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1
p. 23-59
LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
Début :
Mr Gilbert, Gentilhomme de Die en Dauphiné, apres avoir fait plusieurs / MONSIEUR MON CHER FRERE, Je croy que vous ne serez [...]
Mots clefs :
Conversions, Prétendus réformés, Dauphiné, Die, Abjuration, Ministre, Religion catholique, Difficulté, Réformateurs, Protestants, Erreurs, Unité de l'Église, Autorité, Confession, Calvin, Luther, Dieu, Culte, Désolation, Écriture, Concile, Secte, Controverse, Sacrements, Martyrs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
FM Gilbert, Gentilhomme
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
****
LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
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LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
Fermer
Résumé : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
François-Michel Gilbert, ancien ministre protestant de Die en Dauphiné, relate sa conversion au catholicisme après une longue réflexion. Dans une lettre à son frère aîné, M. de Salieres, il explique que ses sentiments l'orientaient déjà vers le catholicisme, mais qu'il avait hésité en raison de ses préjugés et de son éducation protestante. Gilbert critique la Réforme protestante, jugeant la séparation des protestants injustifiée et les comparant aux donatistes. Il reproche aux réformateurs protestants l'absence de mission divine et de miracles, ainsi que leurs divisions et violences internes. Il dénonce également l'abolition de pratiques recommandées par l'Écriture et les saints Pères, comme l'abstinence et le célibat. Gilbert critique Martin Luther et ses successeurs, les accusant d'être motivés par l'orgueil et la vanité plutôt que par un véritable désir de réforme spirituelle. Il reproche aux réformateurs leur manque de respect envers l'Église catholique, qu'ils devraient considérer comme leur mère spirituelle, et leur ouverture des cloîtres pour satisfaire leur désir de leadership. Bien qu'il reconnaisse la corruption et l'ignorance de l'Église, il affirme que les réformateurs auraient dû attendre les remèdes divins sans usurper un droit divin. Il souligne que l'Église s'est réformée selon le modèle des premiers siècles et invite les protestants à revenir dans son sein. Le texte pose des questions rhétoriques sur la résistance de l'Église aux portes de l'enfer et critique les protestants pour leur manque de continuité historique et leur association avec des hérétiques. Il insiste sur l'importance de l'interprétation des Écritures par l'Église, considérée comme infaillible et souveraine. Gilbert mentionne également la nécessité de soumettre ses interprétations personnelles aux décisions de l'Église et aborde des questions de discipline ecclésiastique, comme la communion sous les deux espèces. Enfin, il exhorte son interlocuteur à réfléchir sérieusement à ces questions et à consulter des livres pour mieux comprendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 244-258
Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy par cet amour paternel qui luy a fait rechercher [...]
Mots clefs :
Salut, Religion prétendue réformée, Prudence, Hérésie, Ténèbres, Erreur, Autorité, Tolérance, Maisons, Catholiques, Ministres, Éducation des enfants, Édit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
Le Roy par cet amour paternel
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
qui luy a fait rechercher
le falut de tant d'Ames
égarées , n'a pas feulement
travaillé pour fes Sujets , il
a donné un exemple de pieté
qui eft fuivy dans d'autres
Etats , & rien ne luy pouvoit
cftre plus glorieux que l'aveu
public qui vient d'en eſtre
rendu. J'aurois beaucoup de
chofes à vous diré là deffus fi
je n'eftois pas preffe par le
temps. Je lereferve pourune
autre occafion , & me contenteray
aujourd'huy de
vous envoyer une Copie de
GALANT 245
l'Edit que Monfieur le Duc
de Savoye fit publier le premier
jour de ce mois contre
ceux de fes Sujets qui font
de la Religion Pretenduë
Reformée. En voicy les termes.
V
ICTOR - AMEDE'E,
Duc de Savoye , Roy de
Chypre , & c.
La Prudence
Chreftienne &
Politique perfuade bien fouvent
de tolerer les maux qui n'estant
pas encorefufceptibles de remedes ,
pourroient devenirplus grands , fi
on tentoit de les appliquer hors de
X iij
246 MERCURE
faifon. C'est ainsi qu'entre les
exemples qu'on a veus dans quel
ques Monarchies , il est arrivé à
nos Sereniffimes Royaux Prédeceffeurs
car quoy qu'ils ayent
tous eu en veuë de tirer leurs Sijets
de la Religion Pretenduë Reformée
des tenebres de l'Herefie
qui par le malheur des temps s'étoit
déja avancée du centre des
Vallées de Lucerne prefque dans
celuy du Piemont , ils n'ont pú
toutefois achever ce faint Ouvra
ge , à cause que leurfdits Sujets
de la Religion Pretenduë Refor
mée eftoient continuellement fomentez
&fecourus par les Reli
GALANT. 247.
gionnaires etrangers . C'est pourquoy
ilsfe contenterent de renfermer
dans les Vallées de Lucerne ,
Angrogne , Saint Martin , Peroufe
, Saint Barthelemy , Rocca
pianta, & Praruftin , ce venin
qu'il ne fut pas poffible de purger
entierement , fouffrant par provifion
qu'ils continuaffent d'exercer
leur fauffe Religion dans les plus
étroites bornes , où les conjonctures
des temps puffent permettre de
Les refferrer , jufqu'à ce qu'il pluft
à la bontéDivine d'en faire n'aiftre
une affez propre pour ramener
ces Ames égarées dans le fein
de noftre fainte & unique Reli
X iiij
248 MERCURE
gion Catholique Apoftolique &
Romaine. Le temps cependant
fait connoistre combien il eftoit neceffaire
d'abbatre cette Hydre ,
veu que les mefmes Heretiques ,
au lieu de répondre par unefoûmife
obeiffance aux graces qu'il
recevoient en ladite tolerance , fe
fontplufieursfois laiẞé aller à des
excez tres manifestes & fcanda
leux de defobeiffance & de Rebellion.
Mais puis qu'on voit ceffer
prefentement un des principaux
Motifs qui perfuadoient la
fufdite tolerance par le retour à
la fainte Foy des Heretiques
voisins , procurépar l'heroique pieGALANT.
249
té du glorieux Monarque de la
France , nous nous croirions coupables
d'ingratitude des graces que
nous avons receues & recevons
continuellement de la Divine
Majefté , fi nous negligions la
conjoncture qu'elle nous preſente
de terminer l'Ouvrage que nofdits
Predeceffeurs avoient projetté.
C'estpourquoypour les fufdites
& autres dignes cauſes , en
- vertu de noftre prefent Edit , &
de noftre certaine Science , pleine
Puiſſance , & Authorité abfoluë,
& de l'avis de Nostre Confeil ,
NOUS AVONS RESOLU
d'ordonner à nos Sujets de la Re250
MERCURE
ligion Pretendue Reformée , de
s'abstenir dorefnavant de tout
Exercice de ladite Religion ,
en confequence de cela , NOUS
deffendons à nos mefmes Sujets
de s'affembler aprés la Publication
du prefent Edit , en aucun
lieu ou maifon particuliere , pour
faire lefdits Exercicesfous pretexte
on cufe quelconque , fous peine
de la vie , & confifcation des
biens , abolifant toute paffee &
pretendue tolerance qu'ils pour
roient fonder fous quelque titre
que ce foit.
Nous voulons pareillement
que tous les Temples , Granges ,
GALANT 25$
Maifons quifervent à prefens
au fufdit Exercice , foient entierement
démolis , comme auffi celles
où l'on feroit à l'avenir quelque
Affemblée contre la difpofition de
l'Article precedent , mefme à l'infceu
des Maiftres des mefmes
Maifons.
Nous commandons à tous les
Miniftres Prefcheurs , & Mai
tres d'Ecole de ladite Religion
Pretenduë Reformée , qui dans
quinze jours aprés la Publication
du prefent Edit ne fe rendror
pas effectivement Catholiques , de
partir de nos Estats auffi toft que
ledit tempsfera expiré , fouspeine
252 MERCURE
de la vie , & confifcation de leurs
biens , leur défendantfous la mefme
peine d'y faire avant leur départ
aucun Prefche, Exhortation,
ny autre fonction de la Religion
fufdite , faifant entre autres défenfe
à qui que cefoit de l'adite Religion
Pretendue Reformée , de
tenir à l'avenir Ecole publique on
particuliere , voulant que doref
navant leurs Enfans ne puiffent
eftre inftruits que pardes Maiftres
d'Ecole quifoient Catholiques ; &
quant à ceux defdits Miniftres qui
fe feront Catholiques dans ledit
terme , Nous voulons qu'ilsjoüiffent
leur vie naturelle durant
GALANT. 253
comme auffi leurs Veuves pendant
qu'elles resteront dans leur viduité,
des mefmes exemptions de charges
, dont ils jouiffoient lors qu'ils
faifoient leurs fonctions de Mi
niftres ; de plus nous ferons
payer aufdits Miniftres qui fe
convertiront comme deffus , un
entretien ou Penfion quif
urpaffera
d'un tiers les gages dont ils joüif
foient en qualité de Miniftres de
ladite Religion , la moitié duquel
entretien ou Penfion , aprés leur
mort,fera continuée à leurs Fem
mes tandis qu'elles demeureront
Veuves.
Nous voulons que les Enfans
254 MERCURE
46 qui naifrontde ceux de ladite Religion
Pretenduë Reformée aprés
la Publication de la prefente Or
donnance , foient baptifez par les
Curez des Paroiffes établies , &
quis'établiront dans lefditesVilles.
A cet effet Nous commandons à
leurs Peres & Meres de les por
ter & envoyer aux Eglifes ,
fous peine aux Peres quiy contre .
viendront , de cinq années de Galeres
, & aux Meres de Fuftigation
publique.
Lefdits Enfans feront enfuite
élevez dans la fufdite Religion
Catholique Apoftolique & Romaine
, & nous chargeonsparti
GALANT 255
culierement les Juges , Chaftelle
nies , & autres qu'il appartiendra,
de tenir la main à ce qu'amfi il
foit executé.
Nous confirmons noftre Edit
du 4. Novembre dernier , touchant
les Sujets de Sa Majesté
Tres-Chreftienne ,faifant Profef
fion de la mefme Religion Pretendue
Reformée , qui fe trouve
ront dans nos Etats , on y auront
laiffé quelques hardes , effets on
argent ; & quant aux autres Etrangers
de la mefme Religion ,
qui contre la difpofition des Edits
des Souverains nos Predeceffeurs
font venus habiter dons lesdites
>
256 MERCURE
Vallées fans la permiſſion par écrit
des mefmes Souverains , comme
auffi les Defcendans defdits
Etrangers qui font nez dans lef
dites Vallées ; Nous Ordonnons
qu'au cas qu'ils ne fe determinent
point aprés la Publication du prefent
Edit , à vivre conformement
à noftre Religion Catholique Apostolique
& Romaine, ils ayent,
ledit terme expiré , à partir de
Nofdits Etats fous peine de la
vie , & confifcation des biens ;
& quoy que nous pourrions pretendre
que les biens que
gers ont acquis dans nos Etats
foient en vertu des mefmes Edits
les EtranGALANT
257
que
la
vente
dévolus à nostre Fifcq , voulant
toutefois en cela ufer de noftre
Clemence , Nous leur permettons
de les vendre , & d'en difpofer
s'ils veulent dans le terme specifié,
pourveu-neanmoins
difpofition defdits biens &
immeubles tombe fur des Perfonnes
qui foient Catholiques ; &
au cas qu'il ne fe trouve pas d'Acheteurs
, ils s'entendront vendus
à noftre Patrimonial , felon la
juſte évaluation qui en fera faite.
Nous mandons à cet effer , t
commandons à nos Magiftrats
Miniftres , & Officiers de Justice
Grida Guerre , & à tous ceux
*
Fevrier 1686. Y
258 MERCURE
qu'il appartiendra , de faire ob
ferver inviolablement noftre prefent
Edit , & à noftre Senat de
Piemont , de l'entretenir ap
prouver en tout & partout , vou
lant
que
la
Publication qui en
fera faite aux lieux , & avec les
formalitez accoutumées , dit force
pour tous d'intimation Perfonnelle
, & qu'on ait la mefme
foy à ajouter à la Copie imprimée
par noftre Imprimeur Sinibalde
, qu'à l'Original ; Car tel
eft Noftre plaifir. Donné , &c.
Fermer
Résumé : Edit de Monsieur le Duc de Savoye, qui défend dans ses Etats l'exercice de la R.P.R. [titre d'après la table]
En février 1686, Victor-Amédée, Duc de Savoie, publia un édit visant à réprimer la religion réformée dans ses États. Cette décision fut motivée par les abus commis par les protestants malgré la tolérance précédente. Le Duc mentionna que les monarques antérieurs avaient tenté des conversions mais avaient été influencés par des interventions étrangères. La récente conversion des protestants voisins, soutenue par le roi de France, offrit une opportunité de finaliser cette conversion. L'édit interdisait l'exercice public de la religion réformée et ordonnait la démolition des temples. Les ministres protestants devaient se convertir au catholicisme sous quinze jours, sinon ils seraient expulsés et leurs biens confisqués. Les nouveaux-nés devaient être baptisés par des curés catholiques et élevés dans la foi catholique, sous peine de sanctions pour les parents non conformes. L'édit stipulait également que les enfants de couples mixtes devaient être élevés dans la religion catholique. Les autorités locales étaient chargées de veiller à l'application de cette règle. Pour les étrangers protestants résidant illégalement, la conversion au catholicisme était obligatoire sous peine de mort et de confiscation des biens. Ils pouvaient vendre leurs biens, mais ceux-ci devaient être achetés par des catholiques. Les magistrats et officiers de justice devaient faire respecter cet édit, dont la publication devait suivre les formalités habituelles et avoir force de loi pour tous.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 167-192
Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion a prononcé à l'Académie Françoise le jour de saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. de ce mois jour de Saint Louis, Messieurs de l'Académie [...]
Mots clefs :
Saint-Louis, Discours, Académie française, Orateur, Exemple, Roi, Hommes, Peuple, Souverain, Autorité, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion a prononcé à l'Académie Françoise le jour de saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. de ce mois jour de
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Fermer
4
p. 71-96
Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
J'asistai Lundy sixiéme Septembre, à un exercice qui se faisoit [...]
Mots clefs :
Plaidoirie, Rhétoriciens, Avocats, Juge, Discours, Éloquence, Empires, Épée, Orateur, Magistrat, Procès, Autorité, Symboles, Homme d'Église, Jurisconsultes, Éloges, Ennemis, Vérités, Courtisans, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
J'aſiſtai Lundy fixiéme Septembre,
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
Fermer
5
p. 2535-2551
ARRESTS, ORDONNANCES, &c.
Début :
ARREST du 22. Août, qui proroge pendant trois ans, à compter du premier Octobre [...]
Mots clefs :
Ordonnances, Arrêts, Avocats, Autorité, Conseil, Déclarations, Avocats, Mémoires, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, ORDONNANCES, &c.
ARRESTS,
ORDONNANCES , &c.
A&
RREST du 22. Août , qui proroge pen
dant trois ans , à compter du premier Oc
tobre prochain , la moderation des Droits cidevant
accordée fur les Beurres & Fromages vemant
de l'Etranger, & fur ceux du crû du Royaumc
.
7
à
AUTRE du même jour , qui proroge pen
dant trois ans , compter du 23. Octobre prochain
, la permiffion ci- devant accordée aux Ne--
gocians François qui font le Commerce des Iſles .
& Colonies Françoifes de l'Amerique , de faire
venir des Pays étrangers des Lards , Beurres
Suifs , Chandeles & Saumons falez , fans payer
aucuns Droits.
AUTRE du même jour, qui ordonne que
le Franc-falé fera délivré aux Officiers veteranshonoraires
, & Veuves , en juftifiant du payement
de la Capitation de l'année qui aura précedé celle
dans laquelle le Franc- falé fera delivré.
ORDONNANCE du Roy , du 26. Août,
concernant le Regiment Royal d'Artillerie , par
laquelle il eft dit que Sa Majefté jugeant qu'il eft.
du bien de fon fervice , de maintenir dans les
Compagniers de Sapeurs , Bombardiers & Canoniers
, les Charges de Capitaines en ſecond , &
d'augmenter dans les Compagnies de Mineurs la
folde
2536 MERCURE DE FRANCE
földe des Apprentifs qui ne font actuellement .
payez que fur le pied de cinq fols fix deniers
Elle a ordonné & ordonne qu'à l'avenir les Charges
de Capitaines en fecond des Compagnies de
Sapeurs , Bombardiers & Canoniers , continueront
d'être remplies , & que ceux qui en feront
pourvás , feront payez des appointemens qui leur
font attribuez par fes Ordonnances ; Et qu'à
commencer au premier Octobre prochain les
vingt-deux Apprentifs , dans chacune des Compagnies
de Mineurs , feront payez fur le pied de
fept fols par jour indiftinctement , & c.
ARREST du 27. Août , portant qu'il fera
établi en l'Hôtel de la Compagnie des Indes un
nouveau Dépoft , libre & volontaire , pour tous
ceux des Actionnaires qui voudront librement &
volontairement y dépofer leurs Actions.
AUTRE du 29. Août , qui exempre des Droits.
dûs au Roy ou à fes Fermiers , & des Droits de
Peage, les Grains qui feront tranfportez des Pro--
vinces , du Royaume dans celle de Provence
pendant un an , à compter du 15. Septembre :
1730.
AUTRE du 5 : Septembre , qui revoque les
Lettres Patentes du 19. Août 1727. portant Privilege
exclufif pour l'établiſſement des Manufactures
de Cuivre...
ORDONNANCE du Roy , du 6. Septembre
, concernant la Patente de Santé que doivent
prendre les Capitaines & Patrons des Bâtimens
qui commercent dans les Echelles de Lewant
& de Barbaric.
AR
NOVEMBRE. 1730.2537
ARREST du 12. Septembre , qui ordonne
qu'il fera procedé par Mrsrs les Intendans des Provinces
& Generalitez du Royaume , à l'adjudication
de la fourniture de l'Etape aux Troupes ' ,
pendant l'année prochaine 1731.
ARREST de la Cour des Aydes , du 22. Septembre
, e ,,pour faire jouir Pierre Carlier de la Ferme
generale du Privilege exclufif de la vente du
Tabac , en attendant l'Enregistrement de ſon Bait..
-
ARREST du 26. Septembre , qui ordonne
que les nouveaux Sous Baux des Aydes &
droits y joints des Generalitez y mentionnées ,
faits par Carlier pour les deux dernieres années de
fon Bail , qui commenceront au premier Octobre
1730. feront fans frais.
AUTRE du même jour , qui révoque pour
un an, à compter du 15. Octobre prochain, celuidu
13. Avril 1728. qui exemte de tous droits des
Fermes & autres , les Bleds , Froments , Méteils ,
Seigles, Orges , Baillarges & autres grains , farines
& legumes , qui pafferont des Provinces des
cinq groffes Fermes dans les Provinces réputées
étrangeres & des Provinces réputées étrangeres
dans celle des cinq groffes Fermes ; & deffend la
fortie defdits grains hors du Royaume.
AUTRE du même jour , en interprétation .
de celui du 14 Août 1727. & qui regle les formalitez
à obferver par les Marchands & Négocians
qui acheteront à Nantes des Marchandifes .
permifes venant des Indes , & qui proviendront
des ventes de la Compagnie.
ORDONNANCE du Roi , du 8. Octobre
1730. par laquelle il eft ordonné que les
deuils
2538 MERCURE DE FRANCE
deuils que Sa Májeſté a coûtume de porter à la
mort des Têtes Couronnées , des Princes & Princeffes
du Sang , & des autres Princes & Princeffes
de l'Europe , ainfi que ceux qui fe portent dans
les familles des Sujets de S. M. feront réduits à
l'avenir à la moitié du tems prefcrit par l'Ord.du
23. Juin 1716. N'entend neanmoins S. M. comprendre
dans cette réduction , les deuils que les
femmes portent à la mort de leurs maris , & ceux
qui fe portent à la mort des femmes , peres , meres
, beaux peres & belles-meres , ayeuls & ayeules
, & des autres perfonnes de qui on eft heritier
ou légataire univerfel , lefquels demeureront fixez
au tems prefcrit par ladite Ordonnance du 23 .
Juin 1716. renouvellant S. M. en tant que befoin
feroit , les deffenfes faites par ladite Ordonnance
de draper , fi ce n'eft pour les maris & femmes ,
peres & meres , beau-peres & belles - meres , ayeuls
& ayeules , & des perfonnes de qui on eft héritier
ou légataire univerfel.
ORDONNANCE du Roi , pour le licenciement
& le remplacement de la moitié de la Mis
lice. Du 12. Octobre 1730.
Sa Majefté ayant par fes Ordonnances des 31 .
Juillet 1728. & 25. Janvier 1729. pourvû au
licenciement & remplacement de la moitié des
Soldats de Milice qui ont été levez en 1726. &
1727. & voulant congedier l'autre moitié defdits
Soldats , & qu'il en foit levé d'autres àleur place ;
S. M. a ordonné & ordonne ce qui ſuit.
ARTICLE PREMIER..
Les Miliciens qui reftent du nombre de ceux
levez en execution des Ordonnances des 25. Février
& 16. Décembre 1726. demeureront abfo-
Jument libres , à compter du jour de la publication
de la prefente Ordonnance ; à l'effet de quoi
il
NOVEMBRE. 1730. 2539
fera délivré à ceux qui en demanderont, des Cer
tificats fignez des Intendans ou de leurs Subdéleguez
, portant qu'après avoir accompli les quatre
années de fervice dont ils étoient tenus , ils ont
été congediez, & en conféquence lefdits Miliciens,
foit Sergens ou Soldats , cefferont , à commencer
du premier Novembre prochain , de recevoir les.
deux fols ou le fol de folde qui leur a été reglé.
II. Veut néanmoins SM. que ceux defd . Miliciens
de 1726.& 1727. qui après s'être abſenté
ont obtenu leur grace , à condition de continuer
fervir pendant plufieurs années, reſtent Miliciens
, jouiffent de la folde jufqu'à- ce que leur
tems foit accompli.
III . Ordonne S. M. que dans les mois de Février
& deMars prochain lesIntendans feront faire
par les Paroiffes de leurs départemens , le rem
placement des Milicicns congediez au nombre de
300. par Bataillon , le tout dans la forme prefpar
l'Ordonnance du 2 5. Janvier 1729. dont
S.M. en tant que de befoin, renouvelle les difpofitions.
crite
I V. Permet aux Miliciens congediez , de continuer
leur fervice , fi bon leur femble; à l'effet de
quoi ceux qui s'y porteront volontairement , en
feront leur déclaration devant l'Intendant ou fon
Subdelegué, avant qu'on ait tiré au fort : & cet engagement
fera pour 1731. & 1732. au moyen
de quoi ils continueront de jouir de leur folde
fans interruption.
V. Les. Miliciens continueront de jouir , tant
pour eux que pour leurs peres & meres , des
exemptions accordées par l'Article XXIX . de
l'Ordonnance du 25. Janvier 1729.
V I. S. M. ordonne de nouveau , que la gratification
que les garçons font en coûtume de donnerà
celui ou ceux fur qui le fort eft tombé pour
la
Milice
2540 MERCURE DE FRANCE
Milice , ne pourra exceder pour chacun la fomme
de 30. livres , fur laquelle il leur fera acheté deux
chemiſes & deux cravates ou cols de groffe toile ,
un habrefac & une paire de fouliers ; & le furplus
fera remis au Milicien fans aucune déduction,
VII . Entend Sa Majefté que les Collecteurs ne
puiffent en aucune maniere que ce foit être employés
au détail de la Milice , & leur défend de
délivrer aucuns deniers de leur Recette pour
prétendus frais de Milice .
VIII. Les Miliciens levés en execution de
POrdonnance du 25. Janvier 1729. continueront
de fervir pendant l'année prochaine 1731
& la fuivante 1732. & recevront la folde ordon,
née , bien entendu que ceux qui manqueront par
maladie ou défertion feront remplacés
mort ,
par les Paroiffes.
IX. Deffend Sa Majefté de recevoir à la Milice
des garçons étrangers , à moins qu'ils ne
foient habitans dans la Paroiffe depuis fix mois,
& nés de parens domiciliés dans le Reffort de
la Jurifdiction Royale dont la Paroiffe eft dépendante.
X. Deffend Sa Majefté aux Officiers de fes
Troupes fous les peines portées par l'Article
XXVIII. de l'Ordonnance du 25. Janvier 1729 .
d'engager aucun de ceux fur qui le fort fera
tombé pour la Milice.
>
XI . Deffend pareillement aux Ecclefiaftiques ,
Gentilshommes Communautés , Séculieres ou
Régulieres , de donner retraite à aucun garçon
fujet à la Milice , fous les peines portées par
Article XVIII . de la même Ordonnance.
XII. Veut Sa Majeſté qu'à l'égard des Déferteurs
de la Milice , il en foit ufé comme il eft
preferit par l'Article IV. de l'Ordonnance du
as, Fevrier 1730.
XIII.
NOVEMBRE. 1730. 2541
XIII. Chaque Bataillon continuera d'être
compofé de fix Compagnies de cent hommes
chacune , & du nombre d'Officiers mentionnés
dans l'Article XXII . de l'Ordonnance du 25.#
Janvier 1729.
XIV. Veut Sa Majefté que tous lesdits Bataillons
foient complets , & en état de marcher ou
fon fervice les appellera , au premier Avril 1731 .
XV. Les Ordonnances ci-devant renduës fur
ke fait de la Milice , & notamment celles des
25. Fevrier 1726. 25. Janvier 1729. & 25. Fevrier
1730. feront executées fuivant leur forme
& teneur en ce qui n'eft point contraire à la
prefente &c.
DECLARATION du Roy,portant qu'il ne fera
laiffé aucun Mouffe dans les Echelles de Levant &
de Barbarie. Donnée à Verſailles le 12 Octobre
1730. Registrée en Parlement , à Aix , le 3. No
vembre fuivant , dont voici l'Extrait :
LOUIS , par la grace de Dieu , &c. Nous aurions
été informez que plufieurs Mouffes femployez
au commerce dans la Méditerranée , font
reftez en Levant & en Barbarie, à caufe des mauvais
traitemens qu'ils ont reçûs à bord des Bâtimens
, fur lefquels ils étoient embarquez , & que
les Mufulmans ayant trouvé beaucoup de facilité
= à les féduire , attendu la foibleffe de leur âge , les
ont induits à embraffer la Religion du País : Et
voulant remedier à un abus que notre zéle pour la
Religion , & notre affection pour nos Sujets , ne
Nous permettent pas de tolerer , Nous avons fait
& faifons par ces Préfentes,fignées de notre main,
très - exprefles inhibitions & deffenſes à tous Capitaines
, Maîtres ou Patrons, de maltraiter & laiffer
maltraiter par les gens de leurs Equipages,les
Mouffes qui feront embarquez fur les Bâtimens
qu'ils
2542 MERCURE
DE FRANCE
qu'ils commanderont ; à peine d'être punis fuivant
l'exigence des cas ; leur permettons feulement
de faire fubir à ces Mouffes les punitions
ordinaires & accoutumées : Deffendons auffi auf-
-dits Capitaines , Maîtres ou Patrons , lorfqu'ils
feront dans les Echelles du Levant & de Barbarie,
de laiffer deſcendre à terre aucuns defdits Mouffes,
fans les mettre fous la garde d'un Officier ou
d'un Matelot de confiance , à peine de 300 livres
d'amende pour chaque Mouffe , qui faute de cette
précaution , fera refté dans lefdites Echelles. En .
joignons aux Confuls , Vice- Confuls , & autres
perfonnes chargées de nos affaires dans lefdites
Echelles du Levant & de Barbarie , de faire mention
fur les Rolles d'équipages . des Mouffes qui
feront reftez dans lefdites Echelles , & de ce qui
pourra y avoir donné lieu , de quoi ils feront requis
par lefdits Capitaines , Maîtres ou Patrons ;
& faute par lefdits Capitaines , Maîtres ou Pa.
trons de rapporter ladite mention fur lefdits Rôles
d'équipages , voulons qu'ils foient cenfez &
réputez avoir laiffé defcendre lefdits Mouffes à
terre fans un homme de confiance , que
tels ils foient condamné à lad.amande de 300 liv.
I
& comme
ARREST du 22 Octobre , qui ordonne que
dans le 1 Avril 1731 , pour toute préfixion & dernier
délay , les proprietaires d'Offices & Droits
fupprimez , feront tenus de faire proceder aux li--
quidations de leur finance , & d'en recevoir les
rembourfemens ; paffé lequel temps ils en demeureront
déchûs , leurs Liquidations & Titres annuldez
, les quittances de finance déchargées du controlle
, & le tout porté aux Archivès du Confeil,
Sa Majesté quitte & déchargée de tous rembour
femens à l'avenir.
AR
NOVEMBRE. 1730. 2543
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , da
30. Octobre 1730.
9
Le Roi eft informé de la publication d'un
Ecrit qui a pour titre : Memoire pour les Sieurs
Samfon , Curé d'Oliver , Couës , Curé de Darvoi
Gaucher , Chanoine de Fargeau , Diocée d'Or
leans &c. fur l'effet des Arrêts des Parlements ,
tant provisoires que définitifs , en matiere d'Appel
comme d'abus des Cenfures Ecclefiaftiques
dans lequel Ecrit on a inferré la fübftance d'une
Confultation donnée par quatorze Avocats au
Parlement de Paris , le 10. Juillet 1718. &
qui n'avoit point paru alors dans le public , avec
une nouvelle Confultation des 27. Juillet & 7.
Septembre 1730. par laquelle quarante Avocats
au même Parlement déclarent qu'ils perfiftent
dans la premiere , que quelques - uns d'entr'eux
avoient figné en 1718. ou qu'ils y adhérent. Sa
Majefté auroit jugé à propos de faire examiner
ces Confultations en fon Confeil ; & il n'a pas
été difficile d'y reconnoître , que l'efprit en general
de cet ouvrage eft d'attaquer les premiers principes
du gouvernement de la France , & de diminuer
le refpect des Peuples pour cette autorité
fuprême , qui refidant tout entier dans la feule
perfonne du Souverain , forme le caractere effentiel
de la Monarchie , & en maintient depuis tant
de fiecles la grandeur & la felicité .
Que pour altérer , s'il étoit paffible , cette uniaé
du Gouvernement , qu'on ne peut partager
fans la détruire , les Auteurs des Confultations
ne craignent point d'avancer , que , fuivant les
Conftitutions du Royaume , les Parlements font
le Senat de la Nation , titre, que ces Compagnies,
inftruites de la nature de leur pouvoir , & deles
à celui qui en eft l'auteur , feroient faus doute
bien éloignées d'adopter ; & quand même on en
réduiroir
2544 MERCURE DE FRANCE
duirait l'effet à ce qui regarde l'adminiſtration
de la Justice , ce feroit toûjours une entrepriſe
criminelle , de vouloir faire entendre que le vain
titre de Senat de la Nation , eft le fondement de
cette autorité , que les Parlemens ont fi fouvent
reconnu eux -mêmes ne tenir que du Roi feul.
› Que par une temerité encore plus inexcufable
on a affecté de ne donner au Roi que la qualité de
Chefde la Nation , dont les Parlemens font le Senat.
On voit en effet dans les Confultations , que
tout ce qui concerne l'adminiſtration de la Juſtice ,
y eft rapporté à la Nation , à ce qu'on appelle fon
Tribunal fouverain ,aux Ordonnances qui ont été
formées par fon vau, dans l'affemblee desEtats,
& dont on éleve l'autorité bien au - deffus de celles
qui ont été faites , fans l'avoir entenduë : On y
reprefenre les Magiftrats des Parlemens , & ceux
qui ont droit d'y avoir féance , comme étant fouverainement
dépofitaires des Loix de l'Etat ; on
accumule en leur faveur , les qualitez de Senateurs
, de Patrices , d'affeffeurs du Trône dans
l'administration de la Justice ; & après avoir fuppofé
que tout ce qu'ils ont fait , eft une preuve
fuffifante qu'ils avoient droit de le faire , on ajoute
que perfonne n'eft Juge au - deffus de leurs Ar
rêts , fans excepter Sa Majefté d'une propofition
fi generale.
trent trop
Qu'independamment de ces traifs , qui monclairement
le caractere feditieux de cet
ouvrage , on y remarque une affectation perpetuelle
, à ne parler en general que de Puiffance
publique , de Jurifdiction exercée fouverainement
par les Parlemens fur tous les membres
de l'Etat , comme ayant le caractere repreſentatifde
l'autorité publique , fans y adjouter aucune
expreffion qui faffe fentir que cette autorité
refide dans le Prince , comme dans fa fource : Et
cette
NOVEMBRE. 1730. 2545
Cette affectation eft portée fi loin , que dans un
Ecrit , où il femble qu'on fe foit propofé de don→
'ner une idée generale de la conftitution fonda-
'mentale de l'Etat , on évite avec une attention
marquée de parler du Roi , qui n'y eſt nommé
fur ce fujet que lorsqu'il s'agit de l'appeller le
Chefde la Nation, ou de foutenir , que les Arrêts
des Parlemens ne peuvent jamáis être reformés
parce qu'ds font rendus au nom de Sa Majesté.s
Qu'on ofe même y avancer cette propofition
generale , que les Loix font de veritables conventions
entre ceux qui gouvernent , ceux
qui font gouvernez ; propofition qui ne feroit
pas approuvée dans les Republiques mêmes , mais
qui eft abfolument intolerable dans une Monarchie
; puifqu'en dépouillant le Souverain de la
plus augufte de fes qualitez , qui eft celle de Legiflateur
, elle le réduit à ne pouvoir traiter que
d'égal à égal , par forme de contract , avec les
Sujets , & l'expofe par confequent à recevoir la
loi de ceux mêmes à qui il doit la donner.
Enfin , que par une fuite du même efprit qui
regne dans tout le corps de l'ouvrage , le pouvoir
de l'Eglife n'y eft pas plus refpecte que celui du
Roi , & que les principes qui y font répandus ,
tendent également à revolter les Peuples contre
foute autorité.
Sa Majefté , qui doit à Elle- même & à l'Etat
la confervation des droits Sacrés & inviolables de
fa Couronne , ne sçauroit faire éclater trop prom
ptement fa feverité contre un Ecrit où ils font
Ouvertement attaqués ; & fi Elle ne la porte pas
d'abord auffi loin que l'importance de la matiere
peut l'exiger , c'eft parce qu'elle ne fçauroit dou
rer , que ceux qui paroiffent avoir figné cet Ecrit,
reconnoiffent eux-mêmes , avec indignation , là
farprife qu'on leur a faite , ne fe hâtent de la reparer
par un defaveu formel , ou par une prome
K pta
2546, MERCURE DE FRANCE
pre & parfaite retractation , qu'ils devoient regarder
comme le feul moyen qui leur refte pour.
flechir S. M. & defarmer la rigueur de ſa Juſtice:
A quoi étant neceffaire de pourvoir , pour repri
mer tout ce qui peut être une occafion de trous
ble & de confufion dans le Royaume , Sa Majefté
étant en fon Confeil , a ordonné & ordonne
que l'Imprimé quia pour titre , Memoire pour
les Sieurs Samfon , Curé d'Olivet , Couët , Curé
de Darvoi , Gaucher , Chanoine de Fargeau ,
Diocéfe d'Orleans , autres Ecclefiaftiques de &
differens Diocéfes , appellans comme d'abus ,
contre M. l'Evêque d'Orleans , & autres Arshevêques
& Evêques de differens Diocéfes , intimez
, fur l'effet des Arrêts des Parlemens ,
tant provifoires que définitifs , en matiere d'ap
pel comme d'abus des Cenfures Ecclefiaftiques.
A Paris , de l'Imprimerie de Philippe Nicolas
Lottin , fera & demeurera fuprimée , comme con
tenant des propofitions contraires à l'autorité du
Roi , feditieufes & tendantes à troubler la tranquilité
publique ; & en confequence , ordonne
que tous les exemplaires dudit Memoire , qui ont
été répandus dans le public , feront inceffamment
rapportez au Greffe du Sieur Herault , Confeiller
d'Etat , Lieutenant General de Police , pour
y être lacerés. Fait Sa Majefté très - expreffes inhibitions
& deffenfes à tous les ſujets , de quelque
état & condition qu'ils foient , d'en vendre , dea
biter , ou autrement diftribuer , même d'en retenir
aucun , à peine de punition exemplaire contre
ceux qui s'en trouveront faifis. Ordonne en
outre Sa Majefté , que la minute dudit Memoire,
fur laquelle il a été imprimé, ſera remife dans le
jour, par ledit Lottin , Imprimeur , au Greffe dudit
Sieur Herault ; & que les quarante Avocats
dont les noms ont été imprimés au bas de la
Confultation , des 27. Juillet & 7. Septembre
6
1730.
NOVEMBRE. 1730. 2547-
730. inferée dans le Memoire , feront tenus
dans un mois , à compter du jour de la fignification
qui fera faite à chacun d'eux du prefent Arrêt
, de defavouer ou de retracter ladite Confultation
, par Acte figné d'eux , qu'ils, remettront
au Greffe du Confeil ; finon & faute par eux d'y
avoir fatisfait dans ledit délai , ils demeureront
par provifion interdits de toutes leurs fonctions
en vertu du prefent Arrêt , Sa Majefté fe refervant
au furplus d'ordonner ,
audit cas , ce qu'il
appartiendra . Et fera le prefent Arrêt lû , publié
& affiché par tout où befoin fera : Enjoint audit
Sieur Herault d'y tenir la main,& à l'execution de
ce qui le concenrae dans les difpofitions dudit Arrêt.
Fait au Confeil d'Etat du Roi,S.M.y étant, &c .
AUTRE du 31. Octobre , qui ordonne que
conformément au Tarif arrêté au Confeil le 13 .
Juin 1730. il fera payé aux Jurez Vendeurs ,
Controlleurs & Compteurs de Poiffons d'eau dousce
, deux fols fix deniers pour chaque livre du
prix du Poiffon d'eau douce , qui fera vendu ou
confommé dans la Ville, Fauxbourgs & Banlieues
de Paris, au lieu de deux fols fix deniers employez
par erreur dans l'expedition & dans les imprimez
dudit Tarif,
AUTRE du 21. Novembre , qui ordonne
qu'en remettant au Garde du Tréfor Royal en
exercice , tant par les proprietaires des Finances
des anciens Offices fuprimez fur les Quais , Ports ,
Halles , &c. de Paris , que par les proprietaires
des Rentes fur les Aydes & Gabelles , fur les Tailles
, ou interêts au denier cinquante , provenant
des rembourfemens cy- deyant faits des Finances
de pareils Offices , les Titres & Pieces y mentionnez
, il leur fera délivré pour valeur de leur rembourfement
des Recepiffez à la décharge du Tréforier
des Revenus cafuels , pour être employer
2548 MERCURE DE FRANCE
en acquifition des nouveaux Offices créez par Edit
du mois de Juin dernier.
AUTRE dy 25. Novembre 1730. rendu
au fujet d'une déclaration donnée , fuivant l'Arrêt
du 30. Octobre dernier , par quarante Avo
cats au Paement de Paris , &c.
Vu par le Roi , étant en fon Confeil , la Décla
ration donnée fuivant l'Arrêt du 30. Octobre
dernier , par les quarante Avocats , dont les noms
ont été imprimez au bas de la Confultation , au
fujet de laquelle ledit Arrêt a été rendu , ladite
Déclaration conçue en ces termes :
Les quarante Avocats dont les noms font imprimez
au bas de la Confultation qui a donné
lieu à l'Arrêt du 30. Òâobre dernier., ne pourroient
fe confoler du soupçon qui paroît avoir .
frappé Votre Majesté fur leur fidelité , s'il ne
leur procuroit l'occafion de faire à V. M. une
proteftation authentique de leurs fentimens fur
fon autorité.
Nous avons toujours été intimement convaincus
, & nous ferons toujours gloire de le
profeffer hautement , que le Royaume de Françe
eft un Etat purement Monarchiques que l'autorité
fuprême réfide dans la feule perfonne du
Souverain; que V. M. tient dans fon Royaume
la place de Dieu même , dont elle est l'image
vivantes que la foumiffion qui lui eft dûë , eſt
un devoir de Religion , auquel on doit fatisfaire
non par la terreur des peines , mais par le mouvement
de fa confcience ; qu'il n'y a aucune
Puiffance fur la terre qui ait le pouvoir de dé
gager les Peuples de cette fidelité inviolable
qu'ils doivent à leur Souverain , que l'excommunication
même , fi redoutable quand elle eft
prononcée pour des caufes légitimes , ne peut
jamais rompre le noeud facré qui lie les Sujets
"
NOVEMBRE. 1730. 2540
leurRoi; que pour quelque caufe que ce puiffe
etre ; on ne peut porter la plus legere atteinte à
fon autorité ; qu'il eft le feul Souverain Legifla
teur dans fes Etats ; que les Parlemens & autres
Cours du Royaume ne tiennent que de V.M.
feule l'autorité qu'ils exercent ; que le respect &
la foumiffion qu'on rend à leurs Arrêts , remontent
à V. M. comme à leur fource , & que par
cette raiſon la Juftice s'y rend au nom de Votre
Majefté , que c'eft V M. qui parle dans les
Arrêts, & qu'ils ne font executoires , qu'au
tant qu'ilsfont munis du Sceau de V. M.
Voilà , Sire , les veritez dans lesquelles nous
affermit chaque jour l'exercice de notre minif
tere , fous les yeux du Parlement fi attentifà
conferver toutes les prérogatives , de votre autorité
facrée Notre coeur ne nous reprochers
jamais de nous en être écartez nous ne les abandonnerons
jamais ; & pour le maintien de ces
mêmes veritez , nous ferons prêts en tout tems.
& en toute occafion , de facrifier nos biens &
nos perfonnes.
Nous regardons encore , Sire, comme un principe.
immuable, que les Miniftres de l'Eglife, membres
de l'Etat & Sujets de V. M. font , comme tous.
les autres Ordres du Royaume , foumis à toutes
les loix qui portent le caractere de l'autorité
Royale ; qu'ils tiennent uniquement de J. C. &
de fon Eglife le pouvoir fpirituel dont le falut
des ames eft l'objet , & qui fe fait obéir parla
crainte des peines fpirituelles ; mais que c'est à
V.M.feule, qu'ils doivent la juriſdiction exterieur
re qu'ils exercent dans vos Etats , de l'ufage de
laquelle ils font neceffairement comptables à
V.M. par confequent au Parlement qui rend la
Juftice en votre nom & à qui il appartient, fous
votre autorité , de réprimer par la voye de l'ap
pel comme d'abus , tout ce qui pourroit bleffer
de
2550 MERCURE DE FRANCE
de leur part les loix les maximes duRoyaume.
