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1
p. 103-114
Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Début :
Il me souvient, Madame, de vous avoir oüy dire il [...]
Mots clefs :
Siège, Valeur, Braves, Maréchal de la Ferté, Attaque, Ennemis, Pistolet, Gouvernement, Lorraine, Capitaine
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texteReconnaissance textuelle : Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Il me ſouvient Madame , de
vous avoir oui dire il n'y a
pas long-temps, en parlant de
GALANT. 77 la valeur de nos Braves d'aujourd'huy, quevous auriezbie voulu ſçavoir tout ce qu'ont fait de grand nos anciensMareſchauxdeFrance. le vais, puis que l'occafion s'en preſente,
vousparler ſeulementde monfieur le mareſchal de la Ferté.
Vous ferez ſans doute ſurpri- fe , qu'un ſeul Homme ait pû faire un fi grand nombre d'a- tions éclatantes pendant le coursd'une feule vie ; & vους
direz avec toute la terre,que fi la même perſonne pouvoit avoir plus d'un Baſton de mareſchal , nous luy en verrions aſſurement plusd'une douzai -
ne. Lors que l'on attaqua la Rochelle , il eſtoit déja à la te- ſte du Regiment qui eſtoit ſous la charge de Monfieur le
D 3
78 LE MERCURE Comte de Soiffons. Il ſervit..
pendant ce Siege à la conftru- ction du Fort Loüis, &en ſuite en pluſieurs endroits con- tre les Religionnaires. Il fut au Siege de Privas , où il re- ceutun coup de mouſquet au viſage. Il ſe ſignala àl'attaque du Pas de Suze , auſecours de
Cazal , au Siegede Moyenvic,
à celuy de Tréves , & à la ba- taille d'Aveines. Le feu Roy le fit marefſchal de Camp fur la Bréche de Hedin , pour avoir repouffé par deux fois ,
&defait le ſecours que le General Picolomini y vou -
loit ietter. Il donna , & remporia en fuite le fameux com- bat de S. Nicolas , où les ennemis eurent plus dedeux mil.
lehommes tuez ſur la place,
GALANT. 79
&perdirent leur Canon.Etant
au ſiege de Chinay qu'il atta- quoit, & qu'il rangea fous l'obeïffance du Roy, il apprit que
le Ducde Lorraine , &le General Lamboy, veroient au ſecours de la Place , & avoient
déja attaqué la Garde; & quoi que bleſſé à la cuiffe d'un coup de Fauconeau , il ſe la fit en.
veloper ,& s'eſtant fait iet -
ter à cheval , il obligea les en- nemis à ſe retirer apres une perte confiderable. Il com -
mandoit l'Aifle gauche à la Bataille de Rocroy, il y fit des
actions furprenantes , & il y
eut deux coups de piſtolet ,
deux coups d'épée , & deux
chevaux tuez ſous luy, II
fut enfuite fait Gouverneur
de Lorraine , puis Lieutenant
D 4
80 LE MERCURE
General, apres quoy il prit Lonouydans ſonGouvernement,
& fauva Courtray en s'y jettant avec deux- mille hommes , qu'il fit paſſer à la veuë des ennemis. Il ſe ſignala au Siege d'Ypres , & à la bataille
de Lens, où il rompit la Cava- leriedes ennemis , &la pour- fuivit juſques à Douay , d'où il ramena quinze cens priſon -
niers. Il repaſſa en ſuite en Lorraine , en chaſſa les ennemis avecunCorps moins con- fiderable , & ſauva Nancydu peril qui le menaçoit. Il prit quelque temps apres la Ville de Ligny, où il receut un coup de mouſquer à la gorge que l'on crut mortel.
Iem'imagine Madame, qu'e liſant cette Lettre vous vous
GALANT. 81
eſtes déja interrompuë vous- meſme pluſieurs fois , & que vous avez dit que j'avois ou- blié à vous marquer en quel temps M. de la Ferté avoit eſté faitMareſchal de France : cependant leRoyneluy fit l'hon- neur de luy envoyer le Bâton,
qu'apres la priſe de Ligny. Il fut à peine guery du coup qu'il y receut , qu'il reprit les Vil- les de Chartey ſur la Moſelle,,
Mirecourt , Neuchaſteau , &
remit ſous l'obeïſſance du Roy toutes les Places qui avoient
eſté priſes en Lorraine. Deux
ans apres il prit. Mouzon avec Monfieur de Turenne ; puis
avec un Corps de Troupes qu'il commandoit ſeul , il empeſchale Ducde Lorrainede ſecourir Sainte Menehouſt, &
DS
8. LE MERCURE
Quelque temps aprés il pric Befort en Hyver; & la mef- me année , ayant rejointMon- ſieur de Turenne , il fut à l'attaquedes Lignes d'Arras, où il
entrades premiers, &où il eut un cheval tué ſous lay. La meſme Campagneil pritCler- monten Argone. Il fut l'an- née ſuivante au Siege de Landrecies avec Monfieur de Turenne , puis en estant feparé il ſe ſignala au fameux paſſage de l'Eſcaut à la Neufville prés Bouchain. Il facilita quelque temps apres la priſe de Condé &deS. Guilhain; & il auroit
pris Valenciennes fans le deftin de Monfieur le Prince- ;
N'admirez- vous pasMada- mece long enchaînement de
bonheur, qui n'auroit pû du
GALANT. 83
rer ſi long- temps , fi ce grand
Capitaine n'cuſt en autant de
conduite & de prudence que
de Valeur. La fortune qui
n'abandonne gueres les veri- tables Braves, fit bientoſt voir
qu'elle ne l'avoit pas quitté pourlongtemps,puis qu'onluy D
vit prendre les années ſuivan- tes Montmedy &Gravelines,
&que le Roy le fit fon Lieute-
- nant General , lors qu'il par- tit pour aller à Marfal. Je ne
parle point des Convoys &
des ſecours qu'il a defaits, des Quartiers qu'il a enlevez , &
des Chaſteaux qu'il a pris , &
le détail en ſeroit trop long.
Peut eſtre même que ceuxqui
verront cette lettre, &qui admireront le plus tant debelles
actions,dirõt que ic ne vous ay
84 LE MERCURE promis de vous manderque ce qui ſe paſſe de nouveau : mais
Madame , outre que vous l'a- vez ſouhaité , ie croy qu'elles ne déplairont pas, & qu'eſtant ainſi ramaſſées elles paroîtront
aſſez curieuſes , pour meriter que ie me fois un peu éloigné demonſujet.
vous avoir oui dire il n'y a
pas long-temps, en parlant de
GALANT. 77 la valeur de nos Braves d'aujourd'huy, quevous auriezbie voulu ſçavoir tout ce qu'ont fait de grand nos anciensMareſchauxdeFrance. le vais, puis que l'occafion s'en preſente,
vousparler ſeulementde monfieur le mareſchal de la Ferté.
Vous ferez ſans doute ſurpri- fe , qu'un ſeul Homme ait pû faire un fi grand nombre d'a- tions éclatantes pendant le coursd'une feule vie ; & vους
direz avec toute la terre,que fi la même perſonne pouvoit avoir plus d'un Baſton de mareſchal , nous luy en verrions aſſurement plusd'une douzai -
ne. Lors que l'on attaqua la Rochelle , il eſtoit déja à la te- ſte du Regiment qui eſtoit ſous la charge de Monfieur le
D 3
78 LE MERCURE Comte de Soiffons. Il ſervit..
pendant ce Siege à la conftru- ction du Fort Loüis, &en ſuite en pluſieurs endroits con- tre les Religionnaires. Il fut au Siege de Privas , où il re- ceutun coup de mouſquet au viſage. Il ſe ſignala àl'attaque du Pas de Suze , auſecours de
Cazal , au Siegede Moyenvic,
à celuy de Tréves , & à la ba- taille d'Aveines. Le feu Roy le fit marefſchal de Camp fur la Bréche de Hedin , pour avoir repouffé par deux fois ,
&defait le ſecours que le General Picolomini y vou -
loit ietter. Il donna , & remporia en fuite le fameux com- bat de S. Nicolas , où les ennemis eurent plus dedeux mil.
lehommes tuez ſur la place,
GALANT. 79
&perdirent leur Canon.Etant
au ſiege de Chinay qu'il atta- quoit, & qu'il rangea fous l'obeïffance du Roy, il apprit que
le Ducde Lorraine , &le General Lamboy, veroient au ſecours de la Place , & avoient
déja attaqué la Garde; & quoi que bleſſé à la cuiffe d'un coup de Fauconeau , il ſe la fit en.
veloper ,& s'eſtant fait iet -
ter à cheval , il obligea les en- nemis à ſe retirer apres une perte confiderable. Il com -
mandoit l'Aifle gauche à la Bataille de Rocroy, il y fit des
actions furprenantes , & il y
eut deux coups de piſtolet ,
deux coups d'épée , & deux
chevaux tuez ſous luy, II
fut enfuite fait Gouverneur
de Lorraine , puis Lieutenant
D 4
80 LE MERCURE
General, apres quoy il prit Lonouydans ſonGouvernement,
& fauva Courtray en s'y jettant avec deux- mille hommes , qu'il fit paſſer à la veuë des ennemis. Il ſe ſignala au Siege d'Ypres , & à la bataille
de Lens, où il rompit la Cava- leriedes ennemis , &la pour- fuivit juſques à Douay , d'où il ramena quinze cens priſon -
niers. Il repaſſa en ſuite en Lorraine , en chaſſa les ennemis avecunCorps moins con- fiderable , & ſauva Nancydu peril qui le menaçoit. Il prit quelque temps apres la Ville de Ligny, où il receut un coup de mouſquer à la gorge que l'on crut mortel.
Iem'imagine Madame, qu'e liſant cette Lettre vous vous
GALANT. 81
eſtes déja interrompuë vous- meſme pluſieurs fois , & que vous avez dit que j'avois ou- blié à vous marquer en quel temps M. de la Ferté avoit eſté faitMareſchal de France : cependant leRoyneluy fit l'hon- neur de luy envoyer le Bâton,
qu'apres la priſe de Ligny. Il fut à peine guery du coup qu'il y receut , qu'il reprit les Vil- les de Chartey ſur la Moſelle,,
Mirecourt , Neuchaſteau , &
remit ſous l'obeïſſance du Roy toutes les Places qui avoient
eſté priſes en Lorraine. Deux
ans apres il prit. Mouzon avec Monfieur de Turenne ; puis
avec un Corps de Troupes qu'il commandoit ſeul , il empeſchale Ducde Lorrainede ſecourir Sainte Menehouſt, &
DS
8. LE MERCURE
Quelque temps aprés il pric Befort en Hyver; & la mef- me année , ayant rejointMon- ſieur de Turenne , il fut à l'attaquedes Lignes d'Arras, où il
entrades premiers, &où il eut un cheval tué ſous lay. La meſme Campagneil pritCler- monten Argone. Il fut l'an- née ſuivante au Siege de Landrecies avec Monfieur de Turenne , puis en estant feparé il ſe ſignala au fameux paſſage de l'Eſcaut à la Neufville prés Bouchain. Il facilita quelque temps apres la priſe de Condé &deS. Guilhain; & il auroit
pris Valenciennes fans le deftin de Monfieur le Prince- ;
N'admirez- vous pasMada- mece long enchaînement de
bonheur, qui n'auroit pû du
GALANT. 83
rer ſi long- temps , fi ce grand
Capitaine n'cuſt en autant de
conduite & de prudence que
de Valeur. La fortune qui
n'abandonne gueres les veri- tables Braves, fit bientoſt voir
qu'elle ne l'avoit pas quitté pourlongtemps,puis qu'onluy D
vit prendre les années ſuivan- tes Montmedy &Gravelines,
&que le Roy le fit fon Lieute-
- nant General , lors qu'il par- tit pour aller à Marfal. Je ne
parle point des Convoys &
des ſecours qu'il a defaits, des Quartiers qu'il a enlevez , &
des Chaſteaux qu'il a pris , &
le détail en ſeroit trop long.
Peut eſtre même que ceuxqui
verront cette lettre, &qui admireront le plus tant debelles
actions,dirõt que ic ne vous ay
84 LE MERCURE promis de vous manderque ce qui ſe paſſe de nouveau : mais
Madame , outre que vous l'a- vez ſouhaité , ie croy qu'elles ne déplairont pas, & qu'eſtant ainſi ramaſſées elles paroîtront
aſſez curieuſes , pour meriter que ie me fois un peu éloigné demonſujet.
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Résumé : Abregé des belles Actions de ce Marêchal. [titre d'après la table]
Le texte décrit les exploits militaires du maréchal de la Ferté, un homme ayant accompli de nombreuses actions remarquables au cours de sa carrière. Il a participé à divers sièges et batailles, notamment ceux de La Rochelle, Privas, Suze, Moyenvic, Trèves et Aveines. Lors du siège de Privas, il a été blessé par un coup de mousquet au visage. Pour ses actions à Hedin, le roi l'a nommé maréchal de camp. Il s'est particulièrement distingué lors de la bataille de Rocroy, où il a été blessé à plusieurs reprises, ce qui lui a valu les titres de gouverneur de Lorraine et de lieutenant général. Il a pris plusieurs villes, comme Lonuy et Courtray, et s'est illustré lors des sièges d'Ypres et de Lens. Il a également sauvé Nancy et pris la ville de Ligny, où il a été grièvement blessé. Après cette victoire, le roi lui a décerné le bâton de maréchal de France. Sa carrière se poursuit avec la prise de villes telles que Chartey, Mirecourt et Neuchâteau, et il a empêché le duc de Lorraine de secourir Sainte Menehoult. Il a également participé à l'attaque des lignes d'Arras et au siège de Landrecies. Sa carrière est marquée par une série de succès militaires et de prises de villes stratégiques, démontrant sa valeur, sa conduite et sa prudence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 138-167
Extrait d'une Relation de la fameuse Bataille de Cassel.
Début :
Monsieur le Prince d'Orange ayant entrepris le Secours de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Ruisseau, Bataille de Cassel, Armée, Luxembourg, Charge, Extraits, Prince d'Orange, Saint Omer, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : Extrait d'une Relation de la fameuse Bataille de Cassel.
Extrait d'une Relation de lafa- meuse Bataille decaffel. !!!
Monfieur le Prince d'Orange ayant entrepris le ſe- cours de S. Omer , & ayant paffé avec ſon Armée le Canal de Bruges , il s'avança vers
Ypres. Sur la premiere nouvelle de ſa marche , Monfieur
de Louvois fut à Lile ; & ce
Miniſtre dont la prevoyance
ne peut eſtre aſſez admirée ,
donna ſes ordres pour faire marcher vers l'Armée deMonſieur , la petite Gendarmerie de la maiſon du Roy avec la
Cavalerie Legere, qui apres le
E iij
102 LE MERCURE
Siege de Valenciennes avoit eſté envoyée en Quartier de * rafraichiſſement dans la Flandre VValonne. LeRoy envoya
auſſi à Monfieur un Détachement commandé par Monfieur de la Cardonniere,compoſe de
huit Bataillons, deux du Regiment de la Reyne , deux de Bourgogne,deuxde Lyonnois,
&deux de Languedoc.
:
Le Prince d'Orangemarcha
à Poperingue d'une maniere qui fit douter s'il prendroit le
chemin de Bergues pour l'af- fieger , ou celuy de S. Omer pour le ſecourir.
Le Roy ayant appris que l'Armée ennemie continuoit
ſa marche, & qu'elle eſtoit plus nombreuſe qu'il n'avoit crû ,
fit partir Monfieur de Luxem-
GALANT. 103
bourg avec quelque Cavale -
rie Legere , les deux Compa- gnies de ſes mouſquetaires ,
deux Bataillons des Gardes
Françoiſes , trois du Regiment Suifle de Stoup,deuxdu Regiment Royal,& un du Maine,
Pendant que le Roy don- noit ſes ordres pour mettre l'Armée de Monfieur en bon
eſtat , fon Alteſſe Royale ſon- geoit à ſe bien ſervir des ſe- cours que Sa Majeſté luy don- noit , & envoyoit des Partis pour eſtre informé de la mar- che & du deſſein du Prince
d'Orange. Le Vendredy les ennemis ſe porterent devant un ruiſſeau
où il eſtoit difficile de les attaquer , parce que la rive qu'ils occupoiét étoit beaucoup plus
E iiij
104 LE MERCURE haute que celle qui estoit du coſté deMonfieur.
La bataille eſtant reſoluë ,
chacun fut àſon poſte , Mon- ſieur le Mareſchal d'Humieres
à la droite, & Monfieur le Duc
de Luxembourg à la gauche.
Ils laifferent Monfieur au
Corps de Bataille. Monfieur le Mareſchal d'humieres vit
que l'Aifle gauche des enne- mis s'avançoit , & qu'ils a- voient déja fait paſſer le ruif- ſeau à trois mille hommes de
pied; il les chargea &les dé- fit , puis paſſant à la teſte du ruiſſeau avec la Gendarmerie
qui compofoit l'Aifle droite qu'il commandoit , il prit l'Aî- le gauche des ennemis en flanc,&apres une aſſez vigou- reuſe reſiſtance : il la défit ab-
GALANT. 105
-
د
folument. Cependant Mon- ſieur s'avançoit avec ſon corps
deBataille. Celuy des enne- mis eſtoit ſur le ruiſſeau , par- tie d'un coſté , partie de l'au- tre , les détours du ruiſſeau en
ces endroits ne permettant
pas de faire une ligne droite- La reſiſtance des ennemis fut
tres- longue & tres vigouren- ſe , Monfieur chargea plu- ſieurs fois à la teſte des eſcadrons & des Bataillons ; &
comme il eſtoit toûjours au plus fort de la meſlée , il eut un cheval bleſſe ſous luy,& un coup de mouſquet dans ſes ar- mes. Pluſieurs perſonnes fu- rent tuées ou bleſſées auprés de luy. Monfieurle Chevalier de Lorraine fut legerement bleſſé au viſage, &Monfieurle
EV
106 LE MERCURE
2
Chevalier de Nantoüillet à la
jambe.
Toutes les Troupes firent
des miracles , animées par la prefencedeMonfieur: les Mouf.
quetaires du Royſe ſurpaſſe -
rent eux mêmes , &perdirent
Monfieur deMoiſſac , qui s'e.
ſtoit fi heureuſement diftingué à Valenciennes Les Regimens 'd'Humieres & du Maine allerent pluſieurs fois à la charge.
Les ennemis plierent enfin ;
&pendant qu'onles attaquoit avec tant de vigueur à la droi- te & au Corps de Bataille ,
Monfieur de Luxembourg vouloit paffer le ruiſſeau pour prendre en flanc leur gauche ;
mais il trouva deux Bataillons
retranchez dans l'Eglise de Peéne د & ne put ſe rendre
GALANT. 107
a
maiſtre de l'Egliſe &du paſſa- ge du ruiſſeau , qu'apres avoir fait venir du Canon. Dans
le temps qu'il voulut charger pourpaller de ſon coſte, MonYON
ennemis qui fuyoient, aban71 ſieur luy manda la défaite des
donnant leur Canon & leur
Bagage. Monfieur de Luxem- bourg qui voyoit les mouve- mens que les ennemis fai -
foient , manda à ſon Alteſſe
Royale , qu'il deferoit entie- rement le reſte des fuyards.
Il paſſa la riviere pour aller apres eux , &les pouſſa quel- que temps en taillant en pie- ces tout ce qui ſe ſauvoit , &
manda en ſuite à Monfieur ,
qui le faiſoit ſoûtenir de prés,
qu'il alloit continuer à les pourſuivre, &que leurdéfaite
108 LE MERCURE
eſtoit ſi enriere, qu'il n'y avoit pas dix des ennemis enſemble.
Il fit paſſer ceux qu'il cõduiſoit au travers du bagage de l'Ar- mée ennemie , qui avoit eſté
abandonné, &les empeſcha de
s'amuſer au pillage Quand on ſe fait obeïr en pareille rencontre, il faut qu'on ait bien du
pouvoir ſur les Troupes.
S'il m'eſt permis de faire des
reflexions fur cet Extrait, iediray que le Roy a le premier eſté cauſe du gain dela bataille, par les détachemens qu'il a
faits fi à propos, & que ſa pré- voyance en toutes choſes n'eſt pas moins à admirer , que le courage & l'intrepidité de Monfieur qui s'eſt toûjours trouvé dans les endroits les
plus perilleux.
xtrait d'une autre Relation.
L'armée eſtant rangée en bataille, l'Aifle droite où eſtoit
M. le Maréchal d'Humieres ,
commença à marcher aux ennemis,& pafla un ruiſſeau qui eftoit entre eux & nous. Les
Mouſquetaires commencerent
la charge, &mirent pied àterre pour charger deux batail- lons qui estoient dans des
hayes ; ils les en chafferent vigoureuſement,&les taillerent
en pieces. Il y eut quelque de- filé à paſſer pour s'aller mettre
enbataille dansun Païs unpeu
plus découvert où il y avoit
beaucoup de foffez; ce fut là où on trouva pluſieurs bataillons,&dix ou douze efcadrons
IJO LE MERCURE
:
des ennemis qui estoient en bataille. La Gendarmerie , les
brigades de Revel & de Mau- revert , formerent deux lignes.
Pendant ce temps Monfieur
ayant appris que Monfieur le Mareſchal d'Humieres avoit
chargé avec la droite, marcha à
lateſte du Corps de bataille, &
trouva l'Infanterie des ennemis poſtée dans des hayes fort avantageuſes : nonobſtant cela
il les fit charger & plier ; mais ils revinrent à la charge plu- ſieurs fois , ſouſtenus de leur
Cavalerie : Cefut là où Monfieur alla luy- même à la char- gedeuxou trois fois, encourageant par ſon exemple les fol- dats. Les ennemis y perdirent beaucoup de monde,la confu- ſion s'eſtant miſe parmy eux.
GALANT. III
}
2
Monfieur le Maréchal d'Humieres chargea à la teſte des Ecoſſois pluſieurs Efcadrons
desGardes du Prince d'Orange;mais étans ſoûtenus deleur
Infanterie , il fallut attendre
qu'une partie de la nôtre euſt paſſé de ce coſté- là,pour chaf- ſer la leur qui étoit retranchée
dans lesbuiffons. Unbataillon
de la Reyne eſtant arrivé avec Navarre , on chargea les bataillons qui estoient dans ces
hayes. Ils firent grands feu &
tinrent ferme quelque temps ,
mais ils plierent ayant veu la reſolution des nôtres. La Gendarmerie chargeaauſſi-tôt plu- ſieurs Efcadrons quiles receu- rent affez bien;mais ayanteſté
pris en flanc par les Cuirafſiers de Tilladet , ils laſcherent
312 LE MERCURE
pied &ſe retirerent derriere un petit ruiffeau. Ce fut pour lors quetoute leur armée commençant à filer & à fuir , tout fut mis en déroute.
Monfieur de Luxembourg n'euſt pas ſeulement les enne- mis àcombattre,mais il fut encor obligéà ſe tenir ſur ſes gar- des,de peur qu'ils ne ſe coulaf- ſent dans la mêlée pour aller à
SaintOmer.
Onaſceudepuisla bataille,
que le Prince d'Orange dans ſa fuite entra dans la maiſon
d'un païſan, à deux lieuës d'Y- pres , pour prendre un verre d'eau qu'il ne pût boire qu'en s'interrompant parſes ſanglots &par fes larmes. Il demanda s'il ne luy eſtoit point demeuré de carroffe,& s'en eſtant trou-
E GALANT. 113
1
10
vé un de reſte des trois qu'il avoit amenez,il ſe jettadedans comme un hommedeſeſperé.
Tous ſes gardes à pied &à
cheval ont fait des merveilles,
auſſi ont- ils eſté tous pris ou tuez : Ses Gardes du Corps fu rent pris dans la pourſuite.
Monfieurde Luxembourg,par la raiſon que ie vous aydite ,
eut beaucoup plus de part à la fin de l'action qu'au commen- cement : mais on peut dire qu'ayant empêchéles ennemis de ſecourir S.Omer ( ce qu'ils 1 avoient deſſeinde faire par ſon
coſté ) ſa grande vigilance ne luy a pas acquis moins degloi- re pendant le combat, quefon ardeur à pourſuivre les enne- mis apres le gain de la victoire.
114 LE MERCURE
Extrait d'une autre Relation.
Les choſes eſtant ainſi difpoſées , toute l'armée chargea en même temps. Nous trou- vâmes une grande reſiſtance d'abord , & nous fuſmes repouſſez où Son Alteſſe Roya- le eſtoit. Ayant trouvé un grand Corps d'Infanterie po- ſté dans des hayes d'uneépaif- ſeur extraordinaire , on peut
dire que Monfieur remit l'af- faire abſolument , car il ramena luy - meſme les bataillons à la charge , r'allia la Cavalerie , & fit charger fi vigoureu- ſement , qu'il pouſſa tout ce qu'il trouva devant luy.
7
GALANT. 115
Extrait d'une autre Relation.
Le premier choc fut tres- rude, les ennemis firent de furieuſes décharges par le front &le flanc , à la faveur des
hayes dont ils eſtoient couverts.Outre l'avantage du cer- tain qu'ils avoient , ils eſtoient plus forts que nous & nous
pouſſerent d'abord. Monfieur rallia luy- même, &envoya ſes ordres par les principaux Of- ficiers de ſa maiſon. Monfieur
le Chevalier de Nantoüillet
fit avancer quatre bataillons Suiſſes qui estoient à la fecon-
- de ligne : ceux de la premie- re ſe voyans ſouſtenus , prirent courage , & commence- rent à repouffer les ennemis ,
116 LE MERCURE
lors qu'unde ces quatre bataillons fut rompu. Monfieur fit auffi- toft mettre en Eſcadrons
ſes Gardes , & quelques- uns deſes domeſtiques qui estoient
accourus l'épée à la main ; &
les animant par ſonexemple,
leurinſpiratantde force&tant decourage,que toutesles trou- pes qui estoient aupresde luy ayant effuyé , à la portée du piſtolet, la décharge des enne- mis , allerent à eux l'épée à la main, &les rompirent. Monfieur le Chevalierde Lorraine
qui eſtoit avec M. de Luxem
bourg, s'appercevant queMon- ſieur faifoit avancer des troupes de la ſeconde ligne, retour- na aupresde SonAlteſſe Roya+
le, où remenant les noſtres à la
charge , il yeut le bord de ſon
GALANT.. 117
&
He
1
chapeau percé d'un coup de mouſquet qui luy fit une con- tuſion ducoſté de l'œil droit
aupres de la temple. Ce fut dans cette même occaſion que
Monfieur receut un coup de mouſquet dans ſa cuiraffe,que le Sieur Vaucher l'un de fes
valetsdechambre, eutuncoup dans lacuiſſe, en attachant une
caſaque ſur les armes de ce
Prince; ce fut là que M.le Che- valier de Nantoüillet receut
un coup de mouſquetdans la genoüillere qui touchoit celle deMonfieur , &que M. Tillet cadet aux Gardes eut ſon cheval bleſſé de deux coups derriere S. A. R. A noſtre droite ,
les mouſquetaires ayans mis pied à terre par l'ordre de M. delaCardonniere,avoient déja
118 LE MERCURE
?
mis en déroute un tres- gros bataillon qu'ils avoient forcé dansdes hayes, l'épée àla main,
apres en avoir eſſuyé la dé- charge , & les avoir pouffez dans une plaine tous botez qu'ils estoient. Cefut dans ce
même tempsque les gens d'armes Ecoſlois rencontrerent les
cuiraffiers ennemis,&lestaille.
rent en pieces. LesMouſquetaires eſtans en ſuite remontez
àcheval, revinrent dans la même plaine , où ils eſſayerent le feu de deux autres BatailJons qui estoient plus éloignez dans des hayes. Monfieur d'Humieres qui avoit com- mencé la bataille , commença auſſi la deroute des ennemis , les ayans chargez parle flanc àla tête des Eſcadrons
GALANT. 119
H
1
12
11
ef
de gendarmerie , des Cuiraf- ifiers , &mêmede l'Infanterie.
Ala gauche Monfieur de Lu- xembourg ayant paſſé auſſi fie- rement qu'heureuſement à la tête des Dragons Dauphins
&de Liſtenay , ſouſtenus de quelques bataillons , prit auſſi avec les Eſcadrons de Sourdis
la droite des ennemis par le
flanc. Cefut de ce coſté que leChevalierde Silly , l'un des Chambellans&Ayde deCamp deMonfieur , fut tué , & que
Monfieur le Marquis d'Effiat qui faiſoit travailler à un Pont,
eut la bridede ſon cheval coupée d'un coup de mouſquet.
Noftre canon fut tres -bien
ſervy parMonfieur leMarquis de la Freſeliere,qui fit changer des plafonds à propos, &avec
120 LE MERCURE
! une promptitude incroyable.
Nous avionsdeux cens hommes en garniſon au chaſteau
de Caffel , que les ennemis
n'avoient pas voulu attaquer,
eſperant les prendre àdifcre- tion, apres avoir gagné la ba- taille; mais les deux cens foldats les batirent , conduits par M. dela Motte Maréchal de
Camp, qui les prit en paſſant ,
apres s'eſtre ſignalé danslaba- taille.
Tous les Officiers de la maifonde Monfieur ont extremement ſignalé le zele qu'ils a- voient pour la gloire de leur
Maiſtre. Monfieur leMarquis d'Effiat r'allia plufieurs fois les troupes , & les remena à la charge.MonfieurdeNantoüil- let fit donner luy - même les Suiffes.
GALANT.. 121
Suiſſes. Monfieur du Purnon
executa tous les ordresqu'il receut, nonobitant le feu des ennemis. Monfieurle Marquis de
Pluyaux qui alloit & venoit,
paſſa à la teſte des Gardes au moment qu'elles chargeoient,
&chargea luy- meſme avec el- les l'épée à la m
Monfieur le Prince d'Orange ayant entrepris le ſe- cours de S. Omer , & ayant paffé avec ſon Armée le Canal de Bruges , il s'avança vers
Ypres. Sur la premiere nouvelle de ſa marche , Monfieur
de Louvois fut à Lile ; & ce
Miniſtre dont la prevoyance
ne peut eſtre aſſez admirée ,
donna ſes ordres pour faire marcher vers l'Armée deMonſieur , la petite Gendarmerie de la maiſon du Roy avec la
Cavalerie Legere, qui apres le
E iij
102 LE MERCURE
Siege de Valenciennes avoit eſté envoyée en Quartier de * rafraichiſſement dans la Flandre VValonne. LeRoy envoya
auſſi à Monfieur un Détachement commandé par Monfieur de la Cardonniere,compoſe de
huit Bataillons, deux du Regiment de la Reyne , deux de Bourgogne,deuxde Lyonnois,
&deux de Languedoc.
:
Le Prince d'Orangemarcha
à Poperingue d'une maniere qui fit douter s'il prendroit le
chemin de Bergues pour l'af- fieger , ou celuy de S. Omer pour le ſecourir.
Le Roy ayant appris que l'Armée ennemie continuoit
ſa marche, & qu'elle eſtoit plus nombreuſe qu'il n'avoit crû ,
fit partir Monfieur de Luxem-
GALANT. 103
bourg avec quelque Cavale -
rie Legere , les deux Compa- gnies de ſes mouſquetaires ,
deux Bataillons des Gardes
Françoiſes , trois du Regiment Suifle de Stoup,deuxdu Regiment Royal,& un du Maine,
Pendant que le Roy don- noit ſes ordres pour mettre l'Armée de Monfieur en bon
eſtat , fon Alteſſe Royale ſon- geoit à ſe bien ſervir des ſe- cours que Sa Majeſté luy don- noit , & envoyoit des Partis pour eſtre informé de la mar- che & du deſſein du Prince
d'Orange. Le Vendredy les ennemis ſe porterent devant un ruiſſeau
où il eſtoit difficile de les attaquer , parce que la rive qu'ils occupoiét étoit beaucoup plus
E iiij
104 LE MERCURE haute que celle qui estoit du coſté deMonfieur.
La bataille eſtant reſoluë ,
chacun fut àſon poſte , Mon- ſieur le Mareſchal d'Humieres
à la droite, & Monfieur le Duc
de Luxembourg à la gauche.
Ils laifferent Monfieur au
Corps de Bataille. Monfieur le Mareſchal d'humieres vit
que l'Aifle gauche des enne- mis s'avançoit , & qu'ils a- voient déja fait paſſer le ruif- ſeau à trois mille hommes de
pied; il les chargea &les dé- fit , puis paſſant à la teſte du ruiſſeau avec la Gendarmerie
qui compofoit l'Aifle droite qu'il commandoit , il prit l'Aî- le gauche des ennemis en flanc,&apres une aſſez vigou- reuſe reſiſtance : il la défit ab-
GALANT. 105
-
د
folument. Cependant Mon- ſieur s'avançoit avec ſon corps
deBataille. Celuy des enne- mis eſtoit ſur le ruiſſeau , par- tie d'un coſté , partie de l'au- tre , les détours du ruiſſeau en
ces endroits ne permettant
pas de faire une ligne droite- La reſiſtance des ennemis fut
tres- longue & tres vigouren- ſe , Monfieur chargea plu- ſieurs fois à la teſte des eſcadrons & des Bataillons ; &
comme il eſtoit toûjours au plus fort de la meſlée , il eut un cheval bleſſe ſous luy,& un coup de mouſquet dans ſes ar- mes. Pluſieurs perſonnes fu- rent tuées ou bleſſées auprés de luy. Monfieurle Chevalier de Lorraine fut legerement bleſſé au viſage, &Monfieurle
EV
106 LE MERCURE
2
Chevalier de Nantoüillet à la
jambe.
Toutes les Troupes firent
des miracles , animées par la prefencedeMonfieur: les Mouf.
quetaires du Royſe ſurpaſſe -
rent eux mêmes , &perdirent
Monfieur deMoiſſac , qui s'e.
ſtoit fi heureuſement diftingué à Valenciennes Les Regimens 'd'Humieres & du Maine allerent pluſieurs fois à la charge.
Les ennemis plierent enfin ;
&pendant qu'onles attaquoit avec tant de vigueur à la droi- te & au Corps de Bataille ,
Monfieur de Luxembourg vouloit paffer le ruiſſeau pour prendre en flanc leur gauche ;
mais il trouva deux Bataillons
retranchez dans l'Eglise de Peéne د & ne put ſe rendre
GALANT. 107
a
maiſtre de l'Egliſe &du paſſa- ge du ruiſſeau , qu'apres avoir fait venir du Canon. Dans
le temps qu'il voulut charger pourpaller de ſon coſte, MonYON
ennemis qui fuyoient, aban71 ſieur luy manda la défaite des
donnant leur Canon & leur
Bagage. Monfieur de Luxem- bourg qui voyoit les mouve- mens que les ennemis fai -
foient , manda à ſon Alteſſe
Royale , qu'il deferoit entie- rement le reſte des fuyards.
Il paſſa la riviere pour aller apres eux , &les pouſſa quel- que temps en taillant en pie- ces tout ce qui ſe ſauvoit , &
manda en ſuite à Monfieur ,
qui le faiſoit ſoûtenir de prés,
qu'il alloit continuer à les pourſuivre, &que leurdéfaite
108 LE MERCURE
eſtoit ſi enriere, qu'il n'y avoit pas dix des ennemis enſemble.
Il fit paſſer ceux qu'il cõduiſoit au travers du bagage de l'Ar- mée ennemie , qui avoit eſté
abandonné, &les empeſcha de
s'amuſer au pillage Quand on ſe fait obeïr en pareille rencontre, il faut qu'on ait bien du
pouvoir ſur les Troupes.
S'il m'eſt permis de faire des
reflexions fur cet Extrait, iediray que le Roy a le premier eſté cauſe du gain dela bataille, par les détachemens qu'il a
faits fi à propos, & que ſa pré- voyance en toutes choſes n'eſt pas moins à admirer , que le courage & l'intrepidité de Monfieur qui s'eſt toûjours trouvé dans les endroits les
plus perilleux.
xtrait d'une autre Relation.
L'armée eſtant rangée en bataille, l'Aifle droite où eſtoit
M. le Maréchal d'Humieres ,
commença à marcher aux ennemis,& pafla un ruiſſeau qui eftoit entre eux & nous. Les
Mouſquetaires commencerent
la charge, &mirent pied àterre pour charger deux batail- lons qui estoient dans des
hayes ; ils les en chafferent vigoureuſement,&les taillerent
en pieces. Il y eut quelque de- filé à paſſer pour s'aller mettre
enbataille dansun Païs unpeu
plus découvert où il y avoit
beaucoup de foffez; ce fut là où on trouva pluſieurs bataillons,&dix ou douze efcadrons
IJO LE MERCURE
:
des ennemis qui estoient en bataille. La Gendarmerie , les
brigades de Revel & de Mau- revert , formerent deux lignes.
Pendant ce temps Monfieur
ayant appris que Monfieur le Mareſchal d'Humieres avoit
chargé avec la droite, marcha à
lateſte du Corps de bataille, &
trouva l'Infanterie des ennemis poſtée dans des hayes fort avantageuſes : nonobſtant cela
il les fit charger & plier ; mais ils revinrent à la charge plu- ſieurs fois , ſouſtenus de leur
Cavalerie : Cefut là où Monfieur alla luy- même à la char- gedeuxou trois fois, encourageant par ſon exemple les fol- dats. Les ennemis y perdirent beaucoup de monde,la confu- ſion s'eſtant miſe parmy eux.
GALANT. III
}
2
Monfieur le Maréchal d'Humieres chargea à la teſte des Ecoſſois pluſieurs Efcadrons
desGardes du Prince d'Orange;mais étans ſoûtenus deleur
Infanterie , il fallut attendre
qu'une partie de la nôtre euſt paſſé de ce coſté- là,pour chaf- ſer la leur qui étoit retranchée
dans lesbuiffons. Unbataillon
de la Reyne eſtant arrivé avec Navarre , on chargea les bataillons qui estoient dans ces
hayes. Ils firent grands feu &
tinrent ferme quelque temps ,
mais ils plierent ayant veu la reſolution des nôtres. La Gendarmerie chargeaauſſi-tôt plu- ſieurs Efcadrons quiles receu- rent affez bien;mais ayanteſté
pris en flanc par les Cuirafſiers de Tilladet , ils laſcherent
312 LE MERCURE
pied &ſe retirerent derriere un petit ruiffeau. Ce fut pour lors quetoute leur armée commençant à filer & à fuir , tout fut mis en déroute.
Monfieur de Luxembourg n'euſt pas ſeulement les enne- mis àcombattre,mais il fut encor obligéà ſe tenir ſur ſes gar- des,de peur qu'ils ne ſe coulaf- ſent dans la mêlée pour aller à
SaintOmer.
Onaſceudepuisla bataille,
que le Prince d'Orange dans ſa fuite entra dans la maiſon
d'un païſan, à deux lieuës d'Y- pres , pour prendre un verre d'eau qu'il ne pût boire qu'en s'interrompant parſes ſanglots &par fes larmes. Il demanda s'il ne luy eſtoit point demeuré de carroffe,& s'en eſtant trou-
E GALANT. 113
1
10
vé un de reſte des trois qu'il avoit amenez,il ſe jettadedans comme un hommedeſeſperé.
Tous ſes gardes à pied &à
cheval ont fait des merveilles,
auſſi ont- ils eſté tous pris ou tuez : Ses Gardes du Corps fu rent pris dans la pourſuite.
Monfieurde Luxembourg,par la raiſon que ie vous aydite ,
eut beaucoup plus de part à la fin de l'action qu'au commen- cement : mais on peut dire qu'ayant empêchéles ennemis de ſecourir S.Omer ( ce qu'ils 1 avoient deſſeinde faire par ſon
coſté ) ſa grande vigilance ne luy a pas acquis moins degloi- re pendant le combat, quefon ardeur à pourſuivre les enne- mis apres le gain de la victoire.
114 LE MERCURE
Extrait d'une autre Relation.
Les choſes eſtant ainſi difpoſées , toute l'armée chargea en même temps. Nous trou- vâmes une grande reſiſtance d'abord , & nous fuſmes repouſſez où Son Alteſſe Roya- le eſtoit. Ayant trouvé un grand Corps d'Infanterie po- ſté dans des hayes d'uneépaif- ſeur extraordinaire , on peut
dire que Monfieur remit l'af- faire abſolument , car il ramena luy - meſme les bataillons à la charge , r'allia la Cavalerie , & fit charger fi vigoureu- ſement , qu'il pouſſa tout ce qu'il trouva devant luy.
7
GALANT. 115
Extrait d'une autre Relation.
Le premier choc fut tres- rude, les ennemis firent de furieuſes décharges par le front &le flanc , à la faveur des
hayes dont ils eſtoient couverts.Outre l'avantage du cer- tain qu'ils avoient , ils eſtoient plus forts que nous & nous
pouſſerent d'abord. Monfieur rallia luy- même, &envoya ſes ordres par les principaux Of- ficiers de ſa maiſon. Monfieur
le Chevalier de Nantoüillet
fit avancer quatre bataillons Suiſſes qui estoient à la fecon-
- de ligne : ceux de la premie- re ſe voyans ſouſtenus , prirent courage , & commence- rent à repouffer les ennemis ,
116 LE MERCURE
lors qu'unde ces quatre bataillons fut rompu. Monfieur fit auffi- toft mettre en Eſcadrons
ſes Gardes , & quelques- uns deſes domeſtiques qui estoient
accourus l'épée à la main ; &
les animant par ſonexemple,
leurinſpiratantde force&tant decourage,que toutesles trou- pes qui estoient aupresde luy ayant effuyé , à la portée du piſtolet, la décharge des enne- mis , allerent à eux l'épée à la main, &les rompirent. Monfieur le Chevalierde Lorraine
qui eſtoit avec M. de Luxem
bourg, s'appercevant queMon- ſieur faifoit avancer des troupes de la ſeconde ligne, retour- na aupresde SonAlteſſe Roya+
le, où remenant les noſtres à la
charge , il yeut le bord de ſon
GALANT.. 117
&
He
1
chapeau percé d'un coup de mouſquet qui luy fit une con- tuſion ducoſté de l'œil droit
aupres de la temple. Ce fut dans cette même occaſion que
Monfieur receut un coup de mouſquet dans ſa cuiraffe,que le Sieur Vaucher l'un de fes
valetsdechambre, eutuncoup dans lacuiſſe, en attachant une
caſaque ſur les armes de ce
Prince; ce fut là que M.le Che- valier de Nantoüillet receut
un coup de mouſquetdans la genoüillere qui touchoit celle deMonfieur , &que M. Tillet cadet aux Gardes eut ſon cheval bleſſé de deux coups derriere S. A. R. A noſtre droite ,
les mouſquetaires ayans mis pied à terre par l'ordre de M. delaCardonniere,avoient déja
118 LE MERCURE
?
mis en déroute un tres- gros bataillon qu'ils avoient forcé dansdes hayes, l'épée àla main,
apres en avoir eſſuyé la dé- charge , & les avoir pouffez dans une plaine tous botez qu'ils estoient. Cefut dans ce
même tempsque les gens d'armes Ecoſlois rencontrerent les
cuiraffiers ennemis,&lestaille.
rent en pieces. LesMouſquetaires eſtans en ſuite remontez
àcheval, revinrent dans la même plaine , où ils eſſayerent le feu de deux autres BatailJons qui estoient plus éloignez dans des hayes. Monfieur d'Humieres qui avoit com- mencé la bataille , commença auſſi la deroute des ennemis , les ayans chargez parle flanc àla tête des Eſcadrons
GALANT. 119
H
1
12
11
ef
de gendarmerie , des Cuiraf- ifiers , &mêmede l'Infanterie.
Ala gauche Monfieur de Lu- xembourg ayant paſſé auſſi fie- rement qu'heureuſement à la tête des Dragons Dauphins
&de Liſtenay , ſouſtenus de quelques bataillons , prit auſſi avec les Eſcadrons de Sourdis
la droite des ennemis par le
flanc. Cefut de ce coſté que leChevalierde Silly , l'un des Chambellans&Ayde deCamp deMonfieur , fut tué , & que
Monfieur le Marquis d'Effiat qui faiſoit travailler à un Pont,
eut la bridede ſon cheval coupée d'un coup de mouſquet.
Noftre canon fut tres -bien
ſervy parMonfieur leMarquis de la Freſeliere,qui fit changer des plafonds à propos, &avec
120 LE MERCURE
! une promptitude incroyable.
Nous avionsdeux cens hommes en garniſon au chaſteau
de Caffel , que les ennemis
n'avoient pas voulu attaquer,
eſperant les prendre àdifcre- tion, apres avoir gagné la ba- taille; mais les deux cens foldats les batirent , conduits par M. dela Motte Maréchal de
Camp, qui les prit en paſſant ,
apres s'eſtre ſignalé danslaba- taille.
Tous les Officiers de la maifonde Monfieur ont extremement ſignalé le zele qu'ils a- voient pour la gloire de leur
Maiſtre. Monfieur leMarquis d'Effiat r'allia plufieurs fois les troupes , & les remena à la charge.MonfieurdeNantoüil- let fit donner luy - même les Suiffes.
GALANT.. 121
Suiſſes. Monfieur du Purnon
executa tous les ordresqu'il receut, nonobitant le feu des ennemis. Monfieurle Marquis de
Pluyaux qui alloit & venoit,
paſſa à la teſte des Gardes au moment qu'elles chargeoient,
&chargea luy- meſme avec el- les l'épée à la m
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Résumé : Extrait d'une Relation de la fameuse Bataille de Cassel.
Le Prince d'Orange, après avoir secouru S. Omer et traversé le canal de Bruges, se dirigea vers Ypres. À l'annonce de sa marche, le ministre de Louvois ordonna à la petite gendarmerie et à la cavalerie légère de se diriger vers l'armée du Prince. Le roi envoya également un détachement commandé par le marquis de la Cardonnière, composé de huit bataillons de divers régiments. Le Prince d'Orange avança ensuite vers Poperingue, incertain de sa destination finale. Informé de la progression de l'armée ennemie, le roi envoya le duc de Luxembourg avec de la cavalerie légère, des mousquetaires et plusieurs bataillons pour renforcer ses troupes. Le prince d'Orange se positionna près d'un ruisseau difficile à franchir. La bataille débuta avec le maréchal d'Humières à droite et le duc de Luxembourg à gauche. Le maréchal d'Humières chargea et défit l'aile gauche ennemie, tandis que le prince d'Orange avançait avec le corps de bataille. La résistance ennemie fut vigoureuse, mais les troupes françaises, animées par la présence du prince, chargèrent à plusieurs reprises. Plusieurs personnes furent blessées, dont le chevalier de Lorraine et le chevalier de Nantoüillet. Les régiments d'Humières et du Maine se distinguèrent par leur bravoure. Les ennemis finirent par plier, et le duc de Luxembourg, après avoir pris une église retranchée, poursuivit les fuyards. La bataille se solda par une victoire française, avec une déroute complète de l'armée ennemie. Le prince d'Orange, en fuite, fut vu en larmes, désespéré. Les gardes du prince furent tous capturés ou tués. Le duc de Luxembourg joua un rôle crucial dans la fin de la bataille et la poursuite des ennemis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 173-183
Remarques particulieres touchant ce qu'a fait Son Altesse Royale dans cette grande Journée. [titre d'après la table]
Début :
L'Armée ennemie estoit beaucoup plus forte que la sienne, & [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Victoire, Troupe, Prince
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texteReconnaissance textuelle : Remarques particulieres touchant ce qu'a fait Son Altesse Royale dans cette grande Journée. [titre d'après la table]
L'Armée ennemie eſtoit
beaucoup plus forte que la fienne , &fur tout en Infanterie. Elle estoit commandée par un Prince plein de cœur , &
tres- entreprenant , quoy que malheureux. Son Infanterie êtoit poſtée dans des Vergers
entourezdehayes vives &de foffez pleins d'eau , qui ne ſe pouvoient paffer à cheval , &
où l'on ne pouvoit entrer que pardéfilez ; de forte que pour la forcer , il falloit paſſer ſous le feu duCanon &de la moufqueterie, &l'attaquer dans des lieux naturellement retran -
chez.CetteArmée quiſe tenoit
Fiij
126 LE MERCURE
tres affeurée de la Victoire, &
qui connoiffoit ſes forces , n'e- ſtoit point obligée à les divi -
ſer; ce que Son Alteſſe Ro- yale eſtoit contrainte de faire,
ayant la Tranchée de S. O- mer, & les Poſtes qu'elle avoit gagnez devant cette place à
faire garder , ainſi que huict autres endroits par leſquels le ſecours pouvoit paſſer. L'Ar- mée de Monfieur eſtant affoi.
blie par les Troupes qu'il fut obligé de laiſſer en tant dedif- ferens Poſtes , ne diminua en
rien l'impatience qu'il avoit de combattre; &dés qu'il eut
appris que les ennemis a -
voient paſſe le premier ruif- feau, il voulut les aller atta- quer , & demanda l'advis
de Meſſieurs les Mareſchaux
GALANT. 127
1
d'Humieres & de Luxem -
bourg , qui voyant la reſolu- tion où il eſtoit d'expoſer ſa Perſonne , luy firent quelques
Objections. Elles auroient em- baraſſé un Prince moins éclairé , & moins ardent pour la gloire des Armes du Roy , &
un autre auroit pû quitter le deſſein de combattre ſans
qu'on le pût blâmer , puis que c'eſtoit l'advis du Conſeil. Ce
Prince n'avoit pour cela qu'à
ne rien dire qui pût détruire les Objections qu'on luy ve- noit de faire. Il y répondit ,
Que si on attendoit que les
Ennemis euffent passé le ſecond ruiſſean qui leur restoit , ilspour.
roient dérober quelques marches
par derriere , & ietter du ſecours dans S. Omer , qui estoit
Fiiij
128 LE MERCURE
leur deſſein leplus important , ce qui l'obligeroit àleverle Siege,&
qu'ilnevouloit pas quesous son commandement les ArmesduRoy receuffent un affront qui ne leur estoit point encor arrivé depuis
le commencement de la Guerre.
Meſſieurs les Generaux ayans gouſté toutes ces raiſons , ré -
pondirent , qu'ils ne sçavoient qu'obeyr , &Monfieur s'eſtant luy-meſme avancé avec quelquesTroupes pour reconnoi- ſtre les ennemis , donna auſſfitoſt les ordres qu'il iugea ne- ceſſaires pour les aller atta quer. C'eſt où nous aurons de
la peine à le ſuivre , & où la fumée & le feu nous empeche.
ront de remarquer un grand nombred'actionsdont nous ne
pouvons iugerque par celles
GALANT. 129
que nous ſcavons. Il eſt temps de regarder ce Prince dans le
combat , il y a remply les de- voirs de Capitaine &ceux de General , il a donné des ordres, il a mené à la charge , il a
combatu luy - meſme les en.
nemis, il a exhorté les Soldats,
il leur a inſpiré de l'ardeur , &
l'on peut dire que ſa teſte , ſon cœur , ſon bras , fon eſprit &
fon eloquence ont également
agy en cette occafion.Desque les ennemis faiſoient quelques mouvemens , il donnoit par
tout des ordresnouveauxavec
une prefence & une netteté d'eſprit inconcevables : iamais on n'a moins craint le peril ,
ny fait voir un plus grand fang froid au milieu des dan- gers , ce Prince ne s'eſtant pas Fv
130 LE MERCURE
trouvé embaraſſé un feul moment , &l'on peut dire que ſa prefence&ſa fermeté ont cau- ſé le gainde la bataille. Il a r'al- lié luy-mêmeles Troupes , &
les ayant r'animées par ce qu'il leur dit, & par fon exemple, il les a remenées pluſieurs fois à
la charge ſans s'eſtonner du feu des ennemis qu'il a eſſuyé avec une intrepidité qui ne ſe peut exprimer. Ce feu a esté grand , & l'on n'en peut dou- ter , puis que la pluſpart des Officiers qui estoient autour de ſa Perſonne ont eſté bleffez : Il s'expoſoit au meſme malheur , fi le Ciel ne l'en
euftgaranty.CePrincecroyoit que ce n'eſtoit pas affez de commander le Corps de Ba -
*taille, & it falloit encor pour
GALANT. 131
1
1
1
1
ſatisfaire ſon courage , qu'il ſe miſt à la teſte des Troupes qui avoient plié ; il vouloit meſ- me y aller ſans autres armes
que celles dont il avoit beſoin pour combatre ; mais
Monfieurde Merille , & un de
ſes Eſcuyers , luy en mirent malgré luy dans la chaleur du combat. Je ne ſcay comment il en put ſupporter la fatigue,
puis qu'il eſtoit à cheval dés
trois heures du matin , que la mêléedurajuſqu'au foir,&que les Bataillons des Ennemis
eſtoient rafraiſchis par d'au tres qui étoient à couvert dans
desVergers. Mais paſſons au lé- demain de cette grande Jour- née, & voyons Monfieur apres ſa Victoire. Ses yeux nebril- loient plus d'unfeu guerrier,la
-
132 LE MERCURE
douceury regnoit , il plaignit les malheureux & les bleſſez, il
envoya dans le Champ de ba- taille des Medecins , des Chirurgiens, des remedes , des vi- vres &des chariots pour tran- ſporter ceux qui estoient en- cor en eſtat d'eſtre ſecourus ,
& il s'eſt attiré par là l'eſtime & l'amitié des Vainqueurs &
des Vaincus.
beaucoup plus forte que la fienne , &fur tout en Infanterie. Elle estoit commandée par un Prince plein de cœur , &
tres- entreprenant , quoy que malheureux. Son Infanterie êtoit poſtée dans des Vergers
entourezdehayes vives &de foffez pleins d'eau , qui ne ſe pouvoient paffer à cheval , &
où l'on ne pouvoit entrer que pardéfilez ; de forte que pour la forcer , il falloit paſſer ſous le feu duCanon &de la moufqueterie, &l'attaquer dans des lieux naturellement retran -
chez.CetteArmée quiſe tenoit
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tres affeurée de la Victoire, &
qui connoiffoit ſes forces , n'e- ſtoit point obligée à les divi -
ſer; ce que Son Alteſſe Ro- yale eſtoit contrainte de faire,
ayant la Tranchée de S. O- mer, & les Poſtes qu'elle avoit gagnez devant cette place à
faire garder , ainſi que huict autres endroits par leſquels le ſecours pouvoit paſſer. L'Ar- mée de Monfieur eſtant affoi.
blie par les Troupes qu'il fut obligé de laiſſer en tant dedif- ferens Poſtes , ne diminua en
rien l'impatience qu'il avoit de combattre; &dés qu'il eut
appris que les ennemis a -
voient paſſe le premier ruif- feau, il voulut les aller atta- quer , & demanda l'advis
de Meſſieurs les Mareſchaux
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d'Humieres & de Luxem -
bourg , qui voyant la reſolu- tion où il eſtoit d'expoſer ſa Perſonne , luy firent quelques
Objections. Elles auroient em- baraſſé un Prince moins éclairé , & moins ardent pour la gloire des Armes du Roy , &
un autre auroit pû quitter le deſſein de combattre ſans
qu'on le pût blâmer , puis que c'eſtoit l'advis du Conſeil. Ce
Prince n'avoit pour cela qu'à
ne rien dire qui pût détruire les Objections qu'on luy ve- noit de faire. Il y répondit ,
Que si on attendoit que les
Ennemis euffent passé le ſecond ruiſſean qui leur restoit , ilspour.
roient dérober quelques marches
par derriere , & ietter du ſecours dans S. Omer , qui estoit
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leur deſſein leplus important , ce qui l'obligeroit àleverle Siege,&
qu'ilnevouloit pas quesous son commandement les ArmesduRoy receuffent un affront qui ne leur estoit point encor arrivé depuis
le commencement de la Guerre.
Meſſieurs les Generaux ayans gouſté toutes ces raiſons , ré -
pondirent , qu'ils ne sçavoient qu'obeyr , &Monfieur s'eſtant luy-meſme avancé avec quelquesTroupes pour reconnoi- ſtre les ennemis , donna auſſfitoſt les ordres qu'il iugea ne- ceſſaires pour les aller atta quer. C'eſt où nous aurons de
la peine à le ſuivre , & où la fumée & le feu nous empeche.
ront de remarquer un grand nombred'actionsdont nous ne
pouvons iugerque par celles
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que nous ſcavons. Il eſt temps de regarder ce Prince dans le
combat , il y a remply les de- voirs de Capitaine &ceux de General , il a donné des ordres, il a mené à la charge , il a
combatu luy - meſme les en.
nemis, il a exhorté les Soldats,
il leur a inſpiré de l'ardeur , &
l'on peut dire que ſa teſte , ſon cœur , ſon bras , fon eſprit &
fon eloquence ont également
agy en cette occafion.Desque les ennemis faiſoient quelques mouvemens , il donnoit par
tout des ordresnouveauxavec
une prefence & une netteté d'eſprit inconcevables : iamais on n'a moins craint le peril ,
ny fait voir un plus grand fang froid au milieu des dan- gers , ce Prince ne s'eſtant pas Fv
130 LE MERCURE
trouvé embaraſſé un feul moment , &l'on peut dire que ſa prefence&ſa fermeté ont cau- ſé le gainde la bataille. Il a r'al- lié luy-mêmeles Troupes , &
les ayant r'animées par ce qu'il leur dit, & par fon exemple, il les a remenées pluſieurs fois à
la charge ſans s'eſtonner du feu des ennemis qu'il a eſſuyé avec une intrepidité qui ne ſe peut exprimer. Ce feu a esté grand , & l'on n'en peut dou- ter , puis que la pluſpart des Officiers qui estoient autour de ſa Perſonne ont eſté bleffez : Il s'expoſoit au meſme malheur , fi le Ciel ne l'en
euftgaranty.CePrincecroyoit que ce n'eſtoit pas affez de commander le Corps de Ba -
*taille, & it falloit encor pour
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ſatisfaire ſon courage , qu'il ſe miſt à la teſte des Troupes qui avoient plié ; il vouloit meſ- me y aller ſans autres armes
que celles dont il avoit beſoin pour combatre ; mais
Monfieurde Merille , & un de
ſes Eſcuyers , luy en mirent malgré luy dans la chaleur du combat. Je ne ſcay comment il en put ſupporter la fatigue,
puis qu'il eſtoit à cheval dés
trois heures du matin , que la mêléedurajuſqu'au foir,&que les Bataillons des Ennemis
eſtoient rafraiſchis par d'au tres qui étoient à couvert dans
desVergers. Mais paſſons au lé- demain de cette grande Jour- née, & voyons Monfieur apres ſa Victoire. Ses yeux nebril- loient plus d'unfeu guerrier,la
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douceury regnoit , il plaignit les malheureux & les bleſſez, il
envoya dans le Champ de ba- taille des Medecins , des Chirurgiens, des remedes , des vi- vres &des chariots pour tran- ſporter ceux qui estoient en- cor en eſtat d'eſtre ſecourus ,
& il s'eſt attiré par là l'eſtime & l'amitié des Vainqueurs &
des Vaincus.
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Résumé : Remarques particulieres touchant ce qu'a fait Son Altesse Royale dans cette grande Journée. [titre d'après la table]
Le texte relate une bataille opposant l'armée royale à une armée ennemie plus nombreuse et bien positionnée dans des vergers fortifiés. L'armée ennemie était dirigée par un prince entreprenant mais malheureux. L'armée royale, sous les ordres d'un prince déterminé, dut diviser ses forces pour défendre plusieurs postes stratégiques. Malgré les réserves des maréchaux d'Humières et de Luxembourg, le prince royal choisit d'attaquer immédiatement pour empêcher les ennemis de renforcer la ville de Saint-Omer. Il justifia cette décision par la nécessité d'éviter un affront aux armes du roi. Au cours de la bataille, le prince royal fit preuve d'un courage exceptionnel. Il dirigea personnellement les troupes, inspira les soldats et montra un sang-froid remarquable. Protégé par ses officiers, il resta à cheval durant toute la journée. Après la victoire, il manifesta de la clémence et de l'humanité en envoyant des secours aux blessés des deux camps, ce qui lui valut l'estime de tous.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 200-225
Noms et Eloges de tous ceux qui se sont signalez à la Bataille de Cassel. [titre d'après la table]
Début :
Ce n'est pas sans raison que j'ay donné le nom [...]
Mots clefs :
Journée de Cassel, Signaler, Maréchaux, Valeur, Bataille, Ennemis, Marquis, Courage, Chevalier, Siège
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texteReconnaissance textuelle : Noms et Eloges de tous ceux qui se sont signalez à la Bataille de Cassel. [titre d'après la table]
Ce n'eſt pas ſans raiſon que i'ay donné le nomde grande
à la journéede Caſſel, puis que ie n'en puis trouver la fin , &
que
GALANT. 145
- que ie n'ay pas encore com- mencé à parlerde ceux qui s'y ſont ſignalez ; les voicy.
1
B
1
Je ne vous dis rien deMeſſieurs les Maréchaux qui ont commandé les Aifles ; vous
avez veu ce qu'ils ont fait ,
dans ceque j'ay tiré des plus fidelles Relations. LesGeneraux ſont l'ame des Armées ,
ceſont eux qui les font mou- voir, &quandune Bataille eſt
gagnée , on peut aſſurer qu'ils y ontbeaucoup contribué.
Je vous parlerois de Monſicurle Chevalierde Lorraine,
ſi ie pouvois vous dire tous les endroits par leſquels ie ſçay qu'il a parr au ſuccésdela me- morable journée de Caſſel ; il ya fait paroiſtre cette même valeur que la Hollande & la
Tome 2. G
146 LE MERCURE Comté ontadmiréeavecétonnement , encor qu'elle fuſt oc cupée contre leurs Places , &
on ne devoit pas moins atten- dre du zele qu'ila pour le Roy
&pour la gloire de S. A. R. Monfieur le Prince de Soubiſe a montréune ſi grande vigilance , que les ennemis qui pouvoient tenter de ſon coſté
le paſſage du ſecours qu'ils vouloient jetter dans S.Omer,
n'oferent iamais l'entrepren- dre. Ileſt de la maiſon de Rohan.Tout le mõde en connoit
la grandeur& l'antiquité , &il
ſuffitdecenompour faireconnoiſtre qu'apres nos Maiſtres
&ceux de leur Sang , Mon- ſieur de Soubile ne voit prefque rien audeſſusdeluy.Lafa- geffe de courage,&la civilitéde
semoT
:
GALANT. 147
i
cePrince,ne le font pas moins confiderer que fa bonne mit ZDE DELAY
ne,donton neſe taiſt pas paryon
my le beau Sexe.
☐ Monfieur le Comtedu Plea
fis-Praflin a forcé les ennemis
en pluſieurs, endroits. Son
nom fait connoiſtre la glo- rieuſe Race dont il eſt ſorty.
La valeur qui l'accompagne dans toutes les occafions de
guerreoù il ſe trouve,&la ma- niere dont il conduit les troupesquiſontſous fontcomman- dement,font voir qu'il eſt le digneSangdeces grands Marê- chaux de France qui ſe ſont ſignalez en tant d'occaſions celebres , & particulierement
de feu Monfieur le Marefchal du Pleſfis fon Pere. Ses grandes actions ne font ignoGij
148 LE MERCURE
rées de perſonne , & l'on oublîrajamais le fameux Siegede Rozes,nyla Bataille deRhetel,
qui rétablit les affaires deFran- ce , que la guerre Civile avoit miſes endeſordre.
Modela Cardoniere a fait
desactions ſurprenantes,&fon jugement & fa preſenced'ef- prit n'ont pas moins contribué augainde laBataille, que fon grand courage ; il a paffé par tous les emplois de la Guerre,
ſans que ſes bleſſures l'ayent iamais empêché de ſe trouver dans les occafions les plusha- zardeuſes , où ſa valeur & fa
prudence ſe ſont toûjours é- galement ſignalées. Il a fou- vent ſervy à r'allier des trou- pes en defordre , & à faire paſſer la Victoire du coſté
E GALANT. 149
1
où il s'eſt rencontre. ) いよ
Monfieur d'Albret a pouffé les ennemis avec une vigueur incroyable , & les a chaffez d'un Poſte où ils eſtoient en
beaucoup plus grand nombre.
Il eſt FilsdeMonfieurde Pont,
Aiſné de la maiſon d'Albret ,
&Neveu &Gendre du fea
Maréchal de ce nom , dont la valeur, la fidelité, &la fermeté
dansles occafions où il a fallu foûtenir les intereſts du Roy
&de la Reyne Mere, ont paru avec éclat.Monfieur d'Albret
dont ie parle icy marche ſur ſes traces; il eſt bien fait , il a
del'eſprit , de la bonne mine ,
&un air noble qui perfuadeai- ſément qu'il est né des Heros
decenomquiont portéautre- fois la Couronne de Navarre.
Giij
150 LE MERCURE
Tout ce qu'il a fait depuis la plus grande jeuneſſe , répond à la grandeur de ſa naiſſance.
::On ne peut aller chercher
les ennemis avec plus d'ardeur
que fit M. le Chevalier de Sourdis. Il paffa des premiers le ruiſſeau qui ſeparoitles deux Armées , &il afervy pendant tout le combat avec une activité ſans pareille. Il a ſouvent
receu desOrdresdeMonfieur,
quele feu des ennemis ne luy a'point empêché de porter. Il
eſt fils de M. le marquis de
Sourdis Chevalier des Ordres
du Roy, &Gouverneurd'Or- leans &d'Amboiſe , petit ne- veu de feu M. le Cardinal de
Sourdise& de M. l'Archeveſquende Bordeaux , fi fameux pour avoir commandé les Ar111
GALANT. ISI
mées du Roy ſur la Mer pen- dantpluſieurs Campagnes ſous le regne de Loüis XIII. Il a
- commencé de bonne heure à
faire voir la valeur d'un ſoldat
déterminé, ſoûtenuëd'une fort
grande ſageſſe,&il ne fautpas s'eſtonner ſi ayant autant d'in.
telligence qu'il en a au meſtier de la Guerre , on l'y a veu en peu de temps honoré des plus - grands emplois.
1 Monfieur de Revel, frerede
Monfieur deBroglio, s'eſt auf- fi fort diftingué. Il eſt d'une Famille toute pleinede cœur ,
&il a toûjours fait des actions dignes de fa naiſſance, &de la valeur de ſes Peres.
Monfieur le ChevalierFourbin, &M.le marquis de Jauvel- le, ont cõbatu avec une valeur
:
Giiij
152 LE MERCURE extraordinaire ; mais ils n'ont
pas ſeulement payé de leur perſonne, puis que leur exem- ple a inſpiré aux Mouſquetai- res les actions qu'ils ontfaites ;
Il eſt ſans doute fort ſurpre- nant que tous botez & l'épée à la main ſeulement , ils ayent attaqué & défait les Bataillons
heriſſez de piques.
La vigilance de Monfieur de Tracy a beaucoup contribué au gain de la Bataille. Voicy cequel'on ditde luy dans une Relation. Monsieur de Tracy amena leſecours de Cambrayavec une telle diligence, que sur l'avis qu'il eut àBethune où ildevoitfe- journer,queM.estoit àlaveillede donner une Bataille, ilfitfaire en- cor buit lieues à l'Infanterie qu'il conduiſoit , &la fit marcherau
:
GALANT... 153 clairdela lune. C'eſt un fort
ancien Officier , & qui paffe pour un tres honneſte hom- me; il eſt toutcouvertdecoups;
il a donné des marques de ſon courage dés le premier Siege de Condé , où il eut une jam- becaffée; il receut au Siege de Tournay uncoupdans la teſte quiluy fracaſſoit la bouche; il a eſté Major General de l'Armée pendant cinq ans ſousM.
le Prince en Hollande, & fous
M.deTurenne en Allemagne;
il a eſté bleſſé legerement au
Siege de Valenciennes,& s'eſt ſignalé à la Bataille de Caffel.
Il eſt Onclede madame laPre
ſidente de Neſmond.
Onne peutdonner plus de marques d'intrepidité qu'a fait
Monfieur de Longueval qui
154 LE MERCURE commande les Dragons Dau- phins; ila paſſé le premier le ruiſſeau qui eſtoit entre les ennemis &nos troupes , àla tête de trois mille Dragons. Le Sieur de Leſtelle , ſon marefchal des Logis , receut quatre coups en cette occafion , dont il eſt mort. Monfieur de Lon
gueval , quoy que tres-jeune encor , eft tres ancien dans le
ſervice; il eſt fort aimé de м.
le Prince, qui a ſouvent dit du
biende luy , pour l'avoir veu
combattre à la Bataille de Se
nef. Le Roy luydonna il y a
deuxansleRegimentdes Dra- gons Dauphins, &le prefera à
tous ceux qui le demandoient.
L'année derniere il fut détaché pour donner fur l'Arriere,
gardé du Prince d'Orange , ce
GALANT.
市
155 qu'il fit avec beaucoup de vi- gaeur. Il fut enveloppé par un tres grand nombred'ennemis;
Monfieur de Montal qui eſtoit deſſusune hauteur,s'en apper-- = ceut, &luy ayantenvoyé ordre de ſe retirer,il fut témoin dela
plus judicieuſe Retraite &de la plus belle action que l'on puiffe faire , puis qu'avec tres.
peu de gens ildéfit une partie
des Efcadrons dont il eſtoit
environné.
Je vous aydéja parlé decé qu'a faitMonfieur dePleuvauls:
maiſtre de la garderobe de
Monfieur. Il eſtoit Capitaine de chevaux - legers pendant le Siege d'Arras ; & fa Compagnie eſtant dans la Place ,
il s'y fut jetter avec beaucoup de courage, quoyque mõſieur
:
356 LE MERCURE de Turenne luy en eût repreſenté ledanger. Il ſe diſtingua fort tant que dura ce Siege, &
s'acquit beaucoup de gloire à
celuy de maſtric , où il receut un coup de mouſquet, en fai- ſant faire un logement ſur la contreſcarpe. Cettte action fut
belle,mais ie n'ay pas le temps de vous ladécrire.
Monfieur le Chevalier de
Tauriac , Ayde de Camp de Monfieur , a r'allié dix fois les
Gensd'armes. Monfieurle маrêchal d'Humieres rendit témoignage de ſa valeur à S. A. R. qui le choiſit pour rendre compte au Roy des particu- laritez de la Bataille , & pour luyporterquaranteDrapeaux,
&treize Etendards.
Monfieur le marquis d'e ffiat,
GALANT. 157
comme ie vous ay déia dit ,
avoit eſté envoyé d'abord pour donner avis à Sa Maje- ſté du gain de la Bataille. Je vous parlerois encor de ce Marquis , ſi i'eſtois moins preſſé de finir. Il a du cœur,
le gouſt bon, &une delicateſſe d'eſprit qui ne donne iamais dans le faux brillant dont tant
de monde ſe laiſſe ébloüir.
Monfieur le Chevalier de
Nantouïllet a fait voir autant de cœur qu'il y a d'eſ- prit. Il a toute la reconnoif- ſance imaginable des bontez que Monfieur a pour luy. Il eſt de la Famillede feu Monſieur, le Cardinal de Prat ,
Chancelier de France...
Monfieur de Purnon , pre- mier Maiſtre d'Hoſtel de
198 LE MERCURE Monfieur , & Frere de mon- >
ſieur deTracy , s'eſt pareille- ment fignalé , & quoy que ſa charge ne l'engageât point àſe trouver àla Bataille , il a
voulu eſſuyer les meſmes pe
rils que fon Maiſtre. Monfieur de Merille en a fait autantfans
y eſtre obligé par ſa Charge.
On ne doit pas s'en eſtonner,
on ſçait avec quel zele il fert Monfieur, &combien SonAlteſſe Royale le confidere. Il le merte , & c'eſt un veritable:
honneſte homme.
Monfieur le Chevalier de
Lauſieres , Enſeigne des Gar- des deMonfieur, de la Maiſon
deThemines,adonnédes mar- ques d'une grande valeur , &
d'une grande conduite. Il a
rallié pluſieurs fois les Suiſſes.
GALANT. 159
-
Je croy, Madame , que l'on peut aſſeurer apres cela que la Cour de Monfieur n'eſt compoſée que de gens de merite,
de cœur&d'eſprit.Parlons encor de quelques autres.
Monfieur le Chevalier d'Eſtoge Sous - Lieutenant des Gensd'armes Anglois a eu le bras caffe , & pluſieurs autres coups. Il a donné des marques d'une grande valeur.
Monfieur le Marquis de Barrieres , qui s'estoit diſtingué àValenciennes, s'eſt auffi
fort diftingué dans ce combat.
Monfieur le Marquis de Li- vourne qui commandoit les Gensd'armes Ecoffois , dont
Monfieur le Mareſchal de
Schomberg estoit autrefois
160 LE MERCURE
Colonel , a eu deux chevaux
tuez ſous luy , & il n'a pas te.
nu à fon courage qu'il n'ait eſtétué ouprifonnier , s'eſtant meſlé pluſieurs fois parmy les Ennemis. Le bruit de ſa valeur
donnera en meſme tempsde la
joye & de la crainte à mon -
ſieur le Marquis de Pianeſſe ſon Pere , qui dans les fon -
ctions de Ministre de Savoye,
s'eſt rendu fi illustre par ſa
grande fageſſe , par la fidelité qu'il a gardée envers ſes Maiſtres , & par la prudence avec laquelle il a toûjours fait exe- cuter leurs ordres. Sa pieté qui l'a deſtaché de toutes les choſes du monde, le fait vivre pre- ſentement dans la Retraite
d'où leurs Alteſſes Royales l'ont retiré pluſieurs fois pour
د
GALAN T. 16г
1
recevoir ſesConſeils dans leurs plus preſſfantes affaires. C'eſt dans cetteRetraitequ'il a com- poſe ce beau Livre de l'in -
ſtruction Chreſtienne , que le Pere Bouhours Jeſuite a fi
bien traduit en noſtre Lan -
gue. Monfieur le Marquis de Livourne ſon Fils , eſt Chevalier de l'Ordre de Savoye :
il poſſede tout ce que les Let- tres peuvent fournir pour en- richir un eſprit : ſa prudence,
ſa ſageſſe &ſon habileté qui répondent parfaitement à ſa naiſſance , luy ont ſuſcité des ennemis dans ſon païs , qui l'ont forcé àchercher en France un azile que ſon merite luy a bien toſt fait obtenir &
qui luy a donné des occa -
ſions qu'il n'auroit peut eſtre
د
162 LE MERCURE
pas trouvées ailleurs , de faire
voir qu'il n'eſt pas moins propre pour la guerre , que pour les emplois Politiques MonfieurdeRouvrayd'Ar- guency , Lieutenant de la Venerie , &Sous Lieutenant aux
Gardes dans la Colonelle , a
eſté tué en donnant des marquesde ſa valeur.
Monfieurle Marquis de Laré
Meſtre de Campdu Regiment de Conty,a chaſſé les ennemis d'un Poſte qui leur eſtoit fort
avantageux.
Ie ne vous parle point des morts , des bleſſez , &des pri- fonniers qui ſont dans la liſte qui en a eſté donnée au pu- blic; ils ſont imprimez , &cela fuffit.
En
à la journéede Caſſel, puis que ie n'en puis trouver la fin , &
que
GALANT. 145
- que ie n'ay pas encore com- mencé à parlerde ceux qui s'y ſont ſignalez ; les voicy.
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B
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Je ne vous dis rien deMeſſieurs les Maréchaux qui ont commandé les Aifles ; vous
avez veu ce qu'ils ont fait ,
dans ceque j'ay tiré des plus fidelles Relations. LesGeneraux ſont l'ame des Armées ,
ceſont eux qui les font mou- voir, &quandune Bataille eſt
gagnée , on peut aſſurer qu'ils y ontbeaucoup contribué.
Je vous parlerois de Monſicurle Chevalierde Lorraine,
ſi ie pouvois vous dire tous les endroits par leſquels ie ſçay qu'il a parr au ſuccésdela me- morable journée de Caſſel ; il ya fait paroiſtre cette même valeur que la Hollande & la
Tome 2. G
146 LE MERCURE Comté ontadmiréeavecétonnement , encor qu'elle fuſt oc cupée contre leurs Places , &
on ne devoit pas moins atten- dre du zele qu'ila pour le Roy
&pour la gloire de S. A. R. Monfieur le Prince de Soubiſe a montréune ſi grande vigilance , que les ennemis qui pouvoient tenter de ſon coſté
le paſſage du ſecours qu'ils vouloient jetter dans S.Omer,
n'oferent iamais l'entrepren- dre. Ileſt de la maiſon de Rohan.Tout le mõde en connoit
la grandeur& l'antiquité , &il
ſuffitdecenompour faireconnoiſtre qu'apres nos Maiſtres
&ceux de leur Sang , Mon- ſieur de Soubile ne voit prefque rien audeſſusdeluy.Lafa- geffe de courage,&la civilitéde
semoT
:
GALANT. 147
i
cePrince,ne le font pas moins confiderer que fa bonne mit ZDE DELAY
ne,donton neſe taiſt pas paryon
my le beau Sexe.
☐ Monfieur le Comtedu Plea
fis-Praflin a forcé les ennemis
en pluſieurs, endroits. Son
nom fait connoiſtre la glo- rieuſe Race dont il eſt ſorty.
La valeur qui l'accompagne dans toutes les occafions de
guerreoù il ſe trouve,&la ma- niere dont il conduit les troupesquiſontſous fontcomman- dement,font voir qu'il eſt le digneSangdeces grands Marê- chaux de France qui ſe ſont ſignalez en tant d'occaſions celebres , & particulierement
de feu Monfieur le Marefchal du Pleſfis fon Pere. Ses grandes actions ne font ignoGij
148 LE MERCURE
rées de perſonne , & l'on oublîrajamais le fameux Siegede Rozes,nyla Bataille deRhetel,
qui rétablit les affaires deFran- ce , que la guerre Civile avoit miſes endeſordre.
Modela Cardoniere a fait
desactions ſurprenantes,&fon jugement & fa preſenced'ef- prit n'ont pas moins contribué augainde laBataille, que fon grand courage ; il a paffé par tous les emplois de la Guerre,
ſans que ſes bleſſures l'ayent iamais empêché de ſe trouver dans les occafions les plusha- zardeuſes , où ſa valeur & fa
prudence ſe ſont toûjours é- galement ſignalées. Il a fou- vent ſervy à r'allier des trou- pes en defordre , & à faire paſſer la Victoire du coſté
E GALANT. 149
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où il s'eſt rencontre. ) いよ
Monfieur d'Albret a pouffé les ennemis avec une vigueur incroyable , & les a chaffez d'un Poſte où ils eſtoient en
beaucoup plus grand nombre.
Il eſt FilsdeMonfieurde Pont,
Aiſné de la maiſon d'Albret ,
&Neveu &Gendre du fea
Maréchal de ce nom , dont la valeur, la fidelité, &la fermeté
dansles occafions où il a fallu foûtenir les intereſts du Roy
&de la Reyne Mere, ont paru avec éclat.Monfieur d'Albret
dont ie parle icy marche ſur ſes traces; il eſt bien fait , il a
del'eſprit , de la bonne mine ,
&un air noble qui perfuadeai- ſément qu'il est né des Heros
decenomquiont portéautre- fois la Couronne de Navarre.
Giij
150 LE MERCURE
Tout ce qu'il a fait depuis la plus grande jeuneſſe , répond à la grandeur de ſa naiſſance.
::On ne peut aller chercher
les ennemis avec plus d'ardeur
que fit M. le Chevalier de Sourdis. Il paffa des premiers le ruiſſeau qui ſeparoitles deux Armées , &il afervy pendant tout le combat avec une activité ſans pareille. Il a ſouvent
receu desOrdresdeMonfieur,
quele feu des ennemis ne luy a'point empêché de porter. Il
eſt fils de M. le marquis de
Sourdis Chevalier des Ordres
du Roy, &Gouverneurd'Or- leans &d'Amboiſe , petit ne- veu de feu M. le Cardinal de
Sourdise& de M. l'Archeveſquende Bordeaux , fi fameux pour avoir commandé les Ar111
GALANT. ISI
mées du Roy ſur la Mer pen- dantpluſieurs Campagnes ſous le regne de Loüis XIII. Il a
- commencé de bonne heure à
faire voir la valeur d'un ſoldat
déterminé, ſoûtenuëd'une fort
grande ſageſſe,&il ne fautpas s'eſtonner ſi ayant autant d'in.
telligence qu'il en a au meſtier de la Guerre , on l'y a veu en peu de temps honoré des plus - grands emplois.
1 Monfieur de Revel, frerede
Monfieur deBroglio, s'eſt auf- fi fort diftingué. Il eſt d'une Famille toute pleinede cœur ,
&il a toûjours fait des actions dignes de fa naiſſance, &de la valeur de ſes Peres.
Monfieur le ChevalierFourbin, &M.le marquis de Jauvel- le, ont cõbatu avec une valeur
:
Giiij
152 LE MERCURE extraordinaire ; mais ils n'ont
pas ſeulement payé de leur perſonne, puis que leur exem- ple a inſpiré aux Mouſquetai- res les actions qu'ils ontfaites ;
Il eſt ſans doute fort ſurpre- nant que tous botez & l'épée à la main ſeulement , ils ayent attaqué & défait les Bataillons
heriſſez de piques.
La vigilance de Monfieur de Tracy a beaucoup contribué au gain de la Bataille. Voicy cequel'on ditde luy dans une Relation. Monsieur de Tracy amena leſecours de Cambrayavec une telle diligence, que sur l'avis qu'il eut àBethune où ildevoitfe- journer,queM.estoit àlaveillede donner une Bataille, ilfitfaire en- cor buit lieues à l'Infanterie qu'il conduiſoit , &la fit marcherau
:
GALANT... 153 clairdela lune. C'eſt un fort
ancien Officier , & qui paffe pour un tres honneſte hom- me; il eſt toutcouvertdecoups;
il a donné des marques de ſon courage dés le premier Siege de Condé , où il eut une jam- becaffée; il receut au Siege de Tournay uncoupdans la teſte quiluy fracaſſoit la bouche; il a eſté Major General de l'Armée pendant cinq ans ſousM.
le Prince en Hollande, & fous
M.deTurenne en Allemagne;
il a eſté bleſſé legerement au
Siege de Valenciennes,& s'eſt ſignalé à la Bataille de Caffel.
Il eſt Onclede madame laPre
ſidente de Neſmond.
Onne peutdonner plus de marques d'intrepidité qu'a fait
Monfieur de Longueval qui
154 LE MERCURE commande les Dragons Dau- phins; ila paſſé le premier le ruiſſeau qui eſtoit entre les ennemis &nos troupes , àla tête de trois mille Dragons. Le Sieur de Leſtelle , ſon marefchal des Logis , receut quatre coups en cette occafion , dont il eſt mort. Monfieur de Lon
gueval , quoy que tres-jeune encor , eft tres ancien dans le
ſervice; il eſt fort aimé de м.
le Prince, qui a ſouvent dit du
biende luy , pour l'avoir veu
combattre à la Bataille de Se
nef. Le Roy luydonna il y a
deuxansleRegimentdes Dra- gons Dauphins, &le prefera à
tous ceux qui le demandoient.
L'année derniere il fut détaché pour donner fur l'Arriere,
gardé du Prince d'Orange , ce
GALANT.
市
155 qu'il fit avec beaucoup de vi- gaeur. Il fut enveloppé par un tres grand nombred'ennemis;
Monfieur de Montal qui eſtoit deſſusune hauteur,s'en apper-- = ceut, &luy ayantenvoyé ordre de ſe retirer,il fut témoin dela
plus judicieuſe Retraite &de la plus belle action que l'on puiffe faire , puis qu'avec tres.
peu de gens ildéfit une partie
des Efcadrons dont il eſtoit
environné.
Je vous aydéja parlé decé qu'a faitMonfieur dePleuvauls:
maiſtre de la garderobe de
Monfieur. Il eſtoit Capitaine de chevaux - legers pendant le Siege d'Arras ; & fa Compagnie eſtant dans la Place ,
il s'y fut jetter avec beaucoup de courage, quoyque mõſieur
:
356 LE MERCURE de Turenne luy en eût repreſenté ledanger. Il ſe diſtingua fort tant que dura ce Siege, &
s'acquit beaucoup de gloire à
celuy de maſtric , où il receut un coup de mouſquet, en fai- ſant faire un logement ſur la contreſcarpe. Cettte action fut
belle,mais ie n'ay pas le temps de vous ladécrire.
Monfieur le Chevalier de
Tauriac , Ayde de Camp de Monfieur , a r'allié dix fois les
Gensd'armes. Monfieurle маrêchal d'Humieres rendit témoignage de ſa valeur à S. A. R. qui le choiſit pour rendre compte au Roy des particu- laritez de la Bataille , & pour luyporterquaranteDrapeaux,
&treize Etendards.
Monfieur le marquis d'e ffiat,
GALANT. 157
comme ie vous ay déia dit ,
avoit eſté envoyé d'abord pour donner avis à Sa Maje- ſté du gain de la Bataille. Je vous parlerois encor de ce Marquis , ſi i'eſtois moins preſſé de finir. Il a du cœur,
le gouſt bon, &une delicateſſe d'eſprit qui ne donne iamais dans le faux brillant dont tant
de monde ſe laiſſe ébloüir.
