Résultats : 26 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 119-121
A MON COUSIN LE DUC de S. Aignan, Pair de France.
Début :
Le Roy luy fit l'honneur de luy envoyer cette Réponse / Mon Cousin, Vous avez un Art admirable pour me témoigner [...]
Mots clefs :
Valenciennes, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MON COUSIN LE DUC de S. Aignan, Pair de France.
LeRoy luy fit l'honneurdeluy envoyer cette reſponſe de ſa
main.
LE MERCURE
A MON COVSIN LE DVC
de S. Aignan , Pair de France.
On cousin , Vous avez un Art admirablepourmeté.
moigner vostre joyedans laprof- peritédemes armes. C'estoit au- trefoispardes Eloges, maintenant c'est par desfrayeurs du peril &
des fatigues où vous dites que ie me suis exposé pour me rendre maistre de Valenciennes. Maisie
n'ay pas depeine àdemefler ces differens mouvemens, ie les reünis
tous dans leſeulprincipedevôtre zelepourma Personne , &ie les
reçois avec unagrémentdontvous devez eltre fatisfait. Cependant
ieprie Diew qu'ilvous ait , mon cousin, enjasainte &digne gar- de. AnCamp devant Cambray le 27. de Mars 1677.
Signé , LOVIS.
main.
LE MERCURE
A MON COVSIN LE DVC
de S. Aignan , Pair de France.
On cousin , Vous avez un Art admirablepourmeté.
moigner vostre joyedans laprof- peritédemes armes. C'estoit au- trefoispardes Eloges, maintenant c'est par desfrayeurs du peril &
des fatigues où vous dites que ie me suis exposé pour me rendre maistre de Valenciennes. Maisie
n'ay pas depeine àdemefler ces differens mouvemens, ie les reünis
tous dans leſeulprincipedevôtre zelepourma Personne , &ie les
reçois avec unagrémentdontvous devez eltre fatisfait. Cependant
ieprie Diew qu'ilvous ait , mon cousin, enjasainte &digne gar- de. AnCamp devant Cambray le 27. de Mars 1677.
Signé , LOVIS.
Fermer
Résumé : A MON COUSIN LE DUC de S. Aignan, Pair de France.
Dans une lettre du 27 mars 1677, Louis XIV remercie le Duc de Saint-Aignan pour sa joie et son inquiétude après la prise de Valenciennes. Le roi interprète ces sentiments comme une preuve de sollicitude. Il prie pour la santé de son cousin et signe 'LOVIS'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 139-145
« Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...] »
Début :
Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...]
Mots clefs :
Cabinet de l'Aurore, Assemblée, Abbé Tallement, M. Perrault, Esprit, Éloges, Livres, M. Colbert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...] »
Apres la lecture ces Vers
LYON
90 LE MERCVRE
Fon paſſa de la Salle où l'on eſtoitdans un lieu apellé le Ca- binet de l'Aurore. Ce fut là que
Monfieur Quinaut recita cinq ou fix cens Vers ſur les Peintures de cette charmante Maiſon.
M. l'Abbé Tallemant le jeune enloüa les Eaux par un Poëme dont il fit part à l'Aſſemblée. II eſt fort à lagloire deM. leJon- gleur,qui a trouvé le ſecretd'en faire venir où il n'y en a point ,
&où il n'y a pas meſime d'appa- rence qu'il y ait moyen de les conduire. M. Perraut Intendant
des Baſtimens , parla ledernier.
Il ne dit que peu de Stances ,
mais qui réveillerent les atten- tions. Les fréquens applaudiffe- mensqu'elles reçeurent, fontune preuve incontestable de leur beauté. Il n'y a point lieu d'ené- tre furpris..M² Perraut eſt ce qui
GALANT. 91
.
s'appelle unEſprit de bon gouft,
qui ne donne jamais dans le faux brillant. Il écrit , &ſçait comme on doit écrire. Il poſſe- de toutes les belles Connoiſſances , & fes Ouvrages ont toû- jours eu un fort grand fuccés.
Il ſeroit àſouhaiter que nous en cuſſions davantage, mais ſes oc- cupations ne luy permettent pas de travailler. Au fortir du
Cabinet , on alla voir les Ap- partemens,& on ſe promena en- fuite de tous côtez dans le Jardin. Ces Meſſicurs eurent par tout ſujet d'admirer ; mais quel- ques beautez qu'il découvrif- fent , rien ne leur parut fi digne de leurs éloges , que celuy qui les avoit reçeus fi obligeam- ment. Avoüez-le, Madame.Pour aimer ainſi les Gens d'eſprit , il faut eſtre parfaitement honne
92 LE MERCVRE
ſte Homme. Il faut ſe détacher
de la grandeur &dubien , pour fe regarder en Philofophe , &
chercher la veritable ſolidité
dans les Sciences. Il eſt certain
qu'on ne peut les aimer davan- tages que fait Me Colbert. Hne ſe contente pas d'eſtre de l'A- cadémie Françoiſe , il y a un nombre de ces Meſſieurs qui compoſe une autre perite Aca- démie qui s'aſſemble toutes les Semaines fous ſon Nom. C'eſt
avec eux qu'il s'entretient fort
fouvent fur les plus hautes ma- tieres.. On aveu de tout temps la plupart de ceux qui ont fait une figure conſidérable dans le monde , avoir de grandes Bi- blioteques, &donner même des Penſions à pluſieurs Perſonnes d'eſprit , mais c'eſtoient d'igno- Fans Ambitieux qui ne fai
GALANT. 93 foient l'un & l'autre que par oftentation , & qui ſe mettoient
peu en peine de voir les Livres &les Sçavans. M' Colbertn'en uſe pas de cette forte. Il ne dé- daigne point de ſe familiarifer
avec les Gens de Lettres , de
s'abaiſſer juſqu'à ceux qui ſont fort éloignez de fonRang, &de ſe dépoüiller de la Grandeur qui l'environne , pour ſe rendre en quelque façon leur égal.
Comme il a toutes les lumieres
qui peuvent luy en faire aimer l'entretien , doit on s'étonner fi
ſe rendant le Pere & le Protecteur des Sciences &des beaux
Arts , il ſeconde ſi bien le Roy qui les fait fleurir, &qui n'a pas merité le Nom de LoürsLE
GRAND par ſa ſeule valeur ,
mais encore par toutes les
actions de ſa vie
LYON
90 LE MERCVRE
Fon paſſa de la Salle où l'on eſtoitdans un lieu apellé le Ca- binet de l'Aurore. Ce fut là que
Monfieur Quinaut recita cinq ou fix cens Vers ſur les Peintures de cette charmante Maiſon.
M. l'Abbé Tallemant le jeune enloüa les Eaux par un Poëme dont il fit part à l'Aſſemblée. II eſt fort à lagloire deM. leJon- gleur,qui a trouvé le ſecretd'en faire venir où il n'y en a point ,
&où il n'y a pas meſime d'appa- rence qu'il y ait moyen de les conduire. M. Perraut Intendant
des Baſtimens , parla ledernier.
Il ne dit que peu de Stances ,
mais qui réveillerent les atten- tions. Les fréquens applaudiffe- mensqu'elles reçeurent, fontune preuve incontestable de leur beauté. Il n'y a point lieu d'ené- tre furpris..M² Perraut eſt ce qui
GALANT. 91
.
s'appelle unEſprit de bon gouft,
qui ne donne jamais dans le faux brillant. Il écrit , &ſçait comme on doit écrire. Il poſſe- de toutes les belles Connoiſſances , & fes Ouvrages ont toû- jours eu un fort grand fuccés.
Il ſeroit àſouhaiter que nous en cuſſions davantage, mais ſes oc- cupations ne luy permettent pas de travailler. Au fortir du
Cabinet , on alla voir les Ap- partemens,& on ſe promena en- fuite de tous côtez dans le Jardin. Ces Meſſicurs eurent par tout ſujet d'admirer ; mais quel- ques beautez qu'il découvrif- fent , rien ne leur parut fi digne de leurs éloges , que celuy qui les avoit reçeus fi obligeam- ment. Avoüez-le, Madame.Pour aimer ainſi les Gens d'eſprit , il faut eſtre parfaitement honne
92 LE MERCVRE
ſte Homme. Il faut ſe détacher
de la grandeur &dubien , pour fe regarder en Philofophe , &
chercher la veritable ſolidité
dans les Sciences. Il eſt certain
qu'on ne peut les aimer davan- tages que fait Me Colbert. Hne ſe contente pas d'eſtre de l'A- cadémie Françoiſe , il y a un nombre de ces Meſſieurs qui compoſe une autre perite Aca- démie qui s'aſſemble toutes les Semaines fous ſon Nom. C'eſt
avec eux qu'il s'entretient fort
fouvent fur les plus hautes ma- tieres.. On aveu de tout temps la plupart de ceux qui ont fait une figure conſidérable dans le monde , avoir de grandes Bi- blioteques, &donner même des Penſions à pluſieurs Perſonnes d'eſprit , mais c'eſtoient d'igno- Fans Ambitieux qui ne fai
GALANT. 93 foient l'un & l'autre que par oftentation , & qui ſe mettoient
peu en peine de voir les Livres &les Sçavans. M' Colbertn'en uſe pas de cette forte. Il ne dé- daigne point de ſe familiarifer
avec les Gens de Lettres , de
s'abaiſſer juſqu'à ceux qui ſont fort éloignez de fonRang, &de ſe dépoüiller de la Grandeur qui l'environne , pour ſe rendre en quelque façon leur égal.
Comme il a toutes les lumieres
qui peuvent luy en faire aimer l'entretien , doit on s'étonner fi
ſe rendant le Pere & le Protecteur des Sciences &des beaux
Arts , il ſeconde ſi bien le Roy qui les fait fleurir, &qui n'a pas merité le Nom de LoürsLE
GRAND par ſa ſeule valeur ,
mais encore par toutes les
actions de ſa vie
Fermer
Résumé : « Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...] »
À Lyon, une réunion rassemble plusieurs personnalités qui récitent des poèmes et des vers. Monsieur Quinaut présente des vers sur les peintures d'une maison, tandis que l'abbé Tallemant le Jeune enchante l'assemblée avec un poème sur les eaux. Monsieur Perraut, Intendant des Bastiments, prononce des stances acclamées par l'audience, démontrant son esprit et son talent littéraire. Après la réunion, les participants visitent les appartements et le jardin, admirant les beautés des lieux. Le texte loue particulièrement Monsieur Colbert pour son amour des gens d'esprit et des sciences. Colbert, membre de l'Académie Française, se distingue par son intérêt authentique pour les lettres et les savants, contrairement à d'autres mécènes motivés par l'ostentation. Il se familiarise avec les gens de lettres, indépendamment de leur rang, et soutient les sciences et les beaux-arts, secondant ainsi le roi Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 180-185
SONNET POUR LE ROY.
Début :
Voyez, Madame, ce que fait le Nom du Roy. / Destins, veuillez toûjours pour conserver ce Roy, [...]
Mots clefs :
Roi, Victoire, Gloire, Triomphes, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET POUR LE ROY.
Voyez, Madame, ce que fait le Nomdu Roy.Il ſedeclare,
&la Victoire devient infaillible,
mais ſi ces Armes ſe font redouter par tout, ſes Triomphes font en meſme temps l'inépuiſable matiere des Eloges de tout le monde , &ceux que l'embarras des Affaires du Public oblige à
rompre commerce avec les Mu- ſes,cherchent à le renoüerpour ne demeurerpas muetsquand il -
s'agit de la gloire de ce grand
120 LE MERCVRE
Monarque. Vousn'en douterez pointquand vous aurez leu ce Sonnetde M.de BrionConſeiller
au Parlement.
Sonnet pour le Roy.
Destins, veillez toûjours pourconſerver
ceRoy,
Devosſoins affidus leplus parfait onvrage.
Ne l'abandonnez point , lorſque ſon grand courage Luyfait porter par tout la terreur l'effroy.
Quoy qu'il traiſne toûjours la Victoire
apresfoy,
Comme il court ſans rien craindre ou la
gloire l'engage,
Dans les divers perils que fon grand
cœur partage,
Du ſoinde le garder faites-nous une
Loy.
Vous
GALANT. 121
Vous avez employéplus decing mille années
Aformer de Loüis les nobles deſtinées ;
Vostreplus grandeffort nous paroistau- jourd'huy.
Ne livrez doncjamais àla fureur des Parques CeRoy victorieux , lagloire des Monarques,
Vous nesçauriez donner unplus grand Royque luy.
- Cette verité eſt ſi conſtante,
que leplaiſird'admirer ſes gran- des Actions adoucit les mauxde
ceux qui ſouffrent; &cet autre Sonnetde M² l'Abbé Flanc arreſté dans la Conciergerie par ſes malheurs , en eſt une mar...
que.
TomeX. F
122 LE MERCVRE
Au ROY, Sonnet. ***
Royd'eftre feulimité de tous , les Roys digne
Ta grandeur m'ébloüit , OmaMuse tremblante
S'égare&se confond de voir, lors qu'on
tevante,
Ton meriteplus grandque tafelicité.
Tuportes tous les traitsde la Divinité,
Au ſeul bruit de ton Nom l'Europe s'épouvanteد
Etles Faits inoüls de tamain fipuis- Sante Feront l'étonnement de la Pofterité. 7
Mais lors que'tu parois environné de gloire,
Qu'entout tempstes Drapeaux devan- cent la Victoire ,
Qu'un seul de tes deſſeins suspendtout
l'Univers ;
GALANT. 123
QuedufierEspagnol les Villesſont con- quiſes,
Qu'à l'éclat de tes Lys les Aigles font Soumiſes,
:
At'admirer , Grand Roy , j'adoucis tous mesfers.
&la Victoire devient infaillible,
mais ſi ces Armes ſe font redouter par tout, ſes Triomphes font en meſme temps l'inépuiſable matiere des Eloges de tout le monde , &ceux que l'embarras des Affaires du Public oblige à
rompre commerce avec les Mu- ſes,cherchent à le renoüerpour ne demeurerpas muetsquand il -
s'agit de la gloire de ce grand
120 LE MERCVRE
Monarque. Vousn'en douterez pointquand vous aurez leu ce Sonnetde M.de BrionConſeiller
au Parlement.
Sonnet pour le Roy.
Destins, veillez toûjours pourconſerver
ceRoy,
Devosſoins affidus leplus parfait onvrage.
Ne l'abandonnez point , lorſque ſon grand courage Luyfait porter par tout la terreur l'effroy.
Quoy qu'il traiſne toûjours la Victoire
apresfoy,
Comme il court ſans rien craindre ou la
gloire l'engage,
Dans les divers perils que fon grand
cœur partage,
Du ſoinde le garder faites-nous une
Loy.
Vous
GALANT. 121
Vous avez employéplus decing mille années
Aformer de Loüis les nobles deſtinées ;
Vostreplus grandeffort nous paroistau- jourd'huy.
Ne livrez doncjamais àla fureur des Parques CeRoy victorieux , lagloire des Monarques,
Vous nesçauriez donner unplus grand Royque luy.
- Cette verité eſt ſi conſtante,
que leplaiſird'admirer ſes gran- des Actions adoucit les mauxde
ceux qui ſouffrent; &cet autre Sonnetde M² l'Abbé Flanc arreſté dans la Conciergerie par ſes malheurs , en eſt une mar...
que.
TomeX. F
122 LE MERCVRE
Au ROY, Sonnet. ***
Royd'eftre feulimité de tous , les Roys digne
Ta grandeur m'ébloüit , OmaMuse tremblante
S'égare&se confond de voir, lors qu'on
tevante,
Ton meriteplus grandque tafelicité.
Tuportes tous les traitsde la Divinité,
Au ſeul bruit de ton Nom l'Europe s'épouvanteد
Etles Faits inoüls de tamain fipuis- Sante Feront l'étonnement de la Pofterité. 7
Mais lors que'tu parois environné de gloire,
Qu'entout tempstes Drapeaux devan- cent la Victoire ,
Qu'un seul de tes deſſeins suspendtout
l'Univers ;
GALANT. 123
QuedufierEspagnol les Villesſont con- quiſes,
Qu'à l'éclat de tes Lys les Aigles font Soumiſes,
:
At'admirer , Grand Roy , j'adoucis tous mesfers.
Fermer
Résumé : SONNET POUR LE ROY.
La lettre célèbre les exploits et la gloire du roi, dont les victoires sont décrites comme infaillibles et universellement admirées. Même les personnes occupées par les affaires publiques cherchent à exalter sa renommée. La lettre inclut un sonnet de M. de Brion, conseiller au Parlement, qui appelle les destins à protéger le roi, soulignant son courage et ses triomphes constants. Ce sonnet exprime le souhait de voir le roi continuer à inspirer la terreur et l'admiration. Un autre sonnet, écrit par l'Abbé Flancar depuis la Conciergerie, admire la grandeur et le mérite du roi, comparant sa divinité et son impact sur l'Europe. Les faits héroïques du roi sont destinés à étonner la postérité. La lettre se conclut en mentionnant que l'admiration pour les actions du roi adoucit les maux des souffrants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
4
s. p.
A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
Début :
MONSEIGNEUR, Voici la neufiéme année que la gloire de vostre [...]
Mots clefs :
Épîtres, France, Princesse, Éloges, Grands, Sapho, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE DAUPHIN
IGNEUR
LE
ONSIIGNEVR,
r Voicy la ncuiféme Annie
que [la gloire de ruoftre
Nom rend le Mercure
considérablea toute l'Eu-
rope. Dou&e Epitres au
commencement Sautant
de Volumu, ont parléd'a-
bord de tout ce que vous
a<veZj fait de remarqua-
blejsi dans ceux qui
les ontfuivy\ Je n'ay que
de temps en temps étale
dans d'autres ce que la
France admiroit en Vous,
çtfi parce que faj appré-.
hendé que le grand nom-
bre de ces Panigiriqueii
naccablafivofire modefiie
Ainfij~ay crû queJe devois.
feulement laisser cet au-
gusteblom à la teste de cet
Ourvragc, afin qu'on ne
doutafipoint qu'il nefujî
a ou*. Je croy pourtant,
MONSEIGNEUR, lors que
je regarde cette jincere
parfaiteunion qui regne
entre Vous f5 lincompa-
rablePrincesse que le Ciel
vous a donnée pour Epou-
se, que je puisluy parler
lcy comme a une autrepar-
tie de Vous-mesme, fS'
quefantcelle que vom
aimeZj le plus5 j'enferay,
mieux ma cour auprès de
rouf. Cesï ce quim'en-
gage à prendre la liberte
deluj dire,
QSMADAME,
Quoy que cefoit aujour-
r Ph t, ,rd/huy un jour ou. I"usage
wutque lonfaffe deffou-
haits, quels vœux peut-on
faire pour unegrandePrtn-
cesse, dont la hante Naf-
sance eji le moindre deses
avantages? gj9 quelles
louanges peut-on luy don-
ner, lors quelle ejl au des-
sUs de tous les Eloges?
Vojfre esprit,quon peut
appelleruniversel5 a paru
toujours admirable a tous
ceux qui ont eu l'honneur
de vous approcher. Vos
yeux font connolJlfre ce que
la vérité me fait dire icy;
Lors que Madame de
Maintenon vous alla re--
cevoir sur la Frontterey
elle écrivit au Roy, dû-
qu'elle eut eu l'honneur de
vousvoir, Que le feu de
vos yeux, & l'esprit qui
paroissoit dans -
toutes
vos manieres, estoient,
des chosesque les paroles 1
& la peinture estoient
incapables d'exprimer.
Vous parlez,plusieursLan-
gues avec la mesme faci-
lité que si elles vous es-
toient naturelles, eS jugtZ-J
admirablement de toutes.
choses. Je lAijfc la avan-
1
tagu que vous avegj a
chanter avec méthode, a
Jouer du Clavecin, a def-
(iner, à dancer dune ma-
nierc noble Ç53 aifée.T"ou-
tel ce4 perfections font re-
levéed par une devotion
exemplaire, qui eji d'au-
tant plus à estimer, qu-
ajanttoujours esié reglée
sans tropparottre, on ne
peut douter quelle ne foit
t ,-y-.verItalie.Tous ceux nue
vous hfJnorez.., de rvcjlfc
efitme,se doivent ajfurer-
LE
ONSIIGNEVR,
r Voicy la ncuiféme Annie
que [la gloire de ruoftre
Nom rend le Mercure
considérablea toute l'Eu-
rope. Dou&e Epitres au
commencement Sautant
de Volumu, ont parléd'a-
bord de tout ce que vous
a<veZj fait de remarqua-
blejsi dans ceux qui
les ontfuivy\ Je n'ay que
de temps en temps étale
dans d'autres ce que la
France admiroit en Vous,
çtfi parce que faj appré-.
hendé que le grand nom-
bre de ces Panigiriqueii
naccablafivofire modefiie
Ainfij~ay crû queJe devois.
feulement laisser cet au-
gusteblom à la teste de cet
Ourvragc, afin qu'on ne
doutafipoint qu'il nefujî
a ou*. Je croy pourtant,
MONSEIGNEUR, lors que
je regarde cette jincere
parfaiteunion qui regne
entre Vous f5 lincompa-
rablePrincesse que le Ciel
vous a donnée pour Epou-
se, que je puisluy parler
lcy comme a une autrepar-
tie de Vous-mesme, fS'
quefantcelle que vom
aimeZj le plus5 j'enferay,
mieux ma cour auprès de
rouf. Cesï ce quim'en-
gage à prendre la liberte
deluj dire,
QSMADAME,
Quoy que cefoit aujour-
r Ph t, ,rd/huy un jour ou. I"usage
wutque lonfaffe deffou-
haits, quels vœux peut-on
faire pour unegrandePrtn-
cesse, dont la hante Naf-
sance eji le moindre deses
avantages? gj9 quelles
louanges peut-on luy don-
ner, lors quelle ejl au des-
sUs de tous les Eloges?
Vojfre esprit,quon peut
appelleruniversel5 a paru
toujours admirable a tous
ceux qui ont eu l'honneur
de vous approcher. Vos
yeux font connolJlfre ce que
la vérité me fait dire icy;
Lors que Madame de
Maintenon vous alla re--
cevoir sur la Frontterey
elle écrivit au Roy, dû-
qu'elle eut eu l'honneur de
vousvoir, Que le feu de
vos yeux, & l'esprit qui
paroissoit dans -
toutes
vos manieres, estoient,
des chosesque les paroles 1
& la peinture estoient
incapables d'exprimer.
Vous parlez,plusieursLan-
gues avec la mesme faci-
lité que si elles vous es-
toient naturelles, eS jugtZ-J
admirablement de toutes.
choses. Je lAijfc la avan-
1
tagu que vous avegj a
chanter avec méthode, a
Jouer du Clavecin, a def-
(iner, à dancer dune ma-
nierc noble Ç53 aifée.T"ou-
tel ce4 perfections font re-
levéed par une devotion
exemplaire, qui eji d'au-
tant plus à estimer, qu-
ajanttoujours esié reglée
sans tropparottre, on ne
peut douter quelle ne foit
t ,-y-.verItalie.Tous ceux nue
vous hfJnorez.., de rvcjlfc
efitme,se doivent ajfurer-
Fermer
5
p. 138-139
Retour de M. le Marquis de Torcy, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Torcy, Fils de Mr Colbert de Croissy, [...]
Mots clefs :
Marquis de Torcy, Envoyé extraordinaire, Cour, Portugal, Espagne, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Retour de M. le Marquis de Torcy, [titre d'après la table]
M'le Marquis de Torcy,
Fils de Me Colbert de Croiffy,
eft de retour de Portugal ,
où il a eſté Envoyé Extraordinaire
pour le Roy. Il a paflé
par l'Eſpagne en revenant
en France, & il s'eſt acquis
tant d'eſtime dans l'une &
dans l'autre Cour , qu'on en
a écrit icy avec de fort grands
Eloges. Sa Majesté , à qui
GALANT. 139
fon merite eſt fort connu ,
en eſt ſi perfuadée , qu'Elle
l'a nommé preſque aufli-toft
aprés fon retour , EnvoyéExtraordinaire
auprés du Roy
de Dannemark , pour aller
faire des Complimens de
Condoleance à ce Monarque
ſur la Mort de la Reine
fa Mere. Quand on matche
de fi bonne heure fur les
traces des grands Hommes ,
* & que l'on continue comme
l'on a commencé , il n'y a
rien que l'on ne doive eſpeprende
fon merite & de far
Fortunell
Fils de Me Colbert de Croiffy,
eft de retour de Portugal ,
où il a eſté Envoyé Extraordinaire
pour le Roy. Il a paflé
par l'Eſpagne en revenant
en France, & il s'eſt acquis
tant d'eſtime dans l'une &
dans l'autre Cour , qu'on en
a écrit icy avec de fort grands
Eloges. Sa Majesté , à qui
GALANT. 139
fon merite eſt fort connu ,
en eſt ſi perfuadée , qu'Elle
l'a nommé preſque aufli-toft
aprés fon retour , EnvoyéExtraordinaire
auprés du Roy
de Dannemark , pour aller
faire des Complimens de
Condoleance à ce Monarque
ſur la Mort de la Reine
fa Mere. Quand on matche
de fi bonne heure fur les
traces des grands Hommes ,
* & que l'on continue comme
l'on a commencé , il n'y a
rien que l'on ne doive eſpeprende
fon merite & de far
Fortunell
Fermer
Résumé : Retour de M. le Marquis de Torcy, [titre d'après la table]
Le Marquis de Torcy, fils de Colbert de Croissy, a été Envoyé Extraordinaire en Portugal puis en Espagne, gagnant une grande estime. De retour en France, le Roi l'a nommé Envoyé Extraordinaire auprès du Roi de Danemark pour présenter des condoléances. Le texte souligne la reconnaissance des mérites et la réussite future de ceux qui suivent les traces des grands hommes dès leur jeunesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 1-13
Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Quelque éclat qui ait accompagné le grand nombre de Victoires [...]
Mots clefs :
Victoires, Europe, Roi de France, Gloire, Admiration, Actions, Monarque, Sujets, Ministres, Affaires, Bonté, Arrêt du conseil, Malheureux, Éloges, Louis le Grand, Devises, Inscriptions, Dictionnaire, Palais de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
UELQUE éclat qui
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
ait
accompagné le
grand nombre de
Victoires que le Roy a rem
portées fur
l'Europe
prefque
entiere
liguée
contre luy , il
ne s'eft jamais
acquis tant de
gloire , que lors qu'il rendit
May 1685. A
MERCURE
contre luy- mefme en faveur
de fes Sujets , le fameux Arreit
dont tout le monde a
parlé avec autant d'admiration
que de furpriſe. Je ne
repéteray point les particularitez
de cette Action gené
ralement connue. Elles ont
remply plufieurs de mes Lettres
; & fi j'en fais fouvenir
icy , c'est pour dire qu'on
cherchaalors dans toute l'Antiquité
quelque Action qui
puft eftre comparée à celle
que Sa Majefté venoit de
faire , & qu'il fut impoffible
d'en trouver. Il n'apartenoit
3
GALANT.
3
quà ce grand Monarque
feul comparable à luy- mefme,
& fi accoûtumé à faire
des chofes inouies, d'en four.
nir encore une autre de mefme
nature , afin que les Sié,
cles à venir puffent travailler
à en faire des paralelles . Nous
l'avons veuë depuis peu de
jours , & vous en allez demeurer
d'accord , quand je
vous l'auray expliquée dans
toutes les circonstances . Il
s'agiffoit d'accorder une Re ,
mife à plufieurs de fes Sujets,
& Sa Majesté a bien voulu la
faire de plus de fept cens mille
A ij
4 MERCURE
que
livres chaque année d'un Bail
qui ne doit finir que dans
trois ans. Si d'un cofté on
ne fait réflexion que fur la
valeur de la Remife , quoy
tres- conſidérable, & que
de l'autre on regarde le panchant
naturel qui porte le
Roy à faire du bien , cette
Action ne fera pas naiftre
d'abord toute la furprife qu'
elle doit caufer mais elle
redoublera, fi- toft qu'on aura
appris que cette Remife a
efté faite à des Sous Fermiers,
c'eft à dire , à des Gens d'Affaires
, puis qu'il eſt certain
;
GALANT.
ད
qu'encore qu'on foit perfuadé
qu'ils peuvent perdre en quel
ques occafions , le Public ne
croit pas qu'on foit obligé
pour cela de leur accorder
aucunes Remiſes. On prétend
qu'ils gagnent en plus
d'Affaires qu'ils ne perdent,
& cette raiſon fait dire que
l'on ne doit tenir compte :
d'aucune perte à des Perſonnes
qui n'en tiennent pas des
grands gains qu'ils font . Cependant
le Roy , par une
bonté extraordinaire & inoüie
juſques à ce jour , a bien voulu
entrer dans les intéreſts
A iij
6 MERCURE
de ceux qui luy ont repré
fenté qu'ils perdoient. Il s'eft
donné la peine d'examiner
luy- mefme l'Affaire dont ils
fe font plaints , & s'en eſtant
fait faire des raports fidelles
par d'équitables Miniftres qui
luy ont fait connoiftre la ve
rité , ce Prince auffi gené
reux que jufte , n'a voulu
jetter les yeux que fur les
pertes qu'avoient à foufrir les
Intéreffez . Il s'en eft laiffé
toucher ; & craignant ' què
quelques Malheureux , qui
a
peut-eftre n'avoient jamais
gagné d'ailleurs avec luy , s'y
GALANT. 7
trouvant envelopez , ne fuſfent
ruinez d'une maniere à
ne s'en pas relever , & que
leur ruine n'entraînaft encore
celle de quelques autres Familles
, il leur a remis les
fept cens mille livres & plus
dont je viens de vous parler ,
ce qui monte à plus de deux
millions pendant trois années.
Cette bonté toute magnanime
regarde plus de quarante
Perfonnes, qui font nommées
dans l'Arreft du Confeil d'Etat
donné le 17. du dernier
mois , & imprimé depuis ce
temps- là.
A j
8 MERCURE
Il ne faut pas s'étonner
fi une fuite fi continuelle
d'Actions qui font audeffus
de toutes fortes d'éloges , en
attire tant tous les jours au
Roy , non feulement de fes
Sujets , mais encore des Nations
les plus éloignées , où
le bruit de fa grandeur s'eft
répandu . On ne la peut mieux
connoiftre
que par le Livre
intitulé Paralelle de LOUIS
LE GRAND avec les autres
Princes qui ont efté furnommez
Grands. Cet Ouvrage eft de
M' de Vertron de l'Académie
Royale d'Arles. Il fait voir
GALANT. 9
que le Roy a toutes leurs vertus
, fans avoir aucun de leurs
defauts , & l'on Y trouve les
plus beaux traits de l'Hiftoire
univerfelle. Il finit avec ces
paroles divines , qui font l'ame
d'une Devife qui a le
Soleil pour corps .
Non furrexit major.
Rien ne pouvoit mieux finir
un Livre dont le but est de
prouver que le Roy eft au
deffus de tout ce qui a jamais
porté le nom de Grand .
Le mefme jour que M' de
Vertron préfenta ce Paralelle
à Sa Majefté , il eut l'hon10
MERCURE
neur de luy donner en meſme
temps un Dictionnaire Hiftorique
de fes Conqueftes
depuis 1643. jufques en 1679.
Je ne fçay fi celles de toutes
les Puiffances du Monde mifes
enſemble depuis un fiécle,
compoſeroient un Volume
qui approchaft de la groffeur
de celuy dont je vous parle,
Ce Dictionnaire n'eft encore
qu'en manufcrit. Je ne vous
dis point de quelle maniere
le Roy le receut. Il a toujours
beaucoup de retenuë
fur ce qui le louë ; & l'on
fçait qu'un de nos plus illuf
GALANT. II
tres Autheurs luy ayant préfenté
un Ouvrage qui renfermoit
fon Eloge , & qui
avoit efté recité en Public
avec de grands applaudiffemens,
ce Prince luy dit, Qu'il
le loueroit davantage, s'ily eftoit
moins loué. Ce Monarque pou
voit dire la mefme chofe à.
M' de Vertron . C'est encore
luy qui a fait l'Infcription fuivante
pour le Palais de Verfailles.
Non eft aqua domus Regi . Quid majus
in Orbe?
Naturamfuperat LODOIX ,fuperavit
& artem.
12 MERCURE
Ces deux Vers ont efté traduits
de cette forte..
Tout merveilleux qu'est ce Palais,
Il n'a rien d'égal à fon Maistre.
LOVIS, le plus grand Roy que l'on ait
vûjamais ,
Donne l'ame aux beautez que l'ony
voit paroiftre.
A tout ce qui le forme un gouft exquis
a part,
Et dansfa fuperbe structure
Ce Monarque afurpaſſe l'Art,
Comme ilfurpaffe la Nature.
On n'a point encore choify
les Infcriptions qu'on doit
mettre au Louvre & à Ver
failles. La beauté de la matiere
, le defir de la gloire;
& fur tout l'envie de faire
GALANT. 13
quelque chofe qui puiffe
plaire à Sa Majefté , ont engagé
quantité de beaux Ef
pritsà travailler fur ces grands
fujets . Voicy une Infcription
pour le Louvre , faite par un
Autheur qui m'eft inconnu.
On fuppofe une Renommée
au- deffus de ce grand Portail.
Elle doit tenir le Portrait
du Roy d'une main , & de
l'autre fa Trompette , avec
ces Vers dans la Banderole.
Monde , viens voir ce queje voy,
Et ce que le Soleil admire,
Rome dans un Palais , dans Paris un
Empire,
Ettous les Céfars dans un Roy.
Fermer
Résumé : Prélude contenant plusieurs Nouvelles, [titre d'après la table]
En mai 1685, le roi Louis XIV a accordé une remise annuelle de plus de sept cent mille livres pendant trois ans à plusieurs fermiers généraux, démontrant ainsi sa générosité. Cette décision, examinée personnellement par le roi pour garantir son équité, concernait plus de quarante personnes mentionnées dans un arrêt du Conseil d'État. La réputation du roi est souvent comparée à celle des grands princes de l'histoire, comme le montre l'ouvrage 'Parallèle de Louis le Grand avec les autres Princes qui ont été surnommés Grands' par M. de Verton. Un dictionnaire historique des conquêtes du roi de 1643 à 1679 témoigne également de ses réalisations. Louis XIV est décrit comme modeste face aux éloges, préférant être moins loué. Le texte évoque également des inscriptions poétiques destinées à orner les palais de Versailles et du Louvre, soulignant la supériorité du roi sur la nature et l'art. Une inscription anonyme, destinée au Louvre, est portée par une figure allégorique de la Renommée tenant le portrait du roi et une trompette. Les vers de cette inscription comparent la grandeur et la majesté du roi à celles des empereurs romains, affirmant : 'Monde, viens voir ce que je vois, Et ce que le Soleil admire, Rome dans un Palais, dans Paris un Empire, Et tous les Césars dans un Roy.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
7
p. 23-27
Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Début :
Si par ces Estampes on voit ce que le Roy a fait [...]
Mots clefs :
Agrandissement, Embellissement, Paris, Ouvrage, Description, Édifices, Beauté, Remparts, Éloges, Bonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Si par ces Eftampes on
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
Fermer
Résumé : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Paris Ancien & Nouveau' publié chez le Sieur Girard décrit la fondation, les agrandissements et la population de Paris. Il est structuré en trois volumes et présente les églises, communautés, collèges, palais, hôtels, maisons particulières, rues et places notables de la ville. Le livre met en avant les nombreux travaux réalisés sous le règne du roi, tels que la reconstruction des portes de la ville, l'embellissement des remparts, l'élargissement des rues, la création de nouvelles fontaines, la construction de quais, et l'établissement d'hôpitaux pour les pauvres et les mendiants. Le souverain a également veillé au logement et à la subsistance des invalides. Les transformations urbaines illustrent la bienveillance et la grandeur du roi envers ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
8
p. 1-7
Prélude. [titre d'après la table]
Début :
Je vous l'ay dit bien des fois, Madame. L'Eloge du Roy [...]
Mots clefs :
Roi, Éloges, Auguste monarque, Prince chrétien, Audience, Religion, Levant, Missionnaires, Pays ottomans, Gloire, Conquêtes, Édits, Déclarations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude. [titre d'après la table]
E vous l'ay dit bien des
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
fois , Madame . L'Eloge
du Roy eft une matiere
inépuisable . Les actions qu'il
fait dans le cours de chaque
mois , dignes d'eftre confervées
à la pofterité , font en fi
grand nombre , qu'à peine
Juin 1685 .
A
2 MERCURE
vous ay -je parlé de quelques .
unes , qu'il s'en offre de nouvelles
qui m'empefcheroient
de trouver place pour
d'autres Articles ,ſi je ne mettois
fouvent en deux lignes ,
ce qui pourroit faire le fujet
d'une Lettre entiere . Ainfi
plus je vous écris , plus cette
riche & noble matiere augmente
, & devient confiderable.
En effet , pour peu que
l'on faffe de reflexion fur toutes
les chofes que cét augufte
& pieux Monarque a fait de
mander au Grand Seigneur,
dans la derniere Audience
GALANT.
3
1
que feu M' de Guilleragues
en a euë , on demeurera d accord
que jamais Prince
Chrétien n'a rien fait. de plus
important & de plus utile
pour l'Eglife. Ces differentes
demandes ne regardotent
que la tranquilité , le bien &
l'avancement de la Religion
dans les Etats de Sa Hauteffe,
& il en a obtenu plus de qual
tre - vingt Commandemens
& Barats , ou Lettres de la
Porte , pour des Marchands
François négocians au Le-'
vant , pour les Millionnaires
établis en divers lieux , pourt
A ij
4
MERCURE
les Eglifes que les Catholi
ques ont dans les Pays de la
Domination Ottomane
, pour
celles de Galata , & pour les
Religieux qui font au Saint
Sepulchre , & à Bethleem.
Ces chofes font fi éclatantes,
fi dignes d'un Roy tres- Chrétien
, & meritent tellement
d'eftre admirées
, que l'Envie
la plus obftinée & la plus noi
re ne les fçauroit obscurcir.
Elle a beau fe faire entendre,
elle ne perfuadera pas meſme
les Jaloux de la gloire de ce
Prince , puis qu'il oppoſe des
faits conftants aux préfom-
A
GALANT.
S
ptions fur lesquelles elle fonde
fes calomnies , & qu'il em
ploye tout ce que le bruit de
Les Conqueftes , & l'éclat de fa
gradeur , foûtenu du plus haut
merite , luy ont acquis de réputation
dans l'Empire Ottoman
, pour y faire maintenir
la Religion Chrétienne avec
un entier repos des Catholi
ques. S'il en eft le Protecteur
auprés des Peuples qui en
font les plus mortels Ennemis
, s'il la met chez eux à
couvert de leurs infultes , &
s'il en fait permettre l'Exercice
dans leur Pays , avec au-
A iij
6 MERCURE
tant d'éclat & de feureté
qu'enFrance ,il n'épargne rien
pendant ce temps pour luy
procurer dans fon Royaume ,
toute forte d'avantages , & il
y augmente le nombre des
Catholiques , fans employer
qu'une douceur paternelle, &
fans faire agir la juſtice que
contre ceux qui ont contres
venu aux Edits des Roys fes
Prédéceffeurs , & aux Déclarations
qu'il a efté obligé de
faire pour les maintenir . Auf :
fi n'a - t-onjamais veu fous au .
cun Regne , tant de Religionnaires
rentrer au ſein des
GALANT.
7
l'Eglife .
Fermer
Résumé : Prélude. [titre d'après la table]
Le texte vante les mérites du roi de France, décrit comme un monarque auguste et pieux. Ses exploits sont nombreux et remarquables, notamment ses démarches auprès du sultan ottoman pour garantir la tranquillité et la promotion de la religion catholique dans les États ottomans. Le roi a obtenu des commandements et des lettres de la Porte ottomane pour protéger les marchands français, les millionnaires, les églises catholiques, ainsi que les religieux au Saint-Sépulcre et à Bethléem. Ces actions sont saluées pour leur éclat et leur mérite, malgré les envies et calomnies. En France, le roi favorise l'augmentation des catholiques par la douceur et en appliquant la justice contre ceux qui s'opposent aux édits royaux. Sous son règne, de nombreux religionnaires sont revenus dans le giron de l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9
p. 93-97
PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
Début :
Quoy que je ne sois pas habile, [...]
Mots clefs :
Peinture, Portrait, Yeux, Éclat, Feux, Charme, Bouche, Amants, Plaisirs, Éloges, Déesse, Coeur, Iris, Beauté, Coeurs, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
PORTRAIT D'UNE DAME
de Qualité,fait par Mademoiselle
B. D. R.
a.QVoy que je nefois pas habile,
Je peins Irist & veux la peindre
- - bien,
VOriginalefltelqu'ilferait difficile
Que le Portrait nen valnft rien. A
Si 11ècUt de ses yeux ne sçauroit se de
crire,
Au moinsils font connm par leur divin
pouvoir;
Leursfeuxfitnt si persans, que ce qu'il
enfant dire,
C'efl que s'ils regardaient, on ne les pourroit
voir.
Sa bouchecharme & plaijl
, quoy que
trop inhumaine,
Et qu'il n'enferterien quisiaste les de-
PrS
Sensourire aux Amans donne mille plaisirs,
Quandmesme elle rit de leur peine.
Diray-je que le teint d'Iris
Défait les Roses & les Lis?
A de foibles beautez. comme feroient les
nojfres
Ceséloges communs peuvent eflre tlàreffés:
Onena trop dit pourles autres,
Etpour elle on nepeut jamais en dire asîés.
Unegorge, des bras dignes d'une Deejje,
De l'agrément, de la dellcatejfe,
Ilefl pour eHe un eternel Printemps,
Elle paroist avoir quinze ouseize ans,
Peut-ef/re en a-1-elle bien trente,
Maissa beautécroist & croft*ai
Et quand elle en aura soixante,
Je nesçay qui s'ensauvera.
