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p. 319
QUESTION A DECIDER.
Début :
Si un Courtisan trompé dans ses [e]sperances, est plus à plaindre [...]
Mots clefs :
Questions, Amant, Courtisan, Infidélité, Prodigalité, Avarice
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION A DECIDER.
QUESTIONS A DECIDER,
Si un Courtiſan trompé dans
fes fperances , eft plus à plaindre
qu'un Amant paffionné qui
ne peut toucher le coeur de la
Perfonne qu'il aime,
II.
Si l'infidelité d'une Maiftreffe
infidele, peut autorifer un Amant
trahy à eſtre indiſcret.
III.
Si la Prodigalité eft moins condamnable
que l'Avariće.
IV..
On demande l'origine des
Bombes.
Si un Courtiſan trompé dans
fes fperances , eft plus à plaindre
qu'un Amant paffionné qui
ne peut toucher le coeur de la
Perfonne qu'il aime,
II.
Si l'infidelité d'une Maiftreffe
infidele, peut autorifer un Amant
trahy à eſtre indiſcret.
III.
Si la Prodigalité eft moins condamnable
que l'Avariće.
IV..
On demande l'origine des
Bombes.
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2
p. 285-2[89]
SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
Début :
Si un Courtisan trompé dans ses esperances, est plus à plaindre [...]
Mots clefs :
Amant, Coeur, Amour, Courtisan, Tromperie, Passion, Héros, Chagrin, Maîtresse, Maux, Trahison, Beauté, Indiscrétion, Prodigalité, Avarice, Secourir, Misérables
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
SENTIMENS. s-V'll
les trois premières Zuelfions pro.
foféesdms le XXIX,Extraordi-
-
- naire du Mercure Gdant.
Si un Courtisan trompé dans ses
esperances,est plus à plaindre
qu'un Amant passionné
,
qui
ne peut toucher le coeur de la
Personne qu'il aime. IL n'eflcharmant lrüJCj(¡J,'lIn LOVIS
dans le monde;
Lors ejuun Courtisandanssa Cour.
Surquelqueesperancesefonde, 1
Et qu'il ne voit jamais le jour
Qttecefameux Héros a ses defirsrépondt;
Je le p'ains centfois plus qu'un Amant
dont l'amour
Nepeuttoucher lecoeur desa Bruneousa
Blonde.
C'estunmortelchagrin pour luy,
Qui luyfait d'autantplus âennuJ
Qitilnytrouvepoint deremede.
Vnefaveurdu Royferoittomfèsplaifirr;
LAnobleambition qui toujours lepossede
L'empe!êh! deformer ailleurs d'autres
desirs.
A{AU un Amantquipourune MattreJlè
Pleu-re.,languit, &roupireranscefe,
Sans quesesmaux puissent toucherfsll
coeur,
Ne peut-il pas avec une aute Belle
Qui ne luy fera point cruelle
Seconsolerde
@
sonmalheur?
Il eneP tant defavorables
Jldais je fais malma couravouât charmante
Iris,
£>ui pbaleros,ijfez. toujours des plut impitoya-
Et qui n'avez, pourmoy que de cruels mépris.
Changez d'humeur, beautésevère,
TrAirez-moy plm humainement,
Et pour lors ilse pourra faire
Qu'on me verra changer mt/fi de sentiment.
Si l'Infidélité d'une Maistresse
peutautoriserun Amant trahy àestreindiscret.
O
VandcCunetendre pafilon
'AlcandrepourPkiltsfentque[on Al ame efi prist,fènt queson est
JQuoy que cettebeauté lefuye&le mé- prise
Quelle teillee eennff~inn Ppoouurr ltuy jjvujfrqquu'aà lIao ttrraa--
hison,
Soninfidéliténar'en qui l'authorife
Afaire a cette Belleune indifèretion.
Lesecret en Amour doit e/lre inviolable, Et lui nesçauroit le garder,
Merite peu ce quunob, etaimable
Afou amour peut accorder.
Tourse vanger ll/tle infidelle,
Tout ce ejut peutfaire un Amant,
Ccfimitant cettecruelle
Defaire unautreengagement.
SilacharmanteIris dontmonameejf
ravie,
Voitloitdunefaveursoulagermonamour.
Et me trahir le mesme jour,
Je nenparlerait de ma vie.
Si la Prodigalité est moins condamnablequel'Avarice.
J E condamne fort rAVttricc,
Dans les Hommes cejlun grand
vice.
Tel vsrroit tout languirauprès deset
tresors,
Sans enmettre un tessondehors.
Poursecourirun Misérable,
Et
Et luy-mesme d'argent toujours infajjùtblej
Avec tout ce qu'il a de bien,
Manque de tout, plutofl que dese donner
rien.
Est-il rien de plut condamnable?
Mais dans la Prodigalité
Je ne voy rien digne de blâme;
C'est une genérosité
Quinesçauroitsortirque d'unegrandeur
d'ame.
Etsi r excez. enfaitdu mal,
Ce nest rien qu'à celuy dont le coeur libéral
.A moins pour luy quep4ur les aH/ru,
Oude qui les biensfont les nofires.
Maisou je ne pourray jamais la soûtenir,
C'efl dans le coeur d'une beauté cruelle
Dtnt mes Rivauxsçavent tout obtenir
Quandje ne puis rien avoird'elle.
DIEREVILLE,
les trois premières Zuelfions pro.
foféesdms le XXIX,Extraordi-
-
- naire du Mercure Gdant.
Si un Courtisan trompé dans ses
esperances,est plus à plaindre
qu'un Amant passionné
,
qui
ne peut toucher le coeur de la
Personne qu'il aime. IL n'eflcharmant lrüJCj(¡J,'lIn LOVIS
dans le monde;
Lors ejuun Courtisandanssa Cour.
Surquelqueesperancesefonde, 1
Et qu'il ne voit jamais le jour
Qttecefameux Héros a ses defirsrépondt;
Je le p'ains centfois plus qu'un Amant
dont l'amour
Nepeuttoucher lecoeur desa Bruneousa
Blonde.
C'estunmortelchagrin pour luy,
Qui luyfait d'autantplus âennuJ
Qitilnytrouvepoint deremede.
Vnefaveurdu Royferoittomfèsplaifirr;
LAnobleambition qui toujours lepossede
L'empe!êh! deformer ailleurs d'autres
desirs.
A{AU un Amantquipourune MattreJlè
Pleu-re.,languit, &roupireranscefe,
Sans quesesmaux puissent toucherfsll
coeur,
Ne peut-il pas avec une aute Belle
Qui ne luy fera point cruelle
Seconsolerde
@
sonmalheur?
Il eneP tant defavorables
Jldais je fais malma couravouât charmante
Iris,
£>ui pbaleros,ijfez. toujours des plut impitoya-
Et qui n'avez, pourmoy que de cruels mépris.
Changez d'humeur, beautésevère,
TrAirez-moy plm humainement,
Et pour lors ilse pourra faire
Qu'on me verra changer mt/fi de sentiment.
Si l'Infidélité d'une Maistresse
peutautoriserun Amant trahy àestreindiscret.
O
VandcCunetendre pafilon
'AlcandrepourPkiltsfentque[on Al ame efi prist,fènt queson est
JQuoy que cettebeauté lefuye&le mé- prise
Quelle teillee eennff~inn Ppoouurr ltuy jjvujfrqquu'aà lIao ttrraa--
hison,
Soninfidéliténar'en qui l'authorife
Afaire a cette Belleune indifèretion.
Lesecret en Amour doit e/lre inviolable, Et lui nesçauroit le garder,
Merite peu ce quunob, etaimable
Afou amour peut accorder.
Tourse vanger ll/tle infidelle,
Tout ce ejut peutfaire un Amant,
Ccfimitant cettecruelle
Defaire unautreengagement.
SilacharmanteIris dontmonameejf
ravie,
Voitloitdunefaveursoulagermonamour.
Et me trahir le mesme jour,
Je nenparlerait de ma vie.
Si la Prodigalité est moins condamnablequel'Avarice.
J E condamne fort rAVttricc,
Dans les Hommes cejlun grand
vice.
Tel vsrroit tout languirauprès deset
tresors,
Sans enmettre un tessondehors.
Poursecourirun Misérable,
Et
Et luy-mesme d'argent toujours infajjùtblej
Avec tout ce qu'il a de bien,
Manque de tout, plutofl que dese donner
rien.
Est-il rien de plut condamnable?
Mais dans la Prodigalité
Je ne voy rien digne de blâme;
C'est une genérosité
Quinesçauroitsortirque d'unegrandeur
d'ame.
Etsi r excez. enfaitdu mal,
Ce nest rien qu'à celuy dont le coeur libéral
.A moins pour luy quep4ur les aH/ru,
Oude qui les biensfont les nofires.
Maisou je ne pourray jamais la soûtenir,
C'efl dans le coeur d'une beauté cruelle
Dtnt mes Rivauxsçavent tout obtenir
Quandje ne puis rien avoird'elle.
DIEREVILLE,
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Résumé : SENTIMENS SUR les trois premieres Questions proposées dans le XXIX Extraordinaire du Mercure Galant.
Dans cet extrait du 'Mercure Galant', l'auteur compare la déception d'un courtisan à celle d'un amant passionné, jugeant le courtisan plus à plaindre car ses espoirs ne se réalisent jamais. Il exprime son chagrin face à l'indifférence de sa bien-aimée, Iris, qui le traite avec mépris. Le texte aborde ensuite l'infidélité en amour, justifiant l'indiscrétion de l'amant trahi tout en soulignant que les secrets amoureux doivent rester inviolables. L'auteur condamne l'avarice, qu'il considère comme un grand vice, décrivant l'avare comme quelqu'un qui accumule des trésors sans les partager, même pour aider les nécessiteux. À l'inverse, il voit la prodigalité comme une générosité née d'une grandeur d'âme, bien que les excès puissent être nuisibles. Enfin, il avoue son incapacité à soutenir cette prodigalité face à une beauté cruelle qui favorise ses rivaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 1-16
VERS LIBRES.
Début :
On n'a point encore proposé de Question plus difficile / L'Ambition & l'Amour [...]
Mots clefs :
Question, Courtisan, Amant, Amour, Ambition, Ouvrage, Auteur, Tromperie, Complaisance, Tircis, Dorilas, Tourments, Dispute, Ombre, Coeur, Douleur, Âme, Tendresse, Ardeur, Heureux, Faiblesse, Fourberie
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texteReconnaissance textuelle : VERS LIBRES.
,séde,/[ssion plus
difficiledr:foudre
, que
celle qui met en balance
lainquiétudes d'unCoarii/an,a qui
la Fortune efl toujours contraire
,
&
les peines d'un Amant) qui rend des
foins inutiles à la personne auil aime.
Comme CAmour & l*Ambitions
font deuxpaJftens tres-viotentes, eU-V
les déchirent si crutliement le coeunm
de ccluy qu'elles agitent, qu'on peuagdire
que dans l'un & l'awtre efldt, iài
n'y a rien qui puisse égaler ce quifa*.
endure.L'Ouvrage par leqtieljecom-t,
mence le Recueil de Pieces diverjestx\
quejevous envoyetoiu les troismois
nous en donnelin vifportraityquivotm>\
fraperafans doute, tant la matierey^\
efi délicatement traitée. se ne pue'u
voeuen dire davantage,sansretardent
le plaisir que vsm donnera cette lec-ii
ture.VAutheur, qui n'a voulu dejfàq
gner sonnom -que parlessix lettres*
qui fontaubas deJes Versseferacon,
noiftre qflandil luypUirapard'autres
Ouvrages, puis qu'il efl aisé de voi.)\
qu'un homme quiauntalcmsihCllr(NJ.
pour laPoésie,nedédaigne jaidans/&\j
-
heures de loisir
,
d'tmploytr quelques
wornens à s'entreteniravecles Mujes.
Si un Courtifah trompé dans ses
esperances, est plus à plaindre
qu'un Amant passionné, qui ne
peutfléchir le coeur de la personne
qu'il aime.
VERS LIBRES.
L)Ambition & tAmour
,
Sont de toutes les' affaires;
Et ces deux passionsménagent tour à
tour
De la Ville & de la Cour.',
Et l'intrigueCJ" les mifleres ;
Mais de fçavoir au vray laquelle fait
des deux
Vn plus sensible martire,
Elles font si peu d'heureux
i Qgl* peinepeut-on le dire.
Mercure toigtefoù desire de fçavoir
Quelle en efl la differcnce;
Et je voudrais bien pouvoir
Par raison & par devoir,
Etmlfme par complaisance
Luy donner contentement.
Hier je revoit comment
Je pourrois lesatisfaire,
QuandTircis & Dorilas
JQue je trouvay sur mes pas,
Vinrent me tirer d'affairei
Tircü, le tendre Tircü,
Dont les James amoureuses,
Fidelles & malheureuses,
Parlent dans tous les écrits;
Dorilas qui de la gloire
Fait tout [on enteffement
»
Dorilas qui ne peut croire
Rue la peine d'un Amant
Puisseégaler le tourment
D"un homme ambitieux dont le dessein
échoue
jin moment qu'ilse crott au dejfta dé
la rouë.
Ils Mnteftoientfirtementl
-
Et loin te m'avifcrtCappaiftr leur querelle
J Tranquille & d'un grand loisîr animay leur Dispute, & m'en fis un
plaisir.
yoflre difficulté, leur dis-je, ep assez. belle
Sil faut pour vous accorder
Vn homme qui n'ait point d'interest dans
l'affaire,
Ce(l a moy dé la décider ; Dites donc vos rai/ans,ie[HÜ press *
me taire.
Le languissant Tircis me répondits helatî
Se peut-il que du mal extrême ilun malheureux Amant baydece qu'il
aime,
Et des maux de Doriltu
On pitijfe faire un Problème?
MAil plûtofl, répondit Dorilas a son
tour,
Croira-t-onqu'ilfoit possible
JQu'un Jegertranfptrt d'amour,
Cause un mal aussi sensible
jQue ce quonfoujfre a la Cour,
Lors qu'un fourbe impofieur, plusffa*
vant dans ¡'intrigu,
A rompre vos desseins s'appliquant nuit
& jour,
Fait échouervotfrehrivue.
Expliquez, voi raisons alternativement,
Les Mufes, dit Virgile, en aiment la
maniéré,
La c,n!I:/f:'tiÕn paroiss plus clairement,
Et la décision en efl plus reguliere
Leur dis-je; &' dans ce moment
A tombre tom les deux,auprès de moy
s'agirent
Et , tour a tour Je plaignirent;
A peu prés voicy comment. TIRCIS.
f.!..!!'un cJlr tendre &sensible a de maux
nom expose!
Ouel'on foujfre en amour de secretes langUCHfS,
Quand de lObjet qui lescause
On ne sçauroitfléchir les rf/verts rigueurs
! DORILAS.
QHune ame du dejir de la gleire tnflamÙ
A de douloureux mowvemens !
Qui peut comprendre les tourmens
Dont sans cesse elle est alarmée?
Sera-ce vous, foibles Amans? j TIRCIS. aime, faymillemaux queje noftrois
dires
Alfjlres d'Amarilis je languis je fokr
pire,
Et lorsque ma douleur est peinte dans
mes yeux , Si jecherche les fiens, l'ingratt se re-- tire.
Qui peut en ce moment concevoir mon
mardre?
Sera-ce vous ,
dorAimlbaitiseu.x?
Lanoblepassion dont mon ame est éprise,
ji pourobjet lagloiret & lagloire £efi
tout.
Quel charme, quel transport quand en
en vient a bout!
S^ucl desespoir pour qui manque dans
Centreprise !
1 TIRCIS.
J'ay pour AmÍfrillis une flame fidelle ;
Si je pouvois toucher le coeur de Ucruelle,
Sice-coeursentoit pour moy
Ce que le mien fent pour elle,
OH), ma gloireferait telle,
Que lafélicité d'un Roy
Ne me poroiftroit pas si touchante &J%
belle.
DORILAS.
Si Dardas ponvoit pretendre
De s'établir quelque jour
Au posse ou l'heureux Alcandre,
Efl maintenant à la Cour3
Desfouffiances de tAmour
Il (çauroit bien se defendre. TIRCIS.
Si mon Amarilis,sensible a ma tendrejfc,
Refpondoit un marnental'ardeur qui me
presse,
Herosï dont la vaillance itonneI'Vnivers,
Non,ce-n'elf pas pour vous que jefsrois
des Vers.
DORILAS.
L'Amour a quelques appas,
A4ais il en fait bien accroire,
Et ne dédommage pas.
Des pertes quefait la GlDire.
TIRCIS.
La Gloire,jel'avoué,ade nobles efforts
Mais peut - elle égaler dansses plus
beaux transports
La sensibilité douce & delicieuse
!0'un tendre amour inppire aux coeurs
quifonttouchez ?
1 dk! qu'uneflameamoureuse
Donne de plaijîrscachez.,
Et qu'une ame ambitieuse
Pourroits'estimer heureuse
De lesavoir recherchez!
Mais quand un amour fineert
Ne peutfléchir les rigueurs
D'une inhumaineBergere,
Que de maux, que de langueurs
Son ame injuste & fellerc
Faitressentir à noscoeurs!
Vous qui courez ala gloire,
Si vous le compreniezbien,
rfJUS n'auriez,paspeine à croire
Que tous vos maux ne font rien.
D ORILAS.
Je vous l'avoué à mon tourj Il est vray ,
Tircú lAmour
si des endroits agreabbs ;
Mais aux faveurs de la Cour
Ils ne font pas comparables.
VAin; &faiblesAmans, si vous aviez.
goûté
Desùcharmes flateurs de la Gloire,
Tous les appas de.lABeaUté
Qui vous tient en captivité,
Seroient en un moment hors de vostre
memoire.
Jlfaissi votu ffaviez, aussi
R!!,e/le est la douleur mortelle
D'ln Courtisan qui ria pat rtiffi,
Le chagrin & le feucy
Que vous canfe une Criielle,
Ne feroient que bagatelle. TIRCIS.
La fiere Amarillis d'un air indiffèrent
Regarde tous les maux quej'endurepour
elle.
Ah! Berger tendre & fide/le
Que ta douleur efi cruelle!
Personne ne la comprend. DORILAS.
Le fier Alcimedor peutfaire ma fortune,
11sçait que je m'attache uniquement a
fay lt'Y de l'ambition, cependant aujourd'huy
Sans cmploy,Cans refonree aucune Jemevois accab,'é de chagrin & d'ermur.
Comprend-t-ondemmfort la rigueur importune?
TIRCIS.
ilne tiendroit qu'à VOHS de vouloir vivre
heureux.
1 DORILAS.
Si vousvouliez aussi cesser d'efïreamoureux.
TIR CI S.
Ostez. de vojire esprit cette vainefoible(se.
DORILAS.
Guerissez. Vojirecoeurdesafolle tenàreffi.
TIRCIS.
QuefoHffrez-vopu? Yosmauxfontaifez;,
àquérir.
DORILAS.
Les Amansfont toujours malades a mourir.
TIR CI S.
Contre lemauvaisfort ayez, tifprit Jelle.
DO RILA S,
JQuittez* Amarilis, &vousvoilatranquille.
TIRCIS.
JHelai ! pour la quitter il faut perdre le
jour.
DORILAS.
llmefaudroit mourirsijequittaislaCoun
TIRCIS.
jvQu/md le bonheur vousfuit, aquoy bon
yfretendre?
DORILAS.
R!!,And l'amourvous rebute, a quoy bon
efiretendre ? TIRCIS.
Quay-je a vous dire, hellU ! mon eoenr
ie veut ainsi.
DO RI LAS.
Jefuis néPour la gloire, & j*obéisanssi. TIRCIS.
LifandYIfortuné tu dois a tes richesses
Les plaisirs que l'Himen enleve a mes
tlndrejJès,
jimaritlù efl preste a vivrefous ta loy
Aiais si jufliceestoit faite t
A ma passion discrete,
Amarilis jamais ne vivroit que pour
moDy. ORI LAS.
Trop heureuxFloridorjafourberieinsigne
T'eleve en un hautrang, a laCourde
hOVISt
Tuffais qui denom deux en efloit leplus
digne,
Tu [çaù à qui tu dois l'honneur dont tu
jokis. TIRCIS.
Vous est:,s sur vos pieds,faitesuneautre
brigue. DORILAS.
Ilne tiendra qua vont de faire uneautre
intrigue.
TIRCIS.
Il est d'autres appuis qui votu eleveront.
DO RI LAS.
Il est d'autres beautez. qui vous conflleront.
TIRCIS.
Tous mes voeux malgrémoy font pour
AVJltrillis,
Celimcne, Aminte,Cloris,
Ne sçauroient me rendre inftielle.
Pe'ut-estreauxyeuxdun autre elle n'etf
passi belle,
Mon amour me captive & ne maveugle
pas,
me connais leur merite & jevois leurs appas1
eMais je nDefçOauRroIisLaiAmeSr .qu'elle. peut faire l'amour M fambition regné?
Gelimene, AminteJ Cloris,
Ce n'est pat que je vous dédaigne,
Vont encor moins, uimarillis
> &,Vôtre merite efi grand & peut, jele
veux croire
Contenter , un ambitieux ;
MAisn'en dépiaife à vos beauxyeux,
Je ne puis aimer que la oloire.
J'enviens d'oüirasez, leur dis-je
, pour
comprendre,
Sans
davantage
vous entendre
Quelefi ledegréds vos maux; Mais poursçavoir s'ilsfontégaux,
QUi na plUsenty l'un & l'autre
Le dira difficilement.
Il parle pour le fien, vous parlez, pour le
vofire3
L'unAmbitieux,fantre jAmanu
Si vos tourmcns fontgrands, ilstUfont
pas semblables
, Tour terminer enfinenspropos AmbitUl,
Jecrois vos maux, Tircis. un peu plus
incurables,
Ceux de Dorilas plus aigus.
Le tout roule & se partage
,
Entre îefpprriitt & le ccooeeuurr..
Si Tircis meurt de langueur,
Dorilas moura de rage.
le n'ajoute rien deplus,
On peut juger là-desus
Lequelfoijfre dAvantage.
A.M. A. D. M. D.
difficiledr:foudre
, que
celle qui met en balance
lainquiétudes d'unCoarii/an,a qui
la Fortune efl toujours contraire
,
&
les peines d'un Amant) qui rend des
foins inutiles à la personne auil aime.
Comme CAmour & l*Ambitions
font deuxpaJftens tres-viotentes, eU-V
les déchirent si crutliement le coeunm
de ccluy qu'elles agitent, qu'on peuagdire
que dans l'un & l'awtre efldt, iài
n'y a rien qui puisse égaler ce quifa*.
endure.L'Ouvrage par leqtieljecom-t,
mence le Recueil de Pieces diverjestx\
quejevous envoyetoiu les troismois
nous en donnelin vifportraityquivotm>\
fraperafans doute, tant la matierey^\
efi délicatement traitée. se ne pue'u
voeuen dire davantage,sansretardent
le plaisir que vsm donnera cette lec-ii
ture.VAutheur, qui n'a voulu dejfàq
gner sonnom -que parlessix lettres*
qui fontaubas deJes Versseferacon,
noiftre qflandil luypUirapard'autres
Ouvrages, puis qu'il efl aisé de voi.)\
qu'un homme quiauntalcmsihCllr(NJ.
pour laPoésie,nedédaigne jaidans/&\j
-
heures de loisir
,
d'tmploytr quelques
wornens à s'entreteniravecles Mujes.
Si un Courtifah trompé dans ses
esperances, est plus à plaindre
qu'un Amant passionné, qui ne
peutfléchir le coeur de la personne
qu'il aime.
VERS LIBRES.
L)Ambition & tAmour
,
Sont de toutes les' affaires;
Et ces deux passionsménagent tour à
tour
De la Ville & de la Cour.',
Et l'intrigueCJ" les mifleres ;
Mais de fçavoir au vray laquelle fait
des deux
Vn plus sensible martire,
Elles font si peu d'heureux
i Qgl* peinepeut-on le dire.
Mercure toigtefoù desire de fçavoir
Quelle en efl la differcnce;
Et je voudrais bien pouvoir
Par raison & par devoir,
Etmlfme par complaisance
Luy donner contentement.
Hier je revoit comment
Je pourrois lesatisfaire,
QuandTircis & Dorilas
JQue je trouvay sur mes pas,
Vinrent me tirer d'affairei
Tircü, le tendre Tircü,
Dont les James amoureuses,
Fidelles & malheureuses,
Parlent dans tous les écrits;
Dorilas qui de la gloire
Fait tout [on enteffement
»
Dorilas qui ne peut croire
Rue la peine d'un Amant
Puisseégaler le tourment
D"un homme ambitieux dont le dessein
échoue
jin moment qu'ilse crott au dejfta dé
la rouë.
Ils Mnteftoientfirtementl
-
Et loin te m'avifcrtCappaiftr leur querelle
J Tranquille & d'un grand loisîr animay leur Dispute, & m'en fis un
plaisir.
yoflre difficulté, leur dis-je, ep assez. belle
Sil faut pour vous accorder
Vn homme qui n'ait point d'interest dans
l'affaire,
Ce(l a moy dé la décider ; Dites donc vos rai/ans,ie[HÜ press *
me taire.
Le languissant Tircis me répondits helatî
Se peut-il que du mal extrême ilun malheureux Amant baydece qu'il
aime,
Et des maux de Doriltu
On pitijfe faire un Problème?
MAil plûtofl, répondit Dorilas a son
tour,
Croira-t-onqu'ilfoit possible
JQu'un Jegertranfptrt d'amour,
Cause un mal aussi sensible
jQue ce quonfoujfre a la Cour,
Lors qu'un fourbe impofieur, plusffa*
vant dans ¡'intrigu,
A rompre vos desseins s'appliquant nuit
& jour,
Fait échouervotfrehrivue.
Expliquez, voi raisons alternativement,
Les Mufes, dit Virgile, en aiment la
maniéré,
La c,n!I:/f:'tiÕn paroiss plus clairement,
Et la décision en efl plus reguliere
Leur dis-je; &' dans ce moment
A tombre tom les deux,auprès de moy
s'agirent
Et , tour a tour Je plaignirent;
A peu prés voicy comment. TIRCIS.
f.!..!!'un cJlr tendre &sensible a de maux
nom expose!
Ouel'on foujfre en amour de secretes langUCHfS,
Quand de lObjet qui lescause
On ne sçauroitfléchir les rf/verts rigueurs
! DORILAS.
QHune ame du dejir de la gleire tnflamÙ
A de douloureux mowvemens !
Qui peut comprendre les tourmens
Dont sans cesse elle est alarmée?
Sera-ce vous, foibles Amans? j TIRCIS. aime, faymillemaux queje noftrois
dires
Alfjlres d'Amarilis je languis je fokr
pire,
Et lorsque ma douleur est peinte dans
mes yeux , Si jecherche les fiens, l'ingratt se re-- tire.
Qui peut en ce moment concevoir mon
mardre?
Sera-ce vous ,
dorAimlbaitiseu.x?
Lanoblepassion dont mon ame est éprise,
ji pourobjet lagloiret & lagloire £efi
tout.
Quel charme, quel transport quand en
en vient a bout!
S^ucl desespoir pour qui manque dans
Centreprise !
1 TIRCIS.
J'ay pour AmÍfrillis une flame fidelle ;
Si je pouvois toucher le coeur de Ucruelle,
Sice-coeursentoit pour moy
Ce que le mien fent pour elle,
OH), ma gloireferait telle,
Que lafélicité d'un Roy
Ne me poroiftroit pas si touchante &J%
belle.
DORILAS.
Si Dardas ponvoit pretendre
De s'établir quelque jour
Au posse ou l'heureux Alcandre,
Efl maintenant à la Cour3
Desfouffiances de tAmour
Il (çauroit bien se defendre. TIRCIS.
Si mon Amarilis,sensible a ma tendrejfc,
Refpondoit un marnental'ardeur qui me
presse,
Herosï dont la vaillance itonneI'Vnivers,
Non,ce-n'elf pas pour vous que jefsrois
des Vers.
DORILAS.
L'Amour a quelques appas,
A4ais il en fait bien accroire,
Et ne dédommage pas.
Des pertes quefait la GlDire.
TIRCIS.
La Gloire,jel'avoué,ade nobles efforts
Mais peut - elle égaler dansses plus
beaux transports
La sensibilité douce & delicieuse
!0'un tendre amour inppire aux coeurs
quifonttouchez ?
1 dk! qu'uneflameamoureuse
Donne de plaijîrscachez.,
Et qu'une ame ambitieuse
Pourroits'estimer heureuse
De lesavoir recherchez!
Mais quand un amour fineert
Ne peutfléchir les rigueurs
D'une inhumaineBergere,
Que de maux, que de langueurs
Son ame injuste & fellerc
Faitressentir à noscoeurs!
Vous qui courez ala gloire,
Si vous le compreniezbien,
rfJUS n'auriez,paspeine à croire
Que tous vos maux ne font rien.
D ORILAS.
Je vous l'avoué à mon tourj Il est vray ,
Tircú lAmour
si des endroits agreabbs ;
Mais aux faveurs de la Cour
Ils ne font pas comparables.
VAin; &faiblesAmans, si vous aviez.
goûté
Desùcharmes flateurs de la Gloire,
Tous les appas de.lABeaUté
Qui vous tient en captivité,
Seroient en un moment hors de vostre
memoire.
Jlfaissi votu ffaviez, aussi
R!!,e/le est la douleur mortelle
D'ln Courtisan qui ria pat rtiffi,
Le chagrin & le feucy
Que vous canfe une Criielle,
Ne feroient que bagatelle. TIRCIS.
La fiere Amarillis d'un air indiffèrent
Regarde tous les maux quej'endurepour
elle.
Ah! Berger tendre & fide/le
Que ta douleur efi cruelle!
Personne ne la comprend. DORILAS.
Le fier Alcimedor peutfaire ma fortune,
11sçait que je m'attache uniquement a
fay lt'Y de l'ambition, cependant aujourd'huy
Sans cmploy,Cans refonree aucune Jemevois accab,'é de chagrin & d'ermur.
Comprend-t-ondemmfort la rigueur importune?
TIRCIS.
ilne tiendroit qu'à VOHS de vouloir vivre
heureux.
1 DORILAS.
Si vousvouliez aussi cesser d'efïreamoureux.
TIR CI S.
Ostez. de vojire esprit cette vainefoible(se.
DORILAS.
Guerissez. Vojirecoeurdesafolle tenàreffi.
TIRCIS.
QuefoHffrez-vopu? Yosmauxfontaifez;,
àquérir.
DORILAS.
Les Amansfont toujours malades a mourir.
TIR CI S.
Contre lemauvaisfort ayez, tifprit Jelle.
DO RILA S,
JQuittez* Amarilis, &vousvoilatranquille.
TIRCIS.
JHelai ! pour la quitter il faut perdre le
jour.
DORILAS.
llmefaudroit mourirsijequittaislaCoun
TIRCIS.
jvQu/md le bonheur vousfuit, aquoy bon
yfretendre?
DORILAS.
R!!,And l'amourvous rebute, a quoy bon
efiretendre ? TIRCIS.
Quay-je a vous dire, hellU ! mon eoenr
ie veut ainsi.
DO RI LAS.
Jefuis néPour la gloire, & j*obéisanssi. TIRCIS.
LifandYIfortuné tu dois a tes richesses
Les plaisirs que l'Himen enleve a mes
tlndrejJès,
jimaritlù efl preste a vivrefous ta loy
Aiais si jufliceestoit faite t
A ma passion discrete,
Amarilis jamais ne vivroit que pour
moDy. ORI LAS.
Trop heureuxFloridorjafourberieinsigne
T'eleve en un hautrang, a laCourde
hOVISt
Tuffais qui denom deux en efloit leplus
digne,
Tu [çaù à qui tu dois l'honneur dont tu
jokis. TIRCIS.
Vous est:,s sur vos pieds,faitesuneautre
brigue. DORILAS.
Ilne tiendra qua vont de faire uneautre
intrigue.
TIRCIS.
Il est d'autres appuis qui votu eleveront.
DO RI LAS.
Il est d'autres beautez. qui vous conflleront.
TIRCIS.
Tous mes voeux malgrémoy font pour
AVJltrillis,
Celimcne, Aminte,Cloris,
Ne sçauroient me rendre inftielle.
Pe'ut-estreauxyeuxdun autre elle n'etf
passi belle,
Mon amour me captive & ne maveugle
pas,
me connais leur merite & jevois leurs appas1
eMais je nDefçOauRroIisLaiAmeSr .qu'elle. peut faire l'amour M fambition regné?
Gelimene, AminteJ Cloris,
Ce n'est pat que je vous dédaigne,
Vont encor moins, uimarillis
> &,Vôtre merite efi grand & peut, jele
veux croire
Contenter , un ambitieux ;
MAisn'en dépiaife à vos beauxyeux,
Je ne puis aimer que la oloire.
J'enviens d'oüirasez, leur dis-je
, pour
comprendre,
Sans
davantage
vous entendre
Quelefi ledegréds vos maux; Mais poursçavoir s'ilsfontégaux,
QUi na plUsenty l'un & l'autre
Le dira difficilement.
Il parle pour le fien, vous parlez, pour le
vofire3
L'unAmbitieux,fantre jAmanu
Si vos tourmcns fontgrands, ilstUfont
pas semblables
, Tour terminer enfinenspropos AmbitUl,
Jecrois vos maux, Tircis. un peu plus
incurables,
Ceux de Dorilas plus aigus.
Le tout roule & se partage
,
Entre îefpprriitt & le ccooeeuurr..
Si Tircis meurt de langueur,
Dorilas moura de rage.
le n'ajoute rien deplus,
On peut juger là-desus
Lequelfoijfre dAvantage.
A.M. A. D. M. D.
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Résumé : VERS LIBRES.
Le texte examine la comparaison entre l'amour et l'ambition, deux passions intenses génératrices de souffrances. Un recueil de pièces anonymes, où l'auteur se dissimule derrière un acronyme, traite de cette question. Dans le poème 'Vers Libres', Mercure interroge la distinction entre ces deux passions. Tircis, un amant passionné, et Dorilas, un ambitieux, débattent de leurs souffrances respectives. Tircis affirme que la douleur d'un amour non réciproque est extrême, tandis que Dorilas soutient que les déceptions ambitieuses, souvent sabotées par des intrigants, sont tout aussi douloureuses. Les Muses sont sollicitées pour trancher le débat. Tircis décrit les tourments secrets de l'amour non partagé, tandis que Dorilas évoque les alarmes constantes de l'âme assoiffée de gloire. Tircis met en avant la douceur et la délicatesse de l'amour, alors que Dorilas vante les efforts nobles et les transports de la gloire. Le débat reste ouvert, chaque passion ayant ses propres souffrances et plaisirs. Tircis et Dorilas discutent ensuite de leurs dilemmes personnels. Tircis, épris d'Amarillis, exprime sa douleur face à son amour non partagé et compare ses souffrances à celles d'un courtisan déçu. Dorilas est déchiré entre son ambition et son amour pour une autre personne, reconnaissant que son attachement à l'ambition le rend malheureux. Ils comparent leurs souffrances : Tircis souffre de langueur amoureuse, tandis que Dorilas est consumé par la rage et l'ambition. Le texte se conclut par une réflexion sur la nature de leurs maux, soulignant que les tourments de Tircis sont peut-être plus incurables, tandis que ceux de Dorilas sont plus aigus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 92-93
AUTRE.
Début :
Un riche sans vertus est un clocher sans . cloche, [...]
Mots clefs :
Courtisan, Grands
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Unrichesans vertus es un clochersans
cloche.,
il vaudroit mieux qutl eut un
surtoutde sapin:
Cber amy garde-foy de chànterce
vilain imet toutfin bonheurdansles
,
biens qu'il em poche.
Tandis que tufeux mettre ungigot
àla broche
Ne via pas chez les Grandsychasserun
Lapin,
Ce riefi pointaveceux qu'onfait lasaint Martin,
Le vent de leurs faveurs est tout
ce qu'on accroche
Vn Courtisan s'expose à maint affront
sanglant,
Si Part desemajquern'enfait tout
le talent"
S'il ne tourne le dos à la route
divine.
Ne le deviens donc pas, tuferoù
malheureux,
Mais de l'état privéfoistoujours
amoureux.,
vEt renonce ao métier ou lefous'ac- coquine.
Par F. T. D. M.
Unrichesans vertus es un clochersans
cloche.,
il vaudroit mieux qutl eut un
surtoutde sapin:
Cber amy garde-foy de chànterce
vilain imet toutfin bonheurdansles
,
biens qu'il em poche.
Tandis que tufeux mettre ungigot
àla broche
Ne via pas chez les Grandsychasserun
Lapin,
Ce riefi pointaveceux qu'onfait lasaint Martin,
Le vent de leurs faveurs est tout
ce qu'on accroche
Vn Courtisan s'expose à maint affront
sanglant,
Si Part desemajquern'enfait tout
le talent"
S'il ne tourne le dos à la route
divine.
Ne le deviens donc pas, tuferoù
malheureux,
Mais de l'état privéfoistoujours
amoureux.,
vEt renonce ao métier ou lefous'ac- coquine.
Par F. T. D. M.
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Résumé : AUTRE.
Le texte met en garde contre les dangers de la vie de courtisan, comparant un riche sans vertus à un clocher sans cloche. Il valorise la pauvreté honnête et critique la quête de faveurs auprès des puissants. La dépendance aux puissants est comparée à un vent incertain. L'auteur recommande de rester dans un état privé pour éviter les risques et les affronts liés à la vie de courtisan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 96-110
JUGEMENT.
Début :
Cela posé, nous donnons d'abord l'exclusion à l'homme [...]
Mots clefs :
Jugement, Cour, Vertus, Fortune, Testament, Courtisan, Ecclésiastique, Richesses, Vainqueur, Réputation, Auditoire, Avocats, Juges, Gratification, Académie des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT.
JUGEMENT.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Fermer
Résumé : JUGEMENT.
Le texte aborde la répartition d'un héritage familial et l'évaluation des mérites de diverses professions. L'homme de cour est considéré comme inutile à la patrie, tandis que l'écclésiastique, bien que nécessaire, ne contribue pas matériellement à la famille. L'homme d'épée est utile en temps de guerre mais peut ruiner sa famille, contrairement à l'homme de robe, qui est toujours utile et assure une fortune stable. Les juges attribuent la troisième part de l'héritage de Dom Emanuel à Dom Alvare, privilégiant un établissement solide et honorable. Ils encouragent le jeune guerrier à poursuivre la gloire avec prudence et le magistrat à être utile à la patrie. Le texte mentionne également plusieurs événements judiciaires notables. Une performance impressionnante de M. de Machault est soulignée, ainsi que les interventions des avocats M. de Lesseville, M. Trudaine et M. de la Pierre de la Forest. Un procès implique l'Académie Royale des Sciences et l'héritier de M. Rouillé de Meslay. La cour ordonne la délivrance de deux legs : une rente de quatre mille livres pour un prix annuel en philosophie scientifique et une rente de mille livres pour des méthodes de mesure en navigation. L'héritier conteste un legs destiné à l'Académie, jugé inutile, mais cette dernière défend le projet en citant des découvertes initialement considérées impossibles. Le texte se conclut par le respect du fils du testateur envers son père.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 286-296
Suplément au Journal de Paris.
Début :
Le Roy, aprés avoir assisté à tout l'Office de Noël, [...]
Mots clefs :
Orateur, Sermon, Abbé, Courtisan, Duchesse, Officiers, Duc d'Orléans, Princesse, Marquis, Hommes, Opéra, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suplément au Journal de Paris.
Suplément au Journal de Paris.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
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Résumé : Suplément au Journal de Paris.
En décembre 1717, plusieurs événements marquants se sont déroulés à la cour de France. Le roi Louis XIV a écouté un sermon du Père Surian en présence de dignitaires tels que le Cardinal de Rohan et le Duc du Maine. La Comtesse d'Egmont a effectué la quête lors des vêpres. La Duchesse de Berry a participé à des offices religieux à l'église Saint-Sulpice et chez les Carmélites de la rue Grenelle. Elle a également nommé le Marquis de Jars la Roche-Chouart comme major de ses gardes et accordé un brevet d'entrée chez le roi au Marquis de Rions. La noblesse de Bretagne a envoyé des députés au roi pour affirmer leur loyauté, tandis que les États de Languedoc ont offert un don gratuit au roi en demandant la conservation de M. de Basville. L'Abbé Dubois est reparti pour l'Angleterre, et la cour a envoyé des lettres concernant l'augmentation des effectifs militaires. M. d'Osier a cédé sa collection de livres et manuscrits à la bibliothèque royale en échange d'une pension. Une édition des 'Vies des hommes illustres' de Plutarque, traduite en français, était en préparation. Des librairies à travers l'Europe étaient mentionnées pour la vente de publications. Un courrier revenant d'Espagne a été arrêté, et des lettres destinées à la Cour et à l'Italie ont été confisquées. À Cadix, le vaisseau l'Hermione est arrivé avec une importante somme d'argent, et la flotte des Indes était attendue. La Duchesse de Berry a nommé M. de Bonnivet à une charge de Maître de sa Garde-Robe. Madame du Guesclin a échappé à une tentative d'assassinat, et des indices désignaient Ruelle comme l'auteur du meurtre de l'Abbé de Bonneuil. L'Opéra a ouvert son bal, et M. Dancourt préparait une comédie intitulée 'La Déroute du Pharaon'. Une erreur concernant l'exil du Duc d'Escalona a été corrigée, et M. Ribou a réédité les œuvres de feu M. le Noble.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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