Tel eft le point effentiel ſur lequel nous avons
ufé dela liberté que nous avons de répondre aux
questions fur lesquelles nous sommes confulter
par les Parties qui ont recours à nous ,
to que
nous nous flattons , Sire , que V. M. voudra
bien nous conferver.
Nous prenons enfin la liberté de protester à
V. M. que nous n'avons entendu les expreffions.
dont on s'eft fervi dans le Mémoire , que conformement
aux veritez que nous venons d'expofer
à V. M. & dans le méme efprit que plu
fieurs ont été employées dans quelques Orionnances
des Rois Prédereffeurs de V. M. & dans
les Auteurs les plus, approuvez; tout autre sens,
toute autre interpretation eft encore plus éloignée
de notre coeur que de notre efprit ; nous defavoüons,
Sire,& nous déteftons tout ce qui pour
roit tendre à donner la moindre atteinte à votre
autorités fi nous connoiffions,des termes encore
plusforts nous nous en fervirions pour exprimer
à V.M. la droiture & la fidelité de nos fentimens.
Ladite déclaration fignée le Roy , Berroyer ...
& autres Avocats , au nombre de quarante , dontles
noms ont été imprimez à la fin de la Confultation
, au bas de laquelle déclaration font écrits
ces mors : Je fouffigné Avocat au Parlement , ·
Baftonnier des Avocats , déclare au nom de
TOrdre defdits Avocats , que les fentimens .
les principes contenus dans la déclaration cydeffus
, fur l'autorité du Roi , non feulement
ceux des Avocats qui ont figné la prefente declaration,
mais encore de l'Ordre entier , &
qu'il y adhers pleinement, Signé , Tartarin. Sa
Majesté étant fatisfaite de ladite déclaration , on
lefdits Avocats reconnoiffent d'une maniere fi
claire & fi formelle , ce qu'ils doivent à fon au
torité & aux droits inviolables de la Couronne
&
NOVEMBRE. 1730. 255T
2
& en conſequence , voulant faire voir qu'Elle les
regarde comme de bons & fideles Sujets , & rendre
public le témoignage folemnel qu'ils lui ent
donnent , Sa Majesté étant en fon Confeil , a ordonné
& ordonne que ladite déclaration demeurera
attachée à la minute du preſent Arrêt , lequel
fera lú , publié & affiché par tout où beſoin fera
Fait au Confeil , &c,
On donnera deux Volumes le mois prochain
pour pouvoir employer les Pieces qui n'ont pu
trouver place pendant le cours de la prefente
anne & qui nous paroiffent dignes de la cui
riofité du Public.
ORDONNANCES , &c.
A&
RREST du 22. Août , qui proroge pen
dant trois ans , à compter du premier Oc
tobre prochain , la moderation des Droits cidevant
accordée fur les Beurres & Fromages vemant
de l'Etranger, & fur ceux du crû du Royaumc
.
7
à
AUTRE du même jour , qui proroge pen
dant trois ans , compter du 23. Octobre prochain
, la permiffion ci- devant accordée aux Ne--
gocians François qui font le Commerce des Iſles .
& Colonies Françoifes de l'Amerique , de faire
venir des Pays étrangers des Lards , Beurres
Suifs , Chandeles & Saumons falez , fans payer
aucuns Droits.
AUTRE du même jour, qui ordonne que
le Franc-falé fera délivré aux Officiers veteranshonoraires
, & Veuves , en juftifiant du payement
de la Capitation de l'année qui aura précedé celle
dans laquelle le Franc- falé fera delivré.
ORDONNANCE du Roy , du 26. Août,
concernant le Regiment Royal d'Artillerie , par
laquelle il eft dit que Sa Majefté jugeant qu'il eft.
du bien de fon fervice , de maintenir dans les
Compagniers de Sapeurs , Bombardiers & Canoniers
, les Charges de Capitaines en ſecond , &
d'augmenter dans les Compagnies de Mineurs la
folde
2536 MERCURE DE FRANCE
földe des Apprentifs qui ne font actuellement .
payez que fur le pied de cinq fols fix deniers
Elle a ordonné & ordonne qu'à l'avenir les Charges
de Capitaines en fecond des Compagnies de
Sapeurs , Bombardiers & Canoniers , continueront
d'être remplies , & que ceux qui en feront
pourvás , feront payez des appointemens qui leur
font attribuez par fes Ordonnances ; Et qu'à
commencer au premier Octobre prochain les
vingt-deux Apprentifs , dans chacune des Compagnies
de Mineurs , feront payez fur le pied de
fept fols par jour indiftinctement , & c.
ARREST du 27. Août , portant qu'il fera
établi en l'Hôtel de la Compagnie des Indes un
nouveau Dépoft , libre & volontaire , pour tous
ceux des Actionnaires qui voudront librement &
volontairement y dépofer leurs Actions.
AUTRE du 29. Août , qui exempre des Droits.
dûs au Roy ou à fes Fermiers , & des Droits de
Peage, les Grains qui feront tranfportez des Pro--
vinces , du Royaume dans celle de Provence
pendant un an , à compter du 15. Septembre :
1730.
AUTRE du 5 : Septembre , qui revoque les
Lettres Patentes du 19. Août 1727. portant Privilege
exclufif pour l'établiſſement des Manufactures
de Cuivre...
ORDONNANCE du Roy , du 6. Septembre
, concernant la Patente de Santé que doivent
prendre les Capitaines & Patrons des Bâtimens
qui commercent dans les Echelles de Lewant
& de Barbaric.
AR
NOVEMBRE. 1730.2537
ARREST du 12. Septembre , qui ordonne
qu'il fera procedé par Mrsrs les Intendans des Provinces
& Generalitez du Royaume , à l'adjudication
de la fourniture de l'Etape aux Troupes ' ,
pendant l'année prochaine 1731.
ARREST de la Cour des Aydes , du 22. Septembre
, e ,,pour faire jouir Pierre Carlier de la Ferme
generale du Privilege exclufif de la vente du
Tabac , en attendant l'Enregistrement de ſon Bait..
-
ARREST du 26. Septembre , qui ordonne
que les nouveaux Sous Baux des Aydes &
droits y joints des Generalitez y mentionnées ,
faits par Carlier pour les deux dernieres années de
fon Bail , qui commenceront au premier Octobre
1730. feront fans frais.
AUTRE du même jour , qui révoque pour
un an, à compter du 15. Octobre prochain, celuidu
13. Avril 1728. qui exemte de tous droits des
Fermes & autres , les Bleds , Froments , Méteils ,
Seigles, Orges , Baillarges & autres grains , farines
& legumes , qui pafferont des Provinces des
cinq groffes Fermes dans les Provinces réputées
étrangeres & des Provinces réputées étrangeres
dans celle des cinq groffes Fermes ; & deffend la
fortie defdits grains hors du Royaume.
AUTRE du même jour , en interprétation .
de celui du 14 Août 1727. & qui regle les formalitez
à obferver par les Marchands & Négocians
qui acheteront à Nantes des Marchandifes .
permifes venant des Indes , & qui proviendront
des ventes de la Compagnie.
ORDONNANCE du Roi , du 8. Octobre
1730. par laquelle il eft ordonné que les
deuils
2538 MERCURE DE FRANCE
deuils que Sa Májeſté a coûtume de porter à la
mort des Têtes Couronnées , des Princes & Princeffes
du Sang , & des autres Princes & Princeffes
de l'Europe , ainfi que ceux qui fe portent dans
les familles des Sujets de S. M. feront réduits à
l'avenir à la moitié du tems prefcrit par l'Ord.du
23. Juin 1716. N'entend neanmoins S. M. comprendre
dans cette réduction , les deuils que les
femmes portent à la mort de leurs maris , & ceux
qui fe portent à la mort des femmes , peres , meres
, beaux peres & belles-meres , ayeuls & ayeules
, & des autres perfonnes de qui on eft heritier
ou légataire univerfel , lefquels demeureront fixez
au tems prefcrit par ladite Ordonnance du 23 .
Juin 1716. renouvellant S. M. en tant que befoin
feroit , les deffenfes faites par ladite Ordonnance
de draper , fi ce n'eft pour les maris & femmes ,
peres & meres , beau-peres & belles - meres , ayeuls
& ayeules , & des perfonnes de qui on eft héritier
ou légataire univerfel.
ORDONNANCE du Roi , pour le licenciement
& le remplacement de la moitié de la Mis
lice. Du 12. Octobre 1730.
Sa Majefté ayant par fes Ordonnances des 31 .
Juillet 1728. & 25. Janvier 1729. pourvû au
licenciement & remplacement de la moitié des
Soldats de Milice qui ont été levez en 1726. &
1727. & voulant congedier l'autre moitié defdits
Soldats , & qu'il en foit levé d'autres àleur place ;
S. M. a ordonné & ordonne ce qui ſuit.
ARTICLE PREMIER..
Les Miliciens qui reftent du nombre de ceux
levez en execution des Ordonnances des 25. Février
& 16. Décembre 1726. demeureront abfo-
Jument libres , à compter du jour de la publication
de la prefente Ordonnance ; à l'effet de quoi
il
NOVEMBRE. 1730. 2539
fera délivré à ceux qui en demanderont, des Cer
tificats fignez des Intendans ou de leurs Subdéleguez
, portant qu'après avoir accompli les quatre
années de fervice dont ils étoient tenus , ils ont
été congediez, & en conféquence lefdits Miliciens,
foit Sergens ou Soldats , cefferont , à commencer
du premier Novembre prochain , de recevoir les.
deux fols ou le fol de folde qui leur a été reglé.
II. Veut néanmoins SM. que ceux defd . Miliciens
de 1726.& 1727. qui après s'être abſenté
ont obtenu leur grace , à condition de continuer
fervir pendant plufieurs années, reſtent Miliciens
, jouiffent de la folde jufqu'à- ce que leur
tems foit accompli.
III . Ordonne S. M. que dans les mois de Février
& deMars prochain lesIntendans feront faire
par les Paroiffes de leurs départemens , le rem
placement des Milicicns congediez au nombre de
300. par Bataillon , le tout dans la forme prefpar
l'Ordonnance du 2 5. Janvier 1729. dont
S.M. en tant que de befoin, renouvelle les difpofitions.
crite
I V. Permet aux Miliciens congediez , de continuer
leur fervice , fi bon leur femble; à l'effet de
quoi ceux qui s'y porteront volontairement , en
feront leur déclaration devant l'Intendant ou fon
Subdelegué, avant qu'on ait tiré au fort : & cet engagement
fera pour 1731. & 1732. au moyen
de quoi ils continueront de jouir de leur folde
fans interruption.
V. Les. Miliciens continueront de jouir , tant
pour eux que pour leurs peres & meres , des
exemptions accordées par l'Article XXIX . de
l'Ordonnance du 25. Janvier 1729.
V I. S. M. ordonne de nouveau , que la gratification
que les garçons font en coûtume de donnerà
celui ou ceux fur qui le fort eft tombé pour
la
Milice
2540 MERCURE DE FRANCE
Milice , ne pourra exceder pour chacun la fomme
de 30. livres , fur laquelle il leur fera acheté deux
chemiſes & deux cravates ou cols de groffe toile ,
un habrefac & une paire de fouliers ; & le furplus
fera remis au Milicien fans aucune déduction,
VII . Entend Sa Majefté que les Collecteurs ne
puiffent en aucune maniere que ce foit être employés
au détail de la Milice , & leur défend de
délivrer aucuns deniers de leur Recette pour
prétendus frais de Milice .
VIII. Les Miliciens levés en execution de
POrdonnance du 25. Janvier 1729. continueront
de fervir pendant l'année prochaine 1731
& la fuivante 1732. & recevront la folde ordon,
née , bien entendu que ceux qui manqueront par
maladie ou défertion feront remplacés
mort ,
par les Paroiffes.
IX. Deffend Sa Majefté de recevoir à la Milice
des garçons étrangers , à moins qu'ils ne
foient habitans dans la Paroiffe depuis fix mois,
& nés de parens domiciliés dans le Reffort de
la Jurifdiction Royale dont la Paroiffe eft dépendante.
X. Deffend Sa Majefté aux Officiers de fes
Troupes fous les peines portées par l'Article
XXVIII. de l'Ordonnance du 25. Janvier 1729 .
d'engager aucun de ceux fur qui le fort fera
tombé pour la Milice.
>
XI . Deffend pareillement aux Ecclefiaftiques ,
Gentilshommes Communautés , Séculieres ou
Régulieres , de donner retraite à aucun garçon
fujet à la Milice , fous les peines portées par
Article XVIII . de la même Ordonnance.
XII. Veut Sa Majeſté qu'à l'égard des Déferteurs
de la Milice , il en foit ufé comme il eft
preferit par l'Article IV. de l'Ordonnance du
as, Fevrier 1730.
XIII.
NOVEMBRE. 1730. 2541
XIII. Chaque Bataillon continuera d'être
compofé de fix Compagnies de cent hommes
chacune , & du nombre d'Officiers mentionnés
dans l'Article XXII . de l'Ordonnance du 25.#
Janvier 1729.
XIV. Veut Sa Majefté que tous lesdits Bataillons
foient complets , & en état de marcher ou
fon fervice les appellera , au premier Avril 1731 .
XV. Les Ordonnances ci-devant renduës fur
ke fait de la Milice , & notamment celles des
25. Fevrier 1726. 25. Janvier 1729. & 25. Fevrier
1730. feront executées fuivant leur forme
& teneur en ce qui n'eft point contraire à la
prefente &c.
DECLARATION du Roy,portant qu'il ne fera
laiffé aucun Mouffe dans les Echelles de Levant &
de Barbarie. Donnée à Verſailles le 12 Octobre
1730. Registrée en Parlement , à Aix , le 3. No
vembre fuivant , dont voici l'Extrait :
LOUIS , par la grace de Dieu , &c. Nous aurions
été informez que plufieurs Mouffes femployez
au commerce dans la Méditerranée , font
reftez en Levant & en Barbarie, à caufe des mauvais
traitemens qu'ils ont reçûs à bord des Bâtimens
, fur lefquels ils étoient embarquez , & que
les Mufulmans ayant trouvé beaucoup de facilité
= à les féduire , attendu la foibleffe de leur âge , les
ont induits à embraffer la Religion du País : Et
voulant remedier à un abus que notre zéle pour la
Religion , & notre affection pour nos Sujets , ne
Nous permettent pas de tolerer , Nous avons fait
& faifons par ces Préfentes,fignées de notre main,
très - exprefles inhibitions & deffenſes à tous Capitaines
, Maîtres ou Patrons, de maltraiter & laiffer
maltraiter par les gens de leurs Equipages,les
Mouffes qui feront embarquez fur les Bâtimens
qu'ils
2542 MERCURE
DE FRANCE
qu'ils commanderont ; à peine d'être punis fuivant
l'exigence des cas ; leur permettons feulement
de faire fubir à ces Mouffes les punitions
ordinaires & accoutumées : Deffendons auffi auf-
-dits Capitaines , Maîtres ou Patrons , lorfqu'ils
feront dans les Echelles du Levant & de Barbarie,
de laiffer deſcendre à terre aucuns defdits Mouffes,
fans les mettre fous la garde d'un Officier ou
d'un Matelot de confiance , à peine de 300 livres
d'amende pour chaque Mouffe , qui faute de cette
précaution , fera refté dans lefdites Echelles. En .
joignons aux Confuls , Vice- Confuls , & autres
perfonnes chargées de nos affaires dans lefdites
Echelles du Levant & de Barbarie , de faire mention
fur les Rolles d'équipages . des Mouffes qui
feront reftez dans lefdites Echelles , & de ce qui
pourra y avoir donné lieu , de quoi ils feront requis
par lefdits Capitaines , Maîtres ou Patrons ;
& faute par lefdits Capitaines , Maîtres ou Pa.
trons de rapporter ladite mention fur lefdits Rôles
d'équipages , voulons qu'ils foient cenfez &
réputez avoir laiffé defcendre lefdits Mouffes à
terre fans un homme de confiance , que
tels ils foient condamné à lad.amande de 300 liv.
I
& comme
ARREST du 22 Octobre , qui ordonne que
dans le 1 Avril 1731 , pour toute préfixion & dernier
délay , les proprietaires d'Offices & Droits
fupprimez , feront tenus de faire proceder aux li--
quidations de leur finance , & d'en recevoir les
rembourfemens ; paffé lequel temps ils en demeureront
déchûs , leurs Liquidations & Titres annuldez
, les quittances de finance déchargées du controlle
, & le tout porté aux Archivès du Confeil,
Sa Majesté quitte & déchargée de tous rembour
femens à l'avenir.
AR
NOVEMBRE. 1730. 2543
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , da
30. Octobre 1730.
9
Le Roi eft informé de la publication d'un
Ecrit qui a pour titre : Memoire pour les Sieurs
Samfon , Curé d'Oliver , Couës , Curé de Darvoi
Gaucher , Chanoine de Fargeau , Diocée d'Or
leans &c. fur l'effet des Arrêts des Parlements ,
tant provisoires que définitifs , en matiere d'Appel
comme d'abus des Cenfures Ecclefiaftiques
dans lequel Ecrit on a inferré la fübftance d'une
Confultation donnée par quatorze Avocats au
Parlement de Paris , le 10. Juillet 1718. &
qui n'avoit point paru alors dans le public , avec
une nouvelle Confultation des 27. Juillet & 7.
Septembre 1730. par laquelle quarante Avocats
au même Parlement déclarent qu'ils perfiftent
dans la premiere , que quelques - uns d'entr'eux
avoient figné en 1718. ou qu'ils y adhérent. Sa
Majefté auroit jugé à propos de faire examiner
ces Confultations en fon Confeil ; & il n'a pas
été difficile d'y reconnoître , que l'efprit en general
de cet ouvrage eft d'attaquer les premiers principes
du gouvernement de la France , & de diminuer
le refpect des Peuples pour cette autorité
fuprême , qui refidant tout entier dans la feule
perfonne du Souverain , forme le caractere effentiel
de la Monarchie , & en maintient depuis tant
de fiecles la grandeur & la felicité .
Que pour altérer , s'il étoit paffible , cette uniaé
du Gouvernement , qu'on ne peut partager
fans la détruire , les Auteurs des Confultations
ne craignent point d'avancer , que , fuivant les
Conftitutions du Royaume , les Parlements font
le Senat de la Nation , titre, que ces Compagnies,
inftruites de la nature de leur pouvoir , & deles
à celui qui en eft l'auteur , feroient faus doute
bien éloignées d'adopter ; & quand même on en
réduiroir
2544 MERCURE DE FRANCE
duirait l'effet à ce qui regarde l'adminiſtration
de la Justice , ce feroit toûjours une entrepriſe
criminelle , de vouloir faire entendre que le vain
titre de Senat de la Nation , eft le fondement de
cette autorité , que les Parlemens ont fi fouvent
reconnu eux -mêmes ne tenir que du Roi feul.
› Que par une temerité encore plus inexcufable
on a affecté de ne donner au Roi que la qualité de
Chefde la Nation , dont les Parlemens font le Senat.
On voit en effet dans les Confultations , que
tout ce qui concerne l'adminiſtration de la Juſtice ,
y eft rapporté à la Nation , à ce qu'on appelle fon
Tribunal fouverain ,aux Ordonnances qui ont été
formées par fon vau, dans l'affemblee desEtats,
& dont on éleve l'autorité bien au - deffus de celles
qui ont été faites , fans l'avoir entenduë : On y
reprefenre les Magiftrats des Parlemens , & ceux
qui ont droit d'y avoir féance , comme étant fouverainement
dépofitaires des Loix de l'Etat ; on
accumule en leur faveur , les qualitez de Senateurs
, de Patrices , d'affeffeurs du Trône dans
l'administration de la Justice ; & après avoir fuppofé
que tout ce qu'ils ont fait , eft une preuve
fuffifante qu'ils avoient droit de le faire , on ajoute
que perfonne n'eft Juge au - deffus de leurs Ar
rêts , fans excepter Sa Majefté d'une propofition
fi generale.
trent trop
Qu'independamment de ces traifs , qui monclairement
le caractere feditieux de cet
ouvrage , on y remarque une affectation perpetuelle
, à ne parler en general que de Puiffance
publique , de Jurifdiction exercée fouverainement
par les Parlemens fur tous les membres
de l'Etat , comme ayant le caractere repreſentatifde
l'autorité publique , fans y adjouter aucune
expreffion qui faffe fentir que cette autorité
refide dans le Prince , comme dans fa fource : Et
cette
NOVEMBRE. 1730. 2545
Cette affectation eft portée fi loin , que dans un
Ecrit , où il femble qu'on fe foit propofé de don→
'ner une idée generale de la conftitution fonda-
'mentale de l'Etat , on évite avec une attention
marquée de parler du Roi , qui n'y eſt nommé
fur ce fujet que lorsqu'il s'agit de l'appeller le
Chefde la Nation, ou de foutenir , que les Arrêts
des Parlemens ne peuvent jamáis être reformés
parce qu'ds font rendus au nom de Sa Majesté.s
Qu'on ofe même y avancer cette propofition
generale , que les Loix font de veritables conventions
entre ceux qui gouvernent , ceux
qui font gouvernez ; propofition qui ne feroit
pas approuvée dans les Republiques mêmes , mais
qui eft abfolument intolerable dans une Monarchie
; puifqu'en dépouillant le Souverain de la
plus augufte de fes qualitez , qui eft celle de Legiflateur
, elle le réduit à ne pouvoir traiter que
d'égal à égal , par forme de contract , avec les
Sujets , & l'expofe par confequent à recevoir la
loi de ceux mêmes à qui il doit la donner.
Enfin , que par une fuite du même efprit qui
regne dans tout le corps de l'ouvrage , le pouvoir
de l'Eglife n'y eft pas plus refpecte que celui du
Roi , & que les principes qui y font répandus ,
tendent également à revolter les Peuples contre
foute autorité.
Sa Majefté , qui doit à Elle- même & à l'Etat
la confervation des droits Sacrés & inviolables de
fa Couronne , ne sçauroit faire éclater trop prom
ptement fa feverité contre un Ecrit où ils font
Ouvertement attaqués ; & fi Elle ne la porte pas
d'abord auffi loin que l'importance de la matiere
peut l'exiger , c'eft parce qu'elle ne fçauroit dou
rer , que ceux qui paroiffent avoir figné cet Ecrit,
reconnoiffent eux-mêmes , avec indignation , là
farprife qu'on leur a faite , ne fe hâtent de la reparer
par un defaveu formel , ou par une prome
K pta
2546, MERCURE DE FRANCE
pre & parfaite retractation , qu'ils devoient regarder
comme le feul moyen qui leur refte pour.
flechir S. M. & defarmer la rigueur de ſa Juſtice:
A quoi étant neceffaire de pourvoir , pour repri
mer tout ce qui peut être une occafion de trous
ble & de confufion dans le Royaume , Sa Majefté
étant en fon Confeil , a ordonné & ordonne
que l'Imprimé quia pour titre , Memoire pour
les Sieurs Samfon , Curé d'Olivet , Couët , Curé
de Darvoi , Gaucher , Chanoine de Fargeau ,
Diocéfe d'Orleans , autres Ecclefiaftiques de &
differens Diocéfes , appellans comme d'abus ,
contre M. l'Evêque d'Orleans , & autres Arshevêques
& Evêques de differens Diocéfes , intimez
, fur l'effet des Arrêts des Parlemens ,
tant provifoires que définitifs , en matiere d'ap
pel comme d'abus des Cenfures Ecclefiaftiques.
A Paris , de l'Imprimerie de Philippe Nicolas
Lottin , fera & demeurera fuprimée , comme con
tenant des propofitions contraires à l'autorité du
Roi , feditieufes & tendantes à troubler la tranquilité
publique ; & en confequence , ordonne
que tous les exemplaires dudit Memoire , qui ont
été répandus dans le public , feront inceffamment
rapportez au Greffe du Sieur Herault , Confeiller
d'Etat , Lieutenant General de Police , pour
y être lacerés. Fait Sa Majefté très - expreffes inhibitions
& deffenfes à tous les ſujets , de quelque
état & condition qu'ils foient , d'en vendre , dea
biter , ou autrement diftribuer , même d'en retenir
aucun , à peine de punition exemplaire contre
ceux qui s'en trouveront faifis. Ordonne en
outre Sa Majefté , que la minute dudit Memoire,
fur laquelle il a été imprimé, ſera remife dans le
jour, par ledit Lottin , Imprimeur , au Greffe dudit
Sieur Herault ; & que les quarante Avocats
dont les noms ont été imprimés au bas de la
Confultation , des 27. Juillet & 7. Septembre
6
1730.
NOVEMBRE. 1730. 2547-
730. inferée dans le Memoire , feront tenus
dans un mois , à compter du jour de la fignification
qui fera faite à chacun d'eux du prefent Arrêt
, de defavouer ou de retracter ladite Confultation
, par Acte figné d'eux , qu'ils, remettront
au Greffe du Confeil ; finon & faute par eux d'y
avoir fatisfait dans ledit délai , ils demeureront
par provifion interdits de toutes leurs fonctions
en vertu du prefent Arrêt , Sa Majefté fe refervant
au furplus d'ordonner ,
audit cas , ce qu'il
appartiendra . Et fera le prefent Arrêt lû , publié
& affiché par tout où befoin fera : Enjoint audit
Sieur Herault d'y tenir la main,& à l'execution de
ce qui le concenrae dans les difpofitions dudit Arrêt.
Fait au Confeil d'Etat du Roi,S.M.y étant, &c .
AUTRE du 31. Octobre , qui ordonne que
conformément au Tarif arrêté au Confeil le 13 .
Juin 1730. il fera payé aux Jurez Vendeurs ,
Controlleurs & Compteurs de Poiffons d'eau dousce
, deux fols fix deniers pour chaque livre du
prix du Poiffon d'eau douce , qui fera vendu ou
confommé dans la Ville, Fauxbourgs & Banlieues
de Paris, au lieu de deux fols fix deniers employez
par erreur dans l'expedition & dans les imprimez
dudit Tarif,
AUTRE du 21. Novembre , qui ordonne
qu'en remettant au Garde du Tréfor Royal en
exercice , tant par les proprietaires des Finances
des anciens Offices fuprimez fur les Quais , Ports ,
Halles , &c. de Paris , que par les proprietaires
des Rentes fur les Aydes & Gabelles , fur les Tailles
, ou interêts au denier cinquante , provenant
des rembourfemens cy- deyant faits des Finances
de pareils Offices , les Titres & Pieces y mentionnez
, il leur fera délivré pour valeur de leur rembourfement
des Recepiffez à la décharge du Tréforier
des Revenus cafuels , pour être employer
2548 MERCURE DE FRANCE
en acquifition des nouveaux Offices créez par Edit
du mois de Juin dernier.
AUTRE dy 25. Novembre 1730. rendu
au fujet d'une déclaration donnée , fuivant l'Arrêt
du 30. Octobre dernier , par quarante Avo
cats au Paement de Paris , &c.
Vu par le Roi , étant en fon Confeil , la Décla
ration donnée fuivant l'Arrêt du 30. Octobre
dernier , par les quarante Avocats , dont les noms
ont été imprimez au bas de la Confultation , au
fujet de laquelle ledit Arrêt a été rendu , ladite
Déclaration conçue en ces termes :
Les quarante Avocats dont les noms font imprimez
au bas de la Confultation qui a donné
lieu à l'Arrêt du 30. Òâobre dernier., ne pourroient
fe confoler du soupçon qui paroît avoir .
frappé Votre Majesté fur leur fidelité , s'il ne
leur procuroit l'occafion de faire à V. M. une
proteftation authentique de leurs fentimens fur
fon autorité.
Nous avons toujours été intimement convaincus
, & nous ferons toujours gloire de le
profeffer hautement , que le Royaume de Françe
eft un Etat purement Monarchiques que l'autorité
fuprême réfide dans la feule perfonne du
Souverain; que V. M. tient dans fon Royaume
la place de Dieu même , dont elle est l'image
vivantes que la foumiffion qui lui eft dûë , eſt
un devoir de Religion , auquel on doit fatisfaire
non par la terreur des peines , mais par le mouvement
de fa confcience ; qu'il n'y a aucune
Puiffance fur la terre qui ait le pouvoir de dé
gager les Peuples de cette fidelité inviolable
qu'ils doivent à leur Souverain , que l'excommunication
même , fi redoutable quand elle eft
prononcée pour des caufes légitimes , ne peut
jamais rompre le noeud facré qui lie les Sujets
"
NOVEMBRE. 1730. 2540
leurRoi; que pour quelque caufe que ce puiffe
etre ; on ne peut porter la plus legere atteinte à
fon autorité ; qu'il eft le feul Souverain Legifla
teur dans fes Etats ; que les Parlemens & autres
Cours du Royaume ne tiennent que de V.M.
feule l'autorité qu'ils exercent ; que le respect &
la foumiffion qu'on rend à leurs Arrêts , remontent
à V. M. comme à leur fource , & que par
cette raiſon la Juftice s'y rend au nom de Votre
Majefté , que c'eft V M. qui parle dans les
Arrêts, & qu'ils ne font executoires , qu'au
tant qu'ilsfont munis du Sceau de V. M.
Voilà , Sire , les veritez dans lesquelles nous
affermit chaque jour l'exercice de notre minif
tere , fous les yeux du Parlement fi attentifà
conferver toutes les prérogatives , de votre autorité
facrée Notre coeur ne nous reprochers
jamais de nous en être écartez nous ne les abandonnerons
jamais ; & pour le maintien de ces
mêmes veritez , nous ferons prêts en tout tems.
& en toute occafion , de facrifier nos biens &
nos perfonnes.
Nous regardons encore , Sire, comme un principe.
immuable, que les Miniftres de l'Eglife, membres
de l'Etat & Sujets de V. M. font , comme tous.
les autres Ordres du Royaume , foumis à toutes
les loix qui portent le caractere de l'autorité
Royale ; qu'ils tiennent uniquement de J. C. &
de fon Eglife le pouvoir fpirituel dont le falut
des ames eft l'objet , & qui fe fait obéir parla
crainte des peines fpirituelles ; mais que c'est à
V.M.feule, qu'ils doivent la juriſdiction exterieur
re qu'ils exercent dans vos Etats , de l'ufage de
laquelle ils font neceffairement comptables à
V.M. par confequent au Parlement qui rend la
Juftice en votre nom & à qui il appartient, fous
votre autorité , de réprimer par la voye de l'ap
pel comme d'abus , tout ce qui pourroit bleffer
de
2550 MERCURE DE FRANCE
de leur part les loix les maximes duRoyaume.
Tel eft le point effentiel ſur lequel nous avons
ufé dela liberté que nous avons de répondre aux
questions fur lesquelles nous sommes confulter
par les Parties qui ont recours à nous ,
to que
nous nous flattons , Sire , que V. M. voudra
bien nous conferver.
Nous prenons enfin la liberté de protester à
V. M. que nous n'avons entendu les expreffions.
dont on s'eft fervi dans le Mémoire , que conformement
aux veritez que nous venons d'expofer
à V. M. & dans le méme efprit que plu
fieurs ont été employées dans quelques Orionnances
des Rois Prédereffeurs de V. M. & dans
les Auteurs les plus, approuvez; tout autre sens,
toute autre interpretation eft encore plus éloignée
de notre coeur que de notre efprit ; nous defavoüons,
Sire,& nous déteftons tout ce qui pour
roit tendre à donner la moindre atteinte à votre
autorités fi nous connoiffions,des termes encore
plusforts nous nous en fervirions pour exprimer
à V.M. la droiture & la fidelité de nos fentimens.
Ladite déclaration fignée le Roy , Berroyer ...
& autres Avocats , au nombre de quarante , dontles
noms ont été imprimez à la fin de la Confultation
, au bas de laquelle déclaration font écrits
ces mors : Je fouffigné Avocat au Parlement , ·
Baftonnier des Avocats , déclare au nom de
TOrdre defdits Avocats , que les fentimens .
les principes contenus dans la déclaration cydeffus
, fur l'autorité du Roi , non feulement
ceux des Avocats qui ont figné la prefente declaration,
mais encore de l'Ordre entier , &
qu'il y adhers pleinement, Signé , Tartarin. Sa
Majesté étant fatisfaite de ladite déclaration , on
lefdits Avocats reconnoiffent d'une maniere fi
claire & fi formelle , ce qu'ils doivent à fon au
torité & aux droits inviolables de la Couronne
&
NOVEMBRE. 1730. 255T
2
& en conſequence , voulant faire voir qu'Elle les
regarde comme de bons & fideles Sujets , & rendre
public le témoignage folemnel qu'ils lui ent
donnent , Sa Majesté étant en fon Confeil , a ordonné
& ordonne que ladite déclaration demeurera
attachée à la minute du preſent Arrêt , lequel
fera lú , publié & affiché par tout où beſoin fera
Fait au Confeil , &c,
On donnera deux Volumes le mois prochain
pour pouvoir employer les Pieces qui n'ont pu
trouver place pendant le cours de la prefente
anne & qui nous paroiffent dignes de la cui
riofité du Public.
Fermer
Résumé : ARRESTS, ORDONNANCES, &c.
En 1730, plusieurs ordonnances et arrêts royaux ont été émis. Le 22 août, trois ordonnances ont prolongé des mesures économiques : la première a étendu pour trois ans la modération des droits sur les beurres et fromages étrangers et nationaux ; la deuxième a prolongé pour trois ans la permission accordée aux négociants français de commercer avec les îles et colonies françaises en Amérique ; la troisième a permis aux officiers vétérans et veuves de recevoir le franc-salé après justification du paiement de la capitation. Le 26 août, une ordonnance royale a concerné le régiment royal d'artillerie, maintenant les charges de capitaines en second et augmentant la solde des apprentis dans les compagnies de mineurs. Le 27 août, un arrêt a établi un nouveau dépôt pour les actionnaires de la Compagnie des Indes. Le 29 août, une ordonnance a exonéré de droits les grains transportés vers la Provence. Le 5 septembre, une ordonnance a révoqué les lettres patentes accordant un privilège exclusif pour les manufactures de cuivre. Le 6 septembre, une ordonnance a concerné la patente de santé pour les capitaines et patrons des bâtiments commerçant dans les échelles de Levant et de Barbarie. Le 12 septembre, un arrêt a ordonné l'adjudication de la fourniture de l'étape aux troupes pour l'année 1731. Le 22 septembre, un arrêt de la Cour des Aydes a permis à Pierre Carlier de gérer la vente du tabac. Le 26 septembre, plusieurs arrêts ont révoqué des exemptions de droits sur les grains et régit les formalités pour les marchands achetant des marchandises à Nantes. Le 8 octobre, une ordonnance royale a réduit la durée des deuils pour les têtes couronnées et les princes. Le 12 octobre, une ordonnance royale a licencié et remplacé la moitié de la milice. Le même jour, une déclaration royale a interdit le mauvais traitement des mousses à bord des bâtiments. Le 22 octobre, un arrêt a ordonné la liquidation des finances des propriétaires d'offices supprimés. Le 30 octobre, un arrêt du Conseil d'État du Roi a mentionné la publication d'un écrit controversé concernant les arrêts des parlements. Par ailleurs, en 1730, quarante avocats au Parlement de Paris ont signé ou adhéré à des consultations de 1718, examinées par le roi. Ces consultations attaquaient les principes fondamentaux du gouvernement français et cherchaient à diminuer le respect des peuples pour l'autorité suprême résidant dans la personne du souverain. Les auteurs affirmaient que les Parlements étaient le Sénat de la Nation et tentaient de modifier l'administration de la justice en attribuant une autorité souveraine aux Parlements, au détriment du roi. Les consultations réduisaient le roi au rôle de chef de la Nation, tandis que les Parlements étaient présentés comme le Sénat. Elles attribuaient aux magistrats des Parlements des titres tels que 'Senateurs' et 'Patrices', et affirmaient que leurs arrêts ne pouvaient être réformés, même par le roi. Elles évoquaient également les lois comme des conventions entre gouvernants et gouvernés, une proposition inacceptable dans une monarchie. Le roi a ordonné la suppression d'un mémoire intitulé 'Mémoire pour les Sieurs Samson, Curé d'Olivet, Couët, Curé de Darvoi, Gaucher, Chanoine de Fargeau, Diocèse d'Orléans, autres Ecclésiastiques de & différents Diocèses, appelants comme d'abus', car il contenait des propositions contraires à son autorité. Les avocats ont ensuite déclaré leur fidélité à l'autorité royale et leur rejet des idées contenues dans les consultations. Ils ont affirmé que l'autorité suprême résidait dans la personne du souverain et que les Parlements tenaient leur autorité du roi. Ils ont également protesté contre toute interprétation des expressions utilisées dans le mémoire qui pourrait nuire à l'autorité royale. En novembre 1730, une déclaration a été imprimée à la fin d'une consultation, signée par des avocats. Le Bâtonnier des Avocats, déclarant au nom de l'Ordre, a affirmé que les sentiments et principes contenus dans cette déclaration reflétaient l'autorité du Roi et étaient partagés par tous les avocats. Le Roi, satisfait de cette déclaration, a reconnu formellement la loyauté des avocats envers la Couronne et ses droits inviolables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 609-627
ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
Début :
ARREST du 12. Décembre, portant Reglement pour la Manufacture des [...]
Mots clefs :
Arrêts, Déclarations, Ordonnances, Jurisdiction, Église, Tribunal , Pouvoir, Autorité, Contestations , Droits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
ARRESTS , DECLARATIONS ,
ORDONNANCES , &c.
RREST du 12. Décembre , portant Rela
Ville et Comté de Laval.
AUTRE du même jour , portant Regle
ment pour la Fabrique des Papiers de la Province
du Limousin.
› AUTRE du 26. Décembre qui ordonne
Pexecution de l'Arrêt du Conseil du 23. Fevrier
1723. En conséquence défend à tous Carriers
Paveurs et autres Ouvriers de fabriquer du pavé
de grès dans l'étendue de la Généralité de Paris,
pour quelques Particuliers que ce soit , autres que
les Entrepreneurs des Ponts et Chaussées &c.
AUTRE du 21. Janvier , concernant les Déclarations
à fournir pour le Café qui entre et sort
de la Ville de Marseille , par lequel S. M. ordon-
I iij he
F
610 MERCURE DE FRANCE
ne que les Capitaines , Maîtres de Navires et Pa →
trons de Barques , seront tenus de fournir dans
les vingt- quatre heures de leur arrivée , et avant
leur départ du Port de Marseille , au Bureau du
poids et casse établi dans ladite Ville , des manifestes
ou déclarations des Cafés chargés sur
leur bord , et de leur destination , sous peine de
mille liv, d'amende. Ordonne en outre S. M. que
les Marchands et Négocians de Marseille , proprietaires
desdits Cafés,seront obligés de faire leur soumission
sur le Registre du Receveur audit Bureau
du poids et casse
de rapporter dans un délai
préfix des Certificats en bonne forme des personnes
qui seront indiquées par ledit Receveur et désignées
par leur soumission , que lesdits Cafés
sortis par Mer auront été déchargés dans le lieu
de leur destination , en telles et pareilles especes
et quantités qu'ils auront été déclarés ; faute de
quoi lesdits Cafés seront réputés être entrés en
fraude dans le Royaume , et en ce cas lesdits
Propriétaires seront condamnés de payer à la
Compagnie des Indes la valeur defdits Caféz pour
tenir lieu de la confifcation d'iceux , et en trois
mille livres d'amende.
AUTRE du 23. Janvier , qui subroge le
sieur Pierre Vacquier au sieur Pierre le Sueur ,
pour faire la regie et exploitation du Privilege de
la vente exclusive du Café dans l'étendue du
Royaume.
AUTRE du même jour , concernant la rétrocession
faite à Sa Majesté par la Compagnie
des Indes , de la concession de la Louisianne et
du pais des Illinois ; par lequel le Roi accepte la
retrocession à elle faite par les Syndics et Directeurs
de la Compagnie des Indes , pour et au nom
de
MARS. 1731. 611
›
de ladite Compagnie, de la proprieté, Seigneurie
et Justice de la Province de la Lottisianne , et de
toutes ses dépendances, ensemble du Païs desSauvages
Illinois, laquelle concession lui avoit été accordée
à temns ou à perpetuité,par lesEdits et Arrêts des
mois d'Août et Septembre 1717.May 1719.Juillet
1720. et Juin 1725. pour être ladité Province réiinie
au Domaine de S. M. ensemble de toutes les
Places , Forts , Batimens , Artillerié , Armemèns
et Troupes qui y sont actuellement. Accepte pareillement
la retrocession du Privilege du commerce
exclusif que ladite Compagne faisoit dans
cette concession ; au moyen de quoi S. M. déclare
le commerce de la Louisiané libre à tous ses Sujets
, sans que la Compagnie en puisse être chatgée
à l'avenir , sous quelque prétexte que ce soit:
Maintient, S.M. ladite Compagnie dans les droits
qu'elle a contre ses débiteurs de ladite Province ,
qu'elle lui permet d'exercer quand et comme elle
jugera à propos.
les
AUTRE du 30. Janvier , qui ordonne que
gages attribuez aux Officiers créez dans l'année
1672. dans les Chancelleries établies près les
Cours de Parlement de Toulouse , Rouen , Bordeaux
, Dij on Rennes , Aix, Grenoble et Metz , et
près les Cours des Aydes d'Aix , Montauban ,
Montpellier , Bordeaux et Clermont- Ferrand
continueront d'être employez dans les Etats du
Roi , comme ils l'ont été jusqu'à present , immédiatement
à la suite du chapitre concernant les
gages et augmentations de gages des Officiers des
Parlemens et Cours Superieures , nonobstant ce
qui est porté par l'Arrêt du Conseil du 3. Septembre
1729 .
ORDONNANCE DU ROY , donnée
I iiij à Ver612
MERCURE DE FRANCE
à Versailles au mois de Février 1731. pour fixer
la Jurisprudence sur la nature , la forme , les
charges ou les conditions des Donations. Regis
trée en Parlement le 9. Mars .
