hobbes , le Jesuite Mancanus , ni
Vossius , qui se sont un peu écarté de la
route que tiennent les Geométres ; on
s'est également prévalu des incertitudes
de M. Leibnitz , qui sembloit s'être relâché
jusqu'au point de réduire les Infinis
de différens ordres à n'être que des
incommensurables au Globe de la Terre,
ou ce Globe à un Globe dont le rayon
seroit la distance du Soleil à Sirius ; ce
qui
310 MERCURE DE FRANCE
qui ruineroit l'exactitude Geométrique
des calculs . L'on a ajouté à toutes ces
contrarietez le peu d'unanimité qui se
trouve entre ceux qui déterminent la
distance des Globes celestes , et qui prétendent
trouver au juste la grandeur de
leur rayon . Enfin l'on fait voir que les
Mathématiciens sont le plus souvent aux
prises , et qu'ils ne partent pas toujours
des mêmes principes.
L'Auteur des Pensées critiques se propose
de prouver dans le cinquième préjugé
que l'objet des Mathématiques est
obscur. Voici ce qu'il dit sur ce sujet .
Les Mathématiques ont pour objet où
la grandeur en general , ou l'étendue ,
ou les nombres , ou le mouvement , ou
le tems.
Nous ignorons quelle est la nature de
la grandeur en general . Premierement
il est certain qu'elle n'est pas un être : en
second lieu , si elle étoit un néant , comment
pourroit- elle être l'objet des Mathématiques
?Troisiémement on auroit tore
de dire que les Algebristes prennent pour
objet deleur science la grandeur en general
en ce sens , que toutes leurs opérations
peuvent également avoir lieu en
Geometrie et en Aritmetique , puisqu'il
est très-certain que les nombres et l'étenduë
A
FEVRIER. 1734. 311
due ont des proprietez tout- à - fait differentes
. 2° . Les notions que nous avons
de l'étenduë sont très- incertaines , puisque
nous ignorons si elle est divisible à
l'infini , ou si elle est composée d'indivisibles
, si ces indivisibles sont étendus
ou inétendus . Cependant , ajoute notre
Auteur ; on ne peut s'assurer d'aucunes
conséquences Geométriques , jusqu'à - ce
que les Physiciens ayent vuidé leurs différends
sur ce sujet , puisque les conclusions
que l'on tire de ces divers systêmes
sont aussi opposées entr'elles , que la supposition
des indivisibles l'est de celle de
la divisibilité inépuisable. Ainsi , puisque
les principes sont arbitraires , les conséquences
doivent l'être aussi . 3 °. Notre
Auteur après avoir dit qu'il est souvent
inutile et même dangereux de trop rafiner
sur les premiers principes , ajoute ,
pour faire voir que les premieres notions
même ne sont pas exemptes d'obscurité,
lorsqu'on donne un plein essor à son
esprit ; l'idée qu'on a de l'unité n'est pas
fixée sur la perception d'un être simple ,
parce qu'on ne sçait qu'un objet est simple
qu'autant qu'on le confronte avec
l'idée qu'on a de l'unité . Ainsi l'idée
qu'on a de l'unité précede la perception
de l'être qui est simple. Mais si la per-
сер-
312 MERCURE DE FRANCE .
ception de l'être qui est simple est postérieure
à l'idée qu'on a de l'unité , il faut
donc que l'unité soit quelque chose de
réel , et qu'elle subsiste indépendament
de tout sujet. Voilà donc le triomphe des
Pitagoriciens quelle sera la nature de
l'unité?L'on fait voir ensuite que les fractions
seules suffisent pour rendre la notion
de l'unité douteuse et équivoque.
L'on parcourt ainsi toutes les autres
grandeurs , er on prouve que
les notions
que nous en avons doivent nous paroître
incertaines .
L'Auteur fait voir dans le sixième préjugé
qu'en supposant une fois le principe
des indivisibles , qu'il n'est pas bien
aisé de combattre , il faut jetter les fondemens
d'une nouvelle Geométrie . Pour
cet effet il choisit plusieurs propositions
qui concernent lesLignes , les Plans et les
Solides , et démontre qu'elles sont des
Paralogismes hors la divisibilité inépuisable
, qui ne paroît pas à notre Auteur
être établie sur des principes assez certains
pour servir de fondement à des
conséquences infaillibles.
On propose un septiéme préjugé , où
l'on prétend prouver que les Mathématiques
ont peu contribué à la perfection
des Beaux Arts , toutes les réfléxions que
notre
FEVRIER, 1734. 313
ture ,
>
notre Auteur emploie dans ce préjugé ,
peuvent se réduire à celle- ci ,
L'Architecture civile et militaire , la
Marine,l'Astronomie , les Méchaniques
la Cosmographie , la Peinture , la Sculpet
tous les Beaux Arts ont atteint
à un très-haut degré de perfection dans
des tems auxquels on n'avoit point les
méthodes de résoudre les problêmes , et
où les connoisseurs Geométriques se bornoient
à quelques propositions élementaires
d'un usage très- peu fécond. En second
lieu les Sciences qui ont emprunté
le secours des Mathématiques ne sont
jamais arrivées à une parfaite précision :
l'on pourroit même dire que l'Astronomie
est incertaine en ce qu'elle a de
commun avec les Mathématiques , puisque
malgré toutes les regles de la Trigonometrie
on n'a pû réussir à assigner la
vraie distance des Astres , ni déterminer
la grandeur de leur diamétre , et que
malgré toutes les observations des Geométres
de notre siècle et du siécie dernier
, on n'en connoît pas mieux la figure
du Globe de la terre.
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Résumé : Pensées Critiques sur les Mathématiques, [titre d'après la table]
Le livre 'Pensées Critiques sur les Mathématiques' de M. Cartand, publié chez Osmon et Clousier à Paris, rue Saint-Jacques, remet en question la certitude et la contribution des mathématiques, notamment dans les beaux-arts. L'auteur commence par un discours sur le culte des païens, l'astrologie et la magie avant de présenter sept préjugés contre les mathématiques. Le premier préjugé souligne que les mathématiciens ne peuvent atteindre une haute certitude sans principes métaphysiques solides, car l'hypothèse d'un Dieu trompeur rendrait la géométrie incertaine. Le second préjugé compile les doutes exprimés par des penseurs comme Bayle, Huet et Descartes sur la vérité des mathématiques. Le troisième préjugé cite des géomètres reconnaissant les profondeurs et obscurités des mathématiques, notamment les discussions sur l'infini. Le quatrième préjugé met en lumière les disputes au sein de l'Académie des Sciences et les divergences entre savants comme Fontenelle et Castel. Le cinquième préjugé argue que l'objet des mathématiques est obscur, en discutant la nature de la grandeur, de l'étendue et des nombres. Le sixième préjugé explore les paradoxes liés aux indivisibles et leur impact sur la géométrie. Enfin, le septième préjugé affirme que les mathématiques ont peu contribué à la perfection des beaux-arts, citant des exemples où ces arts ont atteint une grande perfection sans méthodes mathématiques avancées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 384-388
LETTRE d'un Officier de l'Armée d'Italie, écrite de Côme le 27 Janvier.
Début :
Nous sommes ici M. entourez de Montagnes fort hautes, et sur le bord d'un Lac, où [...]
Mots clefs :
Grandeur, Loges, Théâtre, Dames, Paris, Temps, Pièce, Orchestre, Pittoresque, Chant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Officier de l'Armée d'Italie, écrite de Côme le 27 Janvier.
LETTRE d'un Officier de l'Armée
d'Italie écrite de Come le 27 Janvier.
Ous sommes ici M.entourez de Montagnes
N'fort hautes ,et sur le boru d'un Lac , où
nous ressentons un froid très - vif , mais nous
faisons grand feu : car nous ne manquons pas
de bois; nous mangeons des brochets monstru ux
de même que des Carpes et des Truites ; les
Agons qui sont des especes de Sardines valent
encore mieux , de même que les Bartavelles ,
autre espece de poisson très délicat. Nous ne
faisons pas grand cas des Faisans ; ils sentent
le
FEVRIER. 1734. 385
>
le sapin , toute sorte de viande de boucherie est
excellente ; il est seulement facheux que tous
ces vivres soient si chers , les Vins du Pays
sont très mauvais. Nous sommes au reste
très- bien logez, et nous avons une petite assemblée
composée de plusieurs Dames très raisonnables.
Pour des filles nous n'en voyons point ;
celles qui sont dans les Couvents ont eu ordre
de fermer leurs grilles. M. l'Evêque est impitoyable
et n'entend point raillerie sur ce
point. Les Italiennes , au reste , sont moins sauvages
et moins gardées qu'autrefois ,
voyons tous les jours qu'elles n'ont aucun
éloignement pour se familiariser avec les François
.
nous
•
J'ai vû à Milan des assemblées dont l'éclat
m'a frappé ; la beauté et la richesse des Appartemens
, très bien éclairez , leur grandeur
la quantité de Tableaux , et la profusion de
toute sorte de Liqueurs distribuées à toute sorte
de personnes , le rombre des Dames , des Cavaliers
, la magnificence de leurs parures , et de
leurs équipages aussi galants que les nôtres , fout
cela à dequoi plaire aux gens les plus difficiles .
On dit cependant que l'intérieur du ménage
ne répond pas à ce grand extérieur , on m'a
assuré pourtant qu'on donne parfaitement bien
à manger dans plusieurs bonnes Maisons de la
Ville. Milan est bien plus grand que le tiers de
Paris , mais moindre que sa moitié.
>
A l'égard de l'Opéra , il faut vous dire qu'on
y va le soir pour n'en revenir que le matin
c'est- à- dire , qu'il commence à sept heures et
qu'il ne finit qu'après minuit. Un Prologue
trois Actes , et trois Intermedes ou entr'Actes ,
remplissent tout ce tems , Caton d'Utique , est
>
la
386 MERCURE DE FRANCE
La Piéce qu'ou représentoit le jour que j'y fus ,
la Salle est à peu près de la grandeur de celles du
Château des Thuileries, il y a cinq rangs de Loges,
et29 Loges dans le pourtour , elles sont un peu
moins larges que les nôtres , mais si profondes
que leur enfoncement fait paroître une chambre
d'une grandeur raisonnable ; elles sont ornées de
Tapisseries , de sieges très propres et de girandoles.
Les Dames de distinction louent à l'année
deux Loges contigues qui forment un petit Appartement,
où elles reçoivent leur compagnie comme
chez elles ; pendant certain tems de la représentation
, l'on y joue ou on y fait la conversation
( c'est le terme du Pays ) on y sert toute sorte
de rafraichissemens.
Il n'y a point d'Amphiteatre , le Parquet est
le terrain renfermé dans le centre des Loges et
de l'Orchestre , on y est assis commodement
sur des Sieges , des Formes et des Banquetes.
Le Theatre est d'une grandeur proportionnée à
ce que je viens de dire. Un Corridor de 18 pieds
de large tegne derriere les Loges.
Il y a deux changemens de Décorations pour
un seul Acte et quelquefois plus suivant le sujet
de la Piéce. Il n'y a aucune sorte de Machine
, le coup de sifflet donné pour les changemens
de Theatre n'opere pas son effet si vivement
qu'à Paris les Décorations sont plus belles
pour le pictoresque, la perspective et par la richesse
des ornemens. C'est cette noblesse , cette grandeur
et ces belles formes dont notre Ami Servandoni
nous a donné la connoissance en France,
sur des Plans avantageux , singuliers et variez, le
pictoresque exclut une régularité trop affectée ,
car les deux côtez des Coulisses ne font point
ordinairement sur le fond deux Angles pareils.
FEVRIER. 1734. 387
L'Orchestre qui est une fois plus grand que
fe nôtre, et le nombre d'Instruments exquis m'a
ravi d'étonnement ; le seul Clavecin par un
accord appuyé de grande force , marque la mesure
, il y en a deux , deux Contrebasses , et
deux Theorbes ; je ne croyois pas possible que
tant d'Instruments à la fois fissent un ensemble
aussi parfait ; il semble qu'un seul esprit les anime
tous.
Tout se passe en récits et en ariettes ; Pun
succede régulierement à l'autre depuis le commencement
jusqu'à la fin . Par bonheur ces récits
s'expédient assez promptement , et les ariettes.
sont repetées si souvent qu'elles consomment au
moins les trois quarts du tems. Ces récits sont
accablans , ils sont nottez , ce n'est pourtant
point proprement un Chant ; ils ressemblent fort
à une pure Déclamation Latine telle qu'on entend
aux Tragédies des Colléges , à cela près ,
qu'à certaines chûtes ou infléxions de voix
POrchestre frappe un accord fort plein , et d'un
seul coup d'archet ; ils n'ont point de Flutes ,
parce , disent-ils , qu'elles sont toujours fausses,
ils reviendroient aisément de cette erreur s'ils
avoient entendu le fameux Blavet , ils ont deux
Hautbois seulement et autant de Bassons . Quant
aux Violons , ils sont excellens , et je n'en con
nois guere en France qui soient bien dignes d'entrer
dans cet Orchestre . Ils sont ici de deux tons
plus élevez qu'à Paris : il est sûr que l'Instrument
en est beaucoup plus brillant ; ils n'ont
point de Choeurs , et ils ont grand tort en cela ,
quatre ou cinq hommes dont un seul n'est
point eunuque, et quatre ou cinq femmes jouent
la Piéce travestis en Princes et Princesses.
Voilà tout ce qu'on voit sur le Theatre, joignez
>
›
388 MERCURE DE FRANCE
,
à cela plusieurs petits polissons vêtus en Pages
qui portent les queues des Actrices , et qui
pour se désennuyer cassent des Noisettes et font
tous les mouvemens qu'ils voyent faire à leurs
Princesses , et sont toujours exactement placez
derriere elles . Les Acteurs et Actrices des Ballets
en petit nombre sont habillez très simplement ;
ils sont la plupart François ; tout m'a paru
médiocre à cet égard . Cependant les habits qui
servent aux principaux Acteurs dans le Tragique
, sont assez beaux . Il y a un viel Eunuque
d'une grosseur extraordinaire dont le chant ,
quoiqu'usé , est beau et bon dans son genre ,
mais je ne sçaurois me prêter à cette sorte de
chant , toutes leurs finales sont des Arbitrii
comme sur les Instrumens ; et je haïs cela souverainement.
D'ailleurs ce vieil Eunuque est
un grand Acteur et Maître du Theatre.; je n'ai
vû de ma vie un maintien plus beau ni plus naturel.
Voilà ce que je me représente à moi même
de notre Opéra Milanois , je vous dis naturellement
ce qui m'est venu dans l'esprit et dans
la mémoire , j'espere d'y retourner au Carnaval ,
peut -être vous en parlerai - je avec plus d'ordre
et avec d'autres circonstances qui peuvent m'être
échapées . Je suis &c .
d'Italie écrite de Come le 27 Janvier.
Ous sommes ici M.entourez de Montagnes
N'fort hautes ,et sur le boru d'un Lac , où
nous ressentons un froid très - vif , mais nous
faisons grand feu : car nous ne manquons pas
de bois; nous mangeons des brochets monstru ux
de même que des Carpes et des Truites ; les
Agons qui sont des especes de Sardines valent
encore mieux , de même que les Bartavelles ,
autre espece de poisson très délicat. Nous ne
faisons pas grand cas des Faisans ; ils sentent
le
FEVRIER. 1734. 385
>
le sapin , toute sorte de viande de boucherie est
excellente ; il est seulement facheux que tous
ces vivres soient si chers , les Vins du Pays
sont très mauvais. Nous sommes au reste
très- bien logez, et nous avons une petite assemblée
composée de plusieurs Dames très raisonnables.
Pour des filles nous n'en voyons point ;
celles qui sont dans les Couvents ont eu ordre
de fermer leurs grilles. M. l'Evêque est impitoyable
et n'entend point raillerie sur ce
point. Les Italiennes , au reste , sont moins sauvages
et moins gardées qu'autrefois ,
voyons tous les jours qu'elles n'ont aucun
éloignement pour se familiariser avec les François
.
nous
•
J'ai vû à Milan des assemblées dont l'éclat
m'a frappé ; la beauté et la richesse des Appartemens
, très bien éclairez , leur grandeur
la quantité de Tableaux , et la profusion de
toute sorte de Liqueurs distribuées à toute sorte
de personnes , le rombre des Dames , des Cavaliers
, la magnificence de leurs parures , et de
leurs équipages aussi galants que les nôtres , fout
cela à dequoi plaire aux gens les plus difficiles .
On dit cependant que l'intérieur du ménage
ne répond pas à ce grand extérieur , on m'a
assuré pourtant qu'on donne parfaitement bien
à manger dans plusieurs bonnes Maisons de la
Ville. Milan est bien plus grand que le tiers de
Paris , mais moindre que sa moitié.
>
A l'égard de l'Opéra , il faut vous dire qu'on
y va le soir pour n'en revenir que le matin
c'est- à- dire , qu'il commence à sept heures et
qu'il ne finit qu'après minuit. Un Prologue
trois Actes , et trois Intermedes ou entr'Actes ,
remplissent tout ce tems , Caton d'Utique , est
>
la
386 MERCURE DE FRANCE
La Piéce qu'ou représentoit le jour que j'y fus ,
la Salle est à peu près de la grandeur de celles du
Château des Thuileries, il y a cinq rangs de Loges,
et29 Loges dans le pourtour , elles sont un peu
moins larges que les nôtres , mais si profondes
que leur enfoncement fait paroître une chambre
d'une grandeur raisonnable ; elles sont ornées de
Tapisseries , de sieges très propres et de girandoles.
Les Dames de distinction louent à l'année
deux Loges contigues qui forment un petit Appartement,
où elles reçoivent leur compagnie comme
chez elles ; pendant certain tems de la représentation
, l'on y joue ou on y fait la conversation
( c'est le terme du Pays ) on y sert toute sorte
de rafraichissemens.
Il n'y a point d'Amphiteatre , le Parquet est
le terrain renfermé dans le centre des Loges et
de l'Orchestre , on y est assis commodement
sur des Sieges , des Formes et des Banquetes.
Le Theatre est d'une grandeur proportionnée à
ce que je viens de dire. Un Corridor de 18 pieds
de large tegne derriere les Loges.
Il y a deux changemens de Décorations pour
un seul Acte et quelquefois plus suivant le sujet
de la Piéce. Il n'y a aucune sorte de Machine
, le coup de sifflet donné pour les changemens
de Theatre n'opere pas son effet si vivement
qu'à Paris les Décorations sont plus belles
pour le pictoresque, la perspective et par la richesse
des ornemens. C'est cette noblesse , cette grandeur
et ces belles formes dont notre Ami Servandoni
nous a donné la connoissance en France,
sur des Plans avantageux , singuliers et variez, le
pictoresque exclut une régularité trop affectée ,
car les deux côtez des Coulisses ne font point
ordinairement sur le fond deux Angles pareils.
FEVRIER. 1734. 387
L'Orchestre qui est une fois plus grand que
fe nôtre, et le nombre d'Instruments exquis m'a
ravi d'étonnement ; le seul Clavecin par un
accord appuyé de grande force , marque la mesure
, il y en a deux , deux Contrebasses , et
deux Theorbes ; je ne croyois pas possible que
tant d'Instruments à la fois fissent un ensemble
aussi parfait ; il semble qu'un seul esprit les anime
tous.
Tout se passe en récits et en ariettes ; Pun
succede régulierement à l'autre depuis le commencement
jusqu'à la fin . Par bonheur ces récits
s'expédient assez promptement , et les ariettes.
sont repetées si souvent qu'elles consomment au
moins les trois quarts du tems. Ces récits sont
accablans , ils sont nottez , ce n'est pourtant
point proprement un Chant ; ils ressemblent fort
à une pure Déclamation Latine telle qu'on entend
aux Tragédies des Colléges , à cela près ,
qu'à certaines chûtes ou infléxions de voix
POrchestre frappe un accord fort plein , et d'un
seul coup d'archet ; ils n'ont point de Flutes ,
parce , disent-ils , qu'elles sont toujours fausses,
ils reviendroient aisément de cette erreur s'ils
avoient entendu le fameux Blavet , ils ont deux
Hautbois seulement et autant de Bassons . Quant
aux Violons , ils sont excellens , et je n'en con
nois guere en France qui soient bien dignes d'entrer
dans cet Orchestre . Ils sont ici de deux tons
plus élevez qu'à Paris : il est sûr que l'Instrument
en est beaucoup plus brillant ; ils n'ont
point de Choeurs , et ils ont grand tort en cela ,
quatre ou cinq hommes dont un seul n'est
point eunuque, et quatre ou cinq femmes jouent
la Piéce travestis en Princes et Princesses.
Voilà tout ce qu'on voit sur le Theatre, joignez
>
›
388 MERCURE DE FRANCE
,
à cela plusieurs petits polissons vêtus en Pages
qui portent les queues des Actrices , et qui
pour se désennuyer cassent des Noisettes et font
tous les mouvemens qu'ils voyent faire à leurs
Princesses , et sont toujours exactement placez
derriere elles . Les Acteurs et Actrices des Ballets
en petit nombre sont habillez très simplement ;
ils sont la plupart François ; tout m'a paru
médiocre à cet égard . Cependant les habits qui
servent aux principaux Acteurs dans le Tragique
, sont assez beaux . Il y a un viel Eunuque
d'une grosseur extraordinaire dont le chant ,
quoiqu'usé , est beau et bon dans son genre ,
mais je ne sçaurois me prêter à cette sorte de
chant , toutes leurs finales sont des Arbitrii
comme sur les Instrumens ; et je haïs cela souverainement.
D'ailleurs ce vieil Eunuque est
un grand Acteur et Maître du Theatre.; je n'ai
vû de ma vie un maintien plus beau ni plus naturel.
Voilà ce que je me représente à moi même
de notre Opéra Milanois , je vous dis naturellement
ce qui m'est venu dans l'esprit et dans
la mémoire , j'espere d'y retourner au Carnaval ,
peut -être vous en parlerai - je avec plus d'ordre
et avec d'autres circonstances qui peuvent m'être
échapées . Je suis &c .
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Résumé : LETTRE d'un Officier de l'Armée d'Italie, écrite de Côme le 27 Janvier.
La lettre d'un officier de l'armée d'Italie, datée du 27 janvier, décrit la situation des soldats à Côme, une ville entourée de montagnes et bordée par un lac. Malgré un froid intense, les soldats disposent de bois pour se chauffer et de nourriture abondante, bien que coûteuse. Les poissons locaux, tels que les brochets et les agons, sont particulièrement appréciés. La viande de boucherie est de bonne qualité, mais les vins locaux sont jugés de mauvaise qualité. Les soldats sont bien logés et côtoient des dames raisonnables, tandis que les religieuses sont confinées dans leurs couvents sur ordre de l'évêque. L'officier mentionne également la beauté et la richesse des assemblées à Milan, où les Italiens se familiarisent avec les Français. Milan est décrite comme une grande ville, plus vaste qu'un tiers de Paris mais moindre que sa moitié. L'Opéra de Milan attire par son éclat et sa durée, commençant à sept heures du soir et se terminant après minuit. La salle de l'Opéra est comparée à celles du Château des Tuileries, avec des loges profondes et ornées. Les représentations incluent des prologues, des actes et des intermèdes, avec des décors changeants et une musique orchestrale riche. Cependant, les récits sont jugés longs et les ariettes répétitives. Les acteurs et actrices sont souvent français, et les costumes sont simples pour les ballets mais beaux pour les rôles tragiques. L'officier critique certains aspects de la représentation mais admire le maintien naturel d'un vieil eunuque, grand acteur et maître du théâtre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 85-98
« EXTRAIT DES MÉMOIRES DU MARQUIS DE BENAVIDÈS, en sept parties ; dédiés à [...] »
Début :
EXTRAIT DES MÉMOIRES DU MARQUIS DE BENAVIDÈS, en sept parties ; dédiés à [...]
Mots clefs :
Roman, Auteur, Grandeur, Roi, Corps, Mémoires, Sentiments, Académie des belles-lettres de Dijon, Chevalier de Mouhy
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texteReconnaissance textuelle : « EXTRAIT DES MÉMOIRES DU MARQUIS DE BENAVIDÈS, en sept parties ; dédiés à [...] »
EXTRAIT DES MÉMOIRES DU MARQUIS
DE BENAVIDÈS , en fept parties ; dédiés à
S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans .
Par M. le Chevalier de Mouhy , de l'Académie
des Belles- Lettres de Dijon.
J'ofe établir pour maxime qu'un Roman
ne fçauroit trop l'être. Il faut que les
incidens , pour frapper , fortent de l'ordre
commun ; que les fentimens , pour fe faire
admirer , paffent les bornes de la nature
ordinaire , & que les premiers perſonnages
, pour intéreffer , ayent un corps & une
ame d'une trempe fupérieure à celle des
autres hommes. Les Mémoires de Benavidès
ont ces trois qualités effentielles . Afin
de le prouver en regle , je vais les envifager
fous trois afpects différens qui en
feront l'extrait raifonné . La fingularité des
événemens dont ce Roman eft rempli , offrira
le premier point de vue . La grandeur
des fentimens qui les ont fait naître , préfentera
le fecond ; & l'excellence des di86
MERCURE DE FRANCE.
vers caracteres de fes héros , qu'ils doivent
à celle de leur complexion , mettra le troi--
fiéme dans tout fon jour.
Singularité des événemens.
Cette fingularité commence par la naiffance
du Marquis de Benavidès. Don Ro--
drigue , premier Miniftre d'Alfonfe , poignarde
Ifabelle fa femme , par un coup fingulier
, du defefpoir où il eft de la voir fteri
le ; elle eft fecourue , la bleffure n'eft pas
mortelle , elle en revient , & court fe cacher
dans une retraite , pour ſe fouftraire
aux fureurs de fon mari. Don Rodrigue ,
pénétré de remords & de tendreffe , la
cherche par- tout , & découvre enfin le
Couvent où elle s'eft retirée . Il enleve
fon épouſe , il obtient fon pardon , &
tous deux renouent avec l'ardeur de deux
amans qui s'adorent. De cette réunion furprenante
, naît Benavidès ; il court à la
gloire à pas de géant ; à feize ans il eft
fait Général : les héros ont une difpenfe
d'âge pour remplir les premiers poftes. Il
furprend l'Empereur de Maroc fur une
éminence , le fait prifonnier avec toute
fa maifon , & l'envoye captif à la Cour
d'Efpagne. De là il court affiéger Maroc ,
il y entre par furpriſe ; mais il eſt arrêté
par le nombre fupérieur des Africains.
FEVRIER. 1755. 877
11 - fe refugie avec les troupes dans une
Mofquée , dont il fait fermer les portes ;
tandis que les Maures les enfoncent , il
fait fortir habilement fes foldats par une
porte de derriere qu'il a pratiquée , & la
rebouche après. Les Maroquins fe jettent
dans la Mofquée par la grande porte.
Quand ils y font tous entrés , le Général
Eſpagnol la fait barrer avec de groffes poutres
; un gros des fiens empêche en mêmetems
, à coups de fabre , la fortie des en--
par la porte dérobée. Ils fe trou--
vent pris , comme d'un coup de filet , au
nombre de huit mille dans ce teinple ,
qu'il faut fuppofer très- vafte , & ils font
tous obligés de mettre bas les armes , & de
fortir l'un après l'autre , de peur d'être
brûlés tous enſemble.
nemis
La nouvelle de ce rare fait d'armes rem →
plit la Cour d'Eſpagne d'admiration ; il faut
avouer qu'il le mérite par fa nouveauté.
La fille d'Alfonfe y prit un intérêt plus
fenfible qu'elle n'auroit voulu : elle avoit
eu jufques- là un éloignement marqué pour
tous les hommes ; ce brillant exploit l'en
corrigea. Le héros étoit aimable , & fa
gloire lui devint chere. Les ennemis de
Benavidès voulurent la ternir , & foulever
le peuple , en répandant le bruit que Benavidès
, bien loin d'avoir fervi l'Etat , venoit
88 MERCURE DE FRANCE.
de le trahir , & qu'il devoit époufer la fille
du Calife ; mais la fageffe du Roi calma
cet orage , & la fauffeté de l'accufation
fut dévoilée . Don Sanche , Prince du Sang,
& Velafquès , fecond Miniftre , qui en
étoient les auteurs fecrets , employent deux
affaffins , l'un pour fe défaire de Benavidès
par le fer , & l'autre pour faire périr
le Roi par le poifon ; ce qui occafionne un
incident des plus neufs , il vaut la peine
d'être raconté : le voici.
Le bruit fe répand tout-à-coup que le
Roi eft malade ; perfonne ne pénetre dans
fon appartement que Don Sanche & fes
créatures ; l'Infante de Caftille n'en eft
pas exceptée. D. Rodrigue eft empoifonné.
Tout ce que peut faire Blanche , dans cette
cruelle pofition , c'eſt de ſe ſervir du miniftere
d'Hordès , auffi bon médecin que grand
politique ; il avoit à peu près l'âge & la
taille de fon vieil Ecuyer ( on a toujours
befoin de ces reffemblances , pour aider le
Roman ) . Elle lui fait prendre l'habit de
cet homme , & lui donne la main , va chez
le Roi , & trouve le moyen d'y entrer avec
fon faux Ecuyer , ferme les verroux , ouvre
les rideaux du lit de fon pere , le voit
pâle & les yeux fermés. Hordès lui tâte le
pouls , & dit à l'Infante que le Roi eft dans
un danger manifefte , mais qu'il pourroit
FEVRIER. 1755. 85
à
le fauver s'il étoit à portée de lui donnes
un fecours auffi prompt que néceffaire. Il
a heureuſement fur lui un élixir propre
rendre à un corps abbattu , pour quelques
momens , toutes fes forces . Il en donne à
Don Alfonfe , qui reprend connoiffance .
Comme Blanche reffemble parfaitement à
fon pere ( je parle d'après l'Auteur ) , elle
prend fes habillemens de nuit , lui donne
les fiens , le coëffe de maniere qu'à peine
entrevoit- on fon vifage , & fe met dans
fon lit. Hordès , qui le foutient , parvient
heureuſement à le faire fortir du Palais
fans rencontre fâcheufe , il le conduit en
chaife dans une maifon ifolée. A peine
le Roi est - il parti que l'Infante fe décou
vre à un garçon de la chambre nommé
Hyago , dont elle connoît la fidélité , fait
avertir par fon moyen fon Capitaine des
Gardes de fe mettre promptement en état
de la feconder dans fes projets ; & dès
qu'elle eft fûre de ce fecours , elle fair
dire à Don Sanche & à Velafquès que le
Roi vient d'expirer. Elle fe leve en même
tems , prend la robe de chambre de fon
pere , s'arme d'un poignard , & fe met dans
l'embrafure d'une croifée voisine de la
porte par où les traîtres doivent paſſer.
Velafquès qui entre avec D. Sanche, fe jette
aux pieds de ce Prince , pour être le pre90
MERCURE DE FRANCE .
du
mier à lui rendre hommage. D. Sanche
pour ne point laiffer un témoin de fes crime
, tire fon épée , la lui paffe au travers
corps . L'Infante au même inftant perce
D. Sanche ; il tombe , Hyago l'acheve.
Le Capitaine des Gardes de la Princeffe
arrive à point nommé avec fa troupe ,
fait main- baffe fur les conjurés. La fanté
du Roi fe rétablit , & tout rentre dans l'ordre.
D'autres incidens non moins tragiques
fe fuccedent rapidement .
&
Dans le même tems le Marquis de
Benavidès eft affaffiné en Afrique , par un
fcélérat , qui le frappe au moment qu'il eft
feul occupé à faire fes dépêches . I bleffe
fon meurtrier , qui a la force deffe fauver
par la fenêtre , & tombe noyé dans fon
fang il échappe à la mort , & revient à
la Cour. Zulime , fille du Calife , qu'il at
refufé d'époufer , prend l'occafion d'un bal
pour venger cette offenfe fur le Général
Efpagnol ; mais dans fa fureur elle prend
le Roi pour lui , & lui porte un coup de
poignard. Benavidès qui accompagne Alfonfe
, fe jette fur Zulime , lui arrache le
fer , & le plonge dans fon fein. Le Roi
guérit de fes bleffures , ainfi que Zulime ,
dont il eft amoureux , déclare la guerre aux
Anglois , qui avoient favorifé la révolte
d'un Prince de fon fang contre lui . BenaFEVRIER.
1755 . 91
vidès paffe en Angleterre , & fe rend maî--
tre des trois quarts de cette Iffe ; mais par
un revers de fortune il eft fait prifonnier.
D. Alfonfe traverfe lui-même les mers ,
rompt les fers de fon favori , foumet Londres
, convoque les Etats , & fait élire Benavidès
Roi d'Angleterre. Il retourne enfuite
en Eſpagne ; il accorde l'Infante fa
fille aux Ambaffadeurs du nouveau Monarque
de Londres , qui brûle pour elle
d'un amour mutuel ; & dans le tems que
celui qui eft chargé de l'époufer en fon
nom s'approche pour recevoir la main de
Blanche de Caftille , Benavidès qu'on croità
Londres , paroît tout à coup , & reçoit
lui-même cette main fi defirée.
Ce font là de ces coups inattendus qui
furprennent dans un Roman , & qui le
mettent au-deffus de l'hiftoire . Dans celle--
ci l'Ambaffadeur Anglois eût tout fimple
ment , à l'ordinaire , époufé la Princeffe
pour fon maître : on auroit même trouvé
mauvais que Benavides eût quitté fes Etats.
nouvellement conquis , & rifqué de les
perdre , pour fe fignaler par un trait de
galanterie déplacée, Mais ce qui feroit un
défaut dans des mémoires purement hifto
riques , devient une beauté dans des aventures
vraiment romanefques. C'eft là qu'il
eft beau, d'être fingulier , & de hazarder:
2 MERCURE DE FRANCE.
la perte d'un royaume , pour fuivre le
tranfport d'un amour empreffé.
Grandeur des fentimens.
Ces nobles écarts partent d'un coeur audeffus
du vulgaire , & de pareils inciden's
font éclater la grandeur des fentimens qui
les produifent. Cette grandeur héroïque
brille par-tout dans ce Roman ; elle caracterife
fes principaux perfonnages . Benavidès
, parmi plufieurs traits d'héroïfme , fe
diftingue par un des plus rares. Edouard ,
furieux de voir fon Royaume prêt d'être
entierement conquis par le Général Efpagnol
, lui envoye un cartel , que ce dernier
refufe. Benavides aime mieux facrifier
l'honneur de mefurer fon épée avec
celle d'un Roi , à la gloire plus folide de
ne pas compromettre les intérêts de fon
Prince. Il trouve plus noble de laiffer foupçonner
fa bravoure , que de mettre en rifque
la conquête d'un Etat qu'il eft für
d'affurer à D. Alfonfe avec le fecours de
fes troupes ; cela paffe le heros , voilà le
grand homme. Le Roi encherit de fon
côté fur ce procédé magnanime , en pla
çant Benavides fon fujet fur le trône d'Angleterre
, dont fa valeur l'a rendu maître.
Ce trait eft au-deffus d'un Monarque , il
eft digne d'un Dieu , qui mefure fes bienFEVRIER.
1755. 9 *
faits à fa grandeur , & au mérite de celui
qu'il récompenfe. Blanche de Caftille fe
ignale par un effort de tendreffe & de
courage , qui n'eft pas moins admirable.
Digne fille d'Alfonfe , pour arracher au
tombeau fon pere empoifonné , elle prend
fes habits , & fe met à fa place , comme je
viens de le dire. Elle fait plus , elle perce
de fa propre main le premier auteur d'un
crime fi noir , & brave la mort pour la
lui donner. Cet exploit furprenant illuftre
la Princeffe autant que la fille ; il en fait
une héroïne que je préfere à Jeanne d'Arc.
Excellence des caracteres,
Tout eft merveilleux , tout eft afſorti
dans les mémoires dont je parle . Si les
fentimens en font grands , par une fuite
naturelle les caracteres en font beaux &
foutenus. Ses héros en doivent l'excellen
ce à celle de leur complexion . Nos vertus ,
ainfi que nos vices , dépendent de la qualité
& de la circulation du fang. Pour nous
porter au bien , il faut qu'il coule pur &
fans obftacles dans nos veines. La régula
rité de fon cours influe le plus fouvent fur
celle de notre conduite ; quand il circule
mal , nous agiffons de même. Le mal -aife .
du corps donne de l'humeur à l'ame ; l'hu
meur rompt l'équilibre néceffaire ; elle al94
MERCURE DE FRANCE.
tere cette égalité d'efprit , mere des vertus.
Un Poëte célebre a dit ,
Bonne ou nrauvaiſe fanté
Fait notre philofophie.
Elle fait auffi notre héroïfme , ces deux
mots bien analyfés font fynonimes . Un
Grand infirme ou cacochyme fait fouffrir
fes inférieurs des maux qu'il fouffre luimême.
Il voit tous les objets dans un mauvais
jour: ils prennent à fes yeux la couleur
de l'humeur noire où le jettent fes fouffrances.
Quelques talens qu'il ait , ils font
ternis par cette humeur qui le rend injuſte,
bizarre & fouvent cruel , il n'a de l'efprit
que pour nuire : c'eſt le héros de Machiavel
, prêt d'immoler tout à fa fombre politique.
Le véritable héros eft tout différent.
Il ne confulte , il ne fuit que la générofité
; il la fait fouvent éclater aux dépens
de fa fortune & même de fa raiſon.
Tel eft Benavides , grace à l'heureux naturel
qu'il tient de la bonté de fon tempérament.
Je vais avancer à ce propos un fentiment
qui aura d'abord l'air d'une plaifanterie
, mais auquel je tiens très -férieuſement
, & qui bien examiné de près eft
d'une vérité inconteſtablę. Je maintiens
FEVRIER. 1755. 95
qu'un Romancier ne fçauroit être trop attentifà
donner une fanté robufte aux perfonnages
qu'il met en action. Dans les différens
combats qu'ils font obligés de livrer
, dans les coups qu'ils reçoivent , dans
les tourmens qu'ils éprouvent , ils ont befoin
d'un corps à toute épreuve. C'eſt un
point effentiel que M. le Chevalier de
Mouhy n'a point oublié ; tous fes héros font
bien conftitués . D. Alfonfe eft doué d'une
vigueur qui résiste au fer & au poifon . Be
navidès n'a pas moins de force : on a beau
le poignarder , il triomphe du couteau de
l'affaflin , & reparoît brillant de ſanté ,
quand on le croit au rang des morts. Zulime
, la fille du Calife , ne leur céde
point en bonté de complexion ; elle guérit
de fes bleffures auffi promptement qu'Alfonfe
, qui l'époufe , & qui la couronne.
•
Le ftyle ou le coloris répond au deffein de
l'ouvrage , ce qu'on doit eftimer dans l'auteur
; il va toujours à l'intérêt. S'il eft prodigue
, ce n'eft qu'en incidens. Il eft fobre
en réflexions , & préfere toujours un fait
fingulier à une penſée neuve. Par ce moyen
fa morale n'ennuie jamais , elle eſt toujours
en action. On doit lui en fçavoir
d'autant plus de gré , qu'aujourd'hui nos
Ecrivains ont la fureur de l'efprit , ou plu
tôt la prétention , fans en avoir fouvent
les titres.
46 MERCURE DE FRANCE.
Je confeille à tous les jeunes gens qui
prennent le parti des armes , d'acheter ces
mémoires ; leur lecture est une Ecole militaire.
Les premiers Officiers y font non
feulement briller toutes les vertus de leur
état , mais les guerriers fubalternes y donnent
encore des leçons de courage & de
magnanimité . Je crois ne pouvoir mieux
finir cet extrait que par l'action d'un foldat
, qui m'a paru trop belle pour la paffer
fous filence. Les Espagnols avoient affiégé
Northombrie. Ils avoient remarqué fous
le pont-levis de la place une bréche par
où l'on pouvoit y entrer . Plufieurs defcendent
dans le foffé . Deux heures après le
point du jour , les Anglois ayant baiffé le
pont , les Espagnols plantent auffi-tôt leurs
échelles , fautent deffus , & tombent fur
l'ennemi . Le Commandant de la Garde
ordonne aux fiens de lever le pont , quoiqu'il
puiffe en coûter. Les Efpagnols ont
beau combattre , le nombre les accable ,
une partie eft déja culbutée dans le foffé ,
l'autre eft investie , & preffée par une foule
d'ennemis qui vont enlever & baiffer le
pont . Un foldat qui s'en apperçoit , ramaffe
une cheville de fer qui fert à l'arrê
ter , & veut la paffer dans l'anneau : un
coup de fabre lui coupe le poignet , & la
lui
FEVRIER. 1755.
97
lui fait quitter * : ô valeur fans pareille !
L'intrépide Efpagnol releve la cheville de
F'autre main , & la place. Ce coup hardi
décide du fuccès de l'entrepriſe.
tôt
>
L'action , toute prodigieufe qu'elle eft ,
trouve fon modele dans l'hiftoire . Cynegire
, frere du fameux Efchile , Poëte tragique
, à la journée de Marathon , arrête
d'une main un vaiffeau des Perfes qui
avoient pris la fuite : ayant eu cette main
coupée , il le faifit alors de l'autre bras
qu'il perd encore dans ce combat , & pluque
de lâcher prife , il mord le vaiſſeau
pour le retenir. Il n'eft point encore vaincu
par la perte de fes deux mains , pour
me fervir des expreffions de Juftin , il
combat avec le tronc de fon corps & avec
fes dents même , comme un lion féroce
qui triomphe en expirant . L'Hiftorien ici
va plus loin que le Romancier , & la copie
eft beaucoup moins chargée que l'original.
Ce qui fait voir que M. de M. fçait
affujettir même le merveilleux aux loix de
la vraiſemblance ; s'il a fuivi Juſtin , c'eſt
pour le corriger , peut-être même s'eſt- il
rencontré avec lui fans avoir l'imitation
en vûe. Il eft affez fécond & affez riche
* Cette exclamation eft de l'Auteur ; je n'y
ajoûte rien.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
par lui- même pour n'avoir pas befoin d'emprunter
rien des autres.
Le catalogue de fes nouvelles oeuvres ,
que je vais joindre à cet extrait , eft un
garant de fon heureuſe abondance. Il eft
précédé d'un avertiffement que je mets ici
tel que l'Auteur l'a fait imprimer , & tel
qu'il me l'a envoyé .
DE BENAVIDÈS , en fept parties ; dédiés à
S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans .
Par M. le Chevalier de Mouhy , de l'Académie
des Belles- Lettres de Dijon.
J'ofe établir pour maxime qu'un Roman
ne fçauroit trop l'être. Il faut que les
incidens , pour frapper , fortent de l'ordre
commun ; que les fentimens , pour fe faire
admirer , paffent les bornes de la nature
ordinaire , & que les premiers perſonnages
, pour intéreffer , ayent un corps & une
ame d'une trempe fupérieure à celle des
autres hommes. Les Mémoires de Benavidès
ont ces trois qualités effentielles . Afin
de le prouver en regle , je vais les envifager
fous trois afpects différens qui en
feront l'extrait raifonné . La fingularité des
événemens dont ce Roman eft rempli , offrira
le premier point de vue . La grandeur
des fentimens qui les ont fait naître , préfentera
le fecond ; & l'excellence des di86
MERCURE DE FRANCE.
vers caracteres de fes héros , qu'ils doivent
à celle de leur complexion , mettra le troi--
fiéme dans tout fon jour.
Singularité des événemens.
Cette fingularité commence par la naiffance
du Marquis de Benavidès. Don Ro--
drigue , premier Miniftre d'Alfonfe , poignarde
Ifabelle fa femme , par un coup fingulier
, du defefpoir où il eft de la voir fteri
le ; elle eft fecourue , la bleffure n'eft pas
mortelle , elle en revient , & court fe cacher
dans une retraite , pour ſe fouftraire
aux fureurs de fon mari. Don Rodrigue ,
pénétré de remords & de tendreffe , la
cherche par- tout , & découvre enfin le
Couvent où elle s'eft retirée . Il enleve
fon épouſe , il obtient fon pardon , &
tous deux renouent avec l'ardeur de deux
amans qui s'adorent. De cette réunion furprenante
, naît Benavidès ; il court à la
gloire à pas de géant ; à feize ans il eft
fait Général : les héros ont une difpenfe
d'âge pour remplir les premiers poftes. Il
furprend l'Empereur de Maroc fur une
éminence , le fait prifonnier avec toute
fa maifon , & l'envoye captif à la Cour
d'Efpagne. De là il court affiéger Maroc ,
il y entre par furpriſe ; mais il eſt arrêté
par le nombre fupérieur des Africains.
FEVRIER. 1755. 877
11 - fe refugie avec les troupes dans une
Mofquée , dont il fait fermer les portes ;
tandis que les Maures les enfoncent , il
fait fortir habilement fes foldats par une
porte de derriere qu'il a pratiquée , & la
rebouche après. Les Maroquins fe jettent
dans la Mofquée par la grande porte.
Quand ils y font tous entrés , le Général
Eſpagnol la fait barrer avec de groffes poutres
; un gros des fiens empêche en mêmetems
, à coups de fabre , la fortie des en--
par la porte dérobée. Ils fe trou--
vent pris , comme d'un coup de filet , au
nombre de huit mille dans ce teinple ,
qu'il faut fuppofer très- vafte , & ils font
tous obligés de mettre bas les armes , & de
fortir l'un après l'autre , de peur d'être
brûlés tous enſemble.
nemis
La nouvelle de ce rare fait d'armes rem →
plit la Cour d'Eſpagne d'admiration ; il faut
avouer qu'il le mérite par fa nouveauté.
La fille d'Alfonfe y prit un intérêt plus
fenfible qu'elle n'auroit voulu : elle avoit
eu jufques- là un éloignement marqué pour
tous les hommes ; ce brillant exploit l'en
corrigea. Le héros étoit aimable , & fa
gloire lui devint chere. Les ennemis de
Benavidès voulurent la ternir , & foulever
le peuple , en répandant le bruit que Benavidès
, bien loin d'avoir fervi l'Etat , venoit
88 MERCURE DE FRANCE.
de le trahir , & qu'il devoit époufer la fille
du Calife ; mais la fageffe du Roi calma
cet orage , & la fauffeté de l'accufation
fut dévoilée . Don Sanche , Prince du Sang,
& Velafquès , fecond Miniftre , qui en
étoient les auteurs fecrets , employent deux
affaffins , l'un pour fe défaire de Benavidès
par le fer , & l'autre pour faire périr
le Roi par le poifon ; ce qui occafionne un
incident des plus neufs , il vaut la peine
d'être raconté : le voici.
Le bruit fe répand tout-à-coup que le
Roi eft malade ; perfonne ne pénetre dans
fon appartement que Don Sanche & fes
créatures ; l'Infante de Caftille n'en eft
pas exceptée. D. Rodrigue eft empoifonné.
Tout ce que peut faire Blanche , dans cette
cruelle pofition , c'eſt de ſe ſervir du miniftere
d'Hordès , auffi bon médecin que grand
politique ; il avoit à peu près l'âge & la
taille de fon vieil Ecuyer ( on a toujours
befoin de ces reffemblances , pour aider le
Roman ) . Elle lui fait prendre l'habit de
cet homme , & lui donne la main , va chez
le Roi , & trouve le moyen d'y entrer avec
fon faux Ecuyer , ferme les verroux , ouvre
les rideaux du lit de fon pere , le voit
pâle & les yeux fermés. Hordès lui tâte le
pouls , & dit à l'Infante que le Roi eft dans
un danger manifefte , mais qu'il pourroit
FEVRIER. 1755. 85
à
le fauver s'il étoit à portée de lui donnes
un fecours auffi prompt que néceffaire. Il
a heureuſement fur lui un élixir propre
rendre à un corps abbattu , pour quelques
momens , toutes fes forces . Il en donne à
Don Alfonfe , qui reprend connoiffance .
Comme Blanche reffemble parfaitement à
fon pere ( je parle d'après l'Auteur ) , elle
prend fes habillemens de nuit , lui donne
les fiens , le coëffe de maniere qu'à peine
entrevoit- on fon vifage , & fe met dans
fon lit. Hordès , qui le foutient , parvient
heureuſement à le faire fortir du Palais
fans rencontre fâcheufe , il le conduit en
chaife dans une maifon ifolée. A peine
le Roi est - il parti que l'Infante fe décou
vre à un garçon de la chambre nommé
Hyago , dont elle connoît la fidélité , fait
avertir par fon moyen fon Capitaine des
Gardes de fe mettre promptement en état
de la feconder dans fes projets ; & dès
qu'elle eft fûre de ce fecours , elle fair
dire à Don Sanche & à Velafquès que le
Roi vient d'expirer. Elle fe leve en même
tems , prend la robe de chambre de fon
pere , s'arme d'un poignard , & fe met dans
l'embrafure d'une croifée voisine de la
porte par où les traîtres doivent paſſer.
Velafquès qui entre avec D. Sanche, fe jette
aux pieds de ce Prince , pour être le pre90
MERCURE DE FRANCE .
du
mier à lui rendre hommage. D. Sanche
pour ne point laiffer un témoin de fes crime
, tire fon épée , la lui paffe au travers
corps . L'Infante au même inftant perce
D. Sanche ; il tombe , Hyago l'acheve.
Le Capitaine des Gardes de la Princeffe
arrive à point nommé avec fa troupe ,
fait main- baffe fur les conjurés. La fanté
du Roi fe rétablit , & tout rentre dans l'ordre.
D'autres incidens non moins tragiques
fe fuccedent rapidement .
&
Dans le même tems le Marquis de
Benavidès eft affaffiné en Afrique , par un
fcélérat , qui le frappe au moment qu'il eft
feul occupé à faire fes dépêches . I bleffe
fon meurtrier , qui a la force deffe fauver
par la fenêtre , & tombe noyé dans fon
fang il échappe à la mort , & revient à
la Cour. Zulime , fille du Calife , qu'il at
refufé d'époufer , prend l'occafion d'un bal
pour venger cette offenfe fur le Général
Efpagnol ; mais dans fa fureur elle prend
le Roi pour lui , & lui porte un coup de
poignard. Benavidès qui accompagne Alfonfe
, fe jette fur Zulime , lui arrache le
fer , & le plonge dans fon fein. Le Roi
guérit de fes bleffures , ainfi que Zulime ,
dont il eft amoureux , déclare la guerre aux
Anglois , qui avoient favorifé la révolte
d'un Prince de fon fang contre lui . BenaFEVRIER.
1755 . 91
vidès paffe en Angleterre , & fe rend maî--
tre des trois quarts de cette Iffe ; mais par
un revers de fortune il eft fait prifonnier.
D. Alfonfe traverfe lui-même les mers ,
rompt les fers de fon favori , foumet Londres
, convoque les Etats , & fait élire Benavidès
Roi d'Angleterre. Il retourne enfuite
en Eſpagne ; il accorde l'Infante fa
fille aux Ambaffadeurs du nouveau Monarque
de Londres , qui brûle pour elle
d'un amour mutuel ; & dans le tems que
celui qui eft chargé de l'époufer en fon
nom s'approche pour recevoir la main de
Blanche de Caftille , Benavidès qu'on croità
Londres , paroît tout à coup , & reçoit
lui-même cette main fi defirée.
Ce font là de ces coups inattendus qui
furprennent dans un Roman , & qui le
mettent au-deffus de l'hiftoire . Dans celle--
ci l'Ambaffadeur Anglois eût tout fimple
ment , à l'ordinaire , époufé la Princeffe
pour fon maître : on auroit même trouvé
mauvais que Benavides eût quitté fes Etats.
nouvellement conquis , & rifqué de les
perdre , pour fe fignaler par un trait de
galanterie déplacée, Mais ce qui feroit un
défaut dans des mémoires purement hifto
riques , devient une beauté dans des aventures
vraiment romanefques. C'eft là qu'il
eft beau, d'être fingulier , & de hazarder:
2 MERCURE DE FRANCE.
la perte d'un royaume , pour fuivre le
tranfport d'un amour empreffé.
Grandeur des fentimens.
Ces nobles écarts partent d'un coeur audeffus
du vulgaire , & de pareils inciden's
font éclater la grandeur des fentimens qui
les produifent. Cette grandeur héroïque
brille par-tout dans ce Roman ; elle caracterife
fes principaux perfonnages . Benavidès
, parmi plufieurs traits d'héroïfme , fe
diftingue par un des plus rares. Edouard ,
furieux de voir fon Royaume prêt d'être
entierement conquis par le Général Efpagnol
, lui envoye un cartel , que ce dernier
refufe. Benavides aime mieux facrifier
l'honneur de mefurer fon épée avec
celle d'un Roi , à la gloire plus folide de
ne pas compromettre les intérêts de fon
Prince. Il trouve plus noble de laiffer foupçonner
fa bravoure , que de mettre en rifque
la conquête d'un Etat qu'il eft für
d'affurer à D. Alfonfe avec le fecours de
fes troupes ; cela paffe le heros , voilà le
grand homme. Le Roi encherit de fon
côté fur ce procédé magnanime , en pla
çant Benavides fon fujet fur le trône d'Angleterre
, dont fa valeur l'a rendu maître.
Ce trait eft au-deffus d'un Monarque , il
eft digne d'un Dieu , qui mefure fes bienFEVRIER.
1755. 9 *
faits à fa grandeur , & au mérite de celui
qu'il récompenfe. Blanche de Caftille fe
ignale par un effort de tendreffe & de
courage , qui n'eft pas moins admirable.
Digne fille d'Alfonfe , pour arracher au
tombeau fon pere empoifonné , elle prend
fes habits , & fe met à fa place , comme je
viens de le dire. Elle fait plus , elle perce
de fa propre main le premier auteur d'un
crime fi noir , & brave la mort pour la
lui donner. Cet exploit furprenant illuftre
la Princeffe autant que la fille ; il en fait
une héroïne que je préfere à Jeanne d'Arc.
Excellence des caracteres,
Tout eft merveilleux , tout eft afſorti
dans les mémoires dont je parle . Si les
fentimens en font grands , par une fuite
naturelle les caracteres en font beaux &
foutenus. Ses héros en doivent l'excellen
ce à celle de leur complexion . Nos vertus ,
ainfi que nos vices , dépendent de la qualité
& de la circulation du fang. Pour nous
porter au bien , il faut qu'il coule pur &
fans obftacles dans nos veines. La régula
rité de fon cours influe le plus fouvent fur
celle de notre conduite ; quand il circule
mal , nous agiffons de même. Le mal -aife .
du corps donne de l'humeur à l'ame ; l'hu
meur rompt l'équilibre néceffaire ; elle al94
MERCURE DE FRANCE.
tere cette égalité d'efprit , mere des vertus.
Un Poëte célebre a dit ,
Bonne ou nrauvaiſe fanté
Fait notre philofophie.
Elle fait auffi notre héroïfme , ces deux
mots bien analyfés font fynonimes . Un
Grand infirme ou cacochyme fait fouffrir
fes inférieurs des maux qu'il fouffre luimême.
Il voit tous les objets dans un mauvais
jour: ils prennent à fes yeux la couleur
de l'humeur noire où le jettent fes fouffrances.
Quelques talens qu'il ait , ils font
ternis par cette humeur qui le rend injuſte,
bizarre & fouvent cruel , il n'a de l'efprit
que pour nuire : c'eſt le héros de Machiavel
, prêt d'immoler tout à fa fombre politique.
Le véritable héros eft tout différent.
Il ne confulte , il ne fuit que la générofité
; il la fait fouvent éclater aux dépens
de fa fortune & même de fa raiſon.
Tel eft Benavides , grace à l'heureux naturel
qu'il tient de la bonté de fon tempérament.
Je vais avancer à ce propos un fentiment
qui aura d'abord l'air d'une plaifanterie
, mais auquel je tiens très -férieuſement
, & qui bien examiné de près eft
d'une vérité inconteſtablę. Je maintiens
FEVRIER. 1755. 95
qu'un Romancier ne fçauroit être trop attentifà
donner une fanté robufte aux perfonnages
qu'il met en action. Dans les différens
combats qu'ils font obligés de livrer
, dans les coups qu'ils reçoivent , dans
les tourmens qu'ils éprouvent , ils ont befoin
d'un corps à toute épreuve. C'eſt un
point effentiel que M. le Chevalier de
Mouhy n'a point oublié ; tous fes héros font
bien conftitués . D. Alfonfe eft doué d'une
vigueur qui résiste au fer & au poifon . Be
navidès n'a pas moins de force : on a beau
le poignarder , il triomphe du couteau de
l'affaflin , & reparoît brillant de ſanté ,
quand on le croit au rang des morts. Zulime
, la fille du Calife , ne leur céde
point en bonté de complexion ; elle guérit
de fes bleffures auffi promptement qu'Alfonfe
, qui l'époufe , & qui la couronne.
•
Le ftyle ou le coloris répond au deffein de
l'ouvrage , ce qu'on doit eftimer dans l'auteur
; il va toujours à l'intérêt. S'il eft prodigue
, ce n'eft qu'en incidens. Il eft fobre
en réflexions , & préfere toujours un fait
fingulier à une penſée neuve. Par ce moyen
fa morale n'ennuie jamais , elle eſt toujours
en action. On doit lui en fçavoir
d'autant plus de gré , qu'aujourd'hui nos
Ecrivains ont la fureur de l'efprit , ou plu
tôt la prétention , fans en avoir fouvent
les titres.
46 MERCURE DE FRANCE.
Je confeille à tous les jeunes gens qui
prennent le parti des armes , d'acheter ces
mémoires ; leur lecture est une Ecole militaire.
Les premiers Officiers y font non
feulement briller toutes les vertus de leur
état , mais les guerriers fubalternes y donnent
encore des leçons de courage & de
magnanimité . Je crois ne pouvoir mieux
finir cet extrait que par l'action d'un foldat
, qui m'a paru trop belle pour la paffer
fous filence. Les Espagnols avoient affiégé
Northombrie. Ils avoient remarqué fous
le pont-levis de la place une bréche par
où l'on pouvoit y entrer . Plufieurs defcendent
dans le foffé . Deux heures après le
point du jour , les Anglois ayant baiffé le
pont , les Espagnols plantent auffi-tôt leurs
échelles , fautent deffus , & tombent fur
l'ennemi . Le Commandant de la Garde
ordonne aux fiens de lever le pont , quoiqu'il
puiffe en coûter. Les Efpagnols ont
beau combattre , le nombre les accable ,
une partie eft déja culbutée dans le foffé ,
l'autre eft investie , & preffée par une foule
d'ennemis qui vont enlever & baiffer le
pont . Un foldat qui s'en apperçoit , ramaffe
une cheville de fer qui fert à l'arrê
ter , & veut la paffer dans l'anneau : un
coup de fabre lui coupe le poignet , & la
lui
FEVRIER. 1755.
97
lui fait quitter * : ô valeur fans pareille !
L'intrépide Efpagnol releve la cheville de
F'autre main , & la place. Ce coup hardi
décide du fuccès de l'entrepriſe.
tôt
>
L'action , toute prodigieufe qu'elle eft ,
trouve fon modele dans l'hiftoire . Cynegire
, frere du fameux Efchile , Poëte tragique
, à la journée de Marathon , arrête
d'une main un vaiffeau des Perfes qui
avoient pris la fuite : ayant eu cette main
coupée , il le faifit alors de l'autre bras
qu'il perd encore dans ce combat , & pluque
de lâcher prife , il mord le vaiſſeau
pour le retenir. Il n'eft point encore vaincu
par la perte de fes deux mains , pour
me fervir des expreffions de Juftin , il
combat avec le tronc de fon corps & avec
fes dents même , comme un lion féroce
qui triomphe en expirant . L'Hiftorien ici
va plus loin que le Romancier , & la copie
eft beaucoup moins chargée que l'original.
Ce qui fait voir que M. de M. fçait
affujettir même le merveilleux aux loix de
la vraiſemblance ; s'il a fuivi Juſtin , c'eſt
pour le corriger , peut-être même s'eſt- il
rencontré avec lui fans avoir l'imitation
en vûe. Il eft affez fécond & affez riche
* Cette exclamation eft de l'Auteur ; je n'y
ajoûte rien.
E
98 MERCURE DE FRANCE.
par lui- même pour n'avoir pas befoin d'emprunter
rien des autres.
Le catalogue de fes nouvelles oeuvres ,
que je vais joindre à cet extrait , eft un
garant de fon heureuſe abondance. Il eft
précédé d'un avertiffement que je mets ici
tel que l'Auteur l'a fait imprimer , & tel
qu'il me l'a envoyé .
Fermer
Résumé : « EXTRAIT DES MÉMOIRES DU MARQUIS DE BENAVIDÈS, en sept parties ; dédiés à [...] »
Le texte est un extrait des mémoires du marquis de Benavidès, rédigés par le chevalier de Mouhy. L'auteur soutient que les romans doivent exagérer les événements, les sentiments et les personnages pour captiver le lecteur. Les mémoires de Benavidès illustrent ces qualités par trois aspects : la singularité des événements, la grandeur des sentiments et l'excellence des caractères. La singularité des événements commence par la naissance du marquis de Benavidès. Don Rodrigue, premier ministre d'Alphonse, poignarde sa femme Isabelle par désespoir, mais elle survit et se cache. Don Rodrigue la retrouve, obtient son pardon, et ils renouent leur amour. De cette union naît Benavidès, qui devient général à seize ans. Il capture l'empereur du Maroc et ses troupes, puis assiège et prend Maroc par une ruse stratégique. À la cour d'Espagne, la fille d'Alphonse s'intéresse à Benavidès malgré son éloignement initial pour les hommes. Des ennemis de Benavidès tentent de le discréditer, mais leur complot est déjoué. Don Sanche et Velafquès, complices, tentent d'empoisonner le roi Alphonse et d'assassiner Benavidès. Blanche, l'infante, sauve son père en le faisant passer pour mort et en tuant les conspirateurs. Benavidès est ensuite attaqué en Afrique mais survit. Zulime, fille du calife, tente de le venger en poignardant le roi Alphonse, mais Benavidès la neutralise. Alphonse déclare la guerre aux Anglais et, après diverses péripéties, Benavidès devient roi d'Angleterre. Alphonse retourne en Espagne et marie l'infante Blanche à Benavidès. La grandeur des sentiments est illustrée par des actes héroïques. Benavidès refuse un duel avec le roi Édouard pour ne pas compromettre les intérêts de son prince. Alphonse le récompense en le nommant roi d'Angleterre. Blanche sauve son père empoisonné en prenant sa place et en tuant les conspirateurs. L'excellence des caractères est soulignée par la robustesse physique et morale des héros. Leur santé et leur tempérament influencent leurs actions et leurs vertus. Les personnages principaux, comme Benavidès, Alphonse et Zulime, montrent une grande résistance et une générosité exceptionnelle. Le style de l'œuvre est prodigue en incidents mais sobre dans son expression, toujours orienté vers l'intérêt du lecteur. Le texte discute également de la préférence pour les faits singuliers plutôt que les nouvelles pensées dans la morale, soulignant que cette approche rend la morale toujours en action et évite l'ennui. Il critique les écrivains contemporains pour leur prétention à l'esprit sans en avoir toujours les titres. L'auteur conseille aux jeunes gens prenant les armes d'acheter certains mémoires, décrivant leur lecture comme une école militaire. Ces mémoires mettent en avant les vertus des premiers officiers et les leçons de courage et de magnanimité des guerriers subalternes. Un exemple notable est l'action d'un soldat espagnol lors du siège de Northombrie, qui, après avoir eu la main coupée, utilise son autre main pour placer une cheville de fer, permettant ainsi de maintenir le pont baissé et de décider du succès de l'entreprise. Cette action est comparée à celle de Cynegire, frère d'Eschyle, qui à la bataille de Marathon, retient un vaisseau perse avec ses mains et ses dents après les avoir perdues. L'auteur souligne que l'historien va au-delà du romancier en rendant le récit plus vraisemblable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 94-103
HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
Début :
L'OUVRAGE que nous annonçons est d'un genre singulier ; & le nom de [...]
Mots clefs :
Homme, Grand, Héros, Femme, Grandeur, Ouvrage, Innocent
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texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
HISTOIRE de JONATHAN WILD
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
le Grand , traduit de l'Anglois de
M. FIELDING, Auteur de JOSEPH
ANDREWS & de TOM JONES , &c
A Londres , & fe trouve à Paris chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques,
au Temple du Goût , 1763 ; deux volumes
in- 12.
L'OUVRAGE que nous annonçons
eft d'un genre fingulier ; & le nom de
fon Auteur , fi connu en France par les
AVRIL. 1763. 95
Traductions qui ont été faites de plufieurs
de fesromans , prévient d'avance
en faveur de celui- ci. Sous le voile d'une
ironie foutenue depuis le commencement
jufqu'à la fin de l'Ouvrage, l'Au
teur cherche à défabufer les hommes
des idées fauffes & prèfque toujours
dangereufes , qu'ils fe forment communément
de la grandeur. Un infigne Scélérat
que des crimes de toute efpéce
conduifent enfin au dernier fupplice , eft
le héros qu'il a choifi pour relever &
cenfurer les préjugés , le mauvais goût,
l'efprit de parti & différens autres défauts
de fes compatriotes ; & quoique,
l'ouvrage foit fait principalement pour
la Nation Angloife , il n'y a point de
Peuple qui ne puiffe s'y reconnoître, ni
de Lecteur qui ne puiffe en profiter. On
ne s'attend pas que nous faffions le récit
des attentats horribles que l'on fait
commettre au fameux Scélérat qui joue
le premier rôle dans ce roman. Il n'eft
question que de vols , d'affaffinats & de
perfidies les plus atroces ; contentonsnous
d'en citer quelques exemples pour
faire connoître le genre de critique de
notre Auteur , toujours préfenté fous le
-voile de l'ironie.
Jonathan Wild , dit Legrand , chef
96 MERCURE DE FRANCE .
»
d'une troupe de voleurs , étoit iffu de
parens diftingués dans cette profeffion .
On l'envoya à l'école avec les autres
enfans de fon âge ; mais il montra
» pour l'étude la répugnance la plus
» marquée . Son Maître , homme de
» beaucoup de fens & de mérite , le
» difpenfa bientôt de toute peine à cet
» égard ; & tandis qu'il affuroit à fes
parens qu'il faifoit les plus grands
» progrès , il lui permettoit de fe livrer
» entiérement à fes inclinations , parce
» qu'il fentoit bien qu'elles le porte-
» roient à des objets plus nobles que les
» fciences , qui , comme on en convient
généralement , ne rendent aucun pró-
» fit , & ne font propres , qu'à empêcher
» un galant homme de s'avancer dans
» le monde. "
Wild y débuta par quelques traits de
friponnerie qui donnerent dès - lors de
grandes efpérances de fon talent. Il fit
connoiffance avec le Comte de la Rufe,
Chevalier d'induftrie ; & ils eurent enfemble
de fréquentes conférences fur
les principes fondamentaux de leur art.
On croit communément que les voleurs
confervent entr'eux une forte de probité
qui les empêche de fe nuire mutuellement.
Le grand. Wild étoit bien audeffus
AVRIL 1763: 97
deffus de ces petites foibleffes : nonfeulement
il croyoit qu'il eft indigne
d'un grand coeur de refpecter la bourfe
de fes camarades ; » mais il n'étoit pas
» même de ces hommes mal -nés , qui
» rougiroient de voir un ami , après
» l'avoir volé ou trahi. Ce caractère
» pufillanime a fouvent produit dans le
» monde les crimes les plus monstrueux .
" Un excès de modeftie dans ce genre
» a porté bien des gens à affaffiner , ou
» du moins à ruiner fans reffource ceux
>> contre qui leur confcience leur repro-
" choit d'avoir commis quelque pecca-
» dille , foit en débauchant leurs fem-
» mes on leurs filles , foit en trahiffant
» leur confiance , foit en rendant contre
>> eux un faux témoignage. Mais dans
» notre héros , tout étoit véritablement
» grand. Toujours maître de lui , il ne
"
craignoit point d'aller boire avec un
» homme qu'il avoit dévalifé le mo-
» ment d'auparavant. »
Sa conduite à l'égard de fon ami
Francoeur fut un chef- d'oeuvre d'héroïfme
en ce genre. Ce dernier étoit
un Marchand Jouiallier , qui affervi aux
idées populaires avoit la foibleffe d'être
compatiffant , fenfible & généreux . Il
portoit la fimplicité au point de ne jamais
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
tirer avantage de l'ignorance de ceux
~ qui venoient acheter chez lui , & de fe
contenter du profit le plus modique.
Sa femme étoit une ame commune
efpèce d'animal domeftique , qui avoit
la petiteffe de fe borner aux foins de
fa famille & de fe faire un devoir de
plaire à fon mari & de bien élever fes
enfans. Ce fut à cette femme , fi peu
manièrée , que Francoeur. préfenta le
grand Wild comme le meilleur de fes
amis. Les premières preuves que notre
héros lui donna de fon amitié , furent
de lui faire efcamoter fes bijoux , tirer
de lui des lettres de change , de le faire
mettre en prifon , de lui enlever fa femme
, &c. &c . & à chaque trait de perfidie
, il avoit la force & le courage de
fe préfenter à lui , tandis que des âmes
vulgaires fe feroient fait un devoir d'éviter
fa rencontre. » Il n'avoit ni l'ex-
» térieur foumis d'un Curé qui aborde
» fon Seigneur après s'être oppofé à
» fon élection , ni l'air, qu'affecte un
» un Médecin , qui apprend à la porte
» de fon malade , que , graces à fes foins ,
» le pauvre patient eft parti pour l'autre
» monde, nila contenance abbattue d'un
» homme, qui , après avoir long-temps
» lutté entre la vertu & le vice , &
»
AVRIL 1763.
TOPHEQUE
Gron
DE
LA
ה ד ו
s'être enfin
déterminé
pour le dern
» eft malheureufement
pris fur le fa
» dans fa première friponnerie
: Mais
» fon maintien noble , hardi , magna-
» nime & plein de confiance , étoit
» celui d'un homme en place , lorſqu'il
" affure un des fes protégés
, que le
» pofte qu'il lui avoit promis n'eft plus
» vacant , & qu'il eft actuellement
rem-
» pli par un autre qui le lui avoit de-
» mandé avant lui . Car de même que
» l'homme en place ne manque pas de
» vous reprocher aigrement
, que vous
» n'avez perdu l'emploi que vous fou: -
haitiez , que par votre négligence
» de même auffi notre héros commen-
» çoit par blâmer fon ami fans lui don-
» ner le tems de répondre ; & c . »
Wild ne croit pas avoir affez fait
contre Francoeur , s'il ne vient à bout
de le conduire à la potence . Déjà il á
trouvé le moyen de le repréfenter comme
un banqueroutier frauduleux , &
de faire arrêter fa femme comme complice.
Wild en impofe tellement aux
Juges de fon ami , qu'un Arrêt définitif
condamne enfin au dernier fupplice
l'infortuné Francoeur , qui , tout innocent
& tout honnête homme qu'il eft ,
eft fur le point de voir fa fentencé
E ij
100 MERCURE DE FRANCE
à
éxécutée. Il eft vrai que lorfqueJonathan
apprit le fort de fon ami , il eut un
un inftant de foibleffe. Il pâlit pour la
première fois ; il faillit de fuccomber
fous le poids des horreurs que lui caufoit
la destinée d'un innocent que luimême
avoit fait condamner injuftement.
Mais fa grandeur d'âme vint toutà-
coup à fon fecours , & lui fir blâmer
ces penfées ignobles , qui s'étoient élevées
malgré lui dans fon efprit. » Quoi !
» difoit-il , femblable à un enfant
» une femme , je perdrois en un inf
tant cet honneur que j'ai acquis avec
» tant de gloire ? .... Qu'est - ce après
tout que la vie d'un homme ? Des
armées , des nations entiéres n'ont-
» elles pas été fouvent immolées à la
» fantaifie d'un grand homme ? Et fans
» parler ici de cette première claffe de
» la grandeur , qui comprend les con
» quérans du genre- humain , combien
» de gens n'ont-ils pas été facrifiés fous
» de vains prétextes pour fatisfaire le
" reffentiment particulier , ou même
» pour exercer le génie d'un héros du
» fecond ordre ? Mais qu'ai-je fait après
tout ? J'ai ruiné une famille ; j'ai con-
» duit un innocent à la potence. Loin
de m'en repentir , je devrois pleurer
AVRIL 1763.
ΤΟΙ
?
comme Alexandre de n'en avoir
» pas ruiné davantage , ou fait pendre
un plus grand nombre.
Francoeur n'eut cependant pas le fort
qui fembloit l'attendre. Son innocence
fut reconnue de fes Juges ; & le grand
Wild reçut enfin la récompenfe dûe à
fon héroïfme. Il fut convaincu & condamné
à une mort qu'on ne pourra
s'empêcher d'appeller honorable , fi on
confidére les grands hommes qui ont
eu l'honneur de la mériter.
6
??
par
Jamais ce héros ne fut arrêté.
aucune de ces foibleffes qui déconcertent
les petites âmes , & qui font
» généralement comprifes fous la dé-
» nomination d'honnêteté. Il avoit entiérement
renoncé à toute pudeur ,
à tout fentiment de compaffion &
» d'humanité ; défauts , qui , comme il
» ne craignoit pas de le dire , étoient
» directement contraires à la grandeur ,
" & fuffifoient pour rendre un homme
» abfolument incapable de faire dans le
» monde une figure un peu honnête ...
» Il avoit compofé des maximes qu'il
» regardoit comme autant de moyens
» fùrs pour parvenir à la grandeur , &
» qu'il obferva conftamment dans toutes
fes démarches. En voici quelques-
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
» unes. Ne faire jamais à perfonne plus
» de mal qu'il n'eft néceffaire pour
» l'éxécution de fon projet ; parce que
le mal eft quelque chofe de trop
précieux pour le prodiguer inutile-
"
» ment.
» N'admettre parmi les hommes au-
» cune diftinction fondée fur l'amitié
» ou fur quelqu'autre raifon que ce foit ,
mais les facrifier tous également à ſon
» intérêt.
2
» Éviter la pauvreté & la mifére , &
» ne s'attacher , autant qu'il eft poffible ,
» qu'au pouvoir & aux richeffes.
» Ne jamais récompenfer perſonne
" felon fon mérité , & lui infinuer ce-
» pendant toujours que la récompenfe
» eft fort au- deffus de ce qu'on lui doit.
» Une bonne réputation eft comme
» l'argent ; on peut s'en défaire , ou
,, du moins la rifquer pour fe procurer
» quelqu'avantage.
" Les vertus , femblables à des pièrres
» précieuſes , fon aifément contrefaites.
» Parmi les unes & les autres , les fauf-
» fes parent également ceux qui les
" poffedent , & il y a bien ly. peu de con-
» noiffeurs affez habiles pour diftinguer
le vrai diamant du diamant factice.
Eien des fripons fe font perdus pour
AVRIL. 1763 . 103
»ne s'être pas livrés fans réferve à la
» friponnerie. Un homme qui ne joue
» pas tout fon jeu doit naturellement
» perdre ».
En voilà affez pour faire connoître
le genre de critique contenu dans ce
Roman , & le tour d'efprit qu'employe
l'Auteur pour reprendre les défauts qui
font l'objet de fa cenfure. On doit
fçavoir gré au Traducteur de nous avoir
procuré la connoiffance de cet Ouvrage
agréable & plaifant. Sa verfion nous a
paru fidéle fans fervitude , fon ftyle
aifé , mais fans négligence :
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Résumé : HISTOIRE de JONATHAN WILD le Grand, traduit de l'Anglois de M. FIELDING, Auteur de JOSEPH ANDREWS & de TOM JONES, &c A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût, 1763 ; deux volumes in-12.
L'ouvrage 'Histoire de Jonathan Wild le Grand' est une traduction de l'anglais par Henry Fielding, également auteur de 'Joseph Andrews' et 'Tom Jones'. Publié à Paris en 1763, ce roman utilise l'ironie pour critiquer les idées fausses et dangereuses que les hommes se forment sur la grandeur. Le héros, Jonathan Wild, est un scélérat dont les crimes variés le mènent au supplice. L'auteur choisit ce personnage pour dénoncer les préjugés, le mauvais goût et l'esprit de parti. Jonathan Wild, issu d'une famille de voleurs, montre dès l'enfance une aversion pour l'étude. Son maître, reconnaissant ses inclinations, le laisse se livrer à ses véritables aspirations. Wild commence sa carrière criminelle en collaborant avec le Comte de la Rufe, un autre voleur. Contrairement aux autres voleurs, Wild n'hésite pas à trahir ses camarades pour son propre intérêt. Un exemple notable de sa perfidie est sa relation avec Francoeur, un marchand joaillier compatissant et généreux. Wild escamote les bijoux de Francoeur, tire des lettres de change à son nom, le fait emprisonner et enlever sa femme. Malgré ces trahisons, Wild continue de se présenter à Francoeur avec assurance. Wild parvient même à faire condamner Francoeur à la potence pour banqueroute frauduleuse, bien que son innocence soit finalement reconnue. Wild est finalement condamné à une mort honorable pour ses crimes. Wild suit des maximes strictes pour atteindre la grandeur, évitant la pauvreté, sacrifiant ses amis à son intérêt et manipulant les perceptions des autres. L'auteur utilise ce personnage pour critiquer les défauts humains et les préjugés sociaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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