Résultats : 57 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 40-46
LETTRE DE MADAME la Comtesse de Bregy, A Monsieur l'Abbé Bourdelot.
Début :
Si vous me regardez du costé de la capacité, je [...]
Mots clefs :
Vers, Colbert, Mérite, Écrire, Médecine, Redevable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MADAME la Comtesse de Bregy, A Monsieur l'Abbé Bourdelot.
LETTRE DE MADAME
la Comteſſe deBregy ,
Si
A Monfieur l'Abbé Bourdelot.
d'ac- I vous me regardez du coſtéde la capacité,je demcure cord que mon dro't n'est pas bien fondé à me plaindre de vous , de ne m'avoir point montré vos Ou- vrages: Mais s'il vous avoit plû,
Monsieur , de confiderer ceux qui vous aiment le mieux , par cette regle là j'aurois receu devous les Vers que vous avez faits pour MonsieurColbert , dont lefeulha- zard mefit hier prefcnt. Cela est beau que ce nefoitpas devous que jeles aye reçeus. Nesçavez-vous
GALANT. 27
E
de
en
de
pasbien que tout ce qui sert àvo- ſtregloire,fert aussiàma joye ,
que d'ailleurs bien de choses ne m'en donnent pas tant qu'il foit neceffaire de m'en retrancher ? Ce n'est pas là ce que les Amis doivent faire , au contraire il faut qu'ils fongent à procurer à ceux
qu'ils aiment tous les petits biens,
westant pas en estat deleur en faire avoir de grands ; mais vous estes dans un embarras d'amour propre,
qui vous tient de trop pres pour vous laiſſer le temps de penserà
ceux , dequi vous estes aimé, &il
vous fait fans ceffe courir apres ceux , que l'Envie empesche de
convenirdevostremerite. Necherchezplusà les enconvaincre.Eftes- vous àſçavoirque la Verité s'éta- blit par elle-mesme , & que c'est 0145 fonprivilege depercertousles nua
tte
les
A
Y
eft
que
ges pourse découvrir ? C'est une
Bij
28 LE MERCVRE
preuve du parfait merite , de vi- vrc avec nonchalancefans briguer l'approbation, il faut qu'elle vien- ne à la fin payer tribut fans que lon' en prenne foin. Regardez le Héros , aupres de qui vous eſtes attaché. Voyezcomme il semble estre de loisir , il ne fait plus rien parce qu'ila tout fait,car iln'est point d'esprit qu'il n'ait parfaite- mentafſujetty à croire qu'il est un des plus grands Hommes du monde,
& pour peu qu'il commençât à
s'ennuyer dans sa folitude , ilfe trouve un remede tout prest. Il n'a qu'à tourner les yeux du cofté defa gloire,pourvoir le plus beau pe- Etacle , que jamais Mortel ait pû donnerà l'Univers. Avec une telle Sauvegardeiln'estpointde chagrin qui le puiſſe attaquer. La mort mesme , qui ofe tout nepourra rien contre luy , car lors qu'elle croira
GALANT. 29
-
le
es
le
съ
ift
te141
de
sestre enrichie d'unefi noble proye,
elle n'aurafait que le débaraſſerde
ce qu'il avoit de commun avec le
refte des Hommes , pour le laiffer
pluspurement en estat d'aller pren- dre place entre les Demy-Dieux.
Mais s'il trouvoitſon compte à cela,nousn'y trouverions
ftre en
Le no pas be le perdant ; c'est pourquoy Monsieur l'Abbé , ne fongez pas tant àécrire *7771
en beau langage , que vous ne reſviez profondement àce
que l'Art de la Medecine peut
Se fournir de Secrets, pour prolonger fur la terreunesi belle vie ; &par là voſtre Siecle vous fera beaucoup
plus redevablé , que de toutes les
chofes que vouspourriez d'ailleurs faire pour fon ornement. En mon.
particulier je ne vous quittepoint à moins de me promettre pour ce Grand Homme encore une centaine
L'années; & pour vous en récompu
elle
yin
ort
-ien
1
Biij
30 LE MERCVRE penſer,jeſouhaiteque toutle mon- de convienne avec moy que Mon- fieur l'AbbéBourdelot est tout com- pté &rabattu , un desHommes du
monde de laplus agreable conuer- fation
la Comteſſe deBregy ,
Si
A Monfieur l'Abbé Bourdelot.
d'ac- I vous me regardez du coſtéde la capacité,je demcure cord que mon dro't n'est pas bien fondé à me plaindre de vous , de ne m'avoir point montré vos Ou- vrages: Mais s'il vous avoit plû,
Monsieur , de confiderer ceux qui vous aiment le mieux , par cette regle là j'aurois receu devous les Vers que vous avez faits pour MonsieurColbert , dont lefeulha- zard mefit hier prefcnt. Cela est beau que ce nefoitpas devous que jeles aye reçeus. Nesçavez-vous
GALANT. 27
E
de
en
de
pasbien que tout ce qui sert àvo- ſtregloire,fert aussiàma joye ,
que d'ailleurs bien de choses ne m'en donnent pas tant qu'il foit neceffaire de m'en retrancher ? Ce n'est pas là ce que les Amis doivent faire , au contraire il faut qu'ils fongent à procurer à ceux
qu'ils aiment tous les petits biens,
westant pas en estat deleur en faire avoir de grands ; mais vous estes dans un embarras d'amour propre,
qui vous tient de trop pres pour vous laiſſer le temps de penserà
ceux , dequi vous estes aimé, &il
vous fait fans ceffe courir apres ceux , que l'Envie empesche de
convenirdevostremerite. Necherchezplusà les enconvaincre.Eftes- vous àſçavoirque la Verité s'éta- blit par elle-mesme , & que c'est 0145 fonprivilege depercertousles nua
tte
les
A
Y
eft
que
ges pourse découvrir ? C'est une
Bij
28 LE MERCVRE
preuve du parfait merite , de vi- vrc avec nonchalancefans briguer l'approbation, il faut qu'elle vien- ne à la fin payer tribut fans que lon' en prenne foin. Regardez le Héros , aupres de qui vous eſtes attaché. Voyezcomme il semble estre de loisir , il ne fait plus rien parce qu'ila tout fait,car iln'est point d'esprit qu'il n'ait parfaite- mentafſujetty à croire qu'il est un des plus grands Hommes du monde,
& pour peu qu'il commençât à
s'ennuyer dans sa folitude , ilfe trouve un remede tout prest. Il n'a qu'à tourner les yeux du cofté defa gloire,pourvoir le plus beau pe- Etacle , que jamais Mortel ait pû donnerà l'Univers. Avec une telle Sauvegardeiln'estpointde chagrin qui le puiſſe attaquer. La mort mesme , qui ofe tout nepourra rien contre luy , car lors qu'elle croira
GALANT. 29
-
le
es
le
съ
ift
te141
de
sestre enrichie d'unefi noble proye,
elle n'aurafait que le débaraſſerde
ce qu'il avoit de commun avec le
refte des Hommes , pour le laiffer
pluspurement en estat d'aller pren- dre place entre les Demy-Dieux.
Mais s'il trouvoitſon compte à cela,nousn'y trouverions
ftre en
Le no pas be le perdant ; c'est pourquoy Monsieur l'Abbé , ne fongez pas tant àécrire *7771
en beau langage , que vous ne reſviez profondement àce
que l'Art de la Medecine peut
Se fournir de Secrets, pour prolonger fur la terreunesi belle vie ; &par là voſtre Siecle vous fera beaucoup
plus redevablé , que de toutes les
chofes que vouspourriez d'ailleurs faire pour fon ornement. En mon.
particulier je ne vous quittepoint à moins de me promettre pour ce Grand Homme encore une centaine
L'années; & pour vous en récompu
elle
yin
ort
-ien
1
Biij
30 LE MERCVRE penſer,jeſouhaiteque toutle mon- de convienne avec moy que Mon- fieur l'AbbéBourdelot est tout com- pté &rabattu , un desHommes du
monde de laplus agreable conuer- fation
Fermer
Résumé : LETTRE DE MADAME la Comtesse de Bregy, A Monsieur l'Abbé Bourdelot.
Dans sa lettre à l'Abbé Bourdelot, la Comtesse de Bregy exprime son admiration pour ses œuvres et son désir de recevoir les vers qu'il a écrits pour Monsieur Colbert. Elle souligne que la gloire de l'Abbé lui procure de la joie et critique son habitude de ne pas partager ses œuvres avec ses proches, préférant chercher l'approbation de ceux qui sont jaloux de son mérite. La Comtesse compare l'Abbé à un héros indifférent aux approbations extérieures et l'encourage à se concentrer sur la médecine pour prolonger sa vie. Elle souhaite qu'il vive encore longtemps et continue à contribuer à la médecine, estimant que cela serait plus bénéfique pour son siècle que ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 356-357
AUTRE ENIGME.
Début :
Je tire ma vertu de Climats diférens, [...]
Mots clefs :
Médecine
3
p. 126-137
Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay souvent parlé des Arts, que les soins, [...]
Mots clefs :
Soins, Médecine, Remèdes, Apothicaire, Thériaque, Composition, Hôpitaux, Abeilles, Boeuf, Excréments, Peuple, Monarque, Animal solaire, Âme, Planètes, Astres, Morsure, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Je vous ay fouvent
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
parlé
des Arts , que les foins ,
bien faits , & la magnificence
du Roy font fleurir en
France avec tant d'eclat, mais
je ne vous ay rien dit de la
Medecine
. Vous ne devez
pas vous en étonner
; c'eft
un Art long , difficile , & inGALANT.
127
certain . Elle eft , enfin , for
tie de l'affoupiffement , où
elle étoit depuis plufieurs
Siécles , à l'égard de la pré--
paration des Remedes Specifiques
, & celuy qui eſt le
plus néceffaire , paroift maintenant
dans fa perfection.
C'eft la Theriaque. Ms Jof.
froy, Jauffon, & Bolduc, tous
trois Maiftres Apotiquaires
Paris , en ont fait publiquement
devant la Faculté de
Medecine . M' le Lieutenant
General de Police , & M' le
Procureur du Roy y ont af
fifté , felon ce qui fe pratique
Liiij .
128 MERCURE
dans tous les lieux où cette
compofition fe fait. M' de
Rouviere Apotiquaire du
Roy , & Major des Camps &
Armées de Sa Majefté , & de
fes Hôpitaux , a entrepris luy
feul la mefme compofition .
On a déja veu deux Theſes
de luy fur ce fujet , & fi l'on
juge de la fin par ces commencemens
, on n'en peut
rien attendre que de fort extraordinaire
. Je vous envoye
FEftampe de l'Emblême Enigmatique
, mife au haut de la
derniere de ces Thefes . On
y voit fortir un grand nom.
GALANT. 129
les
pre de Mouches à Miel , des
entrailles d'un Boeuf mort,
pour faire connoiftre ce que
nous apprennent les Natura-
¡ liftes , qui veulent que
Abeilles foient engendrées
d'un Boeuf, ou d'un Taureau.
Cet Animal eft mis dans un
lieu bas , & plein de fange,
afin de marquer la baffeffe & -*
l'origine de ces Mouches . Ce
qui a fait mefme dire à quel
ques Autheurs , qu'elles n'étoient
produites que des excremens
d'un Boeuf, comme
plufieurs autres Infectes de
pareille nature le font d'ex130
MERCURE
crémens d'autres Animaux
Les plus curieux d'entre les-
Naturaliftes , qui fe font attachez
à connoiftre la nature ,,
les moeurs , & le gouvernement
des Abeilles , ont remarqué
qu'elles conſtituoient
un Etat Monarchique fous un
Roy , & ont prétendu qu'il
n'étoit pas vray femblable
que ce Roy fuft tiré de la lie
du Peuple. Apres avoir recherché
fon origine, avec une
exacte application , ils ont re
connu qu'il étoit choify ordinairement
d'entre les Abeil.
les qui font engendrées du
GALANT. 131
f
Lyon , qui comme l'on fçait
eft un Animal Solaire , & par
conſequent qui marque la
Royauté , de mefme que le
Taureau eft un Animal Lunaire
qui marque la Populace
; & comme le Soleil fur
paffe infiniment la Lune , &
toutes les Planettes en force,
en vertu , & en lumiere , ainfi
le Lyon doit l'emporter fur
les autres Animaux , comme
Animal Solaire , & dont les
productions font plus nobles .
C'est pour cela qu'on l'a mis
dans une fituation plus éle
vée. Il est l'Ame de l'Em
132 MERCURE
blême , & a cette Infcription
pour marquer la Nobleffe des
Abeilles qui en fortent, Phabi
ab origine præftant. L'autre Infcription
fait voir le bon- heur
des Abeilles , qui font gouvernées
& conduites par um
Roy. En effet , l'Etat Monarchique
étant le meilleur
de tous les Etars , ceux qui
font les plus foûmis à leur
Roy , doivent s'eftimer les
plus heureux , &fe vanter que
Uno fub Rege beantur. Je ne
m'arrefteray point à vous faire
le détail de toutes les parties
du Tableau. Le deffein n'a
GALANT. 133
rien d'obfcur pour ceux qui
1 font éclairez . On fçait que le
Belier eft un Animal Solaire,
ainfi qu'entre les Plantes,
l'Heliotrope
ou le Tournefol
, qui eft toûjours tourné
vers le Soleil ; que fi l'Heliotrope
eft oppofé à cet Aſtre,
on en doit attribuer la faute
au Graveur. Ce n'eſt pas non
plus fans deffein , que l'on a
repreſenté
un Lezard , qui
s'attache & s'éleve au Piedeftal
, fur lequel font pofées les
Armes du Roy , puifque fa
couleur & fa nature , montrent
affez qu'il s'attache
134 MERCURE
toûjours aux bonnes chofes,
& aux plus folides, & qu'il n'a
point de plus grand plaifir
que celuy de regarder le Soleil
, ou d'en eſtre regardé.
Quant à la Vipere qui paroift
rampante au bas , on peut dire
que comme elle entre dans
la compofition de la Theriaque
, elle fournit le plus falutaire
, & le plus univerſel de
tous les Remedes, & qui ne fe
faifoit autrefois que pour les
Empereurs , les Roys & les
Princes , dont la vie doit toû
jours eftre tres-chere à leurs
Sujets. La morfure de la Vi
GALANT. 135
•
5
pere eft mortelle , lors quelle
eft en colere , & la mort eft
le remede au mal qu'elle a
fait. Ainfi ce qui eft écrit au
deffous cft tres vray , Ut dat
viva necem , fic mortua vitam.
Sur le Piedeſtal eft un Brazier
où brûlent des parfums , pour
rendre hommage au Soleil.
Les Abeilles s'en approchent
afin de marquer qu'elles luy
rendent cet hommage comme
au principe, d'où leur Roy
tire fon origine. Pour ce qui
regarde la Devife de Sa Majefté
qui eft autour du Soleil,
& fes Armes gravées fur un
136 MERCURE
Monde au Piedeſtal ; il eft
aiſé de connoiſtre que le principal
deffein de cette Emblême
Enigmatique , eft de
faire entendre que tous les
Peuples de la Terre feroiest
heureux , s'ils étoient fous la
domination de noftre Augufte
Monarque. A l'égard
du Serpent ou Dragon , qui
eft dans un Ecu foûtenu par
un Ange au coin de la Planche
, il n'y a perfonne qui ne
connoiffe qu'il repreſente ELculape,
Dieu de la Medecine,
qui parut fous la figure d'un
Serpent , dans le Vaiffeau des
GALANT. 137
Romains , au retour d'Epi--
daure , où ils allerent demander
ce Dieu qu'on y adoroit,,
pour les delivrer de la Pefte
qui dépeuploit la Ville de
Rome. Il a la Tefte environ--
née de rayons pour montrer
qu'il étoit Fils du Soleil . Ses
Âîles marquent non fèulement
fa vieilleffe , mais auffi
la qualité des Dragons aiflez
qui font fans venin....
Fermer
Résumé : Composition de la Thériaque, [titre d'après la table]
Le texte aborde la médecine et la thériaque, un remède spécifique. La médecine est décrite comme un art long, difficile et inélégant, mais elle émerge d'une période d'oubli grâce à la préparation de remèdes spécifiques, notamment la thériaque. À Paris, des apothicaires tels que Jos. Froy, Jauffon et Bolduc ont préparé publiquement cette composition devant la Faculté de Médecine, en présence de M. le Lieutenant Général de Police et de M. le Procureur du Roy. M. de Rouvière, apothicaire du Roy, a également entrepris cette composition et a publié des thèses à ce sujet. Le texte inclut une description d'un emblème énigmatique lié à la thériaque. Cet emblème représente des abeilles sortant des entrailles d'un bœuf mort, symbolisant la royauté et le gouvernement monarchique des abeilles. L'emblème utilise des symboles astronomiques et animaux pour illustrer la noblesse et le bonheur sous un roi. Parmi les éléments mentionnés figurent le bélier, le lézard, la vipère et le serpent, chacun ayant une signification spécifique dans le contexte de la médecine et de la royauté. L'emblème vise à montrer que les peuples seraient heureux sous la domination du monarque français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5
p. 56-102
Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain 30e. l'Academie Royale des Sciences ayant [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Fontenelle, Discours, Plantes, Baromètre, Animaux, Matière, Malades, Médecine, Mercure, Assemblée, Botanique, Métal, Minéral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Le lendemain 30e. l'Academie Royale des Sciences ayant
tenu aussi sa premiere Assemblée publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle Secretaire perpetuel de
la Compagnie, qui estant eagagé par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens - morts, fit celuy
de M de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant. des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes, &c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier; que c'estoit par cet endroit que la Botanique devenoit une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvel-
lesPlantes,& çeluy de mettre à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion dominante desBotanstes
qu'ils y
avoient mesme si heureusement réüssi, qu'on pouvoir dire que jamais le nombre des Plantes connuës n'avoit eite si grand, ny la matiere Medecinale plus abont dance; qu'on pourroit cependant dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction de la plûpart des nouvelles Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc disparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
,
soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge, dont il entretint ensuite la Compagnie:il dit toutes les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus. Ilparla de plusieurs experiences d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable, de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte. Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à
ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés
,
lévenement avoir furpnffe son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant l'Automne il y eut beaucoup de Malades; que la plûpart n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles tierces, qui estoient souvent accompagnées de dévoyemenr; que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux, ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne qui preparoit les reme-
des donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique guery
,
d'avoir esté resserré pendant trois jours,& d'avoir rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda ce que l'on avoir donné à
ce malade; qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise qui luydécouvrit un nouveau remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque liqueur,& qu'il s'y ren-
contre quelque acide, ou partie serrugineuse,ils ne manquoient point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné, ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
:
Et il ajoüca, quel'expe-
rience répondit à
souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede qui coutoit si
peu, s'épargnerent ladépense du Kinkina dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes. Il nomma deux autres Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle; que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur comme quelques-uns
l'assurent
;
qu'il falloit une certaine quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y
causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
,
que
les vices de la digestion pouvoient venir tantôt de la disposition de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à
ces fiévres un caractere & des accidents différents qui servoient alesdistinguer, & montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé & rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre, ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&untenesme si l'onvouloit
,
ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion; de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
intermitente. Hltermncore.. - -
Il dit encore plusieurs choses pour prouver que le nouveau febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
,
que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner les occasions dans lesquclles on devoir employer le nouveau febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina, auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pou-
voit observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y
recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons
;
3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance que l'on avoit des
animaux
,
pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a
ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha
;
qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton
; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a
deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair
a
du rapport a celle des Ecrevisses de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il
en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à
la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a
del'herbe autour de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsiseche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a
experimenté que si
on
l'arrache, il nepeutplussubso.Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux >il estoit attesté par plusieurs Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à
un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes accidens. Il fit voir que
cestoit à
ces dernierstemps que
l'on devoit la découverte des
œufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance d'un œuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux. Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux plus ou moins tardifs à
produire,& qu'en general routes les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes des Plantes & des Animaux, & il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes, & il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces. Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal avoit son temperamment. Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à
tous les Animaux,& que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y
pouvoir
remedier& qu'on pouvoit même les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Ani-
maux depuis leur origine juLqu'à leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
œufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds, & dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux pour tirer quelques consequences touchant les Plantes) ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'ils'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens, & il finit par cet endroit, qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année 1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent. La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours sur les MatieresSulphureu ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
-
Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc Sulpbureuse ou
Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit, & qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à
aucunes des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement dans une matièreaqueuse, & qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion qu'elle se tiroit d'une partie animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre principe, ainsi devenu maticre sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites, & alors redevenir fimplement Matière de la lumiere; mais aussi qu'il pouvoir encore en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece de soufre en une autre espece, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales, que l'on pouvoit faire rentrer dans les matieres minérales dessechées par la calcination au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à
ces Minéraux ainsi détruits,ilsreprenoient dans un
moment au grand feu, la même forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit à la place de la matiere huileuse ou sulpbureuse du Mine-
-
rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce
qui
fevoyoit dans toutesles chaux
4
des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tressensibles par
un grand nombre d'experiences qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveauBaromètre fort
sensible qu'il a
inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul
a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y
avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable aux autres pour plusieurs raisons, n'estant pas sujet à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées par les différentes pesanteurs de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles; que par exemple, d'environ 40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant droit & vertical, les rendroit toûjours incommodes,
& souvent intraitables
,
au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit rien de cet embaras,
ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres Barometres pour y marquer ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître que son Barometre étoit si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli, & porté à
telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit si simple, qu'il estoit étonné que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
:
Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à
peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques ) devroits'étendre en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
,
ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle demeure toûjours perpendiculaire à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser à
ce Barometre. Il fit enfuite une Description tres-senlîble de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation, la raresaction & la con-
- denfation des liqueurs par le
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre pourroit aisément être rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a
à l'entendre en cette occasion; qu'il releve d'une maniére si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y
fait voir de nouvelles beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance dans laquelle il a
parlé
tenu aussi sa premiere Assemblée publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle Secretaire perpetuel de
la Compagnie, qui estant eagagé par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens - morts, fit celuy
de M de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant. des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes, &c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier; que c'estoit par cet endroit que la Botanique devenoit une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvel-
lesPlantes,& çeluy de mettre à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion dominante desBotanstes
qu'ils y
avoient mesme si heureusement réüssi, qu'on pouvoir dire que jamais le nombre des Plantes connuës n'avoit eite si grand, ny la matiere Medecinale plus abont dance; qu'on pourroit cependant dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction de la plûpart des nouvelles Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc disparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
,
soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge, dont il entretint ensuite la Compagnie:il dit toutes les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus. Ilparla de plusieurs experiences d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable, de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte. Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à
ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés
,
lévenement avoir furpnffe son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant l'Automne il y eut beaucoup de Malades; que la plûpart n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles tierces, qui estoient souvent accompagnées de dévoyemenr; que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux, ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne qui preparoit les reme-
des donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique guery
,
d'avoir esté resserré pendant trois jours,& d'avoir rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda ce que l'on avoir donné à
ce malade; qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise qui luydécouvrit un nouveau remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque liqueur,& qu'il s'y ren-
contre quelque acide, ou partie serrugineuse,ils ne manquoient point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné, ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
:
Et il ajoüca, quel'expe-
rience répondit à
souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede qui coutoit si
peu, s'épargnerent ladépense du Kinkina dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes. Il nomma deux autres Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle; que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur comme quelques-uns
l'assurent
;
qu'il falloit une certaine quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y
causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
,
que
les vices de la digestion pouvoient venir tantôt de la disposition de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à
ces fiévres un caractere & des accidents différents qui servoient alesdistinguer, & montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé & rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre, ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&untenesme si l'onvouloit
,
ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion; de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
intermitente. Hltermncore.. - -
Il dit encore plusieurs choses pour prouver que le nouveau febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
,
que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner les occasions dans lesquclles on devoir employer le nouveau febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina, auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pou-
voit observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y
recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons
;
3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance que l'on avoit des
animaux
,
pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a
ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha
;
qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton
; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a
deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair
a
du rapport a celle des Ecrevisses de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il
en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à
la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a
del'herbe autour de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsiseche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a
experimenté que si
on
l'arrache, il nepeutplussubso.Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux >il estoit attesté par plusieurs Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à
un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes accidens. Il fit voir que
cestoit à
ces dernierstemps que
l'on devoit la découverte des
œufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance d'un œuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux. Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux plus ou moins tardifs à
produire,& qu'en general routes les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes des Plantes & des Animaux, & il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes, & il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces. Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal avoit son temperamment. Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à
tous les Animaux,& que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y
pouvoir
remedier& qu'on pouvoit même les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Ani-
maux depuis leur origine juLqu'à leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
œufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds, & dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux pour tirer quelques consequences touchant les Plantes) ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'ils'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens, & il finit par cet endroit, qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année 1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent. La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours sur les MatieresSulphureu ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
-
Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc Sulpbureuse ou
Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit, & qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à
aucunes des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement dans une matièreaqueuse, & qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion qu'elle se tiroit d'une partie animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre principe, ainsi devenu maticre sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites, & alors redevenir fimplement Matière de la lumiere; mais aussi qu'il pouvoir encore en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece de soufre en une autre espece, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales, que l'on pouvoit faire rentrer dans les matieres minérales dessechées par la calcination au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à
ces Minéraux ainsi détruits,ilsreprenoient dans un
moment au grand feu, la même forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit à la place de la matiere huileuse ou sulpbureuse du Mine-
-
rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce
qui
fevoyoit dans toutesles chaux
4
des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tressensibles par
un grand nombre d'experiences qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveauBaromètre fort
sensible qu'il a
inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul
a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y
avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable aux autres pour plusieurs raisons, n'estant pas sujet à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées par les différentes pesanteurs de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles; que par exemple, d'environ 40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant droit & vertical, les rendroit toûjours incommodes,
& souvent intraitables
,
au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit rien de cet embaras,
ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres Barometres pour y marquer ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître que son Barometre étoit si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli, & porté à
telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit si simple, qu'il estoit étonné que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
:
Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à
peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques ) devroits'étendre en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
,
ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle demeure toûjours perpendiculaire à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser à
ce Barometre. Il fit enfuite une Description tres-senlîble de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation, la raresaction & la con-
- denfation des liqueurs par le
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre pourroit aisément être rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a
à l'entendre en cette occasion; qu'il releve d'une maniére si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y
fait voir de nouvelles beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance dans laquelle il a
parlé
Fermer
Résumé : Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Le 30 avril, l'Académie Royale des Sciences organisa sa première assemblée publique après Pâques. M. de Fontenelle, secrétaire perpétuel, ouvrit la séance en rendant hommage à M. de Chazelles, professeur en hydrographie à Marseille. Chazelles est reconnu pour son expertise dans la création de plans et de cartes grâce à des observations astronomiques, compétences acquises à l'Observatoire sous la direction de M. Cassini. Il a mené de nombreuses campagnes en Méditerranée, décrivant avec précision les ports, rades et côtes. M. Renéaume présenta ensuite un discours sur la découverte d'un nouveau fébrifuge. Il souligna que la botanique ne se limite pas à la nomenclature des plantes mais vise à en découvrir les usages médicaux. Renéaume critiqua l'abandon des remèdes locaux au profit de plantes étrangères, comme la quinquina, qui avait éclipsé de nombreux remèdes efficaces. Il présenta la noix de galle comme un nouveau fébrifuge, découvert par erreur, et décrivit ses propriétés et son efficacité, confirmée par plusieurs guérisons. M. de la Hire, le cadet, lut un discours sur l'analogie entre les plantes et les animaux, et l'utilité de cette étude. Il expliqua que, bien que la botanique puisse sembler stérile, elle est riche en faits curieux et peut bénéficier des connaissances sur les animaux. Il donna des exemples de plantes spécifiques à certains pays et de leur comportement lorsqu'elles sont transplantées. Il mentionna également une plante appelée Baromets ou Boranets, ressemblant à un agneau, qui pousse en Tartarie et nécessite de l'herbe pour survivre. Un autre orateur discuta des similitudes entre les plantes et les animaux, soulignant que les processus de croissance et de reproduction sont comparables. Il mentionna la découverte des œufs dans les plantes, la puberté des plantes comparée à celle des animaux, et la variété des espèces. Il aborda également les maladies des plantes, les moyens de les guérir, et la stérilité. Il conclut en affirmant une forte analogie entre les plantes et les animaux. Mr. Hombert présenta un discours sur les matières sulphureuses, expliquant leur transformation et classification en trois classes selon leur état (terreux, aqueux, ou mercuriel). Il décrivit comment ces matières peuvent changer d'état sans perdre leur nature sulphureuse, illustrant ses propos par des expériences. Mr. de Bernouilly, professeur à Bâle, envoya une lettre sur un nouveau baromètre sensible qu'il a inventé. Mr. de Varignon lut cette lettre, décrivant les avantages de ce baromètre, notamment sa sensibilité accrue, son absence de problèmes liés à l'évaporation, et sa simplicité de construction. Il expliqua le principe de fonctionnement du baromètre et sa résistance aux variations de température. Enfin, l'Abbé Bignon résuma les discours avec esprit et pertinence, soulignant les beautés et les nouvelles perspectives apportées par chaque intervention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 39-52
« L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
Début :
L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...]
Mots clefs :
Huile, Sang, Liqueurs, Vaisseaux, Sécrétion, Corps, Médecine, Animaux, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
L'Assemblée publique de
l'Academie Royale des
Sciencesqui se devoit tenir
le Mercredy i;c Avril, ne
se tint point & fut remise au
Mercredy 22e. Elle sur ouverte
par l'Eloge que Mr de
Fontenellefit deMr Guilelmini
Associé étranger de
cette Academie, & mort
depuis peu.
MrMarchand lut ensuite
quelques observations qu'il
avoit faites sur la nature des
Plantes & sur quelques unes
de leurs parties cachées.
Mr de Reaumur traita
ensuite des différentes manieres
dont plusieurs animaux
de mer s'attachent
au sable, aux pierres, ou les
uns aux autres.
Enfin Mr Vinflon Medecin
de la Faculté de Paris
,
reçu depuis peu à l'Academieen
qualitéd'Anatomiste
, satisfità l'obligation où
sont les nouveaux Academiciens
de payer leur bienvenuë
dans une Assemblée
publique, par un Discours
qu'illut touchant la maniere
dont se fait la secretion
dans les glandes des animaux.
Il ex posad'abord ce qu'il
entendoit par fecrction
,
il dit, que le corps humain
estoit arrosé par un grand
nombrede différentes liqueurs
outre le fang, que
la pluspart de ces liqueurs
prenoient leur origine du
sang, quelle s'en separoient
dans des organes particuliers
qu'on nommoit Glandes;
& que cette separation ou
cribration des liqueurs d'avec
le fang se nommoic
Secretion.
Il exposa les differents
sentiments des Philosophes
touchant la maniere donc
se faisoit cette secretion ;
& aprés avoir rejetté les
Facul rez des Anciens les,
ferments,& la configuration
des pores des modernes
,
il dit, que ceux ,
qui
avoient le mieux raisonné
sur cela, estoient quelques
uns des modernes, qui
avoient comparé les secretions
dans les glandes, aux
philtrations des Chymistes,
il rapporta sur cela deux
experiences des Chymistes,
La premiere qu'ayant une
fois imbibé un papier broüillard
d'eau ou d'huile, si
l'on ver se sur ce papier un
mélange d'huile & d'eau
,
il ne pane au travers du papier
que celle des deux liqueurs
dont il a estéimbibé,
l'autre demeurant dessus.
La seconde que si on met
dans un vase de l'huile & de
l'eau meslées ensemble
,
si
l'on trempe des méches de
cotton, ou des languetres
de drap les unes dans l'huile
& les autres dans l'eau
que l'on place ces méches
ou languettes sur le bord'
du vaisseau en maniere de
siphon
,
ensorte qu'un de
leurs bouts trempe dans la
liqueur & l'autre pende
dehors, celles qui seront
imbibées d'huile distilleront
de l'hüile,& celles qui seront
imbibées d'eau ne disstilleront
que de l'eau.
Fondésur ces ex periences
il établit avec les nouveaux
Philosophes uneimbibition
pour catife de la secretion.
Ce sentiment n'avoit esté
jusquesicy qu'une fuppofirion
donc on s'estoit conten.
té faute de mieux; mais
comme un Philosophe &
surtout un Philosophe Medecin
ne doit pas se contenter
de simples con jectures
dans une affaire aussi importante
que celles des [cerc.
tions pour toute l'oeconomie
animale &pour les
consequences que l'on en
peut tirer dans la pratique
de la Medecine, Mr
Vinslon a cherché dans la
nature même la verité, il
a parcouru toutes les glandes
du corps humain, &
celles du corps de differents
animaux, & enfin après une
longue recherche il a reconnu
que les glandes estoient
des pelotons de vaisseaux,
qu'il nomme Secretoires
,
à
cause de leur usage
, que
ces vaisseaux sont remplis
d'une espece de velouté
ou duvet,- capable defaire
le même effet que le
tissu filamenteux du drap,
du cotton, ou du papier,
&ila promis dele faire voir
dans toutes les glandes du
corps de l'homme ou des
animaux.
Il dit que le sang est porté
par les arteres dans les glandes
, que l'artere se divise
en une infinité de petits
rameaux d'une extrême si..
nesse qui se recourbent en.
fuite & se reünissent pour
sortir des glandes fous le
nom de veines, que c'est
dans cescourbures que s'abouchent
ces vaisseaux fccretoires,
qui le reünissent
aussi en un seul canal qu'il
nomme Excretoire
, parce
qu'il porte hors de la glande
le suc qui s'y est philtré. Ces
glandes ou vaisseaux secretoiresont,
dit-il,esté imbibez
dés la premicre conformation
du foetus, des liqueursqu'elles
devoientphiltrer,
en sorte que le fang qui
arrive par l'artere se divifc
infiniment dans tous ces
petits rameaux;de maniere
que ses molecules font obligées
en quel ques maniere
de défiler une à une dans
leur
leurscourbures
,
où les
molecules qui sont de la
nature de celles des canaux
secretoires sont imbibez,
entrent dans ces canaux.
pendant que les autres pasfant
par dessus sans sy mesler,
roulent jufqucs dans les
veines.
Mr Vinslon dit qu'illaissoitaux
Physiciens à rendre
raison de ce fait,aussibien
que de la philtration des
Chymistes,& qu'il secontentoit
d'avoir reconnu la
verité sans en chercher la
raison.
Le temps ne luy permit
pas d'expliquerbeaucoup de
choses par rapport aux secretions,
par exemple, quel
est l'usage des nerfs&des
vaisseauxlymphatiques des
glandes, qu'elle doit estre
la disposition du sangpour
les differentes secretions , &c. ce qu'il doit donner
dans des Mémoires particu-,
liers.
Mr Vinslonest originairement
Danois. & parent- dvi;
fameux Mr Renon
,
il,
avoit esté élevé dansla Religion
de son Pays. Le Roy
de Dannemarck l'avoit envoyé
en France pour s'y
induire dans toutes les
parties de la Medecine; Il
luy payoit icy ses pensions,
1" & luy avoit promis de luy
donner ensuite une Chaire
de Professeur à Copenhague
Le hazardl'ayant fait connoisstre
de feu Mr l'Evêque
[de Meaux qui reconnut dans ce jeune homme un grand
» fonds de bonnes moeurs &
de Religion,cePrelatentreprit
de le convertir ; ce
jeune homme aprésavoit
long. temps combattu (e
rendit enfin aux solides raisons
du Prélat & sitoiti.
qu'il fut convaincu, il oubIia,
pour se convertir lax*
fortune qui l'attendoit enri
Dannemarck
,
& les biens
que sa famille & luy y pof-.-
sedoient atruellement ; enn
effet le Roy de Dannemarck
supprima aussi-tost ses pen--J
sions, l'interdit de tous ses
biens & le proserivit de sonn
pays; tout cela n'a fait que
l'affermir davantagedans
la veritableReligion, dans
laquelle on peut le regardera
comme un modele de pieté
l'Academie Royale des
Sciencesqui se devoit tenir
le Mercredy i;c Avril, ne
se tint point & fut remise au
Mercredy 22e. Elle sur ouverte
par l'Eloge que Mr de
Fontenellefit deMr Guilelmini
Associé étranger de
cette Academie, & mort
depuis peu.
MrMarchand lut ensuite
quelques observations qu'il
avoit faites sur la nature des
Plantes & sur quelques unes
de leurs parties cachées.
Mr de Reaumur traita
ensuite des différentes manieres
dont plusieurs animaux
de mer s'attachent
au sable, aux pierres, ou les
uns aux autres.
Enfin Mr Vinflon Medecin
de la Faculté de Paris
,
reçu depuis peu à l'Academieen
qualitéd'Anatomiste
, satisfità l'obligation où
sont les nouveaux Academiciens
de payer leur bienvenuë
dans une Assemblée
publique, par un Discours
qu'illut touchant la maniere
dont se fait la secretion
dans les glandes des animaux.
Il ex posad'abord ce qu'il
entendoit par fecrction
,
il dit, que le corps humain
estoit arrosé par un grand
nombrede différentes liqueurs
outre le fang, que
la pluspart de ces liqueurs
prenoient leur origine du
sang, quelle s'en separoient
dans des organes particuliers
qu'on nommoit Glandes;
& que cette separation ou
cribration des liqueurs d'avec
le fang se nommoic
Secretion.
Il exposa les differents
sentiments des Philosophes
touchant la maniere donc
se faisoit cette secretion ;
& aprés avoir rejetté les
Facul rez des Anciens les,
ferments,& la configuration
des pores des modernes
,
il dit, que ceux ,
qui
avoient le mieux raisonné
sur cela, estoient quelques
uns des modernes, qui
avoient comparé les secretions
dans les glandes, aux
philtrations des Chymistes,
il rapporta sur cela deux
experiences des Chymistes,
La premiere qu'ayant une
fois imbibé un papier broüillard
d'eau ou d'huile, si
l'on ver se sur ce papier un
mélange d'huile & d'eau
,
il ne pane au travers du papier
que celle des deux liqueurs
dont il a estéimbibé,
l'autre demeurant dessus.
La seconde que si on met
dans un vase de l'huile & de
l'eau meslées ensemble
,
si
l'on trempe des méches de
cotton, ou des languetres
de drap les unes dans l'huile
& les autres dans l'eau
que l'on place ces méches
ou languettes sur le bord'
du vaisseau en maniere de
siphon
,
ensorte qu'un de
leurs bouts trempe dans la
liqueur & l'autre pende
dehors, celles qui seront
imbibées d'huile distilleront
de l'hüile,& celles qui seront
imbibées d'eau ne disstilleront
que de l'eau.
Fondésur ces ex periences
il établit avec les nouveaux
Philosophes uneimbibition
pour catife de la secretion.
Ce sentiment n'avoit esté
jusquesicy qu'une fuppofirion
donc on s'estoit conten.
té faute de mieux; mais
comme un Philosophe &
surtout un Philosophe Medecin
ne doit pas se contenter
de simples con jectures
dans une affaire aussi importante
que celles des [cerc.
tions pour toute l'oeconomie
animale &pour les
consequences que l'on en
peut tirer dans la pratique
de la Medecine, Mr
Vinslon a cherché dans la
nature même la verité, il
a parcouru toutes les glandes
du corps humain, &
celles du corps de differents
animaux, & enfin après une
longue recherche il a reconnu
que les glandes estoient
des pelotons de vaisseaux,
qu'il nomme Secretoires
,
à
cause de leur usage
, que
ces vaisseaux sont remplis
d'une espece de velouté
ou duvet,- capable defaire
le même effet que le
tissu filamenteux du drap,
du cotton, ou du papier,
&ila promis dele faire voir
dans toutes les glandes du
corps de l'homme ou des
animaux.
Il dit que le sang est porté
par les arteres dans les glandes
, que l'artere se divise
en une infinité de petits
rameaux d'une extrême si..
nesse qui se recourbent en.
fuite & se reünissent pour
sortir des glandes fous le
nom de veines, que c'est
dans cescourbures que s'abouchent
ces vaisseaux fccretoires,
qui le reünissent
aussi en un seul canal qu'il
nomme Excretoire
, parce
qu'il porte hors de la glande
le suc qui s'y est philtré. Ces
glandes ou vaisseaux secretoiresont,
dit-il,esté imbibez
dés la premicre conformation
du foetus, des liqueursqu'elles
devoientphiltrer,
en sorte que le fang qui
arrive par l'artere se divifc
infiniment dans tous ces
petits rameaux;de maniere
que ses molecules font obligées
en quel ques maniere
de défiler une à une dans
leur
leurscourbures
,
où les
molecules qui sont de la
nature de celles des canaux
secretoires sont imbibez,
entrent dans ces canaux.
pendant que les autres pasfant
par dessus sans sy mesler,
roulent jufqucs dans les
veines.
Mr Vinslon dit qu'illaissoitaux
Physiciens à rendre
raison de ce fait,aussibien
que de la philtration des
Chymistes,& qu'il secontentoit
d'avoir reconnu la
verité sans en chercher la
raison.
Le temps ne luy permit
pas d'expliquerbeaucoup de
choses par rapport aux secretions,
par exemple, quel
est l'usage des nerfs&des
vaisseauxlymphatiques des
glandes, qu'elle doit estre
la disposition du sangpour
les differentes secretions , &c. ce qu'il doit donner
dans des Mémoires particu-,
liers.
Mr Vinslonest originairement
Danois. & parent- dvi;
fameux Mr Renon
,
il,
avoit esté élevé dansla Religion
de son Pays. Le Roy
de Dannemarck l'avoit envoyé
en France pour s'y
induire dans toutes les
parties de la Medecine; Il
luy payoit icy ses pensions,
1" & luy avoit promis de luy
donner ensuite une Chaire
de Professeur à Copenhague
Le hazardl'ayant fait connoisstre
de feu Mr l'Evêque
[de Meaux qui reconnut dans ce jeune homme un grand
» fonds de bonnes moeurs &
de Religion,cePrelatentreprit
de le convertir ; ce
jeune homme aprésavoit
long. temps combattu (e
rendit enfin aux solides raisons
du Prélat & sitoiti.
qu'il fut convaincu, il oubIia,
pour se convertir lax*
fortune qui l'attendoit enri
Dannemarck
,
& les biens
que sa famille & luy y pof-.-
sedoient atruellement ; enn
effet le Roy de Dannemarck
supprima aussi-tost ses pen--J
sions, l'interdit de tous ses
biens & le proserivit de sonn
pays; tout cela n'a fait que
l'affermir davantagedans
la veritableReligion, dans
laquelle on peut le regardera
comme un modele de pieté
Fermer
Résumé : « L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
L'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, initialement prévue le 11 avril, a été reportée au 22 avril. La séance a commencé par l'éloge de Monsieur Guillelmini, un associé étranger récemment décédé, prononcé par Monsieur de Fontenelle. Monsieur Marchand a ensuite présenté des observations sur la nature des plantes et certaines de leurs parties cachées. Monsieur de Reaumur a traité des différentes manières dont certains animaux marins s'attachent au sable, aux pierres ou les uns aux autres. Monsieur Vinflon, médecin de la Faculté de Paris et nouvellement reçu à l'Académie en qualité d'anatomiste, a prononcé un discours sur la sécrétion dans les glandes des animaux. Il a défini la sécrétion comme la séparation des liquides du sang dans des organes particuliers appelés glandes. Après avoir rejeté les explications des Anciens et des modernes, il a comparé les sécrétions glandulaires aux filtrations des chimistes, illustrant cela par deux expériences. Fondé sur ces expériences, il a proposé l'imbibition comme mécanisme de la sécrétion, une hypothèse jusqu'alors non vérifiée. Monsieur Vinflon a exploré les glandes du corps humain et de différents animaux, découvrant que les glandes sont des pelotons de vaisseaux sécrétoires remplis d'une substance similaire au duvet. Le sang, apporté par les artères, se divise en petits rameaux qui se recourbent et se réunissent pour sortir des glandes sous forme de veines. Les molécules du sang, en passant par ces courbures, sont imbibées par les vaisseaux sécrétoires, tandis que les autres molécules continuent leur chemin vers les veines. Originaire du Danemark et parent de Monsieur Renon, Monsieur Vinflon avait été envoyé en France par le roi de Danemark pour étudier la médecine. Converti au christianisme grâce à l'évêque de Meaux, il a renoncé à sa fortune et aux biens qu'il possédait dans son pays natal. Le roi de Danemark a supprimé ses pensions et l'a proscrit, mais cela n'a fait que renforcer sa foi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 54-56
Livre nouveau. [titre d'après la table]
Début :
Le plus grand dessein qu'on puisse avoir en Medecine, [...]
Mots clefs :
Médecine, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Livre nouveau. [titre d'après la table]
Le plus grand dessein
qu'on puisse avoir en
Medecine;c'est d'accorderensemble
leraisonnement
& l'experience. Il
est rare de trouver éminemment
ces deux parties
dans un Medecin;
assez souvent ceux qui
raisonnent beaucoup,
guerissent peu:tout bien
consideré, je choisirois
pourtant ceux qui parlentmieuxpuisqu'ils
fça-
4 vent au moins guerir l'i- ::
magination du malade;
c'estl'effet le plus sur
d'une science si incertaine.
Le sieur Chambon 3
cy-devant premier Medecin
de Jean Sobieski,
cy-devant Roy de Pologne
, a donnédepuis
peu au Public un Livre
intitulé, Principes de
Physique rapportez à la
Medecine; dés que ce
Livre a paru, il s'est
attiré autant de reputa.
tion
, que l'Auteur s'en
est acquis dés les premieres
années qu'il a
exercé fbn Arc dans
Paris.
Ce Livre se vend chez la
Veuve Jombert
,
sur le Cc.
cond Perron de la Sainte
Chapelle, au Palais.
qu'on puisse avoir en
Medecine;c'est d'accorderensemble
leraisonnement
& l'experience. Il
est rare de trouver éminemment
ces deux parties
dans un Medecin;
assez souvent ceux qui
raisonnent beaucoup,
guerissent peu:tout bien
consideré, je choisirois
pourtant ceux qui parlentmieuxpuisqu'ils
fça-
4 vent au moins guerir l'i- ::
magination du malade;
c'estl'effet le plus sur
d'une science si incertaine.
Le sieur Chambon 3
cy-devant premier Medecin
de Jean Sobieski,
cy-devant Roy de Pologne
, a donnédepuis
peu au Public un Livre
intitulé, Principes de
Physique rapportez à la
Medecine; dés que ce
Livre a paru, il s'est
attiré autant de reputa.
tion
, que l'Auteur s'en
est acquis dés les premieres
années qu'il a
exercé fbn Arc dans
Paris.
Ce Livre se vend chez la
Veuve Jombert
,
sur le Cc.
cond Perron de la Sainte
Chapelle, au Palais.
Fermer
Résumé : Livre nouveau. [titre d'après la table]
Le texte évoque l'idéal médical de combiner raisonnement et expérience, soulignant la rareté des médecins excellant dans ces deux domaines. Les médecins raisonneurs guérissent moins mais apaisent l'imagination des malades. Il mentionne le livre 'Principes de Physique rapportez à la Médecine' de Chambon, ancien médecin de Jean Sobieski, rapidement célèbre à Paris. Le livre est disponible chez la Veuve Jombert, au Palais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 27-32
LIVRE ESPAGNOL.
Début :
Il paroist depuis peu un Livre en Espagnol, qui meriteroit [...]
Mots clefs :
Livre espagnol, Médecine, Hippocrate, Maladie, Practiciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LIVRE ESPAGNOL.
LIVRE ESPAGNOL:
IL paroist depuis peu
un
Livre en Espagnol, qui meriteroit bien qu'on le traduisist en François:il est
d'un des plus excellents
Medecins de l'Europe, & •
cet autheursemble ne s"cf,
tre consommé dansla theorie, &dans la pratique de
la medecine que pour détruire tous les fauxpréjugez dont cette scienceest
obscurcie.-
Letitredu Livreest,Hippocrate deffendu detoutes
lescalomnies;dont les Medecins l'accusoientinjustenient en particulier dans
la cure des maladies ai-,
guës';. & onfait voirque Jufquesaàperfentperfanne
n'a sceu comment il traietoit ces maladies, c'est ce
qu'explique, comentant le
premier des aphorismes,le
Docteur Michel Marcellino -
Boix
,
natif du Royaume
deValence, membredu
Collegedes trois Langues,
Professeur en Medecine
{JansTypivçrfïçe' d'Alcala
, Fondateur de l'Académie
Royale deSeville, & à present Medecin honoraire
du Roy.
:
h
Ce Livre a
esté escrit par l'autheur, pour détruire la
confusiondes sistemes, qui
au lieu d'avancer la Medecine, retardent considerablement ses progrez, il explique mot par mot les paroles du premier aphorisme d'Hippocrare,&àchaque periode fait un discours
qui comprend tout ce qu'il
y a
de meilleur & de plus
necessaire aux Medecins
pour bienconduire leurs
malades.Il fait voir par
plusieurs partages des Livres légitimés d'Hippocrate,quelle a
efi¿ sa pratique
dans les maladies aiguës.
Il prétend qu'il faut écou-
ter la nature
-
sans la détourner des mouvements
critiques qu'elle feroit sans
l'importune pratique des
saignées & purgations faites dans ces maladiesla
ordinairement mal à propos:il prouve tout cela par
l'experience
,
la raison &
l'authorité non feulement
d'Hippocrate, mais des
meilleurs Praticiens de
l'Europe. C'est asseurement un Livre, où l'autheur fait connoistre beaucoup d'érudition, & une
profonde connoissance en
tout ce qui regarde sa prôsession.
IL paroist depuis peu
un
Livre en Espagnol, qui meriteroit bien qu'on le traduisist en François:il est
d'un des plus excellents
Medecins de l'Europe, & •
cet autheursemble ne s"cf,
tre consommé dansla theorie, &dans la pratique de
la medecine que pour détruire tous les fauxpréjugez dont cette scienceest
obscurcie.-
Letitredu Livreest,Hippocrate deffendu detoutes
lescalomnies;dont les Medecins l'accusoientinjustenient en particulier dans
la cure des maladies ai-,
guës';. & onfait voirque Jufquesaàperfentperfanne
n'a sceu comment il traietoit ces maladies, c'est ce
qu'explique, comentant le
premier des aphorismes,le
Docteur Michel Marcellino -
Boix
,
natif du Royaume
deValence, membredu
Collegedes trois Langues,
Professeur en Medecine
{JansTypivçrfïçe' d'Alcala
, Fondateur de l'Académie
Royale deSeville, & à present Medecin honoraire
du Roy.
:
h
Ce Livre a
esté escrit par l'autheur, pour détruire la
confusiondes sistemes, qui
au lieu d'avancer la Medecine, retardent considerablement ses progrez, il explique mot par mot les paroles du premier aphorisme d'Hippocrare,&àchaque periode fait un discours
qui comprend tout ce qu'il
y a
de meilleur & de plus
necessaire aux Medecins
pour bienconduire leurs
malades.Il fait voir par
plusieurs partages des Livres légitimés d'Hippocrate,quelle a
efi¿ sa pratique
dans les maladies aiguës.
Il prétend qu'il faut écou-
ter la nature
-
sans la détourner des mouvements
critiques qu'elle feroit sans
l'importune pratique des
saignées & purgations faites dans ces maladiesla
ordinairement mal à propos:il prouve tout cela par
l'experience
,
la raison &
l'authorité non feulement
d'Hippocrate, mais des
meilleurs Praticiens de
l'Europe. C'est asseurement un Livre, où l'autheur fait connoistre beaucoup d'érudition, & une
profonde connoissance en
tout ce qui regarde sa prôsession.
Fermer
Résumé : LIVRE ESPAGNOL.
Un livre en espagnol récemment publié mérite d'être traduit en français. Son auteur, le docteur Michel Marcellino Boix, éminent médecin européen, vise à démanteler les faux préjugés en médecine. Intitulé 'Hippocrate défendu de toutes les calomnies', l'ouvrage conteste les accusations injustes portées contre Hippocrate, notamment dans le traitement des maladies aiguës. Boix, natif du Royaume de Valence, membre du Collège des trois Langues, professeur de médecine à Alcalá et fondateur de l'Académie Royale de Séville, commente le premier aphorisme d'Hippocrate. Il clarifie les systèmes médicaux qui retardent les progrès de la médecine et explique mot par mot les paroles de cet aphorisme. Boix fournit des discours détaillés sur les meilleures pratiques pour les médecins et démontre la méthode d'Hippocrate à travers des extraits légitimes de ses œuvres. Il critique les pratiques courantes de saignées et de purgations, prônant l'écoute de la nature sans perturber ses mouvements. Ses arguments sont soutenus par l'expérience, la raison et l'autorité d'Hippocrate ainsi que des meilleurs praticiens européens. Le livre révèle l'érudition et la profonde connaissance de l'auteur en médecine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 169-202
ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
Début :
LEs Bains sont pour l'oisiveté, Aussi bien que pour la santé [...]
Mots clefs :
Bains, Santé, Poésie, Historique, Maladies, Minéraux, Vulcain, Rituels, Empereurs, Géographie, Thermalisme, Architecture, Antiquité, Médecine, Réjuvénation , Bains d'Aix, Germanie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
E N V o r
burlesque par un oijlf
qui*sà'ennuye aux eaux
deForges.
LEs Bains font pour l'oisiveté,
Aussi bien que pour la
fanté
Des amusements salutaires.
0 vous attaquez de catharres
Rhumatismes , & fluxions;
De vapeurs,oppilations,
Tiedeur de coeur, humeur
caustique,
Ou dont l'esprit paralytique
Abesoin de ce supplement
Pour estre mis en mouvement
Puisez dans cette Poësie.
Le bien, le mal à fantaisie.
Il est des bains alumineux,
Plombez, ferrez bitumineux;
Des Bains, les uns font fiiJ
datoires
,
Et les autres font lavatoires;
Quelquesuns font médicinaux
es uns froids, & les autres
chauds;
Tout comme fontmaintes
pillules
.,,CiTct que veulent les
credules.
Des Bains,les uns font na.
turels,
Les autres artificiels;
)es uns & des autres, le
Sage
)u l'insensé peut faire ufaù
ge,
Au temps que quelque infirmité
L'oblige à chercher sa
santé ;
Car une santé ferme&
stable
Traite l'effet des eaux de
fable.
Des Bains, les uns font
fulphurez,
D'autres picez
)
d'autres
nitrez,
Selon la qualité diverse
De la Mine que l'eau tra
verse.
Ana,le filsdeSebeon,
Des Bains chauds fit l'invention
J
Allant dans un lieu folitare
Paistre les Troupeaux de
son Pere.
C'est dont jamais ne doutera
Qui bien la Genese lira.
L'Interprete d'Ariflophane,
Autheur non sacré
,
mais
profane
Fut l'Inventeur du, premier
- Bain
Ce maistre Forgeron VulcaIn,
Qui d'un Bain chaud (je
m'en rapporte)
Fit un present de cette
forte
Au grand Hercule Conquerant,
Dontle nom va par tout
courant.
D'où vient qu'on nomme
sans scrupule
Tous les Bains chauds, les
Bains d'Hercule ;
Bains qui passerent autrefois
Chez les Vassaux & chez
les Rois ,
Dans le rang des choses
sacrées ,
Pour les matieres sulphurées,
Et pour les Foudres reposez,
Dont on tient qu'ils font
composez.
Les Gens qui font d'une
autre verve, Imputent le - tout à Minerve.
Si l'on en veut croire
Strabon, Autheur qui peut passer
pour bon,
Les Bains froids ont leur
origine
-
Des Argonautes, Gent
marine, Gent aimant le Bain Gent
decoeur,
Tous intrepides & sans
peur,
Qui sans façonner davantage
, Lavoient leur corps sur le
rivage
De la Mer, où Dame Circé
Son domicile avoit placé
Sur les bords de la Mer
Tyrrhene,
Avec autre Magicienne,
Quand cinquante - six
grands Heros
Firent voile jusqu'à Colchos
,
Pour la conqueste ambitieuse
D'une Toison précieuse,
Qu'on appelloit la Toison
d'or,
Aprés qui chacun court
encor, -
Courra jusqu'a la fin du
monde ;
Car Toison en or est feconde
Et l'or,ce métal radieux,
Se fait rechercher en tous
1 lieux.
Pour Chefs decetteillustre
Flotte,
Qu'on pourroit nommer
Argonaute On , avoit Hercule, Jason,
Castor,Pollux,&Telamon,
Hylas, Morphus, le fort
Thesée,
Nauplius,Calaïs,-Orphée
Le genereux Zethos aussi
Peut - rencontrer sa place
icy.
Ces Chefs, ces Hommes
d'importance,
Avanturiers à toute outrance
,
Ces Guerriers de fameux
renom
Dont je viens de marquer lenom,
Furent les premiers de If
âge
Qui ders eBainns 'tfOids eu..
Sur les ~pelles Eaux de
Thetis.
Aux Bains que l'on prenoit
jadis,
UnValet basty comme un
Drille,
Portoit & l'Eponge ,
&
l'Etrille,
Pour décrasser & savonner
Ceux qu'il alloit accompagner.
Si l'Eponge estoit parfu-
If mée
~L'Etrinestoit ,toute em*.
^aunéc,
Car dans ces ~bains grands
& commun
Onse munissoit de Parfums
Et d'agréables Cassolettes,
Pour les Doüillets & les
Doüillztes
, Pour les Mignardes & Mignards,
Qui n'aimoient pas les jeux
de Mars,
Et qui cherissoient leurs
Carcasse
Autant qu'un Coquin sa
Bezace,
Autant qu'un Aveugle (dit-on)
Cherit sa tasse & son
Baston.
Dans ce temps-là plus
nous ne sommes;
Un temps fut que Femmes
• & Hommes
Dans le vaste Empire Ro-
4 main
Pratiquoient tous le mesme
Bain,
Sans mettre aucune difference,
(Honny foit- il qui mal y
- -..- pense.)
Il falloit bien que ces Genslà
Fussent discrets.Apréscela,
Certain Empereur, c'est
Severe,
Empereur d'une humeur
austere
Des sexes fit divi,sion
Pour éviter l'occasion.
La Femme de Neron J
Popée,
Faisant la petite Poupér;
Etrefusant de s'attacher
A ce qui peut mater la
chair,
Et punir ses delicatesses,
Entretenoit cinq cens Asnesses,
Et chaque matin de leur
Lait
Croyoit rendre son teint
moins laid.
C'estoit le Bain éc l'artifice
De cette vainc Imperatrice
Qui sansscrupu, le & sans
remords,
Jour & nuit dorlotoit son
Corps,
Ne pensant la belle Mignonne
Qu'à bien rafraischir sa
personne;
Mais comme tout tend à
la fin,
Il luy fallut mourir enfin
Dans des angoisses sans
pareilles.
Laitieres à grandes oreil
-
les,
Vostre Lait faisoit son teint
beau,
Son trépas fut vostre tombeau.
Aux durs sanglots abandonnées,
On vous vit en peu de
journées
journées
Mornes,&dans une maigreur,
Qui faisoit aux Humains
horreur.
Estant tristes & déconfites,
VostreLaitbientost vous
perdistes
Et laMort , avec ses Cyprès
Cette perte suivit de prés.
(
Il n'est dp'oHinotmsmure la terre
Qui ne puisse encor voirà
Rome
Ces Monuments de vanité
De la superbe Antiquité
Que jadis on a fait construire,
Qu'encore aujourd'hui l'on
admire,
Où les magnifiques Romains
Se lavoient, & prenoient
les Bains
Dans chaque coin d'Architecture,
L'art y surpassoit la nature;
Et tous les Murs par le dedans
De fin Marbre estoient
éclatans,
Marbre apporté de Numidie,
i
Ou bien,venu d'Alexandrie.
L'injusteDiocletien,
Ec le Tyran Maximien
Ont employé sommes immenses
A faire de telles dépenses.
: Mais continuons nos
desseins,
Et décrivons quelques
beaux Bains
Que les Autheurs ixcommandables
Ont rendus des plus ve--
nerables,
Qui mesme ont fait voir
a nos yeux
Un spectacle delicieux.
Les Bains de Fritolle, ou
Tritolle,
Que l'on rencontreauprés
Pouzzolle
Nommez les Ba, ins de
Ciceron
Fabriquez mesm,e avant
Neron
Estoient quelque,chose de
rare.
On n'y voyoit rien de bïzarre,
:
Mais le tout proportionné,
Et fodrt osçanvamnméen,t orSuivant
la regle & la mesure
De la plus noble Architecture.
C'estoit pour le dire en
unmot,
Non la Caverne d'un Marmot,
Maisune Salle bien voutée,
Et de Peintures ajustée
Dont letemps qui , tout ccu^
vre abat)
A ravy le lustre & l'éclat;
On y voit cependant encore
Depuis Vesper jusqu'à
l'Aurore,
Et de l'Aurore jusqu'au
soir,
Maint & maint petit Reservoir,
Remply jadis d'une Eau
potable,
Aux Infirmes fort profita.
ble;
Car chaque Malade y
trouvoit
Ce que son mcdecin vouloit.
Esculape dort là fous rocbe,
Comme une anguille fil
tout procheà l
Au temps que vivoient les
Cesars
,
1
Parmy la guerre & les hazards
,
On voyoit là maintes Statuës
Qui font maintenant abbattuës
Qui , mettant la main sur
leur corps,
Faisoient connoistre en
leur dehors
Tant leur essence magnifique
Que leurs qualitez specifiques
Les Medecins , Salerni.
tains
Plus envietuxiqune lessLa- Piquez d'une jalouse rage,
Ont ravagé ce grand Ou.
vrage, Et desseiché toutes les
Eaux
Qui rendoient ces Bains-
, là si beaux,
S'imaginant que leur pratique
Diminuoit par l'hydraulique,
Et quHippocrate estoit
perdu
Si Ciceron n'estoit fondLt
Près
Prés de là
,
si l'on m'en
veut croire,
On doit passer au Sudatoire;
Mais il faut bientost s'épouffer
,
A moins que l'on veüille
étouffer,
Y faisant chaud de telle
forte
Qu'aussitost l'on) cherche
la Porte.
On voit presqueaumesme
chemin
Les fameux Bains de Saint
Germain
Nommez Thermes de Fumerolles.
Je n'ay presque point de
paroles
• Pour vous expliquer les
raisons
Des fumantes exhalaisons
Qui cette Caverne remplissent
,
Etde leurs vapeurs lanoircissent.
Fuligineuses qualirez
, Que de cerveaux vousenteftez!
-
Domicile sudorisique,
De Vulcain l'affreuse Boutique,
Si- tost qu'on respire vostre
air,
-
On croit avoir cervelle en
rair,
Etre aux Sabat par negro- mance,
Et le sçais par experience.
Au reste,ce Lieu tant vanté
l, A Theureuse proprieté
Deguerir mainte maladie,
Soit de France, soitd'Ausonie
; et quand on apporte en ce
Lieu,
Tout fumant, tout bruslant -
de feu,
Une autre Eau qui foit étrangere,
Soit qu'elle pese, ou soit
kgere,
Ce Bain,sans s'enappercevoir,
Luvycoommiurni.queso-n.pou- <
Chacun sçait que les Bains
, d'Alise
Etde Plombieres,font de
mise;
Qu'à Vichy, qu'à Spa,qu'à
-
Mion,
Ils font enréputation;
Qu'on peut de vous dire le
1 meUne/
Bains de Pougues, Bains
de Belesme ;
Que d'ailleurs il n'est rien
sibon
Que font vos Eaux,Bains
de Bourbon.
Qui font rajeunir les Personnes,
Fussent vieilles comme
Gorgones,
L'à l'on vient chercher de
, beaux ans,
Dans les plus beaux jours
,
du Printem ps,
En chemin l'amour pouvez
faire
Pour vostreusage salutaire.
Je ne vous obmettray jamais,
Belles Etuves, beaux Bains
d'Aix,
J'entens icy d'Aix la Chapelle,
Car vostre structure est
tres- belle,
Et les Germains de tous
costez
Recherchent vos humiditez.
ATongres,au Païs de
Trêves,
Aussi-bien qu'au climat de
Cleves,
On rencontre encor tous
les jours
De ces favorables secours.
Ainsi la belle Germanie
A ses Bains comme l'Ausonie
,
Et comme les charmans
Païs
Soumis au Monarque des
Lys.
A Moscou, Païs des Fourures,
Climat tout glacé de froidures,
Où regnent l'Aigle & le
Croissant,
Etdansl'Empireflorissant
Ou le Soleil onidolâtre,
Des Bains de Porphire&
d'Albâtre,
Tous remplis de bonnes
odeurs,
Se font voir chez les grands
Seigneurs.
C'efi là.ce qui fait leurs
delices,
Leurs passetemps, leurs
exercices;
Surtout chez les Orientaux,
Et chez les Septentrion-
,
naux,
Fréquemment les Bains
-'
.,
on visite
5
Passeroit pour hétéroclite,
Et bourru, qui s'en passeroit,
Qu'on vive à Rome comme
à Rome,
Si l'on veut vivre en honneste
Homme.
Forges & Montdor
, pres
de Rheims,
Fournissent encor de bons
Bains,
Dont se prévaut mainte
Personne.
Acqs & Therfis, prés de
Bayonne,
Balleruc
, avec Barbotan,
Sont encore visitez chaque
an,
Pour leurs Bains, qui dans
la Nature
Ont tousjours fait belle
,
figure.
Nommons-en encor quelques
uns
Que l'usage a rendus communs
Comme utiles , en cent manieres
Les Bains de Barege &
Bagnieres, o
Dont les plus sçavans Médecins
Font le pont aux ânes des
Bains.
burlesque par un oijlf
qui*sà'ennuye aux eaux
deForges.
LEs Bains font pour l'oisiveté,
Aussi bien que pour la
fanté
Des amusements salutaires.
0 vous attaquez de catharres
Rhumatismes , & fluxions;
De vapeurs,oppilations,
Tiedeur de coeur, humeur
caustique,
Ou dont l'esprit paralytique
Abesoin de ce supplement
Pour estre mis en mouvement
Puisez dans cette Poësie.
Le bien, le mal à fantaisie.
Il est des bains alumineux,
Plombez, ferrez bitumineux;
Des Bains, les uns font fiiJ
datoires
,
Et les autres font lavatoires;
Quelquesuns font médicinaux
es uns froids, & les autres
chauds;
Tout comme fontmaintes
pillules
.,,CiTct que veulent les
credules.
Des Bains,les uns font na.
turels,
Les autres artificiels;
)es uns & des autres, le
Sage
)u l'insensé peut faire ufaù
ge,
Au temps que quelque infirmité
L'oblige à chercher sa
santé ;
Car une santé ferme&
stable
Traite l'effet des eaux de
fable.
Des Bains, les uns font
fulphurez,
D'autres picez
)
d'autres
nitrez,
Selon la qualité diverse
De la Mine que l'eau tra
verse.
Ana,le filsdeSebeon,
Des Bains chauds fit l'invention
J
Allant dans un lieu folitare
Paistre les Troupeaux de
son Pere.
C'est dont jamais ne doutera
Qui bien la Genese lira.
L'Interprete d'Ariflophane,
Autheur non sacré
,
mais
profane
Fut l'Inventeur du, premier
- Bain
Ce maistre Forgeron VulcaIn,
Qui d'un Bain chaud (je
m'en rapporte)
Fit un present de cette
forte
Au grand Hercule Conquerant,
Dontle nom va par tout
courant.
D'où vient qu'on nomme
sans scrupule
Tous les Bains chauds, les
Bains d'Hercule ;
Bains qui passerent autrefois
Chez les Vassaux & chez
les Rois ,
Dans le rang des choses
sacrées ,
Pour les matieres sulphurées,
Et pour les Foudres reposez,
Dont on tient qu'ils font
composez.
Les Gens qui font d'une
autre verve, Imputent le - tout à Minerve.
Si l'on en veut croire
Strabon, Autheur qui peut passer
pour bon,
Les Bains froids ont leur
origine
-
Des Argonautes, Gent
marine, Gent aimant le Bain Gent
decoeur,
Tous intrepides & sans
peur,
Qui sans façonner davantage
, Lavoient leur corps sur le
rivage
De la Mer, où Dame Circé
Son domicile avoit placé
Sur les bords de la Mer
Tyrrhene,
Avec autre Magicienne,
Quand cinquante - six
grands Heros
Firent voile jusqu'à Colchos
,
Pour la conqueste ambitieuse
D'une Toison précieuse,
Qu'on appelloit la Toison
d'or,
Aprés qui chacun court
encor, -
Courra jusqu'a la fin du
monde ;
Car Toison en or est feconde
Et l'or,ce métal radieux,
Se fait rechercher en tous
1 lieux.
Pour Chefs decetteillustre
Flotte,
Qu'on pourroit nommer
Argonaute On , avoit Hercule, Jason,
Castor,Pollux,&Telamon,
Hylas, Morphus, le fort
Thesée,
Nauplius,Calaïs,-Orphée
Le genereux Zethos aussi
Peut - rencontrer sa place
icy.
Ces Chefs, ces Hommes
d'importance,
Avanturiers à toute outrance
,
Ces Guerriers de fameux
renom
Dont je viens de marquer lenom,
Furent les premiers de If
âge
Qui ders eBainns 'tfOids eu..
Sur les ~pelles Eaux de
Thetis.
Aux Bains que l'on prenoit
jadis,
UnValet basty comme un
Drille,
Portoit & l'Eponge ,
&
l'Etrille,
Pour décrasser & savonner
Ceux qu'il alloit accompagner.
Si l'Eponge estoit parfu-
If mée
~L'Etrinestoit ,toute em*.
^aunéc,
Car dans ces ~bains grands
& commun
Onse munissoit de Parfums
Et d'agréables Cassolettes,
Pour les Doüillets & les
Doüillztes
, Pour les Mignardes & Mignards,
Qui n'aimoient pas les jeux
de Mars,
Et qui cherissoient leurs
Carcasse
Autant qu'un Coquin sa
Bezace,
Autant qu'un Aveugle (dit-on)
Cherit sa tasse & son
Baston.
Dans ce temps-là plus
nous ne sommes;
Un temps fut que Femmes
• & Hommes
Dans le vaste Empire Ro-
4 main
Pratiquoient tous le mesme
Bain,
Sans mettre aucune difference,
(Honny foit- il qui mal y
- -..- pense.)
Il falloit bien que ces Genslà
Fussent discrets.Apréscela,
Certain Empereur, c'est
Severe,
Empereur d'une humeur
austere
Des sexes fit divi,sion
Pour éviter l'occasion.
La Femme de Neron J
Popée,
Faisant la petite Poupér;
Etrefusant de s'attacher
A ce qui peut mater la
chair,
Et punir ses delicatesses,
Entretenoit cinq cens Asnesses,
Et chaque matin de leur
Lait
Croyoit rendre son teint
moins laid.
C'estoit le Bain éc l'artifice
De cette vainc Imperatrice
Qui sansscrupu, le & sans
remords,
Jour & nuit dorlotoit son
Corps,
Ne pensant la belle Mignonne
Qu'à bien rafraischir sa
personne;
Mais comme tout tend à
la fin,
Il luy fallut mourir enfin
Dans des angoisses sans
pareilles.
Laitieres à grandes oreil
-
les,
Vostre Lait faisoit son teint
beau,
Son trépas fut vostre tombeau.
Aux durs sanglots abandonnées,
On vous vit en peu de
journées
journées
Mornes,&dans une maigreur,
Qui faisoit aux Humains
horreur.
Estant tristes & déconfites,
VostreLaitbientost vous
perdistes
Et laMort , avec ses Cyprès
Cette perte suivit de prés.
(
Il n'est dp'oHinotmsmure la terre
Qui ne puisse encor voirà
Rome
Ces Monuments de vanité
De la superbe Antiquité
Que jadis on a fait construire,
Qu'encore aujourd'hui l'on
admire,
Où les magnifiques Romains
Se lavoient, & prenoient
les Bains
Dans chaque coin d'Architecture,
L'art y surpassoit la nature;
Et tous les Murs par le dedans
De fin Marbre estoient
éclatans,
Marbre apporté de Numidie,
i
Ou bien,venu d'Alexandrie.
L'injusteDiocletien,
Ec le Tyran Maximien
Ont employé sommes immenses
A faire de telles dépenses.
: Mais continuons nos
desseins,
Et décrivons quelques
beaux Bains
Que les Autheurs ixcommandables
Ont rendus des plus ve--
nerables,
Qui mesme ont fait voir
a nos yeux
Un spectacle delicieux.
Les Bains de Fritolle, ou
Tritolle,
Que l'on rencontreauprés
Pouzzolle
Nommez les Ba, ins de
Ciceron
Fabriquez mesm,e avant
Neron
Estoient quelque,chose de
rare.
On n'y voyoit rien de bïzarre,
:
Mais le tout proportionné,
Et fodrt osçanvamnméen,t orSuivant
la regle & la mesure
De la plus noble Architecture.
C'estoit pour le dire en
unmot,
Non la Caverne d'un Marmot,
Maisune Salle bien voutée,
Et de Peintures ajustée
Dont letemps qui , tout ccu^
vre abat)
A ravy le lustre & l'éclat;
On y voit cependant encore
Depuis Vesper jusqu'à
l'Aurore,
Et de l'Aurore jusqu'au
soir,
Maint & maint petit Reservoir,
Remply jadis d'une Eau
potable,
Aux Infirmes fort profita.
ble;
Car chaque Malade y
trouvoit
Ce que son mcdecin vouloit.
Esculape dort là fous rocbe,
Comme une anguille fil
tout procheà l
Au temps que vivoient les
Cesars
,
1
Parmy la guerre & les hazards
,
On voyoit là maintes Statuës
Qui font maintenant abbattuës
Qui , mettant la main sur
leur corps,
Faisoient connoistre en
leur dehors
Tant leur essence magnifique
Que leurs qualitez specifiques
Les Medecins , Salerni.
tains
Plus envietuxiqune lessLa- Piquez d'une jalouse rage,
Ont ravagé ce grand Ou.
vrage, Et desseiché toutes les
Eaux
Qui rendoient ces Bains-
, là si beaux,
S'imaginant que leur pratique
Diminuoit par l'hydraulique,
Et quHippocrate estoit
perdu
Si Ciceron n'estoit fondLt
Près
Prés de là
,
si l'on m'en
veut croire,
On doit passer au Sudatoire;
Mais il faut bientost s'épouffer
,
A moins que l'on veüille
étouffer,
Y faisant chaud de telle
forte
Qu'aussitost l'on) cherche
la Porte.
On voit presqueaumesme
chemin
Les fameux Bains de Saint
Germain
Nommez Thermes de Fumerolles.
Je n'ay presque point de
paroles
• Pour vous expliquer les
raisons
Des fumantes exhalaisons
Qui cette Caverne remplissent
,
Etde leurs vapeurs lanoircissent.
Fuligineuses qualirez
, Que de cerveaux vousenteftez!
-
Domicile sudorisique,
De Vulcain l'affreuse Boutique,
Si- tost qu'on respire vostre
air,
-
On croit avoir cervelle en
rair,
Etre aux Sabat par negro- mance,
Et le sçais par experience.
Au reste,ce Lieu tant vanté
l, A Theureuse proprieté
Deguerir mainte maladie,
Soit de France, soitd'Ausonie
; et quand on apporte en ce
Lieu,
Tout fumant, tout bruslant -
de feu,
Une autre Eau qui foit étrangere,
Soit qu'elle pese, ou soit
kgere,
Ce Bain,sans s'enappercevoir,
Luvycoommiurni.queso-n.pou- <
Chacun sçait que les Bains
, d'Alise
Etde Plombieres,font de
mise;
Qu'à Vichy, qu'à Spa,qu'à
-
Mion,
Ils font enréputation;
Qu'on peut de vous dire le
1 meUne/
Bains de Pougues, Bains
de Belesme ;
Que d'ailleurs il n'est rien
sibon
Que font vos Eaux,Bains
de Bourbon.
Qui font rajeunir les Personnes,
Fussent vieilles comme
Gorgones,
L'à l'on vient chercher de
, beaux ans,
Dans les plus beaux jours
,
du Printem ps,
En chemin l'amour pouvez
faire
Pour vostreusage salutaire.
Je ne vous obmettray jamais,
Belles Etuves, beaux Bains
d'Aix,
J'entens icy d'Aix la Chapelle,
Car vostre structure est
tres- belle,
Et les Germains de tous
costez
Recherchent vos humiditez.
ATongres,au Païs de
Trêves,
Aussi-bien qu'au climat de
Cleves,
On rencontre encor tous
les jours
De ces favorables secours.
Ainsi la belle Germanie
A ses Bains comme l'Ausonie
,
Et comme les charmans
Païs
Soumis au Monarque des
Lys.
A Moscou, Païs des Fourures,
Climat tout glacé de froidures,
Où regnent l'Aigle & le
Croissant,
Etdansl'Empireflorissant
Ou le Soleil onidolâtre,
Des Bains de Porphire&
d'Albâtre,
Tous remplis de bonnes
odeurs,
Se font voir chez les grands
Seigneurs.
C'efi là.ce qui fait leurs
delices,
Leurs passetemps, leurs
exercices;
Surtout chez les Orientaux,
Et chez les Septentrion-
,
naux,
Fréquemment les Bains
-'
.,
on visite
5
Passeroit pour hétéroclite,
Et bourru, qui s'en passeroit,
Qu'on vive à Rome comme
à Rome,
Si l'on veut vivre en honneste
Homme.
Forges & Montdor
, pres
de Rheims,
Fournissent encor de bons
Bains,
Dont se prévaut mainte
Personne.
Acqs & Therfis, prés de
Bayonne,
Balleruc
, avec Barbotan,
Sont encore visitez chaque
an,
Pour leurs Bains, qui dans
la Nature
Ont tousjours fait belle
,
figure.
Nommons-en encor quelques
uns
Que l'usage a rendus communs
Comme utiles , en cent manieres
Les Bains de Barege &
Bagnieres, o
Dont les plus sçavans Médecins
Font le pont aux ânes des
Bains.
Fermer
Résumé : ENVOY burlesque par un oisif qui s'ennuye aux eaux de Forges.
Le texte traite des bienfaits et des diverses utilisations des bains, tant pour le loisir que pour la santé. Les bains sont considérés comme des remèdes efficaces contre plusieurs afflictions, telles que les catharres, les rhumatismes, les vapeurs et les troubles de l'esprit. Ils sont classés selon leur composition (alumineux, plombés, ferreux, bitumineux) et leur température (chauds ou froids). Les bains peuvent être naturels ou artificiels, et leur usage varie en fonction des besoins de santé de chacun. L'origine des bains chauds est attribuée à Ana, fils de Sebeon, et à Vulcain, qui offrit un bain chaud à Hercule. Les bains froids sont associés aux Argonautes, qui se lavaient sur les rivages de la mer Tyrrhène. Historiquement, les bains étaient utilisés par les Romains et les Grecs, et leur pratique variait selon les époques et les cultures. Le texte mentionne également des bains célèbres comme ceux de Pouzzoles, de Saint-Germain, de Vichy, de Spa et de Bourbon, reconnus pour leurs propriétés curatives. Les bains sont également présents dans diverses régions, y compris la Germanie, la Russie et l'Empire ottoman, où ils sont appréciés pour leurs bienfaits et leurs plaisirs. Enfin, le texte souligne l'importance des bains dans la vie quotidienne et leur rôle dans la prévention et le traitement des maladies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 50-92
Erudition sur le vin.
Début :
Que le vin soit l'appas le plus doux de la vie, [...]
Mots clefs :
Vin, Chagrin, Esprit, Courage, Joie, Amour, Santé, Médecine, Compagnon, Festivités, Société, Divinité, Poésie, Guerre, Alcool, Humeur, Vieillesse, Guérison, Mélancolie, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Erudition sur le vin.
Eruditionsur le vin.
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
Que le vin soit l'appas
leplusdouxdela vie,1
Qa'il^ bannisse l'ennui,
dissipe le chagrin,
2,
3 Enchante les esprits,
charme le coeur ,;
humain,
Enlevé tous les sens,rende
l'ameravie;
Qu'il fournisse au bûveur
du coeur & de
Feipric, 4
1.
1 Non ejl vivere jfed
valerevita. Martial.
2. Date vinum his qui
amarosuntanimo. Prov.
c. 31.
3 Ex bonovinoplusquam
ex alio quocumque
potu generantur e5 multiplicanturspiritus
fenues.
Avicen.
4 Ingenium acuit.Scola
Saler. '-
Qu'il épanche l'odeur du
plusfin ambre-gris, 5
6 Qu'il inspire la joye,
augmente le courage,
7.
Qu'il deride le front des
Catons de nôtre
âge, 8
Qu'il soit de tous les
5 Vinum priusquam
degustetur quintâ parte
suinectarisprocessus mamillares
jam imbuit.
Tl"uf Rem.
6 Vinum e5 musica
latificant cor hominis-
Eccl. 40.
7; Vina parant anitnos.
Ovid. Add;, cornua
pauperi. Horat.
8 Narratur e5 prisci
Catonis sæpe mero caluissevirtus.
Idem.
dons que Dieu fait
aux mortels
Leplusprecieux, leplus
digne 9
Que par une faveur in-
.,
signe
Il destine pour les autels:
C'cft une verité que la
Sagessemême.
Nous a laissée empreinte
en ses divins écrits.
Un homme de bon sens ,
de bon goût&d'esprit
9 Natura nihilquicquam
eJito penu largita
est præstantius vino.
Gunter. Hyg. p. 76.
Peut-il ia recevoir comme
un nouveau problême?
C'est nier de sens froid
un principearrêté
10
Par les graves Auteurs
de la Latinité,
Comme de la sçavante
Grece.
C'est l'aimable lien de
la societé, Il
Charmantauteurdel'allegresse
;
Il fournit les bons mots,
10 Ire contra omnes in*
sanire est.
11 Non habet amaritudinemconversatio
illius,
nec tædium cowviitus illius,
sed lætitiam (S?gaule
sel, l'urbanité;
C'est le grand sceau des
mariages,
C'efl l'ame des fefiins..
des bals, des comperages,
12
L'ennemi du divorce &
des divisions,
L'arc-boutant des reünions;
Agreable tyran, puissant
moteur de l'ame,
Qui d'un vieillard usé
, sçait ranimer la
flame. ri
dium. Sap.c.8.
12Revera voluptas
mensarum atque delitiæ
semper habitus estvini
potus , ex cujus suavitate
convivii festivitas
omnis Qf elegantiavenit
æstimanda. Gunter.
15 Vino sublato non
Voulez-vous dissiper ces
rigoureux ennuis
Qui vous obsedent jour
&nuit,
Et mettre fin à vos disgraces,
14
Bûvez du vin à pleines
tasses.
Infortuné client, qui
crains que ce procés
Ne te fasse dans peu tonv
ber en decadence,
D'un vin delicieux tâte
sans faire exees, is
fjl tpenUi. Eurip.
14 Dissipatcujuscuras
edales. Horat. FiniþJ.
re memento tristitiam
molli mero. Idem.
IS Hute calix tnul;
Et laisse agir la Providence
Sur le bon ou mauvais
succés.
Languissante beauté
J
- donc l'humeur hif-
-, terique,
indigeûe,mélancolique16
Agice un petit corps a
chaque lunaison,
Laissez poudre ,.eau ,bolus
& sel diureyrvôusprdnrets-
d^Vin
impingendus est, utplorare
desinat. Cic. Tusc.
3.
16 Vis vinipræcipua
ad crassos humores
,
ad
obstructiones,ad morbos
frigidos
, ac diuturnos
ad , quæ quovis syrupo
vel medicato liquore præftantius.
Fernel. Meentiere
guerison;
Contre les douleurs de
colique,
D'un rhumatisme affreux
ou goutte sciatiq
ue,
Il vaut mieux que les
eauxnid'Aix ni de
Bourbon:
Car pour brifer l'acide il
est seur,il est bon.
Un vin leger & vifvainc
la douleur cruelle 17
Du calcul & de la gravelle;
thod.
thod. lib. 4. c. 11.
-
17 Tenuenjinumcien*
dæ urinæ magis idoneum
capitinullaminsert noC'est
un doux vehicule
, aalf) insinuant,
18.
A qui cedent Aix,Spa-
Plombiere & saint
Amand.
Pauvre convalescent ,
veux-tu que l'on rabatte
Par un moyen facile Se
doux
Les grossieres vapeurs
du foye& de la ratte,
Qui frapant le cerveau
yfont'/e-ntir coups, kurs - :
xam. Galen. lib. 1. de
euchym.
18 Qjtmm vinum sit
naturæ jucundum acfamiliare,
per omnia JeJe
insinuansvires in ßn84
gulas 'Ell abilitissimas
corporis partes diffundit
atque impertit, estque
optimum medicinæ vin.
culum. Ferel ibid.
Congedie à presentGalien,
Hippocrate,
19Avicene& Fernel > le
bon vin mieux qu'eux
tous,
Sitôt qu'il a changé sa
nature de moût,
Sçauradesopiler
,
bannir
l'humeur ingrate.
Vous qui devenus languissans
Par l'effort imprévud'une
paralysie,
20 Ne goutez qu'à demi
lesplaisirsdelavie,
19Bacchus ab antiquis
dicebatur Medicus uuU
gi, eò quòd vinomorbos
omnes fugaret. Moreau
ad Scol. Sal.
20 Vis vinipræcipua
ad morbosfrigidos. Fernel.
Le vin ranimera tous
les nerfs im puissans.
21 Beau sexe, rejettez
ces boissons meurtrieres
Qui changean,t vôtre
teint,retranchent le
beau cours
Du printemps fleuride
vos jours;
Brifez tasses & caffetieres,
22 Et d'un vin petillant
emplissez vos aiguieres:
Vina omnia 'Vircs roborant.
Gal.
21 Centis ociosæ nugamenta.
22 Bibat t'[}inum in jUcunditate.
Judith c. 12.
Il accroîtra le feu de vos
vivespaupieres,
23 Le vin vous tiendra
lieu de parure &
d'atours.
Il purge les humeurs que
dans la solitude
24 Contractent les hommes
d'étude,
Et d'un flegme importun
sçait les débarasser:
Avecque son secours ils
sçavent retracer
Tant de traits enchassez
tj Son
23 Son jus pris par
compas redonne la con*
leur. Dubaitois.
24 Muniteadhibe vim
fàpientiæ. Hor.
Sapientium curas fu«
gat. Idem.
dans leur vaftc memoire
Et de politique & d'hiss"-'
roire.
z5 Sans le vin des arts liberaux
Verroit-on de nobles travaux?
x6 Et si nous en croyons
Horace,
Lut-on jamais sur le Parnasle
25 Nam si bono 'vino
moderatè utantur,longè
seipsis CJr ad excogitandum
acutiores
, f5 ad explicandum
orandumque
uberiores
,
FlJ ad memoriam
denique firmores
evadunt. Moreau.
2.6 Carmina vino ingeniumfaciente
canunt.
Ovid.
2.7 Des xtth faits par un
buveur d'eau
Qui valussent ceux de
Boileau?
28Nos zelezOrateurs
tonnent mieux dans
les chaires,
Lors qu'ils s'en vont munis
de quatre ou cinq
bons verres.
Ces mortels enfoncez
dans la devotion,
Qui boivent par compas
<
6C sans81ffettion)
29 Gardantles voeux les
27 Sanèmagnus equeis
lepidosunt vinaPoëtæ,
2S Foecundi cælices non
feceredisertum. Horat.
19 Severioris est virplus
austeres
A saine Thierry
,
saint
Bâle,Hautvillers&
Cumicres,
Sententcroître la voix,
la force & 30l'onction,
31 Lors qu'ils boivent les
jours de jubilation
De ce pieux nectar qui
provient sur leurs
terres.
Les Dames en beguin
de Reims & d'Avenay
tutis calcar 69 stimulus
vinum. Thes. Rem.
30 Vatasti nos rvino
compunctionis. Ps. 59.
31iVfl/z ille, quan.
quam Socraticis madet
sermonibus
j te negligit
horridus. Horat.
31, Sentent ceder d'abord
-
à la liq ueurdivine
Qui croît sur leurs côteaux
ou bienà Verzenay,
Foiblesse d'estomach, ftbriibniefeïc de poi- , I
33 Qui les tourmente si
souvent,
Et qui levur ientenrdittle. Enfin quiconque veut l
dans l'extreme vieil-
Je/Iè,
32 Stomachitædia diF
€Uttt. Thes. Rem.
33
Vinumin ventriculo
perfusum ciborum cofiionem
f5 distributionent
juvat.
Lacsenum.
Libre d'esprit & sain de
corps
54 Braver les horreurs de
la mort,
Et seconserver en liesse,
Qu'il ait en son cellier
un foudre de fin vin,
- t un recipé tout divin.
jj Avecque lui le pauvre
oublie ses disgraces
;
( Quatre rasades les effacent)
L'artïsan son travail, le
34Vinum remedium
adversùssenectutis duritiem.
Plato de kg,
35 Bibant obliviscantur
egestatis j'uæ. Eccles.
soldat tous ses
maux, 36
Le pelerin ses pas,le gasantsesrivaux,
L'homme convalescent
la douleur si cruelle
Que lui causa l'effortd'une
fievrerebelle, 37
Le prude sourcilleux les
rides de son front,38
Le vindicatifun affront.
Enfin c'est le tombeau
de toutes les miseres,
Des chagrins, des ennuis
qu'ici nous desesperent
;
36 Vinum laborum
pharmacumest. Limpid*
in Troad.
37 Etdoloris sui non
recordenturampliùs. Eccles.
38 PrAceliens est antipharmacum
; siquidem
caperatam mirèfrontem
exporrigitsuave clarumque
vinum. Rhodig.
C'est l'ame des plus doux
desirs,
Et l'innocent objet des
Colides.plaisirs.39
Sur ce pied je soûtiens,
& contre la Sorbonne,
Que le vin fut toujours
une chose trés
bonne.40
Le vin, me direz-vous,
est l'auteur des querelles.
Oui, quand il s'introduit
dansde foibles
cervelles,
39 Tristissobrietas est
remo'venda. Senec.
40 Tanturn vino crtditur
attribuisse Æfèulapius
, ut aqua id cum
numinibus,lance latHe-
,rif, Rhodig.
Qu'ilrencontre un bûveur
chagrin ou rioteux,
41
Ou quelque jeune furieux,
42, Qui boitavec excès &C
se plaît à l'yvresse,
Que le moindre mot
choque &C blesse. 43
44 Quoy? parce que
Noëenyvra saraison,
Le vin passera pour poi-
Ion?
41 Fel
41 Fel draconum wnumcorum.
Deuter.
42 Vinum multum
meracum infaniæcauft.
Hippoc.
43 Natis in usum latitiæ
Sapphis pugnare
Thracum ejl.Horat.
-
44 Vinum in jucunditatem
ereaturnejl, non inebrietatem ab initio.
hdt ce principe vain la
beauté, les attraits,
Les charmes de l'esprit,
le feu de 1éloquence,
L'érudition
,
la science
Contre l'ordre de Dieu
font reputez mauvais.
Point depresent du Ciel
dont le méchant n'abufe;
La prudence en lui de"
vient ruse
Pour surprendre les innocens
; L'éloquence mondaine
avec ses doux accens
Devient l'art dangereux
d'appuyer le mensonge
;
La politique prend la vé- ritépour songe:
Avecque les atours cette
femme au filet
Prend l'homme comme
on fait un timide
oiselet,
Et ces attraits charmans
dont chacun fait
estime.
Lui fervent d'échelons
au crime.
Faudra-t-il pour cela
proscrire ces talens
Qui font les hommes
excellens?
Fermer
Résumé : Erudition sur le vin.
Le texte 'Eruditionsur le vin' met en avant les nombreux bienfaits du vin. Il est décrit comme un remède contre l'ennui et le chagrin, capable d'enchanter les esprits et de charmer le cœur humain. Le vin est présenté comme un moyen de fournir du courage et de la joie, et de dissiper les rigoureux ennuis. Il est également loué pour ses vertus médicinales, aidant à traiter diverses maladies telles que les douleurs de colique, les rhumatismes, et les affections du foie. Le vin est considéré comme un lien social, charmant auteur d'allégresse, et grand sceau des mariages. Il est également vu comme un ennemi du divorce et des divisions, et un moteur puissant de l'âme. Le vin est recommandé pour les convalescents, les personnes mélancoliques, et ceux souffrant de paralysie. Il est également vanté pour ses effets bénéfiques sur les arts libéraux et l'éloquence. Cependant, le texte avertit contre les dangers de l'abus du vin, notamment chez les personnes à l'esprit faible ou les jeunes furieux. Malgré ces mises en garde, le vin est globalement présenté comme une chose très bonne, capable de dissiper les misères et les chagrins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 149-166
Memoire Littéraire.
Début :
J'ay promis des liaisons. Il faut tenir parole. Mais je / La Médecine a pris naissance des observations, dont le hazard [...]
Mots clefs :
Liaisons, Mémoires littéraires, Médecine, Maladies, Ouvrage, Ouvrages, Nouveauté, Vérité, Remède, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Memoire Littéraire.
J'ay promis des liaiſons.
Il faut tenir parole. Mais je
ne ſçay comment m'y prendre
pour paffer d'une façon agra
Niij
150 MERCURE
ble & naturelle , d'une matiere
que je connois un peu ,
à une que je ne connois point
du tour. On m'a fait preſent
de deux Memoires Litteraires
fur la Medecine; on m'aſſure
qu'ils annoncent des chofes
qu'ils
dont l'uſage eft excellent pour
prolonger nos jours. C'eſt co
que je ne ſçay pas encore , parce
que je n'ay jamais cû beſoin
de l'apprendre.
Quoy qu'il en ſoit , ils me
paroiſſent affez bien écrits , &
la force de leurs raiſonnemens
qui me fait en quelque facon
juger du merite de leurs AuGALANT
S
teurs ,
noMemoite Litteraire
R
of La Medecine a pris naiſſancodesobfervations
,dont lehazard
fut peüt- eſtre la premiere
&la plus feconde ſource,
aprés tuy vint l'experience, qui
les multiplia durant pluſieurs
Siecles , & forma le premier
plan d'un art qui devoit reme
dier aux maladies dont la fant
té des hommes eſt ſi ſouvent
combatuë. Cette Medecine
empirique n'eſtoit d'abord oc-
Niiij
152 MERCURE
cupée qu'à reconnoître les vertus
des Simples & de leurs differ
ens mélanges : Mais la diverfiré
deleurs effets , ſelon les
differences des accidens , ou
celles du temperament , de
l'âge, du temps , du licu , des
alimens , des paffions de l'ame
, &c. fit bien- toſt connoiſtre
que puiſque la nature,
plus changeanteque Prothée,
ne ſetrouve preſque jamais la
même , il falloit entrer dans
le détail de ſes inconſtances
pour y trouver la regle de la
juſte application des remedes.
