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1
p. 34-43
Supplement au Memoire inseré dans le Mercure de Trévoux de Janvier 1711. Sur les changements arrivez à la surface de la Terre. Par Mr PARENT Autheur du Memoire.
Début :
Pour ne pas grossir trop ce premier Memoire, je me [...]
Mots clefs :
Terre, Surfaces, Couches, Montagnes, Souterrain
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texteReconnaissance textuelle : Supplement au Memoire inseré dans le Mercure de Trévoux de Janvier 1711. Sur les changements arrivez à la surface de la Terre. Par Mr PARENT Autheur du Memoire.
Supplément au Mémoire insere dans le Mercure de Trévoux deJanvier 1711.sur
les changements arrive% à
lasurface de la Terre.
Par Mr PARENT Antheur
du Memoire.
Pour ne pas grossir trop
ce premier Memoire,je me
fuis exprèsabstenu d'expliquer alors les causes de
quelquessingularitez qu'-
on trouve dans la Terre,
à différentes profondeurs,
comme des restes de navires
,
differents
u
stancilles,
sçavoir des ferrements, des
tests de pots
3
du charbon
,
&c. différents lits de terre
cultivée, des terres marescageuses
,
des plantes de
toutes especes desechees
,
des animaux secs., ou pe- trisiez, ou feulement terrifiez
,
différents coquillages de mer, despoissons
de mer de toutes especes,
deseichez ou petrifiez, des
grands chemins pavez, &
jusqu'à des Villes entieres,
des squelettes d'hommes,
d'éléphants, de tigres,&c.
je n'ay pas mesme approfondi la cause des embrasements souterrains qui
produisent les tremblemens de terre.Voicy maintenant ce que j'en pense en
deux mots. Premierement
quant aux particularirez de
laTerre corticale, elles démonstrent manifestement
que la surface de la Terre
habitée, s
est trouvée à
toures ces différentes profondeurs, où l'on rencontre les vestiges que nous
venons de citer. Il reste
donc d'expliquer de quelle
maniere ces différentesfurfaces ont par succession de
temps esté couvertes de
nouvelles couches de terre ; & cela jusqu'à six ou
sept reprises differentes, ôc
jusqu'à la profondeur de
prés de cent pieds. Or il
suffit pour expliquer toutes
ces couches de concevoir
que la Terre a
esté formée à différentes fois, par
un concours d'atofmes qui
tendent tous vers son centre par leur pesanteur
,
Ôc
cela dans des intervalles
de -
temps fort esloignez
les uns desaurres; &jene
trouve point qu'il soit plus
difficile
,
ny moins physique, de la concevoir ainsi
formée, que de supposer
qu'elle ait esté formée tout
de suite, sans interruption,
jusqu'à la grosseur où nous
la trouvons aujourd'huy.
Mais outre cette cause génerale, &que tout le monde peut aisément deviner,
il y en a une seconde particulière
,
un peu plus cachée. Ce sont les pluyes
extraordinaires, ou delu-
ges d'eauxtombées sur les
montagnes, qui doivent en
avoir détrempé & emporté les terres labourables
dans les vallées
,
& les y
avoir déposées pendant
leurs inondations. Ainsi
une de ces premieresinondations aura couvert la premieresurface de la Terre
d'une seconde surface; &
celle cy aura enseveli fous
elle tout ce qui se trouvoit
sur Il premiere
,
plantes,
animaux, coquillages, ustancHes, Villes
,
&c. qui
se seront par succession ou
corrompus, ou déseichez,
ou mesme pérrifiez
,
selon
la nature de la Terre
,
où
toutes ces choses se feront
trouvées. Parce moyen les
vallées se feront élevées
peu à peu, à mesure que les
Commets des montagnes se
feront dépoüilleet de leurs
terres; & les mers auront
(fié obligées de s'éloigner.
en me sme temps du pied
des montagnes. Il n'y a
rien aureste encela quine
soit conforme à l'experience journalière, & il ne ferait pas difficile d'en apporter
porter quantité d'exemples connus.
A l'égard des embrasementssousterrains, la cause generale n'est pas différente de celle qui fait allumer le Tonnerre) le foin
dans les granges; la va-
,
peur qui sort de la fameuse
fontaine de Varsovie, ou
des lacs qui sont sur une
des montagnes d'Auvergne
,
ou sur une des Pyrenées,ou de ces puits de feu
Ci communs'à la Chine.&c.
sçavoir que quand l'exhalasson sulphurée est asem-
bleeenassez grande quan- tité pour pouvoir ecarter
l'air environnant, cjlefidu
feu. Il est vray que ces
feux échauffent les eaux
sousterraines, & leur font
jetter quantité de vapeurs,
qui estant poussées par la
violence du feu
,
ont une
force prodigieuse pour se
faire jour, & rompre tous
les obstacles qui les resserrent, ainsi qu'on l'éprouve
dans. les, Eolipiles qui crevent comme des bombes.
Il y a
aussi quelques eau..
fçî. particulieres qui peu.
vent allumer du feu,comme des meslanges d'eau,
de matiere ferrugineuse,
& de souffre(ainsi que Mr
Emery le rapporte) & autres fermentations encore
inconnuës; & mesme lorsque l'exhalaisonest fort
seiche comme dans les mines de charbon, la deule
cheute d'une pierre sur une
autre, sufffit pour faire un embrasement épouventable.
les changements arrive% à
lasurface de la Terre.
Par Mr PARENT Antheur
du Memoire.
Pour ne pas grossir trop
ce premier Memoire,je me
fuis exprèsabstenu d'expliquer alors les causes de
quelquessingularitez qu'-
on trouve dans la Terre,
à différentes profondeurs,
comme des restes de navires
,
differents
u
stancilles,
sçavoir des ferrements, des
tests de pots
3
du charbon
,
&c. différents lits de terre
cultivée, des terres marescageuses
,
des plantes de
toutes especes desechees
,
des animaux secs., ou pe- trisiez, ou feulement terrifiez
,
différents coquillages de mer, despoissons
de mer de toutes especes,
deseichez ou petrifiez, des
grands chemins pavez, &
jusqu'à des Villes entieres,
des squelettes d'hommes,
d'éléphants, de tigres,&c.
je n'ay pas mesme approfondi la cause des embrasements souterrains qui
produisent les tremblemens de terre.Voicy maintenant ce que j'en pense en
deux mots. Premierement
quant aux particularirez de
laTerre corticale, elles démonstrent manifestement
que la surface de la Terre
habitée, s
est trouvée à
toures ces différentes profondeurs, où l'on rencontre les vestiges que nous
venons de citer. Il reste
donc d'expliquer de quelle
maniere ces différentesfurfaces ont par succession de
temps esté couvertes de
nouvelles couches de terre ; & cela jusqu'à six ou
sept reprises differentes, ôc
jusqu'à la profondeur de
prés de cent pieds. Or il
suffit pour expliquer toutes
ces couches de concevoir
que la Terre a
esté formée à différentes fois, par
un concours d'atofmes qui
tendent tous vers son centre par leur pesanteur
,
Ôc
cela dans des intervalles
de -
temps fort esloignez
les uns desaurres; &jene
trouve point qu'il soit plus
difficile
,
ny moins physique, de la concevoir ainsi
formée, que de supposer
qu'elle ait esté formée tout
de suite, sans interruption,
jusqu'à la grosseur où nous
la trouvons aujourd'huy.
Mais outre cette cause génerale, &que tout le monde peut aisément deviner,
il y en a une seconde particulière
,
un peu plus cachée. Ce sont les pluyes
extraordinaires, ou delu-
ges d'eauxtombées sur les
montagnes, qui doivent en
avoir détrempé & emporté les terres labourables
dans les vallées
,
& les y
avoir déposées pendant
leurs inondations. Ainsi
une de ces premieresinondations aura couvert la premieresurface de la Terre
d'une seconde surface; &
celle cy aura enseveli fous
elle tout ce qui se trouvoit
sur Il premiere
,
plantes,
animaux, coquillages, ustancHes, Villes
,
&c. qui
se seront par succession ou
corrompus, ou déseichez,
ou mesme pérrifiez
,
selon
la nature de la Terre
,
où
toutes ces choses se feront
trouvées. Parce moyen les
vallées se feront élevées
peu à peu, à mesure que les
Commets des montagnes se
feront dépoüilleet de leurs
terres; & les mers auront
(fié obligées de s'éloigner.
en me sme temps du pied
des montagnes. Il n'y a
rien aureste encela quine
soit conforme à l'experience journalière, & il ne ferait pas difficile d'en apporter
porter quantité d'exemples connus.
A l'égard des embrasementssousterrains, la cause generale n'est pas différente de celle qui fait allumer le Tonnerre) le foin
dans les granges; la va-
,
peur qui sort de la fameuse
fontaine de Varsovie, ou
des lacs qui sont sur une
des montagnes d'Auvergne
,
ou sur une des Pyrenées,ou de ces puits de feu
Ci communs'à la Chine.&c.
sçavoir que quand l'exhalasson sulphurée est asem-
bleeenassez grande quan- tité pour pouvoir ecarter
l'air environnant, cjlefidu
feu. Il est vray que ces
feux échauffent les eaux
sousterraines, & leur font
jetter quantité de vapeurs,
qui estant poussées par la
violence du feu
,
ont une
force prodigieuse pour se
faire jour, & rompre tous
les obstacles qui les resserrent, ainsi qu'on l'éprouve
dans. les, Eolipiles qui crevent comme des bombes.
Il y a
aussi quelques eau..
fçî. particulieres qui peu.
vent allumer du feu,comme des meslanges d'eau,
de matiere ferrugineuse,
& de souffre(ainsi que Mr
Emery le rapporte) & autres fermentations encore
inconnuës; & mesme lorsque l'exhalaisonest fort
seiche comme dans les mines de charbon, la deule
cheute d'une pierre sur une
autre, sufffit pour faire un embrasement épouventable.
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Résumé : Supplement au Memoire inseré dans le Mercure de Trévoux de Janvier 1711. Sur les changements arrivez à la surface de la Terre. Par Mr PARENT Autheur du Memoire.
Le texte, rédigé par M. Parent, est un supplément au Mémoire inséré dans le Mercure de Trévoux de janvier 1711. L'auteur y décrit diverses singularités trouvées à différentes profondeurs dans la Terre, telles que des restes de navires, des ustensiles, des charbons, des lits de terre cultivée, des plantes et des animaux desséchés ou pétrifiés, des coquillages, des poissons, des chemins pavés, des villes entières, et des squelettes d'hommes et d'animaux. Il ne s'attarde pas sur les causes des embrasements souterrains produisant les tremblements de terre. L'auteur propose que la surface habitée de la Terre a été à diverses profondeurs et que ces différentes surfaces ont été couvertes par des couches de terre successives. Il suggère que la Terre s'est formée par un concours d'atomes attirés vers son centre à des intervalles de temps éloignés. En plus de cette cause générale, il mentionne les pluies extraordinaires ou déluges qui ont détrempé et emporté les terres des montagnes vers les vallées, couvrant ainsi les surfaces précédentes. Concernant les embrasements souterrains, l'auteur compare leur cause à celle de l'allumage du tonnerre ou du foin dans les granges. Il explique que l'exhalaison sulfureuse, en quantité suffisante, peut écarter l'air environnant et provoquer un feu. Les vapeurs ainsi produites peuvent avoir une force prodigieuse, rompant tous les obstacles sur leur passage. Il mentionne également des mélanges spécifiques d'eau, de matière ferrugineuse et de soufre pouvant allumer du feu, ainsi que des fermentations inconnues. Même une chute de pierre peut suffire à provoquer un embrasement dans des mines de charbon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 194-202
Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Début :
Aprés avoir chassé les rebelles de Repoüilh, & avoir établi [...]
Mots clefs :
Rebelles, Troupes, Plaine de Vic, Bracamonte, Quartiers, Barcelone, Pays, Montagnes, Gérone
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Extrait d'une Lettre de Gironne
le 16 Avril.
Aprés avoir chaffé les rebelles
de Repoülh , & avoir
établi des quartiers depuis Ollot
& Campredon julqu'à
cette ville là , pour contenir.
cette Montagne & conferver
la communication avec la
Cerdagne , & avoir un corps
GALANT 195
à portée de foûtenir la Plaine
de Vich , voyant que les rebelles
s'eftoient difperfez
dans tout le Luzanez pour
fubfifter , & eftoient dans les
endroits les plus difficiles à
aborder. Je marchay à Ollot
pour renvoyer les troupes
dans leurs quartiers
; mais
j'appris en y arrivant que les
rebelles s'eftoient raffemblez
à Conga , c'est le chemin de
Vich à Barcelone
, & qu'ils y
eftoient en grand nombre ;
Mr de Bracamonte
me mande
qu'ils eftoient même def-
¿cendus dans la Plaine , &
W
Rij
196 MERCURE
avoient brûlé plufieurs maifons
dépendantes de Centeillas
, qui eft un endroit tresfilele
, qu'il marchoit à eux
avec toutes les troupes , &
qu'il me prioit d'envoyer un
gros détachement pour contenir
cette Place pendant fon
abfence. J'y allay moy même ,
je marchay à la Roda , c'eft
l'endroit où eft le Pont fur le
Ter qu'on doit paffer pour en-
'trer dans la Plaine de Vich afin
de pouvoir mieux impoler
aux rebelles. A peine y fus je
aivé que j'appris que les rebelles
s'eltoient retirez fur les
GALANT 197
c't
Tur
urd
ha
pos
fus
les to
urle
Con
hautes Montagnes & dans
des endroits impraticables ,Mr
de Bracamonte ne les y pou
vant attaquer revint à Vich ,
avec les troupes , le lendemain
de mon arrivée , & me propo
fa de chaſtier avec luy Afbu
cas & le Village de Montfeny,
d'où cette canaille tiroit la
fubfiftance , & que c'eftoit le
moyen de les faire fortir d'où
ils eftoient ; au furplus il me
dit qu'il avoit ordre de faire
un exemple de tous ces endroits
- là , ayant taillé en
pieces les deux bataillons
Wallons que l'on envoyoit
Riij.
+98 MERCURE
à fon fervice , & qu'il ne le
pouvoit pas faire dans un Pays
auffi difficile fi je ne me mettois
en état de le favorifer dans
faretraite , commeje voisque ce
feroit toûjours à recommencer
, auffi- toft que les troupes
s'éloignerent de Vich , &
que les rebelles dans le Montfeny
m'inquietoient pour nos
poftes & nos quartiers dans la
Plaine & de la Marine , je ne
balançay pas d'aller à Velladrace
pour favorifer Mr de
Bracamonte , & dans le temps
qu'il marchoit à Aſbuſcas dans
un Pays difficile , j'avançay du
THEQUE
DELA
yad
n
na
des
GALANTY
mienpour aller jufqu
lieuë de- là , & fis occuper
hauteurs de Montagnes par
nos fufiliers des Montagnes.
Tous les rebelles qui comproient
ce Pays imprenable ,
s'enfuirent à la vue de nos
Troupes avec tous les Payfans
qui avoient pris les armes, en
forte que M' de Bracamonte
y arriva tres facilement , ce
Village & plufieurs autres furent
pillez & bruflez . Je vous
puis affurer que Sa Majeſté
Catholique a efté bien vangée
de la perfidie de ces peuples ,
l'on y trouva beaucoup de
R iiij
200 MERCURE
provifions de toutes fortes ;
& je fuis perfuadé que cette
execution a fort dérangé leurs
projets , ils le font jettez depuis
ce temps là du coſté de
la Marine , & comme ils n'étoient
qu'à trois quarts de
lieuë d'Oftalrick & au haut de
nos poftes les plus avancez , je
manday à Mr de Valoufe ,
d'affembler quelques Troupes
de celles qui font de ce coſtélà
afin de s'opposer à leurs
deffeins ; mais leurs féjours ne
leurs a fervi qu'à éxiger des
fubfiftances en vivres & en
argent de plufieurs Villages
GALANT . 201
UT
er
où ils s'eftoient mis , ils font
prefentement répandus de
Tous coftez pour vivre plus fa
cilement , & j'apprens que
400. s'eftoient retirez à Saint
Barthelemy Delgrace , c'est le
chemin de le Luzanez à la
Plaine de Vich , & demanderent
des Sommetans de tous
coftez pour engager une fe
conde fois les Payfans à prendre
les armes pour les faire
paffer vers la Montagne de
Saint Jerome.
Il y a quelques jours que
le mauvais chemin ayant obligé
les Vaiffeaux qui font
202 MERCURE
devant Barcelone de s'en éloigner
, les Barcelonois profiterent
de ce moment pour en
faire fortir so.
Barques & -2 .
Vaiffeaux chargez de familles
qui fe retirent à
Mayorque.
J'appris hier que Mr le
Duc de Popoly faifoit bombarder
Barcelone , & qu'il y
avoit déja beaucoup de maifons
ruuinées , & même le
meilleur quartier.
le 16 Avril.
Aprés avoir chaffé les rebelles
de Repoülh , & avoir
établi des quartiers depuis Ollot
& Campredon julqu'à
cette ville là , pour contenir.
cette Montagne & conferver
la communication avec la
Cerdagne , & avoir un corps
GALANT 195
à portée de foûtenir la Plaine
de Vich , voyant que les rebelles
s'eftoient difperfez
dans tout le Luzanez pour
fubfifter , & eftoient dans les
endroits les plus difficiles à
aborder. Je marchay à Ollot
pour renvoyer les troupes
dans leurs quartiers
; mais
j'appris en y arrivant que les
rebelles s'eftoient raffemblez
à Conga , c'est le chemin de
Vich à Barcelone
, & qu'ils y
eftoient en grand nombre ;
Mr de Bracamonte
me mande
qu'ils eftoient même def-
¿cendus dans la Plaine , &
W
Rij
196 MERCURE
avoient brûlé plufieurs maifons
dépendantes de Centeillas
, qui eft un endroit tresfilele
, qu'il marchoit à eux
avec toutes les troupes , &
qu'il me prioit d'envoyer un
gros détachement pour contenir
cette Place pendant fon
abfence. J'y allay moy même ,
je marchay à la Roda , c'eft
l'endroit où eft le Pont fur le
Ter qu'on doit paffer pour en-
'trer dans la Plaine de Vich afin
de pouvoir mieux impoler
aux rebelles. A peine y fus je
aivé que j'appris que les rebelles
s'eltoient retirez fur les
GALANT 197
c't
Tur
urd
ha
pos
fus
les to
urle
Con
hautes Montagnes & dans
des endroits impraticables ,Mr
de Bracamonte ne les y pou
vant attaquer revint à Vich ,
avec les troupes , le lendemain
de mon arrivée , & me propo
fa de chaſtier avec luy Afbu
cas & le Village de Montfeny,
d'où cette canaille tiroit la
fubfiftance , & que c'eftoit le
moyen de les faire fortir d'où
ils eftoient ; au furplus il me
dit qu'il avoit ordre de faire
un exemple de tous ces endroits
- là , ayant taillé en
pieces les deux bataillons
Wallons que l'on envoyoit
Riij.
+98 MERCURE
à fon fervice , & qu'il ne le
pouvoit pas faire dans un Pays
auffi difficile fi je ne me mettois
en état de le favorifer dans
faretraite , commeje voisque ce
feroit toûjours à recommencer
, auffi- toft que les troupes
s'éloignerent de Vich , &
que les rebelles dans le Montfeny
m'inquietoient pour nos
poftes & nos quartiers dans la
Plaine & de la Marine , je ne
balançay pas d'aller à Velladrace
pour favorifer Mr de
Bracamonte , & dans le temps
qu'il marchoit à Aſbuſcas dans
un Pays difficile , j'avançay du
THEQUE
DELA
yad
n
na
des
GALANTY
mienpour aller jufqu
lieuë de- là , & fis occuper
hauteurs de Montagnes par
nos fufiliers des Montagnes.