Son esprit est galant & tendre
Délicat, prmptIl concevoir,
Quand on la voit, on ne veut que la voit;
Quand on tentend, on ne veut que fentendre.
Soncoeur estfait pour l'amitié,
Four la rccennoijfance
, ou bien pour lA
pitié,
Car pour l'amour, Iris le hait & le redoute,
Son coeurest tranquille & content,
Heureux les Amans quelle entend,
Puis quiln'en estpoint qu'elleéepute.
Regarde1.t- en ces lieux, quand on voit
cette belle:
Quand elle en efi absente,yporte-t-onfes
ptU?
On ny voit rien quand on ne Lyvoit
pas;
Quand on ty voit,onny voit ql1elle.
Iris veut connoilfre à loisir,
De pénétrer les coeurs ellefaitson étude,
uiu choix deses amispins qua lamultitude
Elle
Ellea toujours mis son plaisir.
EDe choisit par gDUft, & non parsantasfie
;
On est en eflat de choisir
Quand entre mille on peut eflre chiste.
Que de mérité & <£agreemens,
Et que d'amourtous les jours ilsfontnaître!
On ej1 forcé de reconnotflre
Que la louer,cefl plaindre bien des gens.
de Qualité,fait par Mademoiselle
B. D. R.
a.QVoy que je nefois pas habile,
Je peins Irist & veux la peindre
- - bien,
VOriginalefltelqu'ilferait difficile
Que le Portrait nen valnft rien. A
Si 11ècUt de ses yeux ne sçauroit se de
crire,
Au moinsils font connm par leur divin
pouvoir;
Leursfeuxfitnt si persans, que ce qu'il
enfant dire,
C'efl que s'ils regardaient, on ne les pourroit
voir.
Sa bouchecharme & plaijl
, quoy que
trop inhumaine,
Et qu'il n'enferterien quisiaste les de-
PrS
Sensourire aux Amans donne mille plaisirs,
Quandmesme elle rit de leur peine.
Diray-je que le teint d'Iris
Défait les Roses & les Lis?
A de foibles beautez. comme feroient les
nojfres
Ceséloges communs peuvent eflre tlàreffés:
Onena trop dit pourles autres,
Etpour elle on nepeut jamais en dire asîés.
Unegorge, des bras dignes d'une Deejje,
De l'agrément, de la dellcatejfe,
Ilefl pour eHe un eternel Printemps,
Elle paroist avoir quinze ouseize ans,
Peut-ef/re en a-1-elle bien trente,
Maissa beautécroist & croft*ai
Et quand elle en aura soixante,
Je nesçay qui s'ensauvera.
Son esprit est galant & tendre
Délicat, prmptIl concevoir,
Quand on la voit, on ne veut que la voit;
Quand on tentend, on ne veut que fentendre.
Soncoeur estfait pour l'amitié,
Four la rccennoijfance
, ou bien pour lA
pitié,
Car pour l'amour, Iris le hait & le redoute,
Son coeurest tranquille & content,
Heureux les Amans quelle entend,
Puis quiln'en estpoint qu'elleéepute.
Regarde1.t- en ces lieux, quand on voit
cette belle:
Quand elle en efi absente,yporte-t-onfes
ptU?
On ny voit rien quand on ne Lyvoit
pas;
Quand on ty voit,onny voit ql1elle.
Iris veut connoilfre à loisir,
De pénétrer les coeurs ellefaitson étude,
uiu choix deses amispins qua lamultitude
Elle
Ellea toujours mis son plaisir.
EDe choisit par gDUft, & non parsantasfie
;
On est en eflat de choisir
Quand entre mille on peut eflre chiste.
Que de mérité & <£agreemens,
Et que d'amourtous les jours ilsfontnaître!
On ej1 forcé de reconnotflre
Que la louer,cefl plaindre bien des gens.
Fermer
Résumé : PORTRAIT D'UNE DAME de Qualité, fait par Mademoiselle B. D. R.
Le texte 'Portrait d'une Dame' présente Iris, une femme aux qualités exceptionnelles. Ses yeux possèdent un pouvoir divin, rendant leur regard presque invisible. Sa bouche, bien que parfois cruelle, offre des plaisirs à ses amants. Son teint est plus éclatant que les roses et les lis. Iris semble éternellement jeune, paraissant avoir quinze ou seize ans, alors qu'elle pourrait en avoir trente ou plus. Son esprit est galant, tendre et délicat, et son cœur est ouvert à l'amitié, la reconnaissance ou la pitié, mais elle évite l'amour. Sa présence éclaire les lieux, tandis que son absence les assombrit. Iris choisit ses amis avec soin, privilégiant la qualité à la quantité. Ses mérites et ses charmes suscitent admiration et amour au quotidien, forçant beaucoup à reconnaître ses qualités.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
10
p. 33-41
ELEGIE.
Début :
La Piece qui suit, renferme de nouveaux Eloges de Sa Majesté. / Affligé de ma peine, & du bien qui me suit, [...]
Mots clefs :
Éloges, Monarque, Repentir, Seigneurs, Peine, Blâmer, Esprit, Fortune, Soleil, Auguste, Louis le Grand, Bonheur, Vertu, Piété, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELEGIE.
La Piece qui fuit , renfer
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
me de nouveaux Eloges de
Sa Majesté. Elle eſt de M.
de Cantenac Theologal de
Seez, qui témoigne ſe repen
tir de ne s'eftre pas attaché
toute fa vie à la Perfonne &
au fervice du Roy , au lieu
de s'attacher à celuy de quelques
grands Seigneurs, com.b
me il a fait autrefois , caug
is sramod au
Sa bingazdo yul
basa aid sol l'up wit
on Kup other ob zvans ab
34 MERCURE
25222-22-2522-22225
ELEGIE.
A·Ffligé de ma peine, & du bien
qui me fuit,
Paffant mes triftes jours , comme une
longue nuit,
Je ne veux pas blâmer d'une voix importune
L'injufte cruauté d'une ingrate fortune.
Les Aftres ny le fort ne font pas nos
malheurs ,
Chacun fait fon Etoile , & caufe fes
douleurs .
L'Homme eft Royfur luy mesme , &
fuft il dans les chaines ,
C'eftfon efprit qui fait fes plaifirs on
Les peines.
GALANT. 35
Qui reglefa conduite , & les évene
ments ,
Tel qu'un Pilote expert, malgré l'Onede
& les Vents,
Conduit beureufement fur la Mer ir
ritée ,
Le timon chancelant de fa Barque agiz
tée.
Onfouffrepeu de maux qu'on nepuiſſe
éviter,
Et nous pouvons les fuir mieux que
les Jupporter.
Te fuis l'unique Ouvrier de ma fatale
peine,
L'imprudence a renduma fortune in.
bumaine.
M'éloignant du Soleil , dont j'eftois
éclairé ,
Par de fauffes lueurs je meſuis égaré.
Sij'avois confacré le cours de mes années
,
36 MERCURE
Au Roy le plus puiſſant qu'ontfait les
Deftinées ,
Ace Monarque Augufte , & Favori
des Cieux ,
Ie vivrois fortuné , tranquille &glorieux
.
Mais comme un bon Vaiffean qui ten
tant la fortune ,
Sort de la grande route , & duſein de
Neptune ,
Et voguant au hazardfur un Fleuve
inconnu
3
S'ouvre au fable mouvant qui l'avoit
retenu,
R
Par mon éloignementj'ay causé mon
naufrage ,
Prés de l'Aftre du jour on ne voit
point d'orage.
Tout le monde est heureux prés de
Louis LE GRAND ,
Et nefe voit chargé que des biens qu'il
Aw répand.
GALANT. 37
Mais quelbonheurpour moy ,fi témoin
defa vie
l'avois veufavertu triompher de l'en.
vie ,
Porter , comme elle a fait , parmy tant
de hazards
Son Empire &fon Nom au deffus des
Cefars!
Sa valeurredoutable a domptédésl'ex-
No fance ,
Et le Lyond'Espagne , & l'Hydre de
la France.
Eft- il rien que fon bras nefoumette
aujourd'huy ,
Si les Monftres alors n'eftoient qu'un
jeu pour luy?
Le Batave infolent , & l'orgueilleux
Ibere ,
Ont gemy fous le poids de fa jufte colerei
Et l'Aigle accoutumée à pénetrer les
Cieux ,
38 MERCURE
Limite aux pieds des Lys fon vol´andacieux.
De cent Peuples armez en vain la Ligue
cft faite ,
Unis dans leurs combats , unis dans
leur défaite,
Onles a veus tremblans , venir de tou
tes parts
Implorer fa clemence , & ceder leurs
remparts.
Le perfide Ennemy du Ciel & de la
Terre
,
L'Africain fubjugué tremble encor du
tonnerre
De ce fracas terrible , & de ces feux
nouveaux
Que ce nouveau Soleil faifoitfortir
des
eaux.
On ne compte fesjours que par quelque
victoire,
Pour luy chaque moment eft un pas
la gloire.
GALANT. 39
Et bien qu'à fa valeur cent Peuples
foient foumis ,
Ilfoumet plus de coeurs qu'il n'a fait
d'ennemis.
Son grand Nom redouté du Sarmate
& du More ,.
Sefait aimer & craindre aux Climats
de l'Aurore ;
Et ces Rois que le Peuple adore comme
Dieux ,
Fondent à l'honorer leurs titres glorieux
.
Si par toutfa valeur établit ſon Empire
,
Sa grandepieté que l'Vnivers admire,
Du Dieu que nous fervons redreſſe les
·Autels .
Et l'éleve luy- mefme au rangdes Immortels.
Par des traits inouis defa rareprudence,
40 MERCURE
Le Monftre de l'Erreur eft chassé de la
France ;
Et Rome accoutumée aux Prefens de
nos Reis,
Prend de luy fes Enfans qui méprifoientfes
lois.
Appuy de la vertu, comme ennemy du
vice
Ilfait fleurirpar tout les Arts & la
Iuftice
Mille Peuples conquis éprouvent fa
douceur,
Il en paroift le Pere autant
Vainqueur.
que
le
Monarque inimitable, Auguste & Ma
guanime,
Tout le monde vous aime autant qu'il
vous estimes upyo
Etl'on ne vitjamaisfortir d'un meſ-
JA me soeur 90G)
Defi grandes bontez avec tant de valeur.
འ འ
GALANT. 41
Maisj'éprouve en ce point que la peine
eft extréme
D'aimer infiniment fans plaire à ce
qu'on aime.
Pour plaire , ilfaut fervir l'objet de
fon amour,
Et l'Amant inutile eft indigne du
jour.
Je voudroispour toutbien vous fervir
& vous plaire,
Heureux eft le mortel capable de le
faire,
Sa gloire peut combattre un deſtin
rigoureux ,
Et qui fert bien fon Roy, n'estjamais
malheureux
Fermer
Résumé : ELEGIE.
Le texte présente une pièce intitulée 'La Pièce qui fuit' écrite par M. de Cantenac, théologal de Seez. L'auteur exprime son regret de n'avoir pas dédié toute sa vie au service du roi, contrairement à ses actions antérieures où il servait des grands seigneurs. Il déplore sa situation actuelle, qualifiant sa vie de longue nuit de tristesse et de malheurs, qu'il attribue à son imprudence plutôt qu'à la fortune. L'auteur utilise une métaphore maritime pour illustrer la gestion de sa vie, regrettant de ne pas avoir suivi une voie plus sage. Il admire profondément le roi Louis XIV, soulignant ses victoires militaires et sa grandeur. Le roi est décrit comme un monarque puissant et juste, ayant soumis de nombreux peuples et établi son empire grâce à sa valeur et sa piété. Sa réputation inspire respect et admiration à travers le monde. L'auteur exprime également son désir ardent de servir le roi pour échapper à sa misère actuelle, affirmant que servir fidèlement son roi est la clé du bonheur et de la gloire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
11
p. 245-252
Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Début :
Je vous diray seulement que le premier des deux Echevins / Sire, Vostre bonne Ville de Paris, en Vous presentant ses [...]
Mots clefs :
Discours, Sa Majesté, Paris, Magistrats, Actions, Bonté, Abondance, Libéralité, Règne, Éloges, Église, Exploits, Illustre, Mr d'Ormesson, Louanges, Serment
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Je vous
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
diray feulement que le premier
des deux Echevins qui
ont efté élûs celle - cy , eft ·
M' Geoffroy , dont le Pere & .
le grand - Pere ont joüy de la
X
iij
246 MERCURE
mefme Dignité; & le fecond,
M' Gayot. Mile Févre d'Ormeffon
, Maiſtre des Requeftes
, & Neveu de M' le Prefident
de Fourcy Prevoft des
Marchands , les conduifit à
Verſailles le 19. du mois paffé
; il preſenta le Scrutin au
Roy , & fit à Sa Majeſté le
Difcours qui fuit .
IRE ,
S"
Vostre bonne Ville de Paris
, en Vous prefentant fes nouveaux
Magiftrats , trouve toû
jours de nouvelles actions de graces
à Vous rendre. Elle a fenty
GALANT. 247
pendant l'Hyver les effets de vo
tre Bonté & de vostre Prévoyan
ce paternelle. Ces bleds transpor
tez par les ordres de V. M. des
Parties de l'Europe les plus éloignées
, ont rendu l'abondance à
voftre Peuple , dans un temps où
Favarice du Marchand auroit pû
fe prévaloir de la neceffité pu
blique.
Paris voit encore les marques
de voftre Liberalité , dans l'embelliffement
de fes ramparts , où
tant de bras que l'indigence invitoit
au crime , font utilement occupez.
V. M. par une contrain.
te falutaire , faitfervir la partie
X
iiij
248 MERCURE
la plus inutile & la plus baffe
de fes Sujets à l'ornement de la
plus grande Ville du Monde, &r
aneantit par ce travail la pareffe
& la mendicité; fuccés que nous
n'aurions jamais osé efperer , ft
nous ne vivions fous un Regne
où les chofes autrefois eftimées
les plus impoffibles , deviennent
aisées dés qu'il plaift à V. M.
de les vouloir.
Que ne dirois-je point ſur ces
nouvelles marques de vostre magnificence
Royale , fi je n'estois
lié par le fang avec le premier
de vos Magiftrats, à quiV. M.
a confié la Direction de fes OnGALANT.
249
vrages publics ? Les justes Eloges
que l'on donne à vos grands Def-
Jeins , répandent toûjours quelque
éclatfur ceux qui les executent
; mais cependant , SIRE ,
dequoy puis-je mieux vous parler
au nom de vostre Ville Capitale,
que des graces que vous verſez
continuellement fur elle ? Oferoitelle
vousfairefouvenir de ces Vi
ctoires pleines de prodiges , que
vous avez remportées fur toute
l'Europe foulevée contre voftre
Entreprendroit - elle de Vous
feliciterfur le prompt fuccés avec
lequel Vous rappellez au fein de
l'Eglife tant de Peuples égarez ?
gloire?
250 MERCURE
Vous exprimeroit - elle les hautes
idées qu'elle a de cette Puiffance
invincible , laquelle aprés tant
d'exploits heroïques , vient encore
deforcer la plus fuperbe Vil
le de l'Italie , à mettre à vos
pieds
les marques de fa Puiſſance fouveraine
, & àrecevoir la Loy
que V. M. a voulu luy impofer ?
reprefenteroit-elle les Coftes
de l'Afrique en feu , les aziles
des Pirates reduits en cendre , les
Barbares dépoüillez d'une infinité
d'Efclaves qu'ils retenoient depuis
fi long- temps dans leurs fers.
Non , SIRE , ce font des
évenemens trop grands & trop
Vous
GALANT 251
illuftrespour n'eftre touchez qu'en
paffant ; & quand Paris voudroit
entreprendre de les publier,
comment pourrois-je répondre à
fon zele , moy qui ne puis trouver
d'expreffions pour vous marquer,
SIRE , la reconnoiffance infinie
dont je fuis pénerré , quand je
penfe à la grace que j'ay receuë
de V. M. grace que je tacheray
de meriter dans tous les momens
de ma vie , par une application
infatigable à vous continuer les
fervices de mes Peres , dans la
Charge dont V. M. m'a honoré,
me confiderant deformais comme
un Sujet qui Vous doit, SIRE,
252 MERCURE
tout ce qu'il eft , & qui ne peut
rien estre que par les Bontez de
Voftre Majesté.
Aprés que M' d'Ormeſſon
eut prononcé ce Difcours ,
qui luy attira beaucoup de
louanges, les deux nouveaux
Echevins preterent
le Serment
accoûtumé..
Fermer
Résumé : Discours fait au Roy, par Mr le Févré d'Ormesson. [titre d'après la table]
Le texte décrit l'élection de deux échevins à Paris, M. Geoffroy et M. Gayot. Maître Février d'Ormesson, Maistre des Requêtes et neveu du Président de Fourcy, les accompagna à Versailles le 19 du mois précédent pour soumettre le scrutin au roi. Il prononça un discours en l'honneur du roi, mettant en avant les bienfaits royaux envers Paris, tels que l'approvisionnement en blé malgré la pénurie et l'emploi des indigents pour l'embellissement des remparts. Le discours évoqua également les victoires militaires du roi en Europe et la soumission de villes italiennes. Maître d'Ormesson exprima sa gratitude pour la charge qui lui avait été confiée et son engagement à servir le roi. Après le discours, les deux échevins prêtèrent serment.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
12
p. 1-2
Prelude. [titre d'après la table]
Début :
C'est avec raison, Madame, que tous ceux qui ont entrepris [...]
Mots clefs :
Miracles, Éloges, Roi, Prince
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prelude. [titre d'après la table]
'Eft avec raifon,Madame,
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter.
que tous ceux
qui ont entrepris l'Eloge
du Roy, ont dit
que fa vie eftoit un conti
nuel enchainement de Miracles.
Ce quife paffe aujour
Novembre 1685. A
2 MERCURE
·
d'huy nous le fait connoiftre
, & il ne me feroit pas
difficile d'y trouver une
ample matiere aux loüanges
de ce grand Prince,
fi je n'avois accoûtumé de
me taire , quand je puis
faire parler un autre en ma
place. Je n'ay ny
le temps
de ramaffer toutes les chofes
que l'on peut dire à fa
gloire , ny l'éloquence qui
me feroit neceffaire pour
les bien repreſenter.
Fermer
Résumé : Prelude. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre évoque l'éloge du roi, décrit par certains comme une suite de miracles. Les événements de novembre 1685 illustrent cette vision. Bien qu'il puisse trouver des sujets de louange, il préfère laisser la parole à d'autres, manquant de temps et d'éloquence pour les présenter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
13
p. 2-52
Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est ce qui m'oblige à commencer cette Lettre par le / Qu'attendez-vous de moy, Messieurs ? Avez-vous esperé que je [...]
Mots clefs :
Louis le Grand, Panégyrique, Histoire, Troupes, Éloges, Vainqueur, Ennemis, Éloquence, Statue, Admiration, Sagesse, Trône, Guerre, Passion, Justice, Conquérant, Sujets, Modération, Empire, Piété, Zèle, Monde chrétien, Merveilles, Hérésie, Prodiges, Bataille, Héros, Grâces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
ce qui m'oblige à commencer
cette Lettre par le
Panegyrique de Sa Majefté,
GALANT.
3
qui fut prononcé à Caën
le cinquième de Septembre,
au fujet de la Statuë que
les Habitans luy ont élevée.
Je vous envoyay le
mois paffé une exacte Relation
de cette Fefte , &
vous marquay que le Pere
Fejacq, Profeffeur en Theologie
, & Prieur des Jacobins
de la Ville, avoit charmé
par un excellent Difcours
le grand nombre d'Auditeurs
que le zele qu'on
a par tout pour le Roy , avoit
attirez à cet auguſte
Spectacle. Voicy en quels
ト
A ij
4 MERCURE
termes ce Difcours
eftoit
conceu.
QVatte
V'attendez - vous de moy
Meffieurs ? Avez - vous
efperé que je répondrois à vos
idées , quand vous muvez fait.
l'honneur de me choisir pour
Panegyrifte de noftre Augufte
Monarque , & pour interprete
de vos coeurs ? Ces deux qualitez
font difficiles à foutenir ; ce qu'a
fart Louis LE GRAND eft fi
extraordinaire & fifingulier ; les
fentimens que vous avez pour
luy font fi vifs & fi délicats ,
qu'on ne peut fans témerité fe
GALANT. 5
X
promettre de réuffer , foit qu'on
foit obligé de parler de luy , foit
qu'il faille parler pour vous .
L'Invincible , le Magnanime
Louis fait le bonheur de la
France , la deftinée de l'Europe ,
L'étonnement de l'Univers. La
gloire de fon Nom s'étend juf
qu'aux extrémitez de la terre;
de ces extrémitez, des Peuples
dont les Noms nous eftoient pref
que inconnus , viennent le voir
& l'admirer. Adoré de fes Sujets
, respecté deſes Voifins, toû
jours vainqueur , foit qu'irrité de
Lorgueil de fes Ennemis , il leur
Faffe la guerre ;foir que touché de
A iij
6 MERCURE
leur foibleffe , il leur donne la
Paix. Quelles expreffions peuvent
égaler la gloire d'un tel Prince ?
L'Eloquence accoûtumée à telever
les actions des autres . Heros,
ne peut qu'affaiblir celles de
Louis , prefque reduite à ne le
louer que par fon defordre
fon filence.
•l'impref-
Il paroift bien , Meffieurs ,
qu'un merite fi extraordinaire a
fait fur vos coeurs toute l'
fion qu'il eft capable de faire .
L'éclat de ce jour qui va devenir
celebre ; cette Pompe, cette Affem.
blée , la joye qui paroift dans vos
yeux , la Place mefme que vous
GALANT. 7
1
avez fait embellir , & la magnifique
Statue que vous venez
d'y ériger , ne nous laiffent point
douter , qu'entre tous les Sujets
d'un fi grand Roy , il n'y en a
point qui reffentent mieux que
vous , le plaifir & la gloire de
luy obeir. Rien de tout ce que fa
Grandeur vous a fait penſer ,
devroit échapper à quiconque doit
parler pour vous. Mais comment
une langue pourroit - elle fervir
d'interprete à tant de coeurs ? Quel
Orateur affez habile pourroit expliquer
ce qu'ont pensé tant de
ne
spirituelles
nes ?
d'illustres Perfon-
A iiij
8
00
MERCURE
Quand il ne feroit pas mefme
impoffible d'y réüſſir , eftoit-ce fur
moy , Meffieurs , que devoit tomber
voftre choix ? Né dans une
autre Province , & prefque inconnu
dans cette Ville , où fleuriffent
les beaux Arts , où plu
fieurs excellens Hommes joignent
l'étude de l'Eloquence à celle des
Loix , des belles Lettres , des Scien
ces humaines , & de la Divine
Theologie , devois -je esperer d'autre
part au Panegyrique que
prepariez , que celle d'entendre
d'applaudir?
Mais vous avez voulu
Panegyrique deuftfa beauté à la
-
vous
que
ce
GALANT. 9
grandeur de fa matiere ,fans rien
devoir à l'Orateur. Vous l'avez
voulu , Meffieurs , & j'obeis ;
perfuadé de mon infuffifance,feur
neanmoins de vous plaire , puifque
j'ay l'honneur de parler d'un
Prince pour qui vous n'avez pas
moins de tendreffe que de respect,
& qui merite l'admiration qu'ont
pour luy les deux Mondes qui
compofent l'Univers , je veux
dire le Monde Chreftien , & le
MondePolitique. Il eftrare qu'on
leur playfe également . Tels Prin
ces qui ont efté les delices de l'Eglife
, n'ont
pas eu l'approbation
du Siecle; & tels qui ont fait l'ad10
MERCURE
miration de ces fages mondains ,
qui préferent à toutes les raifons
la raifon d'Eftat , ont eu le malbeurde
déplaire aux Sages Evangeliques
, qui préferent à tous les
interefts , l'intereft de la Religion.
Ce qui diftingue le Roy de
prefque tous les autres Rois , eft
qu'il plaift en mefme temps à ces
deux Mondes. On voit en luy
que l'Eglifepeut aimer , ony voit
ce que le Siecle peut admirer. Et fi
je fuis affez heureux pour raconter
feulement quelqu'une de fes
actions fans en affoiblir la beauté,
ou pour découvrir quelqu'une de
fes vertus fans en diminuer l'é
ce
GALANT. II
clat ; vous avoüerez , Meffieurs,
qu'on pourroit ajoûter aux nobles
Infcriptions , que des perfonnes diftinguées
par leur rang, & par
leur merite , ont fait graver an
pied du fuperbe Monument , que
cette Ville confacre à la gloire du
Roy , qu'on pourroit , dis- je , y
ajoûter ces deux mots , qui feuls
Walent un Panegyrique ; Louis
LE GRAND , l'Amour du Monde
Chreftien , l'Admiration
du Monde Politique.
1. Si ce que l'Eglife aime dans les
Princes , n'eft pas toûjours ce qui
brille le plus en eux, c'eft du moins
ce qui mérite le plus d'eftime. In12
MERCURE
capable qu'elle eft de fe laiffer
éblouir par un faux jour , éclairée
des lumieres de l'Evangile , elle
n'eftime que le vray merite ,
ne donne que de juftes éloges . Que
peut on s'imaginer de plus grand
que ce qu'elle aime dans les Rois ?
Nefe croire élevé fur le Trône
que pour rendre des Sujets heu
reux ; n'entreprendre la Guerre
que pour réprimer l'injustice , ou
pour affermir la Paix , n'avoir de
puiſſance & de grandeur,quepour
Les fairefervir
aux interefts de la
Religion ; c'est ce qu'aime l'Eglife,
& ce que nous admirons
en Louis LE GRAND .
GALANT. 13
Qu'on est heureux quand on
obeit à un Prince , perfuadé comme
luy , que la Providence fait
naiftre les Rois pour l'utilité de
leurs Sujets ! & que comme les
Aftres ne font attachez an Ciel
que pour éclairer l'Univers , les
Souverains ne font élevezfur le
Trône , que pour le bien de leurs
Eftats ! Loüis ne pense qu'à
faire la felicité des fiens. Si nous.
l'admirons , il nous aime. Nous
nous eftimons heureux de l'avoir
pour Maiftre , & il ne feroit pas
content de luy-mefme, s'ily avoit
dans le monde. un meilleur Maitre
que luy.
14 MERCURE
A qui devons nous qu'àfa valeur
& àfesfoins , le repos dont
nous avons joйy pendant une
une lon
gue Guerre , qui ne nous a point
empefché de goûter les fruits &
les douceurs de la Paix ? Si nos
voifins n'ont pasfeulement approché
de nos Provinces qu'ils espe
roient conquerir , s'ils n'ont rien
fait de tout le mal qu'ils vouloient
faire ; n'eft ce point qu'il les a prévenus
, & que portant la terreur
la defolation fur leurs terres ,
il les a mis hors d'état d'entreprendre
rien fur les noftres ?
A qui devons- nous qu'à sa prudence
, & à la paffion qu'il a de
!
GALANT.
15
à
nous rendre heureux , l'établiſſement
du Commerce , la fureté de la
Navigation, la reforme des Loix,
le bon ordre de la fuftice ,` la difcipline
des Armées ; tout enfin ce
qui rend la France auffifloriſſante
au dedans , qu'elle eft redoutée
au dehors ? De tout ce qui peut
nous eftre utile , rien n'échappe
fa prévoyance , rien ne fatiguefa
bonté , rempliffant felon nos divers
befoins les differentes fon .
ctions de Legiflateur , de Pere &
de fuge ; tantoft il fait des Loix,
tantost il accorde des Graces, &
tan oft il termine des Differens.
Plus fage que tant de Rois ,
16 MERCURE
qui ne fe foucians pas que leurs
Sujets foient bons , pourveu qu'ils
leur foient foumis , penfent plus
quand ils font des Loix , à confer
ver à chacunfon bien , quefon innocence
; Loüis fe confiderant
plûtoft comme le Directeur des
moeurs de fes Sujets , que comme
Arbitre fouverain de leurfortu
fait pas feulement des
ne ,
Loix pour maintenir la tranquil.
lité dans fon Empire , il en fait
poury conferver la vertu. Il punit
le Blafpheme , il défend les
Ufures, il arrefte la fureur des
Duels , fureur prefque auſſi ancienne
que la Monarchie , inveGALANT.
17
terée , opiniâtre , incurable à tout
autre qu'à Louis LE GRAND ,
dont l'empire femble s'étendre jufquesfur
les coeurs. Il commande ,
comme on perd en même temps
juſqu'au defir , juſqu'à la pensée
de luy defobeir, il ne trouve prefque
point de coupables qu'ilfoit
obligé de punir.
*
Il voudroit bien ne pas trovver
plus de malheureux ; mais:
parce que telle eft nostre destinée,
qu'ily en aura toujours , ilfe fait
un plaifir une loy de lesfecon
rir. Qui d'entre fes Sujets diftingué
par le merite , & accablépar
la fortune , luy a fait connoiftre
Novembre 1685.
J.
B
18 MERCURE
les
fes befoins fans le voir s'y intereffer
? Laquelle de fes Provinces
a veu mourir fes efperances par
le déreglement des Saifons , fans
les voir auffi- toft renaître par
foins qu'il a pris de la foulager?
Ilfuffit que Louis fçache qu'on
est malheureux pour qu'on ceffe
auffi tost de l'eftre. Son air feul
fes manieres obligeantes tiennent
lieu de bonne fortune aux
miferables qui ont l'honneur de
l'aborder ; il y ajoûte des fecours
confiderables , & il femble que
la Providence ne permet qu'il
arrive quelques difgraces , que
pour luy laiffer la gloire d'avoir
GALANT. 19
fait feul le bonheur de fes Sujets .
L'amour qu'il a pour eux le
faitJouvent defcendre du Trône
pour monter fur le Tribunal , où
comme s'il n'eftoit point d'ailleurs
occupé à regler la deftinée de prefque
tous les Souverains de l'Europe
, il fe fait uneferieuſe occupation
de terminer les Differens de
fes Sujets. Il écoute, il examine,
il prononce ; mais avec quel difcernement
? Avec quel respectpour
les loix ? Ceux dont il daigne
prendre les avis , avoient queplus
habile qu'eux il ne regnepas moins:
dans fon Confeil par l'élevation:
defon genie , que par la fuperior
Bij
20 MERCURE
rité de fon rang. Il démele toû
jours le bon droit ; & fi nous en
exceptons les occafions , où fabonté
pour fes Sujets l'empefche defe
rendre justice à foy- mefme , il le
favorife toujours ; inflexible dans:
la justice qu'il rend aux autres ;:
injufte avec honneur dans les in--
juftices qu'il fe fait à luy mefme ;
par tout également digne de
l'amour du Monde Chreftien.
Mais peut- eftre qu'il paroift
moins aimable à ce monde pacifique
, quand à la tefte de fes redoutables
Armées ilporte la guerre
chez les Peuples jaloux de fa
puiffance . Rien moins, Meffieurs,
GALANT. 21
il plaßt autant fous les armes que
fur le Trône.
Qu'on ne fe figure point icy
un de ces Conquerans , qui ne
troublent le repos de la terre , que
pour calmer le trouble qu'un defir
déreglé de s'agrandir excite dans
le coeur. Tels ont eflé les Cefars
& les Alexandres , qui en
acquerant un peu de gloire,fe font
attirez beaucoup de haine , au lieu
que noftre invincible Monarque
ne s'eft pas moins acquis par fes
conquestes l'amour
tion de l'Univers .
que l'admira-
Ne fçait- on pas , que le defir
de vaincre , le plaifir , deſe van22
MERCURE
ger , le deffein de nuire , ny aucu
ne defes farouchespaffions quifont
les guerres injuftes , ne luy a point
fait prendre les armes ? Nos Ennemis
mefmes peuvent - ils defavouer
que quelque ardeur qu'il
euft pour la gloire , quelque af
feuré qu'il fuft de triompher , il
n'a combattu que malgré luy? Jamais
il n'eustfait la guerre ,fifans
lafaire , il eust pú réprimer l'injuftice
de fes voifins , ou affurer le
repos de fes Sujets ?
Empereurs , Rois , Souverains,
Republiques, Eftats, Peuples qu'il
a vaincus , ne vous en prenez
qu'à vous mefmes de vos pertes
1
"
GALANT 23
trop
de vos malheurs . Si l'Efpagne
n'euft pas contefté des Droits
bien juftifiez , Loüis n'euft
point attaqué les Païs- bas , qu'il
parcourut comme unfoudre , avec
une incroyable rapidité , laiffant
par tout d'éclatantes marques de
fes victoires. Si la Hollande euft
efté moins ingrate , on ne l'euſt
point veuëfuccomberfous la mefmepuissance
, à laquelle elle estoit
redevable de fon élevation. Si
l'Allemagne euft mieux connu fes
veritables interefts ; fi des craintes
imaginaires ,fi d'injustes défiances
ne l'euffent fait armer contre
la France , le Roy qu'elle a con24
MERCURE
traint de devenir fon Ennemy,
n'euft jamais efté que fon Protecteur.
Combien les Princes liguez
avec tant de peine , & avecfi
peu de fuccés , euffent -ils épargné
de fang? Combien de Places euffent-
ils confervées , fi leur opiniâtreté
ne les enft empefchez
d'obferver les Traitez que leur
foibleffe les avoit forcé de conclure
? Luxembourg n'euft point
changé de maître , s'il n'euft fallu
par un coup defi grand éclat met-
-tre fin aux lenteurs & aux artifices
de la Politique Espagnole .
L'obftination des Ennemis à perdre
GALANT. 25
dre cette importante Place , aforcé
le Roy à la prendre. Paffionnépour
la paix jufques dans le fein de la
victoire , il n'a fait cette derniere
conquefte que pour n'eftre pas obligé
d'en faire de nouvelles.
Quel autre obstacle ,que fa feule
moderation s'eft opposée à celles
qu'il pouvoit faire ? L'occafion
fera - t - elle jamais plus favorable
de remonterfur le Trône de Charlemagne
, & de s'affujetir l'Em.
pire, quifur le penchant defaruinefembloit
demander un nouveau
Maître, un pluspuiffant Protecteur
? Le Roy n'avoit qu'à le
vouloir , il pouvoit tout . Mais
Novembre 1685. C
26 MERCURE
femblable au grand Theodofe , que
Saint Auguftin admire pour avoir
efté moins fenfible au defir d'dequerir
un Empire , qu'à la gloire
de fecourir un Empereur deftitué
de tout fecours : Loüis , pour
laiſſer à l'Empire la liberté de réü–
nirfes forces contre les Turcs , retire
lesfiennes du voisinage de Luxembourg
, preft à ſecourir l'Empereur
, & à renouvellerfur les
bords du Danube les merveilles de
la journée du Raab , fi ce Prince
n'euft mieux aimé s'expofer à perdre
tout , qu'à devoir deux fois fa
Couronne.
Que cet endroit, Meffieurs , a
GALANT. 27
•
efté touchant pour l'Eglife ! &
que le Roy parut aimable au Monde
Chreftien , quand il fufpendit
fes conqueftes pour faciliter le fecours
de Vienne , dont la perte
n'eftoit pas tout le mal qu'on devoit
craindre. Les interests de la
Religion estoient meflez avec
ceux de l'Empire dans la confervation
de cette Place : c'est ce qui
faifoit trembler le Monde Chrétien,
c'est ce qui toucha Louis
LE GRAND : car fut - il jamais
un Prince plus religieux?
témoin toute la
terre : on voit par tout des mar-
F'en prens
ques defon zele de ſa pieté.
Cij
28 MERCURE
Dans l'Empire , Strasbourg &
Munster affujetis à leurs Princes
legitimes , & en mefme temps à
leurs legitimes Pasteurs ; dans la
Hollande , des lauriers confacrez
au Dieu des Batailles , & au lieu
d'Arcs de triomphe , des Croix
élevées & des Autels reparez;
en Afrique les Prifons de Tripoli,
d'Alger de Tunis ouvertes par
de glorieux Traitez, ou brifées par
d'heroïques efforts ; & un nombre
infini d'esclaves arrachez à lafureur
des Ennemis du nom Chrétien;
dans tout l'Empire Ottoman ,
le Christianifme floriffant à l'ombre
des lys ; dans la Palestine les
GALANT. 29
Lieuxfaints protegez contre l'impieté
des Infideles, & mis à l'abry
de leurs infultes ; dans les Indes,
dans le fapon , dans la Perfe , des
Miffions d'HommesApostoliques,
établies , protegées , entretenuës ;
dans l'Italie, la fameuse Pyramide .
quifut élevée pour vanger l'honneur
de la France, abattue pour ménager
la gloire du faint Siege ; à
nos yeux , de dangereuses nouveautez
ou prévenues , ou diffipées
; la paix rendue à l'Eglife ,
& ce qui fera l'éternité de cette
Paix , l'Epifcopat remply d'excellens
Sujets , & degrands Hommes
Ciij
30 MERCURE
Ajoutons à tant de merveilles.
ce qui feulfuffiroit pour immortalifer
la pieté de Louis LE
GRAND : le Calvinisme prefque
aneanty; il expire ce monstre qui
defoloit autrefois la France ; elle
languit , elle meurt cette berefie
qui fut la fource funeste de nos
de
divifions & de nos guerres . Ils ne
fubfiftent plus ces Temples élevez
fur les ruines de nos Eglifes ; ces
Temples où l'on n'offroit pas
Victimes, & où l'onformoit des
voeux qui n'avoientpeut- eftre pas
pour objet nos profperitez. Des
millions de Protestans font réduits
à un petit nombre , & bien-toft
GALANT. 31
ce ne fera plus que par l'Histoire
qu'on apprendra qu'elle a esté la
fortune de ceformidable party.
Il avoit refifté aux armes de
plufieurs grands Rois , & il cede
prefquefans refiftance à Louis
LE GRAND, qui n'employe pour
le ruiner que fa bonté,fa douceur,
fes bienfaits , fon zele , &fes
Loix ; Loix qui fans violer d'anciens
Edits en repriment les abus ;
Loix également douces feveres,
juftes & charitables ; Loixfavo
rables à ceux mefmes qui les trouvent
dures ,
qui s'en plaignentfe confefferont
quelque jour redevables de leur
aufquelles ceux
Jalut..
C iiij .
32 MERCURE
L'Eglife peut- elle donner moins
que fon coeur à un Prince qui luy
rend de fi grands fervices ? Eftce
affez qu'elle l'appelle le Prédi
cateur de la Foy , le Defenfeur
des Veritez Orthodoxes , l'Evef
que feculier de fes Sujets ? Noms
glorieux que Saint Remy donnoit
autrefois à Clovis. Eft - ce affez
mais laiffons à l'Eglife le
....
choix de ce qu'elle doit faire pour
marquer fa reconnoiffance
à ce
Grand Roy ; & voyons dans le
peu de temps qui nous refte , s'il
ne merite pas auffi juftement l'admiration
du Monde Politique , que
l'amour du Monde Chreftien.
GALANT.
33
L'admiration , toute muette
qu'elle est ordinairement , eft le
plus glorieux de tous les Eloges.
que ce qu'on eftime laiſſe
Tandis
la liberté de parler , ce qu'on dit
peut eftre foupçonné de flaterie ;
tout est naturel , tout eft fincere
dans le filence qui accompagne la
Surprife ; ce qu'on voit ne peut eftre
que tres-grand , quand on admire
fans loüer. Alexandre tou
jours brave , toûjours heureux, ne
trouva rien qui pût arrefter le
cours rapide de fes Victoires, toute
la terre enfut faifie d'étonnement;
comme il eft remarqué dans
l'Ecriture , ne pouvant le loüer ,
34 MERCURE
elle fe tút , & l'admira. Salomon
fut le plus magnifique de tous les
Rois , & ceux qui le virent, tomberent
dans une espece de raviffement
qui leur ofta l'usage de la
parole. Ce que ces Princes ont esté
dans leur Siecle , Louis LE
GRAND ne l'eft - il pas dans le
noftre ? Eft il moins vaillant
moins heureux qu' Alexandre ?
Eft.il moins magnifique que Salomon
? N'en doutez pas , Meffieurs
, la pofterité l'admirera ,
comme nous les admirons .
Le fameux Paffage du Rhin
va prendre parmy les prodiges le
rang qu'ont tenu jufqu'icy les pafGALANT.
35
fages du Granique & de l'Hydafpe.
On y verra Louis LE
GRAND s'eftimer heureux d'avoir
enfin trouvé un peril digne
de luy ; & ce que ne putfaire Alexandre
, on l'y verra imprimer.
dans les coeurs de tous les fiens la
noble ardeur dont il brûloit, Soûtenus
par fa prefence , animez
parfa valeur , glorieux de combattrefous
les yeux d'un fi grand
Roy , ils fe précipiterent dans les
eaux , & ils allerent malgré la
profondeur la rapidité du Fleu
ve chercher des Ennemis qui
n'eurent ny affez de fermeté pour
Les recevoir , ny affez de coeur
>
36 MERCURE
pour les attendre
.
Cent prodiges ontfuivy ce premier
miracle ; mais la Pofterité
qui les doit admirer , les croira
t- elle ? Vous mefines , Meffieurs,
qui les avez veus ,
les croyezvous
? L'Histoire de Louis LE
GRAND , toute vraye qu'elle eft,
a t- elle moins que celle d'Alexandre
l'air de la Fable ? Y a- t - il
de la vray-femblance dans les veritez
qu'on dit de luy ?