Cette folide reflexion donna
GALANT
lieu de romarquer tous les
ſignes, qui établiſſent les pré
ſages des maladies qui diſtinguent
les unes des autres, qui
marquent leurs eſpeces dans
chaque genre , & font juger
de leurs caufes & de leurs ef
fets. Une auffi utile recherche
produifit les regles& les prin.
cipes du grand Art de guerir;
cette étude enfantales divinso
racles queHippocrateaprés les
célebresMedecin de l'Ecole de
Cnyde& les Prêtres du Tem
ple d'Eſculape, raſſembla dans
ſes ouvrages qui l'ont immortalifé
, ces fondemens de la
154 MERCURE
Medecine , avoüez, de toutes
les Ecoles du monde , auffi
anciens& auffi nouveaux que
la verité,ſont les ſeuls qui ont
mis le prix à la doctrine des
Medecins de tous les temps:
au lieu que les,vains rafine,
mens des Siſtemes , enfans
d'une ignorance preſomptucuſe
, quelques legitimes qu'ils
ayont paru , n'ont jamais porté
bien loin la Renomée deleurs
Auteurs , ni fixé pour longtemps
llastention des habiles
Praticiens. En effet quoy que
des conjectures vray- fomblables
leurs en impofent quel
2GALANT. 155
quefois , ils n'ont pas de peine
à ſe détromper, ſi- toſt qu'ils
rappellent de leurs préjugez à
la reglede l'obſervation. Ces
démarches de la nature dans
les maladies , ces points fixez
que le Medecin nedoit jamais
perdre de veuë , rempliffent
toutes les pages du ſçavant
livresde Lommius , dont Mon.
fieur le Breton , Docteur en
Medecinede la Falculté de Paris
a mis au jour l'excellente
traduction , qu'il en a faire ,
ſous le titre de Tableau des
maladies , où l'on découvre leurs
fignes & leurs évenemens, tra
156 MERCURE
duit du latın de Lommius , 4-
vec de nouvelles remarques ; ouvrage
qui renferme les obferuations
les plus importantes pour
acquerir une parfaite connoissance
detoutes les maladies , en prévoir
les ſuites , en pénétrer les cauſes ,
s' aßurer de leurs remed. s. A
Paris , chez Claude Jombert
Libraire.Quay des Augustins à
la defcente du Pont Neuf.
On vend chez le même Libraire
un Livre nouveau , inti
tulé, Principes de Phifique ,rapportez
à la Medecine Pratique,
& autres traitezsur cet Art,par
Mr Chambon, cy- devantMede
GALANT. }}
cin de Jean Sobieski , Roy de
Pologne.
**Cet ouvrage ſeroit nouveau
ſi la verité n'eſtoit pas de
tous les temps. Il eſt néan
moins nouveau en la maniere
de la propoſer. Tout lemonde
ſçait que chaque choſe àfa
naiſſance , c'est- à-dire eft faite
de l'union des ſes principes,
fonaccroiſſement , lamaturité,
ſon décroiſſement ,& en
fin ſa diſolution. C'eſt un or
drede la naturetoûjoursconftante
dans ſon inconſtance.
Il n'y a point de Phyficien qui
ne ſoit convaincude cette verité.
Cependant on nes'eftoit
158 MERCURE
3
&
point encore avisé dans les
Ecoles de parler ainfi ; parce
que des principes ſi faciles
fi ſurs ne plaifent pas aux perſonnes
qui aiment à faire mif.
tere de tout , & peut- eftre à
égarer les autres , afin de les
ramener par plufieurs détours,
au chemin d'où ils oftoient
partisang b
Mr Chambon qui joint
une sextrémehidroiture de
coeur àune parfaire connoif
fance de la nature, à évité
l'écücil des Phyſiciens ordinaires
, & nous propoſe dans
cet ouvrage les principes les
plus facilespavec une netteté
GALANT. 139
toute finguliere. La nature ,
dit- il , fait tous ſes ouvrages
en diffolvant & en coagulant;
lorſqu'elle diffout elte sein
erude; & lorſqu'elle coagule
elle cuir &meunit. C'eſt fur
ce grand principe que roule
rouve la Phyſique r& toute la
Medecine, Car enfin lainatu
reou coagule ondiffour ou
fe ropoſe quandfes ouvrages
font à leur matafités Ibreſt
vrayqu'elle nedemeute guard
en reposh qulellé,n'a pas
pluſtoſt conduit ſesouvrages
àleur perfection ,qu'elle travaille
à les détruige. Tout
160 MERCURE
ace
que doit donc faire un fage
Medecin eſt de ſuivre, la
nature dans ſes operations
fin d'empêcher les coagulations
prématurées,&les diſſolutions
trop precipitées.L'une
fert de romede à l'autre, la
coagulation empêche da trop
grande diffolution , lai diễ
folution bempèche da nerop
grande coagulations Opine
peut pas donner d'idée plus
fimple desoperations de la na
ture , & du devoirdes Medeeins
qucocelle-lashion flokar
-De ce principe il s'enfuit
quola ſaignée eſt ſouvent la
choſe
GALANT. 161
choſe la plus dangereuſe de
toutes celles que pratiquent
aujourd'huy les Medecins , &
qui a affez de rapport avec ces
fortes de remedes communs
qu'on diftribuë dans les boutiques
, ainſi que Mr Chambon
ledémontre dans ſon ouvrage.
En effet , ou le ſang
tend à ſe coaguler, ce qui cauferoit
des obſtructions dans
les viſeerés ou à ſe diffoudre ,
ce qui en ruineroit le baume ;
car de dire qu'il peut pêcher
en quantité, c'eſt une prévention
qui n'eſt formée fur
aucun princip craifonnable ,
Juin 1714.
162 MERCURE
s'il ſe coagule il y a des
remedes pour empêcher cet
te coagulation , & pour le re
mettre à fon bon naturel , s'il
tend à la diſſolution de ſes
principes,on peut l'empêcher
par des remedes coagulants.
Tous les corps , die Me
Chambon , ſont compoſez de
fel , de ſouffre & de Mercure.
La partie mercuriale continuët'il
, fait la fluidité ; la ſaline
fait le poids & la fixité , & k
fouffre la fuſibilité, le reſſerrement
,les faveurs & les couleurs.
Suivant ce principe , il
traise amplement des teintures
GALANT. 163
dont il donne les préparations
avec la netteté, & fa profondeur
ordinaire .
Il paffe de là au mal deNaples
que les Napolitains appellent
le mal François , dont il
explique la nature & les differentes
fortes conformement à
fes principes ; & aprés avoir
montré que le Mercure ne le
peut guerir radicalement , il
propoſe des ſpecifiques pour
lestrois eſpeces de cette maladie
ſçavoir la naiſſance, l'inveterée,&
l'hereditaire. Labontéde
cesſpecifiques eſt prouvée
par des raiſonnemens , & par
Oij
164 MERCURE
les experiences qu'il en faites à
cette occaſion; ildonne lespréparations
du Mercure , de
l'antimoine , du plomb , de
l'Elixir animal , de Lilium ,des
pilulles , &c. De- là pour récréer
le Lecteur , il paſſe au
récit de ſon voyage dans les
Monts de Pologne , où il entra
dans les mines de ſel , de
ſouffre, de bitume& autres ,
dont il rapporte les particula
ritez , & plufieurs autres mer
veilles de la même Pologne,
avec beaucoup d'exactitude
&de politeffe. Enfin il finit
par un traité de l'apoplexic
GALANT. 165
dontil explique la nature d'une
maniere mécanique &
conforme à fes principes ; enfuite
il établit les differentes
efpeces d'apoplexie ,& donne
les préparations des remedes
neceffaires dans ces fortes de
maladies.
On peut dire en general
que cet ouvrage eft , pour fa
folidité , fa varieté & fa nouveauté
, un des plus beaux
Chefs-d'oeuvres de la Medeci
ne,&de la Phyſique. Il ſeroit à
fouhaiter que l'Auteur voulût
faire part au Public des autres
découvertes qu'il a faites fur
166 MERCURE
quantité d'autres maladies ,
avec leurs remedes : ce ſeroir
luy faire un preſent d'autant
plus eftimable , que l'homme
n'ariende plus cher,ny de plus
précieux que la ſanté. Sans
elle il ne fait que languir ; les
plaiſirs n'ont pour luy aucun
charme , & il eſt incommode
non ſeulement à tout le monde
, mais encore à luy-même.
Il faut tenir parole. Mais je
ne ſçay comment m'y prendre
pour paffer d'une façon agra
Niij
150 MERCURE
ble & naturelle , d'une matiere
que je connois un peu ,
à une que je ne connois point
du tour. On m'a fait preſent
de deux Memoires Litteraires
fur la Medecine; on m'aſſure
qu'ils annoncent des chofes
qu'ils
dont l'uſage eft excellent pour
prolonger nos jours. C'eſt co
que je ne ſçay pas encore , parce
que je n'ay jamais cû beſoin
de l'apprendre.
Quoy qu'il en ſoit , ils me
paroiſſent affez bien écrits , &
la force de leurs raiſonnemens
qui me fait en quelque facon
juger du merite de leurs AuGALANT
S
teurs ,
noMemoite Litteraire
R
of La Medecine a pris naiſſancodesobfervations
,dont lehazard
fut peüt- eſtre la premiere
&la plus feconde ſource,
aprés tuy vint l'experience, qui
les multiplia durant pluſieurs
Siecles , & forma le premier
plan d'un art qui devoit reme
dier aux maladies dont la fant
té des hommes eſt ſi ſouvent
combatuë. Cette Medecine
empirique n'eſtoit d'abord oc-
Niiij
152 MERCURE
cupée qu'à reconnoître les vertus
des Simples & de leurs differ
ens mélanges : Mais la diverfiré
deleurs effets , ſelon les
differences des accidens , ou
celles du temperament , de
l'âge, du temps , du licu , des
alimens , des paffions de l'ame
, &c. fit bien- toſt connoiſtre
que puiſque la nature,
plus changeanteque Prothée,
ne ſetrouve preſque jamais la
même , il falloit entrer dans
le détail de ſes inconſtances
pour y trouver la regle de la
juſte application des remedes.
Cette folide reflexion donna
GALANT
lieu de romarquer tous les
ſignes, qui établiſſent les pré
ſages des maladies qui diſtinguent
les unes des autres, qui
marquent leurs eſpeces dans
chaque genre , & font juger
de leurs caufes & de leurs ef
fets. Une auffi utile recherche
produifit les regles& les prin.
cipes du grand Art de guerir;
cette étude enfantales divinso
racles queHippocrateaprés les
célebresMedecin de l'Ecole de
Cnyde& les Prêtres du Tem
ple d'Eſculape, raſſembla dans
ſes ouvrages qui l'ont immortalifé
, ces fondemens de la
154 MERCURE
Medecine , avoüez, de toutes
les Ecoles du monde , auffi
anciens& auffi nouveaux que
la verité,ſont les ſeuls qui ont
mis le prix à la doctrine des
Medecins de tous les temps:
au lieu que les,vains rafine,
mens des Siſtemes , enfans
d'une ignorance preſomptucuſe
, quelques legitimes qu'ils
ayont paru , n'ont jamais porté
bien loin la Renomée deleurs
Auteurs , ni fixé pour longtemps
llastention des habiles
Praticiens. En effet quoy que
des conjectures vray- fomblables
leurs en impofent quel
2GALANT. 155
quefois , ils n'ont pas de peine
à ſe détromper, ſi- toſt qu'ils
rappellent de leurs préjugez à
la reglede l'obſervation. Ces
démarches de la nature dans
les maladies , ces points fixez
que le Medecin nedoit jamais
perdre de veuë , rempliffent
toutes les pages du ſçavant
livresde Lommius , dont Mon.
fieur le Breton , Docteur en
Medecinede la Falculté de Paris
a mis au jour l'excellente
traduction , qu'il en a faire ,
ſous le titre de Tableau des
maladies , où l'on découvre leurs
fignes & leurs évenemens, tra
156 MERCURE
duit du latın de Lommius , 4-
vec de nouvelles remarques ; ouvrage
qui renferme les obferuations
les plus importantes pour
acquerir une parfaite connoissance
detoutes les maladies , en prévoir
les ſuites , en pénétrer les cauſes ,
s' aßurer de leurs remed. s. A
Paris , chez Claude Jombert
Libraire.Quay des Augustins à
la defcente du Pont Neuf.
On vend chez le même Libraire
un Livre nouveau , inti
tulé, Principes de Phifique ,rapportez
à la Medecine Pratique,
& autres traitezsur cet Art,par
Mr Chambon, cy- devantMede
GALANT. }}
cin de Jean Sobieski , Roy de
Pologne.
**Cet ouvrage ſeroit nouveau
ſi la verité n'eſtoit pas de
tous les temps. Il eſt néan
moins nouveau en la maniere
de la propoſer. Tout lemonde
ſçait que chaque choſe àfa
naiſſance , c'est- à-dire eft faite
de l'union des ſes principes,
fonaccroiſſement , lamaturité,
ſon décroiſſement ,& en
fin ſa diſolution. C'eſt un or
drede la naturetoûjoursconftante
dans ſon inconſtance.
Il n'y a point de Phyficien qui
ne ſoit convaincude cette verité.
Cependant on nes'eftoit
158 MERCURE
3
&
point encore avisé dans les
Ecoles de parler ainfi ; parce
que des principes ſi faciles
fi ſurs ne plaifent pas aux perſonnes
qui aiment à faire mif.
tere de tout , & peut- eftre à
égarer les autres , afin de les
ramener par plufieurs détours,
au chemin d'où ils oftoient
partisang b
Mr Chambon qui joint
une sextrémehidroiture de
coeur àune parfaire connoif
fance de la nature, à évité
l'écücil des Phyſiciens ordinaires
, & nous propoſe dans
cet ouvrage les principes les
plus facilespavec une netteté
GALANT. 139
toute finguliere. La nature ,
dit- il , fait tous ſes ouvrages
en diffolvant & en coagulant;
lorſqu'elle diffout elte sein
erude; & lorſqu'elle coagule
elle cuir &meunit. C'eſt fur
ce grand principe que roule
rouve la Phyſique r& toute la
Medecine, Car enfin lainatu
reou coagule ondiffour ou
fe ropoſe quandfes ouvrages
font à leur matafités Ibreſt
vrayqu'elle nedemeute guard
en reposh qulellé,n'a pas
pluſtoſt conduit ſesouvrages
àleur perfection ,qu'elle travaille
à les détruige. Tout
160 MERCURE
ace
que doit donc faire un fage
Medecin eſt de ſuivre, la
nature dans ſes operations
fin d'empêcher les coagulations
prématurées,&les diſſolutions
trop precipitées.L'une
fert de romede à l'autre, la
coagulation empêche da trop
grande diffolution , lai diễ
folution bempèche da nerop
grande coagulations Opine
peut pas donner d'idée plus
fimple desoperations de la na
ture , & du devoirdes Medeeins
qucocelle-lashion flokar
-De ce principe il s'enfuit
quola ſaignée eſt ſouvent la
choſe
GALANT. 161
choſe la plus dangereuſe de
toutes celles que pratiquent
aujourd'huy les Medecins , &
qui a affez de rapport avec ces
fortes de remedes communs
qu'on diftribuë dans les boutiques
, ainſi que Mr Chambon
ledémontre dans ſon ouvrage.
En effet , ou le ſang
tend à ſe coaguler, ce qui cauferoit
des obſtructions dans
les viſeerés ou à ſe diffoudre ,
ce qui en ruineroit le baume ;
car de dire qu'il peut pêcher
en quantité, c'eſt une prévention
qui n'eſt formée fur
aucun princip craifonnable ,
Juin 1714.
162 MERCURE
s'il ſe coagule il y a des
remedes pour empêcher cet
te coagulation , & pour le re
mettre à fon bon naturel , s'il
tend à la diſſolution de ſes
principes,on peut l'empêcher
par des remedes coagulants.
Tous les corps , die Me
Chambon , ſont compoſez de
fel , de ſouffre & de Mercure.
La partie mercuriale continuët'il
, fait la fluidité ; la ſaline
fait le poids & la fixité , & k
fouffre la fuſibilité, le reſſerrement
,les faveurs & les couleurs.
Suivant ce principe , il
traise amplement des teintures
GALANT. 163
dont il donne les préparations
avec la netteté, & fa profondeur
ordinaire .
Il paffe de là au mal deNaples
que les Napolitains appellent
le mal François , dont il
explique la nature & les differentes
fortes conformement à
fes principes ; & aprés avoir
montré que le Mercure ne le
peut guerir radicalement , il
propoſe des ſpecifiques pour
lestrois eſpeces de cette maladie
ſçavoir la naiſſance, l'inveterée,&
l'hereditaire. Labontéde
cesſpecifiques eſt prouvée
par des raiſonnemens , & par
Oij
164 MERCURE
les experiences qu'il en faites à
cette occaſion; ildonne lespréparations
du Mercure , de
l'antimoine , du plomb , de
l'Elixir animal , de Lilium ,des
pilulles , &c. De- là pour récréer
le Lecteur , il paſſe au
récit de ſon voyage dans les
Monts de Pologne , où il entra
dans les mines de ſel , de
ſouffre, de bitume& autres ,
dont il rapporte les particula
ritez , & plufieurs autres mer
veilles de la même Pologne,
avec beaucoup d'exactitude
&de politeffe. Enfin il finit
par un traité de l'apoplexic
GALANT. 165
dontil explique la nature d'une
maniere mécanique &
conforme à fes principes ; enfuite
il établit les differentes
efpeces d'apoplexie ,& donne
les préparations des remedes
neceffaires dans ces fortes de
maladies.
On peut dire en general
que cet ouvrage eft , pour fa
folidité , fa varieté & fa nouveauté
, un des plus beaux
Chefs-d'oeuvres de la Medeci
ne,&de la Phyſique. Il ſeroit à
fouhaiter que l'Auteur voulût
faire part au Public des autres
découvertes qu'il a faites fur
166 MERCURE
quantité d'autres maladies ,
avec leurs remedes : ce ſeroir
luy faire un preſent d'autant
plus eftimable , que l'homme
n'ariende plus cher,ny de plus
précieux que la ſanté. Sans
elle il ne fait que languir ; les
plaiſirs n'ont pour luy aucun
charme , & il eſt incommode
non ſeulement à tout le monde
, mais encore à luy-même.
Fermer
Résumé : Memoire Littéraire.
Le texte aborde la médecine et deux mémoires littéraires sur ce sujet. L'auteur exprime son intérêt pour une matière qu'il ne connaît pas encore, tout en reconnaissant la qualité des mémoires qu'il a lus. La médecine, née des observations et de l'expérience accumulées sur plusieurs siècles, était initialement empirique. Elle a évolué pour reconnaître les vertus des simples et leurs mélanges. La variabilité des effets des remèdes en fonction de divers facteurs a conduit à une réflexion approfondie sur les inconstances de la nature, aboutissant à l'établissement des signes présageant les maladies et à la formulation des règles et principes de l'art de guérir. Hippocrate, après les médecins de l'École de Cnide et les prêtres du Temple d'Esculape, a rassemblé ces fondements dans ses ouvrages, considérés comme les plus anciens et les plus novateurs. Les systèmes vains et présomptueux n'ont pas porté loin la renommée de leurs auteurs. Les démarches de la nature dans les maladies et les points fixes que le médecin ne doit jamais perdre de vue sont détaillés dans les livres de Lommius, traduits par Monsieur le Breton. Le texte mentionne également un ouvrage de Monsieur Chambon, ancien médecin de Jean Sobieski, roi de Pologne. Cet ouvrage présente les principes de la physique appliqués à la médecine pratique. Chambon explique que la nature agit par dissolution et coagulation, et que le rôle du médecin est de suivre ces opérations pour empêcher les coagulations prématurées et les dissolutions trop précipitées. Il critique la saignée, jugée souvent dangereuse, et propose des remèdes alternatifs. Chambon traite également du mal de Naples, de l'apoplexie et partage ses observations sur les mines de Pologne. L'ouvrage est loué pour sa solidité, sa variété et sa nouveauté, et l'auteur espère que Chambon partagera d'autres découvertes sur les maladies et leurs remèdes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 285-291
QUESTION PROPOSÉE de Bourgogne à M. D. L. R. sur le Rhume & sur certains regimes de santé, recommandez par les Anciens.
Début :
Depuis que je lis le Mercure j'y ai trouvé si souvent des réponses satisfaisantes [...]
Mots clefs :
Rhume, Médecine, Bains, Anciens, Médecin, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTION PROPOSÉE de Bourgogne à M. D. L. R. sur le Rhume & sur certains regimes de santé, recommandez par les Anciens.
QV EsT 10 N PfiOPOSE'E dr
Bourgogne à M. D. L. R. fur le Rhtimç
& fur cenúns régimes de famé , re
commandez, par les Anciens.
DEpuis que je lis le Mercure j'y ai;
trouvé si souvent des réponses satis
faisantes à différentes Questions qui y
avoient été proposées , que j'espere qu'on
voudra bien m'en procurer une par lç
mêmes canal, sur un sujet qui inreressetour
le monde. Il n'çst rien 4e plus préçie
ux que k sarçtç ; nos Anciens avoienr
D vji unv
&$6 ME RCURE DÊ FRANCÉ'
une grande atcentioo sur ccr article. lis
placèrent de tous côtez des Sentences qui
y avoient rapport. Elles étoient quelque
fois rédigées en Vers, quelquefois cn rimes
feulement , d'autres fois en Vers latins
rimez de la nature de ceux qu'on appelle
Techniques , & cela afin qu'on les retint
plus facilement. Mais comme chacun
n'a pas la clef de ces sortes de dictions.,
je me flate que quelque Médecin zélé pour
le bien public voudra bien nous expli
quer ce qui paroît de plus obscur dans
ces sortes de Sentences.
On les trouve en Quatrains au bas de
chaque mois des Calendriers dans presque
cous les Livres d'Eglise qui ont été im
primez en France au commencement du
XVI. siécle avant le Concile de Trente.
II y avoir alors parmi les Chantres & les
autres Ecclésiastiques beaucoup de Méde
cins qui fçavoient faire l'apologie de ces
Vers & qui en dùnnoient le dénouement»
J'en ai des preuves particulières pour l'Eglise
à laquelle je fuis attaché. Aujourd'hui
qu'il n'y en a píiiSjOn regarde ces sortes de
Quatrains comme ridicules & même com
me très-impertinemment placez. Car où
sont-ils imprimez? C'est dans les Missels,
à la marge inférieure du Calendrier , com
me pour servir de brodure au bout des
Saints de chaque mois. Si ces Vers tane
bien
FEVRIER. 1730/ iîf
bien- que mal faits , ne se trouvoient que
«Mis un ou deux Missels , je les croiroís
peu dignes d'attention ; mais comme ils
k rencontrent dans le plus grand nombre
& tnêmé dans ceux de Paris, & dans ceux
de Rome, imprimez en France, c'est une
marque de l'estime generale qu'on ea
avoit. Il n'est donc pas indiffèrent d'exa
miner si cette estime étok bien fondée ôC
si les règles en font solidement établies.
J'ay eu le bonheur de n'être point at
taqué de la maladie qui a été si commune
depuis quelques mois ; mais afin que je
puisse la prévenir au retour d'une autre
année , quelque charitable Médecin voudroit-
il bien nous assurer si l'on peur se
fier à ce qui est marqué dans un de ces
Quatrains í C'est celui du mois de No-;
vembrc.
Fis sanusfieri ? curetur reuma VSovembri :
Quodque nocens vit ai tua fit prítiofa die ta î
Balnea cum ventre tune nulli profit habert :
íotio fit fana, nec jufta minutio v»na.
Voilà , ce me semble , cinq leçons dans
ce Quatrain. Le premier Vers décide que
c'est au mois de Novembre qu'il faut se
préserver du rhume ou le fake Cesser. Il
est en mêmes termes dans la plupart des
differens Missels que j'ay vus. Il y en a
feulement quelques uns où on lit ;
h.tf MERCURE DE FRANCEí
n..c tibì: fcirt dn:ur , qfiod rheuma ìÇtvemèrt
creatur.'
C'est ainsi que je trouve ce premier Vers
dans un Missel de Clugny de 15 10. dans
un d'Autun de 1 5 30. ôc dans-un de Char
tres de 1 53 1. & un de Sens de 1556V
Cetce Variante nous apprend bien que le
rhume se forme en Novembre ; mais elle
n'assure pas qu'il faille f remédier dès cc
mois- là. II est cependant bon de sçavoir
à quoi s'en tenir ; parce que bien des gens
disent que le rhume est de plus longue du
pée lorsqu'on le mitonne que lorsqu'on le
néglige. C'est lur quoi j'attends un parfait
& prompt éclaircissement.
LesVariantes du second Vers n'en chan
gent point le sens. Qj^ajus nociva i>itar
cela revient au même. Pour ce qui est de
dirtit , les Ecclésiastiques plus accoutumez
auxlangages de leurs Rubriques qu'à ce
lui de Galien ou d'Hippocrare , entendoient
autrefois par dieta, l'Office Ferial
Fit dieta, ou bien Pìt de dicta , signifioit"
qu'on faisoit de la Férie. Mais» je croirois
que ces Vers n'ayant pas été composez pat
un Rubriquaire , l' Auteur veut dire qu'il
feut bien prendre garde à la diète qu'on
observera dans ce mois-là. N'est-ce point
en effet la saison où il semble que Tappégt/
renaît à mesure que le froid approche ?
T~ t FEVR sEK. rr?ô-
Je méptiíc la Variante de certains Missels
eù on lit , tua fint pretio/a diEla , ce font'
des fautes grossières qu'on peut rejettec
fur les Imprimeurs, comme s'il falloir
donc parler moins dans le mois de No
vembre que dans les autres , ou bien qu'il
fellùr n'y parler que le langage de cesprécieux
ridicules.
Le grand nombre des Editions contient'
k troisie'me Vers comme je l'ay rapporté
d'après mon Missel Diocésain de l'an 1 5 1 8-»
Cependant celui de Cluny de 1510. ôc
celui d'Autun de 1 5$ o. mettent en stylcassertif.
Salnea eum venere tune nullum constat habere. ■
Ces deux mêmes Missels rapportent aussi;
Hn peu autrement le quatrième Vers, en;
mettant ,Potie fit fana atque minutio bona.
Je pense qu'on y recommande seulement
de prendre garde à ce que l'on boira , &
de songer qu'il sera bon de se faire ti
rer alors un peu de sang. Un Apotiquaire
attentif pourra me reprendre & dire que
folio veut dite là une Médecine , & que'
ce Quatrain ne doit pas donner l'excluíìon
aux fonctions de son ministère. A
cela je suis tout prêt à lui re'pondre , qu'il',
ne paroît pas que l'usage des potions mé
dicinales doive précéder lu saignée , maisqu'il
doit la suivre ,& que tout au plus il
jíst recommandé de ne foint boire trot*'
froid,
tjà MERCURE DE FRANCE:
froid &c peut-être de tremper son vin avetí
tin peu d'eau chaade , dont quantité de
gens, desquels je fuis du nombre, se sonc
bien trouvez. Je crois aussi , que pour ce
qui est de la queuë' du Vers, ri est question
seulement de ces saignées de précaution ,
telles qu'on les pratiquoit anciennement
dans les Monastères, où il falloit que tous
íes Moines se fissent ouvrir la veine à cer
tains jours de Tannée , de la même ma
nière qu'ils se servent tous du ministère
du Barbier un même jour de la semaine.
Au reste , si je me trompe dans mon
explication, je laisse à Messieurs les Doc
teurs ert Médecine- à en décider. Je mes
flate qu'au premier jour quelqu'un d'entt'eux
, moins afferé lorsque les rhumes
auront un peu cessé, nous donnera un
ample Commentaire de ce Quatrain : &
si le Public en est content, je prendrai la
liberté de demander par le même canal une
Paraphrase également instructive sur les?
Quatrains mis à la fin des autres mois.
Cependant pour ne rien celer , je vous
dirai que le Missel d'Autun de 1530.
ájoúte encore les deux Vers sinvans pour
le mois de Novembre , comme d'un au-?
ire Auteur.
lingues vel crines poterts prs.fcinderê~tutè ;
X>* vem minutt ,& bttlnc* citws intres.
U
FEVRIER. 1730. 10
La précision ou coupure des ongles ou
tles cheveux contribue- 1' elle donc à la
íanté , pour être mise en parallèle avec la
saignée ? A l*6gard du bain , l'Auteur or
donne de se le procurer au plutôt , bien
entendu , avec exclusion de cè qui est por
te' dans le troisième Vers cy-dessus. Je ne
connois point de Rivière qui soit chaude
au mois de Novembte , du moins dans
nos quartiers. Sans doute qu'il est question
en cet endroit des bains domestiques , oa
de ceux qui font dans les lieux où la Na
ture fait sortir des Fontaines chaudes des
entrailles de la Terre. Mais comment 8c
pourquoi les Bains sont-ils píus salutaires
au mois de Novembre qu'en d'autre tems?
C'est ce qu'il est à propos d'éclaircir , 011
bien il faut déclarer que les Anciens
avoient tort de proposer ces règles. Je re
commande fur tout l'article du rhume.
La Ptisane dont oh fé sert pour le guérir
ici , est le vin tout pur ou l'eau-de-vie.
C'est nne Médecine qui n'est pas rare
dans nos cantons, principalement au mois
de Novembre. Mais est-elle bonne ? Estce
celle que prescrit le premiers Vers qui
dit : Curetur rheima Novembn ? C'est-là
la question dont j'attends la décision.
Ce 3 1. Janvier 1730»'
Bourgogne à M. D. L. R. fur le Rhtimç
& fur cenúns régimes de famé , re
commandez, par les Anciens.
DEpuis que je lis le Mercure j'y ai;
trouvé si souvent des réponses satis
faisantes à différentes Questions qui y
avoient été proposées , que j'espere qu'on
voudra bien m'en procurer une par lç
mêmes canal, sur un sujet qui inreressetour
le monde. Il n'çst rien 4e plus préçie
ux que k sarçtç ; nos Anciens avoienr
D vji unv
&$6 ME RCURE DÊ FRANCÉ'
une grande atcentioo sur ccr article. lis
placèrent de tous côtez des Sentences qui
y avoient rapport. Elles étoient quelque
fois rédigées en Vers, quelquefois cn rimes
feulement , d'autres fois en Vers latins
rimez de la nature de ceux qu'on appelle
Techniques , & cela afin qu'on les retint
plus facilement. Mais comme chacun
n'a pas la clef de ces sortes de dictions.,
je me flate que quelque Médecin zélé pour
le bien public voudra bien nous expli
quer ce qui paroît de plus obscur dans
ces sortes de Sentences.
On les trouve en Quatrains au bas de
chaque mois des Calendriers dans presque
cous les Livres d'Eglise qui ont été im
primez en France au commencement du
XVI. siécle avant le Concile de Trente.
II y avoir alors parmi les Chantres & les
autres Ecclésiastiques beaucoup de Méde
cins qui fçavoient faire l'apologie de ces
Vers & qui en dùnnoient le dénouement»
J'en ai des preuves particulières pour l'Eglise
à laquelle je fuis attaché. Aujourd'hui
qu'il n'y en a píiiSjOn regarde ces sortes de
Quatrains comme ridicules & même com
me très-impertinemment placez. Car où
sont-ils imprimez? C'est dans les Missels,
à la marge inférieure du Calendrier , com
me pour servir de brodure au bout des
Saints de chaque mois. Si ces Vers tane
bien
FEVRIER. 1730/ iîf
bien- que mal faits , ne se trouvoient que
«Mis un ou deux Missels , je les croiroís
peu dignes d'attention ; mais comme ils
k rencontrent dans le plus grand nombre
& tnêmé dans ceux de Paris, & dans ceux
de Rome, imprimez en France, c'est une
marque de l'estime generale qu'on ea
avoit. Il n'est donc pas indiffèrent d'exa
miner si cette estime étok bien fondée ôC
si les règles en font solidement établies.
J'ay eu le bonheur de n'être point at
taqué de la maladie qui a été si commune
depuis quelques mois ; mais afin que je
puisse la prévenir au retour d'une autre
année , quelque charitable Médecin voudroit-
il bien nous assurer si l'on peur se
fier à ce qui est marqué dans un de ces
Quatrains í C'est celui du mois de No-;
vembrc.
Fis sanusfieri ? curetur reuma VSovembri :
Quodque nocens vit ai tua fit prítiofa die ta î
Balnea cum ventre tune nulli profit habert :
íotio fit fana, nec jufta minutio v»na.
Voilà , ce me semble , cinq leçons dans
ce Quatrain. Le premier Vers décide que
c'est au mois de Novembre qu'il faut se
préserver du rhume ou le fake Cesser. Il
est en mêmes termes dans la plupart des
differens Missels que j'ay vus. Il y en a
feulement quelques uns où on lit ;
h.tf MERCURE DE FRANCEí
n..c tibì: fcirt dn:ur , qfiod rheuma ìÇtvemèrt
creatur.'
C'est ainsi que je trouve ce premier Vers
dans un Missel de Clugny de 15 10. dans
un d'Autun de 1 5 30. ôc dans-un de Char
tres de 1 53 1. & un de Sens de 1556V
Cetce Variante nous apprend bien que le
rhume se forme en Novembre ; mais elle
n'assure pas qu'il faille f remédier dès cc
mois- là. II est cependant bon de sçavoir
à quoi s'en tenir ; parce que bien des gens
disent que le rhume est de plus longue du
pée lorsqu'on le mitonne que lorsqu'on le
néglige. C'est lur quoi j'attends un parfait
& prompt éclaircissement.
LesVariantes du second Vers n'en chan
gent point le sens. Qj^ajus nociva i>itar
cela revient au même. Pour ce qui est de
dirtit , les Ecclésiastiques plus accoutumez
auxlangages de leurs Rubriques qu'à ce
lui de Galien ou d'Hippocrare , entendoient
autrefois par dieta, l'Office Ferial
Fit dieta, ou bien Pìt de dicta , signifioit"
qu'on faisoit de la Férie. Mais» je croirois
que ces Vers n'ayant pas été composez pat
un Rubriquaire , l' Auteur veut dire qu'il
feut bien prendre garde à la diète qu'on
observera dans ce mois-là. N'est-ce point
en effet la saison où il semble que Tappégt/
renaît à mesure que le froid approche ?
T~ t FEVR sEK. rr?ô-
Je méptiíc la Variante de certains Missels
eù on lit , tua fint pretio/a diEla , ce font'
des fautes grossières qu'on peut rejettec
fur les Imprimeurs, comme s'il falloir
donc parler moins dans le mois de No
vembre que dans les autres , ou bien qu'il
fellùr n'y parler que le langage de cesprécieux
ridicules.
Le grand nombre des Editions contient'
k troisie'me Vers comme je l'ay rapporté
d'après mon Missel Diocésain de l'an 1 5 1 8-»
Cependant celui de Cluny de 1510. ôc
celui d'Autun de 1 5$ o. mettent en stylcassertif.
Salnea eum venere tune nullum constat habere. ■
Ces deux mêmes Missels rapportent aussi;
Hn peu autrement le quatrième Vers, en;
mettant ,Potie fit fana atque minutio bona.
Je pense qu'on y recommande seulement
de prendre garde à ce que l'on boira , &
de songer qu'il sera bon de se faire ti
rer alors un peu de sang. Un Apotiquaire
attentif pourra me reprendre & dire que
folio veut dite là une Médecine , & que'
ce Quatrain ne doit pas donner l'excluíìon
aux fonctions de son ministère. A
cela je suis tout prêt à lui re'pondre , qu'il',
ne paroît pas que l'usage des potions mé
dicinales doive précéder lu saignée , maisqu'il
doit la suivre ,& que tout au plus il
jíst recommandé de ne foint boire trot*'
froid,
tjà MERCURE DE FRANCE:
froid &c peut-être de tremper son vin avetí
tin peu d'eau chaade , dont quantité de
gens, desquels je fuis du nombre, se sonc
bien trouvez. Je crois aussi , que pour ce
qui est de la queuë' du Vers, ri est question
seulement de ces saignées de précaution ,
telles qu'on les pratiquoit anciennement
dans les Monastères, où il falloit que tous
íes Moines se fissent ouvrir la veine à cer
tains jours de Tannée , de la même ma
nière qu'ils se servent tous du ministère
du Barbier un même jour de la semaine.
Au reste , si je me trompe dans mon
explication, je laisse à Messieurs les Doc
teurs ert Médecine- à en décider. Je mes
flate qu'au premier jour quelqu'un d'entt'eux
, moins afferé lorsque les rhumes
auront un peu cessé, nous donnera un
ample Commentaire de ce Quatrain : &
si le Public en est content, je prendrai la
liberté de demander par le même canal une
Paraphrase également instructive sur les?
Quatrains mis à la fin des autres mois.
Cependant pour ne rien celer , je vous
dirai que le Missel d'Autun de 1530.
ájoúte encore les deux Vers sinvans pour
le mois de Novembre , comme d'un au-?
ire Auteur.
lingues vel crines poterts prs.fcinderê~tutè ;
X>* vem minutt ,& bttlnc* citws intres.
U
FEVRIER. 1730. 10
La précision ou coupure des ongles ou
tles cheveux contribue- 1' elle donc à la
íanté , pour être mise en parallèle avec la
saignée ? A l*6gard du bain , l'Auteur or
donne de se le procurer au plutôt , bien
entendu , avec exclusion de cè qui est por
te' dans le troisième Vers cy-dessus. Je ne
connois point de Rivière qui soit chaude
au mois de Novembte , du moins dans
nos quartiers. Sans doute qu'il est question
en cet endroit des bains domestiques , oa
de ceux qui font dans les lieux où la Na
ture fait sortir des Fontaines chaudes des
entrailles de la Terre. Mais comment 8c
pourquoi les Bains sont-ils píus salutaires
au mois de Novembre qu'en d'autre tems?
C'est ce qu'il est à propos d'éclaircir , 011
bien il faut déclarer que les Anciens
avoient tort de proposer ces règles. Je re
commande fur tout l'article du rhume.
La Ptisane dont oh fé sert pour le guérir
ici , est le vin tout pur ou l'eau-de-vie.
C'est nne Médecine qui n'est pas rare
dans nos cantons, principalement au mois
de Novembre. Mais est-elle bonne ? Estce
celle que prescrit le premiers Vers qui
dit : Curetur rheima Novembn ? C'est-là
la question dont j'attends la décision.
Ce 3 1. Janvier 1730»'
Fermer
Résumé : QUESTION PROPOSÉE de Bourgogne à M. D. L. R. sur le Rhume & sur certains regimes de santé, recommandez par les Anciens.
L'auteur d'une lettre adressée au Mercure de France manifeste un intérêt pour des sentences anciennes relatives à la santé, notamment celles concernant le rhume. Ces sentences étaient souvent présentes dans des quatrains au bas des calendriers et dans des livres d'église imprimés en France au début du XVIe siècle. Les auteurs de ces vers étaient fréquemment des chantres et des ecclésiastiques ayant des connaissances en médecine. L'auteur mentionne un quatrain spécifique du mois de novembre, qui offre des conseils pour prévenir ou guérir le rhume. Il sollicite l'explication de ce quatrain par un médecin soucieux du bien public. Le quatrain en question est le suivant : 'Fis sanus fieri? curetur reuma Novembri: Quodque nocens vit ai tua fit prætiofa die ta; Balnea cum ventre tune nulli profit habent: Potio fit fana, nec juxta minutio vina.' L'auteur examine les différentes variantes de ce quatrain trouvées dans divers missels et discute de leur signification. Il insiste sur l'importance de comprendre ces conseils pour mieux prévenir le rhume, surtout en novembre. Il conclut en espérant qu'un médecin pourra fournir un commentaire éclairé sur ce quatrain et sur ceux des autres mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 1156-1159
« Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...] »
Début :
Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...]
Mots clefs :
Médecine, Cours de physique, Géométrie, Aventures de Télémaque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...] »
OMMENTAIRE fur la Géométrie
Cde M. Delcartes . Par le R.P. Claude
Rebuel, de la C. de J. à Lyon , rue Mer-
I. Vol. ciere
JUIN. 1730. 1157
ciere , chez Marcelin Duplain , in 4. de 590
pages , & 23 Planches.
COURS DE PHYSIQUE , accompagné de
plufieurs piéces concernant la Phyfique ,
qui ont déja paru , & d'un Extrait critique
des Lettres de M. Leeuwenhoek , par
feu M. Harfoeker. A la Haye, chez Fean
Swrat , 1730. in 4.
On trouve entre autres pieces dans cet
Ouvrage , une Differtation fur la Pefte
& fur les moyens de s'en garantir.
3
OBSERVATIONS fur les effets de la
Saignée , tant dans les Maladies du reffort
de la Médecine , que de la Chirurgie
, fondées fur les Loix de l'Hydroftatique
, avec des Remarques Critiques fur
le Traité de l'ufage des differentes fortes
de Saignées de M. Silva. Par François
Quefnay , Maître ès Arts , Membre de la
Société des Arts , & Chirurgien de Mante
, reçu à S. Côme. Paris, ruë S. Jacques,
chez Ofmont , 1730. in 12.
HISTOIRE DE LA MEDECINE
depuis Galien , jufqu'au xvi . fiecle , où
l'on voit les progrès de cet Art , de fiecle
en fiecle , par rapport principalement à
la Pratique .
Les nouvelles maladies qu'on a vû naî-
I. Vol. E iij tre
1158 MERCURE DE FRANCE
tre , & les noms des Medecins ; avec les
circonftances les plus remarquables de
leur vie , leurs découvertes , leurs opinions
, & enfin leur méthode de traiter les
Maladies , traduite de l'Anglois de Jean
Freind , Docteur en Medecine. A Paris ,
ruë S. Severin , chez Jacq. Vincent , 1730.
NOUVELLES DE COUVERTES En Mede-
CINE , ou ancienne Médecine développée;
très-utile pour le fervice du Roy & du
public. Par le fieur de Marcounay , Docteursen
Médecine. Nouvelle édition , A
Paris , rue de la Harpe , & Quay de Conti,
chez d' Houry , la veuve Piſſot , &c. 1730.
40 fols relié
ABREGE' CHRONOLOGIQUE de
P'Hiftoire univerfelle, facrée & prophane.
traduction nouvelle , fuivant la derniere
édition latine du P. Petan , par M. Maucroix
, & continuée jufqu'en 1701. avec
un Traité de Chronologie , par M. de
Pifle. A Paris , rue faint Jacques , chez la i
veuve Delaulne , 1730. 3. vol . in 12.
LES AVANTURES DE TELEMAQUE , fils
d'Uliffe , par feu M" François de Salignac
de la Motte- Fenelon , Precepteur de
Meffeigneurs les Enfans de France , &
depuis Archevêque de Cambray , &c.
I. Vel
NouJUIN.
1730. 1159
Nouvelle Edition, enrichie de Figures en.
Taille - douce , avec des Notes , chez lamême
, 1730. 2. vol. in 4° .
Cde M. Delcartes . Par le R.P. Claude
Rebuel, de la C. de J. à Lyon , rue Mer-
I. Vol. ciere
JUIN. 1730. 1157
ciere , chez Marcelin Duplain , in 4. de 590
pages , & 23 Planches.
COURS DE PHYSIQUE , accompagné de
plufieurs piéces concernant la Phyfique ,
qui ont déja paru , & d'un Extrait critique
des Lettres de M. Leeuwenhoek , par
feu M. Harfoeker. A la Haye, chez Fean
Swrat , 1730. in 4.
On trouve entre autres pieces dans cet
Ouvrage , une Differtation fur la Pefte
& fur les moyens de s'en garantir.
3
OBSERVATIONS fur les effets de la
Saignée , tant dans les Maladies du reffort
de la Médecine , que de la Chirurgie
, fondées fur les Loix de l'Hydroftatique
, avec des Remarques Critiques fur
le Traité de l'ufage des differentes fortes
de Saignées de M. Silva. Par François
Quefnay , Maître ès Arts , Membre de la
Société des Arts , & Chirurgien de Mante
, reçu à S. Côme. Paris, ruë S. Jacques,
chez Ofmont , 1730. in 12.
HISTOIRE DE LA MEDECINE
depuis Galien , jufqu'au xvi . fiecle , où
l'on voit les progrès de cet Art , de fiecle
en fiecle , par rapport principalement à
la Pratique .
Les nouvelles maladies qu'on a vû naî-
I. Vol. E iij tre
1158 MERCURE DE FRANCE
tre , & les noms des Medecins ; avec les
circonftances les plus remarquables de
leur vie , leurs découvertes , leurs opinions
, & enfin leur méthode de traiter les
Maladies , traduite de l'Anglois de Jean
Freind , Docteur en Medecine. A Paris ,
ruë S. Severin , chez Jacq. Vincent , 1730.
NOUVELLES DE COUVERTES En Mede-
CINE , ou ancienne Médecine développée;
très-utile pour le fervice du Roy & du
public. Par le fieur de Marcounay , Docteursen
Médecine. Nouvelle édition , A
Paris , rue de la Harpe , & Quay de Conti,
chez d' Houry , la veuve Piſſot , &c. 1730.
40 fols relié
ABREGE' CHRONOLOGIQUE de
P'Hiftoire univerfelle, facrée & prophane.
traduction nouvelle , fuivant la derniere
édition latine du P. Petan , par M. Maucroix
, & continuée jufqu'en 1701. avec
un Traité de Chronologie , par M. de
Pifle. A Paris , rue faint Jacques , chez la i
veuve Delaulne , 1730. 3. vol . in 12.
LES AVANTURES DE TELEMAQUE , fils
d'Uliffe , par feu M" François de Salignac
de la Motte- Fenelon , Precepteur de
Meffeigneurs les Enfans de France , &
depuis Archevêque de Cambray , &c.
I. Vel
NouJUIN.
1730. 1159
Nouvelle Edition, enrichie de Figures en.
Taille - douce , avec des Notes , chez lamême
, 1730. 2. vol. in 4° .
Fermer
Résumé : « Commentaire sur la Géométrie de M. Descartes. Par le R. P. Claude [...] »
En 1730, plusieurs publications scientifiques et littéraires ont été publiées. À Lyon, le R.P. Claude Rebuel a commenté la géométrie de Descartes. À La Haye, un 'Cours de Physique' a été publié avec des pièces critiques et des extraits des lettres de M. Leeuwenhoek. À Paris, François Quefnay a publié 'Observations sur les effets de la Saignée', traitant des pratiques médicales et chirurgicales. Jean Freind a traduit une 'Histoire de la Médecine' depuis Galien jusqu'au XVIe siècle. Le sieur de Marcounay a publié une nouvelle édition des 'Nouvelles Découvertes en Médecine'. M. Maucroix a traduit et continué jusqu'en 1701 un 'Abrégé Chronologique de l'Histoire Universelle'. Enfin, une nouvelle édition des 'Aventures de Télémaque' de François de Salignac de La Motte-Fénelon, enrichie de figures et de notes, a été publiée à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 2257-2261
EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
Début :
MR De la Riviere, Licentié de la Faculté de Medecine de Paris, fit les Paranymphes [...]
Mots clefs :
Paranymphes, Écoles de médecine, Faculté de Paris, Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
EXTRAIT des Paranymphes faits aux
Ecoles de Medecine de la Faculté de
Paris , le 27. Août 1730. Par M. D. A.
MMD
R De la Riviere , Licentié de la Faculté de
Medecine de Paris , fit les Paranymphes
le 27. du mois dernier avec toute la force & la
dignité que requeroient & l'excellence de la Medecine
& la matiere qu'il avoit à traiter.
Le Paranymphe ne fe propofe ordinairement
pour but qu'un fimple éloge , qui fe termine par
une Critique ingénieufe de ceux qui font en Licence.
L'Orateur s'eft attaché à la premiere partie
de cette idée ; mais encore elle n'eft pas la
fcule , ni même la principale qui ait paru l'occuper
; elle eft amenée & foutenue par deux Chefs
qui font le corps du Difcours adreffé à fes Collegues
: Les avantages de l'union , les triftes effets
de la Difcorde. Il fournit les moyens de
cultiver l'une , & combat les caufes qui donnent
naiffance à l'autre , & laiffe échaper de tems en
tems les louanges dues à la Medecine. L'Analiſe
que voici mettra l'execution dans un plus beau
jour. Il repréfente la Medecine avec fes plus
beaux attributs , & foutient que tout cela n'eft
rien , en comparaifon de l'avantage qui lui revient
de l'union des fiens. Il la fait enfuite
paroître
avec tout ce qu'il y a de plus defavantageux
pour elle , & dit que tout cela n'eft rien ,
en comparaifon du dommage que lui cauferoit
leur défunion . C'eft là le tiflu de fon Exorde . Il
entre en matiere.
Après avoir établi la Medecine auſſi ancienne
que le monde , il la propofe comme un préfent
des Cieux : Taniumque ab alto munus alnis
G `am2818
MERCURE DE FRANCE
amplector memoribus : at , proh dolor ! continue
til , hoc purum integrumque confervandi viam
ignoratis , amici Collega . Ce chemin ignoré ,
c'est l'union qui devient le plus bel attribut de la
Medecine : cette union , dit-il , regardée comme
le premier mobile de fa confervation ; ce qu'il
prouve par une comparaifon tirée de l'existence
de notre machine , laquelle ne fubfifte que par le
concours & l'union de toutes les parties , union
abfolument requife pour feconder la puiffance
qui l'anime , & voici ce qu'il en infere : La Medecine
eft - elle donc une ame ? oui , fans doute ,
( pourfuit- il ) Medicina eft fpiritus ille à Dea
infufflatus , perque totum Medicum effufus s
huic totus Medicus fubjicitur fpiritui ; vos aurem
partes eftis , vos eftis membra &c. il donne
affez d'étendue à cette penfée , & paffe delà
aux moyens. Le premier comprend l'Obfervance
des loix ; elle confifte in quodam Medicina culiu
quo quidem neglecto fibi quifque jura folers effingere
, folers harefes effingit innumeras , blandamque
procul deturbantes unionem . Le fecond
combat l'interêt , autorife le mépris qu'on
en doit faire , par la prééminence du Medecin
fur tous les autres hommes , prife de la connoiffance
qu'il a des chofes naturelles : quò verò alfior
illa cognitio , eò magis de Creatoris effentia
mens eadem participat Medicus vir est penè
divinus. L'avide intérêt paroît enfuite comme
un Monftre qui fe dévore lui -même , Vorax
infatiabilis , deficiente victimâ , fefe proprie
deglutiret ore. Le troifiéme enfin , c'eſt l'amour
de la Paix , il en fait un Oifeau qui ne fçait où
fe repofer ; cette fiction lui fait dire Incertam
fixare fi vos ardor urit , dulcis amicâ cantet
unio voce ; fileat horrendum Vultur , fuorum
mox fatiatum jecore , longa peftifero aëra inquinat
OCTOBRE. 1730. 225 9
>
quinat habitu ; fileat mendax Scorpio , hunc
irata evomiit Medicina , bella perfidus ultrò
Aggreditur , illiufque fumma voluptas divifio
fuorum eft . La Difcorde paroît ; il fait une belle
defcription de fes cruels effets. La Medecine en
butte aux traits qui lui font lancés de toutes
parts , eft obligée de chercher une folitude : hie
ergo jacet obfcura , s'écrie- t -il , hic ergo miferis
infcia vivit mortalibus &c. C'est ainsi que
la Difcorde devient ce qu'il y a de plus delavantageux
pour la Medecine. L'Orateur paffe
fa feconde reflexion en difant : Tanta Deus
avertat mala , ipfeque meam aperiat mentem
ut veras acerrima peftis hujus caufas vobis
detegere valeam ; ces cauſes fe réduisent à trois :
la premiere , l'envie que l'on porte à ceux qui
font élevés. La feconde , le mépris que l'on a de
ceux qui font dans l'obſcurité . La troifiéme , la
raillerie qu'on employe aux Paranymphes & les
injures dont elle n'eft que trop fouvent fuivie.
Nous ne fuivrons pas l'Orateur dans fes preuves
; nous nous contenterons de rapporter ce
qu'il dit à l'occafion de la raillerie ufitée dans
les Paranymphes.
Tertia tandem favas arguit objurgationes a
has unde toties pollutus ille locus ; has unde
toties impari Conventu , purpurâ hac contaminata
fanguineis flevit lacrymis ; has unde toties
imis à fedibus tota intremuêre ſchola . Mens
meminiffe hortet , obfcurafque alto libenter finerem
filentio , ni tunc meritò mali labes in
nos poffet refundi , mali , inquam , quod radicitùs
extirpandum ufque huc fortiter fumus
infecuti. Tali vulgò fe jactat illud origine ; num
extinguatur ? ferè numquam aitarum reformidate
avernum facilis quidem defcenfus : primo
leviter congrediuntar animi : Et plus bas:
Gij 味
2260 MERCURE DE FRANCE
at fortè reponet aliquis fermonis atrocitatè
relicta aftutis , levibus licèt uti verbis , fateor
equidem , & inde micat ingenii calliditas , aftuto
redit honos : quin & quâdam voluptate
velut afficitur auditor , dùm folertibus licet obdu&
um nubibus , acumen fentit , explicat . Hoc
qui contràfuis experitur damnis , hoc &planè
diffimili fentit modò : intima penetrat acies
inimica , vulnusque excavat numquam occludendum
, manat unde perpetuò exiftiofum dif
cordia virus. Il remontre à fes Collegues le tort
que cela feroit & à la Medecine & à leur réputation
, & finit en expofant le caractere de chacun
d'eux.
L'un (a) dit- il,affis déja fur une Chaire Royale
du fein des Cadavres forme des Candidats.
L'autre (6) diftingué par desAyeux refpectables
dans la Medecine , s'empreffe à joindre aux prérogatives
de fa naiffance des talens & des vertus
qui lui foient perfonnelles . Celui- ci ( c) renonce
aux fçavantes fpeculations de la Philofophie , &
cherche avec avidité les utiles fecrets de la Medecine.
Celui-la ( d ) enfin déja Medecin par la pratique
qu'il s'eft formée dans une Ville confiderable
, veut encore en obtenir le nom de la plus
celebre Faculté du Royaume,
Ces Portraits ont été fort approuvés. On y a
remarqué une fincerité qui fe trouve rarement
entre des concurrens ; & on a fçû bon gré à
l'Auteur d'avoir le premier banni des Paranymphes
les invectives & la raillerie.
a M.Hunauld.
b M. Guenauld.
CM. Le Hoc.
1 M. Malouin,
M,
OCTOBRE . 1730. 2261
M. Lockman qui a traduit en Anglois plu
fieurs Livres François , entre autres , les Refle
xions critiques fur la Poësie & la Peinture , de
M. l'Abbé du Bas , vient de traduire les voyages
de Jean Gulliver , fils du Capitaine Lemud Gulliver
, écrit en françois par M. l'Abbé̟ D. F.
Harding , Li braire de Londres , vend cette Traduction.
Ecoles de Medecine de la Faculté de
Paris , le 27. Août 1730. Par M. D. A.
MMD
R De la Riviere , Licentié de la Faculté de
Medecine de Paris , fit les Paranymphes
le 27. du mois dernier avec toute la force & la
dignité que requeroient & l'excellence de la Medecine
& la matiere qu'il avoit à traiter.
Le Paranymphe ne fe propofe ordinairement
pour but qu'un fimple éloge , qui fe termine par
une Critique ingénieufe de ceux qui font en Licence.
L'Orateur s'eft attaché à la premiere partie
de cette idée ; mais encore elle n'eft pas la
fcule , ni même la principale qui ait paru l'occuper
; elle eft amenée & foutenue par deux Chefs
qui font le corps du Difcours adreffé à fes Collegues
: Les avantages de l'union , les triftes effets
de la Difcorde. Il fournit les moyens de
cultiver l'une , & combat les caufes qui donnent
naiffance à l'autre , & laiffe échaper de tems en
tems les louanges dues à la Medecine. L'Analiſe
que voici mettra l'execution dans un plus beau
jour. Il repréfente la Medecine avec fes plus
beaux attributs , & foutient que tout cela n'eft
rien , en comparaifon de l'avantage qui lui revient
de l'union des fiens. Il la fait enfuite
paroître
avec tout ce qu'il y a de plus defavantageux
pour elle , & dit que tout cela n'eft rien ,
en comparaifon du dommage que lui cauferoit
leur défunion . C'eft là le tiflu de fon Exorde . Il
entre en matiere.
Après avoir établi la Medecine auſſi ancienne
que le monde , il la propofe comme un préfent
des Cieux : Taniumque ab alto munus alnis
G `am2818
MERCURE DE FRANCE
amplector memoribus : at , proh dolor ! continue
til , hoc purum integrumque confervandi viam
ignoratis , amici Collega . Ce chemin ignoré ,
c'est l'union qui devient le plus bel attribut de la
Medecine : cette union , dit-il , regardée comme
le premier mobile de fa confervation ; ce qu'il
prouve par une comparaifon tirée de l'existence
de notre machine , laquelle ne fubfifte que par le
concours & l'union de toutes les parties , union
abfolument requife pour feconder la puiffance
qui l'anime , & voici ce qu'il en infere : La Medecine
eft - elle donc une ame ? oui , fans doute ,
( pourfuit- il ) Medicina eft fpiritus ille à Dea
infufflatus , perque totum Medicum effufus s
huic totus Medicus fubjicitur fpiritui ; vos aurem
partes eftis , vos eftis membra &c. il donne
affez d'étendue à cette penfée , & paffe delà
aux moyens. Le premier comprend l'Obfervance
des loix ; elle confifte in quodam Medicina culiu
quo quidem neglecto fibi quifque jura folers effingere
, folers harefes effingit innumeras , blandamque
procul deturbantes unionem . Le fecond
combat l'interêt , autorife le mépris qu'on
en doit faire , par la prééminence du Medecin
fur tous les autres hommes , prife de la connoiffance
qu'il a des chofes naturelles : quò verò alfior
illa cognitio , eò magis de Creatoris effentia
mens eadem participat Medicus vir est penè
divinus. L'avide intérêt paroît enfuite comme
un Monftre qui fe dévore lui -même , Vorax
infatiabilis , deficiente victimâ , fefe proprie
deglutiret ore. Le troifiéme enfin , c'eſt l'amour
de la Paix , il en fait un Oifeau qui ne fçait où
fe repofer ; cette fiction lui fait dire Incertam
fixare fi vos ardor urit , dulcis amicâ cantet
unio voce ; fileat horrendum Vultur , fuorum
mox fatiatum jecore , longa peftifero aëra inquinat
OCTOBRE. 1730. 225 9
>
quinat habitu ; fileat mendax Scorpio , hunc
irata evomiit Medicina , bella perfidus ultrò
Aggreditur , illiufque fumma voluptas divifio
fuorum eft . La Difcorde paroît ; il fait une belle
defcription de fes cruels effets. La Medecine en
butte aux traits qui lui font lancés de toutes
parts , eft obligée de chercher une folitude : hie
ergo jacet obfcura , s'écrie- t -il , hic ergo miferis
infcia vivit mortalibus &c. C'est ainsi que
la Difcorde devient ce qu'il y a de plus delavantageux
pour la Medecine. L'Orateur paffe
fa feconde reflexion en difant : Tanta Deus
avertat mala , ipfeque meam aperiat mentem
ut veras acerrima peftis hujus caufas vobis
detegere valeam ; ces cauſes fe réduisent à trois :
la premiere , l'envie que l'on porte à ceux qui
font élevés. La feconde , le mépris que l'on a de
ceux qui font dans l'obſcurité . La troifiéme , la
raillerie qu'on employe aux Paranymphes & les
injures dont elle n'eft que trop fouvent fuivie.
Nous ne fuivrons pas l'Orateur dans fes preuves
; nous nous contenterons de rapporter ce
qu'il dit à l'occafion de la raillerie ufitée dans
les Paranymphes.
Tertia tandem favas arguit objurgationes a
has unde toties pollutus ille locus ; has unde
toties impari Conventu , purpurâ hac contaminata
fanguineis flevit lacrymis ; has unde toties
imis à fedibus tota intremuêre ſchola . Mens
meminiffe hortet , obfcurafque alto libenter finerem
filentio , ni tunc meritò mali labes in
nos poffet refundi , mali , inquam , quod radicitùs
extirpandum ufque huc fortiter fumus
infecuti. Tali vulgò fe jactat illud origine ; num
extinguatur ? ferè numquam aitarum reformidate
avernum facilis quidem defcenfus : primo
leviter congrediuntar animi : Et plus bas:
Gij 味
2260 MERCURE DE FRANCE
at fortè reponet aliquis fermonis atrocitatè
relicta aftutis , levibus licèt uti verbis , fateor
equidem , & inde micat ingenii calliditas , aftuto
redit honos : quin & quâdam voluptate
velut afficitur auditor , dùm folertibus licet obdu&
um nubibus , acumen fentit , explicat . Hoc
qui contràfuis experitur damnis , hoc &planè
diffimili fentit modò : intima penetrat acies
inimica , vulnusque excavat numquam occludendum
, manat unde perpetuò exiftiofum dif
cordia virus. Il remontre à fes Collegues le tort
que cela feroit & à la Medecine & à leur réputation
, & finit en expofant le caractere de chacun
d'eux.
L'un (a) dit- il,affis déja fur une Chaire Royale
du fein des Cadavres forme des Candidats.
L'autre (6) diftingué par desAyeux refpectables
dans la Medecine , s'empreffe à joindre aux prérogatives
de fa naiffance des talens & des vertus
qui lui foient perfonnelles . Celui- ci ( c) renonce
aux fçavantes fpeculations de la Philofophie , &
cherche avec avidité les utiles fecrets de la Medecine.
Celui-la ( d ) enfin déja Medecin par la pratique
qu'il s'eft formée dans une Ville confiderable
, veut encore en obtenir le nom de la plus
celebre Faculté du Royaume,
Ces Portraits ont été fort approuvés. On y a
remarqué une fincerité qui fe trouve rarement
entre des concurrens ; & on a fçû bon gré à
l'Auteur d'avoir le premier banni des Paranymphes
les invectives & la raillerie.
a M.Hunauld.
b M. Guenauld.
CM. Le Hoc.
1 M. Malouin,
M,
OCTOBRE . 1730. 2261
M. Lockman qui a traduit en Anglois plu
fieurs Livres François , entre autres , les Refle
xions critiques fur la Poësie & la Peinture , de
M. l'Abbé du Bas , vient de traduire les voyages
de Jean Gulliver , fils du Capitaine Lemud Gulliver
, écrit en françois par M. l'Abbé̟ D. F.
Harding , Li braire de Londres , vend cette Traduction.
Fermer
Résumé : EXTRAIT des Paranymphes faits aux Ecoles de Medecine de la Faculté de Paris, le 27. Août 1730. Par M. D. A.
Le 27 août 1730, M. De la Rivière, licencié de la Faculté de Médecine de Paris, a prononcé un discours lors des Paranymphes des Écoles de Médecine. Ce discours visait à célébrer l'excellence de la médecine et à traiter des avantages de l'union et des tristes effets de la discorde au sein de la profession médicale. L'orateur a souligné que la médecine est aussi ancienne que le monde et l'a présentée comme un don des cieux. Il a insisté sur l'importance de l'union parmi les médecins, comparant la médecine à une âme qui anime le corps médical. L'union est nécessaire pour la conservation et l'efficacité de la médecine, tout comme l'harmonie des parties du corps humain est essentielle à sa fonction. Le discours a abordé trois moyens pour cultiver l'union : l'observance des lois, le mépris de l'intérêt personnel, et l'amour de la paix. L'intérêt personnel a été décrit comme un monstre autodestructeur, tandis que la discorde a été présentée comme un fléau dévastateur pour la médecine. L'orateur a également identifié trois causes principales de la discorde : l'envie envers ceux qui sont élevés, le mépris envers ceux qui sont dans l'obscurité, et la raillerie utilisée lors des Paranymphes. Il a critiqué l'usage de la raillerie, soulignant les dommages qu'elle peut causer à la réputation des médecins. Le discours s'est conclu par des portraits des nouveaux licenciés, mettant en avant leur sincérité et leurs qualités personnelles. Ces portraits ont été bien reçus, et l'auteur a été félicité pour avoir banni les invectives et la raillerie des Paranymphes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 2441-2453
Méthode nouvelle pour connoître toutes les Maladies, [titre d'après la table]
Début :
EXTRAIT d'un Livre intitulé, Méthode nouvelle pour connoître toutes les Maladies, [...]
Mots clefs :
Maladies, Médecine, Classes, Méthode, Tumeurs, Fièvre, Signes, Plantes, Maladies inflammatoires, Chirurgie, Divisions, Douleur, Douleurs, Vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Méthode nouvelle pour connoître toutes les Maladies, [titre d'après la table]
EXTRAIT d'un Livre intitulé , Mé
thode nouvelle pour connoître toutes les Ma
Ladies , rangées par claffes , & réduites en
genres & en efpeces , par S. de L ... Docteur
de Montpellier , Réfident à Alais.
. On ne fçauroit difconvenir qu'il n'y
ait un grand nombre de maladies incon
nuës ou confufément décrites par les Ob
fer2442
MERCURE DE FRANCE
fervateurs , ce qui ne provient que
de ce
qu'on a manqué jufqu'ici d'une Méthode
, qui fans en omettre aucune , les fit
toutes connoître par des caracteres propres
-évidens & aiſez à retenir ; telle eft la Méthode
que M. de Tournefort a heureuſement
trouvée pour connoître les Plantes,
& les diftinguer les unes des autres , juf
qu'à leurs moindres efpeces ; Méthode
qui feule étoit capable d'élever la Boranique
au point de perfection où nous la
voyons , & de faire connoître clairement
environ quinze mille Plantes , tandis que
les Anciens , privez des caracteres propres
à chacune , les confondoient & n'en cons
noiffoient que 6. ou 700.
Le nombre des maladies n'eft pas moins
confus que celui des Plantes , ni peut-être
moins grand , nous fommes à cet égard ce
qu'étoient , à l'égard de la Botanique , Ma
thiole & Diofcoride , & ce ne fera qu'une
bonneMéthode, qui caracterifant toutes les
maladies, & les ordonnant en diverſes claf
fes , pourra en faire connoître toutes les
efpeces clairement & diftinctement.
L'Auteur commence par prouver que
Toutes celles qu'on a employées jufqu'ici ,
font défectueufes & nuifibles , il les réduit
à trois : à celles qui font fondées fur
l'ordre alphabetique , telle eft celle que
M. Manget a employée dans fa Bibliotheque
NOVEMBRE. 1730. 2443
que , celles qui fuivent le dénombrement
des caufes qu'il nomme l'ordrePathologique
& celles enfin qui font fuivant l'ordre
Anatomique ;l'ordre Pathologique a été mis
en ufage par Mrs Boerhave , Joncker , &c. &
l'Anatomique par Riviere , Sennert , Etmuller,
& prefque tous les autres , ce font
les feules qui comprennent toutes les maladies.
Quant aux Méthodes particulieres,
comme celle de Sydenham, qui ne contient
que les maladies aiguës & les chroniques ,
celles qui divifent les maladies felon les
âges des Malades , felon les Pays qu'elles
attaquent , &c n'entrent pas en compte ,
parce qu'elles ne ne font pas generales.
L'Auteur n'a pas de peine à prouver
qu'il ne faut attendre aucune utilité de
Fordre Alphabetique, ni du Pathologique
pour parvenir à la connoiffance des maladies
, les noms étant des fignes arbitrai
res qui n'ont aucun rapport évident ni
effentiel avec les maladies , & les caufes
nous étant entierement cachées , incertaines
& obfcures , ne fçauroient en être lesfignes
certains & évidents. Quant à l'Anatomique
, on fait voir , 1 °. que cet ordre
confond les maladies fimples & Chirurgicales
avec les compofées , dès qu'elles
fe trouvent dans la même partie , comme
l'Alopecie avec la Plie des Polonois , les
Lentilles avec la Chlorofe , les taches de
I
rouffeur
2444 MERCURE DE FRANCE
4
par
rouleur avec la Jauniffe , &c. 2°. Qu'il
oblige à de continuelles répetions de théorie
, de diagnoftic, prognoftic & curation ,
parce qu'elle traite de fuite des maladies
d'une nature differente , comme l'Aſthme
& la Pleurefie , l'Hépatitis & le Schire au
foye,& par là il fatigue la mémoire , loin de
la foulager , & embroüille les idées
ce paffage fubit d'une maladie à une autre
, d'un caractere different. 3 °. On fait
Voir que loin d'enfeigner le fiege des maladies
, unique utilité que cette Méthode
femble avoir , elle jette fouvent dans l'erreur
fur ce fujets ainfi bien des fois l'on
a trouvé par l'ouverture des cadavres , la
caufe d'une Migraine , d'une Pleurefie ,
d'une Paralifie , d'une Nephrétique du
côté droit , tandis que les fignes tirez'de'
l'ordre Anatomique , l'avoient fait croitre'
du côté gauche. 4° . Enfin , fuivant cet
ordre on ne fçait où ranger les maladies
vagues , comme la Vérole , le Scorbut ,
le Rhumatifme , qui tantôt font dans une
partie, tantôt dans l'autre, & qui paroiffent
fous le mafque de diverfes autres maladies.
Aprés cela P'Auteur réfout toutes les
difficultez qui fe prefentent contre l'établiffement
qu'il fait ; il prouve que quoique
les maladies ne foient que des manieres
d'être , elles ne constituent pas
moins des efpeces diftinctes & d'un caractefe
NOVEMBRE. 1730. 2445
3
ractere certain , que le font les Plantes
en quoiil s'appuye des raifons du fameux
Sydenham & de Baglivi , qui avoient prefenti
l'utilité d'une Méthode femblable
ces Auteurs affurent que les efpeces de
maladies font conftantes & invariables ,
que telles que les ont décrites les Anciens ,
telles nous les trouvons aujourd'hui , que .
la fievre quarte , par exemple , eft en tout
temps , en tout pays & à tout âge , la
même , qu'elle eft auffi reglée dans fes retours
périodiques que la Montre la plus
jufte l'eft dans les révolutions ... Ii en
tre enfuite dans le détail des regles de fa
Méthode ; Baglivi lui en fournit deux
qui font , qu'il ne faut pas établir les differentes
efpeces fur les Syftêmes de théorie
, & qu'il en faut faire autant de nouvelles
qu'il y en a qui font differentes par
leurs fymptomes conftans & par les caufes
évidentes qui les produifent ordinairement
; il eft appuyé encore par l'exem
ple de Mrs Morton & Hamilton , qui ont
divife dans ce Syftême la Phtifie , & un
grand nombre de nouvelles efpeces bien
caracterifées , ce que M. Mufgrave a exe
cuté encore fur la Goute , & M. Helves
tius , fur la petite Verole , il fait voir que
c'eft un grand deffaut dans tous les Aureurs
de ne divifer les genres de maladies
qu'en deux ou trois efpeces , tandis que
la
2446 MERCURE DE FRANCE
la plupart en un très - grand nombre , com
me les Auteurs déja citez l'ont fait voir
dans la Phryfie , la Goute , & qu'il le
montre dans la Pleurefie.
Enfin il en vient à l'établiſſement de
fes claffes , & à l'exemple des Botaniftes ,
il donne des définitions à chaque claffe
& à chaque fection , en laquelle il la foûdivife,
il fait la même chofe , aux genres ;
& quant aux efpeces , il les caracterife par
une phrafe latine , qui en contient tantôt
la nature , tantôt les fignes caracteriftiques,
On verra que fa méthode & fes divifions
contiennent non - feulement toutes
les maladies , mais même les rendent fi
aifées à connoître , qu'il ne faut fouvent
que le fecours des fens pour les diftinguer
, fans avoir eu aucun principe de
Médecine .
Il divife donc toutes les maladies en
dix claffes ; les deux premieres parlent des
Affections Chirurgicales , comme étant
les plus fimples , & fervant à faire connoître
les autres , qu'il nomme parfaites &
médicinales.
Des huit autres claffes des maladies
proprement dites les quatre premieres
contiennent prefque toutes des maladies
aiguës, & les deux premieres, qui font les
fievres , & les maladies inflammatoires ,
font generales , en attaquant tout le
corps.
Les
NOVEMBRE. 1730. 2447
2
Les quatre dernieres font prefque toujours
des maladies chroniques , fans fiévre
aiguë , mais cette divifion n'étant pas
exacte , ne contentent pas entierement.
L'Auteur demande qu'il lui foit permis
de forger certains noms , pour dénommer
brièvement quelques claffes &
quelques genres qu'on n'exprime que par
de longues périphrafes ; permiffion qu'on
a donnée aux Botaniftes , & dont les Algébriftes
ufent fi communément.
par
Ses claffes font donc un affemblage judicieux
& méthodique de toutes les maladies
qui ont un raport eflentiel enſemble
leurs phénomenes éviders , fouvent par
leur prognoftic , & plus fouvent par leurs
indications générales.
ere Claffe. Des affections fuperficiaires
& chirurgicales.
Ce font ces légeres taches , tumeurs ou
afperitez qui fe trouvent à la furface du
corps , & qui font communément fans
fiévre effentielle , ni danger.
La rere Section contient les tumeurs infiniment
petites , qui paroiffent fous la
forme de taches , & qui ne caufent ni
douleur ni demangeaifon ; telles font les
lentilles , les taches de rouffeur , feins
envies , &c.
La 2 , contient les papules un peu plus
élevées
2448 MERCURE DE FRANCE
élevées & prurigineufes , comme les dartres
, le lichen , &c.
La 3 en contient encore de plus grandes
, & qui font une à une , & non en
grand nombre, comme plufieurs des précédentes
, & commence par les indolentes
ou froides , comme les verruës , ganglions
, fungus , exoftoles , &c.
La 4 , contient des tumeurs douloureufes
un peu plus grandes & fingulieres auffi ,
telles font le phlégmon , l'éryfipele , le
-bubon , froncle , charbon , cancer , & c.
La se , parle des tumeurs les plus groffes
qui
font fouvent fans douleurs , & on les
divife en trois . 1 °. Les Tumeurs humora .
des froides ; fçavoir , le Schirre , l'Edeme ,
&c.2 ° .Les Excroiffances , comme la Boffe
la Natte , les Polypes , & c. 3 °. Les amas
de matières dans des réfervoirs dilatez ,
comme les Loupes, Abſcès , Anevriſmes,
Hydrocele , &c.
Claffe 2. Des affections Dyalitiques
Chirurgicales .
Le caractere de celles - ci eft une Dialife
ou divifion de continuité ou de conti- .
guité fenfible & confiderable.
La fect. 1ere eft des divifions de contiguité
dans les parties molles ou dans les
offeufes , quelquefois avec tumeur , telles
font les Hernies , chutes de l'Oeil , de
PAnus , les Luxations , &c. La
NOVEMBRE. 1730. 2449
La 2 , contient les folutions de continuité
dans les parties oTeufes & molles
fans perte de fubftance , comme les Fractures
, Bleffures , & c .
La 3 parle des mêmes divifions , avec
perte de fubftance , & l'on y range les
Ulceres , Sinus , Rhagades , & c.
Claffe 3 , qui eft la premiere des maladies
univerfelles & aiguës le plus communément.
e
Les Fièvres fimples.
Section 1ere, des Fiévres intermittentes
comme la quotidienne , la tierce , &c.
Sect. 2° des Fiévres exacerbantes ,com.
me le tritæus , la triteophia , l'hémitritée
, la tetartophie , & c.
›
Sect . 3 , des continuës , fans accès ni redoublement
, comme l'éphemere , le fynoque
, &c.
Le caractere de cette claffe eft une frequence
de poux non naturelle, avec chaleur
ou avec froid , fouvent avec un froid
& un chaud alternatif.
Claffe 4.Les Fiévres inflammatoires.
Leur caractere eft une ou plufieurs tu
meurs inflammatoires , avec rougeur ,
chaleur & douleur , jointes à une fiévre
aiguë , continuë , fouvent exacerbante &
irréguliere.
F Sect.
2450 MERCURE DE FRANCE
Sect . 1ere. Des maladies inflammatoires
cutanées , comme la petite verole,lá rougeole
, la fiévre miliaire , la pourprée , &c,
Sect. 2º , de celles qui attaquent les membranes
internes principalement , & dont
la douleur eft plus vive , telles font la
phrenefie , la pleurefie, l'inflammation de
l'eftomach , inteftins , uterus , vefcie, & c ,
Sect . 3 , de celles qui attaquent les vif
ceres charnus ou parenchimes , comme
l'inflammation du cerveau , cervelet , langine
, la péripneumonie , l'hépatitis , néphritis
, &c,
Claffes . Des Maladies Evacuatoires.
Le caractere s'en tire de l'évacuation dos
Liqueurs ou des matieres copieuſes & conf
tantes .
Sect . ere. Des évacuations rouges ou
fanglantes , comme l'Hémoragie , Hémophtifie
, Vomiffement fanglant , Piffement
de fang , Diffenterie , & c.
Sect . 2°. Des évacuations blanchatres ou
limpides ; comme la Vomique , la Gono
rhée , la Paffion cæliaque , &c .
Sect. 3. Des Déjections de diverſes couleurs
& confiftance , come le Vomiffement,
la Diarhée , le Choleramorbus
, &c ,
Claffe 6 , Des maladies Paralytiques,
Claffe
NOVEMRBE. 1730. 2452
Claffe 7. Des maladies convulſives.
Claffe 8 ° . Des maladies Pfichordées.
Le caractere de celles-cy eft une dépravation
dans les trois fonctions principales de
l'Aine , le Jugement , l'Imagination & la
Volonté .
ces
Claffe 9. Des Maladies Dolorifiques.
Claffe 1o . Des Maladies Cachectiques.
Un fimple Extrait de toutes
claffes ne feroit pas avantageux à l'ouvrage
, à moins qu'il ne pafsât les bornes
ordinaires qu'on s'eft prefcrites. Il ne
me refte qu'à donner une idee de la façon
dont les efpeces de maladies y font rangées
, je ne prendrai que les Phraſes de
celles qui font dans la Fiévre tierce. Par
exemple.
Tertiana exquifita. Sennert. Jonfthon ;
&c.
Le Paroxisme ne s'étend pas au-delà de
douze heures , & ne revient pas plus de
quatre fois.
Cette efpece eft autonnale , le Poux y
eft d'abord petit , enfuite grand , dur ,
frequent , & c.
Tert. Notha longior, & levior. Sennert.
Tert. Hypochondriaca Wedel. Medic.
Amænit, Fij Tert
2452 MERCURE DE FRANCE
Tert. Hysterica Wedel . ibid .
Tert, Scorbutica Wedel . ibid .
Tert. Arthritica Mulgrew. de arthritide
anomald.
Tert. Afthmatica . Boner.
Tert. Scorbutica frigida & dolorifica.
Etmuller , de febrib.
Tert. Epidemica petechifans maligna.
T. Bartholin . hift. 56. Cent. 2 .
T. Duplex vel duplicata vulgatior.Piens.
Primiros.
Tert. Duplex altera . Bonet.
Tert. Triplex primiros.
Tert. Quadruplex. Senn . Primir.
Tert. Quariana complicata. Primiros.
Tert. Duplex ardens . Fr.Joël.
Tert. Carotica maligna , ex authoris obfervatione.
Tert. Duplex verminofa act. Helmeftad.
Andr. Stiffer .
Tert. Maligna peftilens . Bonet.deFebrib.
Úc.
L'Auteur fait voir qu'il n'eft pas une de
ces efpeces qui n'exige une curation particuliere
, & c'eft le fentiment du fameux
Sydenham & de Baglivi , mais il ne touche
que fuperficiellement leurs indications
, & fe contente de décrire les fignes
caracteristiques de chacune de ces efpeces.
Bien que l'ouvrage foitentierement fini ,
&
NOVEMBRE . 1730. 2453-
& ait été approuvé par des Profeffeurs de
Montpellier , des Docteurs de Province
& de l'illuftre Monfieur Andri. L'Auteur
n'a pas voulu le hazarder fans
avoir auparavant préfenti le gout des favans
fur une matiere fi importante & ft
neuve. Il ne le propofe même que pour
exciter, dit- il , les mêmes -Savans à donner
une Méthode pareille plus parfaite , ce
qui feroit d'une auffi grande utilité dans
la pratique de la Médecine, que la découverte
des Claffes de Mr de Tournefort
l'a été dans la Botanique.
thode nouvelle pour connoître toutes les Ma
Ladies , rangées par claffes , & réduites en
genres & en efpeces , par S. de L ... Docteur
de Montpellier , Réfident à Alais.
. On ne fçauroit difconvenir qu'il n'y
ait un grand nombre de maladies incon
nuës ou confufément décrites par les Ob
fer2442
MERCURE DE FRANCE
fervateurs , ce qui ne provient que
de ce
qu'on a manqué jufqu'ici d'une Méthode
, qui fans en omettre aucune , les fit
toutes connoître par des caracteres propres
-évidens & aiſez à retenir ; telle eft la Méthode
que M. de Tournefort a heureuſement
trouvée pour connoître les Plantes,
& les diftinguer les unes des autres , juf
qu'à leurs moindres efpeces ; Méthode
qui feule étoit capable d'élever la Boranique
au point de perfection où nous la
voyons , & de faire connoître clairement
environ quinze mille Plantes , tandis que
les Anciens , privez des caracteres propres
à chacune , les confondoient & n'en cons
noiffoient que 6. ou 700.
Le nombre des maladies n'eft pas moins
confus que celui des Plantes , ni peut-être
moins grand , nous fommes à cet égard ce
qu'étoient , à l'égard de la Botanique , Ma
thiole & Diofcoride , & ce ne fera qu'une
bonneMéthode, qui caracterifant toutes les
maladies, & les ordonnant en diverſes claf
fes , pourra en faire connoître toutes les
efpeces clairement & diftinctement.
L'Auteur commence par prouver que
Toutes celles qu'on a employées jufqu'ici ,
font défectueufes & nuifibles , il les réduit
à trois : à celles qui font fondées fur
l'ordre alphabetique , telle eft celle que
M. Manget a employée dans fa Bibliotheque
NOVEMBRE. 1730. 2443
que , celles qui fuivent le dénombrement
des caufes qu'il nomme l'ordrePathologique
& celles enfin qui font fuivant l'ordre
Anatomique ;l'ordre Pathologique a été mis
en ufage par Mrs Boerhave , Joncker , &c. &
l'Anatomique par Riviere , Sennert , Etmuller,
& prefque tous les autres , ce font
les feules qui comprennent toutes les maladies.
Quant aux Méthodes particulieres,
comme celle de Sydenham, qui ne contient
que les maladies aiguës & les chroniques ,
celles qui divifent les maladies felon les
âges des Malades , felon les Pays qu'elles
attaquent , &c n'entrent pas en compte ,
parce qu'elles ne ne font pas generales.
L'Auteur n'a pas de peine à prouver
qu'il ne faut attendre aucune utilité de
Fordre Alphabetique, ni du Pathologique
pour parvenir à la connoiffance des maladies
, les noms étant des fignes arbitrai
res qui n'ont aucun rapport évident ni
effentiel avec les maladies , & les caufes
nous étant entierement cachées , incertaines
& obfcures , ne fçauroient en être lesfignes
certains & évidents. Quant à l'Anatomique
, on fait voir , 1 °. que cet ordre
confond les maladies fimples & Chirurgicales
avec les compofées , dès qu'elles
fe trouvent dans la même partie , comme
l'Alopecie avec la Plie des Polonois , les
Lentilles avec la Chlorofe , les taches de
I
rouffeur
2444 MERCURE DE FRANCE
4
par
rouleur avec la Jauniffe , &c. 2°. Qu'il
oblige à de continuelles répetions de théorie
, de diagnoftic, prognoftic & curation ,
parce qu'elle traite de fuite des maladies
d'une nature differente , comme l'Aſthme
& la Pleurefie , l'Hépatitis & le Schire au
foye,& par là il fatigue la mémoire , loin de
la foulager , & embroüille les idées
ce paffage fubit d'une maladie à une autre
, d'un caractere different. 3 °. On fait
Voir que loin d'enfeigner le fiege des maladies
, unique utilité que cette Méthode
femble avoir , elle jette fouvent dans l'erreur
fur ce fujets ainfi bien des fois l'on
a trouvé par l'ouverture des cadavres , la
caufe d'une Migraine , d'une Pleurefie ,
d'une Paralifie , d'une Nephrétique du
côté droit , tandis que les fignes tirez'de'
l'ordre Anatomique , l'avoient fait croitre'
du côté gauche. 4° . Enfin , fuivant cet
ordre on ne fçait où ranger les maladies
vagues , comme la Vérole , le Scorbut ,
le Rhumatifme , qui tantôt font dans une
partie, tantôt dans l'autre, & qui paroiffent
fous le mafque de diverfes autres maladies.
Aprés cela P'Auteur réfout toutes les
difficultez qui fe prefentent contre l'établiffement
qu'il fait ; il prouve que quoique
les maladies ne foient que des manieres
d'être , elles ne constituent pas
moins des efpeces diftinctes & d'un caractefe
NOVEMBRE. 1730. 2445
3
ractere certain , que le font les Plantes
en quoiil s'appuye des raifons du fameux
Sydenham & de Baglivi , qui avoient prefenti
l'utilité d'une Méthode femblable
ces Auteurs affurent que les efpeces de
maladies font conftantes & invariables ,
que telles que les ont décrites les Anciens ,
telles nous les trouvons aujourd'hui , que .
la fievre quarte , par exemple , eft en tout
temps , en tout pays & à tout âge , la
même , qu'elle eft auffi reglée dans fes retours
périodiques que la Montre la plus
jufte l'eft dans les révolutions ... Ii en
tre enfuite dans le détail des regles de fa
Méthode ; Baglivi lui en fournit deux
qui font , qu'il ne faut pas établir les differentes
efpeces fur les Syftêmes de théorie
, & qu'il en faut faire autant de nouvelles
qu'il y en a qui font differentes par
leurs fymptomes conftans & par les caufes
évidentes qui les produifent ordinairement
; il eft appuyé encore par l'exem
ple de Mrs Morton & Hamilton , qui ont
divife dans ce Syftême la Phtifie , & un
grand nombre de nouvelles efpeces bien
caracterifées , ce que M. Mufgrave a exe
cuté encore fur la Goute , & M. Helves
tius , fur la petite Verole , il fait voir que
c'eft un grand deffaut dans tous les Aureurs
de ne divifer les genres de maladies
qu'en deux ou trois efpeces , tandis que
la
2446 MERCURE DE FRANCE
la plupart en un très - grand nombre , com
me les Auteurs déja citez l'ont fait voir
dans la Phryfie , la Goute , & qu'il le
montre dans la Pleurefie.
Enfin il en vient à l'établiſſement de
fes claffes , & à l'exemple des Botaniftes ,
il donne des définitions à chaque claffe
& à chaque fection , en laquelle il la foûdivife,
il fait la même chofe , aux genres ;
& quant aux efpeces , il les caracterife par
une phrafe latine , qui en contient tantôt
la nature , tantôt les fignes caracteriftiques,
On verra que fa méthode & fes divifions
contiennent non - feulement toutes
les maladies , mais même les rendent fi
aifées à connoître , qu'il ne faut fouvent
que le fecours des fens pour les diftinguer
, fans avoir eu aucun principe de
Médecine .
Il divife donc toutes les maladies en
dix claffes ; les deux premieres parlent des
Affections Chirurgicales , comme étant
les plus fimples , & fervant à faire connoître
les autres , qu'il nomme parfaites &
médicinales.
Des huit autres claffes des maladies
proprement dites les quatre premieres
contiennent prefque toutes des maladies
aiguës, & les deux premieres, qui font les
fievres , & les maladies inflammatoires ,
font generales , en attaquant tout le
corps.
Les
NOVEMBRE. 1730. 2447
2
Les quatre dernieres font prefque toujours
des maladies chroniques , fans fiévre
aiguë , mais cette divifion n'étant pas
exacte , ne contentent pas entierement.
L'Auteur demande qu'il lui foit permis
de forger certains noms , pour dénommer
brièvement quelques claffes &
quelques genres qu'on n'exprime que par
de longues périphrafes ; permiffion qu'on
a donnée aux Botaniftes , & dont les Algébriftes
ufent fi communément.
par
Ses claffes font donc un affemblage judicieux
& méthodique de toutes les maladies
qui ont un raport eflentiel enſemble
leurs phénomenes éviders , fouvent par
leur prognoftic , & plus fouvent par leurs
indications générales.
ere Claffe. Des affections fuperficiaires
& chirurgicales.
Ce font ces légeres taches , tumeurs ou
afperitez qui fe trouvent à la furface du
corps , & qui font communément fans
fiévre effentielle , ni danger.
La rere Section contient les tumeurs infiniment
petites , qui paroiffent fous la
forme de taches , & qui ne caufent ni
douleur ni demangeaifon ; telles font les
lentilles , les taches de rouffeur , feins
envies , &c.
La 2 , contient les papules un peu plus
élevées
2448 MERCURE DE FRANCE
élevées & prurigineufes , comme les dartres
, le lichen , &c.
La 3 en contient encore de plus grandes
, & qui font une à une , & non en
grand nombre, comme plufieurs des précédentes
, & commence par les indolentes
ou froides , comme les verruës , ganglions
, fungus , exoftoles , &c.
La 4 , contient des tumeurs douloureufes
un peu plus grandes & fingulieres auffi ,
telles font le phlégmon , l'éryfipele , le
-bubon , froncle , charbon , cancer , & c.
La se , parle des tumeurs les plus groffes
qui
font fouvent fans douleurs , & on les
divife en trois . 1 °. Les Tumeurs humora .
des froides ; fçavoir , le Schirre , l'Edeme ,
&c.2 ° .Les Excroiffances , comme la Boffe
la Natte , les Polypes , & c. 3 °. Les amas
de matières dans des réfervoirs dilatez ,
comme les Loupes, Abſcès , Anevriſmes,
Hydrocele , &c.
Claffe 2. Des affections Dyalitiques
Chirurgicales .
Le caractere de celles - ci eft une Dialife
ou divifion de continuité ou de conti- .
guité fenfible & confiderable.
La fect. 1ere eft des divifions de contiguité
dans les parties molles ou dans les
offeufes , quelquefois avec tumeur , telles
font les Hernies , chutes de l'Oeil , de
PAnus , les Luxations , &c. La
NOVEMBRE. 1730. 2449
La 2 , contient les folutions de continuité
dans les parties oTeufes & molles
fans perte de fubftance , comme les Fractures
, Bleffures , & c .
La 3 parle des mêmes divifions , avec
perte de fubftance , & l'on y range les
Ulceres , Sinus , Rhagades , & c.
Claffe 3 , qui eft la premiere des maladies
univerfelles & aiguës le plus communément.
e
Les Fièvres fimples.
Section 1ere, des Fiévres intermittentes
comme la quotidienne , la tierce , &c.
Sect. 2° des Fiévres exacerbantes ,com.
me le tritæus , la triteophia , l'hémitritée
, la tetartophie , & c.
›
Sect . 3 , des continuës , fans accès ni redoublement
, comme l'éphemere , le fynoque
, &c.
Le caractere de cette claffe eft une frequence
de poux non naturelle, avec chaleur
ou avec froid , fouvent avec un froid
& un chaud alternatif.
Claffe 4.Les Fiévres inflammatoires.
Leur caractere eft une ou plufieurs tu
meurs inflammatoires , avec rougeur ,
chaleur & douleur , jointes à une fiévre
aiguë , continuë , fouvent exacerbante &
irréguliere.
F Sect.
2450 MERCURE DE FRANCE
Sect . 1ere. Des maladies inflammatoires
cutanées , comme la petite verole,lá rougeole
, la fiévre miliaire , la pourprée , &c,
Sect. 2º , de celles qui attaquent les membranes
internes principalement , & dont
la douleur eft plus vive , telles font la
phrenefie , la pleurefie, l'inflammation de
l'eftomach , inteftins , uterus , vefcie, & c ,
Sect . 3 , de celles qui attaquent les vif
ceres charnus ou parenchimes , comme
l'inflammation du cerveau , cervelet , langine
, la péripneumonie , l'hépatitis , néphritis
, &c,
Claffes . Des Maladies Evacuatoires.
Le caractere s'en tire de l'évacuation dos
Liqueurs ou des matieres copieuſes & conf
tantes .
Sect . ere. Des évacuations rouges ou
fanglantes , comme l'Hémoragie , Hémophtifie
, Vomiffement fanglant , Piffement
de fang , Diffenterie , & c.
Sect . 2°. Des évacuations blanchatres ou
limpides ; comme la Vomique , la Gono
rhée , la Paffion cæliaque , &c .
Sect. 3. Des Déjections de diverſes couleurs
& confiftance , come le Vomiffement,
la Diarhée , le Choleramorbus
, &c ,
Claffe 6 , Des maladies Paralytiques,
Claffe
NOVEMRBE. 1730. 2452
Claffe 7. Des maladies convulſives.
Claffe 8 ° . Des maladies Pfichordées.
Le caractere de celles-cy eft une dépravation
dans les trois fonctions principales de
l'Aine , le Jugement , l'Imagination & la
Volonté .
ces
Claffe 9. Des Maladies Dolorifiques.
Claffe 1o . Des Maladies Cachectiques.
Un fimple Extrait de toutes
claffes ne feroit pas avantageux à l'ouvrage
, à moins qu'il ne pafsât les bornes
ordinaires qu'on s'eft prefcrites. Il ne
me refte qu'à donner une idee de la façon
dont les efpeces de maladies y font rangées
, je ne prendrai que les Phraſes de
celles qui font dans la Fiévre tierce. Par
exemple.
Tertiana exquifita. Sennert. Jonfthon ;
&c.
Le Paroxisme ne s'étend pas au-delà de
douze heures , & ne revient pas plus de
quatre fois.
Cette efpece eft autonnale , le Poux y
eft d'abord petit , enfuite grand , dur ,
frequent , & c.
Tert. Notha longior, & levior. Sennert.
Tert. Hypochondriaca Wedel. Medic.
Amænit, Fij Tert
2452 MERCURE DE FRANCE
Tert. Hysterica Wedel . ibid .
Tert, Scorbutica Wedel . ibid .
Tert. Arthritica Mulgrew. de arthritide
anomald.
Tert. Afthmatica . Boner.
Tert. Scorbutica frigida & dolorifica.
Etmuller , de febrib.
Tert. Epidemica petechifans maligna.
T. Bartholin . hift. 56. Cent. 2 .
T. Duplex vel duplicata vulgatior.Piens.
Primiros.
Tert. Duplex altera . Bonet.
Tert. Triplex primiros.
Tert. Quadruplex. Senn . Primir.
Tert. Quariana complicata. Primiros.
Tert. Duplex ardens . Fr.Joël.
Tert. Carotica maligna , ex authoris obfervatione.
Tert. Duplex verminofa act. Helmeftad.
Andr. Stiffer .
Tert. Maligna peftilens . Bonet.deFebrib.
Úc.
L'Auteur fait voir qu'il n'eft pas une de
ces efpeces qui n'exige une curation particuliere
, & c'eft le fentiment du fameux
Sydenham & de Baglivi , mais il ne touche
que fuperficiellement leurs indications
, & fe contente de décrire les fignes
caracteristiques de chacune de ces efpeces.
Bien que l'ouvrage foitentierement fini ,
&
NOVEMBRE . 1730. 2453-
& ait été approuvé par des Profeffeurs de
Montpellier , des Docteurs de Province
& de l'illuftre Monfieur Andri. L'Auteur
n'a pas voulu le hazarder fans
avoir auparavant préfenti le gout des favans
fur une matiere fi importante & ft
neuve. Il ne le propofe même que pour
exciter, dit- il , les mêmes -Savans à donner
une Méthode pareille plus parfaite , ce
qui feroit d'une auffi grande utilité dans
la pratique de la Médecine, que la découverte
des Claffes de Mr de Tournefort
l'a été dans la Botanique.
Fermer
Résumé : Méthode nouvelle pour connoître toutes les Maladies, [titre d'après la table]
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Méthode nouvelle pour connoître toutes les Maladies' rédigé par S. de L..., Docteur de Montpellier. L'auteur observe que de nombreuses maladies sont inconnues ou mal décrites, attribuant cette situation à l'absence d'une méthode adéquate. Il compare cette confusion à celle qui régnait en botanique avant la méthode de Tournefort, qui a permis de classer environ quinze mille plantes contre six ou sept cents connues par les Anciens. L'auteur critique les méthodes existantes pour classer les maladies, qu'il réduit à trois types : alphabétique, pathologique et anatomique. La méthode alphabétique est jugée inefficace car les noms des maladies sont arbitraires. La méthode pathologique est obscure car les causes des maladies sont incertaines. La méthode anatomique, quant à elle, confond les maladies simples et chirurgicales avec les maladies composées, entraînant des répétitions théoriques et une surcharge de la mémoire. L'auteur propose une nouvelle méthode pour classer les maladies en diverses classes, similaire à celle utilisée en botanique. Il divise les maladies en dix classes, les deux premières concernant les affections chirurgicales et les huit autres les maladies proprement dites. Chaque classe est définie par des phénomènes évidents, un pronostic et des indications générales. Les classes sont subdivisées en sections et genres, caractérisés par des phrases latines décrivant leur nature ou leurs signes caractéristiques. L'ouvrage vise à rendre la connaissance des maladies plus accessible et précise, en utilisant des définitions claires et des divisions méthodiques. Bien que l'ouvrage soit terminé et approuvé par des professeurs de Montpellier, des docteurs de province et Monsieur Andri, l'auteur choisit de ne pas le publier immédiatement. Il souhaite d'abord soumettre son travail à l'avis des savants sur une matière aussi importante et nouvelle, espérant ainsi encourager le développement d'une méthode plus parfaite et apporter une utilité comparable à celle des classes de Monsieur de Tournefort en botanique pour la pratique de la médecine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 2602-2614
REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
Début :
Puisque nous voyons tous les jours que les moindres passions de l'ame [...]
Mots clefs :
Corps, Tension, Passions, Organes, Malade, Maladie, Imagination, Affection, Remède, Médecine, Hippocrate
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
REFLEXIONS fur ces paroles
d'Hippoctates , Aphorifme XXXIII.
Section II. In omni morbo mente valere
bonum eft ; contrarium vero malum.
Puifque Uifque nous voyons tous les jours
les moindres paffions de l'ame
occafionnent dans la fanté la mieux établie
mille dérangemens dangereux pour
la vie; pouvons- nous douter que la crainte
ou l'appréhenfion de mourir ne faſſe
de plus grands defordres dans un Malade?
Mais plutôt qui d'entre les hommes , le
plus intrépide même , lorſque le mal eſt
affez férieux , fe fent à l'abri des troubles
qu'une penſée fi affreuſe jette dans
tout le corps ? L'on ne doit donc point
refufer , pour peu que le bien des Malades
tienne à coeur , une attention particuliere
à ces mouvemens de l'ame qui
I. Vol. agiffent
DECEMBRE . 1730. 2603
3.
agiffent fi puiffamment à nos yeux , &
la faine pratique de Medecine ne fçauroit
les abandonner à eux- mêmes fans rendre
les meilleurs remedes de l'Art , ou inutiles
ou pernicieux dans leur ufage. C'eft fur
un fondement fi folide qu'on eft porté à
croire que la plupart des Maladies ne deviennent
ferieufes , intraitables même, que
parce que la crainte , l'abattement , la
frayeur & le defefpoir , font toujours aux
trouffes des pauvres Malades; & que la fermeté
en enleveroit un plus grand nombre à
la Parque, que les Remedes les plus fpecifi
ques,qui ne meritent pas fouvent un nom
fi impofant : de- là vient qu'on a tout fujet
de penfer que dans les moins dangereufes
maladies comme dans celles qui le font
veritablement , on épargneroit plus de
vies au genre humain , fi on s'attachoit
moins àdonner des remedes, qu'à raffures
l'efprit allarmé des Malades.
Pour le convaincre de ce que nous ve
nons d'avancer , il ne faut que jetter les
yeux fur ces mélancoliques hypocondriaques
, fujets à des prétendues vapeurs qui
ne reconnoiffent pour caufe que le vice
de leur imagination ; c'eft ainfi que nous
trouvons quelquefois dans notre pratique
de ces hommes que les biens & les honneurs
inondent de toutes parts , au milieu
des plaifirs , qu'une fanté parfaite-
Cij ment I. Vol.
2604 MERCURE DE FRANCE
&
ment bonne & vigoureufe laiffe gouter
paifiblement à la fleur de leur âge , tomber
tout à coup dans un abattement &
dans une langueur toujours funefte à la
vie , fe rendre infupportables aux autres ,
le devenir à eux mêmes , fe laiffer aller
à des contentions trop longues , à des afflictions
extrêmes ; en un mot , ſe montrer
le jouet de leur imagination par ces récits
ennuyeux des plus legeres circonftances
de leurs maux dont ils accablent ceux
qu'ils engagent férieufement à les entendre
. Des Malades de cette efpece peuventils
trouver du fecours dans l'adminiftration
des remedes , & ne feroit- ce pas pour
lors réfifter à l'experience qui apprend
conftamment au prix de la vie de ceux
qui la confient aux ignorans , que l'abattement
, la langueur de l'efprit , fe guerit
moins par l'ufage des remedes , que par
la diverfité des idées , les converfations ,
les Affemblées des perfonnes enjoüées ,
& fur tout par la fermeté ou le courage
que les bons Medecins ne manquent
jamais de préferer falutairement à tout
autre fecours ? d'ailleurs comme l'oifiveté
leur donne occafion de fe trop écouter
les exercices moderez du corps ne feroient
ils pas pour ces Malades un bon régime.
de vie ? peut être même que la reflexion
fuivante auroit affez de force pour
I. Vol.
préDECEMBRE
. 1730. 2605
prévenir & détourner la foibleffe de leur
imagination .
Il n'eft pas poffible que cette foule de
fonctions qui s'exercent par tant de differens
inftrumens dans une machine auffi délicate
que le corps
de l'homme
, ſe faffent
dans
la fanté
même
la plus
parfaite
d'une
égale
jufteffe
, puifque
tout
de même
que
dans
une
Montre
ou dans
des machines
femblables
le peu de folidité
de la matiere
dont
on conſtruit
les differentes
pieces
qui
les compofent
, les frottemens
des roues
de
leurs
arbres
qui
touchent
par
plufieurs
points
à des furfaces
jamais
planes
ou unies
;
en un mot,mille
caufes
, tant
internes
qu'externes
, font
de très- grands
obftacles
à la
perfection
de leurs
mouvemens
; de même
dans
le corps
humain
les roues
qu'on
y
découvre
, ou , pour
mieux
dire, les mouvemens
circulaires
, foit
dans
les folides
foit
dans
les liquides
, les leviers
, les puiffances
& leur
point
d'appui
, dans
le tems
que
tout
eft en jeu , fe trouvent
fujets
aux
mêmes
imperfections
que
les rouës
& les refforts
de la montre
en mouvement
;
& ces obftacles
font
d'autant
plus
fenfibles
à l'homme
,que
ceux
qui vivent
dans
une
fcrupuleufe
attention
fur
ce qui fe
pafle
au dedans
du corps
, ne fe croyent
malades
que
pour les trop
écouter
.
Si ceux qui fe montrent moins occupez
I. Vol. Cy dans
2606 MERCURE DE FRANCE
dans la pratique de Medecine à guerir
l'efprit,fouvent plus allarmé que le corps
n'eft malade , faifoient attention qu'on
doit toujours envifager dans un malade
la guérifon de deux maladies , dont la
violence ou la durée de tous les tems
qu'elles parcourent , fe répondent exactement
, & que chacune d'elles exige des
fecours differens , fuivant la fuperiorité
que l'une gagne fur l'autre , ils fe défabuferoient
avec plaifir de ce grand nombre
inutile ou meurtrier de remedes , que
Pandore a laiffé échaper , que l'avarice
fait employer , que l'honneur de la profeffion
défaprouve , & que la feule fermeté
dont les malades ont befoin ordi
nairement , ne permet jamais qu'on lui
préfere , fans reprocher les funeftes fuites
d'une fi injufte préférence à ceux qui ne
connoiffent point l'union ou la dépendance
mutuelle de ces deux fubftances qui
compofent l'homme.
Quoique l'union de l'ame avec le corps
doive plutôt paffer pour un fecret réfervé
à la Toute puiffance Divine , que pour
une connoiffance dûe aux plus profondes
recherches de l'efprit humain ; l'heureuſe
témerité des fçavans dans leurs découvertes
a fçû nous engager trop avant , pour
pouvoir nous difpenfer maintenant de
propofer nos conjectures . Cependant pour
I.Vol
AC
DECEMBRE . 1730. 2607
ne pas priver de leurs droits ceux qui pré
tendent en avoir fur cette queftion , nous
ne prendrons que ce qu'il nous faut pour
fatisfaire à notre projet.
Les Loix uniformes , & les raports réciproques
que l'Auteur de la nature a établis
dans l'union de l'ame & du corps ,
maintiennent ces deux fubftances dans
une dépendance mutuelle ; ce qui fait que
l'ame a des affections à l'occafion de certains
mouvemens du Corps, & que celui - ci
exécute des mouvemens , à l'occafion de
certaines affections de l'ame. La vivacité
de ces affections dépend de la violence des
impreffions, des objets externes fur les or
ganes du corps , & l'énergie de la puiffance
de l'ame fur le corps , de la vivacité
de fes affections; l'ame fera parconfequent
d'autant plus vivement affectée que le
.corps fera fortement émû; & le corps fera
d'autant plus puiffamment émû , que l'a
me fera vivement affectée ; le fentiment
interieur & l'expérience journaliere ne
nous permettent point de refufer notre
confentement à des véritez fi fenfibles &
fi connues.
C'eft à la faveur du genre nerveux que
les impreffions des objets externes fur les
organes du corps, d'où dépendent les fenfations
, fe tranfmettent dans le cerveau
jufqu'à l'origine des nerfs . C'eft auffi par
C vi I. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
les mêmes voyes que les paffions de l'ame
agiffent fur la machine .
On peut donc regarder le genre nerveux
, comme un affemblage de petits
cordons difperfez par tout le corps ,
dans
un certain dégré de tenfion que la nature
leur a donné , réünis à la baze du crane ,
dans cet endroit du cerveau , qu'on nomme
moëlle allongée , & que nous appellerons
dans la fuite Emporeum. C'eft- là où
toutes les impreffions faites fur les organes
du corps aboutiffent , qu'on peut
placer le fiége des perceptions de l'âme.
Mais découvre-t- on dans cette parque
tie ? fi ce n'eft un tas de fibrilles fufceptibles
de vibration , capables de fe redreffer
& de fe remettre lorſque la cauſe
qui en a fait perdre la direction , ceſſe
d'agir ? Comment peut- il donc fe faire
que l'ame foit affectée dans les fenfations,
à l'occafion des impreffions faites par les
objets externes fur les organes
du corps ,
ou agir elle-même fur la machine dans,
les paffions ? une fubftance fpirituelle n'eftelle
point à l'abri des atteintes de la matiere
? Et celle - cy fouffrira-t- elle quelque
changement de la part de l'autre ? J'avouë
prefentement , que fi les fçavans fe
payoient moins de raifonnemens ingénieux
, que d'aveus finceres de la foibleffe
du génie , je n'aurois point de hon-
I.Vol
DECEMBRE . 1730. 2609
coup
te de la déclarer à des hommes dans cette
occafion , mais comme elles doivent beauà
la témérité des curieux , elles veulent
encore leur être plus redevables ; ) le
corps ne pouvant donc point agir materiellement
fur l'ame, ni l'ame fur le corps ,
il faut que le Créateur dans l'union de ces
deux fubftances , ait voulu , fuivant les
décrets immuables , qu'à l'occafion d'un
tel mouvement , où bien d'une vibration
plus ou moins forte des fibres de l'Emporeum
, l'ame fut plus ou moins vivement
ébranlée ; & qu'à l'occafion de certaines
perceptions de l'ame , il furvint à ces mêmes
fibres des vibrations dont la force
répondit exactement à la vivacité de ces
perceptions , pour lors le cordon de
nerf continu à la fibre vibrée , fera plus
ou moins tiraillé auffi-bien que les divifions
& les rameaux qui en partent, & qui
vont fe perdre dans les parties du corps.
Ainfi fuppofé maintenant que l'ame foit
vivement affectée ( comme il lui arrive
dans differentes paffions , mais fur tout
dans la crainte ou l'apprehenfion de mourir
) la vibration d'une , ou de plufieurs
fibres de l'Emporeum fera violente, le tiraillement
du cordon de nerf ne le fera
pas
moins, &fes filamens diviſez ,diſperſez dans
a machine , donneront bien - tôt des marques
tres- fenfibles de leur défordre , icy
L. Vol par
2610 MERCURE DE FRANCE
par la tenfion exceffive des membranes ,
par le retréciffement du diametre des
vaiffeaux dont les parois font devenuës
moins dociles aux caufes pulcifiques ; là,
par les douleurs infupportables , les convulfions
d'une ou de plufieurs parties , &
par l'état tonique qui fe prend au reffort
des folides ; d'où fuit le trouble, l'inégalité
de la circulation du fang , de la lymphe ,
leur féjour dans les chairs , ou dans les
vifceres qui s'enflamment , les fécretions
fufpendues , les coctions léfées , abolies
même ; enfin le bouleverfement de tout
le corps , qui fera toujours d'autant plus
puiffant fur les caufes de la vie , que le
moindre effet mentionné fuffit pour la
faire perdre.
il
Il ne fera pas difficile à prefent , de rendre
raifon des differens dégrez de dérangement
& de défordre , qui arrivent au
Corps humain ,à l'occafion des paffions de
l'ame , pour peu qu'on donne fes atten
tions à leur vivacité , à la difpofition des
fibres de l'Emporeum, & à l'état du corps
fain ou malade.
Nous avons déja vû que les affections
de l'ame occafionnent des vibrations dans
les fibres de l'Emporeum , fuivant donc le
different dégré de tenfion , de foupleffe
de rigidité , & de reffort , que la nature
feur a donné , elles font plus ou moins
I. Vol. vibraDECEMBRE
. 1730. 2611
vibratiles. Par exemple : Si l'ame eft vivement
affectée , la vibration que cette affection
occafionnera d'abord dans une ou
plufieurs fibres fera violente ; & fi les
fibres vibrées fe trouvent bien tenduës
naturellement , la force d'une telle fecouffe
produira un double effet. Il en eft à
peu près de même des autres qualitez ,
qu'on attribue à ces fibres qui varient
dans des fujets differens , par rapport au
fexe , à l'âge , au temperamment , & à la
maniere de vivre , & quelquefois dans le
même homme,à raifon de bien des circonftances,
mais fur tout de la frequence des
vibrations , d'où elles ont acquis la difpofition
d'obéir au moindre tremouffement.
Si les organes du corps fe trouvent
dans l'état le plus éloigné de la maladie ,
& que l'imagination ne foit que peu dérangée
, il eft clair que le corps n'en fera
pas fort incommodé ; delà vient qu'on'
voit une foule de mélancoliques , fe
porter d'ailleurs le mieux du monde ;
mais fi dans ce cas l'imagination eft conſiderablement
détraquée, le corps s'appro
chera pour lors de l'état malade , à proportion
que le dérangemeut de l'efprit
fera grand ; je crois même , que ce ne
feroit point fans fondement , fil'on avançoit
que l'imagination vivement frappée
de trifteffe , de crainte , &c . a affez de
I. Vol.
pou2612
MERCURE DE FRANCE
pouvoir fur la machine , pour en occafionner
la ruine.
Si dans un corps peu malade , l'imagination
n'eft que peu allarmée ; ces deux
maladies enſemble ne font point à crain
dre , on s'en releve facilement ; mais fi
dans ce même cas , l'ame eft fortement
agitée , le trouble dans la Machine fera
très -dangereux ; on voit bien fouvent des
malades guériffables par la nature du
mal , devenir incurables , fe défefpérer &
périr malheureuſement par la préférence
qu'on a fait des remedes quelquefois fort
violens , à cette fermeté dont le retour de
la fanté ne pouvoit fe paffer fans la perte
de la vie.
Enfin fi l'imagination & le corps font
tres dérangez , dans un pareil cas le malade
fera défefpéré , pour peu qu'on néglige
de lui donner du courage , ouqu'on
fe ferve des remedes qui le tour
mentent trop.
On voit par toute cetteThéorie que dans
le concours de ces cauſes , l'ame doit agir
fur la Machine , avec un pouvoir inſurmontable
, dont les effets feront par conféquent
très -funeftes.
On reconnoît encore d'où vient que
certaines perfonnes font plus fufceptibles
de chagrin , de trifteffe , d'abattement
de crainte & de defefpoir que bien d'au-
1. Vol. tres
DECEMBRE . 1730. 2613
tres , & en reffentent de plus grands maux
dans l'ufage de la vie.
Puifqu'on ne fçauroit à prefent difconvenir
que la trifteffe & la langueur de
l'efprit, ne dérangent confidérablement la
fanté la plus affurée , & que la crainte &
l'apprehenfion de mourir n'occafionne de
nouveaux défordres dans un malade ;
n'a- t-on pas raifon de penfer que les malades
auroient moins de mal s'ils avoient
moins de peur ? In omni morbo mente valere
bonum eft , contrarium verò malum.
C'eft fur ce principe de la veritable
Médecine , où tout ce que l'avarice de
l'homme a de plus haïffable , & de plus
dangereux dans les moyens qu'elle offre
pour affouvir le défir de groffir fes richeffes
, n'a aucune part , que nous avons
prétendu faire voir :
Premierement , que les gens de notre profeffion
moins ambitieux des biens que jaloux
de leur honneur , doivent s'attirer
des malades de la confiance, plutôt par une
jufte réputation que par une effronterie
odieufe , qui ne peut tourner qu'à leur
confuſion & au malheur de ceux qui ne
diftinguant point le vrai mérite , apprennent
par leur mort violente , à des héritiers
à ne pas les fuivre dans leur funefte
choix .
Secondement , que
I. Vol.
dans les maladies férieu2614
MERCURE DE FRANCE
rieuſes , où les malades craignent fort
pour leur vie , la préfence fréquente ,
mais jamais importune , du Medecin de
confiance , eft plus falutaire qu'un grand
appareil de remedes .
3mt, Et qu'ainfi on ne doit pas faire dif
Aculté de bannir , de retrancher de la
Médecine un grand nombre de remedes ,
non feulement comme inutiles , mais encore
comme très - pernicieux , & le malade
fera guéri pour lors à moins de frais &
plus furement.
Enfin , qu'on n'a confulté , dans le def
fein de mettre au jour ce petit Ouvrage ,
que l'honneur de la profeffion , & le verible
bien des malades.
Par G B. Barrés , de Pezenas , Docteur
en Médecine, de la Faculté de Montpellier.
d'Hippoctates , Aphorifme XXXIII.
Section II. In omni morbo mente valere
bonum eft ; contrarium vero malum.
Puifque Uifque nous voyons tous les jours
les moindres paffions de l'ame
occafionnent dans la fanté la mieux établie
mille dérangemens dangereux pour
la vie; pouvons- nous douter que la crainte
ou l'appréhenfion de mourir ne faſſe
de plus grands defordres dans un Malade?
Mais plutôt qui d'entre les hommes , le
plus intrépide même , lorſque le mal eſt
affez férieux , fe fent à l'abri des troubles
qu'une penſée fi affreuſe jette dans
tout le corps ? L'on ne doit donc point
refufer , pour peu que le bien des Malades
tienne à coeur , une attention particuliere
à ces mouvemens de l'ame qui
I. Vol. agiffent
DECEMBRE . 1730. 2603
3.
agiffent fi puiffamment à nos yeux , &
la faine pratique de Medecine ne fçauroit
les abandonner à eux- mêmes fans rendre
les meilleurs remedes de l'Art , ou inutiles
ou pernicieux dans leur ufage. C'eft fur
un fondement fi folide qu'on eft porté à
croire que la plupart des Maladies ne deviennent
ferieufes , intraitables même, que
parce que la crainte , l'abattement , la
frayeur & le defefpoir , font toujours aux
trouffes des pauvres Malades; & que la fermeté
en enleveroit un plus grand nombre à
la Parque, que les Remedes les plus fpecifi
ques,qui ne meritent pas fouvent un nom
fi impofant : de- là vient qu'on a tout fujet
de penfer que dans les moins dangereufes
maladies comme dans celles qui le font
veritablement , on épargneroit plus de
vies au genre humain , fi on s'attachoit
moins àdonner des remedes, qu'à raffures
l'efprit allarmé des Malades.
Pour le convaincre de ce que nous ve
nons d'avancer , il ne faut que jetter les
yeux fur ces mélancoliques hypocondriaques
, fujets à des prétendues vapeurs qui
ne reconnoiffent pour caufe que le vice
de leur imagination ; c'eft ainfi que nous
trouvons quelquefois dans notre pratique
de ces hommes que les biens & les honneurs
inondent de toutes parts , au milieu
des plaifirs , qu'une fanté parfaite-
Cij ment I. Vol.
2604 MERCURE DE FRANCE
&
ment bonne & vigoureufe laiffe gouter
paifiblement à la fleur de leur âge , tomber
tout à coup dans un abattement &
dans une langueur toujours funefte à la
vie , fe rendre infupportables aux autres ,
le devenir à eux mêmes , fe laiffer aller
à des contentions trop longues , à des afflictions
extrêmes ; en un mot , ſe montrer
le jouet de leur imagination par ces récits
ennuyeux des plus legeres circonftances
de leurs maux dont ils accablent ceux
qu'ils engagent férieufement à les entendre
. Des Malades de cette efpece peuventils
trouver du fecours dans l'adminiftration
des remedes , & ne feroit- ce pas pour
lors réfifter à l'experience qui apprend
conftamment au prix de la vie de ceux
qui la confient aux ignorans , que l'abattement
, la langueur de l'efprit , fe guerit
moins par l'ufage des remedes , que par
la diverfité des idées , les converfations ,
les Affemblées des perfonnes enjoüées ,
& fur tout par la fermeté ou le courage
que les bons Medecins ne manquent
jamais de préferer falutairement à tout
autre fecours ? d'ailleurs comme l'oifiveté
leur donne occafion de fe trop écouter
les exercices moderez du corps ne feroient
ils pas pour ces Malades un bon régime.
de vie ? peut être même que la reflexion
fuivante auroit affez de force pour
I. Vol.
préDECEMBRE
. 1730. 2605
prévenir & détourner la foibleffe de leur
imagination .
Il n'eft pas poffible que cette foule de
fonctions qui s'exercent par tant de differens
inftrumens dans une machine auffi délicate
que le corps
de l'homme
, ſe faffent
dans
la fanté
même
la plus
parfaite
d'une
égale
jufteffe
, puifque
tout
de même
que
dans
une
Montre
ou dans
des machines
femblables
le peu de folidité
de la matiere
dont
on conſtruit
les differentes
pieces
qui
les compofent
, les frottemens
des roues
de
leurs
arbres
qui
touchent
par
plufieurs
points
à des furfaces
jamais
planes
ou unies
;
en un mot,mille
caufes
, tant
internes
qu'externes
, font
de très- grands
obftacles
à la
perfection
de leurs
mouvemens
; de même
dans
le corps
humain
les roues
qu'on
y
découvre
, ou , pour
mieux
dire, les mouvemens
circulaires
, foit
dans
les folides
foit
dans
les liquides
, les leviers
, les puiffances
& leur
point
d'appui
, dans
le tems
que
tout
eft en jeu , fe trouvent
fujets
aux
mêmes
imperfections
que
les rouës
& les refforts
de la montre
en mouvement
;
& ces obftacles
font
d'autant
plus
fenfibles
à l'homme
,que
ceux
qui vivent
dans
une
fcrupuleufe
attention
fur
ce qui fe
pafle
au dedans
du corps
, ne fe croyent
malades
que
pour les trop
écouter
.
Si ceux qui fe montrent moins occupez
I. Vol. Cy dans
2606 MERCURE DE FRANCE
dans la pratique de Medecine à guerir
l'efprit,fouvent plus allarmé que le corps
n'eft malade , faifoient attention qu'on
doit toujours envifager dans un malade
la guérifon de deux maladies , dont la
violence ou la durée de tous les tems
qu'elles parcourent , fe répondent exactement
, & que chacune d'elles exige des
fecours differens , fuivant la fuperiorité
que l'une gagne fur l'autre , ils fe défabuferoient
avec plaifir de ce grand nombre
inutile ou meurtrier de remedes , que
Pandore a laiffé échaper , que l'avarice
fait employer , que l'honneur de la profeffion
défaprouve , & que la feule fermeté
dont les malades ont befoin ordi
nairement , ne permet jamais qu'on lui
préfere , fans reprocher les funeftes fuites
d'une fi injufte préférence à ceux qui ne
connoiffent point l'union ou la dépendance
mutuelle de ces deux fubftances qui
compofent l'homme.
Quoique l'union de l'ame avec le corps
doive plutôt paffer pour un fecret réfervé
à la Toute puiffance Divine , que pour
une connoiffance dûe aux plus profondes
recherches de l'efprit humain ; l'heureuſe
témerité des fçavans dans leurs découvertes
a fçû nous engager trop avant , pour
pouvoir nous difpenfer maintenant de
propofer nos conjectures . Cependant pour
I.Vol
AC
DECEMBRE . 1730. 2607
ne pas priver de leurs droits ceux qui pré
tendent en avoir fur cette queftion , nous
ne prendrons que ce qu'il nous faut pour
fatisfaire à notre projet.
Les Loix uniformes , & les raports réciproques
que l'Auteur de la nature a établis
dans l'union de l'ame & du corps ,
maintiennent ces deux fubftances dans
une dépendance mutuelle ; ce qui fait que
l'ame a des affections à l'occafion de certains
mouvemens du Corps, & que celui - ci
exécute des mouvemens , à l'occafion de
certaines affections de l'ame. La vivacité
de ces affections dépend de la violence des
impreffions, des objets externes fur les or
ganes du corps , & l'énergie de la puiffance
de l'ame fur le corps , de la vivacité
de fes affections; l'ame fera parconfequent
d'autant plus vivement affectée que le
.corps fera fortement émû; & le corps fera
d'autant plus puiffamment émû , que l'a
me fera vivement affectée ; le fentiment
interieur & l'expérience journaliere ne
nous permettent point de refufer notre
confentement à des véritez fi fenfibles &
fi connues.
C'eft à la faveur du genre nerveux que
les impreffions des objets externes fur les
organes du corps, d'où dépendent les fenfations
, fe tranfmettent dans le cerveau
jufqu'à l'origine des nerfs . C'eft auffi par
C vi I. Vol.
2608 MERCURE DE FRANCE
les mêmes voyes que les paffions de l'ame
agiffent fur la machine .
On peut donc regarder le genre nerveux
, comme un affemblage de petits
cordons difperfez par tout le corps ,
dans
un certain dégré de tenfion que la nature
leur a donné , réünis à la baze du crane ,
dans cet endroit du cerveau , qu'on nomme
moëlle allongée , & que nous appellerons
dans la fuite Emporeum. C'eft- là où
toutes les impreffions faites fur les organes
du corps aboutiffent , qu'on peut
placer le fiége des perceptions de l'âme.
Mais découvre-t- on dans cette parque
tie ? fi ce n'eft un tas de fibrilles fufceptibles
de vibration , capables de fe redreffer
& de fe remettre lorſque la cauſe
qui en a fait perdre la direction , ceſſe
d'agir ? Comment peut- il donc fe faire
que l'ame foit affectée dans les fenfations,
à l'occafion des impreffions faites par les
objets externes fur les organes
du corps ,
ou agir elle-même fur la machine dans,
les paffions ? une fubftance fpirituelle n'eftelle
point à l'abri des atteintes de la matiere
? Et celle - cy fouffrira-t- elle quelque
changement de la part de l'autre ? J'avouë
prefentement , que fi les fçavans fe
payoient moins de raifonnemens ingénieux
, que d'aveus finceres de la foibleffe
du génie , je n'aurois point de hon-
I.Vol
DECEMBRE . 1730. 2609
coup
te de la déclarer à des hommes dans cette
occafion , mais comme elles doivent beauà
la témérité des curieux , elles veulent
encore leur être plus redevables ; ) le
corps ne pouvant donc point agir materiellement
fur l'ame, ni l'ame fur le corps ,
il faut que le Créateur dans l'union de ces
deux fubftances , ait voulu , fuivant les
décrets immuables , qu'à l'occafion d'un
tel mouvement , où bien d'une vibration
plus ou moins forte des fibres de l'Emporeum
, l'ame fut plus ou moins vivement
ébranlée ; & qu'à l'occafion de certaines
perceptions de l'ame , il furvint à ces mêmes
fibres des vibrations dont la force
répondit exactement à la vivacité de ces
perceptions , pour lors le cordon de
nerf continu à la fibre vibrée , fera plus
ou moins tiraillé auffi-bien que les divifions
& les rameaux qui en partent, & qui
vont fe perdre dans les parties du corps.
Ainfi fuppofé maintenant que l'ame foit
vivement affectée ( comme il lui arrive
dans differentes paffions , mais fur tout
dans la crainte ou l'apprehenfion de mourir
) la vibration d'une , ou de plufieurs
fibres de l'Emporeum fera violente, le tiraillement
du cordon de nerf ne le fera
pas
moins, &fes filamens diviſez ,diſperſez dans
a machine , donneront bien - tôt des marques
tres- fenfibles de leur défordre , icy
L. Vol par
2610 MERCURE DE FRANCE
par la tenfion exceffive des membranes ,
par le retréciffement du diametre des
vaiffeaux dont les parois font devenuës
moins dociles aux caufes pulcifiques ; là,
par les douleurs infupportables , les convulfions
d'une ou de plufieurs parties , &
par l'état tonique qui fe prend au reffort
des folides ; d'où fuit le trouble, l'inégalité
de la circulation du fang , de la lymphe ,
leur féjour dans les chairs , ou dans les
vifceres qui s'enflamment , les fécretions
fufpendues , les coctions léfées , abolies
même ; enfin le bouleverfement de tout
le corps , qui fera toujours d'autant plus
puiffant fur les caufes de la vie , que le
moindre effet mentionné fuffit pour la
faire perdre.
il
Il ne fera pas difficile à prefent , de rendre
raifon des differens dégrez de dérangement
& de défordre , qui arrivent au
Corps humain ,à l'occafion des paffions de
l'ame , pour peu qu'on donne fes atten
tions à leur vivacité , à la difpofition des
fibres de l'Emporeum, & à l'état du corps
fain ou malade.
Nous avons déja vû que les affections
de l'ame occafionnent des vibrations dans
les fibres de l'Emporeum , fuivant donc le
different dégré de tenfion , de foupleffe
de rigidité , & de reffort , que la nature
feur a donné , elles font plus ou moins
I. Vol. vibraDECEMBRE
. 1730. 2611
vibratiles. Par exemple : Si l'ame eft vivement
affectée , la vibration que cette affection
occafionnera d'abord dans une ou
plufieurs fibres fera violente ; & fi les
fibres vibrées fe trouvent bien tenduës
naturellement , la force d'une telle fecouffe
produira un double effet. Il en eft à
peu près de même des autres qualitez ,
qu'on attribue à ces fibres qui varient
dans des fujets differens , par rapport au
fexe , à l'âge , au temperamment , & à la
maniere de vivre , & quelquefois dans le
même homme,à raifon de bien des circonftances,
mais fur tout de la frequence des
vibrations , d'où elles ont acquis la difpofition
d'obéir au moindre tremouffement.
Si les organes du corps fe trouvent
dans l'état le plus éloigné de la maladie ,
& que l'imagination ne foit que peu dérangée
, il eft clair que le corps n'en fera
pas fort incommodé ; delà vient qu'on'
voit une foule de mélancoliques , fe
porter d'ailleurs le mieux du monde ;
mais fi dans ce cas l'imagination eft conſiderablement
détraquée, le corps s'appro
chera pour lors de l'état malade , à proportion
que le dérangemeut de l'efprit
fera grand ; je crois même , que ce ne
feroit point fans fondement , fil'on avançoit
que l'imagination vivement frappée
de trifteffe , de crainte , &c . a affez de
I. Vol.
pou2612
MERCURE DE FRANCE
pouvoir fur la machine , pour en occafionner
la ruine.
Si dans un corps peu malade , l'imagination
n'eft que peu allarmée ; ces deux
maladies enſemble ne font point à crain
dre , on s'en releve facilement ; mais fi
dans ce même cas , l'ame eft fortement
agitée , le trouble dans la Machine fera
très -dangereux ; on voit bien fouvent des
malades guériffables par la nature du
mal , devenir incurables , fe défefpérer &
périr malheureuſement par la préférence
qu'on a fait des remedes quelquefois fort
violens , à cette fermeté dont le retour de
la fanté ne pouvoit fe paffer fans la perte
de la vie.
Enfin fi l'imagination & le corps font
tres dérangez , dans un pareil cas le malade
fera défefpéré , pour peu qu'on néglige
de lui donner du courage , ouqu'on
fe ferve des remedes qui le tour
mentent trop.
On voit par toute cetteThéorie que dans
le concours de ces cauſes , l'ame doit agir
fur la Machine , avec un pouvoir inſurmontable
, dont les effets feront par conféquent
très -funeftes.
On reconnoît encore d'où vient que
certaines perfonnes font plus fufceptibles
de chagrin , de trifteffe , d'abattement
de crainte & de defefpoir que bien d'au-
1. Vol. tres
DECEMBRE . 1730. 2613
tres , & en reffentent de plus grands maux
dans l'ufage de la vie.
Puifqu'on ne fçauroit à prefent difconvenir
que la trifteffe & la langueur de
l'efprit, ne dérangent confidérablement la
fanté la plus affurée , & que la crainte &
l'apprehenfion de mourir n'occafionne de
nouveaux défordres dans un malade ;
n'a- t-on pas raifon de penfer que les malades
auroient moins de mal s'ils avoient
moins de peur ? In omni morbo mente valere
bonum eft , contrarium verò malum.
C'eft fur ce principe de la veritable
Médecine , où tout ce que l'avarice de
l'homme a de plus haïffable , & de plus
dangereux dans les moyens qu'elle offre
pour affouvir le défir de groffir fes richeffes
, n'a aucune part , que nous avons
prétendu faire voir :
Premierement , que les gens de notre profeffion
moins ambitieux des biens que jaloux
de leur honneur , doivent s'attirer
des malades de la confiance, plutôt par une
jufte réputation que par une effronterie
odieufe , qui ne peut tourner qu'à leur
confuſion & au malheur de ceux qui ne
diftinguant point le vrai mérite , apprennent
par leur mort violente , à des héritiers
à ne pas les fuivre dans leur funefte
choix .
Secondement , que
I. Vol.
dans les maladies férieu2614
MERCURE DE FRANCE
rieuſes , où les malades craignent fort
pour leur vie , la préfence fréquente ,
mais jamais importune , du Medecin de
confiance , eft plus falutaire qu'un grand
appareil de remedes .
3mt, Et qu'ainfi on ne doit pas faire dif
Aculté de bannir , de retrancher de la
Médecine un grand nombre de remedes ,
non feulement comme inutiles , mais encore
comme très - pernicieux , & le malade
fera guéri pour lors à moins de frais &
plus furement.
Enfin , qu'on n'a confulté , dans le def
fein de mettre au jour ce petit Ouvrage ,
que l'honneur de la profeffion , & le verible
bien des malades.
Par G B. Barrés , de Pezenas , Docteur
en Médecine, de la Faculté de Montpellier.
Fermer
Résumé : REFLEXIONS sur ces paroles d'Hippoctates, Aphorisme XXXIII. Section II. In omni morbo mente valere bonum est ; contrarium vero malum.
Le texte explore l'impact des émotions et des pensées sur la santé physique, en s'appuyant sur les réflexions d'Hippocrate. Il met en évidence l'importance de la santé mentale dans toute maladie et souligne que les troubles émotionnels peuvent aggraver l'état du patient. Les passions de l'âme, même mineures, peuvent provoquer des désordres corporels dangereux. La crainte ou l'appréhension de la mort est particulièrement néfaste pour les malades. Même les individus les plus intrépides ne sont pas à l'abri des troubles émotionnels lorsqu'ils sont gravement malades. Les médecins doivent donc prêter attention aux mouvements de l'âme, car ils influencent fortement la santé physique. Les maladies deviennent souvent sérieuses et intraitables en raison de la peur, de l'abattement, de la frayeur et du désespoir qui accompagnent les patients. La fermeté et le courage sont souvent plus efficaces que les remèdes spécifiques pour guérir les malades. Le texte illustre cela avec des exemples de mélancoliques hypocondriaques, dont les troubles sont souvent causés par l'imagination plutôt que par des causes physiques. Pour ces patients, les remèdes médicaux sont moins efficaces que les distractions et les activités physiques modérées. Le texte compare également le corps humain à une machine délicate, où divers facteurs internes et externes peuvent perturber son fonctionnement. Il conclut en soulignant l'importance de traiter à la fois le corps et l'esprit dans la pratique médicale. Le texte traite également des interactions entre l'esprit et le corps dans les maladies, mettant en garde contre les tourments excessifs infligés aux malades, qui peuvent les rendre désespérés. La tristesse et la peur perturbent la santé, et les malades souffriraient moins s'ils avaient moins peur. L'auteur critique l'avarice dans la médecine et prône une approche éthique. Les médecins doivent gagner la confiance des patients par leur réputation plutôt que par des méthodes odieuses. Dans les maladies graves, la présence fréquente mais non importune du médecin est plus bénéfique qu'un grand nombre de remèdes. Le texte recommande de bannir les remèdes inutiles et pernicieux pour soigner les malades de manière plus économique et efficace. L'objectif est de promouvoir l'honneur de la profession médicale et le bien-être des patients. L'auteur est G. B. Barrés, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 60-75
LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet de sa Réponse à M. Barrés, inserée dans le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur l'usage interieur de l'Eau de vie.
Début :
Il n'est pas juste, Monsieur, d'établir sur les [...]
Mots clefs :
Eau-de-vie, Santé, Alcool, Digestion, Critique, Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet de sa Réponse à M. Barrés, inserée dans le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur l'usage interieur de l'Eau de vie.
LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet
de sa Réponse à M. Barrés , inserée dans
le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur
l'usage interieur de l'Eau de vie.
L n'est pas juste , Monsieur , d'éta-
I blir sur les débris que vous faites de
nos bons sentimens pour le Public , le
grand air de confiance qu'on découvre
d'abord dans votre Réponse à ma Lettre;
pardon , peut- être ne sçavez vous pas que
les gens raisonnables ne se laissent jamais
prévenir follement , & que le ton imposant
d'un Auteur insipide pour s'assurer
leurs suffrages , est moins capable de les
séduire que de les rendre plus scrupuleux
dans leurs décisions . Cela soit dit néanmoins
sans blesser en aucune maniere
l'honneur que vous avez bien voulu nous
faire , en nous proposant brievement vos
doutes , que vous auriez pû , à la verité,
épargner aux dépens d'une plus sérieuse
attenJANVIER.
1731. 61
attention , si sans doute elle n'eut été
trop penible pour vous , ce qui fait que
sans nous détourner beaucoup des devoirs
de notre profession , nous esperons de
vous ramener de votre pirrhonisme.
En premier lieu , quoiqu'on soit assuré
que tous les raisonnemens vagues ne sçauroient
convaincre les personnes raisonnables
de la verité des propositions qu'on
avance , il n'est pas moins à propos cependant
de s'en servir quelquefois , et de
les placer dès l'entrée de la question , où
on les dévelope ensuite , et qu'on ne fait
devancer uniquement que pour disposer
l'esprit du lecteur à la concevoir plus aisément.
Notre Lettre peut fort bien être
l'exemple d'un pareil cas , d'ailleurs ces
grands mots qui vous choquent si rude--
ment n'ont pourtant point blessé le goût:
ni les oreilles des plus fameux Medecins .
de ce tems qui les ont introduits dans leurs
Ouvrages qu'êtes vous , Monsieur
pour ne pas les souffrir ? et pouvez- vous
penser de bonne foi que ces grands Maîtres
de l'Art s'en rapportent à vous quicondamnez
leurs expressions sans les entendre.
Pour moi , je me tiens à l'abri .
des justes reproches qu'on seroit en droit.
de me faire, si j'osois temerairement rien
entreprendre là- dessus , et il me suffit de
trouver dans leur signification autant
D d'éner
-
62 MERCURE DE FRANCE
ト
d'énergie et de force qu'il m'en faut
dans le besoin , pour ne pas en désaprouver
le
sçavant usage ; ainsi vous nous permettrez
, sans doute , de nous en accommoder
dans toutes les occasions favorables
dont vous profiterez aussi , si vous le
pouvez , par la même licence que nous
vous donnons à notre tour . Je serois
beaucoup moins éloigné de bannir des
questions les raisonnemens dénués d'experience
; mais vous ne nous faites jamais
voir que ceux qui viennent de notre part
méritent la rigueur de cet exil. Au reste,
on n'a pas toujours besoin de raisons
fondées sur des principes mathématiques
pour convaincre , ce seroit faire tort à
bien des gens d'esprit qui ne sont point
dans ce goût , quoique pourtant trèsraisonnables
et très judicieux , que de leur
ravir le droit d'une question qui les interesse
avec tout le reste des hommes.
Maintenant sans perdre notre tems à
disputer des termes qu'on peut apprendre.
à l'Ecole , et à discuter de vains raisonnemens
, venons au fait de la question .
Nous assurons que l'Eau de vie est une
eau de mort sur ce qu'elle ne releve les forcés
que pour les abattre peu après , parceque cette
liqueurport: les puissances ou les ressorts des
solides au delà de leur tonus , ou de cettejuste
étendue que la nature leur a donnée,d'où étant
de
JANVIER. 1731. 63
>
on n'ide
retour sur eux mêmes , ils tombent dans la
langueur. Voyons si ce trait de notre Lettre
doit passer justement pour obscur.
Tout le monde sçait ce qu'on entend
par le tonus des parties solides
gnore pas même qu'il n'aille jusqu'à un
certain point , ou qu'il n'ait une, juste
étenduë ; qu'importe qu'on vous l'assigne?
Keil ( a ) et Borelli ( b ) n'ont pas sçû nous
éclaircir touchant l'étendue de la force du
coeur ; a-t'on moins de raison de se persuader
que les ressorts des solides sont
contraints bien souvent de se porter au
delà ? la vessie trop remplie d'urine se
porte au delà de son tonus , les vaisseaux
engorgés de sang souffrent aussi quelquefois
de semblables distensions , dans ces
violens tiraillemens qu'on pratique pour
remettre les os luxés à leur place les
fibres musculaires revenant ensuite sur
elles mêmes, ont-elles cette force d'un arc
bandé qui se débande ? et les membranes
dont elles composent le tissu joüissentt'elles
d'abord après leur retour de leur
premiere vigueur dans le jeu de leur contraction
? qu'en pensez vous , M. le Doc
teur ? Ainsi les ressorts des solides débridés
, pour ainsi dire , ou portés au delà
›
( a ) Jacques Keil donne au coeur une force
de cinq onces.
(b) Alphonse Borelli de trois mille livres.
Dij
de
64 MERCURE DE FRANCE
de leur juste étenduë , se trouvent dans
la langueur ou l'abattement qu'on se sent
après de violens exercices , et après même
l'usage des liqueurs ardentes. En effet , le
corps ayant souffert de trop rudes travaux
se sent fatigué , languissant , ou
pour éviter de passer chez vous pour
obscur , ses ressorts par le jeu continuel
qu'ils ont exercé pendant un assez lorg
tems , se sont comme relâchés , ensorte
que revenant sur eux-mêmes ils ont perdu
leur premiere vigueur , ce qui se fait
infailliblement par l'effort réïteré que
font les liqueurs contre les parois membraneuses
des vaisseaux qu'elles poussent
en dehors avec violence dans leurs cours
acceleré par la contraction continuelle
des muscles qui les envoye au coeur , et
que le coeur leur renvoye de même. Ce
' est donc point ici un arc qui acquiert
d'autant plus de force à se remettre, qu'on
le resserre jusqu'à un certain point , mais
c'est un arc qui en a d'autant moins , que
sa flexion est portée au delà , ou qu'on
le courbe trop , delà vient que dans les
premiers tems de son jeu il se redresse
avec beaucoup de vitesse et de force , et
que dans les derniers elle se trouve molle,
foible et languissante.
Il en est à peu près de même touchant
l'effet que les liqueurs ardentes produisent
JANVIER. 1731. 65
ร
sent dans leur usage interieur ( ce qu'on
reconnoit par le poulx ) d'abord le sang
se gonfle , les parois des vaisseaux sont
repoussées en dehors en tout sens ; les
ressorts des fibres musculaires des tuniques
portés alors au delà de leur tonus ne
pouvant rester constamment dans la même
distension , ni aller plus loin , par l'absence
de la cause qui les a mis en jeu
et qui à force de perdre de son énergie
s'est retirée ( ce qui arrive dans le second
tems de l'action de cette liqueur ) il faut
non seulement que ces puissances revien
nent sur elles- mêmes mais encore que
leur vigueur soit moindre qu'auparavant
pour deux raisons. 1º Parceque les fibres
après cette distension outrée se trouvent
lâches et incapables de repren
dre leur état naturel , si ce n'est après
un certain tems qui est celui de la lan~
gueur.. 20 Que les liqueurs épaissies
étant inhabiles au mouvement , obéïssent
moins à la pression des solides relâ
chés , et leur opposent de plus grandes
résistances à surmonter ; pour lors le sang
ralenti dans son cours passe dans le tissu
des muscles , rend leur contraction laborieuse
qui se force de les en dégager ; delà
ces lassitudes ces langueurs qui ne
manquent jamais de succeder à la force
à la fureur même qu'on observe d'abord
D iij
,
dans
66 MERCURE DE FRANCE
dans ceux qui ont usé des liqueurs ardentes
. Ajoutez à cela que le terme de
tout ce desordre étant le racornissement
des solides et l'épaississement des liquides,
ces langueurs perseverent , augmentent
même tous les jours avec l'usage des eauxde
vie , d'où suit ce nombre prodigieux
de maux qui retranchent une bonne partie
des jours de la durée de l'homme.
L'Eau de vie produit moins cette distension
dont il s'agit par sa quantité que
par sa nature , et vous devriez , Monsieur,
avoir ici plus de honte que dans tout autre
endroit de votre Réponse à ma Lettre,
de sentir mieux que personne qu'un de
mes confreres ne sçache point que ce n'est
pas le seul remede qui pris à petite dose
produit dans le corps de très sensibles
effets. Qu'est - ce qu'un grain d'opium
dans un corps de 160. livres ? Est- ce la
1600 partie de ce même corps ? soyez
surpris après cela , tant qu'il vous plaira ,
qu'on prenne 128. onces d'alimens sans
craindre cette distension qui se fait tou
jours appréhender avec juste raison dans
l'usage de l'Eau de vie qui rarefie le sang,
et qui l'épaissit dans des tems differens.
Le terme des tems que l'Eau de vie parcourt
dans sa maniere d'agir étant surve→
nu , les parties solides se trouvent dépourvues
des sucs lymphatiques qui en
humecJANVIER
. 1731. 67 humectent
le tissu , elles en deviennent
plus seches , plus compactes
, plus fortes,
mais aussi plus rebelles aux causes de leurs
mouvemens
, ou plus difficiles à se mettre
en jeu , ce qui fait voir que la langueur
est une suite de ce qui arrive dans
l'usage des liqueurs ardentes , malgré ces
prétendues
contradictions
dont vous nous
faites un crime , dans le tems que nous
si vous eussiez rapsommes
assurés que
porté plus au long ce trait de notre Lettre
, ou que vous eussiez aimé à méditer
plus attentivement
ce qui se passe dans les differens tems de l'action de l'Eau de
vie , vous auriez été moins scrupuleux
sur vos doutes.
{
Permettez
moi , Monsieur , de vous
dire ici qu'il faut ou que vous n'ayez
jamais pris par excès des liqueurs ardentes
, ou que vous n'ayez jamais vu des
gens
livrés à la débauche de l'Eau de vie
et du vin , pour nier la langueur , l'abattement
qui les ensevelit dans le sommeil,
et qui se fait sentir même quelque tems
après le repos ; sans cela il ne vous seroit
pas difficile par ces grands effets qu'une
quantité considerable
de ces liqueurs peut
produire très sensiblement
, d'inferer ma
thematiquement
par des calculs exacts
que vous faites si bien , quel doit être ce
lui d'une plus petite dose ; que si cepen-
Diiij dant
68
MERCURE DE
FRANCE.
faire
dant l'experience qu'un chacun peut
à ses propres dépens n'est pas un moyen
assuré pour vous convaincre du fait dont
il s'agit, tenez vous en à Regnier qui sçait,
sans doute , mieux que Sidenham & c.
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvrogne.
C'est sur ce Vers que le Poëte n'a pas
crû , en le faisant , devoir servir de regle
dans la
Medecine , que vous croyez tout
de bon que le témoignage des buveurs
d'Eau de vie ou de vin ne nous est pas
avantageux , fondé veritablement encore
sur ce que s'ils sont exposés aux maladies
rapportées dans notre Lettre , les buveurs
d'eau n'en sont point exemts . Mais je vous
demande ( à part , s'il vous plaît , votre
grand air de confiance ) lesquels de ces
deux sortes de gens sont plus sujets à ces
mêmes maladies ? parlez sans vous émouvoir.
Quoique vous en disiez , on sçait
fort bien que dans le Pays du Nord ou
l'on se permet trop librement ces sortes
de liqueurs , les habitans se voyent tourmentés
de mille maladies , plus rares dans
tout autre climat où l'on est plus reservé
sur leur usage. Il n'est point question de
l'abus de l'eau simple ou de l'Eau de vie ,
on ne nous apprendra rien là dessus ; il
s'agit seulement de cet usage des Eaux
de
JANVIER. 1731. 69.
de vie qui a scû s'introduire parmi les
hommes , et qui fait voir bien souvent
au prix de la perte de la santé d'un très .
grand nombre , qu'il vaudroit mieux suivre
la saine pratique de Fernel de Sydenham
&c. que toutes les rêveries des
Poëtes que vous pouviez rapporter en,
grand nombre contre de si grands Medecins.
Qu'on ne nous accuse point ici cependant
de desaprouver l'Eau de vie ; nous.
sçavons aussi bien que ceux qui semblent
présomptueusement vouloir nous instruire
sur ce sujet , les bons usages que cette
liqueur spiritueuse remplit dans la Mcdecine
comme remede , soit qu'on l'employe
exterieurement ou interieurement,
nais qu'on la regarde comme necessaire
pour la santé. C'est ce que la Medecine,
ne pardonnera jamais à ceux qui font profession
de suivre sa saine doctrine ; il,
n'est pas possible de penser combien j'ai
été touché de reconnoitre dans un de mes
confreres un si fier ennemi contre un sentiment
qui ne peut qu'être salutaire à
l'homme dans le tems que le sien lui
est très dangereux ; en effet , puisque nous
voyons tous les jours des gens dans l'usage
de l'eau douce route pure joüir d'une
parfaite santé , l'homme ne pourroit-il
pas se passer de l'Eau de vie et se bien
DV porter
70 MERCURE DE FRANCE
porter ? dans les siecles plus reculés où
cette liqueur n'étoit point connue , vivoiton
moins qu'aujourd'hui ? les vieux yvrognes
du tems présent ont-ils une plus
belle vieillesse que ceux qui les ont devancés
loin de l'usage du vin où des liqueurs
ardentes ? que peut- on penser sur
cela ? Enfin doute qui voudra que
la maladie
doive plus à l'Eau de vie que la
santé parfaite dans un doute si dangereux
, il n'y aura que des témeraires et
des insensés qui se livreront au danger.
Malgré toute la sagesse de ces précautions
séduisantes que vous exigez dans l'usage
de l'Eau de vie après des grands repas , sous
le faux prétexte d'aider à la digestion
bien loin d'approuver votre pratique en
pareil cas , nous regardons cette liqueur
comme très contraire à cette fonction ;
et la méchanique que vous faites jouer
dans le secours qu'elle y apporte est toutà
fait ridicule. Cette liqueur acide et spiritueuse
, dites vous , tombant dans l'estomac
, perd son activité dans les parties
graisseuses des alimens , et ne garde qu'une
legere force pour exciter la contraction
de ce viscere affaissé sous leur poids ; comme
s'il se trouvoit dans les alimens divic
sés de petites celulles capables de retenir
ces parties spiritueuses , qu'une bouteille
bien bouchée laissé souvent échaper , et
d'en
JANVIER. 1731 7I
d'en refrener l'énergie. Les rapports vi
neux après une débauche semblent nous
montrer assez vrai semblablement qu'il
doit se passer pour lors dans l'estomac
échauffé en tout sens , farci d'alimens et
de vin , ce qui se passe à peu près dans
un alambic sur le feu , où les parties les
plus volatiles de ce qu'on distile ne sçauroient
se tenir cantonnées , intriquées
bien avant dans la texture du mixte , mais
se trouvent forcées d'obéir aux secousses.
du feu , et de donner lateralement en tout
sens contre ses parois , ou de sortir à la
faveur de la premiere issuë qui se présente.
Maintenant si notre conjecture n'est
pas trop hardie , et si on doit attendre un
semblable effet dans l'estomac après l'usage
du vin , quel sera celui des liqueurs
plus volatiles ? c'est alors que les parois.
de ce viscere continuellement agacées ,
arcelées par un nombre infini de petits
corps rigides effarouchés , qui ne peuvent
que les tourmenter considerablement dans
Feurs rudes et fréquentes atteintes , sont
obligées d'exercer des contractions vio→
lentes et extraordinaires dont la digestion
se passeroit plutôt que d'en recevoir du
secours. Vous direz , sans doute , que lesromac
affaissé sous le poids de trop d'alimens
a besoin d'être reveillé pour s'em
dégager.
D vj
Om
72 MERCURE DE FRANCE
>
On répond à cela que comme cette inhabileté
dans le jeu de ces contractions
ne vient que de trop de résistance qui
s'y oppose il ne faut pour les rendre
plus libres , plus aisées , que la diminuer .
Est- ce par le secours des Liqueurs ardentes
qu'on doit esperer d'y réussir ? Mais
au contraire , elles ne serviroient qu'à
dessecher ou durcir davantage cette masse
d'alimens , soit en interceptant le cours
de la Lymphe stomacale , soit en tarissant
la source de la salive et des autres
sucs lymphatiques qui vaquent à la dijestion
; ce qui augmenteroit la résistance
et rendroit les contractions plus laborieuses
; un bon délayant insipide , propre
à s'insinuer dans la masse des alimens
divisez , à la ramolir , à la détremper ,
à la liquefier et à la rendre ainsi docile
aux pressions de ce Viscere et des parties
voisines , suffit pour l'ouvrage de la digestion
; et comme de tous ceux que la
Nature a toujours offerts à l'homme , il
n'en est point de plus capable de s'acquiter
benignement de cet emploi , que
l'eau douce toute pure ; nous la regardons
comme très - salutaire dans cet usage;
alors les alimens en pâte plus détrempée,
plus mole , résistent moins et cedent aisément
aux contractions de ce Viscere
qui s'en dégage sans peine.
Les:
JANVIER. 1731. 73
·
que la
Les Acides de l'Eau de vie ( continuezvous
) fermentant avec les alimens , se
changent en Sels salez , aident à la division
des viandes , passent dans le sang ,
en accelerent le cours et les sécretions.
Croyez vous de bonne foi
chose se passe de même , et pouvezvous
sur votre même air de confiance
nous proposer publiquement une Méchanique
si mal établie ; de semblables.
raisonnemens ne méritent point de réponse
aux preuves que l'on apporte pour
les soutenir ; car outre qu'il se peut fort.
bien que ces Acides ne rencontrant que
des Acides dans les alimens , vous aurez
beau attendre pour lors de la fermentation
et des changemens en Sels salez
que d'ailleurs le chyle qui résulte après.
la dijestion , étant acide et non point salé,
votre changement est imaginaire , c'est
qu'on ne sçauroit convenir avec vous que
l'Eau de vie est un veritable Acide , et.
que prenant les routes du sang , s'il étoit
vrai que cela fût , loin d'en accelerer le
cours , elle ne dût plutôt le ralentir . Enfin
quand même vous auriez droit d'accuser
votre Sel salé d'augmenter le mouvement
des Liqueurs et des sécretions ,
vous avez oublié, sans doute , qu'on ap-.
prend sur les bancs que le cours des Liqueurs
augmenté , est une maladie dans
leurs
བྱ་
74 MERCURE DE FRANCE
leurs mouvemens que l'Eau de vie occasionne
dans son usage , suivant même
Votre sentiment , qui voudroit la faire
passer pour une Eau de santé.
Puisque vous avez pû vous dispenser
de citer les Auteurs de vos fameuses Experiences
, vous auriez pû aussi beaucoup
mieux vous épargner cette délicatesse affectée
qui vous rend si honteux pour ceux
qui les ignorent , et qui n'en font aucun
cas dans des faits étrangers à notre sujet.
On doit regarder l'Eau de vie dans son
usage interieur , quelque moderé qu'il
soit , comme un remede qui altere le
corps , Pharmaca sunt venena , et non
comme un aliment. Ainsi on peut , sans
craindre de perdre un secours pour
la santé
, s'en priver totalement ; et je conseille
à ceux qui se portent bien sans son usage ,
de ne point envier de se mieux porter
en la pratiquant ; Ovide n'est point une
regle pour nous dans la Medecine`, nous
consultons moins ses Ecrits dans l'Art
de guérir , que dans l'Art de plaire ; et il
faut , à la verité , ou que vous ne connoissiez
nullement vos Auteurs , dont vous
auriez pû préferer l'autorité , ou que vous
croyez que les Poëtes ont droit sur des
hypotheses comme la vôtre .
On reconnoît assez maintenant , sans
no en avertir vous -même , que tout ce
que
JANVIER. 1731.
75
que vous nous dites sur l'Eau de vie , n'est
pas si démonstratif que vous le donnez ;
mais plutôt , puisque vous avoüez ingénument
qu'il vous reste encore bien des
doutes sur ce sujet , n'a-t'on pas raison
de penser que dans cette incertitude des
choses où vous vous trouvez , les gens
raisonnables ne s'en rapportent plus à
vos belles paroles , ainsi ayant déja perdu
par un aveu si sincere de votre part , unebonne
partie de leur confiance , nos éclaircissemens
sur vos doutes , vous ayant entierement
desabusé de la votre propre ;
sera-t'il surprenant qu'il n'en reste à present
du tout point à personne ?
Au reste , Monsieur , on auroit grand
fort de ne pas vous juger digne d'excuse ,
vos doutes ne nous ont amusés que très-peu
de tems , et nous n'avons dérobé à nos
Malades que quelques momens pour les
éclaircir quelque grand que soit cet air
de confiance que vous voulez vous donner
en les proposant , ils ne nous ont
pas paru plus recommandables ; tout au
plus de semblables productions d'esprit ,
suivies d'un si grand bruit , ont sçu nous
rappeller la Fable dont parle Horace.
Quid dignum tanto feret hic promissor hiatus
Parturient montes , nascetur ridiculus mus.
A Pezenas , ce 24. Decembre 1730 .
de sa Réponse à M. Barrés , inserée dans
le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur
l'usage interieur de l'Eau de vie.
L n'est pas juste , Monsieur , d'éta-
I blir sur les débris que vous faites de
nos bons sentimens pour le Public , le
grand air de confiance qu'on découvre
d'abord dans votre Réponse à ma Lettre;
pardon , peut- être ne sçavez vous pas que
les gens raisonnables ne se laissent jamais
prévenir follement , & que le ton imposant
d'un Auteur insipide pour s'assurer
leurs suffrages , est moins capable de les
séduire que de les rendre plus scrupuleux
dans leurs décisions . Cela soit dit néanmoins
sans blesser en aucune maniere
l'honneur que vous avez bien voulu nous
faire , en nous proposant brievement vos
doutes , que vous auriez pû , à la verité,
épargner aux dépens d'une plus sérieuse
attenJANVIER.
1731. 61
attention , si sans doute elle n'eut été
trop penible pour vous , ce qui fait que
sans nous détourner beaucoup des devoirs
de notre profession , nous esperons de
vous ramener de votre pirrhonisme.
En premier lieu , quoiqu'on soit assuré
que tous les raisonnemens vagues ne sçauroient
convaincre les personnes raisonnables
de la verité des propositions qu'on
avance , il n'est pas moins à propos cependant
de s'en servir quelquefois , et de
les placer dès l'entrée de la question , où
on les dévelope ensuite , et qu'on ne fait
devancer uniquement que pour disposer
l'esprit du lecteur à la concevoir plus aisément.
Notre Lettre peut fort bien être
l'exemple d'un pareil cas , d'ailleurs ces
grands mots qui vous choquent si rude--
ment n'ont pourtant point blessé le goût:
ni les oreilles des plus fameux Medecins .
de ce tems qui les ont introduits dans leurs
Ouvrages qu'êtes vous , Monsieur
pour ne pas les souffrir ? et pouvez- vous
penser de bonne foi que ces grands Maîtres
de l'Art s'en rapportent à vous quicondamnez
leurs expressions sans les entendre.
Pour moi , je me tiens à l'abri .
des justes reproches qu'on seroit en droit.
de me faire, si j'osois temerairement rien
entreprendre là- dessus , et il me suffit de
trouver dans leur signification autant
D d'éner
-
62 MERCURE DE FRANCE
ト
d'énergie et de force qu'il m'en faut
dans le besoin , pour ne pas en désaprouver
le
sçavant usage ; ainsi vous nous permettrez
, sans doute , de nous en accommoder
dans toutes les occasions favorables
dont vous profiterez aussi , si vous le
pouvez , par la même licence que nous
vous donnons à notre tour . Je serois
beaucoup moins éloigné de bannir des
questions les raisonnemens dénués d'experience
; mais vous ne nous faites jamais
voir que ceux qui viennent de notre part
méritent la rigueur de cet exil. Au reste,
on n'a pas toujours besoin de raisons
fondées sur des principes mathématiques
pour convaincre , ce seroit faire tort à
bien des gens d'esprit qui ne sont point
dans ce goût , quoique pourtant trèsraisonnables
et très judicieux , que de leur
ravir le droit d'une question qui les interesse
avec tout le reste des hommes.
Maintenant sans perdre notre tems à
disputer des termes qu'on peut apprendre.
à l'Ecole , et à discuter de vains raisonnemens
, venons au fait de la question .
Nous assurons que l'Eau de vie est une
eau de mort sur ce qu'elle ne releve les forcés
que pour les abattre peu après , parceque cette
liqueurport: les puissances ou les ressorts des
solides au delà de leur tonus , ou de cettejuste
étendue que la nature leur a donnée,d'où étant
de
JANVIER. 1731. 63
>
on n'ide
retour sur eux mêmes , ils tombent dans la
langueur. Voyons si ce trait de notre Lettre
doit passer justement pour obscur.
Tout le monde sçait ce qu'on entend
par le tonus des parties solides
gnore pas même qu'il n'aille jusqu'à un
certain point , ou qu'il n'ait une, juste
étenduë ; qu'importe qu'on vous l'assigne?
Keil ( a ) et Borelli ( b ) n'ont pas sçû nous
éclaircir touchant l'étendue de la force du
coeur ; a-t'on moins de raison de se persuader
que les ressorts des solides sont
contraints bien souvent de se porter au
delà ? la vessie trop remplie d'urine se
porte au delà de son tonus , les vaisseaux
engorgés de sang souffrent aussi quelquefois
de semblables distensions , dans ces
violens tiraillemens qu'on pratique pour
remettre les os luxés à leur place les
fibres musculaires revenant ensuite sur
elles mêmes, ont-elles cette force d'un arc
bandé qui se débande ? et les membranes
dont elles composent le tissu joüissentt'elles
d'abord après leur retour de leur
premiere vigueur dans le jeu de leur contraction
? qu'en pensez vous , M. le Doc
teur ? Ainsi les ressorts des solides débridés
, pour ainsi dire , ou portés au delà
›
( a ) Jacques Keil donne au coeur une force
de cinq onces.
(b) Alphonse Borelli de trois mille livres.
Dij
de
64 MERCURE DE FRANCE
de leur juste étenduë , se trouvent dans
la langueur ou l'abattement qu'on se sent
après de violens exercices , et après même
l'usage des liqueurs ardentes. En effet , le
corps ayant souffert de trop rudes travaux
se sent fatigué , languissant , ou
pour éviter de passer chez vous pour
obscur , ses ressorts par le jeu continuel
qu'ils ont exercé pendant un assez lorg
tems , se sont comme relâchés , ensorte
que revenant sur eux-mêmes ils ont perdu
leur premiere vigueur , ce qui se fait
infailliblement par l'effort réïteré que
font les liqueurs contre les parois membraneuses
des vaisseaux qu'elles poussent
en dehors avec violence dans leurs cours
acceleré par la contraction continuelle
des muscles qui les envoye au coeur , et
que le coeur leur renvoye de même. Ce
' est donc point ici un arc qui acquiert
d'autant plus de force à se remettre, qu'on
le resserre jusqu'à un certain point , mais
c'est un arc qui en a d'autant moins , que
sa flexion est portée au delà , ou qu'on
le courbe trop , delà vient que dans les
premiers tems de son jeu il se redresse
avec beaucoup de vitesse et de force , et
que dans les derniers elle se trouve molle,
foible et languissante.
Il en est à peu près de même touchant
l'effet que les liqueurs ardentes produisent
JANVIER. 1731. 65
ร
sent dans leur usage interieur ( ce qu'on
reconnoit par le poulx ) d'abord le sang
se gonfle , les parois des vaisseaux sont
repoussées en dehors en tout sens ; les
ressorts des fibres musculaires des tuniques
portés alors au delà de leur tonus ne
pouvant rester constamment dans la même
distension , ni aller plus loin , par l'absence
de la cause qui les a mis en jeu
et qui à force de perdre de son énergie
s'est retirée ( ce qui arrive dans le second
tems de l'action de cette liqueur ) il faut
non seulement que ces puissances revien
nent sur elles- mêmes mais encore que
leur vigueur soit moindre qu'auparavant
pour deux raisons. 1º Parceque les fibres
après cette distension outrée se trouvent
lâches et incapables de repren
dre leur état naturel , si ce n'est après
un certain tems qui est celui de la lan~
gueur.. 20 Que les liqueurs épaissies
étant inhabiles au mouvement , obéïssent
moins à la pression des solides relâ
chés , et leur opposent de plus grandes
résistances à surmonter ; pour lors le sang
ralenti dans son cours passe dans le tissu
des muscles , rend leur contraction laborieuse
qui se force de les en dégager ; delà
ces lassitudes ces langueurs qui ne
manquent jamais de succeder à la force
à la fureur même qu'on observe d'abord
D iij
,
dans
66 MERCURE DE FRANCE
dans ceux qui ont usé des liqueurs ardentes
. Ajoutez à cela que le terme de
tout ce desordre étant le racornissement
des solides et l'épaississement des liquides,
ces langueurs perseverent , augmentent
même tous les jours avec l'usage des eauxde
vie , d'où suit ce nombre prodigieux
de maux qui retranchent une bonne partie
des jours de la durée de l'homme.
L'Eau de vie produit moins cette distension
dont il s'agit par sa quantité que
par sa nature , et vous devriez , Monsieur,
avoir ici plus de honte que dans tout autre
endroit de votre Réponse à ma Lettre,
de sentir mieux que personne qu'un de
mes confreres ne sçache point que ce n'est
pas le seul remede qui pris à petite dose
produit dans le corps de très sensibles
effets. Qu'est - ce qu'un grain d'opium
dans un corps de 160. livres ? Est- ce la
1600 partie de ce même corps ? soyez
surpris après cela , tant qu'il vous plaira ,
qu'on prenne 128. onces d'alimens sans
craindre cette distension qui se fait tou
jours appréhender avec juste raison dans
l'usage de l'Eau de vie qui rarefie le sang,
et qui l'épaissit dans des tems differens.
Le terme des tems que l'Eau de vie parcourt
dans sa maniere d'agir étant surve→
nu , les parties solides se trouvent dépourvues
des sucs lymphatiques qui en
humecJANVIER
. 1731. 67 humectent
le tissu , elles en deviennent
plus seches , plus compactes
, plus fortes,
mais aussi plus rebelles aux causes de leurs
mouvemens
, ou plus difficiles à se mettre
en jeu , ce qui fait voir que la langueur
est une suite de ce qui arrive dans
l'usage des liqueurs ardentes , malgré ces
prétendues
contradictions
dont vous nous
faites un crime , dans le tems que nous
si vous eussiez rapsommes
assurés que
porté plus au long ce trait de notre Lettre
, ou que vous eussiez aimé à méditer
plus attentivement
ce qui se passe dans les differens tems de l'action de l'Eau de
vie , vous auriez été moins scrupuleux
sur vos doutes.
{
Permettez
moi , Monsieur , de vous
dire ici qu'il faut ou que vous n'ayez
jamais pris par excès des liqueurs ardentes
, ou que vous n'ayez jamais vu des
gens
livrés à la débauche de l'Eau de vie
et du vin , pour nier la langueur , l'abattement
qui les ensevelit dans le sommeil,
et qui se fait sentir même quelque tems
après le repos ; sans cela il ne vous seroit
pas difficile par ces grands effets qu'une
quantité considerable
de ces liqueurs peut
produire très sensiblement
, d'inferer ma
thematiquement
par des calculs exacts
que vous faites si bien , quel doit être ce
lui d'une plus petite dose ; que si cepen-
Diiij dant
68
MERCURE DE
FRANCE.
faire
dant l'experience qu'un chacun peut
à ses propres dépens n'est pas un moyen
assuré pour vous convaincre du fait dont
il s'agit, tenez vous en à Regnier qui sçait,
sans doute , mieux que Sidenham & c.
Qu'un jeune Medecin vit moins qu'un vieil yvrogne.
C'est sur ce Vers que le Poëte n'a pas
crû , en le faisant , devoir servir de regle
dans la
Medecine , que vous croyez tout
de bon que le témoignage des buveurs
d'Eau de vie ou de vin ne nous est pas
avantageux , fondé veritablement encore
sur ce que s'ils sont exposés aux maladies
rapportées dans notre Lettre , les buveurs
d'eau n'en sont point exemts . Mais je vous
demande ( à part , s'il vous plaît , votre
grand air de confiance ) lesquels de ces
deux sortes de gens sont plus sujets à ces
mêmes maladies ? parlez sans vous émouvoir.
Quoique vous en disiez , on sçait
fort bien que dans le Pays du Nord ou
l'on se permet trop librement ces sortes
de liqueurs , les habitans se voyent tourmentés
de mille maladies , plus rares dans
tout autre climat où l'on est plus reservé
sur leur usage. Il n'est point question de
l'abus de l'eau simple ou de l'Eau de vie ,
on ne nous apprendra rien là dessus ; il
s'agit seulement de cet usage des Eaux
de
JANVIER. 1731. 69.
de vie qui a scû s'introduire parmi les
hommes , et qui fait voir bien souvent
au prix de la perte de la santé d'un très .
grand nombre , qu'il vaudroit mieux suivre
la saine pratique de Fernel de Sydenham
&c. que toutes les rêveries des
Poëtes que vous pouviez rapporter en,
grand nombre contre de si grands Medecins.
Qu'on ne nous accuse point ici cependant
de desaprouver l'Eau de vie ; nous.
sçavons aussi bien que ceux qui semblent
présomptueusement vouloir nous instruire
sur ce sujet , les bons usages que cette
liqueur spiritueuse remplit dans la Mcdecine
comme remede , soit qu'on l'employe
exterieurement ou interieurement,
nais qu'on la regarde comme necessaire
pour la santé. C'est ce que la Medecine,
ne pardonnera jamais à ceux qui font profession
de suivre sa saine doctrine ; il,
n'est pas possible de penser combien j'ai
été touché de reconnoitre dans un de mes
confreres un si fier ennemi contre un sentiment
qui ne peut qu'être salutaire à
l'homme dans le tems que le sien lui
est très dangereux ; en effet , puisque nous
voyons tous les jours des gens dans l'usage
de l'eau douce route pure joüir d'une
parfaite santé , l'homme ne pourroit-il
pas se passer de l'Eau de vie et se bien
DV porter
70 MERCURE DE FRANCE
porter ? dans les siecles plus reculés où
cette liqueur n'étoit point connue , vivoiton
moins qu'aujourd'hui ? les vieux yvrognes
du tems présent ont-ils une plus
belle vieillesse que ceux qui les ont devancés
loin de l'usage du vin où des liqueurs
ardentes ? que peut- on penser sur
cela ? Enfin doute qui voudra que
la maladie
doive plus à l'Eau de vie que la
santé parfaite dans un doute si dangereux
, il n'y aura que des témeraires et
des insensés qui se livreront au danger.
Malgré toute la sagesse de ces précautions
séduisantes que vous exigez dans l'usage
de l'Eau de vie après des grands repas , sous
le faux prétexte d'aider à la digestion
bien loin d'approuver votre pratique en
pareil cas , nous regardons cette liqueur
comme très contraire à cette fonction ;
et la méchanique que vous faites jouer
dans le secours qu'elle y apporte est toutà
fait ridicule. Cette liqueur acide et spiritueuse
, dites vous , tombant dans l'estomac
, perd son activité dans les parties
graisseuses des alimens , et ne garde qu'une
legere force pour exciter la contraction
de ce viscere affaissé sous leur poids ; comme
s'il se trouvoit dans les alimens divic
sés de petites celulles capables de retenir
ces parties spiritueuses , qu'une bouteille
bien bouchée laissé souvent échaper , et
d'en
JANVIER. 1731 7I
d'en refrener l'énergie. Les rapports vi
neux après une débauche semblent nous
montrer assez vrai semblablement qu'il
doit se passer pour lors dans l'estomac
échauffé en tout sens , farci d'alimens et
de vin , ce qui se passe à peu près dans
un alambic sur le feu , où les parties les
plus volatiles de ce qu'on distile ne sçauroient
se tenir cantonnées , intriquées
bien avant dans la texture du mixte , mais
se trouvent forcées d'obéir aux secousses.
du feu , et de donner lateralement en tout
sens contre ses parois , ou de sortir à la
faveur de la premiere issuë qui se présente.
Maintenant si notre conjecture n'est
pas trop hardie , et si on doit attendre un
semblable effet dans l'estomac après l'usage
du vin , quel sera celui des liqueurs
plus volatiles ? c'est alors que les parois.
de ce viscere continuellement agacées ,
arcelées par un nombre infini de petits
corps rigides effarouchés , qui ne peuvent
que les tourmenter considerablement dans
Feurs rudes et fréquentes atteintes , sont
obligées d'exercer des contractions vio→
lentes et extraordinaires dont la digestion
se passeroit plutôt que d'en recevoir du
secours. Vous direz , sans doute , que lesromac
affaissé sous le poids de trop d'alimens
a besoin d'être reveillé pour s'em
dégager.
D vj
Om
72 MERCURE DE FRANCE
>
On répond à cela que comme cette inhabileté
dans le jeu de ces contractions
ne vient que de trop de résistance qui
s'y oppose il ne faut pour les rendre
plus libres , plus aisées , que la diminuer .
Est- ce par le secours des Liqueurs ardentes
qu'on doit esperer d'y réussir ? Mais
au contraire , elles ne serviroient qu'à
dessecher ou durcir davantage cette masse
d'alimens , soit en interceptant le cours
de la Lymphe stomacale , soit en tarissant
la source de la salive et des autres
sucs lymphatiques qui vaquent à la dijestion
; ce qui augmenteroit la résistance
et rendroit les contractions plus laborieuses
; un bon délayant insipide , propre
à s'insinuer dans la masse des alimens
divisez , à la ramolir , à la détremper ,
à la liquefier et à la rendre ainsi docile
aux pressions de ce Viscere et des parties
voisines , suffit pour l'ouvrage de la digestion
; et comme de tous ceux que la
Nature a toujours offerts à l'homme , il
n'en est point de plus capable de s'acquiter
benignement de cet emploi , que
l'eau douce toute pure ; nous la regardons
comme très - salutaire dans cet usage;
alors les alimens en pâte plus détrempée,
plus mole , résistent moins et cedent aisément
aux contractions de ce Viscere
qui s'en dégage sans peine.
Les:
JANVIER. 1731. 73
·
que la
Les Acides de l'Eau de vie ( continuezvous
) fermentant avec les alimens , se
changent en Sels salez , aident à la division
des viandes , passent dans le sang ,
en accelerent le cours et les sécretions.
Croyez vous de bonne foi
chose se passe de même , et pouvezvous
sur votre même air de confiance
nous proposer publiquement une Méchanique
si mal établie ; de semblables.
raisonnemens ne méritent point de réponse
aux preuves que l'on apporte pour
les soutenir ; car outre qu'il se peut fort.
bien que ces Acides ne rencontrant que
des Acides dans les alimens , vous aurez
beau attendre pour lors de la fermentation
et des changemens en Sels salez
que d'ailleurs le chyle qui résulte après.
la dijestion , étant acide et non point salé,
votre changement est imaginaire , c'est
qu'on ne sçauroit convenir avec vous que
l'Eau de vie est un veritable Acide , et.
que prenant les routes du sang , s'il étoit
vrai que cela fût , loin d'en accelerer le
cours , elle ne dût plutôt le ralentir . Enfin
quand même vous auriez droit d'accuser
votre Sel salé d'augmenter le mouvement
des Liqueurs et des sécretions ,
vous avez oublié, sans doute , qu'on ap-.
prend sur les bancs que le cours des Liqueurs
augmenté , est une maladie dans
leurs
བྱ་
74 MERCURE DE FRANCE
leurs mouvemens que l'Eau de vie occasionne
dans son usage , suivant même
Votre sentiment , qui voudroit la faire
passer pour une Eau de santé.
Puisque vous avez pû vous dispenser
de citer les Auteurs de vos fameuses Experiences
, vous auriez pû aussi beaucoup
mieux vous épargner cette délicatesse affectée
qui vous rend si honteux pour ceux
qui les ignorent , et qui n'en font aucun
cas dans des faits étrangers à notre sujet.
On doit regarder l'Eau de vie dans son
usage interieur , quelque moderé qu'il
soit , comme un remede qui altere le
corps , Pharmaca sunt venena , et non
comme un aliment. Ainsi on peut , sans
craindre de perdre un secours pour
la santé
, s'en priver totalement ; et je conseille
à ceux qui se portent bien sans son usage ,
de ne point envier de se mieux porter
en la pratiquant ; Ovide n'est point une
regle pour nous dans la Medecine`, nous
consultons moins ses Ecrits dans l'Art
de guérir , que dans l'Art de plaire ; et il
faut , à la verité , ou que vous ne connoissiez
nullement vos Auteurs , dont vous
auriez pû préferer l'autorité , ou que vous
croyez que les Poëtes ont droit sur des
hypotheses comme la vôtre .
On reconnoît assez maintenant , sans
no en avertir vous -même , que tout ce
que
JANVIER. 1731.
75
que vous nous dites sur l'Eau de vie , n'est
pas si démonstratif que vous le donnez ;
mais plutôt , puisque vous avoüez ingénument
qu'il vous reste encore bien des
doutes sur ce sujet , n'a-t'on pas raison
de penser que dans cette incertitude des
choses où vous vous trouvez , les gens
raisonnables ne s'en rapportent plus à
vos belles paroles , ainsi ayant déja perdu
par un aveu si sincere de votre part , unebonne
partie de leur confiance , nos éclaircissemens
sur vos doutes , vous ayant entierement
desabusé de la votre propre ;
sera-t'il surprenant qu'il n'en reste à present
du tout point à personne ?
Au reste , Monsieur , on auroit grand
fort de ne pas vous juger digne d'excuse ,
vos doutes ne nous ont amusés que très-peu
de tems , et nous n'avons dérobé à nos
Malades que quelques momens pour les
éclaircir quelque grand que soit cet air
de confiance que vous voulez vous donner
en les proposant , ils ne nous ont
pas paru plus recommandables ; tout au
plus de semblables productions d'esprit ,
suivies d'un si grand bruit , ont sçu nous
rappeller la Fable dont parle Horace.
Quid dignum tanto feret hic promissor hiatus
Parturient montes , nascetur ridiculus mus.
A Pezenas , ce 24. Decembre 1730 .
Fermer
Résumé : LETTRE écrite à M. Ziorcal au sujet de sa Réponse à M. Barrés, inserée dans le Mercure du mois d'Octobre 1730. sur l'usage interieur de l'Eau de vie.
L'auteur répond à une lettre de M. Ziorcal publiée dans le Mercure d'octobre 1730, qui traitait de l'usage intérieur de l'eau-de-vie. Il critique l'attitude confiante de M. Ziorcal et souligne que les personnes raisonnables ne se laissent pas facilement convaincre par des arguments imposants mais vagues. L'auteur défend l'utilisation de termes techniques, soutenus par des médecins célèbres, et rejette les critiques de M. Ziorcal sur ces expressions. L'auteur explique que l'eau-de-vie, bien qu'elle relève temporairement les forces, les abat ensuite en poussant les ressorts des solides au-delà de leur tonus naturel, entraînant une langueur. Il illustre ce phénomène par des exemples physiologiques et compare les effets de l'eau-de-vie à ceux des exercices violents. Il souligne que même en petites quantités, l'eau-de-vie peut produire des effets significatifs, similaires à ceux d'un grain d'opium. L'auteur critique M. Ziorcal pour son manque de compréhension des effets à long terme de l'eau-de-vie, qui assèche les parties solides et épaissit les liquides, entraînant diverses maladies. L'auteur discute également des effets de l'eau-de-vie après les repas, la qualifiant d'acide et spiritueuse, et décrivant son action dans l'estomac comme ridicule. Il compare l'effet du vin et des liqueurs volatiles dans l'estomac à celui d'un alambic, où les parties volatiles sont forcées de se déplacer ou de sortir. Il soutient que les liqueurs ardentes ne font que dessécher ou durcir la masse des aliments, augmentant ainsi la résistance et rendant les contractions de l'estomac plus laborieuses. Il recommande l'eau douce comme un délayant insipide pour faciliter la digestion. L'auteur critique les arguments selon lesquels les acides de l'eau-de-vie fermentent avec les aliments pour se transformer en sels salés, accélérant ainsi la digestion. Il conclut en déconseillant l'usage de l'eau-de-vie comme remède, la considérant plutôt comme un médicament altérant le corps. Il invite ceux qui se portent bien sans elle à ne pas l'utiliser et critique les arguments présentés comme non démonstratifs et incertains. L'auteur affirme que, bien que l'eau-de-vie ait des usages médicaux, son abus est dangereux et qu'il vaut mieux suivre les pratiques de médecins comme Fernel et Sydenham. Il invite M. Ziorcal à reconnaître les dangers de l'eau-de-vie et à promouvoir une meilleure hygiène de vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 667-679
MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
Début :
Je vous envoyer, Monsieur, les Mémoires que vous m'avez demandés au [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Évêque, Amiens, Canonisation, Médecine, Sorbonne, Prélat, Épitaphe, Université de Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
MEMOIRES HISTORIQUES
sur les personnes originaires du Comté
d'Eu , qui se sont distinguées par leur ver
tu , par leur science , par leur valeur &c.
Par M. Capperon , Ancien Doyen de
J
S. Maxent.
E vous envoye , Monsieur , les Mémoires
que vous m'avez demandés au
sujet des personnes originaires du Comté
d'Eu , et qui se sont distinguées par quelque
chose de singulier .
Le premier dont j'ai à parler est Geofroi
second du nom , Evêque d'Amiens .
né
668 MERCURE DE FRANCE
né à Eu à la fin du XII . siécle. Il fut nommé
Geofroi d'Eu , suivant ce qui s'observoit
alors à l'égard des gens de Lettres ,
qui prenoient tous leur nom de celui du
lieu de leur naissance , car son nom de
famille étoit le Valet ou le Varlet , ce qui
se prouve par l'obituaire de l'Eglise de
Notre- Dame d'Amiens , où son frere est
nommé Walterius le Valet de Lugo . Ils
étoient tous deux fils d'un bon Bourgeois
de la Ville d'Eu ; en quoi de la Morliere
s'est trompé dans son Livre des Antiquités
d'Amiens , supposant que cet Evêque
étoit de la famille des Comtes d'Eu .
Si cela eut été , les titres de la Çathédrale
n'eussent pas oublié de distinguet
expressément une naissance aussi illustre
que celle de la Maison de Lusignan , qui
possedoit alors le Comté d'Eu , et les Historiens
qui ont parlé de lui ne l'auroient
pas non plus oublié ; au lieu que Du Boulay
dans son Histoire de l'Université de
Paris, n'en parle que comme d'un simple
Docteur , distingué seulement par sa
grande érudition : Doctor insignis.
Ce fut à Eu , il est vrai , que ce Prélat
prit naissance ; mais il est à propos d'observer
que ce fut dans la Paroisse de cette
Ville , qui est dépendante du Diocèse d'A-
* Lenom decettefamille subsiste encore à Eu.
miens
AVRI L. 1731. 669
miens , ainsi que le fait connoître le Pere
Ignace dans son Histoire Ecclesiastique
de Ponthieu , Chap. 34. Après ses premieres
études il alla à Paris , y prit le dégré
de Docteur en Théologie , et s'appliqua
ensuite à l'étude de la Medecine , où il se
rendit également habile , ce qui ne doit
pas vous surprendre , n'y ayant alors que
les seuls Ecclesiastiques qui exerçassent
en France cette Profession ; on convient
même qu'il n'y a pas eu de Medecins
mariés dans ce Royaume avant 1452 .
Comme Geofroi s'étoit fait connoître
par
son mérite extraordinaire , l'Evêché d'Amiens
étant venu à vaquer , et les Evêques
se faisant alors par élection , notre
Geofroi fut élû Evêque de ce Diocèse ,
P'an 1223. ( a )
A peine eut- il pris possession de son
Evêché qu'il se trouva avec tous les Evêques
du Royaume à l'Assemblée qui fut
tenue à Paris par ordre du Pape Honoré
III. à l'occasion de l'Heresie des Albigeois.
De retour dans son Diocèse , étant prié
de confirmer la fondation de quelques
Chapelles , érigées dans l'Eglise de Saint
Jean des Prés d'Abbeville , il ne le fit
qu'avec cette reserve si conforme aux
saints Canons , sçavoir , que ceux qui en
,
,
( a ) La Morliere , Antiq. d'Amiens.
seroient
670 MERCURE DE FRANCE
seroient pourvûs ne pourroient posseder
aucun autre Benéfice avec ces Chapelles.
( a )
د
Comme les Habitans de la Ville d'Eu
sollicitoient la Canonisation de S. Laurent
, Archevêque de Dublin , dans les
premiers tems de l'Episcopat de l'Evêque
Geofroi , ce Prélat s'y interessa d'autant
plus qu'il étoit né dans cette Ville peu
de tems après que cet illustre Saint y eut
fini ses jours , et qu'il avoit été le témoin
de plusieurs miracles operés par son intercession
, et qu'une partie de la Ville
étoit de son Diocèse , tout cela , dis- je
lui fit prendre beaucoup de part à la joye
que recurent les Habitans d'Eu , lorsqu'ils
eurent obtenu la Bulle de Canonisation .
L'onzième jour de Décembre 1226. ayant
donc été invité à la translation solemnelle
que l'Archevêque de Rouen devoir faire
du corps de ce Saint , il s'y trouva volontiers
, et la solemnité en fut faite par
ces deux Prélats le dixième jour de Mai
de la même année. ( b ) En 1233. voyant
qu'il y avoit peu d'ordre dans l'Hôtel-
Dieu d'Amiens , il regla les choses sur le
pié qu'elles ont été depuis , et y ayant
établi des Religieuses , il leur donna des
( a) Hist. Eccles. de Ponthieu , L. 1. Ch. 34.
(b) Vie originale de S. Laurent , Chap. 39 .
ConsAVRIL.
1731. 671
Constitutions qui furent dans la suite approuvées
au Concile de Lyon par le Pape
Innocent IX. En 1235. il assista au Concile
de la Province de Reims , qui fut tenu
à Senlis ; ce qui rendra sa mémoire
recommandable à la posterité , est l'Eglise
Cathédrale d'Amiens , un des plus
beaux Vaisseaux qu'il y ait dans le Royaume
, dont il a fait élever l'Edifice depuis
le rez de chaussée presque jusqu'à la voute.
Enfin comblé de mérites et de benedictians
, il mourut l'an 1238. on le voit
encore aujourd'hui représenté sur un tombeau
de bronze , soutenu par six petits
Lions , de même métal , posé à l'entrée
de la nef de cette Eglise , autour duquel
on lit cette Epitaphe :
Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile
Seu minus aut simile nobis parat omnibus ille
Quem laurus gemina decoraverat , in Medicina
Legeque divina , decuerunt cornua bina
Clare vir Augensis , quo sedes Ambianensis
Crevit in immensis , in coelis auctus , amen , sis,
Dans le siécle suivant , le Comté d'Eu
donna encore un Evêque à l'Eglise de
France , ce fut Jean , Evêque d'Auxerre
lequel étoit né au Bourg de Blangy , situé
dans ce Comté , à cinq lieuës de la Ville
d'Eu , Suivant l'usage qui s'observoit encore
672 MERCURE DE FRANCE .
core , il prit son nom , comme l'Evêque
Geofroi , du lieu où il étoit né , et s'appella
Jean de Blangy , Joannes de Blangiaco.
Après avoir fait ses études à Paris ,
il fut reçû Docteur de la Maison de Navarre
; (a ) en cette qualité il assista à
l'Assemblée des Docteurs qui fut tenuë
à Paris par ordre du Roi Philippe de Valois
pour y examiner le sentiment du Pape
Jean XXII . touchant la vision béatifique ,
lequel y fut déclaré heterodoxe. Jean de
Blangy fut fait Archidiacre du Vexin ,
dans l'Archevêché de Rouen ; et parcequ'il
avoit fait ses études à Paris avec
le Pape Benoît XII. lorsqu'il n'etoit
encore que simple Religieux de l'Ordre
de Citeaux , ce qui avoit formé une
amitié particuliere entre eux , ce Pontife
lui procura l'Evêché d'Auxerre , l'an
1338. ( a ) En 1340. il se trouva de la part
du même Roi au Traité d'Arras , où la
tréve fut concluë pour trois ans avec le
Roi d'Angleterre , et l'année suivante
l'Abbé de Pontigny jura entre ses mains
obéissance à son Siége , et au Chapitre de
sa Cathédrale. Fatigué du fardeau de l'Episcopat
, il obtint du Pape Clement VI .
la permission de se démetre de son Evê-
(a) M. de Launoy.
( b ) Labbe , Bibliot. des Mss . T. 1 .
ché
AVRIL. 1731. 673
ché , et il voulut se retirer à Paris ; mais
s'étant mis dans un bateau pour y descendre
la Riviere , il y gagna un rhume
qui se termina en fiévre continuë lors
qu'il fut arrivé à Paris , laquelle l'emporta
peu de jours après , sçavoir le 15. de
Mars de l'année 1344. Il fut inhumé dans
l'Eglise des Chartreux , sous une tombe
de cuivre , sur laquelle est gravée cette
Epitaphe :
Hic jacet recolende memoria Johannes de
Blangiaco , Rothomagensis Diocesis , Doctor
in Sacra Theologia , Episcopus Autissiodorensis
quondam , cujus anima qui scat in
pace , qui obiit anno Domini 1344.
M. de Launoy , dans son Histoire de
la Maison de Navarre , parle de deux autres
Sçavans , originaires du Comté d'Eu;
le premier est Michel d'Eu , Michaël
Augensis , qui fut fait Docteur de là même
Maison en 149. et Doyen de la Faculté
de Theologie en 1530. il mourut
fort avancé en âge. Le second étoit natif
du Bourg de Treport , proche la Ville
d'Eu , et se nommoit Jean Daval ; il fut
fait aussi Docteur de cette Maison , l'an
-1527. et composa quelques Ouvrages , en
petit nombre , à la verité ; mais ( dit M.
de Launoi ) il pouvoit , s'il avoit voulu ,
en composer davantage.
C Le
1
74 MERCURE DE FRANCE
Le P. Ignace , dans l'Histoire Ecclesiastique
du Ponthieu , fait beaucoup d'éloge
d'un autre Docteur natif de la Ville d'Eu,
nommé Jean Avril , qu'il dit avoir été
un des plus sçavans de son siècle , et
Prédicateur si fameux , qu'il surpassa presque
tous ceux qui excelloient alors dans
l'éloquence de la Chaire . Il fut fait Recteur
de l'Université de Paris le 16. Decembre
1586 ; en 1596. il accepta la digrité
de Doyen de la Collegiale de Saint
Vulfrain d'Abbeville . Enfin après avoir
donné dans cette Ville des preuves continuelles
de sa rare érudition et de son zele
infatigable à annoncer la parole de Dieu ;
le jour de la Nativité de la Vierge de l'an
1611. ayant fait le Service , et assisté à
tout l'Office , il se retira sur le soir dans
son Cabinet , où après avoir legérement
soupé , on le trouva mort le lendemain
matin .
Le siecle dernier a donné encore des
personnes distinguées par leur érudition,
qui ont pris naissance au Comté d'Eu .
Il y a eu un Pere Mithon , Religieux des
Pénitens de l'Ordre de S. François , nommé
dans son Ordre le P. Irenée d'Eu , fils
de Richard Mithon , Ancien Baillif du
Comté d'Eu , lequel mérita par sa science
et par ses vertus de remplir les premieres
places de son Ordre , telles que
celles
AVRIL: 1731. 679
celles de Gardien , de Définiteur et de
Provincial. Il en donna des preuves par
differens Ouvrages , particulierement par
trois gros Volumes in folio , qu'il composa
sur la Vie Spirituelle et Chrétienne ,
qui furent imprimés à Paris en 1659. chez
George Josse l'Auteur mourut cette
même année .
›
On a une Traduction Françoise de la
Vie de S. Laurent , Archevêque de Dublin
, écrite en Latin par un Chanoine de
Notre-Dame d'Eu , so. ans après la mort
de ce Saint , laquelle a été mise au jour
par le Pere Nicolas le Carpentier , Prieur
de l'Abbaye d'Eu , natif de la même Ville,
imprimée à Rouen en 1618. Plus une autre
Vie du même Saint beaucoup plus
étendue , composée par le Pere Jean Guignon
, né aussi à Eu , et imprimée pareillement
à Rouen en 1653. Enfin François
le Beuf , Lieutenant Genéral au Bailliage
d'Eu , né dans le même lieu , mort vers
l'an 1659. après avoir donné des preuves
de ses lumieres et de son équité dans l'exercice
de sa Charge , a composé une Histoire
abregée des Comtes d'Eu , qui est
restée en Manuscrit. Il avoit d'ailleurs
fait peindre un Tableau Historique des
mêmes Comtes , où sont leurs Portraits
avec leurs Armes en migniature , sur du
velin , et un abregé de leur vie , le tout
Cij par676
MERCURE DE FRANCE
parfaitement bien travaillé . Ce Tableau
est présentement chez M. le Duc du
Maine.
Nous avons eu de nos jours un autre
Jean Daval , né à Eu , qui s'est distingué
par l'étendue de ses lumieres , et par son
habileté dans l'étude et dans la pratique
de la Medecine. Il fut premierement Docteur
dans cette Faculté en l'Université
d'Angers , ensuite il prit la même qualité
dans celle de Paris en 1683. où il professa
pendant les années 1685 et 1686. un Cours
d'Anatomie et de Physiologie , et les deux
années suivantes un Cours de Botanique ,
lesquels Traités ont été estimés de tous
les Connoisseurs. Il étoit en même tems
Medecin de l'Hôpital de la Charité et des
Paroisses de S. Jean , de S. Gervais et de
S. Sauveur , où il prenoit soin des Pauvres
. Il se rendit particulierement recommandable
à l'occasion des fiév res malignes
qui regnerent à Paris pendant l'année
1699. dont il penétra si bien la cause , et
en découvrit si justement les remedes ,
qu'il les guerissoit à coup sûr , ce qui le
mit dans un si grand crédit,que M. Fagon
parla de lui au Roi Louis XIV. pour qu'il
pût lui succeder dans la place de Premier
Medecin de S. M. Il lui en fit même tenir
le Brevet d'agrément, lequel lui fut ensuite
envoyé par un Gentilhomme de la part du
Roi ;
AVRIL. 17318 677
>
Roi ; mais trop jaloux de sa liberté , il alla
en faire ses très humbles remercimens
s'excusant sur la délicatesse de son temperament.
Il est mort âgé de 64. ans¸ le
23. Juin 1719 .
,
Après tous ces Sçavans , qui sont sortis
du Comté d'Eu on sera moins surpris
de trouver une fille sçavante du même
Pays , quoique la chose soit plus rare ;
plusieurs Auteurs en ont parlé dans leurs
Ouvrages , tels que La Croix du Maine
dans sa Bibliotheque Françoise, Louis Jacob
dans un Ouvrage semblable , et Augustin
de la Chieza dans son Théatre des
Dames Sçavantes. Ils ont tous fait l'éloge
d'Anne Marquet , Religieuse du Monastere
de Poissy de l'Ordre de S. Dominique
, native du Comté d'Eu . Elle parloit
les Langues Sçavantes ' , la Grecque et la
Latine , et composoit élegamment en Prose
et en Vers. Les Poëtes les plus fameux
de son tems , tels que Dorat , Ronsard -
& c. estimoient beaucoup les Piéces de sa
façon ; il en parut quelques - unes imprimées
en l'année 1561. accompagnée d'une
Préface faite par une Religieuse du
même Ordre , nommée Marie de Fortia.
Anne Marquet mourut l'onzième jour
de Mai 1588 .
Les effets singuliers de la pieté chrétienne
ne méritant pas moins d'être ob-
Ciij servés
878 MERCURE DE FRANCE
servés que ceux des Sciences , des Armes
et des Arts , je ne dois pas oublier dans
re Mémoire la généreuse résolution que
prit Laurent Villedor , natif de cette Ville,
Docteur de Sorbonne , Theologal de
Noyon , d'abandonner sa Patrie , ses biens
et sa dignité pour passer à la Chine , dans
la vue d'y travailler à la conversion des
Infideles de ce vaste Empire. S'étant donc
embarqué dans ce dessein l'année 1701 .
au Port- Louis , et ayant mis à la voile le
5. de Fevrier , après cinq mois quatorze
jours de navigation , le Vaisseau moüilla
à Pondicheri , sur la côte de Coromandel
; là Dieu le traitant comme un autre
Xavier , content du sacrifice de ses desirs,
il ne permit pas qu'il en vit l'execution ;
car après avoir prêché dans une grande
solemnité qui fut faite en cette Ville où
assisterent les Jesuites , les Capucins et toutes
les personnes de consideration, il tomba
malade quelques jours après , et mourut.
Les Voyageurs qui l'accompagnoient dans
le Vaisseau ont rapporté que ce qui l'avoit
épuisé étoit le trop grand travail qu'il
s'étoit donné sur la route pour apprendre
la Langue Chinoise , qu'il leur faisoit fréquemment
des discours de pieté , et qu'il
les avoit édifiés par toute sa conduite . *
* Relat. d'un Voyage aux Indes. Paris ,
Moreau 1703 .
chet
Ne
AVRIL . 1731. 679
Ne puis -je pas joindre à ce zelé Docteur
celui qui par sa rare pieté , ses austerités
et sa prudence a merité d'être placé en
qualité d'Abbé de la Trappe pour gouverner
cette nombreuse Communauté qui
édifie toute l'Eglise : il se nomme François
Augustin Gouche , né à Eu , et élû
Abbé en 1727.
Nous donnerons la suite de ces Mémoires
le mois prochain.
sur les personnes originaires du Comté
d'Eu , qui se sont distinguées par leur ver
tu , par leur science , par leur valeur &c.
Par M. Capperon , Ancien Doyen de
J
S. Maxent.
E vous envoye , Monsieur , les Mémoires
que vous m'avez demandés au
sujet des personnes originaires du Comté
d'Eu , et qui se sont distinguées par quelque
chose de singulier .
Le premier dont j'ai à parler est Geofroi
second du nom , Evêque d'Amiens .
né
668 MERCURE DE FRANCE
né à Eu à la fin du XII . siécle. Il fut nommé
Geofroi d'Eu , suivant ce qui s'observoit
alors à l'égard des gens de Lettres ,
qui prenoient tous leur nom de celui du
lieu de leur naissance , car son nom de
famille étoit le Valet ou le Varlet , ce qui
se prouve par l'obituaire de l'Eglise de
Notre- Dame d'Amiens , où son frere est
nommé Walterius le Valet de Lugo . Ils
étoient tous deux fils d'un bon Bourgeois
de la Ville d'Eu ; en quoi de la Morliere
s'est trompé dans son Livre des Antiquités
d'Amiens , supposant que cet Evêque
étoit de la famille des Comtes d'Eu .
Si cela eut été , les titres de la Çathédrale
n'eussent pas oublié de distinguet
expressément une naissance aussi illustre
que celle de la Maison de Lusignan , qui
possedoit alors le Comté d'Eu , et les Historiens
qui ont parlé de lui ne l'auroient
pas non plus oublié ; au lieu que Du Boulay
dans son Histoire de l'Université de
Paris, n'en parle que comme d'un simple
Docteur , distingué seulement par sa
grande érudition : Doctor insignis.
Ce fut à Eu , il est vrai , que ce Prélat
prit naissance ; mais il est à propos d'observer
que ce fut dans la Paroisse de cette
Ville , qui est dépendante du Diocèse d'A-
* Lenom decettefamille subsiste encore à Eu.
miens
AVRI L. 1731. 669
miens , ainsi que le fait connoître le Pere
Ignace dans son Histoire Ecclesiastique
de Ponthieu , Chap. 34. Après ses premieres
études il alla à Paris , y prit le dégré
de Docteur en Théologie , et s'appliqua
ensuite à l'étude de la Medecine , où il se
rendit également habile , ce qui ne doit
pas vous surprendre , n'y ayant alors que
les seuls Ecclesiastiques qui exerçassent
en France cette Profession ; on convient
même qu'il n'y a pas eu de Medecins
mariés dans ce Royaume avant 1452 .
Comme Geofroi s'étoit fait connoître
par
son mérite extraordinaire , l'Evêché d'Amiens
étant venu à vaquer , et les Evêques
se faisant alors par élection , notre
Geofroi fut élû Evêque de ce Diocèse ,
P'an 1223. ( a )
A peine eut- il pris possession de son
Evêché qu'il se trouva avec tous les Evêques
du Royaume à l'Assemblée qui fut
tenue à Paris par ordre du Pape Honoré
III. à l'occasion de l'Heresie des Albigeois.
De retour dans son Diocèse , étant prié
de confirmer la fondation de quelques
Chapelles , érigées dans l'Eglise de Saint
Jean des Prés d'Abbeville , il ne le fit
qu'avec cette reserve si conforme aux
saints Canons , sçavoir , que ceux qui en
,
,
( a ) La Morliere , Antiq. d'Amiens.
seroient
670 MERCURE DE FRANCE
seroient pourvûs ne pourroient posseder
aucun autre Benéfice avec ces Chapelles.
( a )
د
Comme les Habitans de la Ville d'Eu
sollicitoient la Canonisation de S. Laurent
, Archevêque de Dublin , dans les
premiers tems de l'Episcopat de l'Evêque
Geofroi , ce Prélat s'y interessa d'autant
plus qu'il étoit né dans cette Ville peu
de tems après que cet illustre Saint y eut
fini ses jours , et qu'il avoit été le témoin
de plusieurs miracles operés par son intercession
, et qu'une partie de la Ville
étoit de son Diocèse , tout cela , dis- je
lui fit prendre beaucoup de part à la joye
que recurent les Habitans d'Eu , lorsqu'ils
eurent obtenu la Bulle de Canonisation .
L'onzième jour de Décembre 1226. ayant
donc été invité à la translation solemnelle
que l'Archevêque de Rouen devoir faire
du corps de ce Saint , il s'y trouva volontiers
, et la solemnité en fut faite par
ces deux Prélats le dixième jour de Mai
de la même année. ( b ) En 1233. voyant
qu'il y avoit peu d'ordre dans l'Hôtel-
Dieu d'Amiens , il regla les choses sur le
pié qu'elles ont été depuis , et y ayant
établi des Religieuses , il leur donna des
( a) Hist. Eccles. de Ponthieu , L. 1. Ch. 34.
(b) Vie originale de S. Laurent , Chap. 39 .
ConsAVRIL.
1731. 671
Constitutions qui furent dans la suite approuvées
au Concile de Lyon par le Pape
Innocent IX. En 1235. il assista au Concile
de la Province de Reims , qui fut tenu
à Senlis ; ce qui rendra sa mémoire
recommandable à la posterité , est l'Eglise
Cathédrale d'Amiens , un des plus
beaux Vaisseaux qu'il y ait dans le Royaume
, dont il a fait élever l'Edifice depuis
le rez de chaussée presque jusqu'à la voute.
Enfin comblé de mérites et de benedictians
, il mourut l'an 1238. on le voit
encore aujourd'hui représenté sur un tombeau
de bronze , soutenu par six petits
Lions , de même métal , posé à l'entrée
de la nef de cette Eglise , autour duquel
on lit cette Epitaphe :
Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile
Seu minus aut simile nobis parat omnibus ille
Quem laurus gemina decoraverat , in Medicina
Legeque divina , decuerunt cornua bina
Clare vir Augensis , quo sedes Ambianensis
Crevit in immensis , in coelis auctus , amen , sis,
Dans le siécle suivant , le Comté d'Eu
donna encore un Evêque à l'Eglise de
France , ce fut Jean , Evêque d'Auxerre
lequel étoit né au Bourg de Blangy , situé
dans ce Comté , à cinq lieuës de la Ville
d'Eu , Suivant l'usage qui s'observoit encore
672 MERCURE DE FRANCE .
core , il prit son nom , comme l'Evêque
Geofroi , du lieu où il étoit né , et s'appella
Jean de Blangy , Joannes de Blangiaco.
Après avoir fait ses études à Paris ,
il fut reçû Docteur de la Maison de Navarre
; (a ) en cette qualité il assista à
l'Assemblée des Docteurs qui fut tenuë
à Paris par ordre du Roi Philippe de Valois
pour y examiner le sentiment du Pape
Jean XXII . touchant la vision béatifique ,
lequel y fut déclaré heterodoxe. Jean de
Blangy fut fait Archidiacre du Vexin ,
dans l'Archevêché de Rouen ; et parcequ'il
avoit fait ses études à Paris avec
le Pape Benoît XII. lorsqu'il n'etoit
encore que simple Religieux de l'Ordre
de Citeaux , ce qui avoit formé une
amitié particuliere entre eux , ce Pontife
lui procura l'Evêché d'Auxerre , l'an
1338. ( a ) En 1340. il se trouva de la part
du même Roi au Traité d'Arras , où la
tréve fut concluë pour trois ans avec le
Roi d'Angleterre , et l'année suivante
l'Abbé de Pontigny jura entre ses mains
obéissance à son Siége , et au Chapitre de
sa Cathédrale. Fatigué du fardeau de l'Episcopat
, il obtint du Pape Clement VI .
la permission de se démetre de son Evê-
(a) M. de Launoy.
( b ) Labbe , Bibliot. des Mss . T. 1 .
ché
AVRIL. 1731. 673
ché , et il voulut se retirer à Paris ; mais
s'étant mis dans un bateau pour y descendre
la Riviere , il y gagna un rhume
qui se termina en fiévre continuë lors
qu'il fut arrivé à Paris , laquelle l'emporta
peu de jours après , sçavoir le 15. de
Mars de l'année 1344. Il fut inhumé dans
l'Eglise des Chartreux , sous une tombe
de cuivre , sur laquelle est gravée cette
Epitaphe :
Hic jacet recolende memoria Johannes de
Blangiaco , Rothomagensis Diocesis , Doctor
in Sacra Theologia , Episcopus Autissiodorensis
quondam , cujus anima qui scat in
pace , qui obiit anno Domini 1344.
M. de Launoy , dans son Histoire de
la Maison de Navarre , parle de deux autres
Sçavans , originaires du Comté d'Eu;
le premier est Michel d'Eu , Michaël
Augensis , qui fut fait Docteur de là même
Maison en 149. et Doyen de la Faculté
de Theologie en 1530. il mourut
fort avancé en âge. Le second étoit natif
du Bourg de Treport , proche la Ville
d'Eu , et se nommoit Jean Daval ; il fut
fait aussi Docteur de cette Maison , l'an
-1527. et composa quelques Ouvrages , en
petit nombre , à la verité ; mais ( dit M.
de Launoi ) il pouvoit , s'il avoit voulu ,
en composer davantage.
C Le
1
74 MERCURE DE FRANCE
Le P. Ignace , dans l'Histoire Ecclesiastique
du Ponthieu , fait beaucoup d'éloge
d'un autre Docteur natif de la Ville d'Eu,
nommé Jean Avril , qu'il dit avoir été
un des plus sçavans de son siècle , et
Prédicateur si fameux , qu'il surpassa presque
tous ceux qui excelloient alors dans
l'éloquence de la Chaire . Il fut fait Recteur
de l'Université de Paris le 16. Decembre
1586 ; en 1596. il accepta la digrité
de Doyen de la Collegiale de Saint
Vulfrain d'Abbeville . Enfin après avoir
donné dans cette Ville des preuves continuelles
de sa rare érudition et de son zele
infatigable à annoncer la parole de Dieu ;
le jour de la Nativité de la Vierge de l'an
1611. ayant fait le Service , et assisté à
tout l'Office , il se retira sur le soir dans
son Cabinet , où après avoir legérement
soupé , on le trouva mort le lendemain
matin .
Le siecle dernier a donné encore des
personnes distinguées par leur érudition,
qui ont pris naissance au Comté d'Eu .
Il y a eu un Pere Mithon , Religieux des
Pénitens de l'Ordre de S. François , nommé
dans son Ordre le P. Irenée d'Eu , fils
de Richard Mithon , Ancien Baillif du
Comté d'Eu , lequel mérita par sa science
et par ses vertus de remplir les premieres
places de son Ordre , telles que
celles
AVRIL: 1731. 679
celles de Gardien , de Définiteur et de
Provincial. Il en donna des preuves par
differens Ouvrages , particulierement par
trois gros Volumes in folio , qu'il composa
sur la Vie Spirituelle et Chrétienne ,
qui furent imprimés à Paris en 1659. chez
George Josse l'Auteur mourut cette
même année .
›
On a une Traduction Françoise de la
Vie de S. Laurent , Archevêque de Dublin
, écrite en Latin par un Chanoine de
Notre-Dame d'Eu , so. ans après la mort
de ce Saint , laquelle a été mise au jour
par le Pere Nicolas le Carpentier , Prieur
de l'Abbaye d'Eu , natif de la même Ville,
imprimée à Rouen en 1618. Plus une autre
Vie du même Saint beaucoup plus
étendue , composée par le Pere Jean Guignon
, né aussi à Eu , et imprimée pareillement
à Rouen en 1653. Enfin François
le Beuf , Lieutenant Genéral au Bailliage
d'Eu , né dans le même lieu , mort vers
l'an 1659. après avoir donné des preuves
de ses lumieres et de son équité dans l'exercice
de sa Charge , a composé une Histoire
abregée des Comtes d'Eu , qui est
restée en Manuscrit. Il avoit d'ailleurs
fait peindre un Tableau Historique des
mêmes Comtes , où sont leurs Portraits
avec leurs Armes en migniature , sur du
velin , et un abregé de leur vie , le tout
Cij par676
MERCURE DE FRANCE
parfaitement bien travaillé . Ce Tableau
est présentement chez M. le Duc du
Maine.
Nous avons eu de nos jours un autre
Jean Daval , né à Eu , qui s'est distingué
par l'étendue de ses lumieres , et par son
habileté dans l'étude et dans la pratique
de la Medecine. Il fut premierement Docteur
dans cette Faculté en l'Université
d'Angers , ensuite il prit la même qualité
dans celle de Paris en 1683. où il professa
pendant les années 1685 et 1686. un Cours
d'Anatomie et de Physiologie , et les deux
années suivantes un Cours de Botanique ,
lesquels Traités ont été estimés de tous
les Connoisseurs. Il étoit en même tems
Medecin de l'Hôpital de la Charité et des
Paroisses de S. Jean , de S. Gervais et de
S. Sauveur , où il prenoit soin des Pauvres
. Il se rendit particulierement recommandable
à l'occasion des fiév res malignes
qui regnerent à Paris pendant l'année
1699. dont il penétra si bien la cause , et
en découvrit si justement les remedes ,
qu'il les guerissoit à coup sûr , ce qui le
mit dans un si grand crédit,que M. Fagon
parla de lui au Roi Louis XIV. pour qu'il
pût lui succeder dans la place de Premier
Medecin de S. M. Il lui en fit même tenir
le Brevet d'agrément, lequel lui fut ensuite
envoyé par un Gentilhomme de la part du
Roi ;
AVRIL. 17318 677
>
Roi ; mais trop jaloux de sa liberté , il alla
en faire ses très humbles remercimens
s'excusant sur la délicatesse de son temperament.
Il est mort âgé de 64. ans¸ le
23. Juin 1719 .
,
Après tous ces Sçavans , qui sont sortis
du Comté d'Eu on sera moins surpris
de trouver une fille sçavante du même
Pays , quoique la chose soit plus rare ;
plusieurs Auteurs en ont parlé dans leurs
Ouvrages , tels que La Croix du Maine
dans sa Bibliotheque Françoise, Louis Jacob
dans un Ouvrage semblable , et Augustin
de la Chieza dans son Théatre des
Dames Sçavantes. Ils ont tous fait l'éloge
d'Anne Marquet , Religieuse du Monastere
de Poissy de l'Ordre de S. Dominique
, native du Comté d'Eu . Elle parloit
les Langues Sçavantes ' , la Grecque et la
Latine , et composoit élegamment en Prose
et en Vers. Les Poëtes les plus fameux
de son tems , tels que Dorat , Ronsard -
& c. estimoient beaucoup les Piéces de sa
façon ; il en parut quelques - unes imprimées
en l'année 1561. accompagnée d'une
Préface faite par une Religieuse du
même Ordre , nommée Marie de Fortia.
Anne Marquet mourut l'onzième jour
de Mai 1588 .
Les effets singuliers de la pieté chrétienne
ne méritant pas moins d'être ob-
Ciij servés
878 MERCURE DE FRANCE
servés que ceux des Sciences , des Armes
et des Arts , je ne dois pas oublier dans
re Mémoire la généreuse résolution que
prit Laurent Villedor , natif de cette Ville,
Docteur de Sorbonne , Theologal de
Noyon , d'abandonner sa Patrie , ses biens
et sa dignité pour passer à la Chine , dans
la vue d'y travailler à la conversion des
Infideles de ce vaste Empire. S'étant donc
embarqué dans ce dessein l'année 1701 .
au Port- Louis , et ayant mis à la voile le
5. de Fevrier , après cinq mois quatorze
jours de navigation , le Vaisseau moüilla
à Pondicheri , sur la côte de Coromandel
; là Dieu le traitant comme un autre
Xavier , content du sacrifice de ses desirs,
il ne permit pas qu'il en vit l'execution ;
car après avoir prêché dans une grande
solemnité qui fut faite en cette Ville où
assisterent les Jesuites , les Capucins et toutes
les personnes de consideration, il tomba
malade quelques jours après , et mourut.
Les Voyageurs qui l'accompagnoient dans
le Vaisseau ont rapporté que ce qui l'avoit
épuisé étoit le trop grand travail qu'il
s'étoit donné sur la route pour apprendre
la Langue Chinoise , qu'il leur faisoit fréquemment
des discours de pieté , et qu'il
les avoit édifiés par toute sa conduite . *
* Relat. d'un Voyage aux Indes. Paris ,
Moreau 1703 .
chet
Ne
AVRIL . 1731. 679
Ne puis -je pas joindre à ce zelé Docteur
celui qui par sa rare pieté , ses austerités
et sa prudence a merité d'être placé en
qualité d'Abbé de la Trappe pour gouverner
cette nombreuse Communauté qui
édifie toute l'Eglise : il se nomme François
Augustin Gouche , né à Eu , et élû
Abbé en 1727.
Nous donnerons la suite de ces Mémoires
le mois prochain.
Fermer
Résumé : MÉMOIRES HISTORIQUES sur les personnes originaires du Comté d'Eu, qui se sont distingués par leur vertu, par leur science, par leur valeur &c. Par M. Capperon, Ancien Doyen de S. Maxent.
Le texte présente les mémoires historiques de personnalités originaires du Comté d'Eu, distinguées par leur vertu, science et valeur. L'auteur, M. Capperon, ancien doyen de J. S. Maxent, répond à une demande de mémoires sur ces individus. Geoffroi, second du nom, évêque d'Amiens, né à Eu à la fin du XIIe siècle, est le premier personnage mentionné. Son nom de famille était le Valet ou le Varlet, et il était fils d'un bourgeois de Eu. Geoffroi se distingua par son érudition et devint docteur en théologie et en médecine à Paris. Il fut élu évêque d'Amiens en 1223 et participa à diverses assemblées et conciles. Il régla l'organisation de l'Hôtel-Dieu d'Amiens et supervisa la construction de la cathédrale. Il mourut en 1238. Le texte mentionne également Jean, évêque d'Auxerre, né au Bourg de Blangy dans le Comté d'Eu. Il fut docteur à la Maison de Navarre et participa à des assemblées doctrinales. Il devint évêque d'Auxerre en 1338 et mourut en 1344. D'autres savants du Comté d'Eu sont cités, comme Michel d'Eu, Jean Daval, Jean Avril, et le Père Mithon, tous distingués par leurs contributions académiques et spirituelles. Le texte mentionne également des œuvres littéraires et historiques écrites par des natifs du Comté, comme des vies de saints et des histoires des Comtes d'Eu. Le texte évoque également un docteur de Sorbonne et théologal de Noyon qui, en 1701, décida d'abandonner sa patrie, ses biens et sa dignité pour se rendre en Chine afin de convertir les infidèles de cet empire. Il s'embarqua au Port-Louis le 5 février 1701 et, après cinq mois et quatorze jours de navigation, arriva à Pondichéry sur la côte de Coromandel. Cependant, malgré ses efforts pour apprendre la langue chinoise et son zèle missionnaire, il tomba malade peu après une grande cérémonie à Pondichéry et mourut. Ses compagnons de voyage témoignèrent de son dévouement et de sa piété. Enfin, le texte mentionne François Augustin Gouche, né à Eu, qui fut élu abbé de la Trappe en 1727 et était connu pour sa piété, ses austérités et sa prudence. La suite des mémoires est annoncée pour le mois suivant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 725-727
Observations sur une maladie causée par un ver extraordinaire, [titre d'après la table]
Début :
OBERVATIONS sur une maladie de M. Manot de Bergerat, Bourgeois [...]
Mots clefs :
Observation médicale, Maladie rare, Guyenne, Ver plat, Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur une maladie causée par un ver extraordinaire, [titre d'après la table]
OBSERVATION sur une maladie
de M. Manot de Bergerat , Bourgeois dans
le Diocèse de Couserans , en Guyenne
à M. Chicoyneau , &c. Brochure in 12. de
17. pages , sans nom d'Imprimeur.
Cette Observation est de M. de Vicus-
E iij
sens ,
اي
726 MERCURE DE FRANCE
sens , Medecin à S. Lizier , d'où elle est
datée du 28. Juin 1730. au sujet d'une
maladie extraordinaire , causée par un
Ver plat , d'un pouce de large depuis la
tête jusqu'à la distance de 3. pans ou 27.
pouces vers la queue , et de plus de cinq
aunes de longueur , sorti mort par enbas
, en deux morceaux , du corps du Malade.
Tout le corps étoit fort luisant et
formé à diverses reprises , de la même maniere
qu'on auroit pû joindre plusieurs
Vers à la queue les uns des autres , de la
longueur d'un demi pouce , et réunis par
une couture assez relevée .
RETRAITE SPIRITUELLE sur les
Vertus de J. C. avec un Discours sur la
necessité de le connoître et de l'aimer. A
Paris , chez Rollin , fils , Quay des Augus→
tins , 1731. in 12 .
MEDITATIONS sur la Passion de
N. S. J. Ch. par feu le R. P. Nic. Sanadon
, de la Compagnie de Jesus , avec une
préparation à la mort . Chez Greg. Dupuis,
rue S. Jacques , 1731. in 18.
VERITEZ DE FOY ET DE MORALE , pour
tous les états , tirées des seules paroles
de l'Ancien et du Nouveau Testament.
A Paris , ruë S. Severin , chez Jacques
Vincent, in 12.
ELE
AVRIL. 17313727
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte et facile pour apprendre l'Histoire
aux Enfans. Dédiez à S. A. S. M. le Duc
de Chartres. Place du Pont S. Michel ,
chez And. Cailleau , 1730..2 . vol . in 12,
de près de 500. pages , compris l'Avertissement
, les Tables Chronologiques.
MEDITATION SUR L'EVANGILE , Ouvrage
postume de M. Jacques Benigne Bossuet,
Evêque de Meaux , &c . Rue S. Jacques
chez P. J. Mariette , 1731. 4. vol . in 12 .
PREMIER LIVRE DE SONATES pour
deux
FlutesTraversieres , et qui viennent au Violon
, Hautbois , Viele et Musette en ravalement.
Dédié au Marquis de Sourdis,
par M. des Hayes le fils , l'un des Vingtquatre
de la Chambre du Roi. A Paris ,
chez l'Auteur , rue Patourel , & c. prix
3. livres 10. sols en blanc.
ου
LETTRE DE M. DE SAL... Medecin ,
à M. l'Abbé de M. D. L. ou Dissertation
Critique sur l'Apparition des Esprits. A
Paris , au bout du Pont-Neuf, chez, Fram
le Breton , 1731 .
de M. Manot de Bergerat , Bourgeois dans
le Diocèse de Couserans , en Guyenne
à M. Chicoyneau , &c. Brochure in 12. de
17. pages , sans nom d'Imprimeur.
Cette Observation est de M. de Vicus-
E iij
sens ,
اي
726 MERCURE DE FRANCE
sens , Medecin à S. Lizier , d'où elle est
datée du 28. Juin 1730. au sujet d'une
maladie extraordinaire , causée par un
Ver plat , d'un pouce de large depuis la
tête jusqu'à la distance de 3. pans ou 27.
pouces vers la queue , et de plus de cinq
aunes de longueur , sorti mort par enbas
, en deux morceaux , du corps du Malade.
Tout le corps étoit fort luisant et
formé à diverses reprises , de la même maniere
qu'on auroit pû joindre plusieurs
Vers à la queue les uns des autres , de la
longueur d'un demi pouce , et réunis par
une couture assez relevée .
RETRAITE SPIRITUELLE sur les
Vertus de J. C. avec un Discours sur la
necessité de le connoître et de l'aimer. A
Paris , chez Rollin , fils , Quay des Augus→
tins , 1731. in 12 .
MEDITATIONS sur la Passion de
N. S. J. Ch. par feu le R. P. Nic. Sanadon
, de la Compagnie de Jesus , avec une
préparation à la mort . Chez Greg. Dupuis,
rue S. Jacques , 1731. in 18.
VERITEZ DE FOY ET DE MORALE , pour
tous les états , tirées des seules paroles
de l'Ancien et du Nouveau Testament.
A Paris , ruë S. Severin , chez Jacques
Vincent, in 12.
ELE
AVRIL. 17313727
ELEMENS HISTORIQUES , ou Méthode
courte et facile pour apprendre l'Histoire
aux Enfans. Dédiez à S. A. S. M. le Duc
de Chartres. Place du Pont S. Michel ,
chez And. Cailleau , 1730..2 . vol . in 12,
de près de 500. pages , compris l'Avertissement
, les Tables Chronologiques.
MEDITATION SUR L'EVANGILE , Ouvrage
postume de M. Jacques Benigne Bossuet,
Evêque de Meaux , &c . Rue S. Jacques
chez P. J. Mariette , 1731. 4. vol . in 12 .
PREMIER LIVRE DE SONATES pour
deux
FlutesTraversieres , et qui viennent au Violon
, Hautbois , Viele et Musette en ravalement.
Dédié au Marquis de Sourdis,
par M. des Hayes le fils , l'un des Vingtquatre
de la Chambre du Roi. A Paris ,
chez l'Auteur , rue Patourel , & c. prix
3. livres 10. sols en blanc.
ου
LETTRE DE M. DE SAL... Medecin ,
à M. l'Abbé de M. D. L. ou Dissertation
Critique sur l'Apparition des Esprits. A
Paris , au bout du Pont-Neuf, chez, Fram
le Breton , 1731 .
Fermer
Résumé : Observations sur une maladie causée par un ver extraordinaire, [titre d'après la table]
Le document présente diverses observations et ouvrages médicaux. Une observation notable concerne une maladie extraordinaire décrite par M. Manot de Bergerat, un bourgeois du diocèse de Couserans en Guyenne. Cette observation, datée du 28 juin 1730, provient de M. de Vicussens, médecin à Saint-Lizier. La maladie est causée par un ver plat de grandes dimensions, mesurant un pouce de large et plus de cinq aunes de longueur, sorti mort en deux morceaux du corps du malade. Le ver avait un corps luisant et était formé de segments répétés, semblables à plusieurs vers joints par une couture. Le document mentionne également plusieurs publications, notamment des ouvrages religieux et éducatifs. Parmi ceux-ci, on trouve une 'Retraite spirituelle sur les Vertus de J. C.' publiée à Paris en 1731, des 'Méditations sur la Passion de N. S. J. Ch.' par le Père Nic. Sanadon, et des 'Vérités de Foi et de Morale' tirées des Écritures. Un ouvrage historique intitulé 'Éléments historiques' est dédié au Duc de Chartres et publié en 1730. De plus, une 'Méditation sur l'Évangile' posthume de Jacques Bénigne Bossuet est publiée en 1731. Enfin, une 'Lettre de M. de Sal...' discute de l'apparition des esprits et est publiée en 1731.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
20
p. 760-762
Brevet pour l'Eau sans pareille, & vertus.
Début :
PERMIS par la commission et vertu des Arrêts du Conseil [...]
Mots clefs :
Brevet, Sel spécifique, Médecine, Maux de tête, Apoplexie, Colique, Remèdes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Brevet pour l'Eau sans pareille, & vertus.
Brevet pour l'Eaufans pareille , & vertus.
Parrêts du Conseil d'Etat du Roi , du 3. Juil-
ERMIS par la commission et vertu des
inlet
, et 25. Octobre 1728. au Sieur Roussier ,
venteur de l'Eau sans pareille en 1717. de continuer
de la vendre et distribuer , tant dans Paris
que dans tout le Royaume , avec défenses à qui
que ce soit de la composer et contrefaire , excep-
MM. les Apotiquaires , vendre et débiter sous
ledit
AVRIL. 1731 761
ledit nom , à peine de cinq cens livres d'amende
conformément ausdits Arrêts et audit Sieur
Roussier de vendre et distribuer , sous la même
amende , d'autres remedes. DONNE' à Paris au
Château des Thuilleries , MM. les Commissaires
assemblez , ce zz. jour d'Octobre 1729. Signé ,
DODART , &c.
Elle guérit les maux de tête , vapeurs , migra
ne , et étourdissemens , en s'en frottant les deux
mains et les portant au nez , pour la respirer , et
ne point ôter les mains tant qu'il y aura de la
force.
Pour l'apoplexie , il en faut boire plein une
cuilliere à caffé , pure.
Pour la colique , vents dans l'estomach , indigestions
, et points de côté , il faut mettre deux
doigts d'eau commune dans un verre , et quinze
de cette Eau , et boire le tout mêlé en- gouttes
semble.
Pour le mal de mere , avaler huit gouttes de
cette Eau dans une cuilliere à bouche pleine d'eau
commune.
>
Pour le mal des yeux , il s'en faut frotter les
mains et les
devant les yeux , en les ou- porter
vrant , pour en recevoir l'esprit , et ne point ôter
les mains tant qu'il y aura de la force ; et en cas
de fluxion , il en faut mettre le même nombre de
huit gouttes dans deux doigts d'eau commune, et
la laver le soir et le matin avec un linge blanc.
La rougeur et les fluxions s'en iront en en mettant
le matin en se levant , et le soir à la fin du
jour.
Pour les vûës couvertes et troubles , et pour
les
yeux larmoyans , l'on s'en servira de même.comme
il est dit ci - dessus , dans les deux mains ; cela
éclaicira la vûë sur le champ , et la fortifiera.
Et pour le mal de dents , il en faut frotter les
gencives
762 MERCURE DE FRANCE
1
·
gencives en dedans et en dehors ; et en cas qu'elles
soient creuses , imbiber un linge pour mettredessus.
Le Sieur ROUSSIER demeure à Paris , ruë
Jean- Saint-Denys , à l'image Sainte Genevieve ,
prochè le Palais Royal.
Il y a des Bouteilles depuis dix fols juſqu'à
vingt livres la pinte.
Le Sieur LESCURE , Chirurgien Major des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , IL
Douairiere , donne avis au Public , qu'il continue
de distribuer , avec beaucoup de succez , un
Sel specifique pour la guerison des maladies convulsives
, vapeurs , épilepsie , ou mal caduc , paralisie
, &c. ce remede fort facile à prendre
est souverain pour toutes les maladies qui attaquent
le genre nerveux ; son action est fort dou
ce , il conserve toûjours sa vertu , et peut se
transporter par tout , il donne un imprimé où il
est expliqué la maniere de s'en servir.
› Le Sieur Lescure demeure rue du jour à
Pimage S. Louis , vis - à- vis le grand portail
de S. Eustache ; il prie ceux qui lui écriront de
Province , d'avoir soin d'afranchir leurs lettres.
Parrêts du Conseil d'Etat du Roi , du 3. Juil-
ERMIS par la commission et vertu des
inlet
, et 25. Octobre 1728. au Sieur Roussier ,
venteur de l'Eau sans pareille en 1717. de continuer
de la vendre et distribuer , tant dans Paris
que dans tout le Royaume , avec défenses à qui
que ce soit de la composer et contrefaire , excep-
MM. les Apotiquaires , vendre et débiter sous
ledit
AVRIL. 1731 761
ledit nom , à peine de cinq cens livres d'amende
conformément ausdits Arrêts et audit Sieur
Roussier de vendre et distribuer , sous la même
amende , d'autres remedes. DONNE' à Paris au
Château des Thuilleries , MM. les Commissaires
assemblez , ce zz. jour d'Octobre 1729. Signé ,
DODART , &c.
Elle guérit les maux de tête , vapeurs , migra
ne , et étourdissemens , en s'en frottant les deux
mains et les portant au nez , pour la respirer , et
ne point ôter les mains tant qu'il y aura de la
force.
Pour l'apoplexie , il en faut boire plein une
cuilliere à caffé , pure.
Pour la colique , vents dans l'estomach , indigestions
, et points de côté , il faut mettre deux
doigts d'eau commune dans un verre , et quinze
de cette Eau , et boire le tout mêlé en- gouttes
semble.
Pour le mal de mere , avaler huit gouttes de
cette Eau dans une cuilliere à bouche pleine d'eau
commune.
>
Pour le mal des yeux , il s'en faut frotter les
mains et les
devant les yeux , en les ou- porter
vrant , pour en recevoir l'esprit , et ne point ôter
les mains tant qu'il y aura de la force ; et en cas
de fluxion , il en faut mettre le même nombre de
huit gouttes dans deux doigts d'eau commune, et
la laver le soir et le matin avec un linge blanc.
La rougeur et les fluxions s'en iront en en mettant
le matin en se levant , et le soir à la fin du
jour.
Pour les vûës couvertes et troubles , et pour
les
yeux larmoyans , l'on s'en servira de même.comme
il est dit ci - dessus , dans les deux mains ; cela
éclaicira la vûë sur le champ , et la fortifiera.
Et pour le mal de dents , il en faut frotter les
gencives
762 MERCURE DE FRANCE
1
·
gencives en dedans et en dehors ; et en cas qu'elles
soient creuses , imbiber un linge pour mettredessus.
Le Sieur ROUSSIER demeure à Paris , ruë
Jean- Saint-Denys , à l'image Sainte Genevieve ,
prochè le Palais Royal.
Il y a des Bouteilles depuis dix fols juſqu'à
vingt livres la pinte.
Le Sieur LESCURE , Chirurgien Major des
Gardes du Corps de la Reine d'Espagne , IL
Douairiere , donne avis au Public , qu'il continue
de distribuer , avec beaucoup de succez , un
Sel specifique pour la guerison des maladies convulsives
, vapeurs , épilepsie , ou mal caduc , paralisie
, &c. ce remede fort facile à prendre
est souverain pour toutes les maladies qui attaquent
le genre nerveux ; son action est fort dou
ce , il conserve toûjours sa vertu , et peut se
transporter par tout , il donne un imprimé où il
est expliqué la maniere de s'en servir.
› Le Sieur Lescure demeure rue du jour à
Pimage S. Louis , vis - à- vis le grand portail
de S. Eustache ; il prie ceux qui lui écriront de
Province , d'avoir soin d'afranchir leurs lettres.
Fermer
Résumé : Brevet pour l'Eau sans pareille, & vertus.
Le texte décrit deux brevets pour des remèdes médicaux. Le premier brevet, accordé au Sieur Roussier, concerne l'« Eau sans pareille », inventée en 1717. Par des arrêts du Conseil d'État du Roi des 3 juillet et 25 octobre 1728, Roussier obtient le droit exclusif de vendre et distribuer ce remède dans tout le Royaume, à l'exception des apothicaires autorisés à le contrefaire. L'« Eau sans pareille » traite divers maux tels que les maux de tête, les vapeurs, la migraine, l'apoplexie, la colique, les indigestions, le mal de mère, les troubles oculaires et le mal de dents. Roussier réside à Paris, rue Jean-Saint-Denys, et vend son produit entre dix et vingt livres la pinte. Le second brevet concerne le Sieur Lescure, Chirurgien Major des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne. Lescure distribue un sel spécifique pour soigner les maladies convulsives, les vapeurs, l'épilepsie, la paralysie et autres affections nerveuses. Ce remède est facile à prendre, conserve sa vertu et peut être transporté partout. Lescure réside rue du Jour à l'image Saint-Louis, vis-à-vis le grand portail de Saint-Eustache, et demande aux correspondants provinciaux d'affranchir leurs lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
21
p. 820-828
ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
Début :
ARREST du 21. Novembre 1730. qui ordonne que le sieur [...]
Mots clefs :
Arrêt, Déclaration du roi, Ordonnance, Commerce, Brevets, Militaires, Médecine, Négociants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
ARRESTS , DECLARATIONS
ORDONNANCES , &c.
RREST du 21. Novembre 1730. qui or-
Adonne que le sieur Jacques Auriol et ses
Associez , jouiront pendant dix années à commencer
au premier Janvier 1731. au lieu & place
de la Compagnie des Indes , du commerce de la
Côte de Barbarie , pour en jouir et y faire le
commerce exclusif , sous le nom de COMPAGNIE
D'AFRIQUE.
" DECLARATION DU ROY , concernant
les Scellez des Officiers Militaires. Donnée
à Versailles le 3. Février 1731. Registrée en
Parlement. Par laquelle S. M. établit un nouveau
Reglement pour prévenir toutes les difficul
tez qui pourroient survenir sur cette matiere.
ARREST du 11. Fevrier , portant . Reglement
pour les Toiles , Batistes et Linons qui se
fabriquent dans les Generalitez de Paris et de
Soissons.
AUTRE , du 13. Fevrier , qui ordonne que
les Acquereurs des Offices sur les Quais , Ports et
Halles de Paris , rétablis par Edit du mois de Juin
1730 seront mis en possession des fonctions et
Droits y attribuez , lorsque tous les Offices auront
été acquis ; que les acquereurs des Offices
d'une Communauté , dont la totalité n'aura point
encore été levée , jouiront seulement de la portion
AVRIL. 1731. 821
tion des droits attachez à leurs Offices ; et qu'en
attendant que la totalité des Offices de chaque
Communauté soit levée , Remy Barbier et ses
Cautions continueront la perception desdits droits
à la charge de payer tous les mois à chaque acquereur
d'Office la portion des droits à lui revenante.
DECLARATION DU ROY , sur les
Insinuations. Donnée à Versailles le 17. Fevrier
1731. Registrée en Parlement le 9. Mars , par
laquelle S. M. a . jugé nécessaire de rappeller les
dispositions des anciens Reglemens à cet égard, et
même de fixer d'une maniere encore plus précise
qu'il n'a été fait jusqu'à present, les Bureaux dans
lesquels les Insinuations des Donations entre-vifs
doivent êtres faites , &c.
ARREST du 5. Mars , qui regle la distribution
des fonds destinez au soulagement des pauvres
Maisons et Communautez de filles Religieuses
du Royaume.
AUTRE du 6. Mars , par lequel Sa Majesté
accorde une Loterie d'Etoffes de Soye , Or et
Argent , en faveur des Créanciers de Gazon -Galpin.
Et veut qu'elle soit , composée de 133000.
Billets de 3. livres chacun , et que les Lots desdites
Etoffes soient, en nombre proportionné,suivant
la division qu'il conviendra faire desdites
Marchandises , dont sera dressé un Etat visé du
Lieutenant General de Police. Ladite Loterie a été
ouverte le 19. Mars et doit être tirée pour la premiere
fois le 11. May suivant , et ensuite de mois
en mois . On a publié differens Avis pour
former le Public de la disposition de ladite Loterie
, avec un Etat des Marchandises qui doivent
la composer , et une Liste de ceux qui ont été
I j commis
in822
MERCURE DE FRANCE
commis par M. Herault , pour la distribution
des Billets.
2
2
ORDONNANCE DU ROI , du io . Mars
concernant les Cavaliers , Dragons et Soldats ,
qui aprés avoir obtenu leurs Congez absolus
voudront prendre de nouveaux Engagemens. Par
laquelle il est dit , que Sa Majesté étant informée
que la plus grande partie des Cavaliers , Dragons
et Soldats , qui sont dans le cas d'obtenir des
Congez absolus , aprés avoir rempli le temps de
leurs engagemens , au lieu d'en prendre de nouveaux
avec leurs Capitaines , lorsqu'ils ont intention
de continuer leurs services dans les Troupes
, en sont souvent détournez par les proposi
tions qui leur sont faites avant l'expiration desdits
Congez , par d'autres Capitaines de la même
garnison , pour les attirer dans leurs Compagnies
; Et voulant remedier à un abus égaleanent
contraire au bien de son Service , et à la
bonne intelligence qui doit regner entre les differens
corps et les Officiers dont ils sont composez
, 5. M. a défendu et défend très expressement
à tous Capitaines d'Infanterie , Cavalerie et
Dragons , d'engager et recevoir en leurs Compagnies
aucun Cavalier , Dragon ou Saldat des
autres Compagnies , avec lesquelles ils seront en
garnison , quoique porteur d'un Congé absolu ;
à peine ausdits Capitaines d'être cassez , et de
perdre ce qu'ils auront payé pour lesdits engagemens
, et ausdits Soldats , Cavaliers ou Dragons
, de continuer à servir dans la Compagnie
qu'ils auront quitté , pendant le temps porté par
leur nouvel engagement , et d'être punis comme
déserteurs s'ils s'en absentent sans Congé. Défend
pareillement Sa Majesté à tous Capitaines ,
quoique de garnison differente , de recevoir en
·
leurs
AVRIL. 1731. 823
Jeurs Compagnies aucun Cavalier , Dragon on
Soldat sortant d'une autre Compagnie avec Congé
absolu , pendant le temps d'un mois , à compter
du jour de la date dudit Congé : Permet Sa
Majesté , en cas de contravention , au Capitaine
de la Compagnie que ledit Cavalier , Dragon ou
Soldat aura quitté , de le reprendre en celle on it
aura passé avant ledir terme expiré , pour continuer
ses services en sa premiere Compagnie pen-
"dant le tems de son nouvel enrollement , ainsi
qu'il est dit ci-dessus , en restituant au nouveau
Capitaine la somme de trente livres seulement
pour le prix d'icelui. Veur au surplus , Sa Majesté
, qu'après ledit terme d'un mois passé , il soit
libre à tous Cavaliers , Dragons et Soldats por
teurs de Congez absolus , de prendre partie en
telle Compagnie qu'ils jugeront à propos , à
l'exception seulement de celles avec lesquelles ils
étoient en garnison lors de l'expedition de leurs
Congez absolus ; et à tous Capitaines étant en
garnisons , ou, quartiers differens , de les recevoir
en leurs Compagnies , sans pouvoir être repetez
sous quelque prétexte que ce puisse être , &c.
ARREST du Conseil du 17. Mars , concermant
la Discipline et la Police des trois Corps
de la Medecine .
Le Roi s'étant fait représenter les Arrêts de
son Conseil , des trois Juillet , vingt-cinq Octobré
mil sept cent vingt-huit , et onze Mars mil
sept cent trente-un , Par lesquels sa Majesté , pour
prévenir les dangereux inconveniens de la distribution
d'un nombre considerable de Remedes appellez
Specifiques et autres , qui se fait par diffesens
Particuliers , auroit ordonné qu'ils seroient
examinez , et auroit à cet effet choisi son prenier
Medecin et son premier Chirurgien , avec
I iiij
ceur:
824 MERCURE DE FRANCE
ceux des differens Corps de la Medecine , de la
Chirurgie et des Apotiquaires , qu'Elle a jugé les
-plus capables pour proceder à cet examen. Vu
PAvis du Sieur Herault , Conseiller d'Etat , Lieutenant
General de Police , Oui le rapport , Sa
Majesté étant en son Conseil , a ordonné et or
donne , que les Arrêts des 3. Juillet , 25. Octobre
1728. , et 11. Mars 1731. seront executez selon
leur forme et teneur , et en consequence ordonné
la
I. Qu'il ne sera à l'avenir expedié ni délivré
aucuns Brevets par son Premier Medecin pour
distribution des Remedes particuliers , qu'aprés
avoir été examinez à la Commission , et en conséquence
d'une Déliberation signée de tous ceux
qui la composent ; et que pour plus grande sûreté
dans l'usage desdits Remedes , les Maladies et
les circonstances ausquelles ils seront jugez applicables
, soient specifiez dans lesdits Brevets et
Privileges.
II. Ne pourront lesdits Brevets et Privileges
être accordez que pour le tems et espace de trois
ans , passé lequel temps , seront tenus ceux en
faveur de qui ils auront été expedicz , de les rapporter
, pour en obtenir le renouvellement , qui
ne sera délivré que sur les Certificats donnez par
les Medecins et Chirurgiens des lieux où lesdits
Remedes auront été employez , sur le bon effet
qu'ils auront produit ; Et en cas qu'aucuns desdits
Brevets on Privileges ayent été expediez pour
un temps indéfini , ils ne pourront avoir lieu que
pendant ledit temps de trois années , à compter
du jour de leur date , le tout à peine de nullité
mille livres d'amende applicable aux Hôpitaux
des Lieux , même de punition exemplaire contre
ceux qui auront , ledit temps passé , continué à
distribuer leurs Remedes sans avoir obtenu le
renouAVRIL.
1731. 825
renouvellement de leurs Brevets dans la forme
prescrite ci dessus. 2
III . Veut Sa Majesté que les Minutes desdies
Brevets et Privileges , ainsi que le Registre
qui en sera tenu ,
demeurent entre les mains du
Premier Medecin , pour y avoir recours en cas de
besoin.
2
IV. Et pour éviter toute surprise dans le Public
de la part des Distributeurs desdits Remedes
qui auront été examinez et approuvez , ordonne
Sa Majesté que l'Original des Affiches sera conforme
à la teneur des Brevets qui les autoriseront,
et visé du Premier Medecin , ou de tel autre qui
sera par lui préposé à cet effet à peine de cing
cens livres d'amende.
,
V. Ordonne Sa Majesté que son Premier Me,
decin sera tenu d'adresser un double Imprimé de
chaque Brevet ou Privilege , aux Doyens des Facultez
ou Aggregations de Medecine lesquels
auront soin de l'informer exactement du succès
ou des inconveniens desdits Remedes.
2
VI. Entend pareillement Sa Majesté , que lorsqu'il
arrivera des Maladies Epidemiques ou des
cas extraordinaires jusqu'ici inconnus soit en
fait de Medecine ou de Chirurgie dans la Ville
de Paris , il en soit donné avis à la Commission
par les Medecins ou Chirurgiens chargez du soin
des Malades , lesquels seront invitez , s'il est ainsi
jugé à propos , a venir faire le détail de ladite
Maladie ou desdits cas extraordinaires à ladite
Commission , à laquelle les Medecins et Chirurgiens
des Provinces seront pareillement tenus dans
les mêmes cas d'en envoyer le récit , qui sera
adressé au Premier Medecin , et qui contiendra
aussi la maniere dont les Malades auront été trai
tez , et du tout en sera tenu Registre , dans le
quel sera fait mention du progrès et de l'issue de
la
$26 MERCURE DE FRANCE
la Maladie ou desdits cas extraordinaires.
VII. Enjoint trés-expressément Sa Majesté
tous les Corps des Facultez de Medecine et d'Aggregations
du Royaume , ainsi qu'à tous les
Lieutenans du Premier Chirurgien , de dénoncer
ladite Commission tous Distributeurs de Remedes
, et Colporteurs qui ne se trouveront munis
d'aucun Brevet du Premier Medecin dans
la forme ci - dessus prescrite .
VIII. Et pour prévenir toutes sortes de contestations
et de procès entre les trois professions ,
des Medecins , Chirurgiens et Apoticaires en co
qui peut regarder les differens objets et la police
desdites Professions , veut Sa Majesté que ladite
Commission aprés s'être fait représenter les Statuts
et Reglemens , donne son Avis sur les difficultez
nées ou à naître , concernant l'exercice
la discipline et les limites de chacune desdites
Professions , pour , ledit avis vû et rapporté , y
être pourvû par Sa Majesté.
>
IX. Fait Sa Majesté défenses à tous Gouverneurs
et Magistrats des Villes dans les Provinces,
de permettre à des gens sans qualité comme
Operateurs ou autres , de distribuer et débiter aucuns
Remedes s'ils n'ont été approuvez de
la Commission , et qu'il ne leur soit apparu de
Pexpedition des Brevets ou Privileges dans les
formes 'ci dessus , &c.
AUTRE du 20. Mars , portant Reglement
pour le droit d'Amortissement des sommes données
aux gens de main- morte , à charge de fondation
perpetuelle , quoique sans stipulation
d'emploi.
ORDONNANCE du Roi
Mars , qui fixe à dix ans , la résidence des
du 21.
NégoAVRIL.
173.1 . 827
Négocians et Artisans François dans les Eschelles
du Levant et de Barbarie. Par laquelle S. M.
ordonne ce qui suit.
1. Les Négocians François , qui sont présentement
établis dans les Eschelle's du Levant et de
Barbarie , sur les permissions de la Chambre du
Commerce de Marseille , pourront y continuer
leur résidence pendant dix années , à compter du
jour que la présente Ordonnance aura été enregistrée
dans les Chancelleries de chacune desdites
Eschelles ; aprés lequel temps de dix années , Sa
Majesté enjoint ausdits Negocians de revenir dans
le Royaume , à peine de désobéissance , et aux
Consuls et Vice - Consuls de les y contraindre.
II. Les Negocians qui voudront à l'avenir passer
en Levant et en Barbarie pour s'y établir
prendront le Certificat de la Chambre du Cominerce
de Marseille , en la maniere ordinaire , er:
ne pourront résider que dix ans dans l'Eschelle
qu'ils auront choisie , lesquels dix ans ne compteront
que du jour de leur arrivée sur l'Eschelle
dont le Chancelier adressera son Certificat à ladite
Chambre,
III. Veut et entend Sa Majesté , que les dis
positions des deux précedens Articles ayent licu
et soient observées à l'égard des Artisans et gens
de mêtier , de quelque Profession qu'ils soient
lesquels se trouvent présentement établis dans les
Eschelles de Levant êt de Barbarie , au qui pourront
s'y établir dans la suite,
IV. Les Marchands et Artisans , qui après
avoir résidé en Levant et en Barbarie seront revenus
en France , ne pourront y retourner qu'à
prés un terme de cinq ans au moins , comp
ter du jour de leur départ desdits Pays.
V. Les Commis des Négocians ne seront point
soumis aux mêmes dispositions , pendant tout le
temps
828 MERCURE DE FRANCE.
temps qu'ils seront au service desdits Négocians
François , et qu'ils s'instruiront pour se rendre
capables de participer à leur commerce , et les
remplacer lors de leur retraite , ou en cas de mort,
ou de tout autre évennement.
VI.. Les Domestiques pourront demeurer chez
leurs Maîtres autant de temps qu'ils voudront
les garder ; mais lorsqu'ils leur donneront congé
, et qu'ils seront inutiles sur les Eschelles , les
Consuls les teront embarquer sur le premier bâtiment
destiné pour France.
ORDONNANCES , &c.
RREST du 21. Novembre 1730. qui or-
Adonne que le sieur Jacques Auriol et ses
Associez , jouiront pendant dix années à commencer
au premier Janvier 1731. au lieu & place
de la Compagnie des Indes , du commerce de la
Côte de Barbarie , pour en jouir et y faire le
commerce exclusif , sous le nom de COMPAGNIE
D'AFRIQUE.
" DECLARATION DU ROY , concernant
les Scellez des Officiers Militaires. Donnée
à Versailles le 3. Février 1731. Registrée en
Parlement. Par laquelle S. M. établit un nouveau
Reglement pour prévenir toutes les difficul
tez qui pourroient survenir sur cette matiere.
ARREST du 11. Fevrier , portant . Reglement
pour les Toiles , Batistes et Linons qui se
fabriquent dans les Generalitez de Paris et de
Soissons.
AUTRE , du 13. Fevrier , qui ordonne que
les Acquereurs des Offices sur les Quais , Ports et
Halles de Paris , rétablis par Edit du mois de Juin
1730 seront mis en possession des fonctions et
Droits y attribuez , lorsque tous les Offices auront
été acquis ; que les acquereurs des Offices
d'une Communauté , dont la totalité n'aura point
encore été levée , jouiront seulement de la portion
AVRIL. 1731. 821
tion des droits attachez à leurs Offices ; et qu'en
attendant que la totalité des Offices de chaque
Communauté soit levée , Remy Barbier et ses
Cautions continueront la perception desdits droits
à la charge de payer tous les mois à chaque acquereur
d'Office la portion des droits à lui revenante.
DECLARATION DU ROY , sur les
Insinuations. Donnée à Versailles le 17. Fevrier
1731. Registrée en Parlement le 9. Mars , par
laquelle S. M. a . jugé nécessaire de rappeller les
dispositions des anciens Reglemens à cet égard, et
même de fixer d'une maniere encore plus précise
qu'il n'a été fait jusqu'à present, les Bureaux dans
lesquels les Insinuations des Donations entre-vifs
doivent êtres faites , &c.
ARREST du 5. Mars , qui regle la distribution
des fonds destinez au soulagement des pauvres
Maisons et Communautez de filles Religieuses
du Royaume.
AUTRE du 6. Mars , par lequel Sa Majesté
accorde une Loterie d'Etoffes de Soye , Or et
Argent , en faveur des Créanciers de Gazon -Galpin.
Et veut qu'elle soit , composée de 133000.
Billets de 3. livres chacun , et que les Lots desdites
Etoffes soient, en nombre proportionné,suivant
la division qu'il conviendra faire desdites
Marchandises , dont sera dressé un Etat visé du
Lieutenant General de Police. Ladite Loterie a été
ouverte le 19. Mars et doit être tirée pour la premiere
fois le 11. May suivant , et ensuite de mois
en mois . On a publié differens Avis pour
former le Public de la disposition de ladite Loterie
, avec un Etat des Marchandises qui doivent
la composer , et une Liste de ceux qui ont été
I j commis
in822
MERCURE DE FRANCE
commis par M. Herault , pour la distribution
des Billets.
2
2
ORDONNANCE DU ROI , du io . Mars
concernant les Cavaliers , Dragons et Soldats ,
qui aprés avoir obtenu leurs Congez absolus
voudront prendre de nouveaux Engagemens. Par
laquelle il est dit , que Sa Majesté étant informée
que la plus grande partie des Cavaliers , Dragons
et Soldats , qui sont dans le cas d'obtenir des
Congez absolus , aprés avoir rempli le temps de
leurs engagemens , au lieu d'en prendre de nouveaux
avec leurs Capitaines , lorsqu'ils ont intention
de continuer leurs services dans les Troupes
, en sont souvent détournez par les proposi
tions qui leur sont faites avant l'expiration desdits
Congez , par d'autres Capitaines de la même
garnison , pour les attirer dans leurs Compagnies
; Et voulant remedier à un abus égaleanent
contraire au bien de son Service , et à la
bonne intelligence qui doit regner entre les differens
corps et les Officiers dont ils sont composez
, 5. M. a défendu et défend très expressement
à tous Capitaines d'Infanterie , Cavalerie et
Dragons , d'engager et recevoir en leurs Compagnies
aucun Cavalier , Dragon ou Saldat des
autres Compagnies , avec lesquelles ils seront en
garnison , quoique porteur d'un Congé absolu ;
à peine ausdits Capitaines d'être cassez , et de
perdre ce qu'ils auront payé pour lesdits engagemens
, et ausdits Soldats , Cavaliers ou Dragons
, de continuer à servir dans la Compagnie
qu'ils auront quitté , pendant le temps porté par
leur nouvel engagement , et d'être punis comme
déserteurs s'ils s'en absentent sans Congé. Défend
pareillement Sa Majesté à tous Capitaines ,
quoique de garnison differente , de recevoir en
·
leurs
AVRIL. 1731. 823
Jeurs Compagnies aucun Cavalier , Dragon on
Soldat sortant d'une autre Compagnie avec Congé
absolu , pendant le temps d'un mois , à compter
du jour de la date dudit Congé : Permet Sa
Majesté , en cas de contravention , au Capitaine
de la Compagnie que ledit Cavalier , Dragon ou
Soldat aura quitté , de le reprendre en celle on it
aura passé avant ledir terme expiré , pour continuer
ses services en sa premiere Compagnie pen-
"dant le tems de son nouvel enrollement , ainsi
qu'il est dit ci-dessus , en restituant au nouveau
Capitaine la somme de trente livres seulement
pour le prix d'icelui. Veur au surplus , Sa Majesté
, qu'après ledit terme d'un mois passé , il soit
libre à tous Cavaliers , Dragons et Soldats por
teurs de Congez absolus , de prendre partie en
telle Compagnie qu'ils jugeront à propos , à
l'exception seulement de celles avec lesquelles ils
étoient en garnison lors de l'expedition de leurs
Congez absolus ; et à tous Capitaines étant en
garnisons , ou, quartiers differens , de les recevoir
en leurs Compagnies , sans pouvoir être repetez
sous quelque prétexte que ce puisse être , &c.
ARREST du Conseil du 17. Mars , concermant
la Discipline et la Police des trois Corps
de la Medecine .
Le Roi s'étant fait représenter les Arrêts de
son Conseil , des trois Juillet , vingt-cinq Octobré
mil sept cent vingt-huit , et onze Mars mil
sept cent trente-un , Par lesquels sa Majesté , pour
prévenir les dangereux inconveniens de la distribution
d'un nombre considerable de Remedes appellez
Specifiques et autres , qui se fait par diffesens
Particuliers , auroit ordonné qu'ils seroient
examinez , et auroit à cet effet choisi son prenier
Medecin et son premier Chirurgien , avec
I iiij
ceur:
824 MERCURE DE FRANCE
ceux des differens Corps de la Medecine , de la
Chirurgie et des Apotiquaires , qu'Elle a jugé les
-plus capables pour proceder à cet examen. Vu
PAvis du Sieur Herault , Conseiller d'Etat , Lieutenant
General de Police , Oui le rapport , Sa
Majesté étant en son Conseil , a ordonné et or
donne , que les Arrêts des 3. Juillet , 25. Octobre
1728. , et 11. Mars 1731. seront executez selon
leur forme et teneur , et en consequence ordonné
la
I. Qu'il ne sera à l'avenir expedié ni délivré
aucuns Brevets par son Premier Medecin pour
distribution des Remedes particuliers , qu'aprés
avoir été examinez à la Commission , et en conséquence
d'une Déliberation signée de tous ceux
qui la composent ; et que pour plus grande sûreté
dans l'usage desdits Remedes , les Maladies et
les circonstances ausquelles ils seront jugez applicables
, soient specifiez dans lesdits Brevets et
Privileges.
II. Ne pourront lesdits Brevets et Privileges
être accordez que pour le tems et espace de trois
ans , passé lequel temps , seront tenus ceux en
faveur de qui ils auront été expedicz , de les rapporter
, pour en obtenir le renouvellement , qui
ne sera délivré que sur les Certificats donnez par
les Medecins et Chirurgiens des lieux où lesdits
Remedes auront été employez , sur le bon effet
qu'ils auront produit ; Et en cas qu'aucuns desdits
Brevets on Privileges ayent été expediez pour
un temps indéfini , ils ne pourront avoir lieu que
pendant ledit temps de trois années , à compter
du jour de leur date , le tout à peine de nullité
mille livres d'amende applicable aux Hôpitaux
des Lieux , même de punition exemplaire contre
ceux qui auront , ledit temps passé , continué à
distribuer leurs Remedes sans avoir obtenu le
renouAVRIL.
1731. 825
renouvellement de leurs Brevets dans la forme
prescrite ci dessus. 2
III . Veut Sa Majesté que les Minutes desdies
Brevets et Privileges , ainsi que le Registre
qui en sera tenu ,
demeurent entre les mains du
Premier Medecin , pour y avoir recours en cas de
besoin.
2
IV. Et pour éviter toute surprise dans le Public
de la part des Distributeurs desdits Remedes
qui auront été examinez et approuvez , ordonne
Sa Majesté que l'Original des Affiches sera conforme
à la teneur des Brevets qui les autoriseront,
et visé du Premier Medecin , ou de tel autre qui
sera par lui préposé à cet effet à peine de cing
cens livres d'amende.
,
V. Ordonne Sa Majesté que son Premier Me,
decin sera tenu d'adresser un double Imprimé de
chaque Brevet ou Privilege , aux Doyens des Facultez
ou Aggregations de Medecine lesquels
auront soin de l'informer exactement du succès
ou des inconveniens desdits Remedes.
2
VI. Entend pareillement Sa Majesté , que lorsqu'il
arrivera des Maladies Epidemiques ou des
cas extraordinaires jusqu'ici inconnus soit en
fait de Medecine ou de Chirurgie dans la Ville
de Paris , il en soit donné avis à la Commission
par les Medecins ou Chirurgiens chargez du soin
des Malades , lesquels seront invitez , s'il est ainsi
jugé à propos , a venir faire le détail de ladite
Maladie ou desdits cas extraordinaires à ladite
Commission , à laquelle les Medecins et Chirurgiens
des Provinces seront pareillement tenus dans
les mêmes cas d'en envoyer le récit , qui sera
adressé au Premier Medecin , et qui contiendra
aussi la maniere dont les Malades auront été trai
tez , et du tout en sera tenu Registre , dans le
quel sera fait mention du progrès et de l'issue de
la
$26 MERCURE DE FRANCE
la Maladie ou desdits cas extraordinaires.
VII. Enjoint trés-expressément Sa Majesté
tous les Corps des Facultez de Medecine et d'Aggregations
du Royaume , ainsi qu'à tous les
Lieutenans du Premier Chirurgien , de dénoncer
ladite Commission tous Distributeurs de Remedes
, et Colporteurs qui ne se trouveront munis
d'aucun Brevet du Premier Medecin dans
la forme ci - dessus prescrite .
VIII. Et pour prévenir toutes sortes de contestations
et de procès entre les trois professions ,
des Medecins , Chirurgiens et Apoticaires en co
qui peut regarder les differens objets et la police
desdites Professions , veut Sa Majesté que ladite
Commission aprés s'être fait représenter les Statuts
et Reglemens , donne son Avis sur les difficultez
nées ou à naître , concernant l'exercice
la discipline et les limites de chacune desdites
Professions , pour , ledit avis vû et rapporté , y
être pourvû par Sa Majesté.
>
IX. Fait Sa Majesté défenses à tous Gouverneurs
et Magistrats des Villes dans les Provinces,
de permettre à des gens sans qualité comme
Operateurs ou autres , de distribuer et débiter aucuns
Remedes s'ils n'ont été approuvez de
la Commission , et qu'il ne leur soit apparu de
Pexpedition des Brevets ou Privileges dans les
formes 'ci dessus , &c.
AUTRE du 20. Mars , portant Reglement
pour le droit d'Amortissement des sommes données
aux gens de main- morte , à charge de fondation
perpetuelle , quoique sans stipulation
d'emploi.
ORDONNANCE du Roi
Mars , qui fixe à dix ans , la résidence des
du 21.
NégoAVRIL.
173.1 . 827
Négocians et Artisans François dans les Eschelles
du Levant et de Barbarie. Par laquelle S. M.
ordonne ce qui suit.
1. Les Négocians François , qui sont présentement
établis dans les Eschelle's du Levant et de
Barbarie , sur les permissions de la Chambre du
Commerce de Marseille , pourront y continuer
leur résidence pendant dix années , à compter du
jour que la présente Ordonnance aura été enregistrée
dans les Chancelleries de chacune desdites
Eschelles ; aprés lequel temps de dix années , Sa
Majesté enjoint ausdits Negocians de revenir dans
le Royaume , à peine de désobéissance , et aux
Consuls et Vice - Consuls de les y contraindre.
II. Les Negocians qui voudront à l'avenir passer
en Levant et en Barbarie pour s'y établir
prendront le Certificat de la Chambre du Cominerce
de Marseille , en la maniere ordinaire , er:
ne pourront résider que dix ans dans l'Eschelle
qu'ils auront choisie , lesquels dix ans ne compteront
que du jour de leur arrivée sur l'Eschelle
dont le Chancelier adressera son Certificat à ladite
Chambre,
III. Veut et entend Sa Majesté , que les dis
positions des deux précedens Articles ayent licu
et soient observées à l'égard des Artisans et gens
de mêtier , de quelque Profession qu'ils soient
lesquels se trouvent présentement établis dans les
Eschelles de Levant êt de Barbarie , au qui pourront
s'y établir dans la suite,
IV. Les Marchands et Artisans , qui après
avoir résidé en Levant et en Barbarie seront revenus
en France , ne pourront y retourner qu'à
prés un terme de cinq ans au moins , comp
ter du jour de leur départ desdits Pays.
V. Les Commis des Négocians ne seront point
soumis aux mêmes dispositions , pendant tout le
temps
828 MERCURE DE FRANCE.
temps qu'ils seront au service desdits Négocians
François , et qu'ils s'instruiront pour se rendre
capables de participer à leur commerce , et les
remplacer lors de leur retraite , ou en cas de mort,
ou de tout autre évennement.
VI.. Les Domestiques pourront demeurer chez
leurs Maîtres autant de temps qu'ils voudront
les garder ; mais lorsqu'ils leur donneront congé
, et qu'ils seront inutiles sur les Eschelles , les
Consuls les teront embarquer sur le premier bâtiment
destiné pour France.
Fermer
Résumé : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
Entre novembre 1730 et avril 1731, plusieurs ordonnances et déclarations royales ont été émises. Le 21 novembre 1730, un arrêt accorda à Jacques Auriol et ses associés le monopole du commerce sur la Côte de Barbarie pour dix ans, à partir du 1er janvier 1731, sous le nom de Compagnie d'Afrique. Le 3 février 1731, une déclaration royale établit un nouveau règlement concernant les sceaux des officiers militaires. Le 11 février, un arrêt régula la fabrication des toiles, batistes et linons dans les généralités de Paris et de Soissons. Le 13 février, un autre arrêt organisa la mise en possession des acquéreurs d'offices sur les quais, ports et halles de Paris. Le 17 février, une déclaration royale rappela les dispositions des anciens règlements sur les insinuations des donations entre vifs. Le 5 mars, un arrêt régula la distribution des fonds destinés au soulagement des pauvres maisons et communautés de filles religieuses. Le 6 mars, une ordonnance royale accorda une loterie d'étoffes de soie, or et argent en faveur des créanciers de Gazon-Galpin. Le 10 mars, une ordonnance royale concerna les engagements des cavaliers, dragons et soldats. Le 17 mars, un arrêt du Conseil régula la discipline et la police des trois corps de la médecine. Le 20 mars, un arrêt porta règlement sur le droit d'amortissement des sommes données aux gens de main-morte. Enfin, le 21 mars, une ordonnance royale fixa à dix ans la résidence des négociants et artisans français dans les échelles du Levant et de Barbarie. Le texte mentionne également deux points concernant les relations commerciales et les domestiques dans un contexte colonial. Premièrement, il permet aux individus de participer à des activités commerciales et de se faire remplacer en cas de retraite, de décès ou d'autres événements. Deuxièmement, il stipule que les domestiques peuvent rester au service de leurs maîtres aussi longtemps que ceux-ci le souhaitent. Cependant, lorsqu'ils sont congédiés et deviennent inutiles sur les lieux de travail désignés, les consuls doivent les faire embarquer sur le premier navire en partance pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 1198-1199
VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
Début :
Illustre Favori de Thémis et des Muses, [...]
Mots clefs :
Fête, Favori, Talents, Vertus, Accueil, Médecine, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
VERS
Envoyez à M. le Président Bouhier ,
de l'Académie Françoise ,
Le jour de sa Fête.
Illustre Favori de Thémis et des Muses ,
Cher Bouhier , reçois mes excuses.
En ce jour solemnel , où chacun à l'envi ,
S'empresse à t'aller rendre hommage ,
Purgon , qui sous ses loix tient mon corps asservi ,
Me prive de cet avantage.
Encor si dans ces Vers , pour bien peindre à tes
yeux ,
Les.
MAY. 1731. 1199
Les divers sentimens qu'ont fait naftre en mon
ame ,
Tes talens , tes vertus , ton accueil gracieux ,
Apollon m'inspiroit sa poëtique flâme !
Mais par un sort fatal en lui ,
Au lieu du Dieu des Vers, qui souvent me domine,
Je ne puis trouver aujourd'hui ,
Que le Dieu de la Medecine. (A)
Je croyois du moins qu'à mon gré ,
Je pourrois recourir aux richesses de Flore ;
Mais ce matin Zéphire ayant peu soupiré ,
Et l'Aurore encor moins pleuré ,
Ils n'ont dans nos Jardins presque rien fait éclore;
Et l'on n'a pupar-tout cueillir que quelques Acurs,
Peu dignes d'être entrelacées ,
Parmi celles que les neuf Soeurs ,
Sur ta tête Sçavante avec art ont placées.
(a) Apollon est le Dieu des Vers et le Dieu
de la Medecine; c'est ce qu'il dit lui-même
dans Ovide , Liv. 1. de ses Métam.
Per me concordant carmina nervis . . ....
Inventum Medicina meum est , opiferque per
orbem ,
Dicor , et herbarum est subjecta potentia nobis.
Par M. Cocquard , Avocat au Parlement
de Dijon .
Envoyez à M. le Président Bouhier ,
de l'Académie Françoise ,
Le jour de sa Fête.
Illustre Favori de Thémis et des Muses ,
Cher Bouhier , reçois mes excuses.
En ce jour solemnel , où chacun à l'envi ,
S'empresse à t'aller rendre hommage ,
Purgon , qui sous ses loix tient mon corps asservi ,
Me prive de cet avantage.
Encor si dans ces Vers , pour bien peindre à tes
yeux ,
Les.
MAY. 1731. 1199
Les divers sentimens qu'ont fait naftre en mon
ame ,
Tes talens , tes vertus , ton accueil gracieux ,
Apollon m'inspiroit sa poëtique flâme !
Mais par un sort fatal en lui ,
Au lieu du Dieu des Vers, qui souvent me domine,
Je ne puis trouver aujourd'hui ,
Que le Dieu de la Medecine. (A)
Je croyois du moins qu'à mon gré ,
Je pourrois recourir aux richesses de Flore ;
Mais ce matin Zéphire ayant peu soupiré ,
Et l'Aurore encor moins pleuré ,
Ils n'ont dans nos Jardins presque rien fait éclore;
Et l'on n'a pupar-tout cueillir que quelques Acurs,
Peu dignes d'être entrelacées ,
Parmi celles que les neuf Soeurs ,
Sur ta tête Sçavante avec art ont placées.
(a) Apollon est le Dieu des Vers et le Dieu
de la Medecine; c'est ce qu'il dit lui-même
dans Ovide , Liv. 1. de ses Métam.
Per me concordant carmina nervis . . ....
Inventum Medicina meum est , opiferque per
orbem ,
Dicor , et herbarum est subjecta potentia nobis.
Par M. Cocquard , Avocat au Parlement
de Dijon .
Fermer
Résumé : VERS Envoyez à M. le Président Bouhier, de l'Académie Françoise, le jour de sa Fête.
Le poème est adressé à M. le Président Bouhier, membre de l'Académie Française, à l'occasion de sa fête. L'auteur, M. Cocquard, avocat au Parlement de Dijon, s'excuse de ne pouvoir rendre hommage en personne à Bouhier, étant retenu par son médecin, Purgon. Il souhaite néanmoins célébrer les talents, les vertus et l'accueil gracieux de Bouhier. Le poète regrette de ne pouvoir être inspiré par Apollon, le dieu des vers, car il est influencé par le dieu de la médecine. Il déplore également l'absence de belles fleurs à offrir, les jardins n'ayant pas encore produit de fleurs dignes de Bouhier. Le poème se conclut par une référence à Apollon, qui est à la fois le dieu des vers et de la médecine, selon Ovide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 1257-1260
LA GOUTE VAINCUE. A M. Le Chevalier D. L. Poëte, qui a été gueri par le remede que M. Blomet, Apotiquaire du Roy distribuë sous le nom de Teinture solaire.
Début :
Enfin, cher Licidas, au lieu des tristes plaintes, [...]
Mots clefs :
Plâtre, Enflures, Jointures, Médecine, Gouttes, Science divine, Python, Apothicaire, Pommade, Eau d'Égypte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA GOUTE VAINCUE. A M. Le Chevalier D. L. Poëte, qui a été gueri par le remede que M. Blomet, Apotiquaire du Roy distribuë sous le nom de Teinture solaire.
LA GOUTE VAINCUE.
A M. Le Chevalier D. L. Poëte , qui a
étégueri par le remede que M. Blomer,
Apotiquaire du Roy distribuë sous le nom
de Teinture solaire.
Enfin , cher Licidas , au lieu des tristes plain
tes ,
Que t'arrachoient les cruelles atteintes
Du mal dont tu fus tourmenté ,
Tu dois pousser des cris de joye ,
Puis qu'aux vives douleursdont tu devins la proye,.
Succede l'aimable santé.
A la gloire du Dieu qui finit ton martyre ,
Tu peux présentement faire parler ta Lyre
Avec le même art qu'autrefois ,
Et sur elle montrer l'adresse de tes doigts :
A leurs douloureuses jointures
On ne voit plus d'afreux nodus ,
Et le plâtre brulant qui causoit leurs enflures ,
Cesse de les rendre perclus.
Hâte-toi , Licidas , d'entendre ,
Comment ce prodige s'est fait ;
1. Vol.
C iiij. De
1258 MERCURE DE FRANCE
De moi seul tu le peux apprendre ;
Aucun autre mortel n'en a sçû le secret.
Ennuyé de ton long supplice ,
Que ma tendre amitié me faisoit partager
Et qu'elle n'avoit pû jusqu'alors soulager ,
Je suivis un soudain caprice
Qui m'entraîna vers Apollon.
Il s'amusoit dans le sacré Vallon
A répéter quelque chanson nouvelle .
Pardonnez , lui dis - je , Seigneur
Si , plein d'une juste douleur ,
Un de vos Sujets vous querelle ;
Je vois que de la bagatelle
Vous vous occupez dans ces lieux ,
Tandis qu'un monstre furieux
Dans l'Univers vous deshonore ,
Et même en cet instant dévore
Licidas , qui par vos leçons ,
Est devenu fameux entre vos nourrissons,
A quoy sert que la Medecine
Vous prenne pour son Protecteur ,
Et raporte son origine
A vôtre science divine ,
Si ce monstre en détruit l'honneur ?
Pour tout dire en un mot , la Goute a l'insolence
De braver des Docteurs la plus forte ordonnance,
"
I. Vol. Ez
JUIN. 1731. 1259
Et de leur Arsenal elle eut dans tous les tems ,
Le secret d'éluder les traits les plus puissants.
C'est à vous d'y penser . Vôtre ancienne Victoire
Sur le Serpent Python qui tomba sous vos coups.
Ne vous acquit point tant de gloire
Que la Goute vaincuë en répandroit sur vous.
Le Dieu sur cet avis sincére ,
Rougit de honte et frémit de colere..
C'en est fait , répond-il , nous en viendrons à
bout ;
Et comme les Dieux presque en tout ,
Veulent bien des humains employer l'entremise
Un Artiste prudent , adroit , laborieux ,
Va par mon ordre et sous mes yeux
Finir cette grande entreprise ::
Son zéle pour son Roy , son amour pour léss
Dieux ,
Méritent qu'à ses soins la chose soit commise..
Ouy,
Blomet va faire un remede nouveau >
Par qui l'on se verra delivré d'un fleau
Trop cruel et trop ordinaire ;
Et pour qu'on ne puisse ignorer
Qu'on tient de ma faveur un don si salutaire
J'ai résolu de l'honorer
Du nom de Teinture solaire..
I. Vol.
C v L'e
1260 MERCURE DE FRANCE
Le dessein d'Apollon se trouve éxécuté ;
C'est à luy , Licidas , que tu dois ta santé.
Par M. M.
On croit faire plaifir au Public , de l'avertir
en Prose et sans fiction,que le remede de M. Blo
met Apoticaire , demeurant à Paris , ruë du Tem
ple , est si facile , qu'il ne s'agit que de mouiller
dans sa teinture un morceau de futaine que l'on
appliqué sur les articles attaquez de la Goute. On
assure que cela dissout l'humeur plâtreuse , et la
dissipe , ensorte qu'on en reçoit un prompt sou
lagement , et que jamais le mal ne remonte.
Le même Apoticaire possede une pommade qui
guérit les Hemoroïdes tant internes qu'externes.
On trouve aussi chez lui l'Eau d'Egypte , qui
a la vertu de brunir ou noircir les cheveux les plus
roux.
A M. Le Chevalier D. L. Poëte , qui a
étégueri par le remede que M. Blomer,
Apotiquaire du Roy distribuë sous le nom
de Teinture solaire.
Enfin , cher Licidas , au lieu des tristes plain
tes ,
Que t'arrachoient les cruelles atteintes
Du mal dont tu fus tourmenté ,
Tu dois pousser des cris de joye ,
Puis qu'aux vives douleursdont tu devins la proye,.
Succede l'aimable santé.
A la gloire du Dieu qui finit ton martyre ,
Tu peux présentement faire parler ta Lyre
Avec le même art qu'autrefois ,
Et sur elle montrer l'adresse de tes doigts :
A leurs douloureuses jointures
On ne voit plus d'afreux nodus ,
Et le plâtre brulant qui causoit leurs enflures ,
Cesse de les rendre perclus.
Hâte-toi , Licidas , d'entendre ,
Comment ce prodige s'est fait ;
1. Vol.
C iiij. De
1258 MERCURE DE FRANCE
De moi seul tu le peux apprendre ;
Aucun autre mortel n'en a sçû le secret.
Ennuyé de ton long supplice ,
Que ma tendre amitié me faisoit partager
Et qu'elle n'avoit pû jusqu'alors soulager ,
Je suivis un soudain caprice
Qui m'entraîna vers Apollon.
Il s'amusoit dans le sacré Vallon
A répéter quelque chanson nouvelle .
Pardonnez , lui dis - je , Seigneur
Si , plein d'une juste douleur ,
Un de vos Sujets vous querelle ;
Je vois que de la bagatelle
Vous vous occupez dans ces lieux ,
Tandis qu'un monstre furieux
Dans l'Univers vous deshonore ,
Et même en cet instant dévore
Licidas , qui par vos leçons ,
Est devenu fameux entre vos nourrissons,
A quoy sert que la Medecine
Vous prenne pour son Protecteur ,
Et raporte son origine
A vôtre science divine ,
Si ce monstre en détruit l'honneur ?
Pour tout dire en un mot , la Goute a l'insolence
De braver des Docteurs la plus forte ordonnance,
"
I. Vol. Ez
JUIN. 1731. 1259
Et de leur Arsenal elle eut dans tous les tems ,
Le secret d'éluder les traits les plus puissants.
C'est à vous d'y penser . Vôtre ancienne Victoire
Sur le Serpent Python qui tomba sous vos coups.
Ne vous acquit point tant de gloire
Que la Goute vaincuë en répandroit sur vous.
Le Dieu sur cet avis sincére ,
Rougit de honte et frémit de colere..
C'en est fait , répond-il , nous en viendrons à
bout ;
Et comme les Dieux presque en tout ,
Veulent bien des humains employer l'entremise
Un Artiste prudent , adroit , laborieux ,
Va par mon ordre et sous mes yeux
Finir cette grande entreprise ::
Son zéle pour son Roy , son amour pour léss
Dieux ,
Méritent qu'à ses soins la chose soit commise..
Ouy,
Blomet va faire un remede nouveau >
Par qui l'on se verra delivré d'un fleau
Trop cruel et trop ordinaire ;
Et pour qu'on ne puisse ignorer
Qu'on tient de ma faveur un don si salutaire
J'ai résolu de l'honorer
Du nom de Teinture solaire..
I. Vol.
C v L'e
1260 MERCURE DE FRANCE
Le dessein d'Apollon se trouve éxécuté ;
C'est à luy , Licidas , que tu dois ta santé.
Par M. M.
On croit faire plaifir au Public , de l'avertir
en Prose et sans fiction,que le remede de M. Blo
met Apoticaire , demeurant à Paris , ruë du Tem
ple , est si facile , qu'il ne s'agit que de mouiller
dans sa teinture un morceau de futaine que l'on
appliqué sur les articles attaquez de la Goute. On
assure que cela dissout l'humeur plâtreuse , et la
dissipe , ensorte qu'on en reçoit un prompt sou
lagement , et que jamais le mal ne remonte.
Le même Apoticaire possede une pommade qui
guérit les Hemoroïdes tant internes qu'externes.
On trouve aussi chez lui l'Eau d'Egypte , qui
a la vertu de brunir ou noircir les cheveux les plus
roux.
Fermer
Résumé : LA GOUTE VAINCUE. A M. Le Chevalier D. L. Poëte, qui a été gueri par le remede que M. Blomet, Apotiquaire du Roy distribuë sous le nom de Teinture solaire.
Le texte raconte la guérison de Licidas, un poète atteint de la goutte, grâce à un remède appelé 'Teinture solaire' préparé par M. Blomet, apothicaire du roi. Licidas, libéré de ses douleurs, peut de nouveau jouer de la lyre. Le narrateur, compatissant, invoque Apollon pour vaincre cette maladie. Apollon, embarrassé, confie la tâche à M. Blomet, qui crée le remède. Le texte se termine par une annonce indiquant que le remède de M. Blomet, disponible à Paris, rue du Temple, dissout et dissipe l'humeur causée par la goutte, offrant un soulagement rapide et durable. De plus, M. Blomet propose une pommade pour les hémorroïdes et une eau d'Égypte pour teindre les cheveux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 1421-1426
PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
Début :
On ne sçauroit croire de quelle utilité seroit la résolution de ce Problême : [...]
Mots clefs :
Médecine, Sang, Cœur, Fluides, Gluant, Liqueurs, Artères, Aorte, Chyle, Boyau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
PROBLEME
DE MEDECINE.
Déterminer la vitesse absolue du sang
au sortir du coeur.
Ο
N ne sçauroit croire de quelle utilité
seroit la résolution de ce Problême :
les Medecins sont des mécaniciens , qui ne
sçauroient rétablir la Machine du corps.
humain , s'ils ignorent la position , l'en
chaînement des parties qui la composent,
le jeu , le mouvement , la vitesse , les
efforts des unes contre les autres ; je sçai
qu'on a déja tâché de déterminer la vi
tesse absolue du sang au sortir du coeurs
mais ce sont des démonstrations tirées de
Machines parfaites , en supposant les fluï
des très-coulans , tandis que le sang est
II. Vol Av gluanc
1422 MERCURE DE FRANCE
gluant , que les tuyaux sont élastiques , et
ont des contractions fréquentes , qui en
diminuent les capacitez proportionnelle
ment à leurs diamétres ; cette ténacité.
de liqueurs , ces diamétres n'étant pas
connus parfaitement , il est très mal-aisé
de satisfaire à toutes ces conditions dans
la résolution cherchée.
Si on veut la chercher par lá parabole
que décrit le sang jaillissant par une Ar
tere ouverte , dont on connoît le rapport
du diamétre à celui de l'Aorte , il en fau
dra rabattre la vitesse que les douleurs
de la playe lui donneront ; ce qui est
très -mal aisé,
Si on la veut connoître , à priori , par
la
force du coeur et la quantité du sang qui
en sort , il faut rabattre la diminution.
de cette vîtesse , causée par le contre- ba-.
lancement du sang , des Arteres , de l'Air,
&c. C'est à cause de ces inconvéniens que
la vîtesse du déterminée par Keill ,
à environ 78. piez par minute au sortir
du coeur m'a parû suspecte et exhorbi
tante , et que celle de Borelli ne me paroît
pas juste.
sang ,
Il me semble qu'il est un moyen
facile
d'en approcher de bien près ; le voici .
Calcul fait , dans les Adultes , le coeur
bat à environ 75. fois par minute , l'ou
II. Vol. verture
JUIN. 1731
1423
verture de l'Aorte est de 63. lignes , la
quantité moyenne du sang qui en sort à
chaque contraction , est d'environ une
once et demie , et non de 2. ou 3. comme
Harvée et Borelli l'ont crû ; puisqu'un
pié cube d'eau , égale 72. livres , une once
et demie de sang , dont le poids est à
celui de l'eau , comme 25. à 24. égalera
un peu plus de 3888. lignes cubes.
Ce volume de liqueur étant dans le
ventricule gauche du coeur et étant gluant,
en est chassé à chaque contraction , de
façon que la file ne rompt pas et ne fait
que glisser à force dans les Arteres , qu'on
s'imagine un estomach plein de chyle
si on presse fortement et à coups redou .
blez ce réservoir , la vitesse avec laquelle
le chyle coulera dans les boyaux , sera à
chaque contraction comme la longueur
de l'espace que le chyle parcourra dans
ce boyau ; or si on fait atention à la té
nacité du chyle , et à ce que ce boyau est
déjà plein , il sera aisé de voir que cet es
pace ne sera autre que celui qui doit oc
cuper la quantité de chyle qui y est pous
sée. Revenons au coeur , cette quantité
de sang est connue , elle est de 3888 ..
lignes cubes , si on divise cette masse par
63. lignes , qui sont la base du Cilindre
dont on cherche la longueur , on aura 61 .
LI. Vol. A vi lignes a
1424 MERCURE DE FRANCE
{
lignes , je néglige les décimales , c'est
à-dire 5. pouces et quelques lignes de
vîtesse qu'aura le sang au sortir du coeur
à chaque contraction ; et comme il y en
70. par minute , ce sera 29. ou 30. pieds
de vitesse par minute qu'a le sang au sor
tir du coeur. Cette résolution naturelle ,
et à la portée de tout le monde , tirée im
médiatement de l'Anatomie , sert à ré
soudre une infinité d'autres questions ; je
ne parlerai que de celle qui a excité quel
ques disputes. C'est de déterminer la force
du coeur ; je ne prétens pas la résoudre ici ;
mais je remarquerai que la force du sang
qui en sort , est très- peu de chose ; car si
l'eau ayant un pied de vîresse par secon
de , ne fait contre une surface d'un pied ,
qu'une livre et demie d'effort , le sang qui
n'a qu'environ 5. pouces par segonde , ne
fera contre la surface 63. lignes , qu'il
bat directement au sortir du coeur , que
quelques dragmes d'effort , ou tout au
plus quelques onces , comme l'a démontré
Keill ; mais de-là il ne s'ensuit pas que la
force du coeur absoluë ne puisse être de
plusieurs milliers de livres , selon la dé
monstration de Borelli , sur quoi Keil s'est
trompé en concluant que la force du coeur
n'étoit que de quelques onces , confon
dant la relative avec l'absolue , et après
II. Kol. lui
JUIN. 1731. 1125
lui M. Astruc a mal conclu que les Cal
culs de Borelli et de Keill , étant si diffe
rens , cette quantité de force qu'on don
noit au coeur , étoit très équivoque.
La difference vient de ce que le coeur
n'employe qu'une très -petite force à chas
ser le sang , le reste de son effort est em
ployé à vaincre la résistance du sang déja
passé , celle des Arteres et des Membra
nes que l'air presse avec plus de 30000.
livres de force , et enfin à broyer ce mê
me sang. Pour mieux faire voir l'étendus
et l'usage de notre Problême , il n'y a
qu'à faire attention qu'il sert à détermi
ner la vitesse et la force absoluë du sang
dans tous les tuyaux sensibles du corps
humain , quoiqu'ils soient presque tous
de diametre different ; car par l'Anatomie
On apprend le rapport de leurs diamètres
à celui de l'Aorte , et par cette fameuse
regle , que les vitesses respectives des li
queurs homogenes , poussées par une même
force dans des tuyaux de differens diamétres,
sont réciproquement comme les carres de ces
diamétres , on connoît le rapport de la
vitesse de leurs liqueurs à celle du sang
au sortir du coeur , la vitesse absoluë de
celui -ci étant déterminée , les autres le
sont bien-tôt , et ainsi de suite pour tous
les tuyaux arteriels et veineux.
1
IL. Vola Si
1426 MERCURE DE FRANCE
I
Si le diamètre des Arteres limphatiques
des os de la peau , n'est que la 20000
partie de celui de l'Aorte , il y en a bien
de plus petits , puis qu'un grain de sable
en peut couvrir 25000. suivant Leuwe
noesk , tandis que le sang parcourra 30 .
pieds dans l'Aorte , ce qu'il fera en 20..
segondes , le sang des Arteres lymphatiques
ne parcourra que , de cet espace ,,
c'est-à dire, qu'il tardera 13.jours au moins
à y parcourir la longueur de 1o. pieds
et c'est par-là qu'on voit aujourd'hui la
raison du retour périodique des fièvres
tierces , quartes , mensales , anniversaires,,
de la verole hereditaire , de la rage, de la
Phtisie , & c. car le virus de ces maladies :
peut rester plusieurs années caché dans .
les tuyaux sereux , nerveux , osseux , et ne
faire son effet qu'étant mêlé après ce tems
avec le torrent du sang.
DE MEDECINE.
Déterminer la vitesse absolue du sang
au sortir du coeur.
Ο
N ne sçauroit croire de quelle utilité
seroit la résolution de ce Problême :
les Medecins sont des mécaniciens , qui ne
sçauroient rétablir la Machine du corps.
humain , s'ils ignorent la position , l'en
chaînement des parties qui la composent,
le jeu , le mouvement , la vitesse , les
efforts des unes contre les autres ; je sçai
qu'on a déja tâché de déterminer la vi
tesse absolue du sang au sortir du coeurs
mais ce sont des démonstrations tirées de
Machines parfaites , en supposant les fluï
des très-coulans , tandis que le sang est
II. Vol Av gluanc
1422 MERCURE DE FRANCE
gluant , que les tuyaux sont élastiques , et
ont des contractions fréquentes , qui en
diminuent les capacitez proportionnelle
ment à leurs diamétres ; cette ténacité.
de liqueurs , ces diamétres n'étant pas
connus parfaitement , il est très mal-aisé
de satisfaire à toutes ces conditions dans
la résolution cherchée.
Si on veut la chercher par lá parabole
que décrit le sang jaillissant par une Ar
tere ouverte , dont on connoît le rapport
du diamétre à celui de l'Aorte , il en fau
dra rabattre la vitesse que les douleurs
de la playe lui donneront ; ce qui est
très -mal aisé,
Si on la veut connoître , à priori , par
la
force du coeur et la quantité du sang qui
en sort , il faut rabattre la diminution.
de cette vîtesse , causée par le contre- ba-.
lancement du sang , des Arteres , de l'Air,
&c. C'est à cause de ces inconvéniens que
la vîtesse du déterminée par Keill ,
à environ 78. piez par minute au sortir
du coeur m'a parû suspecte et exhorbi
tante , et que celle de Borelli ne me paroît
pas juste.
sang ,
Il me semble qu'il est un moyen
facile
d'en approcher de bien près ; le voici .
Calcul fait , dans les Adultes , le coeur
bat à environ 75. fois par minute , l'ou
II. Vol. verture
JUIN. 1731
1423
verture de l'Aorte est de 63. lignes , la
quantité moyenne du sang qui en sort à
chaque contraction , est d'environ une
once et demie , et non de 2. ou 3. comme
Harvée et Borelli l'ont crû ; puisqu'un
pié cube d'eau , égale 72. livres , une once
et demie de sang , dont le poids est à
celui de l'eau , comme 25. à 24. égalera
un peu plus de 3888. lignes cubes.
Ce volume de liqueur étant dans le
ventricule gauche du coeur et étant gluant,
en est chassé à chaque contraction , de
façon que la file ne rompt pas et ne fait
que glisser à force dans les Arteres , qu'on
s'imagine un estomach plein de chyle
si on presse fortement et à coups redou .
blez ce réservoir , la vitesse avec laquelle
le chyle coulera dans les boyaux , sera à
chaque contraction comme la longueur
de l'espace que le chyle parcourra dans
ce boyau ; or si on fait atention à la té
nacité du chyle , et à ce que ce boyau est
déjà plein , il sera aisé de voir que cet es
pace ne sera autre que celui qui doit oc
cuper la quantité de chyle qui y est pous
sée. Revenons au coeur , cette quantité
de sang est connue , elle est de 3888 ..
lignes cubes , si on divise cette masse par
63. lignes , qui sont la base du Cilindre
dont on cherche la longueur , on aura 61 .
LI. Vol. A vi lignes a
1424 MERCURE DE FRANCE
{
lignes , je néglige les décimales , c'est
à-dire 5. pouces et quelques lignes de
vîtesse qu'aura le sang au sortir du coeur
à chaque contraction ; et comme il y en
70. par minute , ce sera 29. ou 30. pieds
de vitesse par minute qu'a le sang au sor
tir du coeur. Cette résolution naturelle ,
et à la portée de tout le monde , tirée im
médiatement de l'Anatomie , sert à ré
soudre une infinité d'autres questions ; je
ne parlerai que de celle qui a excité quel
ques disputes. C'est de déterminer la force
du coeur ; je ne prétens pas la résoudre ici ;
mais je remarquerai que la force du sang
qui en sort , est très- peu de chose ; car si
l'eau ayant un pied de vîresse par secon
de , ne fait contre une surface d'un pied ,
qu'une livre et demie d'effort , le sang qui
n'a qu'environ 5. pouces par segonde , ne
fera contre la surface 63. lignes , qu'il
bat directement au sortir du coeur , que
quelques dragmes d'effort , ou tout au
plus quelques onces , comme l'a démontré
Keill ; mais de-là il ne s'ensuit pas que la
force du coeur absoluë ne puisse être de
plusieurs milliers de livres , selon la dé
monstration de Borelli , sur quoi Keil s'est
trompé en concluant que la force du coeur
n'étoit que de quelques onces , confon
dant la relative avec l'absolue , et après
II. Kol. lui
JUIN. 1731. 1125
lui M. Astruc a mal conclu que les Cal
culs de Borelli et de Keill , étant si diffe
rens , cette quantité de force qu'on don
noit au coeur , étoit très équivoque.
La difference vient de ce que le coeur
n'employe qu'une très -petite force à chas
ser le sang , le reste de son effort est em
ployé à vaincre la résistance du sang déja
passé , celle des Arteres et des Membra
nes que l'air presse avec plus de 30000.
livres de force , et enfin à broyer ce mê
me sang. Pour mieux faire voir l'étendus
et l'usage de notre Problême , il n'y a
qu'à faire attention qu'il sert à détermi
ner la vitesse et la force absoluë du sang
dans tous les tuyaux sensibles du corps
humain , quoiqu'ils soient presque tous
de diametre different ; car par l'Anatomie
On apprend le rapport de leurs diamètres
à celui de l'Aorte , et par cette fameuse
regle , que les vitesses respectives des li
queurs homogenes , poussées par une même
force dans des tuyaux de differens diamétres,
sont réciproquement comme les carres de ces
diamétres , on connoît le rapport de la
vitesse de leurs liqueurs à celle du sang
au sortir du coeur , la vitesse absoluë de
celui -ci étant déterminée , les autres le
sont bien-tôt , et ainsi de suite pour tous
les tuyaux arteriels et veineux.
1
IL. Vola Si
1426 MERCURE DE FRANCE
I
Si le diamètre des Arteres limphatiques
des os de la peau , n'est que la 20000
partie de celui de l'Aorte , il y en a bien
de plus petits , puis qu'un grain de sable
en peut couvrir 25000. suivant Leuwe
noesk , tandis que le sang parcourra 30 .
pieds dans l'Aorte , ce qu'il fera en 20..
segondes , le sang des Arteres lymphatiques
ne parcourra que , de cet espace ,,
c'est-à dire, qu'il tardera 13.jours au moins
à y parcourir la longueur de 1o. pieds
et c'est par-là qu'on voit aujourd'hui la
raison du retour périodique des fièvres
tierces , quartes , mensales , anniversaires,,
de la verole hereditaire , de la rage, de la
Phtisie , & c. car le virus de ces maladies :
peut rester plusieurs années caché dans .
les tuyaux sereux , nerveux , osseux , et ne
faire son effet qu'étant mêlé après ce tems
avec le torrent du sang.
Fermer
Résumé : PROBLÈME DE MEDECINE. Déterminer la vitesse absoluë du sang au sortir du cœur.
Le texte aborde la détermination de la vitesse absolue du sang au sortir du cœur, un sujet crucial pour les médecins. Ces derniers sont comparés à des mécaniciens réparant une machine complexe. Les tentatives précédentes pour mesurer cette vitesse sont jugées insuffisantes car elles reposent sur des modèles parfaits et des fluides idéaux, contrairement au sang gluant et aux vaisseaux élastiques du corps humain. Les méthodes existantes pour mesurer cette vitesse sont complexes et imprécises. Par exemple, observer la trajectoire du sang jaillissant d'une artère ouverte ou calculer la vitesse à partir de la force du cœur et de la quantité de sang éjectée sont entravées par des facteurs comme les douleurs de la plaie ou la résistance des artères et de l'air. L'auteur propose une méthode plus fiable. En se basant sur le battement du cœur (environ 75 fois par minute), l'ouverture de l'aorte (63 lignes) et la quantité de sang éjectée (environ une once et demie par contraction), il calcule que la vitesse du sang au sortir du cœur est d'environ 5 pouces par contraction, soit 29 à 30 pieds par minute. Cette méthode permet également de déterminer la vitesse et la force du sang dans tous les vaisseaux du corps humain, en utilisant les rapports de diamètres et la règle des vitesses réciproques. Le texte conclut en expliquant comment cette connaissance peut éclairer des phénomènes médicaux comme le retour périodique des fièvres et des maladies chroniques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
25
p. 1538-1541
Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Début :
DISCOURS pour servir de Plan à l'Histoire naturelle du Gévaudan, lû à [...]
Mots clefs :
Histoire naturelle du Gévaudan, Médecine, Poissons, Perles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
DISCOURS pour servir de Plan à
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
P
H
C
lu
V
de
au
de
EL
M.
Ro
gle
the
Led
leg
Tta
qu
tes
aut
met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
Histoire naturelle du Gévaudan , lû à
Assemblée des Etats de ce Diocèse , par
M. Samuel Blanquet , Docteur en Mede
cine de la Faculté de Montpellier , et Me
decin du Roi, le 13. Février 1730. A Men
de , de l'Imprimerie de la Veuve de Jacques
Roy.
Ce n'est que depuis peu que ce Discours
nous est tombé entre les mains. L'Auteur,
après un court Exorde qui fait connoître
son amour pour la Partie et son zele
pour
II. Vol. P'uulité
JUIN. 1731. 1539
P'utilité publique , nous apprend qu'il
donna en 1718. un petit Traité sur les
Eaux Minerales ; il fut en cela approuvé
par M. de la Salle , alors Evêque de Men
de , et les Analyses qu'il fit des differen
tes Sources qui sont dans ce Diocèse ,
furent trouvées justes et exactes par plu
sieurs sçavans Medecins , et sur tout par
M. Andry.
Ces premiers Essais encouragerent
M. Blanquet à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan , par rapport à la
Medecine , persuadé que ce n'est pas asez,
à un Medecin d'avoir une connoissance
generale de cette Science , s'il n'en sçait
faire une application particuliere au cli
mat qu'il habite , & c . Notre Medecin s'é
tend beaucoup là - dessus , et dit de fort
bonnes choses.
Tels furent , ajoûte- t'il , les motifs qui
me porterent à travailler à l'Histoire na
turelle du Gévaudan. La grandeur de
l'entreprise , et la difficulté de l'execu
tion m'ont tenu long-tems en suspens ,
et j'avois même abandonné mon Projets
mais enfin les ordres de notre illutre Pré
lat , qui m'a fait l'honneur de croire que
j'étois capable de les exécuter , ont été
un motif bien plus puissant pour m'en
M.de Choiseul- Beaupré , Evêque de Mende.
II. Vol. Fiiij gager
1540 MERCURE DE FRANCE
gager de nouveau à ce travail , que tous
ceux qui me l'avoient fait entreprendre .
L'Auteur rend ensuite compte du Plan
qu'il a formé pour l'éxecution de son Ou
vrage , Plan qui paroît bien imaginé , et
qui fait souhaiter son exécution ; car
M. Blanquet n'omet rien de tout ce qui
doit entrer naturellement dans un tel
dessein on en jugera par une partie de
ses Promesses que nous allons rapporter
dans ses propres termes .
>> Je n'oublierai pas , dit-il , en finissant
"son Discours , les excellens Poissons
» qu'on pêche dans nos Rivieres ; les
>> Perles qu'on trouve dans quelques Ruis
» seaux , les differentes Mines et les con
>> cretions que l'on découvre en plusieurs
» endroits. Enfin , Messieurs , je ne négli
»gerai rien de ce qui peut rendre cette
>>Histoire utile et agréable. Sa varieté fera
» la plus grande partie de son mérite et
» de sa beauté.... Je ferai mon possible
» pour la donner au Public incessamment;
»je prie enfin tous les Mrs qui composent
>> cette illustre Assemblée , de me com
» muniquer ce qu'ils connoîtront de par
» ticulier dans leurs contrées , qui puisse
avoir quelque rapport à mon sujet ; de
» mon côté je n'épargnerai ni voyages ni
soins pour ne rien oublier de tout ce
Ila Vola
qui
P
H
C
lu
V
de
au
de
EL
M.
Ro
gle
the
Led
leg
Tta
qu
tes
aut
met
JUIN. 1731. 154 &
C
qui peut perfectionner cet Ouvrage.
Il seroit à souhaiter que dans chaque
Province il y. eût des personnes qui avec
les talens de M. Blanquet , voulussent
aussi , comme lui , mettre la main à l'oeu
vre , et écrire une semblable Histoire de
leur Pays ce seroit le moyen d'avoir en
peu de tems un Corps complet d'His
toire naturelle de ce grand Royaume ,
Histoire que M" de l'Académie des Scien
ces pourroient rendre parfaite par leurs,
lumieres , en leur communiquant les Ou
vrages particuliers avant l'impression .
Fermer
Résumé : Discours pour servir de Plan à l'Histoire du Gévaudan, [titre d'après la table]
Le 13 février 1730, Samuel Blanquet, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier et Médecin du Roi, présente à l'Assemblée des États du Diocèse de Mende son projet d'écrire une 'Histoire naturelle du Gévaudan'. Il souligne l'importance pour un médecin de connaître et d'appliquer la science médicale en fonction du climat et de l'environnement local. Blanquet a déjà publié un traité sur les eaux minérales en 1718, approuvé par l'Évêque de Mende et des médecins éminents. Encouragé par ces succès et par l'Évêque de Mende, M. de Choiseul-Beaupré, il décide de se lancer dans ce nouvel ouvrage. Le plan de l'ouvrage inclut des descriptions des poissons des rivières, des perles, des mines et des concrétions de la région. Blanquet appelle les membres de l'assemblée à lui fournir des informations pertinentes et exprime son intention de voyager pour compléter son travail. Il suggère également que des personnes qualifiées dans chaque province entreprennent des projets similaires pour créer une histoire naturelle complète du royaume, que l'Académie des Sciences pourrait perfectionner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 2156-2157
SECOND LOGOGRYPHE.
Début :
Je suis chez toute Nation [...]
Mots clefs :
Médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECOND LOGOGRYPHE.
SECOND LOGOGRYPHE
JEE suis chez toute Nation
Science et composition
D'un assez perilleux usage ;
Cependant
SEPTEMBRE. 1731. 27
Cependant l'homme le plus sage ,
Malgré ce qu'il voit tous les jours ,
Croit trouver en moi du secours.
Tel je suis tout entier , mais si l'on me partage
Mon dernier membre ôté je deviens un Docteur
Qui decide à tâtons , si tu m'en crois , Lecteur ,
Evite ses Ecrits , son langage barbare ;
Je craindrois moins un Arabe , un Tartare.
L'histoire t'offre un Peuple 2 en me coupant e
deux ,
Qui jadis occupoit un Empire fameux.
Tranche un quart de mon tout , dans un Pays
sterile,
Interdit aux Chrétiens , je presente une Ville.
L. T. Demontrob .
de Vernon.
JEE suis chez toute Nation
Science et composition
D'un assez perilleux usage ;
Cependant
SEPTEMBRE. 1731. 27
Cependant l'homme le plus sage ,
Malgré ce qu'il voit tous les jours ,
Croit trouver en moi du secours.
Tel je suis tout entier , mais si l'on me partage
Mon dernier membre ôté je deviens un Docteur
Qui decide à tâtons , si tu m'en crois , Lecteur ,
Evite ses Ecrits , son langage barbare ;
Je craindrois moins un Arabe , un Tartare.
L'histoire t'offre un Peuple 2 en me coupant e
deux ,
Qui jadis occupoit un Empire fameux.
Tranche un quart de mon tout , dans un Pays
sterile,
Interdit aux Chrétiens , je presente une Ville.
L. T. Demontrob .
de Vernon.
Fermer
27
p. 1802-1803
Nouveau Lexicon Medicum, &c. [titre d'après la table]
Début :
Les Nouvelles Litteraires d'Hollande nous apprennent qu'on y va donner incessamment [...]
Mots clefs :
Lexicon Medicum, Médecine, Définitions, Étymologie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouveau Lexicon Medicum, &c. [titre d'après la table]
Les Nouvelles Litteraires d'Hollande
nous apprennent qu'on y va donner incessamment un Ouvrage considérable ,
qui ne sçauroit manquer d'être bien reçû
du public. C'est un Lexicon Medicum
dont on manquoit en Medecine On s'étoit contentéjusqu'icy des définitions des
Maladies de Gorræus , de l'Oeconomie
d'Hippocrate , par Foesius , en forme de
Léxicon. Le petit Lexicon Medicum , de
Blanchard , Grec et Latin , ne laissoit pas
d'avoir son utilité ; mais l'ouvrage qu'on
nous promet , semble devoir épuiser la
matiere Mrs Theod. Tronchin et Louis
de Neuville , Docteurs en Médecine , travaillent à l'Edition de cet Ouvrage. Ces
M" promettent d'y comprendre generalement tous les termes qui concernent la
Médecine , soit dans la Thore , soit dans
la Pratique , l'Anatomie , la Chirurgie
la Chymie , les Méchiniques , la Pharmacie , la Botanique, l'Histoire naturelle,
&c. Le tout tiré des meilleurs Auteurs
de chaque Nation , tant Anciens que Modernes.
Ony donnera
en même
-temps
l'éthymologie
et les
differentes
significations
des
mots
Grecs
, avec
l'interprétation
des
termes
Latins
, Anglois
, Flamans
, François
, Allemands
et Italiens
.
On
AOUST. 1732. 18031
On y trouvera de plus les noms des
Médicamens, tant simples que composez ;
comme aussi des Planches gravées, de toutes les Parties du Corps Humain , suivant
les nouvelles découvertes des plus habiles Anatomistes ; les différens caracteres
dont on se sert en Médecine et en Chymie , avec leurs explications ; et à la fin ,
une Table des matiéres très- ample. C'est
l'idée qu'on donne de cet Ouvrage, par le
Projet, imprimé à Amsterdam , chez R.et
J. Westeins , et G. Smith. 1732. in 4º.
On avoit déja donné le titre de ce Lexicon , il y a plus de six mois , dans le 7 .
tome, premiere Partie, de la Bibliotheque
Raisonnée ; ce qui n'a pas empêché M.
Jean Philippe Burggrave le jeune , Medecin à Francfort , sur le Maine , de pu
blier presqu'en même-temps , un Projet à
peu près semblable. Si ces Mrs tiennent
leur parole,au lieu d'un Lexicon Medicum,
le public en aura deux. Un Sujet de cette importance ne sçauroit être trop discuté.
nous apprennent qu'on y va donner incessamment un Ouvrage considérable ,
qui ne sçauroit manquer d'être bien reçû
du public. C'est un Lexicon Medicum
dont on manquoit en Medecine On s'étoit contentéjusqu'icy des définitions des
Maladies de Gorræus , de l'Oeconomie
d'Hippocrate , par Foesius , en forme de
Léxicon. Le petit Lexicon Medicum , de
Blanchard , Grec et Latin , ne laissoit pas
d'avoir son utilité ; mais l'ouvrage qu'on
nous promet , semble devoir épuiser la
matiere Mrs Theod. Tronchin et Louis
de Neuville , Docteurs en Médecine , travaillent à l'Edition de cet Ouvrage. Ces
M" promettent d'y comprendre generalement tous les termes qui concernent la
Médecine , soit dans la Thore , soit dans
la Pratique , l'Anatomie , la Chirurgie
la Chymie , les Méchiniques , la Pharmacie , la Botanique, l'Histoire naturelle,
&c. Le tout tiré des meilleurs Auteurs
de chaque Nation , tant Anciens que Modernes.
Ony donnera
en même
-temps
l'éthymologie
et les
differentes
significations
des
mots
Grecs
, avec
l'interprétation
des
termes
Latins
, Anglois
, Flamans
, François
, Allemands
et Italiens
.
On
AOUST. 1732. 18031
On y trouvera de plus les noms des
Médicamens, tant simples que composez ;
comme aussi des Planches gravées, de toutes les Parties du Corps Humain , suivant
les nouvelles découvertes des plus habiles Anatomistes ; les différens caracteres
dont on se sert en Médecine et en Chymie , avec leurs explications ; et à la fin ,
une Table des matiéres très- ample. C'est
l'idée qu'on donne de cet Ouvrage, par le
Projet, imprimé à Amsterdam , chez R.et
J. Westeins , et G. Smith. 1732. in 4º.
On avoit déja donné le titre de ce Lexicon , il y a plus de six mois , dans le 7 .
tome, premiere Partie, de la Bibliotheque
Raisonnée ; ce qui n'a pas empêché M.
Jean Philippe Burggrave le jeune , Medecin à Francfort , sur le Maine , de pu
blier presqu'en même-temps , un Projet à
peu près semblable. Si ces Mrs tiennent
leur parole,au lieu d'un Lexicon Medicum,
le public en aura deux. Un Sujet de cette importance ne sçauroit être trop discuté.
Fermer
Résumé : Nouveau Lexicon Medicum, &c. [titre d'après la table]
Les Nouvelles Littéraires d'Hollande annoncent la publication prochaine du Lexicon Medicum, un ouvrage majeur en médecine. Jusqu'alors, les médecins utilisaient les définitions de Gorræus, l'Oeconomie d'Hippocrate par Foesius, et le petit Lexicon Medicum de Blanchard. Le Lexicon Medicum, édité par Théodore Tronchin et Louis de Neuville, vise à être exhaustif en couvrant la médecine théorique et pratique, l'anatomie, la chirurgie, la chimie, les mécaniques, la pharmacie, la botanique et l'histoire naturelle. Il inclura l'étymologie et les significations des mots grecs, ainsi que les interprétations en latin, anglais, flamand, français, allemand et italien. L'ouvrage comprendra les noms des médicaments, des planches anatomiques, les caractères médicaux et chimiques, et une table des matières détaillée. Le projet a été imprimé à Amsterdam en 1732. Parallèlement, Jean Philippe Burggrave a publié un projet similaire, ce qui pourrait aboutir à la publication de deux lexiques médicaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
28
p. 1803-1804
« On vient d'imprimer à Utrecht, chez Corneille-Guillaume le Fèvre, un Livre [...] »
Début :
On vient d'imprimer à Utrecht, chez Corneille-Guillaume le Fèvre, un Livre [...]
Mots clefs :
Brigandage, Médecine, Histoire générale du monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On vient d'imprimer à Utrecht, chez Corneille-Guillaume le Fèvre, un Livre [...] »
On vient d'imprimet à Utrecht , chez
Corneille Guillaume le Févre , un Livre
intitulé : Le Brigandage de la Médecine ,
dans la maniere de traiter les Petites-Veroles, et les plusgrandes Maladies , par l'EF vj métique
1804 MERCURE DE FRANCE
mérique , la Saignée du pied , et le KermeZ
Mineral ; avec un Traité de la meilleure
maniere deguérir les Petites- Véroles, pardes
remedes et des observations , tirées de l'usa
ge. Cet Ouvrage contient 225 pages , et
se vend 30 sols. Les raisonnemens et le
stile font croire qu'il part de la plume
d'un des plus fameux et des plus anciens
Médecins de la Faculté de Paris. Nous en
pourrons rendre compte dans la suite. On
le trouve à Paris , chez Barthelemi Alix ,
Libraire , rue S. Jacques , au Griffon.
>
On a imprimé à Londres , en Anglois ,
P'Histoire Generale du Monde depuis la
création jusqu'à la destruction de Ferusalem par Nabuchodonosor. Par M. Th. Brett,
che Giles. 1732. in 8
Corneille Guillaume le Févre , un Livre
intitulé : Le Brigandage de la Médecine ,
dans la maniere de traiter les Petites-Veroles, et les plusgrandes Maladies , par l'EF vj métique
1804 MERCURE DE FRANCE
mérique , la Saignée du pied , et le KermeZ
Mineral ; avec un Traité de la meilleure
maniere deguérir les Petites- Véroles, pardes
remedes et des observations , tirées de l'usa
ge. Cet Ouvrage contient 225 pages , et
se vend 30 sols. Les raisonnemens et le
stile font croire qu'il part de la plume
d'un des plus fameux et des plus anciens
Médecins de la Faculté de Paris. Nous en
pourrons rendre compte dans la suite. On
le trouve à Paris , chez Barthelemi Alix ,
Libraire , rue S. Jacques , au Griffon.
>
On a imprimé à Londres , en Anglois ,
P'Histoire Generale du Monde depuis la
création jusqu'à la destruction de Ferusalem par Nabuchodonosor. Par M. Th. Brett,
che Giles. 1732. in 8
Fermer
Résumé : « On vient d'imprimer à Utrecht, chez Corneille-Guillaume le Fèvre, un Livre [...] »
Le texte mentionne deux ouvrages. Le premier, 'Le Brigandage de la Médecine', traite des traitements des petites véroles et des grandes maladies, incluant l'EF vj métique, la saignée du pied et le KermeZ Minéral. Il est publié à Utrecht et disponible à Paris. Le second, 'L'Histoire Générale du Monde', est écrit par M. Th. Brett et publié à Londres en 1732.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 2140-2142
PALINODIE. Jamjam efficaci do manus scientia.
Début :
Oui, je crois à la Médecine, [...]
Mots clefs :
Médecine, Efficacité, Chimie, Infirmité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PALINODIE. Jamjam efficaci do manus scientia.
PALINO DIE.
Jamjam efficaci do manus scientia.
OUi , je crois à la Médecine ,
Et j'en sens l'efficacité ,
Depuis que la malignité
D'une humeur traîtresse ,
Une exhalaison du Lethé ,
assassine
Chez moi , glissée à la sourdine ,
Ayant tout d'un coup affecté ,
Tout un côté de ma Machine ;
Par Arrest de la Faculté.
Là cruelle enfin m'a quitté.
Contre ingrédiens de Chimie ,
Je chante la Palinodie ;
Et chez lui s'il fut ironie
Qu'il soit icy sincerité ,
Pour l'ami que je remercie.
Une affreuse Paralysic ,
Avoit subitement gâté ,
Le Siége de ma Poësie;
Mon œil de sa place écarté ,
Ma
OCTOBRE.
1732. 2148
Majoue horriblement bouffie;
Tournant ma bouche de côté,
D'une étrange difformité ,
Couvroient ma Phisionomie.
Un Rhumatisme aux reins planté ,
Et la Goutte , sa bonne amie ,
Travailloient en société ,
A borner le cours de ma vie.
Si près de ma caducité ,
Leur tâche étoit presque finic.
Par ce Livre bien inventé ,
Pour la publique utilité ,
Je veux que tout le monde sçache ,
Que de ces trois maux tourmenté ,
Je dois au celebre Vinache ,
Le doux retour de ma santé.
Qu'à ce fait plein de vérité ,
Ces petits Vers servent d'attache ,
C'est tout ce qui m'en a couté ;
Pour si peu , m'étant acquitté
A Dieu ne plaise que je cache
Ce trait de générosité,
Ni cet effet d'habileté.
Bien , est-il vrai qu'il m'est resté,
Quelque obstruction dans la veine ;
2142 MERCURE DE FRANCE
Ces Vers-cy ne sortent qu'à peine;
D'un Chef encor débilité ,
Mais à qui faut-il qu'on s'en prenne ?
Guérir de toute infirmité ,
Un Buveur des Eaux d'Hyppocrene
Lui rendre la tête bien saine ,
Quine l'a jamais trop été ,
Surpasse la science humaine;
C'est une impossibilité ;
Et c'est ce qu'il n'a pas tenté ,
Son entreprise eut été vaine.
6.
AUTREAU.
Jamjam efficaci do manus scientia.
OUi , je crois à la Médecine ,
Et j'en sens l'efficacité ,
Depuis que la malignité
D'une humeur traîtresse ,
Une exhalaison du Lethé ,
assassine
Chez moi , glissée à la sourdine ,
Ayant tout d'un coup affecté ,
Tout un côté de ma Machine ;
Par Arrest de la Faculté.
Là cruelle enfin m'a quitté.
Contre ingrédiens de Chimie ,
Je chante la Palinodie ;
Et chez lui s'il fut ironie
Qu'il soit icy sincerité ,
Pour l'ami que je remercie.
Une affreuse Paralysic ,
Avoit subitement gâté ,
Le Siége de ma Poësie;
Mon œil de sa place écarté ,
Ma
OCTOBRE.
1732. 2148
Majoue horriblement bouffie;
Tournant ma bouche de côté,
D'une étrange difformité ,
Couvroient ma Phisionomie.
Un Rhumatisme aux reins planté ,
Et la Goutte , sa bonne amie ,
Travailloient en société ,
A borner le cours de ma vie.
Si près de ma caducité ,
Leur tâche étoit presque finic.
Par ce Livre bien inventé ,
Pour la publique utilité ,
Je veux que tout le monde sçache ,
Que de ces trois maux tourmenté ,
Je dois au celebre Vinache ,
Le doux retour de ma santé.
Qu'à ce fait plein de vérité ,
Ces petits Vers servent d'attache ,
C'est tout ce qui m'en a couté ;
Pour si peu , m'étant acquitté
A Dieu ne plaise que je cache
Ce trait de générosité,
Ni cet effet d'habileté.
Bien , est-il vrai qu'il m'est resté,
Quelque obstruction dans la veine ;
2142 MERCURE DE FRANCE
Ces Vers-cy ne sortent qu'à peine;
D'un Chef encor débilité ,
Mais à qui faut-il qu'on s'en prenne ?
Guérir de toute infirmité ,
Un Buveur des Eaux d'Hyppocrene
Lui rendre la tête bien saine ,
Quine l'a jamais trop été ,
Surpasse la science humaine;
C'est une impossibilité ;
Et c'est ce qu'il n'a pas tenté ,
Son entreprise eut été vaine.
6.
AUTREAU.
Fermer
Résumé : PALINODIE. Jamjam efficaci do manus scientia.
Le texte décrit la guérison de l'auteur après avoir souffert de divers maux. Une humeur maligne avait paralysé un côté de son corps, affectant sa capacité à écrire de la poésie. En octobre 1732, il était également atteint d'une mâchoire bouffie, d'un rhumatisme aux reins et de la goutte, maladies qui semblaient le conduire vers la mort. Grâce à un livre inventé par le célèbre Vinache, l'auteur a recouvré la santé. Il exprime sa gratitude envers Vinache, bien qu'il lui reste quelques obstructions dans la veine. Il reconnaît que guérir complètement de toutes infirmités est une tâche impossible, même pour un buveur des eaux d'Hippocrate. Le texte se conclut par une reconnaissance de la générosité et de l'habileté de Vinache.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
30
p. 2697-2699
BOUQUET envoyé par M. P... C... à un malade de ses Amis le jour de sa Fête, avec un présent de Confiture séche d'Angelique.
Début :
Clemond, qu'une amitié sincere [...]
Mots clefs :
Bouquet, Malade, Fête, Amitié, Médecine, Fleurs, Guérir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BOUQUET envoyé par M. P... C... à un malade de ses Amis le jour de sa Fête, avec un présent de Confiture séche d'Angelique.
BOUQUETenvoyé par M. P... C....
à un malade de ses Amis le jour de sa
Fête , avec un présent de Confiture séche
d'Angelique.
CLemond, qu'une amitié sincere
Place au premier rang dans mon cœur,
Qui de la raison qui t'éclaire ,
Pourrois faire encor ton bonheur ;
Pourquoi de tes destins alterer la douceur ?
Et nourrir dans ton sein un mal imaginaire ?
Cherami , pour ta guérison
Vois ce que l'amitié m'inspire ;
C'est pour égayer ta raison ,
Que dans mon arriere Saison
Je risque de toucher la Lire.-
Mais que,q
Qui prétends célebrer ta Fête ,
dis je , ce n'est point moit 201
C'est Apollon , c'est lui , je l'entends , je le
voi ,
C'est lui qui s'interesse à toi ;
Et par lui , cher cher Clemond Clemond , ta guérison s'a
prête ,
Il est le pere des beaux Vers ,
Il est Dieu de la Médecine ,
Lui-même il vient par ses doux Airs
Dissiper cette humeur chagrine
II.Vol.
Hvi
2698 MERCURE DE FRANCE
Qui tient ton esprit dans les fers,
Il vient prévenir la ruine
Qui menaçoit ton foible corps ;
Et par la puissance divine
D'une salutaire racine ,
Il va rétablir les ressorts
De ta languissante machine.
Sa main a préparé ¡ es fleurs
Qu'aujourd'hui la mienne te donne
Ce cristal qui les environne
Est le remede à tes langueurs.
C'est une ambroisie efficace
Pour rassurer un cœur par son mal agité
Et les habitans du Parnasse
Dans l'usage de cette glace ,
Trouvent leur immortalité.
Mais ce remede , que t'envoye
D'un Dieu si bienfaisant l'attentive bonté,
Cher ami reçois-le avec joye ;
Sois toi-même ton Médecin ,
Un innocent, plaisir , une douce allegresse
Rend l'esprit vif, et le corps sain ;
Et l'homme n'a point d'assassin
Plus terrible que la tristesse.
Avaincre ce mortel poison ,
Mon exemple aujourd'hui t'engage
Quoi! pour monter sur l'Helicon ,
N'en coûte-il rien à mon âge ?
1. Vol. Si
THEQUE
DECEMBRE. 172, OTH
Ji ton amitié doit cherir *
1893
Les efforts que pour toi fait un ami sincer
Ose imiter , pour te guérir ,
Ce qu'il entreprend pour te plaire.
P. C.
à un malade de ses Amis le jour de sa
Fête , avec un présent de Confiture séche
d'Angelique.
CLemond, qu'une amitié sincere
Place au premier rang dans mon cœur,
Qui de la raison qui t'éclaire ,
Pourrois faire encor ton bonheur ;
Pourquoi de tes destins alterer la douceur ?
Et nourrir dans ton sein un mal imaginaire ?
Cherami , pour ta guérison
Vois ce que l'amitié m'inspire ;
C'est pour égayer ta raison ,
Que dans mon arriere Saison
Je risque de toucher la Lire.-
Mais que,q
Qui prétends célebrer ta Fête ,
dis je , ce n'est point moit 201
C'est Apollon , c'est lui , je l'entends , je le
voi ,
C'est lui qui s'interesse à toi ;
Et par lui , cher cher Clemond Clemond , ta guérison s'a
prête ,
Il est le pere des beaux Vers ,
Il est Dieu de la Médecine ,
Lui-même il vient par ses doux Airs
Dissiper cette humeur chagrine
II.Vol.
Hvi
2698 MERCURE DE FRANCE
Qui tient ton esprit dans les fers,
Il vient prévenir la ruine
Qui menaçoit ton foible corps ;
Et par la puissance divine
D'une salutaire racine ,
Il va rétablir les ressorts
De ta languissante machine.
Sa main a préparé ¡ es fleurs
Qu'aujourd'hui la mienne te donne
Ce cristal qui les environne
Est le remede à tes langueurs.
C'est une ambroisie efficace
Pour rassurer un cœur par son mal agité
Et les habitans du Parnasse
Dans l'usage de cette glace ,
Trouvent leur immortalité.
Mais ce remede , que t'envoye
D'un Dieu si bienfaisant l'attentive bonté,
Cher ami reçois-le avec joye ;
Sois toi-même ton Médecin ,
Un innocent, plaisir , une douce allegresse
Rend l'esprit vif, et le corps sain ;
Et l'homme n'a point d'assassin
Plus terrible que la tristesse.
Avaincre ce mortel poison ,
Mon exemple aujourd'hui t'engage
Quoi! pour monter sur l'Helicon ,
N'en coûte-il rien à mon âge ?
1. Vol. Si
THEQUE
DECEMBRE. 172, OTH
Ji ton amitié doit cherir *
1893
Les efforts que pour toi fait un ami sincer
Ose imiter , pour te guérir ,
Ce qu'il entreprend pour te plaire.
P. C.
Fermer
Résumé : BOUQUET envoyé par M. P... C... à un malade de ses Amis le jour de sa Fête, avec un présent de Confiture séche d'Angelique.
Un individu, identifié par les initiales M. P... C..., envoie un poème à un ami malade pour célébrer sa fête. L'expéditeur exprime son amitié sincère et son désir de contribuer à la guérison de son ami. Il lui envoie un présent de confiture sèche d'Angélique accompagnée d'un message poétique. L'auteur s'interroge sur les raisons du mal imaginaire de son ami et l'encourage à se laisser guérir par l'amitié. Il mentionne Apollon, dieu des beaux vers et de la médecine, qui s'intéresse à la guérison de son ami. Apollon est décrit comme celui qui dissipe les humeurs chagrinées et prévient la ruine du corps faible. Le poème souligne que le présent envoyé est un remède efficace, comparé à une ambroisie, capable de rassurer un cœur agité. Les habitants du Parnasse trouvent leur immortalité dans l'usage de cette glace. L'auteur encourage son ami à recevoir ce remède avec joie et à se soigner en cultivant des plaisirs innocents et une douce allégresse, car la tristesse est un poison mortel. Il conclut en exhortant son ami à imiter ses efforts pour lui plaire et à se guérir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
31
p. 507-523
Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
Début :
BIBLIOTHEQUE RAISONNÉE des Ouvrages des Sçavans de l'Europe, T. VI. [...]
Mots clefs :
Médecine, Médecins, Histoire, Amsterdam, Remèdes, Raison, Lois, Préface, Corps, Latin, Canini
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
BIBLIOTHEQUE RAISONNE'E des
Ouvrages des Sçavans de l'Europe ,
T. VI. et VII . de 482. pages chacun ,
sans les Tables , pour l'année 1734. A
Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith,
M. DCC. XXXI.
Nous allons faire connoître quelques
Ouvrages dont on trouve les Extraits
dans ce Recueil.
AMENITEZ DE MEDECINE , où l'on décrit
son origine , ses progrès , son excellence
, sa necessité , son usage , les récompenses
, les honneurs et les privile
ges accordez aux Medecins. On y examine
encore si la Médecine a été autrefois
une étude qui n'appartenoit qu'aux
Esclaves. Par Dan . Vink. A Vtrecht ,
1730. in 8. de $ 28. pages , sans l'Epitre
Dédicatoire , la Préface et la Table. L'Ouvrage
est en Latin.
Pour donner une idée de ce Livre et de
l'Extrait du Journaliste , nous emprunterons
ce raisonnement de la page 121 .
L'obe E ij
1508 MERCURE
DE FRANCE
L'objet de la Medecine est l'Homme ,
le plus noble de tous les Animaux , qui
a été fait à l'Image de Dieu , son Créateur
, de qui il a reçû un Empire absolu
sur toutes les autres Créatures. Une autre
raison qui prouve encore cette excellence
, c'est que la fin de la Medecine est
la santé , le plus grand de tous les biens.
Supposez , dit l'Auteur , qu'un homme
soit élevé aux honneurs , qu'il jouisse des
plaisirs et des richesses ; supposez même
qu'il possede la plus belle de toutes les
femmes , et qu'il ait une vaste connoissance
de tous les Arts et de toutes les
Sciences ; il n'en sera pas pour cela plus ,
heureux , si la santé lui manque, Il reste
donc à conclurre que la Médecine est préferable
à tous les autres Arts , et qu'il n'y
a rien dont les Hommes doivent faire
plus de cas. Mais on est bien éloigné de
porter ce jugement , dès qu'on vient à
reflechir sur les abus qui se commettent
aujourd'hui dans la Médecine, Ces abus
sont en si grand nombre et de telle consequence
, qu'il seroit avantageux au Genre
Humain , que personne n'exerçât cette
Profession , et qu'on laissât plutôt agir la
Nature toute seule. De cent personnes
qui s'ingerent de prescrire des Remedes,
n'y en a peut-être pas dix à qui on
dûr
MARS. 1733. 509
dût se confier. Les femmelettes , les Barbiers
, les Apotiquaires , et sur tout les
Empiriques , sont à present ceux qui ont
le plus de vogue. Ces gens- là qui n'ont
ni étude ni principes , sont , pour l'ordinaire
les premiers à donner leurs avis ,
et le Peuple qui n'est pas en état d'examiner
ce qu'on lui propose, n'a recours
aux Médecins qu'à l'extremité , et lorsque
la Nature n'est plus en état de seconder
les Remedes. L'Auteur pouvoit
employer ici l'Epigramme connuë d'un
Poëte Anglois.
Fingunt se cuncti Medicos Idiota , sacerdos ,
Fudaus , Monachus , Histrio , Rasor , Anni,
Une chose qui rend la Médecine moins
estimable, c'est qu'après tant d'experiences
qu'on a faites dans tous les siecles , et
malgré tous les sistêmes qui ont été inventez
depuis quelques temps , on n'est pas
encore convenu de la Méthode qu'il seroit
à propos de suivre dans le traite
ment d'une seule maladie.
On lit à la page 134. que Mithridate
Roy de Pont , n'étoit pas moins curieux
de la Médecine qu'Attalus. Dès que Pompée
se fut rendu maître du Palais de ce
Prince , il fit foüiller dans toutes ses Cas- .
settes et ses Cabinets , et on y trouva
E iij plu310
MERCURE DE FRANCE
plusieurs Livres qui contenoient des se
crets contre la plupart des Maladies. Ce
qui engagea ce General de donner ordre
à Pompeius- Lenæus , son Affranchi ,
de traduire ces Livres en Latin , afin que
le Peuple Romain pût faire usage de ces
Remedes . Il y avoit entre autres Remedes
le fameux Antidote qui porte le nom
de ce Roy , et qui consistoit en 20. feüilles
de Rue , un grain de Sel , deux Noix
et deux Figues seiches. C'étoit là tout le
secret. Il falloit piler ces Drogues avec
du vin et prendre le Remede tous les
matins à jeun.
L'Auteur avoit observé plus haut , au
sujet de l'Anatomie , que du temps d'Aristote
on n'avoit encore dissequé que
des bêtes , et personne n'avoit osé fouiller
dans les Corps Humains , qu'on regardoit
comme quelque chose de sacré
Dans la suite , les Rois passerent par dessus
le scrupule qu'on s'étoit fait jusqu'alors
, et ils accorderent aux Medecins les
corps des Criminels qui avoient été suppliciez
. Il y a même des Auteurs qui
prétendent qu'on remit entre les mains
d'Erasistrate et d'Hérophile, plusieurs de ces
malheureux pour les dissequer tout vifs ;
afin qu'on pût découvrir des choses qu'il
n'étoit pas possible de découvrir autrement.
Sur
1
MARS. 1733- Sti
Cela étoit fondé sur la coûtume que certains
Peuples avoient d'exposer les Mala
des dans les Carrefours et dans les Places
publiques. Cette méthode , qui étoit fort
simple, s'est, dit- on , pratiquée long -temps
chez les Babyloniens , les Assyriens et les
Egyptiens. Les Babyloniens, dit Herodote,
font porter les Malades dans les Places
publiques , afin que les Passans qui les
voyent, et qui ont eu une maladie sembla
ble à la lueur , ou qui ont vû quelqu'un
malade, leur donnent conseil et les encouragent
à pratiquer ce qu'eux- mêmes ont
pratiqué avec succès en de semblables
cas ; ensorte qu'il n'est permis à personne
de passer auprès des Malades sans s'informer
de leurs maladies .
LES VOYAGES et Avantures du Capitaine
Robert Boyle , &c. traduit de l'Anglois.
A Amsterdam , chez les Wetsteins
et Smith , 1730. deux volumes in 12. de
341. pages pour le premier , et 276. pour
le second , sans la Table , la Préface et .
PEpitre Dédicatoire au Chevalier Guill .
Jonge , Commissaire de la Trésorerie et
Chevalier du Bain.
HISTOIRE DE LA MEDECINE , depuis le
commencement du Monde jusqu'à l'an
É iiij
de
412 MERCURE DE FRANCE
de Rome DXXXV. par M. Schulze ;
Docteur en Medecine et Professeur public
à Altorf, Membre de l'Académie
des Curieux de la Nature . A Leipsik,
&c. 1728. in 4. de 437. pages . L'Ouvrage
est en Latin.
Entre diverses Remarques que fournissent
les détails de la Médecine des
Malabares , disent les Journalistes , page
177. nous nous bornerons à une seule ,
qui regarde les grands Privileges qu'ont
les Prêtres de cette Nation. Il n'y a aucun
Clergé en Europe qui en possede
d'aussi considerables.
Car ceux-là sont tout à la fois d'une
maniere despotique , Médecins de l'ame
et du corps. Maîtres absolus des consciences
, ils les dirigent à leur gré . Préparateurs
des Remedes qu'il leur plaît d'employer
, ils n'ont personne à qui en
rendre compte. Joignez à ces avantages
une troisiéme prérogative dont jouissent
les principaux d'entre eux ; c'est d'avoir
un droit à cette faveur de leur Souveraine
, à laquelle les Epoux seuls parmi
nous peuvent prétendre. Voici comment
s'exprime sur ce point un Géographe
François Les Bramins ont un employ
» assez étrange , puisque l'un des principaux
est obligé de passer la premiere
:
» nuit
MARS. 1733 513
nuit avec la Reine quand elle est mariée
, et il y a beaucoup d'apparence
»que le plus vieux n'est pas ordinaire-
» ment choisi. Le Roy envoye la valeur
» de 4. ou 500. ducats pour cette fatigue,
>> et quand il est prêt de voyager , il
» confie ses femmes à l'un de ces Prêtres
» qui contribue , autant qu'il le peut , à
les consoler de son absence . Les Fils ›
>> ne succedent point par cette raison ,
» parce qu'ils pourroient bien n'être pas
» du Sang Royal , mais après la mort du .
» Roy , on prend le fils de sa Soeur pour
» remplir sa place , & c.
Les Grecs ne se bornerent point , uniquement
à la Médecine Pharmaceutique .
ils tirerent encore parti des exercices qui ,
étoient en vogue parmi eux , pour en
former une Médecine particuliere que.
nous nommerons Médecine Gymnastique,
qui consistoit dans l'Art de s'exercer pour
la santé , et dont on attribue l'invention .
à Herodicus ou Prodicus , contemporain
et Précepteur d'Hippocrate.
Tous les Exercices relevoient de la Médecine
, en ce qu'ils étoient d'abord dirigez
par des Médecins , les principales
Villes et les Académies un peu celebres,
se faisant un Titre d'en avoir un , qui eut
inspection sur ces exercices. Dans la suite,
E v di514
MERCURE DE FRANCE
diverses personnes , sans avoir étudié la
Médecine , usurperent cette Charge , et
non seulement se chargerent du soin qui
regardoit les Bains , les Frictions , les Oignemens
, mais même entreprirent de
panser les blessures et de remettre les
membres disloquez.
Ces gens - là étoient ceux qui dans les
commencemens ne s'acquittoient de ces
sortes de fonctions , que selon les Ordonnances
des Médecins , lesquels on nommoit
pour cette raison , Aliptas , Baigneux
Reunctores , Oigneurs; gens de
condition basse et servile , de qui Pline
parle , quand il dit que Prodicas procura
le premier un bon revenu aux Domestiques
qui oignoient . Ceux d'entr'eux qui
s'acquirent quelque expérience en ce
genre , s'arrogerent peu à peu le Titre de
Médecins oignans , puis enfin celui de
Médecins proprement dits. La chose fut
portée si loin , à la honte des vrais Médecins
, qu'on acheta à bas prix plusieurs.
Esclaves , qui dans leur service avoient
appris cet Art , pour exercer cet emploi
chez les Grands Seigneurs de Rome. D'où
est venu le reproche de condition abjecte
, dont on a assuré qu'étoient autrefois
les Médecins parmi les Romains ; ce
qu'on ne peut neanmoins prouver que de
ceux
MARS. 1733 .
Sis
ceux qui portent parmi nous le nom de
Baigneux , lesquels répondent parfaite
ment aux Baigneux de ce temps - là.
RECUEIL de Discours , sur diverses matieres
importantes ; traduits ou compo
sez par J.Barbeyrac, Professeur en Droit ,
dans l'Université de Groningue. Il y a
joint un Eloge historique de feu M.Noodt,
en 2 tom. in 12. dont le 1er . contient en
tout 417 pag. et le 28 344. A Amsterdam,
chez P. Humbert , 1731.
Dans la Dissertation sur les Duels , on
fait d'abord une énumeration des différentes
sortes de Duels ou Combats singuliers
, et des diverses causes pour lesquelles
on en est venu à ces combats
chez différentes Nations , selon ce que
l'Histoire nous en apprend . On en trou
ve jusqu'à onze sortes , dont la derniere
est le Duel , qu'on se propose de com
battre , ou celui, qui se rapporte à la repa
Fation d'honneur.
Cette espece de Duel étoit absolument
hors d'usage , non seulement chez les
Grecs et les Romains , mais encore chez
les Egyptiens , et les anciens Peuples de
PAsie. Il doit uniquement son origine à
des Peuples barbares , venus des Parties
Septentrionales de l'Europe , qui ne pau-
E vi
vans
516 MERCURE DE FRANCE
vant souffrir la discipline des Loix , ou
des Magistrats , vouloient décider toute.
sorte de differents à la pointe de l'épée.
Delà nâquit le Duel , qu'on introduisit
pour se purger de quelque crime , dans la
pensée que Dieu déclareroit par l'évé
nement du combat , qui avoit raison du
Diffamateur , ou du Diffamé .
Les Lombards porterent en Italie cette
mauvaise coutume ; et les autres Peuples
du Nord l'introduisirent dans tous
les Païs , au dedans et au dehors de l'Empire
Romain , où ils s'établirent ; les Saxons
, par exemple , en Angleterre. On
fit des Loix là- dessus aussi sérieusement
que s'il se fut agi de la chose du monde
la plus raisonnable et la plus légitime.
Lorsque le Droit Romain eut été remis
en vogue , les Commentateurs tâcherent
d'y trouver de quoi autoriser le
Duel. A cela se joignirent les Croisades ,
et l'institution des Ordres de Chevalerie.
Ces Chevaliers vinrent à former des Regles
du point d'honneur . Les Jurisconsultes
traiterent cette matiere comme une
partie de la Jurisprudence ; d'autres, comme
une science particuliere et toute nouvelle
; cela produisit une infinité de Livres
sur le Duel , sur la science de la Chevalerie,
comme parlent les Italiens , et sous di-
<
vers
MARS. 1733 2 517
vers autres Titres semblables ; on en pourroit
composer une Bibliotheque , et quelques-
uns étant devenus rares aujourd'hui,
il s'est trouvé en Italie des Gens qui ont
promis d'en faire imprimer un Recueil
de dix volumes in fol.
-
Il est facile de montrer combien l'usage
du Duel est contraire à la raison , à
la Loy naturelle , et sur tout aux maximes
de la Religion Chrétienne ; aussi suppose
t'on cela , comme suffisamment
démontré par divers Auteurs . La grande
difficulté consiste à trouver les moïens de
déraciner de l'esprit des Sots , dont le
nombre est fort grand , le préjugé du
point d'honneur , qui empêche que toutes
les Loix les plus sévéres , faites jusqu'icy
, contre cette mode pernicieuse ,
ne soient assez efficaces pour l'abolir.
M. Flicher veut qu'on tire le remede du
mal même , et que l'on retienne par la
crainte d'un plus grand deshonneur
ceux qui croïent être deshonorez , s'ils
n'ont recours au Duel . Il faudroit, dit- il ,
faire des nouvelles Loix, qui exposassent
les contrevenans au mépris et à la risée
publique ; ordonner , par exemple , que
les Corps de ceux qui auroient été tuez
en Duel , fussent traitez de même que
ceux des Criminels , punis du dernier
sup318
MERCURE DE FRANCE
supplice ; deffendre de porter les Armes
aux Duellistes , à qui on auroit fait grace
de la vie ; et cela , sous condition que
s'ils les portoient depuis , leur pardon
deviendroit nul ; exclure de tout emploi.
Militaire ceux qui auroient appellé quelqu'un
en Duel , ou qui auroient rêpondu
à l'appel ; en un mot , faire ensorte
que de telles gens , qui , par une pure folie
, auroient ainsi violé les Loix de la
Société humaine , fussent désormais bannis
de la Société et du commerce des
Sages.
REFUTATION des Erreurs de Benoît
de Spinosa , par M. de Fénelon , Archevêque
de Cambray , par le P. Lami , Bẹ-
nedictin , et par M.le Comte de Boulain .
villiers , avec la Vie de Spinosa , écrite
par M. Jean Colerus , Ministre de l'Eglise
Luthérienne de la Haye ; augmentée
de beaucoup de particularitez , tirées d'une
Vie manuscrite de ce Philosophe , faite
par un de ses amis. A Bruxelles , chez
François Foppens , 1731. in 8º .
TRAITE' de la sûreté des Grands Chemins
, divisé en trois parties , par M.Everard
Otton , Jurisconsulte et Professeur ;
in 8. de $70 pag. A 2 chez Ofmans
et
MARS.
1733 F19
et Bosch , 1731. L'Ouvrage est en Latin.
L'UTILITE , LA VE'RITE' et L'EXCELLENCE
de la Révélation Chrétienne , def
fendues contre un Livre publié depuis
peu , qui a pour Titre : La Religion Chré
tienne , aussi ancienne que la Création, &c.
ParJacques Foster ; en grand in 8. pages
367. sans la Préface ; seconde Edition, augmentée
d'un Postscript. A Londres , chez.
J. Noon. 1731. L'Ouvrage est en Anglois
.
SUPPLEMENT à un des Ouvrages ,
faits pour la deffense de la validité des
Ordinations Anglicanes , pour servir de
derniere réponse au nouvel Ouvrage du
P. le Quien , et aux Censures de quelques,
Evêques de France. Par le P. le Courayer,
Chanoine Régulier de Sainte Géneviéve.
A Amsterdam, 1732. in 12. pag. 636. sâns.
la Préface et les Preuves.
IMAGES DES HEROS et des Grands
Hommes de l'Antiquité, dessinées sur des
Médailles , des Pierres antiques , et autres
anciens Monumens , par Jean- Ange
Canini , gravées par Picart le Romain , &c.
avec les Observations de Jean - Ange et
Marc- Ant. Canini ; données en Italien
ر و پ
Sur
320 MERCURE DE FRANCE
sur ces Images , diverses Remarques du
Traducteur , et le Texte Original à côté
de la Traduction . A Amsterdam, chez B..
Picart et J. F. Bernard , 1731. in 4. pag.
377. et 115. Figures .
On apprend icy que cet Ouvrage parut
en 1669. in fol. que Jean- Ange Canini
joignoit à une assez grande connoissance
de l'Histoire ancienne et de la Mythologie
, le talent de dessiner les Pierres gravées
, et les Médailles avec une légéreté
de main admirable , qu'il avoit sur tout
l'art, peu commun , de conserver toute la
finesse des airs de tête de l'antiquité, & c.
Entre un grand nombre de Portraits
d'Alexandre , que Canini avoit dessinez ,
il en choisit quatre , préférablement aux
autres , tant à cause de la différence des
traits du visage , que parce qu'il n'y en a
pas un qui ne lui fournisse l'occasion de
faire part à ses Lecteurs de recherches
curieuses ; il fait d'abord quelques réfléxions
sur la délicatesse de ce Prince , qui 、
ne lui permit jamais de souffrir que des
Ouvriers médiocres travaillassent à rendre
ses traits , et il regrette sur tout le
Tableau d'Apelles , où Aléxandre étoit si
ressemblant ,, que son. Cheval se mit à
hennir à cette vûë , preuve évidente qu'il
reconnoissoit son Maître. Cette Histoire ,
rap
MARS: 1733. Str
rapportée un peu trop légérement par
Pline , mais digne de tenir sa place parmi
les Fables , dont l'Histoire diverse d'Elien
est remplie , prouve au moins l'idée
qu'on avoit de l'habileté du Peintre,et ne
permet pas de douter qu'il n'eut réussi à
attraper la Physionomie d'Alexandre.
I
Nous avons omis de dire quelque chose
d'un Article curieux , qui est le dernier
des Nouvelles Litteraires de la premiere
Partie du 1 vol. du Journal , dont nous
rendons compte. Cet article est datté de
Constantinople , et regarde l'Etablisse
ment , les progrès et les productions de
la nouvelle Imprimerie,établie dans cette
Capitale de l'Empire Turc. Les principales
circonstances de ces choses se trouvent
aussi dans le Journal des Sçavans , mais
écrites avec plus d'exactitude ; et nous
avons aussi fait part au Public de ce qui
nous est venu à droiture de Constanti
nople , sur le même sujet. Il est à propos
que plus d'un Journal fasse mention d'un
Evenement si singulier , et qui interesse
toute la République des Lettres. Les Livres
les plus considérables dont on fait
mention icy , qui sont nouvellement
sortis de cette Imprimerie , et dont on
marque le prix , sont :
Tarichi
322 MERCURE DE FRANCE
Tarichi Missiri gadin - vve gedid , ou
Histoire des Antiquitez d'Egypte , & c.
On y trouve aussi l'Histoire de tous les
Princes qui ont regné dans l'Egypte ,
jusqu'à la Conquête des Turcs , &c. Le
prix est de trois Piastres .
Gulseni Chalefa. Le Chapelet des Califes
, par Naimi Radé. On rapporte l'origine
et l'Histoire de Babylone , avec celle
des Princes qui y ont regné depuis l'an
127. de l'Hégire , 744. de J. C.
que le
premier Califes des Abassides commença
à regner jusqu'à l'an 1130. de l'Hégire ,
1717. de J. C. que regnoit le Sultan Achmet
, Empereur des Turcs .
On avertit dans le même Article, qu'on
va travailler dans cette Imprimerie, à un
Atlas Turc , Ouvrage d'un Mahometan
moderne, qui traite de l'Histoire et de la
Géographie de tous les Etats de l'Asie.
On ajoutera un Livre de Mathématique ,
avec Figures , une Mappe - Monde , et les
Cartes Generales des 4 Parties du Monde,
la Carte de l'Egypte , et une autre des
Royaumes et des Provinces de l'Asie.
Au reste il y a bien des fautes dans tout
cet Enoncé , soit de la part du Journaliste
, soit de celle de l'Imprimeur ; nous
venons de corriger la plus considérable ,
qui se trouve au bas de la pag. 236. où
pour
MARS. 1733 . 523
,
pour dire le premier Calife des Abassides
on a imprimé des Abissins ; dans la page
précédente , Mehemet Tixclebi pour
Tchelibi. Holdemian , pour Holderman ,
nom d'un R. P. Jesuite , page 237. &c.
Enfin on fait Achmet III, qui vient d'être
détrôné , le 115. Empereur des Turcs,
qui n'est tout au plus que le XXVII .
Ouvrages des Sçavans de l'Europe ,
T. VI. et VII . de 482. pages chacun ,
sans les Tables , pour l'année 1734. A
Amsterdam , chez les Wetsteins et Smith,
M. DCC. XXXI.
Nous allons faire connoître quelques
Ouvrages dont on trouve les Extraits
dans ce Recueil.
AMENITEZ DE MEDECINE , où l'on décrit
son origine , ses progrès , son excellence
, sa necessité , son usage , les récompenses
, les honneurs et les privile
ges accordez aux Medecins. On y examine
encore si la Médecine a été autrefois
une étude qui n'appartenoit qu'aux
Esclaves. Par Dan . Vink. A Vtrecht ,
1730. in 8. de $ 28. pages , sans l'Epitre
Dédicatoire , la Préface et la Table. L'Ouvrage
est en Latin.
Pour donner une idée de ce Livre et de
l'Extrait du Journaliste , nous emprunterons
ce raisonnement de la page 121 .
L'obe E ij
1508 MERCURE
DE FRANCE
L'objet de la Medecine est l'Homme ,
le plus noble de tous les Animaux , qui
a été fait à l'Image de Dieu , son Créateur
, de qui il a reçû un Empire absolu
sur toutes les autres Créatures. Une autre
raison qui prouve encore cette excellence
, c'est que la fin de la Medecine est
la santé , le plus grand de tous les biens.
Supposez , dit l'Auteur , qu'un homme
soit élevé aux honneurs , qu'il jouisse des
plaisirs et des richesses ; supposez même
qu'il possede la plus belle de toutes les
femmes , et qu'il ait une vaste connoissance
de tous les Arts et de toutes les
Sciences ; il n'en sera pas pour cela plus ,
heureux , si la santé lui manque, Il reste
donc à conclurre que la Médecine est préferable
à tous les autres Arts , et qu'il n'y
a rien dont les Hommes doivent faire
plus de cas. Mais on est bien éloigné de
porter ce jugement , dès qu'on vient à
reflechir sur les abus qui se commettent
aujourd'hui dans la Médecine, Ces abus
sont en si grand nombre et de telle consequence
, qu'il seroit avantageux au Genre
Humain , que personne n'exerçât cette
Profession , et qu'on laissât plutôt agir la
Nature toute seule. De cent personnes
qui s'ingerent de prescrire des Remedes,
n'y en a peut-être pas dix à qui on
dûr
MARS. 1733. 509
dût se confier. Les femmelettes , les Barbiers
, les Apotiquaires , et sur tout les
Empiriques , sont à present ceux qui ont
le plus de vogue. Ces gens- là qui n'ont
ni étude ni principes , sont , pour l'ordinaire
les premiers à donner leurs avis ,
et le Peuple qui n'est pas en état d'examiner
ce qu'on lui propose, n'a recours
aux Médecins qu'à l'extremité , et lorsque
la Nature n'est plus en état de seconder
les Remedes. L'Auteur pouvoit
employer ici l'Epigramme connuë d'un
Poëte Anglois.
Fingunt se cuncti Medicos Idiota , sacerdos ,
Fudaus , Monachus , Histrio , Rasor , Anni,
Une chose qui rend la Médecine moins
estimable, c'est qu'après tant d'experiences
qu'on a faites dans tous les siecles , et
malgré tous les sistêmes qui ont été inventez
depuis quelques temps , on n'est pas
encore convenu de la Méthode qu'il seroit
à propos de suivre dans le traite
ment d'une seule maladie.
On lit à la page 134. que Mithridate
Roy de Pont , n'étoit pas moins curieux
de la Médecine qu'Attalus. Dès que Pompée
se fut rendu maître du Palais de ce
Prince , il fit foüiller dans toutes ses Cas- .
settes et ses Cabinets , et on y trouva
E iij plu310
MERCURE DE FRANCE
plusieurs Livres qui contenoient des se
crets contre la plupart des Maladies. Ce
qui engagea ce General de donner ordre
à Pompeius- Lenæus , son Affranchi ,
de traduire ces Livres en Latin , afin que
le Peuple Romain pût faire usage de ces
Remedes . Il y avoit entre autres Remedes
le fameux Antidote qui porte le nom
de ce Roy , et qui consistoit en 20. feüilles
de Rue , un grain de Sel , deux Noix
et deux Figues seiches. C'étoit là tout le
secret. Il falloit piler ces Drogues avec
du vin et prendre le Remede tous les
matins à jeun.
L'Auteur avoit observé plus haut , au
sujet de l'Anatomie , que du temps d'Aristote
on n'avoit encore dissequé que
des bêtes , et personne n'avoit osé fouiller
dans les Corps Humains , qu'on regardoit
comme quelque chose de sacré
Dans la suite , les Rois passerent par dessus
le scrupule qu'on s'étoit fait jusqu'alors
, et ils accorderent aux Medecins les
corps des Criminels qui avoient été suppliciez
. Il y a même des Auteurs qui
prétendent qu'on remit entre les mains
d'Erasistrate et d'Hérophile, plusieurs de ces
malheureux pour les dissequer tout vifs ;
afin qu'on pût découvrir des choses qu'il
n'étoit pas possible de découvrir autrement.
Sur
1
MARS. 1733- Sti
Cela étoit fondé sur la coûtume que certains
Peuples avoient d'exposer les Mala
des dans les Carrefours et dans les Places
publiques. Cette méthode , qui étoit fort
simple, s'est, dit- on , pratiquée long -temps
chez les Babyloniens , les Assyriens et les
Egyptiens. Les Babyloniens, dit Herodote,
font porter les Malades dans les Places
publiques , afin que les Passans qui les
voyent, et qui ont eu une maladie sembla
ble à la lueur , ou qui ont vû quelqu'un
malade, leur donnent conseil et les encouragent
à pratiquer ce qu'eux- mêmes ont
pratiqué avec succès en de semblables
cas ; ensorte qu'il n'est permis à personne
de passer auprès des Malades sans s'informer
de leurs maladies .
LES VOYAGES et Avantures du Capitaine
Robert Boyle , &c. traduit de l'Anglois.
A Amsterdam , chez les Wetsteins
et Smith , 1730. deux volumes in 12. de
341. pages pour le premier , et 276. pour
le second , sans la Table , la Préface et .
PEpitre Dédicatoire au Chevalier Guill .
Jonge , Commissaire de la Trésorerie et
Chevalier du Bain.
HISTOIRE DE LA MEDECINE , depuis le
commencement du Monde jusqu'à l'an
É iiij
de
412 MERCURE DE FRANCE
de Rome DXXXV. par M. Schulze ;
Docteur en Medecine et Professeur public
à Altorf, Membre de l'Académie
des Curieux de la Nature . A Leipsik,
&c. 1728. in 4. de 437. pages . L'Ouvrage
est en Latin.
Entre diverses Remarques que fournissent
les détails de la Médecine des
Malabares , disent les Journalistes , page
177. nous nous bornerons à une seule ,
qui regarde les grands Privileges qu'ont
les Prêtres de cette Nation. Il n'y a aucun
Clergé en Europe qui en possede
d'aussi considerables.
Car ceux-là sont tout à la fois d'une
maniere despotique , Médecins de l'ame
et du corps. Maîtres absolus des consciences
, ils les dirigent à leur gré . Préparateurs
des Remedes qu'il leur plaît d'employer
, ils n'ont personne à qui en
rendre compte. Joignez à ces avantages
une troisiéme prérogative dont jouissent
les principaux d'entre eux ; c'est d'avoir
un droit à cette faveur de leur Souveraine
, à laquelle les Epoux seuls parmi
nous peuvent prétendre. Voici comment
s'exprime sur ce point un Géographe
François Les Bramins ont un employ
» assez étrange , puisque l'un des principaux
est obligé de passer la premiere
:
» nuit
MARS. 1733 513
nuit avec la Reine quand elle est mariée
, et il y a beaucoup d'apparence
»que le plus vieux n'est pas ordinaire-
» ment choisi. Le Roy envoye la valeur
» de 4. ou 500. ducats pour cette fatigue,
>> et quand il est prêt de voyager , il
» confie ses femmes à l'un de ces Prêtres
» qui contribue , autant qu'il le peut , à
les consoler de son absence . Les Fils ›
>> ne succedent point par cette raison ,
» parce qu'ils pourroient bien n'être pas
» du Sang Royal , mais après la mort du .
» Roy , on prend le fils de sa Soeur pour
» remplir sa place , & c.
Les Grecs ne se bornerent point , uniquement
à la Médecine Pharmaceutique .
ils tirerent encore parti des exercices qui ,
étoient en vogue parmi eux , pour en
former une Médecine particuliere que.
nous nommerons Médecine Gymnastique,
qui consistoit dans l'Art de s'exercer pour
la santé , et dont on attribue l'invention .
à Herodicus ou Prodicus , contemporain
et Précepteur d'Hippocrate.
Tous les Exercices relevoient de la Médecine
, en ce qu'ils étoient d'abord dirigez
par des Médecins , les principales
Villes et les Académies un peu celebres,
se faisant un Titre d'en avoir un , qui eut
inspection sur ces exercices. Dans la suite,
E v di514
MERCURE DE FRANCE
diverses personnes , sans avoir étudié la
Médecine , usurperent cette Charge , et
non seulement se chargerent du soin qui
regardoit les Bains , les Frictions , les Oignemens
, mais même entreprirent de
panser les blessures et de remettre les
membres disloquez.
Ces gens - là étoient ceux qui dans les
commencemens ne s'acquittoient de ces
sortes de fonctions , que selon les Ordonnances
des Médecins , lesquels on nommoit
pour cette raison , Aliptas , Baigneux
Reunctores , Oigneurs; gens de
condition basse et servile , de qui Pline
parle , quand il dit que Prodicas procura
le premier un bon revenu aux Domestiques
qui oignoient . Ceux d'entr'eux qui
s'acquirent quelque expérience en ce
genre , s'arrogerent peu à peu le Titre de
Médecins oignans , puis enfin celui de
Médecins proprement dits. La chose fut
portée si loin , à la honte des vrais Médecins
, qu'on acheta à bas prix plusieurs.
Esclaves , qui dans leur service avoient
appris cet Art , pour exercer cet emploi
chez les Grands Seigneurs de Rome. D'où
est venu le reproche de condition abjecte
, dont on a assuré qu'étoient autrefois
les Médecins parmi les Romains ; ce
qu'on ne peut neanmoins prouver que de
ceux
MARS. 1733 .
Sis
ceux qui portent parmi nous le nom de
Baigneux , lesquels répondent parfaite
ment aux Baigneux de ce temps - là.
RECUEIL de Discours , sur diverses matieres
importantes ; traduits ou compo
sez par J.Barbeyrac, Professeur en Droit ,
dans l'Université de Groningue. Il y a
joint un Eloge historique de feu M.Noodt,
en 2 tom. in 12. dont le 1er . contient en
tout 417 pag. et le 28 344. A Amsterdam,
chez P. Humbert , 1731.
Dans la Dissertation sur les Duels , on
fait d'abord une énumeration des différentes
sortes de Duels ou Combats singuliers
, et des diverses causes pour lesquelles
on en est venu à ces combats
chez différentes Nations , selon ce que
l'Histoire nous en apprend . On en trou
ve jusqu'à onze sortes , dont la derniere
est le Duel , qu'on se propose de com
battre , ou celui, qui se rapporte à la repa
Fation d'honneur.
Cette espece de Duel étoit absolument
hors d'usage , non seulement chez les
Grecs et les Romains , mais encore chez
les Egyptiens , et les anciens Peuples de
PAsie. Il doit uniquement son origine à
des Peuples barbares , venus des Parties
Septentrionales de l'Europe , qui ne pau-
E vi
vans
516 MERCURE DE FRANCE
vant souffrir la discipline des Loix , ou
des Magistrats , vouloient décider toute.
sorte de differents à la pointe de l'épée.
Delà nâquit le Duel , qu'on introduisit
pour se purger de quelque crime , dans la
pensée que Dieu déclareroit par l'évé
nement du combat , qui avoit raison du
Diffamateur , ou du Diffamé .
Les Lombards porterent en Italie cette
mauvaise coutume ; et les autres Peuples
du Nord l'introduisirent dans tous
les Païs , au dedans et au dehors de l'Empire
Romain , où ils s'établirent ; les Saxons
, par exemple , en Angleterre. On
fit des Loix là- dessus aussi sérieusement
que s'il se fut agi de la chose du monde
la plus raisonnable et la plus légitime.
Lorsque le Droit Romain eut été remis
en vogue , les Commentateurs tâcherent
d'y trouver de quoi autoriser le
Duel. A cela se joignirent les Croisades ,
et l'institution des Ordres de Chevalerie.
Ces Chevaliers vinrent à former des Regles
du point d'honneur . Les Jurisconsultes
traiterent cette matiere comme une
partie de la Jurisprudence ; d'autres, comme
une science particuliere et toute nouvelle
; cela produisit une infinité de Livres
sur le Duel , sur la science de la Chevalerie,
comme parlent les Italiens , et sous di-
<
vers
MARS. 1733 2 517
vers autres Titres semblables ; on en pourroit
composer une Bibliotheque , et quelques-
uns étant devenus rares aujourd'hui,
il s'est trouvé en Italie des Gens qui ont
promis d'en faire imprimer un Recueil
de dix volumes in fol.
-
Il est facile de montrer combien l'usage
du Duel est contraire à la raison , à
la Loy naturelle , et sur tout aux maximes
de la Religion Chrétienne ; aussi suppose
t'on cela , comme suffisamment
démontré par divers Auteurs . La grande
difficulté consiste à trouver les moïens de
déraciner de l'esprit des Sots , dont le
nombre est fort grand , le préjugé du
point d'honneur , qui empêche que toutes
les Loix les plus sévéres , faites jusqu'icy
, contre cette mode pernicieuse ,
ne soient assez efficaces pour l'abolir.
M. Flicher veut qu'on tire le remede du
mal même , et que l'on retienne par la
crainte d'un plus grand deshonneur
ceux qui croïent être deshonorez , s'ils
n'ont recours au Duel . Il faudroit, dit- il ,
faire des nouvelles Loix, qui exposassent
les contrevenans au mépris et à la risée
publique ; ordonner , par exemple , que
les Corps de ceux qui auroient été tuez
en Duel , fussent traitez de même que
ceux des Criminels , punis du dernier
sup318
MERCURE DE FRANCE
supplice ; deffendre de porter les Armes
aux Duellistes , à qui on auroit fait grace
de la vie ; et cela , sous condition que
s'ils les portoient depuis , leur pardon
deviendroit nul ; exclure de tout emploi.
Militaire ceux qui auroient appellé quelqu'un
en Duel , ou qui auroient rêpondu
à l'appel ; en un mot , faire ensorte
que de telles gens , qui , par une pure folie
, auroient ainsi violé les Loix de la
Société humaine , fussent désormais bannis
de la Société et du commerce des
Sages.
REFUTATION des Erreurs de Benoît
de Spinosa , par M. de Fénelon , Archevêque
de Cambray , par le P. Lami , Bẹ-
nedictin , et par M.le Comte de Boulain .
villiers , avec la Vie de Spinosa , écrite
par M. Jean Colerus , Ministre de l'Eglise
Luthérienne de la Haye ; augmentée
de beaucoup de particularitez , tirées d'une
Vie manuscrite de ce Philosophe , faite
par un de ses amis. A Bruxelles , chez
François Foppens , 1731. in 8º .
TRAITE' de la sûreté des Grands Chemins
, divisé en trois parties , par M.Everard
Otton , Jurisconsulte et Professeur ;
in 8. de $70 pag. A 2 chez Ofmans
et
MARS.
1733 F19
et Bosch , 1731. L'Ouvrage est en Latin.
L'UTILITE , LA VE'RITE' et L'EXCELLENCE
de la Révélation Chrétienne , def
fendues contre un Livre publié depuis
peu , qui a pour Titre : La Religion Chré
tienne , aussi ancienne que la Création, &c.
ParJacques Foster ; en grand in 8. pages
367. sans la Préface ; seconde Edition, augmentée
d'un Postscript. A Londres , chez.
J. Noon. 1731. L'Ouvrage est en Anglois
.
SUPPLEMENT à un des Ouvrages ,
faits pour la deffense de la validité des
Ordinations Anglicanes , pour servir de
derniere réponse au nouvel Ouvrage du
P. le Quien , et aux Censures de quelques,
Evêques de France. Par le P. le Courayer,
Chanoine Régulier de Sainte Géneviéve.
A Amsterdam, 1732. in 12. pag. 636. sâns.
la Préface et les Preuves.
IMAGES DES HEROS et des Grands
Hommes de l'Antiquité, dessinées sur des
Médailles , des Pierres antiques , et autres
anciens Monumens , par Jean- Ange
Canini , gravées par Picart le Romain , &c.
avec les Observations de Jean - Ange et
Marc- Ant. Canini ; données en Italien
ر و پ
Sur
320 MERCURE DE FRANCE
sur ces Images , diverses Remarques du
Traducteur , et le Texte Original à côté
de la Traduction . A Amsterdam, chez B..
Picart et J. F. Bernard , 1731. in 4. pag.
377. et 115. Figures .
On apprend icy que cet Ouvrage parut
en 1669. in fol. que Jean- Ange Canini
joignoit à une assez grande connoissance
de l'Histoire ancienne et de la Mythologie
, le talent de dessiner les Pierres gravées
, et les Médailles avec une légéreté
de main admirable , qu'il avoit sur tout
l'art, peu commun , de conserver toute la
finesse des airs de tête de l'antiquité, & c.
Entre un grand nombre de Portraits
d'Alexandre , que Canini avoit dessinez ,
il en choisit quatre , préférablement aux
autres , tant à cause de la différence des
traits du visage , que parce qu'il n'y en a
pas un qui ne lui fournisse l'occasion de
faire part à ses Lecteurs de recherches
curieuses ; il fait d'abord quelques réfléxions
sur la délicatesse de ce Prince , qui 、
ne lui permit jamais de souffrir que des
Ouvriers médiocres travaillassent à rendre
ses traits , et il regrette sur tout le
Tableau d'Apelles , où Aléxandre étoit si
ressemblant ,, que son. Cheval se mit à
hennir à cette vûë , preuve évidente qu'il
reconnoissoit son Maître. Cette Histoire ,
rap
MARS: 1733. Str
rapportée un peu trop légérement par
Pline , mais digne de tenir sa place parmi
les Fables , dont l'Histoire diverse d'Elien
est remplie , prouve au moins l'idée
qu'on avoit de l'habileté du Peintre,et ne
permet pas de douter qu'il n'eut réussi à
attraper la Physionomie d'Alexandre.
I
Nous avons omis de dire quelque chose
d'un Article curieux , qui est le dernier
des Nouvelles Litteraires de la premiere
Partie du 1 vol. du Journal , dont nous
rendons compte. Cet article est datté de
Constantinople , et regarde l'Etablisse
ment , les progrès et les productions de
la nouvelle Imprimerie,établie dans cette
Capitale de l'Empire Turc. Les principales
circonstances de ces choses se trouvent
aussi dans le Journal des Sçavans , mais
écrites avec plus d'exactitude ; et nous
avons aussi fait part au Public de ce qui
nous est venu à droiture de Constanti
nople , sur le même sujet. Il est à propos
que plus d'un Journal fasse mention d'un
Evenement si singulier , et qui interesse
toute la République des Lettres. Les Livres
les plus considérables dont on fait
mention icy , qui sont nouvellement
sortis de cette Imprimerie , et dont on
marque le prix , sont :
Tarichi
322 MERCURE DE FRANCE
Tarichi Missiri gadin - vve gedid , ou
Histoire des Antiquitez d'Egypte , & c.
On y trouve aussi l'Histoire de tous les
Princes qui ont regné dans l'Egypte ,
jusqu'à la Conquête des Turcs , &c. Le
prix est de trois Piastres .
Gulseni Chalefa. Le Chapelet des Califes
, par Naimi Radé. On rapporte l'origine
et l'Histoire de Babylone , avec celle
des Princes qui y ont regné depuis l'an
127. de l'Hégire , 744. de J. C.
que le
premier Califes des Abassides commença
à regner jusqu'à l'an 1130. de l'Hégire ,
1717. de J. C. que regnoit le Sultan Achmet
, Empereur des Turcs .
On avertit dans le même Article, qu'on
va travailler dans cette Imprimerie, à un
Atlas Turc , Ouvrage d'un Mahometan
moderne, qui traite de l'Histoire et de la
Géographie de tous les Etats de l'Asie.
On ajoutera un Livre de Mathématique ,
avec Figures , une Mappe - Monde , et les
Cartes Generales des 4 Parties du Monde,
la Carte de l'Egypte , et une autre des
Royaumes et des Provinces de l'Asie.
Au reste il y a bien des fautes dans tout
cet Enoncé , soit de la part du Journaliste
, soit de celle de l'Imprimeur ; nous
venons de corriger la plus considérable ,
qui se trouve au bas de la pag. 236. où
pour
MARS. 1733 . 523
,
pour dire le premier Calife des Abassides
on a imprimé des Abissins ; dans la page
précédente , Mehemet Tixclebi pour
Tchelibi. Holdemian , pour Holderman ,
nom d'un R. P. Jesuite , page 237. &c.
Enfin on fait Achmet III, qui vient d'être
détrôné , le 115. Empereur des Turcs,
qui n'est tout au plus que le XXVII .
Fermer
Résumé : Bibliotheque Raisonnée, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de la Bibliothèque Raisonnée des ouvrages des savants de l'Europe pour l'année 1734, publié à Amsterdam. Il met en avant plusieurs ouvrages notables, dont 'Amenitez de Médecine' de Dan. Vink. Cet ouvrage explore l'origine, les progrès, l'excellence et la nécessité de la médecine, ainsi que les abus actuels de cette profession. L'auteur souligne que la médecine, ayant pour objet l'homme, est préférable à tous les autres arts, mais les abus fréquents la rendent moins estimable. Le texte mentionne également des pratiques anciennes, comme les méthodes de traitement des maladies chez les Babyloniens et les Assyriens, et les privilèges des prêtres malabares en matière de médecine. D'autres ouvrages cités incluent 'Les Voyages et Aventures du Capitaine Robert Boyle' et 'Histoire de la Médecine' de M. Schulze, qui couvre la médecine depuis ses débuts jusqu'à l'an 412 de Rome. Le texte aborde également la médecine gymnastique des Grecs et l'évolution des duels, une pratique introduite par des peuples barbares et adoptée par divers peuples européens. Les duels étaient utilisés pour purger des crimes et étaient réglementés par des lois et des ordres de chevalerie. Le texte conclut en discutant des difficultés à éradiquer les préjugés liés au point d'honneur et à l'usage des duels. Le texte présente également une liste de divers ouvrages et articles publiés entre 1731 et 1733. Parmi ces publications, on trouve des réfutations et des défenses de positions philosophiques et religieuses. Par exemple, 'REFUTATION des Erreurs de Benoît de Spinosa' par M. de Fénelon, le P. Lami et le Comte de Boulainvilliers, qui inclut une biographie de Spinoza écrite par Jean Colerus. Un autre ouvrage notable est 'L'UTILITE, LA VE'RITE' et L'EXCELLENCE de la Révélation Chrétienne' par Jacques Foster, qui défend la religion chrétienne contre un livre récent. Le texte mentionne également des traités juridiques et historiques, comme 'TRAITE' de la sûreté des Grands Chemins' par Everard Otton et 'IMAGES DES HEROS et des Grands Hommes de l'Antiquité' par Jean-Ange Canini, illustré par Picart. Enfin, le texte discute de l'établissement d'une imprimerie à Constantinople et des ouvrages qu'elle produit, tels que des histoires des antiquités égyptiennes et des calendriers des califes. Plusieurs erreurs typographiques sont également corrigées dans le texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
32
p. 1064-1067
ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
Début :
Je ne doute point que vous ne receviez favorablement les Eclaircissemens [...]
Mots clefs :
Kermès, Lymphe, Médecine, Sang, Inflammation, Maladie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
ECLAIRCISSEMENT au sujet de
deux Theses de Medecine.Extrait d'une
Lettre , du 11 Mars 1733 .
J
E ne doute point que vous ne receviez
favorablement les Eclaircissemens
que je vous envoye , et qu'on semble
demander dans le Journal des Sçavans
, du mois de Février dernier. Il s'agit
d'une Question de Medecine.
Tout ce qui regarde cet Art est de consequence
, sur tout dans les points de
pratique. Dans le Journal on trouve deux
Théses , soutenues dans les Ecoles de Médecine
de Paris sur le Kermès Mineral ;
quoiqu'on les ait mises en parallele, nous
répondrons simplement à ce que la seconde
peut avoir d'obscur. A l'égard de
la premiere nous ne cherchons point à la
détruire. La nôtre n'a point été faite contr'elle
, on ne doit point être surpris de la
diversité de la conclusion. Les principes
ne sont point les mêmes.
I.Vtl. La
JUIN. 1733. 1065
La premiere , conseille le Kermès dans
les inflammations , parce que le Kermès
est Analogue , c'est - à - dire , a du rapport
avec l'humeur vitiée dans l'inflammation.
La nôtre le deffend , parce qu'il augmente
l'inflammation , poussant le sang
dans les vaisseaux Capillaires et Limphatiques
; Source unique des Inflammations
.
le
Mais on nous demande deux choses
la premiere est ,que puisque nous accor
dons que le Kermès atténue la Limphe ,
nous devrions l'employer , parce que la
Limphe attenuée et divisée peut agir
sur le sang , embarassé et poussé dans les
petits vaisseaux. Nous convenons que
Kermès atténue la Limphe , et que l'atténuer
c'est la mettte en état de dégluer et
débarrasser le sang ; mais comment le
Kermès atténue- t- il la Limphe d'une maniere
bien opposée à nos vûës ; il l'atténuë
comme sudorifique , il l'allume , il
l'embrase , il la met en fureur ; la Limphe
armée des parties sulphureuses er inflammables
du Kermès , donne au sang
une vivacité , une ardeur plus capable
d'augmenter l'embarras que de le diminuer
; il faut calmer , ne rien exciter ,
brider le mal , ne le point irriter , le Kermès
convient- il ?
1. Vol. Le
1c65 MERCURE DE FRANCE
Le second éclaircissement qu'on paroît
attendre de nous , est sur l'exemple dont
nous avons voulu fortifier notre These.
Nous proposons un cas où nous faisons
beaucoup briller les succès du Kermès ;
cet exemple paroît être une inflammation.
Il est vrai que c'est par où la maladie
a commencé ; mais le septième toute
la maladie change de face ; il y avoit
avant cela grande douleur de côté , fiévre
aiguë , crachement de sang .
›
Le poux dans le septiéme ne se sent
plus , l'expectoration ne se fait point , le
ventre se boursoufle ; sont- ce là les signes
de l'inflammation ? ou plutôt , n'est - ce
pas là une Métastase , c'est - à - dire , un
transport de l'humeur de la maladie dans
un autre ? Dans cet état il faut reveiller
ranimer ; on donne le Kerinès , nous en
attendons de grands succès, nous ne sommes
point trompez ; prouver qu'il convient
dans ce cas où il n'y a ni poux , ni
force , ni douleur de côté , &c. certainement
c'est prouver qu'il ne convient
point du tout dans les inflammations ;
l'expérience nous est donc fávorable¸
car nous ne sommes point du tout d'avis
de bannir le Kermès de la Medecine ,
soit parce que , comme quelques uns ont
dit , c'est un Remede nouveau , ou parce
I. Vol qu'il
JUIN. 1733
1067
qu'il a fait fortune par le moïen d'un
Frere Chartreux. Nous applaudissons à
son entrée dans la Médecine , pourvû
qu'il convienne quelquefois. Un Médecin
ne méprise rien , tout lui plaît , tout
lui sert dans l'unique but qu'il a de guérir
; nous n'avons que voulu faire voir
les cas où le Kermès ne convenoit pas ,
et ceux où il convenoit en general , pour
montrer aux jeunes Médecins de Province
à ne se point trop laisser entraîner par
le bruit des Conquêtes que l'on attribue
au Kermès minéral.
deux Theses de Medecine.Extrait d'une
Lettre , du 11 Mars 1733 .
J
E ne doute point que vous ne receviez
favorablement les Eclaircissemens
que je vous envoye , et qu'on semble
demander dans le Journal des Sçavans
, du mois de Février dernier. Il s'agit
d'une Question de Medecine.
Tout ce qui regarde cet Art est de consequence
, sur tout dans les points de
pratique. Dans le Journal on trouve deux
Théses , soutenues dans les Ecoles de Médecine
de Paris sur le Kermès Mineral ;
quoiqu'on les ait mises en parallele, nous
répondrons simplement à ce que la seconde
peut avoir d'obscur. A l'égard de
la premiere nous ne cherchons point à la
détruire. La nôtre n'a point été faite contr'elle
, on ne doit point être surpris de la
diversité de la conclusion. Les principes
ne sont point les mêmes.
I.Vtl. La
JUIN. 1733. 1065
La premiere , conseille le Kermès dans
les inflammations , parce que le Kermès
est Analogue , c'est - à - dire , a du rapport
avec l'humeur vitiée dans l'inflammation.
La nôtre le deffend , parce qu'il augmente
l'inflammation , poussant le sang
dans les vaisseaux Capillaires et Limphatiques
; Source unique des Inflammations
.
le
Mais on nous demande deux choses
la premiere est ,que puisque nous accor
dons que le Kermès atténue la Limphe ,
nous devrions l'employer , parce que la
Limphe attenuée et divisée peut agir
sur le sang , embarassé et poussé dans les
petits vaisseaux. Nous convenons que
Kermès atténue la Limphe , et que l'atténuer
c'est la mettte en état de dégluer et
débarrasser le sang ; mais comment le
Kermès atténue- t- il la Limphe d'une maniere
bien opposée à nos vûës ; il l'atténuë
comme sudorifique , il l'allume , il
l'embrase , il la met en fureur ; la Limphe
armée des parties sulphureuses er inflammables
du Kermès , donne au sang
une vivacité , une ardeur plus capable
d'augmenter l'embarras que de le diminuer
; il faut calmer , ne rien exciter ,
brider le mal , ne le point irriter , le Kermès
convient- il ?
1. Vol. Le
1c65 MERCURE DE FRANCE
Le second éclaircissement qu'on paroît
attendre de nous , est sur l'exemple dont
nous avons voulu fortifier notre These.
Nous proposons un cas où nous faisons
beaucoup briller les succès du Kermès ;
cet exemple paroît être une inflammation.
Il est vrai que c'est par où la maladie
a commencé ; mais le septième toute
la maladie change de face ; il y avoit
avant cela grande douleur de côté , fiévre
aiguë , crachement de sang .
›
Le poux dans le septiéme ne se sent
plus , l'expectoration ne se fait point , le
ventre se boursoufle ; sont- ce là les signes
de l'inflammation ? ou plutôt , n'est - ce
pas là une Métastase , c'est - à - dire , un
transport de l'humeur de la maladie dans
un autre ? Dans cet état il faut reveiller
ranimer ; on donne le Kerinès , nous en
attendons de grands succès, nous ne sommes
point trompez ; prouver qu'il convient
dans ce cas où il n'y a ni poux , ni
force , ni douleur de côté , &c. certainement
c'est prouver qu'il ne convient
point du tout dans les inflammations ;
l'expérience nous est donc fávorable¸
car nous ne sommes point du tout d'avis
de bannir le Kermès de la Medecine ,
soit parce que , comme quelques uns ont
dit , c'est un Remede nouveau , ou parce
I. Vol qu'il
JUIN. 1733
1067
qu'il a fait fortune par le moïen d'un
Frere Chartreux. Nous applaudissons à
son entrée dans la Médecine , pourvû
qu'il convienne quelquefois. Un Médecin
ne méprise rien , tout lui plaît , tout
lui sert dans l'unique but qu'il a de guérir
; nous n'avons que voulu faire voir
les cas où le Kermès ne convenoit pas ,
et ceux où il convenoit en general , pour
montrer aux jeunes Médecins de Province
à ne se point trop laisser entraîner par
le bruit des Conquêtes que l'on attribue
au Kermès minéral.
Fermer
Résumé : ECLAIRCISSEMENT au sujet de deux Theses de Medecine. Extrait d'une Lettre, du 11 Mars 1733.
Le document est une lettre datée du 11 mars 1733, répondant à des questions du Journal des Sçavans sur deux thèses de médecine concernant le Kermès minéral. L'auteur clarifie les divergences entre les thèses, notamment sur l'utilisation du Kermès dans les inflammations. La première thèse recommande le Kermès pour son analogie avec l'humeur vitiée dans les inflammations. L'auteur de la lettre défend une autre approche, affirmant que le Kermès augmente l'inflammation en poussant le sang dans les vaisseaux capillaires et lymphatiques. Il reconnaît que le Kermès atténue la lymphe, mais précise qu'il le fait en allumant et en embrasant la lymphe, ce qui augmente l'embarras du sang. Un second éclaircissement porte sur un exemple où le Kermès semble efficace, mais l'auteur explique que cet exemple concerne une métastase, prouvant ainsi que le Kermès ne convient pas dans les inflammations. L'auteur conclut en affirmant que le Kermès peut être utile dans certains cas et que les médecins doivent savoir quand l'utiliser, sans se laisser influencer par son succès récent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
33
p. 1154-1161
Traité de l'Opinion, [titre d'après la table]
Début :
Nous achevons ici l'Extrait du Traité de l'Opinion, bien moins [...]
Mots clefs :
Opinions, Traité, Médecine, Matière, Dieu, Astronomie, Naturalistes, Politique, Commencement, Esprit humain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité de l'Opinion, [titre d'après la table]
Ous acheverons ici l'Extrait du
N Traité de l'Opinion , bien moins.
pour faire connoître un Ouvrage dont
la réputation est autant répandue et aussi
bien établie que pour nous acquitter de
notre promesse. Les Citations d'un Ouvra
ge n'entrent pas ordinairemens dan tunExtrait;
nous nous contenterons d'observer à
cet égard qu'on trouve sur chaque matiere
le précis de ce que les Auteurs anciens
et modernes ont dit de plus remarquable
, que leurs propres paroles sont souvent
citées , et les passages toujours choisis
avec discernement , ensorte que dans
la seule lecture de cet Ouvrage on peut
recueillir le fruit de beaucoup de travail
et de recherches en tout genre.
Le quatrième Livre , où nous avons
terminé la premiere partie de notre Extrait
, renferme principalement les contradictions
des Savans sur la Physique ,
l'Astronomie et la Médecine ; les impostures
des Alchimistes et des Astrologues,
les opinions outrées des Naturalistes , et
I. Vol. en
JUIN. 1733. 1155
en même-temps les progrès de l'Esprit
humain et ses nouvelles découvertes dans
les Sciences qui ont des objets corporels.
Le Chapitre premier contient quelques
objections faites aux Mathématiciens
avec des Refléxions sur le systême de
l'infini et sur l'état présent de la Géométrie.
Les trois Figures placées au commencement
du Chapitre de la Physique ,
représentent,l'une les Tourbillons de Descartes
, et les deux autres , la Masse du
Soleil , composée , selon Descartes , de la
matiere subtile , et selon l'Auteur da
Traité de l'Opinion , de la matiere compacte
du troisiéme Element , penetrée de
la matiere subtile du premier. Tout ce
qu'il dit à cet égard est neuf et digne
de l'attention des plus habiles Physiciens.
Le Chapitre de l'Astronomie explique
les quatre principaux Systêmes de Ptolomée
, de Copernic , de Tycho- Brahé et
de Longomontan , et renferme les dif
ferentes opinions des Astronomes , entre
lesquelles il se trouve de prodigieuses
distances. Après avoir observé qu'il y a
telle Etoile , qu'on croit avec raison plu
sieurs millions de fois plus grande que
le Soleil , et qu'il est inconcevable de
combien la grandeur de cette Etoile surpasse
celle du Globe de la Terre , que
I. Vola
l'Astro1156
MERCURE DE FRANCE
l'Astronomie la plus nouvelle tient plus
petit que le Soleil un million de fois ,
Î'Auteur ajoûte : » C'est ainsi que plus on
» fait de progrès dans une Science , plus
» l'objet auquel tendent nos travaux , sem-
» ble s'éloigner de nous ; plus on acquiert
» de connoissances , plus on s'apperçoit
» de l'étenduë de celles qui manquent ,
» et comme le sçavant , semblable à l'am-
» bitieux , ne regarde jamais derriere lui ,
plus il apprend , plus il ignore. Ses dé-
»couvertes lui offrent des travaux de plus
» en plus inépuisables,il demeure convain-
» cu de la maxime de Socrate , qu'il ne sçait
>>autre chose , sinon qu'il ne sçait rien .
Il est ensuite traité de la Médecine.
L'Auteur a dit dans sa Préface qu'il ne
peut se refuser la satisfaction de déclarerson
sentiment particulier ; sçavoir , que si
la Médecine est un Art en lui - même rempli
d'incertitude et de dangers , il n'y
a point de secours plus nécessaire à un
malade que celui de la prudence d'un
bon Médecin , et qu'il y auroit une grande
témérité de prétendre se conduire par
son goût ou par ses lumieres dans l'état
auquel on est réduit par la maladie . Ce
Chapitre de la Médecine expose les differens
systêmes et les contradictions des
Médecins , les changemens arrivez dans
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1157
la Médecine , les contestations survenuës
au sujet de l'Emétique , avec des Dissertations
sur les manieres de traiter la petite
verole , sur les saignées et sur les dé
couvertes nouvelles de la Médecine.
Le Chapitre suivant de la Chimie est
écrit de cette maniere , également instructive
et amusante , dont l'Auteur ne s'écarte
jamais , et avec la clarté qu'il sçait répandre
sur toutes sortes de sujets . Il dévoile
les supercheries des Alchimistes et réfute
leurs raisonnemens les plus spécieux;
mais il rend justice aux découvertes utiles
d'une Chimie très- sage , qui ne s'applique
qu'à la connoissance de la Nature
et à la préparation des Remedes.
Les préceptes frivoles de l'Astrologie
judiciaire sont détruits et renversez dans
le Chapitre sixième. Les exemples des
prédictions les plus célebres , n'y sont
pas oubliés. Les autres especes de divinations
prétendues naturelles , comme
phisionomie , Chiromancie , Talismans
&c. sont traitées suivant la méthode de
rapporter les opinions des anciens et des
modernes avec les exemples historiques.
Dans le Chapitre des Naturalistes ,
P'Auteur avertit que le vrai se trouve
mêlé avec le faux , et qu'il lui eut été
impossible d'assigner les limites de l'un
I. Vol. et
1158 MERCURE DE FRANCE
de l'autre. Ce mêlange des opinions des
Naturalistes , dont les unes sont outrées
à l'excès , d'autres fort incertaines , et
quelques- unes veritables, fournit des Mémoires
très - amples pour l'Histoire de
l'Esprit humain sur cette matiere .
La Dissertation sur les Arts n'est pas
moins curieuse , et l'Auteur discute cnsuite
en Philosophe profond , les opinions
sur la formation des idées , et ce qui regarde
l'imagination et les sens .
>
Dans le Livre cinquième qui traite de
la Politique , il fait connoître les differentes
sortes de Gouvernemens par l'Histoire
ancienne et moderne ; il donne des
Tableaux finis des Etats de la Grèce et
de la République Romaine ; il explique
avec une grande connoissance du Droit
Public , la véritable constitution du Gouvernement
de France ; il marche d'un
pas hardi et ferme entre les écueils , et
il réfute avec force les fausses opinions
répandues sur des matieres si importantes.
Dans le second Chapitre , l'Auteur
éxamine les maximes politiques. Il excepte
du nombre des opinions quelques
principes certains , par exemple , que
comme Archimede ne demandoit qu'un
point d'appui , pour remuer le Globe de
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1159
fa Terre à son gré , ce point d'appui
pour la politique est la bonne foi ; que
le principe de toute verité étant que Dieu
est incapable de tromper , le principe de
toute bonne politique est aussi que le
Monarque soit incapable de tromper ;
que les hommes ne résisteront jamais à
un Empire qui réunit la justice et la
force , &c.
