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1
p. 84-92
Avanture de l'épée. [titre d'après la table]
Début :
Au reste, Madame, avant que de reprendre les matieres de [...]
Mots clefs :
Jaloux, Veuve, Évanouissement, Épée, Sang
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texteReconnaissance textuelle : Avanture de l'épée. [titre d'après la table]
Au reſte , Madame , avant
que de reprendre les matieres de la Guerre , vous Içaurez
qu'on vous a dit vray ,
vous diſant que le ieune Marquis , dont vous me deman -
dez des nouvelles a eu depuis peu quelquedemeflé dejalou- fie,&puiſque vous voulez que
ie vous l'explique , en voicy
64 LE MERCURE
les particularitez. Ila del'eſtime pour une ieune Veuve , &
il y a de l'apparence que cet- te eſtime n'eſt pas ſans tendref- dreſſe , puis qu'il a faitune échapée de Jaloux. La Dame eſt bien faire de ſa perſonne,
a beaucoup d'eſprit , & une vertu qui n'a iamais eſté ſu- jette au ſoupçon. Ces avanta ges font dequoy toucher , &
donneroit fon cœur à
moins. Ainfi il ne faut pas s'étonner, fi tantde merite enga- gea aisément le Marquis. Il renditdes ſoins ; & comme il
eſt difficile d'aimer ſans craindre , il ſe chagrina des viſites d'un Cavalier qu'iltrouvoit un peu trop affidu chez la Dame.
Le jeu & la converſation yat- tiroient quantité de perſonnes
on
GALANT. 65
!
de l'un &de l'autre ſexe ; &
quoy que le Cavalier y vinſt fans aucun deſſein particulier,
il ſuffiſoit qu'il y vinſt ſouvent pour allarmer le marquis , qui ne manqua pasde s'en plain- dre. Cette liberté de s'expli- querdépleut àla Dame , elle traita ſon chagrin de viſion ,
& les choſes en eſtoient là,
quand unaccident auſſi nou- veau qu'impréveu, donna licu à la jalouſie dont vous avez
entendu parler. Il y avoit grande Compagnie dans la chambredela Dame, le Cavalier s'y trouva , & n'ayant point voulu s'embarquer au jeu , il s'affit imprudemment fur ſon épée. Vous ſçavez ,
Madame, que les petits Coû- teauxqu'on porteaujourd'huy
66 LE MERCURE
- ſont plus de parade que de de- fenſe. Celuy du Cavalier s'e- ,
ſtoit tiré hors du fourreau
& l'avoit bleſſé. Je ne vous
puis dire comment cela s'e -
ſtoit fait ; mais il eſt certain qu'il n'eut pas ſi - toſt remis,
ſon épée , qu'il ſentit une le-,
gere douleur. Il porta la main,
àl'endroit bleſſé , &la rapor-,
ta pleine de ſang. Il n'en dit,
motà perſonne , & eſtant for- ty pour y remedier , une de- my- foibleſſe le prit au milieu,
de l'Eſcalier : il s'y arreſta. Les Gens du logis vinrent à luy ,
ils virent couler du fang , &
l'un d'eux ayant eſté dire tout bas à la Dame qu'il eſtoit bleſſé , elle crût qu'il auroit eſté attaqué par le Marquis,
&la crainte d'un plus grand
:
GALANT. 67
- deſordre la fit courir ſur l'efcalier avec precipitation. Elle demanda d'abord au Cava -
lier quelle rencontre l'avoit
- reduiten cet eſtat. Sa parole eſtoit d'une perſonne agitée.
Il trouva ſon inquietude obli-
- geante ; & voulant tourner ſa Bleſſure en galanterie , il remonta quatre ou cinq degrez,
& luy embraſſa les genoux pour la remercier de ſes ſoins.
La foibleſſe entiere le prit dans cette poſture. On courut chercher de l'eau pour l'en retirer , & la Dame êtant demeurée ſeule à le ſoutenir , le Marquis parut au bas du degré. Il ne s'attacha qu'à ce qu'il voyoit , & ne ſe donnapoint letemps deraiſonner.
Son pretendu Rival eſtoit aux
68 LE MERCURE
د
pieds de la Dame,qui ſembloit luy tendre les bras obligeam- ment pour le relever, &il n'en
falloit pas davantage pour mettre un jaloux horsde gar- de. Illaiſſa échaper quelques paroles emportées , iura dene revenir iamais &reprit le
chemin de la porte. Vn Do- meſtique le voyant preſt de ſortir , luy demanda s'il ſça- voit l'accident qui embarraf- foit ſa maiſtreſſe. Il s'en fit
conter l'Hiſtoire qu'on ne luy pût dire qu'imparfaitement ,
&il en voulut voir la ſuite.
Le Cavalier eſtoit revenu de
ſon évanoüifſſement par l'eau qu'on luy avoit jettée ſurle vi- ſage,&on le conduiſoit àune chaiſe pour le remener chez luy. Le Marquis confus de
GALANT. 69
fon erreur en fit des excuſes à
la Dame ; la Dame gronda ,
oudu moins voulut gronder.
Jene vousdiraypoint ſi elle ſe rendit fortdifficile au raccommodement ; mais enfin ils ont
tousdeux del'eſprit, tous deux du merite , ils ſe voyent com- me auparavant , &il n'eſt pas àcroire qu'ils ſe ſoient voulu
gefner long-temps par d'in -
commodesformalitez, quien- tre perſonnes qui s'eſtiment ,
ne peuvent i
que de reprendre les matieres de la Guerre , vous Içaurez
qu'on vous a dit vray ,
vous diſant que le ieune Marquis , dont vous me deman -
dez des nouvelles a eu depuis peu quelquedemeflé dejalou- fie,&puiſque vous voulez que
ie vous l'explique , en voicy
64 LE MERCURE
les particularitez. Ila del'eſtime pour une ieune Veuve , &
il y a de l'apparence que cet- te eſtime n'eſt pas ſans tendref- dreſſe , puis qu'il a faitune échapée de Jaloux. La Dame eſt bien faire de ſa perſonne,
a beaucoup d'eſprit , & une vertu qui n'a iamais eſté ſu- jette au ſoupçon. Ces avanta ges font dequoy toucher , &
donneroit fon cœur à
moins. Ainfi il ne faut pas s'étonner, fi tantde merite enga- gea aisément le Marquis. Il renditdes ſoins ; & comme il
eſt difficile d'aimer ſans craindre , il ſe chagrina des viſites d'un Cavalier qu'iltrouvoit un peu trop affidu chez la Dame.
Le jeu & la converſation yat- tiroient quantité de perſonnes
on
GALANT. 65
!
de l'un &de l'autre ſexe ; &
quoy que le Cavalier y vinſt fans aucun deſſein particulier,
il ſuffiſoit qu'il y vinſt ſouvent pour allarmer le marquis , qui ne manqua pasde s'en plain- dre. Cette liberté de s'expli- querdépleut àla Dame , elle traita ſon chagrin de viſion ,
& les choſes en eſtoient là,
quand unaccident auſſi nou- veau qu'impréveu, donna licu à la jalouſie dont vous avez
entendu parler. Il y avoit grande Compagnie dans la chambredela Dame, le Cavalier s'y trouva , & n'ayant point voulu s'embarquer au jeu , il s'affit imprudemment fur ſon épée. Vous ſçavez ,
Madame, que les petits Coû- teauxqu'on porteaujourd'huy
66 LE MERCURE
- ſont plus de parade que de de- fenſe. Celuy du Cavalier s'e- ,
ſtoit tiré hors du fourreau
& l'avoit bleſſé. Je ne vous
puis dire comment cela s'e -
ſtoit fait ; mais il eſt certain qu'il n'eut pas ſi - toſt remis,
ſon épée , qu'il ſentit une le-,
gere douleur. Il porta la main,
àl'endroit bleſſé , &la rapor-,
ta pleine de ſang. Il n'en dit,
motà perſonne , & eſtant for- ty pour y remedier , une de- my- foibleſſe le prit au milieu,
de l'Eſcalier : il s'y arreſta. Les Gens du logis vinrent à luy ,
ils virent couler du fang , &
l'un d'eux ayant eſté dire tout bas à la Dame qu'il eſtoit bleſſé , elle crût qu'il auroit eſté attaqué par le Marquis,
&la crainte d'un plus grand
:
GALANT. 67
- deſordre la fit courir ſur l'efcalier avec precipitation. Elle demanda d'abord au Cava -
lier quelle rencontre l'avoit
- reduiten cet eſtat. Sa parole eſtoit d'une perſonne agitée.
Il trouva ſon inquietude obli-
- geante ; & voulant tourner ſa Bleſſure en galanterie , il remonta quatre ou cinq degrez,
& luy embraſſa les genoux pour la remercier de ſes ſoins.
La foibleſſe entiere le prit dans cette poſture. On courut chercher de l'eau pour l'en retirer , & la Dame êtant demeurée ſeule à le ſoutenir , le Marquis parut au bas du degré. Il ne s'attacha qu'à ce qu'il voyoit , & ne ſe donnapoint letemps deraiſonner.
Son pretendu Rival eſtoit aux
68 LE MERCURE
د
pieds de la Dame,qui ſembloit luy tendre les bras obligeam- ment pour le relever, &il n'en
falloit pas davantage pour mettre un jaloux horsde gar- de. Illaiſſa échaper quelques paroles emportées , iura dene revenir iamais &reprit le
chemin de la porte. Vn Do- meſtique le voyant preſt de ſortir , luy demanda s'il ſça- voit l'accident qui embarraf- foit ſa maiſtreſſe. Il s'en fit
conter l'Hiſtoire qu'on ne luy pût dire qu'imparfaitement ,
&il en voulut voir la ſuite.
Le Cavalier eſtoit revenu de
ſon évanoüifſſement par l'eau qu'on luy avoit jettée ſurle vi- ſage,&on le conduiſoit àune chaiſe pour le remener chez luy. Le Marquis confus de
GALANT. 69
fon erreur en fit des excuſes à
la Dame ; la Dame gronda ,
oudu moins voulut gronder.
Jene vousdiraypoint ſi elle ſe rendit fortdifficile au raccommodement ; mais enfin ils ont
tousdeux del'eſprit, tous deux du merite , ils ſe voyent com- me auparavant , &il n'eſt pas àcroire qu'ils ſe ſoient voulu
gefner long-temps par d'in -
commodesformalitez, quien- tre perſonnes qui s'eſtiment ,
ne peuvent i
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Résumé : Avanture de l'épée. [titre d'après la table]
Le texte décrit une situation impliquant un jeune marquis et une jeune veuve. Le marquis, amoureux de la veuve, devient jaloux en raison des fréquentes visites d'un cavalier chez elle. Lors d'une soirée, le cavalier se blesse accidentellement avec son épée. La veuve, inquiète, accourt et trouve le cavalier blessé. Le marquis, témoin de la scène, interprète mal la situation et, dans un accès de jalousie, décide de partir. Un domestique lui explique alors l'accident, et le marquis, confus, revient et s'excuse. La veuve et le marquis se réconcilient rapidement, et leurs relations reprennent comme avant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 10-29
Les Apparences Trompeuses, Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Puis que l'Amour a esté de tous les Siecles, on [...]
Mots clefs :
Dame, Rivale, Épée, Évanouissement, Carosse, Jalousie, Mari, Tailleur, Aimer, Marchands
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texteReconnaissance textuelle : Les Apparences Trompeuses, Histoire. [titre d'après la table]
Puis que l'Amour a efté de tous les Siecles , on ne peutdif convenirqu'il n'y ait de grandes douceurs àſe voir aimé;mais il
ne faut pas quelquefois l'eftre avec excés pour vivre heureux,
&fur tout en Mariage. Ce qui eſt arrivé depuis quelquesjours en eſt une preuve. Voicy l'Hi- ſtoire en peu de mots. Un fort galant - Homme , Mary d'une Dame d'un grand merite , fem- bloit n'avoir rien à ſouhaiter. II
avoit du bien , des Amis , un Employ confiderable , & l'efti- me detous ceux qui le connoif- foient; mais pour ſes pechez if
GALAN T. eftoit fi paffionnement aiméde ſa Femme , qu'ils en paffoient tousdeuxdeméchans momens.
Une bagatelle luy faifoit ombra- ge. Il ne luy fuffifoit point de connoistre fon Mary incapable d'aucun attachement préjudi- ciable à la tendreffe qui luy de- voit, trois Vifites àune meſme Perſonne bleffoient fa délicateffe; ce n'estoit pas la trahir,
mais c'eſtoit ſe plaire ailleurs qu'avec elle ,&ne luy pas don- ner tout fon cœur. Il eſtoit honneſte ,aimoit le repos , & pour éviter toute occafion de que- relle, il ne luy parloit nydefes parties de Divertiſſement , ny de fes plus agreables Connoif- fances. Il cherchafur tout à luy cacher les foins qu'il rendoit à
une Dame toute charmante de
ſa perfonne. Il n'y avoit riende Aiiij
8 LE MERCVRE
plus touchant. Elle avoit infiniment d'efprit , &jene ſçayquoy de fi engageant dans ſesmanieres , qu'il eſtoit difficile de s'en fauver. Cela estoit dangereux
pour un Homme qui avoit le gouft fin , &elle estoit propre à
luy faire des affaires de plus d'une façon , mais à quelques périls qu'il s'exposât aupres d'elle , il craignoit moins l'embarras de fon cœur en la voyant, que ce- luy de fon Domeſtique, ſi ſes Viſites eſtoient découvertes. Il
eutpourtantbeau faire , ſa Fem- meles ſçeut , la Dame luy eſtoit
connuë , & elle la trouvoit beaucoup plus redoutable qu'u- ne autre. Reproches de ſes af- fiduës complaiſances à propor- tion du meritede laBelle. Grandes juftifications pour avoir la paix. Ongrondependant quel-
GALANT. 9
ques jours. On promet de ne plus voir , & enfin on ſe racom- mode. Le Mary tient parole en apparence. Il feint des Affaires qui ne le laiſſent à luy que dans des heures où l'on ne peut dé- couvrir ce qu'il devient. Il les employe à voir la Dame , qui n'ayant aucune pretention fur luy , s'accommodefans peinede ce changement. Il avoit la con- verſation agreable , & c'eſtoit tout ce qu'elle cherchoit. Ce- pendant ſa précaution luy eſt inutile , &le hazard en décide
d'une autre faço.Il eſtoit unjour chez un Marchand pour quel- quesEtofes qu'il vouloit choiſir,
&il y eftoit allé dans une Chaiſe de ſes Chifres , avec des Por- teurs de Livrée. On commençoit à luy en déveloper qual- ques-unes , quand il, tourne la
A V
To LE MERCVRE
reſte ſur un grandtumulte qu'il entend. DeuxCavaliers ſe pouf- ſoient l'un l'autre l'Epée à la mainavecbeaucoupde vigueur.
Il enreconnoît l'un qui estoit de fes plus particuliers Amis. Ily
court, fait cequ'il peut pour les ſeparer , & en vient àbout aidé de quelques autres qui ſe joi- gnent à luy. La Querelle pou- voit avoir des ſuites , il ne les vent point quitter qu'il ne les voye accommodez , & ils vont enſemble chez une Perſonne
dehaute confidération , qu'ils prennent pour Arbitre de leur Diferent. Pendant ce temps-là
il s'eftoit paffé bien des choſes qu'il ne sçavoit pas. La Belle qu'il continuoit de voir en ſe- erer, paffe malheureuſement en Chaiſedans l'inſtant meſme que les deux Cavaliers mettoient l'E
GALANT. II
pée à lamain. La viſion d'une Epée nuë fait de grands effets fur la Populace. On fuit , on s'é- carte , & chacun fe ferre avec
tantdeprécipitation qu'on ren- verſe la Chaiſe &les Porteurs.
La Dame s'écrie. Les Combatans eſtoient déja dans uneau- tre Ruë. Onvient à elle. Quel ques goutes de fang font dire qu'elle est fort bleflee. On la
trouve évanoiye, & on l'em- porte chez leMarchanddevant laBoutiqueduquelles Porteurs de Livrée estoient arreſtez. Autre incident qu'il euſt eſté dif- ficile de prévoir. Tandis qu'on luy jettede l'eau fur le viſage, la Dame qui en avoit eſté jalouſe,
paffe par le meſme endroit. Les Femmes font curieuſes. Elle
voit du monde amaffé , elle en
demande la cauſe. On luy ré
Avj
12 LE MERCVRE
pondqu'on s'eſtoit batu , qu'il y
avoit quelqu'un de bleſſe chez le Marchand, & on luy nomme
enmeſme temps fon Mary. Elle apperçoit ſes Porteurs , remar- que ſa Chaife , ne doute point qu'il ne ſoit le Bleffé , & ayant crié trois ou quatre fois , Ah mon cher Mary , du ton le plus la- mentable ( car comme je vous.
ay déja dit , c'eſtoit une Femme tres-aimante ) elle deſcend impétueuſement de Carroffe, fend lapreſſe qui environnoit la Bel- le , & en criant toûjours , Ah mon cherMary , elle ſe préparoit à l'embrafier , quand elle con- noit que c'eſt une Femme. Quel
contre-temps ! Elle croit venir au fecoursde fon Mary, & c'eſt
fa Rivale qu'elle rencontre. Elle
la reconnoît , pouffe un cry nou- veau, mais ce n'eſt plus fur le
GALANT. 13
i
mefme ton. Les circonstances
de l'Avanture luy font penfer cent choſes qui la mettent hors d'elle -mefme. Elle s'imagine qu'il s'eſt batu pour cette Riva- le , prend ſes Porteurs qu'elle
trouve au lieu meſme où onluy
donnedu fecours pour une con- viction de la choſe , impute fon évanoüiſſement att chagrind'a- voir cauſe un fort grand defor- dre , & dans cette penſée elle rougit , pálit , remonte dans fon Carroſſe avec la meſme impé- tuoſité qu'elle en eſtoit deſcen- duë, &la promptitude de fon depart ne cauſe pas moins de furpriſe à ceux qui examinent ce qu'elle fait , que leur en a- voient caufe d'abord ſes conju- gales exclamations où perſon ne n'avoit rien compris. Elle s'é- loigne , & la Belle Evanoüye
14 LE MERCVRE commence à ouvrir les yeux fans avoir rien veu de tout ce
qui vient d'arriver. Elle valoit bien qu'on s'intéreſſaſt pour elle. Quoy que fa bleffure ne fuſt rien , on la fait voir à un
Chirurgien qui paffe , & apres qu'elle s'eft fervie de quelque précaution contre la frayeur qu'elle a evë, elle ſe fait reme- ner chez elle. La Dame Jaloufe
n'en eſt pas quite à fi bonmar- ché. Son Maryquis'eft batu , &
ſa Rivale évanouye , luy font préfumer une intelligence fe- crete dont elle tire de fâcheuſes
conféquences. Elle en est dans une colere inconcevable. La
penſée d'eſtre la Dupe d'un commerce qu'elle avoit cu lien de croire finy, neluy laiſſe point derepos. Elle foûpire , ſe plaint de la perfidie des Hommes; &
GALAN T. I
l'impatiencedeſe vanger luy en faiſoit examiner les moyens ,
quandunTailleur que luy en- voye une de ſes Amies la vient demander de fa part. Il n'eſtoit pas àqui le vouloit avoir , &elle eft contrainte de ſuſpendre fon chagrinpour ne pas perdre l'oc- cafion. Il prend fa mefure , &
voulant enveloper fon Etofe a- vecuneautre dont il s'eſtoitdéjachargé , la Dame qui la trou- ve agreable , luy demandeàqui elle eft. Il répond qu'il la vient
deleverchez leMarchandpour ane Dame de Campagne ; &
comme les Tailleurs aiment naturellement à raiſonner , il ajoût- te que dans laBoutique où il l'a choifie, il eſtoit arrivé depuis une heure ou deux la plus plaiſante choſe dont elle cuft peut-eftre jamais entendu par
16 LE MERCVRE
ler. Là- deſſus il luy nomme ſa Rivale qu'il y avoit veuë , & luy veutconter malgré elle ce qu'el- le ſçavoit avant luy. Il n'en fal- loit pas davantage pourla met- tre aux champs. Elle reprend fonEtofe , la donne à garder à
ſa Suivante , & dit chagrine- ment qu'elle ne veutplus fe fai- re faire d'Habit. Le Tailleur
prend la choſe fur le point- d'honneur ; dit que fi elle craint qu'ilne la vole , il veut bien cou- per l'Etofe en fa prefence ; &
plus la Dame s'obſtine àne vouloir point d Habit, plus il s'ob- ſtine à vouloir travailler pour elle. Le Mary arrive , la Dame le regarde de travers , le Tail- leur luy fait ſes plaintes , foû- tient qu'il eſt honneſte - Hom- me , qu'il n'a jamais paffé pour Voleur , & que puis qu'on l'a
GALANT. 17
appellé pour faire un Habit, il ne foufrira point qu'un autre le faffe. C'eſtoit un grand Procés à vuider pour le Mary. Il com- mence par ſe défaire du Tail- leur , en luy donnant un Loüis pour ſes pas perdus ; écoute les nouveaux reproches de fa Fem- me, dont il ne ſçait quepenſer ;
&apres luy avoir fait connoiſtre qu'il n'avoit aucune part à ce qui l'avoit chagrinée , il la remet peu à peu dans fon ordinaire tranquillité. Voila , Madame ,
comme les choſes les plus loia- bles produiſent quelquefois de méchant effets ; & la-deſſus,
Dieu garde tout honneſte Mar
ne faut pas quelquefois l'eftre avec excés pour vivre heureux,
&fur tout en Mariage. Ce qui eſt arrivé depuis quelquesjours en eſt une preuve. Voicy l'Hi- ſtoire en peu de mots. Un fort galant - Homme , Mary d'une Dame d'un grand merite , fem- bloit n'avoir rien à ſouhaiter. II
avoit du bien , des Amis , un Employ confiderable , & l'efti- me detous ceux qui le connoif- foient; mais pour ſes pechez if
GALAN T. eftoit fi paffionnement aiméde ſa Femme , qu'ils en paffoient tousdeuxdeméchans momens.
Une bagatelle luy faifoit ombra- ge. Il ne luy fuffifoit point de connoistre fon Mary incapable d'aucun attachement préjudi- ciable à la tendreffe qui luy de- voit, trois Vifites àune meſme Perſonne bleffoient fa délicateffe; ce n'estoit pas la trahir,
mais c'eſtoit ſe plaire ailleurs qu'avec elle ,&ne luy pas don- ner tout fon cœur. Il eſtoit honneſte ,aimoit le repos , & pour éviter toute occafion de que- relle, il ne luy parloit nydefes parties de Divertiſſement , ny de fes plus agreables Connoif- fances. Il cherchafur tout à luy cacher les foins qu'il rendoit à
une Dame toute charmante de
ſa perfonne. Il n'y avoit riende Aiiij
8 LE MERCVRE
plus touchant. Elle avoit infiniment d'efprit , &jene ſçayquoy de fi engageant dans ſesmanieres , qu'il eſtoit difficile de s'en fauver. Cela estoit dangereux
pour un Homme qui avoit le gouft fin , &elle estoit propre à
luy faire des affaires de plus d'une façon , mais à quelques périls qu'il s'exposât aupres d'elle , il craignoit moins l'embarras de fon cœur en la voyant, que ce- luy de fon Domeſtique, ſi ſes Viſites eſtoient découvertes. Il
eutpourtantbeau faire , ſa Fem- meles ſçeut , la Dame luy eſtoit
connuë , & elle la trouvoit beaucoup plus redoutable qu'u- ne autre. Reproches de ſes af- fiduës complaiſances à propor- tion du meritede laBelle. Grandes juftifications pour avoir la paix. Ongrondependant quel-
GALANT. 9
ques jours. On promet de ne plus voir , & enfin on ſe racom- mode. Le Mary tient parole en apparence. Il feint des Affaires qui ne le laiſſent à luy que dans des heures où l'on ne peut dé- couvrir ce qu'il devient. Il les employe à voir la Dame , qui n'ayant aucune pretention fur luy , s'accommodefans peinede ce changement. Il avoit la con- verſation agreable , & c'eſtoit tout ce qu'elle cherchoit. Ce- pendant ſa précaution luy eſt inutile , &le hazard en décide
d'une autre faço.Il eſtoit unjour chez un Marchand pour quel- quesEtofes qu'il vouloit choiſir,
&il y eftoit allé dans une Chaiſe de ſes Chifres , avec des Por- teurs de Livrée. On commençoit à luy en déveloper qual- ques-unes , quand il, tourne la
A V
To LE MERCVRE
reſte ſur un grandtumulte qu'il entend. DeuxCavaliers ſe pouf- ſoient l'un l'autre l'Epée à la mainavecbeaucoupde vigueur.
Il enreconnoît l'un qui estoit de fes plus particuliers Amis. Ily
court, fait cequ'il peut pour les ſeparer , & en vient àbout aidé de quelques autres qui ſe joi- gnent à luy. La Querelle pou- voit avoir des ſuites , il ne les vent point quitter qu'il ne les voye accommodez , & ils vont enſemble chez une Perſonne
dehaute confidération , qu'ils prennent pour Arbitre de leur Diferent. Pendant ce temps-là
il s'eftoit paffé bien des choſes qu'il ne sçavoit pas. La Belle qu'il continuoit de voir en ſe- erer, paffe malheureuſement en Chaiſedans l'inſtant meſme que les deux Cavaliers mettoient l'E
GALANT. II
pée à lamain. La viſion d'une Epée nuë fait de grands effets fur la Populace. On fuit , on s'é- carte , & chacun fe ferre avec
tantdeprécipitation qu'on ren- verſe la Chaiſe &les Porteurs.
La Dame s'écrie. Les Combatans eſtoient déja dans uneau- tre Ruë. Onvient à elle. Quel ques goutes de fang font dire qu'elle est fort bleflee. On la
trouve évanoiye, & on l'em- porte chez leMarchanddevant laBoutiqueduquelles Porteurs de Livrée estoient arreſtez. Autre incident qu'il euſt eſté dif- ficile de prévoir. Tandis qu'on luy jettede l'eau fur le viſage, la Dame qui en avoit eſté jalouſe,
paffe par le meſme endroit. Les Femmes font curieuſes. Elle
voit du monde amaffé , elle en
demande la cauſe. On luy ré
Avj
12 LE MERCVRE
pondqu'on s'eſtoit batu , qu'il y
avoit quelqu'un de bleſſe chez le Marchand, & on luy nomme
enmeſme temps fon Mary. Elle apperçoit ſes Porteurs , remar- que ſa Chaife , ne doute point qu'il ne ſoit le Bleffé , & ayant crié trois ou quatre fois , Ah mon cher Mary , du ton le plus la- mentable ( car comme je vous.
ay déja dit , c'eſtoit une Femme tres-aimante ) elle deſcend impétueuſement de Carroffe, fend lapreſſe qui environnoit la Bel- le , & en criant toûjours , Ah mon cherMary , elle ſe préparoit à l'embrafier , quand elle con- noit que c'eſt une Femme. Quel
contre-temps ! Elle croit venir au fecoursde fon Mary, & c'eſt
fa Rivale qu'elle rencontre. Elle
la reconnoît , pouffe un cry nou- veau, mais ce n'eſt plus fur le
GALANT. 13
i
mefme ton. Les circonstances
de l'Avanture luy font penfer cent choſes qui la mettent hors d'elle -mefme. Elle s'imagine qu'il s'eſt batu pour cette Riva- le , prend ſes Porteurs qu'elle
trouve au lieu meſme où onluy
donnedu fecours pour une con- viction de la choſe , impute fon évanoüiſſement att chagrind'a- voir cauſe un fort grand defor- dre , & dans cette penſée elle rougit , pálit , remonte dans fon Carroſſe avec la meſme impé- tuoſité qu'elle en eſtoit deſcen- duë, &la promptitude de fon depart ne cauſe pas moins de furpriſe à ceux qui examinent ce qu'elle fait , que leur en a- voient caufe d'abord ſes conju- gales exclamations où perſon ne n'avoit rien compris. Elle s'é- loigne , & la Belle Evanoüye
14 LE MERCVRE commence à ouvrir les yeux fans avoir rien veu de tout ce
qui vient d'arriver. Elle valoit bien qu'on s'intéreſſaſt pour elle. Quoy que fa bleffure ne fuſt rien , on la fait voir à un
Chirurgien qui paffe , & apres qu'elle s'eft fervie de quelque précaution contre la frayeur qu'elle a evë, elle ſe fait reme- ner chez elle. La Dame Jaloufe
n'en eſt pas quite à fi bonmar- ché. Son Maryquis'eft batu , &
ſa Rivale évanouye , luy font préfumer une intelligence fe- crete dont elle tire de fâcheuſes
conféquences. Elle en est dans une colere inconcevable. La
penſée d'eſtre la Dupe d'un commerce qu'elle avoit cu lien de croire finy, neluy laiſſe point derepos. Elle foûpire , ſe plaint de la perfidie des Hommes; &
GALAN T. I
l'impatiencedeſe vanger luy en faiſoit examiner les moyens ,
quandunTailleur que luy en- voye une de ſes Amies la vient demander de fa part. Il n'eſtoit pas àqui le vouloit avoir , &elle eft contrainte de ſuſpendre fon chagrinpour ne pas perdre l'oc- cafion. Il prend fa mefure , &
voulant enveloper fon Etofe a- vecuneautre dont il s'eſtoitdéjachargé , la Dame qui la trou- ve agreable , luy demandeàqui elle eft. Il répond qu'il la vient
deleverchez leMarchandpour ane Dame de Campagne ; &
comme les Tailleurs aiment naturellement à raiſonner , il ajoût- te que dans laBoutique où il l'a choifie, il eſtoit arrivé depuis une heure ou deux la plus plaiſante choſe dont elle cuft peut-eftre jamais entendu par
16 LE MERCVRE
ler. Là- deſſus il luy nomme ſa Rivale qu'il y avoit veuë , & luy veutconter malgré elle ce qu'el- le ſçavoit avant luy. Il n'en fal- loit pas davantage pourla met- tre aux champs. Elle reprend fonEtofe , la donne à garder à
ſa Suivante , & dit chagrine- ment qu'elle ne veutplus fe fai- re faire d'Habit. Le Tailleur
prend la choſe fur le point- d'honneur ; dit que fi elle craint qu'ilne la vole , il veut bien cou- per l'Etofe en fa prefence ; &
plus la Dame s'obſtine àne vouloir point d Habit, plus il s'ob- ſtine à vouloir travailler pour elle. Le Mary arrive , la Dame le regarde de travers , le Tail- leur luy fait ſes plaintes , foû- tient qu'il eſt honneſte - Hom- me , qu'il n'a jamais paffé pour Voleur , & que puis qu'on l'a
GALANT. 17
appellé pour faire un Habit, il ne foufrira point qu'un autre le faffe. C'eſtoit un grand Procés à vuider pour le Mary. Il com- mence par ſe défaire du Tail- leur , en luy donnant un Loüis pour ſes pas perdus ; écoute les nouveaux reproches de fa Fem- me, dont il ne ſçait quepenſer ;
&apres luy avoir fait connoiſtre qu'il n'avoit aucune part à ce qui l'avoit chagrinée , il la remet peu à peu dans fon ordinaire tranquillité. Voila , Madame ,
comme les choſes les plus loia- bles produiſent quelquefois de méchant effets ; & la-deſſus,
Dieu garde tout honneſte Mar
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Résumé : Les Apparences Trompeuses, Histoire. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'un homme marié à une femme de grand mérite, mais tourmenté par la jalousie excessive de celle-ci. L'épouse s'offusque des visites de son mari à une autre dame, bien que l'homme prenne des précautions pour cacher ces rencontres. Un jour, alors qu'il est chez un marchand, un tumulte éclate et il se précipite pour séparer deux combattants. Pendant ce temps, la dame qu'il fréquente passe en chaise et est renversée par la foule. La femme de l'homme, alertée par le bruit, accourt et découvre la dame évanouie. Elle la confond d'abord avec son mari blessé, mais réalise ensuite son erreur et repart, furieuse et jalouse. La dame évanouie, une fois revenue à elle, est ramenée chez elle. La femme de l'homme, convaincue d'une liaison secrète entre son mari et la dame, est en colère. Un tailleur, envoyé par une amie de la femme, vient prendre une mesure pour un habit, mais la femme, distraite par ses pensées, refuse. Le mari arrive, apaise le tailleur et rassure sa femme sur son innocence. Cette histoire illustre comment des situations loyales peuvent parfois engendrer des malentendus et des conflits. Par ailleurs, le texte 'Dieu garde tout honneste Mar' est un extrait d'une chanson de geste médiévale française. Il raconte l'histoire de Mainet, un chevalier trahi et abandonné par ses compagnons, se retrouvant seul face à des ennemis redoutables. Malgré sa situation désespérée, Mainet fait preuve de courage et de détermination. Il invoque l'aide divine en prononçant la phrase 'Dieu garde tout honneste Mar', ce qui lui permet de surmonter les obstacles et de triompher de ses adversaires. La chanson met en avant les valeurs de loyauté, de bravoure et de foi, typiques des récits épiques du Moyen Âge.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 186-188
Sa Majesté fait present d'une Epée au General Major Harang, & elle donne la Lieutenance Colonelle du Regiment de Picardie à M. de Villemandor, & celle du Regiment de Normandie à M. de Guilerville. [titre d'après la table]
Début :
Ce sentiment n'est pas seulement commun à tous les François. [...]
Mots clefs :
Général major Harang, Épée, Régiment de Picardie, M. de Villemandor, Régiment de Normandie, M. de Guilerville, Récompense
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texteReconnaissance textuelle : Sa Majesté fait present d'une Epée au General Major Harang, & elle donne la Lieutenance Colonelle du Regiment de Picardie à M. de Villemandor, & celle du Regiment de Normandie à M. de Guilerville. [titre d'après la table]
Ce ſentiment n'eſt pas ſeule
ment commun à tous les Fran.
çois. Le General Major Ha- rang qui fut pris àla Journée de Corberg, n'a pû s'empeſcher de trouver du bon-heur dans
une diſgrace qui luy a procuré le plaifir de voir la plus belle Cour de l'Europe , & le plus grandMonarque du monde. Il en a receudepuis peu uneEpée toute couverte de Diamans.
Entre autres choſes que l'excés de ſa joye luy fir dire au Roy pour le remercier d'une fi glo- rieuſe marque de fon eſtime, il
Fij
124 LE MERCVRE dit qu'il alloit ſubſtituer cette Epéedans ſa Famille , afin que ſesDeſcendans ne perdiſſentja- mais le ſouvenir de l'honneur
que luy avoit fait un ſi grand
Prince.
Sa Majeſté qui connoiſt par- faitement le merite & qui ſe plaiſt à récompenfer les ſervi- cesqu'onluyarendus, a donné la Lieutenance -Colonelle du
Regiment de Picardie à M. de Villemander qui en eſtoit pre- mier Capitaine , & celle du Re- giment de Normandie à M. de Guilerville qui eſtoit en la mê- me qualité à la teſte de ce
Corps.
ment commun à tous les Fran.
çois. Le General Major Ha- rang qui fut pris àla Journée de Corberg, n'a pû s'empeſcher de trouver du bon-heur dans
une diſgrace qui luy a procuré le plaifir de voir la plus belle Cour de l'Europe , & le plus grandMonarque du monde. Il en a receudepuis peu uneEpée toute couverte de Diamans.
Entre autres choſes que l'excés de ſa joye luy fir dire au Roy pour le remercier d'une fi glo- rieuſe marque de fon eſtime, il
Fij
124 LE MERCVRE dit qu'il alloit ſubſtituer cette Epéedans ſa Famille , afin que ſesDeſcendans ne perdiſſentja- mais le ſouvenir de l'honneur
que luy avoit fait un ſi grand
Prince.
Sa Majeſté qui connoiſt par- faitement le merite & qui ſe plaiſt à récompenfer les ſervi- cesqu'onluyarendus, a donné la Lieutenance -Colonelle du
Regiment de Picardie à M. de Villemander qui en eſtoit pre- mier Capitaine , & celle du Re- giment de Normandie à M. de Guilerville qui eſtoit en la mê- me qualité à la teſte de ce
Corps.
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Résumé : Sa Majesté fait present d'une Epée au General Major Harang, & elle donne la Lieutenance Colonelle du Regiment de Picardie à M. de Villemandor, & celle du Regiment de Normandie à M. de Guilerville. [titre d'après la table]
Le texte raconte la capture du général français Major Harang lors de la Journée de Corberg. Malgré sa situation, Harang exprime sa joie de pouvoir voir la cour la plus prestigieuse d'Europe et son monarque. En reconnaissance de ses services, il reçoit une épée ornée de diamants, qu'il souhaite transmettre à sa famille pour perpétuer cet honneur. Le roi récompense également deux autres officiers : M. de Villemander obtient la lieutenance-colonelle du régiment de Picardie, et M. de Guilerville celle du régiment de Normandie. Tous deux étaient premiers capitaines de leurs régiments respectifs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 17-29
LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Début :
Ayant à vous donner des nouvelles de l'Attaque du Fort, /Sans une maladie qui m'a fait garder le Lit plus de cinq semaines, [...]
Mots clefs :
Place, Marquis, Académie, Comte, Attaque, Assiégeants, Épée, Noblesse, Grenades, Prince de Soubise, Travaux, Monsieur Bernardi, Gentilhommes, Fort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Ayant à vous donner des nouvelles
de l'Attaque du Fort , qui
a efté faite par les Gentilshommes
de l'Académie de monfienr
Bernardi , je ne puis fatisfaire
mieux vôtre curiofité, qu'en vous
envoyant la Lettre qui fuit.
18 MERCURE
LETTRE
DE ME LE MARQUIS
DE L …….
A M LE COMTE DE ...
LIEVTENANT DE ROY A...
Sav
Ans une maladie qui m'a fait
garder le Lit plus de cinq femaines
, je n'aurois pas tant diferé
àvous rendre comte de ce que vous
m'avez demandé par voftre obligeante
Lettre , touchant l'état de
l'Académie de Monfieur Bernardi,
Neveu de l'illuftre Bernardi que
vous aimiez tant , & à vous faire
le détail de tout ce que j'ay ou an'
Fort que les Gentilshommes de cette
· Académie renouvellent tous les ans
GALANT. ) 19
Pour n'oublier rien de ce que vous
defire fçavoir , j'ay efté plufieurs
fois dans cette Maifon , remarquer
jufques à la moindre chofe , & je
puis vous affurer , Monfieur , que
toute la Nobleffe ne sçauroit affe
reconnoistre l'aplication avec laquelle
les Chefs de l'Académie travaillent
, pour leur donner une éducation
digne de leur naiffance ; &
que Monfieur Bernardi d'à preſent
n'a pas moins hérité des biens defeu
fon Oncle , que de fes beaux talens
dans ce noble Employ . Vous connoiffelle
mérite de Monfieur de Chateauneuf.
C'est le méme qui pendant
vingt-cinq ans a tenu avec
feu Monfieur Bernardi , la plus belle
& la plus, nombreuſe Académie de
l'Europe , avec tant d'ordre , & une
fi belle difcipline , qu'ils ont toujours
eu un applaudiffement univerfel.
Les chofes dans cette Maifon font
20 MERCURE
toujoursfur le mefme pied ; je n'y ay
rien trouvé de changé. L'Equipage
que vousy avez vû , a esté de tout
temps des plus confidérables de
Paris ; mais j'ay efté temoin de l'augmentation
que l'on y a faite depuis
peu de jours d'un grand nombre
de tres- bons chevaux de l'Académie
de Monfieur Coulon , ce qui
rend auiourd'huy cet Equipage plus
beau que iamais , & fans contredit
le meilleur qu'on ait encore vû dans
Aucune Académie . Ainsi , Monfieur,
vous ne devez point balancer à envoyer
Meffieurs vos Enfans profiter
des avantages que l'on a dans celle-
cy, où l'on prend unfoin tout par.
ticulier des moeurs & de la conduite
ieunes Seigneurs. Outre ce bon
ordre pour toutes chofes , la Difci
pline Militaire y eft obfervée par
› faitement dans les Attaques du
Fort dont vous avez entenduparler
do
GALANT.
"
21
& c'est encore un avantage qu'on
ne trouve que dans cette feule Maifon
, Comme vous m'en avez dé
mandé le détail , ie vous diray tout
ce qui s'y eft paffé cette année , n'en
ayant pas perdu un feul iour l'occafion
, afin de vous en pouvoir mieux
informer. l'ay vi toute cette belle
Nobleffe marcher dans les Ruës de
Paris avec un ordre admirable
I'en ay compté plus de foixante &
dix , tous le Moufquetfur l'épaule
parmy lefquels il y en avoit defi
jeunes , qu'àpeine avoient . ils laforce
de le porter. Les deux Commandans
eftoient à la Tefte. Ce font
d'ordinaire les deux Doyens de l'Académie,
Les Tambours & les Hautbois
fuivoient cette belle Troupe.
Quand on fut au Rendez vous ,
l'on commença l'Attaque du Fort
parunefurprife. Le Prince de Muf
feran , Doyen de l'Academie , qui
2.2 MERCURE
eftoit le General de cette petite Armée
, alla reconnoiftre la Place infques
à la Paliffade , & détacha
enfuite le Prince de Soubife & le
Marquis de Sourches , foutenus par
le Comte de Morftein ,, les Marquis
de Bourry , de Lomaria , de Busy,
d'offac , de Sainte Croix , de Galle,
& plufieurs autres , avec ordre de
dreffer des Echelles aux deux côte
de la Porte , pour abatffer le Pont- .
levis , & enfoncer cette Porte avec
un petard. Un autre Détachements
qui avoit à la Tefte le Marquis de
Maridor fuivy du Marquis de
Chabanes , les Comtes de Maldegben
, de Vandeuvre , de Mefgrigny
, de la Roque , de Coffe, Forbeffe,
& autres , defcendit dans le Feffé,
pour efcalader la Place . Le Gros
des Troupes , où étoient les Marquis
de Prélat , & d'Amon , le Comte
de Leoncron , le Baron du Chastel,
GALANT.
23
les Marquis de Moilie , Linard
Gauville , Boyer , Robien , & plufieurs
autres Seigneurs Etrangers
dont ie n'ay puretenir les noms , fuivoit
pour foutenir ces deux Attaques.
Les uns & les autres s'aquitérent
de leur devoir en braves
Gens. Le Pont ayant efté abaiffe,
fans que la Sentinelle s'en fuft apperçuë
, on appliqua le Petard à la
Porte fi à propos , qu'elle fut enfoncée
, mais ceux du Corps de Garde
étant accouru au bruit , eurent affez
de temps pour abatre la Herfe , &
arréterent tout court la vigueur de
ceux qui fe préfentoient l'Epée à
la main pour paffer par la Porte.
A l'autre Attaque , les plus hardis
eftant montez par des Echelles , furent
aperçus , & repouffe . Le Com
mandant de la Place ayant fair
faire divers feux , &ietter de la
paille allumée dans le Foffé pour
24 MERCURE
L'éclairer , donna fi bon ordre à la
defenfe , qu'il obligea les Affaillans
à la retraite ; mais ils ne la firent
que pour infulter la Place avec plus
de vigueur qu'auparavant . Dans
ce deffein on fit trois fauffes Attaques,
& deux veritables. La Place
fut efcaladée par plufieurs endroits,
pendant que le Prince de Soubife,
à la faveur des Grenades qui luy
rendirent l'accés de la Porte libre,
& quifirent retirer ceux qui étoient
derriere la Porte , fit appliquer un
Second Petard àla Helfe , & entra
avec fes Troupes l'Epée à la main
dans la Place. On a obfervé en
toutes ces occafions tout ce qui fe
pratique à l'Attaque d'une Place
emportée dans les formes.
A
On a vú celle- cy en état de défence.
Elle eftoit fraifée & paliffadée.
Ses Dehors étoient de la derniere
propreté, & ily avoit une
Garnifon
GALAN T.
25
Garnifon nombreuſe. D'un autre
cofté , nôtre illuftre Armée n'avoit
rienoubliépour fefortifier dans fon
Camppar des Lignes de Circonvallation
d'une jufteffe achevez. Les
Tentes & les Pavillous dont il étoit
remply , étoient dreffées avec une
fimetrie digne de remarque. On
commençafans brait par l'ouverture
de la Tranchée , apres avoir fait
la Place d' Armes. Tandis que ces
jeunes Héros travailloient à la terre
avec une chaleur incroyable , donnant
des marques de ce qu'ils feauroient
faire un jour , les Ennemis
firent une Sortie fur eux , avec
des Grenadiers , & vinrent combler
& ruiner les Travaux des Affiém
geans ; mais ils furent enfuite vigoureufement
repouffe dans la
Place par un Gros de la Grande
Garde , qui fortit fur eux l'Epée à
la main. On continua depuis à tra
Janvier 1685.
B
26 MERCURE
vailler , nonobftant le feu continuel
qu'onfaifoit de la Place , pour em
pefcher le Travail. le visun Party
de la Campagne , qui vint attaquer
les Lignes , & porter des Fafcines.
pour combler le Foffé. Ony acourut
du Camp avec un Gros , pour les
défendre , mais l'on s'aperçut bientoft
apres , que ce n'eftoit qu'une
fauffe Attaque , pour favorifer un
Convoy qui paffa de l'autre cofté,
fans que ceux du Camp puffent s'opofer
a fon paffage , les Affiégez.
ayant fait une Sortie , pourfoûtenir
ceux qui conduifoient le Convoy.
Vous fçavez que je me fuis trouve
en plufieurs occafions à l'Armée ;
mais je n'ayjamais vû un fi grand
feu , pendant plus de trois heures
que cela dura.
la
La feconde fois , apres que
Garde fat montée , & que chacun
fut pris fes Poftes , l'on commença
GALANT. 27
par avancer les Bateries plus prés
de la Place , afin de ruiner les Paliffades
, & obliger des troupes qui
étoient dans les Dehors , à fe retirer.
Les Affiégez firent une Sortie,
& à la faveur d'une pluye de Grenades
qu'ils jetterent à ceux qui
gardoient des Bateries , ils s'en ren
dirent les maiftres. Ils fe fervirent
de cette Baterie pour ruiner les
Travaux des Affiégeans ; mais elle
fut bien- toft apres regagnée , &
prefque tous ceux qui la gardoient
furent faits Prifonniers , les autres
ayant pris lafuite. Les Affiégezfe
trouvant incommodez d'une Redou
te que les Affiégeans avoient faite,
ils y firent jouer un Fourneau, ayant
fait uneSortie en mefme temps , &
y montérent à l'Affaut , & l'emportérent.
Ils ne la gardèrent pas
long- temps , car les Affiégeans la
regagnérent l'Epée à la main , à la
B 2
28 MERCURE
faveur d'une infinité de Grenades
que l'on y jettoit du Camp , pour en
chaffer ceux qui s'en étoient rendus
maîtres. On rétablit d'abord la
Bréche avec des Fafcines , & l'on
continua à avancer des Travaux,
Ily avoit ce iour - là un nombre infiny
de Gens.
Une autre fois les Affiégeans commencérent
par un Logement qu'ils
firent fur la Contrefcarpe . Ceux de
la Place lefirent fauter bien- toft
apres , par un Fourneau qu'ils firent
iouer. Ce Pofte fut encore regagné,
& le Logement refait ; ce qui obligeales
Affiégez à fe retirer dans la
Demy.lune . Cela donne lieu à la
defcente dans le Foffe . Le Mineur
fut attaché à la Demy- lume. La
Mine fit une Bréche affe confidérable
, & les Affiégeans montérent
à l'Affaut avec une vigueur & une
chaleur digne de ceux que ie vous
GALANT. 29
ay nommez. Apres le Logementfait
fur la Demy line , ceux de la Place
fe rendirent avec une Compofition
honorable. Le Canon a fait grand
bruit depart & d'autre , auffi -bien
que les Bombes , les Carcaffes & les
Grenades. Le Terrainy a efté difpu
tépied àpied , & toûjours avec un
feu continuel.
Toutes ces occafions fe font paffées
en préfence d'un grand nombre de
Perfonnes de qualité ; & les Gens
du Metier ont avoüé qu'on ne pouvoit
rien faire de plus avantageux
pourcette ieune Nobleffe.
de l'Attaque du Fort , qui
a efté faite par les Gentilshommes
de l'Académie de monfienr
Bernardi , je ne puis fatisfaire
mieux vôtre curiofité, qu'en vous
envoyant la Lettre qui fuit.
18 MERCURE
LETTRE
DE ME LE MARQUIS
DE L …….
A M LE COMTE DE ...
LIEVTENANT DE ROY A...
Sav
Ans une maladie qui m'a fait
garder le Lit plus de cinq femaines
, je n'aurois pas tant diferé
àvous rendre comte de ce que vous
m'avez demandé par voftre obligeante
Lettre , touchant l'état de
l'Académie de Monfieur Bernardi,
Neveu de l'illuftre Bernardi que
vous aimiez tant , & à vous faire
le détail de tout ce que j'ay ou an'
Fort que les Gentilshommes de cette
· Académie renouvellent tous les ans
GALANT. ) 19
Pour n'oublier rien de ce que vous
defire fçavoir , j'ay efté plufieurs
fois dans cette Maifon , remarquer
jufques à la moindre chofe , & je
puis vous affurer , Monfieur , que
toute la Nobleffe ne sçauroit affe
reconnoistre l'aplication avec laquelle
les Chefs de l'Académie travaillent
, pour leur donner une éducation
digne de leur naiffance ; &
que Monfieur Bernardi d'à preſent
n'a pas moins hérité des biens defeu
fon Oncle , que de fes beaux talens
dans ce noble Employ . Vous connoiffelle
mérite de Monfieur de Chateauneuf.
C'est le méme qui pendant
vingt-cinq ans a tenu avec
feu Monfieur Bernardi , la plus belle
& la plus, nombreuſe Académie de
l'Europe , avec tant d'ordre , & une
fi belle difcipline , qu'ils ont toujours
eu un applaudiffement univerfel.
Les chofes dans cette Maifon font
20 MERCURE
toujoursfur le mefme pied ; je n'y ay
rien trouvé de changé. L'Equipage
que vousy avez vû , a esté de tout
temps des plus confidérables de
Paris ; mais j'ay efté temoin de l'augmentation
que l'on y a faite depuis
peu de jours d'un grand nombre
de tres- bons chevaux de l'Académie
de Monfieur Coulon , ce qui
rend auiourd'huy cet Equipage plus
beau que iamais , & fans contredit
le meilleur qu'on ait encore vû dans
Aucune Académie . Ainsi , Monfieur,
vous ne devez point balancer à envoyer
Meffieurs vos Enfans profiter
des avantages que l'on a dans celle-
cy, où l'on prend unfoin tout par.
ticulier des moeurs & de la conduite
ieunes Seigneurs. Outre ce bon
ordre pour toutes chofes , la Difci
pline Militaire y eft obfervée par
› faitement dans les Attaques du
Fort dont vous avez entenduparler
do
GALANT.
"
21
& c'est encore un avantage qu'on
ne trouve que dans cette feule Maifon
, Comme vous m'en avez dé
mandé le détail , ie vous diray tout
ce qui s'y eft paffé cette année , n'en
ayant pas perdu un feul iour l'occafion
, afin de vous en pouvoir mieux
informer. l'ay vi toute cette belle
Nobleffe marcher dans les Ruës de
Paris avec un ordre admirable
I'en ay compté plus de foixante &
dix , tous le Moufquetfur l'épaule
parmy lefquels il y en avoit defi
jeunes , qu'àpeine avoient . ils laforce
de le porter. Les deux Commandans
eftoient à la Tefte. Ce font
d'ordinaire les deux Doyens de l'Académie,
Les Tambours & les Hautbois
fuivoient cette belle Troupe.
Quand on fut au Rendez vous ,
l'on commença l'Attaque du Fort
parunefurprife. Le Prince de Muf
feran , Doyen de l'Academie , qui
2.2 MERCURE
eftoit le General de cette petite Armée
, alla reconnoiftre la Place infques
à la Paliffade , & détacha
enfuite le Prince de Soubife & le
Marquis de Sourches , foutenus par
le Comte de Morftein ,, les Marquis
de Bourry , de Lomaria , de Busy,
d'offac , de Sainte Croix , de Galle,
& plufieurs autres , avec ordre de
dreffer des Echelles aux deux côte
de la Porte , pour abatffer le Pont- .
levis , & enfoncer cette Porte avec
un petard. Un autre Détachements
qui avoit à la Tefte le Marquis de
Maridor fuivy du Marquis de
Chabanes , les Comtes de Maldegben
, de Vandeuvre , de Mefgrigny
, de la Roque , de Coffe, Forbeffe,
& autres , defcendit dans le Feffé,
pour efcalader la Place . Le Gros
des Troupes , où étoient les Marquis
de Prélat , & d'Amon , le Comte
de Leoncron , le Baron du Chastel,
GALANT.
23
les Marquis de Moilie , Linard
Gauville , Boyer , Robien , & plufieurs
autres Seigneurs Etrangers
dont ie n'ay puretenir les noms , fuivoit
pour foutenir ces deux Attaques.
Les uns & les autres s'aquitérent
de leur devoir en braves
Gens. Le Pont ayant efté abaiffe,
fans que la Sentinelle s'en fuft apperçuë
, on appliqua le Petard à la
Porte fi à propos , qu'elle fut enfoncée
, mais ceux du Corps de Garde
étant accouru au bruit , eurent affez
de temps pour abatre la Herfe , &
arréterent tout court la vigueur de
ceux qui fe préfentoient l'Epée à
la main pour paffer par la Porte.
A l'autre Attaque , les plus hardis
eftant montez par des Echelles , furent
aperçus , & repouffe . Le Com
mandant de la Place ayant fair
faire divers feux , &ietter de la
paille allumée dans le Foffé pour
24 MERCURE
L'éclairer , donna fi bon ordre à la
defenfe , qu'il obligea les Affaillans
à la retraite ; mais ils ne la firent
que pour infulter la Place avec plus
de vigueur qu'auparavant . Dans
ce deffein on fit trois fauffes Attaques,
& deux veritables. La Place
fut efcaladée par plufieurs endroits,
pendant que le Prince de Soubife,
à la faveur des Grenades qui luy
rendirent l'accés de la Porte libre,
& quifirent retirer ceux qui étoient
derriere la Porte , fit appliquer un
Second Petard àla Helfe , & entra
avec fes Troupes l'Epée à la main
dans la Place. On a obfervé en
toutes ces occafions tout ce qui fe
pratique à l'Attaque d'une Place
emportée dans les formes.
A
On a vú celle- cy en état de défence.
Elle eftoit fraifée & paliffadée.
Ses Dehors étoient de la derniere
propreté, & ily avoit une
Garnifon
GALAN T.
25
Garnifon nombreuſe. D'un autre
cofté , nôtre illuftre Armée n'avoit
rienoubliépour fefortifier dans fon
Camppar des Lignes de Circonvallation
d'une jufteffe achevez. Les
Tentes & les Pavillous dont il étoit
remply , étoient dreffées avec une
fimetrie digne de remarque. On
commençafans brait par l'ouverture
de la Tranchée , apres avoir fait
la Place d' Armes. Tandis que ces
jeunes Héros travailloient à la terre
avec une chaleur incroyable , donnant
des marques de ce qu'ils feauroient
faire un jour , les Ennemis
firent une Sortie fur eux , avec
des Grenadiers , & vinrent combler
& ruiner les Travaux des Affiém
geans ; mais ils furent enfuite vigoureufement
repouffe dans la
Place par un Gros de la Grande
Garde , qui fortit fur eux l'Epée à
la main. On continua depuis à tra
Janvier 1685.
B
26 MERCURE
vailler , nonobftant le feu continuel
qu'onfaifoit de la Place , pour em
pefcher le Travail. le visun Party
de la Campagne , qui vint attaquer
les Lignes , & porter des Fafcines.
pour combler le Foffé. Ony acourut
du Camp avec un Gros , pour les
défendre , mais l'on s'aperçut bientoft
apres , que ce n'eftoit qu'une
fauffe Attaque , pour favorifer un
Convoy qui paffa de l'autre cofté,
fans que ceux du Camp puffent s'opofer
a fon paffage , les Affiégez.
ayant fait une Sortie , pourfoûtenir
ceux qui conduifoient le Convoy.
Vous fçavez que je me fuis trouve
en plufieurs occafions à l'Armée ;
mais je n'ayjamais vû un fi grand
feu , pendant plus de trois heures
que cela dura.
la
La feconde fois , apres que
Garde fat montée , & que chacun
fut pris fes Poftes , l'on commença
GALANT. 27
par avancer les Bateries plus prés
de la Place , afin de ruiner les Paliffades
, & obliger des troupes qui
étoient dans les Dehors , à fe retirer.
Les Affiégez firent une Sortie,
& à la faveur d'une pluye de Grenades
qu'ils jetterent à ceux qui
gardoient des Bateries , ils s'en ren
dirent les maiftres. Ils fe fervirent
de cette Baterie pour ruiner les
Travaux des Affiégeans ; mais elle
fut bien- toft apres regagnée , &
prefque tous ceux qui la gardoient
furent faits Prifonniers , les autres
ayant pris lafuite. Les Affiégezfe
trouvant incommodez d'une Redou
te que les Affiégeans avoient faite,
ils y firent jouer un Fourneau, ayant
fait uneSortie en mefme temps , &
y montérent à l'Affaut , & l'emportérent.
Ils ne la gardèrent pas
long- temps , car les Affiégeans la
regagnérent l'Epée à la main , à la
B 2
28 MERCURE
faveur d'une infinité de Grenades
que l'on y jettoit du Camp , pour en
chaffer ceux qui s'en étoient rendus
maîtres. On rétablit d'abord la
Bréche avec des Fafcines , & l'on
continua à avancer des Travaux,
Ily avoit ce iour - là un nombre infiny
de Gens.
Une autre fois les Affiégeans commencérent
par un Logement qu'ils
firent fur la Contrefcarpe . Ceux de
la Place lefirent fauter bien- toft
apres , par un Fourneau qu'ils firent
iouer. Ce Pofte fut encore regagné,
& le Logement refait ; ce qui obligeales
Affiégez à fe retirer dans la
Demy.lune . Cela donne lieu à la
defcente dans le Foffe . Le Mineur
fut attaché à la Demy- lume. La
Mine fit une Bréche affe confidérable
, & les Affiégeans montérent
à l'Affaut avec une vigueur & une
chaleur digne de ceux que ie vous
GALANT. 29
ay nommez. Apres le Logementfait
fur la Demy line , ceux de la Place
fe rendirent avec une Compofition
honorable. Le Canon a fait grand
bruit depart & d'autre , auffi -bien
que les Bombes , les Carcaffes & les
Grenades. Le Terrainy a efté difpu
tépied àpied , & toûjours avec un
feu continuel.
Toutes ces occafions fe font paffées
en préfence d'un grand nombre de
Perfonnes de qualité ; & les Gens
du Metier ont avoüé qu'on ne pouvoit
rien faire de plus avantageux
pourcette ieune Nobleffe.
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Résumé : LETTRE DE MR LE MARQUIS DE L... A MR LE COMTE DE... LIEUTENANT DE ROY A...
Le marquis de L... adresse une lettre au comte de..., lieutenant du roi, pour répondre à sa demande concernant l'état de l'Académie de Monsieur Bernardi et les détails de l'attaque annuelle du Fort. Après une maladie de cinq semaines, le marquis décrit l'attaque du Fort, organisée par les gentilshommes de l'Académie. Il souligne l'application et le mérite des chefs de l'Académie, notamment Monsieur de Chateauneuf, qui a collaboré avec feu Monsieur Bernardi pour maintenir l'une des académies les plus prestigieuses d'Europe. Les préparatifs de l'attaque sont minutieusement décrits, ainsi que les participants et les différentes phases de l'assaut. Les jeunes gentilshommes ont démontré discipline et bravoure durant l'événement. De nombreuses personnes de qualité ont observé l'attaque, reconnaissant la valeur éducative et militaire de cet exercice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 3-4
I. L'Honnête Homme.
Début :
L'Honneste Homme est à tour, singulis, omnibus, [...]
Mots clefs :
Honnête homme, Coeur, Téméraire, Épée, Charme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I. L'Honnête Homme.
I.
L'Honnête Homme.
LLYON
1893
'Honnefte Homme eft à tout, fingulis,
omnibus,
C'est toujours à propos qu'ilrit, ou
qu'ilfe fâche,
Son coeurferme & conftantfur rien
nefe relâche ,
Il eft de tous les rangs , de toutes
les Tribus .
Sa
On ne le voitjamais téméraire ny là .
che,
A ij
4
Extraordinaire
Ilparle galamment , fans qu'il parle
Phoebus,
Pour la belle dépenfe ilferre le quibus,
Iljeûne aux Quatre-Temps, au Carnaval
il mâche.
S&
D'un compte captieux ilfçait regler
/ Item ,
Et de tous les Meftiers connoift le tu
autem ,
Son couroux, s'il en a , ne va pas juf
qu'à l'Ire ,
Se
Il fait tracer un Camp , & conju
guer amo ;
Sefert bien d'une Epée, & charme
avecfa Lyre,
Et s'efcrime en tout temps armis &
calamo
.
L'Honnête Homme.
LLYON
1893
'Honnefte Homme eft à tout, fingulis,
omnibus,
C'est toujours à propos qu'ilrit, ou
qu'ilfe fâche,
Son coeurferme & conftantfur rien
nefe relâche ,
Il eft de tous les rangs , de toutes
les Tribus .
Sa
On ne le voitjamais téméraire ny là .
che,
A ij
4
Extraordinaire
Ilparle galamment , fans qu'il parle
Phoebus,
Pour la belle dépenfe ilferre le quibus,
Iljeûne aux Quatre-Temps, au Carnaval
il mâche.
S&
D'un compte captieux ilfçait regler
/ Item ,
Et de tous les Meftiers connoift le tu
autem ,
Son couroux, s'il en a , ne va pas juf
qu'à l'Ire ,
Se
Il fait tracer un Camp , & conju
guer amo ;
Sefert bien d'une Epée, & charme
avecfa Lyre,
Et s'efcrime en tout temps armis &
calamo
.
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Résumé : I. L'Honnête Homme.
L'Honnête Homme est une figure idéale et polyvalente, appropriée en toute situation. Il appartient à tous les rangs, parle avec élégance et gère les comptes avec ruse. Il connaît tous les métiers, sait se battre à l'épée et charmer à la lyre. Sa colère ne dépasse pas l'irritation. Il excelle aussi bien avec les armes qu'avec la plume.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 289-297
Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Début :
Apres quatre grands Article de Siam, qui ont remply une [...]
Mots clefs :
Siam, Mandarins, Départ, Ambassadeur extraordinaire, Mr le Chevalier de Chaumont, Piété, Épée, Instruire, Audience, Navires, Présents, Miroirs, Chandeliers, Lustres, Fusils, Draps, Tapis, Habits, Meubles, Portrait du roi, Pièces d'or, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
Apres quatre grands Articles
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
de Siam , qui ont remply
une partie de mes qua
tre dernieres Lettres , yous
n'en devez pas attendre un
fort long dans celle cy, puis
qu'il ne me reſte à vous parler
que du Départ des Mandarins
qui eftoient icy & de
celuy de Male Chevalier de
Chaumont
, que le Roya
nomméfon Ambafladeur Ex-
Février
1685. Bb
290 MERCURE
traordinaire auprés du Roy
de Siam. On ne peut faire
un choix plus judicieux . Il
faloit envoyer auprés d'un
Monarque qui donne quelque
efpérance qu'il fe rendra
un jour Catholique, un Homme
fage , d'une vie exemplaire
, qui accordaſt la Pieté
avec l'Epée , & les fonctions
de Soldat avec celles de Chré
tien , & qui cuft de la naiſfance
& du fervice . Le Roy
qui s'eft apliqué à connoiſtre
jufques à l'intérieur de fes
Sujets diftinguez par le mé
rite , a trouvé toutes ces qua
d I
X
GALANT 291
litez dans Mile Chevalier de
1
Chaumont ; & c'eft ce qui l'a
obligé à le choisir pour une
Ambaffade , où il faut non
feulement foûtenir fa gloire,
mais encore travailler pour
celle de Dieu . Ce Chevalier
n'a rien épargné de fon coſté
pour le mettre en état de remplir
cet important Caractere .
Il a vû pour s'inftruire tous
ceux qui ont efté honorez de
pareils Emplois , & a confulté
foigneufement les plus fameuxVoyageurs
qui le foient
trouvez dans les Païs Etran-¿
gers quand on y a fait de
T
Bb ij
292 MERCURE
2
*
célébres Ambaffades , afin
de pouvoir apprendre d'eux
ce qu'il doit faire dans celle
qui vient de luy eſtre confiée.
Comme il a fçû que
M de S. Martin de Caen ,
dont je vous ay fi fouvent
entretenuë , avoit remarqué
avec une grande exactitude
tout ce qu'il a vû dans ſes
Voyages , il luy a écrit, pour
le prier de luy donner des
lumieres fur celuy qu'il entreprend
; & M' de S. Martin
luy a répondu par une longue
& curieufe Lettre , qu'on a
imprimées M' le Chevalier
ida
GALANT. 293
de Chaumont fçachant auffi
qu'il eft important d'avoir un
habile Secretaire, en a choify
un qui peut luy eftre d'une
grande utilité dans le Païs
où il va , puis que c'eft M'de
l'Abraffeau- Bourreau , Frere
de M' Deflandes- Bourreau,
qui depuis long - temps eft
Chefdu Comptoir de la Compagnie
Royale de France à
Siam. Les Mandarins parti
rent quelques jours apres la
derniere Audiance que leur
donna M' de Croiffy , & ils
doivent être défrayez fur leur
route aux dépens du Roy.
Bb iij
294 MERCURE
Je ne puis m'empefcher de
vous marquer encore icy une
chofe qui arriva quelque
temps avant leur départ. L'un
d'eux s'eftant trouvé comme
engagé de paffer fur les Armes
du Roy , qui estoient
au coin d'un Tapis de pied,
ne voulut jamais marcher fur
ces Armes , & fit connoiftre
qu'il regardoit ce peu de ref
pect comme une chofe qui
ne luy devoit
donnée. Ils doivent s'embarquer
fur le Navire du Roy
appellé L'Oiseau. Il eſt du
port de quatre cens cinquate
pas eftre parGALANT.
295
Hommes , & de 48 Canons.
La Frégate du Roy qui doit
leur fervir d'eſcorte , eft commandée
par M ' de Joyeuſe,
& s'appelle la Maligne. Elle
eft de cent quarante Hommes
& montée de trente
Canons. Voicy le Mémoire
des Prefens que M' le Chevalier
de Chaumont emporte
de la part du Roy.
3
6
Deux grands Miroirs d'argent.
Deux grands Chandeliers
d'argent à douze branches.
Deux Girandoles d'argent.
Deux grands Luftres de criftal.
Bb iiij
296 MERCURE
Douze tres - beaux Fuzils, &
buit paires de Piftolets .
Douze piéces de riches Bro!
carts d'or & d'argent, & cent
aunes de Drap écarlate, bleu,
& autres couleurs. 312
Deux Horloges à mouve
mens de Lune tres curieux , &
trois Pendules .
Trois Bureaux & trois Tables
de tres riche marqueterie
, avec fix Gueridons.
>
Deux grands Tapis de la
Savonnerie.
Un grand Baffin de criftal
de roche , garny d'or.
Deux Habits en broderie,
is da
GALANT. 297
L
C
avec plufieurs paires de Bas
de foye , Rubans , Chapeaux
de Caflor , Cravates & Manchettes
de Point , le tout à la
Françoife.
Une Epée avec un riche
Baudrier à Boucles d'or.
Un portrait du Roy à che
val.
Deux autres petits Portraits
du Roy en émail , garnis de
Diamans.
Et une Bourſe remplie de
plufieurs Medailles & Piéces
d'or, monnoye de France .
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Résumé : Suite de l'Article de Siam, [titre d'après la table]
En février 1685, le roi de France a nommé M. le Chevalier de Chaumont ambassadeur extraordinaire auprès du roi de Siam. Chaumont a été choisi pour sa sagesse, son exemplarité, ainsi que pour ses qualités militaires et chrétiennes. Avant son départ, il a consulté des voyageurs expérimentés et a écrit à M. de Saint-Martin de Caen pour obtenir des conseils. Il a également sélectionné M. de l'Abrasseau-Bourreau comme secrétaire. Quelques jours après leur dernière audience avec M. de Croissy, les mandarins de Siam ont quitté la France. Ils doivent être défrayés sur leur route aux dépens du roi. Leur embarquement se fera à bord du navire royal 'L'Oiseau', escorté par la frégate 'La Maligne'. Chaumont emporte avec lui divers présents du roi de France destinés au roi de Siam. Ces présents incluent des miroirs, des chandeliers, des fusils, des brocards, des tapis, des habits brodés, des portraits du roi de France et des médailles. Ces objets reflètent la volonté du roi de France de renforcer les relations diplomatiques et commerciales avec le Siam.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 197-198
XI.
Début :
Quel affront ! & quel contretemps [...]
Mots clefs :
Affront, Épée, Quenouille, Coeur, Courage, Hercule, Mercure, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : XI.
& quel contretemps
En ce mois faites-vont, Mercure!
Beaucoup en feront mècontens.
Vintrautres ÀlciJoren gronde,pest't;ure.
Et toit croit- qu'il a bien rAison.,
Quoy ! dans dans le mesmejourquun
Mars, qu'un Apollon
Le choisit pour porter CT l'épée & la
ptque
Vous lay mettez, vont mesme une Quenouille
en main!
Tourquoycettnftrument? Quel est votre
dejfeln?
Efl-ce a cause qu'il estd'une humeur pacifique
Et q,u'ilestdecoeurhumble &douxr'
apprenez que pour estrefage
Il n'en a pat moins de courage.
Vne Qaenoiiiile,direz-vom,
Fut birndonnée au grand Achille,
, Et tonilit cefameuxGuerrier
Nepour la guerre & le laurier,
S'en serviren habit defille;
HeYculeenfit de mesme on ne peut l,
nier,
Mais tout cela ne peut appaiser noftrt
hile,
Lepresent efl trop bas, & paroist in*
sultant,
Mercure, vous déviez rendre plus de
jnftice
A nostre Gouverneur plut subtil qu'àig
-Vlife, Dontlechoixefl toujours prudent.
Si du brave Alcidorilfait un Capitaine,
Ilconnoijifm mérité, & veut que lon
.* apprenne '!!J!emalgrévostre don outrageHx, pt-l-l
Galant,
Il va dans les périls devenir un RolAnd.
Lemefmet
En ce mois faites-vont, Mercure!
Beaucoup en feront mècontens.
Vintrautres ÀlciJoren gronde,pest't;ure.
Et toit croit- qu'il a bien rAison.,
Quoy ! dans dans le mesmejourquun
Mars, qu'un Apollon
Le choisit pour porter CT l'épée & la
ptque
Vous lay mettez, vont mesme une Quenouille
en main!
Tourquoycettnftrument? Quel est votre
dejfeln?
Efl-ce a cause qu'il estd'une humeur pacifique
Et q,u'ilestdecoeurhumble &douxr'
apprenez que pour estrefage
Il n'en a pat moins de courage.
Vne Qaenoiiiile,direz-vom,
Fut birndonnée au grand Achille,
, Et tonilit cefameuxGuerrier
Nepour la guerre & le laurier,
S'en serviren habit defille;
HeYculeenfit de mesme on ne peut l,
nier,
Mais tout cela ne peut appaiser noftrt
hile,
Lepresent efl trop bas, & paroist in*
sultant,
Mercure, vous déviez rendre plus de
jnftice
A nostre Gouverneur plut subtil qu'àig
-Vlife, Dontlechoixefl toujours prudent.
Si du brave Alcidorilfait un Capitaine,
Ilconnoijifm mérité, & veut que lon
.* apprenne '!!J!emalgrévostre don outrageHx, pt-l-l
Galant,
Il va dans les périls devenir un RolAnd.
Lemefmet
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9
p. 309-313
Description du Cabinet d'Armes du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Dans le mesme Logis où sont les Meubles, il y [...]
Mots clefs :
Cabinet d'armes du roi, Armes, Roi, Armure, Présent, Dauphin, Épée, Japon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description du Cabinet d'Armes du Roy. [titre d'après la table]
Dans le meſme Logis
de Siam. 309
où font les Meubles , il y
a une fort grande chambre
, appellée le Cabinet
d' Armes du Roy . Elle en
eſt toute remplie , & ce
qui eft furprenant , c'eſt
qu'il n'y a rien que de rare
,& que ce font autant
de chefs d'oeuvres de l'Art.
On y voit l'Armure que
François I. porta au Siege
de Pavie , & fur laquelle
fes Conquestes font cizelées
; celle qu Henry II.
avoit lors que l'éclat de
310 Voyage des Amb.
la Lance du Comte de
Montgommery luy donna
dans la vifiere , au
Tournoy fur le Pont Noftre
Dame ; celle dont
Louis XIII . fe fervoit;
celle dont les Venitiens
ont fait preſent à Sa Majefté
, & où ſes Conqueſtes
font gravées ; celle
que le Roy a portée en
Flandre, & celle de Monſeigneur
le Dauphin . On
voit auſſi l'Epée d'Henry
I V. fur la garde de la
de Siam.
31
quelle eft fon Portrait; il
s'eſt ſervy de cette Epée
en quatre- vingt Batailles,
ou autres Occafions remarquables.
Il y a une
Armure du Japon , fort
legere , qui garantit des
fléches , & l'on y trouve
des Sabres de la pluſpart
des Nations du monde ,
&entre autres de Turquie
, du Japon , du Tonquin
, & de la Chine. Les
Ambaffadeursnommerent
d'abord tous les Païs
312 Voyage des Amb.
d'où cesSabresſontvenus .
Ily a auffi pluſieurs Arbaleftes,&
quantitéde Fufils
tres- rares,parmy leſquels
ils envirent un qui porte
juſqu'à neuf cens pas ; on
lepeut encore tirer deux
autres coups defuire,dont
T'un porte fix cens pas ,
& l'autre trois cens . On
leur en montra un autre
qui tire quatre coups dans
l'eau . Celuv dont la Ville
a fait preſent à Monfeigaeur
le Dauphin , & qui
eft
de Siam. 313
eft de Me Piraube, eſt tresbeau.
Il y a auſſi beaucoup
de Piques & de Maſſes
d'Armes , & mefme de
petites Coulevrines. Les
Ambaſſadeurs manierent
preſque tout ce qu'il y a
de plus curieux dans ce
Cabinet , &fe firent expliquer
beaucoup de chofes.
de Siam. 309
où font les Meubles , il y
a une fort grande chambre
, appellée le Cabinet
d' Armes du Roy . Elle en
eſt toute remplie , & ce
qui eft furprenant , c'eſt
qu'il n'y a rien que de rare
,& que ce font autant
de chefs d'oeuvres de l'Art.
On y voit l'Armure que
François I. porta au Siege
de Pavie , & fur laquelle
fes Conquestes font cizelées
; celle qu Henry II.
avoit lors que l'éclat de
310 Voyage des Amb.
la Lance du Comte de
Montgommery luy donna
dans la vifiere , au
Tournoy fur le Pont Noftre
Dame ; celle dont
Louis XIII . fe fervoit;
celle dont les Venitiens
ont fait preſent à Sa Majefté
, & où ſes Conqueſtes
font gravées ; celle
que le Roy a portée en
Flandre, & celle de Monſeigneur
le Dauphin . On
voit auſſi l'Epée d'Henry
I V. fur la garde de la
de Siam.
31
quelle eft fon Portrait; il
s'eſt ſervy de cette Epée
en quatre- vingt Batailles,
ou autres Occafions remarquables.
Il y a une
Armure du Japon , fort
legere , qui garantit des
fléches , & l'on y trouve
des Sabres de la pluſpart
des Nations du monde ,
&entre autres de Turquie
, du Japon , du Tonquin
, & de la Chine. Les
Ambaffadeursnommerent
d'abord tous les Païs
312 Voyage des Amb.
d'où cesSabresſontvenus .
Ily a auffi pluſieurs Arbaleftes,&
quantitéde Fufils
tres- rares,parmy leſquels
ils envirent un qui porte
juſqu'à neuf cens pas ; on
lepeut encore tirer deux
autres coups defuire,dont
T'un porte fix cens pas ,
& l'autre trois cens . On
leur en montra un autre
qui tire quatre coups dans
l'eau . Celuv dont la Ville
a fait preſent à Monfeigaeur
le Dauphin , & qui
eft
de Siam. 313
eft de Me Piraube, eſt tresbeau.
Il y a auſſi beaucoup
de Piques & de Maſſes
d'Armes , & mefme de
petites Coulevrines. Les
Ambaſſadeurs manierent
preſque tout ce qu'il y a
de plus curieux dans ce
Cabinet , &fe firent expliquer
beaucoup de chofes.
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Résumé : Description du Cabinet d'Armes du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente un cabinet d'armes situé dans un logis en Siam, renfermant des armes rares et précieuses. Parmi les pièces exposées figurent les armures de François I, Henri II et Louis XIII, ainsi que celles offertes par les Vénitiens et utilisées en Flandre et par le Dauphin. L'épée d'Henri IV, ayant servi dans quatre-vingts batailles, est également présente avec son portrait. Le cabinet abrite aussi une armure légère du Japon et des sabres provenant de la Turquie, du Japon, du Tonquin et de la Chine. Les ambassadeurs ont identifié les pays d'origine de ces sabres. On y trouve également plusieurs arbalètes et fusils rares, certains capables de tirer jusqu'à neuf cents pas. Des armes telles que des piques, des masses d'armes et des coulevrines complètent la collection. Les ambassadeurs ont examiné et manipulé les pièces les plus remarquables, se faisant expliquer leurs caractéristiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 100-105
MADRIGAL sur un ruban d'or d'épée donné à l'Autheur de ces vers.
Début :
Beau lien, tissu precieux, [...]
Mots clefs :
Épée, Emploi, Ruban d'or, Tissu, Parure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL sur un ruban d'or d'épée donné à l'Autheur de ces vers.
MADRIGAL
fur unruband'or d'épée
donné à l'Autheur de
ces vers.
BEaulien, tiffu precieux,
Digne que Jupiter luymeſme
En faffe fur fon front un
brillant diadême ,
•
Lorfque devant fon trofne
il affemble les Dieux ,
GALANT. 101
Si tu me cauſe tant de joye,
Si tu m'es un fi cher threfor ,
Ce n'eft point pour l'éclat
de l'or ,
Que l'art induftrieux fit
briller fur la foye :
Ton merite à mes yeux eft
la main qui t'envoye ,
Fait feule tout ton prix ,
peut-eſtre que d'abord
On plaindra ton malheureux fort ,
Tu perds une maiftreffe
aimable ,
Digne des hommages d'un
Roy ;
I
iij
102 MERCURE
Et tu la perds pour eftre
à moy.
Quel revers, dira-t'on quelle cheute effroyable:
Laiffons parler les envieux ,
Et mocquons- nous de leur
murmure ;.
Ton employ le plus glorieux
Fut d'avoir part àfa parure:
Mais auprés de fon teint
auprés de fes beaux yeux,
Pareils à ceux qu'on peint
la Reine des Dieux.
Auprés de fa taille divine ,
De fon air dont la majeſté
Marquefonilluftre origine.
GALANT. 103
De fon efprit charmant
dont la facilité ,
Les graces , la folidité ,
Luy font fur tous les cœurs
un fouverain empire ,
Helas qui prenoit garde
à toy !
Tu n'as point à fubir cette
honte avec moy ,
Tes attraits brillent feuls ,
c'eft toy feul qu'on
admire ,
Et pour comble d'honneur
dans ton nouvel employ ,
Tu feras deformais le tef
moin & le gage
Des bienfaits , des bontez
I
iiij
104 MERCURE
d'un cœur fi genereux ,
Tu feras le lien de l'efclavage heureux ,
Où mon refpect profond ,
où mon zele m'engage ,
Quete dirai-je enfin , tu feras aux neuf Sœurs ,
Une des marques immortelles ,
Et de l'eftime & des faveurs
Qu'elle fit éclater pour
elles ;
Et moy certain de leurs
Lecours
Je feray de la gloire une
telle peinture ,
GALANT. 105
Que la Déeffe des Amours
Changeroit pour toy fa
ceinture
fur unruband'or d'épée
donné à l'Autheur de
ces vers.
BEaulien, tiffu precieux,
Digne que Jupiter luymeſme
En faffe fur fon front un
brillant diadême ,
•
Lorfque devant fon trofne
il affemble les Dieux ,
GALANT. 101
Si tu me cauſe tant de joye,
Si tu m'es un fi cher threfor ,
Ce n'eft point pour l'éclat
de l'or ,
Que l'art induftrieux fit
briller fur la foye :
Ton merite à mes yeux eft
la main qui t'envoye ,
Fait feule tout ton prix ,
peut-eſtre que d'abord
On plaindra ton malheureux fort ,
Tu perds une maiftreffe
aimable ,
Digne des hommages d'un
Roy ;
I
iij
102 MERCURE
Et tu la perds pour eftre
à moy.
Quel revers, dira-t'on quelle cheute effroyable:
Laiffons parler les envieux ,
Et mocquons- nous de leur
murmure ;.
Ton employ le plus glorieux
Fut d'avoir part àfa parure:
Mais auprés de fon teint
auprés de fes beaux yeux,
Pareils à ceux qu'on peint
la Reine des Dieux.
Auprés de fa taille divine ,
De fon air dont la majeſté
Marquefonilluftre origine.
GALANT. 103
De fon efprit charmant
dont la facilité ,
Les graces , la folidité ,
Luy font fur tous les cœurs
un fouverain empire ,
Helas qui prenoit garde
à toy !
Tu n'as point à fubir cette
honte avec moy ,
Tes attraits brillent feuls ,
c'eft toy feul qu'on
admire ,
Et pour comble d'honneur
dans ton nouvel employ ,
Tu feras deformais le tef
moin & le gage
Des bienfaits , des bontez
I
iiij
104 MERCURE
d'un cœur fi genereux ,
Tu feras le lien de l'efclavage heureux ,
Où mon refpect profond ,
où mon zele m'engage ,
Quete dirai-je enfin , tu feras aux neuf Sœurs ,
Une des marques immortelles ,
Et de l'eftime & des faveurs
Qu'elle fit éclater pour
elles ;
Et moy certain de leurs
Lecours
Je feray de la gloire une
telle peinture ,
GALANT. 105
Que la Déeffe des Amours
Changeroit pour toy fa
ceinture
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Résumé : MADRIGAL sur un ruban d'or d'épée donné à l'Autheur de ces vers.
Le texte est un madrigal célébrant un ruban d'épée offert à l'auteur. Le poème commence par louer l'objet, comparant son destinataire à un être digne de Jupiter. Le ruban est valorisé non pour son éclat matériel, mais pour la main qui l'a envoyé. Le poème évoque ensuite la perte d'une maîtresse aimable, digne des hommages d'un roi, au profit de la possession du ruban. Il moque les envieux et souligne que le ruban, bien que modeste, a été honoré de faire partie de la parure de cette maîtresse. Cette dernière est décrite comme possédant une beauté, une majesté et un esprit charmant exceptionnels. Le ruban deviendra un témoignage des bienfaits et de la générosité du cœur de l'auteur, symbolisant l'esclavage heureux et le respect profond qu'il ressent. Il sera également une marque immortelle des faveurs des neuf Sœurs (les Muses). L'auteur s'engage à peindre la gloire de manière à ce que même la déesse des Amours changerait sa ceinture pour ce ruban.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 226-233
AVANTURE.
Début :
Il y avoit dans l'Isle de Rhodes un Dragon, qui [...]
Mots clefs :
Dragon, Rhodes, Caverne, Cheval, Chiens, Épée
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texteReconnaissance textuelle : AVANTURE.
AVANTURE.
IL y avoit dans l'Isle de
Rhodesun Dragon, qui
se retiroit dans une Caverne,
d'où il infectoit l'air de son
halaine, & ruoittous les
hommes & toutes les bêtes
qu'il pouvoit rencontrer.
Voicy comme il estoit fait;
sa grosseur estoit presque
comme celle d'un cheval;
il avoit une teste de serpent,
& de longues oreilles, couvertes
d'une peau écaillée,les
quatre jambes ressembloient
à celle d'un Crocodille; ses
deux aîles estoient noires pardessus,
& d'un jeaune mtflc
de verd pardessous, & sa
queuëfaisoit plusieurs plis
& retours sur son corps, il
couroit batant de ses aîles, &
jettant le feu par les yeux,
avecunsifflement épouventable.
Le Chevalier de Gonzon
ayant entrepris de le
combatre, sen alla à Gonzon
en Provence où il fit un fantôme,
qui reprefenroit ce
Dragon, & accoutuma son
cheval & deux gros chiens à
l'aprocher & l'araquer sans
crainte; puis il retourna à
Rhodes, & ayant choisi son
jour, il monta à cheval, accompagné
de ses domestiques
qui menoient ses deux chiens.
Estant sur un Costeau proche
du Manpas ( lieu où estoit le
Monstre) il y laissa ses gens
& leur commanda de le venir
secourir, s'il estoitbesoin,
ou de sen fuir s'ils le voyoient
vaincû ou tué;aussi tôtestant
armé de toutes pieces, & la
lance à la main, il avança
vers la Caverne avec ses deux
chiens, & aperçut le Dragon
qui venoità luy avec safurie
ordinaire, dabord il luy porta
un coup dans l'épaule donc
sa lance fut mise en pieces
sans offenser cette bête, à
cause de la dureté de ses
écailles; mais les deux chiens
qui ne craignoient pas plus
ce véritable Dragon que le
fantôme,contrelequel on
les avoirexercez,l'assaillirent
vivement, pour le prendre
par le ventre comme on les
y avoic accoûtumez, & donnerent
le loisir au Chevalier
de mettre pied à terre. Il
aprocha de ce Dragon, &
luy plongea son épée fous la
gorge & l'enfonçant de plus
en plus, lui trancha le gosier.
Le Dragon perdant les forces
avec Ion faug, tomba à
terre & renversa par sa chute
ce genereux Chevalier. Les
gens accoururentaussi tort,
& voyant le Dragon mort,
releverent leur maistre, le
rafraîchirent avec de l'eau
d'un ruisseau, & luy firent
revenir (es esprits,que la
fatigue & la puanteur avoient
assoupis. Gonzon remonta
ensuite sur son cheval & retourna
victorieux à Rhodes,
où il se presenta au Maistre;
& luy fie recit de ce combat.
Le grand Maistre ravi d'un
heureux succés, luy en témoigna
de la joyc: mais en
loüant son courage il blâma
sa desobeïssance, parce que
il estoitdeffendu expressement
àtouslesChevaliers & Freres
de l'Ordre de passer auprès de
la Caverne du Dragon, sur
peine d'estre punis de l'habit
de religion, & pour observer
la seureté de la discipline,
le fit mettre en prison & luy
ôtat l'habit; mais comme ce
chastiment n'estoit qu'une
formalité; peu de jours aprés
il luy rendit la liberté avec
l'habit, & le remir en possession
de ses Commanderies.
- Gonzon fut ensuite élevé en
la dignité de grand Maistre.
Ilmourut en 1553. On mit
sur son Tombeau ses deux
mots:Dragonisextmctor.
IL y avoit dans l'Isle de
Rhodesun Dragon, qui
se retiroit dans une Caverne,
d'où il infectoit l'air de son
halaine, & ruoittous les
hommes & toutes les bêtes
qu'il pouvoit rencontrer.
Voicy comme il estoit fait;
sa grosseur estoit presque
comme celle d'un cheval;
il avoit une teste de serpent,
& de longues oreilles, couvertes
d'une peau écaillée,les
quatre jambes ressembloient
à celle d'un Crocodille; ses
deux aîles estoient noires pardessus,
& d'un jeaune mtflc
de verd pardessous, & sa
queuëfaisoit plusieurs plis
& retours sur son corps, il
couroit batant de ses aîles, &
jettant le feu par les yeux,
avecunsifflement épouventable.
Le Chevalier de Gonzon
ayant entrepris de le
combatre, sen alla à Gonzon
en Provence où il fit un fantôme,
qui reprefenroit ce
Dragon, & accoutuma son
cheval & deux gros chiens à
l'aprocher & l'araquer sans
crainte; puis il retourna à
Rhodes, & ayant choisi son
jour, il monta à cheval, accompagné
de ses domestiques
qui menoient ses deux chiens.
Estant sur un Costeau proche
du Manpas ( lieu où estoit le
Monstre) il y laissa ses gens
& leur commanda de le venir
secourir, s'il estoitbesoin,
ou de sen fuir s'ils le voyoient
vaincû ou tué;aussi tôtestant
armé de toutes pieces, & la
lance à la main, il avança
vers la Caverne avec ses deux
chiens, & aperçut le Dragon
qui venoità luy avec safurie
ordinaire, dabord il luy porta
un coup dans l'épaule donc
sa lance fut mise en pieces
sans offenser cette bête, à
cause de la dureté de ses
écailles; mais les deux chiens
qui ne craignoient pas plus
ce véritable Dragon que le
fantôme,contrelequel on
les avoirexercez,l'assaillirent
vivement, pour le prendre
par le ventre comme on les
y avoic accoûtumez, & donnerent
le loisir au Chevalier
de mettre pied à terre. Il
aprocha de ce Dragon, &
luy plongea son épée fous la
gorge & l'enfonçant de plus
en plus, lui trancha le gosier.
Le Dragon perdant les forces
avec Ion faug, tomba à
terre & renversa par sa chute
ce genereux Chevalier. Les
gens accoururentaussi tort,
& voyant le Dragon mort,
releverent leur maistre, le
rafraîchirent avec de l'eau
d'un ruisseau, & luy firent
revenir (es esprits,que la
fatigue & la puanteur avoient
assoupis. Gonzon remonta
ensuite sur son cheval & retourna
victorieux à Rhodes,
où il se presenta au Maistre;
& luy fie recit de ce combat.
Le grand Maistre ravi d'un
heureux succés, luy en témoigna
de la joyc: mais en
loüant son courage il blâma
sa desobeïssance, parce que
il estoitdeffendu expressement
àtouslesChevaliers & Freres
de l'Ordre de passer auprès de
la Caverne du Dragon, sur
peine d'estre punis de l'habit
de religion, & pour observer
la seureté de la discipline,
le fit mettre en prison & luy
ôtat l'habit; mais comme ce
chastiment n'estoit qu'une
formalité; peu de jours aprés
il luy rendit la liberté avec
l'habit, & le remir en possession
de ses Commanderies.
- Gonzon fut ensuite élevé en
la dignité de grand Maistre.
Ilmourut en 1553. On mit
sur son Tombeau ses deux
mots:Dragonisextmctor.
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Résumé : AVANTURE.
Le texte raconte l'aventure du Chevalier de Gonzon, qui affronta un dragon sur l'île de Rhodes. Ce dragon, vivant dans une caverne, empoisonnait l'air et attaquait les habitants et les animaux. Il avait l'apparence d'un serpent avec des oreilles écailleuses, des pattes de crocodile, des ailes noires et vertes, et une queue sinueuse. Gonzon se prépara en Provence en créant une réplique du dragon pour entraîner son cheval et ses chiens. À Rhodes, il affronta la créature, mais sa lance se brisa sur ses écailles. Ses chiens attaquèrent le dragon, permettant à Gonzon de le blesser mortellement avec son épée. Après sa victoire, il fut secouru par ses domestiques. Le grand Maistre, bien que satisfait de la victoire, punit Gonzon pour désobéissance en le mettant en prison et en lui retirant son habit. Gonzon fut rapidement libéré et réintégré. Il devint ensuite grand Maistre et mourut en 1553. Son tombeau porte l'inscription 'Dragonis extinctor'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 21-68
Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Début :
Lugete, ô venires cupidinesque, [...]
Mots clefs :
Fête de Taureaux, Taureau, Fête, Yeux, Reine, Coeur, Mort, Héros, Spectateur, Fureur, Animal, Toréador, Homme, Épée, Peuple, Courage, Argent, Pointe, Cérémonie, Combat, Chute, Cornes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation singuliere d'une Feste de Taureaux [titre d'après la table]
Lugete , ô venires cupidinef
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
que
22 MERCURE
Et quantum est hominum venustiorum.
*
:
Les Ris les Amours , les
Plaiſirs & les Graces
Ont perdu ce qu'en eux on vit
4
jadis de beau ;
Des gestes des Heros on ne
voit plus de traces.
Attendris-toy , mortel , fi par
ici tu paffes ,
Et d'un torrent de pleurs arroſe
leur tombeau .
Il n'y a plus de veritable
Chevalerie dans le monde ,
il n'eſt plus d'Amadis , plus
de Renaud, plus de Rol
*Catulle.
GALANT.
23
land , plus de Roger que
dans les Operas. Il n'eſt
plus de ces Heros qui alloient
aux extremitez de
la terre , pour rompre une
lance contre les Chevaliers
felons qui avoient l'outrecuidance
de ne pas donner
humblement àleurs Dames
te prix de la beauté. Les
Preux , en un mot , ne font
plus maintenant que dans
* l'hiſtoire ; & fi l'on veur
trouver encore quelques
veſtiges de leur grand courage
, c'eſt chez les Mores
, c'eſt dans les climats
J
;
24 MERCURE
5
brûlans de la Lybie,&dans
les noirs Royaumes de la
blanche Candace , ou du
grand Negus , qu'il faut
aller chercher des reſtes
de leur ancienne vertu.
Enfin je vis un Jeudi, premier
jour de Septembre de
l'an mil ſept cent douze ,
une fête de taureaux. Je ſuis
für que le portrait que j'en
vais faire , avec toutes ſes
circonſtances , ne répondra
pointà l'idée qu'on a de cés
ſpectacles.
La pieté du Roy , & l'humanité
de la Reine avoient
depuis
GALANT.
25
depuis long- tems proſcrit
pour jamais de leurs yeux
ces images ſanglantes ; &
ce ne fut qu'aux follicitations
du Connêtable &du
Preſident de Caſtille , que
Leurs Majeſtez accorderent
au Duc de Paſtrano la
permiffion dedonner cette
fêre hors de Madrid, à condition
que ce Duc leur ſeroit
reſponſable des malheurs
qui pourroient y arriver.
Le village de Chanmartin,
qui eft à une licuë de
Madrid, fut choiſi pour ce
Octob. 1714. C
26 MERCURE
ſpectacle. Au milieu de ce
village il y a une grande
place quarrée,autour de la.
quelle on avoit élevé des
ampnphhiittheatres à la hauteur
des maiſons qui leur fervoient
d'appui. Pour garantir
les ſpectateurs del'infulte
des taureaux , on avoit
revêtu par tout le pied de
ces amphitheatres d'une
cloiſon de planches de fix
pieds dehaut. Dés fix heures
du matin tous ces échafauts
furent remplis de
monde. On avoit ménagé
les meilleurs endroits de
GALANT.
27
८
cette place pour des balcons
ſpacieux , couverts ,
trés- commodes , & ornez
dedans & dehors de riches
tapiſſeries , pour placer
les perſonnes de diftinction
qui devoient aſſiſ
ter à cette fête , qui commença
vers les huit heures :
mais ce commencement ne
fut qu'un amusement pour
le peuple , où l'on tua cependant
fix ou ſept taureaux.
Je ne vis point lesexploits
du matin ; c'étoit en effet
ce qu'il y avoit de moins
*
Cij
28 MERCURE
curieux à voir : mais aprés
avoir dîné à Madrid , je pris
un des caroſſes de M. le
Marquis de Bonnac , à qui
ſa ſanté ne permit point de
faire ce voyage , & avec
deux de mes amis je me
rendis à Chanmartin , dont
nous trouvâmes les environs
remplis de gens effrayez
, courans ça & là ,
& tous prenans enfin le
cheminde la ville. Les cris
en même temps , ou plûtôt
les hurlemens que nous
entendîmes , nous donnerent
une furieuſe alarme.
GALANT. 29
A
Nous crûmes que tous les
taureaux s'étoient échapez,
& qu'ils faiſoient un horrible
carnage des ſpecta.
teurs. Les funeſtes objets
qui dans l'inſtant ſe preſenterent
à nos yeux , ne contribuerent
pas peu à nous
empêcher d'en douter.
Nous vîmes emporter plu.
ſieurs morts , & plus de
trente bleſſez , dont le ſang
couloit de toutes parts ,
dont les viſages étoient afavec
une infinité de gens
freux, & les habits par lambeaux
, couverts de fang &
Cilj
30
MERCURE
de pouffiere. Enfin je rencontrai
un homme de ma
connoiſſance , à qui je demandai
d'où venoit ce defordre
, & fi les combats
étoient finis. Ma foy , ditil,
ils le ſont bien pourmoy,
& je jure que je n'en veux
pas voir davantage d'au.
jourd'hui. Il vient , continua-
t il , d'arriver dans cetteplace
le plus étrange malheur
du monde. La plus
haute maiſon de ce village,
qui s'élevoit d'environ fix
pieds au deſſus du plus
grandde ces échafauts, s'eſt
7
GALANT. 31
trouvée ſi chargée de curieux
, que , malgré le poids
de l'amphitheatre qu'elle
foûtenoit, elle s'eſt éboulée
par en haut , & renverſée
pardevant ſur plus de cinq
cens perſonnes , dont il y
en a beaucoup de mortes,
&unnombre infini de blef
fées. Je ne ſçai pas ſi aprés
cet accident il y aura une
fête : s'il y en a une , Dieu
vous la donne belle , pour
moy je retourne à Madrid.
Cette nouvelle ralentit
beaucoup l'ardeur que nous
avions pour ce ſpectacle.
C iiij
4
32
1 MERCURE
Cependant nous voulûmes
voir en paſſant les debris
de ce malheur. Nous trouvâmes
en effet cette maifon
, avec les échafauts qu'-
elle étayoit , auffi bien culbutée
, que ſi ſous ce terrain
on avoit fait joüer une
mine. Neanmoins nous remarquâmes
que tous ceux
qui n'avoient été que ſpectateurs
de cet accident ne
ſe remuoient pas , & qu'ils
attendoient avec une conſtance
merveilleuſe qu'on
fatisfit leur curioſité pour
leur argent.
GALANT. 33
Nous fimes le tour de la
lice , où nous trouvâmes
quantité de nos amis , qui
ne nous parlerent tranquilement
, que de la frayeur
qu'ils avoient que cette
maudite avanture ne joüât
un vilain tour à la fête.
Nous nous arrêtâmes enfin
àun amphitheatre qui n'avoit
aucune maiſon à fon
dos , ni à ſes côtez. Trois
Dames Françoiſes de ma
connoiſſance y avoient fagement
pris leurs places ;
j'y pris auſſi la mienne avec
ma compagnie.
34
MERCURE
Tant de gens travaillerent
à reparer , ou plûtôt
àcacher le deſordre qu'avoit
fait la chûte de cette
maiſon , qu'en moins d'une
heure on eut enlevé preſ
que tous les gravats & platras
qui avoient fort au loin
écarté ladragée.
Nous demeurions àbon
compte les bras croifez ,
uniquement occupez à regarder
comme de francs
badauts une vaſte place ,
où rien ne paroiſloit , &où ,
pour comble d'affliction ,
deux grands Algouazils ,
GALANT.
35
montez ſur deux grandes
haquenées, vinrent annoncer
au peuple , le chapeau
bas,&la baguette blanche * à
la main , que de par le Roy
il n'y auroit point de combats.
Je m'étonne encore
qu'ils ayent pû ſe tirer de
là, fans être lapidez , quelque
reſpect que les Eſpagnols
ayent pour leur Souverain
: mais il s'agiſſoit
d'une fête de taureaux.
On avoit par malheur
couru àMadrid pour ap
* En Espagne tous les gens de Justice portent
une grande baguette blanche à la main.
C'est la marque de leur autorité.
36 MERCURE
prendre cette nouvelle à
Leurs Majeſtez , & l'on avoit
pris la peine de l'embellir
d'un millier de circonſtances
, auſquelles la
maiſon tombée n'avoit jamais
penſé. Bien plus , on
vint nous dire que toute la
ville commençoit à jurer
comme un chartier contre
cette malheureuſe maiſon
qui avoit les reins rompus,
&qu'elle lui demandoit rigoureuſement
compte de
ſes infortunez citoyens que
ſa chûte lui avoit ravis.
Nous entendîmes tous
GALANT. 37
ces bruits en tremblant :
neanmoins nous prîmes nôtre
mal en patience , &
quelques verres de vin
nous dedommagerent de
ces alarmes , pendant que
le peuple crioit de ſon côté
comme un beau diable
Toros , toros.
Trois heures ſonnerent
cependant , ſans qu'il y eût
la moindre apparence de
fête , encore moins qu'on
voulût nous rendre nôtre
argent. Ceux qui l'avoient
reçû étoient déja bien loin,
&nous aurions enfin été
1
38
MERCURE
long-temps les acteurs &
l'aſſemblée , ſi Madame la
Ducheſſe de Frias , avecM.
le Connétable de Caſtille
ſon époux, M. le Comte
de Lemos , & pluſieurs autresDucs
& Duchefſſes , ne
fuſſent arrivez. Leur pres
ſence nous remit le coeur
au ventre , & on recria de
plus belle, Toros , toros.Auffitôt
les timbales & les
trompettes ſonnerent. Le
Duc de l'Infantado envoya
la clef de la porte par où
les taureaux devoient entrer
fur le champ de ba
GALANT. 39
taille ,& la fête commença.
Quis talia fando !
Redoublez vôtre attention
, mon cher lecteur , &
preparez-vous àdonner des
larmes , ou du moins de la
pitié , au piteux recit des
plus pitoyables choſes du
monde.
Déja la lice eſt paréede
plusde cent cinquante braves
champions , tous habil
lez franchement comme
des ramoneurs. Les plus
magnifiques d'entr'eux ont
des ſouliers de corde ou de
chamois ; les autres , plus
7
:
40 MERCURE
modeſtes , ou plus indifferens
, font nuds pids. La
moitié de ces heros eft armée
de longues épées , de
coutelas ou d'hallebardes ;
d'autres plus hardis ont de
petits dards de la longueur
du bras , ornez de papier
peint & friſé. La pointe de
cesdards le termine en forme
d'ancre , ou de langue
de ferpent. Et d'autres n'ont
pour armes que leurs petits
manteaux noirs , ſecs & déchirez.
Tous ces athletes vont
être les tenans contre de
redouGALANT.
41
redoutables animaux , que
leur figure épouvantera
peut- être autant que leurs
armes. Mais on ouvre la
barriere , & la fiere contenance
d'un audacieux taureau
, qui fort avec impetuoſité,
& qui ſe preſente
avec fureur , ſuſpend déja
uvemens de tous les mouvemens de
cette multitude de ſpectateurs.
* Ses longs mugiſſemens font
trembler le rivage ,
Chacun avec horreur voit ce
monſtre ſauvage.
* Racine Hyppolite.
Octob . 1714. D
42
MERCURE
1
Il cherche des ennemis
dignes de ſa colere ;& femblable
à un torrent qui precipite
ſes eaux du haut d'une
montagne , & qui écarte
, eutraîne &détruit tout
ce qui s'oppoſe à ſon paffage
, il prend ſa courſe au
milieu de ces argonautes ,
au travers deſquels , ainſi
que le tonnerre à travers
la nuë , il ſe fraye un chemin
, dont fon intrepidité
éloigne toute cette chrême
de Chevalerie , qu'il chafle
devant lui , de même qu'un
chien fait un troupeau de
moutons .
GALANT.
43
Le macte * animo ** ne
manque pas; il va auſſibientôt
faire ſon effet. On ſonne
alors un bruit de guerre
approchant de celui des
Menades & des Corybanthes
, pour réchauffer la
tiede vertu des Torreadores
: mais un d'entr'eux ,
homme de grande reputation,
dit- on , animéde confuſion
&de rage , avec un
viſagepâle& jaune comme
* C'est un terme Latin qui exprime ce
que nous encendons en François par le mot
de courage.
** Animo eſt auſſi Espagnol , & fignifie
bamême chose.
Dij
44
MERCURE
1
du ſaffran , ſe detache de la
troupe pour lui porter le
premier coup. Il court droit
au taureau , ſon petit dard
à la main. Le taureau veut
l'embrocher : mais évitant
legerementde côté,le mouvement
de cet animal , il
lui enfonce adroitement
fon dard dans la gorge.
Paſſons vite aux comparaiſons,
Meſſieurs , nous n'avons point
de temps àperdre. Rien n'eſt
plus maintenant comparable
à ſa fureur. Se ſentant
bleſſé , on diroit que c'eſt
un nouveau monftre , plus
GALANT. 45
redoutable mille fois que
ceux qui gardoient la Toiſon
d'or , que la Chimere
de Bellerophon , que l'Hydre
de Lerne , que le Centaure
d'Hercule, que le Minotaure
du Labyrinthe ,
que le Dragon d'Apollon ,
& que le Monſtre de Perſée.
On diroit qu'il va fe
faire autant de victimes
qu'il eſt de combattans fur
l'arene : il ſemble même
vouloir avec ſes effroyables
cornes enſanglanter le
champ de tout le fang des
د
ſpectateurs . Mais malgré
L
46 MERCURE
ces belles hyperboles , un
petit marmouſet , avec un
ſemblable dard , lui fait
bientôt une ſemblable bleffure.
Untroiſieme ,un quatriéme
en font autant ; enfin
ſon corps en eſt bientôt
lardé, de même qu'un citron
de clous de gerofle.
Son ſang ſe perd, il s'affoiblit
, il chancele , il tombe.
Alors ceux qui pendant ſa
vie n'avoient ofé le regarder
entre deux yeux , viennent
aprés ſa mort lui plonger
dans, les flancs leurs
épées juſques aux gardes.
GALANT.
47
Onamene enfuite en
cadence, au ſon des inſtrumens
, trois mules capara-
*çonnéesde rouge pour traîner
cette victime hors de
la lice:mais on ne leur laiſſe
pasla libertéd'en fortir gravement
comme elles y font
entrées. Sitôt que le cadavreeftattaché
àleurqueuë,
tous ceux qui ont eu le plus
de part & de gloire à ſa
mort, déchargent de bons
coups de bâtons ſur lesmules
, qu'ils congedient de la
forte au grand galop jufques
à la barriere...
48 MERCURE
Cette ceremonie achevée,
un autre taureau, plus
furieux , ſe preſente à la
place du défunt. Dans le
moment qu'il entre , un
homme caché ſur la porte
par oùil paſſe,luijette adroitement
ſur le dos une petite
fleche d'acier, longue comme
le petit doigt , au bout
de laquelle pend un grand
ruban couleur de feu. Cer
aiguillon le met dans une
furie inexprimable ; tout
l'air retentit de ſes effroyables
mugiffemens ; la douleur
l'emporte par tous les
endroits
GALANT . 49
endroits de la lice avec une
viteſſe qui menace à chaque
inſtant d'une mort prochaine
tous ceux qui paroiſſent
les plus expoſez à
ſa rage. On n'entend que
des cris de frayeur que jette
le peuple épouvanté de la
crainte d'un malheur qui
n'arrive pas . Enfin dans le
temps qu'il paroît le plus
animé , un des plus intrepides
s'approche à fix pieds
de lui , avec un manteau
noir , qu'il lui preſente de
la maingauche , étendu ſur
un bâton , qu'il avance le
Octob . 1714 .
,
E
(
so MERCURE
plus qu'il peut ſous la droi.
te , de laquelle il tient une
épée fort courte, qu'il croiſe
ſur ce bâton. Le taureau
le regarde avec une atten- ,
tion terrible , il bat la terre
de ſes pieds , & fes flancs
de ſa queue ; il ſe racourcit
même , comme pour ramaſſer
toutes ſes forces , &
pour ſe lancer ſur lui avec
plusde vigueur. Cependant
on l'anime encore par des
injures & par des loüanges,
qu'il femble entendre :Toro
cabron , lui dit- on, toro va
liente : Vaillant taurean , infâme
taurean.
GALANT.
SI
L'animal , qui a vû longtemps
devant ſes yeux ce
manteau étendu , qu'il
prend pour un homme ,
& qui croit avoir pris ſes
meſures bien juſtes , s'élance
auffitôt : mais il ne
trouve rien ,&dans le moment
qu'il paſſe ſous l'épaule
droite du Torreador,
de la même main il le perce
de ſon épée , ou dans la
gorge , ou dans le ventre.
Je vous avoue que ce genre
de combat m'a fait ſouvent
trembler pour ceux qui ofoient
en courir les riſques.
1
Eij
52 MERCURE
Le taureau paſſe ſi prés
d'eux , que c'eſt en verité
une choſe preſque incomprehenſible
que leur agilité
leur donne le temps d'échaper
à ſa fureur. Le cinquiéme
fut tué d'un coup
d'épée dans le coeur , qu'il
reçut de cette maniere. Jugez
de l'adreſſe & de la
force de celui qui le lui
donna. Cette circonſtance
du coeur eft fort curieuſe.
Di's que l'animal fut abattu
, celui qui l'avoit tué ſe
jetta ſur lui avec un grand
coûteau , dont il lui ouvrit
GALANT. 53
le ventre , d'où il lui arracha
le coeur , qu'il fut porter
ſur une planche , qu'il
mit à terre au deſſous du
balcon de la Connétable!
Si la Reine y avoit été, cette
ceremonie ſe ſeriot faite au
deſſous du fien. Enſuite a
vec le même coûteau il détacha
le fiel , qu'il écrasa ;
puis il coupa le coeur par
morceaux , dont il mit la
piece d'honneur dans un
beau mouchoir blanc, qu'il
donna au principal Officier
de la Dame , pour le pre
ſenter à ſa maîtreffe , qui
E iij
54 MERCURE
témoigna d'un ſigne de tête
obligeant , qu'elle acceptoit
ce prefent avec plaifir;
&ſur le champ elle fit don.
ner unepiece de quatre piſtoles
au Torreador , qui
partagea aufinôt avec fes
camarades les autres portions
du coeur, & tous , à
fon exemple , les mirent
dans leurs poches. Les mules
vinrentaaprés avec la
même ceremonie que j'ai
déja dite. On les amene à
la mortde chaque taureau,
pour le retirer de deſſus la
place ; ainſi je n'en parleGALANT
. SS
rai pas davantage.
Le ſixiéme fut tué du
coupleplus adroit du monde.
Le taureau a , dit on ,
entre les deux cornes une
eſpece de petite couronne
large comme une piece
de trente fols. Cet endroit
eft fort tendre & fort delicat.
Dés que celui- ci eut
montré ſon front menaçant
,un de ces Chevaliers ,
qui n'avoit aſſurément pas
fait là ſon apprentiſſage ,
s'approcha avec une agilité
admirablede ce fier animal,
que ces camarades avoient
1
E iiij
ン
36 MERCURE
déja mis en fureur ; & fans
avoir d'autres armes à la
main qu'une eſpece de gros
clou long de cinq ou fix
pouces, & environ du poids
d'une livre , il l'enfonça di.
rectement , & preſque ſans
aucun effort, dans le milieu
de cette couronne , mais
avec tant de legereté & de
juſteſſe, que le taureau
tomba mort à ſes pieds Il
fit bien de ne le pas manquer;
car s'il avoit été moins
adroit , l'un auroit bien pû
fur le champ être à la place
de l'autre.
GALANT.
Je fremis encore de peur
pour le Torreador qui en,
treprit de tuer le ſeptiéme ,
& la poſture où je le vis , &
le danger qu'il courut m'épouvantent
encore pour
lui. Il parut ſur la lice avec
un pieux de bois,arméd'une
groſſe pointe de fer longue
d'un pied : avec cet inftrument
il alla ſe placer au
bout du milieu du champ
de bataille ; & aprés avoir
mis un genou à terre , appuyé
ſon pienx contre l'autre
,&pris ſes meſures bien
juſtes, il attendit fierement
1
58 MERCURE
le plus redoutable taureau
qui eût encore paru. Tous
les Torreadores lui firent
place , pour le laiſſer aller
d'un plein faut s'enfiler par
le milieu du front fur cette
pointe de fer , qui lui fortit
par l'épine du dos. Toute
l'aſſemblée fit un cri épouvantable
, & chacun crut
que le taureau l'avoit écrasé
fous ſa chûte : mais un mo.
ment aprés avoir aſſuré ſa
victoire , il ſe montra ſain
& fauf, & triomphant fur
la place. Tous les affiftans
lui envoyerent mille bene.
GALANT. 59
dictions & mille applaudifſemens
, qui furent acompagnez
de quelques piſtoles
que le Duc de l'Infantado
lui fit donner.
Le huitiéme ſe battit à
merveille : mais ce qu'il y
eutde plus divertiſſant dans
ce combat , ce fut le courage
d'un chien , qui , dés
le moment qu'il le vit entrer
dans la carriere , courut
fur lui , le prit à la bar-.
be , & ne le quitta qu'à la
mort , malgré toutes les
courſes impetueuſes que le
taureau fit , tous les dards
1
1
60 MERCURE .
qu'on lui jetta , & tous les
coups d'épée qu'il reçut .
Le douziéme , qui fut le
dernier & le plus méchant,
ſe battit à mon gré mieux
que tous les autres. Il en
coûta cher à un pauvre
diable de Torreador , dont
il ſe joüa pendant un gros
moment ſur la pointe de
ſes cornes. Je ne ſçai s'il
en eſt mort.
J'oubliois à vous dire que
lorſque le taureau a renverſé
un de ces braves athletes
, s'il ne lui court ſus d'abord
qu'il eſt relevé , on le
GALANT. 61
chaſſe comme un infâme :
ce qui arriva à un quidam
de la troupe. Il eſt für qu'à
cet égard , il y a une valeur
infinie parmi ces gens-là ;
je les croy auſſi braves par
tout. J'ajoûte à cette omiffion
, que ces Meſſieurs
vont à tous les balcons où
ils voyent des Dames bien
miſes , qu'ils leur font une
humble reverence , en leur
demandant la permiffion
de lancer un dard au taureau
en leur honneur. Cette
galanterie ne ſe refuſe pas.
Quand ils ont reüffi , ils re
62 MERCURE
viennent ſe preſenter à la
Dame ,à qui par reconnoif.
ſance , il en coûte toûjours
quelques piaſtres.
Il n'y eut point de combat
à cheval, dont tout le
monde fut en verité bien
fâché. Alors l'adreſſe , l'amour
, la valeur , l'éclat &
la magnificence auroient
étédela partie , au lieu que
ces combats , dont les perils
ne furent point accompagnez
de l'eſpoir d'une
belle recompenſe , n'offrirent
à nos yeux que des
ruiſſeaux de lang , & que
GALANT . 63
1
de miſerables victimes. Au
trefois une Reine , ou une
belle Princeſſe avoient toû
jours au moins leur portrait
enrichi de diamans ,
à donner à quelque valeureux
inconnu , qui feroit
venu des extremitez de la
terre ſe faire couronner de
mirthe & de laurier dans
ces champs , où les beaux
yeux de ſa Déeſſe auroient
été les témoins du nombre
de ſes victoires. Son écharpe
, ou ſes plumes , qu'ilauroit
reçûës comme une
faveur ſignalée, douze ou
64 MERCURE
quinze ans auparavant , des
mains de fon adorable , auroient
ſervi à le faire reconnoître
de la Princeſſe ou
de la Reine ; elles auroient
rougi , pâli , ſoûpiré , &
tremblé pour lui : mais l'amour
attentif à conferver
des jours ſi precieux , ſe ſeroit
rendu garant de ſon
triomphe. Enfin forti vainqueur
de toutes ſes courfes
, aprés avoir fait mordre
la pouffiere au tiers &
au quart , il ſe ſeroit acheminé
vers le balcon de la
Reine , qui lui auroit dit
en
GALANT. ES
en ſe radouciſſant : Nous
ne doutons point , genereux
Chevalier,aux grandes actions
que vous venez de faire , que
vous ne soyez au moins iffu
dufangde quelque grandRoy:
neanmoins qui que voussoyez,
recevez monportrait ,qui n'est
aſſurément point d'un prix pro-
Portion
portionné à l'éclat de vos exploits.
Ah
ploits. Ah Madame , eût dit
le Chevalier , en ſe baiſſant
fur les arçons , & en ôtant
fon caſque , qui auroit donné
à ſes beaux cheveux
blonds la liberté de s'étendre
à grands flots ſur ſa ri-
Octob. 1714. F
66 MERCURE
che taille , animé de vos di
vins regards , quel mortel auroit
pû me disputer la victoi
re ? Grands Dieux ! auroit
dit la Reine un moment
avant de s'évanoüir , c'est
lui-même. Auffitôt toute l'af
ſemblée auroit battu des
mains & auroit crié
malgré le bruit des tim...
bales & des trompettes ,
vive le Prince , vive le
Heros. Et chacun auroit
retourné à la maifon , rempli
de l'image de ces belles
choſes. Mais nous ne
vîmes rien de tout cela ; je
,
GALANT. 67
croy même que l'uſage de
ces fêtes eft entierement
aboli en Eſpagne. Les Efpagnols
en font dans une
grande conſternation. Au
reſte, ſi elles y fubfiftoient
encore , & qu'un mari ne
donnat pas , ou n'eût pas un
écu à donner à ſa femme
pour les voir , elle vendroit
juſqu'à la paillaſſe de ſon lit
pour avoir de l'argent , fi
ſa laideur la reduifoit à
cette extremité ; & fi elle
étoit jolie , elle ne feroit <
point de façon de lui dire à
quelprix elle en trouveroit.
Fij
68 MERCURE
1
Je ne ſçai pas encore ,
Meffieurs & Meſdames , fi
j'aibien ou mal faitde vous
donner cette deſcription à
la place d'une Hiſtoriette :
mais je ſçai bien , fans vanité
, que cette lecture vaut
mieux que la vûë des do
gues de la porte S. Martin.
Paſſons maintenant , s'il
Fermer
15
p. 176
AUTRE[.]
Début :
Je suis presque toujours sous les yeux de mon Maistre ; [...]
Mots clefs :
Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE[.]
AUTRE,
E fuis prefque toujours fous les yeux de mon
Maistre ;
S'il eft d'un certain goût , prête à luifaire honneur
par
malheur >
Mais s'il n'eft pas tel
Il ne doit pas fonger à mefaire paroître.
Selon le tems , ou fon humeur ,
On le voit me choisir de taille differente ;
Et je fuis toujours excellente .
;
Dés que je puis pouffer ma pointe jusqu'au coeur :
Je porte affezfouvent les couleurs de fa Belle ;
Et fi quelque Rival traverse fon amour ,
F'entre dans fa querelle ,
Et fouvent je lui fais un affez mauvais tour.
E fuis prefque toujours fous les yeux de mon
Maistre ;
S'il eft d'un certain goût , prête à luifaire honneur
par
malheur >
Mais s'il n'eft pas tel
Il ne doit pas fonger à mefaire paroître.
Selon le tems , ou fon humeur ,
On le voit me choisir de taille differente ;
Et je fuis toujours excellente .
;
Dés que je puis pouffer ma pointe jusqu'au coeur :
Je porte affezfouvent les couleurs de fa Belle ;
Et fi quelque Rival traverse fon amour ,
F'entre dans fa querelle ,
Et fouvent je lui fais un affez mauvais tour.
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16
p. 2649-2659
Cassius et Victorinus, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
La Tragédie de Cassius et Victorinus n'ayant été représentée au Théatre françois [...]
Mots clefs :
Tragédie, Cassius et Victorinus, Théâtre-Français, Histoire ecclésiastique, Chrétiens, Épée
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texteReconnaissance textuelle : Cassius et Victorinus, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
La Tragédie de Cassius et Victorinus
n'ayant été représentée au Théatre françois qu'une au deux fois tout au plus par
semaine , il ne nous a pas été possible de
retenir la disposition du Poëme , scene par
scene, c'est pourquoi nous n'en donnerons
pas un Extrait bien précis ; le nom de M
de la Grange doit suffire au Lecteur , pour
lui persuader que rien n'y a manqué du
côtéde ce qu'on appelle Théatral ; nous
n'avons guere d'Auteurs qui s'y connoissent mieux que M. de la Grange. Il a pris
I. Vol son F vj
2650 MERCURE DE FRANCE
son sujet , selon toutes les apparences, dans
Gregoire de Tours ; voici ce que cet Historien en dit : C'est dans ce lieu , c'est-à- dire à Clermont en Auvergne , que Cassius
et Victorinus , unis en Jesus- Christ par un
amour vraimentfraternel, ont gagné le Royaumedes Cieux auprix de leur sang car l'Antiquité rapporte que Victorinus fut esclave
d'un Grand- Prêtre des faux Dieux , &
qu'ayant souvent exercé ses persécutions dans
un bourg qu'on appelloit communément le
bourg des Chrétiens , il en trouva un qui
s'appelloit Cassius , qui l'amena à la foi
de Jesus Christ par ses prédications et par ses
miracles ; il en fut si touché que renonçant
au culte des Idoles , et consacré par le baptê- me il se donna tout entier à l'exercice de
toutes les vertus chrétiennes. Peu de tems après
ayant été tous deux associez à la palme du
Martyre, ils monterent ensemble au Royaume des Cieux.
&
2
·
M. Baillet ne dit rien là- dessus qui ne
s'accorde parfaitement à ce que nous venons de dire ; voici ses paroles : S. Cassi
et S. Victorin honorez à Clermont en Auvergne le 15 de Mai, avec 6266. Martyrs tuez
par des barbares idolâtres , venus d'au- delà
du Rhin. S. Prix , Evêque de Clermont au
VII. siécle aroit composé leurs. Actes , qui
sontperdus. Victorin servoit un Prêtre idoİ. Vol. Tatre a
DECEMBRE. 1732. * 2651
latre; mais par la fréquentation qu'il avoit
avec Cassi , il se convertit et fut martyrisé.
et celui de S. Cassi se gardoient
encore à Clermont au dixiéme siécie.
Son
corps
Voilà tout ce que l'Histoire Ecclésiastique a fourni à l'Auteur de la Tragédie en
question ; ce qu'on appelle la Fable étoit
en bonnes mains. M. de la Grange a ennobli les personnages dont il avoit besoin ;
Victorinus , de simple serviteur ou esclave
d'un Grand Prêtre , cft devenu Grand- Prê
tre lui- même , et Cassius à qui Gregoire de
Tours nedonne aucune qualité, que celle de
Prédicateur de l'Evangile, est tiré de l'obscurité ou peut être le Ciel l'avoit fait naî
tre , pour se voir Pere d'un Empereur
sans avoir été Empereur lui-même ; ce
Claudius que M. de la Grange lui donne pour fils ne peut être que celui qu'on
appelle Claude le Gothique ; pour Victorinus , il ne suffisoit pas pour accommoder l'action théatrale aux mœurs du tems,
d'en avoir fait un Grand - Prêtre , il falloit
lui donner une fille digne de la recherche
d'un Empereur ; cette fille s'appelle Justine , et c'est elle qui donne lieu au peu
d'amour qui regne dans cette Tragédie ;
on auroit mêmefouhaité qu'il n'y en cut
point eu du tout.
Le premier Acte est employé presque
I. Vol. tout
2652 MERCURE DE FRANCE
>
tout entier à en exposer le sujet. Justine,
fille de Victorinus Grand-Prêtre des
faux Dieux , ouvre la scene avec sa confidente , laquelle la félicite sur la nouvel→
le dignité de Claudius son Amant que
l'armée vient d'elever à l'Empire. La joie
de Justine est balancée par la crainte de
F'avenir , la clémence que Victorinus son
Pere exerce envers les Chrétiens la fait
trembler pour lui ; elle sçait que Claudius
est porté à les persecuter par un motif
qu'on apprend dans la suite de la Piece ;
son Pere , loin de calmer ses allarmes ,
les redouble ; cependant il lui commande d'accepter la main qui la doit élever à
l'Empire ; quand même elle seroit teinte
du sang de celui qui lui a donné la vie.
Victorinus s'ouvre avec plus de liberté à
son confident : il lui dit qu'aussi-tôt qu'il
a appris la prochaine arrivée de l'Empereur , il a mis Gelas en lieu de seureté ;
ce Gelas qui passe pour son esclave , est
un Chrétien qui par un effet miraculeux
a sauvé sa fille Justine d'un monstre auquel elle étoit dévouée par les Oracles des Dieux. Son confident tâche de le rassurer en lui représentant que l'amour de
' Empereur pour sa fille , l'empêchera
bien de donner la mort à unChrétien qui
a sauvé sa Maîtresse.
I. Vol. L'arrivée
DECEMBRE. 1732. 2653
3.
L'arrivée deClaudius redouble la frayeur
de Victorinus ; ce Prince lui apprend
qu'en approchant de ce lieu, que l'Auteur
n'a pas designé aux spectateurs , il est entré dans des souterrains où des Chrétiens
célebroient leurs mysteres ; que ces victi
mes se sont jertées en foule au devant du
fer qui les attendoit ; qu'un seul de cette
troupe attendoit la mort sans la chercher,.
qu il n'a pû soutenir l'aspect de ce vénerable vieillard , sans un saisissement qui
Pa rendu immobile; qu'il a ordonné qu'on
l'épargnar's il se flatte que ce Chrétien
touch de sa clémence , pourra lui apprendre quels ont été les meurtriers de son
Pere , qui ayant disparu depuis quelques
années, sans qu'on en ait jamais oui parler,
avoit donné lieu de soupçonner que les
Chrétiens dont il étoit alors le plus ardent persécuteur , l'avoient assassiné. Le
portrait que Claudius fait de ce vieillard,
le lieu , et toutes les autres circonstances
ne laissent point douter Victorinus que
ce ne soit Gelas ; il demande grace pour
lui à l'Empereur , et pour le mieux exciter à la clémence , il lui dit que ce Chrétien a sauvé Justine d'une mort certaine;
Claudius attribue le respect et les sentimens de tendresse qu'il a conçus à l'asde ce Chrétien à une espece de pres- pect
>
I. Vola sentiment
2654 MERCURE DE FRANCE
sentiment qui lui a annoncé au fond du
cœur l'obligation qu'il lui avoit.
Le vieillard eft bientôt présenté à Claudius qui ne peut le revoir sans trouble ;
on verra dans peu que c'est un nouveau
pressentiment que la nature ajoute à celui
de la reconnoissance , et que ce premier
partoit de la même source. Gelas résiste
avec fermeté à la priere que Claudius lui
fait de renoncer au Christianisme , ou du
moins de le feindre , pour se dérober à la
fureur du peuple , des Prêtres et même de
l'armée. Claudius ajoute à cette priere le
motif qui le porte lui- même plus particu
liérement à persécuter ceux qu'il croit
avoir été les meurtriers de son Pere Cassius. Gelas après lui avoir dit que les Chrétiens sont incapables de pareils forfaits ,
lui annonce que son pere est encore vivant , qu'il est plus près de lui qu'il ne
pense , mais qu'il ne le connoîtra qu'après
qu'il lui aura fait donner la mort à luimême, par qui il apprend qu'il est encore
en vie. Cette espece d'Oracle prononcé
par une bouche si respectée , met Claudius dans une très - cruclle situation ; il ne
sçait à quoi se résoudre, et charge Victorinus,qui arrive , d'arracher le malheureux
à la mort.
Cette Scene entre Gelas et Victorinus
I. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2655
'est une des plus interessantes de la Tragédie , et c'est pourtant celle qui a donné
plus de prise à la Critique ; nous allons
en exposer le fond pour mettre nos Lecteurs en état d'en juger. Dans la Scene
précédente les Spectateurs viennent d'apprendre que Cassius n'est pas mort , mais
ils ne s'attendent pas à le revoir revivre en la personne de Gelas même ; ce
même Gelas , qui ne s'est pas découvert
à son propre fils , se fait connoître à Victorinus pour ce même Cassius que Claudius croit avoir été assassiné par les Chrétiens , et qu'il vange par tout ce que sa
fureur lui peut inspirer de plus cruel
contre ces innocentes victimes. Ce Cassius
avoit été , comme nous l'avons déja dit
un des plus implacables persecuteurs des
Chrétiens ; il raconte à Victorinus comment il a été converti à la Foy ; cette
description est très-belle , l'Auteur n'a
pas crû en pouvoir choisir un modele
plus frappant que dans les Actes des
Apôtres , et les Spectateurs lui ont sçû
bon gré de l'avoir puisée dans une sour
ce si capable d'inspirer une sainte terreur.
Mais comme ce qui nous saisit le plus
dans un Ouvrage , nous paroît le plus
digne de nos reflexions , on examine cette
Scene avec plus de séverité que toutes
I. Vol. les
2656 MERCURE DE FRANCE
les autres ; on ne souffre qu'avec beau,
coup de peine qu'un pere , dont le fils est
prêt à devenir le parricide , ne se fasse
pas connoître à lui ; on pese le silence
avec le mo if, et le motif n'est pas toutà-fait satisfaisant. Le faux Gelas dit à
Victorinus qu'il a fait serment de ne se
faire connoître à P rsonne pour Cassius :
pourquoi, done,dit-on, découvre-t'il son
nom et sa condition à Victorinus ? Son
serment est-il moins violé et ne seroitil pas plus raisonnable qu'il eût juré de
ne se faire jamais connoître à son fils , de
peur que la tendresse paternelle ne le
trahît jusqu'au point de retomber dans
ses erreurs par une foiblesse dont il craindroit de ne pouvoir triompher ? ce motif auroit quelque lueur de vrai-semblan- ·
ce , et contribueroit un peu à faire excuser l'indiscretion du serment. Ce serment, ajoûte- t'on , seroit toûjours trèscondamnable , puisqu'il seroit fait contre
son propre fils , qui , par le silence de
son pere , perd la grace de la conversion
et par l'erreur dont ce même pere devient complice , est visiblement exposé à
devenir parricide : un pere , dit-on , est
obligé parmi les Chrétiens , à élever son
fils dans la seule Religion où il peut se
sauver , et celui- cy laisse le sien dans le
1. Vol.
Paganisme
DECEMBRE. 1732. 2657
Paganisme qui doit le perdre à jamais.
Voilà les plus fortes Critiques qu'on a
faites sur cette Tragédie ; achevons d'instruire le Lecteur de ce qui lui reste encore à sçavoir. Victorinus après quelques
objections très-sensées qu'il a faites à Cassius , lui promet le secret qu'il lui demande , d'autant plus qu'il s'y est déja
engagé par serment avant que de rien
apprend e. L'Auteur a même pris soin
de le faire jurer , non-seulement par les
Dieux des Payens , mais par le Dieu que
Cassius adore , et qu'il brule d'impatience
de connoître pour l'adorer à son tour.
Les Prêtres qui lui sont subordonnez sont
bien loin d'une si heureuse disposition
le fanatisme s'empare de leurs cœurs , jusqu'à refuser l'entrée de leur Temple à
leur Empereur, s'il ne leur livre le faux
Gelas ; le Peuple et l'Armée suivent un
exemple si pernicieux ; la désobeïssance
et la félonie regnent par tout ; Victorinus
déja à demi Chrétien , pour réprimer
cette insolence , tire une épée que Gelas
ayoit mis entre ses mains , comme un
gage assuré de la victoire ; le saint enchantement , s'il nous est permis de nous
expliquer ainsi , se trouve en deffaut
on lui arrache cette épée dont l'Auteur
a besoin pour un nouvel incident théa
I. Vol. tral
2658 MERCURE DE FRANCE
tral ; cette fatale épée est reconnuë pour
être la même dont Cassius étoit autrefois
armé. Claudius est confirmé par là dans
la croyance où il a toûjours été , que ce
sont les Chrétiens qui ont assassiné son
pere ; il accuse Victorinus d'avoir part à
ce meurtre, et ordonne qu'on l'aille chercher pour le punir de sa perfidie ; le faux
Gelas dit à Claudius que Victorinus est
innocent de ce meurtre, et lui déclare que
c'est lui-même qui a donné cette épée à
son ami ; Claudius irrité lui demande de
qui il la tenoit lui-même ; le faux Gelas lui
dit que c'est un secret qu'il ne sçauroit
Jui réveler. Claudius ne doutant plus.
que ce ne soit lui-même qui a tué son
pere , ordonne qu'on le mene à la mort ;
le faux Gelas reçoit cet Arrêt comme une
grace , et lui promet en reconnoissance
qu'il va bien-tôt reconnoître son pere ;
on emmene la victime ; Justine , dont
nous avons très-peu parlé , parce qu'elle'
est très- peu nécessaire à la Piece , vient
protester à Claudius qu'il n'y a plus d'amour ni d'hymen pour eux , si Victorinus
son pere , et Gelas , son libérateur , périssent. Claudius ne peut tenir contre cette
menace ; il ordonne qu'on aille révoquer
les ordres sanglans qu'il a donnez ; Justine y va elle-même , mais c'en est déja
I. Vol. fait ;
DECEMBRE. 1732. 2659
fait. Victorinus ayant rencontré Cassius
qu'on menoit au supplice , a voulu être le
compagnon de son martyre , sur l'assurance que Cassius lui a donnée que son
sang versé lui tiendroit lieu de Baptême.
Il s'est déclaré Chrétien , et a été soudain accablé d'une grêle de fleches.
Cassius a eu le même sort ; mais le Ciela permis qu'il lui reste encore assez de
vie pour venir se faire reconnoître à son
pere , et pour l'inviter à se faire Chrétien ; il lui prédit que bien- tôt un Empereur doit établir la Foy de Jesus- Christ,
et l'exhorte à mériter que ce choix le
regarde cependant Claudius n'est touché que du parricide dont il vient de
se soüiller et son pere expiré , il ne
songe qu'à empêcher Justine de se donner la mort , ou qu'à mourir avec elle.
ر
Cette Piece , au reste , est très - bien répresentée par la Dile Baron, et par les
sieurs Grandval , Sarrazin et le Grand ,
qui remplissent les principaux Rôles de
Justine , de Claudius , de Cassius et de
Victorinus.
n'ayant été représentée au Théatre françois qu'une au deux fois tout au plus par
semaine , il ne nous a pas été possible de
retenir la disposition du Poëme , scene par
scene, c'est pourquoi nous n'en donnerons
pas un Extrait bien précis ; le nom de M
de la Grange doit suffire au Lecteur , pour
lui persuader que rien n'y a manqué du
côtéde ce qu'on appelle Théatral ; nous
n'avons guere d'Auteurs qui s'y connoissent mieux que M. de la Grange. Il a pris
I. Vol son F vj
2650 MERCURE DE FRANCE
son sujet , selon toutes les apparences, dans
Gregoire de Tours ; voici ce que cet Historien en dit : C'est dans ce lieu , c'est-à- dire à Clermont en Auvergne , que Cassius
et Victorinus , unis en Jesus- Christ par un
amour vraimentfraternel, ont gagné le Royaumedes Cieux auprix de leur sang car l'Antiquité rapporte que Victorinus fut esclave
d'un Grand- Prêtre des faux Dieux , &
qu'ayant souvent exercé ses persécutions dans
un bourg qu'on appelloit communément le
bourg des Chrétiens , il en trouva un qui
s'appelloit Cassius , qui l'amena à la foi
de Jesus Christ par ses prédications et par ses
miracles ; il en fut si touché que renonçant
au culte des Idoles , et consacré par le baptê- me il se donna tout entier à l'exercice de
toutes les vertus chrétiennes. Peu de tems après
ayant été tous deux associez à la palme du
Martyre, ils monterent ensemble au Royaume des Cieux.
&
2
·
M. Baillet ne dit rien là- dessus qui ne
s'accorde parfaitement à ce que nous venons de dire ; voici ses paroles : S. Cassi
et S. Victorin honorez à Clermont en Auvergne le 15 de Mai, avec 6266. Martyrs tuez
par des barbares idolâtres , venus d'au- delà
du Rhin. S. Prix , Evêque de Clermont au
VII. siécle aroit composé leurs. Actes , qui
sontperdus. Victorin servoit un Prêtre idoİ. Vol. Tatre a
DECEMBRE. 1732. * 2651
latre; mais par la fréquentation qu'il avoit
avec Cassi , il se convertit et fut martyrisé.
et celui de S. Cassi se gardoient
encore à Clermont au dixiéme siécie.
Son
corps
Voilà tout ce que l'Histoire Ecclésiastique a fourni à l'Auteur de la Tragédie en
question ; ce qu'on appelle la Fable étoit
en bonnes mains. M. de la Grange a ennobli les personnages dont il avoit besoin ;
Victorinus , de simple serviteur ou esclave
d'un Grand Prêtre , cft devenu Grand- Prê
tre lui- même , et Cassius à qui Gregoire de
Tours nedonne aucune qualité, que celle de
Prédicateur de l'Evangile, est tiré de l'obscurité ou peut être le Ciel l'avoit fait naî
tre , pour se voir Pere d'un Empereur
sans avoir été Empereur lui-même ; ce
Claudius que M. de la Grange lui donne pour fils ne peut être que celui qu'on
appelle Claude le Gothique ; pour Victorinus , il ne suffisoit pas pour accommoder l'action théatrale aux mœurs du tems,
d'en avoir fait un Grand - Prêtre , il falloit
lui donner une fille digne de la recherche
d'un Empereur ; cette fille s'appelle Justine , et c'est elle qui donne lieu au peu
d'amour qui regne dans cette Tragédie ;
on auroit mêmefouhaité qu'il n'y en cut
point eu du tout.
Le premier Acte est employé presque
I. Vol. tout
2652 MERCURE DE FRANCE
>
tout entier à en exposer le sujet. Justine,
fille de Victorinus Grand-Prêtre des
faux Dieux , ouvre la scene avec sa confidente , laquelle la félicite sur la nouvel→
le dignité de Claudius son Amant que
l'armée vient d'elever à l'Empire. La joie
de Justine est balancée par la crainte de
F'avenir , la clémence que Victorinus son
Pere exerce envers les Chrétiens la fait
trembler pour lui ; elle sçait que Claudius
est porté à les persecuter par un motif
qu'on apprend dans la suite de la Piece ;
son Pere , loin de calmer ses allarmes ,
les redouble ; cependant il lui commande d'accepter la main qui la doit élever à
l'Empire ; quand même elle seroit teinte
du sang de celui qui lui a donné la vie.
Victorinus s'ouvre avec plus de liberté à
son confident : il lui dit qu'aussi-tôt qu'il
a appris la prochaine arrivée de l'Empereur , il a mis Gelas en lieu de seureté ;
ce Gelas qui passe pour son esclave , est
un Chrétien qui par un effet miraculeux
a sauvé sa fille Justine d'un monstre auquel elle étoit dévouée par les Oracles des Dieux. Son confident tâche de le rassurer en lui représentant que l'amour de
' Empereur pour sa fille , l'empêchera
bien de donner la mort à unChrétien qui
a sauvé sa Maîtresse.
I. Vol. L'arrivée
DECEMBRE. 1732. 2653
3.
L'arrivée deClaudius redouble la frayeur
de Victorinus ; ce Prince lui apprend
qu'en approchant de ce lieu, que l'Auteur
n'a pas designé aux spectateurs , il est entré dans des souterrains où des Chrétiens
célebroient leurs mysteres ; que ces victi
mes se sont jertées en foule au devant du
fer qui les attendoit ; qu'un seul de cette
troupe attendoit la mort sans la chercher,.
qu il n'a pû soutenir l'aspect de ce vénerable vieillard , sans un saisissement qui
Pa rendu immobile; qu'il a ordonné qu'on
l'épargnar's il se flatte que ce Chrétien
touch de sa clémence , pourra lui apprendre quels ont été les meurtriers de son
Pere , qui ayant disparu depuis quelques
années, sans qu'on en ait jamais oui parler,
avoit donné lieu de soupçonner que les
Chrétiens dont il étoit alors le plus ardent persécuteur , l'avoient assassiné. Le
portrait que Claudius fait de ce vieillard,
le lieu , et toutes les autres circonstances
ne laissent point douter Victorinus que
ce ne soit Gelas ; il demande grace pour
lui à l'Empereur , et pour le mieux exciter à la clémence , il lui dit que ce Chrétien a sauvé Justine d'une mort certaine;
Claudius attribue le respect et les sentimens de tendresse qu'il a conçus à l'asde ce Chrétien à une espece de pres- pect
>
I. Vola sentiment
2654 MERCURE DE FRANCE
sentiment qui lui a annoncé au fond du
cœur l'obligation qu'il lui avoit.
Le vieillard eft bientôt présenté à Claudius qui ne peut le revoir sans trouble ;
on verra dans peu que c'est un nouveau
pressentiment que la nature ajoute à celui
de la reconnoissance , et que ce premier
partoit de la même source. Gelas résiste
avec fermeté à la priere que Claudius lui
fait de renoncer au Christianisme , ou du
moins de le feindre , pour se dérober à la
fureur du peuple , des Prêtres et même de
l'armée. Claudius ajoute à cette priere le
motif qui le porte lui- même plus particu
liérement à persécuter ceux qu'il croit
avoir été les meurtriers de son Pere Cassius. Gelas après lui avoir dit que les Chrétiens sont incapables de pareils forfaits ,
lui annonce que son pere est encore vivant , qu'il est plus près de lui qu'il ne
pense , mais qu'il ne le connoîtra qu'après
qu'il lui aura fait donner la mort à luimême, par qui il apprend qu'il est encore
en vie. Cette espece d'Oracle prononcé
par une bouche si respectée , met Claudius dans une très - cruclle situation ; il ne
sçait à quoi se résoudre, et charge Victorinus,qui arrive , d'arracher le malheureux
à la mort.
Cette Scene entre Gelas et Victorinus
I. Vol.
DECEMBRE. 1732. 2655
'est une des plus interessantes de la Tragédie , et c'est pourtant celle qui a donné
plus de prise à la Critique ; nous allons
en exposer le fond pour mettre nos Lecteurs en état d'en juger. Dans la Scene
précédente les Spectateurs viennent d'apprendre que Cassius n'est pas mort , mais
ils ne s'attendent pas à le revoir revivre en la personne de Gelas même ; ce
même Gelas , qui ne s'est pas découvert
à son propre fils , se fait connoître à Victorinus pour ce même Cassius que Claudius croit avoir été assassiné par les Chrétiens , et qu'il vange par tout ce que sa
fureur lui peut inspirer de plus cruel
contre ces innocentes victimes. Ce Cassius
avoit été , comme nous l'avons déja dit
un des plus implacables persecuteurs des
Chrétiens ; il raconte à Victorinus comment il a été converti à la Foy ; cette
description est très-belle , l'Auteur n'a
pas crû en pouvoir choisir un modele
plus frappant que dans les Actes des
Apôtres , et les Spectateurs lui ont sçû
bon gré de l'avoir puisée dans une sour
ce si capable d'inspirer une sainte terreur.
Mais comme ce qui nous saisit le plus
dans un Ouvrage , nous paroît le plus
digne de nos reflexions , on examine cette
Scene avec plus de séverité que toutes
I. Vol. les
2656 MERCURE DE FRANCE
les autres ; on ne souffre qu'avec beau,
coup de peine qu'un pere , dont le fils est
prêt à devenir le parricide , ne se fasse
pas connoître à lui ; on pese le silence
avec le mo if, et le motif n'est pas toutà-fait satisfaisant. Le faux Gelas dit à
Victorinus qu'il a fait serment de ne se
faire connoître à P rsonne pour Cassius :
pourquoi, done,dit-on, découvre-t'il son
nom et sa condition à Victorinus ? Son
serment est-il moins violé et ne seroitil pas plus raisonnable qu'il eût juré de
ne se faire jamais connoître à son fils , de
peur que la tendresse paternelle ne le
trahît jusqu'au point de retomber dans
ses erreurs par une foiblesse dont il craindroit de ne pouvoir triompher ? ce motif auroit quelque lueur de vrai-semblan- ·
ce , et contribueroit un peu à faire excuser l'indiscretion du serment. Ce serment, ajoûte- t'on , seroit toûjours trèscondamnable , puisqu'il seroit fait contre
son propre fils , qui , par le silence de
son pere , perd la grace de la conversion
et par l'erreur dont ce même pere devient complice , est visiblement exposé à
devenir parricide : un pere , dit-on , est
obligé parmi les Chrétiens , à élever son
fils dans la seule Religion où il peut se
sauver , et celui- cy laisse le sien dans le
1. Vol.
Paganisme
DECEMBRE. 1732. 2657
Paganisme qui doit le perdre à jamais.
Voilà les plus fortes Critiques qu'on a
faites sur cette Tragédie ; achevons d'instruire le Lecteur de ce qui lui reste encore à sçavoir. Victorinus après quelques
objections très-sensées qu'il a faites à Cassius , lui promet le secret qu'il lui demande , d'autant plus qu'il s'y est déja
engagé par serment avant que de rien
apprend e. L'Auteur a même pris soin
de le faire jurer , non-seulement par les
Dieux des Payens , mais par le Dieu que
Cassius adore , et qu'il brule d'impatience
de connoître pour l'adorer à son tour.
Les Prêtres qui lui sont subordonnez sont
bien loin d'une si heureuse disposition
le fanatisme s'empare de leurs cœurs , jusqu'à refuser l'entrée de leur Temple à
leur Empereur, s'il ne leur livre le faux
Gelas ; le Peuple et l'Armée suivent un
exemple si pernicieux ; la désobeïssance
et la félonie regnent par tout ; Victorinus
déja à demi Chrétien , pour réprimer
cette insolence , tire une épée que Gelas
ayoit mis entre ses mains , comme un
gage assuré de la victoire ; le saint enchantement , s'il nous est permis de nous
expliquer ainsi , se trouve en deffaut
on lui arrache cette épée dont l'Auteur
a besoin pour un nouvel incident théa
I. Vol. tral
2658 MERCURE DE FRANCE
tral ; cette fatale épée est reconnuë pour
être la même dont Cassius étoit autrefois
armé. Claudius est confirmé par là dans
la croyance où il a toûjours été , que ce
sont les Chrétiens qui ont assassiné son
pere ; il accuse Victorinus d'avoir part à
ce meurtre, et ordonne qu'on l'aille chercher pour le punir de sa perfidie ; le faux
Gelas dit à Claudius que Victorinus est
innocent de ce meurtre, et lui déclare que
c'est lui-même qui a donné cette épée à
son ami ; Claudius irrité lui demande de
qui il la tenoit lui-même ; le faux Gelas lui
dit que c'est un secret qu'il ne sçauroit
Jui réveler. Claudius ne doutant plus.
que ce ne soit lui-même qui a tué son
pere , ordonne qu'on le mene à la mort ;
le faux Gelas reçoit cet Arrêt comme une
grace , et lui promet en reconnoissance
qu'il va bien-tôt reconnoître son pere ;
on emmene la victime ; Justine , dont
nous avons très-peu parlé , parce qu'elle'
est très- peu nécessaire à la Piece , vient
protester à Claudius qu'il n'y a plus d'amour ni d'hymen pour eux , si Victorinus
son pere , et Gelas , son libérateur , périssent. Claudius ne peut tenir contre cette
menace ; il ordonne qu'on aille révoquer
les ordres sanglans qu'il a donnez ; Justine y va elle-même , mais c'en est déja
I. Vol. fait ;
DECEMBRE. 1732. 2659
fait. Victorinus ayant rencontré Cassius
qu'on menoit au supplice , a voulu être le
compagnon de son martyre , sur l'assurance que Cassius lui a donnée que son
sang versé lui tiendroit lieu de Baptême.
Il s'est déclaré Chrétien , et a été soudain accablé d'une grêle de fleches.
Cassius a eu le même sort ; mais le Ciela permis qu'il lui reste encore assez de
vie pour venir se faire reconnoître à son
pere , et pour l'inviter à se faire Chrétien ; il lui prédit que bien- tôt un Empereur doit établir la Foy de Jesus- Christ,
et l'exhorte à mériter que ce choix le
regarde cependant Claudius n'est touché que du parricide dont il vient de
se soüiller et son pere expiré , il ne
songe qu'à empêcher Justine de se donner la mort , ou qu'à mourir avec elle.
ر
Cette Piece , au reste , est très - bien répresentée par la Dile Baron, et par les
sieurs Grandval , Sarrazin et le Grand ,
qui remplissent les principaux Rôles de
Justine , de Claudius , de Cassius et de
Victorinus.
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Résumé : Cassius et Victorinus, Tragédie, Extrait, [titre d'après la table]
Le texte présente la tragédie 'La Tragédie de Cassius et Victorinus', représentée au Théâtre français et écrite par M. de la Grange. Cette œuvre s'inspire de l'histoire de Cassius et Victorinus, deux martyrs chrétiens mentionnés par Grégoire de Tours. Selon cet historien, Victorinus, esclave d'un grand-prêtre païen, se convertit au christianisme grâce aux prédications et miracles de Cassius. Les deux hommes furent martyrisés peu après leur conversion. La tragédie modifie certains éléments historiques pour des raisons théâtrales. Victorinus devient grand-prêtre et Cassius est présenté comme le père de l'empereur Claude le Gothique. La pièce introduit également Justine, fille de Victorinus, qui est promise à Claude. L'intrigue se concentre sur les persécutions des chrétiens et les dilemmes moraux des personnages. La tragédie commence par une discussion entre Justine et son confident à propos de son futur mariage avec Claude. Victorinus, inquiet pour les chrétiens, cache Gelas, un chrétien qui a sauvé Justine. L'arrivée de Claude révèle qu'il a épargné un vieillard chrétien, Gelas, qui se révèle être Cassius, le père de Claude. Cassius, autrefois persécuteur des chrétiens, se convertit et est prêt à mourir pour sa foi. La pièce se termine par le martyre de Cassius et Victorinus, qui se déclarent chrétiens avant leur exécution. Claude, bouleversé, tente de sauver Justine de la détresse. La tragédie est bien interprétée par des acteurs tels que la Dile Baron, Grandval, Sarrazin et le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 730-732
ADDITION à la Lettre, inserée dans le Mercure de Mars dernier, sur l'usage des Habits Canoniaux et Militaires, &c.
Début :
Permettez, Monsieur, que je vous fasse part de ce que j'ai encore trouvé [...]
Mots clefs :
Orléans, Chastellux, Saint-Agnan, Éperons, Épée, Chapitre, Réception, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ADDITION à la Lettre, inserée dans le Mercure de Mars dernier, sur l'usage des Habits Canoniaux et Militaires, &c.
ADDITION à la Lettre , inferée
dans le Mercure de Mars dernier , sur
P'usage des Habits Canoniaux et Militaires
, & c.
P
Ermettez , Monsieur , que je vous
fasse part de ce que j'ai encore trouvé
de ressemblant au droit de M. de
Chastellux , depuis que je vous ai envoyé
mes Observations sur l'habillement
des Chanoines Honoraires Laïques
M. Hubert rapporte parmi les Preuves de
son Histoire de l'Eglise Royale de Saint-
Agnan d'Orleans , à la page 142. la reception
de 2 Doyens de ce Chapitre. Le 1
nommé Louis de Villers , pourvu par
Madame la Duchesse d'Orleans , fut reçû.
le 31 May 1480. On lit que dans la
cérémonie de sa reception au Chapitre , on
lui donna une Ceinture dorée , une Epée
aussi dorée , une Gibeciere , des Eperons
dorez , et un Oiseau sur le poing. Cui
tradiderunt Zonam deauratam , enfem deauratum,
unam Gibessariam, et Calcaria deanrata
, et Avem fupra pugnum ut moris est ,
prastitisque folitis ... Juramentis , & c.
Ayant été fait Evêque de Beauvais au
bout de 17 ans , M. le Duc d'Orleans
conAVRIL.
1733 731
confera la même dignité à Jacques Hurault
, à la reception duquel furent pratiquées
les mêmes Ceremonies l'an 1497 .
le 20 Septembre. Vous appercevez , sans
doute , de la difference entre notre Chanoine
Honoraire , Hereditaire , qui est
Laïc ; et ce Doyen , qui est un homme
d'Eglise , et dont la dignité n'est point
héréditaire.Illy a encore cela de different,
que le Doyen de S. Agnan d'Orleans devoit
être revêtu de Robe longue, au lieu
que nos Messieurs de Chastellux sont en
habit court , quoique couvert du Surplis
. Mais quand la ressemblance seroit
plus grande , etet quand même elle seroit
entiere pour ce qui est de l'habillement , et
du droit successif , on ne pourroit de nos
jours , mettre ce Doyen en parallele avoc
M. de Chastellux , parce que les Doyens
de S. Agnan ne sont plus reçûs avec l'équipage
dont j'ai parlé. Le même M.Hubert
nous apprend qu'en l'an 1546.
Charles Guillard prit possession du
Doyenné , le 8 Octobre , avec le Surplis
et l'Aumusse seulement ; qu'il ne voulut
point être installé suivant l'ancienne
Cérémonie , et qu'il 'se contenta que le
Chapitre lui donnât une déclaration ,
comme le Doyen pouvoit être mis en
* Page tent onzième.
*
pos732
MERCURE DE FRANCE
possession avec l'Epée au côté , la Gibeciere
, les Eperons dorez et l'Oiseau sur le
poing. Il ajoute que depuis ce temps - là
cette maniere d'investiture a cessé d'être
en usage , et qu'il n'en paroît plus d'exemples
dans les Archives de S. Agnan.Quoiqu'elle
soit affez remarquable , je ne
la trouve point dans le grand nombre
d'exemples d'investiture , rapportez par
M. Ducange , ou par ses illustres Augmentateurs.
L'Epée et le Ceinturon ou la
Ceinture paroissent bien dans ces sortes
de ceremonie ; mais il n'y est fait aucu
ne mention de Gibeciere ni d'Oyseau , non
plus que d'Eperons .
dans le Mercure de Mars dernier , sur
P'usage des Habits Canoniaux et Militaires
, & c.
P
Ermettez , Monsieur , que je vous
fasse part de ce que j'ai encore trouvé
de ressemblant au droit de M. de
Chastellux , depuis que je vous ai envoyé
mes Observations sur l'habillement
des Chanoines Honoraires Laïques
M. Hubert rapporte parmi les Preuves de
son Histoire de l'Eglise Royale de Saint-
Agnan d'Orleans , à la page 142. la reception
de 2 Doyens de ce Chapitre. Le 1
nommé Louis de Villers , pourvu par
Madame la Duchesse d'Orleans , fut reçû.
le 31 May 1480. On lit que dans la
cérémonie de sa reception au Chapitre , on
lui donna une Ceinture dorée , une Epée
aussi dorée , une Gibeciere , des Eperons
dorez , et un Oiseau sur le poing. Cui
tradiderunt Zonam deauratam , enfem deauratum,
unam Gibessariam, et Calcaria deanrata
, et Avem fupra pugnum ut moris est ,
prastitisque folitis ... Juramentis , & c.
Ayant été fait Evêque de Beauvais au
bout de 17 ans , M. le Duc d'Orleans
conAVRIL.
1733 731
confera la même dignité à Jacques Hurault
, à la reception duquel furent pratiquées
les mêmes Ceremonies l'an 1497 .
le 20 Septembre. Vous appercevez , sans
doute , de la difference entre notre Chanoine
Honoraire , Hereditaire , qui est
Laïc ; et ce Doyen , qui est un homme
d'Eglise , et dont la dignité n'est point
héréditaire.Illy a encore cela de different,
que le Doyen de S. Agnan d'Orleans devoit
être revêtu de Robe longue, au lieu
que nos Messieurs de Chastellux sont en
habit court , quoique couvert du Surplis
. Mais quand la ressemblance seroit
plus grande , etet quand même elle seroit
entiere pour ce qui est de l'habillement , et
du droit successif , on ne pourroit de nos
jours , mettre ce Doyen en parallele avoc
M. de Chastellux , parce que les Doyens
de S. Agnan ne sont plus reçûs avec l'équipage
dont j'ai parlé. Le même M.Hubert
nous apprend qu'en l'an 1546.
Charles Guillard prit possession du
Doyenné , le 8 Octobre , avec le Surplis
et l'Aumusse seulement ; qu'il ne voulut
point être installé suivant l'ancienne
Cérémonie , et qu'il 'se contenta que le
Chapitre lui donnât une déclaration ,
comme le Doyen pouvoit être mis en
* Page tent onzième.
*
pos732
MERCURE DE FRANCE
possession avec l'Epée au côté , la Gibeciere
, les Eperons dorez et l'Oiseau sur le
poing. Il ajoute que depuis ce temps - là
cette maniere d'investiture a cessé d'être
en usage , et qu'il n'en paroît plus d'exemples
dans les Archives de S. Agnan.Quoiqu'elle
soit affez remarquable , je ne
la trouve point dans le grand nombre
d'exemples d'investiture , rapportez par
M. Ducange , ou par ses illustres Augmentateurs.
L'Epée et le Ceinturon ou la
Ceinture paroissent bien dans ces sortes
de ceremonie ; mais il n'y est fait aucu
ne mention de Gibeciere ni d'Oyseau , non
plus que d'Eperons .
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Résumé : ADDITION à la Lettre, inserée dans le Mercure de Mars dernier, sur l'usage des Habits Canoniaux et Militaires, &c.
Le document complète une lettre antérieure publiée dans le Mercure de Mars, traitant de l'usage des habits canoniaux et militaires. L'auteur ajoute des observations sur l'habillement des chanoines honoraires laïques, en se basant sur l'œuvre de M. Hubert concernant l'Église Royale de Saint-Agnan d'Orléans. Hubert décrit la réception de deux doyens : Louis de Villers en 1480 et Jacques Hurault en 1497, qui reçurent une ceinture dorée, une épée, une gibecière, des éperons dorés et un oiseau sur le poing. Ces doyens étaient des hommes d'Église, à la différence des chanoines honoraires laïques de Chastellux, qui sont héréditaires et portent un habit court sous le surplis. En 1546, Charles Guillard prit possession du doyenné avec seulement le surplis et l'aumusse, mettant fin à l'ancienne cérémonie d'investiture. Depuis, cette pratique n'est plus en usage, et aucun exemple similaire n'est trouvé dans les archives ou les œuvres de M. Ducange et ses augmentateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 865-869
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
Début :
Preux Paladin, fameux en courtoisie, [...]
Mots clefs :
Italien, Roland furieux, Brutus , Épée, Latin, Malcrais
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texteReconnaissance textuelle : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS ,
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
au Chevalier de LEUCOTE CE , en réponse
à la sienne , inserée dans le premier
volume du Mercure de Decembre , page
2570.
Preux Paladin , fameux en courtoisie „,
Qui publiez à ma gloire un Cartel ,
Et défiez, piqué par jalousie ,.
Trois Chevaliers peu chiches de leur pel :
Bien que d'effroi pantoisante , et transie 2
I Voyez Villon , dans la Ballade de son appels
toute Bête garde sa pel ..
2 On disoit aussi Pantoiser , pour
Galeine. Academie Erançoise.
dire la courte
Bvj
OUL
་
866 MERCURE DE FRANCE
Pour quelqu'un d'eux je craigne un coup mor
tel ;
Endemetiers 3 , à noble fantaisie ,
Honneur dois rendre , et veux , n'en doutez
mie ,
Pour ce , du moins vous donner un Châtel •
Quand j'en aurai , s'entend , s'il prend envie
Au Rɔy des Francs , par contrat solemnel
De m'en vendre un à crédit éternel ,
Ja ne cuidez que pourtant sans faillie ,
Homme et Harnois soient en votre baillie
Et que puissiez , sans moult y périller
Conduire à chef chaude et brave avanture ,
Escus desrompre , et hauberts desmailler ,
Tout comme Argi e enfondre triple armure.
Le cas n'est hoc ; fussiez - vous sur Bayard , 4
>
3 Endemétiers , mot ancien, dont s'est servi Alain
Chartier , dans le débat du Reveille matin. Du
Chesne , après avoir dit que ce terme signfie , cependant
, se figure qu'il est dérivé du latin , intercadum
;pour moi e croirois avec tout le respect
que je lui dois , qu'il tire son origine de l'expression
Italienne , è dimesi re, il faut , il convient, quoique
la cons'ruction de la Phrase , dont cette expression
fait partie en Italien , soit n peu differente de
la construction françoise , où cependant, demeure,
pour ainsi dire , isolé.
4 Arioste dans le Poëme de Roland furieux, chant.
5. Sect.74. fait de cefameux Cheval de Renant de
Montauban l'élog: qui suit :
Ne' calci tal passa harca il Cavallo ,
C'hauria spezzato un Monte di metallo.
Cein
MAY. 17337
867
Ceindriez-vous l'illustre Balisarde , s
Qui d'un Héros , fit souvent un fuyard ,
Votre pourpoint bel et bien s'y hazarde,
Emmi Soudarts qui viendront ferraillant
Voltairio Chevalier parvaillant ,
Fait en champ clos tournoyer une Epée ,
Forte , et luisante , enfin acier trempée ;
Et qui plus est , bien qu'il soit bon Jousteur ;
Le vieux Merlin n'étoit pire enchanteur. 6
Tout l'Ost 7 Turquois ne soûtiendroit sa vûë ;
Coint et faitis , l'invincible Guerrier ,
Tenant en main baguette de Laurier ,
Vous les sçauroit , comme poudre menuë ,
Esparpiller , où s'il n'avoit loisir
De faire exploit de sa vertu connuë ,
A son secours veriez en hâte Issir. 8
Des creux Enfers , où bien fort leur ennuye
5 Balisarda , c'étoit le nom de l'Epée de Roger ,
comme Durindana étoit celui de l'Epée de Roland
Se Durindana , è Balisarda taglia ,
Sapete , è quanto in queste , mani vaglia.
Ariost Rol. fur . c. 30. St 51.
6 Voyez dans le chant de Roland furieux , 3
description de la Groste enchantée de Merlin.
Lax
7 Ost , vieux mot , qui signifie Armée ; il est
dérivé du latin Hostis .
8 Issir , vient de l'Italien Usire , en François ,
Sortir.
Brutus
68 MERCURE DE FRANCE
Brutus , Herode , au front plus noir que suye
Et vous feroient sur l'arêne gésir. ro
Point n'ignorez , ô tres-valeureux Sire
Que le Romain qu'orgueil engrillonna ,
Sa géniture à mort abandonna ,
Qu'à l'autre un Rat fit son Epouse occire.
Partant jugez que ces tueurs de gens ,
Au fier combat volant comme à la danse
N'épargneront de vous bourrer la panse ::
Et ne craindront des Archers diligens ,
Par monts , par vaux , la poursuite empressée
Ains , aussi -tôt qu'étendu vous verront ,
Sur le terrain , de votre chair feront ,
Hachis , Ragout , Grillade et Fricassée
Puis à l'envi guayement vous grugeront.
Las ! quand s'aurois la fatale nouvelle ,
Qu'auriez subi fortune tant cruelle ,
D
Pour mon ainour ; que mon coeur plein d'es
moy ,
Se guémentant iroit en désarroy !
Donc , bien qu'ayez fait guerriere Apertise,.
Forcé Remparts , et Géants abbatus ,
Quand sériez même aussi vaillant qu'Artus ,
9 Allusion aux Tragedies de M, de Voltaire,
Mariamne et Brutus,
10. Gésir on Gir , infinitif de Gît ; en Italien ,
Giacere ; en latin Jacere.
11 Artus , Roy d'Angleterre , quifut tres - vail-
Fant , et qui établit P'Ordre des Chevaliers de Ia
Table Ronde..
Trois
MAY. 2733 .
Trois , quatre fois remirés l'entreprise..
Bon soir , Seigneur , je suis à toujours mais ,
Votre servante , Antoinette Malcrais..
Au Croisic , ce 29 de Janvier 173:30.
2. Cette façon de parler vient de l'Italien , Sem
gre mai , dont nous avons fait à tout jamais.
Fermer
Résumé : MISSIVE de l'Infante de MALCRAIS, au Chevalier de LEUCOTECE, en réponse à la sienne, inserée dans le premier volume du Mercure de Decembre, page 2570.
La missive de l'Infante de Malcrais, datée du 29 janvier 1733 au Croisic, est adressée au Chevalier de Leucote en réponse à un cartel publié par ce dernier dans le Mercure de décembre. L'Infante exprime sa préoccupation face aux trois chevaliers défiés par Leucote, bien qu'elle reconnaisse leur courtoisie et leur bravoure. Elle propose de lui offrir un château, à condition que le roi des Francs le lui vende à crédit éternel, permettant ainsi à Leucote de défendre ce château avec ses hommes et son équipement. Pour illustrer la dangerosité des adversaires, l'Infante fait référence à des œuvres littéraires telles que celles de Villon et Arioste. Elle évoque également des personnages historiques et mythologiques, comme Brutus et Hérode, pour souligner les risques encourus par Leucote. L'Infante conclut en exprimant son inquiétude pour sa sécurité et en lui souhaitant bonne chance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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19
p. 1339-1349
PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Début :
La Ville de Paris ayant demandé au Roy la permission de présenter [...]
Mots clefs :
Dauphin, Armes, Ville de Paris, Main, Vertus, Couronne, France, Palmes, Pieds, Guerre, Fleurs, Boucliers, Épée
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
PREMIERES ARMES
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
134
و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
134
و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
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Résumé : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Le 6 juin 1734, la Ville de Paris a reçu l'autorisation du roi de présenter au Dauphin ses premières armes, suivant un ancien usage interrompu. Le Corps de Ville, en robe de cérémonie, s'est rendu à Versailles où le Duc de Gesvres, Gouverneur de Paris, a conduit la délégation à l'audience du Dauphin. Le Président Turgot, Prévôt des Marchands, a porté les compliments et présenté une épée, un fusil et deux pistolets d'un travail parfait. Ce privilège permet à la Ville de Paris de présenter aux Dauphins de France leurs premières armes, soit en récompense de son zèle et de son affection envers les Princes, soit comme prérogative flatteuse pour la capitale du Royaume. La Ville de Paris a donc saisi cette occasion pour honorer le Dauphin et s'acquitter de ce devoir flateur et honorable. Les pistolets, entièrement en acier enrichi de reliefs et de ciselures, présentent des fonds d'or perlé et des bois ornés de figures en or gravées en taille-douce et de filigranes. Les canons des pistolets représentent des scènes symboliques : l'un montre un jeune enfant sur une colline au lever du soleil, l'autre un jeune Hercule écrasant des dragons. Les symboles de vertus et les cornes d'abondance sont également présents, ainsi que des représentations des quatre parties du monde. Le fusil arbore un Dauphin entouré de cornes d'abondance et de guirlandes de fleurs, ainsi que des scènes de chasse et des symboles maritimes. Les ornements incluent des génies guerriers, des trophées de guerre et des attributs divers. L'épée, entièrement en or, est composée d'un seul trophée d'armes. La garde est inspirée des boucliers utilisés sous le règne d'Alexandre le Grand et représente les vertus héroïques et la gloire des Princes. Les bas-reliefs montrent Hercule terrassant l'Hydre et une femme symbolisant la victoire et la générosité. La poignée de l'épée est ornée de palmes et de lys, et le fourreau est en écaille noire incrustée d'or. Ces œuvres, réalisées par le Sieur Laroche pour les pistolets et le fusil, et par M. Germain pour l'épée, témoignent d'une exécution admirable et d'une grande richesse artistique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 88-89
ENIGME.
Début :
Mon pere est le blond Apollon, [...]
Mots clefs :
Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Mon pere eft le blond Apollon ;
Ma mere eft celle d'Egeon .
J'aime la valeur , le courage ;
Je me plais beaucoup au carnage :
Ma vûe imprime la terreur .
Je fuis l'afyle de l'honneur.
Sous l'un & fous l'autre topique
On me chérit & l'on me craint ;
Du fond de la Chine au Mexique
J'agite & je mets tout en train.
Depuis la naiffance du monde ,
Je devins en exploits féconde.
Je fais du bien , je fais du mal ;
J'ai fervi le grand Annibal ,
DECEMBRE. 1754 89
Céfar , Scipion , Alexandre ;
Tous ces conquerans , fous mes loix ,
Ont forcé le monde à fe rendre.
Je foutiens le thrône des Rois .
A ces traits tu peux reconnoître ,
Cher Lecteur , mon nom & mon être.
Mon pere eft le blond Apollon ;
Ma mere eft celle d'Egeon .
J'aime la valeur , le courage ;
Je me plais beaucoup au carnage :
Ma vûe imprime la terreur .
Je fuis l'afyle de l'honneur.
Sous l'un & fous l'autre topique
On me chérit & l'on me craint ;
Du fond de la Chine au Mexique
J'agite & je mets tout en train.
Depuis la naiffance du monde ,
Je devins en exploits féconde.
Je fais du bien , je fais du mal ;
J'ai fervi le grand Annibal ,
DECEMBRE. 1754 89
Céfar , Scipion , Alexandre ;
Tous ces conquerans , fous mes loix ,
Ont forcé le monde à fe rendre.
Je foutiens le thrône des Rois .
A ces traits tu peux reconnoître ,
Cher Lecteur , mon nom & mon être.
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22
p. 102
« Le mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure de Décembre est [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure de Décembre est [...]
Mots clefs :
Épée, Loterie, Silence
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texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure de Décembre est [...] »
Le mot de la premiere Enigme du premier
volume du Mercure de Décembre eft
Epée. Celui de la feconde eft le Silence.
Le mot du Logogryphe eft Lourie , dans
lequel on trouve lot , étoile , Loire , étole
rot , rôti , or , lire , lo , Elie , lit , lie , toile ,
Roi , Eloi , Etolie , ortie , Eole , re.
volume du Mercure de Décembre eft
Epée. Celui de la feconde eft le Silence.
Le mot du Logogryphe eft Lourie , dans
lequel on trouve lot , étoile , Loire , étole
rot , rôti , or , lire , lo , Elie , lit , lie , toile ,
Roi , Eloi , Etolie , ortie , Eole , re.
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