Qu'en quinze jours , dans la
plus fâcheufe faifon de l'année ,
it airfubjugué toute une Province
confiderable par le nombre
par la force de fes Places ; qu'en
&
GALANT. 37
moins d'un mois il ait pris plus
de Villes qu'il n'en faudroit pour
faire un puiffant Erat ; qu'il ait
refifté feul à toute l'Europe ; qu'il
ait triomphé par tout où il a combattu
; que fes Ennemis n'ayent
les témoins et les fpectaefté
que
teurs
immobiles
de
fes
victoires
;
qu'il
leur
ait
osté
jusqu'au
courage
de fe
défendre
; qu'il
ait
réduit
Alger
à
confeffer
qu'il
luy
faifoit
grace
, quand
il luy
impofoit
des
Loix
; qu'il
ait
humilié
Gennes
, fans
achever
de
la
détruire
: fouffrez
que
je le
repete
,
vous
qui
en avez
esté
les
témoins
,
croyez
- vous
? Ou
parce
qu'il
le
38 MERCURE
vous est impoffible d'en douter ,
esperez - vous que les Sieclesfuturs
n'en doutent point? Alexandre
crût qu'il étoit de fa gloire de
les tromper, par les vaines apparences
d'une grandeur qu'il n'avoit
pas : il eft au contraire de la
gloire du Roy qu'on les ménage ,
& qu'on ne leur apprenne des
grandes chofes qu'il a faites , que
celles qu'ils pourront croire.
Que la Pofterité fcache , que
Louis s'est rendu deux fois maître
de Valenciennes par fes Armes
& par fes Bienfaits. Mais
ne luy difons pas que cette importante
Place attaquée au milieu de
GALANT.
39
l'Hyver , a efté prise en un quart
d'heure & en plein jour ; qu'on la
vitpaffer en un moment de la confiance
au defefpoir , & du defefpoir
à la joye ; que le fort des &
Vaincus y fut bien- toft égal à celuy
des Victorieux ; ceux- cy penfant
avec plaisir à la gloire qu'ils
avoient acquife , ceux- là au pardon
qu'on leur avoit accordé ; &
tous à la Victoire que Loüis
avoit emportée.
Que la Pofterité fcache , que
formidable Cambray n'a refifté
que tres -peu dejours : mais qu'elle
ignore,que le Roy n'employa pour
le prendre que la moindre partie
le
40 MERCURE
4°
de fes Forces : & que plus genereux
qu'Alexandre , qui croyoit
perdre autant de gloire , que les au
tres en acqueroient , il avoit envoyéfes
meilleures Troupes à fon
illuftre Frere , qui dans le mefme
temps prenoit une Ville , & gagnoit
une Bataille.
Ce que nous retrancherons des
que
l'Invin- furprenantes
actions
cible Loüis
a faites , empefchera
ceux qui viendront
aprés
nous de le prendre pour un Heros
fabuleux ; & le peu que nous en
direns fuffira pour le faire regarder
comme le plus grand des Hea
ros.
GALANT. 41
"Y
Pourra-t- on luy refufer ce titre
, quand on sçaura qu'aprés
avoir triomphe de fes ennemis ,
il s'eft vaincu luy- mefme ? C'eſt
ce qu'il faudra raconter exactement
à la Pofterité. Il eft de l'interest
de toute la terre , qu'aucun›
Prince ne le puiffe ignorer. Loüis
plus grand que fa gloire & quefa
fortune , auffi maître de luy mef
me que de fes Ennemis , s'arrefte :
au milieu de fa courſe , & borne
fes Conqueftes dans un temps où
fon glorieux deftin ſembloit l'appeller
à l'Empire de l'Univers..
Il eft vray qu'il fait la Paix en
Conquerant & en Maître ; il las
Novembre 1685.
å
D
42 MERCURE
donne à fes Ennemis ,
comme it
donne des Loix à fes Sujets ; feul.
Arbitre , feul Mediateur , il conclut
, il décide ; ce qu'il pretend
qu'on reftitue , ce qu'il veut donner
, ce qu'il doit retenir , il regle
tout ; mais il le regle d'une maniere
fi definterefée , fi genereuse ,
qu'il femble vouloir partager avec
les Vaincus le fruit de fes Vi-
Etoires ; & qu'il donne fujet de
douter ; lequel des deux luy eft
plus glorieux , ou d'avoir ſiſouvent
triomphe durant la guerre ,
ou d'avoir facrifié tant de Conqueftes
à la Paix.
L'Antiquité, toute fiere qu'elle
"
GALANT. 43
eft du grand nombre de fes Heros,
pourroit-elle nous en montrer un ,
qui dans telles conjonctures aitfait
un fi grand facrifice ? Il y a peu
de Conquerans qui ne fe foient
laiffez entraîner comme des efcla--
ves par leur bonne fortune ; A
lexandre fuccomba fous le poids'
de la fienne , aveuglé de fon bonheur
il perdit toute moderation..
C'eftoit , Meffieurs , c'estoit à
LOUIS LE GRAND qu'eftoit
refervé l'avantage de donner au
monde ce rare exemple de vertu ;;
& d'apprendre aux Souverains
qu'ils doivent préferer aux charmes
de la gloire , le repos de leurss
Dij
44 MERCURE
Sujets , & au titre de Conque
rant la qualité de Pacifique.
Un Prince connu sous ce nom
dans la Fudée , fut autrefois adoré
de toute la terre ; & ce Prince
femble renaître en Loüis LE
GRAND . Ces nombreuſes Armées
prestes en tout temps à marcher
à combattre ; ces Flotes
qui font trembler toutes les mers ;
ces fortifications fi regulieres , &
preſque auſſi- toſt achevées que refolues
; ces richeffes immenfes, ces
magnifiques Palais , cet aſſemblage
de tous les Chefs - d'oeuvres de
la Nature & de l'Art ; ces Montagnes
abattuës , ces Rivieres déGALANT.
45
tournées , cent autres femblables
merveilles ne renouvellent - elles
pas dans nos jours les merveilles
du temps de Salomon ? N'en
voyons- nouspas mefme un grand
nombre qui échaperent à la magnificence
, on aux foins du Monarque
des Juifs ? Ce fameux
Hoftel , qui difputeroit de beauté
avec les plusfuperbes Palais des
Rois , & qui fert d'azyle à de
braves & d'illuftres malheureux;
ces foins fi noblement employez
à former de jeunes Guerriers , ces
établiffemens où la beauté trouve
une protection qui l'empefche de
devenir criminelle, & où la No
46 MERCURE
bleffe trouve des fecours qui l'empefche
d'eftre miferable ; nefont
ce pas des prodiges de magnificence
inconnus jufqu'au temps de
LOUIS LE GRAND ? Le monde
les admire ; mais ce qu'il admire
le plus , eft la perfonne mesme
de Louis .
-t - on de le
Quelle grace ! quel air ! quel
admirable mélange de douceur &
de majefté ! peut - on le voirfans
laimer ? Etfe laffevoir
? N'y a- t- il point dans fes
moindres mouvemens je ne fçay
quel agrément qui enchante ? Un
air de Heros de Souverain ?Je
ne fçay quoy de plus qu'humain
GALANT.
47
>
le
qui charme les
yeux , qui ravit
les coeurs
& qui inspire tout à
la fois la tendreffe , l'obeïffance &
le respect : Un feul de fes regards
le fait mieux connoître
, que ne le
feront jamais fes Hiftoriens &fes
Panegyriftes
: & pour eftre perfuadé
de tout ce que la renommée
publie de luy , il ne faut que
voir un moment. On fe l'imagine
d'obord , tel qu'il eft , à la tefte de
fes Armées , intrepide
, agiſſant
infatigable ; tel qu'il eft dans fon
Confeil , affidu , penetrant
, judicieux
; tel qu'il eft dans fa Cour ,
& au milieu de cette foule d'adorateurs
, que fon merite plûtoft
48 MERCURE
que fa fortune luy attire de tous
les endroits de la terre , doux , careffant
, defacile accés ,fenfible à
l'amitié, diftinguant le merite, récompenfant
la vertu , diffimulant
les defauts, fupportant lesfoibleffes
; enfin plus grand Homme encore
que grand Roy , & toûjours
digne de l'admiration du Monde
Politique , de l'amour du Monde
Chreftien
.
Que n'ay-je , Meffieurs , une
éloquence affez vive & affez
forte pour le reprefenter tel qu'il
paroift à ceux qui ont l'honneur
de le voir ! Mais vous avez
heureuſement ſuppleé à ce que
Vous
GALANT. 49
vous fçaviez qui manqueroit à
ma voix. L'excellente Statue que
vous avez érigée parle pour
Vous elle parlera mefme dans
tous les temps ; & ce monument
travaillé avec un art & une délicateffe
capables d'immortaliſer
fon Autheur , n'eft pas feulement
le témoin fidelle desfentimens refpectueux
que vous avez pour
le Roy , ilfera fon Panegyrifte
eternel. Les Siècles les plus reculezfe
fouviendront en le voyant,
des Victoires & des Vertus de
LOUIS LE GRAND ; onpenfera
tout ce que vous pensez aujourd'huy
, & l'on dira quefiLoüis
Novembre 1685. E
50 MERCURE
a
efté le plus Grand des Roys ",
vous avez esté les plus fidelles ,
vous vous eftes estimez les
plus heureux de fes Sujets.
Faites , o mon Dieu ! que nous
joüiffions long- temps de ce bonheur
, & qu'il dure encore aprés
nous. Confervez- nous un Prince
que vous nous avez donné , parce
que vous nous aimez. Laiffez-
luy letemps d'achever ce qu'il
medite pour votre gloire , &
comblez- le de vos graces , tandis
qu'il nous comble de fes faveurs.
Qu'il n'ait point d'ennemis , ou
qu'il en triomphe toujours ; Que
la felicité de fon regne s'étende
GALANT. 5
égalementfurfa Famille & fu
fes Etats; Que le glorieux heritier
defa Grandeur le foit de fa vertu
; Qu'il aitfon coeur , comme il
a fon nom ; Que les peuples reverent
ce Monarque , l'amour de
l'Eglife , l'admiration du monde;
Que les Roys l'imitent ; Que tout
luyfoit affujetty , e que luymefme
vous foit foumis.
Ce font , ô mon Dieu , les
Voeux que forment de toute l'éten ·
duë de leur coeur ce Prelat fi vertueux
& fi digne defon Augufte
Caractere : Ce Sage & judicieux
Intendant , digne Miniftre
d'un figrand Roy ; ces Magistrats
E ij
25 MERCURE
fi zelez pour le bien public ;
ces Docteurs fi habiles ; ces Juges
équitables , & éclairez , ces Sçavans
de toutesprofeffions , & tout
ce Peuple. Ils vous demandent ,
Seigneur , je vous demande
avec eux la continuation des
graces que vous avezfi liberalement
répanduës fur la Perfonne ,
fur la Famille , & fur les Etats
de LOUIS LE GRAND .
Fermer
Résumé : Panegyrique du Roy. [titre d'après la table]
Le texte est une lettre relatant un panégyrique du roi Louis XIV prononcé par le père Fejacq à Caen le 5 septembre lors de l'inauguration d'une statue en son honneur. Le discours souligne la grandeur et les exploits de Louis XIV, le présentant comme celui qui assure le bonheur de la France, influence la destinée de l'Europe et suscite l'admiration universelle. Le père Fejacq reconnaît la difficulté de louer un prince aussi exceptionnel, mais accepte cette tâche par respect pour le roi et pour plaire à son auditoire. Louis XIV est décrit comme un souverain dévoué au bien de ses sujets et de son pays, ayant maintenu la paix et protégé la France contre les menaces extérieures. Ses réalisations incluent l'établissement du commerce, la sécurité maritime, la réforme des lois, l'ordre judiciaire et la discipline des armées, rendant ainsi la France prospère et respectée. Le roi est également loué pour ses lois visant à maintenir la tranquillité et à promouvoir la vertu, ainsi que pour sa sollicitude envers les malheureux. Ses conquêtes dans les Pays-Bas, ses actions humanitaires en Afrique et en Palestine, et son rôle de défenseur des vérités orthodoxes sont également soulignés. Le texte invite l'Église à reconnaître les services rendus par Louis XIV. Le roi est présenté comme un conquérant juste, cherchant la justice et la protection de ses sujets. Le texte met en garde contre l'arrogance, en prenant l'exemple d'Alexandre le Grand, et présente Louis XIV comme un modèle de vertu, privilégiant le repos de ses sujets et la paix à la gloire militaire. Ses réalisations incluent des armées prêtes au combat, des flottes puissantes, des fortifications, des richesses immenses et des palais magnifiques. Le texte loue également ses œuvres de bienfaisance, comme l'accueil des malheureux et le soutien aux jeunes guerriers. Le physique et le caractère de Louis XIV sont décrits avec admiration, soulignant sa grâce, sa majesté, et son mélange de douceur et de fermeté. Le texte se conclut par des prières pour la longévité de son règne et pour qu'il continue à bénéficier des grâces divines, afin qu'il puisse achever ses projets pour la gloire de Dieu et le bien de ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
14
p. 5-8
Lettre d'un Provincial. [titre d'après la table]
Début :
MONSIEUR, Quoyque Mercure ait des aîles, aussi bien que la [...]
Mots clefs :
Louanges, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'un Provincial. [titre d'après la table]
MONSIEVR,
QuoyqueMercureait desailes,
aîles, aauuJjJjil bien que la
Renommée; néanmoins
rvoftrc renomméeprenant
un rvolplus prompta druancé
rvojfre Mercure
dans nos trovinees, &
rvojlrl mérite.
Par ce début flateur
je devine que ce Provin
cial voudroit établir entre
luy de moy un commerce
de louanges rcci--
proques.
jiyantappris Ojuevous
avez,fuccedc à Monfieur
Devizé, je vous demande
une petite place pour
unpetiteloge, dunpetit f4n petit elq
Officier dunepetiteElec.
tlon.
Ne l'ay-je pas deviné:
ce sont des éloges donc
on a besoin; on viendra
les chercher chez moy.
Croit-on que j'entienne
Bureau ? Non, je n'ay
point d'éloges à vendre;
j'en donnerois volontiers,
mais ce feroit à
ceux qui n'en ont pas
besoin c'est-à-dire qui
ont assez de réputation,
pour se passer de loüanges
ou assez de vertu
pour les mépriser.
QuoyqueMercureait desailes,
aîles, aauuJjJjil bien que la
Renommée; néanmoins
rvoftrc renomméeprenant
un rvolplus prompta druancé
rvojfre Mercure
dans nos trovinees, &
rvojlrl mérite.
Par ce début flateur
je devine que ce Provin
cial voudroit établir entre
luy de moy un commerce
de louanges rcci--
proques.
jiyantappris Ojuevous
avez,fuccedc à Monfieur
Devizé, je vous demande
une petite place pour
unpetiteloge, dunpetit f4n petit elq
Officier dunepetiteElec.
tlon.
Ne l'ay-je pas deviné:
ce sont des éloges donc
on a besoin; on viendra
les chercher chez moy.
Croit-on que j'entienne
Bureau ? Non, je n'ay
point d'éloges à vendre;
j'en donnerois volontiers,
mais ce feroit à
ceux qui n'en ont pas
besoin c'est-à-dire qui
ont assez de réputation,
pour se passer de loüanges
ou assez de vertu
pour les mépriser.
Fermer
Résumé : Lettre d'un Provincial. [titre d'après la table]
L'auteur d'une lettre compare la Renommée à Mercure et devine que le destinataire souhaite des louanges. Il mentionne avoir appris que le destinataire a succédé à Monsieur Devizé et demande une place pour loger un fan et un officier. Il précise qu'il ne vend pas d'éloges et les accorde seulement à ceux qui n'en ont pas besoin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
15
p. 8-12
Loüanges. [titre d'après la table]
Début :
Les loüanges excessives font tort à ceux qui les reçoivent [...]
Mots clefs :
Louanges, Éloges, Résolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Loüanges. [titre d'après la table]
Les loüanges excessives
font tort à ceux qui
les reçoivent & à ceux
qui les donnent: les
loüanges moderées offencent
ceux qui en vou-*"
droient de plus grandes;
n'en point donner du
tout c'est une extremité
vicieuse. Je fuis bien tenté
de tomber dans ce
vice-là.
Un simple raconteur
de Nouvelles doit s'abstenir
des Panegyriques
comme il doit renoncer
à la Satyre. C'enest fait,
je prens la resolution de
ne jamais loüer ni médire
; je renonce de bon
coeur au plaisir de médire
; maisj'avouë, que je
ne fcray beaucoup de
violence pour ne point
loüer.
La premiere violence
que je vais me faire , ce
fera celle de ne pas rendre
à mon Predecesseur
toute la justice qui luy
est dûë. Je luy dois un
éloge. Ouy, je niabstiens
avec peine de
loüer feu Mr Devizé
1 dont la probité, dont le
ze le ,
dontl'exactitude
infatigable, dont le.
Maisj'oubliois pourlui
ma resolution. le veuK
prouver en m'abstenant
d'un éloge si necessaire,
que je tiendray au Public
tout ce que je luy promettray.
Ce n'est point par humeur
chagrine que j'ay
pris la resolution de ne
loüer personne. C'est seulement
pour faire plaisir
à ceux qui meritent de
vrayes loüanges. Je raconteray
simplement les
actions louables qu'ils
aurontfaites: leurs actions
feront leur éloge
,
& je ne seray point
obligé de les confondre
avec ceux qu'on ne peut
loüer que par des loüanges
verbales.
font tort à ceux qui
les reçoivent & à ceux
qui les donnent: les
loüanges moderées offencent
ceux qui en vou-*"
droient de plus grandes;
n'en point donner du
tout c'est une extremité
vicieuse. Je fuis bien tenté
de tomber dans ce
vice-là.
Un simple raconteur
de Nouvelles doit s'abstenir
des Panegyriques
comme il doit renoncer
à la Satyre. C'enest fait,
je prens la resolution de
ne jamais loüer ni médire
; je renonce de bon
coeur au plaisir de médire
; maisj'avouë, que je
ne fcray beaucoup de
violence pour ne point
loüer.
La premiere violence
que je vais me faire , ce
fera celle de ne pas rendre
à mon Predecesseur
toute la justice qui luy
est dûë. Je luy dois un
éloge. Ouy, je niabstiens
avec peine de
loüer feu Mr Devizé
1 dont la probité, dont le
ze le ,
dontl'exactitude
infatigable, dont le.
Maisj'oubliois pourlui
ma resolution. le veuK
prouver en m'abstenant
d'un éloge si necessaire,
que je tiendray au Public
tout ce que je luy promettray.
Ce n'est point par humeur
chagrine que j'ay
pris la resolution de ne
loüer personne. C'est seulement
pour faire plaisir
à ceux qui meritent de
vrayes loüanges. Je raconteray
simplement les
actions louables qu'ils
aurontfaites: leurs actions
feront leur éloge
,
& je ne seray point
obligé de les confondre
avec ceux qu'on ne peut
loüer que par des loüanges
verbales.
Fermer
Résumé : Loüanges. [titre d'après la table]
Le texte aborde les risques des louanges excessives et modérées, qui peuvent être préjudiciables tant pour ceux qui les reçoivent que pour ceux qui les donnent. L'auteur reconnaît la tentation de tomber dans l'excès de louanges et choisit de s'abstenir de toute forme de panégyrique ou de satire. Il décide de ne jamais louer ni médire, bien que cela lui semble difficile. L'auteur mentionne qu'il ne rendra pas justice à son prédécesseur, M. Devizé, malgré ses qualités de probité, de zèle et d'exactitude infatigable. Cette décision est motivée par le désir de tenir ses promesses au public et d'éviter les louanges verbales. L'auteur préfère relater simplement les actions louables des personnes méritantes, laissant leurs actions parler d'elles-mêmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
16
p. 209-220
PIECE FUGITIVE. / LETTRES A une Damoiselle Suedoise sur son Portrait.
Début :
Je ne sçai, Mademoiselle, si en me donnant l'honneur de [...]
Mots clefs :
Suédoise, Éloges, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PIECE FUGITIVE. / LETTRES A une Damoiselle Suedoise sur son Portrait.
PIECE FVGITIVE.
J'ignore l'autheur &
la datte de cette piece
, maisellem'a paru jolie,
& je ne pense pas qu'elle
foit imprimée
,
il n'en
faut pas davantage pour
me persuader qu'elle fera plaisir au public.
LETTRE
A une Damoiselle Suedoise
surfin Portrait.
Je ne fçaijMadcixioifcllCj
si en me donnant l'honneur de vousécrire j'écris
à quelqu'un.Sur vôtre nom
qui efl: fortillustre il faut
que je vous croye Suédoise,
sur les grands yeux noirs
due j'ai veus portrait dans vôtre
& quidoivent être
pleinsde feu dans l'original ,je vous crois Espagnole;surde fortjolis versFrançoisqu'oj}uCa montrez de
vous, je voriscroisFrançoise;sur d'autres vers Italiens, jevous crois Itapenne, ssir tout cela ensemblevous n-êtes a'auc,hri
pays.
Pour rendre le miracle eneor plusachevé.
Dix-septans à, ptll prés, cejl
l'âge qu'on vous donne.
Dix - ¡ ftpt ans jusqu'ici n'a-
- voientgatéperfonne,
Pour vous ils vousfont tort, ïefpritJî cultivé
Et dixfèpt ans font que je
voussoupçonne
Denêtre, Dieume le par-
"- donne, -'
Qluequelque objet
en
qu'unPoëteàrivé.t'ait
Cependantiléftcertaîh
que M. L.,.. de.« S.
prend l'affaire fort serieusement, & si l'on a
à écrire desprodiges ce doit être
sur son authorité plusque
sur celle des autres.Il foutient que vous êtes à Stokolm, quemille gensvous
yont vue36c
yous y ont
parlé, ildit même quevôtre Portrait,quirepresente le plus charmantvisage
du monde, ne represente
pas le vôtredanstoute sa.
beauté
,
Çc que les Peintres
de Suede ne flattent pas.
Maispourquoynousqui
sommes danslePays-
beauté, del'esprit, & des
agrémens,n'aurions-nous
jamais vu rien de pareil à
une personne si accomplie?Voila ce que la va- nitéFrançoise nous fait dire aussitôt; à cela je ne
sçai qu'une réponse, qui
paroîtnous aider à croire
tout ce que l'onditdevous.
VÀmorn ailleurs si redouta-
.)
,. yte -
Netrouvepassans doute un ci,tvorable
Sous le Ci.èîde Suide & si
*
plws 1a1/e'sLà^ttm\s^
Les cœurs y
sontglacez, &':
pour fondre ces
glaces
N'a-t-il pas dû produire un
Chef-d'œuvre où les Graces
Eussent répandu tous leurs
,
Dons ?
Si nos Climats n'ont rien quix
ne vous cedey
Soiten esprit,soit en attraits,
C'est qu'Amourysoumet les
cœursà moindre frais
Qu'il ne pourroit faire ce
Suede.
Voila, MademoifeIIe"
tout ceque je puis mimaginer pour me persuader
que vous soyez une choses
vrai-semblable, tirez-moy
d'embarras, je ': vous en
conjure ,.' & ayez la bonté
de me faire sçavoir si vou£
êtes
; que vôtre modestie
ne 'vo\is\ empêche pas de
me l'avouernaturellemet,
je vous promets de n'en
parlerà personne, je me
pique d'être bon François,
& jenevoudrois pas qu'on
Fçût que j'eusse intelligence avec une etrangere, qui
triompheroitde toutes -les,
Françoises, & qui effaceroit l'honneur de la Na-
tion. Ce seroit là un aÍfez
grand crime contre ma
Patrie, cependant je m'accoûtume peu à peu à en
faire un plus grand, tous
mes soupirs à l'heure qu'il
est sortent de France, &
vont du côté du Nord:
Lieux defoleX^y
ou PHyver
- tient son fiêgc
Sur devastes amas de neige,
Où lesaquillons violens,
Où les frimats, & les ours
blancs
Composent un trisse cortége,
Mer glaciale; affreux climats, C'efl
"ejlapré's vous que jesoupire,
Les lieux où regne un éternel Zephire,
Le séjour de Venus, Cypre
nevousvautpas.
Vous voyez, Mademoiselle, que mon cœur a
déja
bien fait du chemin, quoique je doute encore que
vous soyiez au monde:
Mais c'estdestendres caurs
l'ordinaire deffaut,
Ilssebâtenttoûjours unpeu
1<
-
plus qu'il ne faut
Desuivre une agreable idée.
Avec ardeur ils courent la
saisir,
Et des( charmes trompeur.
leur otent le loisir
De s'assurer qu'elle foit bien
:', fondée.
Cette idée seule,quej'ai
de vous, a
fait sur moj
l'effetque pourroient faire
les belles même decePaïs,
Vous pouvez conquerir la
Suede par vous-même, &
lerestedu monde par les
deux Portraits que nous
avons, car je compte pour
un Portrait les vers où vôtre esprits'est si bien peint.
Je meflatte que mes hommages,qui ne feroient asseurement pas dignes de
vous à Stokolm
,
deviendront de quelque prix en
traversant cinq cent lieuës
de Païs pour aller jusqu'à
vous, & que s'il est triste
de vous adorer de si loin,
ce me fera du moins une
espece de méritéauprés de
vous ; je n'en ai point d'au- treà vous faire ~valoir) &
je ne croispasmême que
vouspuissiez jamais sça-
voir qui je suis,
Si ce n'est que peut-être un
coup de lafortune.
AitportéjufIuefir nos bords
Le nom de l'enchanteur, qui
fait parler les morts,
Et qui voyage dAnl la Lune.
J'ignore l'autheur &
la datte de cette piece
, maisellem'a paru jolie,
& je ne pense pas qu'elle
foit imprimée
,
il n'en
faut pas davantage pour
me persuader qu'elle fera plaisir au public.
LETTRE
A une Damoiselle Suedoise
surfin Portrait.
Je ne fçaijMadcixioifcllCj
si en me donnant l'honneur de vousécrire j'écris
à quelqu'un.Sur vôtre nom
qui efl: fortillustre il faut
que je vous croye Suédoise,
sur les grands yeux noirs
due j'ai veus portrait dans vôtre
& quidoivent être
pleinsde feu dans l'original ,je vous crois Espagnole;surde fortjolis versFrançoisqu'oj}uCa montrez de
vous, je voriscroisFrançoise;sur d'autres vers Italiens, jevous crois Itapenne, ssir tout cela ensemblevous n-êtes a'auc,hri
pays.
Pour rendre le miracle eneor plusachevé.
Dix-septans à, ptll prés, cejl
l'âge qu'on vous donne.
Dix - ¡ ftpt ans jusqu'ici n'a-
- voientgatéperfonne,
Pour vous ils vousfont tort, ïefpritJî cultivé
Et dixfèpt ans font que je
voussoupçonne
Denêtre, Dieume le par-
"- donne, -'
Qluequelque objet
en
qu'unPoëteàrivé.t'ait
Cependantiléftcertaîh
que M. L.,.. de.« S.
prend l'affaire fort serieusement, & si l'on a
à écrire desprodiges ce doit être
sur son authorité plusque
sur celle des autres.Il foutient que vous êtes à Stokolm, quemille gensvous
yont vue36c
yous y ont
parlé, ildit même quevôtre Portrait,quirepresente le plus charmantvisage
du monde, ne represente
pas le vôtredanstoute sa.
beauté
,
Çc que les Peintres
de Suede ne flattent pas.
Maispourquoynousqui
sommes danslePays-
beauté, del'esprit, & des
agrémens,n'aurions-nous
jamais vu rien de pareil à
une personne si accomplie?Voila ce que la va- nitéFrançoise nous fait dire aussitôt; à cela je ne
sçai qu'une réponse, qui
paroîtnous aider à croire
tout ce que l'onditdevous.
VÀmorn ailleurs si redouta-
.)
,. yte -
Netrouvepassans doute un ci,tvorable
Sous le Ci.èîde Suide & si
*
plws 1a1/e'sLà^ttm\s^
Les cœurs y
sontglacez, &':
pour fondre ces
glaces
N'a-t-il pas dû produire un
Chef-d'œuvre où les Graces
Eussent répandu tous leurs
,
Dons ?
Si nos Climats n'ont rien quix
ne vous cedey
Soiten esprit,soit en attraits,
C'est qu'Amourysoumet les
cœursà moindre frais
Qu'il ne pourroit faire ce
Suede.
Voila, MademoifeIIe"
tout ceque je puis mimaginer pour me persuader
que vous soyez une choses
vrai-semblable, tirez-moy
d'embarras, je ': vous en
conjure ,.' & ayez la bonté
de me faire sçavoir si vou£
êtes
; que vôtre modestie
ne 'vo\is\ empêche pas de
me l'avouernaturellemet,
je vous promets de n'en
parlerà personne, je me
pique d'être bon François,
& jenevoudrois pas qu'on
Fçût que j'eusse intelligence avec une etrangere, qui
triompheroitde toutes -les,
Françoises, & qui effaceroit l'honneur de la Na-
tion. Ce seroit là un aÍfez
grand crime contre ma
Patrie, cependant je m'accoûtume peu à peu à en
faire un plus grand, tous
mes soupirs à l'heure qu'il
est sortent de France, &
vont du côté du Nord:
Lieux defoleX^y
ou PHyver
- tient son fiêgc
Sur devastes amas de neige,
Où lesaquillons violens,
Où les frimats, & les ours
blancs
Composent un trisse cortége,
Mer glaciale; affreux climats, C'efl
"ejlapré's vous que jesoupire,
Les lieux où regne un éternel Zephire,
Le séjour de Venus, Cypre
nevousvautpas.
Vous voyez, Mademoiselle, que mon cœur a
déja
bien fait du chemin, quoique je doute encore que
vous soyiez au monde:
Mais c'estdestendres caurs
l'ordinaire deffaut,
Ilssebâtenttoûjours unpeu
1<
-
plus qu'il ne faut
Desuivre une agreable idée.
Avec ardeur ils courent la
saisir,
Et des( charmes trompeur.
leur otent le loisir
De s'assurer qu'elle foit bien
:', fondée.
Cette idée seule,quej'ai
de vous, a
fait sur moj
l'effetque pourroient faire
les belles même decePaïs,
Vous pouvez conquerir la
Suede par vous-même, &
lerestedu monde par les
deux Portraits que nous
avons, car je compte pour
un Portrait les vers où vôtre esprits'est si bien peint.
Je meflatte que mes hommages,qui ne feroient asseurement pas dignes de
vous à Stokolm
,
deviendront de quelque prix en
traversant cinq cent lieuës
de Païs pour aller jusqu'à
vous, & que s'il est triste
de vous adorer de si loin,
ce me fera du moins une
espece de méritéauprés de
vous ; je n'en ai point d'au- treà vous faire ~valoir) &
je ne croispasmême que
vouspuissiez jamais sça-
voir qui je suis,
Si ce n'est que peut-être un
coup de lafortune.
AitportéjufIuefir nos bords
Le nom de l'enchanteur, qui
fait parler les morts,
Et qui voyage dAnl la Lune.
Fermer
Résumé : PIECE FUGITIVE. / LETTRES A une Damoiselle Suedoise sur son Portrait.
La lettre est adressée à une demoiselle suédoise dont l'auteur ignore l'identité précise. L'auteur exprime son admiration pour cette jeune femme, mentionnant divers indices qui la rendent mystérieuse : son nom illustre, ses traits physiques et ses talents poétiques en plusieurs langues. Malgré ces indices, il doute de son existence réelle. La lettre évoque également des rumeurs selon lesquelles un portrait de la demoiselle circule à Stockholm, mais ne représente pas fidèlement sa beauté. L'auteur se demande comment une personne aussi accomplie peut exister et imagine que son portrait et ses vers témoignent de ses charmes. Il exprime son admiration et ses soupirs, qui le mènent vers le nord, loin de la France. Il conclut en espérant que ses hommages, bien que modestes, puissent atteindre la demoiselle et qu'elle puisse un jour connaître son identité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
17
p. 220-236
NOMINATION du Roy.
Début :
Messire Louis lePeleteir, premier President du Parlement, s'est démis volontairement [...]
Mots clefs :
Parlement, Président, Nomination, Généalogie, Famille, Éloges, Hommage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOMINATION du Roy.
NOMINATION
du Roy.
Messire Louis lePeletier,
premier President du Parlement, s'est demis volontairement de cette Charge
entre les mains du Roy.
Il est fils de Claude Le
Peletier, Conseiller d'Etat
Ordinaire, President holoraire du Parlement,Ministre d'Etat, Controlleur
General des Finances, cidevant Prevôt, des Marchands de Paris, & SurIntendant des Postes &
Relais de France, mort le
10. Aoust de l'année derniere.
SAMAJESTE'achoisi, pour remplir cette importante Charge, Messire
Jean-Antoine de Mesmes,
Comte d'Avaux, & de
Neufchâtel, Seigneur d'Irval & de Cramoyelle, cidevant Prévôt&Grand
MaîtredesCeremonies,
des Ordres du Roy. Cet
illustre Magistrat àété
ConcilierauParlement
en 1687.Presidenta Mor-* -,,' tier en 1689. Prevôt &Me
des Ceremonies des ordres
du Royen1703delaquelle charge il s'est demit.,en,.
1709.
en faveurdeM.le
Comte de Pontçhanx^jji.
Ilestfils de M.JeanJacquesdeMesmes Préfid^nt/
à Mortier, & de Dame
Marguerite Bertrand de la
Basiniere,&petit-fils de M.
Jean-Antoine de Mesme,
seigneur d'Yrval
,
Baron
deBreüil, Vicomte de
Vandeüil, Conseiller d'E-,
tat ordinaire, & de Dame
Anne Courtin, & arriérépetit-fils de Jean-Jacques
de Mesmes, Maistre des
Requestes, & ,Conseiller
d'Etat, & de Dame Antoi.
nette de Grossaine, fille
unique & heritiere deHierôme deGrossaine, Ecuyer
Seigneur d'Yrval&d'Avaux. Baron de Breûil, &
,.
Vicomte de Vandeüil, lequel Jean-Jacques de Mesmes fut envoyé en plusieurs négociationsimportantes, il est mort fort
âgé en 1642.
M. le premier President
avoit pour Oncle Messire
Jean-Jacques de Mesmes,
Comte d'Avaux,Conseiller d'Etat ordinaire, Prévôt & Maître des Ceremonies de l'Ordre du St
Esprit, lequel s'est distingué en quantité de negociations importantes,ayant
été deux fois Plenipoten-
tiaire pour la Paix. La première, au Traitté de Nimegue en 1675. Laseconde,au Traitté de Risvick
en 1697.
Cette famille a
produit
beaucoup de grands hommes, entre lesquelsse sont
distinguez Henry de Mesmes & Claude de Mesmes,
tous deux Grands-Oncles
de M.le premier President.
Henry de Mesmes, Ecuyer
Seigneur de Roissy, Marquis de Moigneville, &c
d'Everly, qui fut President àMortier en 1627. aprés
avoir occupé long-temps
les premieres Charges, &:
servi l'Etat en plusieurs occassons importantes.
il fut député aux Etats
Généraux tenus à Paris en
1617. & à l'assemblée des
Notables à Rouën: Il fut
marié deux fois, la premiere
,
avec Jeanne de
Montluc, fille du MaréchalBalagny',delaquelle
il neut point d'ensans
:
La
seconde, avec Marie Fossez
,
fille duMarquis d'Everly,Chevalier des Ordres du Roy, de laquelle
il eut plusieurs enfans, &
il n'én est resté que Dame
Antoinette de Mefn-les
épouse de Louise de Rochechoüart-, Duc de Vivonne,Maréchal de France. ", Claudede Mesmes CheValler3 Comte d'Avaux,
Maistre des Requestes ôc
conseillerid'EtatfutAmbassadeur en piufieurs
Cours de l'Europe
: Sçavoq ?à.Venifq,à Roipe3a
Mantouë, florencecà1
Savoye,deuxfois en Allemagne, en Dannemarck,
en Pologne & Suede: la
derniere fois qu'il fut en
Allemagne, il traitta des
Préliminaires de la Paix
generale,&fut un des Plénipotentiaires au Traité de
Munster; il fut aussi Secretaire des Ordres du Roy,
& Surintendant des Finances avec M. le President
de Bailleul, & il mourut
sans alliance.
Cette famille de Mesmes
est originaire de Bearn,
sortie
de
Pierre Chevalier,
Seigneur de Mesmes, qui
est nommé entre les pre-
miers & plus apparens du
Bailliage de Roquefort en
la Vicomté de Marsan; ce
Pierre de Mesmes vivoit
en 1179. & avoit pour frere Guillaume de Mesmes
pour Aumônier du Roy S.
Louis;il eut pour fils Roger de Mesmes, dit Coudun Chevalier, Seigneur
de Mesmes, pere d'Arnauld premier du Nom,
Seigneur de Caixchen en
l'Evêché d'Aire, duquel est
descendu M. le premier
President aprés neuf degrez de générations.
Cette famille a
donné
un premier President à
<' Rouën, qui fut aussi deux
fois Ambassadeur en Allemagnej un Chancelier de
Navarre; desPresidens au
grand Conseil,à la Chambre descomptes,un Prévôt
des Marchands à Paris,
trois Presidens à Mortier,
plusieurs Conseillers au
Parlement, Maistres des
Requestes & Conseillers
d'Etat, & quatre Officiers
* de l'Ordredu S. Esprit.
Cette Famille atoûjours protégé les belles
lettres. Voiture écrit à
Monsieur d'Avaux, à
propos de sa Maison,
qui efl: à presentl'Hôtel de Bauviliers.
je me réjoüis avec
*vous au nom des Penates
de Jean Jacques de Mesmes ftl de tant degrands
hommes vos ayeuls Àu
nom de ces Penates qui
ont été les Dieux tutelaires de P~~ de
tous les sçavants de ce
siécle-la~de celui-ci, de
ce que vous avez renouvelle& embelli leur ancienne demeure, &c.
Non feulement Messieurs de Mesmes &
d'Avaux ont protégé
les belles Lettres, mais
ils les ont cultivées euxmêmes. Il rfeft pas honnête, dit encor Voiture,
à un personnage
,
aussi
grand que vous têtes,
d'êtreplus éloquent que
nous.
Je pourrois repeter
icy
ici pour M. le premier
President,tous les éloges que Voiture donne
à ses Prédecesseurs,
puis qu'il rassemble en
lui toutes leurs grandes
qualitez. Mais j'ai banni du Mercure les Panegyriques.
J'ajoûterai feulement
quelques quadrins au
premier de ceux que
Voiture envoya à M.
d'Avaux, à la mode de
Neufgermain. Les lct-
tres du Nom finissant
les Vers
:
L'autre jour:}pf1Îtejf
Par Mercure tt) Parrses :
lesDieuxeur
Ton*ksDteuxféfktir
command-a.
Qu'on fit honneur ati grandd'Avaux, Themis,quicetordre
approuv-a,
A ses côtez ïnfadçfljty,
0; }
Pour le siécle suivant
¡ plaç-a ,,'
Un premier President
, ,/
Oui,ditThemis,ces d'Avauxl-a
a- Detouttempsmefurent de-vots, 1
Pour l'an où la Paix fè fer-a Jegarde à Paris un
àyA<vaux.
Enmérité il égaler-a
Suos Avos & Pro-avoS)
Peuple, Senat, tout aimer-A,
Ce successeur du grand à'Avaux.
du Roy.
Messire Louis lePeletier,
premier President du Parlement, s'est demis volontairement de cette Charge
entre les mains du Roy.
Il est fils de Claude Le
Peletier, Conseiller d'Etat
Ordinaire, President holoraire du Parlement,Ministre d'Etat, Controlleur
General des Finances, cidevant Prevôt, des Marchands de Paris, & SurIntendant des Postes &
Relais de France, mort le
10. Aoust de l'année derniere.
SAMAJESTE'achoisi, pour remplir cette importante Charge, Messire
Jean-Antoine de Mesmes,
Comte d'Avaux, & de
Neufchâtel, Seigneur d'Irval & de Cramoyelle, cidevant Prévôt&Grand
MaîtredesCeremonies,
des Ordres du Roy. Cet
illustre Magistrat àété
ConcilierauParlement
en 1687.Presidenta Mor-* -,,' tier en 1689. Prevôt &Me
des Ceremonies des ordres
du Royen1703delaquelle charge il s'est demit.,en,.
1709.
en faveurdeM.le
Comte de Pontçhanx^jji.
Ilestfils de M.JeanJacquesdeMesmes Préfid^nt/
à Mortier, & de Dame
Marguerite Bertrand de la
Basiniere,&petit-fils de M.
Jean-Antoine de Mesme,
seigneur d'Yrval
,
Baron
deBreüil, Vicomte de
Vandeüil, Conseiller d'E-,
tat ordinaire, & de Dame
Anne Courtin, & arriérépetit-fils de Jean-Jacques
de Mesmes, Maistre des
Requestes, & ,Conseiller
d'Etat, & de Dame Antoi.
nette de Grossaine, fille
unique & heritiere deHierôme deGrossaine, Ecuyer
Seigneur d'Yrval&d'Avaux. Baron de Breûil, &
,.
Vicomte de Vandeüil, lequel Jean-Jacques de Mesmes fut envoyé en plusieurs négociationsimportantes, il est mort fort
âgé en 1642.
M. le premier President
avoit pour Oncle Messire
Jean-Jacques de Mesmes,
Comte d'Avaux,Conseiller d'Etat ordinaire, Prévôt & Maître des Ceremonies de l'Ordre du St
Esprit, lequel s'est distingué en quantité de negociations importantes,ayant
été deux fois Plenipoten-
tiaire pour la Paix. La première, au Traitté de Nimegue en 1675. Laseconde,au Traitté de Risvick
en 1697.
Cette famille a
produit
beaucoup de grands hommes, entre lesquelsse sont
distinguez Henry de Mesmes & Claude de Mesmes,
tous deux Grands-Oncles
de M.le premier President.