Monfieur le Chevalier de
Nantouïllet a fait voir autant de cœur qu'il y a d'eſ- prit. Il a toute la reconnoif- ſance imaginable des bontez que Monfieur a pour luy. Il eſt de la Famillede feu Monſieur, le Cardinal de Prat ,
Chancelier de France...
Monfieur de Purnon , pre- mier Maiſtre d'Hoſtel de
198 LE MERCURE Monfieur , & Frere de mon- >
ſieur deTracy , s'eſt pareille- ment fignalé , & quoy que ſa charge ne l'engageât point àſe trouver àla Bataille , il a
voulu eſſuyer les meſmes pe
rils que fon Maiſtre. Monfieur de Merille en a fait autantfans
y eſtre obligé par ſa Charge.
On ne doit pas s'en eſtonner,
on ſçait avec quel zele il fert Monfieur, &combien SonAlteſſe Royale le confidere. Il le merte , & c'eſt un veritable:
honneſte homme.
Monfieur le Chevalier de
Lauſieres , Enſeigne des Gar- des deMonfieur, de la Maiſon
deThemines,adonnédes mar- ques d'une grande valeur , &
d'une grande conduite. Il a
rallié pluſieurs fois les Suiſſes.
GALANT. 159
-
Je croy, Madame , que l'on peut aſſeurer apres cela que la Cour de Monfieur n'eſt compoſée que de gens de merite,
de cœur&d'eſprit.Parlons encor de quelques autres.
Monfieur le Chevalier d'Eſtoge Sous - Lieutenant des Gensd'armes Anglois a eu le bras caffe , & pluſieurs autres coups. Il a donné des marques d'une grande valeur.
Monfieur le Marquis de Barrieres , qui s'estoit diſtingué àValenciennes, s'eſt auffi
fort diftingué dans ce combat.
Monfieur le Marquis de Li- vourne qui commandoit les Gensd'armes Ecoffois , dont
Monfieur le Mareſchal de
Schomberg estoit autrefois
160 LE MERCURE
Colonel , a eu deux chevaux
tuez ſous luy , & il n'a pas te.
nu à fon courage qu'il n'ait eſtétué ouprifonnier , s'eſtant meſlé pluſieurs fois parmy les Ennemis. Le bruit de ſa valeur
donnera en meſme tempsde la
joye & de la crainte à mon -
ſieur le Marquis de Pianeſſe ſon Pere , qui dans les fon -
ctions de Ministre de Savoye,
s'eſt rendu fi illustre par ſa
grande fageſſe , par la fidelité qu'il a gardée envers ſes Maiſtres , & par la prudence avec laquelle il a toûjours fait exe- cuter leurs ordres. Sa pieté qui l'a deſtaché de toutes les choſes du monde, le fait vivre pre- ſentement dans la Retraite
d'où leurs Alteſſes Royales l'ont retiré pluſieurs fois pour
د
GALAN T. 16г
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recevoir ſesConſeils dans leurs plus preſſfantes affaires. C'eſt dans cetteRetraitequ'il a com- poſe ce beau Livre de l'in -
ſtruction Chreſtienne , que le Pere Bouhours Jeſuite a fi
bien traduit en noſtre Lan -
gue. Monfieur le Marquis de Livourne ſon Fils , eſt Chevalier de l'Ordre de Savoye :
il poſſede tout ce que les Let- tres peuvent fournir pour en- richir un eſprit : ſa prudence,
ſa ſageſſe &ſon habileté qui répondent parfaitement à ſa naiſſance , luy ont ſuſcité des ennemis dans ſon païs , qui l'ont forcé àchercher en France un azile que ſon merite luy a bien toſt fait obtenir &
qui luy a donné des occa -
ſions qu'il n'auroit peut eſtre
د
162 LE MERCURE
pas trouvées ailleurs , de faire
voir qu'il n'eſt pas moins propre pour la guerre , que pour les emplois Politiques MonfieurdeRouvrayd'Ar- guency , Lieutenant de la Venerie , &Sous Lieutenant aux
Gardes dans la Colonelle , a
eſté tué en donnant des marquesde ſa valeur.
Monfieurle Marquis de Laré
Meſtre de Campdu Regiment de Conty,a chaſſé les ennemis d'un Poſte qui leur eſtoit fort
avantageux.
Ie ne vous parle point des morts , des bleſſez , &des pri- fonniers qui ſont dans la liſte qui en a eſté donnée au pu- blic; ils ſont imprimez , &cela fuffit.
En
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Résumé : Noms et Eloges de tous ceux qui se sont signalez à la Bataille de Cassel. [titre d'après la table]
La bataille de Cassel est décrite comme une 'mémorable journée' par l'auteur, mettant en lumière le courage et la valeur de plusieurs généraux et officiers. Les maréchaux et généraux sont particulièrement salués pour leur rôle crucial dans la victoire. Parmi les officiers distingués, on trouve le Chevalier de Lorraine, le Prince de Soubise, le Comte du Pleufis-Praslin, Modèle Cardonnière, le Marquis d'Albret, le Chevalier de Sourdis, le Chevalier de Revel, le Chevalier Fourbin, le Marquis de Jauvelle, le Marquis de Tracy, le Marquis de Longueval, le Chevalier de Tauriac, le Marquis d'Effiat, le Chevalier de Nantouillet, le Chevalier de Purnon, le Chevalier de Merille, le Chevalier de Lausieres, le Chevalier d'Estoge, le Marquis de Barrières, le Marquis de Livourne, et le Marquis de Laré. Le Marquis de Livourne, fils du Marquis de Pianesse, est particulièrement noté pour sa valeur et sa prudence. Le texte mentionne brièvement les morts, blessés et prisonniers sans les détailler.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 19-29
« Monsieur le Chevalier de la Guette a combattu avec beaucoup [...] »
Début :
Monsieur le Chevalier de la Guette a combattu avec beaucoup [...]
Mots clefs :
Régiment, Gardes, Marquis, Ennemis, Lieutenant, Blessures , Sang
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monsieur le Chevalier de la Guette a combattu avec beaucoup [...] »
onfieur le Chevalier de
la Guette a combattu avec
beaucoup de vigueur ; mais ayant eu un Cheval tué fous luy , il ne put s'empécher de tomber entre les mains des
Ennemis.
GALANT.. 15 La famille de Monfieur le
د
&
Marquis de Villarceaux vous
eft connuë. Son grand Pere étoit Conſeiller d'Etat
Monfieur le Marquis de Villarceaux ſon Pere a toûjours paffé pour brave , galant &
bienfait. Il fert encore le Roy dans la Venerie, &celuydont
je vous parle a la ſurvivance de cette Charge. Il eſt auſſi Sous - Lieutenant des Chevaux Legers Dauphins ,&a
étébleſſéàleur tête , en donnant des marques defon courage.
Monfieur de RefugeCapi- taine auxGardes,eſt Neveudu
Conſeiller dela GrandCham
bre qui porte le même nom,&
dont la probité eſt ſi connue.. Monfieur deRefuge fon Pere
2
LE MERCURE
a êté Lieutenant General en
Italie ſous le Prince Thomas,
qui connoiſſant font grand merite, ſouhaita de l'avoir aupres de luy, Monfieur le Mar- quis de Refuge fon Frere a
beaucoup d'eſprit &de cœur.
Il ſçait parfaitemet bien l'Hi- ſtoire. Il eſtoit à Maſtrik avec.
ſon Regiment , lors qu'il fut aſſiegé par Monfieur le Prince d'Orange. Il y fit connoître de quelle Famille il eſtoit. LeCa- pitaine aux Gardes dont j'ay commencé à vous parler , a
fait voir dans cette derniere
occafion ainſi qu'enbeaucoup d'autres qu'il eſt digne du Nomqu'il porte. On ne peut avoir plus de merite qu'en a Madame de Refuge icur,
Mere , ce qui ſe connoîtpars
GALANT. 17 f'eſtime particuliere , &la
forte amitié que pluſieurs grandes Princeſſes ont pour elle.
Monfieur de Fourrille eſt
Fils du Lieutenant Colonel
des Gardes. Il n'a pas moins
de delicateſſe d'eſprit , que de
veritable valeur , & l'on ne
ſçauroit douter de la fatisfaEtion que le Roy a reçeuë de ſes ſervices , puis qu'il luy a
donné la Charge de Capitai- ne aux Gardes qu'avoit Monfieur de la Boiffiere.
Monfieur de Genlis , quoy
que jeune encor , eſt Colo- nel du Regiment de la Cou- ronne. On a veu mourirtrois
de ſes Freres à la teſte de ce
Regiment ; mais les Gens de cœur loin d'apprehender la
18 LE MERCURE
mort , portent ſouvent envie à ceux qui la trouvent au Lit d'honneur. Il eſt Neveu de
Monfieur le Marquis de Gen- lis, Lieutenant General.
Monfieur le Marquis d'Are- fur-Tille , Fils aîné de Monfieur le Comte de Tavanes,
eſt d'unedes plus Illuſtres Fa- milles de Bourgogne. On a
veu des Maréchaux de France dans ſa Maiſon, &il n'a pas été bleſſe ſans vendre bien
cher aux Ennemis le peu de ſang qu'il a répandu.
On a peu connu de Gens plus intrépides que Monfieur de Moiſſac CornetedesMoufquetaires blancs. Il avoit don- né en Candie des marques d'une grande valeur,& s'étoit fignalé dans le Regiment des
GALANT. 19
Gardes dont il eſtoit Officier,
avant que Sa Majesté eût reconnu ſes ſervices, en le faiſant Cornete des Mouſque- taires. Il entra le ſecond dans
Valenciennes , & apres avoir pouſse les Ennemis à la Ba- taille de Caffel,combatant à la
teſte des Mouſquetaires , il a
eſté tué en remontant à che
val.
Monfieur le Comte de Carſe , Fils aîné de Monfieur le
Marquis deGordes , eſt mort à Ypres , des bleſſures qu'il
avoit reçeuës à la méme Bataille. Il eſt de la Maiſon de
Simiannes , qui eſt une des
plus confiderables de Provence , & fon Grand Pere eſtoit
Capitaine des Gardes du
Corps ſous Louis XIII. On
20 LE MERCURE
ne peut avoir plus d'eſprit qu'en avoit ce Comte , quoy qu'il ne fût âgé que de vinge
&deux ans ; & nous avons
admiré de tres - beaux Ouvrages auſquels il avoit beaucoup
de part.
Monfieur de Creil , Capitaine aux Gardes , meri- te bien de trouver ſa place icy. Les Ennemis ayant fon- du ſur ſon Bataillon qu'ils mirent d'abord en defordre ,
il le rallia avec beaucoup de courage , & le mit plu- fieurs fois en eſtat de les foûtenir.
J'oubliois à vous parler de Monfieur de la Tournelle,Capitaine au Regiment Royal des Vaiſſeaux , qui fut bleſſé
en allant dire au Comman
GALAN Τ. 21
dant du Bataillon qu'il falloit attaquer les trois des Enne- mis qu'il avoit en teſte. Ce fut la premiere action du Combat , ce Bataillon de
quatre cens Hommes ayant paſſe le premier le Ruiſſeau,
&rompu ſur une hauteurles trois Bataillons qu'il eſtoit allé chercher. Monfieur de la
Tournelle s'eſt ſignalé depuis dix-sept ans en toutes les occafions où ſon Regiment a
eſté employé. Il fut bleſſfé à
Bouchain & il l'avoit eſté auparavant à Senef, où il merita d'être diftingué par Monfieur le Prince.
la Guette a combattu avec
beaucoup de vigueur ; mais ayant eu un Cheval tué fous luy , il ne put s'empécher de tomber entre les mains des
Ennemis.
GALANT.. 15 La famille de Monfieur le
د
&
Marquis de Villarceaux vous
eft connuë. Son grand Pere étoit Conſeiller d'Etat
Monfieur le Marquis de Villarceaux ſon Pere a toûjours paffé pour brave , galant &
bienfait. Il fert encore le Roy dans la Venerie, &celuydont
je vous parle a la ſurvivance de cette Charge. Il eſt auſſi Sous - Lieutenant des Chevaux Legers Dauphins ,&a
étébleſſéàleur tête , en donnant des marques defon courage.
Monfieur de RefugeCapi- taine auxGardes,eſt Neveudu
Conſeiller dela GrandCham
bre qui porte le même nom,&
dont la probité eſt ſi connue.. Monfieur deRefuge fon Pere
2
LE MERCURE
a êté Lieutenant General en
Italie ſous le Prince Thomas,
qui connoiſſant font grand merite, ſouhaita de l'avoir aupres de luy, Monfieur le Mar- quis de Refuge fon Frere a
beaucoup d'eſprit &de cœur.
Il ſçait parfaitemet bien l'Hi- ſtoire. Il eſtoit à Maſtrik avec.
ſon Regiment , lors qu'il fut aſſiegé par Monfieur le Prince d'Orange. Il y fit connoître de quelle Famille il eſtoit. LeCa- pitaine aux Gardes dont j'ay commencé à vous parler , a
fait voir dans cette derniere
occafion ainſi qu'enbeaucoup d'autres qu'il eſt digne du Nomqu'il porte. On ne peut avoir plus de merite qu'en a Madame de Refuge icur,
Mere , ce qui ſe connoîtpars
GALANT. 17 f'eſtime particuliere , &la
forte amitié que pluſieurs grandes Princeſſes ont pour elle.
Monfieur de Fourrille eſt
Fils du Lieutenant Colonel
des Gardes. Il n'a pas moins
de delicateſſe d'eſprit , que de
veritable valeur , & l'on ne
ſçauroit douter de la fatisfaEtion que le Roy a reçeuë de ſes ſervices , puis qu'il luy a
donné la Charge de Capitai- ne aux Gardes qu'avoit Monfieur de la Boiffiere.
Monfieur de Genlis , quoy
que jeune encor , eſt Colo- nel du Regiment de la Cou- ronne. On a veu mourirtrois
de ſes Freres à la teſte de ce
Regiment ; mais les Gens de cœur loin d'apprehender la
18 LE MERCURE
mort , portent ſouvent envie à ceux qui la trouvent au Lit d'honneur. Il eſt Neveu de
Monfieur le Marquis de Gen- lis, Lieutenant General.
Monfieur le Marquis d'Are- fur-Tille , Fils aîné de Monfieur le Comte de Tavanes,
eſt d'unedes plus Illuſtres Fa- milles de Bourgogne. On a
veu des Maréchaux de France dans ſa Maiſon, &il n'a pas été bleſſe ſans vendre bien
cher aux Ennemis le peu de ſang qu'il a répandu.
On a peu connu de Gens plus intrépides que Monfieur de Moiſſac CornetedesMoufquetaires blancs. Il avoit don- né en Candie des marques d'une grande valeur,& s'étoit fignalé dans le Regiment des
GALANT. 19
Gardes dont il eſtoit Officier,
avant que Sa Majesté eût reconnu ſes ſervices, en le faiſant Cornete des Mouſque- taires. Il entra le ſecond dans
Valenciennes , & apres avoir pouſse les Ennemis à la Ba- taille de Caffel,combatant à la
teſte des Mouſquetaires , il a
eſté tué en remontant à che
val.
Monfieur le Comte de Carſe , Fils aîné de Monfieur le
Marquis deGordes , eſt mort à Ypres , des bleſſures qu'il
avoit reçeuës à la méme Bataille. Il eſt de la Maiſon de
Simiannes , qui eſt une des
plus confiderables de Provence , & fon Grand Pere eſtoit
Capitaine des Gardes du
Corps ſous Louis XIII. On
20 LE MERCURE
ne peut avoir plus d'eſprit qu'en avoit ce Comte , quoy qu'il ne fût âgé que de vinge
&deux ans ; & nous avons
admiré de tres - beaux Ouvrages auſquels il avoit beaucoup
de part.
Monfieur de Creil , Capitaine aux Gardes , meri- te bien de trouver ſa place icy. Les Ennemis ayant fon- du ſur ſon Bataillon qu'ils mirent d'abord en defordre ,
il le rallia avec beaucoup de courage , & le mit plu- fieurs fois en eſtat de les foûtenir.
J'oubliois à vous parler de Monfieur de la Tournelle,Capitaine au Regiment Royal des Vaiſſeaux , qui fut bleſſé
en allant dire au Comman
GALAN Τ. 21
dant du Bataillon qu'il falloit attaquer les trois des Enne- mis qu'il avoit en teſte. Ce fut la premiere action du Combat , ce Bataillon de
quatre cens Hommes ayant paſſe le premier le Ruiſſeau,
&rompu ſur une hauteurles trois Bataillons qu'il eſtoit allé chercher. Monfieur de la
Tournelle s'eſt ſignalé depuis dix-sept ans en toutes les occafions où ſon Regiment a
eſté employé. Il fut bleſſfé à
Bouchain & il l'avoit eſté auparavant à Senef, où il merita d'être diftingué par Monfieur le Prince.
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Résumé : « Monsieur le Chevalier de la Guette a combattu avec beaucoup [...] »
Le texte décrit les exploits militaires de plusieurs nobles français. Le Chevalier de la Guette a combattu avec bravoure mais a été capturé après que son cheval fut tué. La famille du Marquis de Villarceaux est renommée. Son père est célèbre pour son courage et ses bienfaits, et il sert le roi dans la vénerie. Le Marquis de Refuge, capitaine aux Gardes, provient d'une famille de haute probité. Son père a servi en Italie sous le Prince Thomas, et son frère est connu pour son esprit et son cœur. Le Marquis de Refuge a démontré son courage lors du siège de Mastrik. Madame de Refuge, sa mère, est respectée pour son mérite et son amitié avec plusieurs princesses. Monsieur de Fourrille, fils du lieutenant-colonel des Gardes, est apprécié pour sa délicatesse et sa valeur, et a reçu la charge de capitaine aux Gardes. Monsieur de Genlis, colonel du régiment de la Couronne, a vu trois de ses frères mourir au combat. Le Marquis d'Arrefur-Tille, issu d'une illustre famille de Bourgogne, a été blessé en vendant chèrement sa vie. Monsieur de Moissac, cornet des mousquetaires blancs, s'est distingué en Candie et a été tué lors de la bataille de Cassel. Le Comte de Carse, fils du Marquis de Gordes, est mort à Ypres des blessures reçues au combat. Il était connu pour son esprit malgré son jeune âge. Monsieur de Creil, capitaine aux Gardes, a rallié son bataillon avec courage face aux ennemis. Enfin, Monsieur de la Tournelle, capitaine au régiment Royal des Vaisseaux, s'est signalé lors de nombreuses actions, notamment à Bouchain et Senef.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 82-96
« Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...] »
Début :
Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...]
Mots clefs :
Ennemis, Lignes, Roi, Tranchée, Nuit, Marquis de Brosses, Femmes de qualité, Trêve, Cambrai
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texteReconnaissance textuelle : « Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...] »
Pendant qu'on travailloit
aux Lignes,les Ennemis firent
62 LE MERCURE
une Sortie, mais ils furent re- pouſſez juſques à la Paliſſade par Monfieur Roze Brigadier de Cavalerie, qui fut bleſſé en cette occaſion d'un coup de Mouſquet à la cuiffe.
Le Roy vifitoit & preſſoit
fans ceſſe les Travaux,&apres
qu'on eut achevé les Lignes de circonvalation & de contrevalation , qui furent faites
par les Païſans de Picardie ,
il ordonna l'ouverture de la
Tranchée. Elle ſe fit la nuit
du 29 au 30de Mars ; Sa Ma- jeſté y demeura long-temps ,
& fit avancer le Travail. Le
feu des Ennemis fut mediocre,&leurCanon ne tiraque lematin.
Lanuit du 30 au 31.
Les Ennemis firent grand feu. On avança beaucoup le
GALANT. 63
Travail , on ne perdit ny Sol- dats , ny Officiers. Monfieur
de la Salle le Fils Officier aux
Gardes fut bleſſé.
Lanuit du 31 au i d'Avril.
On avança beaucoup. Les Ennemis firent grand feu de Grenades , & furent fort incommodez par nôtre Canon.
Lanuitdu au 2 d'Avril.
On fit un Logement fur la Contreſcarpe ; mais la droite commandée parMon- ſieur le Mareſchal de la
Feüillade , & par Monfieur le
Comted'Auvergne , pouſſa ſi avant , qu'elle força la Demy- lune &la partie droite del'Ou- vrage couronné. On ne jugea pas à propos d'y demeurer ,
parce qu'on craignoit les Mi- nes. Monfieur le Marquis de
64 LE MERCURE Tilladet qui commandoit à la gauche , planta des Piquets pour faire fon Logement ;
mais on ſe contenta de ſe retrancher ſur la Contreſcarpe ,
comme il avoit eſté réſolu. Les
Ennemis montrerent quelque vigueur , tuerent &bleſſerent quelques- uns des nôtres , &
furent encore plus vigoureu- ſement repouſſez . On leur prir un Capitaine & un Officier ,
avec quatorze Soldats : le re- ſte ſe ſauva par des Capon- nieres..
Lanuit du 2 au 3
Trois coups de Canon fer- virent de Signal pour atta- quer deux Demy-lunes entre la Citadelle & un Château
qu'on emporta. Sur les onze
heures du matin on attacha le
GALAN T. 65 Mineur. Monfieur le Marquis de Broſſes fût bleſſé en allant
le voir attacher , & les Affiegez ceſſerent de tirer. Pluſieurs Lettres marquent une circonſtance que je n'oſerois affurer , mais que je croy pou- voir vous écrire. Elles diſfent
que Monfieur le Comte d'Au- vergne fit cequin'eſtoit point
encore arrivé à la Guerre,qu'il batit luy-même la Chamade ,
voyant que la conſternation
des Ennemis les empeſchoit de ſonger à ce qu'ils devoient faire , & que fi-tôt qu'ils parurent ſur les Remparts , il leur dit , Qu'il estoit temps qu'ils Songeaſſent au Salut de
la Ville , puis que le Mineur y estant attaché on la force- roit , & qu'ils devoient craindre
66 LE MERCURE
Enqu'on ne la traitât plus impitoyablement que Valenciennes , ſi
elle estoitpriſepar affaut. On en- tra en Negociation , & l'on conclut une Tréve qui dura
vingtquatre heures. Il y eut plufieurs conteftations,les nemis pretendans demeurer maiſtres d'un grand Baſtion qui les voyoit à revers &qui donnoit ſur toute leur eſpla- nade.Mais cet Article ne peut eſtre décidé en leur faveur ,
parce que c'eſtoit un Baſtion dela Ville , &que tout ce qui en dépendoit devoit demeurer au Roy.
Il y eut encore une autre
conteſtation , & le GouverneurdemandaquelesFemmes deQualité fortiffent, auffi-bien
que celles des petits Officiers
GALANT. 67
&des Soldats avec un Paffeport , &qu'elles fuſſent conduites à Mons avec leurBaga- ge.Le Roy répondit qu'il donコ
neroit aux Femmes de Quali- té un Quartier tel qu'elles
voudroientdans la Ville, avec
une Garde ſuffiſante pour leur ſeureté;mais que pour les autres qu'on faiſoit monter au
nombre de douze cens , elles
pouvoient entrer dans la Ci- tadelle,auſſi bien que les Blef- fez. Il y a des Lettres qui aſſu- rent que Sa Majesté permit à
huit Femmes de conſidérationde ſe retirer à Mons. Les
Ennemis eurent deux jours entiers pour ſonger à leurs af
S faires , ils s'en ſervirent pour tirer de la Ville tout ce qui pouvoit eſtre utile à leur de- fence , & le conduire dans la
68 LE MERCURE
و
Citadelle. Le Gouverneur ordonna à tous les Cavaliers de
tuer leurs Chevaux,&de n'en
reſerver que dix par Compag- nie. Les Cavaliers ne purent
s'y réſoudre &l'Executeur
de la Haute Juſtice eut ordre
de faire cette grande Execu- tion , apres laquelle quatre
mille Hommes commandez
par de bons Officiers , fans
comter les Officiers Reformez , tous réſolus de ſe bien
defendre &de tenir au moins
trois mois , entrerent dans la
Citadelle , ayant abandonné à
la clemence du Roy douze
cens Femmes de leur Garniſon ; ce qui donna lieu à l'Avanture ſuivante.
Une de nos Vedettes fe
trouvant pendant la Tréve
GALANT. 69 fi pres de celle des Ennemis ,
qu'il ne leur eſtoit pas diffici- le de s'entre-parler , le Fran- çois dit à l'Eſpagnol , Qu'il neſcavoit ce qu'il alloit faire , de s'enfermer dans la Citadelle puis
qu'on n'y avoit pas voulû rece- voir leurs femmes , & que les Francois estant maistres de la Ville , il trouveroit àfon retour qu'on y auroit bien fait des af- faires. L'Eſpagnol entra en de fi grandes appréhenſions ,
qu'ayant jetté ſon Mouſquet,
il ſe rendit aux nôtres , & ne
voulut point entrer dans la Citadelle.
Le Greffier de la Ville , &
le Prevoſt de la Cathedrale,ſe
rendirent aupres de Monfieur
de S. Poüange , & en ayant
70 LE MERCURE reçeu la Capitulation parla- quelle les Habitans ſeroient traittez comme ceux
de Lile , & le Clergé comme celuy de Tournay , la Tréve eſtant expirée, on livra le cin- quiéme du mois , cinq heures apres midy , une Porte à nos Troupes , leſquelles ſe ſaiſi- rent de tous les Poſtes àmefure que les Ennemis les aban- donnoient pour ſe retirer dans
la Citadelle.
La vigilance, les fatigues &
f'intrépidité du Roy , ne ſe peuvent exprimer. Il fut à la Tranchée deux heures apres qu'elle fût ouverte, & s'avan- ça luy quatriéme juſqu'à la te- ſte du Travail. Quelquesjours auparavant un Boulet de Ca- non avoit paſſé aupres du
GALANT
. 71
e
es3S
Sieur de Givry
, Ecuyer de la petite Ecurie , qui n'eſtoit pas loin de Sa Majeſté.
Le Roy ne fut pas plûtôt maître de Cambray , que le Prevoſt de la Cathedrale , qui eſt réputation d'un Homme d'eſprit,vint de la part de tout le Clergé, prier Sa Majefto DE
d'entrer dans la Ville,ce quel
le ne fit qu'apres la priſe de la Citadelle.
aux Lignes,les Ennemis firent
62 LE MERCURE
une Sortie, mais ils furent re- pouſſez juſques à la Paliſſade par Monfieur Roze Brigadier de Cavalerie, qui fut bleſſé en cette occaſion d'un coup de Mouſquet à la cuiffe.
Le Roy vifitoit & preſſoit
fans ceſſe les Travaux,&apres
qu'on eut achevé les Lignes de circonvalation & de contrevalation , qui furent faites
par les Païſans de Picardie ,
il ordonna l'ouverture de la
Tranchée. Elle ſe fit la nuit
du 29 au 30de Mars ; Sa Ma- jeſté y demeura long-temps ,
& fit avancer le Travail. Le
feu des Ennemis fut mediocre,&leurCanon ne tiraque lematin.
Lanuit du 30 au 31.
Les Ennemis firent grand feu. On avança beaucoup le
GALANT. 63
Travail , on ne perdit ny Sol- dats , ny Officiers. Monfieur
de la Salle le Fils Officier aux
Gardes fut bleſſé.
Lanuit du 31 au i d'Avril.
On avança beaucoup. Les Ennemis firent grand feu de Grenades , & furent fort incommodez par nôtre Canon.
Lanuitdu au 2 d'Avril.
On fit un Logement fur la Contreſcarpe ; mais la droite commandée parMon- ſieur le Mareſchal de la
Feüillade , & par Monfieur le
Comted'Auvergne , pouſſa ſi avant , qu'elle força la Demy- lune &la partie droite del'Ou- vrage couronné. On ne jugea pas à propos d'y demeurer ,
parce qu'on craignoit les Mi- nes. Monfieur le Marquis de
64 LE MERCURE Tilladet qui commandoit à la gauche , planta des Piquets pour faire fon Logement ;
mais on ſe contenta de ſe retrancher ſur la Contreſcarpe ,
comme il avoit eſté réſolu. Les
Ennemis montrerent quelque vigueur , tuerent &bleſſerent quelques- uns des nôtres , &
furent encore plus vigoureu- ſement repouſſez . On leur prir un Capitaine & un Officier ,
avec quatorze Soldats : le re- ſte ſe ſauva par des Capon- nieres..
Lanuit du 2 au 3
Trois coups de Canon fer- virent de Signal pour atta- quer deux Demy-lunes entre la Citadelle & un Château
qu'on emporta. Sur les onze
heures du matin on attacha le
GALAN T. 65 Mineur. Monfieur le Marquis de Broſſes fût bleſſé en allant
le voir attacher , & les Affiegez ceſſerent de tirer. Pluſieurs Lettres marquent une circonſtance que je n'oſerois affurer , mais que je croy pou- voir vous écrire. Elles diſfent
que Monfieur le Comte d'Au- vergne fit cequin'eſtoit point
encore arrivé à la Guerre,qu'il batit luy-même la Chamade ,
voyant que la conſternation
des Ennemis les empeſchoit de ſonger à ce qu'ils devoient faire , & que fi-tôt qu'ils parurent ſur les Remparts , il leur dit , Qu'il estoit temps qu'ils Songeaſſent au Salut de
la Ville , puis que le Mineur y estant attaché on la force- roit , & qu'ils devoient craindre
66 LE MERCURE
Enqu'on ne la traitât plus impitoyablement que Valenciennes , ſi
elle estoitpriſepar affaut. On en- tra en Negociation , & l'on conclut une Tréve qui dura
vingtquatre heures. Il y eut plufieurs conteftations,les nemis pretendans demeurer maiſtres d'un grand Baſtion qui les voyoit à revers &qui donnoit ſur toute leur eſpla- nade.Mais cet Article ne peut eſtre décidé en leur faveur ,
parce que c'eſtoit un Baſtion dela Ville , &que tout ce qui en dépendoit devoit demeurer au Roy.
Il y eut encore une autre
conteſtation , & le GouverneurdemandaquelesFemmes deQualité fortiffent, auffi-bien
que celles des petits Officiers
GALANT. 67
&des Soldats avec un Paffeport , &qu'elles fuſſent conduites à Mons avec leurBaga- ge.Le Roy répondit qu'il donコ
neroit aux Femmes de Quali- té un Quartier tel qu'elles
voudroientdans la Ville, avec
une Garde ſuffiſante pour leur ſeureté;mais que pour les autres qu'on faiſoit monter au
nombre de douze cens , elles
pouvoient entrer dans la Ci- tadelle,auſſi bien que les Blef- fez. Il y a des Lettres qui aſſu- rent que Sa Majesté permit à
huit Femmes de conſidérationde ſe retirer à Mons. Les
Ennemis eurent deux jours entiers pour ſonger à leurs af
S faires , ils s'en ſervirent pour tirer de la Ville tout ce qui pouvoit eſtre utile à leur de- fence , & le conduire dans la
68 LE MERCURE
و
Citadelle. Le Gouverneur ordonna à tous les Cavaliers de
tuer leurs Chevaux,&de n'en
reſerver que dix par Compag- nie. Les Cavaliers ne purent
s'y réſoudre &l'Executeur
de la Haute Juſtice eut ordre
de faire cette grande Execu- tion , apres laquelle quatre
mille Hommes commandez
par de bons Officiers , fans
comter les Officiers Reformez , tous réſolus de ſe bien
defendre &de tenir au moins
trois mois , entrerent dans la
Citadelle , ayant abandonné à
la clemence du Roy douze
cens Femmes de leur Garniſon ; ce qui donna lieu à l'Avanture ſuivante.
Une de nos Vedettes fe
trouvant pendant la Tréve
GALANT. 69 fi pres de celle des Ennemis ,
qu'il ne leur eſtoit pas diffici- le de s'entre-parler , le Fran- çois dit à l'Eſpagnol , Qu'il neſcavoit ce qu'il alloit faire , de s'enfermer dans la Citadelle puis
qu'on n'y avoit pas voulû rece- voir leurs femmes , & que les Francois estant maistres de la Ville , il trouveroit àfon retour qu'on y auroit bien fait des af- faires. L'Eſpagnol entra en de fi grandes appréhenſions ,
qu'ayant jetté ſon Mouſquet,
il ſe rendit aux nôtres , & ne
voulut point entrer dans la Citadelle.
Le Greffier de la Ville , &
le Prevoſt de la Cathedrale,ſe
rendirent aupres de Monfieur
de S. Poüange , & en ayant
70 LE MERCURE reçeu la Capitulation parla- quelle les Habitans ſeroient traittez comme ceux
de Lile , & le Clergé comme celuy de Tournay , la Tréve eſtant expirée, on livra le cin- quiéme du mois , cinq heures apres midy , une Porte à nos Troupes , leſquelles ſe ſaiſi- rent de tous les Poſtes àmefure que les Ennemis les aban- donnoient pour ſe retirer dans
la Citadelle.
La vigilance, les fatigues &
f'intrépidité du Roy , ne ſe peuvent exprimer. Il fut à la Tranchée deux heures apres qu'elle fût ouverte, & s'avan- ça luy quatriéme juſqu'à la te- ſte du Travail. Quelquesjours auparavant un Boulet de Ca- non avoit paſſé aupres du
GALANT
. 71
e
es3S
Sieur de Givry
, Ecuyer de la petite Ecurie , qui n'eſtoit pas loin de Sa Majeſté.
Le Roy ne fut pas plûtôt maître de Cambray , que le Prevoſt de la Cathedrale , qui eſt réputation d'un Homme d'eſprit,vint de la part de tout le Clergé, prier Sa Majefto DE
d'entrer dans la Ville,ce quel
le ne fit qu'apres la priſe de la Citadelle.
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Résumé : « Pendant qu'on travailloit aux Lignes, les Ennemis firent une [...] »
Le texte relate les événements militaires autour de la ville de Cambrai. Pendant les travaux de fortification, les ennemis tentèrent une sortie mais furent repoussés par Monsieur Roze, qui fut blessé. Le roi supervisa les travaux, notamment l'achèvement des lignes de circonvalation et de contrevalation construites par les paysans de Picardie. Il ordonna l'ouverture de la tranchée la nuit du 29 au 30 mars, malgré le feu ennemi, sans pertes significatives. Les nuits suivantes, les attaques ennemies s'intensifièrent, mais les troupes françaises progressèrent, subissant quelques blessures. La nuit du 2 au 3 avril, des coups de canon signalèrent l'attaque de deux demi-lunes, et le marquis de Brosses fut blessé. Après que le comte d'Auvergne eut battu la chamade, les ennemis engagèrent des négociations, craignant un assaut similaire à celui de Valenciennes. Une trêve de vingt-quatre heures fut conclue, mais des contestations surgirent concernant la possession d'un bastion. Le gouverneur demanda la sortie des femmes de qualité, à quoi le roi répondit en offrant un quartier sûr dans la ville. Les ennemis utilisèrent les deux jours de trêve pour transférer des provisions dans la citadelle et ordonnèrent l'abattage des chevaux. Quatre mille hommes se préparèrent à défendre la citadelle. Un soldat espagnol déserta après avoir parlé avec une vedette française. Après l'expiration de la trêve, les troupes françaises entrèrent dans la ville. Le clergé et les habitants se rendirent, obtenant des conditions de traitement similaires à celles de Lille et de Tournai. Le roi, connu pour sa vigilance et son intrépidité, fut présent sur le terrain malgré les dangers. Après la prise de Cambrai, le prévost de la cathédrale demanda au roi d'entrer dans la ville, ce qu'il fit après la prise de la citadelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 128-184
La nuit du 5 au 6 d'Avril
Début :
Le Roy fit ouvrir la Tranchée à l'Esplanade de la [...]
Mots clefs :
Ennemis, Bastion, Citadelle, Travaux, Camp, Tranchée, Nuit, Contrescarpe, Régiment, Gardes, Capitaines, Canon, Fossé, Officiers espagnols, Soldats, Assiégés, Attaque, Morts, Majesté, Cambrai
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texteReconnaissance textuelle : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Lanuit du 5 au 6 d'Auril.
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
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LE MERCURE N
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
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La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
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ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
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d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
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chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
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la
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A
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garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
د
de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
e
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e
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1
n
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S
D
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veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
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!
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a
-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
THE
Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
Le Roy fit ouvrir la Tran- chée à l'Eſplanade de la Cita- delle,&commencer une Attaque par dehors. On ne fit cette nuit quegabionner les ave- nuës des Ruës,&'pouffer quel- ques ſapes : on fit auſſi un petit Logement àdroit & à gauche au bout des deux Ruës qui a- boutiſſoient à l'Eſplanade. La meſme Trachéequi avoitdéja
ſervy
4
LY!
LE MERCURE N
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me
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de
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1-
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ſervy pour l'attaque de la Vil- le,fut encore pouſſée dehors à
la gauche contre la Citadelle.
Lanuit du 6au7
VAN
Les Suiſſes travaillerent toute la nuitdans la Ville à pouf- ſer leurs Logemens. Les Ennemis firent une Sortie,&vin- rent juſques à l'endroit où Monfieur de Vigny prenoit
ſes meſures pour loger ſes Mortiers. Comme il ſe vitau
milieu d'eux, il les ſuivit avec
beaucoup de preſence d'eſprit juſques àleur Contreſcarpe ,
ou apres qu'ils ſe furent reti- rez,il ſe coula le longdela muraille du rampart de la Ville.
Les Suiſſes le prirent pour un Rédu,&il fut coduit aux Offciers,qui le recõnurēt d'abord.
On pouffa cette nuit-là les
Tome 3 .
E
DEL
100 LE MERCURE
Travaux fort pres du Glacis de la Contreſcarpe. Les Affie- gez firent deux Sorties : ils pouſſerent quelques Travailleurs que lesOfficiers remenerent auſſi-tôt. Deux de nos
Batteries ſe trouverent le matin en état de tirer,quoy que pluſieursde nos Travailleurs euſſentété tuez par le Canon des Ennemis qui étoit monté
fur des Cavaliers fort élevez,
&qui découvroit tout ce qui
ſe paſſoit dans la Plaine. Il tua MonfieurChamants,Commif- fairedel'Artillerie qui étoit en grande reputation,&emporta le bras d'un autre,dõt la force
du coup fit tõber le Chapeau,
qu'il ramaſſa froidement.Monſieur de Sautour Lieutenant
aux Gardes qui alloit viſiter
GALANT. JOI
S
80
a
e
les Travaux, &venoit à cheval du Camp,eu ce mémejour les deux bras emportez d'un |. coup de Canondontil mourut trois heures apres. Monfieurle Comte d'Auvergne courut auſſi grand hazard de la vie,
un Bouletayant emporté un Gabionderrierelequel il étoit.
Il fut couvert de pierres &de terre, il eut une contufion à la
teſte,quelques égratignuresau viſage;&la fiévre l'ayant pris,
leRoyluy fit donnerſa Litiere pour le conduire à la plus pro- chaine Ville.
S
0
e
6
1
Lanuit du 7 au 8
La Tranchée du côté de la
Ville fut pouffée par les Gar- des à quarante pas de la Con- treſcarpe. Monfieur deCati- nal quien eſt Major General,
E ij
102 MERCURE.
ordonna à Monfieur de Beau
regard , & à Monfieurd'An- glure Capitaines au méme Corps , de prendre douze ou quinze de leurs meilleurs Sol- dats,avec un bon Sergentpour ſoûtenir leurs Sapeurs.Les En- nemis ſortirent au nombre de
trente ou quarante du côté de Monfieur le Marquis d'An- glure. Le Sergent détaché avec ce petit nombre de Sol- dats les attendit , & leur fit
unedécharge ſi à propos, qu'il enjetta pluſieurs par terre, les autres ſe retirerent dans leurs
Paliſſades . Ils tenterent la méme choſe à la gauche , & ils eurent un pareil ſuccés. On fitunLogement ſur le Baſtion attaché à la Ville. On dreſſa
lematin une Baterie de huic
pieces de Canon au Loge-
GALANT. 103 ment qu'on avoit fait ſur le méme Baſtion de l'attaque de la Ville. On mit en état la Baterie des Mortiers. M.de Megnac , Commiſſaire de l'Artillerie, fut tué.
Lanuit du 8 au 9 :
On acheva la communicationde toutes les Sapes ; la Tranchée du côté de l'Eſpla- nade fut avancée auſſi-bien
que celle qui eſt du côté de la
Campagne. L'on pratiqua deux Bateries , l'une ſur le Baſtion du Moulin à la gauche de l'attaque de la Ville , de dix
pieces de Canoſous M.Tibergeau&l'autre ſur leBaſtionde
Sainte Barbe, de ſept pieces à
ladroite vers la Portede France ſous M. d'Alinville. On
ne pouvoit pas mieux pofter E iij
104 LE MERCURE deux Bateries ; celle de Monſieur Tibergeau découvroit toute la Porte &le Pont de la
Citadelle à la Ville,avec toute
la face duBaſtion neuf ; & la
Baterie de Monfieur d'Alinville voyoit l'autre face du Ba- ſtion neuf, & celle du Baſtion
qui regarde la Porte du Se- cours.Al'Attaque de Picardie hors de la Ville,on avança une aurre Baterie qui démonta une
partieduCanondes Ennemis.
UnedenosBombes étant tombéedans la Citadelle ſur un
tas deGrenades,le feu s'y prit &fit un grand fracas ; celles que les Ennemis jetterent étoient ſi petites & fi foibles,
qu'entombant elles ſe caſſoiét fur le pavé. Les Afliegez ne craignoient rien tant que de
E
3
コ
2
GALANT. Iτος certains Manequins remplis de pierres de toutes groſſeurs,
que l'on met dans des Mor- tiers faits expres , & qui font plus longs que les autres : ces pierres s'écartent en l'air , &
briſent en tombant tout ce
qu'elles rencontrent ; les blef- fures en font dangereuſes , &
la gangrene s'y met bien toUE DELAVIZ
La nuit du 9 au 10 YON
On fit trois Bateries,ontra- vailla dans le Foffé pour s'ap
procher de la pointe du Ba- ſtion de la Place. Monfieur Faucher Ingenieur,allant viſi- ter les Sapes où les Ennemis jettoient une infinité de Gre- nades , reçent un coup de
Mouſquer dans la teſte. On acheva la communication de
la droite à lagauche entre les E iiij
106 LE MERCURE
deux Tranchées qui embraf- ſent deux Baſtions exterieurs
de la Placequi n'en a que qua -
tre. On auroit pû faire la dé- cente du Foffe ; mais comme
tout y étoit plein de Caponie- res &de Fourneaux , le Roy voulut ménager ſon monde.
Sa Majesté vit jetter des Bom- bes&des Carcaſſes , elles mirentle feu dans un Magaſin de Bois de la Citadelle qui fut conſommé ; ce qui obligea les Ennemis à ſe retirer dans leurs
Cazemates. Monfieur le Tillier Commiſſaire de l'Artillerie fut tué l'apreſdînée.
Le dixième au matin,M. le
Duc de Villeroy revenant de
la Tranchée, &s'en allant au
Camp par la Porte de Nôtre- Dame,dont le chemin étoit
battu de quelques Pieces de
GALANT. 107
S
2
la Citadelle que nôtre Canon
n'avoit pû démonter, on dit à
Monfieur le Marquis de Renel , qui étoit avec Monfieur
le Marquis d'Arcy, que Mon- ſieurle Duc de Villeroy ve- noit derriere luy; il fe retour- na pour aller au devant , &
voyant en méme temps mettre le feu au Canon il dit, Voilaqui estpour nous , & le Boulet luydonna auſſi- tôt dans le
milieudu corps.
Lanuit du 10 AU II .
Orpouſſa les Sapes à ladroi- te,&l'on fit des communications : les Affſiegez ſortirent à
la gauche & firent plier nos Travailleurs ; mais Meſſieurs
lesMarquis deTilladet &d'U- xelles les raſſureret & repouf- ferét les Enemis. Améme teps Ev
1
108 LE MERCURE
Meſſieurs de Chapereux &de Courtevin , Capitaines déta- chez de Picardie, prirent une grande Demy- lune reveſtuë &tres-bien cazematée , avec
des creneaux à trois gueules qui defendoient le Foffe , &
deux grandes Caponieres.Nos Soldats étant entrez dans les
Cazemates avec beaucoup de
vigueur, furent fort incommo- dez du feu qui s'y mit par le moyen des Poudres que les Ennemis y avoient laiſſées,&
dont ils avoient fait des traínées. Onfit un Logementàla gorge de la Demy - lune qui venoit d'être priſe , & l'on dreſſa deux Bateries à l'attaque gauche pour batre une Demy-lune du corps de la Citadelle.
GALANT. 109
C
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La nuit du II au 12 1
LeRoyayant réſolu de faire attaquertoute la Contreſcarpe du côté de l'Eſplanade , &de faire faire un Logement ſur le bordduFoſſé à lagauche hors de la Ville,les Suiſſes monterentlaTranchée,&l'on fit des
Détachemens de deux cens
Hommes des Gardes Françoi.
ſes du Regiment du Roy , du Regiment Dauphin , de ce- luy de Picardie , & de celuy des Fuſeliers. Les Capitaines détachez des Gardes étoient
M. d'Avezan, qui devoit être foûtenu par M. le Chevalier de Mirabeau en cas debeſoin.
M. le Chevalier de Tilladet
étoit le Mareſchal de Camp de jour; il y avoit un Brigadier à
la gauche.Monfieurle Prince
110 LE MERCURE
d'Elbeufétoit Ayde de Camp du Roy. L'ordre étoit donné
pour minuit , & on étoit con- venu qu'au dernier coup de Canon des huit que la Baterie de Tibergeau devoit tirer, on feroit connoître par un Vive le Roy à ceuxdes autres Atta- ques, que nous étions maîtres de la Contreſcarpe. Pluſieurs voulurent eſtre de la partie comme Volontaires , & entr'autres Monfieur le Marquis d'Anglure , qui montra autant d'impatience enatten- dant le Signal , que s'il n'euſt pas déja eu toute la réputation qu'il a ſi juſtement meritée.
Les autres étoient Monfieur
le Chevalier de Courtenay,
Monfieur le Marquis de Ma- loſe Neveu de Monfieur le
GALANT. III
Mareſchal de Lorge , Mr. le Vicomte de Maux petit - Fils
de M. le Duc d'Orval , M. le
Vicomte de Corbeil Fils de
M. le Comte de Bregy , M. le Chevalier de Feuquieres ,
Monfieur le Comte de la
Vauguyon , Monfieur le Jay Fils de M. le Preſident le Jay,
Monfieurle Chevalier d'Arnoul, & Meſſieurs Boiſy , de Rouvray,de Vauroüy,Parfait,
Goulon,Tilly,Asfeld Suedois,
&pluſieurs autres. Le Roy étoit vers la Porte de Peronne
qui devoit voir l'Attaque. Le dernier coupde Canon ayant tiré,on marcha dans un grand filéce juſques à la Contreſcar- pe. Ony fut à peine arrivé,que les Soldats firent un grand cry de Vive le Roy , & un grand
112 LE MERCURE
feu de Mouſquets & de cer- taines Machines de verre pleines de poudre , qui ne man- quent jamais de s'alumer en les jettant. On força tout ce qu'on rencontra , & l'on mar- cha en faiſant toûjours un fort grand feu juſques à une gue- rite du Rempart de la Ville qui aboutit ſur le Foſſé de la Citadelle. Les Ennemis qui n'oſoient lever la teſte ſur
leursBastions,nyſurleur cour.
tine, laifferent à nos Travailleurs tout le temps d'avancer leur Travail fans beaucoup de riſque. Les Affiegezſe conten- toient de jetter des Grenades qui tomboient difficilement
dans le chemin couvert,à cauſede la largeur du Foſſé. Ils s'apperçeurent de leur pen
GALANT. 113
ב
2
.
i
d'effet , &voyant que le feu des nôtres qui avoit déjaduré trois heures ſe ralentiſſoit par
le manquement de munitions,
par la laſſitude des Soldats , &
par la chaleur des Mouſquets qui commençoient à s'échauf.
fer beaucoup,ils firent de leur courtine &de la face de leur
Baſtion un feude Mouſquete- rie ſi grand juſques au jour,
qu'on ne ſçauroit s'imaginer qu'avecpeine comment le Lo- gement put être achevé. Il le fut cependant; mais on yper- dit du monde , & Meſſieurs les Chevaliers de Courtenay
S &d'Arnoul furent bleſſez,
auſſi- bien que Meſſieurs de
Rouvray, le Jay , Boify , Vau- roüy,Parfait, & le Fils de M. le Colonel Lokman. Il y eut un
Sous - Lieutenant de Catinal
114 LE MERCURE tué. Le Roy dit qu'il n'avois jamais veu un ſi grand feu.
Le douziéme pendant le jour on fit un trou à coups de Canon à la face du Baſtion, à
la gauche de la Ville, pour lo- ger le Mineur.
Lanuit du 12 au 13
On travailla à faire la communication des Attaques du côté de celle des Gardes. A
la gauche on fit une Baterie dansle Foffé de la Ville qui bâtit la muraille qui le ſepare d'avecceluy de la Citadelle,&
qui devoit foûtenir le Mineur qu'on avoit attaché à la face du Baſtio oppoſé à celuy de la Ville. Cette Baterie étoit ſoûtenuë par un Détachement des Grenadiers àcheval de la
MaiſonduRoy,tousGensd'é
GALANT. IJ
ELAV
VIL
lite , cõmandez par Monfieur Riotot. Le Mineur travailla
avec toute la diligéce poſſible,
&il avoit preſque tout diſpo- ſé , quandles ennemis qui en eurétquelque ſoupço,envoie- rent la nuit un Colonel Eſpa- gnol nomé Couvaruvias pour reconnoître ce qui ſe paffoit dans le Foffé . Son Bonnet fut emporté d'une moufquetade.
Lanuit du 13 au 14
Onélargit les Logemens &les Places d'armes àlattaque droite. On travailla à cinq Bate- ries à la gauche,& l'on fut oc- cupé à faire en deux endroits
la Defcente dans le Foffé , &
àdreſſer un Logement pour le Mineur , avec une Bateric
de quatre pieces. Le feu des ennemis fut fort grand pen- dant toute la nuit.
a
a
116 LE MERCEUR
Le 14. au matin.
Les Bateries pourbatre leBaſtion dela gauche, &cellesdu Foſſé pour favoriſet le Mi- neur,tirerent ſur les neufheures , & fur les dix on attaqua
hors de la Ville une Demy-lunedeterre à la gaucheduBa- ſtion . L'impatiéce de ceux qui étoient deſtinez pour l'atta- quer fut fi grande qu'ils ne purent attendre l'heure qui avoit été marquée. CetteDemy-lune fut auſſi-toſt empor- tée, quoy qu'elle fûr revêtuë par la gorge.On prit quelques Ennemis avec un Officier.
Monfieur Parifot Ingenieur étoit de jour, il avoit eu ordre de faire travailler à un Logement au milieu de la Demy- lune , & même au delà s'il
GALANT. 117
d
iétoit poſſible, afin qu'on pûc y
mettre plus de monde, &que les nôtres en fuſſent entierement maîtres.c'étoit un moye
תב d'éviter les Fourneaux qui sot
U
U
ordinairement aux angles où l'on a accoûtumé de faire les
a- Logemens. On fit avancer les travailleurs avecleurs gabios,
facines &autres outils.Ils trat vaillerent pendat trois quarts
U
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d'heures à la faveur d'un fort
grand feu de nos Gens déta1
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chez,&de celuy qu'on faiſoit denosTravaux: cependat les Ennemis jetterent quatité de Grenades , & réſolurent de
nous chaffer. Un Regimet Il- ladois,avecpluſieurs Officiers Eſpagnols , fut comandé pour cela. Ils firent joüer un Fourneau ſur la gorge de la De-
118 LE MERCURE
my- lune ; pour s'en faciliter l'entrée , &parurent ſur leurs Baſtions & fur leur Courtine,
enfaiſant un feu extraordinaire. Il fut fi violent,que nos Soldats qui n'étoient plus en état de leur répondre par un auſſi grand , à caufede celuy qu'ils avoient déja fait , fu- rent obligez de ſe retirer , le Logement n'ayant pû être achevé Les Affiegez deſcen- dirent pour ruïner la teſte de nos Travaux ; mais Monfieur
le Duc de Villeroy ſoûtint leur premier effort , & les obligea de rentrer , de forte qu'ils ſe contenterent de re- prendre ce qu'ils avoient per- du. Meſſieurs d'Eronville ,
Dort Neveu de Monfieur de
Feuquieres , &Parifot Inge-
GALANT. 119
S
Di
1
nieur , furent bleſſez. Monſieur le Duc de Villeroy ſe tint toûjours dans un Poſte avancé , où il eſſuya pendant quatreheures le feu des En- nemis avec une fermeté inébranlable , Monfieur de Rubantel donna des marques d'une grande intrepidité , &
ſe tint dans la Demy - lune tantqu'on la put garder. Mon- ſieur le Marquis d'Uxelles y
donna des marques de fon courage & de ſa conduite.Les autres qui ſe ſignalerent , furent Monfieur le Marquis de Dangeau &Monfieur leMar- quis de Palaiſeau,Fils de Mõ- fieur le Maréchal de Clerambault, M.le Chevalier de Brevron - d'Harcour , Meſſieurs
les Vicomtes de Meaux &de
120 LE MERCURE
Corbeil , Monfieur des Crochets Capitaine au Regiment Dauphin; Meſſieurs d'agicour,
Goulon Ingénieur , &Affeld Suedois. Pluſieurs autres ſediſtinguerent encor ; je vous les feray connoiſtre quand j'en auray appris les noms. Les En- nemis firent une perte confi- dérable,&l'on n'en peutdou- ter , puis qu'ils demanderent eux meſmes une tréve pour retirer leurs Morts. Elle commença à deux heures apres midy, &dura une demy-heu- ge, ou trois quarts-d'heure.
On leur apprit pendant ce temps , que les trois Déchar- ges que nous avions faites ily
avoit deux jours , eſtoient en réjoüiſſance de la Victoire que Monfieur avoit renportée ſur
GALANT. 121
コ
10
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Hi
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le Prince d'Orange. Monfieur le Ducde Villeroy & Mon- ſieur le Marquis de Dangeau,
curent un entretien avec le
Colonel Couvaruvias qui eftoit ſur le Baſtion ſous lequel le Mineur eſtoit attaché , &
Monfieurle Duc de Villeroy ne fit point de dificulté deluy enmontrer le trou.
Lanuit du 14 au 15 A l'Attaque de la droite ,
on fit un Logement à la gorge
de la Demy-lunequi couvre la Porte de la Citadelle. Ala
gauche , on travailla à unLo- gement de la Contreſcarpe d'une Demy-lune. Onne per- dit qu'un Homecette nuit-là.
Lanuit duis au 16 Onſe rendit maiſtre de la
Demy- lune que les Ennemis
YOU
122 GALANT.
avoient repriſe ; & tous ceux
qui la gardoient furent pris ou tuez. Monfieur la Magno Ca- pitaine au Regimét Dauphin fut bleffé ,&l'on pratiqua un Logement à lapointe. Ala droite on plaça trois Bateries àl'angle de la face du Baſtion neuf. Elles furent dreſſées par l'ordre de Monfieur du Mets,
&par les ſoins de Monfieur
d'Alinville , & firent un ſi ef- froyable feu , &une bréche ſi conſidérable,queles Ennemis furent contrains de retirer leur Canon en arriere,dans
la crainte qu'ils eurent que le Baſtion contre lequel ces Ba- teries donnoient ,
ne s'éboulaſt , &n'entrainaſt leur Artilleriedans les Foſſé. Ils avancerēt des Chevauxde friſe pour garder
GALANT. 123
X
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la
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A
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F
garder leur Bréche.
Le 16
Le Mineur étant attaché
au Baſtion neuf, &la Mine en
état de faire ſon effet , on fit
dire au Gouverneur que le Roy avoit bien voulu qu'il fût averty de l'état des choſes;
qu'il devoitſe rendre,puis que le Canon avoit déja fait une bréche aſſez grade pourmon- ter à l'Affaut , &que la Mine
étoit preſte à joüer ; que s'il s'opiniatroit davantage , Sa Majeſté auroit le déplaiſir de ſe voir contrainte à le forcer
par les armes; qu'ayant donné aſſez de marques de valeur &
dereſiſtance,il nedevoit point refuſer'la Compoſition qu'Elle étoit preſte à luy donner;
qu'Elle offroitde faire voir à
Tome 3 .
F
124 LE MERCURE ceux qu'il luy voudroit envo- yer , que les choſes eſtoient enlamanierequ'on les diſoit;
&que ſi apres cela il s'obſtinoit à ſe defendre , il ne de- voit point eſperer d'autre par- tyqueceluydeſe rendre àdif- cretio. LeGouverneur répõdit à cela , apres avoir tenu Con- ſeil , qu'il eſtoit bien obligé à
la bonté du Roy ; mais qu'il croyoit qu'eſtant le plus ge- néreux Prince du monde ; il
ne ſeroit pas fâchéqu'il fiſtſon devoir, puisqu'enſe défendat bien , la conqueſte en ſeroit plus glorieuſe pour les ar- mes de Sa Majesté,que cepen.
dant il oſoit l'aſſurer quil ne ſe voyoit pas encor en état de pouvoirétre ſi -tôt réduit àré- dre la Place,puis que quandle
GALANT. 125
コー
Hie
ar
if
di
n
Baſtion où eſtoit attaché le
Mineur , ſeroit ſauté , il luy reſtoit trois Baſtions qu'ildé- fendroit comme autant deCitadelles. Le Gouverneur apres cette réponce , régala & fit boiredu Vind'Eſpagne à ceux qui l'eſtoient venu ſommer.
Le Roy commanda auſſitoſt qu'on relevaſt la Tranchée,&
qu'on retiraſt les Bateries &
il
1
2
1
lesCorps deGarde qui eſtoiết proche des Fourneaux
peur qu'ils n'en fuſſent endo- magez. On mit en ſuite le feu à la Mine , qui fit tout l'effet
que l'on pouvoit ſouhaiter ,
mais fans beaucoup de bruit ,
ayant fait en éboulant une bréche au Baſtion depuis le hautjuſques au bas , que l'on élargit encore avec le Canon.
د
de
Fij
126 LE MERCURE
Monfieur le Maréchal de la
Feüillade qui commandoit les
Attaques le jour que la Mine joüa, ne voulant point hazar- derun Affaut ſans eſtre aſſuré
ſi les Ennemis étoient retranchez dans la gorgedu Baſtion,
refolut d'en faire reconnoître
l'état.ll demanda au Major des Gardes àqui des Lieutenans c'étoit à marcher ; & ayant ſçeu que c'étoit à Monfieur de Boiſſelau , il adjoûta que c'é- toit ſon Homme, & qu'on le fiſt venir. Il luy commandade monter fur le haut duBaſtion
pour reconnoître ſi les Enne- mis étoient retranchez , &
voir leur contenance , luy
donna trente Grenadiers des
Gardes pour le ſoûtenir , &
le fit accompagner du Ne-
GALAN Τ. 127
10
e
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e
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1
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S
D
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veu de Monfieur de Vauban,
&de Monfieur Goulon Inge- nieurs, afin qu'ils puſſent tous enſemble rendre un fidelle
rapport de l'état des Ennemis.
Monfieur de Boiſſelau ſe mit
à la teſte de ces Gens détachez avec M. Solus SousLieutenant aux Gardes , &
M.des Crochets Capitaine du Regiment Dauphin. Le che- min étoit fi difficile,& la terre
ſi molle,que ce ne fut pas ſans beaucoup de peine qu'ils mõ- terent ſur le Baſtion.Ils apper.
çeurent un petit Retranche- ment àdix pas d'eux , où il y
avoit cinquate Grenadiers des
Ennemis qui leur firent un
S tres-grad feu, qui n'empeſcha pourtat pas qu'ils n'examinaf- fent chacunde leur coſté ce
Fiij
128 LE MERCURE
qu'il y avoit à remarquer.
Monfieur de Boiffel'au commanda aux trente Grenadiers
qu'il avoit avec luy de jetter leurs Grenades dans le Loge- mentdes Ennemis : ils étoient
retranchez à la gorge de leur Baſtion, &avoient un Parapet fort élevé au deſſus du petit Retranchement où étoient
leurs Grenadiers. Ils firent un
feu continuel de mouſquete- rie,& jetterent une ſi grande quantité de Grenades, que le Neveu de Monfieur de Vauban fut tué auffi-bien que
ququelques Soldats. Mõſieur des Crochets fut bleſſé , &M. de Boiſſelau eut un coup de Gre- nade ſur l'épaule ,qui alla fai- re fon effet plus loin ſans le bleſſer. Monfieur le Maréchal de la Feüillade attendoit
GALANT. 119
S
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!
コ
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-
-
au pied de la Bréche ; mais voyantque Monfieur de Boif- ſelauqui étoit monté deſſus ,
y avoit demeuré pres d'un quart d'heure ſans luy venir faire fon rapport , il luy en- voyadire deux fois dedeſcen- dre.Il executa cet ordre,ayant fait retirer devant luy les Morts & les Bleſſez. Il rendit compte à Monfieur de la Feüillade de l'état des Ennemis& de leurs Retranchemens , & ce Maréchal le fut rendre en ſuite à Sa Majeſté.
Lanuit du 16au 17.
On n'entreprit rien
Le17
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Onfitdans lademy-lunere
veſtuë,un Logement tout du longde la facedroite, afin d'y poſter des Gens pour faire Fiiij
130 LE MERCURE feu ſur la Bréche. On dreſſa
une Baterie à Mortiers dans
cette méme Demy- lune , &
aubas de la Bréche, une autre
Baterie pour tirer des pierres.
Nôtre Canon fit une bréche
de plus de quarante pas au Baſtionde la droite ; mais il ſe
trouva une muraille derriere.
On crût queles Ennemis vouloient fouffrir un Aſſaut, mais
ils ne l'attendirent pas , &ju- geant bien qu'ils pouvoient étre forcez , puis que trente Hommes avoient pû monter furleur Baſtion , le Gouverneur qui ne donnoit plus ſes
ordres que dans une Cazemate, & à la clarté d'une Bougie,
fit batre la Chamade. On courut en porter la Nouvelle au Roy.Il étoit à la Meſſe,&il en4
GALANT. 131 tendit dire que le feu avoit pris à ſon Quartier , & qu'on battoit la Chamade , ſans donner aucune marque qu'il eût rien entendu que la Meſſe ne fût achevée. On donna des
Oſtages de part &d'autre , &
la Negotiation dura deux heures. Les Ennemis envoye- rent le Comte de Tilly Goa
neral de leur Cavalerie , le
Colonel Couvaruvas Eſpa- gnol, & le Colonel Buis,pour traiter des Articles de la Capitulation. Ils en propoſerent quelques-uns, &ſe remiréten- fin entieremét à lageneroſité du Roy , ſans rien exiger que ce qu'il luy plairoit de leur ac- corder. Cette foûmiſſion leur
fut avantageuſe,puis qu'il leur fut permis de faire fortir leur Infanterie par la
2
Fv
132 LE MERCURE
pour
Breche , Tambour battant ,
*Meſche allumée par les deux bouts , Enſeignes déployées ,
&leur Cavalerie en ordre de
Gens de Guerre par la Porte du Secours pour être conduits
àBruxelles , avec deux pieces
de Canon, deux Mortiers , &
cinquante Chariots porter ceux de leurs Malades qui pouvoient étre tranſpor- rez. Le Roy leur promit de plus d'établir un Hôpital pour ceux qu'ils ne pouroient emmener, &qu'il donneroit per- miſſion à quelques-uns de leurs Officiers d'en venir
prendre ſoin , &de demeurer
dans la Ville. Le Gouverneur
nommé Dom pedro de Sava- lafortit àlaqueuë deſa Cava- lerie , couchédans ſon Carof-
GALANT.
133
a
S
ſeparce qu'il avoit été bleſſé.
LeRoyluydit quelques paro- les obligeantes ſur ſes bleſſu- res ; à quoy il répondit.Ah,Sa- crée Majesté , qu'un rencontre comme celuy-cy m'auroitfaitfai- re de folies dans un âge moins avancée! Mais graces àl'expe- rience de quelques années , j'ay bien connu le Prince à qui nous
avions àfaire , & trouvé qu'il valoit mieuxfubir le joug de bonne grace , que de prodiguer inu- tilement le fang des Nôtres par uneplus longue resistance. Il fortit de la Citadelle environ fix
cens Dragons & Cravates ,
dont les Officiers rendirent leurs foûmiffions au Roy
L'Infanterie Eſpagnole pa- rut fort bonne : elle compoſoit deux vieilles Terces,
134 LE MERCURE
l'une deCanarie, &l'autre de
Couvaruvias. Les Fantaſſins
avoient tous des Rondaches ,
degroſſes Piques , &de gros Mouſquets. Leurs Soldats
Hollandois étoient bons,quoy qu'âgez ; mais les VValons étoient trop jeunes , &la plû- part nus. Ils ſortirent environ deux mille quatre cens Hom- mes. Il y avoit beaucoup. de Negres dans le Regiment de Canarie.
Le lendemain 19.le Roy alla
faire chanter le Te Deum dans
l'Egliſe Cathedrale de Cam- bray , où tout le Clergé le re- çeut à la Porte. C'eſt une des plus belles Eglifesde l'Europe,
il y adeux Jubez,dont l'un eſt
toutde cuivre,&tres bien travaillé. La Porte du Cœur eſt de
GALAN T. 135
5
コ
la même matiere , &toute ci- zelée. Son Horloge ſonne à
toute les heures &demy heu.
res , un Carillon en muſique.
Outre le Trefor de l'Eglife , il ya encor celuy de Notre-Da- medeGrace,dontla Chapel- le qui eſt dans la même Ca- thedrale, eſt tres- magnifique.
Son Tabernacle eſt d'argent cizelé,& éclairé àtoute heure
par vingt Lampes d'un fort grand prix. Il y a neufParoif- ſesdans la Ville , & des Monaſteres à proportion.Les Bâ- timens en ſont aſſez beaux,
auffi-bien que les Ruës. Sa Place d'armes eſt d'une gran- deur extraordinaire , &capa- blede contenir toute la Garniſon enbataille.
Apres le TeDeum , le Roy fut voir tous les Travaux , &
136 LE MERCURE
viſiter la Citadelle.Un Officier
Eſpagnol qui avoit été bleſſé,
&qui parut tres- galant Hom- me à quelques François qui l'entretinrent , les aſſura que dans la ſeule Citadelle il y
avoit eu plus de mille Hom- mes tuez ou bleſſez .
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Résumé : La nuit du 5 au 6 d'Avril
Du 5 au 14 avril, plusieurs actions militaires ont été menées autour d'une citadelle. La nuit du 5 au 6 avril, le roi ordonna l'ouverture d'une tranchée à l'esplanade de la citadelle et le début d'une attaque extérieure. Les travaux incluaient le gabionnage des avenues et le creusement de sapes. La tranchée utilisée pour attaquer la ville fut également poussée vers la gauche contre la citadelle. Les nuits suivantes, les Suisses renforcèrent leurs positions dans la ville, tandis que les ennemis tentèrent plusieurs sorties, repoussées par les défenseurs. Des batteries furent mises en état de tirer malgré les pertes causées par le canon ennemi. La nuit du 7 au 8 avril, la tranchée fut poussée à quarante pas de la contrescarpe, et une batterie de huit pièces de canon fut dressée. La nuit du 8 au 9 avril, la communication entre les sapes fut achevée, et deux batteries furent pratiquées sur les bastions du Moulin et de Sainte-Barbe. Une bombe tomba dans la citadelle, causant un grand fracas. Le 10 avril au matin, le duc de Villeroy fut tué par un boulet de canon. Les nuits suivantes, les assiégés tentèrent de perturber les travaux des défenseurs, mais furent repoussés. Une demi-lune bien fortifiée fut prise par les capitaines Chapereux et Courtevin. Le 11 avril, le roi ordonna l'attaque de toute la contrescarpe du côté de l'esplanade, et les travaux continuèrent pour faire la communication des attaques du côté des Gardes. Le 14 avril, les batteries tirèrent sur le bastion de gauche et le fossé pour soutenir le mineur, et une demi-lune fut attaquée et prise. Les travaux de fortification se poursuivirent avec la construction de logements et de batteries. Le gouverneur refusa de se rendre, affirmant qu'il défendrait les bastions restants. Le roi ordonna de mettre le feu à une mine, créant une brèche significative. Malgré un feu ennemi intense, le Lieutenant de Boisselau put rendre compte de la situation. Le gouverneur battit finalement la chamade, signifiant sa reddition. Les négociations aboutirent à une capitulation favorable aux ennemis, leur permettant de quitter la ville avec honneur. Le roi visita l'église cathédrale de Cambrai et inspecta les travaux et la citadelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 193-209
« Il me souvient, Madame, que je vous ay déja parlé [...] »
Début :
Il me souvient, Madame, que je vous ay déja parlé [...]
Mots clefs :
Valeur, Cambrai, Famille, Tranchée, Chevalier, Citadelle, Marquis, Ennemis, Contrescarpe, Guerre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il me souvient, Madame, que je vous ay déja parlé [...] »
Il me ſouvient,Madame, que je vous aydéja parlépluſieurs foisdela Famille de Monfieur
le Maréchal de la Feüillade,
&du merite particulier de ce Duc. Vous ſçavez ce qu'il
GALANT. 143 a fait en Hongrie, en Candie,
& en France , &je puis vous ☐ aſſurer qu'il a continué à don- ner pendant cette Campagne des marquesde ſa valeur &de fon grand zele pour la gloire du Roy. L'un & l'autre ont pa.
ru devat la Citadellede Cambray , & je vous ay marqué qu'il attendoit luy-même au pied de la Bréche la réponſe de ceux qu'il yavoit fait mon- ter pour reconnoître l'état des
Ennemis. Quelques jours au- paravant un Boulet de Canon avoit paſſe ſous le ventre de ſon Cheval, & il avoit penſé en eſtre tué.
S
Monfieur le Mareſchal de
Lorge a beaucoup contribué à la priſe de la Contreſcarpe.
Il eſt de la Maiſon de Duras,
qui eſt une des plus Illuſtres
144 LE MERCURE
deGuienne. Il a ſervy tres-uti- lement le Roy en Italie. On
ne peut s'attacher avec une
plus grande application au mêtier de la Guerre , & il a fi bien étudié ce grand Art ſous feu MonfieurdeTurenne fon
Oncle, qu'il en met toutes les
manieres en pratique lors que l'occaſion s'en preſente. La fameuſeRetraite qu'il fit apres la mort de ce grand Homme,
àla veuë d'une Armée beaucoup plus forte que la ſienne,
fait beaucoup mieux ſonElo- ge,que tout ce que j'en pour- rois dire.
Je ne parle point icy des Of- ficiers Generaux , ils ſe ſont
montrez dignes du choix de Sa Majesté, & je ne ferois en
vous entretenant de leurs
GALANT. 145 - actions paſſées que vous re- peter ce que je vous ay déja ditend'autres endroits. Al'é-
■ gard de Cambray , on ne peut douter qu'ils n'ayent fait voir - & beaucoup de conduite &
1 beaucoup de valeur,puis qu'ils ont tour à tour monté la
- Tranchée , & que dans les occafions les plus perilleuſes ils ont les premiers eſſuyé le feu des Ennemis àla tête des
Troupes qu'ils commădoient.
Monfieur le Prince d'Elbeuf,
Aydede Camp du Roy, a fait voir une ardeur fi boüillante,
que ſi on ne l'eût ſouvét rete- nu de force, il ſe ſeroit expoſé à tous les perils du Siege,Mõ- ſieur le Comte d'Auvergne ne voulant point le laiſſer al- ler àl'attaque des deux De
146 LE MERCURE
my-lunes,ce Prince fit ce qu'il put pour ſe dérober de luy, &
rien ne le put empêcher d'y venir à la fin de l'attaque; mais le peril ſe trouva alors plus grand , parce que les Enne- mis ne tirerent de leurs Remparts quelors que leurs Gens furent fortis des Demy-lunes,
de peur de tirer fur eux. Ce Prince y demeura tant qu'on fit le Logement , & fut pen- dant tout ce temps expoſé au feudes Ennemis. Il étoit auſſi
àl'artaque de la Contreſcarpe.
Monfieur le Chevalier de
Feuquieres qui s'eſt diſtingué au Siege de la Citadelle , eſt Fils de Monfieur le Marquis de Feuquieres Gouverneur de Verdun , & Ambaſſadeur en Suéde,petit- Fils du fameux
Marquis
GALANT. 147
Marquis de Feuquieres , qui a commandé fi long-temps les Armées du feu Roy en Al- lemagne : l'Hiſtoire eſt rem- plie de ſes Victoires , & des fameuſes Negotiations qu'il a faites aupresde la plusgran- de partie des Princes Etrangers. Le Chevalier dont nous
parlons eſt bien fait, &il don- ne tous les jours marques de ſa valeur.
de nouvelles
La mort de Monfieur leLYON
Marquis de Renel ne medoit 8435
pas empécher de parler de luy , & je croy devoir rendre juſtice àſa memoire. Sa Valeur étoit connuë , il avoit des
Amis du premier rang , & il étoit aiméde ſon Maître. Ce
n'eſt pas d'aujourd'huy que le Titre de Marquis eſt dans
Tome 3 . G
148 GALANT.
ſa Famille , & l'Hiſtoire nous parle d'un Marquis de Renel Gouverneur de Vitry qui fu- tué en 1615 en voulant em- peſcher la jonction de ſix cent Reïſtres àl'Armée des Princes. On ne peut douter de la Nobleſſe de cette Famille
puisqu'elledeſcendde la Mai- ſond'Amboiſe , ſi connuë das
toutes nos Hiſtoires. La douleur que Madame la Marqui- ſe de Renel ſent encor tous les
jours dela pertequ'elle a faite,
ſeroit difficile à exprimer.El- le aimoit celuy qu'elle pleure avecunetendreſſe inconcevable;mais cette tendreſſe n'empeſchoit pointqu'elle ne facri- fiât toutes chofes , afin qu'il puſt ſervir ſon Prince en hom- mede ſaQualité.
LE MER CURE 149 Monfieur le Vicomte de
1 Meaux , Fils de Monfieur dę
Betune ,&petit- Fils de Monfieur le Duc d'Orval , s'eſt
trouvé dans toutes les occafions de vigueur ; & l'on n'en ſçauroit douter, puis qu'il a re- çeupendant le ſeul Siege dont nous parlonsjuſqu'à fix coups,
dont heureuſement pour luy il a eſté quite pour quel- ques contufions. Monfieur le Duc d'Orval dont je vous parle , eſt Fils de Monfieur le Duc de Sully , Favory de
Henry IV.
s
Monfieur le Comte de la
Vauguyon s'eſt ſignalé en en- trant le troifiéme dans la Contreſcarpe. Il a eſté Chambella
deMonfieur. Il eſt d'une tresbonne Famille de Poitou , &
fon Pere a eu des Emplois
Gij
ISO LE MERCURE confiderables dans les Indes.
Monfieur 'le Vicomte de
Corbeil , Fils de Monfieur le
Comte de Bregy , Lieutenant General , & autrefois Ambaffadeur Extraordinaire en Pologne , s'eſt trouvé à toutes les attaques de la Citadelle de Cambray , & ne s'y eſt pas trouvé des derniers. Il eſt ſi
modeſte là-deſſus , & donne
tant de loüanges à tous ceux qui s'y ſont ſignalez,qu'il ſem- ble qu'il ne croye pas en me- riter : cependant il eſt impof- fiblede raiſonner de la maniere qu'il fait ſur tout ce qui s'y eſt paffé de plus particulier ,
ſans avoir eſté exposé aux plus grands périls. Il ſçait le mêtier de la Guerre,il entend
GALANT. 151 les Fortifications,&il en parle
auſſi juſte que Madamela Co- teſſe de Bregy ſa Mere écrit agreablement.Je n'oſe vous en dire davantage, ſçachat qu'el- le cache avec grand foin tou- tes les belles productions de ſon eſprit , &qu'elle ne ſe ré- ſout qu'avec peine à les com- muniquer à ceux à qui elles ſe cofie le plus.Elle al'eſprit bril- lant &folide tout enſemble,
&donne un tour ſi agreable à
tout ce qu'elle dit , qu'on ne
- ſort jamais d'avec elle ſans étre charméde ſa converſatio.Elle
eſt genereuſe, & fert ſes Amis
avec une ardeur qu'on ne peut affez loüer. Jugez , Mada- me, ſi ce n'eſt pas avec raiſon que tant de belles qualitez Giij
152 LE MERCURE luy ont acquis l'eſtime parti- culiere de Leurs Alteſſes
Royales ; mais le zele qui m'enporte en parlant d'une Perſonne qui a tant de merite,
me fait oublier que je ſuis en- cor devant la Citadelle de
Cambray,ou du moins quej'y dois étre. Il eſt temps d'en être. Il eſt temps d'enfortir fi
jeveuxvous mander d'autres Nouvelles. Achevons donc
en deux mots , & diſons que
les Pages du Roy ont tous fais voir une valeur digne de la
naiſſance qu'il faut avoir pour obtenir un Poſte ſi avantageux. Il s'en trouvoit tous les jours deux à la tête desBatail- lonsquimontoient les Gardes des Tranchées ; Sa Majesté l'avoit ordonné ainſi pour les
GALANT. 153 empêcher d'y aller tous. Ce- pendant il étoit ſouvent diffi- cile de les retenir.
Je vous parlerois icy de Monfieur du Mets , ſi je n'é- tois accablé par la matiere.
C'eſt un Article que je fuis
obligéde remettre àune autre fois , &de finir en vous diſant qu'il nemérite pas moins de loüanges pour ſa vigilance &
fes foins , que Monfieur de Vauban pour les grands &
prodigieux Travaux qu'il a
fait faire , & qu'il a fi bien,
conduits ; ayant particuliere- ment recherché les moyens ,
d'épargner le fang , enq
le Maréchal de la Feüillade,
&du merite particulier de ce Duc. Vous ſçavez ce qu'il
GALANT. 143 a fait en Hongrie, en Candie,
& en France , &je puis vous ☐ aſſurer qu'il a continué à don- ner pendant cette Campagne des marquesde ſa valeur &de fon grand zele pour la gloire du Roy. L'un & l'autre ont pa.
ru devat la Citadellede Cambray , & je vous ay marqué qu'il attendoit luy-même au pied de la Bréche la réponſe de ceux qu'il yavoit fait mon- ter pour reconnoître l'état des
Ennemis. Quelques jours au- paravant un Boulet de Canon avoit paſſe ſous le ventre de ſon Cheval, & il avoit penſé en eſtre tué.
S
Monfieur le Mareſchal de
Lorge a beaucoup contribué à la priſe de la Contreſcarpe.
Il eſt de la Maiſon de Duras,
qui eſt une des plus Illuſtres
144 LE MERCURE
deGuienne. Il a ſervy tres-uti- lement le Roy en Italie. On
ne peut s'attacher avec une
plus grande application au mêtier de la Guerre , & il a fi bien étudié ce grand Art ſous feu MonfieurdeTurenne fon
Oncle, qu'il en met toutes les
manieres en pratique lors que l'occaſion s'en preſente. La fameuſeRetraite qu'il fit apres la mort de ce grand Homme,
àla veuë d'une Armée beaucoup plus forte que la ſienne,
fait beaucoup mieux ſonElo- ge,que tout ce que j'en pour- rois dire.
Je ne parle point icy des Of- ficiers Generaux , ils ſe ſont
montrez dignes du choix de Sa Majesté, & je ne ferois en
vous entretenant de leurs
GALANT. 145 - actions paſſées que vous re- peter ce que je vous ay déja ditend'autres endroits. Al'é-
■ gard de Cambray , on ne peut douter qu'ils n'ayent fait voir - & beaucoup de conduite &
1 beaucoup de valeur,puis qu'ils ont tour à tour monté la
- Tranchée , & que dans les occafions les plus perilleuſes ils ont les premiers eſſuyé le feu des Ennemis àla tête des
Troupes qu'ils commădoient.
Monfieur le Prince d'Elbeuf,
Aydede Camp du Roy, a fait voir une ardeur fi boüillante,
que ſi on ne l'eût ſouvét rete- nu de force, il ſe ſeroit expoſé à tous les perils du Siege,Mõ- ſieur le Comte d'Auvergne ne voulant point le laiſſer al- ler àl'attaque des deux De
146 LE MERCURE
my-lunes,ce Prince fit ce qu'il put pour ſe dérober de luy, &
rien ne le put empêcher d'y venir à la fin de l'attaque; mais le peril ſe trouva alors plus grand , parce que les Enne- mis ne tirerent de leurs Remparts quelors que leurs Gens furent fortis des Demy-lunes,
de peur de tirer fur eux. Ce Prince y demeura tant qu'on fit le Logement , & fut pen- dant tout ce temps expoſé au feudes Ennemis. Il étoit auſſi
àl'artaque de la Contreſcarpe.
Monfieur le Chevalier de
Feuquieres qui s'eſt diſtingué au Siege de la Citadelle , eſt Fils de Monfieur le Marquis de Feuquieres Gouverneur de Verdun , & Ambaſſadeur en Suéde,petit- Fils du fameux
Marquis
GALANT. 147
Marquis de Feuquieres , qui a commandé fi long-temps les Armées du feu Roy en Al- lemagne : l'Hiſtoire eſt rem- plie de ſes Victoires , & des fameuſes Negotiations qu'il a faites aupresde la plusgran- de partie des Princes Etrangers. Le Chevalier dont nous
parlons eſt bien fait, &il don- ne tous les jours marques de ſa valeur.
de nouvelles
La mort de Monfieur leLYON
Marquis de Renel ne medoit 8435
pas empécher de parler de luy , & je croy devoir rendre juſtice àſa memoire. Sa Valeur étoit connuë , il avoit des
Amis du premier rang , & il étoit aiméde ſon Maître. Ce
n'eſt pas d'aujourd'huy que le Titre de Marquis eſt dans
Tome 3 . G
148 GALANT.
ſa Famille , & l'Hiſtoire nous parle d'un Marquis de Renel Gouverneur de Vitry qui fu- tué en 1615 en voulant em- peſcher la jonction de ſix cent Reïſtres àl'Armée des Princes. On ne peut douter de la Nobleſſe de cette Famille
puisqu'elledeſcendde la Mai- ſond'Amboiſe , ſi connuë das
toutes nos Hiſtoires. La douleur que Madame la Marqui- ſe de Renel ſent encor tous les
jours dela pertequ'elle a faite,
ſeroit difficile à exprimer.El- le aimoit celuy qu'elle pleure avecunetendreſſe inconcevable;mais cette tendreſſe n'empeſchoit pointqu'elle ne facri- fiât toutes chofes , afin qu'il puſt ſervir ſon Prince en hom- mede ſaQualité.
LE MER CURE 149 Monfieur le Vicomte de
1 Meaux , Fils de Monfieur dę
Betune ,&petit- Fils de Monfieur le Duc d'Orval , s'eſt
trouvé dans toutes les occafions de vigueur ; & l'on n'en ſçauroit douter, puis qu'il a re- çeupendant le ſeul Siege dont nous parlonsjuſqu'à fix coups,
dont heureuſement pour luy il a eſté quite pour quel- ques contufions. Monfieur le Duc d'Orval dont je vous parle , eſt Fils de Monfieur le Duc de Sully , Favory de
Henry IV.
s
Monfieur le Comte de la
Vauguyon s'eſt ſignalé en en- trant le troifiéme dans la Contreſcarpe. Il a eſté Chambella
deMonfieur. Il eſt d'une tresbonne Famille de Poitou , &
fon Pere a eu des Emplois
Gij
ISO LE MERCURE confiderables dans les Indes.
Monfieur 'le Vicomte de
Corbeil , Fils de Monfieur le
Comte de Bregy , Lieutenant General , & autrefois Ambaffadeur Extraordinaire en Pologne , s'eſt trouvé à toutes les attaques de la Citadelle de Cambray , & ne s'y eſt pas trouvé des derniers. Il eſt ſi
modeſte là-deſſus , & donne
tant de loüanges à tous ceux qui s'y ſont ſignalez,qu'il ſem- ble qu'il ne croye pas en me- riter : cependant il eſt impof- fiblede raiſonner de la maniere qu'il fait ſur tout ce qui s'y eſt paffé de plus particulier ,
ſans avoir eſté exposé aux plus grands périls. Il ſçait le mêtier de la Guerre,il entend
GALANT. 151 les Fortifications,&il en parle
auſſi juſte que Madamela Co- teſſe de Bregy ſa Mere écrit agreablement.Je n'oſe vous en dire davantage, ſçachat qu'el- le cache avec grand foin tou- tes les belles productions de ſon eſprit , &qu'elle ne ſe ré- ſout qu'avec peine à les com- muniquer à ceux à qui elles ſe cofie le plus.Elle al'eſprit bril- lant &folide tout enſemble,
&donne un tour ſi agreable à
tout ce qu'elle dit , qu'on ne
- ſort jamais d'avec elle ſans étre charméde ſa converſatio.Elle
eſt genereuſe, & fert ſes Amis
avec une ardeur qu'on ne peut affez loüer. Jugez , Mada- me, ſi ce n'eſt pas avec raiſon que tant de belles qualitez Giij
152 LE MERCURE luy ont acquis l'eſtime parti- culiere de Leurs Alteſſes
Royales ; mais le zele qui m'enporte en parlant d'une Perſonne qui a tant de merite,
me fait oublier que je ſuis en- cor devant la Citadelle de
Cambray,ou du moins quej'y dois étre. Il eſt temps d'en être. Il eſt temps d'enfortir fi
jeveuxvous mander d'autres Nouvelles. Achevons donc
en deux mots , & diſons que
les Pages du Roy ont tous fais voir une valeur digne de la
naiſſance qu'il faut avoir pour obtenir un Poſte ſi avantageux. Il s'en trouvoit tous les jours deux à la tête desBatail- lonsquimontoient les Gardes des Tranchées ; Sa Majesté l'avoit ordonné ainſi pour les
GALANT. 153 empêcher d'y aller tous. Ce- pendant il étoit ſouvent diffi- cile de les retenir.
Je vous parlerois icy de Monfieur du Mets , ſi je n'é- tois accablé par la matiere.
C'eſt un Article que je fuis
obligéde remettre àune autre fois , &de finir en vous diſant qu'il nemérite pas moins de loüanges pour ſa vigilance &
fes foins , que Monfieur de Vauban pour les grands &
prodigieux Travaux qu'il a
fait faire , & qu'il a fi bien,
conduits ; ayant particuliere- ment recherché les moyens ,
d'épargner le fang , enq
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Résumé : « Il me souvient, Madame, que je vous ay déja parlé [...] »
Le texte décrit les exploits militaires de divers nobles et officiers lors du siège de la citadelle de Cambray. Le Maréchal de la Feuillade est particulièrement loué pour ses actions en Hongrie, en Candie et en France, ainsi que pour sa bravoure durant la campagne. Le Maréchal de Lorge, membre de la maison de Duras, est également mentionné pour ses contributions, notamment sa célèbre retraite après la mort de Turenne, son oncle. Les officiers généraux se sont distingués par leur conduite et leur valeur, montant la tranchée et affrontant les ennemis. Le Prince d'Elbeuf a montré une ardeur exceptionnelle, se mettant en danger lors des attaques. Le Chevalier de Feuquières, fils du Marquis de Feuquières, a également été remarqué pour sa valeur. Le texte rend hommage au Marquis de Renel, connu pour sa bravoure et son dévouement à son maître. Le Vicomte de Meaux, fils du Duc de Betune et petit-fils du Duc d'Orval, a reçu plusieurs blessures. Le Comte de la Vauguyon s'est signalé en entrant dans la contrescarpe. Le Vicomte de Corbeil, fils du Comte de Bregy, a participé à toutes les attaques et est reconnu pour ses compétences en fortifications. Les pages du roi ont également montré une grande valeur en montant les gardes des tranchées. Le texte mentionne brièvement la vigilance de Monsieur du Mets et les travaux de Monsieur de Vauban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 98-127
« Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...] »
Début :
Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...]
Mots clefs :
Saint Omer, Nuit, Ennemis, Fort, Tranchée, Troupes, Monsieur, Officiers, Canon, Soldats, Dragons, Rivière, Longueval, Chevalier de Lorraine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...] »
Dés que Monfieur fut arrivé
devant S. Omer , il viſita tous
les Quartiers, &choiſit celuyde Blander,parce qu'il eſtoit le plus proche,& qu'ille trouva leplus commode , pour avoir ſouvent
ELA
64 LE MERCVRE
re.
des nouveles dece qui ſe paſſe- roit. Il ne fit pendant pluſieurs jours que reconnoiſtre la Place,
examiner par où elle pouvoit eſtre ſecouruë , & obſerver les
Poſtes qui nous pouvoientmuiLes Ennemis occupoient deux Redoutes ,danslesquelles il y avoitdu Canon. Elles furent emportées par des Détachemens de Navarre , des Vaifſeaux & de Conry. Pendant ce temps ceux de la Place , qui eſtoient maiſtres du Fort de
S..Michel , ſitué ſur unTertre
naturel,également élevéde tous côtez,travailloient àfaire ache ver l'embelliſſementde ce Fort,
comme s'ils euffent eu deſſein
defaire admirer ce Bijou apres la réduction de la Ville , puis qu'il leur a toûjours eſté inutile,
quoy qu'il fuſt le plus parfait de
GALANT. 65
Eur
ace,
vaik
les
mi
ient
elles
Tem
he
aift ce
qui
de
rtre
cous
he
ort,
ein
res
uis
ile,
de
leurs Ouvrages. Quelques jours apres que la Place eut eſté blo- quée, un Cornete , qui n'avoit
pas encore quatorze ans , com- batit ſeul àſeul contre unColonel ennemy qui avoit la mine d'unMars , &le fit priſonnier.
- Monfieur ne peut ouvrir la Tranchée fi-toſt qu'il auroit voulu. Il avoit fi peu de Trou- pes que les Quartiers n'auroient pû ſe donner du fecours lesuns aux autres. La circonvallation
eſtoit grande , & il eſtoit impof- fible qu'elle fuſt autrement à
cauſe des marais ; de maniere
qu'il falloit plus de cent mille Hommes pour attaquer cette Placedans les formes , ou qu'elle fuſt aſſiegée par des François que le nombre n'ajamais épouvantez..
LesEnnemis firent une Sortie
66 LE MERCVRE
avant que la Tranchée fuft ou verte. Ils eſtoient cent Hommes
commandez par le major de la Place : ils attaquerent d'abord avec vigueur une Baterie &un Logementque Son Alteffe Rot yale avoit ordonné pour la foû renir. Cette Baterie devoit fervir contre le Fort des Vaches
qu'Elle avoit réſolu de faire attaquer.
Monfieur d'Albret ſoûtint
quelque tempsles Ennemis,puis il les pouffa l'épée à lamain. II cutunCheval tue ſous luy.Mon- feur le Chevalierde Souvray fit merveilles en cette occafion.
Monfieur le marquis de la Vieu- ville s'y trouva , & fon Ecuyer futtué àſes coſtez. Le Majorde laPlacequi commandoit la Sor- tie fut pris avec ſon Ayde-Ma- jor ,àvingt pas de la Contref-
GALANT. 67
ift o
mm
deh
abon
& m
Te Ro
lafou
Dit ferJaches
ireat
ûrint
s,puis ain. I
Monray fit
afion
Vieu
cuyer
orde
SorMarefcarpe. Monfieur ayant receu le 2. d'Avril quelques Troupes, &
des ordres du Roypour l'ouver- turede la Tranchée , donna les fiens dans toutfon Camp, &fit preparer toutes choſes pourl'e- xecution de ceuxde Sa Majefte.
LaNuit du 4aus
On ouvrit laTranchée.Monfieur vint àTatingue , Quartier de fonArtillerie , pour voir dé- filer la Garde de la Tranchée..
Il s'avança enſuite à l'endroit où eſtoit poſtée la Garde de laCa- valerie, afinde voir porter tou tes les fafcines , &d'encourager par ſa prefence les Soldats àfai- re beaucoup de travail. Son Al- teſſe Royale ne quitta qu'apres minuit, quoy que ſon Quartier fuft éloignédeplus d'une grande lieuë , & que poury retour- ner il faluſt paſſer dans des lieux
68 LE MERCVRE
marécageux , dont des gens moins ardens pourla gloire que des François n'auroient pû for- tir. Les Soldats ne laiſſferent pas d'avancer malgré le mauvais terrain ; & l'on peut juger de la peinequ'ils eurentpar l'avan- ture qui arriva à un Gentilhommede Monfieur le Chevalier de Lorraine. Il enfonça ft avant dans les bouës , que ne pouvantſe retirer, il demandale fecours de deux Soldats : il en
fut quitre pour ſes bottes qui y
reſterent , & pour quelque ar- gent qu'il donna à ceux qui luy preſterent la main. On monta la meſme nuit la Tranchée du
coſté du Fort des Vaches , &
l'on fit quelques Logemens fur laDigue du coſté de la grande Attaque..
.
E GALANT. 69
Lesau matin gen
e que
for
LesEnnemisquin'avoient pas fait grand feu pendant la nuit ,
tirerentlematincinqcens coups t pa
uva deCanon, dontun boulet em- ard porta Monfieur de Vins Briga- dierde Cavalerie.
avan ;
end
eva
ça f
ent
dak
il en
quiy
ar
iluy
onta
du
,&
fur
nde
Lanuit de 5 au 6
Les travaux ſejoignirent.On fit des communications , &l'on
avança juſques à fix-vingt pas de la Contreſcarpe.
Le6
M' de Soubiſe qui avoit fait conduire le Canon pendant la nuit , le fit tirer de fort bonne
heure , &il fut tres-bien ſervy.
Monfieurde Sourdy fit auſſi tra- vailler àuneBaterie. Nos Détachemens pouſſerent leur Tra- vaildu coſté du Fort des Vaches , &chaſſerent pendant le jourlesEnnemisde leurs Loge
70 LE MERCVRE mens. Onacheva un Batardeau
pour détourner le cours de la
Riviere ,& l'on prit un Soldat chargé d'une Lettre du Ducde Villa-Hermoſa , qui mandoit auxAfſiegez qu'ils feroient ſecourtus.
Lanuitdu6an7
On pouſſa desRamaux L'eau fut détournée , &donna lieu de
faire quelques Logemens. Une nouvelle Baterie commença à
tirer.
Lanuit du 7 au 8
Monfieur ayant choiſi leRe- giment des Dragons Dauphins pour attaquer le Fort des Va- ches , ordonna à Monfieur le
Comte de Longueval qui le commande,deſe trouveràl'en- tréedelanuitavecles fix Compagnies de fon Quartier à l'Ab- baye d'Arque , où Monfieur de
GALANT.
ellப
dot
ean
I de
Chevilly , Lieutenant Colonel,
ledevoitjoindre avec les ſix au- tres qu'il commandoit. La Compagniedes Grenadiers du Regi- ment de Humieres estoit au
Rendez vous pourfaire ce qu'on ordonneroit. Avant touteschoſes M de Longueval fit deux Détachemens de 60. Hommes,
commandez chacun par les Uit deuxpremiers Capitaines de ſon Cal Regiment , pour ſoûtenir les Grenadiers & commencer l'Attaque. Les fix premieres Com- pagnies marchoient apres eux,
&les fix autres ſuivoient àquel- que diſtance. Il eſtoit demeuré beaucoupde Dragons pourgar- der les deuxQuartiers , & ilne reſtoit que quatre cens Hom- mes pour l'Attaque. Les choſes eftant ainſi diſpofées , on mar- cha le long de laDigue droit à
Re
ins
Ja
le
m
bde
72 LE MERCVRE
la Baterie , où ayant pris les ordres deM' le Comte du Pleſſfis
d'attaquer aux trois premiers coups de Canon qu'on tireroit,
on avança environ centpasder- riere unpetit Logement que les Ennemisavoient abandonné , &
quelesNoſtres occupoient pour lors. Le terrain pour aller juf- qu'au Fort eſt tres-difficile. Sur lagauche, la Riviere eſt le long de la Digue. Elle paſſe aupied du Fort, &luy ſervant d'avant- foffé va entrer dans Saint Omer.
Au delà de la Riviere il y a une Campagne inondée juſques à
la Ville. Sur la droite eſt un
autre bras de Riviere ,qui tom- bant pareillement à l'autre cô- té du Fort , va paſſer auprés de la Contreſcarpe de la Place ſans y entrer. Le terrain qui eſt au delà de cette Riviere
G
n'eſt
GALANT. 73 n'eſt pas ſi inondé que celuy de la gauche , mais il eſt telle- ment plein de Canaux & de Foſſez , qu'il eſt preſque impof- ſible dele traverſer ; ſi bien que e pour aller au Fort , il faut de el neceſſité marcher entre deux
Do Rivieres , dont le terrain de l'u台
er
ne
jul. ne àl'autre n'a pas vingt pas de St front, aux endroits les plus lar- ges. L'heure de l'Attaque ap- prochant, on fit raſer une partie du Logement dont on a parlé deſſus, pourpouvoir paſſer plus aiſement , & MonfieurdeChevilly ayant eu ordre de M de Longueval de marcher , pen- dantquede fon coſté , pour ne point perdrede temps , il eſtoit occupé à faire porter desEchel- les &des Clayes , il s'avança à
deux cens pas du Fort. Il fit mettre alors tout fon mondefur
Tome IV.
2
I
D
74 LE MERCVRE le ventre , &alla reconnoître à
quelle diſtance on en eſtoit , &
fi ſans eſtre découvert onpou- voit encor s'en approcher. Il trouva que cela ſe pouvoit, les les Ennemis n'ayant point de Sentinelleavancée;fi bienqu'on ſe trouva inſenſiblement à cin
quante pas du Fort. Le ſoin qu'avoient eu les Grenadiers de cacher leurs méches,&le filenxe qu'on obſerva dans tous les mouvemensqu'on fit, contribua beaucoup à faire ſurprendre l'Ennemy , qui ne ſe réveilla qu'aux trois coups de Canon -qu'on tira environ deux heures Cavant le jour. Alors nos Gens commenceret parungrand feu,
mais celuy des Ennemis eſtant ſupérieur & plus ſeur , parce quils ne tiroient qu'à couvert,
nos Grenadiers , & noftre pre- 3
GALANT.
75
300
S
miere troupe de Dragons ſe trouverent bien-toſt hors de combat, la pluſpart des Officiers furent tuez ou bleſſez. La ſecondetroupe eſtant rebutée par ce méchant ſuccés , avoit de la peine à ſe reſoudre dedonner ;
ſi bien que Monfieur de Che- villy fut obligé de faire marcher les fix premieres Compagnies, à
la teſte deſquelles eſtoient tous les Officiers. Il les mena à la Paliſſade,&pour payer d'exem- ple, il ſauta par deſſus , n'ayant trouvé aucune ouverture, parce que le Canon ne l'avoit aucu- nement endommagée. On en arracha quelques-unes ; mais,
-ſoit pour la difficulté d'entrer ,
ſoit pour la trop grande défen- ce des Ennemis , Monfieur de Chevilly ne fut ſuivy que des Officiers,& d'unfortpetit nomk
10
ja
Dij
76 LE MERCVRE
bre de Dragons ; mais il les trou- va d'une fi bonne volonté,qu'a- prés avoir paſſé deux Foffez pleins d'eau , ils les chaſſerent l'épée à la main d'un Ouvrage à l'autre , juſques au Chemin couvert de la Redoute. Ce fut
là où ils firent plus de reſiſtan--
ce , & leur Commandant ayant raſſemblé les Officiers que les
Noftres trouverent teſte pour reſte , on difputa long-temps le terrain, &il yeut de fort grands coups de main donnez. M de Chevilly fut bleffé dans cemo- ment. Le Commandantluy ayat porté un coup de Pertuiſanne dans la cuiffe, qui ne l'atteignit que legerement , il fauta à luy pour la luyarracher ; mais s'é- tant trop avancé, il ſetrouva en- velopé de ſept ou huit Officiers des Ennemis , & fut en mefime
GALANT. 77
ام
temps bleſſe à l'épaule d'un coup dont il tomba , & les En- nemis ne ſe trouvant plus pref- fez des noſtres , eurent le loifir
de ſe rerirer dans leur Redoute,
aparemment pour y faire leur compofition : Mais cela ſervitderien; car Monfieur de
ne leur 00S
Longueval qui attaquoit le long dela Digue avec les fix autres1771
Compagnies , &qui avoit toît- jours chaſſe les Ennemis devant luy avec beaucoup de vigueur,
& tué tout ce qui luy avoit fait reſiſtance , ſe trouva à meſme
hauteur fur la Redoute. Les
Ennemis qui ſe virent pris des deux coſtez , perdirent toute efperance , &mettantles armes bas, ils demanderentquartier. Jl n'y eut que le Colonel Forfaits,
leur Commandant , qui n'en voulutpoint recevoir , & qui ai
Diij
78 LE MERCVRE ma mieux ſe faire tuer, que ſe
rendre. On pritdouzeOfficiers,
&environ cent Soldats ; le reſte
fut tué, le grand feu des goul- drons éclairant ſi bien , qu'on put aiſement n'en laiſſer écha- per aucun. Ainfi finit cette affaire, &l'on peut dire que dans cette Action il s'est fait deschoſes d'une intrepidité & d'une bravoure qu'il feroit difficile d'exprimer. Les Officiers & les
Soldats Ennemis avoient eſté
choiſis fur toute la Garnifon
pourdéfendre cePofte, qui leur eſtoit dela derniere conſequen- ce , comme il a paru dans la fuite par lapriſe dela Ville, &il falloit autant d'opiniâtreté &de fermeté qu'on en eut pour le forcer. Tous nos Officiers y fi- rent éclaterbeaucoupde valeur,
mais ceux qui s'y font le plus
- GALANT9
20
at diftinguez , apres Monfieur le Comte de Longueval , ſur qui roule tout l'honneur de l'Action,
font Meffieurs de Cazemont , le
Chevalierde Montmas, &l'Angellerie, tous trois Capitaines,&
tous trois bleffez : le premier en eſtmort. Monfieur le RouxMajor yaauffi tres-bien fait.
1100
at
Lunt
P
le
30
1
1
لو
La priſe de ceForta eſté une des plus vigoureuſes Actions dont on ait ouy parler depuis long-temps. Il avoit efte atta- quédepuis quatre ou cinq jours parTranchée ouverte,& il avoit eſté batu inutilement par vingt- quatre Pieces de Canon. On
força dans la meſme nuit trois Retranchemens,& l'on paſſaun nombre infiny de Canaux qui défendoient l'approche duFort.
Il eſt de figure ronde , conſtruit de gazon & de terre àl'épreuve,
Dij
80 LE MERCVRE
duCanon. Il y a une Redoute au milieu,encor de figure ronde toute de brique, fur laquelle if
yavoit pluſieurs Pieces d'Artil- lerie. Elle eſt plus élevée que le Ye
Fort. Letout eſt environned'un
grand Foſſe plein d'eau de dix- huit à vingt pieds de large, fur lequel il n'y avoit qu'un petit Pontde deux planchespour en- trer dans le Fort. On l'attaqua partie à la nage , &partie ſur les deux planches. M le Comtede Longueval entra dedasdes pre- miers à la teſte de quelques Dragons, & força les Ennemis qui s'eſtoient retirez dans la Tour. Monfieur le Marefchal
de Humieres , & Monfieur le
Chevalier de Lorraine , vinrent quelque temps apres voir ce Fort : ils furent ſurpris , & ne croyoient pas qu'il fuſt ſi con
E GALANT. 8г
QUE
ent
שרen
fiderable. Ils feliciterent Monont fieur le Comtede Longuevalde i l'action qu'il venoit de faire.
Cependant il arriva des Nou- att velles à Monfieurde la marche
du Prince d'Orange , & ilen- voya Monfieur le Chevalier de Tillecourt dire à Monfieur le
Mareſchal de Humieres , àM
le Chevalier de Lorraine , & à
Monfieur le Comte du Pleſſis,
qu'il avoit quelque choſe àleur communiquer. Ces Meſſieurs les vinrent trouver , & on fe
prepara pour la Bataille. Je n'ay ✓ plus rien à vous en dire , maſeconde & ma troiſième Lettre
vous en ont aſſez parlé. Laif- fons- les donc aller au Combat,. &juſques àleurretour parlons d'autre choſeque de la Guerre.
devant S. Omer , il viſita tous
les Quartiers, &choiſit celuyde Blander,parce qu'il eſtoit le plus proche,& qu'ille trouva leplus commode , pour avoir ſouvent
ELA
64 LE MERCVRE
re.
des nouveles dece qui ſe paſſe- roit. Il ne fit pendant pluſieurs jours que reconnoiſtre la Place,
examiner par où elle pouvoit eſtre ſecouruë , & obſerver les
Poſtes qui nous pouvoientmuiLes Ennemis occupoient deux Redoutes ,danslesquelles il y avoitdu Canon. Elles furent emportées par des Détachemens de Navarre , des Vaifſeaux & de Conry. Pendant ce temps ceux de la Place , qui eſtoient maiſtres du Fort de
S..Michel , ſitué ſur unTertre
naturel,également élevéde tous côtez,travailloient àfaire ache ver l'embelliſſementde ce Fort,
comme s'ils euffent eu deſſein
defaire admirer ce Bijou apres la réduction de la Ville , puis qu'il leur a toûjours eſté inutile,
quoy qu'il fuſt le plus parfait de
GALANT. 65
Eur
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leurs Ouvrages. Quelques jours apres que la Place eut eſté blo- quée, un Cornete , qui n'avoit
pas encore quatorze ans , com- batit ſeul àſeul contre unColonel ennemy qui avoit la mine d'unMars , &le fit priſonnier.
- Monfieur ne peut ouvrir la Tranchée fi-toſt qu'il auroit voulu. Il avoit fi peu de Trou- pes que les Quartiers n'auroient pû ſe donner du fecours lesuns aux autres. La circonvallation
eſtoit grande , & il eſtoit impof- fible qu'elle fuſt autrement à
cauſe des marais ; de maniere
qu'il falloit plus de cent mille Hommes pour attaquer cette Placedans les formes , ou qu'elle fuſt aſſiegée par des François que le nombre n'ajamais épouvantez..
LesEnnemis firent une Sortie
66 LE MERCVRE
avant que la Tranchée fuft ou verte. Ils eſtoient cent Hommes
commandez par le major de la Place : ils attaquerent d'abord avec vigueur une Baterie &un Logementque Son Alteffe Rot yale avoit ordonné pour la foû renir. Cette Baterie devoit fervir contre le Fort des Vaches
qu'Elle avoit réſolu de faire attaquer.
Monfieur d'Albret ſoûtint
quelque tempsles Ennemis,puis il les pouffa l'épée à lamain. II cutunCheval tue ſous luy.Mon- feur le Chevalierde Souvray fit merveilles en cette occafion.
Monfieur le marquis de la Vieu- ville s'y trouva , & fon Ecuyer futtué àſes coſtez. Le Majorde laPlacequi commandoit la Sor- tie fut pris avec ſon Ayde-Ma- jor ,àvingt pas de la Contref-
GALANT. 67
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Monray fit
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SorMarefcarpe. Monfieur ayant receu le 2. d'Avril quelques Troupes, &
des ordres du Roypour l'ouver- turede la Tranchée , donna les fiens dans toutfon Camp, &fit preparer toutes choſes pourl'e- xecution de ceuxde Sa Majefte.
LaNuit du 4aus
On ouvrit laTranchée.Monfieur vint àTatingue , Quartier de fonArtillerie , pour voir dé- filer la Garde de la Tranchée..
Il s'avança enſuite à l'endroit où eſtoit poſtée la Garde de laCa- valerie, afinde voir porter tou tes les fafcines , &d'encourager par ſa prefence les Soldats àfai- re beaucoup de travail. Son Al- teſſe Royale ne quitta qu'apres minuit, quoy que ſon Quartier fuft éloignédeplus d'une grande lieuë , & que poury retour- ner il faluſt paſſer dans des lieux
68 LE MERCVRE
marécageux , dont des gens moins ardens pourla gloire que des François n'auroient pû for- tir. Les Soldats ne laiſſferent pas d'avancer malgré le mauvais terrain ; & l'on peut juger de la peinequ'ils eurentpar l'avan- ture qui arriva à un Gentilhommede Monfieur le Chevalier de Lorraine. Il enfonça ft avant dans les bouës , que ne pouvantſe retirer, il demandale fecours de deux Soldats : il en
fut quitre pour ſes bottes qui y
reſterent , & pour quelque ar- gent qu'il donna à ceux qui luy preſterent la main. On monta la meſme nuit la Tranchée du
coſté du Fort des Vaches , &
l'on fit quelques Logemens fur laDigue du coſté de la grande Attaque..
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heure , &il fut tres-bien ſervy.
Monfieurde Sourdy fit auſſi tra- vailler àuneBaterie. Nos Détachemens pouſſerent leur Tra- vaildu coſté du Fort des Vaches , &chaſſerent pendant le jourlesEnnemisde leurs Loge
70 LE MERCVRE mens. Onacheva un Batardeau
pour détourner le cours de la
Riviere ,& l'on prit un Soldat chargé d'une Lettre du Ducde Villa-Hermoſa , qui mandoit auxAfſiegez qu'ils feroient ſecourtus.
Lanuitdu6an7
On pouſſa desRamaux L'eau fut détournée , &donna lieu de
faire quelques Logemens. Une nouvelle Baterie commença à
tirer.
Lanuit du 7 au 8
Monfieur ayant choiſi leRe- giment des Dragons Dauphins pour attaquer le Fort des Va- ches , ordonna à Monfieur le
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Chevilly , Lieutenant Colonel,
ledevoitjoindre avec les ſix au- tres qu'il commandoit. La Compagniedes Grenadiers du Regi- ment de Humieres estoit au
Rendez vous pourfaire ce qu'on ordonneroit. Avant touteschoſes M de Longueval fit deux Détachemens de 60. Hommes,
commandez chacun par les Uit deuxpremiers Capitaines de ſon Cal Regiment , pour ſoûtenir les Grenadiers & commencer l'Attaque. Les fix premieres Com- pagnies marchoient apres eux,
&les fix autres ſuivoient àquel- que diſtance. Il eſtoit demeuré beaucoupde Dragons pourgar- der les deuxQuartiers , & ilne reſtoit que quatre cens Hom- mes pour l'Attaque. Les choſes eftant ainſi diſpofées , on mar- cha le long de laDigue droit à
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la Baterie , où ayant pris les ordres deM' le Comte du Pleſſfis
d'attaquer aux trois premiers coups de Canon qu'on tireroit,
on avança environ centpasder- riere unpetit Logement que les Ennemisavoient abandonné , &
quelesNoſtres occupoient pour lors. Le terrain pour aller juf- qu'au Fort eſt tres-difficile. Sur lagauche, la Riviere eſt le long de la Digue. Elle paſſe aupied du Fort, &luy ſervant d'avant- foffé va entrer dans Saint Omer.
Au delà de la Riviere il y a une Campagne inondée juſques à
la Ville. Sur la droite eſt un
autre bras de Riviere ,qui tom- bant pareillement à l'autre cô- té du Fort , va paſſer auprés de la Contreſcarpe de la Place ſans y entrer. Le terrain qui eſt au delà de cette Riviere
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GALANT. 73 n'eſt pas ſi inondé que celuy de la gauche , mais il eſt telle- ment plein de Canaux & de Foſſez , qu'il eſt preſque impof- ſible dele traverſer ; ſi bien que e pour aller au Fort , il faut de el neceſſité marcher entre deux
Do Rivieres , dont le terrain de l'u台
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jul. ne àl'autre n'a pas vingt pas de St front, aux endroits les plus lar- ges. L'heure de l'Attaque ap- prochant, on fit raſer une partie du Logement dont on a parlé deſſus, pourpouvoir paſſer plus aiſement , & MonfieurdeChevilly ayant eu ordre de M de Longueval de marcher , pen- dantquede fon coſté , pour ne point perdrede temps , il eſtoit occupé à faire porter desEchel- les &des Clayes , il s'avança à
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quelle diſtance on en eſtoit , &
fi ſans eſtre découvert onpou- voit encor s'en approcher. Il trouva que cela ſe pouvoit, les les Ennemis n'ayant point de Sentinelleavancée;fi bienqu'on ſe trouva inſenſiblement à cin
quante pas du Fort. Le ſoin qu'avoient eu les Grenadiers de cacher leurs méches,&le filenxe qu'on obſerva dans tous les mouvemensqu'on fit, contribua beaucoup à faire ſurprendre l'Ennemy , qui ne ſe réveilla qu'aux trois coups de Canon -qu'on tira environ deux heures Cavant le jour. Alors nos Gens commenceret parungrand feu,
mais celuy des Ennemis eſtant ſupérieur & plus ſeur , parce quils ne tiroient qu'à couvert,
nos Grenadiers , & noftre pre- 3
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miere troupe de Dragons ſe trouverent bien-toſt hors de combat, la pluſpart des Officiers furent tuez ou bleſſez. La ſecondetroupe eſtant rebutée par ce méchant ſuccés , avoit de la peine à ſe reſoudre dedonner ;
ſi bien que Monfieur de Che- villy fut obligé de faire marcher les fix premieres Compagnies, à
la teſte deſquelles eſtoient tous les Officiers. Il les mena à la Paliſſade,&pour payer d'exem- ple, il ſauta par deſſus , n'ayant trouvé aucune ouverture, parce que le Canon ne l'avoit aucu- nement endommagée. On en arracha quelques-unes ; mais,
-ſoit pour la difficulté d'entrer ,
ſoit pour la trop grande défen- ce des Ennemis , Monfieur de Chevilly ne fut ſuivy que des Officiers,& d'unfortpetit nomk
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là où ils firent plus de reſiſtan--
ce , & leur Commandant ayant raſſemblé les Officiers que les
Noftres trouverent teſte pour reſte , on difputa long-temps le terrain, &il yeut de fort grands coups de main donnez. M de Chevilly fut bleffé dans cemo- ment. Le Commandantluy ayat porté un coup de Pertuiſanne dans la cuiffe, qui ne l'atteignit que legerement , il fauta à luy pour la luyarracher ; mais s'é- tant trop avancé, il ſetrouva en- velopé de ſept ou huit Officiers des Ennemis , & fut en mefime
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de ſe rerirer dans leur Redoute,
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Compagnies , &qui avoit toît- jours chaſſe les Ennemis devant luy avec beaucoup de vigueur,
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hauteur fur la Redoute. Les
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rendre. On pritdouzeOfficiers,
&environ cent Soldats ; le reſte
fut tué, le grand feu des goul- drons éclairant ſi bien , qu'on put aiſement n'en laiſſer écha- per aucun. Ainfi finit cette affaire, &l'on peut dire que dans cette Action il s'est fait deschoſes d'une intrepidité & d'une bravoure qu'il feroit difficile d'exprimer. Les Officiers & les
Soldats Ennemis avoient eſté
choiſis fur toute la Garnifon
pourdéfendre cePofte, qui leur eſtoit dela derniere conſequen- ce , comme il a paru dans la fuite par lapriſe dela Ville, &il falloit autant d'opiniâtreté &de fermeté qu'on en eut pour le forcer. Tous nos Officiers y fi- rent éclaterbeaucoupde valeur,
mais ceux qui s'y font le plus
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at diftinguez , apres Monfieur le Comte de Longueval , ſur qui roule tout l'honneur de l'Action,
font Meffieurs de Cazemont , le
Chevalierde Montmas, &l'Angellerie, tous trois Capitaines,&
tous trois bleffez : le premier en eſtmort. Monfieur le RouxMajor yaauffi tres-bien fait.
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La priſe de ceForta eſté une des plus vigoureuſes Actions dont on ait ouy parler depuis long-temps. Il avoit efte atta- quédepuis quatre ou cinq jours parTranchée ouverte,& il avoit eſté batu inutilement par vingt- quatre Pieces de Canon. On
força dans la meſme nuit trois Retranchemens,& l'on paſſaun nombre infiny de Canaux qui défendoient l'approche duFort.
Il eſt de figure ronde , conſtruit de gazon & de terre àl'épreuve,
Dij
80 LE MERCVRE
duCanon. Il y a une Redoute au milieu,encor de figure ronde toute de brique, fur laquelle if
yavoit pluſieurs Pieces d'Artil- lerie. Elle eſt plus élevée que le Ye
Fort. Letout eſt environned'un
grand Foſſe plein d'eau de dix- huit à vingt pieds de large, fur lequel il n'y avoit qu'un petit Pontde deux planchespour en- trer dans le Fort. On l'attaqua partie à la nage , &partie ſur les deux planches. M le Comtede Longueval entra dedasdes pre- miers à la teſte de quelques Dragons, & força les Ennemis qui s'eſtoient retirez dans la Tour. Monfieur le Marefchal
de Humieres , & Monfieur le
Chevalier de Lorraine , vinrent quelque temps apres voir ce Fort : ils furent ſurpris , & ne croyoient pas qu'il fuſt ſi con
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fiderable. Ils feliciterent Monont fieur le Comtede Longuevalde i l'action qu'il venoit de faire.
Cependant il arriva des Nou- att velles à Monfieurde la marche
du Prince d'Orange , & ilen- voya Monfieur le Chevalier de Tillecourt dire à Monfieur le
Mareſchal de Humieres , àM
le Chevalier de Lorraine , & à
Monfieur le Comte du Pleſſis,
qu'il avoit quelque choſe àleur communiquer. Ces Meſſieurs les vinrent trouver , & on fe
prepara pour la Bataille. Je n'ay ✓ plus rien à vous en dire , maſeconde & ma troiſième Lettre
vous en ont aſſez parlé. Laif- fons- les donc aller au Combat,. &juſques àleurretour parlons d'autre choſeque de la Guerre.
Fermer
Résumé : « Dès que Monsieur fut arrivé devant S. Omer, il visita [...] »
Le texte décrit les événements militaires autour de la ville de Saint-Omer. À son arrivée, Monfieur choisit le quartier de Blander pour sa proximité et sa commodité. Les ennemis occupaient deux redoutes armées de canons, rapidement prises par des détachements de Navarre, des vaisseaux et de Conry. Pendant ce temps, les défenseurs de la place fortifiaient le Fort Saint-Michel. Les travaux de siège commencèrent mais furent ralentis par le manque de troupes et les marais environnants. Une sortie ennemie fut repoussée, et la tranchée fut ouverte la nuit du 4 avril. Les travaux avancèrent malgré les difficultés du terrain et les tirs ennemis. Le 8 avril, une attaque fut lancée contre le Fort des Vaches. Malgré une résistance acharnée, les assaillants prirent le fort, capturant plusieurs officiers et soldats ennemis. Cette action fut marquée par un grand courage et une bravoure exceptionnelle. Le Fort des Vaches, bien défendu et construit pour résister aux canons, fut finalement pris après une lutte intense. Par ailleurs, le texte relate une communication entre des personnages historiques, sans préciser leur identité exacte. Un individu, non nommé, convoque le Chevalier de Lorraine et Monsieur le Comte du Plessis pour leur transmettre une information importante. Ces derniers se rendent à la convocation et se préparent pour une bataille. L'auteur mentionne qu'il n'a plus rien à ajouter sur le sujet, car ses deuxième et troisième lettres en ont déjà traité en détail. Il suggère de laisser les protagonistes aller au combat et de discuter d'autres sujets en attendant leur retour. Le texte se conclut par une transition vers un autre sujet de conversation, éloigné de la guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 215-227
« Je passe à l'Article que vous m'avez demandé de [...] »
Début :
Je passe à l'Article que vous m'avez demandé de [...]
Mots clefs :
Duc de Vivonne, Ennemis, Armée, Garnison, Bataille, Sicile, Roi, Prise d'Agouste
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texteReconnaissance textuelle : « Je passe à l'Article que vous m'avez demandé de [...] »
Je paſſe à l'Article que vous m'avez demandé de M² le Mareſchal , Duc de Vivonne ; &
puis quevous vous intereſſez fr fortdans ce qui le regarde , je vous écriray ce qui en eſt venu àma connoiſſance. Les Secours
que le Roy luy a envoyez de François &de Suiffes, font, dit- en, arrivez &ſe mettront bien-
GALAN T. 141
toſt en estat d'executer les Projets qu'il à faits , pour affermir l'authorité du Roydans la Sici- le , & étendre ſes Conqueſtes.
Vous ſçavez, Madame , que ce Sage Vice-Roy a eſté obligé de mettre enGarniſon dans lesPlaces qu'il conquit l'année der- niere , une partie des Troupes quiluy reſtoient, &qu'il en faut toûjoursun nombre confiderable dans Meſſine , où les Efpa- gnols confervent des intelligen- ces&font continuellement des
entrepriſes pourtafcher à ébran- ler la conftance des Meſſinois.
Vous ne ſçauriez croire l'affe- Etion que ces Peuples ont pour M le Marefchal de Vivonne.
Elle est telle qu'on peut dire qu'elle ne contribuë pas peu à la conſervation de l'authorité du
Royen cesPays là. Onconfide
142 LE MERCVRE reen luy une bonté extraordi- naire , une affabilité où les Efpagnols n'avoient jamaisaccoû- tumé les Siciliens , une juſtice que rien ne ſçauroit corrompre,
undes-intereſſementdont il ne
peut étre affez loüé. Ces nou- veaux Sujetsde la Franceontad- miré comme nous ſa Valeur ,
quand ils l'ont veu arriver chez eux dans l'extremité où ils
eſtoient réduits , en leur portant l'abondance , apres avoir défait les Ennemis dans un Combat
inégal. Ils ont eſté entretenus dans cetteopinion par la refolu- tion qu'il avoit faite , d'entre- prendre ſur l'Armée Navale des Eſpagnols dans le Port deNa- ples. Elle ne trouva d'obstacle queparl'impoſſibilé qui s'y ren- contra,quandon fut fur le point de l'executer. Il eſtoit difficile
GALAN T. 143 que M de Vivonne n'acquiſt pas leur amitié,par les ſoins con- tinuels qu'il avoit de leur faire
venir des vivres &de faire des
priſes confiderables fur leurs
Ennemis , pour ramener chez eux l'abondancedans un temps,
où ils eſtoientprivez de tousles Secours de leurs Païs. La confiance qu'ils avoient en luy, pa- rut particulierement , lors qu'il voulut aller à cette grande Ex- pedition , où M² du Queſne dé- fit l'Armée ennemie , commandée par le fameux AdmiralRüy- ter. If modera l'envie qu'il avoit d'acquerir de la gloire, dans un Combat, où il devoit avoir le
premier Commandement , pour Te rendre à l'amour de cesPeuples, qui deſeſperoient de leur confervation, s'ils laiſſoient éloigner celuy qu'ils regardoient
144 LE MERCVRE
comme leur Pere. Apres le gain de la Bataille , où i² du Queſne fit de fi belles choſes, &où tous
les Commandans ſe ſignalerent,
nôtre Armée Navale fut obligée deſe retirer en Provence , tant pour faire radouber les Vaifſeaux, que pour prendredes Vivres , qui pouvoient manquer.
Alors M le Mareſchal de Vivonne confiderant qu'il en re- ſtoit fort peu dans Meſſine , &
qu'il n'y avoit pas de ſeureté pour le paſſage de M de Châ- teau- renaud,qui venoit de France avec unConvoy; parce que les Ennemis , qui n'avoient pas tant de chemin à faire, ſeroient
toûjours en eſtat de luyempef- cher l'entrée du Phare , il conclut la fameuſe Expedition de Palerme,dont vousſçavez le détail , malgré les oppoſitions de
quel
:
GALANT. 7 145
et
:
quelques-uns qui voyoient le danger plus grand que luy , ou qui n'avoient pas tant d'ardeur pour la gloire. Les chofes luy réüffirent comme il l'avoit eſpe- ré , le Convoy arriva heureuſe- ment, les Ennemis firent une perte dont ils n'avoient point encore veu d'exemple, &noftre Mareſchal retourna triomphant dans Meſſine. L'amour des Peuples redoubla pour luy,com- me il redoubla ſes ſoins pour les conſerver ; il découvrit beaucoup de Conjurations , &meme contre ſa vie; il ne prit cepen- dant de precaution , que pour empeſcher les, entrepriſes des Ennemis ſur les nouveaux Sujets d'un Roy, que ceux qui le connoiſſent , ſçavent qu'il aime uniquement, & pour quiil ſacri- fieroit de bon cœur toutes cho-
: Tome IV. G
146 LE MERCVRE
faut
ſes. Ainſi quelque paffion qu'il aitpourlagloire,elle n'approche point de l'amour qu'il a pour le Royfon Maiſtre. Vous croyez bien, Madame , que pour faire tout ce qu'on en publie , il ne pas qu'il dorme toûjours,
comme veulent faire croire les
Ennemis dans leurs Gazettes;
maisilfe donne fi peu de peine pour avoir des Gens qui faffent courirde luy des bruits avanta- geux, qu'il ne faut pas s'étonner s'il s'en répand quelquefois d'autresqui trouvét de la créance patmy les gens, qui ne con- noiffent pas cet Illuftre Gene- ral, mais cela est bien-toſt de- truit par la force de la verité;
&tout l'artifice de ſes envieux,
dontles Perfonnes , comme luy,
ne manquent jamais , ne peut rien contre la reputation , que ſes belles actions luy ont acqui-
GALAN T. 147
de
k
es
t
fe. La priſe d'Agoufte &de tant dePlaces qui fortifient le party des Meſſinois , renverſe tout ce qu'on peut inventer , pour ob- ſourcir l'éclatde ſa gloire. Il ne la veut devoir qu'aux ſervices qu'il rend àſon Prince , & il en laiſſe le ſoin àceux qui écrivent
les Evenemens de
fe
ceSiecle,ſans TRE
mettre en peine d'avoir des
Prôneurs à la Cours. Ie ne vous
dis rien de la grande Action de Palerme. Vous la ſçavez ; mais vous ne ſçavez peut-eſtre pas que le bruit qu'elle fit chez les Tures, y porta tant de terreur,
qu'ilsredoublerentles Garniſons
de toutes les Places maritimes
qu'ils ontde ce coſté-là.
puis quevous vous intereſſez fr fortdans ce qui le regarde , je vous écriray ce qui en eſt venu àma connoiſſance. Les Secours
que le Roy luy a envoyez de François &de Suiffes, font, dit- en, arrivez &ſe mettront bien-
GALAN T. 141
toſt en estat d'executer les Projets qu'il à faits , pour affermir l'authorité du Roydans la Sici- le , & étendre ſes Conqueſtes.
Vous ſçavez, Madame , que ce Sage Vice-Roy a eſté obligé de mettre enGarniſon dans lesPlaces qu'il conquit l'année der- niere , une partie des Troupes quiluy reſtoient, &qu'il en faut toûjoursun nombre confiderable dans Meſſine , où les Efpa- gnols confervent des intelligen- ces&font continuellement des
entrepriſes pourtafcher à ébran- ler la conftance des Meſſinois.
Vous ne ſçauriez croire l'affe- Etion que ces Peuples ont pour M le Marefchal de Vivonne.
Elle est telle qu'on peut dire qu'elle ne contribuë pas peu à la conſervation de l'authorité du
Royen cesPays là. Onconfide
142 LE MERCVRE reen luy une bonté extraordi- naire , une affabilité où les Efpagnols n'avoient jamaisaccoû- tumé les Siciliens , une juſtice que rien ne ſçauroit corrompre,
undes-intereſſementdont il ne
peut étre affez loüé. Ces nou- veaux Sujetsde la Franceontad- miré comme nous ſa Valeur ,
quand ils l'ont veu arriver chez eux dans l'extremité où ils
eſtoient réduits , en leur portant l'abondance , apres avoir défait les Ennemis dans un Combat
inégal. Ils ont eſté entretenus dans cetteopinion par la refolu- tion qu'il avoit faite , d'entre- prendre ſur l'Armée Navale des Eſpagnols dans le Port deNa- ples. Elle ne trouva d'obstacle queparl'impoſſibilé qui s'y ren- contra,quandon fut fur le point de l'executer. Il eſtoit difficile
GALAN T. 143 que M de Vivonne n'acquiſt pas leur amitié,par les ſoins con- tinuels qu'il avoit de leur faire
venir des vivres &de faire des
priſes confiderables fur leurs
Ennemis , pour ramener chez eux l'abondancedans un temps,
où ils eſtoientprivez de tousles Secours de leurs Païs. La confiance qu'ils avoient en luy, pa- rut particulierement , lors qu'il voulut aller à cette grande Ex- pedition , où M² du Queſne dé- fit l'Armée ennemie , commandée par le fameux AdmiralRüy- ter. If modera l'envie qu'il avoit d'acquerir de la gloire, dans un Combat, où il devoit avoir le
premier Commandement , pour Te rendre à l'amour de cesPeuples, qui deſeſperoient de leur confervation, s'ils laiſſoient éloigner celuy qu'ils regardoient
144 LE MERCVRE
comme leur Pere. Apres le gain de la Bataille , où i² du Queſne fit de fi belles choſes, &où tous
les Commandans ſe ſignalerent,
nôtre Armée Navale fut obligée deſe retirer en Provence , tant pour faire radouber les Vaifſeaux, que pour prendredes Vivres , qui pouvoient manquer.
Alors M le Mareſchal de Vivonne confiderant qu'il en re- ſtoit fort peu dans Meſſine , &
qu'il n'y avoit pas de ſeureté pour le paſſage de M de Châ- teau- renaud,qui venoit de France avec unConvoy; parce que les Ennemis , qui n'avoient pas tant de chemin à faire, ſeroient
toûjours en eſtat de luyempef- cher l'entrée du Phare , il conclut la fameuſe Expedition de Palerme,dont vousſçavez le détail , malgré les oppoſitions de
quel
:
GALANT. 7 145
et
:
quelques-uns qui voyoient le danger plus grand que luy , ou qui n'avoient pas tant d'ardeur pour la gloire. Les chofes luy réüffirent comme il l'avoit eſpe- ré , le Convoy arriva heureuſe- ment, les Ennemis firent une perte dont ils n'avoient point encore veu d'exemple, &noftre Mareſchal retourna triomphant dans Meſſine. L'amour des Peuples redoubla pour luy,com- me il redoubla ſes ſoins pour les conſerver ; il découvrit beaucoup de Conjurations , &meme contre ſa vie; il ne prit cepen- dant de precaution , que pour empeſcher les, entrepriſes des Ennemis ſur les nouveaux Sujets d'un Roy, que ceux qui le connoiſſent , ſçavent qu'il aime uniquement, & pour quiil ſacri- fieroit de bon cœur toutes cho-
: Tome IV. G
146 LE MERCVRE
faut
ſes. Ainſi quelque paffion qu'il aitpourlagloire,elle n'approche point de l'amour qu'il a pour le Royfon Maiſtre. Vous croyez bien, Madame , que pour faire tout ce qu'on en publie , il ne pas qu'il dorme toûjours,
comme veulent faire croire les
Ennemis dans leurs Gazettes;
maisilfe donne fi peu de peine pour avoir des Gens qui faffent courirde luy des bruits avanta- geux, qu'il ne faut pas s'étonner s'il s'en répand quelquefois d'autresqui trouvét de la créance patmy les gens, qui ne con- noiffent pas cet Illuftre Gene- ral, mais cela est bien-toſt de- truit par la force de la verité;
&tout l'artifice de ſes envieux,
dontles Perfonnes , comme luy,
ne manquent jamais , ne peut rien contre la reputation , que ſes belles actions luy ont acqui-
GALAN T. 147
de
k
es
t
fe. La priſe d'Agoufte &de tant dePlaces qui fortifient le party des Meſſinois , renverſe tout ce qu'on peut inventer , pour ob- ſourcir l'éclatde ſa gloire. Il ne la veut devoir qu'aux ſervices qu'il rend àſon Prince , & il en laiſſe le ſoin àceux qui écrivent
les Evenemens de
fe
ceSiecle,ſans TRE
mettre en peine d'avoir des
Prôneurs à la Cours. Ie ne vous
dis rien de la grande Action de Palerme. Vous la ſçavez ; mais vous ne ſçavez peut-eſtre pas que le bruit qu'elle fit chez les Tures, y porta tant de terreur,
qu'ilsredoublerentles Garniſons
de toutes les Places maritimes
qu'ils ontde ce coſté-là.
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Résumé : « Je passe à l'Article que vous m'avez demandé de [...] »
Le texte relate les actions et les succès du maréchal de Vivonne, duc de Vivonne, en Sicile. Grâce aux secours envoyés par le roi, composés de troupes françaises et suisses, Vivonne a pu renforcer l'autorité royale et étendre les conquêtes. Il a dû garnir les places conquises et maintenir une présence militaire significative à Messine pour contrer les Espagnols. Les Siciliens ont manifesté une grande affection pour Vivonne, appréciant sa bonté, son affabilité et sa justice. Ils ont également admiré sa valeur, notamment après sa victoire contre les ennemis dans un combat inégal et son rôle dans l'abondance de vivres apportée à la population. Vivonne a planifié une expédition contre la flotte navale espagnole à Naples, mais celle-ci a été annulée en raison de difficultés logistiques. Lors de l'expédition contre l'amiral Ruyter, Vivonne a sacrifié son désir de gloire pour rester auprès des Siciliens, qu'il considérait comme ses enfants. Après la bataille, la flotte française s'est retirée en Provence pour réparations et approvisionnement. Vivonne a ensuite mené une expédition à Palerme pour sécuriser le passage d'un convoi, malgré les oppositions et les dangers. Cette expédition a été couronnée de succès, renforçant l'amour des Siciliens pour lui. Vivonne a également découvert et neutralisé plusieurs conspirations contre lui et la population. Son dévouement au roi est total, et il sacrifie toute autre ambition pour servir son prince. Les succès militaires de Vivonne, comme la prise d'Agoste et d'autres places, renforcent son prestige et sa réputation, malgré les tentatives des ennemis de le discréditer.
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11
p. 243-249
« Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...] »
Début :
Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...]
Mots clefs :
Roi, Ennemis, Place, Europe, Saint Omer, Valenciennes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...] »
Le commence par celle de Mon- fieur le Prefident Nicolaï ; & ce
que je prétens vous en dire,
n'eſt ny ſa Harangue , ny un Extrait, ny meſmeun fragment,
c'eſt moins que tour cela , & il ne doit ſervir qu'à vous faire concevoir une legere idée de quelques-unes de ſes penſées..Il a dit au Roy , en parlant de Valenciennes, qu'on ne pouvoit affez admirer qu'il euſt pris en fi peu de jours une des plus grandesVilles, qui pût marquer La puiſſance deſesEnnemis:une Villevaſte parſon étenduë , fie- redeſes Privileges, orgueilleuſe par ſes Boulevarts , forte par la
valeur & le nombre de ſes Ci
160 LE MERCVRE
toyens , fameuſe par fon Com- merce , & redoutable par nos pertes. Il a adjoûté à tout cela qu'on ſçavoit affez de quelle forte le Roy s'eſtoit rendu maî- tre de cette puiſſante Place , &
que de la maniere que les cho- fes s'eſtoient paffées,on ne pour- voittrop loüer lagrande bonté,
&la prudence de Sa Majesté,
qui par un ſeulmot de ſabouche avoit defendu cette Ville
du plus grand malheur qu'elle puſt craindre, &dont elle n'a- voit pû eſtre garantie par un million de bras , & par tant de Princes intereſſez à ſa défenſe.
Il a fait voir encor qu'on avoit adimiré fur tout , que dans un temps où l'on ne pouvoit faire 'un pas dans l'Europe ſans trou- verquelque Ennemyde la Fra- ce,leRoyavoireõquis trois Pla-
GALANT. гыг
cesdontlaforcen'étoitque trop connuë , &que s'il avoit trouvé des Ennemis, il ſembloirque ce n'euſt eſté que pour ſervir de matiere àfon triomphe ; Qu'on lui avoit veu fecourir parſa pru- dence & par une prevoyance merveilleufe, les lieux, où if ne
pouvoitſetrouver enPerſonne,
eny envoyant le puiſſant Se- cours qu'il leur fit recevoir,
quand il ſçeut que les Ennemis amaffez en fi grand nombre,ve- noientpour jetter de nouvelles forces dans S. Omer ; Que fes Armes avoient eſté victoricufes, fous la conduite d'un Prince
qui ne voit riendans le monde au deffus de luy, foit par fa naif- fance, foitpar fon merite & fes grandes vertus , que ſon ſeul Souverain. Il a dit encor d'une
manierequiacharmé tous ceux
162 LE MERCVRE
qui l'ont entendu , quependant que toute l'Europe eſtoit enfe- veliedans unprofond fommeil,
Sa Majesté ſeule veilloit, lagloi- re & le bien de ſon Royaume luytenant les yeux ouverts , &
que les Ennemis n'eſtoient re- venus de ceprofond affoupiffe- ment , que pour voir enmeſme temps leurs pertes , & fervir à
fontriomphe
que je prétens vous en dire,
n'eſt ny ſa Harangue , ny un Extrait, ny meſmeun fragment,
c'eſt moins que tour cela , & il ne doit ſervir qu'à vous faire concevoir une legere idée de quelques-unes de ſes penſées..Il a dit au Roy , en parlant de Valenciennes, qu'on ne pouvoit affez admirer qu'il euſt pris en fi peu de jours une des plus grandesVilles, qui pût marquer La puiſſance deſesEnnemis:une Villevaſte parſon étenduë , fie- redeſes Privileges, orgueilleuſe par ſes Boulevarts , forte par la
valeur & le nombre de ſes Ci
160 LE MERCVRE
toyens , fameuſe par fon Com- merce , & redoutable par nos pertes. Il a adjoûté à tout cela qu'on ſçavoit affez de quelle forte le Roy s'eſtoit rendu maî- tre de cette puiſſante Place , &
que de la maniere que les cho- fes s'eſtoient paffées,on ne pour- voittrop loüer lagrande bonté,
&la prudence de Sa Majesté,
qui par un ſeulmot de ſabouche avoit defendu cette Ville
du plus grand malheur qu'elle puſt craindre, &dont elle n'a- voit pû eſtre garantie par un million de bras , & par tant de Princes intereſſez à ſa défenſe.
Il a fait voir encor qu'on avoit adimiré fur tout , que dans un temps où l'on ne pouvoit faire 'un pas dans l'Europe ſans trou- verquelque Ennemyde la Fra- ce,leRoyavoireõquis trois Pla-
GALANT. гыг
cesdontlaforcen'étoitque trop connuë , &que s'il avoit trouvé des Ennemis, il ſembloirque ce n'euſt eſté que pour ſervir de matiere àfon triomphe ; Qu'on lui avoit veu fecourir parſa pru- dence & par une prevoyance merveilleufe, les lieux, où if ne
pouvoitſetrouver enPerſonne,
eny envoyant le puiſſant Se- cours qu'il leur fit recevoir,
quand il ſçeut que les Ennemis amaffez en fi grand nombre,ve- noientpour jetter de nouvelles forces dans S. Omer ; Que fes Armes avoient eſté victoricufes, fous la conduite d'un Prince
qui ne voit riendans le monde au deffus de luy, foit par fa naif- fance, foitpar fon merite & fes grandes vertus , que ſon ſeul Souverain. Il a dit encor d'une
manierequiacharmé tous ceux
162 LE MERCVRE
qui l'ont entendu , quependant que toute l'Europe eſtoit enfe- veliedans unprofond fommeil,
Sa Majesté ſeule veilloit, lagloi- re & le bien de ſon Royaume luytenant les yeux ouverts , &
que les Ennemis n'eſtoient re- venus de ceprofond affoupiffe- ment , que pour voir enmeſme temps leurs pertes , & fervir à
fontriomphe
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Résumé : « Je commence par celle de Monsieur le President Nicolaï; & [...] »
Le Président Nicolaï a prononcé un discours sur la prise de Valenciennes par le roi. Valenciennes est décrite comme une grande ville, fière de ses privilèges et de ses boulevards, forte par ses citoyens et célèbre pour son commerce. Le roi a rapidement conquis cette place puissante et a évité à la ville un grand malheur par un simple ordre. Nicolaï mentionne également que le roi a conquis trois places fortes en Europe malgré la présence d'ennemis, utilisant sa prudence et sa prévoyance pour secourir des lieux où il ne pouvait être présent. Les armes du roi ont été victorieuses sous la conduite d'un prince qui ne reconnaît que le roi au-dessus de lui, que ce soit par naissance, mérite ou grandes vertus. Enfin, Nicolaï souligne que tandis que toute l'Europe était endormie, le roi veillait sur la gloire et le bien de son royaume, permettant aux ennemis de se réveiller pour constater leurs pertes et contribuer à son triomphe.
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12
p. 33-64
Combat donné devant la Forteresse de Tabago, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Début :
Quoy que la France soit le plus ageable séjour que [...]
Mots clefs :
Ennemis, Morts, Blessés, Combat, Forteresse de Tabaco, Vaisseaux, Mer, Comte d'Estrées, Troupes, Attaquer, Chevalier, Amiral, Hollande, Pistolets, Capitaines, Action
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Combat donné devant la Forteresse de Tabago, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Quoy que la France ſoit le plus agreable ſéjour que puif- fent choifir les Perſonnes de
bon gouſt, trouvez bon,Mada- me , que je vous mene audelà
C 2
18 LE MERCVRE
des Mers. Les Armesdu Royy
ont remporté une celebreVi- toire à douze ces lieuës d'icy,
vous le ſçavez , & le Combat donné devantTabaco , a tant
fait de bruit qu'il n'eſt ignoré deperſonne. Mondeffeinn'eſt
pas de repeter ce que l'Extra- ordinaire en a dit;je ne veux que vous bien marquer de quelle confequence eſt aux Ennemis la perte de leurs Vaif- feaux.On a tâché àladéguiſer,
cependant la verité ne peut eftre long-teps cachée, il n'eſt pointde nüages qu'elle ne per- cepour ſe découvrir. Si l'Ad- miral Binkes ne demeure pas d'accord de tous nos avantages, cequ'il a écrit ne ſuffit pas pour faire croire que nous ne les ayons pas remportez , &
nousydevons moins adjoûter
GALANT. 29
de foy qu'à vingt Relations , &
qu'à des Lettres de Hollande mefme qui ont eſté envoyées à
des Particuliers,&qui covien- nent toutes de la méme choſe.
Mais pourdonnerquelque or- dre à ce diſcours , parlons des forces que les Ennemis avoient avant qu'ils fuſſent attaquez,
examinons la conduite de M
le Comte d'Eſtrées , voyons ce
qu'il a fait avant le Combat,
pourquoy il l'a donné , &de quelle maniere il a combattu,
&faiſons enfuite reflexion fur
le dommage que doit cauſer aux Ennemis la perte qu'ils ont faite ſous le Canon meſme
de leur Fortereffe.
Tous ceux qui ont marque dans leurs Relations que les
Ennemis avoient quatorze
C3
30 LE MERCVRE :
Vaiſſeaux , en ont donné des
preuves convainquantes. Ils diſent enquatre endroitsqu'un Négre &unPilote qui furent pris avant le Combat, en affu- rerent Mr le Comte d'Eſtrées;
que ceux qui débarquerent pour l'Attaque du Fort eſtant arrivez fur une hauteurlesdécouvrirent dans la Rade au
mefme nombre , &que l'ordre de leurBataille endemy croif- fant , donna lieu aux Noftres
d'en faire un compte exact ,
lors qu'ils allerent les attaquer.
Il eſt vray que le Vaiſſeau de Rafimus fameux Corfaire , &
une Pinace montée de trente
huit Pieces deCanon, eſtoient
compris dans les quatorze Vaiſſeaux; & c'eſt peut-eftre parcette raiſonquelesHolan- dois foûtiennent qu'ils en a
GALANT. 3
voientmoinsquene marquent
nos Relations; mais le nom ne
fait rien à la choſe , la Pinace valoit bien un Vaifſeau , & ce- luy deRaſmusles fervoit,quoy qu'ilne fut pas venu avec eux.
Je ne parle point d'un Vaiſſeau Portugais qui estoit dans le Port, ne ſcachant pas s'il a co- batu.Tous cesVaiſſeaux étoiét
à portée de Mouſquet de leur Fort, dont les Canons à fleur d'eau defendoient l'entrée de
la Rade. Il y avoit aupres du Port un Banc qui rendoit la paffe fi étroite,qu'il n'y pouvoit entrerqu'unVaiſſeau de front.
Voilà l'eftat des forces des
Ennemis. Voyons les raiſons que M le Comte d'Eſtrées a
euës de les attaquer avec dix Vaiſſeaux ſeulement, les pré- cautions qu'il a priſes pour
32 LE MERCVRE
reuſſir , &fon intrepidité pen- dant le Combat.
CeVice-Admiral eſtant arrivé à une lieuë de l'entrée de la
Rade des Ennemis, fit mettre à
terre M de Souches , & M² le
Febvrede Mericour, accompa- gnez de quelques Habitansde laMartinique,& leur ordonna de tâcher àfaire quelques Pri- fonniers. Ils ne prirentqu'un Négre , qui rapporta ce que j'ay déja dit , que les Ennemis avoient quatorze Vaiſſeaux ,
parce qu'il leur en eſtoit arrivé cinqdepuisquelques jours. Ce Négre adjoûta que le Fortn'é-- toit pas achevé , ce qui fit ré- foudre M d'Eſtrées à le faire
attaquer avantque les Enne- mis euſſent le tempsde ſe re- connoiſtre. Il fit débarquer quelquesTroupes avec M. le
GALANT. 33
Chevalierde Grand-Fontaine.
Il alla luy-meſme à terre où il refolut d'occuper les Ennemis du côté de la Mer,tandis qu'on attaqueroit le Fort , maisune grande Plüye eſtant ſurvenuë,
& ayant fait groſſir une petite Riviere arreſta les Troupes.
Cependant on apprit que le Forteſtoitachevé. Mr le ViceAdmiral qui estoit preſque en
meſime temps ſur mer & fur
terre,&qui eftoit revenu pour faire la diverfion que je vous viens de marquer , débarqua encore une fois &fit conduire
duCanon &unMortier quine firent pas tout l'effet qu'il s'en eſtoit promis. M le Comte d'Eſtrées eftant retourné une
ſeconde fois dans ſonVaiſſeau,
envoïa Me Heroüardpour agir de concert avec MleCheva-
34 LE MERCVRE lier de Grand- Fontaine , &
s'approcher du Fort parTran- chée. Les Ennemis ayant eu le temps de ſe reconnoiſtre avant qued'eftre preſſez,&ſe prépa- rant àſe biendefendre , M² le Vice-Admiral qui l'apprie fit revenir auſſi-toft M Heroüard
pour raporter l'eſtatdes choſes dans unConſeil deGuerre. Il
dit ce qu'il avoit apris,&ajoû- taqu'il faloit trop de teps pour fe rendre maiſtredu Fortdans
les formes ; mais qu'on l'em- porteroit bien- toſt ſi l'on fai- foit une diverfion du coſtéde
laMer; &fur ce qu'onhéfitoit
àſuivre fon confeil, il ſe leva &
aſſura tellemét qu'il réüffiroit,
qu'on le crût. Il eut ordre de
faire deuxbonnes Attaques &
une fauffe,&de ne donnerque
deux heures apres que le Com
GALANT.. 35 bat de Mer ſeroit commencé.
Mr le Comte d'Eſtrées qui ap- puya cetAvis, ne le fit pas fans
en avoirbeaucoup de raiſons.
Il avoit emporté la Cayenne de la meſme maniere ; il connoiſſoit la valeurde ſes Troupes &la bõté de ſes Vaiſſeaux;
&il vit de plus des neceffitez
abſoluës d'en uſer ainſi. La
longueur d'un Siege dans les formes luy auroit fait riſquer ſesVaiſſeaux,la Rade deTabaco eſtoit mauvaiſe, &il y avoit
déja perdu pluſieurs anchres &pluſieurs cables. Il réuffit du coſté de la Mer comme vous
avez appris ; & fi l'on avoit fait du coſte de la terre ce qu'il avoit ordõné, la victoire auroit
eſté entiere,puisque les Ennemis ont perdutous leurs Vaif- ſeaux , encor qu'ils fuſſent fa-
36 LE MERCVRE
1
voriſez du Canon de leur Fort.
Si la vigilance de M'le Vice- Admiral a parû en deſcendant deux fois à terre , il n'en a pas moins fait paroiſtre ſur Mer,où ſon intrepidité s'eſt fait remar- quer. On l'a veu apres avoir eſſuyé le feude tous lesVaif- ſeaux Ennemis &des Bateries
du Fort , aborder le ContreAdmiral de Hollande, s'en rendre maiſtre, & attaquer un au- treVaiſſeau avec le mémefuccés. On l'a veu bleſſé dans un
Canot , exposé au feu desEn- nemis , faire gouverner vers leursVaiſſeaux,pour examiner l'eſtat où ils eſtoient. Ona veu
ceCanot s'enfocer apres avoir eſté percéd'un coupde Cano.
Ona veu ce Vice-Amiral dans
la Mer; &apres en eſtre ſorty
tout
GALANT. 37 tout trempé &bleffé en deux
endroits , on l'a veu appeller uneChaloupe & fe mettre de- dans pour aller encor ſe mefler parmy les Ennemis , &donner les ordres en s'expoſant de nouveau aux meſmesdangers
qu'il venoit d'éviter.
Si l'Attaquede terre n'a pas eſté ſi heureuſe que celle de Mer, la trop boüillante ardeur de ceux qui devoient inſulter
le Fort , & qui l'attaquerent plûtoſt qu'on ne leur avoit or- donné,en a eſté cauſe. La mort
de M de Bayancoury a auſſi beaucoup contribué. Les Mili- ces qu'il commandoit, & qui portoient les Echelles ſe voyat ſans Chef, ne voulurent plus avancer. Cependant tout étoit bien concerté , l'on étoit au
Tome V. D
38 LE MERCVRE haut du Parapet, &fans tous
ces malheurs que Mr le Comte d'Eſtrées ne pouvoit prévoir,
l'entrepriſe de terre auroit eu le ſuccès qu'on en attendoit,&
auroit fait réüffir celle deMer,
nonpas plusqu'elle a fait, mais avecbien moinsdeperte. Les Holladois croyent avoirbeau- coup gagné , parcequ'ils n'ont pas perdu leurFort,& que nô- tre Victoire n'a eſté entiere
quedu coſtéde la Mer; cepen- dant elle eſt ſi grande qu'elle peut affez nous récompenfer dequelques heures que nous avons perduës devant le Fort;
&fi l'on peutdire qu'on réuffit toûjours beaucoup lors qu'on a de grands deſſeins , &qu'on vient à bout deplusde lamoi- tić , nous pouvons aſſurer que
nous avons eu des avantages
GALANT. 39
confiderables , &que la moindre perte des Hollandois eſt celle de tous leurs Vaiſſeaux.
Leur Contre - Admiral eſtoit
monté de foixante &fix pieces deCanon; le Lieutenat étonné
d'y voir le feu,dit auſſi-tôt qu'il y avoit dix - huit milliers de poudre dans ce Vaifſeau , &
une grande quantité de richef- ſes. Onfit tout ceque l'on pût pour en arreſter l'embraſemét,
mais il fut impoffible. Parmy les Vaiſſeaux qui ont eſté brû- lez,ily enavoit cinq nouvelle- mentarrivez de Hollade chargez de vivres pour un an , tant pour l'Eſcadre , que pour les Colonies; ils avoient apporté fix cens Hommes & amené
pluſieursFamilles,&beaucoup de Marchandiſes & d'argent
D2
40 LE MERCVRE
pour établir des Magaſins. Ils ont perdu outre cela pluſieurs Négres avec leurs Femmes &
leurs Enfans qu'ils avoient embarquez pour tranſporter cette Colonie aillieurs. Ainfi
enbrûlat leurs Vaiſſeaux, nous
pouvons dire que nous avons entierement ruiné le commencement de leurs Habitations,
&mis les noftres en ſeureté ; il
leur faut des millions pour ſe rétablir , & pour armer une nouvelle Flote. Pluſieurs Lettres de Hollande affurent la
méme choſe, & les Particuliers- qui ſentent leur mal,loin de le déguiſer , ne peuvent s'empef- cher de s'en plaindre.
Les Victoires qui s'obtiennet facilement ne font pas les plus eſtimées. La valeur &la bravoure des Vainqueurs ne pa-
GALANT. 41
MELAVIZ
roiffent que par la forte refi- ſtace de leursEnnemis, &c'eſt
par cette raiſon que leCombat Naval donné devant Tabaco
feroit moinsglorieux aux Fra- çois s'ils y avoient perdumoins de monde. Jamais Action n'a
eſté fi vigoureuſe.On tira pen- dant le Combatprés de trente mille coups de Canon de part
&d'autre à portéede Pistoler Il n'eſt refté aux Ennemis
un ſeul Capitaine de Vaiſſeau capable de rendre ſervice,tous les autres onteſté bleſſez,tuez ou brûlez, &leurmortn'acoû- té unpeude fang à nosBraves,
que pour les faire triompher avecplus d'éclat.VoicylesNõs de ceux qui ont eſté tiez &
bleſſez enſe ſignalant, tant au CombatdeMerqu'à l'Attaque,
de la Fortereffe . D3
42 LE MERCVRE
Capitaines morts.
M Gabaret. Les Ennemis
l'ont veu combattre juſqu'àfon derniermoment,&il n'a quitté lecombatqu'avec la vie, quoy qu'il euſt pûs'en retirer,eſtant bleſſé de trois coups. Il eſtoit Parent du grandGabaret qui
commande à Meſſine, &il s'eſt
montré digne de ce Nompar toutes ſes actions.
Mrs de Léfine, de la Borde &
Heroüardde laPiogerie.
Capitaines bleſſez.
M le Chevalier deGrandFontaine. C'eſt un tres-brave
Officier qui a vieilly dans les Troupes, &qui s'eſt trouvé en beaucoup d'occaſiós périlleu- ſes où il s'eſt toûjours ſignalé.
M le Marquis de Villiers
d'O.
M le Comte de Blenac.
GALANT. 43 Mrs le Febvre, deMéricour,
de Montortier , & de Mafcarany.
Lieutenans morts.
Mr le Chevalier d'Erre.
MedelaMéleniere. Il adonné des preuvesdefon courage juſques à lamort.
Mrs Tivas, &deBellechau..
Lieutenans bleſſez.. M le Chevalier d'Hervault..
M's de Champigny, de Marti- gnac &de Courcelles. Ce der- nier a eſté bleſsé en ſe ſigna- lant à l'Attaque du Fort.
Enseignes morts.
16
M le Chevalier Merault.
Mrs de Villiers,de S.Privas,&
de Seiche, aîné&cadet.
Enseignes bleffez .
Me le Chevalier d'Augers.
Il adonnéde grandesmarques de valeur. MaleChevalier de
44 LE MERCVRE
1
Blenac. M de la Rocque. Il eſtoit Major des Troupes de la Deſcente. Il ſauta le premier par deſſus les deux paliſſades,
&alla juſques au Parapet de la Ville,où il nemonta point fau- te d'échelle..
Mrs de Veſençay, Coignard,
Herman,ComardelaMalmaifon, &du Menil-Heroüard.
Autres Officiers tuez.
M de Bayancour, Lieutenat deRoy de S.Chriftophe. M.de Richebourg, Lieutenant d'une
Barque longue. M. de Lifle Commiſſaire de l'Artillerie..
M.deParis, CapitainedesMa- telotsde M. le Cote d'Eſtrées..
Ms de la Brachetiere , &Sta-)
vay ,Gardesde Marine.
Autres Officiers bleffez,
M.DeſvauxCapitaine d'une Barque longue.M.Gifors Ecri
GALANT. 45 vain duRoy. M.Pinette Secre- taire deM. le Comte d'Eſtrées,
Fils de M. Pinette affez connu
par ſa capacitédans les Affai- res duClergé. M.de la Motte,
M. de Chatelard, M. de Vilair.
Volontaires tuez .
M.de Sainte-Marthe Fils du
Gouverneurdela Martinique.
M Cotadon & le Gras.
Ilya eu d'autres Volontaires &Gardes de Marine , qui ſe ſont ſignalez. Les uns ont eſté tuez , les autres bleſſez , & la pluſpart ont ſervy à terre en qualitéde Lieutenans d'Infan- terie. Ms Gaffan , Kermovan,
de Vaintre , Julien , Rehaut ,
Brignol , &Kercon , font de ce
nombre.
Rien ne peut égaler l'intré- pidité de M. Berthier , qui ſe jetta à la Mer , & enleva un
46 LE MERCVRE Canot ſous l'Eperon d'unVaif- ſeau Ennemy. Ceux qui ſe mirent dedans avec M. le Comte
d'Eſtrées furent M. le Chevalier d'Erbouville Major. M. le Chevalier d'Hervault qui a
apporté au Roy lanouvelle de ladéfaite des Vaiſſeaux Ennemis, &M. le Chevalier Pariſot
Volontaire. Ce dernier a accompagné M. le Vice-Amiral dans tous les perils où il s'eſt trouvé ; il a fait admirer ſon
courage , & a fait dire de luy avec beaucoup dejustice , que de pareils Volontaires valoient bien les plus braves Officiers,
&ceuxqui font les plus con- ſommez dans le Meſtier de la
Guerre.
Je croyois ne vous devoir plus riendire touchat l'Affaire deTabaco ; mais je ſuis obligé
GALANT. 47 de rendre juſtice à M.Binkes,
& de publier ſa ſincerité. Je viens de lire la Lettre qu'il a écrite auxEſtatsapresle Com-THAODE A
bat Naval , & j'ay eſté ſurpris o
YON
que nous avons veuë de M. le
Comte d'Estrées ſur le meſme
ſujet. Les Holandois ont voulu
nous perfuader que M. Binkes ne demeuroit pas d'accordde
nos avantages ; ils onteu leurs raiſons pour en uferdela forte;
&comme les pertes quiſe font
dans des Païs de commerce
font beaucoup plus ſenſibles aux Particuliers , que celles où l'Etat eſt intereſsé , il ne faut
pas s'étonner ſi on les déguife avec tant de ſoin : on y reüffit d'abord; &la verité qui vient de fi loin , demeure toûjours quelque temps cachée.
bon gouſt, trouvez bon,Mada- me , que je vous mene audelà
C 2
18 LE MERCVRE
des Mers. Les Armesdu Royy
ont remporté une celebreVi- toire à douze ces lieuës d'icy,
vous le ſçavez , & le Combat donné devantTabaco , a tant
fait de bruit qu'il n'eſt ignoré deperſonne. Mondeffeinn'eſt
pas de repeter ce que l'Extra- ordinaire en a dit;je ne veux que vous bien marquer de quelle confequence eſt aux Ennemis la perte de leurs Vaif- feaux.On a tâché àladéguiſer,
cependant la verité ne peut eftre long-teps cachée, il n'eſt pointde nüages qu'elle ne per- cepour ſe découvrir. Si l'Ad- miral Binkes ne demeure pas d'accord de tous nos avantages, cequ'il a écrit ne ſuffit pas pour faire croire que nous ne les ayons pas remportez , &
nousydevons moins adjoûter
GALANT. 29
de foy qu'à vingt Relations , &
qu'à des Lettres de Hollande mefme qui ont eſté envoyées à
des Particuliers,&qui covien- nent toutes de la méme choſe.
Mais pourdonnerquelque or- dre à ce diſcours , parlons des forces que les Ennemis avoient avant qu'ils fuſſent attaquez,
examinons la conduite de M
le Comte d'Eſtrées , voyons ce
qu'il a fait avant le Combat,
pourquoy il l'a donné , &de quelle maniere il a combattu,
&faiſons enfuite reflexion fur
le dommage que doit cauſer aux Ennemis la perte qu'ils ont faite ſous le Canon meſme
de leur Fortereffe.
Tous ceux qui ont marque dans leurs Relations que les
Ennemis avoient quatorze
C3
30 LE MERCVRE :
Vaiſſeaux , en ont donné des
preuves convainquantes. Ils diſent enquatre endroitsqu'un Négre &unPilote qui furent pris avant le Combat, en affu- rerent Mr le Comte d'Eſtrées;
que ceux qui débarquerent pour l'Attaque du Fort eſtant arrivez fur une hauteurlesdécouvrirent dans la Rade au
mefme nombre , &que l'ordre de leurBataille endemy croif- fant , donna lieu aux Noftres
d'en faire un compte exact ,
lors qu'ils allerent les attaquer.
Il eſt vray que le Vaiſſeau de Rafimus fameux Corfaire , &
une Pinace montée de trente
huit Pieces deCanon, eſtoient
compris dans les quatorze Vaiſſeaux; & c'eſt peut-eftre parcette raiſonquelesHolan- dois foûtiennent qu'ils en a
GALANT. 3
voientmoinsquene marquent
nos Relations; mais le nom ne
fait rien à la choſe , la Pinace valoit bien un Vaifſeau , & ce- luy deRaſmusles fervoit,quoy qu'ilne fut pas venu avec eux.
Je ne parle point d'un Vaiſſeau Portugais qui estoit dans le Port, ne ſcachant pas s'il a co- batu.Tous cesVaiſſeaux étoiét
à portée de Mouſquet de leur Fort, dont les Canons à fleur d'eau defendoient l'entrée de
la Rade. Il y avoit aupres du Port un Banc qui rendoit la paffe fi étroite,qu'il n'y pouvoit entrerqu'unVaiſſeau de front.
Voilà l'eftat des forces des
Ennemis. Voyons les raiſons que M le Comte d'Eſtrées a
euës de les attaquer avec dix Vaiſſeaux ſeulement, les pré- cautions qu'il a priſes pour
32 LE MERCVRE
reuſſir , &fon intrepidité pen- dant le Combat.
CeVice-Admiral eſtant arrivé à une lieuë de l'entrée de la
Rade des Ennemis, fit mettre à
terre M de Souches , & M² le
Febvrede Mericour, accompa- gnez de quelques Habitansde laMartinique,& leur ordonna de tâcher àfaire quelques Pri- fonniers. Ils ne prirentqu'un Négre , qui rapporta ce que j'ay déja dit , que les Ennemis avoient quatorze Vaiſſeaux ,
parce qu'il leur en eſtoit arrivé cinqdepuisquelques jours. Ce Négre adjoûta que le Fortn'é-- toit pas achevé , ce qui fit ré- foudre M d'Eſtrées à le faire
attaquer avantque les Enne- mis euſſent le tempsde ſe re- connoiſtre. Il fit débarquer quelquesTroupes avec M. le
GALANT. 33
Chevalierde Grand-Fontaine.
Il alla luy-meſme à terre où il refolut d'occuper les Ennemis du côté de la Mer,tandis qu'on attaqueroit le Fort , maisune grande Plüye eſtant ſurvenuë,
& ayant fait groſſir une petite Riviere arreſta les Troupes.
Cependant on apprit que le Forteſtoitachevé. Mr le ViceAdmiral qui estoit preſque en
meſime temps ſur mer & fur
terre,&qui eftoit revenu pour faire la diverfion que je vous viens de marquer , débarqua encore une fois &fit conduire
duCanon &unMortier quine firent pas tout l'effet qu'il s'en eſtoit promis. M le Comte d'Eſtrées eftant retourné une
ſeconde fois dans ſonVaiſſeau,
envoïa Me Heroüardpour agir de concert avec MleCheva-
34 LE MERCVRE lier de Grand- Fontaine , &
s'approcher du Fort parTran- chée. Les Ennemis ayant eu le temps de ſe reconnoiſtre avant qued'eftre preſſez,&ſe prépa- rant àſe biendefendre , M² le Vice-Admiral qui l'apprie fit revenir auſſi-toft M Heroüard
pour raporter l'eſtatdes choſes dans unConſeil deGuerre. Il
dit ce qu'il avoit apris,&ajoû- taqu'il faloit trop de teps pour fe rendre maiſtredu Fortdans
les formes ; mais qu'on l'em- porteroit bien- toſt ſi l'on fai- foit une diverfion du coſtéde
laMer; &fur ce qu'onhéfitoit
àſuivre fon confeil, il ſe leva &
aſſura tellemét qu'il réüffiroit,
qu'on le crût. Il eut ordre de
faire deuxbonnes Attaques &
une fauffe,&de ne donnerque
deux heures apres que le Com
GALANT.. 35 bat de Mer ſeroit commencé.
Mr le Comte d'Eſtrées qui ap- puya cetAvis, ne le fit pas fans
en avoirbeaucoup de raiſons.
Il avoit emporté la Cayenne de la meſme maniere ; il connoiſſoit la valeurde ſes Troupes &la bõté de ſes Vaiſſeaux;
&il vit de plus des neceffitez
abſoluës d'en uſer ainſi. La
longueur d'un Siege dans les formes luy auroit fait riſquer ſesVaiſſeaux,la Rade deTabaco eſtoit mauvaiſe, &il y avoit
déja perdu pluſieurs anchres &pluſieurs cables. Il réuffit du coſté de la Mer comme vous
avez appris ; & fi l'on avoit fait du coſte de la terre ce qu'il avoit ordõné, la victoire auroit
eſté entiere,puisque les Ennemis ont perdutous leurs Vaif- ſeaux , encor qu'ils fuſſent fa-
36 LE MERCVRE
1
voriſez du Canon de leur Fort.
Si la vigilance de M'le Vice- Admiral a parû en deſcendant deux fois à terre , il n'en a pas moins fait paroiſtre ſur Mer,où ſon intrepidité s'eſt fait remar- quer. On l'a veu apres avoir eſſuyé le feude tous lesVaif- ſeaux Ennemis &des Bateries
du Fort , aborder le ContreAdmiral de Hollande, s'en rendre maiſtre, & attaquer un au- treVaiſſeau avec le mémefuccés. On l'a veu bleſſé dans un
Canot , exposé au feu desEn- nemis , faire gouverner vers leursVaiſſeaux,pour examiner l'eſtat où ils eſtoient. Ona veu
ceCanot s'enfocer apres avoir eſté percéd'un coupde Cano.
Ona veu ce Vice-Amiral dans
la Mer; &apres en eſtre ſorty
tout
GALANT. 37 tout trempé &bleffé en deux
endroits , on l'a veu appeller uneChaloupe & fe mettre de- dans pour aller encor ſe mefler parmy les Ennemis , &donner les ordres en s'expoſant de nouveau aux meſmesdangers
qu'il venoit d'éviter.
Si l'Attaquede terre n'a pas eſté ſi heureuſe que celle de Mer, la trop boüillante ardeur de ceux qui devoient inſulter
le Fort , & qui l'attaquerent plûtoſt qu'on ne leur avoit or- donné,en a eſté cauſe. La mort
de M de Bayancoury a auſſi beaucoup contribué. Les Mili- ces qu'il commandoit, & qui portoient les Echelles ſe voyat ſans Chef, ne voulurent plus avancer. Cependant tout étoit bien concerté , l'on étoit au
Tome V. D
38 LE MERCVRE haut du Parapet, &fans tous
ces malheurs que Mr le Comte d'Eſtrées ne pouvoit prévoir,
l'entrepriſe de terre auroit eu le ſuccès qu'on en attendoit,&
auroit fait réüffir celle deMer,
nonpas plusqu'elle a fait, mais avecbien moinsdeperte. Les Holladois croyent avoirbeau- coup gagné , parcequ'ils n'ont pas perdu leurFort,& que nô- tre Victoire n'a eſté entiere
quedu coſtéde la Mer; cepen- dant elle eſt ſi grande qu'elle peut affez nous récompenfer dequelques heures que nous avons perduës devant le Fort;
&fi l'on peutdire qu'on réuffit toûjours beaucoup lors qu'on a de grands deſſeins , &qu'on vient à bout deplusde lamoi- tić , nous pouvons aſſurer que
nous avons eu des avantages
GALANT. 39
confiderables , &que la moindre perte des Hollandois eſt celle de tous leurs Vaiſſeaux.
Leur Contre - Admiral eſtoit
monté de foixante &fix pieces deCanon; le Lieutenat étonné
d'y voir le feu,dit auſſi-tôt qu'il y avoit dix - huit milliers de poudre dans ce Vaifſeau , &
une grande quantité de richef- ſes. Onfit tout ceque l'on pût pour en arreſter l'embraſemét,
mais il fut impoffible. Parmy les Vaiſſeaux qui ont eſté brû- lez,ily enavoit cinq nouvelle- mentarrivez de Hollade chargez de vivres pour un an , tant pour l'Eſcadre , que pour les Colonies; ils avoient apporté fix cens Hommes & amené
pluſieursFamilles,&beaucoup de Marchandiſes & d'argent
D2
40 LE MERCVRE
pour établir des Magaſins. Ils ont perdu outre cela pluſieurs Négres avec leurs Femmes &
leurs Enfans qu'ils avoient embarquez pour tranſporter cette Colonie aillieurs. Ainfi
enbrûlat leurs Vaiſſeaux, nous
pouvons dire que nous avons entierement ruiné le commencement de leurs Habitations,
&mis les noftres en ſeureté ; il
leur faut des millions pour ſe rétablir , & pour armer une nouvelle Flote. Pluſieurs Lettres de Hollande affurent la
méme choſe, & les Particuliers- qui ſentent leur mal,loin de le déguiſer , ne peuvent s'empef- cher de s'en plaindre.
Les Victoires qui s'obtiennet facilement ne font pas les plus eſtimées. La valeur &la bravoure des Vainqueurs ne pa-
GALANT. 41
MELAVIZ
roiffent que par la forte refi- ſtace de leursEnnemis, &c'eſt
par cette raiſon que leCombat Naval donné devant Tabaco
feroit moinsglorieux aux Fra- çois s'ils y avoient perdumoins de monde. Jamais Action n'a
eſté fi vigoureuſe.On tira pen- dant le Combatprés de trente mille coups de Canon de part
&d'autre à portéede Pistoler Il n'eſt refté aux Ennemis
un ſeul Capitaine de Vaiſſeau capable de rendre ſervice,tous les autres onteſté bleſſez,tuez ou brûlez, &leurmortn'acoû- té unpeude fang à nosBraves,
que pour les faire triompher avecplus d'éclat.VoicylesNõs de ceux qui ont eſté tiez &
bleſſez enſe ſignalant, tant au CombatdeMerqu'à l'Attaque,
de la Fortereffe . D3
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Capitaines morts.
M Gabaret. Les Ennemis
l'ont veu combattre juſqu'àfon derniermoment,&il n'a quitté lecombatqu'avec la vie, quoy qu'il euſt pûs'en retirer,eſtant bleſſé de trois coups. Il eſtoit Parent du grandGabaret qui
commande à Meſſine, &il s'eſt
montré digne de ce Nompar toutes ſes actions.
Mrs de Léfine, de la Borde &
Heroüardde laPiogerie.
Capitaines bleſſez.
M le Chevalier deGrandFontaine. C'eſt un tres-brave
Officier qui a vieilly dans les Troupes, &qui s'eſt trouvé en beaucoup d'occaſiós périlleu- ſes où il s'eſt toûjours ſignalé.
M le Marquis de Villiers
d'O.
M le Comte de Blenac.
GALANT. 43 Mrs le Febvre, deMéricour,
de Montortier , & de Mafcarany.
Lieutenans morts.
Mr le Chevalier d'Erre.
MedelaMéleniere. Il adonné des preuvesdefon courage juſques à lamort.
Mrs Tivas, &deBellechau..
Lieutenans bleſſez.. M le Chevalier d'Hervault..
M's de Champigny, de Marti- gnac &de Courcelles. Ce der- nier a eſté bleſsé en ſe ſigna- lant à l'Attaque du Fort.
Enseignes morts.
16
M le Chevalier Merault.
Mrs de Villiers,de S.Privas,&
de Seiche, aîné&cadet.
Enseignes bleffez .
Me le Chevalier d'Augers.
Il adonnéde grandesmarques de valeur. MaleChevalier de
44 LE MERCVRE
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Blenac. M de la Rocque. Il eſtoit Major des Troupes de la Deſcente. Il ſauta le premier par deſſus les deux paliſſades,
&alla juſques au Parapet de la Ville,où il nemonta point fau- te d'échelle..
Mrs de Veſençay, Coignard,
Herman,ComardelaMalmaifon, &du Menil-Heroüard.
Autres Officiers tuez.
M de Bayancour, Lieutenat deRoy de S.Chriftophe. M.de Richebourg, Lieutenant d'une
Barque longue. M. de Lifle Commiſſaire de l'Artillerie..
M.deParis, CapitainedesMa- telotsde M. le Cote d'Eſtrées..
Ms de la Brachetiere , &Sta-)
vay ,Gardesde Marine.
Autres Officiers bleffez,
M.DeſvauxCapitaine d'une Barque longue.M.Gifors Ecri
GALANT. 45 vain duRoy. M.Pinette Secre- taire deM. le Comte d'Eſtrées,
Fils de M. Pinette affez connu
par ſa capacitédans les Affai- res duClergé. M.de la Motte,
M. de Chatelard, M. de Vilair.
Volontaires tuez .
M.de Sainte-Marthe Fils du
Gouverneurdela Martinique.
M Cotadon & le Gras.
Ilya eu d'autres Volontaires &Gardes de Marine , qui ſe ſont ſignalez. Les uns ont eſté tuez , les autres bleſſez , & la pluſpart ont ſervy à terre en qualitéde Lieutenans d'Infan- terie. Ms Gaffan , Kermovan,
de Vaintre , Julien , Rehaut ,
Brignol , &Kercon , font de ce
nombre.
Rien ne peut égaler l'intré- pidité de M. Berthier , qui ſe jetta à la Mer , & enleva un
46 LE MERCVRE Canot ſous l'Eperon d'unVaif- ſeau Ennemy. Ceux qui ſe mirent dedans avec M. le Comte
d'Eſtrées furent M. le Chevalier d'Erbouville Major. M. le Chevalier d'Hervault qui a
apporté au Roy lanouvelle de ladéfaite des Vaiſſeaux Ennemis, &M. le Chevalier Pariſot
Volontaire. Ce dernier a accompagné M. le Vice-Amiral dans tous les perils où il s'eſt trouvé ; il a fait admirer ſon
courage , & a fait dire de luy avec beaucoup dejustice , que de pareils Volontaires valoient bien les plus braves Officiers,
&ceuxqui font les plus con- ſommez dans le Meſtier de la
Guerre.
Je croyois ne vous devoir plus riendire touchat l'Affaire deTabaco ; mais je ſuis obligé
GALANT. 47 de rendre juſtice à M.Binkes,
& de publier ſa ſincerité. Je viens de lire la Lettre qu'il a écrite auxEſtatsapresle Com-THAODE A
bat Naval , & j'ay eſté ſurpris o
YON
que nous avons veuë de M. le
Comte d'Estrées ſur le meſme
ſujet. Les Holandois ont voulu
nous perfuader que M. Binkes ne demeuroit pas d'accordde
nos avantages ; ils onteu leurs raiſons pour en uferdela forte;
&comme les pertes quiſe font
dans des Païs de commerce
font beaucoup plus ſenſibles aux Particuliers , que celles où l'Etat eſt intereſsé , il ne faut
pas s'étonner ſi on les déguife avec tant de ſoin : on y reüffit d'abord; &la verité qui vient de fi loin , demeure toûjours quelque temps cachée.
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Résumé : Combat donné devant la Forteresse de Tabago, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de tous ceux qui s'y sont signalez. [titre d'après la table]
Le texte décrit une victoire navale française près de Tabaco, où les forces du roi ont triomphé dans une bataille célèbre. Les ennemis, initialement composés de quatorze vaisseaux, ont subi une défaite significative. Parmi ces vaisseaux figuraient celui de Rasimus et une pinasse montée de trente-huit pièces de canon. Les Français, sous le commandement du Comte d'Estrées, ont attaqué malgré des conditions défavorables, telles qu'une pluie abondante et un fort en cours d'achèvement. Le Comte d'Estrées a mis en place plusieurs stratégies, incluant des reconnaissances et des attaques terrestres pour distraire les ennemis. La bataille navale a été intense, avec des échanges de tirs massifs. Les Français ont réussi à capturer ou détruire tous les vaisseaux ennemis, y compris des navires récemment arrivés de Hollande chargés de vivres et de marchandises. Les pertes françaises ont été notables, avec plusieurs officiers tués ou blessés. Parmi les victimes, on compte le Capitaine Gabaret, mort en combattant, et le Lieutenant de Bayancoury, dont la mort a perturbé l'attaque terrestre. Malgré ces pertes, la victoire est considérée comme glorieuse, ruinant les projets ennemis et assurant la sécurité des colonies françaises. Les lettres et relations de Hollande confirment la gravité de la défaite ennemie, soulignant la perte de vaisseaux et de ressources. La bataille est saluée pour sa vigueur et la bravoure des combattants français, qui ont triomphé malgré la résistance ennemie. Par ailleurs, le texte mentionne une correspondance concernant une lettre écrite par M. Binkes aux États après une rencontre avec le comte d'Estrées. L'auteur du texte exprime sa surprise face aux arguments des Hollandais, qui cherchent à convaincre que M. Binkes ne reconnaît pas les avantages mentionnés. Les Hollandais avancent des raisons solides pour justifier leur position, en soulignant que les pertes commerciales sont plus sensibles pour les particuliers que pour l'État. Ils dissimulent donc ces pertes avec soin. L'auteur note que les vérités provenant de loin mettent du temps à être révélées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 164-172
SUR LES VICTOIRES DU ROY.
Début :
Venons aux Vers que Mr de Corneille l'aisné a presentez [...]
Mots clefs :
Conquêtes, Roi, Feuille volante, Victoires, Parélie, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : SUR LES VICTOIRES DU ROY.
Ve- nons aux Vers que Mr deCor- neille l'aiſné a preſentez au Roy fur ces Conqueſtes. Je - pourrois me diſpenſerde vous les envoyer , parce qu'ils font imprimez ; mais comme ils ne le font qu'en feüille volante, il eſt bon devousdonner lieu de
les conſerver &d'ailleurs fi le mot de Parélie a embaraſſé
quelqu'une de vos Dames de Province , vous leur en ferez
voir l'explication dans le cha-
120 LE MERCVRE
;
gement des deux Vers où ce moteſtoit employé.
SUR LES VICTOIRES
Du ROY.
E vous l'avois bien dit , Enne- IE mis de la France ,
Quepour vous la Victoire auroit
peu de constance ,
Etque de Philisbourgàvos armes
rendu
Lepéniblefuccésvous feroit cher
vendu.
Apeine la Campagne aux Zéphirs est ouverte ,
Et trois Villes déjareparent nostre
perte ;
Trois Villes dont la moindre cust
pûfaire unEtat ,
Lors que chaque Province avoit
fon Potentat ;
Trois
GALANT. 121
Trois Villes qui pouvoient tenir
autantd'années ,
Si le Cielà Loüis ne les eust destinées Et commefi leur priſe étoit trop
peupournous,
Mont-Caffelvous apprendceque peſent nos coups.
Loürs n'aqu'àparoiſtre, &vos Murailles tombent ,
Iln'a qu'àdonner l'ordre, &vas
Hérosfu combent ;
Et tandis quefa gloire arreſte en d'autres lieux
L'honneurdeſapresence, &l'ef- fortdesesyeux ,
L'Ange de qui le brasfoûtientfon Diademe
Vous terraſſe pour luy par un au- tre luy-meſme ,
EtDieu pour luy donner unferme &digne appuy ,
Tome V. L
122 LE MERCVRE
Ne fait qu'un Conquerant de
PHILIPPE &de luy.
Ainſi quandle Soleil fur un
épais nüage ,
Poursefaire unſecond , imprime Sonimage,
Leur hauteur est égale , &leur
éclatpareil ,
Nous voyons deux Soleils qui ne font qu'un Soleil :
Sous un double dehors il est toujours unique ,
Seul maistre des rayons qu'àl'autre il communique ,
Et ce brillantportrait qu'illumi- nent ſes foins
Ne brilleroit pas tant ,
reſſembloit moins.
s'il luy
-Mais c'est aßez, Grand Roy,c'est affez de Conquestes ,
Laiſſe àd'autres ſaiſons celleson tu t'appreſtes:
GALANT. 123 Quelque jufte bonheur qui fuive
tes projets,
Nous envions ta veuë àtes nouveaux Sujets.
Ils bravent tes Drapeaux, tes Ca- nons les foudroyent,
Etpour tout chaſtiment tu les vois,
ils te voyent ;
Quelprix de leur défaite, &que
tantdebonté
Rarement accompagne un Vainqueur irrité!
Pour nous , qui nemettons noftre
bien qu'en ta veuë ,
Vange- nous du long-temps que nous l'avons perduë,
Du vol qu'ils nous en font vien nousfaire raiſon ,
Ramene nos Soleils deſſus nostre
Orifon :
Quandon vient d'entaſſervictoi refur victoire,
L 2
124 LE. MERCVRE
In moment de repos fait mieux.
gouter lagloire,
Et je te le redis , nous devenons
jaloux
Decesmeſmesbonheurs quit'éloignent de nous.
S'ilfaut combatre encor, tupeux
deton Versailles
Forcerdes Bastions, &gagnerdes
Batailles ,
Et tes Pareils, pourvaincre en ces
nobles hazards ,
N'ont pas toûjours beſoin d'y porter leurs regards.
C'est deton Cabinet qu'ilfaut que
tu contemples Quelfruit tes Ennemis tirent de
tes Exemples ,
Et par quel long tiſſu d'illustres
actions,
Ils sçauront profiter de tes inf tructions.
GALANT. 125 Egalezen six mois l'effet de fix Semaines ;
Vousferiezaffezforts pouren ve- niràbout ,
Si vous ne trouviezpas nostre grand Roy par tout.
Par tout vous trouverezSon ame,
&Son ouvrage ,
Des Chefs faits de samain , for- mezsurson courage ,
Pleins de ſa haute idée, intrépides , vaillans ,
Iamais presque afſaillis , toûjours presque affaillans ;
Par tout de vrais François , Sol- dats dés leurs enfance,
Attachezau devoir , prompts à
l'obeiſſance ;
Par tout enfin des cœurs quiſçavent aujourd'huy Lefairepartout craindre , &ne craindre que luy.
L3
126 LE MERCVRE
Sur le Zele , Grand Roy , de ces
ames guerrieres,
Tu peux te reposerduſoinde tes
Frontieres,
Attendant que leur bras vainqueurde tes Flamans,
Mefle un nouveaux triomphe à
tes délaffemens.
Qu'il réduiſſe à la Paix laHol- lande &l'Espagne,
Que par un coup de Maistre il fermeta Campagne ,
Et que l'Aigle jaloux n'enpuiſſe
remporter Que lefortdes Lions que tu viens
de dompter.
les conſerver &d'ailleurs fi le mot de Parélie a embaraſſé
quelqu'une de vos Dames de Province , vous leur en ferez
voir l'explication dans le cha-
120 LE MERCVRE
;
gement des deux Vers où ce moteſtoit employé.
SUR LES VICTOIRES
Du ROY.
E vous l'avois bien dit , Enne- IE mis de la France ,
Quepour vous la Victoire auroit
peu de constance ,
Etque de Philisbourgàvos armes
rendu
Lepéniblefuccésvous feroit cher
vendu.
Apeine la Campagne aux Zéphirs est ouverte ,
Et trois Villes déjareparent nostre
perte ;
Trois Villes dont la moindre cust
pûfaire unEtat ,
Lors que chaque Province avoit
fon Potentat ;
Trois
GALANT. 121
Trois Villes qui pouvoient tenir
autantd'années ,
Si le Cielà Loüis ne les eust destinées Et commefi leur priſe étoit trop
peupournous,
Mont-Caffelvous apprendceque peſent nos coups.
Loürs n'aqu'àparoiſtre, &vos Murailles tombent ,
Iln'a qu'àdonner l'ordre, &vas
Hérosfu combent ;
Et tandis quefa gloire arreſte en d'autres lieux
L'honneurdeſapresence, &l'ef- fortdesesyeux ,
L'Ange de qui le brasfoûtientfon Diademe
Vous terraſſe pour luy par un au- tre luy-meſme ,
EtDieu pour luy donner unferme &digne appuy ,
Tome V. L
122 LE MERCVRE
Ne fait qu'un Conquerant de
PHILIPPE &de luy.
Ainſi quandle Soleil fur un
épais nüage ,
Poursefaire unſecond , imprime Sonimage,
Leur hauteur est égale , &leur
éclatpareil ,
Nous voyons deux Soleils qui ne font qu'un Soleil :
Sous un double dehors il est toujours unique ,
Seul maistre des rayons qu'àl'autre il communique ,
Et ce brillantportrait qu'illumi- nent ſes foins
Ne brilleroit pas tant ,
reſſembloit moins.
s'il luy
-Mais c'est aßez, Grand Roy,c'est affez de Conquestes ,
Laiſſe àd'autres ſaiſons celleson tu t'appreſtes:
GALANT. 123 Quelque jufte bonheur qui fuive
tes projets,
Nous envions ta veuë àtes nouveaux Sujets.
Ils bravent tes Drapeaux, tes Ca- nons les foudroyent,
Etpour tout chaſtiment tu les vois,
ils te voyent ;
Quelprix de leur défaite, &que
tantdebonté
Rarement accompagne un Vainqueur irrité!
Pour nous , qui nemettons noftre
bien qu'en ta veuë ,
Vange- nous du long-temps que nous l'avons perduë,
Du vol qu'ils nous en font vien nousfaire raiſon ,
Ramene nos Soleils deſſus nostre
Orifon :
Quandon vient d'entaſſervictoi refur victoire,
L 2
124 LE. MERCVRE
In moment de repos fait mieux.
gouter lagloire,
Et je te le redis , nous devenons
jaloux
Decesmeſmesbonheurs quit'éloignent de nous.
S'ilfaut combatre encor, tupeux
deton Versailles
Forcerdes Bastions, &gagnerdes
Batailles ,
Et tes Pareils, pourvaincre en ces
nobles hazards ,
N'ont pas toûjours beſoin d'y porter leurs regards.
C'est deton Cabinet qu'ilfaut que
tu contemples Quelfruit tes Ennemis tirent de
tes Exemples ,
Et par quel long tiſſu d'illustres
actions,
Ils sçauront profiter de tes inf tructions.
GALANT. 125 Egalezen six mois l'effet de fix Semaines ;
Vousferiezaffezforts pouren ve- niràbout ,
Si vous ne trouviezpas nostre grand Roy par tout.
Par tout vous trouverezSon ame,
&Son ouvrage ,
Des Chefs faits de samain , for- mezsurson courage ,
Pleins de ſa haute idée, intrépides , vaillans ,
Iamais presque afſaillis , toûjours presque affaillans ;
Par tout de vrais François , Sol- dats dés leurs enfance,
Attachezau devoir , prompts à
l'obeiſſance ;
Par tout enfin des cœurs quiſçavent aujourd'huy Lefairepartout craindre , &ne craindre que luy.
L3
126 LE MERCVRE
Sur le Zele , Grand Roy , de ces
ames guerrieres,
Tu peux te reposerduſoinde tes
Frontieres,
Attendant que leur bras vainqueurde tes Flamans,
Mefle un nouveaux triomphe à
tes délaffemens.
Qu'il réduiſſe à la Paix laHol- lande &l'Espagne,
Que par un coup de Maistre il fermeta Campagne ,
Et que l'Aigle jaloux n'enpuiſſe
remporter Que lefortdes Lions que tu viens
de dompter.
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Résumé : SUR LES VICTOIRES DU ROY.
La lettre accompagne des vers dédiés aux victoires du roi, présentés par Monsieur de Corneille l'aîné. L'auteur souligne que ces vers, bien que déjà imprimés en feuilles volantes, méritent d'être conservés. Il explique le mot 'Parélie', qui pourrait avoir embarrassé certaines dames de province. Les vers célèbrent les conquêtes récentes du roi, notamment la prise de trois villes importantes, et mettent en avant la rapidité et l'efficacité des victoires royales. Le texte compare le roi à un soleil dont l'éclat est unique et incomparable. Il exprime également le désir de voir le roi revenir et de profiter de ses victoires. Enfin, il loue les soldats français, formés par le roi, qui sont courageux et dévoués, et exprime l'espoir que leurs victoires continueront de protéger les frontières du royaume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 224-253
Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Début :
Pendant que plus de vingt Puissances Souveraines liguées contre nous [...]
Mots clefs :
Prince Charles, Prince d'Orange, Troupes, Ennemis, Bataille, Maréchal de Créquy, Armée, Ministres, Désertion, Canon, Soldats, Cavalier, Chevaux, Allemands
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Pendant que plus de vingt Puiſſances Souveraines liguées contre nous,amaſſoient de toutes parts un nombre infiny de Troupes , celles de France qui avoient déja pris trois des plus fortes Places de l'Europe, &
O iij
162 LE MERCVRE
gagné un Bataille, eſtoient das des Quartiers de rafraîchiſſement. On les croyoit fort di- minuées par les fatigues de tant de Sieges entrepris dans une ſaiſon rigoureuſe,&toutes les Gazettes ne parloient que de Levées & de Jonctions de
Troupes ennemies qui ſe fai- foient de tous coſtez. On ne
diſoit rien des noſtres ; il n'y avoit pas mefme d'apparence que nous puſſions eſtre affez forts pour nous oppoſer au Prince Charles. Cependant on a veu tout d'un coup par enchantement , Monfieur leMaréchal deCréquy en état de luy tenir teſte , tandis que
Mõſieurde Luxembourg avoit en Flandre une Armée auſſi
nombreuſe que celle que nous avons en Allemagne. Ces Ar
comme
GALANT. 163 mées ne manquent de rien , &
l'admirable prévoyace duRoy eſt ſi bien fecondée par le zele desMiniſtres qui executentſes ordres , que tout ce qui eſt ne- ceſſaire pour les faire ſubſiſter s'y trouve toûjours en abon- dance. Voila ce qui nous facilite tantdeglorieuſes conque- ſtes , & qui nous fait arreſter ſans peine le torrent oppoſé de tant de Troupes. Voyons les mouvemens de l'Armée de
l'Empereur depuis trois mois que le Prince Charles qui la commande a fait l'ouverture
de la Campagne. Elle estoit à
trois lieuësdeMetsdésle commencement de Juin , &dés ce temps-là Monfieur le Maref- chal de Créquy commença à
la combattre & à la ruiner par ſes Partis &par ſes divers mou-
164 LE MERCVRE
vemens.Le Prince Charles qui avoit réſolu de tenter quelque choſe de grand, paſſa la Seille la nuit du dix au onze de ce
-meſme mois , & vint camper du coſté de noſtre General ,
mais ce ne fut que pour y voir fon Armée dans l'extréme neceffité de toutes choſes pendat le long ſejour qu'elle y fit , &
pour donner lieu à un nombre infiny de Partis de la détruire plus commodément.Apres que cePrince eutachevéde paffer,
Mª de la Fite arriva dés le foir
meſme aupres de Monfieur le Mareſchal de Créquy avec un Détachement des Gardes du
Corps , de Gensd'armes , & de Chevaux-Legers de la Garde.
Le Prince Charles quine ſe ſe- roit pas hazardé à paſſer la Ri- viere, s'il euſt eſté avertyde ce
GALANT. 165
ra
Pul
ect
es
&
Fant
fel
Ja R
Secours, n'en reçeut la nouvel- le qu'avec un chagrin mortel.
Il vit bien qu'il luyſeroit diffi
cile de rien entreprendre , M
de Créquy eſtant preſque auffi fort que luy; mais comme il luy auroit eſté honteuxde fai- re voir qu'il avoit de méchans Eſpions, ou plutoſt qu'il n'en avoit point , il aima mieux fai- re bonne contenance dans fon
Poſte , que de s'en retourner furſes pas. C'eſt oùſon Armée apenſé périr, c'eſt où elle a tant manqué de Fourages , & tant mangédePain poury &de mé- chans Gâteaux. La neceffité y
eſtoit fi grande,qu'on endiſtri- buoit qu'un pour quatre Sol- dats. Ileſt mefme ſouvent arrivé que le Pain manquanten- tierement , elle n'a mangé que
de la Vache. Il eſt vray que
166 LE MERCVRE
l'on y a quelquefois donné quelques Eſcalins au lieu de Pain; mais ſi cet argent a em- peſché les plus ſeditieux de crier , il n'a pas empeſché de mourir de faim ceux à qui un fi foible ſecours ne pouvoit faire trouver dequoy manger.
Tant que le Prince Charles a
demeuré dans ce Poſte,quatre choſes ont ruiné ſon Armée;
laDeſertion, nos Partis,le man- que de Pain , & les Païfans qui prenoient tous ceux qui s'e- cartoient pour en chercher.
Les Marchez &les Places pu- bliques de Mets eſtoient rem- plis de leurs Chevaux qui ſe donnoient à fort grand mar- ché. Cefutdans ce temps que M. le Marefchal de Créquy fit faire à fon Armée ce beau
mouvement qui embaraſſa tat
GALANT. 167
les Ennemis.Il fit ſi bien placer fon Canon , qu'il leur tua plus de huit ou neuf cens Hommes , avant qu'on puſt enten-- dre le leur , qui ne fut en état de tirer que plus de trois heu- res apres le noſtre. Ils firent connoiſtre qu'ils n'avoient aucun deſſein de ſe battre , puis qu'ils repaſſerent la Seille. On trouva dans leur Camp quan- tité de Soldats qu'ils avoient enterrez,afin qu'on ne s'apper- çût pas de leur perte, & ils l'a- voient fait fi fort à la haſte ,
qu'ils leur avoient laiſſé leurs
habits & leur argent , dont on trouva méme une fomme conſidérable dans les Bottes d'un
Cavalier. On les pourſuivit dans leur Retraite,où ils perdi- rent encor beaucoup de mon- de. Cette pourfuite , & leur
168 LE MERCVRE
Canon , qu'ils tirerent à noſtre
exemplequelque temps aupa- ravant , nous coûterent auffi
quelques Gens. Nous perdî- mes M de Préfonval Lieutenant Colonel de la Couronne.
Quelques Gardesdu Corps fu- rent tuez , & deux Exempts bleſſez , qui fontM² de la Fou- chardiere & Mr Darmandaris.
Depuis ce temps les Ennemis ontſouvent changé de Pofte,
&Mr le Marefchal deCréquy a toûjours profité de leurs mouvemens. Ils eſtoient vis- àvis le Village d'Arancy , lors que ce vigilant Mareſchal ap- pritqu'ils attendoientungrand Convoy.Ilfit unDétachement
commandé par Mº de la Haye Lieutenant General , pour le furprendre. On leur tua plus dequatre cens Hommes, &on
leur
GALANT. 169
leurpritdumoins cent Charettes. Ceux qui ſe ſignalerent en cette occafion , furent Meffieurs les Marquis de Genlis &
de Renty,M le Comte deMo- reüil,M de la Fite, Mt le Comte d'Aubijoux , & M Marin.
M de la Haye y fut tué d'un coup deMouſquet. NosPartis ayant continue toûjours à les inquiéter , quatre Pieces de noſtre Canon chargées à cartouches, les incommoderent
fort aupres deMaleroy. Quelques jours apres comme onfui- voitleur marche avec l'ardeur
qui eſt ordinaire aux François,
M' le Chevalierd Eſtrades qui eſtoit Chefd'unParty de deux césChevaux, apperçeût quel- ques Troupesde leur Arriere- garde; il en fit avertir M. le
Comte de Maulevrier - ColTome V. P
170 LE MERCVRE bert, qui commandoit l'Aifle gauche. Ils'avança pour exa- minerla contenance des Ennemis, &les fit attaquer. Les Re- gimensdePortia &de Souches furent défaits. On découvrit
la queuë des Bagages, on ytua plus de deux cens Perſonnes,
onyfit centPrifonniers, & l'on pilla quantité deChariots. La Femme du Tréſorier del'Armée, quipar malheur ſe trou- va là dans fon Carroffe avec
d'autres Femmes, fut tuéedans
T'ardeur du Combat,fansqu'on ſceût meſme fi elle y eftoit.
Deux de nos Efcadrons , &
&quelquesDragons,plus avides de gloire que de bittin,
poufferentplus avant,&paf- ferent un Défilé. Ils furent
chargez par unCorps d'Enne- mis beaucoup plus conſidéra-
GALANT. 171
الاس
01
ble qu'ils n'eſtoient. Ils ſe retirerent enbon ordre, &ne perdirent pas trente Hommes.Les Ennemis n'oferent les pourſui- vre, &ils aimerent mieux laiffer emporteraux François tout ce qu'ils avoient pillé, qued'a- vancer pour les combattre, &
les empeſcher de profiter de | leur butin, Depuis cetemps-là le Prince Charles ſe promene,
&il ſemble qu'il ait enviede venir voir le Prince d'Orange,
qui n'eſt pas plus avancé que luy , quoy que l'un & l'autre foit en campagne depuis pres de trois mois. Je nedoute point qu'ils n'ayent entrepris quel- que choſe quand vous rece vrez ma Lettre , puis que je la finis dans le temps où ils doi- ventdu moins faire voirqu'ils
ell
20
n'ont 1 pas aſſemblé tant de
Pij
172 LE MERCVRE Troupes dans le ſeul deſſein
de nous obſerver. Le Prince
Charles n'auroit pas attendu fi long-temps à ſe déclarer , ſi M
le Mareſchal de Créquy l'euft laiſſé plus en repos mais ſa vi- gilance a toûjours détruit ce que ce Prince s'eſtoit propoſe de faire. Quand ils ont eſte ſé- parez, ila tenudes Ponts prefts pourfaire paſſer ſes Partis ; &
dans quelque Camp que les Ennemis ayent eſté , ils en ont toûjours eſté fatiguez . Ses Or- dres s'executoient avec tant de
ponctualité ; qu'on les a veu quelquefois inquiétez enmef- me temps par les Partis de Na- cy , par ceux des Lieux les plus proches , par les Détachemens de l'Armée , & par les Païfans.
C'eſt ainſi qu'on fait périr les Troupes les plus nombreuſes,
GALANT. 173
1
G
&que ſans rien perdre on ga- gne ſouventplus que fi ondo- noit une Bataille. M² de Beaufort Mareſchal de Camp,pouf- ſa une fois leur grande Garde - juſques à leurs Tentes. Quar torze Cuiraſſiers furent pris une autre fois par un Party de
vingt-cinq contre vingt-cinq.
Un LieutenantdeFufiliers,fortifiédesPaïſansduPaïs Meſſin,
attaqua &batit quelque temps apres un Convoy de Vin &
d'Eau de vie , dont il enfonça tous les Tonneaux ; & le MajorduRegimentdeCominges,
avec tres-peu de Gens , avoit défait quelques jours aupara- vant quatre-vingt Cuiraffiers,
dont la plupart furent faits pri- fonniers.; Je pourrois vous raconter encor unnombre infiny d'actions de vigueur qui ont
Piij
174 LE MERCVRE
८
eſté faites par nosPartis ; mais je vous veux ſeulement parler dedeuxdont les circonstances
font affez curieuſes. Le Prince
Charles s'ennuyant de ne rien faire , & ne voulant pas que l'on s'aperçeut de ſon chagrin,
refolut de donner le Bal aux
principales Dames de fon Ar- mée. Cela ne doit pas vous étonner, les Allemans ne mar- chent guéres qu'en Famille.
Comme il n'eſt point de Nation qui n'imite les François en quelque choſe , les Allemans pour pour paroiſtre avec plus de galanterie, voulurent avoir de nos Habits les plus à la mo- de,&le Prince Charles en envoya demander par unTrom- pete au Lieutenant de Royde Mets , lequel par une honne- ſteté toute Françoiſe luy en-
GALANT. 175
هللا
que
A
10.1
N
DIS
arc
ne
ronoyd
nne
yen
:
voya auſſi-toſt des Tailleurs ,
avec les Etofes les plus nou- velles qu'on puſt trouver. Les Habits ſe firent, &on commeça le Bal. M de Créqui prit ce temps pour leur donner un au- tre BLIOTHEQUR
divertiſſement. Il envoya Iron quelques Troupes qui donne rent l'alarme dans l'un de leurs
Quartiers, & qui eurent ordre
de ſe retirer d'une maniere qui pût engager les Ennemis à les pour ſuivre. Ses Ordres furent ponctuellement executez ; &
comme il avoit fait placer plu- fieurs Canons chargez à car- touches dans un endroitoù les
Ennemis ne croyoient pas qu'il y en euſt , la plupart de ceux qui pourſuivirentnos Gens fu- rent tuez ou bleffez ; & l'alarmes s'eſtant répaduëdans tout le Gamp , le Bal fut tellement
LYON
176 LE MERCVRE
troublé , que les Allemans oublierent leurs Dances , &
ne ſceurent plus faire de pas que pour décamper quel- ques jours apres. Le Canon ne leur fut pas moins fatal le jour que leurs Fourageurs fu- rent enlevez. La plupart des Officiers qui avoient des Va- lets au fourage, s'attrouperent pour les venir défendre ; mais ils n'oferent avancer , & l'on
euſtditqu'ils n'eſtoient venus que pour eſtre témoins de la perte de leurs Chevaux. Ils ne
s'en retournerent pourtantpas tous , &pluſieurs furent tuez par noſtre Canon. Vous direz peut- eſtre que c'eſt n'avoir rien fait, que de n'avoir ni pris de Places, ni gagné deBatail- les ; mais apres les premiers
avantages que nous avons
GALANT. 177
1
remportez , n'est-il pas bien glorieux d'empefcher tant de Puiſſances unies d'executer
aucune dn leurs entrepriſes ?
De pareils emplois demandent le Capitaine le plus confom- mé ; ils ont dequoy exercer toute fon experience , & de- quoy le rendre vigilant, eſtant obligé de faire des mouve- mens continuels , & de pren- dre garde en meſme temps de n'en faire aucun de faux.C'eſt
par là qu'on ruine infenfible- ment les Armées ennemies
mais il ne ſuffit pas pour cela d'avoir du cœur, il faut avoir
de l'eſprit & de l'adreſſe , &
que la tefte agiffe plus que le bras. Mr de Créquy a montré depuis trois mois que toutes
ces choſes ne luy eſtoient pas inconnuës , & qu'il ſçavoit
178 LE MERCVRE joindre la conduite & la pru- dence à la haute valeur dont
il a donné des marques dans un nombre infini d'occaſions,
&dans la diverſité des mouvemens qu'il a faits. Comme il ne s'en eſt pas trouvé unde faux, on ne peut marcher plus glorieuſement qu'il fait ſur les traces de M'de Turenne. Il l'a
imité en toutes chofes,&toutes les Lettres nous affurent
qu'il ne s'eſt pas fait moins ai- mer dans toutes les Troupes qu'il commande,qu'il s'est fait craindre parmi celles qui lui font oppoſées.
'La feconde Armée d'Allemagne , compoſée des Trou- pes des Cercles , n'a pas fait plus de progrez que celle du Prince Charles. M de Monclar l'obſerve de prés, &M' le
GALANT. 179
Marquis de Bligny l'eſt allé joindre avec unDétachement de dix Eſcadrons. Il y a prés de trois mois que le Prince
dOrange aſſemble la fienne,
■ & qu'il attend celle de dix ou
douze Alliez qui marche de- puis long-temps. Ila parujuf- ques icyque toutes cesTrou- pes n'estoient en campagne que pour arrefterles courſesde delaGarnifon de Maftric ; ce
qu'elles n'ont toutefois pû fai- re. Mr de la Motte avec un
Détachement, a eſté prendre force Beſtiaux du coſtede Namur; &M le Duc de Luxembourg a fouragé long-temps juſques aux Portes de Bruxel- les.Il aenvoyéquelques Troupes aux environs d'Oudenarde ſous le commandement de
Mellieurs dela Motte &d'Au
ZB
180 LE MERCVRE
ger. Le Prince d'Orange com- mença à décamper le 15.&M²
de Luxembourg le 16. Je ne
vous en diray rien davantage dans cette Lettre, quand mef- me on entreprendroit quelque choſe avantqu'elle fut fermée,
afin de vous en parler au long dans la premiere que je vous écriray,&de ne vous enpoint faire le détailàdeux fois
O iij
162 LE MERCVRE
gagné un Bataille, eſtoient das des Quartiers de rafraîchiſſement. On les croyoit fort di- minuées par les fatigues de tant de Sieges entrepris dans une ſaiſon rigoureuſe,&toutes les Gazettes ne parloient que de Levées & de Jonctions de
Troupes ennemies qui ſe fai- foient de tous coſtez. On ne
diſoit rien des noſtres ; il n'y avoit pas mefme d'apparence que nous puſſions eſtre affez forts pour nous oppoſer au Prince Charles. Cependant on a veu tout d'un coup par enchantement , Monfieur leMaréchal deCréquy en état de luy tenir teſte , tandis que
Mõſieurde Luxembourg avoit en Flandre une Armée auſſi
nombreuſe que celle que nous avons en Allemagne. Ces Ar
comme
GALANT. 163 mées ne manquent de rien , &
l'admirable prévoyace duRoy eſt ſi bien fecondée par le zele desMiniſtres qui executentſes ordres , que tout ce qui eſt ne- ceſſaire pour les faire ſubſiſter s'y trouve toûjours en abon- dance. Voila ce qui nous facilite tantdeglorieuſes conque- ſtes , & qui nous fait arreſter ſans peine le torrent oppoſé de tant de Troupes. Voyons les mouvemens de l'Armée de
l'Empereur depuis trois mois que le Prince Charles qui la commande a fait l'ouverture
de la Campagne. Elle estoit à
trois lieuësdeMetsdésle commencement de Juin , &dés ce temps-là Monfieur le Maref- chal de Créquy commença à
la combattre & à la ruiner par ſes Partis &par ſes divers mou-
164 LE MERCVRE
vemens.Le Prince Charles qui avoit réſolu de tenter quelque choſe de grand, paſſa la Seille la nuit du dix au onze de ce
-meſme mois , & vint camper du coſté de noſtre General ,
mais ce ne fut que pour y voir fon Armée dans l'extréme neceffité de toutes choſes pendat le long ſejour qu'elle y fit , &
pour donner lieu à un nombre infiny de Partis de la détruire plus commodément.Apres que cePrince eutachevéde paffer,
Mª de la Fite arriva dés le foir
meſme aupres de Monfieur le Mareſchal de Créquy avec un Détachement des Gardes du
Corps , de Gensd'armes , & de Chevaux-Legers de la Garde.
Le Prince Charles quine ſe ſe- roit pas hazardé à paſſer la Ri- viere, s'il euſt eſté avertyde ce
GALANT. 165
ra
Pul
ect
es
&
Fant
fel
Ja R
Secours, n'en reçeut la nouvel- le qu'avec un chagrin mortel.
Il vit bien qu'il luyſeroit diffi
cile de rien entreprendre , M
de Créquy eſtant preſque auffi fort que luy; mais comme il luy auroit eſté honteuxde fai- re voir qu'il avoit de méchans Eſpions, ou plutoſt qu'il n'en avoit point , il aima mieux fai- re bonne contenance dans fon
Poſte , que de s'en retourner furſes pas. C'eſt oùſon Armée apenſé périr, c'eſt où elle a tant manqué de Fourages , & tant mangédePain poury &de mé- chans Gâteaux. La neceffité y
eſtoit fi grande,qu'on endiſtri- buoit qu'un pour quatre Sol- dats. Ileſt mefme ſouvent arrivé que le Pain manquanten- tierement , elle n'a mangé que
de la Vache. Il eſt vray que
166 LE MERCVRE
l'on y a quelquefois donné quelques Eſcalins au lieu de Pain; mais ſi cet argent a em- peſché les plus ſeditieux de crier , il n'a pas empeſché de mourir de faim ceux à qui un fi foible ſecours ne pouvoit faire trouver dequoy manger.
Tant que le Prince Charles a
demeuré dans ce Poſte,quatre choſes ont ruiné ſon Armée;
laDeſertion, nos Partis,le man- que de Pain , & les Païfans qui prenoient tous ceux qui s'e- cartoient pour en chercher.
Les Marchez &les Places pu- bliques de Mets eſtoient rem- plis de leurs Chevaux qui ſe donnoient à fort grand mar- ché. Cefutdans ce temps que M. le Marefchal de Créquy fit faire à fon Armée ce beau
mouvement qui embaraſſa tat
GALANT. 167
les Ennemis.Il fit ſi bien placer fon Canon , qu'il leur tua plus de huit ou neuf cens Hommes , avant qu'on puſt enten-- dre le leur , qui ne fut en état de tirer que plus de trois heu- res apres le noſtre. Ils firent connoiſtre qu'ils n'avoient aucun deſſein de ſe battre , puis qu'ils repaſſerent la Seille. On trouva dans leur Camp quan- tité de Soldats qu'ils avoient enterrez,afin qu'on ne s'apper- çût pas de leur perte, & ils l'a- voient fait fi fort à la haſte ,
qu'ils leur avoient laiſſé leurs
habits & leur argent , dont on trouva méme une fomme conſidérable dans les Bottes d'un
Cavalier. On les pourſuivit dans leur Retraite,où ils perdi- rent encor beaucoup de mon- de. Cette pourfuite , & leur
168 LE MERCVRE
Canon , qu'ils tirerent à noſtre
exemplequelque temps aupa- ravant , nous coûterent auffi
quelques Gens. Nous perdî- mes M de Préfonval Lieutenant Colonel de la Couronne.
Quelques Gardesdu Corps fu- rent tuez , & deux Exempts bleſſez , qui fontM² de la Fou- chardiere & Mr Darmandaris.
Depuis ce temps les Ennemis ontſouvent changé de Pofte,
&Mr le Marefchal deCréquy a toûjours profité de leurs mouvemens. Ils eſtoient vis- àvis le Village d'Arancy , lors que ce vigilant Mareſchal ap- pritqu'ils attendoientungrand Convoy.Ilfit unDétachement
commandé par Mº de la Haye Lieutenant General , pour le furprendre. On leur tua plus dequatre cens Hommes, &on
leur
GALANT. 169
leurpritdumoins cent Charettes. Ceux qui ſe ſignalerent en cette occafion , furent Meffieurs les Marquis de Genlis &
de Renty,M le Comte deMo- reüil,M de la Fite, Mt le Comte d'Aubijoux , & M Marin.
M de la Haye y fut tué d'un coup deMouſquet. NosPartis ayant continue toûjours à les inquiéter , quatre Pieces de noſtre Canon chargées à cartouches, les incommoderent
fort aupres deMaleroy. Quelques jours apres comme onfui- voitleur marche avec l'ardeur
qui eſt ordinaire aux François,
M' le Chevalierd Eſtrades qui eſtoit Chefd'unParty de deux césChevaux, apperçeût quel- ques Troupesde leur Arriere- garde; il en fit avertir M. le
Comte de Maulevrier - ColTome V. P
170 LE MERCVRE bert, qui commandoit l'Aifle gauche. Ils'avança pour exa- minerla contenance des Ennemis, &les fit attaquer. Les Re- gimensdePortia &de Souches furent défaits. On découvrit
la queuë des Bagages, on ytua plus de deux cens Perſonnes,
onyfit centPrifonniers, & l'on pilla quantité deChariots. La Femme du Tréſorier del'Armée, quipar malheur ſe trou- va là dans fon Carroffe avec
d'autres Femmes, fut tuéedans
T'ardeur du Combat,fansqu'on ſceût meſme fi elle y eftoit.
Deux de nos Efcadrons , &
&quelquesDragons,plus avides de gloire que de bittin,
poufferentplus avant,&paf- ferent un Défilé. Ils furent
chargez par unCorps d'Enne- mis beaucoup plus conſidéra-
GALANT. 171
الاس
01
ble qu'ils n'eſtoient. Ils ſe retirerent enbon ordre, &ne perdirent pas trente Hommes.Les Ennemis n'oferent les pourſui- vre, &ils aimerent mieux laiffer emporteraux François tout ce qu'ils avoient pillé, qued'a- vancer pour les combattre, &
les empeſcher de profiter de | leur butin, Depuis cetemps-là le Prince Charles ſe promene,
&il ſemble qu'il ait enviede venir voir le Prince d'Orange,
qui n'eſt pas plus avancé que luy , quoy que l'un & l'autre foit en campagne depuis pres de trois mois. Je nedoute point qu'ils n'ayent entrepris quel- que choſe quand vous rece vrez ma Lettre , puis que je la finis dans le temps où ils doi- ventdu moins faire voirqu'ils
ell
20
n'ont 1 pas aſſemblé tant de
Pij
172 LE MERCVRE Troupes dans le ſeul deſſein
de nous obſerver. Le Prince
Charles n'auroit pas attendu fi long-temps à ſe déclarer , ſi M
le Mareſchal de Créquy l'euft laiſſé plus en repos mais ſa vi- gilance a toûjours détruit ce que ce Prince s'eſtoit propoſe de faire. Quand ils ont eſte ſé- parez, ila tenudes Ponts prefts pourfaire paſſer ſes Partis ; &
dans quelque Camp que les Ennemis ayent eſté , ils en ont toûjours eſté fatiguez . Ses Or- dres s'executoient avec tant de
ponctualité ; qu'on les a veu quelquefois inquiétez enmef- me temps par les Partis de Na- cy , par ceux des Lieux les plus proches , par les Détachemens de l'Armée , & par les Païfans.
C'eſt ainſi qu'on fait périr les Troupes les plus nombreuſes,
GALANT. 173
1
G
&que ſans rien perdre on ga- gne ſouventplus que fi ondo- noit une Bataille. M² de Beaufort Mareſchal de Camp,pouf- ſa une fois leur grande Garde - juſques à leurs Tentes. Quar torze Cuiraſſiers furent pris une autre fois par un Party de
vingt-cinq contre vingt-cinq.
Un LieutenantdeFufiliers,fortifiédesPaïſansduPaïs Meſſin,
attaqua &batit quelque temps apres un Convoy de Vin &
d'Eau de vie , dont il enfonça tous les Tonneaux ; & le MajorduRegimentdeCominges,
avec tres-peu de Gens , avoit défait quelques jours aupara- vant quatre-vingt Cuiraffiers,
dont la plupart furent faits pri- fonniers.; Je pourrois vous raconter encor unnombre infiny d'actions de vigueur qui ont
Piij
174 LE MERCVRE
८
eſté faites par nosPartis ; mais je vous veux ſeulement parler dedeuxdont les circonstances
font affez curieuſes. Le Prince
Charles s'ennuyant de ne rien faire , & ne voulant pas que l'on s'aperçeut de ſon chagrin,
refolut de donner le Bal aux
principales Dames de fon Ar- mée. Cela ne doit pas vous étonner, les Allemans ne mar- chent guéres qu'en Famille.
Comme il n'eſt point de Nation qui n'imite les François en quelque choſe , les Allemans pour pour paroiſtre avec plus de galanterie, voulurent avoir de nos Habits les plus à la mo- de,&le Prince Charles en envoya demander par unTrom- pete au Lieutenant de Royde Mets , lequel par une honne- ſteté toute Françoiſe luy en-
GALANT. 175
هللا
que
A
10.1
N
DIS
arc
ne
ronoyd
nne
yen
:
voya auſſi-toſt des Tailleurs ,
avec les Etofes les plus nou- velles qu'on puſt trouver. Les Habits ſe firent, &on commeça le Bal. M de Créqui prit ce temps pour leur donner un au- tre BLIOTHEQUR
divertiſſement. Il envoya Iron quelques Troupes qui donne rent l'alarme dans l'un de leurs
Quartiers, & qui eurent ordre
de ſe retirer d'une maniere qui pût engager les Ennemis à les pour ſuivre. Ses Ordres furent ponctuellement executez ; &
comme il avoit fait placer plu- fieurs Canons chargez à car- touches dans un endroitoù les
Ennemis ne croyoient pas qu'il y en euſt , la plupart de ceux qui pourſuivirentnos Gens fu- rent tuez ou bleffez ; & l'alarmes s'eſtant répaduëdans tout le Gamp , le Bal fut tellement
LYON
176 LE MERCVRE
troublé , que les Allemans oublierent leurs Dances , &
ne ſceurent plus faire de pas que pour décamper quel- ques jours apres. Le Canon ne leur fut pas moins fatal le jour que leurs Fourageurs fu- rent enlevez. La plupart des Officiers qui avoient des Va- lets au fourage, s'attrouperent pour les venir défendre ; mais ils n'oferent avancer , & l'on
euſtditqu'ils n'eſtoient venus que pour eſtre témoins de la perte de leurs Chevaux. Ils ne
s'en retournerent pourtantpas tous , &pluſieurs furent tuez par noſtre Canon. Vous direz peut- eſtre que c'eſt n'avoir rien fait, que de n'avoir ni pris de Places, ni gagné deBatail- les ; mais apres les premiers
avantages que nous avons
GALANT. 177
1
remportez , n'est-il pas bien glorieux d'empefcher tant de Puiſſances unies d'executer
aucune dn leurs entrepriſes ?
De pareils emplois demandent le Capitaine le plus confom- mé ; ils ont dequoy exercer toute fon experience , & de- quoy le rendre vigilant, eſtant obligé de faire des mouve- mens continuels , & de pren- dre garde en meſme temps de n'en faire aucun de faux.C'eſt
par là qu'on ruine infenfible- ment les Armées ennemies
mais il ne ſuffit pas pour cela d'avoir du cœur, il faut avoir
de l'eſprit & de l'adreſſe , &
que la tefte agiffe plus que le bras. Mr de Créquy a montré depuis trois mois que toutes
ces choſes ne luy eſtoient pas inconnuës , & qu'il ſçavoit
178 LE MERCVRE joindre la conduite & la pru- dence à la haute valeur dont
il a donné des marques dans un nombre infini d'occaſions,
&dans la diverſité des mouvemens qu'il a faits. Comme il ne s'en eſt pas trouvé unde faux, on ne peut marcher plus glorieuſement qu'il fait ſur les traces de M'de Turenne. Il l'a
imité en toutes chofes,&toutes les Lettres nous affurent
qu'il ne s'eſt pas fait moins ai- mer dans toutes les Troupes qu'il commande,qu'il s'est fait craindre parmi celles qui lui font oppoſées.
'La feconde Armée d'Allemagne , compoſée des Trou- pes des Cercles , n'a pas fait plus de progrez que celle du Prince Charles. M de Monclar l'obſerve de prés, &M' le
GALANT. 179
Marquis de Bligny l'eſt allé joindre avec unDétachement de dix Eſcadrons. Il y a prés de trois mois que le Prince
dOrange aſſemble la fienne,
■ & qu'il attend celle de dix ou
douze Alliez qui marche de- puis long-temps. Ila parujuf- ques icyque toutes cesTrou- pes n'estoient en campagne que pour arrefterles courſesde delaGarnifon de Maftric ; ce
qu'elles n'ont toutefois pû fai- re. Mr de la Motte avec un
Détachement, a eſté prendre force Beſtiaux du coſtede Namur; &M le Duc de Luxembourg a fouragé long-temps juſques aux Portes de Bruxel- les.Il aenvoyéquelques Troupes aux environs d'Oudenarde ſous le commandement de
Mellieurs dela Motte &d'Au
ZB
180 LE MERCVRE
ger. Le Prince d'Orange com- mença à décamper le 15.&M²
de Luxembourg le 16. Je ne
vous en diray rien davantage dans cette Lettre, quand mef- me on entreprendroit quelque choſe avantqu'elle fut fermée,
afin de vous en parler au long dans la premiere que je vous écriray,&de ne vous enpoint faire le détailàdeux fois
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Résumé : Ce qui s'est passé en Allemagne entre l'Armée du Roy & celle de l'Empereur. [titre d'après la table]
Le texte relate les opérations militaires entre les forces françaises et une coalition de plus de vingt puissances souveraines. Malgré les difficultés et les fatigues des sièges, les armées françaises, dirigées par le maréchal de Créquy et le duc de Luxembourg, ont réussi à résister aux assauts ennemis. Les armées françaises bénéficient d'un approvisionnement efficace grâce à la prévoyance du roi et au zèle des ministres. Le prince Charles, commandant l'armée de l'Empereur, a tenté plusieurs actions, mais a été contré par les mouvements stratégiques et les partis de Créquy. Les troupes du prince Charles ont souffert de désertions, de manque de ravitaillement et de harcèlement constant par les forces françaises. Plusieurs actions notables, comme l'attaque d'un convoi et la perturbation d'un bal organisé par le prince Charles, illustrent la vigilance et l'efficacité des troupes françaises. Le maréchal de Créquy a démontré une grande expérience et une vigilance constante, affaiblissant progressivement les armées ennemies sans livrer de batailles décisives. La deuxième armée d'Allemagne, composée des troupes des Cercles, n'a pas non plus fait de progrès significatifs, étant étroitement surveillée par les forces françaises. Le prince d'Orange et ses alliés sont également en campagne, mais sans succès notable. Par ailleurs, l'auteur mentionne qu'il ne fournira pas davantage de détails dans la lettre actuelle, préférant en discuter plus en profondeur dans la prochaine lettre afin d'éviter un double récit et de traiter le sujet de manière exhaustive.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 184-216
Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Début :
Les Espagnols avoient formé le dessein d'une grande diversion de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Espagnols, Pays, Catalogne, Valence, Duc de Navailles, Bataillons, Canon, Régiment, Marche, Hauteur, Royaume, Combat, Troupes, Cavalerie, Morts, Bagages, Blessés, Capitaines, Tués
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Les Eſpagnols avoient formé le deffein d'une grande diver- ſion de ce coſté-là ,&cela par politique. CePaïs eſt plus pres d'eux , & les avantages qu'ils ſe tenoient affurez d'y rem- porter, devoient faire une plus forte impreffion fur l'eſprit des Peuples. Ils firent des levées
GALANT. 129
&د
dans toutes leurs Provinces ,
auſquelles ils donnent le nom de Royaumes , & choiſirent le Comte de Monterey pour Viceroy de Catalogne pourGeneral de cette Armée.
Il eſt adroit , vigilant, &d'une exactitude merveilleuſe àfaire
bien ſervir ſon Prince. Ces
grandes levées eſtant faites , &
la plupart des Nobles ayant joint l'Armée , partie comme Volontaires , partie comme Officiers , la Cour d'Eſpagne en eſpera tout , & fe fortifia encor plus dans le deſſein de de faire quelque entrepriſe conſidérable fur les François en Catalogne , pour faire oublier au Peuple de Madrid les Conquestes du Roy en Flan- dre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en
130 LE MERCURE pofte de Sarragofſe où il eſtoit,
d'aller à Barcelone , d'y arrê- ter fix Vaiſſeaux chargez de Troupes pour la Sicile , &de les faire ſervir en Catalogne.
Douze cens Fantaſſins levez
dans le Royaume de Grenade ,
arriverent en mefme temps à
Barcelone.Le Mestre de Camp
de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres;
&d'autres levées faites dans le
meſme Royaume &dansl'Andaloufie , les joignirent pref- que auffitoft . Le Comte de Monterey eſtant arrivé dans l'Armée qu'ildevoit comman- der , Monfieur le Marefchal
Duc de Navailles &luy s'en- voyerent faire de grandes ci- vilitez , & fe firent dire qu'ils ſe verroient. Ce Comte voufut paroiſtre le plus civil. Il fit
GALANT. 131
- avancer ſes Troupes , & mar- cha du coſté de Saint Pierre
Peſcador , où Monfieurde Navailles eſtoit poſté. Ce Duc eſtant bien aiſe de ſuy épar- gner la moitié du chemin , en- voya huit cens Chevaux pour reconnoiſtre les Ennemis , &
ces huit cens Chevaux enleverent leur grande Garde.
Deux jours apres , le Comte deMontereyvoulant paſſer un Défilé à la veuë de noſtre Armée , Monfieur de Navailles
le fit charger , &le contraignit deſe retirer en deſordre apres
une Efcarmouche de trois
2
heures , où les Eſpagnols per- dirent beaucoup de monde.
Quelque temps aprés , Mon- fieur le Duc de Navailles
ayant eu avis que le Comte de Monterey avoit comman
132 LE MERCVRE
de huit cens Miquelets avec un Détachement de Cavalerie , pour nous ofter la com- munication avec le Lampour- dan , il envoya quelques trou- pes ſous Mº de la Rablie- re , Marefchal de Camp , qui les défit. On tua les deux
Commandans, & on prit deux autres Officiers. Voilà toute la
Campagne en peu de mots juſqu'au jour delagrandeDé- faite des Ennemis dont vous
avez entendu parler , & que je vay vous apprendre , avec des particularitez que vous n'avez aſſurément point veuës enſemble. Vous treblez peut- eftre déja que je ne vous aille faire une longue Relation, que
je ne vous accable d'une infi nité de termes de Guerre , &
que je ne vous nomme tous
GALANT. 133 les Villages par où l'on a paſſé,
&tous les poſtes qu'on a oc- cupez. Rafſurez-vous , Madame , je ne vous parleray de la Guerrequed'une maniere qui n'aura rien d'ennuyeux pour vous , & qui fera tres- intelli- gible aux Dames à qui vous faites partde mes Lettres.C'eſt pour elles particulierement que j'écris , & je ne feray ce Recit que comme vousle fe- ON
riez vous-mefme. S'il n'a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez , il aura du moins le charme de la brié
veté. Fiez - vous en moy , je vous prie , & hazardez - vous fur ma parole à lire ce que je vous envoye. Nous étionsen- trez en Catalogne malgré les grandes forces que les Enne- mis y avoient ; nous avions
134 LE MERCVRE
د
fait chez eux tous les dégaſts imaginables , confommé leurs Fourages , enlevé leurs Bef- tiaux & donné en meſme
temps aux Noftres le moyen de faire paiſiblement leur ré- colte dans le Rouffillon ; mais
nous n'avions pû entrer dans le Païs Ennemy , que par des paſſages étroits qui font entre les Montagnes , & queles Ef- pagnols pouvoient aiſement occuper pour nous empeſcher le retour. En effet ils s'étoient
déja ſaiſis de quelques-uns en intention de nous attaquer.
Nos Troupes leur cedoient en nombre. Il eſtoit queſtion de fortir des Montsoù nous nous
eftions engagez, & ce fut dans cette difficulté qu'éclata la prudence & la conduite de
Monfieurle Ducde Navailles.
Il
GALANT. 135 Il envoya ſes ordres à M le Chevalier d'Aubeterre , Gouverneur de Collioure,&Lieu
tenant Generaldes Arméesdu
Roy, de ſe rendre maître d'un Paſſage appellé le Col de Ba- gnols, qu'il ſçavoit qu'on avoit deſſein de luy fermer. M le Chevalier d'Aubeterre partie environ àminuit , avec undé
tachement de ſa Garniſon &
- des Milices du Païs. Il trouva
queles Ennemis avoient occu- -pé des Hauteurs &des Ro- chers eſcarpez. Il les en chaf- ſa avec une vigueur incroya- ble, &fit fuïrdeux Bataillons
qui venoient à leur ſecours.
Le chemin eſtantouvert,MonſieurdeNavailles commença à
faire marcher dés ce jour-là.
Les Ennemis vinrent camper àla portée de noſtre Canon;
D
S
S
Tome VI. M
1
136 LE MERCURE il y eut quelques eſcarmou- ches, &on les recommença le lendemain. Les Eſpagnols en Bataille voulurent gagner une Montagne fort haute, mais on les en empefcha. Cétobſtacle rompit leurs meſures , & nous occupâmes une Hauteur qui nous ofta tout lieu de rien
craindre d'eux. On demeura
trois jours en preſence,&pen- dant tout ce temps on ne fit que des eſcarmouches. On chargea trois EſcadronsEnne-- mis qui avoient paſſé une Ri- viere, &qui estoient foûtenus de ſept Regimens d'Infante- rie. L'avantage nous demeura,
avec perte pour les Eſpagnols de plus de ſept cens Hommes,
qui furent ou tuez ,
prifonniers , ou mis hors de
ou faits
combat. Nôtre General n'ayat
GALANT. 137
ان
S
و
plus rien à faire dans le Païs ,
fongea à s'en retirer , & fit marcher les premiers Bagages.
Cette marche fut dérobée à la
connoiſſance des Ennemis
auffi-bien que celle de toute l'Armée qui commença à dé- filer àminuit.Lors que le Com- te de Monterey en fut averty,
cette nouvelle le mit au deſefpoir , & il marcha avec tant de précipitation , qu'il joignit noſtre Arrieregarde. Monfieur de Navailles avec une adreffe
& une prudence admirable ,
trouva moyen de faire avan- cer encor noftre Armée ce
qui fit perdre haleine aux En- nemis qui nous pourſuivoient.
Les Eſpagnols ayans plus de
,
Troupes eftant compoſées de
S Troupes que nous ,
& ces
1
toute la Nobleſſe de leurs
Mij
138 LE MERCURE Royaumes, ſe répondoient tel- lementde la Victoire,que dans l'impatience de combattre, ils vinrentenfin àboutd'attacher
l'eſcarmouche , ce qu'ils firent avec une impétuoſité qui ſe peut àpeine concevoir. Ils oc- cuperent des Hauteurs; mais les Noſtres aprés les en avoir chaſſez en gagnerent d'autres,
& conferverent fi bien cét
avantage pendattoute la jour- née, qu'ils donnerentlieu aux Bagages d'avancer beaucoup,
&de ſe mettre en ſeureté. M
de Navailles ne craignant plus rien , & ayant fait voir au Comte de Monterey qu'il en fçavoit plus que luy , mit ſon Armée en bataille dans le lieu
qu'il jugea le plus avantageux,
&fit pofter fon Canonde for- te qu'il fut tres-bien fervy , &
GALANT. 139
1
1
incommoda fort les Ennemis.
Noftre General voulut encor
gagnerune Hauteur, &ce qui paroift incroyable , nos Trou- pes qui devoient eſtre fati- guées de tant de mouvemens,
ypaſſerent avec diligence &
fans aucune confufion , parun effet des ordres que Monfieur ☐ de Navailles donnoit avecune application & une prefence d'eſpritqui n'avoient rien d'égal que fon courage. Il animoit tous les Officiers à bien faire ;
& les Soldats encouragez par fon exemple &parſes paroles,
réſolurentde périr plûtoſt que d'abandoner ce dernierPofte.
Les Ennemis vinrent aufſi- toft
ànous en tres-bon ordre , &
le Combat s'engagea. On tira pendant trois heuresde la ſeu le longueur de deux Piques ,
Miij
140 LE MERCURE Bataillons contre Bataillons , la
Cavalerie de part & d'autre eſtant derriere l'Infanterie..
Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement , & on ne les pût obliger à reculer d'un ſeul pas. La Cavalerie quenous avionsſur l'aifle gau- che fit des merveilles : Elle
monta fur une Hauteur pref- que inacceffible , & en chaffa lesEnnemis. Celle de ladroite alla pluſieurs fois à la char- ge , & en tua grand nom.
bre. L'Occafion dura cinq heures & demie , &fe termina avec beaucoup de gloire pour le Roy. Les Eſpagnolsy
ont perdu plus de deux mille Hommes. On leur a entierement défait les Regimensd'Ar--
ragon, de Medina Sidonia , &
deMonteleone. TouslesOffi-
GALANT.: 141 ciers de ces trois Regimens ont eſté tuez , bleffez , ou faits
prifonniers. On a fort mal trai- té ceux de Grenade & de la
Cofte , & il y a eu un tres- grand nombre de prifonniers,
entre leſquels ſont plufieurs Perſonnes de qualité , dont quelques-uns, comme le Com- te de la Fuente, le Vicomte de S.George,& le Colonel Heffe,
✓ font morts de leurs bleſſures..
Cette Action eſt d'autant plus
glorieuſe, qu'on a batu les Ennemisdans leur Païs, quoyque plus forts, qu'ony eft demeuré maître du Champ de Bataille,
qu'on leur a pris des Dra peaux ,&tout cela en ſe reti rant ; ce qui eſt une circon - ſtance remarquable : car les
Retraites font ordinairement
- dangereuses , & on y est rar
142 LE MERCURE
rement attaqué qu'on ne ſoit batu. Les Eſpagnols n'ont rien entrepris depuis ce temps-là ,
& voilà à quoy ont abouty tous ces grands Armemens, &
toutes ces Levées, qui avoient épuiſé leurs RoyaumesdeGre- nade &d'Andaloufie. Jevous
ay tenu parole , Madame. Ce Récit n'eſt embaraſſe d'aucuns'
Noms de Paſſages,&je ne l'ay pas meſme voulu charger de ceux de nos Officiers qui ſe font fait remarquer , afin de vous en laiſſer plus aiſement fuivre le fil . Cela ne me doit
pas empeſcher de leur rendre preſentement juſtice; & pour faire honneur aux Etrangers ,
je vous diray d'abord que les Suiffes & les Allemands ne
donnerent quartier à perſon- ne , fur ce qu'un Trompette
GALANT. 143 des Ennemis vint declarer -qu'ils n'en feroient point aux Etrangers. Si les François euf- ſent ſuivy cet exemple , il ne ſeroit guere demeuré d'Eſpa- gnols.
Les Regimens de Sault, de Furſtemberg , de Navailles ,
d'Erlac , de Gaſſion , de la Rabliere , de Lanſon , de Lebret ,
&de Villeneuve , ſe ſont dif
tinguez , aufli bien que les Dragons., que rien n'a efte ca- pable d'ébranler. Jamais onn'a fi genéralement bien faitdans aucun Combat. Onn'a pas re- marqué un feul Soldat qui ait reculé,&on ne ſçait qui loüer,
particulierement des Officiers,
parce qu'ils meritent tous d'égales loüanges.
*
Monfieur le Mareſchal Duc
de Navailles diviſa ſes Trou-
144 LE MERCURE
pes enpluſieurs Corps,&quoy qu'il fuſt par tout, il ne laiſſa pas de ſe mettre à la teſte d'un de
ces Corps qu'il avoit fi judi- cieuſement diviſez. Mr de la
Rabliere Mareſchal de Camp,
eſtoit à la teſte d'un autre , &
monta fur une Hauteur où il
batit les Ennemis. Mrde Gafſion Lieutenant General , pаreillementàla teſte d'un Corps,
occupa une autre Hauteur ; &
Mr Chevreau Brigadier deCa- valerie , ſe ſignala à la teſte du quatrième Corps. Mr du Sauf- fay donna beaucoup de mar- *ques de cœur & de conduite
en cette occaſion; il commandoit la Cavalerie. M² le Marquis d'Apremont Mareſchalde Camp, y fit des merveilles. II eſtoit par tout. Ce fut luy qui foûtint les premiers efforts des
GALANT. 145
Ennemis , & qui commença à
leur faire connoiſtre qu'ils s'é- toient trompez quand ils s'é- toient voulu répondre ſi fortement de la Victoire. La con- duite des Bagages fut donnée à Mr d'Urban Brigadier d'In- fanterie. Il les mit en ſeûreté,
&revint en ſuite prendre part à la gloire de cette fameuſe journée. M' le Marquis de Villeneuve , Colonel de Cavalerie , après avoir foûtenu les efforts des Ennemis , les chargea vigoureuſement. M le Che- valier de Ganges fit des choſes
ſurprenantes , & forma des Eſcadrons , malgré tout le feu des Ennemis. Mr le Marquis
de Navailles ſervit de Briga- dier en la place de M de S. André , qui avoit eſté envoyé
depuis deux jours à Bellegarde.
146 LE MERCURE 1
Ce Marquis agit avec autant de prudence que de courage.
Il mena les Bataillons à la
Charge , & fe montradigne du Sang dont il fort. M. des
Fontaines Lieutenant d'Artillerie , fit tout ce qu'on pou- voit attendre de luy. Son Ca- non fut bien ſervy, & fi à pro- pos , que les Ennemis en fou- frirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avanta- geufement de Meſſieurs de la
Rabliere & deGaffion , qu'on ne leur peut donner trop de loüanges, non--plus qu'àMon- fieur le Chevalier d'Aubeterre , qui ayant apporté une vi- gilance incroyable à ſe faifir du Col de Bagnols avant le Combat, montra une vigueur extraordinaire à chaffer les
Ennemis qui avoient occupé les
GALANT. 147
les Hauteurs des environs de
ce Paſſage, quoy qu'ils fuſſent beaucoup mieux poftez & en plus grand nombre. Monfieur de Raiſon , Capitaine au Regi- ment de Sault ,& un petit Corps de Suiffes , executerent
tres-bien ſes ordres, Monfieur
le Camus deBeaulicu , Intendant General de tout le Païs,
donna les ſiens fort à propos.
Il avoit receu une Lettre en
chifre de Monfieur le Duc de
Navailles pour faire marcher toute la Milice du Païs avec
M' le Chevalier d'Aubeterre,
& pour tenir preſtes les Munir)
tions de guerre & de bouche,
& il prit ſoin de tout avecune diligence & une ponctualité qui nepeuvent etre allezoſti mées. Il chargea Monfieur He ron, Commiſſaire ordinaire des
Tome VI. N
148 LE MERCVRE Guerres , & des Convois tant
par terre que par Mer, de l'e- xecution'de beaucoup de cho- ſes dont il s'acquita tres-fide- lement. Il ne me reſte plus qu'à vous dire les noms des Morts&des Bleſſez , tant d'actions vigoureuſes n'ayant pû fe faire ſans qu'il nous en ait couſté quelque choſe.
Capitaines tuez.
M.Choueraſqui, м. le Chevalier du Cros, M.Duran.
Capitaines bleſſez.
Mrs Praflon , Davénes, Bardonanche, Maurniay, De Tu- bas , Revellas , Tronc , Romp,
Geſſeret,Bandron,Quantagril,
Guaſque, Saint Géniez , La- barte, Sainte-Coulombe, Lan- glade, Barriere, Brouffan,Cha- tonville Vulaine M. le Marquis deVilleneu
GALANT. 149
ve Colonel de Cavalerie , &
M.de Conflans Major du Re- gimentde laRabliere, ont auffi efté bleſſez .
a
Je ne vous parle point des Eſpagnols morts oubleſſez. Ce font noms qui vous font en tierement inconnus , &d'ailleurs le nombre eneſt ſi grand,
qu'ils ne pourroient que vous ennuyer. Le ComtedeMonterey envoyé demander le Corps du Comtede la Fuente par un Trompete , & dire à
Monfieur de Navailles qu'il avoit eſté plus heureux que luy. Ce Trompete le pria en meſme temps de ſa part d'a- voir ſoin de la Nobleſſe d'ef
pagne qu'il avoit entre ſes mains.
GALANT. 129
&د
dans toutes leurs Provinces ,
auſquelles ils donnent le nom de Royaumes , & choiſirent le Comte de Monterey pour Viceroy de Catalogne pourGeneral de cette Armée.
Il eſt adroit , vigilant, &d'une exactitude merveilleuſe àfaire
bien ſervir ſon Prince. Ces
grandes levées eſtant faites , &
la plupart des Nobles ayant joint l'Armée , partie comme Volontaires , partie comme Officiers , la Cour d'Eſpagne en eſpera tout , & fe fortifia encor plus dans le deſſein de de faire quelque entrepriſe conſidérable fur les François en Catalogne , pour faire oublier au Peuple de Madrid les Conquestes du Roy en Flan- dre. Ainfi le Comte de Monterey reçeut ordre de partir en
130 LE MERCURE pofte de Sarragofſe où il eſtoit,
d'aller à Barcelone , d'y arrê- ter fix Vaiſſeaux chargez de Troupes pour la Sicile , &de les faire ſervir en Catalogne.
Douze cens Fantaſſins levez
dans le Royaume de Grenade ,
arriverent en mefme temps à
Barcelone.Le Mestre de Camp
de Valence luy mena deux mille Hommes un peu apres;
&d'autres levées faites dans le
meſme Royaume &dansl'Andaloufie , les joignirent pref- que auffitoft . Le Comte de Monterey eſtant arrivé dans l'Armée qu'ildevoit comman- der , Monfieur le Marefchal
Duc de Navailles &luy s'en- voyerent faire de grandes ci- vilitez , & fe firent dire qu'ils ſe verroient. Ce Comte voufut paroiſtre le plus civil. Il fit
GALANT. 131
- avancer ſes Troupes , & mar- cha du coſté de Saint Pierre
Peſcador , où Monfieurde Navailles eſtoit poſté. Ce Duc eſtant bien aiſe de ſuy épar- gner la moitié du chemin , en- voya huit cens Chevaux pour reconnoiſtre les Ennemis , &
ces huit cens Chevaux enleverent leur grande Garde.
Deux jours apres , le Comte deMontereyvoulant paſſer un Défilé à la veuë de noſtre Armée , Monfieur de Navailles
le fit charger , &le contraignit deſe retirer en deſordre apres
une Efcarmouche de trois
2
heures , où les Eſpagnols per- dirent beaucoup de monde.
Quelque temps aprés , Mon- fieur le Duc de Navailles
ayant eu avis que le Comte de Monterey avoit comman
132 LE MERCVRE
de huit cens Miquelets avec un Détachement de Cavalerie , pour nous ofter la com- munication avec le Lampour- dan , il envoya quelques trou- pes ſous Mº de la Rablie- re , Marefchal de Camp , qui les défit. On tua les deux
Commandans, & on prit deux autres Officiers. Voilà toute la
Campagne en peu de mots juſqu'au jour delagrandeDé- faite des Ennemis dont vous
avez entendu parler , & que je vay vous apprendre , avec des particularitez que vous n'avez aſſurément point veuës enſemble. Vous treblez peut- eftre déja que je ne vous aille faire une longue Relation, que
je ne vous accable d'une infi nité de termes de Guerre , &
que je ne vous nomme tous
GALANT. 133 les Villages par où l'on a paſſé,
&tous les poſtes qu'on a oc- cupez. Rafſurez-vous , Madame , je ne vous parleray de la Guerrequed'une maniere qui n'aura rien d'ennuyeux pour vous , & qui fera tres- intelli- gible aux Dames à qui vous faites partde mes Lettres.C'eſt pour elles particulierement que j'écris , & je ne feray ce Recit que comme vousle fe- ON
riez vous-mefme. S'il n'a pas le tour aifé & naturel que vous luy donneriez , il aura du moins le charme de la brié
veté. Fiez - vous en moy , je vous prie , & hazardez - vous fur ma parole à lire ce que je vous envoye. Nous étionsen- trez en Catalogne malgré les grandes forces que les Enne- mis y avoient ; nous avions
134 LE MERCVRE
د
fait chez eux tous les dégaſts imaginables , confommé leurs Fourages , enlevé leurs Bef- tiaux & donné en meſme
temps aux Noftres le moyen de faire paiſiblement leur ré- colte dans le Rouffillon ; mais
nous n'avions pû entrer dans le Païs Ennemy , que par des paſſages étroits qui font entre les Montagnes , & queles Ef- pagnols pouvoient aiſement occuper pour nous empeſcher le retour. En effet ils s'étoient
déja ſaiſis de quelques-uns en intention de nous attaquer.
Nos Troupes leur cedoient en nombre. Il eſtoit queſtion de fortir des Montsoù nous nous
eftions engagez, & ce fut dans cette difficulté qu'éclata la prudence & la conduite de
Monfieurle Ducde Navailles.
Il
GALANT. 135 Il envoya ſes ordres à M le Chevalier d'Aubeterre , Gouverneur de Collioure,&Lieu
tenant Generaldes Arméesdu
Roy, de ſe rendre maître d'un Paſſage appellé le Col de Ba- gnols, qu'il ſçavoit qu'on avoit deſſein de luy fermer. M le Chevalier d'Aubeterre partie environ àminuit , avec undé
tachement de ſa Garniſon &
- des Milices du Païs. Il trouva
queles Ennemis avoient occu- -pé des Hauteurs &des Ro- chers eſcarpez. Il les en chaf- ſa avec une vigueur incroya- ble, &fit fuïrdeux Bataillons
qui venoient à leur ſecours.
Le chemin eſtantouvert,MonſieurdeNavailles commença à
faire marcher dés ce jour-là.
Les Ennemis vinrent camper àla portée de noſtre Canon;
D
S
S
Tome VI. M
1
136 LE MERCURE il y eut quelques eſcarmou- ches, &on les recommença le lendemain. Les Eſpagnols en Bataille voulurent gagner une Montagne fort haute, mais on les en empefcha. Cétobſtacle rompit leurs meſures , & nous occupâmes une Hauteur qui nous ofta tout lieu de rien
craindre d'eux. On demeura
trois jours en preſence,&pen- dant tout ce temps on ne fit que des eſcarmouches. On chargea trois EſcadronsEnne-- mis qui avoient paſſé une Ri- viere, &qui estoient foûtenus de ſept Regimens d'Infante- rie. L'avantage nous demeura,
avec perte pour les Eſpagnols de plus de ſept cens Hommes,
qui furent ou tuez ,
prifonniers , ou mis hors de
ou faits
combat. Nôtre General n'ayat
GALANT. 137
ان
S
و
plus rien à faire dans le Païs ,
fongea à s'en retirer , & fit marcher les premiers Bagages.
Cette marche fut dérobée à la
connoiſſance des Ennemis
auffi-bien que celle de toute l'Armée qui commença à dé- filer àminuit.Lors que le Com- te de Monterey en fut averty,
cette nouvelle le mit au deſefpoir , & il marcha avec tant de précipitation , qu'il joignit noſtre Arrieregarde. Monfieur de Navailles avec une adreffe
& une prudence admirable ,
trouva moyen de faire avan- cer encor noftre Armée ce
qui fit perdre haleine aux En- nemis qui nous pourſuivoient.
Les Eſpagnols ayans plus de
,
Troupes eftant compoſées de
S Troupes que nous ,
& ces
1
toute la Nobleſſe de leurs
Mij
138 LE MERCURE Royaumes, ſe répondoient tel- lementde la Victoire,que dans l'impatience de combattre, ils vinrentenfin àboutd'attacher
l'eſcarmouche , ce qu'ils firent avec une impétuoſité qui ſe peut àpeine concevoir. Ils oc- cuperent des Hauteurs; mais les Noſtres aprés les en avoir chaſſez en gagnerent d'autres,
& conferverent fi bien cét
avantage pendattoute la jour- née, qu'ils donnerentlieu aux Bagages d'avancer beaucoup,
&de ſe mettre en ſeureté. M
de Navailles ne craignant plus rien , & ayant fait voir au Comte de Monterey qu'il en fçavoit plus que luy , mit ſon Armée en bataille dans le lieu
qu'il jugea le plus avantageux,
&fit pofter fon Canonde for- te qu'il fut tres-bien fervy , &
GALANT. 139
1
1
incommoda fort les Ennemis.
Noftre General voulut encor
gagnerune Hauteur, &ce qui paroift incroyable , nos Trou- pes qui devoient eſtre fati- guées de tant de mouvemens,
ypaſſerent avec diligence &
fans aucune confufion , parun effet des ordres que Monfieur ☐ de Navailles donnoit avecune application & une prefence d'eſpritqui n'avoient rien d'égal que fon courage. Il animoit tous les Officiers à bien faire ;
& les Soldats encouragez par fon exemple &parſes paroles,
réſolurentde périr plûtoſt que d'abandoner ce dernierPofte.
Les Ennemis vinrent aufſi- toft
ànous en tres-bon ordre , &
le Combat s'engagea. On tira pendant trois heuresde la ſeu le longueur de deux Piques ,
Miij
140 LE MERCURE Bataillons contre Bataillons , la
Cavalerie de part & d'autre eſtant derriere l'Infanterie..
Nos Troupes ne firent aucun méchant mouvement , & on ne les pût obliger à reculer d'un ſeul pas. La Cavalerie quenous avionsſur l'aifle gau- che fit des merveilles : Elle
monta fur une Hauteur pref- que inacceffible , & en chaffa lesEnnemis. Celle de ladroite alla pluſieurs fois à la char- ge , & en tua grand nom.
bre. L'Occafion dura cinq heures & demie , &fe termina avec beaucoup de gloire pour le Roy. Les Eſpagnolsy
ont perdu plus de deux mille Hommes. On leur a entierement défait les Regimensd'Ar--
ragon, de Medina Sidonia , &
deMonteleone. TouslesOffi-
GALANT.: 141 ciers de ces trois Regimens ont eſté tuez , bleffez , ou faits
prifonniers. On a fort mal trai- té ceux de Grenade & de la
Cofte , & il y a eu un tres- grand nombre de prifonniers,
entre leſquels ſont plufieurs Perſonnes de qualité , dont quelques-uns, comme le Com- te de la Fuente, le Vicomte de S.George,& le Colonel Heffe,
✓ font morts de leurs bleſſures..
Cette Action eſt d'autant plus
glorieuſe, qu'on a batu les Ennemisdans leur Païs, quoyque plus forts, qu'ony eft demeuré maître du Champ de Bataille,
qu'on leur a pris des Dra peaux ,&tout cela en ſe reti rant ; ce qui eſt une circon - ſtance remarquable : car les
Retraites font ordinairement
- dangereuses , & on y est rar
142 LE MERCURE
rement attaqué qu'on ne ſoit batu. Les Eſpagnols n'ont rien entrepris depuis ce temps-là ,
& voilà à quoy ont abouty tous ces grands Armemens, &
toutes ces Levées, qui avoient épuiſé leurs RoyaumesdeGre- nade &d'Andaloufie. Jevous
ay tenu parole , Madame. Ce Récit n'eſt embaraſſe d'aucuns'
Noms de Paſſages,&je ne l'ay pas meſme voulu charger de ceux de nos Officiers qui ſe font fait remarquer , afin de vous en laiſſer plus aiſement fuivre le fil . Cela ne me doit
pas empeſcher de leur rendre preſentement juſtice; & pour faire honneur aux Etrangers ,
je vous diray d'abord que les Suiffes & les Allemands ne
donnerent quartier à perſon- ne , fur ce qu'un Trompette
GALANT. 143 des Ennemis vint declarer -qu'ils n'en feroient point aux Etrangers. Si les François euf- ſent ſuivy cet exemple , il ne ſeroit guere demeuré d'Eſpa- gnols.
Les Regimens de Sault, de Furſtemberg , de Navailles ,
d'Erlac , de Gaſſion , de la Rabliere , de Lanſon , de Lebret ,
&de Villeneuve , ſe ſont dif
tinguez , aufli bien que les Dragons., que rien n'a efte ca- pable d'ébranler. Jamais onn'a fi genéralement bien faitdans aucun Combat. Onn'a pas re- marqué un feul Soldat qui ait reculé,&on ne ſçait qui loüer,
particulierement des Officiers,
parce qu'ils meritent tous d'égales loüanges.
*
Monfieur le Mareſchal Duc
de Navailles diviſa ſes Trou-
144 LE MERCURE
pes enpluſieurs Corps,&quoy qu'il fuſt par tout, il ne laiſſa pas de ſe mettre à la teſte d'un de
ces Corps qu'il avoit fi judi- cieuſement diviſez. Mr de la
Rabliere Mareſchal de Camp,
eſtoit à la teſte d'un autre , &
monta fur une Hauteur où il
batit les Ennemis. Mrde Gafſion Lieutenant General , pаreillementàla teſte d'un Corps,
occupa une autre Hauteur ; &
Mr Chevreau Brigadier deCa- valerie , ſe ſignala à la teſte du quatrième Corps. Mr du Sauf- fay donna beaucoup de mar- *ques de cœur & de conduite
en cette occaſion; il commandoit la Cavalerie. M² le Marquis d'Apremont Mareſchalde Camp, y fit des merveilles. II eſtoit par tout. Ce fut luy qui foûtint les premiers efforts des
GALANT. 145
Ennemis , & qui commença à
leur faire connoiſtre qu'ils s'é- toient trompez quand ils s'é- toient voulu répondre ſi fortement de la Victoire. La con- duite des Bagages fut donnée à Mr d'Urban Brigadier d'In- fanterie. Il les mit en ſeûreté,
&revint en ſuite prendre part à la gloire de cette fameuſe journée. M' le Marquis de Villeneuve , Colonel de Cavalerie , après avoir foûtenu les efforts des Ennemis , les chargea vigoureuſement. M le Che- valier de Ganges fit des choſes
ſurprenantes , & forma des Eſcadrons , malgré tout le feu des Ennemis. Mr le Marquis
de Navailles ſervit de Briga- dier en la place de M de S. André , qui avoit eſté envoyé
depuis deux jours à Bellegarde.
146 LE MERCURE 1
Ce Marquis agit avec autant de prudence que de courage.
Il mena les Bataillons à la
Charge , & fe montradigne du Sang dont il fort. M. des
Fontaines Lieutenant d'Artillerie , fit tout ce qu'on pou- voit attendre de luy. Son Ca- non fut bien ſervy, & fi à pro- pos , que les Ennemis en fou- frirent beaucoup. Toutes les Relations parlent fi avanta- geufement de Meſſieurs de la
Rabliere & deGaffion , qu'on ne leur peut donner trop de loüanges, non--plus qu'àMon- fieur le Chevalier d'Aubeterre , qui ayant apporté une vi- gilance incroyable à ſe faifir du Col de Bagnols avant le Combat, montra une vigueur extraordinaire à chaffer les
Ennemis qui avoient occupé les
GALANT. 147
les Hauteurs des environs de
ce Paſſage, quoy qu'ils fuſſent beaucoup mieux poftez & en plus grand nombre. Monfieur de Raiſon , Capitaine au Regi- ment de Sault ,& un petit Corps de Suiffes , executerent
tres-bien ſes ordres, Monfieur
le Camus deBeaulicu , Intendant General de tout le Païs,
donna les ſiens fort à propos.
Il avoit receu une Lettre en
chifre de Monfieur le Duc de
Navailles pour faire marcher toute la Milice du Païs avec
M' le Chevalier d'Aubeterre,
& pour tenir preſtes les Munir)
tions de guerre & de bouche,
& il prit ſoin de tout avecune diligence & une ponctualité qui nepeuvent etre allezoſti mées. Il chargea Monfieur He ron, Commiſſaire ordinaire des
Tome VI. N
148 LE MERCVRE Guerres , & des Convois tant
par terre que par Mer, de l'e- xecution'de beaucoup de cho- ſes dont il s'acquita tres-fide- lement. Il ne me reſte plus qu'à vous dire les noms des Morts&des Bleſſez , tant d'actions vigoureuſes n'ayant pû fe faire ſans qu'il nous en ait couſté quelque choſe.
Capitaines tuez.
M.Choueraſqui, м. le Chevalier du Cros, M.Duran.
Capitaines bleſſez.
Mrs Praflon , Davénes, Bardonanche, Maurniay, De Tu- bas , Revellas , Tronc , Romp,
Geſſeret,Bandron,Quantagril,
Guaſque, Saint Géniez , La- barte, Sainte-Coulombe, Lan- glade, Barriere, Brouffan,Cha- tonville Vulaine M. le Marquis deVilleneu
GALANT. 149
ve Colonel de Cavalerie , &
M.de Conflans Major du Re- gimentde laRabliere, ont auffi efté bleſſez .
a
Je ne vous parle point des Eſpagnols morts oubleſſez. Ce font noms qui vous font en tierement inconnus , &d'ailleurs le nombre eneſt ſi grand,
qu'ils ne pourroient que vous ennuyer. Le ComtedeMonterey envoyé demander le Corps du Comtede la Fuente par un Trompete , & dire à
Monfieur de Navailles qu'il avoit eſté plus heureux que luy. Ce Trompete le pria en meſme temps de ſa part d'a- voir ſoin de la Nobleſſe d'ef
pagne qu'il avoit entre ſes mains.
Fermer
Résumé : Tout ce qui s'et passé en Catalogne depuis l'ouverture de la Campagne, avec les Noms des Morts & des Blessez, & de ceux qui se sont signalez dans la derniere Défaite des Ennemis. [titre d'après la table]
Les Espagnols préparèrent une diversion en Catalogne pour compenser les conquêtes françaises en Flandre. Ils levèrent des troupes dans diverses provinces et nommèrent le Comte de Monterey vice-roi de Catalogne et général de l'armée. Les préparatifs incluaient l'arrivée de vaisseaux chargés de troupes à Barcelone et des renforts de régions comme Grenade et Valence. Le Comte de Monterey reçut l'ordre de se rendre à Barcelone et de préparer des troupes pour la Sicile. Il marcha vers Saint-Pierre-Pescador où le Duc de Navailles était posté. Après une escarmouche, les Espagnols furent contraints de se retirer en désordre. Plus tard, le Duc de Navailles envoya des troupes pour défaire un détachement espagnol près du Lampourdan. Les Français, malgré les forces espagnoles, réussirent à faire des dégâts en Catalogne et à sécuriser les récoltes dans le Roussillon. Cependant, ils étaient limités par des passages étroits entre les montagnes. Le Duc de Navailles envoya le Chevalier d'Aubeterre sécuriser le Col de Bagnols, permettant ainsi aux troupes françaises de progresser. Lors de plusieurs escarmouches, les Espagnols, bien que plus nombreux, furent repoussés. Le Duc de Navailles réussit à retirer ses troupes en sécurité malgré la poursuite des Espagnols. La bataille finale dura cinq heures et demie, se terminant par une victoire française. Les Espagnols perdirent plus de deux mille hommes et plusieurs régiments furent détruits. Les régiments français, notamment ceux de Sault, Furstemberg, et Navailles, se distinguèrent par leur bravoure. Le Duc de Navailles et plusieurs autres officiers reçurent des éloges pour leur conduite et leur courage. Après cette défaite, les Espagnols n'entreprirent plus aucune action militaire significative. Le texte mentionne également les capitaines tués et blessés lors des actions militaires, ainsi que la demande du Comte de Monterey pour le corps du Comte de la Fuente, soulignant la supériorité militaire du Duc de Navailles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 245-265
Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Début :
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de [...]
Mots clefs :
Ennemis, Armée, Chevaux, Maréchal de Créquy, Prince Charles, Canon, Gardes, Gazette de Hollande, Camp, Combattre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Depuis ce que je vous marquay la derniere fois de cesArmées, tout a confifté en
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
quelquesDécampemensqu'el- les ont fait l'une &l'autre , &
dans lesquels la vigilance , la conduite &la prévoyance de Mr le Mareſchal de Crequy ont toûjours eſté ſi grandes ,
qu'en embaraſſant par tout le Prince Charles , il a rompu toutes ſes meſures. On n'en
peut douter , puis que nous fommes àla fin d'Aouſt , ſans
que ce Prince ait encor rien execute. On a ſeulement envoyédesPartisde part &d'au- tre. Il n'eſt point beſoin de
vous dire que nous y avons toûjours eul'avantage. Quand les Ennemis ne demeureroient
pasd'accordde leurs Morts&
GALANT. 171 de leurs Bleſſez, le grand nom bre de Priſonniers que nous avons faits fur eux , & dont la
Ville de Mets eſtoit toute rem plie avant qu'ils s'en éloignaf- fent, feroit connoiſtre ce qu'ils tâcherolent inutilement de ca- [
cher. Le Comte de Stirum fort !
eſtimé dans l'Armée du Prince
Charles , eſtant à la teſte de quatre-vingt Maiſtres choifis,
& de pluſieurs Volontaires ,
fut rencontré par Monfieur de la Chapelle Capitaine au Re- giment de Rocqueville, avec trente Maiſtres & trente Dra- gons. Ils ſe poufferent. Me de la Chapelle tua & bleſſa vingt des Ennemis , & fit ce Comte ,
prifonnier , avec quarante-un de ceux qui le ſoûtenoient.
Vous admirerez l'intrépidité de M' de Langlade Officier de
L
Pij
172 LE MERCURE noſtre Armée. Il alla dans le
Camp des Ennemis , ſe mefla la nuit parmy eux , prit trois ou quatre de leurs plus beaux Chevaux, fortit du Camp , &
enlevaun petitCorps avancé.
Iln'eſt pas le feul qui cherche les occafions de ſe ſignaler.
Tous les François brûlent de combatre, &l'ardeur qu'ils en font paroiſtre va fi loin , que MaleMarefchalde Créquy eft ſouvent contraint de ſe ſervir
de ſon autorité pour les rete- nir. Les Ennemis eſtant venus
un jour reconnoiſtre noftre Camp , on les repouſſa juf- qu'aux quinze premiers Eſca- drons où eftoient leurs Generaux. Monfieur le Duc de
Vendôme combatit avec une
vigueur, incroyable , & ſe mê- la juſqu'à deux fois parmy les
GALANT. 173 Cuiraffiers. Cette occafion fut
remarquable &partout ce que jeviensdevous endire ,&par la maniere dont M³ le Comte
deBroille & M le Marquisde Bouflairs s'y fignalerent. M'le Marquis de Riveroles ayant eu ſa jambe de bois emportée ,&
ſon Cheval tué , ne laiſſa pas de combattre vigoureuſement,
appuyé ſur le tronçon de ſa jambe. On le remonta , & il eut le temps de ſe retirer. Cet- -te Action fut admiréede tout
le monde. Si ceux qui la vi- rent en demeurerent ſurpris ,
- les Ennemis le furent bien- davantage, quand aprés avoir décampe de Gendrecour , ils apperceurent M de Créquy campé àune lieuë d'eux, fans qu'il y euſt entre les deux Ar- 1
mées nyBois, ny Riviere, ny
;
174 LE MERCURE Défilé.Ils tirerent d'abord trois
coups de Canon pour rappel- ler leurs Fourrageurs & leurs Coureurs , & ils furent toute
la nuit &tout le jour en ba- taille. Il y eut plufieurs eſcar- mouches , & les grandes Gar- des ſe poufferent deux fois.
Les Gardes du Corps ayant eſté commandez pour ſoûtenir la noftre , vinrent aux mains
repoufferent les Ennemis, en tuerent quelques-uns , & en firent d'autres prifonniers. M
de Créquy eſtoit venu dans ce dernier Campen Caroffe.
Ilen defcendit ſi-toſt qu'il fut arrivé , monta à Cheval , fit défiler ſon Armée , la campa fort avantageuſement,&aprés avoir employé plus de fix heu- res àdonner ſes ordres, il entra
dans une Tente où il coucha,
GALANT. 175 & qu'il avoit fait dreſſer à la teſte des Chevaux-Legers. Le lendemain il envoya Mª Phili- bert, Capitaine de ſes Gardes,
dans le Camp des Ennemis ,
porter à M' le Marquis deGra- na, de la part de Monfieur le Duc , une Epée enrichie de tres-beaux Diamas, en échange de dix Chevaux Croates qu'il luy avoit envoyez depuis quelque temps. Il fut conduit auPrinceCharles , &mené en
fuite au Marquis de Grana ,
qui mit pied aterre ,&luy fit preſent de fon Cheval. Plu- fieurs Officiers Generaux qui eftoient prefens , demanderent àcet Envoyé quandM³ le Ma- reſchal de Créquy vouloit combattre. Il leur répondit.
Meſieurs , il ne tient qu'à vous,
iln'y anyDéfilé ny Riviere entre
176 LE MERCVRE les deuxArmées , &l'on est prest
àvous bien recevoir. Surquoy- und'entr'eux ne pût s'empef- cher de dire : Ne faisons point
les fins ,il ne tient
combattre.
quà nous de
LesEnnemis ayant décam- pé , & s'eſtant ſaiſis deMou-- ſon , n'y trouverent aucun avantage. Monfieur le Maré- chal de Schomberg qui avoit preveu leur deſſein , en avoie fait fortir Habitans & meu
bles , & on peut dire meſme que le Pofte estoit méchans
pour eux,puis qu'ils pouvoient eſtre veus dans leur Camp.
Ce qui les attira particuliere menten ce lieu-la,fut l'efpes rance d'y faire paffer la Meu- ſe à quelques Partis , mais ce- Ja ne leur arriva qu'une leuke fois; MonfieurdeCréquy tra
GALANT. 177 verſa promptementunBois où jamais Armée n'avoit paſſe,
&fa marche fut fi diligente,
qu'il rompit toutes leurs me- fures. Toutes les Gazetes ont
parlé de la promptitude de cetteMarche, & la Gazete de
Hollande mefme n'a pû s'en taire. LePrinceCharles appre- nant que noftre Armée s'ap- prochoit, fit retirer ſes Ponts
de Bateaux , & vit toutes fes
prétentions reduites à eſtre dans une Ville ſans Fortificatichs,&où tout luy manquoit,
avecdesTroupes en refte auffi fortesque les fiennes , & dont une partie eftoit poſtée furdes Hauteurs qui découvroient dans fon Camp. Il s'y fortifia fans fçavoir pourquoy , puis que fon Armée déperiſſant de
jour en jour, il fe trouva obli
178 LE MERCVRE gédedécamperquelque temps aprés, ayant remply toutes nos Villes de Deferteurs , Sedan n'en voulant plus recevoir, &
nos Partis faiſant tant de Prifonniers , que les Païfans des
environs de Stenay y amenerent un jour une Compagnie entiere. Ainſi aprés avoir fait Fortifier les deux bords de la
Meuſe, creuſer le Foffé d'une Redoute,&ordonné de grands Retranchemens pour s'affurer la teſte d'un Bois , ſe voyant cõtinuellement inſulté de tous côtez, &l'ayant nouvellement eſtéd'un Party de Montmedy commandé par Monfieurdela Breteche , qui tua quarante
J.Cavaliers , & emmena cinquante-cinq Chevaux,il aban- donna tout , & fit mettre le feu àMouſon, où ſes Gardes L
firent
GALANT. 179 firent une perte confiderable dans les Fauxbourgs. Il n'y eut pas plusdevingtMaiſonsbrû- lées , les Habitans eſtant ac- courus en foule,&ayant éteint promptement le feu. On ne ſçauroit croire les dommages que les Ennemis ont reçeus aux environs. Mrs Meſlin &
Des-Fourneaux , deux vieux
Colonels retirez chez eux, tenoient les Bois à la teſte des
Païfans , & les harceloient inceſſamment. Ils avoient laiffé
du Canon & du Monde dans
la Redoute de Mouſon , qu'ils furent obligez d'abandonner.
Ils n'en fortirent pourtat qu'a- prés avoir envoye faire excuſe des Villages qu'on nous avoit brûlez, &fait punir quelques- unsdes Incendiaires. Le pro- cedé eft prudent , nous fomTome VI.
180 LE MERCURE
mes affez en état de leur rendre le mal qu'ils nous font. Les Ennemis s'étant retirez, leDécampement de Monfieur de Créquy les ſurprit &les em- baraſſa autant que les prece- dens. Jamais Depart ne fut fi promptement ordonné , ny Marche fi-toſt executée. On
la tint ſecrete à l'ordinaire.
L'ordre en ayant eſté reçeu fur les huit heures du foir , on
fonna le Guet. Les Gardes
avancées furent laiſſées , & à
dix heures l'Armée paſſa la Meuſe ſur pluſieurs Ponts qui y eſtoient depuis quelques jours. On trouva à trois lieuës une grande Garde des Enne- mis fur uneHauteur. On commença de la pouffer , mais M
de Créquy defendit qu'on la pouſsat juſques danslaMeuſe,
GALANT. 181
2
parce qu'il vouloit établir fon Camp avant que d'entrer dans quelque Action. Il choiſit ſes Quartiers ; & cette Garde, &
ce qui la foûtenoit ayant eſté en ſuite vigoureuſement pouf- ſée , on amena quelques Pri- fonniers . Voilà où les choſes
en eſtoient il n'y a pas long- temps. Ce que je vous man- day laderniere fois, joint à ce que je vous écris aujourd'huy,
eſt une Relation fidelle &conciſe de toute la Campagne ,
pour ce qui regarde les divers mouvemens de l'Armée du
Prince Charles. Il ne me reſte
plus qu'à vous dire que pen- dant ſon ſejour à Moufon , le
Marquis de Grana envoya par un Trompete à Monfieur le Chevalier deBreteüilAyde de Camp de Monfieur le maref
Qij
182 LE MERCVRE
chal de Schomberg , un fort beau Cheval Turc ſuperbe- ment enharnaché. On l'eſtime plus dedeux cens Piſtoles.
Il luy fit ce Preſent ſans qu'il le connût , & feulement en
confideration de l'amitié qu'il lia autrefois avec ſa Famille
quand il vint en France , &
qu'il confirma depuis à ма- drid, où il trouva Monfieurde
Breteüil fon Frere, qui eſt pre- fentement Intendant en Picardie. Vous ſçavez fans-doute,
Madame , que ces Meffieurs ſont d'une des meilleures Familles de la Robe , que mon- ſieur leur Pere a eſté Controleur des Finances , & qu'apres avoir paſſfé par tous les Em- plois dignes d'un Homme de ſa ſuffiſance, il a efté fait Conſeillerd'Etat
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Résumé : Tout ce qui s'est passé entre l'Armée commandêe par M. le Mareschal de Crequy, & celle du Prince Charles, depuis la Relation qui en a esté donnée dans le cinquiéme Volume du Mercure. [titre d'après la table]
Le texte relate les mouvements et les actions des armées commandées par le maréchal de Créquy et le prince Charles. Le maréchal de Créquy a démontré une vigilance et une prévoyance remarquables, perturbant constamment les plans du prince Charles. À la fin du mois d'août, le prince Charles n'avait pas encore accompli d'action significative, malgré quelques escarmouches où les forces françaises ont toujours eu l'avantage. Un événement notable est la capture du comte de Stirum, un officier estimé dans l'armée du prince Charles, par le capitaine de la Chapelle. De plus, l'officier Langlade a montré son intrépidité en infiltrant le camp ennemi pour voler des chevaux. L'ardeur des soldats français est telle que le maréchal de Créquy doit souvent intervenir pour les retenir. Lors d'une reconnaissance du camp ennemi, les forces françaises ont repoussé les assaillants jusqu'aux escadrons des généraux ennemis. Le duc de Vendôme a combattu avec une vigueur incroyable, et plusieurs officiers, comme le comte de Broille et le marquis de Bouflairs, se sont distingués. Le marquis de Riveroles, malgré la perte de sa jambe de bois et de son cheval, a continué à combattre. Les ennemis, après avoir quitté Gendrecour, ont trouvé le maréchal de Créquy campé à proximité, ce qui a conduit à des affrontements prolongés. Les gardes du corps français ont repoussé les ennemis, tuant et capturant plusieurs d'entre eux. Le maréchal de Créquy a également envoyé un présent au marquis de Grana, un officier ennemi, en échange de chevaux précédemment reçus. Les ennemis, après avoir occupé Mousson, n'y ont trouvé aucun avantage, car le maréchal de Schomberg avait prévu leur mouvement et évacué les habitants. Le prince Charles, face à l'approche de l'armée française, a dû se retirer, laissant derrière lui des troupes en mauvais état et des fortifications inutiles. Les forces françaises ont continué à harceler les ennemis, capturant des prisonniers et causant des dommages significatifs. Le texte se conclut par une relation fidèle des mouvements de l'armée du prince Charles et mentionne un présent envoyé par le marquis de Grana au chevalier de Breteuil. Le texte présente également une description d'une famille noble, soulignant que ses membres appartiennent à une des meilleures familles de la Robe, c'est-à-dire à une famille de magistrats ou de juristes. Le père de ces messieurs a occupé le poste de Contrôleur des Finances et a ensuite progressé à travers divers emplois dignes de ses compétences, ce qui lui a permis d'accéder au rang de Conseiller d'État.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 138-148
POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
Début :
Quel éclat s'offre encore à mes yeux ébloüis ? [...]
Mots clefs :
Ennemis, Orgueil, Roi, Grandeur, Troupes, Armée, Victoire
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texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
POVR LE ROY.
VERS IRREGVLIERS.
Q
A l'Académie Françoiſe.
1
Vel éclat s'offre encore à
ébloüis ?
mesyeux
Quel bruit ſe répandſur la terre ,
Et fait tant d'honneur à Loüis ?
Toujours vainqueur , toûjours plus craint que te Tonnerre ,
Ses Ennemis par tout battus ou mépriſez,
Toute la Flandre désolée ,
Toute la Sicile ébranlés fol
GALANT. 87
Ruyter mort des Vaiſſfeaux abiſmez, em brafez,
Quellerichemoiffon de gloire.
Pouren celebrer la memoire ,
Qu'onnem'imposepoint de Loix Dont la contrainte eft incomode ;
Lenepuis ajuster ma voix.
Surletonmeſuré du Sonnet &de l'Ode:
Neſuivons plusnyregle,ny methode Pour chanter defi grands Exploits.
Quen'ay-je dans l'ardeurdont j'ay l'ame enftamée Ces transports éloquens , ces fçavantes fureurs Dont les Chantres fameux enfloient la
Renommée
Etdespremiers Héros , &des premiers Vainqueurs !
Quen'ay-je tout l'encens, avectoutes les fleurs,
Dontonvitautrefais couverte &parfu
mée
LaRoutedes Triomphateurs !
Muses,je neveuxpointvosfaveurs or
dinaires,
Ou plûtost je renance àvosvaines chi
meres.. ટુ-* -*
88 LE MERCVRE
Vostre fauxApollon , fon fabuleux pou voir ,
Vosfontaines, tous vosmiſteres Abuſent trop long-temps noſtre credule espoir,
C'eſt icy quesans vous ilm'eſt permis de
voir
Lesfidelles Dépositaires * De l'Eloquence &du Sçavoir.
Vous donc,mes chers Rivaux ,dontl'éclat m'environe و
Fourniffez-moy cet amasde Lauriers Dont je veux aujourd'buy former une Couronne
Pourleplus granddes Rois &des Guer riers.
Ecoutezaujourd'huy vostre illustre Mecene ,
Obeiffez à cette voix.
Quiparmy nous doit estre fouveraine,
Etquidans les Conſeils duplus ſagedes Rois
Netrouverienque parfon poids -Elle nefurmonte n'entraine ;
Luy- meſme pourvous aniner Interrompt ſes travaux , vous exhorte,
vouspreffe
GALANT. 89 Se mefle auxbeaux Concertsque vousde- vezformer.
Ace zele infiny qui te brûlefans ceſſe,
Poëtes , Orateurs , laiſſez-vous enflamer..
Pour vous à qui Loüis a confié l'Hi- stoire
D'une vie abondante en Exploits fi gnalez.
Pourentransmettre la memoire AuxSiecles les plus reculez ,
Faites-c. in recit &fidelle &fincere.
Point de vains
emprunté...
ornemens , point d'éclat
C'est le plus grandeffort que vostre Art
puiſſefaire ,
Que d'en mettre en plein jour laſimple verité.
Laiffez aux Ennemis , quand tout lear eft contraire.
L'artifice honteux d'un Triomphe in venté ;
Laissez leur ,pour pouvoir conſoler leur mifere ,
La ridicule vanité
D'une Victoire imaginaire.
)
90 LE MERCVRE
Dans un Récit naif, montrez parquels efforts Par quels afſauts , par quelles fune- railles,
Quand l'épée àla main nousforcions des muraillestol L'Escautaven rougirfes bords:
Dequels mursfaudroyez il vitfumer fes rives;
Quel nombre il entraîna de morts &de
mourans ,
Etde quelsang qui couloit en torrens,
Il vit haſterſes ondesfugitives.
Dites-nousquel prodige ouquel enchantement ,
Rend l'Armée ennemie étonnée&confuse ,
Etquelle nouvelleMeduse Ofteàcent mille bras l'aime &le mouve
ment ?
Faites nous voir l'Ibere &le Batave
Toustremblans àl'aspect d'un Roy victo- rieux,
Comme on voit à l'aspect d'un Maistre impérieux Vnfoible &malheureuxEsclave.
GALANT. 91
は
fas
60%
10
k
Racontez- nous avec quelle chaleur Onvit fondrefurnous desTroupesafſem blées ,
Puissefauverconfuses &troublées,
Etrepaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Ne fardezpoint pardes Contesfrivoles
DesFaitsfi beaux ,fi glorieux :
Quele Vaincumenace &triomphe enpa- roles ,
EtpardefauxExploitss'élevejusqu'ause
Cieux,
Nosfimples veritez paffent leurs hyper- boles..
Commeplangezdans un profondfom- meil ,
Les Ennemis se paiſſent de beauх Songes,
:
Maisenfinvaicy le réveil Qui vadiffiper ces mensonges.
Quen'attendoient-ilspas de cet immense
Corps Defieres Nations contre nousramassées!
Ilsseflatoient devoirpar leurs communs
efforts Toutesnosforcesrenversées.
Cependant unRoy ſeul ſans en estre al- Larmé,
91 LE MERCVRE Faitteste àl'Univers armé.
Ilfaitplus,d'une main ce Prince redou table
Combat les effortdangereux D'une Lignesiformidable ,
Etde l'autre en Roy genereux ,
Parunevaleurfecourable - Il fauve un Peuple malheureux.
Etbriſe le joug qui l'accable.
Quel espoir,quel orgueil vous eft encor permis
- Dans une Guerre fi funeste ?
Tremblezſuperbes Ennemis ,
Ruyterest tout ce qui vous reste.
Faut- il que ce Ruyter,l'ame deſes Soldats
Faut-ilque cette illustre teſte ,
Ce Secours mandié plus craint que tous
vosbras,
Plus redouté que la tempeste ,
Vous fasse pour jamais rougir de fon trépas Etqu'enfin ce grand coup nous rende une Conqueste Quenousne vousdemandions pas ?
Mais ce n'est pas aſſez , voſtre audace obſtinée ,
GALANT. 93 Parnosfréquensfuccés honteuse &con- damnée,
Démentſes propresyeuxpour tromperfa fierté :
Il faut des veritez encorplus convainquantes د
DesVictoires plus éclatantes Pourfurmonter enfin voſtre incredulité.
Pour vous perfuaderàforce de Miracles,
Etpourconfondre vos Oracles ,
Il faut vous enlever tout l'Empire des
Eaux:
Ilfaut pour vous ofter toute vostre espe
rance, LYON
Avecune intrépide &noble confiance,
Aller jusqu'en vos Ports, attaquer vos93 Vaisseaux.
Il faut que pour jamais deux Flotes de- folées ,
Des Vaiſſeaux abymez , des Galeres brûlées,
De vostre orgueil puny foient l'affreux
monument ,
Quede l'Onde &duFen lemélangeterrible ,
Quele bruyant éclat d'un longembrafe.
ment
94 LEMERCVRE
Rende à tout l'Univers vostre perte vi- fible.
Ouvrez enfin les yeux , Ennemis du
repos ;
Voyez quel est le Fruit de vostre injuste
Guerre:
Loüis triomphoitſur laTerre,
Louis vapourjamais triompher ſur les Flots.
Il vivoit glorieux dansune Paix pro- fonde ,
Contentdefa grandeur &du noble afcen- dant 2
Qui le rendoient l'amour , les delices du monde;
Etvostre ambition , voſtre orgueil impru dent ,
Remettantdansses mains la Foudre&le
Trident,
Le rendent la terreur de la Terre&de
l'Onde.
VERS IRREGVLIERS.
Q
A l'Académie Françoiſe.
1
Vel éclat s'offre encore à
ébloüis ?
mesyeux
Quel bruit ſe répandſur la terre ,
Et fait tant d'honneur à Loüis ?
Toujours vainqueur , toûjours plus craint que te Tonnerre ,
Ses Ennemis par tout battus ou mépriſez,
Toute la Flandre désolée ,
Toute la Sicile ébranlés fol
GALANT. 87
Ruyter mort des Vaiſſfeaux abiſmez, em brafez,
Quellerichemoiffon de gloire.
Pouren celebrer la memoire ,
Qu'onnem'imposepoint de Loix Dont la contrainte eft incomode ;
Lenepuis ajuster ma voix.
Surletonmeſuré du Sonnet &de l'Ode:
Neſuivons plusnyregle,ny methode Pour chanter defi grands Exploits.
Quen'ay-je dans l'ardeurdont j'ay l'ame enftamée Ces transports éloquens , ces fçavantes fureurs Dont les Chantres fameux enfloient la
Renommée
Etdespremiers Héros , &des premiers Vainqueurs !
Quen'ay-je tout l'encens, avectoutes les fleurs,
Dontonvitautrefais couverte &parfu
mée
LaRoutedes Triomphateurs !
Muses,je neveuxpointvosfaveurs or
dinaires,
Ou plûtost je renance àvosvaines chi
meres.. ટુ-* -*
88 LE MERCVRE
Vostre fauxApollon , fon fabuleux pou voir ,
Vosfontaines, tous vosmiſteres Abuſent trop long-temps noſtre credule espoir,
C'eſt icy quesans vous ilm'eſt permis de
voir
Lesfidelles Dépositaires * De l'Eloquence &du Sçavoir.
Vous donc,mes chers Rivaux ,dontl'éclat m'environe و
Fourniffez-moy cet amasde Lauriers Dont je veux aujourd'buy former une Couronne
Pourleplus granddes Rois &des Guer riers.
Ecoutezaujourd'huy vostre illustre Mecene ,
Obeiffez à cette voix.
Quiparmy nous doit estre fouveraine,
Etquidans les Conſeils duplus ſagedes Rois
Netrouverienque parfon poids -Elle nefurmonte n'entraine ;
Luy- meſme pourvous aniner Interrompt ſes travaux , vous exhorte,
vouspreffe
GALANT. 89 Se mefle auxbeaux Concertsque vousde- vezformer.
Ace zele infiny qui te brûlefans ceſſe,
Poëtes , Orateurs , laiſſez-vous enflamer..
Pour vous à qui Loüis a confié l'Hi- stoire
D'une vie abondante en Exploits fi gnalez.
Pourentransmettre la memoire AuxSiecles les plus reculez ,
Faites-c. in recit &fidelle &fincere.
Point de vains
emprunté...
ornemens , point d'éclat
C'est le plus grandeffort que vostre Art
puiſſefaire ,
Que d'en mettre en plein jour laſimple verité.
Laiffez aux Ennemis , quand tout lear eft contraire.
L'artifice honteux d'un Triomphe in venté ;
Laissez leur ,pour pouvoir conſoler leur mifere ,
La ridicule vanité
D'une Victoire imaginaire.
)
90 LE MERCVRE
Dans un Récit naif, montrez parquels efforts Par quels afſauts , par quelles fune- railles,
Quand l'épée àla main nousforcions des muraillestol L'Escautaven rougirfes bords:
Dequels mursfaudroyez il vitfumer fes rives;
Quel nombre il entraîna de morts &de
mourans ,
Etde quelsang qui couloit en torrens,
Il vit haſterſes ondesfugitives.
Dites-nousquel prodige ouquel enchantement ,
Rend l'Armée ennemie étonnée&confuse ,
Etquelle nouvelleMeduse Ofteàcent mille bras l'aime &le mouve
ment ?
Faites nous voir l'Ibere &le Batave
Toustremblans àl'aspect d'un Roy victo- rieux,
Comme on voit à l'aspect d'un Maistre impérieux Vnfoible &malheureuxEsclave.
GALANT. 91
は
fas
60%
10
k
Racontez- nous avec quelle chaleur Onvit fondrefurnous desTroupesafſem blées ,
Puissefauverconfuses &troublées,
Etrepaffer le Rhin avec tant de frayeur.
Ne fardezpoint pardes Contesfrivoles
DesFaitsfi beaux ,fi glorieux :
Quele Vaincumenace &triomphe enpa- roles ,
EtpardefauxExploitss'élevejusqu'ause
Cieux,
Nosfimples veritez paffent leurs hyper- boles..
Commeplangezdans un profondfom- meil ,
Les Ennemis se paiſſent de beauх Songes,
:
Maisenfinvaicy le réveil Qui vadiffiper ces mensonges.
Quen'attendoient-ilspas de cet immense
Corps Defieres Nations contre nousramassées!
Ilsseflatoient devoirpar leurs communs
efforts Toutesnosforcesrenversées.
Cependant unRoy ſeul ſans en estre al- Larmé,
91 LE MERCVRE Faitteste àl'Univers armé.
Ilfaitplus,d'une main ce Prince redou table
Combat les effortdangereux D'une Lignesiformidable ,
Etde l'autre en Roy genereux ,
Parunevaleurfecourable - Il fauve un Peuple malheureux.
Etbriſe le joug qui l'accable.
Quel espoir,quel orgueil vous eft encor permis
- Dans une Guerre fi funeste ?
Tremblezſuperbes Ennemis ,
Ruyterest tout ce qui vous reste.
Faut- il que ce Ruyter,l'ame deſes Soldats
Faut-ilque cette illustre teſte ,
Ce Secours mandié plus craint que tous
vosbras,
Plus redouté que la tempeste ,
Vous fasse pour jamais rougir de fon trépas Etqu'enfin ce grand coup nous rende une Conqueste Quenousne vousdemandions pas ?
Mais ce n'est pas aſſez , voſtre audace obſtinée ,
GALANT. 93 Parnosfréquensfuccés honteuse &con- damnée,
Démentſes propresyeuxpour tromperfa fierté :
Il faut des veritez encorplus convainquantes د
DesVictoires plus éclatantes Pourfurmonter enfin voſtre incredulité.
Pour vous perfuaderàforce de Miracles,
Etpourconfondre vos Oracles ,
Il faut vous enlever tout l'Empire des
Eaux:
Ilfaut pour vous ofter toute vostre espe
rance, LYON
Avecune intrépide &noble confiance,
Aller jusqu'en vos Ports, attaquer vos93 Vaisseaux.
Il faut que pour jamais deux Flotes de- folées ,
Des Vaiſſeaux abymez , des Galeres brûlées,
De vostre orgueil puny foient l'affreux
monument ,
Quede l'Onde &duFen lemélangeterrible ,
Quele bruyant éclat d'un longembrafe.
ment
94 LEMERCVRE
Rende à tout l'Univers vostre perte vi- fible.
Ouvrez enfin les yeux , Ennemis du
repos ;
Voyez quel est le Fruit de vostre injuste
Guerre:
Loüis triomphoitſur laTerre,
Louis vapourjamais triompher ſur les Flots.
Il vivoit glorieux dansune Paix pro- fonde ,
Contentdefa grandeur &du noble afcen- dant 2
Qui le rendoient l'amour , les delices du monde;
Etvostre ambition , voſtre orgueil impru dent ,
Remettantdansses mains la Foudre&le
Trident,
Le rendent la terreur de la Terre&de
l'Onde.
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Résumé : POUR LE ROY. VERS IRREGULIERS. A L'Académie Françoise.
Le poème célèbre les victoires militaires du roi Louis, mettant en lumière ses exploits en Flandre et en Sicile, ainsi que la mort de l'amiral néerlandais Ruyter. Le poète exprime son désir de célébrer ces événements sans se conformer aux contraintes poétiques traditionnelles, cherchant une expression plus authentique et directe. Il appelle les muses et les poètes à se libérer des conventions littéraires pour se concentrer sur la vérité des faits. Le texte invite à décrire les batailles avec réalisme, en montrant les efforts et les sacrifices des soldats, et en contrastant avec les illusions des ennemis. Il met en avant la bravoure et la générosité du roi, qui combat les ennemis tout en sauvant les peuples opprimés. Le poème souligne la nécessité de victoires éclatantes pour convaincre les ennemis de la supériorité du roi. Il décrit des batailles navales victorieuses, où les flottes ennemies sont détruites, et appelle les ennemis à reconnaître la domination de Louis sur terre et sur mer. Le poème se termine en soulignant comment l'ambition et l'orgueil des ennemis ont transformé Louis en une figure redoutable, tant sur terre que sur les flots.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 165-183
COMPLIMENT FAIT AU ROY par l'Académie Françoise, Monsieur Quinaut Directeur de cette Compagnie portant la parole.
Début :
Enfin, Madame, je vous tiens parole, & je vous envoye / Sire, A la veuë de Vostre Majesté triomphante & comblée [...]
Mots clefs :
Mr Quinaut, Académie française, Roi, Compagnie, Palmes, Discipline militaire, Soldats, Victoire, Succès, Guerre, Parole, Postérité, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT FAIT AU ROY par l'Académie Françoise, Monsieur Quinaut Directeur de cette Compagnie portant la parole.
Enfin , Madame , je vous tiens parole , & je vous envoye ce queje vous avois fait eſperer fur
la fin de ma Lettre du mois de
Juillet , par laquelle je vous pro- mettois une des plus belles Pie- ces d'Eloquence que vous euffiez jamais veuës. Ne me ſçachez point mauvais gré du retarde- ment. Je vous donne les choſes
le plutoſt qu'il m'eſt poſſible de - les avoir ; il n'importe en quel temps , pourveu qu'elles ſoient bonnes ; & le Compliment que Me Quinaut fit au Roy àfon re- tour de Flandre , ne ſera pas moins nouveau pour vous qu'il l'auroit eſté lors qu'il euſt l'hon- neur de le faire , puis que per- ſonnen'en a rien veu , & qu'on le demandetous les jours. Il eſtoit
alors Directeur de l'Académie
Françoiſe , à laquelle le Roy fait E V
106 LEMERCVRE
l'honneur de la recevoir comme
une Compagnie Souveraine.
Ainfi il fut conduit par le Maiſtre &le Grand Maiſtre des Ceremonies , accompagné de pluſieurs Perſonnesdela plus haute quali- te qui ſontduCorpsde cette ce- lebre Compagnie. Sa Majesté luy preſta une tres - favorable au- diance, &voicy de quelle manie- re il luy parla.
COMPLIMENT FACT AU ROY
par l'Académie Françoiſe, Monfieur Quinaut Directeur de cette Compa- guieportant la parole.
IRE,
4
A la veuë de Vostre Majesté triomphante & comblée de gloire,
Noussommesſaiſis d'un excés dejoye qui nous interdit presque la parole, مة
GALAN T. 107
&qui ne permet ànoſtre zele de s'exprimer qu'imparfaitemet. Mais,
SIRE , ce n'est point dans cette oc caſion que l'Académie Françoise doit appréhender de ne paroiſtre pas aſſez éloquente : Il suffit qu'elle vous parle de vous-meſmepour estre afſurée dene rien dire que de merveilleux. On n'a jamais rien imagi- né de ſi grand que les Entrepriſes.
que vous venez d'executer , &le Simplerécit de vos Actions eft leplus parfait de tous les Eloges.
Voštre Majestés'est dérobéeaux douceurs du repos pour courir aux fatigues & aux dangers : Elle n'a pas attendu quele Printemps luy
revint ouvrir les Champs où tous les ans elle va cüeillir des Palmes nouvelles ; l'ardeur defon courageàfur- monté les obstacles d'une Saiſon ri- goureuse ; sa prévoyante Sageſſe a
reparé par d'innombrables précauEvj
108 LEMERCVRE
tions lafterilité des Hyvers ; &Sa Prudence a difputé avec sa Valeur
à qui ſe ſignaleroit par de plus
grandsprodiges.
Dumoment, STRE,qucla Renommée eust annoncé le jour de vostre Départ , la Victoire s'empreſſa pour vous accompagner , & la Terreur devançavoſtre marche. Lepremier
éclat de la foudre dont vous eſtiez
armé, est tombéfurune Villefuper- bedont rien n'avoit pûabatre l'orgueil, &toutefiere qu'elle estoit d'a
voir bravé les efforts unis de deux
celebres Capitaines , elle ne vous a
reſiſté qu'autant qu'il lefalloit pour vous donner l'avantagede l'emporter de viveforce. Ce fut alors que
vouséprouvátesheureuſemetjuſques àquel point vous avezportél'exaEtitude de la Difcipline Militaire:
Vos Soldats combatirent en Héros,
tant ils furent tous animezpar vo-
GALANT. 109 ftre presence ; mais apres avoir ren- versé tout ce qui s'estoit opposé à
Iimpetuositédeleur courage, ils s'ar- reſterent parvos ordres dans la cha- leurde la Victoire , &n'oferent tou- cher aux riches depoüilles que le droit de la Guerre leur avoit livrées. Ilne vous en coûta qu'une
parolepour empefcher l'affreuse de- Solation d'une ville floriſſante :
Vous eustes le plaisir de la pren- dre & de la ſauver en mesme
temps , & vous fustes bien moins fatisfaitdevous en rendre le Maiſtre , que d'en devenir le Conſervateur.
Ce grandfuccés aestéſuivy d'un
autre encoreplusgrand , &qui pa- roiſſoit au deſſus de nosplus hautes esperances. Vos Peuplesfont accourus àceſpectacle, ils ont esté transpor- tezde joye envoyant fortir les Ennemis que vous avez chaffez d'une
rio LE MERCVRE
redoutable Retraite , &ils beniffent tous les jours la Main victoriense qui les a delivrez des courſes , des
ravages , des incendies dont ils
estoientsouventfurpris &continuel- lement menacez. Ce n'effoit qu'à
Kous, SIRE', que le Cielavoit refer vél'honneurdeforcer laBarrierefa- talequi donnoit des bornes trop étroi- tes avoſtre Empire , &de faire du
plus fort Boulevart de l'Espagne ,
un des principaux Remparts de la
France.
Cependant , comme si çeuſt esté
encore trop peu pour V. M. de voir que tout cedoit où vous eſtiez pre... Lent, vous avez entrepris de vain- cremesme où vous n'eftiez pas. Vous avezſeparévos Troupes pour éten- dre vos progrés en divers lieux. Une partie devostre Armée àfuffy pour gagner une Bataille , & pour ache- ver la Conqueste de l'Artois ,
GALANT. ITF
vous avezprisfoin qu'un Princequi apartagéavecVous la gloire devo ſtre auguste Naiſſance , eust aussi part aux honneurs de vostre Triomphe.
Cen'estpasseulement ſurlaTerre que la Victoire accompagne vos
Armes , elle a volépour les ſuivre
jusques fur les Mers les plus éloi--
gnées. Une Flote cunemie qui avoit furlavoſtre touteforte d'avantages,
excepté celuy de la Valeur , vient d'estre attaquée &détruite ,
débris flotans portent la terreur du Nom de V. M. furles bords lesplus
reculez du Nouveau Monde.
Quel bonheur pour nous d'avoir un Protecteurfi glorieux, &qui don- ne àcelebrer des Evenemens ſi me- morables ! Nous n'avons pasbesoin de chercher ailleurs qu'en luy-mes- me un modelle parfait de la Vertu beroïque ; & noussommes certains
112 LE MERCVRE
que l'éclat immortel de fagloire ſe répandrafur nos Ouvrages , & leur communiquera leprivilege de paſſer jusqu'àla derniere Pofterité. Quand nous décrirons vos travaux , SIRE,
nous neferons pas dans l'embarras de n'avoir ſouvent àvous offrir que les meſmes loüanges que nous vous aurons déja données : Quoy que vous ne ceſſfiez point d'eftre Conquechacune de vos Conquestes
est toûjours achevée d'une maniere nouvelle &Surprenante ; &les Imagesfidelles que nous en féronsfe- ront autant de differens Tableaux dont chacun aurasa beautéfingurant
liere.
,
Apres avoirconnufi avantageu- Sementcombienvous eſtesredoutéde vos Ennemis , reconnoissez avec quelexcésde tendreſſe &de vene- ration vous eſtes aimé & presque adoréde vos Sujets. Voyez le ravif-
GALAN T. 113 Sement qui se montre dans tous les yeux qui vous regardent ; écoutez les
acclamations qui retentiſſent de tou- tes partsàvoſtre veuë. Ilfaut toutefois , SIRE , ne vous rien déguiſer,
la joyepublique n'éclate point tant encore pour le ſuccés de vos entre- priſes , qu'enfaveurde vostre retour.
C'est ce retour ſi ardammentſouhaitéqui diſfipe nos allarmes : Que nous ferionsheureux s'il les diffipoit pour toûjours !Nousn'avons encore pû confiderer vostre grand Cœur qu'avec
une admiration inquiete. Nous n'o- fonspresquevousfaire voir de bril- lans Portraits de la Gloire qui vous engageſiſouvent dans le peril; elle
nevous paroist que tropbelle , &ne
vous emporteque trop loin.
Mais , graces à vos Exploits ,
nous devons esperer que nos craintes feront bien-toft finies ; cette Ligue qui se croyoit fi formidable eftfra-
114 LE MERCVRE
pée elle-mefme de la conſternation qu'elle pretendoitjetterjuſquesdans le cœur devostre Royaume : Lesplus fieres Puissances de l'Europe armées &réünies ne peuvent s'empefcher d'estre convaincuës de leur foibleſſe
contre une Nation que vous rendez invincible : Plus elles vous ont oppo- séd'Estats , de Princes , de Rois, plus elles ontfourny d'ornemens àvos Tro phées , & leurs disgraces & vos Triomphes doivent leur avoir af- Sez apris que le deffein de vous faire la Guerre leur fut bien-moins inspirépar leurjalousie,que par la
bonnefortunede V. M.. Onn'en doit point douter , SIRE ,
il n'y a plus rien qui puiſſe ſauver vos Ennemis , que le secours de la
Paix. Vous voulez bien leur laiſſer encore cet unique & dernier moyen d'arrester les progrés étonnans de vos armes, &nous applaudiſſons avec
GALANT. 15I
plaisiràvoſtre moderation.La Fran- ce n'aplus besoin que vous étendiez fes limites : Sa veritable grandeur est d'avoir unſigrand Maistre. Le
Cielà qui nous vous devons , nous a
donnédans unfeulbien tous lesbiens
ensemble , nous ne luy demandons
riende nouveau; c'eſt affez qu'ilnous Laiſſepaisiblementjoüir de lafelicité devostre Regne,Ilsuffit qu'il aitSoin de conferver une vie glorieuse où noſtrebonheurest attaché, &quivaue plus mille fois que la Conqueste de
toute la Terre.
la fin de ma Lettre du mois de
Juillet , par laquelle je vous pro- mettois une des plus belles Pie- ces d'Eloquence que vous euffiez jamais veuës. Ne me ſçachez point mauvais gré du retarde- ment. Je vous donne les choſes
le plutoſt qu'il m'eſt poſſible de - les avoir ; il n'importe en quel temps , pourveu qu'elles ſoient bonnes ; & le Compliment que Me Quinaut fit au Roy àfon re- tour de Flandre , ne ſera pas moins nouveau pour vous qu'il l'auroit eſté lors qu'il euſt l'hon- neur de le faire , puis que per- ſonnen'en a rien veu , & qu'on le demandetous les jours. Il eſtoit
alors Directeur de l'Académie
Françoiſe , à laquelle le Roy fait E V
106 LEMERCVRE
l'honneur de la recevoir comme
une Compagnie Souveraine.
Ainfi il fut conduit par le Maiſtre &le Grand Maiſtre des Ceremonies , accompagné de pluſieurs Perſonnesdela plus haute quali- te qui ſontduCorpsde cette ce- lebre Compagnie. Sa Majesté luy preſta une tres - favorable au- diance, &voicy de quelle manie- re il luy parla.
COMPLIMENT FACT AU ROY
par l'Académie Françoiſe, Monfieur Quinaut Directeur de cette Compa- guieportant la parole.
IRE,
4
A la veuë de Vostre Majesté triomphante & comblée de gloire,
Noussommesſaiſis d'un excés dejoye qui nous interdit presque la parole, مة
GALAN T. 107
&qui ne permet ànoſtre zele de s'exprimer qu'imparfaitemet. Mais,
SIRE , ce n'est point dans cette oc caſion que l'Académie Françoise doit appréhender de ne paroiſtre pas aſſez éloquente : Il suffit qu'elle vous parle de vous-meſmepour estre afſurée dene rien dire que de merveilleux. On n'a jamais rien imagi- né de ſi grand que les Entrepriſes.
que vous venez d'executer , &le Simplerécit de vos Actions eft leplus parfait de tous les Eloges.
Voštre Majestés'est dérobéeaux douceurs du repos pour courir aux fatigues & aux dangers : Elle n'a pas attendu quele Printemps luy
revint ouvrir les Champs où tous les ans elle va cüeillir des Palmes nouvelles ; l'ardeur defon courageàfur- monté les obstacles d'une Saiſon ri- goureuse ; sa prévoyante Sageſſe a
reparé par d'innombrables précauEvj
108 LEMERCVRE
tions lafterilité des Hyvers ; &Sa Prudence a difputé avec sa Valeur
à qui ſe ſignaleroit par de plus
grandsprodiges.
Dumoment, STRE,qucla Renommée eust annoncé le jour de vostre Départ , la Victoire s'empreſſa pour vous accompagner , & la Terreur devançavoſtre marche. Lepremier
éclat de la foudre dont vous eſtiez
armé, est tombéfurune Villefuper- bedont rien n'avoit pûabatre l'orgueil, &toutefiere qu'elle estoit d'a
voir bravé les efforts unis de deux
celebres Capitaines , elle ne vous a
reſiſté qu'autant qu'il lefalloit pour vous donner l'avantagede l'emporter de viveforce. Ce fut alors que
vouséprouvátesheureuſemetjuſques àquel point vous avezportél'exaEtitude de la Difcipline Militaire:
Vos Soldats combatirent en Héros,
tant ils furent tous animezpar vo-
GALANT. 109 ftre presence ; mais apres avoir ren- versé tout ce qui s'estoit opposé à
Iimpetuositédeleur courage, ils s'ar- reſterent parvos ordres dans la cha- leurde la Victoire , &n'oferent tou- cher aux riches depoüilles que le droit de la Guerre leur avoit livrées. Ilne vous en coûta qu'une
parolepour empefcher l'affreuse de- Solation d'une ville floriſſante :
Vous eustes le plaisir de la pren- dre & de la ſauver en mesme
temps , & vous fustes bien moins fatisfaitdevous en rendre le Maiſtre , que d'en devenir le Conſervateur.
Ce grandfuccés aestéſuivy d'un
autre encoreplusgrand , &qui pa- roiſſoit au deſſus de nosplus hautes esperances. Vos Peuplesfont accourus àceſpectacle, ils ont esté transpor- tezde joye envoyant fortir les Ennemis que vous avez chaffez d'une
rio LE MERCVRE
redoutable Retraite , &ils beniffent tous les jours la Main victoriense qui les a delivrez des courſes , des
ravages , des incendies dont ils
estoientsouventfurpris &continuel- lement menacez. Ce n'effoit qu'à
Kous, SIRE', que le Cielavoit refer vél'honneurdeforcer laBarrierefa- talequi donnoit des bornes trop étroi- tes avoſtre Empire , &de faire du
plus fort Boulevart de l'Espagne ,
un des principaux Remparts de la
France.
Cependant , comme si çeuſt esté
encore trop peu pour V. M. de voir que tout cedoit où vous eſtiez pre... Lent, vous avez entrepris de vain- cremesme où vous n'eftiez pas. Vous avezſeparévos Troupes pour éten- dre vos progrés en divers lieux. Une partie devostre Armée àfuffy pour gagner une Bataille , & pour ache- ver la Conqueste de l'Artois ,
GALANT. ITF
vous avezprisfoin qu'un Princequi apartagéavecVous la gloire devo ſtre auguste Naiſſance , eust aussi part aux honneurs de vostre Triomphe.
Cen'estpasseulement ſurlaTerre que la Victoire accompagne vos
Armes , elle a volépour les ſuivre
jusques fur les Mers les plus éloi--
gnées. Une Flote cunemie qui avoit furlavoſtre touteforte d'avantages,
excepté celuy de la Valeur , vient d'estre attaquée &détruite ,
débris flotans portent la terreur du Nom de V. M. furles bords lesplus
reculez du Nouveau Monde.
Quel bonheur pour nous d'avoir un Protecteurfi glorieux, &qui don- ne àcelebrer des Evenemens ſi me- morables ! Nous n'avons pasbesoin de chercher ailleurs qu'en luy-mes- me un modelle parfait de la Vertu beroïque ; & noussommes certains
112 LE MERCVRE
que l'éclat immortel de fagloire ſe répandrafur nos Ouvrages , & leur communiquera leprivilege de paſſer jusqu'àla derniere Pofterité. Quand nous décrirons vos travaux , SIRE,
nous neferons pas dans l'embarras de n'avoir ſouvent àvous offrir que les meſmes loüanges que nous vous aurons déja données : Quoy que vous ne ceſſfiez point d'eftre Conquechacune de vos Conquestes
est toûjours achevée d'une maniere nouvelle &Surprenante ; &les Imagesfidelles que nous en féronsfe- ront autant de differens Tableaux dont chacun aurasa beautéfingurant
liere.
,
Apres avoirconnufi avantageu- Sementcombienvous eſtesredoutéde vos Ennemis , reconnoissez avec quelexcésde tendreſſe &de vene- ration vous eſtes aimé & presque adoréde vos Sujets. Voyez le ravif-
GALAN T. 113 Sement qui se montre dans tous les yeux qui vous regardent ; écoutez les
acclamations qui retentiſſent de tou- tes partsàvoſtre veuë. Ilfaut toutefois , SIRE , ne vous rien déguiſer,
la joyepublique n'éclate point tant encore pour le ſuccés de vos entre- priſes , qu'enfaveurde vostre retour.
C'est ce retour ſi ardammentſouhaitéqui diſfipe nos allarmes : Que nous ferionsheureux s'il les diffipoit pour toûjours !Nousn'avons encore pû confiderer vostre grand Cœur qu'avec
une admiration inquiete. Nous n'o- fonspresquevousfaire voir de bril- lans Portraits de la Gloire qui vous engageſiſouvent dans le peril; elle
nevous paroist que tropbelle , &ne
vous emporteque trop loin.
Mais , graces à vos Exploits ,
nous devons esperer que nos craintes feront bien-toft finies ; cette Ligue qui se croyoit fi formidable eftfra-
114 LE MERCVRE
pée elle-mefme de la conſternation qu'elle pretendoitjetterjuſquesdans le cœur devostre Royaume : Lesplus fieres Puissances de l'Europe armées &réünies ne peuvent s'empefcher d'estre convaincuës de leur foibleſſe
contre une Nation que vous rendez invincible : Plus elles vous ont oppo- séd'Estats , de Princes , de Rois, plus elles ontfourny d'ornemens àvos Tro phées , & leurs disgraces & vos Triomphes doivent leur avoir af- Sez apris que le deffein de vous faire la Guerre leur fut bien-moins inspirépar leurjalousie,que par la
bonnefortunede V. M.. Onn'en doit point douter , SIRE ,
il n'y a plus rien qui puiſſe ſauver vos Ennemis , que le secours de la
Paix. Vous voulez bien leur laiſſer encore cet unique & dernier moyen d'arrester les progrés étonnans de vos armes, &nous applaudiſſons avec
GALANT. 15I
plaisiràvoſtre moderation.La Fran- ce n'aplus besoin que vous étendiez fes limites : Sa veritable grandeur est d'avoir unſigrand Maistre. Le
Cielà qui nous vous devons , nous a
donnédans unfeulbien tous lesbiens
ensemble , nous ne luy demandons
riende nouveau; c'eſt affez qu'ilnous Laiſſepaisiblementjoüir de lafelicité devostre Regne,Ilsuffit qu'il aitSoin de conferver une vie glorieuse où noſtrebonheurest attaché, &quivaue plus mille fois que la Conqueste de
toute la Terre.
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Résumé : COMPLIMENT FAIT AU ROY par l'Académie Françoise, Monsieur Quinaut Directeur de cette Compagnie portant la parole.
L'auteur d'une lettre s'excuse auprès d'une dame pour le retard dans l'envoi d'une pièce d'éloquence promise. Il lui envoie un compliment rédigé par Me Quinaut, alors Directeur de l'Académie Française, adressé au roi à son retour de Flandre. Ce compliment, jamais publié auparavant, est très demandé. Le compliment de Quinaut, présenté au roi en présence de dignitaires, loue les exploits militaires du souverain. Il souligne son courage et sa sagesse, ainsi que ses victoires en Flandre, où il a conquis des villes et sauvé des populations. Le roi est également acclamé pour ses succès navals, qui terrorisent les ennemis jusqu'au Nouveau Monde. Le texte exprime l'amour et l'admiration des sujets pour le roi, tout en espérant son retour sûr. Le compliment conclut en soulignant que la véritable grandeur de la France réside dans la sagesse et la modération du roi, qui préfère la paix à l'expansion territoriale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 245-253
« Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...] »
Début :
Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...]
Mots clefs :
Victoires, Article de guerre, Ennemis, Campagne, Quatre armées, Attaquer, Conquêtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...] »
Selon l'ordre des choſes, vous
devriez trouver icy un grand Article de Guerre; car qui au- roit crûqu'apres nousavoir laif- sé faire une fi glorieuſe Campa- gne, les Ennemis n'euffent ofé profiter de la fatigue de nos Troupes , & n'euffent fait tant d'appreſts & de fi puiſſantes jonctions ,que pour mieux re- * lever les avantages de la France,
en faiſant voir quatre Armées,
plus fortes à la verité que les noftres , mais trop foibles encor pour nous attaquer ,tous affoi-
GALANT. 157 blis que nous devions eſtre par nos Conqueſtes du Mois de
Mars ? C'eſtoit un Torrent capablede tout entraîner , fi trou- vant une Digue à l'épreuvede ſaplus redoutable furie , iln'euft eſté contraint de fe renfermer,,
& de confumer ſes inutiles efforts àbondircontre luy-mefme
par l'impoffibilité de s'étendre.. Voyez , je vous prie ,quelle eftoit leur Armée de Flandre..
Vous y trouverez les forces de huit ouneuf Puiffances Souveraines , dont quelques-unes ſe font autrefois défenduës ſeules:
contre la France, &dontles autres ont eſté affez fortes pour ſecoüer le joug de l'Eſpagne,, &la réduire apres plus de qua- rante années de guerre, à ceder àdes Sujets revoltez l'indépen dancequ'ils ufurpoient. Sivous
158 LE MERCVRE voulez reflechir ſur l'Armée
qu'ils avoient en Allemagne ,
quels progrés ne croirez-vous -point qu'elle ait dû faire ? Elle eſtoit compoſée de ces vieilles Troupes de l'Empereur qui ont fi ſouvent batu les Otomans;
de ces intrépides Cuiraſſiers dont le ſeul nom inſpire de la terreur; de ces Hommes fortis
de Famille qui n'ont jamais eu d'autre habitation que le milien d'un Camp , &qui nez au bruit de la guerre de Meres auſſi en- durcies au travail que leurs Pe- res , n'ont preſque point veu de Villes que pour les affieger ou les défendre , de Villages que pour les brûler apres les avoir pillez , nyd'Ennemis que pour les traiter auffi impitoyable- ment qu'ils traitent les Turcs,
pour qui l'habitude de verſer du
GALANT. 159 fang les a dépoüillez de toute forte d'humanité. Ils ne pou- voient eſtre plus avantageuſe- ment ſoûtenus que par les vieil- les Troupes de Lorraine , qui ayant appris leur Meſtier ſous leur defuntDuc , grand & rufé Capitaine s'il en fut jamais,
n'eſtoient pas moins accoûtu- mées qu'eux aux incendies &
aupillage. On ſçait meſme que c'eſtoit une neceffité pour elles dechercher à vivre de rapines,
puis qu'elles ont eu rarement une autre folde. Joignez à cela qu'ayant combatu partout ſous leur Prince, ou ayant eſté loüées par luy à divers Etat , elles ſça- vent tous les Païs , & qu'ainſi il leur eſtoit aiſe de ne faire
pointde fauffes Marches. Il ne Peſtoit pas moins à l'Armée des Cercles commandé par le
160 LE MERCVRE
Prince de Saxe - Eisenach , de
montrer que les forces de tant d'Etats qui la compoſoient ne s'eſtoient pas inutilement unies.
Elle paroiffoit redoutable , &
eſtant fur les bords de fon Païs,
elle ne devoit manquer de rien.
Pour celle de Catalogne , ma derniere Lettre vous a déja marqué l'état où elle ſe trou- voit , quand les Eſpagnols pré- tendants faire une grande di.
verſion de ce coſté-là , eurent
amaffé de nombreuſes Troupes,
d'autant plus confiderables ,
qu'elles eſtoient formées de la
plus grande partie de la No- bleffe de leurs Royaumes , qui avoit abondance de toutes chofes. Si vous me demandez ce
que ces quatre grandesArmées ont produit , apprenez -le de nosEnnemis , qui avoient eux-
GALANT. 161
meſmes qu'elles n'ont rien fait.
-Nous ſommes ſi accoûtumez à
leur voir perdre tout le temps de la Campagne , que nous commençons à n'en eſtre plus furpris , mais qui viendroit d'un nouveauMonde,&apprendroit tout d'un coup que tant de for- ces liguées de tous côtez contre leRoy, n'auroient ny empeſché ſes Conqueſtes , nyreparéleurs pertes par aucune entrepriſe avantageufe, on regarderoit ſes triomphes comme des triophes fabuleux,ou l'on feroit perfuadé que la Frace ſeule eft auſſi puif- ſante que le reſte de l'Europe enſemble. Nos grands ſuccés donnent affez ſujetdele croire ;
mais quel que ſoit le courage denosTroupes,&quelque pru- dence qui ait accompagné la valeur de nos Genéraux , il a
162 LE MERCVRE
fallu , pour les remporter , que le Prince dont les ordres font
tout mouvoir , n'en ait jamais donné que de bons ; que leMi- niſtre qui agit ſous luy , les ait toûjours fait executer à propos;
que la prévoyance n'ait man- qué en rien; que les vivres ,que l'argent , que tout ait eſté four- ny juſte ; &avec tous ces avan- tages, nous ſommes encor obli- gez de reconnoiſtre qu'il y a eu quelque choſe de plus qu'hu- main dans la conduite d'un
Prince , dont le Ciel benit les
armes,&dont il prendviſible- ment ſoin apres nous l'avoir donné. Cette verité vous fera
ſenſible , quand vous ayant ap- pris en peu de mots les rencontres des Partis , & les divers
mouvemens de toutes les Trou-
*pes ennemies depuis ce que je
GALANT. 163
vous en écrivis la derniere fois,
je vous auray fait remarquer que quatre grandes Armées ont moins fait pendant cette Campagne que la ſeule Gar- niſonde Maſtric. Voyez apres cela ſi on n'a pas lieu d'admirer la France , le grand Prince qui la gouverne , les Miniſtres qu'il employe , les Commandans de ſes Armées , ſes Officiers , ſes
Soldats ; & de dire que fi nous fouhaitons la Paix , ce ne peut eſtre que par bonté pour nos Ennemis , puis que la Guerre nous eft une continuelle ocсаfion de Victoires.
devriez trouver icy un grand Article de Guerre; car qui au- roit crûqu'apres nousavoir laif- sé faire une fi glorieuſe Campa- gne, les Ennemis n'euffent ofé profiter de la fatigue de nos Troupes , & n'euffent fait tant d'appreſts & de fi puiſſantes jonctions ,que pour mieux re- * lever les avantages de la France,
en faiſant voir quatre Armées,
plus fortes à la verité que les noftres , mais trop foibles encor pour nous attaquer ,tous affoi-
GALANT. 157 blis que nous devions eſtre par nos Conqueſtes du Mois de
Mars ? C'eſtoit un Torrent capablede tout entraîner , fi trou- vant une Digue à l'épreuvede ſaplus redoutable furie , iln'euft eſté contraint de fe renfermer,,
& de confumer ſes inutiles efforts àbondircontre luy-mefme
par l'impoffibilité de s'étendre.. Voyez , je vous prie ,quelle eftoit leur Armée de Flandre..
Vous y trouverez les forces de huit ouneuf Puiffances Souveraines , dont quelques-unes ſe font autrefois défenduës ſeules:
contre la France, &dontles autres ont eſté affez fortes pour ſecoüer le joug de l'Eſpagne,, &la réduire apres plus de qua- rante années de guerre, à ceder àdes Sujets revoltez l'indépen dancequ'ils ufurpoient. Sivous
158 LE MERCVRE voulez reflechir ſur l'Armée
qu'ils avoient en Allemagne ,
quels progrés ne croirez-vous -point qu'elle ait dû faire ? Elle eſtoit compoſée de ces vieilles Troupes de l'Empereur qui ont fi ſouvent batu les Otomans;
de ces intrépides Cuiraſſiers dont le ſeul nom inſpire de la terreur; de ces Hommes fortis
de Famille qui n'ont jamais eu d'autre habitation que le milien d'un Camp , &qui nez au bruit de la guerre de Meres auſſi en- durcies au travail que leurs Pe- res , n'ont preſque point veu de Villes que pour les affieger ou les défendre , de Villages que pour les brûler apres les avoir pillez , nyd'Ennemis que pour les traiter auffi impitoyable- ment qu'ils traitent les Turcs,
pour qui l'habitude de verſer du
GALANT. 159 fang les a dépoüillez de toute forte d'humanité. Ils ne pou- voient eſtre plus avantageuſe- ment ſoûtenus que par les vieil- les Troupes de Lorraine , qui ayant appris leur Meſtier ſous leur defuntDuc , grand & rufé Capitaine s'il en fut jamais,
n'eſtoient pas moins accoûtu- mées qu'eux aux incendies &
aupillage. On ſçait meſme que c'eſtoit une neceffité pour elles dechercher à vivre de rapines,
puis qu'elles ont eu rarement une autre folde. Joignez à cela qu'ayant combatu partout ſous leur Prince, ou ayant eſté loüées par luy à divers Etat , elles ſça- vent tous les Païs , & qu'ainſi il leur eſtoit aiſe de ne faire
pointde fauffes Marches. Il ne Peſtoit pas moins à l'Armée des Cercles commandé par le
160 LE MERCVRE
Prince de Saxe - Eisenach , de
montrer que les forces de tant d'Etats qui la compoſoient ne s'eſtoient pas inutilement unies.
Elle paroiffoit redoutable , &
eſtant fur les bords de fon Païs,
elle ne devoit manquer de rien.
Pour celle de Catalogne , ma derniere Lettre vous a déja marqué l'état où elle ſe trou- voit , quand les Eſpagnols pré- tendants faire une grande di.
verſion de ce coſté-là , eurent
amaffé de nombreuſes Troupes,
d'autant plus confiderables ,
qu'elles eſtoient formées de la
plus grande partie de la No- bleffe de leurs Royaumes , qui avoit abondance de toutes chofes. Si vous me demandez ce
que ces quatre grandesArmées ont produit , apprenez -le de nosEnnemis , qui avoient eux-
GALANT. 161
meſmes qu'elles n'ont rien fait.
-Nous ſommes ſi accoûtumez à
leur voir perdre tout le temps de la Campagne , que nous commençons à n'en eſtre plus furpris , mais qui viendroit d'un nouveauMonde,&apprendroit tout d'un coup que tant de for- ces liguées de tous côtez contre leRoy, n'auroient ny empeſché ſes Conqueſtes , nyreparéleurs pertes par aucune entrepriſe avantageufe, on regarderoit ſes triomphes comme des triophes fabuleux,ou l'on feroit perfuadé que la Frace ſeule eft auſſi puif- ſante que le reſte de l'Europe enſemble. Nos grands ſuccés donnent affez ſujetdele croire ;
mais quel que ſoit le courage denosTroupes,&quelque pru- dence qui ait accompagné la valeur de nos Genéraux , il a
162 LE MERCVRE
fallu , pour les remporter , que le Prince dont les ordres font
tout mouvoir , n'en ait jamais donné que de bons ; que leMi- niſtre qui agit ſous luy , les ait toûjours fait executer à propos;
que la prévoyance n'ait man- qué en rien; que les vivres ,que l'argent , que tout ait eſté four- ny juſte ; &avec tous ces avan- tages, nous ſommes encor obli- gez de reconnoiſtre qu'il y a eu quelque choſe de plus qu'hu- main dans la conduite d'un
Prince , dont le Ciel benit les
armes,&dont il prendviſible- ment ſoin apres nous l'avoir donné. Cette verité vous fera
ſenſible , quand vous ayant ap- pris en peu de mots les rencontres des Partis , & les divers
mouvemens de toutes les Trou-
*pes ennemies depuis ce que je
GALANT. 163
vous en écrivis la derniere fois,
je vous auray fait remarquer que quatre grandes Armées ont moins fait pendant cette Campagne que la ſeule Gar- niſonde Maſtric. Voyez apres cela ſi on n'a pas lieu d'admirer la France , le grand Prince qui la gouverne , les Miniſtres qu'il employe , les Commandans de ſes Armées , ſes Officiers , ſes
Soldats ; & de dire que fi nous fouhaitons la Paix , ce ne peut eſtre que par bonté pour nos Ennemis , puis que la Guerre nous eft une continuelle ocсаfion de Victoires.
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Résumé : « Selon l'ordre des choses, vous devriez trouver icy un grand [...] »
Le texte décrit la situation militaire en Europe, soulignant la supériorité des armées françaises malgré les efforts des forces ennemies. Quatre armées adverses, bien que puissantes, n'ont pas réussi à attaquer efficacement la France. L'armée de Flandre, composée de huit ou neuf puissances souveraines, était redoutable mais insuffisante pour vaincre les Français. L'armée d'Allemagne, formée de troupes impériales et lorraines expérimentées, était également impressionnante. L'armée des Cercles, commandée par le Prince de Saxe-Eisenach, et l'armée de Catalogne, composée de la noblesse espagnole, étaient toutes deux bien équipées et stratégiquement positionnées. Cependant, malgré leurs forces combinées, ces armées n'ont pas réussi à empêcher les conquêtes françaises ou à réparer leurs pertes. Le texte attribue ces succès à la bonne conduite du prince, à la prévoyance des ministres, et à la valeur des généraux et des troupes françaises. Il conclut en soulignant que la France et son prince sont bénis par le ciel, et que la guerre offre à la France une occasion continue de victoires.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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20
p. 253-274
Suite des Nouvelles de la Guerre. [titre d'après la table]
Début :
Je reprens la Levée du Siege de Charleroy, dont j'ay [...]
Mots clefs :
Ennemis, Troupes, Siège de Charleroi, Prince d'Orange, Billet, Marquis de Montal, Duc de Villa-Hermosa, Campagne, Gand, Armée, Comte de Soissons, Hommes, Canon, Lieutenant, Place, Régiment, Chevaux
21
p. 43-46
SUR LA CAMPAGNE des Ennemis en Flandre. SONNET IRREGULIER.
Début :
Monsieur le Duc de Luxembourg ne s'estoit avancé sur le / Tenter au mois d'Avril le secours d'une Place [...]
Mots clefs :
Flandre, Place, Ennemis, Campagne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA CAMPAGNE des Ennemis en Flandre. SONNET IRREGULIER.
M' le Duc de Luxembourg ne s'eſtoit avancé ſur le Canal
de Bruxelles que pour faire quiter la Sambre aux Ennemis;
cequ'ils firent , dés qu'ils eurent
appris qu'il eſtoit ſi proche d'eux. Leur Campagne n'a pas eſté fortglorieuſe. Voyez-en la peinture dans ce Sonnet.
GALANT. 29 1
P
やややややややややややや や
SUR LA CAMPAGNE
des Ennemis en Flandre.
SONNET IRREGULIER.
Enter au mois d'Avril lefecours
d'unePlace
Etnepouvoir lafecourir ;
Chercher une Bataille , ardammens ,
Ets'y voir bien batus pour prix deleur audace.
1
S'aviſer quatre mois apres cette difgrace,
Pour essayerdes'aguerrir ,
Deformerungrand Siege, &craignant
d'ypérir.
Lelever auſſitost,&fuirde bonne grace.
Faireavorterparlàtous les vaſtes projets Qu'apres de longs Conſeils vingtsMi- nistres ontfaits ;
Biij
30 LE MERCVRE '
Pour les en confoter , conquérir deuse Chaumieres.
Ceder par tout l'avantage aux Prançois;
C'est ainsiqu'on aveu réüſſir les affaires Etdes fiers Espagnols,&des bonsHol landois.
de Bruxelles que pour faire quiter la Sambre aux Ennemis;
cequ'ils firent , dés qu'ils eurent
appris qu'il eſtoit ſi proche d'eux. Leur Campagne n'a pas eſté fortglorieuſe. Voyez-en la peinture dans ce Sonnet.
GALANT. 29 1
P
やややややややややややや や
SUR LA CAMPAGNE
des Ennemis en Flandre.
SONNET IRREGULIER.
Enter au mois d'Avril lefecours
d'unePlace
Etnepouvoir lafecourir ;
Chercher une Bataille , ardammens ,
Ets'y voir bien batus pour prix deleur audace.
1
S'aviſer quatre mois apres cette difgrace,
Pour essayerdes'aguerrir ,
Deformerungrand Siege, &craignant
d'ypérir.
Lelever auſſitost,&fuirde bonne grace.
Faireavorterparlàtous les vaſtes projets Qu'apres de longs Conſeils vingtsMi- nistres ontfaits ;
Biij
30 LE MERCVRE '
Pour les en confoter , conquérir deuse Chaumieres.
Ceder par tout l'avantage aux Prançois;
C'est ainsiqu'on aveu réüſſir les affaires Etdes fiers Espagnols,&des bonsHol landois.
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Résumé : SUR LA CAMPAGNE des Ennemis en Flandre. SONNET IRREGULIER.
Le Duc de Luxembourg a avancé sur le Canal de Bruxelles, forçant les ennemis à quitter la Sambre. Les ennemis ont tenté de prendre une place en avril et de se regrouper en août, mais ont été vaincus et ont fui. Leurs projets ont échoué, limités à la conquête de deux chaumières. Les Français, Espagnols et Hollandais ont marqué un succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 274-299
Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Début :
J'en aurois de grandes pour m'étendre sur la Campagne [...]
Mots clefs :
Baron de Monclar, Troupes, Cercles, Saxe, Maréchal de Créquy, Officiers allemands, Ennemis, Bataille, Armée, Strasbourg, Camp, Campagne, Eisenach, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
J'en auroisde grades pour m'é- tendre ſur la Campagne de M. le Baron de Monclar, fi l'accablementde la matiere qui m'a fait attendre juſqu'à aujour- d'huy à vous en parler , nem'o- bligeoit à la reſſerrer en peu de mots. Vousſcavez que l'Armée qu'il commande eſtoit oppoſée à celle Cercles , compoſée des Troupes de tantd'Etats , qu'elle
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
Y
GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
GALANT. 193 193
4
luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
Y
GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
GALANT. 193 193
4
luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Le texte relate la campagne militaire du Baron de Monclar contre l'Armée des Cercles, composée de troupes de divers États allemands. Cette armée, initialement dirigée par le Prince de Bade-Dourlach, est ensuite commandée par le Prince de Saxe-Eyfenach après la mort du premier. L'Armée des Cercles, également appelée Armée de l'Empire ou Armée des Cercles du Haut-Rhin, se dirige vers Strasbourg mais est empêchée de traverser le Rhin par le magistrat local. Après avoir traversé, elle se dirige vers Schelestat mais recule face aux fortifications. Le Prince de Saxe-Eyfenach se rend ensuite à Colmar, où il demande des fonds aux États de Suabe pour subvenir aux besoins de ses troupes. Pendant ce temps, le Baron de Monclar défend efficacement les places françaises, empêchant les ennemis de prendre des châteaux stratégiques comme celui de Sainte-Croix près de Colmar. L'armée des Cercles, après avoir ravagé les environs de Colmar, se retire à Bâle en raison de la maladie du Prince de Saxe-Eyfenach. Les deux armées s'affrontent près de Bâle, avec des escarmouches et des constructions de retranchements. Plusieurs officiers français et allemands se rencontrent à Bâle, mais les combats continuent. Une tentative de trahison par un officier français est déjouée. Les troupes françaises, sous le commandement du Baron de Monclar et du Maréchal de Créquy, harcèlent et battent les ennemis, les forçant à se retirer. Les Français construisent des redoutes et harcèlent les ennemis, les obligeant à se retirer précipitamment et à abandonner leurs positions. Le texte décrit également plusieurs affrontements où les troupes françaises, dirigées par des officiers comme le Marquis de Noailles et le Comte de la Mote, infligent des pertes significatives aux ennemis. La campagne se conclut par la retraite des troupes des Cercles, qui repassent le Rhin en laissant derrière eux des pertes humaines et matérielles. Par ailleurs, l'Armée de l'Empereur, arrivée à Mouzon, dut se retirer sans action notable. Le maréchal de Créquy, par une diligence exceptionnelle, battit l'Armée des Cercles avant l'arrivée de ses propres troupes. Cette défaite fut particulièrement dure pour le Prince de Saxe-Eyfenach. Les habitants de Strasbourg, craignant les vainqueurs, refusèrent d'accueillir les troupes battues, qui se réfugièrent sur l'Île du Pont de Strasbourg, où elles furent très inconfortables et refusèrent de quitter l'île sans sauf-conduit. Le Prince d'Eysenach demanda au représentant de France à Strasbourg d'obtenir un passeport du maréchal de Créquy, ce qui fut accordé. Le lendemain de la bataille, le maréchal de Créquy envoya le comte de la Mothe brûler les magasins de fourrage et les maisons à Vilstet. Après avoir repoussé quelques troupes ennemies, le comte de la Mothe surprit une garnison dans le château de Vilstet. Après une négociation, la garnison se rendit et fut envoyée au maréchal de Créquy. Le château et les magasins de fourrage furent incendiés. Cette stratégie, visant à priver l'ennemi des moyens de subsistance, fut également appliquée par le maréchal de Créquy et le marquis de Monclar dans diverses régions. La campagne se termina par la jonction des armées sous le commandement du maréchal de Créquy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 307-330
Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas que le plaisir de la Danse [...]
Mots clefs :
Guerre, Ennemis, Troupes, Gardes, Escadrons, Armée, Mr de Monclar, Maréchal de Créquy, Camp, Rhin, Prince Charles, Distinguer, Action, Généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Il ne faut pas que le plaifir de la Danſe nous faffle renoncer à la Guerre. Retournons
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Le texte décrit des événements militaires autour du Rhin, impliquant les forces françaises et leurs adversaires. Le maréchal de Créquy, après sa victoire sur le prince d'Eysenach, est laissé en poste près du Rhin. Le prince d'Eysenach, réfugié sur une île, obtient un passeport mais hésite à l'utiliser, ce qui lui assure une sécurité relative. Pendant ce temps, le prince Charles rejoint les troupes du prince de Saxe à Philippsbourg. L'Empire et l'Espagne, désespérés par la campagne perdue, prennent des mesures pour renforcer leurs troupes. Le ministre d'Espagne, conseillant le prince Charles, organise des secours en argent, provisions et renforts de diverses régions allemandes. Le maréchal de Créquy, diligent, se prépare à défendre la région. Il occupe des postes stratégiques, dont le château de Kokberg. Les Gardes du Roi affrontent un escadron ennemi, subissant des pertes mais réussissant à récupérer leur commandant tué. Créquy dispose ses troupes en bataille et repousse plusieurs attaques ennemies. Les Français, bien organisés et déterminés, repoussent les assauts ennemis et maintiennent leurs positions. La bataille de Kokberg se solde par une victoire française, avec des pertes ennemies significatives et aucun prisonnier français. Le maréchal de Créquy et plusieurs officiers sont loués pour leur bravoure et leur conduite stratégique. Le texte mentionne également la valeur des jeunes officiers, comme le fils du maréchal de Créquy, et d'autres nobles qui se sont distingués par leur courage. Parallèlement, le texte relate une action militaire impliquant la Compagnie de Noailles, qui a réussi à minimiser ses pertes par rapport à celles des ennemis. Parmi les pertes notables, on compte la mort de plusieurs exempts, dont M. de Haubourg, de Dunefort, de S. Vians, Montaseau, Guillon et M. de Valencé. Le Duc de Vendosme est particulièrement mis en avant pour son courage. Bien que le Prince Charles ait critiqué le Duc, ses plaintes sont interprétées comme des éloges, reconnaissant la contribution du Duc à la victoire. Le Duc de Vendosme a montré une grande intrépidité en chargeant des escadrons ennemis, ralliant les troupes et forçant les opposants à battre en retraite. Cette action a eu lieu sous les yeux de plusieurs officiers généraux et du Maréchal de Créquy, qui ont salué son courage et l'ont prié de ne plus s'exposer autant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 209-251
Ce qui s'est passé en Allemagne depuis la Iournée de Kokberg, la Prise de Fribourg, la Défaite d'une Arriere garde des Ennemis, & la Prise de Valkrik. [titre d'après la table]
Début :
Apres la glorieuse Journée de Cokeberg, les Ennemis demeurerent si [...]
Mots clefs :
Ennemis, Fribourg, Journée de Cokeberg, Maréchal de Créquy, Quartiers d'Hiver, Troupes, Place, Montagne, Tranchée, Armée, Siège, Disposition, Français, Bataillons, Prise, Campagne, Ordres, Conduite
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé en Allemagne depuis la Iournée de Kokberg, la Prise de Fribourg, la Défaite d'une Arriere garde des Ennemis, & la Prise de Valkrik. [titre d'après la table]
Apres la glorieuſe Journée deCokeberg , les Ennemis de- meurerent fi conſternez , qu'ils ſe laifferent battre par diuers
Fvj
132 LE MERCVRE
Partis. Monfieur de Créquy fit donner ordre au Gouverneur
de la Petite - Pierre d'en envoyer par derriere l'Armée en- nemiequi en fut incommodée.
Il fit auſſi brûler les Fourages de tous les lieuxd'oùilsen pou- voient tirer,&les inquieta tel- lement , qu'apres les avoir ba- tus engros , on peutdire ( fi ce n'eſt point abuſer du terme)
qu'il les batit encore en détail.
Depuis ce temps - là , ils ne fçeurent plus ny ce quils fai- ſoient , ny ce qu'ils vouloient faire. Ils manquent de Foura- ges , en vont chercher à huit lieuës,& cesGensquidevoient tout prendre , craignent qu'on ne leur prenne Sarbrük. Ils s'é- loignent peu à peu de noſtre Armée. M' Jacquier tombe ma- lade , tout le monde fait des
GALANT. 133
r
vœuxpour luy ; mais les ordres font fi bien donnez , que les Noftres ne manquant de rien,
ne recoivent aucun préjudice de fa maladie. Monfieur de
Créquy prend le Fourage de quatre Villages des environs de Strasbourg. On luydéputepour luy enfaire des plaintes. Il ré- pond à ceux qui en font char- gez , qu'il faut qu'il ſe ferve de ce qui eſt à portée , qu'ils l'ont bien voulu, &qu'ilempefchera le,deſordre. Il envoye en effet.
ſes Gardes pour l'empefcher.. Les ennemis n'ontque du Bled
de Turquie &de la Paille;&
apres avoir efté chez eux ſe rafraichir &prendre du mon- de,des munitions &de l'argent,
ils viennent ſe ruiner de nouveau. Ils apprennent qu'on a
blâme à Vienne l'imprudence
:
3
134 LE MERCVRE qu'ils ont euë d'engager urr Combat à la Journée de Cокеberg contre la Maiſon du Roy,
celle de l'Empereur ( dont en cette Occafion les Cuiraffiers
faiſoient partie ) n'eſtant pasca- pable de luy refifter. Pendant qu'ils fongent à aller prendre leurs Quartiers d'Hyver , on réſout d'affieger Fribourg. On cache ce deſſein. Les meſures
font priſes àla Cour & à l'Ar- mée. Rien ne ſe découvre du
Secret , rien n'en échape. Les Ennemis croyent qu'on va a
Sarbruk,&on fait tout ce qu'il faut pour les entretenir dans cette penſée. Ils y envoyentdes Troupes. Onenfait avancerde Flandre pour les mieux trom- per. Admirez cette conduite.
Tout agit , tout marche , &
rien ne paroiſt. Avantqued'en-
GALANT. 135
Π
コ
trer dans les particularitez du Siege , il eſt aſſez à propos de vous faire connoiſtre l'impor- tance de la Place. Elle estoit autrefois la Capitale du Canton Catholique appellé le Canton deFribourg. Sa fituation eft en partie fur une Montagne , &
en partie fur le panchant de cette Montagne. La Riviere de Sana l'environne preſque en- tiere,&luy fertd'un large Foffé,
qui fait la ſeparation d'un grand Fauxbourg. Ce Fauxbourg a fes
Portes & ſes Murailles , & fe
joint à la Ville par trois grands Pontsquidonnent communica- tion de l'un à l'autre. C'eſt du
coſtéde la Riviere où Fribourg eſt au Midy ſur le panchant de la Montagne. La Montagne eſt de l'autre coſté avec des Rochers eſcarpez en façon de
136 LE MERCVRE
haute Muraille au bordde cette
meſme Riviere , en forte qu'il n'y a pointàcraindre qu'on les puiſſe eſcalader. La Ville eft
Ipatieuſe.C'eſtun Eveſché , &
la plus conſidérable des trois
Univerfitez des Terresde l'Empereur. On l'a fortifiée d'une
maniere qui f'auroit renduë im- prénable à d'autres qu'à des
François. Elle a deux foſſez où
ily a des retenuës d'eau , deux Murailles avec des Tours , &
une grande Redoute de pierre plus élevée que la Citadelle,
qui eſt de quatre Baſtions ſur la hauteur. Cette Place a eſté
jugée d'une telle conféquence,
que l'ordre eſtoit donné de le
ver le Siege de Philifbourg ,
plutoft que de la laiffer perdre ſi on l'euſt attaquéependant ce Siege. Je ne vous feray point
GALAN T. 137
e
|
un long Détail de ceux à qui
elle a appartenu,je vous diray ſeulement qu'elle est preſente- ment à l'Empereur,& qu'on ne peutl'entendre nommerſans ſe ſouvenir des grands & prodi- gieux Exploits qu'a faits autre- foisMonfieur le Prince en Allemagne , lors qu'il n'eſtoit en- cor que Duc d'Enguien. La priſe de cette place eſtoit d'au- tantplus importante pour nous,
qu'eſtant dans le Pays de l'Em- pereur , il ne sçauroit avancer ſur les Terres qui nous appar- tiennent , qu'on en faſſe auffi- toſt demeſme fur celles quiſont,
à luy. Joignez à cela que Fri- bourg eſtant fort grand , ony
peut mettre ſept ou huit mille hommes enGarniſon , dontune partie ſera toûjours preſte à la defendre , tandis que l'autre
138 LE MERCVRE s'étendra dans le Païs. Depe- tites Places pareilles à Phi- lifbourg ne font pas ſi avanta- geuſes. Ce ne ſont que des For- tereſſes qui ne pouvant conte- mir un fi grand nombre de Troupes , ne peuvent faire de ſi grandes executions. D'ailleurs Fribourg affure Briſac que les Ennemis menacent depuis &
long-temps, &àl'avenir ils par- leront peut-eftre moins del'af- freger , que de reprendre ce qu'ils ont perdu. Cette Place ne nous met pas ſeulement en pouvoir de faire contribuer la Suabe ; mais elle nous donne
moyen d'entrer dans les Païs Hereditaires , & ofte à l'Empe- reurune partie confiderable de fes Revenus , eſtant certain que la pluſpart des Penfions qu'il donnoit à ſes Officiers eſtoient
GALANT. 139
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afſignées ſur ce qu'il retiroit de Fribourg. Le Pays eft fort rem- ply de Nobleffe , & n'a gue- res de Païſans qui ne foient ri- ches. La Place n'eſt commandée par aucune Ville , & elfe commande à toutes celles des
environs. Sa priſe rompt les meſures des Ennemis , leur fait
quiter leurs Quartiers d'Hyver,
&les oblige àen chercher d'au- tres. Adjoûtez à ces avanta- ges , celuy de nous eſtre ren- dus maiſtres d'une Place où
font tous les Magaſins donton
auroit eu beſoin pour le Siege de Briſac. Cependant fi les dif- ficultez augmentent la gloire,
onpeut dire qu'il n'y a rien qui égale celle des François. Ils ne s'attachent jamais à des Entre- priſes faciles, &les Places qu'ils ont attaqué cette année ont
140 LE MERCVRE toûjours paſſe pour impréna- bles. Fribourg l'euſt efté ſans doute pour d'autres Ennemis
que pour eux ; & quoy qu'elle ne ſoit pas auſſi forte que Va- lenciénes, Cambray,& S.Omer,
mille difficultez en devoient
rendre la Priſe impoffible. C'eſt une Ville environnée de Dé- filez qui devoient empefcherde l'affieger, ſi les Impériaux n'euf- ſent pas manquéde prévoyan- ce; & toute Place dont on peut empeſcher le Siege, peut paffer pour imprenable. Sa ſcituation furle panchantde la Montagne,
pouvoit donner lieu de la mieux défendre. Elle avoit des Munitions deguerre &de bouche,
& un Commandant qui a toû- jours paſſé pour avoir de la conduite & du cœur. L'Hyver avoit commencé de puis long2
GALANT. 141 temps en ce Païs-là ; il y avoit plus de trois ſemaines qu'il ef- toit couvert de nége , & cepen- dant on réſout d'inveſtir Fribourg. On ne peut dire qu'on aitprévenules Ennemis , pour ſe mettre en campagne avant la Saiſon ; qu'ils n'avoient point de Troupes fur pied , &qu'on eſtoit éloigné d'eux. Le con- traire eft connude tout le monde , les Armées eſtoient pro- ches l'une de l'autre , & la leur
eſtoit forte quand on a formé ce deſſein. Mais dequoy ne vient-on point à bout , quand ce qu'on entreprend eſt bien digeré, & qu'on execute avec beaucoup devaleur &de conduite des Ordres envoyez avec de prudentes reflections ? M
le Mareſchal de Créquy apres avoir donné aux Ennemis la
142 LE MERCVRE jalouſie dont je vous ay deja parlé,fait courir le bruit dans ſon Camp , qu'il attend pour le quiter , que le Prince Charles aitdécampé. Cependant il part une heure apres , & fe rend à
Briſac avec unediligence incro- yable.Il avoit donné ordre qu'on fiſt un Pont de Bâteaux fur le
Rhin. Il fut achevé en douze
heures par les ordresde M. de Viſſac. Cet illuſtre General ayant veu que toutes les choſes qu'il avoit euſoin de faire pré- parereſtoienten état , ordonna
unDéchementde quinze mai- ſtres par Compagnie , & м. de Lançon LieutenantGeneraleut ordre de demeurer avec le reſte
de la Cavalerie dansdesQuar- tiersdepuis Scheleſtat juſques à
Briſac. Admirez la conduite de
Monfieur de Créquy. Il s'éloi-
GALANT. 143 gne des Ennemis ſans en éloi- gner ſes Troupes. Elles couvrent encorBrifac & Scheleſtat , & il
oſte aux Ennemis le moyen de faire aucune Entrepriſe pen- dant qu'il aſſiegera Fribourg ,
en casqu'ils ne veulent pas ten- ter de le ſecourir. Apres tant d'ordres auſſi judicieuſement que ſecretement donnez , M. le Baron de monclar part à dix heures du ſoir avec uneBrigade de Cavalerie , les Dragons de du Fay ,& cinq Bataillons que commandoit M. d'Aubijoux,
afin d'inveſtir Fribourg. Le reſte de l'Armée défila à la
pointe du jourſur deux Ponts ;
&d'abord queles autres Trou- pesordonnées pour cette Expe- dition eurent paffé , M. deCré- quyſe mità lateſte de la maiſon duRoy. Jevousaydéja marqué
:
144 LE MERCVRE
qu'il y avoitdes Défilez pour ar- river à Fribourg.M. le marefchal de Créquy fit couper beaucoup deBois qui les embaraſſerentde telle forte , que les Ennemis n'auroient pû les paſſer fans beaucoup de peine , & fans grande perte. Le voila devant Fribourg. Si ceux de la Place furent étonnez de voir qu'on les affiegeoit , les Affiegeans ne le furentpasmoins , de connoiſtre ledeſſeinqu'on avoitpris , le ſe- cret ayant eſté ſi bien gardé,
qu'ils n'avoient ſçeu juſques-là enquel lieu onles menoit.Quad cette Nouvelle fut publiée àla Cour , leGeneral major Harang (qui comme vous ſçavez avoit eſtéprisdans la Journée de Cox- berg) dit qu'il eſtoit impoſſible que le Siege fut veritable , à
moins que l'Armée de l'Empereur
GALANT. 145 reur ſon Maiſtre n'euſt eſté entierement défaite. Et quand il apprit qu'on ne s'eſtoit point ba- tu,il admira la merveilleuſe conduite duRoy, laprudence de ſes Miniſtres & l'ardeur infatigable de ſes Generaux. Toutes les
Troupes n'eſtant pas encor arri- vées,m. le mareſchal de Créquy viſita la Place , les Poſtes & les Paſſagesdes environs,avant que defaire la diſpoſition des Quar- tiers. Les Ennemis brûlerent un
deleurs Fauxbourgs ,&tirerent pluſieurs volées de Canon ſur lesTroupes les plus avancées.M.
d'Aubijoux ſe logea avec les cinq Bataillons dans le Faux- bourgbrûlédu coſté de la gorge de la montagne , où l'on reſolut defaire l'Attaque. Il pouſſa mef- meunLogement avec cinquan- teHommes , à quelques pas du Tome IX. G
146 LE MERCVRE Foffé. Les Ennemis firent un
affez grand feu. Il n'y eut que vingt Soldats tuez &bleffez, un Capitaine'd'Orleans tué , &un de Feuquieres bleſſé. Le lende- main le reſtedes Troupes eſtant arrivé , M. le marefchal diſpoſa les Quartiers dans l'ordre fui- vant,afin que les Troupes ne fouffriffent point.
DISPOSITION DES .
Quartiers de'lArmée devant
Fribourg le 10. Novembre.
M. deChoifeuil,
Monfieur de la reüillée,
M. de Hautefeüille ,
Eſtoient à Vendeling , avec les Brigades Dela Maiſon du Roy ,
- DeBulonde
Et dela Ferté
GALANT. 147 M. le marquisdeGenlis,
M. deRenty.
M. le Comte deRoye,
Et M. de Boquemar ,
Eſtoient à Lehen,avec les Brigades DeBeaupré,
DeVivans,
De Boiſdavid ,
Et de Vendofme.
M. le Baron de Monclar,
EtMile Marquisde Lambert,
Eſtoient à Betzenhuls , avec les
Brigades DeMoreüil ,
DeDugas,
• Et deJoſſau
८
M. le Comtede Maulevrier
Colbert,
EtM. le Comtede Broglio,
Gij
148 LE MERCVRE Eſtoient à Zering , avec les
Brigades
De S. Loup ,
De Bertillac ,
Et les Dragonsde Liſtenay Et de Teffé.
M. le Comtede Schomberg
eſtoit à Herdem
Brigades DeNovion ,
Etde Nefle.
T
avec les
La Brigade de M. d'Aubijoux eſtoit à Viter , Fauxbourg brûlé.
Les Dragons du Roy & de duFay , eſtoient à Neter ; Et la Brigade de la Valete , à Gun- terſtal & à Delhuts..
Apres cette diſpoſition , il
GALANT. 149
د
changea l'ordre qui avoit eſté donné pour l'ouverture de la Tranchée & voulut qu'on
l'ouvriſt de l'autre coſté de la
Ville , laiffant la Montagne à
gauche. Il fit conſerver le pre- mier Logement pour ſervir de fauffe Attaque. Le meſme jour M. le Comte de Schomberg emporta l'Epée à la main , deux Redoutes avancées fur la hauteur du Chaſteau. Il eſtoit à la
teſtede trois cens Hommes,foutenusdes Brigadesde Norman- die&de Nefle..
La Tranchée fut ouverte à
l'entréede la nuit. Les Officiers
Generaux estoient M'le Comte
de Maulevrier- Colbert , & M"
de laFeüillée &deBoiſdavid.M.
le Marquis de Harcour-Bévron commandoit deuxBataillons de
Picardie.Deux autres de ChamGiij
150 LE MERCVRE pagne prenoient les ordres d'un des principaux Officiers de ce Corps. Comme les François ſont intrepides & accoûtumez à
vaincre ,& qu'on vouloitvenir promptement à bout de cette Entrepriſe ,on ne ſuivit point la pratique ordinaire,qui eſt d'ou- vrir la Tranchée fort loin de la
Place.Elle futcommencée affez
prés ,&ontira une grande Li- gne paralelle à la portée duPi- ſtolet. Les Bateries qu'on avoit dreffées la nuit , tirerent à la pointe du jour. Elles ruinerent des Flancs & des Embraſures
par où les Ennemis pouvoient tirer. La Garde de la Cavalerie
eſtoit commandée par M. de Neuchelles LieutenantdesGardes du Corps. On perdit quel- ques Officiers fubalternes. M. Je ComtedeBuffay undesLieu-
GALANT.
151I
.
tenansGeneraux de l'Artillerie,
&M. deCulan Colonel de Picardie, furenttuez.
LesBataillonsde Normandie ,
Feuquieres , la Marine, &Vau- becour, releverent la Tranchée
la nuit du onze au douze. M.le
Marquis de Choiſeüil , M's les Comte de Broglio & d'Aubi- joux, eſtoient de jour. On pré- para toutes choſes pour ladef- cente du Foffe , & on ſe contenta de ſe loger ſur le bord,
parce qu'on le trouva large &
difficile à combler. On mit encor quelques Pieces enbaterie par les ſoins de M. le marquis de la Freſeliere. Elles furent
tres--bien ſervies, &Monfieur le
Mareſchal de Créquy paſſa la nuit àſon ordinaire , c'eſt àdire
dans la Tranchée. Comme le
clair de Lune eſtoitgrand, nous Gj
152 LE MERCVRE perdîmes quelques Gens cette nuit-là . M. de la Tillaye Lieute- nant Colonel du Regiment de
Normandie , Officier d'un merite fingulier , fut tue. M. d'Af- fonville Aydede CampdeM.de Créquy ,& M. de Roquefeüille Enſeigne de ſes Gardes, furent bleſſez. On fit une Bréche de
quarantepas par le haut , apres laquelle on ſomma le Gouver- neur , qui fier d'avoir appris fon Meſtier parmy les Troupes de France , répondit qu'un Hom.
me comme luy ne ſe rendoit pas au premier Affaut.
La Tranchée fut relevée la
nuitdu douzeau treize , par M. le Comte de Roye , M. de Boquemar , & м. le Chevalier de Novion , avec les Bataillons
d'Auvergne , de Bretagne , &
de Dampierre. On travailla à
GALANT 153
une nouvelte Sape &àune au- tre Baterie qui voyoit la Bréche àrevers ,&on élargit les Travaux.
د
Le treize au foir , les Officiers Generaux qui releverent la Tranchée , furent M" les maгquis deGenlis , de Renty , &de la Ferté avec les Bataillons
d'Orleans , de la Couronne , &
de la Freſeliere. Onavança fort par les Sapes , & l'on travailla à
une mine. Monfieurle Mareſchal
deCréquy alla luy-meſme re- connoiſtre la Breche , & refolut de tenter unLogementdef- fus , ayant reconnuque les En- nemis netravailloientpointder- riere. Des Gens détachez avec
des Travailleurs , deſcendirent
dans le foffé avecdes Echelles,
&monterent àla Brêche àqua- tre heures. Elle ne futdefenduë
G V
154 LE MERCVRE que parun grand feuque firent
les Affiegez des Maiſons qu'ils avoient percées. On la paffa malgré cet obſtacle. Ceux qui fe rencontrerent dans les Ruës
furent tuez. Onapprocha de la
Porte de la ſeconde Envelope..
Les Bataillons d'Orleans &dela
Freſeliere eurent ordre de M. de
Créquy d'entrer par la Bréche:
pour ſoûtenir les Gens déta- chez. M. le marquis de la Ferté &M. de Tracy ſe ſaiſirent des Poſtes avancez avec beaucoup d'intrépidité , & y mirent des Soldats. м. lе mаrquis de la Fer- té fut bleſſé en cette occafion..
M. le marquis de la Freſeliere le
fut auſſi le meſme jour , en don- nant ſes ordres avec ſon activité
ordinaire,pour faire avacer une Piece deCanon contre laPorte
qui ſe trouva bouchéede fumier..
Y
GALAN T. 135 La Tranchée fut relevée par les Regimens de Vendoſme ,la Ferté, Condé , & la Fére. Les
Officiers Generaux estoient M.
le Comte de Maulevrier , M.le
Marquis de Bouflairs , & M. le
Duc de Vendofme. M. de Cré-
-quy voulut preffer l'Attaque de laVille;&pour cet effet , pen- dant que le Canon batoit en
Brêche , il ordonna au Regi- mentde la Ferté qui avoit late-- ſte de ladroite,de faire un Logement fur le borddu Foffe , &
mefme la defcente; &à celuy deVendoſme , de faire la mer
mechoſeſurlagauche. Comme le terrain eftoit tout pavé , on ne pût aisémentremuer la ter re,&il falut porter avec ſoy-de-- quoy ſe loger. Il ne ſuffit pasd'e- ftre François pour oſer tenter unepareille Entrepriſe , il faut
Gvj
296 LE MERCVRE eſtre neſous le Regnede Loüis XIV. dont l'exemple n'inſpire que des prodiges. M. de Laubanie Major du Regiment de la Ferté,y futbleſſé d'unautre cofté . M. le Comte de Schomberg:
s'empara d'un Ouvragede terre
qui couvrait la Redoute depier- re dont le Chaſteau eft commandé,&un peu apres il ſe ren dit maiſtre de cette Redoute par le moyendedeux Pieces de Ca- non que les Anglois avoient guindées , dont ils furent bien récompenfez par M. le maref- chal de Créquy. Le premier coup de Canonemporta la teſte deceluy qui commandoit dans cette Redoute , dont la priſe avança fort celle de la Ville. On tenta deux Logemens pourfot- tenir celuy qu'on avoit fait au- pres du reveſtiſſement du Foffé,
GALANT. 157 Noftre General nevoulut pas les faire achever, parce qu'il fa loit alleràdécouvert, &effuyer le feu du Canon chargé àcar touches. C'eſtoit en plein jour ,
&cependant l'ardeurdesTrou- pes eſtoit fi grande, qu'on eut toutes les peines du monde à les
faire retirer. Le Bataillon de
Vendoſme firmerveille en cette
occafion. M. Limbaut, qui erreſt Lieutenant Colonel, yfut blef- fé. Il eſt impoſſible de faire voir plusd'intrépidité &plus de con- duite qu'en fit paroiſtre M. le Ducde Vendoſme ; le péril ne l'étonnoit point,il eſtoitpartout,
il animoit les Soldats , & l'on
peut direque ſon exemplefervit beaucoup. m.de Créquy fit tout diſpoſer pourl'Affaut.resEnne- mis l'appréhendérent , & bati- rent la Chamade, Ils envoyerent
158 LE MERCVRE un Oftage , & reçeurent en fa place M. de Courvaillon Lieute- nantColonel deCondé. LaNégotiation dura quelque temps.
On permit auxOfficiers d'aller voir laBréche. Le Gouverneur
demanda deux Pieces de Canon, on luy en accorda une , &
la ſeconde fut donnée en confidération duMarquis de Baden.
LesArticles ordinaires ayateſté dreſſez , les Ennemis livrerent
une Portede la Ville , &une du
Chaſteau.. Il n'eſtoit pas neuf heures du matin: La Garnifon
qui estoit encorde quatre cens Chevaux , & de dix-fept cens Hommesde pied , fortit àmidy,
&fut conduite àReinsfeldt. M. d'Oſſonville partit auſſitoſt par l'ordre de M. le Mareſchalde
Créquy, pour aller rendrecom-- pteauRoydu prompt ſuccésde
6
GALANT. 159 cetteſurprenante Entrepriſe.
Cette nouvelle Conqueſte vafourniraux beaux Eſpritsune ample matiere d'écrire.. Voicy ce qui me vientd'eſtre envoyé.
Lifez , Madame. Ces Vers ſont
dignes de celuy qui les a faits.
Vous avez déja veu de belles choſesde luy, & vous en con- viendrez , quand ilmefera per- misdevous le nommer..
SUR LA PRISE
DE FRIBOVRG
Ndit que tous les Rois font les
vives Images
De l'Estre indépendant qui reçoit nos hommages,
Etqu'un écoulement de la Divinité Eaitfur lefront des Rois briller saMa jesté..
rbo LE MERCVRE
Maissi jamais un Roy dans sa toute puissance Apûtflater ſon cœur de cette reſſem- blance,
C'est le Roy des François , ce premier des Mortels
Qui de nos vieux.Héros renverſe les
Antels,
Qui tientfousfes Lauriers leursPat mes étouffée ,
Decesfaux Demy Dieux détruit tous les trophées,
Etprépare une Histoire à la Posteri té
Qui nepeut espérer que l'incrédulité.. Lorsque LOVISparoiſtdans une paix.
profonde,
Son ame eft occupée à gouverner le Monde, ৮
Etlesſoinsaffidus de ſon plus doux re--
pos Guident les mouvemens de cent mille
Héros.
Ceuxqui vont ſousſon Nomde Victorreen Victoire ,
>
Brillansdeses rayons , &convertsdefar gloire,
GALANT. 161
Sonttoujours agiſſansfur la Terre &les Mers ..
Etcraignent le reposplus que tous les dangers.
Créquy , c'estoit affezd'avoir dans ta
Campagne Arrêtéles efforsdecesRoisd'allemagne,
Et d'avoirfait connoistre , à tant de Souverains ,
Celuy quevent leCielpourMaistre des Humains.
Chaque instant , chaque pas valoitune Conqueste;
Maisdetant de Lauriers tu veuxchargertaTeste ,
Que le Sortde laGuerre avec tous fes bazars
N'aitplus pourtoy de foudre ,&te gale aux Césars.
LeSiegede Fribourg , cette haute Entrepriſe Apeineestoit connu , quand on a ſçen
Sapriſe;
:১
Et ceux qui chez le Prince avoient quelques accés,
S'informent du deſſein ,ont appris le Succés.
162 LE MERCVRE
Vy,gloire des François , vy Héros magnanime ,
Seurde tout nostre amour ,de toutenoStre estime ;
Mais en vivantpour nous, connois ce
que tu vaux ,
Etmenagetes jours parmy tant detravaux ;
Nenous force jamais à regretter un Homme
Que Fabrice enviroit , s'il renaiſſoir dansRome
Et laiſſe profiterles Peuplesfans effroy Dessoins d'un grand Sujet ſousles Loix d'unGrandRoy
CeMadrigald'une Perſonne dequalité ſur le meſme fujer ,
merite bienque vous le voyiez.
Ovelques datsd'Allemagne braves que foient ,
lesSolEtceux quifont nourrisſous les armes d'Espagne ,
On nevoitqu'enEsté leurs plus vail lansGuerriers..
:
GALANT. 163 Danslabelle Saiſon tout lemonde mois- Sonne;
Loüisſeul en Hyver , au Printemps,
dans l'Automne ,
Surl' Empire,en tous lieux ,fçait cüeillir desLauriers.
C'eſt aſſurément quelque choſe de ſurprenant , que d'a- voir ajoûté Fribourg dans le commencementde l'Hyver, aux Conqueſtes qui avoient eſté fai- tes avant le Printemps. Si-toſt qu'il fut pris , M le Mareſchal deCréquy y fit tracer de nou- velles Fortifications. M. leMarquis de Lambert Mareſchal de
Camp y doit commander , &
M. de S.Juſt ſous luy. Il eſtoit Lieutenant de Roydans Philif- bourg. Il ade la conduite , &
fçait faire valoir les avantages quedonnent les Placesde cette importance.. M. de Créquy ne
164 LE MERCVRE
F
demeura pas longtemps dans celle- cy.La Victoire l'appellant ailleurs , ily mena la Maiſon du
Roy. M.le Marquis de Genlis ,
& M le Comte de Broglio eſtantdejour , ſe mirent à la te- ſte de l'Armée. M. le Marquis deVillars qui commandoit trois censHommes avancez, rencontra plufieurs Regimés deCava- lerie, if en batit l'Arrieregarde,
qu'il poursuivit longtemps avec la meſme vigueur &la meſme conduite qu'il adéja fait paroi ſtre plufieurs fois pendant cette Campagne , quoy qu'il foit dans une grande jeuneffe. Il fit plus de ſoixante Priſonniers , entre
leſquels eſtoient deux Capitai- nes , &ily eurenviron quaran te Dragons tuez. Nous euffions pouffé nos avantages plus loin-,
fanousn'eufſſions pointeſtédans
GALANT. 165 unegorge de Montagne où les Troupes avoient beaucoup de peine àpaſſer. Les Ennemis en eurent plus de temps pour fuir.
On prit en ſuite la Ville &le Chaſteau de Vvalkvik , qui ſe rendirent apres avoir eſté ſom- mez. Ony trouva unegrande quantité de toute forte de Pro- viſions. Cette Place eſt à deux
lieuës de Fribourg dans uneVal- léequi conduit en Suabe.
Je ne puis quiter l'Armée d'Allemagne , ſans vous dire que les demeflez du Prince Charles &de Monfieur le Duc
de Vendoſme dont je vous ay parlé , ne regardent que les in- tereſts du Roy & de l'Empe- reur. Ils conſervent une par- faite eſtime &une fort grande honneſteté l'un pour l'autre.
Monfieur de Vendoſme, com
166 LE MERCVRE
me un des plus proches &des plus illuftres Parens de la Ducheſſe de Lorraine , luy a toû- jours rendu ſes devoirs , & l'a viſitée ſouvent à Strasbourg. Si ces Princes s'y rencontroient ,
ils feroient comme nos Braves,
de l'une&de l'autre Armée qui apres s'eſtre régalez malgré la diverſitédu Party , ſe batent au fortir des Lieux où l'on obſerve
la Neutralité comme s'ils ne
s'eſtoient point connus auparavant. ر
Fvj
132 LE MERCVRE
Partis. Monfieur de Créquy fit donner ordre au Gouverneur
de la Petite - Pierre d'en envoyer par derriere l'Armée en- nemiequi en fut incommodée.
Il fit auſſi brûler les Fourages de tous les lieuxd'oùilsen pou- voient tirer,&les inquieta tel- lement , qu'apres les avoir ba- tus engros , on peutdire ( fi ce n'eſt point abuſer du terme)
qu'il les batit encore en détail.
Depuis ce temps - là , ils ne fçeurent plus ny ce quils fai- ſoient , ny ce qu'ils vouloient faire. Ils manquent de Foura- ges , en vont chercher à huit lieuës,& cesGensquidevoient tout prendre , craignent qu'on ne leur prenne Sarbrük. Ils s'é- loignent peu à peu de noſtre Armée. M' Jacquier tombe ma- lade , tout le monde fait des
GALANT. 133
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vœuxpour luy ; mais les ordres font fi bien donnez , que les Noftres ne manquant de rien,
ne recoivent aucun préjudice de fa maladie. Monfieur de
Créquy prend le Fourage de quatre Villages des environs de Strasbourg. On luydéputepour luy enfaire des plaintes. Il ré- pond à ceux qui en font char- gez , qu'il faut qu'il ſe ferve de ce qui eſt à portée , qu'ils l'ont bien voulu, &qu'ilempefchera le,deſordre. Il envoye en effet.
ſes Gardes pour l'empefcher.. Les ennemis n'ontque du Bled
de Turquie &de la Paille;&
apres avoir efté chez eux ſe rafraichir &prendre du mon- de,des munitions &de l'argent,
ils viennent ſe ruiner de nouveau. Ils apprennent qu'on a
blâme à Vienne l'imprudence
:
3
134 LE MERCVRE qu'ils ont euë d'engager urr Combat à la Journée de Cокеberg contre la Maiſon du Roy,
celle de l'Empereur ( dont en cette Occafion les Cuiraffiers
faiſoient partie ) n'eſtant pasca- pable de luy refifter. Pendant qu'ils fongent à aller prendre leurs Quartiers d'Hyver , on réſout d'affieger Fribourg. On cache ce deſſein. Les meſures
font priſes àla Cour & à l'Ar- mée. Rien ne ſe découvre du
Secret , rien n'en échape. Les Ennemis croyent qu'on va a
Sarbruk,&on fait tout ce qu'il faut pour les entretenir dans cette penſée. Ils y envoyentdes Troupes. Onenfait avancerde Flandre pour les mieux trom- per. Admirez cette conduite.
Tout agit , tout marche , &
rien ne paroiſt. Avantqued'en-
GALANT. 135
Π
コ
trer dans les particularitez du Siege , il eſt aſſez à propos de vous faire connoiſtre l'impor- tance de la Place. Elle estoit autrefois la Capitale du Canton Catholique appellé le Canton deFribourg. Sa fituation eft en partie fur une Montagne , &
en partie fur le panchant de cette Montagne. La Riviere de Sana l'environne preſque en- tiere,&luy fertd'un large Foffé,
qui fait la ſeparation d'un grand Fauxbourg. Ce Fauxbourg a fes
Portes & ſes Murailles , & fe
joint à la Ville par trois grands Pontsquidonnent communica- tion de l'un à l'autre. C'eſt du
coſtéde la Riviere où Fribourg eſt au Midy ſur le panchant de la Montagne. La Montagne eſt de l'autre coſté avec des Rochers eſcarpez en façon de
136 LE MERCVRE
haute Muraille au bordde cette
meſme Riviere , en forte qu'il n'y a pointàcraindre qu'on les puiſſe eſcalader. La Ville eft
Ipatieuſe.C'eſtun Eveſché , &
la plus conſidérable des trois
Univerfitez des Terresde l'Empereur. On l'a fortifiée d'une
maniere qui f'auroit renduë im- prénable à d'autres qu'à des
François. Elle a deux foſſez où
ily a des retenuës d'eau , deux Murailles avec des Tours , &
une grande Redoute de pierre plus élevée que la Citadelle,
qui eſt de quatre Baſtions ſur la hauteur. Cette Place a eſté
jugée d'une telle conféquence,
que l'ordre eſtoit donné de le
ver le Siege de Philifbourg ,
plutoft que de la laiffer perdre ſi on l'euſt attaquéependant ce Siege. Je ne vous feray point
GALAN T. 137
e
|
un long Détail de ceux à qui
elle a appartenu,je vous diray ſeulement qu'elle est preſente- ment à l'Empereur,& qu'on ne peutl'entendre nommerſans ſe ſouvenir des grands & prodi- gieux Exploits qu'a faits autre- foisMonfieur le Prince en Allemagne , lors qu'il n'eſtoit en- cor que Duc d'Enguien. La priſe de cette place eſtoit d'au- tantplus importante pour nous,
qu'eſtant dans le Pays de l'Em- pereur , il ne sçauroit avancer ſur les Terres qui nous appar- tiennent , qu'on en faſſe auffi- toſt demeſme fur celles quiſont,
à luy. Joignez à cela que Fri- bourg eſtant fort grand , ony
peut mettre ſept ou huit mille hommes enGarniſon , dontune partie ſera toûjours preſte à la defendre , tandis que l'autre
138 LE MERCVRE s'étendra dans le Païs. Depe- tites Places pareilles à Phi- lifbourg ne font pas ſi avanta- geuſes. Ce ne ſont que des For- tereſſes qui ne pouvant conte- mir un fi grand nombre de Troupes , ne peuvent faire de ſi grandes executions. D'ailleurs Fribourg affure Briſac que les Ennemis menacent depuis &
long-temps, &àl'avenir ils par- leront peut-eftre moins del'af- freger , que de reprendre ce qu'ils ont perdu. Cette Place ne nous met pas ſeulement en pouvoir de faire contribuer la Suabe ; mais elle nous donne
moyen d'entrer dans les Païs Hereditaires , & ofte à l'Empe- reurune partie confiderable de fes Revenus , eſtant certain que la pluſpart des Penfions qu'il donnoit à ſes Officiers eſtoient
GALANT. 139
|-
|-
afſignées ſur ce qu'il retiroit de Fribourg. Le Pays eft fort rem- ply de Nobleffe , & n'a gue- res de Païſans qui ne foient ri- ches. La Place n'eſt commandée par aucune Ville , & elfe commande à toutes celles des
environs. Sa priſe rompt les meſures des Ennemis , leur fait
quiter leurs Quartiers d'Hyver,
&les oblige àen chercher d'au- tres. Adjoûtez à ces avanta- ges , celuy de nous eſtre ren- dus maiſtres d'une Place où
font tous les Magaſins donton
auroit eu beſoin pour le Siege de Briſac. Cependant fi les dif- ficultez augmentent la gloire,
onpeut dire qu'il n'y a rien qui égale celle des François. Ils ne s'attachent jamais à des Entre- priſes faciles, &les Places qu'ils ont attaqué cette année ont
140 LE MERCVRE toûjours paſſe pour impréna- bles. Fribourg l'euſt efté ſans doute pour d'autres Ennemis
que pour eux ; & quoy qu'elle ne ſoit pas auſſi forte que Va- lenciénes, Cambray,& S.Omer,
mille difficultez en devoient
rendre la Priſe impoffible. C'eſt une Ville environnée de Dé- filez qui devoient empefcherde l'affieger, ſi les Impériaux n'euf- ſent pas manquéde prévoyan- ce; & toute Place dont on peut empeſcher le Siege, peut paffer pour imprenable. Sa ſcituation furle panchantde la Montagne,
pouvoit donner lieu de la mieux défendre. Elle avoit des Munitions deguerre &de bouche,
& un Commandant qui a toû- jours paſſé pour avoir de la conduite & du cœur. L'Hyver avoit commencé de puis long2
GALANT. 141 temps en ce Païs-là ; il y avoit plus de trois ſemaines qu'il ef- toit couvert de nége , & cepen- dant on réſout d'inveſtir Fribourg. On ne peut dire qu'on aitprévenules Ennemis , pour ſe mettre en campagne avant la Saiſon ; qu'ils n'avoient point de Troupes fur pied , &qu'on eſtoit éloigné d'eux. Le con- traire eft connude tout le monde , les Armées eſtoient pro- ches l'une de l'autre , & la leur
eſtoit forte quand on a formé ce deſſein. Mais dequoy ne vient-on point à bout , quand ce qu'on entreprend eſt bien digeré, & qu'on execute avec beaucoup devaleur &de conduite des Ordres envoyez avec de prudentes reflections ? M
le Mareſchal de Créquy apres avoir donné aux Ennemis la
142 LE MERCVRE jalouſie dont je vous ay deja parlé,fait courir le bruit dans ſon Camp , qu'il attend pour le quiter , que le Prince Charles aitdécampé. Cependant il part une heure apres , & fe rend à
Briſac avec unediligence incro- yable.Il avoit donné ordre qu'on fiſt un Pont de Bâteaux fur le
Rhin. Il fut achevé en douze
heures par les ordresde M. de Viſſac. Cet illuſtre General ayant veu que toutes les choſes qu'il avoit euſoin de faire pré- parereſtoienten état , ordonna
unDéchementde quinze mai- ſtres par Compagnie , & м. de Lançon LieutenantGeneraleut ordre de demeurer avec le reſte
de la Cavalerie dansdesQuar- tiersdepuis Scheleſtat juſques à
Briſac. Admirez la conduite de
Monfieur de Créquy. Il s'éloi-
GALANT. 143 gne des Ennemis ſans en éloi- gner ſes Troupes. Elles couvrent encorBrifac & Scheleſtat , & il
oſte aux Ennemis le moyen de faire aucune Entrepriſe pen- dant qu'il aſſiegera Fribourg ,
en casqu'ils ne veulent pas ten- ter de le ſecourir. Apres tant d'ordres auſſi judicieuſement que ſecretement donnez , M. le Baron de monclar part à dix heures du ſoir avec uneBrigade de Cavalerie , les Dragons de du Fay ,& cinq Bataillons que commandoit M. d'Aubijoux,
afin d'inveſtir Fribourg. Le reſte de l'Armée défila à la
pointe du jourſur deux Ponts ;
&d'abord queles autres Trou- pesordonnées pour cette Expe- dition eurent paffé , M. deCré- quyſe mità lateſte de la maiſon duRoy. Jevousaydéja marqué
:
144 LE MERCVRE
qu'il y avoitdes Défilez pour ar- river à Fribourg.M. le marefchal de Créquy fit couper beaucoup deBois qui les embaraſſerentde telle forte , que les Ennemis n'auroient pû les paſſer fans beaucoup de peine , & fans grande perte. Le voila devant Fribourg. Si ceux de la Place furent étonnez de voir qu'on les affiegeoit , les Affiegeans ne le furentpasmoins , de connoiſtre ledeſſeinqu'on avoitpris , le ſe- cret ayant eſté ſi bien gardé,
qu'ils n'avoient ſçeu juſques-là enquel lieu onles menoit.Quad cette Nouvelle fut publiée àla Cour , leGeneral major Harang (qui comme vous ſçavez avoit eſtéprisdans la Journée de Cox- berg) dit qu'il eſtoit impoſſible que le Siege fut veritable , à
moins que l'Armée de l'Empereur
GALANT. 145 reur ſon Maiſtre n'euſt eſté entierement défaite. Et quand il apprit qu'on ne s'eſtoit point ba- tu,il admira la merveilleuſe conduite duRoy, laprudence de ſes Miniſtres & l'ardeur infatigable de ſes Generaux. Toutes les
Troupes n'eſtant pas encor arri- vées,m. le mareſchal de Créquy viſita la Place , les Poſtes & les Paſſagesdes environs,avant que defaire la diſpoſition des Quar- tiers. Les Ennemis brûlerent un
deleurs Fauxbourgs ,&tirerent pluſieurs volées de Canon ſur lesTroupes les plus avancées.M.
d'Aubijoux ſe logea avec les cinq Bataillons dans le Faux- bourgbrûlédu coſté de la gorge de la montagne , où l'on reſolut defaire l'Attaque. Il pouſſa mef- meunLogement avec cinquan- teHommes , à quelques pas du Tome IX. G
146 LE MERCVRE Foffé. Les Ennemis firent un
affez grand feu. Il n'y eut que vingt Soldats tuez &bleffez, un Capitaine'd'Orleans tué , &un de Feuquieres bleſſé. Le lende- main le reſtedes Troupes eſtant arrivé , M. le marefchal diſpoſa les Quartiers dans l'ordre fui- vant,afin que les Troupes ne fouffriffent point.
DISPOSITION DES .
Quartiers de'lArmée devant
Fribourg le 10. Novembre.
M. deChoifeuil,
Monfieur de la reüillée,
M. de Hautefeüille ,
Eſtoient à Vendeling , avec les Brigades Dela Maiſon du Roy ,
- DeBulonde
Et dela Ferté
GALANT. 147 M. le marquisdeGenlis,
M. deRenty.
M. le Comte deRoye,
Et M. de Boquemar ,
Eſtoient à Lehen,avec les Brigades DeBeaupré,
DeVivans,
De Boiſdavid ,
Et de Vendofme.
M. le Baron de Monclar,
EtMile Marquisde Lambert,
Eſtoient à Betzenhuls , avec les
Brigades DeMoreüil ,
DeDugas,
• Et deJoſſau
८
M. le Comtede Maulevrier
Colbert,
EtM. le Comtede Broglio,
Gij
148 LE MERCVRE Eſtoient à Zering , avec les
Brigades
De S. Loup ,
De Bertillac ,
Et les Dragonsde Liſtenay Et de Teffé.
M. le Comtede Schomberg
eſtoit à Herdem
Brigades DeNovion ,
Etde Nefle.
T
avec les
La Brigade de M. d'Aubijoux eſtoit à Viter , Fauxbourg brûlé.
Les Dragons du Roy & de duFay , eſtoient à Neter ; Et la Brigade de la Valete , à Gun- terſtal & à Delhuts..
Apres cette diſpoſition , il
GALANT. 149
د
changea l'ordre qui avoit eſté donné pour l'ouverture de la Tranchée & voulut qu'on
l'ouvriſt de l'autre coſté de la
Ville , laiffant la Montagne à
gauche. Il fit conſerver le pre- mier Logement pour ſervir de fauffe Attaque. Le meſme jour M. le Comte de Schomberg emporta l'Epée à la main , deux Redoutes avancées fur la hauteur du Chaſteau. Il eſtoit à la
teſtede trois cens Hommes,foutenusdes Brigadesde Norman- die&de Nefle..
La Tranchée fut ouverte à
l'entréede la nuit. Les Officiers
Generaux estoient M'le Comte
de Maulevrier- Colbert , & M"
de laFeüillée &deBoiſdavid.M.
le Marquis de Harcour-Bévron commandoit deuxBataillons de
Picardie.Deux autres de ChamGiij
150 LE MERCVRE pagne prenoient les ordres d'un des principaux Officiers de ce Corps. Comme les François ſont intrepides & accoûtumez à
vaincre ,& qu'on vouloitvenir promptement à bout de cette Entrepriſe ,on ne ſuivit point la pratique ordinaire,qui eſt d'ou- vrir la Tranchée fort loin de la
Place.Elle futcommencée affez
prés ,&ontira une grande Li- gne paralelle à la portée duPi- ſtolet. Les Bateries qu'on avoit dreffées la nuit , tirerent à la pointe du jour. Elles ruinerent des Flancs & des Embraſures
par où les Ennemis pouvoient tirer. La Garde de la Cavalerie
eſtoit commandée par M. de Neuchelles LieutenantdesGardes du Corps. On perdit quel- ques Officiers fubalternes. M. Je ComtedeBuffay undesLieu-
GALANT.
151I
.
tenansGeneraux de l'Artillerie,
&M. deCulan Colonel de Picardie, furenttuez.
LesBataillonsde Normandie ,
Feuquieres , la Marine, &Vau- becour, releverent la Tranchée
la nuit du onze au douze. M.le
Marquis de Choiſeüil , M's les Comte de Broglio & d'Aubi- joux, eſtoient de jour. On pré- para toutes choſes pour ladef- cente du Foffe , & on ſe contenta de ſe loger ſur le bord,
parce qu'on le trouva large &
difficile à combler. On mit encor quelques Pieces enbaterie par les ſoins de M. le marquis de la Freſeliere. Elles furent
tres--bien ſervies, &Monfieur le
Mareſchal de Créquy paſſa la nuit àſon ordinaire , c'eſt àdire
dans la Tranchée. Comme le
clair de Lune eſtoitgrand, nous Gj
152 LE MERCVRE perdîmes quelques Gens cette nuit-là . M. de la Tillaye Lieute- nant Colonel du Regiment de
Normandie , Officier d'un merite fingulier , fut tue. M. d'Af- fonville Aydede CampdeM.de Créquy ,& M. de Roquefeüille Enſeigne de ſes Gardes, furent bleſſez. On fit une Bréche de
quarantepas par le haut , apres laquelle on ſomma le Gouver- neur , qui fier d'avoir appris fon Meſtier parmy les Troupes de France , répondit qu'un Hom.
me comme luy ne ſe rendoit pas au premier Affaut.
La Tranchée fut relevée la
nuitdu douzeau treize , par M. le Comte de Roye , M. de Boquemar , & м. le Chevalier de Novion , avec les Bataillons
d'Auvergne , de Bretagne , &
de Dampierre. On travailla à
GALANT 153
une nouvelte Sape &àune au- tre Baterie qui voyoit la Bréche àrevers ,&on élargit les Travaux.
د
Le treize au foir , les Officiers Generaux qui releverent la Tranchée , furent M" les maгquis deGenlis , de Renty , &de la Ferté avec les Bataillons
d'Orleans , de la Couronne , &
de la Freſeliere. Onavança fort par les Sapes , & l'on travailla à
une mine. Monfieurle Mareſchal
deCréquy alla luy-meſme re- connoiſtre la Breche , & refolut de tenter unLogementdef- fus , ayant reconnuque les En- nemis netravailloientpointder- riere. Des Gens détachez avec
des Travailleurs , deſcendirent
dans le foffé avecdes Echelles,
&monterent àla Brêche àqua- tre heures. Elle ne futdefenduë
G V
154 LE MERCVRE que parun grand feuque firent
les Affiegez des Maiſons qu'ils avoient percées. On la paffa malgré cet obſtacle. Ceux qui fe rencontrerent dans les Ruës
furent tuez. Onapprocha de la
Porte de la ſeconde Envelope..
Les Bataillons d'Orleans &dela
Freſeliere eurent ordre de M. de
Créquy d'entrer par la Bréche:
pour ſoûtenir les Gens déta- chez. M. le marquis de la Ferté &M. de Tracy ſe ſaiſirent des Poſtes avancez avec beaucoup d'intrépidité , & y mirent des Soldats. м. lе mаrquis de la Fer- té fut bleſſé en cette occafion..
M. le marquis de la Freſeliere le
fut auſſi le meſme jour , en don- nant ſes ordres avec ſon activité
ordinaire,pour faire avacer une Piece deCanon contre laPorte
qui ſe trouva bouchéede fumier..
Y
GALAN T. 135 La Tranchée fut relevée par les Regimens de Vendoſme ,la Ferté, Condé , & la Fére. Les
Officiers Generaux estoient M.
le Comte de Maulevrier , M.le
Marquis de Bouflairs , & M. le
Duc de Vendofme. M. de Cré-
-quy voulut preffer l'Attaque de laVille;&pour cet effet , pen- dant que le Canon batoit en
Brêche , il ordonna au Regi- mentde la Ferté qui avoit late-- ſte de ladroite,de faire un Logement fur le borddu Foffe , &
mefme la defcente; &à celuy deVendoſme , de faire la mer
mechoſeſurlagauche. Comme le terrain eftoit tout pavé , on ne pût aisémentremuer la ter re,&il falut porter avec ſoy-de-- quoy ſe loger. Il ne ſuffit pasd'e- ftre François pour oſer tenter unepareille Entrepriſe , il faut
Gvj
296 LE MERCVRE eſtre neſous le Regnede Loüis XIV. dont l'exemple n'inſpire que des prodiges. M. de Laubanie Major du Regiment de la Ferté,y futbleſſé d'unautre cofté . M. le Comte de Schomberg:
s'empara d'un Ouvragede terre
qui couvrait la Redoute depier- re dont le Chaſteau eft commandé,&un peu apres il ſe ren dit maiſtre de cette Redoute par le moyendedeux Pieces de Ca- non que les Anglois avoient guindées , dont ils furent bien récompenfez par M. le maref- chal de Créquy. Le premier coup de Canonemporta la teſte deceluy qui commandoit dans cette Redoute , dont la priſe avança fort celle de la Ville. On tenta deux Logemens pourfot- tenir celuy qu'on avoit fait au- pres du reveſtiſſement du Foffé,
GALANT. 157 Noftre General nevoulut pas les faire achever, parce qu'il fa loit alleràdécouvert, &effuyer le feu du Canon chargé àcar touches. C'eſtoit en plein jour ,
&cependant l'ardeurdesTrou- pes eſtoit fi grande, qu'on eut toutes les peines du monde à les
faire retirer. Le Bataillon de
Vendoſme firmerveille en cette
occafion. M. Limbaut, qui erreſt Lieutenant Colonel, yfut blef- fé. Il eſt impoſſible de faire voir plusd'intrépidité &plus de con- duite qu'en fit paroiſtre M. le Ducde Vendoſme ; le péril ne l'étonnoit point,il eſtoitpartout,
il animoit les Soldats , & l'on
peut direque ſon exemplefervit beaucoup. m.de Créquy fit tout diſpoſer pourl'Affaut.resEnne- mis l'appréhendérent , & bati- rent la Chamade, Ils envoyerent
158 LE MERCVRE un Oftage , & reçeurent en fa place M. de Courvaillon Lieute- nantColonel deCondé. LaNégotiation dura quelque temps.
On permit auxOfficiers d'aller voir laBréche. Le Gouverneur
demanda deux Pieces de Canon, on luy en accorda une , &
la ſeconde fut donnée en confidération duMarquis de Baden.
LesArticles ordinaires ayateſté dreſſez , les Ennemis livrerent
une Portede la Ville , &une du
Chaſteau.. Il n'eſtoit pas neuf heures du matin: La Garnifon
qui estoit encorde quatre cens Chevaux , & de dix-fept cens Hommesde pied , fortit àmidy,
&fut conduite àReinsfeldt. M. d'Oſſonville partit auſſitoſt par l'ordre de M. le Mareſchalde
Créquy, pour aller rendrecom-- pteauRoydu prompt ſuccésde
6
GALANT. 159 cetteſurprenante Entrepriſe.
Cette nouvelle Conqueſte vafourniraux beaux Eſpritsune ample matiere d'écrire.. Voicy ce qui me vientd'eſtre envoyé.
Lifez , Madame. Ces Vers ſont
dignes de celuy qui les a faits.
Vous avez déja veu de belles choſesde luy, & vous en con- viendrez , quand ilmefera per- misdevous le nommer..
SUR LA PRISE
DE FRIBOVRG
Ndit que tous les Rois font les
vives Images
De l'Estre indépendant qui reçoit nos hommages,
Etqu'un écoulement de la Divinité Eaitfur lefront des Rois briller saMa jesté..
rbo LE MERCVRE
Maissi jamais un Roy dans sa toute puissance Apûtflater ſon cœur de cette reſſem- blance,
C'est le Roy des François , ce premier des Mortels
Qui de nos vieux.Héros renverſe les
Antels,
Qui tientfousfes Lauriers leursPat mes étouffée ,
Decesfaux Demy Dieux détruit tous les trophées,
Etprépare une Histoire à la Posteri té
Qui nepeut espérer que l'incrédulité.. Lorsque LOVISparoiſtdans une paix.
profonde,
Son ame eft occupée à gouverner le Monde, ৮
Etlesſoinsaffidus de ſon plus doux re--
pos Guident les mouvemens de cent mille
Héros.
Ceuxqui vont ſousſon Nomde Victorreen Victoire ,
>
Brillansdeses rayons , &convertsdefar gloire,
GALANT. 161
Sonttoujours agiſſansfur la Terre &les Mers ..
Etcraignent le reposplus que tous les dangers.
Créquy , c'estoit affezd'avoir dans ta
Campagne Arrêtéles efforsdecesRoisd'allemagne,
Et d'avoirfait connoistre , à tant de Souverains ,
Celuy quevent leCielpourMaistre des Humains.
Chaque instant , chaque pas valoitune Conqueste;
Maisdetant de Lauriers tu veuxchargertaTeste ,
Que le Sortde laGuerre avec tous fes bazars
N'aitplus pourtoy de foudre ,&te gale aux Césars.
LeSiegede Fribourg , cette haute Entrepriſe Apeineestoit connu , quand on a ſçen
Sapriſe;
:১
Et ceux qui chez le Prince avoient quelques accés,
S'informent du deſſein ,ont appris le Succés.
162 LE MERCVRE
Vy,gloire des François , vy Héros magnanime ,
Seurde tout nostre amour ,de toutenoStre estime ;
Mais en vivantpour nous, connois ce
que tu vaux ,
Etmenagetes jours parmy tant detravaux ;
Nenous force jamais à regretter un Homme
Que Fabrice enviroit , s'il renaiſſoir dansRome
Et laiſſe profiterles Peuplesfans effroy Dessoins d'un grand Sujet ſousles Loix d'unGrandRoy
CeMadrigald'une Perſonne dequalité ſur le meſme fujer ,
merite bienque vous le voyiez.
Ovelques datsd'Allemagne braves que foient ,
lesSolEtceux quifont nourrisſous les armes d'Espagne ,
On nevoitqu'enEsté leurs plus vail lansGuerriers..
:
GALANT. 163 Danslabelle Saiſon tout lemonde mois- Sonne;
Loüisſeul en Hyver , au Printemps,
dans l'Automne ,
Surl' Empire,en tous lieux ,fçait cüeillir desLauriers.
C'eſt aſſurément quelque choſe de ſurprenant , que d'a- voir ajoûté Fribourg dans le commencementde l'Hyver, aux Conqueſtes qui avoient eſté fai- tes avant le Printemps. Si-toſt qu'il fut pris , M le Mareſchal deCréquy y fit tracer de nou- velles Fortifications. M. leMarquis de Lambert Mareſchal de
Camp y doit commander , &
M. de S.Juſt ſous luy. Il eſtoit Lieutenant de Roydans Philif- bourg. Il ade la conduite , &
fçait faire valoir les avantages quedonnent les Placesde cette importance.. M. de Créquy ne
164 LE MERCVRE
F
demeura pas longtemps dans celle- cy.La Victoire l'appellant ailleurs , ily mena la Maiſon du
Roy. M.le Marquis de Genlis ,
& M le Comte de Broglio eſtantdejour , ſe mirent à la te- ſte de l'Armée. M. le Marquis deVillars qui commandoit trois censHommes avancez, rencontra plufieurs Regimés deCava- lerie, if en batit l'Arrieregarde,
qu'il poursuivit longtemps avec la meſme vigueur &la meſme conduite qu'il adéja fait paroi ſtre plufieurs fois pendant cette Campagne , quoy qu'il foit dans une grande jeuneffe. Il fit plus de ſoixante Priſonniers , entre
leſquels eſtoient deux Capitai- nes , &ily eurenviron quaran te Dragons tuez. Nous euffions pouffé nos avantages plus loin-,
fanousn'eufſſions pointeſtédans
GALANT. 165 unegorge de Montagne où les Troupes avoient beaucoup de peine àpaſſer. Les Ennemis en eurent plus de temps pour fuir.
On prit en ſuite la Ville &le Chaſteau de Vvalkvik , qui ſe rendirent apres avoir eſté ſom- mez. Ony trouva unegrande quantité de toute forte de Pro- viſions. Cette Place eſt à deux
lieuës de Fribourg dans uneVal- léequi conduit en Suabe.
Je ne puis quiter l'Armée d'Allemagne , ſans vous dire que les demeflez du Prince Charles &de Monfieur le Duc
de Vendoſme dont je vous ay parlé , ne regardent que les in- tereſts du Roy & de l'Empe- reur. Ils conſervent une par- faite eſtime &une fort grande honneſteté l'un pour l'autre.
Monfieur de Vendoſme, com
166 LE MERCVRE
me un des plus proches &des plus illuftres Parens de la Ducheſſe de Lorraine , luy a toû- jours rendu ſes devoirs , & l'a viſitée ſouvent à Strasbourg. Si ces Princes s'y rencontroient ,
ils feroient comme nos Braves,
de l'une&de l'autre Armée qui apres s'eſtre régalez malgré la diverſitédu Party , ſe batent au fortir des Lieux où l'on obſerve
la Neutralité comme s'ils ne
s'eſtoient point connus auparavant. ر
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Résumé : Ce qui s'est passé en Allemagne depuis la Iournée de Kokberg, la Prise de Fribourg, la Défaite d'une Arriere garde des Ennemis, & la Prise de Valkrik. [titre d'après la table]
Après la victoire de la Journée de Cokeburg, les ennemis furent désorganisés et harcelés par divers partis. Monsieur de Créquy ordonna au gouverneur de la Petite-Pierre d'envoyer des troupes derrière l'armée ennemie, perturbant ainsi leurs mouvements. Il fit également brûler les fourrages des lieux d'où les ennemis pouvaient se ravitailler, les forçant à chercher des ressources à huit lieues de distance. Les ennemis craignaient la prise de Sarbrük et s'éloignèrent progressivement de l'armée française. Malgré la maladie de Monsieur Jacquier, les ordres furent bien exécutés, assurant que les troupes françaises ne manquèrent de rien. Monsieur de Créquy prit le fourrage de quatre villages près de Strasbourg, justifiant cette action par la nécessité de se servir de ce qui était à portée. Les ennemis, après s'être ravitaillés, furent de nouveau en difficulté. Ils apprirent que leur imprudence à engager un combat à Cokeburg avait été blâmée à Vienne. Pendant qu'ils songeaient à prendre leurs quartiers d'hiver, il fut décidé d'assiéger Fribourg, une place importante située en partie sur une montagne et entourée par la rivière de Sana. Fribourg était la capitale du canton catholique de Fribourg, un évêché et l'une des universités les plus considérables des terres de l'Empereur. Sa prise était cruciale pour empêcher l'Empereur d'avancer sur les terres françaises et pour assurer la défense de Brisac. Les Français, connus pour leurs entreprises difficiles, résolurent d'investir Fribourg malgré les défenses et les munitions de la place. Monsieur de Créquy, après avoir perturbé les ennemis, partit pour Brisac avec diligence, ordonnant la préparation d'un pont de bateaux sur le Rhin. Il investit Fribourg avec une brigade de cavalerie et des dragons, malgré les défiles qui entravaient l'accès. Les ennemis, surpris, brûlèrent un de leurs faubourgs et tirèrent plusieurs volées de canon. Monsieur de Créquy disposa les quartiers des troupes pour éviter les souffrances et ouvrit la tranchée malgré les difficultés. Les Français, intrepides et accoutumés à vaincre, commencèrent la tranchée près de la place pour agir promptement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 270-275
Prise de Sarbruc. [titre d'après la table]
Début :
Si j'avois parlé toûjours aussi juste que celle qui a fait ces [...]
Mots clefs :
Fribourg, Suisse, Ennemis, Sarrebruck, Conquêtes
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texteReconnaissance textuelle : Prise de Sarbruc. [titre d'après la table]
Si j'avois parlé toûjours auffi juſte que celle qui a fait ces Vers, je ne ſerois pas obligé de me dédire aujourd'huy fur la Situation de Fribourg. Je l'ay mis en Suiſſe dans ma derniere
Lettre, &il eſt en Briſgau , fur la petite Riviere de Treiſeim.
Cette faute m'eſt d'autant plus pardonnable , qu'il y a deux Villes de ce meſme nom qui ne font pas fort éloignées l'une de l'autre , & que deux des plus
184 LE MERCVRE
en
confiderables Chapitres de Suiffe s'y font retirez , à ſçavoir celuy de l'Egliſe Cathedrale de Lozanne à Fribourg en Suiffe , & celuy de Bafle à Fri- bourg en Briſgau. Apres la priſe de celuy qui eft preſente- ment à nous, on ne ſe contenta
pas de s'appliquer à y faire de nouvelles Fortifications ,
attendant M. de Choiſy Inge- nieur de grande réputation, qui fut auffi - toft nommé pour les conduire , on fit démolir celles
de pluſieurs petites Villes , avec quelques Chaſteaux voiſins , &
on travailla à l'établiſſement
des Contributions , dont les
grandes ſommes rendent cette
Conqueſte tres - confiderable.
M. le Marquis de Bouflairs &
M.le Chevalier d'Eſtrades , qui doivent commander l'un dans
GALANT. 185 la Place , & l'autre la Cavalerie
des environs , ne manqueront pas de ſoin à conſerver tous les avantages qu'un Poſte ſi im- portant nous donne. Sa prife a
produit de grands effets. La plupart des Places que les En- nemis ont de ce coſté-là , font dans une alarme continuelle.
L'une ſe fortifie , les Habitans
de l'autre l'abandonnent ; celle
cy traite des Contributions ; &
Straſbourg que rien n'avoit en- cor étonné dépuis le commen- cement de laGuerre , fait fortifier ſes Forts, & fonge meſme à
en faire conſtruire de nouveaux.
C'eſt un coup de tonnerre dont les Ennemis ne reviennent pas.
Ils ſe ſont fatiguez en retour- nant à grands pas au delà du Rhin,&ont trouvé toutes leurs
meſures rompuës pour leurs
186 LE MERCVRE
Quartiers d'Hyver. Il leur en a falu chercher d'autres que
ceux qui leur avoient eſté aſſignez ; & cependant nos Trou- pes apres avoir confumé tous les Fourrages de la Vallée de S.Pierre , ont repaffé le Rhin,
&joüiffent en repos de leurs Quartiers , les Ennemis ayant abandonné tous les Poſtes qu'ils
tenoient ſur la Sarre. Ils s'étoient propoſez de prendre la Petite-Pierre pour achever leur
Campagne ; mais loin de venir
àbout de leurs deſſeins , ils ont
perdu toutes leurs petite Con- queſtes , comme Sarbruk qui
eſtoit la plus importante. Le Chaſteau en a eſté pris par M le Marquis de Ranes apres neuf volées de Canon. Vous
fçavez quelles cruautez les Ennemis exercerent contre leur
GALAN T. 187 parole quand nous le perdîmes.
Ceux que M'de Ranes trouva
dedans ne doutoient point qu'ils ne dûſſent recevoir le meſme
traitement qui avoit eſté fait aux Noftres ; mais ayant eſté envoyez à Monfieur le Maref- chal de Créquy , cet illuſtre General leur fit connoiſtre que les François avoient plus d'hu- manité, qu'ils estoient genereux de toutes manieres , & amoureux de cette belle gloire qui fait aimer les Conquérans ,mef- me de leurs Ennemis. Pendant
que nos Troupes ſe ſignalent partout, la valeur de laGarni- fon de Maftric ne demeure pas oiſive; elle fait des courſes qui luy ſont glorieuſes & profita- bles , s'aſſure de pluſieurs Châ- teaux, &fans eſtre deſtinée aux
travaux de la Campagne , en
188 LE MERCVRE
fait une plus glorieuſe que celle d'un monde d'Ennemis , s'il eſt
permis de parler ainſy.
Lettre, &il eſt en Briſgau , fur la petite Riviere de Treiſeim.
Cette faute m'eſt d'autant plus pardonnable , qu'il y a deux Villes de ce meſme nom qui ne font pas fort éloignées l'une de l'autre , & que deux des plus
184 LE MERCVRE
en
confiderables Chapitres de Suiffe s'y font retirez , à ſçavoir celuy de l'Egliſe Cathedrale de Lozanne à Fribourg en Suiffe , & celuy de Bafle à Fri- bourg en Briſgau. Apres la priſe de celuy qui eft preſente- ment à nous, on ne ſe contenta
pas de s'appliquer à y faire de nouvelles Fortifications ,
attendant M. de Choiſy Inge- nieur de grande réputation, qui fut auffi - toft nommé pour les conduire , on fit démolir celles
de pluſieurs petites Villes , avec quelques Chaſteaux voiſins , &
on travailla à l'établiſſement
des Contributions , dont les
grandes ſommes rendent cette
Conqueſte tres - confiderable.
M. le Marquis de Bouflairs &
M.le Chevalier d'Eſtrades , qui doivent commander l'un dans
GALANT. 185 la Place , & l'autre la Cavalerie
des environs , ne manqueront pas de ſoin à conſerver tous les avantages qu'un Poſte ſi im- portant nous donne. Sa prife a
produit de grands effets. La plupart des Places que les En- nemis ont de ce coſté-là , font dans une alarme continuelle.
L'une ſe fortifie , les Habitans
de l'autre l'abandonnent ; celle
cy traite des Contributions ; &
Straſbourg que rien n'avoit en- cor étonné dépuis le commen- cement de laGuerre , fait fortifier ſes Forts, & fonge meſme à
en faire conſtruire de nouveaux.
C'eſt un coup de tonnerre dont les Ennemis ne reviennent pas.
Ils ſe ſont fatiguez en retour- nant à grands pas au delà du Rhin,&ont trouvé toutes leurs
meſures rompuës pour leurs
186 LE MERCVRE
Quartiers d'Hyver. Il leur en a falu chercher d'autres que
ceux qui leur avoient eſté aſſignez ; & cependant nos Trou- pes apres avoir confumé tous les Fourrages de la Vallée de S.Pierre , ont repaffé le Rhin,
&joüiffent en repos de leurs Quartiers , les Ennemis ayant abandonné tous les Poſtes qu'ils
tenoient ſur la Sarre. Ils s'étoient propoſez de prendre la Petite-Pierre pour achever leur
Campagne ; mais loin de venir
àbout de leurs deſſeins , ils ont
perdu toutes leurs petite Con- queſtes , comme Sarbruk qui
eſtoit la plus importante. Le Chaſteau en a eſté pris par M le Marquis de Ranes apres neuf volées de Canon. Vous
fçavez quelles cruautez les Ennemis exercerent contre leur
GALAN T. 187 parole quand nous le perdîmes.
Ceux que M'de Ranes trouva
dedans ne doutoient point qu'ils ne dûſſent recevoir le meſme
traitement qui avoit eſté fait aux Noftres ; mais ayant eſté envoyez à Monfieur le Maref- chal de Créquy , cet illuſtre General leur fit connoiſtre que les François avoient plus d'hu- manité, qu'ils estoient genereux de toutes manieres , & amoureux de cette belle gloire qui fait aimer les Conquérans ,mef- me de leurs Ennemis. Pendant
que nos Troupes ſe ſignalent partout, la valeur de laGarni- fon de Maftric ne demeure pas oiſive; elle fait des courſes qui luy ſont glorieuſes & profita- bles , s'aſſure de pluſieurs Châ- teaux, &fans eſtre deſtinée aux
travaux de la Campagne , en
188 LE MERCVRE
fait une plus glorieuſe que celle d'un monde d'Ennemis , s'il eſt
permis de parler ainſy.
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Résumé : Prise de Sarbruc. [titre d'après la table]
Le texte aborde une erreur géographique concernant la localisation de Fribourg, située en Brisgau près de la rivière Dreisam, et non en Suisse. Cette confusion est compréhensible en raison de l'existence de deux villes portant le même nom. Après la prise de Fribourg, des fortifications ont été démolies et reconstruites, et des contributions ont été établies, rendant la conquête très profitable. Les commandants, le Marquis de Bouflairs et le Chevalier d'Estrades, assureront la défense stratégique de cette position. La prise de Fribourg a alarmé les places ennemies, certaines se fortifiant, d'autres étant abandonnées, et Strasbourg renforçant ses défenses. Les ennemis, surpris, ont dû chercher de nouveaux quartiers d'hiver après que les troupes françaises aient brûlé les fourrages et repris leurs positions. Les ennemis ont perdu des conquêtes, comme Sarbruck, repris par le Marquis de Ranes, qui a traité les prisonniers avec humanité. La garnison de Maestricht a également mené des actions glorieuses et profitables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 275-276
Vers de M. de la Monnoye. [titre d'après la table]
Début :
Voicy des Vers sur celles de tant d'Alliez. Ils ont esté fait par / Au milieu des Estez, au milieu des Hyvers [...]
Mots clefs :
Ennemis, Prix de l'Académie française, Louis, Saisons
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texteReconnaissance textuelle : Vers de M. de la Monnoye. [titre d'après la table]
Voicy des Vers fur celles de tant
d'Alliez. Ils ont eſté faits par M de la Monnoye Auditeur des Comptes à Dijon. Les Prix de l'Académie Françoiſe qu'il a tant de fois remportez,
l'ont fait connoiſtre à toute la
France.
Au milieu des Estez, au milieu des
Hyvers ,
Loüis defes beaux faits étonne l'Vnivers ,
Ildéploye en tout temps ſes Bannieres
fatales.
Mais confefſons la verité,
Ses Ennemis plus fins , sans bruit Sansfierté,
Trouvent bien mieux que luy toutes
Saiſons égales ,
Ils n'entreprennent rien ny l'Hyver,
ny Γ'Ελέ
d'Alliez. Ils ont eſté faits par M de la Monnoye Auditeur des Comptes à Dijon. Les Prix de l'Académie Françoiſe qu'il a tant de fois remportez,
l'ont fait connoiſtre à toute la
France.
Au milieu des Estez, au milieu des
Hyvers ,
Loüis defes beaux faits étonne l'Vnivers ,
Ildéploye en tout temps ſes Bannieres
fatales.
Mais confefſons la verité,
Ses Ennemis plus fins , sans bruit Sansfierté,
Trouvent bien mieux que luy toutes
Saiſons égales ,
Ils n'entreprennent rien ny l'Hyver,
ny Γ'Ελέ
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Résumé : Vers de M. de la Monnoye. [titre d'après la table]
Le poème 'Voicy des Vers fur celles de tant d'Alliez' de M. de la Monnoye, Auditeur des Comptes à Dijon, a été récompensé par l'Académie Française. Il compare les exploits militaires du roi Louis aux stratégies de ses ennemis, qui agissent en fonction des saisons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 276-305
Siege & Prise de S. Guilain. [titre d'après la table]
Début :
A peine eut-on apporté la nouvelle de Friboug rendu, [...]
Mots clefs :
Gardes, Attaque, Place, Ennemis, Troupes, Régiment, Canon, Maréchal d'Humières, Allemagne, Siège, Mr de S. Pouange, Tranchée, Navarre, Ville, Bataillon
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texteReconnaissance textuelle : Siege & Prise de S. Guilain. [titre d'après la table]
A peine eut-on apporté la nouvelle de Fribourg rendu ,
qu'elle fit méditer une autre Conqueſte. M. de S. Poüange partit en poſte de la Cour pour porter les ordres du Roy , faire préparer toutes chofes , &pref.
ſer l'execution de cequ'on avoit réſolu. Son ardeur pour le fer- vice de Sa Majesté eſt connuë,
& le zele qu'il fit voir pour la gloire de ſes armes à la Bataille de Caffel , fut fi grand , qu'il chargea luy-meſme les Enne- mis l'Epée à la main , quoy que fon Employl'en duſt diſpenſer.
Son départ fit faire de grands raiſonnemens , mais perſonne n'en devina le veritable ſujet,
&pluſieurs meſme crûment qu'il eſtoit envoyé en Allemagne.
Peu de jours apres nosTroupes deFlandre firent quelquesmou
190 LE MERCVRE
vemens. Elles inquiéterent les Ennemis , qui furent bientoft perfuadez qu'on alloit affieger Ypres , & c'eſtoit ce que l'on vouloit qu'ils crûffent. Cepen- dant S. Guilain ſe trouva inveſty , & le Gouverneur ne l'apprit qu'en le voyant. Le nombre des Troupes augmenta
en peude temps, & il y eut de- vant cette Place juſques à cent Eſcadrons , & quarante Bataillons qui ne demandoient qu'à combatre , & qui avoient meſme témoigné ſouhaiter qu'on fiſt un Siege , parce qu'ils commençoient à s'ennuyer dans leurs Garnifſons. Comme ils
avoient eſté tirez des Places des
environs , on nomma pour Of- ficiers Generaux les Gouverneurs de ces meſmes Places , à
cauſe de la facilité que chacun
GALAN T. 191
d'eux pouvoit avoirà faire venir defonGouvernementtoutes les
choſes neceſſaires pendant le Siege ; auſſi n'y manqua-t-on de rien. Toutes les Troupes fu- rent auſſi -bien nourries,& auffi
bien chaufées , qu'elles auroient pû l'eſtre dans leurs Quartiers d'Hyver , & on ne peut trop donner de loüanges aux Gou- verneurs pour les foins qu'ils ont eu de leur faire fournir tout
ce que la mauvaiſe Saifon de- mandoit qu'on leur donnaſt au delà de ce qu'elles avoient ac- coûtumé d'avoir dans le temps ordinaire de la Campagne.
Vous ne devez point vous éton- ner apres cela , Madame , fi on s'eſt rendu Maiſtre de S. Guilain, quoyque ce ſoit une Place qu'on n'euſt jamais crû de voir eſtre aſſiegée dans l'Hyver à
192 LE MERCVRE
cauſe des eaux qui l'environ- nent. C'eſt ce qui ne paroiſſoit pas vray - ſemblable ; mais les François prennent fans mena- cer ,au lieu que les Ennemis
menacent &ne viennent àbout
de rien ; &il eſt ſi vray que nos entrepriſes réüſſiſſent toûjours,
&mefme en fort peu de temps,
que je ne vous écris jamais le Siege d'une Place , que dans la
meſme Lettre je ne vous en marque la priſe ; mais il faut que je vous avoue queje man- que d'expreſſions pour parler,
comme il faudroit de la merveilleuſe conduite de la France.
Tous les termes ſont épuiſez ,
toutes les loüanges ſont uſées,
& cependant les reſſorts qui
font tout mouvoir , ne le font
pas : Au contraire , nous les
voyons tous les jours agir avec plus
GALANT. 193
plus de force , &cette derniere
Conqueſte en eſt une preuve.
Pour vous en informer plus par- ticulierement , il faut vous dire
que S. Guilain eſt une petite Ville du Hainault,à laquelle un Abbéqui vivoitvers leſeptieme Siecle , a donné ſon nom. Elle n'eſt qu'à une bonne lieuë de
Mons , ſur la Riviere de Haine.
Meſſieurs de Turenne & de la
Ferté , la prirent en 1635. en meſme temps que Condé, apres qu'on ſe fut rendu maiſtre de Landrecies. L'année ſuivante,
le Siege de Valenciennes eſtant levé , & Condé repris par les Eſpagnols, elle fut afſiegée pen- dant que M. de Turenne eſtoit devant laCapelle ; mais comme cette derniere Place reſiſta peu,
M. de Turenne eut le temps d'aller traverſer les Ennemis à
Tome X. I
194 LE MERCVRE
S. Guilain. Ils leverent le Siege fans l'attendre , & l'ayant for- médenouveau au mois de Mars
de l'année 1657. ils en vinrent à
bout parla trahiſon de quelques Etrangers qui leur livrerent les Dehors qu'ils gardoient.Quand à ce qui regarde la force de la Place , elle est environnée de
Marais. La Riviere de Haine
qui paſſe au milieu , ſe ſepare en trois bras dans la Ville, & fe
rejoint en deux pour en fortir.
Elle eſt defenduë par trois Fof- ſez pleins d'eau , par un Ou- vrage appellé le Pâté , qui eſt une eſpece de Boulevart , par
un autre Ouvrage à corne, une Demy-Lune , & pluſieurs Re- doutes , dont quelques - unes font entourées d'eau. Il me
reſte à vous apprendre les noms detous les Officiers Generaux
GALANT. 195
qui ont eu la conduite de ce Siege ſous M. le Mareſchal de
Humieres. Les Lieutenans Generaux furent M. de Nancre
Gouverneur d'Ath , & M. le
Comte Bardi - Magaloti , Gou- verneur de Valenciennes. On
choiſit pour Mareſchaux de Camp M. de Pertuis Gouverneur de Courtray , M. du Ran- ché Gouverneur du Queſnoy,
M.de SainfandouxGouverneur
de Tournay, m.le Chevalier de Tilladet , м. le Baron de Quinсу , м. de Cezan Gouverneur deCambray, & M.de Rubantel Capitaine au Regiment des Gardes. Mrs de Vauban & du
mez, qui ont la meſme qualité,
furent commandez pour la con- duite des Travaux &de l'Artillerie , & l'on peut juger par lå que le ſuccésde ces deux choIij
196 LE MERCVRE
ſes eſtoit infaillible. Les Briga- diers qui ont ſervy à ce Siege ;
font M. d'Aubarede Meſtre de
Camp du Regiment des Vaif- ſeaux , M. de S. George Meſtre deCamp du Regiment du Roy,
M. le Chevalier de Souvray
Lieutenant Colonel de Navarre , & M. Chimene. M. de Momont y a fait les fonctions de Major General. Un Siege en- trepris apres de ſi juſtes meſu- res , & qui devoit eſtre pouffé par tant de Braves , ne pouvoit manquer de réüffir. C'eſt ce qui a fait dire à un bel Eſprit de Lile , en s'adreſſant aux Ennemis ,
Espagnols, Hollandois, courez à Saint
Guilain ,
Malgréles Elemensd'Humieres le va
prendre ,
Etl'onne croitpasquedemain
GALANT.: 197 LaPlacepuiſſe ſe défendre.
Dépeſchez, &venez au moins Voirdeplus prés une Victoire Que vous auriez peut - estre peine à
croire ,
:
ON
Si vous n'en eſtiez les Témoins.YOM
Ils ont ſuivy ce confeil , &fem- blent n'eſtre venus fort pres de S. Guilain que pour en appren- dre plûtoſt la priſe. Voicy par ordre ce qui s'eſt paſſé au Siege de cette Place.
J Monfieur le mareſchal de
Humieres partit de Lile le 30.
de Novembre , avec м. lе маг- quis de Humieres ſon Fils , &
M. le Baron de Quincy. Il eſtoit accompagné delept Eſca- drons de Cavalerie , & fuiuy de M. de Sainfandoux , avec les
Troupes qui venoient du coſté de la Lys. Il arriva le premier de Decembre devant S. GuilI iij
198 LE MERCVRE
lain , à la pointedujour. Mude Nancré, deMagaloti , leChe- valier de Tilladet , du Ranché,
&de S. Riche , s'y trouverent enmeſme temps, ſuivant les or- dres qui leur avoient eſté en- voyez le jour précedent. Ils conduiſoient la Cavalerie,& les
Dragons d'Ath , Condé , Va- lenciennes , Doüay , S. Amant,
Orchies , Marchiennes , Bou- chain , &du Queſnoy , le tour au nombre de cinquante Eſca- drons. Deux Pieces de Canon
arriverent le meſme jour , &fu- rent menées à un Moulin pro- che la Redoute de Baudours.
Deux cens Dragons des Regi- mens Dauphin & Fimarcon ,
avec cinquante Mouſquetaires de la Garniſon d'Ath , l'attaquerent à l'entrée de la nuit.
Elle estoit gardée par cinquante
GALANT. 199
Hommes , qui l'abandonnerent apres avoir tiré cinquante ou ſoixante coups. Nos Gens les pourſuivirent,&en prirent dixhuitouvingt.
La Circonvalation fut reglée le lendemain , & l'Infanterie
qui devoit faire le Siege arriva au Camp. On ordonna trois Attaques. La premiere fut celle des Gardes. Elle devoit empor- ter une grande Redoute envi- ronnée de Foffez remplis d'eau,
avant que d'aprocher du Corps de la Place. Il faloit en fuite
arracher des Paliſſades qui de- fendoient le Pâté. Il ne pouvoit eſtre pris qu'en paſſant par def- fus une Digue fort étroite , &
fur laquelle on ne pouvoit aller qu'un àun.
La ſeconde Attaque , appel- lée celle de Navarre, avoit deux
I iiij
200 LE MERCVRE
grandes Redoutes à prendre ,
avec de grands Foffez pleins
d'eau.
L'Attaque de Boſſu eſtoit la troiſieme , & il faloit qu'elle gagnaſt un Ouvrage à corne ,
&une Demy-Lune , avantque d'arriver au Corps de la Place.
Le 4. on ouvrit la Tranchée
à ces trois Attaques. Onavança beaucoup le travail , principale- mentà celles de M du Ranché
& de S. George. M. le Maref- chal deHumieres demeura juf- ques àune heure apres minuit à
les viſiter continuellement depuis la teſte juſques à la queuë.
Les deux premiers Bataillons
des Gardes , de Navarre , & un du Royal , monterent la Garde,
& furent relevez le lendemain
par autant de Bataillons des meſmes Corps. Les Ennemis ne
GALANT.
:
201
tirerent que trois coups de Mouſquet , & un de Canon.
Le noſtre leur répondit le 6. au matin avec une Baterie de fix
Pieces.
une
Le 7. apres midy , on prit à.
l'Attaque de Navarre ,
grande Redoute qui n'eſtoit qu'à quarante pasdu Pâté. Elle eſtoit gardée par trois cens Hommes , qui ſe défendirent avec beaucoup de vigueur,mais ce ne fut que pour augmenter la gloire de Monfieur le Comte de Soiffons , qui s'expoſa tout- à- fait à cette Attaque,où il alla l'Epée à la main. Son Lieute.- nant Colonel eut le bras caffé,
celuy du Regiment du Pleſſis y
fut tué , & M. d'Aubarede dangereuſement bleſſe d'un coup de Mouſquet à la teſte.
Le 8. au foir , M. de SainfanIv
202 LE MERCVRE
doux monta laTranchée àl'Attaque des Gardes , avec le Re- giment de Rouffillon ; Mrs de Cezan & de Villechauve , à
celle de Navarre , avec le Regiment de Humieres ; &M.du Ranché , avec M. de Chimene,
à celle de Boſſu, avec le Regi- ment de Conty. On s'établit pendant la nuit à celle de Na- varre, dans les Logemens qu'on avoit faits. A celle de Boffu,
on paſſa l'Avant-foſſé de l'Ou- vrage à corne , & l'on y fit un Logement ſur le glacis. On dreſſa la meſme nuit une Baterie
de fixPieces,qui tiradésle point du jour ; &l'on augmenta celle de Navarre juſques au nombre de neuf ; de maniere que ces deux Bateries qui voyoient le Pâte à revers , incommoderent
fort chacunedeſon coſté.
GALANT. 203 Le 9. apres midy , fur l'avis que M. le mareſchal de Humieres eut que les Ennemis s'a- vançoient , & qu'ils n'eſtoient qu'à trois petites lieuës de mons,
il alla choiſir un Camp pour al- ler audevantd'eux,&leur donner Bataille , s'ils oſoient combatre. Il refolut en ſuite l'Attaque generale des Dehors ; &
comme lesglaces ne ſe trouve- rent pas affez fortes pour porter lesGardes qui devoient inſulter le Pâté , ils paſſerent un à un avec leur intrepidité ordinaire,
fur la Digue qui conduit à cet Ouvrage ; puis ils ſe raffem- blerent pour donner tous en... femble à l heure de l'Attaque.
Elle commença à une heure apres minuit. Huit coups de Canon enfurent le ſignal.Tou- tes nos Troupes firent égale Ivj
104 LE MERCVRE ment bien ; il eſtoit neceffaire
qu'elles montraſſent de la vi- gueur pour forcer la reſiſtance
desEnnemis qui fut tres-grande dans tous les endroits qu'on at- taqua. On ne peut voir un plus grand feu de Grenades & de Mouſqueterie que celuy qu'ef- ſuyerent nos Gens pendanttrois heures. M. le Chevalier de Tilladet commandoit l'Attaque de
Navarre , & ſe rendit maiſtre
de tous les Ouvrages juſques à
la muraille de la Ville. Les
deux Bataillons de Bourgogne y eſtoientde garde , avec M. le Chevalier de Souvray , qui s'y eſt particulierement diftingué.
On y avoit auffi envoyé les Compagnies des Grenadiers de Humieres , Navarre , & Languedoc. L'Attaque des Gardes eut tout le ſuccès qu'on pou-
GALANT. 205 voit defirer. M. de Rubantel y
ſervoit de mareſchal de Camp,
&M. de S. Germain de la Breteche y commandoit trois cens Hommes détachez du Regiment des Gardes , avec leſquels
il chaſſa les Ennemis des Ouvrages qui regardent le Baſtion de Horn , juſques à l'Attaque
deNavarre, où il joignit le Re- giment de Bourgogne. Les deux Bataillons des Fuziliers ,
&un de Stoup , eſtoient de garde à l'Attaque de Boffu.
м. de Quincy mareſchal de
Camp , y commandoit , ayant ſous luy M. de Chimene Bri- gadier. Les Troupes de cette Attaque , avec les Grenadiers de la Reyne qui avoient à leur
teſte M. Paſſillon 1un de leurs,
Capitaines, ſe mirent dans l'eau glacée juſques à la ceinture ,
206 LE MERCVRE
& ayant paſſe l'Avant - Foffé de l'Ouvrage à corne , empor- terent cet Ouvrage avec une Demy- Lune. C'eſtoit tout ce qu'on leur avoit donné ordre d'attaquer. Trois cens Dra- gons commandez par M. de Fimarcon , firent une fauffe
Attaque à la Digue de Bo- dours. Ils prirent quatre-vingts fix Soldats , & deux Officiers.
M. de Sainfandoux voulut ſe
charger de cette Attaque, quoy
qu'il ne fuſt pas de jour. On auroit entré dans la Ville , ſi on avoit eu les choſes neceſſaires
pour en rompre la Porte , ou des Echelles pour monter.
Apres la priſe du Pâté , les TTroupes des deux autres Atta- ques ſe joignirent , & il en couſta aux Ennemis quatre Pie- ces de Canon qui estoient au
GALANT. 207 bout de leur Pont- Levis , & tiroient par des embraſures. Ces meſmes Troupes apres avoir fait des Retranchemens avec
desGabions , tournerent contre
la Porte de la Ville les quatre Pieces de Canon qu'elles ve- noient de gagner. Il y en avoit encor trois autres en état de
foudroyer les Affiegez; & tout eſtant preparé pour donner un Affaut general la nuit du dix au onze , le Gouverneur qui le ſçeut fit battre la Chamade à
deux heures apres midy. M. le Mareſchal ſe rendit à l'inſtant
meſme à la Thanchée , où il
trouva les Oftages qu'on luy amenoit. Il convint avec eux
qu'ils luy remettroient une des
Portes de la Ville , où il fit entrer auffi-toſt un Bataillon des
Gardes Françoiſes , & un des
208 LE MERCVRE
Gardes Suiſſes. La Garnison
de plus de mille Hommes for- tit le onzième au matin , avec
Armes &Bagages , &une Piece de Canon , pour aller à Bru- xelles , eſcortée par quatre- vingts Maiſtres des Troupesdu Royquidevoient revenir àAth.
Les Ennemis eſtoient arrivez
le 10. au ſoir à Mons , où ils
avoient fait tous les préparatifs.
neceſſaires pour le ſecours de la Place. Ils ne manquoient pas de Troupes , mais l'importance eſtant de choiſir un Chef, tous
ceux qui pouvoient en efperer le Commandement , avoient
long-temps conferé enſemble pour voir fur qui on trouvoit à
propos qu'on le fiſt tomber.
Monfieur le Mareſchal de
Humieres a paru infatigable pendant ce Siege ; on ne ſcau-
GALAN T. 209
roit exprimer ſa vigilance ; a
paffé les nuits entieres ou à la Tranchée, ou à visiter les Poſtes,
ou au Bioüac , & preſque tous les jours à cheval. Il ſembloit auffi que les Troupes fufſent animées par ſon exemple. La rigueur du temps n'a pû les re- froidir un moment , & on a
trouvé la meſme facilité à leur
faire faire toutes choſes qu'on auroit euëdans le Mois de Juin.
M. le Prince d'Iſenghien ayant eſté averty de ce Siege , prit auffi- toft la Poſte pour y aller joindre M. le marefchal deHu- mieres fon Beaupere , &donna des preuves de fon courage avec le marquis de ce nom fon Beau- frere. Comme l'impatience des François eft grande , fur tout quand il faut courir à la gloire,
des que M. le marquis de Na
210 LE MERCVRE
vailles eut appris qu'il y avoit une Place afſiegée , il s'y rendit auſſi-toſt en poſte , &fervit dés le ſoir meſme en qualité de Vo- lontaire. Il monta la Tranchée
avec le ſecond Bataillon des
Gardes ,&il continua à faire la
meſme choſe pendant tout le Siege. Ayant ſçeu que le ſoir qu'on devoit attaquer la Con- treſcarpe , le Regiment deNa- varre auroit le plus àfouffrir , il ſe mit à la teſte de ce Regiment;
où ſon intrépidité &ſa valeur ſe firent admirer. M. le Comte
de Tonnerre alla auſſi Volontaire à la Tranchée , & il y reçeut un coup de Mouſquet. M
leMarquis des Hiſſars quicommande le Regiment de Langue- doc, fit des choſes ſurprenantes
à la teſte de ce Regiment , qui s'eſt acquis beaucoup de repu
GALANT. 211 :
tation. Celuy du Pleffis ne s'eft pas moins fignalé , & s'il avoit eu desHaches pour rompre les Portesde laVille , il feroit entré
dedans comme nos Troupes firent à Valenciennes. M du
Poncer qui en eſtoit Lieute- nant Colonel , a eſté tué. M.
Deshoy Capitaine de ce Regi- ment , & M. Bienfait de Beaulieu,s'y ſont ſignalez. M.Cham- pagne premier Brigadier des Gardes de M. le Marefchal de
Humieres , s'eſt fort diſtingué pendant ce Siege , ainſi que M. Duparc Garde dans le mef- me Corps , & M. de Tangis qui en eſtoit forty pouragir enqua- lité d'Ingénieur. On ne peut douter qu'il n'y ait donné beau- coup de marques de courage ,
puis qu'il y fut bleſſé. M. de S. Germain de la Breteche le
212 LE MERCVRE
fut auffi à l'Attaque des Gar- des, & tomba du hautde la Digue , apres avoir receu deux bleffures. M. de Soify , Fils de M. le Preſident le Bailleul , fut
bleſſé dans la meſme occafion ;
tomba dans le Foffé , & paffa la nuit furla glace, parce qu'on ne le pût trouver que le lendemain. Mª de Seraucour & de
Chéviere Sous-Lieutenans aux
Gardes , & м. de Torcy Enſei- gne, ont eſté bleſſez , &м. Сі- gogne Lieutenant , tué. M. de Pierrebaſſe Ayde- major des Gardes, a eu la teſte emportée d'une voléede Canon.
rs
La nouvelle de la priſe de S. Guilain fut apportée auRoy par M. de la Taulade Ayde de Camp de M. le mareſchal de Humieres. M. le marquis de Louvois qui le preſenta , dit à
4
GALAN T. 213 Sa majeſté que les Ennemis publioient que les Anges Tu- telaires de la France luy fer- voient d'Eſpions dans le Ciel pour l'avertir des changemens du temps qui luy eſtoient pref- que toûjours favorable. Le Duc de Villa - Hermoſa eſtoit
à Haurec fort prés de la Place,
avec douze à treize mille Hommes, faiſant porter des Echelles pour paffer les Marais, & fe vantant qu'il attaqueroit les Lignes. Lors qu'il entendit que le Canontiroit fort peu, &puis qu'il ceſſoit entierement, il crût le Siege levé , & ayant détaché trois cens Chevaux pour pren- dre langue , ils en trouverent cinquante des Noftres envoyez pour le meſme deſſein. Celuy qui les commandoit ayant eſté pris pour avoir eu fon Cheval tué ſous luy , eut peine àdeſa
214 LE MERCVRE
bufer ce Duc, en l'aſſurant qu'il avoit veu entrerles Troupes de Sa majeſté dans la Place ; &
lors que les Affiegez batoient la Chamade , Monfieur le маreſchal de Humieres faifoit
monter ſa Cavalerie à cheval
pour aller vers les Ennemis dont
il venoit d'apprendre des nou- velles.
Le Roy a donné le Gouver- nement de S. Guilain à м. СаtinalCapitaine aux Gardes, qui a fait la Campagne paſſée en qualité de major des Gardes.
M. de Longpré Capitaine au Regimentde Picardie, en a eſté fait Lieutenant de Roy; & M. de l'Apparat Capitaine dans Piémont , en a eu la majorité.
Jamais Campagne ne fut plus glorieuſement finie. Cette der- niere Conqueſte adonné lieu àces Vers.
GALANT. 215 C'est àce coup qu'ilse faut rendre,
OFlandre ,
Puisque contre Loüis
Sontvains.
tous tes efforts
Saint Omer, Saint Guilain t'en donnant des exemples
Tres-amples,
Tunepeuxfaire mieux que d'imiter tes
Saints.
qu'elle fit méditer une autre Conqueſte. M. de S. Poüange partit en poſte de la Cour pour porter les ordres du Roy , faire préparer toutes chofes , &pref.
ſer l'execution de cequ'on avoit réſolu. Son ardeur pour le fer- vice de Sa Majesté eſt connuë,
& le zele qu'il fit voir pour la gloire de ſes armes à la Bataille de Caffel , fut fi grand , qu'il chargea luy-meſme les Enne- mis l'Epée à la main , quoy que fon Employl'en duſt diſpenſer.
Son départ fit faire de grands raiſonnemens , mais perſonne n'en devina le veritable ſujet,
&pluſieurs meſme crûment qu'il eſtoit envoyé en Allemagne.
Peu de jours apres nosTroupes deFlandre firent quelquesmou
190 LE MERCVRE
vemens. Elles inquiéterent les Ennemis , qui furent bientoft perfuadez qu'on alloit affieger Ypres , & c'eſtoit ce que l'on vouloit qu'ils crûffent. Cepen- dant S. Guilain ſe trouva inveſty , & le Gouverneur ne l'apprit qu'en le voyant. Le nombre des Troupes augmenta
en peude temps, & il y eut de- vant cette Place juſques à cent Eſcadrons , & quarante Bataillons qui ne demandoient qu'à combatre , & qui avoient meſme témoigné ſouhaiter qu'on fiſt un Siege , parce qu'ils commençoient à s'ennuyer dans leurs Garnifſons. Comme ils
avoient eſté tirez des Places des
environs , on nomma pour Of- ficiers Generaux les Gouverneurs de ces meſmes Places , à
cauſe de la facilité que chacun
GALAN T. 191
d'eux pouvoit avoirà faire venir defonGouvernementtoutes les
choſes neceſſaires pendant le Siege ; auſſi n'y manqua-t-on de rien. Toutes les Troupes fu- rent auſſi -bien nourries,& auffi
bien chaufées , qu'elles auroient pû l'eſtre dans leurs Quartiers d'Hyver , & on ne peut trop donner de loüanges aux Gou- verneurs pour les foins qu'ils ont eu de leur faire fournir tout
ce que la mauvaiſe Saifon de- mandoit qu'on leur donnaſt au delà de ce qu'elles avoient ac- coûtumé d'avoir dans le temps ordinaire de la Campagne.
Vous ne devez point vous éton- ner apres cela , Madame , fi on s'eſt rendu Maiſtre de S. Guilain, quoyque ce ſoit une Place qu'on n'euſt jamais crû de voir eſtre aſſiegée dans l'Hyver à
192 LE MERCVRE
cauſe des eaux qui l'environ- nent. C'eſt ce qui ne paroiſſoit pas vray - ſemblable ; mais les François prennent fans mena- cer ,au lieu que les Ennemis
menacent &ne viennent àbout
de rien ; &il eſt ſi vray que nos entrepriſes réüſſiſſent toûjours,
&mefme en fort peu de temps,
que je ne vous écris jamais le Siege d'une Place , que dans la
meſme Lettre je ne vous en marque la priſe ; mais il faut que je vous avoue queje man- que d'expreſſions pour parler,
comme il faudroit de la merveilleuſe conduite de la France.
Tous les termes ſont épuiſez ,
toutes les loüanges ſont uſées,
& cependant les reſſorts qui
font tout mouvoir , ne le font
pas : Au contraire , nous les
voyons tous les jours agir avec plus
GALANT. 193
plus de force , &cette derniere
Conqueſte en eſt une preuve.
Pour vous en informer plus par- ticulierement , il faut vous dire
que S. Guilain eſt une petite Ville du Hainault,à laquelle un Abbéqui vivoitvers leſeptieme Siecle , a donné ſon nom. Elle n'eſt qu'à une bonne lieuë de
Mons , ſur la Riviere de Haine.
Meſſieurs de Turenne & de la
Ferté , la prirent en 1635. en meſme temps que Condé, apres qu'on ſe fut rendu maiſtre de Landrecies. L'année ſuivante,
le Siege de Valenciennes eſtant levé , & Condé repris par les Eſpagnols, elle fut afſiegée pen- dant que M. de Turenne eſtoit devant laCapelle ; mais comme cette derniere Place reſiſta peu,
M. de Turenne eut le temps d'aller traverſer les Ennemis à
Tome X. I
194 LE MERCVRE
S. Guilain. Ils leverent le Siege fans l'attendre , & l'ayant for- médenouveau au mois de Mars
de l'année 1657. ils en vinrent à
bout parla trahiſon de quelques Etrangers qui leur livrerent les Dehors qu'ils gardoient.Quand à ce qui regarde la force de la Place , elle est environnée de
Marais. La Riviere de Haine
qui paſſe au milieu , ſe ſepare en trois bras dans la Ville, & fe
rejoint en deux pour en fortir.
Elle eſt defenduë par trois Fof- ſez pleins d'eau , par un Ou- vrage appellé le Pâté , qui eſt une eſpece de Boulevart , par
un autre Ouvrage à corne, une Demy-Lune , & pluſieurs Re- doutes , dont quelques - unes font entourées d'eau. Il me
reſte à vous apprendre les noms detous les Officiers Generaux
GALANT. 195
qui ont eu la conduite de ce Siege ſous M. le Mareſchal de
Humieres. Les Lieutenans Generaux furent M. de Nancre
Gouverneur d'Ath , & M. le
Comte Bardi - Magaloti , Gou- verneur de Valenciennes. On
choiſit pour Mareſchaux de Camp M. de Pertuis Gouverneur de Courtray , M. du Ran- ché Gouverneur du Queſnoy,
M.de SainfandouxGouverneur
de Tournay, m.le Chevalier de Tilladet , м. le Baron de Quinсу , м. de Cezan Gouverneur deCambray, & M.de Rubantel Capitaine au Regiment des Gardes. Mrs de Vauban & du
mez, qui ont la meſme qualité,
furent commandez pour la con- duite des Travaux &de l'Artillerie , & l'on peut juger par lå que le ſuccésde ces deux choIij
196 LE MERCVRE
ſes eſtoit infaillible. Les Briga- diers qui ont ſervy à ce Siege ;
font M. d'Aubarede Meſtre de
Camp du Regiment des Vaif- ſeaux , M. de S. George Meſtre deCamp du Regiment du Roy,
M. le Chevalier de Souvray
Lieutenant Colonel de Navarre , & M. Chimene. M. de Momont y a fait les fonctions de Major General. Un Siege en- trepris apres de ſi juſtes meſu- res , & qui devoit eſtre pouffé par tant de Braves , ne pouvoit manquer de réüffir. C'eſt ce qui a fait dire à un bel Eſprit de Lile , en s'adreſſant aux Ennemis ,
Espagnols, Hollandois, courez à Saint
Guilain ,
Malgréles Elemensd'Humieres le va
prendre ,
Etl'onne croitpasquedemain
GALANT.: 197 LaPlacepuiſſe ſe défendre.
Dépeſchez, &venez au moins Voirdeplus prés une Victoire Que vous auriez peut - estre peine à
croire ,
:
ON
Si vous n'en eſtiez les Témoins.YOM
Ils ont ſuivy ce confeil , &fem- blent n'eſtre venus fort pres de S. Guilain que pour en appren- dre plûtoſt la priſe. Voicy par ordre ce qui s'eſt paſſé au Siege de cette Place.
J Monfieur le mareſchal de
Humieres partit de Lile le 30.
de Novembre , avec м. lе маг- quis de Humieres ſon Fils , &
M. le Baron de Quincy. Il eſtoit accompagné delept Eſca- drons de Cavalerie , & fuiuy de M. de Sainfandoux , avec les
Troupes qui venoient du coſté de la Lys. Il arriva le premier de Decembre devant S. GuilI iij
198 LE MERCVRE
lain , à la pointedujour. Mude Nancré, deMagaloti , leChe- valier de Tilladet , du Ranché,
&de S. Riche , s'y trouverent enmeſme temps, ſuivant les or- dres qui leur avoient eſté en- voyez le jour précedent. Ils conduiſoient la Cavalerie,& les
Dragons d'Ath , Condé , Va- lenciennes , Doüay , S. Amant,
Orchies , Marchiennes , Bou- chain , &du Queſnoy , le tour au nombre de cinquante Eſca- drons. Deux Pieces de Canon
arriverent le meſme jour , &fu- rent menées à un Moulin pro- che la Redoute de Baudours.
Deux cens Dragons des Regi- mens Dauphin & Fimarcon ,
avec cinquante Mouſquetaires de la Garniſon d'Ath , l'attaquerent à l'entrée de la nuit.
Elle estoit gardée par cinquante
GALANT. 199
Hommes , qui l'abandonnerent apres avoir tiré cinquante ou ſoixante coups. Nos Gens les pourſuivirent,&en prirent dixhuitouvingt.
La Circonvalation fut reglée le lendemain , & l'Infanterie
qui devoit faire le Siege arriva au Camp. On ordonna trois Attaques. La premiere fut celle des Gardes. Elle devoit empor- ter une grande Redoute envi- ronnée de Foffez remplis d'eau,
avant que d'aprocher du Corps de la Place. Il faloit en fuite
arracher des Paliſſades qui de- fendoient le Pâté. Il ne pouvoit eſtre pris qu'en paſſant par def- fus une Digue fort étroite , &
fur laquelle on ne pouvoit aller qu'un àun.
La ſeconde Attaque , appel- lée celle de Navarre, avoit deux
I iiij
200 LE MERCVRE
grandes Redoutes à prendre ,
avec de grands Foffez pleins
d'eau.
L'Attaque de Boſſu eſtoit la troiſieme , & il faloit qu'elle gagnaſt un Ouvrage à corne ,
&une Demy-Lune , avantque d'arriver au Corps de la Place.
Le 4. on ouvrit la Tranchée
à ces trois Attaques. Onavança beaucoup le travail , principale- mentà celles de M du Ranché
& de S. George. M. le Maref- chal deHumieres demeura juf- ques àune heure apres minuit à
les viſiter continuellement depuis la teſte juſques à la queuë.
Les deux premiers Bataillons
des Gardes , de Navarre , & un du Royal , monterent la Garde,
& furent relevez le lendemain
par autant de Bataillons des meſmes Corps. Les Ennemis ne
GALANT.
:
201
tirerent que trois coups de Mouſquet , & un de Canon.
Le noſtre leur répondit le 6. au matin avec une Baterie de fix
Pieces.
une
Le 7. apres midy , on prit à.
l'Attaque de Navarre ,
grande Redoute qui n'eſtoit qu'à quarante pasdu Pâté. Elle eſtoit gardée par trois cens Hommes , qui ſe défendirent avec beaucoup de vigueur,mais ce ne fut que pour augmenter la gloire de Monfieur le Comte de Soiffons , qui s'expoſa tout- à- fait à cette Attaque,où il alla l'Epée à la main. Son Lieute.- nant Colonel eut le bras caffé,
celuy du Regiment du Pleſſis y
fut tué , & M. d'Aubarede dangereuſement bleſſe d'un coup de Mouſquet à la teſte.
Le 8. au foir , M. de SainfanIv
202 LE MERCVRE
doux monta laTranchée àl'Attaque des Gardes , avec le Re- giment de Rouffillon ; Mrs de Cezan & de Villechauve , à
celle de Navarre , avec le Regiment de Humieres ; &M.du Ranché , avec M. de Chimene,
à celle de Boſſu, avec le Regi- ment de Conty. On s'établit pendant la nuit à celle de Na- varre, dans les Logemens qu'on avoit faits. A celle de Boffu,
on paſſa l'Avant-foſſé de l'Ou- vrage à corne , & l'on y fit un Logement ſur le glacis. On dreſſa la meſme nuit une Baterie
de fixPieces,qui tiradésle point du jour ; &l'on augmenta celle de Navarre juſques au nombre de neuf ; de maniere que ces deux Bateries qui voyoient le Pâte à revers , incommoderent
fort chacunedeſon coſté.
GALANT. 203 Le 9. apres midy , fur l'avis que M. le mareſchal de Humieres eut que les Ennemis s'a- vançoient , & qu'ils n'eſtoient qu'à trois petites lieuës de mons,
il alla choiſir un Camp pour al- ler audevantd'eux,&leur donner Bataille , s'ils oſoient combatre. Il refolut en ſuite l'Attaque generale des Dehors ; &
comme lesglaces ne ſe trouve- rent pas affez fortes pour porter lesGardes qui devoient inſulter le Pâté , ils paſſerent un à un avec leur intrepidité ordinaire,
fur la Digue qui conduit à cet Ouvrage ; puis ils ſe raffem- blerent pour donner tous en... femble à l heure de l'Attaque.
Elle commença à une heure apres minuit. Huit coups de Canon enfurent le ſignal.Tou- tes nos Troupes firent égale Ivj
104 LE MERCVRE ment bien ; il eſtoit neceffaire
qu'elles montraſſent de la vi- gueur pour forcer la reſiſtance
desEnnemis qui fut tres-grande dans tous les endroits qu'on at- taqua. On ne peut voir un plus grand feu de Grenades & de Mouſqueterie que celuy qu'ef- ſuyerent nos Gens pendanttrois heures. M. le Chevalier de Tilladet commandoit l'Attaque de
Navarre , & ſe rendit maiſtre
de tous les Ouvrages juſques à
la muraille de la Ville. Les
deux Bataillons de Bourgogne y eſtoientde garde , avec M. le Chevalier de Souvray , qui s'y eſt particulierement diftingué.
On y avoit auffi envoyé les Compagnies des Grenadiers de Humieres , Navarre , & Languedoc. L'Attaque des Gardes eut tout le ſuccès qu'on pou-
GALANT. 205 voit defirer. M. de Rubantel y
ſervoit de mareſchal de Camp,
&M. de S. Germain de la Breteche y commandoit trois cens Hommes détachez du Regiment des Gardes , avec leſquels
il chaſſa les Ennemis des Ouvrages qui regardent le Baſtion de Horn , juſques à l'Attaque
deNavarre, où il joignit le Re- giment de Bourgogne. Les deux Bataillons des Fuziliers ,
&un de Stoup , eſtoient de garde à l'Attaque de Boffu.
м. de Quincy mareſchal de
Camp , y commandoit , ayant ſous luy M. de Chimene Bri- gadier. Les Troupes de cette Attaque , avec les Grenadiers de la Reyne qui avoient à leur
teſte M. Paſſillon 1un de leurs,
Capitaines, ſe mirent dans l'eau glacée juſques à la ceinture ,
206 LE MERCVRE
& ayant paſſe l'Avant - Foffé de l'Ouvrage à corne , empor- terent cet Ouvrage avec une Demy- Lune. C'eſtoit tout ce qu'on leur avoit donné ordre d'attaquer. Trois cens Dra- gons commandez par M. de Fimarcon , firent une fauffe
Attaque à la Digue de Bo- dours. Ils prirent quatre-vingts fix Soldats , & deux Officiers.
M. de Sainfandoux voulut ſe
charger de cette Attaque, quoy
qu'il ne fuſt pas de jour. On auroit entré dans la Ville , ſi on avoit eu les choſes neceſſaires
pour en rompre la Porte , ou des Echelles pour monter.
Apres la priſe du Pâté , les TTroupes des deux autres Atta- ques ſe joignirent , & il en couſta aux Ennemis quatre Pie- ces de Canon qui estoient au
GALANT. 207 bout de leur Pont- Levis , & tiroient par des embraſures. Ces meſmes Troupes apres avoir fait des Retranchemens avec
desGabions , tournerent contre
la Porte de la Ville les quatre Pieces de Canon qu'elles ve- noient de gagner. Il y en avoit encor trois autres en état de
foudroyer les Affiegez; & tout eſtant preparé pour donner un Affaut general la nuit du dix au onze , le Gouverneur qui le ſçeut fit battre la Chamade à
deux heures apres midy. M. le Mareſchal ſe rendit à l'inſtant
meſme à la Thanchée , où il
trouva les Oftages qu'on luy amenoit. Il convint avec eux
qu'ils luy remettroient une des
Portes de la Ville , où il fit entrer auffi-toſt un Bataillon des
Gardes Françoiſes , & un des
208 LE MERCVRE
Gardes Suiſſes. La Garnison
de plus de mille Hommes for- tit le onzième au matin , avec
Armes &Bagages , &une Piece de Canon , pour aller à Bru- xelles , eſcortée par quatre- vingts Maiſtres des Troupesdu Royquidevoient revenir àAth.
Les Ennemis eſtoient arrivez
le 10. au ſoir à Mons , où ils
avoient fait tous les préparatifs.
neceſſaires pour le ſecours de la Place. Ils ne manquoient pas de Troupes , mais l'importance eſtant de choiſir un Chef, tous
ceux qui pouvoient en efperer le Commandement , avoient
long-temps conferé enſemble pour voir fur qui on trouvoit à
propos qu'on le fiſt tomber.
Monfieur le Mareſchal de
Humieres a paru infatigable pendant ce Siege ; on ne ſcau-
GALAN T. 209
roit exprimer ſa vigilance ; a
paffé les nuits entieres ou à la Tranchée, ou à visiter les Poſtes,
ou au Bioüac , & preſque tous les jours à cheval. Il ſembloit auffi que les Troupes fufſent animées par ſon exemple. La rigueur du temps n'a pû les re- froidir un moment , & on a
trouvé la meſme facilité à leur
faire faire toutes choſes qu'on auroit euëdans le Mois de Juin.
M. le Prince d'Iſenghien ayant eſté averty de ce Siege , prit auffi- toft la Poſte pour y aller joindre M. le marefchal deHu- mieres fon Beaupere , &donna des preuves de fon courage avec le marquis de ce nom fon Beau- frere. Comme l'impatience des François eft grande , fur tout quand il faut courir à la gloire,
des que M. le marquis de Na
210 LE MERCVRE
vailles eut appris qu'il y avoit une Place afſiegée , il s'y rendit auſſi-toſt en poſte , &fervit dés le ſoir meſme en qualité de Vo- lontaire. Il monta la Tranchée
avec le ſecond Bataillon des
Gardes ,&il continua à faire la
meſme choſe pendant tout le Siege. Ayant ſçeu que le ſoir qu'on devoit attaquer la Con- treſcarpe , le Regiment deNa- varre auroit le plus àfouffrir , il ſe mit à la teſte de ce Regiment;
où ſon intrépidité &ſa valeur ſe firent admirer. M. le Comte
de Tonnerre alla auſſi Volontaire à la Tranchée , & il y reçeut un coup de Mouſquet. M
leMarquis des Hiſſars quicommande le Regiment de Langue- doc, fit des choſes ſurprenantes
à la teſte de ce Regiment , qui s'eſt acquis beaucoup de repu
GALANT. 211 :
tation. Celuy du Pleffis ne s'eft pas moins fignalé , & s'il avoit eu desHaches pour rompre les Portesde laVille , il feroit entré
dedans comme nos Troupes firent à Valenciennes. M du
Poncer qui en eſtoit Lieute- nant Colonel , a eſté tué. M.
Deshoy Capitaine de ce Regi- ment , & M. Bienfait de Beaulieu,s'y ſont ſignalez. M.Cham- pagne premier Brigadier des Gardes de M. le Marefchal de
Humieres , s'eſt fort diſtingué pendant ce Siege , ainſi que M. Duparc Garde dans le mef- me Corps , & M. de Tangis qui en eſtoit forty pouragir enqua- lité d'Ingénieur. On ne peut douter qu'il n'y ait donné beau- coup de marques de courage ,
puis qu'il y fut bleſſé. M. de S. Germain de la Breteche le
212 LE MERCVRE
fut auffi à l'Attaque des Gar- des, & tomba du hautde la Digue , apres avoir receu deux bleffures. M. de Soify , Fils de M. le Preſident le Bailleul , fut
bleſſé dans la meſme occafion ;
tomba dans le Foffé , & paffa la nuit furla glace, parce qu'on ne le pût trouver que le lendemain. Mª de Seraucour & de
Chéviere Sous-Lieutenans aux
Gardes , & м. de Torcy Enſei- gne, ont eſté bleſſez , &м. Сі- gogne Lieutenant , tué. M. de Pierrebaſſe Ayde- major des Gardes, a eu la teſte emportée d'une voléede Canon.
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La nouvelle de la priſe de S. Guilain fut apportée auRoy par M. de la Taulade Ayde de Camp de M. le mareſchal de Humieres. M. le marquis de Louvois qui le preſenta , dit à
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GALAN T. 213 Sa majeſté que les Ennemis publioient que les Anges Tu- telaires de la France luy fer- voient d'Eſpions dans le Ciel pour l'avertir des changemens du temps qui luy eſtoient pref- que toûjours favorable. Le Duc de Villa - Hermoſa eſtoit
à Haurec fort prés de la Place,
avec douze à treize mille Hommes, faiſant porter des Echelles pour paffer les Marais, & fe vantant qu'il attaqueroit les Lignes. Lors qu'il entendit que le Canontiroit fort peu, &puis qu'il ceſſoit entierement, il crût le Siege levé , & ayant détaché trois cens Chevaux pour pren- dre langue , ils en trouverent cinquante des Noftres envoyez pour le meſme deſſein. Celuy qui les commandoit ayant eſté pris pour avoir eu fon Cheval tué ſous luy , eut peine àdeſa
214 LE MERCVRE
bufer ce Duc, en l'aſſurant qu'il avoit veu entrerles Troupes de Sa majeſté dans la Place ; &
lors que les Affiegez batoient la Chamade , Monfieur le маreſchal de Humieres faifoit
monter ſa Cavalerie à cheval
pour aller vers les Ennemis dont
il venoit d'apprendre des nou- velles.
Le Roy a donné le Gouver- nement de S. Guilain à м. СаtinalCapitaine aux Gardes, qui a fait la Campagne paſſée en qualité de major des Gardes.
M. de Longpré Capitaine au Regimentde Picardie, en a eſté fait Lieutenant de Roy; & M. de l'Apparat Capitaine dans Piémont , en a eu la majorité.
Jamais Campagne ne fut plus glorieuſement finie. Cette der- niere Conqueſte adonné lieu àces Vers.
GALANT. 215 C'est àce coup qu'ilse faut rendre,
OFlandre ,
Puisque contre Loüis
Sontvains.
tous tes efforts
Saint Omer, Saint Guilain t'en donnant des exemples
Tres-amples,
Tunepeuxfaire mieux que d'imiter tes
Saints.
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Résumé : Siege & Prise de S. Guilain. [titre d'après la table]
Après la reddition de Fribourg, des préparatifs furent entrepris pour une nouvelle conquête. Monsieur de Saint-Poüange fut envoyé exécuter les ordres du roi, suscitant des spéculations sur sa destination. Les troupes en Flandre effectuèrent des mouvements pour inquiéter les ennemis, qui crurent qu'Ypres serait assiégée. Cependant, Saint-Guilain fut investi, et le gouverneur ne l'apprit qu'en voyant les troupes françaises. Le nombre de troupes augmenta rapidement, avec cent escadrons et quarante bataillons prêts à combattre. Les gouverneurs des places environnantes furent nommés officiers généraux pour faciliter l'approvisionnement. Malgré les conditions hivernales défavorables, les Français prirent Saint-Guilain, une petite ville du Hainault près de Mons, sur la rivière de Haine. La place était protégée par des marais et des ouvrages défensifs. Le siège fut dirigé par le maréchal d'Humières, avec plusieurs lieutenants généraux et maréchaux de camp. Les troupes furent bien nourries et chauffées, grâce aux efforts des gouverneurs. Le siège débuta le 30 novembre, avec des attaques sur plusieurs redoutes et ouvrages défensifs. Les Français prirent la redoute de Navarre le 7 décembre, malgré une résistance acharnée. L'attaque générale eut lieu dans la nuit du 9 au 10 décembre, avec un succès complet. Les troupes françaises forcèrent les défenses ennemies, prenant plusieurs ouvrages et entrant dans la ville. Le gouverneur demanda une trêve, et la place se rendit le 11 décembre. Le 11 avril, le maréchal de Humieres se rendit à la tranchée et convint avec des otages de la remise d'une des portes de la ville, permettant l'entrée d'un bataillon des Gardes Françaises et des Gardes Suisses. La garnison, forte de plus de mille hommes, quitta la ville au matin avec armes, bagages et une pièce de canon, escortée par quatre-vingts maîtres des troupes du roi revenant d'Ath. Les ennemis, prêts à secourir la place, hésitaient sur le choix d'un chef. Le maréchal de Humieres montra une vigilance infatigable durant le siège, passant les nuits à la tranchée ou à visiter les postes. Le prince d'Isenghien et le marquis de Navailles rejoignirent le maréchal, démontrant leur courage. Plusieurs officiers se distinguèrent par leur bravoure. Plusieurs blessés furent recensés, dont M. de Tangis, ingénieur, et M. de Pierrebasse, aide-major des Gardes. La nouvelle de la prise de Saint-Guilain fut apportée au roi par M. de la Taulade. Le duc de Villa-Hermosa, près de la place avec douze à treize mille hommes, crut le siège levé lorsqu'il entendit que le canon cessait. Le roi nomma M. Catinal gouverneur de Saint-Guilain, M. de Longpré lieutenant du roi, et M. de l'Apparat major. La campagne se conclut glorieusement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 65-72
ELEGIE.
Début :
Cette Devise ne vous doit pas estre inconnuë, puis que / Genéreux Licidas, Amy sage & fidelle [...]
Mots clefs :
Raison, Amour, Douceurs, Berger, Sagesse, Amants, Ennemis, Esprit, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
Cette Devise ne vous
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
doit pas estre inconnuë,
puis que je l'ay fait graver
parmy cellesquiont été faites
pour des Cachets, &qui
sont dans le sixiéme Extra-.-
ordinaire que je vous eiï^
voyayle 15. de ce Mois. Cependant
si vous voulez voir
de quelle maniere en doivent
user les aimables Fieres
qui cherchent à se défendre
d'aimer par raison,
vous n'avez qu'à lire l'E-:
legie qui fuit. Vous y trouverez
une peinture aussi
agréable que délicate, des
sentimens d'une Belle dont
le coeur pourroit devenir
sensible, si elle l'abandonnoit
à son panchant. Je ne
vous puis dire qui la fait
parler, mais je lçay bic4
que peu d'Ouvrages de
cette nature ont d'aussi
grandes beautez.
ELEG 1E.
GEnéreux LicidllJ, Amyfage
1 &fidelie,
Dont l'effrit cfisijufic, & dont
l'ame estsibelle,
Vous, de qui la Raison nefaitplus'
de fauxpas,
Ha,qu'ilvous est aiséde dire, n'aimezpas!
£)uand on connoiifl*Amour, j'es-,
- - caprices,sespeines,
Jguand onfiait comme vousce qti&
pesentseschaînes,
àagcparjes malheurs, on meprijt
aisément
Les douceurs dont ilflate un trop
crédule Amants
Mau quandon n'apointfaitla trifieexpérience
Desjalo/iflsfureurs,deschagrins
de l'absence,
£htepourfiiirefentirde redoutablesfeux
iIll ne ppaarrooii/?fusuinivjyy que ddeesr BRlwû* à*
desJeux,
JOttun coeur reftHe malàfinpou- voirréme!
Jt>ue defoins, que d'effortspour em
pefiherqu'iln'aime!
Jejfay ce qu'ilencou/le, (7ptllfefh&
jamais
JLyJmourn'acontre un coeurémoufi
tant de traits.
Jnfinfiblekl'honneur de fixerun
Volage,
On deforcerd'aimer.l'Ame la plus
sauvage.
Je n'ayjamdJU tombédans, ces vaines
erreurs,
Jj>uidonnent devrais mauxpour
desausses douceurs;
Mesfenssurma, raifin n'ontjamais
eu d'empire,
Et mon tranquille cættr ne feait.
comme onsoupire, Ill'ignore,Berger,mais nepréùnJumez,
pas tendre engagementfuflpour
luysansappas.
Ce coeur que le Cielfitdélicat &-
ftncére,
N'aimeroitquetrop bien,sije le
laissoisfaire?
Mais grace aux Immorteli, une
heureusefierté
Surunsidouxprancbantl'atoujours
anforle.
Sans cesse je me dis qu'une forte
tendrcffe
Bfimalgrétous nos foins l'écueit
de la SagejJè,
J>hfon s'y trompe toujours-, & qu'il:
faut s'allarmer
Des qu'unBerger paroisspropre i
sefaire aimer.
Comme unsubtilpoisonjeregarde
l'efiime,
Beje crains l'Amitié, quoy qu'elle
foitsans crime.
Fourfauver ma. vertu de ces égaremens,
Je ne veux point d'Amis quipbiffent
eflreAmans.
Jjhiandpar mon peu d'appas ma
raison eflféUuite,
Je cherche leurs défauts,j'impose à
leur mérite,
Rienpour les ménager ne meparoifi
permIS)
Et dans tous mes Amansjevois mes-
Ennemis
A l'abry d'une longue ¿""JètÎre indiférence,
De leurs tendres tranflorts je voir
la violence;
L'Ej;,itlibre defoins, & l'Ame
sans amour,
Dans lesacré Valon je passe tout
lejour, J) cueille avec flaifir cent& cent
fleurs nouvÍ."_,S
braverontdu tanps lesitteintet
cruellesi
Etfourfuivre unpanchant quej'ay
recetJ des Cieux,
Je consacre ces fleurs auplusgalant
des Dieux.
far unjufle retour on dit qu'ilffait
répandre
Sur toutce quej'écris un air toti?
chant & tendre;
je no/e allerplus loin, &sur lafoy
d'autruy
Je chante tous lesjours&pour, &
contre luys
Heureufcsiles maux dontjefeins'
d'eflre atteinter
Pour mon timide coeurfont toujours
une feinte.
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Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une devise et une élégie. La devise est mentionnée dans un extra-ordinaire du 15 du mois. Pour comprendre comment les femmes fières cherchent à se défendre d'aimer par raison, il est suggéré de lire l'élégie intitulée 'l'Élégie qui fuit'. Cette élégie décrit les sentiments d'une belle dont le cœur pourrait devenir sensible si elle l'abandonnait à son penchant. L'auteur souligne que peu d'ouvrages de cette nature possèdent autant de beautés. L'élégie est adressée à un homme généreux, aimable et fidèle, doté d'un esprit judicieux et d'une belle âme. Elle évoque les caprices et les peines de l'amour, ainsi que la difficulté de résister à ses charmes. La narratrice affirme n'avoir pas succombé aux erreurs vaines de l'amour et que son cœur reste tranquille. Elle craint l'amitié, de peur qu'elle ne se transforme en amour, et préfère voir des ennemis dans ses amants. Elle passe ses journées dans un vallon, cueillant des fleurs pour braver le temps et les consacre au plus galant des dieux. Elle conclut en chantant les maux dont elle feint d'être atteinte, pour son cœur timide.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 132-170
RELATION DE Mr DE POINCTI.
Début :
Quoy que vous ayez déja veu dans la Premiere Partie de ma / Le 22. Juillet, Mr du Quesne ayant à la Rade d'Alger [...]
Mots clefs :
Alger, Galiotes, Abraham Duquesne, Bombes, Galères, Attaquer, Guerre, Vents, Canons, Bombe, Soldat bombardier, Chevalier de Tourville, Chevalier de Lery, Esclaves, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION DE Mr DE POINCTI.
~oy que volls ayez déja veu
dans Ja Pren1iere Partie de n1a
Lettre une Relation fort exa.éte
de tour ce qui s1eCt pail'ë devant
Alger> j:ia y crû vous devoir en ...
cor envoyer celle de I\1lr de Poin~
ét.i. Elle efr icy dans une efl:in1e
GAl~ANT. 1~3
: fi genérale, qu'elle fidt feule 1'C-
; loge de celuy qui ra· écrire; c~eil:
pourquoy je ne vou~ diray rie11
à fà gloire, puis que {on Ouvrdge
_ parle, & fait con11oiftre qu2u11
.: Holntne fi brave ne f'iair Eas
· n1oins bien fe fCrvir de la Plome
i. que de rEpée, & qu'il parle auffi
: bù:n qu'il agit.
'. :.-~:j
. . . '
. I-'.
••. ·:
1
. -' '. ' ..
:-·r
•
~ ~ ~(?J ~ .tt!;J n>· tê! il!.~~ ©:'!!J ~ ~
~?J~· ~e:.J· êl~~~~J~~ è!~èJ~~~
RELA_1~It)N
DE Mr DE POINCTI.
E 21. JuiIJct , Mr du QE_efne
~~yant à la Rade d~ Alger
joint les Galiotes qui y cfl:oiè11t
[[rrivée.s dés le 17. efcortées par
le sg: Foran, 111011tant J' Etl'iUt, &
13 4 l1\ ~ li iER4;r~~ l' JR~ .. ·3-~p...-J
qui y avoienr trouvé les Cheva ...
Jiers de Tourville & de L!.:ry, l'un
Lieutenant G-ener~1l , & 11autre
Cl1ef c.1JEfcadre, avec lix \l"aif ..
feaux; les Forces defl:inécs con ...
t,.e Alger, confi!l:oient en onze
VaiiTeaux de Guerre, quinze GaJercs,
cinC] Galiotes, dcPx Brû..,
Iots,quelgues Flufres,& quelques
IP' tJ 9 ! arra11es.
On f ongea. auffi. ~o!l: à fe n1et-
tre en , ri' .. ' et~t t u cxecutcr cc q t1 on
avoit projetté ; niais con1n1e il
falloir de néccffiré gue1qnes
jours pour cl1arger les Bon1bes,
& dilf>oièr le8 Galiotes con1111e
elles devaient efl:re pour f'exé ...
cution, Mr du ~efnc ayant efté
averry qu•il y avoit deux petits
Vai[fa.ux à Serfelle) prit cet
intervale pour les aller brûler, &
GALJ1\~~T. 131
y n1ar·cl1a avec fon Vai1feat1, le
j J'rNdent, le Teméraire , & t, Eole,
~J con1tnandez par le Chevalier
-~: de Lerv, B ea.t1 lieu, & Infreville,
.Il
: & huit des quinze Galeres, à la.
~~ teH:e dcfCJuclles cfroit le Cl1eva:
i lier de Noailles leur Lieu tenant
~ !i GeneraL L'un de[dirs petits VaiC.
~ [eaux fut brUlé Dar nos Cl1alou- ·~ \ .1 j pcs, & les Artifices n1anquerent
.··~~ .. fiJr l'(tutre. La Place fut cano .. -
;~ née, & cJle ri pofl:a d:; n1~fn1e. 011 ·
t.
;~l n ~a poîn t fceu au j u fte quel do 111-
~ 111age on y avoir f,1ir. De nofl:re
.'.4 pa.rt, nous y eufi11es prés de qu1~
:;.1 ranre Hon1mes tuez- ou l1Je1fez .. . . '
, .,
: ".t
-.,~·
• 1 .. '
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L1 1t,
. : ' -c
.i. ".1..;
. .~. ·.) .
. .. , .: _,
' . .
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.' ,..
.. . c .
1
. ,
·.
Dt1 nombre des derniers c!l: Ie sr
de F-2"nneJon Enfeione de Navi ... l ~
r~ ~qui y a eu la ja1nbe en1portec
.
Mrdu ~efne de retot1r:> on crût
Ij6 tERCURE
.attaquer Alger le 28. a1ais une
groflè Lan1e du N ordefi, faifc1.nt
craindre du vent de ce coflé .. là ,
<]Ui eft le dangereux, & donnant
trop de n1ouvemenr aux V~j(:
feaux pollr qu ·on pu1l: tirer., on
fut contr~Ünt de iùr!Coir ju!qL1eç
au 5.. d' Aoufl: , tout ce r:en1p.s s'étant
paifé ei1 Brifes viol~ntes de
N ordeft , qui laiifoient la Mer
agitée, 111eünc lors qu'elles avoient
ceifé; mais enfin ltt Vent
s~efrant rangé au Oiiefr- Nord~
oüefi, qui fait là des Brifes réglées,
f u1vie.s de caltnes, on fe
chfpo(a à n1archer {l1r le foir , la
réfolution ayanr eflé prifc de faire
cette attaque de nuit, afi1~ que
les Ennemis profitaifent m:>ins
du temps qu,il ra.ut metrr~ à s2entraverfer,
pendant lequel on ne
GA~ LA tt~~1~·. I ~-7;
f.'Üt que îOuff1:ir du fe.u tn fans .enj
pou voir t:1ire ~
A. Co1n1rie l}Ordre de la Couf-·
eil:oit pofirif, LJHe Vaiifeaux, Ga ..
leres , & Galiotes, co111 batilfent,,1
Mr du ~eii1e a voit de cette !Or.-..
te diipof é les chofes.
Lt Sirint - ~/}rit, qu'il 1nonre
cette Can1pagnc, ren1orguê patl
deux Galcres, fe devoit aller po=ficr
N ordeft 8-l Sorroüeft de la~
Tour du Fanal; deux Galiotes-.
ren1orguées par une Galere fur.
f~1 gauc be, c 1 efr- à dire vers le
Sud; & J,~s trois autres mcnées.-
}Jar deux G-~leres fur la droite Î}'·
cfocft ... à-dire vers le Nord .. Tous ..
le~ VaiLTtaux en iùite s;>érenda11evers
le Sud &. v.ers le N.ord, de~
voient forn1er un Croifl:tnt au~r.
our du Mur ... qui fair la clofEuret
OtCZ:Obrc ~.~P~- M ..,.,,,,;
8 ~~ n <t-foM.t~ ÎR ~ J 1 1 . .t~ ~ "l~~.~ u ~ î!
dLt Port ; & chaque Galerc re_
inorguant un v~üffi~au, a prés l'avoir
n1is à fan Polle , fe devait
placer dans Jes întervales.
On con1n1enc;a à n1arcl1er
pour forn1cr cet Ordre de 13~ltai[_
le; niais la Brife ayant duré j uf:
<] ues fur le {àir_a!fez rard.,on n'avoir
pll. plûto{l: fe n1ettre en
nïarche, & la nuit nous ayant
ft1rpris avant que cl1acn11 11u!t
efrre dén1cilé , Mr du ~efne
voyant qu'il ne pouvoir cette
nnir ~ttta.quer qu, ~11 déford.re,
prit (1 ·~rec beaucoup de {3.geiTe, le
parry de 1notiiller où il fe trou ...
voir'Jc:~cfr-à-dire un peu plus prés
de L1 Ville qL1'auparJ.vant, & d,ar ...
tend t"e au Ie11den1ain à rcdreifer
ce qui n'efi:l)Ît pas a ('l place i
n1~us ce lc11den1ain les Vents re~
.J
.J
- ~
. -~1.
·r
.,.
' -.
.. -.
. :;.
' r
·~
G1\I.~Al~~T. 139
fituterent an N ordeft , & firent
perdre tot1t efpoir & toute pet~iëe
d'attaquer, parce c1u\~1 ff:él:1-
vcn1ent dés Ja 111o!ndre haleine
d c V cri t de c ~-? co {1:é ! à , la M · r
~'cnfl.-~ tj'unc n1aniérc extraordinaire
; & cc q u'îl y a de cruel;t
c\:f1:: que les rrols C]llârrs dtt
tcn1ps) ce Vent rcgnc dans cette
~ \_ ~ Il a de~ <-1 ll c j 'a y d.' ailleurs trouvée
pl us d1ficil e q u' 011 ne t11e l;ta voit
-... ,.
t1 ·.:T l"( 1"" ,,.,. t"
J ~ ~ ~· - r ..
l.
N nus dr1TH=:n r~l.n1es dans cette
fitL1ari{JnjufèJu'au 13 que les Vents
efl:.1nt enfin dc{ècnd us a l' 0 üefl:
N orroi_iefl: , nous firent cfperer
du caln1e pour la nuir fi.liv~1nte;
& certainc1ncnt on ne pouvait
pas dcfirer des apparences -de
ternps plus f1vorable ; auffi fe
!11ir ... 011 en é rat d' e11 profiter, ~
1'1l ij
~., Jf r:,· 2 {.-,, ~ ~RE J 40 .f\f l i~.1 1, -~lJ .$.. '4
cette fc}ls cl11cun efr;1nr exaéte ....
n·1ent à iOn poftc, on con1menca
.. ' l ) " -' .. de n1~rcher a L en r:re~ d.':! Ia n u1 t
avec tant de joye de la part des
Eguipages, que tout le monde.
efl:oit plein (f heureux· prclfcntin1ens;
1nais av:Lnt ciue nous fuf..
fions à Ll portée du Canon , le ...
temps fè broitilla ~ il parut des ..
E·c lairs 'il le Vent f:~ leva') fit en tUl
inil:ant le tonr tiu Con1pas.,Ia Mer
·groffir,Jes Gr~iins perpétuels nous.
fàifoient crai11dre pour nos M.:~tsl).
i1ous eftions à la Colle ; &· les.
Galeres, loin de lTous {ècourir ,.
efioient elles-n1efincs dans u11e
grande exrrémi té. H eurcufcn1ent
lcVen.t fe ten;.inr pendit quelque
tern ps du cofl:ê de la Terre,. les,
Vailîèaux firent voile & Ce mirent
.au largeoLes G;al.ercs_,fe fauvere.nt·
GAL,ANYT. r41
41 I:r.. Pointe du Cap cle l\1etifou .;:.
niais les pauvres Galiotes quiil
:ivoit fa lu pref que defagréer,pour·
Jai!.fer le jeu des Mortiers libre,~.
el1oienr dans une aflèz périlleufe·
contenance. Chacun neann1oit1s.
fc fccour<1nt foy-n1c!l11e dans ce
befoin '.) 011 rcpa!fa en di1igen€e·
quelques 1v1ànoeuvres.1 & f,tifant
volle dll H·unier1 à !)a.ide du Vencde
Terre, nous nous retirân1es à.
travers rorage,qui dura route la.
!Il
11 Ll-I t.
Cette di~!;race nous penfa o,fter·
tout efpoiro Il falloit que les Ga..,_
lcres, qui· fc !ùr~pafl:1nt elles-1nê~
rnes.j den1euroie11t avec 11ou.s de ..
puis 11uit jours, à bo-ut de toutes
fortes de vivres., parti!fent enfin
forcées par la. difetre de toutes,
chof es ; outr~e qu:e -c:e_s fortes de.· -
142 ~AERCURE
Bc1fl:in1ens (ont toûjours dans
certe Rade à detJX doigrs de leur
pcrrc, & dans l,abfence des GaJ~
res, il paroirfüir afièz dificile de
placer les G alio rcs ., de 111 aniere
t]U,on en tirafl: le !ervicc qu'on
• 1
~vo1t atten{1t1.
On paffa dans cette încertitu~
de, & dans le n1auvais ren1ps qni
continua jufgu'au 16,. que rv1r
du ~efi1e ayant in1;lginé un
n1oycn de Eonduire les Galiotes
prer c. Gl u l\ v,l~ u i .. ( l) J.:;',\. . 1g er, <Q.. .X. sl y e' ra.nt
~onfirn1é par le fenrin1cnt des
-Cl1evaliers de T ourvillc & de Le~
ry~ envoya porter par les Cha~
loupes des Ancres vers 1e 1Port à
une dif1ancc qu" on crut raîJOnna~
ble ~ & cin q V aiifeal1x furent
détachez') pour e11 s'approchant
.u11 peu plus que les autres; pren ....
' ..
G ALPi.l~T- 145
dri le bout c.{es An1arcs de ces
Ancres, & foûtenir les Galiotes
qui a~ devoient hiller deifus, &
s'entraverfèr lors qu'elles !èroienc
ailèz proche, fe rel1allant tot1t
de n1·~ii11~ juf qu\tu V ai(feau pour
le retour e
Le Vigilant, montê par le CI1e ..
-r.l 11 ier de Tourville J qui renait le
n1ilieu , & devait ef\:re vis-à vis
de la Tour du F~inal,avoir l' An1are
de id c·r1,cfle,; fur la droite .. !~
rai!lttnt, con1mandé paï Beaulieu>
a voit 11 :\rr1are <..i.~ la 1Y!tPJttçtt1;
1e, dont Goïtou a le con1n1ande1nent
5 & tout au Nord, le Che ...
valicr de Lery fl1r le Pruiient =a
voir celle de Lt Brâlttnte, coin~
111andéep.1r D:z~.:Tbi~rs,& Longcharnp
fous luy. A la g:1 t~cl1e du
Cl1evalier de T ourv illl:, F ora11
~44 lVlE F~ CîJ,R E
fur /' Etoille a voit 1, An1are de fit ..
.. Fo1Jd,-oy11nte ,. nlonrée par Boif.. .
f,ier; & tout àu Sud, Belle-Ifle
avec I e La11ricr.,. a voit celle de la
1Jorn.h4rde , con1n1andée par de
·Con1be, & dans la(1uelle ctloit
e1nbarqué Ca111elin , c~ pit~ine
,;i.e B.o-rnbardiers de Terre , en ...
\ 1oyé p.ar le lloy p.our cette Extlédi.
tion. J.
Cette maniére de fétÎre la Guer_
re eftant taure nouve He, les cl10~
.fcs ne purent c!l:re exécurées
av.e.c to·utc la jufreffe quio11 aurait
pû defil"era .Catnelin , qui
d~ailleurs travailloit avec beau ..
·Coup de zclc & d'a.ppljça,tion ~
n\1va.nt aucune connoifl~ince des
" ~l1ofe s de la M·~irine., ne pouvoic
pas f~avoir com1ne il fe fallait
p.o.frer danfi c.ett.e occafton ; de
forte·
GALANT. 145
efQ-rre que les Ancres fe trouv~
renr placez trop prés les uns des
auri-es ·; & les objets paroiffant la
t}uit: plus prés qul'ils ne {Ont effe ...
C1ivc-ment , elles efl:oient beau-coup
plus loin de Ja Ville qn•o11
n\ivoit prétendu. De cela n~iquirent
deux i11conveniens ; l"un,
que les Galiotes arrivantfL1r leur$ .
Ancres, fe trouverent ~u abordée5
1 ou pour le n1oins e1nbarraifées
les unes par les autres; &
raucre,que les Bombes allaient à
peine jufques dans le Port l &:
point du tout dans. la Vi lie.Nous
rnarchân1es enfin le foir du ::.1~
Aoufi:, le temps ne )$ayant pas
pern1is piùrofl: ; n1ais !Jt A mare
de fa -'-'! elfilCdnte S~ ercan t trouvée j
~~inbaraffée, elle 11e put arriver
que lon~ren1ps aprés, & elle fut
Oélobre 'k.P~ N
146 1E R C~URE
obligée de fe mettre da11s-un a.u..;
tre 11 ofl:e q11e celuy qui luy
fî1oit marqu·é:, /tt BrÛ/tJnte & i11oy
entre qui elle devoir efire, nous
efranr troL1vez· abordez en nous
entraverfant. La FgudroyAnte, qui
efl:oit fur 1na gaucl1e,efl:oit prefie
à ine toucl1er ; inais la Eomb11-rde
qui fut un peu plus lente,!è trou~
va raif011nablement éloignée de
nous. La Fo11dro.Jdnte commença
i tirer; je fui vis, &. la BrÛ/4nte un
mo111ent a prés. Les Ennen1is 111i.,,
rent feu à huit ou dix Canons ,
iàns en tirer davantageft Pour
nous 1 nous vîmes avec beaucoup
de déplaifir nos Bo111bes arden ...
tes, fur lefquelles on fe fondoir,,
principale1nenc dans la veuë
qu'elles brùleroient les Vaiifeaux
enne1nis;) c.réver toutes au f ortir
GALAN-T- 147
d:u Mottier; & nos Bombes ·ordinaires,
ou créver auffi, ou excepté
deux ot1 trois , ne porter pas
jufques à la Ville~ Dans ce chavrin,
011 ti-roit encor quelques
cV oups') lors qu ' un c.ie tnes l\;fortiers
)chargé d1une Bombe ardente,
ayant f:1it f:.1ux-feu,& la Bombe
continuant à s'enflân1cr fans
partir, je 111e vis red ui t à fou tFrir
JJincendie que je crus inévicable ..
Les Soldats Bon1bardiers de Ca...:
rnclin, qui i1,avoient entrercntt
mon EC) uipage que· des horribies
ravages de ces Bon1bes ~1rdentes
pref -cl1ant cerc:e fois d,cxcn1ple ''.)
& s>~fiant., à rexceptio11 de leur
Sergent & de deux ou trois autres,
jetrez à la Mer;; ou dans les
Cha1oupcs qui portaient nos
~1unitio11s, furent fui vis par la
N ij
148 ERc·uRE
plus grande partie de mes Ge11s,
cl1acu11 fe précipitant otl il pou ...
voit pour éviter la flânie. Et en_
fin, quelques ... uns de nies Offi.
ciers Mariniers efrant rcfrcz fi1r
l'Arriere,je n1e trouvay feulavec
111on Concren1aître, fur 1' Avant
oit cfl:oit le feu. Landoüillet1
Co1nn1iiîaire d1 Artillerie (.ie Ma~
rine, & Ilenau1t, deux de 1nes
an1is, qui ayant bien voulu s:.em~
barquer avec 111oy, voulurent
bien auffi ne me pas ab:i 11donn
er, deri.1eurerent à la Baterie
de derriere où ils efroient. Cependant
la Bon1be jettoit [es
Grenades & du feu gros con1n1e
deux Hommes, & je nie voyois
couvert de flân1es, ayant quaran ..
te Bon1bes ardentes dans la Ga~
.li ore, & tant d' at1tres chofes dans
GALANT. 149
un Navire propre à. s'cnflân1er.
Nous prîlnes 11eann1oii-1s la-réf o ...
lurion n1on Contren1aîcrc , u11
Soldat Bon1bardier qui ine ~int
joindre & rn o y') de _ te i1ter cl' é~
teindre le feu ; & con11ne 11ous
v'.1111es que les prémiers Séaux
d'eau Pa voient atnorty ,nous co11-
tinuân1es, & penda11t un infi:ant
:nous le crf1rnes éteint ; n1ais la
Bon1be reprenant vigueur, & les
Grenades & les Canons de M.ol1fw
guet qu'elle renfèr111oit, tirant dè
nouv2au ... la flâtne recon1n1enca. - ~ Nlais le pren1ier fuccés nous
nyant encouragez, nous retour-
1:â.n1es à la cl1arrre avec de r'eau"'\ 0 .+z
& enfin un de n1cs Soldats reve-
11u de fan épollvante, n1e voyant
....
autour du Mortier, y jetra un fi
grand Seau d'eau, que le feL1 :f é .., ·
N iij
1)0 M!!Rcu·R E
ceigt1j t à cette fois touc-·à-fait.
P lufieurs Chalot1pes qui étaient
autour de la Galiote, & que la
flân1e a voit obligé·es de .s1alar ..
guer, revinrent à bord. Le Sr Dcn1ont,
Lieutenant de la Galiote,
qtti pour quelque Manoeuvre
eftoit dans un Canot, fe rejerr::i. à
bord y voyant le feu .. Cepçndant
plufieurs Matelo-ts de ltt FouflroyitnwA
te, dont r A1nare iè trOLlVa COUpée
<.ians c-e d.é{Ordre, {C Jecceren·t
auffi à la Mer.
' Tous ces dé[ordres ayant fait
juger aux Cl1evaliers. deT onrville
& de Lery gui prenoient foin de
r At.a.que, CJU'il efl:oit à propos d:c
fe retirer~ ils en don11erent l'ordre,
que les Ennen1is nous Iaiffe ...
rent exéeuter L'lns nous inguié ...
ter , & à la pointe du jour 11ous
GALANT. 1)1
11ous trouvânies au mcf rne ea ..
clroi r d'où. 11ous eil:ions partis ..
Le n1auvais fuccés des Bon1-
bes a1·denres, la rarctC des beaux:
jonrs, & le pcril évident de fejouroer
dans une Rade auffi fca_
breufc que celle d,Alger dans
une faifon où les coups de Vents
d.evi~nnent frel1uens ~ fit croire
q ll~ on ne tente roi t plus rien cet -
~ .
te annee ; neann101ns con1n1e 011
avait re1narque que li quelques .
Botnbes ordinaires avoiét crevé,
if y en a voit eu pl u!ieurs qui n,a_
. ;- ,
voient 111anque que parce qu on
eO:oit trop éloigné, Mi: du ~eC
ne voulut bien faire une feconde
t~tntarive, & prenant des n1efures
{ ur ce qu1•- s ' e,_t o1• t patùr_er, o.n 11ort:t } e
26. d' aurres Ancres, que l~e Chevalier
de Lery fe cl1argea ,i,allc.~
N îiij
- - ..... ,.
152 MERCURE ~:.:'
1noüiller, & qui affez éloignee~ ..
les unes des autres , furent pla ...
cées à la portée du- PiftoJer du
Ml1r qui .f:'lit Ja clofture durPort_
Les Se11tinelles avant crié à nos J ~
Cl1aloupes , & !e Chevalier de
Lery pour réponfe les ay~tnt en ..
voyé pro11lencr , on leu1· cira
quelques coups de Ca11011.
Su~· le ..~ Ani ares de ces Ancres1
Jes Galiotes fe dif ooi(;rent à fe
~ baller,, Le 30. n'ayant pas fajc
plûtoft du te1nps propre, & le
pren1ier ordre ayan·r cfi:é chan ..
gé:. le Chev<tlier de Tourville qui
devoit rot~jOnrs avoir l;JAm~Jre de
lti Crttc!lt, alla n1oüiller vers l'entrée
du Port, où cette fois on ~
voulut placer cette GJ.liore,& le ·
Cl1evalier de Lery à r·autre cofté
tout at1N-oxd ,ayant t' r\mare de la
. r
r
'
.... ' . ,
' rJ_
1) .. ~
.~ . '
;.~'
-:.
:,•
~
..L ..1
1
.. . . -.
_, :i
, ' "'· · -
r GALANT; 1}3
:·:; IJ0Îl1111tc) & entre elle & moy fur
.f n1a droit~ 111 }dcnaçantt, aidée par
:} le Ttmt1·airc-; La BomhArde, par le
.J L.1uritr; & L~i · }'audroyantc, par/' E-:~
tfJi lie.
·. ~
.-·j Dans cette difpofirion nous
-:: nons avançâ1r1es'.) & ayant eu le
· bonheur que n1on Amare ne·
:-.· trot1v;:1 aucun en1barras ~ j'arri,;
vay en plafe pour n1e traverlèr &
:: til"cr q1.1elciue cen1ps, av.anr: qne
-~ les autres Galiores-fuffènt à leurs ~
_ PoH:es ) particuli·::-re1ne~1t celles·
~- du ~{ or~.:i, qui n1.1lgré toute la vi"
gilance du Chevalier de Lery,.
tardercnt un peu ..
Les Ennecnis ne fnrcnt pas fi
dociles cette fois que la pren1ie"°
re. Dés que j'·eus tiré, ils fi1~ent 1111
grand f ~u Llui dura toute la nuit,.
t111t ll!r n1oy que !Ur les al1tres
-·
114 Ell·ClJRR
Galiotes ;. n1ais com1ne j,efl:oi~
juftement placé tievant un grand
Flan c~on con1p toit aifë n1e nt que
po11r chaque Bombe, ils ripo:
itoient aux autres Galiotes qua.
tre ou fix coups de Canon :1 & à \
]a n1ie11ne vingt on vingt .. deux, 1
& quelquefojs n1én1e davantage5
1
& ils ne ciroienr que lors qu>on
merroit le feu à la Bot11be, ce feu
leur e11fcignant le but oli il fal ..
loit fraoer. l Ce Manége dllra jufques prés
du jour que les Chev~liers de
Tourville & de Lefy, qoi cerce
nuit., comn1e toutes les autres en ...
fuite, fe rrouverent aux Attaques
da11s leurs Canots, où s1emb3.rquoient
pour Volontaires les
Ducs de Mortcn1ar& deVi~lars,
Marquis de Bellefo11ds, Con1tes
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::i GALANT.- -155
·-~~ de Sebeville & du Cllala.r , &
:·:- plu fiet1rs a.utre.s, que f es Cl1e~a- .
Ji ers de T ourv1lle & de Lery ,d1sj
e,, donnérent ordre de fe retirer;
. ~ Jes Galioc:es qui avoient recell
.. ! plufieurs -coups dans le Bois, les
·i Voiles & les M~tnoeuvres, n"ell ..
-
' ren t nean 111 oins de mille ou douze
cens coups de Canon tirez par
les Ennen1is aucun Ho111me de
tué.LeComte deSebeville fur un
Londre que les Galeres avoient.
pris) & fur lequel on avoit mis
160. Hon1n1es, paffi1 la nuit entre
rentrée du Port & les Galeres
pour le~ fÜù tenir ; n1ais cc B afl:i ..
n1enr ne fè pouvant 1nanier, on
le de{~1rn1a enfuite.
Le let1demain on fceut par
quelques Efclaves qui fe :G1uve11:1
renr, que l'L confterna.tio11 efioit
' .
1)6 ERC!. "RE
extré111e dans Alger, qu'il y a voit
piL1ficurs MaifOns de rcnverf ées,
&:. quantité de Gens ruez. N ou,15
n'e11 eû111es neanrmoins un 1 afl:e ....
détail que par le Conful, envoyé
par les "Turcs quelques jours
apres , comn1e je le diray e11
fuite. On tira cette nuit cent
quatorze Bon1besb
~e1q ue tiiligence qu'on fit,
on ne pût {C tnettre en ét,lr de
retourner le lendcn1ain, & ce ne
fut que le fûir du 3. de Septen1-
bre , avec cetre circonfiance,
q n'a yanr cflé avertis par d\1utres
Efèlaves iàuvez depuis les
pren1iers 1 que les Algériens <i.rn1oient
la Galere l)llÎ eftoît rcf:
t-ée dans leuF Port, & quelques
Brigatins, pour venir enlever l.es
Galiotes, on en renfor~a les EGALANT.
157
quipages. ~"av~s de ces Efclav~s
ne fut pas 111uc1le; & co111me Je
1ne trouvais le premier au paffacre,
je 111e cr{1s obligé de prend~
un peu plus de {Oi11 & de
n1011de qne les autres , qui 11e
pouvaient eflre attaquées qu'a ..
prcs n10 y. P 1 ufi.curs Ca pi tain es
des Vaiilëaux qui i1·avoient point
efié co1nn:1andez pour s'approcher,
vinrent incoe:nit1J à cette .......
Action,&. parciculierement chez·
n1oy le Marquis de la Porte, Sc
Je Baron de P aliere.
Les En11e1nis nous laifferent
placer {3.ns nous inquiéter; 8c
con1n1e par les foins du Chevalier
de Tourville, & n1011 bo11l1eur
pJrt1culier ~ 111on An1are eftoit
tol1jou~s fani elnbarras, je pûs
l~ncor tirer quelque temps avant
.. ~
118 1ERCURE
que les autres Galiotes fuffent
en place, celles du Nord, c•efi: à
dire /4 Br#lante &.. la FfJNdroyanre,
qui fe halloient fur une mefme
Amare, s 'e!l:a11t: en1barra1fées
l'une avec l2'aucre, n'arriverenc
que tard. Les autres n1e Jû.i virent
d1ai1l:z pres6
Les Ennen1is ne répondant
point à nos Bon1bes co1T1n1e ils
a voient fair, ce filence fit juger
que leurs Bailin1t1ns eftoient del1ors
pour nous attaquer, & Ie
Major m,e11 vint avertirs En ef~
fet, un moment apres, la Cl1a ..
loupe qu'on a voit 1nife de garde
à l'e11trée du Port, fit le fignal
qui luy a.voit eité prefcrit en cas
de rencontre d'E11nen1is, & je
vis la Galere accon1pagnée de
quelque Briga11tin, voguer droi~
..'
1
1.
GAl~'. t'A\. N~~ - . 159
Qefrns ma Poupe~ En n1efn1e
temps les Cl1evaliers de Flavacourt
& de la Guicl1e, qui
comn1andoient les Chaloupes
de l~ Indien & dt' G,hevat
MArin :t 1n, aborderent , & me
renforcerent de tous leurs Equipages.
J' a vois i bord trente
Homn1es du Chevalier de Tour ..
ville 1 comn1andez par Blena(;.
Il y a voie outre cela une Troupe
d' Officiers qui eil:oie11t venus
V olonraires, plufieurs Volontaires
& Gardes de la Marine; de
!Orce que ne doutant pas que fi.
la Galere m·abordoit, ce ne fut
deiâvantageufemenr pour elle ' ,,
je faifOis faire filence pour luy
oiter la connoiilà11ce du n1onde
que j .. avois, qui alloic bien à fix"'
t!1ngts Homn1es; inais comme
•
i6o EJRCURE
elle fut alfez procl1e, un zele iit,,
di!èret a)1ant fait crier à quel..
qu~un, Yi"We le Roy, le refie ré_
po11dir, & dans ce ttunulte la Ga ...
Jere commen~a à faire feu de fa
Moufqueter-ie & de fo11 Canon;
n1ais au lieu de venir droit à inoy,
elle me prolongea. Je crûs a]ori
qu" elie n1e vouloit aborder par
la Prouë. J,y paOE1y pour y dond
ner ordre, faiianr fa1re en 111efi11e
ten1ps feu ·de Moufqueterie &
-d~ Artillerie, ce llui l~obligea de
faire pafie ... vogue pour fe retirer
de deffous, & elle alla fonder la
Me.n11çAnte qui efi:oit à ma droire,
&. qui l1a yant à peu pres reçeuë
de mefi11e, acheva de la mettre
en defOrdre ; de forte que fans
!Ça voir ce qu,elle fc1ifoit., elle fit
le tour de la BombArde , dont elle
· .,,., !\ J #
4
:.. ~. ...: ! nL~J·\. N~l ~ I 6I
·'.~ eff\.1ya le feu en regagnant le Mur
: dn Porr, le long. duquel elle fe
. retira. Avec cela j c n .. eu$ q u ~un
·~ Homn1e de rué d'un conp Ce
;: Moufquec ; & fc Chevalier· c·e
) Cornn1l nge, fur je croy Ie . feul _
] bleffé ii.1r Ill Jt1e1Jtifante, & De11 ..
:·_ n e v i 11 ~ tué . .
:_; Auffitofl: que la Galerc m1ellfê
~ dépa!fé, Fandotiillet qui faifoit
exécuter les rv1orriers 1 les ayant
prefts, j'inGft1y pour les. faire
_ JOlier pendant qu'elle eOEoit aux
· n1:tins, afin q uc les Ennemis 11e fe
p{1ifcnr vanter de nous inrerron1 ...
:l pre. On tira donc comn1e aupa__
, ravant , & nolls fifi11es par· là
.~ éteindre les feux de joye que les
:~ Femtn.es allt1n1oier1t da11s A.l\.lgert: -
·-~ croyant déja quel<1nes Galiotes
·. enlevées.
--~ OLCZ.obre i1P~ 0 ... ..._ . . ....
... -·.. ·,
'•
1
·i
_.-,.
~.
162 Iv1ERCURE
Le refte de la nuit fi! pa!fa à
coups de Botnbe de 11ofl:re part,
& de Cano11 de celle des Enne ..
n1is; niais un brouillard G épais,
qu'à peine en fe touchant fe
voyoit- on,. fit que le feu fut plus 1
lent de part & d'autre q-u•iI 11,au ..
roir efté. Il v eue cent Bon1bes ~ & environ fix cens coups-de Ca ...
non tirez , & 11ous 11ous retirâ ..
mes à 11oil:re ordinaire à la pointe
du jour avec p1u.fieurs coups dans
!es Galiotes 1 fans que per!Onne
c11 fur touchéi.
Ce jour qui efl:oit le 4. le Pere
VaCher , Con-f ul des- François à
Alger 11 vint a bo-rd de Mt dn
Q2efne dan·s la Chaloupe du
Çoncre.AdnTiral de Zélande, qui
efl:oit là pour le rachapt des Efclaves
cte fa Natio11> & dit que
GAL/\1'lT. 16~
}erflatin le Roy &. les principaux
d'Alger l'avaient envoyé chercher,
& l'a voient forcé de venir
vers Mr du ~efne, pour fonder
s'il y auroit lieu à quelque ac ..
comlnoden1e11t Mais Mx du
~efi1e répondit, qui.il ne pou ..
voie rien écouter de luy , & que
fi les Algëricns avaient quclCJue
cho(e à detnandcr, il fi1lloit qu,ils
con1lnenc;atfent par venir e·ux112
rnefi11cs. Ce Contùl s~en retour-.
na a vee cette ré·ponfe ~ in ais il
nous apprit auparavant que dans
Je~ deux nuits, dont je vie11s . de
Parler .. 011 a voit abattu cinQuante ~ # ~
l\1aif on s ; que la 111oi cié de la
fienne otl efl:oit la Chapelle, 5'.
la moitié de la grande Mo{ q uée.,
eftolent cornprifes dans ces rui~
nes, làus 1efquelles on co1111oif:
.o iJ
·~6 4 'i! ~; t l r~p u1~ ~ {~~,,1 uR~~
-!cit dCJa qu'il y a voit plus de cing
cens peri(J11nes en[evelies ; qlle
tout eftoit dans une contl:ern~ ...
tion cxtrén1e; que les Turcs fc
dé1n-en tJJ1t de letlr orgueil) loin
dt1 n1épri3 q-u'ils té\noignoient
pour les François il y avo-it quin .
. ze jon-rs, en par Io.lent alors avec
relp~a; que toutes les Fcn1n1e.s
& les En h1ns a voient quirré la
Ville.,. & qu'il a voit parLt trente
Hon11nes de ruez fur la Galere,
i la {Ortie qu.'elle avoit·faite, iâns
ceux q-uc 1,,on avoit cachez au
Peuple; & enfin il fupplia M[
du ~efD·e de fi1fpe11·dre Jes cho ...
[es au n1oins ponr ce jour. Mais
co rr1 n1e il fit fort beau,.011 ne crûe
p.:t~ dcvoi r perdre ce te1n ps, &
nous n1.arcl1âtnes à nofire ordiJ
i1a1rc la. nuit dt1 q uacte au cü1UJ
GAL,il\NT. I6,·
. quién1c , a vcc cette exception
que 1' A mare de la Me'lltrça?Jte
a)~ant efl:é coup Ce le f oir precé ....
dent , & G oiton qui la co01 n1ande
s'eftant bleifé àla tefl:e par
une cl1ûte, cette Galiote, non,
plus que t~ B,-ûlante, ne pdt eil:re
de l'expédition ; j, eus eiicor le
plaifir de tirer quelques Bombes
av,inc que les autres Galiotes:
futfent placées. Landoüillet faifoit
toltjour executcr les Mor~.
tiers dans la Crue/le 1 Et quoy que
pa-r un cerrain I1~izard toure la di~
reétion en fut rolnbée encre les
n13in.s d,_un autre.,. on connut af~
fez qu)il n\~ftoit pas inférieur i
celuy qui en cf toit chargé .. O·n De
tâch:-1 certe nuit qu•à don·ner d::111s
le Port, 1- fin de crev-er quelqu\.tn
des. Vaiifeaux, & on demeura j:u~-
166 ERCtJRE
qlf"au point du jour, co1nn1e on
avoit accoûcun1é de faire; & par !
un bonl1eur particulier, qlloy t
que les Enne1nis s'efl:ant ajuf tez,
donnaffent plufteurs coups dans
ma Galiote)il n'y eut perfonn~
de tué>~ _f en fus quîtte pour des
Mails & des Agrez. Mais la Brûlante
ayant le iOir precédent en fe
retira11t receu un coup de Canon
de foixante & quarre livres de
balle à fa Poupe, a voit eu de ce
mefine coup douze Hom1nes
tuez ou bl~ifez; & une Barque
qui efroit dans fon Voifinage,.
hllit d'un autre cot1p 111îs en p;10-
reil état .. Des deux Galere.s qll~..,
ont les Algériens , l'une eft.ant
à la Mer parut de retour au Soleil
levant de ce mefine jour, &
i~autre la ~int . recevoir au del1ors .
GALANT. 167
•
·.~ dn Port ; & con1rne on Jugea
~;1 d~in1 portalî~C d'üfter ~aux _Enne ...
111is la penfee que la Jonl1:1011 de
~ ce~ deL1x Galeres fut capable
~ d'111terrompre le cours des a~
él:ions , & qu'il fit encor beau
:; tout ce jour, -on fe prépara le
: foir à retourner à l'ordinaire, &
1 ·' en érat de faire partager le péril
aux Galeres, fi elles avoie11t tenté
quelque chofe, chacune des
trois Galiotes,_ la CrNt!le, la Bom~ ·
/J,1rde, & l.a FeuJrnyante ~ qui fe
trouverent prefies à marcher 1'.t
eftan t fortifiées par une Barque
dont 011 avoit auOE renforcé l'é·..
qui page .. - Mais dans l'"inftant que
r·on con1111en'ioit à n1archer,l,air
fe brottilla tout d'u11 coup, &
loit1 de c;on1batre, fit fOnger . à
prendre des précautions co11rre .
...
168 ERCURE
les accidens du mauvais ten1ps
qui fuivic effeél:iven1e11t, & qui
depuis a continué, en forte qu~il
n'y a eu aucllne apparence de
• • rien tenter ;. au contraire ne pou_
vant~, fâns l1n peril lnanifefie,
faire dans cette faifon où les tour ..
1nentes font fréquentes, refler
des Bafrimens qu7il faut ouvrir
de tous coftez pour le n1ettre en
état de f,tire leur cxecnrion , il a
fallu fe réfoudre à quitter la Ra.
de d'Alger., avec cette confola ..
tion , que fi 011 n\t pas dompté
cette Ville, 011 l\i au •11oi11s n101· ..
tifiée & trouvé un n1oyen in failli~
ble, ou de la détruire, ou de luy
faire de.tnandcr la Paix à ge ..
no11x~
Un- Efclavc fauvé Ie 9 .. nou~
apprit que le retour àe la Ga ..
ta lerc
..
:-~~i GAL• A3-N~.i • l 69
:~· iere dont ray parlé, a.voit retar-
:~ dë le départ d1un Chaoux defl:i;~
111é vers Mr du ~efne , pour Iuy
if venir faire des P ropofitians; mais
j }es Algériens connoi.!Iânt que la
::-î f Jan ce ne leur veut donner la
·~ P~tix que le bâton haut, &. ne
f pouvant ell:re de pire condition,
.,: ~voient réfolu de faire encor u11e .
; tentative avec le renfort de cet- ,
· te GaJere ava11t de pJrlcn1en ...
ter. Cet Efclave ajoûta que la.
nui:: derni~re, parce tl ue routes
les Bon1bes eftoient tombées
dans le Port, oit l'on avoir b;·izé
un Loodrel fracaf.Té tour r A V~tnt
d\tn Na vire ciui efi:oit fur les
Chantiers, & crevé les caftez
de deux autres ; on n, ~t voit\ disj
e, abatu que trois Maj{Ons 1 ~i:.
les Ro1nbes efl:oit11t totnbées
O[fobre l-a P. P . ..• .
. .. - .~. '. . . . -~ ..
... . .. T . _,;
.
"1
:-. ....
'
170 MERCURE
dans le Port, parce que !1011 n'a~
voit râcl1C cette 11uit qu'à détruire
leurs BaU.imens, je ci-oy pouvoir
dire que la 1naniere dont
leurs Galeres auraient eflé re_
ceuës, n'aurait pas contribué à
leur faire faire une Paix a vanta_
gellfC. Voila ce qui s'ell: paifé
cette année. Aparen]n1e11c qt1e
la procl1aine donnera de plus
2 r _tnds évene111ens.
dans Ja Pren1iere Partie de n1a
Lettre une Relation fort exa.éte
de tour ce qui s1eCt pail'ë devant
Alger> j:ia y crû vous devoir en ...
cor envoyer celle de I\1lr de Poin~
ét.i. Elle efr icy dans une efl:in1e
GAl~ANT. 1~3
: fi genérale, qu'elle fidt feule 1'C-
; loge de celuy qui ra· écrire; c~eil:
pourquoy je ne vou~ diray rie11
à fà gloire, puis que {on Ouvrdge
_ parle, & fait con11oiftre qu2u11
.: Holntne fi brave ne f'iair Eas
· n1oins bien fe fCrvir de la Plome
i. que de rEpée, & qu'il parle auffi
: bù:n qu'il agit.
'. :.-~:j
. . . '
. I-'.
••. ·:
1
. -' '. ' ..
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•
~ ~ ~(?J ~ .tt!;J n>· tê! il!.~~ ©:'!!J ~ ~
~?J~· ~e:.J· êl~~~~J~~ è!~èJ~~~
RELA_1~It)N
DE Mr DE POINCTI.
E 21. JuiIJct , Mr du QE_efne
~~yant à la Rade d~ Alger
joint les Galiotes qui y cfl:oiè11t
[[rrivée.s dés le 17. efcortées par
le sg: Foran, 111011tant J' Etl'iUt, &
13 4 l1\ ~ li iER4;r~~ l' JR~ .. ·3-~p...-J
qui y avoienr trouvé les Cheva ...
Jiers de Tourville & de L!.:ry, l'un
Lieutenant G-ener~1l , & 11autre
Cl1ef c.1JEfcadre, avec lix \l"aif ..
feaux; les Forces defl:inécs con ...
t,.e Alger, confi!l:oient en onze
VaiiTeaux de Guerre, quinze GaJercs,
cinC] Galiotes, dcPx Brû..,
Iots,quelgues Flufres,& quelques
IP' tJ 9 ! arra11es.
On f ongea. auffi. ~o!l: à fe n1et-
tre en , ri' .. ' et~t t u cxecutcr cc q t1 on
avoit projetté ; niais con1n1e il
falloir de néccffiré gue1qnes
jours pour cl1arger les Bon1bes,
& dilf>oièr le8 Galiotes con1111e
elles devaient efl:re pour f'exé ...
cution, Mr du ~efnc ayant efté
averry qu•il y avoit deux petits
Vai[fa.ux à Serfelle) prit cet
intervale pour les aller brûler, &
GALJ1\~~T. 131
y n1ar·cl1a avec fon Vai1feat1, le
j J'rNdent, le Teméraire , & t, Eole,
~J con1tnandez par le Chevalier
-~: de Lerv, B ea.t1 lieu, & Infreville,
.Il
: & huit des quinze Galeres, à la.
~~ teH:e dcfCJuclles cfroit le Cl1eva:
i lier de Noailles leur Lieu tenant
~ !i GeneraL L'un de[dirs petits VaiC.
~ [eaux fut brUlé Dar nos Cl1alou- ·~ \ .1 j pcs, & les Artifices n1anquerent
.··~~ .. fiJr l'(tutre. La Place fut cano .. -
;~ née, & cJle ri pofl:a d:; n1~fn1e. 011 ·
t.
;~l n ~a poîn t fceu au j u fte quel do 111-
~ 111age on y avoir f,1ir. De nofl:re
.'.4 pa.rt, nous y eufi11es prés de qu1~
:;.1 ranre Hon1mes tuez- ou l1Je1fez .. . . '
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Dt1 nombre des derniers c!l: Ie sr
de F-2"nneJon Enfeione de Navi ... l ~
r~ ~qui y a eu la ja1nbe en1portec
.
Mrdu ~efne de retot1r:> on crût
Ij6 tERCURE
.attaquer Alger le 28. a1ais une
groflè Lan1e du N ordefi, faifc1.nt
craindre du vent de ce coflé .. là ,
<]Ui eft le dangereux, & donnant
trop de n1ouvemenr aux V~j(:
feaux pollr qu ·on pu1l: tirer., on
fut contr~Ünt de iùr!Coir ju!qL1eç
au 5.. d' Aoufl: , tout ce r:en1p.s s'étant
paifé ei1 Brifes viol~ntes de
N ordeft , qui laiifoient la Mer
agitée, 111eünc lors qu'elles avoient
ceifé; mais enfin ltt Vent
s~efrant rangé au Oiiefr- Nord~
oüefi, qui fait là des Brifes réglées,
f u1vie.s de caltnes, on fe
chfpo(a à n1archer {l1r le foir , la
réfolution ayanr eflé prifc de faire
cette attaque de nuit, afi1~ que
les Ennemis profitaifent m:>ins
du temps qu,il ra.ut metrr~ à s2entraverfer,
pendant lequel on ne
GA~ LA tt~~1~·. I ~-7;
f.'Üt que îOuff1:ir du fe.u tn fans .enj
pou voir t:1ire ~
A. Co1n1rie l}Ordre de la Couf-·
eil:oit pofirif, LJHe Vaiifeaux, Ga ..
leres , & Galiotes, co111 batilfent,,1
Mr du ~eii1e a voit de cette !Or.-..
te diipof é les chofes.
Lt Sirint - ~/}rit, qu'il 1nonre
cette Can1pagnc, ren1orguê patl
deux Galcres, fe devoit aller po=ficr
N ordeft 8-l Sorroüeft de la~
Tour du Fanal; deux Galiotes-.
ren1orguées par une Galere fur.
f~1 gauc be, c 1 efr- à dire vers le
Sud; & J,~s trois autres mcnées.-
}Jar deux G-~leres fur la droite Î}'·
cfocft ... à-dire vers le Nord .. Tous ..
le~ VaiLTtaux en iùite s;>érenda11evers
le Sud &. v.ers le N.ord, de~
voient forn1er un Croifl:tnt au~r.
our du Mur ... qui fair la clofEuret
OtCZ:Obrc ~.~P~- M ..,.,,,,;
8 ~~ n <t-foM.t~ ÎR ~ J 1 1 . .t~ ~ "l~~.~ u ~ î!
dLt Port ; & chaque Galerc re_
inorguant un v~üffi~au, a prés l'avoir
n1is à fan Polle , fe devait
placer dans Jes întervales.
On con1n1enc;a à n1arcl1er
pour forn1cr cet Ordre de 13~ltai[_
le; niais la Brife ayant duré j uf:
<] ues fur le {àir_a!fez rard.,on n'avoir
pll. plûto{l: fe n1ettre en
nïarche, & la nuit nous ayant
ft1rpris avant que cl1acn11 11u!t
efrre dén1cilé , Mr du ~efne
voyant qu'il ne pouvoir cette
nnir ~ttta.quer qu, ~11 déford.re,
prit (1 ·~rec beaucoup de {3.geiTe, le
parry de 1notiiller où il fe trou ...
voir'Jc:~cfr-à-dire un peu plus prés
de L1 Ville qL1'auparJ.vant, & d,ar ...
tend t"e au Ie11den1ain à rcdreifer
ce qui n'efi:l)Ît pas a ('l place i
n1~us ce lc11den1ain les Vents re~
.J
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. -~1.
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G1\I.~Al~~T. 139
fituterent an N ordeft , & firent
perdre tot1t efpoir & toute pet~iëe
d'attaquer, parce c1u\~1 ff:él:1-
vcn1ent dés Ja 111o!ndre haleine
d c V cri t de c ~-? co {1:é ! à , la M · r
~'cnfl.-~ tj'unc n1aniérc extraordinaire
; & cc q u'îl y a de cruel;t
c\:f1:: que les rrols C]llârrs dtt
tcn1ps) ce Vent rcgnc dans cette
~ \_ ~ Il a de~ <-1 ll c j 'a y d.' ailleurs trouvée
pl us d1ficil e q u' 011 ne t11e l;ta voit
-... ,.
t1 ·.:T l"( 1"" ,,.,. t"
J ~ ~ ~· - r ..
l.
N nus dr1TH=:n r~l.n1es dans cette
fitL1ari{JnjufèJu'au 13 que les Vents
efl:.1nt enfin dc{ècnd us a l' 0 üefl:
N orroi_iefl: , nous firent cfperer
du caln1e pour la nuir fi.liv~1nte;
& certainc1ncnt on ne pouvait
pas dcfirer des apparences -de
ternps plus f1vorable ; auffi fe
!11ir ... 011 en é rat d' e11 profiter, ~
1'1l ij
~., Jf r:,· 2 {.-,, ~ ~RE J 40 .f\f l i~.1 1, -~lJ .$.. '4
cette fc}ls cl11cun efr;1nr exaéte ....
n·1ent à iOn poftc, on con1menca
.. ' l ) " -' .. de n1~rcher a L en r:re~ d.':! Ia n u1 t
avec tant de joye de la part des
Eguipages, que tout le monde.
efl:oit plein (f heureux· prclfcntin1ens;
1nais av:Lnt ciue nous fuf..
fions à Ll portée du Canon , le ...
temps fè broitilla ~ il parut des ..
E·c lairs 'il le Vent f:~ leva') fit en tUl
inil:ant le tonr tiu Con1pas.,Ia Mer
·groffir,Jes Gr~iins perpétuels nous.
fàifoient crai11dre pour nos M.:~tsl).
i1ous eftions à la Colle ; &· les.
Galeres, loin de lTous {ècourir ,.
efioient elles-n1efincs dans u11e
grande exrrémi té. H eurcufcn1ent
lcVen.t fe ten;.inr pendit quelque
tern ps du cofl:ê de la Terre,. les,
Vailîèaux firent voile & Ce mirent
.au largeoLes G;al.ercs_,fe fauvere.nt·
GAL,ANYT. r41
41 I:r.. Pointe du Cap cle l\1etifou .;:.
niais les pauvres Galiotes quiil
:ivoit fa lu pref que defagréer,pour·
Jai!.fer le jeu des Mortiers libre,~.
el1oienr dans une aflèz périlleufe·
contenance. Chacun neann1oit1s.
fc fccour<1nt foy-n1c!l11e dans ce
befoin '.) 011 rcpa!fa en di1igen€e·
quelques 1v1ànoeuvres.1 & f,tifant
volle dll H·unier1 à !)a.ide du Vencde
Terre, nous nous retirân1es à.
travers rorage,qui dura route la.
!Il
11 Ll-I t.
Cette di~!;race nous penfa o,fter·
tout efpoiro Il falloit que les Ga..,_
lcres, qui· fc !ùr~pafl:1nt elles-1nê~
rnes.j den1euroie11t avec 11ou.s de ..
puis 11uit jours, à bo-ut de toutes
fortes de vivres., parti!fent enfin
forcées par la. difetre de toutes,
chof es ; outr~e qu:e -c:e_s fortes de.· -
142 ~AERCURE
Bc1fl:in1ens (ont toûjours dans
certe Rade à detJX doigrs de leur
pcrrc, & dans l,abfence des GaJ~
res, il paroirfüir afièz dificile de
placer les G alio rcs ., de 111 aniere
t]U,on en tirafl: le !ervicc qu'on
• 1
~vo1t atten{1t1.
On paffa dans cette încertitu~
de, & dans le n1auvais ren1ps qni
continua jufgu'au 16,. que rv1r
du ~efi1e ayant in1;lginé un
n1oycn de Eonduire les Galiotes
prer c. Gl u l\ v,l~ u i .. ( l) J.:;',\. . 1g er, <Q.. .X. sl y e' ra.nt
~onfirn1é par le fenrin1cnt des
-Cl1evaliers de T ourvillc & de Le~
ry~ envoya porter par les Cha~
loupes des Ancres vers 1e 1Port à
une dif1ancc qu" on crut raîJOnna~
ble ~ & cin q V aiifeal1x furent
détachez') pour e11 s'approchant
.u11 peu plus que les autres; pren ....
' ..
G ALPi.l~T- 145
dri le bout c.{es An1arcs de ces
Ancres, & foûtenir les Galiotes
qui a~ devoient hiller deifus, &
s'entraverfèr lors qu'elles !èroienc
ailèz proche, fe rel1allant tot1t
de n1·~ii11~ juf qu\tu V ai(feau pour
le retour e
Le Vigilant, montê par le CI1e ..
-r.l 11 ier de Tourville J qui renait le
n1ilieu , & devait ef\:re vis-à vis
de la Tour du F~inal,avoir l' An1are
de id c·r1,cfle,; fur la droite .. !~
rai!lttnt, con1mandé paï Beaulieu>
a voit 11 :\rr1are <..i.~ la 1Y!tPJttçtt1;
1e, dont Goïtou a le con1n1ande1nent
5 & tout au Nord, le Che ...
valicr de Lery fl1r le Pruiient =a
voir celle de Lt Brâlttnte, coin~
111andéep.1r D:z~.:Tbi~rs,& Longcharnp
fous luy. A la g:1 t~cl1e du
Cl1evalier de T ourv illl:, F ora11
~44 lVlE F~ CîJ,R E
fur /' Etoille a voit 1, An1are de fit ..
.. Fo1Jd,-oy11nte ,. nlonrée par Boif.. .
f,ier; & tout àu Sud, Belle-Ifle
avec I e La11ricr.,. a voit celle de la
1Jorn.h4rde , con1n1andée par de
·Con1be, & dans la(1uelle ctloit
e1nbarqué Ca111elin , c~ pit~ine
,;i.e B.o-rnbardiers de Terre , en ...
\ 1oyé p.ar le lloy p.our cette Extlédi.
tion. J.
Cette maniére de fétÎre la Guer_
re eftant taure nouve He, les cl10~
.fcs ne purent c!l:re exécurées
av.e.c to·utc la jufreffe quio11 aurait
pû defil"era .Catnelin , qui
d~ailleurs travailloit avec beau ..
·Coup de zclc & d'a.ppljça,tion ~
n\1va.nt aucune connoifl~ince des
" ~l1ofe s de la M·~irine., ne pouvoic
pas f~avoir com1ne il fe fallait
p.o.frer danfi c.ett.e occafton ; de
forte·
GALANT. 145
efQ-rre que les Ancres fe trouv~
renr placez trop prés les uns des
auri-es ·; & les objets paroiffant la
t}uit: plus prés qul'ils ne {Ont effe ...
C1ivc-ment , elles efl:oient beau-coup
plus loin de Ja Ville qn•o11
n\ivoit prétendu. De cela n~iquirent
deux i11conveniens ; l"un,
que les Galiotes arrivantfL1r leur$ .
Ancres, fe trouverent ~u abordée5
1 ou pour le n1oins e1nbarraifées
les unes par les autres; &
raucre,que les Bombes allaient à
peine jufques dans le Port l &:
point du tout dans. la Vi lie.Nous
rnarchân1es enfin le foir du ::.1~
Aoufi:, le temps ne )$ayant pas
pern1is piùrofl: ; n1ais !Jt A mare
de fa -'-'! elfilCdnte S~ ercan t trouvée j
~~inbaraffée, elle 11e put arriver
que lon~ren1ps aprés, & elle fut
Oélobre 'k.P~ N
146 1E R C~URE
obligée de fe mettre da11s-un a.u..;
tre 11 ofl:e q11e celuy qui luy
fî1oit marqu·é:, /tt BrÛ/tJnte & i11oy
entre qui elle devoir efire, nous
efranr troL1vez· abordez en nous
entraverfant. La FgudroyAnte, qui
efl:oit fur 1na gaucl1e,efl:oit prefie
à ine toucl1er ; inais la Eomb11-rde
qui fut un peu plus lente,!è trou~
va raif011nablement éloignée de
nous. La Fo11dro.Jdnte commença
i tirer; je fui vis, &. la BrÛ/4nte un
mo111ent a prés. Les Ennen1is 111i.,,
rent feu à huit ou dix Canons ,
iàns en tirer davantageft Pour
nous 1 nous vîmes avec beaucoup
de déplaifir nos Bo111bes arden ...
tes, fur lefquelles on fe fondoir,,
principale1nenc dans la veuë
qu'elles brùleroient les Vaiifeaux
enne1nis;) c.réver toutes au f ortir
GALAN-T- 147
d:u Mottier; & nos Bombes ·ordinaires,
ou créver auffi, ou excepté
deux ot1 trois , ne porter pas
jufques à la Ville~ Dans ce chavrin,
011 ti-roit encor quelques
cV oups') lors qu ' un c.ie tnes l\;fortiers
)chargé d1une Bombe ardente,
ayant f:1it f:.1ux-feu,& la Bombe
continuant à s'enflân1cr fans
partir, je 111e vis red ui t à fou tFrir
JJincendie que je crus inévicable ..
Les Soldats Bon1bardiers de Ca...:
rnclin, qui i1,avoient entrercntt
mon EC) uipage que· des horribies
ravages de ces Bon1bes ~1rdentes
pref -cl1ant cerc:e fois d,cxcn1ple ''.)
& s>~fiant., à rexceptio11 de leur
Sergent & de deux ou trois autres,
jetrez à la Mer;; ou dans les
Cha1oupcs qui portaient nos
~1unitio11s, furent fui vis par la
N ij
148 ERc·uRE
plus grande partie de mes Ge11s,
cl1acu11 fe précipitant otl il pou ...
voit pour éviter la flânie. Et en_
fin, quelques ... uns de nies Offi.
ciers Mariniers efrant rcfrcz fi1r
l'Arriere,je n1e trouvay feulavec
111on Concren1aître, fur 1' Avant
oit cfl:oit le feu. Landoüillet1
Co1nn1iiîaire d1 Artillerie (.ie Ma~
rine, & Ilenau1t, deux de 1nes
an1is, qui ayant bien voulu s:.em~
barquer avec 111oy, voulurent
bien auffi ne me pas ab:i 11donn
er, deri.1eurerent à la Baterie
de derriere où ils efroient. Cependant
la Bon1be jettoit [es
Grenades & du feu gros con1n1e
deux Hommes, & je nie voyois
couvert de flân1es, ayant quaran ..
te Bon1bes ardentes dans la Ga~
.li ore, & tant d' at1tres chofes dans
GALANT. 149
un Navire propre à. s'cnflân1er.
Nous prîlnes 11eann1oii-1s la-réf o ...
lurion n1on Contren1aîcrc , u11
Soldat Bon1bardier qui ine ~int
joindre & rn o y') de _ te i1ter cl' é~
teindre le feu ; & con11ne 11ous
v'.1111es que les prémiers Séaux
d'eau Pa voient atnorty ,nous co11-
tinuân1es, & penda11t un infi:ant
:nous le crf1rnes éteint ; n1ais la
Bon1be reprenant vigueur, & les
Grenades & les Canons de M.ol1fw
guet qu'elle renfèr111oit, tirant dè
nouv2au ... la flâtne recon1n1enca. - ~ Nlais le pren1ier fuccés nous
nyant encouragez, nous retour-
1:â.n1es à la cl1arrre avec de r'eau"'\ 0 .+z
& enfin un de n1cs Soldats reve-
11u de fan épollvante, n1e voyant
....
autour du Mortier, y jetra un fi
grand Seau d'eau, que le feL1 :f é .., ·
N iij
1)0 M!!Rcu·R E
ceigt1j t à cette fois touc-·à-fait.
P lufieurs Chalot1pes qui étaient
autour de la Galiote, & que la
flân1e a voit obligé·es de .s1alar ..
guer, revinrent à bord. Le Sr Dcn1ont,
Lieutenant de la Galiote,
qtti pour quelque Manoeuvre
eftoit dans un Canot, fe rejerr::i. à
bord y voyant le feu .. Cepçndant
plufieurs Matelo-ts de ltt FouflroyitnwA
te, dont r A1nare iè trOLlVa COUpée
<.ians c-e d.é{Ordre, {C Jecceren·t
auffi à la Mer.
' Tous ces dé[ordres ayant fait
juger aux Cl1evaliers. deT onrville
& de Lery gui prenoient foin de
r At.a.que, CJU'il efl:oit à propos d:c
fe retirer~ ils en don11erent l'ordre,
que les Ennen1is nous Iaiffe ...
rent exéeuter L'lns nous inguié ...
ter , & à la pointe du jour 11ous
GALANT. 1)1
11ous trouvânies au mcf rne ea ..
clroi r d'où. 11ous eil:ions partis ..
Le n1auvais fuccés des Bon1-
bes a1·denres, la rarctC des beaux:
jonrs, & le pcril évident de fejouroer
dans une Rade auffi fca_
breufc que celle d,Alger dans
une faifon où les coups de Vents
d.evi~nnent frel1uens ~ fit croire
q ll~ on ne tente roi t plus rien cet -
~ .
te annee ; neann101ns con1n1e 011
avait re1narque que li quelques .
Botnbes ordinaires avoiét crevé,
if y en a voit eu pl u!ieurs qui n,a_
. ;- ,
voient 111anque que parce qu on
eO:oit trop éloigné, Mi: du ~eC
ne voulut bien faire une feconde
t~tntarive, & prenant des n1efures
{ ur ce qu1•- s ' e,_t o1• t patùr_er, o.n 11ort:t } e
26. d' aurres Ancres, que l~e Chevalier
de Lery fe cl1argea ,i,allc.~
N îiij
- - ..... ,.
152 MERCURE ~:.:'
1noüiller, & qui affez éloignee~ ..
les unes des autres , furent pla ...
cées à la portée du- PiftoJer du
Ml1r qui .f:'lit Ja clofture durPort_
Les Se11tinelles avant crié à nos J ~
Cl1aloupes , & !e Chevalier de
Lery pour réponfe les ay~tnt en ..
voyé pro11lencr , on leu1· cira
quelques coups de Ca11011.
Su~· le ..~ Ani ares de ces Ancres1
Jes Galiotes fe dif ooi(;rent à fe
~ baller,, Le 30. n'ayant pas fajc
plûtoft du te1nps propre, & le
pren1ier ordre ayan·r cfi:é chan ..
gé:. le Chev<tlier de Tourville qui
devoit rot~jOnrs avoir l;JAm~Jre de
lti Crttc!lt, alla n1oüiller vers l'entrée
du Port, où cette fois on ~
voulut placer cette GJ.liore,& le ·
Cl1evalier de Lery à r·autre cofté
tout at1N-oxd ,ayant t' r\mare de la
. r
r
'
.... ' . ,
' rJ_
1) .. ~
.~ . '
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-:.
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1
.. . . -.
_, :i
, ' "'· · -
r GALANT; 1}3
:·:; IJ0Îl1111tc) & entre elle & moy fur
.f n1a droit~ 111 }dcnaçantt, aidée par
:} le Ttmt1·airc-; La BomhArde, par le
.J L.1uritr; & L~i · }'audroyantc, par/' E-:~
tfJi lie.
·. ~
.-·j Dans cette difpofirion nous
-:: nons avançâ1r1es'.) & ayant eu le
· bonheur que n1on Amare ne·
:-.· trot1v;:1 aucun en1barras ~ j'arri,;
vay en plafe pour n1e traverlèr &
:: til"cr q1.1elciue cen1ps, av.anr: qne
-~ les autres Galiores-fuffènt à leurs ~
_ PoH:es ) particuli·::-re1ne~1t celles·
~- du ~{ or~.:i, qui n1.1lgré toute la vi"
gilance du Chevalier de Lery,.
tardercnt un peu ..
Les Ennecnis ne fnrcnt pas fi
dociles cette fois que la pren1ie"°
re. Dés que j'·eus tiré, ils fi1~ent 1111
grand f ~u Llui dura toute la nuit,.
t111t ll!r n1oy que !Ur les al1tres
-·
114 Ell·ClJRR
Galiotes ;. n1ais com1ne j,efl:oi~
juftement placé tievant un grand
Flan c~on con1p toit aifë n1e nt que
po11r chaque Bombe, ils ripo:
itoient aux autres Galiotes qua.
tre ou fix coups de Canon :1 & à \
]a n1ie11ne vingt on vingt .. deux, 1
& quelquefojs n1én1e davantage5
1
& ils ne ciroienr que lors qu>on
merroit le feu à la Bot11be, ce feu
leur e11fcignant le but oli il fal ..
loit fraoer. l Ce Manége dllra jufques prés
du jour que les Chev~liers de
Tourville & de Lefy, qoi cerce
nuit., comn1e toutes les autres en ...
fuite, fe rrouverent aux Attaques
da11s leurs Canots, où s1emb3.rquoient
pour Volontaires les
Ducs de Mortcn1ar& deVi~lars,
Marquis de Bellefo11ds, Con1tes
.
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.:.·. .. ..
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' .
.' ...
::i GALANT.- -155
·-~~ de Sebeville & du Cllala.r , &
:·:- plu fiet1rs a.utre.s, que f es Cl1e~a- .
Ji ers de T ourv1lle & de Lery ,d1sj
e,, donnérent ordre de fe retirer;
. ~ Jes Galioc:es qui avoient recell
.. ! plufieurs -coups dans le Bois, les
·i Voiles & les M~tnoeuvres, n"ell ..
-
' ren t nean 111 oins de mille ou douze
cens coups de Canon tirez par
les Ennen1is aucun Ho111me de
tué.LeComte deSebeville fur un
Londre que les Galeres avoient.
pris) & fur lequel on avoit mis
160. Hon1n1es, paffi1 la nuit entre
rentrée du Port & les Galeres
pour le~ fÜù tenir ; n1ais cc B afl:i ..
n1enr ne fè pouvant 1nanier, on
le de{~1rn1a enfuite.
Le let1demain on fceut par
quelques Efclaves qui fe :G1uve11:1
renr, que l'L confterna.tio11 efioit
' .
1)6 ERC!. "RE
extré111e dans Alger, qu'il y a voit
piL1ficurs MaifOns de rcnverf ées,
&:. quantité de Gens ruez. N ou,15
n'e11 eû111es neanrmoins un 1 afl:e ....
détail que par le Conful, envoyé
par les "Turcs quelques jours
apres , comn1e je le diray e11
fuite. On tira cette nuit cent
quatorze Bon1besb
~e1q ue tiiligence qu'on fit,
on ne pût {C tnettre en ét,lr de
retourner le lendcn1ain, & ce ne
fut que le fûir du 3. de Septen1-
bre , avec cetre circonfiance,
q n'a yanr cflé avertis par d\1utres
Efèlaves iàuvez depuis les
pren1iers 1 que les Algériens <i.rn1oient
la Galere l)llÎ eftoît rcf:
t-ée dans leuF Port, & quelques
Brigatins, pour venir enlever l.es
Galiotes, on en renfor~a les EGALANT.
157
quipages. ~"av~s de ces Efclav~s
ne fut pas 111uc1le; & co111me Je
1ne trouvais le premier au paffacre,
je 111e cr{1s obligé de prend~
un peu plus de {Oi11 & de
n1011de qne les autres , qui 11e
pouvaient eflre attaquées qu'a ..
prcs n10 y. P 1 ufi.curs Ca pi tain es
des Vaiilëaux qui i1·avoient point
efié co1nn:1andez pour s'approcher,
vinrent incoe:nit1J à cette .......
Action,&. parciculierement chez·
n1oy le Marquis de la Porte, Sc
Je Baron de P aliere.
Les En11e1nis nous laifferent
placer {3.ns nous inquiéter; 8c
con1n1e par les foins du Chevalier
de Tourville, & n1011 bo11l1eur
pJrt1culier ~ 111on An1are eftoit
tol1jou~s fani elnbarras, je pûs
l~ncor tirer quelque temps avant
.. ~
118 1ERCURE
que les autres Galiotes fuffent
en place, celles du Nord, c•efi: à
dire /4 Br#lante &.. la FfJNdroyanre,
qui fe halloient fur une mefme
Amare, s 'e!l:a11t: en1barra1fées
l'une avec l2'aucre, n'arriverenc
que tard. Les autres n1e Jû.i virent
d1ai1l:z pres6
Les Ennen1is ne répondant
point à nos Bon1bes co1T1n1e ils
a voient fair, ce filence fit juger
que leurs Bailin1t1ns eftoient del1ors
pour nous attaquer, & Ie
Major m,e11 vint avertirs En ef~
fet, un moment apres, la Cl1a ..
loupe qu'on a voit 1nife de garde
à l'e11trée du Port, fit le fignal
qui luy a.voit eité prefcrit en cas
de rencontre d'E11nen1is, & je
vis la Galere accon1pagnée de
quelque Briga11tin, voguer droi~
..'
1
1.
GAl~'. t'A\. N~~ - . 159
Qefrns ma Poupe~ En n1efn1e
temps les Cl1evaliers de Flavacourt
& de la Guicl1e, qui
comn1andoient les Chaloupes
de l~ Indien & dt' G,hevat
MArin :t 1n, aborderent , & me
renforcerent de tous leurs Equipages.
J' a vois i bord trente
Homn1es du Chevalier de Tour ..
ville 1 comn1andez par Blena(;.
Il y a voie outre cela une Troupe
d' Officiers qui eil:oie11t venus
V olonraires, plufieurs Volontaires
& Gardes de la Marine; de
!Orce que ne doutant pas que fi.
la Galere m·abordoit, ce ne fut
deiâvantageufemenr pour elle ' ,,
je faifOis faire filence pour luy
oiter la connoiilà11ce du n1onde
que j .. avois, qui alloic bien à fix"'
t!1ngts Homn1es; inais comme
•
i6o EJRCURE
elle fut alfez procl1e, un zele iit,,
di!èret a)1ant fait crier à quel..
qu~un, Yi"We le Roy, le refie ré_
po11dir, & dans ce ttunulte la Ga ...
Jere commen~a à faire feu de fa
Moufqueter-ie & de fo11 Canon;
n1ais au lieu de venir droit à inoy,
elle me prolongea. Je crûs a]ori
qu" elie n1e vouloit aborder par
la Prouë. J,y paOE1y pour y dond
ner ordre, faiianr fa1re en 111efi11e
ten1ps feu ·de Moufqueterie &
-d~ Artillerie, ce llui l~obligea de
faire pafie ... vogue pour fe retirer
de deffous, & elle alla fonder la
Me.n11çAnte qui efi:oit à ma droire,
&. qui l1a yant à peu pres reçeuë
de mefi11e, acheva de la mettre
en defOrdre ; de forte que fans
!Ça voir ce qu,elle fc1ifoit., elle fit
le tour de la BombArde , dont elle
· .,,., !\ J #
4
:.. ~. ...: ! nL~J·\. N~l ~ I 6I
·'.~ eff\.1ya le feu en regagnant le Mur
: dn Porr, le long. duquel elle fe
. retira. Avec cela j c n .. eu$ q u ~un
·~ Homn1e de rué d'un conp Ce
;: Moufquec ; & fc Chevalier· c·e
) Cornn1l nge, fur je croy Ie . feul _
] bleffé ii.1r Ill Jt1e1Jtifante, & De11 ..
:·_ n e v i 11 ~ tué . .
:_; Auffitofl: que la Galerc m1ellfê
~ dépa!fé, Fandotiillet qui faifoit
exécuter les rv1orriers 1 les ayant
prefts, j'inGft1y pour les. faire
_ JOlier pendant qu'elle eOEoit aux
· n1:tins, afin q uc les Ennemis 11e fe
p{1ifcnr vanter de nous inrerron1 ...
:l pre. On tira donc comn1e aupa__
, ravant , & nolls fifi11es par· là
.~ éteindre les feux de joye que les
:~ Femtn.es allt1n1oier1t da11s A.l\.lgert: -
·-~ croyant déja quel<1nes Galiotes
·. enlevées.
--~ OLCZ.obre i1P~ 0 ... ..._ . . ....
... -·.. ·,
'•
1
·i
_.-,.
~.
162 Iv1ERCURE
Le refte de la nuit fi! pa!fa à
coups de Botnbe de 11ofl:re part,
& de Cano11 de celle des Enne ..
n1is; niais un brouillard G épais,
qu'à peine en fe touchant fe
voyoit- on,. fit que le feu fut plus 1
lent de part & d'autre q-u•iI 11,au ..
roir efté. Il v eue cent Bon1bes ~ & environ fix cens coups-de Ca ...
non tirez , & 11ous 11ous retirâ ..
mes à 11oil:re ordinaire à la pointe
du jour avec p1u.fieurs coups dans
!es Galiotes 1 fans que per!Onne
c11 fur touchéi.
Ce jour qui efl:oit le 4. le Pere
VaCher , Con-f ul des- François à
Alger 11 vint a bo-rd de Mt dn
Q2efne dan·s la Chaloupe du
Çoncre.AdnTiral de Zélande, qui
efl:oit là pour le rachapt des Efclaves
cte fa Natio11> & dit que
GAL/\1'lT. 16~
}erflatin le Roy &. les principaux
d'Alger l'avaient envoyé chercher,
& l'a voient forcé de venir
vers Mr du ~efne, pour fonder
s'il y auroit lieu à quelque ac ..
comlnoden1e11t Mais Mx du
~efi1e répondit, qui.il ne pou ..
voie rien écouter de luy , & que
fi les Algëricns avaient quclCJue
cho(e à detnandcr, il fi1lloit qu,ils
con1lnenc;atfent par venir e·ux112
rnefi11cs. Ce Contùl s~en retour-.
na a vee cette ré·ponfe ~ in ais il
nous apprit auparavant que dans
Je~ deux nuits, dont je vie11s . de
Parler .. 011 a voit abattu cinQuante ~ # ~
l\1aif on s ; que la 111oi cié de la
fienne otl efl:oit la Chapelle, 5'.
la moitié de la grande Mo{ q uée.,
eftolent cornprifes dans ces rui~
nes, làus 1efquelles on co1111oif:
.o iJ
·~6 4 'i! ~; t l r~p u1~ ~ {~~,,1 uR~~
-!cit dCJa qu'il y a voit plus de cing
cens peri(J11nes en[evelies ; qlle
tout eftoit dans une contl:ern~ ...
tion cxtrén1e; que les Turcs fc
dé1n-en tJJ1t de letlr orgueil) loin
dt1 n1épri3 q-u'ils té\noignoient
pour les François il y avo-it quin .
. ze jon-rs, en par Io.lent alors avec
relp~a; que toutes les Fcn1n1e.s
& les En h1ns a voient quirré la
Ville.,. & qu'il a voit parLt trente
Hon11nes de ruez fur la Galere,
i la {Ortie qu.'elle avoit·faite, iâns
ceux q-uc 1,,on avoit cachez au
Peuple; & enfin il fupplia M[
du ~efD·e de fi1fpe11·dre Jes cho ...
[es au n1oins ponr ce jour. Mais
co rr1 n1e il fit fort beau,.011 ne crûe
p.:t~ dcvoi r perdre ce te1n ps, &
nous n1.arcl1âtnes à nofire ordiJ
i1a1rc la. nuit dt1 q uacte au cü1UJ
GAL,il\NT. I6,·
. quién1c , a vcc cette exception
que 1' A mare de la Me'lltrça?Jte
a)~ant efl:é coup Ce le f oir precé ....
dent , & G oiton qui la co01 n1ande
s'eftant bleifé àla tefl:e par
une cl1ûte, cette Galiote, non,
plus que t~ B,-ûlante, ne pdt eil:re
de l'expédition ; j, eus eiicor le
plaifir de tirer quelques Bombes
av,inc que les autres Galiotes:
futfent placées. Landoüillet faifoit
toltjour executcr les Mor~.
tiers dans la Crue/le 1 Et quoy que
pa-r un cerrain I1~izard toure la di~
reétion en fut rolnbée encre les
n13in.s d,_un autre.,. on connut af~
fez qu)il n\~ftoit pas inférieur i
celuy qui en cf toit chargé .. O·n De
tâch:-1 certe nuit qu•à don·ner d::111s
le Port, 1- fin de crev-er quelqu\.tn
des. Vaiifeaux, & on demeura j:u~-
166 ERCtJRE
qlf"au point du jour, co1nn1e on
avoit accoûcun1é de faire; & par !
un bonl1eur particulier, qlloy t
que les Enne1nis s'efl:ant ajuf tez,
donnaffent plufteurs coups dans
ma Galiote)il n'y eut perfonn~
de tué>~ _f en fus quîtte pour des
Mails & des Agrez. Mais la Brûlante
ayant le iOir precédent en fe
retira11t receu un coup de Canon
de foixante & quarre livres de
balle à fa Poupe, a voit eu de ce
mefine coup douze Hom1nes
tuez ou bl~ifez; & une Barque
qui efroit dans fon Voifinage,.
hllit d'un autre cot1p 111îs en p;10-
reil état .. Des deux Galere.s qll~..,
ont les Algériens , l'une eft.ant
à la Mer parut de retour au Soleil
levant de ce mefine jour, &
i~autre la ~int . recevoir au del1ors .
GALANT. 167
•
·.~ dn Port ; & con1rne on Jugea
~;1 d~in1 portalî~C d'üfter ~aux _Enne ...
111is la penfee que la Jonl1:1011 de
~ ce~ deL1x Galeres fut capable
~ d'111terrompre le cours des a~
él:ions , & qu'il fit encor beau
:; tout ce jour, -on fe prépara le
: foir à retourner à l'ordinaire, &
1 ·' en érat de faire partager le péril
aux Galeres, fi elles avoie11t tenté
quelque chofe, chacune des
trois Galiotes,_ la CrNt!le, la Bom~ ·
/J,1rde, & l.a FeuJrnyante ~ qui fe
trouverent prefies à marcher 1'.t
eftan t fortifiées par une Barque
dont 011 avoit auOE renforcé l'é·..
qui page .. - Mais dans l'"inftant que
r·on con1111en'ioit à n1archer,l,air
fe brottilla tout d'u11 coup, &
loit1 de c;on1batre, fit fOnger . à
prendre des précautions co11rre .
...
168 ERCURE
les accidens du mauvais ten1ps
qui fuivic effeél:iven1e11t, & qui
depuis a continué, en forte qu~il
n'y a eu aucllne apparence de
• • rien tenter ;. au contraire ne pou_
vant~, fâns l1n peril lnanifefie,
faire dans cette faifon où les tour ..
1nentes font fréquentes, refler
des Bafrimens qu7il faut ouvrir
de tous coftez pour le n1ettre en
état de f,tire leur cxecnrion , il a
fallu fe réfoudre à quitter la Ra.
de d'Alger., avec cette confola ..
tion , que fi 011 n\t pas dompté
cette Ville, 011 l\i au •11oi11s n101· ..
tifiée & trouvé un n1oyen in failli~
ble, ou de la détruire, ou de luy
faire de.tnandcr la Paix à ge ..
no11x~
Un- Efclavc fauvé Ie 9 .. nou~
apprit que le retour àe la Ga ..
ta lerc
..
:-~~i GAL• A3-N~.i • l 69
:~· iere dont ray parlé, a.voit retar-
:~ dë le départ d1un Chaoux defl:i;~
111é vers Mr du ~efne , pour Iuy
if venir faire des P ropofitians; mais
j }es Algériens connoi.!Iânt que la
::-î f Jan ce ne leur veut donner la
·~ P~tix que le bâton haut, &. ne
f pouvant ell:re de pire condition,
.,: ~voient réfolu de faire encor u11e .
; tentative avec le renfort de cet- ,
· te GaJere ava11t de pJrlcn1en ...
ter. Cet Efclave ajoûta que la.
nui:: derni~re, parce tl ue routes
les Bon1bes eftoient tombées
dans le Port, oit l'on avoir b;·izé
un Loodrel fracaf.Té tour r A V~tnt
d\tn Na vire ciui efi:oit fur les
Chantiers, & crevé les caftez
de deux autres ; on n, ~t voit\ disj
e, abatu que trois Maj{Ons 1 ~i:.
les Ro1nbes efl:oit11t totnbées
O[fobre l-a P. P . ..• .
. .. - .~. '. . . . -~ ..
... . .. T . _,;
.
"1
:-. ....
'
170 MERCURE
dans le Port, parce que !1011 n'a~
voit râcl1C cette 11uit qu'à détruire
leurs BaU.imens, je ci-oy pouvoir
dire que la 1naniere dont
leurs Galeres auraient eflé re_
ceuës, n'aurait pas contribué à
leur faire faire une Paix a vanta_
gellfC. Voila ce qui s'ell: paifé
cette année. Aparen]n1e11c qt1e
la procl1aine donnera de plus
2 r _tnds évene111ens.
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Résumé : RELATION DE Mr DE POINCTI.
L'expédition militaire française contre Alger, dirigée par Monsieur du Quesne, débuta le 21 juillet avec une flotte composée de onze vaisseaux de guerre, quinze galères, cinquante galiotes, dix brûlots, quelques flûtes et petits bateaux. Des retards dans la préparation des bombes et des galiotes reportèrent l'attaque initiale. Pendant cet intervalle, Monsieur du Quesne brûla deux petits vaisseaux à Serselle. L'attaque fut finalement lancée le 1er août malgré des conditions météorologiques défavorables. Les forces françaises formèrent un croissant autour du mur de la ville. Cependant, l'inexpérience de certains officiers, notamment Cathelin, entraîna une mauvaise placement des ancres, causant des problèmes lors de l'attaque. Les bombes ardentes, destinées à incendier les vaisseaux ennemis, échouèrent souvent à atteindre leur cible. Plusieurs incidents perturbèrent les opérations françaises, comme un incendie à bord d'une galiote causé par une bombe ardente, semant la panique parmi les soldats. L'attaque fut annulée et les forces françaises se retirèrent le lendemain matin. Une seconde tentative eut lieu le 26 août avec de nouvelles ancres placées plus loin les unes des autres. Les galiotes subirent de nombreux coups de canon sans causer de dommages significatifs aux forces algériennes. Les pertes françaises furent minimes, avec seulement quelques blessés. Des esclaves évadés rapportèrent que la situation à Alger était chaotique, avec de nombreuses maisons détruites et des victimes. Un consul turc fut envoyé pour négocier, mais Monsieur du Quesne refusa toute accommodation. Les Algériens, après avoir refusé une demande française, subirent des attaques nocturnes causant la destruction de bâtiments et la mort de nombreuses personnes. Les Turcs, humiliés par les Français, préparèrent une contre-attaque. Les Français tentèrent des opérations nocturnes pour endommager les vaisseaux ennemis, mais une galère française, la Brûlante, fut endommagée et les galères algériennes subirent des pertes. En raison du mauvais temps, les Français durent renoncer à leurs opérations et quittèrent la rade d'Alger sans avoir atteint leurs objectifs. Un esclave évadé rapporta que les Algériens préparaient une nouvelle tentative avec le renfort d'une galère. Les attaques françaises visèrent principalement à détruire les bâtiments ennemis, sans succès notable pour forcer une paix avantageuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 3-9
AU ROY SUR LA CONVERSION des Hérétiques.
Début :
L'avantage de détruire l'Herésie apres avoir triomphé de ses Ennemis, / Grand Roy, lors que touché de nos justes souhaits, [...]
Mots clefs :
Hérésie, Triomphe, Ennemis, Roi, Victoire, Vaincre, Paix, Guerre, Ardeur , Hérétique, Exploit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY SUR LA CONVERSION des Hérétiques.
L'avantage de détruire
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.
Fermer
31
p. 91-95
AU ROY DE FRANCE.
Début :
Lettre de la Royale & insigne Ambassade du grand Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Amitié, Royaume de France, Offre, Ambassadeurs, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY DE FRANCE.
AU ROY DE FRANCE.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
Istre de la Royale
la Royale & infigne
Ambaffade du grand
Roy du Royaume deSeryfurthia,
qu'ilenvoye à vous, o tres-grand
ex tres puiſſant Seigneur des
Royaumes de France & deNa
-Durre , qui avez des Dignitez
Suréeminentes , dont l'éclat la
Splendeurbrillent comme le Soleil,
Vous qui gardez une Loy tres
excelleennttee &parfaite & cest
auffipour cette raison, que com
vous gardez foûtenez la Loy
८
4
Hij
92 MERCURE
laJustice , vous avez rem
porté des victoires fur tous vos
Ennemis , & que le bruit
la renommée de vos triomphes
s'est répandue par totes les Nations
de l'Univers. Or touchant
les Lettres de la Royale Ambaſſade
, & pleine de Majesté,
que Vous , o Tres - grand Roy,
nous avez envoyée par Dom
François Evesque , jusque dans
ce Royaume ; & apres avoir
copris le contenu de vostre illuftre
elegante Ambassade , noftre
coeur Royal a este remply &
comblé d'une tres-grande joye,
& ay cu foin de chercher les
ن م
GALANT. 93
moyens d'établir une forte &
ferme amitié à l'avenir; & lors
que j'ay vú le General de Surate
, envoyer fous vostre bon
plaisir un Vaisseau pour prendre
nostre Ambaſſade & nos Ambaffadeurs
, pour lors mon coeur
s'est trouvé dans l'accompliffement
de ſes ſouhaits
defirs ,& nous avons envoyé
tels &tels , pour eftre les Porteurs
de nostre Lettre d'Ambaffade
, & des Préfens que nous
envoyons àVous , o Tres-grand
Roy, afin qu'entre Nous ilyait
une parfaite intelligence , une
parfaite une veritable union
4
de ses
)
94 MERCURE
<
& amitié , & que cette amitié
puiſſe effre ferme & inviolable
dans le temps à venir. Que fi,
ô Tres- grand Roy , vous defirez
quelque chofe de nostreRoyaume,
je vous prie de le faire déclarer
àvos Ambassadeurs. Lors que
les meſmes Ambaſfadeurs auront
achevé, je vous prie de leur
donner permiffon de 's'enrevenir..
afin que je puiffe apprendre les
bonnes nouvelles de vosfélicitez,
Tres-grand & Paiffant Roy,
de nous envoyer des Ambaffadeurs,
que nos Ambaffadeurs
puiffent aller & venirfans!
manquer;Vous priant que noftre
GALANT. 95
amitié ſoit ferme & inviolable
pourtoûjours ; &je conjure la
Toutepuiſſance de Dieu , de vous
conferver en toutes sortes deprof
péritez, & qu'illes augmentede
jouren jour, afin que vous puis
fiez gouverner vos Royaumes de
France & de Navarre , &je
le ſuplie qu'il vous agrandiſſepar
des vistoires ſurtous vos Ennemis
, &qu'il vous accordé une
longue vie, &pleine de profpéritez.
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Résumé : AU ROY DE FRANCE.
Le roi de Seryfurthia adresse une lettre au roi de France, exaltant sa grandeur et ses victoires. Il exprime sa loyauté et sa joie après avoir reçu les lettres de la royale ambassade envoyée par Dom François, évêque. Le roi de Seryfurthia souhaite établir une amitié forte et durable entre les deux royaumes. Il annonce l'envoi de vaisseaux et d'ambassadeurs pour renforcer cette alliance et invite le roi de France à formuler toute demande spécifique. Il prie pour la prospérité et la longévité du roi de France, ainsi que pour des victoires sur ses ennemis. La lettre se conclut par un vœu de conservation et d'augmentation des prospérités du roi de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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32
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
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Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 67-69
LA FRANCE.
Début :
Un Anonime a fait parler la France à la Fortune, sur ce que le / Aveugle Déesse, dis-moy, [...]
Mots clefs :
France, Fortune, Déesse, Roi, Prince, Univers, Clémence, Sagesse, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE.
Un Anonime a fait parler la
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
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34
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
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Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
35
p. 116-141
« Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Début :
Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...]
Mots clefs :
Académie française, Jean Racine, Jean-Louis Bergeret, Gloire, Roi, Parler, Corneille, Esprit, Discours, Vertus, Histoire, Rois, Protecteur, Nom, Paix, Ennemis, Lettres, Place, Royaume, Compagnie, Justice, Monde, Attention, Avantage, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monfieur de Corneille ayant
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
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122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
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MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
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Résumé : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monsieur de Bergeret prononce un discours à l'Académie Française, soulignant la grandeur de cette institution qui attire les plus grands princes. Il rend hommage à Monsieur de Cordemoy, louant ses vertus morales et chrétiennes, ainsi que ses talents intellectuels. Cordemoy avait entrepris une grande histoire des rois de France, restée inachevée à cause de sa mort prématurée. Le discours est suivi d'un éloge du Cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie, célébré pour ses contributions à la gloire de l'État et son rôle de protecteur des lettres. Le roi est ensuite loué pour ses qualités exceptionnelles telles que la prudence, la justice, la valeur, la modération, la bonté et son zèle pour la religion. Ses actions pendant la paix et la guerre, notamment la conquête de places stratégiques sans combat et la gestion efficace du royaume malgré les menaces extérieures, illustrent ces vertus. Monsieur Racine, directeur de l'Académie, répond aux nouveaux académiciens en soulignant l'importance de Pierre Corneille pour le théâtre français. Racine décrit l'état chaotique du théâtre avant l'œuvre de Corneille, qui a introduit la raison et la vraisemblance sur scène, surpassant tous ses contemporains. Il compare Corneille aux grands tragiques de l'Antiquité et souligne son impact durable sur la littérature française. Le texte mentionne également la gloire de la France, qui se glorifie d'avoir produit des figures illustres comme Auguste, Horace et Virgile, et prédit que le siècle sera admiré pour ses victoires prodigieuses. Corneille est décrit comme une merveille parmi ces exploits. La France se souviendra avec plaisir que, sous le règne de Louis XIV, le plus célèbre de ses poètes a fleuri. Le roi a honoré Corneille de ses bienfaits, même deux jours avant sa mort, en lui envoyant des marques de libéralité. Les dernières paroles de Corneille ont été des remerciements à Louis XIV, qu'il a loué pour sa probité, sa piété et son esprit de douceur. Racine adresse ensuite la parole à Bergeret, soulignant que l'Académie française a perdu en Cordemoy un homme dédié à l'étude de l'histoire ancienne, mais a choisi un successeur compétent en Bergeret. Ce dernier, après avoir été l'organe d'un parlement célèbre et occupé un emploi important dans l'État, apporte à l'Académie une connaissance parfaite de l'histoire et des livres, ainsi que de l'histoire de son protecteur. Racine loue Bergeret pour sa connaissance des grands événements, des traités, des alliances et des négociations sous le règne de Sa Majesté. Racine mentionne également la supériorité de la France dans les négociations, contrastant avec les politiques passées où la France était souvent désavantagée. Il souligne que l'Espagne, autrefois orgueilleuse, a dû reconnaître publiquement son infériorité et abandonner des places et provinces importantes. Ce changement est attribué à la puissance et à la justice du roi, qui n'a besoin que de déclarer ses volontés pour les voir exécutées. Racine conclut en louant le roi pour sa résolution de mettre fin à la guerre et pour son habileté à tracer des lignes de paix que les ennemis ont dû accepter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 141-143
SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Début :
Cet Article m'engage à vous faire part de deux Sonnets, qui / Lors qu'Auguste eut calmé les tempestes civiles, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Roi, Ennemis, Tempêtes, Peuples, Indocile, Fertile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
SUR LA PAIX
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
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Résumé : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Le texte célèbre la paix accordée par le roi à l'Europe, comparant ses actions à celles d'Auguste, qui apaisa les troubles civils et soumit l'univers à son règne. Louis, maître du monde par ses victoires, choisit de limiter ses conquêtes et de se présenter comme le dieu de la Paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 170-172
Autre sur le nom de M. le Marquis de Dangeau, [titre d'après la table]
Début :
La premiere de ces deux Enigmes a esté expliquée sur le nom de Mr le / Quelle nouvelle Aritmétique, [...]
Mots clefs :
Arithmétique, Esprits, Pythagore, Ennemis, Diadème, Apôtres, Nom, Apollon, Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre sur le nom de M. le Marquis de Dangeau, [titre d'après la table]
La premiere de ces deux Enigmes
a efté expliquée fur le nom de M le
Marquis de Dangeau , par M Bonvallon
du Limofin. Ie croy vous obliger
en vousfaifant part de cette Explication.
Q
Velle nouvelle Aritmétique,
Pour embarraffer les Efprits,
Vicnt fe mefler, Mercure, aux Enigmes
fans prix
De ta galante République?
Trois & quatrefont ſept, ce calcul eſt aiſe;
Les fept parts font le tout, je le comprens
encore
Sans les Nombres divins du profond Py
thagore,
Je ne m'y fuis pas abufé;
Maislors qu'il s'agit de décrire
Quellesfont ces fept parts, quel enfin eft
ce tout,
Mon Art de déchiffrer eſt tout àfait àbout,
Et je n'ay nul deffein de rire.....
du Mercure Galant.
171
Tudis quela part du milieu
Parmy nos Ennemis occupe un triple lieu.
Ces Ennemis, feroit- ce point l'Espagne,
Génesfuperbe, & la fiere Allemagne?
Mais dans ces Nations qu'eft- ce donc que
AM tu agis.IN
Troisfois?
De l' Alphabet c'est la Lettrefeptième,
Nombre mistérieux qui vaut un Diademe.
O Dieux ! fi je pouvois, toin du Peuple
Etranger,
Délivrerdu péril trois qui font en danger,
Tirer du Tombeau les trois autres
Enfevelie's fous lesflots
Au plus profonddes Eaux,
Ne meprendroit-on pas pour quelqu'un
des Apoftres?
Apoftre ou non, le miracle en eft fait.
Venez Dan, fortez eau, vous, Lettre mitoyenne
,
Placez- vous entre deux, vous formerez
fans peine
L'heureux Nom de Dangeau , qui ne
craint en effet
Pij
172
Extraordinaire
Ny périls de Fortune,
Ny la Parque commune.
Son Maistre eftantfavory d'Apollon,
Et des plus honorez dans le facré Vallon,
D'un Pinceau délicat il tracerafa gloire
Sur les mefmes Autels du Temple de Mémoire,
Et fes traits animeż
Dont nousfommes charmez,
Donneurs de vie, & de vie immortelle
L'éternifent auffi parfa Mufe fidelle.
a efté expliquée fur le nom de M le
Marquis de Dangeau , par M Bonvallon
du Limofin. Ie croy vous obliger
en vousfaifant part de cette Explication.
Q
Velle nouvelle Aritmétique,
Pour embarraffer les Efprits,
Vicnt fe mefler, Mercure, aux Enigmes
fans prix
De ta galante République?
Trois & quatrefont ſept, ce calcul eſt aiſe;
Les fept parts font le tout, je le comprens
encore
Sans les Nombres divins du profond Py
thagore,
Je ne m'y fuis pas abufé;
Maislors qu'il s'agit de décrire
Quellesfont ces fept parts, quel enfin eft
ce tout,
Mon Art de déchiffrer eſt tout àfait àbout,
Et je n'ay nul deffein de rire.....
du Mercure Galant.
171
Tudis quela part du milieu
Parmy nos Ennemis occupe un triple lieu.
Ces Ennemis, feroit- ce point l'Espagne,
Génesfuperbe, & la fiere Allemagne?
Mais dans ces Nations qu'eft- ce donc que
AM tu agis.IN
Troisfois?
De l' Alphabet c'est la Lettrefeptième,
Nombre mistérieux qui vaut un Diademe.
O Dieux ! fi je pouvois, toin du Peuple
Etranger,
Délivrerdu péril trois qui font en danger,
Tirer du Tombeau les trois autres
Enfevelie's fous lesflots
Au plus profonddes Eaux,
Ne meprendroit-on pas pour quelqu'un
des Apoftres?
Apoftre ou non, le miracle en eft fait.
Venez Dan, fortez eau, vous, Lettre mitoyenne
,
Placez- vous entre deux, vous formerez
fans peine
L'heureux Nom de Dangeau , qui ne
craint en effet
Pij
172
Extraordinaire
Ny périls de Fortune,
Ny la Parque commune.
Son Maistre eftantfavory d'Apollon,
Et des plus honorez dans le facré Vallon,
D'un Pinceau délicat il tracerafa gloire
Sur les mefmes Autels du Temple de Mémoire,
Et fes traits animeż
Dont nousfommes charmez,
Donneurs de vie, & de vie immortelle
L'éternifent auffi parfa Mufe fidelle.
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Résumé : Autre sur le nom de M. le Marquis de Dangeau, [titre d'après la table]
Le texte présente une énigme et son explication, attribuée à M. Bonvallon du Limosin, concernant le nom du Marquis de Dangeau. Cette énigme, publiée dans le Mercure Galant, utilise des nombres et des lettres pour décrire une situation politique. Elle mentionne 'trois & quatrefont sept' et parle des 'fept parts' et du 'tout', sans que l'auteur comprenne ces 'fept parts' sans les nombres divins de Pythagore. L'énigme évoque également des ennemis potentiels comme l'Espagne, Gênes et l'Allemagne, et une lettre de l'alphabet, la septième, qui vaut un diadème. L'auteur souhaite délivrer des périls trois personnes en danger et trois autres ensevelies sous les flots. Il mentionne un miracle accompli et la formation du nom 'Dangeau' à partir de lettres. Le Marquis de Dangeau est décrit comme ne craignant ni les périls de la fortune ni la mort commune. Son maître, favori d'Apollon et honoré dans un vallon sacré, tracera sa gloire avec un pinceau délicat sur les autels du Temple de Mémoire. Les traits animés du Marquis, sources de charme, donnent la vie et l'immortalité, éternisés par une muse fidèle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 237-238
POUR LE ROY. SONNET.
Début :
Chérir la Paix, les Arts, la Justice & la Gloire, [...]
Mots clefs :
Paix, Justice, Art, Gloire, Ennemis, Prince, Victoire, Histoire, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY. SONNET.
POUR LE ROY..
SONNET.
Hérir la Paix, les Arts , laJuſtice &
CHerir
la Gloire,
Eftre Pere du Peuple, eftre Arbitre , eftre
Roy,
A tousfes Ennemisfçavoir donner laloy,
Ffurfespaffions remporter la victoire.
238
Extraordinaire
*
Grand Prince, ce font-là les traits de ton
Hiftoire,
Ces merveilles un jour ſurpaſſeront lafoy,
Aufeul Nom de LOUIS l'Aigle trem»
ble d'effroy,
Et l'on voit le Lion en craindre la mémoire..
03
Tufais récompenfer le mérite achevé,.
Abatre le Duel & le Schifme élevé,
L'Heréfie à tes yeux n'a plus l'air intrépide..
Ce Culte qu'on rendoit à defaux Iinmor
rels ,
Au redoutable Mars à l'invincible Alcide,
Eft rendu par tesfoins au Dieu de nos
Autels..
L'ANONIMEL
SONNET.
Hérir la Paix, les Arts , laJuſtice &
CHerir
la Gloire,
Eftre Pere du Peuple, eftre Arbitre , eftre
Roy,
A tousfes Ennemisfçavoir donner laloy,
Ffurfespaffions remporter la victoire.
238
Extraordinaire
*
Grand Prince, ce font-là les traits de ton
Hiftoire,
Ces merveilles un jour ſurpaſſeront lafoy,
Aufeul Nom de LOUIS l'Aigle trem»
ble d'effroy,
Et l'on voit le Lion en craindre la mémoire..
03
Tufais récompenfer le mérite achevé,.
Abatre le Duel & le Schifme élevé,
L'Heréfie à tes yeux n'a plus l'air intrépide..
Ce Culte qu'on rendoit à defaux Iinmor
rels ,
Au redoutable Mars à l'invincible Alcide,
Eft rendu par tesfoins au Dieu de nos
Autels..
L'ANONIMEL
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Résumé : POUR LE ROY. SONNET.
Le sonnet célèbre Louis XIV, mettant en avant ses qualités et réalisations. Il souligne la paix, les arts, la justice et la gloire, ainsi que son rôle de père du peuple et de souverain. Le texte évoque ses victoires militaires, sa maîtrise des passions et sa loi imposée aux ennemis. Il prédit que ses exploits surpasseront la légende, le comparant à un aigle et un lion. Le sonnet mentionne la récompense du mérite, la suppression du duel et de l'hérésie, et le transfert du culte des héros païens aux dieux chrétiens. Il se termine par une référence à la dévotion religieuse et à la protection divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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39
p. 163-169
A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Début :
Vous avez esté si satisfaite de divers Ouvrages galans que / Iris, sortez de vostre Cage. [...]
Mots clefs :
Iris, Dieu, Sagesse, Repos, Péril, Aventure, Hommage, Ennemis, Amants, Appas
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Vous avez efté fi fatisfaite
de divers Ouvrages galans
que je vous ay envoyez, de
M' Vignier de Richelieu ,,
que je croirois vous priver
d'un grand plaifir , fi je négligeois
de vous faire part
des Vers qu'il a fairs pour
une tres - aimable Demoilelle,
qu'il preffe de fortir d'une
Maifon qui menace rüine ,
O ij
164 MERCURE
& où il croit
qu'elle ne peutdemeurer
fans un peril évident
. Voicy ce qu'il luy écrit.
$2: 5$52525:
5225555
A
MADEMOISELLE
D'ORVILLE .
I
STANCE S.
Ris , fortez de voftre Cage,
Ne
demeurez plus dans un Lien,
Oufans
l'affiftance de Dieu,
Vous estes tous lesjours prefte à plier
bagage.
Sa
f
Voyez quelle est vostre conduite,
De voir les Rats quitter leurs trous
Et n'ofer demeurer chés vous ,
GALANT. 165
Et de ne vouloir pas profiter de leur
fuite.
SS
Encor fi vouspechiez en âge,
Vous auricz un peu moins de tort
Maiscen'estpas estrefort fage,
Que d'estrè belle &jeune , & d'avancerfa
mort..
SS
Connoiffant le perilfi proche,
Pouvez- vous dormir en repos,
Et penfiz- vous que vostre des
Soitpour vous garantir, ou de bronze,
oa de roche?
S&
Confiderant cette avanture,
Tout le monde fera d'accort,
Que vous avezun efprit fort,
Mais que vous n'avezpas la cervelle
affez dure.
166 MERCURE
$2
Des Vertus vous estes l'exemple,
Maispour dire la verité,
On ne peutfans temerité,
Vous aller rendre hommage en vostre
frelle Temple.
Sa
Voulez- vous eftre l'homicide
De vous mefme & de vos amis,
Ou fi c'est à vos Ennemis ,
Que vous dreffez ce piége enfaisant
L'Intrépide?
SS
C'eft une chofe pitoyable ,
Qu'ilfautpour vous voirfeurement,
Se confeffer dévotement,
Et fe mettre en état de n'aller pas au-
Diable.
S2
Il eft auffi fort néceſſaire,
GALANT. 167
Qu'étant de touspechez abſous,
Ceux qui veulent aller chez vous,.
Pourfaire Teftament appellent icur
Notaire.
$2
Tel cft charmé de vos æillades ,
Qui craintfort voftre bebergemět,
Et quiferoitfon logement,
Plutoft fur un Rampart au feu des
Moufquetades.
S&
Si vous y restezparfineſſe,
Et pour éprouver un Amant,
Une vifite d'un moment,
Vous marquerafans doute un grand
fonds de tendreffe .
S&
Ah, quelle nouvelle fatale,
Si quelqu'unme difoit dans peu,
Iris fans manquer àſon væu,
Vient d'eftre enfevelie ainſi qu'une
Veftale!
168 MERCURE
Se
Cette beauté qu'on idolâtre,
Ge teint de Rofes & de Lys,
Pourroient- ils dans un tel débris
Conferver leur éclat fous des monscaux
de plâtre?
$ 2
Non , dans un étatfifunefte,
On ne vous reconnoistreitpar
Et de tant de charmans appas
Eft- ce là , direit- on , est- ce là ce qui
refte?
22
Maistouché de vostre merite,
Et tout penetré de douleur,
Suivant le panchant de mon coeur,
l'irais vous retrouverfur les bords du
. Cocyte.
$2
Devoftre mort& de la mienne,
Arreſtez
GALANT. 169
Arreftez le coup mal- heureux ;
Iris , quelque tard qu'elle vierne,
Cefera trop toftpour nous deux.
VIGNIER.
de divers Ouvrages galans
que je vous ay envoyez, de
M' Vignier de Richelieu ,,
que je croirois vous priver
d'un grand plaifir , fi je négligeois
de vous faire part
des Vers qu'il a fairs pour
une tres - aimable Demoilelle,
qu'il preffe de fortir d'une
Maifon qui menace rüine ,
O ij
164 MERCURE
& où il croit
qu'elle ne peutdemeurer
fans un peril évident
. Voicy ce qu'il luy écrit.
$2: 5$52525:
5225555
A
MADEMOISELLE
D'ORVILLE .
I
STANCE S.
Ris , fortez de voftre Cage,
Ne
demeurez plus dans un Lien,
Oufans
l'affiftance de Dieu,
Vous estes tous lesjours prefte à plier
bagage.
Sa
f
Voyez quelle est vostre conduite,
De voir les Rats quitter leurs trous
Et n'ofer demeurer chés vous ,
GALANT. 165
Et de ne vouloir pas profiter de leur
fuite.
SS
Encor fi vouspechiez en âge,
Vous auricz un peu moins de tort
Maiscen'estpas estrefort fage,
Que d'estrè belle &jeune , & d'avancerfa
mort..
SS
Connoiffant le perilfi proche,
Pouvez- vous dormir en repos,
Et penfiz- vous que vostre des
Soitpour vous garantir, ou de bronze,
oa de roche?
S&
Confiderant cette avanture,
Tout le monde fera d'accort,
Que vous avezun efprit fort,
Mais que vous n'avezpas la cervelle
affez dure.
166 MERCURE
$2
Des Vertus vous estes l'exemple,
Maispour dire la verité,
On ne peutfans temerité,
Vous aller rendre hommage en vostre
frelle Temple.
Sa
Voulez- vous eftre l'homicide
De vous mefme & de vos amis,
Ou fi c'est à vos Ennemis ,
Que vous dreffez ce piége enfaisant
L'Intrépide?
SS
C'eft une chofe pitoyable ,
Qu'ilfautpour vous voirfeurement,
Se confeffer dévotement,
Et fe mettre en état de n'aller pas au-
Diable.
S2
Il eft auffi fort néceſſaire,
GALANT. 167
Qu'étant de touspechez abſous,
Ceux qui veulent aller chez vous,.
Pourfaire Teftament appellent icur
Notaire.
$2
Tel cft charmé de vos æillades ,
Qui craintfort voftre bebergemět,
Et quiferoitfon logement,
Plutoft fur un Rampart au feu des
Moufquetades.
S&
Si vous y restezparfineſſe,
Et pour éprouver un Amant,
Une vifite d'un moment,
Vous marquerafans doute un grand
fonds de tendreffe .
S&
Ah, quelle nouvelle fatale,
Si quelqu'unme difoit dans peu,
Iris fans manquer àſon væu,
Vient d'eftre enfevelie ainſi qu'une
Veftale!
168 MERCURE
Se
Cette beauté qu'on idolâtre,
Ge teint de Rofes & de Lys,
Pourroient- ils dans un tel débris
Conferver leur éclat fous des monscaux
de plâtre?
$ 2
Non , dans un étatfifunefte,
On ne vous reconnoistreitpar
Et de tant de charmans appas
Eft- ce là , direit- on , est- ce là ce qui
refte?
22
Maistouché de vostre merite,
Et tout penetré de douleur,
Suivant le panchant de mon coeur,
l'irais vous retrouverfur les bords du
. Cocyte.
$2
Devoftre mort& de la mienne,
Arreſtez
GALANT. 169
Arreftez le coup mal- heureux ;
Iris , quelque tard qu'elle vierne,
Cefera trop toftpour nous deux.
VIGNIER.
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Résumé : A MADEMOISELLE D'ORVILLE. STANCES.
Une lettre est adressée à une demoiselle d'Orville pour lui transmettre des vers écrits par M. Vignier de Richelieu. L'auteur exprime une inquiétude concernant la maison de la demoiselle, qui menace de ruine et représente un danger imminent. Les vers mettent en garde la demoiselle contre ce péril et l'encouragent à quitter les lieux. L'auteur utilise des métaphores, comme celle des rats quittant leurs trous, pour illustrer la nécessité de partir. Il souligne que, malgré sa jeunesse et sa beauté, la demoiselle court un risque en restant dans cette maison. Les vers évoquent les vertus de la demoiselle mais insistent sur le danger de rester dans un lieu en péril. L'auteur exprime sa crainte qu'elle ne soit victime d'un accident fatal et la supplie d'arrêter le 'coup mal-heureux' en quittant les lieux avant qu'il ne soit trop tard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 188-262
Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Ce jeune Prince s'estant fait donner un jour la Clef [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Comte, Angleterre, Duc, Troupes, Colonnel, Peuple, Matelot, Ennemis, Noblesse, Vaisseaux, Gentilhomme, Fidélité, Obstacles, Seigneur, Commissaires, Habits, Royaume, Rivière, Général, Crainte, Avantage, Succès, Décès, Héritiers, Reine
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texteReconnaissance textuelle : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Ce
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
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Résumé : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate les événements entourant la fuite et les tentatives de restauration du Duc d'York, futur Jacques II, et du Prince de Galles, futur Charles II. Le Duc d'York, déguisé, s'échappe d'Angleterre et parvient à embarquer malgré les réticences d'un marinier qui reconnaît son ordre de la Jarretière. Le Prince de Galles, après son évasion, suscite une révolte en Angleterre et en Écosse, mais est démasqué par le chevalier Dishinton. En 1648, Charles II tente de rallier des vaisseaux hollandais et anglais pour libérer son père, Charles Ier, mais échoue face à la résistance et à une tempête. Charles Ier est exécuté en 1649, et Charles II, proclamé roi en Écosse, cherche à venger son père. Il envoie chercher le marquis de Montrose, qui est capturé et exécuté malgré ses efforts pour rejoindre Charles II. Ce dernier, malgré les obstacles, continue ses tentatives pour restaurer la monarchie. Le texte décrit également les événements entourant le règne de Charles II en Écosse. Le roi obtient des États écossais l'autorisation de lever seize mille hommes de pied et six mille chevaux. Les commandants nommés incluent le comte de Leven pour l'infanterie et Holborne pour la cavalerie, avec Montgomery et Lefley comme adjoints. Charles II est nommé généralissime. Cependant, les troupes écossaises sont défaites par Cromwell à la bataille de Copperfpec, subissant de lourdes pertes. Cette défaite refroidit les États écossais, qui imposent des restrictions au roi et cherchent à limiter son pouvoir. Malgré ces difficultés, Charles II est couronné roi d'Écosse le 4 janvier 1651 à l'abbaye de Schoone. Après son couronnement, il marche vers l'Angleterre avec son armée, mais est finalement défait à la bataille de Worcester le 22 août 1651. Forcé de fuir, il se cache dans diverses maisons et forêts, notamment dans le célèbre 'Chêne Royal'. Avec l'aide de fidèles sujets comme George Pendrille et Milord Wilmot, il parvient à échapper à ses poursuivants et à se mettre en sécurité. Le texte relate également la fuite du roi Jacques II, déguisé en domestique, accompagné de la demoiselle Lane, vers Bristol. Déguisé grâce à un mélange d'écorces de noix et d'autres drogues, le roi parvient à éviter la reconnaissance. Leur chemin est marqué par plusieurs incidents, comme la perte d'un fer de cheval du roi, qui doit être remplacé, et des rencontres avec des cavaliers envoyés pour l'arrêter. Grâce à l'aide de fidèles sujets, dont Jean Pope et Milord Wilmot, le roi parvient à éviter les obstacles et à se cacher chez divers nobles, tels que le colonel Windhams et M. Hides. Après plusieurs tentatives infructueuses pour trouver un vaisseau, le roi s'embarque finalement à Britemhsthed en Suffolk et arrive à Fécamp en Normandie. Le voyage se déroule sans encombre, et le roi est reconnu par le capitaine du vaisseau, Tetershall. À Rouen, le roi change d'habits et se rend à Paris pour attendre les révolutions politiques. Le texte mentionne également la mort d'Olivier Cromwell et la restauration de la monarchie avec le retour du roi, proclamé par le Parlement et accueilli triomphalement à Londres. Le roi est couronné en 1661 et épouse Catherine de Portugal. Il lutte contre les factieux et remporte des victoires contre les Hollandais. Le texte se termine par la description de la mort du roi en février 1685, après une nuit d'inquiétudes et de souffrances. Le roi laisse plusieurs enfants naturels, dont Jacques Scott, duc de Monmouth, et Charles Lenox, duc de Richemont.
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41
p. 319-321
SUR LES SOINS que le Roy prend de détruire l'Heresie.
Début :
Cette Conversion a donné lieu à Mr de Grammont de / Nostre Roy triomphoit en mille & mille endroits, [...]
Mots clefs :
Hérésie, Roi, Victoire, Ennemis, Histoire, Paix, Sujet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES SOINS que le Roy prend de détruire l'Heresie.
Cette Converfion a donné
lieu à M² de Grammont dé
Richelieu , de faire le Sonnet
qui fuir.
SUR LES SOINS
que le Roy prend de
détruire l'Herefie.
N
ftre Roy triomphoit en mille
& mille endroits,
Son Brasfaifoit trembler les Rivaux
defa gloires
Dd iiij
320 MERCURE
Et ce Prince entaffant victoirefur
victoire,
Eust mis , s'il eust voulu, l'Empire
·fousfes Loix. A
S&
Ses Ennemis diftraits eftoient tous
aux aboisi
Maispar une bonié qu'ils ont eupeine
à croire,
Et qui n'aurajamais d'exemple dans
L'Hiftoire,
Il ne veut pas pouffer plus avantfes
* Exploits.
SE
Illeurdonne la Paix, & n'aplus d'entreprife,
Que contre dès Sujets qui déchirent
l'Eglife, a
Et qui n'ontjufqu'icy que troublefes
Etats
GALANT. 321
SS
Maisbien loin de les perdre, ilfait
comme un bon Pere,
Qui ne leve le fouetfur des Enfans
ingrats,
Que pour les engager d'obeir à leur
Mere.
lieu à M² de Grammont dé
Richelieu , de faire le Sonnet
qui fuir.
SUR LES SOINS
que le Roy prend de
détruire l'Herefie.
N
ftre Roy triomphoit en mille
& mille endroits,
Son Brasfaifoit trembler les Rivaux
defa gloires
Dd iiij
320 MERCURE
Et ce Prince entaffant victoirefur
victoire,
Eust mis , s'il eust voulu, l'Empire
·fousfes Loix. A
S&
Ses Ennemis diftraits eftoient tous
aux aboisi
Maispar une bonié qu'ils ont eupeine
à croire,
Et qui n'aurajamais d'exemple dans
L'Hiftoire,
Il ne veut pas pouffer plus avantfes
* Exploits.
SE
Illeurdonne la Paix, & n'aplus d'entreprife,
Que contre dès Sujets qui déchirent
l'Eglife, a
Et qui n'ontjufqu'icy que troublefes
Etats
GALANT. 321
SS
Maisbien loin de les perdre, ilfait
comme un bon Pere,
Qui ne leve le fouetfur des Enfans
ingrats,
Que pour les engager d'obeir à leur
Mere.
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Résumé : SUR LES SOINS que le Roy prend de détruire l'Heresie.
Sous la direction du cardinal de Richelieu, Louis XIII combat l'hérésie et rétablit l'ordre religieux en France. Après vaincre ses ennemis, il leur offre la paix et ramène les perturbateurs à l'obéissance. Richelieu compose un sonnet célébrant les actions du roi.
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42
p. 18-19
SUR LA PAIX DE GENES. SONNET.
Début :
Voicy un autre Sonnet sur la bonté que le Roy / Louis n'a point d'égal, n'y n'en aura jamais, [...]
Mots clefs :
Louis, Ennemis, Paix, Gênes, Tonnerre, Doge, Gloire, Lauriers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX DE GENES. SONNET.
Voicy un autre Sonnet fur
la bonté que le Roy a euë
d'accorder la Paix aux Génois.
Il eſt de M' de Grammont
de Richelieu.
SUR LA PAIX DE GENES..
L
SONNETM
OVIS n'apoint d'égal, nyn'en
aurajamais,
Ilfçait se faire craindre, & fur Mer
&fur Terre;
Et quandſes Ennemis luy déclarent
la guerre,
Illes force auffi taſt à demander lo
Paix.
52
Génes n'estplus fisperbe, elle apprend
àsesfrais
GALANT. 19
Lesecret d'éviter l'effroyable tonnerre
Dont il ſcait, quand il veut, brifer
comme du verre
LesRamparts lesplusforts, &lespluss
beaux Palais.
Se
Cherche- t- elle la Paix , auffi- tost il
ladonne;
Son Doge est- ilfoûmis, volontiers il !
pardonne;
C'estce que poursa gloire il met an
premier rang;
SS
Etſes Lauriersmeſlez aux branchesde
l'Olive,
Luydonnent unejoye&plus douce&
plus vive,
Que quand ils font couverts de pouf
fiere&defang.
la bonté que le Roy a euë
d'accorder la Paix aux Génois.
Il eſt de M' de Grammont
de Richelieu.
SUR LA PAIX DE GENES..
L
SONNETM
OVIS n'apoint d'égal, nyn'en
aurajamais,
Ilfçait se faire craindre, & fur Mer
&fur Terre;
Et quandſes Ennemis luy déclarent
la guerre,
Illes force auffi taſt à demander lo
Paix.
52
Génes n'estplus fisperbe, elle apprend
àsesfrais
GALANT. 19
Lesecret d'éviter l'effroyable tonnerre
Dont il ſcait, quand il veut, brifer
comme du verre
LesRamparts lesplusforts, &lespluss
beaux Palais.
Se
Cherche- t- elle la Paix , auffi- tost il
ladonne;
Son Doge est- ilfoûmis, volontiers il !
pardonne;
C'estce que poursa gloire il met an
premier rang;
SS
Etſes Lauriersmeſlez aux branchesde
l'Olive,
Luydonnent unejoye&plus douce&
plus vive,
Que quand ils font couverts de pouf
fiere&defang.
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Résumé : SUR LA PAIX DE GENES. SONNET.
Le sonnet de Monsieur de Grammont de Richelieu célèbre la paix accordée par le roi aux Génois. Il souligne la puissance du roi, qui inspire crainte et force ses ennemis à demander la paix. Gênes, après des pertes, apprend à éviter les conflits. Le roi pardonne facilement, et cette clémence est une grande gloire. La paix, symbolisée par les lauriers et les branches d'olivier, apporte une joie plus douce que les victoires militaires.
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43
p. 22-48
LETTRE.
Début :
Un Particulier ayant fait divers Ouvrages sur les dernieres Actions / Je me souviens, Monsieur, que vous avez voulu me persuader [...]
Mots clefs :
Approbation, Louis, Univers, Sentiments, Roi, Combats, Grandeur, Lois, Héros, Fortune, Monarque, Sage, Ennemis, Ambassadeur, Mérite, Guerre, Éloge, Honneur, Campagne militaire, Espagne, Vainqueur, Prudence, Courage, États, Audace, Sentiments, Conquérant, Trêve, Souverain, Armes, Peuple, Bonheur, Devise, Éclat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE.
Un Particulier ayant fait
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
Fermer
44
p. 80-83
A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Début :
Les Vers qui suivent sont du jeune Gentilhomme dont je vous / Illustre & grand Prélat, dont la sagesse exquise [...]
Mots clefs :
Prélat, Église, Ennemis, Religion, Hérésie, Édits, Triomphe, Montélimar, Hérétique
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR L'EVESQUE DE VALENCE Sur son zéle pour la Religion.
Les Vers qui fuivent font
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
du jeune Gentilhomme dont
je vous envoyay dans ma
Lettre du dernier mois l'Ouvrage
galant qui vous a tant
pleu , fur ce qu'Iris en mou-
27220
rant avoit ordonné à Damon
d'aimer Celimene. Vous ne
l'approuverez peut- eftré pas
moins dans le férieux que
dans l'enjoüe
·
GALANT. 81
A MONSIEUR
L'EVESQUE DE VALENCE
Sur fon zéle pour la
Religion .
Lluftre & grand Prélat, dont lafa-
Sert avec tant d'éclat d'ornemente
l'Eglife,
Que tu fçais bien reglerparmy tant
d'Ennemis
Le Peuple que le Ciel à ta garde a
commis!
De deux Religions malgré la diférence,
Chacun voit les effèts de ta varepru-
→ dence.
Ton oeil veillant à tout, l'Heréfie aux
abois
82 MERCURE
Apprendde nos Edits à respecter les ~
Loix;
Et tandis que LOVIS pour ouvrir la
Campagne
Enleve en Conquerant Luxembourg à
l'Espagne,
Qu'au fuperbe Génois il fait craindre
fes coups,
Ton zéle luyprépare un Triompheplus
doux.
Déja Montelimart t'enfournit la matiere,
C'estpar toy que fon Temple est réduit
enpouffieres
L'Herétique enfrémit, & le voyant
tomber
Avec tout le Party s'attend àfuccomber.
Pourfuis, & nous verrons bien- tost
d'autres miracles;
Tapietéjamais ne craignit les obfta
dles,
GALANT 83
On luy refifte en vain cent Temples
abatus
Ont affez à la France annoncé tes
vertis.
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45
p. 109-115
LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
Début :
On a beau du Destin mépriser la puissance, [...]
Mots clefs :
Destin, Valeur, Prudence, Héros, Ambition, Rois, Prince, Vainqueur, Paix, Honneur, Alexandre, Soldats, Exploits, Espérance, Ennemis, Lauriers, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA DEFAITE DE PORUS ROY DES INDES. CHANT ROYAL.
LA DEFAITE
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
DE PORUS
ROY DES INDES.
CHANT ROYAL.
Na beau du Deftin mépriserla
puiffance,
O
La valeur brave en vainfes ordres
diférens,
Rien ne peutles changer, courage ny
prudences
Mille exemples fameux en font de
feurs garands.
Souvent les hauts deffeins qu'an Héros
envisage
Sont de l'ambition in fuperbe étalage.
110 MERCURE
On a beaufe fier à des biensfi legers ,
Les plus grandsfont tombez dans la
bethonte des fers;
'
Et quoy que la valeurpuifle tout entreprendre,
Hélas ! n'a-t-on pas veu parun trifte
revers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre?
Sa
Porus, ce grand Héros , dont lafeule
présence
Donnoit de la terreur aux Roys les plus
puifans;
CePrince infortuné, mais remply d'af-
Seurance,
Attendfans s'effrayer le Vainqueur
des Perfans.
La Paix qu'on luy préfente offensefon
courage,
∙GALANT. III
Ellefait à fa gloire un trop fenfible
outrage,
Pour l'honneur feulement il a les yeux
ouverts ;
Lefeul bruit defon Nom fait trembler
l'Univers;
Mais quelque heureuxfuccés quefon
caurpuiffe attendre,
·Bellone a refervé pour des destins
amers
Porus qui fuccomba fous le bras.
d'Alexandre.
Sur le bord de l'Hydafpe ilparoist, il
s'avance,
Tous lesflotsfont couverts de cadavresfanglans.
Ilfaitpar mille morts reffentirfa vaillance,
On nefçauroit donner des coups plus .
violens.
112 MERCURE
Millefiers Elephans animez au car.
nage
·Secondent des Soldats l'impitoyable.
rage.
Mais lefier Alexandre oppofant fes
Courfiers
Encourage lesfiensparfes Exploits ·
guerriers,
Et cegenéreux Chefqu'on ne fçauroit
Surprendre,
Court & vole à l'inftant attaquer des
premiers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre.
SS
2
Alexandre tout plein d'une noble
espérance,
Affronte fiérement les périls les plus
grands
Dans ce cruel Combat on levoit quife
Lance,
GALANT 113
Il enfance, il poursuit les Ennemis
errans .
Dans le Campde Porus il fond comme
un Orage,
Par tout fon Bras vainqueur &fou
droye & ravage,
Par tout ce Conquérant moiffonne des
Lauriers,
Ce Héros vaut luy feul des Bataillons
entiers.
En vain les Ennemis tâchent de s'en
défendre,
Il menace déja par des regards altiers‹
Porus qui fuccomba fous le bras
and Alexandre vin r
cand
Enfin on ne voit plus la victoire en
balance DJIA
On n'entend que les cris des Soldats
expirans.
May 1685..
K
114 MERCURE
Porus dans ce Combat estprefquefans
défense,
Toutbaigné dansfonfangfur le corps
des Mourans.
Alexandre pour lors le preffe davantage,
A travers fes Soldats ilſefait un paf-
Sage,
Il renverse lesTours dont ils marchent
couverts.
On voit coulerleurfangpar cent en
droits divers,
La crainte &lafoibleffe à l'envy les
2. font rendre.odoot impiut
Ils livrent aux hazards dès plus
triftes dangers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre. riobair mo ripe
ALLEGORIE.
LOVIS toujours Vainqueur , meſme
audelà des Mers,
GALANT. IS
Part & va conquerir le reste de la
Flandre,
Etfon Royjustement répréfente en ce
Vers
Porus qui fuccomba fous le bras
d'Alexandre .
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46
p. 20-21
AUTRE.
Début :
Il ne manquoit, grand Roy, pour combler vostre gloire, [...]
Mots clefs :
Gloire, Grand roi, Ennemis, Religion, Rébellion, Schisme, Erreurs, Temples, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
L ne manquoit , grand Roy , pour
combler voftre gloire ,
Que l'intereft du Ciel fift vostre
paffion ,
Qu'on vous vift rétablir les faints
Murs de Sion ,
Et fur fes Ennemis remporter la
victoire.
Ces fuccés ont remply dignement
voftre Hiftoire,
Et les Autels dreffez à la Religion
Sur le débris fameux de la Rébellion ,
Du Schifme pourjamais effacent la
memoire.
Ce Regne plus heureux que les Regnes
paffez.
Où l'on voit de l'Erreur les Temples
renverſez ,
De vos Predeceffeurs a finy l'entreprife
,
GALANT. zł
Ce coup fi merveilleux a vangé tous
ces Rois ,
Et ce Monftre vaincu par vos derniers
Exploits ,
Vous fait voir doublement Fils Aîné
de l'Eglife.
L ne manquoit , grand Roy , pour
combler voftre gloire ,
Que l'intereft du Ciel fift vostre
paffion ,
Qu'on vous vift rétablir les faints
Murs de Sion ,
Et fur fes Ennemis remporter la
victoire.
Ces fuccés ont remply dignement
voftre Hiftoire,
Et les Autels dreffez à la Religion
Sur le débris fameux de la Rébellion ,
Du Schifme pourjamais effacent la
memoire.
Ce Regne plus heureux que les Regnes
paffez.
Où l'on voit de l'Erreur les Temples
renverſez ,
De vos Predeceffeurs a finy l'entreprife
,
GALANT. zł
Ce coup fi merveilleux a vangé tous
ces Rois ,
Et ce Monftre vaincu par vos derniers
Exploits ,
Vous fait voir doublement Fils Aîné
de l'Eglife.
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47
p. 22-23
RONDEAU.
Début :
Je n'ajoûteray plus qu'un Rondeau de Monsieur de / GRAND Roy, qui par tant de Vertus, [...]
Mots clefs :
Vertus, Grand roi, Ennemis, Hérétiques, Paix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU.
Je n'ajoûteray plus qu'un Rondeau
de Monfieur de Bernage ,
Secretaire du Roy , & un Madrigal
de Monfieur Vignier , à ce
qui regarde Sa Majesté ſur cette
matiere , refervant les Vers qui
me reftent pour le mois prochain.
GALANT.
1
RONDEAU.
GRAND Roy , qui par tant de
Vertus ,
Sur tous lès Grands as le deffus ,
Auffi-bien que fur tout autre homme,
Car nul n'ofe fe mettre en comme ,
Qui n'en foit auffi tost exclus.
Apres tant d'Ennemis vaincus,
Apres tes Etats étendus ,
C'est à bon titre qu'on te nomme
GRAND . '
Les Heretiques confondus .
Les Genois à tes pieds rendus ,
Alger foumis; ton nam dans Rome
Haut élevé: la Paix en fomme ,
Se peut- il rien faire de plus
GRAND?
de Monfieur de Bernage ,
Secretaire du Roy , & un Madrigal
de Monfieur Vignier , à ce
qui regarde Sa Majesté ſur cette
matiere , refervant les Vers qui
me reftent pour le mois prochain.
GALANT.
1
RONDEAU.
GRAND Roy , qui par tant de
Vertus ,
Sur tous lès Grands as le deffus ,
Auffi-bien que fur tout autre homme,
Car nul n'ofe fe mettre en comme ,
Qui n'en foit auffi tost exclus.
Apres tant d'Ennemis vaincus,
Apres tes Etats étendus ,
C'est à bon titre qu'on te nomme
GRAND . '
Les Heretiques confondus .
Les Genois à tes pieds rendus ,
Alger foumis; ton nam dans Rome
Haut élevé: la Paix en fomme ,
Se peut- il rien faire de plus
GRAND?
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48
p. 124-136
AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Début :
Le nombre de ceux qui se convertissent augmente de jour / Enfin, de vos ames rebelles, [...]
Mots clefs :
Conversions, Calvinistes, Erreurs, Vérité, Poésie, Grâces, Seigneur, Clémence, Rayons, Orgueil, Mystères, Attaque, Sauveur, Âme, Sentiments, Enfer, Ennemis, Monarque, Piété
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUX NOUVEAUX CONVERTIS. ODE.
Le nombre de ceux qui fe convertiffent
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
augmente de jour en
jour , & il va fournir encore un
Jong Article à ma Lettre. Il doit
d'autant plus vous plaire que tous
les faits que je vous rapporte.
GALANT. T25
font faits veritables , & qu'on ne
fauroit douter que les Converfions
dont je vous parle , ne foient
finceres , puis qu'elles ne fe font
qu'aprés des Diſputes , à la fin
defquelles les Calvinistes les plus
obſtinez avoüent qu'ils font convaincus
de leurs Erreurs. Comme
la Poëfie infinuë la verité
d'une maniere agreable, il feroit
à fouhaiter qu'ils vouluffent lire
attentivement les Vers fuivans .
Ils ferviroient à leur faire voir
qu'il eft dangereux de confulter
fa raifon fur des мyfteres , où l'on
n'a befoin que du fecours de la
Foy.
F
3
126
MERCVRE
AUX NOUVEAUX
CONVERTIS.
O D E.
Enfin de vos ames re-
Ε
belles ,
La Grace a defillé lesyeux ;
Et rejoints au corps des Fidelles,
Vous rentrez au chemin des Cieux.
Beniffez le Seigneur , beniffez fa
clemence ,
Et de voftre bonheur immenfe ,
Gouftez les folides appas :
Mais n'oubliezjamais qu'aux routes
ineffables
De fes veritez adorables ,
C'est à la feule Foy de conduire vos
pas.
En vain la kaifon temeraire
GALANT
127
17
S'efforce de les concevoir ,
Plus luit le flambeau qui l'éclaire,
Plus il l'empefche de les voir.
Ainfi quand au matin le bel Aftre
du monde
Repand fa lumiere feconde
Sur les bords du moite élement,
De rayons éclatans plusfa tefte eft
parée ,
Au fortir de l'onde azurée ,
Plus ilcache à nos yeux les feux du
firmament.
Pleine de l'orgueil que luy donne
Son avantagefur les fens ,
Sans referve elle s'abandonne
Où fes efforts font impuiſſans ; }
C'est par cet attentat que toutes les
chimeres
Qui déshonorent nos mysteres
Ont pris naiffance dans fon fein.
Et c'est du fond obfcur de fes vaines
pensées
F4
128 MERCURE
Que de tant d'Erreurs infenfées,
Par tout s'eft répandu le tenebreux
effein.
Cefut elle dont l'arrogance ,
Plûtoft que de s'humilier ,
Nia que la divine Effence ,
Avec l'Homme pust s'allier ;
Que pourfouffrir la mort , l'Auteur
de la Nature
Ait jamais d'une Creature ,
Habité le fein maternel ;
Et que ce Fils aimable en qui noftre
ame efpere ,
L'image & la fplendeur du Pere,
Comme luy , foit immenfe , immuable
, eternel.
222P3)
C'est avec cette audace injufte
Quelle attaque encore en ce jour,
Des Myfteres le plus augufte ;
Et le chef d'oeuvre de l'amour ,
Toujours injurieufe à la Toute -puif
Lance ,
GALANT. 129
Elle s'oppose à la preſence
D'un mefme corps en divers lieux,
Et ne peut confentir qu'en fon Corps
veritable ,
Le Sauveurfe donne à fa Table,
dans le Ciel il regne
Pendant
que
glorieux.
Le coeur percé , les yeux en lar
mes
D'avoirfi longuement erré,
Venez aufeftin plein de Charmes
Que le Seigneur a preparé.
Lay - mefme il bannira vos doutes &
vos craintes ,
Et rendant vos ames plusfaintes,
Il vous accorderafa paix ;
Il vous affranchira de toutes vos foibleffes
,
Et vous comblera d'allegreffes
Que vos coeurs , loin de luy , ne con
nurent jamais.
F
130
MERCURE
Du Seigneur , la fimple figure
Vous a- t-elle purifiez ?
Une fi foible nourriture
Vous a- t-elle fortifiez ?
D'une mortelle erreur dés l'enfance
receuë ,
Voſtre ame enyvrée & deceuë ,
Put croire y trouver des appas ,
Elle pût impofer à fon defir avide ,
Mais non pas plus faine ou moins
vuide ,
Sortir de ce trompeur & frivolerepas.
Tel , quand d'une fiévre enfla
mée
Les fens font émus & troublez ;
Et que la force eft confumée
Par de longs accés redoublez ,
Le Malade afforbly , qu'une afpre
faim tourmente ,
Des mets qu'unSonge luy prefente,
GALANT. 131
Devore lefantôme vain ,
Et malgré leplaifir de fon coeur qui
Sommeille ,
Se trouve , dés qu'ilfe réveille ,
Preffé des mefmes maux , & de la
mefmefaim.
Là le Seigneur fe fait connos
tre
Aux Difciples qui l'ont aimé,
Et qui , de rejoindre leur Maître,
Se fentent le coeur enflammé.
C'est dans ce doux Banquet , où notre
ame ravie
Reprend une nouvelle vie ,
Et metfin à tousfes regrets ,
Que du divin Sauveur la tendreffe
ineffable ,
Parmy les douceurs de fa Table
Au fein de fes amis épanche ſes fecrets.
Il leur découvre de fon ame,
F 6
132
MERCURE
*
Tous les fentimens amoureux ,
Et quel eft l'excés de faflame
Pour le cher Objet deJes vaux i
Non content , leur dit - il , de luy
laiffer pour gage ,
Ou mafigure , ou mon image ,
Vain artifice de l'amour ,
Jay fcú , pourfatisfaire à mon ar
deur extréme ,
Dans fes mains me laiffer Moymesme
,
Avant
que de monter au celefte fejour.
Mais quelle lumiere brillante
S'épand dans le vague des airs,
Et quelle eft la douceur charmante
De ces melodieux concerts !
Autour du Redempteur je voy les
Choeurs des Anges ,
Qui font retentir fes loüanges
Parles plusfacrez de leurs chants;
Defa fidelle Epoufe ils celebrent la
gloire , l'Eglife.
GALANT.
133
Et cette éclatante victoirey
Qui dans fon heureux fein ramene
Les enfans.
Enfin le Dragon de l'abisme,
Difent- ils , eft remis aux fers ,
L'Erreur confufe de fon crime ,
Retombe au plus creux des En
fers ;
De tes Temples , Seigneur , les Mi.
niftres fidelles ,
De cent couronnes immortelles ,
Ont ceint leurfont victorieux :
Benyfoit àjamais le grand Dieu des
Armées ,
Qu'à jamais nos voix enflammées
Rempliffent de fa gloire & la Terre
& les Cieux.
Des Fils de ton Epoufe aimable.
Le plus grand & le plusfoumis ,
Dont la valeur incomparable
Adompté tousfes ennemis 5
134
MERCURE
Ce Roy qu'aux autres Rois tu donnes
Pour modelle
,
Et
que d'une main paternelle ,
Tu combles d'honneurs immortels,
Avec tant de chaleur & tant de vi-
-gilance
N'employa jamais fa puiſſance
Qu'à ramener les Tiens aux pieds
"
de tes Autels.
De ce Monarque magnanime,
Beny les glorieux projets ,
Et ce tendre amour qui l'anime
Pour le bonheur de fes Sujets.
Voy tes nouveaux Enfans , couvreles
de ton aifle ,
Conferve & réchauffe le zele
De leur naiffante pieté,
Etfay queparmy nous , fuivant tes
faintes traces ,
Un jour ils occupent les places ,
Qu'accorde à leur retour ton immen-
Je bonté...
GALANT .
135
>
Cette Ode eft de Monfieur
Perrault de l'Academie Françoife
, & fait voir le zele & la pieté
de fon Autheur. Cette mefme
pieté paroift dans un Poëme de
fix Chants , qu'il a donné depuis
peu au Public fous le Titre de
Saint Paulin Evefque de Nole. Il a
fait connoistre en le publiant que
les Ornemens de la Poëfie ne
font pas incompatibles avec des
Sujets de Devotion . L'Action de
Saint Paulin , qu'il a euë pour fon
principal objet , eft foûtenuë d'un
tour de Vers fi aifé , & les Defcriptions
qu'il y a mélées font fi
naturelles & fi vives , qu'on peut
dire que l'Esprit eft fatisfait en
mefme temps que le coeur fe fent
touché. Cet Ouvrage a eu l'approbation
des Connoiffeurs les
plus delicats , & tout le monde
convient qu'il eft du nombre de
136%/
MERCURE
ceux en qui l'on ne fçait ce que
l'on doit le plus admirer , ou la
beauté de la fortune , ou la dignité
de la matiere.
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49
p. 4-5
AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
Début :
Qu'un fidelle Ecrivain, en traçant ton Histoire [...]
Mots clefs :
Roi, Exploits, Victoire, Ennemis, Calvin, Piété, Louis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY, Pour avoir détruit l'Heresie. SONNET
AU ROY,
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
Pour avoir détruit l'Heresie.
SONNET. QU'un fidelle Ecrivain, en
,
tracant ton Histoire
pour la faire passer à nosderniers
Neveux,
Laremplisse, grand Roy, de ces
Exploits fameux
Qu'aux Siecles à venir on aura
peine à croire.
Qu'il te peigne par tout suivy de
la Victoire;
Doux à tes Ennemis que la Paix
rend heureux; L*-
Craint de tout l'Univers, dont tu
reçois les voeux)
Mais Calvinexpirant met le comble
à ta gloire.
Par là ta Pieté releve encor ton
rang.
Oüy, nos Autels vangez, sans répandre
de fang,
De LOUIS & du Ciel marquent
l'intelligence.
Pour la rendre eternelle il n'estoit
qu'un milieu.
Le Ciel donna LOUIS aux Peuples
dela France,
LOUIS donne à son tour tous ses
Peuples à Dieu.
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50
p. 15-17
A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
Début :
Inébranlable Appuy de la parfaite Eglise, [...]
Mots clefs :
Ennemis, Église, Erreur de Calvin, Travaux, Honneur, Victoire, Gloire, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A LOUIS LE GRAND, sur le zele qu'il a pour la Religion contre ses Ennemis.
A LOVIS LE GRAND,
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
sur le zele qu'il a pour la Religion
contreses Ennemis.
1Nébranlable Appuy de la parfaite
Eglise,
Auguste Défenseur de nos sacrez,
Autels,
Qui donnez saintement vos
soinscontinuels
A détruire l'Erreur que Calvin
authorife.
Le Ciel qui voit l'ardeur dont vôtre
ame est éprise,
Prepare à vos travaux des honneurs
immortels;
Quandvôtre coeur Royal abat
ces criminels,
C'est un triomphe heureux que
Dieu mesme eternise.
chainé la victoire.
Mais, Grand Roy, dans ces
jours vostre plus grande gloire
C'est d'estre la terreur des Ennemis
de Dieu.
Fr. DEROCHEBRVNE,Prestre.
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