Tous les rebelles qui comproient
ce Pays imprenable ,
s'enfuirent à la vue de nos
Troupes avec tous les Payfans
qui avoient pris les armes, en
forte que M' de Bracamonte
y arriva tres facilement , ce
Village & plufieurs autres furent
pillez & bruflez . Je vous
puis affurer que Sa Majeſté
Catholique a efté bien vangée
de la perfidie de ces peuples ,
l'on y trouva beaucoup de
R iiij
200 MERCURE
provifions de toutes fortes ;
& je fuis perfuadé que cette
execution a fort dérangé leurs
projets , ils le font jettez depuis
ce temps là du coſté de
la Marine , & comme ils n'étoient
qu'à trois quarts de
lieuë d'Oftalrick & au haut de
nos poftes les plus avancez , je
manday à Mr de Valoufe ,
d'affembler quelques Troupes
de celles qui font de ce coſtélà
afin de s'opposer à leurs
deffeins ; mais leurs féjours ne
leurs a fervi qu'à éxiger des
fubfiftances en vivres & en
argent de plufieurs Villages
GALANT . 201
UT
er
où ils s'eftoient mis , ils font
prefentement répandus de
Tous coftez pour vivre plus fa
cilement , & j'apprens que
400. s'eftoient retirez à Saint
Barthelemy Delgrace , c'est le
chemin de le Luzanez à la
Plaine de Vich , & demanderent
des Sommetans de tous
coftez pour engager une fe
conde fois les Payfans à prendre
les armes pour les faire
paffer vers la Montagne de
Saint Jerome.
Il y a quelques jours que
le mauvais chemin ayant obligé
les Vaiffeaux qui font
202 MERCURE
devant Barcelone de s'en éloigner
, les Barcelonois profiterent
de ce moment pour en
faire fortir so.
Barques & -2 .
Vaiffeaux chargez de familles
qui fe retirent à
Mayorque.
J'appris hier que Mr le
Duc de Popoly faifoit bombarder
Barcelone , & qu'il y
avoit déja beaucoup de maifons
ruuinées , & même le
meilleur quartier.
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Résumé : Extrait d'une Lettre de Gironne le 16 Avril.
Le texte est un extrait d'une lettre datée du 16 avril, relatant les opérations militaires contre des rebelles dans la région de Gironne. Les forces royales ont d'abord repoussé les rebelles à Repoülh et établi des quartiers entre Ollot, Campredon et Gironne. Leur objectif est de sécuriser la communication avec la Cerdagne et de protéger la plaine de Vich. Les rebelles, initialement dispersés dans le Luzanez, se regroupent à Conga, sur la route de Vich à Barcelone, et incendient des maisons à Centeillas. Les troupes, dirigées par Mr de Bracamonte, se dirigent vers les rebelles, mais ceux-ci se retirent dans des montagnes inaccessibles. Mr de Bracamonte propose de punir les villages d'Asbuscas et Montfeny pour couper les approvisionnements des rebelles. Les forces royales avancent et occupent des hauteurs stratégiques, forçant les rebelles à fuir. Plusieurs villages sont pillés et brûlés, perturbant les projets des rebelles. Ces derniers se déplacent ensuite vers la marine et exigent des subsistances dans divers villages. Les Barcelonois profitent d'une opportunité pour faire sortir des barques et des vaisseaux chargés de familles se retirant à Majorque. Enfin, il est rapporté que le Duc de Popoly bombarde Barcelone, causant des destructions significatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 281-284
Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Début :
Voicy ce qu'on me mande de Berne du 9. Novembre / Le premier de ce mois un tres-grand rocher de la Montagne [...]
Mots clefs :
Berne, Montagnes, Lucerne
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texteReconnaissance textuelle : Phenomêne, tremblement de terre, & chûte de la Montagne de Cheville dans le plat pays de Luzerne. [titre d'après la table]
Voicy ce qu'on me mande
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
de Berne du 9. Novembre
dernier.
Il y a deux Montagnes fur
les frontieres de Berne & de
Vallais qui ſe touchent , dont
l'une s'appelle Cheville appartenant
aux Vallefans , & l'autre
Anzeinde ſituée dans la
Decembre 17 14. A
282 MERCURE
Jurisdiction de Berne. Il ya
entre ces deux Montagnes
une fource , de laquelle fortent
deux rivieres , l'une nommée
Lavançon, paffe par le
Bourg deBex , Pays de Berne ,
l'autre appellée Luzerne , traverſe
le Pays de Vallais. La
Cime de la Montagne de
Cheville conſiſte dans un
rocher fort élevé& fort dur.
Le Dimanche 23. Septembre
, l'on entendit un grand
bruit fouterrain ſur la Montagne
de Cheville , qui s'augmenta
le lendemain , & qui
GALANT. 285
continua pendant 24. heures ,
avec une telle vehemence
que l'on croyoit entendre la
décharge de gros canons. Enfaite
l'on vit fortir de la Mon.
tagne une fumée épaiffe , &
une flamme claire , aprés quoy
la Cime de la Montagne ſauta
& couvrit une grande quantité
de bétail & pluſieurs
maiſons , & boucha la riviere
de Luzerne , enforte qu'on
n'en pû plus trouver une goute.
D'où l'on conjecture ,
que cette Montagne eft remplie
de mines de ſouffre & de
poix. On l'a fait viſiter par
Aaij
284 MERCURE
des hommes , qui aflurent
qu'il ne ſeroit pas poflible de
comprendre l'effet de cette
ſecouſſe , ſi l'on n'avoit pas
connu auparavant la fituation
du licu . L'on mande du
23. du paffé , que le bruit &le
mouvement continuent toûjours.
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p. 2330-2339
CONJECTURES sur la formation de Montmartre, et de la Butte de Chaumont, près de Paris.
Début :
Ces Montages, d'une conformation singuliere, ont plus de 12 toises d'élévation [...]
Mots clefs :
Montmartre, Butte de Chaumont, Crément de Rivière, Montagnes, Colline, Formation, Pierres
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texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur la formation de Montmartre, et de la Butte de Chaumont, près de Paris.
CONJECTURES sur la formation de
Montmartre, et de la Butte de
Chaumont, près Paris.
Es Montagnes , d'une conformation
Csinguliere,ont plus de 12 toises d'élevation dans leur plus grande coupe, qui
est vis- à-vis l'une de l'autre. Elles sont
toutes composées de lits ou de couches
posées les unes sur les autres , à peu près
comme le sont les Couches qui composent le Crément de Riviere. La seule dif
férence sensible qu'il y a entre le Crément de Riviere et cette matiere , c'est
que le Crément de Riviere n'a point de
Pierres , au lieu que dans ces Montagnes
il y a plusieurs lits ou bancs de Pierre.
Ces Montagnes sont divisées en deux,
par des bancs de pierre brûlée. La partie
inférieure est composée de plusieurs bancs
de pierre à plâtre. On a trouvé plusieurs
fois dans cette partie , des Ossemens , et
même un Squelette humain tout entier.
J'ai eu d'un Ouvrier , l'Os d'une côte
enchassée dans une pierre qui en avoit
été tirée.
La Partie supérieure des pierres brû
lées
NOVEMBRE. 1732 (23
$
fées , est composée comme la premiere ,
de plusieurs bancs de pierres à plâtre. On
trouve aussi des Ossemens dans cette par--
tie - cy , au dessus de laquelle il y a des
lits ou feuillets de terre , tout comme
ceux du Crément de Riviere.
Après ce petit détail , on croit pouvoir
proposer quelques conjectures , persuadé
que si on n'a pas pensé juste , on pourra
au moins donner occasion à quelque personne plus habile de découvrir la véritable cause Physique de ces Montagnes ,
qui ne sont certainement point un ouvrage de la création.
L'idée la plus naturelle qui se présente
d'abord sur leur origine , c'est qu'elles
sont un crément ou un atterrissement
,de la Riviere de Seine ; mais l'élevation
de ces Montagnes , et les Pierres qu'on y
découvre, ne favorisent pas cette conjecture.
A l'égard des Pierres , la difficulté paroît d'abord plus grande qu'elle n'est en
effet ; parce que pour peu qu'on fasse réfléxion qu'il se trouve des Ossemens dans
le plus bas banc , on n'aura pas de peine
à se persuader que ces bancs n'y ont pas
toujours été , et qu'ils ne sont qu'une pétrification qui a été faite , non seulement
après la formation du Crément , mais enCore
2332 MERCURE DE FRANCE
core dans un tems où ce terrain étoit fréquenté par des hommes et par des animaux.
Il est bien plus difficile d'expliquer
commentun Crément a pû fe former dans
un endroit où il seroit absurde de supposer que les eaux de la Seine se soient
jamais élevées. Cependant je crois que si
on veut se donner la peine d'examiner
ce que j'ai pensé là- dessus , on y trouve
vera quelque probabilité.
Je suppose d'abord que l'endroit où
sont à présent ces Montagnes , étoit dans
les premiers tems aussi enfoncé dans la
terre qu'il est à present élevée au dessus.
Au moïen de cette supposition assez naturelle , on donnera une explication sensible de tout ce qu'on a remarqué dans
ces Montagnes , qui ne faisoient autrefois
qu'un Corps ou une Colline , qui n'étoit
séparée ( autant qu'on croit pouvoir le
conjecturer) que par une fente ou ouver
ture de la Colline , à l'endroit de Monfaucon.
Il ne sera pas bien difficile ensuite de
concevoir comment s'est formé un Crémentdans un endroit bas, auprès d'une
grande Riviere Quand je dis près, je suppose que le Marais qui étoit entre ce fond
t la Seine, étoit dans ce tems- là bien
moins
NOVEMBRE. 1732 2335
moins élevé , qu'il n'est aujourd'hui. Et
que c'étoit plutôt un Etang ou même un
Lac aussi profond. Or la formation du
Crément de cette Colline, étant supposée
faite naturellement dans un Lac , la difficulté ne consiste plus qu'à faire voir
comment cet endroit a pû s'élever jusqu'à
former des Montagnes , dont on ne voit
aujourd'hui qu'une partie. Il me paroît
que cette élevation a pû se faire par le
feu; les Pierres brûlées le prouvent et font
présumer un Volcan au dessous . L'élevation est tres-singuliere en ce que cette
Colline a été élevée toute d'une piece ,
et a même conservé son Niveau. Ce qui
a pû se faire par un torrent de feu trèsprofond , lequel en soulevant cette masse,
se fit une ouvertute par laquelle il s'éleva jusqu'aux bancs brûlez où il forma un
secondtorrent de feu ; et ce qui empêcha
cette Colline de s'élever davantage , c'est ,
si on peut hazarder cette conjecture , que
ce second torrent de feu se trouvant au
dessus des terres des environs ( comme il
est aisé de le voir ) perdit sa force par les
ouvertures qu'il trouvoit de toutes parts.
D'où l'on peut encore conjecturer que la
Partie Occidentale de cette Colline , n'étant plus soutenue par ce second torrent
de feu , s'affaissa et se sépara ( apparem- B ment
2334 MERCURE DE FRANCE
ment vers Monfaucon) de la Partie Orientale , soûtenuë par le feu qui continuoit
à brûler. Cela paroît vrai-semblable , parce qu'on voit à Chaumont huit bancs de
pierres brûlées , au lieu qu'on n'en voit
que deux , depuis Chaumont jusqu'à Montmartre.
Il sembleroit que le nom de cette Butte
de Chaumont , a conservé la memoire de
cet Evenement. Le nom de Montfaucon
ne paroît pas marquer si expressément
cette fente de la Montagne ; cependant il
est vrai de dire que ce Roc étoit bien bas
pour avoir pris son nom des Oyseaux de
Proye qui n'habitent que les Montagnes
les plus élevées.
Au reste , si la Colline ne se remit point
dans la même place qu'elle occupoit avant
son élevation ; il y a apparence que c'est
parce que le Volcan ayant soulevé unbien
plus grand espace que celui qui fût élevé , et qui sortit hors de la terre , les bancs
qui ne furent que soulevez , retomberent
dès qu'ils furent séparez des bancs élevez.
Cette supposition fait conjecturer pourquoi la Colline, en s'affaissant ,n'a pas repris la place qu'elle occupoit auparavant,
et qui suivant les apparences , est restée
vuide.
L'effet de ce Volcan en long , a donné
Occa-
NOVEMBRE. 1732. 2335
occasion à une nouvelle conjecture. C'est
que ce Volcan pourroit bien avoir suivi
le cours de la Seine , et en élevant d'espace en espace de nouvelles Taupinieres ,
avoir engagé cette Riviere à serpenter
comme elle fait. On a remarqué qu'audessus de Séve , sur le chemin de Versailles , le bouleversement de la Montagne ,
paroît sensible dans les endroits où l'on
tire des Pierres. On reconnoît dans le dérangement de cette Montagne un effet
pareilà ceux que causent les Volcans , plutôt qu'un ouvrage de la création. Si cette
nouvelle conjecture est aussi vraie qu'elle
paroît vrai-semblable , on peut dire que
cet accident a procuré deux grands avantages à Paris. Le premier , pour la construction de cette grande Ville par le Platre qu'elle en tire à très grand marché;
et le second , pour la facilité de la navigation ; car il est certain que si le cours de
la Seine étoit plus droit , il seroit plus rapide et moins profond.
>
On ne sçauroit attribuer aux eaux du
Déluge la formation de cette Colline, parce que le Déluge n'ayant duré qu'un an
il n'est pas vrai - semblabl d'admettre
dans un terme si court , la formation de
cette prodigieuse quantité de feüillers ,
qui n'ont pu se former que dans plusieurs
siecies.
Bij Au
2336 MERCURE DE FRANCE
Au reste , on ne doit point croire que
les Ossemens qu'on trouve icy , ayent pû
y avoir été jettez long- tems après la formation et l'élevation de cette Colline ,
comme on pourroit le conjecturer de plusieurs autres endroits des environs de Paris où il y a des Fondrieres dans lesquelles les Ossemens qu'on a jettez , se sont
pétrifiez ; car supposant le fait , tel qu'on
me l'a rapporté , je soutiens que la même
chose n'a pû arriver icy , parce que la
terre qui est au dessus de ces bancs , doit
être regardée comme une terre vierge et
à laquelle on n'a point touché depuis sa
formation , étant impossible qu'elle fut
feuilletée , comme elle est , si ón y avoit
touché. Si on n'est pas entré dans un plus
grand détail au sujet d'une Colline si extraordinaire , c'est parce qu'on ne la connoît que par le rapport des Ouvriers, ou
par ce qu'on en a pû voir soi - même en
passant.
Dans le grand nombre d'exemples que
je pourrois rapporter , pour confirmer
mes conjectures, j'ai choisi celui de Monte
Nuovo, qui fut formé dans le Lac Lucrin
au Royaume de Naples , il y a près de
200 ans. Je me flate que ceux qui voudront comparer la formation de ces Montagnes,ne penseront pas que la difference
qui
NOVEMBRE. 1732 2337
qui s'y trouve, soit suffisante pour faire rejetter mes conjectures. Je ne sçais pas mêmesi les circonstances qu'on a remarquées,
leur paroîtront laisser une entiere liberté
de s'en éloigner.
La nuit du 29 au 30 Septembre , l'an
1538. la terre accoucha d'un Montagne,
» qui depuis a toujours été nommée
» Monte Nuovo. Ceux qui l'ont mesurée
» disent qu'elle a 400 toises de hauteur
» perpendiculaire , et 3000 pas de tour ,
» ou un peu davantage. Les Naturalistes
» ont remarqué plusieurs manieres dont
quelques Montagnes se sont formées
» quelquefois par des tremblemens de ter-
>> re , quelquefois par des vents , quelque-
» fois par des dégorgemens sousterrains ,
»à peu près comme quand une Taupe
» pousse la terre , et fait élever ces peti-
» tes Buttes , qu'on appelle Taupinieres.
» C'est par cette derniere voie que s'est
»forméle Monte Nuovo , aussi bien que
» l'autre Montagne que je vous ai repré-
» sentée au milieu de l'ancienne Fondriere
» du Mont-Vésuve. Le Monte Nuovo a
» dit- on , un Gouffre de so pas de dia-
» metre au milieu de sa cime ; ce qui
» prouve assez sa naissance par irruption ;
» mais il n'a jetté ni feu ni flamme, ni fait
» aucun désordre depuis ceux que causa
›
В iij un
2338 MERCURE DE FRANCE
un si prodigieux et un si douloureux enfantement, la Terre en trembla , la Mer
s'en recula, le Lac Lucrin en fut presque
comblé, des Eglises, des Maisons furent
> embrasées et englouties , plusieurs hom-
» mes périrent et quantité de bêtes. Il se
» fit un bouleversement effroïable dans
tous les environs. Voiage d'Italie , de
Misson, tom. 2. pag, 73. 4º Edit.
Voyez le Cappachio Antichita di Pozzuolo , cap. 20. pag. 164 , qui dit que co
Monte Nuovo couvrit Tripergole , et com
bla le Lac Lucrin presque tout entier ; il
ajoute queGerminioBergio, qui addressa une
Relation en Vers de cet Evenement, dont
il avoit été témoin , au Pape Paul III.
donne de hauteur à cette Montagne 30
Stades, Ce mot Stadium, ne peut désigner
que le Staiolo ou Stadiolo , mesure usitée
en Italie pour l'Arpentage , qui est la dixième partie de la Chaine , et d'environ
5 Palmes. La Palme de Naples * est de
9 pouces 8 lig. , et le Staiolo de Naples
sera de 4 pieds , 10 pouces, 4 lignes et les 30 Staioli font 146 pieds environ , ou
plus de 24 toises. On donne environ trois
mille de tour à cette Montagne.
J'ai appris de bonne part que le même
Mesure de la Terre , de M. Cassini , pag.251.
Bou-
NOVEMBRE. 1732. 2339
Bouleversement se voit dans d'autres Montagnes,qui sont le long de la Seine. De plus
on voit sensiblement un soulevement de
terre entre Montmartre et Séve Ce soulevement est resté à peu près de la maniere qu'il a été fait lors du Volcan. On ne
sera pas surpris qu'il ne se soit pas affaissé après le Volcan , si on suppose qu'il ya
des bancs de pierres , comme par tous les
environs. Ce soulevement est aisé à reconnoître par son élevation , par sa direction entre ces deux endroits , et par
des Allées d'Arbres qu'on y a plantez .
Montmartre, et de la Butte de
Chaumont, près Paris.
Es Montagnes , d'une conformation
Csinguliere,ont plus de 12 toises d'élevation dans leur plus grande coupe, qui
est vis- à-vis l'une de l'autre. Elles sont
toutes composées de lits ou de couches
posées les unes sur les autres , à peu près
comme le sont les Couches qui composent le Crément de Riviere. La seule dif
férence sensible qu'il y a entre le Crément de Riviere et cette matiere , c'est
que le Crément de Riviere n'a point de
Pierres , au lieu que dans ces Montagnes
il y a plusieurs lits ou bancs de Pierre.
Ces Montagnes sont divisées en deux,
par des bancs de pierre brûlée. La partie
inférieure est composée de plusieurs bancs
de pierre à plâtre. On a trouvé plusieurs
fois dans cette partie , des Ossemens , et
même un Squelette humain tout entier.
J'ai eu d'un Ouvrier , l'Os d'une côte
enchassée dans une pierre qui en avoit
été tirée.
La Partie supérieure des pierres brû
lées
NOVEMBRE. 1732 (23
$
fées , est composée comme la premiere ,
de plusieurs bancs de pierres à plâtre. On
trouve aussi des Ossemens dans cette par--
tie - cy , au dessus de laquelle il y a des
lits ou feuillets de terre , tout comme
ceux du Crément de Riviere.
Après ce petit détail , on croit pouvoir
proposer quelques conjectures , persuadé
que si on n'a pas pensé juste , on pourra
au moins donner occasion à quelque personne plus habile de découvrir la véritable cause Physique de ces Montagnes ,
qui ne sont certainement point un ouvrage de la création.
L'idée la plus naturelle qui se présente
d'abord sur leur origine , c'est qu'elles
sont un crément ou un atterrissement
,de la Riviere de Seine ; mais l'élevation
de ces Montagnes , et les Pierres qu'on y
découvre, ne favorisent pas cette conjecture.
A l'égard des Pierres , la difficulté paroît d'abord plus grande qu'elle n'est en
effet ; parce que pour peu qu'on fasse réfléxion qu'il se trouve des Ossemens dans
le plus bas banc , on n'aura pas de peine
à se persuader que ces bancs n'y ont pas
toujours été , et qu'ils ne sont qu'une pétrification qui a été faite , non seulement
après la formation du Crément , mais enCore
2332 MERCURE DE FRANCE
core dans un tems où ce terrain étoit fréquenté par des hommes et par des animaux.
Il est bien plus difficile d'expliquer
commentun Crément a pû fe former dans
un endroit où il seroit absurde de supposer que les eaux de la Seine se soient
jamais élevées. Cependant je crois que si
on veut se donner la peine d'examiner
ce que j'ai pensé là- dessus , on y trouve
vera quelque probabilité.
Je suppose d'abord que l'endroit où
sont à présent ces Montagnes , étoit dans
les premiers tems aussi enfoncé dans la
terre qu'il est à present élevée au dessus.
Au moïen de cette supposition assez naturelle , on donnera une explication sensible de tout ce qu'on a remarqué dans
ces Montagnes , qui ne faisoient autrefois
qu'un Corps ou une Colline , qui n'étoit
séparée ( autant qu'on croit pouvoir le
conjecturer) que par une fente ou ouver
ture de la Colline , à l'endroit de Monfaucon.
Il ne sera pas bien difficile ensuite de
concevoir comment s'est formé un Crémentdans un endroit bas, auprès d'une
grande Riviere Quand je dis près, je suppose que le Marais qui étoit entre ce fond
t la Seine, étoit dans ce tems- là bien
moins
NOVEMBRE. 1732 2335
moins élevé , qu'il n'est aujourd'hui. Et
que c'étoit plutôt un Etang ou même un
Lac aussi profond. Or la formation du
Crément de cette Colline, étant supposée
faite naturellement dans un Lac , la difficulté ne consiste plus qu'à faire voir
comment cet endroit a pû s'élever jusqu'à
former des Montagnes , dont on ne voit
aujourd'hui qu'une partie. Il me paroît
que cette élevation a pû se faire par le
feu; les Pierres brûlées le prouvent et font
présumer un Volcan au dessous . L'élevation est tres-singuliere en ce que cette
Colline a été élevée toute d'une piece ,
et a même conservé son Niveau. Ce qui
a pû se faire par un torrent de feu trèsprofond , lequel en soulevant cette masse,
se fit une ouvertute par laquelle il s'éleva jusqu'aux bancs brûlez où il forma un
secondtorrent de feu ; et ce qui empêcha
cette Colline de s'élever davantage , c'est ,
si on peut hazarder cette conjecture , que
ce second torrent de feu se trouvant au
dessus des terres des environs ( comme il
est aisé de le voir ) perdit sa force par les
ouvertures qu'il trouvoit de toutes parts.
D'où l'on peut encore conjecturer que la
Partie Occidentale de cette Colline , n'étant plus soutenue par ce second torrent
de feu , s'affaissa et se sépara ( apparem- B ment
2334 MERCURE DE FRANCE
ment vers Monfaucon) de la Partie Orientale , soûtenuë par le feu qui continuoit
à brûler. Cela paroît vrai-semblable , parce qu'on voit à Chaumont huit bancs de
pierres brûlées , au lieu qu'on n'en voit
que deux , depuis Chaumont jusqu'à Montmartre.
Il sembleroit que le nom de cette Butte
de Chaumont , a conservé la memoire de
cet Evenement. Le nom de Montfaucon
ne paroît pas marquer si expressément
cette fente de la Montagne ; cependant il
est vrai de dire que ce Roc étoit bien bas
pour avoir pris son nom des Oyseaux de
Proye qui n'habitent que les Montagnes
les plus élevées.
Au reste , si la Colline ne se remit point
dans la même place qu'elle occupoit avant
son élevation ; il y a apparence que c'est
parce que le Volcan ayant soulevé unbien
plus grand espace que celui qui fût élevé , et qui sortit hors de la terre , les bancs
qui ne furent que soulevez , retomberent
dès qu'ils furent séparez des bancs élevez.
Cette supposition fait conjecturer pourquoi la Colline, en s'affaissant ,n'a pas repris la place qu'elle occupoit auparavant,
et qui suivant les apparences , est restée
vuide.
L'effet de ce Volcan en long , a donné
Occa-
NOVEMBRE. 1732. 2335
occasion à une nouvelle conjecture. C'est
que ce Volcan pourroit bien avoir suivi
le cours de la Seine , et en élevant d'espace en espace de nouvelles Taupinieres ,
avoir engagé cette Riviere à serpenter
comme elle fait. On a remarqué qu'audessus de Séve , sur le chemin de Versailles , le bouleversement de la Montagne ,
paroît sensible dans les endroits où l'on
tire des Pierres. On reconnoît dans le dérangement de cette Montagne un effet
pareilà ceux que causent les Volcans , plutôt qu'un ouvrage de la création. Si cette
nouvelle conjecture est aussi vraie qu'elle
paroît vrai-semblable , on peut dire que
cet accident a procuré deux grands avantages à Paris. Le premier , pour la construction de cette grande Ville par le Platre qu'elle en tire à très grand marché;
et le second , pour la facilité de la navigation ; car il est certain que si le cours de
la Seine étoit plus droit , il seroit plus rapide et moins profond.
>
On ne sçauroit attribuer aux eaux du
Déluge la formation de cette Colline, parce que le Déluge n'ayant duré qu'un an
il n'est pas vrai - semblabl d'admettre
dans un terme si court , la formation de
cette prodigieuse quantité de feüillers ,
qui n'ont pu se former que dans plusieurs
siecies.
Bij Au
2336 MERCURE DE FRANCE
Au reste , on ne doit point croire que
les Ossemens qu'on trouve icy , ayent pû
y avoir été jettez long- tems après la formation et l'élevation de cette Colline ,
comme on pourroit le conjecturer de plusieurs autres endroits des environs de Paris où il y a des Fondrieres dans lesquelles les Ossemens qu'on a jettez , se sont
pétrifiez ; car supposant le fait , tel qu'on
me l'a rapporté , je soutiens que la même
chose n'a pû arriver icy , parce que la
terre qui est au dessus de ces bancs , doit
être regardée comme une terre vierge et
à laquelle on n'a point touché depuis sa
formation , étant impossible qu'elle fut
feuilletée , comme elle est , si ón y avoit
touché. Si on n'est pas entré dans un plus
grand détail au sujet d'une Colline si extraordinaire , c'est parce qu'on ne la connoît que par le rapport des Ouvriers, ou
par ce qu'on en a pû voir soi - même en
passant.
Dans le grand nombre d'exemples que
je pourrois rapporter , pour confirmer
mes conjectures, j'ai choisi celui de Monte
Nuovo, qui fut formé dans le Lac Lucrin
au Royaume de Naples , il y a près de
200 ans. Je me flate que ceux qui voudront comparer la formation de ces Montagnes,ne penseront pas que la difference
qui
NOVEMBRE. 1732 2337
qui s'y trouve, soit suffisante pour faire rejetter mes conjectures. Je ne sçais pas mêmesi les circonstances qu'on a remarquées,
leur paroîtront laisser une entiere liberté
de s'en éloigner.
La nuit du 29 au 30 Septembre , l'an
1538. la terre accoucha d'un Montagne,
» qui depuis a toujours été nommée
» Monte Nuovo. Ceux qui l'ont mesurée
» disent qu'elle a 400 toises de hauteur
» perpendiculaire , et 3000 pas de tour ,
» ou un peu davantage. Les Naturalistes
» ont remarqué plusieurs manieres dont
quelques Montagnes se sont formées
» quelquefois par des tremblemens de ter-
>> re , quelquefois par des vents , quelque-
» fois par des dégorgemens sousterrains ,
»à peu près comme quand une Taupe
» pousse la terre , et fait élever ces peti-
» tes Buttes , qu'on appelle Taupinieres.
» C'est par cette derniere voie que s'est
»forméle Monte Nuovo , aussi bien que
» l'autre Montagne que je vous ai repré-
» sentée au milieu de l'ancienne Fondriere
» du Mont-Vésuve. Le Monte Nuovo a
» dit- on , un Gouffre de so pas de dia-
» metre au milieu de sa cime ; ce qui
» prouve assez sa naissance par irruption ;
» mais il n'a jetté ni feu ni flamme, ni fait
» aucun désordre depuis ceux que causa
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В iij un
2338 MERCURE DE FRANCE
un si prodigieux et un si douloureux enfantement, la Terre en trembla , la Mer
s'en recula, le Lac Lucrin en fut presque
comblé, des Eglises, des Maisons furent
> embrasées et englouties , plusieurs hom-
» mes périrent et quantité de bêtes. Il se
» fit un bouleversement effroïable dans
tous les environs. Voiage d'Italie , de
Misson, tom. 2. pag, 73. 4º Edit.
Voyez le Cappachio Antichita di Pozzuolo , cap. 20. pag. 164 , qui dit que co
Monte Nuovo couvrit Tripergole , et com
bla le Lac Lucrin presque tout entier ; il
ajoute queGerminioBergio, qui addressa une
Relation en Vers de cet Evenement, dont
il avoit été témoin , au Pape Paul III.
donne de hauteur à cette Montagne 30
Stades, Ce mot Stadium, ne peut désigner
que le Staiolo ou Stadiolo , mesure usitée
en Italie pour l'Arpentage , qui est la dixième partie de la Chaine , et d'environ
5 Palmes. La Palme de Naples * est de
9 pouces 8 lig. , et le Staiolo de Naples
sera de 4 pieds , 10 pouces, 4 lignes et les 30 Staioli font 146 pieds environ , ou
plus de 24 toises. On donne environ trois
mille de tour à cette Montagne.
J'ai appris de bonne part que le même
Mesure de la Terre , de M. Cassini , pag.251.
Bou-
NOVEMBRE. 1732. 2339
Bouleversement se voit dans d'autres Montagnes,qui sont le long de la Seine. De plus
on voit sensiblement un soulevement de
terre entre Montmartre et Séve Ce soulevement est resté à peu près de la maniere qu'il a été fait lors du Volcan. On ne
sera pas surpris qu'il ne se soit pas affaissé après le Volcan , si on suppose qu'il ya
des bancs de pierres , comme par tous les
environs. Ce soulevement est aisé à reconnoître par son élevation , par sa direction entre ces deux endroits , et par
des Allées d'Arbres qu'on y a plantez .
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Résumé : CONJECTURES sur la formation de Montmartre, et de la Butte de Chaumont, près de Paris.
Le texte examine la formation des montagnes de Montmartre et de la Butte de Chaumont près de Paris, qui s'élèvent de plus de 12 toises. Ces formations géologiques sont constituées de couches superposées similaires à celles du Crément de Riviere, mais elles contiennent également des bancs de pierre. Des ossements humains ont été découverts dans les couches inférieures et supérieures, séparés par des bancs de pierre brûlée. L'auteur propose plusieurs hypothèses sur l'origine de ces montagnes. La première hypothèse, selon laquelle elles seraient un crément ou un atterrissement de la Seine, est rejetée en raison de leur élévation et de la présence de pierres. La pétification des bancs de pierre est notée comme étant postérieure à la formation du crément. L'auteur suggère que la région était initialement enfoncée et que le crément s'est formé dans un lac ou un étang profond. L'élévation des montagnes serait due à un volcan souterrain, comme le prouvent les pierres brûlées. Ce volcan aurait soulevé la colline, créant une ouverture par laquelle un second torrent de feu s'est élevé, séparant la colline en deux parties. Le texte mentionne également des observations similaires sur d'autres montagnes le long de la Seine et compare la formation de Montmartre à celle du Monte Nuovo en Italie, formé il y a près de 200 ans. L'auteur conclut que les ossements trouvés dans les montagnes n'ont pas été déposés après leur formation, car la terre au-dessus des bancs est considérée comme vierge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 1420-1421
Nouvelles Carrieres de Marbre découvertes, [titre d'après la table]
Début :
Le Marbre étant d'un très-grand usage dans l'Architecture et la Sculpture, et une matiere [...]
Mots clefs :
Marbre, Carrière, Vert, Blanc, Montagnes, Carrières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Carrieres de Marbre découvertes, [titre d'après la table]
Le Marbre étant d'un très-grand usage dans
II. Vol. PAIJUIN.
1733- 1421
Architecture et la Sculpture , et une matiere
galement propre et solide à construire et à orer
les Edifices publics , les Temples et les Palais,
ous croyons faire plaisir à une infinité de gens
e leur apprendre qu'on vient d'ouvrir plusieurs
Carrieres infiniment abondantes , de très - beau
Marbre , d'un mélange de couleurs singulier , et
are dans sa disposition , qui prend un beau poli
t qui a le grain très -fin .
Ĉes Carrieres sont dans deux Montagnes de
Rouergue , situées au Lieu de Firmy , à quatre
seues de Rodez. Ces Montagnes peuvent contehir
400. arpens ;
leur élevation est d'environ 150.
oises . Elles ne produisent aucun arbuste mais
lles promettent de dédommager de leur stérilité
xterieure , par leur fécondité intarissable en
Marbre. On y en a déja découvert de plusieurs
ortes ; de verd- brun , de gris- verd , de gris-noir;
le noir- tacheté et veiné de blanc, de verd , mêlé
le violet ; de blanc , veiné de verd et de pluieurs
verds très beaux ; de blanc , avec de la
preche ou taches en guise de caillou , et veines
wertes. Les Ouvriers qui ont commencé à travailler
à cette Carriere , ne parlent que par excla- .
mation de la beauté et de la solidité du Marbre
qu'ils découvrent ; ils dirent n'en avoir jamais ,
vû de si beau . Comme la Carriere peut s'ouvrir
en bien des endroits differens , où le Marbre paroît
au -dehors , il y a apparence qu'on en trouvera
encore de plus rare . La Riviere du Lot , qui
porte bateau et qui n'est qu'à une lieue de la
Carriere , en rendra le transport facile par eau ;
à Cahors , à Toulouse , à Bordeaux , à Paris ,
&c. Les Curieux qui en souhaiteront des Blocs
ou des Ouvrages , pourront s'adresser chez M. de
Firmy , à Rodex.
II. Vol. PAIJUIN.
1733- 1421
Architecture et la Sculpture , et une matiere
galement propre et solide à construire et à orer
les Edifices publics , les Temples et les Palais,
ous croyons faire plaisir à une infinité de gens
e leur apprendre qu'on vient d'ouvrir plusieurs
Carrieres infiniment abondantes , de très - beau
Marbre , d'un mélange de couleurs singulier , et
are dans sa disposition , qui prend un beau poli
t qui a le grain très -fin .
Ĉes Carrieres sont dans deux Montagnes de
Rouergue , situées au Lieu de Firmy , à quatre
seues de Rodez. Ces Montagnes peuvent contehir
400. arpens ;
leur élevation est d'environ 150.
oises . Elles ne produisent aucun arbuste mais
lles promettent de dédommager de leur stérilité
xterieure , par leur fécondité intarissable en
Marbre. On y en a déja découvert de plusieurs
ortes ; de verd- brun , de gris- verd , de gris-noir;
le noir- tacheté et veiné de blanc, de verd , mêlé
le violet ; de blanc , veiné de verd et de pluieurs
verds très beaux ; de blanc , avec de la
preche ou taches en guise de caillou , et veines
wertes. Les Ouvriers qui ont commencé à travailler
à cette Carriere , ne parlent que par excla- .
mation de la beauté et de la solidité du Marbre
qu'ils découvrent ; ils dirent n'en avoir jamais ,
vû de si beau . Comme la Carriere peut s'ouvrir
en bien des endroits differens , où le Marbre paroît
au -dehors , il y a apparence qu'on en trouvera
encore de plus rare . La Riviere du Lot , qui
porte bateau et qui n'est qu'à une lieue de la
Carriere , en rendra le transport facile par eau ;
à Cahors , à Toulouse , à Bordeaux , à Paris ,
&c. Les Curieux qui en souhaiteront des Blocs
ou des Ouvrages , pourront s'adresser chez M. de
Firmy , à Rodex.
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Résumé : Nouvelles Carrieres de Marbre découvertes, [titre d'après la table]
Le texte relate la découverte de carrières de marbre en Rouergue, près du lieu de Firmy, à environ seize kilomètres de Rodez. Ces carrières, situées sur deux montagnes stériles mais riches en marbre, s'étendent sur environ 400 arpents et atteignent une hauteur de 150 toises. Elles offrent une variété de marbres aux couleurs et motifs divers, incluant le vert-brun, le gris-vert, le gris-noir, le noir tacheté et veiné de blanc, ainsi que le blanc veiné de vert. D'autres nuances de vert et de blanc sont également présentes. Les ouvriers soulignent la beauté et la solidité du marbre extrait. La proximité de la rivière du Lot permet un transport aisé vers des villes comme Cahors, Toulouse, Bordeaux et Paris. Les personnes intéressées peuvent contacter M. de Firmy à Rodez pour obtenir des blocs ou des ouvrages en marbre.
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6
p. 995-1001
ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen, forcées par l'Armée du Roy, le 4 May.
Début :
Le Maréchal Duc de Berwick ayant quitté son Camp de Spire, où il laissa une grande partie [...]
Mots clefs :
Duc de Noailles, Ettlingen, Troupes, Ennemis, Lignes, Comte de Saxe, Montagnes
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texteReconnaissance textuelle : ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen, forcées par l'Armée du Roy, le 4 May.
ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen ,
forcées par l'Armée du Roy , le 4 May.
L
>
E Maréchal Duc de Berwick ayant quitté
son Camp de Spire, où il laissa une grande partie
de ses Troupes , aux ordres du Marquis d'Asfeld
, arriva au Fort - Louis le premier May
toutes celles qui le suivoient ou qui étoient répandues
en differents endroits de l'Alsace , y vinrent
canfper le même jour , et le Duc de Noailles s'y
rendit aussi avec le Corps qu'il commandoit du
côté de Hombourg , et de Keserlouter pour couvrir
le Siége de Traerback.
Le lendemain toute l'Armée passa le Rhin sur
un Pont qu'on avoit achevé pendant la nuit. Le
Maréchal de Berwick détacha le Duc de Noailles
avec 15 Compagnies de Grenadiers , 100 Carabiniers
des Gardes du Corps , et 2 Regiments de
Dragons d'Orleans , et de Vitry . Le Comte de
Saxe , Maréchal de Camp fut commandé avec
lui , l'Armée alla camper la droite à Iretzheim,
et la gauche à Santwir.
Le 3 , le Duc de Noailles se mit en marche par
Te grand Chemin qui va de Rastat à Dourlach ,
et qui passe au milleu des Lignes . Il plaça sa
gauche à la hauteur du Village de Mursch , et sa
droite à une grosse Cense , où il posta ses Grenadiers
; cette Cense située dans une Plaine , à
une petite demie lieue d'un bois , nous séparoit
des Lignes et en déroboit une bonne partie à
notre vûë .
Avant que d'arriver en cet endroit on fit plu
sieurs fois alte en Bataille , pour donner à la tête
de l'Armée le temps d'y déboucher et de le soutenir
; en cas qu'on fut attaqué par des Troupes
que
995 MERCURE DE FRANCE
que les Ennemis auroient dû naturellement faire
sortir pour reconnoître les nôtres.
Comme ils nous laissoient avancer tranquillement
jusqu'à une demie licüe de leurs Lignes ,
on auroit pû croire ou qu'elles étoient abandonnées
, ou qu'elles le seroient bien - tôt , mais le
Duc de Noailles ayant envoyé battre les bois par
une trentaine de Hussarts , soutenus de quelques
petits détachements de Dragons , on découvrit
que les Ennemis ne songeoient à rien moins qu'à
les quitter , et qu'au contraire ils se préparoient
à les deffendre , car on las vit travailler en chemise
à faire des embrazures , et mettre leurs Pa-
Tapets en état.
Ce fut dans cette occasion que nos Hussards
prirent environ 900 moutons qui passoient auprès
d'une redoute ; les Ennemis tirerent quel
ques coups de fusil et 3 coups de Canon qui ne
blessérent personne , et qui n'empêcherent pas les
Hussarts d'emmener leur proye.
Il suffisoit d'envisager la force et la bonté des
Lignes , pour juger que les Ennemis ne les abandonneroient
pas sans coup ferir , jamais ouvra
ge de cette nature ne fut construit avec plus de
soin , ni disposé avec plus d'art ; on sçait qu'ils
y ont employé près de 6 mois , tant d'appareil
annonçoit leur confiance , et montroit qu'ils se
flattoient de nous fermer l'entrée de l'Allemagne,
par une Barriere qu'ils regardoient comme insurmontable.
Ces Lignes qui prennent leur nom d'Ettlingen,
petite Ville dépendante du Prince de Bade Baden,
étoient appuyées par un bout à la montagne de
Keppelensberg , d'où après avoir serpenté tantôt
sur la crête , tantôt sur la croupe de plusieurs autres
Montagnes noires , elles descendoient dans
la
MAY 1734. 997
la Plaine qui s'étend au pied du Sommerberg , et
finissoient au bord du Rhin , dans le voisinage
de Taxelande , ainsi en comptant leurs sinuosités
, elles avoient au moins 10 lieues de longueur.
La partie qui regnoit depuis la Montagne de
Keppelensberg jusqu'au conmencement de la
Plaine étoit un retranchement à la Turque , les
Ennemis donnent à cette espece d'Ouvrage le nom
de Palanques ; ce sont de gros arbres posez en
Echiquier et entrelassez les uns dans les autres
avec leurs branches ; tout cela formoit un rempart
d'environs toises d'épaisseur , qui paroissoit
presqu'impénétrable.
L'autre partie qui couvroit la Plaine , étoit un
Prrapet avec sa Banquete et son fossé , on y avoit
pratiqué en differents endroits plusieurs inondations
qui venoient de la Riviere d'Albe , et d'un
ruisseau qui baigne le village de Malsche. Enfin
le long de ce vaste retranchement on trouvoit des
places d'Armes , des Redoutes , des demi- Lunes,
une queue d'Aronde et un ouvrage à corne.
Le Duc de Noailles après avoir attentivement
observé le fort et le foible des Lignes , en alla
rendre compte vers les 4 heures après midy au
Maréchal de Berwick, Il fut résolu de les attaquer
par les hauteurs , et le Duc de Noailles char
gé de l'exécution , se rendit dans le Village de
Malsche , situé au pied des Montagnes noires , et
pendant qu'il faisoit ses premieres dispositions ,
il envoya reconnoître les chemins par où il pourroit
prendre sa route ; le Comte de Saxe qui
connoit beaucoup le Pays, alla d'un côté et M. Galeau
, Partisan alla d'un autre ,
Le lendemain dès la pointe du jour le Duc de
Noailles partit avec 100 Carabiniers des Gardes
du Corps , et les deux Regiments de Dragons
d'or998
MERCURE DE FRANCE
d'Orleans et de Vitry ; pendant qu'il prenoit sa
route sur la droite par un chemin bordé de bois
et de précipices , le Comte de Saxe conduisoit sur
la gauche par un autre sentier la Colonne de
l'Infanterie , à la tête de laquelle marchoient tous
les Grenadiers , commandez par le Chevalier de
Marcieux , et les Piquets soutenus de la Brigade
de Piémont ; ensuite venoit celle des Vaisseaux ,
commandée par M. d'Herouville , Maréchal de
Camp , toutes ces Troupes composoient 11 Bataillons
et 6 Escadrons , non compris les 100 Carabiniers
des Gardes du Corps.
Les 2 Colonnes arriverent en même tems sur.
le sommet de la Montagne , où l'on trouva une
petite Plaine pour se mettre en Bataille , nous y
essuyâmes un orage ' qni dura plus de deux heures
, et qui fut suivi d'un brouillard si épais ,
qu'à peine pouvoit - on se voir à quatre pas ; dès
qu'il fut dissipé on alla encore reconnoître les
Ennemis et voir si leurs retranchements avoient
des fossez pour donner ordre à dies fascines ; lorsqu'on
fut assuré qu'il n'en falloit pas , le Duc de
Noailles fit sa disposition pour l'attaquer.
Il mit 6 Compagnies de Grenadiers de front ,
soutenues par s autres , après lesquelles marchoient
les Piquets dans le même ordre ,suivis des
11 Bataillons qui soutenoient cette tête , et marchoient
en Colonnes à une distance raisonnable
pour éviter la confusion.
Sur la droite et sur la gauche de l'Infanterie
marchoieut les 100 Carabiniers des Gardes du
Corps et les Dragons ; cette disposition fut generalement
approuvée. Comme nous passions au
travers d'un Bois de haute fataye , les Ennemis
ne nous apperçûrent qu'au débouché qui n'étoit
qu'environ à fco pas des retranchements. Le Duc
MAY. 1734 999
de Noailles qui marchoit à la tête du premier
Bataillon de Piémont , fit battre la charge , les
Soldats se mirent à crier vive le Roy , et l'action
commença.
:
Les Imperiaux avoient à leur tête un Officier
qui témoigna beaucoup de sang froid ; on entendit
distinctement ces paroles : Mes Enfans ne
vous étonnez point , Dieu sera pour nous . Ils nous
laissérent approcher , et firent sur nous presque
à bout touchant trois décharges ; le feu fut fort
vif de part et d'autre enfin nos Grenadiers montérent
sur le retranchement ; alors les Ennemis
prirent la fuite , et se jetterent dans un Bois situé
auprès ; leur retraite nous laissa entierement les
maîtres des Lignes ; on travailla aussi - tôt à y
faire les ouvertures nécessaires pour donner un
passage libre à la Cavalerie et au reste des Troupes
; nous n'avons eû dans cette occasion que 75
hommes cant tuez que blessez ; les Allemans en
ont moins perdu, parce que leurs retranchements
les mettoient à couvert.
Pour deffendre cette partie des Lignes , les En
nemis qui ne s'attendoient pas qu'on put les y
attaquer , n'avoient qu'environ 5 à 600 hommes,
soutenus d'une centaine de Cavaliers ; le reste de
leurs Troupes dont le nombre approchoit de
10000 hommes , se trouvoit répandû et dispersé
sur tout dans les principaux Ouvrages ; aussi - tôt
qu'ils apprirent que nous avions forcé leurs retranchements
, ils ne penserent plus qu'à la re
traite et dès les 4 heures après midy ils prirent
le parti d'abandonner entieremenr leurs Lignes,
quoiqu'ils eussent des Ouvrages très forts et dont
on ne pouvoit se rendre maître qu'avec du Canon.
Le Prince Eugene dînoit ce jour - là dans les
Lignes
tooo MERCURE DE FRANCE
Lignes à Carlesrouch . Maison de Plaisance du
Prince de Dourlach , où il attendoit la plus grande
partie de ses Troupes ; il y avoit déja en marche
pour s'y rendre 14. Baraillons et 7. Regimens
de Cavalerie qui font plus de 42. Escadrons;
on vint lui annoncer que nous avions forcé les
retranchemens les hauteurs des Montagnes
par
Noires.
A l'instant même il envoya l'ordre de se reti
rer , et contremanda les Troupes qui venoient
le joindre , ainsi nous demeurâmes les Maîtres
absolus de toutes ces Lignes que les Imperiaux
avoient construits avec tant de soin , et sur les
quelles ils fondoient tant d'esperance.
On doit cet avantage à la prudence du Maréchal
de Berwich , jamais projet ne fut concerté
avec plus d'art , ni executé avec plus de conduiie ;
car pendant qu'il faisoit attaquer les Lignes par
les hauteurs , et qu'il étendoit son Armée dans
la Plaine pour les attaquer de front , le Marquis
d'Asfeldt passoit le Rhin dans le même instant
par son ordre à l'Isle de Nekerlau , auprès de,
Manheim , avec 32. Bataillons et 40. Escadrons;
ainsi les Imperiaux se voyoient pressés de toutes
parts , et les mesures que le General avoit
prises pour les deposter , ne pouvoient manquer
d'avoir leur effet. A l'égard de l'attaque
particuliere dont le Duc de Noailles été charde
sang
gé , on peut dire qu'il a montré autant
froid dans le péril , que de prévoyance et d'activité
dans les dispositions ; son fils le Comte de
Noailles s'est fort distingué , ainsi que plusieurs
autres jeunes Seigneurs , qui sont aydes de Camp
du Duc de Noailles , comme le Duc de Caumont
, le Comte de Lauzun , le Maiquis de Montmirel
&c.*
>
Le
MAY. 1734. Icof
Le Comte de Saxe ne doit pas être oublié dans
ce Memoire , ayant eu beaucoup de part au succès
de cette expedition , de même que le Chevalier
de Marcieux , M.d'Herouville et plusieurs
autres Officiers, qu'il seroit trop long de nommer
ici , et en general toutes les Troupes , ont mar
qué autant de zele que de valeur.
forcées par l'Armée du Roy , le 4 May.
L
>
E Maréchal Duc de Berwick ayant quitté
son Camp de Spire, où il laissa une grande partie
de ses Troupes , aux ordres du Marquis d'Asfeld
, arriva au Fort - Louis le premier May
toutes celles qui le suivoient ou qui étoient répandues
en differents endroits de l'Alsace , y vinrent
canfper le même jour , et le Duc de Noailles s'y
rendit aussi avec le Corps qu'il commandoit du
côté de Hombourg , et de Keserlouter pour couvrir
le Siége de Traerback.
Le lendemain toute l'Armée passa le Rhin sur
un Pont qu'on avoit achevé pendant la nuit. Le
Maréchal de Berwick détacha le Duc de Noailles
avec 15 Compagnies de Grenadiers , 100 Carabiniers
des Gardes du Corps , et 2 Regiments de
Dragons d'Orleans , et de Vitry . Le Comte de
Saxe , Maréchal de Camp fut commandé avec
lui , l'Armée alla camper la droite à Iretzheim,
et la gauche à Santwir.
Le 3 , le Duc de Noailles se mit en marche par
Te grand Chemin qui va de Rastat à Dourlach ,
et qui passe au milleu des Lignes . Il plaça sa
gauche à la hauteur du Village de Mursch , et sa
droite à une grosse Cense , où il posta ses Grenadiers
; cette Cense située dans une Plaine , à
une petite demie lieue d'un bois , nous séparoit
des Lignes et en déroboit une bonne partie à
notre vûë .
Avant que d'arriver en cet endroit on fit plu
sieurs fois alte en Bataille , pour donner à la tête
de l'Armée le temps d'y déboucher et de le soutenir
; en cas qu'on fut attaqué par des Troupes
que
995 MERCURE DE FRANCE
que les Ennemis auroient dû naturellement faire
sortir pour reconnoître les nôtres.
Comme ils nous laissoient avancer tranquillement
jusqu'à une demie licüe de leurs Lignes ,
on auroit pû croire ou qu'elles étoient abandonnées
, ou qu'elles le seroient bien - tôt , mais le
Duc de Noailles ayant envoyé battre les bois par
une trentaine de Hussarts , soutenus de quelques
petits détachements de Dragons , on découvrit
que les Ennemis ne songeoient à rien moins qu'à
les quitter , et qu'au contraire ils se préparoient
à les deffendre , car on las vit travailler en chemise
à faire des embrazures , et mettre leurs Pa-
Tapets en état.
Ce fut dans cette occasion que nos Hussards
prirent environ 900 moutons qui passoient auprès
d'une redoute ; les Ennemis tirerent quel
ques coups de fusil et 3 coups de Canon qui ne
blessérent personne , et qui n'empêcherent pas les
Hussarts d'emmener leur proye.
Il suffisoit d'envisager la force et la bonté des
Lignes , pour juger que les Ennemis ne les abandonneroient
pas sans coup ferir , jamais ouvra
ge de cette nature ne fut construit avec plus de
soin , ni disposé avec plus d'art ; on sçait qu'ils
y ont employé près de 6 mois , tant d'appareil
annonçoit leur confiance , et montroit qu'ils se
flattoient de nous fermer l'entrée de l'Allemagne,
par une Barriere qu'ils regardoient comme insurmontable.
Ces Lignes qui prennent leur nom d'Ettlingen,
petite Ville dépendante du Prince de Bade Baden,
étoient appuyées par un bout à la montagne de
Keppelensberg , d'où après avoir serpenté tantôt
sur la crête , tantôt sur la croupe de plusieurs autres
Montagnes noires , elles descendoient dans
la
MAY 1734. 997
la Plaine qui s'étend au pied du Sommerberg , et
finissoient au bord du Rhin , dans le voisinage
de Taxelande , ainsi en comptant leurs sinuosités
, elles avoient au moins 10 lieues de longueur.
La partie qui regnoit depuis la Montagne de
Keppelensberg jusqu'au conmencement de la
Plaine étoit un retranchement à la Turque , les
Ennemis donnent à cette espece d'Ouvrage le nom
de Palanques ; ce sont de gros arbres posez en
Echiquier et entrelassez les uns dans les autres
avec leurs branches ; tout cela formoit un rempart
d'environs toises d'épaisseur , qui paroissoit
presqu'impénétrable.
L'autre partie qui couvroit la Plaine , étoit un
Prrapet avec sa Banquete et son fossé , on y avoit
pratiqué en differents endroits plusieurs inondations
qui venoient de la Riviere d'Albe , et d'un
ruisseau qui baigne le village de Malsche. Enfin
le long de ce vaste retranchement on trouvoit des
places d'Armes , des Redoutes , des demi- Lunes,
une queue d'Aronde et un ouvrage à corne.
Le Duc de Noailles après avoir attentivement
observé le fort et le foible des Lignes , en alla
rendre compte vers les 4 heures après midy au
Maréchal de Berwick, Il fut résolu de les attaquer
par les hauteurs , et le Duc de Noailles char
gé de l'exécution , se rendit dans le Village de
Malsche , situé au pied des Montagnes noires , et
pendant qu'il faisoit ses premieres dispositions ,
il envoya reconnoître les chemins par où il pourroit
prendre sa route ; le Comte de Saxe qui
connoit beaucoup le Pays, alla d'un côté et M. Galeau
, Partisan alla d'un autre ,
Le lendemain dès la pointe du jour le Duc de
Noailles partit avec 100 Carabiniers des Gardes
du Corps , et les deux Regiments de Dragons
d'or998
MERCURE DE FRANCE
d'Orleans et de Vitry ; pendant qu'il prenoit sa
route sur la droite par un chemin bordé de bois
et de précipices , le Comte de Saxe conduisoit sur
la gauche par un autre sentier la Colonne de
l'Infanterie , à la tête de laquelle marchoient tous
les Grenadiers , commandez par le Chevalier de
Marcieux , et les Piquets soutenus de la Brigade
de Piémont ; ensuite venoit celle des Vaisseaux ,
commandée par M. d'Herouville , Maréchal de
Camp , toutes ces Troupes composoient 11 Bataillons
et 6 Escadrons , non compris les 100 Carabiniers
des Gardes du Corps.
Les 2 Colonnes arriverent en même tems sur.
le sommet de la Montagne , où l'on trouva une
petite Plaine pour se mettre en Bataille , nous y
essuyâmes un orage ' qni dura plus de deux heures
, et qui fut suivi d'un brouillard si épais ,
qu'à peine pouvoit - on se voir à quatre pas ; dès
qu'il fut dissipé on alla encore reconnoître les
Ennemis et voir si leurs retranchements avoient
des fossez pour donner ordre à dies fascines ; lorsqu'on
fut assuré qu'il n'en falloit pas , le Duc de
Noailles fit sa disposition pour l'attaquer.
Il mit 6 Compagnies de Grenadiers de front ,
soutenues par s autres , après lesquelles marchoient
les Piquets dans le même ordre ,suivis des
11 Bataillons qui soutenoient cette tête , et marchoient
en Colonnes à une distance raisonnable
pour éviter la confusion.
Sur la droite et sur la gauche de l'Infanterie
marchoieut les 100 Carabiniers des Gardes du
Corps et les Dragons ; cette disposition fut generalement
approuvée. Comme nous passions au
travers d'un Bois de haute fataye , les Ennemis
ne nous apperçûrent qu'au débouché qui n'étoit
qu'environ à fco pas des retranchements. Le Duc
MAY. 1734 999
de Noailles qui marchoit à la tête du premier
Bataillon de Piémont , fit battre la charge , les
Soldats se mirent à crier vive le Roy , et l'action
commença.
:
Les Imperiaux avoient à leur tête un Officier
qui témoigna beaucoup de sang froid ; on entendit
distinctement ces paroles : Mes Enfans ne
vous étonnez point , Dieu sera pour nous . Ils nous
laissérent approcher , et firent sur nous presque
à bout touchant trois décharges ; le feu fut fort
vif de part et d'autre enfin nos Grenadiers montérent
sur le retranchement ; alors les Ennemis
prirent la fuite , et se jetterent dans un Bois situé
auprès ; leur retraite nous laissa entierement les
maîtres des Lignes ; on travailla aussi - tôt à y
faire les ouvertures nécessaires pour donner un
passage libre à la Cavalerie et au reste des Troupes
; nous n'avons eû dans cette occasion que 75
hommes cant tuez que blessez ; les Allemans en
ont moins perdu, parce que leurs retranchements
les mettoient à couvert.
Pour deffendre cette partie des Lignes , les En
nemis qui ne s'attendoient pas qu'on put les y
attaquer , n'avoient qu'environ 5 à 600 hommes,
soutenus d'une centaine de Cavaliers ; le reste de
leurs Troupes dont le nombre approchoit de
10000 hommes , se trouvoit répandû et dispersé
sur tout dans les principaux Ouvrages ; aussi - tôt
qu'ils apprirent que nous avions forcé leurs retranchements
, ils ne penserent plus qu'à la re
traite et dès les 4 heures après midy ils prirent
le parti d'abandonner entieremenr leurs Lignes,
quoiqu'ils eussent des Ouvrages très forts et dont
on ne pouvoit se rendre maître qu'avec du Canon.
Le Prince Eugene dînoit ce jour - là dans les
Lignes
tooo MERCURE DE FRANCE
Lignes à Carlesrouch . Maison de Plaisance du
Prince de Dourlach , où il attendoit la plus grande
partie de ses Troupes ; il y avoit déja en marche
pour s'y rendre 14. Baraillons et 7. Regimens
de Cavalerie qui font plus de 42. Escadrons;
on vint lui annoncer que nous avions forcé les
retranchemens les hauteurs des Montagnes
par
Noires.
A l'instant même il envoya l'ordre de se reti
rer , et contremanda les Troupes qui venoient
le joindre , ainsi nous demeurâmes les Maîtres
absolus de toutes ces Lignes que les Imperiaux
avoient construits avec tant de soin , et sur les
quelles ils fondoient tant d'esperance.
On doit cet avantage à la prudence du Maréchal
de Berwich , jamais projet ne fut concerté
avec plus d'art , ni executé avec plus de conduiie ;
car pendant qu'il faisoit attaquer les Lignes par
les hauteurs , et qu'il étendoit son Armée dans
la Plaine pour les attaquer de front , le Marquis
d'Asfeldt passoit le Rhin dans le même instant
par son ordre à l'Isle de Nekerlau , auprès de,
Manheim , avec 32. Bataillons et 40. Escadrons;
ainsi les Imperiaux se voyoient pressés de toutes
parts , et les mesures que le General avoit
prises pour les deposter , ne pouvoient manquer
d'avoir leur effet. A l'égard de l'attaque
particuliere dont le Duc de Noailles été charde
sang
gé , on peut dire qu'il a montré autant
froid dans le péril , que de prévoyance et d'activité
dans les dispositions ; son fils le Comte de
Noailles s'est fort distingué , ainsi que plusieurs
autres jeunes Seigneurs , qui sont aydes de Camp
du Duc de Noailles , comme le Duc de Caumont
, le Comte de Lauzun , le Maiquis de Montmirel
&c.*
>
Le
MAY. 1734. Icof
Le Comte de Saxe ne doit pas être oublié dans
ce Memoire , ayant eu beaucoup de part au succès
de cette expedition , de même que le Chevalier
de Marcieux , M.d'Herouville et plusieurs
autres Officiers, qu'il seroit trop long de nommer
ici , et en general toutes les Troupes , ont mar
qué autant de zele que de valeur.
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Résumé : ATTAQUE des Lignes d'Ettlingen, forcées par l'Armée du Roy, le 4 May.
Le 4 mai 1734, l'Armée du Roi força les Lignes d'Ettlingen. Le Maréchal Duc de Berwick, ayant quitté son camp de Spire, rassembla ses troupes au Fort-Louis. Le 2 mai, l'armée traversa le Rhin et campa à Iretzheim et Santwir. Le Duc de Noailles, à la tête de 15 compagnies de grenadiers, 100 carabiniers et deux régiments de dragons, avança vers les Lignes d'Ettlingen. Le 3 mai, il découvrit que les ennemis préparaient la défense des lignes. Le 4 mai, malgré des conditions météorologiques défavorables, le Duc de Noailles attaqua les lignes par les hauteurs. Les troupes françaises forcèrent les retranchements ennemis, causant peu de pertes. Les ennemis, commandés par le Prince Eugène, abandonnèrent les lignes, permettant aux Français de prendre le contrôle des fortifications. Cette victoire fut attribuée à la prudence du Maréchal de Berwick et à la stratégie coordonnée avec le Marquis d'Asfeld. Plusieurs officiers, dont le Comte de Noailles et le Comte de Saxe, se distinguèrent par leur bravoure et leur compétence.
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