Henry de Mesmes, Ecuyer
Seigneur de Roissy, Marquis de Moigneville, &c
d'Everly, qui fut President àMortier en 1627. aprés
avoir occupé long-temps
les premieres Charges, &:
servi l'Etat en plusieurs occassons importantes.
il fut député aux Etats
Généraux tenus à Paris en
1617. & à l'assemblée des
Notables à Rouën: Il fut
marié deux fois, la premiere
,
avec Jeanne de
Montluc, fille du MaréchalBalagny',delaquelle
il neut point d'ensans
:
La
seconde, avec Marie Fossez
,
fille duMarquis d'Everly,Chevalier des Ordres du Roy, de laquelle
il eut plusieurs enfans, &
il n'én est resté que Dame
Antoinette de Mefn-les
épouse de Louise de Rochechoüart-, Duc de Vivonne,Maréchal de France. ", Claudede Mesmes CheValler3 Comte d'Avaux,
Maistre des Requestes ôc
conseillerid'EtatfutAmbassadeur en piufieurs
Cours de l'Europe
: Sçavoq ?à.Venifq,à Roipe3a
Mantouë, florencecà1
Savoye,deuxfois en Allemagne, en Dannemarck,
en Pologne & Suede: la
derniere fois qu'il fut en
Allemagne, il traitta des
Préliminaires de la Paix
generale,&fut un des Plénipotentiaires au Traité de
Munster; il fut aussi Secretaire des Ordres du Roy,
& Surintendant des Finances avec M. le President
de Bailleul, & il mourut
sans alliance.
Cette famille de Mesmes
est originaire de Bearn,
sortie
de
Pierre Chevalier,
Seigneur de Mesmes, qui
est nommé entre les pre-
miers & plus apparens du
Bailliage de Roquefort en
la Vicomté de Marsan; ce
Pierre de Mesmes vivoit
en 1179. & avoit pour frere Guillaume de Mesmes
pour Aumônier du Roy S.
Louis;il eut pour fils Roger de Mesmes, dit Coudun Chevalier, Seigneur
de Mesmes, pere d'Arnauld premier du Nom,
Seigneur de Caixchen en
l'Evêché d'Aire, duquel est
descendu M. le premier
President aprés neuf degrez de générations.
Cette famille a
donné
un premier President à
<' Rouën, qui fut aussi deux
fois Ambassadeur en Allemagnej un Chancelier de
Navarre; desPresidens au
grand Conseil,à la Chambre descomptes,un Prévôt
des Marchands à Paris,
trois Presidens à Mortier,
plusieurs Conseillers au
Parlement, Maistres des
Requestes & Conseillers
d'Etat, & quatre Officiers
* de l'Ordredu S. Esprit.
Cette Famille atoûjours protégé les belles
lettres. Voiture écrit à
Monsieur d'Avaux, à
propos de sa Maison,
qui efl: à presentl'Hôtel de Bauviliers.
je me réjoüis avec
*vous au nom des Penates
de Jean Jacques de Mesmes ftl de tant degrands
hommes vos ayeuls Àu
nom de ces Penates qui
ont été les Dieux tutelaires de P~~ de
tous les sçavants de ce
siécle-la~de celui-ci, de
ce que vous avez renouvelle& embelli leur ancienne demeure, &c.
Non feulement Messieurs de Mesmes &
d'Avaux ont protégé
les belles Lettres, mais
ils les ont cultivées euxmêmes. Il rfeft pas honnête, dit encor Voiture,
à un personnage
,
aussi
grand que vous têtes,
d'êtreplus éloquent que
nous.
Je pourrois repeter
icy
ici pour M. le premier
President,tous les éloges que Voiture donne
à ses Prédecesseurs,
puis qu'il rassemble en
lui toutes leurs grandes
qualitez. Mais j'ai banni du Mercure les Panegyriques.
J'ajoûterai feulement
quelques quadrins au
premier de ceux que
Voiture envoya à M.
d'Avaux, à la mode de
Neufgermain. Les lct-
tres du Nom finissant
les Vers
:
L'autre jour:}pf1Îtejf
Par Mercure tt) Parrses :
lesDieuxeur
Ton*ksDteuxféfktir
command-a.
Qu'on fit honneur ati grandd'Avaux, Themis,quicetordre
approuv-a,
A ses côtez ïnfadçfljty,
0; }
Pour le siécle suivant
¡ plaç-a ,,'
Un premier President
, ,/
Oui,ditThemis,ces d'Avauxl-a
a- Detouttempsmefurent de-vots, 1
Pour l'an où la Paix fè fer-a Jegarde à Paris un
àyA<vaux.
Enmérité il égaler-a
Suos Avos & Pro-avoS)
Peuple, Senat, tout aimer-A,
Ce successeur du grand à'Avaux.
Fermer
Résumé : NOMINATION du Roy.
Le texte relate la nomination de Messire Jean-Antoine de Mesmes au poste de premier Président du Parlement, succédant à Messire Louis Le Peletier qui a démissionné volontairement. Jean-Antoine de Mesmes est présenté comme un magistrat éminent ayant occupé plusieurs fonctions prestigieuses, notamment Conseiller au Parlement en 1687, Président à Mortier en 1689, et Prévôt et Grand Maître des Cérémonies des Ordres du Roy en 1703. Il provient d'une famille distinguée, dont les membres ont joué des rôles importants dans l'administration et la diplomatie françaises. Parmi ses ancêtres notables, on trouve Jean-Jacques de Mesmes, qui a été Plénipotentiaire pour la Paix lors des traités de Nimègue en 1675 et de Ryswick en 1697. La famille de Mesmes est également reconnue pour ses contributions aux belles-lettres et son soutien aux arts. Le texte met en lumière la lignée et les exploits de plusieurs membres de cette famille, soulignant leur engagement dans les affaires de l'État et leur protection des lettres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
18
p. 173-185
EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
Début :
L'Académie Royale des Sciences fit l'ouverture de ses [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Assemblée publique, Fontenelles, Cassini, Éloges, Mémoires, Machine, Réaumur, Abeilles, Crabes, Écrevisses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
AIT
de ce qui s'est pallé à
lowjcrture de l'Academie des Sciences, le
16. Novembre 1712.
L Académie Royale des
Sciences fie l'ouverture de
ses Exercices par une assem-
blée publique qui se tint le
Mercredy iG. de Novembre. Monsieur de Fonrenelles y
fit l'éloge de deux
Académiciens morts pendant le cours de l'année.
L'un estoit Monsieur Berger Medecin, & Eleve de
Monsieur Rombery, pour
la Chymie
;
l'autre estoit
Monsieur Cassini celebre
par ses découvertes astronomiques. Jamais Panegyjfiite n'avoit peuc-estre eu
un si beau cha-rr,p, & peutestre jamais aussi Panegyriste n'a-t'il mieux rempli
l'attente du public. On fou,
haitteroit pouvoir donner
au public l'extrait del'éloge queMonsieur de Foncenelles fit de cegrand homme ; mais ce font de ces
choses qui perdent trop de
leurs graces dans unExtrait.
D'ailleurs on espere que les
amis de Monsieur Cassini
engagerent Monsieur de
Fontenelles à prévenirl'empressement du public sur cela
,
& à laisser imprimer cet
Eloge avant les Memoires
de l'Académie qui ne pa4*
roistront pas de quelqaeé
a
nées d'icy.
Monsieurde la Hire l'aisné lut enfuire la description
d'une machine par le moyen de laquelle un homme
dans (on carrosse peut détacher les chevaux qui tirent le carrosse loriqu'ils
prennent le mors aux dents,
& cela très promptemenc
& sans embarras.
Apres luy Monsieur Maraldi lut un Memoire contenant des observationstrés
curieuses sur les Abeilles.
Il les divise en trois classes,
les masles, les femelles ôc
les fieslons. Il raconta la
maniere dontelles s'y prennent pour construire leurs
cellules avec la cire, comment les femelles escortées
chacune de cinq ou six autres abeilles vont pondre
un œuf dans chaque cellule, comment celles qui les
accompagnent fermentla
cellule avec de la cire dans
un certain temps & la r'ouvrent ensuite pour en laisser
sortir la nouvelle mouche
qui vient d'éclorre
; comment au bout de quelque
temps elles chassent ou
tuent tous lesfreslons; comment elles chargent leurs
cuisses de cire qu'elles recueillent sur lesfleurs,avec
quel artificecelles qui sont
dans la ruche déchargent
celles qui viennent chargées, comment ellesremplissent de miel leurs magasins pour l'hyver, & plusieurs autres pareilles obfervations.
La (canee finit par la lecture d'un Memoire deMonsieur de Reaumur
,
sur la
reproduction des pattes des
Ecrevisses & des Crables. Il
fit voir que les Sçavants,
tout sçavants qu'ils sont,
font sujets à de faux préjugez de mesme que le vulgaire ignorant. Les paysans
qui ont coustume de pescher desEcrevisses,remarquent qu'ils en trouvent
tres-souvent dont les pattes
ou l'une des serres de devant sont plus courtes &
plus petites l'une que l'aurre. La premiere idée qui
leur vientsurcela, est que
c'estune jeune patte qui repouffe à la place d'une autre qu'elles ont perduë, &
cela leur avoit paru d'autant plus vray semblable
que la crouste ou espece
d'écaille qui couvre cette
jeune patte, est beaucoup
plus tendre que la crouste
du reste du corps. Un Sçavant vient qui prétend convaincre mon paysan par un
argument ex absurdo.Cela
n'est pas,luy dit-il,carcela ne se peut pas; la patte
de l'Ecrevisse est composée
demuscles, d'arteres, de
veines, de nerfs, tous rangez & disposez d'une certaine maniere, pour pou-
voir accomplir les mouvements de cette partie. Or
toute cettestructure organique ne peut estre l'effet
que d'un developpement,&
non point l'effet d'une reproduction. Ce n'est point
l'effet d'une reproduction
,
car il faudroit il) pposerune
infinité de chacune des parties propres à former les
differents organes de l'Ecrevisse, & renferméestoutes dans l'Ecrevisse,
ce qui
est absurde.Ce ne peut donc
estre que l'effet d'un developpement. Mais ce deve-
loppement ne se peurfaire
qu'une fois à la sortie de
l'œuf qui renferme l'Ecrevisse en raccourci, & par
consequent lapatteunefois
coupée ne se reproduit
plus. Le paysan ne sceut
que respondre à cet argument dans lequel il se
perd ,& il est tout prest de
croire quil a tort. Monsieur
de Reaumur termine la diC.
pute par l'experiencequi eflr
le juste Juge dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres qui se trouvent vrayes sans estre vray-
semblables. Il enferme des
Ecrevisses après leur avoir
coupé les serres ou les pattes, & au bout de six sermaines on en voit reparoistre de nouvelles, qui dans
l'espace de quelques mois
acquierent la grosseur & la
perfeaion des premieres.
Voila le Sçavant confondu
avec tout son raisonnement. Monsieur de Reaumur cherche à le sauver par
quelque conjecture; mais
toutes ces conjectures font
fort foibles, & il faut convenir que sur la formation
j<
des corps organisez nous
sommes encore tres
-
ignorans. Il seroit feulement à
souhaitter que tant de braves gens qui ont perdu dans
ces dernieres guerres leurs
bras & leursjambes pussent
les voir renaistre de la mesme maniere.
A la fin de chaque le£tu-'
re Monsieur l'Abbé Bignon
Président de rAssemble'e,
donna des loüanges tresobligeantes à l'autheur de
chaque Memoire, & fit sentir au public avec beaucoup
de netteté & d'élegance
tout
tout ce qu'il y
avoir de beau
& d'utile dans ce qu'on venoit de lire.
On donnera separement dans
les kltrcures suivants les Extraits des Discours les plus curieux ~& les plus solides entre
ceux qu'on a prononcez dans
cette djemblée.
de ce qui s'est pallé à
lowjcrture de l'Academie des Sciences, le
16. Novembre 1712.
L Académie Royale des
Sciences fie l'ouverture de
ses Exercices par une assem-
blée publique qui se tint le
Mercredy iG. de Novembre. Monsieur de Fonrenelles y
fit l'éloge de deux
Académiciens morts pendant le cours de l'année.
L'un estoit Monsieur Berger Medecin, & Eleve de
Monsieur Rombery, pour
la Chymie
;
l'autre estoit
Monsieur Cassini celebre
par ses découvertes astronomiques. Jamais Panegyjfiite n'avoit peuc-estre eu
un si beau cha-rr,p, & peutestre jamais aussi Panegyriste n'a-t'il mieux rempli
l'attente du public. On fou,
haitteroit pouvoir donner
au public l'extrait del'éloge queMonsieur de Foncenelles fit de cegrand homme ; mais ce font de ces
choses qui perdent trop de
leurs graces dans unExtrait.
D'ailleurs on espere que les
amis de Monsieur Cassini
engagerent Monsieur de
Fontenelles à prévenirl'empressement du public sur cela
,
& à laisser imprimer cet
Eloge avant les Memoires
de l'Académie qui ne pa4*
roistront pas de quelqaeé
a
nées d'icy.
Monsieurde la Hire l'aisné lut enfuire la description
d'une machine par le moyen de laquelle un homme
dans (on carrosse peut détacher les chevaux qui tirent le carrosse loriqu'ils
prennent le mors aux dents,
& cela très promptemenc
& sans embarras.
Apres luy Monsieur Maraldi lut un Memoire contenant des observationstrés
curieuses sur les Abeilles.
Il les divise en trois classes,
les masles, les femelles ôc
les fieslons. Il raconta la
maniere dontelles s'y prennent pour construire leurs
cellules avec la cire, comment les femelles escortées
chacune de cinq ou six autres abeilles vont pondre
un œuf dans chaque cellule, comment celles qui les
accompagnent fermentla
cellule avec de la cire dans
un certain temps & la r'ouvrent ensuite pour en laisser
sortir la nouvelle mouche
qui vient d'éclorre
; comment au bout de quelque
temps elles chassent ou
tuent tous lesfreslons; comment elles chargent leurs
cuisses de cire qu'elles recueillent sur lesfleurs,avec
quel artificecelles qui sont
dans la ruche déchargent
celles qui viennent chargées, comment ellesremplissent de miel leurs magasins pour l'hyver, & plusieurs autres pareilles obfervations.
La (canee finit par la lecture d'un Memoire deMonsieur de Reaumur
,
sur la
reproduction des pattes des
Ecrevisses & des Crables. Il
fit voir que les Sçavants,
tout sçavants qu'ils sont,
font sujets à de faux préjugez de mesme que le vulgaire ignorant. Les paysans
qui ont coustume de pescher desEcrevisses,remarquent qu'ils en trouvent
tres-souvent dont les pattes
ou l'une des serres de devant sont plus courtes &
plus petites l'une que l'aurre. La premiere idée qui
leur vientsurcela, est que
c'estune jeune patte qui repouffe à la place d'une autre qu'elles ont perduë, &
cela leur avoit paru d'autant plus vray semblable
que la crouste ou espece
d'écaille qui couvre cette
jeune patte, est beaucoup
plus tendre que la crouste
du reste du corps. Un Sçavant vient qui prétend convaincre mon paysan par un
argument ex absurdo.Cela
n'est pas,luy dit-il,carcela ne se peut pas; la patte
de l'Ecrevisse est composée
demuscles, d'arteres, de
veines, de nerfs, tous rangez & disposez d'une certaine maniere, pour pou-
voir accomplir les mouvements de cette partie. Or
toute cettestructure organique ne peut estre l'effet
que d'un developpement,&
non point l'effet d'une reproduction. Ce n'est point
l'effet d'une reproduction
,
car il faudroit il) pposerune
infinité de chacune des parties propres à former les
differents organes de l'Ecrevisse, & renferméestoutes dans l'Ecrevisse,
ce qui
est absurde.Ce ne peut donc
estre que l'effet d'un developpement. Mais ce deve-
loppement ne se peurfaire
qu'une fois à la sortie de
l'œuf qui renferme l'Ecrevisse en raccourci, & par
consequent lapatteunefois
coupée ne se reproduit
plus. Le paysan ne sceut
que respondre à cet argument dans lequel il se
perd ,& il est tout prest de
croire quil a tort. Monsieur
de Reaumur termine la diC.
pute par l'experiencequi eflr
le juste Juge dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres qui se trouvent vrayes sans estre vray-
semblables. Il enferme des
Ecrevisses après leur avoir
coupé les serres ou les pattes, & au bout de six sermaines on en voit reparoistre de nouvelles, qui dans
l'espace de quelques mois
acquierent la grosseur & la
perfeaion des premieres.
Voila le Sçavant confondu
avec tout son raisonnement. Monsieur de Reaumur cherche à le sauver par
quelque conjecture; mais
toutes ces conjectures font
fort foibles, & il faut convenir que sur la formation
j<
des corps organisez nous
sommes encore tres
-
ignorans. Il seroit feulement à
souhaitter que tant de braves gens qui ont perdu dans
ces dernieres guerres leurs
bras & leursjambes pussent
les voir renaistre de la mesme maniere.
A la fin de chaque le£tu-'
re Monsieur l'Abbé Bignon
Président de rAssemble'e,
donna des loüanges tresobligeantes à l'autheur de
chaque Memoire, & fit sentir au public avec beaucoup
de netteté & d'élegance
tout
tout ce qu'il y
avoir de beau
& d'utile dans ce qu'on venoit de lire.
On donnera separement dans
les kltrcures suivants les Extraits des Discours les plus curieux ~& les plus solides entre
ceux qu'on a prononcez dans
cette djemblée.
Fermer
Résumé : EXTRAIT de ce qui s'est passé à l'ouverture de l'Academie des Sciences, le 16. Novembre 1712.
Le 16 novembre 1712, l'Académie Royale des Sciences inaugura ses exercices par une assemblée publique. Monsieur de Fontenelle prononça l'éloge de deux académiciens décédés : Monsieur Berger, médecin et chimiste, et Monsieur Cassini, renommé pour ses découvertes astronomiques. L'éloge de Cassini fut particulièrement apprécié mais ne fut pas publié pour en préserver l'intégralité. Monsieur de la Hire présenta une machine permettant à un homme dans son carrosse de détacher rapidement les chevaux qui prennent le mors aux dents. Monsieur Maraldi exposa un mémoire sur les abeilles, les classant en mâles, femelles et faussaires. Il décrivit leur mode de construction des cellules, la ponte des œufs, la fermeture et l'ouverture des cellules, l'élimination des faussaires, et le stockage de miel pour l'hiver. Monsieur de Reaumur lut un mémoire sur la reproduction des pattes des écrevisses et des crabes. Il démontra que les savants, comme le vulgaire, peuvent avoir des préjugés. Les paysans observaient souvent des écrevisses avec des pattes plus courtes, pensant qu'elles repoussaient. Un savant contesta cette idée, affirmant que la structure des pattes ne permettait pas leur reproduction. Reaumur prouva par expérience que les pattes coupées repoussaient effectivement, confondant ainsi le savant et son raisonnement. L'abbé Bignon, président de l'assemblée, conclut en louant les auteurs des mémoires et en soulignant la beauté et l'utilité des discours présentés. Les extraits des discours les plus curieux et solides seront publiés séparément dans les lettres suivantes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
19
p. 71-96
Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
J'asistai Lundy sixiéme Septembre, à un exercice qui se faisoit [...]
Mots clefs :
Plaidoirie, Rhétoriciens, Avocats, Juge, Discours, Éloquence, Empires, Épée, Orateur, Magistrat, Procès, Autorité, Symboles, Homme d'Église, Jurisconsultes, Éloges, Ennemis, Vérités, Courtisans, Rivaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Cause plaidée en François par les Rethoriciens du College de Louis le Grand. [titre d'après la table]
J'aſiſtai Lundy fixiéme Septembre,
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
à un exercice qui ſe faiſoit au College
des Jeſuîtes. C'eſtoit une Cauſe plaidée
en François par desRhétoriciens.J'ai crû
que vous ne ſeriez pas fâché d'avoir
une légere idée de cet exercice qui
peut-eſtre , ſera nouveau pour vous ,
comme il le fut pour moi ; quoiqu'il
for déja en uſage depuis pluſieurs années
: Voici l'Extrait que j'en fis , ayant
la mémoire fraîche de ce que j'avois enrendu.
Je vis d'abord entrer cinq jeunes Gens
dontl'un qui devoit jugerla Cauſe, prit
ſaplace dans un fauteüil élevé ſur une
72
LE MERCURE
eſtrade : Les quatre autres s'affirent
fur des chaiſes , deux à la droite & deux
à la gauche du Juge. C'eſtoit les Avo
cats qui devoient plaider pour eux mêmes.
Le Juge commença parun petit difcours
préliminaire ,fur les inquiétudes
que peuvent avoir les perſonnes qui
laiſſent de grands biens en mourant, &
fur l'effer ordinaire des riches fuccefſions
,qui eſt de faire des diſſipateurs,
ou du moins des hommes oiſifs& inutiles.
Ce début préparoit à l'expoſition
de la Caufe & des précautions qu'avoit
pris un Gentilhomme Portugais ,
pour empêcher que ſes biens ne tombaſſent
en des mains indignes de les
poſſeder ou incapables d'en ufer. Dom
Emanuel de Mendoce ( c'eſt le nom
du Gentilhomme) s'eſtoit entichi aux
Indes & fongeoit à retourner en Europe
, lorſqu'il fut attaqué d'une maladie
mortelle quil obligea de faire ſon Teftament.
Il avoit en Portugal quatre Neveux
les plus proches héritiers, dont il
ne ſçavoit point la condition : Il leur
partagea également les deux tiers de
fon bien & légua la troifiéme parrie
àcelui qui feroit jugé avoir embrafte
Pérar
DE SEPTEMBRE.
73
E
:
e
les
eux
d'état de la vie le plus utile à la Patrie
&le plus avantageux à la Famille. Il
ajoûtoit que ſi quelqu'und'eux vouloit
vivre ſans Employ , la portion de biens
qui luy ſeroit échûë , retourneroit à ſes
Cohéritiers. Quand le Testament fur
apporté à Lisbonne, les quatre Neveux
de D. Emanuel avoient déja pris
leur parti ; l'un pour l'Epée , l'autre
pour la Robe , le troifiéme dans l'Eglife
&le quatrième à la Cour. Chacun prétendit
que la troiſiéme partie de l'héritage
lui appartenoit en conſidération
de fon état. Cette prétention fut le fujet
des quatre Plaidoyers qui ſuivirent
le Diſcours préliminaire du Juge.
L'Homme d'Epée parla le premier,
& commença fon Diſcours avec beaucoup
de fierté & d'affûrance. Il avoia
ſa honte , de ſe voir obligé de combattre
pour un autre objet que pour la gloire
; fa furpriſe , de trouver des Concurrents
dans des perſonnes dont la profeſſion
n'étoit pas celle des Armes ; &
fa peine , d'êre obligé de faire ſervir
ſa voix à ſa défenſe, après n'y avoir employé
que fon Epée. Cependant, comme
il trouvoit encore de la gloire à foutenir
la prééminence de fa condition ;
•Septembre 1717. G
74 LE MERCURE
comme il vouloit fermer pour toujours
la bouche à ſes Concurrents ; & qu'-
il ne croyoit pas avoir beſoin des
ornements de l'Eloquence , il s'engagea
à montrer , combien la profeffion
des Armes contribuë à la gloire & à
la conſervation d'un Etat ; combien
elle fert à illustrer & à immortaliſer
une Famille.
•Pour prouver ſa premiere propoſition,
il en avança une autre ; que c'eſt aux
Armes , que les plus floriffants Empires
ont été redevables de leur naiſſance&
de leurs progrés. Le Portugal lui
en fournit le principal exemple. L'Orateur
remonta juſqu'aux premiers
temps de la Monarchie ,& fit voir
qu'elle devoit fon origine à la valeur
de fes premiers Héros. De là , parcou
rant l'ancien & le nouveau Monde
&prenant le Soleil à témoin , il demanda
ſi ce n'étoit pas encore à la force des
Armes , que la Nation Portugaiſe devoit
les progrés étonnants qu'elle avoit
fait dans des Régions ſqu'alors inconnues
.
Enfin , ſuppoſantque les Empires ne
peuvent ſe maintenir dans le point d'éévation
où ils ſont parvenu , que par
DE SEPTEMBRE . 75
st
les refforts qui les y ont fait monter , il
conclut qu'il n'y avoit que la profeffion
des Armes qui pût affûrer au Portugal
ſa confervation & ſa perpétuité :
Il s'adreſſa donc au Dieu des Armées
&lui demanda pour gage de ſes bontés,
des Héros tels qu'il en avoit déja tant
☐ donné à la Monarchie.
La preuve de ſa ſeconde propofition
fut , que de toutes les voyes qui menent
à la gloire , celle qu'on s'ouvre par
les Armes eſt 1°. La plus abbrégée :
2° La plus fûre : 3º La plus éclatante.
Il fuivit ce Plan dans toute fon étenduë
&s'arrêta principalement à expofer
combien la gloire que l'on acquiert par
les Armes, répandd'éclat ſur une Maifon
; comment elle s'étend juſqu'à la
Poſtérité la plus reculée, & par un privilége
bien fingulier , confére aux Héros&
aux Familles qui les ont fait naître
, une eſpéce d'immortalité.
Tout le difcours qui étoit ſemé de
penſées vives & fortes ,& orné des figures
les plus hardies &les plus convenables
au génie Portugais,ſe ſoûtint
juſqu'au bout. Le Jeune guerrier tira
fon épée , & en la montrant à ſes Juges&
à fes Concurrents. Le voilà, dit
Gij
76 LE MERCURE
il , cet inſtrument glorieux de tant de
ſervices rendus à l'Etat ! Voilà le Dé
ſenſeur de la Patrie , l'Appui du Trône,
le Protecteur des Loix , l'Introducteur
dela foydans le nouveau Monde, l'Artiſan
de la vraye gloire , la Reſſource
des Eſprits poffedés du déſir de l'Immortalité
& c. Refuferiez- vous une portion
d'héritage à ce qui peut conquerir
P'Univers entier ? Aprés quoi , il remic
fon épée , comme s'il eut rougi de la
proſtituer à l'nfage auquel il l'employoit
, en la faiſant ſupplier avec lui.
L'action de l'Orateur qui répondoit à
la compofition du diſcours , fut applaudie
de tout l'Auditoire.
Quand l'homme d'Epée eut fini de
parler , l'homme de Robe ſe leva. Il
ſentitbienqu'on pouvoit naturellement
avoir un préjugé contre lui , & qu'ayantà
plaider devant des Juges en fa
veur de la judicature , il avoit trop
d'avantage ſur ſes Rivaux. C'est pourquoi
il feignit de trouver des ſujets
d'appréhenſion dans ce qui lui devoit
inſpirer le plus de confiance.
L'honneur d'être aſſocié avec ſes Juges
par l'union des mêmes employs, lui
fit appréhender qu'à force d'être en gar-
4
1
DE SEPTEMBRE,
77
qu
de contre la faveur , ils ne donnaffent
pas affés àl'Equité L'interêt que ſes
Juges avoient eux mêmes dans la ca.
qu'il foûtenoit , lui fit craindre qu'ils
ne ſe défiaſſent tropde leurs propres lu
mietes & qu'ils ne ſe refuſaſlent la
justice qu'ils ſe devoient. Il n'eſt pas
rare, dit-il, de voir des perſonnes équitables
envers les autres, injuſtes envers
elles-mêmes,ſe condamner avec rigueur
dans leur propre cauſe, pour n'être pas
foupçonnées de ſe faire grace .
L'Orateur ſe raflura bien-tôr aprés ,
fur le caractere de ſes Juges qu'il ſçavoit
être incapables de prévention &
inébranlables dans les déciſionsque leur
dictoit l'Equité. Ainſi , ſons rien apprékender
davantage , ou de leut part ,
ou de ſa propre foibleffe,dans uneCat
qui ſe fou enoit d'elle-même , il avarça
ces deux propofitions , que la Judicatu
re eſt la profeſſion d'où la Patrie retire
te plus d'utilités & la Famille , le
plus d'avantages .
Avant que d'entrer en preuve , il
convint en partie de ce que l'homme
d'Epée avoit dit à la loiange de la pro -
feffion des Armes; mais,pour faire voir
la préference que méritoient les gens
Giij
7.8
LE MERCURE
de Robe , il montra que ceux - cy
étoient utiles , & dans tous les temps &
à tous les ordres de l'Etat. L'homme
de guerre,dit- il,n'est utile a la République
que dans ces jours de trouble &
de confufion que nous voudrions ne
jamais voir , & que le Guerrier même
ne peut ſouhaiter fans crime. Il prétendit
que le Magiſtrat au contraire ,
ſert la Patrie dans tous les temps,dans
les jours ténébreux & dans les jours ſereins.
Que la guerre même n'arrête
point le cours de ſes fonctions paiſibles
, tant que la Diſcorde ne s'eſt poine
emparée du coeur de l'Etat : Et que
tandis que l'homme d'Epée s'arme du
fer , pour décider les querelles de la
Nation , l'homme de Robe prend encore
la balance en main,pour peſer les
droits des Particuliers & terminer leurs
differens. L'Orareur po la ce parallele
& poursuivit Phomme d'Epée juſque
dans fes Quartiersd'hiver, juſqu'auprés
de ſon Foyer où il eſt contraint de
demeurer inutile une grande partie de
Kannée , malgré l'ardeur de ſon courage
: Au lieu que le Juge toujours occupé
àdes affaires qui ſe ſuccédent fans,
interruption , voit couler preſque tousles
'DE SEPTEMBRE . 79
$
moments de ſa vie , loin du danger &
du tumulte : Il est vrai , mais dans un
repos laborieux & toujours utile à
tous les ordies de l'Etat.
C'eſt ce qu'il prouva par une induction
, en commençant par les perſon
nes de la condition la plus obfcure ,
& remontant juſqu'aux Souverains qui
gouvernent les Empires & qui ne voulant
régner que ſelon les régles de la
justice ,remettent ſouvent l'examen de
leurs droits entre les mains des Juges ,
auxquels ils ont confié une partie de
leur autorité..
Ce premier point fut terminé par
un ſecond parallele , entre les Exploits
du Guerrier & les occupations du Magiſtrat
confidérées par raport à l'utilité
qu'en retive la République .
Mais , l'homme de Robe crut avoir
encore bien plus d'avantage ſur l'homme
d'Epée , par raport aux interêts de
la Famille. Le Guerrier s'étoit borné
à la gloire & à l'immortalité qu'on acquiert
par les Armes . Celui- ci , aprés
avoir déclaré qu'il ne vouloit point
entrer en conteftation , ſur la gloire attachée
à deux Profeſſions honorables .
par elles-mêmes , mais , trop différen80
LE MERCURE
tes entre elles , pour qu'on pût com--
parer l'honneur qu'on acqueroit dans
l'une ou dans l'autre , expofa en peu
demots ce qui pouvoit relever l'éclat
dela Robe & s'étendit ſur ſes autresavantages.
Il nelui fut pas difficile de perfuader
ce que l'Expérience démonte tous
les jours ; que les Armes ruinent fouvent
les Familles qu'elles illuftrent .
Il ſe garda cependant bien d infulter
à la mifére de ces hommes généreux
qui confacrent au ſalut de l'Etat , leur
Patrimoine auſſi bien que leur vie.-
Il eſt , dit-il , dans l'ordre Civil ,fi
l'on peut parler ainfi , comme dansl'ordre
Evangélique , une pauvreté
honorable ; mais , il prétendit que
c'étoit vouloir impofer , que de réduire
les avantages que la Famille peut
attendre de nous , à je ne ſçai quelle
gloire qui ne nourrit pas. Qu'on laifſe
envain un grand Nom à des enfans ,
fi on ne leur donne de quoi le ſoûtenir
& que pour ſoûtenir un grand Nom
avec honneur , il faut ordinairement
de grands biens. Que le Magiſtrat ne
les acquiert pas à la vérité par les
fonctions de ſa Charge ; mais , qu'il
R
ן
D
E
DE SEPTEMBRE . 81
peut au moins conferver aiſement ceux
qu'il a reçû de ſes Peres. Que ſi la dignité
de fon rang exige des dépenſes, la
bien-féance même du rang les modére.
Que ce qui s'écoule d'un côté , ſe répare&
rentre par un autre ; & qu'ainfi ,
il voit ſa Maiſon dans un dégré de
fplendeur preſque toûjours égale.
L'autorité & le crédit ſont encore
deux avantages par où l'homme de
Robe crut être ſupérieur à l'homme
d'Epée. Je raporterois volontiers ici
les traits dont il peignit le Magiſtrat
qui paroît en Public , revêtu des marques
de fa Dignité & comme accompagnéde
la fainteté des Loix. Le Crime
qui fuit à ſon approche , l'Innocence
qui ſe raffûre , l'Audace qui ſe dé
concerte , la Fierté qui tombe &c .
Je n'obmettrois pas non plus ce qu'il dir
fur le crédit de l'homme de Robe , à
qui les perſonnes les plus élevées aiment
à faire plaifir , parce qu'il leur
en a fait ou qu'il leur en peut faire ;
mais , je vous ai promis un Extrait &
non pas un Difcours.
L'Orateur en finiſſint , tâcha une
ſeconde fois , de lever le ſcrupule qui
pouvoit empêcher les Juges de ſe dé
82 LE MER CURE
clarer pour une Profeſſion qu'ils a
voient embraffée. Il leur repreſenta
que c'étoit une affaire déja jugée & par
leur propre conduite , puiſqu'ils donnoient
tous les jours la préférence à la
Robe par la deſtination qu'ils en faiſoient
aux Aînés de leur Famille, & par
lejugement des Dieux dans la fameuſe
Conteſtation, où le Symbole de la Paix
&des occupations pacifiques l'emporsa
fur le Symbole de la guerre & des
exercices militaires. Le Difcours fut
prononcé avec beaucoup de feu ; mais
cependant, avec la modération qui convenoit
au caractére que l'Orateur avoit
à foûtenir.
L'homme d'Egliſe parla entroifiéme
lieu & témoigna la répugnance
qu'il avoit de paroître devant un Tribunal
féculier , pour y faire valoir fes
droits fur des biens vils & périflables
; lui qui fait profeſſion de n'eſpéser
que des richelſſes ſpirituelles , cé
lettes&éternelles. Il déclara qu'il auroit
renoncé à ſes prétentions les plus
juites , s'il eût pu demeurer dans le ſilence
, fars trahir les interêts de la Religion
& de ſes Miniſtres , dans une
occafion où l'on fembloit donner at 1
i
DE SEPTEMBRE. 83
teinte à la prééminence du Sacerdoce.
Il tâcha d'intereffer aufſi ſes Juges dans
efa Cauſe , en leur remontrant qu'il étoit
se d'une extrême conféquence pour eux ,
rea qu'on fut bien inſtruit de la place qu'ils
donnoient dans leur eſtime à la Religion
, & à ceux qui entretiennent fon
culte par un dévouement particulier
au ſervice des Autels. Afin cependant
qu'on ne s'imaginat pas qu'un reſpect
aveugle pour le Sacerdoce les ût engagé
à prononcer en fa faveur , il promit
de démontrer en premier lieu qu'il
n'y a point d'état ſi utile à la Patrie que
le Sacerdoce, parce qu'il y maintient
le plus grand des biens ; en ſecond lieu,
qu'il n'y a point d'état ſi avantageux
à la famille , parce qu'il lui procure
le plus grand de tous les avantages .
On ne peut douter que la Réligion
ne ſoit de tous les biens le plus utile ,
ou même le plus neceſſaire à un Etat ;
c'eſt pourquoi l'Orateur crut qu'il lui
ſuffiroit de montrer que le Ministere
des Prêtres avoit un raport effentiel
à la Réligion , & que l'une ne pouvoit
ſe conſerver fans l'autre.
Pour conferver la foy dans un Etat ,
il faut des hommes qui ſe ſuccédent
84 LE MERCURE
dans tous les temps pour empêcher fon
lambeau de s'éteindre ; qui s'inſtruiſent
de nos Miſteres , pour en faire des
leçons aux Peuples ,& qui en facilitent
l'intelligence aux Sages dufiécle,comme
aux plus fimples & aux plus ignorans.
Si donc les Jurifconfultes ſervent l'Etat,
par le foin qu'ils prennent d'y conferver&
perpétuer la connoiffancedu
Droit& des Loix , combien les Prêtres
lui rendent-ils un ſervice plus confidérable,
en y perpétuant la ſcience de la
Religion ? Science , qu'il eſt ſi funeſte
d'ignorer , où il eſt ſi aifé de ſe tromper
, dans laquelle il eſt ſi dangereux
de s'égarer.
Mais,le Prêtre ne ſe bornepas à maintenir
la pureté de la foy. Son Miniſtere
éxige encore de lui d'autres ſoins égalementutiles
au Public. Faire fleurir la
pieté parmi les fidelles; inſtruire les
hommes en général & en particulier
de leurs devoirs les plus indiſpenſables
envers Dieu , envers le Prochain , envers
Eux-mêmes,réprimer la licence de
l'Homme de guerre , l'avarice du Juge,
J'ambition du Courtisan &c . Porter les
plus inſenſibles à la pratique des vertus ,
par
E
DE SEPTMEBRE $5 .
e.co
S10
لو
par lesmotifs les plus intéreſſants : Voilà
ce qui doit occuper & ce qui occupe
le zele du vertueux Eccléſiaſtique.
, On eſtime la fonction des Juges
parcequ'ils font chargés d'adminiſtrer
la justice & de rendre à chacun ce qui
lui appartient. Quels Eloges ne meritent
donc pas les Miniſtres que le Seigneur
a revêtu de fon autorité ! Qu'il
a établi comme les Juges de ſon Peuple
& comme les Interprêtes de ſes
volontés : Qu'il a choiſi pour éclairer,
pour conduire , pour reprendre tous les
hommes & pour annoncer ſes ordres
aux Roys mêmes .
Dans le dénombrement des autres
fonctions Sacerdotales , l'Orateur n'obimit
pas l'adminiſtration de nos Myiteres
, mais ce fut toûjours avec des expreſſions
figurées qui s'éloignoient du
ſtile de la Chaire, autant que la matiere
le pouvoit permettre. Il fit fur la finde
ce premier point, le paralle'e des ſervices
que l'homme de Guerre & l'homme
d'Eglife rendent à la Patrie ; &
comparant la qualité des Ennemis que
l'un& l'autre ont à combattre,les maux
dont l'un & l'autre nous préſerve , le
falut & la gloire qu'ils nous procurent ,
Septembre 1717. H
85 LE MERCURE
il mit le Sacerdoce infiniment audelfus
de laprofeffion des armes.
Il'n'étoit pas aifé de s'étendre ſur
les avantages temporels que la Famille
peut retirer de l'homme d'Eglife. Auffi
l'Orateur, après avoir parlé du premier
rang que le Sacerdoce tient dans l'Etat ,
& qu'il a toûjours û dans l'eſprit des
Nations policées ou barbares , vint aux
richeſſes ſpirituelles que le Prêtre peut
attirer ſur ceux qui lui appartiennent ,
&ditque lePrêtre eſt lui même unTréfor
inestimable dans le ſein d'une Famille
; qu'il y est un Mediateur , un
Intercefleur perpetuel , un Ange de
paix &c. Une maiſon s'eſtime heurenſe
, quand elle poffède un homme qui
par les droits de ſa charge,a un facile
accés auprés du Prince. Combien
doit- elle estimer davantage ſon bonheur
, fi elle a donné un homme aux
Aurels , qui léve ſans ceſſe les mairs
au Ciel pour elle , & dont la profeffion
eſt un titre pour être écouté du
Tout-Puiffant.
L'Orateur fuit , craignant toujours
que les Vérités Saintes qu'il
expoſoit ne fufſſent déplacées dans
leBarreau. D'ailleurs , if crut en avoir
DE SEPTEMBRE . 87
5.
J
affés dit pour convaincre les Juges
éclairés & pleins de Religon .
• Son Difcours & fa maniere de prononcer
qui tenoit un peu du Prédicateur
, fit plaifir à l'Affemblée. On s'i
maginoit voir un jeune Abbé qui commence
à mettre ſes Talents au jour ,
avec cette différence , que l'Avocat
Eccléſiaſtique cherchoit à prouver ; &
qu'on fentoit qu'il avoit un plus grand
interêtque celui de plaire à ſes Auditeurs
.
Il ne reſtoit plus que l'homme de
Cour qui n'eût point fait valoir ſes
prétentions. Il le fit avec un air libre
& aifé , malgré l'embaras où il feignit
d'être d'abord, fur ce qu'élevé dans un
Païs où les longs Diſcours & les demandes
hardies ne font point d'uſage ;
il lui falloit y avoir recours dans l'occaſion
préſente & oublier pour un tems
la modeſte retenue dont il s'étoit fait
une Loy & une habitude. Il proteſta
cependant , qu'il n'imiteroit point la
confiance de ſes Rivaux ; qu'il ne vouloit
pas moins tenir de la bienveillance
que de l'équité de ſes Juges, la portion
d'héritage qui étoit en conteſtation ; &
quela bonté de ſa Cauſe ne diminuë-
Hij
$8 LE MERCURE
1
soit rien de fa reconnoiflance. Aprés
cer Exorde flateur , il demanda qu'il
lui fût permis d'expoſer ſimplement &
fans artifice , les raiſons ſur leſquelles
il appuyoit fa prétention.
On ne voyoit pas trop , comment
il s'y prendroit pour prouver que fa
condition étoit la plus utile à l'Etat.
Mais il poſa pour principe , que qui
fert le Monarque , ſert la Monarchie ,
demême que qui ſauve la tête , con、
ſerve en quelque maniere tout le corps .
Cela poſé , il demanda , ſi parmi les
Sujets du Prince , il y en avoit qui le
ferviſſent plus immédiatement , plus
affidûment & plus utilement que
P'homme de Cour. Il entra dans le détail
des ſoins que prend un habil Courtiſan
, pour délaffer l'eſprit de fon
Maître , afin qu'il ne ſuccombe pas
fous le poids des affaires; pour difliper
les ennuis qui pourroient altérer
une ſanté ſi précieuſe ; pour le refaire
de ſes fatigues& le diſpoſer à en foûtenir
de nouvelles.A ces foins plus importans
qu'ils ne paroiffent en euxmêmes
, il ajouta celui d'être toûjours
attentifaux Ordres du Souverain,pour
les annoncer ou les exécuter, & par là,
DE SEPTEMBRE.
devenir l'organe ou l'inſtrument de la
félicité publique. Il alla plus loin &
prétendit que le Courtiſan en étoit
ſouvent le mobile ; que ſouvent fon
habileté étoit la Cauſe principale de ces
ordres ſalutaites qui portent la joye
ou le calme dans tous les coeurs. Que
le Peuple joüit du bien-fait , ſans er
connoître le premier Auteur ; mais ,
qu'il benit fon Roy ; & que c'eſt aſſez
pour leCourtiſan qui ne cherche qu'à
rendre fon Prince aimable à ſes Sujets
&à ſervir ſa Patrie.