Le sixième Livre renferme les pensées
les plus sublimes , en même temps que
les opinions les plus déraisonnables sur
la Morale et les differentes Loix et Coûtumes
des Peuples. Le Chapitre des Loix
commence par une réfutation très forte
de Spinosa , de Montagne et autres qui
ont nié une justice naturelle ; et l'Auteur
établit que les grands principes de Morale
sont susceptibles de démonstration.
On trouve dans ce Chapitre une Histoire
plus étendue que par tout ailleurs ,
de toutes les épreuves appellées Jugemens
de Dieu."
La diversité des Coûtumes est propo
sée comme une source de Refléxions salutaires.
Le Lecteur s'y trouve disposé
par ce commencement du cinquième
Chapitre, » Platon remercioit Dieu de
l'avoir fait homme et non pas bête ,
Grec er non pas Barbare ; pour nous en
I. Vol.
» faisant
1160 MERCURE DE FRANCE
ノ
» sant refléxion sur plusieurs Coûtumes .
» et opinions abominables qui inondent
» la surface de la Terre , concevons - en
» une juste horreur et remercions Dieu
» de nous avoir fait naître Chrétiens , sous
» une domination équitable et dans un
» siecle éclairé .... Les meilleures ins-
>> tructions se tirent quelquefois des exem-
» ples les plus défectueux ; Ismenias fai-
» soit entendre à ses Ecoliers les plus
» mauvais Joueurs de flute ; le pere d'Ho-
» race lui mettoit devant les yeux la Jeu-
» nesse de Rome la plus corrompuë ;
»Quintilien vouloit que les Professeurs
d'Eloquence lûssent à leurs Disciples
» des Oraisons d'un stile insipide ; les La-
» cédémoniens obligeoient les Ilotes de
» s'enyvrer en présence de leurs enfans
& c.
ر د
>>
L'Ouvrage est terminé par une Dissertation
éloquente sur la douleur et sur
la mort. Mais nous nous appercevons
que nous passons les bornes d'un Extrait
; nous ajoûterons seulement que
ceux qui ont acheté des Exemplaires
du Traité de l'Opinion , sont avertis que
l'Auteur à joint à chaque volume quelques
Observations. Ils les trouveront
contenues séparément dans une petite
Brochure , chez Antoine - Claude Brias-
I. Vel. son
JUIN. 1733. 1161
son , qui débite présentement ce Traité ;
et à l'égard des Exemplaires qui seront
vendus par la suite , ces Observations y
seront insérées au commencement de
chaque volume . Elles renferment des
Eclaircissemens , Additions , Corrections
et un Errata plus exact .
N Traité de l'Opinion , bien moins.
pour faire connoître un Ouvrage dont
la réputation est autant répandue et aussi
bien établie que pour nous acquitter de
notre promesse. Les Citations d'un Ouvra
ge n'entrent pas ordinairemens dan tunExtrait;
nous nous contenterons d'observer à
cet égard qu'on trouve sur chaque matiere
le précis de ce que les Auteurs anciens
et modernes ont dit de plus remarquable
, que leurs propres paroles sont souvent
citées , et les passages toujours choisis
avec discernement , ensorte que dans
la seule lecture de cet Ouvrage on peut
recueillir le fruit de beaucoup de travail
et de recherches en tout genre.
Le quatrième Livre , où nous avons
terminé la premiere partie de notre Extrait
, renferme principalement les contradictions
des Savans sur la Physique ,
l'Astronomie et la Médecine ; les impostures
des Alchimistes et des Astrologues,
les opinions outrées des Naturalistes , et
I. Vol. en
JUIN. 1733. 1155
en même-temps les progrès de l'Esprit
humain et ses nouvelles découvertes dans
les Sciences qui ont des objets corporels.
Le Chapitre premier contient quelques
objections faites aux Mathématiciens
avec des Refléxions sur le systême de
l'infini et sur l'état présent de la Géométrie.
Les trois Figures placées au commencement
du Chapitre de la Physique ,
représentent,l'une les Tourbillons de Descartes
, et les deux autres , la Masse du
Soleil , composée , selon Descartes , de la
matiere subtile , et selon l'Auteur da
Traité de l'Opinion , de la matiere compacte
du troisiéme Element , penetrée de
la matiere subtile du premier. Tout ce
qu'il dit à cet égard est neuf et digne
de l'attention des plus habiles Physiciens.
Le Chapitre de l'Astronomie explique
les quatre principaux Systêmes de Ptolomée
, de Copernic , de Tycho- Brahé et
de Longomontan , et renferme les dif
ferentes opinions des Astronomes , entre
lesquelles il se trouve de prodigieuses
distances. Après avoir observé qu'il y a
telle Etoile , qu'on croit avec raison plu
sieurs millions de fois plus grande que
le Soleil , et qu'il est inconcevable de
combien la grandeur de cette Etoile surpasse
celle du Globe de la Terre , que
I. Vola
l'Astro1156
MERCURE DE FRANCE
l'Astronomie la plus nouvelle tient plus
petit que le Soleil un million de fois ,
Î'Auteur ajoûte : » C'est ainsi que plus on
» fait de progrès dans une Science , plus
» l'objet auquel tendent nos travaux , sem-
» ble s'éloigner de nous ; plus on acquiert
» de connoissances , plus on s'apperçoit
» de l'étenduë de celles qui manquent ,
» et comme le sçavant , semblable à l'am-
» bitieux , ne regarde jamais derriere lui ,
plus il apprend , plus il ignore. Ses dé-
»couvertes lui offrent des travaux de plus
» en plus inépuisables,il demeure convain-
» cu de la maxime de Socrate , qu'il ne sçait
>>autre chose , sinon qu'il ne sçait rien .
Il est ensuite traité de la Médecine.
L'Auteur a dit dans sa Préface qu'il ne
peut se refuser la satisfaction de déclarerson
sentiment particulier ; sçavoir , que si
la Médecine est un Art en lui - même rempli
d'incertitude et de dangers , il n'y
a point de secours plus nécessaire à un
malade que celui de la prudence d'un
bon Médecin , et qu'il y auroit une grande
témérité de prétendre se conduire par
son goût ou par ses lumieres dans l'état
auquel on est réduit par la maladie . Ce
Chapitre de la Médecine expose les differens
systêmes et les contradictions des
Médecins , les changemens arrivez dans
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1157
la Médecine , les contestations survenuës
au sujet de l'Emétique , avec des Dissertations
sur les manieres de traiter la petite
verole , sur les saignées et sur les dé
couvertes nouvelles de la Médecine.
Le Chapitre suivant de la Chimie est
écrit de cette maniere , également instructive
et amusante , dont l'Auteur ne s'écarte
jamais , et avec la clarté qu'il sçait répandre
sur toutes sortes de sujets . Il dévoile
les supercheries des Alchimistes et réfute
leurs raisonnemens les plus spécieux;
mais il rend justice aux découvertes utiles
d'une Chimie très- sage , qui ne s'applique
qu'à la connoissance de la Nature
et à la préparation des Remedes.
Les préceptes frivoles de l'Astrologie
judiciaire sont détruits et renversez dans
le Chapitre sixième. Les exemples des
prédictions les plus célebres , n'y sont
pas oubliés. Les autres especes de divinations
prétendues naturelles , comme
phisionomie , Chiromancie , Talismans
&c. sont traitées suivant la méthode de
rapporter les opinions des anciens et des
modernes avec les exemples historiques.
Dans le Chapitre des Naturalistes ,
P'Auteur avertit que le vrai se trouve
mêlé avec le faux , et qu'il lui eut été
impossible d'assigner les limites de l'un
I. Vol. et
1158 MERCURE DE FRANCE
de l'autre. Ce mêlange des opinions des
Naturalistes , dont les unes sont outrées
à l'excès , d'autres fort incertaines , et
quelques- unes veritables, fournit des Mémoires
très - amples pour l'Histoire de
l'Esprit humain sur cette matiere .
La Dissertation sur les Arts n'est pas
moins curieuse , et l'Auteur discute cnsuite
en Philosophe profond , les opinions
sur la formation des idées , et ce qui regarde
l'imagination et les sens .
>
Dans le Livre cinquième qui traite de
la Politique , il fait connoître les differentes
sortes de Gouvernemens par l'Histoire
ancienne et moderne ; il donne des
Tableaux finis des Etats de la Grèce et
de la République Romaine ; il explique
avec une grande connoissance du Droit
Public , la véritable constitution du Gouvernement
de France ; il marche d'un
pas hardi et ferme entre les écueils , et
il réfute avec force les fausses opinions
répandues sur des matieres si importantes.
Dans le second Chapitre , l'Auteur
éxamine les maximes politiques. Il excepte
du nombre des opinions quelques
principes certains , par exemple , que
comme Archimede ne demandoit qu'un
point d'appui , pour remuer le Globe de
1. Vol. la
JUIN. 1733. 1159
fa Terre à son gré , ce point d'appui
pour la politique est la bonne foi ; que
le principe de toute verité étant que Dieu
est incapable de tromper , le principe de
toute bonne politique est aussi que le
Monarque soit incapable de tromper ;
que les hommes ne résisteront jamais à
un Empire qui réunit la justice et la
force , &c.
Le sixième Livre renferme les pensées
les plus sublimes , en même temps que
les opinions les plus déraisonnables sur
la Morale et les differentes Loix et Coûtumes
des Peuples. Le Chapitre des Loix
commence par une réfutation très forte
de Spinosa , de Montagne et autres qui
ont nié une justice naturelle ; et l'Auteur
établit que les grands principes de Morale
sont susceptibles de démonstration.
On trouve dans ce Chapitre une Histoire
plus étendue que par tout ailleurs ,
de toutes les épreuves appellées Jugemens
de Dieu."
La diversité des Coûtumes est propo
sée comme une source de Refléxions salutaires.
Le Lecteur s'y trouve disposé
par ce commencement du cinquième
Chapitre, » Platon remercioit Dieu de
l'avoir fait homme et non pas bête ,
Grec er non pas Barbare ; pour nous en
I. Vol.
» faisant
1160 MERCURE DE FRANCE
ノ
» sant refléxion sur plusieurs Coûtumes .
» et opinions abominables qui inondent
» la surface de la Terre , concevons - en
» une juste horreur et remercions Dieu
» de nous avoir fait naître Chrétiens , sous
» une domination équitable et dans un
» siecle éclairé .... Les meilleures ins-
>> tructions se tirent quelquefois des exem-
» ples les plus défectueux ; Ismenias fai-
» soit entendre à ses Ecoliers les plus
» mauvais Joueurs de flute ; le pere d'Ho-
» race lui mettoit devant les yeux la Jeu-
» nesse de Rome la plus corrompuë ;
»Quintilien vouloit que les Professeurs
d'Eloquence lûssent à leurs Disciples
» des Oraisons d'un stile insipide ; les La-
» cédémoniens obligeoient les Ilotes de
» s'enyvrer en présence de leurs enfans
& c.
ر د
>>
L'Ouvrage est terminé par une Dissertation
éloquente sur la douleur et sur
la mort. Mais nous nous appercevons
que nous passons les bornes d'un Extrait
; nous ajoûterons seulement que
ceux qui ont acheté des Exemplaires
du Traité de l'Opinion , sont avertis que
l'Auteur à joint à chaque volume quelques
Observations. Ils les trouveront
contenues séparément dans une petite
Brochure , chez Antoine - Claude Brias-
I. Vel. son
JUIN. 1733. 1161
son , qui débite présentement ce Traité ;
et à l'égard des Exemplaires qui seront
vendus par la suite , ces Observations y
seront insérées au commencement de
chaque volume . Elles renferment des
Eclaircissemens , Additions , Corrections
et un Errata plus exact .
Fermer
Résumé : Traité de l'Opinion, [titre d'après la table]
Le 'Traité de l'Opinion' explore divers sujets à travers plusieurs livres, en mettant l'accent sur les contradictions et les progrès dans différentes disciplines scientifiques et philosophiques. Le quatrième livre examine les divergences entre savants, les impostures des alchimistes et des astrologues, ainsi que les avancées scientifiques. En physique, il discute des tourbillons de Descartes et des opinions sur la matière. En astronomie, il présente les systèmes de Ptolémée, Copernic, Tycho Brahé et Longomontan, soulignant l'immensité de l'univers et l'ignorance persistante malgré les progrès. La médecine est abordée en mettant en avant les incertitudes et la nécessité de la prudence médicale. La chimie est analysée en révélant les supercheries des alchimistes et en valorisant les découvertes utiles. L'astrologie est critiquée pour ses prédictions frivoles. Les naturalistes sont étudiés pour leur mélange d'opinions vraies et fausses. Le cinquième livre traite des différentes formes de gouvernements et des maximes politiques, insistant sur la bonne foi et la justice. Le sixième livre explore la morale et les lois, réfutant les opinions nihilistes et proposant des réflexions sur les coutumes diverses. L'ouvrage se termine par une dissertation sur la douleur et la mort. Des observations supplémentaires sont disponibles séparément ou insérées dans les futurs exemplaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
34
p. 1331-1341
SUITE des réfléxions sur la bizarerie des Usages. Par M. Capperon, ancien Doyen de Saint Maxent.
Début :
L'Homme s'aimant à l'excès, il s'ensuit qu'il aime et qu'il estime tout [...]
Mots clefs :
Usage, Force, Excès, Bizarre, Santé, Corps, Usages, Médecine, Jeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des réfléxions sur la bizarerie des Usages. Par M. Capperon, ancien Doyen de Saint Maxent.
SUITE des réfléxions sur la bizarerie
des Usages. Par M. Capperon , ancien
Doyen de Saint Maxent.
L
'Homme s'aimant à l'excès , il s'ensuit
qu'il aime et qu'il estime tout
ce qui le touche de plus près. Il sent même
un plaisir secret à se persuader , soit
par les épreuves qu'il peut faire , soit par
l'approbation des autres , que ce qu'il
estime en lui , est véritablement grand et
absolument estimable. C'est de cette disposition
si naturelle à l'homme, que sont
sorties , non seulement les bizarèries qui
ont rapport à l'usage des sens et aux productions
de l'esprit , dont j'ai cy- devant
parlé , mais plusieurs autres encore qui
ont paru,qui paroissent et qui paroîtront
dans. le temps à venir .
Me faisant donc un plaisir de relever .
ces excès ; et chacun pouvant en trouver
comme moi à les connoître , à les blâmer
et peut -être même à en rire , principa
lement lorsqu'ils sont passez ; car il n'en
est pas ainsi lorsqu'ils subsistent et qu'ils
sont en vogue : je crois qu'il ne déplaira
pas que je continuë mes Refléxions sur
ce sujet; et qu'après avoir parlé des
II. Vol. Dij usa1332
MERCURE DE FRANCE
usages bizares , provenus du désir de satisfaire
les sens et de faire remarquer la
beauté et l'excellence de l'esprit , je passe
aujourd'hui à ceux qui se sont formez
par le désir excessif de ménager et de
conserver la santé du corps , et de faire
valoir sa force et son adresse.
Il n'est pas necessaire que je dise , que
la santé est le bien le plus précieux de la
vie; qu'il est juste , pour une infinité de
raisons , de la menager et de la conserver
; tout le monde en est assez persuadé:
mais comme tout excès est blâmable , il
ne convient pas , sans doute , de le faire
si scrupuleusement , qu'on cesse d'en profiter
de peur de la perdre , qu'on ne s'en
serve que pour l'étudier et y veiller , que
dans le dessein de la rétablir on use des
moyens propres à la déranger,ou à la détruire
; ce sont neanmoins ces excès qui
ont introduit divers usages tres - singuliers
et tres bizares .
On sçait jusqu'à quel excès les anciens
ont poussé l'usage des Bains , qu'ils
croioient, à la vérité, nécessaires pour la
propreté du corps , mais qu'ils ne croioient
pas moins convenables pour conserver la
santé , ainsi qu'on le pense et qu'on l'observe
encore aujourd'hui , mais avec plus
de moderation et pour le seul besoin ; ce
I.Vol.
que
JUI N. 1733. 1333
•
que les anciens ne faisoient pas , ayant
porté cet usage bien au- delà de ce qui
convenoit : Car n'étoit- ce pas un excès
tout-à-fait bizare chez les Romains , non
seulement d'aller chaque jour au Bain
avant que de souper , mais d'y aller plusieurs
fois par jour . Les Empereurs Commode
et Gordien le jeune y alloient jusqu'à
sept ou huit fois a . N'étoit - ce pas
une vraie bizarerie de s'y faire frotter le
corps avec une espece d'Etrille b . Mais
ce qui étoit un excès beaucoup plus
criant , c'est que ces Bains étoient communs
pour les hommes et pour les femmes
; ce qui a même duré dans le Christianisme
pendant près de trois siecles
malgré les Loix de l'Eglise et des plus sages
Empereurs. Enfin l'attrait pour ces
Bains étoit si violent , qu'un Auteur a
très- bien remarqué, qu'il n'y a point d'ouvrages
des anciens , où les Empereurs
Romains ayent fait paroître plus de somptuosité
et de folie, que pour les Thermes ,
qui étoient les lieux où se prenoient ces
Bains c.
a Rosinus. Antiq. Roman . lib. 1. cap. 14.
b Strigile autem usos fuisse antiquos ad fricandum
, purgandumque corpus. Rosin. ibid. de Balneis.
c In nullis antiquorum operibus plus luxus et
Il. Vol. Diiij Si
1334 MERCURE DE FRANCE
Si nous passons aux remedes qu'on a
employez pour rétablir la santé alterée
par quelque infirmité , quelle bizarerie
ne trouverons - nous pas ? Il n'y a pour en
juger qu'à lire ce que dit le Clerc dans
son Histoire de la Médecine : Part. 1. liv.
3. chap. 26. où il rapporte de quelle maniere
on traitoit certaines maladies du
temps même du fameux Hypocrate , ce
qui paroît tout-à- fait bizare. " ¦
Il dit que lorsqu'on vouloit nettoyer le
bas ventre , on introduisoit dans l'Anus
un Soufflet de Forgeron ; qu'après avoir
fait enfler le ventre par ce moyen, le
Soufflet étant tiré , on donnoit le lavevement.
Pour guérir les Phtisyques , on
leur brûloit le dos et la poitrine , et on
tenoit les Ulceres ouverts pendant certain
temps. Pour les maux de tête on appliquoit
huit cauteres autour de la tête ;
que si cela ne suffisoit pas , on faisoit
pareillement
autour de la tête une incision
en forme de couronne , qui passoit d'un
bout à l'autre du front. On en faisoit autant
pour guérir les maux des yeux . Pour
les Convulsions , après avoir saigné , on
usoit de Sternutatoire , et on faisoit du
feu des deux côtez du lit du malade .
insania cernitur quam in Thermis Imperatorum.
Georg. Fabric, in suâ Româ.
II. Vol. L'us
JUIN. 1733. 1335
L'usage de cauteriser et de brûler le
corps en differens endroits , pour guérir
différens maux, a duré long- temps ; cette
Medecine grossiere et cruelle , continue
encore dans l'Affrique , la Chine , le Japon
et autres païs Orientaux , comme
aussi chez les Sauvages de l'Amérique
qui se servent à cet effet de bois pourri
à cause que la chaleur
en est moins
active.
C'étoit
des païs Orientaux
qu'étoit
venu en France
et ailleurs
l'usage
du
Moxa , qui consistoit
à faire bruler cette
espece
de filasse , sur la partie
attaque
de la goutte
, pour en guérir
, mais ce re
mede
caustique
a fait peu de progrès
;
car comme
disoit un Seigneur
Anglois
à qui les Médecins
l'avoient
ordonné
quel crime ai-je donc commis , pour que
je sois condamné
à être brûlé vif.
2
On peut mettre au nombre des usages:
bizares, en fait de Médecine , la fantaisie:
qu'on a euë de pendre au col , ou de por
ter sur soi , diverses choses qu'on a crûës :
spécifiques pour se guérir ou se préserver
de certains maux;c'est de ces usages , qu'est :
venue aux femmes , la mode de porter au
trefois des Coliers d'Ambre et de Corail
comme à plusieurs autres de mettre aux
doigts des Bagues garnies de prétendus:
Talismans. Ce n'étoit pas un usage moms:
H..Vol. D v bi
1336 MERCURE DE FRANCE
bizare de consulter les Astres , et sur tout
la Lune , pour sçavoit s'il convenoit de
prendre le moindre remede , afin de s'asseurer
de son efficacité ; c'est pourquoi
les Prédictions qui se donnoient chaque
année au public, marquoient précisément
les jours auxquels il convenoit de se faire
saigner , de prendre medecine , ou d'u
ser de ventouses. L'Etoile ou constellation
, nommée la Canicule, étoit marquée
comme la plus nuisible , pendant tout le
temps qu'elle dominoir , de quoi plusieurs
encore aujourd'hui ne sont pas désabuscz.
On peut voir un échantillon de la bizarerie
qui regnoit au neuviéme siecle ,
touchant la medecine , par le conseil que
Pardule, Evêque de Laon donnoit à Hincmar,
Archevêque de Reims , qui relevoit
d'une maladie a ; sçavoir , que pour rétablir
sa santé , il devoit bien se garder
de manger des petits Poissons , particu
lierement le jour qu'on les auroit tirés
de l'eau , non plus que de toute autre
viande nouvelle , soit Volailles ou autres
animaux , tuez du même jour ; qu'avant
que de les manger , il falloit bien les saler
, afin d'en dessecher toute l'humidité,
Hincmar , tom . p . 838.
II. Vole
qu'il
JUIN. 1733.1337
qu'il devoit principalement manger, du
Lard , et n'user que de la chair des animaux
à quatre pieds,ayant soin sur tout ,
de s'abstenir de Persil , l'assurant que
sans ce regime , il étoit tres difficille à
toute personne convalescente , de rétablir
la foiblesse de son estomac . Je crois qu'aujourd'hui
peu de gens s'accommoderoient
en pareil cas , d'une semblable ordonnance.
Autre bizarerie de Medecine qui regnoit
en France du temps du Roy Sainr
Louis , et qui consistoit à saigner à l'excès
, dans l'esperance de conserver par
ce moyen sa santé : on le voit par les
Regles que ce Prince donna aux Religieuses
de l'Hôtel - Dieu de Pontoise , par
lesquelles il ne leur étoit permis de se
faire saigner que six fois par an , les
temps même où elles le devoient faire
étant précisément marquez ; sçavoir , à
Noël , au commencement du Carême , à
Pâque , à la S.Pierre, dans le mois d'Août
et à la Toussaint a
De la santé je passe à la force du corps,.
où je fais voir si l'attachement
, que
qu'on a pour l'une a donné lieu à la bizarerie
de quelques usages , l'autre en a
a Patru , Plaid, pour Madame dé Guénégaud.-
II. Vol. Dvj, pro
1338 MERCURE DE FRANCE
produit, dont l'excès est encore allé beaucoup
plus loin. On ne peut pas dourǝt
qu'on ne sente un plaisir secret à éprouver
så force et à là faire remarquer aux
autres ; ce que font tous les jours les énfans
en est la preuve ; ce n'est que dans
le dessein de se procurer ce plaisir, qu'ils
s'empressent à sonner les Cloches d'une
Eglise ; que dans leurs jeux , un de leurs
plus grands plaisirs , est d'essayer à qui
sautera le plus haut , ou le plus loin , à
qui courra le plus fort , ou qui par sa
force , terrassera le mieux son camarade.
Ce que ce sentiment naturel opera
dans les enfans , il le fait également dans
les personnes plus âgées , mais avec cette
différence , que și plusieurs , par l'usage
qu'ils font de leur raison , s'y prêtent
moins que les enfans ; il ne s'en est trouvé
que trop , qui , pour s'y étre abandonnez
sans mestre , ont donné dans des
excès , qu'on peut regarder, à juste titre ,
comme des bizareries les plus outrées .
L'usage dont parle S.Jérôme , qui sub
sistoit de son temps , et qui consistoit à
donner au public des preuves de sa force,
n'étoit pas, à la verité , ni si bizare , ni
si outré ; il ne pouvoit même passer pour
bizare , qu'autant que les hommes , qui
devoient pardessus tout faire valoir la
Il.Vol dé
JUIN.. 17337 1339
3
délicatesse de leur esprit , se picquqient
trop alors de faire admirer la force de
leur corps , privilege dont les animaux
les plus grossiers sont beaucoup plus
avantagez qu'eux . Il consistoit donc cet
usage , en ce que , selon ce Pere a , il n'y
avoit dans la Judée où il demeuroit , ni
Ville , ni Bourg , ni Village , ni si petit .
Château , où il n'y eut de
Pierres
grosses
rondes , uniquement destinées pour exercer
les jeunes gens , et pour leur donnes
lieu de faire admirer au public jusqu'où
alloit leur force ; de sorte que pendant
qu'il y en avoit qui ne pouvoient élever
ces grosses Pierres que jusqu'à leurs ged
noux ou jusqu'à la moitié du corps , on
en voyoit d'autres qui les portoient jusques
sur leurs épaules , même sur leur tê
te , et c'étoient ceux là qui avoient tout
l'honneur ..
Il y a apparence que cet usage ne s'observoit
pas dans la scule Judée , puisque
ce Pere dit au même endroit , qu'il avoit
vû dans la Forteresse d'Athénes une
grosse Boule d'Airain , qui servoit aussi à
éprouver la force des Atheletes. Je croirois
même que cet usage avoit passé jusques
dans les Gaules ; que dis - je , jusques
a Hier. in Zachar. cap. 12
L. Vol.
dans
1340 MERCURE DE FRANCE
dans notre Ville d'Eu , qui subsistoit
bien avant ce temps-là , puisqu'on y a
vû jusqu'à nos jours , dans l'Hôtel de
Ville , de grosses Pierres de grès , parfaitement
rondes , au moins de quatre pieds
de circonférence , lesquelles y ont toujours
été , sans qu'on puisse sçavoir à
quel autre usage elles ont pû être destinées
.
Ce fut de cette inclination naturelle qui
naît,comme j'ai dit ,avec l'homme, d'estimer
sa force , et de se faire un plaisir dela
faire estimer aux autres , que l'exercice
des Atheletes , et les Jeux Olimpiques
si fameux dans toute la Grece , prirent
leur origine ; car en quoi consistoient ces-
Jeux , qui se renouveloient tous les quatre
ans , où les peuples couroient en foule
pour en être les spectateurs , où les victoires
et les couronnes qu'on y remportoit
combloient d'honneur ceux qui
étoient assez heureux pour avoir cet
avantage ? Ils consistoient ces Jeux , à
voir et à admirer , ceux qui dans la Lute
terrassoient le mieux , après differens efforts
, ceux contre lesquels ils lutoient, et
même ceux qui l'emportoient à la course
ou à donner des coups de poings , ou
à jetter le Palet avec plus de force et d'adresse
.
II. Vol.
Après
JUIN. 1733 . 1341'
pas
bizare
, que Après tout , ne paroît - il
ces Jeux que nous croïons aujourd'hui ne
convenir qu'à des enfans , ayent fait au--
trefois l'admiration et le spectacle le plus
recherche des peuples les plus polis ; que
pour s'y former , il falloit dès sa jeunesse
y être instruit et exercé par des Maîtres
; que pour acquerir la force et l'adresse
necessaire , il falloit observer un
régime de vie , qui retranchoit l'usage:
du vin , de plusieurs autres choses , et de
certains plaisirs permis. S. Paul même en
a fait une note a.Dailleurs ce qui doit pa➡
roître de plus outré et de plus honteusement
bizare dans ces Jeux , c'est que non
seulement les hommes abandonnant toute
pudeur , y paroissoient et y combattoient
entierement nuds ; mais que les
femmes ayent voulu aussi y prendre part
et y paroître de la même façon , comme
le rapporte Plutarque ; en quoi , après
tout , elles ne faisoient que suivre ce que
le prétendu divin Platon leur avoit ordonné
b , voulant qu'elles ne parussent
Couvertes que de leur seule vertu .
Le reste pour le prochain Mercure.
a Ep.
. 1. aux Corinth, ch.
b De Legib. liv. 6.
des Usages. Par M. Capperon , ancien
Doyen de Saint Maxent.
L
'Homme s'aimant à l'excès , il s'ensuit
qu'il aime et qu'il estime tout
ce qui le touche de plus près. Il sent même
un plaisir secret à se persuader , soit
par les épreuves qu'il peut faire , soit par
l'approbation des autres , que ce qu'il
estime en lui , est véritablement grand et
absolument estimable. C'est de cette disposition
si naturelle à l'homme, que sont
sorties , non seulement les bizarèries qui
ont rapport à l'usage des sens et aux productions
de l'esprit , dont j'ai cy- devant
parlé , mais plusieurs autres encore qui
ont paru,qui paroissent et qui paroîtront
dans. le temps à venir .
Me faisant donc un plaisir de relever .
ces excès ; et chacun pouvant en trouver
comme moi à les connoître , à les blâmer
et peut -être même à en rire , principa
lement lorsqu'ils sont passez ; car il n'en
est pas ainsi lorsqu'ils subsistent et qu'ils
sont en vogue : je crois qu'il ne déplaira
pas que je continuë mes Refléxions sur
ce sujet; et qu'après avoir parlé des
II. Vol. Dij usa1332
MERCURE DE FRANCE
usages bizares , provenus du désir de satisfaire
les sens et de faire remarquer la
beauté et l'excellence de l'esprit , je passe
aujourd'hui à ceux qui se sont formez
par le désir excessif de ménager et de
conserver la santé du corps , et de faire
valoir sa force et son adresse.
Il n'est pas necessaire que je dise , que
la santé est le bien le plus précieux de la
vie; qu'il est juste , pour une infinité de
raisons , de la menager et de la conserver
; tout le monde en est assez persuadé:
mais comme tout excès est blâmable , il
ne convient pas , sans doute , de le faire
si scrupuleusement , qu'on cesse d'en profiter
de peur de la perdre , qu'on ne s'en
serve que pour l'étudier et y veiller , que
dans le dessein de la rétablir on use des
moyens propres à la déranger,ou à la détruire
; ce sont neanmoins ces excès qui
ont introduit divers usages tres - singuliers
et tres bizares .
On sçait jusqu'à quel excès les anciens
ont poussé l'usage des Bains , qu'ils
croioient, à la vérité, nécessaires pour la
propreté du corps , mais qu'ils ne croioient
pas moins convenables pour conserver la
santé , ainsi qu'on le pense et qu'on l'observe
encore aujourd'hui , mais avec plus
de moderation et pour le seul besoin ; ce
I.Vol.
que
JUI N. 1733. 1333
•
que les anciens ne faisoient pas , ayant
porté cet usage bien au- delà de ce qui
convenoit : Car n'étoit- ce pas un excès
tout-à-fait bizare chez les Romains , non
seulement d'aller chaque jour au Bain
avant que de souper , mais d'y aller plusieurs
fois par jour . Les Empereurs Commode
et Gordien le jeune y alloient jusqu'à
sept ou huit fois a . N'étoit - ce pas
une vraie bizarerie de s'y faire frotter le
corps avec une espece d'Etrille b . Mais
ce qui étoit un excès beaucoup plus
criant , c'est que ces Bains étoient communs
pour les hommes et pour les femmes
; ce qui a même duré dans le Christianisme
pendant près de trois siecles
malgré les Loix de l'Eglise et des plus sages
Empereurs. Enfin l'attrait pour ces
Bains étoit si violent , qu'un Auteur a
très- bien remarqué, qu'il n'y a point d'ouvrages
des anciens , où les Empereurs
Romains ayent fait paroître plus de somptuosité
et de folie, que pour les Thermes ,
qui étoient les lieux où se prenoient ces
Bains c.
a Rosinus. Antiq. Roman . lib. 1. cap. 14.
b Strigile autem usos fuisse antiquos ad fricandum
, purgandumque corpus. Rosin. ibid. de Balneis.
c In nullis antiquorum operibus plus luxus et
Il. Vol. Diiij Si
1334 MERCURE DE FRANCE
Si nous passons aux remedes qu'on a
employez pour rétablir la santé alterée
par quelque infirmité , quelle bizarerie
ne trouverons - nous pas ? Il n'y a pour en
juger qu'à lire ce que dit le Clerc dans
son Histoire de la Médecine : Part. 1. liv.
3. chap. 26. où il rapporte de quelle maniere
on traitoit certaines maladies du
temps même du fameux Hypocrate , ce
qui paroît tout-à- fait bizare. " ¦
Il dit que lorsqu'on vouloit nettoyer le
bas ventre , on introduisoit dans l'Anus
un Soufflet de Forgeron ; qu'après avoir
fait enfler le ventre par ce moyen, le
Soufflet étant tiré , on donnoit le lavevement.
Pour guérir les Phtisyques , on
leur brûloit le dos et la poitrine , et on
tenoit les Ulceres ouverts pendant certain
temps. Pour les maux de tête on appliquoit
huit cauteres autour de la tête ;
que si cela ne suffisoit pas , on faisoit
pareillement
autour de la tête une incision
en forme de couronne , qui passoit d'un
bout à l'autre du front. On en faisoit autant
pour guérir les maux des yeux . Pour
les Convulsions , après avoir saigné , on
usoit de Sternutatoire , et on faisoit du
feu des deux côtez du lit du malade .
insania cernitur quam in Thermis Imperatorum.
Georg. Fabric, in suâ Româ.
II. Vol. L'us
JUIN. 1733. 1335
L'usage de cauteriser et de brûler le
corps en differens endroits , pour guérir
différens maux, a duré long- temps ; cette
Medecine grossiere et cruelle , continue
encore dans l'Affrique , la Chine , le Japon
et autres païs Orientaux , comme
aussi chez les Sauvages de l'Amérique
qui se servent à cet effet de bois pourri
à cause que la chaleur
en est moins
active.
C'étoit
des païs Orientaux
qu'étoit
venu en France
et ailleurs
l'usage
du
Moxa , qui consistoit
à faire bruler cette
espece
de filasse , sur la partie
attaque
de la goutte
, pour en guérir
, mais ce re
mede
caustique
a fait peu de progrès
;
car comme
disoit un Seigneur
Anglois
à qui les Médecins
l'avoient
ordonné
quel crime ai-je donc commis , pour que
je sois condamné
à être brûlé vif.
2
On peut mettre au nombre des usages:
bizares, en fait de Médecine , la fantaisie:
qu'on a euë de pendre au col , ou de por
ter sur soi , diverses choses qu'on a crûës :
spécifiques pour se guérir ou se préserver
de certains maux;c'est de ces usages , qu'est :
venue aux femmes , la mode de porter au
trefois des Coliers d'Ambre et de Corail
comme à plusieurs autres de mettre aux
doigts des Bagues garnies de prétendus:
Talismans. Ce n'étoit pas un usage moms:
H..Vol. D v bi
1336 MERCURE DE FRANCE
bizare de consulter les Astres , et sur tout
la Lune , pour sçavoit s'il convenoit de
prendre le moindre remede , afin de s'asseurer
de son efficacité ; c'est pourquoi
les Prédictions qui se donnoient chaque
année au public, marquoient précisément
les jours auxquels il convenoit de se faire
saigner , de prendre medecine , ou d'u
ser de ventouses. L'Etoile ou constellation
, nommée la Canicule, étoit marquée
comme la plus nuisible , pendant tout le
temps qu'elle dominoir , de quoi plusieurs
encore aujourd'hui ne sont pas désabuscz.
On peut voir un échantillon de la bizarerie
qui regnoit au neuviéme siecle ,
touchant la medecine , par le conseil que
Pardule, Evêque de Laon donnoit à Hincmar,
Archevêque de Reims , qui relevoit
d'une maladie a ; sçavoir , que pour rétablir
sa santé , il devoit bien se garder
de manger des petits Poissons , particu
lierement le jour qu'on les auroit tirés
de l'eau , non plus que de toute autre
viande nouvelle , soit Volailles ou autres
animaux , tuez du même jour ; qu'avant
que de les manger , il falloit bien les saler
, afin d'en dessecher toute l'humidité,
Hincmar , tom . p . 838.
II. Vole
qu'il
JUIN. 1733.1337
qu'il devoit principalement manger, du
Lard , et n'user que de la chair des animaux
à quatre pieds,ayant soin sur tout ,
de s'abstenir de Persil , l'assurant que
sans ce regime , il étoit tres difficille à
toute personne convalescente , de rétablir
la foiblesse de son estomac . Je crois qu'aujourd'hui
peu de gens s'accommoderoient
en pareil cas , d'une semblable ordonnance.
Autre bizarerie de Medecine qui regnoit
en France du temps du Roy Sainr
Louis , et qui consistoit à saigner à l'excès
, dans l'esperance de conserver par
ce moyen sa santé : on le voit par les
Regles que ce Prince donna aux Religieuses
de l'Hôtel - Dieu de Pontoise , par
lesquelles il ne leur étoit permis de se
faire saigner que six fois par an , les
temps même où elles le devoient faire
étant précisément marquez ; sçavoir , à
Noël , au commencement du Carême , à
Pâque , à la S.Pierre, dans le mois d'Août
et à la Toussaint a
De la santé je passe à la force du corps,.
où je fais voir si l'attachement
, que
qu'on a pour l'une a donné lieu à la bizarerie
de quelques usages , l'autre en a
a Patru , Plaid, pour Madame dé Guénégaud.-
II. Vol. Dvj, pro
1338 MERCURE DE FRANCE
produit, dont l'excès est encore allé beaucoup
plus loin. On ne peut pas dourǝt
qu'on ne sente un plaisir secret à éprouver
så force et à là faire remarquer aux
autres ; ce que font tous les jours les énfans
en est la preuve ; ce n'est que dans
le dessein de se procurer ce plaisir, qu'ils
s'empressent à sonner les Cloches d'une
Eglise ; que dans leurs jeux , un de leurs
plus grands plaisirs , est d'essayer à qui
sautera le plus haut , ou le plus loin , à
qui courra le plus fort , ou qui par sa
force , terrassera le mieux son camarade.
Ce que ce sentiment naturel opera
dans les enfans , il le fait également dans
les personnes plus âgées , mais avec cette
différence , que și plusieurs , par l'usage
qu'ils font de leur raison , s'y prêtent
moins que les enfans ; il ne s'en est trouvé
que trop , qui , pour s'y étre abandonnez
sans mestre , ont donné dans des
excès , qu'on peut regarder, à juste titre ,
comme des bizareries les plus outrées .
L'usage dont parle S.Jérôme , qui sub
sistoit de son temps , et qui consistoit à
donner au public des preuves de sa force,
n'étoit pas, à la verité , ni si bizare , ni
si outré ; il ne pouvoit même passer pour
bizare , qu'autant que les hommes , qui
devoient pardessus tout faire valoir la
Il.Vol dé
JUIN.. 17337 1339
3
délicatesse de leur esprit , se picquqient
trop alors de faire admirer la force de
leur corps , privilege dont les animaux
les plus grossiers sont beaucoup plus
avantagez qu'eux . Il consistoit donc cet
usage , en ce que , selon ce Pere a , il n'y
avoit dans la Judée où il demeuroit , ni
Ville , ni Bourg , ni Village , ni si petit .
Château , où il n'y eut de
Pierres
grosses
rondes , uniquement destinées pour exercer
les jeunes gens , et pour leur donnes
lieu de faire admirer au public jusqu'où
alloit leur force ; de sorte que pendant
qu'il y en avoit qui ne pouvoient élever
ces grosses Pierres que jusqu'à leurs ged
noux ou jusqu'à la moitié du corps , on
en voyoit d'autres qui les portoient jusques
sur leurs épaules , même sur leur tê
te , et c'étoient ceux là qui avoient tout
l'honneur ..
Il y a apparence que cet usage ne s'observoit
pas dans la scule Judée , puisque
ce Pere dit au même endroit , qu'il avoit
vû dans la Forteresse d'Athénes une
grosse Boule d'Airain , qui servoit aussi à
éprouver la force des Atheletes. Je croirois
même que cet usage avoit passé jusques
dans les Gaules ; que dis - je , jusques
a Hier. in Zachar. cap. 12
L. Vol.
dans
1340 MERCURE DE FRANCE
dans notre Ville d'Eu , qui subsistoit
bien avant ce temps-là , puisqu'on y a
vû jusqu'à nos jours , dans l'Hôtel de
Ville , de grosses Pierres de grès , parfaitement
rondes , au moins de quatre pieds
de circonférence , lesquelles y ont toujours
été , sans qu'on puisse sçavoir à
quel autre usage elles ont pû être destinées
.
Ce fut de cette inclination naturelle qui
naît,comme j'ai dit ,avec l'homme, d'estimer
sa force , et de se faire un plaisir dela
faire estimer aux autres , que l'exercice
des Atheletes , et les Jeux Olimpiques
si fameux dans toute la Grece , prirent
leur origine ; car en quoi consistoient ces-
Jeux , qui se renouveloient tous les quatre
ans , où les peuples couroient en foule
pour en être les spectateurs , où les victoires
et les couronnes qu'on y remportoit
combloient d'honneur ceux qui
étoient assez heureux pour avoir cet
avantage ? Ils consistoient ces Jeux , à
voir et à admirer , ceux qui dans la Lute
terrassoient le mieux , après differens efforts
, ceux contre lesquels ils lutoient, et
même ceux qui l'emportoient à la course
ou à donner des coups de poings , ou
à jetter le Palet avec plus de force et d'adresse
.
II. Vol.
Après
JUIN. 1733 . 1341'
pas
bizare
, que Après tout , ne paroît - il
ces Jeux que nous croïons aujourd'hui ne
convenir qu'à des enfans , ayent fait au--
trefois l'admiration et le spectacle le plus
recherche des peuples les plus polis ; que
pour s'y former , il falloit dès sa jeunesse
y être instruit et exercé par des Maîtres
; que pour acquerir la force et l'adresse
necessaire , il falloit observer un
régime de vie , qui retranchoit l'usage:
du vin , de plusieurs autres choses , et de
certains plaisirs permis. S. Paul même en
a fait une note a.Dailleurs ce qui doit pa➡
roître de plus outré et de plus honteusement
bizare dans ces Jeux , c'est que non
seulement les hommes abandonnant toute
pudeur , y paroissoient et y combattoient
entierement nuds ; mais que les
femmes ayent voulu aussi y prendre part
et y paroître de la même façon , comme
le rapporte Plutarque ; en quoi , après
tout , elles ne faisoient que suivre ce que
le prétendu divin Platon leur avoit ordonné
b , voulant qu'elles ne parussent
Couvertes que de leur seule vertu .
Le reste pour le prochain Mercure.
a Ep.
. 1. aux Corinth, ch.
b De Legib. liv. 6.
Fermer
Résumé : SUITE des réfléxions sur la bizarerie des Usages. Par M. Capperon, ancien Doyen de Saint Maxent.
Dans 'Suite des réflexions sur la bizarerie des Usages', M. Capperon analyse les excès et les bizarreries des usages humains, en particulier ceux relatifs à la santé et à la force physique. L'auteur note que les hommes ont tendance à surestimer leurs propres qualités et à rechercher l'approbation des autres, ce qui conduit à diverses bizarreries dans les usages des sens, des productions de l'esprit, ainsi que dans ceux liés à la santé et à la force. Capperon examine les excès dans la conservation de la santé, soulignant que bien que la santé soit précieuse, les excès dans sa préservation peuvent être blâmables. Il cite l'exemple des anciens Romains, qui poussaient l'usage des bains à des extrêmes, allant jusqu'à sept ou huit fois par jour, et partageaient les bains entre hommes et femmes, malgré les lois de l'Église. Le texte mentionne également des pratiques médicales bizarres, telles que l'utilisation de soufflets pour nettoyer le bas-ventre, la cautérisation pour guérir diverses maladies, et l'usage de talismans. Ces pratiques, bien que cruelles et grossières, ont perduré dans certaines régions du monde. L'auteur aborde aussi les usages bizarres liés à la force physique, comme les jeux olympiques en Grèce, où les athlètes s'affrontaient dans des compétitions de lutte, de course, et de lancer de palet. Ces jeux, bien que considérés comme enfantins aujourd'hui, étaient autrefois très prisés et nécessitaient un entraînement rigoureux et un régime de vie strict. En conclusion, le texte met en lumière les excès et les bizarreries des usages humains, tant dans la préservation de la santé que dans la démonstration de la force physique, soulignant la tendance naturelle des hommes à surestimer leurs propres qualités. Le texte mentionne également une directive attribuée à Platon, selon laquelle les femmes devaient se présenter couvertes uniquement de leur vertu, tirée de la lettre 1 aux Corinthiens et du livre 6 des Lois. Les détails supplémentaires sont reportés à une publication ultérieure intitulée 'Mercure'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
38
p. 108-116
« MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
Début :
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...]
Mots clefs :
Médecine, Médecine expérimentale, Maladies, Causes, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
MÉDECINE EXPÉRIMENTALE,
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
ou Réſultat de nouvelles obfervations - pratiques
& anatomiques , premiere partie.
A Paris , chez Duchefne , Libraire , rue
S. Jacques , au Temple du Goût. 1755.
Cet ouvrage n'eft pas moins intéreffant
JUIN. 1755. 109
par la forme que par le fond. L'auteur a
dépouillé la Médecine de ces termes barbares
, qui effraient autant un lecteur que
les maladies qu'ils expriment 5 il la fait
parler un langage clair & précis, qui la met
à la portée de tout le monde . On lit fon
premier volume comme un ouvrage de
pur agrément. Ce que je trouve de plus
eftimable dans cet Ecrivain , c'est qu'on
voit qu'il n'a voulu rendre fon livre élégant
que pour le rendre plus utile , &
qu'un zéle éclairé l'a produit d'après les
obfervations pour le bien de l'humanité :
c'eft dans ce fens qu'il eft beau d'être
philantrope. Travailler à prolonger la vie
des hommes , ou à la rendre moins douloureuſe
, voilà la vraie philofophie réduire
en pratique . Hypocrate à mes yeux mérite
mieux le nom de fage que Bias ou
Thalés . M. T ...... eft d'autant plus digne
de ce titre , qu'il exerce la fcience
de guérir les hommes fans intérêt ; le
feul qui l'anime eft la perfection de l'art
relativement à leur bien -être. Son traité
eft divifé en trois parties. Dans la premiere
qui paroît , il offre fes réflexions
fur les befoins de la Médecine , fur le danger
des fyftêmes , & fur la néceffité de l'obfervation
; il montre en même tems la
route particuliere qu'il a fuivie pour ob110
MERCURE DE FRANCE.
ferver , & donne enfuite le précis de quel-,
ques confidérations fur les maladies en
général , fur les maladies aiguës , fur les
maladies chroniques , fur l'air & fur les
alimens.
L'auteur prouve les befoins de l'art par
l'état actuel des hommes , quant à leur
multiplication & à leur conftitution . 1 ° .
C'eſt un fait conftaté , dit l'auteur , que
dans les deux premieres années de la vie
le tiers de l'humanité eft moiffonné , & il
paroît que cette proportion n'a pas toujours
eu lieu fi l'on a égard aux caufes qui
fomentent actuellement cette perte prématurée.
2 ° . L'abus qu'on fait des denrées
qu'on tire des Indes depuis leur découverte,
& l'excès qu'on fait des liqueurs fpiritueu
fes depuis l'introduction de l'eau-de - vie ,
font périr un vingt-huitieme des hommes.
3°. Les progrès lents ou rapides de ce mal ,
aujourd'hui fi répandu que la plus honnête,
femme n'en eft pas à l'abri , & qui n'eft connu
parmi nous que depuis deux cens foixante
ans environ, autorifent à croire qu'au
moins un autre vingt-huitieme des hommes
périt par ce poifon. 4°. L'apprêt pernicieux
des alimens qu'il dénature , l'irrégularité
des faifons & celle des moeurs , font un
nouveau ravage. Comme on fe livre avant
le tems au plaifir , on eft vieillard de
JUIN. 1755. 111
">
bonne heure , & la mort eft précoce .
» Les maladies , dit éloquemment M.
» T ... fe multiplient , & fe reproduifent
» à vue d'oeil. Celles qui étoient ou paf-
» foient pour fimples , deviennent fouvent
compliquées ; elles ne vont plus le front
» levé comme autrefois , elles empruntent
>> le mafque , elles jouent le Prothée , elles
» nous donnent le change , elles nous éga-
» rent ; les fymptômes en font plus fourds,
& par là plus aggravans : ainfi les hommes
» déja affoiblis par l'organiſation , font
» encore minés dans l'état de fanté même
» par les caufes qui peuvent fomenter cette
foibleffe , c'eft- à- dire que l'attaque, eft
» devenue beaucoup plus violente , & la dé-
» fenfe beaucoup plus difficile. ... Un coup
» de vent , ajoûte- t - il , abbat quelquefois
» tout-à- coup une partie des fruirs d'un
» verger , c'eft le fléau qui moiffonne. Une
» année humide & pluvieufe en fait tom-
» ber
peu-à -peu encore un plus grand nom-
» bre avant leur maturité , c'eſt le dépé-
» riffement en détail. Telle eſt malheureufement
notre pofition préſente vis- à- vis
» des fiécles reculés.
C'est-à-dire qu'il meurt aujourd'hui plus
d'hommes par ces maux compliqués & fecrets
qui minent leurs jours , qu'il n'en mouroit
autrefois par la guerre alors plus meur112
MERCURE DE FRANCE.
triere , & par la pefte plus fréquente & plus
générale , qui moiffonnoient prefque tout
d'un coup des provinces entieres . M. T ....
prouve par là la néceffité d'avoir recours à
une fûre méthode , pour obvier autant qu'il
dépend de nous au danger de tant de maladies
qui étoient inconnues à nos peres. Y
peut- on parvenir par les fyftêmes ? il fait
voir qu'ils font la plus mauvaiſe voie .
·
» On ne trouve , dit-il , dans nos fyftê-
»mes que des notions flottantes , des in-
» certitudes continuelles , la théorie allant
>> fouvent d'un côté , & la pratique de
» l'autre .... Ouvrez les faftes littéraires
» de l'art , lifez l'hiftoire de la Médecine
» de le Clerc , de Fieund , de Schultz , &c.
» ou pour mieux dire , contentez - vous de
» lire l'hiſtoire des opinions des Philofo-
>> phes , vous y trouverez en même tems
» celle des opinions des Médecins . Combien
de fois n'ont-ils pas adopté comme
principes facrés de l'art tout ce qu'il a
plû à l'imagination échauffée d'un philofophe
d'ériger en fyftême ? ... Que cet
affemblage fait un coup d'oeil humiliant
» pour l'efprit & pour la raifon ! il s'agit
» pourtant de la chofe la plus effentielle &
la plus intéreffante pour les hommes , il
» s'agit de leur confervation .
2
»
"
On ne peut trouver dans les principes
JUIN. 1755. 113
gratuits de théorie des fecours proportionnés
aux dégrés des maux qui les exigent
, ce n'eft que dans l'obfervation fcrupuleufe
des phénomenes fucceffifs des maladies
: dans l'analogie pratique , entre les
fymptômes qui s'offrent , & ceux qui ont
frappé ailleurs ; ce qui fert à établir la néceffité
de cette même obfervation.
:
2
Elle a été le berceau & l'école de la Médecine
; ce n'eft que depuis qu'on s'eft remis
à obferver qu'on a vu l'art s'élever au
point où il est aujourd'hui. Les premiers
Médecins affidus au lit des malades , ne le
quittoient que pour mettre par écrit l'hif
toire des phénomenes , du cours , de l'heureux
& funefte événement des maladies ,
de l'application des remedes & de leurs.
effets interprêtes de la nature , la vérité
s'exprimoit par leur bouche ; ce n'eft plus
qu'aux dépens de cette même vérité qu'ils
n'ont plus été imités . Si l'on s'étoit tenu
au plan fage que nous avoient tracé Hyppocrate
, Galien , &c. nous n'aurions plus
de
regrets fur le paffé , plus de plaintes fur
le préfent , moins de fouhaits à former ſur
l'avenir ce font les expreffions de l'Auteur
, que je copie toujours exactement ,
perfuadé qu'on ne peut pas mieux dire .
Il s'eft preferit pour régles , 1 °. de ne point
répéter ce qui a été dit par d'autres . 2 ° .
114 MERCURE DE FRANCE.
De ne point affigner des principes gra
tuits , dont on veuille enfuite tirer des
conféquences arbitraires . 3 ° . De ne point
confondre les caufes avec leurs effets. 4°.
De n'avancer aucun fait qu'à l'appui d'une
expérience immuable. 5. D'avoir attention
qu'en produifant quelque chofe de
nouveau , tous les phénomenes quelconques
puiffent reffortir aux caufes & aux
raifons données , & réciproquement .
Quelle opinion ne doit - on pas avoir
d'un livre affervi à des loix fifages ! Quelle
eftime & quelle confiance ne doit pas inf
pirer l'auteur qui porte la bonne foi juf
qu'à faire ce rare & modefte aven ! La
plupart des obfervateurs , dit - il , ne s'annoncent
que par leurs fuccès , & moi je n'ai
prefque que des regrets à former fur la perte
de ceux qui ont donné lieu à ces obfervations ;
mais en perdant les uns j'ai appris à fauver
les autres , & je réferve la méthode & le détail
de mes cures pour un autre ouvrage.
Les bornes d'un extrait ne me permettent
pas de m'étendre fur le refte de cette premiere
partie je renvoie le lecteur à l'ouvrage
même, qui mérite fi bien d'être acheté
& d'être lû. Les deux autres parties qui
n'ont pas encore vû le jour , font un recueil
des obfervations fondées la plupart
fur les découvertes qui y ont donné lieu .
JUIN. 1755. 115
NOUVEAUX GLOBES céleftes &
terreftres , de neuf pouces de diametre ;
par M. Robert de Vaugondy , Géographe
ordinaire du Roi.
Ces globes font la réduction des grands
que l'auteur a faits il y a trois ans , par
ordre du Roi ; ils font deftinés principalement
pour l'inftruction de la jeuneffe . Le
célefte fur-tout eft compofé de façon à
pouvoir faire connoître avec une grande
Facilité les étoiles , par le fecours d'aligne
mens qui joignent les étoiles les unes aux
autres , & qui forment dans les conftellations
des triangles & des quadrilateres ,
figures très - connues & bien plus réelles
que celles d'hommes & d'animaux que les
anciens & les modernes ont imaginées. Il
ne s'agit que d'orienter & de difpofer le
globe pour un jour & une heure propofée ,
pour avoir par ce globe l'état actuel du
ciel ; pour lors en confidérant ce globe , &
rapportant au ciel ces figures de triangles
& de quadrilateres , l'on vient aifément à
connoître la grandeur & la pofition de ces
étoiles. Un Seigneur , autant recommendable
par fes lumieres que par fon illuftre
naillance , a bien voulu communiquer
cette idée nouvelle à l'auteur , qui l'a exécutée
, en faisant imprimer le globe célefte
en deux couleurs ; fçavoir , en noir
116 MERCURE DE FRANCE.
pour les étoiles & les figures ordinaires des
conftellations , & en rouge pour les alignemens.
L'on ne doute point que le public
n'applaudiffe à une invention fi fimple
& fi avantageufe.
Ces globes , comme ceux de dix - huit
pouces , fe vendent à Paris , chez le fieur
Robert , Géographe ordinaire du Roi , quai
de l'Horloge du Palais , proche le Pont
neuf.
Fermer
Résumé : « MÉDECINE EXPÉRIMENTALE, ou Résultat de nouvelles observations-pratiques [...] »
L'ouvrage 'Médecine expérimentale', publié en 1755 à Paris par Duchefne, est reconnu pour son style clair et accessible, rendant la médecine compréhensible à un large public. L'auteur, M. T......, ambitionne de rendre la médecine utile et philanthropique, avec pour objectifs de prolonger la vie et de réduire la douleur. Son traité est structuré en trois parties. La première partie traite des besoins de la médecine, des dangers des systèmes médicaux existants et de la nécessité de l'observation. L'auteur met en lumière les besoins de la médecine en se basant sur l'état actuel de l'humanité. Il observe que le tiers des humains meurt dans les deux premières années de vie. De plus, les abus alimentaires et la consommation excessive de liqueurs spirituelles causent la mort d'un vingt-huitième des hommes. Les maladies récentes et les aliments dénaturés contribuent également à une mortalité précoce. Les maladies se multiplient et deviennent plus complexes, rendant leur traitement difficile. L'auteur critique les systèmes médicaux actuels, les jugeant incertains et inefficaces. Il prône une observation scrupuleuse des phénomènes des maladies pour améliorer les soins. L'auteur s'engage à ne pas répéter les travaux des autres, à éviter les principes gratuits, à ne pas confondre causes et effets, et à ne présenter que des faits appuyés par des expériences immuables. Il réserve le détail de ses méthodes et de ses cures pour un autre ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
p. 115-127
Lettre de M. Dequen, Docteur en Médecine, de la Faculté de Montpellier, à un Médecin de ses amis, sur un accîdent arrivé dans le cuvage de M. le Comte de la Queuille, Brigadier des armées du Roi, Colonel du Régiment de Nice, au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne.
Début :
Avez-vous entendu parler, Monsieur, d'un accident arrivé chez M. [...]
Mots clefs :
Médecine, Accident, Cuvage, Cuve, Vin, Esprits, Vapeur, Fermentation, Médecin, Docteur en médecine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. Dequen, Docteur en Médecine, de la Faculté de Montpellier, à un Médecin de ses amis, sur un accîdent arrivé dans le cuvage de M. le Comte de la Queuille, Brigadier des armées du Roi, Colonel du Régiment de Nice, au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne.
Lettre de M. Dequen , Docteur en Médecine
, de la Faculté de Montpellier , à un
Médecin defes amis , fur un accident arrivé
dans le cuvage de M. le Comte de la
Queuille , Brigadier des armées du Roi ,
Colonel du Régiment de Nice , au château
de Chateangay , près de Riom en Auvergne.
A
Vez -vous entendu parler , Monfieur
, d'un accident arrivé chez M.
le Comte de la Queuille , à Chateaugay ,
le 24 du mois d'Avril dernier ? il n'eft pas ,
on peut le dire , abſolument nouveau ;
mais il me paroît accompagné de circonf
tances affez frappantes pour mériter peuts
être un peu de votre attention .
On avoit achevé de vuider te matin une
116 MERCURE DE FRANCE.
cuve où l'on avoit confervé pendant l'hiver
fix à fept cens pots de vin de notre
mefure , qui , comme vous le fçavez , à
quinze pintes le pot , font un objet de
neuf à dix mille pintes de Paris.
3
Environ trois quarts d'heure après
l'avoir découverte , le fommelier de la
maiſon , nommé Joli , eut l'imprudence
de commander à un jeune domeftique de
feize à dix-fept ans d'y entrer avec un balai
pour la nettoyer & en faire fortir la
lie. Cet enfant lui repréfenta le danger
auquel il vouloit l'expofer , & qu'il devoit
d'autant plus connoître que peu de
jours avant il étoit forti lui-même à la
hâte & à demi-mort d'une cuve pareille ,
quoique découverte depuis fept à huit
jours. Joli s'obftina , on ne fçait pas trop
pourquoi , & le petit domeftique effrayé
de fes menaces eut le malheur de lui obéir ;
mais à peine fut-il defcendu dans la cuve
qu'il tomba roide , fans connoiffance &
fans mouvement . Joli ne l'entendant
travailler ni repondre aux commandemens
réiterés qu'il lui en faifoit , vit bien alors ,
mais trop tard , les fuites de fon imprudence
; il faute dans la cuve pour le fecourir
, en criant à un marmiton qui fe trouvoit
auffi dans le cuvage , de lui faire venir
du fecours. Il fe baiffe pour relever
pas
JUILLET. 1755 117
#
l'enfant qui fe mouroit , & tombe dans lẹ
même état que lui.
Le marmiton court au château , il trouve
dans la cuifine un payfan , un des Gardes-
chaffe , le Cuifinier & un laquais ; il
feur apprend l'embarras de Joli. On vole
à fon fecours. L'allarme fe répand dans le
château : Maîtres , Domeftiques , tout le
monde s'empreffe de gagner le cuvage. Le
payfan qui étoit un jeune homme de vingtdeux
ans , fort & vigoureux , arrive , &
defcend le premier dans cette cuve funeſte ,
il veut encore fe baiffer pour relever ces
deux perfonnes qu'il voyoit fans mouvement
; & dans l'inftant , comme s'il eût
été frappé de la foudre , il tombe lui - mê-'
me inmobile , & pour ainfi dire mort . Le
Garde- chaffe qui venoit après lui fuit ſon
exemple , & fubit le même fort.
Le Cuifinier qui defcendoit le troifieme,
voyant ce trifte fpectacle , & fe fentant
tout-à- coup étouffer par les vapeurs
qui s'élevoient , remonte au plus vite au
haut de la cuve , il arrête le laquais qui
avoit déja une partie du corps dedans , &
tous deux hors d'état de fecourir les mourans
, bornerent leurs foins à empêcher de
defcendre ceux qui les fuivoient ; mais le
zéle de tous ces domeftiques pour fauver
la vie à leurs camarades étoit fi grand ,
18 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils voyoient à peine un danger audi
effrayant. Un paltrenier fe jette dans la
cuve , & le trouve pris auffi tôt , mais
comme le haut en étoit déja bordé de
beaucoup de monde , il fat affez heureux
pout qu'on le faifit aux cheveux dans le
moment qu'il alloit tomber , & qu'on le
retira évanoui. Il en fut de même d'un
poftillon , à qui on paffa une corde fous
Fes bras dans le tems qu'il defcendoit , &
qu'on arracha à la mort par ce moyen ; ils
revinrent l'un & l'autre dès qu'ils furent
expofés à l'air extérieur .
Dansle trouble où l'on étoit , ne voyant
aucune reſſource pour retirer ces quatre
hommes de la cuve , on prit le parti de la
tompre ; mais comme les cercles en étoient
très-forts , garnis de bandes de fer , & que
les douves en étoient unies par des chevilles
, l'opération fut longue , & ces malheureux
étoient morts , lorfqu'on fut à
portée de leur donner du fecours.
Cependant on avoit envoyé chercher
un Chirurgien au bourg le plus près . Dès
qu'il fut arrivé , on effaya de les faigner ;
il ne fortit de fang qu'une ou deux gouttes
de l'ouverture qui fut faite au plus
jeune , qui le premier étoit entré dans la
cuve. Les autres n'en donnerent pas. Оп
deur jetta de l'eau au vifage ; on leur mit
JUILLET . 1755. 119
des eaux fpiritueufes dans la bouche &
dans le nez . Tous ces foins furent inutiles.
Il ne parut aucun figne de vie.
Il eft conftant , Monfieur , qu'on ne peut
attribuer la caufe de ces morts , qu'aux
vapeurs ou efprits ardens du vin qui s'étoient
ramaffés dans cette cuve , & qui
continuoient de s'exhaler de la lie qui y
reftoit. On ne peut pas en reconnoître
d'autre . Le vin étoit très- naturel & fort
bon. Il avoit été vendu en détail à des
marchands de nos montagnes , qui en
avoient débité déja la plus grande partie
dans leurs cabarets , fans que perfonne fe
fût plaint d'en avoir reçu la moindre incommodité.
J'aurois bien fouhaité avoir
été averti à tems pour voir par l'ouverture
de ces cadavres les effets que ces efprits
pénétrans avoient produits fur les différentes
parties qui en avoient fouffert l'impreffion
. M. le Comte de la Queuille qui
me fit appeller deux jours après pour voir
Madame la Comteffe fon époufe , que la
frayeur & la douleur de cet événement
avoient fort incommodée , me dit avoir
été fâché de ne me l'avoir pas mandé plu
iôt ; mais qu'il n'y avoit penfé qu'après
l'enterrement.
Je fus donc forcé de me borner à interroger
ceux qui avoient manqué à être
120 MERCURE DE FRANCE.
>
enveloppés dans ce malheur. Le palfrenier
& le poftillon ne me donnerent pas de
grands éclairciffemens . La maniere promp
te dont ils avoient été pénétrés de la vapeur
, la connoiffance qu'ils avoient perdu
à l'inftant ne leur avoient laiffé le
pas
tems de s'appercevoir de ce qui avoit produit
leur évanouiffement. Le Cuifinier qui
n'avoit reçu cette vapeur qu'à demi , & qui
s'étoit toujours reconnu , fut plus en état
de me rendre compte de ce qu'il en avoit
reffenti. Il me dit qu'elle lui étoit montée
au nez avec tant de force , qu'il en avoit
été fubitement étourdi , & qu'il avoit en
même-tems & par la même caufe , ſenti
que la refpiration lui manquoit.
Je m'informai auffi de l'état de ces malheureux
après qu'on les eût retirés de la
cuve ; ils étoient femblables en tout à
ceux qui font morts fuffoqués. Une Demoiſelle
qui avoit travaillé à leur donner
du fecours , m'en dit une feule particularité
qui l'avoit frappée : c'eft qu'en leur
ouvrant la bouche pour y introduire des
eaux fpiritueufes , elle avoit trouvé leurs
gencives , leurs dents , leur palais & leur
Langue , blancs , deffechés & comme à demi-
cuits. J'en conclus que ces vapeurs
volatiles & pénétrantes ont produit deux
principaux effets , que je regarde comme
la
JUILLE T. 1755. 121
la caufe de la mort prefque fubite de ces
quatre hommes , 1 °. qu'entraînées par l'air
avec abondance & rapidité dans la cavité
du nez & des finus qui y aboutiſſent , elles
ont fecoué & picotté vivement les petites
pointes nerveufes de la membrane pituitaire
faciles à ébranler. Cette irritation
communiquée au cerveau a produit dans
tous les nerfs une contraction fpafmodique
, une conftriction qui a intercepté
dans l'inftant l'écoulement des efprits animaux
vers les organes des fens & vers les
mufcles ; ce qui a donné lieu à la privation
fubite des fenfations & des mouvemens.
2º . Qu'entraînées pareillement au tems
de l'inſpiration dans la trachée artere &
dans les poulmons , elles les ont crepés ,
defféchés & comme cuits , ainsi qu'on l'a
obfervé aux gencives , au palais & à la
langue ; ce qui a rendu les véhicules d'autant
plus incapables d'être dilatées , & de
céder à l'impulfion de l'air , que ce fluide
toujours extrêmement chargé de ces vapeurs
, & conféquemment peu élastique ,
au lieu de vaincre cette réfiſtance ne faifoit
que l'augmenter de plus en plus par
l'irritation continuelle des efprits qu'il y
portoit fans ceffe ; de forte que la refpiration
bientôt fuffoquée a produit néceffairement
une ceffation totale de la circula-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tion du fang , qui dans quelques minutes
a fait périr ces malheureux.
par Ce que j'avance fe trouve confirmé
le prompt rétabliſſement du palfernier &
du poftillon , qui ont eu le bonheur d'étre
retirés de la cuve avant que les poulmons
euffent été confidérablement affectés . Affez
élaſtique pour en vaincre la réſiſtance, l'air
extérieur a rétabli la refpiration , & rendu
à la circulation fa liberté naturelle. Le
poſtillon a feulement confervé pendant
quelques jours un affoibliffement , effet
fenfible des violentes fecouffes que les
nerfs avoient fouffertes.
, Il n'eft pas nouveau comme je l'ai annoncé
, Monfieur , de voir périr des gens
dans de grandes cuves en foulant une
vendange qui fermente, Enivrés & étourdis
par les efprits que la fermentation évapore
, ils tombent dans le vin , & périffent
bientôt noyés s'ils ne font pas fecourus à
tems ; mais dans ce cas-ci il paroît fingu-
Hier de les voir périr prefque fubitement
dans une cuve vuide , où il y avoit à peine
deux ou trois lignes de lie répandue fur le
fond , dans une cuve découverte depuis
plus de trois quarts-d'heure ; de voir enfin
arriver cet accident au mois d'avril , dans
un tems où la fermentation n'eft plus fenfible.
On peut cependant rendre raiſon
de ces effets furprenans.
JUILLET. 1755. 123
1º. On fera moins étonné de la promptitude
de la mort de ces quatre hommes ,
fi l'on fait attention qu'ils fe font tous
baiffés ; le petit domeftique pour balayer
& faire fortir la lie , & les trois autres fucceffivement
pour relever ceux qui étoient
tombés avant eux ; qu'en inclinant ainfi
la face vers le fond de la cuve & en s'enfonçant
dans le plus épais de la vapeur
ils l'ont humée directement avec la plus
grande abondance , & fe font exposés à fa
plus vive impreffion ; au lieu que le Cuifinier
qui n'y eft pas entierement defcendu
& qui eft demeuré debout , n'en a reçu
qu'une petite portion , qui n'ayant agi que
foiblement lui a laiffé le tems de gagner
le haut de la cuve , & de retourner à l'air
pur.
2. On trouve dans la configuration &
dans la fituation de cette cuve la raifon du
fécond effet ; c'est-à-dire comment les vapeurs
avoient pu s'y ramaffer en une auffi
grande quantité dès qu'il n'y avoit pas de
vin , & y demeurer renfermées malgré la
communication qui depuis trois quartsd'heure
étoit ouverte avec l'air extérieur.
C'étoit une grande cuve , d'environ neuf
pieds de profondeur , dont la circonférence
ne répondoit pas à la hauteur , faite en
forme de cône coupé , qui avoit fon fond
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
à la bafe & l'ouverture au fommet , dont
l'ouverture enfin étoit peu éloignée du toît
du cuvage : A quoi on peut ajouter que le
vin n'en ayant pas été tiré tout d'un trait
mais à repriſes , les efprits qui s'exhaloient
fans ceffe de celui qui y reftoit , au lieu
de s'attacher à la couverture de la cuve ,
comme il feroit arrivé fi elle avoit continué
d'être pleine , ſe répandoient & demeuroient
fufpendus dans l'air qui prenoit
à chaque fois la place du vin tiré ; deforte
la Cuve s'eft trouvée remplie par
dégrés d'un air extrêmement chargé de
ces vapeurs , dont les plus baffes n'ont pas
pu fe diffiper , foit a caufe de la profondeur
de la cuve , foit à cauſe de fa figure
conique & de la moindre étendue de fon
ouverture , foit enfin à cauſe de la proxique
mité du toît.
3 °. Les raifons que je viens de rapporter
, font affez voir comment l'évaporation
ordinaire qui fe fait du vin , a pu , fans le
fecours de la fermentation , fournir beau-
Coup de vapeurs dans cette cuve . Il faut
obferver de plus que la chaleur printaniere
qui ranime & fait monter la féve dans les
plantes , excite dans le vin une feconde
fermentation , qui , quoique moins fenfible
que la premiere , ne laiffe pas d'être
confidérable. Les vins blancs fpiritueux ,
JUILLET . 1755. 125
tels que ceux de Champagne , mis en
bouteilles au mois de Mars & d'Avril les
caffent , font partir les bouchons , & s'élancent
en mouffe par l'ouverture. Ils font
tranquilles au contraire , & ne produifent
aucun de ces effets violens fi on les y met
dans d'autres faifons : Or c'eft précisément
fur la fin de Mars & dans le courant d'Avril
que cette cuve avoit été vuidée , c'eftà-
dire au tems de cette feconde fermentation
, & elle a dû être très- grande dans
une auffi grande quantité de vin , parce
que les chaleurs ont été très - vives pendant
tout ce tems dans cette province , &
que cette cuve étoit placée à côté d'une
porte expofée au plein midi ; il n'eft donc
pas furprenant qu'il s'y foit fait une grande
évaporation d'efprits.
Il me femble qu'on peut comparer cette
cave à une espece de méphitis . La feule
différence que j'y vois , c'eft que là ce font
des vapeurs minérales , fulphureufes ou
falines , & qu'ici ce font des foufres végétaux
, exaltés & volatifés par la fermentation.
Je trouve une certaine affinité entre
fes effets & ceux de la fameuse Mofète de
la Grotte du Chien , près du lac Agnano
dans le royaume de Naples. Les hommes
plongés dans la vapeur de la cuve , comme
les animaux plongés dans celle de la
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
grotte font tombés fubitement évanouis ,
& font morts bientôt dès qu'il n'a pas été
poffible de les en retirer affez vîte . Ceux
qui ont eu le bonheur d'être remis promp
tement à l'air extérieur , font revenus de
même fans aucune fuite fâcheufe ; & fi les
hommes font tombés fans mouvement dès
l'inftant qu'ils fe font baiffés dans la cuve ,
au lieu que les animaux dans la vapeur de
la grotte s'agitent quelque tems par des
mouvemens convulfifs , cela vient fans
doute de ce que cette vapeur plus groffiere
& moins pénétrante que les efprits ardens
du vin , ne porte pas au nez , & n'affecte
pas le genre nerveux , de maniere à y cau,
fer cette constriction fubite , qui a intercepté
le cours de ces efprits.
Dans l'impoffibilité où l'on étoit de retirer
affez vîte ces malheureux de la vapeur
, y auroit- il eu quelque moyen de
les empêcher de périr ? Je crois qu'en arrofant
le dedans de la cuve de beaucoup
d'eau , on y auroit peut- être réuffi. D'un
côté les gouttes de ce fluide en fe précipitant
, auroient précipité avec elles les efprits
répandus dans l'air , & lui auroient
rendu fa pureté & fon reffort ; & de l'autre
celles qui feroient tombées fur le corps
de ces mourans , auroient pu en rappellant
la force fiftaltique des vaiffeaux , ranimer
JUILLET. 1755 . 127
la circulation qui s'éteignoit. L'expérience
apprend que les animaux à demi- fuffoqués
dans la grotte du Chien reprennent
beaucoup plus vite leurs efprits , fi on les
plonge dans l'eau du lac Agnano ; mais
il auroit fallu employer ce moyen à tems :
ce qui auroit été difficile dans ce cas , à
caufe de l'éloignement qui fe trouve du
cuvage à la fontaine .
Enfin , Monfieur , fi cet accident eft
pour ceux qui font dans le cas de faire
vuider de pareilles cuves , un avertiffement
de ne point y expofer perfonne fans
avoir donné à la vapeur le tems de fe diffiper
, ou du moins fans l'avoir précipitée
avec de l'eau , il n'en préfente pas un moins
important pour ceux qui font un ufage immodéré
du vin & des liqueurs ardentes ;
car fi ces efprits appliqués au-dehors ont
produit des effets auffi prompts & auffi
funeftes , combien ne doivent - ils pas en
produire de fâcheux , lorfque pris intérieu
rement avec excès , & circulant dans la
maffe des humeurs ils fe portent au cerveau
, & agiffent immédiatement fur les
fibres médullaires & nerveufes ?
J'ai l'honeur d'être , &c .
A Riom en Auvergne , le 15 Mai 1755 .
, de la Faculté de Montpellier , à un
Médecin defes amis , fur un accident arrivé
dans le cuvage de M. le Comte de la
Queuille , Brigadier des armées du Roi ,
Colonel du Régiment de Nice , au château
de Chateangay , près de Riom en Auvergne.
A
Vez -vous entendu parler , Monfieur
, d'un accident arrivé chez M.
le Comte de la Queuille , à Chateaugay ,
le 24 du mois d'Avril dernier ? il n'eft pas ,
on peut le dire , abſolument nouveau ;
mais il me paroît accompagné de circonf
tances affez frappantes pour mériter peuts
être un peu de votre attention .
On avoit achevé de vuider te matin une
116 MERCURE DE FRANCE.
cuve où l'on avoit confervé pendant l'hiver
fix à fept cens pots de vin de notre
mefure , qui , comme vous le fçavez , à
quinze pintes le pot , font un objet de
neuf à dix mille pintes de Paris.
3
Environ trois quarts d'heure après
l'avoir découverte , le fommelier de la
maiſon , nommé Joli , eut l'imprudence
de commander à un jeune domeftique de
feize à dix-fept ans d'y entrer avec un balai
pour la nettoyer & en faire fortir la
lie. Cet enfant lui repréfenta le danger
auquel il vouloit l'expofer , & qu'il devoit
d'autant plus connoître que peu de
jours avant il étoit forti lui-même à la
hâte & à demi-mort d'une cuve pareille ,
quoique découverte depuis fept à huit
jours. Joli s'obftina , on ne fçait pas trop
pourquoi , & le petit domeftique effrayé
de fes menaces eut le malheur de lui obéir ;
mais à peine fut-il defcendu dans la cuve
qu'il tomba roide , fans connoiffance &
fans mouvement . Joli ne l'entendant
travailler ni repondre aux commandemens
réiterés qu'il lui en faifoit , vit bien alors ,
mais trop tard , les fuites de fon imprudence
; il faute dans la cuve pour le fecourir
, en criant à un marmiton qui fe trouvoit
auffi dans le cuvage , de lui faire venir
du fecours. Il fe baiffe pour relever
pas
JUILLET. 1755 117
#
l'enfant qui fe mouroit , & tombe dans lẹ
même état que lui.
Le marmiton court au château , il trouve
dans la cuifine un payfan , un des Gardes-
chaffe , le Cuifinier & un laquais ; il
feur apprend l'embarras de Joli. On vole
à fon fecours. L'allarme fe répand dans le
château : Maîtres , Domeftiques , tout le
monde s'empreffe de gagner le cuvage. Le
payfan qui étoit un jeune homme de vingtdeux
ans , fort & vigoureux , arrive , &
defcend le premier dans cette cuve funeſte ,
il veut encore fe baiffer pour relever ces
deux perfonnes qu'il voyoit fans mouvement
; & dans l'inftant , comme s'il eût
été frappé de la foudre , il tombe lui - mê-'
me inmobile , & pour ainfi dire mort . Le
Garde- chaffe qui venoit après lui fuit ſon
exemple , & fubit le même fort.
Le Cuifinier qui defcendoit le troifieme,
voyant ce trifte fpectacle , & fe fentant
tout-à- coup étouffer par les vapeurs
qui s'élevoient , remonte au plus vite au
haut de la cuve , il arrête le laquais qui
avoit déja une partie du corps dedans , &
tous deux hors d'état de fecourir les mourans
, bornerent leurs foins à empêcher de
defcendre ceux qui les fuivoient ; mais le
zéle de tous ces domeftiques pour fauver
la vie à leurs camarades étoit fi grand ,
18 MERCURE DE FRANCE.
qu'ils voyoient à peine un danger audi
effrayant. Un paltrenier fe jette dans la
cuve , & le trouve pris auffi tôt , mais
comme le haut en étoit déja bordé de
beaucoup de monde , il fat affez heureux
pout qu'on le faifit aux cheveux dans le
moment qu'il alloit tomber , & qu'on le
retira évanoui. Il en fut de même d'un
poftillon , à qui on paffa une corde fous
Fes bras dans le tems qu'il defcendoit , &
qu'on arracha à la mort par ce moyen ; ils
revinrent l'un & l'autre dès qu'ils furent
expofés à l'air extérieur .
Dansle trouble où l'on étoit , ne voyant
aucune reſſource pour retirer ces quatre
hommes de la cuve , on prit le parti de la
tompre ; mais comme les cercles en étoient
très-forts , garnis de bandes de fer , & que
les douves en étoient unies par des chevilles
, l'opération fut longue , & ces malheureux
étoient morts , lorfqu'on fut à
portée de leur donner du fecours.
Cependant on avoit envoyé chercher
un Chirurgien au bourg le plus près . Dès
qu'il fut arrivé , on effaya de les faigner ;
il ne fortit de fang qu'une ou deux gouttes
de l'ouverture qui fut faite au plus
jeune , qui le premier étoit entré dans la
cuve. Les autres n'en donnerent pas. Оп
deur jetta de l'eau au vifage ; on leur mit
JUILLET . 1755. 119
des eaux fpiritueufes dans la bouche &
dans le nez . Tous ces foins furent inutiles.
Il ne parut aucun figne de vie.
Il eft conftant , Monfieur , qu'on ne peut
attribuer la caufe de ces morts , qu'aux
vapeurs ou efprits ardens du vin qui s'étoient
ramaffés dans cette cuve , & qui
continuoient de s'exhaler de la lie qui y
reftoit. On ne peut pas en reconnoître
d'autre . Le vin étoit très- naturel & fort
bon. Il avoit été vendu en détail à des
marchands de nos montagnes , qui en
avoient débité déja la plus grande partie
dans leurs cabarets , fans que perfonne fe
fût plaint d'en avoir reçu la moindre incommodité.
J'aurois bien fouhaité avoir
été averti à tems pour voir par l'ouverture
de ces cadavres les effets que ces efprits
pénétrans avoient produits fur les différentes
parties qui en avoient fouffert l'impreffion
. M. le Comte de la Queuille qui
me fit appeller deux jours après pour voir
Madame la Comteffe fon époufe , que la
frayeur & la douleur de cet événement
avoient fort incommodée , me dit avoir
été fâché de ne me l'avoir pas mandé plu
iôt ; mais qu'il n'y avoit penfé qu'après
l'enterrement.
Je fus donc forcé de me borner à interroger
ceux qui avoient manqué à être
120 MERCURE DE FRANCE.
>
enveloppés dans ce malheur. Le palfrenier
& le poftillon ne me donnerent pas de
grands éclairciffemens . La maniere promp
te dont ils avoient été pénétrés de la vapeur
, la connoiffance qu'ils avoient perdu
à l'inftant ne leur avoient laiffé le
pas
tems de s'appercevoir de ce qui avoit produit
leur évanouiffement. Le Cuifinier qui
n'avoit reçu cette vapeur qu'à demi , & qui
s'étoit toujours reconnu , fut plus en état
de me rendre compte de ce qu'il en avoit
reffenti. Il me dit qu'elle lui étoit montée
au nez avec tant de force , qu'il en avoit
été fubitement étourdi , & qu'il avoit en
même-tems & par la même caufe , ſenti
que la refpiration lui manquoit.
Je m'informai auffi de l'état de ces malheureux
après qu'on les eût retirés de la
cuve ; ils étoient femblables en tout à
ceux qui font morts fuffoqués. Une Demoiſelle
qui avoit travaillé à leur donner
du fecours , m'en dit une feule particularité
qui l'avoit frappée : c'eft qu'en leur
ouvrant la bouche pour y introduire des
eaux fpiritueufes , elle avoit trouvé leurs
gencives , leurs dents , leur palais & leur
Langue , blancs , deffechés & comme à demi-
cuits. J'en conclus que ces vapeurs
volatiles & pénétrantes ont produit deux
principaux effets , que je regarde comme
la
JUILLE T. 1755. 121
la caufe de la mort prefque fubite de ces
quatre hommes , 1 °. qu'entraînées par l'air
avec abondance & rapidité dans la cavité
du nez & des finus qui y aboutiſſent , elles
ont fecoué & picotté vivement les petites
pointes nerveufes de la membrane pituitaire
faciles à ébranler. Cette irritation
communiquée au cerveau a produit dans
tous les nerfs une contraction fpafmodique
, une conftriction qui a intercepté
dans l'inftant l'écoulement des efprits animaux
vers les organes des fens & vers les
mufcles ; ce qui a donné lieu à la privation
fubite des fenfations & des mouvemens.
2º . Qu'entraînées pareillement au tems
de l'inſpiration dans la trachée artere &
dans les poulmons , elles les ont crepés ,
defféchés & comme cuits , ainsi qu'on l'a
obfervé aux gencives , au palais & à la
langue ; ce qui a rendu les véhicules d'autant
plus incapables d'être dilatées , & de
céder à l'impulfion de l'air , que ce fluide
toujours extrêmement chargé de ces vapeurs
, & conféquemment peu élastique ,
au lieu de vaincre cette réfiſtance ne faifoit
que l'augmenter de plus en plus par
l'irritation continuelle des efprits qu'il y
portoit fans ceffe ; de forte que la refpiration
bientôt fuffoquée a produit néceffairement
une ceffation totale de la circula-
F
122 MERCURE DE FRANCE.
tion du fang , qui dans quelques minutes
a fait périr ces malheureux.
par Ce que j'avance fe trouve confirmé
le prompt rétabliſſement du palfernier &
du poftillon , qui ont eu le bonheur d'étre
retirés de la cuve avant que les poulmons
euffent été confidérablement affectés . Affez
élaſtique pour en vaincre la réſiſtance, l'air
extérieur a rétabli la refpiration , & rendu
à la circulation fa liberté naturelle. Le
poſtillon a feulement confervé pendant
quelques jours un affoibliffement , effet
fenfible des violentes fecouffes que les
nerfs avoient fouffertes.
, Il n'eft pas nouveau comme je l'ai annoncé
, Monfieur , de voir périr des gens
dans de grandes cuves en foulant une
vendange qui fermente, Enivrés & étourdis
par les efprits que la fermentation évapore
, ils tombent dans le vin , & périffent
bientôt noyés s'ils ne font pas fecourus à
tems ; mais dans ce cas-ci il paroît fingu-
Hier de les voir périr prefque fubitement
dans une cuve vuide , où il y avoit à peine
deux ou trois lignes de lie répandue fur le
fond , dans une cuve découverte depuis
plus de trois quarts-d'heure ; de voir enfin
arriver cet accident au mois d'avril , dans
un tems où la fermentation n'eft plus fenfible.
On peut cependant rendre raiſon
de ces effets furprenans.
JUILLET. 1755. 123
1º. On fera moins étonné de la promptitude
de la mort de ces quatre hommes ,
fi l'on fait attention qu'ils fe font tous
baiffés ; le petit domeftique pour balayer
& faire fortir la lie , & les trois autres fucceffivement
pour relever ceux qui étoient
tombés avant eux ; qu'en inclinant ainfi
la face vers le fond de la cuve & en s'enfonçant
dans le plus épais de la vapeur
ils l'ont humée directement avec la plus
grande abondance , & fe font exposés à fa
plus vive impreffion ; au lieu que le Cuifinier
qui n'y eft pas entierement defcendu
& qui eft demeuré debout , n'en a reçu
qu'une petite portion , qui n'ayant agi que
foiblement lui a laiffé le tems de gagner
le haut de la cuve , & de retourner à l'air
pur.
2. On trouve dans la configuration &
dans la fituation de cette cuve la raifon du
fécond effet ; c'est-à-dire comment les vapeurs
avoient pu s'y ramaffer en une auffi
grande quantité dès qu'il n'y avoit pas de
vin , & y demeurer renfermées malgré la
communication qui depuis trois quartsd'heure
étoit ouverte avec l'air extérieur.
C'étoit une grande cuve , d'environ neuf
pieds de profondeur , dont la circonférence
ne répondoit pas à la hauteur , faite en
forme de cône coupé , qui avoit fon fond
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
à la bafe & l'ouverture au fommet , dont
l'ouverture enfin étoit peu éloignée du toît
du cuvage : A quoi on peut ajouter que le
vin n'en ayant pas été tiré tout d'un trait
mais à repriſes , les efprits qui s'exhaloient
fans ceffe de celui qui y reftoit , au lieu
de s'attacher à la couverture de la cuve ,
comme il feroit arrivé fi elle avoit continué
d'être pleine , ſe répandoient & demeuroient
fufpendus dans l'air qui prenoit
à chaque fois la place du vin tiré ; deforte
la Cuve s'eft trouvée remplie par
dégrés d'un air extrêmement chargé de
ces vapeurs , dont les plus baffes n'ont pas
pu fe diffiper , foit a caufe de la profondeur
de la cuve , foit à cauſe de fa figure
conique & de la moindre étendue de fon
ouverture , foit enfin à cauſe de la proxique
mité du toît.
3 °. Les raifons que je viens de rapporter
, font affez voir comment l'évaporation
ordinaire qui fe fait du vin , a pu , fans le
fecours de la fermentation , fournir beau-
Coup de vapeurs dans cette cuve . Il faut
obferver de plus que la chaleur printaniere
qui ranime & fait monter la féve dans les
plantes , excite dans le vin une feconde
fermentation , qui , quoique moins fenfible
que la premiere , ne laiffe pas d'être
confidérable. Les vins blancs fpiritueux ,
JUILLET . 1755. 125
tels que ceux de Champagne , mis en
bouteilles au mois de Mars & d'Avril les
caffent , font partir les bouchons , & s'élancent
en mouffe par l'ouverture. Ils font
tranquilles au contraire , & ne produifent
aucun de ces effets violens fi on les y met
dans d'autres faifons : Or c'eft précisément
fur la fin de Mars & dans le courant d'Avril
que cette cuve avoit été vuidée , c'eftà-
dire au tems de cette feconde fermentation
, & elle a dû être très- grande dans
une auffi grande quantité de vin , parce
que les chaleurs ont été très - vives pendant
tout ce tems dans cette province , &
que cette cuve étoit placée à côté d'une
porte expofée au plein midi ; il n'eft donc
pas furprenant qu'il s'y foit fait une grande
évaporation d'efprits.
Il me femble qu'on peut comparer cette
cave à une espece de méphitis . La feule
différence que j'y vois , c'eft que là ce font
des vapeurs minérales , fulphureufes ou
falines , & qu'ici ce font des foufres végétaux
, exaltés & volatifés par la fermentation.
Je trouve une certaine affinité entre
fes effets & ceux de la fameuse Mofète de
la Grotte du Chien , près du lac Agnano
dans le royaume de Naples. Les hommes
plongés dans la vapeur de la cuve , comme
les animaux plongés dans celle de la
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
grotte font tombés fubitement évanouis ,
& font morts bientôt dès qu'il n'a pas été
poffible de les en retirer affez vîte . Ceux
qui ont eu le bonheur d'être remis promp
tement à l'air extérieur , font revenus de
même fans aucune fuite fâcheufe ; & fi les
hommes font tombés fans mouvement dès
l'inftant qu'ils fe font baiffés dans la cuve ,
au lieu que les animaux dans la vapeur de
la grotte s'agitent quelque tems par des
mouvemens convulfifs , cela vient fans
doute de ce que cette vapeur plus groffiere
& moins pénétrante que les efprits ardens
du vin , ne porte pas au nez , & n'affecte
pas le genre nerveux , de maniere à y cau,
fer cette constriction fubite , qui a intercepté
le cours de ces efprits.
Dans l'impoffibilité où l'on étoit de retirer
affez vîte ces malheureux de la vapeur
, y auroit- il eu quelque moyen de
les empêcher de périr ? Je crois qu'en arrofant
le dedans de la cuve de beaucoup
d'eau , on y auroit peut- être réuffi. D'un
côté les gouttes de ce fluide en fe précipitant
, auroient précipité avec elles les efprits
répandus dans l'air , & lui auroient
rendu fa pureté & fon reffort ; & de l'autre
celles qui feroient tombées fur le corps
de ces mourans , auroient pu en rappellant
la force fiftaltique des vaiffeaux , ranimer
JUILLET. 1755 . 127
la circulation qui s'éteignoit. L'expérience
apprend que les animaux à demi- fuffoqués
dans la grotte du Chien reprennent
beaucoup plus vite leurs efprits , fi on les
plonge dans l'eau du lac Agnano ; mais
il auroit fallu employer ce moyen à tems :
ce qui auroit été difficile dans ce cas , à
caufe de l'éloignement qui fe trouve du
cuvage à la fontaine .
Enfin , Monfieur , fi cet accident eft
pour ceux qui font dans le cas de faire
vuider de pareilles cuves , un avertiffement
de ne point y expofer perfonne fans
avoir donné à la vapeur le tems de fe diffiper
, ou du moins fans l'avoir précipitée
avec de l'eau , il n'en préfente pas un moins
important pour ceux qui font un ufage immodéré
du vin & des liqueurs ardentes ;
car fi ces efprits appliqués au-dehors ont
produit des effets auffi prompts & auffi
funeftes , combien ne doivent - ils pas en
produire de fâcheux , lorfque pris intérieu
rement avec excès , & circulant dans la
maffe des humeurs ils fe portent au cerveau
, & agiffent immédiatement fur les
fibres médullaires & nerveufes ?
J'ai l'honeur d'être , &c .
A Riom en Auvergne , le 15 Mai 1755 .
Fermer
Résumé : Lettre de M. Dequen, Docteur en Médecine, de la Faculté de Montpellier, à un Médecin de ses amis, sur un accîdent arrivé dans le cuvage de M. le Comte de la Queuille, Brigadier des armées du Roi, Colonel du Régiment de Nice, au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne.
Le 24 avril, un accident mortel s'est produit au château de Chateaugay, près de Riom en Auvergne. Un jeune domestique, chargé de nettoyer une cuve à vin, tomba inconscient après avoir inhalé des vapeurs toxiques. Le sommelier, tentant de le secourir, connut le même sort, ainsi que plusieurs autres domestiques alertés par la situation. Au total, quatre hommes périrent asphyxiés par les vapeurs du vin, identifiées comme des 'esprits ardents'. Ces vapeurs, malgré la cuve étant vide depuis trois quarts d'heure, étaient suffisamment concentrées pour être mortelles. La configuration de la cuve, en forme de cône coupé et proche du toit du cuvage, ainsi que la chaleur printanière favorisant une seconde fermentation du vin, avaient permis cette concentration. Les symptômes observés chez les victimes, tels que des gencives et une langue blanches et desséchées, confirmèrent l'impact des vapeurs sur les voies respiratoires et le système nerveux. Deux domestiques, retirés à temps, se rétablirent rapidement. Le texte compare cet incident à la fameuse Mofète de la Grotte du Chien près du lac Agnano, dans le royaume de Naples. Les vapeurs de cette grotte provoquent également des évanouissements et la mort rapide des personnes et des animaux exposés. Cependant, les animaux s'agitent avant de succomber, contrairement aux hommes qui perdent connaissance instantanément. Cette différence est attribuée à la nature plus grossière et moins pénétrante de la vapeur de la grotte, qui n'affecte pas les nerfs de la même manière que les esprits ardents du vin. L'auteur suggère que l'arrosage de la cuve avec de l'eau pourrait sauver les personnes exposées, en précipitant les esprits volatils et en rappelant la force systolique des vaisseaux. Cette méthode est efficace pour les animaux dans la grotte du Chien, mais son application rapide est difficile en raison de la distance entre la cuve et la fontaine. Le texte met en garde contre l'exposition aux vapeurs sans précaution et contre l'abus du vin et des liqueurs ardentes, qui peuvent avoir des effets néfastes sur le cerveau et les fibres nerveuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
39
40
p. 124-129
« LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...] »
Début :
LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...]
Mots clefs :
Médecine, Chimie médicinale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...] »
LA CHIMIE MÉDICINALE que nous
avons annoncée en Octobre , eft , comme
nous l'avons dit , à la portée & à l'ufage
de tout le monde : nous devons ajouter à
l'avantage de ce livre , qu'on le lit avec
plaifir , non feulement parce qu'il eft écrit
avec une grande clarté & correctement
mais auffi parce qu'il eft rempli de différentes
réflexions fur les erreurs du public
envers les Médecins , & fur celles des Médecins
envers le public ; erreurs que M.
Malouin ne releve qu'en bonne intention ,
par zéle pour l'amour des hommes en général
, & pour l'honneur de fa profeffion
en particulier. On ne trouvera pas mauvais
, dit-il , tome 1 , page 6 » , que j'aye
NOVEMBRE . 1755 125
» effayé ici de détruire un préjugé fi pré-
" judiciable au bien public , & à l'art que
j'exerce. Il est du devoir d'un citoyen de
ן כ
faire tous les efforts pour arracher les
» hommes à une prévention qui expofe
» fouvent leur vie , en les privant des fe-
» cours que la fcience & le travail des
» Médecins pourroient leur donner. Com-
» bien d'hommes ont été dans tous les
» tems , & font encore tous les jours les
» victimes de ces préjugés ! &c.
Notre Auteur combat de même ce qui
pourroit être préjudiciable au public
dans les Médecins. » Les Médecins de ca-
» binet , lorsqu'ils ne joignent pas à la
" théorie une grande expérience , font ,
dit - il , page 233 , » fujets à nier ce dont
» ils ne voyent pas la caufe , parce qu'ils
» veulent ordinairement foumettre tout
» dans leur art à leur raifonnement. C'eft
» ce qui fait des incrédules ; car il y a des
☛ incrédules en Médecine parmi les Méde-
» cins même . Rien n'eft fi dangereux pour
» fa vie, que d'avoir confiance en ces Méde-
» cins qui n'en ont pas eux - mêmes en leur
art . Ils font accoutumés à traiter auffi lége-
» rement la vie des hommes, qu'ils ont cou-
" tume de badiner fur l'art de la conferver.
» C'eft abufer de la confiance , que de
»faire une profeffion publique , à laquelle
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
on ne croit pas foi -même. Un homme
» qui fait un métier auquel il n'a pas de
» croyance , ne travaille pas de bonne foi ,
» n'eft pas un honnête homme : de même
» ceux qui pratiquent la Médecine , & n'y
croyent point , font des hommes fans
foi , indignes de la confiance de leurs
» concitoyens , & plus méprifables que les
» Charlatans même , qui communément
» croyent à leurs remedes.
Il y a peu de livres de fcience qui
ayent eu autant de cours que cette Chimie
médicinale. La précedente édition en
a été épuifée fort promptement , & on a
long - tems defiré celle- ci qui eft d'un tiers
plus confidérable. Les objets y font fi utiles
& fi abondans , que nous donnerons
pour en faire l'extrait un nouvel article
dans le Mercure fuivant.
DISSERTATIONS fur les effets que
produit le taux de l'intérêt de l'argent
fur le commerce & l'agriculture , qui a
remporté le prix , au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts
d'Amiens en 1755 ; par M. Chicquor Blervache
, de Reims. Sic vos non vobis mellificatis
apes. A Amiens , chez la veuve Godard
; & fe vend à Paris , chez Ganeau
rue S. Severin ; Chaubert, quai des Auguft.
>
NOVEMBRE. 1755 .
127
& Lambert , rue de la Comédie Françoife.
ESSAI fur les colonies Françoifes , ou
difcours politiques fur la nature du gouvernement
, de la population & du commerce
de S. D. Se vend à Paris , chez
Lambert , à côté de la Comedie Françoiſe.
MÉMOIRE CRITIQUE fur un des
plus confidérables articles de l'Armorial
général de M. d'Ozier de Serigny , dont
on a rendu compte dans prefque tous les
Ouvrages périodiques , fe trouve chez le
même Libraire.
MÉMOIRES de Mathématique & de
Phyfique , rédigés à l'Obfervatoire de
Marſeille , année 1755 , premiere partie.
Vires acquires eundo . A Avignon , chez la
veuve Girard , Imprimeur & Libraire à la
place Saint Didier . Ces mémoires doivent
former un recueil de pieces détachées &
non un corps d'ouvrage lié. La fin feule
qu'on s'eft propofée , ainfi que l'annonce
d'u- la préface , eft de ne rien publier que
tile , d'inftructif , ou rien au moins qui ne
foit digne d'intéreffer les fçavans . Les aureurs
font trois Jéfuites , dont le plus ancien
& le chef s'eft diftingué dans la place
de Profeffeur royal d'Hydrographie . C'eft
le Pere Pezenas , très-connu par plufieurs
Ouvrages généralement eftimés des vrais
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
connoiffeurs , & qui ont mérité en particulier
l'approbation de l'Académie royale
des Sciences.
TRAITÉ des animaux , où après avoir
fait des obfervations critiques fur le fentiment
de Descartes , & fur celui de M. de
Buffon , on entreprend d'expliquer leurs
principales Facultés ; par Monfieur l'Abbé
de Condillac de l'Académie royale de Berlin.
On a joint à cet ouvrage un extrait
raifonné du traité des fenfations. A Amfterdam
, & fe vend à Paris , chez Debure
l'aîné , quai des Auguftins ; & Jombert ,
rue Dauphine. 1755. 1 vol. in- 12 .
MÉMOIRES de l'Académie des Belles-
Lettres de Caën , fe vendent à Caën , chez
Jaques Manoury , Libraire de l'Académie ,
grande rue S. Étienne ; & fe trouvent à
Paris , chez Didot , quai des Auguſtins , à
la Bible d'or. 1754. Če recueil mérite que
nous en, parlions une autrefois plus au
long.
LA VIE du Chancelier François Bacon ,
traduite de l'Anglois , 1 vol . in - 12 . Analyfe
de la Philofophie du Chancelier François
Bacon , 2 vol . in - 12 . A Amfterdam , chez
Arkstée & Merkus , & fe trouve chez
Deffaint & Saillant , rue S. Jean de BeauNOVEMBRE.
1755. 129
vais & Prault fils aîné , quay de Conty.
Cet ouvrage exige au moins un précis.
Nous le donnerons le plutôt qu'il nous
fera poffible.
INDICULUS UNIVERSALIS, ou l'Univers
en abrégé , du P. S. Pomey de la Compagnie
de Jefus , nouvelle édition , corrigée ,
augmentée & mife dans un nouvel ordre
par M. l'abbé Dinouart. A Paris , chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cicognes,
1755.
PHYSIQUE des corps animés in- 1 2. 1 vol.
A Paris, chez Aug. Martin Lottin, rue faint
Jacques, au Coq.
TRAITÉ d'Horlogerie contenant tout ce
qui eft néceffaire pour bien connoître &
pour régler les pendules & les montres ; la
defcription des pieces d'Horlogerie les
plus utiles & les plus nouvelles ; des pendules
à répétition , à une roue , à équation
; des échappemens , & c. par M. le
Paute , Horloger du Roi , au Luxembourg:
chez Chardon pere & fils , rue S. Jacques.
Cet article eft déja fi plein que nous
fommes obligés , roalgré nous de remettre
au prochain Mercure les autres annonces ,
indications & précis de livres .
avons annoncée en Octobre , eft , comme
nous l'avons dit , à la portée & à l'ufage
de tout le monde : nous devons ajouter à
l'avantage de ce livre , qu'on le lit avec
plaifir , non feulement parce qu'il eft écrit
avec une grande clarté & correctement
mais auffi parce qu'il eft rempli de différentes
réflexions fur les erreurs du public
envers les Médecins , & fur celles des Médecins
envers le public ; erreurs que M.
Malouin ne releve qu'en bonne intention ,
par zéle pour l'amour des hommes en général
, & pour l'honneur de fa profeffion
en particulier. On ne trouvera pas mauvais
, dit-il , tome 1 , page 6 » , que j'aye
NOVEMBRE . 1755 125
» effayé ici de détruire un préjugé fi pré-
" judiciable au bien public , & à l'art que
j'exerce. Il est du devoir d'un citoyen de
ן כ
faire tous les efforts pour arracher les
» hommes à une prévention qui expofe
» fouvent leur vie , en les privant des fe-
» cours que la fcience & le travail des
» Médecins pourroient leur donner. Com-
» bien d'hommes ont été dans tous les
» tems , & font encore tous les jours les
» victimes de ces préjugés ! &c.
Notre Auteur combat de même ce qui
pourroit être préjudiciable au public
dans les Médecins. » Les Médecins de ca-
» binet , lorsqu'ils ne joignent pas à la
" théorie une grande expérience , font ,
dit - il , page 233 , » fujets à nier ce dont
» ils ne voyent pas la caufe , parce qu'ils
» veulent ordinairement foumettre tout
» dans leur art à leur raifonnement. C'eft
» ce qui fait des incrédules ; car il y a des
☛ incrédules en Médecine parmi les Méde-
» cins même . Rien n'eft fi dangereux pour
» fa vie, que d'avoir confiance en ces Méde-
» cins qui n'en ont pas eux - mêmes en leur
art . Ils font accoutumés à traiter auffi lége-
» rement la vie des hommes, qu'ils ont cou-
" tume de badiner fur l'art de la conferver.
» C'eft abufer de la confiance , que de
»faire une profeffion publique , à laquelle
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
on ne croit pas foi -même. Un homme
» qui fait un métier auquel il n'a pas de
» croyance , ne travaille pas de bonne foi ,
» n'eft pas un honnête homme : de même
» ceux qui pratiquent la Médecine , & n'y
croyent point , font des hommes fans
foi , indignes de la confiance de leurs
» concitoyens , & plus méprifables que les
» Charlatans même , qui communément
» croyent à leurs remedes.
Il y a peu de livres de fcience qui
ayent eu autant de cours que cette Chimie
médicinale. La précedente édition en
a été épuifée fort promptement , & on a
long - tems defiré celle- ci qui eft d'un tiers
plus confidérable. Les objets y font fi utiles
& fi abondans , que nous donnerons
pour en faire l'extrait un nouvel article
dans le Mercure fuivant.
DISSERTATIONS fur les effets que
produit le taux de l'intérêt de l'argent
fur le commerce & l'agriculture , qui a
remporté le prix , au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts
d'Amiens en 1755 ; par M. Chicquor Blervache
, de Reims. Sic vos non vobis mellificatis
apes. A Amiens , chez la veuve Godard
; & fe vend à Paris , chez Ganeau
rue S. Severin ; Chaubert, quai des Auguft.
>
NOVEMBRE. 1755 .
127
& Lambert , rue de la Comédie Françoife.
ESSAI fur les colonies Françoifes , ou
difcours politiques fur la nature du gouvernement
, de la population & du commerce
de S. D. Se vend à Paris , chez
Lambert , à côté de la Comedie Françoiſe.
MÉMOIRE CRITIQUE fur un des
plus confidérables articles de l'Armorial
général de M. d'Ozier de Serigny , dont
on a rendu compte dans prefque tous les
Ouvrages périodiques , fe trouve chez le
même Libraire.
MÉMOIRES de Mathématique & de
Phyfique , rédigés à l'Obfervatoire de
Marſeille , année 1755 , premiere partie.
Vires acquires eundo . A Avignon , chez la
veuve Girard , Imprimeur & Libraire à la
place Saint Didier . Ces mémoires doivent
former un recueil de pieces détachées &
non un corps d'ouvrage lié. La fin feule
qu'on s'eft propofée , ainfi que l'annonce
d'u- la préface , eft de ne rien publier que
tile , d'inftructif , ou rien au moins qui ne
foit digne d'intéreffer les fçavans . Les aureurs
font trois Jéfuites , dont le plus ancien
& le chef s'eft diftingué dans la place
de Profeffeur royal d'Hydrographie . C'eft
le Pere Pezenas , très-connu par plufieurs
Ouvrages généralement eftimés des vrais
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
connoiffeurs , & qui ont mérité en particulier
l'approbation de l'Académie royale
des Sciences.
TRAITÉ des animaux , où après avoir
fait des obfervations critiques fur le fentiment
de Descartes , & fur celui de M. de
Buffon , on entreprend d'expliquer leurs
principales Facultés ; par Monfieur l'Abbé
de Condillac de l'Académie royale de Berlin.
On a joint à cet ouvrage un extrait
raifonné du traité des fenfations. A Amfterdam
, & fe vend à Paris , chez Debure
l'aîné , quai des Auguftins ; & Jombert ,
rue Dauphine. 1755. 1 vol. in- 12 .
MÉMOIRES de l'Académie des Belles-
Lettres de Caën , fe vendent à Caën , chez
Jaques Manoury , Libraire de l'Académie ,
grande rue S. Étienne ; & fe trouvent à
Paris , chez Didot , quai des Auguſtins , à
la Bible d'or. 1754. Če recueil mérite que
nous en, parlions une autrefois plus au
long.
LA VIE du Chancelier François Bacon ,
traduite de l'Anglois , 1 vol . in - 12 . Analyfe
de la Philofophie du Chancelier François
Bacon , 2 vol . in - 12 . A Amfterdam , chez
Arkstée & Merkus , & fe trouve chez
Deffaint & Saillant , rue S. Jean de BeauNOVEMBRE.
1755. 129
vais & Prault fils aîné , quay de Conty.
Cet ouvrage exige au moins un précis.
Nous le donnerons le plutôt qu'il nous
fera poffible.
INDICULUS UNIVERSALIS, ou l'Univers
en abrégé , du P. S. Pomey de la Compagnie
de Jefus , nouvelle édition , corrigée ,
augmentée & mife dans un nouvel ordre
par M. l'abbé Dinouart. A Paris , chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cicognes,
1755.
PHYSIQUE des corps animés in- 1 2. 1 vol.
A Paris, chez Aug. Martin Lottin, rue faint
Jacques, au Coq.
TRAITÉ d'Horlogerie contenant tout ce
qui eft néceffaire pour bien connoître &
pour régler les pendules & les montres ; la
defcription des pieces d'Horlogerie les
plus utiles & les plus nouvelles ; des pendules
à répétition , à une roue , à équation
; des échappemens , & c. par M. le
Paute , Horloger du Roi , au Luxembourg:
chez Chardon pere & fils , rue S. Jacques.
Cet article eft déja fi plein que nous
fommes obligés , roalgré nous de remettre
au prochain Mercure les autres annonces ,
indications & précis de livres .
Fermer
Résumé : « LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...] »
Le texte présente la 'Chimie Médicale', un ouvrage rédigé par M. Malouin, qui se distingue par sa clarté et ses réflexions pertinentes sur les erreurs courantes tant du public que des médecins. L'auteur a pour objectif de démanteler les préjugés nuisibles au bien public et à l'art médical. Il critique sévèrement les médecins qui manquent d'expérience et de confiance en leur propre art, les qualifiant de dangereux et indignes de confiance. Le livre a rencontré un grand succès, avec une première édition rapidement épuisée, ce qui a conduit à la publication d'une nouvelle édition plus volumineuse. Le texte mentionne également divers autres ouvrages disponibles, tels qu'une dissertation sur le taux de l'intérêt de l'argent, un essai sur les colonies françaises, des mémoires mathématiques et physiques, un traité des animaux, et des mémoires de l'Académie des Belles-Lettres de Caen. Ces ouvrages sont proposés à la vente chez différents libraires à Paris et dans d'autres villes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
41
p. 107-121
« Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Début :
Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...]
Mots clefs :
Collection, Nature, Vérité, Docteur, Académies, Médecine, Découvertes, Philosophie, Physique, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Nous avons annoncé au mois de Septembre
la nouvelle Collection académique ,
c. avec promeffe d'en parler plus expreffément
une autre fois . Nous allons la
remplir . La feule infpection de fon titre a
dû déja faire connoître l'étendue du projet
de l'Editeur.
Cet ouvrage eft précédé d'un beau difcours
préliminaire qui préfente des vues
très- philofophiques . Elles font juger avantageufement
du mérite de M. Gueneau
qui en eft l'Auteur. Comme il fent vivement
l'importance des vérités phyfiques
que cette collection a pour objet , il s'exprime
de même. Les matieres les plus abftraites
deviennent intéreffantes fous une
main auffi habile que la fienne . Il joint à
la profondeur du raifonnement l'éloquence
du ftyle ; deux qualités d'autant plus
dignes d'éloges , qu'elles ne vont pas toujours
enfemble.
On n'entend pas ici cette éloquence qui
cherche à furprendre par de fauffes lueurs ,
& qui fait difparoître la vérité fous des
ornemens qui lui font étrangers. Toat
homme qui penfe en philofophe , eft bien
éloigné de l'employer à un pareil ufage.
Ce feroit prendre l'abus de l'éloquence
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour l'eloquence elle- même , qui a pour
bale la folidité du jugement . On entend
donc par là cette énergie d'expreffion qui
communique ,, pour ainfi dire , la vie aux
idées dont elle rend la force plus fenfible ,
en leur prêtant un nouvel éclat . M. Gueneau
débute par des réflexions générales fur
la marche de l'efprit humain dans le développement
des connoillances qui appartiennent
à l'étude de la nature Il en marque
les progrès , & failit avec art tous
les rapports qui en dépendent. Il infifte
particulierement fur la néceffité de l'obfervation
, dont il analyſe les principes . It
approfondit la méthode qui doit fervir de
guide aux Obfervateurs dans leurs recherches
,pour
arriver à la certitude phyfique.
»Le premier objet ( dit- il ) qui fe préten-
» te à obferver , celui qu'il nous importe le
» plus de bien connoître , c'eft nous- mêmes.
Cette efpece d'obfervation inté-
» rieure doit précéder toute autre obfer-
» vation , & peut feule nous rendre capables
de juger fainement des êtres qui
» font hors de nous En effet nous ne connoiffons
point immédiatement ces êtres ;
nous ne pourrons jamais pénétrer leur
nature intime , & leur effence réelle ; les
idées que nous en avons , fe terminent
à leur furface , & même à parler rigouDECEMBRE
. 1755. 109
"
reuſement , nous n'appercevons point
» ces furfaces , mais feulement les impref-
»fions qu'elles font fur nos organes . Tou-
» tes ces vérités font certaines pour quiconque
fçait réfléchir ; & s'il eft abfurde à
» l'Egoifte d'en conclure qu'il exifte ſeul ;
»de suppofer que ce qu'on appelle les ob-
» jets extérieurs , ne font autre choſe que
»fes différentes manieres de voir , & n'ont
» aucune réalité hors de lui ; de fe perfua-
» der que les limites de fon être font celles
» de la nature ; & de vouloir ainfi réduire
» l'univers aux dime fons d'un atome ,
» il eft raisonnable aufli d'avouer que la
» maniere dont nous connoiffons notre
» exiftence , eft très- différente de celle
» dont nous connoiffons toute autre exif-
"tence : la premiere eft une confcience
intime , un fentiment profond ; la fe-
» conde eft une conféquence déduite de
» cette vérité premiere : la certitude eft
égale des deux côtés ; mais la preuve
» n'eft pas la même. Dans le premier cas ,
» ceft une lumiere directe immédiate-
»ment préfente à notre ame ; dans le fe-
»' cond , c'est une lumiere réfléchie par des
objets extérieurs , & modifiée par nos
» fens. Car nos fens font la feule voye
≫ par laquelle nous puiffions communi-
" quer avec la nature ; c'eft un milieu
110 MERCURE DE FRANCE.
22
interpofé entre notre ame & le monde
» phyfique'; milieu à travers lequel paf-
» fent néceffairement les images des cho-
» fes , ou plutôt les ombres projettées fur
» notre fens intérieur. Il faut donc avant
" tout travailler à épurer ce milieu , & à
» écarter tout ce qui pourroit alterer ces
images primitives , & les teindre de
couleurs étrangeres ; ou du moins il faut
» fe mettre en état de reconnoître , & même
de rectifier les altérations qu'elles
» fubiffent à leur paffage. »
"
"3
D
Ce que nous venons de rapporter du
Difcours de M. Gueneau , montre qu'il
employe heureufement les notions métaphyfiques
dans la définition des chofes
dont il traite , & fuffit en même-temps ,
pour donner une idée de fa maniere d'écrire
, analogue à fa façon de penfer. Nous
ajouterons un autre morceau qui nous paroît
frappé au même coin. Il s'agit de repréfenter
les effets que le préjugé a coututume
de produire , & les funeftes fuites
qu'il entraîne après lui : Voici comme s'explique
l'Auteur. » Le préjugé eft le plus
grand ennemi de la vérité , & par con-
» féquent de l'homme , puifque l'hom-
» me ne peut fe rendre heureux que par
« la connoiffance de la vérité. Cet enne-
» mi nous obféde dès notre naiffance ,
DECEMBRE. 1755. Τ
ou plutôt il femble être né avec nous :
» à peine notrepaupiere commence à s'ou-
» vrir , qu'il nous enveloppe de fes om-
» bres : fon murmure confus eft le pre-
» mier bruit qui frappe nos oreilles ; &
» nos premiers regards font fouillés par
l'erreur. A mefure que nos facultés fe
développent , le préjugé fe les affujetir ,
& fe fortifie avec elles : non- feulement
» il falfifie le témoignage de nos lens ,
» il obfurcit encore les foibles lueurs de
» notre raifon. L'éducation , l'exemples,
23
toute communication avec les autres
» hommes , lui fervent fouvent de moyen
» pour accroître & perpétuer fa contagion
: quelquefois il fe fait la guerre à
» lui-même , pour triompher de nous plus
furement ; il n'eft point de formes qu'il
» ne prenne pour nous fubjuguer , ou pour
» nous féduire , & jamais il n'eft plus ter-
» rible , que lorfqu'il fe produit fous des
» dehors refpectés. Cependant il nuit en
» core moins à la vérité par les menfonges
qu'il accrédite , que par le vice qu'il
» introduit dans la méthode de raifonner.»
M. Gueneau propofe enfuite le reméde
qu'il faut appliquer au mal , & il qualifie
ce reméde de donte méthodique. » C'est
( continue- t'il ) cette ignorance de convention,
par laquelle un Philofophe s'é-
و د
"""
112 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
» leve au - deffus de fes opinions , que le
vulgaire appelle fes connoillances , afin
» de les juger toutes avec une fermeté
» éclairée , d'affigner à chacune fon dégré
précis de probabilité , de rejetter
» toutes celles qui ne font point fondées ,
» & de s'attacher inviolablement à la vé-
» rité mieux connue. Ce doute eft appellé
» méthodique , parce qu'il fuppofe une
méthode fure de diftinguer l'obfcur de
» l'évident , le faux du vrai , & même le
» vrai du vaiſemblable. Il ne fufpend no-
» tre jugement , que lorfque la lumiere
» vient à nous manquer : il differe effen-
» tiellement du Pyrrhonifme , qui n'eſt
» autre chofe que le défefpoir d'un efprit
» foible , qui a fçu fe defabufer de fes pré-
» jugés , mais qui n'ayant pas le courage
» de chercher la vérité , fait de vains ef-
» forts pour l'anéantir. Le doute philofophique
eft aucontraire le premier effort
» d'une ame généreufe , qui veut fecouer
» le joug de l'erreur : c'eft le premier pas
» qu'il faut faire pour arriver à la cer-
» titude , & il n'est pas moins oppofé à
l'aveugle indécifion du Pyrrhonien , qu'à
» l'aveugle témérité du Dogmatique . C'eft
» moins un doute réel , qu'un examen
» après coup , par lequel la raifon rentre
» dans fes droits , & ſe prépare à la vérité ,
"
و ر
DECEMBRE . 1755. 113
en fe dégageant des entraves de l'opi-
» nion. "
Il ne faudroit pas moins que copier le
Difcours d'un bout à l'autre , pour mettre
à portée de juger de la jufteffe des remarques
de M. Gueneau , & en même- temps
faire appercevoir l'enchaînement de fes
idées , avec leur dépendance mutuelle .
C'est pourquoi nous ne pouvons trop
en recommander la lecture , qui fervira à
confirmer la bonne opinion que nous
avons conçue du travail de l'Auteur. L'é
poque de la révolution que la Philofophie
a éprouvée dans ces derniers fiécles , fixe
toute fon attention . Elle doit fe rapporter
à la naiffance de ces Grands hommes , qui
ont diffipé les ténébres que la Scholaftique
avoit répandues fur les Sciences . On
voit ici paroître tour à tour le Chancelier
Bacon , Galilée , Defcartes , Mallebranche ,
Leibnitz & Newton , qu'il fuffit de nommer
pour faire leur éloge. M. Gueneau
puife dans le vrai les traits que fa plume
lui fournit , pour caracteriſer là trempe
de leur efprit. L'équité dirige par - tout les
jugemens , lorfqu'il eft queftion d'apprécier
le mérite de leurs découvertes . Il
procéde à l'examen des hypotèfes qu'il
fçait réduite à leur jufte valeur . Descartes
ne trouve dans l'Auteur qu'un Cenfeur
114 MERCURE DE FRANCE.
éclairé qui témoigne fon eftimne pour lui ,
dans le temps même qu'il appuye le plus
fortement fur les erreurs qui font parti
culieres à ce Philofophe. Elles apprennent
à fe tenir en garde contre les écarts de l'imagination
, à laquelle Defcartes femble
avoir donné trop d'effor dans la maniere
d'établir fon fyftême Phyfique . Il y a
moyen de les rectifier par les propres principes
de fa Méthode qui a tracé la route
qui conduit à la vérité. L'Auteur reconnoît
avec plaifir les obligations infinies
que l'on a à ce grand homme , dont le
génie vafte & profond embraffoit les ob
jets les plus fublimes , comme il eſt aiſé
de s'en convaincre par fes Méditations .
S'il n'a pas toujours réuffi dans l'explication
des loix de la nature , ce n'eſt pas
une raifon pour lui refufer un talent fu
périeur , & encore moins pour le traiter
avec mépris. C'est ce que font pourtant
certains Modernes , dont une prévention
outrée régle tous les fentimens . Sa réputation
ne fera pas moins en fureté , pour
être uniquement attaquée par des gens que
les préjugés fubjuguent .
.. On ne fera fans doute pas fâché de fçavoir
comment M. Gueneau a faifi le caractere
de la Philofophie du célébre Anglois
, de qui les opinions font à préſent
DECEMBRE. 1755. IT'S
dominantes . Voici ce qu'il dit à ce fujet .
» Enfin Newton parut , étonna l'Univers ,
» & l'éclaira d'un nouveau jour : il pur-
» gea la Philofophie de tout ce que le Car-
» téfianiſme y avoit laiffé ou mis d'erreur
» & d'incertitude : il ia ramena de la fpé-
» culation des caufes poffibles à l'obfer-
» vation des effets récis : il penfa que fi
» l'on connoiffoit bien l'enchaînement &
la loi de tous les phénomenes , on con-
» noîtroit affez la nature : il regarda les
» hypothèſes commes ces nuages voltigeans
, qu'amene un tourbillon qu'un
» fouffle diffipe , & qui interceptent la
»lumiere, ou qui l'alterent en la réfléchiffant.
Ces principes joints à de grandes
a vues , à une fagacité prodigieufe , & à
» un travail infatigable , le conduifirent à
» des découvertes également hautes & fo-
» lides .
M. Gueneau entre enfuite dans le dérail
du plan fur lequel la Collellion Académique
a été exécutée , & nous inftruit du
but que l'on s'y eft propofé . Cet Ouvrage
porte de lui -même fa recommandation
fans qu'il foit befoin de s'étendre fur les
avantages inconteftables qui lui font propres.
C'est une tâche que l'Editeur a
très -bien remplie . Il fait honneur de la
premiere idée de cette Collection , à feu M.
T16 MERCURE DE FRANCE.
Berryat , Docteur en Médecine , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de Paris . Il ne doute pas que ce
projet n'eût reçu fous les mains de cet habile
homme toute l'étendue & toute la
perfection qu'il comportoit , fi fa mort
n'eût mis un obftacle invincible à l'éxécution
de fes vues fur cet article. M. Gueneau
s'eft donc à fon défaut chargé de l'entrepriſe
, dont l'importance a engagé plufieurs
Gens de Lettres à s'affocier à fes
travaux , pour concourir avec lui par leurs
foins , à la publication de ce vafte Recueil.
11 obferve que le nombre des Académies
qui fe multiplient tous les jours
rend cette Collection abfolument néceffaire
: elle offre tout ce que les compilations
peuvent avoir d'avantageux , & eft
exempte des défauts qui leur font ordinaires
. Nous ofons dire de plus que le
difcernement qu'on remarque dans le
choix des fujets qui conftituent ce Recueil,
la rend très- estimable . Son objet eft de renfermer
les obfervations & les découvertes
faites depuis le renouvellement de la Philofophie
, par les plus fameux Phyficiens
de l'Europe , fur l'Histoire Naturelle & la
Botanique , la Phyſique expérimentale & la
Chimie , la Médecine & l'Anatomie. Les
Mémoires des Académies célébres , & les
,
DECEMBRE. 1755. 117
bons Ouvrages périodiques de France ,
d'Angleterre, d'Italie & d'Allemagne , doivent
fournir les materiaux de cette Collection.
On fe propofe de raffembler avec
foin en moins de quarante Volumes , tous
les faits relatifs à ces trois parties de la
Philofopie naturelle ; ce qui épargnera la
peine de les chercher dans plus de huit
cens Volumes originaux écrits en différentes
langues , où ils font répandus. On
s'eft attaché dans leur arrangement à l'ordre
des temps , parce qu'il eft le plus propre
l'inftruction des Lecteurs. Il n'y a qu'une
circonftance où l'on a cru devoir s'en écar
ter ; c'eft lorfqu'il a fallu rapprocher cer
tains faits , qui n'empruntent leur évidence
que de leur réunion. On aura dans cette
Collection , une fuite d'expériences &
d'obfervations comme enchaînées les unes'
aux autres : les voies de la comparaifon
qu'elle facilitera , rendront par ce moyen
leur utilité plus fenfible. Elle a d'autant
plus de droit de s'attendre à un accueil favorable
de la part des perfonnes qui s'oc
cupent de l'étude de la nature ; que le fuccès
des diverfes piéces qu'elle met fous
leurs yeux , eft confirmé depuis long temps
par le fceau de l'approbation publique.
Il ne paroît encore que trois Volumes ; on
en promet un quatrième pour Pâques 1756,
1S MERCURE DE FRANCE.
& on s'engage à donner les autres fucceffivement
de fix mois en fix mois . Nous
allons expofer un précis des matieres qu'ils .
contiennent , felon la divifion qui leur appartient.
C'est tout ce que nous pouvons faire pour
un Ouvrage , qui par fa nature n'eſt guete
fufceptible d'extrait. Les trois parties
différentes qui entrent dans fa compofition
, peuvent-être détachées ; de forte.
qu'il fera facile d'en former trois fuites
féparées , dont chacune fera complete en:
fon genre. En ce cas , ceux qui voudront
fe borner à l'acquifition de l'une des trois ,
auront la liberté de fe fatifaire . Cependant
nous croyons que toutes les trois préfentent
des chofes capables d'intereffer la
curiofité des Sçavans , & de les déterminer
par conféquent à acquérir la Collection
entiere. Le premier Volume comprend ,
outre le Difcours préliminaire dont nous
avons déja parlé , tout ce que l'Académie
del Cimento de Florence a mis au jour fous
le titre d'Effais d'Expériences Phyfiques, avec
les additions du Docteur Muffchenbroek ,
qui font en notes, Elles roulent fur les obfervations
poftérieures , comparées avec
celles des Phyficiens de Florence , & traitent
de quantité de découvertes du Docteur
Muffchenbroek lui-même , fur toutes forDECEMBRE.
1755 119
es de matieres ; mais particulierement fur
la formation de la glace , fur l'expanfion
des folides caufés par l'action de la chaleur
, fur l'effervefcence réfultant des différens
mélanges , &c. Le nouvel Editeur
a joint un extrait des vingt premieres années
du Journal des Sçavans , où l'on a réuni
toutes les piéces de ce Journal , qui ont
rapport à l'objet de la Collection Académique.
Le fecond Volume contient les quatorze
premieres années des Tranfactions Philo-
Sophiques de la Société Royale de Londres ,
& la Collection Philofophique publiée par le
Docteur Hook , pour remplir une lacune
de près de cinq années , qui fe trouve dans
la fuite des Tranfallions , depuis 1678 .
jufqu'en 1683 .
La premiere Décurie des Ephémérides
de l'Académie des Curieux de la Nature
Allemagne , & la moitié de la feconde
Décurie , qui va jufqu'en 1686. font la:
matiere du troifiéme Volume,
Il eft jufte que nous fallions connoître
les noms des Gens de Lettres à qui le Public
eft redevable de la traduction des
piéces qui compofent les Recueils Originaux
, d'où ont été tirés ces premiers Volumes
de la Collection Académique .
On ne les fçauroit trop louer d'avoir tra120
MERCURE DE FRANCE.
vaillé à tranſmettre dans notre Langue , les
grandes découvertes qu'elles renferment.
Le Traducteur des Effais de l'Académie
del Cimento , a voulu garder l'Anonyme ,
& cela par des motifs qu'on ne fpécifie
point. On nous apprend que M. Lavirotte,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal , & l'un des
Auteurs du Journal des Sçavans , a pris
fur lui le foin de revoir la traduction de ce
Morceau .
Ce qui paroît des Tranfactions Philofophiques
, a été traduit par M. Roux , Docteur
en Médecine , par M. Larcher , par
M. le Chevalier de Buffon , & par M.
Daubenton , frere aîné de l'Académicien
du même nom, & l'un des Auteurs de
l'Encyclopedie.
Les articles qui concernent l'Agriculture
, ont été confiés à M. Daubenton ; &
il étoit mal aifé de choisir quelqu'un qui
fût plus en état que lui de fe bien acquitter
de cette partie qu'il poffede à fonds .
Les Ephém rides d'Allemagne ont été
traduites par M. Nadaut , Avocat Général
Honoraire de la Chambre des Comptes de
Dijon , & Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & par M.
Daubenton le jeune, proche parent de ceux
du même nom , que nous venons de citer.
M.
DECEMBRE . 1755. 121
M. Barberet , Docteur en Médecine à Dijon
, a dreffé les Tables Alphabétiques rai .
Jonnées , qui font à la fin de chaque Volume.
Il eſt aifé de fentir les avantages
attachés à cette Collection , par ce détail
qui indique le fonds de l'Ouvrage. Nous
ajouterons qu'elle eft enrichie de plus de
150 figures , fur près de So planches en
taille- douce. Il faut dire à la louange des
Libraires affociés , qu'il n'ont rien épargné
de tout ce qui dépend de l'Art Typogra
phique , dont l'exécution répond parfaitement
à la beauté de l'entreprife .
Nous n'appuierons pas davantage fur
les éloges que méritent les vues de l'Editeur
, & les travaux de fes collegues . Ce
font autant de moyens qui concourent à
rendre la nouvelle Collection infiniment
précieufe aux connoiffeurs , & à leur faire
défirer avec empreffement les volumes fuivans.
la nouvelle Collection académique ,
c. avec promeffe d'en parler plus expreffément
une autre fois . Nous allons la
remplir . La feule infpection de fon titre a
dû déja faire connoître l'étendue du projet
de l'Editeur.
Cet ouvrage eft précédé d'un beau difcours
préliminaire qui préfente des vues
très- philofophiques . Elles font juger avantageufement
du mérite de M. Gueneau
qui en eft l'Auteur. Comme il fent vivement
l'importance des vérités phyfiques
que cette collection a pour objet , il s'exprime
de même. Les matieres les plus abftraites
deviennent intéreffantes fous une
main auffi habile que la fienne . Il joint à
la profondeur du raifonnement l'éloquence
du ftyle ; deux qualités d'autant plus
dignes d'éloges , qu'elles ne vont pas toujours
enfemble.
On n'entend pas ici cette éloquence qui
cherche à furprendre par de fauffes lueurs ,
& qui fait difparoître la vérité fous des
ornemens qui lui font étrangers. Toat
homme qui penfe en philofophe , eft bien
éloigné de l'employer à un pareil ufage.
Ce feroit prendre l'abus de l'éloquence
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
pour l'eloquence elle- même , qui a pour
bale la folidité du jugement . On entend
donc par là cette énergie d'expreffion qui
communique ,, pour ainfi dire , la vie aux
idées dont elle rend la force plus fenfible ,
en leur prêtant un nouvel éclat . M. Gueneau
débute par des réflexions générales fur
la marche de l'efprit humain dans le développement
des connoillances qui appartiennent
à l'étude de la nature Il en marque
les progrès , & failit avec art tous
les rapports qui en dépendent. Il infifte
particulierement fur la néceffité de l'obfervation
, dont il analyſe les principes . It
approfondit la méthode qui doit fervir de
guide aux Obfervateurs dans leurs recherches
,pour
arriver à la certitude phyfique.
»Le premier objet ( dit- il ) qui fe préten-
» te à obferver , celui qu'il nous importe le
» plus de bien connoître , c'eft nous- mêmes.
Cette efpece d'obfervation inté-
» rieure doit précéder toute autre obfer-
» vation , & peut feule nous rendre capables
de juger fainement des êtres qui
» font hors de nous En effet nous ne connoiffons
point immédiatement ces êtres ;
nous ne pourrons jamais pénétrer leur
nature intime , & leur effence réelle ; les
idées que nous en avons , fe terminent
à leur furface , & même à parler rigouDECEMBRE
. 1755. 109
"
reuſement , nous n'appercevons point
» ces furfaces , mais feulement les impref-
»fions qu'elles font fur nos organes . Tou-
» tes ces vérités font certaines pour quiconque
fçait réfléchir ; & s'il eft abfurde à
» l'Egoifte d'en conclure qu'il exifte ſeul ;
»de suppofer que ce qu'on appelle les ob-
» jets extérieurs , ne font autre choſe que
»fes différentes manieres de voir , & n'ont
» aucune réalité hors de lui ; de fe perfua-
» der que les limites de fon être font celles
» de la nature ; & de vouloir ainfi réduire
» l'univers aux dime fons d'un atome ,
» il eft raisonnable aufli d'avouer que la
» maniere dont nous connoiffons notre
» exiftence , eft très- différente de celle
» dont nous connoiffons toute autre exif-
"tence : la premiere eft une confcience
intime , un fentiment profond ; la fe-
» conde eft une conféquence déduite de
» cette vérité premiere : la certitude eft
égale des deux côtés ; mais la preuve
» n'eft pas la même. Dans le premier cas ,
» ceft une lumiere directe immédiate-
»ment préfente à notre ame ; dans le fe-
»' cond , c'est une lumiere réfléchie par des
objets extérieurs , & modifiée par nos
» fens. Car nos fens font la feule voye
≫ par laquelle nous puiffions communi-
" quer avec la nature ; c'eft un milieu
110 MERCURE DE FRANCE.
22
interpofé entre notre ame & le monde
» phyfique'; milieu à travers lequel paf-
» fent néceffairement les images des cho-
» fes , ou plutôt les ombres projettées fur
» notre fens intérieur. Il faut donc avant
" tout travailler à épurer ce milieu , & à
» écarter tout ce qui pourroit alterer ces
images primitives , & les teindre de
couleurs étrangeres ; ou du moins il faut
» fe mettre en état de reconnoître , & même
de rectifier les altérations qu'elles
» fubiffent à leur paffage. »
"
"3
D
Ce que nous venons de rapporter du
Difcours de M. Gueneau , montre qu'il
employe heureufement les notions métaphyfiques
dans la définition des chofes
dont il traite , & fuffit en même-temps ,
pour donner une idée de fa maniere d'écrire
, analogue à fa façon de penfer. Nous
ajouterons un autre morceau qui nous paroît
frappé au même coin. Il s'agit de repréfenter
les effets que le préjugé a coututume
de produire , & les funeftes fuites
qu'il entraîne après lui : Voici comme s'explique
l'Auteur. » Le préjugé eft le plus
grand ennemi de la vérité , & par con-
» féquent de l'homme , puifque l'hom-
» me ne peut fe rendre heureux que par
« la connoiffance de la vérité. Cet enne-
» mi nous obféde dès notre naiffance ,
DECEMBRE. 1755. Τ
ou plutôt il femble être né avec nous :
» à peine notrepaupiere commence à s'ou-
» vrir , qu'il nous enveloppe de fes om-
» bres : fon murmure confus eft le pre-
» mier bruit qui frappe nos oreilles ; &
» nos premiers regards font fouillés par
l'erreur. A mefure que nos facultés fe
développent , le préjugé fe les affujetir ,
& fe fortifie avec elles : non- feulement
» il falfifie le témoignage de nos lens ,
» il obfurcit encore les foibles lueurs de
» notre raifon. L'éducation , l'exemples,
23
toute communication avec les autres
» hommes , lui fervent fouvent de moyen
» pour accroître & perpétuer fa contagion
: quelquefois il fe fait la guerre à
» lui-même , pour triompher de nous plus
furement ; il n'eft point de formes qu'il
» ne prenne pour nous fubjuguer , ou pour
» nous féduire , & jamais il n'eft plus ter-
» rible , que lorfqu'il fe produit fous des
» dehors refpectés. Cependant il nuit en
» core moins à la vérité par les menfonges
qu'il accrédite , que par le vice qu'il
» introduit dans la méthode de raifonner.»
M. Gueneau propofe enfuite le reméde
qu'il faut appliquer au mal , & il qualifie
ce reméde de donte méthodique. » C'est
( continue- t'il ) cette ignorance de convention,
par laquelle un Philofophe s'é-
و د
"""
112 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
» leve au - deffus de fes opinions , que le
vulgaire appelle fes connoillances , afin
» de les juger toutes avec une fermeté
» éclairée , d'affigner à chacune fon dégré
précis de probabilité , de rejetter
» toutes celles qui ne font point fondées ,
» & de s'attacher inviolablement à la vé-
» rité mieux connue. Ce doute eft appellé
» méthodique , parce qu'il fuppofe une
méthode fure de diftinguer l'obfcur de
» l'évident , le faux du vrai , & même le
» vrai du vaiſemblable. Il ne fufpend no-
» tre jugement , que lorfque la lumiere
» vient à nous manquer : il differe effen-
» tiellement du Pyrrhonifme , qui n'eſt
» autre chofe que le défefpoir d'un efprit
» foible , qui a fçu fe defabufer de fes pré-
» jugés , mais qui n'ayant pas le courage
» de chercher la vérité , fait de vains ef-
» forts pour l'anéantir. Le doute philofophique
eft aucontraire le premier effort
» d'une ame généreufe , qui veut fecouer
» le joug de l'erreur : c'eft le premier pas
» qu'il faut faire pour arriver à la cer-
» titude , & il n'est pas moins oppofé à
l'aveugle indécifion du Pyrrhonien , qu'à
» l'aveugle témérité du Dogmatique . C'eft
» moins un doute réel , qu'un examen
» après coup , par lequel la raifon rentre
» dans fes droits , & ſe prépare à la vérité ,
"
و ر
DECEMBRE . 1755. 113
en fe dégageant des entraves de l'opi-
» nion. "
Il ne faudroit pas moins que copier le
Difcours d'un bout à l'autre , pour mettre
à portée de juger de la jufteffe des remarques
de M. Gueneau , & en même- temps
faire appercevoir l'enchaînement de fes
idées , avec leur dépendance mutuelle .
C'est pourquoi nous ne pouvons trop
en recommander la lecture , qui fervira à
confirmer la bonne opinion que nous
avons conçue du travail de l'Auteur. L'é
poque de la révolution que la Philofophie
a éprouvée dans ces derniers fiécles , fixe
toute fon attention . Elle doit fe rapporter
à la naiffance de ces Grands hommes , qui
ont diffipé les ténébres que la Scholaftique
avoit répandues fur les Sciences . On
voit ici paroître tour à tour le Chancelier
Bacon , Galilée , Defcartes , Mallebranche ,
Leibnitz & Newton , qu'il fuffit de nommer
pour faire leur éloge. M. Gueneau
puife dans le vrai les traits que fa plume
lui fournit , pour caracteriſer là trempe
de leur efprit. L'équité dirige par - tout les
jugemens , lorfqu'il eft queftion d'apprécier
le mérite de leurs découvertes . Il
procéde à l'examen des hypotèfes qu'il
fçait réduite à leur jufte valeur . Descartes
ne trouve dans l'Auteur qu'un Cenfeur
114 MERCURE DE FRANCE.
éclairé qui témoigne fon eftimne pour lui ,
dans le temps même qu'il appuye le plus
fortement fur les erreurs qui font parti
culieres à ce Philofophe. Elles apprennent
à fe tenir en garde contre les écarts de l'imagination
, à laquelle Defcartes femble
avoir donné trop d'effor dans la maniere
d'établir fon fyftême Phyfique . Il y a
moyen de les rectifier par les propres principes
de fa Méthode qui a tracé la route
qui conduit à la vérité. L'Auteur reconnoît
avec plaifir les obligations infinies
que l'on a à ce grand homme , dont le
génie vafte & profond embraffoit les ob
jets les plus fublimes , comme il eſt aiſé
de s'en convaincre par fes Méditations .
S'il n'a pas toujours réuffi dans l'explication
des loix de la nature , ce n'eſt pas
une raifon pour lui refufer un talent fu
périeur , & encore moins pour le traiter
avec mépris. C'est ce que font pourtant
certains Modernes , dont une prévention
outrée régle tous les fentimens . Sa réputation
ne fera pas moins en fureté , pour
être uniquement attaquée par des gens que
les préjugés fubjuguent .
.. On ne fera fans doute pas fâché de fçavoir
comment M. Gueneau a faifi le caractere
de la Philofophie du célébre Anglois
, de qui les opinions font à préſent
DECEMBRE. 1755. IT'S
dominantes . Voici ce qu'il dit à ce fujet .
» Enfin Newton parut , étonna l'Univers ,
» & l'éclaira d'un nouveau jour : il pur-
» gea la Philofophie de tout ce que le Car-
» téfianiſme y avoit laiffé ou mis d'erreur
» & d'incertitude : il ia ramena de la fpé-
» culation des caufes poffibles à l'obfer-
» vation des effets récis : il penfa que fi
» l'on connoiffoit bien l'enchaînement &
la loi de tous les phénomenes , on con-
» noîtroit affez la nature : il regarda les
» hypothèſes commes ces nuages voltigeans
, qu'amene un tourbillon qu'un
» fouffle diffipe , & qui interceptent la
»lumiere, ou qui l'alterent en la réfléchiffant.
Ces principes joints à de grandes
a vues , à une fagacité prodigieufe , & à
» un travail infatigable , le conduifirent à
» des découvertes également hautes & fo-
» lides .
M. Gueneau entre enfuite dans le dérail
du plan fur lequel la Collellion Académique
a été exécutée , & nous inftruit du
but que l'on s'y eft propofé . Cet Ouvrage
porte de lui -même fa recommandation
fans qu'il foit befoin de s'étendre fur les
avantages inconteftables qui lui font propres.
C'est une tâche que l'Editeur a
très -bien remplie . Il fait honneur de la
premiere idée de cette Collection , à feu M.
T16 MERCURE DE FRANCE.
Berryat , Docteur en Médecine , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de Paris . Il ne doute pas que ce
projet n'eût reçu fous les mains de cet habile
homme toute l'étendue & toute la
perfection qu'il comportoit , fi fa mort
n'eût mis un obftacle invincible à l'éxécution
de fes vues fur cet article. M. Gueneau
s'eft donc à fon défaut chargé de l'entrepriſe
, dont l'importance a engagé plufieurs
Gens de Lettres à s'affocier à fes
travaux , pour concourir avec lui par leurs
foins , à la publication de ce vafte Recueil.
11 obferve que le nombre des Académies
qui fe multiplient tous les jours
rend cette Collection abfolument néceffaire
: elle offre tout ce que les compilations
peuvent avoir d'avantageux , & eft
exempte des défauts qui leur font ordinaires
. Nous ofons dire de plus que le
difcernement qu'on remarque dans le
choix des fujets qui conftituent ce Recueil,
la rend très- estimable . Son objet eft de renfermer
les obfervations & les découvertes
faites depuis le renouvellement de la Philofophie
, par les plus fameux Phyficiens
de l'Europe , fur l'Histoire Naturelle & la
Botanique , la Phyſique expérimentale & la
Chimie , la Médecine & l'Anatomie. Les
Mémoires des Académies célébres , & les
,
DECEMBRE. 1755. 117
bons Ouvrages périodiques de France ,
d'Angleterre, d'Italie & d'Allemagne , doivent
fournir les materiaux de cette Collection.
On fe propofe de raffembler avec
foin en moins de quarante Volumes , tous
les faits relatifs à ces trois parties de la
Philofopie naturelle ; ce qui épargnera la
peine de les chercher dans plus de huit
cens Volumes originaux écrits en différentes
langues , où ils font répandus. On
s'eft attaché dans leur arrangement à l'ordre
des temps , parce qu'il eft le plus propre
l'inftruction des Lecteurs. Il n'y a qu'une
circonftance où l'on a cru devoir s'en écar
ter ; c'eft lorfqu'il a fallu rapprocher cer
tains faits , qui n'empruntent leur évidence
que de leur réunion. On aura dans cette
Collection , une fuite d'expériences &
d'obfervations comme enchaînées les unes'
aux autres : les voies de la comparaifon
qu'elle facilitera , rendront par ce moyen
leur utilité plus fenfible. Elle a d'autant
plus de droit de s'attendre à un accueil favorable
de la part des perfonnes qui s'oc
cupent de l'étude de la nature ; que le fuccès
des diverfes piéces qu'elle met fous
leurs yeux , eft confirmé depuis long temps
par le fceau de l'approbation publique.
Il ne paroît encore que trois Volumes ; on
en promet un quatrième pour Pâques 1756,
1S MERCURE DE FRANCE.
& on s'engage à donner les autres fucceffivement
de fix mois en fix mois . Nous
allons expofer un précis des matieres qu'ils .
contiennent , felon la divifion qui leur appartient.
C'est tout ce que nous pouvons faire pour
un Ouvrage , qui par fa nature n'eſt guete
fufceptible d'extrait. Les trois parties
différentes qui entrent dans fa compofition
, peuvent-être détachées ; de forte.
qu'il fera facile d'en former trois fuites
féparées , dont chacune fera complete en:
fon genre. En ce cas , ceux qui voudront
fe borner à l'acquifition de l'une des trois ,
auront la liberté de fe fatifaire . Cependant
nous croyons que toutes les trois préfentent
des chofes capables d'intereffer la
curiofité des Sçavans , & de les déterminer
par conféquent à acquérir la Collection
entiere. Le premier Volume comprend ,
outre le Difcours préliminaire dont nous
avons déja parlé , tout ce que l'Académie
del Cimento de Florence a mis au jour fous
le titre d'Effais d'Expériences Phyfiques, avec
les additions du Docteur Muffchenbroek ,
qui font en notes, Elles roulent fur les obfervations
poftérieures , comparées avec
celles des Phyficiens de Florence , & traitent
de quantité de découvertes du Docteur
Muffchenbroek lui-même , fur toutes forDECEMBRE.
1755 119
es de matieres ; mais particulierement fur
la formation de la glace , fur l'expanfion
des folides caufés par l'action de la chaleur
, fur l'effervefcence réfultant des différens
mélanges , &c. Le nouvel Editeur
a joint un extrait des vingt premieres années
du Journal des Sçavans , où l'on a réuni
toutes les piéces de ce Journal , qui ont
rapport à l'objet de la Collection Académique.
Le fecond Volume contient les quatorze
premieres années des Tranfactions Philo-
Sophiques de la Société Royale de Londres ,
& la Collection Philofophique publiée par le
Docteur Hook , pour remplir une lacune
de près de cinq années , qui fe trouve dans
la fuite des Tranfallions , depuis 1678 .
jufqu'en 1683 .
La premiere Décurie des Ephémérides
de l'Académie des Curieux de la Nature
Allemagne , & la moitié de la feconde
Décurie , qui va jufqu'en 1686. font la:
matiere du troifiéme Volume,
Il eft jufte que nous fallions connoître
les noms des Gens de Lettres à qui le Public
eft redevable de la traduction des
piéces qui compofent les Recueils Originaux
, d'où ont été tirés ces premiers Volumes
de la Collection Académique .
On ne les fçauroit trop louer d'avoir tra120
MERCURE DE FRANCE.
vaillé à tranſmettre dans notre Langue , les
grandes découvertes qu'elles renferment.
Le Traducteur des Effais de l'Académie
del Cimento , a voulu garder l'Anonyme ,
& cela par des motifs qu'on ne fpécifie
point. On nous apprend que M. Lavirotte,
Docteur-Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal , & l'un des
Auteurs du Journal des Sçavans , a pris
fur lui le foin de revoir la traduction de ce
Morceau .
Ce qui paroît des Tranfactions Philofophiques
, a été traduit par M. Roux , Docteur
en Médecine , par M. Larcher , par
M. le Chevalier de Buffon , & par M.
Daubenton , frere aîné de l'Académicien
du même nom, & l'un des Auteurs de
l'Encyclopedie.
Les articles qui concernent l'Agriculture
, ont été confiés à M. Daubenton ; &
il étoit mal aifé de choisir quelqu'un qui
fût plus en état que lui de fe bien acquitter
de cette partie qu'il poffede à fonds .
Les Ephém rides d'Allemagne ont été
traduites par M. Nadaut , Avocat Général
Honoraire de la Chambre des Comptes de
Dijon , & Correfpondant de l'Académie
Royale des Sciences de Paris , & par M.
Daubenton le jeune, proche parent de ceux
du même nom , que nous venons de citer.
M.
DECEMBRE . 1755. 121
M. Barberet , Docteur en Médecine à Dijon
, a dreffé les Tables Alphabétiques rai .
Jonnées , qui font à la fin de chaque Volume.
Il eſt aifé de fentir les avantages
attachés à cette Collection , par ce détail
qui indique le fonds de l'Ouvrage. Nous
ajouterons qu'elle eft enrichie de plus de
150 figures , fur près de So planches en
taille- douce. Il faut dire à la louange des
Libraires affociés , qu'il n'ont rien épargné
de tout ce qui dépend de l'Art Typogra
phique , dont l'exécution répond parfaitement
à la beauté de l'entreprife .
Nous n'appuierons pas davantage fur
les éloges que méritent les vues de l'Editeur
, & les travaux de fes collegues . Ce
font autant de moyens qui concourent à
rendre la nouvelle Collection infiniment
précieufe aux connoiffeurs , & à leur faire
défirer avec empreffement les volumes fuivans.
Fermer
Résumé : « Nous avons annoncé au mois de Septembre la nouvelle Collection académique, [...] »
Le texte annonce la publication d'une nouvelle Collection académique, précédée d'un discours préliminaire de M. Gueneau. Ce discours expose des vues philosophiques et met en avant l'importance des vérités physiques. Gueneau combine profondeur de réflexion et éloquence stylistique, tout en évitant l'éloquence trompeuse. Il insiste sur l'observation et la méthode pour atteindre la certitude physique, commençant par l'observation de soi-même avant d'explorer le monde extérieur. Le préjugé est identifié comme un ennemi de la vérité, et Gueneau propose un doute méthodique pour le combattre. Le texte mentionne également des figures historiques telles que Bacon, Galilée, Descartes, Malebranche, Leibniz et Newton, soulignant leurs contributions à la philosophie et à la science. La Collection académique vise à rassembler les observations et découvertes des plus célèbres physiciens européens dans divers domaines scientifiques, évitant ainsi la dispersion des informations dans de nombreux volumes originaux. Le texte précise que trois volumes sont déjà publiés, avec un quatrième prévu pour Pâques 1756. Cette collection facilite la comparaison entre expériences et observations et est destinée aux personnes étudiant la nature. Elle a déjà reçu l'approbation publique. Le premier volume inclut les 'Essais d'Expériences Physiques' de l'Académie del Cimento de Florence, avec des additions du Docteur Musschenbroek, traitant de diverses découvertes, notamment sur la formation de la glace et l'expansion des solides chauffés. Il comprend également un extrait des vingt premières années du 'Journal des Sçavans'. Le deuxième volume contient les quatorze premières années des 'Transactions Philosophiques' de la Société Royale de Londres et une collection philosophique du Docteur Hook. Le troisième volume présente les 'Éphémérides' de l'Académie des Curieux de la Nature en Allemagne, couvrant les années jusqu'en 1686. Les traductions des textes originaux ont été réalisées par plusieurs savants, dont M. Lavirotte, M. Roux, M. Larcher, le Chevalier de Buffon, M. Daubenton, M. Nadaut, et M. Barberet. La collection est enrichie de plus de 150 figures sur près de 50 planches en taille-douce et bénéficie d'une excellente qualité typographique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
42
p. 124-132
« CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...] »
Début :
CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...]
Mots clefs :
Chimie médicinale, Médecins, Remèdes, Maladies, Chimie, Goût, Médecine, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...] »
CHIMIE médicinale , contenant la
maniere de préparer les remedes les plus
ufités , & la méthode de les employer
pour la guérifon de maladies. Par M.
Malouin , Médecin ordinaire de S. M. la
Reine , Docteur & ancien Profeſſeur de Pharmacie
en la Faculté de Médecine de Paris ,
DECEMBRE. 1755. 125
de l'Académie royale des Sciences , de la Société
royale de Londres , & Cenfeur royal
des Livres. A Paris chez d'Houry , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie.
Nous avons déja parlé de ce livre , mais
en général , fans en faire l'extrait : il eft
utile de donner une connoiffance plus
particuliere de ce qu'il contient , pour
mettre le Public en état d'en juger.
C'est un Traité de tous les meilleurs
remeđes , & des fimples & des compofés :
M. Malouin en indique le choix & les
propriétés dans les différentes maladies ,
& pour les différens tempéramens ; il en
détermine les dofes , & il y explique la
maniere de les employer , avec le regime
qu'on doit tenir en les prenant.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties
, qui font contenues en deux volumes
in- 12. imprimés fur du beau papier ,
& en caracteres bien lifibles.
Le premier volume comprend trois
parties , dont la premiere traite des principes
& des termes de Chimie ; « il y a ,
dit l'Auteur , page 27. en Chimie com-
» me dans toutes les Sciences , des ter-
» mes confacrés pour exprimer des cho-
» fes qui font particulieres à cette Scien
» ce. Cela fe trouve dans tous les Arts ,
» & c'eft une chofe reçue partout le
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» monde . il n'y a que par rapport à la
» Médecine , que des efprits faux &
» mal inftruits , qui par prévention haïf-
» fent les Médecins & les tournent en ri-
» dicule , trouvent mauvais que les Mé-
» cins fe fervent des termes de leur Art ,
» en parlant de remedes & de mala-
2 dies , &c. » 23
La feconde partie contient ce qui regarde
les remedes tirés des animaux . Pour
mieux faire connoître cet Ouvrage , nous
rapporterons un paffage de chaque partie ,
& nous le prendrons prefqu'à livre ouvert :
on lit pag. 210. « En général , les re-
» medes volatils , furtout ceux qui font
» tirés du genre des animaux , agiffent en
» excitant la tranſpiration . Il y a fur cela
» une remarque à faire , qui mérite bien
» qu'on y falfe attention , c'eft que quoi-
» que Sanctorius en Italie , Dodart en
France , Keil en Angleterre , ayent fait
» voir qu'entre toutes les évacuations na-
« turelles du corps vivant , celle qui fe
» fait par la tranfpiration, eft la plus grande
& la plus importante , cependant
» il femble que depuis qu'on a mieux
» connu cette fonction du corps , on a
plus négligé dans le traitement des
» maladies , les remedes qui la procu-
» rent , ou qui l'entretiennent.
هد
DECEMBRE. 1755. 127.
» Il faut convenir que l'ufage de ces
fortes de remedes , rend l'exercice de
» la Médecine plus difficile , parce qu'au-
" tant ils font utiles dans certains cas ,
» autant ils font dangereux dans d'autres :
ils ne font pas indifférens comme le
» font la plupart des remedes qu'on emploie
communément dans toutes les
» maladies .
»
"9
» Cette difficulté à difcerner les diffé-
» rentes occafions d'employer les diffé-
» rens moyens de guérir , exclut de la
» bonne pratique de la Médecine quiconque
n'eſt pas véritablement Médecin ,
» & rompt la routine dangereufe de la
pratique , en réveillant continuellement
»l'attention des Médecins.
»
"
» Le nombre & la différence des re-
» medes appliqués à propos , fourniſſent
» un plus grand nombre de reffources aux
» malades pour guérir. Si on étoit affez
30 perfuadé de cette vérité , il refteroit
» moins de malades en langueur , on
» verroit moins de maladies incurables ,
» il y auroit moins de gens qui feroient
» les Médecins , & la Pharmacie feroit
mieux tenue & d'un plus grand fecours.
» En voulant fimplifier la Médecine ,
» non point par un choix plus naturel
» des remedes , mais par un retranche-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
» ment d'un plus grand nombre de nédicamens
, quoique bons , on l'appauvrit
» croyant la ſimplifier ; & alors il y a plus
» de gens qui s'imaginent pouvoir fai-
» gner , purger , & donner des apozemes
, voyant qu'on fait confifter pref-
» que toute la pratique de la Médecine
» dans ces trois chofes. •
" Il est vrai que le Public qui aime
» la nouveauté , qui fait plus de cas de
» ce qu'il connoît moins , & qui eftime
» peu ce qui eft d'un commun ufage , for-
» ce les Médecins d'abandonner de bons
» remedes anciens , en leur montrant
» moins de confiance , & plus de répu-
" gnance pour ces remedes .
"3
" Les Médecins font obligés quelque-
» fois d'ufer de remedes nouveaux , parce
» que ces remedes font fouhaités & au-
» torifés dans les fociétés des malades ,
uniquement par efprit de mode. Le Médecin
feroit foupçonné de ne pas ai-
» mer ces remedes , c'eſt - à- dire , d'être
» prévenu contre , s'il n'en approuvoit
» pas l'ufage pour la perfonne qui a envie
» d'en prendre , parce que quelqu'un de
» fa connoiffance en aura pris avec fuc-
» cès , ou parce que fes amis les lui au-
» ront confeillés avec exagération , à l'or-
» dinaire .
DECEMBRE. 1755. 129
» On doit remarquer que dans ces
» occafions , c'eft faire injuftice à la Méde-
» cine , de lui imputer d'être changeante
puifqu'on l'y force ; elle eft aucon-
» traire une des Sciences humaines qui
a le moins changé : la doctrine d'Hip-
» pocrate fubfifte encore aujourd'hui , &
» c'est en fe perfectionnant qu'elle a paru
» changer.
99
» C'est bien injuftement auffi qu'on
» reproche aux Médecins de fuivre des
» modes dans le traitement des mala-
» dies , puifqu'au contraire une des pei-
» nes de leur état eft de s'oppofer aux mo
» des qu'on veut introduire dans l'ufage
des remedes par les Charlatans ' qui
emploient des moyens extraordinaires ,
» dont on ne connoît point encore les
» inconvéniens : les efprits frivoles s'y
» confient plus qu'aux remedes ordinai-
» res , qui ne font point fenfation , parce
» qu'on y eft accoutumé.
"
Le Public a un goût paffager pour
» les remedes , comme pour toute autre
chofe. La force de l'opinion eft fi gran-
» de , qu'il n'y a perfonne qui ne doive
» fe conformer plus ou moins à la mo-
» de : il n'eft pas au pouvoir du Méde-
» cim d'arrêter ce torrent , il ne peut
qu'ufer de retenue , en s'y prétant.
n
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
"
Cependant lorfque le remede qu'on lui
» propofe , peut - être nuifible au malade ,
» il doit déclarer qu'il eft d'avis contrai-
» re , & expliquer fon fentiment , fans
» pourtant entreprendre de s'opposer à ce
qu'on veut faire , parce que le Méde-
» cin n'eft chargé que du confeil , & non
» de l'exécution. Le Médecin ne doit
» avoir d'autre volonté , que celle de bien
» confeiller , en faifant grande attention à
» la maladie & au malade . Au refte c'eſt
» prendre fur foi mal- à- propos , que de
vouloir affujettir fon Malade à fa vo-
و ر
ود
lonté.
" En général il eft fort mauvais pour
la fociété d'attenter à la liberté des
» autres , il faut , pour être heureux dans
le commerce de la vie , faire la volon-
» té d'autrui , & non pas la fienne . Cela
» eft vrai pour le Médecin comme pour
le Malade : le Médecin doit toujours
» dire avec fincérité , & quelquefois avec
force , fon fentiment , mais il ne doit
point faire de reproches fi on n'a pas
fuivi fon avis ; & il doit continuer de
» donner fes confeils , tant qu'on les lui
» demande , & tant que perfonnellement
» on le traite avec honneur , & c.
"
་
La troifiéme partie de ce livre traite
des plantes & de leurs vertus , des vins ,
DECEMBRE. 1755. 13R
» &c. Il femble , dit Monfieur Malouin ,
» que les vins du Levant ont toutes
» les bonnes qualités , lorfqu'ils ont le
» goût de goudron , parce que c'eft la
» mode... On a la vanité ou la foibleffe
» d'être en cela du goût de tout le mon-
" de... La plupart de ces gens- là trouve-
» roient ce goût de goudron défagréable
» dans le vin , s'ils ne voyoient pas que
» les autres convives le trouvent bon.
» Il en eft du vin , comme de la mufi-
» que , fouvent on veut faire croire qu'on
» y trouve des beautés , quoiqu'on ne les
» fente pas , uniquement parce qu'on
voit les autres faire des démonftrations
» d'admirations. La plupart des hommes
» font faux , juſques dans le plaifir : ils
» veulent paroître avoir du plaifir où les
❞ autres en prennent .. L'opinion maîtriſe
» les fentimens les plus naturels , & elle
tyrannife tout le monde . Il n'eft pas rai- >
» fonnable de blâmer les Médecins de
ce qu'elle a lieu en Médecine ; il feroit
plus jufte de les plaindre de ce que ,
" continuellement attachés à la nature ,
qui dans fa grande variété eft toujours
» la même , on les en diftrait , pour les
" forcer de fe conformer aux ufages nou-
» veaux , mais reçus , c'eft- à - dire , aux
" modes ; fi les Médecins s'opiniâtroient
33
95
99
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
"» à y réfifter , on les regarderoit com-
» me des hommes médiocres qui n'ont
» pas de goût , ou qui ont intérêt à ne
pas laiffer accréditer une chofe qui ne
» vient pas d'eux. Un Médecin fage ne
» doit pas s'expofer inutilement à cette in-
» juſtice ; il faut fe prêter dans la fociété ,
» pour y être bien . «.
»
23
Les perfonnes qui par état , par humanité
, ou par goût feulement , s'occupent
de la fanté , qui eft l'objet le plus
digne des gens fenfés & bons , doivent
avoir cette Chimie médecinale ; ils y trouveront
des connoiffances fuffifantes , &
ils les y trouveront aifément , parce que
ce livre eft fait avec beaucoup d'ordre.
» Il étoit d'autant plus utile , dit l'Au-
» teur , pag. 228 , d'y donner ces connoif-
« fances , qu'elles fe trouvent plus rare-
» ment , & moins complettement ailleurs
» que dans ce livre , qui eft fait pour
» les Chirurgiens , pour les Apothicaires ,
» pour les Médecins , & pour tous ceux
« qui veulent s'occuper utilement , & con-
" noître particulierement ce qui a rap-
» port à la confervation & au rétablife-
» ment de la fanté . »
maniere de préparer les remedes les plus
ufités , & la méthode de les employer
pour la guérifon de maladies. Par M.
Malouin , Médecin ordinaire de S. M. la
Reine , Docteur & ancien Profeſſeur de Pharmacie
en la Faculté de Médecine de Paris ,
DECEMBRE. 1755. 125
de l'Académie royale des Sciences , de la Société
royale de Londres , & Cenfeur royal
des Livres. A Paris chez d'Houry , Imprimeur-
Libraire , rue de la Vieille Bouclerie.
Nous avons déja parlé de ce livre , mais
en général , fans en faire l'extrait : il eft
utile de donner une connoiffance plus
particuliere de ce qu'il contient , pour
mettre le Public en état d'en juger.
C'est un Traité de tous les meilleurs
remeđes , & des fimples & des compofés :
M. Malouin en indique le choix & les
propriétés dans les différentes maladies ,
& pour les différens tempéramens ; il en
détermine les dofes , & il y explique la
maniere de les employer , avec le regime
qu'on doit tenir en les prenant.
Cet Ouvrage eft divifé en quatre parties
, qui font contenues en deux volumes
in- 12. imprimés fur du beau papier ,
& en caracteres bien lifibles.
Le premier volume comprend trois
parties , dont la premiere traite des principes
& des termes de Chimie ; « il y a ,
dit l'Auteur , page 27. en Chimie com-
» me dans toutes les Sciences , des ter-
» mes confacrés pour exprimer des cho-
» fes qui font particulieres à cette Scien
» ce. Cela fe trouve dans tous les Arts ,
» & c'eft une chofe reçue partout le
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
» monde . il n'y a que par rapport à la
» Médecine , que des efprits faux &
» mal inftruits , qui par prévention haïf-
» fent les Médecins & les tournent en ri-
» dicule , trouvent mauvais que les Mé-
» cins fe fervent des termes de leur Art ,
» en parlant de remedes & de mala-
2 dies , &c. » 23
La feconde partie contient ce qui regarde
les remedes tirés des animaux . Pour
mieux faire connoître cet Ouvrage , nous
rapporterons un paffage de chaque partie ,
& nous le prendrons prefqu'à livre ouvert :
on lit pag. 210. « En général , les re-
» medes volatils , furtout ceux qui font
» tirés du genre des animaux , agiffent en
» excitant la tranſpiration . Il y a fur cela
» une remarque à faire , qui mérite bien
» qu'on y falfe attention , c'eft que quoi-
» que Sanctorius en Italie , Dodart en
France , Keil en Angleterre , ayent fait
» voir qu'entre toutes les évacuations na-
« turelles du corps vivant , celle qui fe
» fait par la tranfpiration, eft la plus grande
& la plus importante , cependant
» il femble que depuis qu'on a mieux
» connu cette fonction du corps , on a
plus négligé dans le traitement des
» maladies , les remedes qui la procu-
» rent , ou qui l'entretiennent.
هد
DECEMBRE. 1755. 127.
» Il faut convenir que l'ufage de ces
fortes de remedes , rend l'exercice de
» la Médecine plus difficile , parce qu'au-
" tant ils font utiles dans certains cas ,
» autant ils font dangereux dans d'autres :
ils ne font pas indifférens comme le
» font la plupart des remedes qu'on emploie
communément dans toutes les
» maladies .
»
"9
» Cette difficulté à difcerner les diffé-
» rentes occafions d'employer les diffé-
» rens moyens de guérir , exclut de la
» bonne pratique de la Médecine quiconque
n'eſt pas véritablement Médecin ,
» & rompt la routine dangereufe de la
pratique , en réveillant continuellement
»l'attention des Médecins.
»
"
» Le nombre & la différence des re-
» medes appliqués à propos , fourniſſent
» un plus grand nombre de reffources aux
» malades pour guérir. Si on étoit affez
30 perfuadé de cette vérité , il refteroit
» moins de malades en langueur , on
» verroit moins de maladies incurables ,
» il y auroit moins de gens qui feroient
» les Médecins , & la Pharmacie feroit
mieux tenue & d'un plus grand fecours.
» En voulant fimplifier la Médecine ,
» non point par un choix plus naturel
» des remedes , mais par un retranche-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
» ment d'un plus grand nombre de nédicamens
, quoique bons , on l'appauvrit
» croyant la ſimplifier ; & alors il y a plus
» de gens qui s'imaginent pouvoir fai-
» gner , purger , & donner des apozemes
, voyant qu'on fait confifter pref-
» que toute la pratique de la Médecine
» dans ces trois chofes. •
" Il est vrai que le Public qui aime
» la nouveauté , qui fait plus de cas de
» ce qu'il connoît moins , & qui eftime
» peu ce qui eft d'un commun ufage , for-
» ce les Médecins d'abandonner de bons
» remedes anciens , en leur montrant
» moins de confiance , & plus de répu-
" gnance pour ces remedes .
"3
" Les Médecins font obligés quelque-
» fois d'ufer de remedes nouveaux , parce
» que ces remedes font fouhaités & au-
» torifés dans les fociétés des malades ,
uniquement par efprit de mode. Le Médecin
feroit foupçonné de ne pas ai-
» mer ces remedes , c'eſt - à- dire , d'être
» prévenu contre , s'il n'en approuvoit
» pas l'ufage pour la perfonne qui a envie
» d'en prendre , parce que quelqu'un de
» fa connoiffance en aura pris avec fuc-
» cès , ou parce que fes amis les lui au-
» ront confeillés avec exagération , à l'or-
» dinaire .
DECEMBRE. 1755. 129
» On doit remarquer que dans ces
» occafions , c'eft faire injuftice à la Méde-
» cine , de lui imputer d'être changeante
puifqu'on l'y force ; elle eft aucon-
» traire une des Sciences humaines qui
a le moins changé : la doctrine d'Hip-
» pocrate fubfifte encore aujourd'hui , &
» c'est en fe perfectionnant qu'elle a paru
» changer.
99
» C'est bien injuftement auffi qu'on
» reproche aux Médecins de fuivre des
» modes dans le traitement des mala-
» dies , puifqu'au contraire une des pei-
» nes de leur état eft de s'oppofer aux mo
» des qu'on veut introduire dans l'ufage
des remedes par les Charlatans ' qui
emploient des moyens extraordinaires ,
» dont on ne connoît point encore les
» inconvéniens : les efprits frivoles s'y
» confient plus qu'aux remedes ordinai-
» res , qui ne font point fenfation , parce
» qu'on y eft accoutumé.
"
Le Public a un goût paffager pour
» les remedes , comme pour toute autre
chofe. La force de l'opinion eft fi gran-
» de , qu'il n'y a perfonne qui ne doive
» fe conformer plus ou moins à la mo-
» de : il n'eft pas au pouvoir du Méde-
» cim d'arrêter ce torrent , il ne peut
qu'ufer de retenue , en s'y prétant.
n
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
"
Cependant lorfque le remede qu'on lui
» propofe , peut - être nuifible au malade ,
» il doit déclarer qu'il eft d'avis contrai-
» re , & expliquer fon fentiment , fans
» pourtant entreprendre de s'opposer à ce
qu'on veut faire , parce que le Méde-
» cin n'eft chargé que du confeil , & non
» de l'exécution. Le Médecin ne doit
» avoir d'autre volonté , que celle de bien
» confeiller , en faifant grande attention à
» la maladie & au malade . Au refte c'eſt
» prendre fur foi mal- à- propos , que de
vouloir affujettir fon Malade à fa vo-
و ر
ود
lonté.
" En général il eft fort mauvais pour
la fociété d'attenter à la liberté des
» autres , il faut , pour être heureux dans
le commerce de la vie , faire la volon-
» té d'autrui , & non pas la fienne . Cela
» eft vrai pour le Médecin comme pour
le Malade : le Médecin doit toujours
» dire avec fincérité , & quelquefois avec
force , fon fentiment , mais il ne doit
point faire de reproches fi on n'a pas
fuivi fon avis ; & il doit continuer de
» donner fes confeils , tant qu'on les lui
» demande , & tant que perfonnellement
» on le traite avec honneur , & c.
"
་
La troifiéme partie de ce livre traite
des plantes & de leurs vertus , des vins ,
DECEMBRE. 1755. 13R
» &c. Il femble , dit Monfieur Malouin ,
» que les vins du Levant ont toutes
» les bonnes qualités , lorfqu'ils ont le
» goût de goudron , parce que c'eft la
» mode... On a la vanité ou la foibleffe
» d'être en cela du goût de tout le mon-
" de... La plupart de ces gens- là trouve-
» roient ce goût de goudron défagréable
» dans le vin , s'ils ne voyoient pas que
» les autres convives le trouvent bon.
» Il en eft du vin , comme de la mufi-
» que , fouvent on veut faire croire qu'on
» y trouve des beautés , quoiqu'on ne les
» fente pas , uniquement parce qu'on
voit les autres faire des démonftrations
» d'admirations. La plupart des hommes
» font faux , juſques dans le plaifir : ils
» veulent paroître avoir du plaifir où les
❞ autres en prennent .. L'opinion maîtriſe
» les fentimens les plus naturels , & elle
tyrannife tout le monde . Il n'eft pas rai- >
» fonnable de blâmer les Médecins de
ce qu'elle a lieu en Médecine ; il feroit
plus jufte de les plaindre de ce que ,
" continuellement attachés à la nature ,
qui dans fa grande variété eft toujours
» la même , on les en diftrait , pour les
" forcer de fe conformer aux ufages nou-
» veaux , mais reçus , c'eft- à - dire , aux
" modes ; fi les Médecins s'opiniâtroient
33
95
99
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
"» à y réfifter , on les regarderoit com-
» me des hommes médiocres qui n'ont
» pas de goût , ou qui ont intérêt à ne
pas laiffer accréditer une chofe qui ne
» vient pas d'eux. Un Médecin fage ne
» doit pas s'expofer inutilement à cette in-
» juſtice ; il faut fe prêter dans la fociété ,
» pour y être bien . «.
»
23
Les perfonnes qui par état , par humanité
, ou par goût feulement , s'occupent
de la fanté , qui eft l'objet le plus
digne des gens fenfés & bons , doivent
avoir cette Chimie médecinale ; ils y trouveront
des connoiffances fuffifantes , &
ils les y trouveront aifément , parce que
ce livre eft fait avec beaucoup d'ordre.
» Il étoit d'autant plus utile , dit l'Au-
» teur , pag. 228 , d'y donner ces connoif-
« fances , qu'elles fe trouvent plus rare-
» ment , & moins complettement ailleurs
» que dans ce livre , qui eft fait pour
» les Chirurgiens , pour les Apothicaires ,
» pour les Médecins , & pour tous ceux
« qui veulent s'occuper utilement , & con-
" noître particulierement ce qui a rap-
» port à la confervation & au rétablife-
» ment de la fanté . »
Fermer
Résumé : « CHIMIE médicinale, contenant la maniere de préparer les remedes les plus [...] »
L'ouvrage 'Chimie médicinale' a été rédigé par M. Malouin, médecin de la Reine et ancien professeur de pharmacie à la Faculté de Médecine de Paris. Publié en décembre 1755, ce traité se concentre sur la préparation et l'emploi des remèdes les plus utiles pour soigner diverses maladies. Il est structuré en quatre parties réparties sur deux volumes. La première partie traite des principes et des termes de la chimie, soulignant l'importance des termes spécifiques à cette science. La deuxième partie aborde les remèdes dérivés des animaux, notant que ces remèdes volatils, bien que utiles, peuvent être dangereux et nécessitent une grande expertise pour être employés correctement. La troisième partie explore les plantes et leurs vertus, ainsi que les vins, en critiquant les modes et les opinions influençant les goûts. L'ouvrage vise à fournir des connaissances détaillées sur les remèdes, leurs propriétés et leur utilisation adaptée aux différents tempéraments et maladies. Il s'adresse aux chirurgiens, apothicaires, médecins et à toute personne intéressée par la conservation et le rétablissement de la santé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
43
p. 212-213
Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
Début :
Quant un erreur est sur le point de s'accréditer sur un objet qui intéresse essentiellement l'humanité, [...]
Mots clefs :
Bougies, Médecine, Traité des tumeurs, Composition, Secret, Remède, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
Extrait d'une Lettre de M. Daran , Ecuyer, Confeiller,
Chirurgien ordinaire du Roi , fervantpar
quartier , & Maitre en Chirurgie de Paris ,
M*** Pour fervir de Réponse à un article du
Traité des tumeurs , où l'Auteur prétend que les
Bougies de M. Daran lui font connues , & croit
en donner la compoſition .
Quand une erreur eft fur le point de s'accréditer
fur un objet qui intéreſſe effentiellement
l'humanité , on ne fçauroit trop tôt la relever
pour en prévenir les fuites. L'Auteur anonyme
SEPTEMBRE . 1759. 213 .
du Traité des tumeurs & des ulcères , & c . annonce .
une manière de compofer des Bougies , avec ce
titre affirmatif : Bougies du Sieur Daran.
M. Daran protefte que ces Bougies ne font pas
les fiennes ; il affure qu'il n'entre pas dans les
fiennes un feul des ingrédients que l'Auteur de
ce Traité donne pour la compofition de celles
qu'il propofe. M. Daran n'a communiqué à perfonne
le fecret d'où dépend l'efficacité de fon
reméde. J'aurois cru être coupable , dit - il , de
garder le filence à ce fujet , n'ayant que trop
d'exemples du mal qu'a produit la confiance imprudente
de plufieurs malades aux promelles
dont on les a flattés à cet égard , & qui n'ont
été détrompés & guéris que lorsqu'ils fe font
adreffés directement à moi.
M. Fabre , Maître en Chirurgie , dans un effai
fur les maladies de ce genre , qui parut l'année
dernière , prétend que le topique des Bougies
étoit connu avant M, Daran ; & celui - ci n'en difconvient
pas , mais il nie que le fecret de la
compofition de fes Bougies ait été connu avant
lui : or l'efficacité de fon reméde dépend furtout
de fa compofition . M. Fabre prétend aufli que
M. Darand a confondu deux maladies , qui cependant
fe trouvent expreffément diftinguées dans
fon Traité de celles dont les Bougies font le reméde.
Il ne m'eft pas permis d'entrer dans un plus
grand détail , mais les différentes cures opérées
par M. Daran fuffifent à fon apologie.
Chirurgien ordinaire du Roi , fervantpar
quartier , & Maitre en Chirurgie de Paris ,
M*** Pour fervir de Réponse à un article du
Traité des tumeurs , où l'Auteur prétend que les
Bougies de M. Daran lui font connues , & croit
en donner la compoſition .
Quand une erreur eft fur le point de s'accréditer
fur un objet qui intéreſſe effentiellement
l'humanité , on ne fçauroit trop tôt la relever
pour en prévenir les fuites. L'Auteur anonyme
SEPTEMBRE . 1759. 213 .
du Traité des tumeurs & des ulcères , & c . annonce .
une manière de compofer des Bougies , avec ce
titre affirmatif : Bougies du Sieur Daran.
M. Daran protefte que ces Bougies ne font pas
les fiennes ; il affure qu'il n'entre pas dans les
fiennes un feul des ingrédients que l'Auteur de
ce Traité donne pour la compofition de celles
qu'il propofe. M. Daran n'a communiqué à perfonne
le fecret d'où dépend l'efficacité de fon
reméde. J'aurois cru être coupable , dit - il , de
garder le filence à ce fujet , n'ayant que trop
d'exemples du mal qu'a produit la confiance imprudente
de plufieurs malades aux promelles
dont on les a flattés à cet égard , & qui n'ont
été détrompés & guéris que lorsqu'ils fe font
adreffés directement à moi.
M. Fabre , Maître en Chirurgie , dans un effai
fur les maladies de ce genre , qui parut l'année
dernière , prétend que le topique des Bougies
étoit connu avant M, Daran ; & celui - ci n'en difconvient
pas , mais il nie que le fecret de la
compofition de fes Bougies ait été connu avant
lui : or l'efficacité de fon reméde dépend furtout
de fa compofition . M. Fabre prétend aufli que
M. Darand a confondu deux maladies , qui cependant
fe trouvent expreffément diftinguées dans
fon Traité de celles dont les Bougies font le reméde.
Il ne m'eft pas permis d'entrer dans un plus
grand détail , mais les différentes cures opérées
par M. Daran fuffifent à fon apologie.
Fermer
Résumé : Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
En septembre 1759, M. Daran, écuyer, conseiller et chirurgien ordinaire du Roi, conteste un article du Traité des tumeurs qui attribue à tort la paternité de ses bougies à un auteur anonyme. Il affirme que la composition décrite dans le traité est incorrecte et que le secret de leur fabrication n'a jamais été révélé. M. Daran met en garde contre la confiance imprudente des malades en des remèdes non vérifiés, soulignant que seuls ses propres remèdes ont prouvé leur efficacité. M. Fabre, maître en chirurgie, avait précédemment affirmé que le principe actif des bougies était connu avant M. Daran, ce que ce dernier ne conteste pas. Cependant, M. Daran nie que la composition exacte de ses bougies ait été connue avant lui, insistant sur l'importance de cette composition pour l'efficacité du remède. M. Fabre accuse également M. Daran d'avoir confondu deux maladies dans son traité, mais M. Daran ne commente pas en détail, se contentant de souligner les nombreuses guérisons réalisées grâce à ses bougies comme preuve de leur efficacité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
43
Extrait d'une Lettre de M. Daran, Ecuyer, Conseiller, Chirurgien ordinaire du Roi, servant par quartier, & Maitre en Chirurgie de Paris, à M*** Pour servir de Réponse à un article du Traité des tumeurs, où l'Auteur prétend que les Bougies de M. Daran lui sont connues, & croit en donner la composition.
44
p. 251-254
AVIS.
Début :
S'il est de notre devoir de publier tout ce qui a rapport à la conservation des [...]
Mots clefs :
Remèdes, Maux incurables, Apoplexie, Maladie, Médecine, Guérison, Certificats, Médecins, Témoignages de patients, Sieur Arnoult
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
"
S'il eft de notre devoir de publier tout ce qui
a rapport à la confervation des Citoyens , les
Remédes qui préviennent ou guériffent des maux
regardés comme incurables méritent furtout
cette attention de notre part. Tel eft le Spécifique
da fieur Arnoult contre l'Apoplexie , cette maladie
cruelle devenue aujourd'hui fi commune ,
dont les faites font fi funeftes , & qui refifte fi
fouvent aux remédes ordinaires de la Médecine.
Depuis plus de foixante ans , l'expérience la plus
conftante & une foule innombrable d'autorités
ont accru chaque jour la réputation de ce pré-
L vj
252 MERCURE DE FRANCE.
cieux Topique , fans que l'on ait pu prouver que
dans ce long pace de temps , il foit arrivé à
au un de ceux qui s'en font fervis exactement, un
feul accident d'Apoplexie.
Le Roi de France , fur le rapport de M. Chicoyneau
, Confeiller d'Etat , premier Médecin de
Sa Majefté , Chancelier de l'Univerfité de Montpellier
, & de l'Académie Royale des Sciences ,
par un Arrêt de fon Confeil d'Etat , maintient
le fieur Arnoult dans le droit de compofer
& de vendre feul le reméde anti -Apoplectique ,
& défend à toutes perfonnes de quelqu'état &
condition qu'elles foient , de contrefaire , vendre
ni débiter ce reméde , à peine de 1000 liv . d'amende.
Cet Arrêt a été auffi rendu fur les témoignages
authentiques des perfonnes les plus
éminentes en dignité , & fur un nombre infini
d'expériences heureuſes , atteftées par les plus
grands Médecins de l'Europe , entr'autres , par
MM. Dumoulin & Sylva , Médecins confultans du
Roi de France , & Wolter , premier Médecin de
l'Empereur Charles VII , dont les noms immortels
dureront autant que l'Art même auquel ils
ont fait tant d'honneur. On peut joindre à ces
autorités refpectables , l'exemple d'un des plus célèbres
Médecins de nos jours , dont le nom va de
pair avec ceux de Dumoulin & de Sylva. Une
Lettre de M le Gagneur , Médecin de l'Hôpital
Royal de Verfailles , diftingué par fon mérite &
par les connoiffances , attefte que M. Helvétius ,
Médecin de la Faculté de Paris , premier Médecin
de la Reine de France , & de l'Académie Royale
des Sciences, tomba en apoplexie & paralyfie en
1746 ; que tous remédes lui ayant été inutiles ,
on lui mit le Sachet du fieur Arnoult, qui le rézablit
parfaitement , fous les yeux de toute la
FEVRIER. 1760. 253
Cour ; qu'il l'a foigneufement porté pendant
douze ans & jufqu'à la mort , qui n'a été caufée par
par aucune atteinte de cette maladie. Cette Lettre
ajoute , que M. Helvétius avoit d'abord été contraire
à ce remède ; mais que des expériences
réïtérées , & une connoiffance plus particulière de
fes vertus , l'avoient enfin obligé de s'en fervir &
d'en conſeiller l'uſage aux autres ..
On peut encore ajouter , que ces graves témoi
gnages, une foule de certificats authentiques , délivrés
par des perfonnes de la plus haute diftinction ,
tant dans l'Eglife que dans la Robe , telles que le
feu Cardinal deFleury, premier Miniftre de France,
le Cardinal de Polignac , qui a fait l'éloge de ce
reméde en pleine Académie , en citant douze Seigneurs
de fes parens & amis qu'il a certifié avoir
été guéris de l'apoplexie par l'ufage de ces précieux
topiques , S. A. Madame la Princeffe Henriette de
Naffau,M.l'Abbé deS.Hubert, Prince, Monfeigneur
leDuc de Gévres , Gouverneur de Paris , M. Mérault,
Confeiller d'Etat , Procureur Général du Grand-
Confeil , M. Hérault , Confeiller d'Etat & Lieute
nant Général de Police de la Ville de Paris , M..
l'Abbé Franquini , ci - devant Envoyé de Florence ,
Milady Simpil , M. le Baron de Hooke , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , M. le Baron de
Rol, Brigadier des Armées du Roi à Soleure ,
M. de Molondin , Gouverneur de Soleure en
Suiffe , & un très grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens très éclairés , & d'une réputation
bien établie : tels que MM. Garnier, Médecin de
la Faculté de Paris , premier Médecin du Roi à la
Martinique ; Foreflier , Médecin du Roi à Saintes ;
Mauran , Médecin à Bergerac ; le Mercier , Médecin
des Hôpitaux militaires ; Gaulard , Médecin
ordinaire du Roi ; Santeuil , Docteur Régent
de la Faculté de Paris ; Procop , Docteur - Régent
254 MERCURE DE FRANCE.
de la même Faculté ; l'Archevêque , Médecin de
Rouen & de la Faculté de Paris , Dionis , Fourneau
& Befnier , Docteurs Régens de la même
Faculté , le Comte , Médecin à Réthel - Mazarin ;
la Croix , Médecin à Bailleul en Flandre , Fels ,
Médecin & Bourguemeftre de Scheleſtat en Alface
; des Ruelles , Médecin à Mons ; Fourchat,
Médecin à Bagnols en bas - Languedoc ; Tuyard,
Médecin à Sens ; Desjours , Fevrier , & Dubertran
, Chirurgiens Jurés a Paris , Difport , premier
Chirurgien des armées du Roi , & Chirurgien
ordinaire de la Reine ; Deformeaux , Chirur
gien à Blois & une infinité d'autres , que l'on a
cités dans tous les Ouvrages périodiques , & dans
le petit Mémoire qui accompagne le ſpécifique.
Le fieur ARNOULT , feul poffeffeur du Sachet
antique -apoplectique , demeure à Paris , ruë Quincampoix.
Il avertit , que tous les Sachets quife diftribuentfous
fon nom , font faux & contrefaits , &
qu'il ne reconnoît que ceux qui font accompagnés
d'un Imprimé figné defa main.
Le prix eft de 12 livres.
"
S'il eft de notre devoir de publier tout ce qui
a rapport à la confervation des Citoyens , les
Remédes qui préviennent ou guériffent des maux
regardés comme incurables méritent furtout
cette attention de notre part. Tel eft le Spécifique
da fieur Arnoult contre l'Apoplexie , cette maladie
cruelle devenue aujourd'hui fi commune ,
dont les faites font fi funeftes , & qui refifte fi
fouvent aux remédes ordinaires de la Médecine.
Depuis plus de foixante ans , l'expérience la plus
conftante & une foule innombrable d'autorités
ont accru chaque jour la réputation de ce pré-
L vj
252 MERCURE DE FRANCE.
cieux Topique , fans que l'on ait pu prouver que
dans ce long pace de temps , il foit arrivé à
au un de ceux qui s'en font fervis exactement, un
feul accident d'Apoplexie.
Le Roi de France , fur le rapport de M. Chicoyneau
, Confeiller d'Etat , premier Médecin de
Sa Majefté , Chancelier de l'Univerfité de Montpellier
, & de l'Académie Royale des Sciences ,
par un Arrêt de fon Confeil d'Etat , maintient
le fieur Arnoult dans le droit de compofer
& de vendre feul le reméde anti -Apoplectique ,
& défend à toutes perfonnes de quelqu'état &
condition qu'elles foient , de contrefaire , vendre
ni débiter ce reméde , à peine de 1000 liv . d'amende.
Cet Arrêt a été auffi rendu fur les témoignages
authentiques des perfonnes les plus
éminentes en dignité , & fur un nombre infini
d'expériences heureuſes , atteftées par les plus
grands Médecins de l'Europe , entr'autres , par
MM. Dumoulin & Sylva , Médecins confultans du
Roi de France , & Wolter , premier Médecin de
l'Empereur Charles VII , dont les noms immortels
dureront autant que l'Art même auquel ils
ont fait tant d'honneur. On peut joindre à ces
autorités refpectables , l'exemple d'un des plus célèbres
Médecins de nos jours , dont le nom va de
pair avec ceux de Dumoulin & de Sylva. Une
Lettre de M le Gagneur , Médecin de l'Hôpital
Royal de Verfailles , diftingué par fon mérite &
par les connoiffances , attefte que M. Helvétius ,
Médecin de la Faculté de Paris , premier Médecin
de la Reine de France , & de l'Académie Royale
des Sciences, tomba en apoplexie & paralyfie en
1746 ; que tous remédes lui ayant été inutiles ,
on lui mit le Sachet du fieur Arnoult, qui le rézablit
parfaitement , fous les yeux de toute la
FEVRIER. 1760. 253
Cour ; qu'il l'a foigneufement porté pendant
douze ans & jufqu'à la mort , qui n'a été caufée par
par aucune atteinte de cette maladie. Cette Lettre
ajoute , que M. Helvétius avoit d'abord été contraire
à ce remède ; mais que des expériences
réïtérées , & une connoiffance plus particulière de
fes vertus , l'avoient enfin obligé de s'en fervir &
d'en conſeiller l'uſage aux autres ..
On peut encore ajouter , que ces graves témoi
gnages, une foule de certificats authentiques , délivrés
par des perfonnes de la plus haute diftinction ,
tant dans l'Eglife que dans la Robe , telles que le
feu Cardinal deFleury, premier Miniftre de France,
le Cardinal de Polignac , qui a fait l'éloge de ce
reméde en pleine Académie , en citant douze Seigneurs
de fes parens & amis qu'il a certifié avoir
été guéris de l'apoplexie par l'ufage de ces précieux
topiques , S. A. Madame la Princeffe Henriette de
Naffau,M.l'Abbé deS.Hubert, Prince, Monfeigneur
leDuc de Gévres , Gouverneur de Paris , M. Mérault,
Confeiller d'Etat , Procureur Général du Grand-
Confeil , M. Hérault , Confeiller d'Etat & Lieute
nant Général de Police de la Ville de Paris , M..
l'Abbé Franquini , ci - devant Envoyé de Florence ,
Milady Simpil , M. le Baron de Hooke , Lieutenant-
Général des Armées du Roi , M. le Baron de
Rol, Brigadier des Armées du Roi à Soleure ,
M. de Molondin , Gouverneur de Soleure en
Suiffe , & un très grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens très éclairés , & d'une réputation
bien établie : tels que MM. Garnier, Médecin de
la Faculté de Paris , premier Médecin du Roi à la
Martinique ; Foreflier , Médecin du Roi à Saintes ;
Mauran , Médecin à Bergerac ; le Mercier , Médecin
des Hôpitaux militaires ; Gaulard , Médecin
ordinaire du Roi ; Santeuil , Docteur Régent
de la Faculté de Paris ; Procop , Docteur - Régent
254 MERCURE DE FRANCE.
de la même Faculté ; l'Archevêque , Médecin de
Rouen & de la Faculté de Paris , Dionis , Fourneau
& Befnier , Docteurs Régens de la même
Faculté , le Comte , Médecin à Réthel - Mazarin ;
la Croix , Médecin à Bailleul en Flandre , Fels ,
Médecin & Bourguemeftre de Scheleſtat en Alface
; des Ruelles , Médecin à Mons ; Fourchat,
Médecin à Bagnols en bas - Languedoc ; Tuyard,
Médecin à Sens ; Desjours , Fevrier , & Dubertran
, Chirurgiens Jurés a Paris , Difport , premier
Chirurgien des armées du Roi , & Chirurgien
ordinaire de la Reine ; Deformeaux , Chirur
gien à Blois & une infinité d'autres , que l'on a
cités dans tous les Ouvrages périodiques , & dans
le petit Mémoire qui accompagne le ſpécifique.
Le fieur ARNOULT , feul poffeffeur du Sachet
antique -apoplectique , demeure à Paris , ruë Quincampoix.
Il avertit , que tous les Sachets quife diftribuentfous
fon nom , font faux & contrefaits , &
qu'il ne reconnoît que ceux qui font accompagnés
d'un Imprimé figné defa main.
Le prix eft de 12 livres.
Fermer
Résumé : AVIS.
L'avis présente un remède contre l'apoplexie, une maladie fréquente et sévère, proposé par le sieur Arnoult. Ce remède, utilisé depuis plus de soixante ans, a démontré son efficacité grâce à de nombreux témoignages et expériences réussies. Le Roi de France, sur le rapport de M. Chicoyneau, a accordé au sieur Arnoult un droit exclusif de composition et de vente de ce remède, interdisant toute contrefaçon sous peine d'amende. Les témoignages en faveur du remède proviennent de personnalités éminentes, notamment des médecins renommés comme MM. Dumoulin, Sylva et Wolter, ainsi que des figures politiques et religieuses de haut rang. Par exemple, M. Helvétius, médecin de la Reine de France, a été guéri d'une apoplexie grâce à ce remède. De nombreux certificats authentiques de personnes distinguées et de médecins éclairés confirment l'efficacité du remède. Le sieur Arnoult, résidant à Paris, rue Quincampoix, avertit que seuls les sachets accompagnés d'un imprimé signé de sa main sont authentiques. Le prix du remède est fixé à 12 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
45
p. 201-204
GOUTTES PHILOSOPHIQUES du sieur Mutelé du Chevalier.
Début :
Le sieur Mutelé, dont l'étude continuelle lui a mérité l'attention du Public, [...]
Mots clefs :
Cure, Opiate, Remède, Efficacité, Sang corrompu, Nature, Humeurs, Médecine, Eaux , Fortifiant, Contagion, Usage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GOUTTES PHILOSOPHIQUES du sieur Mutelé du Chevalier.
GOUTTES PHILOSOPHIQUES du fieur Mutelé
du Chevalier.
Le fieur MUTE LÉ , dont l'étude continuelle
lui a mérité l'attention du Public , par le nombre
des cures furprenantes qu'il a opérées, & qu'il opére
continuellement par les vertus finguliéres de fon
Opiat Philofophique, qui eft l'ouvrage de la nature
& de l'art ; fe croit obligé par reconnoiffance de
la confiance dont on l'a honoré , de faire part à fa
Patrie d'un nouveau reméde qui par d'heureux &
& infaillibles fuccès , guérit une infinité de maladies
& maintient en parfaite fanté.
Il eft bon de fçavoir que toutes les maladies en
général qui affligent le corps humain , tirent leuc
202 MERCURE DE FRANCE.
origine de la corruption de la maffe du fang , cau→
fée les excès du boire & du manger ,
par
ainfi que
des mauvais alimens qui formant un mauvais levain
, fe communiquent en naiffant par nos péres
& méres , dont les vices du tempérament font
la foibleffe de la conftitution , & la rendent plus
fufceptible des influences malignes qui dominent
fur les corps. Chaque Aftre comme chef dominateur
fur ce monde fubcéleste nous communique
fuivant la nature les maux qu'il gouverne. C'eſt
ce qu'ont voulu nous faire entendre ces fçavans
Philofophes Ephémériftes , vrais fcrutateurs de la
Nature , en nous difant après Salomon, que Dieu
a créé une Médecine de la terre que le Sage ne
méprifera pas , puifque cette Médecine , en fervant
à prolonger nos jours , & à nous conferver
la fanté, devroit faire l'objet de nos plus férieufes
attentions. C'eft dans cette fource que l'Auteur
du préfent écrit , en s'efforçant de dévoiler les
fens obfcurs & énigmatiques de ces naturaliſtes
Ecrivains , qui étoient jaloux de leurs fecrets , &
croyoient que les meilleures chofes deviennent
méprifables à mesure qu'elles deviennent communes
, eft parvenu à la découverte de fes Gouttes
Philofophiques , dont les heureux fuccès font
l'éloge , malgré la bale jalouse de ceux qui condaminent
d'abord tout ce qui paffe leur intelligence
bornée , aimant mieux fe fixer à ces remédes
qu'ils appellent familiers , & qui ne font
bons qu'à mettre les humeurs en mouvement
& le corps hors d'état de recevoir cette précieuſe
Médecine diſtribuée par les fages mains de la Nature.
C'est un reméde agréable à la bouche ; une
Médecine qui furpaffe en vertu la Pierre de Buther
, plus excellente que le grand Alkaeſt & Or
horizontal des Spagiriques ; plus amie de nos
corps que les Népentes des Poëtes ; qui nous con
DECEMBRE. 1760. 203
ferve & délivre beaucoup mieux d'une infinité de
maux que tous les Elixirs des laboratoires , ri
que la Panacée chimérique des Philofophes , &
que ces Effences ou Baumes de Vie , que des
Etrangers & autres diftribuent , dont la baſe eſt
l'Efprit-de-Vin rectifié , ou l'Eau- de- vie diftillée ,
qui font autant de corrofifs & fubtiles poiſons
qui brûlent le fang , attaquent le genre nerveux
& dont l'ufage caufe toujours des effets funeſtes.
On y trouvera un reméde naturel , qui eft un
Elixir parfait , une quintellence ſpécifique & une
femence vitale , propre à réparer les efprits diffi
pés par la perte continuelle que nous faisons de
notre propre ſubſtance ; à multiplier les principes
radicaux , à entretenir & rétablir dans une
bonne fanté les tépides & les vieillards en pro
Fongeant leurs jours. D'où il s'enfuit qu'il guérit
toutes les maladies humorales , en pacifiant
l'archée irritée & fortifiant les efprits vitaux
animaux & naturels , purifie la maffe du fang
même fcorbutique ; ôte la difficulté de refpirer
, & guérit toutes les maladies qui proviennent
du poulmon ; réjouit le coeur & le cerveau
fortifie les nerfs & les membranes , maintient l'har
monieux accord de la tête , de l'eftomach & dù
foye dans un jufte équilibre , réfite au mal cat
duc , empêche les fyncopes , les défaillances , &
chaffe le venin des maladies contagieufes , toutes
fiévres & poifons , partie par les urines , par les
fueurs , partie par l'infenfible tranfpiration & le's
felles. En outre , il modifie , déterge & confo
lide les ulcères internes externes , & généra
lement toutes playes , arrête le crachement de
fang , nettoye les reins & la veffie , guérit les
fuffocations de mere , régle les Dames , diffipe
leurs pertes en blanc , & les rend par ce moyen
fécondes. Toutes perfonnes qui auront la pré-
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
caution de s'en munir d'une bouteille , foit à la
campagne , foit en voyage , feront exempts de
toutes maladies dangereules , comme apoplexie ,
paralyfie , coups de fang , & généralement de
toutes menaces & avant-coureurs de maladies
qui font des progrès , furtout dans les Provinces
où les morts fubites font fi fréquentes , faute de
précautions & de fecours. Ce Reméde fympathife
d'autant plus avec mon Opiat philofophique
, dont les vertus fingulières font connues pour
le plus excellent fondant & défobftructif qu'il y
ait , comme le Mémoire ſuivant l'annonce . Ceux
qui pourroient concevoir une mauvaiſe idée de
mon Opiat & de mes Gouttes philofophiques , par
la raison qu'ils font propres à la guériton d'un
grand nombre de maladies articulées ci- deffus
pourront voir chez le Sieur MUTELÉ les Certificats
Ipécifiés des guérifons opérées par ces Remédes.
L'ufage familier de ce Reméde eft de neuf gourtes
pour les femmes , & douze pour les hommes ,
pris le matin dans quelque véhicule convenable.
Il y a des bouteilles à 3 liv. 6 liv. 12 liv . 24 liv.
On trouvera tous les matins le fieur Mutelé chez
lui ; & dans le cas où il n'y feroit pas , on s'adreffera
en toute fûreté à Madame fon Epoufe qui
travaille avec lui , & qui eft la feule dépofitaire de
fes deux excellens Remédes.
du Chevalier.
Le fieur MUTE LÉ , dont l'étude continuelle
lui a mérité l'attention du Public , par le nombre
des cures furprenantes qu'il a opérées, & qu'il opére
continuellement par les vertus finguliéres de fon
Opiat Philofophique, qui eft l'ouvrage de la nature
& de l'art ; fe croit obligé par reconnoiffance de
la confiance dont on l'a honoré , de faire part à fa
Patrie d'un nouveau reméde qui par d'heureux &
& infaillibles fuccès , guérit une infinité de maladies
& maintient en parfaite fanté.
Il eft bon de fçavoir que toutes les maladies en
général qui affligent le corps humain , tirent leuc
202 MERCURE DE FRANCE.
origine de la corruption de la maffe du fang , cau→
fée les excès du boire & du manger ,
par
ainfi que
des mauvais alimens qui formant un mauvais levain
, fe communiquent en naiffant par nos péres
& méres , dont les vices du tempérament font
la foibleffe de la conftitution , & la rendent plus
fufceptible des influences malignes qui dominent
fur les corps. Chaque Aftre comme chef dominateur
fur ce monde fubcéleste nous communique
fuivant la nature les maux qu'il gouverne. C'eſt
ce qu'ont voulu nous faire entendre ces fçavans
Philofophes Ephémériftes , vrais fcrutateurs de la
Nature , en nous difant après Salomon, que Dieu
a créé une Médecine de la terre que le Sage ne
méprifera pas , puifque cette Médecine , en fervant
à prolonger nos jours , & à nous conferver
la fanté, devroit faire l'objet de nos plus férieufes
attentions. C'eft dans cette fource que l'Auteur
du préfent écrit , en s'efforçant de dévoiler les
fens obfcurs & énigmatiques de ces naturaliſtes
Ecrivains , qui étoient jaloux de leurs fecrets , &
croyoient que les meilleures chofes deviennent
méprifables à mesure qu'elles deviennent communes
, eft parvenu à la découverte de fes Gouttes
Philofophiques , dont les heureux fuccès font
l'éloge , malgré la bale jalouse de ceux qui condaminent
d'abord tout ce qui paffe leur intelligence
bornée , aimant mieux fe fixer à ces remédes
qu'ils appellent familiers , & qui ne font
bons qu'à mettre les humeurs en mouvement
& le corps hors d'état de recevoir cette précieuſe
Médecine diſtribuée par les fages mains de la Nature.
C'est un reméde agréable à la bouche ; une
Médecine qui furpaffe en vertu la Pierre de Buther
, plus excellente que le grand Alkaeſt & Or
horizontal des Spagiriques ; plus amie de nos
corps que les Népentes des Poëtes ; qui nous con
DECEMBRE. 1760. 203
ferve & délivre beaucoup mieux d'une infinité de
maux que tous les Elixirs des laboratoires , ri
que la Panacée chimérique des Philofophes , &
que ces Effences ou Baumes de Vie , que des
Etrangers & autres diftribuent , dont la baſe eſt
l'Efprit-de-Vin rectifié , ou l'Eau- de- vie diftillée ,
qui font autant de corrofifs & fubtiles poiſons
qui brûlent le fang , attaquent le genre nerveux
& dont l'ufage caufe toujours des effets funeſtes.
On y trouvera un reméde naturel , qui eft un
Elixir parfait , une quintellence ſpécifique & une
femence vitale , propre à réparer les efprits diffi
pés par la perte continuelle que nous faisons de
notre propre ſubſtance ; à multiplier les principes
radicaux , à entretenir & rétablir dans une
bonne fanté les tépides & les vieillards en pro
Fongeant leurs jours. D'où il s'enfuit qu'il guérit
toutes les maladies humorales , en pacifiant
l'archée irritée & fortifiant les efprits vitaux
animaux & naturels , purifie la maffe du fang
même fcorbutique ; ôte la difficulté de refpirer
, & guérit toutes les maladies qui proviennent
du poulmon ; réjouit le coeur & le cerveau
fortifie les nerfs & les membranes , maintient l'har
monieux accord de la tête , de l'eftomach & dù
foye dans un jufte équilibre , réfite au mal cat
duc , empêche les fyncopes , les défaillances , &
chaffe le venin des maladies contagieufes , toutes
fiévres & poifons , partie par les urines , par les
fueurs , partie par l'infenfible tranfpiration & le's
felles. En outre , il modifie , déterge & confo
lide les ulcères internes externes , & généra
lement toutes playes , arrête le crachement de
fang , nettoye les reins & la veffie , guérit les
fuffocations de mere , régle les Dames , diffipe
leurs pertes en blanc , & les rend par ce moyen
fécondes. Toutes perfonnes qui auront la pré-
I vi
204 MERCURE DE FRANCE.
caution de s'en munir d'une bouteille , foit à la
campagne , foit en voyage , feront exempts de
toutes maladies dangereules , comme apoplexie ,
paralyfie , coups de fang , & généralement de
toutes menaces & avant-coureurs de maladies
qui font des progrès , furtout dans les Provinces
où les morts fubites font fi fréquentes , faute de
précautions & de fecours. Ce Reméde fympathife
d'autant plus avec mon Opiat philofophique
, dont les vertus fingulières font connues pour
le plus excellent fondant & défobftructif qu'il y
ait , comme le Mémoire ſuivant l'annonce . Ceux
qui pourroient concevoir une mauvaiſe idée de
mon Opiat & de mes Gouttes philofophiques , par
la raison qu'ils font propres à la guériton d'un
grand nombre de maladies articulées ci- deffus
pourront voir chez le Sieur MUTELÉ les Certificats
Ipécifiés des guérifons opérées par ces Remédes.
L'ufage familier de ce Reméde eft de neuf gourtes
pour les femmes , & douze pour les hommes ,
pris le matin dans quelque véhicule convenable.
Il y a des bouteilles à 3 liv. 6 liv. 12 liv . 24 liv.
On trouvera tous les matins le fieur Mutelé chez
lui ; & dans le cas où il n'y feroit pas , on s'adreffera
en toute fûreté à Madame fon Epoufe qui
travaille avec lui , & qui eft la feule dépofitaire de
fes deux excellens Remédes.
Fermer
Résumé : GOUTTES PHILOSOPHIQUES du sieur Mutelé du Chevalier.
Le texte présente les 'Gouttes Philosophiques' du fieur Mutelé, un remède aux succès remarquables dans le traitement de diverses maladies. Mutelé est reconnu pour ses cures surprenantes grâce à son Opiat Philosophique. Il introduit un nouveau remède, les Gouttes Philosophiques, qui guérit une multitude de maladies et maintient la santé. Les maladies proviennent souvent de la corruption du sang due aux excès alimentaires et aux mauvaises influences astrologiques. Les Gouttes Philosophiques sont décrites comme un élixir parfait, supérieur à d'autres remèdes, capable de purifier le sang, soigner les maladies pulmonaires, fortifier les nerfs, et traiter diverses affections. Elles sont également efficaces contre les maladies contagieuses et les poisons. Le remède est recommandé pour les voyages et les campagnes pour prévenir les maladies graves. Mutelé offre des certificats de guérison et vend les Gouttes Philosophiques en bouteilles de différentes tailles, avec des prix variant de 3 à 24 livres. Il est disponible chaque matin chez lui, ou via son épouse qui travaille avec lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
46
p. 77-86
LETTRE sur un Poëme Latin, du Seiziéme Siécle de Monsieur de MASSAC, Receveur Général des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à Monsieur DE MONT, de la même Société, Conseiller au Parlement de Toulouse & de l'Académie des Jeux Floraux.
Début :
En parcourant la nouvelle Edition du Dictionnaire de Moreri, vous avez [...]
Mots clefs :
Médecine, Poète, Physicien, Fontaines, Eaux minérales, Traduction, Société royale d'agriculture de la généralité de Limoges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur un Poëme Latin, du Seiziéme Siécle de Monsieur de MASSAC, Receveur Général des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à Monsieur DE MONT, de la même Société, Conseiller au Parlement de Toulouse & de l'Académie des Jeux Floraux.
LETTRE fur un Poëme Latin , du
Seiziéme Siécle de Monfieur de
MASSAC , Receveur Général des
Fermes du Roi , Abonné au Mercure
, & de la Société Royale d'Agriculture
de la Généralité de Limoges
, à Monfieur DE MONT , de la
même Société , Confeiller au Parlement
de Toulouse & de l'Académie
des Jeux Floraux.
MONSIEUR ,
>
En parcourant la nouvelle Edition
du Dictionnaire de Moreri , vous avez
trouvé , dites-vous qu'il y eft fait
mention d'un Raimond de Maffac ;
Auteur d'un Poëme Latin fur les Eaux
minérales de Pougues ( a ). Vous ne
( a ) Pougues , Village du Nivernois , entre
Nevers & la Charité, étoit autrefois fort renommé,
( je ne fçais s'il l'eft encore ) à caule de deux fentaines
dont les eaux avoient la vertu de guérir de
l'hydropifie & de la pierre. Quoique ces deux
fontaines , dont l'une s'appelloit de S. Léger , &
l'autre de S. Marceau , ne fuffent diftantes l'une
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
doutez point que cet ouvrage ne
foit entre mes mains ; & quoique M.
l'Abbé Goujet en ait parlé affez avantageuſement
dans fa Bibliothéque Françoife
, vous feriez - bien aife que je
vous fiffe connoître plus particuliére--
ment l'Auteur & fon Ouvrage.
Il m'eft d'autant plus aifé de vous
fatisfaire fur le fecond objet de votredemande
, que je viens précisément
de lire avec attention le Poëme dont
il s'agit. Quant aux particularités concernant
l'Auteur , que vous exigez auf--
fi , je ne puis vous en rapporter que
très -peu , qui ont ont échappé aux recherches
de M. l'Abbé Goujet.
par
Meffire Raimond de Maffac , dont
les defcendans ont joui fans interrup
tion de la nobleffe , qui avoit été accordée
Charles VII en 1434 à
Jean de Mafac fon bifayeul & Chef
de ma Famille , étoit originaire de
Clairac en Agénois , comme il le dit
lui-même. Il quitta fa Patrie pour aller
fixer fon domicile à Orléans l'an 1586..
Ce fait eft prouvé par une Enquête en
de l'autre que d'un pied , on remarquoit cepen-.
dant quelque différence dans le goût de leurs
eaux. Voyez le Traité de ces Fontaines imprimé
à Paris en 1581 .
MARS. 1763. 79
ปี
bonne forme faite le 15 Mars 1678
à la Requête de noble Augé de Maf
fac , Officier au Régiment d'Artois ;
piéce qui eft entre les mains de mon
Père.
Par l'Epitre Dédicatoire de Raimond
de Maffac , au Prince Charles de Gon
zagues de Cleves ( b) premier du nom ,
Duc de Nevers & de Rhêtel , Pair de
France , Prince de Mantoue , & Gou
verneur de Champagne , & de Brie ,
on voit que cet Auteur étoit d'un caractère
gai & qu'il étoit fort recherché
par les perfonnes de la premiere
Qualité. Plufieurs autres de fes écrits en
fourniffent auffi la preuve: On peut
conjecturer par la date de fes derniers
ouvrages , qu'il mourut au commencement
du dix -feptiéme Siécle . Indépendamment
de fa traduction d'Ovide en
vers françois , à laquelle fon fils Char-^
les de Maffac , travailla beaucoup , &
de fon Poëme fur les Eaux de Pou-"
gues , traduit auffi en vers françois par
le même Charles, il en compofa plufieurs
( b ) La branche des Gonzagues de Cleves fut
éteinte par la mort de Ferdinand Charles Gouza- "
gues IV. du nom , Duc de Mantoue & de Montferrat
, & le Cardinal de Mazarin acquit les Duchés
de Nevers & de Rhetel des derniers Ducs de
Mantoue. D iv
7
80 MERCURE DE FRANCE.
1
autres latins.J'en ai vu de fa façon à la tête
d'une édition de Juftin , qu'on réimprima
de fon temps . Il célébra les talens ,
de plufieurs Auteurs fes contemporains.
Il fut lui - même célébré par plufieurs
Sçavans , & fon Poëme latin , dont je
vais vous parler , eft enrichi de notes
grecques & latines de Jacques le Vaf
Jeur , Docteur en Théologie , né à
Vîmes dans le Ponthieu , près d'Abbeville.
Vous fçavez mieux que moi ,
mon cher ami , que la Poëfie Didactique
, ayant pour but principal d'inf
truire les hommes , la bonté des Poëmes
en ce genre doit fe régler fur l'utilité
du Sujet que l'on traite & fur les
avantages qui réfultent des inftructions
qu'on y donne. La beauté de la verfification
, l'abondance dans les images,
la force de l'expreffion & c. ne font
pour ainfi dire , que les machines que
fait jouer le Poëte pour amufer le Lecteur
; machines qui font cependant
néceffaires pour conftituer un corps
d'ouvrage , qui plaife en intéreffant ,
lectorem delectando , pariterque monendo.
Je puis vous affurer que ,
fi vous
lifez vous- même la feconde édition (c).
( c ) Elle fe trouve dans plufieurs Bibliothéques
, & notamment à Paris dans celle du Collé
ge Mazarin .
MARS. 1763.
81
du Poëme , intitulé : Remundi Maffaci
Clarici Agenenfis & Collegii Aurelianenfis
Falcultatis Medica Decani Pugea
, feu de Limphis Pugeqcis libri
duo.
Vous verrez avec plaifir qu'à la folidité
des préceptes repandus dans tout
l'ouvrage , le Poëte a ajouté un air
d'enjouement qui régne depuis le
commencement jufqu'à la fin. On y
y trouve en effet des comparaifons juftes
& bien afforties , de la facilité dans
la verfification , des expreffions délicates
, des tours heureux. L'agrément des
deferiptions fait difparoître la féchereffe
des préceptes. Le Poëte peint partout,
Et il me femble que fon pinceau rend
mieux les couleurs de la nature . Médecin
habile, Philofophe profond, il expofe
avec clarté cette phyfique obfcure , qui
étoit en vogue dans fon temps, & il en
tire dequoi expliquer clairement tout
ce qui a trait à fon ouvrage ; il féme
quelquefois des traits d'une érudition
peu commune ; ce n'eft pas tout : comme
le Poëme Didactique fans épiſode
feroit ennuyeux , il y en mêle fagement
quelqu'une. Enfin je crois qu'on
peut dire fans être taxé de prévention,
que cet ouvrage fait quelque hon-
D V
82 MERCURE DE FRANCE.
neur à fon Siécle. En voici une Ana“ -
lyfe fuccinte qui vous en donnera fans ;
doute l'idée que j'en ai conçue .
'ANALYSE DU PREMIER LIVRE..
Le Poëte , après avoir expofé fon
Sujet en peu de mots , paffe rapidement
fur l'invocation , & nous préfente
de la manière fuivante , le tableau
d'un homme qui reffent les douleurs de
la pierre ..
?
Calculus in cyſtam poftquam de rene pependit -
Labitur , atque fero fenfim impellente vagatur :
Sin minor ipfe locus fuerit , majufque locatum .
Tenditur ureter, tenfufque dolore fatigat
Humanum corpus repetito vulnere pun&um ,
Horrendæ indè cruces , atque irrequieta laborum ›
Colligitur rabies , jacet heu patientia victa ,
Æger agens morbum fecum fua damna ferendo ,
Carfitat huc illuc , ringens , tremebundus , anhelans
,.
Pertælus vitam , pertæfus lumina coeli ,
Mortem orat , Superofque infanâ voce laceffit :
Haud aliter taurus tacito percuffus afilo
Eftuat in rabiem, campos , montefque peragrans
Aëraque immenfum crebris mugitibus urgens ,
Seque fugit , fequiturque , malique renaſcitur Au-.-
&tor.
MARS. 1763. 83
Cette peinture me paroît d'une touche
førte & naturelle. L'Auteur explique enfuite
la formation , les fymptomes, & les
fuites funeftes de cette maladie. Il nous
apprend que ce n'eft pas feulement dans
les canaux urétaires des reins , que fe
forme la pierre : il en a vu lui - même
aux deux côtés du coeur , dans le pou
mon , dans le cerveau & dans d'autres
parties du corps . De -là , fon imagination
le tranfporte fur le bord de la fontaine
de Pougues , où le Dieu de la mé
decine va lui apprendre depuis quel
temps ces eaux coulent dans cette contrée
, avec quelles précautions il faut :
les boire , & comment elles ont la ver
tu de diffoudre la pierre. Le Dieu de
la Loire , dit-il , éleva avec foin une fille
qu'il avoit eue de la Nymphe Pégée.
Cette jeune Nayade fut bien- tôt recherchée
en mariage par tous les Dieux
champêtres ; mais elle dédaigna leurs
tranfports amoureux . Apollon l'apperçut
un jour dans le temps qu'elle chaf
foit. La Beauté , les Charmes , les Grâ
ces , le port majeftueux de la nouvelle
Diane , firent naître à l'inftant dans le
coeur du Dieu , un amour des plus vio--
lens . Il la pourfuivit , mais en vain ; elle
arrive en fuyant fur le bord de la Loire e
D-vj ¦
84 MERCURE DE FRANCE.
où fon père , pour la fouftraire aux
pourfuites d'Apollon , la change en fontaine
. Le Dieu qui la chériffoit , même
après fa métamorphofe , donne aux eaux
de cette fontaine , la vertu de guérir de
plufieurs maladies & particuliérement
celle de la pierre ..
ANALYSE DU DEUXIÉMÉ
LIVRE.
Le Poëte , à qui le Dieu de la médecine
avoit infpiré , pendant un léger
fommeil , ce qu'on a vu dans lé premier
Livre , fe tranfporte maintenant à
l'endroit où coulent les eaux qui font la
matière de fes Vers . Après les avoir
analyfées lui-même , il explique en Phyficien
la formation des fontaines. Il y
a , dit- il , dans la terre & furtout dans
les creux des rochers des réfervoirs où
l'eau fe ramaffant en grande quantité &
fe filtrant dans les canaux fouterrains
prend des couleurs & des goûts différens
, felon les matieres qu'elle rencontre
für fon paffage. Il paroît par ce que
dit notre Poëte , que l'efprit de vitriol
& de fouffre abonde dans les eaux de
Pougues ; ce qui leur donne tant de
vertu pour diffoudre les parties fablonneufes
& tartareufes qui forment la
1
MARS. 1763. 85
1
e
pierre. Après cet éxamen il place adroitement
l'éloge de Henry le Grand qu'il
prie de veiller à la confervation & à
l'embéliffement de ces fources falutaires
, qui font auffi éfficaces pour la
pierre que pour les maux de poitrine.
En finiffant il trace encore avec un
pinceau non moins délicat qu'énergique
, le portrait de plufieurs perfonnes
diftinguées qui avoient été à Pougues
chercher du foulagement à leurs douleurs.
Il faut lire dons l'Ouvrage même
l'éloge pompeux & magnifique qu'il
fait des Gonzagues , des Guifes , des
Longuevilles , des la Châtre. Je me borne
à vous rapporter le plus court ; c'eft
celui de Claude - Catherine de Clermont,
Baronne de Rhetz , & Dame de Dampierre
, fi célébre par fon efprit. Elle
fut Ducheffe de Retz & mourut en
1603 , âgée de foixante ans .
Nec tu carminibus noftris indicta manebis ,
REZIA , grandè decus Mufarum & nobilis arte ;
Et quæ docta fonas æquantia plectra Maronem ;
Parnaffi cultrix & Galli Neftoris uxor ,
Femina virtute & majorum ſtemmate fulgens ,
Sicque tuo fulgebit opus fub nomine noftrum.
Vous connoiffez depuis longtemps
#
86 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , quels font les fentimens
d'eftime , de confidération & d'amitié
avec lefquels
J'ai l'honneur d'être & c.
'A Brive-la-Gaillarde , ce 15 Décembre 17623
Seiziéme Siécle de Monfieur de
MASSAC , Receveur Général des
Fermes du Roi , Abonné au Mercure
, & de la Société Royale d'Agriculture
de la Généralité de Limoges
, à Monfieur DE MONT , de la
même Société , Confeiller au Parlement
de Toulouse & de l'Académie
des Jeux Floraux.
MONSIEUR ,
>
En parcourant la nouvelle Edition
du Dictionnaire de Moreri , vous avez
trouvé , dites-vous qu'il y eft fait
mention d'un Raimond de Maffac ;
Auteur d'un Poëme Latin fur les Eaux
minérales de Pougues ( a ). Vous ne
( a ) Pougues , Village du Nivernois , entre
Nevers & la Charité, étoit autrefois fort renommé,
( je ne fçais s'il l'eft encore ) à caule de deux fentaines
dont les eaux avoient la vertu de guérir de
l'hydropifie & de la pierre. Quoique ces deux
fontaines , dont l'une s'appelloit de S. Léger , &
l'autre de S. Marceau , ne fuffent diftantes l'une
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
doutez point que cet ouvrage ne
foit entre mes mains ; & quoique M.
l'Abbé Goujet en ait parlé affez avantageuſement
dans fa Bibliothéque Françoife
, vous feriez - bien aife que je
vous fiffe connoître plus particuliére--
ment l'Auteur & fon Ouvrage.
Il m'eft d'autant plus aifé de vous
fatisfaire fur le fecond objet de votredemande
, que je viens précisément
de lire avec attention le Poëme dont
il s'agit. Quant aux particularités concernant
l'Auteur , que vous exigez auf--
fi , je ne puis vous en rapporter que
très -peu , qui ont ont échappé aux recherches
de M. l'Abbé Goujet.
par
Meffire Raimond de Maffac , dont
les defcendans ont joui fans interrup
tion de la nobleffe , qui avoit été accordée
Charles VII en 1434 à
Jean de Mafac fon bifayeul & Chef
de ma Famille , étoit originaire de
Clairac en Agénois , comme il le dit
lui-même. Il quitta fa Patrie pour aller
fixer fon domicile à Orléans l'an 1586..
Ce fait eft prouvé par une Enquête en
de l'autre que d'un pied , on remarquoit cepen-.
dant quelque différence dans le goût de leurs
eaux. Voyez le Traité de ces Fontaines imprimé
à Paris en 1581 .
MARS. 1763. 79
ปี
bonne forme faite le 15 Mars 1678
à la Requête de noble Augé de Maf
fac , Officier au Régiment d'Artois ;
piéce qui eft entre les mains de mon
Père.
Par l'Epitre Dédicatoire de Raimond
de Maffac , au Prince Charles de Gon
zagues de Cleves ( b) premier du nom ,
Duc de Nevers & de Rhêtel , Pair de
France , Prince de Mantoue , & Gou
verneur de Champagne , & de Brie ,
on voit que cet Auteur étoit d'un caractère
gai & qu'il étoit fort recherché
par les perfonnes de la premiere
Qualité. Plufieurs autres de fes écrits en
fourniffent auffi la preuve: On peut
conjecturer par la date de fes derniers
ouvrages , qu'il mourut au commencement
du dix -feptiéme Siécle . Indépendamment
de fa traduction d'Ovide en
vers françois , à laquelle fon fils Char-^
les de Maffac , travailla beaucoup , &
de fon Poëme fur les Eaux de Pou-"
gues , traduit auffi en vers françois par
le même Charles, il en compofa plufieurs
( b ) La branche des Gonzagues de Cleves fut
éteinte par la mort de Ferdinand Charles Gouza- "
gues IV. du nom , Duc de Mantoue & de Montferrat
, & le Cardinal de Mazarin acquit les Duchés
de Nevers & de Rhetel des derniers Ducs de
Mantoue. D iv
7
80 MERCURE DE FRANCE.
1
autres latins.J'en ai vu de fa façon à la tête
d'une édition de Juftin , qu'on réimprima
de fon temps . Il célébra les talens ,
de plufieurs Auteurs fes contemporains.
Il fut lui - même célébré par plufieurs
Sçavans , & fon Poëme latin , dont je
vais vous parler , eft enrichi de notes
grecques & latines de Jacques le Vaf
Jeur , Docteur en Théologie , né à
Vîmes dans le Ponthieu , près d'Abbeville.
Vous fçavez mieux que moi ,
mon cher ami , que la Poëfie Didactique
, ayant pour but principal d'inf
truire les hommes , la bonté des Poëmes
en ce genre doit fe régler fur l'utilité
du Sujet que l'on traite & fur les
avantages qui réfultent des inftructions
qu'on y donne. La beauté de la verfification
, l'abondance dans les images,
la force de l'expreffion & c. ne font
pour ainfi dire , que les machines que
fait jouer le Poëte pour amufer le Lecteur
; machines qui font cependant
néceffaires pour conftituer un corps
d'ouvrage , qui plaife en intéreffant ,
lectorem delectando , pariterque monendo.
Je puis vous affurer que ,
fi vous
lifez vous- même la feconde édition (c).
( c ) Elle fe trouve dans plufieurs Bibliothéques
, & notamment à Paris dans celle du Collé
ge Mazarin .
MARS. 1763.
81
du Poëme , intitulé : Remundi Maffaci
Clarici Agenenfis & Collegii Aurelianenfis
Falcultatis Medica Decani Pugea
, feu de Limphis Pugeqcis libri
duo.
Vous verrez avec plaifir qu'à la folidité
des préceptes repandus dans tout
l'ouvrage , le Poëte a ajouté un air
d'enjouement qui régne depuis le
commencement jufqu'à la fin. On y
y trouve en effet des comparaifons juftes
& bien afforties , de la facilité dans
la verfification , des expreffions délicates
, des tours heureux. L'agrément des
deferiptions fait difparoître la féchereffe
des préceptes. Le Poëte peint partout,
Et il me femble que fon pinceau rend
mieux les couleurs de la nature . Médecin
habile, Philofophe profond, il expofe
avec clarté cette phyfique obfcure , qui
étoit en vogue dans fon temps, & il en
tire dequoi expliquer clairement tout
ce qui a trait à fon ouvrage ; il féme
quelquefois des traits d'une érudition
peu commune ; ce n'eft pas tout : comme
le Poëme Didactique fans épiſode
feroit ennuyeux , il y en mêle fagement
quelqu'une. Enfin je crois qu'on
peut dire fans être taxé de prévention,
que cet ouvrage fait quelque hon-
D V
82 MERCURE DE FRANCE.
neur à fon Siécle. En voici une Ana“ -
lyfe fuccinte qui vous en donnera fans ;
doute l'idée que j'en ai conçue .
'ANALYSE DU PREMIER LIVRE..
Le Poëte , après avoir expofé fon
Sujet en peu de mots , paffe rapidement
fur l'invocation , & nous préfente
de la manière fuivante , le tableau
d'un homme qui reffent les douleurs de
la pierre ..
?
Calculus in cyſtam poftquam de rene pependit -
Labitur , atque fero fenfim impellente vagatur :
Sin minor ipfe locus fuerit , majufque locatum .
Tenditur ureter, tenfufque dolore fatigat
Humanum corpus repetito vulnere pun&um ,
Horrendæ indè cruces , atque irrequieta laborum ›
Colligitur rabies , jacet heu patientia victa ,
Æger agens morbum fecum fua damna ferendo ,
Carfitat huc illuc , ringens , tremebundus , anhelans
,.
Pertælus vitam , pertæfus lumina coeli ,
Mortem orat , Superofque infanâ voce laceffit :
Haud aliter taurus tacito percuffus afilo
Eftuat in rabiem, campos , montefque peragrans
Aëraque immenfum crebris mugitibus urgens ,
Seque fugit , fequiturque , malique renaſcitur Au-.-
&tor.
MARS. 1763. 83
Cette peinture me paroît d'une touche
førte & naturelle. L'Auteur explique enfuite
la formation , les fymptomes, & les
fuites funeftes de cette maladie. Il nous
apprend que ce n'eft pas feulement dans
les canaux urétaires des reins , que fe
forme la pierre : il en a vu lui - même
aux deux côtés du coeur , dans le pou
mon , dans le cerveau & dans d'autres
parties du corps . De -là , fon imagination
le tranfporte fur le bord de la fontaine
de Pougues , où le Dieu de la mé
decine va lui apprendre depuis quel
temps ces eaux coulent dans cette contrée
, avec quelles précautions il faut :
les boire , & comment elles ont la ver
tu de diffoudre la pierre. Le Dieu de
la Loire , dit-il , éleva avec foin une fille
qu'il avoit eue de la Nymphe Pégée.
Cette jeune Nayade fut bien- tôt recherchée
en mariage par tous les Dieux
champêtres ; mais elle dédaigna leurs
tranfports amoureux . Apollon l'apperçut
un jour dans le temps qu'elle chaf
foit. La Beauté , les Charmes , les Grâ
ces , le port majeftueux de la nouvelle
Diane , firent naître à l'inftant dans le
coeur du Dieu , un amour des plus vio--
lens . Il la pourfuivit , mais en vain ; elle
arrive en fuyant fur le bord de la Loire e
D-vj ¦
84 MERCURE DE FRANCE.
où fon père , pour la fouftraire aux
pourfuites d'Apollon , la change en fontaine
. Le Dieu qui la chériffoit , même
après fa métamorphofe , donne aux eaux
de cette fontaine , la vertu de guérir de
plufieurs maladies & particuliérement
celle de la pierre ..
ANALYSE DU DEUXIÉMÉ
LIVRE.
Le Poëte , à qui le Dieu de la médecine
avoit infpiré , pendant un léger
fommeil , ce qu'on a vu dans lé premier
Livre , fe tranfporte maintenant à
l'endroit où coulent les eaux qui font la
matière de fes Vers . Après les avoir
analyfées lui-même , il explique en Phyficien
la formation des fontaines. Il y
a , dit- il , dans la terre & furtout dans
les creux des rochers des réfervoirs où
l'eau fe ramaffant en grande quantité &
fe filtrant dans les canaux fouterrains
prend des couleurs & des goûts différens
, felon les matieres qu'elle rencontre
für fon paffage. Il paroît par ce que
dit notre Poëte , que l'efprit de vitriol
& de fouffre abonde dans les eaux de
Pougues ; ce qui leur donne tant de
vertu pour diffoudre les parties fablonneufes
& tartareufes qui forment la
1
MARS. 1763. 85
1
e
pierre. Après cet éxamen il place adroitement
l'éloge de Henry le Grand qu'il
prie de veiller à la confervation & à
l'embéliffement de ces fources falutaires
, qui font auffi éfficaces pour la
pierre que pour les maux de poitrine.
En finiffant il trace encore avec un
pinceau non moins délicat qu'énergique
, le portrait de plufieurs perfonnes
diftinguées qui avoient été à Pougues
chercher du foulagement à leurs douleurs.
Il faut lire dons l'Ouvrage même
l'éloge pompeux & magnifique qu'il
fait des Gonzagues , des Guifes , des
Longuevilles , des la Châtre. Je me borne
à vous rapporter le plus court ; c'eft
celui de Claude - Catherine de Clermont,
Baronne de Rhetz , & Dame de Dampierre
, fi célébre par fon efprit. Elle
fut Ducheffe de Retz & mourut en
1603 , âgée de foixante ans .
Nec tu carminibus noftris indicta manebis ,
REZIA , grandè decus Mufarum & nobilis arte ;
Et quæ docta fonas æquantia plectra Maronem ;
Parnaffi cultrix & Galli Neftoris uxor ,
Femina virtute & majorum ſtemmate fulgens ,
Sicque tuo fulgebit opus fub nomine noftrum.
Vous connoiffez depuis longtemps
#
86 MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , quels font les fentimens
d'eftime , de confidération & d'amitié
avec lefquels
J'ai l'honneur d'être & c.
'A Brive-la-Gaillarde , ce 15 Décembre 17623
Fermer
Résumé : LETTRE sur un Poëme Latin, du Seiziéme Siécle de Monsieur de MASSAC, Receveur Général des Fermes du Roi, Abonné au Mercure, & de la Société Royale d'Agriculture de la Généralité de Limoges, à Monsieur DE MONT, de la même Société, Conseiller au Parlement de Toulouse & de l'Académie des Jeux Floraux.
La lettre traite d'un poème latin du XVIe siècle intitulé 'Remundi Maffaci Clarici Agenenfis & Collegii Aurelianenfis Facultatis Medica Decani Pugea, seu de Limphis Pugeqcis libri duo', écrit par Raimond de Massac. Raimond de Massac est un noble originaire de Clairac en Agenois, qui s'est installé à Orléans en 1586. Le poème porte sur les eaux minérales de Pougues, un village du Nivernois connu pour ses fontaines aux vertus thérapeutiques contre l'hydropisie et la pierre. Le poème est dédié au Prince Charles de Gonzague de Clèves, Duc de Nevers et de Rethel. Il est apprécié pour son style didactique et instructif, décrivant les symptômes et les traitements de la pierre, ainsi que l'histoire légendaire des fontaines de Pougues. Raimond de Massac mentionne également des personnalités distinguées ayant visité Pougues pour ses vertus curatives. L'auteur de la lettre, Monsieur de Massac, Receveur Général des Fermes du Roi, partage des détails sur la vie et les œuvres de Raimond de Massac, soulignant la qualité littéraire et scientifique du poème. Il mentionne également des traductions en français réalisées par le fils de Raimond, Charles de Massac. La lettre se conclut par une analyse du poème, mettant en avant sa solidité des préceptes et son enjouement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
46
47
p. 128-129
RENTRÉE publique de l'Académie de BESANÇON, du 17 Novemb. 1762.
Début :
M. ATHALIN, Doyen des Professeurs de Médecine en l'Université de Besançon [...]
Mots clefs :
Président, Séance, Académie, Médecine, Parlement, Discours, Récipiendaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RENTRÉE publique de l'Académie de BESANÇON, du 17 Novemb. 1762.
RENTRÉE publique de l'Académie de
BESANÇON , du 17 Novemb. 1762,
M. ATHALIN , Doyen des Profeffeurs
de Médecine en l'Univerfité de
Befançon , & Vice-Préfident de l'Académie
, ouvrit la Séance par des regrets
modeftes d'avoir à fuppléer en
l'abſence de M. de Frafne & à remplacer
fes talens dans une occafion , où
il fe flatoit de n'avoir qu'à les admirer
en filence. Il indiqua enfuite le retour de
la paix comme un double fujet d'allegreffe
& pour les bons Citoyens &
pour les Gens dé Lettres , à qui elle
doit fervir d'époque d'une nouvelle
émulation . Delà il paffa à l'annonce des
ouvrages préparés pour cette Séance ,'
dont la lecture fe fit dans l'ordre fuivant.
M. Binétruy de Grand-Fontaine ,
Secrétaire perpétuel , fit l'éloge hiftorique
de M. de Clevans, Marquis de Bou-"
clans , Confeiller Honoraire du Parlement
de Franche- Comté , & de M.
le Baron de Courbouffon , Préfident à
Mortier du même Parlement. M. Rougnon
, Profeffeur de Médecine en l'Unii
AVRIL. 1763. 129
verfité de Befançon difcuta dans fon
difcours de réception , les influences
du climat & de l'air , furtout par rapport
à la Franche-Comté. M. l'Abbé
Camus , Chanoine de l'illuftre Eglife
Métropolitaine de Befançon , développa
dans fon difcours de reception les
caractéres de la vraie grandeur qui difsingue
celui qui n'ufe de fa fortune &
de fon élevation que pour devenir meilleur.
M. Athalin termina la Séance par
la réponse qu'il fit en qualité de Vice-
Préfident aux Complimens des deux
Récipiendaires.
BESANÇON , du 17 Novemb. 1762,
M. ATHALIN , Doyen des Profeffeurs
de Médecine en l'Univerfité de
Befançon , & Vice-Préfident de l'Académie
, ouvrit la Séance par des regrets
modeftes d'avoir à fuppléer en
l'abſence de M. de Frafne & à remplacer
fes talens dans une occafion , où
il fe flatoit de n'avoir qu'à les admirer
en filence. Il indiqua enfuite le retour de
la paix comme un double fujet d'allegreffe
& pour les bons Citoyens &
pour les Gens dé Lettres , à qui elle
doit fervir d'époque d'une nouvelle
émulation . Delà il paffa à l'annonce des
ouvrages préparés pour cette Séance ,'
dont la lecture fe fit dans l'ordre fuivant.
M. Binétruy de Grand-Fontaine ,
Secrétaire perpétuel , fit l'éloge hiftorique
de M. de Clevans, Marquis de Bou-"
clans , Confeiller Honoraire du Parlement
de Franche- Comté , & de M.
le Baron de Courbouffon , Préfident à
Mortier du même Parlement. M. Rougnon
, Profeffeur de Médecine en l'Unii
AVRIL. 1763. 129
verfité de Befançon difcuta dans fon
difcours de réception , les influences
du climat & de l'air , furtout par rapport
à la Franche-Comté. M. l'Abbé
Camus , Chanoine de l'illuftre Eglife
Métropolitaine de Befançon , développa
dans fon difcours de reception les
caractéres de la vraie grandeur qui difsingue
celui qui n'ufe de fa fortune &
de fon élevation que pour devenir meilleur.
M. Athalin termina la Séance par
la réponse qu'il fit en qualité de Vice-
Préfident aux Complimens des deux
Récipiendaires.
Fermer
Résumé : RENTRÉE publique de l'Académie de BESANÇON, du 17 Novemb. 1762.
Lors de la rentrée publique de l'Académie de Besançon du 17 novembre 1762, M. Athalin, Doyen des Professeurs de Médecine et Vice-Président de l'Académie, ouvrit la séance en regrettant l'absence de M. de Frafne. Il souligna la joie apportée par le retour de la paix, marquant une nouvelle ère d'émulation. La séance se poursuivit avec la présentation des ouvrages préparés. M. Binétruy de Grand-Fontaine, Secrétaire perpétuel, rendit hommage à M. de Clevans, Marquis de Bouclans, et au Baron de Courbouffon, Président à Mortier du Parlement de Franche-Comté. M. Rougnon, Professeur de Médecine, discuta des influences du climat et de l'air en Franche-Comté. L'Abbé Camus, Chanoine de l'Église Métropolitaine de Besançon, développa les caractéristiques de la vraie grandeur, qui se manifeste par l'utilisation de la fortune et de l'élévation pour devenir meilleur. M. Athalin conclut la séance en répondant aux compliments des deux récipiendaires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
48
p. 133-142
OBSERVATIONS sur l'Histoire de la MÉDECINE.
Début :
PLUSIEURS Sçavans se sont fait une réputation distinguée, en écrivant historiquement [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Médecine, Art, Temps, Livre, Recherches, Collège, Réputation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS sur l'Histoire de la MÉDECINE.
OBSERVATIONS fur l'Hiftoire de la
MÉDECINE.
PLUSIEURS Sçavans fe font fait une
réputation diftinguée , en écrivant hiftoriquement
fur la Médecine : Daniel le
Clerc & le Docteur Freind ont travaillé
d'une manière digne de la poſtérité.
Les éffais de Bernier , tout fatyriques
qu'ils font , ou peut-être auffi
parce qu'ils font fatyriques , fe font lire
avec pláifir , & joignent l'agrément
à l'inftruction. Nous ne citons pas le
livre de la Métrie , qui n'eft qu'une
invective raiſonnée. Ces Ouvrages fourniroient
à peine quelques matériaux
pour l'hiſtoire de la Médecine en
France. Pour la faire utilement , il
faudroit bien connoître les Auteurs &
leurs travaux ; rappeller quels ont ét
les fyftêmes fuivant lefquels les Prati
ciens ont éxércé dans les différens temps
expofer les progrès fucceffifs de l'art
134 MERCURE DE FRANCE .
les viciffitudes qu'il a éffuyées , le ca
price des différentes opinions d'où la
vie des hommes a dépendu ; marquer ,
fi l'on pouvoit , le fatal enchaînement
des circonftances qui ont donné de la
vogue aux Charlatans , & fait préférer
des affronteurs , à ceux qui méritoient
l'eftime du Public & qui pouvoient fe
rendre dignes de fa reconnoiffance ;
dire enfin quelles fuites malheureuſes a
eues cette confiance mal placée, & faire
voir que la protection qu'on accorde
aux uns aux dépens des autres , eft une
vraie confpiration contre l'humanité
dont les fiécles même qu'on accufe de
barbarie , n'ont pas eu à rougir.
Mais quelles connoiffances , quelles
recherches , quelle fagacité & quel
temps ne demanderoit pas un pareil
travail ! Nous n'en fommes pas dédommagés
par une brochure nouvelle qui
à pour titre Effai hiftorique fur la Médecine
en France. Ce que ce livre contient
de relatif à fon titre , ſe borne
à une lifte des noms & furnoms , des
premiers Médecins de nos Rois ; à celle
des noms & furnoms des Doyens de
la Faculté de Médecine de Paris , depuis
1395 , jufques & compris 1761 ,
élus chaque année le premier Samedi
AVRIL. 1763. 135
après la Touffaint ; ce qui n'eft pas
plus intéreffant , que les loix , les ftatuts
& les ufages de cette Faculté, qu'on
donne en entier , fans obmettre l'article
des fonctions des Bedeaux . On parle
plus au long d'Hippocrate , d'Afclepiade
, & de Galien , que de Fernel , de
Baillou & de Riolan. Eh ! qu'importe
à la Médecine Françoife ce qu'on dit
de S. Charles Borromée , qui dans la
deuxième partie des Actes du premier
Concile de Milan , a défendu aux Moines,
aux Chanoines réguliers & aux Clercs
de faire la Médecine ? L'Auteur de cet
éffai eft fans doute un jeune homme, nou
vellement forti des Ecoles , & qui aime à
tranfcrire du Latin. Il a pourtant bien
fenti que fes Lecteurs pourroient en être
fatigués: on n'approuvera peur-être pas ,
dit-il dans fa préface , plufieurs paffages
Latins dans un ouvrage François : j'écris
furtout pour mes Confrères & pour les
jeunes Médecins qui ne font pas fâchés
de rencontrer du Latin. C'eft ce qui fait
qu'on ne s'eft pas gêné là - deffus , & il
n'y a peut-être pas un grand inconvénient.
Mais ce que l'on auroit dû éviter , c'eſt
une fatyre perfonnelle contre le célébre
Tronchin,Médecin de Genêve , & avoir
un peu plus de modération fur les
136 MERCURE DE FRANCE .
à
Chirurgiens en général , parmi lesquels
il y en a qui font honneur à leur art ,
leur nation & à leur fiécle . C'eſt un
zéle de novice , que la maturité de l'ârendra
quelque jour plus difcret. ge
J'éffayerai de faire connoître l'eſprit
de recherches néceffaires pour écrire
l'hiftoire d'un art , par la difcuffion de
deux points dont il eft queftion dans
la brochure que je viens de citer. L'un
regarde la perfonne de Lanfranc , &
l'autre l'origine de la maladie honteufe
qui eft le fruit de la débauche .
Suivant l'Auteur de l'Effai hiftorique ,
on apprend par les écrits de Lanfranc de
Milan , qui arriva à Paris en 1295 ,
que cette Ville,dont pour lors l'enceinte
étoit peu étendue , avoit néanmoins
un affez grand nombre de Médecins qui
formoit un Collége ou Société qui étoit en
grande réputation. Il ajoute qu'il ignore
fur quel fondement les Auteurs anonymes
d'une efpéce de Factum , fans fignature,
qu'on diftribuoit il y a quelques années
furtivement avec un grand nombre de
cartons , & qu'on avoit décoré du titre
impofant de Recherches fur l'origine &
les progrès de la Chirurgie en Franont
fait Lanfranc de Milan
Membre du foi-difant Collége de Saint
ce >
AVRIL 1763. 137
els
>
Louis ; tandis que cette efpéce de Livre
avance dans un autre endroit que
Jean Pitard qui vivoit vers 1320 , en
étoit le Fondateur. On fe feroit bien
donné de garde , ajoute- t-on , de faire
de Lanfranc un Chirurgien , & furtout
un Chirurgien François , fi l'on avoit
pris la peine de lire fa Chirurgie , trèsbeau
Manufcrit de la Bibliothéque
Royale . En effet , continue l'Auteur
après avoir donné les plus grands éloges
aux Médecins de Paris , Lanfranc
gémit dans plus d'un endroit de l'état
miférable où étoit réduite de fon temps
Ja Chirurgie en France. Il. dit que les
Chirurgiens y étoient prèfque tous
idiots (fçachant à peine leur langue
tous laïques , vrais manoeuvres & fi
ignorans qu'à peine trouvoit- on un Chirurgien
rationel ; qu'ils ne fçavoient
point mettre de différence entre le cautère
actuel & le cautère potentiel , ce
qui étoit caufe qu'en France on ne fe
fervoit plus de cautère .
Dans toute cette injurieufe tirade , il
y a plus de fautes que de mots ; c'eſt ce
qu'il eft facile de prouver. L'Auteur qui
paroît ne connoître que le manufcrit de
la Chirurgie de Lanfranc à la Bibliothéque
Royale , ne fçait pas que cet
138 MERCURE DE FRANCE .
Ouvrage eft public par diverfes éditions
imprimées à Venife & ailleurs en
1490 , 1519 , 1544 & 1553 ; qu'il y en
a même une Traduction Françoife,trèsbien
imprimée en caractères femblables
à ceux d'un Livret qui a pour titre la
Civilité puérile & honnête . Or nous trouvons
dans la lecture même de Lanfranc
où l'on nous renvoye , le contraire de
tout ce qu'on allégue fur cet ancien Auteur
dans l'Effai hiftorique.
Il étoit Chirurgien. Il vint en France
forcément , comme plufieurs autres Italiens
que le malheur des temps chaffa de
leur pays pendant les factions des Guelphes
& des Gibelins. Il s'arrêta à Lyon
où il a exercé la Chirurgie ; il eft venu
à Paris où il a pratiqué & enfeigné cet
art avec la plus grande diftinction : donc
il étoit Chirurgien. La fource de l'erreur
qui a fait croire qu'il étoit ce que
nous appellons préfentement un Médecin
, vient de ce que ce terme étoit employé
alors dans fa vraie fignification .
Medicus , qui medetur. Tout homme
appliqué à la guérifon des maladies.
étoit Médecin ; c'eft pourquoi le Chirurgien
Lanfranc en prend le nom . On
diftinguoit par l'épithète de Phyficien
celui qui donnoit fon application à la
AVRIL. 1763 . 139
Médecine ſpéculativement,qui ne voyoit
ད །། point de malades , ou qui en les voyant
bornoit fes foins à des confeils & à
des avis ; tels font encore aujourd'hui
nos Médecins . Leurs Prédéceffeurs étoient
Eccléfiaftiques , & la plupart Chanoines
de Notre- Dame. Le mot de Chirurgien
étoit auffi une épithéte qui fervoir à défigner
fpécialement le Médecin qui opéroit
de la main , & Lanfranc même ne
fe fervoit pas fubftantivement du terme
Chirurgus , mais de l'Adjectif Cyrurgicus.
De même le mot Phyficus fuppofoit
toujours le fubftantif générique
medicus ; fans quoi le terme auroit
manqué la fignification dans laquelle
on l'employoit ; car la Phyfique a bien
d'autres parties que la Médecine ; &
ceux qui s'y appliquoient étoient certainement
des Phyficiens.
Les Médecins qui formoient à Paris
du temps de Lanfranc un Collége ou
Société en grande réputation étoient les
Pères du Collége de Chirurgie , pour
lequel Jean Pitard , premier Chirurgien
de S. Louis & de Philippe- le- Bel a obtenu
des Statuts & des Loix . Dans le
Chapitre fecond de fa grande Chirurgie
, Lanfranc traite des qualités néceffaires
à un Chirurgien , de qualitate,
140 MERCURE DE FRANCE.
formá , moribus & fcientiâ Cyrurgici . II
éxige de lui beaucoup plus qu'on ne
requiert aujourd'hui du Médecin. Il
établit des régles morales qui montrent
combien on étoit attentif à vouloir que
les Chirurgiens fuffent des Perfonnages
auffi refpectables par leur probité que
par le fçavoir. Au Chapitre XV , du
fpafme qui furvient à une playe , il
parle d'une bleffure à la tête qui avoit
été traitée à Milan par un de fes écoliers
Chirurgien , nommé Oliverius de monte
orphano : il le reprend d'avoir confoli- >
dé cette playe à l'extérieur , avant que
d'en avoir détergé le fond ; & pour ne
pas repéter fon nom , après l'avoir défigné
par le mot fcholaris Cyrurgicus ;
il l'appelle un peu plus bas , ille Medicus.
Que pourroit oppofer à des preuves
auffi convaincantes l'Auteur de l'Ef
fai hiftorique ?
Lanfranc , donne à fon ami Bernard,
les motifs qui l'ont engagé à écrire fur
la Chirurgie : pour l'amour de lui ; propter
amorem tuum , Bernarde cariffime.
Il s'y est déterminé par les prières &
par les ordres des Médecins ; propter
preces præceptaque venerabilium Phyfi
ca Magiftrorum. Il ne faut pas perdre
de vue les termes refpectueux dont il
*
AVRIL. 1763. 141
fe fert dans l'expreffion de ce motif ,
præcepta venerabilium ; & il faut les
comparer à ceux du motif fuivant , qui
eft l'amitié fraternelle qu'il portoit aux
-Eléves en Chirurgie qui le fuivoient
dans l'exercice de cet art pour en apprendre
la pratique fous un auffi grand
Maître : propter fraternum amorem valentium
Medicinae fcolarium , mihi tam
honorabilem facientium comitivam, On
ne voit nulle-part qu'il ait parlé injurieufement
des Chirurgiens , comme on
l'avance ; il dit au contraire formellement
qu'il n'a jamais offenfé perfonne
& qu'il a prié Dieu pour fes perfécuteurs.
Les recherches fur l'origine de la
Chirurgie qu'on appelle une espéce de
Livre , ne font pas de Lanfranc un Chirurgien
François . Elles difent qu'il étoit
de Milan , & qu'il a enfeigné & pratiqué
la Chirurgie à Paris. M. Winflow étoit
Danois & Médecin de Paris. Lanfranc
étoit contemporain de Jean Pitard, que
l'Auteur de l'Effai hiſtorique donne
pour vivant vers 1320. Il eſt mort fort
âgé en 1315. C'est dans la force de l'âge
& au retour de fon voyage de la Terre-
Sainte où il avoit accompagné S. Louis,
qu'il réunit les Chirurgiens en Corps.
1
142 MERCURE DE FRANCE.
Ils formoient une Société dès l'an 1260.
& Lanfranc n'eft venu à Paris qu'en
1295 ; où eft donc la contradiction de
le mettre au nombre des Chirurgiens de
Paris , c'est -à - dire de ceux qui éxerçoient
la Chirurgie dans cette Capitale ?
La fuite au Mercure prochain.
MÉDECINE.
PLUSIEURS Sçavans fe font fait une
réputation diftinguée , en écrivant hiftoriquement
fur la Médecine : Daniel le
Clerc & le Docteur Freind ont travaillé
d'une manière digne de la poſtérité.
Les éffais de Bernier , tout fatyriques
qu'ils font , ou peut-être auffi
parce qu'ils font fatyriques , fe font lire
avec pláifir , & joignent l'agrément
à l'inftruction. Nous ne citons pas le
livre de la Métrie , qui n'eft qu'une
invective raiſonnée. Ces Ouvrages fourniroient
à peine quelques matériaux
pour l'hiſtoire de la Médecine en
France. Pour la faire utilement , il
faudroit bien connoître les Auteurs &
leurs travaux ; rappeller quels ont ét
les fyftêmes fuivant lefquels les Prati
ciens ont éxércé dans les différens temps
expofer les progrès fucceffifs de l'art
134 MERCURE DE FRANCE .
les viciffitudes qu'il a éffuyées , le ca
price des différentes opinions d'où la
vie des hommes a dépendu ; marquer ,
fi l'on pouvoit , le fatal enchaînement
des circonftances qui ont donné de la
vogue aux Charlatans , & fait préférer
des affronteurs , à ceux qui méritoient
l'eftime du Public & qui pouvoient fe
rendre dignes de fa reconnoiffance ;
dire enfin quelles fuites malheureuſes a
eues cette confiance mal placée, & faire
voir que la protection qu'on accorde
aux uns aux dépens des autres , eft une
vraie confpiration contre l'humanité
dont les fiécles même qu'on accufe de
barbarie , n'ont pas eu à rougir.
Mais quelles connoiffances , quelles
recherches , quelle fagacité & quel
temps ne demanderoit pas un pareil
travail ! Nous n'en fommes pas dédommagés
par une brochure nouvelle qui
à pour titre Effai hiftorique fur la Médecine
en France. Ce que ce livre contient
de relatif à fon titre , ſe borne
à une lifte des noms & furnoms , des
premiers Médecins de nos Rois ; à celle
des noms & furnoms des Doyens de
la Faculté de Médecine de Paris , depuis
1395 , jufques & compris 1761 ,
élus chaque année le premier Samedi
AVRIL. 1763. 135
après la Touffaint ; ce qui n'eft pas
plus intéreffant , que les loix , les ftatuts
& les ufages de cette Faculté, qu'on
donne en entier , fans obmettre l'article
des fonctions des Bedeaux . On parle
plus au long d'Hippocrate , d'Afclepiade
, & de Galien , que de Fernel , de
Baillou & de Riolan. Eh ! qu'importe
à la Médecine Françoife ce qu'on dit
de S. Charles Borromée , qui dans la
deuxième partie des Actes du premier
Concile de Milan , a défendu aux Moines,
aux Chanoines réguliers & aux Clercs
de faire la Médecine ? L'Auteur de cet
éffai eft fans doute un jeune homme, nou
vellement forti des Ecoles , & qui aime à
tranfcrire du Latin. Il a pourtant bien
fenti que fes Lecteurs pourroient en être
fatigués: on n'approuvera peur-être pas ,
dit-il dans fa préface , plufieurs paffages
Latins dans un ouvrage François : j'écris
furtout pour mes Confrères & pour les
jeunes Médecins qui ne font pas fâchés
de rencontrer du Latin. C'eft ce qui fait
qu'on ne s'eft pas gêné là - deffus , & il
n'y a peut-être pas un grand inconvénient.
Mais ce que l'on auroit dû éviter , c'eſt
une fatyre perfonnelle contre le célébre
Tronchin,Médecin de Genêve , & avoir
un peu plus de modération fur les
136 MERCURE DE FRANCE .
à
Chirurgiens en général , parmi lesquels
il y en a qui font honneur à leur art ,
leur nation & à leur fiécle . C'eſt un
zéle de novice , que la maturité de l'ârendra
quelque jour plus difcret. ge
J'éffayerai de faire connoître l'eſprit
de recherches néceffaires pour écrire
l'hiftoire d'un art , par la difcuffion de
deux points dont il eft queftion dans
la brochure que je viens de citer. L'un
regarde la perfonne de Lanfranc , &
l'autre l'origine de la maladie honteufe
qui eft le fruit de la débauche .
Suivant l'Auteur de l'Effai hiftorique ,
on apprend par les écrits de Lanfranc de
Milan , qui arriva à Paris en 1295 ,
que cette Ville,dont pour lors l'enceinte
étoit peu étendue , avoit néanmoins
un affez grand nombre de Médecins qui
formoit un Collége ou Société qui étoit en
grande réputation. Il ajoute qu'il ignore
fur quel fondement les Auteurs anonymes
d'une efpéce de Factum , fans fignature,
qu'on diftribuoit il y a quelques années
furtivement avec un grand nombre de
cartons , & qu'on avoit décoré du titre
impofant de Recherches fur l'origine &
les progrès de la Chirurgie en Franont
fait Lanfranc de Milan
Membre du foi-difant Collége de Saint
ce >
AVRIL 1763. 137
els
>
Louis ; tandis que cette efpéce de Livre
avance dans un autre endroit que
Jean Pitard qui vivoit vers 1320 , en
étoit le Fondateur. On fe feroit bien
donné de garde , ajoute- t-on , de faire
de Lanfranc un Chirurgien , & furtout
un Chirurgien François , fi l'on avoit
pris la peine de lire fa Chirurgie , trèsbeau
Manufcrit de la Bibliothéque
Royale . En effet , continue l'Auteur
après avoir donné les plus grands éloges
aux Médecins de Paris , Lanfranc
gémit dans plus d'un endroit de l'état
miférable où étoit réduite de fon temps
Ja Chirurgie en France. Il. dit que les
Chirurgiens y étoient prèfque tous
idiots (fçachant à peine leur langue
tous laïques , vrais manoeuvres & fi
ignorans qu'à peine trouvoit- on un Chirurgien
rationel ; qu'ils ne fçavoient
point mettre de différence entre le cautère
actuel & le cautère potentiel , ce
qui étoit caufe qu'en France on ne fe
fervoit plus de cautère .
Dans toute cette injurieufe tirade , il
y a plus de fautes que de mots ; c'eſt ce
qu'il eft facile de prouver. L'Auteur qui
paroît ne connoître que le manufcrit de
la Chirurgie de Lanfranc à la Bibliothéque
Royale , ne fçait pas que cet
138 MERCURE DE FRANCE .
Ouvrage eft public par diverfes éditions
imprimées à Venife & ailleurs en
1490 , 1519 , 1544 & 1553 ; qu'il y en
a même une Traduction Françoife,trèsbien
imprimée en caractères femblables
à ceux d'un Livret qui a pour titre la
Civilité puérile & honnête . Or nous trouvons
dans la lecture même de Lanfranc
où l'on nous renvoye , le contraire de
tout ce qu'on allégue fur cet ancien Auteur
dans l'Effai hiftorique.
Il étoit Chirurgien. Il vint en France
forcément , comme plufieurs autres Italiens
que le malheur des temps chaffa de
leur pays pendant les factions des Guelphes
& des Gibelins. Il s'arrêta à Lyon
où il a exercé la Chirurgie ; il eft venu
à Paris où il a pratiqué & enfeigné cet
art avec la plus grande diftinction : donc
il étoit Chirurgien. La fource de l'erreur
qui a fait croire qu'il étoit ce que
nous appellons préfentement un Médecin
, vient de ce que ce terme étoit employé
alors dans fa vraie fignification .
Medicus , qui medetur. Tout homme
appliqué à la guérifon des maladies.
étoit Médecin ; c'eft pourquoi le Chirurgien
Lanfranc en prend le nom . On
diftinguoit par l'épithète de Phyficien
celui qui donnoit fon application à la
AVRIL. 1763 . 139
Médecine ſpéculativement,qui ne voyoit
ད །། point de malades , ou qui en les voyant
bornoit fes foins à des confeils & à
des avis ; tels font encore aujourd'hui
nos Médecins . Leurs Prédéceffeurs étoient
Eccléfiaftiques , & la plupart Chanoines
de Notre- Dame. Le mot de Chirurgien
étoit auffi une épithéte qui fervoir à défigner
fpécialement le Médecin qui opéroit
de la main , & Lanfranc même ne
fe fervoit pas fubftantivement du terme
Chirurgus , mais de l'Adjectif Cyrurgicus.
De même le mot Phyficus fuppofoit
toujours le fubftantif générique
medicus ; fans quoi le terme auroit
manqué la fignification dans laquelle
on l'employoit ; car la Phyfique a bien
d'autres parties que la Médecine ; &
ceux qui s'y appliquoient étoient certainement
des Phyficiens.
Les Médecins qui formoient à Paris
du temps de Lanfranc un Collége ou
Société en grande réputation étoient les
Pères du Collége de Chirurgie , pour
lequel Jean Pitard , premier Chirurgien
de S. Louis & de Philippe- le- Bel a obtenu
des Statuts & des Loix . Dans le
Chapitre fecond de fa grande Chirurgie
, Lanfranc traite des qualités néceffaires
à un Chirurgien , de qualitate,
140 MERCURE DE FRANCE.
formá , moribus & fcientiâ Cyrurgici . II
éxige de lui beaucoup plus qu'on ne
requiert aujourd'hui du Médecin. Il
établit des régles morales qui montrent
combien on étoit attentif à vouloir que
les Chirurgiens fuffent des Perfonnages
auffi refpectables par leur probité que
par le fçavoir. Au Chapitre XV , du
fpafme qui furvient à une playe , il
parle d'une bleffure à la tête qui avoit
été traitée à Milan par un de fes écoliers
Chirurgien , nommé Oliverius de monte
orphano : il le reprend d'avoir confoli- >
dé cette playe à l'extérieur , avant que
d'en avoir détergé le fond ; & pour ne
pas repéter fon nom , après l'avoir défigné
par le mot fcholaris Cyrurgicus ;
il l'appelle un peu plus bas , ille Medicus.
Que pourroit oppofer à des preuves
auffi convaincantes l'Auteur de l'Ef
fai hiftorique ?
Lanfranc , donne à fon ami Bernard,
les motifs qui l'ont engagé à écrire fur
la Chirurgie : pour l'amour de lui ; propter
amorem tuum , Bernarde cariffime.
Il s'y est déterminé par les prières &
par les ordres des Médecins ; propter
preces præceptaque venerabilium Phyfi
ca Magiftrorum. Il ne faut pas perdre
de vue les termes refpectueux dont il
*
AVRIL. 1763. 141
fe fert dans l'expreffion de ce motif ,
præcepta venerabilium ; & il faut les
comparer à ceux du motif fuivant , qui
eft l'amitié fraternelle qu'il portoit aux
-Eléves en Chirurgie qui le fuivoient
dans l'exercice de cet art pour en apprendre
la pratique fous un auffi grand
Maître : propter fraternum amorem valentium
Medicinae fcolarium , mihi tam
honorabilem facientium comitivam, On
ne voit nulle-part qu'il ait parlé injurieufement
des Chirurgiens , comme on
l'avance ; il dit au contraire formellement
qu'il n'a jamais offenfé perfonne
& qu'il a prié Dieu pour fes perfécuteurs.
Les recherches fur l'origine de la
Chirurgie qu'on appelle une espéce de
Livre , ne font pas de Lanfranc un Chirurgien
François . Elles difent qu'il étoit
de Milan , & qu'il a enfeigné & pratiqué
la Chirurgie à Paris. M. Winflow étoit
Danois & Médecin de Paris. Lanfranc
étoit contemporain de Jean Pitard, que
l'Auteur de l'Effai hiſtorique donne
pour vivant vers 1320. Il eſt mort fort
âgé en 1315. C'est dans la force de l'âge
& au retour de fon voyage de la Terre-
Sainte où il avoit accompagné S. Louis,
qu'il réunit les Chirurgiens en Corps.
1
142 MERCURE DE FRANCE.
Ils formoient une Société dès l'an 1260.
& Lanfranc n'eft venu à Paris qu'en
1295 ; où eft donc la contradiction de
le mettre au nombre des Chirurgiens de
Paris , c'est -à - dire de ceux qui éxerçoient
la Chirurgie dans cette Capitale ?
La fuite au Mercure prochain.
Fermer
Résumé : OBSERVATIONS sur l'Histoire de la MÉDECINE.
Le texte examine l'histoire de la médecine en France, mettant en lumière les contributions de savants tels que Daniel le Clerc et le Docteur Freind. Les œuvres de Bernier, bien que satiriques, sont reconnues pour leur agrément et leur valeur instructive. Le texte critique un ouvrage récent intitulé 'Essai historique sur la Médecine en France', le jugeant insuffisant pour une histoire complète de la médecine. Cet essai se limite à des listes de noms et de lois, manquant de profondeur sur les systèmes médicaux, les progrès et les vicissitudes de l'art médical. Il mentionne des figures historiques comme Hippocrate, Asclépiade et Galien, mais néglige des médecins français importants tels que Fernel, Baillou et Riolan. L'auteur de l'essai est décrit comme un jeune homme récemment sorti des écoles, appréciant la transcription du latin. Le texte critique également une satire personnelle contre le célèbre médecin Tronchin et manque de modération envers les chirurgiens. Il discute ensuite de la figure de Lanfranc de Milan, clarifiant son rôle en tant que chirurgien et son influence sur la chirurgie à Paris. Le texte rectifie les erreurs de l'essai historique concernant Lanfranc, affirmant qu'il était un chirurgien respecté et non un médecin au sens moderne. Il conclut en soulignant l'importance de recherches approfondies pour écrire l'histoire de la médecine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
49
p. 125-129
SUITE des Observations sur l'Histoire de la Médecine.
Début :
J'AI promis des réfléxions sur l'origine de la maladie qui est le fruit de la débauche [...]
Mots clefs :
Médecine, Maladie, Découverte, Égypte, Amérique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE des Observations sur l'Histoire de la Médecine.
SUITE des Obfervations fur l'Hiftoire
de la Médecine.
JAI promis des réfléxions fur l'origine
de la maladie qui eft le fruit de la débauche
, & qu'on prétend avoir été in- .
connue des Européens avant la découverte
du Nouveau-Monde. Cette matière
devoit-elle être l'objet de l'attention de
l'Auteur de l'Effai Hiſtorique fur la Médecine
en France ? Pour faire venir la
question , il nous donne , d'après la
traduction latine d'un Auteur Grec , la
defcription de la Lépre. Aretée , de Capadoce
, qui vivoit , à ce qu'on préfume ,
fous l'Empire de Néron , devoit bien
fe promettre que fes écrits feroient recommandables
à la poftérité la plus
reculée & leur
, ppaarr leur vérité
élégante, précifion ; mais que fon
Traité de la Lépre foit employé
comme pièce conftitutive dans l'hiſtoire
de la Médecine Françoife , c'eft à quoi
nous ne pouvions nous attendre . L'Auteur
s'eft permis cette expofition pour
établir les différences qu'il trouve entre
la lépre , maladie fi publique du temps
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
de Saint Louis , & la maladie fecrette
de nos jours. De-là une longue énumération
des foins que ce Saint Roi
prenoit des malades ; il les vifitoit dans
les Hôpitaux & panfoit leurs plaies. II
fe fanctifioit par la Chirurgie qu'il honoroit
, en employant fes mains facrées
à foulager fes Sujets par l'exercice de
cet art.
La lépre venoit d'Egypte , dit l'Auteur
, & le mal vénérien nous vient de
l'Amérique : on en eft redevable , ajoutet-
il, à la découverte de Chriftophe Colomb.
Voilà une vieille erreur qui ne fait
honte à perfonne , parce que c'eft àpeu-
près celle de tout le monde . Un
Hiftorien ne doit pas adopter légérement
les idées communes , fur- tout
lorfqu'il éxifte des faits certains qui
ôtent à ces idées bannales tout le crédit
qu'on leur donne mal-à-propos . Dom
Sanchez , fçavant Médecin Portugais
qui vit actuellement à Paris , après avoir
été premier Médecin de l'avant derniere
Impératrice des Ruffies , a publié un
Ouvrage il y a quelques années dans lequel
il prouve d'après des écrits authentiques
, que la maladie dont il s'agit étoit
connue en Europe avant le voyage de
Criftophe Colomb en Amérique . A la
AVRIL.
127 .
1763.
bonne heure qu'on y ait été plus attentif
depuis le fiége de Naples , parce
qu'elle a fait alors des ravages affreux
parmi les François , par le commerce
qu'ils ont eu avec des femmes gâtées
par les Efpagnols : mais cette maladie
date de plus loin ; & la Chirurgie de
Lanfranc de Milan , écrite à Paris en
1296 en fait foi. L'Auteur de l'Effai
Hiftorique connoît cet ouvrage ; il y
verra au Chapitre onzième de la troifiéme
doctrine du troifiéme Traité , que
le fic , le chancre & l'ulcére qui arrivent
en certain endroit du ccorps , viennent
d'un commerce impur ; ex commixtione
cum fedá muliere , quæ cum
agro talem habente morbum de novo
coierat. Peut- on exprimer plus correctement
la caufe du principe contagieux
qui fe communique d'un homme à un
autre par l'entremise d'une tierce perfonne
? Lanfranc va plus loin , & il indique
un préfervatif à celui qui recedit
à muliere quam habet fufpectam de immundicia.
Rien n'eft prouvé , fi ces
paffages ne font pas des argumens démonftratifs
de l'éxiftence du mal vénérien
avant la découverte de l'Amérique
.
Quand on veut écrire l'hiſtoire d'un
Eiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Art , on ne peut puifer dans trop de four
ces , pourvu qu'on y apporte l'efprit de
difcernement convenable , pour faire un
bon ufage des chofes. Je ne crois pas ,
par exemple , que les circonftances particuliéres
de la vie privée d'un Médecin
puiffent être employées dans l'hiftoire
de la Médecine. Cependant quand
elles font finguliéres & fort honorables
on ne feroit pas blâmé d'en conferver
la mémoire. L'on n'eft pas fâché de
fçavoir que le fçavant Duret , Médecin
ordinaire de Charles IX & de Henri III,
étoit fi confidéré de fes maîtres , que
Henri III voulut conduire fa fille à
l'Eglife le jour de fon mariage. Sa Majefté
étoit à droite & le pere à gauche .
Le Roi ne fe contenta pas d'honorer
la noce de fa préfence , il fit don à la
mariée de toute la vaiffelle d'or & d'argent
qui avoit fervi au repas & qui
pouvoit monter , dit - on , à la fomme
de 40000 liv. Mais l'anecdote eſt-elle
fure ? L'Auteur ne nomme pas fon
garant. Elle eft rapportée à la tête des
OEuvres de Duret , dans la Préface
d'Adrien Peleryn Chrouet , Docteur en
Médecine . D'où celui - ci l'a - t-il tirée ?
L'Auteur de l'Effai Hiftorique pouvoit
la copier , mais il ne falloit pas obmettre
AVRIL. 1763. 129
la notice des ouvrages qui ont fait paffer
le nom de Duret à la poftérité . Cela
étoit effentiel à l'hiftoire de la Médecine
en France & l'on n'en dit mot ,
pour nous parler de la vaiffelle que le
Roi a donnée à la fille de ce Médecin
le jour de fes noces. Pourquoi encore
altérer le prix de ce préfent : il fe montoit
à 40000 florins & non point à
40000 livres , comme on l'avance .
Les Commentaires de Louis Duret
fur les prénotions coaques d'Hyppocrate
, n'ont été imprimés qu'après fa
mort par les foins de Jean Duret fon
fils , & font dédiés par celui – ci à
Henri III. Jean Duret eut fort jeune
la furvivance de fon pere à la Cour.
Il avoit deux freres , l'un Subſtitut du
Procureur Général au Parlement de
Paris dont il exerça les fonctions pendant
les
guerres civiles lorfque le Parlement
étoit à Tours ; & l'autre Préfident
de la Chambre des Comptes de Paris.
Tout cela eft dit pour faire honneur à
la Médecine en la perfonne de Duret
pere .
de la Médecine.
JAI promis des réfléxions fur l'origine
de la maladie qui eft le fruit de la débauche
, & qu'on prétend avoir été in- .
connue des Européens avant la découverte
du Nouveau-Monde. Cette matière
devoit-elle être l'objet de l'attention de
l'Auteur de l'Effai Hiſtorique fur la Médecine
en France ? Pour faire venir la
question , il nous donne , d'après la
traduction latine d'un Auteur Grec , la
defcription de la Lépre. Aretée , de Capadoce
, qui vivoit , à ce qu'on préfume ,
fous l'Empire de Néron , devoit bien
fe promettre que fes écrits feroient recommandables
à la poftérité la plus
reculée & leur
, ppaarr leur vérité
élégante, précifion ; mais que fon
Traité de la Lépre foit employé
comme pièce conftitutive dans l'hiſtoire
de la Médecine Françoife , c'eft à quoi
nous ne pouvions nous attendre . L'Auteur
s'eft permis cette expofition pour
établir les différences qu'il trouve entre
la lépre , maladie fi publique du temps
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
de Saint Louis , & la maladie fecrette
de nos jours. De-là une longue énumération
des foins que ce Saint Roi
prenoit des malades ; il les vifitoit dans
les Hôpitaux & panfoit leurs plaies. II
fe fanctifioit par la Chirurgie qu'il honoroit
, en employant fes mains facrées
à foulager fes Sujets par l'exercice de
cet art.
La lépre venoit d'Egypte , dit l'Auteur
, & le mal vénérien nous vient de
l'Amérique : on en eft redevable , ajoutet-
il, à la découverte de Chriftophe Colomb.
Voilà une vieille erreur qui ne fait
honte à perfonne , parce que c'eft àpeu-
près celle de tout le monde . Un
Hiftorien ne doit pas adopter légérement
les idées communes , fur- tout
lorfqu'il éxifte des faits certains qui
ôtent à ces idées bannales tout le crédit
qu'on leur donne mal-à-propos . Dom
Sanchez , fçavant Médecin Portugais
qui vit actuellement à Paris , après avoir
été premier Médecin de l'avant derniere
Impératrice des Ruffies , a publié un
Ouvrage il y a quelques années dans lequel
il prouve d'après des écrits authentiques
, que la maladie dont il s'agit étoit
connue en Europe avant le voyage de
Criftophe Colomb en Amérique . A la
AVRIL.
127 .
1763.
bonne heure qu'on y ait été plus attentif
depuis le fiége de Naples , parce
qu'elle a fait alors des ravages affreux
parmi les François , par le commerce
qu'ils ont eu avec des femmes gâtées
par les Efpagnols : mais cette maladie
date de plus loin ; & la Chirurgie de
Lanfranc de Milan , écrite à Paris en
1296 en fait foi. L'Auteur de l'Effai
Hiftorique connoît cet ouvrage ; il y
verra au Chapitre onzième de la troifiéme
doctrine du troifiéme Traité , que
le fic , le chancre & l'ulcére qui arrivent
en certain endroit du ccorps , viennent
d'un commerce impur ; ex commixtione
cum fedá muliere , quæ cum
agro talem habente morbum de novo
coierat. Peut- on exprimer plus correctement
la caufe du principe contagieux
qui fe communique d'un homme à un
autre par l'entremise d'une tierce perfonne
? Lanfranc va plus loin , & il indique
un préfervatif à celui qui recedit
à muliere quam habet fufpectam de immundicia.
Rien n'eft prouvé , fi ces
paffages ne font pas des argumens démonftratifs
de l'éxiftence du mal vénérien
avant la découverte de l'Amérique
.
Quand on veut écrire l'hiſtoire d'un
Eiv
128 MERCURE DE FRANCE.
Art , on ne peut puifer dans trop de four
ces , pourvu qu'on y apporte l'efprit de
difcernement convenable , pour faire un
bon ufage des chofes. Je ne crois pas ,
par exemple , que les circonftances particuliéres
de la vie privée d'un Médecin
puiffent être employées dans l'hiftoire
de la Médecine. Cependant quand
elles font finguliéres & fort honorables
on ne feroit pas blâmé d'en conferver
la mémoire. L'on n'eft pas fâché de
fçavoir que le fçavant Duret , Médecin
ordinaire de Charles IX & de Henri III,
étoit fi confidéré de fes maîtres , que
Henri III voulut conduire fa fille à
l'Eglife le jour de fon mariage. Sa Majefté
étoit à droite & le pere à gauche .
Le Roi ne fe contenta pas d'honorer
la noce de fa préfence , il fit don à la
mariée de toute la vaiffelle d'or & d'argent
qui avoit fervi au repas & qui
pouvoit monter , dit - on , à la fomme
de 40000 liv. Mais l'anecdote eſt-elle
fure ? L'Auteur ne nomme pas fon
garant. Elle eft rapportée à la tête des
OEuvres de Duret , dans la Préface
d'Adrien Peleryn Chrouet , Docteur en
Médecine . D'où celui - ci l'a - t-il tirée ?
L'Auteur de l'Effai Hiftorique pouvoit
la copier , mais il ne falloit pas obmettre
AVRIL. 1763. 129
la notice des ouvrages qui ont fait paffer
le nom de Duret à la poftérité . Cela
étoit effentiel à l'hiftoire de la Médecine
en France & l'on n'en dit mot ,
pour nous parler de la vaiffelle que le
Roi a donnée à la fille de ce Médecin
le jour de fes noces. Pourquoi encore
altérer le prix de ce préfent : il fe montoit
à 40000 florins & non point à
40000 livres , comme on l'avance .
Les Commentaires de Louis Duret
fur les prénotions coaques d'Hyppocrate
, n'ont été imprimés qu'après fa
mort par les foins de Jean Duret fon
fils , & font dédiés par celui – ci à
Henri III. Jean Duret eut fort jeune
la furvivance de fon pere à la Cour.
Il avoit deux freres , l'un Subſtitut du
Procureur Général au Parlement de
Paris dont il exerça les fonctions pendant
les
guerres civiles lorfque le Parlement
étoit à Tours ; & l'autre Préfident
de la Chambre des Comptes de Paris.
Tout cela eft dit pour faire honneur à
la Médecine en la perfonne de Duret
pere .
Fermer
Résumé : SUITE des Observations sur l'Histoire de la Médecine.
Le texte traite de l'origine et de l'apparition de la maladie vénérienne en Europe. L'auteur examine les affirmations selon lesquelles cette maladie était inconnue des Européens avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb. Pour illustrer cette question, il présente une description de la lèpre par Arétée de Cappadoce, vivant sous l'Empire de Néron, et compare cette maladie à la maladie vénérienne. Il mentionne également les soins apportés par Saint Louis aux lépreux et les différences entre la lèpre et la maladie vénérienne. L'auteur critique l'erreur commune selon laquelle la maladie vénérienne aurait été introduite en Europe par Colomb. Il cite Dom Sanchez, un médecin portugais, qui a prouvé que cette maladie était connue en Europe avant le voyage de Colomb. Des écrits authentiques, comme ceux de Lanfranc de Milan en 1296, attestent de l'existence de la maladie avant cette date. Le texte aborde également l'importance de l'esprit de discernement dans l'écriture de l'histoire de la médecine. Il mentionne des anecdotes sur Louis Duret, médecin de Charles IX et Henri III, et critique l'omission de détails essentiels dans l'histoire de la médecine en France. L'auteur souligne l'importance de conserver la mémoire des œuvres qui ont fait la renommée de certains médecins, comme les commentaires de Louis Duret sur les prénotions coques d'Hippocrate.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
50
p. 130-133
LETTRE à M. DE LA PLACE, ou Réponse aux Observations sur l'Histoire de la Médecine.
Début :
VOUS ignoriez sans doute, Monsieur, que l'Essai Historique sur la Médecine [...]
Mots clefs :
Médecine, Faculté de médecine de Paris, Police, Édition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, ou Réponse aux Observations sur l'Histoire de la Médecine.
LETTRE à M. DE LA PLACE , ou
Réponse aux Obfervations fur l'Hiftoire
de la Médecine.
V OUS ignoriez fans doute , Monfieur ,
que l'Effai Hiftorique fur la Médecine
en France , tant critiqué par un Anonyme
dans votre premier Volume du
Mercure d'Avril à l'article Médecine
eft l'ouvrage de M. Chomel , ancien
Doyen de la Faculté de Médecine de
Paris , Médecin Vétéran du Roi , & qui
depuis plus de trente ans jouit de la
réputation la plus diftinguée .
*
Mais fi l'indifférence de M. Chomel
pour cette critique peu mefurée l'em-
Fêche d'y répondre , ma qualité de novice
& de fon élève me donne le
zèle néceffaire pour le faire pour lui..
* La preuve que je l'ignorois en effet , fe trouve
dans l'Annonce même que j'ai faite de cet Ouvrage
, dans le Mercure du mois de Décembre
1762. Les Auteurs qui croyent pour un temps:
devoir garder l'anonyme , devroient du moins..
fe faire connoître aux Journaliſtes auxquels ils
envoyent leurs ouvrages ; ce feroit le moyen de
prévenir fouvent les critiques qui peuvent leur
déplaire,
AVRIL 1763. 131 '
94
Je ne reléverai pas ce qu'il y a d'offenfant,
ce ne font pas des raifons. M. Chomel
n'a attaqué perfonne & il ne s'eft élevé
que contre des abus pernicieux au bien
public , contre les Empiriques , les Moi- ..
nes , les Eccléfiaftiques qui font la Mé
decine les Moines défroqués . S'il av
défigné M. Tronchin , c'eft parce qu'il
lui croit des torts réels dans une Préface
qu'il a miſe à la tête d'une Édition qu'il
a donnée des avres de Baillon. Il n'y
a rien d'ailleurs contre fa perfonne .
Quant à ce qui regarde Saint Come , je
renvoye aux recherches de Pafquier ,
qui prouvent que c'étoit une Confrairie
& nullement un Collége. Au fujet de
Lanfranc , il fuffit de citer fes propres
termes & ceux de Guy de Chauliac par
lefquels on voit inconteftablement , ainfi
que parles Lettres de Philippe le Bel,
quel étoit alors l'état de la Chirurgie
en France . A l'égard de Jean Pitard ,
il n'y a que les Lettres de 1311 qui en
parlent & il étoit Chirurgien -Juré du
Châtelet , ce qui lui donnoit droit &
autorité de former une Communauté
dont il étoit le chef; ce qui non -feulement
ne fait rien au foi- difant Collége ,
mais prouve contre lui & démontre
que la police qu'on vouloit établir dans
F vj
132 MERCURE
DE FRANCE
.
les arts & métiers, étoit une police nouvelle
& légale fous la feule autorité du
Prévôt de Paris . Je ne vous parlèrai
point des mots Cyrurgicus & Phyficus
prendre
qu'on veut abfolument
fair
pour des adjectifs : ces prétentions font
un peu trop romanefques
. On trouve
dans tous les anciens titres Phyficus
Domini Regis pour défigner le Médecin
du Roi . Un reproche plus étonnant
encore , eft celui qu'on fait à
M. Chomel de n'avoir pas parlé de Fernel
, de Baillon , & de Riolan. Comment
pouvoit-il en parler ? Il en eft reſté
au règne de Saint Louis. Devoit - il
bouleverfer toute la Chronologie
pour
parler de ces Médecins ? Je ne fuis pas
moins furpris de voir appeller le Livre
de la Metrie une invective raifonnée.
Ignore-t- on , ou a-t-on oublié que
cette fatyre indécente a été brûlée par
la main du Bourreau ? J'en refterai là ,
Monfieur , & c'en eft affez pour répondre
à la premiére partie de la critique
qui fe trouve dans le premier Mercure
de ce mois. Si la difpute s'étoit annoncée
purement littéraire , peut- être M. Chomel,
auroit-il répondu par la même voie ,
qui , fans doute , ne lui auroit pas été
refufée. Une nouvelle édition détaillera
AVRIL. 1763. 133
tous ces faits , qui ne font qu'énoncés
dans l'Effai Hiftorique.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PHILIPPE , Médecin de la Faculté de Paris.
Réponse aux Obfervations fur l'Hiftoire
de la Médecine.
V OUS ignoriez fans doute , Monfieur ,
que l'Effai Hiftorique fur la Médecine
en France , tant critiqué par un Anonyme
dans votre premier Volume du
Mercure d'Avril à l'article Médecine
eft l'ouvrage de M. Chomel , ancien
Doyen de la Faculté de Médecine de
Paris , Médecin Vétéran du Roi , & qui
depuis plus de trente ans jouit de la
réputation la plus diftinguée .
*
Mais fi l'indifférence de M. Chomel
pour cette critique peu mefurée l'em-
Fêche d'y répondre , ma qualité de novice
& de fon élève me donne le
zèle néceffaire pour le faire pour lui..
* La preuve que je l'ignorois en effet , fe trouve
dans l'Annonce même que j'ai faite de cet Ouvrage
, dans le Mercure du mois de Décembre
1762. Les Auteurs qui croyent pour un temps:
devoir garder l'anonyme , devroient du moins..
fe faire connoître aux Journaliſtes auxquels ils
envoyent leurs ouvrages ; ce feroit le moyen de
prévenir fouvent les critiques qui peuvent leur
déplaire,
AVRIL 1763. 131 '
94
Je ne reléverai pas ce qu'il y a d'offenfant,
ce ne font pas des raifons. M. Chomel
n'a attaqué perfonne & il ne s'eft élevé
que contre des abus pernicieux au bien
public , contre les Empiriques , les Moi- ..
nes , les Eccléfiaftiques qui font la Mé
decine les Moines défroqués . S'il av
défigné M. Tronchin , c'eft parce qu'il
lui croit des torts réels dans une Préface
qu'il a miſe à la tête d'une Édition qu'il
a donnée des avres de Baillon. Il n'y
a rien d'ailleurs contre fa perfonne .
Quant à ce qui regarde Saint Come , je
renvoye aux recherches de Pafquier ,
qui prouvent que c'étoit une Confrairie
& nullement un Collége. Au fujet de
Lanfranc , il fuffit de citer fes propres
termes & ceux de Guy de Chauliac par
lefquels on voit inconteftablement , ainfi
que parles Lettres de Philippe le Bel,
quel étoit alors l'état de la Chirurgie
en France . A l'égard de Jean Pitard ,
il n'y a que les Lettres de 1311 qui en
parlent & il étoit Chirurgien -Juré du
Châtelet , ce qui lui donnoit droit &
autorité de former une Communauté
dont il étoit le chef; ce qui non -feulement
ne fait rien au foi- difant Collége ,
mais prouve contre lui & démontre
que la police qu'on vouloit établir dans
F vj
132 MERCURE
DE FRANCE
.
les arts & métiers, étoit une police nouvelle
& légale fous la feule autorité du
Prévôt de Paris . Je ne vous parlèrai
point des mots Cyrurgicus & Phyficus
prendre
qu'on veut abfolument
fair
pour des adjectifs : ces prétentions font
un peu trop romanefques
. On trouve
dans tous les anciens titres Phyficus
Domini Regis pour défigner le Médecin
du Roi . Un reproche plus étonnant
encore , eft celui qu'on fait à
M. Chomel de n'avoir pas parlé de Fernel
, de Baillon , & de Riolan. Comment
pouvoit-il en parler ? Il en eft reſté
au règne de Saint Louis. Devoit - il
bouleverfer toute la Chronologie
pour
parler de ces Médecins ? Je ne fuis pas
moins furpris de voir appeller le Livre
de la Metrie une invective raifonnée.
Ignore-t- on , ou a-t-on oublié que
cette fatyre indécente a été brûlée par
la main du Bourreau ? J'en refterai là ,
Monfieur , & c'en eft affez pour répondre
à la premiére partie de la critique
qui fe trouve dans le premier Mercure
de ce mois. Si la difpute s'étoit annoncée
purement littéraire , peut- être M. Chomel,
auroit-il répondu par la même voie ,
qui , fans doute , ne lui auroit pas été
refufée. Une nouvelle édition détaillera
AVRIL. 1763. 133
tous ces faits , qui ne font qu'énoncés
dans l'Effai Hiftorique.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PHILIPPE , Médecin de la Faculté de Paris.
Fermer
Résumé : LETTRE à M. DE LA PLACE, ou Réponse aux Observations sur l'Histoire de la Médecine.
La lettre adressée à M. de La Place répond aux critiques anonymes publiées dans le Mercure d'avril concernant l'ouvrage historique sur la médecine en France de M. Chomel, ancien doyen de la Faculté de Médecine de Paris. Philippe, élève de M. Chomel, explique que ce dernier n'a pas répondu par indifférence. Philippe souligne que M. Chomel n'a attaqué personne mais a critiqué des abus publics, notamment les empiriques, les moines et les ecclésiastiques pratiquant la médecine. Il défend également les choix éditoriaux de M. Chomel concernant les périodes historiques couvertes dans son ouvrage. Philippe mentionne que les critiques sur l'absence de certains médecins comme Fernel, Baillon et Riolan sont infondées, car l'ouvrage se concentre sur la période du règne de Saint Louis. Il conclut en affirmant que M. Chomel pourrait répondre plus en détail dans une nouvelle édition de son ouvrage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer