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1
p. 47-51
AU ROY
Début :
Est-il vray, Grand Monarque, et puis-je me vanter, [...]
Mots clefs :
Monarque, Peuple, Combats, Paix
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texteReconnaissance textuelle : AU ROY
AU R O Y
S t-ilvra y,G ra n d M onarque,
& puis .je me vanter,
Q ue tu prennes plaifir à me reffufciterl _ ' '
Qgfau bout de quarante ans, C in -
na, Pompée, H orace,
Reviennent à la mode & retrouvent leur place,
E t que l'heureux brillant de mes
jeunes R iv a u x ,
2/*ofie point le vieux luflre a mes
premiers travaux ?
A ch evé, les derniers riont rien qui
dégénéré,
Rien qui les faffe croire Enfant
d'un autre P e r es
t
28 LE MERCURE
Ce [ont des malheureux étouffezytu
Berceau,
Qufun feul de tes regards tirer oit
du tombeau.
JDéjaSertorius,Oedipe,Rodogine,
Sont remis par ton choix dans t oute
leur fortune,
E t ce choix montreroit qu Othon
& Surend
N e font pas des Cadets indignes
de Cinna.
7 e Peuple, je l ’avoue & la Cour
les dégradent,
d'affaiblis, ou du moins ils fe le per-
/
Pour bien écrire encore, '] ay trop
longtemps écrit,
E t les rides du front paffent jufqua
l ’ Efprit 5
M ais contre un tel abus, que] au-
bonté rimpérieufe loy
bientofi& Peuple &
GALANT. 49
5 / tu donnois le tien à mes derniers + • •
Ouvrages!
Que de cette
Rameneroit
Cour vers moyl
T el Sophocle à cent ans charmoit
encor Athènes^
T el hoüillonnoit encor [on vieux
fang dans [es veines^
Jjïroient-ils à l'envy^ lors quO edipe aux abois,
T)e cent Peuples pour luy qaqna
touteslesvoix.
le riiray pas [ loin, [ mes
quinze luftres
pont encor quelque peine aux M o
dernes illuflres^
S'il en eft de fâcheux jufqu à s'en
chagriner.)
le n auray pas longtemps à les importuner s
I
5
o LE MERCURE
Quoy que je m en promette ils neft
ont rien à craindre^
C cfi le dernier éclat d'un feu prefl
à s'éteindre^
Sur le point d'expirer il ta fiche d'é*
bloüir^
* * s F
E t ne frape lesyeux que pour se*
vanoüir:
Souffre, quoy q u ilen fo it, que mon
ame ravie
T e ctifiacre le peuqui me refie devie.
Je fers depuis dou\e ans^mais c cft
par d'autres bras
Que je verfepour toy du fian^ dans
les Combats:
J'en pleure encor un Fils, & trcmbleray pour l'autre
pos & le nofre^
JÆes frayeurs cefferont enfin pàT
cette P a ix ,
G A L A N T . 51
Qui fait de tant d'Efiats les plus
ardeiïs fouhaitS:
Cependant s'il efi vray que mon
%ele le plaife,
bon m ot, devrace^au
Pere de la Chaife.
S t-ilvra y,G ra n d M onarque,
& puis .je me vanter,
Q ue tu prennes plaifir à me reffufciterl _ ' '
Qgfau bout de quarante ans, C in -
na, Pompée, H orace,
Reviennent à la mode & retrouvent leur place,
E t que l'heureux brillant de mes
jeunes R iv a u x ,
2/*ofie point le vieux luflre a mes
premiers travaux ?
A ch evé, les derniers riont rien qui
dégénéré,
Rien qui les faffe croire Enfant
d'un autre P e r es
t
28 LE MERCURE
Ce [ont des malheureux étouffezytu
Berceau,
Qufun feul de tes regards tirer oit
du tombeau.
JDéjaSertorius,Oedipe,Rodogine,
Sont remis par ton choix dans t oute
leur fortune,
E t ce choix montreroit qu Othon
& Surend
N e font pas des Cadets indignes
de Cinna.
7 e Peuple, je l ’avoue & la Cour
les dégradent,
d'affaiblis, ou du moins ils fe le per-
/
Pour bien écrire encore, '] ay trop
longtemps écrit,
E t les rides du front paffent jufqua
l ’ Efprit 5
M ais contre un tel abus, que] au-
bonté rimpérieufe loy
bientofi& Peuple &
GALANT. 49
5 / tu donnois le tien à mes derniers + • •
Ouvrages!
Que de cette
Rameneroit
Cour vers moyl
T el Sophocle à cent ans charmoit
encor Athènes^
T el hoüillonnoit encor [on vieux
fang dans [es veines^
Jjïroient-ils à l'envy^ lors quO edipe aux abois,
T)e cent Peuples pour luy qaqna
touteslesvoix.
le riiray pas [ loin, [ mes
quinze luftres
pont encor quelque peine aux M o
dernes illuflres^
S'il en eft de fâcheux jufqu à s'en
chagriner.)
le n auray pas longtemps à les importuner s
I
5
o LE MERCURE
Quoy que je m en promette ils neft
ont rien à craindre^
C cfi le dernier éclat d'un feu prefl
à s'éteindre^
Sur le point d'expirer il ta fiche d'é*
bloüir^
* * s F
E t ne frape lesyeux que pour se*
vanoüir:
Souffre, quoy q u ilen fo it, que mon
ame ravie
T e ctifiacre le peuqui me refie devie.
Je fers depuis dou\e ans^mais c cft
par d'autres bras
Que je verfepour toy du fian^ dans
les Combats:
J'en pleure encor un Fils, & trcmbleray pour l'autre
pos & le nofre^
JÆes frayeurs cefferont enfin pàT
cette P a ix ,
G A L A N T . 51
Qui fait de tant d'Efiats les plus
ardeiïs fouhaitS:
Cependant s'il efi vray que mon
%ele le plaife,
bon m ot, devrace^au
Pere de la Chaife.
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Résumé : AU ROY
L'auteur adresse une lettre à un grand monarque, probablement Louis XIV, exprimant sa joie de voir ses œuvres anciennes, telles que 'Cinna', 'Pompée' et 'Horace', redevenir à la mode après quarante ans. Il reconnaît que ses œuvres récentes n'ont pas le même succès, mais mentionne que des personnages comme Sertorius, Œdipe et Rodogune ont été remis en lumière par le choix du monarque. Il espère que des œuvres comme 'Othon' et 'Suréna' ne seront pas considérées comme inférieures à 'Cinna'. L'auteur admet avoir été dégradé et affaibli par le peuple et la cour, mais espère que la bonté du monarque ramènera la cour vers lui. Il reconnaît que ses soixante-quinze ans lui causent encore quelques peines, mais assure que ses œuvres représentent le dernier éclat d'un feu prêt à s'éteindre. Il exprime également ses craintes pour ses fils, l'un déjà perdu et l'autre en danger, et espère que la paix mettra fin à ses frayeurs. Il conclut en espérant que son zèle plaise au monarque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 72-79
« Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...] »
Début :
Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...]
Mots clefs :
Siège de Cambrai, Monarque, Valenciennes, Citadelle
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texteReconnaissance textuelle : « Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...] »
- Venons an Siege de Cam- bray. Je croy, Madame , qu'il n'eſt pas beſoin de vous fai- re ſouvenir que cette Ville
eſt unedes plus anciennes de la Gaule Belgique , qu'elle fut baſtie du temps de Servius
GALANT. 55
Tullius fixiéme Roy des Ro- mains, & qu'il atoûjours eſté fi difficile de la prendre à force ouverte ſans y perdre beau- coup de monde , quequand le ſecond de nos Rois s'en
rendit le Maître , ce ne fut qu'apres y avoir veu périr cinquante - trois mille Hom- mes de part &d'autre. Si cet- te grande Ville eſtoit ſi forte dés le temps de Clodion , on pouvoit la croire imprenable depuis que Charles Quint y
cut fait bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n'y aperſon.
ne qui ne parle avec étonne- ment. Nous avons perdu cer- te Place il y a quatre- vingts deux ans. Les Eſpagnols l'af ſiegerent en 1595. Monfieur le Duc de Rhetelois ſe jetta Cij
96 LE MERCURE
dedans par l'ordre de Mon- ſieur le Duc de Nevers fon
Pere. Le Maréchal de Balagny qui y commandoit en avoit êté declaré Prince,& ne
croyez pas , Madame , qu'elle fût alors attaquéede lamanie- re qu'elle vient de l'eſtre par le Roy. Cette vigueur n'ap- partient qu'aux François, & il eſt difficile deles vaincre,ſi on
ne joint l'adreſſe à la force.
Quand les Eſpagnols médite- rent cette Conqueſte , le Roy Henry IV. qui avoit des affai- res chez luy , eſtoit à Fontai- ne-Françoiſe où il tailloit de la beſogne aux Ennemis qui vouloient paſſer en Bourgo- gne; mais ce n'eſtoit pointaf- fez que ce Grand Prince fût hors d'état de venir ſecourin
GALAN Τ. 17
-
Cambray,il y avoitdes Fraçois dedans, &les Eſpagnols crai- gnant qu'ils ne fiſſent une trop longue reſiſtance qui en au- roit pû empêcher la priſe , en donnant lieu au Secours de
s'aſſembler , s'aviſerent d'un
ſtratagéme qui leur réüſſit.
Le prix du Bled eſtoit dimi- nuéde beaucoup par l'abon- dance de l'année , ils ſça- voient qu'il y en avoit de grandes proviſions dans la Place,& ils pratiquerét adroi- tement des Particuliers qui
endonnoientplus qu'il ne valoit. La veuë d'un gain confiderable tenta l'avarice de Madame de Balagny , qui au dé- çeu de ſon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps ; & quand on eneur
CW
58 LE MERCURE en quelque façon épuisé la Place, le Comte de Fuentes la vint aſſieger. L'impoſſibilité d'attendre du Secours parce que les Vivres manquerent incontinent aux Affiegez , les obligea de ſe rendre , & on tient qu'il en prit un fi grand faiſiſſement à Madame deBalagny , qu'elle mourut dans le momentque fon Mary ſignoit la Capitulation . Toutes ces choſes relevent debeaucoup
la gloire du Roy, & tous ac- coûtumez que nous fommes à voir autant de Miracles
qu'il fait de Conqueſtes, nous ne concevons qu'avec pei- ne qu'en fi peu temps , &
fans aucune perte confidera- ble , il ait pû réduire une Vil- le qui a coûté autrefois tant
GALAN T. 59
DELE
a
a
5
de milliers d'Hommes , fortifiée d'une Citadellequi endevoit au moins retarder la priſe depluſieurs mois, &que l'Efpagne ne nous avoit oftée que par ſurpriſe,pendant que l'In- vincible Henry qui en eſtoit fort éloigné , avoit ailleurs de Preſſantes Guerres àfou
tenir. Mais ſuivons noftre
Grand Monarque , il ne fait
que fortir de Valenciennes,&
il eſt déja devant Cambray.
eſt unedes plus anciennes de la Gaule Belgique , qu'elle fut baſtie du temps de Servius
GALANT. 55
Tullius fixiéme Roy des Ro- mains, & qu'il atoûjours eſté fi difficile de la prendre à force ouverte ſans y perdre beau- coup de monde , quequand le ſecond de nos Rois s'en
rendit le Maître , ce ne fut qu'apres y avoir veu périr cinquante - trois mille Hom- mes de part &d'autre. Si cet- te grande Ville eſtoit ſi forte dés le temps de Clodion , on pouvoit la croire imprenable depuis que Charles Quint y
cut fait bâtir cette redoutable
Citadelle dont il n'y aperſon.
ne qui ne parle avec étonne- ment. Nous avons perdu cer- te Place il y a quatre- vingts deux ans. Les Eſpagnols l'af ſiegerent en 1595. Monfieur le Duc de Rhetelois ſe jetta Cij
96 LE MERCURE
dedans par l'ordre de Mon- ſieur le Duc de Nevers fon
Pere. Le Maréchal de Balagny qui y commandoit en avoit êté declaré Prince,& ne
croyez pas , Madame , qu'elle fût alors attaquéede lamanie- re qu'elle vient de l'eſtre par le Roy. Cette vigueur n'ap- partient qu'aux François, & il eſt difficile deles vaincre,ſi on
ne joint l'adreſſe à la force.
Quand les Eſpagnols médite- rent cette Conqueſte , le Roy Henry IV. qui avoit des affai- res chez luy , eſtoit à Fontai- ne-Françoiſe où il tailloit de la beſogne aux Ennemis qui vouloient paſſer en Bourgo- gne; mais ce n'eſtoit pointaf- fez que ce Grand Prince fût hors d'état de venir ſecourin
GALAN Τ. 17
-
Cambray,il y avoitdes Fraçois dedans, &les Eſpagnols crai- gnant qu'ils ne fiſſent une trop longue reſiſtance qui en au- roit pû empêcher la priſe , en donnant lieu au Secours de
s'aſſembler , s'aviſerent d'un
ſtratagéme qui leur réüſſit.
Le prix du Bled eſtoit dimi- nuéde beaucoup par l'abon- dance de l'année , ils ſça- voient qu'il y en avoit de grandes proviſions dans la Place,& ils pratiquerét adroi- tement des Particuliers qui
endonnoientplus qu'il ne valoit. La veuë d'un gain confiderable tenta l'avarice de Madame de Balagny , qui au dé- çeu de ſon Mary en vendit la plus grande partie en divers temps ; & quand on eneur
CW
58 LE MERCURE en quelque façon épuisé la Place, le Comte de Fuentes la vint aſſieger. L'impoſſibilité d'attendre du Secours parce que les Vivres manquerent incontinent aux Affiegez , les obligea de ſe rendre , & on tient qu'il en prit un fi grand faiſiſſement à Madame deBalagny , qu'elle mourut dans le momentque fon Mary ſignoit la Capitulation . Toutes ces choſes relevent debeaucoup
la gloire du Roy, & tous ac- coûtumez que nous fommes à voir autant de Miracles
qu'il fait de Conqueſtes, nous ne concevons qu'avec pei- ne qu'en fi peu temps , &
fans aucune perte confidera- ble , il ait pû réduire une Vil- le qui a coûté autrefois tant
GALAN T. 59
DELE
a
a
5
de milliers d'Hommes , fortifiée d'une Citadellequi endevoit au moins retarder la priſe depluſieurs mois, &que l'Efpagne ne nous avoit oftée que par ſurpriſe,pendant que l'In- vincible Henry qui en eſtoit fort éloigné , avoit ailleurs de Preſſantes Guerres àfou
tenir. Mais ſuivons noftre
Grand Monarque , il ne fait
que fortir de Valenciennes,&
il eſt déja devant Cambray.
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Résumé : « Venons au Siege de Cambray. Je croy, Madame, qu'il n'est [...] »
Le texte décrit le siège de Cambrai, une ancienne ville de la Gaule Belgique fondée du temps de Servius Tullius. Cambrai était connue pour sa forte défense et avait résisté à Clodion, roi des Francs, causant la mort de cinquante-trois mille hommes. Sa citadelle, construite par Charles Quint, était réputée imprenable. En 1595, Cambrai avait été perdue par les Français lors d'un siège mené par les Espagnols. Le duc de Rhettelois avait défendu la ville sur ordre du duc de Nevers, et le maréchal de Balagny en était le commandant. Les Espagnols avaient utilisé un stratagème en réduisant le prix du blé pour épuiser les réserves de la ville. Madame de Balagny, malgré les avertissements de son mari, avait vendu une grande partie des provisions. Une fois les vivres épuisés, le comte de Fuentes avait assiégé Cambrai, forçant sa reddition. Le texte souligne la gloire du roi pour avoir conquis Cambrai rapidement et sans pertes significatives, malgré la forte défense de la ville. Le roi Henri IV, occupé ailleurs, n'avait pas pu secourir Cambrai à temps. Le texte se conclut par l'arrivée du roi devant Cambrai après avoir quitté Valenciennes.
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3
p. 224-235
« Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...] »
Début :
Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...] »
Monfieur le Duc de S. Ai 166 LE MERCURE gnan apres avoir fait deux Campagnesdans une tres-gra- dejeuneſſe , eut une Compa- gnie de Cavalerie en 1634. Il ſe trouva en 1635 ſous le Duc deRohandans le Quartier de Steimbrun en Alface,lors qu'il fut attaqué par les Colonels Uriel & Mercy , qui furent re- pouſſez; & il ſeroit difficile devous dire combien il reçeut de loüanges dans cette Occa- ſion & par le General , & par tous les Officiers des Troupes. Il n'acquit pas moins degloireenla fameuſe Retraite deMayence ſous le Duc Bernard de Veymar & le Cardinal de la Valette , fur tout auCombat de Vaudevranges, qui fut tres-glorieux à la France , par le ſuccés &par la grade inéga- GALANT. 167 Y 1 台 lité du nombre. Dix Campa- gnes , pendant leſquelles il eut toûjours l'aprobation entiere des Genéraux , confirmerent l'opinion qu'on avoit déja ju- ſtement conçeuë de ſa haute valeur&de ſa conduite. L'année 1648 ayant eſté fatale à ce Royaume par les Guerres ci- viles &par les diviſions,Monſieur le Duc de S.Aignan mena au Roy en 1649 quatre cens Gentilshommes , que leur af- fection pour ſa Perſonne avoit attachez à ſa fortune,avec cetteglorieuſe circonſtance , que toutes les Villes de deſſus la Loire luy ayant refuſé le paſſa- ge, il traverſa cette grande Ri- viere dansdes Bateaux,malgré la rigueur de la ſaiſon, & força 168 LE MERCURE tout ce qui luy voulut faire obſtacle ; ce qui fit admirer tout enſemble & fon crédit aupres de la Nobleffe , & fon zele au ſervice de Sa Majeſté. 11 fut Premier Gentilhomme dela Chambre àla fin de cette même année , & Licute- nant General ; puis ayant été envoyé en Berry pour y com- mander avecun Corps d'Ar- mée , il prit le Tour de Bour- gesen 1650, le Fort de Bau- gy,pluſieurs autres , &main- tint toutes les Villes de cette Province en leur devoir. Il demeura une année entiere dans cet employ , &il y joig- nit toûjours le reſpect deû au rang&au mérite de Son Al- teſſe Sereniffime M.le Prince, avec l'exacte fidelité qu'il de- GALANT. 169 コ e t 1 voit auRoy, traitant dix-huit Prifonniers conſidérables , faits en une méme occafion , avectoute la civilité poſſible. Il ſuivit Sa Majeſté aux Sieges de Sainte Menehoud & de Montmedy, apres avoir entrepris , commeVolontaire , une Mine à celuy ce Château- Pocien ,qui reüffit & qui avan- ça la priſede cette Place. Le Roy luy a confié depuis le Gouvernement important du Havre de Grace , dans lequel étantmenacéparle grandAr- mement des Hollandois en 1674, & par divers Avis de quelque Deſcente ſur ſes Cô- tes, il mit fur pied en tres-peu dejours',dans une étenduë de treize lieuës de longſeule- ment , &de cing de large , 170 LE MERCURE quinze cens Chevaux,& pres dequatorze mille Hommes de pied, avec l'équipage de quatre Pieces de Canon , les Coſtes & les Villes ne laiſſant pas d'eſtre bien gardées ; ce qui euſt paru tres-ſurprenant ſous un autre moins aimé de laNobleſſe &du Peuple , &qui fut confirmé par le Commiſſaire des Guerres qui en fit la ſeconde Reveuë. Il a joint le Sçavoir à la Valeur , eſtant de l'Académie Françoiſe, &Protecteur de celle d'Arles; & il réüffit fi bien en tout ce qu'il entreprend , même pour les exercices du Corps , qu'il en a acquis l'eſtime de Sa Majesté , & l'approbation du Public.Je ne vous diray point, Madame , qu'il a autant d'Amis GALANT. 171 mis qu'il y a d'honnêtesGens en France. Vous ſçavez que ſa civilité luy gagne tous les Cœurs, & qu'il eſt d'une hu- meur fi obligeante , qu'il tient la journée perduë , quand il n'y trouve pas l'occaſion de s'employer pour quelqu'un. Sa modeſtie ſouffriroit fans doute, ſi j'entrois dans un plus granddétail des belles Actions qu'il a faites, &fi je parlois de ſes bleſſures en grand nom- bre , &de ſes Combats parti- culiers , dont il eſt toûjours forty avecun entier avantage. C'eſt par cette raifon je ne parleray qu'en paſſant de l'u- ne des plus éclatantes & des plus glorieuſes Actions qu'il foit poffible de faire. Il eſt difficile que vous l'ignorez, Tome 3 . H 172 LE MERCURE puis que le bruit s'en eſt ré- pandu par tout , &qu'il n'y a perſonne qui n'en ait parlé avec autant d'admiration que de ſurpriſe. Monfieur le Duc S. Aignan eſtoit ſeul ; quatre Hommes eurent la lâcheté de ſe ſervir de cet avantage pour l'attaquer. Il ne s'étonna point , & fon courage fut fi bien ſecondé de ſon adreſſe , qu'il en tua trois , & mit le quatrième en fuite. C'eſt de- quoy je ne doute point que l'Hiſtoire nefaſſe foy quelque jour , auffi-bien que les Regi- ſtres du Parlement; & peut- eſtre n'oubliera-t-elle pas ce qu'il afait encordepuis peu en faveur d'un brave Officier , contre lequel n'ayant pas vou- lu refuſer de tirer l'Epée par GALANT. 173 4 rencontre', encor qu'il fût ſous ſa charge , il le bleſſa &le de- farma. Le Roy fut en colere de la temerité de cet Officier ; & la genéroſité naturelle de Monfieur le Duc de S. Aignan l'obligea à ſe venir jet- ter à ſes pieds , pour en obte- nir non ſeulement la Grace de ce Gentilhomme en qui il avoit reconnu de la valeur , mais encor fon rétabliſſement en ſa Charge , que Sa Majesté eut agreable de luy accorder par une bonté toute Royale.
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Résumé : « Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...] »
Le Duc de Saint-Aignan, après deux campagnes dans sa jeunesse, obtint une compagnie de cavalerie en 1634. L'année suivante, il se distingua sous le Duc de Rohan à Steimbrun en Alsace, repoussant les attaques des Colonels Uriel et Mercy, ce qui lui valut des éloges. Il participa également à la retraite de Mayence sous le Duc Bernard de Weimar et le Cardinal de la Valette, notamment au combat glorieux de Vaudevranges. Au cours de dix campagnes, il reçut toujours l'approbation des généraux, confirmant sa haute valeur et sa conduite. En 1649, malgré les guerres civiles et les divisions, il mena au roi quatre cents gentilshommes, traversant la Loire en bateaux malgré la rigueur de la saison. Nommé Premier Gentilhomme de la Chambre et Lieutenant Général, il commanda en Berry en 1650, prenant plusieurs places fortes et maintenant la province en ordre. Il suivit le roi aux sièges de Sainte Menehoud et de Montmedy, et entreprit une mine au château de Château-Porcien. En 1674, menacé par les Hollandais, il mobilisa rapidement quinze cents chevaux et quatorze mille hommes de pied pour défendre les côtes. Membre de l'Académie Française et protecteur de celle d'Arles, il combinait savoir et valeur. Connu pour sa civilité et son humeur obligeante, il gagna le respect et l'admiration pour ses actions, notamment lorsqu'il affronta seul quatre assaillants, en tuant trois et mettant le quatrième en fuite. Sa générosité lui fit obtenir la grâce d'un officier qu'il avait blessé en duel.
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4
p. 91-95
« Enfin, Madame, me voila devant S. Omer, où l'abondance [...] »
Début :
Enfin, Madame, me voila devant S. Omer, où l'abondance [...]
Mots clefs :
Saint Omer, Ville, Siège, Abbaye, Lac
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Enfin, Madame, me voila devant S. Omer, où l'abondance [...] »
Enfin, Madame, me voilàdevant S. Omer, où l'abondance
de toutes les choſes que j'ay euës à vous dire m'a empefché d'arriver plutoſt. Avantque de paffer au recit de tout ce qui s'est fait pendant le Siege de
• GALANT. 59
HO
형
plas
rice
01-
ele
anOn
plifor
Dart
Hece
ay
he
de
ui
te
جم
cette Place, je croy vous en de- voir entretenir un moment. Elle
tire fon nom de celuy de Saint Omerqui estoit EvefquedeTe- rüoanne , & elle eſt ſi forte à
cauſe de ſa ſituation , & d'un
nombre infiny de Canaux qui l'environnent , que perſonne avant Loüis le GRAND navoit encore eu l'avantage de s'en pouvoir dire le Vainqueur.
Cettegloireeſtoit refervée à ſes Armes, qui luy ont fait perdre le titre de Pucelle, qu'elle avoir conſervéjuſques là. Ses edifices font tres-beaux, &elle le peut vanter d'avoir dans l'enclos de
ſes murailles unedes plusbelles Abbayes delEurope , foit pour ce qui regarde ſes Baſtimens,
foit pour ce qui regarde ſonRe- venu. CetteVille eſt la ſeconde
duComté d'Artois.Elle est tresi
Суj
60 LE MERCVRE
ancienne , &la Mer qui l'a au- trefois cottoyée, n'en eſt qu'à huit lieuës. Si l'on en croit Ortelius, le Port d'Iccius, où Cefar
s'embarqua pour paffer emAn gleterre y estoit autrefois. On.
voit aupres de la Ville un Lae
couvert de pluſieurs Iffles qui flotent fur l'eau. Elles vont où
le vent les pouffe , & elles font quelquefois agitées , commedes Vaiſſeaux , le vent qui donne dans lesArbres produiſant pref- que le meſme effet des voiles.
Quand le calme eſt grand on at tache des cordes à ces Arbres,
&on tire ces Ifles où l'on veut
Elles ſont ſouvent remplies de toutes fortes d'Animaux qu'on ymene paiſtre. Les Poiffons du Lac ſe retirent deſſous pour ſe mettre à couvert du froid , &
pour éviter les grandes ardeurs
GALANT. 61
M
12
Orfar
An
On
Lac
qui
Com
des
nne
ref
iles.
ar
res,
eut
de
on
du
rfe
&
curs
du Soleil , de maniere qu'on y
en trouve toûjours beaucoup.
On voit fur ce meſme Lac la
grande&belleAbbayedeClairmarets..
Revenons à la Ville. Lors
qu'on fit deffein de l'affieger ,
elle estoit munie de toutes les
choſes neceffaires pourune vi- goureuſe reſiſtance. Monfieur le Prince de Robec , de la Mai
fon de Montmorency, eſtoitde- dans en qualité de Gouverneur de la Provinced'Artois, &Mole
Comtede Saint.Venant comme
Gouverneur de la Ville.
de toutes les choſes que j'ay euës à vous dire m'a empefché d'arriver plutoſt. Avantque de paffer au recit de tout ce qui s'est fait pendant le Siege de
• GALANT. 59
HO
형
plas
rice
01-
ele
anOn
plifor
Dart
Hece
ay
he
de
ui
te
جم
cette Place, je croy vous en de- voir entretenir un moment. Elle
tire fon nom de celuy de Saint Omerqui estoit EvefquedeTe- rüoanne , & elle eſt ſi forte à
cauſe de ſa ſituation , & d'un
nombre infiny de Canaux qui l'environnent , que perſonne avant Loüis le GRAND navoit encore eu l'avantage de s'en pouvoir dire le Vainqueur.
Cettegloireeſtoit refervée à ſes Armes, qui luy ont fait perdre le titre de Pucelle, qu'elle avoir conſervéjuſques là. Ses edifices font tres-beaux, &elle le peut vanter d'avoir dans l'enclos de
ſes murailles unedes plusbelles Abbayes delEurope , foit pour ce qui regarde ſes Baſtimens,
foit pour ce qui regarde ſonRe- venu. CetteVille eſt la ſeconde
duComté d'Artois.Elle est tresi
Суj
60 LE MERCVRE
ancienne , &la Mer qui l'a au- trefois cottoyée, n'en eſt qu'à huit lieuës. Si l'on en croit Ortelius, le Port d'Iccius, où Cefar
s'embarqua pour paffer emAn gleterre y estoit autrefois. On.
voit aupres de la Ville un Lae
couvert de pluſieurs Iffles qui flotent fur l'eau. Elles vont où
le vent les pouffe , & elles font quelquefois agitées , commedes Vaiſſeaux , le vent qui donne dans lesArbres produiſant pref- que le meſme effet des voiles.
Quand le calme eſt grand on at tache des cordes à ces Arbres,
&on tire ces Ifles où l'on veut
Elles ſont ſouvent remplies de toutes fortes d'Animaux qu'on ymene paiſtre. Les Poiffons du Lac ſe retirent deſſous pour ſe mettre à couvert du froid , &
pour éviter les grandes ardeurs
GALANT. 61
M
12
Orfar
An
On
Lac
qui
Com
des
nne
ref
iles.
ar
res,
eut
de
on
du
rfe
&
curs
du Soleil , de maniere qu'on y
en trouve toûjours beaucoup.
On voit fur ce meſme Lac la
grande&belleAbbayedeClairmarets..
Revenons à la Ville. Lors
qu'on fit deffein de l'affieger ,
elle estoit munie de toutes les
choſes neceffaires pourune vi- goureuſe reſiſtance. Monfieur le Prince de Robec , de la Mai
fon de Montmorency, eſtoitde- dans en qualité de Gouverneur de la Provinced'Artois, &Mole
Comtede Saint.Venant comme
Gouverneur de la Ville.
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Résumé : « Enfin, Madame, me voila devant S. Omer, où l'abondance [...] »
L'auteur d'une lettre relate son arrivée à Saint-Omer, une ville nommée d'après l'évêque de Thérouanne. Saint-Omer est connue pour sa position stratégique et ses nombreux canaux. Avant Louis XIV, aucune tentative de conquête n'avait abouti. La ville possède des édifices magnifiques et abrite l'une des plus belles abbayes d'Europe. Elle est la seconde ville du comté d'Artois et était autrefois bordée par la mer, à huit lieues de distance. Selon Ortelius, le port d'Iccius, où César s'embarqua pour l'Angleterre, se trouvait là. Près de la ville, un lac est couvert d'îles flottantes utilisées pour le pâturage et servant de refuge aux poissons. Le lac abrite également l'abbaye de Clairmarais. Lors du siège, Saint-Omer était bien préparée pour résister, avec le prince de Robec comme gouverneur de la province d'Artois et le comte de Saint-Venant comme gouverneur de la ville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 105-114
Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Vous seriez bien peu curieuse, Madame, si au retour de [...]
Mots clefs :
Arles, Obélisque, Antiquité, Romains, Académie des belles-lettres, Charles IX
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texteReconnaissance textuelle : Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Vous ſeriez bien peu cu- rieuſe , Madame , fi au retour de Veniſe où je vous ay fait faire voyage ſans que vous y
ayez penſe, vous dédaigniez de paffer par la Ville d'Arles ,
pour y admirer l'Obeliſque qu'on y voit , &dont il eſt difficile que vous n'ayez en- tenduparler. C'eſt undes plus ſuperbes Monumensquenous ayons de l'Antiquité,&le ſeul de cette nature qui foit en France. On n'en ſçait point l'Hiſtoire au vray , mais il n'y a point à douter qu'il ne foit un reſte de la grandeur des Romains
GALANT.
75 Romainsqui onthabité long- temps cette Ville. Apparem- ment ils l'avoient fait venir
d'Egypte pour le conſacrer à
lagloire de quelqu'un de leurs Empereurs ; & ce qui donne lieude le croire, c'eſt qu'il eſt dela meſmematiere que ceux de Rome qu'on a apportez de ce Païs-là, c'eſt à dire de Granite Orientale , qui eſt une efpece de pierre encore plus du- re & plus précieuſe que le marbre. Sa hauteur eſt de cinquante & deux pieds , & fa baſede ſept pieds de diamet re,
toutd'une piece. Il fut trouvé
dansle Jardind'unParticulier,
auprés des Murs de la Ville ,
qui ne ſont pas fort éloignez delaRiviere du Rhône. Il eſt
àcroire qu'il y eſtoit demeuré depuis fon Débarquement,qui Tome VI. G
76 LE MERCURE doit s'eſtre fait il y a environ ſeize Siecles , ſans qu'il ait ja- mais fervy à l'uſage auquel il avoit eſte d'abord deſtiné. 11
eſtoit enſevely dansla terre , la pointe un peudécouverte. On trouve des Memoires dans les
Archives de la Maiſon de Vil-.
le , qui font connoiſtre que Charles IX. Roy de France paſſant par Arles , donna or- dre qu'on le déterrât pour le tranſporter ailleurs ; mais foit que la dépenſe ou la difficul- té de l'entrepriſe le rebutât , il n'acheva point ce qu'il avoit commencé. C'eſt en quoy l'on ne peut affez loüer le zele des Habitans de cette Ville , qui voulant laiſſer à la Pofterité
un Monument eternel de la
véneration qu'ils ont pour le Roy , n'ont pû eſtre arreſtez
r
GALANT. 77 par aucun obſtacle , & ont fait élever cet Obeliſque à ſa gloi- re dans une de leurs Places
publiques , avec de magnifi- ques Inſcriptions aux quatre faces de fon pied-eſtal. Je les fuprime parce qu'elles ne font pas Françoiſes , & que le La- tin n'eſt point de miſe parmy les Dames. Pour l'Obeliſque je vous en ay déja marqué la hauteur. On a mis un Monde
fur ſa pointe , & il y a un So- leil au deffus de ce Monde,
qui fait une Deviſe ſans Paro- les. Le pieden eſt enfermé ; &
on n'a épargné aucunedépen- ſe , ny pour fon ornement, ny pour ſa conſervation. Meffieurs de Roche , Romany ,
Agard& Maure font les qua- tre Confuls qui le firent élever l'année derniere ; &les embel
Gij
78. LE MERCURE
liffemens qu'on ya faits celle- cy font dûs aux foins deMef- fieurs de Sabatier , de l'Armeillere , Delofte & Beuf. Il y en a
deux de cedernier Nom , tous.
deux Confuls dans le meſme
temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont fait au- trefois un fi long ſéjourdans Arles , juftifie affez qu'on l'a toûjours regardé comme une Ville tres-confiderable. En effet ily en a peu dans le Royau- me où l'on trouve tant de Nobleffe , & dont les Habitans.
naiſſent avec de plus loüables inclinations. Ils aiment égale- ment les Armes & les Sciences. L'un&l'autre ſe connoift,
&par le grand nombre d'Of- ficiers d'Armées que cetteVil- le a donnez au Koy depuis la Declaration de la guerre , &
GALANT. 79
-
1
f
12
&
qui font actuellement dans le
fervice , & par l'Etabliſſement d'une Academie de Belles Lettres , érigée en 1668. ſous le bon plaifir de Sa Majesté , aveo les meſmes Privileges que cel- le de Paris. Elle eft toute compoſée de Gens de qualité &de merite , qui n'ont pas moins d'avantage à ſe ſervir de l'Epée que de la Plume , & qui n'a- yant que la gloire pour objet ,
ne refuſent aucun moyend'en
acquerir. Ils ont Monfieur le
Duc de S. Aignan pour Chef.
Ils n'en pouvoient choiſir un dontles ſentimens euffent plus de rapport avec ceux quileur font naturels , puis qu'il ſemble que Mars & les Muſes ayent fait en luy une alliance immor- telle , &qu'on l'a toûjours veu faire gloire, d'eſtre le Prote
Giij
80 LE MERCVRE
cteur des Braves & des Sça- vans. C'eſt de cet Illuftre
Corps que Monfieurde Rou- bin fut choiſi par les Confuls d'Arles , pour aller preſenter au Roy de leur part , l'Eſtam- pe qu'ils ont fait graverde leur Obeliſque. Il eſtoit digne de cet employ , ayant l'Eſprit aifé &delicat ; & capable de tout ce qu'il veut entreprendre. Il n'écrit pas moins agreable- ment en Vers qu'en Profe; &
vous pouvez juger du talent qu'il a pour la Poëſie par ce Sonnet qu'il a fait ſur l'Obelifque dont je vous pa
ayez penſe, vous dédaigniez de paffer par la Ville d'Arles ,
pour y admirer l'Obeliſque qu'on y voit , &dont il eſt difficile que vous n'ayez en- tenduparler. C'eſt undes plus ſuperbes Monumensquenous ayons de l'Antiquité,&le ſeul de cette nature qui foit en France. On n'en ſçait point l'Hiſtoire au vray , mais il n'y a point à douter qu'il ne foit un reſte de la grandeur des Romains
GALANT.
75 Romainsqui onthabité long- temps cette Ville. Apparem- ment ils l'avoient fait venir
d'Egypte pour le conſacrer à
lagloire de quelqu'un de leurs Empereurs ; & ce qui donne lieude le croire, c'eſt qu'il eſt dela meſmematiere que ceux de Rome qu'on a apportez de ce Païs-là, c'eſt à dire de Granite Orientale , qui eſt une efpece de pierre encore plus du- re & plus précieuſe que le marbre. Sa hauteur eſt de cinquante & deux pieds , & fa baſede ſept pieds de diamet re,
toutd'une piece. Il fut trouvé
dansle Jardind'unParticulier,
auprés des Murs de la Ville ,
qui ne ſont pas fort éloignez delaRiviere du Rhône. Il eſt
àcroire qu'il y eſtoit demeuré depuis fon Débarquement,qui Tome VI. G
76 LE MERCURE doit s'eſtre fait il y a environ ſeize Siecles , ſans qu'il ait ja- mais fervy à l'uſage auquel il avoit eſte d'abord deſtiné. 11
eſtoit enſevely dansla terre , la pointe un peudécouverte. On trouve des Memoires dans les
Archives de la Maiſon de Vil-.
le , qui font connoiſtre que Charles IX. Roy de France paſſant par Arles , donna or- dre qu'on le déterrât pour le tranſporter ailleurs ; mais foit que la dépenſe ou la difficul- té de l'entrepriſe le rebutât , il n'acheva point ce qu'il avoit commencé. C'eſt en quoy l'on ne peut affez loüer le zele des Habitans de cette Ville , qui voulant laiſſer à la Pofterité
un Monument eternel de la
véneration qu'ils ont pour le Roy , n'ont pû eſtre arreſtez
r
GALANT. 77 par aucun obſtacle , & ont fait élever cet Obeliſque à ſa gloi- re dans une de leurs Places
publiques , avec de magnifi- ques Inſcriptions aux quatre faces de fon pied-eſtal. Je les fuprime parce qu'elles ne font pas Françoiſes , & que le La- tin n'eſt point de miſe parmy les Dames. Pour l'Obeliſque je vous en ay déja marqué la hauteur. On a mis un Monde
fur ſa pointe , & il y a un So- leil au deffus de ce Monde,
qui fait une Deviſe ſans Paro- les. Le pieden eſt enfermé ; &
on n'a épargné aucunedépen- ſe , ny pour fon ornement, ny pour ſa conſervation. Meffieurs de Roche , Romany ,
Agard& Maure font les qua- tre Confuls qui le firent élever l'année derniere ; &les embel
Gij
78. LE MERCURE
liffemens qu'on ya faits celle- cy font dûs aux foins deMef- fieurs de Sabatier , de l'Armeillere , Delofte & Beuf. Il y en a
deux de cedernier Nom , tous.
deux Confuls dans le meſme
temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont fait au- trefois un fi long ſéjourdans Arles , juftifie affez qu'on l'a toûjours regardé comme une Ville tres-confiderable. En effet ily en a peu dans le Royau- me où l'on trouve tant de Nobleffe , & dont les Habitans.
naiſſent avec de plus loüables inclinations. Ils aiment égale- ment les Armes & les Sciences. L'un&l'autre ſe connoift,
&par le grand nombre d'Of- ficiers d'Armées que cetteVil- le a donnez au Koy depuis la Declaration de la guerre , &
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&
qui font actuellement dans le
fervice , & par l'Etabliſſement d'une Academie de Belles Lettres , érigée en 1668. ſous le bon plaifir de Sa Majesté , aveo les meſmes Privileges que cel- le de Paris. Elle eft toute compoſée de Gens de qualité &de merite , qui n'ont pas moins d'avantage à ſe ſervir de l'Epée que de la Plume , & qui n'a- yant que la gloire pour objet ,
ne refuſent aucun moyend'en
acquerir. Ils ont Monfieur le
Duc de S. Aignan pour Chef.
Ils n'en pouvoient choiſir un dontles ſentimens euffent plus de rapport avec ceux quileur font naturels , puis qu'il ſemble que Mars & les Muſes ayent fait en luy une alliance immor- telle , &qu'on l'a toûjours veu faire gloire, d'eſtre le Prote
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80 LE MERCVRE
cteur des Braves & des Sça- vans. C'eſt de cet Illuftre
Corps que Monfieurde Rou- bin fut choiſi par les Confuls d'Arles , pour aller preſenter au Roy de leur part , l'Eſtam- pe qu'ils ont fait graverde leur Obeliſque. Il eſtoit digne de cet employ , ayant l'Eſprit aifé &delicat ; & capable de tout ce qu'il veut entreprendre. Il n'écrit pas moins agreable- ment en Vers qu'en Profe; &
vous pouvez juger du talent qu'il a pour la Poëſie par ce Sonnet qu'il a fait ſur l'Obelifque dont je vous pa
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Résumé : Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente l'obélisque d'Arles, un monument antique recommandé à une dame lors de son retour de Venise. Cet obélisque est l'un des vestiges les plus impressionnants de l'Antiquité en France. Son origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'il ait été transporté d'Égypte par les Romains pour honorer un empereur. Fabriqué en granite oriental, il mesure cinquante-deux pieds de haut et sept pieds de diamètre à la base. Découvert dans le jardin d'un particulier près des murs de la ville, il était partiellement enfoui. Charles IX avait ordonné son déplacement, mais ce projet n'a jamais été réalisé. Les habitants d'Arles, voulant honorer le roi, ont érigé l'obélisque dans une place publique avec des inscriptions magnifiques. L'obélisque est orné d'un globe et d'un soleil au sommet, symbolisant une devise sans paroles. Les dépenses pour son ornement et sa conservation n'ont pas été épargnées. Les consuls de l'année précédente et ceux de l'année en cours sont mentionnés pour leurs contributions. Arles est décrite comme une ville importante, connue pour ses nobles et ses habitants qui aiment autant les armes que les sciences. La ville a fourni de nombreux officiers à l'armée et possède une académie de belles-lettres fondée en 1668, dirigée par le Duc de Saint-Aignan. Un certain Monsieur de Roubin, connu pour son esprit et ses talents en poésie, a été choisi pour présenter une gravure de l'obélisque au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 64-80
Compliment de Monsieur de Roubin de l'Académie Royale d'Arles, à Messieurs de l'Académie Françoise, en leur presentant des Estampes de l'Obélisque élevé à la gloire du Roy dans la Ville d'Arles. [titre d'après la table]
Début :
Je ne sçay si l'Autheur de ces Vers est aussi [...]
Mots clefs :
Monsieur Roubin, Académie française, Académie royale d'Arles, Compliment, Obélisque, Arles, Monument, Estampes, Compagnie, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de Monsieur de Roubin de l'Académie Royale d'Arles, à Messieurs de l'Académie Françoise, en leur presentant des Estampes de l'Obélisque élevé à la gloire du Roy dans la Ville d'Arles. [titre d'après la table]
Je ne ſçay ſi l'Autheur de ces Vers eft auffi bien fondé en raifon qu'il le croit eſtre , mais je fçay que vous en avez beaucoup,
d'eſtimer autant que vous faites le Compliment que je vous ay envoyé deM de Roubin. Il en a
fait un autre que vous ne ferez pas fâchéede voir. Comme l'A- cadémie Royale d'Arles eſt aſſo- ciée àcelle de Paris , & qu'elle a
toûjours pris ſoin d'entretenir avec cet Illuftre Corps , un cor- refpondance dont elle s'eftime
glorieuſe , en deputans Mr de Roubin pour venir preſenter au Roy l'Estampe du fuperbeObe- liſque dont je vous ay parlé la derniere fois , elle le chargead'en offrir en ſuite àMeſſieurs de l'Académie Françoiſe. L'Avis leur en ayant eſté donné, ils luy firent:
dire par M l'Abbé Tallemant le
42 LE MERCVRE
jeune qui eft preſentement Dire- cteur de la Compagnie ( car on en élitun nouveau tous les trois
mois ) qu'ils attendoient avec beaucoupdejoye l'honneur qu'il leur vouloitfaire , & que quand il luy plairoit venir à leur Aſſem- blée , il y ſeroit tres-bien reçeu.
Sur cette affurance , ce Député ſe rendit à l'Apartement du Lou-- vre quele Royleur a donné pour leurs Conferences , ſans les avoir
fait avertirdujour. Ily fut placé au lieu le plus honorable &avant que leur diftribuer les Eſtampes de l'Obeliſque qu'il leur avoit préparées , avec des copies du Sonnet que vous avez veude luy fur ce ſujet , il leur parla ences
termes.
ESSIEURS,
L'AcadémieRoyale d'Ar-
GALANT. 43
10
1
les qui me procure aujourd'huy l'honneurde paroiſtre dans cette Il- lustre Assemblée , composée de tout ce qu'ily a de plus grand&deplus 1 auguste dans la Republique des Let- tres , veut en ufer aupres de la voſtre
comme une Fille biennée , qui vient de temps en temps rendre compte de - fes occcupations &de ſa conduite à
fa Mere, afin dese conferver dans fa bienveillance. C'est pour cela ,
Meſſieurs , qu'elle m'a chargé de vousfaire part de ce ſuperbe &ma- jestueux Monument qui vient d'eſtre érigéparſesſoins à l'honneurde noſtre Invincible Monarque , &
qu'elle croit pouvoir avec justice
compter au nombre de fes ouvrages,
puis que c'est elle qui en inſpira le premier deſſein , qui en afollicité l'execution , &qui a conduit enfin ſi heureusement l'entrepriſe , qu'ellea
merité non seulement les acclama-
44 LE MERCVRE tions du Public , &les applaudiffemens de la Cour, mais , ce qui luy est encor plus glorieux , les complaiſanses mesme du plus grand Roy de la Terre. Jusqu'icy , Meßieurs , je l'a- vouë, nos Muſes timides & trem- blantes ,se défiant de leurs forces,
n'avoient encorrienentrepris de confiderable àſagloire ; &cedant aux voſtres l'avantage de celebrerſesViEtoires par tout le monde , elles se contentoient de chanter en fecret quelques Hymnes àſa loüange , de brûler àfon honneur quelque grain d'Encens , & de venir ſemer de
temps en temps quelques Fleursfur le marche..pied de fon Trône ; mais aujourd'huy , Meßieurs ,elles por- tent bien plus haut leur ambition,
& voulant donnerdes marques plus
éclatantes de la grandeur de leur ze- le à cet incomparable Monarque,
elles viennent de luy consacrer un
GALANT. 45 Ouvrage , qui malgré l'injure des Temps , & la violence mesme des
Eleniens , eſt aſſuréde pouvoir durer
autant que le Monde. Necroyez pas.
neantmoins , Meßieurs, qu'ilsoitde
lanature de ceux que vous enfantez tous les jours , à qui la beauté du Stile , la fublimité des Pensées , la
force de l'Eloquence , la reputation
enfin &le merite des Autheurs,font
comme autant de garaus d'Immor
talité. Non , Meßieurs , celuy dont
je parle icy , doit cftre regardé plû- toft comme un effort de nos mains,
que de nostre esprit , où parun beu- reux artifice , ayant fait fupléer la Nature à l'Art , & la matiere à
laforme , nous avons trouvéleſecret
de ſauver eternellement de l'Oubly,
l'Auguste Nom de LoüIS LE GRAND en le gravant fur le
Marbre &fur laGranite avec des
Caracteres ineffaçables. C'est en
46 LE MERCVRE quoy, Meßieurs, je ne sçaurois m'em- peſcher de m'applaudiren fecret de
cette loüable précaution que nous
avons euë poursa gloire , quand je confidere ſur tout à combien de mal- heureux accidens ſont ſouvent expofez les Ouvrages meſmes desplus grands Hommes. N'est- ce pas en effet une déplorable coustume , ou plutoſt une malheureuſe necessité,
que celle de confier , comme on fait
tous les jours , les Veritez les plus importantes de noſtre Histoire , àla bonne-foy d'un Dépositaire außifoi- ble , außi leger , &außi périſſable que le Papier , qu'un Enfant déchire , que le Vent emporte , que les
Vers rongent , que l'Eau pourrit , &
que lefeu consume avec tant de facilité ? En verité , Meßieurs , je tremble pour l'intereſt des Muſes de noſtre France , toutes lesfois que je m'imagine qu'il ne faudroit qu'une
GALAΝΤ. 47 petite étincelle pour embraser &
réduire en cendres toute la Bibliotheque du Louvre , & priver ainſi malheureſement la Pofteritédufruit
prétieux de tant de ſueurs & de
tant de veilles que vous conſacrez
au Public , &quidevroient immor- taliſer vos illuftres Noms dans la
memoire des Hommes , auſſi bien
que celuy de nostre Auguste Monar- que. Graces au Ciel, Meſſieurs, nous avons trouvé le moyen de le mettre
àcouvert de ces injustices de la For-- tune , & l'Académie Royale d'Ar- les peut dire maintenant avec raiſon , de ce grand &fuperbe Livre
qu'elle vient de consacreràſagloi- re , ce que le Poëte n'a dit autrefois
duſien queparvanité :
Exegi monumentum ære perennius Quod non imberedax , nec Aquilo impotens , &c.
48 LE MERCVRE Vous en allez juger , Meßicurs, par ces Exemplaires que je suis chargé de vous en offrir . & que vous au rez , s'il vous plaist, la bontéde recevoir avec complaisance de la part d'une Compagnie toute remplie de Sentimens de respect &de venera- tion pour la voſtre , &qui nesou.. haiterien tant au monde que de ſe pouvoir rendre digne parsesfervi- ces decette Adoption gloricuſe dont
il vous aplû l'honorer.
Le Compliment , le Sonner&
les Estampes de l'Obeliſque, dont celle qu'on avoit deſtinée pour la Salle del'Académie , eſtoit enrichie d'une fort belle Bordure,
tout fut reçeu avec applaudiffe- ment de cette Illuſtre Affemblée, au nomde laquelle leDire- cteur remercia M² de Roubin
avec les termes les plus civils, &
apres
GALANT 49 après luy avoirdonnémille aſſu- racesde l'eſtime particuliere que la Compagnie avoit toûjours euë pour l'AcadémieRoyale d'Arles,
itſe plaignit obligeamment de ce que ne l'ayant pas averty dujour qu'il avoit choiſy pourleur faire l'honneur qu'ils recevoient , il luyavoitofté le moyendeſe pré- parer à luy répondre avec plus d'ornement,&de faire tenirune
Aſſemblée extraordinairequi luy auroit donné unplus grand nom- bred'Approbateurs. Il le fuppli cependantaunomde là Compa- gnie , de vouloir donner àM²de Mezeray,qui en eſt le Secretai- re , une copie de fon Difcours pour la mettre dans leur Regi- ſtre. Onluy fit les honneurs en- tiers , &ces Meffieur luydonnerent part aux Jettons comme à
une Perſonne de leur Corps. Je Tome VII. C
e
50 LE MERCVRE
croy , Madame ,que vous n'i gnorez pas que c'eſt une Libera- lité duRoyqui leur donne qua- rante lettons d'argent pour cha- que Seance. Ilgilout diſtribuez à ceux qui s'y rencontrent , &
beaucoup d'entre eux ſe font honneur de s'y louver pour les Fecevoir! Commeleschofesdé
pependent quelquefois autant de la maniere dont elles font tournées , que de ce qu'elles valent par elles-meſimes, la Ville d'Ar- les a bien lieu d'eſtre fatisfaite,
puis que fi le zele qu'elle a pour Le Royluy a fait faire de la dé- penſe, on peut dire que Mede Roubinen arelevéleprix.L'A cadémie qui l'a choifi dans fon Corps pour cette Députation,
nedoit pas eſtre moins contente d'avoir nonumeunes Perdonne
dont d'Esprit a fi avantageufe
GALANT5
i ment ſoûtenu la réputation que cette Compagnie s'eſt acquiſe parmy ceux qui connoiffent ce que c'eſtque les belles Lettres.
d'eſtimer autant que vous faites le Compliment que je vous ay envoyé deM de Roubin. Il en a
fait un autre que vous ne ferez pas fâchéede voir. Comme l'A- cadémie Royale d'Arles eſt aſſo- ciée àcelle de Paris , & qu'elle a
toûjours pris ſoin d'entretenir avec cet Illuftre Corps , un cor- refpondance dont elle s'eftime
glorieuſe , en deputans Mr de Roubin pour venir preſenter au Roy l'Estampe du fuperbeObe- liſque dont je vous ay parlé la derniere fois , elle le chargead'en offrir en ſuite àMeſſieurs de l'Académie Françoiſe. L'Avis leur en ayant eſté donné, ils luy firent:
dire par M l'Abbé Tallemant le
42 LE MERCVRE
jeune qui eft preſentement Dire- cteur de la Compagnie ( car on en élitun nouveau tous les trois
mois ) qu'ils attendoient avec beaucoupdejoye l'honneur qu'il leur vouloitfaire , & que quand il luy plairoit venir à leur Aſſem- blée , il y ſeroit tres-bien reçeu.
Sur cette affurance , ce Député ſe rendit à l'Apartement du Lou-- vre quele Royleur a donné pour leurs Conferences , ſans les avoir
fait avertirdujour. Ily fut placé au lieu le plus honorable &avant que leur diftribuer les Eſtampes de l'Obeliſque qu'il leur avoit préparées , avec des copies du Sonnet que vous avez veude luy fur ce ſujet , il leur parla ences
termes.
ESSIEURS,
L'AcadémieRoyale d'Ar-
GALANT. 43
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les qui me procure aujourd'huy l'honneurde paroiſtre dans cette Il- lustre Assemblée , composée de tout ce qu'ily a de plus grand&deplus 1 auguste dans la Republique des Let- tres , veut en ufer aupres de la voſtre
comme une Fille biennée , qui vient de temps en temps rendre compte de - fes occcupations &de ſa conduite à
fa Mere, afin dese conferver dans fa bienveillance. C'est pour cela ,
Meſſieurs , qu'elle m'a chargé de vousfaire part de ce ſuperbe &ma- jestueux Monument qui vient d'eſtre érigéparſesſoins à l'honneurde noſtre Invincible Monarque , &
qu'elle croit pouvoir avec justice
compter au nombre de fes ouvrages,
puis que c'est elle qui en inſpira le premier deſſein , qui en afollicité l'execution , &qui a conduit enfin ſi heureusement l'entrepriſe , qu'ellea
merité non seulement les acclama-
44 LE MERCVRE tions du Public , &les applaudiffemens de la Cour, mais , ce qui luy est encor plus glorieux , les complaiſanses mesme du plus grand Roy de la Terre. Jusqu'icy , Meßieurs , je l'a- vouë, nos Muſes timides & trem- blantes ,se défiant de leurs forces,
n'avoient encorrienentrepris de confiderable àſagloire ; &cedant aux voſtres l'avantage de celebrerſesViEtoires par tout le monde , elles se contentoient de chanter en fecret quelques Hymnes àſa loüange , de brûler àfon honneur quelque grain d'Encens , & de venir ſemer de
temps en temps quelques Fleursfur le marche..pied de fon Trône ; mais aujourd'huy , Meßieurs ,elles por- tent bien plus haut leur ambition,
& voulant donnerdes marques plus
éclatantes de la grandeur de leur ze- le à cet incomparable Monarque,
elles viennent de luy consacrer un
GALANT. 45 Ouvrage , qui malgré l'injure des Temps , & la violence mesme des
Eleniens , eſt aſſuréde pouvoir durer
autant que le Monde. Necroyez pas.
neantmoins , Meßieurs, qu'ilsoitde
lanature de ceux que vous enfantez tous les jours , à qui la beauté du Stile , la fublimité des Pensées , la
force de l'Eloquence , la reputation
enfin &le merite des Autheurs,font
comme autant de garaus d'Immor
talité. Non , Meßieurs , celuy dont
je parle icy , doit cftre regardé plû- toft comme un effort de nos mains,
que de nostre esprit , où parun beu- reux artifice , ayant fait fupléer la Nature à l'Art , & la matiere à
laforme , nous avons trouvéleſecret
de ſauver eternellement de l'Oubly,
l'Auguste Nom de LoüIS LE GRAND en le gravant fur le
Marbre &fur laGranite avec des
Caracteres ineffaçables. C'est en
46 LE MERCVRE quoy, Meßieurs, je ne sçaurois m'em- peſcher de m'applaudiren fecret de
cette loüable précaution que nous
avons euë poursa gloire , quand je confidere ſur tout à combien de mal- heureux accidens ſont ſouvent expofez les Ouvrages meſmes desplus grands Hommes. N'est- ce pas en effet une déplorable coustume , ou plutoſt une malheureuſe necessité,
que celle de confier , comme on fait
tous les jours , les Veritez les plus importantes de noſtre Histoire , àla bonne-foy d'un Dépositaire außifoi- ble , außi leger , &außi périſſable que le Papier , qu'un Enfant déchire , que le Vent emporte , que les
Vers rongent , que l'Eau pourrit , &
que lefeu consume avec tant de facilité ? En verité , Meßieurs , je tremble pour l'intereſt des Muſes de noſtre France , toutes lesfois que je m'imagine qu'il ne faudroit qu'une
GALAΝΤ. 47 petite étincelle pour embraser &
réduire en cendres toute la Bibliotheque du Louvre , & priver ainſi malheureſement la Pofteritédufruit
prétieux de tant de ſueurs & de
tant de veilles que vous conſacrez
au Public , &quidevroient immor- taliſer vos illuftres Noms dans la
memoire des Hommes , auſſi bien
que celuy de nostre Auguste Monar- que. Graces au Ciel, Meſſieurs, nous avons trouvé le moyen de le mettre
àcouvert de ces injustices de la For-- tune , & l'Académie Royale d'Ar- les peut dire maintenant avec raiſon , de ce grand &fuperbe Livre
qu'elle vient de consacreràſagloi- re , ce que le Poëte n'a dit autrefois
duſien queparvanité :
Exegi monumentum ære perennius Quod non imberedax , nec Aquilo impotens , &c.
48 LE MERCVRE Vous en allez juger , Meßicurs, par ces Exemplaires que je suis chargé de vous en offrir . & que vous au rez , s'il vous plaist, la bontéde recevoir avec complaisance de la part d'une Compagnie toute remplie de Sentimens de respect &de venera- tion pour la voſtre , &qui nesou.. haiterien tant au monde que de ſe pouvoir rendre digne parsesfervi- ces decette Adoption gloricuſe dont
il vous aplû l'honorer.
Le Compliment , le Sonner&
les Estampes de l'Obeliſque, dont celle qu'on avoit deſtinée pour la Salle del'Académie , eſtoit enrichie d'une fort belle Bordure,
tout fut reçeu avec applaudiffe- ment de cette Illuſtre Affemblée, au nomde laquelle leDire- cteur remercia M² de Roubin
avec les termes les plus civils, &
apres
GALANT 49 après luy avoirdonnémille aſſu- racesde l'eſtime particuliere que la Compagnie avoit toûjours euë pour l'AcadémieRoyale d'Arles,
itſe plaignit obligeamment de ce que ne l'ayant pas averty dujour qu'il avoit choiſy pourleur faire l'honneur qu'ils recevoient , il luyavoitofté le moyendeſe pré- parer à luy répondre avec plus d'ornement,&de faire tenirune
Aſſemblée extraordinairequi luy auroit donné unplus grand nom- bred'Approbateurs. Il le fuppli cependantaunomde là Compa- gnie , de vouloir donner àM²de Mezeray,qui en eſt le Secretai- re , une copie de fon Difcours pour la mettre dans leur Regi- ſtre. Onluy fit les honneurs en- tiers , &ces Meffieur luydonnerent part aux Jettons comme à
une Perſonne de leur Corps. Je Tome VII. C
e
50 LE MERCVRE
croy , Madame ,que vous n'i gnorez pas que c'eſt une Libera- lité duRoyqui leur donne qua- rante lettons d'argent pour cha- que Seance. Ilgilout diſtribuez à ceux qui s'y rencontrent , &
beaucoup d'entre eux ſe font honneur de s'y louver pour les Fecevoir! Commeleschofesdé
pependent quelquefois autant de la maniere dont elles font tournées , que de ce qu'elles valent par elles-meſimes, la Ville d'Ar- les a bien lieu d'eſtre fatisfaite,
puis que fi le zele qu'elle a pour Le Royluy a fait faire de la dé- penſe, on peut dire que Mede Roubinen arelevéleprix.L'A cadémie qui l'a choifi dans fon Corps pour cette Députation,
nedoit pas eſtre moins contente d'avoir nonumeunes Perdonne
dont d'Esprit a fi avantageufe
GALANT5
i ment ſoûtenu la réputation que cette Compagnie s'eſt acquiſe parmy ceux qui connoiffent ce que c'eſtque les belles Lettres.
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Résumé : Compliment de Monsieur de Roubin de l'Académie Royale d'Arles, à Messieurs de l'Académie Françoise, en leur presentant des Estampes de l'Obélisque élevé à la gloire du Roy dans la Ville d'Arles. [titre d'après la table]
Le texte décrit une correspondance entre deux individus concernant une initiative de l'Académie Royale d'Arles envers l'Académie Française. L'Académie d'Arles, en collaboration avec celle de Paris, a envoyé Monsieur de Roubin pour présenter une estampe d'un obélisque au roi, puis à l'Académie Française. Informée par l'abbé Tallemant, l'Académie Française a exprimé sa joie et son attente de recevoir Monsieur de Roubin. Ce dernier s'est rendu à l'Académie Française sans préavis et a été accueilli avec honneur. Il a présenté l'estampe de l'obélisque, accompagnée d'un sonnet, et a prononcé un discours soulignant la grandeur de l'œuvre dédiée à Louis le Grand. Le discours mettait en avant la durabilité de l'obélisque, contrastant avec la fragilité des œuvres littéraires sur papier. L'Académie Française a accueilli favorablement le discours et les présents, exprimant des regrets de ne pas avoir été prévenue pour mieux préparer la réception. Monsieur de Roubin a été traité avec les honneurs dus à un membre de l'Académie et a reçu des jetons d'argent distribués lors des séances. La ville d'Arles et l'Académie sont satisfaites du zèle et de l'esprit de Monsieur de Roubin.
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7
p. 184-191
Le Roy donne au Fils de feu M. le Comte de Cossé la Charge de Grand Pannetier de France. [titre d'après la table]
Début :
Apres avoir parlé des Conquestes du Roy, passons à la [...]
Mots clefs :
Charge, Comte de Cossé, Grand Pannetier de France, Maison
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne au Fils de feu M. le Comte de Cossé la Charge de Grand Pannetier de France. [titre d'après la table]
Apres avoir parlé des Con- queſtes du Roy,paſſons à la bonté dece Prince, & diſonsqu'aimant àla faire paroiſtre pour toutes les Perſonnes confiderables de ſa
Cour, il a donné à Monfieur le
Comte de Coffe la Charge de
Grand Pannetier de France que poſſedoit feu M' le Comte de Coffé fonPere , dont je vous ay mandé la mort dans ma premiere Lettre de cetteAnnée. Ainfi,Ma-
GALANT. 117 dame , je ne vous repete point qu'il a eſté un des plus galans Hommes de ſon temps , que ſes belles qualitez luy avoient éga- lement attiré l'eſtime de l'un &
de l'autre Sexe , &qu'apres avoir donné des marques d'un grand courage &d'une extréme pru- dence, dans une infinité de Sieges & de Batailles dont il s'eſt toûjours glorieuſement tiré , il a conſerve juſqu'au dernier mo- THEO
mentde fa vie une fidelite inev
branlable pour fon Prince. Me le Comtede Coſſe ſon Fils , quoy qu'il n'ait pas encor dix ans , ſe montre déja preſt à marcher ſur les tracesde ſes Anceſtres , àqui une haute Naiſſance jointe aux ſignalez ſervices qu'ils ontde tout temps rendus à l'Etat , a fait ob- tenir les plus grandes Charges de la Maiſon de nos Roys. Celle
118 LE MERCVRE
de Grand Pannetier de France
eſt une des plus anciennes , &il yadeux cens ans qu'elle eſt dans laMaiſon de Coffe. Je ſerois trop long fije voulois nommertous les GrandsHommes qui en font for- tis ;jevayſeulement vous en fai- re connoiſtrequelques-uns. Jean deCoffé Senéchal de Provence,
eſtoit Favory de René d'Anjou,
Roy de Sicile & ComtedePro- vence, qui le fit ſon Ambaſſadeur aupres de Loüis XI. fon Ne- veu. Il eut l'adreſſe d'accorder
leurs Démeflez , & d'empefcher que la Comté de Provence ne fuft donnée au Duc de Bourgogne.
RenédeCoffeNeveudeJean,
Seigneur de Brifſac en Anjou,
Grand Pannetier & Fauconnier
de France accompagna Charles VII. à la Conqueſte de Naples,
E GALANT.
da
SC
ער
미
Ha
&ſe trouva aux Batailles d'Aignadel &de Marignan , oùil don- nade grandes marques de coura- ge&de valeur.
Charles de Coffe Mareſchal
deFrance , n'en fit pas moins pa- roiſtre en Italie à la Rencontre
des Impériaux& des Savoyards.
Il eſtoit Grand-Maistre de l'Ar
tillerie,Gouverneur de Paris &
de Picardie , & Lieutenant GeL
neral pour le Roy Henry I I. en Piemont. Je ne vous dis rien de
Timoleon de Coffe Grand Fauconnier de France ,& Colonel Generaldel'Infanterie Françoiſe.
Son tropd'ardeur luy coûtala vie au SiegedeMucidan. Il y fut tue,
pours'eftre trop avancé en vou- dant reconnoiſtre la Breche.
Charles deCoffe fon Frere, Duc
deBriſſac , Mareſchalde France,
&Chevalier des Ordres duRoy,
1-20 LE MERCVRE
a eu la gloire de remettre Paris ſous l'obeïſſance de Henry IV. &
c'eſt de lay que font deſcendus lesDucs deBriffac , & le Comte
deCoſſe d'aujourd'huy.
Cour, il a donné à Monfieur le
Comte de Coffe la Charge de
Grand Pannetier de France que poſſedoit feu M' le Comte de Coffé fonPere , dont je vous ay mandé la mort dans ma premiere Lettre de cetteAnnée. Ainfi,Ma-
GALANT. 117 dame , je ne vous repete point qu'il a eſté un des plus galans Hommes de ſon temps , que ſes belles qualitez luy avoient éga- lement attiré l'eſtime de l'un &
de l'autre Sexe , &qu'apres avoir donné des marques d'un grand courage &d'une extréme pru- dence, dans une infinité de Sieges & de Batailles dont il s'eſt toûjours glorieuſement tiré , il a conſerve juſqu'au dernier mo- THEO
mentde fa vie une fidelite inev
branlable pour fon Prince. Me le Comtede Coſſe ſon Fils , quoy qu'il n'ait pas encor dix ans , ſe montre déja preſt à marcher ſur les tracesde ſes Anceſtres , àqui une haute Naiſſance jointe aux ſignalez ſervices qu'ils ontde tout temps rendus à l'Etat , a fait ob- tenir les plus grandes Charges de la Maiſon de nos Roys. Celle
118 LE MERCVRE
de Grand Pannetier de France
eſt une des plus anciennes , &il yadeux cens ans qu'elle eſt dans laMaiſon de Coffe. Je ſerois trop long fije voulois nommertous les GrandsHommes qui en font for- tis ;jevayſeulement vous en fai- re connoiſtrequelques-uns. Jean deCoffé Senéchal de Provence,
eſtoit Favory de René d'Anjou,
Roy de Sicile & ComtedePro- vence, qui le fit ſon Ambaſſadeur aupres de Loüis XI. fon Ne- veu. Il eut l'adreſſe d'accorder
leurs Démeflez , & d'empefcher que la Comté de Provence ne fuft donnée au Duc de Bourgogne.
RenédeCoffeNeveudeJean,
Seigneur de Brifſac en Anjou,
Grand Pannetier & Fauconnier
de France accompagna Charles VII. à la Conqueſte de Naples,
E GALANT.
da
SC
ער
미
Ha
&ſe trouva aux Batailles d'Aignadel &de Marignan , oùil don- nade grandes marques de coura- ge&de valeur.
Charles de Coffe Mareſchal
deFrance , n'en fit pas moins pa- roiſtre en Italie à la Rencontre
des Impériaux& des Savoyards.
Il eſtoit Grand-Maistre de l'Ar
tillerie,Gouverneur de Paris &
de Picardie , & Lieutenant GeL
neral pour le Roy Henry I I. en Piemont. Je ne vous dis rien de
Timoleon de Coffe Grand Fauconnier de France ,& Colonel Generaldel'Infanterie Françoiſe.
Son tropd'ardeur luy coûtala vie au SiegedeMucidan. Il y fut tue,
pours'eftre trop avancé en vou- dant reconnoiſtre la Breche.
Charles deCoffe fon Frere, Duc
deBriſſac , Mareſchalde France,
&Chevalier des Ordres duRoy,
1-20 LE MERCVRE
a eu la gloire de remettre Paris ſous l'obeïſſance de Henry IV. &
c'eſt de lay que font deſcendus lesDucs deBriffac , & le Comte
deCoſſe d'aujourd'huy.
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Résumé : Le Roy donne au Fils de feu M. le Comte de Cossé la Charge de Grand Pannetier de France. [titre d'après la table]
Le texte évoque la bonté d'un roi et la nomination du comte de Cosse à la charge de Grand Pannetier de France, précédemment détenue par son père. Ce dernier, décrit comme galant et courageux, a servi fidèlement le roi jusqu'à sa mort. Son fils, bien que jeune, montre déjà des signes de suivre les traces de ses ancêtres, reconnus pour leurs services distingués à l'État. La charge de Grand Pannetier de France est l'une des plus anciennes et prestigieuses, détenue par la famille de Cosse depuis plus de deux cents ans. Plusieurs membres illustres de cette famille sont mentionnés, tels que Jean de Cosse, favori de René d'Anjou, et René de Cosse, qui participa aux batailles d'Agnadel et de Marignan. Charles de Cosse, maréchal de France, se distingua en Italie contre les Impériaux et les Savoyards. Timoléon de Cosse, colonel général de l'infanterie française, mourut héroïquement lors du siège de Mucidan. Enfin, Charles de Cosse, duc de Brissac, joua un rôle clé dans la soumission de Paris à Henri IV.
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8
p. 191-200
Monsieur le Marquis de Foix est reçu Chevalier d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Début :
Puis que nous sommes sur le Chapitre des grandes Maisons [...]
Mots clefs :
Mr le Marquis de Foix, Maisons, Chevalier d'Honneur de Madame, Charge
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texteReconnaissance textuelle : Monsieur le Marquis de Foix est reçu Chevalier d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Puis que nous ſommes fur le Chapitre des grandes Maiſons du Royaume , je doyvousentre- tenir encord'une autre.
Je vous appris il y a deux mois que Monfieur le Marquis deFoix s'eſtoit marié , Vous ap- prendrez aujourd'huy qu'il a eſté reçeu dans la Charge de Che- valier d'Honneur de Madame,
apres avoir eu l'agrément de Leurs Alteſſes Royales pour en traiter avec Monfieur le Comte
de Vaillac qui la poſſedoit ; &
commejeme ſouviens que vous ne fuſtes pas contente alors de
ce que je vous marquay ſeule- ment qu'il eſtoit d'une des plus
gran
GALANT. 121.
grandes Maiſons du Royaume,
je vay vous en dire quelque choſede plus particulier. Il eſt certain que celle de Foix eſt Illuſtre par tant d'avantages ,
qu'il s'en trouve peu qui aye paru avec plus d'éclat. Elle a
poſſedé les Comtez de Barcelo- ne , deCarcafſonne, deBeſiers,
deFoix , de Montcade, de Perigord,&deCaſtelbon;laVicom- té de Narbonne , la Duchéde
Nemours , la Principauté de Bearn,&le Royaume deNavar- re. Elle est fortiedes Rois d'Arragon , alliée de ceux de Ca- ſtille , de Hongrie , de Boheme , & de France; des Empe- reurs d'Allemagne , des Archi- ducs d'Auſtriche; des Comtes
de Toulouſe , d'Urgel , de Car- donne , d'Artois , de Commin- ges, d'Albret , de Mioffens &
Tome VI. F
122 LE MERCVRE
de Candale des Marquis de Levy & de Montferrat ; des Ducs de Bretagne , de Lorrai- ne, d'Orleans , de Bourbon , &
de tant d'autres , qu'il ne faut pas s'étonner fi les Grands Hommes qui en font fortis ont toûjours tâché derépondre à la gloirede leur naiſſance paricelle de leurs actions. Je laiſſe un Roger deFoix , qui eftant entre le premier dans Antioche quand elle fut priſe d'affaut par les Chreſtiens , la defendit contre
tous les Infidelles affemblez , &
ne ſe rendit pas moins fameux queGodefroy de Boüillon dans laConqueſtede la Terre-Sain
te : Un Raymond , qui ayant ſuivy Philippe Auguſtedans la Syrie , fit des choles incroya bles an Sieged'Acre , où il com- batit ſeul à feul le Neveu du
t
GALANT. 123
des*
Sultan , qu'il tuaàvouë dedeux grandes Armées , & des Rois de France , d'Angleterre &de ■ Jerufalem : Un Roger-Bernard,
dit le Grand; UnRoger-Rotfer qui fit trembler les Sarrafins en Egypte ; & enfin unGaſton ,
qui s'eſtant montré invincible
contre l'Angleterre , vangea 'Eſpagne de la tyrannie Mores , & tua de ſa main à la
teſte de leur Armée GuilhemRaimond , Fils d'un de leurs Rois. Je viens à Jean de Foix,
Gouverneur de Languedoc pour le Roy Charles VI. qui ménagea fi bien les eſprits des Peuples, qu'il affura le repos de cette grande Provincedans un temps où il y avoit du trouble detous coſtez dans l'Estat. Odet
de Foix , Vicomte de Lautrec,
furnommé le Preneur de Villes,
1893*7771
Fij
124 LE MERCVRE
L
vangea par le ſang & par le feu ladiſgrace qui estoit arrivéede- vant Pavie aFrançois I.Et avant lity Gaſton de Foix , Duc de Nemours , ayant eſté fait Gene- 'ral de l'Armée du Roy Loüis XII. ſon Oncleàl'âge de vingt- deuxans , avoitdonné des marquesde la plus haute Valeur en Italie , où il renverſa les Forces
desVenitiens, duRoy-de Caſtil- le, &du Pape , avec une vîteſſe qui ne ſe peut concevoir. Mais fi le grandNom de roix a tant faitdebruitdas lesArmées, il ne
s'eſt pas rendu moins confidera- ble dans l'Eglife. On a veuun PierreCardinal de Foix , Legat duPapeen France , qui délivra l'Egliſe du Schiſme dont elle eſtoit déchirée depuis long- temps. Onaveu un autre Pierre,auffi Cardinal de Foix , qui
GALANT. 125
par ſaprudencediffipa lesTrou bles du Milanois ;Un Paul de
FoixArcheveſquede Thoulou- ſe , qui ſe montra un des plus fermesappuis de la Religion &
de l'Estat , en Ecoſſe , en An- gleterre & en ſuite à Rome , où in fur envoyé Ambaſſadeur; Et de nos jours , Madame , avec combien de gloire Jean-Roger de Foix a-t-il commandé des
RegimensdeCavalerie &d'In- fanterie en Catalogne , ſous M
leMareſchalde laMothe-Hou- dancourt ? Ils s'eſt ſignalépar la
maniere vigoureuſe dont il l'a defenduë contre la tyrannie des Eſpagnols, &fes grandes actions font affez connues de tout le
monde. Il eſtoit Pere deMon7
fieur le Marquis de Foix d'au- jourd'huy,qui ayant appris dans cette derniere Guerre , que les
Füj
126 LE MERCVRE
Ennemis eſtoient fortis de Puy cedra pour ravager la Province de Foixdont il eſt Gouverneur,
vint à eux àla teſte de la Nobleffe , &leur en ayant fermé F'entrée , les repouſſa juſqu'au fonddu Rouffillon avec autant
de honte pour eux , qu'il s'ef toientpromisdeſuccésdansleur entrepriſe
Je vous appris il y a deux mois que Monfieur le Marquis deFoix s'eſtoit marié , Vous ap- prendrez aujourd'huy qu'il a eſté reçeu dans la Charge de Che- valier d'Honneur de Madame,
apres avoir eu l'agrément de Leurs Alteſſes Royales pour en traiter avec Monfieur le Comte
de Vaillac qui la poſſedoit ; &
commejeme ſouviens que vous ne fuſtes pas contente alors de
ce que je vous marquay ſeule- ment qu'il eſtoit d'une des plus
gran
GALANT. 121.
grandes Maiſons du Royaume,
je vay vous en dire quelque choſede plus particulier. Il eſt certain que celle de Foix eſt Illuſtre par tant d'avantages ,
qu'il s'en trouve peu qui aye paru avec plus d'éclat. Elle a
poſſedé les Comtez de Barcelo- ne , deCarcafſonne, deBeſiers,
deFoix , de Montcade, de Perigord,&deCaſtelbon;laVicom- té de Narbonne , la Duchéde
Nemours , la Principauté de Bearn,&le Royaume deNavar- re. Elle est fortiedes Rois d'Arragon , alliée de ceux de Ca- ſtille , de Hongrie , de Boheme , & de France; des Empe- reurs d'Allemagne , des Archi- ducs d'Auſtriche; des Comtes
de Toulouſe , d'Urgel , de Car- donne , d'Artois , de Commin- ges, d'Albret , de Mioffens &
Tome VI. F
122 LE MERCVRE
de Candale des Marquis de Levy & de Montferrat ; des Ducs de Bretagne , de Lorrai- ne, d'Orleans , de Bourbon , &
de tant d'autres , qu'il ne faut pas s'étonner fi les Grands Hommes qui en font fortis ont toûjours tâché derépondre à la gloirede leur naiſſance paricelle de leurs actions. Je laiſſe un Roger deFoix , qui eftant entre le premier dans Antioche quand elle fut priſe d'affaut par les Chreſtiens , la defendit contre
tous les Infidelles affemblez , &
ne ſe rendit pas moins fameux queGodefroy de Boüillon dans laConqueſtede la Terre-Sain
te : Un Raymond , qui ayant ſuivy Philippe Auguſtedans la Syrie , fit des choles incroya bles an Sieged'Acre , où il com- batit ſeul à feul le Neveu du
t
GALANT. 123
des*
Sultan , qu'il tuaàvouë dedeux grandes Armées , & des Rois de France , d'Angleterre &de ■ Jerufalem : Un Roger-Bernard,
dit le Grand; UnRoger-Rotfer qui fit trembler les Sarrafins en Egypte ; & enfin unGaſton ,
qui s'eſtant montré invincible
contre l'Angleterre , vangea 'Eſpagne de la tyrannie Mores , & tua de ſa main à la
teſte de leur Armée GuilhemRaimond , Fils d'un de leurs Rois. Je viens à Jean de Foix,
Gouverneur de Languedoc pour le Roy Charles VI. qui ménagea fi bien les eſprits des Peuples, qu'il affura le repos de cette grande Provincedans un temps où il y avoit du trouble detous coſtez dans l'Estat. Odet
de Foix , Vicomte de Lautrec,
furnommé le Preneur de Villes,
1893*7771
Fij
124 LE MERCVRE
L
vangea par le ſang & par le feu ladiſgrace qui estoit arrivéede- vant Pavie aFrançois I.Et avant lity Gaſton de Foix , Duc de Nemours , ayant eſté fait Gene- 'ral de l'Armée du Roy Loüis XII. ſon Oncleàl'âge de vingt- deuxans , avoitdonné des marquesde la plus haute Valeur en Italie , où il renverſa les Forces
desVenitiens, duRoy-de Caſtil- le, &du Pape , avec une vîteſſe qui ne ſe peut concevoir. Mais fi le grandNom de roix a tant faitdebruitdas lesArmées, il ne
s'eſt pas rendu moins confidera- ble dans l'Eglife. On a veuun PierreCardinal de Foix , Legat duPapeen France , qui délivra l'Egliſe du Schiſme dont elle eſtoit déchirée depuis long- temps. Onaveu un autre Pierre,auffi Cardinal de Foix , qui
GALANT. 125
par ſaprudencediffipa lesTrou bles du Milanois ;Un Paul de
FoixArcheveſquede Thoulou- ſe , qui ſe montra un des plus fermesappuis de la Religion &
de l'Estat , en Ecoſſe , en An- gleterre & en ſuite à Rome , où in fur envoyé Ambaſſadeur; Et de nos jours , Madame , avec combien de gloire Jean-Roger de Foix a-t-il commandé des
RegimensdeCavalerie &d'In- fanterie en Catalogne , ſous M
leMareſchalde laMothe-Hou- dancourt ? Ils s'eſt ſignalépar la
maniere vigoureuſe dont il l'a defenduë contre la tyrannie des Eſpagnols, &fes grandes actions font affez connues de tout le
monde. Il eſtoit Pere deMon7
fieur le Marquis de Foix d'au- jourd'huy,qui ayant appris dans cette derniere Guerre , que les
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Ennemis eſtoient fortis de Puy cedra pour ravager la Province de Foixdont il eſt Gouverneur,
vint à eux àla teſte de la Nobleffe , &leur en ayant fermé F'entrée , les repouſſa juſqu'au fonddu Rouffillon avec autant
de honte pour eux , qu'il s'ef toientpromisdeſuccésdansleur entrepriſe
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Résumé : Monsieur le Marquis de Foix est reçu Chevalier d'Honneur de Madame. [titre d'après la table]
Le texte présente la maison de Foix, une des grandes familles du Royaume. Le Marquis de Foix a récemment été nommé Chevalier d'Honneur de Madame, succédant au Comte de Vaillac après avoir obtenu l'agrément des Altesses Royales. La maison de Foix est renommée et a possédé divers titres et territoires, incluant les comtés de Barcelone, Carcassonne, Béziers, Foix, Montcade, Périgord et Castelbon, ainsi que la vicomté de Narbonne, le duché de Nemours, la principauté de Béarn et le royaume de Navarre. Elle est alliée à de nombreuses maisons royales et ducales européennes. Plusieurs membres notables de la famille sont mentionnés. Roger de Foix a défendu Antioche, Raymond de Foix s'est distingué lors du siège d'Acre, et Gaston de Foix a combattu les Anglais et les Maures. Jean de Foix, gouverneur de Languedoc, a assuré le repos de la province. Odet de Foix, vicomte de Lautrec, a vengé la disgrâce de François Ier. Gaston de Foix, duc de Nemours, s'est distingué en Italie sous Louis XII. La famille compte également des ecclésiastiques influents, comme Pierre Cardinal de Foix, légat du pape, et Paul de Foix, archevêque de Toulouse. Jean-Roger de Foix a commandé des régiments en Catalogne et s'est signalé contre les Espagnols. Son fils, le Marquis de Foix actuel, a repoussé les ennemis lors d'une récente guerre, fermant l'entrée de la province de Foix et les repoussant jusqu'au fond du Roussillon.
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9
p. 231-245
« Ce Quatrain est de Mr de Tierceville-Mahaut, à qui [...] »
Début :
Ce Quatrain est de Mr de Tierceville-Mahaut, à qui [...]
Mots clefs :
Prince, Dauphin, Esprit, Naissance, Monsieur de Montausier, Evêque de Condom, Précepteur, Ouvrages, Monsieur Blondel, Enseigner
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texteReconnaissance textuelle : « Ce Quatrain est de Mr de Tierceville-Mahaut, à qui [...] »
Ce Quatrain eſt de M de Tierceville-Mahaut,àqui Monfieurle DucdeMontaufier,qui a pour luy beaucoup d'eſtime & de bienveillance , avoit faitvoir ce petit Ouvrage de Mon- ſeigneur le Dauphin. C'eſt un Gentilhomme que ſon merite rend affez connu. Quand une infinité de Sonnets , de Madrigaux , &d'autres Pieces galan- tes qu'on a veuës de luy , n'au- roient pas fait connoiſtre qu'il a
autantdefeu que de delicateſſe
dans l'Eſprit , il ne faudroit que l'entendre pour en eſtre perſua- dé. Sa converſation eſt fort agreable , & on eft afſuré de ne s'ennuyer jamais avec luy. Le ſoin que daigne prendre le Roy
GALANT. 147 I
de dreſſer des Memoires de ſa
main pour I inſtruction de Mon-- ſeigneur le Dauphin , eſt une ſenſible marquede l'amourqu'il a pour ſes Peuples , à qui par cette bonté qui luy eſt ſi natu- relle poureux , il voudroit laif- fer, s'il ſe pouvoit , un Succef- ſeur qui allaſt encor au delà de ſes grandes qualitez. Sa Maje- THEOUD
ontTIA
ſté qui a toûjours eu de particulieres conſidératiós pour toutes les Perfonnes qui l'honneur d'eſtre de fon Sang fait élever avec luy Meſſieurs les Princes de Conty & de la Roche-fur-Yon. Quelque hau- te que ſoit leur Naiſſance , on peut dire qu'elle n'eſt pas le plus grand de leurs avantages. Leur Eſprit ſembleeſtre encor au def- ſus,&ils ſe montrentpar làdi- gnes Fils de feu Monfieur le
Gij
148 LE MERCVRE Prince de Conty leur Pere , qui en avoit infiniment; & dignes Neveux de Son Alteſſe Sereniffime Monfieur le Prince , dont
les grandes lumieres nefont pas moins l'admiration de tout le
monde, que fon extraordinaire
valeur. On a veu encoraupres deMonſeigneurle Dauphindes Enfans d'honneurd'une grande qualité, mais qui n'eſtoientpas moins conſidérables par les ta- lens qui les accompagnoient.
Ainſi ce jeune Prince n'ayant jamais veu que de l'Eſprit dans tout ce qui l'a environné,eftant fort éclairé de luy-meſime &
ayant pour Gouverneur Mon- fieur le Ducde Montaufier , &
MonfieurBoffuet ancien Evefque de Condom pour Prece- pteur , on n'a point à douter qu'iln'atteigne cedegréde per-
:
GALANT. 149
1
fection que Sa Majesté luy fou- haite. Vous avez entendu par- ler ſi avantageuſement de l'un &de l'autre , que je ne puis preſque vous en riendire quine vous foit déjatres-connu. Mon- fieurdeMoutaufierpoffede tou- tes les qualitez d'un grand Homme. Ila une rectitude d'amequi le rend auffi peu com- plaiſantpourceux qui font mal,
qu'il ſe montre zele Protecteur
de laVertu. Ilprendtoûjours le party de la Juſtice avec une ar- deur incroyable, &ne loüe que ce qui merite veritablement d'eſtre loué, mais ſes loüanges ne ſont point des paroles , ce fontdes chofes de fait dont tou
telaCourretentit. Vousſçavez qu'il eſt de laMaiſonde Sainte- Maure,dont l'ancienneté jufti- fie aſſez la grandeur. Dés l'an Güj
150 LE MERCVRE
mil dix il paroiſt que Gofſelin de Sainte- Maure eſtoit un des
plusgrands Seigneurs duRoyau- me; & en 1334. on a veu un Guillaume de Sainte- Maure
Chancelier de France. Leur Poſterité qui s'eſt divisée en plu- fieurs Branches , & qui ayant toûjours pris de tres-grandes Alliances, enadonné aux plus Illuftres Maiſons , s'eſt conti- nuée par vingtdegrés de décen te directe de mafle en mafle,
juſqu'à Monfieur de Montau- fier , à qui le Marquiſat qui por- te cenom, érigé enDuché , ap- partient enpropre. Il fut tranf mis il y a pres de quatre cens ans à laMaiſonde Sainte-Maure par une des Filles d'un Duc d'Angoulefme. Je ne vous par- leray nyde fon courage , ny de ſa valeur. La France en a eſté
)
GALANT témoin , auffi-bien que l'Italie,
la Lorraine , l'Alface, & l'Alle- magne. Dans les derniers Mou- vemens fomentez par les Enne- mis de la Couronne , non ſeulement ilmaintint dans l'obeïffance du Roy les Provinces de Xaintonge & d'Angoulmois dontil eſtoit Gouverneur ; mais
apres avoir rejetté avecune fi- delité inviolable les Propoſitions -avantageuſes qui luy furentfai- -tes pour l'obliger d'entrer dans -lepartydes Rebelles , il chaffa -lesEnnemis des Places de Xaintes, de Taillebourg , & de Tal- lemont, dont ils s'eſtoient em- parez; & les ayant pourſuivis,
quoy que fort inégal en nom- bre , ilchargea &défit une par- tie de leur Armée à Montanić
enPérigord, fans qu'une bleffu- re qu'il reçeut aubras, &dont Giv
152 LE MERCVRE il eſt demeuré eſtropić , luy fie rienrelâcher de la vigueur avee laquelle il ſe ſignala dans une fi glorieuſe occafion. LeGouvernement de Normandie ayant vaqué par lamort defenMon- fieurde Longueville,Sa Majesté l'en gratifia , tant en conſidera- tiondeſesſervices, quede ceux qu'Hector de Sainte Maure fon
Frere aifné avoit rendus àl'E
tat, non ſeulement en défendantRofignan dansleMontferrat contre le Marquis de Spino- Ja, mais en pluſieurs autres oc- cafions, &fur tout dans la Valteline , où il fut tué enforçant les Bains deBorino , & menant
l'Avantgarde de l'Armée que commandoit feu Monfieur le
Duc de Rohan.
.2
Monfieur l'Eveſque deCon- dom qui a fuccedé à feu M le
GALANT. 153
1
1
1
Preſident de Perigny dans la Charge de Precepteur deMon- ſeigneur le Dauphin , a prêché longtemps avec un ſuccés qui P'a rendu dignede la réputation qu'il s'eſt acquiſe. Il mene une vie fort exemplaire , &n'ayant pas moins de pieté que de do- trine , il ne peut inſpirer à ce jeune Prince que des ſentimens conformes au deſſein pour le- quel le Roy luy a fait l'honneur de le choiſir. Il a beaucoup de douceur , des manieres aiſees &
infinuantes , qui jointes aux fa- vorables diſpoſitions qu'il a
trouvées dans l'Eſprit de cet AuguſteDiſciple , y font paſſer adroitement , & fans qu'il ait lieu de s'en rebuter , toutes les connoiſſances qui peuvent étre de fon employ. Il eſt de l'Aca- demieFrançoiſe ,auffi bien que Gv
154 LE MERCVRE Mr Huet Sous-Précepteur de
ce Prince. C'eſt un Homme
d'une fort grande érudition , à
qui nous devons pluſieurs Ma- nufcrits des Ouvrages d'Ori- gene , qui n'avoient jamais eſté publiez. Vous vous plaindriez,
Madame , ſi je finiſſois l'Article de l'Education de monſeigneur le Dauphin, ſans vous parlerde M. Milet qui en eſt le SousGouverneur. Les Négociations dans leſquelles il a eſté em- ployé par m' le Cardinal de Richelieu & par м le Cardinal Mazarin, tant dedans que de- hors le Royaume, font une mar- que incontestable de fon merite. Il eſt mareſchal desCamps &Arméesdu Roy, &a eſté en- voyé par Sa majeſté en Allema- gne & en Pologue , où il a tres- utilement ſervy.
GALANT. 155
C M' Blondel qui enſeigne les Mathématiques à Monſeigneur leDauphin , eſt auſſi mareſchal deCamp. Onl'a employéquel- que temps aux Indes. Il a eſté Capitaine de Galere & de Vaif- feau , & Envoyé extraordinaire à Conſtantinople , en Suéde, &
aupres de l'Electeur de Brande- bourg. Il a beaucoupde litte- rature , &a fait pluſieurs Livres qui n'en laiſſent point douter.
Il en a mis au jour quelques au tres de Fortifications &de маthématiques , fort eſtimez des François & des Etrangers. Il a
travaillé en particulier aupres du Roy,qui le confidere. C'eſt luy qui a fait le nouveau Plan de Paris , & qui a donné les Deffeins des nouvelles Portes,
&du nouveauRamparten for medeCours.
Gvj
156 LE MERCVRE
Je ne vous diray rien deM
Sylvestre , qui a montré àdeffi- gner à Monſeigneur le Dau- phin, & qui eſt un tres habile Homme dans fon Art,auffi-bien
quetous les autres Maiſtres qui ont de l'employ aupres de ce jeune Prince.
autantdefeu que de delicateſſe
dans l'Eſprit , il ne faudroit que l'entendre pour en eſtre perſua- dé. Sa converſation eſt fort agreable , & on eft afſuré de ne s'ennuyer jamais avec luy. Le ſoin que daigne prendre le Roy
GALANT. 147 I
de dreſſer des Memoires de ſa
main pour I inſtruction de Mon-- ſeigneur le Dauphin , eſt une ſenſible marquede l'amourqu'il a pour ſes Peuples , à qui par cette bonté qui luy eſt ſi natu- relle poureux , il voudroit laif- fer, s'il ſe pouvoit , un Succef- ſeur qui allaſt encor au delà de ſes grandes qualitez. Sa Maje- THEOUD
ontTIA
ſté qui a toûjours eu de particulieres conſidératiós pour toutes les Perfonnes qui l'honneur d'eſtre de fon Sang fait élever avec luy Meſſieurs les Princes de Conty & de la Roche-fur-Yon. Quelque hau- te que ſoit leur Naiſſance , on peut dire qu'elle n'eſt pas le plus grand de leurs avantages. Leur Eſprit ſembleeſtre encor au def- ſus,&ils ſe montrentpar làdi- gnes Fils de feu Monfieur le
Gij
148 LE MERCVRE Prince de Conty leur Pere , qui en avoit infiniment; & dignes Neveux de Son Alteſſe Sereniffime Monfieur le Prince , dont
les grandes lumieres nefont pas moins l'admiration de tout le
monde, que fon extraordinaire
valeur. On a veu encoraupres deMonſeigneurle Dauphindes Enfans d'honneurd'une grande qualité, mais qui n'eſtoientpas moins conſidérables par les ta- lens qui les accompagnoient.
Ainſi ce jeune Prince n'ayant jamais veu que de l'Eſprit dans tout ce qui l'a environné,eftant fort éclairé de luy-meſime &
ayant pour Gouverneur Mon- fieur le Ducde Montaufier , &
MonfieurBoffuet ancien Evefque de Condom pour Prece- pteur , on n'a point à douter qu'iln'atteigne cedegréde per-
:
GALANT. 149
1
fection que Sa Majesté luy fou- haite. Vous avez entendu par- ler ſi avantageuſement de l'un &de l'autre , que je ne puis preſque vous en riendire quine vous foit déjatres-connu. Mon- fieurdeMoutaufierpoffede tou- tes les qualitez d'un grand Homme. Ila une rectitude d'amequi le rend auffi peu com- plaiſantpourceux qui font mal,
qu'il ſe montre zele Protecteur
de laVertu. Ilprendtoûjours le party de la Juſtice avec une ar- deur incroyable, &ne loüe que ce qui merite veritablement d'eſtre loué, mais ſes loüanges ne ſont point des paroles , ce fontdes chofes de fait dont tou
telaCourretentit. Vousſçavez qu'il eſt de laMaiſonde Sainte- Maure,dont l'ancienneté jufti- fie aſſez la grandeur. Dés l'an Güj
150 LE MERCVRE
mil dix il paroiſt que Gofſelin de Sainte- Maure eſtoit un des
plusgrands Seigneurs duRoyau- me; & en 1334. on a veu un Guillaume de Sainte- Maure
Chancelier de France. Leur Poſterité qui s'eſt divisée en plu- fieurs Branches , & qui ayant toûjours pris de tres-grandes Alliances, enadonné aux plus Illuftres Maiſons , s'eſt conti- nuée par vingtdegrés de décen te directe de mafle en mafle,
juſqu'à Monfieur de Montau- fier , à qui le Marquiſat qui por- te cenom, érigé enDuché , ap- partient enpropre. Il fut tranf mis il y a pres de quatre cens ans à laMaiſonde Sainte-Maure par une des Filles d'un Duc d'Angoulefme. Je ne vous par- leray nyde fon courage , ny de ſa valeur. La France en a eſté
)
GALANT témoin , auffi-bien que l'Italie,
la Lorraine , l'Alface, & l'Alle- magne. Dans les derniers Mou- vemens fomentez par les Enne- mis de la Couronne , non ſeulement ilmaintint dans l'obeïffance du Roy les Provinces de Xaintonge & d'Angoulmois dontil eſtoit Gouverneur ; mais
apres avoir rejetté avecune fi- delité inviolable les Propoſitions -avantageuſes qui luy furentfai- -tes pour l'obliger d'entrer dans -lepartydes Rebelles , il chaffa -lesEnnemis des Places de Xaintes, de Taillebourg , & de Tal- lemont, dont ils s'eſtoient em- parez; & les ayant pourſuivis,
quoy que fort inégal en nom- bre , ilchargea &défit une par- tie de leur Armée à Montanić
enPérigord, fans qu'une bleffu- re qu'il reçeut aubras, &dont Giv
152 LE MERCVRE il eſt demeuré eſtropić , luy fie rienrelâcher de la vigueur avee laquelle il ſe ſignala dans une fi glorieuſe occafion. LeGouvernement de Normandie ayant vaqué par lamort defenMon- fieurde Longueville,Sa Majesté l'en gratifia , tant en conſidera- tiondeſesſervices, quede ceux qu'Hector de Sainte Maure fon
Frere aifné avoit rendus àl'E
tat, non ſeulement en défendantRofignan dansleMontferrat contre le Marquis de Spino- Ja, mais en pluſieurs autres oc- cafions, &fur tout dans la Valteline , où il fut tué enforçant les Bains deBorino , & menant
l'Avantgarde de l'Armée que commandoit feu Monfieur le
Duc de Rohan.
.2
Monfieur l'Eveſque deCon- dom qui a fuccedé à feu M le
GALANT. 153
1
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1
Preſident de Perigny dans la Charge de Precepteur deMon- ſeigneur le Dauphin , a prêché longtemps avec un ſuccés qui P'a rendu dignede la réputation qu'il s'eſt acquiſe. Il mene une vie fort exemplaire , &n'ayant pas moins de pieté que de do- trine , il ne peut inſpirer à ce jeune Prince que des ſentimens conformes au deſſein pour le- quel le Roy luy a fait l'honneur de le choiſir. Il a beaucoup de douceur , des manieres aiſees &
infinuantes , qui jointes aux fa- vorables diſpoſitions qu'il a
trouvées dans l'Eſprit de cet AuguſteDiſciple , y font paſſer adroitement , & fans qu'il ait lieu de s'en rebuter , toutes les connoiſſances qui peuvent étre de fon employ. Il eſt de l'Aca- demieFrançoiſe ,auffi bien que Gv
154 LE MERCVRE Mr Huet Sous-Précepteur de
ce Prince. C'eſt un Homme
d'une fort grande érudition , à
qui nous devons pluſieurs Ma- nufcrits des Ouvrages d'Ori- gene , qui n'avoient jamais eſté publiez. Vous vous plaindriez,
Madame , ſi je finiſſois l'Article de l'Education de monſeigneur le Dauphin, ſans vous parlerde M. Milet qui en eſt le SousGouverneur. Les Négociations dans leſquelles il a eſté em- ployé par m' le Cardinal de Richelieu & par м le Cardinal Mazarin, tant dedans que de- hors le Royaume, font une mar- que incontestable de fon merite. Il eſt mareſchal desCamps &Arméesdu Roy, &a eſté en- voyé par Sa majeſté en Allema- gne & en Pologue , où il a tres- utilement ſervy.
GALANT. 155
C M' Blondel qui enſeigne les Mathématiques à Monſeigneur leDauphin , eſt auſſi mareſchal deCamp. Onl'a employéquel- que temps aux Indes. Il a eſté Capitaine de Galere & de Vaif- feau , & Envoyé extraordinaire à Conſtantinople , en Suéde, &
aupres de l'Electeur de Brande- bourg. Il a beaucoupde litte- rature , &a fait pluſieurs Livres qui n'en laiſſent point douter.
Il en a mis au jour quelques au tres de Fortifications &de маthématiques , fort eſtimez des François & des Etrangers. Il a
travaillé en particulier aupres du Roy,qui le confidere. C'eſt luy qui a fait le nouveau Plan de Paris , & qui a donné les Deffeins des nouvelles Portes,
&du nouveauRamparten for medeCours.
Gvj
156 LE MERCVRE
Je ne vous diray rien deM
Sylvestre , qui a montré àdeffi- gner à Monſeigneur le Dau- phin, & qui eſt un tres habile Homme dans fon Art,auffi-bien
quetous les autres Maiſtres qui ont de l'employ aupres de ce jeune Prince.
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Résumé : « Ce Quatrain est de Mr de Tierceville-Mahaut, à qui [...] »
Le texte présente un quatrain de M. de Tierceville-Mahaut dédié au duc de Montaufier, qui a montré un ouvrage du dauphin. Le duc est décrit comme un gentilhomme de mérite, connu pour ses sonnets, madrigaux et autres pièces galantes. Sa conversation est agréable et il ne s'ennuie jamais en sa compagnie. Le roi, par son amour pour ses peuples, rédige des mémoires pour l'instruction du dauphin, souhaitant lui léguer un successeur exceptionnel. Le dauphin est entouré de personnes d'esprit, notamment les princes de Conty et de La Roche-sur-Yon, dignes fils et neveux de leurs pères respectifs. Le duc de Montaufier, gouverneur du dauphin, est loué pour sa rectitude et son zèle pour la vertu. Il appartient à la maison de Sainte-Maure, illustre par son ancienneté et ses alliances prestigieuses. Le duc a montré son courage et sa valeur en France, en Italie, en Lorraine, en Alsace et en Allemagne, notamment en défendant les provinces de Saintonge et d'Angoulême. Le gouvernement de Normandie lui a été confié en reconnaissance de ses services et de ceux de son frère Hector. L'évêque de Condom, précepteur du dauphin, est reconnu pour sa piété et sa doctrine. Il est aidé par M. Huet, sous-précepteur et membre de l'Académie française. M. Milet, sous-gouverneur, est un diplomate expérimenté. M. Blondel, enseignant les mathématiques, est un érudit et un ingénieur réputé, ayant travaillé sur le nouveau plan de Paris. Enfin, M. Sylvestre, maître en dessin, est également mentionné pour son habileté.
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10
p. 243-250
M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
Début :
Avant qu'on quitast Fontainebleau, Monsieur l'Evesque de Marseille [...]
Mots clefs :
Evêque de Marseille, Pologne, Roi, Cardinalat, Maison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
Avant qu'on quitaſt Fontai nebleau , Monfieur l'Evefque de Marſeille qui arrivoit de Po- logne, y vint ſalüer Sa Majesté ,
&en fut reçeu avec des témoi- gnages d'eftime & de fatisfa- dion , dignes des importans fer- vicesqu'il luy a rendus dans cet- te Cour. Il y avoit eſté envo ye Ambaſfadeur Extraordinaire pouraffilter à la Diete qui ſete
GALANT. 157
noit à Varſovie pour l'Election de celuy qui devoit remplir la place du Roy Michel , mort en 1673. &il tourna fi bien les Eſprits par ſa prudence & par fon habileté , que malgré les engagemens que toute la. No- bleffe du Grand Duché de Lithuanie , & la plus grande par- tie de celle de Pologne, avoient pris avec la Maiſon d'Autriche,
le Grand Mareſchal Sobieski
fut proclamé Roy d'un confen- tement unanime, ſous le nomde
Jean III . Comme on ne peut- douter que le merite de ce nou- veau Prince n'ait contribué à le
faire élever au Trône , on ne
peut douter auffi que la confi- dération du plus Grand Mo->
narque du monde qui luy don- noit fa protection , & la fage &
vigilanteconduite de fon Mini
158 LE MERCVRE ſtre , n'ayent eu la plus grande part en cette Election fi glorieu- ſe à la France , fi neceſſaire àla
Pologne , & fi avantageuſe à
toute la Chrétienté. C'eſt une
verité dont ce nouveau Roy,
incontinent apres qu'il fut éleu,
fit gloire de demeurer d'accord luy-meſme, en donnant à M' de Marſeille ſa Nomination au Cardinalat , comme une premiere marque de ſa reconnoiffance envers le Roy, &de ſon eſtime envers fon Miniſtre. Ce n'eſt
pas le ſeul ſervice que cet Illu- ſtre Prélat ait rendu alors à Sa
Majesté. Le Roy qu'on venoit d'élire avoitune cruelle Guerre
fur les bras. Toutes les forces
de l'Empire Otoman eſtoient jointes contre luy à celles des Tartares , & la Paix ne devenoit pas ſeulement neceſſaire à
GALANT. 159 la Pologne , elle ne pouvoit qu'eſtre avantageuſe à la Fran- ce & à ſes Alliez. M de Marfeille ydonna toute fon applica- tion pendant trois ans, &le fuc- cés fit connoiftre qu'il ne l'avoit pas inutilement donnée. Il eſt difficile de ne pas réüffir quand on a autant d'intelligence &de penétration qu'il ena dans les Affaires. Il foûtient fon rang &les Emplois qu'on luy donne,
parune magnificence qui en eft digne ; & ce qui eft remarqua- ble, il apporte par ſes ſoins au- tant d'ordre dans ſon Dioceſe
pendant ſon abſence , que s'il demeuroit toûjours préſent. Je ne vous parle pointde fa Mai- fon , qui eft grande , illuftre , &
fort ancienne , & dont il y a des choſes tres-glorieuſes àdire. Le temps me preſſe ,&lemeritede
TON
160 LE MERCVRE
M. de Marseille me donnera fi
fouvent occaſion de vous entretenir de tout ce qui le regarde ,
que ie ne vous en laiſſeray rien ignorer. Je vousdiray ſeulement aujourd'huy qu'il eſt de la Mai-- fon de Fourbin , & de la Branchedes marquis de Janſon.
&en fut reçeu avec des témoi- gnages d'eftime & de fatisfa- dion , dignes des importans fer- vicesqu'il luy a rendus dans cet- te Cour. Il y avoit eſté envo ye Ambaſfadeur Extraordinaire pouraffilter à la Diete qui ſete
GALANT. 157
noit à Varſovie pour l'Election de celuy qui devoit remplir la place du Roy Michel , mort en 1673. &il tourna fi bien les Eſprits par ſa prudence & par fon habileté , que malgré les engagemens que toute la. No- bleffe du Grand Duché de Lithuanie , & la plus grande par- tie de celle de Pologne, avoient pris avec la Maiſon d'Autriche,
le Grand Mareſchal Sobieski
fut proclamé Roy d'un confen- tement unanime, ſous le nomde
Jean III . Comme on ne peut- douter que le merite de ce nou- veau Prince n'ait contribué à le
faire élever au Trône , on ne
peut douter auffi que la confi- dération du plus Grand Mo->
narque du monde qui luy don- noit fa protection , & la fage &
vigilanteconduite de fon Mini
158 LE MERCVRE ſtre , n'ayent eu la plus grande part en cette Election fi glorieu- ſe à la France , fi neceſſaire àla
Pologne , & fi avantageuſe à
toute la Chrétienté. C'eſt une
verité dont ce nouveau Roy,
incontinent apres qu'il fut éleu,
fit gloire de demeurer d'accord luy-meſme, en donnant à M' de Marſeille ſa Nomination au Cardinalat , comme une premiere marque de ſa reconnoiffance envers le Roy, &de ſon eſtime envers fon Miniſtre. Ce n'eſt
pas le ſeul ſervice que cet Illu- ſtre Prélat ait rendu alors à Sa
Majesté. Le Roy qu'on venoit d'élire avoitune cruelle Guerre
fur les bras. Toutes les forces
de l'Empire Otoman eſtoient jointes contre luy à celles des Tartares , & la Paix ne devenoit pas ſeulement neceſſaire à
GALANT. 159 la Pologne , elle ne pouvoit qu'eſtre avantageuſe à la Fran- ce & à ſes Alliez. M de Marfeille ydonna toute fon applica- tion pendant trois ans, &le fuc- cés fit connoiftre qu'il ne l'avoit pas inutilement donnée. Il eſt difficile de ne pas réüffir quand on a autant d'intelligence &de penétration qu'il ena dans les Affaires. Il foûtient fon rang &les Emplois qu'on luy donne,
parune magnificence qui en eft digne ; & ce qui eft remarqua- ble, il apporte par ſes ſoins au- tant d'ordre dans ſon Dioceſe
pendant ſon abſence , que s'il demeuroit toûjours préſent. Je ne vous parle pointde fa Mai- fon , qui eft grande , illuftre , &
fort ancienne , & dont il y a des choſes tres-glorieuſes àdire. Le temps me preſſe ,&lemeritede
TON
160 LE MERCVRE
M. de Marseille me donnera fi
fouvent occaſion de vous entretenir de tout ce qui le regarde ,
que ie ne vous en laiſſeray rien ignorer. Je vousdiray ſeulement aujourd'huy qu'il eſt de la Mai-- fon de Fourbin , & de la Branchedes marquis de Janſon.
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Résumé : M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
L'évêque de Marseille se rendit à Fontainebleau pour saluer le roi après une mission en Pologne. En 1673, il participa à la Diète de Varsovie pour l'élection du nouveau roi de Pologne, suite au décès du roi Michel. Grâce à sa prudence et son habileté, il contribua à l'élection de Jean III Sobieski, malgré les engagements de la noblesse polonaise et lituanienne avec la Maison d'Autriche. Le soutien du roi de France, via l'évêque, fut déterminant. En reconnaissance, Sobieski nomma l'évêque au cardinalat. L'évêque joua également un rôle crucial dans la négociation de la paix entre la Pologne, l'Empire ottoman et les Tartares pendant trois ans. Il est reconnu pour sa magnificence et l'ordre qu'il maintient dans son diocèse, même en son absence. L'évêque est issu de la maison de Fourbin et de la branche des marquis de Janson.
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11
p. 126-129
Deux Arcs de Triomphe sont trouvez sous terre à Rheims, sur lesquels M. de Santeüil Chanoine de S. Victor fait des Vers. Eloge de cette Maison. [titre d'après la table]
Début :
Comme jamais Monarque n'eut tant de gloire que luy [...]
Mots clefs :
Arcs de triomphe, Rheims, Mr de Santeuil, Lyon, Vers, Chanoine de S. Victor
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Deux Arcs de Triomphe sont trouvez sous terre à Rheims, sur lesquels M. de Santeüil Chanoine de S. Victor fait des Vers. Eloge de cette Maison. [titre d'après la table]
Com- me jamais Monarque n'eût tant
GALANT. 79
de gloire que luy , c'eſt peu qu'Arles nous ait fourny des Obéliſques pour graver fon Nom , & tranſmettre à la Poſterité les grandes actions dont nous n'avions point encor veu d'exemples ; on a trouvé ſous terre deux Arcs de Triomphe à
Rheims , comme ſi les Conque- ſtes de Sa Majeſté allant plus viſte que les mains des Ouvriers
ne pourroient faire pour luy éleverdesMonumens dignes de luy, la terre prenoit ſoin d'en produire , & fe faifoit un avantage de contribuer quelque cho- ſe àluy aſſurerl'Immortalité qui luy eſt deuë. M. de Santeuil,
Chanoine de S. Victor, a fait des
Vers Latins là-deſſus , que j'au- rois tâché de vous faire voir en
noſtre Langue , ſi j'en avois pu
exprimer la force. Il a le Génie
Dij
80 LE MERCVRE
admirable pour la Poëfie , auſſi- bien que quantité d'autres de cette Maiſon , dans laquelle j'ay appris que Monfieur le Pre- fident de Bailleul avoit choiſi ſa
Retraite. Il ne le pouvoit faire dans une Abbaye , ny plus an- cienne ny plus noble. Elle eft remplie de Perſonnes deQuali- té qui meriteroient qu'on les nommat Comtes de Paris , à l'exemple des Chanoines de Lyon qui portent le titre de Comtes.
La Maiſon eſt ſpacieufe , les Jar- dins agreables , & la Biblioté- que une des plus belles qu'on puiſſe voir. Elle eſt d'autant plus utile , que le Public a la liberté de ſe ſervir de ſes Livres , qui font fort curieux & en tres-gran- de quantité
GALANT. 79
de gloire que luy , c'eſt peu qu'Arles nous ait fourny des Obéliſques pour graver fon Nom , & tranſmettre à la Poſterité les grandes actions dont nous n'avions point encor veu d'exemples ; on a trouvé ſous terre deux Arcs de Triomphe à
Rheims , comme ſi les Conque- ſtes de Sa Majeſté allant plus viſte que les mains des Ouvriers
ne pourroient faire pour luy éleverdesMonumens dignes de luy, la terre prenoit ſoin d'en produire , & fe faifoit un avantage de contribuer quelque cho- ſe àluy aſſurerl'Immortalité qui luy eſt deuë. M. de Santeuil,
Chanoine de S. Victor, a fait des
Vers Latins là-deſſus , que j'au- rois tâché de vous faire voir en
noſtre Langue , ſi j'en avois pu
exprimer la force. Il a le Génie
Dij
80 LE MERCVRE
admirable pour la Poëfie , auſſi- bien que quantité d'autres de cette Maiſon , dans laquelle j'ay appris que Monfieur le Pre- fident de Bailleul avoit choiſi ſa
Retraite. Il ne le pouvoit faire dans une Abbaye , ny plus an- cienne ny plus noble. Elle eft remplie de Perſonnes deQuali- té qui meriteroient qu'on les nommat Comtes de Paris , à l'exemple des Chanoines de Lyon qui portent le titre de Comtes.
La Maiſon eſt ſpacieufe , les Jar- dins agreables , & la Biblioté- que une des plus belles qu'on puiſſe voir. Elle eſt d'autant plus utile , que le Public a la liberté de ſe ſervir de ſes Livres , qui font fort curieux & en tres-gran- de quantité
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Résumé : Deux Arcs de Triomphe sont trouvez sous terre à Rheims, sur lesquels M. de Santeüil Chanoine de S. Victor fait des Vers. Eloge de cette Maison. [titre d'après la table]
Le texte célèbre la renommée d'un monarque, dont la gloire est telle qu'Arles a fourni des obélisques pour graver son nom et ses exploits. À Reims, deux arcs de triomphe témoignent de ses conquêtes rapides, surpassant même la rapidité des ouvriers pour ériger des monuments en son honneur. La terre elle-même semble contribuer à son immortalité. Le chanoine de Saint-Victor, M. de Santeuil, a composé des vers latins sur ce sujet, traduits en français par l'auteur. Santeuil est loué pour son génie poétique, ainsi que d'autres membres de son abbaye. L'abbé de Bailleul a choisi cette abbaye comme retraite, ancienne et noble, abritant des personnes de qualité dignes du titre de comtes de Paris, à l'instar des chanoines de Lyon. L'abbaye est spacieuse, avec des jardins agréables et une bibliothèque remarquable, l'une des plus belles existantes. Cette bibliothèque est particulièrement utile car elle permet au public d'accéder librement à ses nombreux livres très intéressants.
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12
p. 54-116
DES TALISMANS.
Début :
Je ne doute point, Monsieur, que vous ne receviez beaucoup [...]
Mots clefs :
Talismans, Figure, Astres, Influences, Bien, Image, Vertu, Hommes, Matière, Auteur, Planètes, Effets, Livre, Soleil, Heure, Temps, Nature, Métal, Raison, Pierre, Serpents, Dieux, Corps, Humeurs, Science, Apologiste, Superstitions
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texteReconnaissance textuelle : DES TALISMANS.
SMANS
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..v z rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiques-
ivne j' n a y deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi. 1
8c
l'autre, LaSpestition du Temps,l'autre La S P,, iJ,
le premier,par un Autheur, no-
me,& le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Pré-
montré;j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje
me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote ren-
contre, s'agisntdel'utilitépu.
-particulière. L'honneur en de-
meure àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire d firer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde, ,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satis-
faire son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les in-
fluences -
des Planètes, le mé-
lange des Elémens; que ces lu-
mieres se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'a-
pres Moïse,les Hommes décou-
vraient seulement quelques om-
brages de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commen-
cerent à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une en-
tiere nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a en-
seigné une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Ca-
racteres pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de V énus à,Cypre-
d'une Puture d'aire in repréen-
tant un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Re-
gne de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : , partie de laVille
fut brulée, & les Habitans as-
fligez de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiser-
voit de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcile-
ficin,Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkU-
sieurs autres, ontfait des Trai-
tez tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere, &l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'at-
tirer plus fortement ses influen-
ces, pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, for-
me, ouvrier, condition, fin, es-
set, & circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & forte-
ment. Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticu-
liere desTalismans. Pour la se-
conde proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'x-
périence du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluen-
ces,& les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescircons-
tances qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c con-
foim. s, commeilse voit de l' E-
toiie Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorps il'yen it
point qui ay nt plus de simpatie
:avc les supérieurs que les Pier-
res, les Miréraux, & les Mé-
trux, & qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastra-
le: ille prouve tres bien des
M étaux, & discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre impri-
mé, ce quicomprend deux cho-
ses; la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ; il pré-
tend donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur, & sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & atti-
rent plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;& quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icy-
bas; que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle étabà l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Plane-
tes dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluen-
ces estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous ap-
pellonsl'heure planetaire, il est
tres-convenable que cette at-
traction se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman tra-
vailleenun beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluen-
ces astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lu-
miere leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopé-
ration en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entende-
ment del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvé-
ritables espèces qu'il en a re-
çeuës par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme P lanete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera con-
jointement avec le Métal, l'in-
fluence astrale,tant sur le Mé-
tal que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement por-
tantsur foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Ta-
lifman pour donner de la ter-
reur, il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'im-
pression sur son Talisman , & le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison per-
sonne ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, fi-
gures, ou caracteresdes Cons-
tellations, autrement il feroit
privéde son attente. Remar-
quez toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supo-
fant une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa res-
semblance, & la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy ré-
pond que les figuresqui se gra-
vent sur les Talismansn'ontau-
cun raportaux veritables figu-
resdesAstres, toutes lesconsé-
quences qu'il tire de cette res-
semblance qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au des-
sein de son opération, dont il
rend raison, en disantque se for-
mant ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Ta-
lisman,cette image détermine
par lameime Loy cette influen-
ce à se communiquer particu-
lierement: au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influen-
ces que le Planete peut produi-
re. Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la res-
semblance de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les condi-
tions necessairesàfaire les Ta-
lismans. cetAutheur se faitune.
objection,& dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur compo-
sition,les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudes-
sus du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyac-
cordera bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent cau-
serleseffetsque nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément conce-
voir; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le cœur, Vénussur lesreins,&c.
ains
ainsi qu'ont remarqué les Astro-
logues 8c les Medecins, on pour-
roit se persuader facilement que
les influences de ces Constella-
tions attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences atti-
rées par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & pro-
duire dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'in-
fluence; mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produi-
sent d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour ré-
soudre cette objection, l'Au-
theur confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépen-
dans principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos vo-
lontez sans toutefois les con-
traindre, en ce sens leurs in-
fluences peuvent donner de l'a-
mour, de la crainte, de la ter-
reur, &des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagi-
tez de nos diversespassions, sui-
vant que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos vo-
lontez; que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'a-
mour, &c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté di-
tes, des influences astrales, ces
influences produisent leurs ver-
tus; que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mou-
vement, & ce mouvement se
rencontrant naturel en la per-
sonne qui le reçoit, elle le re-
garde comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Au-
theur fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour don-
ner de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, con-
cluant qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent dire-
ctement que des humeurs exci-
tées par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talis-
mans, ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette ma-
tiere; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des ima-
ges négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs fi-
gures deTalismans,& leurs ver-
tus;dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Au-
theurs qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Le-
çons superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Na-
ture; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un œil tres-in-
diférent, & comme un diver-
tissement d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans;& pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la ma-
niere de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye , la
beauté & la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour es-
tre heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'œconomie de lOu-
vrage de cet Autheur, & les rai-
sons dont il se fert,quej'ay abre-
gées autant qu'ilm'a esté possi-
ble, nem'estant étenduquesur-
celles où j'ay trouvé qu'illefa-
loit nécessairement pour l'intel-
ligence de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusà fonds.
Je trancheray aussi le plus suc-
cintement que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il de-
meure d'accord de la connois-
sance parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science in-
nocente; mais il dit que cell
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des pre-
miers temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses def-
cendans que très-imparfaite-
ment, n'ayant point ci"'àutre-
moyen que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclina-
tions ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sça-
vans, & qu'Adam eust fait paf-
fer plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talis-
mans luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve de-
quoy il cite le Livre de la Sa-
gesse, chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Li-
vre de la Cité de Dieu, &Ter-
tulien. au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit dé-
clarer dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figu-
res & les Statues ont esté inven-
tées des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion di-
vine, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Ta-
lismaniques, en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes natu-
relles. Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apolo-
giste; & avant que d'en exami-
ner lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Au-
gustin au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le cara-
ctre Talismanique est un- Dé-
mon lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommes con
gnent les Démons par de cer-
tains signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hom-
mes non feulement leurs con-
versations, mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditions que requiert
l'Apologiste pour faire le Talis-
man. Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Si-
mulachre plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en en-
suivirent, que par des opéra-
tions d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere exa-
mine l'intention de l'Apolo-
giste, &nonobstant ses protes-
tations, de condamner les Talis-
mans diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connois-
sance de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une inten-
tion trop curieuse. Dans le qua-
trième, il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon , &: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au pre-
mier Livre de la Cité de Dieu,
ueles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simula-
chre qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confer-
voient l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres - bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pou-
voir de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur pro-
grés su perftitieux. Dans le Cha-
pitre fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'au-
tres VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeu-
rent les mesmes coups qui fu-
rent frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque difé-
rence, conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle ; qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indi-
quer, non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seu-
lement qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie pa
Superstitieux, afin de les trom-
per, comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop con-
fiez en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'ai-
rain qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le con-
traire arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la com-
position desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la fa-
veur des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHr-
mant que c'est une pure idolâ-
trie d'avoir confiance en ces ca-
racheres; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talif-
mans innocens, puis que ceux-
cy ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les pre-
miersen crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le hui-
tième, sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman , il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolu-
ment ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-de-
vant marqué comme le plus foi-
ble & le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le pre-
mierde ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Au-
gufiin; puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces fi-
gures aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Ani-
maux au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plû-
part n'ont pas crû que les Pla-
netes susTent fous la figure hu-
-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodia-
que, il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour ex-
primer les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se ren-
contre dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'E-
crevifle tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, re-
cule en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'a-
lorsla terreest propre aulabou-
rage. La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune im-
portance à la production des
effets que l'on attribuë aux Ta-
lismans, & ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez oc-
cultes &simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, du-
reté,&c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'a-
ction comme la figure qui la
termine, & quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de ser-
vir à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la sim-
patie, ny de la figure. Ces Ga-
mahez font des figures naturel-
les formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Ve-
nife, sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementfor-
mée;àPise, selon Gaffarel, une
Pierre où un Hermite est dé-
peint parla feule industrie de la
Nature, representé dans un
agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. An-
toine;enfin plusieurs autres G
& Gaffarel, dont le premier en-
seigne au Traité 3. des Miné-
raux, que ces Images font for-
mées par une abondance extra-
ordinaire d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les ca-
racteres des Animaux sur les-
quels elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient es-
treenrichies des vertus celestes
plus que toutes les figures sem-
blables faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne
setrouvepoint que ces Talis-
mans admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'in-
fluence des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue, & par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talis-
manique ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'o-
pinion de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui repré-
sentent des Serpens, des Scor-
pions, &des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &dis-
posée à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture conve-
nable à la Beste dont ellespor-
tent l'image, assurément ces fi-
gures feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gama-
hez estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Ma-
gicien n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures na-
turelles devroient avoir incom-
parablement plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les cara-
éteres Talismaniquesont quel-
que vertu au dessus des proprie-
tez de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des in-
fluences des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaf-
farel tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Helio-
rropius qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour don-
ner àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Crea-
tures; & que cela est si verita-
ble, que quand ces Pierres se-
roient réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas
lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun cer-
tain temps,& dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu au-
cune altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, com-
me le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodi-
les, & qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talis-
mans, qui produisent souvent
des effets contraires à leurs fi-
gures & aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la fi-
gure d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repli-
quer. Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPla-
nete, ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTa-
lismans, font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, préten-
dant qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&dé-
truit par la fausseté cy dessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'A-
pologiftetire dela comparaison
de la Femme grosse, qui im-
prime les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raison-
nement dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Fem-
me engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une ge-
neration, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leScul-
pteur; que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient difé-
rentes, toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les mem-
bres de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere pres-
que solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La se-
conde raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l' En-
fant dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe na-
turel de génération que la Fem-
me imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son En-
fant, ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTa-
lismans. Le Chapitre12.con-
tient la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Hom-
me de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en fuite,
que le Livre des Sceaux des Pier-
reries n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des An-
tiquitez Judaïques,,déclare net-
tement que Salomon estoit a-
donné à la Magie & aux Scien-
ces qui sontinspirées parle Dé-
iiion- Le Pere fortifie ce témoi-
gnage deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'appa-
rence qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il ap-
prouve ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'e-
xamen des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plu-
sieurs, & en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des condi-
tions superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cepen-
dantilne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets des Ta-
lismans, où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fan-
tastiques lePere répond, que
considérez en leurs matieres &
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres pro-
prietez que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon ; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny au-
cune représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & com-
ment il produit les choses extra-
ordinaires en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
uite dequoy il traite cetteQues-
tion par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & ap-
pliquant les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de cel-
les qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il com-
mence ce Chapitre parlasus-
picion que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Au-
theurs qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mes-
mes ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles es-
toient de deux façons, des divi-
nes inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inf-
tinct du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'ai-
rain dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directe-
ment opposé aux regles des Ta-
lismans. Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon -
Juif dit avoir esté trois Statuës
dejeunes Garçons, trois de jeu-
nesVeaux, avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Co-
lombe découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes;les Sta-
tuës des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israë-
lites, & le Simulachre queJero-
boam fit forger en Samarie, font -
aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en ve-
nération aux Chrestiens,& qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mou-
choir de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères & les ex-
pressions de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles re-
jallissent au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stig-
mates en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les fi-
gures de la Croix & autres Ins-
trumens de la Passion, au cœur
de Sainte Catherine de Monte-
falco.Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste tou-
chant les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prou-
ver d'autant plus que les Talis-
mans des Magiciens font inuti-
les; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrap-
porte deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéo-
phileEvesqued'Alexandrie,qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation du Nom de je-
sus,chassaunEsprit malin ren-
fermé dans une StatuëTalisma-
nique,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Au-
theur, ne fournissent pas de ma-
tiere à cet Extrait, que je vou-
drois avoir pû faire plus court.
TE ne doute point, Monsieur,
c'"e vous ne receviez beau-
GiA ? v.hents ciuiiiiX.touchant
les Ta.Uiin.*ns-y m.isparce q-ic
vous ..v z rerco.gnc que l,,)n
desiroit s'est ( ~éJ.jrcv detout
ce qui regarde c-:rt maci.re,,6c
que certe diversité me kn}bI
moins propre à cela que des
Trattez à fends & méthodiques-
ivne j' n a y deux qui ont esté
i..t~j depuis environ douzeans
seulement,dont l'un porte pour
titre, Les 'IjtrlJ,sJ.'!iJi. 1
8c
l'autre, LaSpestition du Temps,l'autre La S P,, iJ,
le premier,par un Autheur, no-
me,& le dernier par lesçavant
P. Placet, Religieux de Pré-
montré;j'en ay fait sans f çon,
& à plume courante, l'Excr it
que je vous envoye, , ù j; n'.y
rienapporté du mien que le
foin de r trancher. Il y a de la
honteàestre Plagiaire; maisje
me f y ps de déicatesse
dtdh'c Copste en cote ren-
contre, s'agisntdel'utilitépu.
-particulière. L'honneur en de-
meure àces Autheurs, dont
l'Extraitpourra faire d firer les
Livres entiers qui font impri.
mezà Parisen 1668. les Talïf*
mans chez Pierre de Bresche,
&la Superstition, qui en estla
Réfutation, chez la Veuve Ger
vais Alliot..
L'Autheur des Talismansjuf.
tifiez, commence sonDiscours
à la naissance du Monde, ,& dit
que nostre premier Pere au mi.
lieu du Paradis terrestre, estoit
comme un beau Soleil revestu
des lumièresdetoutes,lescon-.
noissances qui pouvoienr satis-
faire son entendement, connoif-
[.lt parsaitement la nature Se
les proprietez de toutes choses,
le pouvoir des Astres les in-
fluences -
des Planètes, le mé-
lange des Elémens; que ces lu-
mieres se sont communiquées
de Pere en Filsjusques à Noé,
& de NoéjusquesàMoïse; qu'a-
pres Moïse,les Hommes décou-
vraient seulement quelques om-
brages de ces, belles Sciences,
que les Caldéens,les Perses,&
les Egyptiens, en avoient retenu
quelques images, qui commen-
cerent à s'effacerrdesorte que
ces connoissances, d'universelles
devindrentparticulièresdequel,
ques Sçavans;que le Monde
s'estant éloigné de plus en,
plus des premiers Docteurs,,
il se voit enfin dans une en-
tiere nuit; que le Diable qui se
plaist dans les tenebres, a en-
seigné une Nigromantie pour
l'opposer à la Magie Divine,
qu'il a distribué de certains Ca-
racteres pour nous oster l'envie
de rechercherles innocens & les
véritables, ce qui est cause que
si quelqu'un déclare que par
l'Astronomie celeste il peut
ne pleuvoit jamais dans le Parvis
du Temple de V énus à,Cypre-
d'une Puture d'aire in repréen-
tant un Feu, un Sarpent, un
Rat d'eau, trouvée sousle Re-
gne de Chilpericen,encreusant
quelque Fossé de la Ville de
Prisr LquJiPigure(frnt.
~erniporté : , partie de laVille
fut brulée, & les Habitans as-
fligez de Serpens ôc de Rats
d'eauyde.plulieuisr. Statues à
Constantinople, & entr'utres:
deCelled'unChevalier,quiser-
voit de préservatif contre la
Peste du Palladium deTroye,,
des Boucliers de Rome,. & de
plusieurs Dieux tutelaires, &
conclud detout cela, &de ce
qu'Albert le Grand,M'arcile-
ficin,Paracclse,Roger,.Bacon,,
Arnaud de Villeneusve, & pkU-
sieurs autres, ontfait des Trai-
tez tous entiers pour montrer
la force des Talismans, qu'il
faut qu'ils ayent esté de tout
temps en usage. En fuite apres
avoir discouru sur l'étimologie
du mot, il passe à la définition
du Talismany & dit que ce
n'est autre chose que le sceau,
la figure, le caractere, &l'image
d'un Signe celeste, Planere, ou
Constellation, faite, imprimée,
gravée, oucizelée sur une Pierre
fimpatétique, ou sur un Metal
correspondant à l'Astre, par un
Ouvrier qui ait l'esprit arresté
& attaché à l'ouvrage & à la
fin de son ouvrage, sans estre
distrait ou dissipé en d'autres
pensées étrangeres; au jour &
heure duPlanete, en un lieu
fortuné, en untemps beau 6c
serain,& quand il est en la
meilleure dispositiondans le
Ciel qu'il peut estre,afin d'at-
tirer plus fortement ses influen-
ces, pour un effetdépendant
du mesme pouvoir & de la vertu
de sesinfluences; dans toutes
lesquelles choses,matiere, for-
me, ouvrier, condition, fin, es-
set, & circonstances, l'Autheur
soûtient que tout est innocent.
A cet effet il pose en premier
lieu, que les influences des corps
supérieurs descendent icybas,
secondement, qu'on les peut
attirer abondamment & forte-
ment. Il ne s'arrete que peu à
la premiere proposition,comme
n'estant point contestée, mais
avoüée de l'Ecole mesmes, qui
s'est renduë ennemieparticu-
liere desTalismans. Pour la se-
conde proposition, il avouë qu'
elle n'estpas si aisés à croire;il
se sert pour laprouver, de l'x-
périence du Miroir ardent, par
lequel nous ramassonsles rayons
solaires, véhiculesdesesinfluen-
ces,& les introduisons dans une
matiere combustible. D'où il
conclud que les Talismans font
naturels en toutes lescircons-
tances qui accompagnent leur
composition. Sur la premiere
conditionqui est de la matiere,
il prétend que comme l'action
se reçoit fk.n la disposition du
suje t, & que cette meilleure dis-.
position vientde la simpartiequi
sçait unir les Homogenespar
tin lien miraculeux, les Astres
doivnt agirplus~asémens êc
plus fortement sur les sujets qui
kur sont simpatétiques 6c con-
foim. s, commeilse voit de l' E-
toiie Polaire sur le Fer touché
de l'A ~yman. Il veut que de tous
lescorps il'yen it
point qui ay nt plus de simpatie
:avc les supérieurs que les Pier-
res, les Miréraux, & les Mé-
trux, & qu'ils ayant reçeu en
partage des formes toutesastra-
le: ille prouve tres bien des
M étaux, & discourt amplement
des raports de leurs qualitez
av.ccelles des Planetes. Sura
f.eonde cordi ion qui est de
grav r les caracterts ,
sceau x,
images, oufiguresdes Planetes,
sur les Métaux correspondans
à ces mesmesPlanetes, ou pour
mieux faire encore, defondre,
jetteren moule ou en fable, le
Métal fondu, pour estre impri-
mé, ce quicomprend deux cho-
ses; la premiere, queleMétal
soit excité par la graveure ou
par la fusion qu'il tient estre
meilleure; la seconde,que la
figure y soit marquée ; il pré-
tend donner la raison deces
deux choses. 'Surla premiere,
que le Métal ainsi excité par un
agent extérieur, & sur toutpar
le feu son ennemy, ses esprits
métaliques demandent & atti-
rent plus fortement del'aidede
son Astre pour combatre cet
Ennemy ; & qu'aussi les vertus
astrales se reçoivent beaucoup
mieux quand le sujet est en
mouvement, que quand il effc
sansaction;& quant à la figure,
l'Autheurveut que lescorps
supérieurs ayent leurs figures
comme lesautres choses d'icy-
bas; que la ressemblance fonde
lasimpatie,non que la figure
soit agissante physiquement,
mais feulement qu'elle étabà l'heure planetaire; il ne dit
autre chose, sinon que c'est
d'autant que comme les Plane-
tes dominent tous les jours une
heureàleur tour, leursinfluen-
ces estantplusfortes à l'heure
qu'ilsdominent, que nous ap-
pellonsl'heure planetaire, il est
tres-convenable que cette at-
traction se fasse à l'heure du
Planete, puis que pour lors il
influë plus fortement & plus
copieusement. Iltranche au/15;
la cinquiéme condition en peu
de mots, endisantquel'onveut
quel'Ouvrier duTalisman tra-
vailleenun beau jour & serain;
perceque bienque lesinfluen-
ces astrales penetrent par tout,
& que tous les corps les plus
opaques leur soient comme du
verre,neantmoins l'air & Ili lu-
miere leur servant de véhicule
& de passage, comme nous
voyons au Soleil, il est plus à
proposde commencersonopé-
ration en un lieu aëré,& dans
un temps serain. Enfin sur la
derniere condition, qui est la
recollection de l'Ouvrier en
soy.mesme,en forte qu'il ne
laisse point aller sonesprit en
d'autres étrangèrespensées, &
ne pense quàson ouvrage & à
son dessein, il avoue que c'cllz
la plus soupçonneusecondition
des Talismans, & qui oblige
d'abord lesames scrupuleuses à
les c õdamner ;que neantmoins,
si l'on confidere que l'entende-
ment del'Homme se forme des
imagesdes choses qu'il connoist
par le moyen desfausses ouvé-
ritables espèces qu'il en a re-
çeuës par l'entremisedes sens,
& qu'il reçoit luy-mesme cette
image, estant le principe alliE
&passifde ces intellections, 8C
que l'Homme peut recevoir Se
reçoit en effet les influences des
Planetes, nous connoistrons que
s'il s'applique fortement àlafin
& au dessein deson ouvrage,
unissant par cette attention son
espritau Planete,il se formera
une image dece mesme P lanete,
ôc par cette image qui établit sa
ressemblance, il attirera con-
jointement avec le Métal, l'in-
fluence astrale,tant sur le Mé-
tal que sur luy-mesme, comme
ilest necessaire; autrement por-
tantsur foy sonTalisman, il en
pourroit recevoir les impressions
aussi-bien que les autres. Par
exemple,s'il avoit fait un Ta-
lifman pour donner de la ter-
reur, il en recevroit luy-mesme
à l'aspect du Talisman; mais
ayant attiré sur foy,aussi-bien
que sur leMétal, cette qualité
terrifique,il ne fait point d'im-
pression sur son Talisman , & le
Talisman n'en fait point surluy
comme surles autres, qui ne se
font point formez cette image;
& que. pour cette raison per-
sonne ne se doit entremettre de
faire des Talismans, qu'il ne sça
che les vrais sceaux,images, fi-
gures, ou caracteresdes Cons-
tellations, autrement il feroit
privéde son attente. Remar-
quez toûjours en passant, que
cet Autheur raisonne,. en supo-
fant une figure veritable de
l'Astre,laquelle établit sa res-
semblance, & la ressemblance
l'attraction de l'influence.D'où
s'enfuit, que quand onluy ré-
pond que les figuresqui se gra-
vent sur les Talismansn'ontau-
cun raportaux veritables figu-
resdesAstres, toutes lesconsé-
quences qu'il tire de cette res-
semblance qui n'est point, se
trouventnecessairement fausses.
Il poursuit ôc paiT. à la feconde
proposition,quiest l'attention
de l' Ouvrieràla fin &au des-
sein de son opération, dont il
rend raison, en disantque se for-
mant ainsi l'image dela qualité
qu'il prétend introduire au Ta-
lisman,cette image détermine
par lameime Loy cette influen-
ce à se communiquer particu-
lierement: au Talisman,& est
precifémenc & singulierement
attirée entre toutes les influen-
ces que le Planete peut produi-
re. Surquoy l'Autheur se sert
de la comparaison de la Femme
qui imprimedansl'Enfant qu'-
elle porte en ses flancs, la res-
semblance de l'objet par le
moyen de l'image qu'elle s'en
est formée.. Apres avoirainsi
raisonné. sur toutes les condi-
tions necessairesàfaire les Ta-
lismans. cetAutheur se faitune.
objection,& dit, qu'encorequ'il
ne paroisse riende superstitieux
êc de surnaturelen leur compo-
sition,les effets toutefois que
l'on leur attribueestantaudes-
sus du pouvoir de laNature;
sontdes motifs allezforts pour
les condamnerqu'on luyac-
cordera bien queles influences
des Astres se peuvent attirer
fortement & copieusement ;
mais qu'attirez sur la Pierre &
sur le Métal, elles puissent cau-
serleseffetsque nouslisons dans
les Ecrits des Curieux, c'estce
qui ne se peut aisément conce-
voir; car quelle apparence que
Saturne fasse trouverles trésors,
Jupiter départir les honneurs, &
ainsi du reste? Si le pouvoirdes
Talismans ne s'étendoit qu'à
guérir les maladies, comme les
Signes & les Astres dominent
iey- bas sur diverses parties de
noscorps,àsçavoir, le Soleil sur
le cœur, Vénussur lesreins,&c.
ains
ainsi qu'ont remarqué les Astro-
logues 8c les Medecins, on pour-
roit se persuader facilement que
les influences de ces Constella-
tions attirées par l'artifice, gué.
riroient les infirmitez aux parties
sur lesquelles elles dominent,
veu les expériences que l'on a
des Simples propres à quelque
maladie, cueillis à l'heure du
Planete qui a correspondance
avec le Simple, ou cueillis à
l'heure du Planete ennemy de
celuy qui cause cette maladie;
qu'ainsi l'on peut demeurer
d'accord que les influences atti-
rées par les soins & artifices de
l'Ouvrier, peuvent guérir &.
causer diverses maladies, & pro-
duire dans les sujets plusieurs
mauvaises ou bonnes qualitez,
selon la force ou la vertu de l'in-
fluence; mais qu'il n'est pas si
facile à concevoir comme ces
Astres donnent les honneurs,
les victoires, l'amour, & produi-
sent d'a utres semblables effets
quidépendent des volontez &
libertez des Hommes. Pour ré-
soudre cette objection, l'Au-
theur confesse que celuy qui
diroit que les Astresproduisent
ces merveilleux effetsdépen-
dans principalement de nostre
liberté, par une fatale necessité,
feroit dans l'erreur; mais que
puis que l'on demeure d'accord
que les Astres inclinent nos vo-
lontez sans toutefois les con-
traindre, en ce sens leurs in-
fluences peuvent donner de l'a-
mour, de la crainte, de la ter-
reur, &des honneurs;que nous
sommes composez de quatre
humeurs qui produisent en nous
plusieurs fortes d'accidcns, &
que de là dérivent les divers
mouvemens de nostre ame;que nous connoissonsassez tous
les jours que nous sommesagi-
tez de nos diversespassions, sui-
vant que l'une de ces humeurs
domine. Or il est indubitable
que les Planetes &. les Astres
dominent sur ces humeurs, d'où
vient que nous appellons les
mélancoliques Saturniens, &c.
&: partant les Astres par cette
domination inclinent nos vo-
lontez; que c'est en ce sens qu'il
faut entendre que lesTalismans
donnent des honneurs, de l'a-
mour, &c. qu'estans remplis
pour les raisons qui ont esté di-
tes, des influences astrales, ces
influences produisent leurs ver-
tus; que lapersonne qui les porte
sur soy,estantcomme le Ciel de
cet Astre corporifié, ceux qui
les reçoivent, le trouvent agitez
de son propre & naturel mou-
vement, & ce mouvement se
rencontrant naturel en la per-
sonne qui le reçoit, elle le re-
garde comme un bien qui luy
est propre, & ainsi tend plutost
au sujet d'où il procede, qu'à
tous autres. Là-dessus 1"Au-
theur fait l'application de ce
raisonnement à ce qui se passe
lors qu'un Talisman pour don-
ner de la terreur ou del'amour,
fait l'impression des influences
qu'il a attirées desAstres, con-
cluant qu'en tout cela il n'y a
rien decriminel, puis que tous
ces effets ne proviennent dire-
ctement que des humeurs exci-
tées par les influences qui font
envoyées par les Talismans, &
reçeus dans les sujets par le
moyen de ces humeurs;sans qu'il
prétende que les Personnes qui
reçoivent les vertus des Talis-
mans, ne puissent résister à leur
effort, & confessant qu'elles le
peuvent sans doute, & que leur
victoire en cft plus glorieuse, si
elles en sont pousséesfortement,
& qu'elles yrésistent. Ilfinit en
aiiurant que c'est ainsi que l'ont
entendu ces Sages sur cette ma-
tiere; dit que Salomon estoit
trop fage pour laisser des ima-
ges négromantiques, luy à qui
l'on impute un Livre intitulé,
Des Sceaux des Pierreries, dont
l'Autheur rapporte plusieurs fi-
gures deTalismans,& leurs ver-
tus;dit que le Grand Hermes n'a
jamais esté soupçonnédeMagie,
& que cependant il a laissédans
l'un de ses Livres quinze images
de mesme façon que les Au-
theurs qu'il a nommez dés le
commencement, en ont aussi
laissé des Traitez tous entiers;
qu'il ne croit pas qu'ilseussent
voulu donner au Public des Le-
çons superstitieuses, ny aussi
qu'ilsayent enseigné ces Leçons
curieuses, pour obliger à leur
pratique avec enipressement,
mais pour faire connoistre les
merveilleux pouvoirs dela Na-
ture; que pour luy ce n'est point
aussi son dessein de donner des
aiguillons pour s'employer à
cette recherche; qu'il conseille
le Chrestien de ne regarder le
Talisman que d'un œil tres-in-
diférent, & comme un diver-
tissement d'esprit. Il exalte en
suite le pouvoir de la Croix &
du Nom de Jesus, qu'il appelle
(avecrespectneantmoins)deux
divins Talismans;& pour fin de
tout l'ouvrage, il donne la ma-
niere de faire onze Talismans,
les uns pour guérir de quelques
maux, comme des maux de
teste, dela gorge, & du col,&c.
& les autres, pour la joye , la
beauté & la force du corps, pour
acquérir aisément les honneurs,
grandeurs & dignitez, pour es-
tre heureux en marchandise,
avoir la faveur des Roys, &c.
Voilal'œconomie de lOu-
vrage de cet Autheur, & les rai-
sons dont il se fert,quej'ay abre-
gées autant qu'ilm'a esté possi-
ble, nem'estant étenduquesur-
celles où j'ay trouvé qu'illefa-
loit nécessairement pour l'intel-
ligence de ses pensees. LeR.P.
Placet qui y a répondu, ne fuit
paspar tout cemesme ordre, 8c
rationne beaucoup plusà fonds.
Je trancheray aussi le plus suc-
cintement que je pourray, ce
qui est de plus considérable dans
sa Réponse. Dés l'entrée il de-
meure d'accord de la connois-
sance parfaite & de la science
infuse de nostre premier Pere
pour le regard de la Science in-
nocente; mais il dit que cell
de Talismans estant diabolique,
il est tres-faux qu'elle ait esté
inspirée au Chef des Humains.
Il nie que les Hommes des pre-
miers temps fussent scavans,
comme l'Apologiste le donne à
entendre, veu qu'ilsn'avoient
ny l'évidence ny la certitude,,
Se que la science ne s'acquiert
que par l'expérience du pcuTéj
que le premier Homme n'a pu
faire part de (à science àses def-
cendans que très-imparfaite-
ment, n'ayant point ci"'àutre-
moyen que la parole vocale qui
s'évanoüit, &ses Enfansn'ayãt
que leurfoible mémoire pour la
retenir, outre que leurs inclina-
tions ne se portant qu'au mal,
ils ne s'assujetissoient qu'avec
peine à écouterlesinstructions
de leur Pere; ce qui paroist en
ce que la connoissance de la
premiere verité naturelle, qui
est l'unité de Dieu, n'a pû se
conserver parmy les Hommes
deux cens ans apres le Deluge,
& que suposé que les premiers
Hommes eussent esté plus sça-
vans, & qu'Adam eust fait paf-
fer plusieurssciences innocentes
à ses descendans, il ne s'ensuit
pas de là que celle des Talis-
mans luy ait estéinspirée, ny
qu'elle sesoit communiquée à
ses successeurs, veu qu'elle cil:
diabolique; pourpreuve de-
quoy il cite le Livre de la Sa-
gesse, chap. 4. S.Augustin dans
le 24. chapitre du huitième Li-
vre de la Cité de Dieu, &Ter-
tulien. au troisiéme chapitre du
Livre de l'Idolâtrie; il rétorque
contre l'Apôlogiste l'autorité
du Grand Hermes, qu'il dit dé-
clarer dans S. Augustin au. lieu
cy-dessus allegué, que les Figu-
res & les Statues ont esté inven-
tées des Egyptiens, oublieux de
l'honneur &. de la Religion di-
vine, qui par un Art magique
ont attaché les Démons aux
Images. LeLecteur qui en aura
le loisir, peut avoir recours à ces
passages dans les Livres mesmes,
&juger si avec la condamnation
de l'idolâtrie l'on y trouve aussi
la condamnation des figures Ta-
lismaniques, en tant quelles ne
servent qu'à attirer l'influence
des Astres par des causes natu-
relles. Dans le second Chapitre,
le Pere rapportela définition du
Talisman donnée par l'Apolo-
giste; & avant que d'en exami-
ner lesconditions qu'il dit estre
suspicieuses, ilcite encor S. Au-
gustin au mesme lieu, où ce
Saint Docteur dit que le cara-
ctre Talismanique est un- Dé-
mon lié à une Image par un art
contraire à la pieté. Il cite encor
Proclus au Livre de la Magie,
Psellus & Averroës, &: qu'ils
disent que les Hommes con
gnent les Démons par de cer-
tains signes&figures, &que les
esprits impurs font cachez fous
les Images, ce que quelques
Saints ont contraintlesDiables
de confesser,comme il se voit
entr'àutres dans S. Hierôme en
là Vie de S. Hilarion. Il ajoûte
qu'il faut avoüer le pacte que
les Payens mesmes ont toujours
reconnu, puis que Porphire au
Livre des Oracles, déclare que
les Démonsmotrentaux Hom-
mes non feulement leurs con-
versations, mais aussi de quelles
choses on les prend, & comme
quoy on les lie; quels jours il
faut observer, quelle figure il
doit y avoir au caractère, qui
font les conditions que requiert
l'Apologiste pour faire le Talis-
man. Il finit ce Chapitre par
1"Histoireadmirable d'un jeune
Gentilhomme, qui lejour de ses
Noces ayant mis sans y penser
son Anneau nuptial au doigt
d'uneStatue de Vénus, le Si-
mulachre plia ledoigt, sans que
ce jeune Homme pût retirer
jcet Anneau, ny estre délivré de
certaines illusions qui s'en en-
suivirent, que par des opéra-
tions d'Art magique. Dans le
Chapitresuivant, le Pere exa-
mine l'intention de l'Apolo-
giste, &nonobstant ses protes-
tations, de condamner les Talis-
mans diaboliques, ne l'excuse
que par le defaut de connois-
sance de la superstition de Tes
Médailles) disant qu'il s'cft
trompé le premier, & qu'il a
écrit son Livre dans une inten-
tion trop curieuse. Dans le qua-
trième, il dit que le Palladium
deTroye estoit un Simulachre
du Démon , &: qu'il n'avoïc
point la vertu de présèrver la
Ville) & cite fort à propos
S. Augllfiin, qui montre au pre-
mier Livre de la Cité de Dieu,
ueles Grecs ayant mis à more
les Gardes de cette Pallas, onla
pouvoit bien emporter,5c que ce
n'estoit donc point le Simula-
chre qui gardoit les Hommes,
mais les Hommes qui confer-
voient l'Idole. LePere dans le
Chapitre 5. prouve tres - bien
que les Dieux tutelaires & les
Boucliers Romains n'efiotenc
point des Talismans innocens,
& qu'ils n'avoient point le pou-
voir de défendre les Villes; &
que l'idolâtrie envers les uns 6c
les autres estant évidente, l'on
ne peut douter que leur origine
nefuft diabolique, 6c leur pro-
grés su perftitieux. Dans le Cha-
pitre fixiérap, il avouë que la
difficulté eit plus grande à l'é.
gard des Statues fatales deConi:
tantinople, veu qu'elles ont elle
forgées depuis la naiilànce du
Christianisme, & que la Foy
Chrefticnne eftoicétablie dans
toute la Grece, lors que ceux de
Constantinople en éprouvèrent
lés effets les plussignalez en
plusieurs occasions, & entr'au-
tres VEmpereur Theophile,
ayant trois Armées ennemies
sur les bras, conduites par trois
Capitaines revoltez, qui reçeu-
rent les mesmes coups qui fu-
rent frapez par cet Empereur
aux trois testes d'une Statuë de
bronze queJean Patriarche de
Constantinople découvrit à ce
Prince eftrela cause quiluy avoit
attiré ce malheur ;furquoy le
Pere affirme que la Statue estoit
diaboliqueaussi-bien que toutes
lés autres, 6c dit que tous les
Autheurs qui rapportent cerre
Histoire avec quelque difé-
rence, conviennent tous de la
fuperfhtion5 & que Cedrenus,
Zonare,& Majole,déclarent
que ce Patriarche estos: un
grand Sorcier. Pour soûtenir
Ion affirmation, le Pere dit que
le Démon connoifToic par ds
causes occultes que deuxdec.s
Chefs de Rebelles feroienttuez,,
& l'autre blesle ; qu'il Ce servit
de ce Simulachre pour l'indi-
quer, non que de là il s'ensuive
que le fort de la Bataille fust
attaché à ce Taliss-nanmais seu-
lement qu'il estoit le figne de ce
qui devoit arriver, foit par le
Démon mesmecommeMiniftre
de la Justice Divine-, foie pa
Superstitieux, afin de les trom-
per, comme il arriva en 1453..
que les Grecs perdirent leur
Empire pour s'estre trop con-
fiez en la vanité des Talismans,
nommément au Taureau d'ai-
rain qui estoit dans une grande
Place, sur lequel l'Oracle avoir
prononcé que lors qu'un puiss
fant Ennemy feroit irruption
dans la Ville, les Bourgeois &
les Soldats se retirans'en cette
Place, feroient tourner le dos à
leurs Ennemis, & les mettroient
en déroute, dont tout le con-
traire arriva. Dans leChapitre 7.
il combat les propresTalismans
de l'Apologiste, pour la com-
position desquels il ordonne de
graver polir les maux de teste
la figuredu Bclier avec cellede
Mars, qui cftun Hommearme
avccla Lance, 6c deSaturne qui
eflunVieillard tenant uneFaux à
sa iii,iln,&c. Pour estre heureux
en marchandée & au jeu, celle
de Mercure) pour avoir la fa-
veur des Roys, celle du Soleil,
qui est un Royassis dans fou
Trônerainndesautres,arHr-
mant que c'est une pure idolâ-
trie d'avoir confiance en ces ca-
racheres; qu'ainsi ce n'est pas
sans dessein que l'Apologistea
avancé que les Dieux tutelaires
des. Nations estoient des Talif-
mans innocens, puis que ceux-
cy ne font que des Simulachres
dont les Payens faisoient leurs
Dieux, & qu'il prévoyoit bien
que les fiens ne pourroient estre
receus,s'il ne mettoit les pre-
miersen crédit;que cette seule
raison suffit pour le convaincre
de superstition. Dans le hui-
tième, sans s'arrester à ceque
TApologiftea dittouchantsa
matiere duTalisman , il passe à
la seconde condition, qui est la
figure:furquoy il opposedeux:
moyens qui détruisent absolu-
ment ce principe; & c'est icy
l'endroit que je vous ay cy-de-
vant marqué comme le plus foi-
ble & le plus vain de l'Autheur
des Talifmansjuftifîez. Le pre-
mierde ces moyens est, que les
Planetes n'ont point les figures"
que l'ApoIogifte grave sur ses
Images. Le fécond,que quand
fès Médailles fcroient gravées
des véritables reffenlblancesdes
Astres,ces figuresextérieures
ne pourroient donner aucune
vertu naturelle aux Talismans.
Pour le premier,la figure du
Soleil n'est point un Roy assis.
dans son Trône, ny Mercure
tenant en main un Caducée, &..
ainfidurefte, mais des Simula--
chres de faux Dieux. Là-dcffus
le Pere cite Arnobe & S. Au-
gufiin; puis pour prévenir ce
que IIApologifie pourroit dire
queles Philosophes de toute
ancienneté ont attribué ces fi-
gures aux Planetes, comme ils
ont donné divers noms d'Ani-
maux au Zodiaque, il répond
que ces Philosophes estoient
Payens, &: que d'ailleurs la plû-
part n'ont pas crû que les Pla-
netes susTent fous la figure hu-
-
maine, mais bien qu'ils estoient
gouvernez par des Intelligences
ausquelles ils ont donné les
noms deJupiter,deVénus,£cc.
Que pour les figures du Zodia-
que, il est croyable, félon Picq
de la Mirandole) qu'elles ne font
que des métaphores pour ex-
primer les diférenseffets que
eaufe le Soleil lors qu'il se ren-
contre dans les parties du CieL
Par exemple, le Signe de l'E-
crevifle tire Ton nom de ce que
ce bel Aftrey estant arrivé, re-
cule en arricre, comme fait cet
Animal. Le Lyon, à cause de
l'extrénle chaleur que produit
le Soleil quand il est en ce Signe.
Celuy du Taureau, parce qu'a-
lorsla terreest propre aulabou-
rage. La Balance tire Ion nom
de l'égalité des jours & des
nuits, & ainsi des autres. Mais
que quand ces corps supérieurs
auroient les véritables figures
qu'on leur assigne, cette reifeol..
blance ne seroit d'aucune im-
portance à la production des
effets que l'on attribuë aux Ta-
lismans, & ne communiqueroit
point au Métal une vertu qu'il.
n'a point de sa nature; ce qu'il
prouve par ce raisonnement,
que tout agissant en ce monde
par les qualitez premieres ou
secondes, ou par sa substance,.
d'où viennent les proprietez oc-
cultes &simpatiques, les figures
des Talismans ne peuvent agir
par aucun de ces moyens, estant
certain qu'elles n'agissent pas
par une chaleur, froideur, du-
reté,&c. Que d'ailleursla figure
n'est qu'une certaine fcituation
& disposition des parties, & un
mode de la quantité qu'elle
configure, laquelle dépendant
de la matiere qui est purement
passive,estautant incapable d'a-
ction comme la figure qui la
termine, & quand bien la figure
artinciclleduTalisman pourroit
agir artificiellement, elle ne
pourroit produire aucun effet
naturel, parce quece feroit au
dessus de sa puissànce, encore
moins agir sur la volonté, pour
l'induire àaimer ou haïr. Le
Pere employe le Chapitre 9. à
prouver que les Gamahez ou
figures naturelles, au lieu de ser-
vir à la junification des Talis.
mans, prouvent au contraire
que
que leur vertu ne vient point des
influences astrales, ny de la sim-
patie, ny de la figure. Ces Ga-
mahez font des figures naturel-
les formées sans aucun artifice
humain, telle qu'estoitl'Agathe
du Roy Pyrrus qui représentoit
Apollon, & les NeufMuses,
une autre, felon Mayole, à Ve-
nife, sur laquelle se voitl'Effigie
d'un Hommenaturellementfor-
mée;àPise, selon Gaffarel, une
Pierre où un Hermite est dé-
peint parla feule industrie de la
Nature, representé dans un
agreable Desert, assis pres d'un
Ruisseau, une Cloche à la main,
& tel qu'on represente S. An-
toine;enfin plusieurs autres G
& Gaffarel, dont le premier en-
seigne au Traité 3. des Miné-
raux, que ces Images font for-
mées par une abondance extra-
ordinaire d'influences astrales
qui font si puissantes, qu'elles
expriment naturellement les ca-
racteres des Animaux sur les-
quels elles dominent; d'où le
Pere tire grand avantage, &
conclud que cesGamahez ou
Images naturelles devroient es-
treenrichies des vertus celestes
plus que toutes les figures sem-
blables faites par l'industrie des
Hommes; que cependant il ne
setrouvepoint que ces Talis-
mans admirables ayent plus de
vertus que les Pierres de leur
espece, ny que cette plus grande
simpatie les éleve audessus des
qualitez de leur nature. Donc
à plus forte raison les Talismans
artificiels nepourront par l'in-
fluence des Astres estre enrichis
des vertus surprenan tespour la
production des effets qu'on leur
attribue, & par conséquent qu'il
faut que cette puissance Talis-
manique ne foit pas naturelle,
mais magique. Il prend encore
un plus grand avantagede l'o-
pinion de Gaffarel, qui adjoûte
à cetteabondance d'influences
astrales surlesTalismans, quesi
cesfigures naturelles qui repré-
sentent des Serpens, des Scor-
pions, &des Crapaux, trouvent
la nature du lieu propre, &dis-
posée à donner à laPierre ou à
la matiere sur laquelle elles font,
une qualité & nourriture conve-
nable à la Beste dont ellespor-
tent l'image, assurément ces fi-
gures feront changées en vrais
Serpens,Crapaux, &. Scorpions
vivans; pour preuve dequoy le
mesme Gaffarel rapporte les
exemplesde deux Crapaux
trouvez vivans au milieu des
Rochers &des Marbres: d'où
le Pere conclud que les Gama-
hez estant si avantageusement
favorisez des influences celestes,
qu'il s'enpuisse produire des
corps vivans, ce qu'aucun Ma-
gicien n'a encore pû faire de
leufs caracteres, ces figures na-
turelles devroient avoir incom-
parablement plus de vertu; &
quen'ayantneantmoins aucune
qualité plus considérable que
les autres sujets de leur espece,
à plus forte raison, si les cara-
éteres Talismaniquesont quel-
que vertu au dessus des proprie-
tez de leur matiere, que cette
vertu ne vient point ny des in-
fluences des Astres, ny de la
simpatie,ny delafigure, mais
de l'opération du Diable. Sur la
fin du mesme Chapitre, le Pere
combat les inductions que Gaf-
farel tire de la figure dans les
exemples de la Pierre Helio-
rropius qui arreste le sang, & le
Marbre appellé Orphites, qui
guérit les morsures des Serpens;
la premiere, qui semble estre
rachetée de quelques goûtes de
sang; & le second, qui a quelque
ressemblance des Serpens,que
le Pere assure ne provenir que
de la Nature, par uneffetdela
Providence Divine,pour don-
ner àconnoistre par ces signes
les proprietez occultes des Crea-
tures; & que cela est si verita-
ble, que quand ces Pierres se-
roient réduites en poudre, elles
ne laisseroientpasd'avoir la
mesme vertu, quoy que non pas
lamesmefigure.Il passeensuite
legerement sur les Talismans,
donc le pouvoir a cessé avec le
pacte, quiestoit limité àun cer-
tain temps,& dont si les effets
estoient naturels, ils feroient
continuez, tant que la matiere &
la figure feroient enétat,d'où
il infere que cette matiere &
cettefigure n'ayant reçeu au-
cune altération, les esprits qui
présidoientà ce Simulachre, se
sont retirez au bout d'un certain
temps limité par le pacte, com-
me le Talisman de plomb fondu
par un Caliphe d'Egypte, qui
chassoit autrefois les Crocodi-
les, & qui n'a plus ce pouvoir.
Il dit enfin un mot des Talis-
mans, qui produisent souvent
des effets contraires à leurs fi-
gures & aux vertus prétendues
simboliques, comme celuy qui
se voit en Arabie, qui est la fi-
gure d'un Scorpion, lequel fait
mourir tous les Scorpions &
quelques autres semblables qu'il
rapporte; à quoy je croy qu'il
y auroit quelque chose à repli-
quer. Le Chapitre 10. sur la
vanité de l'observation duPla-
nete, ne contient qu'un simple
renvoy au 5. Livre de la Citéde
Dieu, 6e à deux autres endroits
des Ouvrages de S. Augustin,
& le Pere adjoûte, que quand
bien cesobservations astrales ne
seroient point mauvaises prises
en general, neantmoins celles
des Planetes pour faire desTa-
lismans, font condamnées par
la Faculté de Paris. Dans le
ChapitreII. il passesoussilence
la cinquième condition, préten-
dant qu'elle est suffisamment
détruite par la précedente, 8c.
s'arreste à la derniere, qui est
cette recollectiond'esprit de
l'Ouvrier, qu'il combat&dé-
truit par la fausseté cy dessus,
prouvée de la ressemblance des
figures des Astres imprimées sur
lesTalismans, à la veritable fi-
<?:re de ces mesmes Astres. Il
dét ruit aussi l'induction que l'A-
pologiftetire dela comparaison
de la Femme grosse, qui im-
prime les images des objets sur
le corps de son fruit. Le raison-
nement dont le Pere se sert en
cet endroit, seroit trop long à
rapporter entierement. Il suffit
de dire qu'il prouve que la Fem-
me engendre son semblable, &
que le Sculpteur en cet ouvrage
de ses mains, ne fait pas une ge-
neration, puis qu'il faut que la
generation vienne d'une cause
univoque, que le terme produit
soit vivant, qu'il soit semblable
à son principe; ce qui n'est pas
entre la Beste gravée &leScul-
pteur; que d'ailleurs l'Enfant
danslamatrice est une partie
d- :a M-ere, & un mesme corps
av.c CWIIJ quiluydonnelavie;
& quoy qu'après l'infusion de
l'ame, les Personnes soient difé-
rentes, toutefois les principes
de la nourriture, le fang, & les
humeurs qui entretiennent la
vie animale, procedent d'une
mesmesource, qui est.le corps
de la Mere,c'est pourquoyson
imagination a plus de facilité
d'imprimer les especes sur le
corps de son Enfant, que sur le
sien propre, pour deux raisons.
La premiere,parce que les mem-
bres de l'Enfant à naistre, font
à peu pres comme de la cire
mole, &: ceux de la Mere pres-
que solides &: durs comme de
l'acier en comparaison. La se-
conde raison, parce qu'il se fait
une plus grande abondance
d'humeurs & d'esprits sur l' En-
fant dans la matrice, que sur les
autres parties de la Mere, dont
il rend la raison, & conclud que
c'est donc par un principe na-
turel de génération que la Fem-
me imprime les images de sa
fantaisie sur le corps de son En-
fant, ce qui ne se peut feulement
penser de la confection desTa-
lismans. Le Chapitre12.con-
tient la réfutation desAutheurs
citez par l'Apologiste. Le Pere
prétend prouver par S.Augustin
& par Picq de la Mirandole,
queTrismegiste, le plus Hom-
me de bien de tous ces Autheurs,
estoit neantmoins un insigne
Magicien. Il soûtient en fuite,
que le Livre des Sceaux des Pier-
reries n'est point de Salomon;
&que quand il en feroit, l'on
sçaitassez qu'il avoit perdu tei:
prit de Dieu par l'idolâtrie, &
que Josephe au 8. Livre des An-
tiquitez Judaïques,,déclare net-
tement que Salomon estoit a-
donné à la Magie & aux Scien-
ces qui sontinspirées parle Dé-
iiion- Le Pere fortifie ce témoi-
gnage deJosephe par ceux de
S. Gregoire le Grand, & du
docte Albert. Ildit que pour
ce dernier,il n'y a point d'appa-
rence qu'ayant condamné les
caracteres de Salomon, il ap-
prouve ceux de l'Apologiste,
& qu'en effetil n'a jamais avoüé
que les Dieux tutelaires des
Payens, les Boucliers Romains,
les Sratuës fatales du Palladium
deTroye, fussent desTalismans
innoçens. Il demeure d'accord
que ce grandHomme dans l'e-
xamen des Livresde ceux qui
ontécrit des Caractères & des
Figures astrales, en réfute plu-
sieurs, & en louë quelqu'un,
mais avec cette restriction, que
si ce- Livre contient des condi-
tions superstitieuses inconnuës,
Ildoit estre rejetté; tellement
qu'il a parlé de cette matiere
tres-sobrement,&que cepen-
dantilne laisse pasd'estreblâmé
par Gerson,d'avoir trop incliné
à la superstition en traitant des
Caracteres,& qu'il estdesavoüé
de tous les Théologiens en ce
point. Le Chapitre 13. eu: de
résolutions surleseffets des Ta-
lismans, où aprèsl'objection que
ces effets font réels & non fan-
tastiques lePere répond, que
considérez en leurs matieres &
en leurs figures, ils n'ont aucun
effet au dessus de leur nature,
c'est à dire qu'un Talisman de
cuivre n'a point d'autres pro-
prietez que le cuivremesmes;
maisparcequ'ils font les lignes
d'unpacte avec le Démon ; que
de ces effets merveilleux opérez
par le Démon en veuë de ces
Simulacres, est venuë l'idolâtrie
& la défense que Dieu a faite
de faire des caractères ny au-
cune représentation des choses
du Ciel; ce qui estant posé, la
résolution pour les effets des
Talismans, consiste à sçavoir
ce que peut le Démon, & com-
ment il produit les choses extra-
ordinaires en conséquence du
pade fait avec le Magicien;en
uite dequoy il traite cetteQues-
tion par la science naturelle qui
est demeurée auDémon apres
sa chute,au moyen delaquelle
il a connoissance de toutes les
vertus favorables, & de toutes
les qualitez nuisibles des choses
naturelles; n'ignore point ce
qui peut émouvoir les passions,
èc incliner les affections, & ap-
pliquant les ectifs aux passifs,
peut mettre en effet tout ce qui
est faisable par les Loix de la
Nature. Le 14. Chapitre est
des figures faintes & profanes
des anciensHébreux, & de cel-
les qui sont encore aujourd'huy
dans le Christianisme. Il com-
mence ce Chapitre parlasus-
picion que l'on doit avoir de
Tahel, Ragahel, & Tetel, Au-
theurs qui ne font point avoüez
de ceux de leur Nation, & qu'ils
n'ayent esté de ceux dont parle
Elias Levita,qui faisoient des
caractères abominables, en tuãt
un Homme le premier nay de
sa Famille ; & que quand mes-
mes ils auroient fait leurs figures
Talismaniques d'une maniere
moins noire & exécrable, elle
ne seroit pas pour cela moins
superstitieuse. Il adjoûte, que
parmy les Israëlites il y avoir des
Figures qui avoient des pouvoirs
merveilleux; mais qu'elles es-
toient de deux façons, des divi-
nes inspirées de Dieu, & des
magiques composées par l'inf-
tinct du Démon ; des Téraphins
divins & de diaboliques. Parmy
les premiers, il met ceux de la
privation desquels Osée menace
les Israëlites, & le Serpent d'ai-
rain dressé par Moïse dans le
Desert; réfute l'objection des
Libertins, qui veulent que ce
ne fust qu'unTalisman naturel,
par la raison qu'il estoit directe-
ment opposé aux regles des Ta-
lismans. Parmy les Téraphins
mauvais, il met les Idoles que
Michasfitfondre, que Philon -
Juif dit avoir esté trois Statuës
dejeunes Garçons, trois de jeu-
nesVeaux, avec les figures d'un
Lion, d'un Aigle, d'un Dragon,
&d'une Colombe; que la Co-
lombe découvroit la fidélité ou
infidélité des Femmes;les Sta-
tuës des Garçons avertissoient
les Parens dubien ou dumal
quefaisoient les Enfans,&c. Les
SimulacresdeLaban&le Veau
d'or que le Grand PrestreAaron
fit fondre à l'instance des Israë-
lites, & le Simulachre queJero-
boam fit forger en Samarie, font -
aussimis par le Pere au nombre
des mauvais Téraphins. Il parle
en suite de plusieurs Images qui
font encore aujourd'huy en ve-
nération aux Chrestiens,& qui
font miraculeuses, comme celle
qui se voit à Rome sur le Mou-
choir de Sainte Véronique; un
Portrait de N.Seigneur envoyé
par luy-même auRoyAbagarus,
selon de graves Autheurs citez
par Baronius; un Crucifix fait
par Nicodeme,approuvé par le
septiémeSynode,l'Imagede
N. Dame de Liesse; à quoy il
adjoûte les caractères & les ex-
pressions de l'Image de J. Christ
en l'ame des Fidelles, qui font
quelquefois si vives, qu'elles re-
jallissent au dehors & sur les
corps; par exemple, les Stig-
mates en S.François &en Sainte
Catherine de Sienne; & les fi-
gures de la Croix & autres Ins-
trumens de la Passion, au cœur
de Sainte Catherine de Monte-
falco.Enfin repétant les belles'
paroles de l'Apologiste tou-
chant les deux divins Talismans,
la Croix & le Nom deJesus dont
ille louë, il s'en sert pour prou-
ver d'autant plus que les Talis-
mans des Magiciens font inuti-
les; & apres quelques beaux
traits tirez des Peres enrap-
porte deux pris de l'Histoire
Ecclesiastique, l'undeThéo-
phileEvesqued'Alexandrie,qui
muny du Signe de la Croi &
par l'invocation du Nom de je-
sus,chassaunEsprit malin ren-
fermé dans une StatuëTalisma-
nique,&l'autre,deS.Procope,
qui en renversa trente par les
mesmes armes. Le surplus du
Livre, & la conclusion de l'Au-
theur, ne fournissent pas de ma-
tiere à cet Extrait, que je vou-
drois avoir pû faire plus court.
Fermer
13
p. 173-182
Conversion de M. le Marquis d'Anquitar, [titre d'après la table]
Début :
On continuë à faire grand fruit en France aupres des [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Conversion, Famille, Marquis, Famille d'Antiquar, Vérités catholiques, Controverses, Erreurs, Zèle, Cérémonie, Diocèse, Évêché, Preuves
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. le Marquis d'Anquitar, [titre d'après la table]
fruit en France aupres des
Prétendus RéformezLaconversion
de la Famille entiere
de Mrle Marquis d'Anquitar
en est une marque. Cette Famillen'est
pas moins illustre
par son esprit & par sa vertu,
que parsanoblelle. CeMarquisest
Cousin-germain de
Mela DuctieQe deRichelieu,
1
& allié des meilleuresMaisons
du Royaume. L'exemple de
Mr le Marquis de S. Simon.
aÇûuJJar/
lln1 cp^'ct-
S"'1Ht?
dAnquitarson Fils, qui ab-
- jura icy des l'Eté passé,l'avoit
porte à examiner sérieusement
les veritez Catholiques.
iln-eut pas de peine àen estre
convaincu. Madame la Marquised'Anquitarsa
Femme,
a combatu plus longtemps,
mais enfin les doctes Sermons
du P. Bernard Jesuite,
qui pendanrcouTTAvenc &
le Caresme,a sceu mesler à
propos quelques points de
Controverse aux grandssujets
qu'il a traitez en sa présence
dans l'Eglise de Richelieu,
avec les solidesentretiens,&
les sçavans Ecrits de Mr du
Fresnede la Mission de la mesme
Ville, l'ont entierement
retirée de ses erreurs.Les mouvemens
de la Grace furent si
puissans sur [onefi)rir,qu'ay at
dressé de sa propre maia un
mémoire de tout et qui luy
faisoit le plus dG peine dans sa
Religion, elle le porta ellemesme
auxMinistres dt Loudun.
Elle en revint tres- peu
satisfaite de leurs réponses, &
Mrle Marquisd'Anquitar la
voyant persuadée de ce qu'il
croyoit déjà, dépefcha sur
l'heure un Homme exprés à
Mr l'Evesque de Poitiers. Ce
digne Prélat, detat le zele est
connu de toute la France, par
l'application continuelle qu'il
apporte au gouvernement de
son Diocese, & par le grand
nombre de conversionsqu'il
y a faites, & qu'il y fait encor
tous les jours, n'attendit pas
qu'ileust terminé les grandes
affaires qui l'occupoient à
Poitiers, dans le temps du
Jubilé& de la Semaine Sainte.
Il n'écouta que la voix du
Ciel, & partant le lendemain,
il alla chercher avec une joye
inconcevable cescheres Brébis
égarées pour les ramener
àTon Troupeau. La cérémonie
de cette Abjuration se fit
à Richelieule Samedy21. du
dernier mois, en présence
d'unnôbreinfiny de Spéctateurs.
Mesdemoisellesd'Anquitar
suivirent l'exemple
dun Pere si spirituel & si
pieux, & d'une Mere si éclairée&
si sage. Deux autres
Personnes decemesmeDiocefeabjurèrent
en mesme
temps, &Mr l'Evesque de
Poitiers leur fit à tous une
exhortation si forte & si éloquente,
que s'illeur fust resté
encor quelques doutes, ell
auroit esté capable de les diffi
per entierement. Madame
laMarquise d'Anquitar, es
dela Maison de S.Gelais.
dont elle porte le nom. Cett
Famille est illustre. Melinde
S.-Ge-lais) Abbé de Reclus
Poëte Fort celebre, en estoit
Sonespritlefit beaucoup esti
mer à la Cour des RoysFra
çois I. & Henry II. Il esso.
Fils d'Octavien deS. Ge]
lais, qui estant devenu veuÇj
eut l'Eveschéd'Angoulesme.
Sa raillerie estoit fine, & l'onl
trouvoit sa Poëtie si délicate,
qu'on l'appelloit l'Ovide
François. Beaucoup prétendent
qu'il aitsurpassé Marot.
Ronsard luy donna de lajalousse,
& il en donna aussià
Ronsard. Cependant ils ne
jlaiffoient pas d'avoir grande
estime l'un pour l'autre. Il fut
AumônierôcBMiotequaire
du Roy, & mourut à Paris
en 1554. Son Corps fut enterré
dans l'Eglise de S. Thomas
duLouvre.Onvoitquantité
de Pieces de sa façon.
06jtavien de S. Gelais, Evesque
d'Angoulesme,estoit
Fils de Pierre, Seigneur de
Mont-lieu, & de Philbert
deFontenay. Il succeda
Pierre de Luxembourg à ce
Evesché en 1492. compos
plusieursEcrits, &nefutpa
moins distingué par son cfpri
que parfa naissance. Il estoi
Frere de Jean deS.Gelais
Evesque d'Usés, &Doyer
d'Angoulesme, oùil fit basti
une Chapelle. On y voit le
Tombeau d'Octavien. Ces
deux Freres en avoient un
a.utr»e,quifutCharles de Archidiacre de «Luçon. Ils ont pris leur nom
du Bourgde S. Gelais, de
l'ancienPatrimoine des SeigneursdeLufi~
nan en Poitou.
Aussi ceux de cette Maison
prétendentestre sortis de
celle deLusignan, dont ils
raportent des Preuves tresconvainquantes.
Loüis de
S. Gelais, Baron de la Mothe
S. Heraye, Seigneur de Lansac&
de Precy Chevalier
d'honneur de laReyne Ca-
~therrne de Médicis, & Surifcteèdant
de sa Maison, se
surnomma de Lusignan, &
se servit desPreuves qu'il en
donna pourestrereçeuàrOrdredu
SaintEsprit. Il orna
v J
f
aussi ses Armes dt la Figur
de lacelebre Mélusine clu
prit pour Cimier.MrdeLar
Cac estoit Cadet de cette Ma
son, d'où sont sortis de granc
Hommes.
Prétendus RéformezLaconversion
de la Famille entiere
de Mrle Marquis d'Anquitar
en est une marque. Cette Famillen'est
pas moins illustre
par son esprit & par sa vertu,
que parsanoblelle. CeMarquisest
Cousin-germain de
Mela DuctieQe deRichelieu,
1
& allié des meilleuresMaisons
du Royaume. L'exemple de
Mr le Marquis de S. Simon.
aÇûuJJar/
lln1 cp^'ct-
S"'1Ht?
dAnquitarson Fils, qui ab-
- jura icy des l'Eté passé,l'avoit
porte à examiner sérieusement
les veritez Catholiques.
iln-eut pas de peine àen estre
convaincu. Madame la Marquised'Anquitarsa
Femme,
a combatu plus longtemps,
mais enfin les doctes Sermons
du P. Bernard Jesuite,
qui pendanrcouTTAvenc &
le Caresme,a sceu mesler à
propos quelques points de
Controverse aux grandssujets
qu'il a traitez en sa présence
dans l'Eglise de Richelieu,
avec les solidesentretiens,&
les sçavans Ecrits de Mr du
Fresnede la Mission de la mesme
Ville, l'ont entierement
retirée de ses erreurs.Les mouvemens
de la Grace furent si
puissans sur [onefi)rir,qu'ay at
dressé de sa propre maia un
mémoire de tout et qui luy
faisoit le plus dG peine dans sa
Religion, elle le porta ellemesme
auxMinistres dt Loudun.
Elle en revint tres- peu
satisfaite de leurs réponses, &
Mrle Marquisd'Anquitar la
voyant persuadée de ce qu'il
croyoit déjà, dépefcha sur
l'heure un Homme exprés à
Mr l'Evesque de Poitiers. Ce
digne Prélat, detat le zele est
connu de toute la France, par
l'application continuelle qu'il
apporte au gouvernement de
son Diocese, & par le grand
nombre de conversionsqu'il
y a faites, & qu'il y fait encor
tous les jours, n'attendit pas
qu'ileust terminé les grandes
affaires qui l'occupoient à
Poitiers, dans le temps du
Jubilé& de la Semaine Sainte.
Il n'écouta que la voix du
Ciel, & partant le lendemain,
il alla chercher avec une joye
inconcevable cescheres Brébis
égarées pour les ramener
àTon Troupeau. La cérémonie
de cette Abjuration se fit
à Richelieule Samedy21. du
dernier mois, en présence
d'unnôbreinfiny de Spéctateurs.
Mesdemoisellesd'Anquitar
suivirent l'exemple
dun Pere si spirituel & si
pieux, & d'une Mere si éclairée&
si sage. Deux autres
Personnes decemesmeDiocefeabjurèrent
en mesme
temps, &Mr l'Evesque de
Poitiers leur fit à tous une
exhortation si forte & si éloquente,
que s'illeur fust resté
encor quelques doutes, ell
auroit esté capable de les diffi
per entierement. Madame
laMarquise d'Anquitar, es
dela Maison de S.Gelais.
dont elle porte le nom. Cett
Famille est illustre. Melinde
S.-Ge-lais) Abbé de Reclus
Poëte Fort celebre, en estoit
Sonespritlefit beaucoup esti
mer à la Cour des RoysFra
çois I. & Henry II. Il esso.
Fils d'Octavien deS. Ge]
lais, qui estant devenu veuÇj
eut l'Eveschéd'Angoulesme.
Sa raillerie estoit fine, & l'onl
trouvoit sa Poëtie si délicate,
qu'on l'appelloit l'Ovide
François. Beaucoup prétendent
qu'il aitsurpassé Marot.
Ronsard luy donna de lajalousse,
& il en donna aussià
Ronsard. Cependant ils ne
jlaiffoient pas d'avoir grande
estime l'un pour l'autre. Il fut
AumônierôcBMiotequaire
du Roy, & mourut à Paris
en 1554. Son Corps fut enterré
dans l'Eglise de S. Thomas
duLouvre.Onvoitquantité
de Pieces de sa façon.
06jtavien de S. Gelais, Evesque
d'Angoulesme,estoit
Fils de Pierre, Seigneur de
Mont-lieu, & de Philbert
deFontenay. Il succeda
Pierre de Luxembourg à ce
Evesché en 1492. compos
plusieursEcrits, &nefutpa
moins distingué par son cfpri
que parfa naissance. Il estoi
Frere de Jean deS.Gelais
Evesque d'Usés, &Doyer
d'Angoulesme, oùil fit basti
une Chapelle. On y voit le
Tombeau d'Octavien. Ces
deux Freres en avoient un
a.utr»e,quifutCharles de Archidiacre de «Luçon. Ils ont pris leur nom
du Bourgde S. Gelais, de
l'ancienPatrimoine des SeigneursdeLufi~
nan en Poitou.
Aussi ceux de cette Maison
prétendentestre sortis de
celle deLusignan, dont ils
raportent des Preuves tresconvainquantes.
Loüis de
S. Gelais, Baron de la Mothe
S. Heraye, Seigneur de Lansac&
de Precy Chevalier
d'honneur de laReyne Ca-
~therrne de Médicis, & Surifcteèdant
de sa Maison, se
surnomma de Lusignan, &
se servit desPreuves qu'il en
donna pourestrereçeuàrOrdredu
SaintEsprit. Il orna
v J
f
aussi ses Armes dt la Figur
de lacelebre Mélusine clu
prit pour Cimier.MrdeLar
Cac estoit Cadet de cette Ma
son, d'où sont sortis de granc
Hommes.
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Résumé : Conversion de M. le Marquis d'Anquitar, [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion au catholicisme de la famille du Marquis d'Anquitar, une famille distinguée par son esprit, sa vertu et sa noblesse. Le Marquis, cousin germain de la Duchesse de Richelieu et allié des plus grandes familles du royaume, fut influencé par la conversion préalable de son fils. Madame la Marquise d'Anquitar, après une résistance initiale, fut convaincue par les sermons du Père Bernard Jésuite et les écrits de Monsieur du Fresne de la Mission de Richelieu. Elle rédigea un mémoire de ses doutes religieux et le soumit aux ministres de Loudun, bien qu'elle n'en fût pas entièrement satisfaite. Le Marquis, voyant sa femme convaincue, envoya un émissaire à l'évêque de Poitiers, réputé pour son zèle et ses nombreuses conversions. L'évêque se rendit à Richelieu pour ramener les convertis. La cérémonie d'abjuration eut lieu le 21 du dernier mois en présence de nombreux spectateurs. Les filles du Marquis, ainsi que deux autres personnes du même diocèse, suivirent l'exemple de leurs parents. Madame la Marquise d'Anquitar appartient à la maison de Saint-Gelais, une famille illustre ayant produit des figures marquantes dans les domaines littéraire et religieux, comme Octavien de Saint-Gelais, évêque d'Angoulême et poète célèbre sous les règnes de François Ier et Henri II.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 8-148
TRAITÉ DE LA POURPRE.
Début :
En vous envoyant dans le dernier Extraordinaire le Discours que vous / Pour rapporter avec quelque sorte de méthode ce que j'ay [...]
Mots clefs :
Pourpre, Teinture, Couleur, Livre, Robe, Pline, Rouge, Empereur, Usage, Riche, Grand, Laine, Magistrats, Rois, Nom, Rome, Privilège, Précieux, Écarlate, Vie, Romains, Honneur, Enfants, Ornement, Prêtres, Prix, Invention , Substance, Cher, Auteur, Empire, Chevaliers, Peuple, Effet, Confection, Sang, Noble, Armée, Habits, Cérémonie, Plutarque, Martial, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ DE LA POURPRE.
Envomenvoyantdansledernier
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
Fermer
Résumé : TRAITÉ DE LA POURPRE.
Le texte examine les origines légendaires et la production de la teinture pourpre, une couleur prestigieuse. Selon diverses légendes, Hercule ou un berger aurait découvert cette teinture après avoir observé un animal teinté par un coquillage. Pline attribue l'invention aux Lydiens. La matière première est un mollusque marin dont la liqueur vermillon est extraite après les jours caniculaires ou au printemps. La teinture est obtenue en traitant les mollusques pour extraire leur sang, mélangé avec du sel et bouilli dans des chaudrons de plomb. Il existe trois types principaux de teintures pourpre : la 'Purpura ignea', la 'Amethystina' et la 'Purpura carulea'. La méthode de teinture s'est perdue, remplacée par des teintures à base de graine de kermès ou de cochenille. La pourpre était principalement produite à Tyr, Cyzique, Hermione et Sparte, et strictement réglementée. Elle symbolisait l'autorité et l'honneur, utilisée pour les robes impériales et les commandements militaires. Dans la religion juive, elle était utilisée pour les vêtements sacrés. Les Romains respectaient cette sainteté et l'utilisaient également dans les vêtements ecclésiastiques chrétiens et chez les nations idolâtres. La pourpre était omniprésente dans les contextes religieux et politiques de l'Antiquité. Elle était utilisée dans les robes sacerdotales et les vêtements officiels des magistrats et dignitaires. Les empereurs romains adoptaient la pourpre comme symbole de pouvoir impérial. La pourpre servait aussi de signal dans les armées, comme l'Oriflame, un étendard historique français, et le labarum, étendard impérial romain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 3-29
DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
Début :
Les Phéniciens, au raport de Julius Pollux, attribuent l'invention de [...]
Mots clefs :
Pourpre, Extraordinaire, Écarlate, Couleur, Mer, Teinture, Robe, Poisson, Écailles, Pline, Manière, Empereur, Romains, Aristote, Draps, Livre, Saints, Triomphe, Robes
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texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
DE L'ORIGINE DE LA
Pourpre , de l'usage qu'en ont
faitles Anciens, &defadi
férence avecl'Ecarlate.
LEsPhéniciens,auraportde
Julius Pollux , attribuent
l'invention de faire la Pourpre
àHercule , quivintchez eux ac
compagné d'une Fille nommée
Tyro,laquelle ſepromenant ſur
A ij
し
4 Extraordinaire
le borddela Mer, vit un Chien
qui dévoroitunPourpreavecfu
reur. Lefangde cePoiffondon
na unecouleur ſivive, &fiécla.
tante aux lévres du Chien , que
cette Fille réſolutd'aborddede
mander àſon Amant une Robe
1
de cette meſme teinture. Her
cule en ayant eſté prié, ne man.
qua pas de faire peſcher dans
1
tous les lieux voiſins un grand
nombre de ces Poiſſons , pour
faire préſent àſaMaiſtreſſed'une
belleRobe teintedu ſangde ces
pauvres Animaux,quicommen
cerentalorsde perdre la viepour
fatisfaire à la vanité des Hom
mes. On ſeſervoitautrefois de
trois fortes dePoiffonspour faire
cette teinture ſi riche & fi efti
mée, des Murex, des Conchi
duMercureGalant. S
lions, &des Pourpres. Les Poif.
fons que les LatinsappellentMu
rex, ſervoientnonſeulementpour
faire la Pourpre, mais auſſi onles
ſervoit àTable dans les Feſtins
les plus magnifiques, & les plus
ſomptueux; & lePrincedesFai.
ſeursd'Epigrammes 1. 13. les fait
parler encestermés.
Sanguine denoſtrotinctasingrate
lacernas
Induis, &non efthocfatis, esca
fumus.
LesConchilions efſtoient des
petits Poiffons à écailles , qui
avoient le beclong,&fortdifé.
rent de celuy des Pourpres, qui
eſtoitdefigureronde.
HorumegononfugiamConchylia.
Fuven.Sat.3.
Ariftote Hift. Anim. l. s. c.15.
Aiij
1
t
Extraordinaire
(
6
dit que les Pourpres vivoient
d'ordinaire fix ou fept ans, &
qu'ils demeuroient cachez du
rant trentejours au temps de la
Canicule. Nous liſonsdans Pline
1. 9. c.36. qu'ilss'aſſembloient au
commencement du Printemps,
&queſefrotantles uns contre
les autres,ils rendoient une cer
tainehumeurviqueuſe ,&gluan.
tecommede lacire. Ils avoient
aumilieuducol une petite veine
blache,d'où ſortoit cette liqueur
ſi eſtimée pour la teinture des
i
Draps; maisil falloitles prendre
envie, car ils perdoientenmou.
rant cette admirable vertu. Les
Habitans de Tyr, fort habiles
en ce meſtier, tiroient les plus
gros Pourpres , pour les faigner
hors de leurs écailles, mais ils
*
duMercureGalant.
7
preſſoientles plus petits avecdes
meulesàhuilepourleur faire ren.
drecetteprétieuſehumeur. Leur
langue quiestoit de la longueur
d'undoigt,eſtoitſi dure, qu'ils en
perçoient les écailles des autres
Poiffons , qui leur fervoientde
nourriture. Ariftote Hift.Anim.
1. 8. c. 19. affurequede fon temps
on les faifoit mourir en eau
douce,oudans quelqueRiviere,
parce qu'ils auroient bien vé.
cuencorcinquantejours de leur
feule ſalive. Ileſtoitdedeuxfor.
tes dePourpres. Les uns qui a
voient le bec rond&unpeu_ou
vert àcoſté , eſtoient preſque
ſemblables à un Cornet , d'où
vientqu'onles appelloitCornets
deMer. Ceux-la eſtoient toû
jours attachez aux Rochers , où
A inj
7
8
Extraordinaire
ils eſtoient pris pas lesPeſcheurs.
Les autres qui avoient le bec
comme un tuyau creuſé, ef
toient entourez de ſept petites
pointes que les Cornets de Mer
n'avoient pas. Aureſte la Pef
chede cesPoiffons ſe faisoit du
rant lesjours Caniculaires , mais
l'ony réüſſiſſoit mieux lorsqu'on
la diferoit juſqu'au commence
ment du Printemps. Les deux
plusgrandsGéniesdelaNature,
Ariftote & Pline, nous appren
nent comment ons'y prenoit.
OnſeſervoitdepetitsFiletstres
clairs, où l'on mettoit des Poif
fons appellez Moules , qui eſtant
à demy morts ouvroient leurs
écaillesdansla Mer, oùlesPour
presles alloient inſulter par leurs
piqûres importunes. Ceux-là ſe
9
ſentant attaquez, fermoientleurs
duMercureGalant.
écailles, &oſtoientpar cemoyen
àleursEnnemisla liberté des'é.
chaper. Apres qu'onavoitpef
ché de cette maniere un affez
grand nombre de ces Poiffons,
on travailloit à la teinturede la
Pourpre de la façon que Pline
1. 9. c. 38. l'a écrit. Onpiloit les
écailles des petits Pourpres , car
on ne prenoit la chair quedes
gros. On lavoit bien celaavec
une eau tres-claire. On faifoit
enfuite tremperle tout avec du
Sel durant trois jours , mettant
ſur chaque quintal de Tein
ture une livre huit onces de
Sel. On avoitdegrandesChau
dieres de Plomb, dans chacune
deſquelles on metroit unquintal
&demy deTeinture préparée,
10
Extraordinaire
qu'onfaifoit cuire lentementpar
le moyend'un petitTuyau, qui
répondoit à la Chaudiere, la
quelleestoit fort éloignéedu feu,
de peurque laTeinture ne cou
ruſt riſquedeſebrûler. Il falloit
cependantécumer&nettoyer la
chair, qui reſtoit aux veines des
Pourpres, Enfinapresavoirlaiſſe
pendant dix jours la Chaudiere
encetétat, onymettoitlaLaine
bienpréparéejuſquesà cequ'elle
euſt la couleur qu'on deman
doit, d'où l'ayant tirée encor,
on la cardoit, puis on la remet
toit pourluy faire boire entiere
rementla Teinture. LesCornets
deMerſeulsnetenoientpasaffez
leur couleur , mais les Pourpres
dehaute Merappellé Pelagia ef
cantdecouleurnoire,dõnoient le
.
duMercureGalant.
luſtre àlateinture &cette couleur
triſte qui estoit neceſſaire pour
faire unetres-belle Pourpre. Les
Tyriensneſeſervoient quedeces
Pourpres, &avantqueleurTein.
ture tiraſt ſurle vert , ilsjettoient
lalaine dedans , pour la mettre
enſuite dans une Chaudiere où
eſtoitlaTeinture des Cornets de
Mer. Cette Pourpreneantmoins
a remporté le prix, &a eſté de
tout temps plus eſtimée qu'au
cune des autres; d'où vient que
Tyr fut autrefois appelléSarra,
comme le ditAulugelle 1. 14.c.
16. du nom du Poiſſon que les
Latins appellent Murex ou Sar,
&laPourpremeſmeeſtoitappel
léeSarranumOftrum.
Utgemmå bibat & Sarrano dor
miat Oftro. Virg. 2. Georg.
Extraordinaire
12
Sive erit in Tyriis , Tyrios laudabis
C'eſtoit autrefois un Employ
amictus. Ovid. 2. deArte.
ſi conſidérable à Tyr , d'avoir
ſoinde fairefaire laPourpre, que
l'Empereurvoulant récompenfer
d'une maniere particuliere un
Preſtre d'un tres-grand mérite
nommé Dorothée, illuydonpa
cetteCommiffion, au raport de
Nicéphore CallixteauChapitre
35. du Livre 6. de ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique. Il y avoit de la
Pourpre qui gardoit ſa couleur
juſques à deux censans. Plutar
quemeſmeditdanslaVied'Alé
xandre le Grand, que ce Con
1.
quérant ayant pris la Ville de
Jules , trouva dans la Maiſon
des Roys pour cinq mille Ta
lens dePourpre Hermionique,
duMercureGalant. 13
dontla couleur eſtoit auſſi vive,
&auſſi éclatante que ledernier
jourdeſa teinture , cequiestoit
ordinaire lorsque la rougeeſtoit
teinte dumiel,&lablancheavec
de l'huile de cette couleur. Vi
truve l. 7. c. 13 ditquelesPour
presétoientdecouleurdiférente,
ſelon ladiverſe ſituation desPaïs
oùils eſtoient pris. Ceux qu'on
peſchoit dans la Merde Phéni
cie, eſtoient rouges , au lieu que
ceuxqu'ontrouvoitfurlesCoſtes
d'Afrique, ſervoientàteindre la
Pourpre violete, que Cornelius
Népos qui mourut du tempsde
l'Empereur Auguſte , dit avoir
eſtéenvoguedurant ſajeuneſſe.
La PourpredeTyrappelléeDiba
pha,àcauſedeſadoubleteinture,
ſevendoit deux cens cinquante
14
Extraordinaire
Ecus la livre ; & fept cens ans
apreslaFondationdeRome,Pu
blius Lentulus Spinter futblâme
dece qu'ilen portoitune longue .
Robelors qu'ileſtoitjeune. Pline
1.9.c.39.nousaſſurequelaPour
preaeſtéde touttemps enuſage
parmy les Romains. En effet, il
eſt vrayque leur premier Roy
s'en fervitd'aborddansſonMan
teauRoyal.
Pulcher&humanomajorhabeâque
decorus,
Romulus. Ovid. 2. Faft.
Tullus Hoftilius fut le pre
mier quien porta une longeRo
bebrochéd'écarlate,apres avoir
remporté une ſignalée Victoire
fur lesPeuplesd'Etrurie. Florus
au Chapitre s. duLivre premier
de l'Hiſtoire Romaine, dit que
duMercureGalant.
Tarquinius Prifcus ordonna que
les Enfans des plus illuftres Fa
IS
milles portaffent unelongueRo
bebordéedePourpre, quiestoit
auſſi l'Habit ordinaire des Per
ſonnesdegrandequalité,cartout
lemonde ſçaitque lePhiloſophe
Porphyre fut ainſi appellé, à
cauſedela RobedePourprequ'il
portoit, comme eſtant forty
d'une noble&puiſſanteFamille.
Malchuseſtoit ſon premiernom.
Ilétudiafous Photinus àRome,
avec Origéne & Amélius ſes
Condiſciples ,dutempsde l'Em.
pereur Aurélien. Socrate 1.7.c.
2. ditde luyqu'ayanteſté battuà
Céſaréeparquelques Chrêtiens,
il compoſa par dépit quinze Li.
vrescontre noſtreReligion,auf
quels Méthodius , Eufebe , &
6
Extraordinaire
Apollinaire , répondirent par
trente Livres Apologetiques. Le
Mauvais-riche eſtoit habillé de
Pourpre & de fin Lin , Eratho
mo dives qui induebatur Purpura
&byſſo. Luc. c. 16. Je ſçay bien
que Nicéphore Callixte Hiſtoi
re Eccleſiaſtique l. 1. c. 26. met
cette Hiftoire au rang des Para
bolesde NoftreSeigneur, &que
Saint Grégoire le GrandHom.
inEvang. croitque l'abondance
duMauvais-richenousdoit faire
entendre le bonheur du Peuple
Juif, &que la pauvreté du La
zare nous marque la mifere des
Gentils; mais je ſçay bien auſſi
qu'on peut inférer de là, qu'a
lors les Gens riches &dehaute
naiſſance avoient coûtume de
porterdes Habits de cettecou
duMercureGalant.
17
leur. LaRobede Pourpreeſtoit
autrefois la marque des Séna
teurs Romains,témoin ceVers
deMartial.
DiviſitnoftrasPurpuraveftratogas.
Ilss'en ſervoient dans les Sa
crificespublics& folemnels, par
cequ'ilss'imaginoient qu'elle ne
contribuoit pas peuà appaiſer la
colere des Dieux. On chantoit
des Vers à Rome,dont le ſens
eſtoit,Jules CésarmenelesGaulois
en triomphe. Ils ont quitté leurs
Sayespourprendreles Robesde Pour.
predes Sénateurs. Suétoneraporte
que l'EmpereurAuguſteprenant
la Robe virile, celle qu'il avoit
s'ouvrit de deux coſtez , & luy
tomba à ſes pieds,&alors les
Devins prirent cela pour augure
que l'Ordredes Sénateurs, donc
B
Q.deJuillet1682.
18
Extraordinaire
la Robe de Pourpre eſtoit la
marque , luy ſeroitun jourſoû
mis. Tibere voulant dégrader un
Sénateur , luy oſta la Robede
Pourpre, parce qu'il eſtoit allé
demeurer endesJardinsaux Ca
lendesdeJuillet, afin quecejour-de terme eſtant paſſe il loüaſt
une Maiſon àmeilleur marché.
L'Empereur Domitien préſidoit
ſouvent aux Jeux en Robe de
Pourpre. Ilajoûtameſme aura
port de Suétone', deux bandes
auxquatre anciennes des Jeux
duCirque, dontl'uneavoitpour
Livrée leDrap doré , & l'autre
celuyde Pourpre. Le Roy Pto
lomée eſtant venu au Theatre
poury voir repréſenter lesJeux
que Caligula donnoitau Peuple,
ilattira d'abord les yeux de tout
duMercureGalant.
19
lemonde , à cauſede ſon Man
teau Royal , dont la Pourpre
jettoit un figrand éclat , que ce
⚫ cruel Empereur le fit mourir
aufli toft pour cetteſeuleraiſon.
Les Empereurs, &lesCapitaines
qui devoient avoir l'honneur du
Triomphe , entre-laçoient la
Pourpre parmy l'or dans leurs
Habits; &Plutarque écrit dans
laVie de Marcus-Craffus, que
ceCapitaine ayant pris unMan
teau noir pour baranguer ſes
Soldats , au lieu de prendre la
RobedePourpreſelonlacoûtu
medesRomains , illequita d'a
bord àlaperfuafiondeſesAmis.
Sext. Pompée Fils du grand
Pompée , ayant remporté une
glorieuſe Victoire ſur Mer , prit
dans un Triomphe un Manteau
Bij
20
Extraordinaire
bleu, parcequ'il eſtoitdela cou
leurde la Mer, aulieud'en pren
dre unde Pourpre à la maniere
des Romains. Comme dit Ful
gofius 1. 3. c. 6. les Robes de
Pourpre couſtoient ſi cher , que
les Empereurs par politique ou
paravarice, endéfendoientquel.
quefois l'uſage ; & Jules Céfar
nele permit qu'auxPerſonnesde
certain âge, de certaine qualité,
&meſmeencorà certainsjours;
&Néron, quoy qu'il euſt des
filets dorez dont les cordes ef
toient teintes en Ecarlate, dé
fendit pourtant l'uſage de la
Pourpre, &mefmeil reprit avec
aigreur un Homme qui enven
ditquelques onces enunjourde
Foire , & fit mettre en priſon
tous les Marchands qui en a
duMercureGalant.
21
voient acheté. Il alla encorplus
avant , car unjour ayant remar
qué au Spéctacle uneDame vé
⚫ tuë de Pourpre, auſſi-toſt illa fit
prendre, & ne la dépoüilla pas
ſeulementdeſaRobe,mais encor
detousfesBiens.
Au reſteles Romains ſeuls ne
ſe ſervirent pas des Robes de
Pourpre, mais elles furent auffi
enuſage chezlesautresNations.
Les Athéniens meſme en por
toient, commel'aſſure Elian1. 4.
deVar. Hift. & Sabinus 1. 8. c.7.
dit que les Toſcans en uſoient
aufſi. Les Empereursde la nou
velleRome, faisoientunſigrand
cas de la Pourpre, qu'ils ne ſe
contentoient pas d'avoir les Ha
bitsImpériaux de cette couleur,
mais ils s'en ſervoient auffipour
22
Extraordinaire
écrire , &les Impératrices fai
foient leurscouches dans l'Apar
tement de Porphire, qui ſe ren
controit le premier en entrant
par la Porte de la Marine du
grand Palaisdu coſté de laPro
pontide, d'où leurs Enfans ef
toient appellez Porphirogenites
ou Porphirogennetes. Les Car
dinaux commencerentdeporter
laPourpredutemps duPape In
nocent IV.qui laleur fitprendre
dans leConciledeLionl'an1205.
pourmarquedeleur dignité, &
de l'obligation qu'ils avoient de
perdre meſmelaviepourlacauſe
deDieu&de fonEgliſe, princi
palement dans laperſécutionde
l'Empereur Frideric, quifut ex
communićdans ceConcile pour
laquatrićmefois.
duMercureGalant. 23
LesGrecs appellent Coccos la
grained'Ecarlate;d'où vientque
Ardenti Cocco radiare, ſe dit d'un
Hommequi eſtmagnifique, &
propredans ſes Habits.
Etcontraardenti radiabat Scipio
Cocco. Silius l.s.
Pline 1. 16.c. 8.ditqu'elles'ap
pelle auffi Cufculium , & qu'elle
vient au bout des queuës où ſe
tiennent les feuilles du Chefne
vert. On l'apelle Vermillon en
Languedoc. Il y en a meſme
beaucoupdanspluſieurs endroits
decetteProvince, oùlespauvres
Gens la cueïllent avec grand
foin. Elle ſeditenArabeKermes,
d'oùeſt venu lemot deCramoi
fy. Elle naiſt en Galatie , en
Afrique , en Pifidie, en Cilicie,
&furtoutenEſpagne dans l'E
ハ
Extraordinaire
24
ſtramadure aupres de Mérida,
Celle qu'on trouve dans l'Iſlede
Sardaigne n'eſt pas fort eſtimée.
Aureſteonne ladoit cueillir ny
troptoſt, nytroptard; car fielle
n'eſt qued'une année, la couleur
eneſttrop foible ; ſi ellea paſſé .
quatre ans, elleaperdu ſa force
&ſavertu. Sonécorce s'appelle
proprementgrained'Ecarlate, &
ſamoüelleeſtlefin Paſtel d'Ecar
late. L'écorce fournit plus de
teinture , mais la moüelle fait la
véritable Ecarlate. Quand on
veutſeſervir de cettegraine , on
lave premierement les Draps
dans l'eau ſeûre faite d'eau de
Riviere bien nette, d'Agaric &
deSon;puisony jette l'Arſenic
avec l'Allun pour les dégraiffer
afin qu'ils boivent bien laTein
ture
duMercureGalant.
25
ture qu'onleurdonneapres cela
avec le pur Paſtel. On vuide
enfuite laChaudierede cettepre
miere eau, &onlaremplit d'eau
claire, y mettant du Paſtel &de
l'Agaric. La Gomme d'Arabie
la rend plus rouge. La Coupe
rofe & le Brefil font un faux
Cramoify. Les Cramoiſys rou
ges qu'on fait ſur les Laines eny
meſlant de la Cochenille qui
vient desIndes , ſe font à peu
présdelameſmefaçon. Au reſte
il eſt certain qu'il y a des Eaux
les unes meilleuresqueles autres.
Il y en aqui enyvrent tellement
les Laines, qu'elles reçoivent fort
bienlesTeintures , & les retien
nent tres-longtemps fansſe dé.
charger. Les autres dégraiffent
les Draps d'une maniere toute
Q.deJuillet1682.
C
26
Extraordinaire
particuliere , & d'ordinaire les
Teintures ſonteſtimées àpropor
tion des Eauxqu'onemployeàles
faire. La Riviere des Gobelins,
outre qu'elle donnela comodité
de faire de grands Réſervoirs &
lesplusbeauxCanauxdumonde,
remplis d'une eau vive & tres
claire,a cette admirable vertu de
teindre en Ecarlate, cequidonne
àlaFrancedequoy dédommager
toute la Terre de laperte qu'on
a faite de l'invention de faire la
Pourpre. Cette Riviere eſt au
Fauxbourg de Paris aupres de
Gentilly, où l'on tint autrefois
unConcileſous le Regne dePe
pin , avec le conſentement du
Pape Paul I. pour y examiner le
diférent qu'il y avoit alors entre
les deux Eglifes , fur leſujet des
duMercureGalant.
27
Images , & de la Proceffion du
Saint Eſprit. Enfin iln'est pas
fort difficile de voir la diférence
qu'il y a entre la Pourpre &l'E
carlate, puisqu'onſeſervoitpour
faire celle-là de Poiffons qu'on
ne trouve plus , & qu'on em
ploye pour celle-cy des Graines
qu'ontrouve dans pluſieurs en
droitsduMonde ; mais voicyсе
quileureftcommun. On ſe ſert
aujourd'huy de l'Ecarlate pref
que dela meſmemaniere qu'on
ſe ſervoitautrefoisde laPourpre;
car, commeleGrandPontife,les
Preſtres , & tous ceuxqui facri
fioient aux faux Dieux, portoient
des Robes de Pourpre, ainſi les
Princes de l'Eglife & les Cha
noines depluſieurs Chapitres de
France en portent d'Ecarlate,
Cij
28
Extraordinaire
lors qu'ils fervent à l'Autel du
vray Dieu. Comme les Empe
reurs eftoient autrefois veſtus de
Pourpre , de mefme aujourd'huy
les Roys & les Souverains ont
des Habitsdecettecouleur,pour
briller avec plusd'éclat aux yeux
de leursSujets ; &commelesSé.
nateurs portoient autrefois la
Robe de Pourpre, tout de mef
me à preſent les Préfidens, &
les Conſeillers des Cours Souve
raines, portent une Robed'Ecar
late qui les diftingue des Offi
ciers des Cours fubalternes ,juf
ques-làmeſme que laMeſſe qui
ſe dit la Feſte de Saint Martinà
l'ouverture du premier Parle
mentdu Royaume, s'appelle la
Meffe rouge, parceque les prin
çipauxMembres de cet auguſte
duMercureGalant. 29
Corpsfonthabillez decette cou
leur; & cela eſt ſi honorable,
queplufieurs Cours ne pouvant
eſtre Souveraines,font tousleurs
efforts pour avoir le Privilege de
porter la Roberouge,qui en eft
lamarque, &lecaractere.
Pourpre , de l'usage qu'en ont
faitles Anciens, &defadi
férence avecl'Ecarlate.
LEsPhéniciens,auraportde
Julius Pollux , attribuent
l'invention de faire la Pourpre
àHercule , quivintchez eux ac
compagné d'une Fille nommée
Tyro,laquelle ſepromenant ſur
A ij
し
4 Extraordinaire
le borddela Mer, vit un Chien
qui dévoroitunPourpreavecfu
reur. Lefangde cePoiffondon
na unecouleur ſivive, &fiécla.
tante aux lévres du Chien , que
cette Fille réſolutd'aborddede
mander àſon Amant une Robe
1
de cette meſme teinture. Her
cule en ayant eſté prié, ne man.
qua pas de faire peſcher dans
1
tous les lieux voiſins un grand
nombre de ces Poiſſons , pour
faire préſent àſaMaiſtreſſed'une
belleRobe teintedu ſangde ces
pauvres Animaux,quicommen
cerentalorsde perdre la viepour
fatisfaire à la vanité des Hom
mes. On ſeſervoitautrefois de
trois fortes dePoiffonspour faire
cette teinture ſi riche & fi efti
mée, des Murex, des Conchi
duMercureGalant. S
lions, &des Pourpres. Les Poif.
fons que les LatinsappellentMu
rex, ſervoientnonſeulementpour
faire la Pourpre, mais auſſi onles
ſervoit àTable dans les Feſtins
les plus magnifiques, & les plus
ſomptueux; & lePrincedesFai.
ſeursd'Epigrammes 1. 13. les fait
parler encestermés.
Sanguine denoſtrotinctasingrate
lacernas
Induis, &non efthocfatis, esca
fumus.
LesConchilions efſtoient des
petits Poiffons à écailles , qui
avoient le beclong,&fortdifé.
rent de celuy des Pourpres, qui
eſtoitdefigureronde.
HorumegononfugiamConchylia.
Fuven.Sat.3.
Ariftote Hift. Anim. l. s. c.15.
Aiij
1
t
Extraordinaire
(
6
dit que les Pourpres vivoient
d'ordinaire fix ou fept ans, &
qu'ils demeuroient cachez du
rant trentejours au temps de la
Canicule. Nous liſonsdans Pline
1. 9. c.36. qu'ilss'aſſembloient au
commencement du Printemps,
&queſefrotantles uns contre
les autres,ils rendoient une cer
tainehumeurviqueuſe ,&gluan.
tecommede lacire. Ils avoient
aumilieuducol une petite veine
blache,d'où ſortoit cette liqueur
ſi eſtimée pour la teinture des
i
Draps; maisil falloitles prendre
envie, car ils perdoientenmou.
rant cette admirable vertu. Les
Habitans de Tyr, fort habiles
en ce meſtier, tiroient les plus
gros Pourpres , pour les faigner
hors de leurs écailles, mais ils
*
duMercureGalant.
7
preſſoientles plus petits avecdes
meulesàhuilepourleur faire ren.
drecetteprétieuſehumeur. Leur
langue quiestoit de la longueur
d'undoigt,eſtoitſi dure, qu'ils en
perçoient les écailles des autres
Poiffons , qui leur fervoientde
nourriture. Ariftote Hift.Anim.
1. 8. c. 19. affurequede fon temps
on les faifoit mourir en eau
douce,oudans quelqueRiviere,
parce qu'ils auroient bien vé.
cuencorcinquantejours de leur
feule ſalive. Ileſtoitdedeuxfor.
tes dePourpres. Les uns qui a
voient le bec rond&unpeu_ou
vert àcoſté , eſtoient preſque
ſemblables à un Cornet , d'où
vientqu'onles appelloitCornets
deMer. Ceux-la eſtoient toû
jours attachez aux Rochers , où
A inj
7
8
Extraordinaire
ils eſtoient pris pas lesPeſcheurs.
Les autres qui avoient le bec
comme un tuyau creuſé, ef
toient entourez de ſept petites
pointes que les Cornets de Mer
n'avoient pas. Aureſte la Pef
chede cesPoiffons ſe faisoit du
rant lesjours Caniculaires , mais
l'ony réüſſiſſoit mieux lorsqu'on
la diferoit juſqu'au commence
ment du Printemps. Les deux
plusgrandsGéniesdelaNature,
Ariftote & Pline, nous appren
nent comment ons'y prenoit.
OnſeſervoitdepetitsFiletstres
clairs, où l'on mettoit des Poif
fons appellez Moules , qui eſtant
à demy morts ouvroient leurs
écaillesdansla Mer, oùlesPour
presles alloient inſulter par leurs
piqûres importunes. Ceux-là ſe
9
ſentant attaquez, fermoientleurs
duMercureGalant.
écailles, &oſtoientpar cemoyen
àleursEnnemisla liberté des'é.
chaper. Apres qu'onavoitpef
ché de cette maniere un affez
grand nombre de ces Poiffons,
on travailloit à la teinturede la
Pourpre de la façon que Pline
1. 9. c. 38. l'a écrit. Onpiloit les
écailles des petits Pourpres , car
on ne prenoit la chair quedes
gros. On lavoit bien celaavec
une eau tres-claire. On faifoit
enfuite tremperle tout avec du
Sel durant trois jours , mettant
ſur chaque quintal de Tein
ture une livre huit onces de
Sel. On avoitdegrandesChau
dieres de Plomb, dans chacune
deſquelles on metroit unquintal
&demy deTeinture préparée,
10
Extraordinaire
qu'onfaifoit cuire lentementpar
le moyend'un petitTuyau, qui
répondoit à la Chaudiere, la
quelleestoit fort éloignéedu feu,
de peurque laTeinture ne cou
ruſt riſquedeſebrûler. Il falloit
cependantécumer&nettoyer la
chair, qui reſtoit aux veines des
Pourpres, Enfinapresavoirlaiſſe
pendant dix jours la Chaudiere
encetétat, onymettoitlaLaine
bienpréparéejuſquesà cequ'elle
euſt la couleur qu'on deman
doit, d'où l'ayant tirée encor,
on la cardoit, puis on la remet
toit pourluy faire boire entiere
rementla Teinture. LesCornets
deMerſeulsnetenoientpasaffez
leur couleur , mais les Pourpres
dehaute Merappellé Pelagia ef
cantdecouleurnoire,dõnoient le
.
duMercureGalant.
luſtre àlateinture &cette couleur
triſte qui estoit neceſſaire pour
faire unetres-belle Pourpre. Les
Tyriensneſeſervoient quedeces
Pourpres, &avantqueleurTein.
ture tiraſt ſurle vert , ilsjettoient
lalaine dedans , pour la mettre
enſuite dans une Chaudiere où
eſtoitlaTeinture des Cornets de
Mer. Cette Pourpreneantmoins
a remporté le prix, &a eſté de
tout temps plus eſtimée qu'au
cune des autres; d'où vient que
Tyr fut autrefois appelléSarra,
comme le ditAulugelle 1. 14.c.
16. du nom du Poiſſon que les
Latins appellent Murex ou Sar,
&laPourpremeſmeeſtoitappel
léeSarranumOftrum.
Utgemmå bibat & Sarrano dor
miat Oftro. Virg. 2. Georg.
Extraordinaire
12
Sive erit in Tyriis , Tyrios laudabis
C'eſtoit autrefois un Employ
amictus. Ovid. 2. deArte.
ſi conſidérable à Tyr , d'avoir
ſoinde fairefaire laPourpre, que
l'Empereurvoulant récompenfer
d'une maniere particuliere un
Preſtre d'un tres-grand mérite
nommé Dorothée, illuydonpa
cetteCommiffion, au raport de
Nicéphore CallixteauChapitre
35. du Livre 6. de ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique. Il y avoit de la
Pourpre qui gardoit ſa couleur
juſques à deux censans. Plutar
quemeſmeditdanslaVied'Alé
xandre le Grand, que ce Con
1.
quérant ayant pris la Ville de
Jules , trouva dans la Maiſon
des Roys pour cinq mille Ta
lens dePourpre Hermionique,
duMercureGalant. 13
dontla couleur eſtoit auſſi vive,
&auſſi éclatante que ledernier
jourdeſa teinture , cequiestoit
ordinaire lorsque la rougeeſtoit
teinte dumiel,&lablancheavec
de l'huile de cette couleur. Vi
truve l. 7. c. 13 ditquelesPour
presétoientdecouleurdiférente,
ſelon ladiverſe ſituation desPaïs
oùils eſtoient pris. Ceux qu'on
peſchoit dans la Merde Phéni
cie, eſtoient rouges , au lieu que
ceuxqu'ontrouvoitfurlesCoſtes
d'Afrique, ſervoientàteindre la
Pourpre violete, que Cornelius
Népos qui mourut du tempsde
l'Empereur Auguſte , dit avoir
eſtéenvoguedurant ſajeuneſſe.
La PourpredeTyrappelléeDiba
pha,àcauſedeſadoubleteinture,
ſevendoit deux cens cinquante
14
Extraordinaire
Ecus la livre ; & fept cens ans
apreslaFondationdeRome,Pu
blius Lentulus Spinter futblâme
dece qu'ilen portoitune longue .
Robelors qu'ileſtoitjeune. Pline
1.9.c.39.nousaſſurequelaPour
preaeſtéde touttemps enuſage
parmy les Romains. En effet, il
eſt vrayque leur premier Roy
s'en fervitd'aborddansſonMan
teauRoyal.
Pulcher&humanomajorhabeâque
decorus,
Romulus. Ovid. 2. Faft.
Tullus Hoftilius fut le pre
mier quien porta une longeRo
bebrochéd'écarlate,apres avoir
remporté une ſignalée Victoire
fur lesPeuplesd'Etrurie. Florus
au Chapitre s. duLivre premier
de l'Hiſtoire Romaine, dit que
duMercureGalant.
Tarquinius Prifcus ordonna que
les Enfans des plus illuftres Fa
IS
milles portaffent unelongueRo
bebordéedePourpre, quiestoit
auſſi l'Habit ordinaire des Per
ſonnesdegrandequalité,cartout
lemonde ſçaitque lePhiloſophe
Porphyre fut ainſi appellé, à
cauſedela RobedePourprequ'il
portoit, comme eſtant forty
d'une noble&puiſſanteFamille.
Malchuseſtoit ſon premiernom.
Ilétudiafous Photinus àRome,
avec Origéne & Amélius ſes
Condiſciples ,dutempsde l'Em.
pereur Aurélien. Socrate 1.7.c.
2. ditde luyqu'ayanteſté battuà
Céſaréeparquelques Chrêtiens,
il compoſa par dépit quinze Li.
vrescontre noſtreReligion,auf
quels Méthodius , Eufebe , &
6
Extraordinaire
Apollinaire , répondirent par
trente Livres Apologetiques. Le
Mauvais-riche eſtoit habillé de
Pourpre & de fin Lin , Eratho
mo dives qui induebatur Purpura
&byſſo. Luc. c. 16. Je ſçay bien
que Nicéphore Callixte Hiſtoi
re Eccleſiaſtique l. 1. c. 26. met
cette Hiftoire au rang des Para
bolesde NoftreSeigneur, &que
Saint Grégoire le GrandHom.
inEvang. croitque l'abondance
duMauvais-richenousdoit faire
entendre le bonheur du Peuple
Juif, &que la pauvreté du La
zare nous marque la mifere des
Gentils; mais je ſçay bien auſſi
qu'on peut inférer de là, qu'a
lors les Gens riches &dehaute
naiſſance avoient coûtume de
porterdes Habits de cettecou
duMercureGalant.
17
leur. LaRobede Pourpreeſtoit
autrefois la marque des Séna
teurs Romains,témoin ceVers
deMartial.
DiviſitnoftrasPurpuraveftratogas.
Ilss'en ſervoient dans les Sa
crificespublics& folemnels, par
cequ'ilss'imaginoient qu'elle ne
contribuoit pas peuà appaiſer la
colere des Dieux. On chantoit
des Vers à Rome,dont le ſens
eſtoit,Jules CésarmenelesGaulois
en triomphe. Ils ont quitté leurs
Sayespourprendreles Robesde Pour.
predes Sénateurs. Suétoneraporte
que l'EmpereurAuguſteprenant
la Robe virile, celle qu'il avoit
s'ouvrit de deux coſtez , & luy
tomba à ſes pieds,&alors les
Devins prirent cela pour augure
que l'Ordredes Sénateurs, donc
B
Q.deJuillet1682.
18
Extraordinaire
la Robe de Pourpre eſtoit la
marque , luy ſeroitun jourſoû
mis. Tibere voulant dégrader un
Sénateur , luy oſta la Robede
Pourpre, parce qu'il eſtoit allé
demeurer endesJardinsaux Ca
lendesdeJuillet, afin quecejour-de terme eſtant paſſe il loüaſt
une Maiſon àmeilleur marché.
L'Empereur Domitien préſidoit
ſouvent aux Jeux en Robe de
Pourpre. Ilajoûtameſme aura
port de Suétone', deux bandes
auxquatre anciennes des Jeux
duCirque, dontl'uneavoitpour
Livrée leDrap doré , & l'autre
celuyde Pourpre. Le Roy Pto
lomée eſtant venu au Theatre
poury voir repréſenter lesJeux
que Caligula donnoitau Peuple,
ilattira d'abord les yeux de tout
duMercureGalant.
19
lemonde , à cauſede ſon Man
teau Royal , dont la Pourpre
jettoit un figrand éclat , que ce
⚫ cruel Empereur le fit mourir
aufli toft pour cetteſeuleraiſon.
Les Empereurs, &lesCapitaines
qui devoient avoir l'honneur du
Triomphe , entre-laçoient la
Pourpre parmy l'or dans leurs
Habits; &Plutarque écrit dans
laVie de Marcus-Craffus, que
ceCapitaine ayant pris unMan
teau noir pour baranguer ſes
Soldats , au lieu de prendre la
RobedePourpreſelonlacoûtu
medesRomains , illequita d'a
bord àlaperfuafiondeſesAmis.
Sext. Pompée Fils du grand
Pompée , ayant remporté une
glorieuſe Victoire ſur Mer , prit
dans un Triomphe un Manteau
Bij
20
Extraordinaire
bleu, parcequ'il eſtoitdela cou
leurde la Mer, aulieud'en pren
dre unde Pourpre à la maniere
des Romains. Comme dit Ful
gofius 1. 3. c. 6. les Robes de
Pourpre couſtoient ſi cher , que
les Empereurs par politique ou
paravarice, endéfendoientquel.
quefois l'uſage ; & Jules Céfar
nele permit qu'auxPerſonnesde
certain âge, de certaine qualité,
&meſmeencorà certainsjours;
&Néron, quoy qu'il euſt des
filets dorez dont les cordes ef
toient teintes en Ecarlate, dé
fendit pourtant l'uſage de la
Pourpre, &mefmeil reprit avec
aigreur un Homme qui enven
ditquelques onces enunjourde
Foire , & fit mettre en priſon
tous les Marchands qui en a
duMercureGalant.
21
voient acheté. Il alla encorplus
avant , car unjour ayant remar
qué au Spéctacle uneDame vé
⚫ tuë de Pourpre, auſſi-toſt illa fit
prendre, & ne la dépoüilla pas
ſeulementdeſaRobe,mais encor
detousfesBiens.
Au reſteles Romains ſeuls ne
ſe ſervirent pas des Robes de
Pourpre, mais elles furent auffi
enuſage chezlesautresNations.
Les Athéniens meſme en por
toient, commel'aſſure Elian1. 4.
deVar. Hift. & Sabinus 1. 8. c.7.
dit que les Toſcans en uſoient
aufſi. Les Empereursde la nou
velleRome, faisoientunſigrand
cas de la Pourpre, qu'ils ne ſe
contentoient pas d'avoir les Ha
bitsImpériaux de cette couleur,
mais ils s'en ſervoient auffipour
22
Extraordinaire
écrire , &les Impératrices fai
foient leurscouches dans l'Apar
tement de Porphire, qui ſe ren
controit le premier en entrant
par la Porte de la Marine du
grand Palaisdu coſté de laPro
pontide, d'où leurs Enfans ef
toient appellez Porphirogenites
ou Porphirogennetes. Les Car
dinaux commencerentdeporter
laPourpredutemps duPape In
nocent IV.qui laleur fitprendre
dans leConciledeLionl'an1205.
pourmarquedeleur dignité, &
de l'obligation qu'ils avoient de
perdre meſmelaviepourlacauſe
deDieu&de fonEgliſe, princi
palement dans laperſécutionde
l'Empereur Frideric, quifut ex
communićdans ceConcile pour
laquatrićmefois.
duMercureGalant. 23
LesGrecs appellent Coccos la
grained'Ecarlate;d'où vientque
Ardenti Cocco radiare, ſe dit d'un
Hommequi eſtmagnifique, &
propredans ſes Habits.
Etcontraardenti radiabat Scipio
Cocco. Silius l.s.
Pline 1. 16.c. 8.ditqu'elles'ap
pelle auffi Cufculium , & qu'elle
vient au bout des queuës où ſe
tiennent les feuilles du Chefne
vert. On l'apelle Vermillon en
Languedoc. Il y en a meſme
beaucoupdanspluſieurs endroits
decetteProvince, oùlespauvres
Gens la cueïllent avec grand
foin. Elle ſeditenArabeKermes,
d'oùeſt venu lemot deCramoi
fy. Elle naiſt en Galatie , en
Afrique , en Pifidie, en Cilicie,
&furtoutenEſpagne dans l'E
ハ
Extraordinaire
24
ſtramadure aupres de Mérida,
Celle qu'on trouve dans l'Iſlede
Sardaigne n'eſt pas fort eſtimée.
Aureſteonne ladoit cueillir ny
troptoſt, nytroptard; car fielle
n'eſt qued'une année, la couleur
eneſttrop foible ; ſi ellea paſſé .
quatre ans, elleaperdu ſa force
&ſavertu. Sonécorce s'appelle
proprementgrained'Ecarlate, &
ſamoüelleeſtlefin Paſtel d'Ecar
late. L'écorce fournit plus de
teinture , mais la moüelle fait la
véritable Ecarlate. Quand on
veutſeſervir de cettegraine , on
lave premierement les Draps
dans l'eau ſeûre faite d'eau de
Riviere bien nette, d'Agaric &
deSon;puisony jette l'Arſenic
avec l'Allun pour les dégraiffer
afin qu'ils boivent bien laTein
ture
duMercureGalant.
25
ture qu'onleurdonneapres cela
avec le pur Paſtel. On vuide
enfuite laChaudierede cettepre
miere eau, &onlaremplit d'eau
claire, y mettant du Paſtel &de
l'Agaric. La Gomme d'Arabie
la rend plus rouge. La Coupe
rofe & le Brefil font un faux
Cramoify. Les Cramoiſys rou
ges qu'on fait ſur les Laines eny
meſlant de la Cochenille qui
vient desIndes , ſe font à peu
présdelameſmefaçon. Au reſte
il eſt certain qu'il y a des Eaux
les unes meilleuresqueles autres.
Il y en aqui enyvrent tellement
les Laines, qu'elles reçoivent fort
bienlesTeintures , & les retien
nent tres-longtemps fansſe dé.
charger. Les autres dégraiffent
les Draps d'une maniere toute
Q.deJuillet1682.
C
26
Extraordinaire
particuliere , & d'ordinaire les
Teintures ſonteſtimées àpropor
tion des Eauxqu'onemployeàles
faire. La Riviere des Gobelins,
outre qu'elle donnela comodité
de faire de grands Réſervoirs &
lesplusbeauxCanauxdumonde,
remplis d'une eau vive & tres
claire,a cette admirable vertu de
teindre en Ecarlate, cequidonne
àlaFrancedequoy dédommager
toute la Terre de laperte qu'on
a faite de l'invention de faire la
Pourpre. Cette Riviere eſt au
Fauxbourg de Paris aupres de
Gentilly, où l'on tint autrefois
unConcileſous le Regne dePe
pin , avec le conſentement du
Pape Paul I. pour y examiner le
diférent qu'il y avoit alors entre
les deux Eglifes , fur leſujet des
duMercureGalant.
27
Images , & de la Proceffion du
Saint Eſprit. Enfin iln'est pas
fort difficile de voir la diférence
qu'il y a entre la Pourpre &l'E
carlate, puisqu'onſeſervoitpour
faire celle-là de Poiffons qu'on
ne trouve plus , & qu'on em
ploye pour celle-cy des Graines
qu'ontrouve dans pluſieurs en
droitsduMonde ; mais voicyсе
quileureftcommun. On ſe ſert
aujourd'huy de l'Ecarlate pref
que dela meſmemaniere qu'on
ſe ſervoitautrefoisde laPourpre;
car, commeleGrandPontife,les
Preſtres , & tous ceuxqui facri
fioient aux faux Dieux, portoient
des Robes de Pourpre, ainſi les
Princes de l'Eglife & les Cha
noines depluſieurs Chapitres de
France en portent d'Ecarlate,
Cij
28
Extraordinaire
lors qu'ils fervent à l'Autel du
vray Dieu. Comme les Empe
reurs eftoient autrefois veſtus de
Pourpre , de mefme aujourd'huy
les Roys & les Souverains ont
des Habitsdecettecouleur,pour
briller avec plusd'éclat aux yeux
de leursSujets ; &commelesSé.
nateurs portoient autrefois la
Robe de Pourpre, tout de mef
me à preſent les Préfidens, &
les Conſeillers des Cours Souve
raines, portent une Robed'Ecar
late qui les diftingue des Offi
ciers des Cours fubalternes ,juf
ques-làmeſme que laMeſſe qui
ſe dit la Feſte de Saint Martinà
l'ouverture du premier Parle
mentdu Royaume, s'appelle la
Meffe rouge, parceque les prin
çipauxMembres de cet auguſte
duMercureGalant. 29
Corpsfonthabillez decette cou
leur; & cela eſt ſi honorable,
queplufieurs Cours ne pouvant
eſtre Souveraines,font tousleurs
efforts pour avoir le Privilege de
porter la Roberouge,qui en eft
lamarque, &lecaractere.
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Résumé : DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
Le texte traite de l'origine et de l'utilisation de la teinture pourpre dans l'Antiquité. Selon Julius Pollux, les Phéniciens attribuent l'invention de cette teinture à Hercule. La pourpre était extraite de trois types de poissons : les Murex, les Conchylions et les Pourpres. Ces poissons étaient capturés à l'aide de filets contenant des moules semi-mortes. Le processus de teinture impliquait de piler les écailles, de les faire tremper avec du sel, puis de les cuire lentement. La laine était ensuite immergée dans la teinture jusqu'à obtenir la couleur souhaitée. La pourpre de haute mer, nommée Pelagia, produisait la meilleure couleur. Tyr était renommée pour sa production de pourpre, au point que la ville était surnommée Sarra. La pourpre était une teinture précieuse utilisée pour les vêtements des rois, sénateurs et philosophes. À Rome, elle servait dans les sacrifices publics et les triomphes. Les empereurs et les capitaines la portaient mélangée à de l'or. L'usage de la pourpre était strictement réglementé, et des sanctions sévères étaient appliquées aux contrevenants. La pourpre conservait sa couleur jusqu'à deux cents ans et variait en teinte selon sa provenance : rouge en Phénicie et violette en Afrique. L'écarlate, obtenue à partir de graines comme la graine d'écarlate appelée 'coccos' par les Grecs, était également utilisée de manière similaire à la pourpre. Les princes de l'Église, les chanoines, les rois, les souverains et les membres des cours souveraines portaient des habits écarlates pour symboliser leur rang et leur autorité. La messe de la fête de Saint Martin, marquant l'ouverture du Parlement, était appelée 'messe rouge' en raison des habits écarlates portés par les membres principaux.
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16
p. 29-34
Abjuration de M. de Bardonnenche, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Camus, Evesque de Grenoble, dont vous connoissez la pieté [...]
Mots clefs :
Évêque de Grenoble, Piété, Zèle, Abjuration, Conseiller, Prétendus réformés, Conversion, Calvin, Lumières, Inspiration , Généalogie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration de M. de Bardonnenche, [titre d'après la table]
-Il tutcheràVlaPatrie,habile
dans les Lettres, & genéralement
connu pour un des
plus braves & des plus dignes
sujets de l'Etat.
M'te Camus, Evesque de
Grenoble, dont vous connoissez
la pieté & le zele
pour les intérests de Dieu, a
eu depuis peu une joye des
plussensibles, en recevant
le 5. de ce mois l'Abjuration
de Messire Aléxandre de
Bardonnenche, Seigneur de
Thorane, de Trésane, de
S. Martin, de Clelles, Vicomte
deClermonten Triéves,
& cy-devant Conseiller
au Parlement de Dauphiné.
Ce changement a surpris les
plus considérables des Prétendus
Réformez de cette
Province, qui le connoisfane
pour un Homme cTciprit&
dejugement, ne peuvent
raisonner à leur maniere,
ny chercher les motifs
de sa conversion dans
l'intérest ou dans la foiblesse.
Il n'a plus sa Charge de Conseiller.
Ainsi s'il a renoncé à
suivre Calvin, ce n'a point
esté pour la conserver à U
Famille. Ce qui fait d'ailleurs
connoistre qu'il ne s'est
rendu qu'à la connoissance
de la Verité, c'est qu'il y a
deux Chargessemblables
vacantes dans la mesme
Compagnie, & que Mr l'Evesque
de Grenoble, & Mr
d'Herbigny Intendant de la
Province, l'ayant pressé d'en
prendre une, avec offre de
la part du Roy d'en payer
une partie de la finance, &
de luy conserver
-
son rang
d'ancienneté, comme l'on
eust pû attribuer l'action
, qu'il vient de faire aux ré-
• compenses & aux bienfaits,
il a refusé ces offres, & pu- • blié qu'il ne veut devoir son
salutqu'aux vives lumieres :
qui l'ont inipiré. Sa Famille
est fort ancienne, &nousest
connuë par les soins de Mr le :
Président Allard, qui en a
marqué la Genéalogie dans
le troisiéme Volume de celles
qu'il acomposées pour les
Maisons nobles de Dauphiné.
Ungrand Bourg luy
a donné le nom qu'il porte,
dans le tempsque les Familles
se (ont fait des noms
heréditaires. A ynard, Seigneur
de Bardonncnche, vivoit
l'an 1210. C'est de luy
que par quinze degrez d'-
Ayeux qui ont succedé les
uns aux autres, & dont la
plûpartsesontsignalez dans
les ArméesdesDauphins de
Viennois,& des Roys Dauphins
, est descenduMrde
Bardonnenche dont je vous
apprens laconversion. Il a
eu le BrévetdeConseiller
d'Etat; & dans les Emplois
qui luy ont estéconfiez pendant
qu'il estoit Officier au
Parlement de Grenoble, il
s'est toûjours distingué par
sa conduite & par sa prudence.
Il a des Fils dans le
service, qui commandent
des Compagnies, & porte,
d'argent auTreillis degueulles,
cloüé d'or, auChefd'or, chargé
d'unAigle naissantdesable.
dans les Lettres, & genéralement
connu pour un des
plus braves & des plus dignes
sujets de l'Etat.
M'te Camus, Evesque de
Grenoble, dont vous connoissez
la pieté & le zele
pour les intérests de Dieu, a
eu depuis peu une joye des
plussensibles, en recevant
le 5. de ce mois l'Abjuration
de Messire Aléxandre de
Bardonnenche, Seigneur de
Thorane, de Trésane, de
S. Martin, de Clelles, Vicomte
deClermonten Triéves,
& cy-devant Conseiller
au Parlement de Dauphiné.
Ce changement a surpris les
plus considérables des Prétendus
Réformez de cette
Province, qui le connoisfane
pour un Homme cTciprit&
dejugement, ne peuvent
raisonner à leur maniere,
ny chercher les motifs
de sa conversion dans
l'intérest ou dans la foiblesse.
Il n'a plus sa Charge de Conseiller.
Ainsi s'il a renoncé à
suivre Calvin, ce n'a point
esté pour la conserver à U
Famille. Ce qui fait d'ailleurs
connoistre qu'il ne s'est
rendu qu'à la connoissance
de la Verité, c'est qu'il y a
deux Chargessemblables
vacantes dans la mesme
Compagnie, & que Mr l'Evesque
de Grenoble, & Mr
d'Herbigny Intendant de la
Province, l'ayant pressé d'en
prendre une, avec offre de
la part du Roy d'en payer
une partie de la finance, &
de luy conserver
-
son rang
d'ancienneté, comme l'on
eust pû attribuer l'action
, qu'il vient de faire aux ré-
• compenses & aux bienfaits,
il a refusé ces offres, & pu- • blié qu'il ne veut devoir son
salutqu'aux vives lumieres :
qui l'ont inipiré. Sa Famille
est fort ancienne, &nousest
connuë par les soins de Mr le :
Président Allard, qui en a
marqué la Genéalogie dans
le troisiéme Volume de celles
qu'il acomposées pour les
Maisons nobles de Dauphiné.
Ungrand Bourg luy
a donné le nom qu'il porte,
dans le tempsque les Familles
se (ont fait des noms
heréditaires. A ynard, Seigneur
de Bardonncnche, vivoit
l'an 1210. C'est de luy
que par quinze degrez d'-
Ayeux qui ont succedé les
uns aux autres, & dont la
plûpartsesontsignalez dans
les ArméesdesDauphins de
Viennois,& des Roys Dauphins
, est descenduMrde
Bardonnenche dont je vous
apprens laconversion. Il a
eu le BrévetdeConseiller
d'Etat; & dans les Emplois
qui luy ont estéconfiez pendant
qu'il estoit Officier au
Parlement de Grenoble, il
s'est toûjours distingué par
sa conduite & par sa prudence.
Il a des Fils dans le
service, qui commandent
des Compagnies, & porte,
d'argent auTreillis degueulles,
cloüé d'or, auChefd'or, chargé
d'unAigle naissantdesable.
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Résumé : Abjuration de M. de Bardonnenche, [titre d'après la table]
Messire Alexandre de Bardonnenche, seigneur de plusieurs domaines et ancien conseiller au Parlement de Dauphiné, s'est converti à une nouvelle foi religieuse le 5 du mois en cours. Cette conversion a été saluée par Monseigneur Camus, évêque de Grenoble, réputé pour sa piété et son zèle. Bardonnenche, connu pour son esprit et son jugement, a démissionné de sa charge de conseiller par conviction religieuse, déclinant des offres de postes et d'avantages financiers. Issu d'une famille noble et ancienne, ses origines sont documentées par les travaux du Président Allard. Il a servi avec distinction au Parlement de Grenoble et compte des descendants dans le service militaire. Ses armoiries représentent un aigle naissant.
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17
p. 96-132
A M. DE L. G.
Début :
La matiere des Eclipses a fait raisonner beaucoup de Sçavans. / Vous me mandez, Monsieur, que vous avez eu un grand [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. DE L. G.
t raisonnerbeaucoup de
Sçavaris. La Lettre qui fuit
en cft une marque; je croy
que vous la lirez avec pliifir.
c'j yetïp>tj.
A M. DE L. G.
vOusfme mande%
,
Mon
feur, que vous ave% eu
un grand entretien avec un de
vos jimis de la Province, sur le
sujetd?s Echpfes ,
f0 vousfou
b*ite% en mesme temps que je
vous dise messentimenssur cette
matiere qui fait du bruit en vos
Quartiers, je vous avoue que
fay esiéfurpru qu'une Personne
quipénétré dans les plus profonds
secrets de la Nature, & qui en
o
_con!JruIte sur ces PhincJmencs, qui
attirent nos rezœrds, excitent U
ds
,
exciteilt 14
curiosité des Peuples, & Jvurnf
fent dequoy s'exercerauxPhilo
sophes, aux Historiens, aux Af
tronowes, aux Medecins
, &
mefrne aux Theologiens.Je n'ay
aucune des qualitez des Grands
Hommes qui ont fleury dans ces
Arts st) dans Cel Sciences
3 dont
les Ouvrages vous donnent fou
vent du plaisir, £? voffs ave^
dans veftre Famille des Philoso
phes
edes Théologiensquipeur?
reient mieux vous Jatisfaire que
,moy; mais vous desirezm'épreu
Qtr, & je nepuis m'empefèher
de vous obéir. Ne croyez pour
tant pas que ce je vous diray
vienne de moy
, je l'ay appris
dans une .Affimblée où je me
troHvay ily a quelques jours, &
ou cette Questionfut misesir le
tapis. Comme ondemanda ce que
3 un des plus
c'efloit quEclipje
jeunes de la Compagniequi ne
faifolt que desortir du Collegey
répondit brusquement que ce n'é
toit qu'une figure de Rhétotique,
qui confiée a pafiferfous silence
dans le difèours; quelque cboje
qui en apparencefieroit necejfiaire
kfcr perftbon, & cela à dejjein.
Piufieurs se mirent a sourire de
li bévue du jeuneHomme qui
répondoitsans estreinterrogé) £r
mepne sans avoir conçu dequoy
il efloitqucflion.Ongarda quel
que temps le ftlence
; mais celuy
qui avoitfait la proportion, pria
la Compagnie de n'en demeurer
pas
a i
& comme cestoit une
Personne de qualité qui avoit de
l'esprit & beaucoup d'inclina
tion pour les belles Lettres, on ne
voulut pas luy refuser ce qu'il
demandoit avec empressement.
Undesplus anciens,& qui avoit
de très,belles connoifjances}ayant
ejié invité de parler la-dessus,
commença à peu pres de cette
forte.
Puis que vous voulez, McP
siéurs,que je vous entretiéne
des Eclipses, je leferay, mais
nonpassans craindre de tober
moy-mesmeenEclipse. Cette
matiere est si délicate & si
subtile, qu'il y en a peu qui le
soient davarage. Chaque Fa
culté recrarde l'Eclipse d'une
¡
ç.'
maniéré diférente. Monficu-r
qui a répondu d'abord, a cra
.f
qu'on parloit d'une figure de
Rhétorique. En esser, il y en
aune qu'on appelle Eclipse',
& Monsieur l'a alTz bien
définieV mais cen'est pas de
celle-là dont nous preten
donsparler.Onditaussisou
vent parmy le vulgaire, que
les grands Esprits sont sujets
à de grandes Eclipses, pour
exprimer les defauts de juge
ment dans lesquels ils tom
bent quelquefois
; mais ce
n'est pas encore la Question.
Tous les Sçavans reconnois
sent que l'Eclipse n'est autre
chosequ'une privation de
lumiere, causée par l'interpo
sition d'un corps opaque &c
tenébreux
; & comme il y a
deux grands Luminaires
que
Dieu a créezpour nous éclai
f
rer, l'un le jour, & l'autre la
nuit, & que nous sommes
privez quelquefois d'une ma
niereextraordinaire de leurs
lumieres& irradiations, nous
appellons cela defaut, défail
lance,& les Grecs l'appellent
Eclipse,carEclipse estun
mot Grecfrancisé, & c'est ce
qui fait aujourd'huy l'entre
tien des Hommes&desFem
mes, la crainte & la dévotion
desuns & des autres. Les
Philosophes considérent l'E
clipfe comme un admirable
PhénOlTICne) dont la rareté
excitant leur admiration ôc
leur curiosité, ils en cher
chentles principes &les cau
ses, en examinent lanature
&les effets; sur quoy les An
ciens & les Modernes ont
fait quantité de belles & cu
rieuses remarques. Les As
tronomes passent plus avant
;
car comme c'est l'objet spé
cial de leur Science, qui leur
fait connoistrelesrévolutions
des Cieux, les conjonctions
des Astres, leurs distances&
leurs approches, & melmc
prévoir&prédire les effets
purement naturels qui en ré
sultent,ils marquent le temps
des Eclipses avec une grande
certitude, jusques à détermi
ner non seulementlesan
nées, mais encore les mois,
les semaines, les jours, les
heures, & jusques aux minu
tes. Tous leurs Livres d'E
phémerides sont pleins de
ces remarques &: prédictions.
Ceux qui ont lû les Histoires
des Indes, sçavent que dans
le Royaume de la Chine, ôc
dans les Païsnouvellement
convertis à la Foy,cessortes
de Prédictions faites par d'ha
biles Mimonnaires leur don
nent une grande autorité sur
les esprits des Peuples, & les
disposent à écouter avec do
cilité des Personnes si intelli
genres en ces matieres subli
mes & cachées au commun
des Hommes. Les Astrolo
gues n'en demeurent pas là.
Ils prédisent beaucoup de
choses à l'occasion des Ecli
Eses, mais on sçait combien
leurprérenduë
Science cil*
décriée. Le sçavant Pic de
la Mirande a composé con
tre ces Astrologues, qu'on
appelle Judiciaires, un excel
lent Ouvrage,qu'ilfinit, en
disant que leur prétenduë
Science n'est que folie. En
effet, quand ils veulent con
[
clure des Eclipses,l'évene
ment des choses quifont dé
pendantes de la liberté dès
jHommes, comme des Re
voltes, des Trahisons ,
des
Guerres,&c.ilsse trompent
;mais quand
manifestement
r ils se contentent de faire des
Prédictions sur les choses piu
r;rement naturelles, comme
les stérilitez, maladies, seche
j rcsses,&c.ils ontquelque
1
1
raison, & en ce quelesAstro
nomes en concluënt. Les
Historiens de tous les Siecles
ont fait des remarques sur les
Eclipses, & les ont regardées
commedes évenemcns fin
guliers qui méritentplace
dans l'Histoire; ils ont écrit
avec foin ce qui a précédé,
suivy, & accompagné les E
clipfes. C'est une chose ad
mirable devoir les merveilles
qu'ils en rapportent,. & l'on
peut dire qu'il n'apoint paru
d'Eclipieconsidérable qui
n'ait esté précédée ou suivie
de divers accidens.
Comme celuy quip^trlvitâfuoit
la mémoiremerveilicuf
r,0*qiiil
vit que la Compagnie prenoit
goust' à ce
qiiil disoit, voicyqueL
^ues-uvs des exemples J'Eclipfts
de Soleil qu'ilrappQrta,
je mefaissouvenu.
dont
Seus le Regne de l'Empereur
Gordian, le Soleildéfaillit d'une
telle maniéré
, e les tenehres
furentsi cpaijjes
3 qu'ilefloitim
pojjîblederienfaire sans allumer
des Chandelles. La Terre futsi
horriblement ébranlée, que des
Villes entieres,& tousleurs Ha
Mtans,furent engloutis dans les
ouvertures quisefirent;ceque le
Sénatprit pour un figne de la
mort deGordian.Avant les cruel
les persecutionsque l'Empereur
ValêrianfitauxCbrefiiens, la
Terre fut courverte de tentbres
pendantplusieurs jours
; ily eut
d'épouvantables tonnerres
; plu
sieurs Edificesfurentttbîmezdins
les Ouvertures qui se firent A la
Terre
fut émuë
; toute l's4fiefoaffrit, Rome
) la Libie & quantité
de Terres furent chFIouties, U
Mer couvrit les Villes mariti
mes, &de là sènfuivit la Peflef
qui fit mourir en un jour jusques
A "quinze millePersonnes a Ro
me, dans l'sfcbaïe. Ily eut
une grande Eclipse de Soleil
quand les Cbrefliens furent mi.
férablement défaitslanuitpar les
PerfesaSyngara* qu'ils ajjiége
rent N7i[io'is
, &prirent Amida.
Enl'an ÓÓl. de NopreSeigneur.,
ily eutune grande Eclirfi de
Soleille 10. de May
; en fuite
mecruelle Maladie,& la Pefley
affligèrent la Bretagne. Cons
tance futen déteflation pour sa
Crannie, poursonfratricide
3 &
pourses crudutez tni'ersles bons
Enûefyues. Lafàp^. le Ó. du
Regrre de ïEmpereurCopronime,
depuis le 4. d'Aoufljusquesan
premier de Septembre, ily euten
Orient £epaissestenehres, qui fu
rentsuivies de prodigieux trem
blemens JeTerre en la Palestine
jèj/fentoutel'AJJirie; en fuite lA
;elle dura
Pesle desola la Sicile
trois ans a ConftantinopleJ&fit
un DeJ'en de cette grande Ville.
Theophane dit que Dieu envoya
ce Fléaupourfaire amender les
Hommes, eparticulierementcet
Empereur impie. L'an 760. le
zSjSeptembre, à neufheures, il
y eut une Eclipse. Pépin, Rey
de France,mourut
a,
Paris ; le
Pape Paul mourut. Conflantin
fut défait par les Dulgares, où il
perditquantitédeNoblesse, &
toutes jes Troupes ; les Arabes
iemparèrent de ïArménie.Lan
797.aumois deJuillet, dans le
temps que
ïImpératrice Irene fit
tantin, & s'empara de
tEmpire;
le Soleil ne parut point durant
crever lesyeux ason Fils Conf
dix-septjours, & les tenebre
i
furent sigrandes, que les Vais
féaux ne se pouvoient conduire
sur Mer. Ily eut de grands
tremblement de terre en Crete-,
en Sicile3&sursauta Constan
tinople. Conflantin mourutbien,
tost apres. VanSu.ilyentune
Ec/ipfe deSoleil le 2. des Ides
dïJuin, à deux heures. Vhin),
Fils de Charlemagne
j mourut^
LesUni*aresdtji'ent les RamainJ
JttS du Fleuve S'trimoniura ; 6"
/•' Empereur Nicêphoyemeurut
ayant eslé vaincu des Buls,ares.'
L'an813.le 4, de May, il_y eut
une Echpfe de Soleil.L'Empe
reur Michel ayant eslé vaincu
des "Bulgares,Je retira de l'Em
pire
j @J cboijtt une vie monas
tique. L'an S33. le Seleil la
Lune. éclipferolt; & dans le
mefne temps, 'Empereur Lew,
abandonné des Siens.,& mis en
tre les mnns dejesEncans, fut
renferméduns un Cloijlre. L'an
joop. que les TurcsprirentJérll
r,tle;n
, il y eut une Eclipje de
Soleil. Celle cpù arriva en11$6.
fut suivie d'une irande Pesle en
Pologne & dans la Russie; le
PapeLucIII. mourut; iHyver
futchaud.Enni7*ily eut
deux Eclipses merveilleufa3l'une
de Soleil}l'autre de Lune,
avecuneconjonÛien dePlanetes.
Tousles Afroloçues du Levant,
de tOccidrnt, & duMidy, tant
Chrefliens que Mahometans>
firent des Prédiftions qui furent
toutes conformes
y comme si elles
sussentsorties d'un mesme cer
neau. Les effits ne furentpas
absolumenttets en Occidentqu'ils
les dvoientprédits)encore que la
prise de Jerusalem par Saladin
Roy des Sarrasins, eule Roy
Baudouin dr toute la Noblcffe
furent pris, les armes des Chré
tiens Occidentaux dans la Pa
lejline5 la prise de Conflantinople
par les mcjmes,la veçuëdesTar
tares
, &les horribles CIJdnge
mens qu'ils apportèrent preflote
dans toutes les Contrées de la
Terre, outre ceux qUI arrivèrent
particulièrement en Afrique. &.
tn Ejpagne3témoignèrent qu'ils
ne s'efloietpas entifrement trom
pez en leurs Prédictions. L'E
clipfe du Soleil qui arrivale4.
dAoust de tan959. que le Duç
de Lorrainese noya dans le Rhin,
st) que les Espagnols donnèrent
U Bataille ae Simancas,ejlre
marquavle en cequ'eue duraplue
d'une heure., & qde pendant tout
ce. temps
la on, vit au Cielles
Etoiles brittïntes•& remuante*.
Luitprand de Pavie qui njivoit
alors j du qu'il en a eslétémoin
oculaire. La mort du Pape Gré-
OfoireJ. & la FaéliondesGibelins
Çjjr des Guelphes, qui causa de
grandes calilmitez, annexent
apru l'Eclipse de l'an 1230.
Ily
en eut une en141f. aprèsla Fejlt
du S. Sacrement. Jean Hus fut,
truie. Lanijjo.l'Eté, fut ex
trémementchaud&[ec, deforte
que les Foin
s, lu Légumes>
twtto les autres chofu qui 'Vien';W
nent en abondance dans un temps
temperé, furent extrêmement ra
res. Ily eut feulement des Seigles
dffizraifonrptbhment;,& quan
tité de Vins trèsforts, & d'une
bonté admirable3mesme dans
les lieux ou
il en croissoit le
moins. Le Palais Royal de Pra
gut3 dr VEglife Cathédrale
bâtie avec de grands foins & de
grandes magnificences par les
Roy
sde Hongrie3furent krû/ez,
&il y eut de grandes incendies
ailleurs5 dont beaucoup de Gens
furent accusez, qui moururent en
frotejltrit de leur innocence.
Il nefis enditbeaucoupd'autre?
qui avoient eslè toutes fuhies
d'évenemens tragiques & ex
truordinaires
; mais je m'arrefie
à celle-cy,qui a du raport par
on commencement aux grandes
secheresses que nous avons eues
ce Printemps, & au commence.
ment de l'Eté* à la disette des.
Foins st) des Herbages de toutes
fôrtes, à la raisonnable quantité
de Setgles que l' on
aferre%, &
a la belle apparence que chacun
'VOlt de remplir cette année les
Celiers d'excellens Fins.Mais
avectoutes cesconformitek, dei
mandons à Dieu que l'Eclipse
<duiz, deJuillet de la prefentç
année
3 à deux heureJ. & demie,
xaitpointd'effetsfïmflres.Apres
celay noflre Dofleur reprit Jon
discours3 & nous dit que les Me
~c/~~4~~roM
decins ayantconfdert les principe
&les effetsdesEclipjes avec les
~r~f~~
Philosophes & lesAflronomesy
en concluent,sur tout quand elles
fontde longue durer,quily aura
des maladies, principalement
quand cessle Seleil qui efl êcli
psé, car ilf conneijpnt kien que
cet Aftfe si benm, qui efl comme'
comme
lœildu Àdmâe & le Pere de la
Nature, ne nous regardantpM
dt bon œil, tout va mal
basv
ilagitsurletchofesd'icy
;&que
IntS, leur communiquant ses in*
fuencesyfon mouvementyfa lueurt
@rfa chaleur, cette lumière&
sesrayons, efiant arreile%surla
partie supérieure de la Lune, qui
efl éclairée alors centre l'ordre
naturel
3 cet Aflre qui efl mal
faisant, nous dérobant en partie
la lumière, nous osse en mefme
temps-lessalutairesinfluences du
soleil
i-e
r comme dans le petit
monde, qui efl l'Homme, quand
l'irradiation des efyrits animaux
qui defeendent du cerveau efl
empefehée par quelque humeur
froidequi cause obftruEllOn, les
parties inférieures du Corps fouf
frent, de Ynefmel'irradiation du
Soleil eslansempefchte par le
corps opaque &solide de laLune,
roui les Animauxsouffrentpùr
cette
interruption.
Vn de la Compagnie inter
rompit icy le difeours, disant que
l'Eclipsè efloit une cboje natu
re lle, qui ne prdduifoit aucun
mauvais effet
; qu'il ne s'enfui
''Voit pas que les Corps s'en trou
lassentpis, encore que les rayons
du Soleil fussent détourné%,
st)
; Cques'il
sa lumière obscurcie
en arrivoit autrement, on 4uroit
fitjet de craindre qu'il n'y east de
grandes maladies(Dutu les fois
que le Soleilferoitcache par des
nuages, ou par degrands brouilL
lards. Noflre bon Vteillard ré..
pondit que ce nefloitpas unerai
fin aJlèz forte pour combatte lu
sentimens des Agronomes & des
yde dire que ce qui cft
Meiecins
naturel ne produit peint de ma--
ladies, Ily a millecboses natu
reilesqui produisentbien des ma
ladie,s, comme les Tempefies> les
Orages., laTonnerres, les Trem
blement de terre3 les exhalaisons
puantes $infe£léesdesCloaques.
Quesiquelqu'un ri-avoitpasref
[enty les effets malins des Ecli
pret) elles en Avaientpu produire
en aautres Perjonnu
; que dans
les temps des maladies générales,
mtfme co'tao,,Ietifes,tour lemende
rieftoit pas pour cela sujet aux
mrfmes maladiM; que les Corps
les plus forts, vigoureux, &re
bufteSj réjîflent aux venins de
l'air ; que la nourriture mesme y
cOYJtribuë) maisqueles CorpsfoL
bles & mal dfPofzysuccom
bent, &quil avoitveu des Per
sonnes tombermalades,mesme
en mourir) pour avoir eflc expo
sées dehors durâtVEclipse
conseilloit mesme a ses Amis de ne
pas regarder en ce temps-là trop
fixement le Soleil ny U Lune) gjr
;quil
de les regarderfeulement dans un
Baffin d'eau expose devant quel
quevitre, ou parun petit trou, tel
qu'on enfait pour mirer ou pour
ni'Veler
Jpuis que les observations
diférentes faites par tant d'ba
hiles Gens n'efioientpas à négli
ger; &surce que Vautreavoit
dit des nuages & des breüinards,
le
ilréponditqu'ilefloitconfiantque
Îiuand ils nous cachent longtemps
Soleily ils c-iufent du desordre.
C'est alors que les Fièvres s'aug
mentent, que les Goûtesrevien
nent, que les Fluxionsdébotdent
ducerveau, qui étoufent souvent
les Malades tout d'un cout>t&
qu
il arrive mille autres accidensy
comme Migraines) maux de
Dents,apoplexies,&c.
Unautrequi ejloitfort ejîime
parfonffa.-voir,.crûtl'embaraffir>
en luy demandant comment il
efloit pojjibleque les Habitons de
¿'¡]le de GroenUndpussent vi
vre,eflant\la'moitié de tannle.
dans les tenebres
9 sansvoir le;
Soleily & par conséquent prive
de ses douces influences. Il répons
dit qu'il ne falloit pas s'en éton
ner, que ces
Gens-la efîoientac.
CQHtume% & naturaliser dans
ces Lieux)qutils ejloientenun
Paisfroid,que cejlle propre
dufroid de dessecher les Corps, {£
de concentrer
lachaleur naturelle,
su dedans, ce qui faisoit que en
bustes pourrefîfier à Ugrojjtereiz
desvapeurs
Personnesefleient fartes & ro
;qu'ils ne laissoient
pas de voirun peu de jour, &,
que l'habitude efl une fécondé
Nature. Il ajoûta que ceux qui
navigent vers Groenland
>
&,
pussent mefrte jusques à Sbisber
gue, pour lapcfcbt de la Baleiner
st) pour chercher des Dents dt
Chevaux marins & de Vac/Jes,
marines,qu'on trouve sur tout
vers Sbisbergue, qui cft fort
antancc vers le Nord, ne vont1
point en ce Pais que quand le
Soleil efl bien hauty & qu'ils le
voyent quasi toute la nuit sur
leurs tefles. Que
sicesGens,quoy
lu'habituez en des Paisfroids
erfujets auxvapeurs& brQüil
lards) commefont les HoHandoisy
les Damis,&lesHambQUrgU9isy
alloient là dans d'autres temps, ils
n'y pourraientvivre, ny réfifler à
lagrojjiereté de l'air
j encore que
les Habitansyvivent bien.
Il dit de plus, qu'outre ce qu'il
avoit lâ la-d:jfus} il avoit in
terrogédes Officiers de Marine
quiyavoient esié) @rqsÚ l'a
voient affureque les Vaiffeavx
ny peuvent aller que dans les
grands jours & les grandes cha
leurs, car autrement les Hommes
ne pourroient réfijleral'airépais
&malaifêyremplyde brl'ÍÚt!a?ds>
&tres froid. IveftreVieillard
ayantfatissait
à la Queflion qui
luy avoit eHé faite t reprit ou il
en efloit demeure, & dit que les
Tbeilogiens & les Saints Perei
parlentfortsouvent desEclipsee,
sur teutde la o-rande& admi
rable qui arriva a la mort du
Sauveur
J qui avait ejlêpredite
par les Propbe
tes, dr laquelle
efloit tout à.fait rniraculeufe, par
troisraifbns* Lapremiere,parce
qu'elle arriva dans la pleine
Lune. Laseconde., parce qu'elle
dura troisheures, ce qui encontre
l'ordre naturel ; @¡ la troisiéme,
à cause qu'elle fut universelle9
comme les Evangelistes le témoi
gnent. Et S. Denys ïjfreopa
gistegrand Philosophe(j* grand
Mathématicien, estant alors elt.
Egipte, dit à cette occasion , Il
faut que le Dieu.de la Nature
souffre, ou toute la Machine
du Monde se dissout. Il
ajoûta, pour éclaircir ce qu'il a
voit dit, que l'Eclipse du Soleil ne
sefaisoitsuivant le communsen
timent des Philosophes (Sf des.
jéfironomes, que dans le temps
que la Lune til dans la tesse ou
dans la queue du Dragon, oubien
près, cejî à dire dans [on com
mencement on
àsafin7&quelle
efïoit pleine à la mortdeNoBrs
Srigncur; que le Soleil efiant
fort rapide dans sa course) la
Lune ne pouvait empefeher si
logtempsFinfluence deJe
s rayons.
Enfin ilfiimiNe belles reiféxions
sur. les diférentes Eclipses natu
relles &fumaturclies, dont tonte
In Compagniefutextrêmement
contente, luy témoigna bien,
des rrconnoiffances. J'en anjois
l'espr.it tout remply, quandfay,
reçeu uojtre Lettre; deforte que
je nay eu qua les mettresur le
JUtpÙr) mais non pas avec son
éloquence
;cequi me tiendra lieu,
s'il vous plaiR;, d'une décharge
pour ce que vous avek d¡firé.
de
Richelieu ce
"6_4,
M«:*'
Vostretres-humble & tres
obeïssant Serviteur,
VlGNI£fU
Sçavaris. La Lettre qui fuit
en cft une marque; je croy
que vous la lirez avec pliifir.
c'j yetïp>tj.
A M. DE L. G.
vOusfme mande%
,
Mon
feur, que vous ave% eu
un grand entretien avec un de
vos jimis de la Province, sur le
sujetd?s Echpfes ,
f0 vousfou
b*ite% en mesme temps que je
vous dise messentimenssur cette
matiere qui fait du bruit en vos
Quartiers, je vous avoue que
fay esiéfurpru qu'une Personne
quipénétré dans les plus profonds
secrets de la Nature, & qui en
o
_con!JruIte sur ces PhincJmencs, qui
attirent nos rezœrds, excitent U
ds
,
exciteilt 14
curiosité des Peuples, & Jvurnf
fent dequoy s'exercerauxPhilo
sophes, aux Historiens, aux Af
tronowes, aux Medecins
, &
mefrne aux Theologiens.Je n'ay
aucune des qualitez des Grands
Hommes qui ont fleury dans ces
Arts st) dans Cel Sciences
3 dont
les Ouvrages vous donnent fou
vent du plaisir, £? voffs ave^
dans veftre Famille des Philoso
phes
edes Théologiensquipeur?
reient mieux vous Jatisfaire que
,moy; mais vous desirezm'épreu
Qtr, & je nepuis m'empefèher
de vous obéir. Ne croyez pour
tant pas que ce je vous diray
vienne de moy
, je l'ay appris
dans une .Affimblée où je me
troHvay ily a quelques jours, &
ou cette Questionfut misesir le
tapis. Comme ondemanda ce que
3 un des plus
c'efloit quEclipje
jeunes de la Compagniequi ne
faifolt que desortir du Collegey
répondit brusquement que ce n'é
toit qu'une figure de Rhétotique,
qui confiée a pafiferfous silence
dans le difèours; quelque cboje
qui en apparencefieroit necejfiaire
kfcr perftbon, & cela à dejjein.
Piufieurs se mirent a sourire de
li bévue du jeuneHomme qui
répondoitsans estreinterrogé) £r
mepne sans avoir conçu dequoy
il efloitqucflion.Ongarda quel
que temps le ftlence
; mais celuy
qui avoitfait la proportion, pria
la Compagnie de n'en demeurer
pas
a i
& comme cestoit une
Personne de qualité qui avoit de
l'esprit & beaucoup d'inclina
tion pour les belles Lettres, on ne
voulut pas luy refuser ce qu'il
demandoit avec empressement.
Undesplus anciens,& qui avoit
de très,belles connoifjances}ayant
ejié invité de parler la-dessus,
commença à peu pres de cette
forte.
Puis que vous voulez, McP
siéurs,que je vous entretiéne
des Eclipses, je leferay, mais
nonpassans craindre de tober
moy-mesmeenEclipse. Cette
matiere est si délicate & si
subtile, qu'il y en a peu qui le
soient davarage. Chaque Fa
culté recrarde l'Eclipse d'une
¡
ç.'
maniéré diférente. Monficu-r
qui a répondu d'abord, a cra
.f
qu'on parloit d'une figure de
Rhétorique. En esser, il y en
aune qu'on appelle Eclipse',
& Monsieur l'a alTz bien
définieV mais cen'est pas de
celle-là dont nous preten
donsparler.Onditaussisou
vent parmy le vulgaire, que
les grands Esprits sont sujets
à de grandes Eclipses, pour
exprimer les defauts de juge
ment dans lesquels ils tom
bent quelquefois
; mais ce
n'est pas encore la Question.
Tous les Sçavans reconnois
sent que l'Eclipse n'est autre
chosequ'une privation de
lumiere, causée par l'interpo
sition d'un corps opaque &c
tenébreux
; & comme il y a
deux grands Luminaires
que
Dieu a créezpour nous éclai
f
rer, l'un le jour, & l'autre la
nuit, & que nous sommes
privez quelquefois d'une ma
niereextraordinaire de leurs
lumieres& irradiations, nous
appellons cela defaut, défail
lance,& les Grecs l'appellent
Eclipse,carEclipse estun
mot Grecfrancisé, & c'est ce
qui fait aujourd'huy l'entre
tien des Hommes&desFem
mes, la crainte & la dévotion
desuns & des autres. Les
Philosophes considérent l'E
clipfe comme un admirable
PhénOlTICne) dont la rareté
excitant leur admiration ôc
leur curiosité, ils en cher
chentles principes &les cau
ses, en examinent lanature
&les effets; sur quoy les An
ciens & les Modernes ont
fait quantité de belles & cu
rieuses remarques. Les As
tronomes passent plus avant
;
car comme c'est l'objet spé
cial de leur Science, qui leur
fait connoistrelesrévolutions
des Cieux, les conjonctions
des Astres, leurs distances&
leurs approches, & melmc
prévoir&prédire les effets
purement naturels qui en ré
sultent,ils marquent le temps
des Eclipses avec une grande
certitude, jusques à détermi
ner non seulementlesan
nées, mais encore les mois,
les semaines, les jours, les
heures, & jusques aux minu
tes. Tous leurs Livres d'E
phémerides sont pleins de
ces remarques &: prédictions.
Ceux qui ont lû les Histoires
des Indes, sçavent que dans
le Royaume de la Chine, ôc
dans les Païsnouvellement
convertis à la Foy,cessortes
de Prédictions faites par d'ha
biles Mimonnaires leur don
nent une grande autorité sur
les esprits des Peuples, & les
disposent à écouter avec do
cilité des Personnes si intelli
genres en ces matieres subli
mes & cachées au commun
des Hommes. Les Astrolo
gues n'en demeurent pas là.
Ils prédisent beaucoup de
choses à l'occasion des Ecli
Eses, mais on sçait combien
leurprérenduë
Science cil*
décriée. Le sçavant Pic de
la Mirande a composé con
tre ces Astrologues, qu'on
appelle Judiciaires, un excel
lent Ouvrage,qu'ilfinit, en
disant que leur prétenduë
Science n'est que folie. En
effet, quand ils veulent con
[
clure des Eclipses,l'évene
ment des choses quifont dé
pendantes de la liberté dès
jHommes, comme des Re
voltes, des Trahisons ,
des
Guerres,&c.ilsse trompent
;mais quand
manifestement
r ils se contentent de faire des
Prédictions sur les choses piu
r;rement naturelles, comme
les stérilitez, maladies, seche
j rcsses,&c.ils ontquelque
1
1
raison, & en ce quelesAstro
nomes en concluënt. Les
Historiens de tous les Siecles
ont fait des remarques sur les
Eclipses, & les ont regardées
commedes évenemcns fin
guliers qui méritentplace
dans l'Histoire; ils ont écrit
avec foin ce qui a précédé,
suivy, & accompagné les E
clipfes. C'est une chose ad
mirable devoir les merveilles
qu'ils en rapportent,. & l'on
peut dire qu'il n'apoint paru
d'Eclipieconsidérable qui
n'ait esté précédée ou suivie
de divers accidens.
Comme celuy quip^trlvitâfuoit
la mémoiremerveilicuf
r,0*qiiil
vit que la Compagnie prenoit
goust' à ce
qiiil disoit, voicyqueL
^ues-uvs des exemples J'Eclipfts
de Soleil qu'ilrappQrta,
je mefaissouvenu.
dont
Seus le Regne de l'Empereur
Gordian, le Soleildéfaillit d'une
telle maniéré
, e les tenehres
furentsi cpaijjes
3 qu'ilefloitim
pojjîblederienfaire sans allumer
des Chandelles. La Terre futsi
horriblement ébranlée, que des
Villes entieres,& tousleurs Ha
Mtans,furent engloutis dans les
ouvertures quisefirent;ceque le
Sénatprit pour un figne de la
mort deGordian.Avant les cruel
les persecutionsque l'Empereur
ValêrianfitauxCbrefiiens, la
Terre fut courverte de tentbres
pendantplusieurs jours
; ily eut
d'épouvantables tonnerres
; plu
sieurs Edificesfurentttbîmezdins
les Ouvertures qui se firent A la
Terre
fut émuë
; toute l's4fiefoaffrit, Rome
) la Libie & quantité
de Terres furent chFIouties, U
Mer couvrit les Villes mariti
mes, &de là sènfuivit la Peflef
qui fit mourir en un jour jusques
A "quinze millePersonnes a Ro
me, dans l'sfcbaïe. Ily eut
une grande Eclipse de Soleil
quand les Cbrefliens furent mi.
férablement défaitslanuitpar les
PerfesaSyngara* qu'ils ajjiége
rent N7i[io'is
, &prirent Amida.
Enl'an ÓÓl. de NopreSeigneur.,
ily eutune grande Eclirfi de
Soleille 10. de May
; en fuite
mecruelle Maladie,& la Pefley
affligèrent la Bretagne. Cons
tance futen déteflation pour sa
Crannie, poursonfratricide
3 &
pourses crudutez tni'ersles bons
Enûefyues. Lafàp^. le Ó. du
Regrre de ïEmpereurCopronime,
depuis le 4. d'Aoufljusquesan
premier de Septembre, ily euten
Orient £epaissestenehres, qui fu
rentsuivies de prodigieux trem
blemens JeTerre en la Palestine
jèj/fentoutel'AJJirie; en fuite lA
;elle dura
Pesle desola la Sicile
trois ans a ConftantinopleJ&fit
un DeJ'en de cette grande Ville.
Theophane dit que Dieu envoya
ce Fléaupourfaire amender les
Hommes, eparticulierementcet
Empereur impie. L'an 760. le
zSjSeptembre, à neufheures, il
y eut une Eclipse. Pépin, Rey
de France,mourut
a,
Paris ; le
Pape Paul mourut. Conflantin
fut défait par les Dulgares, où il
perditquantitédeNoblesse, &
toutes jes Troupes ; les Arabes
iemparèrent de ïArménie.Lan
797.aumois deJuillet, dans le
temps que
ïImpératrice Irene fit
tantin, & s'empara de
tEmpire;
le Soleil ne parut point durant
crever lesyeux ason Fils Conf
dix-septjours, & les tenebre
i
furent sigrandes, que les Vais
féaux ne se pouvoient conduire
sur Mer. Ily eut de grands
tremblement de terre en Crete-,
en Sicile3&sursauta Constan
tinople. Conflantin mourutbien,
tost apres. VanSu.ilyentune
Ec/ipfe deSoleil le 2. des Ides
dïJuin, à deux heures. Vhin),
Fils de Charlemagne
j mourut^
LesUni*aresdtji'ent les RamainJ
JttS du Fleuve S'trimoniura ; 6"
/•' Empereur Nicêphoyemeurut
ayant eslé vaincu des Buls,ares.'
L'an813.le 4, de May, il_y eut
une Echpfe de Soleil.L'Empe
reur Michel ayant eslé vaincu
des "Bulgares,Je retira de l'Em
pire
j @J cboijtt une vie monas
tique. L'an S33. le Seleil la
Lune. éclipferolt; & dans le
mefne temps, 'Empereur Lew,
abandonné des Siens.,& mis en
tre les mnns dejesEncans, fut
renferméduns un Cloijlre. L'an
joop. que les TurcsprirentJérll
r,tle;n
, il y eut une Eclipje de
Soleil. Celle cpù arriva en11$6.
fut suivie d'une irande Pesle en
Pologne & dans la Russie; le
PapeLucIII. mourut; iHyver
futchaud.Enni7*ily eut
deux Eclipses merveilleufa3l'une
de Soleil}l'autre de Lune,
avecuneconjonÛien dePlanetes.
Tousles Afroloçues du Levant,
de tOccidrnt, & duMidy, tant
Chrefliens que Mahometans>
firent des Prédiftions qui furent
toutes conformes
y comme si elles
sussentsorties d'un mesme cer
neau. Les effits ne furentpas
absolumenttets en Occidentqu'ils
les dvoientprédits)encore que la
prise de Jerusalem par Saladin
Roy des Sarrasins, eule Roy
Baudouin dr toute la Noblcffe
furent pris, les armes des Chré
tiens Occidentaux dans la Pa
lejline5 la prise de Conflantinople
par les mcjmes,la veçuëdesTar
tares
, &les horribles CIJdnge
mens qu'ils apportèrent preflote
dans toutes les Contrées de la
Terre, outre ceux qUI arrivèrent
particulièrement en Afrique. &.
tn Ejpagne3témoignèrent qu'ils
ne s'efloietpas entifrement trom
pez en leurs Prédictions. L'E
clipfe du Soleil qui arrivale4.
dAoust de tan959. que le Duç
de Lorrainese noya dans le Rhin,
st) que les Espagnols donnèrent
U Bataille ae Simancas,ejlre
marquavle en cequ'eue duraplue
d'une heure., & qde pendant tout
ce. temps
la on, vit au Cielles
Etoiles brittïntes•& remuante*.
Luitprand de Pavie qui njivoit
alors j du qu'il en a eslétémoin
oculaire. La mort du Pape Gré-
OfoireJ. & la FaéliondesGibelins
Çjjr des Guelphes, qui causa de
grandes calilmitez, annexent
apru l'Eclipse de l'an 1230.
Ily
en eut une en141f. aprèsla Fejlt
du S. Sacrement. Jean Hus fut,
truie. Lanijjo.l'Eté, fut ex
trémementchaud&[ec, deforte
que les Foin
s, lu Légumes>
twtto les autres chofu qui 'Vien';W
nent en abondance dans un temps
temperé, furent extrêmement ra
res. Ily eut feulement des Seigles
dffizraifonrptbhment;,& quan
tité de Vins trèsforts, & d'une
bonté admirable3mesme dans
les lieux ou
il en croissoit le
moins. Le Palais Royal de Pra
gut3 dr VEglife Cathédrale
bâtie avec de grands foins & de
grandes magnificences par les
Roy
sde Hongrie3furent krû/ez,
&il y eut de grandes incendies
ailleurs5 dont beaucoup de Gens
furent accusez, qui moururent en
frotejltrit de leur innocence.
Il nefis enditbeaucoupd'autre?
qui avoient eslè toutes fuhies
d'évenemens tragiques & ex
truordinaires
; mais je m'arrefie
à celle-cy,qui a du raport par
on commencement aux grandes
secheresses que nous avons eues
ce Printemps, & au commence.
ment de l'Eté* à la disette des.
Foins st) des Herbages de toutes
fôrtes, à la raisonnable quantité
de Setgles que l' on
aferre%, &
a la belle apparence que chacun
'VOlt de remplir cette année les
Celiers d'excellens Fins.Mais
avectoutes cesconformitek, dei
mandons à Dieu que l'Eclipse
<duiz, deJuillet de la prefentç
année
3 à deux heureJ. & demie,
xaitpointd'effetsfïmflres.Apres
celay noflre Dofleur reprit Jon
discours3 & nous dit que les Me
~c/~~4~~roM
decins ayantconfdert les principe
&les effetsdesEclipjes avec les
~r~f~~
Philosophes & lesAflronomesy
en concluent,sur tout quand elles
fontde longue durer,quily aura
des maladies, principalement
quand cessle Seleil qui efl êcli
psé, car ilf conneijpnt kien que
cet Aftfe si benm, qui efl comme'
comme
lœildu Àdmâe & le Pere de la
Nature, ne nous regardantpM
dt bon œil, tout va mal
basv
ilagitsurletchofesd'icy
;&que
IntS, leur communiquant ses in*
fuencesyfon mouvementyfa lueurt
@rfa chaleur, cette lumière&
sesrayons, efiant arreile%surla
partie supérieure de la Lune, qui
efl éclairée alors centre l'ordre
naturel
3 cet Aflre qui efl mal
faisant, nous dérobant en partie
la lumière, nous osse en mefme
temps-lessalutairesinfluences du
soleil
i-e
r comme dans le petit
monde, qui efl l'Homme, quand
l'irradiation des efyrits animaux
qui defeendent du cerveau efl
empefehée par quelque humeur
froidequi cause obftruEllOn, les
parties inférieures du Corps fouf
frent, de Ynefmel'irradiation du
Soleil eslansempefchte par le
corps opaque &solide de laLune,
roui les Animauxsouffrentpùr
cette
interruption.
Vn de la Compagnie inter
rompit icy le difeours, disant que
l'Eclipsè efloit une cboje natu
re lle, qui ne prdduifoit aucun
mauvais effet
; qu'il ne s'enfui
''Voit pas que les Corps s'en trou
lassentpis, encore que les rayons
du Soleil fussent détourné%,
st)
; Cques'il
sa lumière obscurcie
en arrivoit autrement, on 4uroit
fitjet de craindre qu'il n'y east de
grandes maladies(Dutu les fois
que le Soleilferoitcache par des
nuages, ou par degrands brouilL
lards. Noflre bon Vteillard ré..
pondit que ce nefloitpas unerai
fin aJlèz forte pour combatte lu
sentimens des Agronomes & des
yde dire que ce qui cft
Meiecins
naturel ne produit peint de ma--
ladies, Ily a millecboses natu
reilesqui produisentbien des ma
ladie,s, comme les Tempefies> les
Orages., laTonnerres, les Trem
blement de terre3 les exhalaisons
puantes $infe£léesdesCloaques.
Quesiquelqu'un ri-avoitpasref
[enty les effets malins des Ecli
pret) elles en Avaientpu produire
en aautres Perjonnu
; que dans
les temps des maladies générales,
mtfme co'tao,,Ietifes,tour lemende
rieftoit pas pour cela sujet aux
mrfmes maladiM; que les Corps
les plus forts, vigoureux, &re
bufteSj réjîflent aux venins de
l'air ; que la nourriture mesme y
cOYJtribuë) maisqueles CorpsfoL
bles & mal dfPofzysuccom
bent, &quil avoitveu des Per
sonnes tombermalades,mesme
en mourir) pour avoir eflc expo
sées dehors durâtVEclipse
conseilloit mesme a ses Amis de ne
pas regarder en ce temps-là trop
fixement le Soleil ny U Lune) gjr
;quil
de les regarderfeulement dans un
Baffin d'eau expose devant quel
quevitre, ou parun petit trou, tel
qu'on enfait pour mirer ou pour
ni'Veler
Jpuis que les observations
diférentes faites par tant d'ba
hiles Gens n'efioientpas à négli
ger; &surce que Vautreavoit
dit des nuages & des breüinards,
le
ilréponditqu'ilefloitconfiantque
Îiuand ils nous cachent longtemps
Soleily ils c-iufent du desordre.
C'est alors que les Fièvres s'aug
mentent, que les Goûtesrevien
nent, que les Fluxionsdébotdent
ducerveau, qui étoufent souvent
les Malades tout d'un cout>t&
qu
il arrive mille autres accidensy
comme Migraines) maux de
Dents,apoplexies,&c.
Unautrequi ejloitfort ejîime
parfonffa.-voir,.crûtl'embaraffir>
en luy demandant comment il
efloit pojjibleque les Habitons de
¿'¡]le de GroenUndpussent vi
vre,eflant\la'moitié de tannle.
dans les tenebres
9 sansvoir le;
Soleily & par conséquent prive
de ses douces influences. Il répons
dit qu'il ne falloit pas s'en éton
ner, que ces
Gens-la efîoientac.
CQHtume% & naturaliser dans
ces Lieux)qutils ejloientenun
Paisfroid,que cejlle propre
dufroid de dessecher les Corps, {£
de concentrer
lachaleur naturelle,
su dedans, ce qui faisoit que en
bustes pourrefîfier à Ugrojjtereiz
desvapeurs
Personnesefleient fartes & ro
;qu'ils ne laissoient
pas de voirun peu de jour, &,
que l'habitude efl une fécondé
Nature. Il ajoûta que ceux qui
navigent vers Groenland
>
&,
pussent mefrte jusques à Sbisber
gue, pour lapcfcbt de la Baleiner
st) pour chercher des Dents dt
Chevaux marins & de Vac/Jes,
marines,qu'on trouve sur tout
vers Sbisbergue, qui cft fort
antancc vers le Nord, ne vont1
point en ce Pais que quand le
Soleil efl bien hauty & qu'ils le
voyent quasi toute la nuit sur
leurs tefles. Que
sicesGens,quoy
lu'habituez en des Paisfroids
erfujets auxvapeurs& brQüil
lards) commefont les HoHandoisy
les Damis,&lesHambQUrgU9isy
alloient là dans d'autres temps, ils
n'y pourraientvivre, ny réfifler à
lagrojjiereté de l'air
j encore que
les Habitansyvivent bien.
Il dit de plus, qu'outre ce qu'il
avoit lâ la-d:jfus} il avoit in
terrogédes Officiers de Marine
quiyavoient esié) @rqsÚ l'a
voient affureque les Vaiffeavx
ny peuvent aller que dans les
grands jours & les grandes cha
leurs, car autrement les Hommes
ne pourroient réfijleral'airépais
&malaifêyremplyde brl'ÍÚt!a?ds>
&tres froid. IveftreVieillard
ayantfatissait
à la Queflion qui
luy avoit eHé faite t reprit ou il
en efloit demeure, & dit que les
Tbeilogiens & les Saints Perei
parlentfortsouvent desEclipsee,
sur teutde la o-rande& admi
rable qui arriva a la mort du
Sauveur
J qui avait ejlêpredite
par les Propbe
tes, dr laquelle
efloit tout à.fait rniraculeufe, par
troisraifbns* Lapremiere,parce
qu'elle arriva dans la pleine
Lune. Laseconde., parce qu'elle
dura troisheures, ce qui encontre
l'ordre naturel ; @¡ la troisiéme,
à cause qu'elle fut universelle9
comme les Evangelistes le témoi
gnent. Et S. Denys ïjfreopa
gistegrand Philosophe(j* grand
Mathématicien, estant alors elt.
Egipte, dit à cette occasion , Il
faut que le Dieu.de la Nature
souffre, ou toute la Machine
du Monde se dissout. Il
ajoûta, pour éclaircir ce qu'il a
voit dit, que l'Eclipse du Soleil ne
sefaisoitsuivant le communsen
timent des Philosophes (Sf des.
jéfironomes, que dans le temps
que la Lune til dans la tesse ou
dans la queue du Dragon, oubien
près, cejî à dire dans [on com
mencement on
àsafin7&quelle
efïoit pleine à la mortdeNoBrs
Srigncur; que le Soleil efiant
fort rapide dans sa course) la
Lune ne pouvait empefeher si
logtempsFinfluence deJe
s rayons.
Enfin ilfiimiNe belles reiféxions
sur. les diférentes Eclipses natu
relles &fumaturclies, dont tonte
In Compagniefutextrêmement
contente, luy témoigna bien,
des rrconnoiffances. J'en anjois
l'espr.it tout remply, quandfay,
reçeu uojtre Lettre; deforte que
je nay eu qua les mettresur le
JUtpÙr) mais non pas avec son
éloquence
;cequi me tiendra lieu,
s'il vous plaiR;, d'une décharge
pour ce que vous avek d¡firé.
de
Richelieu ce
"6_4,
M«:*'
Vostretres-humble & tres
obeïssant Serviteur,
VlGNI£fU
Fermer
18
p. 190-210
Prise de Sainte Maure, avec des remarques curieuses sur l'Isle de ce nom, & sur sa situation, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à la prise de Sainte Maure, dont le Siége fut [...]
Mots clefs :
Place, Maure, Sainte-Maure, Armée, Troupe, Canon, Ville, Malte, Grèce, Corfou, Côte, Pape, Rocher, Sappho
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prise de Sainte Maure, avec des remarques curieuses sur l'Isle de ce nom, & sur sa situation, [titre d'après la table]
Je viens à la prilè de Sainte
Maure, dont le Siége fut
formé le23. de Juillet par
l'Armée Vénitienne,& parles
Troupes Confédérées du
Pape, du Grand Duc de ToL
cane, ôc de la Religionde
Malthe, fous le commandetment
de Mr Morosini, Procurateur
de Saint Marc, &-.
Genéralissime de l'Armée.
LIsle de Sainte Maure estoit
autrefois attachée au continent
de la Grece, qui la
compte pour une de ses Isles
Occidentales, comme elle
met au nombre des Orienta.
les celles de l'Archipel. En
effet, toute la largeur de la
Grece prise de l'Orient à l'Occident
,
séparel'Archipel de
Sainte Maure. Elle estoit conf
nuë dans l'Antiquité tous le
nom de Leucade, & saisoit
une partie du. Royaume d'Ulisse;
auuieit elle fort proche
d'Ithaque, où ce Prince &
sa Femme Pénélope résidoient.
Une Rocher de cette
Isle elloit autrefois le refuge
,
où l'on voyoit accourir
en foule tous les Amans infortunez
de la Grece, qui,
croyoient appaiser en ce lieulà.,
la violence de leurs transports
amoureux, en sautant.
du sommet de ce Rocher..
On tient que la fameuse Sapho
quiacompose tant d'excellens.
cellens Poëmes
,
donna l'exempled
e sauter en bas, lors
qu'elle eut appris l'infidélité
de son Amant Phaon. D'autres
attribuent à Cephale, le
premier essay d'un remede si
extraordinaire. Ce Rocher
auroitesté un grand ornement
dans la Carte de Tendre.
Mais pour ne parler que
de Sainte Maure, il est certain
que cette Place a totU
jours paru très-importante.
Elle touche presqueà l'Epire,
ôc est prés de la Morée,à l'entrée
du Golphe de Lépante,
(
où se donna en 1571. cette fameufeBataillejquiacquit
tant
de gloire à l'Armée Chrétienne,&
à Dom Juan d'Austriche
qui la commandoit. La
Ville de Sainte Maure futréduite
en 1502.. fous l'obeissance
desVénitiés par Bencdetto
Pesaro. Ce Général y estant
venuavec le secours de quelquesVaisseaux
du Pape,de
Loüis XII. Roy de France, &
des Rhodiens, fit la décente
avec une partie de l'Armée,
& s'estant rendu le maisrte
du Pont, après un combat
opiniaitré, dans lequel quantité
de Turcs demeurèrent
sur la place, il força la Ville à
se soûmettre;mais l'accommodement
s'estant fait quelque
temps après entre Bajazet
11.& la République,par la
médiation du BassaAchmet,
il fut arresté
,
qu'on restitueroit
au Turc line de Sainte
Maure, & elle luy fut d'autant
plus volontiers accordée,
que celle de Céfalonic demeuroit
aux Vénitiens. La
1
Ligue qu'ils ont faite depuis
peu avec l'Empereur ôc le
: Roy de Pologne, contre cet
OEnnemy commun de la
Chrétienté, les autorisant à
luydéclarer la guerre, ils Il
folurent d'aller attaquer Sazi
te Maure, après que Mr MM
rofini leur Genéralissime ce
tenu conseil à Corfou le
de Juillet avec les Chefs d'ICJ
cadres, ôc les Principaux
Officiers de l'Arméeauxils
res. Mais avant que de voo
entretenir de cette expéco
tion
,
il faut vous apprenchi
l'état des Bâtimens de MM.
de toutes les Puissances, qp
font entrées dans leurs inrests,
leur nombre) & lordbi
de Bataillequiestoit résolu 01
cas qu'on eust estéobligé
combatre les forces maritimes
du Grand Seigneur. Je
vous envoye cet ordre de Bataille
,
àz la manière qu'il a
esté dressé à Corfou , & que
je l'ay receu de Vénise. La
Langue Italienne vous est familiére
ainsi je n'av rien à
vous expliquer.
L'attaque de Sainte Maure
ayant estéarrestée dans le
Conseil tenu à Corfou, où se
trouverent le Provéditeur
Genéral Cornaro, les Chefs
des Escadres du Pape, du
Grand Ducde Toscane
,
de
la Religion de Malthe
,
le;
Genéral Strafoldo, & les autres
Officiers, MrMorosini
sir faire la revûë de toutes les
Troupes que l'on avoit deftinées
au débarquement.
Deux Bataillons de six cens
Hommes chacun,l'un des
Troupes du Pape, & l'autre
de celles de Malthe,passerent
en revûë avec huit mille
Hommes des autres Troupes.
La premiereLigne de
ce dernier Bataillon avoit
quel quechose de bien éclatant,
puis qu'elleestoit conv*
posée de cent Chevaliers, revétus
de leurs Cottes d'Armes
de Satin rouge, avec la
Croix blanche de la Religion.
L'Arméeayant misa.
la voile le 19 de Juillet, arriva
heureusement le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle
moüilla. Cette Ville effc
surune langue de Terre du
costé du Levanr, & un Aque
duc de trois cens soixante
Arcades en forme de Pot, large
seulemet de trois ouquatre
pieds, la joint au Continent
du costé duSeptentrion. Un
Pont de bois partagé en trois
luy fournit aussi un passage
au Continent du costé du Levant
& du Couchant. Elle a
une Peninsule assez longue,
dont la teste porte le nom de
la pointe de Saint Jean. La
Mer environne tout le reste.
La Forteresse est un Pentagone
irrégulier, dont de
grosses Tours flanquent tous
les Angles. Deux autres.
Tours qui sont au tiers de la
Courtine des deux costez,
fortifient encore la plus grande
face, qui estcelle du Couchant.
La Flote estant entrée
dans le Port de Démata,
qui est au Levant de la Place,
&: qui peut tenir un grand
nombre deVaisseaux
, on fit
le débarquement. Mr Morofini
décendit aussi à terre,
où il visita tous les Postes,
que l'on avoit reconnus, ôc.
un logement qu'avoit fait
le CapitaineManetta dans un
lieu nommé Chiebe, dont il
s'estoit rendu maistre.C'estoit;
laMaison deplaisance du Fils
de l'Aga. Cependant il ne
voulut point faire tirer le Canon,
qu'il n'eust envoyé sommer
le Commandant de Iz
Place. Illuy écrivit lesjustes.
sujets qu'avoit eus la République,
d'assemblerune puisfancc
Armée, aprés que les
Turcs avoientrompu la Paix
en donnant retraite aux
Corsaires de Barbarie,ôc en
exerçant des hostilitez contre
les Sujets de l'Etat Vénitien.
Le Commandant s'étant
contenté de luy répondre,
que Dieu puniroitlaRépubliqueduprétexte
qu'elle
• prenoit de déclarer la guerre
au GrandSeigneur,onarbora
lePavillon de la Genérale,
&les Galeres &les Galeasses
commencèrent a canonner
la Forceresse. Plus de douze
cens coups de Canonqui furreennttttiirreezze,
liednodommmmaaçglecrrecnlltt
beaucoup les Maisons & les'
Fortifications
,
& ruinerent
une Mosquée. Il y eutua
feu continuel de l'Artillerie
-
des Turcs. Il-nempdchâpas
pourtant les Troupes du Pape,
ôc celles de Malthe & de
Toscane
,
de s'avancer fore
présde la Place, & de se loger
dans les Fauxbourgs. Ils
le firent sans obitacle
,
les.
Ennemis nrayant osé hazarderaucuneSortie.
Ustache-"
rent feulement en continuant
un grand feu d'Artilkrie,
de retarder le travail des
Assiégeans, quin'oubliaient
rien pour mettre leur Canon
en baterie
y
mais tous ces
efforts des Assiégez furent
inutiles. Les Bateries commencerent
à tirer avec un
fort grand succés fous les ordres
du Seigneur Lorcnzo
Venier.Elles endommagerent
fort les murailles de la
Place, & les Bombes que l'on
jetta en quantité dans la Ville
, y causerent un très-grand
desordre. Le premier jour
d'Aoust ces mesmes Batteries
raserent entièrement le
Boulevard; &: la Bréche qui
estoit déjà considérable
, fut
augmentée. Elles démonterent
quatre Pieces de Canon
des Ennemis, & les Bombes
mirent le feu en plusieurs endroits
de la Ville, les Travaux
seftant avancez à la faveur
du feu continuel du Canon
& des Mortiers, les Assiégeans
commencèrent à
combler le Fossé avec des
Fascines & des Sacs à terre.
Enfin, le Dimanche 6.
jour d'Aoust,aprés que le feu
eut continué jusqu'au soir de
part & d'autre, les Turcs éleverent
un Drapeau blanc sur
leurs Murailles, pour faire
connoistre qu'ils vouloient
capituler. Ilsenvoyerentà
une heure de nuit trois Députez
à MrMorosini, pour
luy dire qu'ils estoient prests
de rendre la Place, pourvû
qu'on leur accordait une Capitulation
honorable. Ils de- ,
mandoient permission -de
sortir avec tous leurs biens,
& on leur donna seulement
la liberté de se retirer avec
leurs Familles, & d'emporter
tout ce qu'ils pourroient porter
sureux. Les Ostagesfurent
envoyez le lendemain,
& on mit en liberté tous les
Esclaves que l'on trouva dans
la Place, à condition qu'ils
serviroient pendant un ansur
lesVaisseaux
, ou sur les Galéres
de la République, en
qualité de Mariniers& de Soldats.
LaGarnison sortitvers
le soir par la Porte du Couchant.
Elle estoit de septcens
Hommes, qui avoient leSabre
& le Mousquet. Les Bâtimens
où ils furent embarquez,
les conduisirent à terre
au delà du Bras de Mer.
En mesme temps les Troupes
Vénitiennes entrerent
dans la Ville par la Bréche.
Le Butin que les Soldats y
ont fait a elle considérable.
On trouva quantité de Provisions
dans la Place,& quatre-
vingtsPiéces de Canon.
Les Vénitiens n'ont perdu
que deux cens Hommes à ce
Siége. MrJoüyFrançois, Sergent
Major de Bataille
,
Ôc
Colonel d'un Régiment Allemand,
y fut blesséà la cuisse,
& eut le bras percéd'une
mousquetade.MrMorosini
fitaussitost benir la principale
Mosquée,&le Te Deum y
futchanté. Elle a esté dédiée
fous le nom de San Salvator,à
cause que les Turcs avoient
élevé le Drapeau blanc le 6.
d'Aoust , jour de la Transfiguration
de NostreSeigneur
Il fit bénir une autre Mos.
quée que l'on dédia à Saint
Gaëtan , dont on célebroit.
la Feste le jour quelesTroupes
entrerent dans la Place-
Il en a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien,&de
la Famille de Mr l'Ambaffa.:.
deur de Vénise, qui est à présent
à la Cour de France.
Tous ceux de ce nom ont
rendu de grands services à la
République. SebastienVénier
estoit Chef de l'Armée
Vénitienne, lors que celle de
Selim fut entièrement défaite
le jour qu'on donna la Bataille
de Lépante.
Maure, dont le Siége fut
formé le23. de Juillet par
l'Armée Vénitienne,& parles
Troupes Confédérées du
Pape, du Grand Duc de ToL
cane, ôc de la Religionde
Malthe, fous le commandetment
de Mr Morosini, Procurateur
de Saint Marc, &-.
Genéralissime de l'Armée.
LIsle de Sainte Maure estoit
autrefois attachée au continent
de la Grece, qui la
compte pour une de ses Isles
Occidentales, comme elle
met au nombre des Orienta.
les celles de l'Archipel. En
effet, toute la largeur de la
Grece prise de l'Orient à l'Occident
,
séparel'Archipel de
Sainte Maure. Elle estoit conf
nuë dans l'Antiquité tous le
nom de Leucade, & saisoit
une partie du. Royaume d'Ulisse;
auuieit elle fort proche
d'Ithaque, où ce Prince &
sa Femme Pénélope résidoient.
Une Rocher de cette
Isle elloit autrefois le refuge
,
où l'on voyoit accourir
en foule tous les Amans infortunez
de la Grece, qui,
croyoient appaiser en ce lieulà.,
la violence de leurs transports
amoureux, en sautant.
du sommet de ce Rocher..
On tient que la fameuse Sapho
quiacompose tant d'excellens.
cellens Poëmes
,
donna l'exempled
e sauter en bas, lors
qu'elle eut appris l'infidélité
de son Amant Phaon. D'autres
attribuent à Cephale, le
premier essay d'un remede si
extraordinaire. Ce Rocher
auroitesté un grand ornement
dans la Carte de Tendre.
Mais pour ne parler que
de Sainte Maure, il est certain
que cette Place a totU
jours paru très-importante.
Elle touche presqueà l'Epire,
ôc est prés de la Morée,à l'entrée
du Golphe de Lépante,
(
où se donna en 1571. cette fameufeBataillejquiacquit
tant
de gloire à l'Armée Chrétienne,&
à Dom Juan d'Austriche
qui la commandoit. La
Ville de Sainte Maure futréduite
en 1502.. fous l'obeissance
desVénitiés par Bencdetto
Pesaro. Ce Général y estant
venuavec le secours de quelquesVaisseaux
du Pape,de
Loüis XII. Roy de France, &
des Rhodiens, fit la décente
avec une partie de l'Armée,
& s'estant rendu le maisrte
du Pont, après un combat
opiniaitré, dans lequel quantité
de Turcs demeurèrent
sur la place, il força la Ville à
se soûmettre;mais l'accommodement
s'estant fait quelque
temps après entre Bajazet
11.& la République,par la
médiation du BassaAchmet,
il fut arresté
,
qu'on restitueroit
au Turc line de Sainte
Maure, & elle luy fut d'autant
plus volontiers accordée,
que celle de Céfalonic demeuroit
aux Vénitiens. La
1
Ligue qu'ils ont faite depuis
peu avec l'Empereur ôc le
: Roy de Pologne, contre cet
OEnnemy commun de la
Chrétienté, les autorisant à
luydéclarer la guerre, ils Il
folurent d'aller attaquer Sazi
te Maure, après que Mr MM
rofini leur Genéralissime ce
tenu conseil à Corfou le
de Juillet avec les Chefs d'ICJ
cadres, ôc les Principaux
Officiers de l'Arméeauxils
res. Mais avant que de voo
entretenir de cette expéco
tion
,
il faut vous apprenchi
l'état des Bâtimens de MM.
de toutes les Puissances, qp
font entrées dans leurs inrests,
leur nombre) & lordbi
de Bataillequiestoit résolu 01
cas qu'on eust estéobligé
combatre les forces maritimes
du Grand Seigneur. Je
vous envoye cet ordre de Bataille
,
àz la manière qu'il a
esté dressé à Corfou , & que
je l'ay receu de Vénise. La
Langue Italienne vous est familiére
ainsi je n'av rien à
vous expliquer.
L'attaque de Sainte Maure
ayant estéarrestée dans le
Conseil tenu à Corfou, où se
trouverent le Provéditeur
Genéral Cornaro, les Chefs
des Escadres du Pape, du
Grand Ducde Toscane
,
de
la Religion de Malthe
,
le;
Genéral Strafoldo, & les autres
Officiers, MrMorosini
sir faire la revûë de toutes les
Troupes que l'on avoit deftinées
au débarquement.
Deux Bataillons de six cens
Hommes chacun,l'un des
Troupes du Pape, & l'autre
de celles de Malthe,passerent
en revûë avec huit mille
Hommes des autres Troupes.
La premiereLigne de
ce dernier Bataillon avoit
quel quechose de bien éclatant,
puis qu'elleestoit conv*
posée de cent Chevaliers, revétus
de leurs Cottes d'Armes
de Satin rouge, avec la
Croix blanche de la Religion.
L'Arméeayant misa.
la voile le 19 de Juillet, arriva
heureusement le lendemain
hors la portée du Canon
de Sainte Maure, où elle
moüilla. Cette Ville effc
surune langue de Terre du
costé du Levanr, & un Aque
duc de trois cens soixante
Arcades en forme de Pot, large
seulemet de trois ouquatre
pieds, la joint au Continent
du costé duSeptentrion. Un
Pont de bois partagé en trois
luy fournit aussi un passage
au Continent du costé du Levant
& du Couchant. Elle a
une Peninsule assez longue,
dont la teste porte le nom de
la pointe de Saint Jean. La
Mer environne tout le reste.
La Forteresse est un Pentagone
irrégulier, dont de
grosses Tours flanquent tous
les Angles. Deux autres.
Tours qui sont au tiers de la
Courtine des deux costez,
fortifient encore la plus grande
face, qui estcelle du Couchant.
La Flote estant entrée
dans le Port de Démata,
qui est au Levant de la Place,
&: qui peut tenir un grand
nombre deVaisseaux
, on fit
le débarquement. Mr Morofini
décendit aussi à terre,
où il visita tous les Postes,
que l'on avoit reconnus, ôc.
un logement qu'avoit fait
le CapitaineManetta dans un
lieu nommé Chiebe, dont il
s'estoit rendu maistre.C'estoit;
laMaison deplaisance du Fils
de l'Aga. Cependant il ne
voulut point faire tirer le Canon,
qu'il n'eust envoyé sommer
le Commandant de Iz
Place. Illuy écrivit lesjustes.
sujets qu'avoit eus la République,
d'assemblerune puisfancc
Armée, aprés que les
Turcs avoientrompu la Paix
en donnant retraite aux
Corsaires de Barbarie,ôc en
exerçant des hostilitez contre
les Sujets de l'Etat Vénitien.
Le Commandant s'étant
contenté de luy répondre,
que Dieu puniroitlaRépubliqueduprétexte
qu'elle
• prenoit de déclarer la guerre
au GrandSeigneur,onarbora
lePavillon de la Genérale,
&les Galeres &les Galeasses
commencèrent a canonner
la Forceresse. Plus de douze
cens coups de Canonqui furreennttttiirreezze,
liednodommmmaaçglecrrecnlltt
beaucoup les Maisons & les'
Fortifications
,
& ruinerent
une Mosquée. Il y eutua
feu continuel de l'Artillerie
-
des Turcs. Il-nempdchâpas
pourtant les Troupes du Pape,
ôc celles de Malthe & de
Toscane
,
de s'avancer fore
présde la Place, & de se loger
dans les Fauxbourgs. Ils
le firent sans obitacle
,
les.
Ennemis nrayant osé hazarderaucuneSortie.
Ustache-"
rent feulement en continuant
un grand feu d'Artilkrie,
de retarder le travail des
Assiégeans, quin'oubliaient
rien pour mettre leur Canon
en baterie
y
mais tous ces
efforts des Assiégez furent
inutiles. Les Bateries commencerent
à tirer avec un
fort grand succés fous les ordres
du Seigneur Lorcnzo
Venier.Elles endommagerent
fort les murailles de la
Place, & les Bombes que l'on
jetta en quantité dans la Ville
, y causerent un très-grand
desordre. Le premier jour
d'Aoust ces mesmes Batteries
raserent entièrement le
Boulevard; &: la Bréche qui
estoit déjà considérable
, fut
augmentée. Elles démonterent
quatre Pieces de Canon
des Ennemis, & les Bombes
mirent le feu en plusieurs endroits
de la Ville, les Travaux
seftant avancez à la faveur
du feu continuel du Canon
& des Mortiers, les Assiégeans
commencèrent à
combler le Fossé avec des
Fascines & des Sacs à terre.
Enfin, le Dimanche 6.
jour d'Aoust,aprés que le feu
eut continué jusqu'au soir de
part & d'autre, les Turcs éleverent
un Drapeau blanc sur
leurs Murailles, pour faire
connoistre qu'ils vouloient
capituler. Ilsenvoyerentà
une heure de nuit trois Députez
à MrMorosini, pour
luy dire qu'ils estoient prests
de rendre la Place, pourvû
qu'on leur accordait une Capitulation
honorable. Ils de- ,
mandoient permission -de
sortir avec tous leurs biens,
& on leur donna seulement
la liberté de se retirer avec
leurs Familles, & d'emporter
tout ce qu'ils pourroient porter
sureux. Les Ostagesfurent
envoyez le lendemain,
& on mit en liberté tous les
Esclaves que l'on trouva dans
la Place, à condition qu'ils
serviroient pendant un ansur
lesVaisseaux
, ou sur les Galéres
de la République, en
qualité de Mariniers& de Soldats.
LaGarnison sortitvers
le soir par la Porte du Couchant.
Elle estoit de septcens
Hommes, qui avoient leSabre
& le Mousquet. Les Bâtimens
où ils furent embarquez,
les conduisirent à terre
au delà du Bras de Mer.
En mesme temps les Troupes
Vénitiennes entrerent
dans la Ville par la Bréche.
Le Butin que les Soldats y
ont fait a elle considérable.
On trouva quantité de Provisions
dans la Place,& quatre-
vingtsPiéces de Canon.
Les Vénitiens n'ont perdu
que deux cens Hommes à ce
Siége. MrJoüyFrançois, Sergent
Major de Bataille
,
Ôc
Colonel d'un Régiment Allemand,
y fut blesséà la cuisse,
& eut le bras percéd'une
mousquetade.MrMorosini
fitaussitost benir la principale
Mosquée,&le Te Deum y
futchanté. Elle a esté dédiée
fous le nom de San Salvator,à
cause que les Turcs avoient
élevé le Drapeau blanc le 6.
d'Aoust , jour de la Transfiguration
de NostreSeigneur
Il fit bénir une autre Mos.
quée que l'on dédia à Saint
Gaëtan , dont on célebroit.
la Feste le jour quelesTroupes
entrerent dans la Place-
Il en a donné le Commandement
au Seigneur Lorenzo
Vénier Noble Vénitien,&de
la Famille de Mr l'Ambaffa.:.
deur de Vénise, qui est à présent
à la Cour de France.
Tous ceux de ce nom ont
rendu de grands services à la
République. SebastienVénier
estoit Chef de l'Armée
Vénitienne, lors que celle de
Selim fut entièrement défaite
le jour qu'on donna la Bataille
de Lépante.
Fermer
Résumé : Prise de Sainte Maure, avec des remarques curieuses sur l'Isle de ce nom, & sur sa situation, [titre d'après la table]
En 1684, une coalition chrétienne, comprenant Venise, l'Empereur et le Roi de Pologne, décida d'attaquer l'île de Sainte-Maure, située stratégiquement près de l'Épire et de la Morée. Cette île avait été conquise par les Vénitiens en 1502 avant d'être restituée aux Turcs. Une armée composée de troupes vénitiennes, papales, toscanes et maltaises assiégea l'île. Le 20 juillet, la flotte chrétienne arriva près de Sainte-Maure et effectua un débarquement. Le général Morosini somma le commandant turc de se rendre, justifiant cette demande par la rupture de la paix par les Turcs. Après le refus turc, les forces chrétiennes bombardèrent la forteresse, endommageant des habitations, des fortifications et une mosquée. Malgré la résistance turque, les alliés avancèrent et préparèrent leurs batteries sous les ordres de Lorenzo Venier. Le 1er août, ces batteries causèrent de lourds dégâts aux murailles, permettant aux assiégeants de combler le fossé. Le 6 août, les Turcs demandèrent une capitulation honorable. La garnison, composée de sept cents hommes, quitta l'île. Les troupes vénitiennes entrèrent ensuite dans la ville, y firent un important butin et libérèrent les esclaves. Les Vénitiens perdirent deux cents hommes durant le siège. Morosini fit bénir les principales mosquées, qui furent dédiées à San Salvator et Saint Gaëtan, avec Lorenzo Venier nommé à leur commandement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 131-168
Relation de la Chine, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelles par les Peres Jésuîtes qui sont à la [...]
Mots clefs :
Empereur, Chine, Pékin, Tartares, Montagnes, Armée, Pères, Missionnaires, Voyage, Cour, Lama, Prince, Chevaux, Tartarie, Grande Muraille, Pays, Religion, Peuples, Empire, Jésuites
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation de la Chine, [titre d'après la table]
Onaeu nouvelles par les
Peres Jéfuîtes qui font à la
Cour de Pekin, du Voyage
que l'Empereur de la Chine
fit l'année derniere dans la
Tartarie Occidentale , avec
la Reyne fon Aycule, qu'on
appelle laReyneMere. Cette
132 MERCURE
partie de laTartarie eſtſituée
environ mille ftadesChinoi
fes , qui font plus de trois
cens milles d'Europe, audelà
decette prodigieufe Muraille
qui fépare la Chine des Ter
res des Tartares Occiden
taux. Ces Tartares, quicom
mençant depuis l'Orient de
la Chine , l'entourent d'une
multitude prefque infinie de
Peuples, & latiennent com
meaffiégée du cofté du Sep
tentrion & de l'Occident,
ont efté de tout temps les
Ennemislesplus redoutables
qu'elle ait eus. Ainfi ce fut
GALANT. 133
pour le mettreà couvert de
leurs incurfions , qu'un an
cien Empereur Chinois fit
baftir cette grande Muraille.
Ceuxquil'ontpaffée, & con
fiderée de prés, affurent que
lesSept Merveilles duMonde
miſes enſemble , n'égalent
point cet Ouvrage , & que
tout ce que la Renommée
en publie, eſt infiniment au
deffous de ce qu'ils ontvû.
Ils y admirent particuliére
mentdeuxchofes. L'une eft,
que dans cette longue éten
düedel'Orient àl'Occident,
elle paffe en plufieurs en
134 MERCURE
droits , non feulement par
de vaſtes Campagnes , mais
encore par-deffus des Mon
tagnes tres hautes , fur lef
と
quelles elle s'éleve peu à
peu , fortifiée par intervalles
de groffes Tours , qui ne
font éloignées les unes des
autres que de deux traits
d'Arbalete.Dans unVoyage
qu'y fit un Pere Jéfuîte , il
eut la curiofité d'en meſurer
la hauteur en un endroit, &
il trouva par le moyen d'un
Inftrument , qu'elle avoit´en
ce lieu-là 1037. pieds Geomé
triques au deflus de l'hori
GALANT. 135
fon. Ainfi on ne comprend
pas comment on a pû élever
cet énorme Boulevard juf
ques à la hauteur où on le
voit , dans des lieux fecs &
pleins de Montagnes , où il
a falu apporter de fort loin,
& avec des travaux incroya
bles , l'eau , la brique , le
ciment, & tous les autres
matériaux néceffaires pour
la conftruction d'un fi grand
Ouvrage. La feconde choſe
qui caufe de la furpriſe dans
cette Muraille , c'eſt qu'elle
n'eft pas continuée fur une
mefine ligne , mais recour
136 MERCURË
bée en divers lieux , fuivant
la difpofition des Monta
gnes, defortequ'aulieu d'un
Mur, onpeutdire qu'il y en
a trois , qui entourent toute
cettegrande partie de laChi
ne.Sil'Empereurpar les foins
de qui la longue Muraille
dontje parle a eftébâtie,afait
quelque chofe d'avantageux
pour la fûreté de ce vafte
Empire , le Monarque qui
denos jours areüny les Chi
nois & les Tartares fousune
mefme Domination , afait
encore quelque chofe qui
luy eft plus important. Apres
GALANT. 137
avoir réduit les Tartares Oc
cidentaux , il les a obligez
d'aller demeurer à trois cens
milles au delà de cette Mu
raille , & leur a diftribué des
Terres & des Pâturages en
cet endroit-là , pendant qu'il
a fait habiter leur Païs parles
autres Tartares qui font fes.
Sujets. Ceux qu'il ne pût
fubjuguer par la force de fes
armes, il trouva moyen de
les vaincre par adreffe , en.
engageant les Lamas dans
fes intérefts par fes libérali
tez, & pardesmarques d'une
finguliereaffection. Comme
Novembre 1684,
M
138 MERCURE
les Lamas , qui font les Prê-
tres de ces Peuples , ontun
grandcrédit fur ceux de leur
Nation , ilsleur perfuadérent
aifément de fe foûmettre à
la domination d'un fi grand
Prince. Ce fervice rendu à
l'Etat eft caufe que l'Empe
reur de la Chine continue
à regarder ces Lamas d'un
œil favorable , & qu'il leur
fait des largeffes , le ſervant
d'eux pourmaintenirles Tar
tares dans l'obeïffance qu'ils
lay doivent. Cesfont d'ail
leurs Gens groffiers , & qui
n'ayant aucune teinture des
Sciences nydes beaux Arts,
GALANT. 139
nefont eftimez que parpo
litique. En effet on a raifon
de les ménager , puis qu'ils
peuvent tout fur les cfprits
des Tartares Occidentaux,
quifont toûjours fipuiſſans,
que s'ils s'accordoient entre
eux , ils pourroient encore fe
rendre maiftres de toute la
"
Chine,& de laTartarie Orien
tale,de l'aveu même des Tar
tares Orientaux. L'Empereur
quirégne aujourd'h y, & quit
cft préfentement dans ſa 31.
année , a divifé toute cette
vafte étendue de Païs , en
quarante-huit Provinces, quis
Mij
140MERCURE
luy fontfoûmifes & tributai
res. Ainfiilpeut eftreappelé
avec juſtice le plus grand &
le plus puiffant Monarque
del'Afie, ayanttantde vaſtes.
Etats qui luy obeïffent , fans
qu'ils foient coupez par les
Terres d'aucunPrinceEtran
ger, & luyfeul eftant comme
l'ame qui donne le mouve
ment à tousles mébres d'un
fi grand corps. Depuisqu'il
s'eft chargé du Gouverne
ment,il n'en a confié le foin
à aucun des Colaos ny des
Grands de fa Cour. Ila choify
le PrincefonOncle pourfon
GALANT. 145
premierMiniftre , mais il eft
inftruit de tout , & donne
tous les ordres que ceMini
niftre exécute. Il n'a jamais
mefme fouffert que les Eu
nuques du Palais, ny aucun
de ſes Pages , ou de jeu.
nes Seigneurs qui ont efté
élevez auprés de luy, difpo
faffent de rien au- dedans de
faMaiſon,&réglaffent d'eux
mefmes aucune chofe. Ses
Prédeceffeurs ont tenu une
conduite fi oppofée , que
cette nouvelle maniere de
gouverner paroift extrordi
naire. Elle eft cependant
142MERCURE
toute pleine de juſtice. Auffi
FEmpereur a t-il une équité
admirable.Lors quelesgráds
ont manqué , il les punit
auffi-bien que les petits. Il
les prive de leurs Charges,
&les fait defcendre du rang
qu'ils tiennent , proportion
nant toûjours la peine à la
grandeur de la faute. Au
cune Affaire ne fe traite au
Confeil Royal, ny dans les
autres Tribunaux, qu'il n'en
prenne connoiffance , vou
lantqu'onluyrende uncom
pte exact des Jugemés qu'on
Ya portez, L'authorité ab
GALANT. 143
folüe qu'il s'eft acquife, en
difpofant & ordonnant de
tout par luy-mefme , fans
s'enrepofer fur fes Miniftres,
eft caufe que les Perfonnes
les plus qualifiées de l'Em
pire , mefme les Princes du
Sang , ne paroiffent jamais
en la préſence qu'avec un
profond refpect. Comme il
a étably une Paix folide dans
tous fes Etats , il a rappellé
de chaque Province fes meil
leures Troupes, & réfolu dans
fon Confeil , de faire tous
les ans trois Voyages pour
aller chaffer en diférentes
144MERCURE
faifons. Ces fortes de Chaf
ſes ont plûtoft l'air d'Expé
ditions militaires , que de
Parties de divertiffement,
puis qu'il s'y fait accompa
gner d'un tres grand nom
bre de Chevaux, & de Sol
dats , armez tous deFléches:
&deCimeterres, divifez par
Compagnies , & marchant
´en
en ordre de Bataille , apres
leurs Enfeignes , au bruit des
Tambours & des Trompe
tes. Pendant leurs Chaffes,
ils inveftiffent les Montagnes
&les Forefts entieres, com
me fi c'eftoient des Villes
qu'ils
GALANT. 145
qu'ils vouluffent affiéger.
L'Empereur partit le 6. de
Juillet de l'année derniere,
avec plus de foixante mille
Hómes, &plus dé centmille
Chevaux. Cette Armée avoit
fonAvantgarde, fon Arriere
garde, fonCorps de Bataille,
fon Aîle droite , & fon Aîle
gauche, toutcela commandé
par autant de Chefs & de
petits Roys. Pendant plus
de foixante & dix jours qu'
elle fut en marche , il falut
conduire toutes les Muni
tions de l'Armée , fur des
Chariots, fur des Chameaux,
Novembre1684.
N
146 MERCURE
fur des Chevaux & fur des
Mulets, pardes chemins ex
trémement difficiles , toute
la Tartarie Occidentale n'é
tant que Montagnes , que
4
Rochers, & que Vallées. Il
n'y a ny Villes , ny Bourgs,
nyVillages, ny meſme aucu
nes Maiſons. Les Habitans
logent fous des Tentes dref
fées de tous coftez dans les
Plaines. Ce font la plûpart
des Paſteurs , qui tranfpor
tent leurs Tentes de Vallée
enVallée, felon queles Pâ
turagesfont meilleurs. Làils
font paiſtre des Boœufs , des
GALANT. 147
Chevaux & des Chameaux,
Ils ne nourriffent aucun de
ces Animaux qu'on nourrit
ailleurs dans les Villages,
comme des Pourceaux, des
Oyes & des Poules ; mais
feulement de ceux qu'une
61
terre inculte peut entretenir
des herbes qu'elle produit
d'elle- mefme. Comme ilsne
fement ny ne cultivent la
terre , ils ne font auffi au
cune recolte, & paffent leur
vie, ouà la Chaſſe , ou à ne
rien faire. Ils vivent de lait,
de fromage & de chair , &
ont une efpéce de vin aſſez
Nij
148 MERCURE
femblable à noftre eau de
vie. Ce vin , dont ils s'eny
vrent fouvent, fait leurs plus
grandes délices. Ils ont leurs
Lamas, qu'ils revérent & ref
pectent , & diférent en ce
la des Tartares Orientaux,
dontla plusgrande partie ne
croit pointdeDieu. Lesuns
& les autres font Efclaves,
& dépendent en toutes cho
fes delavolontédeleurs Maî
tres , dont ils fuivent aveu
glément la Religion & les
mœurs , femblables à leurs
Troupeaux , qui vont oùon
les mene , & non pas où il
GALANT. 149
faut aller. L'Empereur mar
choit à cheval à la tefte de
fon Armée , par ces Lieux
déferts , par des Montagnes
efcarpées , & éloignées du
grand Chemin, exposé tout
le jour aux ardeurs du So
leil , aux pluyes , & à toutes
les injures de l'air. Une des
444
raifons qui luy firent entre
prendre ce Voyage , eftoit
pourentretenirfaMilice dans
un exercice continuel auffi
C
bien pendant la Paix que
pendant la Guerre , & pour
empefcher que le luxe de la
Chine, &untroplongrepos,
Niij
150 MERCURE
ne fiffent dégenerer fes Sol
dats de leur premiere valeur.
Il réüflit parfaitemét encela,
puis qu'on affûre qu'ils fou
frirent plus dans cetteChaffe,
qu'ils n'avoient fait aux der
nieres Guerres, & qu'en leur
faifant pourfuivre les Cerfs,
les Tygres , les Sangliers &
les Ours , il leur apprenoit
à vaincre les Ennemis de
l'Empire. D'ailleurs il eft con
vaincu qu'unVoyagede cette
nature , accompagné de fa
tigues , contribue à fa fanté.
En effet une longue expé
rience luy a fait connoiftre,
GALANT. 151
que lors qu'il eft trop long.
temps à Pekin fans en for.
tir , il eft attaqué de diver
fes maladies , & il les évite
par le moyende ces longues
courfes , pendant lefquelles
il nevoit point de Femmes.
Ce qui pourravous ſurpren
dre, c'est qu'il n'en parutau
cunedanstoutecettegrande
Armée , excepté celles qui
eftoicntà lafuite de la Reyne
Mere; encore eftoit-ce une
chofe fort nouvelle , qu'elle
accompagnaft le Roy, cela
ne s'eſtant pratiqué qu'une
feulefois , lors qu'il menales
Niiij
152 MERCURE
trois Reynesavec luyjuſqu'à
la Ville Capitale de la Pro
vince de Lead-tùm , pourvi
fiter les Sepulcres de leurs
Anceftres. L'Empereur& la
ReyneMereprétendirent en
core en s'éloignant de Pe
kin, éviterles exceffives cha
leurs qu'on y fent l'Été pen
dant les jours Caniculaires,
car dans cet endroit de la
Tartarie où ils allérent , il
régneaux mois de Juillet &
d'Aouft,un ventfi froid,prin
cipalement la nuit, que Pon
eft contraint de prendre de
gros habits avec des fourru
GALANT K3
res. Unfroidfi extraordinaire
vient de ce que la Région
eft fort élevée , & pleine de
Montagnes. Il y en a une
entre autres , fur laquelle on
monta toûjours durant cinq
oufixjoursde marche.L'Em
pereur ayant voulu fçavoir
decombienelle furpaffoitles
Campagnes de Pekin , éloi
gnées de là d'environ trois
cens milles , le Pere Ferdi
nand Verbieft , & le Pere
Philippe Grimaldi, qui l'a
voient accompagné par fon
ordre, mefurérent la hauteur
de plus de cent Montagnes,
154 MERCURE
quiestoient fur la route, &
trouvérent qu'elle avoit trois
mille pas geométriques d'é
levation au deffus de la Mer
la plus proche de Pekin. On
tient que le Salpeftre dont
ces Contrées font remplies,
contribue encore à ce grand
froid,qui eftfiviolent, qu'en
creufant la terre pendant le
voyage à trois ou quatre.
pieds de profondeur, on en
tiroit des mottes toutes ge
lées, & des morceaux degla
ce. Toutes les raifons que
je viens de dire engagerent
l'Empereur à l'entreprendre,
GALANT. 155
mais ce qui l'y porta plus
qu'aucune chole , ce fut le
deffein de contenir les Tar
tares Occidentaux dans leur
devoir, & de prévenir les per
nicieux projets qu'on les
voudroit obliger à former
contrel'Etat. Cette veuë qu'il
eur l'obligea d'entrer dans
leur Païs avec une Armée fi
redoutable , & tous ces pré
2
paratifs de guerre. On avoit
conduit plufieurs Pieces d'ar
tillerie , pour en faire de
temps en temps les dé har
ges dans les Vallées, & par
le bruit & lefeu qui fortoit:
156 MERCURE
de la gueule des Dragons
qui leur fervoient d'orne:
ment, jetter par tout l'épou
vantefurfaroute. Outre tout
cet attirail , il voulut encore
>
eftre accompagné de toutes
les marques de grandeurqui
l'environnent à la Cour de
Pekin , de cette multitude
deTambours,de Trompetes,
deTimbales, &autres Inftru
mens de Mufique, qui for
ment des Concerts dans le
temps qu'il eft à table, & au
bruit defquels il entre dans
fonPalais , & en fort. Il fit
marcher tout cela avec luy,
GALANT. 157
pourétonnerces Peuples bar
barespar cette pompe exté
rieure, & leur imprimer avec
la crainte le refpect deû à la
Majefté Impériale. Plufieurs
petits Roys de la Tartarie
Occidentale vinrent de trois
cens, & mefme decinq cens
milles , avec leurs Enfans,
pour falier l'Empereur. Il
s'en trouvoit parmy eux qui
avoient fait le voyage de
Pekin pour voir la Cour.
Peu dejours avant que l'on
arrivaſt à la Montagne, qui
eftoit le terme du voyage,
unpetit Royqui revenoit de
158 MERCURE
chez l'Empereur, rencontra
les deuxJefuites que je vous
ay déja nommez, &lesayant
apperçûs , il s'arreſta avec
toute la Suite, & fit deman
der parfonInterprete, lequel
des deux s'appelloit Nau
hoay. Un de leurs Valets
ayant montré le Pere Ferdi
nand Verbieſt, ce Prince l'a
borda avec beaucoup de ci
vilité , en luy diſant qu'il y
avoit longtemps qu'ilfçavoit
fon nom, & qu'ildefiroit de
le connoiftre. Ilparla auPere
Grimaldi avec les mefmes
marques d'affection. Un ac
GALANT. 159
cueil fifavorabledonnebeau
coup de lieu d'efpérer que la
Religion Catholique trou
vera une entrée facile chez
ces Princes , fi on a ſoin de
s'infinüer dans leur efprit
par le moyen des Mathéma
tiques. Cette Science eſt le
charme des Chinois. L'Em
pereur luy-meſme l'a extré
mement goûtée, & c'eſt par
là qu'il donne à ces Peres
des marques fingulieres de
fa bienveillance dans toutes
les occafions qui s'en ofrent,
les protégeant cótrelaReyne
Mere, qui eft une Femme
160 MERCURE
ans,
âgée de foixante & dix
&qui eftant du Païs desLa
mas , a crú ce que ces faux
Preftres luy ont dit fouvent,
que la Secte dont elle fait
profeffion , n'avoit point
d'Ennemis plus déclarez que
cesMiffionnaires. Quoyque
l'Empereur ait de grands
égards pour elle , il n'a pas
laiffé de les comblerjufqu'icy
d'honneurs & de
graces, leur
failant connoiftre qu'il les
confidéroit d'une autre ma
niere que les Lamas. Ill'a
marqué mefme aux yeux
de toute l'Armée; &unjour
GALANT. 161
qu'il les rencontra dans une
grande Vallée, où ils meſu
roient la diftance & la hau
teurde quelquesMontagnes,
il s'arrefta avec toutelaCour,
&les appellant de fort loin,
il leur demanda en Langue
Chinoife, Haomo, c'est à dire,,
vous portez-vous bien? En
fuite il leurfit plufieurs quef
tions en Langue Tartare fur
la hauteur dequelques Mon
tagnes, & ils luy répondirent:
en la mefmeLangue. Toutes
les fois que dans le voyage il
s'eft rencontré quelquegros
Torrent, il a toujours voulut
Novembre 1684:
162 MERCURE
qu'ils l'ayent paffé avec luy,,
quoy que lesplus grands Sei
gneurs, &lesPrincesmefme,
attendiffent jufqu'au lende-
main à lepaffer. Un foir en
tr'autres eftant arrivéaubord
d'un de ces Torrens , il le
paffafeul aveclejeune Prince
fonFils,Héritier de l'Empire,
ces Peres , & tres-peu de
fuite. Le Prince fon Oncle,,
qui eftfonPremier Miniftre,
ayant demandé s'il ne paffe-.
roit pas en mefme temps,.
parce que ces Peres man
geoient à fa Table , il ne:
voulut point lepermettre, &
GALANT. 163:
dit qu'il auroit foin d'eux..
Lorsqu'ilfutde l'autre cofté,
voyant le Ciel fort ferein , il
s'arrefta fur le bord , & y
a
paffa une partie de la nuit
àdifcouriravec eux des Con
ftellatios qu'ils découvroient,,
& du cours des Aftres , ré
pétant ce qu'ils luy avoient
appris en d'autres occafions..
Il leur envoyoit fouvent des
mets de faTable , & quel.
quefois mefme il les faifoit:
manger dansfaTente, ayant
égard à leurs jours dejeûne
& d'abftinence , & ne leurr
faifant fervir que des Vians
Qij
164 MERCURE
des dont ilfçavoitqu'ils pou
voient ufer. Le Prince fon
Fils à fon exempleleur mar
quoitaufli beaucoup de bon.
té. Une chûte de cheval,
dont il fut bleffé à épaule
droite , l'ayant contraint de
s'arrefter plus de dix jours,
& une partie de l'Armée
dans laquelle eftoient ces
Peres, l'ayantattendu, pen+
dant que l'Empereur conti
nuoit fa Chaffeavec l'autre, il
ne manqua pas pendanttout
ce temps , de leur envoyer
tous les jours , & mefme
quelquefois deux fois lejour,
GALANT. 165
desViandes de fa Table. Ils
fefervirent dans toutceVoya
ge des Chevaux de l'Empe
reur , & de fes.Litieres , &
furent roûjours logez fous
les Tentes duPrincefon On
cle.Tousces honneurs n'em
pefchérent pas qu'ils ne fou
friffent beaucoup, ascauſe
des lieux , du temps, & de
plufieurs autres circonftan
ces fâcheufes ; mais les in
térefts de Dieu qu'ils cher
chent en tout , les faifoient
foufrir avec courage , & ils
comptoient pour rien leurs
fatigues , lors que les foins
166 MERCURE
reur ,
qu'ils rendoient à l'Empe.
leur donnoient lieu
d'efperer quenôtre Religion
en recevroit quelques avan-
tages. Comme l'on ne re
vint pointparlamêmeRoute
qu'on avoit prife en partant,
on fit plus de fix cens mil
les , avant que de rentrer à
Pekin. LaReyneMerealloit:
en Chaife , & afin qu'elle fuft
portée plus commodement,
l'Empereur fit faireungrand
Chemin à travers les Mon
tagnes & les Vallées. Il fit:
encore jetter une infinitéde
Ponts fur les Torrens,cou
GALANT. 167
+
perdesRochers, & des poin
tes de Montagnes ; & tout
cela avec des dépenſes &des
peinesincroyables. Trois ou
quatre mois avant fon dé
part , il avoit donné au Pere
Ferdinand Verbieſt , & aux
1
autres Jéluîtes qui fontà Pe
kin , une marque éclatante:
de fa bienveillance. Un de
leurs Peres eſtant mort il
voulur que fes Funérailles
fuffent faites àfes frais, avec.
toute la magnificence que:
là Religion Catholique pou
voitfoufrir. Dans ce deffeina
ikenvoya un des premiers de
168 MERCURE
fa Cour, pour fçavoir d'eux
quelles Cerémonies elle per
mettoit , ordonnant qu'on
fift tout ce qu'ils fouhaite
roient , fans y rien ajoûter
nydiminuer.Toutcet Appa
reil Funebre paffa dans les
plusgrandes Rües de Pexin,
précedéd'unegrande Croix,
& la foule qu'il attira fut fi
grande, qu'onfut obligé de
faire venir des Gardes de
l'Empereur, pour empeſcher
la confufion , & faire ranger
le Peuple , qui ne laiſſoit
point le paffage libre.
Peres Jéfuîtes qui font à la
Cour de Pekin, du Voyage
que l'Empereur de la Chine
fit l'année derniere dans la
Tartarie Occidentale , avec
la Reyne fon Aycule, qu'on
appelle laReyneMere. Cette
132 MERCURE
partie de laTartarie eſtſituée
environ mille ftadesChinoi
fes , qui font plus de trois
cens milles d'Europe, audelà
decette prodigieufe Muraille
qui fépare la Chine des Ter
res des Tartares Occiden
taux. Ces Tartares, quicom
mençant depuis l'Orient de
la Chine , l'entourent d'une
multitude prefque infinie de
Peuples, & latiennent com
meaffiégée du cofté du Sep
tentrion & de l'Occident,
ont efté de tout temps les
Ennemislesplus redoutables
qu'elle ait eus. Ainfi ce fut
GALANT. 133
pour le mettreà couvert de
leurs incurfions , qu'un an
cien Empereur Chinois fit
baftir cette grande Muraille.
Ceuxquil'ontpaffée, & con
fiderée de prés, affurent que
lesSept Merveilles duMonde
miſes enſemble , n'égalent
point cet Ouvrage , & que
tout ce que la Renommée
en publie, eſt infiniment au
deffous de ce qu'ils ontvû.
Ils y admirent particuliére
mentdeuxchofes. L'une eft,
que dans cette longue éten
düedel'Orient àl'Occident,
elle paffe en plufieurs en
134 MERCURE
droits , non feulement par
de vaſtes Campagnes , mais
encore par-deffus des Mon
tagnes tres hautes , fur lef
と
quelles elle s'éleve peu à
peu , fortifiée par intervalles
de groffes Tours , qui ne
font éloignées les unes des
autres que de deux traits
d'Arbalete.Dans unVoyage
qu'y fit un Pere Jéfuîte , il
eut la curiofité d'en meſurer
la hauteur en un endroit, &
il trouva par le moyen d'un
Inftrument , qu'elle avoit´en
ce lieu-là 1037. pieds Geomé
triques au deflus de l'hori
GALANT. 135
fon. Ainfi on ne comprend
pas comment on a pû élever
cet énorme Boulevard juf
ques à la hauteur où on le
voit , dans des lieux fecs &
pleins de Montagnes , où il
a falu apporter de fort loin,
& avec des travaux incroya
bles , l'eau , la brique , le
ciment, & tous les autres
matériaux néceffaires pour
la conftruction d'un fi grand
Ouvrage. La feconde choſe
qui caufe de la furpriſe dans
cette Muraille , c'eſt qu'elle
n'eft pas continuée fur une
mefine ligne , mais recour
136 MERCURË
bée en divers lieux , fuivant
la difpofition des Monta
gnes, defortequ'aulieu d'un
Mur, onpeutdire qu'il y en
a trois , qui entourent toute
cettegrande partie de laChi
ne.Sil'Empereurpar les foins
de qui la longue Muraille
dontje parle a eftébâtie,afait
quelque chofe d'avantageux
pour la fûreté de ce vafte
Empire , le Monarque qui
denos jours areüny les Chi
nois & les Tartares fousune
mefme Domination , afait
encore quelque chofe qui
luy eft plus important. Apres
GALANT. 137
avoir réduit les Tartares Oc
cidentaux , il les a obligez
d'aller demeurer à trois cens
milles au delà de cette Mu
raille , & leur a diftribué des
Terres & des Pâturages en
cet endroit-là , pendant qu'il
a fait habiter leur Païs parles
autres Tartares qui font fes.
Sujets. Ceux qu'il ne pût
fubjuguer par la force de fes
armes, il trouva moyen de
les vaincre par adreffe , en.
engageant les Lamas dans
fes intérefts par fes libérali
tez, & pardesmarques d'une
finguliereaffection. Comme
Novembre 1684,
M
138 MERCURE
les Lamas , qui font les Prê-
tres de ces Peuples , ontun
grandcrédit fur ceux de leur
Nation , ilsleur perfuadérent
aifément de fe foûmettre à
la domination d'un fi grand
Prince. Ce fervice rendu à
l'Etat eft caufe que l'Empe
reur de la Chine continue
à regarder ces Lamas d'un
œil favorable , & qu'il leur
fait des largeffes , le ſervant
d'eux pourmaintenirles Tar
tares dans l'obeïffance qu'ils
lay doivent. Cesfont d'ail
leurs Gens groffiers , & qui
n'ayant aucune teinture des
Sciences nydes beaux Arts,
GALANT. 139
nefont eftimez que parpo
litique. En effet on a raifon
de les ménager , puis qu'ils
peuvent tout fur les cfprits
des Tartares Occidentaux,
quifont toûjours fipuiſſans,
que s'ils s'accordoient entre
eux , ils pourroient encore fe
rendre maiftres de toute la
"
Chine,& de laTartarie Orien
tale,de l'aveu même des Tar
tares Orientaux. L'Empereur
quirégne aujourd'h y, & quit
cft préfentement dans ſa 31.
année , a divifé toute cette
vafte étendue de Païs , en
quarante-huit Provinces, quis
Mij
140MERCURE
luy fontfoûmifes & tributai
res. Ainfiilpeut eftreappelé
avec juſtice le plus grand &
le plus puiffant Monarque
del'Afie, ayanttantde vaſtes.
Etats qui luy obeïffent , fans
qu'ils foient coupez par les
Terres d'aucunPrinceEtran
ger, & luyfeul eftant comme
l'ame qui donne le mouve
ment à tousles mébres d'un
fi grand corps. Depuisqu'il
s'eft chargé du Gouverne
ment,il n'en a confié le foin
à aucun des Colaos ny des
Grands de fa Cour. Ila choify
le PrincefonOncle pourfon
GALANT. 145
premierMiniftre , mais il eft
inftruit de tout , & donne
tous les ordres que ceMini
niftre exécute. Il n'a jamais
mefme fouffert que les Eu
nuques du Palais, ny aucun
de ſes Pages , ou de jeu.
nes Seigneurs qui ont efté
élevez auprés de luy, difpo
faffent de rien au- dedans de
faMaiſon,&réglaffent d'eux
mefmes aucune chofe. Ses
Prédeceffeurs ont tenu une
conduite fi oppofée , que
cette nouvelle maniere de
gouverner paroift extrordi
naire. Elle eft cependant
142MERCURE
toute pleine de juſtice. Auffi
FEmpereur a t-il une équité
admirable.Lors quelesgráds
ont manqué , il les punit
auffi-bien que les petits. Il
les prive de leurs Charges,
&les fait defcendre du rang
qu'ils tiennent , proportion
nant toûjours la peine à la
grandeur de la faute. Au
cune Affaire ne fe traite au
Confeil Royal, ny dans les
autres Tribunaux, qu'il n'en
prenne connoiffance , vou
lantqu'onluyrende uncom
pte exact des Jugemés qu'on
Ya portez, L'authorité ab
GALANT. 143
folüe qu'il s'eft acquife, en
difpofant & ordonnant de
tout par luy-mefme , fans
s'enrepofer fur fes Miniftres,
eft caufe que les Perfonnes
les plus qualifiées de l'Em
pire , mefme les Princes du
Sang , ne paroiffent jamais
en la préſence qu'avec un
profond refpect. Comme il
a étably une Paix folide dans
tous fes Etats , il a rappellé
de chaque Province fes meil
leures Troupes, & réfolu dans
fon Confeil , de faire tous
les ans trois Voyages pour
aller chaffer en diférentes
144MERCURE
faifons. Ces fortes de Chaf
ſes ont plûtoft l'air d'Expé
ditions militaires , que de
Parties de divertiffement,
puis qu'il s'y fait accompa
gner d'un tres grand nom
bre de Chevaux, & de Sol
dats , armez tous deFléches:
&deCimeterres, divifez par
Compagnies , & marchant
´en
en ordre de Bataille , apres
leurs Enfeignes , au bruit des
Tambours & des Trompe
tes. Pendant leurs Chaffes,
ils inveftiffent les Montagnes
&les Forefts entieres, com
me fi c'eftoient des Villes
qu'ils
GALANT. 145
qu'ils vouluffent affiéger.
L'Empereur partit le 6. de
Juillet de l'année derniere,
avec plus de foixante mille
Hómes, &plus dé centmille
Chevaux. Cette Armée avoit
fonAvantgarde, fon Arriere
garde, fonCorps de Bataille,
fon Aîle droite , & fon Aîle
gauche, toutcela commandé
par autant de Chefs & de
petits Roys. Pendant plus
de foixante & dix jours qu'
elle fut en marche , il falut
conduire toutes les Muni
tions de l'Armée , fur des
Chariots, fur des Chameaux,
Novembre1684.
N
146 MERCURE
fur des Chevaux & fur des
Mulets, pardes chemins ex
trémement difficiles , toute
la Tartarie Occidentale n'é
tant que Montagnes , que
4
Rochers, & que Vallées. Il
n'y a ny Villes , ny Bourgs,
nyVillages, ny meſme aucu
nes Maiſons. Les Habitans
logent fous des Tentes dref
fées de tous coftez dans les
Plaines. Ce font la plûpart
des Paſteurs , qui tranfpor
tent leurs Tentes de Vallée
enVallée, felon queles Pâ
turagesfont meilleurs. Làils
font paiſtre des Boœufs , des
GALANT. 147
Chevaux & des Chameaux,
Ils ne nourriffent aucun de
ces Animaux qu'on nourrit
ailleurs dans les Villages,
comme des Pourceaux, des
Oyes & des Poules ; mais
feulement de ceux qu'une
61
terre inculte peut entretenir
des herbes qu'elle produit
d'elle- mefme. Comme ilsne
fement ny ne cultivent la
terre , ils ne font auffi au
cune recolte, & paffent leur
vie, ouà la Chaſſe , ou à ne
rien faire. Ils vivent de lait,
de fromage & de chair , &
ont une efpéce de vin aſſez
Nij
148 MERCURE
femblable à noftre eau de
vie. Ce vin , dont ils s'eny
vrent fouvent, fait leurs plus
grandes délices. Ils ont leurs
Lamas, qu'ils revérent & ref
pectent , & diférent en ce
la des Tartares Orientaux,
dontla plusgrande partie ne
croit pointdeDieu. Lesuns
& les autres font Efclaves,
& dépendent en toutes cho
fes delavolontédeleurs Maî
tres , dont ils fuivent aveu
glément la Religion & les
mœurs , femblables à leurs
Troupeaux , qui vont oùon
les mene , & non pas où il
GALANT. 149
faut aller. L'Empereur mar
choit à cheval à la tefte de
fon Armée , par ces Lieux
déferts , par des Montagnes
efcarpées , & éloignées du
grand Chemin, exposé tout
le jour aux ardeurs du So
leil , aux pluyes , & à toutes
les injures de l'air. Une des
444
raifons qui luy firent entre
prendre ce Voyage , eftoit
pourentretenirfaMilice dans
un exercice continuel auffi
C
bien pendant la Paix que
pendant la Guerre , & pour
empefcher que le luxe de la
Chine, &untroplongrepos,
Niij
150 MERCURE
ne fiffent dégenerer fes Sol
dats de leur premiere valeur.
Il réüflit parfaitemét encela,
puis qu'on affûre qu'ils fou
frirent plus dans cetteChaffe,
qu'ils n'avoient fait aux der
nieres Guerres, & qu'en leur
faifant pourfuivre les Cerfs,
les Tygres , les Sangliers &
les Ours , il leur apprenoit
à vaincre les Ennemis de
l'Empire. D'ailleurs il eft con
vaincu qu'unVoyagede cette
nature , accompagné de fa
tigues , contribue à fa fanté.
En effet une longue expé
rience luy a fait connoiftre,
GALANT. 151
que lors qu'il eft trop long.
temps à Pekin fans en for.
tir , il eft attaqué de diver
fes maladies , & il les évite
par le moyende ces longues
courfes , pendant lefquelles
il nevoit point de Femmes.
Ce qui pourravous ſurpren
dre, c'est qu'il n'en parutau
cunedanstoutecettegrande
Armée , excepté celles qui
eftoicntà lafuite de la Reyne
Mere; encore eftoit-ce une
chofe fort nouvelle , qu'elle
accompagnaft le Roy, cela
ne s'eſtant pratiqué qu'une
feulefois , lors qu'il menales
Niiij
152 MERCURE
trois Reynesavec luyjuſqu'à
la Ville Capitale de la Pro
vince de Lead-tùm , pourvi
fiter les Sepulcres de leurs
Anceftres. L'Empereur& la
ReyneMereprétendirent en
core en s'éloignant de Pe
kin, éviterles exceffives cha
leurs qu'on y fent l'Été pen
dant les jours Caniculaires,
car dans cet endroit de la
Tartarie où ils allérent , il
régneaux mois de Juillet &
d'Aouft,un ventfi froid,prin
cipalement la nuit, que Pon
eft contraint de prendre de
gros habits avec des fourru
GALANT K3
res. Unfroidfi extraordinaire
vient de ce que la Région
eft fort élevée , & pleine de
Montagnes. Il y en a une
entre autres , fur laquelle on
monta toûjours durant cinq
oufixjoursde marche.L'Em
pereur ayant voulu fçavoir
decombienelle furpaffoitles
Campagnes de Pekin , éloi
gnées de là d'environ trois
cens milles , le Pere Ferdi
nand Verbieft , & le Pere
Philippe Grimaldi, qui l'a
voient accompagné par fon
ordre, mefurérent la hauteur
de plus de cent Montagnes,
154 MERCURE
quiestoient fur la route, &
trouvérent qu'elle avoit trois
mille pas geométriques d'é
levation au deffus de la Mer
la plus proche de Pekin. On
tient que le Salpeftre dont
ces Contrées font remplies,
contribue encore à ce grand
froid,qui eftfiviolent, qu'en
creufant la terre pendant le
voyage à trois ou quatre.
pieds de profondeur, on en
tiroit des mottes toutes ge
lées, & des morceaux degla
ce. Toutes les raifons que
je viens de dire engagerent
l'Empereur à l'entreprendre,
GALANT. 155
mais ce qui l'y porta plus
qu'aucune chole , ce fut le
deffein de contenir les Tar
tares Occidentaux dans leur
devoir, & de prévenir les per
nicieux projets qu'on les
voudroit obliger à former
contrel'Etat. Cette veuë qu'il
eur l'obligea d'entrer dans
leur Païs avec une Armée fi
redoutable , & tous ces pré
2
paratifs de guerre. On avoit
conduit plufieurs Pieces d'ar
tillerie , pour en faire de
temps en temps les dé har
ges dans les Vallées, & par
le bruit & lefeu qui fortoit:
156 MERCURE
de la gueule des Dragons
qui leur fervoient d'orne:
ment, jetter par tout l'épou
vantefurfaroute. Outre tout
cet attirail , il voulut encore
>
eftre accompagné de toutes
les marques de grandeurqui
l'environnent à la Cour de
Pekin , de cette multitude
deTambours,de Trompetes,
deTimbales, &autres Inftru
mens de Mufique, qui for
ment des Concerts dans le
temps qu'il eft à table, & au
bruit defquels il entre dans
fonPalais , & en fort. Il fit
marcher tout cela avec luy,
GALANT. 157
pourétonnerces Peuples bar
barespar cette pompe exté
rieure, & leur imprimer avec
la crainte le refpect deû à la
Majefté Impériale. Plufieurs
petits Roys de la Tartarie
Occidentale vinrent de trois
cens, & mefme decinq cens
milles , avec leurs Enfans,
pour falier l'Empereur. Il
s'en trouvoit parmy eux qui
avoient fait le voyage de
Pekin pour voir la Cour.
Peu dejours avant que l'on
arrivaſt à la Montagne, qui
eftoit le terme du voyage,
unpetit Royqui revenoit de
158 MERCURE
chez l'Empereur, rencontra
les deuxJefuites que je vous
ay déja nommez, &lesayant
apperçûs , il s'arreſta avec
toute la Suite, & fit deman
der parfonInterprete, lequel
des deux s'appelloit Nau
hoay. Un de leurs Valets
ayant montré le Pere Ferdi
nand Verbieſt, ce Prince l'a
borda avec beaucoup de ci
vilité , en luy diſant qu'il y
avoit longtemps qu'ilfçavoit
fon nom, & qu'ildefiroit de
le connoiftre. Ilparla auPere
Grimaldi avec les mefmes
marques d'affection. Un ac
GALANT. 159
cueil fifavorabledonnebeau
coup de lieu d'efpérer que la
Religion Catholique trou
vera une entrée facile chez
ces Princes , fi on a ſoin de
s'infinüer dans leur efprit
par le moyen des Mathéma
tiques. Cette Science eſt le
charme des Chinois. L'Em
pereur luy-meſme l'a extré
mement goûtée, & c'eſt par
là qu'il donne à ces Peres
des marques fingulieres de
fa bienveillance dans toutes
les occafions qui s'en ofrent,
les protégeant cótrelaReyne
Mere, qui eft une Femme
160 MERCURE
ans,
âgée de foixante & dix
&qui eftant du Païs desLa
mas , a crú ce que ces faux
Preftres luy ont dit fouvent,
que la Secte dont elle fait
profeffion , n'avoit point
d'Ennemis plus déclarez que
cesMiffionnaires. Quoyque
l'Empereur ait de grands
égards pour elle , il n'a pas
laiffé de les comblerjufqu'icy
d'honneurs & de
graces, leur
failant connoiftre qu'il les
confidéroit d'une autre ma
niere que les Lamas. Ill'a
marqué mefme aux yeux
de toute l'Armée; &unjour
GALANT. 161
qu'il les rencontra dans une
grande Vallée, où ils meſu
roient la diftance & la hau
teurde quelquesMontagnes,
il s'arrefta avec toutelaCour,
&les appellant de fort loin,
il leur demanda en Langue
Chinoife, Haomo, c'est à dire,,
vous portez-vous bien? En
fuite il leurfit plufieurs quef
tions en Langue Tartare fur
la hauteur dequelques Mon
tagnes, & ils luy répondirent:
en la mefmeLangue. Toutes
les fois que dans le voyage il
s'eft rencontré quelquegros
Torrent, il a toujours voulut
Novembre 1684:
162 MERCURE
qu'ils l'ayent paffé avec luy,,
quoy que lesplus grands Sei
gneurs, &lesPrincesmefme,
attendiffent jufqu'au lende-
main à lepaffer. Un foir en
tr'autres eftant arrivéaubord
d'un de ces Torrens , il le
paffafeul aveclejeune Prince
fonFils,Héritier de l'Empire,
ces Peres , & tres-peu de
fuite. Le Prince fon Oncle,,
qui eftfonPremier Miniftre,
ayant demandé s'il ne paffe-.
roit pas en mefme temps,.
parce que ces Peres man
geoient à fa Table , il ne:
voulut point lepermettre, &
GALANT. 163:
dit qu'il auroit foin d'eux..
Lorsqu'ilfutde l'autre cofté,
voyant le Ciel fort ferein , il
s'arrefta fur le bord , & y
a
paffa une partie de la nuit
àdifcouriravec eux des Con
ftellatios qu'ils découvroient,,
& du cours des Aftres , ré
pétant ce qu'ils luy avoient
appris en d'autres occafions..
Il leur envoyoit fouvent des
mets de faTable , & quel.
quefois mefme il les faifoit:
manger dansfaTente, ayant
égard à leurs jours dejeûne
& d'abftinence , & ne leurr
faifant fervir que des Vians
Qij
164 MERCURE
des dont ilfçavoitqu'ils pou
voient ufer. Le Prince fon
Fils à fon exempleleur mar
quoitaufli beaucoup de bon.
té. Une chûte de cheval,
dont il fut bleffé à épaule
droite , l'ayant contraint de
s'arrefter plus de dix jours,
& une partie de l'Armée
dans laquelle eftoient ces
Peres, l'ayantattendu, pen+
dant que l'Empereur conti
nuoit fa Chaffeavec l'autre, il
ne manqua pas pendanttout
ce temps , de leur envoyer
tous les jours , & mefme
quelquefois deux fois lejour,
GALANT. 165
desViandes de fa Table. Ils
fefervirent dans toutceVoya
ge des Chevaux de l'Empe
reur , & de fes.Litieres , &
furent roûjours logez fous
les Tentes duPrincefon On
cle.Tousces honneurs n'em
pefchérent pas qu'ils ne fou
friffent beaucoup, ascauſe
des lieux , du temps, & de
plufieurs autres circonftan
ces fâcheufes ; mais les in
térefts de Dieu qu'ils cher
chent en tout , les faifoient
foufrir avec courage , & ils
comptoient pour rien leurs
fatigues , lors que les foins
166 MERCURE
reur ,
qu'ils rendoient à l'Empe.
leur donnoient lieu
d'efperer quenôtre Religion
en recevroit quelques avan-
tages. Comme l'on ne re
vint pointparlamêmeRoute
qu'on avoit prife en partant,
on fit plus de fix cens mil
les , avant que de rentrer à
Pekin. LaReyneMerealloit:
en Chaife , & afin qu'elle fuft
portée plus commodement,
l'Empereur fit faireungrand
Chemin à travers les Mon
tagnes & les Vallées. Il fit:
encore jetter une infinitéde
Ponts fur les Torrens,cou
GALANT. 167
+
perdesRochers, & des poin
tes de Montagnes ; & tout
cela avec des dépenſes &des
peinesincroyables. Trois ou
quatre mois avant fon dé
part , il avoit donné au Pere
Ferdinand Verbieſt , & aux
1
autres Jéluîtes qui fontà Pe
kin , une marque éclatante:
de fa bienveillance. Un de
leurs Peres eſtant mort il
voulur que fes Funérailles
fuffent faites àfes frais, avec.
toute la magnificence que:
là Religion Catholique pou
voitfoufrir. Dans ce deffeina
ikenvoya un des premiers de
168 MERCURE
fa Cour, pour fçavoir d'eux
quelles Cerémonies elle per
mettoit , ordonnant qu'on
fift tout ce qu'ils fouhaite
roient , fans y rien ajoûter
nydiminuer.Toutcet Appa
reil Funebre paffa dans les
plusgrandes Rües de Pexin,
précedéd'unegrande Croix,
& la foule qu'il attira fut fi
grande, qu'onfut obligé de
faire venir des Gardes de
l'Empereur, pour empeſcher
la confufion , & faire ranger
le Peuple , qui ne laiſſoit
point le paffage libre.
Fermer
20
p. 1-85
EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Je croy, Madame, que je ne puis mieux répondre à / L'Allégorie est la maniere la plus ancienne d'exprimer [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XIV, Prince, Hollande, Guerre, France, Paix, Tableaux, Justice, Espagne, Main, Mars, Femme, Couronne, Fleurs, Sujet, Ovale, Trône, Côté, Minerve, Miroirs, Parois, Valeur, Force, Forme, Abondance, Ennemis, Flandre, Comte, Campagnes, Aigle, Lion, Épée, Hiver, État, Gloire, Finances, Commerce, Ambassadeur, Violence, Conquêtes, Allemagne, Soldats, Charles Le Brun, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
E croy, Madame, que je
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
ne puis mieux répondre
à ce que vous attendez du
premier Article de ma Letrre
sur les choses qui regardentla
gloire du Roy,qu'en vous envoyant
une Description de la
Galerie deVersailles,quim'est
tombée depuis peu de jours
entre lesmains,&que MrLorne
Peintre a faite avec une entiere
exattitude. Elle est belle,
succincte, fort intelligible, &
comprend toute la vie de nôtre
auguste Monarque, depuis
qu'ila commencé à gouverner
par luy-mesme. Vous
me l'aviez demadée il y a déjà
long temps de la part de vos « Amis,& jevoy par toutes les
Lettres que je reçois, qu'elle
est extrêmement souhaitée
dans les Païs Etrangers.Ainsi,
Madame, comme vous foufrez
que celles que je vous
adresse devinent publiques,
en vous faisant part de cette
Description, je puis dire que
je satisfais à la curiosité de
toute l'Europe.
EXPLICATION
DELAGALERIE
DEVERSAILLES. r.
LAllégorie estla maniere
1
la plus ancienned'expri
mer les pensées par des cara
toute l'Europe. 'Dln>171
,
cteres. Les lettres n'ont esté
en usage que logtemps après
que les Egyptiens eurent, par
des figures, laissé à la Posté
rité les Mistéres de leur Re
ligion
,& les Loix de leur
Etat. Les Poëtes depuis, sous
des sens allégoriques, dans
les Métamorphoses, & dans
les Fables
,nousont donné
les plus beaux préceptes, &
les leçons les plus utiles de la
Philosophie. Les ornemens
de ce fameuxTemple,a dont
Dieu luy-mesme donna le
dessein au plus sage des Mo
narques, estoientmistérieux
;
mais cette science a esté en
usage de tout temps, princi
palement parmy les Peintres
A Temple de Salomon
&les Sculpteurs, quin'ont
point d'autre langage pour se
faireentendre dans leurs ou
vrages. Jupiter est la Puis
sance
; Junon, l'Autorité
.,
;
Mars, la Valeur; Hercule, la
Force.. Une belle Femme
qui rient un Sceptre & une
Couronne d'Etoiles,estla
Gloire. Une autre avec des
aîles, qui tient un Sable &
un Eperon, accompagnée
:
r
d'un Coq, est la Vigilance.
Pour la Prévoyance
,ils font
¥
*
une Femme avec un Compas
& un Livre. La figurede la
Renommée est assez con
nuë. Ils expriment le Secret
par un jeune Homme tenant
un Cachet sur sa bouche, &
ayant ses cheveux attachez
à un Bandeau d'or, qui soû
tient une Sphinx. LaVictoire
estcouronnée de Laurier;
elle a des aîles, & porte un
Trophée. La Peur tient un
Lièvre.L'Envie est entourée
de Serpens. La Terreur em
bouche une Trompette, &
menace avec des Fouëts; sa
coëfure est une teste de Dra
gon en forme de Chimere.
L'Abondance tient la Corne
d'Amalthée,&la Tranquilité
couronnée de Fleurs, a dans
lamain une Grenade. Ils ont
encore quantité d'autres fi
gures,qu'il seroit inutile de
décrireicy, n'estant point ou
peu représèntées dans la Ga
lerie de Versailles, où Mrle
Brun a peint l'Histoire du
Roy,depuis la Paix des Py
renées jusqu'à celle de Ni
mégue.Pourexprimer les,
mégue. Pour exprimer les
diférens mouvemens qui ont
fait agir. ce Prince, & les En
nemis qui le font opposez à.
ses desseins, il ne s'est servy
que des Divinitez qui nous
sontles plus connues, & qu'il
a accompagnéesde toutes
les marques propres à les
distinguer. Les Royaumes,
comme les Provinces & les
Villes, sontreprésentez par
desFemmes vêtues à la mode
de leurs Peuples, & ayant
leurs Armoiries auprès d'el
les. Les Fleuves sous la fi
gure de vieux Hommes cou
ronnez de Roseaux, sont re
marquables par des Urnes,
d'où sort l'eau de leur source.
Enfin il a pris un si grand
soin de marquer tout cequi
peut rendre ses pensées intel
ligibles, que pour peu que
l'on sçache les Poëtes,on ex
plique sans peine les tujets*
& l'Allégorie. loin de les ob
fcurcir,les éclaircir & les en
richir, estanttraitée avec tout
l'art & toute la delicatesse
necessaire, pour faire com
prendre une infinité de cir
constances tres-importantes
au sujet,qu'il eust esté im
5
possible de faire concevoir,
sans ce moyen dont il s'est:
ingénieusement servy pour
les marquer.
L'Histoire commence par
un des Tableaux a qui estau
aJ!a^.opieds Je Ion?.
milieu de la Galerie, où le
Roy dans la fleur dela jeu
nesse, envisageant la Gloire,
prend après son Mariage le
Gouvernement de l'Etat, &
quitant pour la mériter les
heureux
plaisirs d'un Regne paisible,
médite de rendre ses Sujets
,
& d'humilier ses
Ennemis.
Dans douze Ovales,
voit le commencement de
a on
ses glorieuxdesseins exécuté.j
On y remarque l'ordre qu'il'
met dans les Finances; le
foin qu'il prend de faire ren
a.Ils ont 8 pieds de haut.
dre la Justice
; le rétablisse.
ment du commerce
,l'insti
tution des Académies, le se
cours qu'il donne à l'Empire
:ontre les Turcs; les Trou
pes qu'il envoyé en Hollande
contre l'Evesque de Munster;
la satisfaction que luy faitl'Es
pagne pour l'insulte que son
Ambassadeur avoit faire au
nôtre en laVille deLondres,la
Pyramide élevée dans Rome
pour réparation de la violence
faire par les Corses à nostre
tiaiiceavec
les Treize Cantons; l'arrivée
des Ambassadeurs des Na
i
tions les plus reculées ;
k
jondtiondes deux Mers &
des.
la construction des Invali
]
octogones,à feintsdeLapis
à
Dans les six Bas reliefs
fondd'or, onapeint laGuerre
de Flandre, pour les droits-1
de la Reyne ;
la Paix d'Aix
la Chapelle, qui finit cette
Guerre; la défentedesDuels
la distribution desBleds pen
dant la Famine la seûreté &:
la Police du dedans de la
Ville de Paris; &: l'acquisi
tion deDunquerque.
a Depareilleme/hre;
Laderniere Guerre est le
sujet des huit plus grands
Tableaux.
Dans l'un a on voit le Roy
méditer sur toutes les diffi
cultez qui se pourroient ren
contrer dans la Guerre qu'il
veut entreprendre contre les
Hollandois.
;5-j
Les Provisions qu'il fait
pour surmonter tous les ac
cidens qu'il a préveus com
posent
b
le second.
Dans
le troisiéme,ilpro
pose à ses Généraux le def.
sein qu'il à formé& de quelle
,3.4 2.0pieds. b lia15 pieds.c 55pieds..
maniéré il prétend l'exécu
ter.
Le quatrième a représente
lesCampagnes de Hollande.
Dans le cinquième b on
voit l'Empire & l'Espagne
s'unir avec la Hollande con
tre le Roy.
Le sixiéme c
fait voir la
Conqueste de la Franche
Comté.
Le septiéme donne une
idée de la Prisè de Gand
, &
des Campagnes de Flandre.
Et le huitième e
forme
a 35
pieds,b55pie.lsJœrgeHr10. c 25p.
d 3$p. e 55p.delargesurvingt.
l'image de la desunion des
trois Puissances par la Paix
de Hollande.
Tous ces Tableaux font
enfermez dans de riches
Compartimens, &: les Ovales
font accompagnez de Ther
mes peints couleur de bron
ze, rechaussez d'or, qui por
tent des Corniches, avec des
Frontons feints de marbre,
sur chacun desquels sont
deux Enfans de coloris, qui,
se joüent à des Festons de
Fleurs sortans d'une Cor
beille
, posée sur un Masque
coloré, qui est au milieu de
chaque Fronton. Deriches
Tapis de velours, où l'onvoit
les amusemens de l'Enfance
de ce Prince, decorenrl'es
pape d'entre les Bordures.
Aubas des Tableaux.,sur des
Cartouches deSculpture,
l'on a écrit des Inscriptions
sur chaque sujet.
Des Victoires semblent
retrousser le Tapis, en inten
tion d'y mettre 4 la place
d'autres Tapisseries d'Actions
plus sérieuses, & plus impor
tantes..
Voila engrosla distribu- j
tion& l'ordonnancede la j
Galerie
;mais comme l'Hit
toire y est traitée avectoutes
ses circonstances, ilfaut par
ticulariser un peu plus de
choses, pour tâcherde faire
mieux comprendre l'allégo
rie des Figures qui entrent
dans cegrand Ouvrage. Le
premierdesSujets est dans
leplusgrand des Tableaux,à
où l'on voit au milieu le Roy
dans la fleur de la jeunesse.
Son Habit est à la Romaine,
avec un Manteau Royal qui
couvre une partiedu Trône,
a-dumilieu de la Voutedont il tient
toute lalaraeitr.
Ó
'JL*
î
*'
f
sur lequel il est assis. Il tie
un Gouvernail,pour marq
qu'il commence à gouveri
son Etat; 8c les trois Grad
qui le couronnent, représent
tent celles que l'on voit bi
ler dans toute sa persons
L'Amour leur donne c
Fleurs; & la Tranquilité
reposant au bas du Trôr
marque celle que ce Prin
vient de donner à son Et
Des Enfans figurant les G
nies des Divertissemens, s'e
cupent à toutes forces de pl
fil s & de jeux au bas& da
l'un des costez duTableau.
Al'autre costé, la France
assise tous un Pavillon de
brocard d'or, tient unFaif
ceau Romain. Elle étouffe
la Discorde fous son Bou
clier. L'Hymen
àcostéd'elle,
porte la Corne d'abondance,,
&son Flambeau dont elle est
éclairée, parce que le Ma
riageduRoy estoit. la princi
:pale cause de son bonheur.
LaSeine, a couronnée de
s
marquent
Raisins, s'appuye sur forp.
Urne,d'oùsortentavec l'eau
des Fleurs & des Fruits, quii
sa source, & l'a
aRivieredont IdfourceeftenBourgognerr
bondance que son cours
porte dans laCapitale dui
Royaume.
i
A costé, &un peuaudes
sus du Roy, Minerve assise
sur unNuage,-luyprélente
j
d'une mainsonBouclier,al
luy montrant de lautre la
Gloire preste à le. couronner..
Mars en
quercecette Déesse qui l'at
l'air luy fait remat
tend. Le Prince la regarde
attentivement. La Déesseluy
présente la Couronne d'im
mortalité.LaVictoire & la
'-i
Renommée l'accopagnent;;
Le Temps leve un bout du
Pavillon sous lequel est le
Roy, pour marquerqu'il a
fait connoistre lesvertushe
roïques de ce Prince, auquel
|
il fait voir par le Sable
a qu'il
luy présente., que l'heure est
venued'entreprendre i
les
grandes Actions qu'il a mé
ditées, & de profiter des mo
mens qu'ilfaitcouler en sa
faveur. Les Dieux paroissent
dans le Ciel, luy offrant leur
assistance Pluton, sesriches
sesVulcain, sesarmesCe
1.
rés & Bacchus, des vivres
pourses Armées.
;Apollon
a. Horlogedu Temps.
précédé de l'Etoile de Vénus,
vient du plus haut des nues
pouréclairer ses grandes Ac
tions& Diane paroist pour
le guider dans les ombres de
laNuit. Jupiter offre son Fou
dre. Mercure traverse les airs
*
pour allerfaire connoistre ce
Prince à toute la Terre. Ju
non,Protectrice delaVanité,
se tourne de l'autre costé du,
ceintre ou regardant favo
rablement l'Allemagne, elle,
luy envoye une Niiée.,aaub
luy servant de Trône, mar
que la vaine supériorité quL
a fable riIxion.
elle prétend iur les autres
Royaumes. La Couronne
Impériale, & l'Aigle, la font
reconnoistre. Son attitude
estfiere, son habillement
pompeux. Elle tient le Bâton
decommandement
; &l'Es
pagne à costé, & un peu plus
bas, sembleobserver les mou
vemens. Elle s'appuye sur son
Lion, qui devore un Roy des
Indes renversé sur desTrésors
épars. Son ambition est re
présentée par une Femme
avec des aîles, qui a la teste
& les bras chargez de Cou
ronnes. Elle embrase d'un
Flambeau qu'elle tient dela
>
main droite, les Palais des
malheureux Princes qu'elle a
dépoüillez, &-, arrache de
l'autre la Couronne de l'un
de ces Infortunez, accablé
fous le Trône qu'elle a ren
versé. La Hollande à la gau
che de l'Allemagne,&plus
basencore que l'Espagne,est
assise surunLion quitientles
sept Fleches que les Provin
ces Unies ont prises pour
marque de leurconfédera
rion. Elle a le Trident à k
main, & tientThétis enchaî
née,prétendantavoir l'Em
pire
pire de la Mer par son Com
merce. Onvoit auprès d'elle
des Balots de Marchandises,
& des Vaisseaux prests à par
tir pour le Voyage de long
cours.
Ces trois Puissances pa
roissent avec toutes les mar
ques d'ambition & de fierté,
quipouvoient exciter le Roy
à vanger la France des inju
res qu'elle avoit souffertes
pendant sa Minorité, & la
leur rendre plus redoutable
qu'elles ne l'avoient trouvée
fous les Regnes précedens.
Pour remédier aux abus
qui lecommettoient dans les
Finances, le Roy suprima la
Charge de SurIntendant, &
s'en réserva le foin, pour estre
Luy-mesme l'Oeconome &
le Dispensateur de ses Tré
sors; ce qui le voit dans le
premier
ades quatre Ovales
qui entourent
le Tableau que
nous venons de décrire. La
France estaux pieds du Prin-*
ce, entre les mains duquel
elle a remis le Gouvernail.
La Fidélité a son Chien pres
d'elle. Elle tient une Clef
d'or, parce que cemétal in
£ DHCefiédesMiroirs.
corruptible marque que rien
ne la peut corrompre. Elle
accompagne Minerve,
chasse,l'Epée à la main
qui
o'
, des
Harpies, qui laissent tomber
en fuyant une partie de l'ar
gent qu'elles emportent; ce
qui signifie les comptes que
l'on fit rendre à ceux qui a
voient pillé les Finances dont
ils avoient eu le manîment.
Dans lesecond , aonre
connoist l'institution des A
cadémies.LeRoy estaccom
pagné de Minerve, qui tient
un Plan de l'Obesrvatoire.
a DHcofté des Fenefires.
L'Académie Françoise po
un Caducée
aà la main. E
est à la telle de ses Comp
gnes, pour lesquelles elle
~r
mercie le Prince de l'ho
neur de sa protection.
Pour rétablir le Commerc
que les Guerres avoienc ~bar
ny duRoyaume, Sa ~Majesté
établit deux Compagnies
pour les Indes Orientalesà
Occidentales, dona la ~chass
aux Pyrates, rendit la ~Me
libre pour tous sesSujets au
voudroientcommercer.~C'es
a Symboledel'Elquencc.
jb £«1664.
le troisiéme a Ovale, où le
Roy tient un Trident. Des
Corsaires sont enchaînezà
ses pieds; un Matelot porce
des Balors sur le Port qui pa
roist couvert de Vaisseaux;
& l'Abondance que l'on y
voit, exprime l' unticcdu
Commerce.
Le quatriéme b estl'image
de l'ordre remis dans la Jus
tice. Elle est pres du Roy,
qui donne le Code aux Ma
gistrats. La Chicane ,
sous
l'ap*parence d'une Femme
a Sfude/fus des Miroirs.
b Du cgjléduFenestres.
maigre & décharnée
, dont
le corps fè termine en viz sans
fin, pour signifier ses diférens
velles.
décours, est terrassée fous les
pieds du Prince, qui la vient
d'éroufcr par des Loix nou
Dans l'un des Basreliefs,a
la justice présente son Epée
an Roy.LaRenomméevole,
& publie un Manifeste qui
contient les raisons qui atti
rèrent la Guerre en Flandre
pour les droits de la Reyne,
que l'Espagne refusoit.
a îbfont£az.urafortesd\r, alaClef
dht Vo.-.'ît,ancoftéditTablc.1Hditmil:(u.
Dans l'autre
, a lEipagne
reçoit du Roy une Branche
d'Olivier,ensigne de laPaix
i;
qu'il vient de luy offrir àAix
la Chapelle, en rendant libé
ralement la Franche-Comté
qu'ilavoirconquiseenvingt
joursau milieu de l'Hyver.
Cette Provinceestàgenoux,
& entourée de Canons pour
laréjouissance dela Paix. La
Victoire couronne le Vain
queur.
)I! Les quatre Ovales b qui
a Acoftèdugrand TableaualaClefde
la Voute.
b Du coflédes Miroirs ,
prés des Cam-
fagnes deHollande.
font aux costez du Tableau
des Campagnes de Hollande,
représententdans l'un la Hol
lande quisuit;mais la France
qui vient à son secours, arra
che le Bouclier de Munster
qui la poursuivoit. Les Trou
pes du Roy sirent retirer l'E
vesque de Munster & l'o
bligerent de conclure la Paix
avec lesEtats.
Dans un autre,aune Fem
mevêtuëd'écarlate, 6c suivie
d'une Louve, signifieRome,
quivient reparer la violence
faire par les Corses à nostre
a D:.< cojîédes Fencftrcs.
Ambassadeur, & offrir pour
satisfaire à cet attentat, de
faire élever une Pyramide,
dontlaFrance,accompagnée
;
de la Force
Plan.
, luy montre le
Le troisiéme
a fait voir la
France l'Epée à la main ,
qui.
pouriuK des Turcs effrayez,
&renversez.L'Aigle de l'Em
pire chancelant, se raffermit
à l'ombre de son Epée
; ce
qui arriva à la Bataille de
S. Godart, où la valeur d'un
petit nombre de François
rassura l'Empireétonné
,&
a DUccftè-dssFcneftrcs.
contraignit une Armée for
midabled'Infidelles à faire
une Paix honteuse.
Le quatrième a nous mon
tre l'Espagne, accompagnée
de son Lion soûmis & ram
pant, parce qu'elle vient sa
tisfaire à L'insulteque son
Ambassadeur avoit faite au
nostre en laVille deLondres.
La France a prcs d'elle la
Force &
la Justice; elle re
çoit b la soûmission & la pro
testation publique faite par
l'Espagne de ne luy disputer
jamais le premier rang.
aDiscoftéde
tFenefîres. b En1661.
Dans un Basrelief, a la
:Justice sépare d'une main les
Combatans, qu'elle menace
de l'autre. Dans l'éloigne.
ment, des Archers en traî
nent un en prison, pour ex
primer avec quelle rigueur
le Roy fait observer la DCN
fente des Duels.
L'autre b fait ressouvenir
de sa bonté pendant la Fa
ine.,l1ne belle Femme avec
11'
une Flâmesur la teste, & une
Corne d'abondance fous le
a A
la Cléfde la F"o;t;e,prés les Cam
pagnesde H"
faride.
b AlaClefA? lufouts.
bras, nous designe sa pieté,
qui faitdistribuer a du Pain à
des Pauvres, qui semblent le
recevoir avec empressement.
Il Les quatre derniers Ova
les,b & les deux Bas reliefs;
font autour du Tableau des
Campagnes deFlandre. Dans
l'un des quatre Ovales, les
Ambassadeurs des Nations
les plus reculées, viennent
*
admirer la France, que les
glorieuses Actions du Roy
ont renduë redoutable jus
ques aux Lieux quivoyent
lever & coucher le Soleil.
a En1662. bAiidejfnidesFeneflres.
Dans un autre, a les Am
bassadeurs des Treize Can
tons viennent renouveler
l'Alliance avec elle.
Lajonction des Mers étant
d'une extrêmeutilité pour le
Commerce
, le Roy a fait
creuser ce fameux Canal de
Languedoc; ce qui se voit
dans le troisiéme, b où Ne
ptune qui est l'Océan, &';
Thétis la Méditerranée, se
joignent en figne de leur
communication.
Les Soldats, que les longs
a Aude(fusdes F'enejîres.
b sixdejfus des Miroirs.
services, ou les malheurs de
la Guerre, avoient rendus
inutiles, estoient contraints
de chercher dans la charité
des Peuples un soulagement
à leurs misères, l'extréme
nécessité estant presque la
feule récompense de leurs
travaux. Le Roy voulant
adoucir leur disgrace, & les
récompenser, a fait bâtir ce
fameux Hostelde Mars, où
sa magnificence les entre
tient. C'est le sujet du der
nier
a Ovale. LaPieté paroist
sur un Trône, donnant l'Or
a AudeJfusdel Miroirs.
dre de S. Lazare aux Offi
ciers, & distribuant de l'ar
gent aux Soldats. Minerve
luy présente le Plan de ce ma
gnifique Bâtiment, où ils
sont logez.
Dés que la nuit estoitve
nuë, les Voleurs se rendoient
maistres de Paris. On couroit
risque de la vie, si l'on estoit
contraint de sortir, & les
Maisons mesme n'estoient
pas un lieu de seûreté. Le
Roy, pour remédier à ces
désordres, ordonna des Com
pagnies d'Archers à pied &
à cheval dans la Ville,& sur
les grandsChemins; ce que
l'on a représentédans ce Bas
relief aoù la Justiceassise sur
sur son Tribunal, ordonne à
des Archers d'aller prendre
des Voleurs qui assassinent
les Passans au coin des Ruës.
La Seûreté reposent à l'om
bre de la Justice, tient une
Bourse ouverte.
Dans le dernier b Bas-re
lief, on a mis l'acquisition
de Dunquerque. C'estoit le
seul Port qui restoit aux E--
trangers sur nos Costes, &le
a AUClefdelaVm
te.
b A La Clefdl LA Voute.
refuse de tous lesCorfau'es.
Le Roy voyantà regret cette
Place de son Royaume sous
une domination opposée à
l'Eglifc Romaine, n'épargna
rien pour l'obtenir. Dun
querque présente ses Clefs à
la France, qui ordonne à Il
Pieté de répandre ses riches
ses que l'A ngleterre fait ser
rer. L'Herésie se retire.
P( Le Roy lassé de l'ingrati
tude des Hollandois, porte
la Guerre dans leurs États,
L'Allemagne & l'Espagne,
étonnées de la rapidité de ses
Conquestes, s'unissent à la
Hollande pour s'opposer aux
progrès de ses armes victo
rieuses; mais cette union leur
fut si funeste, qu'elles se vi
rent obligées de demander
la Paix, & de la recevoiraux
conditions qu'il plût au
Vainqueur de leur imposer.
Cette Guerre estle sujet des
huit Tableaux qui restent à
décrire. Dans le premier,le
Roy animé par sa, valeur à
une Conqueste juste, déli
bérant en luymesme s'il la
commencera ,
écoute sasa
•
gesse,poursurmonter par ses
conseils lesobstacles qu'elle
à
luy fait remarquer dans son
entreprise.
Il paroist
acouvert duMan
teau Royal, sur un Trône
magnifique,sousunPavillon
bleu semé de Fleurs de Lys,
attaché par des Cordons
d'or à des Colomnes d'un
superbe Ordre Ionique. La
Victoire &laRenommée l'at
tendent sur des nuages aux
costez d'un Chartraîné par
deux Chevaux dont l'adhcn
marque l'impatience. Mars
l'invited'y monter, en luy
a Audefus Feneftres.entre Jearanct}
Tablcatt & les Campagnes de Hollande,
faisant voir l'éclat de la Vic
toire
, dont le Char paroist
tout resplendissant, & l'ex
cite à une nouvelle Con
queste , par la veüe de ses
premiers Trophées a qu'il
luy montre; la Justice der
riere le Prince
, semble in
spirer un dessein si noble.
Toutl'invite à marcher
;mais.
Minerveassise au bas du Trô
ne, luy fait remarquer les
horreurs de la Guerre, qu'elle
a tissües dans une Tap1ÍTene,_.
où la Canicule en feu se voiH
a Ce font des Boucliers, oufont les noms
des Villespries en la premiere Gueye de
JFUadrts--
dansl'éloignement. Des Ma
ladesexpirans de peste & de
fièvres ardentes, sont les sui
tes de la contagion d'un air
enflâmé;L'EnvieaunAigle
en8~mé. L'Envie a un Aigle
& un Lion à les costez, pour
faire connoistre que les deux
Puissances qu'ils signifient,
devoient s'opposeraux des
feins du Roy. Un Fleuvequi
soûleve sesflots, entraînedes
Soldats, dont on ne revoit
qu'une partie du corps; ôc
l'avidité d'un Soldat man
geant de la terre & de l'her
be, marque la faim qui le
devoresur la pented'un Ro
cher glacé, fous la forme d'un
vieil Homme. L'Hyver presse.
entre ses bras unSoldat, que
l'excès du froid rend immo
bile. L'airestplein de vents
& de frimats.C'est par ces
imagesdediférens obstacles
capables de détruire ou de
retarder une entreprise,que
la Sagesselaissant agir la
Valeur, fait prévoir tous les
inconveniens qui peuvent
tromper une ardeur inconsi
dérée.
Jusques icy le Roy a paru
avec un Manteau Royal
;
mais dans les sept Tableaux
suivans il en a un de Brocard
d'or, comme les portoient
les Demy Dieux & les Hé
ros, pour montrer que les
premièresActions,toutes
justes & toutes grandes qu'
elles sont, n'aprochent point
des Prodigesquisontrepré
sentez en suite. <*nn npism
si Dans lesecond
aTableau;
ce Monarque prépare tout
pour la Guerre qu'il estprest
d'entreprendre, & fait les
provisionsnécessaires pour
remédier aux inconveniens
k
*
aAmde[Tu
1
sdes Fçnefîres, entre legrand.
Tableau & les Campagnes de Hollande
que la Sagesse luy a fait pré
voir. Les Dieux qui luy ont
promis leur assistance, luy
donnent leur secours. Sur
le devant, Neptune dans un
Char traîné par des Chevaux
marins, & suivy de Tritons,
présente son Trident au Roy
qui est debout,& qui avance
la main pour recevoir le Sce
ptre du liquide Empire.
Mars dans son Char for
tant d'une Tranchée, luy a
mene des Troupes dont les
Chefs baissent la Pique
, en
s'inclinant devant leur Gé
néral
Vulcain
Vulcain offredes Armes
portées par des Forgerons,
lx. c'est Mercure qui présen
te le Bouclier, parce que l'A
dresse & l'Eloquence four
nissent les raisons dont les
Roys font leurs premières
Armes. Aux pieds du Prin
ce on voit des Vases pleins
de richesses, que Pluton qui
estau haut du Tableau, luy
vient de donner. La Terrasse
estcouverte d'Instrumens &:
de Machines de guerre. Sur
desNuages au dessus duRoy,
Minerve soûtient un Casque
d'or qu'elle luy va mettre sur
la teste. dont le sens allégori
riqueest, que la Sagesse sor
tisse l'entendement, & em
pesche qu'il ne se corrompe. ;
La Prévoyance à costé de
Minerve , montre de son
Compas le Livre qu'elle
tient
, pour faire enten
dre qn'il a tout préveu
, &
mis ordreàtout. Cerésvient
offrir ses riches Moissons.
Son Char traîné par des Dra
gons est plus loin,& l'Abon
dance la suit.Del'autre costé
Apollon, A
semble y donner
a II bastit avec Neptnne les AlMrs de
Troye.
1
1
les ordres, & prendre le soin
des Bastions qu'on élève.
Dansl'éloignement on dé
couvre un Arsenal
construit avec diligence des
,oùl'on
Vaisseaux & des Galéres. La
Vigilance, comme l'âme de
cette action ,
est dans dans
le milieu
, &laplus élevéedu
Tableau.
Voila de quels moyens le
Roy s'estservy pour faire
reüssir les desseins qu'il avoit
méditez,& qu'il proposeà les
~«
Genéraux. Dans le Tableau
suivant , il y est debout
a Au drJtM des Miroirs entre le grand
T-abkau (5 les Campagnes deHollande.
appuyé sur un Bâton deCom
mandement.Monsieur,Mon
sieur le Prince,MrleVicomte
de Turenne, l'accopagnent.
Minerve déploye une Carte
des Pays-Bas, qu'un Amour
couronné de Laurier, repré
sentant l'amour de la gloire,
tient devant eux. Vésel, Bu
rich, Orfoy & Rhimberg,s'y
voyent en Lettres d'or
, &
d'un plus grand caradere,
parce que ce sont les Villes
que le Roy veut attaqueren
mesme temps , & qu'il or
donne aux Princes d'aller as
siéger
; &pour faire conce,
voir qu'il n'avoit encore com
muniqué ce desseinà person
ne, le Secret est derriere luy,
& porte son Casque. Prés du
Secret, on remarque laVigi
lance; &
laPrévoyance est z
cofté de Minerve. La Gloire
préside à l'entreprise qu'elle
a inspirée, & le Nuage épais
qui la soûtient, fert à expri
mer le filcnce, & le secret du
Conseilau milieu d'un Camp,
que l'on découvre derriere,
& dans lequel des Cavaliers
& des Soldats s'apprestent à
suivre le Dieu des Combats,
qui paroist en l'air portant
un Ecu armoiriéde France.
'La Victoire vole déja ,
d'au
tant qu'il y eut si peu d'inter
vale entre l'entrepirise , &: le
succés
,
que l'on sçût aussi
,
tost laprise des Villes , que
leurs Sièges.
Dans laa premiere Cam
pagne de Hollande,les Ar
mées du Roy ayant passé le
Rhin
, on prit plus de qua
rante Places ; on remporta
une grandevictoire sur Mer; Î
on battit les Ennemis par
tout. Les Etats effrayez ou
blierent leur ambition er- j
a En \Cf 2.
dirent presque leur libeney
&: les secours secrets de l'Es
pagne ne leur pouvans fuffirc,
ils furent contraints d'inon
der leur Pays pour en em
pescher l'entière perte. La
seconde a ne fut pas moins
heureuse. LeRoy emporta
Mastrich en treize jours ,
(es
Troupes prirentTréves ,
te
(esArméesNavalesga
gnerent deux grandes Ba
tailles. Ces deux Campa
gnes composent le quatriè
me Tableau
, où toutes ces
Conquestes & ces Vidboire^
a 1673.
font merveilleusementrepré
[entées.
Les plus vivescouleurs
font remarquer le Roy la
Foudre à la main ,
les Che
veux & son Manteau agitez
par les vents ,
son Char rapi
dement traîné par des Che
vaux fougueux. Minerve le
guide, la Gloire l'accompa
gne) Herculele fuit, &pous
le le Char par dessus lesflots
que le Rhin soûleve. Ce
Fleuve qui depuis ce fameux
Romain quis"'assujettitl'Em
pire de l'Univers ,
n'avoit
point souffert de Vainqueur,
paroilt plein de courroux 3c
de dépit
j de n'avoirpu par la
rapidité de son cours arrester
ce Monarque, & de se voir
obscurcir par une Victoire
qui vole au dessus de luy
,
&
porte un Etendart
critTolmk
, où est é
,nom du lieuoù
ce renommé partage se
fit.
L'Efp,l.çyt-ie tient un Mas
que , pour marquer les se
cours secrets qu'elle donnoit
aux Hollandois. Elle tâche
envain d'arrester le Char,
parce qu'au lieu de se jetter
aux Guides des Chevaux,el
le ne s'attache qu'aux traits,
ce qui sert à l'entraîner elle
mesme
5
& figure la guerre
qu'elle s'attira. Le Char passe
sur les premieres Villes con
quises, représentéespar des
Femmes terrassées.
L'ambition de Il Hollan
de mord la poussiere. Ses
aîles font rompuës ,
elle ne
peut plus s'élever
, comme
Cuc ÛvOlt âCCGiltUVnÇ
j ^4 un.
Homme renversé sur le dos
parmy des Balots & des Li
vres.de Compte,signifie le
desordre de son commerce.
La Libertédes ProvincesUL J
nies assise sur un Lion qui
tient les sept Fléches
,
tâche
de se défendre. Elle a l'Epée
dune main , & presentede
l'autre son Bouclier, où se lit
cette Inscription , qui pro
mettoit tant de forces, &
qui fut suivie de tant de foi
blesse. Les Peuples paroissent
dans une si grande conster
nation ,
qu'ils viennent de
loin presenter les Clefs de
leurs Places.LesRenommées
volent de tous costez. Un
groupe deVittoires qui se ca
chent &se succedentlesunes
aux autres,tiennent desPal
mes ôc des Lauriers, & for
ment en l'air un triomphe
autour du Vainqueur. Les
plus remarquables portent
quatre Couronnes murales
pour la prisedes quatre Villes
en un mesmejour.
De l'autre costé a du Ta
bleau
,
l'Europe regarde le
Roy avec surprise. SonChe
val épouvanté se cabre. Les
Fruits& Instrumens des Arts
qui marquentla fertilité
, &
le génie de ses Peuples, sont
à ses pieds. Plusieurs Victoi
res emportent les Armoiries
des Villes conquises. Celle
a AHdejfpu des Feneftres.
deMastrichse met seule en
défense, mais Mars arrache
en passant son Bouclier,
poursignifier le peu detemps
que dura cette Place
, que
l'on croyoit imprénable.
Dans un Angle duTableau,
deux Amériquainsadmirent
ce grand spectacle. Ils ont
place ence lieu, comme té
moins des Victoires que nos
Armées Navals ont rem
,
portées dans leurs isles les
plus reculées.
L'Allemagne & l'Espagne
se repentant de ne s'estre pas
plûtostopposéesaux Armes
du Roy, se liguérent avec la
Hollande, pour arrester s'il
le pouvoit, la rapiditédes ses
conquestes. L'Espagne leva
le masque, & se déclara ou
vertement. L'Empereura
,
assembla les Princes d'Alle
gne
, mitune Armée consi
dérable sur pied
,&: le Roy
resta seul
,
comme il l'avoit
préveu ,
& mesme desiré,
pour faire voir à ces Puissan
ces qui s'estoient toujours
flatées
,
que leur union feroit
fatale à la France; qu'elle
estoitpluspuissante
, quoy
a 1674.
que feule
, qu'elles ne l'e
toient toutes ensembles.C'est
cette union dont le cinquié
me Tableau a est composé,
qui donne une admirable
idée de la crainte & de l'en
vie qui obligerent ces Puis.
fances à s'unir, pour arrester
les progrés delagloire d'un
Prince, dont elles ne purent
retarder les prospéritez.
L'obscurité regne dans le
milieu, où fousun riche Pa
villon ces mesmes Puissances
se donnent la main. La Hol
a An deffiu de la Po?te du Salon dela
Guerre, iloccupe tout
tcfpacedepuis la
C-ornxhe jiifquala Voute.
lande vétuë à la mode de ses
Habitans, & par dessus or
née d'un riche Manteau, por
te sur son visage les marques
de sa desolation & de son de
sespoir.
Pour avoir du se
cours, elle s'attache d'une
main à lEfpagne qui leve
le masque
,
& fait voir le dé
pit sur son viiage. Elle tend
la mainà la Hollande;& l'Al
lemagne aŒlèau milieu, fem
ble les unir & le joindre avec
elles. Toute son action mar
que le repentir; & l'Aigle de
l'Empirepressefortement
avec une de ses serres une des
pattes du Lion de Hollande
que l'on voit dans une po
sturesouffrante
, pour faire
connoistre que les secours
qu'on luy donnoit luy coû
toient cher.Des Furies repre
sentent la peine, le dépit,&
la jalousie
,
dont ces Puissan
ces sontagitées
Dans le bas
èc dans l'un des costez du
Tableau, les Electeurs &:les
Princes d'Allemagne s'as
semblent. Onles reconnoist
à leurs Ecus, & à leurs Eten
darts.
Un Timbaliertâche
,
d'intéresser toute l'Europe:
dans leur querelle, ôc hs>
Troupes viennent de toutes
parts., Dans l'autre costé on
forge des Armes que l'on
emporte avec précipitation..
Les Forgerons refusent d'en
livrer une partie
, pour signi
fier le retardement que le
manque d'argent apportoic
aux armemens des Ennemis.
Des Renomméesparoissent
dansleCiel.Elles augmentent
le desordre &l'éprouvate par le
récit desnouvelles Victoires
qu'elles publient de toutes
leurs forces) & dans l'Eten
dart qu'une d'elles présente,
où se lit cette Fameuse Il-i--
i
scription, queCésar&leRoy
ont
seulsméritée,Veni
rvïàirs
La Campagne de la Fran
che Comté commence les
Conquestes de Flandre. Le
Roy partit pour cette expé
dition au mois de Févrierde
l'année 1674. Jamais il n'y
eut de fin d'Hyver plus fâ
cheufe
,
& la resistance des
Ennemis fut le moindredes
obstacles que les Troupes.)
eurent à combatre.
Le Roy paroist tranquille:
au milieu d'un grand mou
vement qui est exprime A
dans le Tableau. Le Doux b
saisi de frayeur étend les bras
pour s'opposer au passage.
Mars traîne avec violence
un grand nombre de Fem
mes de tout âge. Ce sont
toutes les Villes de la Pro
vince que le Roy dompta
comme en passant. On les
reconnoift à leurs Ecus char
gez de leurs Armoiries. La
Franche Comté est abattuë
aux pieds du Vainqueur.
Malgré le desespoir qui luy
a Entre le çrrartdTableau & les Cam"
pAonesdeFlandre au de(fui des Miroirs'- b PrincpalFleuvedela Province.
fait arracher les cheveux, on
ne laisse pas de remarquer la
beauté de son visage. Son.
habit est à la maniere de ses
Habitans.Toutes les passions
quiagissent sur l'esprit des
Vaincus
, sont merveilleuse
mentexprimées dans l'action
de ces Captives, oùla crain
te, l'espérance, & le dépit, se
remarquent en je ne sçay
combien de maniérés difé
rentes.
Sur la pente d'un
Rocher, Minerve présente sa
Pique,se couvre de son Bou.
clier. Hercule leve sa Massue
pour chasser l'Aigle , & le
Lion en fureur, quitâche
de défendre le sommes. Les
Signes des, trois mois que
dura cetee conqueste
, se
voyent parmy les Frimats, la.
Greste, la Neige ,
&laPluye
que l'Hyver jette à plei
nes mains en se retirant, &
que les Venrs poussent
avecimpétuosité
,mais toiis.
les obstacles de la saison
, ny
la resistance des Ennemis,,
ne peuvent rerarder la Force
conduire' par fa- Sagessequi
paroissént au haut du Ro
cher
, <%
ayant précipité uiïa
awC-estBesançon..
partie des- Soldats qui le dé
sendoient. L'Aigle cric de
dessus l Arbre où il est perché
au coin du Tableau De l'au
ne costé)les Troupes fuventv
& donnent une idée du trou
ble & de l'épouvante que
les Armes du Roy avoient
portée dans cette Province.
La Victoire attache des Bou
cliers des Places conquises à
un grand Palmier
, &pose
deux Couronnes sur le Tro
phée
, pour marquer que
c'est pour la seconde fois qu'
elles sont domptées; &
la Re
nommée embouche deux
Trompettes pour aller pu
blier cette double conquerte.
La Gloire paroist dans le Ciel;
son éclat rejallit sur le Heros,
&l'oppositiondecette lumie
re à l'obscurité des Frimats,
rend cét Ouvrage un des plus
brillants qui,sevoyent.
La Campagne de1675.fut
celebre par la prise de Cam
bray, deValenciennes
, de
SaintOrner,& par la Batail
le de Mont-Cassel. En 1676.
le Roy formaplusieurs Corps
d'Armées en Flandre
, insulta
quasi toutes les Places
, en
leva Gand par une conduite"
c,
fij
si admirable, que le Gouver
neur des Pays-Bas n'eut pas
L
plûtost les nouvelles du Sie- •
je que de la prise de la Vil
e. ».
le, Voila la matiere du Ta-,
bleau qui fait cimetrie aux
Campagnes de Hollande.
Au milieu du Ciel , le Roy
porte sur l'Aigle de Jupiter,
ance la foudre.Un gros nua
re d'où partent des tourbil
ons deNuées, des Tonner
cs & des Eclairs) quiinfpi
ent la frayeur aux Villes que
Ion voit dans la crainte
, font
'image des diférens Corps
d'Armées qui les investirent.
i
Le Secret & la Vigilance ac
compagnent ce Monarque, j
les Renommées le devan
cent,* la Gloire tient sur [a. !
teste la Couronne d'immor- 1
talité. Il ne regarde point les 1
Villes effrayées, & tient sa <
veüe attachée sur Mars qui
abatl'Hydre ,
& force
l'Envie à se cacher dans un
coin du Tableau
, parce qu'
en domptant toutes ces
Places, le Roy ne songeoit
qu'à vaincre l'opiniastreté de
ses Ennemis
, &ne se ren
doit redoutable que pour les
à
contraindre
a recevoir la
Paix qu'il leur veuloit don
ner. A l'autre coin Ypre est
tremblante. Elle écoute &
regarde avec frayeur la Ter
reur qui la menace , & dans
le milieu Minerve qui a déjà
enlevél'Etendart de la Ville
de Gand ,
luy arracheencore
les Clefs qu'elle tâche inuti
lement de retenir; cette Vil
le paroist dans une vive dou
leur. Une grande Jeunesse
& une extrême Beauté re
présentent bien ce Tître de
Pucelle que les Flamans luy
ont donné,avcc un Parc qui
l'environne, &unLion cou
ronné pour la garde. Il sem
ble qu'elle ait glisse de dessus
les genoux de la Flandre, sur
le sein de laquelle elle lre
croyoit en seureté. Cette
Province porte le Torquet
& la Mante noire comme
ses Peuples, & danssasurprise
elle étend les bras aux pieds
, sans scayoir àquoy
duLion
se resoudre. Valenciennes est
renversée sur un de ses Ca
nons qui la fait tomber, par
ce qu'on s'en servit pour s'en
rendre maistre.Cambray
est enchaînée à un Char ar
morie de France
, & charge
des dépouilles de cette Cam
pagne.
j
tk®
A l'autre cofté du Ta
bleau, la Politique, le Con
seil, & la Prévoyance d'Efpa
gne, paroissent déconcertées.
Au milieu le Conleil est ob
fcurcy d'un nuage qui le
couvre y & qui l'empesche
de penetrer dans les desseins
du Kov
; & pour marquer
son aveuglement
, on luy a
mislamain sur les yeux.
La Prévoyance trouve son
Compas court, & une de (es
branches rompuë. Elle tire
en vain la Politique par sa
robe
,elle ne la peutsecourir
ny en estre secouruë
,
la for
ce luy manque
, le Sceptre
luy tombe des mains
,& le
Lion quelle excice, recule,&:
1
ne veut point avancer. La
Ruse representée par le Ty
gre qui s'enfuir, luy devient
aussi inutile.L'Aigle crie
, il
fait ployer fous luy les co
lombes d'Hercule où l'on a
attaché l'Inscription, Plus ott
t;:e, que prit autrefois Char
les- Quint.
Les Troupes
fPyent; & leConsèil, la Pré
yoyance
,&la Politique, re-.
sfent sans recours, & hors
d'étatd'aOgir dans la fraveur
que leur cause
le bruit d'un
événement si extraordinaire,
ôc si peu attendu, qu'une
Renommée qui vole au def
fus de leur cette semble leur
annoncer.- La Paix de Hollande finit
la Galerie. C'clt la desunion
des trois Puissances que l'on
voit se lierenfemble dans le
Tableau qui luy est opposé.
L'Allemagne paroist tombée
sur'des marches de Marbre
aAudeJfn4de la Porte du Salon de la
>
Paix.
fous un grand Pavillon atta
chéàlavoûte. Les nuées qui
luy servoient deTrône/eper
de nt,&se dissipent. Ellere
garde la Paix avec étonne
ment, & paroist surprise de
la foudre, qui semble gron
der sur sa cette. Son Aigle en
est étonne, il tire la Hollan
de par sa robe pour tâcher de
la retenir. L'Etpagne tourne
la teste du oofté de l'Eclair
elle étend la main pour en
garantir son Lion qui en est
renversé sur le dos.* Les
Troupes en font épouvan
tées,& fuyenr. LesForgerons
emportent leurs Marteaux,
;
& laissent des Armes qui re
stent inutiles. Mercure en
l'air semble dissiper un nua
ge épais, qui empefehoit la
Hollande de recevoirla Paix,
dont illuy apportc pour si
gne une branche d'Olivier.
CetteDéesse viét du Ciel pour
se donner à elle.On larecon
t
noist à son airgracieux
,aux
[Caducées qu'elle tient,à la
Corne d'abondance
, à (a
Couronne d'Olivier, &aux
Enfans qui l'accompagnent,
& qui jettent des fleurs pour
marquer les douceurs qui la
L
Clivent partout. LaHollan
de s'élance,&tend les bras
pour larecevoir. Elle fendes
besoins qu'elle en a ;
Ton
Lion ne peut plus la {bûte
nir , & ployé fous Tes ge
noüils, ce quiluy faitmépri
fer les conseils de ses Voi
jfïns, ôclavanité d'unPrince,
représentéé par une Femme
accompagnée d'un Paon,
;
qui pour se laffujettir tâche
de la détourner de la Paix en ;
.la tirant par le bras
, &luy
montrantdes Troupes &des
Vaisseaux qu'elle amene à
<
son(ecours, mais elle ne veut.
plus de guerre, & ne s'appli
que qu'à recevoir la Paix.
Voila l'explication de la
Galerie. Elle a 40toises de'
long
, & 36
piedsdelarge.
Tour y est finy
& dans le
nombre prodigieux des Fi--
gures qui la composent, on
n'en remarque pas une qui
ne soit terminée avec le mes
me foin que si elle devoir
estre seule, & qui ne fasse
son effet.
Il est étonnantqueMr le
Brun ait pû en quatre an
nées l'achever, ayant voulu
Peindre le
tout luymesme,
&nesestant confié à.per
sonne , pour se faire soula-,
ger dans une si grande en
treprise,qu'il a heureufcment
terminée à la fitisfa&ion du
Roy, qui par des louanges
publiques & particulières a
témoigne qu'il n'avoit jamais
rien vû de si beau
; &toute
la Cour instruite des foins &
du tempsque demandent les
grandsOuvrages,& charmée
;
de celuy-cy, dit hautement
que Mr
le Brun méritoit plus
que pèrsonne du monde,de
travailler pour Sa Majefté3
& qu'il cull salu à tous au..
es plus de temps pour pen
r de si grandes choies, qu'il
luy en avoir fallu pour les
cecuter.
Fermer
Résumé : EXPLICATION DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
La lettre décrit la Galerie de Versailles, réalisée par le peintre Lorne, qui met en lumière la vie et les réalisations du roi à travers des allégories. Charles Le Brun a utilisé ces allégories pour narrer l'histoire du roi, de la paix des Pyrénées à celle de Nimègue. La galerie est composée de divers tableaux et bas-reliefs. Le tableau central représente le roi jeune, prenant le gouvernail de l'État après son mariage. Douze ovales illustrent ses premiers desseins glorieux, tels que la réforme des finances, la justice, le commerce et les académies. Six bas-reliefs montrent des événements comme la guerre de Flandre et la paix d'Aix-la-Chapelle. Huit tableaux majeurs traitent de la dernière guerre contre les Hollandais, montrant le roi méditant sur les difficultés, préparant les provisions nécessaires et proposant ses plans aux généraux. Les tableaux sont encadrés dans des compartiments riches et ornés de thèmes peints en bronze doré. Des enfants jouent avec des festons de fleurs sur des masques colorés. Des tapis de velours décorent les espaces entre les bordures, montrant les amusements de l'enfance du prince. Des inscriptions sur des cartouches de sculpture décrivent chaque sujet. La série de tableaux allégoriques illustre les campagnes militaires du roi en Hollande entre 1674 et 1676. Ces œuvres représentent diverses figures allégoriques symbolisant les qualités royales et les préparatifs militaires. La première campagne montre les armées du roi traversant le Rhin et remportant des victoires. La seconde campagne voit la prise de Maastricht et des succès navals. La galerie se termine par la Paix de Hollande, personnifiée par une déesse, et la désunion des puissances coalisées. Réalisée par Charles Le Brun en quatre ans, cette œuvre a été admirée par le roi et la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 60-66
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Il y a eu depuis peu de temps plusieurs Morts considérables, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Madame, Duchesse, Capitaine, Maisons, Décès, Conseiller, Monsieur de Manicamp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Il y a eu depuis peu de temps
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte évoque plusieurs décès récents de personnalités notables. Jean Louis l'Étang de Fromentières, évêque d'Aire, provenait d'une famille illustre du Maine et était réputé pour ses talents de prédicateur à Paris et à la cour. Monsieur de Manicamp, frère de la maréchale d'Estrées, appartenait à la maison de Longueval, une ancienne et distinguée famille picarde. Il est décédé après avoir reçu les sacrements. Jacques Despériers, professeur au Collège de Lisieux et docteur en théologie à la Sorbonne, est également décédé. Jacques Charton, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris, a été remplacé par l'abbé Robert. Louis de Faure, baron de Dampmard et conseiller au Parlement de Paris, laisse derrière lui cinq enfants et une importante fortune. Jacques Pouffet, ancien avocat au Parlement et échevin de Paris, était connu pour ses tragédies théâtrales. Le texte mentionne également une œuvre littéraire intitulée 'Les Hyvers comme des Printemps', écrite par un maître habile avec des paroles de Monsieur Diéreville.
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22
p. 78-83
Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Je suis bien aise, Madame, que les petites Descriptions [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Galerie, Tableaux, Description, Versailles, Arc de triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Je fuis bien aife, madame , que
les petites Defcriptions des Tableaux
de la petite Galerie de
Verfailles , que je vous envoyay
dernierement , vous ayent donné
la curiofité de les demander en
core plus amples . Pour cela, Madame
, trouvez bon que je vous
renvoye aux Explications que
Monfieur Charpentier , de l'Acad.
mie Françoife , en a faites par
l'ordre du Roy. Ce travail a reçeu
de Sa Majefté tous les agrémens
que l'Autheur en pouvoir
efperer ; & les Exemplaires imprimez
de cet Ouvrage , que le
Roy a fait mettre dans la Galerie
de Verſailles , ont obtenu les applaudiffemens
de toute la Cour.
le feray mon poffible pour vous
en faire avoir un , & vous y verrez
que celuy qui a fait les petites
Defcriptions que vous avez
GALANT. 79
leuës , s'eft fervy heureusement
en quelques endroits , des penfées
& des expreffions de Monfieur
Charpentier , hormis dans
les deux derniers grands Tableaux
, & dans les fix petits qui
les accompagnent , lefquels ne
font encore qu'en manufcrit entre
les mains du Roy. mais puis
que vous prenez tant de plaifir
à tout ce qui regarde la Galerie
de Verſailles , je vous diray que
d'abord on avoit mis à tous ces
Tableaux des Infcriptions Latines
; mais quelques nouvelles
refléxions ayant fait juger que
les Infcriptions Françoifes y conviendroient
mieux , Sa Majesté
commanda encore à Monfieur
Charpentier de les faire , & ce
font celles qui y font aujour
d'huy . Toutes les Dames ont
eſté ravies de ce changement,qui
D
4
80 MERCURE
leur donne le moyen de lire avec
admiration les grandes Actions
de Sa Majesté , & les Etrangers
mefmes , que le defir d'apprendre
le François attire le plus fouvent
à Paris & à la Cour , font bien
aifes de trouver icy des Infcriptions
dont le fujet eft fi noble,
& s'engagent avec plus de plaifir
à l'étude de noftre Langue . Je ne
vous parle point encore de la
plupart des Courtisans & des
Peuples, qui n'ayant pas la Langue
Latine à commandement,
demeurent d'accord qu'on leur a
fait grand plaifir de leur faciliter
l'intelligence de ces Tableaux , &
de pouvoir retenir par coeur les
Eloges de noftre grand Monarque.
Par ce glorieux fuccés, fuivy
de l'approbation du Roy & de
toute la France , Monfieur Charpentier
voit heureufement cou
GALANT. 81
ronner l'opinion qu'il a foûtenuë,
Que toutes les infcriptions des Mo
numens publics , qui s'élevent à
l'honneur du Roy , & en mémoire de
fes vertus héroïques , doivent eftre
en Langue Françoife. Ce qu'il n'a
point craint d'avancer en un
temps où il étoit prefque le feul
à s'oppofer au torrent de la prévention
contraire . C'eſt ce qui a
fervy de fujet à un des plus éloquens
& un des plus fçavans Livres
qui ayent paru de nos jours,
intitulé , Défense de la Langue
Françoife , pour l'Infcription de
l'Arc de Triomphe. Un Homme
d'un merite diftingué avoit répondu
à cet Ouvrage , par un
Ecrit Latin tres- beau & treseftimé
, mais Monfieur Charpen
tier y a fait une Replique , par
deux Volumes qui ont pour titre,
De l'Excellence de la Langue Fran
DS
82 MERCURE
çoife, où cette Queſtion a efté de
nouveau traitée d'une maniere à
n'y plus revenir ; & comme les
raifons qu'il a alleguées , pour
montrer qu'il falloit mettre en
François l'Infcription de l'Arc de
Triomphe , pouvoient aisément
s'appliquer à la Galerie de Verfailles
, c'eft vray femblablement
ce qui a fait prendre le party
party des
Infcriptions Françoifes pour cette
Galerie , puis qu'à proprement
parler , elle n'eft autre chofe
qu'un veritable Arc de Triomphe
, avec cette diference feulement
, que c'eft un Arc de Triomphe
plus étendu , & plus diverfique
ceux qui fe bâtiſſent de
Marbre & de Bronze.Les Sçavans
de vos quartiers jugeront fi le
Latin peut aller plus loin que ce
François ; mais je fçay que les
Sçavans de ces quartiers cy , qui
fié
GALANT.
$3
difoient ordinairement que Monfieur
Charpentier devoit prouver
fon opinion par les exemples,
auffi bien que par les raiſonnemens
, ont tout fujet maintenant
d'eftre fatisfaits . Vous auriez raifon
, Madame , de m'accuſer de
negligence , fi je me contentois
de vous parler de ces excellentes
Infcriptions , fans vous les envoyer.
le vous nommeray feulement
les Tableaux où elles font,
puis que vous en fçavez le fujet,
& que vous en ferez plus amplement
éclaircie par les Defcriptions
de Monfieur Charpentier
que je vous promets .
les petites Defcriptions des Tableaux
de la petite Galerie de
Verfailles , que je vous envoyay
dernierement , vous ayent donné
la curiofité de les demander en
core plus amples . Pour cela, Madame
, trouvez bon que je vous
renvoye aux Explications que
Monfieur Charpentier , de l'Acad.
mie Françoife , en a faites par
l'ordre du Roy. Ce travail a reçeu
de Sa Majefté tous les agrémens
que l'Autheur en pouvoir
efperer ; & les Exemplaires imprimez
de cet Ouvrage , que le
Roy a fait mettre dans la Galerie
de Verſailles , ont obtenu les applaudiffemens
de toute la Cour.
le feray mon poffible pour vous
en faire avoir un , & vous y verrez
que celuy qui a fait les petites
Defcriptions que vous avez
GALANT. 79
leuës , s'eft fervy heureusement
en quelques endroits , des penfées
& des expreffions de Monfieur
Charpentier , hormis dans
les deux derniers grands Tableaux
, & dans les fix petits qui
les accompagnent , lefquels ne
font encore qu'en manufcrit entre
les mains du Roy. mais puis
que vous prenez tant de plaifir
à tout ce qui regarde la Galerie
de Verſailles , je vous diray que
d'abord on avoit mis à tous ces
Tableaux des Infcriptions Latines
; mais quelques nouvelles
refléxions ayant fait juger que
les Infcriptions Françoifes y conviendroient
mieux , Sa Majesté
commanda encore à Monfieur
Charpentier de les faire , & ce
font celles qui y font aujour
d'huy . Toutes les Dames ont
eſté ravies de ce changement,qui
D
4
80 MERCURE
leur donne le moyen de lire avec
admiration les grandes Actions
de Sa Majesté , & les Etrangers
mefmes , que le defir d'apprendre
le François attire le plus fouvent
à Paris & à la Cour , font bien
aifes de trouver icy des Infcriptions
dont le fujet eft fi noble,
& s'engagent avec plus de plaifir
à l'étude de noftre Langue . Je ne
vous parle point encore de la
plupart des Courtisans & des
Peuples, qui n'ayant pas la Langue
Latine à commandement,
demeurent d'accord qu'on leur a
fait grand plaifir de leur faciliter
l'intelligence de ces Tableaux , &
de pouvoir retenir par coeur les
Eloges de noftre grand Monarque.
Par ce glorieux fuccés, fuivy
de l'approbation du Roy & de
toute la France , Monfieur Charpentier
voit heureufement cou
GALANT. 81
ronner l'opinion qu'il a foûtenuë,
Que toutes les infcriptions des Mo
numens publics , qui s'élevent à
l'honneur du Roy , & en mémoire de
fes vertus héroïques , doivent eftre
en Langue Françoife. Ce qu'il n'a
point craint d'avancer en un
temps où il étoit prefque le feul
à s'oppofer au torrent de la prévention
contraire . C'eſt ce qui a
fervy de fujet à un des plus éloquens
& un des plus fçavans Livres
qui ayent paru de nos jours,
intitulé , Défense de la Langue
Françoife , pour l'Infcription de
l'Arc de Triomphe. Un Homme
d'un merite diftingué avoit répondu
à cet Ouvrage , par un
Ecrit Latin tres- beau & treseftimé
, mais Monfieur Charpen
tier y a fait une Replique , par
deux Volumes qui ont pour titre,
De l'Excellence de la Langue Fran
DS
82 MERCURE
çoife, où cette Queſtion a efté de
nouveau traitée d'une maniere à
n'y plus revenir ; & comme les
raifons qu'il a alleguées , pour
montrer qu'il falloit mettre en
François l'Infcription de l'Arc de
Triomphe , pouvoient aisément
s'appliquer à la Galerie de Verfailles
, c'eft vray femblablement
ce qui a fait prendre le party
party des
Infcriptions Françoifes pour cette
Galerie , puis qu'à proprement
parler , elle n'eft autre chofe
qu'un veritable Arc de Triomphe
, avec cette diference feulement
, que c'eft un Arc de Triomphe
plus étendu , & plus diverfique
ceux qui fe bâtiſſent de
Marbre & de Bronze.Les Sçavans
de vos quartiers jugeront fi le
Latin peut aller plus loin que ce
François ; mais je fçay que les
Sçavans de ces quartiers cy , qui
fié
GALANT.
$3
difoient ordinairement que Monfieur
Charpentier devoit prouver
fon opinion par les exemples,
auffi bien que par les raiſonnemens
, ont tout fujet maintenant
d'eftre fatisfaits . Vous auriez raifon
, Madame , de m'accuſer de
negligence , fi je me contentois
de vous parler de ces excellentes
Infcriptions , fans vous les envoyer.
le vous nommeray feulement
les Tableaux où elles font,
puis que vous en fçavez le fujet,
& que vous en ferez plus amplement
éclaircie par les Defcriptions
de Monfieur Charpentier
que je vous promets .
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Résumé : Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Le texte aborde la demande de descriptions plus détaillées des tableaux de la galerie de Versailles. L'auteur mentionne un travail réalisé par Monsieur Charpentier, approuvé par le roi, qui a été bien accueilli par la cour. À la demande du roi, les inscriptions latines des tableaux ont été remplacées par des inscriptions en français. Cette modification a été favorablement reçue par les dames de la cour et les étrangers apprenant le français. La décision a été appuyée par un ouvrage intitulé 'Défense de la Langue Française' et des réponses à des écrits latins. La galerie de Versailles est comparée à un arc de triomphe, ce qui justifie l'utilisation de la langue française pour les inscriptions. L'auteur conclut en promettant d'envoyer les descriptions des tableaux et les inscriptions à la demande de la destinataire.
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23
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
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Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
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24
p. 89-94
INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Ces petits Tableaux contiennent plusieurs Actions celebres de Sa Majesté, [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Galerie, Versailles, Tableaux, Actions, Sa Majesté, Réparations, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
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Résumé : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document présente une série de dix-huit petits tableaux dans la galerie de Versailles, illustrant des actions célèbres du roi. Ces tableaux sont organisés en six bandes de trois tableaux chacune, placés entre les grands tableaux de la voûte. La première bande montre le soulagement du peuple pendant la famine de 1662, l'aide apportée à la Hollande contre l'évêque de Munster, et la réparation d'un outrage fait à Rome. La deuxième bande illustre l'abolition des duels, la délivrance de l'Empire des Turcs, et la préférence accordée à la France sur l'Espagne. La troisième bande traite de la première guerre contre l'Espagne pour les droits de la reine, l'établissement de la navigation, et la réformation de la justice. La quatrième bande montre la paix conclue à Aix-la-Chapelle, la réorganisation des finances, et la protection des beaux-arts. La cinquième bande représente l'acquisition de Dunkerque, la création de l'Hôtel Royal des Invalides, et les ambassades des nations éloignées. Enfin, la sixième bande illustre la sûreté de Paris, le renouvellement de l'alliance avec les Suisses, et la fonction des Deux Mers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 151-154
Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez envie de sçavoir quelle est l'origine du Roy de la / On tient que de Solo, Legislateur fort sage, [...]
Mots clefs :
Roi de la fève, Solon, Athéniens, Élection, Illégitime, Charge, Romains, Respect, Trépas, Gâteau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Si vous avez envie de fçavoir.
quelle eft l'origine du Roy de la
Féve, vous l'apprendrez dans ces
Vers d'Alcidor du Havre.
OV
N tient que de Solon , Legifla
teurfortfage,
Eft venu le premier ufage
D'employer une Féve , afin délire un
Roy5
Et que c'eftoit fuivant ſa Loy,
Que les Atheniens avoient cette
maxime,
G
4
2 MERCURE
>
Lors qu'ils créoient leurs Magistrats.
Toute autre élection étoit illegitime;
On les euft pris pour fcelerats,
S'ils avoient eu d'autre methode,
Tant celle- là pour eux estoit juste &
commode.
Pythagore ditfeul, qu'ilfaloit s'abftenir
Des Féves que chacun fouhaitoit
d'obtenir.
Il vaut mieux , difoit - il , n'avoir
aucune Charge,
Que d'en chercher ainsi , pour troubler
Son repos,
~Parce que bien fouvent c'est un chemin
fort large,
Qui nous conduit vers Atropos.
Il eft d'autres Autheurs d'un fentiment
contraire;
Soûtenant hautement que ce font
les Romains,
GALANT.
153
Qui font les premiers des Hu
mains
A qui cette methode ait commencé
de plaire ,
Car le jour qu'ilsfaifoient Festin
Pendant leurs Festes Saturnales,
Ils élifoient un Roy fans brigues ny
cabales,
Par le feul ordre du Deftin ;
La Féve eftoit la feule marque
Pour defigner celuy qu'ils devoient
Respecter
Pendant tout le Répas qu'on faifoit
apprefter,
Selon la volonté de ce petit Monarque.
Nous imitons encor fans aucun repentir
Les Romains plus que ceux d'Athenes
;
L'on en voit les preuves certaines,
Que l'on nesçauroit démentir.
G S
154
MERCURE
Lufage du Gafteau n'est - il pas tout
Semblable ?
Et n'est- ce pas le feul hazard
Qui fait un Roy d'un miferable,
Lors que la Féve eft dansfa part.
quelle eft l'origine du Roy de la
Féve, vous l'apprendrez dans ces
Vers d'Alcidor du Havre.
OV
N tient que de Solon , Legifla
teurfortfage,
Eft venu le premier ufage
D'employer une Féve , afin délire un
Roy5
Et que c'eftoit fuivant ſa Loy,
Que les Atheniens avoient cette
maxime,
G
4
2 MERCURE
>
Lors qu'ils créoient leurs Magistrats.
Toute autre élection étoit illegitime;
On les euft pris pour fcelerats,
S'ils avoient eu d'autre methode,
Tant celle- là pour eux estoit juste &
commode.
Pythagore ditfeul, qu'ilfaloit s'abftenir
Des Féves que chacun fouhaitoit
d'obtenir.
Il vaut mieux , difoit - il , n'avoir
aucune Charge,
Que d'en chercher ainsi , pour troubler
Son repos,
~Parce que bien fouvent c'est un chemin
fort large,
Qui nous conduit vers Atropos.
Il eft d'autres Autheurs d'un fentiment
contraire;
Soûtenant hautement que ce font
les Romains,
GALANT.
153
Qui font les premiers des Hu
mains
A qui cette methode ait commencé
de plaire ,
Car le jour qu'ilsfaifoient Festin
Pendant leurs Festes Saturnales,
Ils élifoient un Roy fans brigues ny
cabales,
Par le feul ordre du Deftin ;
La Féve eftoit la feule marque
Pour defigner celuy qu'ils devoient
Respecter
Pendant tout le Répas qu'on faifoit
apprefter,
Selon la volonté de ce petit Monarque.
Nous imitons encor fans aucun repentir
Les Romains plus que ceux d'Athenes
;
L'on en voit les preuves certaines,
Que l'on nesçauroit démentir.
G S
154
MERCURE
Lufage du Gafteau n'est - il pas tout
Semblable ?
Et n'est- ce pas le feul hazard
Qui fait un Roy d'un miferable,
Lors que la Féve eft dansfa part.
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Résumé : Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Le texte explique l'origine de la tradition du 'Roi de la Fève', où une fève cachée dans un gâteau désigne le roi du repas. Selon Alcidor du Havre, cette coutume remonte aux Athéniens, qui utilisaient une fève pour élire leurs magistrats sous la loi de Solon. Cette méthode était perçue comme juste et pratique, toute autre élection étant considérée illégitime. Pythagore, en revanche, déconseillait de rechercher des charges publiques, craignant que cela ne perturbe le repos et n'entraîne des conséquences néfastes. Les Romains, lors des Saturnales, élisaient un roi par le hasard de la fève, sans intrigues. Ce roi était respecté durant le repas. Les pratiques modernes, comme l'usage du gâteau à la fève, imitent davantage les Romains que les Athéniens, car elles désignent le roi du repas par le hasard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 157-168
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Si l'Abjuration de Monsieur Vignes, Ministre de Grenoble, a fait [...]
Mots clefs :
Abjuration, Monsieur Vignes, Seigneur, Noblesse, Dauphiné, Religion prétendue réformée, Roi de Navarre, Maison d'Arbaud, Charges, Église catholique, Archevêque, Duc de Noailles, Honnêteté, Conversation, Pasteur, Erreur, Compliments
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texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
Si l'Abjuration de Monfieur
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
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Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Le texte relate deux conversions marquantes du protestantisme au catholicisme. La première concerne Monsieur d'Arbaud, Seigneur de Blanfac, originaire d'Arles et résidant à Nîmes. Issu d'une famille noble et respectée, il pratiquait la religion réformée. Son aïeul avait soutenu Henri IV en changeant de religion. D'Arbaud, connu pour ses connaissances, fut invité à l'Académie Royale d'Arles, ce qui renforça son intérêt pour le catholicisme. Influencé par des figures telles que l'archevêque d'Arles et l'évêque de Mirepoix, ainsi que par des discussions théologiques à Montpellier, il décida après deux années de réflexion d'abjurer sa foi réformée. Il fit sa déclaration publique dans la chapelle des Pénitents blancs de Montpellier, en présence de dignitaires ecclésiastiques. La seconde conversion concerne Galant, une figure influente et respectée dans la communauté protestante. Reconnu pour son esprit et ses qualités, il occupait diverses fonctions religieuses et était considéré comme un chef dans plusieurs villes. Sa conversion, motivée par l'espoir de convertir également ses dix enfants, fut accueillie avec joie par les catholiques et tristesse par les protestants. Galant reçut des honneurs à Nîmes et Arles, où toutes les autorités exprimèrent leur joie. Monsieur Sabatier, membre de l'Académie Royale d'Arles, célébra cet événement par une épître.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 200-208
Autres Morts, [titre d'après la table]
Début :
On a eu icy avis de la mort de Monsieur le Commandeur [...]
Mots clefs :
Décès, Monsieur, Commandeur, Maison de Tressemanes Chasteuil, Siège, Distinction, Charges, Abbé, Chapitre, Obsèques, Seigneur, Conseiller au Parlement, Général, Lieutenant, Capitaine, Fils, Prêtre, Maison de Bruslard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Morts, [titre d'après la table]
On a eu icy avis de la mort
de Monfieur le Commandeur de
Treffemanes Chateüil , qui s'eſt
fignalé avec beaucoup de diftinction
dans les Siéges de Sainte
Maure , & de Preveza. Il est
mort fur les Galeres au retour du
Voyage , apres feize jours d'une
maladie caufée par les grandes.
incommoditez foufertes pendant
ces deux Siéges, & dans les Cour
fes que l'on avoit faites dans l'Epire
, où il s'eftoit rendu recommandable
par fa conduite , par
vertu , & par le mépris qu'il faifoit
de fa vie pour une ſi juſte caufe
. Il eftoit de l'Auberge de Provence
, & d'une des meilleuresfa
GALANT. 201
73.
Maifons de cette Province , &
des plus anciennes dans l'Ordre.
Deux de fes grands Oneles en
ont efté , avec quatre de fes Oncles
, du nombre defquels eftoiɛ
Monfieur de Treffemanes-Chateuil
, Bailly de Manofque , qui
mourut il y a deux ans dans fa
année . Trois de fes Freres font
encore Chevaliers , & ils ont tous
I trois l'honneur d'eftre dans le
fervice du Roy. L'un eft fur les
Galeres de Sa Majefté ; l'autre ,
Capitaine dans le Régiment de
Champagne , où il eft fort eftimé ,
ayant embraffé la Profeffion
des Armes dés l'âge de quinze
ans ; & le troifiéme eft fon Lieutenant
. le paffe à d'atres Articles
de mefme nature .
8
Le R. P. Erard Florior , mort
le de ce mois , âgé de 63. ans ,
apres avoir exercé les Charges
14.
IS
202 MERCURE
les plus confiderables de fon Orcre.
Il avoit efté élû pour la fecon.
de fois au mois de Septemere
dernier , Abbé de Sainte Geneviève
du Mont & Superieur
Genéral des Chanoines Réguliers
de S. Auguftin , de la Congrégation
de France . Quand on
remplit ces fortes de Poftes par
Election , il faut qu'on ait un
fort grand mérite , puis que toute
une Communauté ne fe trompe
pas. Cet Abbé eftoit Frere de Madame
le Pelletier Femme de
Monfieur le Contrôleur Genéral .
Si tot qu'il fut mort , le Pere
Vvatrée , Premier Affiftant , qui
eftoit en droit de luy fucceder,
fut reconnu par le Chapitre , légitime
Abbé , & Supérieur Ge
néral , & en cette qualité reveſtu
des marques de fa Dignité nouvelle
. Il fit deux jours apres la
>
GALANT. 203
e
,
Cerémonie des Obféques de fon
Prédeceffeur , qui eft univerfel.
lement regreté de tous ceux qui
ont connu la vertu , & fes grandes
qualitez. En vous parlant de
cet Ordre , je croy ne devoir pas
oublier à vous dire , que Monfieur
Gaftier , l'un des Chanoines
Réguliers de Sainte Geneviève ,
quoy que jeune encore , a déja
remply les meilleures Chaires de
Paris , & qu'il s'eſt fait admirer à
S. Nicolas des Champs ; pendant
le dernier Avent.
Meffire Louis le Tonnellier
Breteuil , Seigneur de Boeffetes,
de Ruvire , & autres Lieux , mort
le 19.de ce mois. Ila efté fucceffivement
Confeiller aux Parlemens
de Bretagne & de Paris , enfuite
Maître des Requeſtes , Intendant
de la Province de Languedoc ,
& de la Generalité de Paris , Con-
I 6
204 MERCURE
trôleur Genéral des Finances ,
pendant dix années , & eft mort
Confeiller d'Etat ordinaire . Il a eü
fept Enfans mâles , dont fix font
encore vivans . Monfieur de Bruteül
l'aîné a efté Intendant en
Picardie & en Flandres , & des
Armées du Roy , & eft à prefent
Intendant des Finances , & Confeiller
d'Etat. Les Trois autres
font Chevaliers de Malte , dont
le premier eft Chef d'Eſcadre de
Galeres ; le cinquième eft Evelque
de Boulogne , & le fixiéme à
efté Envoyé Extraordinaire vers
les Princes d'Italie. Il a laiffé auffi
une Fille qui eft mariée à Monfieur
le Marquis de Simblimont,
d'une des plus Illuftres Maiſons
de Picardie.
Meffire Florimond Bruflard ,
Marquis de Genlis , Confeiller
d'Etat , & Capitaine Lieutenant
GALANT .
205
des Gensd'armes de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , mort
le 20. de ce mois , en fa Terre
de Beaumont en Picardie , âgé
de 83. ans. La Maifon de Bruflard
eft tres - ancienne , & doit
fon éclat à Nicolas Bruflard ,
Seigneur de Sillery , Chancelier
de France dont l'éloge feroit
trop long à faire. Elle eft divifée
en trois branches , de Sillery , de
la Borde , & de Genlis . Les Marquis
de Sillery ont pris Alliance
avec les Familles de Neufville-
Villeroy & d'Etampes . La feconde
branche de cette Maifon s'eft
alliée avec celles de la Rochefoucaut
, Belliévre , & Dauvet , &
les Marquis de Genlis , avec celles
de Robertet , de Maillet , de Halluin
, Piennes , de Sainte Marie
aux Epaules , & de Brunetel-
Bethencourt. Monfieur le Mar206
MERCURE
quis de Genlis qui vient de mourir
étoit l'aîné de cette troifiéme
branche.
Meffire Guillaume Ifac Aubourg,
Marquis de Boury , mort
le 23. de ce mois . Il eftoit Fils de
Monfieur Aubourg , Secretaire
du Roy , & Garde des Rôles des
Offices de France.
Meffire Pancrace Betille , Prê--
tre , Docteur en Theologie , de
la Faculté de Paris , Doyen de la
mefme Faculté , & Sénieur de la
Maifon & Societé de Sorbonne,
mort le mefme jour par un accident
tres- déplorable . Ses Valets
T'ayant laiffé feul auprés du feu,
envelopé de fourrures à cauſe de
fon grand âge, une fort méchante
odeur que l'on fentit dans l'apartement
d'enhaut , obligea celuy
qui l'occupoit d'envoyer fçavoir
ce qui fe paffoit en bas.
GALANTA 207
Quelqu'un entra dans fa chambre
, & le trouva étouffé du feu ,
qui ayant confumé une partie de
fes habits , luy avoit déja brûlé
les cuiffes .
Meffire Louis Defmê de la
Chenaye , Aumônier du Roy,
Abbé de Noftre- Dame de Corneville,
& de Noftre- Dame d'Angle
, mort le 24. de ce mois . 11 a
refigné fes Benefices à un de fes
Neveux , Fils de Monfieur de la
Chefnaye , Gentilhomme de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin,&
qui l'a efté du Roy. Monfieur
de la Chefnaye fon Pere ,
qui eft le Grand- Pere de celuy à
qui l'on a refigné les Benefices,
étoit auffi au Service du feu Roy,
& en étoit eftimé . Sa Majefté a
bien voulu agreér cette Refignation
en faveur des Services de
l'un & de l'autre , les Refigna208
MERCURE
tions d'Abbayes n'ayant jamais
lieu , fi Elle n'accorde fon confentement
.
de Monfieur le Commandeur de
Treffemanes Chateüil , qui s'eſt
fignalé avec beaucoup de diftinction
dans les Siéges de Sainte
Maure , & de Preveza. Il est
mort fur les Galeres au retour du
Voyage , apres feize jours d'une
maladie caufée par les grandes.
incommoditez foufertes pendant
ces deux Siéges, & dans les Cour
fes que l'on avoit faites dans l'Epire
, où il s'eftoit rendu recommandable
par fa conduite , par
vertu , & par le mépris qu'il faifoit
de fa vie pour une ſi juſte caufe
. Il eftoit de l'Auberge de Provence
, & d'une des meilleuresfa
GALANT. 201
73.
Maifons de cette Province , &
des plus anciennes dans l'Ordre.
Deux de fes grands Oneles en
ont efté , avec quatre de fes Oncles
, du nombre defquels eftoiɛ
Monfieur de Treffemanes-Chateuil
, Bailly de Manofque , qui
mourut il y a deux ans dans fa
année . Trois de fes Freres font
encore Chevaliers , & ils ont tous
I trois l'honneur d'eftre dans le
fervice du Roy. L'un eft fur les
Galeres de Sa Majefté ; l'autre ,
Capitaine dans le Régiment de
Champagne , où il eft fort eftimé ,
ayant embraffé la Profeffion
des Armes dés l'âge de quinze
ans ; & le troifiéme eft fon Lieutenant
. le paffe à d'atres Articles
de mefme nature .
8
Le R. P. Erard Florior , mort
le de ce mois , âgé de 63. ans ,
apres avoir exercé les Charges
14.
IS
202 MERCURE
les plus confiderables de fon Orcre.
Il avoit efté élû pour la fecon.
de fois au mois de Septemere
dernier , Abbé de Sainte Geneviève
du Mont & Superieur
Genéral des Chanoines Réguliers
de S. Auguftin , de la Congrégation
de France . Quand on
remplit ces fortes de Poftes par
Election , il faut qu'on ait un
fort grand mérite , puis que toute
une Communauté ne fe trompe
pas. Cet Abbé eftoit Frere de Madame
le Pelletier Femme de
Monfieur le Contrôleur Genéral .
Si tot qu'il fut mort , le Pere
Vvatrée , Premier Affiftant , qui
eftoit en droit de luy fucceder,
fut reconnu par le Chapitre , légitime
Abbé , & Supérieur Ge
néral , & en cette qualité reveſtu
des marques de fa Dignité nouvelle
. Il fit deux jours apres la
>
GALANT. 203
e
,
Cerémonie des Obféques de fon
Prédeceffeur , qui eft univerfel.
lement regreté de tous ceux qui
ont connu la vertu , & fes grandes
qualitez. En vous parlant de
cet Ordre , je croy ne devoir pas
oublier à vous dire , que Monfieur
Gaftier , l'un des Chanoines
Réguliers de Sainte Geneviève ,
quoy que jeune encore , a déja
remply les meilleures Chaires de
Paris , & qu'il s'eſt fait admirer à
S. Nicolas des Champs ; pendant
le dernier Avent.
Meffire Louis le Tonnellier
Breteuil , Seigneur de Boeffetes,
de Ruvire , & autres Lieux , mort
le 19.de ce mois. Ila efté fucceffivement
Confeiller aux Parlemens
de Bretagne & de Paris , enfuite
Maître des Requeſtes , Intendant
de la Province de Languedoc ,
& de la Generalité de Paris , Con-
I 6
204 MERCURE
trôleur Genéral des Finances ,
pendant dix années , & eft mort
Confeiller d'Etat ordinaire . Il a eü
fept Enfans mâles , dont fix font
encore vivans . Monfieur de Bruteül
l'aîné a efté Intendant en
Picardie & en Flandres , & des
Armées du Roy , & eft à prefent
Intendant des Finances , & Confeiller
d'Etat. Les Trois autres
font Chevaliers de Malte , dont
le premier eft Chef d'Eſcadre de
Galeres ; le cinquième eft Evelque
de Boulogne , & le fixiéme à
efté Envoyé Extraordinaire vers
les Princes d'Italie. Il a laiffé auffi
une Fille qui eft mariée à Monfieur
le Marquis de Simblimont,
d'une des plus Illuftres Maiſons
de Picardie.
Meffire Florimond Bruflard ,
Marquis de Genlis , Confeiller
d'Etat , & Capitaine Lieutenant
GALANT .
205
des Gensd'armes de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , mort
le 20. de ce mois , en fa Terre
de Beaumont en Picardie , âgé
de 83. ans. La Maifon de Bruflard
eft tres - ancienne , & doit
fon éclat à Nicolas Bruflard ,
Seigneur de Sillery , Chancelier
de France dont l'éloge feroit
trop long à faire. Elle eft divifée
en trois branches , de Sillery , de
la Borde , & de Genlis . Les Marquis
de Sillery ont pris Alliance
avec les Familles de Neufville-
Villeroy & d'Etampes . La feconde
branche de cette Maifon s'eft
alliée avec celles de la Rochefoucaut
, Belliévre , & Dauvet , &
les Marquis de Genlis , avec celles
de Robertet , de Maillet , de Halluin
, Piennes , de Sainte Marie
aux Epaules , & de Brunetel-
Bethencourt. Monfieur le Mar206
MERCURE
quis de Genlis qui vient de mourir
étoit l'aîné de cette troifiéme
branche.
Meffire Guillaume Ifac Aubourg,
Marquis de Boury , mort
le 23. de ce mois . Il eftoit Fils de
Monfieur Aubourg , Secretaire
du Roy , & Garde des Rôles des
Offices de France.
Meffire Pancrace Betille , Prê--
tre , Docteur en Theologie , de
la Faculté de Paris , Doyen de la
mefme Faculté , & Sénieur de la
Maifon & Societé de Sorbonne,
mort le mefme jour par un accident
tres- déplorable . Ses Valets
T'ayant laiffé feul auprés du feu,
envelopé de fourrures à cauſe de
fon grand âge, une fort méchante
odeur que l'on fentit dans l'apartement
d'enhaut , obligea celuy
qui l'occupoit d'envoyer fçavoir
ce qui fe paffoit en bas.
GALANTA 207
Quelqu'un entra dans fa chambre
, & le trouva étouffé du feu ,
qui ayant confumé une partie de
fes habits , luy avoit déja brûlé
les cuiffes .
Meffire Louis Defmê de la
Chenaye , Aumônier du Roy,
Abbé de Noftre- Dame de Corneville,
& de Noftre- Dame d'Angle
, mort le 24. de ce mois . 11 a
refigné fes Benefices à un de fes
Neveux , Fils de Monfieur de la
Chefnaye , Gentilhomme de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin,&
qui l'a efté du Roy. Monfieur
de la Chefnaye fon Pere ,
qui eft le Grand- Pere de celuy à
qui l'on a refigné les Benefices,
étoit auffi au Service du feu Roy,
& en étoit eftimé . Sa Majefté a
bien voulu agreér cette Refignation
en faveur des Services de
l'un & de l'autre , les Refigna208
MERCURE
tions d'Abbayes n'ayant jamais
lieu , fi Elle n'accorde fon confentement
.
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Résumé : Autres Morts, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès notables. Le Commandeur de Treffemanes Châteuil, issu d'une illustre famille provençale, est décédé des suites d'une maladie contractée lors des sièges de Sainte Maure et de Preveza ainsi que des courses en Épire. Connu pour sa bravoure et sa vertu, il avait deux oncles et quatre cousins membres éminents de l'Ordre. Le Père Erard Florior, âgé de 63 ans, est décédé après avoir occupé des postes prestigieux au sein de l'Ordre des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, notamment en tant qu'abbé de Sainte-Geneviève du Mont et supérieur général. Il a été remplacé par le Père Vvatrée. Louis Le Tonnellier Breteuil, seigneur de plusieurs lieux, est décédé après avoir exercé diverses fonctions importantes, telles que conseiller aux Parlements de Bretagne et de Paris, maître des requêtes, intendant de province, contrôleur général des finances, et conseiller d'État. Il laisse sept enfants, dont six fils encore vivants, certains occupant des positions éminentes comme chevalier de Malte, chef d'escadre, évêque, et envoyé extraordinaire. Florimond Bruslard, marquis de Genlis, conseiller d'État et capitaine lieutenant des gens d'armes, est décédé à l'âge de 83 ans. Sa famille, très ancienne, compte parmi ses membres illustres Nicolas Bruslard, chancelier de France. Guillaume Isaac Aubourg, marquis de Boury, fils d'un secrétaire du roi, est également décédé. Pancrace Betille, doyen de la Faculté de Théologie de Paris, est mort accidentellement après s'être étouffé avec des vêtements enflammés. Enfin, Louis Desmê de la Chenaye, aumônier du roi et abbé de plusieurs monastères, est décédé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 14-81
DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
Début :
Comme la Vie est le premire principe des Hommes ; de mesme [...]
Mots clefs :
Corps, Sépulture, Monuments, Sépulcre, Tombeaux, Égyptiens, Romains, Bible, Empereur, Prince, Marbre, Funérailles, Ossements, Coutumes, Juifs, Mausolée, Ensevelissement, Momies, Inscriptions, Défunts, Vénération, Richesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
DE L'ORIGINE
DE LA
SEPULTURE,
DES TOMBEAUX ,
Et du temps que l'on a brûlé
les Corps
.
C
Omme la Vie eſt le premier
principe des Hommes
; de mefme la Mort eft leur
dermer terme . C'eſt d'où vient
que le Droit de la Sepulture eft
fi ancien , que peu apres la
création du Monde , & la chûte
de nôtre premier Pere , il a eſté
introduit & mis en ufage . Dieu
du Mercure Galant.
15
dit au premier Homme apres fon
peché qu'il étoit poudre, & qu'il retourneroit
enpoudre , parce qu'apres
la mort les corps des Hommes
doivent eftre mis dans la Terre,
comme dans le fein de leur commune
Mere , d'où ils ont efté tirez
en leur naiffance .
Mais avant que de parler des
Tombeaux , de la Sepulture , &
de l'ufage que les Anciens y ont
obſervé , il eſt à propos de dire
que l'origine en a prefque commencé
avec le Monde , & que
les premiers Hommes ont enfévely
les Corps des Défunts .
C'est un foin & une pieté qui
s'eft pratiquée comme par une
Loy , que la Nature mefme avoit
impofée. L'exemple en a paffé
chez la Pofterité , & le foin des
>
16
Extraordinaire
Funerailles a efté en fuite religieufement
étably & obfervé.
Mais fur tout on doit dire qu'Adam
& Noë ont efté les premiers
qui ayent fait ouverture
de la Terre pour y ensevelir les
corps , n'y ayant eu perfonne qui
ait en leurs deux temps précédé
l'un ny l'autre.
Abel , comme rapporte Jofephe
liv. 1. Chapitre 3. de fes
Antiquitez Judaïques , à l'âge de
129. ans fut la premiere Victime
de la mort , & reçût un ſi mauvais
traitement de Cain fon frere
, que ce Barbare apres luy
avoir arraché la vie , en cacha
le corps dans les haliers , pour
ne luy pas donner la Sepulture,
exerçant encore une nouvelle
cruauté fur fon Frere
apres
fa
du Mercure Galant.
17
mort. Mais Eliphas Themanite
dit , que Cain apres un meurtre
fi fanglant , devint vagabond &
comme furieux , ayant toûjours
devant les yeux l'image de fon
crime ; qu'il ne fe retiroit que
dans les Cavernes & les Foreſts
comme une Beſte , & que Dieu
fulmina contre luy un decret,
par lequel il fut ordonné qu'il
perdroit la vie par le fer , &
qu'il deviendroit la proye des
Vautours & des Animaux fauvages
, ainlì que les Septante ont
interpreté le paffage de Job fur
ce ſujet Chapitre 15. verf. 22. &
comme Olimpiodore l'a expliqué
. Voila les termes de ce decret
; Hominem impium decretum ,
ait , effe à Deo in manus ferri , &
ordinatum in efcas vulturum . Ce qui
Q. deJanvier 1685. B
18 Extraordinaire
à la verité fut jugé une punition
rigoureuſe , mais digne de l'im..
pieté de ce Parricide .
.
Adam touché au vif de la
mort d'Abel fon fils , en fit chercher
le corps , & apres plufieurs .
jours de deuil , de larmes & de
foûpirs , prit le foin de l'inhu .
mer avec beaucoup de pompe,.
& luy erigea un Monument qui
devoit fervir à luy mefme ,
& à fes autres enfans .. L'on :
tient communément que ce nefut
pas loin de Sion . Voila la
premiere Sepulture & le pre.
mier Tombeau , auquel ce Pere
affligé ajoûta encore une belle
Epitaphe , conceuë en ces paroles.
Quis tantus de hoc loco , tamque
fonorus clamor ? Rogas Viator ?
adhuc inauditum tibi parricidium,
du Mercure Galant.
19
& c . Salien la rapporte en l'année
du Monde
130.
La privation de la Sepulture .
avoit quelque chofe d horrible.-
Ce fut toutefois de cette melme.
peine la plus barbare de toutes ,
que les Egyptiens traiterent les
Hebreux fous Pharaon leur Roy;
car apres avoir miferablement
porté le joug de fa tyrannie , &
un long & rude efclavages , ils
en jettoient les Corps dans les
Champs fans les enfevelir , & ne
permirent pas mefme de mettre
de la pouffiere deffus , ny de ré
pandre des larmes apres leur
mort ; mais Dieu vangea bien
cette barbarie , felon que le remarque
Philon Juif en la vie de :
Moyle.
La fainte Ecriture nous fait :
B. ij
20 Extraordinaire
connoiſtre, aux Nombres Chapitre
16. verf. 34. que Dieu mefme
a voulu quelquefois que les
impies , en vangeance de leurs
crimes , ayent efté privez de la
Sepulture en diverfes manieres ,
ou eftant engloutis tout vifs dans
les entrailles de la Terre, comme
il est arrivé à Coré , Datham &
Abiron , ou eftant confumez du
feu du Ciel , fans qu'il foit refté
la moindre partie de leurs corps
pour
eftre mife dans la Sepulture
, comme le mefme Jofephe &
Philon le rapportent .
Ce fut là une effroyable vangeance
, & un terrible Monument
, quand cinq fameuſes Villes
furent entierement confumées
du feu du Ciel avec tous
leurs Habitans , à l'exception de
du Mercure Galant, 21
Loth & de fa Famille , encore
fon Epouſe par fa faute fut- elle
changée en fa propre Image ; &
quand Sodome & Gomorrhe du
nombre de Pentapolis devinrent
une vafte Mer de fouphre & de
bitume , pour punir les crimes
de ceux qui les habitoient . Les
Hiftoriens en feront toûjours
mention , & la pofterité en parlera
à jamais .
5.
C'eft de là auffi qu'eft venu
ce fameux Lac appellé Afphaltide
, ou cette Mer morte , dont
Joſephe liv.
&
4.
de la Guerre
de Juifs , & Hegefippe liv.
14. Chapitre 18. recitent tant de
merveilles , & apres eux Ariftote
& Strabon , & plufieurs autres.
Mais revenons à Adam & å
12 Extraordinaire
Noë , dont nous avons parlé cy--
devant. Noë , ce grand Patriarche
, averty de Dieu qu'il euft à
baftir l'Arche , pour ſe garantir
luy & fa famille des eaux du Dé .
luge univerfel , femble avoir donné
à tous les hommes qui devoient
venir apres luy , une idée
de la Sepulture & des Tombeaux
, car comme dit Orohoaita ,
le plus fçavant & le plus fameux
de tous les Auteurs Syriens , liv. 1 .
du Paradis Terreftre , Partie 1 .
Chapitre 14. & la Bibliotheque -
des Pères , Chapitre 1. il convertit:
cette mefme Arche en un
Tombeau , & par une pieté infigne
envers les Vivans & les
Morts , en s'y retirant , emporta
avec foy les offemens d'Adam ,
qui avoient eſté tirez du Sepul2-
*
du Mercure Galant
23
1
S
3
chre d'Abel , & apres en efte
forty fain & fauf avec fa Famille ,
il en retira les, mefmes offemens.
d'Adam , qu'il avoit gardez com.
me un dépoft , & les partagea cn--
tre fes Fils avec les Parties de la
Terre , & dans la divifion qu'il
en fit , il donna à Sem qui eftoit
l'aifné , le Crane , & la Region
pour habiter , qui depuis a efté:
dire la Judée.
On tient communement que
le Mont - Calvaire eft le lieu où
le Crané d'Adam a efté enfevely
par ce mefme Sem, & en fui .
te le reste de fes autres offemens,
& que cette Montagne a pris
fon nom de cette Sepulture . C'eft:
une ancienne Tradition , qui a
duré chez les Syriens , dit le
mefme Orohoaita , & qui y dure
encore..
24
Extraordinaire
Mais il ne faut pas s'étonner,
fi ces chofes font paffées fous fi.
lence dans les Livres de Moyfe ;
& que ne faifant mention que
de la Creation du Monde , de
la Chûte du premier Homme ,
& de la Propagation du Genre
Humain , il ne rapporte rien du
premier Age du Monde . L'Auteur
de la précédente opinion a
receu comme par Tradition des
plus anciens Syriens , ce qu'il en
a écrit , & que les Juifs tiennent
de luy.
Saint Epiphane fur la fin de
fon Livre , parle ouvertement de
cette Divifion de tout le Monde
entre les Fils de Noë , & affure
que la Paleſtine , dans laquelle
la Judée eft compriſe , eftoit
tombée au fort de Sem , quoy
qu'il
du Mercure Galant. 25
qu'il foit arrivé en fuite que
les
defcendans de Cham s'en foient
emparez par violence . C'eſt enfin
le fentiment de tous les Peres
, que les os d'Adam ont efté
portez apres le Déluge en la
Paleftine , où ils ont efté enfevelis.
C'est ce que confirme
Torniollus année 930. de fes Annales
Saintes , & Salien en la
mefme année.
Comme il n'y a pas à douter
de la pieté de Noë envers les os
d'Adam felon que faint Bafile
fur Ifaye Chapitre 5. & Theo.
phylacte fur Jonas Chapitre 19.
le remarquent , on doit dire auffi
que
le foin charitable de la Sepulcure
, des Funérailles
Tombeaux , & du Miniftere qui
s'y obferve , a pris fon origine
2. deJanvier 1685.
C
des
26 Extraordinaire
d'Adam , & poftérieurement de
Noë , qu'il s'eftétendu en fuite
à toute la Poftérité , & qu'il a
enfin obtenu la force d'une Loy
inviolable. D
La Tradition des anciens Juifs
cft d'une grande authorité pour
perfuader que les offemens d'A
dam ont efté enfevelis en Hebron
, comme faint Hierômé le
répete plufieurs fois , & la plus
grande partie des Peres le tiennent
auffi , & fur tout dans le
lieu du Calvaire , la Paleftine ,
la Judée & Hebron eſtant preſque
la mefme chofe ; tous lefquels
Peres Malveda cite en fon
Livre du Paradis Terreftre, chapitre
54. & 55.
A l'égard de la Sepulture chez
les Anciens Hebreux , ne rapdu
Mercure Galant. 27
1
7
porte. t'on pas qu'Abraham par
une révelation divine , entre les
Actions les plus confidérables,
avoit une grande vénération
pour ce dernier devoir que l'on
rend aux Défunts ? Car quand il
eut perdu Sara fa chere Epoufe,
n'acheta t'il pas par quatre cens
Sicles d'argent le Champ nommé
Ephron , pour y porter le
Corps de la Défunte? Ce fut par
la le premier qui dedia une choi
fe profane à l'ufage picux & facré
de la Sepulture , comme le
dit la Genefe Chapitre 23 .
A
23.
Mais felon le fentiment de
faint Chryfoftome Homelie
ce qui eft de plus confidérable ,
ce grand Patriarche ne s'eftoit
rien acquis par aucun prix d'argent
avant. ce Champ & cette
Cij
28
Extraordinaire
Sepulture , pour n'avoir rien devant
les yeux ou dans l'efprit de
plus prefent que le Tombeau;
& ce mefme Saint le loue pour
fon extréme pieté d'avoir pris
tant de foin de la Sepulture , tant
pour luy que pour les fiens .
Ce n'eft pas encore affez pour
Abraham d'avoir religieuſe..
ment pourvû à la Sepulture de
Sara mais il s'eft porté à la
Pompe des Funérailles , qu'il vou
lut y eftre obſervée , avec des
larmes & des plaintes ; ce que
Moïse exprime en la Geneſe Cha
pitre 23. par des termes dignes
d'un fi grand Perfonnage , mef
me apres avoir rendu les der
niers devoirs aux Manes de fon
Epouſe , il pria les Hethéens
d'avoir le mefme foin de fa Sedu
Mercure Galant.
29
car
pulture , & de ne luy pas denier
ce droit d'humanité , fitoft
qu'il auroit rendu l'ame
le deuil & les plaintes ne défignent
pas feulement les larmes .
& les foupirs , que les vifs reffentimens
de la douleur tirent
du coeur & des yeux , mais tout
ce qui peut regarder les Fune.
railles & leur Pompe.
Moyle remarque que les fentimens
de douleur , & la magni.
ficence de la Pompe funebre ne
furent pas moindres en la mort :
de Jacob; auffi Patriarche, & pe--
tit fils d'Abraham , qu'ils avoient
eſté en la mort d'Abraham meſ
me ; & ce Jacob pere de Jofeph,.
ne regretta pas moins la privation
de la Sepulture de fon Fils ,
C iij
39
Extraordinaire
que la mort pitoyable & funeſte
de ce mefme Fils , laquelle fes
Freres avoient annoncé à leur
Pere eftre
malheureuſement arrivée
, pour avoir efté devoré
des Beftes fauvages ; tant le foin
de la Sepulture eftoit recommandable
chez les anciens Hé
breux . C'est ce que remarque
Philon Juif. En effet , cet Auteur
fait une peinture trifte &
lugubre de Jacob affligé pour la
mort de ce Jofeph. Les termes
en arracheroient de la tendreffe
des coeurs les plus infenfibles , &
feroient couler les larmes des
yeux des plus endurcis.
C'eft de là auffi que ces Saints
Patriarches , comme la fainte
Ecriture l'enfeigne , Genele Chapitre
35. prenoient foin d'elever
du Mercure Galant.
3F .
des Pyramides fur les Sepulcres
des leurs . Jacobce Saint Per
fonnage , comme dit Brochard
en la Defcription de la Terre
Sainte , fit ériger fur le Sepulcre
de Rachel fon Epoufe , une Pyq
ramide d'un excellent Ouvrage,
au pied de laquelle & tout au
tour il en fit placer douze autres
un peu moindres , felon le
nombre de fes Enfans, tant pour
rendre ces Monument illuftre a
la pofterité , que pour marquer
L'efperance de la Refurrection &
de la Vie immortelle , commer
témoigne.de -Lyra parlant de ce
Patriarche .
La Geneſe Chapitre 5o.net
nous reniet - elle pas en memoi
re quelle Pompe funebre ce mef
me Jacob reçût en Egypte apres
Ciiij
32
Extraordinaires
y eftre mort Son Corps fut
honoré d'un fuperbe & magni
fique appareil , & auffi éclatant
que fi c'euft efté celuy d'un Roy,
& les mefmes honneurs furent
pareillement rendus à Joſeph ſon
fils Intendant de l'Egypte , apres
fon trépas.
Saint Ambroife eftime que la
couftume de faire des Obfeques.
eft venue des anciens Hebreux;
car Jacob fut regretté pendant
40. jours , & Moyfe durant 30 .
Cette couftume s'eft diverſe.
ment introduite chez les Nations
poſterieures , comme la fuite le
fera remarquer.
Mais entendons ce que dit
Ciceron fur le foin de la Sepulä
ture. Ce foin , dit - il , marque l'ef
poir de l'Immortalité. Car pourquoy
du Mercure Galant.
33
P
•
s'attacherfifort &fi naturellement
la Sepulture , s'il ne s'enfuit la réi
nion du Corps avec fon Ame , &
que la mort ne foit un paſſage à une
meilleure vie ? A quoy fervent ces
grands Monumens * ces Sepulcres
magnifiques ces Epitaphes , & ces
préparatifs de Pompe funebre ,
Aut
fi ce n'est une esperance de l'avenir
? Voila des termes qui ne fentent
pas le Pyen , mais un ef
prit, éclairé des lumieres de la
Foy. og
Les anciens Hebreux avoient
des Sepulchres particuliers aux
Familles , & d'autres communs
aux Estrangers , qu'ils appelloient
, Polyandria , comme vou,
lant dire que ces Monumens
eftoient pour un grand nombre
de Corps eufemble , ainfi que le :
34
«Extraordinaire
"
mot le fignifie , & c'eftoit où les
Perfonnes inconnues eftoient enfévelies
.
Les Egyptiens rendoient un
culte & une veneration fingu
liere aux Corps des Défunts ,
comme aux organes de leurs
Ames, qu'ils croyoient , ainly que
dit Herodote Livre 1 , immortelles.
A ce fujet , ils prenoient un
grand foin de les embaumer , &
de les munir de quantité d'o
deurs & d'aromats , pour leur
donner beaucoup de fuavité , &
les garantir à mefme temps de
la corruption. Ils employoient
à ce foin jufques à 40. & 50. jours,
& d'avantage s'il eftoit neceffai
re , comme on le voit en la Ge
nefe , & dans Diodore le Sici
lien Livre 1. Chapitre 2. Mais on
du Mercure Galant.
35
trouve deux manieres de faire
ces Embaumemens .
Caffien , Colloque 15. Chapitre
3. explique d'où peut venir
que les Egyptiens prenoient un
fi grand foin d'embaumer leš
Corps , & de les mettre en des
lieux élevez pour les conferver
avec plus de feureté .
·
La nature de l'Egypte eft telle
, dit il , que la plus grande
partie de la Terre eft inondée
des eaux du Nil , qui fe dégor
ge & couvre les Campagnes tous
les ans , & pendant un aſſez
long intervalle de temps , y laiffant
un limon & une vafe pourriffante.
Alors les Egyptiens font
contraints de mettre ces Corps
ainfi embaumez & liez fortement
de bandes , dans les, lieux
1
36 Extraordinaire
les plus hauts & loin de l'humi
dité. Ces lieux font ordinairement
les Montagnes , où ils les
enfoüiffent dans le fable , ou des
Roches taillées , en forte qu'ils
y font des Cellules
propres à
enfevelir les Corps . Ils les met
tent auffi en de hautes Pyrami
des , comme on faifoit principalement
ceux des Rois & des
Princes de l'Egypte , qui de leur
vivant avoient pris foin de les
faire baftir eux mefmes ; de là
viennent ces grandes Pyramides
de Memphis ou du grand Cai
re, & d'autres lieux voifins.
Les
Deferts de
l'Egypte ont
encore plufieurs de ces Pyramides
, dont par l'antiquité quel .
ques unes font enfoncées
dans le
fable , d'autres font à demy rom
du Mercure Galant.
37
་
puës , & d'autres font encore en
leur entier , & l'on y peut monter
par le dehors › y ayant des
Marches qui vont tout autour ;
& fur le milieu l'on trouve des
Voutes fort étendues & fpacieufes
, où l'on peut entrer , & ce
font les lieux où les Corps des
Rois & des Princes de l'Egypte
ont efté enfevelis. On peut parvenir
jufques au fommet par ces
mefmes Marches ; mais la defcen.
te en eft beaucoup plus difficile
à caufe de la hauteur , les yeux
pouvant eftte éblouis j c'eft
pourquoy on prend ordinairement
des Guides. M Fer.
manel , Conſeiller du Parlement
de Rouen , ayant fait le Voya
ge de la Terre Sainte , en parle
comme Témoin oculaire , en for
38
Extraordinaire .
Voyage du Levant , eftant alors
accompagné du Sieur Scohouë
Eftranger.
On voit autour de ces Pyramides
des Hieroglyphes gravez,
dont les fignifications & les mar
ques font Myftérieuſes . Le Pere
Kirker en a fait un fçavant Recueil
, & en a donné l'interpré.
tation en cct Ouvrage curieux ,
durant qu'il eftoit Bibliothecaire
du Vatican.
On a mefme trouvé des Trẹ.
fors , & de grandes Richeſſes
dans le fond de ces Pyramides;
& de là on préfume que les
Corps des Rois & des Princes ,
& leurs Trefors ont efté enlevez
, depuis que le grand Caire
& plufieurs autres Villes ont efté
bafties en Egypte , où on leur a
du Mercure Galant,
39
A dreffé d'autres Monumens ma
gnifiques pour les y conſerver.
Les pierres des Monumens font
tachetées de rouge & de blanc,
car
telle en' eſt la nature , n'y
ayant guere d'autre Marbre dans
ce Pays.
La plus commune opinion des
Auteurs qui ont écrit de ces Pyramides
anciennes , eft que dans
l'Egypte , il y en a trois princi.
pales. La plus haute dès trois ,
comme difent Pline , Strabon ,
Pomponius Mela , Démocrate ,
Ammian Marcellin , Oforius &
autres , eftoit conftruite de pier
res apportées de l'Arabie , &
c'eftoit un prodige comment on
avoit peu tirer des pierres d'une
fi immenſe étendue & d'une fi
grande pefanteur , & les mon
40 Extraordinaire
ter apres les avoir mifes en ou
vrage. On tiendroit pour une
Fable , que trois cents foixante
mille hommes y ayent travaillé
vingt années pour l'achever. Sa
bafe occupoit huit Arpens de
terre. Les quatre Angles avoient
chacun de leur coflé huit cents
quatre vingts trois pieds de longueur.
La hauteur , à prendre de
la bafe au fommet , eftoit de 363
pieds. Les deux autres Pyrami
des font moindres en toute leurs
parties.
On peut juger que les Egyptiens
ont efté ceux qui ontexcellé
par deffus toutes les autres
Nations en la magnificence &
en la pompe de leurs Sepulcres
& de leurs autres Monumens,
comme difent Herodote Livre 3.
du Mercure Galant.
41
Diodore Livre 1. Strabon Liv . 17.
& Pline Livre 16: Chapitre 123
comme auffi en la dépenfe exceffive
, & au nombre des Artifans
qu'ils y employoient. Leurs
Tombeaux n'eftoient pas feule.
ment ornez de Pyramides , mais
encore de Coloffes , de Statuës ,
de Sphinx , de Colomnes , d'Obelifques
, de Labyrinthes , &
d'autres fuperbes ornemens . C'eſtce
que dit Martial au commencement
de fes Epigrammes , en
faifant comparaifon avec un Ouvrage
d'un des plus grands Em--
pereurs Romains.
-
Barbara Pyramidum filcat mira--
cuta Memphis.
En voila encore une autre , ”
qu'Amafis Roy d'Egypte avoirfait
conftruire , de laquelle laa
DD 2. deJanvier 1685.
4,2 Extraordinaire
merveille confiftoit en fa figure
& en fa grandeur ; mais c'eftoit
plûtoft par vanité & par oftentation
, qu'autrement . Ce Monument
eftoit fait en figure de
Sphinx , & d'une fi vafte largeur,
que le ciscuit feulement de la
tefte , à prendre par le front ,
avoit cent deux pieds. Sa longueur
eftoit de cent quarantetrois
, & la hauteur eftoit depuis
le nombril , jufqu'au fommet de
la tefte de 82. comme dit Pline
Livre 36. Chapitre 12. Et ce qui
eft encore plus furprenant , &
qui paffe toute créance , l'Ou,
vrage eftoit de Marbre , & d'une
pierre feule & naturelle. Voila
la Sepulture de ce Roy , dont
parle Lucain Livre 9 .
Non mihi Pyramidum Tumulis
cuulfus Amafis...
du Mercure Galant.
433
Ces mefmes Merveilles font,
rapportées par Bellonius , en fes
Obfervations fingulieres Livre 2 .
fur les Ouvrages admirables de
P'Antiquité , & par Pierius en
fes Hieroglyphiques Livre 60..
Platon mefme en fon Phedon ,
infere l'immortalité de l'Ame par
les Corps des Egyptiens , qui ,
demeuroient incorruptibles apres
tant de Siécles en leurs Tombeaux.
3
Ileft icy à propos de parler,
des / Corps qui fe trouvoient , &
fe trouvent encore dans les Se--
pulcres de l'Egypte. On leur
donne le nom de Mumies , Ily en a
de deux fortes ; les uns font embaumez
par dedans , & les autres
par dehors . On en trouve
en des lieux taillez dans les Ro
Dij
44
Extraordinaireches
rangez à colte l'un de
l'autre , enveloppez de Linceuls
rayez de diverfes couleurs , &
ferrez de Bandes diverſement
rayées auffi . Ces Mumies qui font
embaumées par dehors , fe confervent
fans corruption en leurs
linceals , & en leurs bandes , à
cauſe du Baume & des Aromats .
dont elles font munies. Ces
Corps fous leurs couvertures ont
de petites Images de terre ver
te de differentes figures fur leur
eftomach , & mefme ſi extrava
gantes qu'on les prendroit pour
des Idoles. Quelques - uns ont
creu que c'eftoit leurs Talifmans .
Les ongles des pieds & des mains
font peints de Vermillon. C'a
efté de tout temps la couftume
des Egyptiens de peindre ces
S
du Mercure Galant. 45
parties de leurs Corps chez eux
apres leur mort.
On trouve auffi de ces Mumies
enfevelies fur les Montagnes
dans le fable , où le Soleil venant
à donner à plomb , en fait
diftiler une certaine liqueur ou
graiffe fouveraine , qu'on appelle
auffi Mumie , qui guerit die
verfes maladies communes , le
Spafme , les Schirres , l'Artriti
de , le Tetanus ou contraction
de Nerfs , Tartres. Voila l'effet
de celles qui font embaumées
par dehors. Mais je ne trouve
aucun Auteur ancien qui ait parlé
de ces Mumies . Ce n'eft pas
cer Alphalte , Bitume ou Pétrole
qui diftile des Rochers , &
qui paffe mefme au travers ; quoy
qu'ils puiffent avoir quelques
A
46 Extraordinaire
vertus excellentes .
Les Egyptiens . ont une autre
efpece de Mumies , qui font des
Corps défechez . Ils les endur.
ciffent tellement , qu'il n'y a
point de Parchemin qui en apro
che en dureté , & mefme ils ne
font guere moins durs que PAI "
rain . Saint Auguſtin au diſcours
120. des divins Noms , Chapi
tre 12 parle de ces Cadavres
ainfi endurcis , & on les appelle.
en la langue du pays Gabbares.
C'eft ainfi que les nomme Ift
dore , auffi en fa Glofe, felon la
langue de ces Regions . Mais ces
Gabbares ne rendent aucune liqueur
, ou graiffe , comme les
autres.
On remarque que les Egy
ptiens vuidoient les entrailles de
du Mercure Galant.
47
ces derniers Corps ; & comme
on n'y trouve aucune incifion
fur l'eftomach ny au ventre , de
là on a préfumé qu'on les tiroit
par le fondement , & la cervelle
par les narines ; cu s'il y en
avoit quelqu'une , elle eftoir fi
bien coufuë , que l'on ne pou
voit s'en appercevoir. C'eftoit
de cette maniere qu'ils les embaumoient
par le dedans ; eftant
pourtant enfevelis dans leurs
linceuls de la maniere que les
autres. Ces Corps n'eftoient
point fujets à la corruption , &
c'eftoient ceux qui estoient or
dinairement dans les Pyrami
des .
Nous dirons en paffant que
les Egyptiens vendent rarement
de ces Corps appellez . Mumies
48 Extraordinaire
ou Gabbares , parce que les Maîtres
des Vaiffeaux n'en veulent
pas permettre le tranfport en
Europe , comme fi ces corps enlevez
de leur pays ,
préfageoient
fur Mer quelque finiftre acci.
dent , foit que leur imagination
foit préoccupée de cette fuperftition
, ou que quelquefois il
s'en foit enfuivy quelque effet
furprenant , comme Tempeftes,
Vents ou Orages , qui les ayent
jettez dans cette erreur , ils en
attribuent toûjours la cauſe a
ces Corps tirez de leur Sepulture.
Ce n'eft pas qu'en effet la
graiffe ou l'huile que l'on tireroit
de ces Corps , ne fuſt auſſ
fouveraine que le Baume d'Egypte.
Les odeurs & les parfums
dont
du Mercure Galant.
4.9
dont on fe fervoit ordinairement
chez les Egyptiens , eſtoient le
Baume d'Egypte , n'y ayant que
ce Royaume qui en produife.
L'encens , la Myrrhe , & d'autres
Aromats , qu'engendre l'Arabie,
y eftoient employez , auffi
bien que ceux qui viennent de
Corycie , de Sabée , de Cilicie
& d'autres Regions du Levant ;
& mefme du temps de Neron,
on remarque que cet Empereur
fit une dépense fi prodigieufe
aux Funérailles de Poppée fon
Epoufe , pour ces odeurs & ces
parfums Aromatiques , qu'à peine
l'Arabie pourroit - elle ſuffire ,
& fournir en une année ce que
fa prodigalité confuma en un
jour. Le Corps de cette Impératrice
ne fut pas brûlé , comme
Q. deJanvier 1685.
-
E
50 Extraordinaire
c'eftoit la couftume de ces temslà
, ainfi que la fuite le fera connoiſtre
.
;
Les Juifs ont imité la méthode
d'enfevelir les Corps comme
les Egyptiens
car ils les embaumoient
, mais feulement par
dehors , & les couvroient ou de
linceuls , ou de drap de Pourpre,
& les ferroient auffi de bandes .
C'est ce qui fe remarque dans
les Funérailles du Roy Afa,
comme on le lit au Livre 2. du
Paralipom. 10. n . 4. où la Pompe
alla jufqu'à un grand excez .
Ils les mettoient enfuite au
Tombeau, felon que dit Sanchez
fur le Livre des Roys Chap.3 .
n. 12.
Cette coustume a efté meſme
introduite en l'Eglife depuis ce
du Mercure Galant,
temps -là , comme le remarque
Tertullien en fon
Apologétique,
où la profufion & les dépenfes
du Baume & des autres odeurs
Aromatiques eftoient fi excef.
fives & fi indignes des Chrẻ.
tiens , qu'il s'emporte contre ces
excez par ces paroles . Si les Arabes
fe pleignent , dit - il , que ceux
de Sabée fçachant que leurs Aromats
feront employez plus curieufement à
embaumer & à enfevelir les Chré.
1 tiens , qu'à parfumer leurs Autels.
U
Les mefmes odeurs ou de pareilles
, fe jettoient dans les
Tombeaux ou dans les Buchers,
comme ce difcours le fera voir
en fon lieu . Mais revenons aux
Sepulcres & aux Tombeaux.
L'Ecriture Sainte ne fait- elle
e pas mention des Monumens
E ij
52
Extraordinaire
la
merveilleux , conftruits pour
Sepulture des Roys de Juda , &
principalement de celuy que fit
ériger Salomon pour David fon
Pere , fur les deffeins
que
David
mefme en avoit donnez? Ce Sepulcre
eftant en grande vénération
chez les Juifs , tomba en
ruïne fous l'Empereur
Adrien ,
comme marque Dion en la vie
de cet Empereur.
Jofephe en fes Antiquitez Judaïques
Livre 11. Chapitre dernier
, témoigne que dans le Sepulcre
de David , & dans celuy
de Salomon , il y avoit eu de
grandes richeffes enfermées ,
aufquelles il eftoit défendu de
toucher. C'eftoit en la Ville de
Sion où ces Monumens eftoient.
Toutefois Hyrcan , grand Pondu
Mercure Galant.
53
tife , eſtant affiegé en la meſme
Ville par Antiochus , pour la
racheter du Siége , & pour éloigner
l'Ennemi , fut contraint ide
faire foüir dans le Sepulcre de
David , & d'en tirer trois mille
Talens , dont une partie fervit à
détourner Antiochus de fon entrepriſe
, & l'autre fut employée
à lever une Armée pour la défenſe
de la mefme Ville . La néceffité
obligea ce Pontife à fai
re foüiller dans la Sepulture des
Roys contre la défenfe.
Mais long temps apres , le meſ
meJofephe rapporte , que le Roy
Herodes avide d'or & d'argent,
n'eut point de fcrupule de violer
la Sepulture de ce mefme.
Roy , en faisant ouvrir ce Mo--
nument.
E iij
54
Extraordinaire
D'abord il en tira de tres riches
Ornemens qui y estoient
enfermez ; mais il ajoûte qu'on
ne pût parvenir jufques aux
Cendres & aux Trefors de ce
Roy , & qu'une flâme foudaine
s'eftant élevée du fond du Sepulcre
, y confuma deux Satellites
que ce Roy y avoit employez
, pour chercher les Trefors
qu'il en vouloit tirer
que le Ciel purit ainfi l'avarice
d'Herodes, qui fut obligé de faire
remettre le Monument au
mefme état qu'il eftoit auparavant.
>
&
Ce n'eftoit pas feulement avec
les Corps des Roys , que l'on inhumoit
des Trefors & des
chofes prétieuſes ; mais meſme
avec ceux des Prophetes , com .
2
du Mercure Galant. ss
1
-C
1.
>
me Sozomene le fait voir au
dernier Livre de fon Hiftoire
Ecclefiaftique . Ce fut à ce def
fein que les Chaldéens en la prife
de Jérufalem défoüirent les
Offemens des Roys de Juda , des
Princes , des Prophetes , & d'au
tres principaux de la Ville ,
pour en tirer les Trefors &
d'autres richeffes , fi elles y
eftoient cachées , comme le
Prophete Jéremie l'avoit prédit
beaucoup auparavant , pleurant
fur les miféres de cette Ville , &
comme le Prophete Baruch les
a depuis déplorées amérement.
C'est ce qui fut remarqué en la
découverte du Corps de Zacharie
auffi Prophete , qui arriva du
temps du mefme Baruch : car
on trouva à fes pieds un certain
E j
56 Extraordinaire
3
7
petit enfant Hebreu forty de race
Royale , ayant une Couronne
d'or en fa tefte , & des chauſ
fures d'or à fes pieds , & le
corps couvert d'un habit prétieux
; ce qui eftoit la marque
du grand foin & de la finguliere
vénération que les Anciens
avoient pour les Corps des illuftres
Défunts, de les accompa
gner de fi riches ornemens.
On a auffi trouvé dans les
mefmes Monurnens ou Sepul.
cres, des Médailles tres- Antiques,
qui d'un cofté portoient la figu
re d'Empereurs , de Roys ou de
Princes , & de l'autre des lettres
Hieroglyphiques , des Trophées
d'Armes , des Devifes ou
des Emblémes ; & c'eſt dont les
Médalliftes picquent la curiofité
"
du Mercure Galant. $7
de ceux qui aiment les Antiquailles
. Brafficamus à fait paroiftre
dans fon Promptuaire fes
recherches au contentement des .
Sçavans & des Curieux.
Plutarque auffi parlant de la
ville de Pélufe , préfentement
dite Damiete , Strabon Livre-
15. & Ammiam Marcellin Livre.
6. difent que les Roys des Macédoniens
& des Perfes avoient
auffi couftume d'enfermer des .
Trefors dans leurs Tombeaux.
Planudes en lifant des Infcriptions
de Sepulcres , découvrit
ingénieufement un Trefor caché
dans un Monument antique,
& cet Arabe fubtil , qui ayant
leu fur le front d'une grande
Statuë , qui eftoit au frontispice
d'un Sepulcre à découvert , ces
58
Extraordinaire
lignes : Aux Ides de May j'auray la
tefte d'or , fçeut pénétrer dans le
fens de ces paroles ; car bien
que l'on euft déja caffé la tefte
à cette Statuë aux Ides de May,
on fut obligé de la rétablir en
fon entier , pour ne la pas défigurer
, dautant qu'on n'y avoit
trouvé que du marbre ;
du marbre ; mais luy
plus intelligent alla foüir au premier
jour des Ides de May , au
lieu où l'ombre de cette tefte
donnoit , & y trouva autant d'or
que l'ombre fe pouvoit étendre
fur la terre.
L'ufage des Romains fut auffi
affez frequent d'accompagner les
Corps de richeffes en leurs Sepultures.
Toutefois la Loy des
XII. Tables le défendit enfuite
, pour ne pas donner lieu
du Mercure Galant.
59
à violer les Sepulcres des Morts ,
& pour reprimer l'avarice . Voi
la ce que porte cette Loy , neve
aurum addito. Il n'y a pas d'autre
raison que ces Trefors cachez
donnoient occafion de rompre
les Tombeau , de violer la
Sepulture , & de porter les Avares
à cette infamie de foüiller
jufque dans les lieux facrez ce
qui a efté défendu de tout temps .
Philoftrare en la vie d'Apollonius
liv. 7. affure que cet ar.
gent qui avoit efté tiré de la Sepulture
des Morts ne devoit
point entrer dans le commerce
des Hommes principalement
celuy qui y avoit efté dérobé ,
ou qui eftoit tiré des Tombeaux
par avarice .
Le Roy Théodoric fit deux
60 Extraordinaire
1
Ordonnances fur cette matiere,
dont l'une enjoignoit l'information
contre ceux qui avoient ofé
foüiller dans les Sepulchres &
en violer le droit , & l'autre qui
commandoit de rapporter au
bien commun & à l'utilité pu.
blique , les richeffes qu'on auroit
trouvées par hazard dans les
Tombeaux .
L'Hiftoire de Padout fur fes
Antiquitez rapporte que l'on
trouva dans le Tombeau d'Antenor
, qui fut le Fondateur de
cette Ville , plus de trente mille
livres d'argent , qu'il y avoit fait
mettre avant que de mourir.
Mais cette Infcription que Semiramis
Reyne de Babylone , fit
pofer de fon vivant fur fon Se.
pulcre , trompa finement l'avadu
Mercure Galant. 61
rice du Roy Darius . Elle y avoit
fait graver en groffes lettres ces
Mots : Si cui Regum Babylonis fuerit
pecunia penuria , aperto Sepulcro,
fumito. Ce Monument demeura
plufieurs Siécles en fon entier ,`
fans qu'aucun des Defcendans ou
Succeffeurs de cette Reyne y
touchaft , juſques au temps de
Darius. Ce Roy aveuglé d'une
avarice extréme , quoy qu'il fuft
le plus puiffant , & le plus riche
de tous les Roys du Monde,
paffant par là , & ayant leu cette
Infcription , au lieu des immenfes
Richeffes qu'il efperoit y
trouver , n'y rencontra rien que
ces autres paroles gravées au dedans
qui luy reprochoient avec
honte fon avarice. Nifi pecunia
effes inexplebilis , & turpis lucri
62 Extraordinaire
cupidus , defunctorum Sepulcra non
violaffes. Quelle infamie pour un
Roy & quelle tache qui ne
pourra jamais s'effacer!
La magnificence des Sepulchres
a paru tant aux Pyrami
des , dont nous avons parlé ,
qu'en la ftructure differente des
uns & des autres. Mais voila
d'où vient ce nom de Maufolée,
qu'on donne aux plus beaux Se.
pulchres & aux Tombeaux les
plus fuperbes , tant de l'Antiquité
que des Modernes ; & mefme
aux représentations qui fe
font dans les Temples , en la
mort des Roys , des Reynes , ou
des grands Heros.
Artemife Reyne de Carie , un
des Royaumes de l'Afie majeure
, voyant Maufolus
fon
du Mercure Galant.
63
Epoux mort , touchée d'une
vive douleur , fit ériger en fon
honneur & en fa memoire un
Monument , qui du nom de ce
Prince prit celuy de Mauſolée.
La ftructure de ce Tombeau fut
d'un fi excellent ouvrage qu'elle
luy fit douner le nom de la fixiéme
Merveille du Monde. La
figure en eftoit quarrée , & cet
Ouvrage fut donné à quatre
Maiſtres des plus habiles pour y
travailler. La partie Orientale
fut deſtinée à Scopas pour la
graver ; celle du couchant à
Leocare ; celle du Septentrion à
Briaffe , & celle du Midy à Timothée
. Ce grand Monument
fut formé en Pyramide , comme
la plus part l'eftoient dans ce
temps - là . Au fommet de ce
64
Extraordinaire
grand Ouvrage , eftoit la Satuë
du Roy affis dans un Trône la
Couronne en la tefte . Le commencement
& la Bafe eftoient
par Portiques & fans Marches.
La feconde élévation fuivoit la
mefme forme , mais avec des
Marches murées en dehors ; &
la troifiéme avec des Marches
en dedans pour monter au plus
haut. Les Arcades du premier
Etage eftoient fi larges , que d'un
Pilliers à l'autre il Y avoit 73.
pieds . Elles eftoient fupportées
de 36. Colomnes d'une pierre
feule chacune.
La merveille de ce Monument
confiftoit en l'Architecture, en la
grandeur , en la hauteur , & en la
Sculpture . Comme c'étoit l'Ouvrage
des plus fçavans Maiſtres ,
du Mercure Galant.
651
auffi n'y fut- il rien épargné pour
la dépenfe . La grandeur des Sta--
tues qui en faifoient l'ornement,
furprenoit les yeux . Ce ne fut
pas affez que toutes ces Merveilles
pour en faire une , fi Ar.
temife , Epouſe de Maufole , ne
faifoit voir quelque chofe de :
plus merveilleux . C'est elle qui
apres avoir rendu les derniers
devoirs à fon Epoux avec toute
la pompe imaginable , & ayant
fait confumer fon Corps dans le:
Bucher avec les Odeurs , less
Parfums & les Aromats les plus™
préticux , en recueillit les Cendres
qu'elle enferma dans une
Urne d'or en ce mefme Monu--
ment . Mais cette Reyne ne vou-:
lant pas luy furvivre , s'enfermaz
au mefme lieu , & le refte de:
Q.de Janvier 1685, F
66 Extraordinaire
fes jours ne vécut que de ces
mefmes Cendres détrempées de
fes larmes pour tout aliment .
Ainfi elle mefme devint le Mau
folée de fon Epoux , en expirant
dans ce Monument. Ce
font là des marques d'une ten.
dreffe & d'un amour inexpliquable.
Je puis dire qu'au ſujet des ſept
Merveilles du monde , dont la
premiére , qui eft le Maufolée
eft du nombre , j'ay eſté affez
heureux pour les avoir entremef.
lées toutes dans un Diftique Latin
par leurs noms , avec celuy du
Roy , pour Infcription fur le
Louvre , avec d'autres qui ont
efté leuës à Verfailles , dans le
temps que beaucoup de monde y
travailloit. La curiofité du Public
du Mercure Galant.
67
me les fait employer icy.
Hoc Lodoici Ephefum , Mcmphim,
Babylona , Coloffum,
Maufolea, Pharon, cum Jove , vincit
opus .
Le Livre d'André Palladio, fur
les magnifiques Sepultures , imprimé
à Rome avec fes Figures ,
parle avantageufement du Maufolée
de la Reyne Artemife , en
faveur du Roy Maufolus fon
Epoux.
Varron & Pline rapportent les
merveilles du Sepulcre de Porfenna
, Roy d'Hetrurie , qui pre.
fentement eft la Tofcane , Il eft
prés la ville de Clufe . Ce Monument
eft de pierre , fait en
quarré, dont chaque cofté a trois
cens pieds de largeur. La Bife eft
auffi quarrée. Le corps de l'Ou-
Fij
68 Extraordinaire
vrage s'éleve jufqu'à la moitié en
Pyramide , & au dedans il y a un
Labyrinthe.Sur ce Labyrinthe on
voit une Plateforme qui foûtient
cinq Pyramides , quatre aux Angles
, & une au milieu . Elles ont en
leur Baſe foixante & quinze pieds.
Elles font hautes de cent cinquate
pieds , & tellement égales , qu'en
leur fommet il y a un Chapiteau
d'Airain qui les couvre toutes , &
qui foûtient cinq autres pierres
d'une hauteur prodigieufe. Du
pied de ce Monument jufqu'au
faifte , l'on compte cinq cens
pieds. C'eft où l'on tient que
Porfenna eft ‹ t inhumé .
Les Empereurs , les Roys & les
Princes , fur les modelles des Anciens,
fe font fait ériger de grands
& magnifiques Monumens pour
du Mercure Galant. 69
leurs Sepultures , comme pour fe
rendre immortels par ces Ouvrages
. On voit encore à Rome en
la Vallée Martia , les veftiges du
Sepulcre de l'Empereur Augufte,
fort prés de l'Eglife S. Roch. II
eftoit autrefois orré de Marbre
blanc , de Porphyre , de grandes
Colomnes , d'Obelifques , & d'excellentes
Statuës , & avoit douze
Portes & trois ceintures de Murailles.
Il eftoit de forme ronde
& de cent coudées de haut. Au
fommet eftoit la Statuë de cet
Empereur faite d'Airain , tenant
en fa main fon Sceptre , & ayant
une Couronne en la tefte. Il l'avoit
fait baftir . non feulement
pour luy , mais auffi pour les
Empereurs qui luy devoient fuc
ceder. Le Sepulcre de l'Empe
70 Extraordinaire
reur Adrien eftoit encore en
la mefme Ville , & c'eft où eft
maintenant le Château S. Ange,
qui eft joint par un Pont fur le
Tybre.
Ce Monument dans fon temps.
eftoit embelly & diverfifié de
Marbres differens & exquis , de
Statuës , de Chars de Triomphe ,
& d'autres Ornemens artificieufement
travaillez , mais ils furent
rüinez par l'Armée des Goths ,
du temps de Belifaire.
Le Pontife Boniface VIII . y
fit faire le Château qui s'y voit
prefentement , & qui porte le
nom de S. Ange ; car un Ange y
parut deffus l'épée à la main ,
comme pour chaffer la pefte qui
defoloit Rome , comme cela arriva
, & depuis le nom de S. Ange
du Mercure Galant.
7 ፤
Y
luy eft demeuré. Alexandre VI .
le ceignit de foffez & de baftions,
fit conftruire une Gallerie couverte
& une autre découver
te , qui va juſqu'au Palais de faint
Pierre . Paul III. a depuis embelly
ce mefme Château de divers
Apartemens fomptueux.
>
Il y a encore plusieurs autres
Maufolées en la mefme Ville ; rel
que celuy de Septimius Severus ,
que l'on apelloit Septizonium , à
caufe des fept Ceintures dont il
eftoit environné , & celuy de Ceftius
, qui ne cédoit pas au préce
dent en beauté , & dont il refte
encore des veftiges . Les Romains
font fi jaloux de ces marques
d'antiquité , que depuis un Cardinal
fe voulant fervir des rüines
d'un de ces illuftres Monumens ,
72
Extraordinaire
il en fut empefché par l'autorité
Pontificale.
Proche de ces magnifiques Se--
pulcres eftoient des Obelifques .
d'une hauteur étonnante , & d'une
feule pierre . Il y en avoit deux au
Maufolée d'Auguſte , de quarante-
deux pieds. On tient mefme
que les cendres de Jules Cefar
étoient au fommet de celuy qui
avoit foixante & douze pieds ; en
la place defquelles Sixte V. a fait
mettre de fon temps une riche
Croix . Il y avoit des Lettres &
des Caracteres Egyptiens gravez
autour,
On érigeoit auffi des Colomnes
proche des Sepulcres en la
mefme Ville . Celle qui fut bâtie
en l'honneur de l'Empereur Trajan
, comme dit le mefme Palladio
dis Mercure Galant.
73
dio , avoit cent vingt- huit pieds
de hauteur ; & cet Empereur ne
la vit pas , parce qu'ayant entre
pris la Guerre contre les Parthes ,
il mourut au retour de cette expedition
en la ville de Seuleucie
en Syrie. Mais depuis fes cendres
furent rapportées à Rome ,
& mifes dans une Vrne d'or au
haut de cette Colomne. L'an 1588 .
Sixte V. fit mettre au lieu de
cette Vrne l'Image de S. Pierre,
faite de Bronze doré & d'une
grande ſtature . Autour de cette
Colomne , les Guerres & les Vi.
& oires de Trajan étoient gravées
en figures de Marbre , & principalement
fon entrepriſe contre
les Daces ,
Il y a des Villes entiéres bâties
& deftinées à la Sepulture des
2. deJanvier 1685. G
74
Extraordinaire
Empereurs & des Roys , comme
Seleucie par Conftätin le Grand ,
Antinoë par l'Empereur Adrien,
quoy que fon Sepulcre ait eſté à
Rome , où prefentement eft le
Château Saint Ange , comme il
eft dit cy- devant , Bucephalie
par
Alexandre le Grand , Taphofyris
par les Egyptiens , & plufieurs
autres ; ce que témoigne
Zuingerus ,
Pour la matiére de ces Monu~
mens , la Pierre , le Marbre , le
Porphyre , & mefme le Verre y
ont efté employez , comme on
voit dans Strabon liv. 17. qui die
que Ptolomée érigea pour Alexandre
le Grand , un Sepulcre
entiérement de verre, où le corps
ne pouvoit rendre aucune mauvaife
odeur , & étoit toûjours
du Mercure Galant. 75
4]
i
prefent aux yeux par la tranfparence
de la matière .
Plutarque raporte que le Sepulcre
d'Anthée , ce Géant fameux
qui combatit contre Hercule , &
dont il fut vaincu , a foixante &
dix coudées de long, & qu'il étoit
tenu comme une chofe Sacrée ;
car fi la moindre partie en étoit
offencée , & n'étoit pas réparée
au plûtoft , une pluye continuelle
tomboit en la mefme Region , &
la defoloit .
Il en arrive prefqu'autant à l'égard
du Sepulcre du Poëte Stratus
, qui fe voit à Pompejopolis ,
ville de Syrie , comme fait mention
Olaus Magnus , contre lequel
fi un Paffant jette une pierre
, elle rejaillit auffi- toft contre
luy , plûtoft par un prodige que
Gij
76
Extraordinaire
par aucune
raiſon naturelle
. Ces
exemples
ne font icy raportez
que pour marquer
la venération
qu'on doit avoir pour les Tombeaux
, & pour ceux qui y prennent
leur repos.
Le Tombeau de Virgile , Prin .
ce des Poëtes Latins , étoit conftruit
à la vuë de la ville de Naples
, & étoit d'une grande éminence
;
mais maintenant il eft
couvert d'arbriffeaux & de brof.
failles. On en voit encore les
grands veftiges à l'entrée d'une
caverne du Mont Paufitippus ,
comme on le remarque dans le
livre des Monumens & des Eloges
des illuftres Perfonnages ,
avec cette Infcription .
Qui cineres ? Tumuli hæc veſtigia ;
conditur olim
du Mercure Galant.
77
Ille hoc , qui cecinit pafcua , rura,
duces.
Si les Payens fe font fait des
Dieux , de leur nombre la pluf
part étoient mortels . Lucien qui
s'en raille , raporte dans le Dialogue
qu'il intitule Philopater, que
le Sepulcre de Jupiter leur Sou
verain étoit conftruit dans l'Ifle
de Créte , en une certaine Vallée
où autrefois il avoit efté nourry,
lors que Cybéle fa Mere le mit
au Monde dans la Foreft Dictée,
où les Corybantes par leur bruit
& le cliquetis de leurs Armes
empefcherent que Saturne fon
Pere n'entendift les cris de l'Enfant,
& qu'il n'en fuft devoré.
Le mefme Autheur en fon Dialogue
, qui porte pour Tître le
Deüil , aprend beaucoup de cho
G iij
78
Extraordinaire
fesfur la matiére de la Sepulture.
On y voit entr'autres que les
Grecs, tantoft brûloient les corps ,
& tantoft les inhumoient . Que
les Perfes les enterroient avec
des meubles prétieux , & avec de
grandes richeffes , felon la qualité
des perfonnes. Que les Indiens
fe fervoient de Tombeaux & de
Buchers , & qu'ils oignoient les
corps de fuif. Que les Scythes.
mangeoient fouvent les corps
leurs Amis en de grands Banquets ;
que les Egyptiens les embaumoient
. Mais nous traiterons du
tout feparément.
de
Revenons du Prophane au Sacré.
Au milieu de la Vallée de
Jofaphat , on trouve le Sepulcre
d'Abfalon , Fils de David . Il eft
coupé dans la Roche à la pointe
du Mercure Galant .
79
du cifeau , mais les Juifs l'ont tellement
en horreur, qu'ils yjettent
des pierres en paffant , à caufe du
mauvais deffein qu'il avoit entrepris
contre le Roy fon Pere.
Prés de la ville de Jérufalem ,
on voit les sépultures des Roys
de Juda , pareillement taillées
dans la Roche , & feparées les
unes des autres . Ce font autant
de Sepulcres en forme de cabinets
, & dont les Portes ont cela
de merveilleux , qu'elles font de
pierre , & tournent fur des pivots
de pierre auffi , le tout n'étant
que d'une feule pièce.
Les Sepultures des Juges d'If
raël , ne font pas éloignées des
precédentes . Elles font profque
toutes en leur entier. La curio .
fité de les voir , porte les Voya-
G iiij
80 Extraordinaire
geurs à fe fervir d'Arabes , qui
pour peu d'argent donnent des
connoiffances du tout .
Le Sepulcre du Lazare eſt dans
la Bethanie affez profond , ayant
plufieurs marches pour y defcendre.
L'on tient que ce Monument
étoit commun à fa Famille;
car il n'eut pas efté conftruit en
fi peu de temps aprés fa mort.
C'eft de ce lieu que la Sageffe Incarnée
le tira pour le reffufciter,
en luy difant , Lazare , exiforas .
Les Sepulcres où ſont enterrez
Jes Innocens qu'Herode fit maf
facrer , font auffi taillez dans la
Roche ; comme auffi céluy de
fainte Paule vers Bethleem. C'eft
en fon honneur que S. Hierôme
a compofé cette Epitaphe.
Afpicis anguftum pracisâ rupe Sepulcrum
,
du Mercure Galant. 81
Hofpitium Paula eft caleftia regna
tenentis ,
Divitias linquens Bethlemiti conditur
antro.
Le Tombeau du mefme S. Hie
rôme n'eſt pas éloigné de là ,
ainfi que ceux de plufieurs autres
SS. Peres. L'on tient par une
commune opinion que la Refurrection
fe doit faire de tous les
Hommes en cette Vallée de Jo.
faphat au dernier Jugement , &
que comme il a efté poffible à
Dieu de divifer les Hommes en
la Transfiguration de Babylone,
il luy fera auffi facile de les raffembler
tous en un moment , au
mefme lieu , de toutes les Parties .
du Monde , pour y recevoir leur
jugement.
DE LA
SEPULTURE,
DES TOMBEAUX ,
Et du temps que l'on a brûlé
les Corps
.
C
Omme la Vie eſt le premier
principe des Hommes
; de mefme la Mort eft leur
dermer terme . C'eſt d'où vient
que le Droit de la Sepulture eft
fi ancien , que peu apres la
création du Monde , & la chûte
de nôtre premier Pere , il a eſté
introduit & mis en ufage . Dieu
du Mercure Galant.
15
dit au premier Homme apres fon
peché qu'il étoit poudre, & qu'il retourneroit
enpoudre , parce qu'apres
la mort les corps des Hommes
doivent eftre mis dans la Terre,
comme dans le fein de leur commune
Mere , d'où ils ont efté tirez
en leur naiffance .
Mais avant que de parler des
Tombeaux , de la Sepulture , &
de l'ufage que les Anciens y ont
obſervé , il eſt à propos de dire
que l'origine en a prefque commencé
avec le Monde , & que
les premiers Hommes ont enfévely
les Corps des Défunts .
C'est un foin & une pieté qui
s'eft pratiquée comme par une
Loy , que la Nature mefme avoit
impofée. L'exemple en a paffé
chez la Pofterité , & le foin des
>
16
Extraordinaire
Funerailles a efté en fuite religieufement
étably & obfervé.
Mais fur tout on doit dire qu'Adam
& Noë ont efté les premiers
qui ayent fait ouverture
de la Terre pour y ensevelir les
corps , n'y ayant eu perfonne qui
ait en leurs deux temps précédé
l'un ny l'autre.
Abel , comme rapporte Jofephe
liv. 1. Chapitre 3. de fes
Antiquitez Judaïques , à l'âge de
129. ans fut la premiere Victime
de la mort , & reçût un ſi mauvais
traitement de Cain fon frere
, que ce Barbare apres luy
avoir arraché la vie , en cacha
le corps dans les haliers , pour
ne luy pas donner la Sepulture,
exerçant encore une nouvelle
cruauté fur fon Frere
apres
fa
du Mercure Galant.
17
mort. Mais Eliphas Themanite
dit , que Cain apres un meurtre
fi fanglant , devint vagabond &
comme furieux , ayant toûjours
devant les yeux l'image de fon
crime ; qu'il ne fe retiroit que
dans les Cavernes & les Foreſts
comme une Beſte , & que Dieu
fulmina contre luy un decret,
par lequel il fut ordonné qu'il
perdroit la vie par le fer , &
qu'il deviendroit la proye des
Vautours & des Animaux fauvages
, ainlì que les Septante ont
interpreté le paffage de Job fur
ce ſujet Chapitre 15. verf. 22. &
comme Olimpiodore l'a expliqué
. Voila les termes de ce decret
; Hominem impium decretum ,
ait , effe à Deo in manus ferri , &
ordinatum in efcas vulturum . Ce qui
Q. deJanvier 1685. B
18 Extraordinaire
à la verité fut jugé une punition
rigoureuſe , mais digne de l'im..
pieté de ce Parricide .
.
Adam touché au vif de la
mort d'Abel fon fils , en fit chercher
le corps , & apres plufieurs .
jours de deuil , de larmes & de
foûpirs , prit le foin de l'inhu .
mer avec beaucoup de pompe,.
& luy erigea un Monument qui
devoit fervir à luy mefme ,
& à fes autres enfans .. L'on :
tient communément que ce nefut
pas loin de Sion . Voila la
premiere Sepulture & le pre.
mier Tombeau , auquel ce Pere
affligé ajoûta encore une belle
Epitaphe , conceuë en ces paroles.
Quis tantus de hoc loco , tamque
fonorus clamor ? Rogas Viator ?
adhuc inauditum tibi parricidium,
du Mercure Galant.
19
& c . Salien la rapporte en l'année
du Monde
130.
La privation de la Sepulture .
avoit quelque chofe d horrible.-
Ce fut toutefois de cette melme.
peine la plus barbare de toutes ,
que les Egyptiens traiterent les
Hebreux fous Pharaon leur Roy;
car apres avoir miferablement
porté le joug de fa tyrannie , &
un long & rude efclavages , ils
en jettoient les Corps dans les
Champs fans les enfevelir , & ne
permirent pas mefme de mettre
de la pouffiere deffus , ny de ré
pandre des larmes apres leur
mort ; mais Dieu vangea bien
cette barbarie , felon que le remarque
Philon Juif en la vie de :
Moyle.
La fainte Ecriture nous fait :
B. ij
20 Extraordinaire
connoiſtre, aux Nombres Chapitre
16. verf. 34. que Dieu mefme
a voulu quelquefois que les
impies , en vangeance de leurs
crimes , ayent efté privez de la
Sepulture en diverfes manieres ,
ou eftant engloutis tout vifs dans
les entrailles de la Terre, comme
il est arrivé à Coré , Datham &
Abiron , ou eftant confumez du
feu du Ciel , fans qu'il foit refté
la moindre partie de leurs corps
pour
eftre mife dans la Sepulture
, comme le mefme Jofephe &
Philon le rapportent .
Ce fut là une effroyable vangeance
, & un terrible Monument
, quand cinq fameuſes Villes
furent entierement confumées
du feu du Ciel avec tous
leurs Habitans , à l'exception de
du Mercure Galant, 21
Loth & de fa Famille , encore
fon Epouſe par fa faute fut- elle
changée en fa propre Image ; &
quand Sodome & Gomorrhe du
nombre de Pentapolis devinrent
une vafte Mer de fouphre & de
bitume , pour punir les crimes
de ceux qui les habitoient . Les
Hiftoriens en feront toûjours
mention , & la pofterité en parlera
à jamais .
5.
C'eft de là auffi qu'eft venu
ce fameux Lac appellé Afphaltide
, ou cette Mer morte , dont
Joſephe liv.
&
4.
de la Guerre
de Juifs , & Hegefippe liv.
14. Chapitre 18. recitent tant de
merveilles , & apres eux Ariftote
& Strabon , & plufieurs autres.
Mais revenons à Adam & å
12 Extraordinaire
Noë , dont nous avons parlé cy--
devant. Noë , ce grand Patriarche
, averty de Dieu qu'il euft à
baftir l'Arche , pour ſe garantir
luy & fa famille des eaux du Dé .
luge univerfel , femble avoir donné
à tous les hommes qui devoient
venir apres luy , une idée
de la Sepulture & des Tombeaux
, car comme dit Orohoaita ,
le plus fçavant & le plus fameux
de tous les Auteurs Syriens , liv. 1 .
du Paradis Terreftre , Partie 1 .
Chapitre 14. & la Bibliotheque -
des Pères , Chapitre 1. il convertit:
cette mefme Arche en un
Tombeau , & par une pieté infigne
envers les Vivans & les
Morts , en s'y retirant , emporta
avec foy les offemens d'Adam ,
qui avoient eſté tirez du Sepul2-
*
du Mercure Galant
23
1
S
3
chre d'Abel , & apres en efte
forty fain & fauf avec fa Famille ,
il en retira les, mefmes offemens.
d'Adam , qu'il avoit gardez com.
me un dépoft , & les partagea cn--
tre fes Fils avec les Parties de la
Terre , & dans la divifion qu'il
en fit , il donna à Sem qui eftoit
l'aifné , le Crane , & la Region
pour habiter , qui depuis a efté:
dire la Judée.
On tient communement que
le Mont - Calvaire eft le lieu où
le Crané d'Adam a efté enfevely
par ce mefme Sem, & en fui .
te le reste de fes autres offemens,
& que cette Montagne a pris
fon nom de cette Sepulture . C'eft:
une ancienne Tradition , qui a
duré chez les Syriens , dit le
mefme Orohoaita , & qui y dure
encore..
24
Extraordinaire
Mais il ne faut pas s'étonner,
fi ces chofes font paffées fous fi.
lence dans les Livres de Moyfe ;
& que ne faifant mention que
de la Creation du Monde , de
la Chûte du premier Homme ,
& de la Propagation du Genre
Humain , il ne rapporte rien du
premier Age du Monde . L'Auteur
de la précédente opinion a
receu comme par Tradition des
plus anciens Syriens , ce qu'il en
a écrit , & que les Juifs tiennent
de luy.
Saint Epiphane fur la fin de
fon Livre , parle ouvertement de
cette Divifion de tout le Monde
entre les Fils de Noë , & affure
que la Paleſtine , dans laquelle
la Judée eft compriſe , eftoit
tombée au fort de Sem , quoy
qu'il
du Mercure Galant. 25
qu'il foit arrivé en fuite que
les
defcendans de Cham s'en foient
emparez par violence . C'eſt enfin
le fentiment de tous les Peres
, que les os d'Adam ont efté
portez apres le Déluge en la
Paleftine , où ils ont efté enfevelis.
C'est ce que confirme
Torniollus année 930. de fes Annales
Saintes , & Salien en la
mefme année.
Comme il n'y a pas à douter
de la pieté de Noë envers les os
d'Adam felon que faint Bafile
fur Ifaye Chapitre 5. & Theo.
phylacte fur Jonas Chapitre 19.
le remarquent , on doit dire auffi
que
le foin charitable de la Sepulcure
, des Funérailles
Tombeaux , & du Miniftere qui
s'y obferve , a pris fon origine
2. deJanvier 1685.
C
des
26 Extraordinaire
d'Adam , & poftérieurement de
Noë , qu'il s'eftétendu en fuite
à toute la Poftérité , & qu'il a
enfin obtenu la force d'une Loy
inviolable. D
La Tradition des anciens Juifs
cft d'une grande authorité pour
perfuader que les offemens d'A
dam ont efté enfevelis en Hebron
, comme faint Hierômé le
répete plufieurs fois , & la plus
grande partie des Peres le tiennent
auffi , & fur tout dans le
lieu du Calvaire , la Paleftine ,
la Judée & Hebron eſtant preſque
la mefme chofe ; tous lefquels
Peres Malveda cite en fon
Livre du Paradis Terreftre, chapitre
54. & 55.
A l'égard de la Sepulture chez
les Anciens Hebreux , ne rapdu
Mercure Galant. 27
1
7
porte. t'on pas qu'Abraham par
une révelation divine , entre les
Actions les plus confidérables,
avoit une grande vénération
pour ce dernier devoir que l'on
rend aux Défunts ? Car quand il
eut perdu Sara fa chere Epoufe,
n'acheta t'il pas par quatre cens
Sicles d'argent le Champ nommé
Ephron , pour y porter le
Corps de la Défunte? Ce fut par
la le premier qui dedia une choi
fe profane à l'ufage picux & facré
de la Sepulture , comme le
dit la Genefe Chapitre 23 .
A
23.
Mais felon le fentiment de
faint Chryfoftome Homelie
ce qui eft de plus confidérable ,
ce grand Patriarche ne s'eftoit
rien acquis par aucun prix d'argent
avant. ce Champ & cette
Cij
28
Extraordinaire
Sepulture , pour n'avoir rien devant
les yeux ou dans l'efprit de
plus prefent que le Tombeau;
& ce mefme Saint le loue pour
fon extréme pieté d'avoir pris
tant de foin de la Sepulture , tant
pour luy que pour les fiens .
Ce n'eft pas encore affez pour
Abraham d'avoir religieuſe..
ment pourvû à la Sepulture de
Sara mais il s'eft porté à la
Pompe des Funérailles , qu'il vou
lut y eftre obſervée , avec des
larmes & des plaintes ; ce que
Moïse exprime en la Geneſe Cha
pitre 23. par des termes dignes
d'un fi grand Perfonnage , mef
me apres avoir rendu les der
niers devoirs aux Manes de fon
Epouſe , il pria les Hethéens
d'avoir le mefme foin de fa Sedu
Mercure Galant.
29
car
pulture , & de ne luy pas denier
ce droit d'humanité , fitoft
qu'il auroit rendu l'ame
le deuil & les plaintes ne défignent
pas feulement les larmes .
& les foupirs , que les vifs reffentimens
de la douleur tirent
du coeur & des yeux , mais tout
ce qui peut regarder les Fune.
railles & leur Pompe.
Moyle remarque que les fentimens
de douleur , & la magni.
ficence de la Pompe funebre ne
furent pas moindres en la mort :
de Jacob; auffi Patriarche, & pe--
tit fils d'Abraham , qu'ils avoient
eſté en la mort d'Abraham meſ
me ; & ce Jacob pere de Jofeph,.
ne regretta pas moins la privation
de la Sepulture de fon Fils ,
C iij
39
Extraordinaire
que la mort pitoyable & funeſte
de ce mefme Fils , laquelle fes
Freres avoient annoncé à leur
Pere eftre
malheureuſement arrivée
, pour avoir efté devoré
des Beftes fauvages ; tant le foin
de la Sepulture eftoit recommandable
chez les anciens Hé
breux . C'est ce que remarque
Philon Juif. En effet , cet Auteur
fait une peinture trifte &
lugubre de Jacob affligé pour la
mort de ce Jofeph. Les termes
en arracheroient de la tendreffe
des coeurs les plus infenfibles , &
feroient couler les larmes des
yeux des plus endurcis.
C'eft de là auffi que ces Saints
Patriarches , comme la fainte
Ecriture l'enfeigne , Genele Chapitre
35. prenoient foin d'elever
du Mercure Galant.
3F .
des Pyramides fur les Sepulcres
des leurs . Jacobce Saint Per
fonnage , comme dit Brochard
en la Defcription de la Terre
Sainte , fit ériger fur le Sepulcre
de Rachel fon Epoufe , une Pyq
ramide d'un excellent Ouvrage,
au pied de laquelle & tout au
tour il en fit placer douze autres
un peu moindres , felon le
nombre de fes Enfans, tant pour
rendre ces Monument illuftre a
la pofterité , que pour marquer
L'efperance de la Refurrection &
de la Vie immortelle , commer
témoigne.de -Lyra parlant de ce
Patriarche .
La Geneſe Chapitre 5o.net
nous reniet - elle pas en memoi
re quelle Pompe funebre ce mef
me Jacob reçût en Egypte apres
Ciiij
32
Extraordinaires
y eftre mort Son Corps fut
honoré d'un fuperbe & magni
fique appareil , & auffi éclatant
que fi c'euft efté celuy d'un Roy,
& les mefmes honneurs furent
pareillement rendus à Joſeph ſon
fils Intendant de l'Egypte , apres
fon trépas.
Saint Ambroife eftime que la
couftume de faire des Obfeques.
eft venue des anciens Hebreux;
car Jacob fut regretté pendant
40. jours , & Moyfe durant 30 .
Cette couftume s'eft diverſe.
ment introduite chez les Nations
poſterieures , comme la fuite le
fera remarquer.
Mais entendons ce que dit
Ciceron fur le foin de la Sepulä
ture. Ce foin , dit - il , marque l'ef
poir de l'Immortalité. Car pourquoy
du Mercure Galant.
33
P
•
s'attacherfifort &fi naturellement
la Sepulture , s'il ne s'enfuit la réi
nion du Corps avec fon Ame , &
que la mort ne foit un paſſage à une
meilleure vie ? A quoy fervent ces
grands Monumens * ces Sepulcres
magnifiques ces Epitaphes , & ces
préparatifs de Pompe funebre ,
Aut
fi ce n'est une esperance de l'avenir
? Voila des termes qui ne fentent
pas le Pyen , mais un ef
prit, éclairé des lumieres de la
Foy. og
Les anciens Hebreux avoient
des Sepulchres particuliers aux
Familles , & d'autres communs
aux Estrangers , qu'ils appelloient
, Polyandria , comme vou,
lant dire que ces Monumens
eftoient pour un grand nombre
de Corps eufemble , ainfi que le :
34
«Extraordinaire
"
mot le fignifie , & c'eftoit où les
Perfonnes inconnues eftoient enfévelies
.
Les Egyptiens rendoient un
culte & une veneration fingu
liere aux Corps des Défunts ,
comme aux organes de leurs
Ames, qu'ils croyoient , ainly que
dit Herodote Livre 1 , immortelles.
A ce fujet , ils prenoient un
grand foin de les embaumer , &
de les munir de quantité d'o
deurs & d'aromats , pour leur
donner beaucoup de fuavité , &
les garantir à mefme temps de
la corruption. Ils employoient
à ce foin jufques à 40. & 50. jours,
& d'avantage s'il eftoit neceffai
re , comme on le voit en la Ge
nefe , & dans Diodore le Sici
lien Livre 1. Chapitre 2. Mais on
du Mercure Galant.
35
trouve deux manieres de faire
ces Embaumemens .
Caffien , Colloque 15. Chapitre
3. explique d'où peut venir
que les Egyptiens prenoient un
fi grand foin d'embaumer leš
Corps , & de les mettre en des
lieux élevez pour les conferver
avec plus de feureté .
·
La nature de l'Egypte eft telle
, dit il , que la plus grande
partie de la Terre eft inondée
des eaux du Nil , qui fe dégor
ge & couvre les Campagnes tous
les ans , & pendant un aſſez
long intervalle de temps , y laiffant
un limon & une vafe pourriffante.
Alors les Egyptiens font
contraints de mettre ces Corps
ainfi embaumez & liez fortement
de bandes , dans les, lieux
1
36 Extraordinaire
les plus hauts & loin de l'humi
dité. Ces lieux font ordinairement
les Montagnes , où ils les
enfoüiffent dans le fable , ou des
Roches taillées , en forte qu'ils
y font des Cellules
propres à
enfevelir les Corps . Ils les met
tent auffi en de hautes Pyrami
des , comme on faifoit principalement
ceux des Rois & des
Princes de l'Egypte , qui de leur
vivant avoient pris foin de les
faire baftir eux mefmes ; de là
viennent ces grandes Pyramides
de Memphis ou du grand Cai
re, & d'autres lieux voifins.
Les
Deferts de
l'Egypte ont
encore plufieurs de ces Pyramides
, dont par l'antiquité quel .
ques unes font enfoncées
dans le
fable , d'autres font à demy rom
du Mercure Galant.
37
་
puës , & d'autres font encore en
leur entier , & l'on y peut monter
par le dehors › y ayant des
Marches qui vont tout autour ;
& fur le milieu l'on trouve des
Voutes fort étendues & fpacieufes
, où l'on peut entrer , & ce
font les lieux où les Corps des
Rois & des Princes de l'Egypte
ont efté enfevelis. On peut parvenir
jufques au fommet par ces
mefmes Marches ; mais la defcen.
te en eft beaucoup plus difficile
à caufe de la hauteur , les yeux
pouvant eftte éblouis j c'eft
pourquoy on prend ordinairement
des Guides. M Fer.
manel , Conſeiller du Parlement
de Rouen , ayant fait le Voya
ge de la Terre Sainte , en parle
comme Témoin oculaire , en for
38
Extraordinaire .
Voyage du Levant , eftant alors
accompagné du Sieur Scohouë
Eftranger.
On voit autour de ces Pyramides
des Hieroglyphes gravez,
dont les fignifications & les mar
ques font Myftérieuſes . Le Pere
Kirker en a fait un fçavant Recueil
, & en a donné l'interpré.
tation en cct Ouvrage curieux ,
durant qu'il eftoit Bibliothecaire
du Vatican.
On a mefme trouvé des Trẹ.
fors , & de grandes Richeſſes
dans le fond de ces Pyramides;
& de là on préfume que les
Corps des Rois & des Princes ,
& leurs Trefors ont efté enlevez
, depuis que le grand Caire
& plufieurs autres Villes ont efté
bafties en Egypte , où on leur a
du Mercure Galant,
39
A dreffé d'autres Monumens ma
gnifiques pour les y conſerver.
Les pierres des Monumens font
tachetées de rouge & de blanc,
car
telle en' eſt la nature , n'y
ayant guere d'autre Marbre dans
ce Pays.
La plus commune opinion des
Auteurs qui ont écrit de ces Pyramides
anciennes , eft que dans
l'Egypte , il y en a trois princi.
pales. La plus haute dès trois ,
comme difent Pline , Strabon ,
Pomponius Mela , Démocrate ,
Ammian Marcellin , Oforius &
autres , eftoit conftruite de pier
res apportées de l'Arabie , &
c'eftoit un prodige comment on
avoit peu tirer des pierres d'une
fi immenſe étendue & d'une fi
grande pefanteur , & les mon
40 Extraordinaire
ter apres les avoir mifes en ou
vrage. On tiendroit pour une
Fable , que trois cents foixante
mille hommes y ayent travaillé
vingt années pour l'achever. Sa
bafe occupoit huit Arpens de
terre. Les quatre Angles avoient
chacun de leur coflé huit cents
quatre vingts trois pieds de longueur.
La hauteur , à prendre de
la bafe au fommet , eftoit de 363
pieds. Les deux autres Pyrami
des font moindres en toute leurs
parties.
On peut juger que les Egyptiens
ont efté ceux qui ontexcellé
par deffus toutes les autres
Nations en la magnificence &
en la pompe de leurs Sepulcres
& de leurs autres Monumens,
comme difent Herodote Livre 3.
du Mercure Galant.
41
Diodore Livre 1. Strabon Liv . 17.
& Pline Livre 16: Chapitre 123
comme auffi en la dépenfe exceffive
, & au nombre des Artifans
qu'ils y employoient. Leurs
Tombeaux n'eftoient pas feule.
ment ornez de Pyramides , mais
encore de Coloffes , de Statuës ,
de Sphinx , de Colomnes , d'Obelifques
, de Labyrinthes , &
d'autres fuperbes ornemens . C'eſtce
que dit Martial au commencement
de fes Epigrammes , en
faifant comparaifon avec un Ouvrage
d'un des plus grands Em--
pereurs Romains.
-
Barbara Pyramidum filcat mira--
cuta Memphis.
En voila encore une autre , ”
qu'Amafis Roy d'Egypte avoirfait
conftruire , de laquelle laa
DD 2. deJanvier 1685.
4,2 Extraordinaire
merveille confiftoit en fa figure
& en fa grandeur ; mais c'eftoit
plûtoft par vanité & par oftentation
, qu'autrement . Ce Monument
eftoit fait en figure de
Sphinx , & d'une fi vafte largeur,
que le ciscuit feulement de la
tefte , à prendre par le front ,
avoit cent deux pieds. Sa longueur
eftoit de cent quarantetrois
, & la hauteur eftoit depuis
le nombril , jufqu'au fommet de
la tefte de 82. comme dit Pline
Livre 36. Chapitre 12. Et ce qui
eft encore plus furprenant , &
qui paffe toute créance , l'Ou,
vrage eftoit de Marbre , & d'une
pierre feule & naturelle. Voila
la Sepulture de ce Roy , dont
parle Lucain Livre 9 .
Non mihi Pyramidum Tumulis
cuulfus Amafis...
du Mercure Galant.
433
Ces mefmes Merveilles font,
rapportées par Bellonius , en fes
Obfervations fingulieres Livre 2 .
fur les Ouvrages admirables de
P'Antiquité , & par Pierius en
fes Hieroglyphiques Livre 60..
Platon mefme en fon Phedon ,
infere l'immortalité de l'Ame par
les Corps des Egyptiens , qui ,
demeuroient incorruptibles apres
tant de Siécles en leurs Tombeaux.
3
Ileft icy à propos de parler,
des / Corps qui fe trouvoient , &
fe trouvent encore dans les Se--
pulcres de l'Egypte. On leur
donne le nom de Mumies , Ily en a
de deux fortes ; les uns font embaumez
par dedans , & les autres
par dehors . On en trouve
en des lieux taillez dans les Ro
Dij
44
Extraordinaireches
rangez à colte l'un de
l'autre , enveloppez de Linceuls
rayez de diverfes couleurs , &
ferrez de Bandes diverſement
rayées auffi . Ces Mumies qui font
embaumées par dehors , fe confervent
fans corruption en leurs
linceals , & en leurs bandes , à
cauſe du Baume & des Aromats .
dont elles font munies. Ces
Corps fous leurs couvertures ont
de petites Images de terre ver
te de differentes figures fur leur
eftomach , & mefme ſi extrava
gantes qu'on les prendroit pour
des Idoles. Quelques - uns ont
creu que c'eftoit leurs Talifmans .
Les ongles des pieds & des mains
font peints de Vermillon. C'a
efté de tout temps la couftume
des Egyptiens de peindre ces
S
du Mercure Galant. 45
parties de leurs Corps chez eux
apres leur mort.
On trouve auffi de ces Mumies
enfevelies fur les Montagnes
dans le fable , où le Soleil venant
à donner à plomb , en fait
diftiler une certaine liqueur ou
graiffe fouveraine , qu'on appelle
auffi Mumie , qui guerit die
verfes maladies communes , le
Spafme , les Schirres , l'Artriti
de , le Tetanus ou contraction
de Nerfs , Tartres. Voila l'effet
de celles qui font embaumées
par dehors. Mais je ne trouve
aucun Auteur ancien qui ait parlé
de ces Mumies . Ce n'eft pas
cer Alphalte , Bitume ou Pétrole
qui diftile des Rochers , &
qui paffe mefme au travers ; quoy
qu'ils puiffent avoir quelques
A
46 Extraordinaire
vertus excellentes .
Les Egyptiens . ont une autre
efpece de Mumies , qui font des
Corps défechez . Ils les endur.
ciffent tellement , qu'il n'y a
point de Parchemin qui en apro
che en dureté , & mefme ils ne
font guere moins durs que PAI "
rain . Saint Auguſtin au diſcours
120. des divins Noms , Chapi
tre 12 parle de ces Cadavres
ainfi endurcis , & on les appelle.
en la langue du pays Gabbares.
C'eft ainfi que les nomme Ift
dore , auffi en fa Glofe, felon la
langue de ces Regions . Mais ces
Gabbares ne rendent aucune liqueur
, ou graiffe , comme les
autres.
On remarque que les Egy
ptiens vuidoient les entrailles de
du Mercure Galant.
47
ces derniers Corps ; & comme
on n'y trouve aucune incifion
fur l'eftomach ny au ventre , de
là on a préfumé qu'on les tiroit
par le fondement , & la cervelle
par les narines ; cu s'il y en
avoit quelqu'une , elle eftoir fi
bien coufuë , que l'on ne pou
voit s'en appercevoir. C'eftoit
de cette maniere qu'ils les embaumoient
par le dedans ; eftant
pourtant enfevelis dans leurs
linceuls de la maniere que les
autres. Ces Corps n'eftoient
point fujets à la corruption , &
c'eftoient ceux qui estoient or
dinairement dans les Pyrami
des .
Nous dirons en paffant que
les Egyptiens vendent rarement
de ces Corps appellez . Mumies
48 Extraordinaire
ou Gabbares , parce que les Maîtres
des Vaiffeaux n'en veulent
pas permettre le tranfport en
Europe , comme fi ces corps enlevez
de leur pays ,
préfageoient
fur Mer quelque finiftre acci.
dent , foit que leur imagination
foit préoccupée de cette fuperftition
, ou que quelquefois il
s'en foit enfuivy quelque effet
furprenant , comme Tempeftes,
Vents ou Orages , qui les ayent
jettez dans cette erreur , ils en
attribuent toûjours la cauſe a
ces Corps tirez de leur Sepulture.
Ce n'eft pas qu'en effet la
graiffe ou l'huile que l'on tireroit
de ces Corps , ne fuſt auſſ
fouveraine que le Baume d'Egypte.
Les odeurs & les parfums
dont
du Mercure Galant.
4.9
dont on fe fervoit ordinairement
chez les Egyptiens , eſtoient le
Baume d'Egypte , n'y ayant que
ce Royaume qui en produife.
L'encens , la Myrrhe , & d'autres
Aromats , qu'engendre l'Arabie,
y eftoient employez , auffi
bien que ceux qui viennent de
Corycie , de Sabée , de Cilicie
& d'autres Regions du Levant ;
& mefme du temps de Neron,
on remarque que cet Empereur
fit une dépense fi prodigieufe
aux Funérailles de Poppée fon
Epoufe , pour ces odeurs & ces
parfums Aromatiques , qu'à peine
l'Arabie pourroit - elle ſuffire ,
& fournir en une année ce que
fa prodigalité confuma en un
jour. Le Corps de cette Impératrice
ne fut pas brûlé , comme
Q. deJanvier 1685.
-
E
50 Extraordinaire
c'eftoit la couftume de ces temslà
, ainfi que la fuite le fera connoiſtre
.
;
Les Juifs ont imité la méthode
d'enfevelir les Corps comme
les Egyptiens
car ils les embaumoient
, mais feulement par
dehors , & les couvroient ou de
linceuls , ou de drap de Pourpre,
& les ferroient auffi de bandes .
C'est ce qui fe remarque dans
les Funérailles du Roy Afa,
comme on le lit au Livre 2. du
Paralipom. 10. n . 4. où la Pompe
alla jufqu'à un grand excez .
Ils les mettoient enfuite au
Tombeau, felon que dit Sanchez
fur le Livre des Roys Chap.3 .
n. 12.
Cette coustume a efté meſme
introduite en l'Eglife depuis ce
du Mercure Galant,
temps -là , comme le remarque
Tertullien en fon
Apologétique,
où la profufion & les dépenfes
du Baume & des autres odeurs
Aromatiques eftoient fi excef.
fives & fi indignes des Chrẻ.
tiens , qu'il s'emporte contre ces
excez par ces paroles . Si les Arabes
fe pleignent , dit - il , que ceux
de Sabée fçachant que leurs Aromats
feront employez plus curieufement à
embaumer & à enfevelir les Chré.
1 tiens , qu'à parfumer leurs Autels.
U
Les mefmes odeurs ou de pareilles
, fe jettoient dans les
Tombeaux ou dans les Buchers,
comme ce difcours le fera voir
en fon lieu . Mais revenons aux
Sepulcres & aux Tombeaux.
L'Ecriture Sainte ne fait- elle
e pas mention des Monumens
E ij
52
Extraordinaire
la
merveilleux , conftruits pour
Sepulture des Roys de Juda , &
principalement de celuy que fit
ériger Salomon pour David fon
Pere , fur les deffeins
que
David
mefme en avoit donnez? Ce Sepulcre
eftant en grande vénération
chez les Juifs , tomba en
ruïne fous l'Empereur
Adrien ,
comme marque Dion en la vie
de cet Empereur.
Jofephe en fes Antiquitez Judaïques
Livre 11. Chapitre dernier
, témoigne que dans le Sepulcre
de David , & dans celuy
de Salomon , il y avoit eu de
grandes richeffes enfermées ,
aufquelles il eftoit défendu de
toucher. C'eftoit en la Ville de
Sion où ces Monumens eftoient.
Toutefois Hyrcan , grand Pondu
Mercure Galant.
53
tife , eſtant affiegé en la meſme
Ville par Antiochus , pour la
racheter du Siége , & pour éloigner
l'Ennemi , fut contraint ide
faire foüir dans le Sepulcre de
David , & d'en tirer trois mille
Talens , dont une partie fervit à
détourner Antiochus de fon entrepriſe
, & l'autre fut employée
à lever une Armée pour la défenſe
de la mefme Ville . La néceffité
obligea ce Pontife à fai
re foüiller dans la Sepulture des
Roys contre la défenfe.
Mais long temps apres , le meſ
meJofephe rapporte , que le Roy
Herodes avide d'or & d'argent,
n'eut point de fcrupule de violer
la Sepulture de ce mefme.
Roy , en faisant ouvrir ce Mo--
nument.
E iij
54
Extraordinaire
D'abord il en tira de tres riches
Ornemens qui y estoient
enfermez ; mais il ajoûte qu'on
ne pût parvenir jufques aux
Cendres & aux Trefors de ce
Roy , & qu'une flâme foudaine
s'eftant élevée du fond du Sepulcre
, y confuma deux Satellites
que ce Roy y avoit employez
, pour chercher les Trefors
qu'il en vouloit tirer
que le Ciel purit ainfi l'avarice
d'Herodes, qui fut obligé de faire
remettre le Monument au
mefme état qu'il eftoit auparavant.
>
&
Ce n'eftoit pas feulement avec
les Corps des Roys , que l'on inhumoit
des Trefors & des
chofes prétieuſes ; mais meſme
avec ceux des Prophetes , com .
2
du Mercure Galant. ss
1
-C
1.
>
me Sozomene le fait voir au
dernier Livre de fon Hiftoire
Ecclefiaftique . Ce fut à ce def
fein que les Chaldéens en la prife
de Jérufalem défoüirent les
Offemens des Roys de Juda , des
Princes , des Prophetes , & d'au
tres principaux de la Ville ,
pour en tirer les Trefors &
d'autres richeffes , fi elles y
eftoient cachées , comme le
Prophete Jéremie l'avoit prédit
beaucoup auparavant , pleurant
fur les miféres de cette Ville , &
comme le Prophete Baruch les
a depuis déplorées amérement.
C'est ce qui fut remarqué en la
découverte du Corps de Zacharie
auffi Prophete , qui arriva du
temps du mefme Baruch : car
on trouva à fes pieds un certain
E j
56 Extraordinaire
3
7
petit enfant Hebreu forty de race
Royale , ayant une Couronne
d'or en fa tefte , & des chauſ
fures d'or à fes pieds , & le
corps couvert d'un habit prétieux
; ce qui eftoit la marque
du grand foin & de la finguliere
vénération que les Anciens
avoient pour les Corps des illuftres
Défunts, de les accompa
gner de fi riches ornemens.
On a auffi trouvé dans les
mefmes Monurnens ou Sepul.
cres, des Médailles tres- Antiques,
qui d'un cofté portoient la figu
re d'Empereurs , de Roys ou de
Princes , & de l'autre des lettres
Hieroglyphiques , des Trophées
d'Armes , des Devifes ou
des Emblémes ; & c'eſt dont les
Médalliftes picquent la curiofité
"
du Mercure Galant. $7
de ceux qui aiment les Antiquailles
. Brafficamus à fait paroiftre
dans fon Promptuaire fes
recherches au contentement des .
Sçavans & des Curieux.
Plutarque auffi parlant de la
ville de Pélufe , préfentement
dite Damiete , Strabon Livre-
15. & Ammiam Marcellin Livre.
6. difent que les Roys des Macédoniens
& des Perfes avoient
auffi couftume d'enfermer des .
Trefors dans leurs Tombeaux.
Planudes en lifant des Infcriptions
de Sepulcres , découvrit
ingénieufement un Trefor caché
dans un Monument antique,
& cet Arabe fubtil , qui ayant
leu fur le front d'une grande
Statuë , qui eftoit au frontispice
d'un Sepulcre à découvert , ces
58
Extraordinaire
lignes : Aux Ides de May j'auray la
tefte d'or , fçeut pénétrer dans le
fens de ces paroles ; car bien
que l'on euft déja caffé la tefte
à cette Statuë aux Ides de May,
on fut obligé de la rétablir en
fon entier , pour ne la pas défigurer
, dautant qu'on n'y avoit
trouvé que du marbre ;
du marbre ; mais luy
plus intelligent alla foüir au premier
jour des Ides de May , au
lieu où l'ombre de cette tefte
donnoit , & y trouva autant d'or
que l'ombre fe pouvoit étendre
fur la terre.
L'ufage des Romains fut auffi
affez frequent d'accompagner les
Corps de richeffes en leurs Sepultures.
Toutefois la Loy des
XII. Tables le défendit enfuite
, pour ne pas donner lieu
du Mercure Galant.
59
à violer les Sepulcres des Morts ,
& pour reprimer l'avarice . Voi
la ce que porte cette Loy , neve
aurum addito. Il n'y a pas d'autre
raison que ces Trefors cachez
donnoient occafion de rompre
les Tombeau , de violer la
Sepulture , & de porter les Avares
à cette infamie de foüiller
jufque dans les lieux facrez ce
qui a efté défendu de tout temps .
Philoftrare en la vie d'Apollonius
liv. 7. affure que cet ar.
gent qui avoit efté tiré de la Sepulture
des Morts ne devoit
point entrer dans le commerce
des Hommes principalement
celuy qui y avoit efté dérobé ,
ou qui eftoit tiré des Tombeaux
par avarice .
Le Roy Théodoric fit deux
60 Extraordinaire
1
Ordonnances fur cette matiere,
dont l'une enjoignoit l'information
contre ceux qui avoient ofé
foüiller dans les Sepulchres &
en violer le droit , & l'autre qui
commandoit de rapporter au
bien commun & à l'utilité pu.
blique , les richeffes qu'on auroit
trouvées par hazard dans les
Tombeaux .
L'Hiftoire de Padout fur fes
Antiquitez rapporte que l'on
trouva dans le Tombeau d'Antenor
, qui fut le Fondateur de
cette Ville , plus de trente mille
livres d'argent , qu'il y avoit fait
mettre avant que de mourir.
Mais cette Infcription que Semiramis
Reyne de Babylone , fit
pofer de fon vivant fur fon Se.
pulcre , trompa finement l'avadu
Mercure Galant. 61
rice du Roy Darius . Elle y avoit
fait graver en groffes lettres ces
Mots : Si cui Regum Babylonis fuerit
pecunia penuria , aperto Sepulcro,
fumito. Ce Monument demeura
plufieurs Siécles en fon entier ,`
fans qu'aucun des Defcendans ou
Succeffeurs de cette Reyne y
touchaft , juſques au temps de
Darius. Ce Roy aveuglé d'une
avarice extréme , quoy qu'il fuft
le plus puiffant , & le plus riche
de tous les Roys du Monde,
paffant par là , & ayant leu cette
Infcription , au lieu des immenfes
Richeffes qu'il efperoit y
trouver , n'y rencontra rien que
ces autres paroles gravées au dedans
qui luy reprochoient avec
honte fon avarice. Nifi pecunia
effes inexplebilis , & turpis lucri
62 Extraordinaire
cupidus , defunctorum Sepulcra non
violaffes. Quelle infamie pour un
Roy & quelle tache qui ne
pourra jamais s'effacer!
La magnificence des Sepulchres
a paru tant aux Pyrami
des , dont nous avons parlé ,
qu'en la ftructure differente des
uns & des autres. Mais voila
d'où vient ce nom de Maufolée,
qu'on donne aux plus beaux Se.
pulchres & aux Tombeaux les
plus fuperbes , tant de l'Antiquité
que des Modernes ; & mefme
aux représentations qui fe
font dans les Temples , en la
mort des Roys , des Reynes , ou
des grands Heros.
Artemife Reyne de Carie , un
des Royaumes de l'Afie majeure
, voyant Maufolus
fon
du Mercure Galant.
63
Epoux mort , touchée d'une
vive douleur , fit ériger en fon
honneur & en fa memoire un
Monument , qui du nom de ce
Prince prit celuy de Mauſolée.
La ftructure de ce Tombeau fut
d'un fi excellent ouvrage qu'elle
luy fit douner le nom de la fixiéme
Merveille du Monde. La
figure en eftoit quarrée , & cet
Ouvrage fut donné à quatre
Maiſtres des plus habiles pour y
travailler. La partie Orientale
fut deſtinée à Scopas pour la
graver ; celle du couchant à
Leocare ; celle du Septentrion à
Briaffe , & celle du Midy à Timothée
. Ce grand Monument
fut formé en Pyramide , comme
la plus part l'eftoient dans ce
temps - là . Au fommet de ce
64
Extraordinaire
grand Ouvrage , eftoit la Satuë
du Roy affis dans un Trône la
Couronne en la tefte . Le commencement
& la Bafe eftoient
par Portiques & fans Marches.
La feconde élévation fuivoit la
mefme forme , mais avec des
Marches murées en dehors ; &
la troifiéme avec des Marches
en dedans pour monter au plus
haut. Les Arcades du premier
Etage eftoient fi larges , que d'un
Pilliers à l'autre il Y avoit 73.
pieds . Elles eftoient fupportées
de 36. Colomnes d'une pierre
feule chacune.
La merveille de ce Monument
confiftoit en l'Architecture, en la
grandeur , en la hauteur , & en la
Sculpture . Comme c'étoit l'Ouvrage
des plus fçavans Maiſtres ,
du Mercure Galant.
651
auffi n'y fut- il rien épargné pour
la dépenfe . La grandeur des Sta--
tues qui en faifoient l'ornement,
furprenoit les yeux . Ce ne fut
pas affez que toutes ces Merveilles
pour en faire une , fi Ar.
temife , Epouſe de Maufole , ne
faifoit voir quelque chofe de :
plus merveilleux . C'est elle qui
apres avoir rendu les derniers
devoirs à fon Epoux avec toute
la pompe imaginable , & ayant
fait confumer fon Corps dans le:
Bucher avec les Odeurs , less
Parfums & les Aromats les plus™
préticux , en recueillit les Cendres
qu'elle enferma dans une
Urne d'or en ce mefme Monu--
ment . Mais cette Reyne ne vou-:
lant pas luy furvivre , s'enfermaz
au mefme lieu , & le refte de:
Q.de Janvier 1685, F
66 Extraordinaire
fes jours ne vécut que de ces
mefmes Cendres détrempées de
fes larmes pour tout aliment .
Ainfi elle mefme devint le Mau
folée de fon Epoux , en expirant
dans ce Monument. Ce
font là des marques d'une ten.
dreffe & d'un amour inexpliquable.
Je puis dire qu'au ſujet des ſept
Merveilles du monde , dont la
premiére , qui eft le Maufolée
eft du nombre , j'ay eſté affez
heureux pour les avoir entremef.
lées toutes dans un Diftique Latin
par leurs noms , avec celuy du
Roy , pour Infcription fur le
Louvre , avec d'autres qui ont
efté leuës à Verfailles , dans le
temps que beaucoup de monde y
travailloit. La curiofité du Public
du Mercure Galant.
67
me les fait employer icy.
Hoc Lodoici Ephefum , Mcmphim,
Babylona , Coloffum,
Maufolea, Pharon, cum Jove , vincit
opus .
Le Livre d'André Palladio, fur
les magnifiques Sepultures , imprimé
à Rome avec fes Figures ,
parle avantageufement du Maufolée
de la Reyne Artemife , en
faveur du Roy Maufolus fon
Epoux.
Varron & Pline rapportent les
merveilles du Sepulcre de Porfenna
, Roy d'Hetrurie , qui pre.
fentement eft la Tofcane , Il eft
prés la ville de Clufe . Ce Monument
eft de pierre , fait en
quarré, dont chaque cofté a trois
cens pieds de largeur. La Bife eft
auffi quarrée. Le corps de l'Ou-
Fij
68 Extraordinaire
vrage s'éleve jufqu'à la moitié en
Pyramide , & au dedans il y a un
Labyrinthe.Sur ce Labyrinthe on
voit une Plateforme qui foûtient
cinq Pyramides , quatre aux Angles
, & une au milieu . Elles ont en
leur Baſe foixante & quinze pieds.
Elles font hautes de cent cinquate
pieds , & tellement égales , qu'en
leur fommet il y a un Chapiteau
d'Airain qui les couvre toutes , &
qui foûtient cinq autres pierres
d'une hauteur prodigieufe. Du
pied de ce Monument jufqu'au
faifte , l'on compte cinq cens
pieds. C'eft où l'on tient que
Porfenna eft ‹ t inhumé .
Les Empereurs , les Roys & les
Princes , fur les modelles des Anciens,
fe font fait ériger de grands
& magnifiques Monumens pour
du Mercure Galant. 69
leurs Sepultures , comme pour fe
rendre immortels par ces Ouvrages
. On voit encore à Rome en
la Vallée Martia , les veftiges du
Sepulcre de l'Empereur Augufte,
fort prés de l'Eglife S. Roch. II
eftoit autrefois orré de Marbre
blanc , de Porphyre , de grandes
Colomnes , d'Obelifques , & d'excellentes
Statuës , & avoit douze
Portes & trois ceintures de Murailles.
Il eftoit de forme ronde
& de cent coudées de haut. Au
fommet eftoit la Statuë de cet
Empereur faite d'Airain , tenant
en fa main fon Sceptre , & ayant
une Couronne en la tefte. Il l'avoit
fait baftir . non feulement
pour luy , mais auffi pour les
Empereurs qui luy devoient fuc
ceder. Le Sepulcre de l'Empe
70 Extraordinaire
reur Adrien eftoit encore en
la mefme Ville , & c'eft où eft
maintenant le Château S. Ange,
qui eft joint par un Pont fur le
Tybre.
Ce Monument dans fon temps.
eftoit embelly & diverfifié de
Marbres differens & exquis , de
Statuës , de Chars de Triomphe ,
& d'autres Ornemens artificieufement
travaillez , mais ils furent
rüinez par l'Armée des Goths ,
du temps de Belifaire.
Le Pontife Boniface VIII . y
fit faire le Château qui s'y voit
prefentement , & qui porte le
nom de S. Ange ; car un Ange y
parut deffus l'épée à la main ,
comme pour chaffer la pefte qui
defoloit Rome , comme cela arriva
, & depuis le nom de S. Ange
du Mercure Galant.
7 ፤
Y
luy eft demeuré. Alexandre VI .
le ceignit de foffez & de baftions,
fit conftruire une Gallerie couverte
& une autre découver
te , qui va juſqu'au Palais de faint
Pierre . Paul III. a depuis embelly
ce mefme Château de divers
Apartemens fomptueux.
>
Il y a encore plusieurs autres
Maufolées en la mefme Ville ; rel
que celuy de Septimius Severus ,
que l'on apelloit Septizonium , à
caufe des fept Ceintures dont il
eftoit environné , & celuy de Ceftius
, qui ne cédoit pas au préce
dent en beauté , & dont il refte
encore des veftiges . Les Romains
font fi jaloux de ces marques
d'antiquité , que depuis un Cardinal
fe voulant fervir des rüines
d'un de ces illuftres Monumens ,
72
Extraordinaire
il en fut empefché par l'autorité
Pontificale.
Proche de ces magnifiques Se--
pulcres eftoient des Obelifques .
d'une hauteur étonnante , & d'une
feule pierre . Il y en avoit deux au
Maufolée d'Auguſte , de quarante-
deux pieds. On tient mefme
que les cendres de Jules Cefar
étoient au fommet de celuy qui
avoit foixante & douze pieds ; en
la place defquelles Sixte V. a fait
mettre de fon temps une riche
Croix . Il y avoit des Lettres &
des Caracteres Egyptiens gravez
autour,
On érigeoit auffi des Colomnes
proche des Sepulcres en la
mefme Ville . Celle qui fut bâtie
en l'honneur de l'Empereur Trajan
, comme dit le mefme Palladio
dis Mercure Galant.
73
dio , avoit cent vingt- huit pieds
de hauteur ; & cet Empereur ne
la vit pas , parce qu'ayant entre
pris la Guerre contre les Parthes ,
il mourut au retour de cette expedition
en la ville de Seuleucie
en Syrie. Mais depuis fes cendres
furent rapportées à Rome ,
& mifes dans une Vrne d'or au
haut de cette Colomne. L'an 1588 .
Sixte V. fit mettre au lieu de
cette Vrne l'Image de S. Pierre,
faite de Bronze doré & d'une
grande ſtature . Autour de cette
Colomne , les Guerres & les Vi.
& oires de Trajan étoient gravées
en figures de Marbre , & principalement
fon entrepriſe contre
les Daces ,
Il y a des Villes entiéres bâties
& deftinées à la Sepulture des
2. deJanvier 1685. G
74
Extraordinaire
Empereurs & des Roys , comme
Seleucie par Conftätin le Grand ,
Antinoë par l'Empereur Adrien,
quoy que fon Sepulcre ait eſté à
Rome , où prefentement eft le
Château Saint Ange , comme il
eft dit cy- devant , Bucephalie
par
Alexandre le Grand , Taphofyris
par les Egyptiens , & plufieurs
autres ; ce que témoigne
Zuingerus ,
Pour la matiére de ces Monu~
mens , la Pierre , le Marbre , le
Porphyre , & mefme le Verre y
ont efté employez , comme on
voit dans Strabon liv. 17. qui die
que Ptolomée érigea pour Alexandre
le Grand , un Sepulcre
entiérement de verre, où le corps
ne pouvoit rendre aucune mauvaife
odeur , & étoit toûjours
du Mercure Galant. 75
4]
i
prefent aux yeux par la tranfparence
de la matière .
Plutarque raporte que le Sepulcre
d'Anthée , ce Géant fameux
qui combatit contre Hercule , &
dont il fut vaincu , a foixante &
dix coudées de long, & qu'il étoit
tenu comme une chofe Sacrée ;
car fi la moindre partie en étoit
offencée , & n'étoit pas réparée
au plûtoft , une pluye continuelle
tomboit en la mefme Region , &
la defoloit .
Il en arrive prefqu'autant à l'égard
du Sepulcre du Poëte Stratus
, qui fe voit à Pompejopolis ,
ville de Syrie , comme fait mention
Olaus Magnus , contre lequel
fi un Paffant jette une pierre
, elle rejaillit auffi- toft contre
luy , plûtoft par un prodige que
Gij
76
Extraordinaire
par aucune
raiſon naturelle
. Ces
exemples
ne font icy raportez
que pour marquer
la venération
qu'on doit avoir pour les Tombeaux
, & pour ceux qui y prennent
leur repos.
Le Tombeau de Virgile , Prin .
ce des Poëtes Latins , étoit conftruit
à la vuë de la ville de Naples
, & étoit d'une grande éminence
;
mais maintenant il eft
couvert d'arbriffeaux & de brof.
failles. On en voit encore les
grands veftiges à l'entrée d'une
caverne du Mont Paufitippus ,
comme on le remarque dans le
livre des Monumens & des Eloges
des illuftres Perfonnages ,
avec cette Infcription .
Qui cineres ? Tumuli hæc veſtigia ;
conditur olim
du Mercure Galant.
77
Ille hoc , qui cecinit pafcua , rura,
duces.
Si les Payens fe font fait des
Dieux , de leur nombre la pluf
part étoient mortels . Lucien qui
s'en raille , raporte dans le Dialogue
qu'il intitule Philopater, que
le Sepulcre de Jupiter leur Sou
verain étoit conftruit dans l'Ifle
de Créte , en une certaine Vallée
où autrefois il avoit efté nourry,
lors que Cybéle fa Mere le mit
au Monde dans la Foreft Dictée,
où les Corybantes par leur bruit
& le cliquetis de leurs Armes
empefcherent que Saturne fon
Pere n'entendift les cris de l'Enfant,
& qu'il n'en fuft devoré.
Le mefme Autheur en fon Dialogue
, qui porte pour Tître le
Deüil , aprend beaucoup de cho
G iij
78
Extraordinaire
fesfur la matiére de la Sepulture.
On y voit entr'autres que les
Grecs, tantoft brûloient les corps ,
& tantoft les inhumoient . Que
les Perfes les enterroient avec
des meubles prétieux , & avec de
grandes richeffes , felon la qualité
des perfonnes. Que les Indiens
fe fervoient de Tombeaux & de
Buchers , & qu'ils oignoient les
corps de fuif. Que les Scythes.
mangeoient fouvent les corps
leurs Amis en de grands Banquets ;
que les Egyptiens les embaumoient
. Mais nous traiterons du
tout feparément.
de
Revenons du Prophane au Sacré.
Au milieu de la Vallée de
Jofaphat , on trouve le Sepulcre
d'Abfalon , Fils de David . Il eft
coupé dans la Roche à la pointe
du Mercure Galant .
79
du cifeau , mais les Juifs l'ont tellement
en horreur, qu'ils yjettent
des pierres en paffant , à caufe du
mauvais deffein qu'il avoit entrepris
contre le Roy fon Pere.
Prés de la ville de Jérufalem ,
on voit les sépultures des Roys
de Juda , pareillement taillées
dans la Roche , & feparées les
unes des autres . Ce font autant
de Sepulcres en forme de cabinets
, & dont les Portes ont cela
de merveilleux , qu'elles font de
pierre , & tournent fur des pivots
de pierre auffi , le tout n'étant
que d'une feule pièce.
Les Sepultures des Juges d'If
raël , ne font pas éloignées des
precédentes . Elles font profque
toutes en leur entier. La curio .
fité de les voir , porte les Voya-
G iiij
80 Extraordinaire
geurs à fe fervir d'Arabes , qui
pour peu d'argent donnent des
connoiffances du tout .
Le Sepulcre du Lazare eſt dans
la Bethanie affez profond , ayant
plufieurs marches pour y defcendre.
L'on tient que ce Monument
étoit commun à fa Famille;
car il n'eut pas efté conftruit en
fi peu de temps aprés fa mort.
C'eft de ce lieu que la Sageffe Incarnée
le tira pour le reffufciter,
en luy difant , Lazare , exiforas .
Les Sepulcres où ſont enterrez
Jes Innocens qu'Herode fit maf
facrer , font auffi taillez dans la
Roche ; comme auffi céluy de
fainte Paule vers Bethleem. C'eft
en fon honneur que S. Hierôme
a compofé cette Epitaphe.
Afpicis anguftum pracisâ rupe Sepulcrum
,
du Mercure Galant. 81
Hofpitium Paula eft caleftia regna
tenentis ,
Divitias linquens Bethlemiti conditur
antro.
Le Tombeau du mefme S. Hie
rôme n'eſt pas éloigné de là ,
ainfi que ceux de plufieurs autres
SS. Peres. L'on tient par une
commune opinion que la Refurrection
fe doit faire de tous les
Hommes en cette Vallée de Jo.
faphat au dernier Jugement , &
que comme il a efté poffible à
Dieu de divifer les Hommes en
la Transfiguration de Babylone,
il luy fera auffi facile de les raffembler
tous en un moment , au
mefme lieu , de toutes les Parties .
du Monde , pour y recevoir leur
jugement.
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Résumé : DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
Le texte explore les pratiques funéraires à travers différentes cultures et époques. Après la chute d'Adam, Dieu ordonne que les corps retournent à la terre. Adam et Noé sont les premiers à enterrer les défunts, tandis qu'Abel, tué par Caïn, ne reçoit pas de sépulture décente. Les Égyptiens refusent aux Hébreux une sépulture digne, et la Bible mentionne des punitions divines privant les impies de sépulture. Noé utilise l'arche comme tombeau symbolique. Selon la tradition syrienne, Sem enterre le crâne d'Adam sur le Mont-Calvaire, et ses os sont ensuite transportés en Palestine. Les patriarches hébreux, comme Abraham, observent des rites funéraires élaborés. Jacob et Joseph reçoivent des funérailles somptueuses en Égypte, soulignant l'importance de la sépulture et de l'espoir en la résurrection. Les Égyptiens pratiquent l'embaumement et construisent des pyramides pour leurs rois. La Grande Pyramide de Gizeh est citée comme une merveille architecturale. Les momies sont embaumées et certaines sont utilisées pour extraire une liqueur médicinale. Les Égyptiens évitent de transporter ces momies en Europe par crainte d'accidents en mer. Les pratiques funéraires anciennes incluent l'utilisation de baumes et d'aromates pour embaumer les corps. Les funérailles des rois et des personnages illustres, comme Asa et Poppée, sont marquées par des dépenses extravagantes pour les parfums. Les sépultures royales contiennent souvent des richesses, parfois pillées par des conquérants. Les rois de Macédoine et de Perse enterraient des trésors dans leurs tombeaux. Les Romains, bien que l'ayant interdit par la loi des Douze Tables, enterraient aussi des richesses avec les morts. Théodoric promulgue des ordonnances contre la violation des sépultures. Les sépultures royales sont souvent magnifiques, comme les pyramides et les mausolées. Artemise érige un mausolée pour son époux Mausole, devenu l'une des Sept Merveilles du monde. Les empereurs romains construisent des sépultures majestueuses, ornées de marbre et de statues. Le tombeau d'Auguste et le mausolée d'Adrien sont des exemples notables. Les pratiques funéraires varient selon les cultures, allant de la crémation chez les Grecs à l'embaumement chez les Égyptiens. Le texte conclut en évoquant les sépultures sacrées et la croyance en la résurrection des hommes lors du jugement dernier.
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29
p. 133-137
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Je croy, Madame, que vous apprendrez avec déplaisir la perte [...]
Mots clefs :
Morts, François le Boults, Conseiller, Charge, Maison de la Chefnaye, Veuve, Soeur, Fils, Chancelière Daligre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Je croy , Madame , que vous
aprendrez avec déplaifir la
perte que le Parlement a faite
en la perfonne de Meffire
François le Boults , Seigneur
Dobuois , Confeiller en la feconde
Chambre des Requêtes
du Palais , mort le 5. de ce
mois . Son merite le fait regreter
de tout Paris . Il étoit
éclairé, penétrant , laborieux,
& le dernier de quatre Freres,
qui tous ayant eu des Charges
dans la Robe , les ont
exercées avec beaucoup de
crédit , d'éclat , & d'eftime.
Mellire Noël le Boults , Sei134
MERCURE
gneur de Chaumot , étoit l'aî
né. Il fut Cófeiller en la Grand'
Chambre , & mourut l'année
derniere. M' le Boults , à
preſent Confeiller en la troiféme
des Enqueftes
, & M *
l'Abbé le Boults Aumônier
du Roy , font fes Fils . Feu
Meffire Luc le Boults , Maître
des Comptes à Paris , étoit
le fecond. Il avoit pris alliance
dans la Maifon de la Chef
naye , & a laiffé plufieurs Enfans.
Le troifiéme eft Meffire
Louis le Boults , Seigneur de
Roncerey , Maiſtre des Requeſtes
, cy-devant ConfeilGALANT.
135
ler au Parlement de Metz.
Il a des Enfans de Dame
Marie Françoiſe Charreton ,
Fille unique du premier lit
de M le Prefident Charreton
, mort Doyen du Parlement
de Paris . C'eft le feul
qui refte des quatre Freres,
Meffire François le Boults,
Confeiller en la feconde des
Requestes du Palais , & auparavant
Conſeiller au Parlement
de Dijon , s'étoit allié à
la Maiſon de Choart , & laiffe
plufieurs Enfans. M's le
Boults avoient deux Soeurs ,
l'une mariée à M ' Blondeau ,
136 MERCURE
Prefident de la Chambre des
Comptes à Paris , dont font
ifflues Madame Daligre d'aujourd'huy
, Veuve du Maiſtre
des Requeftes , Fils aîné de
feu M le Chancelier d'Aligre
, & Madame de Fieubet-
Launac,Femme duConſeiller
d'Etat . L'autre Soeur époufa
Meffire Charles duTronchey,
Préfident aux Enquestes du
Parlement de Paris . On voit
fort peu de Familles , qui
ayent poffedé en meſme
temps tant de belles Charges ,
& fait des Alliances confiderables.
Auffi celle - cy eft elle
GALANT. 137
Elle vi--
des plus puifsátes de la Robe..
Madame la Chanceliere
Daligre , appellée Elizabet
Luillier, eft morte dans fa 78 .
année , quatre jours apres M *
le Boults. C'étoit la feconde
Femme de feu M' Daligre ,,
Chancelier , & Garde des
Sceaux de France .
voit dans de grandes pratiques
de pieté , & avoit fais :
bâtir un lieu au Fauxbourg .
S. Antoine , pour les Enfans :
trouvez , où elle demeuroit,,
& où elle a efté enterrée
aprendrez avec déplaifir la
perte que le Parlement a faite
en la perfonne de Meffire
François le Boults , Seigneur
Dobuois , Confeiller en la feconde
Chambre des Requêtes
du Palais , mort le 5. de ce
mois . Son merite le fait regreter
de tout Paris . Il étoit
éclairé, penétrant , laborieux,
& le dernier de quatre Freres,
qui tous ayant eu des Charges
dans la Robe , les ont
exercées avec beaucoup de
crédit , d'éclat , & d'eftime.
Mellire Noël le Boults , Sei134
MERCURE
gneur de Chaumot , étoit l'aî
né. Il fut Cófeiller en la Grand'
Chambre , & mourut l'année
derniere. M' le Boults , à
preſent Confeiller en la troiféme
des Enqueftes
, & M *
l'Abbé le Boults Aumônier
du Roy , font fes Fils . Feu
Meffire Luc le Boults , Maître
des Comptes à Paris , étoit
le fecond. Il avoit pris alliance
dans la Maifon de la Chef
naye , & a laiffé plufieurs Enfans.
Le troifiéme eft Meffire
Louis le Boults , Seigneur de
Roncerey , Maiſtre des Requeſtes
, cy-devant ConfeilGALANT.
135
ler au Parlement de Metz.
Il a des Enfans de Dame
Marie Françoiſe Charreton ,
Fille unique du premier lit
de M le Prefident Charreton
, mort Doyen du Parlement
de Paris . C'eft le feul
qui refte des quatre Freres,
Meffire François le Boults,
Confeiller en la feconde des
Requestes du Palais , & auparavant
Conſeiller au Parlement
de Dijon , s'étoit allié à
la Maiſon de Choart , & laiffe
plufieurs Enfans. M's le
Boults avoient deux Soeurs ,
l'une mariée à M ' Blondeau ,
136 MERCURE
Prefident de la Chambre des
Comptes à Paris , dont font
ifflues Madame Daligre d'aujourd'huy
, Veuve du Maiſtre
des Requeftes , Fils aîné de
feu M le Chancelier d'Aligre
, & Madame de Fieubet-
Launac,Femme duConſeiller
d'Etat . L'autre Soeur époufa
Meffire Charles duTronchey,
Préfident aux Enquestes du
Parlement de Paris . On voit
fort peu de Familles , qui
ayent poffedé en meſme
temps tant de belles Charges ,
& fait des Alliances confiderables.
Auffi celle - cy eft elle
GALANT. 137
Elle vi--
des plus puifsátes de la Robe..
Madame la Chanceliere
Daligre , appellée Elizabet
Luillier, eft morte dans fa 78 .
année , quatre jours apres M *
le Boults. C'étoit la feconde
Femme de feu M' Daligre ,,
Chancelier , & Garde des
Sceaux de France .
voit dans de grandes pratiques
de pieté , & avoit fais :
bâtir un lieu au Fauxbourg .
S. Antoine , pour les Enfans :
trouvez , où elle demeuroit,,
& où elle a efté enterrée
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte annonce la mort de François Le Boults, Seigneur Dubois, Conseiller à la seconde Chambre des Requêtes du Palais, survenue le 5 du mois. Sa disparition est déplorée par tout Paris en raison de ses qualités d'homme éclairé, pénétrant et laborieux. Il était le dernier survivant de quatre frères, tous ayant occupé des charges prestigieuses dans la Robe. Noël Le Boults, Seigneur de Chaumot, aîné des frères, était Conseiller à la Grand' Chambre et est décédé l'année précédente. Les autres frères sont un Conseiller à la troisième des Enquêtes, l'Abbé Le Boults, Aumônier du Roi, Louis Le Boults, Seigneur de Roncerey, Maître des Requestes, et François Le Boults, également Conseiller aux Requêtes du Palais. Ce dernier avait des alliances notables, notamment avec la Maison de Choart, et a laissé plusieurs enfants. La famille comptait aussi deux sœurs, l'une mariée à Monsieur Blondeau, Président de la Chambre des Comptes à Paris, et l'autre à Monsieur Charles Du Tronchey, Président aux Enquêtes du Parlement de Paris. Madame la Chanceliere Daligre, Élisabeth Luillier, seconde femme du défunt Chancelier Daligre, est également décédée à l'âge de 78 ans, quatre jours après Monsieur Le Boults. Elle était connue pour ses pratiques de piété et avait fait construire un lieu pour les enfants trouvés au Faubourg Saint-Antoine, où elle résidait et a été enterrée.
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30
p. 151-160
Mariages, [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous aprendre dans ma Lettre de Janvier, [...]
Mots clefs :
Comte de Vienne, Duc, Fils, Chevalier, Intendant des finances, Mariage, Mademoiselle, Comte de Saint-Chaumont, Fille, Héritière, Conseillers d'État, Marquis, Abbé, Mademoiselle le Prestre, Épouser
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texteReconnaissance textuelle : Mariages, [titre d'après la table]
Jay oublié de vous aprendre
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
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Résumé : Mariages, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs mariages et alliances au sein de l'aristocratie française. M. le Comte de Vienne, frère du Duc de la Vieuville, a épousé Mademoiselle de Saint-Chaumont. Cette dernière est la fille de Henry Mitte de Chevrières et de Charlotte Suzanne de Gramont, sœur du Duc et Maréchal de Gramont. Mademoiselle de Saint-Chaumont est une riche héritière reconnue pour son mérite et sa naissance. La Maison de Mitte Chevrières et Saint-Chaumont, située dans le Lyonnois, a produit des figures notables. Jean Mitte, seigneur de Miolans et de Chevrières, fut le père de Jacques Mitte, lieutenant général au gouvernement du Lyonnois, anobli par le roi Henri IV en 1598. Jacques Mitte épousa Gabrielle de Saint-Chaumont, puis Gabrielle de Guadagne. De son premier mariage, il eut Melchior Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chaumont, ambassadeur extraordinaire à Rome et chevalier des Ordres du roi en 1619. Melchior Mitte de Miolans eut plusieurs enfants, dont Henry, marquis de Saint-Chaumont et père de Mademoiselle de Saint-Chaumont, récemment mariée. Le texte mentionne également d'autres mariages, comme celui de M. de Saint-Vrain, conseiller à la Cour des Aides, avec Mademoiselle Bourgoin, fille de M. Bourgoin, maître des Comptes. De plus, Mademoiselle le Prestre, fille aînée du Président le Prestre, s'est mariée avec M. Gaignon, comte de Villaines, allié à plusieurs familles illustres du Maine. La famille le Prestre est décrite comme l'une des plus considérables de Paris, avec de nombreuses alliances prestigieuses.
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31
p. 179-188
Histoire des malheurs du Charles II. Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
La mort du Roy d'Angleterre est un de ces grands évènemens, [...]
Mots clefs :
Angleterre, Prince, Comte, Marquis, Rebelles, Écosse, Armes, Prince de Galles, Irlande
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texteReconnaissance textuelle : Histoire des malheurs du Charles II. Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
La mort du Roy d'Angle
terre eft un de ces grands :
événemens , dont tout le
monde eft inftruit fi- toft
180 MERCURE
qu'ils font arrivez . Ainfi , Madame
, je ne doute point que
vous ne l'ayez apprife prefque
en mefme temps qu'on
l'a fceue icy. Avant que de
vous en faire aucun détail,
je croy qu'il fera bon de vous.
dire en peu de mots , quelle
a efté la vie de ce Prince . Sa
fortune eft finguliere , & la.
maniére dont il est monté au
Trône apres les grands perils
qu'il a effuyez , merite bien
qu'on s'en rafraichiffe la mémoire.
Charles II . du nom,
Roy d'Angleterre , d'Irlande
& d'Ecoffe , né le 29. May
GALANT. 181
1630. étoit Fils de Charles I.
& d'Henriette
de France ,
Fille de Henry le Grand , &
de Marie de Medicis . Il eut
pour Parrains le Roy Louis
XIII. & le Prince Electeur
Palatin , repreſentez par le
Duc de Lenox , & le Marquis .
Hamilton , & pour Marraine
Anne d'Autriche , Reyne de
France, dont Madame la Ducheffe
de Richemont tenoit
la place. Il fut enfuite procla
mé Roy d'Angleterre , d'E
coffe & d'Irlande , Prince de
Galles , Duc de Cornuaille &
Comte de Cheſter , avec les
182 MERCURE
ceremonics accoûtumées.
Le foin de fon éducation fut
confié au Comte de Nevvcaſtle
, & à peine eut- il receu
les premieres impreffions
des Leçons qu'il luy donnoit,
que l'envie & l'ambition
commencerent à exciter les
Soûlevemens , dont les fuites
cnt efté fi funeftes . Le Prince
élevé dans ces defordres ,
ne refpiroit que la Guerre , &
le Roy fon Pere quiregardoit
l'ardeur naturelle de fon Fils,
comme un fecours contre
l'audace de fes Sujets , ne négligea
rien pour la cultiver.
GALANT. 183
que
Il n'avoit point encore atteint
fà feiziéme année , lors
qu'il foûtint un Party , qui
étoit beaucoup plus fort
le fien , & que commandoit
Farfax. lly fit des actions
ſurprenantes , mais ſa valeur
fut contrainte de céder au
nombre , & il ſe trouva réduit
à la néceffité de la retraite,
ce qu'il fit avec beaucoup de
prudence. Le trouble ayant
augmenté , & les forces du
Roy diminüant , le Prince fe
rendit à la Cour de France
aupres de la Reyne fa Mere,
dans l'efperance d'y agir uti
184 MERCURE
lement , pour obtenir des ſe-
Cours étrangers contre les
Rebelles. Il écrivit delà à
tous les Princes de l'Europe,
qui étoient Alliez de la Couronne
d'Angleterre
, mais
n'ayat pû obtenir affez promptement
ce qu'il demandoit,
le Roy qui demeuroit fans
Armées , fut obligé de s'aller
jetter dans les bras des Ecoffois
, fes plus mortels Ennemis
. Ils le receurent avec
toutes les marques d'un zéle
fincere , & les promefles pleines
d'artifice dont ils fe fervirent
, pour luy faire croire
GALANT. 18
qu'ils entroient veritablement
dans fes interefts , l'engagerent
à faire quitter les
Armes au Marquis de Montroffe
. C'etoit un Homme
inviolablement attaché à fon
Party , & qui avec plus de
valeur que de forces , avoit
réduit le Marquis Dargil ,,
Chef des Ecoffois rebelles,
à luy ceder deux fois la Cam--
pagne . Il avoit gagné plufieurs
Batailles , pris Edimbourg
, & fignalé fa fidélité :
par des actions qui avoient :
intimidé les Ecoffois. Il auroit
pouffé fes progrés pluss
Fevrier 1685.
Q
186 MERCURE
loin , fi la bonté du Roy
trop facile , ne l'euft obligé
à les arrefter. Il eut befoin
des ordres les plus preffans
pour obeïr , parce qu'il prévoyoit
une partie des malheurs
qu'on devoit craindre ;
mais enfin fon zéle fut inutile.
Il falut qu'il
congédiaft
fes Troupes , & il fortit déguiſé
de l'Ecoffe , délivrant
fes Ennemis des terreurs que
fa valeur leur donnoit . A peine
le virent ils éloigné , que
les Perfides , fur la foy def
quels le Roy s'eftoit confié,
le trahirent lâchement. Ils
GALANT. 187
le livrérent aux Rebelles
d'Angleterre ; & le jeune
Prince de Galles ayant appris
ces indignes trairemens,
réfolut de périr glorieufement
en tâchant de luy procurer
la liberté par les Armes.
Il envoya auffi toft Barclay
qui eftoit auprés de luy , afin
d'entrer s'il pouvoit en quelque
négotiation avec l'Armée
, mais Cromvvel & Farfax
s'eftans rendus maistres
des efprits , les Officiers ne
voulurent point l'écouter, &
fon Voyage n'eut aucun fuccés
. Le Comte de Kent fut
Qij
188 MERCURE
le feul qui pendant ces troubles
ofa marquer fa fidélité
en prenant les armes pour
le Roy. D'un autre cofté,
Keme follicité par Batten ,
qui avoit efté auparavant
Vice-Amiral du Comte de
Warvvic , agit avec tant d'adreffe
, qu'il mit dans les intéreſts
de Sa Majefté plufieurs
Capitaines de Vaiffeaux , qui
eftoient aux Dunes à l'embouchure
de laTamife . Quelque
temps auparavant , le
Duc d'York qui étoit gardé à
Londres dans le Palais de S. James
, réfolur de fe fauver.
terre eft un de ces grands :
événemens , dont tout le
monde eft inftruit fi- toft
180 MERCURE
qu'ils font arrivez . Ainfi , Madame
, je ne doute point que
vous ne l'ayez apprife prefque
en mefme temps qu'on
l'a fceue icy. Avant que de
vous en faire aucun détail,
je croy qu'il fera bon de vous.
dire en peu de mots , quelle
a efté la vie de ce Prince . Sa
fortune eft finguliere , & la.
maniére dont il est monté au
Trône apres les grands perils
qu'il a effuyez , merite bien
qu'on s'en rafraichiffe la mémoire.
Charles II . du nom,
Roy d'Angleterre , d'Irlande
& d'Ecoffe , né le 29. May
GALANT. 181
1630. étoit Fils de Charles I.
& d'Henriette
de France ,
Fille de Henry le Grand , &
de Marie de Medicis . Il eut
pour Parrains le Roy Louis
XIII. & le Prince Electeur
Palatin , repreſentez par le
Duc de Lenox , & le Marquis .
Hamilton , & pour Marraine
Anne d'Autriche , Reyne de
France, dont Madame la Ducheffe
de Richemont tenoit
la place. Il fut enfuite procla
mé Roy d'Angleterre , d'E
coffe & d'Irlande , Prince de
Galles , Duc de Cornuaille &
Comte de Cheſter , avec les
182 MERCURE
ceremonics accoûtumées.
Le foin de fon éducation fut
confié au Comte de Nevvcaſtle
, & à peine eut- il receu
les premieres impreffions
des Leçons qu'il luy donnoit,
que l'envie & l'ambition
commencerent à exciter les
Soûlevemens , dont les fuites
cnt efté fi funeftes . Le Prince
élevé dans ces defordres ,
ne refpiroit que la Guerre , &
le Roy fon Pere quiregardoit
l'ardeur naturelle de fon Fils,
comme un fecours contre
l'audace de fes Sujets , ne négligea
rien pour la cultiver.
GALANT. 183
que
Il n'avoit point encore atteint
fà feiziéme année , lors
qu'il foûtint un Party , qui
étoit beaucoup plus fort
le fien , & que commandoit
Farfax. lly fit des actions
ſurprenantes , mais ſa valeur
fut contrainte de céder au
nombre , & il ſe trouva réduit
à la néceffité de la retraite,
ce qu'il fit avec beaucoup de
prudence. Le trouble ayant
augmenté , & les forces du
Roy diminüant , le Prince fe
rendit à la Cour de France
aupres de la Reyne fa Mere,
dans l'efperance d'y agir uti
184 MERCURE
lement , pour obtenir des ſe-
Cours étrangers contre les
Rebelles. Il écrivit delà à
tous les Princes de l'Europe,
qui étoient Alliez de la Couronne
d'Angleterre
, mais
n'ayat pû obtenir affez promptement
ce qu'il demandoit,
le Roy qui demeuroit fans
Armées , fut obligé de s'aller
jetter dans les bras des Ecoffois
, fes plus mortels Ennemis
. Ils le receurent avec
toutes les marques d'un zéle
fincere , & les promefles pleines
d'artifice dont ils fe fervirent
, pour luy faire croire
GALANT. 18
qu'ils entroient veritablement
dans fes interefts , l'engagerent
à faire quitter les
Armes au Marquis de Montroffe
. C'etoit un Homme
inviolablement attaché à fon
Party , & qui avec plus de
valeur que de forces , avoit
réduit le Marquis Dargil ,,
Chef des Ecoffois rebelles,
à luy ceder deux fois la Cam--
pagne . Il avoit gagné plufieurs
Batailles , pris Edimbourg
, & fignalé fa fidélité :
par des actions qui avoient :
intimidé les Ecoffois. Il auroit
pouffé fes progrés pluss
Fevrier 1685.
Q
186 MERCURE
loin , fi la bonté du Roy
trop facile , ne l'euft obligé
à les arrefter. Il eut befoin
des ordres les plus preffans
pour obeïr , parce qu'il prévoyoit
une partie des malheurs
qu'on devoit craindre ;
mais enfin fon zéle fut inutile.
Il falut qu'il
congédiaft
fes Troupes , & il fortit déguiſé
de l'Ecoffe , délivrant
fes Ennemis des terreurs que
fa valeur leur donnoit . A peine
le virent ils éloigné , que
les Perfides , fur la foy def
quels le Roy s'eftoit confié,
le trahirent lâchement. Ils
GALANT. 187
le livrérent aux Rebelles
d'Angleterre ; & le jeune
Prince de Galles ayant appris
ces indignes trairemens,
réfolut de périr glorieufement
en tâchant de luy procurer
la liberté par les Armes.
Il envoya auffi toft Barclay
qui eftoit auprés de luy , afin
d'entrer s'il pouvoit en quelque
négotiation avec l'Armée
, mais Cromvvel & Farfax
s'eftans rendus maistres
des efprits , les Officiers ne
voulurent point l'écouter, &
fon Voyage n'eut aucun fuccés
. Le Comte de Kent fut
Qij
188 MERCURE
le feul qui pendant ces troubles
ofa marquer fa fidélité
en prenant les armes pour
le Roy. D'un autre cofté,
Keme follicité par Batten ,
qui avoit efté auparavant
Vice-Amiral du Comte de
Warvvic , agit avec tant d'adreffe
, qu'il mit dans les intéreſts
de Sa Majefté plufieurs
Capitaines de Vaiffeaux , qui
eftoient aux Dunes à l'embouchure
de laTamife . Quelque
temps auparavant , le
Duc d'York qui étoit gardé à
Londres dans le Palais de S. James
, réfolur de fe fauver.
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Résumé : Histoire des malheurs du Charles II. Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Le texte relate la mort du roi d'Angleterre et les événements marquants de la vie de Charles II. La nouvelle de la mort du roi s'est rapidement répandue, incitant l'auteur à rappeler la vie singulière de Charles II, roi d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse, né le 29 mai 1630. Fils de Charles I et d'Henriette de France, Charles II fut élevé par le Comte de Newcastle et manifesta très tôt un intérêt pour la guerre. À seize ans, il combattit contre les forces de Farfax mais dut se retirer. Face à l'aggravation des troubles et à la diminution des forces royales, Charles se rendit en France auprès de sa mère pour solliciter l'aide des cours étrangères. Ne recevant pas le soutien espéré, il se réfugia en Écosse, où il fut trahi et livré aux rebelles anglais. Son fils, le Prince de Galles, tenta sans succès de le libérer. Pendant ces troubles, quelques fidèles, comme le Comte de Kent et Keme, restèrent loyaux au roi. Le Duc d'York, quant à lui, tenta de s'échapper de sa garde à Londres.
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32
p. 188-262
Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Début :
Ce jeune Prince s'estant fait donner un jour la Clef [...]
Mots clefs :
Roi, Prince, Comte, Angleterre, Duc, Troupes, Colonel, Peuple, Matelot, Ennemis, Noblesse, Vaisseaux, Gentilhomme, Fidélité, Obstacles, Seigneur, Commissaires, Habits, Royaume, Rivière, Général, Crainte, Avantage, Succès, Décès, Héritiers, Reine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Ce
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
GALANT. 189
jeune Prince s'eftant fait donner
un jour la Clef du Parc ,
fous prétexte de chaffer, fut
affez heureux pour ſe dérober
de ceux qui l'obfervoient ; &
fe déguifant avec une Perruque
noire , & un emplaître
fur l'oeil , il fortit du Parc , &
entra dans un Carroffe , qui
le porta juſqu'au bord de la
Tamife. Une Gondole l'y
ayant reçû , il fe rendit en
un lieu où il prit un habit
de Femme. Il revint de là
dans fa Gondole , qui le rendit
à Grenvic fans aucun
obftacle ; mais en ce lieu-là)
190 MERCURE
celuy qui le conduifoit refufa
de paffer outre , non feulement
à cause d'un vent contraire
qui venoit de s'élever,
mais la crainte de conpar
tribuer à la fuite de quelque
Perfonne confidérable
, ce
qui eſtoit dangereux en ce
temps - là . Malheureuſement
pour le jeune Prince , for
Cordon bleu qu'il avoit mal
caché en ſe déguiſant
, parut
aux yeux de ce Marinier, qui
plus intelligent que plufieurs.
de fa profeffion , fçachant
qu'une marque fi illuftre ne
fe donne en Angleterre
qu
GALANTA 191
aux Perfonnes du premier
rang , comprit le miftere , &
ne douta point que ce ne fuft
le Duc d'York qu'il menoit.
L'embarras où le met cette
rencontre, le fit s'obftiner à
n'avancer plus. Banfila qui
accompagnoit le Prince , defefperé
du retardement,
conjura le Matelot de paſſer
promptement la Dame qui
étoit dans fa Gondole , parce
qu'elle avoit des affaires trespreffantes.
Il luy répondit
d'un ton fèvere , qu'il falloit
que cette Dame cuft des privileges
bien particuliers, pour
192 MERCURE
avoir receu l'Ordre de la Jar
retiére, qu'on ne donne point
aux Femmes . Le Prince qui
avoit l'ame intrépide , & les
maniéres perfuadantes , prit
une réſolution digne de lay.
Il tendit la main au Matelot,.
& avec une douceur qui auroit
gagné les moins traitables
; le fuis le Duc d'York,
luy dit- il . Tu peux tout pour
ma fortune , & peut- eftre pourma
vie . C'est à toy à voirſi tu
veux me fervir fidellement. Ce
peu de mots defarma le Matelot.
Il luy demanda pardon
de fa réfiftance ,& commença
1
GALANT:
1932
a ramer avec tant de vigueur,
qu'il fit arriver le Prince
à Tibury , plûtoft qu'il ne
l'avoit efperé. Il y trouva un
Vaiffeau Hollandois qui l'ac- ,
tendoit , & qui le porta à Mi-.
delbourg. Son evaſion inquiéta
les Etats. Il arriva des
defordres en Ecoffe. Les
Communes du Comté de
Kent
prirent les armes , pour
demander la liberté de leur
Roy. La
Nobleffe
appuya
leurs juftes
prétentions , & la
plupart
des
Vaiffeaux
qui
étoient aux Dunes , fe déclara
pour les mefmes interefts,
Fevrier 1685. R
194
MERCURE
Ce foûlevement
donna lieu à
une entrepriſe affez furprenante.
Un jeune Homme
appellé Corneille Evans , né
dans Marſeille , d'un Pere
forty du Païs de Galles , arriva
dans la Ville de Sandvvic ,
couvert d'un habit fi déchiré,
qu'étant pris par tout pour
un Homme de néant , il eut
de la peine à trouver où ſe
loger. Enfin , ayant eſté receu
dans une Maifon de peu
d'apparence
, où il fe fit affez
bien traiter , il tira fon Hofte
à part , & luy dit que pour re
connoiftre l'honnefteré
qu'il
•
GALANT. 195
yenoit d'avoir pour luy , il
vouloit luy confier un fecret
dont il pouvoit attendre de
grands avantages , s'il en fçavoit
bien ufer. Il ajoûta qu'il
étoit le Prince de Galles ; qu'il
s'étoit mis en l'état où il le
voyoit , pour le dérober aux
yeux de ſes Ennemis ; qu'
ayant appris que les Peuples
de cette Province fe foûlevoient,
il prétendoit leur donner
courage , & commencer
avec eux le fecours qu'ils devoient
au Roy fon Pere . Cet
Homme crédule fe laiffa perfuader
, & tout glorieux d'a-
Rij
196 MERCURE
voir chez luy le Fils de fort
Roy , il alla fur l'heure avertir
le Maire , qui étant venu rendre
fes refpects à ce faux
Prince , le fit loger dans la
plus belle Maifon de la Ville.
Chacun le traita de la meſme
forte. On luy donna des Gardes
avec ordre de fe tenir découverts
en fa prefence , & le
bruit de fon arrivée s'étant
répandu dans tout le Comté
de Kent , grand nombre de
Gentilshommes, & de Dames
mefme , vinrent luy offrir
leurs biens , pour le fecourir
dans fon entrepriſe. Ceux qui
GALANT. 197
s'étoient foûlevez , députe
rent auffi-toft pour le prier
de fe vouloir montrer à leur
tefte , & il auroit joué plus
long- temps ce perfonnage , fi
le Chevalier Dishinton que
la Reyne & le Prince de Gal
les avoient envoyé en Angleterre
, pour s'informer du veritable
état des affaires , n'euft
fait connoiftre la fourbe. Il fe
diſpoſoit à retourner en France
, lors qu'il apprit ce qui fe
paffoit à Sandvvic. Il y courut
, & convainquit l'Impo
fteur, qui fut arrefté, conduit
à Cantorbery , & delà à Lon
Rij
198 MERCURE
dres , d'où il ſe fauva quelques
mois apres . On n'en a
point entendu parler depuis.
Les Vaiffeaux des Dunes
que Farfax tâcha inutilement
de féduire
par Les offres , étant
paffez en Hollande , ceux qui
les
commandoient envoyerent
avertir le Prince de Galles
, qu'ils ne s'étoient fouftraits
de l'obeïffance des
Etats , que pour recevoir ſes
ordres. Il partit de S. Germain
en Laye , où il avoit
toûjoursdemeurédepuis qu'il
étoit forty d'Angleterre , &
s'étant embarqué à Calais acGALANT.
199
compagné du Prince Robert,
& d'un grand nombre de Nobleffe
Angloife & Ecoffoife,
que la perfecution des Ennemis
du Roy avoit contrainte
de fe retirer en France , il
pafla heureuſement en Hol
lande au commencement de
Juillet en 1648. Apres avoir
loué la fidelité des Officicrs
qui perfiftoient courageule
ment dans le deffein de perir
, s'il le falloit , pour s'op
pofer aux Rebelles , il monta
fur l'Amiral , fit courir un
Manifefte , par lequel il dé
clara qu'il ne prenoit les ar
R iiij
200 MERCURE
mes que pour maintenir la
Religion dans la pureté de
fes Inftructions
, pour donner
la Paix aux trois Royaumes
,en
remettant les Loix dans leur
force, & pour delivrer le Roy
fon Pere d'une tyrannique
oppreffion, & enfuite il alla fe
prefenter devant Yarmouth,
demandant que les Portes de
la Ville luy fuffent ouvertes.
Les Magiftrats réponditent
qu'ils n'en eftoient pas les
maiftres , & leur obftination
l'emporta fur l'inclination du.
Peuple qui envoya des ta
fraîchiffemens
à ce Prince.
piz
GALANT. 201
Il fe retira vers les Dunes
avec fa Flote , & n'ayant reçû
aucune réponſe favorable des
Lettres qu'il avoit écrites à
Londres fur fon Manifefte,
il alla chercher le Comte de
Warvvic , qui eftoit en mer
avec feizeVaiffeaux , & que les
Etats avoient étably Grand
Amiral du Royaume . Le
Comte évita les occafions.
d'en venir aux mains ; & la
nuit les ayant obligez de
jetter l'ancre à une lieue l'un
de l'autre, le Prince luy manda
par un Officier , qu'eftant
en perfonne fur les Vaiffeaux.
202 MERCURE
qu'il avoit veus , il luy commandoit
de le venir joindre
pour fervir le Roy , & de
mettre Pavillon bas quand il
leveroit les ancres . Le Comte
luy répondit qu'il ne reconnoiffoit
que les Etats pour
fes Maiftres , & qu'il ne devoit
attendre de luy aucune
foûmiflion . Le Prince irritée
de cet orgueil , fit mettre à
la voile fi- toft qu'il fut jour,
& alla droit à Warvic , dont
il trouva la Flote augmentée
de douze Vaiffeaux fortis du
Port de Porthmouth ; ce qui
ne l'euft pas empefché de le
GALANT. 203
combatre , fi une tempefte
qui dura vingt- quatre heures
n'euft féparé fi bien les deux
Flotes, que le Prince fut contraint
de relâcher en Hollande.
Tout ce qu'il pouvoit
tenter pour la liberté
du Roy fon Pere , eftant
ainfi renversé , & tout luy
manquant pour la fubfiftance
de fon Armée , il ne fe
remit point en mer, & atendit
le fuccés de quelques
Traitez d'Accommodement
dont on parloit ; mais apres
des Procédures qu'on ne
peut entendre fans horreur,
204 MERCURE
le Roy forcé de comparoiftre
devant fes Sujets , fut con
damné, comme Traître , Ty
ran , & Perturbateur du repos
public , à avoir la tefte
coupée ; & cet effroyable
Arreft fut exécuté le 9. Fe
vrier 1649. à la porte de fon
Palais , dans la meſme Ville
où il eftoit né , & au milieu
d'un Peuple dont fa bonté
luy devoit avoir gagné tous
les coeurs.
Le Prince ayant appris
cette funefte nouvelle à la
Haye, fçût en mefme temps
que les Etats avoient déclaré
GALANT 205
qu'on aboliroit le nom de
Roy , & que le Royaume
prendroit celuy de République.
On ne laiffa pas , malgré
ces défenſes, de voir des
Placards affichez dans toutes
les Villes d'Angleterre,
avec ces mots , CHARLES
STUART DEUXIEME
DU NOM , ROY D'ANGLETERRE,
D'IRLANDE
ET D'ECOSSE. Il y eut auffi
une fort grande conteftation
à
Londres pour les intérefts
du jeune Roy. Les Etats
qui en avoient fupprimé le
tître , ne pûrent obtenir du
206 MERCURE
Maire qu'il fift la Publica
tion de cette Ordonnance.
On l'interdit de fa Charge;
& celuy qui la remplit s'étant
diſpoſé à obeïr aux Etats,
le Peuple courut aux armes ,
en criant de toutes parts,
Vive Charles II. Le tumulte
euft efté loin , fi Cromvvel,
qui avoit prévû ce zéle des
Habitans, n'euftfait paroiftre
quatre Compagnies de Cavalerie
, qui diffipérent la
foule , & qui couvrant le
nouveau Maire , luy donnérent
le temps de publier l'injuſte
Ordonnance qui avoit
•
GALANT. 207
efté faite.
Pendant ce temps
le Prince
cherchoit à vanger
l'exécrable
Parricide qui venoit
d'eſtre commis. Il fçût
que les Ecoffois l'avoient fait
proclamer
Roy dans la grande
Place
d'Edimbourg
avec
toutes les formalitez
néceffaires
à rendre cette reconnoiffance
autentique; & comme
il avoit une haute eftime
pour la vertu du Marquis de
Montroffe
, voulant fe fervir
de luy pour remonter
fur le
Trône , il l'envoya
chercher
jufqu'en
Allemagne
, où il
s'eftoit engagé au ſervice de
208 MERCURE
l'Empereur. Montroffe ne
balança point fur ce qu'il
avoit à faire. Il fupplia l'Empereur
qui l'avoit fait Grand
Maréchal de l'Empire , de
trouver bon qu'il allaft fervir
fon Prince. L'Empereur loüa
fa fidélité. Il luy permit de
lever des Troupes ; & les
Roys de Suéde , & de Dan..
nemark , luy ayant donné
la mefme liberté dans leurs
Etats , il fit paffer fes premieres
Levées aux Ifles Or
cades , fous les ordres du
Comte de Kennoüil , l'affûrant
qu'il ne manqueroit pas
"
GALANT. 209
de le joindre avec mille Chevaux
& cinq mille Hommes
de pied. Ceux qui compo
foient lesEtats d'Ecoffe , étant
avertis que le Roy avoit envoyé
chercherMontroffe, qui
n'eftoit pas bien dans leurs
efprits , demandérent par un
des Articles de Paix qu'ils
firent avec ce Prince pour
le reconnoiftre, que ce Marquis
ne rentraft point dans
le Royaume. Le Roy nepût
fe réfoudre à l'abandonner.
Il fit voir aux Commiffaires.
envoyez à Breda pour con--
clurre le Traité , qu'il y al-
Février 1685, S
210 MERCURE
loit de fon fervice , de ne
pas laiffer inutile le courage
d'un Homme dont le zéle
& la valeur luy efſtoient connus
par de grandes preuves.
Ces Commiffaires infiftérent
fur leur demande
, & pendant
ce temps , les Troupes
qui eftoient defcenduës aux
Orcades arrivérent , & Montroffe
arriva luy-mefme peu
de temps apres avec un Corps
de quatre mille Hommes.Les
Etats s'en trouvérent alarmez.
Ils avoient plus de
douze mille Soldats fous les
armes , commandez parDavid
GALANT 211
Lelley. Ce Genéral détacha
fix Cornetes de Cavalerie tous
les ordres d'un Colonel Anglois
nommé Stranghan ,pour
aller s'oppofer au paffage du
Marquis de Montrofle. Ils
fe rencontrérent en un lieu
fort avantageux pour la Ca
valerie de Stranghan , qui
l'ayant défait , le fit prisonnier.
On le conduifit à Edimbourg
, les mains liées , &
avec les plus indigne's traitel'on
peut
faire à
mens que
un Criminel
. La Sentence
de mort qui fut exécutée con-
甘ae luy , portoit qu'il ferois
Sij
212 MERCURE
pendu, qu'on mettroit fate ftè
au plus haut lieu du Palais
d'Edimbourg , & que fon
corps partagé en quatre , feroit
expofe fur les Portes des
Villes de Sterling, Glafcovv ,
Perth , & Aberdin . La lec .
ture de cette injufte Sentence
ne l'étonna point. Il dit avec
une fermeté digne de fon
grand courage , que fos Ennemis
en le condamnant ne
luy avoient pas fait tant de
mal qu'ils avoient crû , &
qu'il eftoit faché que fon
corps ne puft eftre partagé en
autant de pieces qu'il y avoir
GALANT. 213
de Villes au Monde , parce
que c'euft efté autant de
Bouches qui auroient parlé
éternellement
de fa fidélité
pour fon Roy. Ce Prince fut
fenfiblement touché de cette
mort, qu'il connut bien qu'on
avoit précipitée de peur qu'il
ne l'empeſchaft
par fon au
torité , ou par fes prieres. Il
fut fur le point de rompre le
Traité de Breda , & tout commerce
avec les Etats d'Ecoffe
, mais la néceffité du
temps & de fes Affaires ne
le permit pas . Il s'embarqua
à Scheveling
le z. de Juin,
214 MERCURE
pour paffer dans ce Royau
me , & eftant arrivé à l'embouchure
de la Riviere de
Spey, il y prit terre. Un grand
nombre des plus confidérables
Seigneurs Ecoffois étant
venu le trouver
lefcorta
jufqu'à Dundée , où il reçût
les Députez chargez de luy
dire que tous fes Peuples
d'Ecoffe le voyoient arriver
avec une joye extréme , &
qu'ils eftoient prefts de donner
leurs biens , leur fang &
leurs vies, pour luy faire avoir
raifon de fes Ennemis. Le
Roy répondit à ce compli
GALANT 215
ment avec de grandes marques
d'affection pour les
Ecoffois; & fes empreffemens
à folliciter les Etats de lever
des Troupes , les y ayant
obligez , les Commiflions furent
données pour ſeize mille
Hommes de pied , & pour
fix mille Chevaux . On fit
le Comte de Leven Genéral
de l'Infanterie , & Holborne
de la Cavalerie , avec Mongommery
& Lefley , & le
Roy fut Genéraliffime . Le
bruit de ces Armemens s'étant
répandu en Angleterre,
Cromvvel qui avoit accepté
216 MERCURE
l'Employ de Farfax, s'avança
entre les Villes d'Edimbourg
& de Leith , où les Troupes
Ecoffoifes s'eftoient retranchées.
Apres deux Combats
donnez , fans nul avantage
pour l'un ny l'autre Party, les
Armées fe rencontrérent le
10. de Septembre prés de
Copperfpec , & vinrent aux
mains avec tant de malheur
pour celle d'Ecoffe , qu'il demeura
de ce cofté là pres de
einq mille Morts fur la place,
avec toute l'Artillerie & tout
le Bagage. Le nombre des
Prifonniers mota à huit mille.
Cette
GALANT. 217
Cette Victoire enfla le courage
de Cromvvel , qui n'eut
pas de peine enfuite de fe
rendre Maistre d'Edimbourg
+
& de Leith. Des fuccez fi
malheureux refroidirent les
Etats. Ils établirent des Comamiffaires
pour régler le nombre
des Domestiques duRoy,
& des Officiers néceffaires à
fon fervice . Ils éloignoient
les Affaires de fa connoiffance,
ne mettoient que de leurs
Créatures aupres de luy , &
ce Prince ne pouvant fouffrir
cet esclavage , réfolut enfin
de fe retirer. Il partit de faint
Fevrier 1685.
T
218 MERCURE
Johnſtons , feulement avec
quatre Hommes , & alla au
Port d'Ecoffe chercher un
azıle chez Milord Deduper,
où il fçavoit qu'il devoit trouver
le Marquis de Huntley;
les Comtes de Seaforth &
d'Atholl ; & plufieurs autres
Seigneurs , qui étoient inviolablement
attachez à luy avec
un Party affez puiſſant. Son
départ ayant fait naiſtre divers
fentimens fur la condui
te qu'on devoit tenir , il fut
réfolu qu'on l'envoyeroit fu
plier de revenir à S.Johnſtons,
pour y recevoir les témoignaGALANT.
219
1
ges du zéle que les Etats
avoient pour fon fervice.
Montgommery Genéral Major
fut honoré de cette Commiffion
. Il fe rendit chez Mi.
lord Déduper , & apres avoir
marqué au Roy le terrible
déplaifir que fon éloigne .
ment avoit caufé aux Etats ,
il le conjura de vouloir bien
le faire ceffer par la
prefence ,
& luy proteſta qu'il ne trouveroit
dans les Ecoffois que
des Sujets tres - foûmis. Le
Roy que l'experience avoit
perfuadé de leur peu de foy,
rejetta d'abord cette priere.
Tij
220 MERCURE
Il dit qu'il étoit las de fouffrir
des Maiftres dans un lieu où
il devoit commander
abfolument
; qu'eſtant né Roy , il
ignoroit comme il falloit
obéir , & qu'il avoit fait affez
d'honneur
aux Etats , pour les
engager à avoir pour luy les
déferences
qui luy étoient
deuës .
dit des chofes fi perfuafives,
& elles furent fi puiffamment
appuyées par le Marquis de
Huntley , que le Roy ſe laiſſa
vaincre. Il confidera qu'un
refus pourroitirriter ces Peuples
dont il devoit tout atten-
Montgommery luy
GALANT. 221
·
dre , & confentit à reprendre
le chemin de S. Johnftons,
Coù il receut des Etats des remercimens
qui luy firent
-perdre toute la crainte qu'il
avoit eue. Ce bonheur ne
dura pas. La divifion fe mit
entre les Generaux des Troupes
, qui avoient effé conjointement
levées par les Etats &
par le Clergé. Le Roy n'oublia
rien de ce qui pouvoit la
faire ceffer , mais il ne put en
venir à bout: Les Anglois en
profiterent. Le Château d'Edimbourg
qui avoit toûjours
refifté , fe rendit par l'infide-
✓ T iij
222 MERCURE
perte
lité de Dundaffe , qui fut féduit
par Cromvvel. Cette
& d'autres progrés que
les Anglois faifoient en Ecoffe
, firent juger aux Erats que
les querelles qui divifoient le
Royaume, ne finiroient point
que par une Autorité Royale.
Afin que tout le monde fuft
obligé de la reconnoiſtre ,
on réfolut de ne point differer
davantage le Couronnement
du Rov. La Cerémonie
s'en fit le 4. Janvier 1651. dans
l'Abbaye de Schoone
་
où
l'on avoit accouftumé de la
faire , & Charles Left le
GALANT. 223
quarante -huitiéme Roy que
l'on y a couronné. Il partit
de S. Jonftons avec une
pompe digne de fon rang.
Il eftoit accompagné de la
Nobleffe , & efcorté de l'Armée.
Milord Angus, en qualite
de Grand Chambellan ,
le reçût dans la Maifon qui
luy avoit efté préparée ; &
le Comte d'Argil , au nont
des Etats , luy fit un Difcours
plein d'affurances tres - ref
pectueuses , & de proteftations
d'une inviolable fidélité.
Apres la Harangue , le
Roy marcha vers l'Eglife,
Tij
224MERCURE
fuivy de tous les Seigneurs
d'Ecoffe , & des Officiers de
fa Maifon , fous un Dais de
Velours cramoify , qui eftoit
porté par quatre Perfonnes
confidérables . Il avoit le
Grand Connétable à fa droite,
& à fa gauche , le Grand.
Maréchal du Royaume . Le
Marquis d'Argil portoit la
Couronne , le Comte de Craford-
Lindley , le Sceptre ; le
Comte de Rothes , l'Epée ,
& le Comte d'Eglinton , les
Eperons . Le Roy , fuivant
l'ufage des Roys fes Prédeceffeurs
, fit le Serment fur.
GALANT. 224
un Trône que l'on avoit élevé
dans cette Eglife. Trois Per
fonnes qui repréfentoient les
trois Etats d'Ecofle , ſe préfentérent
devant luy , fourenant
chacune la Couronne
d'une main. Ils la remîrent
à trois Miniftres députez du
Clergé , dont l'un dit au Roy,
Sire , je vous préfente la Cou
ronne & la Dignitéde ce Royaume,
& s'eftant tourné vers le
Peuple , il ajoûta , Voulez- vous
reconnoiftre Charles II. pour vôtre
Roy, & devenir fes Sujets ?
Le Roy s'eftant auffi tourné
vers le Peuple , ce furens
226 MERCURE
par tour des cris de Vive
Charles II. Les Miniftres luy
ayant enfuite donné l'On
ction Royale , le Comte d'Argil
luy mit la Couronne fur
la tefte , & le Sceptre dans
la main. Son Couronnement
étoufa beaucoup de troubles.
On ordonna de nouvelles
Levées , & l'on fit fortifier
Sterlin .
Cromvvel voyant
l'Armée du Roy prés de cette
Ville où l'on apportoit fa
cilement toute forte de munitions
& de vivres , & apprenant
qu'elle eſtoit dans la
difpofition de marcher vers
GALANT 227
l'Angleterre , fe campa aux
environs d'Edimbourg , afin
de luy en fermer le paffage.
Il voulut engager ce Prince
à un Combat en s'aprochant
à la vue de fon Camp , &
hazarda une Attaque , dans
laquelle il fut repouffé & mis
en defordre . Ce mauvais fuc
cés le fit réfoudre à quiter
la place. Le Roy aprit qu'il
cftoit allé s'emparer de Fife,
& détacha malheureuſement
quatre mille Hommes , que
commandoit le Chevalier
Brovvn. Lambert les ataqua
avec un Party plus fort , &
228 MERCURE
❤
les défit prés de Nefterton
Ce coup , quoy que fort fenfible
au Roy , n'abatit point
fon courage. Il fit aſſembler
le Confeil de Guerre , où les
Capitaines luy ayant repréfenté
que beaucoup de fes
fidelles Sujets qui n'ofoient
fe déclarer en Angleterre,
prendroient fon Party lors
qu'ils l'y verroient entrer à la
tefte d'une Armée. Il réfolut
de le faire fans aucun retar
dement. Il partit de Sterlin
le 10. Aouft , & fitoft qu'il
fut dans le Comté de l'Enclaftre,
il fit publier une Am
GALANT. 229
nittie Genérale , & défendit
"
toutes les hoftilitez que les
Gens de Guerre ont accoûtumé
de commettre lors qu'ils
entrent dans un Païs Ennemy
, afin de montrer par là,
qu'il ne venoit qu'en Prince
qui aimoit le bien de fes Sujets.
Cromvvel le fuivit , &
Lambert voulut luy difputer
le paffage du Pont de Warifton
, mais il ne pût l'empeſcher
d'arriver àWorceſter,
dont les Habitans luy ouvri
rent les Portes le 22. Aouft,
apres luy avoir aidé à chaffer
la Garniſon que les Etats Y
230 MERCURE
avoient mife. Le Roy y ens
tra au milieu des cris de joye,
& y fit celébrer un Jeûne,
qui fat accompagné de Prieres
extraordinaires. Cromvvel
à qui les Paffages étoient
libres , arriva devant la Place
le 2. de Septembre , & fit
attaquer dés le lendemain le
Pont de Hapton , qui en défendoit
l'entrée du cofté de
la Riviere de Saverne. Ce
le Colonel Maffey
Pofte
que
défendit
avec
beaucoup
de
valeur
, fut
enfin
forcé
. La
mefme
chofe
arriva
à un autre
Pont
, appellé
Porvvik
"
GALANT. 231
1
Bridge , encore plus important
que le premier. Le
Duc d'Hamilton fut mortellement
bleffé en le défendant,
& mourut peu de jours
apres de fa bleſſure . Cetavantage
ne laiffa pas de couſter
cher à Cromvel . Le Roy
chargea luy-même fon Quartier
, bleffa de fa main le Capitaine
de fesGardes , & donna
mille preuves de conduite &
de valeur ; mais enfin un
Corps de huit mille Anglois
s'eftant approché de la Ville,
dans le trouble où le mau.
vais fuccés du Combatavoit
232
MERCURE
mis les Habitans , les Rebel
les fe rendirent maîtres d'une
de fes Portes , y traitérent impitoyablement
tout ce qu'ils
trouverent du Party du Roys
& tout ce que pût faire ce
malheureux Prince , fut de
rallier promptement mille
Chevaux , & de fortir fur le
foir par une Porte oppofée
à celle dont les Ennemis s'étoient
emparez . Toute cette
Troupe marcha plus d'une
heure fans fçavoir où elle alloit.
On s'arrefta pour tenir
Confeil. Quelques
- uns propoférent
de gagner quelque·
GALANT 233
Pofte
avantageux , pour y
attendre
le ralliement
des
Fuyards ; mais Milord Wilmot
leur fit connoiftre
qu'il
eftoit impoffible de réfilter
à cinquante
mille Hommesqui
les pourfuivroient
dés le
lendemain , & qu'il faloit fongerfeulement
à mettre le Roy
en fûreté.Le Comte de Darby
fe chargea de luy trouver une
Retraite affurée , & prenant
Wilmot pour
compagnon de
fon entreprife
, il ne voulut
eftre accompagné
que de
denx
Gentilshommes
nommez:
Giffard , & Walker, Le
Fevrier 1685 . V
1234 MERCURE
Roy partit fous la feule ef
corte de ces quatre Hommes
, & ils firent une telle
diligence , que lors que le
jour parut , ils fe trouvérent
à demy- lieue d'un Chateau
nommé Boscobel
, éloigné
de Worcester
de vingt-fix
milles . Comme
on n'y pouvoit
entrer à une heure indue
fans découvrir
le fecret,
Giffard propofa de prendre
la routed
petit Hameau
appellé les Dames Blanches,
où il répondit de la fidélité
d'un Païfan qu'on nommoit
George Pendrille . On alla
GALANT 23
chez luy mettre pied à terre ,
& le malheur du Roy luy fat
confié , ainfi qu'à trois de
fes Freres , qui promirent
tous de périr plûtoft que de
parler. Enfuite on coupa les
cheveux du Prince , il noircit
fes mains , fes habits fu
rent cachez dans la terre , on
luy en donna un de Païfan,
& George Pendrille luy ayant
fait prendre une Serpe , le
mena couper du bois avec
luy . Comme le fejour de ceux
l'accompagnoient pouqui
voit le trahir , ils s'en fop
érent , apres luy avoir u
236 MERCURE
qué par leurs larmes la vive
douleur que
leur caufoit fa
difgrace . A peine le Roy fut
dans la Foreſt , que deux cens
Chevaux arrivérent au même
Hameau . Les Commandans
voulurent d'abord en vifiter
les Maiſons , mais quelques
Femmes leur ayant dit qu'el
les n'avoient
veu que quatre
Hommes à cheval , qui s'étoient
féparez il n'y avoit
que deux heures , & avoient
pris diférentes routes , ils crûrent
que le Roy eftoit un
de ces Fuyards , & ayant fait
quatre Efcadrons de leurs
GALANT. 237
Troupes , ils prirent tous des
chemins divers. Ce Prince
paffa le jour dans le Bois , &
revint le foir avec Pendrille .
Comme il eftoit réfolu de fe
retirer au Païs de Galles , il
fe fit conduire cette mefme
nuit chez un Gentilhomme
nommé Carelos , dont il con
noiffoit la fidélité . Quoy qu'il
y
euft trois lieuës du Hameau
à la Maifon de ce Gentilhomme
, il les fit à pied avec
ardeur , & luy communiqua
le deffein où il eftoit de paf
fer la Riviere de Saverne.
Carelos l'en détourna ne luy
238 MERCURE
apprenant que tous les Paf
fages en eftoient gardez , &
la nuit fuivante
il le remena.
chez le Païſan qui l'avoit déja
caché. Pendrille craignant
que l'habit de Bucheron ne
trompaſt pas les Habitans du
Hameau , qui pouvoient le
remarquer
, luy propofa un
plus fûr azile. Il y avoit dans
le Bois un Chefne que la Nature
ſembloit avoir fait pour
un deffein extraordinaire
. Il
eftoit fi gros , & toutes fes
branches eftoient fi toufuës,
que vingt Hommes auroient
pû eftre deffus , fans qu'on
GALANT 239
les cuft découverts . Il pria
le Roy d'y vouloir monter ;
ce qu'il fit avec Carelos . Ils
s'y ajustérent fur deux Oreillers
, & y pafférent le jour,
fans autre nourriture
que du
Pain & une Bouteille d'Eau,
Ce Chefne a depuis efté nommé
le Chefne Royal . La nuit
ils retournérent dans la Maifon
de Pendrille . Le Roy y
trouva un Billet de Milord
Wilmot, par lequel il le prioit
de fe rendre chez un Gentilhomme
apellé Witgraves.
Le Roy partit auffi- toft, apres
avoir congedié Carelos . Il fit
240 MERCURE
ce petit Voyage , accompa
gné des quatre Freres , &
monté fur le Cheval d'un
Meulnier. Lajoyede Wilmot
fut grande lors qu'il vit fon
Prince . Il luy dit qu'il n'y avoit
aucune affurance pour fa vie,
s'il ne fortoit du Royaume, &
qu'il avoit pris des mefures
avec Witgraves pour
duire à Bristol, que Mademoi
felle Lane,Fille du Colonel de
ce nom , y devoit aller pour
les Couches d'une Soeur , &
qu'en qualité de Domeſtique
il la porteroit en croupe. La
chole fut fort bien exécutée,
Quelques
le conGALANT.
241
Quelques jours auparavant,
çette Demoiſelle avoit obtenu
un Pafleport pour aller à Briftol
avec un Valet. Elle étoit
adroite & fpirituelle , & déguifa
fi bien le Roy en luy la
vant le vifage d'une Eau dans
laquelle elle avoit fait bouillir
des écorces de noix , & d'au
tres drogues , qu'il eftoit
difficile de le réconnoiftre .
On luy donna un Habit conforme
à ce nouveau Perfonnage
, que la fortune luy faifoit
jouer, & dans cet état ils
prirent le chemin de Briſtol.
Wilmot feignant de chaffer
Fevrier
1685. X
242 MERCURE
un Oyſeau fur le poing , les
accompagna jufques à Brons
graves. Le Cheval du Royys
perdit un fer , & il falut luy
en faire mettre un autre. On
s'adreffarà un Maréchal , qui
en ble ferrant demanda des
nouvelles du Roy , au Roy
mefme. Le Prince ayant répondu
qu'il le croyoit en
Ecoffe , le Maréchal ajoûta
qu'affeurément il étoit caché
dans quelque Maifon d'Angleterre
, & qu'il cuft bien
voulu le découvrir parce
qu'il n'auroit plus à fe mettre
en peine de travailler , s'il
GALANT. 243
trouvoit moyen de le livrer
aux Etats . Cette converfation
finie , le Roy continua
fon chemin , avec la Demor
felle qu'il portoit toûjours en
croupe. Peu de temps apres
à l'entrée d'un Bourg, quel
ques Cavaliers envoyez pour
l'arrefter, vinrent à luy , & len
regardant attentivement , ce
luy qui les commandoit leur
dit qu'ils le laiffaffent paffer,
& que ce n'étoit pas ce qu'ils
cherchoient.
Eftant enfin arrivez chez
M'Norton à trois miiles de
Bristol , le Roy feignit de fe
X
ij
244 MERCURE
trouver mal , & Mademoiſelle
Lane qui paffoit pour la Maitreffe
, luy fit donner une
Chambre . Le lendemain un
Sommelier nommé Jean Pope
, qui avoit long- temps fervy
dans les Armées du feu
Roy , démefla les Traits du
Prince dans ceux du Conducteur
de Mademoiſelle Lane,
& l'ayant prié de defcendre
dans la Cave , il luy prefenta
du Vin , mit enfuite un genoüil
en terre , & luy fit de fi
ardentes proteftations de fidelité
, que le Roy le chargea
du foin de luy chercher un
GALANT. 245
Vaiffeau pour paffer en France
, mais il luy fut impoffible
de s'embarquer à Bristol . Milord
Wilmot l'étant venu joindre
, le conduifit chez le Co.
lonel Windhams , dans le
Comté de Dorfet. Ilssyy furent
trois femaines , attendant les
facilitez d'un Paffage à Lime.
Il y eut encore un fecond obftacle.
Un Capitaine dont on
s'étoit affeuré, manqua de parole
, & pour nouvelle difgra
le Cheval de Milord Wilce,
mot s'étant déferré , le Maréchal
connur aux clouds , que
celuy qui le montoit venoit
X
iij
246 MERCURE
C
du cofté du Nord , & le bruit
fut auffi toft répandu que le
Roy y étoit caché . Cela l'obligea
de fe rendre à Bridport
fans aucun retardement. La
nuit fuivante , il arriva à Braadvvindfor
, ou quantité de
Soldats qui s'embarquoient,
l'ayant mis dans la néceffité
de fe cacher, il retourna chez
le Colonel Windhams , avec
lequel il trouva à propos d'al
ler chez M' Hides , du cofté
de Salisbury. Eftant arrivez
à Mere, ils defcendirent à l'1-
mage S George. L'Hofte qui
connoiffoit le Colonel ,voyant
GALANT. 247
le Roy debout dans la poſture
d'un Domestique,luy demanda
fi c'étoit un de fes Gens.
Enfuite il porta la Santé du
Roy au Colonel. Ils fe rendirent
de là chez M'Hides ; mais
quoy qu'on puft faire , il fur
impoffible de trouver unVaiſ
feau dans tous les environs
de la Mer , du cofté de Southompton,
M' Philips que l'on
avoit envoyé pour cela , rencontra
le Colonel Gunter, qui
fe chargea de tenir une Barque
prefte à Britemhfthed en
Suffex. Le Roy s'y rendit en
diligence & y trouva Milord
X iiij
248 MERCURE
;
Wilmot & Maumfel Mar
chand , dont Gunter s'étoit
fervi pour le fuccés de fon en.
trepriſe . Le Capitaine du Vaifſeau
, nommé Tetershall , fe
mit à table avec le Roy &
Milord Wilmot. Comme il
avoit vû ce Prince aux Du
nes , il le reconnur, & s'apro
chant de l'oreille du Milord;
Vous avez des Domestiques de
bonne Maison , luy dic il , & je
croy qu'il y a peu de Gentils
hommes en Europe auffi bien fer
ruis que vous . Il ne perdit point
de temps. Il donna ſes ordres
pour l'embarquement ; & le
GALANT. 249
Vaiffeau fe mit en Mer le 20.
Octobre à cinq heures du
matin. Dans le Trajer un Matelot
prenant du Tabac , & le
Capitaine connoiffant que la
fumée incommodoit Sa Majefté,
il le gronda , & luy or
donna de fe retirer . Le Matelot
le fit avec peine , & luy
répondit en murmurant par
une façon de parler Angloife
, Qu'un Chat regardoit bien
in Roy. Le Voyage fe fit
fans obftacle . On arriva à
Fécamp en Normandie , où
le Milord qui n'avoit rien dit
jufque- là , avoua au Capitai250
MERCURE
ne que c'étoit le Roy qu'il
avoit paffé. Il fe jetta aux
pieds de fon Prince , qui luy
promit de récompenter un
jour fa fidelité. Le Roy ayant
changé d'habits à Rouen , où
il demeura peu de temps
chez M'Scot, vint à Paris attendre
les Révolutions qui
font ordinaires à la tyrannie.
Olivier Cromvvel, déclaré
Protecteur des trois Royaumes
en 1653. mourut en 1658
Apres fa mort on donna la
mefme qualité à Richard fon
Fils ; mais eftant incapable
de la foûtenir , le Parlement
GALANT 251
luy fit demander fa démif
fion , & il la donna . Le Ges
néral Monk fe fervit avec
tant de zéle , de prudence &
de conduire , des difpofitions
où il voyoit les efprits pour
le rétabliffement de la Monarchie,
qu'il fut réfolu qu'on
rappelleroit le Roy. Le Par
lement luy dépeſcha le 19. de
May 1660. un Gentilhomme
nommé Kilgrevv , pour luy
porter la nouvelle de fa Proclamation
, qui avoit efté faite
à Londres ce mefme jour ,
& ayant donné ordre à l'Amiral
Montagu de fe mettre en
252 MERCURE
mer pour aller le recevoir fur
les Coftes de Hollande , il
nomma dixhuit , Commiffaires
, fix de la Chambre des
Pairs , & douze de la Chambre
des Communes
, pour
le fapplier de venir prendre
poffeflion de fes trois Royau
mes. La Ville de fon cofté
choifit vingt de fes plus illuftres
Habitans
, pour luy
aller rendre les mefmes devoirs.
Tous ces Députez furent
favorablement reçûs à
la Haye , où le Roy eftoit
alors . Ce Prince en partit le
2. de Juin , &le Vaiffeau furGALANT.
253
lequel il s'embarqua , parut
au Port de Douvres deux
jours apres , 4 du mefme
mois. Il y fut reçû par Monk,
qui fe mit d'abord à genoux.
Le Roy le releva en l'embraffant
, & en l'appellant fon
Pere. Apres une conférence
d'une demie heure qu'il eut
avec luy en particulier , ce
Prince fe mit fous un Dais
qui eftoit tendu au bord de
lå Mer, fous lequel les Ducs
d'York , & de Gloceſter , fes
Freres, fe mirent auffi Ils reçûrent
là les refpects de laNobleffe,
& mótérent enfuite en
254 MERCURE
Carroffe, où le Genéral Monk
prit place , auffi-bien que le
Duc de Buckincam. Dans
le chemin de Cantorbery ils
trouvérent quelques vieux
Régimens , avec les Compagnies
de la Nobleffe en
Bataille. Le Roy monta à
cheval , & y fit fon Entrée
à leur tefte . Pendant fon féjour
dans cette Ville , il donna
l'Ordre de la Jarretiere au
Genéral Monk. Elle luy fuc
attachée par les Ducs d'York
& de Glocefter. Le Duc de
Southampton y reçût le même
honneur ; mais il y cut
GALANT. 255
·
cette diférence , que ce fut
feulement un Héraut qui luy
mit l'Ordre. Peu de jours
apres le Roy fit fon entrée à
Londres . Elle fut fort éclatante.
Plufieurs Troupes de
Gentilshommes & de Bour-
>
geois richement vétus , & fu
perbement montez mar
choient devant luy. Celle qui
l'environnoit étoit compofée
des Herauts, des Porte-Maffe ,
du Maire qui étoit teſte nuë
avec l'épée Royale à la main ,
du General Monk , & du Duc
de Buckincam
. qui le precédoient
auffi tefte nue. Il mar
256 MERCURE
•
choit entre les Ducs d'Yorck
& de Glocefter , & à pei
ne eut-il mis pied à terre à
Witheal , qu'au lieu de fe rafraîchir
, il alla au Parlement.
Il entra dans la Chambre des
Pairs , manda celle des Com
munes , & les voyant affenblez
, il les affeura qu'il fe
fouviendroit toûjours de la
fidelité qu'ils avoient gardée
pour fon fervice , & les pria
tous d'agir pour le foulage.
ment de fon Peuple. Il fut
Couronné en 1661 dans la
mefme Ville , avec une Pompe
extraordinaire , & l'année
GALANT 257
fuivante, il épousa Catherine,
Infante de Portugal , Fille de
Jean IV. & Soeur du Roy Alphonfe
VI. C'est une Princeffe
dont la vertu & la pieté,,
vont au delà de tout ce qu'on
en peut dire. Il s'eft depuis :
appliqué avec de grands foinsà
étouffer les defordres que
les Factieux tâchoient de fai
re revivre. Il en eft venu à
bout, & a remporté de grands
avantages fur les Hollandois ,,
en deux diverfes rencontres.
Une preuve incóteftable dess
grandes qualitez de ce Monarque
, c'est qu'il s'eftoire
Fevrier 1685,
Y
218 MERCURE
1
acquis l'amitié du Roy. Je
viens aux particularitez de fa
pg zed eated xusb. sb
mort.
+
97 Le Dimanche au foir 11. de
ce mois , il parut dans une
parfaite fanté, & plus gay qu'à
l'ordinaire. Il eut la nuit de
grandes inquietudes , & fon
fommeil fut interrompu . Il
ne voulut neanmoins appeller
perfonne , & s'eftant levé
dés fept heures du matin , il
demanda qu'on luy fiſt le
poil. A peine luy eut on mis
un Peignoir, qu'un fort grand
treffaillement luy fit pouffer
avec force les coudes en ar
A
GALANT
259
&
riere.
fois , Mon Il cria trots
Dies & demeura
enfuite
prés
de deux heures
fans pouvoir
parler. Un Valet de Chambre
courut
à l'Apartement
de
Monfieur
le Duc d'York
,
luy dit que l'on croyoit
le
Roy mort. Ce Duc vint toute
effrayé, & en Robe de Cham--
bre. On faigna le Roy deux:
fois , on luy appliqua
des
Vantoufes
, & on luy donna:
un Vomitif
, La connoiffance
kay revint un peu , & il de--
manda
à boire. On eut quelque
efpérance
de fa guériſon
,
jufqu'au
Mercredy
au foir
Y it
260 MERCURE
Cependant le mal l'ayant re
pris avec plus de violence , il
mourut le Vendredy 16. entre
onze heures & midy . Il
n'a eu aucuns Enfans de la
Reyne , mais il en a laiffé de
naturels , qui font
Jacques Scotty Duc de
Montmouth, Comte de Dun .
cafter , & de Dolkeith , Chevalier
de la Jarretiere , & c.
"Charles Lenox , Duc de
Richemont , Fils de la Du--
cheffe de Porthmouth ..
Charles Filts Roy, Duc de
Southampton.
Henry Files Roy , Duc de
GALANT.: 261
Grafton , qui a épousé en
1672. la Fille unique de Henry
2 Baron d'Arlington ,Secretaire
d'Etat.
-Georges
Filts Roy, Comte
de Northumberland
.
"
Anne Filts Roy , qui a
-époufé Thomas Leonard ,
Comte de Suffeк ; tous Enfans
de Barbe Villiers , Ducheffe
de Cleveland , Comteffe
de Caftelmene, Baronne
deNonfuch,& Fille du Comte
de Grandiffon.
Charles Filts Charles ,Comte
de Plimouth , Filts de Mademoiſelle
de Kyroüel , Du262
MERCURE
*
cheffe de Portzhmouth , &
Comteffe d'Aubigny. I a
épouté une Fille de Thomas
Ofborn , Comte de Damby,
Grand Tréforier d'Angle
terre. 968
3 Charlote Filts Roy , qui
a époufé le Comte de Lieghfield
.
Barbe Filts - Roy.
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Résumé : Mort du Roy d'Angleterre, [titre d'après la table]
Après l'exécution de Charles Ier, plusieurs événements marquent les tentatives de restauration de la monarchie anglaise. Le Duc d'York, futur Jacques II, s'évade déguisé et rejoint Middelbourg. Un imposteur prétendant être le Prince de Galles est arrêté, tandis que le véritable prince publie un manifeste en Hollande. Charles II, après la mort de son père, cherche à rallier des soutiens en Angleterre et en Écosse. Cependant, après une défaite à Worcester, il doit fuir et trouve refuge à Boscobel. Déguisé en paysan, il échappe à ses poursuivants avec l'aide de loyaux sujets comme George Pendrille et se cache dans un chêne, désormais connu sous le nom de 'Chêne Royal'. Charles II parvient finalement à embarquer pour la France. Après la mort d'Olivier Cromwell et l'échec de son fils Richard, Charles II retourne en Angleterre. Il est accueilli triomphalement à Londres en 1660 et couronné en 1661. L'année suivante, il épouse Catherine de Portugal. Son règne est marqué par des troubles réprimés et des victoires contre les Hollandais. Charles II meurt subitement le 16 septembre, laissant plusieurs enfants naturels issus de différentes maîtresses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 279-281
« Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Début :
Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Valeurs, Naissance, Mariage, Anne Hyde, Comte, Enfants, Princesse, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Le nouveau Roy a de la
valeur , & de l'intrepidité. Il
eft ferme dans fes réſolutions,
& garde inviolablement fa
parole. Il nâquit le 14. Octobre
1633. & en 1660. il épouſa
Anne Hyde , Fille du Milord
Edouard Hyde , grand Chan280
MERCURE
celier d'Angleterre , & depuis
Comte de Clarendon , dont
il a eu plufieurs Fils qui n'ont
point vécu. Il luy eft feulement
refté deux Filles de ce
Mariage , fçavoir Marie Prin
ceffe d'York , qui en 1677.
époufa Guillaume Henry de
Naffau , Prince d'Orange , &
Anne Princeffe d'York , mariée
depuis peu de temps au
Prince George, Frere du Roy
de Dannemark . Madame la
Ducheffe d'York étant morte
le 10. Avril 1671. il épouſa en
fecondes Nopces le 30. Septembre
1673. Marie Eleonor
GALANT : 281
d'Efte , Princeffe de Modene,
Fille du Duc François. C'eſt
le charme de toute l'Angle
terre. Elle méne une vie
exemplaire , & l'ambition n'a
jamais efté capable de luy
faire faire aucune fauffe dé
marche.
valeur , & de l'intrepidité. Il
eft ferme dans fes réſolutions,
& garde inviolablement fa
parole. Il nâquit le 14. Octobre
1633. & en 1660. il épouſa
Anne Hyde , Fille du Milord
Edouard Hyde , grand Chan280
MERCURE
celier d'Angleterre , & depuis
Comte de Clarendon , dont
il a eu plufieurs Fils qui n'ont
point vécu. Il luy eft feulement
refté deux Filles de ce
Mariage , fçavoir Marie Prin
ceffe d'York , qui en 1677.
époufa Guillaume Henry de
Naffau , Prince d'Orange , &
Anne Princeffe d'York , mariée
depuis peu de temps au
Prince George, Frere du Roy
de Dannemark . Madame la
Ducheffe d'York étant morte
le 10. Avril 1671. il épouſa en
fecondes Nopces le 30. Septembre
1673. Marie Eleonor
GALANT : 281
d'Efte , Princeffe de Modene,
Fille du Duc François. C'eſt
le charme de toute l'Angle
terre. Elle méne une vie
exemplaire , & l'ambition n'a
jamais efté capable de luy
faire faire aucune fauffe dé
marche.
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Résumé : « Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Le nouveau roi d'Angleterre, né le 14 octobre 1633, est connu pour sa valeur et son intrepidité. Il épousa Anne Hyde en 1660, avec qui il eut deux filles : Marie et Anne. Après le décès d'Anne en 1671, il se remaria avec Marie Éléonore d'Este en 1673. Cette dernière est admirée pour sa vie exemplaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 281-285
Origine de la Maison de Stuart, [titre d'après la table]
Début :
Il ne reste à vous apprendre de quelle maniere la Maison [...]
Mots clefs :
Maison de Stuart, Maison royale d'Angleterre, Couronne, Succession, Mariage, Écosse, Rois, Irlande, Décès, Deuil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Origine de la Maison de Stuart, [titre d'après la table]
Il ne refte à vous apprendre
de quelle maniere la Maiſon
de Stuart , qui eft là Maiſon
Royale d'Angleterre , eft venue
à la Couronne. Robert
Bruys , I de ce nom , étant
Roy d'Ecoffe par Succeffion ,
Jean de Bailleul la luy difputa
, & l'emporta , ce qui fus
Fevrier 1685.
Aa
282 MERCURE
"
la
cauſe que l'Ecoffe devint
proye des Anglois . Robert
la reconquit , regna 23. ans, &
mourut en 1329. laillant David
II. & Marie. David étant
mort fans Enfans , Marie fa
Soeur herita de la Couronne.
Elle avoit épousé Walter , ou
Gautier Stuard , grand Senéchal
d'Ecoffe , dont elle eut
un Fils , qui fut d'abord nommé
Jean , mais les Ecoffois
avoient eu tant de mépris
pour Jean de Bailleul , que
ne croyant pas ce nom fortuné
, ils l'obligerent à prendre
celuy de Robert. Ce Ro
ལ
GALANT. 283
> bert Stuard II. du nom eut
Robert III. pour Fils , dont
les deſcendans ont efté Ja
ques I. Jaques II. Jaques IIF
Jaques IV. & Jaques V. Roys
d'Ecoffe . Ce dernier épou
fa Marguerite d'Angleterre ,
Soeur de Henry VIII . Pere de
la Reyne Elizabeth , dont il
eut Marie Stuard , mariée en
premieres Nopces à Fram
çois II. Roy de France , & en
fecondes Nopces , à Henry
Stuard fon Parent . Jaques VI.
Roy d'Ecoffe , fortit de ce
mariage . Elizabeth , qui étoit
fa Tante , à la mode de Bre-
A a i
284 MERCURE
་
tagne , étant morte en 1603
il herita de la Couronne
d'Angleterre , & ayant uny
ce Royaume à ceux d'Irlan
de & d'Ecoffe , il prit le nom
de Jaques I. avec le Tître de
Roy de la Grand' Bretagne .
C'étoit le Grand Pere du Roy
qui vient de mourir. La nouvelle
de fa mort étant vénuë
en France , Sa Majefté en témoigna
beaucoup de dou .
leur, & dit qu'Elle perdoit un
bon Parent , un bon Amy , &
un bon Voifin. Elle fit ceffer
pour quelque temps les divertiffemens
du Carnaval , &
GALANT. 285
Fon ne fit point la grande
Mafcarade que l'on avoit
préparée , & qui devoit étre
faite le jour qu'on apprit
cette nouvelle . Toute la Cour
eft prefentement en deuil.
de quelle maniere la Maiſon
de Stuart , qui eft là Maiſon
Royale d'Angleterre , eft venue
à la Couronne. Robert
Bruys , I de ce nom , étant
Roy d'Ecoffe par Succeffion ,
Jean de Bailleul la luy difputa
, & l'emporta , ce qui fus
Fevrier 1685.
Aa
282 MERCURE
"
la
cauſe que l'Ecoffe devint
proye des Anglois . Robert
la reconquit , regna 23. ans, &
mourut en 1329. laillant David
II. & Marie. David étant
mort fans Enfans , Marie fa
Soeur herita de la Couronne.
Elle avoit épousé Walter , ou
Gautier Stuard , grand Senéchal
d'Ecoffe , dont elle eut
un Fils , qui fut d'abord nommé
Jean , mais les Ecoffois
avoient eu tant de mépris
pour Jean de Bailleul , que
ne croyant pas ce nom fortuné
, ils l'obligerent à prendre
celuy de Robert. Ce Ro
ལ
GALANT. 283
> bert Stuard II. du nom eut
Robert III. pour Fils , dont
les deſcendans ont efté Ja
ques I. Jaques II. Jaques IIF
Jaques IV. & Jaques V. Roys
d'Ecoffe . Ce dernier épou
fa Marguerite d'Angleterre ,
Soeur de Henry VIII . Pere de
la Reyne Elizabeth , dont il
eut Marie Stuard , mariée en
premieres Nopces à Fram
çois II. Roy de France , & en
fecondes Nopces , à Henry
Stuard fon Parent . Jaques VI.
Roy d'Ecoffe , fortit de ce
mariage . Elizabeth , qui étoit
fa Tante , à la mode de Bre-
A a i
284 MERCURE
་
tagne , étant morte en 1603
il herita de la Couronne
d'Angleterre , & ayant uny
ce Royaume à ceux d'Irlan
de & d'Ecoffe , il prit le nom
de Jaques I. avec le Tître de
Roy de la Grand' Bretagne .
C'étoit le Grand Pere du Roy
qui vient de mourir. La nouvelle
de fa mort étant vénuë
en France , Sa Majefté en témoigna
beaucoup de dou .
leur, & dit qu'Elle perdoit un
bon Parent , un bon Amy , &
un bon Voifin. Elle fit ceffer
pour quelque temps les divertiffemens
du Carnaval , &
GALANT. 285
Fon ne fit point la grande
Mafcarade que l'on avoit
préparée , & qui devoit étre
faite le jour qu'on apprit
cette nouvelle . Toute la Cour
eft prefentement en deuil.
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Résumé : Origine de la Maison de Stuart, [titre d'après la table]
Le texte décrit l'ascension de la Maison de Stuart au trône d'Angleterre. En février 1685, Robert Bruce reconquit le royaume d'Écosse après une dispute avec Jean de Bailleul. À la mort de Robert, son fils David II monta sur le trône mais mourut sans héritier. Sa sœur Marie, mariée à Walter Stuart, hérita de la couronne. Leur fils, initialement nommé Jean, prit le nom de Robert Stuart II. Les descendants de Robert Stuart II incluent Jacques I, Jacques II, Jacques III, Jacques IV et Jacques V, rois d'Écosse. Jacques VI, roi d'Écosse, épousa Marguerite d'Angleterre, sœur de Henri VIII. Leur fille, Marie Stuart, fut mariée à François II de France puis à Henri Stuart. À la mort d'Élisabeth Ire d'Angleterre en 1603, Jacques VI hérita de la couronne d'Angleterre, unifiant les royaumes d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse sous le titre de Jacques I. Le texte mentionne également la réaction de la cour de France à la mort du roi Jacques II, exprimant une grande douleur et suspendant les divertissements du carnaval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 299-308
Morts, [titre d'après la table]
Début :
J'ay encore quelques morts à vous apprendre. Je commence [...]
Mots clefs :
Morts, Marquis de Vitry, Baron, Seigneur, Ambassade de Pologne, Duc, Chevalier, Capitaine, Maison de Lhôpital, Charges, Gouverneurs, Marquis de Vandeuvre, Décès, Fils, Filles, Conseiller, Parlement, Seigneur de Villebon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Jay encore quelques morts
à vous apprendre. Je com
mence par celle de Meffire
300 MERCURE
Nicolas Louis de Lhôpital,
Marquis de Vitry , Baron du
Pleffis aux Tournelles , Seigneur
de Morvilliers , & c. Il
a fait connoiftre fon efprit
& fa conduite en divers Employs
, qu'il a pleu au Roy de
luy confier , & fur tout en fon
Ambaffade de Pologne . Il n'a
point laiffé d'Enfans , le ſeul
Fils qu'il avoit eu étant mort
en fon bas âge . Il étoit Frere
du dernier Duc de Vitry , qui
n'a laiffé qu'une Fille , Marie
Françoife Elizabeth de Lhôpital
, mariée à M' le Marquis
de Torcy , de la Maiſon de la
GALANT. 301
Tour, un Fils qu'il avoit étant
mort avant luy par un accident
funcfte. Ce Duc & ce
Marquis de Vitry , étoient
tous deux Fils de Meffire Nicolas
de Lhôpital , Marquis,
puis Duc de Vitry , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur
de Provence. Il avoit efté auparavant
Capitaine des Gardes
de Sa Majefté, & avoit un
Frere connu fous le nom du
Maréchal de Lhôpital , Gouverneur
de Paris , & Chevalier
des Ordres du Roy , qui avoit
auffi efté Capitaine des Gar302
MERCURE
des du Corps . Le Pere de ces
deux Maréchaux de France,
étoit Meffire Louis de Lhô.
pital , Seigneur de Vitry , Capitaine
des Gardes du Corps.
La Branche des Seigneurs de
Vitry , eft la derniere de la
Maiſon de Lhôpital, dont les
Ainez font Marquis & Comtes
de Lhôpital. Les Marquis
de Sainte Meſme , en font les
premiers Cadets. Cette Maifon
eft trés ancienne, établie
en France il y a prés de quatre
fiécles . On la croit iffue
des anciens Seigneurs de
Lhôpitalet , au Royaume de
•
GALANT. 303
Naples . Elle a eu en France
de tres grands employs , &
l'on y trouve des Chambellans
de nos Roys , des Grands
Mailtres des Eaux & Forefts ,
un grand Maiſtre de la Reyne
Ifabeau de Baviere , des Generaux
d'Armées , des Gou
verneurs de Villes & de Provinces
, des Capitaines de
Gendarmes , des Chevaliers
des Ordres , des Confeillers
de Roys , des Gouverneurs
des Enfans de France , des
Chevaliers d'Honneur des
Reynes , des Maréchaux de
France , &c. Elle eft alliée
304 MERCURE
aux plus illuftres Maiſon's du
Royaume , comme Bracque ,
le Bouteiller de Senslis ,
Courtenay- Blaineau , Rou
hauft , Laval , Coffe , Bruges,
Beauvau , la Mark , Mouſtiers,
Montmirail Huraut
, la
Tour , Do , la Chaftre , Brichanteau
, Levis , Pot , & c.
Ses Armies font , De gueule au
Coq d'argent , armé, cretté,
barbelé d'or. Les diverfes Branches
ont pris diverſes brifu
res .
I
>
عوم
Meffire Jean François de
Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Baron de Couchey,
GALANT. 305
Vicomte de Troye , Cornetre-
Blanche de France , & cy
devant Grand Tranchant du
Roy , eft mort auffi depuis
peu de temps. Il laiffe un Fils
& deux Filles , de feue Dame.
Françoiſe Henriette du Mefnil-
Simon de Beaujeu , fçavoir
Charles Hubert de Megrigny,
Marquis de Vandeuvre , Baron
de Beaujeu , Gabrielle de
Megrigny , & Marie Françoife
de Megrigny.. M' le Marquis
de Vandeuvre qui vient
de mourir , étoit Fils de Mef
fire Jean de Megrigny , Marquis
de Vandeuvre, Vicomte
Fevrier 1685.
Cc
306 MERCURE
de Troye , Baron de Colom
bey , premier Preſident au
Parlement de Provence , puis
Confeiller d'Etat, & de Dame
Renée de Bucy , & petit Fils
de Jean de Megrigny , Vicomte
de Troye & de Briel,
& de Dame Marie Bouguier
Fille de Chriſtophe Bouguier;
Seigneur d'Echarfon , Confeiller
au Parlement , & de
Dame Marie Chartier , Dame
d'Alainville , de la Famille
des Fondateurs , de la Maifon
& College de Boiffy.
Feu M' de Mégrigny , Confeiller
d'Etat , avoit cinq Fre
GALANT. 307
res; Louis de Mégrigny,Chevalier
de Malte ; Jacques de
Mégrigny , Baron de Bonivet,
Préfident au Mortier du
Parlement de Paris, puis Con
feiller d'Honneur dans le même
Parlement ; Mathieu de
Mégrigny , Abbé de Pontigny
, Nicolas de Mégrigny,
Prieur de Souvigny , Chanoine
de l'Eglife de Paris ,,
Avocat Genéral en la Cour
des Aydes ; & François de
Mégrigny , Comte de Briel,
& d'Alainville
, De Mégrigny
porte d'argent au Lion de
fable...
Cc ij
3c8 MERCURE
Ces morts ont efté fuivies
de celle de Meffire Chriftophe
de Mallebranche , Seigneur
de Villebon . Il eftoit
Frere de M' de Mallebranche
Confeiller au Parlement , fi
eftimé par l'exacte aplication
qu'il a aux Affaires , & du
Pere de Mallebranche , Prêtre
de l'Oratoire , que tant
de doctes Ecrits ont rendu
celebre .
à vous apprendre. Je com
mence par celle de Meffire
300 MERCURE
Nicolas Louis de Lhôpital,
Marquis de Vitry , Baron du
Pleffis aux Tournelles , Seigneur
de Morvilliers , & c. Il
a fait connoiftre fon efprit
& fa conduite en divers Employs
, qu'il a pleu au Roy de
luy confier , & fur tout en fon
Ambaffade de Pologne . Il n'a
point laiffé d'Enfans , le ſeul
Fils qu'il avoit eu étant mort
en fon bas âge . Il étoit Frere
du dernier Duc de Vitry , qui
n'a laiffé qu'une Fille , Marie
Françoife Elizabeth de Lhôpital
, mariée à M' le Marquis
de Torcy , de la Maiſon de la
GALANT. 301
Tour, un Fils qu'il avoit étant
mort avant luy par un accident
funcfte. Ce Duc & ce
Marquis de Vitry , étoient
tous deux Fils de Meffire Nicolas
de Lhôpital , Marquis,
puis Duc de Vitry , Maréchal
de France , Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur
de Provence. Il avoit efté auparavant
Capitaine des Gardes
de Sa Majefté, & avoit un
Frere connu fous le nom du
Maréchal de Lhôpital , Gouverneur
de Paris , & Chevalier
des Ordres du Roy , qui avoit
auffi efté Capitaine des Gar302
MERCURE
des du Corps . Le Pere de ces
deux Maréchaux de France,
étoit Meffire Louis de Lhô.
pital , Seigneur de Vitry , Capitaine
des Gardes du Corps.
La Branche des Seigneurs de
Vitry , eft la derniere de la
Maiſon de Lhôpital, dont les
Ainez font Marquis & Comtes
de Lhôpital. Les Marquis
de Sainte Meſme , en font les
premiers Cadets. Cette Maifon
eft trés ancienne, établie
en France il y a prés de quatre
fiécles . On la croit iffue
des anciens Seigneurs de
Lhôpitalet , au Royaume de
•
GALANT. 303
Naples . Elle a eu en France
de tres grands employs , &
l'on y trouve des Chambellans
de nos Roys , des Grands
Mailtres des Eaux & Forefts ,
un grand Maiſtre de la Reyne
Ifabeau de Baviere , des Generaux
d'Armées , des Gou
verneurs de Villes & de Provinces
, des Capitaines de
Gendarmes , des Chevaliers
des Ordres , des Confeillers
de Roys , des Gouverneurs
des Enfans de France , des
Chevaliers d'Honneur des
Reynes , des Maréchaux de
France , &c. Elle eft alliée
304 MERCURE
aux plus illuftres Maiſon's du
Royaume , comme Bracque ,
le Bouteiller de Senslis ,
Courtenay- Blaineau , Rou
hauft , Laval , Coffe , Bruges,
Beauvau , la Mark , Mouſtiers,
Montmirail Huraut
, la
Tour , Do , la Chaftre , Brichanteau
, Levis , Pot , & c.
Ses Armies font , De gueule au
Coq d'argent , armé, cretté,
barbelé d'or. Les diverfes Branches
ont pris diverſes brifu
res .
I
>
عوم
Meffire Jean François de
Megrigny , Marquis de Vandeuvre
, Baron de Couchey,
GALANT. 305
Vicomte de Troye , Cornetre-
Blanche de France , & cy
devant Grand Tranchant du
Roy , eft mort auffi depuis
peu de temps. Il laiffe un Fils
& deux Filles , de feue Dame.
Françoiſe Henriette du Mefnil-
Simon de Beaujeu , fçavoir
Charles Hubert de Megrigny,
Marquis de Vandeuvre , Baron
de Beaujeu , Gabrielle de
Megrigny , & Marie Françoife
de Megrigny.. M' le Marquis
de Vandeuvre qui vient
de mourir , étoit Fils de Mef
fire Jean de Megrigny , Marquis
de Vandeuvre, Vicomte
Fevrier 1685.
Cc
306 MERCURE
de Troye , Baron de Colom
bey , premier Preſident au
Parlement de Provence , puis
Confeiller d'Etat, & de Dame
Renée de Bucy , & petit Fils
de Jean de Megrigny , Vicomte
de Troye & de Briel,
& de Dame Marie Bouguier
Fille de Chriſtophe Bouguier;
Seigneur d'Echarfon , Confeiller
au Parlement , & de
Dame Marie Chartier , Dame
d'Alainville , de la Famille
des Fondateurs , de la Maifon
& College de Boiffy.
Feu M' de Mégrigny , Confeiller
d'Etat , avoit cinq Fre
GALANT. 307
res; Louis de Mégrigny,Chevalier
de Malte ; Jacques de
Mégrigny , Baron de Bonivet,
Préfident au Mortier du
Parlement de Paris, puis Con
feiller d'Honneur dans le même
Parlement ; Mathieu de
Mégrigny , Abbé de Pontigny
, Nicolas de Mégrigny,
Prieur de Souvigny , Chanoine
de l'Eglife de Paris ,,
Avocat Genéral en la Cour
des Aydes ; & François de
Mégrigny , Comte de Briel,
& d'Alainville
, De Mégrigny
porte d'argent au Lion de
fable...
Cc ij
3c8 MERCURE
Ces morts ont efté fuivies
de celle de Meffire Chriftophe
de Mallebranche , Seigneur
de Villebon . Il eftoit
Frere de M' de Mallebranche
Confeiller au Parlement , fi
eftimé par l'exacte aplication
qu'il a aux Affaires , & du
Pere de Mallebranche , Prêtre
de l'Oratoire , que tant
de doctes Ecrits ont rendu
celebre .
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Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte évoque plusieurs décès notables au sein de familles illustres. Nicolas Louis de Lhôpital, Marquis de Vitry, est décédé. Il a occupé diverses fonctions royales, notamment celle d'ambassadeur en Pologne. Il n'a pas laissé de descendance, son fils unique étant mort en bas âge. Il était le frère du dernier Duc de Vitry, qui avait une fille, Marie Françoise Élisabeth de Lhôpital, mariée au Marquis de Torcy. Leur père, Nicolas de Lhôpital, avait été Duc de Vitry, Maréchal de France et Gouverneur de Provence. La famille de Lhôpital est une maison ancienne en France, établie depuis près de quatre siècles, et a occupé de hautes fonctions, y compris des maréchaux de France et des gouverneurs. Le texte mentionne également la mort de Jean François de Megrigny, Marquis de Vandeuvre, qui laisse un fils et deux filles. Enfin, Christophe de Mallebranche, Seigneur de Villebon, est décédé. Il était le frère d'un conseiller au Parlement et le père d'un prêtre de l'Oratoire connu pour ses écrits doctes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 87-106
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Début :
Depuis qu'on a veu les Dialogues des Morts, tous / LAMBRET. Ouy, je me souviens que nous nous sommes [...]
Mots clefs :
Mariage, Peuple, Coutumes, Épouse, Raison, Témoignage, Moeurs, Sentiments, Pays, Étrangers
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Depuis qu'on a veu les
88 MERCURE
Dialogues des Morts , tous les
Dialogues font devenus du
gouft du Public. On les aime
avec raifon , puis qu'en peu
de mots , & d'une maniere
agréable , on y apprend l'Hiftoire
, les Moeurs , & les Coû
tumes de divers Païs ,& quantité
d'autres chofes qui font
d'érudition . En voicy un de
M ' B .... On m'en promet
d'autres du mefme Autheur,
& fi l'on me tient parole,
vous me verrez ponctuel à
vous en donner une Copie.
GALANT. 89
$252525252525252
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE I.
LAMBRET,BELOROND.
LAMBRET.
QUY
Uy , je me fouviens que
nous nous fommes donnez
rendez- vous icy , & que:
tous les mois nous devos nous
y rendre compte de nos Le-
Aures, & particulierement
des
chofes qui à caufe qu'elles
Mars 1685.
H
90 MERCURE
font ou prodigieufes , ou extraordinaires
, ou oppofées à
nos Coûtumes , ou mesme
fauffes & impoffibles , nous
paroiffent tres difficiles à croire
, ou entierement incroyables
BELORO N´D..
Je ne doute point que vous ,
n'ayez fait diverfes recherches
fur cette matiere .
LAMBRE T.
Je vay vous en dire quelques-
unes touchant les Coûtumes
qui fe font établies
dans quelques Païs pour
conclure
le Mariage , & qui
GALANT.
pour
eftre fort differentes des
noftres , femblent fi extravagantes
, que nous pouvons
fans fcrupule les mettre au
nombre des chofes difficiles
à croire. Chez les Cimbres,
Peuples de Scythie , & qui
font aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage , il
falloit que le Fiancé fe rognaft
les ongles , & envoyaft les
rogneures à fa Fiancée, &que
celle- cy en fift autant à fona
Fiancé. Puis, s'ils acceptoient =
mutuellement leurs prefens,,
ils étoient cenfez entiere--
ment mariez ...
Hij
92 MERCURE
BELORO N D.
C'étoit peut- étre pour fe
témoigner
reciproquement
,
qu'ils ne fe feroient l'un à
l'autre aucun tort , fi nous en
croyons noftre Proverbe ,
quand pour témoigner que
nous ofterons à quelqu'un le
pouvoir de nous nuire , nous
difons , le luy rogneray les on
gles , ce que Pline appelle fort
bien , Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens
'Allemands , pour conclure le
Mariage , la Femme rafoit les
cheveux à fon Amant , &
GALANT.
93
THomme les raſoit aufli à ſon
BELORON D.
Amante.
Vous n'ignorez pas que nos
Amans fe font icy un fort
grand plaifir, d'avoir des cheveux
de leurs . Maiftreffes,
parce qu'ils les regardent
comme autant de chaînes,
fur lefquelles ils trouvent matiere
de dire mille jolies chofes
, pour témoigner la douceur
de leur efclavage . Ne fe
peut-il pas
faire que les Peuples
dont vous me parlez
étoient dans les mefmes fentimens.
94 MERCURE
LAMBRET
Si vous voulez moralifer fur
toutes les Coûtumes, vous en
aurez bien à dire.
BELORO N D.
Il eft conftant que les Coû
rumes font fondées , ou fur
quelque évenement confiderable
, ou fur quelque raifon
de bien- féance , de moralité,
ou de précepte.
LAMBRE T
Ainfr .... Permettez- moy
de vous interrompre , ce qui
me vient maintenant
dans
la mémoire pourroit m'échaper.
Apprenez- moy , je vous
GALANT. 95
prie , pourquoy chez les Ar
meniens , pour contracter le
Mariage , l'Epoux tailloit le
bout de l'oreille droite à fon
Epoufe , & l'Epoufe celuy de
l'oreille gauche à fon Epouxa
BELORON D..
Vous fçavez ce que c'eft
lors que les oreilles cornent,
ce que Plaute appelle Tinni
mentum , ou lors que , comme
dic Celfus , Aures fonant intra
fe ipfas. Vous fçavez encore
qu'on
on dit , que lors que l'oreille
droite nous corne , c'eft
figne que l'on parle bien de
nous , & qu'au contraire , lors
96 MERCURE
que c'eft la gauche , nons
fommes les objets de la médifance
de quelqu'un . C'eft
là une fuperftition , je l'avouë,
mais ne fe peut-il pas faire
que cette fuperftition regnaft
chez les Armeniens , ainfi que
chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à fon
Epouſe , pour la faire fouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui
font ordinairement
fi agréables
aux Femmes , & que l'Epouſe
coupoit le bout de l'o
reille gauche à fon Epoux,
pour l'avertir de ne pas écou
ter
GALANT.
97
ter ce qu'on luy pourroit ra
porter de defagréable contre
la conduite , afin de le jetter.
dans la jalouſic , paffion ſi narurelle
à ceux de ce Pais - là ,
Mais , continuez je vous prie,
ce que vous avez fi bien commencé
, fans exiger de moy
que je vous rende raifon de
ce que vous m'aprendrez ,
puis que nous fommes convenus
de nous inftruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû
d'extraordinaire & de
difficile à croire , & non pas
de faire une differtation fur
ces
matieres , parce que ce
Mars 1685.. I
98 MERCURE
ne feroit plus un entretien
agréable ; mais une espece
d'étude , peut estre auffi ennuyeufe
qu'inutile . Avoüons
feulement pour faire en quelque
façon une Préface à ce
que nous dirons dans la fuite
touchant les
extravagantes
opinions , les coûtumes dif
ferentes , & les ſentimens paradoxes
; avoüons , dis - je ,
qu'il n'y a rien de fi conftant
& de fi certain en un lieu ,
dont le contraire ne foit encore
plus opiniaſtrément
tenu
en un autre , & dans la
contemplation
de cette obGALANT.
99
ftinée varieté , nous ne nous
étonnerons pas fi un Philofophe
interrogé de quelle matiere
l'Homme luy fembloit
eftre compofé , répondit,
d'un amas de difputes & de
conteftations . Il devoit adjoufter
de varietez & d'inconftances
. En effet , l'Homme
penſe bien autrement des
chofes en un temps qu'en un
autre , jeune que vieux , affamé
que raffafié, de nuit que
de jour, grand que petit, trifte
que joyeux,pauvre que riche.
Joignez à cela la difference
des temperamens , des cli
I ij
100 MERCURE
mats , des faifons , des employs
, & mille autres circon.
ftances qui le tiennent dans
une perpetuelle inftabilité, ce
qui a fait dire à Seneque,
Epift. 109. Pauci illam quam
conceperant mentem domum
pers
ferre potuerunt. C'eft cet efprit
de conteftation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter, pour
principale caufe de toutes les
differentes coûtumes & opinions
, dont nous pourrons
parler dans la fuite de nos entretiens.
LAMBRET .
Vous ferez fans doute conGALANT.
Iof
firmé plus que jamais dans
les fentimens que vous venez
de me témoigner , quand
vous fçaurez encore quelquesautres
coûtumes fur le me
me fujet , comme ce qui fe
faifoit chez les Elamites,
Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perfe & de
Babylone , où le Mary pi
quoit le doigt du coeur de fa
Femme jufques au fang , & la
Femme en faifoit autant à fon
Mary ; chez les Numidiens
Peuples d'Afrique , ´óu l'Epoux
& l'Epoufe crachoient
en terre , & de la bouë qui fe
I iij
102 MERCURE
faifoit de leurs crachats , ils
s'oignoient le front l'un à
l'autre , chez les Sicyoniens,
Peuples du Peloponese , où le
Mary envoyoit un Soulier du
pied droit à fa Femme , & la
Femme un du pied gauche à
fon Mary; chez les Tarentins,
où le futur Epoux & la future
Epoufe ne concluoient leur
Mariage , qu'en prenant à
manger tous deux d'une mef
me main , en prefence de
leurs Parens affemblez ; chez
les Scythes , où le Mary & la
Femme fe touchoient réciproquement
les genoux , les
GALANT. 103
pieds , les coudes , le front,
les yeux , les oreilles , & la
bouche , chez les Moscovites ,
où les Parens de la Fille font
la demande du Mariage ; enfin
, chez les Talchéens , où
le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à fouper
tous ceux qui la recherchoient
en mariage ; & apres
les avoir priez de faire chacun
un Conte plaiſant , celuy
à qui elle témoignoit par
un foûris que fon Conte
luy agréoit , étoit en mefme
temps reconnû pour fon
Epoux.
I
iij
104 MERCURE
BELOROND .
Si cela eft , Arlequin auroit
affurément épouſé la fille
du Souverain de ces derniers
Peuples , mais je me perfuade
qu'on ne trouvoit le Conte
agréable, qu'aprés avoir agreé
le Conteur ,
LAMBRE T.
Voilà ce que je fçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire
, fur les differentes
manieres de contracter le
Mariage. Je ne doute pas que
vous n'adjouftiez bien d'autres
chofes plus agréables fur
ce fujet , ou fur quelqu'autre.
GALANT. 105
BELORON D.
Je n'ay qu'une choſe à adjoûter
, & qui , fi vous me
croyez , fervira de fin à ce
premier Entretien. C'eſt que
tout ce que vous venez de
m'aprendre touchant les dif
ferentes manieres de s'époufer
, n'a rien de fi extravagant
que la ridicule opinion des
Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem aternam
fine connubiis . Ils faifoient
profeffion du Celibat , fur ce
feul fondement
, que jamais.
Femme n'avoit gardé la Foy
conjugale à fon Mary . Nous .
106 MERCURE
ne pouvons mieux finir , ce
me femble , qu'en mettant au
nombre des chofes difficiles à
croire , l'injuftice que ces
Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRE T.
Si noftre entretien tombe
entre les mains du Public,
nous devons efperer qu'il en
fera bien reçeu , puis qu'en le .
finiffant , nous nous rendons
les Dames favorables par la
qualité de chofe difficile à
croire , que nous donnons à
l'infidelité dont on les accufe
.
88 MERCURE
Dialogues des Morts , tous les
Dialogues font devenus du
gouft du Public. On les aime
avec raifon , puis qu'en peu
de mots , & d'une maniere
agréable , on y apprend l'Hiftoire
, les Moeurs , & les Coû
tumes de divers Païs ,& quantité
d'autres chofes qui font
d'érudition . En voicy un de
M ' B .... On m'en promet
d'autres du mefme Autheur,
& fi l'on me tient parole,
vous me verrez ponctuel à
vous en donner une Copie.
GALANT. 89
$252525252525252
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE I.
LAMBRET,BELOROND.
LAMBRET.
QUY
Uy , je me fouviens que
nous nous fommes donnez
rendez- vous icy , & que:
tous les mois nous devos nous
y rendre compte de nos Le-
Aures, & particulierement
des
chofes qui à caufe qu'elles
Mars 1685.
H
90 MERCURE
font ou prodigieufes , ou extraordinaires
, ou oppofées à
nos Coûtumes , ou mesme
fauffes & impoffibles , nous
paroiffent tres difficiles à croire
, ou entierement incroyables
BELORO N´D..
Je ne doute point que vous ,
n'ayez fait diverfes recherches
fur cette matiere .
LAMBRE T.
Je vay vous en dire quelques-
unes touchant les Coûtumes
qui fe font établies
dans quelques Païs pour
conclure
le Mariage , & qui
GALANT.
pour
eftre fort differentes des
noftres , femblent fi extravagantes
, que nous pouvons
fans fcrupule les mettre au
nombre des chofes difficiles
à croire. Chez les Cimbres,
Peuples de Scythie , & qui
font aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage , il
falloit que le Fiancé fe rognaft
les ongles , & envoyaft les
rogneures à fa Fiancée, &que
celle- cy en fift autant à fona
Fiancé. Puis, s'ils acceptoient =
mutuellement leurs prefens,,
ils étoient cenfez entiere--
ment mariez ...
Hij
92 MERCURE
BELORO N D.
C'étoit peut- étre pour fe
témoigner
reciproquement
,
qu'ils ne fe feroient l'un à
l'autre aucun tort , fi nous en
croyons noftre Proverbe ,
quand pour témoigner que
nous ofterons à quelqu'un le
pouvoir de nous nuire , nous
difons , le luy rogneray les on
gles , ce que Pline appelle fort
bien , Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens
'Allemands , pour conclure le
Mariage , la Femme rafoit les
cheveux à fon Amant , &
GALANT.
93
THomme les raſoit aufli à ſon
BELORON D.
Amante.
Vous n'ignorez pas que nos
Amans fe font icy un fort
grand plaifir, d'avoir des cheveux
de leurs . Maiftreffes,
parce qu'ils les regardent
comme autant de chaînes,
fur lefquelles ils trouvent matiere
de dire mille jolies chofes
, pour témoigner la douceur
de leur efclavage . Ne fe
peut-il pas
faire que les Peuples
dont vous me parlez
étoient dans les mefmes fentimens.
94 MERCURE
LAMBRET
Si vous voulez moralifer fur
toutes les Coûtumes, vous en
aurez bien à dire.
BELORO N D.
Il eft conftant que les Coû
rumes font fondées , ou fur
quelque évenement confiderable
, ou fur quelque raifon
de bien- féance , de moralité,
ou de précepte.
LAMBRE T
Ainfr .... Permettez- moy
de vous interrompre , ce qui
me vient maintenant
dans
la mémoire pourroit m'échaper.
Apprenez- moy , je vous
GALANT. 95
prie , pourquoy chez les Ar
meniens , pour contracter le
Mariage , l'Epoux tailloit le
bout de l'oreille droite à fon
Epoufe , & l'Epoufe celuy de
l'oreille gauche à fon Epouxa
BELORON D..
Vous fçavez ce que c'eft
lors que les oreilles cornent,
ce que Plaute appelle Tinni
mentum , ou lors que , comme
dic Celfus , Aures fonant intra
fe ipfas. Vous fçavez encore
qu'on
on dit , que lors que l'oreille
droite nous corne , c'eft
figne que l'on parle bien de
nous , & qu'au contraire , lors
96 MERCURE
que c'eft la gauche , nons
fommes les objets de la médifance
de quelqu'un . C'eft
là une fuperftition , je l'avouë,
mais ne fe peut-il pas faire
que cette fuperftition regnaft
chez les Armeniens , ainfi que
chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à fon
Epouſe , pour la faire fouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui
font ordinairement
fi agréables
aux Femmes , & que l'Epouſe
coupoit le bout de l'o
reille gauche à fon Epoux,
pour l'avertir de ne pas écou
ter
GALANT.
97
ter ce qu'on luy pourroit ra
porter de defagréable contre
la conduite , afin de le jetter.
dans la jalouſic , paffion ſi narurelle
à ceux de ce Pais - là ,
Mais , continuez je vous prie,
ce que vous avez fi bien commencé
, fans exiger de moy
que je vous rende raifon de
ce que vous m'aprendrez ,
puis que nous fommes convenus
de nous inftruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû
d'extraordinaire & de
difficile à croire , & non pas
de faire une differtation fur
ces
matieres , parce que ce
Mars 1685.. I
98 MERCURE
ne feroit plus un entretien
agréable ; mais une espece
d'étude , peut estre auffi ennuyeufe
qu'inutile . Avoüons
feulement pour faire en quelque
façon une Préface à ce
que nous dirons dans la fuite
touchant les
extravagantes
opinions , les coûtumes dif
ferentes , & les ſentimens paradoxes
; avoüons , dis - je ,
qu'il n'y a rien de fi conftant
& de fi certain en un lieu ,
dont le contraire ne foit encore
plus opiniaſtrément
tenu
en un autre , & dans la
contemplation
de cette obGALANT.
99
ftinée varieté , nous ne nous
étonnerons pas fi un Philofophe
interrogé de quelle matiere
l'Homme luy fembloit
eftre compofé , répondit,
d'un amas de difputes & de
conteftations . Il devoit adjoufter
de varietez & d'inconftances
. En effet , l'Homme
penſe bien autrement des
chofes en un temps qu'en un
autre , jeune que vieux , affamé
que raffafié, de nuit que
de jour, grand que petit, trifte
que joyeux,pauvre que riche.
Joignez à cela la difference
des temperamens , des cli
I ij
100 MERCURE
mats , des faifons , des employs
, & mille autres circon.
ftances qui le tiennent dans
une perpetuelle inftabilité, ce
qui a fait dire à Seneque,
Epift. 109. Pauci illam quam
conceperant mentem domum
pers
ferre potuerunt. C'eft cet efprit
de conteftation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter, pour
principale caufe de toutes les
differentes coûtumes & opinions
, dont nous pourrons
parler dans la fuite de nos entretiens.
LAMBRET .
Vous ferez fans doute conGALANT.
Iof
firmé plus que jamais dans
les fentimens que vous venez
de me témoigner , quand
vous fçaurez encore quelquesautres
coûtumes fur le me
me fujet , comme ce qui fe
faifoit chez les Elamites,
Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perfe & de
Babylone , où le Mary pi
quoit le doigt du coeur de fa
Femme jufques au fang , & la
Femme en faifoit autant à fon
Mary ; chez les Numidiens
Peuples d'Afrique , ´óu l'Epoux
& l'Epoufe crachoient
en terre , & de la bouë qui fe
I iij
102 MERCURE
faifoit de leurs crachats , ils
s'oignoient le front l'un à
l'autre , chez les Sicyoniens,
Peuples du Peloponese , où le
Mary envoyoit un Soulier du
pied droit à fa Femme , & la
Femme un du pied gauche à
fon Mary; chez les Tarentins,
où le futur Epoux & la future
Epoufe ne concluoient leur
Mariage , qu'en prenant à
manger tous deux d'une mef
me main , en prefence de
leurs Parens affemblez ; chez
les Scythes , où le Mary & la
Femme fe touchoient réciproquement
les genoux , les
GALANT. 103
pieds , les coudes , le front,
les yeux , les oreilles , & la
bouche , chez les Moscovites ,
où les Parens de la Fille font
la demande du Mariage ; enfin
, chez les Talchéens , où
le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à fouper
tous ceux qui la recherchoient
en mariage ; & apres
les avoir priez de faire chacun
un Conte plaiſant , celuy
à qui elle témoignoit par
un foûris que fon Conte
luy agréoit , étoit en mefme
temps reconnû pour fon
Epoux.
I
iij
104 MERCURE
BELOROND .
Si cela eft , Arlequin auroit
affurément épouſé la fille
du Souverain de ces derniers
Peuples , mais je me perfuade
qu'on ne trouvoit le Conte
agréable, qu'aprés avoir agreé
le Conteur ,
LAMBRE T.
Voilà ce que je fçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire
, fur les differentes
manieres de contracter le
Mariage. Je ne doute pas que
vous n'adjouftiez bien d'autres
chofes plus agréables fur
ce fujet , ou fur quelqu'autre.
GALANT. 105
BELORON D.
Je n'ay qu'une choſe à adjoûter
, & qui , fi vous me
croyez , fervira de fin à ce
premier Entretien. C'eſt que
tout ce que vous venez de
m'aprendre touchant les dif
ferentes manieres de s'époufer
, n'a rien de fi extravagant
que la ridicule opinion des
Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem aternam
fine connubiis . Ils faifoient
profeffion du Celibat , fur ce
feul fondement
, que jamais.
Femme n'avoit gardé la Foy
conjugale à fon Mary . Nous .
106 MERCURE
ne pouvons mieux finir , ce
me femble , qu'en mettant au
nombre des chofes difficiles à
croire , l'injuftice que ces
Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRE T.
Si noftre entretien tombe
entre les mains du Public,
nous devons efperer qu'il en
fera bien reçeu , puis qu'en le .
finiffant , nous nous rendons
les Dames favorables par la
qualité de chofe difficile à
croire , que nous donnons à
l'infidelité dont on les accufe
.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Le texte décrit deux discussions entre Lambret et Belorond, puis entre Lambret et Galant, portant sur diverses coutumes matrimoniales à travers différentes cultures. Ces dialogues des morts sont appréciés pour leur capacité à transmettre l'histoire et les mœurs de manière agréable et concise. Lors de la première discussion, Lambret évoque plusieurs pratiques matrimoniales. Chez les Cimbres, les fiancés échangeaient des rognures d'ongles pour symboliser leur engagement mutuel. Chez les anciens Teutons, les futurs époux se rasaient mutuellement les cheveux. Chez les Arméniens, ils se coupaient mutuellement le bout de l'oreille droite, peut-être pour éviter les médisances. Belorond suggère que ces coutumes pourraient avoir des bases significatives ou morales. Dans la seconde correspondance, Lambret mentionne d'autres pratiques nuptiales. Chez les Élamites, les mariés se perçaient mutuellement le cœur. Chez les Numidiens, ils s'oignaient le front avec de la boue faite de leurs crachats. Chez les Sicyoniens, ils échangeaient des chaussures. Chez les Tarentins, ils mangeaient ensemble de la même main. Chez les Scythes, ils se touchaient divers parties du corps. Chez les Moscovites, les parents de la fille faisaient la demande en mariage. Chez les Talchéens, la fille choisissait son époux en fonction d'un conte plaisant. Belorond ajoute que les Esséniens, un groupe juif, pratiquaient le célibat, croyant que aucune femme n'avait gardé fidélité à son mari, une opinion jugée injuste envers les femmes. La discussion se conclut par l'espoir que cet entretien soit bien reçu, notamment par les dames, en défense de leur fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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37
p. 137-151
Discours prononcé sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
A l'ouverture de cette These, Mr de Rouviere fit le / MESSIEURS, J'enreprens aujourd'huy une Composition, qui depuis plus de [...]
Mots clefs :
Thèse, Thériaque, Remède, Docteurs, Composition, Réputation, Galien, Peste, Guérison, Mérite, Efficacité, Empereurs, Baume, Louis le Grand, Honneur, Applaudissements, Approbation, Médecins, Doyens, Apothicaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcé sur ce sujet, [titre d'après la table]
A l'ouverture de cette The .
fe , M' de Rouviere fit le Dif
cours que vous allez lire , en :
prefence de M les Doyen
& Profeffeurs de la Faculté,,
Mars 1685 M
138 MERCURE
tous en Robes & en Chape--
rons , qui font les marques .
qui les diftinguent des autres
Docteurs Regens . M' de la .
Reynie , & M le Procureur
du Roy y affifterent auffi .
MESS
ESSIEURS,
F'entreprens aujourd'huy une
Compofition , qui depuis plus defeize
fiecles tient un rang honorable
dans la Medecine. Onpeut
Mithridate * en a eftéle
dire
que
premier Inventeur , puifque les
augmentations qu'on y a faites
* Roy de Pont .
GALANT. 139
fous le Regne de Neron n'empéchent
pas qu'on n'y remarque
beaucoup de conformité ; Andromachus
le Pere ajoûtant les Viperes
à cette Compofition , luy a
donné le nom qu'elle porte : Les
Romains en admiroient les proprietez.
Jamais Remede n'eut une
fi belle deftinée ; il trouva des 5
Partifans parmy les Vainquents•
de la Terre , malgré les red
volutions qui font arrivées dans
l'Univers fa reputation s'eft
confervée, entiere ,pure , inalterée,
jufques au Regne de notre Invincible
Monarque. Marc Au- .
7
Il eftoit premier Medecin de Neron , -
Meij
140 MERCURE
rele Antonin , furnommé le Philofophe
, qui eftoit affis fur le
Trône des Cefars , avec Lucius
Verus fonfrere , charmé des Ecrits
de Galien * , qui apres plufeurs
Voyages s'eftoit retiré à
Pergame , lieu de fa naiſſance,
le fit folliciter de paffer en Italie,
crût qu'il ne pouvoit mieux
témoigner l'eftime qu'il avoit pour
luy , qu'en luy confiant la prépa
ration de la Theriaque . Sa prévoyance
ne fut pas "inutile. La
prefence de Galien luy fut neceffairepourfe
garantir de la Pefte* ,
* Galien fe rendit à Rome l'An de Noftre
Seigneur 164. âgé de 34. ans .
* Cette Pefte arriva en 166, & dura- prés
de quatre années .
GALANT: 140
que Capitolinus & d'autres Hiftoriens
décrivent dans la Vie de
Lucius. La Theriaque fut for
antidote; poffedant deux grands.
biens enfemble , un Remede excellent
pour la confervation de fa
Perfonne Augufte , & un Medecin
tres-babile pour en ordonner
l'ufage , il connut que l'eftime
qu'ilfaifoit de tous les deux;
eftoit infiniment au deffous de leur
merite. Apresfa mort la Theria .
que fut negligée fous trois de fes
Succeffeurs , dont l'un * fut auffi
méprisé pour ses débauches , que
* Commode Succeffeur d'Antonin mourut
1831. jour de Decembre l'An 182..
142 MERCURE
fon Pere avoit efté recommanda_ -
ble pourfes vertus. Et les autres
regnerent fi peu de temps * , qu'ils
n'eurent pas le loifir de fuivre les
traces de l'incomparable Antonins
mais enfin aprés tant de changemens
de difgraces , l'Empereur
Severe rendit à Rome fon
premier éclat. Il fit des honneurs
extraordinaires à Galien ; &
pour le retenir à la Cour , il rétablit
les Laboratoires ,
Theriaque devint en ufage plus
qu'elle n'avoit jamais efté. Galien
rentra dans fon employ ; & quoy
la
* Helvius Pertinax ne regna qu'environ trois -
mois aprés Commode . Et Didie Julien deux
mois & cinq jours aprés Pertinax..
GALANT. 143
quefon genie l'appellat à des chofes
plus difficiles , il continua de
préparer la Theriaque jusques à
L'an de Notre Seigneur 200, qui
fut le dernier de fa vie. Veritablement
ceux qui aprés luy en
eurent la commiffion , luy cederent
en reputation & en merite;
mais le deftin de la Theriaque ne
dépendoit
pas d'un feul homme.
Dans tous les Temps , dans tous
les Regnes , chez toutes les Nations
qui ont eu du difcernement
,
la Theriaque a efté célébrée . Il
feroir aife de le prouver , fi quelqu'un
en pouvoit douter ; mais
laiffant à ceux qui fçavent mieux
..
144 MERCURE
faire valoir les chofes , à repre
fenter l'empreffement qu'ont tou
jours eu les Princes & les Re
publiques pour l'exate compofi
tion de ce Remede . Je me contente
de n'avoir rien oublié pour mon
deffein , d'avoir affemblé avec·
desfoins particuliers tous les Medicamens
neceffaires pour y réuf
fir , & d'eftre en estat de renou
veller l'ancienne Préparation
d'Andromachus , fans eftre affer
vy aux Remedes que l'on fubfti
tuë ordinairement en la place des
originaux. F'efpere de les avoir,
je les foumets à toutes les
épreuves ; j'ay difpenfè les uns é
less
GALANT. 145
les autres pour les employer felon
que la Faculté en voudra déterminer.
On a vûdes Empereurs*
enfermer dans leurs Trefors un
peu de Cinnamome , par la difficulté
qu'ils avoient d'en recouvrer.
On a crú le Baume de Judée
perdu ; le Chalcitis a fait de
L'embaras à des perfonnes d'ailleurs
fort éclairées. Nousfommes
délivrez de toutes ces peines : il
femble que les Regions les plus
éloignées rendent hommage à la
France de ce qu'elles ont de meilleure
de plus rare, Nylefroyable
* Cela eft rapporté par Galien au Livre I.
das Contrepoifons.
Mars 1685.
N
146 MERCURE
étendue des Mers , ny les folitus
des affreufes , ny les deferts inha
bitez , ny les perils où l'on s'expoſe
pour les traverſer , ne font
capables de nous arrêter. Louis
LE GRAND étend fes rayons
jufques aux Climats les plus barbares
, plus brillant encore parfes
vertus , qu'il n'eft redoutable par
fa puiffance. Il fe fait voir an
prés des autres Souverains ce que
le Soleil paroît au milieu des Etoiles
; & de méme que rien dans
le Monde n'approche de la gloire
qu'il s'eft acquiſe , rien n'approche
auffi du bonheur qu'il procure à
ceux qui font foumis àfa DomiGALANT.
147
د
nation. Les Sujets dont il fait
choix pour maintenir l'autorité
des Loix & de la Justice , font
autant de Vaiffeaux précieux qui
partent d'une fource toute pure
qui répandent l'ordre & l'abondance
parmy les Peuples.
L'Illuftre Magiftrat qui préfide à
la Police dans la premiere Ville
du Royaume , balance les mouve
mens de ce grand Corps , & entre
dans tous fes befoins. Il dirige par
fon exemple , auffi bien que par
fes Ordonnances. Il punit fans
paſſion , & recompenfe fans prévention.
Il adoucit la rigueur des
Saifons; il repare lafterilité des
Nij
148 MERCURE
Campagnes ; & fe donnant tout
entier aufervice du Roy, an
bien du Public , il trouve Dien
dans tout ce qu'il fait , & n'en
peur eftre détourné par aucune
confidération. Il nefaut pas s'étonner
aprés cela , Meffieur Meffieurs , que
Paris foit le centre où toutes les
merveilles fe réuniffent. Mais
comme je nefuis pas icypour vous
fatiguer par mes difcours , j'abuferois
de l'honneur que je reçois
de votre préfence , fi je differois
davantage d'entrer en matiere.
Quoy que je n'aye rien à craindre
fur l'élection , préparation , &
mixtion des Medicamens, en me
GALANT. 149
conformant aux décifions de la
Faculté , je ne laiſſe pas d'avoir
befoin de vos complaisancesfur la
maniere de m'expliquer : & je
vous les demande avec d'autant
plus de confiance , que m'attachant
uniquement à ce qui regarde
ma Profeffion , j'efpere que mes
operations meriteront vos attentions,
fi mesparoles n'ont pas affez
de force pour vous engager.
M ' de Rouviere a eu tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit fouhaiter de fon travail
, & l'on voit plufieurs-
Approbations au bas de la
N iij ,
150 MERCURE
Thefe , dont je vous ay donné
lá Figure Emblematique.
La premiere eft fignée de M
Dieuxivoye , Doyen de la Faculté
de Paris ; de M' Pouret ,
ancien Profeffeur , & Medecin
Ordinaire de Monfieur ;
de M' Bonnet , Profeffeur &
Medecin Ordinaire de la Reyne
, de M de Sainction , Medecin
Ordinaire de Sa Majefté,
& de M ' Boudin , Docteur
en Medecine . M' Boudin,l'un
des premiers Apoticaires du
Roy , & premier Apoticaire
de la Reyne , ayant eu ordre
d'affifter à la compoſition de
GALANT. 151
ce Remede , y a auffi donné
fon Approbation , auſſi - bien
que M's Maillard , & de Colmes
, Apoticaires de la Maifon
Royale
.
fe , M' de Rouviere fit le Dif
cours que vous allez lire , en :
prefence de M les Doyen
& Profeffeurs de la Faculté,,
Mars 1685 M
138 MERCURE
tous en Robes & en Chape--
rons , qui font les marques .
qui les diftinguent des autres
Docteurs Regens . M' de la .
Reynie , & M le Procureur
du Roy y affifterent auffi .
MESS
ESSIEURS,
F'entreprens aujourd'huy une
Compofition , qui depuis plus defeize
fiecles tient un rang honorable
dans la Medecine. Onpeut
Mithridate * en a eftéle
dire
que
premier Inventeur , puifque les
augmentations qu'on y a faites
* Roy de Pont .
GALANT. 139
fous le Regne de Neron n'empéchent
pas qu'on n'y remarque
beaucoup de conformité ; Andromachus
le Pere ajoûtant les Viperes
à cette Compofition , luy a
donné le nom qu'elle porte : Les
Romains en admiroient les proprietez.
Jamais Remede n'eut une
fi belle deftinée ; il trouva des 5
Partifans parmy les Vainquents•
de la Terre , malgré les red
volutions qui font arrivées dans
l'Univers fa reputation s'eft
confervée, entiere ,pure , inalterée,
jufques au Regne de notre Invincible
Monarque. Marc Au- .
7
Il eftoit premier Medecin de Neron , -
Meij
140 MERCURE
rele Antonin , furnommé le Philofophe
, qui eftoit affis fur le
Trône des Cefars , avec Lucius
Verus fonfrere , charmé des Ecrits
de Galien * , qui apres plufeurs
Voyages s'eftoit retiré à
Pergame , lieu de fa naiſſance,
le fit folliciter de paffer en Italie,
crût qu'il ne pouvoit mieux
témoigner l'eftime qu'il avoit pour
luy , qu'en luy confiant la prépa
ration de la Theriaque . Sa prévoyance
ne fut pas "inutile. La
prefence de Galien luy fut neceffairepourfe
garantir de la Pefte* ,
* Galien fe rendit à Rome l'An de Noftre
Seigneur 164. âgé de 34. ans .
* Cette Pefte arriva en 166, & dura- prés
de quatre années .
GALANT: 140
que Capitolinus & d'autres Hiftoriens
décrivent dans la Vie de
Lucius. La Theriaque fut for
antidote; poffedant deux grands.
biens enfemble , un Remede excellent
pour la confervation de fa
Perfonne Augufte , & un Medecin
tres-babile pour en ordonner
l'ufage , il connut que l'eftime
qu'ilfaifoit de tous les deux;
eftoit infiniment au deffous de leur
merite. Apresfa mort la Theria .
que fut negligée fous trois de fes
Succeffeurs , dont l'un * fut auffi
méprisé pour ses débauches , que
* Commode Succeffeur d'Antonin mourut
1831. jour de Decembre l'An 182..
142 MERCURE
fon Pere avoit efté recommanda_ -
ble pourfes vertus. Et les autres
regnerent fi peu de temps * , qu'ils
n'eurent pas le loifir de fuivre les
traces de l'incomparable Antonins
mais enfin aprés tant de changemens
de difgraces , l'Empereur
Severe rendit à Rome fon
premier éclat. Il fit des honneurs
extraordinaires à Galien ; &
pour le retenir à la Cour , il rétablit
les Laboratoires ,
Theriaque devint en ufage plus
qu'elle n'avoit jamais efté. Galien
rentra dans fon employ ; & quoy
la
* Helvius Pertinax ne regna qu'environ trois -
mois aprés Commode . Et Didie Julien deux
mois & cinq jours aprés Pertinax..
GALANT. 143
quefon genie l'appellat à des chofes
plus difficiles , il continua de
préparer la Theriaque jusques à
L'an de Notre Seigneur 200, qui
fut le dernier de fa vie. Veritablement
ceux qui aprés luy en
eurent la commiffion , luy cederent
en reputation & en merite;
mais le deftin de la Theriaque ne
dépendoit
pas d'un feul homme.
Dans tous les Temps , dans tous
les Regnes , chez toutes les Nations
qui ont eu du difcernement
,
la Theriaque a efté célébrée . Il
feroir aife de le prouver , fi quelqu'un
en pouvoit douter ; mais
laiffant à ceux qui fçavent mieux
..
144 MERCURE
faire valoir les chofes , à repre
fenter l'empreffement qu'ont tou
jours eu les Princes & les Re
publiques pour l'exate compofi
tion de ce Remede . Je me contente
de n'avoir rien oublié pour mon
deffein , d'avoir affemblé avec·
desfoins particuliers tous les Medicamens
neceffaires pour y réuf
fir , & d'eftre en estat de renou
veller l'ancienne Préparation
d'Andromachus , fans eftre affer
vy aux Remedes que l'on fubfti
tuë ordinairement en la place des
originaux. F'efpere de les avoir,
je les foumets à toutes les
épreuves ; j'ay difpenfè les uns é
less
GALANT. 145
les autres pour les employer felon
que la Faculté en voudra déterminer.
On a vûdes Empereurs*
enfermer dans leurs Trefors un
peu de Cinnamome , par la difficulté
qu'ils avoient d'en recouvrer.
On a crú le Baume de Judée
perdu ; le Chalcitis a fait de
L'embaras à des perfonnes d'ailleurs
fort éclairées. Nousfommes
délivrez de toutes ces peines : il
femble que les Regions les plus
éloignées rendent hommage à la
France de ce qu'elles ont de meilleure
de plus rare, Nylefroyable
* Cela eft rapporté par Galien au Livre I.
das Contrepoifons.
Mars 1685.
N
146 MERCURE
étendue des Mers , ny les folitus
des affreufes , ny les deferts inha
bitez , ny les perils où l'on s'expoſe
pour les traverſer , ne font
capables de nous arrêter. Louis
LE GRAND étend fes rayons
jufques aux Climats les plus barbares
, plus brillant encore parfes
vertus , qu'il n'eft redoutable par
fa puiffance. Il fe fait voir an
prés des autres Souverains ce que
le Soleil paroît au milieu des Etoiles
; & de méme que rien dans
le Monde n'approche de la gloire
qu'il s'eft acquiſe , rien n'approche
auffi du bonheur qu'il procure à
ceux qui font foumis àfa DomiGALANT.
147
د
nation. Les Sujets dont il fait
choix pour maintenir l'autorité
des Loix & de la Justice , font
autant de Vaiffeaux précieux qui
partent d'une fource toute pure
qui répandent l'ordre & l'abondance
parmy les Peuples.
L'Illuftre Magiftrat qui préfide à
la Police dans la premiere Ville
du Royaume , balance les mouve
mens de ce grand Corps , & entre
dans tous fes befoins. Il dirige par
fon exemple , auffi bien que par
fes Ordonnances. Il punit fans
paſſion , & recompenfe fans prévention.
Il adoucit la rigueur des
Saifons; il repare lafterilité des
Nij
148 MERCURE
Campagnes ; & fe donnant tout
entier aufervice du Roy, an
bien du Public , il trouve Dien
dans tout ce qu'il fait , & n'en
peur eftre détourné par aucune
confidération. Il nefaut pas s'étonner
aprés cela , Meffieur Meffieurs , que
Paris foit le centre où toutes les
merveilles fe réuniffent. Mais
comme je nefuis pas icypour vous
fatiguer par mes difcours , j'abuferois
de l'honneur que je reçois
de votre préfence , fi je differois
davantage d'entrer en matiere.
Quoy que je n'aye rien à craindre
fur l'élection , préparation , &
mixtion des Medicamens, en me
GALANT. 149
conformant aux décifions de la
Faculté , je ne laiſſe pas d'avoir
befoin de vos complaisancesfur la
maniere de m'expliquer : & je
vous les demande avec d'autant
plus de confiance , que m'attachant
uniquement à ce qui regarde
ma Profeffion , j'efpere que mes
operations meriteront vos attentions,
fi mesparoles n'ont pas affez
de force pour vous engager.
M ' de Rouviere a eu tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit fouhaiter de fon travail
, & l'on voit plufieurs-
Approbations au bas de la
N iij ,
150 MERCURE
Thefe , dont je vous ay donné
lá Figure Emblematique.
La premiere eft fignée de M
Dieuxivoye , Doyen de la Faculté
de Paris ; de M' Pouret ,
ancien Profeffeur , & Medecin
Ordinaire de Monfieur ;
de M' Bonnet , Profeffeur &
Medecin Ordinaire de la Reyne
, de M de Sainction , Medecin
Ordinaire de Sa Majefté,
& de M ' Boudin , Docteur
en Medecine . M' Boudin,l'un
des premiers Apoticaires du
Roy , & premier Apoticaire
de la Reyne , ayant eu ordre
d'affifter à la compoſition de
GALANT. 151
ce Remede , y a auffi donné
fon Approbation , auſſi - bien
que M's Maillard , & de Colmes
, Apoticaires de la Maifon
Royale
.
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Résumé : Discours prononcé sur ce sujet, [titre d'après la table]
En mars 1685, M. de Rouvière a prononcé un discours devant les docteurs régents, le doyen, les professeurs de la Faculté de Médecine, ainsi que M. de La Reynie et le procureur du roi. Ce discours portait sur la composition de la thériaque, un remède célèbre en médecine depuis des siècles. La thériaque, initialement attribuée à Mithridate, roi du Pont, a été améliorée par Andromachus, qui y a ajouté des vipères. Les Romains admiraient ses propriétés, et elle a conservé sa réputation jusqu'au règne de Louis XIV. Sous les empereurs Néron, Marc Aurèle et Lucius Verus, Galien, un médecin célèbre, a été chargé de préparer la thériaque. Sa préparation a été cruciale pour lutter contre une peste qui a frappé Rome en 166. Après la mort de Marc Aurèle, la thériaque a été négligée, mais l'empereur Septime Sévère l'a rétablie, rendant à Galien les honneurs et les responsabilités qu'il méritait. Galien a continué à préparer la thériaque jusqu'à sa mort en l'an 200. Le discours met en avant l'importance de la thériaque à travers les époques et les nations. L'orateur exprime son désir de renouveler la préparation ancienne d'Andromachus en utilisant des médicaments authentiques. Il mentionne les efforts de Louis XIV pour obtenir des ingrédients rares et précieux, soulignant la grandeur et la générosité du roi. Le discours se conclut par des remerciements aux autorités médicales et royales pour leur approbation et leur soutien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 153-156
Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Début :
Anne de Rohan, Princesse de Guemené, est morte le 14 [...]
Mots clefs :
Anne de Rohan, Princesse, Décès, Fille, Prince, Château, Duc, Maison de Rohan, Maréchal de France, Comte, Maison royale, Princesse du sang, Armes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Anne de Rohan , Princeffe
de Guemené, eft morte le
14.
de ce mois , en fa Terre de
Rochefort , âgée de plus de
quatre - vingt ans . Elle eftoit
Fille de Pierre , Prince de
Guemené , & de Madelaine
de Rieux Château neuf , &
avoit épousé en 1617. Loüis
de Rohan VII. du nom , fon
Coufin Germain
, Prince de
Guemené
, depuis Duc de
Mont- Bazon , Pair & Grand-
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Chef du
Nom & des Armes de l'Illu
ftre & Ancienne Maiſon de
154 MERCURE
Rohan , mort à Paris en 1667 .
âgé de 68. ans. De ce Mariage
font fortis Louis &
Charles de Rohan. Charles ,
Duc de Mont- Bafon , Prince
de Guemené, Comte deMontauban
, prit Alliance avec
Jeanne Armande de Schomberg
, Fille puifnée de Henry ,
Comte de Nanteuil- le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , dont
il eut entr'autres Enfans,
Charles, Prince de Guemené,
marié en premieres Noces
avec Marie- Anne d'Albert-
Luynes , Fille de CharlesGALANT.
155
ノ
Louis , Duc de Luynes , morte
en 1679. & en fecondes
Noces , avec Charlote - Elizabeth
de Cochefilet , Fille de
M' le Comte de Vauvineux ..
Ceux de la Maifon de Rohan ,
iffue des Anciens Comtes de
Vane, qui eftoit une Branche
de la Maifon Royale & Ducale
de Bretagne , ſe font alliez
plufieurs fois avec celle
de leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette
Maifon , & qui leur ont donné
des leurs. Il en eft arrivé
de mefine dans la Maiſon
Royale de France . Plufieurs
156 MERCURE
Princes & Princeffes du Sang
fe font auffi alliez à cette Illuftre
Maiſon , auffi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe,
de Baviere , Lorraine, Albret,
Foix , Armagnac , & autres.
Celle cy porte pour Armes,
de Gueule à neuf Macles d'or,
3.3.3 . Ils ont pris ces Armes,
des Cailloux de leurTerre,dás
leſquels , quand on les caffe,
on trouve emprainte la Figure
des Macles , qui ont une, efpece
de couleur d'or , dont le
fond eſt un peu rougeaftre .
de Guemené, eft morte le
14.
de ce mois , en fa Terre de
Rochefort , âgée de plus de
quatre - vingt ans . Elle eftoit
Fille de Pierre , Prince de
Guemené , & de Madelaine
de Rieux Château neuf , &
avoit épousé en 1617. Loüis
de Rohan VII. du nom , fon
Coufin Germain
, Prince de
Guemené
, depuis Duc de
Mont- Bazon , Pair & Grand-
Veneur de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Chef du
Nom & des Armes de l'Illu
ftre & Ancienne Maiſon de
154 MERCURE
Rohan , mort à Paris en 1667 .
âgé de 68. ans. De ce Mariage
font fortis Louis &
Charles de Rohan. Charles ,
Duc de Mont- Bafon , Prince
de Guemené, Comte deMontauban
, prit Alliance avec
Jeanne Armande de Schomberg
, Fille puifnée de Henry ,
Comte de Nanteuil- le Haudouin
, Maréchal de France ,
& d'Anne de la Guiche , dont
il eut entr'autres Enfans,
Charles, Prince de Guemené,
marié en premieres Noces
avec Marie- Anne d'Albert-
Luynes , Fille de CharlesGALANT.
155
ノ
Louis , Duc de Luynes , morte
en 1679. & en fecondes
Noces , avec Charlote - Elizabeth
de Cochefilet , Fille de
M' le Comte de Vauvineux ..
Ceux de la Maifon de Rohan ,
iffue des Anciens Comtes de
Vane, qui eftoit une Branche
de la Maifon Royale & Ducale
de Bretagne , ſe font alliez
plufieurs fois avec celle
de leurs Souverains , qui ont
épousé des Filles de cette
Maifon , & qui leur ont donné
des leurs. Il en eft arrivé
de mefine dans la Maiſon
Royale de France . Plufieurs
156 MERCURE
Princes & Princeffes du Sang
fe font auffi alliez à cette Illuftre
Maiſon , auffi bien que
celles de Navarre , d'Ecoffe,
de Baviere , Lorraine, Albret,
Foix , Armagnac , & autres.
Celle cy porte pour Armes,
de Gueule à neuf Macles d'or,
3.3.3 . Ils ont pris ces Armes,
des Cailloux de leurTerre,dás
leſquels , quand on les caffe,
on trouve emprainte la Figure
des Macles , qui ont une, efpece
de couleur d'or , dont le
fond eſt un peu rougeaftre .
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Résumé : Mort de Madame la Princesse de Guimené, [titre d'après la table]
Anne de Rohan, princesse de Guéméné, est décédée à Rochefort à l'âge de plus de quatre-vingts ans. Fille de Pierre de Rohan et de Madeleine de Rieux Château Neuf, elle épousa en 1617 Louis de Rohan VII, son cousin germain, duc de Montbazon, pair et grand veneur de France. Louis de Rohan décéda à Paris en 1667 à l'âge de 68 ans. Leur union donna naissance à deux fils, Louis et Charles. Charles, duc de Montbazon, se maria avec Jeanne Armande de Schomberg, fille du maréchal de France Henri de Schomberg. Ils eurent plusieurs enfants, dont Charles, prince de Guéméné, qui se maria successivement avec Marie-Anne d'Albert-Luynes et Charlotte-Élisabeth de Cochefilet. La maison de Rohan, issue des comtes de Vannes, est une branche de la maison royale et ducale de Bretagne. Elle s'est alliée à plusieurs maisons souveraines, telles que celles de Navarre, d'Écosse, de Bavière, de Lorraine, d'Albret, de Foix et d'Armagnac. Les armes de la maison de Rohan sont 'de gueules à neuf macles d'or, 3, 3, 3'.
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39
p. 164-169
Mariage de M. le Marquis de Novion avec Mademoiselle de Montauglan, [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, le Mariage de Mr le Marquis de Novion [...]
Mots clefs :
Mariage, Marquis de Novion, Mademoiselle de Montauglan, Fils, Fille, Famille, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Novion avec Mademoiselle de Montauglan, [titre d'après la table]
Enfin , Madame , le Maria
GALANT. 165.
ge de M' le Marquis de No.
vion avec Mademoiſelle de
Montauglan , s'eft fait au
commencement de ce mois.
La part que je fçay que vous
prenez en tout ce qui regar
de M le premier Préfident,.
me fait vous donner cette
Nouvelle avec plaifir, & vous
dire qu'il ne fe peut rien de
mieux afforty que les Maricz..
M' le Marquis de Novion eft
un jeune Homme fort bien
fait, qui a beaucoup d'esprit,
& qui fouftient dignement
tous les avantages de fon
rang & de ſa naiſſance . Quoy
166 MERCURE
qu'il ne foit pas encore dans
fa vingtiéme année , il fe voit
à la tefte du Regiment de
Bretagne , dont il eſt Colonel
, & a toute la conduite
d'un Homme confommé par
l'uſage du Monde & l'experience.
Il eft fecond Fils de
feu M de Novion , Maiftre
des Requeftes , Fils aîné de
M' le premier Préſident. La
Famille de Novion Potier
vous eft fi connuë , que je
ne vous en diray icy rien
autre chofe , finon que de
puis deux cens ans qu'il y a
qu'on la voir paroiftre avec
GALANT. 167
éclat , elle a eu tous les a
vantages & toutes les diftinctions
d'honneur que l'on
peut avoir , & qu'elle s'eft allée
aux premieres Maiſons de
la Cour & de la Ville. Mademoiſelle
de Montauglan eft
une jeune & belle Perfonne.
qui entre dans fa quinziéme
année. Je me fouviens de
vous avoir mandé dans quelqu'une
de mes Lettres , que
c'étoit une des plus riches
Heritieres de Paris , ayant pres
d'un million de bien , & de
grands retours encore à ef
perer , tant de la Maifon de la
168 MERCURE
Barde , que de Madame Regnoüard
fa grand' Tante,.
une des plus riches veuves de
Paris. Elle eft Fille de feu M
Montauglan , Conſeiller de
au Parlement de Paris , & .
d'une Fille de M de la Barde,.
qui a efté Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe . Il eft
encore vivant , & conferve.
dans une vieilleffe de quatrevingt
- quatre ans un efprite
admirable & auffi vif, &
prefent, qu'il l'a fait voir autrefois
dans le maniment
qu'il a eu des affaires d'Etat..
La Maiſon de Montauglan
efti
GALANT. 169
eft fort ancienne dans la
Robe, & eft alliée à celles de
Manicamp , Longueval , Rupierre
, de la Barde , Charreton
, Regnoüard, Boulanger,
Bouthillier , Chavigny , & à
plufieurs autres fort confiderables
de l'Epée & de la
Robe.
GALANT. 165.
ge de M' le Marquis de No.
vion avec Mademoiſelle de
Montauglan , s'eft fait au
commencement de ce mois.
La part que je fçay que vous
prenez en tout ce qui regar
de M le premier Préfident,.
me fait vous donner cette
Nouvelle avec plaifir, & vous
dire qu'il ne fe peut rien de
mieux afforty que les Maricz..
M' le Marquis de Novion eft
un jeune Homme fort bien
fait, qui a beaucoup d'esprit,
& qui fouftient dignement
tous les avantages de fon
rang & de ſa naiſſance . Quoy
166 MERCURE
qu'il ne foit pas encore dans
fa vingtiéme année , il fe voit
à la tefte du Regiment de
Bretagne , dont il eſt Colonel
, & a toute la conduite
d'un Homme confommé par
l'uſage du Monde & l'experience.
Il eft fecond Fils de
feu M de Novion , Maiftre
des Requeftes , Fils aîné de
M' le premier Préſident. La
Famille de Novion Potier
vous eft fi connuë , que je
ne vous en diray icy rien
autre chofe , finon que de
puis deux cens ans qu'il y a
qu'on la voir paroiftre avec
GALANT. 167
éclat , elle a eu tous les a
vantages & toutes les diftinctions
d'honneur que l'on
peut avoir , & qu'elle s'eft allée
aux premieres Maiſons de
la Cour & de la Ville. Mademoiſelle
de Montauglan eft
une jeune & belle Perfonne.
qui entre dans fa quinziéme
année. Je me fouviens de
vous avoir mandé dans quelqu'une
de mes Lettres , que
c'étoit une des plus riches
Heritieres de Paris , ayant pres
d'un million de bien , & de
grands retours encore à ef
perer , tant de la Maifon de la
168 MERCURE
Barde , que de Madame Regnoüard
fa grand' Tante,.
une des plus riches veuves de
Paris. Elle eft Fille de feu M
Montauglan , Conſeiller de
au Parlement de Paris , & .
d'une Fille de M de la Barde,.
qui a efté Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe . Il eft
encore vivant , & conferve.
dans une vieilleffe de quatrevingt
- quatre ans un efprite
admirable & auffi vif, &
prefent, qu'il l'a fait voir autrefois
dans le maniment
qu'il a eu des affaires d'Etat..
La Maiſon de Montauglan
efti
GALANT. 169
eft fort ancienne dans la
Robe, & eft alliée à celles de
Manicamp , Longueval , Rupierre
, de la Barde , Charreton
, Regnoüard, Boulanger,
Bouthillier , Chavigny , & à
plufieurs autres fort confiderables
de l'Epée & de la
Robe.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Novion avec Mademoiselle de Montauglan, [titre d'après la table]
Le mariage entre le Marquis de Novion et Mademoiselle de Montauglan a eu lieu au début du mois. Le Marquis de Novion, âgé de moins de vingt ans, commande le Régiment de Bretagne et est reconnu pour son intelligence et sa dignité. Il est le second fils de feu Monsieur de Novion, Maître des Requêtes, et petit-fils de Monsieur le Premier Président. La famille de Novion Potier est distinguée et alliée à des maisons prestigieuses depuis plus de deux cents ans. Mademoiselle de Montauglan, âgée de quinze ans, est l'une des héritières les plus riches de Paris, possédant près d'un million de biens et des revenus supplémentaires attendus de la maison de la Barde et de Madame Regnoüard, une veuve riche de Paris. Elle est la fille de feu Monsieur Montauglan, Conseiller au Parlement de Paris, et d'une fille de Monsieur de la Barde, ancien ambassadeur en Suisse. Son grand-père paternel, âgé de quatre-vingt-quatre ans, possède un esprit vif. La maison de Montauglan est ancienne dans la Robe et alliée à plusieurs familles notables, tant de l'Épée que de la Robe.
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40
p. 280-284
Mort de la Reyne Mere du Roy de Danemark, [titre d'après la table]
Début :
La mort du Roy d'Angleterre a esté suivie de celle de [...]
Mots clefs :
Reine, Danemark, Décès, Soeur, Duc, Fille, Mariage, Couronne
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texteReconnaissance textuelle : Mort de la Reyne Mere du Roy de Danemark, [titre d'après la table]
La mort du Roy d'Angleterre
a efté fuivie de celle de
la Reyne Mere , du Roy de
Danemark arrivée à Copenhague
le Vendredy 2. de
ce mois dans la 56. année de
GALANT. 28
fon âge. Elle eftoit Soeur de
George Guillaume , Duc de
Zell ,& d'ErneftAugufte, Duc
de Hanover, Fille de George,
Duc de Zell , mort en 16412
& d'Anne Eleonor de Heffe
Darmftat , & avoit épousé le
18. Octobre 1643. Frederic III .
Prince de Danemark , fe
cond Fils de Chriftierne IV.
& d'Anne Catherine de Bran
debourg. Ce Prince avoit efté
Archevefque de Bremeny
avant la mort de Chriftierne
fon Frere , qu'on avoit defigné
Roy , & eftant parvenu
à la Couronne en 1648. il eur.
Mars 1685,
Aa.
282 MERCURE
•
de longues Guerres contre
les Suedois. Il les foûtint
avec beaucoup de gloire , &
fit enfin la Paix avec la Reyne
de Suéde , Tutrice du Roy
Charles fon Fils . Elle fut con
clue à Copenhague en 1660 .
& enfuite les Etats de Dane
mark luy donnerent plein
pouvoir de laiffer hereditaire
dans fa Maiſon , la Couronne
qui auparavant eftoit electi
ve. Il mourut le 9. Fevrier
1670. laiſſant deux Fils & quatre
Filles de fon Mariage
,avec
Sophie Amalie deLunebourg,
dont je vous apprens la mort.
GALANT. 283
Chriftierne V. l'aîné de fes
Fils , luy a fuccedé. Il eſt né
le 18. Avril 1646. & a épousé
Charlote Landgrave de Heffe
Caffel. L'autre Fils eft Geor
ge, Prince de Danemark, qui
comme je vous l'ay déja dit,,
a épousé depuis peu de temps ,
la feconde Fille du Roy d'An
gleterre , qui regne prefente.
ment. Les quatre Filles for--
ties de ce mefme Mariage,,
font Anne Sophie , Femme
de Jean George , Electeur de
Saxe, Friderique Amalie , ma- -
riée en 1667. à Chriftien
Adolphe , Duc de Holface-
Aa ij
284 MERCURE
Sunderbourg , Guillemetter
Erneſtine
, mariée en 1671. à
Charles , Electeur Palatin du
Rhin , & Ulrique Eleonore
Sabine , qui a épousé en 1680 .
Charles XI . Roy de Suéde .
a efté fuivie de celle de
la Reyne Mere , du Roy de
Danemark arrivée à Copenhague
le Vendredy 2. de
ce mois dans la 56. année de
GALANT. 28
fon âge. Elle eftoit Soeur de
George Guillaume , Duc de
Zell ,& d'ErneftAugufte, Duc
de Hanover, Fille de George,
Duc de Zell , mort en 16412
& d'Anne Eleonor de Heffe
Darmftat , & avoit épousé le
18. Octobre 1643. Frederic III .
Prince de Danemark , fe
cond Fils de Chriftierne IV.
& d'Anne Catherine de Bran
debourg. Ce Prince avoit efté
Archevefque de Bremeny
avant la mort de Chriftierne
fon Frere , qu'on avoit defigné
Roy , & eftant parvenu
à la Couronne en 1648. il eur.
Mars 1685,
Aa.
282 MERCURE
•
de longues Guerres contre
les Suedois. Il les foûtint
avec beaucoup de gloire , &
fit enfin la Paix avec la Reyne
de Suéde , Tutrice du Roy
Charles fon Fils . Elle fut con
clue à Copenhague en 1660 .
& enfuite les Etats de Dane
mark luy donnerent plein
pouvoir de laiffer hereditaire
dans fa Maiſon , la Couronne
qui auparavant eftoit electi
ve. Il mourut le 9. Fevrier
1670. laiſſant deux Fils & quatre
Filles de fon Mariage
,avec
Sophie Amalie deLunebourg,
dont je vous apprens la mort.
GALANT. 283
Chriftierne V. l'aîné de fes
Fils , luy a fuccedé. Il eſt né
le 18. Avril 1646. & a épousé
Charlote Landgrave de Heffe
Caffel. L'autre Fils eft Geor
ge, Prince de Danemark, qui
comme je vous l'ay déja dit,,
a épousé depuis peu de temps ,
la feconde Fille du Roy d'An
gleterre , qui regne prefente.
ment. Les quatre Filles for--
ties de ce mefme Mariage,,
font Anne Sophie , Femme
de Jean George , Electeur de
Saxe, Friderique Amalie , ma- -
riée en 1667. à Chriftien
Adolphe , Duc de Holface-
Aa ij
284 MERCURE
Sunderbourg , Guillemetter
Erneſtine
, mariée en 1671. à
Charles , Electeur Palatin du
Rhin , & Ulrique Eleonore
Sabine , qui a épousé en 1680 .
Charles XI . Roy de Suéde .
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Résumé : Mort de la Reyne Mere du Roy de Danemark, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs événements concernant la famille royale danoise. Après la mort du roi d'Angleterre, décèdent également la reine mère Sophie Amalie de Lunebourg, sœur de George Guillaume, duc de Zell, et d'Ernst-Auguste, duc de Hanovre. Sophie Amalie était la fille de George, duc de Zell, et d'Anne Éléonore de Hesse-Darmstadt. Elle avait épousé Frédéric III de Danemark le 18 octobre 1643. Frédéric III, second fils de Christian IV et d'Anne Catherine de Brandebourg, fut archevêque de Brême avant de devenir roi en 1648. Il conduisit des guerres contre les Suédois et signa la paix avec la reine de Suède en 1660, rendant la couronne héréditaire. Frédéric III mourut le 9 février 1670, laissant deux fils et quatre filles. Son fils aîné, Christian V, lui succéda. Le second fils, George, prince de Danemark, épousa récemment la seconde fille du roi d'Angleterre. Les quatre filles de Frédéric III et Sophie Amalie sont Anne Sophie, épouse de Jean George, électeur de Saxe ; Frédérique Amélie, mariée à Christian-Adolphe, duc de Holstein-Sonderbourg ; Guillaume-Ernestine, mariée à Charles, électeur palatin du Rhin ; et Ulrique-Éléonore Sabine, mariée à Charles XI, roi de Suède.
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41
p. 76-86
EXTRAIT D'UNE LETTRE ECRITE DE ROCHEFORT.
Début :
Ma Lettre du mois de Mars vous a fait sçavoir / Madame la Princesse de Guemené est morte en son Chasteau [...]
Mots clefs :
Princesse de Guemené, Qualités, Faiblesses, Princes, Duc, Rochefort, Souverains, Beauté, Cour, Psaumes, Dieu, Anne de Rohan, Décès
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT D'UNE LETTRE ECRITE DE ROCHEFORT.
Ma Lettre du mois de Mars
vous a fait ſçavoir la perte
que l'on a faite de Madame
GALANT. 77
la Princeſſe de Guemené. Je
ne vous dis rien alors de fes
grandes qualitez , comme ſi
j'avois preveu que je devois
recevoir l'éloge que vous allez
lire. Il a eſté fait par une
Perſonne qui la connoiſſoit
parfaitement,& c'eſtle moins
que l'on doive à cette Illuſtre
Défunte , que d'apprendre à
tout le monde , ce que tout
le monde dévroit tâcher d'imiter.
Güj
78 MERCURE
SSS2-2552525-22552,
EXTRAIT
D'UNE LETTRE
ECRITE DE ROCHEFORT.
5.00
M en
Adame la Princeſſe de
Guemené est morte enfon
Chafteau de Rochefort le 14. de
Mars âgée de 79. ans. Elle estoit
iffuë des anciens Souverains de
Bretagne,&des Rois de Navarre;
mais quelque grande qu'ellefust
par une fi illustre naiſſance , elle
l'estoit bien davantage par sa
vertu& parfon merite. Ils'est
GALANT. 79
weupeu de Perſonnes defon Sexe
& de ſon rang qui ayent poffedé
d'auffi grandes qualitez, e qui
les ayent portéesfiloin. Elleſceut
joindre enſemble désſaplus tendre
jeuneffe , une beauté parfaite
une modestie ſurprenante ,
joüir au milieu des troubles ,
des embarras de la Cour , d'une
quiétude , & d'une tranquillité
d'esprit que la plupartdesGrands
ne connoiffent point , &recherchent
encore moins. Ellefutgrande
fans orgueil , belle sans affe-
Station , majestueuse sans fierté,
ferme dans les plus grands malheursfans
vanité, bonnefansfoi
Giiij
80 MERCURE
bleſſe, & charitable envers lespauvresfans
oftentation. Sa dévotion
eſtoit tendre & ſolide. Dieu qui
l'avoit attirée de bonne heure,luy
avoit montré par quelle voye il
vouloit qu'elle vinſt à luy ; c'est
pourquoy elle le cherchoit dans la
fimplicité du coeur,&elle l'adoroit
en eſprit&en verité,s'offrant cotinuellement
à luy par le facrifice
qu'elle luy faisoit de toutce qu'el
le avoit de plus cher& de plus
ſenſible au monde. On fçait affez
de quelle maniere Dieu l'a
éprouvée , & combien il luy a
fait de graces , pour ſoûtenir un
chocfi terrible avec autantde geGALANT.
81
1
nérositéqu'elle l'a fait. Aussi une
vie ſi chrétienne &fi ſainte at'elle
esté couronnée par une plus
Sainte mort. Comme elle l'avoit
envisagéedés long- temps, qu'-
elle enfaisoit son étude dans ſes
fréquentes retraites à la Campagne
depuis pluſieurs années , elle
ne fut point effrayéedefon appro.
che. Au contraire , aprés s'eftre
humiliée profondement , &avoir
reconnu devant le Seigneurson
neant&sa baſſeſſe , elle adoroit
baifoit la main de celuy quila
frappoit; elle loüoitſes mifericordes
infinics ; elle conſoloit ceux qui
estoient touchez de la perte qu'ils
Le Seig
1
92 MERCURE
alloient faire ; elle infultoit,pour
ainſi dire , à la foibleſſe des autres,
qui n'écoutoient que leur dow
leur;elleſupportoit lesſiennes avec
une patience invincible, elle ne
Soûpiroitplusqu'aprés la Maiſon
de Dieu,onfafoy luyfaisoit voir
une grandeur bien plus folide que
celle dont elle avoit joüy icy bas..
Pendant toute maladie qui Ja
duré deux mois o demy , Dieu
luy a conſervé juſques au dernier
Soupir cejugement , cette préſen
ce , &cette vivacité d'efprit ad_
mirable , qu'on a reconnu en elle
pendant toutesa vie. Ilsemble
mesme que pour la récompenfer
GALANT. 83
د
de l'amour qu'elle avoit toûjours
eu pour l'Ecriture Sainte
principalement pour les Pfeaumes
, & pour le Saint Evangile
, Dieu luy augmenta la me
moire ,& qu'il la luy renditplus
vive & plus presente qu'elle
n'avoitjamais esté. Elle luy fourniffoit
fans peine les pafſſages qui
estoient les plus conformes àl'état
où elle se trouvoit , &lors que
Sa foibleſſe l'empeſchoit de lespro
noncer , elle se les faisoit reciter
par ceux qui avoient l'honneur
de l'affiſter dans ces derniers mo
mens. Elle leur avoña qu'elle
n'avoit jamais goûté de plaifu
84 MERCURE
plus ſenſible que lors qu'elle avoit
receu les Sacremens pendant ſa
maladie , &qu'elle se nourriſſoit
de la Parole de Dieu ; && ce fut
après avoir achevé ces paroles,
qu'elle adreſſoit au Crucifix,
„ mon Dieu que vous avez
,, ſouffert pour moy , & que
,, je ſouffre peu pour vous!
,, encore , mon Dieu , encore
; ce fut , dis- je , aprés avoir
prononcé cét Acte d'amour of de
pénitence , qu'elle tomba dans une
foibleſſe qui l'emporta une demiheure
aprés.
C'est ainsi qu'a vécu , &
qu'est morte Anne de Rohan,
GALANT. 85
!
Princeſſe de Guemené , fille unique
de Pierre de Rohan , Prince
de Guemené , & de Madeleine
de Rieux Chasteauneuf, ſa premiere
Femme. Elle avoitépousé
Loüis de Rohan ſon Cousin germain
, Fils d'Hercule de Rohan,
Duc de Montbazon , Pair &
grand Veneur de France , & de
Madeleine de Lenoncourſa premiere
Femme , & ainfi elleporta
par ce Mariage les grands
biens de labranche aînéeàlaCadette.
Elle a eu pour Fils Char
les de Rohan Duc de Montba
zon , Pere de M² le Prince de
Guemené d'aujourd'huy , de M
86 MERCURE
le Prince de Montauban , de
Meſdemoiselles de Guemené,de
Montbazon & de Montauban,
feu M² de Rohan grand Veneurde
France.
vous a fait ſçavoir la perte
que l'on a faite de Madame
GALANT. 77
la Princeſſe de Guemené. Je
ne vous dis rien alors de fes
grandes qualitez , comme ſi
j'avois preveu que je devois
recevoir l'éloge que vous allez
lire. Il a eſté fait par une
Perſonne qui la connoiſſoit
parfaitement,& c'eſtle moins
que l'on doive à cette Illuſtre
Défunte , que d'apprendre à
tout le monde , ce que tout
le monde dévroit tâcher d'imiter.
Güj
78 MERCURE
SSS2-2552525-22552,
EXTRAIT
D'UNE LETTRE
ECRITE DE ROCHEFORT.
5.00
M en
Adame la Princeſſe de
Guemené est morte enfon
Chafteau de Rochefort le 14. de
Mars âgée de 79. ans. Elle estoit
iffuë des anciens Souverains de
Bretagne,&des Rois de Navarre;
mais quelque grande qu'ellefust
par une fi illustre naiſſance , elle
l'estoit bien davantage par sa
vertu& parfon merite. Ils'est
GALANT. 79
weupeu de Perſonnes defon Sexe
& de ſon rang qui ayent poffedé
d'auffi grandes qualitez, e qui
les ayent portéesfiloin. Elleſceut
joindre enſemble désſaplus tendre
jeuneffe , une beauté parfaite
une modestie ſurprenante ,
joüir au milieu des troubles ,
des embarras de la Cour , d'une
quiétude , & d'une tranquillité
d'esprit que la plupartdesGrands
ne connoiffent point , &recherchent
encore moins. Ellefutgrande
fans orgueil , belle sans affe-
Station , majestueuse sans fierté,
ferme dans les plus grands malheursfans
vanité, bonnefansfoi
Giiij
80 MERCURE
bleſſe, & charitable envers lespauvresfans
oftentation. Sa dévotion
eſtoit tendre & ſolide. Dieu qui
l'avoit attirée de bonne heure,luy
avoit montré par quelle voye il
vouloit qu'elle vinſt à luy ; c'est
pourquoy elle le cherchoit dans la
fimplicité du coeur,&elle l'adoroit
en eſprit&en verité,s'offrant cotinuellement
à luy par le facrifice
qu'elle luy faisoit de toutce qu'el
le avoit de plus cher& de plus
ſenſible au monde. On fçait affez
de quelle maniere Dieu l'a
éprouvée , & combien il luy a
fait de graces , pour ſoûtenir un
chocfi terrible avec autantde geGALANT.
81
1
nérositéqu'elle l'a fait. Aussi une
vie ſi chrétienne &fi ſainte at'elle
esté couronnée par une plus
Sainte mort. Comme elle l'avoit
envisagéedés long- temps, qu'-
elle enfaisoit son étude dans ſes
fréquentes retraites à la Campagne
depuis pluſieurs années , elle
ne fut point effrayéedefon appro.
che. Au contraire , aprés s'eftre
humiliée profondement , &avoir
reconnu devant le Seigneurson
neant&sa baſſeſſe , elle adoroit
baifoit la main de celuy quila
frappoit; elle loüoitſes mifericordes
infinics ; elle conſoloit ceux qui
estoient touchez de la perte qu'ils
Le Seig
1
92 MERCURE
alloient faire ; elle infultoit,pour
ainſi dire , à la foibleſſe des autres,
qui n'écoutoient que leur dow
leur;elleſupportoit lesſiennes avec
une patience invincible, elle ne
Soûpiroitplusqu'aprés la Maiſon
de Dieu,onfafoy luyfaisoit voir
une grandeur bien plus folide que
celle dont elle avoit joüy icy bas..
Pendant toute maladie qui Ja
duré deux mois o demy , Dieu
luy a conſervé juſques au dernier
Soupir cejugement , cette préſen
ce , &cette vivacité d'efprit ad_
mirable , qu'on a reconnu en elle
pendant toutesa vie. Ilsemble
mesme que pour la récompenfer
GALANT. 83
د
de l'amour qu'elle avoit toûjours
eu pour l'Ecriture Sainte
principalement pour les Pfeaumes
, & pour le Saint Evangile
, Dieu luy augmenta la me
moire ,& qu'il la luy renditplus
vive & plus presente qu'elle
n'avoitjamais esté. Elle luy fourniffoit
fans peine les pafſſages qui
estoient les plus conformes àl'état
où elle se trouvoit , &lors que
Sa foibleſſe l'empeſchoit de lespro
noncer , elle se les faisoit reciter
par ceux qui avoient l'honneur
de l'affiſter dans ces derniers mo
mens. Elle leur avoña qu'elle
n'avoit jamais goûté de plaifu
84 MERCURE
plus ſenſible que lors qu'elle avoit
receu les Sacremens pendant ſa
maladie , &qu'elle se nourriſſoit
de la Parole de Dieu ; && ce fut
après avoir achevé ces paroles,
qu'elle adreſſoit au Crucifix,
„ mon Dieu que vous avez
,, ſouffert pour moy , & que
,, je ſouffre peu pour vous!
,, encore , mon Dieu , encore
; ce fut , dis- je , aprés avoir
prononcé cét Acte d'amour of de
pénitence , qu'elle tomba dans une
foibleſſe qui l'emporta une demiheure
aprés.
C'est ainsi qu'a vécu , &
qu'est morte Anne de Rohan,
GALANT. 85
!
Princeſſe de Guemené , fille unique
de Pierre de Rohan , Prince
de Guemené , & de Madeleine
de Rieux Chasteauneuf, ſa premiere
Femme. Elle avoitépousé
Loüis de Rohan ſon Cousin germain
, Fils d'Hercule de Rohan,
Duc de Montbazon , Pair &
grand Veneur de France , & de
Madeleine de Lenoncourſa premiere
Femme , & ainfi elleporta
par ce Mariage les grands
biens de labranche aînéeàlaCadette.
Elle a eu pour Fils Char
les de Rohan Duc de Montba
zon , Pere de M² le Prince de
Guemené d'aujourd'huy , de M
86 MERCURE
le Prince de Montauban , de
Meſdemoiselles de Guemené,de
Montbazon & de Montauban,
feu M² de Rohan grand Veneurde
France.
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Résumé : EXTRAIT D'UNE LETTRE ECRITE DE ROCHEFORT.
La lettre informe du décès de la Princesse de Guemené, survenu le 14 mars à l'âge de 79 ans au château de Rochefort. La princesse, issue des anciens souverains de Bretagne et des rois de Navarre, était reconnue pour ses grandes qualités morales et son mérite. Elle incarnait la jeunesse, la beauté, la modestie et la tranquillité d'esprit, même en période de troubles à la cour. Sa personnalité se distinguait par une absence d'orgueil malgré sa grandeur, de fierté malgré sa majesté, et d'ostentation malgré sa bonté. Sa dévotion était sincère et profonde, cherchant Dieu dans la simplicité du cœur. Sa maladie, ayant duré deux mois et demi, n'a pas altéré son jugement ni sa vivacité d'esprit. Elle trouvait du réconfort dans la réception des sacrements et se nourrissait de la Parole de Dieu. Elle est décédée après avoir prononcé un acte d'amour et de pénitence. La princesse était la fille unique de Pierre de Rohan et de Madeleine de Rieux Chasteauneuf, et avait épousé Louis de Rohan, son cousin germain. Elle eut plusieurs enfants, dont Charles de Rohan, Duc de Montbazon.
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42
p. 86-93
Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Début :
La pieté qui accompagne ordinairement les personnes de vostre sexe, [...]
Mots clefs :
Piété, Ordres de Dieu, Christianisme, Madame Dauphine de Sartre, Marquis de Robias, Décès, Fille, Connaissances, Morale, Estime, Éducation, Santé, Maux, Mariage, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
La pieté qui accompagne
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
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Résumé : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Madame Dauphine de Sartre, épouse du Marquis de Robias d'Estoublon, est décédée à Arles le 17 du mois précédent. Fille unique de Monsieur de Sartre, conseiller à la Cour des Aydes et Finances de Montpellier, et de Dame Brigide de Massauve, elle avait hérité de leurs vertus et biens. Dotée d'un esprit élevé et d'une grande érudition, elle maîtrisait les mathématiques, l'algèbre, la philosophie et la médecine. Son attachement principal était la morale chrétienne, qu'elle suivait dans toutes ses actions. Connue pour son intelligence et son talent pour attirer l'estime et le respect, elle possédait une mémoire et un jugement exceptionnels, lui permettant de transcrire des sermons et de composer de la musique. Malgré une santé florissante, elle tomba gravement malade et supporta ses souffrances avec fermeté. Avant sa mort, elle fit plusieurs legs pieux et des bienfaits à ses domestiques, laissant son cœur aux Carmélites pour la construction de leur église. Elle quitta le monde avec courage, laissant une profonde affliction à sa famille et à la ville d'Arles. Son mari, le Marquis de Robias, est décrit comme un homme de mérite et secrétaire perpétuel de l'Académie Royale d'Arles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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43
p. 103-109
Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Début :
Je vous dis dans ma Lettre du dernier mois, que Mr [...]
Mots clefs :
Marquis de Chastillon, Gentilhomme, Chambre, Mariage, Mademoiselle, Gouverneur, Chevalier, Altesse royale, Maison de Chastillon, Illustre, Alliances, Croisades, Couvents, Fondation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Je vous dis dans ma Lettre
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre le Marquis de Chastillon, premier Gentilhomme de la Chambre de Monfieur, et Mademoiselle de Broüilly, seconde fille de Messire Antoine de Broüilly, Marquis de Piennes, Gouverneur de la Ville et Citadelle de Pignerol. La cérémonie s'est déroulée dans une chapelle du Palais Royal en présence de Monfieur, du Duc de Chartres et de Mademoiselle. Son Altesse Royale a offert la chemise au marié. La Maison de Chastillon, originaire de Chastillon-sur-Marne, remonte à 1076 et compte près de vingt-cinq branches. Elle a produit de nombreux vaillants chevaliers, prélats, seigneurs, comtes, ducs, princes, souverains, reines et papes. La famille a occupé des charges prestigieuses telles que connétables, grands maîtres, chanceliers, amiraux, et gouverneurs. Elle s'est alliée à la Maison de France à douze reprises et à plusieurs maisons royales européennes. Les membres de cette maison ont participé à des guerres, croisades et voyages en Terre Sainte. Ils ont possédé diverses terres et seigneuries, y compris Antioche, Tamaris, la Bretagne, et la Gueldre. Le texte mentionne également des saints canonisés et des abbayes fondées par cette famille.
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44
p. 140-145
Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Début :
Le ving-huit du mois passé Mr le Comte Bagliani, Envoyé [...]
Mots clefs :
Comte de Bagliani, Envoyé extraordinaire, Audience, Décès, Duchesse de Mantoue, Mariage, Enfants, Seigneurie, Marquis, Empereur, Palais, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le vingt - huit du mois .
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
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Résumé : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le 28 du mois, M. le Comte Bagliani, Envoyé Extraordinaire du Duc de Mantoue, a informé le Roi de la mort d'Isabelle Claire d'Autriche, fille de Léopold d'Autriche et Archiduchesse d'Innsbruck. Elle était la Duchesse douairière de Mantoue et avait épousé en 1649 Charles III de Gonzague, Duc de Mantoue et de Montferrat, décédé le 14 août 1665. Leur union a donné naissance à Ferdinand-Charles de Gonzague, Duc de Mantoue et de Montferrat, né en 1651 et marié en 1670 à Isabelle de Gonzague, fille de Ferdinand de Gonzague, Prince de Guastalla, et de Marguerite d'Este-Modène. La Maison de Gonzague possède Mantoue depuis plusieurs générations. Louis de Gonzague, fils de Guy, obtint la seigneurie de Mantoue en 1327. Ses descendants portèrent le titre de Vicaire de l'Empire jusqu'à Jean-François, qui devint Marquis de Mantoue en 1433. Frédéric II de Gonzague, allié de François Ier puis de l'Empereur Charles Quint, reçut le titre de Duc en 1530. La ville de Mantoue, située au milieu du lac formé par le fleuve Mincio, fut prise le 18 juillet 1630 par Colalto, général de l'Empereur Ferdinand II.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 162-181
Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Comme tout ce qui regarde la santé est toûjours fort bien receu, [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Avantages, Mr Rouvière, Discours, Médecins, Faculté de médecine de Paris, Galien, Admiration, Ouvrages, Magistrats, Monarques, Traité, Antidote, Sciences, Remède, Pharmacie, Charlatans, Gloire, Professeurs, Critiques, Drogues, Doyen, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Comme tout ce quiregarde
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
Fermer
Résumé : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le texte traite de la réception favorable d'une lettre précédente concernant la thériaque, un remède médical, qui a suscité un grand intérêt. Cette lettre contenait des informations historiques et curieuses sur la préparation de la thériaque. Les discours de M. de Rouvière, approuvés par M. de la Reynie et M. Galant, ainsi que celui de M. Liénard, médecin du roi et professeur de pharmacie à la Faculté de Médecine de Paris, sont mis en avant comme essentiels pour l'histoire de la thériaque à Paris. Le texte compare l'attention des grands magistrats français à celle de l'empereur romain Galien, louant leurs efforts pour une composition exacte et fidèle du remède. Le roi Louis XIV est particulièrement salué pour son engagement envers ses sujets, inspirant les professeurs à atteindre l'excellence dans la préparation de la thériaque. À Paris, quatre apothicaires préparent ce remède, marquant une renaissance de cet art. La vigilance des magistrats de police assure la qualité et l'authenticité de la thériaque, protégée contre les falsifications. Le professeur de pharmacie de la Faculté de Médecine de Paris exprime sa reconnaissance et met en garde contre les perturbations possibles. Le 12 mars, M. de Rouvière présente les drogues utilisées pour la thériaque devant une assemblée nombreuse, et M. Pilon, doyen de la Faculté, conclut avec un discours élogieux. La préparation de la thériaque à Venise, en présence du Sénat, est également mentionnée pour souligner son importance et sa solennité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 235-239
Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Miromesnil Maistre des Requestes, President au [...]
Mots clefs :
M. Miromesnil, Président du conseil, Intendant, Mademoiselle, M. de Saint-Martin, Cérémonie, Évêque, Invités, Maison de Miromesnil, Nobles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Mª de Miromeſnil Maiſtre
des Requeſtes , Prefident au
GrandConſeil , Intendant en
la Province de Champagne,
&dont les Anceſtres ont poffedé
depuis pluſieurs fiecles
Vij
236 MERCURE :
les premieres dignitez du
Parlement de Roüen , a
épousé Mademoiselle Blan
che de Bar de Saint Martin,.
Fille de M de Saint Martin,
ancien Préſident au Préfidial
de Chalons . La Ceremonie
du Mariage fut faite le 14. de
ce mois par Meffire Loüis
Antoine de Noailles Pair de
France , Evefque & Comte
de Châlons , dans la Chapel
lede ſon Chaſteau de Sarry,
en préſence de Madame la
Ducheffe & Mademoiselle
de Noailles , & de pluſieurs
autres Perſonnes de qualité.
GALANT. 237
La Maiſon de M. de Miro
meſnilreſt des meilleures &
des plus anciennes de la Ro
be , diftinguée par des Am
baſſades , & par d'autres
grands emplois , & alliée aux
Maiſons de Chanvalon , du
Chaſteler , de Clermont, de
du Perron , de Briçonnet,
Courtin , de Mefmes ,Beau
molet, &pluſieurs autres du
Conſeil , & du Parlements
tant de Paris que de Norman
die. Celle de la Mariée eft
auſſi des plus anciennes &
des plus confiderables de la
Province. Jean de Bar fon fi
)
238 MERCURE
xiéme ou ſeptiéme Ayeul,s'é
tant trouvé avec les autres
Nobles de Champagne à la
Bataille d'Azincour , où l'Arriereban
eſtoit convoqué , fut
un de ceux qui s'y diftinguérent.
La Maiſon de Bar eft
alliée à celles de Neuville,
Lambeſſon, Godet, Ramcou,
Cochon - Verſanay
coſté maternel à celles de
Talon, Voifin, Perigny,Ponchartrain
, Dagueffeau ,Tu.
beuf& Hebert. Cette nouvelle
Mariée est belle & bien
faite. Elle a de l'eſprit,& ſçait
joindre à la Science de la
د
& du
Je
GALANT. 239
Cour l'innocence de la Province.
des Requeſtes , Prefident au
GrandConſeil , Intendant en
la Province de Champagne,
&dont les Anceſtres ont poffedé
depuis pluſieurs fiecles
Vij
236 MERCURE :
les premieres dignitez du
Parlement de Roüen , a
épousé Mademoiselle Blan
che de Bar de Saint Martin,.
Fille de M de Saint Martin,
ancien Préſident au Préfidial
de Chalons . La Ceremonie
du Mariage fut faite le 14. de
ce mois par Meffire Loüis
Antoine de Noailles Pair de
France , Evefque & Comte
de Châlons , dans la Chapel
lede ſon Chaſteau de Sarry,
en préſence de Madame la
Ducheffe & Mademoiselle
de Noailles , & de pluſieurs
autres Perſonnes de qualité.
GALANT. 237
La Maiſon de M. de Miro
meſnilreſt des meilleures &
des plus anciennes de la Ro
be , diftinguée par des Am
baſſades , & par d'autres
grands emplois , & alliée aux
Maiſons de Chanvalon , du
Chaſteler , de Clermont, de
du Perron , de Briçonnet,
Courtin , de Mefmes ,Beau
molet, &pluſieurs autres du
Conſeil , & du Parlements
tant de Paris que de Norman
die. Celle de la Mariée eft
auſſi des plus anciennes &
des plus confiderables de la
Province. Jean de Bar fon fi
)
238 MERCURE
xiéme ou ſeptiéme Ayeul,s'é
tant trouvé avec les autres
Nobles de Champagne à la
Bataille d'Azincour , où l'Arriereban
eſtoit convoqué , fut
un de ceux qui s'y diftinguérent.
La Maiſon de Bar eft
alliée à celles de Neuville,
Lambeſſon, Godet, Ramcou,
Cochon - Verſanay
coſté maternel à celles de
Talon, Voifin, Perigny,Ponchartrain
, Dagueffeau ,Tu.
beuf& Hebert. Cette nouvelle
Mariée est belle & bien
faite. Elle a de l'eſprit,& ſçait
joindre à la Science de la
د
& du
Je
GALANT. 239
Cour l'innocence de la Province.
Fermer
Résumé : Mariage de M. de Miroménil, [titre d'après la table]
Mª de Miromesnil, Maître des Requêtes, Président au Grand Conseil et Intendant de la Province de Champagne, provient d'une famille distinguée au Parlement de Rouen et alliée à plusieurs maisons illustres. Il a épousé Mademoiselle Blanche de Bar de Saint Martin, fille de M. de Saint Martin, ancien Président au Présidial de Chalons. Leur mariage a été célébré le 14 du mois par Monseigneur Louis Antoine de Noailles, Pair de France, Évêque et Comte de Châlons, dans la chapelle du château de Sarry, en présence de personnalités notables. La famille de Miromesnil est reconnue pour ses ambassades et autres hautes fonctions. La famille de la mariée est également ancienne et respectée en Champagne. Jean de Bar, ancêtre de la mariée, s'est distingué à la bataille d'Azincourt. La mariée est décrite comme belle, bien faite, spirituelle et cultivée, combinant innocence provinciale et grâce de la cour.
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47
p. 302-307
M. de Chasteaugonthier receu en survivance à la Charge de Président au Mortier du Parlement de Paris, que possède M. le Président de Bailleul son Pere, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Président de Bailleul a fait paroistre tant de zéle [...]
Mots clefs :
Mr le Président de Bailleul, Zèle, Sa Majesté, Récompense, Parlement de Paris, Fils, Voyages, Maison de Chasteaugontier, Ambassadeur, Charge, Lieutenant civil, Chancelier, Angleterre, Venise, Marquise , Noblesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. de Chasteaugonthier receu en survivance à la Charge de Président au Mortier du Parlement de Paris, que possède M. le Président de Bailleul son Pere, [titre d'après la table]
Male Préfident de Bailleul
a fait paroiſtre tant de zéle
pour les ſervice du Roy &
pour le bien de l'Etat en plu
ſieurs occaſions , que Sa Majesté
qui cherche toûjours à
récompenfer le vray mérite,
abien voulu luy accorder la
ſurvivance de ſa Charge de
Préſident au Mortier au Par-p
lement de Paris , pour Mode
Chaſteaugontier , ſon Fils,
Conſeillerdans le meſme Par
lement , avec toutes les dill
penfes
menter ligrace que ce grand
nſes qui pouvoient au
GALANTM 303
joyez par las
Monarque luy a faite. Tout !
le monde en témoigne icy
beaucoup de joye
haute eftime qu'on a pourq
ce Préſident , dont la Mais
ſon eſt une des plus Nobles
de Normandie , où lespaño
ceſtres acquirent beaucoup
de gloire aux Voyages de
laTerre Sainte , & à la Conqueſte
d'Angleterre. MeffireT
Nicolas de Bailleul, fon Pere,ol
a eſté le premier de cette
Maiſon, qui ſe ſoit mis dans
la Robe. Il fut Conſeiller au
Parlement , & enfuite Maisq
ſtre des Requeſtes. Les mar304
MERCURE
ques d'habileté qu'il donna
dans cette Charge , obligérent
le feu Roy à luy confier
diverſesCommiffions des plus
importantes, dont il s'acquita
avec grandſuccés . Sa Majesté
l'envoya Ambaſſadeur en Savoye
; & à ſon retour , Elle
le nommaPréfident auGrand
Conſeil.Quoy que cetteCharge
fuft conſidérable , il s'en
démit pour accepter celle de
Lieutenant Civil de Paris. Il
fut éleu Prevoſt des Marchands
quelque temps apres ,
& continué pendant fix années.
En 1627. on le receut
GALANT. 305
Préſident au Mortier. Il fute
fait Chancelier de la feuë
Reyne Mere Anne d'Auftri
che, & enfin Miniſtre d'Etat :
&Sur- Intendant des Finances.
Ilmourut en 1652. apres
avoir rendu de nouveau de
grands ſervices pendant les ,
Guerres Civiles , & fur tout
dans les temps auſquels il ſe
trouva à la teſte du Parlemér..
Il laiſſa d'Elifabeth Mallier ſa
feconde Femme , Dame d'u--
ne vertu genéralement admirée
, Fille deM' du Houf
fay , Conſeiller d'Etat & In--
tendant des Finantes , &
Avril 1685. Gc
1306 MERCURE
Scoeur de feu M. FEvefque de
Tarbes, cy devantAmbaffadeuràVenise&
vers les Prin
coesd'Italie, Meffire Louys de
Bailleul , aujourd'huy Préfi
dent au Mortier, dontjevous
parle,Madame la Marquife
du Tillet veuverde Modu
Tillet , Préfident à la Cham
bre des Comptes de Paris;
Madame la Marquise diUxe
les veuve deMelle Marquis
d'Uxelles , Lieutenant General
des Armées de Sa Maje
Até Lieutenant de Royzen
Bourgogne, & Gouverneur
de la Ville & Citadellede
EGADANIM. 397
Chalons, &MadamelaMarquiſe
de S.Germain, veuve de
Mile Marquis de Saint Ger
main,Gouverneur de laHaute
& Baffe Marche. Vous voyez
parlà combien d'illuftres AL
Jiances fans celles quej'obmets/
comme plus éloignées,
accompagnent laNobleffe&
le merite deMl de Chasteau .
Gontier,dont la Femme,Fille
edepMidella Cour des Bois,
Maistre des Requeſtes ,joint
à des qualitez extraordinaireso
l'avantage d'eftre un
des plus grands Partys de
Barillas
a fait paroiſtre tant de zéle
pour les ſervice du Roy &
pour le bien de l'Etat en plu
ſieurs occaſions , que Sa Majesté
qui cherche toûjours à
récompenfer le vray mérite,
abien voulu luy accorder la
ſurvivance de ſa Charge de
Préſident au Mortier au Par-p
lement de Paris , pour Mode
Chaſteaugontier , ſon Fils,
Conſeillerdans le meſme Par
lement , avec toutes les dill
penfes
menter ligrace que ce grand
nſes qui pouvoient au
GALANTM 303
joyez par las
Monarque luy a faite. Tout !
le monde en témoigne icy
beaucoup de joye
haute eftime qu'on a pourq
ce Préſident , dont la Mais
ſon eſt une des plus Nobles
de Normandie , où lespaño
ceſtres acquirent beaucoup
de gloire aux Voyages de
laTerre Sainte , & à la Conqueſte
d'Angleterre. MeffireT
Nicolas de Bailleul, fon Pere,ol
a eſté le premier de cette
Maiſon, qui ſe ſoit mis dans
la Robe. Il fut Conſeiller au
Parlement , & enfuite Maisq
ſtre des Requeſtes. Les mar304
MERCURE
ques d'habileté qu'il donna
dans cette Charge , obligérent
le feu Roy à luy confier
diverſesCommiffions des plus
importantes, dont il s'acquita
avec grandſuccés . Sa Majesté
l'envoya Ambaſſadeur en Savoye
; & à ſon retour , Elle
le nommaPréfident auGrand
Conſeil.Quoy que cetteCharge
fuft conſidérable , il s'en
démit pour accepter celle de
Lieutenant Civil de Paris. Il
fut éleu Prevoſt des Marchands
quelque temps apres ,
& continué pendant fix années.
En 1627. on le receut
GALANT. 305
Préſident au Mortier. Il fute
fait Chancelier de la feuë
Reyne Mere Anne d'Auftri
che, & enfin Miniſtre d'Etat :
&Sur- Intendant des Finances.
Ilmourut en 1652. apres
avoir rendu de nouveau de
grands ſervices pendant les ,
Guerres Civiles , & fur tout
dans les temps auſquels il ſe
trouva à la teſte du Parlemér..
Il laiſſa d'Elifabeth Mallier ſa
feconde Femme , Dame d'u--
ne vertu genéralement admirée
, Fille deM' du Houf
fay , Conſeiller d'Etat & In--
tendant des Finantes , &
Avril 1685. Gc
1306 MERCURE
Scoeur de feu M. FEvefque de
Tarbes, cy devantAmbaffadeuràVenise&
vers les Prin
coesd'Italie, Meffire Louys de
Bailleul , aujourd'huy Préfi
dent au Mortier, dontjevous
parle,Madame la Marquife
du Tillet veuverde Modu
Tillet , Préfident à la Cham
bre des Comptes de Paris;
Madame la Marquise diUxe
les veuve deMelle Marquis
d'Uxelles , Lieutenant General
des Armées de Sa Maje
Até Lieutenant de Royzen
Bourgogne, & Gouverneur
de la Ville & Citadellede
EGADANIM. 397
Chalons, &MadamelaMarquiſe
de S.Germain, veuve de
Mile Marquis de Saint Ger
main,Gouverneur de laHaute
& Baffe Marche. Vous voyez
parlà combien d'illuftres AL
Jiances fans celles quej'obmets/
comme plus éloignées,
accompagnent laNobleffe&
le merite deMl de Chasteau .
Gontier,dont la Femme,Fille
edepMidella Cour des Bois,
Maistre des Requeſtes ,joint
à des qualitez extraordinaireso
l'avantage d'eftre un
des plus grands Partys de
Barillas
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Résumé : M. de Chasteaugonthier receu en survivance à la Charge de Président au Mortier du Parlement de Paris, que possède M. le Président de Bailleul son Pere, [titre d'après la table]
Nicolas de Bailleul, originaire d'une noble famille normande distinguée par ses exploits en Terre Sainte et lors de la conquête de l'Angleterre, débuta sa carrière comme conseiller au Parlement puis maître des Requêtes. Ses compétences lui permirent d'occuper divers postes prestigieux : ambassadeur en Savoie, président au Grand Conseil, lieutenant civil de Paris, prévôt des marchands, et enfin président à mortier en 1627. Il fut également chancelier de la reine mère Anne d'Autriche et ministre d'État, surintendant des finances. Nicolas de Bailleul décéda en 1652 après avoir servi durant les guerres civiles. Son épouse, Élisabeth Mallier, était renommée pour sa vertu. Leur fils, Louis de Bailleul, actuel président à mortier, a hérité de la charge de son père grâce à une survivance accordée par le roi en reconnaissance des services rendus par Nicolas. La famille Bailleul est également apparentée à plusieurs personnalités notables, telles que la marquise du Tillet, la marquise d'Uxelles et la marquise de Saint-Germain.
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48
p. 312-317
Antiquitez de la Ville de Génes, & les divers changemens arrivez dans son Gouvernement, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay déjà parlé de Genes & de son Gouvernement. [...]
Mots clefs :
Gênes, Gouvernement, Consuls, Président, Élection, Nobles, Archevêque de Milan, Marquis, Successeurs, Duc de Milan, Conflits, Seigneurie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Antiquitez de la Ville de Génes, & les divers changemens arrivez dans son Gouvernement, [titre d'après la table]
Je
vous ay déja parlé de Genes
& de fon Gouvernement.
C'eſt uneVille tres - ancienne;
dont les Hiftoires fontmention
depuis plus de dix-huit
cens ans. Elle a eſté gouvernée
par des Confuls depuis
l'an 1100. juſqu'en 1257. que
le Peuple éleut Guillaume
Boccanegra pour Préſident
& pour Capitaine. Les Nobles
ayant repris le Gouvernement
en 1262. la mefme
faction
GALANT. 313
faction du Peuple éleut Si
mon Boccanegra en 1339. &
luy donna le titre de Duc.
Aprés que Jean de Murra,
& Jean de Valenti eurent
fucceſſivement occupé ſa place,
les Genois ſe ſoumirent à
Jean Visconti Archeveſque
de Milan , qui fit Guillaume
Marquis Pallavicini,Gouverneur
de Genes. Ce Marquis
fut chaffé trois ans aprés , &
on rétablit Simon Boccanegra
, Gabriel Adorneluy fuc-
Geda en 1363. Dominique
Fregoſe occupa ſa place en
1370. Il eut divers ſucceſſeurs
Avril 1685. Dd
314 MERCURE
juſqu'en 1384. que les Genois
le donnerent à la France. Le
Roy Charles VI. envoyoit
des Gouverneurs àGenes! Le
dernier fut Jean le Maingre,
dit Boucicaut Les Genois
ayant maſſacré les François
en 1409. ſe ſoumirent au Marquis
de Montferrat juſqu'en
1413. qu'ils ſe choiſirent des
Ducs. Thomas Fregoſe qui
avoir cette Charge , ſe foumit
à Philippes Marie Vif
conti Duc de Milan en 1425.
Les Génois ayant pris les armes
en 1435. fe mirent en li
berté , & eurent des Dics
GALANT 315
2
juſqu'en 1458. En ce temps-la
ils ſe donnerent de nouveau
aux François ſous Charles
VII. & les chaſſerent en 1461.
Leur inconftance fut telle ,
qu'ils ſe choiſirent ſept Ducs
en trois ans , aprés quoy la
Ville ſe donna à François
Sforce Duc de Milan.
Les Milanois en ayantefte
chaſſez en 1478. Baptifte &
Paul Fregoſe furent nommez
Ducs ſucceſſivement. Pauli
Fregoſe ceda encore au Duc
de Milan en 1488. & onze ans
aprés, le Roy Louis XIL
conquit Genes. Elle ſe révol
Dd ij
316 MERCURE
ta en 1506.& on la reprit l'an
née ſuivante. François de Roi
chechotuart qui en estoit
Gouverneur , fut chaſſé en
1512. & on nomma Jean Fre
gofe Duc. Les François, de
dépoſſederent en 1513. &donnerent
le Gouvernement à
Antoniot , qui fut chafferun
mois aprés par le Peuple.
Octavien Fregoſe que l'on
fit Duc , ſoumit la Ville aux
François , qui luy en laifle
rent le Gouvernement. Il
s'en acquitta avec beaucoup
de ſageſſe. Genes fut pillée
en 1522. par l'Armée de l'EmGALANTA
317
pereur Charles Quint. Le Roy
François 12 la reconquit en
1527. & AndréDoria la remit
en liberté peu d'années aprés.
Depuis ce temps là elle eſt
devenue une Ariftocratie ,
dont le Chefeft nomméDoge
ou Duc. Il n'eſt enChar
ge que deux ans de ſuite ,&
eſt aſſiſté de huit Senateurs
qui gouvernent avec luy ,&
qu'on nomme Gouverneurs.
Il y a enſuite les Procureurs,
&les quatre cens du Grand
Conſeil. C'eſt ce qu'on ap
pellela Seigneurie.
vous ay déja parlé de Genes
& de fon Gouvernement.
C'eſt uneVille tres - ancienne;
dont les Hiftoires fontmention
depuis plus de dix-huit
cens ans. Elle a eſté gouvernée
par des Confuls depuis
l'an 1100. juſqu'en 1257. que
le Peuple éleut Guillaume
Boccanegra pour Préſident
& pour Capitaine. Les Nobles
ayant repris le Gouvernement
en 1262. la mefme
faction
GALANT. 313
faction du Peuple éleut Si
mon Boccanegra en 1339. &
luy donna le titre de Duc.
Aprés que Jean de Murra,
& Jean de Valenti eurent
fucceſſivement occupé ſa place,
les Genois ſe ſoumirent à
Jean Visconti Archeveſque
de Milan , qui fit Guillaume
Marquis Pallavicini,Gouverneur
de Genes. Ce Marquis
fut chaffé trois ans aprés , &
on rétablit Simon Boccanegra
, Gabriel Adorneluy fuc-
Geda en 1363. Dominique
Fregoſe occupa ſa place en
1370. Il eut divers ſucceſſeurs
Avril 1685. Dd
314 MERCURE
juſqu'en 1384. que les Genois
le donnerent à la France. Le
Roy Charles VI. envoyoit
des Gouverneurs àGenes! Le
dernier fut Jean le Maingre,
dit Boucicaut Les Genois
ayant maſſacré les François
en 1409. ſe ſoumirent au Marquis
de Montferrat juſqu'en
1413. qu'ils ſe choiſirent des
Ducs. Thomas Fregoſe qui
avoir cette Charge , ſe foumit
à Philippes Marie Vif
conti Duc de Milan en 1425.
Les Génois ayant pris les armes
en 1435. fe mirent en li
berté , & eurent des Dics
GALANT 315
2
juſqu'en 1458. En ce temps-la
ils ſe donnerent de nouveau
aux François ſous Charles
VII. & les chaſſerent en 1461.
Leur inconftance fut telle ,
qu'ils ſe choiſirent ſept Ducs
en trois ans , aprés quoy la
Ville ſe donna à François
Sforce Duc de Milan.
Les Milanois en ayantefte
chaſſez en 1478. Baptifte &
Paul Fregoſe furent nommez
Ducs ſucceſſivement. Pauli
Fregoſe ceda encore au Duc
de Milan en 1488. & onze ans
aprés, le Roy Louis XIL
conquit Genes. Elle ſe révol
Dd ij
316 MERCURE
ta en 1506.& on la reprit l'an
née ſuivante. François de Roi
chechotuart qui en estoit
Gouverneur , fut chaſſé en
1512. & on nomma Jean Fre
gofe Duc. Les François, de
dépoſſederent en 1513. &donnerent
le Gouvernement à
Antoniot , qui fut chafferun
mois aprés par le Peuple.
Octavien Fregoſe que l'on
fit Duc , ſoumit la Ville aux
François , qui luy en laifle
rent le Gouvernement. Il
s'en acquitta avec beaucoup
de ſageſſe. Genes fut pillée
en 1522. par l'Armée de l'EmGALANTA
317
pereur Charles Quint. Le Roy
François 12 la reconquit en
1527. & AndréDoria la remit
en liberté peu d'années aprés.
Depuis ce temps là elle eſt
devenue une Ariftocratie ,
dont le Chefeft nomméDoge
ou Duc. Il n'eſt enChar
ge que deux ans de ſuite ,&
eſt aſſiſté de huit Senateurs
qui gouvernent avec luy ,&
qu'on nomme Gouverneurs.
Il y a enſuite les Procureurs,
&les quatre cens du Grand
Conſeil. C'eſt ce qu'on ap
pellela Seigneurie.
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Résumé : Antiquitez de la Ville de Génes, & les divers changemens arrivez dans son Gouvernement, [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire politique de Gênes, une cité ancienne mentionnée depuis plus de dix-huit siècles. De l'an 1100 à 1257, Gênes était gouvernée par des consuls. En 1257, Guillaume Boccanegra fut élu président et capitaine. Les nobles reprirent le pouvoir en 1262, mais la faction populaire réélut Simon Boccanegra comme duc en 1339. En 1384, les Génois se soumirent à Jean Visconti, archevêque de Milan. La ville passa ensuite sous domination française sous le roi Charles VI, mais les Génois massacrèrent les Français en 1409 et se soumirent au marquis de Montferrat jusqu'en 1413. Gênes connut plusieurs périodes de soumission et de révolte, passant sous la domination de divers ducs et des Français jusqu'en 1527. Après avoir été pillée par l'armée de l'empereur Charles Quint en 1522, elle fut reconquise par le roi François Ier et libérée par André Doria. Depuis lors, Gênes devint une aristocratie dirigée par un doge ou duc, assisté de huit sénateurs et quatre cents membres du Grand Conseil, formant la Seigneurie.
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49
p. 14-115
SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Début :
Il faut maintenant parler des Corps qu'on bruloit. Cette coûtume [...]
Mots clefs :
Sépulture, Tombeaux, Corps, Inhumation, Décès, Tradition, Grecs, Romains, Coutumes, Rois, Ensevelissement, Indiens , Présents mortuaires, Parfums, Gaulois, Richesses, Funérailles, Vêtements d'apparat, Cérémonies, Urnes, Linceul, Cendres, Bûcher, Autels, Pleureuses, Virgile, Homère, Peuples, Alexandre le Grand, Lois, Égyptiens, Juifs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
E LA SEPULTURE
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
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Résumé : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Le texte explore les pratiques funéraires anciennes, en se concentrant particulièrement sur la crémation. Pluton est associé à la première inhumation, tandis que Méraos est crédité d'avoir introduit la crémation. Cette méthode était répandue chez plusieurs peuples, tels que les Grecs, les Romains, les Scythes, les Indiens, les Thraces, les Gètes, et les Éthiopiens. Souvent, ces cérémonies incluaient des sacrifices humains ou animaux. Les Gaulois brûlaient les corps avec les biens précieux du défunt. Les Thraces célébraient les funérailles avec des banquets joyeux. À Rome, la crémation était courante pour les personnes de haut rang, tandis que l'inhumation était plus fréquente pour le peuple. Les rites funéraires romains comprenaient le lavage, l'oignement, et l'habillage des corps en pourpre avant leur placement sur un bûcher. Les os et cendres étaient ensuite recueillis et placés dans une urne. Les Romains suivaient la loi des Douze Tables pour rapatrier les corps des soldats. Les Égyptiens, Hébreux, Juifs et Romains utilisaient de la toile de lin pour ensevelir les corps. Les Juifs préféraient les terres neuves pour les inhumations et ajoutaient des sacs d'odeurs sous la tête du défunt. Les Chinois ensevelissaient les corps debout, face à l'Orient, et utilisaient des onctions aromatiques. Les chrétiens lavaient les corps après la mort. Les inscriptions et épitaphes marquaient les tombeaux et les vertus des défunts. Les Romains avaient des règles strictes concernant les inhumations et les deuils. Les empereurs et rois étaient souvent inhumés dans ou près des temples. Les Turcs rasaient et lavaient les morts avant l'enterrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 232-241
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Début :
Si un Mary qui découvre que la Personne qu'il a épousée, [...]
Mots clefs :
Époux, Passion, Femme, Amant, Mariage, Malheur, Amour, Destin, Coeur, Aimer, Liberté, Voeux, Fidélité, Bonheur, Douleur, Tombeaux, Histoire antique, Obsèques, Architecture, Défunts, Sépulture
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texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux thèmes principaux : la fidélité conjugale et l'origine des tombeaux. En ce qui concerne la fidélité conjugale, il compare deux situations : celle d'un mari apprenant une passion passée de son épouse pour un autre homme avant le mariage, et celle d'un mari découvrant l'infidélité de son épouse après le mariage. Le texte conclut que le premier mari est plus à plaindre, bien que les deux soient malheureux. Il souligne également la nature inévitable de l'amour et de l'infidélité, affirmant que l'amour peut survenir à tout moment et que l'infidélité cause une douleur profonde. Sur le plan historique, le texte traite de l'origine des tombeaux. Il attribue aux Égyptiens l'invention des monuments funéraires magnifiques, tels que les pyramides et les obélisques. Il mentionne aussi les sépulcres des Hébreux en Judée, en Palestine et en Idumée. Les Égyptiens accordaient une grande importance à la sépulture, comme en témoigne l'exemple d'Abraham, qui demanda un tombeau pour lui-même, sa femme Sara et sa descendance. Cette pratique fut ensuite adoptée par d'autres peuples, y compris les Grecs et les Romains, et se répandit parmi tous les humains.
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