L'Orateur prit delà occafion deju
tifier les Courtiſans,&de les deffene
dre contre ces Cenſeurs aveugles qui
les accufent demener une vie oifive ;
parce qu'ils ne ſçavent pas demêler l'ativité
des veues d'avec une inaction
apparente. Il peignit l'homme de Cour
allidu auprès de fon Maître , étudiant
fonhumeur& fon caractère , changeant
lui-même de caractère à tout moment,
felon les divers changements qu'il apperçoit
dans le coeundu Maître ; épou
fant ſes inclinations vertueuſes pour
les fortifier , s'oppofant aux vicienfes
pour les redreffer ; ne combattant pas
Toujours ouvertement ſes paffions , de
Miny
१० LE MERCURE
!
peur de les révolter ; mais leur cédant
quelquefois en apparence,pour les ramener
inſenſiblement fous l'Empire
de la Raiſon. Est-il un Art plus pénible
, s'écria- t- il , que de manier ainſi
le coeur du Souverain ? En est - il un
plus utile ?
Il ne diffimula point qu'il s'étoit
trouvé & qu'il ſe trouvoit encore des
Narciſſes parmi les Burrhus & les Sénecques
; c'est-à-dire , que parmi de
vertueux & fidéles Courtiſans , il s'en
trouve qui ne cherchent entrée dans
le coeur du Prince , que pour le tourner
au crime ; mais ,il foûtint qu'il
he falloit pas faire rejaillir la honte
des fautes perſonnelles , fur ceux de la ,
même profeſſion qui les avoient en
horreur. Qu'autrement le Magiftrat
ne pourroit ſe juſtifier des injustices les
plus criantes , ni le Guérier des véxations
les plus iniques, ni l'Eccléhaftique
du trafic le plus honteux des choſes
ſacrées ; puiſque,dans tous ces Frats
, on a vû des hommes trahir lashement
leurs devoirs. Enfin , il affara
ſur l'expérience qu'il prétendoit en
avoir , qu'un Courtiſan vertueux,comme
il le doit être , & habile comme
DE SEPTEMBRE .
وہ
if peut l'être , portera ſon Prince plus
efficacement au bienpar une ſeule parole
, & quelquefois par fon filence ,
que les plus ſages Magiſtrats,par leurs
remontrances réïterées , & les plus
zelés Prédicateurs,par leurs diſcours les
plus éloquents. D'où il conclut , qu'hu
reux étoit le Prince dont la Cour est
compoſée d'hommes vertueux dévoués
à ſes interêts ; plus hûreuſe la Patrie
qui poffede un Prince environné de
tels Courtisans .
Pour ce qui eſt des avantages que
l'homme de Cour procure à ſa Famille ,
ils lui parurent ſi évidents , qu'à peine
cru-t- il que fes Rivaux pûffent entrer
avec lui en conteftation fur ce point.
Ils les réduifit à deux , à l'Honneur
& au Crédit.
Rien de plus glorieux , à ſon avis ,
qu'un emploi qui approche le Sujet du
Prince , dont la Couronne répand l'éelat
de ſes rayons ſur tous ceux qui
par devoir , font attachés àfa Perfonne.
il compara le Courtiſan à l'Aigle que
les Poëtes , pour marquer ſa prééminence
ſur tous les autres oiſeaux , ont
placée auprés du Roy des Dieux.
Mais , il auroit compté cet honneur
92 LE MERCURE
pour un léger avantage , ſi le crédic
n'y ût été joint. Il s'étendit fur les deux
effets de ce crédit , dont l'un eſt de
mettre une Famille à couvert de toute
infulte ; l'autre , de lut procurer les
biens & les honneurs auxquels elle
peut prétendre. Le Courtiſan n'eſt pas
feulementpour fa Maiſon , un murde
deffenſe que l'autorité & la faveur du
Prince rend inébranlable ; il eſt encore
comme le canal , par où les prières de
la Famille paſſent juſqu'à l'oreille du
Prince ,& les faveurs forties des mains
du Prince,s'écoulent dans le ſein de la
Famille.
,
Il convint qu'il y avoit d'autre's
voyes plus courtes , pour arriver juf
qu'aux pieds du Trône ; mais , il foû
tint que le chemin le plus direct &le
plus court pour parvenir juſqu'au Dif
penſateur des Graces n'étoit pas
toûjours leplus fûr ni le plus abbrégé,
pour atteindre juſqu'au bien fait. Que
les détours que prend le Courtiſan
vont bien plus fûrement &même plus
vite au but. Il le compara à un Général
habile qui veut ſe rendre Maître
d'une Place,& qui en fait les approches
par des lignes obliques & quer
د
DE SEPTEMBRE.
93
sdc
quefois par des Soûterains. Sa marche
en eſt plus lente , mais plus ſure ;
fes attaques moins hardies , mais plus
hûreuſes;& le fuccés fait voir enfin qu'-
il a pris le chemin le plus court , pour
s'aflürer ſa conquête.
Il offrit à ſes Concurrents de leur
donner des preuves ſenſibles de ce
qu'il avançoit . Qu'ils n'avoient qu'à
s'adreſſer à lui , comme il eſpéroit
qu'ils s'y addreſſeroient un jour , pour
faire valoir leurs ſervices auprés du
Prince : Qu'il les convaincroit bien
tôtpar leurs propres avantages , dece
qu'un Courtiſan zélé peut faire en
faveur de ſa Famille. Il fit la même of
fre à ſes Juges ; mais , avec plus de
referve & d'artifice :& comme s'il eût
déja été fûr de leurs fuffrages , il leur
déclara qu'il n'attendoit que leur jugement
, pour en aller faire rendre con
te au Prince & lui faire leur Eloge .
Tout le Difcours fut prononcé d'une
maniére polie , fans affectation &
avec un air de Courtiſan.
Lorſque les 4 Orateurs ûrent plaidé
leur Cauſe , le Juge qui pendant
tout ce tems , étoit demeuré dans un
alence attentif , prenant alors la pa--
94 LE MERCURE
role , & parlant toujours au nom des
Aſſiſtans , comme s'il ût recueilli les
voix , prononça ainfi .
Il feroit à ſouhaiter, Mrs que tous
les Citoiens úſſent autant d'amour &
d'eſtime pour leurs Emplois qu'en ont
fait paroître chacun pour leur Etat ,
ceux dont nous venons d'entendre les
Diſcours. Nous avions cru juſqu'ici ,
moins fur la foy du Poëte , que fur
le témoignage de ceux avec qui nous
vivons , que perfonne n'étoit content
de ſa condition. Mais nous voyons ici
un homme d'Epée qui n'accuſe plus
les dangers & les travaux ſtériles de la
Guerre ; un homme de Robe qui n'eſt
plus dégouté des fonctions pénibles
de ſa -charge ; un Eccléſiaſtique à qui
les engagemens du Sacerdoce ne ſemblent
plus onéreux ; un Courtiſan qui
neplaint plus ſes affiduités & ſes fervices.
Si le langage qu'ils tiennent
n'eſt point dicté par l'intereſt , nous
les félicitons & nous fouhaitons qu'ils
confervent toujours cette haute idée
de leur profeffion. L'eſtime & l'amour
d'un employ font de puiſſants motifs
pour en remplir les devoirs.
Nous eſtimons nous- mêmes ,&
DE SEPTEMBRE .
95
Ex
e
les conditions qu'on vient de nous
vanter , & ceux qui nous en ont expoſé
les avantages. Peut- être leur partagerions
nous également la troifiéme
partiedes biensduTeſtateur, ſi ces biens
étoient à notre diſpoſition ; perfuadés
que nous ſommes , qu'une profeffion
n'eſt avantageuſe à la Patrie ou
à la Famille , qu'autant que les perſonnes
qui l'exercent , veulent ſe rendre
ntiles ; & que le mérite eſt moins dans
DOV le choix d'un Employ que dans
la maniere dont on s'en acquitte. L'un
eſt ſouvent l'effet du bonheur ; l'autre
ne peut guéres être que l'effet de la
ويد
eft
es
لت
vertu .
Mais ,puiſque le Teſtament eſt fait
dans toutes les formes , & que nous
devons ſuivre les Loix receuës dans
cè Royaume , nous ſommes obligez
d'adjuger à un ſeul , la portion d'héritage
qui eſt en conteftation .
Il eſt évident que Dom Emanuel
Mendoce a eu deux objets en vûë ;
Putilité de la Patrie & les avantages de
la Famille . SonTeſtament les renferme
tous deux , & nous ne pouvons les féparer
dans notre jugement.
Ainfi ,un état de vie qui feroit ou utile
96 LE MERCURE
د
à la Patrie , ſans l'être à la Famille , ou
avantageux à la Famille ſans l'être à
la Patrie ne mériteroit point nos
fuffrages : Nous les devons à celui
qui réunira ces deux Qualitez dans le
dégré le plus éminent.
Fermer
20
p. 1873-1882
LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
Début :
Je n'ay pû lire sans étonnement, Monsieur, les Eloges avec lesquels [...]
Mots clefs :
Comédie, Éloges, Molière, Nourriture des passions, Assemblage des ruses, Obscènes, Profanes, Anathèmes, Tolérance, Conciles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
LETTRE écrite de Marseille , le 1.
Juillet 1731. A M. de la R. au sujet
des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
E n'ay pû lire sans étonnement ,
Monsieur , les Eloges avec lesquels
vous annoncés dans votre Mercure du
mois de May dernier les Discours du P.
le Brun sur la Comédie. Si le P.. le Brun
a refuté si solidement la Lettre du P.
Caffaro, qui a justifié les Comédies telles
qu'on les représente depuis Moliere , si
le P. le Brun a raison de dépeindre nôtre
>> Théatre comme l'Ecole de l'impureté
» la nourriture des passions , l'assem
» blage des ruses du Demon pour les re-
» veiller , ou les yeux sont environnés
» d'objets seducteurs , les oreilles ouvertes
à des Discours souvent obscénes .
et toujours prophanes , qui infectent »
9
» le
1874 MERCURE DE FRANCE
» le coeur , et l'esprit , pourquoy , homme
pieux et rigoriste , comme vous le
paroissés dans cet Extrait , nous donnezvous
dans tous vos Mercures des Analises
de toutes les pieces de Théatre , si vives
, et si expressives , que vous engagez
la plupart de vos Lecteurs à aller partieiper
à ces Spectacles que le P. le Brun
soutient si pernicieux et si criminels ?
une personne d'esprit doit toujours parler
, et agir par principes. La Comédie
telle qu'on la représente depuis plus de
30. ans sur nôtre Théatre est un mal en
elle-même , ou elle n'en est pas un . Si elleest
encore un mal en elle-même , comme
elle étoit lorsque les Peres de l'Eglise et
les Conciles Pont condamnée avec tant
sagesse , non seulement les Comédiens
meritent toujours les Anathémes que
PEglise a autrefois prononcés contre eux ,
mais la conduite de quelques Rigoristes
qui refusent d'absoudre tous ceux qui assistent
à la Comédie est reguliere , et doit
absolument être suivie par tous les Directeurs.
La tolerance du P. le Brun qui n'ose:
condamner ceux qui y assistent , est donc
contraire aux principes , puisqu'il n'a
pu ignorer qu'une chose qui est crimi
nelle en elle - même , ne doit jamais être
tolerée et l'on seroit mieux fondé à lu
de
demander
A O UST. 1731. 1.877
demander une retractation , s'il vivoit
encore , qu'on ne l'a été à en exiger
une du P. Caffaro , qui après avoir éta
bli et démontré , par des principes , et
par des faits incontestables , que nôtre
Comédie n'est pas un mal en elle - même
a conclu qu'on y pouvoit assister très - innocemment.
Si la Comédie épurée et châtiée , comme
elle est sur nôtre Théatre , n'est plus
un mal en elle -même , ceux qui la représentent
ne meritent plus les foudres de
PEglise , et ils sont en droit depuis longtems
de faire à ce sujet de très-humbles
remontrances à ceux de nos Evêques qui
continuent à faire prononcer contre eux
des Anathémes dans les Eglises Paroissia
les de leurs Diocèses.
Le P. Caffaro n'a entrepris de justifier
nos Comédies qu'en faisant un juste pa
rallele entre les anciennes et celles de notre
tems. Il a mis en fait que les Peres et
les Conciles n'ont prononcé des Anathémes
contre les Comédies , que parce
que ce n'étoient de leur tems que des
assemblées d'impudicité , où l'on n'approuvoit
que ce qui étoit vicieux , où
Les Acteurs jouoient avec les gestes les
plus honteux , où les hommes et les femes
méprisoient toutes les regles de la
pudeus,
1876 MERCURE DE FRANCE
pudeur, et où l'on prononçoit souvent des
blasphemes contre le saint Nom de Dieu :
ce qu'il a prouvé par les témoignages
de Tertulien , de Salvien , de Lactance
de S. Cyprien , et de S. Chrisostome. It a
remarqué qu'à mesure que le Théatre
s'est purgé de ses ordures , et de ses impietés
, les Peres de l'Eglise l'ont traité
avec plus d'indulgence que S. Thomas
dans la 2. partie de sa Somme , art. 2 .
quest. 168. soutient que dans les jeux
et les divertissemens , lorsqu'ils sont modérez
, non seulement il n'y croît point
de mal , mais même qu'il y trouve quelque
bien , parcequ'il est necessaire
l'homme relâche quelquefois son esprit
trop attaché aux affaires : que ce Pere
ajoute que ce délassement de l'esprit ne
se fait que par des paroles ou des actions
divertissantes ou ingenieuses. Ce que j'ai
trouvé en effet dans sa conclusion , où il
dit précisement : Sed ista remissio anime à
rebus agendis fit per ludicra verba et facta ;
'd'où ce Docteur de l'Eglise , qui dans un
autre endroit justifie l'emploi des Comédiens
, conclut que la Comédie , qui ne
consiste qu'en de pareils divertissemens
ne sçauroit passer pour criminelle , pourvû
qu ' lle soit renferniée dans les bornes
de la pudeur , et de la moderation : que
que
A O UST . 1731. 1877
S.Bonaventure , Dist. 16. Dub . 13. dit
formellement que les Spectacles sons
bons , et permis , s'ils s'ont accompagnés
des précautions nécessaires : Doctrine
qu'il avoit apprise de son Maître Albert
le Grand , qui l'a publié hautement
dans ses ouvrages : que S. Antonin decide
la même chose que S. François de
Sales , ce grand Directeur des ames devotes
ne deffendoit point les Comédies , quofqu'elles
fussent très - communes de son
tems : et que l'illustre S. Charles Borromée
les permit dans son Diocèse par une
Ordonnance de 1583. à condition qu'elles
seroient examinées et approuvées par
son grand Vicaire , afin qu'il ne s'y glissat
rien de deshonnête. A quoy il auroit
pû ajouter que la plupart des Casuistes
modernes les plus éclairés ont soutenu
que la Comédie étoit permise , entre
autres les Cardinaux de Turrecremata ,
et Cajetan , Jean Viguier , Medina , Silvester
, Comitolius , Henriques , Bonacina
, Tabiena : et que les Censeurs Rcmains
ont condamné dans l'Histoire Ecelesiastique
du P. Alexandre cette proposition
Comedia sunt illicita.
Le P. Caffaro a mis aussi en fait que
la Comédie étoit à present si châtiée et
si épurée sur le Théatre François , qu'il
n'y
1878 MERCURE DE FRANCE
n'y avoit rien que les oreilles les plus
chastes ne pussent entendre , et qu'elle
étoit même capable de corriger beaucoup
de vices et d'abus dans la conduite des
hommes.
*
Le P. le Brun ne pouvoit refuter solidement
la Lettre du P. Caffaro qu'en démontrant
la fausseté de tous ces faits .
et en prouvant que nos Comédies sont
encore aussi dissolues , et aussi impies ,
que celles qu'on représentoit dans les
tems que les Peres de l'Eglise les ont anathematisées.
L'a- t- il fait ? l'a- t-il pû faire?
je vous en laisse juge vous - même , et
toutes les personnes éclairées qui se trou
vent dans le Public.
Le P. le Brun , que j'ai connu particu
fierement , avoit beaucoup de zele , et de
pieté. Il a professé avec succès la Théologie
positive à S. Magloire , où il parloit
facilement et avec beaucoup de netteté ;
mais il ne s'étoit pas accoutumé à raisonner
par principes : et il n'avoit jamais étudié
la bonne Phisique , comme il n'a que
trop paru dans le Traité qu'il composa
sur la baguette divinatoire , au sujet de
l'Avanture du fameux Jacques Aimard ,
arrivée à Lyon en 1692. qu'il ne put
expliquer qu'en l'attribuant au pouvoir
duDemon . C'est cet ouvrage dont on nous
promer
A O UST. 1731. 1879
promet une seconde Edition sous le titre
de Traité du Discernement des effets naturels
d'avec ceux qui ne le sont pas.
Pour en juger sçavamment il faut lire la
Phisique occulte de l'Abbé de Vallemont,
qui raisonne sur des Principes bien diffe
rens , et qui connoissant les ressorts se
crets de la nature , et ses agens invisibles
, n'a pas eu besoin du secours du
Prince des ténebres pour expliquer cet
évenement , non plus qu'une infinité
d'autres des plus extraordinaires.
Mais pour vous convaincre entierement
du peu de justesse des invectives
du P. le Brun contre notre Théatre
qu'il me soit permis , Monsieur , d'ajoûter
encore quelques Reflexions sur ce su→
jet , qui est d'autant plus important , que
ce Traité sur la Comédie , qui vous a
paru si solide , pourroit causer du scrupule
, et de l'embarras à plusieurs de nos
Directeurs , qui croyant comme l'auteur ,
que notre Comédie est une des plus pernicieuses
inventions du Demon , pourroient
ne pas croire comme lui qu'on la
puisse tolerer , et permettre aux Chré
tiens d'y assister .
Quoy de plus grand ! quoy de plus noble
que tous les sentimens qui regnent
dans les Tragedies de Corneille , et ide
Racine
1880 MERCURE DE FRANCE
›
Racine , où l'on voit toujours la vertu
applaudie , et triomphante ? toutes les
Pieces de Moliere , et des autres Auteurs
modernes , ont- elles d'autre but que de
combattre les vices , en les représentant
aux yeux des Spectateurs avec tous les
traits capables de les rendre ridicules , et
odieux ; mais , disent le P.le Brun et quelques
autres Rigoristes , il n'y a point de
Tragedie , ni de Comédie où il n'y ait
quelque intrigue d'Amour , et où l'ambition
, la jalousie , la vangeance , ou la harne
ne paroissent dans tout leur jour. Cette
objection se détruit en remarquant
que toutes ces passions ne sont étalées sur
notre Théatre que pour les rendre odieuses
: et que quand elles seroient capables
de faire impression dans quelque coeur
foible , il faut bien distinguer les choses
qui peuvent par hazard exciter les passions
, d'avec celles qui naturellement
les excitent en effet. Les dernieres sont
criminelles , et déffendues : mais pour
les premieres , il faudroit fuir dans les
deserts pour les éviter. On ne sçauroit
faire un pas , entrer dans les lieux les
plus saints , lire un Livre d'Histoire ,
enfin vivre dans le monde , sans rencontrer
mille objets capables d'exciter les
passions. Faut- il qu'une belle femme
'aille
A O UST. 1731. 1881
n'aille jamais aux promenades , ni même
à l'Eglise que les personnes de la Cour
les Prelats , et les personnes constituées
en dignité quittent un éclat qui leur est
à présent de bienséance , et même de necessité
? et que personne ne porte d'épée,
à cause des mauvais effets que tout cela
peut produire ? cette pensée seroit ridicnle.
Faut-il , disoit le sage Licurgus ,
arracher les vignes , parcequ'il se trouve
des personnes qui boivent trop de leur
jus ? faut- il aussi deffendre la Comédie
qui sert aux hommes d'un honnête divertissement
, parce qu'il y a quelques
personnes qui ne la peuvent voir sans
ressentir interieurement les passions qu'on
y représente ?
On doit donc conclure que la Comédie
, avec les conditions marquées par
S. Charles , et par les autres Docteurs
que nous avons citez , est de sa nature
indifferente , et même a son utilité : que
les personnes trop susceptibles , à qui
elle est dangereuse , la doivent éviter :
et que les autres ne se la doivent permettre
que comme un plaisir innocent pour
se délasser de leurs occupations.
Enfin une derniere raison sans replique
contre les invectives du P. le Brun
c'est que dans un Royaume aussi Chrétien
que
882 MERCURE DE FRANCE
que la France , dans une Ville aussi bien
policée que Paris , sous les yeux de differens
Evêques recommandables
par leurs
lumieres et par leur zele , de tant de Magistrats
si graves et si vertueux , et
en particulier
de celui qui préside à la
Police , dont la pieté est aussi connue
que
l'étendue
de ses lumieres , la Comédie
établie par Lettres Patentes dès l'an 1402 .
et autorisée par Arrêts du Parlement
, ne seroit pas entretenue
aux dépens du Roy ,
et soutenue comme un établissement
necessaire
au bien public , et que leurs Majestés
si récommandables
par leur religion
, et
par leur vertu exemplaire
, ne la feroient
pas représenter
devant elles fi elle
étoit regardée
comme une pernicieuse
invention
du demon . Je suis toujours
Monsieur
, avec toute l'estime possible ,
Votre très humble & c. P. D. L. Ì.
Juillet 1731. A M. de la R. au sujet
des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
E n'ay pû lire sans étonnement ,
Monsieur , les Eloges avec lesquels
vous annoncés dans votre Mercure du
mois de May dernier les Discours du P.
le Brun sur la Comédie. Si le P.. le Brun
a refuté si solidement la Lettre du P.
Caffaro, qui a justifié les Comédies telles
qu'on les représente depuis Moliere , si
le P. le Brun a raison de dépeindre nôtre
>> Théatre comme l'Ecole de l'impureté
» la nourriture des passions , l'assem
» blage des ruses du Demon pour les re-
» veiller , ou les yeux sont environnés
» d'objets seducteurs , les oreilles ouvertes
à des Discours souvent obscénes .
et toujours prophanes , qui infectent »
9
» le
1874 MERCURE DE FRANCE
» le coeur , et l'esprit , pourquoy , homme
pieux et rigoriste , comme vous le
paroissés dans cet Extrait , nous donnezvous
dans tous vos Mercures des Analises
de toutes les pieces de Théatre , si vives
, et si expressives , que vous engagez
la plupart de vos Lecteurs à aller partieiper
à ces Spectacles que le P. le Brun
soutient si pernicieux et si criminels ?
une personne d'esprit doit toujours parler
, et agir par principes. La Comédie
telle qu'on la représente depuis plus de
30. ans sur nôtre Théatre est un mal en
elle-même , ou elle n'en est pas un . Si elleest
encore un mal en elle-même , comme
elle étoit lorsque les Peres de l'Eglise et
les Conciles Pont condamnée avec tant
sagesse , non seulement les Comédiens
meritent toujours les Anathémes que
PEglise a autrefois prononcés contre eux ,
mais la conduite de quelques Rigoristes
qui refusent d'absoudre tous ceux qui assistent
à la Comédie est reguliere , et doit
absolument être suivie par tous les Directeurs.
La tolerance du P. le Brun qui n'ose:
condamner ceux qui y assistent , est donc
contraire aux principes , puisqu'il n'a
pu ignorer qu'une chose qui est crimi
nelle en elle - même , ne doit jamais être
tolerée et l'on seroit mieux fondé à lu
de
demander
A O UST. 1731. 1.877
demander une retractation , s'il vivoit
encore , qu'on ne l'a été à en exiger
une du P. Caffaro , qui après avoir éta
bli et démontré , par des principes , et
par des faits incontestables , que nôtre
Comédie n'est pas un mal en elle - même
a conclu qu'on y pouvoit assister très - innocemment.
Si la Comédie épurée et châtiée , comme
elle est sur nôtre Théatre , n'est plus
un mal en elle -même , ceux qui la représentent
ne meritent plus les foudres de
PEglise , et ils sont en droit depuis longtems
de faire à ce sujet de très-humbles
remontrances à ceux de nos Evêques qui
continuent à faire prononcer contre eux
des Anathémes dans les Eglises Paroissia
les de leurs Diocèses.
Le P. Caffaro n'a entrepris de justifier
nos Comédies qu'en faisant un juste pa
rallele entre les anciennes et celles de notre
tems. Il a mis en fait que les Peres et
les Conciles n'ont prononcé des Anathémes
contre les Comédies , que parce
que ce n'étoient de leur tems que des
assemblées d'impudicité , où l'on n'approuvoit
que ce qui étoit vicieux , où
Les Acteurs jouoient avec les gestes les
plus honteux , où les hommes et les femes
méprisoient toutes les regles de la
pudeus,
1876 MERCURE DE FRANCE
pudeur, et où l'on prononçoit souvent des
blasphemes contre le saint Nom de Dieu :
ce qu'il a prouvé par les témoignages
de Tertulien , de Salvien , de Lactance
de S. Cyprien , et de S. Chrisostome. It a
remarqué qu'à mesure que le Théatre
s'est purgé de ses ordures , et de ses impietés
, les Peres de l'Eglise l'ont traité
avec plus d'indulgence que S. Thomas
dans la 2. partie de sa Somme , art. 2 .
quest. 168. soutient que dans les jeux
et les divertissemens , lorsqu'ils sont modérez
, non seulement il n'y croît point
de mal , mais même qu'il y trouve quelque
bien , parcequ'il est necessaire
l'homme relâche quelquefois son esprit
trop attaché aux affaires : que ce Pere
ajoute que ce délassement de l'esprit ne
se fait que par des paroles ou des actions
divertissantes ou ingenieuses. Ce que j'ai
trouvé en effet dans sa conclusion , où il
dit précisement : Sed ista remissio anime à
rebus agendis fit per ludicra verba et facta ;
'd'où ce Docteur de l'Eglise , qui dans un
autre endroit justifie l'emploi des Comédiens
, conclut que la Comédie , qui ne
consiste qu'en de pareils divertissemens
ne sçauroit passer pour criminelle , pourvû
qu ' lle soit renferniée dans les bornes
de la pudeur , et de la moderation : que
que
A O UST . 1731. 1877
S.Bonaventure , Dist. 16. Dub . 13. dit
formellement que les Spectacles sons
bons , et permis , s'ils s'ont accompagnés
des précautions nécessaires : Doctrine
qu'il avoit apprise de son Maître Albert
le Grand , qui l'a publié hautement
dans ses ouvrages : que S. Antonin decide
la même chose que S. François de
Sales , ce grand Directeur des ames devotes
ne deffendoit point les Comédies , quofqu'elles
fussent très - communes de son
tems : et que l'illustre S. Charles Borromée
les permit dans son Diocèse par une
Ordonnance de 1583. à condition qu'elles
seroient examinées et approuvées par
son grand Vicaire , afin qu'il ne s'y glissat
rien de deshonnête. A quoy il auroit
pû ajouter que la plupart des Casuistes
modernes les plus éclairés ont soutenu
que la Comédie étoit permise , entre
autres les Cardinaux de Turrecremata ,
et Cajetan , Jean Viguier , Medina , Silvester
, Comitolius , Henriques , Bonacina
, Tabiena : et que les Censeurs Rcmains
ont condamné dans l'Histoire Ecelesiastique
du P. Alexandre cette proposition
Comedia sunt illicita.
Le P. Caffaro a mis aussi en fait que
la Comédie étoit à present si châtiée et
si épurée sur le Théatre François , qu'il
n'y
1878 MERCURE DE FRANCE
n'y avoit rien que les oreilles les plus
chastes ne pussent entendre , et qu'elle
étoit même capable de corriger beaucoup
de vices et d'abus dans la conduite des
hommes.
*
Le P. le Brun ne pouvoit refuter solidement
la Lettre du P. Caffaro qu'en démontrant
la fausseté de tous ces faits .
et en prouvant que nos Comédies sont
encore aussi dissolues , et aussi impies ,
que celles qu'on représentoit dans les
tems que les Peres de l'Eglise les ont anathematisées.
L'a- t- il fait ? l'a- t-il pû faire?
je vous en laisse juge vous - même , et
toutes les personnes éclairées qui se trou
vent dans le Public.
Le P. le Brun , que j'ai connu particu
fierement , avoit beaucoup de zele , et de
pieté. Il a professé avec succès la Théologie
positive à S. Magloire , où il parloit
facilement et avec beaucoup de netteté ;
mais il ne s'étoit pas accoutumé à raisonner
par principes : et il n'avoit jamais étudié
la bonne Phisique , comme il n'a que
trop paru dans le Traité qu'il composa
sur la baguette divinatoire , au sujet de
l'Avanture du fameux Jacques Aimard ,
arrivée à Lyon en 1692. qu'il ne put
expliquer qu'en l'attribuant au pouvoir
duDemon . C'est cet ouvrage dont on nous
promer
A O UST. 1731. 1879
promet une seconde Edition sous le titre
de Traité du Discernement des effets naturels
d'avec ceux qui ne le sont pas.
Pour en juger sçavamment il faut lire la
Phisique occulte de l'Abbé de Vallemont,
qui raisonne sur des Principes bien diffe
rens , et qui connoissant les ressorts se
crets de la nature , et ses agens invisibles
, n'a pas eu besoin du secours du
Prince des ténebres pour expliquer cet
évenement , non plus qu'une infinité
d'autres des plus extraordinaires.
Mais pour vous convaincre entierement
du peu de justesse des invectives
du P. le Brun contre notre Théatre
qu'il me soit permis , Monsieur , d'ajoûter
encore quelques Reflexions sur ce su→
jet , qui est d'autant plus important , que
ce Traité sur la Comédie , qui vous a
paru si solide , pourroit causer du scrupule
, et de l'embarras à plusieurs de nos
Directeurs , qui croyant comme l'auteur ,
que notre Comédie est une des plus pernicieuses
inventions du Demon , pourroient
ne pas croire comme lui qu'on la
puisse tolerer , et permettre aux Chré
tiens d'y assister .
Quoy de plus grand ! quoy de plus noble
que tous les sentimens qui regnent
dans les Tragedies de Corneille , et ide
Racine
1880 MERCURE DE FRANCE
›
Racine , où l'on voit toujours la vertu
applaudie , et triomphante ? toutes les
Pieces de Moliere , et des autres Auteurs
modernes , ont- elles d'autre but que de
combattre les vices , en les représentant
aux yeux des Spectateurs avec tous les
traits capables de les rendre ridicules , et
odieux ; mais , disent le P.le Brun et quelques
autres Rigoristes , il n'y a point de
Tragedie , ni de Comédie où il n'y ait
quelque intrigue d'Amour , et où l'ambition
, la jalousie , la vangeance , ou la harne
ne paroissent dans tout leur jour. Cette
objection se détruit en remarquant
que toutes ces passions ne sont étalées sur
notre Théatre que pour les rendre odieuses
: et que quand elles seroient capables
de faire impression dans quelque coeur
foible , il faut bien distinguer les choses
qui peuvent par hazard exciter les passions
, d'avec celles qui naturellement
les excitent en effet. Les dernieres sont
criminelles , et déffendues : mais pour
les premieres , il faudroit fuir dans les
deserts pour les éviter. On ne sçauroit
faire un pas , entrer dans les lieux les
plus saints , lire un Livre d'Histoire ,
enfin vivre dans le monde , sans rencontrer
mille objets capables d'exciter les
passions. Faut- il qu'une belle femme
'aille
A O UST. 1731. 1881
n'aille jamais aux promenades , ni même
à l'Eglise que les personnes de la Cour
les Prelats , et les personnes constituées
en dignité quittent un éclat qui leur est
à présent de bienséance , et même de necessité
? et que personne ne porte d'épée,
à cause des mauvais effets que tout cela
peut produire ? cette pensée seroit ridicnle.
Faut-il , disoit le sage Licurgus ,
arracher les vignes , parcequ'il se trouve
des personnes qui boivent trop de leur
jus ? faut- il aussi deffendre la Comédie
qui sert aux hommes d'un honnête divertissement
, parce qu'il y a quelques
personnes qui ne la peuvent voir sans
ressentir interieurement les passions qu'on
y représente ?
On doit donc conclure que la Comédie
, avec les conditions marquées par
S. Charles , et par les autres Docteurs
que nous avons citez , est de sa nature
indifferente , et même a son utilité : que
les personnes trop susceptibles , à qui
elle est dangereuse , la doivent éviter :
et que les autres ne se la doivent permettre
que comme un plaisir innocent pour
se délasser de leurs occupations.
Enfin une derniere raison sans replique
contre les invectives du P. le Brun
c'est que dans un Royaume aussi Chrétien
que
882 MERCURE DE FRANCE
que la France , dans une Ville aussi bien
policée que Paris , sous les yeux de differens
Evêques recommandables
par leurs
lumieres et par leur zele , de tant de Magistrats
si graves et si vertueux , et
en particulier
de celui qui préside à la
Police , dont la pieté est aussi connue
que
l'étendue
de ses lumieres , la Comédie
établie par Lettres Patentes dès l'an 1402 .
et autorisée par Arrêts du Parlement
, ne seroit pas entretenue
aux dépens du Roy ,
et soutenue comme un établissement
necessaire
au bien public , et que leurs Majestés
si récommandables
par leur religion
, et
par leur vertu exemplaire
, ne la feroient
pas représenter
devant elles fi elle
étoit regardée
comme une pernicieuse
invention
du demon . Je suis toujours
Monsieur
, avec toute l'estime possible ,
Votre très humble & c. P. D. L. Ì.
Fermer
Résumé : LETTRE écrite de Marseille, le 1. Juillet 1731. A M. de la R. au sujet des Discours du P. le Brun sur la Comédie.
La lettre datée du 1er juillet 1731 critique les éloges du Père le Brun sur la comédie, publiés dans le Mercure de mai précédent. L'auteur exprime son étonnement face à la contradiction entre les discours rigoristes du Père le Brun et les analyses détaillées des pièces de théâtre dans le Mercure, qui encouragent les lecteurs à assister à des spectacles que le Père le Brun considère comme pernicieux. L'auteur soutient que la comédie, telle qu'elle est représentée depuis Molière, n'est pas intrinsèquement mauvaise. Il argue que les Pères de l'Église et les Conciles ont condamné les comédies en raison de leur impudicité et de leur immoralité, mais que les comédies modernes sont épurées et peuvent même corriger des vices. Le Père Caffaro, qui a justifié les comédies, a comparé les anciennes comédies aux modernes, notant que les premières étaient des assemblées d'impudicité, tandis que les secondes sont modérées et divertissantes. Le Père le Brun, connu pour son zèle et sa piété, n'a pas réussi à réfuter solidement les arguments du Père Caffaro. L'auteur critique également le Père le Brun pour son manque de raisonnement par principes et son recours au démon pour expliquer des phénomènes naturels. La lettre conclut en affirmant que la comédie, sous certaines conditions, est indifférente et même utile. Elle souligne que les autorités religieuses et civiles en France tolèrent et soutiennent la comédie, ce qui montre qu'elle n'est pas considérée comme une invention pernicieuse du démon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
21
p. 2868-2869
« Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...] »
Début :
Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...]
Mots clefs :
Basse, Poème, Musique, Éloges, Chasse, Oraisons funèbres, Poésies spirituelles et morales
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...] »
Jean Dessaint , Libraire à Paris , va débiter
un Ouvrage qui paroît mériter l'at
tention des Curieux . C'est un Poëme sur
la Musique , et un autre sur la Chasse.
Une partie du premier Poëme a déja paru
à Lyon et en Hollande , et a reçu des
II.Vol.
éloges
DECEMBRE. 1733. 2869
éloges tres flateurs pour l'Auteur. Nous
ne doutons pas que ce que l'on donne de
nouveau ne soit favorablement
accueilli
par le Public. On n'a rien négligé du côté
de l'exécution
pour flater agréablement
les yeux . On y trouvera plusieurs Estampes
dessinées par Mrs de Troyes et Oudry
et gravées par M. Debats.Le Papier d'ailleurs
, le Caractere et l'Impression
vont
de pair avec ce que nous avons de mieux
en ce genre.
Le même Libraire débite une nouvelle
Edition de ce que nous avons de meilleur
en Oraisons Funebres ; c'est- à - dire
celles de Mrs Bossuet , Fléchier et Mascaron
, en 3 vol. in 12. avec le Portrait de
ces deux derniers , gravé par Edelinck. Le
prix de chaque vol . de ces Oraisons Funebres
est de 2 liv . 1o f. relié.
2
›
NOUVELLES POESIES SPIRITUELLES ct
Morales sur les plus beaux Airs de la
Musique Françoise et Italienne , avec la
Basse . A Paris , chez P. N. Lottin rue
S. Jacques 1733. in 4 en large de 44 pages
et 12 pages pour les Fables sur de
petits Airs et sur des Vaudevilles choisis ,
avec la Basse et une Basse en musette ,
prix 3 livres .
un Ouvrage qui paroît mériter l'at
tention des Curieux . C'est un Poëme sur
la Musique , et un autre sur la Chasse.
Une partie du premier Poëme a déja paru
à Lyon et en Hollande , et a reçu des
II.Vol.
éloges
DECEMBRE. 1733. 2869
éloges tres flateurs pour l'Auteur. Nous
ne doutons pas que ce que l'on donne de
nouveau ne soit favorablement
accueilli
par le Public. On n'a rien négligé du côté
de l'exécution
pour flater agréablement
les yeux . On y trouvera plusieurs Estampes
dessinées par Mrs de Troyes et Oudry
et gravées par M. Debats.Le Papier d'ailleurs
, le Caractere et l'Impression
vont
de pair avec ce que nous avons de mieux
en ce genre.
Le même Libraire débite une nouvelle
Edition de ce que nous avons de meilleur
en Oraisons Funebres ; c'est- à - dire
celles de Mrs Bossuet , Fléchier et Mascaron
, en 3 vol. in 12. avec le Portrait de
ces deux derniers , gravé par Edelinck. Le
prix de chaque vol . de ces Oraisons Funebres
est de 2 liv . 1o f. relié.
2
›
NOUVELLES POESIES SPIRITUELLES ct
Morales sur les plus beaux Airs de la
Musique Françoise et Italienne , avec la
Basse . A Paris , chez P. N. Lottin rue
S. Jacques 1733. in 4 en large de 44 pages
et 12 pages pour les Fables sur de
petits Airs et sur des Vaudevilles choisis ,
avec la Basse et une Basse en musette ,
prix 3 livres .
Fermer
Résumé : « Jean Dessaint, Libraire à Paris, va débiter un Ouvrage qui paroît mériter l'attention [...] »
Jean Dessaint, libraire à Paris, propose deux ouvrages notables. Le premier est un poème sur la musique, dont une partie a déjà été publiée à Lyon et en Hollande avec des éloges. Cette édition inclut des estampes dessinées par les sieurs de Troyes et Oudry, et gravées par M. Debats, sur un papier de haute qualité. Le second ouvrage est une nouvelle édition des meilleures oraisons funèbres, incluant celles de Bossuet, Fléchier et Mascaron, en trois volumes in-12. Cette édition contient les portraits de Fléchier et Mascaron gravés par Edelinck, et chaque volume est vendu 2 livres 10 sols, relié. Par ailleurs, P. N. Lottin publie des 'Nouvelles Poésies Spirituelles et Morales' sur les plus beaux airs de la musique française et italienne, avec la basse. Cet ouvrage, en format in-4, comprend 44 pages de poésies et 12 pages de fables sur des petits airs et des vaudevilles choisis, avec une basse en musette, au prix de 3 livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
22
p. 92-120
MELANGES de Littérature, d'Histoire & de Philosophie. Nouvelle édition.
Début :
Ce Recueil de quelques Ouvrages de M. Dalembert contient nombre de morceaux [...]
Mots clefs :
Jean Le Rond d'Alembert, Traduction, Lettres, Homme, Caractère, Morceaux, Genève, Hommes, Langues, Spectacles, Théâtre, Gens de lettres, Vie, Génie, Sentiments, Philosophie, Traduire, Religion, Écrivains, Langue, Lois, Écrivain, Jean-Jacques Rousseau, Moeurs, Manière, Poètes, Pères, Femmes, Éloges, Essai
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MELANGES de Littérature, d'Histoire & de Philosophie. Nouvelle édition.
MELANGES de Littérature , d'Hiftoire
& de Philofophie . Nouvelle édition.
CE Recueil de quelques Ouvrages de
M. Dalembert contient nombre de morceaux
déjà connus ; tels font le difcours
préliminaire de l'Encyclopédie , & la Préface
du troifième Volume de ce Dictionnaire
; l'Effai fur la Société des Gens de
Lettres & des Grands ; les Eloges académiques
de M. Bernoulli , de M. l'Abbé
JUILLET. 1759. 93
Terraffon , de M. le Préſident de Montefquieu,
avec l'Analyſe de l'Eſprit des Loix ;
celui de M. l'Abbé Mallet, & celui de M.
Dumarſais ; les Mémoires de Chriſtine, le
Difcours de réception de M. Dalembert
à l'Académie Françoife , avec des réflexions
fur l'élocution oratoire & fur le ſtyle
en général ; une Deſcription abrégée du
Gouvernement de Genève , & un Effai de
traduction de quelques morceaux de Tacite.
M. Dalembert nous avertit que parmi
ces morceaux déjà foumis au jugement du
Public , il en eft plufieurs qui reparoiffent
avec des augmentations & des changemens
, comme l'Eſſai de traduction des
morceaux de Tacite , le difcours fur l'élocution
&c.