ARREST DU PARLE MENT , sur l'Appel
comme d'abus d'un Mandement de M. l'Evêque
de Laon.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez ,
et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
MESSIEURS ,
Un nouvel objet nous rappelle dans ce Sanctuaire
auguste , pour y porter nos justes plaintes ,
et pour y chercher le secours que le ministere
public ose se promettre de l'autorité de la Cour.
Il est triste pour lui d'avoir à se plaindre , de
ce qui porte en même temps l'impression du caractere
d'un Evêque et de la main d'un Pair de
France. Mais il est encore plus triste de trouver
dans le Mandement de M. l'Evêque de Laon , que
nous remettons à la Cour , ce qu'on devroit le
moins attendre d'un Prélat , qui réunit en sa personne
ces deux qualitez éminentes.
Que n'aurions- nous point à vous dire de cette
peinture odieuse qu'on y voit d'abord de l'état
de la Religion dans le Royaume ? De ce reproche
injurieux fait gratuitement à la France , d'une extinction
presque totale de la Foi . Mais laissons
les divers reproches répandus au hazard dans cet
Ouvrage , et dans lesquels il semble que l'Auteur
ait oublié jusqu'aux bienséances de sa dignité :
aujourd'hui notre attention se doit toute entiere
aux interêts de nos maximes , et aux atteintes
que ce Mandement paroît y porter.
Dans la vue qu'on s'y proposoit de convaincre
et de persuader ceux qui résistent à la Constitu-
'tion
MARS. 1731. 613
on Unigenitus , il semble qu'on devoit surtout
e conformer exactement à ces mêmes maximes ,
et entrer dans tout leur esprit sur les caracteres
d'autorité réunis en faveur de ce Decret.
On louëra toujours en France un Evêque de
marquer son profond respect pour le saint Siege ,
de rendre hommage à ses prérogatives éminentes ,
et d'en relever la grandeur par la dignité de ses
cxpressions. On ne lui enviera jamais d'employer.
à ce sujet les paroles d'un Prélat des derniers
temps , comparable aux grandes lumieres des premiers
siecles , et qui n'a jamais séparé l'attachement
le plus fidele au saint Siege , du zele le plus
sage et le plus pur pour nos libertez.
Mais en même tems on attendra de cet Evêquequ'il
évite de favoriser des prétentions , que la
France si zelée d'ailleurs pour la Chaire de saint
Pierre n'a point appris à reconnoître , et qu'il se
montre inébranlable dans les vrais principes dont
elle ne sçauroit se départir.
En parlant d'un côté de l'autorité du saint
Siege et de l'Eglise Romaine , d'un autre côté de
celle de l'Eglise universelle , devoit-on s'expliquer
sur la premiere , comme si elle ne laissoit rien à
desirer , et ne placer l'autre à la suite , que comme
un accessoire qu'on employe , pour ainsi dire par
surabondance , et pour satisfaire les esprits les
plus difficiles ?
Sous prétexte de faire valoir cette autorité de
PEglise Romaine en faveur de la Constitution , on
tente d'introduire en France un Concile particulier
tenu à Rome , dont nous ne pouvons reconnoître
l'autorité , et dont les expressions telles'
qu'on les rapporte , auroient des conséquences
sur lesquelles nous nous sommes assez expliquez
en dernier lieu.
M. l'Evêque de Laon insere dans son Mande-
I v ment
614 MERCURE DE FRANCE
ment le Decret de ce Concile. Il l'adopte , et il
en parle comme d'une Loi précise , à laquelle inutilement
on essaye d'échaper par des vains détours.
Rien de plus opposé à nos maximes , que
cette publication indirecte de ce qui n'est revêtu
d'aucune forme parmi nous. La Constitution
aura eu besoin de toutes les solemnitez qu'elles
prescrivent , et sans s'embarrasser d'aucune , on
s'autorisera de ce Concile , pour ralumer un nouveau
feu dans une Affaire où le calme des esprits
est surtout à desirer .
Ce n'est pas à cette seule marque qu'on peut
reconnoître l'esprit du Mandement sur les maximès
et sur les libertez de l'Eglise Gallicane. Il le
témoigne ailleurs assez ouvertement. On voit que
l'Auteur les regarde , plutôt comme des précautions
de politiques utiles à opposer à quelque entreprise
de la Cour Romaine contre nos usages ,
et contre les droits de la Couronne , que comme
le précieux reste de la discipline des premiers
siecles et de l'ordre des anciens Canons. Selon lut
elles n'ont rien de commun avec les Decrets que
la Cour de Rome nous envoye , soit pour éclaircirle
dogme soit pour réprimer a témerité des
Novateurs. Que ce principe soit admis , elles se
verront exposées au danger d'être anéanties. A la
faveur d'un tel prétexte , on fera passer jusqu'à
nous ce qui portera l'impression de la Doctrine
et des prétentions Ultramontaines : et quel.es barrieres
nous restera- t'il àleur opposer ?
C'est ainsi que cet Ouvrage s'explique sur ce
qui paroissoit entrer dans son objet. Mais on
cherche exprès une digression , sur une matiere
éloignée , peut- être encore plus capable d'être
une occasion dangereuse de disputes et de dissentions
. C'est , Messieurs , sur ce qu'on appelle la
Jurisdiction Ecclesiastique , objet sur lequel à la
A..
MARS. 1731 . 615
vue de ce Mandement il ne nous est plus permis
de nous taire , et dont en même temps nous ne
sçaurions parler avec trop d'exactitude et de précaution
. Aujourd'hui plus que jamais nous devons
rappeller à ce sujet les maximes si pures de
nos peres , et nous retracer à nous mêmes les
principes dont ils ont transmis le dépôt jusqu'entre
nos mains .
Nous reconnoîtrons toujours la distinction et
l'indépendance , des deux Puissances établies sur
la terre pour la conduite des hommes ; le Sacerdoce
et l'Empire , la Puissance de la Religion , et
celle du Gouvernement temporel . Toutes deux ·
immédiatement émanées de Dieu , elles trouvent ,
chacune en elles - mêmes , le pouvoir qui convient
à leur institution et à leur fin : et s'il est vrai ,
comme on ne sçauroit en douter , qu'elles se
doivent une assistance mutuelle , c'est par voye
de correspondance et de concert , et non pas de
subordination et de dépendance .
La Religion destinée à soumettre les esprits , à
changer les coeurs , est d'un ordre surnaturel , et
conduit les hommes par un pouvoir , qui agissant
sur les ames , est appellé spirituel . En même
temps , suivant l'institution de JESUS- CHRIST
elle forme la Societé visible de l'Eglise Eglise
qui , sur la foi des Oracles Divins , doit subsister
visiblement jusqu'à la fin des siecles , et dont par
conséquent l'economie et la conduite doivent
aussi être visibles dans toute la suite des tems.
Le gouvernement temporel fondé sur l'institution
de Dieu , mais conduit par des voyes hu
maines , a pour objet l'ordre exterieur de la societé
, qui seul est au pouvoir des hommes ; et
employe les moyens humains , de l'autorité publique
, de la force coactive , de la severité des
peines temporelles ; enfin de tout ce qui compose
I vj Pap616
MERCURE DE FRANCE.
l'appareil d'une puissance vraiement exterieure."
Tandis qu'il défend par les armes le Corps de
l'Etat contre les ennemis qui peuvent l'attaquer
au-dehors , il maintient ce même Corps au- dedans
, par l'empire légitime qu'il exerce sur les
Citoïens. Il joint à l'autorité de la Loi , l'execution
forcée indépendamment de la volonté des
Sujets , et soumet par une contrainte effective
ceux qui résistent à son autorité.
L'exercice de cet empire exterieur des Loix ,
l'application de leur puissance aux Sujets , par le
Magistrat armé des moyens necessaires pour les
forcer à obéir , est ce qu'on appelle en termes de
Droit la Jurisdiction . C'est l'idée exacte que nous
en donnent les Jurisconsultes et les Loix. La Jurisdiction
est pleine et entiere , lorsque le pouvoir
de juger est revêtu de toute la force de la
puissance publique. Mais du moins sans quelque
participation de cette force coactive à l'exterieur ,
il n'est point de veritable Jurisdiction. Jurisdictio
sine modicâ coercitione nulla est , dit la Loy
se au Digeste de officio ejus cui mandata est
Jurisdictio, Et les interprêtes nous donnent pour
exemples de cette coercition dont parle la Loy
des châtimens qui affectent le corps , la prison ,
l'imposition de quelques peines pécuniaires.
Ainsi suivant les Loix et les Jurisconsultes ,'
on peut dire que la Jurisdiction prise dans son
sens propre et naturel , est un attribut du Gouvernement
temporel , parce qu'elle emporte une
contrainte au- dehors et une force qu'il est seul
en droit d'employer.
Il n'en est pas moins vrai que l'Eglise a d'ellemême
un autre genre de puissance et d'autorité
réelle , pour connoître et pour décider des matieres
spirituelles qu'elle a droit d'imposer des
peines de même nature , et d'exclute de son Corps
ceu
MARS. 1731. 617
ceux qui refuseroient de s'y soumettre : qu'il lui
appartient d'exercer ce pouvoir non seulement
sous le sceau de la Confession dans le Tribunal
secret de la Penitence , mais encore ouvertement
er d'une maniere visible , sur la connoissance
qu'elle peut avoir des faits. Mais lors même
qu'elle fait connoître et craindre ainsi ses Jugemens
, c'est sans entreprendre sur l'ordre public ,
et sans agir à l'exterieur avec l'empire réservé à
l'autre Puissance. Elle a reçu de JESUS CHRIST
le pouvoir spirituel de lier et de délier , de condamner
et d'absoudre , d'établir des regles et d'en
dispenser ; mais non pas de dominer comme les
Rois.
De-là vient ce qu'observent les Auteurs les
plus exacts que dans les Loix des premiers Empe→
reurs Chrétiens , le titre qui traite des Jugemens
Ecclesiastiques est intitulé , non pas de la Jurisdiction
Episcopale , de Episcopali Jurisdictione ;
mais de Episcopali audientiâ , dans le Code de
Justinien ; de Episcopali Judicio , dans celui de
Theodose : expressions dont le sens est bien different
de celui du terme propre de Jurisdiction
dans le Droit Romain.
Dès - lors cependant la confiance religieuse de
ces Princes , avoit accordé aux Evêques des attributions
qui par elles - mêmes n'étoient point .
comprises dans ce qui dépend du spirituel. On
n'en conservoit pas moins la difference des noms
qui caracterise la difference essentielle , entre le
pouvoir incontestable de l'Eglise , et la vraie Jurisdiction
qui appartient au Magistrat temporel.'
Mais ces attributions s'étant accrues et confir
mées dans la suite , on a emprunté les termes
usitez dans les Tribunaux séculiers , et on s'est
accoutumé à se servir du terme de Jurisdiction
en` parlant de divers Actes qu'exercent les Puissances
618 MERCURE DE FRANCE
sances de l'Eglise . En effet , soit par la concession
expresse , soit par le consentement tacite des
Princes , aujourd'hui plusieurs de ces Actes participent
du caractere de la Jurisdiction exterieure
et proprement dite .
Mais c'est abuser de cet avantage , que de dire
comme fait le Mandement , que le fonds de la
Jurisdiction exterieure et contentieuse est l'heritage
propre de l'Eglise d'insinuer qu'en cette
matiere , l'effet de la puissance de nos Rois se réduit
, soit à de certaines rogles et à de certaines
formes ausquelles il leur a pla .... d'assujettir
les Evêques et les Archevêques du Royaume....
dans l'exercice de leur jurisdiction ; soit à la
simple protection .... accordée par eux à l'Eglise
pour l'execution , on ne dit pas seulement
de ses censures , mais en general même de ses
jugemens d'exiger enfin qu'on reconnoisse un
caractere de Puissance publique exterieure dans
Pautorité qui est propre aux Prélats du premier
Ordre... dans le gouvernement de l'Eglise :
comme si la Puissance publique étoit autre chose
que la Puissance temporelle de qui dépend l'ordre
públic . Parler ainsi f sans explication même et
sans correctif , c'est confondre ce qu'il y a de
notions plus exactes sur la distinction des deux
Puissances , et répandre sur cette matiere des ténebres
qui ne permettent plus d'en reconnoître
les principes.
C'est cependant à la faveur de cette confusion ,
qu'on se porte jusqu'à dire , que refuser à l'Eglise
une Jurisdiction même exterieure qui lui
soit pro re c'est upposer que JESUS- CHRIST
ne l'a établie que sous un gouvernement trèsimparfait
, du moins à l'exterieur. Nous ne repetons
qu'avec répugnance des expressions qui
tendent à faire penser , que sans une Jurisdiction
exMARS.
17318
619
exterieure , telle que nous l'avons expliquée , l'ouvrage
de Jesus - Christ seroit imparfait. L'Institu
tion toute divine de l'Eglise en renfermeroit - elle
moins la puissance de la parole animée de l'Es-`
prit de Dieu , la grace des Sacremens, les rigueurs
salutaires de la Penitence , la sàinte sévérité des
censures , le discernement et la définition de la
Doctrine , le reglement du Spirituel par les Canons
? Un Evêque regardera-t'il comme insuffi
sans ces moyens sublimes , qui font l'essentiel du
pouvoir sacré de son Ministere
Trouvez bon , Messieurs , que sans en dire davantage
de nous-mêmes , nous empruntions les
termes d'un Auteur respecté en France depuis so
ans , initié dans le Sacerdoce , et de qui les laborteuses
veilles ont été si utiles à l'Eglise et à l'Etat.
C'est le sage et sçavant Auteur de l'Institution
au Droit Ecclesiastique. Il employe suivant
l'usage le terme de Jurisdiction , mais voici de
quelle maniere il s'en explique : Il faut revenir
àla distinction de la Jurisdiction propre et essentielle
à l'Eglise , et de celle qui lui est étrangere.
L'Eglise a par elle - même le droit de décider
toutes les questions de Doctrine , soit surla
Foi, soit sur la regle des moeurs. Elle a droit
d'établir de Canons ou regles de discipline pour
sa conduite interieure , d'en dispenser en quelques
occasions particulieres , et de les abroger
quand le bien de la Religion le demande. Elle
a droit d'établir des Pasteurs et des Ministres
pour continuer l'oeuvre de Dieu jusqu'à la fin
des secles , et pour exercer toute cette Jurisdiction
; elle peut les destituer s'il est necessaire.
Elle a droit de corriger tous ses enfan , leur
imposant des Penitences salutaires , soit pour
les pechez secrets qu'ils confessent , soit pour les
pechez publics dont ils sont convaincus . Enfin
620 MERCURE DE FRANCE
a droit de retrancher de son Corps les membres
corrompus , c'est-à - dire les pecheurs incorrigi
bles qui pourroient corrombre les autres . Voilà
les droits essentiels à l'Eglise , dont elle a joüi
sous les Empereurs Payens , et qui ne peuvent
lui être ôtez par aucune Puissance humaine....
tous les autre pouvoirs dont les Ecclesiastiques
ont été en possession et le sont encore en quelques
lieux, ne laissent pas de leur être légitimement
acquis par la concession expresse ou
sacite des Souverains ..et l'Eglise a autant de
raison de conserver ces droits , que ses autres
biens temporels.
•
Ce digne interprete de la doctrine et des maximes
de la France , semble , avoir rassemblé dans
cet endroit , tout ce qu'on trouve avec plus d'étenduë
, soit dans nos Auteurs les plus éclairez
soit dans les Canons et les autres monumens de la
plus venerable antiquité. Tels sont les principes
que nous attendrons toûjours d'un Evêque nourri
dans l'Eglise de France , et sur lesquels notre bouche
ne cessera point d'être de concert avec notre
coeur. L'Eglise a d'elle-même le droit de connoître
des matieres spirituelles , et le jugement qu'elle
en porte émane d'un pouvoir réel qui assujettit
les consciences. Elle a en sa disposition des peines
spisituelles , dont l'excommunication qui retranche
de sa communion est le comble. Elle tient du
Prince tout l'appareil , toute la forme exterieure
tout ce qui constitue le caractere public de jurisdiction
, l'espece de contrainte ou d'obligation civile
qui en est la suite , et les matieres temporelles
dont ont sçait qu'elle connoît aujourd'hui .
Qu'on se renferme dans ces termes , les diffi
cultez disparoîtront, ou s'il s'en élevé quelqu'une,
elle se terminera sans troubler la paix . Pour peu
qu'on se porte plus loin , la contradiction , les
disputes
MARS. 1731 . 621
disputes , les entreprises n'auront plus de fin . Les
écrits se multiplieront , et le fruit en sera peutêtre
d'apprendre à mettre en question ce qui ne
faisoit point de doute auparavant. Ne négligeons
pas d'étouffer dans leur naissance , jusqu'aux
moindres semences de dissension , sur l'autorité
et sur les limites de deux Puissances destinées à
une concorde immortelle. Que l'inquietude et
l'esprit de contention cessent ; fideles au serment
inviolable qui nous consacre aux droits de
l'une de ces deux Puissances , nous sçavons qu'en
même tems il nous engage à conserver les droits
de l'autre et nous n'oublierons jamais que de
leur intelligence dépend et leur propre avantage et
celui des hommes qui leur sont soumis. C'est ce
que disoit autrefois un grand Evêque de France :
Cum regnum et Sacerdotium inter se conveniunt
, benè regitur mundus , foret et fructifi
cat Ecclesia. Cum verò inter se discordant , non
tantum parva res non crescunt , sed etiam ma
gna res miserabiliter dilabuntur.
C'est , Messieurs , dans ces sentimens et par ces
vûes , que nous avons l'honneur de nous adresser
à la Cour pour arrêter les suites d'un ouvrage si
capable de causer de nouveaux troubles . C'est le
Mandement d'un Evêque ; et c'en est assez pour
que nous cherchions à nous renfermer dans la
forme la plus exacte.
Elle nous conduit à la voye de l'appel commé
d'abus , essentielle à l'ordre public du Royaume ,
et consacrée enFrance au maintient réciproque des
Loix de l'Eglise et de celle de l'Etat Ce que nous
venons d'avoir l'honneur de vous dire, vous indique
assez quels peuvent être la plupart des
moyens d'abus. Il suffit d'en avoir jetté les fondemens
, et s'il y a lieu dans la suite nous n'aurons
pas de peine à les développer de plus en plus.
Mais en attendant , vous sentez non -seulement
6,2 MERCURE DE FRANCE.
qu'il seroit dangereux , mais même qu'il est impossible
de souffrir qu'un tel ouvrage continuât
a se répandre et à se distribuer dans le public.
C'est surtout pour y opposer un remede au
moins provisoire , que nous avons crû devoir
nous expliquer dès aujourd'hui ; ét c'est aussi à
quoi tendent les conclusions par écrit qué nous
laissons à la Cour.
Eux retirez : Vût le Mandement imprimé intitulé,
Manlement de Monseigneur l'Evêque de Laon,
second Pair de France , Conte d'Anisy, donné à
Laon le 13. Novembre 1736. ensemble les Conclusions
par écrit du Procureur general du Roi ;
la matiere sur ce mise en déliberation .
La Cour reçoit le Procureur Generál Roi appel
lant comme d'abus dudit Mandement , lui permet
d'intimer sur ledit appel qui bon lui semblera, sur
lequel les parties auront audience au premier jour ;
et cependant fait deffenses de répandre , debiter ,
ou autrement distribuer aucuns exemplaires dudit
Mandement sous telles peines qu'il appartiendra
; que copies collationnées du present Arrêt
seront envoyées aux Bailliages et Sénechaussées
du ressort , pour y être lûës , publiées et registrées
; enjoint aux Substituts du Procureur Gene
ral du Roi , d'y tenir la main et d'en certifier la
Cour dans un mois. Fait en Parlement le 20. Fevrier
1731. Signé , YSABEAU.
ARREST du Parlement sur uñê Lettre Pastorale
de M. l'Evêque de Laon , & c.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez , et Maître
Pierre de Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roi , portant la parole , ont dit : Messieurs
, nous ne pouvons trop tôt apporter à la
Cour l'Imprimé intitulé , Lettre Pastorale , que
M. l'Evêque de Laon vient de publier dans son
Diocèse et qui nous fut envoyé hier par notre
MARS. 1731. 623
Substitut au Bailliage de Laon. Sa lecture vous
fera sentir la necessité des Conclusions que nous
croyons devoir prendre en ce moment. On voit
que c'est une partie qui cherche à faire insulte à
ses Juges, et qui traite d'entreprise la voye dedroit
de l'appel comme d'abus , sur lequel la Cour nous
ǎ permis de l'intimer par son Arrêt du 20. du
mois dernier. En même tems qu'elle etouffera sur
le champ ce scandale , elle voudra bien nous réserver
la liberté de prendre dans la suite telles Conclusions
que nous jugerons à propos à ce sujet.
Nous requerons qu'il plaise à la Cour ordonner
que l'Ecrit intitulé : Lettre Pastorale de M. l'Evêque
de Laonn , daté du 24. Février 1731. au
sujet de l'Arrêt de la Cour du 20. du même
mois , demeurera supprimé comme séditieux , ate
tentatoire à l'autorité Royale et à l'Arrêst de la
Cour : sauf à nous de prendre au surplus telles
conclusions que nous jugerons à propos , en pro
cedant au jugement de l'appel comme d'abus
reçû par l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , à l'effet
de quoi un Exemplaire dudit Ecrit demeurera au
Greffe de la Cour. Ordonner au surplus que
l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , sera executé selon
sa forme et teneur , et que copies collationnées de
celui que la Cour rendra aujourd'ui seront envoyées
aux Bailliages et Sénéchaussées du Ressort
pour y être lues , publiées et enregistrées ; enjoint
nos Substituts d'y tenir la main et d'en certifier
la Cour dans un mois.
Eux retirez : Lecture fai e dudit Imprimé ayant
pour titre : Lettre Pastorale de Monseigneur
PEvêque Duc de Laon , second Pair de France
Comte d'Anisy, & c. au sujet de l'Arrêt du Par
lement du Lo. Fevrier 1731. sur son Mandement
du 13. Novembre 1730. La matiere sur ce
mise en déliberation.
La Cour ordonne que ledit Ecrit intitulé : Legł
624 MERCURE DE FRANCE
a
tre Pastorale de M. l'Evêque de Laon , datté du
24. Février 173 1. au sujet de l'Arrêt de la Cour
du 20. du méme mois , demeurera supprimé
comme séditieux, attentatoire à l'autorité Royale
et à l'arrêt de la Cour , sauf au Procureur Géneral
du Roi à prendre au surplus telles conclusions
qu'il jugera à propos en procedant au jugement
de l'appel comme d'abus , reçû par l'Arrêt du 20 .
Février dernier , à l'effet de quoi un Exemplaire
dudit Ecrit demeurera au Greffe de la Cour :
Ordonne au surplus que l'Arrêt d'icelle du 20 .
Fevrier dernier , sera executé selon sa forme et
teneur , et que Copies collationnées du present
Arrêt , seront envoyées aux Bailliages en Sénechaussées
du Ressort , pour y être lûes , publiées
et enregistrées ; enjoint aux Substituts du Procureur
General du Roi , d'y tenir la main , et d'en
certifier la Cour dans un mois . Fait en Parlement
le 2. Mars 1731. Signé , DUFRANC .
1
ARREST du 10. Mars , rendu à l'occasion
des disputes qui se sont élevées au sujet des deux
Puissances & c . dont voici la teneur. Le Roi étant
informé qu'à l'occasion de quelques Ecrits qui
se sont répandus dans le Public , il s'est élevé de
nouvelles disputes sur differentes matieres , et
entr'autres sur ce qui regarde la nature , l'éten
due et les bornes de l'autorité Ecclesiastique et
de la Puissance Séculiere , Sa Majesté attentive
à remplir tout ce que la Religion exige de son
pouvoir , sans manquer à ce qu'elle se doit à
elle -même , regarde comme son premier devoir
d'empêcher qu'à l'occasion de ces disputes on ne
mette en question les droits sacrés d'une Puissance
qui a reçû de Dieu seul l'autorité de décider
les questions de Doctrine sur la Foi , ou sur
la regle des moeurs , de faire des Canons ou
regles de discipline pour la conduite des MinisMARS.
173.1 . 625
>
2
tres de l'Eglise et des Fidelles dans l'Ordre de
la Religion , d'établir ces Ministres , ou de les
destituer , conformément aux inémes regles ; et
de se faire obéir , en imposant aux Fideles , suivant
l'Ordre Canonique , non - sculement des pénitences
salutaires , mais de veritables peines spirituelles
, par les jugemens ou par les censures que
les premiers Pasteurs ont droit de prononcer et
de manifester , et qui sont d'autant plus redou
tables qu'elles produisent leur effet sur l'ame du
coupable , dont la résistance n'empêche pas qu'il
ne porte malgré lui la peine à laquelle il est condamné.
Si la Religion de Sa Majesté l'oblige
comme protecteur de l'Eglise , et en qualité de
Roi Très - Chrétien , à empêcher qu'on ne donne
aucune atteinte à ce qui appartient si essentiellement
à la puissance spirituelle ; son intention
est aussi qu'elle continue de jouir paisiblement
dans ses Etats de tous les Droits ou Privileges
qui lui ont été accordés par les Rois ses prédecesseurs
, sur ce qui regarde l'appareil exterieur
d'un Tribunal public , les formalités de l'ordre
ou du stile judiciaire , l'exécution forcée des Jugemens
sur le corps ou sur les biens , les obligations
ou les effets qui en résultent dans l'ordre.
exterieur de la Societé , et en général tout ce
qui adjoute la terreur des peines temporelles à
la crainte des peines spirituelles . Mais comme les
disputes qui commencent à s'élever pourroient
donner lieu d'agiter sur ces differens points et
sur tous ceux qui peuvent y avoir rapport , des
questions témeraires ou dangereuses , non seule.
ment sur les expressions qui peuvent être differemment
entenduës , mais sur le fond des choses
mêmes , Sa Majesté à crû devoir suivre en cette
occasion l'exemple des Rois ses prédecesseurs ,
en arrêtant d'un côté le cours de ces disputes
maissantes, et en prenant de l'autre toutes les me
626 MERCURE DE FRANCE
eures que sa sagesse et sa pieté lui inspireront
pour les éteindre entierement : A quoi desirane
pourvoir : S. M. étant en son Conseil , a ordonné
et ordonne , que toutes lesdites disputes ou
contestations , et pareillement celles qui peuvent
y avoir rapport , soient et demeurent suspendues
comme S. M. les suspend par le present Arrêt;
imposant par provision un silence general et absolu
sur ce qui fait la matiere desdites cotestations;
et en'consequence , fait S. M. très- expresses inhibitions
et deffenses à toutes les Universitez du
Royaume , notamment aux Facultez de Théologie
et de Droit Civil & Canonique , de permettre
aucunes disputes dans les Ecoles sur cette matiere;
comme aussi d'enseigner ou de souffrir qu'on enseigne
rien de contraire aux principes cy- dessus
marquez sur les deux Puissances. Deffend pareillement
à tous ses Sujets , de quelque êtat , qualité
et condition qu'ils soient , de faire aucunes assein
blées , déliberations , actes ,
déclarations , iequê→
tes , poursuites ou procédures , à l'occasion desdites
disputes , ou de tout ce qui peut les concerner
, et d'écrire , composer , imprimer , vendre,
débiter ou distribuer directement ou indirectement
aucuns Ecrits , Livres , Libelles , Mémoires ou au
tres Ouvrages sur le même sujet , sous quelque
prétexte , et sous quelque titre ou nom que ce puisse
être , le tout à peine contre les contrevenans d'être
traités comme rebelles et désobeïssants aux or→
dres du Roi , séditieux et perturbateurs du repos
public , Sa Majesté se reservant à elle seule , sur
l'avis de ceux qu'elle jugera à propos de choisir in.
cessament dans son Conseil , et même dans l'Ore.
dre Episcopal , de prendre les mesures qu'elle estimera
les plus convenables ' pour conserver toujours
de plus en plus les droits inviolables des deux
Puissances , et maintenir entre elles l'union qui
doit y regner pour le bien commun de l'Eglise et
MARS. 1731. 627
de l'Etat . Exhorte Sa Mejesté , et néanmoins enjoint
à tous les Archevêques et Evêques de son
Royaume de veiller chacun dans leur Diocèse à ce
que la tranquilité qu'elle veut y maintenir par la
cessation de toutes disputes , soit charitablement
et inviolablement conservée &c.
ORDONNANCES , &c.
RREST du 12. Décembre , portant Rela
Ville et Comté de Laval.
AUTRE du même jour , portant Regle
ment pour la Fabrique des Papiers de la Province
du Limousin.
› AUTRE du 26. Décembre qui ordonne
Pexecution de l'Arrêt du Conseil du 23. Fevrier
1723. En conséquence défend à tous Carriers
Paveurs et autres Ouvriers de fabriquer du pavé
de grès dans l'étendue de la Généralité de Paris,
pour quelques Particuliers que ce soit , autres que
les Entrepreneurs des Ponts et Chaussées &c.
AUTRE du 21. Janvier , concernant les Déclarations
à fournir pour le Café qui entre et sort
de la Ville de Marseille , par lequel S. M. ordon-
I iij he
F
610 MERCURE DE FRANCE
ne que les Capitaines , Maîtres de Navires et Pa →
trons de Barques , seront tenus de fournir dans
les vingt- quatre heures de leur arrivée , et avant
leur départ du Port de Marseille , au Bureau du
poids et casse établi dans ladite Ville , des manifestes
ou déclarations des Cafés chargés sur
leur bord , et de leur destination , sous peine de
mille liv, d'amende. Ordonne en outre S. M. que
les Marchands et Négocians de Marseille , proprietaires
desdits Cafés,seront obligés de faire leur soumission
sur le Registre du Receveur audit Bureau
du poids et casse
de rapporter dans un délai
préfix des Certificats en bonne forme des personnes
qui seront indiquées par ledit Receveur et désignées
par leur soumission , que lesdits Cafés
sortis par Mer auront été déchargés dans le lieu
de leur destination , en telles et pareilles especes
et quantités qu'ils auront été déclarés ; faute de
quoi lesdits Cafés seront réputés être entrés en
fraude dans le Royaume , et en ce cas lesdits
Propriétaires seront condamnés de payer à la
Compagnie des Indes la valeur defdits Caféz pour
tenir lieu de la confifcation d'iceux , et en trois
mille livres d'amende.
AUTRE du 23. Janvier , qui subroge le
sieur Pierre Vacquier au sieur Pierre le Sueur ,
pour faire la regie et exploitation du Privilege de
la vente exclusive du Café dans l'étendue du
Royaume.
AUTRE du même jour , concernant la rétrocession
faite à Sa Majesté par la Compagnie
des Indes , de la concession de la Louisianne et
du pais des Illinois ; par lequel le Roi accepte la
retrocession à elle faite par les Syndics et Directeurs
de la Compagnie des Indes , pour et au nom
de
MARS. 1731. 611
›
de ladite Compagnie, de la proprieté, Seigneurie
et Justice de la Province de la Lottisianne , et de
toutes ses dépendances, ensemble du Païs desSauvages
Illinois, laquelle concession lui avoit été accordée
à temns ou à perpetuité,par lesEdits et Arrêts des
mois d'Août et Septembre 1717.May 1719.Juillet
1720. et Juin 1725. pour être ladité Province réiinie
au Domaine de S. M. ensemble de toutes les
Places , Forts , Batimens , Artillerié , Armemèns
et Troupes qui y sont actuellement. Accepte pareillement
la retrocession du Privilege du commerce
exclusif que ladite Compagne faisoit dans
cette concession ; au moyen de quoi S. M. déclare
le commerce de la Louisiané libre à tous ses Sujets
, sans que la Compagnie en puisse être chatgée
à l'avenir , sous quelque prétexte que ce soit:
Maintient, S.M. ladite Compagnie dans les droits
qu'elle a contre ses débiteurs de ladite Province ,
qu'elle lui permet d'exercer quand et comme elle
jugera à propos.
les
AUTRE du 30. Janvier , qui ordonne que
gages attribuez aux Officiers créez dans l'année
1672. dans les Chancelleries établies près les
Cours de Parlement de Toulouse , Rouen , Bordeaux
, Dij on Rennes , Aix, Grenoble et Metz , et
près les Cours des Aydes d'Aix , Montauban ,
Montpellier , Bordeaux et Clermont- Ferrand
continueront d'être employez dans les Etats du
Roi , comme ils l'ont été jusqu'à present , immédiatement
à la suite du chapitre concernant les
gages et augmentations de gages des Officiers des
Parlemens et Cours Superieures , nonobstant ce
qui est porté par l'Arrêt du Conseil du 3. Septembre
1729 .
ORDONNANCE DU ROY , donnée
I iiij à Ver612
MERCURE DE FRANCE
à Versailles au mois de Février 1731. pour fixer
la Jurisprudence sur la nature , la forme , les
charges ou les conditions des Donations. Regis
trée en Parlement le 9. Mars .
ARREST DU PARLE MENT , sur l'Appel
comme d'abus d'un Mandement de M. l'Evêque
de Laon.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez ,
et Maître
Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Seigneur
Roi , portant la parole , ont dit :
MESSIEURS ,
Un nouvel objet nous rappelle dans ce Sanctuaire
auguste , pour y porter nos justes plaintes ,
et pour y chercher le secours que le ministere
public ose se promettre de l'autorité de la Cour.
Il est triste pour lui d'avoir à se plaindre , de
ce qui porte en même temps l'impression du caractere
d'un Evêque et de la main d'un Pair de
France. Mais il est encore plus triste de trouver
dans le Mandement de M. l'Evêque de Laon , que
nous remettons à la Cour , ce qu'on devroit le
moins attendre d'un Prélat , qui réunit en sa personne
ces deux qualitez éminentes.
Que n'aurions- nous point à vous dire de cette
peinture odieuse qu'on y voit d'abord de l'état
de la Religion dans le Royaume ? De ce reproche
injurieux fait gratuitement à la France , d'une extinction
presque totale de la Foi . Mais laissons
les divers reproches répandus au hazard dans cet
Ouvrage , et dans lesquels il semble que l'Auteur
ait oublié jusqu'aux bienséances de sa dignité :
aujourd'hui notre attention se doit toute entiere
aux interêts de nos maximes , et aux atteintes
que ce Mandement paroît y porter.
Dans la vue qu'on s'y proposoit de convaincre
et de persuader ceux qui résistent à la Constitu-
'tion
MARS. 1731. 613
on Unigenitus , il semble qu'on devoit surtout
e conformer exactement à ces mêmes maximes ,
et entrer dans tout leur esprit sur les caracteres
d'autorité réunis en faveur de ce Decret.
On louëra toujours en France un Evêque de
marquer son profond respect pour le saint Siege ,
de rendre hommage à ses prérogatives éminentes ,
et d'en relever la grandeur par la dignité de ses
cxpressions. On ne lui enviera jamais d'employer.
à ce sujet les paroles d'un Prélat des derniers
temps , comparable aux grandes lumieres des premiers
siecles , et qui n'a jamais séparé l'attachement
le plus fidele au saint Siege , du zele le plus
sage et le plus pur pour nos libertez.
Mais en même tems on attendra de cet Evêquequ'il
évite de favoriser des prétentions , que la
France si zelée d'ailleurs pour la Chaire de saint
Pierre n'a point appris à reconnoître , et qu'il se
montre inébranlable dans les vrais principes dont
elle ne sçauroit se départir.
En parlant d'un côté de l'autorité du saint
Siege et de l'Eglise Romaine , d'un autre côté de
celle de l'Eglise universelle , devoit-on s'expliquer
sur la premiere , comme si elle ne laissoit rien à
desirer , et ne placer l'autre à la suite , que comme
un accessoire qu'on employe , pour ainsi dire par
surabondance , et pour satisfaire les esprits les
plus difficiles ?
Sous prétexte de faire valoir cette autorité de
PEglise Romaine en faveur de la Constitution , on
tente d'introduire en France un Concile particulier
tenu à Rome , dont nous ne pouvons reconnoître
l'autorité , et dont les expressions telles'
qu'on les rapporte , auroient des conséquences
sur lesquelles nous nous sommes assez expliquez
en dernier lieu.
M. l'Evêque de Laon insere dans son Mande-
I v ment
614 MERCURE DE FRANCE
ment le Decret de ce Concile. Il l'adopte , et il
en parle comme d'une Loi précise , à laquelle inutilement
on essaye d'échaper par des vains détours.
Rien de plus opposé à nos maximes , que
cette publication indirecte de ce qui n'est revêtu
d'aucune forme parmi nous. La Constitution
aura eu besoin de toutes les solemnitez qu'elles
prescrivent , et sans s'embarrasser d'aucune , on
s'autorisera de ce Concile , pour ralumer un nouveau
feu dans une Affaire où le calme des esprits
est surtout à desirer .
Ce n'est pas à cette seule marque qu'on peut
reconnoître l'esprit du Mandement sur les maximès
et sur les libertez de l'Eglise Gallicane. Il le
témoigne ailleurs assez ouvertement. On voit que
l'Auteur les regarde , plutôt comme des précautions
de politiques utiles à opposer à quelque entreprise
de la Cour Romaine contre nos usages ,
et contre les droits de la Couronne , que comme
le précieux reste de la discipline des premiers
siecles et de l'ordre des anciens Canons. Selon lut
elles n'ont rien de commun avec les Decrets que
la Cour de Rome nous envoye , soit pour éclaircirle
dogme soit pour réprimer a témerité des
Novateurs. Que ce principe soit admis , elles se
verront exposées au danger d'être anéanties. A la
faveur d'un tel prétexte , on fera passer jusqu'à
nous ce qui portera l'impression de la Doctrine
et des prétentions Ultramontaines : et quel.es barrieres
nous restera- t'il àleur opposer ?
C'est ainsi que cet Ouvrage s'explique sur ce
qui paroissoit entrer dans son objet. Mais on
cherche exprès une digression , sur une matiere
éloignée , peut- être encore plus capable d'être
une occasion dangereuse de disputes et de dissentions
. C'est , Messieurs , sur ce qu'on appelle la
Jurisdiction Ecclesiastique , objet sur lequel à la
A..
MARS. 1731 . 615
vue de ce Mandement il ne nous est plus permis
de nous taire , et dont en même temps nous ne
sçaurions parler avec trop d'exactitude et de précaution
. Aujourd'hui plus que jamais nous devons
rappeller à ce sujet les maximes si pures de
nos peres , et nous retracer à nous mêmes les
principes dont ils ont transmis le dépôt jusqu'entre
nos mains .
Nous reconnoîtrons toujours la distinction et
l'indépendance , des deux Puissances établies sur
la terre pour la conduite des hommes ; le Sacerdoce
et l'Empire , la Puissance de la Religion , et
celle du Gouvernement temporel . Toutes deux ·
immédiatement émanées de Dieu , elles trouvent ,
chacune en elles - mêmes , le pouvoir qui convient
à leur institution et à leur fin : et s'il est vrai ,
comme on ne sçauroit en douter , qu'elles se
doivent une assistance mutuelle , c'est par voye
de correspondance et de concert , et non pas de
subordination et de dépendance .
La Religion destinée à soumettre les esprits , à
changer les coeurs , est d'un ordre surnaturel , et
conduit les hommes par un pouvoir , qui agissant
sur les ames , est appellé spirituel . En même
temps , suivant l'institution de JESUS- CHRIST
elle forme la Societé visible de l'Eglise Eglise
qui , sur la foi des Oracles Divins , doit subsister
visiblement jusqu'à la fin des siecles , et dont par
conséquent l'economie et la conduite doivent
aussi être visibles dans toute la suite des tems.
Le gouvernement temporel fondé sur l'institution
de Dieu , mais conduit par des voyes hu
maines , a pour objet l'ordre exterieur de la societé
, qui seul est au pouvoir des hommes ; et
employe les moyens humains , de l'autorité publique
, de la force coactive , de la severité des
peines temporelles ; enfin de tout ce qui compose
I vj Pap616
MERCURE DE FRANCE.
l'appareil d'une puissance vraiement exterieure."
Tandis qu'il défend par les armes le Corps de
l'Etat contre les ennemis qui peuvent l'attaquer
au-dehors , il maintient ce même Corps au- dedans
, par l'empire légitime qu'il exerce sur les
Citoïens. Il joint à l'autorité de la Loi , l'execution
forcée indépendamment de la volonté des
Sujets , et soumet par une contrainte effective
ceux qui résistent à son autorité.
L'exercice de cet empire exterieur des Loix ,
l'application de leur puissance aux Sujets , par le
Magistrat armé des moyens necessaires pour les
forcer à obéir , est ce qu'on appelle en termes de
Droit la Jurisdiction . C'est l'idée exacte que nous
en donnent les Jurisconsultes et les Loix. La Jurisdiction
est pleine et entiere , lorsque le pouvoir
de juger est revêtu de toute la force de la
puissance publique. Mais du moins sans quelque
participation de cette force coactive à l'exterieur ,
il n'est point de veritable Jurisdiction. Jurisdictio
sine modicâ coercitione nulla est , dit la Loy
se au Digeste de officio ejus cui mandata est
Jurisdictio, Et les interprêtes nous donnent pour
exemples de cette coercition dont parle la Loy
des châtimens qui affectent le corps , la prison ,
l'imposition de quelques peines pécuniaires.
Ainsi suivant les Loix et les Jurisconsultes ,'
on peut dire que la Jurisdiction prise dans son
sens propre et naturel , est un attribut du Gouvernement
temporel , parce qu'elle emporte une
contrainte au- dehors et une force qu'il est seul
en droit d'employer.
Il n'en est pas moins vrai que l'Eglise a d'ellemême
un autre genre de puissance et d'autorité
réelle , pour connoître et pour décider des matieres
spirituelles qu'elle a droit d'imposer des
peines de même nature , et d'exclute de son Corps
ceu
MARS. 1731. 617
ceux qui refuseroient de s'y soumettre : qu'il lui
appartient d'exercer ce pouvoir non seulement
sous le sceau de la Confession dans le Tribunal
secret de la Penitence , mais encore ouvertement
er d'une maniere visible , sur la connoissance
qu'elle peut avoir des faits. Mais lors même
qu'elle fait connoître et craindre ainsi ses Jugemens
, c'est sans entreprendre sur l'ordre public ,
et sans agir à l'exterieur avec l'empire réservé à
l'autre Puissance. Elle a reçu de JESUS CHRIST
le pouvoir spirituel de lier et de délier , de condamner
et d'absoudre , d'établir des regles et d'en
dispenser ; mais non pas de dominer comme les
Rois.
De-là vient ce qu'observent les Auteurs les
plus exacts que dans les Loix des premiers Empe→
reurs Chrétiens , le titre qui traite des Jugemens
Ecclesiastiques est intitulé , non pas de la Jurisdiction
Episcopale , de Episcopali Jurisdictione ;
mais de Episcopali audientiâ , dans le Code de
Justinien ; de Episcopali Judicio , dans celui de
Theodose : expressions dont le sens est bien different
de celui du terme propre de Jurisdiction
dans le Droit Romain.
Dès - lors cependant la confiance religieuse de
ces Princes , avoit accordé aux Evêques des attributions
qui par elles - mêmes n'étoient point .
comprises dans ce qui dépend du spirituel. On
n'en conservoit pas moins la difference des noms
qui caracterise la difference essentielle , entre le
pouvoir incontestable de l'Eglise , et la vraie Jurisdiction
qui appartient au Magistrat temporel.'
Mais ces attributions s'étant accrues et confir
mées dans la suite , on a emprunté les termes
usitez dans les Tribunaux séculiers , et on s'est
accoutumé à se servir du terme de Jurisdiction
en` parlant de divers Actes qu'exercent les Puissances
618 MERCURE DE FRANCE
sances de l'Eglise . En effet , soit par la concession
expresse , soit par le consentement tacite des
Princes , aujourd'hui plusieurs de ces Actes participent
du caractere de la Jurisdiction exterieure
et proprement dite .
Mais c'est abuser de cet avantage , que de dire
comme fait le Mandement , que le fonds de la
Jurisdiction exterieure et contentieuse est l'heritage
propre de l'Eglise d'insinuer qu'en cette
matiere , l'effet de la puissance de nos Rois se réduit
, soit à de certaines rogles et à de certaines
formes ausquelles il leur a pla .... d'assujettir
les Evêques et les Archevêques du Royaume....
dans l'exercice de leur jurisdiction ; soit à la
simple protection .... accordée par eux à l'Eglise
pour l'execution , on ne dit pas seulement
de ses censures , mais en general même de ses
jugemens d'exiger enfin qu'on reconnoisse un
caractere de Puissance publique exterieure dans
Pautorité qui est propre aux Prélats du premier
Ordre... dans le gouvernement de l'Eglise :
comme si la Puissance publique étoit autre chose
que la Puissance temporelle de qui dépend l'ordre
públic . Parler ainsi f sans explication même et
sans correctif , c'est confondre ce qu'il y a de
notions plus exactes sur la distinction des deux
Puissances , et répandre sur cette matiere des ténebres
qui ne permettent plus d'en reconnoître
les principes.
C'est cependant à la faveur de cette confusion ,
qu'on se porte jusqu'à dire , que refuser à l'Eglise
une Jurisdiction même exterieure qui lui
soit pro re c'est upposer que JESUS- CHRIST
ne l'a établie que sous un gouvernement trèsimparfait
, du moins à l'exterieur. Nous ne repetons
qu'avec répugnance des expressions qui
tendent à faire penser , que sans une Jurisdiction
exMARS.
17318
619
exterieure , telle que nous l'avons expliquée , l'ouvrage
de Jesus - Christ seroit imparfait. L'Institu
tion toute divine de l'Eglise en renfermeroit - elle
moins la puissance de la parole animée de l'Es-`
prit de Dieu , la grace des Sacremens, les rigueurs
salutaires de la Penitence , la sàinte sévérité des
censures , le discernement et la définition de la
Doctrine , le reglement du Spirituel par les Canons
? Un Evêque regardera-t'il comme insuffi
sans ces moyens sublimes , qui font l'essentiel du
pouvoir sacré de son Ministere
Trouvez bon , Messieurs , que sans en dire davantage
de nous-mêmes , nous empruntions les
termes d'un Auteur respecté en France depuis so
ans , initié dans le Sacerdoce , et de qui les laborteuses
veilles ont été si utiles à l'Eglise et à l'Etat.
C'est le sage et sçavant Auteur de l'Institution
au Droit Ecclesiastique. Il employe suivant
l'usage le terme de Jurisdiction , mais voici de
quelle maniere il s'en explique : Il faut revenir
àla distinction de la Jurisdiction propre et essentielle
à l'Eglise , et de celle qui lui est étrangere.
L'Eglise a par elle - même le droit de décider
toutes les questions de Doctrine , soit surla
Foi, soit sur la regle des moeurs. Elle a droit
d'établir de Canons ou regles de discipline pour
sa conduite interieure , d'en dispenser en quelques
occasions particulieres , et de les abroger
quand le bien de la Religion le demande. Elle
a droit d'établir des Pasteurs et des Ministres
pour continuer l'oeuvre de Dieu jusqu'à la fin
des secles , et pour exercer toute cette Jurisdiction
; elle peut les destituer s'il est necessaire.
Elle a droit de corriger tous ses enfan , leur
imposant des Penitences salutaires , soit pour
les pechez secrets qu'ils confessent , soit pour les
pechez publics dont ils sont convaincus . Enfin
620 MERCURE DE FRANCE
a droit de retrancher de son Corps les membres
corrompus , c'est-à - dire les pecheurs incorrigi
bles qui pourroient corrombre les autres . Voilà
les droits essentiels à l'Eglise , dont elle a joüi
sous les Empereurs Payens , et qui ne peuvent
lui être ôtez par aucune Puissance humaine....
tous les autre pouvoirs dont les Ecclesiastiques
ont été en possession et le sont encore en quelques
lieux, ne laissent pas de leur être légitimement
acquis par la concession expresse ou
sacite des Souverains ..et l'Eglise a autant de
raison de conserver ces droits , que ses autres
biens temporels.
•
Ce digne interprete de la doctrine et des maximes
de la France , semble , avoir rassemblé dans
cet endroit , tout ce qu'on trouve avec plus d'étenduë
, soit dans nos Auteurs les plus éclairez
soit dans les Canons et les autres monumens de la
plus venerable antiquité. Tels sont les principes
que nous attendrons toûjours d'un Evêque nourri
dans l'Eglise de France , et sur lesquels notre bouche
ne cessera point d'être de concert avec notre
coeur. L'Eglise a d'elle-même le droit de connoître
des matieres spirituelles , et le jugement qu'elle
en porte émane d'un pouvoir réel qui assujettit
les consciences. Elle a en sa disposition des peines
spisituelles , dont l'excommunication qui retranche
de sa communion est le comble. Elle tient du
Prince tout l'appareil , toute la forme exterieure
tout ce qui constitue le caractere public de jurisdiction
, l'espece de contrainte ou d'obligation civile
qui en est la suite , et les matieres temporelles
dont ont sçait qu'elle connoît aujourd'hui .
Qu'on se renferme dans ces termes , les diffi
cultez disparoîtront, ou s'il s'en élevé quelqu'une,
elle se terminera sans troubler la paix . Pour peu
qu'on se porte plus loin , la contradiction , les
disputes
MARS. 1731 . 621
disputes , les entreprises n'auront plus de fin . Les
écrits se multiplieront , et le fruit en sera peutêtre
d'apprendre à mettre en question ce qui ne
faisoit point de doute auparavant. Ne négligeons
pas d'étouffer dans leur naissance , jusqu'aux
moindres semences de dissension , sur l'autorité
et sur les limites de deux Puissances destinées à
une concorde immortelle. Que l'inquietude et
l'esprit de contention cessent ; fideles au serment
inviolable qui nous consacre aux droits de
l'une de ces deux Puissances , nous sçavons qu'en
même tems il nous engage à conserver les droits
de l'autre et nous n'oublierons jamais que de
leur intelligence dépend et leur propre avantage et
celui des hommes qui leur sont soumis. C'est ce
que disoit autrefois un grand Evêque de France :
Cum regnum et Sacerdotium inter se conveniunt
, benè regitur mundus , foret et fructifi
cat Ecclesia. Cum verò inter se discordant , non
tantum parva res non crescunt , sed etiam ma
gna res miserabiliter dilabuntur.
C'est , Messieurs , dans ces sentimens et par ces
vûes , que nous avons l'honneur de nous adresser
à la Cour pour arrêter les suites d'un ouvrage si
capable de causer de nouveaux troubles . C'est le
Mandement d'un Evêque ; et c'en est assez pour
que nous cherchions à nous renfermer dans la
forme la plus exacte.
Elle nous conduit à la voye de l'appel commé
d'abus , essentielle à l'ordre public du Royaume ,
et consacrée enFrance au maintient réciproque des
Loix de l'Eglise et de celle de l'Etat Ce que nous
venons d'avoir l'honneur de vous dire, vous indique
assez quels peuvent être la plupart des
moyens d'abus. Il suffit d'en avoir jetté les fondemens
, et s'il y a lieu dans la suite nous n'aurons
pas de peine à les développer de plus en plus.
Mais en attendant , vous sentez non -seulement
6,2 MERCURE DE FRANCE.
qu'il seroit dangereux , mais même qu'il est impossible
de souffrir qu'un tel ouvrage continuât
a se répandre et à se distribuer dans le public.
C'est surtout pour y opposer un remede au
moins provisoire , que nous avons crû devoir
nous expliquer dès aujourd'hui ; ét c'est aussi à
quoi tendent les conclusions par écrit qué nous
laissons à la Cour.
Eux retirez : Vût le Mandement imprimé intitulé,
Manlement de Monseigneur l'Evêque de Laon,
second Pair de France , Conte d'Anisy, donné à
Laon le 13. Novembre 1736. ensemble les Conclusions
par écrit du Procureur general du Roi ;
la matiere sur ce mise en déliberation .
La Cour reçoit le Procureur Generál Roi appel
lant comme d'abus dudit Mandement , lui permet
d'intimer sur ledit appel qui bon lui semblera, sur
lequel les parties auront audience au premier jour ;
et cependant fait deffenses de répandre , debiter ,
ou autrement distribuer aucuns exemplaires dudit
Mandement sous telles peines qu'il appartiendra
; que copies collationnées du present Arrêt
seront envoyées aux Bailliages et Sénechaussées
du ressort , pour y être lûës , publiées et registrées
; enjoint aux Substituts du Procureur Gene
ral du Roi , d'y tenir la main et d'en certifier la
Cour dans un mois. Fait en Parlement le 20. Fevrier
1731. Signé , YSABEAU.
ARREST du Parlement sur uñê Lettre Pastorale
de M. l'Evêque de Laon , & c.
Ce jour les Gens du Roi sont entrez , et Maître
Pierre de Gilbert de Voisins , Avocat dudit
Seigneur Roi , portant la parole , ont dit : Messieurs
, nous ne pouvons trop tôt apporter à la
Cour l'Imprimé intitulé , Lettre Pastorale , que
M. l'Evêque de Laon vient de publier dans son
Diocèse et qui nous fut envoyé hier par notre
MARS. 1731. 623
Substitut au Bailliage de Laon. Sa lecture vous
fera sentir la necessité des Conclusions que nous
croyons devoir prendre en ce moment. On voit
que c'est une partie qui cherche à faire insulte à
ses Juges, et qui traite d'entreprise la voye dedroit
de l'appel comme d'abus , sur lequel la Cour nous
ǎ permis de l'intimer par son Arrêt du 20. du
mois dernier. En même tems qu'elle etouffera sur
le champ ce scandale , elle voudra bien nous réserver
la liberté de prendre dans la suite telles Conclusions
que nous jugerons à propos à ce sujet.
Nous requerons qu'il plaise à la Cour ordonner
que l'Ecrit intitulé : Lettre Pastorale de M. l'Evêque
de Laonn , daté du 24. Février 1731. au
sujet de l'Arrêt de la Cour du 20. du même
mois , demeurera supprimé comme séditieux , ate
tentatoire à l'autorité Royale et à l'Arrêst de la
Cour : sauf à nous de prendre au surplus telles
conclusions que nous jugerons à propos , en pro
cedant au jugement de l'appel comme d'abus
reçû par l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , à l'effet
de quoi un Exemplaire dudit Ecrit demeurera au
Greffe de la Cour. Ordonner au surplus que
l'Arrêt du 20. Fevrier dernier , sera executé selon
sa forme et teneur , et que copies collationnées de
celui que la Cour rendra aujourd'ui seront envoyées
aux Bailliages et Sénéchaussées du Ressort
pour y être lues , publiées et enregistrées ; enjoint
nos Substituts d'y tenir la main et d'en certifier
la Cour dans un mois.
Eux retirez : Lecture fai e dudit Imprimé ayant
pour titre : Lettre Pastorale de Monseigneur
PEvêque Duc de Laon , second Pair de France
Comte d'Anisy, & c. au sujet de l'Arrêt du Par
lement du Lo. Fevrier 1731. sur son Mandement
du 13. Novembre 1730. La matiere sur ce
mise en déliberation.
La Cour ordonne que ledit Ecrit intitulé : Legł
624 MERCURE DE FRANCE
a
tre Pastorale de M. l'Evêque de Laon , datté du
24. Février 173 1. au sujet de l'Arrêt de la Cour
du 20. du méme mois , demeurera supprimé
comme séditieux, attentatoire à l'autorité Royale
et à l'arrêt de la Cour , sauf au Procureur Géneral
du Roi à prendre au surplus telles conclusions
qu'il jugera à propos en procedant au jugement
de l'appel comme d'abus , reçû par l'Arrêt du 20 .
Février dernier , à l'effet de quoi un Exemplaire
dudit Ecrit demeurera au Greffe de la Cour :
Ordonne au surplus que l'Arrêt d'icelle du 20 .
Fevrier dernier , sera executé selon sa forme et
teneur , et que Copies collationnées du present
Arrêt , seront envoyées aux Bailliages en Sénechaussées
du Ressort , pour y être lûes , publiées
et enregistrées ; enjoint aux Substituts du Procureur
General du Roi , d'y tenir la main , et d'en
certifier la Cour dans un mois . Fait en Parlement
le 2. Mars 1731. Signé , DUFRANC .
1
ARREST du 10. Mars , rendu à l'occasion
des disputes qui se sont élevées au sujet des deux
Puissances & c . dont voici la teneur. Le Roi étant
informé qu'à l'occasion de quelques Ecrits qui
se sont répandus dans le Public , il s'est élevé de
nouvelles disputes sur differentes matieres , et
entr'autres sur ce qui regarde la nature , l'éten
due et les bornes de l'autorité Ecclesiastique et
de la Puissance Séculiere , Sa Majesté attentive
à remplir tout ce que la Religion exige de son
pouvoir , sans manquer à ce qu'elle se doit à
elle -même , regarde comme son premier devoir
d'empêcher qu'à l'occasion de ces disputes on ne
mette en question les droits sacrés d'une Puissance
qui a reçû de Dieu seul l'autorité de décider
les questions de Doctrine sur la Foi , ou sur
la regle des moeurs , de faire des Canons ou
regles de discipline pour la conduite des MinisMARS.
173.1 . 625
>
2
tres de l'Eglise et des Fidelles dans l'Ordre de
la Religion , d'établir ces Ministres , ou de les
destituer , conformément aux inémes regles ; et
de se faire obéir , en imposant aux Fideles , suivant
l'Ordre Canonique , non - sculement des pénitences
salutaires , mais de veritables peines spirituelles
, par les jugemens ou par les censures que
les premiers Pasteurs ont droit de prononcer et
de manifester , et qui sont d'autant plus redou
tables qu'elles produisent leur effet sur l'ame du
coupable , dont la résistance n'empêche pas qu'il
ne porte malgré lui la peine à laquelle il est condamné.
Si la Religion de Sa Majesté l'oblige
comme protecteur de l'Eglise , et en qualité de
Roi Très - Chrétien , à empêcher qu'on ne donne
aucune atteinte à ce qui appartient si essentiellement
à la puissance spirituelle ; son intention
est aussi qu'elle continue de jouir paisiblement
dans ses Etats de tous les Droits ou Privileges
qui lui ont été accordés par les Rois ses prédecesseurs
, sur ce qui regarde l'appareil exterieur
d'un Tribunal public , les formalités de l'ordre
ou du stile judiciaire , l'exécution forcée des Jugemens
sur le corps ou sur les biens , les obligations
ou les effets qui en résultent dans l'ordre.
exterieur de la Societé , et en général tout ce
qui adjoute la terreur des peines temporelles à
la crainte des peines spirituelles . Mais comme les
disputes qui commencent à s'élever pourroient
donner lieu d'agiter sur ces differens points et
sur tous ceux qui peuvent y avoir rapport , des
questions témeraires ou dangereuses , non seule.
ment sur les expressions qui peuvent être differemment
entenduës , mais sur le fond des choses
mêmes , Sa Majesté à crû devoir suivre en cette
occasion l'exemple des Rois ses prédecesseurs ,
en arrêtant d'un côté le cours de ces disputes
maissantes, et en prenant de l'autre toutes les me
626 MERCURE DE FRANCE
eures que sa sagesse et sa pieté lui inspireront
pour les éteindre entierement : A quoi desirane
pourvoir : S. M. étant en son Conseil , a ordonné
et ordonne , que toutes lesdites disputes ou
contestations , et pareillement celles qui peuvent
y avoir rapport , soient et demeurent suspendues
comme S. M. les suspend par le present Arrêt;
imposant par provision un silence general et absolu
sur ce qui fait la matiere desdites cotestations;
et en'consequence , fait S. M. très- expresses inhibitions
et deffenses à toutes les Universitez du
Royaume , notamment aux Facultez de Théologie
et de Droit Civil & Canonique , de permettre
aucunes disputes dans les Ecoles sur cette matiere;
comme aussi d'enseigner ou de souffrir qu'on enseigne
rien de contraire aux principes cy- dessus
marquez sur les deux Puissances. Deffend pareillement
à tous ses Sujets , de quelque êtat , qualité
et condition qu'ils soient , de faire aucunes assein
blées , déliberations , actes ,
déclarations , iequê→
tes , poursuites ou procédures , à l'occasion desdites
disputes , ou de tout ce qui peut les concerner
, et d'écrire , composer , imprimer , vendre,
débiter ou distribuer directement ou indirectement
aucuns Ecrits , Livres , Libelles , Mémoires ou au
tres Ouvrages sur le même sujet , sous quelque
prétexte , et sous quelque titre ou nom que ce puisse
être , le tout à peine contre les contrevenans d'être
traités comme rebelles et désobeïssants aux or→
dres du Roi , séditieux et perturbateurs du repos
public , Sa Majesté se reservant à elle seule , sur
l'avis de ceux qu'elle jugera à propos de choisir in.
cessament dans son Conseil , et même dans l'Ore.
dre Episcopal , de prendre les mesures qu'elle estimera
les plus convenables ' pour conserver toujours
de plus en plus les droits inviolables des deux
Puissances , et maintenir entre elles l'union qui
doit y regner pour le bien commun de l'Eglise et
MARS. 1731. 627
de l'Etat . Exhorte Sa Mejesté , et néanmoins enjoint
à tous les Archevêques et Evêques de son
Royaume de veiller chacun dans leur Diocèse à ce
que la tranquilité qu'elle veut y maintenir par la
cessation de toutes disputes , soit charitablement
et inviolablement conservée &c.
Fermer
Résumé : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES, &c.
Entre décembre 1730 et février 1731, plusieurs ordonnances et arrêts royaux ont été promulgués. Le 12 décembre, des ordonnances concernaient Laval et la fabrication de papier en Limousin. Le 26 décembre, une ordonnance interdisait la fabrication de pavés de grès à Paris, sauf pour les entrepreneurs des Ponts et Chaussées. Le 21 janvier, une ordonnance imposait des déclarations pour le café à Marseille, avec des amendes pour non-conformité. Le 23 janvier, une ordonnance nommait Pierre Vacquier pour la vente exclusive du café et autorisait la rétrocession de la Louisiane par la Compagnie des Indes. Le 30 janvier, une ordonnance maintenait les gages des officiers créés en 1672. En février 1731, une ordonnance fixait la jurisprudence sur les donations. Un arrêt du Parlement critiquait un mandement de l'évêque de Laon, daté du 13 novembre 1736, pour ses attaques contre les maximes religieuses et son manque de respect envers le Saint-Siège. Le texte discutait de la position de l'évêque concernant l'autorité du Saint-Siège et la Constitution française, louant son respect envers le Saint-Siège mais critiquant l'introduction d'un concile romain non reconnu en France. Le mandement était jugé contraire aux libertés de l'Église gallicane. L'arrêt insistait sur la distinction entre les pouvoirs spirituel et temporel, chacun ayant son domaine propre. La juridiction était définie comme le pouvoir de juger avec contrainte extérieure, relevant du gouvernement temporel. L'Église possédait une autorité spirituelle pour juger des matières religieuses, mais sans la même force coercitive. L'arrêt interdisait la diffusion du mandement de l'évêque de Laon. En février 1731, le Parlement avait examiné une 'Lettre Pastorale' de l'évêque de Laon, jugée séditieuse et attentatoire à l'autorité royale. Les représentants du roi avaient demandé sa suppression et la confirmation de l'exécution d'un arrêt précédent. La Cour avait ordonné la suppression de la lettre et maintenu l'arrêt. Des copies de cet arrêt devaient être diffusées dans les bailliages et sénéchaussées. Le roi avait réagi aux disputes sur les pouvoirs ecclésiastiques et séculiers, soulignant l'importance de respecter les droits de l'autorité ecclésiastique en matière de doctrine et de discipline. Il avait décidé d'arrêter les disputes naissantes et de prendre des mesures pour éviter toute controverse. Le roi avait ordonné la suspension de toutes les disputes religieuses et politiques, imposant un silence général sur les sujets de controverse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 2297-2309
LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
Début :
Je vous avouë, Monsieur, que j'ai été terriblement en colere contre le Public [...]
Mots clefs :
Rire, Satire, Despréaux, Famille royale, Conspiration , Reine, Autorité, Reconnaissance, Défiance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
LETTRE de Madame la Comtesse de....
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie
d'Astrate
J
E vous avoue , Monsieur , que j'ai été
terriblement en colere contre le Public
et même contre vous , à la lecture
de votre derniere Lettre ; vous m'annoncez
qu'on a ri à la représentation d'Astrate
, et loin de me l'annoncer comme
une injustice des plus criantes , vous ne
rougissez pas d'ajoûter que vous n'avez
pas pû vous empêcher d'y rire , comme
les autres , sur tout au second Acte , où il
s'agit de l'Anneau Royal , qu'il a plû à
l'Aristarque François de tourner en ridicule
par ce Vers : Sur tout l'Anneau Royal
me semble bien trouvé. Vous auriez été
B iij
LIFT
2298 MERCURE DE FRANCE
un peu plus en garde contre votre envie
de rire , si vous eussiez consideré que
Despreaux met ces Vers ironiques dans
la bouche d'un Campagnard , par un reste
de pudeur qui l'empêche d'adopter un
sentiment si peu sensé. Ce n'est pas que
je prétende ici justifier cet implacable
Auteur ; il a bien pû penser lui - même
ce qu'il fait dire à un autre , puisqu'il a
osé avancer dans une autre Satyre.
Et quand je veux citer un Auteur sans deffaut
La raison dit Virgile , et la rime Quinault.
En vain Despreaux a chanté la Palinodie
, quand il s'y est vû forcé par la gloire
que Quinault s'étoit acquise par tant d'au
tres Ouvrages ; le Public , je veux dire
un certain Public malin ; la Tourbe
pour mieux m'expliquer , a persisté à croire
qu'Astrate étoit une Tragédie très -risible,
et n'a pas voulu renoncer au droit de
rire à fes Représentations. Pour moi ;
Monsieur , qui ai un peu plus de vanitě
que vous , j'ai trop de soin de ma gloirė
pour me confondre dans la foule ; et j'ai
toûjours regardé Astrate comme une Piece
que nos plus grands Dramatiques ne
desavoüeroient pas. Despreaux à beaut
faire dire aux Interlocuteurs de son re
pas ridicule , que chaque Acte de cette
Tragédie
OCTOBRE. 1731. 2299
Tragedie est une Piece entiere , l'action y
est si peu chargée que j'entreprends de
vous la retracer en aussi peu de mots
qu'' on puisse réduire la plus simple : voici
de quoi il s'agit.
L'action theatrale se passe dans le Pa
Jais d'Elise , Reine de Tyr. Le Trône où
elle est assise a été usurpé par son Pere
sur Adraste , qui en étoit le veritable
possesseur. Ce funeste heritage l'a réduire
faire périr ce Roy détrôné et deux de
ses enfans ; un troisième est échappé au
fer meurtrier ; voilà ce qui s'est passé
avant l'Action théatrale , et qui , comme
vous le voyez , ne doit pas faire une protase
trop chargée. Passons au noeud de
la Piece. Elise aime Astrate , crû fils de
Sichée , ses Sujets souffrent impatiemment
qu'une femme regne sur eux ; elle
yeut leur donner un Roy , & croit ne
pouvoir mieux faire que de choisir un
Prince qui par sa valeur a soutenu le
Trône où l'usurpation l'a placée ; elle fait
part de son dessein à Sichée , qui tâche
de l'en détourner par des raisons de politique
; il ne peut lui découvrir la veritable
, la voici : Astrate qui passe pour
son fils , est celui des trois fils du veri-
→ table Roy échappé
au fer meurtrier
.
Elise ayant
annoncé
à Astrate
que. le
B iiij
choix
2300 MERCURE DE FRANCE
contre
choix qu'elle va faire d'un Epoux tombe
sur lui ; et leur amour étant réciproque ,
Sichée , qui est à la tête d'une conspira
tion prête à vanger la mort du veritable
Roy , et à rétablir sur le Trône usurpé
le reste précieux de la Famille Royale
fait entendre à son prétendu fils , qu'il
ne doit pas accepter une place qu'il ne
pourroit long- temps conserver
une révolte qui est sur le point d'éclatter .
Astrate croit le rassurer contre ce peri
en lui annonçant que la conspiration est
découverte , et en lui nommant trois des
conjurez ; Sichée plus allarmé qu'au pa
ravant , et voyant qu'Astrate veut aller
tout découvrir à la Keine , ne peut mieux
l'arrêter qu'en se faisant connoître à lui
pour Chef de la conspiration . Quelcom
bat entre l'Amour et la Nature ! Astrate
croit enfin les accorder tous deux , en
obrenant de la Reine une Amnistie ge
nerale ; il l'obtient en effet , Sichée n'a
rien à craindre pour ses jours , non - plus
que pour ceux de ses amis ; Elise demande
seulement qu'on lui livre ce
dernier fils du vrai Roy , en faveur du
quel on conspire ; c'est alors que Sichéa
ne pouvant plus differer de le faire con
noître , montre des Tablettes à Adraste
dans lesquelles ces Vers sont traceź
c'est
OCTOBR E. 1731. 2301
c'est le vrai Roy qui parle dans ces Tablettes.
Le plus jeune de mes trois fils
Echappe aux cruels Ennemis ,
Dont sur moi l'injustice éclatte ;
Et quand il sera temps de découvrir son sort ,
Ou pour rompre mes fers ou pour vanger ma
mort ;
Sichée en est crû pere , et son nom est Astrate.
Voilà , Monsieur , le noeud de la Piece ;
en voici le dénouement. La cospiration
éclatte malgré le nouveau Roy, à qui
Sichée n'a point laissé les Tablettes qui
peuvent seules le faire reconnoître ; il
combat lui - même contre ceux qui n'ont
pris les armes que pour lui ; on le desarme
, on lui donne des Gardes ; il a beau
dire à ses Sujets qu'il est leur Roy ; on
croit que l'Amour lui dicte ce langage ;
Elise craignant que cet amour ne coûte
enfin la vie à ce cher Prince , attente sur
ses propres jours ; elle vient mourir à ses
yeux , empoisonnée .
D
Vous ne manquerez pas , Monsieur
de m'accuser de supercherie , parce que
je retranche l'épisode d'Agenor , pour
vous faire paroître l'action plus simple
mais cet Episode n'a lieu dans la Piece
B. V
que
2302 MERCURE DE FRANCE
que pendant les deux premiers Actes , et
l'Auteur auroit bien pû s'en passer ; j'avoüe
même qu'il n'en auroit que mieux
fait ; nous n'aurions pas vû cet Anneau
Royal qui a excité des ris dans un sujet
uniquement destiné à faire verser des larmes
; je conviens avec vous que
deffaut , mais trouvez bon aussi que je
cherche à le justifier autant qu'il me sera
possible.
c'est un
Quand j'avoue que l'Anneau Royal est
un deffaut , je ne conviens pas qu'il le
foit jusqu'à être risible ; en effet si l'on y
rit , ce n'est que par le coup sur coup
qu'il produit. Ainsi Despreaux n'a pas
rencontré juste quand il a fait dire à son
Campagnard : Sur tout l'Anneau Royal ,
& c. Cet Auteur atrabilaire auroit dû se
souvenir qu'Alexandre le Grand , fit Perdiccas
dépositaire de son autorité par un
Anneau qu'il lui remit entre les mains ;
Quinault n'est donc ni risible ni blâmable
, d'employer le même signe d'autorité
dans sa Piece ; je dis bien plus , Elise ne
remet cette marque de toute - puissance à
A genor , que par des motifs très - senseż,
soit de reconnoissance , soit de défiance.
Agenor lui a parû très- soû mis quand elle
lui a fait entendre qu'elle vouloit faire
un Roy , indépendamment de la loi que
son
OCTOBRE 1731. 2303
son pere lui avoit imposée : voici com
me il s'explique dans le second Acte.
J'ai de subir vos loix un double engagement ;
C'est peu d'être Sujet, je suis encore Amant, &c
Je ne vous dis plus rien , Madame , et vais attendre
,
L'Arrêt que sur mon sort il vous plaira de ren- `
dre , &c.
Elise est si touchée d'une si parfaite
résignation, qu'elle dit à sa Confidente :
Par quelle injuste loy ,
Ne lui dois-je plus rien quand il fait tout pour
moi ?
Corisbe me croit- elle une ame si farouche ,
Et que
Qu'une belle action n'ait plus rien qui me touche?
l'excès d'amour d'un Prince si soumis ,
N'ait pas des droits plus forts que ceux qu'il m'a
remis ?
Voilà , Monsieur , le motif de reconnoissance
; passons au motif de défiance ;
c'est toûjours Elise qui parle :
J'ai peine toutefois , quoique je me figure ,
De croire dans le Prince une vertu si pure ,
Et de ne soupçonner d'aucun déguisement ,
L'excès étudié d'un si beau sentiment.
Que peut-elle faire de plus sensé , en
B vj parlant
2304 MERCURE DE FRANCE
parlant de ces deux principes , que da
récompenser Agenor , s'il est sincere , ou
de le punir , s'il ne l'est pas ? voici comment
elle en agit avec lui ; elle commence
par lui déclarer qu'elle aime Adraste
comme Agenor le dit lui- même , parlant
à son Rival dans le commencement
du troisiéme Acte; voici ses propres mots
Après m'avoir loüé d'avoir cedé mes droits ,
En mettant dans mes mains cet Anneau de nos
Rois ,
La Reine avec adresse a sçû me faire entendre ,
Que son coeur à vos feux s'étoit laissé surpren
dre , & c. ...
Mais qu'elle avoit voulu du moins pour reconnoître
,
La generosité que j'avois fait paroître ,
Et pour
rendre pour moi son refus moins hon
teux ,
Que ce fût de ma main que vous fussiez heureux;
Qu'elle ne doutoit point qu'après cette priere ,
Ma génerosité ne se montrât entiere.
Voilà donc le premier motif rempli ;
l'abus qu'Adraste fait du pouvoir remis
entre ses mains , justifie la punition que
la Reine en va faires à peine a- t'elle appris
qu'il veut faire arrêter Adraste , qu'el
le l'envoye arrêter lui-même . Qu'y a - t'il
de
OCTOBRE . 1731. 230,
de plus juste et de plus consequent ? La
soumission est récompensée , la dissimulation
est punie ; Agenor est précipité du
faîte de la grandeur , Astrate est élevé
aur comble du bonheur ; et c'est ce coup
sur- coup de peripetie qui fait rire les
Spectateurs , sans qu'ils s'apperçoivent
eux-mêmes de quoi ils rient.
Ne riez -vous pas vous-même , Monsieur
, de ce que je viens d'avancer ?
Non; ce n'est pas l'Anneau Royal qui
fait rite , n'en déplaise à Despreaux , c'est
ce passage subit du. Trône à. la prison ,
et du dernier malheur au bonheur suprême
; on est ravi de voir Agenor mortifié
; on ne l'est pas moins de voir Astrate
heureux ; les ris ne sont pas toûjours
des. marques de mocquerie , ou du moins
dans cette occafion les rieurs ne sont pas
pour Agenor.
En effet , Monsieur , vous n'avez qu'à
vous rappeller le personnage qu'il vient
de jouer dans la Scene précedente , pour
convenir qu'il a justement merité les mocqueries
du Parterre ; après avoir avoüé
à Astrate qu'il est aimé et que la Reine
ne lui a mis l'Anneau Royal entre les
mains que pour en user genereusement ;
il lui dit d'un ton de voix insultant :
Mon
2306 MERCURE DE FRANCE
Mon coeur ne peut former une plas noble envie
A cet illustre effort la gloire me convie ;
La generosité m'y fait voir mille appas ;
Mais l'Amour plus puissant ne me le permer .
pas , &c.
Que voulez- vous? chacun a sa façon d'aimer,& c.
Vous aimez en Heros ; pour moi , je le confeffe ,
Le Ciel m'a fait un coeur capable de foiblesse ;
Mais je n'en rougis point et jusqu'à ce jour ,
La foiblesse jamais n'a fait honte à l'Amour , &C.
Laissez -moi les douceurs qui me sont accordées ,
Et jouissez en paix de vos belles idées .
Tandis qu'un noeud sacré , propice à mes souhaits
,
Va mettre entre mes bras la Reine et ses attraits,
Que sans m'embarrasser d'un scrupule inutile ,
J'en vais être à vos yeux le possesseur franquille ,
Et vais enfin au gré de mes transports pressants ,
M'assurer d'être heureux sur la foi de mes sens.
Pour vous en consoler , songez qu'au fond de
l'ame
guere
La Reine, avec regret, s'arrache à votre flâme, &c,
J'y veux bien consentir ; un reste d'amitié
M'oblige à voir encor vos maux avec pitié ,
Et sûr d'un bien solide , il ne me coûte
De vous abandonner un bien imaginaire ;
Ainsi chacun de nous se tiendra satisfait ;
Vous , de vous croire heureux , moi , de l'être an
effet.
OCTOBRE. 1731. 2307
'Ajoûtez à cela , Monsieur , la lâcheté
avec laquelle Agenor refuse le défi que
lui fait Astrate; en faut- il davantage pour
exciter le Spectateur à rire de le voir
puni , comme il l'a merité ?
Ce n'est pas que j'approuve le caractere
que Quinault lui donne ; il pouvoit
le rendre odieux , sans le rendre mauvais-
plaisant , et sans l'ériger en Marquis
ridicule de Comédie ; mais il a mis assez
de noblesse dans tout le reste de sa Tra◄
gédie , pour faire voir de quoi il est capable
quand il veut s'en donner la peine.
Il cst temps de passer à des choses plus
dignes de noire attention ; et qu'une Apologie
dont il n'a pas besoin , fasse place
à des éloges si bien méritez. En effet
Monsieur , quoi de plus délicat que la
Scene où la Reine enhardit Astrate à lui
parler de son amour , fondée sur cette
maxime :
Je sçais qu'à notre Sexe il sied bien d'ordinaire ,
De laisser aux Amans les premiers pas à faire ,
De tenir avec soin tout notre amour caché ,
D'attendre que l'aveu nous en soit arraché ,
De ne parler qu'après d'extrémes violences ;
Mais je regne, et le Trône a d'autres bienséances ;
Et quand jusqu'à ce rang notre Sexe est monté,
Ild oit tre au-dessus de la timidité :
Astrate
2308 MERCURE DE FRANCE
Astrate est mon Sujet , et la toute -puissance ,
L'engage aux mêmes loix dont elle me dispense ;
Quelqu'ardeur qui l'emporte , il doit se retenir
C'est à moi de descendre et de le prévenir ,
De l'aider à s'ouvrir ,de l'y servir de guide ;.
Jusques - là , c'est à lui d'aimer d'un feu timide
D'encocher tout l'éclat, et pour le mettre au jour
D'attendre qu'il m'ait plû d'enhardir son amour.
N'est-ce pas là aimer en Reine ? voici
comment Elise s'y prend pour enhardir
son sujet à lui parler de son amour.
Cessons de feindre , Astrate ; on veut me faire
croire ,
Qu'oubliant tout devoir , séduit par trop de gloire,
Vous avez jusqu'à moi secretement osé ;
Astrate voulant se justifier , elle lui
ferme la bouche par ces mots :
Il n'est besoin ici que de me bien entenåre ;
Avant que de répondre examinez - vous bien ,
Voyez si votre coeur ne s'accuse de rien ,
S'il ne se sent pour moi rien d'un peu témer aire
Rien qui passe l'ardeur d'un sujet ordinaire , & c.
La douceur avec laquelle la Reine invite
Astrate à faire cet examen , l'enhardit
à être sincere ; voici comme il
s'explique et s'excuse en même temps
D'un
OCTOBRE. 1731 2309
D'un crime si charmant mon coeur insatiable ,
En voudroit s'il pouvoit être encor plus coupable,
Et , si je l'ose dire , aime mieux consentir ,
A tout votre courroux qu'au moindre repentir ,
Lorsque par un transport dont on n'est plus le
maître,
On devient témeraire , on ne sçauroit trop l'êtres
Et dès qu'on a pû mettre un feu coupable au jour,
C'est l'excès qui peut seul justifier l'amour.
Le reste pour le prochain Mercurè.
Fermer
Résumé : LETTRE de Madame la Comtesse de.... à M.le Chevalier de ... sur la Tragedie d'Astrate.
La Comtesse de... exprime sa colère envers le Chevalier de... après avoir appris que le public avait ri lors de la représentation de la tragédie 'Astrate' de Jean Racine. Elle critique particulièrement la réaction du Chevalier, qui a également ri, notamment lors du second acte où l'Anneau Royal est mentionné. La Comtesse défend Racine en expliquant que les vers ironiques sur l'Anneau Royal sont prononcés par un personnage campagnard par pudeur. Elle reconnaît cependant que Racine a pu avoir des sentiments similaires dans d'autres œuvres. La Comtesse résume ensuite l'intrigue d''Astrate'. L'action se déroule à Tyr, où la reine Elise a usurpé le trône d'Adraste. Elise aime Astrate, qu'elle croit être le fils de Sichée. Les sujets d'Elise souffrent de voir une femme régner et souhaitent un roi. Elise envisage de choisir Astrate comme époux, mais Sichée, qui est en réalité le père d'Astrate et le véritable roi, tente de l'en dissuader. Il révèle finalement à Astrate qu'il est le fils du roi détrôné et qu'une conspiration est prête à rétablir la famille royale. Astrate obtient une amnistie générale, mais la conspiration éclate malgré tout. Elise, craignant pour la vie d'Astrate, se suicide. La Comtesse critique l'épisode de l'Anneau Royal, qui a suscité des rires, et défend Quinault en expliquant que l'Anneau est un symbole d'autorité légitime. Elle conclut en soulignant que les rires du public sont dus au passage subit du trône à la prison et au bonheur suprême, et non à l'Anneau Royal. Elle critique également le personnage d'Agenor, qui est puni à juste titre pour sa lâcheté et son comportement odieux. Enfin, elle loue la délicatesse de la scène où Elise encourage Astrate à lui parler de son amour. Par ailleurs, le texte relate une conversation entre deux personnages, Astrea et une reine. Astrea est accusé de sentiments excessifs envers la reine. Pour se défendre, Astrea est invité à examiner son cœur et à vérifier s'il ne ressent pas pour la reine une ardeur dépassant celle d'un sujet ordinaire. Encouragé par la douceur de la reine, Astrea avoue son amour coupable et insatiable. Il exprime son désir de rester coupable plutôt que de regretter ses sentiments. Il justifie son audace par l'intensité de son amour, affirmant que seul l'excès peut expliquer un tel sentiment. La suite de la conversation est reportée au prochain Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 2563-2580
SECONDE LETTRE CRITIQUE, sur la Chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'Anglois.
Début :
Vous êtes donc content de ma premiere Lettre, Monsieur ; la maniere [...]
Mots clefs :
Déluge, Histoire, Chronologie, Texte hébreu, Ordre, Écriture, Égyptiens, Égypte, Rois, Moïse, Auteurs, Roi, Raison, Dispersion, Autorité, Histoire universelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE CRITIQUE, sur la Chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'Anglois.
SECONDE LETTRE CRITIQUE ;
sur la Chronologie de la nouvelle Histoire
Universelle traduite de l'Anglais-
V
Ous êtes donc content de ma premiere
Lettre , Monsieur ; la maniere
obligeante dont vous m'en parlez
est pour moi un nouvel engagement de
tenir ma parole . C'est de la Chronologie
en général , et de celle de l'Histoire des
Egyptiens que je vous rendrai compte
aujourd'hui . Et quand même ces Messieurs
auroient connoissance de mes Réfléxions
, ils n'en seroient ni surpris ni
fâchez , puisqu'ils avoüent d'avance qu'il
1. Vol.
2564 MERCURE DE FRANCE
y aura sans doute des fautes dans leur
ouvrage , car il n'en paroîtra , selon cux,
de parfait que l'année où l'on trouvera
le mouvement perpetuel et la Pierre
Philosophale. Mais ils se flattent aussi
de n'avoir commis que des fautes excusables,
Avis au Lecteur. Vous en serez
le Juge..
Tous ceux qui ont entrepris d'écrire
sur l'Histoire ancienne , se sont toujours
tourmentez pour trouver une regle sure
de Chronologie , les Septante ne sont
plus gueres de mise , et la préference
roule aujourd'hui entre l'Hebreu et le
Samaritain . Ces Messieurs prennent une
nouvelle route , ils suivent tantôt l'un >
tantôt l'autre de ces derniers textes , ne
les reconnoissant pour autentiques que
quand et comme ils le Jugent à propos.
C'est encore un autre principe autorisé
par la foi et par la raison que nous n'avons
aucune autre connoissance de l'Histoire
anterieure au Déluge que le peu qui s'en
trouve dans les Livres de Moyse. Ils le
reconnoissent comme nous . Aucune nation
, disent- ils , n'a porté son Histoire
au- delà du Déluge , au moins avec quelque
fondement avis au Lecteur p. 8.
et ailleurs , les Ecrits de Moyse sont les
seuls Monuments autentiques que nous
1. Vol. ayons
DECEMBRE. 1733 2565,
1
ayons
prouver que
›
,
de ces tems éloignez page. 142 .
Après tous ces aveus , qui s'attendroit
que le Compilateur va entreprendre de
le Sanchoniathon Auteur
Phénicien , qui vivoit même avant la
Guerre de Troye , nous a donné une Généalogie
complette de tous les descendans
de Caïn jusqu'au tems d'Abraham
Cela est néanmoins vrai , et il le fait sur
l'autorité de Cumberland. Le Protogone et
P'Eon sont le même couple qu'Adam et
Eve , leurs Enfans Genus et Genua sont
Caïn et sa femme comme on dit dans
la Loy civile , Caïus et Caïa, p. 143. et
pour en convaincre ,il faut voir comment
il déchire et décompose ces mots. De
ces descendans de Carn , combien tiret'il
d'origines curieuses ? p. 144. ct
suiv. La coûtume d'offrir du sang aux
déitez inférieures , et une partie de la
chair des bêtes tuées à la Chasse ; le culte
rendu aux hommes après leur mort ;
la premiere statuë qui leur est élevée , le
premier Temple bâti en leur honneur
Elion ou le Très-Haut est Lamech pere
de Noë celui- ci est Vrane , et son premier
fils Cronus ou Saturne est Cham comme
on aura soin de le prouver dans la suite
Voila ce qui s'appelle du neuf. Mais si
1. Vol. VOUS B
2566 MERCURE DE FRANCE
vous demandez pourquoi Sanchoniaton
n'a point parlé du Déluge dans le cours
de son récit, lui qui rapporte tant d'autres
événemens de peu de conséquence, on vous
répondra que ce fléau étant en partie le
fléau de l'idolatrie , les Payens ont tâché
d'abolir la mémoire d'un monument si
extraordinaire de la vangeance divine et
de leur propre honte.
Cela est bientôt dit. Mais comment
Sanchoniaton et les autres Payens poste
rieurs de plusieurs siècles au Déluge , en
avoient- ils connoissance ? Quelle Histoi
re anterieure subsistoit après ce ravage
universel ? Dans quelle urne , dans quelle
capse , dans quel coffre de fer l'avoit - on
mise pout la sauver du naufrage ? Qui en
avoit eu la pensée et la précaution ? Je
comprens comment Moyse inspiré par
le S. Esprit , et conduit par une tradition
miraculeusement conservée , nous a
tracé succintement l'Histoire de ces tems
obscurs. Mais je n'imagine point par quel
canal , Sanchoniathon , mille ans après
a pénetré dans ce mystere. Néanmoins
suivant ces Messieurs il le savoit et
mieux que Moyse , puisque ce S. Patriarche
Legislateur a ômis deux Genérations
qu'il faut remplir et réformer par la Iu ,
miere de l'Auteur Phenicien p. 148,
I, Vol
Dites
DECEMBRE.
1733 2567
Dites moi en votre conscience , l'auriezvous
jamais crû ?
Vous seriez encore bien plus étonné si
je vous disois ce qu'on raconte d'après
Berose : Qu'un Poisson à deux têtes fut
le premier maître qui instruisit les Caldéens
; que cet animal aquatique et de fi .
gure monstrueuse étoit Adam, et que dix
autres animaux de même sorte sont les
dix Patriarches qui suivirent jusqu'au
Déluge , p. 149. et suiv. Le tout conforme
à la Chronologie Samaritaine , suivant
la réformation de l'ancien Calen
drier Babilonien.
Autre découverte. Voici encore 113 ]
Générations pendant l'espace de 36525
ans de compte fait , qui ont occupé le
Trône de l'Egypte depuis le commencement
du Monde . Toute cette succession
est divisée en trois Races , les Aurites ,
les Mestréens , et les Egyptiens jusqu'à
Alexandre , p . 15;. L'on ajoûte , p • 154 .
et cette Hypothese, comme nous le
verons bien- tôt , s'accorde passablement
bien avec la Chronologie. Cependant ,
comme ce nombre paroît un peu exorbitant
, on aime mieux s'en rapporter à
Manethon , comme à celui de qui l'on
doit principalement puiser l'Histoire
d'Egypte . Et ce Prêtre d'Heliopolis qui
prou-
1. Vol. Bij l'écrivi
2568 MERCURE DE FRANCE
磕
l'écrivit par l'ordre de Philadelphe , est
beaucoup plus modeste , ne donnant que
9000 ans à Vulcain le premier Roy , qui
en font 750. des nôtres .
י
Tout cela vous paroît des réveries , et
vous avez d'autant plus raison , qu'elles
ne sont fondées que sur l'imagination et
sur les Fables du Paganisme.Ces Messieurs
trouvent cependant qu'elles s'accordent
passablement bien avec la Chronologie
et ils veulent s'en servir pour rectifier les
Généalogies de Moyse . Ils ont oublié, par
malheur pour nous , de dire comment
cela se peut faire ; et j'en suis aussi embarrassé
que de pouvoir concilier les differens
articles du jugement qu'ils en.
portent. » Nous venons , disenr- ils, de
» rassembler les differentes parties les
plus essentielles de l'Histoire du Mon-
» de avant le Déluge , que nous ayons
» pù trouver dans les Auteurs profanes,
Quelques- unes de ces parties ne sont pas
» destituées d'un certain air de verité.Ĉependant
à les prendre en général, elles
» nous paroissent peu dignes de croyance.
Nous osons néanmoins nous flatter que
» comme tout ce qui est marqué au coin
» d'une antiquité fort reculée mérite no-
» tre curiosité on ne regardera pas la
peine que nous avons prise comme en-
I. Vol. « ticrement
»
>
D'ECEMBR E. 1733. 2589°
tierement inutile. » Pesez bien cette
Sentence , elle vaudroit elle seule une
Lettre toute entiere.
,
Il n'y a , comme vous voyez , rien de
sûr dans tout cela,et leLecteur après avoir
medité deux cent pages d'un grand in 4°.
sçait moins à quoi s'en tenir que s'il n'avoit
lû que les six premiers chap. de la
Genése. Et comment celui qui a redigé
Ouvrage auroit- il pûr nous donner quelque
chose de net et un sistême suivi ,
lui qui n'en avoit pas pour soi-même ?
Inclinant à vouloir faire passer le Sanchoniathon
Berose , et la Chronique
Egyptienne pour des monumens qui ne
manquent pas d'un certain air de verité , il
adopte le calcul Hebreu , comme le plus .
long , pour les siècles qui ont précédé le
Déluge. Mais ce Texte a perdu , selon lui ,
toute son autenticité dans ce naufrage . Il
a été corrompu par les Juifs , qui vou .
loient décliner la force des Oracles , et il
est trop resserré pour contenir les fairs
qui se sont passez depuis le Déluge jusqu'à
la naissance de Phaleg. C'est le Smaritain
que l'on veut ici parce qu'il
contient 300 ans. de plus dans cet espace.
,
Quelqu'un qui voudroit voir clair dans
ses lectures,et se fonder en raison , deman ,
I. Vol.
deroit
Biij
2570 MERCURE DE FRANCE
deroit naturellement la preuve de ees
interpolations de l'un et de l'autre Texte
dans ces différens âges . Mais ce seroit un
curieux importun auquel on ne daigne
pas répondre. Toute la raison qu'on a
de changer de régle , c'est que l'un convient
mieux que l'autre dans les différentes
circonstances . Ainsi c'est l'Ecriture
qu'on ajuste sur l'Histoire profane ; au
lieu qu'il faudroit regler l'Histoire profane
sur l'autorité de l'Ecriture.
Le grand motif qui fait ici abandonner
le Texte Hebreu est l'impossibilité
de faire commencer la dispersion des
peuples 100 ans après le Déluge , époque
de la naissance de Phaleg ; et de trouver
53 Conducteurs , accompagnez chacun
d'une multitude capable de former le
même nombre des Colonies . Voilà ce
que le Traducteur appelle ingenieusement
la Croix de ceux qui suivent le Texte
Hebreu p. 285. Mais cette Croix n'est
gueres difficile à porter ; et qui pourroit
croire que personne n'a mieux réussi
que ces Messieurs à en diminuer le
poids ?
Tout ce qu'ils disent pour faire voir
que le Genre humain n'étoit pas assez
multiplié un siécle après le Déluge pour
former des Colonies , démontre évidem-
1. Vol. ment
DECEMBRE. 1733. 57%
ment que la chose étoit possible , naturelle
, et peut-être même nécessaire. Je
vous prens volontiers pour nôtre Juge.
Personne n'avoit encore traité si au long
ce point qui est vraiment curieux . Ces
Messieurs , recueillent avec soin les différens
calculs qu'ont fait d'habiles Auteurs
pour montrer jusqu'où alloit la
propagation des hommes chaque siécle
après ' e Déluge.
Suivant le P. Petau la terre contenoit
32768 Enfans mâles cent ans après la
réparation du Genre humain ; et 185 ans
après , il
avoit 155
y fois plus d'habitans
qu'on ne lui en suppose aujourd'hui .
Cumberland n'en trouve que trente mille,
101 ans après le Déluge. 40 ans après il en
augmente le nombre au delà de 300000.et
encore 40 ans après il le fait monter à
3000000, Quelques - uns sont plus moderez
, et ne comptent qu'environ 23000
hommes , d'autres 14000 à la naissance de
Phaleg.
Tout le monde qui double et au delà ,
si l'on y comprend les femmes , ne paroît
pas suffisant à ces Messieurs pour occasionner
la dispersion . Ils veulent attendre
encore 300 ans , c'est- à - dire jusqu'à
ce qu'il y ait , suivant le P. Petau , 247 ,
224,717 , 456 , hommes , ou un peu
I. Vol. Biiij moins
2572 MERCURE DE FRANCE
moins selon d'autres. Alors il auroit été
certainement bien forcé de se séparer ; et
je défie qu'on eût pâ attendre si longtems.
En supposant avec le Texte Hebreu que
la confusion des Langues est arrivée 100
ans après le Déluge , n'obligeoit t'ellepas
les hommes à se diviser suivant la
différence des familles et de leurs idiomes ?
Ils n'avoient pas besoin pour cet effet
d'être en plus grande quantité , ils s'augmentoient
assez de jour en jour , et l'Ecriture
ne dit pas que leur séparation se
fit dans la même semaine ou la même année
, il est très probable qu'il y eut des
intervales plus ou moins grands. Cette
réponse est d'autant plus solide qu'elle
est fondée sur la nature du sujet , qu'elle
tombe sous les sens , et qu'elle démontre
la suffisance du Texte Hebreu .
Mais ce qui va vous surprendre , c'est
qu'elle n'est pas de moi ; et que je la trouve
toute entiere dans ces Mrs, sujets à édifier
et à détruire de la même main. Voici
leurs paroles , p . 292. a Il faut considerer
que chacune de ces Colonies crois-
» soit à proportion qu'elles s'éloignoient
» davantage du centre de leur dispersion
avant que d'arriver au Pays où elles
» fixèrent ensuite leur séjour ; car la terre
1. Vol
DECEMBRE . 1733. 2573
8
» ne fut pas peuplée en une seule fois
» mais par dégrez , par où il paroît qu'il
» n'est nullement besoin de faire des ef-
» forts pour augmenter le Genre humain.
» au tems de la dispersion . » Et moi j'ajoûte
par la même raison qu'il n'étoit pas
nécessaire d'abandonner le Texte par le--
quel on avoit commencé sa Chronologie,
puisqu'il suffisoit pour donner le tems.
aux hommes de se multiplier , et que la
présomption est principalement en
faveur , comme l'ont remarqué les Peres.
On ne peut faire autrement , dit- on
p. 205. puisqu'au tems d'Abraham , qui
seroit suivant le calcul 427 ans , depuis
le Déluge,il y avoit sur la Terre plusieurs
Villes bâties , des Royaumes fondez , er
des Monarques dont l'Empire s'étendoit
depuis la Perse jusqu'au Pays de Canaan .
Tout cela est vrai ; mais si ces Mrs. le
donnent pour une objection solide ; qu'ils
nous dispensent d'en juger de même..
1. En suivant la supputation des Auteurs
qui ont compté les hommes qu'il !
y auroit dû avoir en ce tems là , on verra
que le nombre en est plus que suisant
pour faire des Royaumes très peu-.
plez quand même on s'attacheroit à
ceux qui l'ont plus, diminué. 2 °. Quels
étoient ces Rois ? Il en faut juger pas
1. Vol .
By
2574 MERCURE DE FRANCE
quatre
ce qui arriva à Abraham , qui en fit fuir
devant lui avec 318 hommes.
3 °. On appelloit alors Roy le Maître d'une
petite Contrée , peuplée ou non , le
chef d'une famille ou d'un village , quia
regebat. 4 ° . Mille ou neuf cent ans après
le Déluge , on voyoit encore dans le
Peloponese un Roy de Cerinthe , un
d'Argos , un de Sicyone , un de Mycènes
, un ou plusieurs dans l'Elide , un à
Orchomène , un à Messéne et un autre
à Lacédémone ; cependant toute cette
presqu'Isle n'a pas plus d'étendue que la
Lorraine. Que dirions- nous de neuf ou
dix Rois qui n'auroient que ce Duché
pour appanages Ce ne sont donc point
là des difficultez assez graves pour déroger
à l'autorité du Texte hebreu .
Tels sont les Préliminaires de ces Mrs.
de qui l'on peut diré avec une égale verité
, que personne ne sait plus de choses
sur l'introduction à l'Histoire , et que
personne n'en a des idées moins nettes.
Ils entrent ensuite dans le détail des Peuples
et des Monarchies , et c'est par les
Egyptiens qu'ils commencent. Je me suis
engagé à vous en dire quelque chose ; il
est juste de tenir ma parole.
Ce point y est traité dans le même
goût ; c'est -à - dire , avec une abondance
I. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2575
de recherches et d'érudition qu'on avoit
droit d'attendre d'une habile Societé de
Gens de Lettres. Mais ils se sont contentez
de mettre sous les yeux du Lecteur un
amas de faits qui ne laissent rien à désirer
sur la matiere, que l'ordre et le discernement.
Ils vont même plus loin. Ils raportent
avec diffusion les disputes et les
sentimens de tous les Auteurs sur chaque
point en particulier , et n'omettent rien
de part et d'autre . Mais en Ecrivains
humbles et timides , on ne les voit presque
jamais prendre de parti. Comme les regles
de la Critique ne leur ont point appris à
décider dans la diversité des opinions, ils
doutent et hésitent sur tout , et laissent
les autres dans la même incertitude. L'Analyse
que je vais faire de cette Partie
vous en convaincra,
W
» L'on remarque , disent -ils , de si
grands vuides et des erreurs si manifestes
» dans les successions des Rois d'Egypte ,
que ce seroit une peine très inutile que
de vouloir les ranger dans un ordre
> Chronologique
, qui les accordât entr'elles
, aussi bien qu'avec l'Ecriture
p. 426. « La Chronique
de Marsham
est pleine d'une érudition
admirable
» mais par malheur il s'est attaché trop
scrupuleusement
à la Chronologie
du
2
"
1. Vole B vj » Texte
2576 MERCURE DE FRANCE
Texte hebreu. Attachement qui l'obli-
» ge à supposer que Mènes a été Cham et
point Mizraim , et de faire commancer
son regne, en dépit du bon sens , im-
» médiatement , ( c'est- à- dire plus d'un
ן כ
siécle ) après le Déluge , p. 430. Tous
» les plus grands Hommes ne sçavent ce
» qu'ils disent là - dessus ; et l'on avouë
>> ingenûment que l'on ne comprend pas
.commentle projet d'accorder la Chro-
» nologie Egyptienne des premiers siecles
»avec la nôtre, à la légere différence de
quelques années près, a pû entrer dans
»l'esprit des gens sensez et ce qui a aug-
» menté l'étonnement est le ton décisif
» que quelques uns d'eux ont pris dans
» une matiere aussi incertaine , p . 434.
» Enfin la chose la moins vraisemblable
» est que Menès ait pû commencer son
» regne deux siècles après le Déluge , p.
» 435...
Il n'y a que l'incomparable , Newton qui
7. entende quelque chose . Cet illustre
Auteur ( oui en fait de Mathématique )
croit que Sesostris étoit Osiris . C'est pourquoi
il place après lui , Menès ( que to s
les Anciens ont regardé comme le premier
Roy d'Egypte. ) Et par une conséquence
nécessaire aussi bien - que pour
d'autres raisons , il change la succession
Le Vol. des
DECEMBRE. 1733
2577
des Rois d'Egypte de sa propre autorité
et voici l'ordre qu'il y met: Sasostris , Phee
ron, Proteus, Menès , Rhampsinitus Maris,
Cheops , Cephren , Mycerinus , Nitocris
&c. C'est comme si l'on arrangeoit ainsi
les Rois de France , Charles- Magne, Henri
IV. S.Louis,Mérovée, Pharamond , Il suppose
que Ménès a été le même qu'Aménophis
( le quel ? ) et Memnon , et que
par corruption on l'a appellé : Menès, Minès
, Mineus, Minies , Minevis, Enephes,
Venephes, Phamenophis , Osymanthias , Osimandes
, Ismandes , Imandes , Memnon
Arminon. Papa? Qui est ce qui le croira ?
Suivant cette hypothése , Menès ( reconnu
presqu'universellement pour fils de
Cham ) est plus ancien d'environ trois
cent ans que Psammétique , qui vivoit du
temps de Manassès. Ces découvertes ne
sont -elles pas incomparables , ou plutôt
ne sont- elles pas avancées en dépit du bon
sens, pour me servir de l'élégante expres
sion du Traducteur ?
$
-
Cependant il est vrai que ces Messieurs
se contentent d'admirer ces productions ,
sans les adopter,mais M.Newton ne pour
roit pas s'en fâcher , puisqu'ils rejettent
tout systême , et ne veulent commencer
leur Chronologie qu'à Psammétique.Mais
quoi ! falloit- il donc tant d'esprit pour
I. Vol. voie
2578 MERCURE DE FRANCE
voir
que
Sésac est nommé dans l'Ecriture
à côté de Salomon ? Hérodote ne dit- il
pas que Protée regnoit pendant le Siége
de Troye? Voilà donc la Chronologie remontée
déjà de seo ans. Quel pouvoit
être le Roy qui entréprit ces grands travaux
, qui accablerent les Israëlites ? Hérodote
et Diodore le peignent assez par
l'histoire de Sesostris. Il ne falloit donc
pas avoir une grande sagacité pour donner
de l'ordre à l'histoire des Egyptiens
avant la décadence de leur Empire , eton
peut l'assurer sans prendre le ton décisif.
Il est des yeux qu'un trop grand jour
éblouit. Frappez par les preuves et les objections
de tous les Systêmes Chronologiques
, ces Messieurs y ont vu par tout
du fort et du foible ; ils ont crû qu'on ne
pouvoit rien proposer de mieux que ce
qu'ils trouvoient dans des Ecrivains du
premier Ordre , quoiqu'ils n'ayent pas
consulté ce qu'on nous a donné en France
depuis quelques - temps , qui répand sur
ce sujet plus de lumiere qu'il n'y en avoit
jamais eu ; ils ont mieux aimé raconter
les sentimens d'autrui que d'en hazarder
un d'eux - mêmes , et c'est la méthode
qu'ils observent dans tout le reste de cette
Histoire particuliere ; ensorte qu'on
pourroit l'appeller une Histoire , in utram-
1. Vol.
que
DECEMBRE. 1733. 2579
que
que partem; pour et contre. Je ne choisis
trois exemples entre mille, parce qu'il est
temps de finir. On rapporte tout de suite
98 Systêmes de Chronologie , sans dire seulement
si dans tout ce nombre il y en a
un de bon. Pour sçavoir qui étoit Menès ,
il y a une belle et grande Note de 2 pages
in 4° , en petit texte , fort serré , où l'on
transcrit les raisons de Périzonius , de
Marsham , de Pezron et de M. Newton .
C'est bien pis sur Sésostris; il y a près de
neuf pages entieres de même caractere ,
fort serré , qui en feroient au moins 20
d'un in 12 ordinaire , pour rapporter la
dispute des mêmes Ecrivains, auxquels or
ajoute M.Wisthon quien occupe la meilleure
partie ,pour discuter si ce Prince est
le même que Sézac . Cela n'est- il pas bien
amusant ? On promet neanmoins de rapporter
ces sentimens en moins de paroles
qu'il sera possible . Que seroit- ce donc si
l'on avoit osé se livrer à soi- même ? Il met
vient en pensée un meilleur Titre , que
ces Messieurs auroient pû donner à leur
Ouvrage ; ils auroient dû mettre , ce me
semble , Histoire de ce qu'ont pensé tous les
Auteurs sur l'ancien Empire des Egyptiens,
jusqu'à Alexandre. En voilà assez pour une
Lettre. Si vous exigiez absolument que je
vous donnasse d'autres Extraits sur le rés-
1. Vol.
te
2580 MERCURE DE FRANCE
te de ce volume , j'aurois de la peine à
vous refuser ; mais je vais prévenir toute
difficulté en vous priant de ne me plus
rien demander. Je suis , & c..
sur la Chronologie de la nouvelle Histoire
Universelle traduite de l'Anglais-
V
Ous êtes donc content de ma premiere
Lettre , Monsieur ; la maniere
obligeante dont vous m'en parlez
est pour moi un nouvel engagement de
tenir ma parole . C'est de la Chronologie
en général , et de celle de l'Histoire des
Egyptiens que je vous rendrai compte
aujourd'hui . Et quand même ces Messieurs
auroient connoissance de mes Réfléxions
, ils n'en seroient ni surpris ni
fâchez , puisqu'ils avoüent d'avance qu'il
1. Vol.
2564 MERCURE DE FRANCE
y aura sans doute des fautes dans leur
ouvrage , car il n'en paroîtra , selon cux,
de parfait que l'année où l'on trouvera
le mouvement perpetuel et la Pierre
Philosophale. Mais ils se flattent aussi
de n'avoir commis que des fautes excusables,
Avis au Lecteur. Vous en serez
le Juge..
Tous ceux qui ont entrepris d'écrire
sur l'Histoire ancienne , se sont toujours
tourmentez pour trouver une regle sure
de Chronologie , les Septante ne sont
plus gueres de mise , et la préference
roule aujourd'hui entre l'Hebreu et le
Samaritain . Ces Messieurs prennent une
nouvelle route , ils suivent tantôt l'un >
tantôt l'autre de ces derniers textes , ne
les reconnoissant pour autentiques que
quand et comme ils le Jugent à propos.
C'est encore un autre principe autorisé
par la foi et par la raison que nous n'avons
aucune autre connoissance de l'Histoire
anterieure au Déluge que le peu qui s'en
trouve dans les Livres de Moyse. Ils le
reconnoissent comme nous . Aucune nation
, disent- ils , n'a porté son Histoire
au- delà du Déluge , au moins avec quelque
fondement avis au Lecteur p. 8.
et ailleurs , les Ecrits de Moyse sont les
seuls Monuments autentiques que nous
1. Vol. ayons
DECEMBRE. 1733 2565,
1
ayons
prouver que
›
,
de ces tems éloignez page. 142 .
Après tous ces aveus , qui s'attendroit
que le Compilateur va entreprendre de
le Sanchoniathon Auteur
Phénicien , qui vivoit même avant la
Guerre de Troye , nous a donné une Généalogie
complette de tous les descendans
de Caïn jusqu'au tems d'Abraham
Cela est néanmoins vrai , et il le fait sur
l'autorité de Cumberland. Le Protogone et
P'Eon sont le même couple qu'Adam et
Eve , leurs Enfans Genus et Genua sont
Caïn et sa femme comme on dit dans
la Loy civile , Caïus et Caïa, p. 143. et
pour en convaincre ,il faut voir comment
il déchire et décompose ces mots. De
ces descendans de Carn , combien tiret'il
d'origines curieuses ? p. 144. ct
suiv. La coûtume d'offrir du sang aux
déitez inférieures , et une partie de la
chair des bêtes tuées à la Chasse ; le culte
rendu aux hommes après leur mort ;
la premiere statuë qui leur est élevée , le
premier Temple bâti en leur honneur
Elion ou le Très-Haut est Lamech pere
de Noë celui- ci est Vrane , et son premier
fils Cronus ou Saturne est Cham comme
on aura soin de le prouver dans la suite
Voila ce qui s'appelle du neuf. Mais si
1. Vol. VOUS B
2566 MERCURE DE FRANCE
vous demandez pourquoi Sanchoniaton
n'a point parlé du Déluge dans le cours
de son récit, lui qui rapporte tant d'autres
événemens de peu de conséquence, on vous
répondra que ce fléau étant en partie le
fléau de l'idolatrie , les Payens ont tâché
d'abolir la mémoire d'un monument si
extraordinaire de la vangeance divine et
de leur propre honte.
Cela est bientôt dit. Mais comment
Sanchoniaton et les autres Payens poste
rieurs de plusieurs siècles au Déluge , en
avoient- ils connoissance ? Quelle Histoi
re anterieure subsistoit après ce ravage
universel ? Dans quelle urne , dans quelle
capse , dans quel coffre de fer l'avoit - on
mise pout la sauver du naufrage ? Qui en
avoit eu la pensée et la précaution ? Je
comprens comment Moyse inspiré par
le S. Esprit , et conduit par une tradition
miraculeusement conservée , nous a
tracé succintement l'Histoire de ces tems
obscurs. Mais je n'imagine point par quel
canal , Sanchoniathon , mille ans après
a pénetré dans ce mystere. Néanmoins
suivant ces Messieurs il le savoit et
mieux que Moyse , puisque ce S. Patriarche
Legislateur a ômis deux Genérations
qu'il faut remplir et réformer par la Iu ,
miere de l'Auteur Phenicien p. 148,
I, Vol
Dites
DECEMBRE.
1733 2567
Dites moi en votre conscience , l'auriezvous
jamais crû ?
Vous seriez encore bien plus étonné si
je vous disois ce qu'on raconte d'après
Berose : Qu'un Poisson à deux têtes fut
le premier maître qui instruisit les Caldéens
; que cet animal aquatique et de fi .
gure monstrueuse étoit Adam, et que dix
autres animaux de même sorte sont les
dix Patriarches qui suivirent jusqu'au
Déluge , p. 149. et suiv. Le tout conforme
à la Chronologie Samaritaine , suivant
la réformation de l'ancien Calen
drier Babilonien.
Autre découverte. Voici encore 113 ]
Générations pendant l'espace de 36525
ans de compte fait , qui ont occupé le
Trône de l'Egypte depuis le commencement
du Monde . Toute cette succession
est divisée en trois Races , les Aurites ,
les Mestréens , et les Egyptiens jusqu'à
Alexandre , p . 15;. L'on ajoûte , p • 154 .
et cette Hypothese, comme nous le
verons bien- tôt , s'accorde passablement
bien avec la Chronologie. Cependant ,
comme ce nombre paroît un peu exorbitant
, on aime mieux s'en rapporter à
Manethon , comme à celui de qui l'on
doit principalement puiser l'Histoire
d'Egypte . Et ce Prêtre d'Heliopolis qui
prou-
1. Vol. Bij l'écrivi
2568 MERCURE DE FRANCE
磕
l'écrivit par l'ordre de Philadelphe , est
beaucoup plus modeste , ne donnant que
9000 ans à Vulcain le premier Roy , qui
en font 750. des nôtres .
י
Tout cela vous paroît des réveries , et
vous avez d'autant plus raison , qu'elles
ne sont fondées que sur l'imagination et
sur les Fables du Paganisme.Ces Messieurs
trouvent cependant qu'elles s'accordent
passablement bien avec la Chronologie
et ils veulent s'en servir pour rectifier les
Généalogies de Moyse . Ils ont oublié, par
malheur pour nous , de dire comment
cela se peut faire ; et j'en suis aussi embarrassé
que de pouvoir concilier les differens
articles du jugement qu'ils en.
portent. » Nous venons , disenr- ils, de
» rassembler les differentes parties les
plus essentielles de l'Histoire du Mon-
» de avant le Déluge , que nous ayons
» pù trouver dans les Auteurs profanes,
Quelques- unes de ces parties ne sont pas
» destituées d'un certain air de verité.Ĉependant
à les prendre en général, elles
» nous paroissent peu dignes de croyance.
Nous osons néanmoins nous flatter que
» comme tout ce qui est marqué au coin
» d'une antiquité fort reculée mérite no-
» tre curiosité on ne regardera pas la
peine que nous avons prise comme en-
I. Vol. « ticrement
»
>
D'ECEMBR E. 1733. 2589°
tierement inutile. » Pesez bien cette
Sentence , elle vaudroit elle seule une
Lettre toute entiere.
,
Il n'y a , comme vous voyez , rien de
sûr dans tout cela,et leLecteur après avoir
medité deux cent pages d'un grand in 4°.
sçait moins à quoi s'en tenir que s'il n'avoit
lû que les six premiers chap. de la
Genése. Et comment celui qui a redigé
Ouvrage auroit- il pûr nous donner quelque
chose de net et un sistême suivi ,
lui qui n'en avoit pas pour soi-même ?
Inclinant à vouloir faire passer le Sanchoniathon
Berose , et la Chronique
Egyptienne pour des monumens qui ne
manquent pas d'un certain air de verité , il
adopte le calcul Hebreu , comme le plus .
long , pour les siècles qui ont précédé le
Déluge. Mais ce Texte a perdu , selon lui ,
toute son autenticité dans ce naufrage . Il
a été corrompu par les Juifs , qui vou .
loient décliner la force des Oracles , et il
est trop resserré pour contenir les fairs
qui se sont passez depuis le Déluge jusqu'à
la naissance de Phaleg. C'est le Smaritain
que l'on veut ici parce qu'il
contient 300 ans. de plus dans cet espace.
,
Quelqu'un qui voudroit voir clair dans
ses lectures,et se fonder en raison , deman ,
I. Vol.
deroit
Biij
2570 MERCURE DE FRANCE
deroit naturellement la preuve de ees
interpolations de l'un et de l'autre Texte
dans ces différens âges . Mais ce seroit un
curieux importun auquel on ne daigne
pas répondre. Toute la raison qu'on a
de changer de régle , c'est que l'un convient
mieux que l'autre dans les différentes
circonstances . Ainsi c'est l'Ecriture
qu'on ajuste sur l'Histoire profane ; au
lieu qu'il faudroit regler l'Histoire profane
sur l'autorité de l'Ecriture.
Le grand motif qui fait ici abandonner
le Texte Hebreu est l'impossibilité
de faire commencer la dispersion des
peuples 100 ans après le Déluge , époque
de la naissance de Phaleg ; et de trouver
53 Conducteurs , accompagnez chacun
d'une multitude capable de former le
même nombre des Colonies . Voilà ce
que le Traducteur appelle ingenieusement
la Croix de ceux qui suivent le Texte
Hebreu p. 285. Mais cette Croix n'est
gueres difficile à porter ; et qui pourroit
croire que personne n'a mieux réussi
que ces Messieurs à en diminuer le
poids ?
Tout ce qu'ils disent pour faire voir
que le Genre humain n'étoit pas assez
multiplié un siécle après le Déluge pour
former des Colonies , démontre évidem-
1. Vol. ment
DECEMBRE. 1733. 57%
ment que la chose étoit possible , naturelle
, et peut-être même nécessaire. Je
vous prens volontiers pour nôtre Juge.
Personne n'avoit encore traité si au long
ce point qui est vraiment curieux . Ces
Messieurs , recueillent avec soin les différens
calculs qu'ont fait d'habiles Auteurs
pour montrer jusqu'où alloit la
propagation des hommes chaque siécle
après ' e Déluge.
Suivant le P. Petau la terre contenoit
32768 Enfans mâles cent ans après la
réparation du Genre humain ; et 185 ans
après , il
avoit 155
y fois plus d'habitans
qu'on ne lui en suppose aujourd'hui .
Cumberland n'en trouve que trente mille,
101 ans après le Déluge. 40 ans après il en
augmente le nombre au delà de 300000.et
encore 40 ans après il le fait monter à
3000000, Quelques - uns sont plus moderez
, et ne comptent qu'environ 23000
hommes , d'autres 14000 à la naissance de
Phaleg.
Tout le monde qui double et au delà ,
si l'on y comprend les femmes , ne paroît
pas suffisant à ces Messieurs pour occasionner
la dispersion . Ils veulent attendre
encore 300 ans , c'est- à - dire jusqu'à
ce qu'il y ait , suivant le P. Petau , 247 ,
224,717 , 456 , hommes , ou un peu
I. Vol. Biiij moins
2572 MERCURE DE FRANCE
moins selon d'autres. Alors il auroit été
certainement bien forcé de se séparer ; et
je défie qu'on eût pâ attendre si longtems.
En supposant avec le Texte Hebreu que
la confusion des Langues est arrivée 100
ans après le Déluge , n'obligeoit t'ellepas
les hommes à se diviser suivant la
différence des familles et de leurs idiomes ?
Ils n'avoient pas besoin pour cet effet
d'être en plus grande quantité , ils s'augmentoient
assez de jour en jour , et l'Ecriture
ne dit pas que leur séparation se
fit dans la même semaine ou la même année
, il est très probable qu'il y eut des
intervales plus ou moins grands. Cette
réponse est d'autant plus solide qu'elle
est fondée sur la nature du sujet , qu'elle
tombe sous les sens , et qu'elle démontre
la suffisance du Texte Hebreu .
Mais ce qui va vous surprendre , c'est
qu'elle n'est pas de moi ; et que je la trouve
toute entiere dans ces Mrs, sujets à édifier
et à détruire de la même main. Voici
leurs paroles , p . 292. a Il faut considerer
que chacune de ces Colonies crois-
» soit à proportion qu'elles s'éloignoient
» davantage du centre de leur dispersion
avant que d'arriver au Pays où elles
» fixèrent ensuite leur séjour ; car la terre
1. Vol
DECEMBRE . 1733. 2573
8
» ne fut pas peuplée en une seule fois
» mais par dégrez , par où il paroît qu'il
» n'est nullement besoin de faire des ef-
» forts pour augmenter le Genre humain.
» au tems de la dispersion . » Et moi j'ajoûte
par la même raison qu'il n'étoit pas
nécessaire d'abandonner le Texte par le--
quel on avoit commencé sa Chronologie,
puisqu'il suffisoit pour donner le tems.
aux hommes de se multiplier , et que la
présomption est principalement en
faveur , comme l'ont remarqué les Peres.
On ne peut faire autrement , dit- on
p. 205. puisqu'au tems d'Abraham , qui
seroit suivant le calcul 427 ans , depuis
le Déluge,il y avoit sur la Terre plusieurs
Villes bâties , des Royaumes fondez , er
des Monarques dont l'Empire s'étendoit
depuis la Perse jusqu'au Pays de Canaan .
Tout cela est vrai ; mais si ces Mrs. le
donnent pour une objection solide ; qu'ils
nous dispensent d'en juger de même..
1. En suivant la supputation des Auteurs
qui ont compté les hommes qu'il !
y auroit dû avoir en ce tems là , on verra
que le nombre en est plus que suisant
pour faire des Royaumes très peu-.
plez quand même on s'attacheroit à
ceux qui l'ont plus, diminué. 2 °. Quels
étoient ces Rois ? Il en faut juger pas
1. Vol .
By
2574 MERCURE DE FRANCE
quatre
ce qui arriva à Abraham , qui en fit fuir
devant lui avec 318 hommes.
3 °. On appelloit alors Roy le Maître d'une
petite Contrée , peuplée ou non , le
chef d'une famille ou d'un village , quia
regebat. 4 ° . Mille ou neuf cent ans après
le Déluge , on voyoit encore dans le
Peloponese un Roy de Cerinthe , un
d'Argos , un de Sicyone , un de Mycènes
, un ou plusieurs dans l'Elide , un à
Orchomène , un à Messéne et un autre
à Lacédémone ; cependant toute cette
presqu'Isle n'a pas plus d'étendue que la
Lorraine. Que dirions- nous de neuf ou
dix Rois qui n'auroient que ce Duché
pour appanages Ce ne sont donc point
là des difficultez assez graves pour déroger
à l'autorité du Texte hebreu .
Tels sont les Préliminaires de ces Mrs.
de qui l'on peut diré avec une égale verité
, que personne ne sait plus de choses
sur l'introduction à l'Histoire , et que
personne n'en a des idées moins nettes.
Ils entrent ensuite dans le détail des Peuples
et des Monarchies , et c'est par les
Egyptiens qu'ils commencent. Je me suis
engagé à vous en dire quelque chose ; il
est juste de tenir ma parole.
Ce point y est traité dans le même
goût ; c'est -à - dire , avec une abondance
I. Vol. de
DECEMBRE. 1733. 2575
de recherches et d'érudition qu'on avoit
droit d'attendre d'une habile Societé de
Gens de Lettres. Mais ils se sont contentez
de mettre sous les yeux du Lecteur un
amas de faits qui ne laissent rien à désirer
sur la matiere, que l'ordre et le discernement.
Ils vont même plus loin. Ils raportent
avec diffusion les disputes et les
sentimens de tous les Auteurs sur chaque
point en particulier , et n'omettent rien
de part et d'autre . Mais en Ecrivains
humbles et timides , on ne les voit presque
jamais prendre de parti. Comme les regles
de la Critique ne leur ont point appris à
décider dans la diversité des opinions, ils
doutent et hésitent sur tout , et laissent
les autres dans la même incertitude. L'Analyse
que je vais faire de cette Partie
vous en convaincra,
W
» L'on remarque , disent -ils , de si
grands vuides et des erreurs si manifestes
» dans les successions des Rois d'Egypte ,
que ce seroit une peine très inutile que
de vouloir les ranger dans un ordre
> Chronologique
, qui les accordât entr'elles
, aussi bien qu'avec l'Ecriture
p. 426. « La Chronique
de Marsham
est pleine d'une érudition
admirable
» mais par malheur il s'est attaché trop
scrupuleusement
à la Chronologie
du
2
"
1. Vole B vj » Texte
2576 MERCURE DE FRANCE
Texte hebreu. Attachement qui l'obli-
» ge à supposer que Mènes a été Cham et
point Mizraim , et de faire commancer
son regne, en dépit du bon sens , im-
» médiatement , ( c'est- à- dire plus d'un
ן כ
siécle ) après le Déluge , p. 430. Tous
» les plus grands Hommes ne sçavent ce
» qu'ils disent là - dessus ; et l'on avouë
>> ingenûment que l'on ne comprend pas
.commentle projet d'accorder la Chro-
» nologie Egyptienne des premiers siecles
»avec la nôtre, à la légere différence de
quelques années près, a pû entrer dans
»l'esprit des gens sensez et ce qui a aug-
» menté l'étonnement est le ton décisif
» que quelques uns d'eux ont pris dans
» une matiere aussi incertaine , p . 434.
» Enfin la chose la moins vraisemblable
» est que Menès ait pû commencer son
» regne deux siècles après le Déluge , p.
» 435...
Il n'y a que l'incomparable , Newton qui
7. entende quelque chose . Cet illustre
Auteur ( oui en fait de Mathématique )
croit que Sesostris étoit Osiris . C'est pourquoi
il place après lui , Menès ( que to s
les Anciens ont regardé comme le premier
Roy d'Egypte. ) Et par une conséquence
nécessaire aussi bien - que pour
d'autres raisons , il change la succession
Le Vol. des
DECEMBRE. 1733
2577
des Rois d'Egypte de sa propre autorité
et voici l'ordre qu'il y met: Sasostris , Phee
ron, Proteus, Menès , Rhampsinitus Maris,
Cheops , Cephren , Mycerinus , Nitocris
&c. C'est comme si l'on arrangeoit ainsi
les Rois de France , Charles- Magne, Henri
IV. S.Louis,Mérovée, Pharamond , Il suppose
que Ménès a été le même qu'Aménophis
( le quel ? ) et Memnon , et que
par corruption on l'a appellé : Menès, Minès
, Mineus, Minies , Minevis, Enephes,
Venephes, Phamenophis , Osymanthias , Osimandes
, Ismandes , Imandes , Memnon
Arminon. Papa? Qui est ce qui le croira ?
Suivant cette hypothése , Menès ( reconnu
presqu'universellement pour fils de
Cham ) est plus ancien d'environ trois
cent ans que Psammétique , qui vivoit du
temps de Manassès. Ces découvertes ne
sont -elles pas incomparables , ou plutôt
ne sont- elles pas avancées en dépit du bon
sens, pour me servir de l'élégante expres
sion du Traducteur ?
$
-
Cependant il est vrai que ces Messieurs
se contentent d'admirer ces productions ,
sans les adopter,mais M.Newton ne pour
roit pas s'en fâcher , puisqu'ils rejettent
tout systême , et ne veulent commencer
leur Chronologie qu'à Psammétique.Mais
quoi ! falloit- il donc tant d'esprit pour
I. Vol. voie
2578 MERCURE DE FRANCE
voir
que
Sésac est nommé dans l'Ecriture
à côté de Salomon ? Hérodote ne dit- il
pas que Protée regnoit pendant le Siége
de Troye? Voilà donc la Chronologie remontée
déjà de seo ans. Quel pouvoit
être le Roy qui entréprit ces grands travaux
, qui accablerent les Israëlites ? Hérodote
et Diodore le peignent assez par
l'histoire de Sesostris. Il ne falloit donc
pas avoir une grande sagacité pour donner
de l'ordre à l'histoire des Egyptiens
avant la décadence de leur Empire , eton
peut l'assurer sans prendre le ton décisif.
Il est des yeux qu'un trop grand jour
éblouit. Frappez par les preuves et les objections
de tous les Systêmes Chronologiques
, ces Messieurs y ont vu par tout
du fort et du foible ; ils ont crû qu'on ne
pouvoit rien proposer de mieux que ce
qu'ils trouvoient dans des Ecrivains du
premier Ordre , quoiqu'ils n'ayent pas
consulté ce qu'on nous a donné en France
depuis quelques - temps , qui répand sur
ce sujet plus de lumiere qu'il n'y en avoit
jamais eu ; ils ont mieux aimé raconter
les sentimens d'autrui que d'en hazarder
un d'eux - mêmes , et c'est la méthode
qu'ils observent dans tout le reste de cette
Histoire particuliere ; ensorte qu'on
pourroit l'appeller une Histoire , in utram-
1. Vol.
que
DECEMBRE. 1733. 2579
que
que partem; pour et contre. Je ne choisis
trois exemples entre mille, parce qu'il est
temps de finir. On rapporte tout de suite
98 Systêmes de Chronologie , sans dire seulement
si dans tout ce nombre il y en a
un de bon. Pour sçavoir qui étoit Menès ,
il y a une belle et grande Note de 2 pages
in 4° , en petit texte , fort serré , où l'on
transcrit les raisons de Périzonius , de
Marsham , de Pezron et de M. Newton .
C'est bien pis sur Sésostris; il y a près de
neuf pages entieres de même caractere ,
fort serré , qui en feroient au moins 20
d'un in 12 ordinaire , pour rapporter la
dispute des mêmes Ecrivains, auxquels or
ajoute M.Wisthon quien occupe la meilleure
partie ,pour discuter si ce Prince est
le même que Sézac . Cela n'est- il pas bien
amusant ? On promet neanmoins de rapporter
ces sentimens en moins de paroles
qu'il sera possible . Que seroit- ce donc si
l'on avoit osé se livrer à soi- même ? Il met
vient en pensée un meilleur Titre , que
ces Messieurs auroient pû donner à leur
Ouvrage ; ils auroient dû mettre , ce me
semble , Histoire de ce qu'ont pensé tous les
Auteurs sur l'ancien Empire des Egyptiens,
jusqu'à Alexandre. En voilà assez pour une
Lettre. Si vous exigiez absolument que je
vous donnasse d'autres Extraits sur le rés-
1. Vol.
te
2580 MERCURE DE FRANCE
te de ce volume , j'aurois de la peine à
vous refuser ; mais je vais prévenir toute
difficulté en vous priant de ne me plus
rien demander. Je suis , & c..
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE CRITIQUE, sur la Chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'Anglois.
La lettre critique examine la chronologie de la nouvelle Histoire Universelle traduite de l'anglais, en se concentrant particulièrement sur l'Histoire des Égyptiens. L'auteur souligne les difficultés rencontrées par les historiens pour établir une chronologie précise de l'histoire ancienne, notamment les débats entre les textes hébreux et samaritains. Les auteurs de l'ouvrage adoptent une approche flexible, alternant entre ces textes selon leur convenance, et reconnaissent les écrits de Moïse comme les seuls monuments authentiques pour l'histoire antérieure au Déluge. Cependant, ils introduisent des éléments controversés, comme la généalogie de Sanchoniathon, un auteur phénicien, qui fournit une généalogie complète des descendants de Caïn jusqu'à Abraham. La lettre critique met en doute la fiabilité des sources païennes et des découvertes surprenantes, telles que celle de Berose, qui parle d'un poisson à deux têtes comme premier maître des Chaldéens. Les auteurs de l'ouvrage tentent de concilier ces fables païennes avec la chronologie biblique, mais l'auteur de la lettre trouve ces efforts peu convaincants et fondés sur l'imagination. En conclusion, la lettre critique remet en question la fiabilité de l'ouvrage, notant que le lecteur reste incertain après avoir lu des centaines de pages. L'auteur critique également la méthode des compilateurs, qui ajustent l'Écriture sur l'histoire profane plutôt que l'inverse. Le texte discute également de la complexité de la chronologie des rois de la Grèce antique, notamment en Peloponnèse, et compare cette situation à une hypothétique répartition de rois en Lorraine. Il critique les préliminaires d'un ouvrage sur l'histoire, soulignant que leurs auteurs, bien que très érudits, manquent de clarté et de discernement. Les auteurs de l'ouvrage compilent abondamment des faits et des disputes entre différents auteurs, mais évitent de prendre parti, laissant ainsi le lecteur dans l'incertitude. Ils commencent leur chronologie à Psammétique, rejetant tout système chronologique antérieur. Le texte conclut en qualifiant l'ouvrage d'« Histoire in utramque partem », c'est-à-dire une histoire qui présente les arguments pour et contre sans prendre parti.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 891-901
LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet, Abbé de Senones, au sujet de la Prophétie attribuée au Roy David, &c.
Début :
MONSIEUR, J'ai reçu avec reconnoissance les deux volumes de votre [...]
Mots clefs :
David, Prophétie, Exemplaires grecs, Septante, Version, Grecs, Texte, Origène, Hébreu, Hébreux, Anciens, Juifs, Termes, Autorité, Justin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet, Abbé de Senones, au sujet de la Prophétie attribuée au Roy David, &c.
LETTRE du R. P. Dom Augustin
Calmet , Abbé de Senones , au sujet de
la Prophétie attribuée au Roy David, & c.
MoxONSIEUR ,
J'ai reçu avec reconnoissance les deux
volumes de votre Journal , dans lesquels
sont deux Lettres , l'une de vous , Monsieur
, et l'autre du R. P. Tournemine ,
sur ces paroles du Pseaume XCV v. 19.
Dicite in gentibus, quia Dominus regnavis
&c. Il est question de sçavoir si ces mots:
regnavit à ligno , que l'on explique du
Regne de J. C. par sa Croix , sçavoir
dis-je , si ces mots à ligno étoient originairement
au moins dans quelques.
Exemplaires du texte Hebreu ,si les Septante
interprêtes les y ont lûs , et les ont
inserez dans leur version ,, si c'est delà
qu'ils sont passez dans les anciennes Editions
latines , où la plûpart des anciens
Peres Latins , jusqu'au neuvième siècle
les ont lûs , ou si c'est une addition faite
après coup par quelques Chrétiens dans
certains Exemplaires grecs , d'où elle seroit
passée dans les Bibles latines , ou au
•
C vj
con-
ا ه س
892 MERCURE DE FRANCE
contraire , si ces mots ayant d'abord été
mis dans quelques Exemplaires latins
seroient passez dans quelques Exemplaires
grecs des Septante ; vous m'avez fait
l'honneur , Monsieur , de me citer dans
la Lettre que vous avez écrite sur ce sujet
, imprimée dans le Mercure d'Août
du mois dernier , et vous souhaitez que
je vous dise mon sentiment sur la Réponse
du R P. Tournemine , inserée dans
votre mois de Septembre suivant.
J'ai reçu tant de marques de bienveillance
du R. P. Tournemine pendant mon
séjour à Paris , il a annoncé mes Ouvrages
dans ses Journaux d'une maniere si
honnête et si polie , que je ne puis me
résoudre à entrer avec lui dans aucune
contestation . Si donc vous jugez à propos
de faire quelque usage de ce que j'ai
l'honneur de vous écrire , je vous prie de
le lui communiquer auparavant et de
lui déclarer que je le rends absolument
le maître de tout. Avec cette condition ,.
je vais vous exposer ce que je pense sur
le sujet en question.
Le R. P. T. dit qu'il est certain que le
Texte des Septante sur lequel l'ancienne
Version italique a été faite , version qui est
sûrement du premier siècle de l'Eglise , consenoit
de que l'Auteur de la version a traduit
MAY. 1734.
893
duit , à ligno ; pour le prouver il dit
1° . Que ces termes à ligno , se lisoient
dans l'ancienne version italique , 2 °. Que
S. Justin les lisoit dans ses Exemplaires
des LXX. 3 °. Que Cassiodore
soutient
la même leçon par l'autorité des L X X.
4°. Que S. Ephrem les lisoit aussi dans
la version Siriaque , faite dès les premiers
siécles de l'Eglise sur celle des LXX.
5°. Qu'Origene
ayant un Texte Hebreu
pareil à celui que nous avons aujourd'hui
,
crut qu'il falloit corriger le Texte des
LXX. sur ce Texte , et sur les autres
versions grecques ; et que S. Jerôme embrassa
le sentiment d'Origene , et eût de
la peine à le faire passer dans les Eglises
d'Occident. Examinons toutes ces preuves
.
1º. Est- il bien certain que l'ancienne
version des Septante contenoit ces mots ,
à ligno ? quelle raison en apporte-t'on !
on ne connoît ni Edition ni Manuscrit
qui les porte , le Manuscrit grec Alexandrin
, imprimé à Oxfort en 1707. qui
passe pour un des plus anciens qui soient
dans le monde,et où l'on voit les Obéles
et les Asterisques d'Origene, ne le marque
point , quoique dans le même verset dont
nous parlons , on ait marqué d'un obéle
la particule quia ri , qui n'est pas
dans
l'he
894 MERCURE DE FRANCE
l'hebreu. On ne le voit point non plus
dans ceux de Rome , qu'a suivi Nobilius
, ni dans ceux d'Alde , ni dans ceux
sur lesquels ont travaillé le P. Morin et
M. Bos , et dont ils raportent les Variantesdans
lesEditions qu'ils ont donnéesde
la version desSeptante.
Seroit- il possible que ces termes si favorables
au Christianisme , eussent été
effacez si universellement de tous les
Exemplairesqu'il n'en restât aucun vestige
, ni dans les Manuscrits les plus anciens
, ni dans les Peres ? Qu'Origene
Saint Clement d'Alexandrie ,Saint Irenée,
Eusebe de Cesarée , Saint Athanase , Saint
Chrysostome , les Chaînes grecques sur
les P'seaumes, n'eussent pas fait mention
de cette varieté ? On n'en voit rien dans
la nouvelle Edition d'Origene , dans laquelle
on a ramassé avec soin tout ce
qu'on a trouvé de lui épars en differens
endroits.
Les anciens Traducteurs grecs, Aquilay
Symmaque , et Theodotion , ne l'ont pas
fu , non plus que le Paraphraste Chaldéen,
ni l'ancienne Version Siriaque faite
sur l'hebreu ; ni les Apôtres , ni les hom
mes Apostoliques , n'ont point cité ce
passage avec l'addition , à ligno , quoique
si propre à convaincre les Juifs et les
Payens
MAY. 1734 855
Payens . Enfin les Eglises d'Orient ne
l'ont jamais lû dans leur Office ; d'où je
crois avoir lieu de conclure qu'il n'étoit
originairement, ni dans le Texte hebreu,
ni dans laVersion des Septante.
" 2º. J'avoue que ces termes à ligno
se lisoient dans l'ancienne Version italique
, que plusieurs Peres Latins les ont
lûs dans leurs Exemplaites , et que malgré
la réforme de Saint Jerôme , ont les
a chantés dans lesEglises latines pendant
près de neuf siécles , et encore les chantet'on
aujourd'hui dans l'Hymne Vexilla
Regis mais cela ne me persuade pas que,
ni l'hebreu , ni le grec des Septante ait
porté à ligno : je soupçonnerois bien plutôt
que quelque Chrétien du premier
siécle par une fraude pieuse , auroit inseré
ces termes dans quelque Pseautier Grec,
ou dans le Latin ; comme on a composé
dans le même tems le quatriéme Livre
d'Esdras , le Testament des douze Patriarches
, l'Evangile de l'Enfance de J. C.
et peut-être le fameux Passage de Joseph,
où il est parlé du Sauveur , et tant d'autres
Monuments anciens dont la supposition
est aujourd'hui reconnuë et avouée.
3 °. On soutient que Saint Justin le
Martyr lisoit l'addition à ligno , dans ses
Exemplaires des Septante. Če Saint accusoir
896 MERCURE DE FRANCE
soit hautement les Juifs de l'avoir retranché
de leurs Exemplaires hebreux , en
haine de J. C. et des Chrétiens. Tryphon
son Interlocuteur , qui étoit Juif , soutient
ce retranchement incroyable , sans
s'expliquer davantage ; ni lui ni Saint
Justin n'avoient pas en main les Exemplaires
ni grecs ni hebreux , pour les confronter.
Or dans ces sortes de disputes il faut
avoir piéces en main ; l'un avance , l'autre
nie , à qui croire ? Saint Justin ne
sçavoit pas l'hebreu , ni aparemment
Tryphon , ils n'étoient point à portée
des Bibliotéques , disputants à la campagne
et sur le bord de la Mer ; or il auroit
fallu pour décider la question consulter
plusieurs Exemplaires en l'une et en l'autre
Langu , et les comparer l'un à l'autre.
Saint Justin avance hardiment que les
Septante avoient lû à ligno : comme la
chose importoit peu à Tryphon , il n'en
demande point de preuves , mais il nie
que les Juifs ayent retranché ces termes
de leur Texte , sans en donner non plus
aucune raison ; d'ailleurs il paroît que
Saint Justin n'étoit nullement Critique ,
et si l'on exigeoit de lui des preuves de
tout ce qu'il avance principalement contre
les Juifs , il lui seroit certainement
malMAY
. 1734. 897
malaisé d'en donner ; il est tout aussi
croyable que les termes à ligno soient
passez du latin dans quelques Exemplaires
grecs , que non pas qu'ils soient passez
du Grec dans le Latin.
4°. Cassiodore sur le Pseaume XCV.
V. 10. lit Dominus regnavit : à ligno , et il
ajoûte à ligno : alii quidem non habent .
interpretes , sed nobis sufficit quod L X X.
Interpretum autoritate firmatum est : voilà
qui est précis et décisif : mais qui croira .
sur l'autorité de Cassiodore , qu'au sixième
siécle où il vivoit , le Texte des Septante
eut communément porté à ligno , pendant
que tous les Peres Grecs qui avoient.
écrit avant lui , ne lisoient point cette
addition , et qu'aucun de nos Exemplaires
grecs d'aujourd'hui , qui sont copiez
sur ceux de son temps , ne le porte.
5°. On dit que Saint Ephrem lisoit :
à ligno, dans les Exemplaires Syriaques de
son Eglise , puisqu'il le cite ainsi dans
son Sermon de la Croix. Il est vrai que
ce Saint lit : Dominus regnavit à ligno :
dans l'Edition latine du Sermon qu'on
cite ; mais on ne lit pas à ligno dans
l'Edition grecque d'Angleterre . De plus
ce Sermon de la Croix ne se trouve point
parmi ceux que M. Assemani a vûs en
Sy98
MERCURE DE FRANCE
Syriaque et en Arabe , et qu'il cite dans
le premier Tomè de sa Bibliothéque
Orientale , comme indubitablement de
Saint Ephrem .
On dit de plus que la Version Syriaque
est faite sur le Texte des Septante , qu'elle
est aussi ancienne que l'Eglise , et que les
Versions postérieures n'ont pas la même autorité.
Il est vrai qu'il y a uneVersion Syriaque
faite sur le Grec des Septante , mais elle
est moderne ; Masius en cite une faite
l'an 615. de J. C. je ne sçai si elle est
differente de celle d'un nommé Mar-
Abba mais tout cela est bien éloigné
des premiers siècles de l'Eglise. Cette
Traduction , faité sur le Grec , n'a ja̸ż
mais été imprimée , et est bien posté→
rieure et de moindre autorité que l'an
cienne Version Syriaque faite sur l'hebreu.
dès le premier siécle de l'Eglise , et imprimée
dans les Bibles Poliglottes de
M.le Jay à Paris en 1545. et ensuite réimprimées
à Londres par Walton avec
l'addition de quelques nouveaux Livres
de l'Ecriture, qui n'avoient pas paru dans
l'Edition de Paris ; je puis assurer que
l'addition à ligno n'est dans aucun Pseautier
Syriaque de ceux qui ont paru jusqu'ici
, je ne puis dire la même chose de
,
ceux
MA Y. 1734. 895
teux qui n'ont pas paru , et qui ne sont
pas venus à nôtre connoissance. Toujours
est- il vrai que Saint Ephrem n'a pas να
ces derniers , puisqu'ils sont plus récents
que lui : ainsi , soit qu'ils portent à lignoz
ou non, on nen peut rien inferer ni pour
ni contre ce Saint,de sorte que sans beaucoup
hazarder ; on peut avancer que ces
Versions ne portent point à ligno : puisqu'au
temps où elles ont été faites , ces
expressions ne se lisoient plus dans les
Septante.
6º. Enfin , Monsieur , puisque la derniere
réfléxion du R. P. Tournemine est
une pure conjecture empruntée de Sala
meron et d'Agellius , qui n'est fondée
sur aucun fait historique , ni sur aucun
témoignage des Anciens , ni sur aucun
Texte , ni sur aucun Manuscrit ; on peut
la laisser dans son être de conjecture ,
sans se donner la peine de la refuter ; on
peut
la nier tout net comme chose non
prouvée et improbable.
En effet quelle aparence que du temps
d'Origene il y eût des Exemplaires
hebreux
, quoiqu'en assez petit nombre ,
qui portassent Mihez yyo à ligno ; pendant
que le plus grand nombre lisoit aph
utique comme portent aujourd'hui
tous nos Exemplaires , et qu'on ne trou-
VO
800195
Joo MERCURE DE FRANCE
>
ve ni dans Origene , ni dans S. Jerôme
aucun vestige de cette ancienne leçon
pas même pour la rejetter ou pour la refuter.
Quelle aparence que la seule autorité
d'Origene ait pû d'un trait de plume
faire disparoître à ligno: de tous les Exemplaires
Grecs et Hebreux où il étoit ,
pendant que S. Jerôme apuyé de toute
l'autorité d'Origene et de celle de tous
les Manuscrits Grecs et Hebreux , d'où
l'on avoit retranché ces termes , n'a pû
réussir à les faire ôter des Textes latins
où ils étoient demeurez ?
Je ne m'étends pas ici à relever l'im
possibilité qu'il y a à corriger les anciens
Exemplaires grecs ni hebreux , et les corriger
de telle maniere que depuis tant de
siècles il ne paroisse aucun vestige de
l'ancienne leçon , ni dans les Manuscrits
ni dans les imprimez. Que les Juifs ayent
eû assez de malice pour l'ôter de tous
leurs livres ; cela est déja très difficile , les
Juifs convertis au Christianisme auroient
crié à la falsification . Mais que les Grecs
l'ayent voulu retrancher des leurs , cette
leçon se trouvant , dit- on , autorisée par
quelques Exemplaires hebreux , cela paroît
bien plus impossible , et plus incompréhensible
, le Christianisme ayant autant
d'interêt à la conserver pour convaincre
les
MAY.
901 1734:
les Juifs d'incredulité et de falsifica- ›
tion .
Voilà , Monsieur , quelles sont mes
réfléxions sur cette matiere . Je suis tou
jours & c.
A Senones le 2 Janvier 1734;
Calmet , Abbé de Senones , au sujet de
la Prophétie attribuée au Roy David, & c.
MoxONSIEUR ,
J'ai reçu avec reconnoissance les deux
volumes de votre Journal , dans lesquels
sont deux Lettres , l'une de vous , Monsieur
, et l'autre du R. P. Tournemine ,
sur ces paroles du Pseaume XCV v. 19.
Dicite in gentibus, quia Dominus regnavis
&c. Il est question de sçavoir si ces mots:
regnavit à ligno , que l'on explique du
Regne de J. C. par sa Croix , sçavoir
dis-je , si ces mots à ligno étoient originairement
au moins dans quelques.
Exemplaires du texte Hebreu ,si les Septante
interprêtes les y ont lûs , et les ont
inserez dans leur version ,, si c'est delà
qu'ils sont passez dans les anciennes Editions
latines , où la plûpart des anciens
Peres Latins , jusqu'au neuvième siècle
les ont lûs , ou si c'est une addition faite
après coup par quelques Chrétiens dans
certains Exemplaires grecs , d'où elle seroit
passée dans les Bibles latines , ou au
•
C vj
con-
ا ه س
892 MERCURE DE FRANCE
contraire , si ces mots ayant d'abord été
mis dans quelques Exemplaires latins
seroient passez dans quelques Exemplaires
grecs des Septante ; vous m'avez fait
l'honneur , Monsieur , de me citer dans
la Lettre que vous avez écrite sur ce sujet
, imprimée dans le Mercure d'Août
du mois dernier , et vous souhaitez que
je vous dise mon sentiment sur la Réponse
du R P. Tournemine , inserée dans
votre mois de Septembre suivant.
J'ai reçu tant de marques de bienveillance
du R. P. Tournemine pendant mon
séjour à Paris , il a annoncé mes Ouvrages
dans ses Journaux d'une maniere si
honnête et si polie , que je ne puis me
résoudre à entrer avec lui dans aucune
contestation . Si donc vous jugez à propos
de faire quelque usage de ce que j'ai
l'honneur de vous écrire , je vous prie de
le lui communiquer auparavant et de
lui déclarer que je le rends absolument
le maître de tout. Avec cette condition ,.
je vais vous exposer ce que je pense sur
le sujet en question.
Le R. P. T. dit qu'il est certain que le
Texte des Septante sur lequel l'ancienne
Version italique a été faite , version qui est
sûrement du premier siècle de l'Eglise , consenoit
de que l'Auteur de la version a traduit
MAY. 1734.
893
duit , à ligno ; pour le prouver il dit
1° . Que ces termes à ligno , se lisoient
dans l'ancienne version italique , 2 °. Que
S. Justin les lisoit dans ses Exemplaires
des LXX. 3 °. Que Cassiodore
soutient
la même leçon par l'autorité des L X X.
4°. Que S. Ephrem les lisoit aussi dans
la version Siriaque , faite dès les premiers
siécles de l'Eglise sur celle des LXX.
5°. Qu'Origene
ayant un Texte Hebreu
pareil à celui que nous avons aujourd'hui
,
crut qu'il falloit corriger le Texte des
LXX. sur ce Texte , et sur les autres
versions grecques ; et que S. Jerôme embrassa
le sentiment d'Origene , et eût de
la peine à le faire passer dans les Eglises
d'Occident. Examinons toutes ces preuves
.
1º. Est- il bien certain que l'ancienne
version des Septante contenoit ces mots ,
à ligno ? quelle raison en apporte-t'on !
on ne connoît ni Edition ni Manuscrit
qui les porte , le Manuscrit grec Alexandrin
, imprimé à Oxfort en 1707. qui
passe pour un des plus anciens qui soient
dans le monde,et où l'on voit les Obéles
et les Asterisques d'Origene, ne le marque
point , quoique dans le même verset dont
nous parlons , on ait marqué d'un obéle
la particule quia ri , qui n'est pas
dans
l'he
894 MERCURE DE FRANCE
l'hebreu. On ne le voit point non plus
dans ceux de Rome , qu'a suivi Nobilius
, ni dans ceux d'Alde , ni dans ceux
sur lesquels ont travaillé le P. Morin et
M. Bos , et dont ils raportent les Variantesdans
lesEditions qu'ils ont donnéesde
la version desSeptante.
Seroit- il possible que ces termes si favorables
au Christianisme , eussent été
effacez si universellement de tous les
Exemplairesqu'il n'en restât aucun vestige
, ni dans les Manuscrits les plus anciens
, ni dans les Peres ? Qu'Origene
Saint Clement d'Alexandrie ,Saint Irenée,
Eusebe de Cesarée , Saint Athanase , Saint
Chrysostome , les Chaînes grecques sur
les P'seaumes, n'eussent pas fait mention
de cette varieté ? On n'en voit rien dans
la nouvelle Edition d'Origene , dans laquelle
on a ramassé avec soin tout ce
qu'on a trouvé de lui épars en differens
endroits.
Les anciens Traducteurs grecs, Aquilay
Symmaque , et Theodotion , ne l'ont pas
fu , non plus que le Paraphraste Chaldéen,
ni l'ancienne Version Siriaque faite
sur l'hebreu ; ni les Apôtres , ni les hom
mes Apostoliques , n'ont point cité ce
passage avec l'addition , à ligno , quoique
si propre à convaincre les Juifs et les
Payens
MAY. 1734 855
Payens . Enfin les Eglises d'Orient ne
l'ont jamais lû dans leur Office ; d'où je
crois avoir lieu de conclure qu'il n'étoit
originairement, ni dans le Texte hebreu,
ni dans laVersion des Septante.
" 2º. J'avoue que ces termes à ligno
se lisoient dans l'ancienne Version italique
, que plusieurs Peres Latins les ont
lûs dans leurs Exemplaites , et que malgré
la réforme de Saint Jerôme , ont les
a chantés dans lesEglises latines pendant
près de neuf siécles , et encore les chantet'on
aujourd'hui dans l'Hymne Vexilla
Regis mais cela ne me persuade pas que,
ni l'hebreu , ni le grec des Septante ait
porté à ligno : je soupçonnerois bien plutôt
que quelque Chrétien du premier
siécle par une fraude pieuse , auroit inseré
ces termes dans quelque Pseautier Grec,
ou dans le Latin ; comme on a composé
dans le même tems le quatriéme Livre
d'Esdras , le Testament des douze Patriarches
, l'Evangile de l'Enfance de J. C.
et peut-être le fameux Passage de Joseph,
où il est parlé du Sauveur , et tant d'autres
Monuments anciens dont la supposition
est aujourd'hui reconnuë et avouée.
3 °. On soutient que Saint Justin le
Martyr lisoit l'addition à ligno , dans ses
Exemplaires des Septante. Če Saint accusoir
896 MERCURE DE FRANCE
soit hautement les Juifs de l'avoir retranché
de leurs Exemplaires hebreux , en
haine de J. C. et des Chrétiens. Tryphon
son Interlocuteur , qui étoit Juif , soutient
ce retranchement incroyable , sans
s'expliquer davantage ; ni lui ni Saint
Justin n'avoient pas en main les Exemplaires
ni grecs ni hebreux , pour les confronter.
Or dans ces sortes de disputes il faut
avoir piéces en main ; l'un avance , l'autre
nie , à qui croire ? Saint Justin ne
sçavoit pas l'hebreu , ni aparemment
Tryphon , ils n'étoient point à portée
des Bibliotéques , disputants à la campagne
et sur le bord de la Mer ; or il auroit
fallu pour décider la question consulter
plusieurs Exemplaires en l'une et en l'autre
Langu , et les comparer l'un à l'autre.
Saint Justin avance hardiment que les
Septante avoient lû à ligno : comme la
chose importoit peu à Tryphon , il n'en
demande point de preuves , mais il nie
que les Juifs ayent retranché ces termes
de leur Texte , sans en donner non plus
aucune raison ; d'ailleurs il paroît que
Saint Justin n'étoit nullement Critique ,
et si l'on exigeoit de lui des preuves de
tout ce qu'il avance principalement contre
les Juifs , il lui seroit certainement
malMAY
. 1734. 897
malaisé d'en donner ; il est tout aussi
croyable que les termes à ligno soient
passez du latin dans quelques Exemplaires
grecs , que non pas qu'ils soient passez
du Grec dans le Latin.
4°. Cassiodore sur le Pseaume XCV.
V. 10. lit Dominus regnavit : à ligno , et il
ajoûte à ligno : alii quidem non habent .
interpretes , sed nobis sufficit quod L X X.
Interpretum autoritate firmatum est : voilà
qui est précis et décisif : mais qui croira .
sur l'autorité de Cassiodore , qu'au sixième
siécle où il vivoit , le Texte des Septante
eut communément porté à ligno , pendant
que tous les Peres Grecs qui avoient.
écrit avant lui , ne lisoient point cette
addition , et qu'aucun de nos Exemplaires
grecs d'aujourd'hui , qui sont copiez
sur ceux de son temps , ne le porte.
5°. On dit que Saint Ephrem lisoit :
à ligno, dans les Exemplaires Syriaques de
son Eglise , puisqu'il le cite ainsi dans
son Sermon de la Croix. Il est vrai que
ce Saint lit : Dominus regnavit à ligno :
dans l'Edition latine du Sermon qu'on
cite ; mais on ne lit pas à ligno dans
l'Edition grecque d'Angleterre . De plus
ce Sermon de la Croix ne se trouve point
parmi ceux que M. Assemani a vûs en
Sy98
MERCURE DE FRANCE
Syriaque et en Arabe , et qu'il cite dans
le premier Tomè de sa Bibliothéque
Orientale , comme indubitablement de
Saint Ephrem .
On dit de plus que la Version Syriaque
est faite sur le Texte des Septante , qu'elle
est aussi ancienne que l'Eglise , et que les
Versions postérieures n'ont pas la même autorité.
Il est vrai qu'il y a uneVersion Syriaque
faite sur le Grec des Septante , mais elle
est moderne ; Masius en cite une faite
l'an 615. de J. C. je ne sçai si elle est
differente de celle d'un nommé Mar-
Abba mais tout cela est bien éloigné
des premiers siècles de l'Eglise. Cette
Traduction , faité sur le Grec , n'a ja̸ż
mais été imprimée , et est bien posté→
rieure et de moindre autorité que l'an
cienne Version Syriaque faite sur l'hebreu.
dès le premier siécle de l'Eglise , et imprimée
dans les Bibles Poliglottes de
M.le Jay à Paris en 1545. et ensuite réimprimées
à Londres par Walton avec
l'addition de quelques nouveaux Livres
de l'Ecriture, qui n'avoient pas paru dans
l'Edition de Paris ; je puis assurer que
l'addition à ligno n'est dans aucun Pseautier
Syriaque de ceux qui ont paru jusqu'ici
, je ne puis dire la même chose de
,
ceux
MA Y. 1734. 895
teux qui n'ont pas paru , et qui ne sont
pas venus à nôtre connoissance. Toujours
est- il vrai que Saint Ephrem n'a pas να
ces derniers , puisqu'ils sont plus récents
que lui : ainsi , soit qu'ils portent à lignoz
ou non, on nen peut rien inferer ni pour
ni contre ce Saint,de sorte que sans beaucoup
hazarder ; on peut avancer que ces
Versions ne portent point à ligno : puisqu'au
temps où elles ont été faites , ces
expressions ne se lisoient plus dans les
Septante.
6º. Enfin , Monsieur , puisque la derniere
réfléxion du R. P. Tournemine est
une pure conjecture empruntée de Sala
meron et d'Agellius , qui n'est fondée
sur aucun fait historique , ni sur aucun
témoignage des Anciens , ni sur aucun
Texte , ni sur aucun Manuscrit ; on peut
la laisser dans son être de conjecture ,
sans se donner la peine de la refuter ; on
peut
la nier tout net comme chose non
prouvée et improbable.
En effet quelle aparence que du temps
d'Origene il y eût des Exemplaires
hebreux
, quoiqu'en assez petit nombre ,
qui portassent Mihez yyo à ligno ; pendant
que le plus grand nombre lisoit aph
utique comme portent aujourd'hui
tous nos Exemplaires , et qu'on ne trou-
VO
800195
Joo MERCURE DE FRANCE
>
ve ni dans Origene , ni dans S. Jerôme
aucun vestige de cette ancienne leçon
pas même pour la rejetter ou pour la refuter.
Quelle aparence que la seule autorité
d'Origene ait pû d'un trait de plume
faire disparoître à ligno: de tous les Exemplaires
Grecs et Hebreux où il étoit ,
pendant que S. Jerôme apuyé de toute
l'autorité d'Origene et de celle de tous
les Manuscrits Grecs et Hebreux , d'où
l'on avoit retranché ces termes , n'a pû
réussir à les faire ôter des Textes latins
où ils étoient demeurez ?
Je ne m'étends pas ici à relever l'im
possibilité qu'il y a à corriger les anciens
Exemplaires grecs ni hebreux , et les corriger
de telle maniere que depuis tant de
siècles il ne paroisse aucun vestige de
l'ancienne leçon , ni dans les Manuscrits
ni dans les imprimez. Que les Juifs ayent
eû assez de malice pour l'ôter de tous
leurs livres ; cela est déja très difficile , les
Juifs convertis au Christianisme auroient
crié à la falsification . Mais que les Grecs
l'ayent voulu retrancher des leurs , cette
leçon se trouvant , dit- on , autorisée par
quelques Exemplaires hebreux , cela paroît
bien plus impossible , et plus incompréhensible
, le Christianisme ayant autant
d'interêt à la conserver pour convaincre
les
MAY.
901 1734:
les Juifs d'incredulité et de falsifica- ›
tion .
Voilà , Monsieur , quelles sont mes
réfléxions sur cette matiere . Je suis tou
jours & c.
A Senones le 2 Janvier 1734;
Fermer
Résumé : LETTRE du R. P. Dom Augustin Calmet, Abbé de Senones, au sujet de la Prophétie attribuée au Roy David, &c.
Le R. P. Dom Augustin Calmet, abbé de Senones, adresse une lettre à un destinataire non nommé pour discuter de la prophétie attribuée au roi David dans le Psaume XCV, verset 19. La lettre répond à une question soulevée dans le journal du destinataire concernant les mots 'regnavit à ligno' et leur origine dans les textes hébreux et grecs des Septante. Calmet examine les arguments du R. P. Tournemine, qui affirme que ces mots étaient présents dans les anciens textes des Septante et dans diverses versions anciennes. Calmet conteste cette affirmation en soulignant l'absence de ces mots dans les manuscrits anciens et les versions des Septante. Il mentionne que ni les manuscrits grecs les plus anciens, ni les Pères de l'Église n'ont fait mention de cette variante. Il suggère que ces mots ont pu être ajoutés par des chrétiens dans des exemplaires grecs ou latins postérieurs. Calmet examine également les témoignages de Saint Justin, Cassiodore, et Saint Éphrem, concluant que leurs références à 'regnavit à ligno' ne sont pas fiables ou sont basées sur des versions tardives. Il conclut que les mots 'regnavit à ligno' n'étaient pas originairement présents dans les textes hébreux ou grecs des Septante, mais ont probablement été ajoutés plus tard par des chrétiens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 69-81
LETTRE sur L'ANDRIENNE de TÉRENCE, adressée à M. L. D. Associé de l'Académie de LA ROCHELLE.
Début :
EST-IL bien vrai, Monsieur, comme le prétend M. Marmontel dans la seconde [...]
Mots clefs :
Scène, Comique, Poème, Genre, Autorité, Caractère, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur L'ANDRIENNE de TÉRENCE, adressée à M. L. D. Associé de l'Académie de LA ROCHELLE.
LETTRE fur L'ANDRIENNE de
TÉRENCE , adreffée à M. L. D.
Affocié de l'Académie de LA ROCHELLE,
ESTST-IL bien vrai , Monfieur , comme
le prétend M. Marmontel dans la feconde
partie de fa Poëtique , » qu'il faut n'avoir
jamais lû les Anciens , pour attribuer
» à notre fiécle l'origine du Comique at
» tendriffant , & qu'il eft furprenant que
» cette erreur ait pu fubfifter un inſtant
» chez une Nation accoutumée à voir
» jouer l'Adrienne de Terence , où l'on
» pleure , dès le premier Acte , & c.
Je fçais que quelques Auteurs , dont
je refpecte l'autorité , ont cru voir égaÍement
chez les Anciens le germe du Comique
Larmoyant ; mais comme je me
flatte d'avoir combattu folidement ce fyf
tême dans un écrit qui vient d'être im170
MERCURE DE FRANCE .
7
primé (a) , je ne retournerai point fur
mes traces , & je me bornerai à difcuter
ici l'affertion qui regarde particulièrement
l'Andrienne.
Avant que d'entrer en matière , il eſt à
propos de remarquer qu'il réfulte néceffairement
des expreffions de M.Marmontel
, que cette Comédie fait pleurer nonfeulementdès
lepremier Acte, mais encore
dans tous les A&tes fuivans. Ce n'eft
point ici une chicane de mots. C'eſt
donner fimplement aux paroles de l'Auteur
, le fens qu'elles préfentent naturellement.
Tout le monde a lû Térence & connoît
l'Andrienne ; ainfi tout le monde
eft en état de juger , fi ce Poëme peut
véritablement avoir été la fource où l'on
a puifé le Comique plaintif , tel qu'il
existe depuis trente ans parmi nous. Il
feroit donc inutile d'en faire une exacte
analyfe ; il fuffira d'en parcourir quelques .
endroits qui fembleroient peut- être au
premier coup -d'oeil pouvoir favorifer le
fentiment de M. Marmontel.
D'abord je dois dire que l'expreffion
(a) Dans le troifiéme recueil de l'Académie de
la Rochelle , chez Légier , Imprimeur de l'Académaie,
& qui fe trouve à Paris chez Mérigot , pere.
SEPTEMBRE. 1763. 71
de genre attendriffant , eft trop générale ,
qu'elle ne défigne point fuffi amment
la maniere l'armoyante dont la Chauffée
eft linventeur , & que je n'ai jamais prétendu
attaquer que cette manière- là
dont en effet je ne trouve aucun veftige
dans la Comédie du Poëte latin.
J
Dès fix Scènes qui compofent le premier
Acte , il y en a quatre qui fe paffent
entre Simon , père de Pamphile , Sofie
affranchi de Simon , & Davus , valet de
Pamphile. Or , certainement ces trois
Perfonnages , foit par leur caractère , ſoit
par leurs difcours , ne font ni plaintifs ni
attendriffans . La cinquiéme Scène eft
entre Arquilis & Myfis , l'une fervante
& l'autre garde , ou plutôt confidente de
Glycérion , Héroïne invifible de la Piéce.
Voici un échantillon des propos de
Myfis.
» Mon Dieu ! Arquilis , il y a mille ans
» que je vous entends ; vous voulez que
» j'amène Lesbie ; cependant , il eft cer-
» tain qu'elle eft fujette à boire , qu'elle
» eft imprudente , & quelle n'eft pas ce , &
» qu'il faut , pour qu'on puiffe lui con-
, fier fûrement une femme à fa premiere
groffeffe; je l'aménerai pourtant . Voyez
» un peu l'importunité de cette vieille :
72 MERCURE DE FRANCE.
» & tout cela parce qu'elles ont accoutu
» mé de boire enſemble , &c. (b)
Ce n'eft pas affùrément dans les Scènes
de cette eſpéce qu'on trouvera de l'analogie
entre les caracteres des perfonnages
de l'Andrienne & ceux du nouveau
Comique ; mais parcourons la Scène
fixiéme , nous y découvrirons fans doute
la véritable origine du Comique qui
fait pleurer , puifque c'étoit fi je l'ofe
dire , l'Egide dont fe couvroit la Chauffée
, pour parer les traits de fes critiques.
La moitié de cette Scène eft remplie
des plaintes de Pamphile , contre fon
père , qui veut le marier malgré lui à la
fille de Chrémès , fon ancien ami : il demande
enfuite à Myfis , ce que fait fa
Maîtreffe. Myfis répond , ce qu'elle fait?
elle eſt en travail , laborat è dolore. Je
conviens fans peine que Pamphile raconte
ici d'une maniere très - touchante
, les dernieres paroles que lui a dites en
mourant Chryfis , ami de Clycérion , &
que ce Tableau eft véritablement trèspathétique.
Mais pour quel ordre de
Spectateurs ?
Quand on voudroit fuppofer qu'il
; ( b) Traduction de Madame Dacier.
étoit
SEPTEMBRE. 1763.
73
étoit dans les moeurs Grecques , de s'intéreffer
aux avantures des filles protégées
par les Prêtreffes de Vénus , chez
lefquelles la jeuneffe d'Athènes alloit
fouper & payoit fon écot ; ( c ) dans les
nôtres , quel intérêt peut - on prendre
au fort d'une courtisane que fa confidente
, qui mériteroit un autre nom ,
nous repréfente à la fuite de fes galanteries
, dans les douleurs actuelles de l'enfantement
? Que Pamphile follement
amoureux faffe paroître dans cette occafion
le plus vif attendriffement ; qu'il
foit furieux de douleur ; tous ces mouvemens
font dans la nature ; mais que des
fpectateurs tranquilles & indifférens
foient affez vivement pénétrés pour verfer
des pleurs , cela n'eft point dans l'ordre
des chofes , & je ne connoîs que les
Auditeurs , dans la claffe de Pamphile ,
qui puiffent en pareille circonftance , répandre
véritablement des larmes.
Le deuxième A&te ne fournit aucune
fituation qui tende au plus léger attendriffement.
Il fuffit de le lire , pour s'en
convaincre ; d'ailleurs , il faut des femmes
pour attendrir ; deux beaux yeux en
pleurs ont de puiffans charmes ; c'eſt-là
(c ) Acte 1. Scène L
D
74 MERCURE DE FRANCE.
le vrai mobile du larmoyant deMélanide ,
mais l'Andrienne n'en a point,
On trouve dans la première Scène du
troifiéme Acte , une pofition à la Grecque
, qui feroit parmi nous d'une indécence
infoutenable Glycérion toujours
en travail , s'écrie derriere le Théâtre ,
Junon , Déeffe Tutélaire des accouchemens
, fecourez-moi , je vous prie ! Juno
Lucina , fer opem , ferva me , obfecro,
Croyez-vous , Monfieur , que le parterre
de Rome ait été beaucoup plus attendri
par cette lamentable invocation , que
nous le fûmes nous-mêmes en 1733, lorfqu'une
très-jolie Actrice de la Foire S.
Laurent, preffée par de pareilles douleurs,
fut forcée d'abandonner la Scène pour
implorer Lucine à fon tour ? Je puis vous
affurer , qu'au lieu d'y voir répandre des
larmes , on entendit parmi ceux des Spectateurs
qui étoient inftruits du fecret de
Péclipfe , (d) des éclats d'un rire immodéré
, qui ne marquoient pas affurément
de fenfibilité douloureufe pour la
velle Glycérion.
nous
La deuxième Scène du quatriéme Afte
offre encore Pamphile , jurant par les
.I
(d) Elle repréfentoit les perfonnages de la Lune
dans l'Opéra de Boiſfy intitulé , la nuit d'Etés
SEPTEMBRE. 1763. 75
-Dieux , de ne jamais abandonner fa maitreffe
& proteftant que la mort feule
pourra la lui ravir. Mais cette fituation
d'un jeune homme amoureux à la rage ,
fût -elle cent fois répétée , ne peut donner
, ni au corps entier du Poëme , ni
aux Scènes particulières , ce caractère
vraiment pitoyable qui attendrit jufqu'aux
larmes. A l'égard des Scènes , le
fait eft prouvé; nous en avons au Théâtre
François , & particulièrement à l'Opéra
d'un coloris encore plus tendre , qui
n'ont jamais fait pleurer perfonne ; &
quant au corps du Poëme , ce ne font
pas deux ou trois morceaux ifolés , graves
ou enjoués , Comiques ou plaintifs qui
peuvent déterminer fon efpéce diftinctive
; c'eft la nature des Sujets qui y font
traités ; c'eft le ton des principaux perfonnages
& fur-tout l'enfemble des fituations
& des fentimens qui y dominent
, qui font feuls capables par leur
réunion de lui imprimer fon véritable
caractère .
Si quelques Scènes ifolées pouvoient
fixer le genre d'une Comédie ; l'Andrienne,
à ce prix , pourroit être mife au nombre
des Pièces les plus rifibles . En effet
nous n'avons peut- être pas de meilleur
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Comique de fituation , que deux endroits
de ce même A&te que je vais vous
rappeller. Dans le premier qui forme la
quatriéme Scène , Davus paroît , portant
un enfant dans fes bras , & dit à
Myfis de le prendre & de le mettre
elle-même devant la porte de Pamphile.
Après une légère réfiftance , Myfis obéit ,
refte feule , & Davus difparoît. Dans
l'inftant même arrive le vieux Chrémès.
Sa furpriſe & fon dépit font extrêmes ,
de trouver un enfant expofé à la porte
de fon gendre futur. Il interroge Myfis ,
pour fçavoir fi c'eft elle qui a mis là cet
enfant. Myfis , toute interdite , ne fçait
que répondre & cherche des yeux Ďavus
qu'elle ne retrouve point. Cependant
il revient comme par hazard , & affecte
de méconnoître Myfis , qu'il traite en
avanturiere ; ce qui donne lieu à une difpute
entreux , remplie de traits vraiment
comiques. Je ne fçais point réſiſter à
l'envie de vous en tranfcrire ici , une
partie.
MYSIS , appercevant DAVUS.
Pourquoi , je te prie , m'as-tu laiffée
içi toute feule ?
DAVUS.
Ho , ho ! quelle hiftoire eft- ce donc,
SEPTEMBRE. 1763
77
que ceci ? Dis-moi un peu , Myfis
dou eft cet enfant , & qui l'a apporté ici ?
MY SIS.
Es -tu en ton bon fens de me faire
cette demande
DAVUS.
A qui la pourrois- je donc faire , puif
que je ne vois ici que toi ?
MY SIS..
Tu es fou , n'eft-ce pas toi même qui
las mis là ?
DAVUS.
Si tu me dis un feul mot que pour répondre
à ce que je te demanderai .....
prends- y garde .
MYSIS
Tu me menaces ?
DAVUS.
D'où eft donc cet enfant ? (bas) , dis◄
le fans myſtère.
MY SI'S.
De chez vous.
DAVUS:
Ha , ha , ha ! mais faut-il s'étonner
qu'une femme foit impudente ? Nous
jugez-vous fi propres à être vos dupes ? ..
en un mot , hate - toi vite de m'ôter cet
enfant de cette porte . ( Bas ) , demeure.
MYSIS.
Que les Dieux t'abîment pour la
fraieur que tu me fais ! Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
DAVUS.
Eft - ce à toi que je parte , ou non ?
MYSIS.
Que veux- tu ?
DAVUS.
Quoi tu me demandes ? Dis -moi de
qui eft l'enfant que tu as mis là ? Parle ?
MYSIS.
Eft- ce que tu ne le fçais pas ?
1
DAVUS.
Mon Dieu ! laiffé là ce que je fçai ,
& me dis ce que je te demande & c. &c.
Le furplus de la Scène eft dans le
même goût. L'arrivée d'un certain Criton
de l'ifle d'Andros , vraie machine de
dénouement , termine cet Acte.
En vain chercheroit- on dans le cinquiéme
quelqu'indice du ton pitoyable
ou même fimplement attendriffant ; on
n'y trouvera ni événement ni caractères
qui ayent la moindre tendance au genre
larmoyant. L'homme d'Andros y reparoît
dans la Scène cinquiéme & léve par
fes récits , tous les obftacles qui s'oppofoient
au mariage de Glycérion , qui
eft enfin reconnue Athénienne & fille
de Chrémès. C'eſt ainfi que fe dénoue çe
Poëme célébre , où l'on voit fans doute
des peintures admirables qui appartiennent
à tous les âges , à tous les
SEPTEMBRE. 1763 . 79
fiécles & a toutes les nations , mais où
il me paroît impoffible d'entrevoir des
objets capables d'arracher des larmes
hi dès le premier Acte , ni même dans
aucun de ceux dont ce Poëme eft compofé.
Je devrois peut- être ici oppofer autorité
à autorité , & citer les Auteurs
qui ont nié formellement que les Anciens
ayent pû fournir des modéles au
larmoyant comique ; mais je me contenterai
de rapporter le fentiment de
M. l'Abbé de la Porte , dans fes obfervations
fur la Littérature moderne ( e ) ;
il eft fi perfuadé que Thalie n'a jamais
fait verfer de larmes dans Rome ou
dans Athénes , & il croit cette vérité fi
évidente , qu'on peut , dit-il , le difpenfer
d'en rapporter des preuves.
Enfin je demande qu'on relife Teren
ce ; j'ofe affurer que le Lecteur qui feroit
né avec l'âme la moins fenfible
n'hésitera pas un moment à fe décider
fur la nature des fentimens de joie ou
de trifteffe qu'il devra éprouver, à moins
qu'il ne reffemble à ce Financier ftupide
, qui demandoit , dans une fête
s'il avoit du plaifir ?
( e ) Tom. I. art. 4. 1750.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Quant à moi je déclare que le nou
vel examen que j'ai fait de l'Andrienne
m'a de plus en plus confirmé dans ma
première idée , & que mon aveuglement
eft tel
Quejefuis en danger de n'enjamais guérir.
·
Loin d'y trouver le germe du genre
plaintif & attendriffant , j'y ai vû au
contraire un affez grand nombre de
Scènes du genre le plus bouffon . La
pofition de la fage- femme qui s'enivre;
les cris indécens d'une fille qui accouche
, prèfque publiquement , & l'expofition
rifible d'un enfant nouvellement
né & c. tous ces objets paroîtront toujours
& à tout le monde , infiniment
plus propres à remplir le fond d'un
Opéra-Comique , qu'à être traités fur
un théâtre où la décence doit préfider.
Si je n'avois fait attention qu'à l'Auteur
de la nouvelle Poëtique , &aux applaudiffemens
qu'il a fi fouvent mérités
fans doute que la plume me feroit tombée
des mains ; mais la vérité m'eft
chère ; & comme les ouvrages de M.
Marmontel prouvent , en mille endroits,
qu'il l'aime auffi , j'ofe me flatter qu'il
ne trouvera pas mauvais que jaye lutté
contre fes fentimens dans cette lettre ,
SEPTEMBRE. 1763. 81
"
après avoir eu le courage de combattre
dans ma differtation ceux de Meffieurs
de Fontenelle & de Voltaire..
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ala Rochelle , lê 15 Juin 1763 .
TÉRENCE , adreffée à M. L. D.
Affocié de l'Académie de LA ROCHELLE,
ESTST-IL bien vrai , Monfieur , comme
le prétend M. Marmontel dans la feconde
partie de fa Poëtique , » qu'il faut n'avoir
jamais lû les Anciens , pour attribuer
» à notre fiécle l'origine du Comique at
» tendriffant , & qu'il eft furprenant que
» cette erreur ait pu fubfifter un inſtant
» chez une Nation accoutumée à voir
» jouer l'Adrienne de Terence , où l'on
» pleure , dès le premier Acte , & c.
Je fçais que quelques Auteurs , dont
je refpecte l'autorité , ont cru voir égaÍement
chez les Anciens le germe du Comique
Larmoyant ; mais comme je me
flatte d'avoir combattu folidement ce fyf
tême dans un écrit qui vient d'être im170
MERCURE DE FRANCE .
7
primé (a) , je ne retournerai point fur
mes traces , & je me bornerai à difcuter
ici l'affertion qui regarde particulièrement
l'Andrienne.
Avant que d'entrer en matière , il eſt à
propos de remarquer qu'il réfulte néceffairement
des expreffions de M.Marmontel
, que cette Comédie fait pleurer nonfeulementdès
lepremier Acte, mais encore
dans tous les A&tes fuivans. Ce n'eft
point ici une chicane de mots. C'eſt
donner fimplement aux paroles de l'Auteur
, le fens qu'elles préfentent naturellement.
Tout le monde a lû Térence & connoît
l'Andrienne ; ainfi tout le monde
eft en état de juger , fi ce Poëme peut
véritablement avoir été la fource où l'on
a puifé le Comique plaintif , tel qu'il
existe depuis trente ans parmi nous. Il
feroit donc inutile d'en faire une exacte
analyfe ; il fuffira d'en parcourir quelques .
endroits qui fembleroient peut- être au
premier coup -d'oeil pouvoir favorifer le
fentiment de M. Marmontel.
D'abord je dois dire que l'expreffion
(a) Dans le troifiéme recueil de l'Académie de
la Rochelle , chez Légier , Imprimeur de l'Académaie,
& qui fe trouve à Paris chez Mérigot , pere.
SEPTEMBRE. 1763. 71
de genre attendriffant , eft trop générale ,
qu'elle ne défigne point fuffi amment
la maniere l'armoyante dont la Chauffée
eft linventeur , & que je n'ai jamais prétendu
attaquer que cette manière- là
dont en effet je ne trouve aucun veftige
dans la Comédie du Poëte latin.
J
Dès fix Scènes qui compofent le premier
Acte , il y en a quatre qui fe paffent
entre Simon , père de Pamphile , Sofie
affranchi de Simon , & Davus , valet de
Pamphile. Or , certainement ces trois
Perfonnages , foit par leur caractère , ſoit
par leurs difcours , ne font ni plaintifs ni
attendriffans . La cinquiéme Scène eft
entre Arquilis & Myfis , l'une fervante
& l'autre garde , ou plutôt confidente de
Glycérion , Héroïne invifible de la Piéce.
Voici un échantillon des propos de
Myfis.
» Mon Dieu ! Arquilis , il y a mille ans
» que je vous entends ; vous voulez que
» j'amène Lesbie ; cependant , il eft cer-
» tain qu'elle eft fujette à boire , qu'elle
» eft imprudente , & quelle n'eft pas ce , &
» qu'il faut , pour qu'on puiffe lui con-
, fier fûrement une femme à fa premiere
groffeffe; je l'aménerai pourtant . Voyez
» un peu l'importunité de cette vieille :
72 MERCURE DE FRANCE.
» & tout cela parce qu'elles ont accoutu
» mé de boire enſemble , &c. (b)
Ce n'eft pas affùrément dans les Scènes
de cette eſpéce qu'on trouvera de l'analogie
entre les caracteres des perfonnages
de l'Andrienne & ceux du nouveau
Comique ; mais parcourons la Scène
fixiéme , nous y découvrirons fans doute
la véritable origine du Comique qui
fait pleurer , puifque c'étoit fi je l'ofe
dire , l'Egide dont fe couvroit la Chauffée
, pour parer les traits de fes critiques.
La moitié de cette Scène eft remplie
des plaintes de Pamphile , contre fon
père , qui veut le marier malgré lui à la
fille de Chrémès , fon ancien ami : il demande
enfuite à Myfis , ce que fait fa
Maîtreffe. Myfis répond , ce qu'elle fait?
elle eſt en travail , laborat è dolore. Je
conviens fans peine que Pamphile raconte
ici d'une maniere très - touchante
, les dernieres paroles que lui a dites en
mourant Chryfis , ami de Clycérion , &
que ce Tableau eft véritablement trèspathétique.
Mais pour quel ordre de
Spectateurs ?
Quand on voudroit fuppofer qu'il
; ( b) Traduction de Madame Dacier.
étoit
SEPTEMBRE. 1763.
73
étoit dans les moeurs Grecques , de s'intéreffer
aux avantures des filles protégées
par les Prêtreffes de Vénus , chez
lefquelles la jeuneffe d'Athènes alloit
fouper & payoit fon écot ; ( c ) dans les
nôtres , quel intérêt peut - on prendre
au fort d'une courtisane que fa confidente
, qui mériteroit un autre nom ,
nous repréfente à la fuite de fes galanteries
, dans les douleurs actuelles de l'enfantement
? Que Pamphile follement
amoureux faffe paroître dans cette occafion
le plus vif attendriffement ; qu'il
foit furieux de douleur ; tous ces mouvemens
font dans la nature ; mais que des
fpectateurs tranquilles & indifférens
foient affez vivement pénétrés pour verfer
des pleurs , cela n'eft point dans l'ordre
des chofes , & je ne connoîs que les
Auditeurs , dans la claffe de Pamphile ,
qui puiffent en pareille circonftance , répandre
véritablement des larmes.
Le deuxième A&te ne fournit aucune
fituation qui tende au plus léger attendriffement.
Il fuffit de le lire , pour s'en
convaincre ; d'ailleurs , il faut des femmes
pour attendrir ; deux beaux yeux en
pleurs ont de puiffans charmes ; c'eſt-là
(c ) Acte 1. Scène L
D
74 MERCURE DE FRANCE.
le vrai mobile du larmoyant deMélanide ,
mais l'Andrienne n'en a point,
On trouve dans la première Scène du
troifiéme Acte , une pofition à la Grecque
, qui feroit parmi nous d'une indécence
infoutenable Glycérion toujours
en travail , s'écrie derriere le Théâtre ,
Junon , Déeffe Tutélaire des accouchemens
, fecourez-moi , je vous prie ! Juno
Lucina , fer opem , ferva me , obfecro,
Croyez-vous , Monfieur , que le parterre
de Rome ait été beaucoup plus attendri
par cette lamentable invocation , que
nous le fûmes nous-mêmes en 1733, lorfqu'une
très-jolie Actrice de la Foire S.
Laurent, preffée par de pareilles douleurs,
fut forcée d'abandonner la Scène pour
implorer Lucine à fon tour ? Je puis vous
affurer , qu'au lieu d'y voir répandre des
larmes , on entendit parmi ceux des Spectateurs
qui étoient inftruits du fecret de
Péclipfe , (d) des éclats d'un rire immodéré
, qui ne marquoient pas affurément
de fenfibilité douloureufe pour la
velle Glycérion.
nous
La deuxième Scène du quatriéme Afte
offre encore Pamphile , jurant par les
.I
(d) Elle repréfentoit les perfonnages de la Lune
dans l'Opéra de Boiſfy intitulé , la nuit d'Etés
SEPTEMBRE. 1763. 75
-Dieux , de ne jamais abandonner fa maitreffe
& proteftant que la mort feule
pourra la lui ravir. Mais cette fituation
d'un jeune homme amoureux à la rage ,
fût -elle cent fois répétée , ne peut donner
, ni au corps entier du Poëme , ni
aux Scènes particulières , ce caractère
vraiment pitoyable qui attendrit jufqu'aux
larmes. A l'égard des Scènes , le
fait eft prouvé; nous en avons au Théâtre
François , & particulièrement à l'Opéra
d'un coloris encore plus tendre , qui
n'ont jamais fait pleurer perfonne ; &
quant au corps du Poëme , ce ne font
pas deux ou trois morceaux ifolés , graves
ou enjoués , Comiques ou plaintifs qui
peuvent déterminer fon efpéce diftinctive
; c'eft la nature des Sujets qui y font
traités ; c'eft le ton des principaux perfonnages
& fur-tout l'enfemble des fituations
& des fentimens qui y dominent
, qui font feuls capables par leur
réunion de lui imprimer fon véritable
caractère .
Si quelques Scènes ifolées pouvoient
fixer le genre d'une Comédie ; l'Andrienne,
à ce prix , pourroit être mife au nombre
des Pièces les plus rifibles . En effet
nous n'avons peut- être pas de meilleur
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Comique de fituation , que deux endroits
de ce même A&te que je vais vous
rappeller. Dans le premier qui forme la
quatriéme Scène , Davus paroît , portant
un enfant dans fes bras , & dit à
Myfis de le prendre & de le mettre
elle-même devant la porte de Pamphile.
Après une légère réfiftance , Myfis obéit ,
refte feule , & Davus difparoît. Dans
l'inftant même arrive le vieux Chrémès.
Sa furpriſe & fon dépit font extrêmes ,
de trouver un enfant expofé à la porte
de fon gendre futur. Il interroge Myfis ,
pour fçavoir fi c'eft elle qui a mis là cet
enfant. Myfis , toute interdite , ne fçait
que répondre & cherche des yeux Ďavus
qu'elle ne retrouve point. Cependant
il revient comme par hazard , & affecte
de méconnoître Myfis , qu'il traite en
avanturiere ; ce qui donne lieu à une difpute
entreux , remplie de traits vraiment
comiques. Je ne fçais point réſiſter à
l'envie de vous en tranfcrire ici , une
partie.
MYSIS , appercevant DAVUS.
Pourquoi , je te prie , m'as-tu laiffée
içi toute feule ?
DAVUS.
Ho , ho ! quelle hiftoire eft- ce donc,
SEPTEMBRE. 1763
77
que ceci ? Dis-moi un peu , Myfis
dou eft cet enfant , & qui l'a apporté ici ?
MY SIS.
Es -tu en ton bon fens de me faire
cette demande
DAVUS.
A qui la pourrois- je donc faire , puif
que je ne vois ici que toi ?
MY SIS..
Tu es fou , n'eft-ce pas toi même qui
las mis là ?
DAVUS.
Si tu me dis un feul mot que pour répondre
à ce que je te demanderai .....
prends- y garde .
MYSIS
Tu me menaces ?
DAVUS.
D'où eft donc cet enfant ? (bas) , dis◄
le fans myſtère.
MY SI'S.
De chez vous.
DAVUS:
Ha , ha , ha ! mais faut-il s'étonner
qu'une femme foit impudente ? Nous
jugez-vous fi propres à être vos dupes ? ..
en un mot , hate - toi vite de m'ôter cet
enfant de cette porte . ( Bas ) , demeure.
MYSIS.
Que les Dieux t'abîment pour la
fraieur que tu me fais ! Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
DAVUS.
Eft - ce à toi que je parte , ou non ?
MYSIS.
Que veux- tu ?
DAVUS.
Quoi tu me demandes ? Dis -moi de
qui eft l'enfant que tu as mis là ? Parle ?
MYSIS.
Eft- ce que tu ne le fçais pas ?
1
DAVUS.
Mon Dieu ! laiffé là ce que je fçai ,
& me dis ce que je te demande & c. &c.
Le furplus de la Scène eft dans le
même goût. L'arrivée d'un certain Criton
de l'ifle d'Andros , vraie machine de
dénouement , termine cet Acte.
En vain chercheroit- on dans le cinquiéme
quelqu'indice du ton pitoyable
ou même fimplement attendriffant ; on
n'y trouvera ni événement ni caractères
qui ayent la moindre tendance au genre
larmoyant. L'homme d'Andros y reparoît
dans la Scène cinquiéme & léve par
fes récits , tous les obftacles qui s'oppofoient
au mariage de Glycérion , qui
eft enfin reconnue Athénienne & fille
de Chrémès. C'eſt ainfi que fe dénoue çe
Poëme célébre , où l'on voit fans doute
des peintures admirables qui appartiennent
à tous les âges , à tous les
SEPTEMBRE. 1763 . 79
fiécles & a toutes les nations , mais où
il me paroît impoffible d'entrevoir des
objets capables d'arracher des larmes
hi dès le premier Acte , ni même dans
aucun de ceux dont ce Poëme eft compofé.
Je devrois peut- être ici oppofer autorité
à autorité , & citer les Auteurs
qui ont nié formellement que les Anciens
ayent pû fournir des modéles au
larmoyant comique ; mais je me contenterai
de rapporter le fentiment de
M. l'Abbé de la Porte , dans fes obfervations
fur la Littérature moderne ( e ) ;
il eft fi perfuadé que Thalie n'a jamais
fait verfer de larmes dans Rome ou
dans Athénes , & il croit cette vérité fi
évidente , qu'on peut , dit-il , le difpenfer
d'en rapporter des preuves.
Enfin je demande qu'on relife Teren
ce ; j'ofe affurer que le Lecteur qui feroit
né avec l'âme la moins fenfible
n'hésitera pas un moment à fe décider
fur la nature des fentimens de joie ou
de trifteffe qu'il devra éprouver, à moins
qu'il ne reffemble à ce Financier ftupide
, qui demandoit , dans une fête
s'il avoit du plaifir ?
( e ) Tom. I. art. 4. 1750.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Quant à moi je déclare que le nou
vel examen que j'ai fait de l'Andrienne
m'a de plus en plus confirmé dans ma
première idée , & que mon aveuglement
eft tel
Quejefuis en danger de n'enjamais guérir.
·
Loin d'y trouver le germe du genre
plaintif & attendriffant , j'y ai vû au
contraire un affez grand nombre de
Scènes du genre le plus bouffon . La
pofition de la fage- femme qui s'enivre;
les cris indécens d'une fille qui accouche
, prèfque publiquement , & l'expofition
rifible d'un enfant nouvellement
né & c. tous ces objets paroîtront toujours
& à tout le monde , infiniment
plus propres à remplir le fond d'un
Opéra-Comique , qu'à être traités fur
un théâtre où la décence doit préfider.
Si je n'avois fait attention qu'à l'Auteur
de la nouvelle Poëtique , &aux applaudiffemens
qu'il a fi fouvent mérités
fans doute que la plume me feroit tombée
des mains ; mais la vérité m'eft
chère ; & comme les ouvrages de M.
Marmontel prouvent , en mille endroits,
qu'il l'aime auffi , j'ofe me flatter qu'il
ne trouvera pas mauvais que jaye lutté
contre fes fentimens dans cette lettre ,
SEPTEMBRE. 1763. 81
"
après avoir eu le courage de combattre
dans ma differtation ceux de Meffieurs
de Fontenelle & de Voltaire..
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ala Rochelle , lê 15 Juin 1763 .
Fermer
11
p. 173-180
REMARQUES sur le Traité de la Jurisprudence de la Médecine en France ; par M. VERDIER, Maître en Chirurgie, Docteur en Médecine, & Avocat en la Cour de Parlement de Paris.
Début :
LES différentes qualités que prend l'Auteur de cet Ouvrage, sembloient [...]
Mots clefs :
Chirurgien, Médecine, Mains, Traité, Règlement, Fonctions, Autorité, Jurisprudence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur le Traité de la Jurisprudence de la Médecine en France ; par M. VERDIER, Maître en Chirurgie, Docteur en Médecine, & Avocat en la Cour de Parlement de Paris.
REMARQUES fur le Traité de la
Jurifprudence de la Médecine en France;
par M. VERDIER, Maître en Chiturgie
, Docteur en Médecine, & Avocat
en la Cour de Parlement de Paris.
L
ES différentes qualités que prend
l'Auteur de cet Ouvrage , fembloient
répondre de fon impartialité : on devoit
fe promettre que le Jurifconfulte tiendroit
d'une main équitable la balance fur
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
les droits refpectifs des Médecins & des
Chirurgiens ; & nous apprenons qu'il a
mécontenté également les deux Corps.
Perfuadé du befoin qu'il a de fecours
pour remplir le Plan qu'il s'eft propofé
il a fait inférer dans les Journaux un Avis
par lequel il prie tous ceux qui auront
des connoiffances particulières fur les
Sujets qu'il traite , de vouloir bien lui
faire part de leurs réflexions & de leurs
critiques . Les confeils qu'on lui donnera
feront tardifs à l'égard des deux premiè
res Parties déjà publiées ; mais comme
fuivant le projet , la totalité de l'Ouvrage
ira à neuf Volumes , il fera poffible de
rectifier bien des chofes dans le fupplé
ment que l'Auteur a prévu lui-même qu'il
feroit obligé d'ajouter à chaque Partie.
Il entend par la Jurifprudence de la
Médecine en France , fuivant le titre
ampliatif de fon Livre , un Traité hiſtorique
& juridique des établiſſemens , réglemens
, police , devoirs , fonctions ?
droits & privilèges des trois Corps de
Médecine , avec les devoirs , fonctions
& autorité des Juges à leur égard . Peutêtre
qu'un Ouvrage bien fait , d'après
l'idée que donne ce Frontifpice , feroit
curieux , utile & même néceffaire à certains
égards. Mais on ne trouvera jamais
OCTOBRE. 1763. 175
ces caractères dans une compilation informe
d'Arrêts , de Sentences & de Réglemens
de toute efpéce , la plûpart,
tombés en défuétude par de nouveaux
ufages plus conformes à la nature des
chofes , ou révoqués formellement par
des . Réglemens contraires. Les Almanachs
même , qui font des fources fi
infidèles , n'ont pas été négligés par l'Au
teur : il n'a pas hésité d'y puifer , & de
parler affirmativement d'après eux. C'eſt
probablement fur des anciens Etats de,
la Maifon du Roi qu'il a copié ce qu'il
dit des revenus de la Charge de premier
Chirurgien , & de toutes celles des Chirurgiens
attachés au fervice de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Nous pou
vons affurer , & c'eft un des principaux
objets de nos remarques , qu'il n'y a pas
un mot d'éxact fur ce chef , dans ce que
M. Verdier avance : il s'eft permis malà-
propos de tranfcrire tout ce qui s'eft
préfenté , fans remarquer qu'il ne pouvoit
que difcréditer fon Livre , en multipliant
fans néceffité le nombre des
Volumes ; & que celui des acheteurs , fur
lequel il a compté , diminueroin en proportion
de l'augmentation, du prix ..
L'Auteur n'eft jamais . guidé par le
flambeau d'une critique judicieuſe dans
*
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
les points conteftés entre les différens
Corps de la Médecine. Cette partialité
eft toujours injurieufe aux Chirurgiens :
il fe décide même contr'eux fur des
objets , qui , après une difcuffion publique
& contradictoire , ont été éclaircis
en leur faveur , de la manière la
moins équivoque . Je n'en prendrai pour
exemple que la conféquence qu'il tire du
ferment que le premier Chirurgien du
Roi prête à fa nomination , entre les
mains du premier Médecin .
La Faculté de Médecine, dans le cours
du grand Procès avec le Collége de
Chirurgie , a cru pouvoir préfenter ce
ferment comme une marque de fubordination
: mais M. Verdier ne doit
pas
ignorer que cette objection a été pleinement
réfutée. Ce n'eft pas au premier
Médecin que le premier Chirurgien prête
fon ferment ; c'eſt au Roi, entre les mains
du premier Médecin , cela eft incontefta
ble . Les Médecins reçoivent tous la béné
niction Apoftolique , & la licence d'éxercer
leur Profeffion , du Chancelier de
l'Eglife de Paris : dira- t- on qu'un Chanoine
dignitaire de Notre - Dame ait
acquis par là un droit de prééminence
fur les Médecins , & encore moins qu'il
puiffe prétendre à aucune inſpection ou
OCTOBRE. 1763 . 177
direction dans l'éxercice de la Médecine?
Les Médecins , Lecteurs & Profeffeurs
au Collège Royal , ne prêtent - ils pas
ferment entre les mains du Grand Aumônier
de France ? Ce ferment , qu'il
reçoit auffi des autres Profeffeurs , ne
lui donne pas plus de direction fur la
Médecine que fur les langues Syriaque ,
Hébraïque , Grecque , &c , qu'on enfeigne
au Collège Royal.
Les Chirurgiens dans leur repliqué ,
difoient en 1748 que fi le premier Médecin
recevoit le ferment du premier
Chirurgien , c'étoit une fuite de l'état
Eccléfiaftique de l'Univerfité , & de la
qualité des Prêtres qu'avoient anciennement
les premiers Médecins . Le Défenfeur
des Chirurgiens n'étoit pas fuffifamment
inftruit alors ; car l'époque de
la preſtation de ce ferment eft récente ,
& il feroit utile d'en rechercher l'origine
. On la trouveroit fans doute dans
la fuppreffion de la charge de premier
Barbier , dont le droit de Jurifdiction
fur toutes les Communautés des Barbiers
, Perruquiers , Baigneurs & Etuviftes
du Royaume , ont été attribués
à la charge de premier Chirurgien , &
à lui confervés par les derniers Réglemens
émanés de l'autorité Royale &
Hv
178 LMERCUR DE FRANCE.
duement enregistrés , fous le titre d'Inf
pecteur & Commiffaire du Roi. Il eſt
certain qu'Ambroife Paré , fuivant fon
Brevet que nous avons actuellement
fous les yeux en original , a prêté au
Bureau du Roi , tenu à S. Germain- en-
Laye , le premier jour de Janvier 1561 ,
le ferment de l'état de premier Chirurgien
du Roi , en lieu & place de feu
Me Nicolas Laverno , ès mains du Sgr.
de Mendoffe , Confeiller & premier Maitre
d'Hôtel dudit Seigneur Roi. Le ferment
entre les mains du premier Médecin
ne tire donc plus à aucune conféquence
, puifqu'il n'eft pas effentiel , &
que les Succeffeurs d'Ambroise Paré
n'ont été dépouillés d'aucun des Priviléges,
Droits & Prérogatives dont jouif
foit leur Illuftre Prédéceffeur.
Où M. Verdier a - t - il yu la dépendance
perfonnelle du premier Chirur
gien à l'égard du premier Médecin ; &
comment juftifieroit - il ce qu'il avance
en difant que le premier Chirurgien eft
affujetti à un examen pardevant le premier
Médecin , avant que de pouvoir,
être pourvu de fa Charge ? Le contraire
eft connu de tout le momde . Le premier
Chirurgien eft nommé par le Roi ,
& defon propre mouvement , comme
1
OCTOBRE. 1763 . 179
le premier Médecin ; ils font l'un, &
l'autre honorés du choix de Sa Majefté ,
déterminé par fa confiance : M. Verdier
a imaginé , de fon autorité particulière ,
que le premier Chirurgien ne pouvoit
s'abfenter fans une permiffion expreffe
du premier Médecin ; & que les autres
Chirurgiens de la Cour font foumis à la
même régle. A la Cour , tous les fervi .
ces font connus & fixés ; c'eft du premier
Chirurgien , feul , que les autres
Chirurgiens du Roi , prendroient l'ordre
pour leurs fonctions fi elles
n'étoient pas refpectivement réglées par
la nature même de leurs offices. C'est
de fon agrément feul qu'ils ont befoin
pour en être pourvus. Le premier Chirurgien
prend les ordres immédiatement
du Roi , ni plus ni moins que le premier
Médecin . Cela eft de droit commun
, ce que M. Verdier ne devroit pas
ignorer , ni comme Chirurgien ni
comme Médecin , ni comme Jurifconfulte
en fa qualité d'Avocat , ni comme
Auteur qui eft fuppofé connoître
à fond les matieres qu'il traite .
Si l'on vouloit examiner prèfque tous
les points du livre de M. Verdier , dont
le zéle d'ailleurs eft fort louable , il fentiroit
qu'il a entrepris une tâche un peu
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
forte ; & il pourroit fe trouver dans le
cas non de multiplier fes volumes ,
par les Supplémens qu'il promet ; mais
d'abréger fon travail par une fuppreffion
volontaire qui lui feroit plus d'honneur
& de profit.
M. Verdier demande des avis & des
critiques ; nous defirons qu'il prenne
les nôtres en bonne part ; ils viennent
de perfonnes qui s'intéreffent véritablement
à fa gloire.
F. N. G. Abonné au Mercure.
Jurifprudence de la Médecine en France;
par M. VERDIER, Maître en Chiturgie
, Docteur en Médecine, & Avocat
en la Cour de Parlement de Paris.
L
ES différentes qualités que prend
l'Auteur de cet Ouvrage , fembloient
répondre de fon impartialité : on devoit
fe promettre que le Jurifconfulte tiendroit
d'une main équitable la balance fur
H iij
174 MERCURE DE FRANCE .
les droits refpectifs des Médecins & des
Chirurgiens ; & nous apprenons qu'il a
mécontenté également les deux Corps.
Perfuadé du befoin qu'il a de fecours
pour remplir le Plan qu'il s'eft propofé
il a fait inférer dans les Journaux un Avis
par lequel il prie tous ceux qui auront
des connoiffances particulières fur les
Sujets qu'il traite , de vouloir bien lui
faire part de leurs réflexions & de leurs
critiques . Les confeils qu'on lui donnera
feront tardifs à l'égard des deux premiè
res Parties déjà publiées ; mais comme
fuivant le projet , la totalité de l'Ouvrage
ira à neuf Volumes , il fera poffible de
rectifier bien des chofes dans le fupplé
ment que l'Auteur a prévu lui-même qu'il
feroit obligé d'ajouter à chaque Partie.
Il entend par la Jurifprudence de la
Médecine en France , fuivant le titre
ampliatif de fon Livre , un Traité hiſtorique
& juridique des établiſſemens , réglemens
, police , devoirs , fonctions ?
droits & privilèges des trois Corps de
Médecine , avec les devoirs , fonctions
& autorité des Juges à leur égard . Peutêtre
qu'un Ouvrage bien fait , d'après
l'idée que donne ce Frontifpice , feroit
curieux , utile & même néceffaire à certains
égards. Mais on ne trouvera jamais
OCTOBRE. 1763. 175
ces caractères dans une compilation informe
d'Arrêts , de Sentences & de Réglemens
de toute efpéce , la plûpart,
tombés en défuétude par de nouveaux
ufages plus conformes à la nature des
chofes , ou révoqués formellement par
des . Réglemens contraires. Les Almanachs
même , qui font des fources fi
infidèles , n'ont pas été négligés par l'Au
teur : il n'a pas hésité d'y puifer , & de
parler affirmativement d'après eux. C'eſt
probablement fur des anciens Etats de,
la Maifon du Roi qu'il a copié ce qu'il
dit des revenus de la Charge de premier
Chirurgien , & de toutes celles des Chirurgiens
attachés au fervice de Sa Majefté
& de la Famille Royale. Nous pou
vons affurer , & c'eft un des principaux
objets de nos remarques , qu'il n'y a pas
un mot d'éxact fur ce chef , dans ce que
M. Verdier avance : il s'eft permis malà-
propos de tranfcrire tout ce qui s'eft
préfenté , fans remarquer qu'il ne pouvoit
que difcréditer fon Livre , en multipliant
fans néceffité le nombre des
Volumes ; & que celui des acheteurs , fur
lequel il a compté , diminueroin en proportion
de l'augmentation, du prix ..
L'Auteur n'eft jamais . guidé par le
flambeau d'une critique judicieuſe dans
*
H iv
176 MERCURE DE FRANCE .
les points conteftés entre les différens
Corps de la Médecine. Cette partialité
eft toujours injurieufe aux Chirurgiens :
il fe décide même contr'eux fur des
objets , qui , après une difcuffion publique
& contradictoire , ont été éclaircis
en leur faveur , de la manière la
moins équivoque . Je n'en prendrai pour
exemple que la conféquence qu'il tire du
ferment que le premier Chirurgien du
Roi prête à fa nomination , entre les
mains du premier Médecin .
La Faculté de Médecine, dans le cours
du grand Procès avec le Collége de
Chirurgie , a cru pouvoir préfenter ce
ferment comme une marque de fubordination
: mais M. Verdier ne doit
pas
ignorer que cette objection a été pleinement
réfutée. Ce n'eft pas au premier
Médecin que le premier Chirurgien prête
fon ferment ; c'eſt au Roi, entre les mains
du premier Médecin , cela eft incontefta
ble . Les Médecins reçoivent tous la béné
niction Apoftolique , & la licence d'éxercer
leur Profeffion , du Chancelier de
l'Eglife de Paris : dira- t- on qu'un Chanoine
dignitaire de Notre - Dame ait
acquis par là un droit de prééminence
fur les Médecins , & encore moins qu'il
puiffe prétendre à aucune inſpection ou
OCTOBRE. 1763 . 177
direction dans l'éxercice de la Médecine?
Les Médecins , Lecteurs & Profeffeurs
au Collège Royal , ne prêtent - ils pas
ferment entre les mains du Grand Aumônier
de France ? Ce ferment , qu'il
reçoit auffi des autres Profeffeurs , ne
lui donne pas plus de direction fur la
Médecine que fur les langues Syriaque ,
Hébraïque , Grecque , &c , qu'on enfeigne
au Collège Royal.
Les Chirurgiens dans leur repliqué ,
difoient en 1748 que fi le premier Médecin
recevoit le ferment du premier
Chirurgien , c'étoit une fuite de l'état
Eccléfiaftique de l'Univerfité , & de la
qualité des Prêtres qu'avoient anciennement
les premiers Médecins . Le Défenfeur
des Chirurgiens n'étoit pas fuffifamment
inftruit alors ; car l'époque de
la preſtation de ce ferment eft récente ,
& il feroit utile d'en rechercher l'origine
. On la trouveroit fans doute dans
la fuppreffion de la charge de premier
Barbier , dont le droit de Jurifdiction
fur toutes les Communautés des Barbiers
, Perruquiers , Baigneurs & Etuviftes
du Royaume , ont été attribués
à la charge de premier Chirurgien , &
à lui confervés par les derniers Réglemens
émanés de l'autorité Royale &
Hv
178 LMERCUR DE FRANCE.
duement enregistrés , fous le titre d'Inf
pecteur & Commiffaire du Roi. Il eſt
certain qu'Ambroife Paré , fuivant fon
Brevet que nous avons actuellement
fous les yeux en original , a prêté au
Bureau du Roi , tenu à S. Germain- en-
Laye , le premier jour de Janvier 1561 ,
le ferment de l'état de premier Chirurgien
du Roi , en lieu & place de feu
Me Nicolas Laverno , ès mains du Sgr.
de Mendoffe , Confeiller & premier Maitre
d'Hôtel dudit Seigneur Roi. Le ferment
entre les mains du premier Médecin
ne tire donc plus à aucune conféquence
, puifqu'il n'eft pas effentiel , &
que les Succeffeurs d'Ambroise Paré
n'ont été dépouillés d'aucun des Priviléges,
Droits & Prérogatives dont jouif
foit leur Illuftre Prédéceffeur.
Où M. Verdier a - t - il yu la dépendance
perfonnelle du premier Chirur
gien à l'égard du premier Médecin ; &
comment juftifieroit - il ce qu'il avance
en difant que le premier Chirurgien eft
affujetti à un examen pardevant le premier
Médecin , avant que de pouvoir,
être pourvu de fa Charge ? Le contraire
eft connu de tout le momde . Le premier
Chirurgien eft nommé par le Roi ,
& defon propre mouvement , comme
1
OCTOBRE. 1763 . 179
le premier Médecin ; ils font l'un, &
l'autre honorés du choix de Sa Majefté ,
déterminé par fa confiance : M. Verdier
a imaginé , de fon autorité particulière ,
que le premier Chirurgien ne pouvoit
s'abfenter fans une permiffion expreffe
du premier Médecin ; & que les autres
Chirurgiens de la Cour font foumis à la
même régle. A la Cour , tous les fervi .
ces font connus & fixés ; c'eft du premier
Chirurgien , feul , que les autres
Chirurgiens du Roi , prendroient l'ordre
pour leurs fonctions fi elles
n'étoient pas refpectivement réglées par
la nature même de leurs offices. C'est
de fon agrément feul qu'ils ont befoin
pour en être pourvus. Le premier Chirurgien
prend les ordres immédiatement
du Roi , ni plus ni moins que le premier
Médecin . Cela eft de droit commun
, ce que M. Verdier ne devroit pas
ignorer , ni comme Chirurgien ni
comme Médecin , ni comme Jurifconfulte
en fa qualité d'Avocat , ni comme
Auteur qui eft fuppofé connoître
à fond les matieres qu'il traite .
Si l'on vouloit examiner prèfque tous
les points du livre de M. Verdier , dont
le zéle d'ailleurs eft fort louable , il fentiroit
qu'il a entrepris une tâche un peu
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
forte ; & il pourroit fe trouver dans le
cas non de multiplier fes volumes ,
par les Supplémens qu'il promet ; mais
d'abréger fon travail par une fuppreffion
volontaire qui lui feroit plus d'honneur
& de profit.
M. Verdier demande des avis & des
critiques ; nous defirons qu'il prenne
les nôtres en bonne part ; ils viennent
de perfonnes qui s'intéreffent véritablement
à fa gloire.
F. N. G. Abonné au Mercure.
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12
p. 162
De CONSTANTINOPLE, le premier Septembre 1764.
Début :
On mande de Moldavie que le Prince Radziwill & son épouse [...]
Mots clefs :
Moldavie, Prince Radziwill, Troupes russes, Autorité, Refus, Tirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De CONSTANTINOPLE, le premier Septembre 1764.
De CONSTANTIOPLE, lepremier Septembre 1764 .
ONN
mande de Moldavie que le Prince Radziwill
& fon époufe en font partis pour la Hongrie
avec une fuite de cent Chevaux . Quelques
Troupes Ruffes , commandées par le Knès d'Afcow
,font entrées à Jwanietz , qui n'eft féparée
de Rotzym que par le Niefter , & le font approchées
enfuite de Kaminietz , qu'elles ont fommé
de fe foumettre à l'autorité du Grand Régimentaire.
Sur le refus du Commandant , elles ont
invefti cette Fortereffe ; mais il a fait tirer fur
elles le canon , & les a contraintes de fe retirer
promptement , après avoir perdu quelques
hommes.
ONN
mande de Moldavie que le Prince Radziwill
& fon époufe en font partis pour la Hongrie
avec une fuite de cent Chevaux . Quelques
Troupes Ruffes , commandées par le Knès d'Afcow
,font entrées à Jwanietz , qui n'eft féparée
de Rotzym que par le Niefter , & le font approchées
enfuite de Kaminietz , qu'elles ont fommé
de fe foumettre à l'autorité du Grand Régimentaire.
Sur le refus du Commandant , elles ont
invefti cette Fortereffe ; mais il a fait tirer fur
elles le canon , & les a contraintes de fe retirer
promptement , après avoir perdu quelques
hommes.
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Résumé : De CONSTANTINOPLE, le premier Septembre 1764.
Le 1er septembre 1764, le prince Radziwill et son épouse se dirigent vers la Hongrie avec une escorte de cent chevaux. Simultanément, des troupes russes, dirigées par le prince d'Ascow, pénètrent à Jwanietz et avancent vers Kaminietz. Après le refus du commandant de la forteresse, les Russes attaquent mais sont repoussés avec des pertes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 90-98
Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Début :
Dictionnaire des Origines, chez Bastien, Libraire, rue du Petit-Lion, Fauxb. [...]
Mots clefs :
Génie, Nature, Grands hommes, Imitation, Dictionnaire, Auteur, Silence, Talents, Autorité, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Dictionnaire des Origines , chez Baftien ,
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
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Résumé : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Le Mercure de France de juillet 1777 critique le 'Dictionnaire des Origines' publié chez Baftien, reprochant aux compilateurs de copier sans discernement, ce qui engendre des erreurs et des notions fausses. L'auteur souligne la nécessité d'une érudition et d'un jugement critique pour produire un ouvrage précis. Le texte explore la notion de 'Grands Hommes', citant le Président Hénault. Il note que les grands hommes peuvent accomplir de grandes choses sous une autorité légitime, mais leur présence en grand nombre peut causer des divisions et des troubles, comme lors du règne de François II. Les conflits entre les Guises, les Princes du Sang et les troubles religieux ont contribué à la déstabilisation du royaume. L'auteur se demande si des personnages illustres et puissants, dont l'ambition cause des troubles, méritent le titre de 'Grands Hommes'. Il conclut que le véritable grand homme allie talents et vertus morales, visant le bien public et la gloire de son prince. Le texte aborde également l'imitation dans les arts, affirmant que le génie crée en s'inspirant de la nature. Sortir des limites naturelles conduit à la confusion et au désagrément. Le génie observe et imite la nature, car il ne peut ni la créer ni la détruire. Les artistes observent les moindres objets pour acquérir de nouvelles connaissances, étendant ainsi leur esprit et sa fécondité. La musique dramatique, la poésie et la peinture sont des arts qui imitent la nature, mais avec des étendues différentes. La poésie représente tout ce que l'imagination peut concevoir, tandis que la peinture se limite aux objets visibles. La musique agit principalement sur l'ouïe mais peut aussi évoquer des images et des émotions complexes, comme le repos ou le mouvement. Elle suscite des affections similaires à celles provoquées par d'autres sens et peut représenter des scènes variées, telles que la tempête, la tranquillité ou l'horreur d'un désert.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 150-159
HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.
Début :
Qu'il nous soit permis de préluder à cet Extrait par des Observations qui ne concernent [...]
Mots clefs :
Journal, Journaliste, Journal littéraire, Critique, Auteur, Autorité, Abbé Desfontaines, Mauvais vers, Convalescence, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.
HISTOIRE de Charlemagne, ·précidle de
Confidération..s far la }Jremièr' Race, &
fuivie de Confidérations fi~r la faconde;
pat· M. Gaillard, de l' Acadétnie ·Fran.
çoife & de l'Acadén1ie des Infcriptions &
Belles- Lerrres. A Patis , ·chez Mot1card, r
.I1npri1net1r-librairc de la Rei11e , de
MadaL11e & de .. M, ine. la Comreffe d' Artois,
rue des Matnuri11s, Hôtel de Cl uni,
· l 7 8 2 • 4 Vol. in· 1 2. •
u'11 11ous foit per1nis de préli1aer .à.
cet Extrait par 8es Obfervario_11s qui 11e con:.
~erne11t 11i Gl1arle111ag11e 11i 1011 Hifto1·ien >
1
,
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IU4Vl!J,,.O---------~--,.-----------:--•
•
•
1
-
D E F R A N ·c E. 1 5 r
& qui auro11t le to1·c ou le 111érice de pré.,.
iènter u11 paradoxe .
Les Jot1rnat1x Lirrérai1·es auroient-ils ja- ,
mais dû être autre chofe qu'un regill:1·e public
ouvert à tous les Auteurs, pour y i11fércr
eux·111êmes l'extrait de leurs Ü"1vrages ;
fans éloge, car la bienCéance (du 1noins aur1
·efois) ne per1nettoit pas de fe Jouer foi·
mê1ne; fa11s cririque, car celle qu'un Auteur
feroir de fotl Ouvrage fe1·oit toujours fuC.
peét:e d,i11dulge11cc ; d' aille11rs, quelle rai!
011 fuffifante at1roit-on eue de 11e pas corriger
d'avance ce ~u'on critiqt1eroit après-coup?
L'Inve11teur des Jour11at1x Littéraires a
fans c.lourc rendu u11 g1·a11d fe1·vice aux Let·
t rcs; il a été utile & at1x Au~et1rs & at1x:
Leéèeurs, e11 imagina11t un [ivre qui fît connoîrre
les autres LÎ\'res , qui ei1 ai111onçât
l' ex1ftcnce & le· conte11 u; inais fat1te d, avoir
fo1·mé les Jour11aux fur le pln11 que 11ous indiquons,
quelles co11tratliél:io11s 11'a-t-il pas
éprouvées! que d,i11rerruptions de ce Journal
& fous 1\1. de Sallo & f ot1s M. 1, Abbé •
Gallois ! & en effet., quel que fût le mérite
de ces Sa va11s, de q ucl droit s' érigeoie11t· ils
en Arbicres ,d e la Litrérarure & e11 Cenfe 11rs
de tous les Ecrivains?
Da11s la fùite ce Journal a pris une fgr111c
plus rég1.llière & u11e autorité pltts légitime.
011 n'a rien à dire contre les J ot1rnaux érablis
oμ qui for1t ce11fés l'être par l'autorité
publique, & fur lefqt1e1s cette autorité veille
d'l1nc n1a11ière parriculièrr. · .
'
•
• •
•
..
-
•
-
•
15.t 1vl ER C U R E
Mais l' objclbio11 f ublifte . route entière
contre tous les Journaux établis par auto- ,
rité privée. c~ prè111ier abus a ouvert la
po1·ce à ur1e i11ultitud€ d'autres abus, do1Jt le
moi11dre a été que beaucoup d' A11tet11·s fe
font furti veinent ou etf1·011té111ent con1hlés
eux .. tnê1nes ti,éloges da11s des J0ur11anx dont
il~ dif poioie11t par eux 011 par leurs amis.
· Pour ne parler que des faits anciens &
co1111us; c.ia11s ce débordement de mauvais
vers dont P~ri3 fut i11011dé e11 1744, à l'occafio11
de la maladie & de la convalef cence du
Roi Louis XV, & qui a fait dire à M. de
Voltai1·e (au 1t1el fet1l jl fur donné d'en faire
.. ie bons fL,r ce ft1jet : )
•
Paris n'a jam ~is vû de tranfports Ji divers,
Tant de fc1.1x d 1rtifice & ta.nt de mauvais vers.
.. Il puut ou il n.e pa1·t.t point une Ode à
la Reine; 111ais l'Abbé Desfontaines l1annonca
& la vanta beaucoup ( fet1ille A du
~ Torne IV des ]ugl'1nens fur quelques Ouvrages
rzouveaux); il e11 cita u11 grand 11ol11-
bre de ftropl1ès , clu11~ l'une def quelles le
Poëte fe difoir vieux, fur qt1oi l' Abbé Des·
fontaines s'éc1·ioit: ''Quel vieux Poëte avo11s''
i1ous qui fa{fe ai11G des y ers? n' eft - ce
,, poi11r un jet1ne h0n11ne qui cli.ercbe à fe
,, cacher fous les rides de la vieillclfe ?
,, mais la vieilleffe pettt ·elle prévc11ir en
,, faveut· du talent ? ,, .. · _
C' éroir une é11igt11e qu'il 11e pou voit
devi11er, & qu'il propofoit au ieél:c1.1fi •
•
•
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DE F R AN C E. · tf 3
Da11s la feuille D , il (e fait ail relfer une
- lettre, eù, en co11firmant rous les éloges
don11és aux firopl1es cirées, 011 lt1i <le111a11de
. pourquoi il 11' en a pas cite pll11Îcurs aurres
qt1'011 a1ft1re 11'êrre pas 111<) Ï11s belle~; &
pour réparer fa faute, on Jes cite. l)ar cet
. heureux artifice le Lettcu r a, c11 deux Par-
• ties, )'Ode. pref que entière. ~
Par un autre artifice, 1, Auteur de la let- ·
trc hafarâe fur u11 endroit de l'Ode une ou
, deux critiqt1es év jJe1nn1ent jnju!l·es , aux•
- quelles le Journalifie 11'a pas de pe111e à
I • repondre .
, Voici inai11renant Je 111ot de l'énigme.
. L' Ode .. efl mauvaife, & elle efl de l' ~1 bbé
:Desfontaines.
. La t .. l-at1de fut co11nue, & le Puhlic ne fic
qu'en rir~; l' Abbé Dcsfo11tai11es l'avoir fait
à fotl oadinage.
On dir que q11elques-u11s de fes no111breux
•
ft1ccelÎet1rs n'ont pac; n1oi11s accoutun1é le
Public au leur; 011 dit que la lot1at1~e & ·
le blât11e fo11c: devenus cl1ez qt1elqucs-u11s
ô 'e11 tre-cux .. non-feule111ent t111e afraire de
' , paOEon & '-ie pa1-ri, i11ais e11core t>n obier
â'in ré1·êr & de co1n 1nerce. N ot1s 1:"&' enrr<>r1s
p.oi11t dans ces que!tions fâc l1etJl- s; no11s 11e
u Youlo11s d~fobl ige r · perfon11e ; 11 us nous
. conc e11to1~s d'ét~ blir r1c•t1~· pr i nci~~e qu'il t1e
J Eaur ja1nais trotnpcr le teétet1r ni ft11· les ·
_Auteurs J1i Cur les Ouvr=i~s; c11 C<•t1 feq 12r~11~e
nous nous l1ârons de déclarer que J' utct1r
:.de cet Ex cc a · t ,.. ,a auffi l' ucéuiï de.~ l'I-Iifroire
• • G V .. .
-
•
-
I
-
•
..
,
•
•
..
• •
•
• •
If 4 MER c u R E
de Cl1arlemagne , & que par conféquept
cer Extrait 11e contie11dra ni éloge ni cri~
• . t1qt1e.
Pourquoi u11 Attteur , bien réfoltt d'obfe1
·ve1· tOlltes les bienféances, cne rendroit-il ,
pas co1npte au Public de fo11 propre Ot1-
vrage dnns tin Journal , Ct)n11ne il en 1·e11d
co111pte à fes Le&eurs dar1s u11e Préface, e11
fe bor11a11t à dire ce que !'Ouvrage con~ienr,
. dans qt1el c:fp1·ît il eft fait' n~11s quel ordte
les ebjcts y font préfe11tés, ·&o. tnais fans
at1ct111 ligne 11i d'approbatio11 11i de c~n~
{ure? ..
'. Eft· il mêcne bi~11 sûr que le Pttblic . en
de1na11de d1van!age aux Jou1ï1aliffes de profeffio11?
Ils s'e1np1·e{fe11t cous à juger en hie11
ou· en n1al 1-es Ouv14 ages dont ils ne font
chargés tout au plus que de 1·e11 ,{1·e compte.
Il efl: vrai qn'il eft difiicile de fe reft1fer au
plaifÎr lie louer ce qu'o11 fe11r ê'rre bo11, ou à
}a jufl:iee de blâiner ce qt1i cfr évidem1nent
mauvais; 111ais à ne co11fidérer qtte l'intérêt
du Public, qu'a-t-il befc)in du jugen1ent
d'ttn pa1·riculier? qu'a-t-il befoi11 de f1voir
ce que Bav ius penf e ot1 vcttt pe11ter des vets4 vu de la profe de Moevius? pou1·quoi faut~ il
qt1't11-1 f~t1l hom1ne prétende app1·endre o 1
prefcri1e au Public ce qu,il doit penfer de
tel ou rel Ouvrage? Au fon,{, que dema11êiet-
on à u11 Journalifl:e? U11 précis fidèle, un
co1·l1pte exaét d'après leql1el 011 pui1fe juger
du bcfoin qu'on a dë l,Ouvrag~, & du
~gré d'inftrult1on ou de plaifir qu'on peut
•
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D E 13 R A N C E. 15r
s'en pro111errre. Un pareil compte_ peut fe
paffer du juge111ent dll Jot1rnalifte, & Je
j11g~ment du Jour11aliCte ne pe1.1t pas fc
paifer d' u11 pareil co111pte.
Les Jour11aliftes devroie11t donc pet1têrre
fe bo1·ner à la fonétio11 de Rappor.-
tet1rs , & 11'y pas joi11dre celle de Juges.
La fonéèion des Jour11alifl:es, telle qu'elle
cft exercée ..atfez générale1nent, efl: u11e e(pèce
de Mi11iftèrc ou de ~1agifrrature dont
le défaut etfe11tiel efl: d'être abfolu1ne11t iàn~ •
.million : j~ger fcs co11temporains , fes
rivaux, fes ég1ux , quelquefois Ces f upérieu1·s,
trop f ou:vent iès enne111is, n' efr pas un emploi
quj doive être aba11âonné indifiinll:1-
menr a tout le n1onde; Il in1porte qu'un
Jou111al 11e foir poir.it t111e artne da11s la main
d't1n inécha11t ou d,un e11viet1x; il i1nporte
ique ce 1ninifière (oit exercé avec juftice,
ou au i11oi11s avec décence. Mai5 il ne s'agit
pas ici d,expofer une théorie géné1·alc
pour la perfeétiom ou la 1·éfo11ne des J0urnal1x,
nous dif ons fet1le111e11t qt1e le Public .
â bef oin d'e connoît~:e les 0t1v1·ages, & qu'il
i1, a pas le 111ê1ne be(oi11 de co11110Îrre l' opi-.
1.1io11 d, 1111 Jour nalifl:e. •
~' On L1it toujours miet1x que perfon11e
-corn tne11t 011 veut êrre ' 1ot1é, a dit lln plai.
fan r; in ais en confentar1t lie n' ~tre pas loué,
un Auteur ne fait-il pas roujoars 111ieu.x que
pe1·fo11 ne, 111ieux que le LeCtet1i· mê1ne lie
plus arr.e11tif, oe c1ue c01:itie11t fon Ouvrage.
<lans ']UeJ fpt.it il eft fait., -ce qu'il lui 2
G V~
.. ...
1
•
•
•
-
•
•
•
•
•
\
.. • -
· 116 MERCURE
coûté de rra\'ail, &c.? & s'il falloir ~bfolu·
ment tlM juge1nenc fur cet Ouvrage, ne
ferait-il pas à propos , pour qtte ce jugement
ft1t coni plcttet11ent juR:e , que les idées
d11 Jot1rnalifre futfe11r co111binécs avec celles
de 1, Auteur? ,.,
Mais, dira-r-011, li lei Auteurs rendaient
compte et1x-1nê1nes de leurs Ouvrages da11s
les Journaux, ou li Je.s Journalifres, f e bot-
11a11t à en i·endre cotnpte, s' abfre11oient de les
juger, on feroir privé des avantages de la
critique; cependant la critique dl: utile, on
ne peut le nier.
Oui, 11ne critique jull:e & Cage , di~ée
par le pur a1nG>t1r rle la vérité, fans auct1n
mêlange de paffto11 & d,efprit de parti ,
fa11s aucu11e e11vie de n.uire ou de tn<i>rtifier.
alfaiConnée mê111e de cotts les égards dûs à
l' Autelllr; 1nais la cririque nous a dérro1nP.é'
de la critique; Ces abtts 011t tellement excé:{
é Ces av111rages, qu'il y au1·oit beaucoup
à gagt1er à i·e11e11cer at1x uns poar êcre délivré
des autres.
Qt1a11d on veut citer un medèlc de critique,
on cite celle du Ciel par 1, Acadétnie
Françoife. En citeroir 011 beaucottp d·autres?
.Nla1s cette critique 111ê111e, font'~ ce les
obieétio11s & les jugemen5 qu'elle renfertne
q •.1i e11 fo11t le prin6Îpa t· mérite ~
Non, plLifi't!urs de ces juge1ncns font rigou~
reux ju( u,à l'injufrice; il Ceroit aifé de le
dén1onrrer Qtt'efl:-ce do11c qu'on adiriire
da115 cette critique? C,eft fur tout a 1n0dé-
•
•
,
•
1VlfVFU4U
• •
D :E. F R A N C E. 't fV
ration de l'Académie oppofée à l'acharne--
1nenc de {on Fo11dateu r ; c' cil la co11(it1ération
q u' eile ré111oiga1 e par-cout ·à· Corneiile >
que le Cardinal de Richelieu vouloir hu111ilier;
c' elt le ref peét que le goût rn.ontre partottt
pour le génie perfécuté. • .
, Dans la plu part de nos cri tiques , nous
paroilfons craindre que la 1na~ignité ne
perce p.as affez. Les moins injuftes. ont e11-
core de quoi bleffer l'.Auteur, au moins par
le COJ1. -
Les critiques de goût ont \1n arbitraire
qui prête à l'i11jt1fl:1ce & aux in.it1 \ailes intc11tions;
d'ailleurs, elles font roujours J~licarcs,
parce que la i1uefiio11 efÈ 01·di11aire-
1ne11t de fav<>ir fi l' At1ret1r a de l' ef prit &
du goût, ou s'il en manque.
Les cririque.5 d'érudition , qui co11fi:irue11t
P.riL1cipaletnent ce qu' 011 appelle la critique ,
font plus innoce11tc~ & plt1s utiles ; elles
ont pour prétexte & peuvent avoir pour
objet l'i11ftrt1&ion du Pt1blic & l' éclairciffement
des fairs. Qt1'un tàir f oit vrai ou faux,
011 incerrain , c, cft l' affai1·e des preuves ,
l'amour p1·opre 11,y paraît pas fort inrét·effé.
Eh bien! ces cririqt1es mê1ne f onr a111ères &
venin1eufes , parce que ~, eft à l' Auteur qt1' on
en veut bien plus qt11à l'Ouvrage; c'efi l'Allteur
qu'on veut bl~lfcr, noa1 le Public qu'ün
vc11r inflrui 1·e.
)iinis Je rorc n'eOE pas tot1jours au côté a s
/Ou 1 a liftes, il efi fo11venr <.ia11s l'arrtotirpreRre
int0lérant des Autcur.s, qui s, offcnfe
-
•
•
é -
•
•
1 V~VIU*U
-
'
•
•
• •
•
-11 g ~I E R C U R E
de toute critique, & 11'eft content 'd'aucun
éloge. L'arrangen1e11t que nous propofo11s
ranédieroit e11core à cet i11co11vé11ie11t ; les
.Autet11·s feroient et1x-111êmes le rapport de
leu1·s Ül1vrages, ~:l le 1:1ublic juge1·oit. ..
Mais tous ees rapports fe1·oie11t toujot11·s .
favorables ! ·
Oui, n1ais ils 11e pourroienr coujours contenir
que ce qui Ce1·oit da11s l10uvrage, & la
· bienféa11ce i11te1·<.iiroit tout éloge.
' ~1ais qui avertira le Public des fautes réRandl1es
dans l10l1vrage?
Quï? ceux qui vou•3ro11t e11 e11tr.eprend1·e
la critique particulière à leurs 1·i!qaes, périls
& f 01·ru11e.
.. Mais e, elt rentrer dans la fonétion de • •
; ' Jour11alille !
Oui, mais; c' efr y rentre1· e11 particulier,
11011 en l1om111e pt1blic; e11 plaidet1r, no11 e11
juge; & qu'o11 ne croye pas cette difii11étion
. chit11ériqt1e, elle efr r1·ès-jn1portanre. 11 y a
toujours q11c portio11 du l)ublic qui efi: la
dupe de l'autorité que s'art·oge tin Journalifie;
celui ci prononce toujou1·s ex Callze-
. . drâ; il a fes Leéteu1·s tol1t trouvés & fes
Difciples ad.diài jurare in verha. magiflri.
Le Cen(el1r particulier, plus olJligé d)a'7oir
raifon, y·rega1·de à det1x fois avant d'entre·
p1·e11d re une cririque; il ne l' e11trepte11d que
quand elle cfl: nécet1àire Ott utile, & qu'il fc
Barre rl'y don11er a{fez d' agrémet1r ~ d.tibtérêt
pour la f,1ire lire. 'te Journalifie eJt 1 r
d'être lû & 'ru, du inoi11s par fes çrox.QIU~
-
-
..
I
•
1
•
•
D E F R A' N C E. 1r9
r & le vulgaire lui flllilpofe caraétè1·e & autorité,
puifqt1'enfin il s' eft fait Jour11alifte.
IDe plus, fi l'Auceur veut répo11d1·e , il
faut qu1il fe ménage ur1 cl1a111 p de bacaille
dans un a1Jtre Jour111;ll ri~al & e1111e111i du ·
, Journal aggreifeur, & qui fot1ve11t lui rcft1fe
territoire dans la crainte de Ce coin pro1ne~-.
' tre. Da11s la critique particulièi;e l' Auteur
-& le Ccnfe11r fe oarce11c à ar111es égales.
· Mais cetttc ~néthotle fera co1111node pour
les mau\'ais Ecrivai11s, do11t elle taï ra les
defaurs ! ...
. Pas fi com111ode.- U11 mat1vais Écrivain
par~îcra deux fois inauvais Écrivain , k
èans l'Qu,;rage & dans 'Extrait. ..
Elle fera fâcl1eufe pottr les bo11s Écrivai11s
qu'elle p1·ive1·a <les louanges qu'ils 1néi:itent !
Pas ,,fi fâcheufe, par la rai!on co11traire. Le
bon Ecrivt.lit1 paroî ~ra doubieme11t digne
des louang's qu ~il aura dû fe refu(er.
Quoi qu'il en f oit enfi11 de l'i1111ovation
propo[é~, ql1, clJe foie ad1!1iffible ou 11on ,
qtte 1, exemple qu'o11 va don11er foit f uivi
oa qt1'il )·eftc fa11s imirate\tcs, ~oici u11 Exr1
·ait où l, Auteur va publique111e11t & a décot1-
. vcrr, a11alyfe1· fon propre Ouvrage> fa11s eloge
.. & fa11s critique.
Confidération..s far la }Jremièr' Race, &
fuivie de Confidérations fi~r la faconde;
pat· M. Gaillard, de l' Acadétnie ·Fran.
çoife & de l'Acadén1ie des Infcriptions &
Belles- Lerrres. A Patis , ·chez Mot1card, r
.I1npri1net1r-librairc de la Rei11e , de
MadaL11e & de .. M, ine. la Comreffe d' Artois,
rue des Matnuri11s, Hôtel de Cl uni,
· l 7 8 2 • 4 Vol. in· 1 2. •
u'11 11ous foit per1nis de préli1aer .à.
cet Extrait par 8es Obfervario_11s qui 11e con:.
~erne11t 11i Gl1arle111ag11e 11i 1011 Hifto1·ien >
1
,
•
•
IU4Vl!J,,.O---------~--,.-----------:--•
•
•
1
-
D E F R A N ·c E. 1 5 r
& qui auro11t le to1·c ou le 111érice de pré.,.
iènter u11 paradoxe .
Les Jot1rnat1x Lirrérai1·es auroient-ils ja- ,
mais dû être autre chofe qu'un regill:1·e public
ouvert à tous les Auteurs, pour y i11fércr
eux·111êmes l'extrait de leurs Ü"1vrages ;
fans éloge, car la bienCéance (du 1noins aur1
·efois) ne per1nettoit pas de fe Jouer foi·
mê1ne; fa11s cririque, car celle qu'un Auteur
feroir de fotl Ouvrage fe1·oit toujours fuC.
peét:e d,i11dulge11cc ; d' aille11rs, quelle rai!
011 fuffifante at1roit-on eue de 11e pas corriger
d'avance ce ~u'on critiqt1eroit après-coup?
L'Inve11teur des Jour11at1x Littéraires a
fans c.lourc rendu u11 g1·a11d fe1·vice aux Let·
t rcs; il a été utile & at1x Au~et1rs & at1x:
Leéèeurs, e11 imagina11t un [ivre qui fît connoîrre
les autres LÎ\'res , qui ei1 ai111onçât
l' ex1ftcnce & le· conte11 u; inais fat1te d, avoir
fo1·mé les Jour11aux fur le pln11 que 11ous indiquons,
quelles co11tratliél:io11s 11'a-t-il pas
éprouvées! que d,i11rerruptions de ce Journal
& fous 1\1. de Sallo & f ot1s M. 1, Abbé •
Gallois ! & en effet., quel que fût le mérite
de ces Sa va11s, de q ucl droit s' érigeoie11t· ils
en Arbicres ,d e la Litrérarure & e11 Cenfe 11rs
de tous les Ecrivains?
Da11s la fùite ce Journal a pris une fgr111c
plus rég1.llière & u11e autorité pltts légitime.
011 n'a rien à dire contre les J ot1rnaux érablis
oμ qui for1t ce11fés l'être par l'autorité
publique, & fur lefqt1e1s cette autorité veille
d'l1nc n1a11ière parriculièrr. · .
'
•
• •
•
..
-
•
-
•
15.t 1vl ER C U R E
Mais l' objclbio11 f ublifte . route entière
contre tous les Journaux établis par auto- ,
rité privée. c~ prè111ier abus a ouvert la
po1·ce à ur1e i11ultitud€ d'autres abus, do1Jt le
moi11dre a été que beaucoup d' A11tet11·s fe
font furti veinent ou etf1·011té111ent con1hlés
eux .. tnê1nes ti,éloges da11s des J0ur11anx dont
il~ dif poioie11t par eux 011 par leurs amis.
· Pour ne parler que des faits anciens &
co1111us; c.ia11s ce débordement de mauvais
vers dont P~ri3 fut i11011dé e11 1744, à l'occafio11
de la maladie & de la convalef cence du
Roi Louis XV, & qui a fait dire à M. de
Voltai1·e (au 1t1el fet1l jl fur donné d'en faire
.. ie bons fL,r ce ft1jet : )
•
Paris n'a jam ~is vû de tranfports Ji divers,
Tant de fc1.1x d 1rtifice & ta.nt de mauvais vers.
.. Il puut ou il n.e pa1·t.t point une Ode à
la Reine; 111ais l'Abbé Desfontaines l1annonca
& la vanta beaucoup ( fet1ille A du
~ Torne IV des ]ugl'1nens fur quelques Ouvrages
rzouveaux); il e11 cita u11 grand 11ol11-
bre de ftropl1ès , clu11~ l'une def quelles le
Poëte fe difoir vieux, fur qt1oi l' Abbé Des·
fontaines s'éc1·ioit: ''Quel vieux Poëte avo11s''
i1ous qui fa{fe ai11G des y ers? n' eft - ce
,, poi11r un jet1ne h0n11ne qui cli.ercbe à fe
,, cacher fous les rides de la vieillclfe ?
,, mais la vieilleffe pettt ·elle prévc11ir en
,, faveut· du talent ? ,, .. · _
C' éroir une é11igt11e qu'il 11e pou voit
devi11er, & qu'il propofoit au ieél:c1.1fi •
•
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DE F R AN C E. · tf 3
Da11s la feuille D , il (e fait ail relfer une
- lettre, eù, en co11firmant rous les éloges
don11és aux firopl1es cirées, 011 lt1i <le111a11de
. pourquoi il 11' en a pas cite pll11Îcurs aurres
qt1'011 a1ft1re 11'êrre pas 111<) Ï11s belle~; &
pour réparer fa faute, on Jes cite. l)ar cet
. heureux artifice le Lettcu r a, c11 deux Par-
• ties, )'Ode. pref que entière. ~
Par un autre artifice, 1, Auteur de la let- ·
trc hafarâe fur u11 endroit de l'Ode une ou
, deux critiqt1es év jJe1nn1ent jnju!l·es , aux•
- quelles le Journalifie 11'a pas de pe111e à
I • repondre .
, Voici inai11renant Je 111ot de l'énigme.
. L' Ode .. efl mauvaife, & elle efl de l' ~1 bbé
:Desfontaines.
. La t .. l-at1de fut co11nue, & le Puhlic ne fic
qu'en rir~; l' Abbé Dcsfo11tai11es l'avoir fait
à fotl oadinage.
On dir que q11elques-u11s de fes no111breux
•
ft1ccelÎet1rs n'ont pac; n1oi11s accoutun1é le
Public au leur; 011 dit que la lot1at1~e & ·
le blât11e fo11c: devenus cl1ez qt1elqucs-u11s
ô 'e11 tre-cux .. non-feule111ent t111e afraire de
' , paOEon & '-ie pa1-ri, i11ais e11core t>n obier
â'in ré1·êr & de co1n 1nerce. N ot1s 1:"&' enrr<>r1s
p.oi11t dans ces que!tions fâc l1etJl- s; no11s 11e
u Youlo11s d~fobl ige r · perfon11e ; 11 us nous
. conc e11to1~s d'ét~ blir r1c•t1~· pr i nci~~e qu'il t1e
J Eaur ja1nais trotnpcr le teétet1r ni ft11· les ·
_Auteurs J1i Cur les Ouvr=i~s; c11 C<•t1 feq 12r~11~e
nous nous l1ârons de déclarer que J' utct1r
:.de cet Ex cc a · t ,.. ,a auffi l' ucéuiï de.~ l'I-Iifroire
• • G V .. .
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•
-
I
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•
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•
•
..
• •
•
• •
If 4 MER c u R E
de Cl1arlemagne , & que par conféquept
cer Extrait 11e contie11dra ni éloge ni cri~
• . t1qt1e.
Pourquoi u11 Attteur , bien réfoltt d'obfe1
·ve1· tOlltes les bienféances, cne rendroit-il ,
pas co1npte au Public de fo11 propre Ot1-
vrage dnns tin Journal , Ct)n11ne il en 1·e11d
co111pte à fes Le&eurs dar1s u11e Préface, e11
fe bor11a11t à dire ce que !'Ouvrage con~ienr,
. dans qt1el c:fp1·ît il eft fait' n~11s quel ordte
les ebjcts y font préfe11tés, ·&o. tnais fans
at1ct111 ligne 11i d'approbatio11 11i de c~n~
{ure? ..
'. Eft· il mêcne bi~11 sûr que le Pttblic . en
de1na11de d1van!age aux Jou1ï1aliffes de profeffio11?
Ils s'e1np1·e{fe11t cous à juger en hie11
ou· en n1al 1-es Ouv14 ages dont ils ne font
chargés tout au plus que de 1·e11 ,{1·e compte.
Il efl: vrai qn'il eft difiicile de fe reft1fer au
plaifÎr lie louer ce qu'o11 fe11r ê'rre bo11, ou à
}a jufl:iee de blâiner ce qt1i cfr évidem1nent
mauvais; 111ais à ne co11fidérer qtte l'intérêt
du Public, qu'a-t-il befc)in du jugen1ent
d'ttn pa1·riculier? qu'a-t-il befoi11 de f1voir
ce que Bav ius penf e ot1 vcttt pe11ter des vets4 vu de la profe de Moevius? pou1·quoi faut~ il
qt1't11-1 f~t1l hom1ne prétende app1·endre o 1
prefcri1e au Public ce qu,il doit penfer de
tel ou rel Ouvrage? Au fon,{, que dema11êiet-
on à u11 Journalifl:e? U11 précis fidèle, un
co1·l1pte exaét d'après leql1el 011 pui1fe juger
du bcfoin qu'on a dë l,Ouvrag~, & du
~gré d'inftrult1on ou de plaifir qu'on peut
•
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D E 13 R A N C E. 15r
s'en pro111errre. Un pareil compte_ peut fe
paffer du juge111ent dll Jot1rnalifte, & Je
j11g~ment du Jour11aliCte ne pe1.1t pas fc
paifer d' u11 pareil co111pte.
Les Jour11aliftes devroie11t donc pet1têrre
fe bo1·ner à la fonétio11 de Rappor.-
tet1rs , & 11'y pas joi11dre celle de Juges.
La fonéèion des Jour11alifl:es, telle qu'elle
cft exercée ..atfez générale1nent, efl: u11e e(pèce
de Mi11iftèrc ou de ~1agifrrature dont
le défaut etfe11tiel efl: d'être abfolu1ne11t iàn~ •
.million : j~ger fcs co11temporains , fes
rivaux, fes ég1ux , quelquefois Ces f upérieu1·s,
trop f ou:vent iès enne111is, n' efr pas un emploi
quj doive être aba11âonné indifiinll:1-
menr a tout le n1onde; Il in1porte qu'un
Jou111al 11e foir poir.it t111e artne da11s la main
d't1n inécha11t ou d,un e11viet1x; il i1nporte
ique ce 1ninifière (oit exercé avec juftice,
ou au i11oi11s avec décence. Mai5 il ne s'agit
pas ici d,expofer une théorie géné1·alc
pour la perfeétiom ou la 1·éfo11ne des J0urnal1x,
nous dif ons fet1le111e11t qt1e le Public .
â bef oin d'e connoît~:e les 0t1v1·ages, & qu'il
i1, a pas le 111ê1ne be(oi11 de co11110Îrre l' opi-.
1.1io11 d, 1111 Jour nalifl:e. •
~' On L1it toujours miet1x que perfon11e
-corn tne11t 011 veut êrre ' 1ot1é, a dit lln plai.
fan r; in ais en confentar1t lie n' ~tre pas loué,
un Auteur ne fait-il pas roujoars 111ieu.x que
pe1·fo11 ne, 111ieux que le LeCtet1i· mê1ne lie
plus arr.e11tif, oe c1ue c01:itie11t fon Ouvrage.
<lans ']UeJ fpt.it il eft fait., -ce qu'il lui 2
G V~
.. ...
1
•
•
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•
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•
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· 116 MERCURE
coûté de rra\'ail, &c.? & s'il falloir ~bfolu·
ment tlM juge1nenc fur cet Ouvrage, ne
ferait-il pas à propos , pour qtte ce jugement
ft1t coni plcttet11ent juR:e , que les idées
d11 Jot1rnalifre futfe11r co111binécs avec celles
de 1, Auteur? ,.,
Mais, dira-r-011, li lei Auteurs rendaient
compte et1x-1nê1nes de leurs Ouvrages da11s
les Journaux, ou li Je.s Journalifres, f e bot-
11a11t à en i·endre cotnpte, s' abfre11oient de les
juger, on feroir privé des avantages de la
critique; cependant la critique dl: utile, on
ne peut le nier.
Oui, 11ne critique jull:e & Cage , di~ée
par le pur a1nG>t1r rle la vérité, fans auct1n
mêlange de paffto11 & d,efprit de parti ,
fa11s aucu11e e11vie de n.uire ou de tn<i>rtifier.
alfaiConnée mê111e de cotts les égards dûs à
l' Autelllr; 1nais la cririque nous a dérro1nP.é'
de la critique; Ces abtts 011t tellement excé:{
é Ces av111rages, qu'il y au1·oit beaucoup
à gagt1er à i·e11e11cer at1x uns poar êcre délivré
des autres.
Qt1a11d on veut citer un medèlc de critique,
on cite celle du Ciel par 1, Acadétnie
Françoife. En citeroir 011 beaucottp d·autres?
.Nla1s cette critique 111ê111e, font'~ ce les
obieétio11s & les jugemen5 qu'elle renfertne
q •.1i e11 fo11t le prin6Îpa t· mérite ~
Non, plLifi't!urs de ces juge1ncns font rigou~
reux ju( u,à l'injufrice; il Ceroit aifé de le
dén1onrrer Qtt'efl:-ce do11c qu'on adiriire
da115 cette critique? C,eft fur tout a 1n0dé-
•
•
,
•
1VlfVFU4U
• •
D :E. F R A N C E. 't fV
ration de l'Académie oppofée à l'acharne--
1nenc de {on Fo11dateu r ; c' cil la co11(it1ération
q u' eile ré111oiga1 e par-cout ·à· Corneiile >
que le Cardinal de Richelieu vouloir hu111ilier;
c' elt le ref peét que le goût rn.ontre partottt
pour le génie perfécuté. • .
, Dans la plu part de nos cri tiques , nous
paroilfons craindre que la 1na~ignité ne
perce p.as affez. Les moins injuftes. ont e11-
core de quoi bleffer l'.Auteur, au moins par
le COJ1. -
Les critiques de goût ont \1n arbitraire
qui prête à l'i11jt1fl:1ce & aux in.it1 \ailes intc11tions;
d'ailleurs, elles font roujours J~licarcs,
parce que la i1uefiio11 efÈ 01·di11aire-
1ne11t de fav<>ir fi l' At1ret1r a de l' ef prit &
du goût, ou s'il en manque.
Les cririque.5 d'érudition , qui co11fi:irue11t
P.riL1cipaletnent ce qu' 011 appelle la critique ,
font plus innoce11tc~ & plt1s utiles ; elles
ont pour prétexte & peuvent avoir pour
objet l'i11ftrt1&ion du Pt1blic & l' éclairciffement
des fairs. Qt1'un tàir f oit vrai ou faux,
011 incerrain , c, cft l' affai1·e des preuves ,
l'amour p1·opre 11,y paraît pas fort inrét·effé.
Eh bien! ces cririqt1es mê1ne f onr a111ères &
venin1eufes , parce que ~, eft à l' Auteur qt1' on
en veut bien plus qt11à l'Ouvrage; c'efi l'Allteur
qu'on veut bl~lfcr, noa1 le Public qu'ün
vc11r inflrui 1·e.
)iinis Je rorc n'eOE pas tot1jours au côté a s
/Ou 1 a liftes, il efi fo11venr <.ia11s l'arrtotirpreRre
int0lérant des Autcur.s, qui s, offcnfe
-
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1 V~VIU*U
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-11 g ~I E R C U R E
de toute critique, & 11'eft content 'd'aucun
éloge. L'arrangen1e11t que nous propofo11s
ranédieroit e11core à cet i11co11vé11ie11t ; les
.Autet11·s feroient et1x-111êmes le rapport de
leu1·s Ül1vrages, ~:l le 1:1ublic juge1·oit. ..
Mais tous ees rapports fe1·oie11t toujot11·s .
favorables ! ·
Oui, n1ais ils 11e pourroienr coujours contenir
que ce qui Ce1·oit da11s l10uvrage, & la
· bienféa11ce i11te1·<.iiroit tout éloge.
' ~1ais qui avertira le Public des fautes réRandl1es
dans l10l1vrage?
Quï? ceux qui vou•3ro11t e11 e11tr.eprend1·e
la critique particulière à leurs 1·i!qaes, périls
& f 01·ru11e.
.. Mais e, elt rentrer dans la fonétion de • •
; ' Jour11alille !
Oui, mais; c' efr y rentre1· e11 particulier,
11011 en l1om111e pt1blic; e11 plaidet1r, no11 e11
juge; & qu'o11 ne croye pas cette difii11étion
. chit11ériqt1e, elle efr r1·ès-jn1portanre. 11 y a
toujours q11c portio11 du l)ublic qui efi: la
dupe de l'autorité que s'art·oge tin Journalifie;
celui ci prononce toujou1·s ex Callze-
. . drâ; il a fes Leéteu1·s tol1t trouvés & fes
Difciples ad.diài jurare in verha. magiflri.
Le Cen(el1r particulier, plus olJligé d)a'7oir
raifon, y·rega1·de à det1x fois avant d'entre·
p1·e11d re une cririque; il ne l' e11trepte11d que
quand elle cfl: nécet1àire Ott utile, & qu'il fc
Barre rl'y don11er a{fez d' agrémet1r ~ d.tibtérêt
pour la f,1ire lire. 'te Journalifie eJt 1 r
d'être lû & 'ru, du inoi11s par fes çrox.QIU~
-
-
..
I
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1
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D E F R A' N C E. 1r9
r & le vulgaire lui flllilpofe caraétè1·e & autorité,
puifqt1'enfin il s' eft fait Jour11alifte.
IDe plus, fi l'Auceur veut répo11d1·e , il
faut qu1il fe ménage ur1 cl1a111 p de bacaille
dans un a1Jtre Jour111;ll ri~al & e1111e111i du ·
, Journal aggreifeur, & qui fot1ve11t lui rcft1fe
territoire dans la crainte de Ce coin pro1ne~-.
' tre. Da11s la critique particulièi;e l' Auteur
-& le Ccnfe11r fe oarce11c à ar111es égales.
· Mais cetttc ~néthotle fera co1111node pour
les mau\'ais Ecrivai11s, do11t elle taï ra les
defaurs ! ...
. Pas fi com111ode.- U11 mat1vais Écrivain
par~îcra deux fois inauvais Écrivain , k
èans l'Qu,;rage & dans 'Extrait. ..
Elle fera fâcl1eufe pottr les bo11s Écrivai11s
qu'elle p1·ive1·a <les louanges qu'ils 1néi:itent !
Pas ,,fi fâcheufe, par la rai!on co11traire. Le
bon Ecrivt.lit1 paroî ~ra doubieme11t digne
des louang's qu ~il aura dû fe refu(er.
Quoi qu'il en f oit enfi11 de l'i1111ovation
propo[é~, ql1, clJe foie ad1!1iffible ou 11on ,
qtte 1, exemple qu'o11 va don11er foit f uivi
oa qt1'il )·eftc fa11s imirate\tcs, ~oici u11 Exr1
·ait où l, Auteur va publique111e11t & a décot1-
. vcrr, a11alyfe1· fon propre Ouvrage> fa11s eloge
.. & fa11s critique.
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Résumé : HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.
L'ouvrage 'Histoire de Charlemagne' de M. Gaillard, membre de l'Académie française et de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, publié à Paris en 1782, traite des journaux littéraires et de leur rôle. Ces journaux sont présentés comme des plateformes accessibles à tous les auteurs pour y publier des extraits de leurs œuvres, sans éloges ni critiques. Les éloges peuvent sembler indulgents, tandis que les critiques peuvent être injustes. L'inventeur des journaux littéraires a innové en créant un livre qui fait connaître d'autres livres, mais il a rencontré des interruptions et des conflits avec des savants comme Sallo et l'Abbé Gallois. Le texte critique les journaux littéraires établis par autorité privée, soulignant les abus et les flatteries qui peuvent y être publiés. Il cite des exemples historiques, comme les mauvais vers écrits lors de la maladie du roi Louis XV en 1744. Il propose que les journaux littéraires devraient se limiter à fournir des comptes rendus précis et objectifs des ouvrages, sans juger leur valeur. Le texte critique également les critiques de goût, jugées arbitraires et souvent injustes, et les critiques d'érudition, qui peuvent être venimeuses et viser l'auteur plutôt que l'ouvrage. En conclusion, le texte suggère que les auteurs pourraient eux-mêmes faire le rapport de leurs ouvrages, bien que cette méthode puisse également poser des problèmes.
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HISTOIRE de Charlemagne, précédée de Considérations sur la première Race, & suivie de Considérations sur la seconde ; par M. Gaillard, de l'Académie Françoise & de l'Académie des Inscriptions & Belles-Lettres. A Paris, chez Moutard, Imprimeur-Libraire de la Reine, de Madame & de Mme. la Comtesse d'Artois, rue des Mathurins, Hôtel de Cluni, 1782, 4 Vol. in 12.