Il a retouché de même l'Effai fur les
Gens de Lettres , & il y a fait quelques
additions relatives à l'état préfent de la
République Littéraire. Il fçait que la liberté
avec laquelle il s'eft exprimé dans
cet Eſſai , a excité quelques murmures ;
» mais a-t-il dit la vérité ? Voilà ce qui
» importe au Public. A- t- il attaqué ou
» même défigné quelqu'un ? Voilà ce qui
» importe aux Particuliers.
Je ferai cependant une obſervation fur
cette franchife philofophique dont per
94 MERCURE DE FRANCE .
fonne n'a droit de s'offenfer & dont fi peu
de gens s'accommodent. On la pardonne à
un Auteur qui n'eft plus , on l'admire dans
fes écrits comme portant le cara & ere
d'une ame libre & courageufe ; mais elle
choque dans un Auteur vivant , & la raifon
en eft bien naturelle. On regarde celui-
ci comme ufurpateur d'une autorité
que l'on veut n'accorder à perſonne ; expofé
à vivre avec lui , on exige qu'il fe
foumette aux loix de cette complaifance
fociale qui épargne la vanité des uns en
cachant la fupériorité des autres. Le plus
inévitable de tous les afcendans , & par
conféquent le plus importun
le plus
odieux pour les ames vaines , c'est l'empire
de la raiſon. Celui qui le fait fentir
fans égards , fans ménagement , eft donc
affuré de déplaire .
,
C'eft à l'homme qui penfe & qui juge
mieux que la multitude , à voir s'il a le
courage de faire des mécontens pendant
fa vie , pour avoir des admirateurs après
fa mort. On propofe un parti modéré :
ce feroit non feulement d'éviter les perfonalités
offenfantes , mais encore de préfenter
les vérités générales avec une circonfpection
timide. Mais la vérité fous
le voile en eft beaucoup moins frappante;
elle languit dans les détours ; la politeffe
JUILLET. 1759. 95 .
l'amollit & l'énerve ; & fouvent en fait
de morale l'éloquence perd de fa force
en perdant de fon âpreté , pareille à ces
remèdes dont on affoiblit la vertu fi on
leur ôte leur amertume . Un Ecrivain
brafque & tranchant doit donc renoncer
à la faveur des gens du monde ; mais fon
parti pris fur cette privation , il n'a plus
qu'un mot à dire: Lecteurs , fuppofez
que je fuis mort , & que j'écrivois il y
» a mille ans. » C'eft au moins dans ce
point de vue que l'on doit confidérer un
Ecrivain Philofophe lorfqu'on veut le
Juger équitablement . On doit l'ifoler de
la fociété , écarter toutes les confidéra
tions perfonnelles , oublier l'homme &
peler les écrits .
Les morceaux dont M. Dalembert a
nouvellement enrichi fes Mélanges , font
des réfléxions fur les éloges Académiques
; une réponse à la Lettre de M.
Rouffeau , Citoven de Genève , fur l'Article
Genève de l'Encyclopédie ; des Ob
fervations fur l'art de traduire ; un Effai
fur les Elémens de Philofophie , ou fur les
principes des connoiffances humaines ; des
réflexions
fur l'ufage & fur l'abus de la
Philofophie
en matière de goût , fur l'abus
en matière de Religion ; fur
dela
critique
la liberté dela
Mufique.
1
96 MERCURE DE FRANCE.
Parmi les additions faites aux morceaux
déjà connus & qui font en trèsgrand
nombre , ( furtout dans les effais
de traduction de Tacite ) je ne citerai
qu'un endroit de l'effai fur la fociété des
Gens de Lettres avec les Grands. Il s'agit
des protecteurs . » Ce qu'il y a de plus
honteux , pour les Grands & pour la
» Littérature , c'eft que des Ecrivains qui
» deshonorent leur état par la fatyre ,
» trouvent des protecteurs encore plus
» méprifables qu'eux. L'homme de Lettres
"
و د
digne de ce nom dédaigne également
»& de fe plaindre des uns & de répon-
» dre aux autres ; mais quelque peu ſen-
» fible qu'il doive- être aux injures prifes
» en elles-mêmes , il ne doit pas fermer
» les yeux fur l'appui qu'on leur prête ,
»ne fût ce que pour fe former une idée
jufte de ceux qui daignent les favori-
» fer. Dans les pays où la preffe n'eft pas
» libre , la licence d'infulter les Gens de
» Lettres par des fatyres , n'eft qu'une
»preuve du peu de confidération réelle
» qu'on a pour eux , du plaifir même
» qu'on prend à les voir infultés. Et pourquoi
eft-il plus permis d'outrager un
» homme de Lettres qui honore ſa na-
»tion , que de rendre ridicule un homme
» en place qui avilit la fienne ?... Je ne
و ر
» puis
JUILLET. 1759. 97
puisme difpenfer de rapporter à cette
» occafion une anecdote bien propre à
» faire connoître le caractère & l'injufti-
» ce des hommes dont je parle. Un d'entr'eux
tournoit en ridicule la délicateffe
»> exceffive d'un Ecrivain célèbre, qui avoit
» témoigné un chagrin ( trop grand fans
doute ) de quelques fatyres publiées.
» contre lui : l'Ecrivain célèbre fit une
» Chanfon où l'homme en place étoit
» effleuré très- légèrement. Si on eût cru
" l'offenfé , les Loix n'avoient pas affez
»de fupplices pour punir l'injure qu'on
» lui avoit faite. »
Je vais parcourir auffi rapidement qu'il
me fera poffible les morceaux nouvellement
ajoutés à ce Recueil ; mais il en
eft qui demandent une férieufe attention,
Dans les réfléxions fur les éloges académiques
, M. Dalembert ne diffimule
pas les abus de l'ufage où l'on eft de
célébrer des hommes qui ne méritent
que l'oubli ; mais ces abus lui paroiffent
légers en comparaifon des avantages.
»Si les anciens qui élevoient des Statues
aux grands hommes , avoient eu le
"même foin que nous , d'écrire la vie
"des gens de Lettres ; nous aurions , il
eft vrai , quelques Mémoires inutiles ,
I, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
و د
mais nous ferions plus inftruits fur les
progrès des fciences & des arts & fur les
» découvertes de tous les âges ; hiſtoire
» plus intéreffante pour nous que celle
» d'une foule de Souverains qui n'ont
» fait que du mal aux hommes. >>
Il ne veut pas que l'on fe borne à dire
ce que l'homme de Lettres a fait ; il croit
auffi utile de faire connoître ce qu'il a
été , & de peindre l'homme en mêmetemps
que l'Ecrivain . » Cependant le but
» des éloges littéraires eft de rendre les
» Lettres refpectables , & non de les avi-
» lir. Si donc la conduite a deshonoré
» les ouvrages , quel parti prendre ? Louer
» les ouvrages . Et fi d'un autre côté la
» conduite eft fans reproches & les ou-
» vrages fans mérite , que dire alors ? Se
» taire. » C'eſt en effet le parti le plus
fage & le plus décent : car il me paroît
bien difficile d'obferver dans la peinture
morale des caractères cette diſtinction
délicate que prefcrit M. Dalembert entre
les traits défectueux que l'on peut relever
& ceux qu'on doit paffer fous filence ;
& quand les limites font auffi peu marquées
, en approcher de trop près , c'eſt
s'expofer à les franchir. Ainfi la liberté
que peut fe donner à cet égard un Ecrivain
fûr de lui-même , ne doit jamais tirer
JUILLET. 1759 99
à conféquence , encore moins paffer en
régle, & le plaifir d'obferver le contraſte
ou l'accord des écrits & des moeurs d'un
homme de Lettres qui n'eft plus , ne doit
pas l'emporter fur le danger d'introduire
dans les Sociétés littéraires la fatyre perfonnelle.
» Le ton d'un éloge hiftorique ne doit
» être ni celui d'un Difcours oratoire , ni
» celui d'une narration aride. Les réflexions
philofophiques font l'ame & la
fubitance de ce genre d'écrits .... Ceft
en cela que l'illuftre Secrétaire de l'Académie
des Sciences ( M. de Fonte-
» nelle ) a furtout excellé : c'eſt par-là
» qu'il fera principalement époque dans
» l'Hiſtoire de la Philofophie : c'eſt par- là
» enfin qu'il a rendu fi dangereufe à occu-
» per aujourd'hui la place qu'il a remplie
» avec tant de fuccès. Si on peut lui re-
» procher de légers défauts , c'eft quel-
» quefois trop de familiarité dans le ftyle,
quelquefois trop de recherches & de
>> rafinement dans les idées ; ici une forte
» d'affectation à montrer en petit les
» grandes choſes ; là quelques détails pué-
» rils peu dignes de la gravité d'un ouvrage
philofophique. Voilà pourtant ,
» qui le croiroit ? en quoi la plupart de
E ij
535004
}
Too
MERCURE
DE
FRANCE
. " nos faifeurs d'éloges ont cherché à lu
>> reffembler. >>
»
Les obfervations de M. D. fur l'art de
traduire font pleines de Philofophie & de
goût. De quelque côté qu'on le tourne
» dans les Beaux-arts, dit M , Dalembert ,
» on voit partout la médiocrité dictant les
» Loix , & le génie s'abaiſſant à lui obéir.
C'eſt un Souverain empriſonné par des
» efclaves ; cependant s'il ne doit pas fe
» laiffer fubjuguer , il ne doit
ود
"
pas non
L'art
de la traduction
eft foumis
à cette
régle comme
toutes
les parties.de la littérature
: l'Auteur
en examine
les Loix ; 1.° eu égard
au génie
des Langues
;
2.º relativement
au génie
des Auteurs
; 3. par rapport
aux principes
qu'on
peut
fe faire dans
ce genre
d'écrire
.
plus tout fe permettre. »
Il femble que plus le caractère d'une
Langue approche de celui d'une autre ,
plus il eft facile de bien traduire ; mais
cette même facilité donneroit , felon M.
Dalembert , plus de Traducteurs médiocres
& moins d'excellens. Satisfait du
mérite de la reflemblance , on néglige-
Foit les graces de la diction : or une des
grandes difficultés de l'art d'écrire , &
principalement des traductions , eft , ditil
, de fçavoir jufqu'à quel point on peut
JUILLET. 1759.
101
facrifier l'énergie à la nobleffe , la correction
à la facilité , la juſteſſe rigoureuſe à
la méchanique du ftyle , & une imitation
froide & fervile eft une mauvaiſe traduction.
D'un autre côté , la différence de caractère
des Langues , laiffe au Traducteur
une liberté dangereufe. Ne pouvant donner
à la copie une parfaite reffemblance ,
il doit craindre de ne lui pas donner toute
celle qu'elle peut avoir.
Si l'on étoit difpenfé de bien connoître
le génie & les fineffes des Langues , ce
devroit être des Langues anciennes : cependant
les Traducteurs des Anciens font
traités plus févèrement que les autres.
La fuperftition en faveur de l'antiquité
nous fait fuppofer que les Anciens fe font
toujours exprimés de la manière la plus
heureufe ; c'eft à qui leur trouvera plus
de fineffe & de beautés.
On a prétendu que les Langues n'avoient
point de caractere particulier. M.
Dalembert convient qu'entre les mains
d'un homme de génie chaque Langue ſe
prête à tous les ftyles.
» Mais fi toutes font également propres
à chaque genre d'ouvrage , elles ne le
font pas également à exprimer une
" même idée : c'eft en quoi confifte la
diverfité de leur génie. E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
» Les Langues , dit -il , en conféquence
» de cette diverfité , doivent avoir les
» unes fur les autres des avantages réci-
» proques.
Mais leurs avantages feront en
général d'autant plus grands qu'elles
» auront plus de variété dans les tours
» & de brièveté dans la conftruction , de
» licences, & de richeffes . » De toutes les
Langues cultivées par les gens de Lettres ,
F'Italienne eft, felon M. Dalembert, celle
qui réunit ces avantages au plus haut
degré. La Langué Françoife au contraire ,
celle qui met le plus à la gêne les Tra
ducteurs comme les Poëtes.
و د
Si les Langues ont leur génie , les
» Ecrivains ont auffi le leur. Le caractere
de l'original doit donc paffer auffi dans
la copie. Sans cette qualité les tra-
» ductions font des beautés régulieres ,
» fans ame & fans phyfionomie. Repré
» fenter de la même maniere des Au-
» teurs différens , c'eft l'efpéce de contrefens
qui fait le plus de tort à une
» Traduction ; les autres font paffagers
» & fe corrigent .
و د
Le caractère des Ecrivains eft ou dans
la penfée, ou dans le ftyle , ou dans
l'un & dans l'autre. Les Ecrivains dont
le caractère eft dans la penſée , font ceux
qui paffent le moins dans une Langue
JUILLET. 1759. 103
étrangère. Corneille , conclut M. Dalembert
, doit donc être plus facile à traduire
que Racine , & Tacite plus que Sallufte.
» Les Ecrivains les plus intraitables à
» la traduction , font ceux dont la maniere
» d'écrire eſt à eux. Les Anglois ont affez
» bien traduit quelques Tragédies de Ra-
» cine ; je doute , dit M. D. qu'ils tradui-
» fiffent avec le même fuccès les Fables
» de la Fontaine , l'ouvrage peut - être le
plus original que la Langue Françoiſs
» ait produit. "
Les Poëtes peuvent- ils être traduits en
Vers ? Doit - on ne les traduire qu'en
Profe ? M. Dalembert prouve très- bien
que l'un & l'autre eft impoffible . En
Profe l'original eſt dénué du nombre &
de l'harmonie ; en Vers il prend un nombre
& une harmonie nouvelle ; & il faut
avouer que les Poëtes anciens perdent au
change , dans quelque Langue qu'on les
traduife. La gêne du Vers oblige de plus
le Traducteur à dénaturer fouvent l'original
en fubftituant une fentence à une image
, une image à un ſentiment : ce qui
donne beaucoup d'avantage à la traduction
en Profe ; mais dans les Vers la régularité
de la cadence eft une beauté
pour l'oreille , à laquelle la Profe ne peut
E iv
104
MERCURE DE FRANCE.
fuppléer. Ainfi la traduction en Profe
eft une copie reffemblante mais foible :
» la
traduction en Vers eft un ouvrage
» fur le même fujet , plutôt qu'une copie.»
M. Dalembert veut qu'un Traducteur
ofe fe permettre de corriger les traits défectueux
de l'original , qu'il fçache riſquer
au befoin des expreffions nouvelles qu'il
appelle expreffions de génie , & par-là
il entend la réunion néceffaire & adroite
de quelques termes connus , mais qui
n'ont pas encore été mis enfemble. « C'eft,
» dit- il , prefque la feule maniere d'in-
»nover qui foit permife en écrivant. »
Il en donne pour exemple les termes
énergiques & finguliers
qu'employent des
Etrangers de beaucoup d'efprit qui parlent
facilement &
hardiment le françois.
Leur maniere de penfer dans leur Langue
& de s'exprimer dans la nôtre , eft, dit- il,
l'image d'une bonne traduction ; & il prétend
avec raifon que des
traductions bien
faites feroient le moyen le plus fûr & le
plus prompt d'enrichir les Langues. Elles
feront plus , » elles
multiplieront les bons
» modeles ; elles aideront à connoître le
» caractere des Ecrivains , des fiécles &
» des peuples ; elles feront
appercevoir
les nuances qui
diftinguent le goût uni-
» verfel & abfolu du goût national. »
JUILLET. 1759. 105
M. Dalembert invite les Traducteurs à
s'affranchir de l'obligation de traduire un
Auteur d'un bout à l'autre. J'avoue qu'il
feroit avantageux d'abréger en traduifant ,
mais fans laiſſer de lacune , & à condition
qu'on garderoit le fil du récit dans les
Hiftoriens , du raifonnement dans les Philofophes
, & de l'action dans les Poëtes .
C'eft ainfi que je defire depuis longtemps
qu'on ofe traduire le Poëme de Lucain
où je trouve , comme M. Dalembert , de
la déclamation & de la monotonie ; mais
que je ne crois pas auffi dénué d'images
que M. Dalembert le prétend. Les principes
qu'il vient d'expofer font ceux qu'il
a cru devoir fuivre dans la traduction de
différents morceaux de Tacite ; & la maniere
dont il rend compte de fon travail ,
en donneroit feule la plushaute idée. Il faut
en avoir fenti , comme il a fait , toutes les
difficultés pour être en état de les vaincre.
Un des morceaux les plus curieux de
ce Recueil eft la réponſe de M. Dalembert
à M. Rouſſeau , Citoyen de Genêve. Si
j'avois pû la prévoir je n'aurois pas pris
fur moi de juftifier nos Spectacles : ils ont
dans M. Dalembert un Apologifte bien
plus éloquent que moi . J'ai eu le bonheur
de me rencontrer avec lui en bien des
points . Les vérités fimples fe préfentent
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
à tout le monde ; mais il n'eft pas donné
à tout le monde de les rendre avec certe
force que leur donne le ftyle de M. D.
و د
Pourquoi des amusemens dit M.
Rouffeau , la vie eft fi courte & le temps
» eft fi précieux ! Qui en doute ? répond
» M. Dalembert . Mais en même temps
» la vie eft fi malheureufe & le plaifir fi
» rare ! Pourquoi envier aux hommes ,
» deftinés prefqu'uniquement par la na-
» ture à pleurer & à mourir, quelques délaffemens
paffagers qui les aident à fup-
» porter l'amertume ou l'infipidité de leur
» exiſtence !... Sans doute tous nos divertiffemens
forcés & factices , inventés &
» mis en ufage par l'oifiveté, font bien au-
» deffous des plaifirs fi purs & fimples
» que devroient nous offrir les devoirs de
» citoyen , d'ami , d'époux , de fils , &
» de pere : mais rendez- nous donc , fi vous
le pouvez , ces devoirs moins pénibles
» & moins triftes ; ou fouffrez qu'après les
» avoir remplis de notre mieux nous nous
» confolions de notre mieux auffi des
chagrins qui les accompagnent. Rendez
» les peuples plus heureux , & par conféquent
les Citoyens moins rares
» amis plus fenfibles & plus conftans ,
» les peres plus juftes , les enfans plus
» tendres , les femmes plus fidèles & plus
ود
"
"
»
ود
les
JUILLET. 1759. 107
vraies : nous ne chercherons point alors
» d'autres plaifirs que ceux qu'on goûte
» au fein de l'amitié , de la Patrie , de la
» nature & de l'amour. »
M. Dalembert avoue que l'eftime pu→
blique eft le but principal des Poëtes
dramatiques comme de tous les Ecrivains,
fans en excepter les Philofophes , qui déclament
contr'elle , & qui femblent la
dédaigner. » L'indifference fe taît , & ne
» fait point tant de bruit ; les injures
» même dites à une nation , ne font quel-
» quefois qu'un moyen plus piquant de
» fe rappeller à fon fouvenir. Et le fa-
» meux Cynique.de la Grèce eût bientôt
» quitté ce tonneau d'où il bravoit les
» préjugés & les Rois , fi les Athéniens
» euffent paffé leur chemin fans le regarder
& fans l'entendre . La vraie Philofophie
ne confifte point à fouler aux
pieds la gloire , & encore moins à le
» dire ; mais à n'en pas faire dépendre
» fon bonheur , même en tâchant de la
» mériter. >>
Mais fi la gloire eft le premier objet
des Poëtes , l'utilité publique peut être au
moins le fecond : or » l'effet de la morale
»du théâtre eſt moins d'opérer un chan-
"gement fubit dans les coeurs corrompus,
que de prémunir contre le vice les ames
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
foibles par l'exercice des fentimens
" honnêtes , & d'affermir dans ces mê
» mes fentimens les ames vertueuſes.
و ر
M. Rouffeau voudroit bannir du théâtre
la Tragédie de Mahomet. » Plût à
» Dieu , dit M. Dalembert , qu'elle y fût
» plus ancienne de deux cens ans ! L'efprit
philofophique qui l'a dictée feroit
» de même date parmi nous , & peut-être
» eût épargné à la Nation Françoife ,
» d'ailleurs fi paifible & fi douce , les
» horreurs & les atrocités religieufes auxquelles
elle s'eft livrée. Si cette Tragédie
laiffe quelque chofe à regretter aux
Sages ,, c'eft de n'y voir que les forfaits
» caufés par le zèle d'une fauffe Religion,
» & non les malheurs encore plus déplo-
» rables , où le zèle aveugle pour une
Religion vraie , peut quelquefois en-
» traîner les hommes.
4
و د
ود
"
و د
A l'égard de l'Amour » Voudriez-vous
» le bannir de la fociété ? demande M.
» Dalembert à M. Rouffeau. Ce feroit ,
» je crois , pour elle , un grand bien &
» un grand mal ; mais vous chercheriez
» en vain à détruire cette paffion... Or fi
» on ne peut & fi on ne doit peut - être
» pas étouffer l'amour dans le coeur des
» hommes , que reste- t-il à faire finon de
» le diriger vers une fin honnête , & de
JUILLET. 1759: 109
» nous montrer dans des exemples illuftres
fes fureurs & fes foibleffes , pour
» nous en défaire ou nous en guérir ?
A l'égard de la Comédie , M. Dalembert
convient que nous fommes plus
frappés du ridicule qu'elle joue que des
vices dont ce ridicule eft la fource ; mais
il obferve avec raifon qu'elle fuppofe
déjà le vice déteſté comme il doit l'être ,
& que c'est le ridicule qu'elle s'attache à
faire fentir. Il eft donc tout fimple ;
» dit-il , que le fentiment qu'elle fuppofe ,
" nous affecte moins ( dans le moment
» de la repréſentation ) que celui qu'elle
» cherche à exciter en nous, fans que pour
» cela elle nous falſe prendre le change
»fur celui de ces deux fentimens qui doit
» dominer dans notre ame. »
En réfutant la critique de M. Roufſeau
fur le caractère du Miſantrope , il en
fait une beaucoup plus jufte à ce qui me
ſemble, du caractère de Philinte. Il trouve
que dans la Scène du Sonnet , Philinte
devoit attendre qu'Oronte lui demandât
fon avis , & fe borner à une approbation
foible. » La colère du Mifantrope fur la
» complaifance de Philinte , n'en eût été
» que plus plaifante , parce qu'elle eût
» été moins fondée ; & la fituation des
» perſonnages eût produit un jeu de théâTO
MERCURE DE FRANCE .
tre d'autant plus grand , que Philinte
" eût été partagé entre l'embarras de
» contredire Alcefte & la crainte de cho-
"quer Oronte. »
M. Dalembert regarde avec raifon la
Comédie attendriffante dont l'Enfant Prodigue
eft le modèle , comme plus intéreffante
pour nous que la Tragédie ellemême.
Les malheurs de la vie privée
» font , dit-il , l'image fidelle des peines
» qui nous affligent ou qui nous mena-
» cent ; un Roi n'eft prefque pas notre
» femblable , & le fort de nos pareils a
bien plus de droits à nos larmes. »
Sur l'Article des Comédiens » com
» ment n'avez-vous pas fenti, demandeM.
D. à M. R. que fi ceux qui repréfentent
» nos pièces méritent d'être deshonorés ,
» ceux qui les compofent mériteroient
auffi de l'être ; & qu'ainfi en élevant
les uns & en aviliffant les autres , nous
» avons été tout à la fois bien inconfé-
» quens & bien barbares , »
Avant que d'aller plus loin , qu'il me
foit permis derépondre un mot à ce qu'ont
dit de moi & de mon Apologie du Théâtre
des Journaliſtes avec lefquels je ferai
toujours fort aife de difcuter mes opinions
itera 5.Luci
On m'a reproché ( Journal de TrévouK,
) JUILLET 17599 III
Avril 1759 , page 859 & fuivantes ) d'être
du nombre de ceux qui arment l'erreur
» de tant de fophifmes, qu'il n'eft prefque
plus poffible de reconnoître ce qu'il
faut croire. Si dans la controverfe des
» Spectacles on n'infifte pas fur les preuves
tirées de la Religion , les Partiſans du
" Théâtre fe fauveront toujours , dit- on ,
» dans le nuage dont ils fçavent fi bien
» s'envelopper. »
»
Rien n'est plus aifé que de démêler
le vice d'un Sophifme ; fi j'en ai employé
quelqu'un en faveur des Spectacles,
il étoit juſte de m'en convaincre & voilà
ce qu'on n'a pas fait . Les preuves tirées
de la Religion décident une queftion
que je n'ai pas révoquée en doute ;
fçavoir que les Spectacles dangereux pour
les moeurs , tels que les ont condamnés
les Peres & les Docteurs de l'Egliſe ,
font en effet condamnables & doivent
être profcrits. Mais peut-il y avoir des
Spectacles utiles aux moeurs ? Et ceux-là
doivent- ils être confervés ? Le Théâtre
François eft-il dans le cas de cette exception
, confidéré feulement comme
compofé de nos Tragédies les plus eftjmées
& de nos meilleures Comédies ?
Voilà de quoi il s'agiffoit dans mes analyfes
de la Lettre de M. Rouſſeau. Sur
11½ MERCURE DE FRANCE.
و د
la Scene Françoife , ai-je dit , » toutes
» les inclinations pernicieufes font con-
» damnées , toutes les paffions funeftes y
infpirent l'horreur , toutes les foibleffes
» malheureuſes y font naître la pitié &
la crainte. Les fentimens qui de leur
>> nature peuvent être dirigés au bien &
» au mal , comme l'ambition & l'amour ,
"y font peints avec des couleurs inté-
» reffantes ou odieufes , felon les cir-
» conftancès qui les décident ou vertueux
» ou criminels. Telle eft la régle inva-
» riable de la ſcène tragique , & le Poëte
qui l'auroit violée révolteroit tous les
39
efprits. Ceft-là le fait que j'ai tâché
de prouver à l'égard de la Tragédie : fi
ce fait eft vrai, il eſt évident que le Théâtre
Tragique François n'eft pas du nombre
des Spectacles que l'Evangile & les
Peres de l'Eglife ont condamnés ; mais
que ce fait foit vrai ou non , c'est une
queftion qu'ils n'ont pas décidée , & que
j'ai eu par conféquent la liberté d'exa
miner.
Al'égard de la Comédie , j'ai reconnu
» que le Théâtre , quoique purgé de fon
» ancienne indécence , n'eft pas encore
» affez châtié ; que Dancourt , Monfleury
» & leurs femblables devroient en être
à jamais bannis ; qu'en un mot le feul
JUILLET. 1959. 113
» comique honnête & moral doit être
» donné en ſpectacle. » Il s'agiffoit donc
d'examiner, non pas s'il y avoit des Comédies
répréhensibles du côté des moeurs :
j'en tombois d'accord ; mais s'il y avoit
des Comédies dont les moeurs fuffent bonnes
& les leçons utiles . Et c'eft fur quoi
je croyois que l'Evargile ni les Peres de
l'Eglife n'avoient rien décidé pour le fiécle
préfent.
L'Evangile , difent les Journaliſtes de
Trévoux , condamne tout fans modification
ni reftriction quelconque. Il condamneroit
don cauffi les Tragédies de Collège. Mais
c'eft ce que je ne crois pas. C'est ce que ne
croyoit pas M. Boffuet lorsqu'il répondit
indirectement fur cette queſtion des
Spectacles :qu'il y avoit de grands exemples
pour , & de grandes raifons contre :
car il eft certain qu'il n'eût pas biaifé
fur un point formellement décidé par
l'Evangile. C'eft ce que ne croyoit pas
non plus le Pere Porée , cet homme
pieux , lorfqu'en attaquant les Spectacles
tels qu'ils étoient , il les approuvoit tels
qu'ils pouvoient être. C'eft ce qu'on ne
croit pas à Rome où les Spectacles font
permis & fréquentés par des perfonnes
d'une vie très-édifiante ; ni en France
dans les fociétés chargées de l'éducation
114 MERCURE DE FRANCE.
de la ieuneffe qui prefque toutes , depuis
le Collège de Louis le Grand jufqu'à S.
Cyr , font entrer l'exercice de la déclamation
Théâtrale dans l'inftitution des
jeunes perfonnes de l'un & de l'autre
féxe , comme un moyen de leur former
l'efprit & le coeur. Il eft vrai qu'on choifit
pour cela les piéces les plus épurées ;
mais il ne s'enfuit pas moins qu'un Spectacle
dont les moeurs font bonnes eft
un amuſement permis & utile ; & quant
à la queftion particulière , fi les niceurs
de telle ou de telle de nos piéces font
bonnes ou mauvaiſes , ni l'Evangile ni
les Peres n'ont vraisemblalement rien
prononcé là-deffus. J'ai donc pû entrer
dans cette difcuffion avec M. Rouffeau ,
fans m'expofer à d'autres reproches qu'à
celui de m'être trompé , encore faut- il
qu'on le prouve. Du refte je fuis trèsfenfible
à ce que les mêmes Journaliſtes
ont bien voulu dire d'obligeant fur mes
analyſes ; mais ils me font l'honneur d'y
fuppofer un art que je n'y ai pas mis ;
& je ferois bien plus reconnoiffant s'ils
euffent voulu y appercevoir la fimplicité
& la bonne foi avec lefquelles je dis ce
que je penſe.
K
Revenons à M. Dalembert. Après avoir
juſtifié le Théâtre François , il fait en
JUILLET. 1759. 115
paffant l'apologie des femmes que M. R.:
a fi violemment attaquées. » Le genre:
» humain feroit bien à plaindre , lui ditil
, » fi l'objet le plus digne de nos hom-
» mages étoit en effet auffi rare que
vous le dites. Mais fi par malheur vous
» aviez raifon , quelle en feroit la trifte
caufe ? L'esclavage & l'efpéce d'avilif-
» fement où nous avons mis les femmes.
»Nous traitons la Nature en elles comme
» nous la traitons dans nos jardins : nous
» cherchons à l'orner en l'étouffant. Si la
plupart des Nations ont agi comme
nous à leur égard , c'eft que partout
>> les hommes ont été les plus forts , &
» que partout le plus fort eft l'oppref-
»feur & le tyran du plus foible. Je ne
fçai fi je me trompe , mais il me fem-
» ble que l'éloignement où nous tenons
» les femmes , de tout ce qui peut les
» éclairer & leur élever l'ame , eſt bien
capable , en mettant leur vanité à la
gêne , de flatter leur amour-propre. On
»diroit que nous fentons leurs avanta-
»ges , & que nous voulons les empê¬
cher d'en profiter.
"
Il s'élève contre l'éducation puérile
qu'on leur donne ; & ce morceau plein
d'éloquence ne ſçauroit être affez connu.
Nous avons éprouvé tant de fois , dit-il ,
116 MERCURE DE FRANCE:
SIZEA
co
esc
» combien la culture de l'efprit & l'exer-
» cice des talens font propres à nous dif-
» traire de nos maux , & à nous conſoler
dans nos peines ! pourquoi refufer à la
» plus aimable moitié du genre humain ,
» deftinée à partager avec nous le malheur
d'être , le foulagement le plus pro-
» pre à le lui faire fupporter ? Philofophes
"" que la Nature a répandus fur la ſurface , d
» de la terre , c'eſt à vous à détruire , s'il
vous eft poffible , un préjugé fi funefte ;
c'eft à ceux d'entre vous qui éprouvent
la douceur ou le chagrin d'être peres ,
» d'ofer les premiers fecouer le joug d'un
» barbare uſage , en donnant à leurs filless for
la même éducation qu'à leurs autres
enfans. Qu'elles apprennent feulement
»de vous en recevant cette éducation , el
précieuſe , à la regarder uniquement
» comme un préfervatif contre l'oifivété ,
un rempart contre les malheurs ; & non
»comme l'aliment d'une curiofité vaine
» & le fujet d'une oftentation frivole.o
» Voilà tout ce que vous devez & tout &pasl'id
» ce qu'elles doivent à l'opinion publique , les aux
qui peut les condamner à paroître igno- que
❤rantes , mais non pas les forcer à l'être.quile
» On vous a vu fi
fouvent
pour des motifs esfer
» très-légers , par vanité , ou par humeur ,
»
22 heurter de front les idées de votre
ble
qui
les
les
le
fermet
ful
roient
JUILLET. 1759 117
"
33
-
la´vie
fiécle ;pour quel intérêt plus grand pou-
» vez-vous le braver , que pour l'avantage
de ce que vous devez avoir de plus
cher au monde , pour rendre la vie
» moins amère à ceux qui la tiennent de
» vous , & que la Nature a deſtinés à vous
»furvivre & à fouffrir ; pour leur procurer
» dans l'infortune , dans les maladies , dans
la pauvreté , dans la vieilleffe , des ref-
»fourcesdont notre injuftice les a privées?
» on regarde communément , Monfieur ,
» les femmes comme très fenfibles &
"très foibles ; je les crois au contraire ou
» moins fenfibles ou moins foibles que
» nous. Sans force de corps , fans talens ,
»fans étude qui puiffe les arracher à leurs
" peines , & les leur faire oublier quelques
» momens , elles les fupportent néan-
» moins , elles les dévorent , & fçavent
» quelquefois les cacher mieux que nous :
» cette fermeté fuppofe en elles , ou une
"ame peu fufceptible d'impreffions pro-
» fondes , ou un courage dont nous n'a-
" vons pas l'idée. Combien de fituations
cruelles auxquelles les hommes ne réfiftent
que par le tourbillon d'occupa-
" tions qui les entraîne : les chagrins des
» femmes feroient- ils moins pénétrans &
» moins vifs que les nôtres ? Ils ne le
» devroient pas être. Leurs peines vien-
»
18 MERCURE DE FRANCE.
» nent ordinairement du coeur ; les nôtres
»n'ont fouvent pour principe que la vanité
& l'ambition . Mais ces fentimens
étrangers que l'éducation a portés dans
notre ame , que l'habitude y a gravés ,
»& que l'exemple fortifie , deviennent
( à la honte de l'humanité ) plus puif
fants fur nous que les fentimens naturels;
la douleur fait plus périr de Miniftres
déplacés que d'Amans malheureux. »
و د
M. Dalembert a réfervé pour la fin de
fa Lettre l'Article qui intéreffe Genêve ,
& cet Article a deux objets : le fpectacle,
& le dogme des Miniftres. Quant au premier
, il avoue que la Comédie feroit au
moins inutile aux Génévois s'ils en étoient
encore à l'âge d'or ; mais ils m'ont paru ,
dit-il , affez avancés , ou fi vous voulez
affez pervertis pour pouvoir entendre
Brutus & Rome fauvée , fans avoir à
craindre d'en devenir pires.
A l'égard de la dépenſe , » la Ville de
» Genêve eft , à proportion de fon éten-
» due , une des plus riches de l'Europe , »
& M. Dalembert dit avoir lieu de croire
que plufieurs Citoyens opulens de cette
Ville , qui defireroient y avoir un théâtre
, fourniroient fans peine une partie
de la dépenfe. Un ou deux jours de la
femaine fuffiroient à cet amuſement , &
JUILLET. 1759 . 119
"
on pourroit prendre pour l'un de ces
jours celui où le Peuple fe repofe. Du
refte , dans un état auffi petit , où l'oeil
vigilant des Magiftrats peut s'étendre au
même inftant d'une frontiere à l'autre , il
feroit facile d'éclairer la conduite des
Comédiens , & de maintenir les loix
fomptuaires. » Il ne falloit pas moins ,
pourfuit M. Dalembert , » qu'un Philofophe
exercé comme vous aux paradoxes,
» pour nous foutenir qu'il y a moins de
» mal à s'enyvrer & à médire , qu'à voir
repréſenter Cinna & Polieucte . Il ajoute
que les Citoyens de Genêve ſe récrient
» fort contre cette peinture que M. R. a
» faite de leur vie journalière , qu'ils fe
plaignent que le peu de féjour qu'a
» fait M. R. parmi eux , ne lui ayant
pas laiffé le temps de les connoître
» ni d'en fréquenter affez les différens
» états , il a repréſenté comme l'efprit
général de cette fage République , ce
» qui n'eft tout au plus que le vice obfcur
& méprifé de quelques Sociétés
>> particulières.
A l'égard des fentimens que M. Dālembert
a attribué aux Miniftres de Genêve
en matiere de Religion , il dit en
avoir parlé , non d'après un fecret confié
mais d'après leurs ouvrages , & d'après
120 MERCURE DE FRANCE.
des converfations publiques. Moyens que
M. Rouffeau n'avoit pas compris dans
fon énumération . » Si je me ſuis trompé ,
» ajoute M. Dalembert , tout autre que
» moi , j'oſe le dire , eût été trompé
» de même. Il obferve de plus que les
fentimens qu'il attribue aux Miniftres de
Genêve font une fuite néceffaire de leurs
principes , d'après lefquels il prétend
que quand ils ne feroient pas Sociniens
, il faudroit qu'ils le devinffent ,
non pour l'honneur de leur Religion ,
» mais pour celui de leur Philofophie.
( Je réserve l'Extrait du quatrième Volume
pour le Mercure prochain . )
& de Philofophie . Nouvelle édition.
CE Recueil de quelques Ouvrages de
M. Dalembert contient nombre de morceaux
déjà connus ; tels font le difcours
préliminaire de l'Encyclopédie , & la Préface
du troifième Volume de ce Dictionnaire
; l'Effai fur la Société des Gens de
Lettres & des Grands ; les Eloges académiques
de M. Bernoulli , de M. l'Abbé
JUILLET. 1759. 93
Terraffon , de M. le Préſident de Montefquieu,
avec l'Analyſe de l'Eſprit des Loix ;
celui de M. l'Abbé Mallet, & celui de M.
Dumarſais ; les Mémoires de Chriſtine, le
Difcours de réception de M. Dalembert
à l'Académie Françoife , avec des réflexions
fur l'élocution oratoire & fur le ſtyle
en général ; une Deſcription abrégée du
Gouvernement de Genève , & un Effai de
traduction de quelques morceaux de Tacite.
M. Dalembert nous avertit que parmi
ces morceaux déjà foumis au jugement du
Public , il en eft plufieurs qui reparoiffent
avec des augmentations & des changemens
, comme l'Eſſai de traduction des
morceaux de Tacite , le difcours fur l'élocution
&c.
Il a retouché de même l'Effai fur les
Gens de Lettres , & il y a fait quelques
additions relatives à l'état préfent de la
République Littéraire. Il fçait que la liberté
avec laquelle il s'eft exprimé dans
cet Eſſai , a excité quelques murmures ;
» mais a-t-il dit la vérité ? Voilà ce qui
» importe au Public. A- t- il attaqué ou
» même défigné quelqu'un ? Voilà ce qui
» importe aux Particuliers.
Je ferai cependant une obſervation fur
cette franchife philofophique dont per
94 MERCURE DE FRANCE .
fonne n'a droit de s'offenfer & dont fi peu
de gens s'accommodent. On la pardonne à
un Auteur qui n'eft plus , on l'admire dans
fes écrits comme portant le cara & ere
d'une ame libre & courageufe ; mais elle
choque dans un Auteur vivant , & la raifon
en eft bien naturelle. On regarde celui-
ci comme ufurpateur d'une autorité
que l'on veut n'accorder à perſonne ; expofé
à vivre avec lui , on exige qu'il fe
foumette aux loix de cette complaifance
fociale qui épargne la vanité des uns en
cachant la fupériorité des autres. Le plus
inévitable de tous les afcendans , & par
conféquent le plus importun
le plus
odieux pour les ames vaines , c'est l'empire
de la raiſon. Celui qui le fait fentir
fans égards , fans ménagement , eft donc
affuré de déplaire .
,
C'eft à l'homme qui penfe & qui juge
mieux que la multitude , à voir s'il a le
courage de faire des mécontens pendant
fa vie , pour avoir des admirateurs après
fa mort. On propofe un parti modéré :
ce feroit non feulement d'éviter les perfonalités
offenfantes , mais encore de préfenter
les vérités générales avec une circonfpection
timide. Mais la vérité fous
le voile en eft beaucoup moins frappante;
elle languit dans les détours ; la politeffe
JUILLET. 1759. 95 .
l'amollit & l'énerve ; & fouvent en fait
de morale l'éloquence perd de fa force
en perdant de fon âpreté , pareille à ces
remèdes dont on affoiblit la vertu fi on
leur ôte leur amertume . Un Ecrivain
brafque & tranchant doit donc renoncer
à la faveur des gens du monde ; mais fon
parti pris fur cette privation , il n'a plus
qu'un mot à dire: Lecteurs , fuppofez
que je fuis mort , & que j'écrivois il y
» a mille ans. » C'eft au moins dans ce
point de vue que l'on doit confidérer un
Ecrivain Philofophe lorfqu'on veut le
Juger équitablement . On doit l'ifoler de
la fociété , écarter toutes les confidéra
tions perfonnelles , oublier l'homme &
peler les écrits .
Les morceaux dont M. Dalembert a
nouvellement enrichi fes Mélanges , font
des réfléxions fur les éloges Académiques
; une réponse à la Lettre de M.
Rouffeau , Citoven de Genève , fur l'Article
Genève de l'Encyclopédie ; des Ob
fervations fur l'art de traduire ; un Effai
fur les Elémens de Philofophie , ou fur les
principes des connoiffances humaines ; des
réflexions
fur l'ufage & fur l'abus de la
Philofophie
en matière de goût , fur l'abus
en matière de Religion ; fur
dela
critique
la liberté dela
Mufique.
1
96 MERCURE DE FRANCE.
Parmi les additions faites aux morceaux
déjà connus & qui font en trèsgrand
nombre , ( furtout dans les effais
de traduction de Tacite ) je ne citerai
qu'un endroit de l'effai fur la fociété des
Gens de Lettres avec les Grands. Il s'agit
des protecteurs . » Ce qu'il y a de plus
honteux , pour les Grands & pour la
» Littérature , c'eft que des Ecrivains qui
» deshonorent leur état par la fatyre ,
» trouvent des protecteurs encore plus
» méprifables qu'eux. L'homme de Lettres
"
و د
digne de ce nom dédaigne également
»& de fe plaindre des uns & de répon-
» dre aux autres ; mais quelque peu ſen-
» fible qu'il doive- être aux injures prifes
» en elles-mêmes , il ne doit pas fermer
» les yeux fur l'appui qu'on leur prête ,
»ne fût ce que pour fe former une idée
jufte de ceux qui daignent les favori-
» fer. Dans les pays où la preffe n'eft pas
» libre , la licence d'infulter les Gens de
» Lettres par des fatyres , n'eft qu'une
»preuve du peu de confidération réelle
» qu'on a pour eux , du plaifir même
» qu'on prend à les voir infultés. Et pourquoi
eft-il plus permis d'outrager un
» homme de Lettres qui honore ſa na-
»tion , que de rendre ridicule un homme
» en place qui avilit la fienne ?... Je ne
و ر
» puis
JUILLET. 1759. 97
puisme difpenfer de rapporter à cette
» occafion une anecdote bien propre à
» faire connoître le caractère & l'injufti-
» ce des hommes dont je parle. Un d'entr'eux
tournoit en ridicule la délicateffe
»> exceffive d'un Ecrivain célèbre, qui avoit
» témoigné un chagrin ( trop grand fans
doute ) de quelques fatyres publiées.
» contre lui : l'Ecrivain célèbre fit une
» Chanfon où l'homme en place étoit
» effleuré très- légèrement. Si on eût cru
" l'offenfé , les Loix n'avoient pas affez
»de fupplices pour punir l'injure qu'on
» lui avoit faite. »
Je vais parcourir auffi rapidement qu'il
me fera poffible les morceaux nouvellement
ajoutés à ce Recueil ; mais il en
eft qui demandent une férieufe attention,
Dans les réfléxions fur les éloges académiques
, M. Dalembert ne diffimule
pas les abus de l'ufage où l'on eft de
célébrer des hommes qui ne méritent
que l'oubli ; mais ces abus lui paroiffent
légers en comparaifon des avantages.
»Si les anciens qui élevoient des Statues
aux grands hommes , avoient eu le
"même foin que nous , d'écrire la vie
"des gens de Lettres ; nous aurions , il
eft vrai , quelques Mémoires inutiles ,
I, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
و د
mais nous ferions plus inftruits fur les
progrès des fciences & des arts & fur les
» découvertes de tous les âges ; hiſtoire
» plus intéreffante pour nous que celle
» d'une foule de Souverains qui n'ont
» fait que du mal aux hommes. >>
Il ne veut pas que l'on fe borne à dire
ce que l'homme de Lettres a fait ; il croit
auffi utile de faire connoître ce qu'il a
été , & de peindre l'homme en mêmetemps
que l'Ecrivain . » Cependant le but
» des éloges littéraires eft de rendre les
» Lettres refpectables , & non de les avi-
» lir. Si donc la conduite a deshonoré
» les ouvrages , quel parti prendre ? Louer
» les ouvrages . Et fi d'un autre côté la
» conduite eft fans reproches & les ou-
» vrages fans mérite , que dire alors ? Se
» taire. » C'eſt en effet le parti le plus
fage & le plus décent : car il me paroît
bien difficile d'obferver dans la peinture
morale des caractères cette diſtinction
délicate que prefcrit M. Dalembert entre
les traits défectueux que l'on peut relever
& ceux qu'on doit paffer fous filence ;
& quand les limites font auffi peu marquées
, en approcher de trop près , c'eſt
s'expofer à les franchir. Ainfi la liberté
que peut fe donner à cet égard un Ecrivain
fûr de lui-même , ne doit jamais tirer
JUILLET. 1759 99
à conféquence , encore moins paffer en
régle, & le plaifir d'obferver le contraſte
ou l'accord des écrits & des moeurs d'un
homme de Lettres qui n'eft plus , ne doit
pas l'emporter fur le danger d'introduire
dans les Sociétés littéraires la fatyre perfonnelle.
» Le ton d'un éloge hiftorique ne doit
» être ni celui d'un Difcours oratoire , ni
» celui d'une narration aride. Les réflexions
philofophiques font l'ame & la
fubitance de ce genre d'écrits .... Ceft
en cela que l'illuftre Secrétaire de l'Académie
des Sciences ( M. de Fonte-
» nelle ) a furtout excellé : c'eſt par-là
» qu'il fera principalement époque dans
» l'Hiſtoire de la Philofophie : c'eſt par- là
» enfin qu'il a rendu fi dangereufe à occu-
» per aujourd'hui la place qu'il a remplie
» avec tant de fuccès. Si on peut lui re-
» procher de légers défauts , c'eft quel-
» quefois trop de familiarité dans le ftyle,
quelquefois trop de recherches & de
>> rafinement dans les idées ; ici une forte
» d'affectation à montrer en petit les
» grandes choſes ; là quelques détails pué-
» rils peu dignes de la gravité d'un ouvrage
philofophique. Voilà pourtant ,
» qui le croiroit ? en quoi la plupart de
E ij
535004
}
Too
MERCURE
DE
FRANCE
. " nos faifeurs d'éloges ont cherché à lu
>> reffembler. >>
»
Les obfervations de M. D. fur l'art de
traduire font pleines de Philofophie & de
goût. De quelque côté qu'on le tourne
» dans les Beaux-arts, dit M , Dalembert ,
» on voit partout la médiocrité dictant les
» Loix , & le génie s'abaiſſant à lui obéir.
C'eſt un Souverain empriſonné par des
» efclaves ; cependant s'il ne doit pas fe
» laiffer fubjuguer , il ne doit
ود
"
pas non
L'art
de la traduction
eft foumis
à cette
régle comme
toutes
les parties.de la littérature
: l'Auteur
en examine
les Loix ; 1.° eu égard
au génie
des Langues
;
2.º relativement
au génie
des Auteurs
; 3. par rapport
aux principes
qu'on
peut
fe faire dans
ce genre
d'écrire
.
plus tout fe permettre. »
Il femble que plus le caractère d'une
Langue approche de celui d'une autre ,
plus il eft facile de bien traduire ; mais
cette même facilité donneroit , felon M.
Dalembert , plus de Traducteurs médiocres
& moins d'excellens. Satisfait du
mérite de la reflemblance , on néglige-
Foit les graces de la diction : or une des
grandes difficultés de l'art d'écrire , &
principalement des traductions , eft , ditil
, de fçavoir jufqu'à quel point on peut
JUILLET. 1759.
101
facrifier l'énergie à la nobleffe , la correction
à la facilité , la juſteſſe rigoureuſe à
la méchanique du ftyle , & une imitation
froide & fervile eft une mauvaiſe traduction.
D'un autre côté , la différence de caractère
des Langues , laiffe au Traducteur
une liberté dangereufe. Ne pouvant donner
à la copie une parfaite reffemblance ,
il doit craindre de ne lui pas donner toute
celle qu'elle peut avoir.
Si l'on étoit difpenfé de bien connoître
le génie & les fineffes des Langues , ce
devroit être des Langues anciennes : cependant
les Traducteurs des Anciens font
traités plus févèrement que les autres.
La fuperftition en faveur de l'antiquité
nous fait fuppofer que les Anciens fe font
toujours exprimés de la manière la plus
heureufe ; c'eft à qui leur trouvera plus
de fineffe & de beautés.
On a prétendu que les Langues n'avoient
point de caractere particulier. M.
Dalembert convient qu'entre les mains
d'un homme de génie chaque Langue ſe
prête à tous les ftyles.
» Mais fi toutes font également propres
à chaque genre d'ouvrage , elles ne le
font pas également à exprimer une
" même idée : c'eft en quoi confifte la
diverfité de leur génie. E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
» Les Langues , dit -il , en conféquence
» de cette diverfité , doivent avoir les
» unes fur les autres des avantages réci-
» proques.
Mais leurs avantages feront en
général d'autant plus grands qu'elles
» auront plus de variété dans les tours
» & de brièveté dans la conftruction , de
» licences, & de richeffes . » De toutes les
Langues cultivées par les gens de Lettres ,
F'Italienne eft, felon M. Dalembert, celle
qui réunit ces avantages au plus haut
degré. La Langué Françoife au contraire ,
celle qui met le plus à la gêne les Tra
ducteurs comme les Poëtes.
و د
Si les Langues ont leur génie , les
» Ecrivains ont auffi le leur. Le caractere
de l'original doit donc paffer auffi dans
la copie. Sans cette qualité les tra-
» ductions font des beautés régulieres ,
» fans ame & fans phyfionomie. Repré
» fenter de la même maniere des Au-
» teurs différens , c'eft l'efpéce de contrefens
qui fait le plus de tort à une
» Traduction ; les autres font paffagers
» & fe corrigent .
و د
Le caractère des Ecrivains eft ou dans
la penfée, ou dans le ftyle , ou dans
l'un & dans l'autre. Les Ecrivains dont
le caractère eft dans la penſée , font ceux
qui paffent le moins dans une Langue
JUILLET. 1759. 103
étrangère. Corneille , conclut M. Dalembert
, doit donc être plus facile à traduire
que Racine , & Tacite plus que Sallufte.
» Les Ecrivains les plus intraitables à
» la traduction , font ceux dont la maniere
» d'écrire eſt à eux. Les Anglois ont affez
» bien traduit quelques Tragédies de Ra-
» cine ; je doute , dit M. D. qu'ils tradui-
» fiffent avec le même fuccès les Fables
» de la Fontaine , l'ouvrage peut - être le
plus original que la Langue Françoiſs
» ait produit. "
Les Poëtes peuvent- ils être traduits en
Vers ? Doit - on ne les traduire qu'en
Profe ? M. Dalembert prouve très- bien
que l'un & l'autre eft impoffible . En
Profe l'original eſt dénué du nombre &
de l'harmonie ; en Vers il prend un nombre
& une harmonie nouvelle ; & il faut
avouer que les Poëtes anciens perdent au
change , dans quelque Langue qu'on les
traduife. La gêne du Vers oblige de plus
le Traducteur à dénaturer fouvent l'original
en fubftituant une fentence à une image
, une image à un ſentiment : ce qui
donne beaucoup d'avantage à la traduction
en Profe ; mais dans les Vers la régularité
de la cadence eft une beauté
pour l'oreille , à laquelle la Profe ne peut
E iv
104
MERCURE DE FRANCE.
fuppléer. Ainfi la traduction en Profe
eft une copie reffemblante mais foible :
» la
traduction en Vers eft un ouvrage
» fur le même fujet , plutôt qu'une copie.»
M. Dalembert veut qu'un Traducteur
ofe fe permettre de corriger les traits défectueux
de l'original , qu'il fçache riſquer
au befoin des expreffions nouvelles qu'il
appelle expreffions de génie , & par-là
il entend la réunion néceffaire & adroite
de quelques termes connus , mais qui
n'ont pas encore été mis enfemble. « C'eft,
» dit- il , prefque la feule maniere d'in-
»nover qui foit permife en écrivant. »
Il en donne pour exemple les termes
énergiques & finguliers
qu'employent des
Etrangers de beaucoup d'efprit qui parlent
facilement &
hardiment le françois.
Leur maniere de penfer dans leur Langue
& de s'exprimer dans la nôtre , eft, dit- il,
l'image d'une bonne traduction ; & il prétend
avec raifon que des
traductions bien
faites feroient le moyen le plus fûr & le
plus prompt d'enrichir les Langues. Elles
feront plus , » elles
multiplieront les bons
» modeles ; elles aideront à connoître le
» caractere des Ecrivains , des fiécles &
» des peuples ; elles feront
appercevoir
les nuances qui
diftinguent le goût uni-
» verfel & abfolu du goût national. »
JUILLET. 1759. 105
M. Dalembert invite les Traducteurs à
s'affranchir de l'obligation de traduire un
Auteur d'un bout à l'autre. J'avoue qu'il
feroit avantageux d'abréger en traduifant ,
mais fans laiſſer de lacune , & à condition
qu'on garderoit le fil du récit dans les
Hiftoriens , du raifonnement dans les Philofophes
, & de l'action dans les Poëtes .
C'eft ainfi que je defire depuis longtemps
qu'on ofe traduire le Poëme de Lucain
où je trouve , comme M. Dalembert , de
la déclamation & de la monotonie ; mais
que je ne crois pas auffi dénué d'images
que M. Dalembert le prétend. Les principes
qu'il vient d'expofer font ceux qu'il
a cru devoir fuivre dans la traduction de
différents morceaux de Tacite ; & la maniere
dont il rend compte de fon travail ,
en donneroit feule la plushaute idée. Il faut
en avoir fenti , comme il a fait , toutes les
difficultés pour être en état de les vaincre.
Un des morceaux les plus curieux de
ce Recueil eft la réponſe de M. Dalembert
à M. Rouſſeau , Citoyen de Genêve. Si
j'avois pû la prévoir je n'aurois pas pris
fur moi de juftifier nos Spectacles : ils ont
dans M. Dalembert un Apologifte bien
plus éloquent que moi . J'ai eu le bonheur
de me rencontrer avec lui en bien des
points . Les vérités fimples fe préfentent
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
à tout le monde ; mais il n'eft pas donné
à tout le monde de les rendre avec certe
force que leur donne le ftyle de M. D.
و د
Pourquoi des amusemens dit M.
Rouffeau , la vie eft fi courte & le temps
» eft fi précieux ! Qui en doute ? répond
» M. Dalembert . Mais en même temps
» la vie eft fi malheureufe & le plaifir fi
» rare ! Pourquoi envier aux hommes ,
» deftinés prefqu'uniquement par la na-
» ture à pleurer & à mourir, quelques délaffemens
paffagers qui les aident à fup-
» porter l'amertume ou l'infipidité de leur
» exiſtence !... Sans doute tous nos divertiffemens
forcés & factices , inventés &
» mis en ufage par l'oifiveté, font bien au-
» deffous des plaifirs fi purs & fimples
» que devroient nous offrir les devoirs de
» citoyen , d'ami , d'époux , de fils , &
» de pere : mais rendez- nous donc , fi vous
le pouvez , ces devoirs moins pénibles
» & moins triftes ; ou fouffrez qu'après les
» avoir remplis de notre mieux nous nous
» confolions de notre mieux auffi des
chagrins qui les accompagnent. Rendez
» les peuples plus heureux , & par conféquent
les Citoyens moins rares
» amis plus fenfibles & plus conftans ,
» les peres plus juftes , les enfans plus
» tendres , les femmes plus fidèles & plus
ود
"
"
»
ود
les
JUILLET. 1759. 107
vraies : nous ne chercherons point alors
» d'autres plaifirs que ceux qu'on goûte
» au fein de l'amitié , de la Patrie , de la
» nature & de l'amour. »
M. Dalembert avoue que l'eftime pu→
blique eft le but principal des Poëtes
dramatiques comme de tous les Ecrivains,
fans en excepter les Philofophes , qui déclament
contr'elle , & qui femblent la
dédaigner. » L'indifference fe taît , & ne
» fait point tant de bruit ; les injures
» même dites à une nation , ne font quel-
» quefois qu'un moyen plus piquant de
» fe rappeller à fon fouvenir. Et le fa-
» meux Cynique.de la Grèce eût bientôt
» quitté ce tonneau d'où il bravoit les
» préjugés & les Rois , fi les Athéniens
» euffent paffé leur chemin fans le regarder
& fans l'entendre . La vraie Philofophie
ne confifte point à fouler aux
pieds la gloire , & encore moins à le
» dire ; mais à n'en pas faire dépendre
» fon bonheur , même en tâchant de la
» mériter. >>
Mais fi la gloire eft le premier objet
des Poëtes , l'utilité publique peut être au
moins le fecond : or » l'effet de la morale
»du théâtre eſt moins d'opérer un chan-
"gement fubit dans les coeurs corrompus,
que de prémunir contre le vice les ames
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
foibles par l'exercice des fentimens
" honnêtes , & d'affermir dans ces mê
» mes fentimens les ames vertueuſes.
و ر
M. Rouffeau voudroit bannir du théâtre
la Tragédie de Mahomet. » Plût à
» Dieu , dit M. Dalembert , qu'elle y fût
» plus ancienne de deux cens ans ! L'efprit
philofophique qui l'a dictée feroit
» de même date parmi nous , & peut-être
» eût épargné à la Nation Françoife ,
» d'ailleurs fi paifible & fi douce , les
» horreurs & les atrocités religieufes auxquelles
elle s'eft livrée. Si cette Tragédie
laiffe quelque chofe à regretter aux
Sages ,, c'eft de n'y voir que les forfaits
» caufés par le zèle d'une fauffe Religion,
» & non les malheurs encore plus déplo-
» rables , où le zèle aveugle pour une
Religion vraie , peut quelquefois en-
» traîner les hommes.
4
و د
ود
"
و د
A l'égard de l'Amour » Voudriez-vous
» le bannir de la fociété ? demande M.
» Dalembert à M. Rouffeau. Ce feroit ,
» je crois , pour elle , un grand bien &
» un grand mal ; mais vous chercheriez
» en vain à détruire cette paffion... Or fi
» on ne peut & fi on ne doit peut - être
» pas étouffer l'amour dans le coeur des
» hommes , que reste- t-il à faire finon de
» le diriger vers une fin honnête , & de
JUILLET. 1759: 109
» nous montrer dans des exemples illuftres
fes fureurs & fes foibleffes , pour
» nous en défaire ou nous en guérir ?
A l'égard de la Comédie , M. Dalembert
convient que nous fommes plus
frappés du ridicule qu'elle joue que des
vices dont ce ridicule eft la fource ; mais
il obferve avec raifon qu'elle fuppofe
déjà le vice déteſté comme il doit l'être ,
& que c'est le ridicule qu'elle s'attache à
faire fentir. Il eft donc tout fimple ;
» dit-il , que le fentiment qu'elle fuppofe ,
" nous affecte moins ( dans le moment
» de la repréſentation ) que celui qu'elle
» cherche à exciter en nous, fans que pour
» cela elle nous falſe prendre le change
»fur celui de ces deux fentimens qui doit
» dominer dans notre ame. »
En réfutant la critique de M. Roufſeau
fur le caractère du Miſantrope , il en
fait une beaucoup plus jufte à ce qui me
ſemble, du caractère de Philinte. Il trouve
que dans la Scène du Sonnet , Philinte
devoit attendre qu'Oronte lui demandât
fon avis , & fe borner à une approbation
foible. » La colère du Mifantrope fur la
» complaifance de Philinte , n'en eût été
» que plus plaifante , parce qu'elle eût
» été moins fondée ; & la fituation des
» perſonnages eût produit un jeu de théâTO
MERCURE DE FRANCE .
tre d'autant plus grand , que Philinte
" eût été partagé entre l'embarras de
» contredire Alcefte & la crainte de cho-
"quer Oronte. »
M. Dalembert regarde avec raifon la
Comédie attendriffante dont l'Enfant Prodigue
eft le modèle , comme plus intéreffante
pour nous que la Tragédie ellemême.
Les malheurs de la vie privée
» font , dit-il , l'image fidelle des peines
» qui nous affligent ou qui nous mena-
» cent ; un Roi n'eft prefque pas notre
» femblable , & le fort de nos pareils a
bien plus de droits à nos larmes. »
Sur l'Article des Comédiens » com
» ment n'avez-vous pas fenti, demandeM.
D. à M. R. que fi ceux qui repréfentent
» nos pièces méritent d'être deshonorés ,
» ceux qui les compofent mériteroient
auffi de l'être ; & qu'ainfi en élevant
les uns & en aviliffant les autres , nous
» avons été tout à la fois bien inconfé-
» quens & bien barbares , »
Avant que d'aller plus loin , qu'il me
foit permis derépondre un mot à ce qu'ont
dit de moi & de mon Apologie du Théâtre
des Journaliſtes avec lefquels je ferai
toujours fort aife de difcuter mes opinions
itera 5.Luci
On m'a reproché ( Journal de TrévouK,
) JUILLET 17599 III
Avril 1759 , page 859 & fuivantes ) d'être
du nombre de ceux qui arment l'erreur
» de tant de fophifmes, qu'il n'eft prefque
plus poffible de reconnoître ce qu'il
faut croire. Si dans la controverfe des
» Spectacles on n'infifte pas fur les preuves
tirées de la Religion , les Partiſans du
" Théâtre fe fauveront toujours , dit- on ,
» dans le nuage dont ils fçavent fi bien
» s'envelopper. »
»
Rien n'est plus aifé que de démêler
le vice d'un Sophifme ; fi j'en ai employé
quelqu'un en faveur des Spectacles,
il étoit juſte de m'en convaincre & voilà
ce qu'on n'a pas fait . Les preuves tirées
de la Religion décident une queftion
que je n'ai pas révoquée en doute ;
fçavoir que les Spectacles dangereux pour
les moeurs , tels que les ont condamnés
les Peres & les Docteurs de l'Egliſe ,
font en effet condamnables & doivent
être profcrits. Mais peut-il y avoir des
Spectacles utiles aux moeurs ? Et ceux-là
doivent- ils être confervés ? Le Théâtre
François eft-il dans le cas de cette exception
, confidéré feulement comme
compofé de nos Tragédies les plus eftjmées
& de nos meilleures Comédies ?
Voilà de quoi il s'agiffoit dans mes analyfes
de la Lettre de M. Rouſſeau. Sur
11½ MERCURE DE FRANCE.
و د
la Scene Françoife , ai-je dit , » toutes
» les inclinations pernicieufes font con-
» damnées , toutes les paffions funeftes y
infpirent l'horreur , toutes les foibleffes
» malheureuſes y font naître la pitié &
la crainte. Les fentimens qui de leur
>> nature peuvent être dirigés au bien &
» au mal , comme l'ambition & l'amour ,
"y font peints avec des couleurs inté-
» reffantes ou odieufes , felon les cir-
» conftancès qui les décident ou vertueux
» ou criminels. Telle eft la régle inva-
» riable de la ſcène tragique , & le Poëte
qui l'auroit violée révolteroit tous les
39
efprits. Ceft-là le fait que j'ai tâché
de prouver à l'égard de la Tragédie : fi
ce fait eft vrai, il eſt évident que le Théâtre
Tragique François n'eft pas du nombre
des Spectacles que l'Evangile & les
Peres de l'Eglife ont condamnés ; mais
que ce fait foit vrai ou non , c'est une
queftion qu'ils n'ont pas décidée , & que
j'ai eu par conféquent la liberté d'exa
miner.
Al'égard de la Comédie , j'ai reconnu
» que le Théâtre , quoique purgé de fon
» ancienne indécence , n'eft pas encore
» affez châtié ; que Dancourt , Monfleury
» & leurs femblables devroient en être
à jamais bannis ; qu'en un mot le feul
JUILLET. 1959. 113
» comique honnête & moral doit être
» donné en ſpectacle. » Il s'agiffoit donc
d'examiner, non pas s'il y avoit des Comédies
répréhensibles du côté des moeurs :
j'en tombois d'accord ; mais s'il y avoit
des Comédies dont les moeurs fuffent bonnes
& les leçons utiles . Et c'eft fur quoi
je croyois que l'Evargile ni les Peres de
l'Eglife n'avoient rien décidé pour le fiécle
préfent.
L'Evangile , difent les Journaliſtes de
Trévoux , condamne tout fans modification
ni reftriction quelconque. Il condamneroit
don cauffi les Tragédies de Collège. Mais
c'eft ce que je ne crois pas. C'est ce que ne
croyoit pas M. Boffuet lorsqu'il répondit
indirectement fur cette queſtion des
Spectacles :qu'il y avoit de grands exemples
pour , & de grandes raifons contre :
car il eft certain qu'il n'eût pas biaifé
fur un point formellement décidé par
l'Evangile. C'eft ce que ne croyoit pas
non plus le Pere Porée , cet homme
pieux , lorfqu'en attaquant les Spectacles
tels qu'ils étoient , il les approuvoit tels
qu'ils pouvoient être. C'eft ce qu'on ne
croit pas à Rome où les Spectacles font
permis & fréquentés par des perfonnes
d'une vie très-édifiante ; ni en France
dans les fociétés chargées de l'éducation
114 MERCURE DE FRANCE.
de la ieuneffe qui prefque toutes , depuis
le Collège de Louis le Grand jufqu'à S.
Cyr , font entrer l'exercice de la déclamation
Théâtrale dans l'inftitution des
jeunes perfonnes de l'un & de l'autre
féxe , comme un moyen de leur former
l'efprit & le coeur. Il eft vrai qu'on choifit
pour cela les piéces les plus épurées ;
mais il ne s'enfuit pas moins qu'un Spectacle
dont les moeurs font bonnes eft
un amuſement permis & utile ; & quant
à la queftion particulière , fi les niceurs
de telle ou de telle de nos piéces font
bonnes ou mauvaiſes , ni l'Evangile ni
les Peres n'ont vraisemblalement rien
prononcé là-deffus. J'ai donc pû entrer
dans cette difcuffion avec M. Rouffeau ,
fans m'expofer à d'autres reproches qu'à
celui de m'être trompé , encore faut- il
qu'on le prouve. Du refte je fuis trèsfenfible
à ce que les mêmes Journaliſtes
ont bien voulu dire d'obligeant fur mes
analyſes ; mais ils me font l'honneur d'y
fuppofer un art que je n'y ai pas mis ;
& je ferois bien plus reconnoiffant s'ils
euffent voulu y appercevoir la fimplicité
& la bonne foi avec lefquelles je dis ce
que je penſe.
K
Revenons à M. Dalembert. Après avoir
juſtifié le Théâtre François , il fait en
JUILLET. 1759. 115
paffant l'apologie des femmes que M. R.:
a fi violemment attaquées. » Le genre:
» humain feroit bien à plaindre , lui ditil
, » fi l'objet le plus digne de nos hom-
» mages étoit en effet auffi rare que
vous le dites. Mais fi par malheur vous
» aviez raifon , quelle en feroit la trifte
caufe ? L'esclavage & l'efpéce d'avilif-
» fement où nous avons mis les femmes.
»Nous traitons la Nature en elles comme
» nous la traitons dans nos jardins : nous
» cherchons à l'orner en l'étouffant. Si la
plupart des Nations ont agi comme
nous à leur égard , c'eft que partout
>> les hommes ont été les plus forts , &
» que partout le plus fort eft l'oppref-
»feur & le tyran du plus foible. Je ne
fçai fi je me trompe , mais il me fem-
» ble que l'éloignement où nous tenons
» les femmes , de tout ce qui peut les
» éclairer & leur élever l'ame , eſt bien
capable , en mettant leur vanité à la
gêne , de flatter leur amour-propre. On
»diroit que nous fentons leurs avanta-
»ges , & que nous voulons les empê¬
cher d'en profiter.
"
Il s'élève contre l'éducation puérile
qu'on leur donne ; & ce morceau plein
d'éloquence ne ſçauroit être affez connu.
Nous avons éprouvé tant de fois , dit-il ,
116 MERCURE DE FRANCE:
SIZEA
co
esc
» combien la culture de l'efprit & l'exer-
» cice des talens font propres à nous dif-
» traire de nos maux , & à nous conſoler
dans nos peines ! pourquoi refufer à la
» plus aimable moitié du genre humain ,
» deftinée à partager avec nous le malheur
d'être , le foulagement le plus pro-
» pre à le lui faire fupporter ? Philofophes
"" que la Nature a répandus fur la ſurface , d
» de la terre , c'eſt à vous à détruire , s'il
vous eft poffible , un préjugé fi funefte ;
c'eft à ceux d'entre vous qui éprouvent
la douceur ou le chagrin d'être peres ,
» d'ofer les premiers fecouer le joug d'un
» barbare uſage , en donnant à leurs filless for
la même éducation qu'à leurs autres
enfans. Qu'elles apprennent feulement
»de vous en recevant cette éducation , el
précieuſe , à la regarder uniquement
» comme un préfervatif contre l'oifivété ,
un rempart contre les malheurs ; & non
»comme l'aliment d'une curiofité vaine
» & le fujet d'une oftentation frivole.o
» Voilà tout ce que vous devez & tout &pasl'id
» ce qu'elles doivent à l'opinion publique , les aux
qui peut les condamner à paroître igno- que
❤rantes , mais non pas les forcer à l'être.quile
» On vous a vu fi
fouvent
pour des motifs esfer
» très-légers , par vanité , ou par humeur ,
»
22 heurter de front les idées de votre
ble
qui
les
les
le
fermet
ful
roient
JUILLET. 1759 117
"
33
-
la´vie
fiécle ;pour quel intérêt plus grand pou-
» vez-vous le braver , que pour l'avantage
de ce que vous devez avoir de plus
cher au monde , pour rendre la vie
» moins amère à ceux qui la tiennent de
» vous , & que la Nature a deſtinés à vous
»furvivre & à fouffrir ; pour leur procurer
» dans l'infortune , dans les maladies , dans
la pauvreté , dans la vieilleffe , des ref-
»fourcesdont notre injuftice les a privées?
» on regarde communément , Monfieur ,
» les femmes comme très fenfibles &
"très foibles ; je les crois au contraire ou
» moins fenfibles ou moins foibles que
» nous. Sans force de corps , fans talens ,
»fans étude qui puiffe les arracher à leurs
" peines , & les leur faire oublier quelques
» momens , elles les fupportent néan-
» moins , elles les dévorent , & fçavent
» quelquefois les cacher mieux que nous :
» cette fermeté fuppofe en elles , ou une
"ame peu fufceptible d'impreffions pro-
» fondes , ou un courage dont nous n'a-
" vons pas l'idée. Combien de fituations
cruelles auxquelles les hommes ne réfiftent
que par le tourbillon d'occupa-
" tions qui les entraîne : les chagrins des
» femmes feroient- ils moins pénétrans &
» moins vifs que les nôtres ? Ils ne le
» devroient pas être. Leurs peines vien-
»
18 MERCURE DE FRANCE.
» nent ordinairement du coeur ; les nôtres
»n'ont fouvent pour principe que la vanité
& l'ambition . Mais ces fentimens
étrangers que l'éducation a portés dans
notre ame , que l'habitude y a gravés ,
»& que l'exemple fortifie , deviennent
( à la honte de l'humanité ) plus puif
fants fur nous que les fentimens naturels;
la douleur fait plus périr de Miniftres
déplacés que d'Amans malheureux. »
و د
M. Dalembert a réfervé pour la fin de
fa Lettre l'Article qui intéreffe Genêve ,
& cet Article a deux objets : le fpectacle,
& le dogme des Miniftres. Quant au premier
, il avoue que la Comédie feroit au
moins inutile aux Génévois s'ils en étoient
encore à l'âge d'or ; mais ils m'ont paru ,
dit-il , affez avancés , ou fi vous voulez
affez pervertis pour pouvoir entendre
Brutus & Rome fauvée , fans avoir à
craindre d'en devenir pires.
A l'égard de la dépenſe , » la Ville de
» Genêve eft , à proportion de fon éten-
» due , une des plus riches de l'Europe , »
& M. Dalembert dit avoir lieu de croire
que plufieurs Citoyens opulens de cette
Ville , qui defireroient y avoir un théâtre
, fourniroient fans peine une partie
de la dépenfe. Un ou deux jours de la
femaine fuffiroient à cet amuſement , &
JUILLET. 1759 . 119
"
on pourroit prendre pour l'un de ces
jours celui où le Peuple fe repofe. Du
refte , dans un état auffi petit , où l'oeil
vigilant des Magiftrats peut s'étendre au
même inftant d'une frontiere à l'autre , il
feroit facile d'éclairer la conduite des
Comédiens , & de maintenir les loix
fomptuaires. » Il ne falloit pas moins ,
pourfuit M. Dalembert , » qu'un Philofophe
exercé comme vous aux paradoxes,
» pour nous foutenir qu'il y a moins de
» mal à s'enyvrer & à médire , qu'à voir
repréſenter Cinna & Polieucte . Il ajoute
que les Citoyens de Genêve ſe récrient
» fort contre cette peinture que M. R. a
» faite de leur vie journalière , qu'ils fe
plaignent que le peu de féjour qu'a
» fait M. R. parmi eux , ne lui ayant
pas laiffé le temps de les connoître
» ni d'en fréquenter affez les différens
» états , il a repréſenté comme l'efprit
général de cette fage République , ce
» qui n'eft tout au plus que le vice obfcur
& méprifé de quelques Sociétés
>> particulières.
A l'égard des fentimens que M. Dālembert
a attribué aux Miniftres de Genêve
en matiere de Religion , il dit en
avoir parlé , non d'après un fecret confié
mais d'après leurs ouvrages , & d'après
120 MERCURE DE FRANCE.
des converfations publiques. Moyens que
M. Rouffeau n'avoit pas compris dans
fon énumération . » Si je me ſuis trompé ,
» ajoute M. Dalembert , tout autre que
» moi , j'oſe le dire , eût été trompé
» de même. Il obferve de plus que les
fentimens qu'il attribue aux Miniftres de
Genêve font une fuite néceffaire de leurs
principes , d'après lefquels il prétend
que quand ils ne feroient pas Sociniens
, il faudroit qu'ils le devinffent ,
non pour l'honneur de leur Religion ,
» mais pour celui de leur Philofophie.
( Je réserve l'Extrait du quatrième Volume
pour le Mercure prochain . )
Fermer
Résumé : MELANGES de Littérature, d'Histoire & de Philosophie. Nouvelle édition.
Le document présente une nouvelle édition des 'Mélanges de Littérature, d'Histoire & de Philosophie' de Diderot, incluant des œuvres telles que le discours préliminaire de l'Encyclopédie et des éloges académiques de figures comme Montesquieu et Dumarsais. Diderot aborde la liberté d'expression philosophique, suggérant de présenter les vérités générales sans offenser et de juger les écrits philosophiques comme s'ils étaient écrits par un auteur décédé. Les nouvelles contributions couvrent divers sujets, notamment les éloges académiques, la traduction, la philosophie et la critique musicale. Dalembert, dans ses réflexions, reconnaît les abus dans les éloges académiques mais en souligne les avantages pour l'instruction. Il critique les écrivains qui introduisent la satire personnelle dans les sociétés littéraires et valorise les traductions en prose. Le texte traite également des rôles du théâtre. D'Alembert défend la tragédie 'Mahomet' de Voltaire et critique le personnage de Philinte dans 'Le Misanthrope'. Il répond aux critiques de Rousseau sur les comédiens, affirmant que les auteurs de pièces méritent autant de respect que les acteurs. L'auteur examine la moralité des spectacles théâtraux, reconnaissant la nécessité de proscrire les spectacles nuisibles aux mœurs tout en discutant des bénéfices potentiels des tragédies et comédies. Concernant l'éducation des femmes, le texte critique les préjugés et l'oisiveté imposées aux femmes, plaidant pour une éducation égale pour les filles et les garçons. À Genève, D'Alembert discute de l'utilité d'un théâtre, estimant que les Genevois sont suffisamment évolués pour en bénéficier sans risque moral.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
23
p. 203-216
MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
Début :
Si l'on doit apprécier les hommes par les sacrifices qu'ils font à la société, [...]
Mots clefs :
Marquis de Montcalm, Sacrifices, Éloges, Vertu, Lieutenant général des armées du roi, Études, Littérature, Carrière militaire, Régiment, Ardeur , Talents, Amérique, Capitaine, Prodige, Campagnes militaires, Exploits, Gloire, Canada, Homme illustre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
MORT S.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
ÉLOGE HISTORIQUE
DEM.
LE MARQUIS DE MONTCALM.
SI
&
I l'on doit apprécier les hommes par les facrifices
qu'ils font à la fociété , & par les fervices
qu'ils lui rendent , qui jamais fut plus digne que
M. le Marquis de Montcalm de nos éloges & de
nos regrets ? Immoler fon repos à l'Etat , fe féparer
pour lui de rout ce qu'on a de plus cher
lui donner fon fang & fa vie , eft un devoir attaché
à la noble profeffion des armes , & ce dévoûment
héroïque eft la vertu des Guerriers de
tous les pays & de tous les temps . Mais cette
vertu reçoit un nouveau luftre des talens qui la
fecondent , & des circonftances qui l'éprouvent ;
& jamais elle n'a été ni plus éprouvée ni mieux
foutenue que dans le héros que nous pleurons.
LOUIS-JOSEPH , MARQUIS DE MONTCALMGOZON
DE SAINT VÉRAN , Seigneur de Gabriac
& c. Lieutenant - Général des Armées du Roi ,
Commandeur honoraire de l'Ordre Royal & Mi-
I vi
204 MERCURE
DE FRANCE.
litaire de Saint- Louis , commandant en Chef les :
Troupes Françoifes dans l'Amérique Septentrionale
, étoit né en 1712 d'une très- ancienne famille
de Rouergue . ( a )
le
Elève de M. Dumas , Inventeur du Bureau Typographique
, il ne fit pas moins d'honneur aux
leçons de ce Maître habile que Jeune Candiac
fon frere cader , mort à l'âge de ſept ans , & mis
au nombre des enfans célèbres . (b)
"
M. de Montcalm employa fes premieres années
à l'étude des Langues; & perfonne n'étoit.
plus verfé dans la Littérature Grecque & Latine.
La mémoire eft la nourrice de l'efprit , &
celle de M. de Montcalm étoit fi heureuſe , qu'il
n'oublioit rien de ce qu'il avoit appris une fois.
Il a confervé le goût de l'étude au milieu de
tous les travaux ; & parmi les agrémens de fa
retraite , il comptoit pour beaucoup l'efpérance
d'être reçu
à l'Académie des Belles- Lettres .
Il avoit fervi pendant dix fept ans dans le Régiment
de Hainault Infanterie , où il avoit été
fucceffivement Enfeigne , Lieutenant & Capitaine.
Il fut fait Colonel du Régiment d'Auxerrois
Infanterie , en. 1743 ; Brigadier des Armées du
Roi en 1747 ; Meſtre de Camp d'un nouveau
Régiment de Cavalerie de fon nom , en 1749 ;
a voit ( a ) Jean de Montcalm , l'un de fes ancêtres ,
éponfé Jeanne de Gozon , petite nièce du Grand Maître
Diodat de Gozon , vainqueur du dragon qui defoloit l'Iffs
de Rhodes.
( b ) Jean -Louis- Pierre - Elifabeth de Montcalm de Can
diac , né à Candiac le 7 Novembre 1739 , mort à Paris
le 8 Octobre 1726. Il avoit fait des progrès furprenans
dans les langues Hébraïque , Grecque & Latine , & acquis
des connoiffances prodigieufes pour fon âge. L'Auteur du Bureau typographique avoit fait fur lui la
première expérience de cette nouvelle méthode. Voyez le
Supplément de Moreri à l'Article CANDIA· C.
JANVIER. 1760. 205
Maréchal de Camp & Commandant des Troupes
Françoiles en Amérique , en 1756-3 Commandeur
par honneur de l'Ordre de Saint- Louis , en
175 ; & Lieutenant Général , en 1758 .
Dans les grades inférieurs il le diftingua par
une ardeur & une application fans relâche ; attentif
à recueillir dans chacun de ces emplois les
lumières & l'expérience qui leur font propres &
qui compofent par degrés le fyftême de l'Art
militaire.
Devenu Colonel ' , la connoiffance qu'on avoit
de fes talens & de fon activité , lui fit confier
dans toutes les occafions des commandemens
particuliers ; & il y foutine avec éclat la réputation
qu'il avoit acquife . Il reçut trois bleffures à
la bataille fous Plaifance , donnée le 13 Juin
1746 ; & comme il fe faifoit guérir à Montpellier
de deux coups de fabre à la tête , il apprit
que fon Régiment marchoit pour aller attaquer
le pofte de l'affiette où M. le Chevalier de Belleifle
fut tué. Il part , la tête enveloppée , & , fest
bleffures encore ouvertes , joint fon Corps , fe
trouve à l'attaque , & y reçoit deux coups de feu.
Mais c'eft en Amérique furtout que les qualités
de ce grand Capitaine ont paru dans tour
leur jour. C'est là qu'il a fait voir à quel degré
il réuniſſoit la bravoure du Soldat & la grandeur
d'ame du héros ; la prudence du confeil & l'activité
de l'exécution ; ce fang- froid que rien n'altére
, cette patience que rien ne rebute , & cette
réfolution courageule qui ofe répondre du fuccès
dans des circonftances où la timide (péculation
auroit à peine entrevu des refources. C'eft
là qu'au milieu des Sauvages dont il étoit devenu
le pere , on l'a vu fe plier à leur caractère
féroce , s'endurcir aux mêmes travaux , & fe reftreindre
aux mémes befoins , les apprivoiler par
200 MERCURE DE FRANCE.
la douceur, les attirer par la confiance, les attendrir
par tous les foins de l'humanité compâtiffante , &
faire dominer le refpect & l'amour fur des ames
également indociles au joug de l'obéiffance & au
frein de la difcipline militaire ( c) . C'est là que des
fatigues & des dangers fans nombre & inconnus en
Europe n'ontjamais rallenti fon zèle . Tantôt préfent
à des fpectacles dont l'idée feule fait frémir
la nature tantôt expofé à manquer de
tout , & fouvent à mourir de faim ; réduit pendant
onze mois à quatre onces de pain par
jour ; mangeant du cheval pour donner l'exem
ple , il fut le même dans tous les temps , fati
fait de tout endurer pour la caufe de la Patrie &
pour la gloire de fon Roi. C'eſt là qu'il a exécuté
des chofes prefque incroyables , & que nós
Ennemis eux- mêmes ont regardées comme des
prodiges ; qu'avec fix bataillons François & quelques
troupes de la Colonie , non feulement il a
fait tête à trente , quarante , cinquante mille
hommes , mais qu'il leur en a impofé partout , les
a vaincus , les a diffipés , jufqu'à la malheureufe
journée où vient de périr ce grand homme.
Arrivé dans la Colonie en 1756 , il arrête par
fes bonnes difpofitions l'armée du Général Lou-
( c ) Il étoit venu à bout de les conduire fans leur donner
ni vin , ni eau - de - vie , ni même les chofes dont ils
avoient un befoin réel , & dont on manquoit à l'armée ;
mais il avoit le plus grand foin de leurs malades & de
leurs bleffés . Il connoît , difoient -ils , nos ufages & nos
manières comme s'il avoit été élevé au milieu de nos cabanes.
Loriqu'il reçut à Choueguen la nouvelle que le
Roi l'avoit honoré du Cordon rouge , ils vinrent le complimenter.
Nous fommes charmés ; lui dirent - ils , de la
grace que le grand Onowthio vient de t'accorder , parce
que nous fçavons qu'elle te caufe de la joie. Pour nous ,
nous ne t'en aimons ni ne t'en eftimons davantage , car
F'eft ta perfonne que nous eftimons & que nous aimons.
JANVIER 1760 . 207
don au lac Saint - Sacrement , laiffe des inftruce
tions au Chevalier de Lévi , Commandant en ?
fecond , revient à Montréal & marche rapidement
au lac Ontario , où il trouve trois bataillons
François & environ douze cens hommes de milices .
du pays. Avec cette petite armée qu'il allemble à
Frontenac, il court à Choueguen, y aborde fous le
feu de huit barques de dix , douze & vingt pièces
de canon que l'Anglois avoit fur ce lac , forme
un fiége , ouvre une tranchée , & enlève en cinq ,
jours les trois Forts de l'ennemi ( d ). Il y faic
dix-fept cens quarante-deux prifonniers , parmi
lefquels fe trouvoient quatre-vingt Officiers , &
deux Régimens de cette brave Infanterie Angloife.
qui avoit combattu à Fontenoy. Il rafe les Forts ,
revient à Montréal & retourne au lac Saint-Sacrement
avec les troupes victorieufes. Là il fait.
face de nouveau au Général Loudon qui eft obligé
de fe retirer à Albani , fans avoir ofé l'attaquer
malgré la fupériorité de fes forces . Il revint de
cette expédition à la fin de Novembre fur les
glaces , fouffrant depuis plus de deux mois unfroid
exceffif , & ayant parcouru depuis le mois
de Juin environ huit cens lieues de pays déferts.
C'eft ainfi que les François animés par fon exemple
ont fait la guerre en Amérique.
La campagne de 1757 ne fut pas moins furprenante
. M. de Montcalm réunit fes forces , confiftant
en fix bataillons de troupes régléesc , en
viron deux mille hommes de milice , & dix- huit
cens Sauvages de trente- deux Nations différen
tes , à la chute du lac Saint - Sacrement . Là il diviſe
fon armée en deux parties ; l'une marche
par terre , fe frayant une route à travers des
montagnes & dans des bois jufqu'alors incon
(d ) Le fort Ontario, le fort Chouëguen & le fort Georget
208 MERCURE DE FRANCE.
nus ; l'autre eſt embarquée fur le lac. Après
quatorze lieues de marche il entreprend de forcer
l'Ennemi retranché dans fon camp fous le
Fort Guillaume - Henry. Ce Fort eſt défendu par
une garnison de cinq cens hommes continuellement
rafraîchie par les troupes du camp : il l'attaque
, il le détruit , & s'il ne retint pas la garniton
prifonniere , ce ne fut que dans l'impoffibilité
où l'on étoit de la nourrir ( e ) . Peut- être
n'en feroit- il pas refté là s'il n'avoit été obligé
de renvoyer les Milices pour faire la récolte , &
de lailler partir les Sauvages dont quelques- uns
étoient venus de huit cent lieues uniquement
pour voir par eux-mêmes ce que la renommée
leur avoit appris de cet homme prodigieux.
Mais fi l'on ajoute à la circonftance du départ
des Sauvages & des Colons le défaut de munitions
de guerre & de bouché , l'extrême difficulté
du transport de tout ce qu'exige l'appareil
d'un fiége , à fix lieues de diftance , & à bras
d'hommes , avec une armée épuisée de fatigue,
& plus affoiblie encore par la mauvaiſe nourriture
, que penfera- t- on du reproche qu'on lui
fit alors de n'avoir pas marché du Fort Guillau
me au Fort Edouard ? Il fe vengea de fes Ennemis
en grand homme : il mit le comble à faréputation
dans la Campagne de 1758 , & les
accabla du poids de fa gloire.
La difette affreufe de l'Automne 1757 , qui
dura jufqu'a la fin du Printemps 1758 , mit la
Colonie à deux doigts de fa perte. M. de Montcalm
avoit reçu de France le fecours de deux
bataillons très-affoiblis par une maladie épidémi-,
que qui les avoit attaqués fur la iner, Les Anglois
( e ) Les habitans de Québec étoient alors réduits à un
quarteron de pain par jour ,
JANVIE R. 1760. 209
toujours infiniment fupérieurs en nombre & ea
moyens , avoient été renforcés de plufieurs régimens
envoyés d'Europe. Le Lord Loudon venoit
d'être rappellé pendant l'Hiver & remplacé par
le Général Abercromby. Celui-ci fait tous fes
préparatifs pour entrer de bonne heure en campa
gne & prévenir le Marquis de Montcalm . Retardé
par le défaut de vivres , le Général François ne
put mettre en mouvement qu'au mois de Juin
les huit bataillons affoiblis, les uns par les pertes de
la Campagne précédente , les autres par la maladie.
Ces bataillons ne formoient en total que trois
mille trois cens hommes. M. de Montcalm fe
porta avec cette poignée de monde fur la frontière
du Lac Saint - Sacrement ; le Général Anglois
marchoit à lui avec une armée de plus de vingtfept
mille hommes. Si M. de Montcalm étoit
battu , il n'avoit aucune retraite ; l'Ennemi pouvoit
s'avancer jufqu'a Montréal & couper en deux
la Colonie. Le Héros du canada prend dans cette
extrémité le feul parti qu'il y avoit à prendre. Il
reconnoit & choifit lui-même une polition avantageufe
fur les hauteurs de Carillon ; il y fait
tracer un retranchement en abattis , laiffe un
bataillon pour commencer l'ouvrage, & en même
temps pour garder le fort , fait avec fa petite-
Armée un mouvement audacieux , en fe portant
à quatre lieues en avant , envoie reconnoître &
reconnoît lui - même la marche de l'Ennemi ,
l'examine , le tâte , lui en impofe par fa conte
nance. Cette manoeuvre digne des plus grands
Maîtres rallentit l'ardeur de la multitude ennemie,&
occafionne dans fes mouvemens une lenteur
dont M. de Montcalm fçait tirer avantage.
Ceci fe palloit le 6 Juillet 17 58. Il écrivit le
foir en ces termes à M. Doreil , Commillaire Or210
MERCURE DE FRANCE.
donnateur. Je n'ai que pour huit jours de vivres,
> point de Canadiens (f) , pas un feul Sauvage ;
> ils ne font point arrivés : j'ai affaire à une armée
i formidable ; malgré cela je ne défefpere de
> rien , j'ai de bonnes troupes. A la contenance
» de l'ennemi je vois qu'il tatonne ; fi , par fa
lenteur , il me donne le temps de gagner la
pofition que j'ai choifie fur les hauteurs de
» Carillon , & de m'y retrancher , je le battrai . ››
M. de Montcalmrfe replia dans la nuit du 6 au 7 ,
& fit faire à la hâte fon retranchement auquel
il travailla lui- même. L'abattis n'étoit pas encore
entierement achevé , lorfqu'il fut attaqué le 8-
Juillet par dix- huit mille hommes , avec la plus
grande valeur (g) . L'ennemi toujours repouffé
revient fept fois à la charge , où plutôt on combat
fept heures préfque fans relâche depuis` midi jufqu'à
la nuit : alors le découragement & l'effroi
s'emparent des Anglois ; & , cherchant leur falut
dans la fuite , il fe retirent l'efpace de douze lieues
jufques vers les ruines du fort George , laiffant
en chemin leurs bleffés , leurs vivres & leurs équi
pages. ( h)
Cettejournée à jamais glorieuſe pour la nation
(f) Quelques relations dífent qu'il avoit 1 5 ſauvages &
450 hommes , tant de la Colonie que de la marine , mais
que les fauvages abandonnèrent dans les montagnes le détachement
auquel ils fervoient de guide , & que les 450
hommes de la Colonie & de la marine demeurèrent postés
dans la plaine , & n'y furent point attaqués.
(g) M. le Chevalier de Lévi commandoit la droite de
notre armée , M. de Bourlamaque la gauche , M. de Montcalm
le centre.
(b) Le lendemain du combat , àla pointe du jour , M.
de Montcalm envoya M. le Chevalier de Lévi , fi digne de
fa confiance par fa valeur & fon habileté ; reconnoître ce
qu'étoit devenue l'armée Anglaife . Partout M de Léyi nẹ
trouva que les traces d'une fuite précipitée.
JANVIE R. 1760. 217
Françoife couta à l'ennemi , de fon aveu , fix
mille morts ou bleffés , dont trois mille cadavres
étoient au pied de l'abattis . Le Marquis de Montcalm
étoit partout ; fes difpofitions avoient préparé
la victoire , fon exemple la décida : ni les
Canadiens ni les Sauvages ne participèrent à
l'honneur de cette journée ; ils ne joignirent l'Armée
que cinq jours après. Les foldats , pendant
le combat crioient à chaque inftant : Vive le
Roi & notre Général ! C'elt cette confiance por-`
tée jufqu'à l'entoufiafme qui fait le fort des batail-'
les : une Armée eft presque toujours affurée de
vaincre quand elle le croit invincible , & l'opinion
qu'elle a d'elle-même dépend furtout de
l'idée qu'elle a de ſon Chef.
..
לכ
En écrivant au mêine M. Doreil , dù champ
de bataille à huit heures du foir , voici comment
s'exprimoit ce Vainqueur auffi modefte dans le
triomphe qu'intrépide dans le combat : » l'Armée
»& trop petite Armée du Roi vient de battre fes>
>> ennemis. Quelle journée pour la France ! Siv
» j'avois eu deux cens Sauvages pour fervir de
» tête à un détachement de mille hommes d'élite ,
>> dont j'aurois confié le commandement au
>> Chevalier de Lévi , il n'en feroit pas échappé
» beaucoup dans leur fuite . Ah ! quelles troupes ,
>> mon cher Doreil , que les nôtres ! je n'en ai
»jamais vu de pareilles : que n'étoient- elles à
Louifbourg » Cette lettre eft digne de M. de
Turenne comme l'action qui en eft le fujet.
Dans la relation qu'il envoya le lendemain à
M. le Marquis de Vaudreuil après avoir fait
l'éloge des troupes en général , celui de MM. de
Lévi , de Bourlamaque , Officiers fupérieurs &
de la plus grande diftinction , des Commandans
des Corps , & pour ainfi dire de chaque Officier
en particulier , il ajoutoit Pour moi je n'ai
λ
2
212 MERCURE DE FRANCE.
que le mérite de m'être trouvé Général de
aufli valeureuſes.
>> troupes
Il eut toujours la même attention de rendre à
chacun de fes Officiers la part qu'ils avoient à
fa gloire. J'ai lu dans une lettre qu'il écrivit du
Camp de Carillon le 28 Septembre . » M. le Che-
» valier de Lévi qui connoît très- bien cette fron-
» tière , y a fait les meilleures difpofitions du
» monde , & je les ai fuivies.
.
Il y a de lui une infinité de traits qui caractérifent
le patriote , le guerrier , l'homme jufte ,
vertueux & modefte ; mais la diſtance des lieux
ne m'a pas permis d'en recueillir les preuves 3
& comme je ne veux dire que la vérité , je n'ai
pas cru devoir m'en tenir à la tradition , qui s'altere
de bouche en bouche.
La conftance & la réfolution furent de toutes
fes vertus les plus éprouvées & les plus éclatanres
; mais elles n'avoient rien d'une présomption
aveugle ; & perfonne ne voyoit mieux que lui
les dangers qu'il alloit courir.
Il écrivoit de Montréal le 14 Avril 1759 , » Le
» nouveau Général Anglois Amherſt a de gran-
» des forces & de grands moyens , 22 bataillons
de troupes réglées , plus de 30000 hommes de
milices auffi les Anglois comptent attaquer
» le Canada par plufieurs endroits & l'envahir.
Nous avons fauvé cette Colonie l'année der-
> nière par un fuccès qui tient quafi du prodige.
Faut il en efpérer un pareil ? il faudra au
> moins le tenter. Quel dommage que nous
n'ayons pas un plus grand nombre d'auffi va-
>> leureux foldats ! » L'arrivée de l'Efcadre Angloife
, en mettant le comble aux dangers qui
menaçoient la Colonie , ne fit que redoubler le
courage & le zèle de fon défenſeur .
On n'eft que trop inftruit du détail du combat
JANVIER . 1760. 213
qui a précédé la prife de Québec , & dans lequel
a péri M. de Montcalm. Tous les effets qu'on
peut attendre de la prudence , de la valeur , de
l'activité d'un Général , avoient été employés
par celui- ci , foit pour défendre à l'Ennemi l'approche
de la Ville , foit pour conferver la communication
de l'armée avec les vailleaux qui
avoient remonté le fleuve , & où les vivres
étoient déposés.
Le combat du 31 Juillet , où huit cens Grenadiers
Anglois refterent fur la place à l'attaque du
camp de Beauport qu'ils ne purent jamais forcer ,
quoique la gauche du camp qu'ils attaquoient
efit à foutenir en même temps le feu croiſé de
plus de 80 pièces d'artillerie ; ce combat , dis-je ,
prouve affez la bonté du pofte & l'intrépide réfolution
de celui qui le défendoit ( i ) .
La communication avec les vivres ne fut pas
moins courageufement défendue . Quatre fois
les Anglois tenterent de débarquer au- deffous de
Québec , & quatre fois M. de Bougainville chargé
du foin pénible & critique de couvrir quinze
lieues de pays avec une poignée de monde répandue
fur le rivage , les repouffe & les oblige
de s'éloigner , quoique toujours fupérieurs en
nombre , & foutenus par le feu des frégates qui
les protégeoient. Mais comment une Armée de
huit à neuf mille hommes répandue fur la rivé
d'un fleuve immenfe auroit - elle pu la rendre
inacceffible dans toute fon étendue à dix mille
hommes de troupes réglées , qui , au moyen d'une
flotte de vingt cinq vaiffeaux de guerre , de trente
(i) Je ne dois pas négliger de dire , à la gloire de M. le
Chevalier de Lévi , que c'etoit lui qui avoit demandé que
se camp , dont la gauche n'étoit d'abord appuyée qu'au
ruiffeau de Beauport , fût étendu juſqu'à la riviere de Montmorenci
, dont le paffage étoit plus difficile .
214 MERCURE DE FRANCE
frégates & d'environ cent quatre-vingt bâtimens
de tranfport , exécutoient fur le fleuve & à la faveur
de la marée & de la nuit , des mouvemens
continuels & rapides qu'il étoit impotlible à nos
troupes de terre de prévoir , d'obferver & de
fuivre? Ces infatigables troupes n'avoient , pas
aillé que de faire face partout , de défendre ce
rivage pendant plus de deux mois , prodige incroyable
de vigilance ( k) & d'activité , Torfqu'enfin
le 13 Septembre , tandis que M. de
Bougainville étoit occupé au Cap- rouge , trois
lieues au-deflus de Québec , par les démonftrations
d'une attaque , les Anglois furprirent &
forcerent pendant la nuit un pofte à demie lieue
de la Ville & s'y établirent avant le jour.
M. de Montcalm accourut du camp de Beauport
avec trois mille hommes ; il en trouva
fix mille de débarqués ; & plein de cette noble
ardeur qui avoit toujours décidé la victoire , il
réfolut de les attaquer avant qu'ils fuffent en
plus grand nombre. Dans cette action décifive &
meurtriere , il fut bleflé de deux coups de feu ;
& ce moment fatal fut le premier où la victoire
l'abandonna ( 1 ) . Quoique bleffé mortellement
il eut le courage de refter à cheval , & fit luianême
la retraite de l'armée fous les murailles
de Québec , ou plutôt fur les débris de ces murailles
que l'artillerie Angloife battoit fans relâche
( k ) Le détachement de M. de Bougainville avoit paſſé
trois mois au Bivouac .
( 2 ) Il est très - certain que M. de Bougainville ne fut
averti au Cap rouge du débarquement des Anglois qu'à
zeuf heures du matin , & qu'ayant plus de trois lieues de
chemin à faire , il ne put arriver fur le champ de bataille
qu'après la déroute. Il n'en fit pas moins bonne contenance
, & fa retraite comme fa conduite dans cette pénible
campagne , a justifié pleinement la confiance que M. de
Montcalm avoit en lui.
JAN VIER. 1760. LIS
د ر
depuis deux mois. Il entra dans cette Ville ruinée ,
donna les ordres à tout , fe fit panfer , interrogea
le Chirurgien ; & fur la réponſe , dit au Lieutenant
de Roi & au Commandant de Royal Rouffillon
, Meffieurs , je vous recommande de
ménager l'honneur de la France , & de tâcher
»que ma petite armée puiffe fe retirer cette nuit
» au delà de la riviere du Cap- rouge , pour joindre
le Corps aux ordres de M. de Bougainville
: pour moi je vais la paller avec Dieu , &
me préparer à la mort . Qu'on ne me parle
» plus d'autres chofes. » Il mourut en Héros le
lendemain 14 Septembre à cinq heures du matin,
& fut enterré fans fafte dans un trou de bombe ,
fépulture digne d'un homme qui avoit réfolu de
défendre le Canada ou de s'enfevelir fous fes
ruines ( m ).
Je n'ai eu qu'à raconter les faits dans toute
lear fimplicité , pour faire des talents & des vertus
militaires de M. le Marquis de Montcalm un
éloge peut-être unique. L'Hiftoire les atteftera ,
& la postérité aura peine à les croire ; mais la
Colonie qu'il a défendue , les Guerriers qu'il a
commandés (n ) , les ennemis qu'il a vaincus
tant de fois, en rendront d'éclatans témoignages ;
& ces mêmes Sauvages qu'il a étonnés par des
prodiges de conftance , de réfolution & de valeur
, montreront à leurs enfans dans leurs dé-
(m)Les Anglois lui ont rendu les mêmes honneurs funébres
qu'au Général Wolf tué dans le même combat .
( n) L'un d'eux écrit du Canada : » Je ne me confo-
" lerai jamais de la perte de mon Général ; qu'elle eft
grande & pour nous & pour ce pays & pour l'Etat !
,, C'étoit un bon Général , un Citoyen zélé , un ami folide ,
,, un Pere pour nous tous. Il a été enlevé au moment de
,, jouir du fruit d'une campagne que M. de Turenne n'au
défavouée. Tous les jours je le chercherai , &
tous les jours ma douleur fera plus vive,
23 roit
pas
216 MERCURE DE FRANCE.
ferts inhabités les traces de ce Guerrier qui les
menoit à la victoire , & les lieux où ils ont eu
la gloire de combattre & de vaincre avec lui .
C'elt furtout dans le coeur des François que M.
de Montcalm doit fe furvivre . Notre Nation
qu'on accufe d'oublier trop ailément les grands
hommes qu'elle a perdus , eft profondément
frappée de la mort de celui-ci , & lui donne les
plus juftes larmes.
Fermer
Résumé : MORTS. ÉLOGE HISTORIQUE DE M. LE MARQUIS DE MONTCALM.
Le Marquis de Montcalm, né en 1712, fut un militaire français distingué pour son dévouement et ses sacrifices pour l'État. Il débuta sa carrière au Régiment de Hainault Infanterie et gravit les échelons jusqu'à devenir Lieutenant-Général des Armées du Roi et commandant en chef des troupes françaises en Amérique septentrionale. Montcalm était également un érudit, maîtrisant les langues grecque et latine, et conservant un goût pour l'étude tout au long de sa carrière. Montcalm servit avec distinction dans plusieurs campagnes en Europe et en Amérique. En Amérique, il montra une bravoure exceptionnelle, une grande prudence et une résolution courageuse, menant des troupes françaises et des alliés autochtones contre des forces ennemies supérieures en nombre. Ses campagnes, notamment autour du lac Saint-Sacrement et du fort Carillon, furent marquées par des victoires stratégiques et des manœuvres audacieuses. En 1759-1760, Montcalm et ses troupes, sous les ordres de Lévi et Bourlamaque, remportèrent une victoire significative contre les forces ennemies. La bataille coûta à l'ennemi environ six mille morts ou blessés, avec trois mille cadavres près de l'abattis. Les Canadiens et les Sauvages ne participèrent pas à cette victoire, rejoignant l'armée cinq jours plus tard. Les soldats crièrent 'Vive le Roi et notre Général!' durant le combat, reflétant leur confiance en Montcalm. Montcalm écrivit à Doreil pour exprimer sa satisfaction de la victoire et regretta de ne pas avoir plus de troupes pour poursuivre l'ennemi. Il loua également ses officiers et soldats, soulignant leur valeur et leur discipline. Dans une lettre à Vaudreuil, il attribua la victoire aux dispositions prises et à l'exemple donné par lui-même. La défense de Québec contre les forces anglaises fut marquée par des combats acharnés pour protéger les vivres et les communications. Montcalm fut blessé mortellement lors d'une bataille décisive près de Québec et mourut le 14 septembre 1760. Ses dernières paroles furent de recommander à ses officiers de préserver l'honneur de la France. Les ennemis et les alliés de Montcalm témoignèrent de ses talents militaires et de ses vertus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
24
p. 163-165
HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Trente-sixiéme & trente-septiéme Traitement depuis son Etablissement.
Début :
Noms des Soldats. Compagnies. FREQUENT, Bouville. Des Ruelles, Chevalier. Durand, [...]
Mots clefs :
Soldats, Traitement, Hôpital, Accident, Dragées, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HOPITAL DE M. LE MARÉCHAL DUC DE BIRON. Trente-sixiéme & trente-septiéme Traitement depuis son Etablissement.
HOPITAL
DE M. LE MARÉCHAL DUC DE biron.
Trente-fixiéme & trente-feptième Trai
tement depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats.
FREQUENT ,
Des Ruelles
Durand ,
Compagnies.
Bouville,
Chevalier.
Latour
Fromagé ,
Tourville ,
Lemaire , Chatulé
Defboëtz , Mathan .
164 MERCURE DE FRANCE.
Belamour ,
Parifien
Tardu ,
Guergorlay.
Daldart.
Cadet Goffelin
Voiſemont
La Sône .
Chevalier.
Colonelle .
Toucé Mathan .
,
Dumont , Pronleroy.
Cheneau Viennay.
Vannier ,
Fleur- d'épine ,
Nolivos.
Chatulé.
Ferion , d'Obfonville .
S. Jofeph ,
Mithon.
Fabre ,
Bigot ,
Marfay
Dampierre.
Lacour , Danteroche- ·
Cadet Legrand , Pronleroy .
Gérard , Pronleroy.
Lecomte ,
Rafilly .
Liffant , Colonelle .
Ces vingt- cinq Soldats ont été à l'ordinaire
traités & radicalement guéris.
Il appert aujourd'hui par les Regiſtres
des Hôpitaux du Roi , que le nombre
des Soldats Cavaliers , & Dragons
traités par la méthode de M. Keyfer
OCTOBRE . 1763. 165
Le monte à 9390 ; qu'il n'eft arrivé auçun
accident fâcheux ; que les maladies
les plus graves & manquées par les frictions
cédent à l'ufage des dragées , &
que les éloges font toujours les mêmes.
DE M. LE MARÉCHAL DUC DE biron.
Trente-fixiéme & trente-feptième Trai
tement depuis fon Etabliſſement.
Noms des Soldats.
FREQUENT ,
Des Ruelles
Durand ,
Compagnies.
Bouville,
Chevalier.
Latour
Fromagé ,
Tourville ,
Lemaire , Chatulé
Defboëtz , Mathan .
164 MERCURE DE FRANCE.
Belamour ,
Parifien
Tardu ,
Guergorlay.
Daldart.
Cadet Goffelin
Voiſemont
La Sône .
Chevalier.
Colonelle .
Toucé Mathan .
,
Dumont , Pronleroy.
Cheneau Viennay.
Vannier ,
Fleur- d'épine ,
Nolivos.
Chatulé.
Ferion , d'Obfonville .
S. Jofeph ,
Mithon.
Fabre ,
Bigot ,
Marfay
Dampierre.
Lacour , Danteroche- ·
Cadet Legrand , Pronleroy .
Gérard , Pronleroy.
Lecomte ,
Rafilly .
Liffant , Colonelle .
Ces vingt- cinq Soldats ont été à l'ordinaire
traités & radicalement guéris.
Il appert aujourd'hui par les Regiſtres
des Hôpitaux du Roi , que le nombre
des Soldats Cavaliers , & Dragons
traités par la méthode de M. Keyfer
OCTOBRE . 1763. 165
Le monte à 9390 ; qu'il n'eft arrivé auçun
accident fâcheux ; que les maladies
les plus graves & manquées par les frictions
cédent à l'ufage des dragées , &
que les éloges font toujours les mêmes.
Fermer
25
p. 199-200
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
Début :
Je vous prie, Monsieur, d'annoncer au Public le Portrait de M. Rousseau [...]
Mots clefs :
Portrait, Rousseau, Poète, Gravure, Éloges
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts.
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
LETTRE A M. DE LA PLACE.
JE vous prie , Monfieur , d'annoncer au Public
lePortrait de M. Rouffeau . l'un des plus célébres
Poëtes François , gravé par M. Ficquet ,
dont le burin ſçavant & délicat s'eſt déja fi
avantageuſement fait connoître par les beaux
Portraits de MM. Delafontaine & Voltaire . Cette
dernière production mérite les plus grands éloges
, & vous en jugerez vous-même , Monfieur ,
par l'epreuve que j'ai l'honneur de vous envoyer.
Ces trois Portraits de même grandeur ſe trouvent
, enſemble ou féparément , chez les principaux
Marchands d'Eſtampes , chez Duchesne ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , chez Lattré , Graveur , rue S. Jacques:
àla Ville de Bordeaux.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Paris , ce. 2.Décembre 1763 .
Fermer
Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Beaux-Arts. LETTRE À M. DE LA PLACE.
La lettre annonce la publication du portrait de Jean-Jacques Rousseau, gravé par M. Ficquet, connu pour ses œuvres sur Delafontaine et Voltaire. Une épreuve est envoyée pour jugement. Les portraits de Rousseau, Delafontaine et Voltaire sont disponibles chez Duchesne et Lattré à Paris et à Bordeaux. La lettre est datée du 2 décembre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
26
p. 116-121
Le Nécrologe des hommes célèbres, [titre d'après la table]
Début :
Le Nécrologe des hommes célèbres de France ; par une société de gens de lettres. [...]
Mots clefs :
Éloges, Genève, Jean-Jacques Rousseau, Pierre Le Guay de Prémontval, Firmin Abauzit, Genève, Lettres, Mérite, Histoire, Berlin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Nécrologe des hommes célèbres, [titre d'après la table]
Le Nécrologe des hommes célèbresde Fran
ce ; par une ſociété de gens de lettres.
AParis , de l'imprimerie de G. Defprez
, imprimeur du Roi , 1770 ; avec
privilége du Roi ; brochure in- 12. de
415 pag.
Les gens de lettres , les artiſtes, les ac
teurs célèbres , tous ceux enfin qui , pendant
leur vie , auront mérité la reconnoiſſance
ou l'attention de leur fiécle, recevront
dans cet ouvrage , entrepris depuis
fix ans , un tribut d'éloges & de regrets.
On s'arrêtera moins aux anecdotes
communes de leur vie privée qu'à l'hiſtoire
de leur génie &de leurs talens. "La
>>vie d'un grand général eſt dans ſes cam
AVRIL. 1770. 117
pagnes ; celle d'un homme de lettres
>> ou d'un artiſte fameux eſt dans ſes ou-
» vrages. » Ce recueil pourroit contenir
les faſtes de la littérature &des arts, li les
perſonnes qui doivent s'intéreſſer à la
gloire des hommes célèbres , vouloient
bien concourir au but louable de noszélés
nécrologues , en leur procurant les mémoires
& les inſtructions qu'ils ne ceſſent
de folliciter..
Ce volume renferme vingt- quatre éloges.
Nous avons déjà jeté quelques fleurs
fur les tombeaux de pluſieurs écrivains
loués dans ce nécrologe d'une maniere
plus digne d'eux. Les noms des de l'Iſle,
des Sauvages, Ménard , d'Olivet , de Parcieux
, &c. feront encore conſacrés dans
l'hiſtoire des académies . Nous nous arrêterons
principalement aux éloges de deux
ſavans qui s'étoient retirés dans les pays
étrangers , MM. de Prémontval & Abauzit.
André-Pierre le Guay , de Prémontval,
né à Charenton en 1716 , donna un cours
gratuit de mathématiques à Paris vers
l'année 1740. Son mérite , ſon amour
propre & ſa hardieſſe lui attirerent des
ennemis. Il alla rechercherdes récompenſes
hors de ſa patrie , & après avoir erré
118 MERCURE DE FRANCE.
en Suifle & en Allemagne , il ſe fixa à
Berlin où il fut favorablement accueilli
par l'académie des ſciences , & honoré
des bienfaits du Roi de Pruffe. En 1751,
ilpublia un très-ſavant& très- fingulier
ouvrage , en 3 vol. in 8°. ſous le titre de
Monogamie ou l'unité dans le mariage.
Le mauvais ſuccès de ce livre l'engagea
à en brûler la fuite qu'il avoit annoncée
avec la plus douce confiance. Il nous apprendque
tel a été le ført de pluſieurs autres
productions de ſa plume. La fingu
larité eſt le caractere distinctif des ouvrages
de ce ſavant. " Je ne fais pourtant ,
>>dit l'auteur de ſon éloge , ſi l'on doit
>> appeler fingularité ce qui tend à être
>>bizarre. Ce petit mérite a été ſi fort re-
>> cherché de nos jours ; tant d'auteurs ,
>> ſinges les uns des autres , ont cru ſe
>> rendre originaux , en heurtant de front
>> les opinions générales , que ce n'eſt plus
»une fingularité, &que c'en ſera bientôt
>> une au contraire , que de vouloir ſerap-
>> procher des idées communes.>>
M. de Prémontval , né avec un caracteretrop
difficile & trop emporté , eut , à
Berlin , des procédés extraordinaires envers
M. Formey , fecrétaire perpétuel de
l'académie , qui ne les repouſſa jamais
AVRIL. 1770 . 119
qu'avec la douceur & la modération , &
qui a même conſacré la mémoire de M.
de P. par un éloge inſéré dans le 25º vol .
des mémoires de l'académie de Berlin .
Entr'autres livres de métaphyfique , il
publia la Théologie de l'Etre , eſpéce de
Lêverie philoſophique dans laquelle il rejette
les preuves ordinaires de l'existence
de Dieu , pour yſubſtituer des preuvesde
fon imagination . Vanini , accuſé d'athéif.
me , ſe baiſſa , ramaſſa un fétu , & dit :
Je n'ai besoin que de ce fétu pour me prouver
invinciblement ce qu'on m'accuse de
nier.
M. de P. eſt mort à Berlin en 1767 .
L'Allemagne lui doit un écrit très- utile:
ce ſont ſes préſervatifs contre la corruptionde
la langue françoiſe enAllemagne.
>> Si le mauvais goût , l'amour des folles
>> innovations & l'oubli dédaigneux de
>> tous les anciens principes , continuent
>> à s'accréditer parmi nous , on aura bien-
>> tôt beſoin d'un pareil ouvrage en Fran-
>> ce& au ſein même de la capitale.>>
Firmin Abauzit naquit à Uzès , ſur la
fin du ſiècle paſſé. Ses parens l'emmenerentdebonne
heure à Genève , où on lui
confia , dès ſa jeuneſſe , la bibliotheque
de la ville. Jouiſſant de l'état de citoyen,
420 MERCURE DE FRANCE.
il conſacra ſes travaux à ſa patrie nouvelle
: il donna , en 1730 , une édition de
l'hiſtoire de cetteVille &de l'Etat,que Jacob
Spon avoit publiée en 2 vol. in- 12 .
vers le dernier ſiècle. Dans des notes
pleines d'une érudition vaſte & choifie
il éclaircit , il développe , il rectifie le
texte : quelques differtations&des remarques
ſur l'hiſtoire naturelle des environs
de Genève , lui appartiennent en entier ;
on lit ces morceaux avec plaifir & avec
fruit. Les auteurs de fon éloge regrettent
que la modeftie de ce ſcavant nous aie
privés de les autres écrits : nous en jouirons
bientôt. Il s'en fait actuellement
deux éditions , l'une à Genève & l'autre
à Londres deſtinée pour Amſterdam ; la
premiere , ſur les manufcrits trouvés dans
les papiers de M. Abauzit par fon exécuteur
teftamentaire , & la ſeconde ſur des
copies que les libraires de Genève ſe ſont
procurées. M. Abauzit eſt mort en 1768
dans une petite folitude où il s'étoit retiré
près de Genève . Il étoit preſqu'inconnu
en France , avant que M. Rouffeau
eût publié ſa lettre ſur les ſpectacles, dans
laquelle le philoſophe ſenſible parle de
fon ancien concitoyen , avec une admiration
& une vénération dont on a été furpris
AVRIL. 1770. 121
pris , parce qu'on ne connoiſſoit point
M.Abauzit.
Mde Bontems , MM. Denelle , Malfilâtre
, de la Grange , Macquart , l'abbé
Roger , le Fort de la Moriniere , Léonard
desMalpeines , de Montdorge , Maucomble
, de la Marche , l'abbé Laugier, Poinfinet
, de Saint-Maur, font les autres gens
de lettres loués dans ce recueil. Avec
leurs éloges , font mêlés ceux de MM.
Fournier le jeune , Blavet & François.
L'ouvrage eſt terminé par des obſervations
, &c. fur les deuils.
Le mérite de ce recueil eſt connu. On
pourroit appeler ces éloges des morts la
cenſure des vivans.
ce ; par une ſociété de gens de lettres.
AParis , de l'imprimerie de G. Defprez
, imprimeur du Roi , 1770 ; avec
privilége du Roi ; brochure in- 12. de
415 pag.
Les gens de lettres , les artiſtes, les ac
teurs célèbres , tous ceux enfin qui , pendant
leur vie , auront mérité la reconnoiſſance
ou l'attention de leur fiécle, recevront
dans cet ouvrage , entrepris depuis
fix ans , un tribut d'éloges & de regrets.
On s'arrêtera moins aux anecdotes
communes de leur vie privée qu'à l'hiſtoire
de leur génie &de leurs talens. "La
>>vie d'un grand général eſt dans ſes cam
AVRIL. 1770. 117
pagnes ; celle d'un homme de lettres
>> ou d'un artiſte fameux eſt dans ſes ou-
» vrages. » Ce recueil pourroit contenir
les faſtes de la littérature &des arts, li les
perſonnes qui doivent s'intéreſſer à la
gloire des hommes célèbres , vouloient
bien concourir au but louable de noszélés
nécrologues , en leur procurant les mémoires
& les inſtructions qu'ils ne ceſſent
de folliciter..
Ce volume renferme vingt- quatre éloges.
Nous avons déjà jeté quelques fleurs
fur les tombeaux de pluſieurs écrivains
loués dans ce nécrologe d'une maniere
plus digne d'eux. Les noms des de l'Iſle,
des Sauvages, Ménard , d'Olivet , de Parcieux
, &c. feront encore conſacrés dans
l'hiſtoire des académies . Nous nous arrêterons
principalement aux éloges de deux
ſavans qui s'étoient retirés dans les pays
étrangers , MM. de Prémontval & Abauzit.
André-Pierre le Guay , de Prémontval,
né à Charenton en 1716 , donna un cours
gratuit de mathématiques à Paris vers
l'année 1740. Son mérite , ſon amour
propre & ſa hardieſſe lui attirerent des
ennemis. Il alla rechercherdes récompenſes
hors de ſa patrie , & après avoir erré
118 MERCURE DE FRANCE.
en Suifle & en Allemagne , il ſe fixa à
Berlin où il fut favorablement accueilli
par l'académie des ſciences , & honoré
des bienfaits du Roi de Pruffe. En 1751,
ilpublia un très-ſavant& très- fingulier
ouvrage , en 3 vol. in 8°. ſous le titre de
Monogamie ou l'unité dans le mariage.
Le mauvais ſuccès de ce livre l'engagea
à en brûler la fuite qu'il avoit annoncée
avec la plus douce confiance. Il nous apprendque
tel a été le ført de pluſieurs autres
productions de ſa plume. La fingu
larité eſt le caractere distinctif des ouvrages
de ce ſavant. " Je ne fais pourtant ,
>>dit l'auteur de ſon éloge , ſi l'on doit
>> appeler fingularité ce qui tend à être
>>bizarre. Ce petit mérite a été ſi fort re-
>> cherché de nos jours ; tant d'auteurs ,
>> ſinges les uns des autres , ont cru ſe
>> rendre originaux , en heurtant de front
>> les opinions générales , que ce n'eſt plus
»une fingularité, &que c'en ſera bientôt
>> une au contraire , que de vouloir ſerap-
>> procher des idées communes.>>
M. de Prémontval , né avec un caracteretrop
difficile & trop emporté , eut , à
Berlin , des procédés extraordinaires envers
M. Formey , fecrétaire perpétuel de
l'académie , qui ne les repouſſa jamais
AVRIL. 1770 . 119
qu'avec la douceur & la modération , &
qui a même conſacré la mémoire de M.
de P. par un éloge inſéré dans le 25º vol .
des mémoires de l'académie de Berlin .
Entr'autres livres de métaphyfique , il
publia la Théologie de l'Etre , eſpéce de
Lêverie philoſophique dans laquelle il rejette
les preuves ordinaires de l'existence
de Dieu , pour yſubſtituer des preuvesde
fon imagination . Vanini , accuſé d'athéif.
me , ſe baiſſa , ramaſſa un fétu , & dit :
Je n'ai besoin que de ce fétu pour me prouver
invinciblement ce qu'on m'accuse de
nier.
M. de P. eſt mort à Berlin en 1767 .
L'Allemagne lui doit un écrit très- utile:
ce ſont ſes préſervatifs contre la corruptionde
la langue françoiſe enAllemagne.
>> Si le mauvais goût , l'amour des folles
>> innovations & l'oubli dédaigneux de
>> tous les anciens principes , continuent
>> à s'accréditer parmi nous , on aura bien-
>> tôt beſoin d'un pareil ouvrage en Fran-
>> ce& au ſein même de la capitale.>>
Firmin Abauzit naquit à Uzès , ſur la
fin du ſiècle paſſé. Ses parens l'emmenerentdebonne
heure à Genève , où on lui
confia , dès ſa jeuneſſe , la bibliotheque
de la ville. Jouiſſant de l'état de citoyen,
420 MERCURE DE FRANCE.
il conſacra ſes travaux à ſa patrie nouvelle
: il donna , en 1730 , une édition de
l'hiſtoire de cetteVille &de l'Etat,que Jacob
Spon avoit publiée en 2 vol. in- 12 .
vers le dernier ſiècle. Dans des notes
pleines d'une érudition vaſte & choifie
il éclaircit , il développe , il rectifie le
texte : quelques differtations&des remarques
ſur l'hiſtoire naturelle des environs
de Genève , lui appartiennent en entier ;
on lit ces morceaux avec plaifir & avec
fruit. Les auteurs de fon éloge regrettent
que la modeftie de ce ſcavant nous aie
privés de les autres écrits : nous en jouirons
bientôt. Il s'en fait actuellement
deux éditions , l'une à Genève & l'autre
à Londres deſtinée pour Amſterdam ; la
premiere , ſur les manufcrits trouvés dans
les papiers de M. Abauzit par fon exécuteur
teftamentaire , & la ſeconde ſur des
copies que les libraires de Genève ſe ſont
procurées. M. Abauzit eſt mort en 1768
dans une petite folitude où il s'étoit retiré
près de Genève . Il étoit preſqu'inconnu
en France , avant que M. Rouffeau
eût publié ſa lettre ſur les ſpectacles, dans
laquelle le philoſophe ſenſible parle de
fon ancien concitoyen , avec une admiration
& une vénération dont on a été furpris
AVRIL. 1770. 121
pris , parce qu'on ne connoiſſoit point
M.Abauzit.
Mde Bontems , MM. Denelle , Malfilâtre
, de la Grange , Macquart , l'abbé
Roger , le Fort de la Moriniere , Léonard
desMalpeines , de Montdorge , Maucomble
, de la Marche , l'abbé Laugier, Poinfinet
, de Saint-Maur, font les autres gens
de lettres loués dans ce recueil. Avec
leurs éloges , font mêlés ceux de MM.
Fournier le jeune , Blavet & François.
L'ouvrage eſt terminé par des obſervations
, &c. fur les deuils.
Le mérite de ce recueil eſt connu. On
pourroit appeler ces éloges des morts la
cenſure des vivans.
Fermer
Résumé : Le Nécrologe des hommes célèbres, [titre d'après la table]
Le 'Nécrologe des hommes célèbres de France' a été publié en 1770 à Paris par G. Defprez, imprimeur du Roi. Ce recueil, commencé six ans plus tôt, honore les gens de lettres, artistes et acteurs ayant marqué leur époque. Il met l'accent sur l'histoire de leur génie et de leurs talents plutôt que sur les détails de leur vie privée. L'ouvrage comprend vingt-quatre éloges, parmi lesquels ceux de de l'Isle, des Sauvages, Ménard, d'Olivet et Parcieux. Deux savants ayant vécu à l'étranger sont particulièrement distingués : MM. de Prémontval et Abauzit. André-Pierre le Guay de Prémontval, né en 1716, enseigna les mathématiques à Paris avant de s'exiler en Suisse et en Allemagne. Il publia plusieurs ouvrages, dont 'Monogamie ou l'unité dans le mariage'. Malgré un caractère difficile et des comportements extraordinaires à Berlin, il fut honoré par l'académie des sciences. Il décéda en 1767. Firmin Abauzit, né à Uzès, s'installa à Genève où il devint bibliothécaire. Il édita l'histoire de Genève et publia des notes érudites. Modeste, il laissa plusieurs écrits inédits qui furent publiés à Genève et Londres après sa mort en 1768. D'autres personnalités telles que Mme Bontems, MM. Denelle et Malfilâtre sont également louées dans ce recueil. L'ouvrage se conclut par des observations sur les deuils et est perçu comme une censure des vivants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer