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1
p. 131-133
« Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...] »
Début :
Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...]
Mots clefs :
Défauts, Auteur, Chanson, Coeur, Ardeur , Grandeur, Mr d'Ambruis
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texteReconnaissance textuelle : « Mettre dans un beau jour les plus foibles pensées, [...] »
MEttre dans un beau jour les
plus foibles penjees ,
Réparerpar des tous les defauts d'un
Autheur,
122 MERCURE
Toucherd'une Chanson le moinsfen
fible coeur,
Et redonner la vie àdes choses paſſées.
25
Avec un tour galanı , des manieres
aisées
Peindre les paffionszen inſpirer l'ardeur,
Faire d'un beausujet éclater la gran
deur,
Etsçavoirménager les choses op...
pofées.
Sz
Travaillerfans relache, eftre toûjours
nouveau,
C'eſt montrerce que l' Art a de rare o
de beaus
Etce quejusqu'icy peu de Gens ont
Soeufaire:
25
Mais joindre àces talens un esprit
bientourné,
)
GALANT. 133
Pour plaire également en plus d'un
caractére
Ce n'estqu'au ſeuld' Ambruis quele
Ciel l'a donné.
plus foibles penjees ,
Réparerpar des tous les defauts d'un
Autheur,
122 MERCURE
Toucherd'une Chanson le moinsfen
fible coeur,
Et redonner la vie àdes choses paſſées.
25
Avec un tour galanı , des manieres
aisées
Peindre les paffionszen inſpirer l'ardeur,
Faire d'un beausujet éclater la gran
deur,
Etsçavoirménager les choses op...
pofées.
Sz
Travaillerfans relache, eftre toûjours
nouveau,
C'eſt montrerce que l' Art a de rare o
de beaus
Etce quejusqu'icy peu de Gens ont
Soeufaire:
25
Mais joindre àces talens un esprit
bientourné,
)
GALANT. 133
Pour plaire également en plus d'un
caractére
Ce n'estqu'au ſeuld' Ambruis quele
Ciel l'a donné.
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2
p. 182-187
LE COQ D'INDE DÉPLUMÉ. FABLE.
Début :
L'Envie est un grand defaut, & il n'y a rien de plus / Un jour les Oyseaux de nos Bois [...]
Mots clefs :
Envie, Défauts, Oiseaux, Voix, Chanter, Air, Rossignol, Victoire, Corbeau, Coq d'Inde, Prix, Coeur, Honneur, Beauté, Estime
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texteReconnaissance textuelle : LE COQ D'INDE DÉPLUMÉ. FABLE.
L'Envie eſt un grand defaut
, & il n'y a rien de plus
dangereux que de l'écouter.
La Fable qui fuit nous le fait
aſſez connoiſtre .
GALANT. 183
25522-5252552-2555
LE COQ D'INDE
DEPLUME' .
FABLE.
Njourles Oyseauxdenos
Bois
Diſputerent entr'eux de la plus belle
voix.
Ils'agiffoit d'acquerir de l'eſtime ;
On déterminal' Airque l'on devoit
chanter.
C'estoit unAir grand &fublime ,
On vintde toutes parts àdeſſein d'écouter,
Etpourjugerde cette Affaire.
Un Chardonnet d'abordyparutfur
1
lesvangs,
(
184 MERCURE
Maissa voix estoitsi vulgaire,
Quenonobstantſes Partisans,
Ellen'eutpas ledonde plaire.
Un Reffignolfurvient, mais un des
plusfçavans,
Etd'une voix auffi douce quefortes
Ses tonsſemblentfi beaux,sijustes,
Sitouchans,
Que de cent Piques il l'emporte,
Etmesme de l'aveu des autres Prétendans
Chacun luy donne la victoire.
Ilest vray qu'un Corbeau voulutternirsa
gloire;
Mais malgré ses croaſſemens,
On rendit justice au mérite.
Luy, par une prudente & modefte
conduite,
Auffi-tostse casha, de peur des Complimens.
La Diſpute estoit doncfinie,
GALANT. 185
1
Lors qu'un vicux Poulet d'Inde, émû
dejalousie,
Ofa bien la recommencer....
Quelques Poulettesfes Voisines,
Sans eſprit,fansbon goust, inquiettes,..
chagrines,
A cela le vinrent pouffer...
Adisputer le Prix fortement il s'en
gages
CeChantre du dernier étage,
Qui n'avoit jamais dit que pi, pi,
pia,pia,
Du Vainqueur hardiment condamna
le ramages
LeRoffignolleſceut,&peu s'enfoucia..
Afon aise il luy laiſſa dire
Tout ce qu'il avoit fur le coear.
Le Coq d'Inde, au lien de lay nuive,
Nelayfit qu'un fort grand hon-.
neur. 33
CetOyseau népour la Cuisine
Avril 1685.
186 MERCURE
Nepouvoit, diſoit il,fouffrirces rou
lemens,
Ces fredons redoublez, & ces faux
agrémens
Qui nesefont que parroutine.
Ilaimoit dans le Chant cettefimpli
cité
Qui n'a rienqui ſoit affecté.
Ses plaintespar tout retentiſſent;
Ases raisons d'abord les Oyfons
applaudiſſent.
On fait donc affembler les Oyfeaux
d'alentour,
Pourjuger de la Voix charmante.
Ilvintdes Epreviers, avec quelque
Vautour,
Gensſujets àla paraquante. )
Mesme on invita des Coucous
Des Chauveſouris, des Hibous,
Pourrendre la Troupe nombreuse.
En leurpréſence enfin le Coqd' Inde
chanta,
GALANT. 187
Etfa voix leur parut fi rude &fi piteuse
Qu'en un moment chacun d'eux
secanta
Cependant noftre Chantre estoittout
horsd'haleine,..
1
Lors qu'un grandEprevierde couroux:
s'enflama,
Sautafur luy, le dépluma,
Pour luy faire payer la peine.
Ainsi l'on voit deſottes Gens ,
Enteſtez de leur propre eftime,.
Qui ,foiten Profe,foit en Rime,
Veulent qu'on rie à leurs dépens..
, & il n'y a rien de plus
dangereux que de l'écouter.
La Fable qui fuit nous le fait
aſſez connoiſtre .
GALANT. 183
25522-5252552-2555
LE COQ D'INDE
DEPLUME' .
FABLE.
Njourles Oyseauxdenos
Bois
Diſputerent entr'eux de la plus belle
voix.
Ils'agiffoit d'acquerir de l'eſtime ;
On déterminal' Airque l'on devoit
chanter.
C'estoit unAir grand &fublime ,
On vintde toutes parts àdeſſein d'écouter,
Etpourjugerde cette Affaire.
Un Chardonnet d'abordyparutfur
1
lesvangs,
(
184 MERCURE
Maissa voix estoitsi vulgaire,
Quenonobstantſes Partisans,
Ellen'eutpas ledonde plaire.
Un Reffignolfurvient, mais un des
plusfçavans,
Etd'une voix auffi douce quefortes
Ses tonsſemblentfi beaux,sijustes,
Sitouchans,
Que de cent Piques il l'emporte,
Etmesme de l'aveu des autres Prétendans
Chacun luy donne la victoire.
Ilest vray qu'un Corbeau voulutternirsa
gloire;
Mais malgré ses croaſſemens,
On rendit justice au mérite.
Luy, par une prudente & modefte
conduite,
Auffi-tostse casha, de peur des Complimens.
La Diſpute estoit doncfinie,
GALANT. 185
1
Lors qu'un vicux Poulet d'Inde, émû
dejalousie,
Ofa bien la recommencer....
Quelques Poulettesfes Voisines,
Sans eſprit,fansbon goust, inquiettes,..
chagrines,
A cela le vinrent pouffer...
Adisputer le Prix fortement il s'en
gages
CeChantre du dernier étage,
Qui n'avoit jamais dit que pi, pi,
pia,pia,
Du Vainqueur hardiment condamna
le ramages
LeRoffignolleſceut,&peu s'enfoucia..
Afon aise il luy laiſſa dire
Tout ce qu'il avoit fur le coear.
Le Coq d'Inde, au lien de lay nuive,
Nelayfit qu'un fort grand hon-.
neur. 33
CetOyseau népour la Cuisine
Avril 1685.
186 MERCURE
Nepouvoit, diſoit il,fouffrirces rou
lemens,
Ces fredons redoublez, & ces faux
agrémens
Qui nesefont que parroutine.
Ilaimoit dans le Chant cettefimpli
cité
Qui n'a rienqui ſoit affecté.
Ses plaintespar tout retentiſſent;
Ases raisons d'abord les Oyfons
applaudiſſent.
On fait donc affembler les Oyfeaux
d'alentour,
Pourjuger de la Voix charmante.
Ilvintdes Epreviers, avec quelque
Vautour,
Gensſujets àla paraquante. )
Mesme on invita des Coucous
Des Chauveſouris, des Hibous,
Pourrendre la Troupe nombreuse.
En leurpréſence enfin le Coqd' Inde
chanta,
GALANT. 187
Etfa voix leur parut fi rude &fi piteuse
Qu'en un moment chacun d'eux
secanta
Cependant noftre Chantre estoittout
horsd'haleine,..
1
Lors qu'un grandEprevierde couroux:
s'enflama,
Sautafur luy, le dépluma,
Pour luy faire payer la peine.
Ainsi l'on voit deſottes Gens ,
Enteſtez de leur propre eftime,.
Qui ,foiten Profe,foit en Rime,
Veulent qu'on rie à leurs dépens..
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3
p. 252-254
Digression. [titre d'après la table]
Début :
Je voudrois bien donner au Public de petites Dissertations sur [...]
Mots clefs :
Digression, Défauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Digression. [titre d'après la table]
Je voudrois bien donner
au Public de petites
Dissertationssur les
nouveautez de nos
Theatres : mais je
crains de blesser la sins
cerité,ou les Autheurs.
S'ils vou loient m'envoyer
eux-mesmes un
nota des deffauts de
leurs pièces
,
dont ils
me permetcroient dp
parler
)
je fournirois
moy mes remarques
surlesbeautezqu'elles
contiennent
,
& cela
feroitune vrayecritique.
Jattends le consentement
par écrit du
premier Autheur de
bonne foy qui voudra
bien convenir que sa 41
piece a des deffauts,&
qu'il a cela de commun
avec Corneille
,
Moliere,
Raciiie, & Quinaut.
au Public de petites
Dissertationssur les
nouveautez de nos
Theatres : mais je
crains de blesser la sins
cerité,ou les Autheurs.
S'ils vou loient m'envoyer
eux-mesmes un
nota des deffauts de
leurs pièces
,
dont ils
me permetcroient dp
parler
)
je fournirois
moy mes remarques
surlesbeautezqu'elles
contiennent
,
& cela
feroitune vrayecritique.
Jattends le consentement
par écrit du
premier Autheur de
bonne foy qui voudra
bien convenir que sa 41
piece a des deffauts,&
qu'il a cela de commun
avec Corneille
,
Moliere,
Raciiie, & Quinaut.
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Résumé : Digression. [titre d'après la table]
L'auteur souhaite publier des dissertations sur les nouveautés théâtrales, mais craint de blesser les auteurs. Il propose que ces derniers envoient une note des défauts de leurs pièces, permettant ainsi une critique constructive en mentionnant aussi les beautés des œuvres. Il attend l'accord écrit d'un auteur reconnaissant les défauts de sa pièce, comme ceux de Corneille, Molière, Racine et Quinault.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 197-204
L'AMOUR ET LA HAINE, MAUVAIS PEINTRES L'UN ET L'AUTRE. Trait historique d'un Prince Arabe.
Début :
Boudabat, Prince Arabe, étoit homme de beaucoup d'esprit ; il [...]
Mots clefs :
Peintre, Amour, Haine, Portrait, Prince, Princesse, Défauts, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR ET LA HAINE, MAUVAIS PEINTRES L'UN ET L'AUTRE. Trait historique d'un Prince Arabe.
L'AMOUR
ET LA HAINE
MAUVAIS PEINTRES
sbshot
L'UN ET L'AUTRE.
Trait hiftorique d'un Prince
stomer Arabe, opna
BOudabat, Prince Arabe , étoit hommesde
beaucoup d'efprit ; il
avoit tout le goût imaginable pour les beaux
R iij
198 MERCURE
arts : mais il étoit aveuglément amoureux d'une Greque fort laide , &
n'aimoit gueres fa femme, quoy qu'elle fût la
plus belle Princeſſe de
l'Orient. Il voulut un
jour les faire peindretoutes deux , & penfa faire
tourner la tête à un excellent Peintre. Il fit recommencer cent fois ces
deux portraits. Celui de
La femme lui paroiſſoit
toujours trop flaté , &
GALANT 199
celui de fa ' maîtreffe ,
•quelque flaté qu'il fuft,
lui paroiffoit indigne de
Toriginal ; il en faifoit
reformer tous les traits
Fun aprés l'autre , felon
que fon imagination en
étoit frapée en forte qu'
infenfiblement le Peintre fit de fa laide maîtreffe une Venus. Rien
n'y manquoit que la reffemblance. Faites le toujours beau, difoit lePrin
ce, il fera bien facile enR. iiij
200 MERCURE
Сер
fuite de lui donner la
reffemblance, deux coups
de pinceau feront l'affai1re. Par exemple , difoitil , en faifant parcourir
Kaux yeux du Peintre les
traits les plus marquez
dans le vifage de fa maîtreffe , marquez bien ce
petit pli qui eft à côté de
la bouche de ma Dame,
marquez legerementcette petite élevation fur le
milieu du nez , grandiffez un peu la bouche;
GALANT00201
cet oeil eft à la verité un
peutrop grand, appetif
fez- le. LePeintre obeilfant reformoit ainfi petit
à petit les traits flatez ;
lawreffemblance venoit
au portrait mais la laideur venoit auffi , & le
Prince n'étoit plus content du Peintre , ni du
portrait.
Quand il s'agiffoit du
portrait de la femme ,
C'étoit des difficultez
toutes oppofées ; car le
5
202 MERCURE
Prince , en voulant dizminuer les beautez diminuoit la reflemblance. Enfin unjour le Peintre pouffé à bout lui dit :
6
Seigneur : je perds ici le
temps & la patience ;
carilfaudroit, pour vous
contenter , que je fille
le portrait devotrefentme fi laid , & celui de
vôtre maîtreffe fi beau,
que cela juſtifiât vôtre
amour. Je crois que tu
as raiſon , répondit le
GALANT 1203
a
Prince qui entendoit
raillerie , laiffons là les
deux portraits oils feroient tort à ma reputation ou à la tienne. Le
Peintre lui répondit : Ce
fera mieux fait , Seigneur car mon pinceau
ne peut pas fuivre vôtre imagination , it eft
fait pour fuivre la mienne. Si vous étiez Peintre, vous pourriez peutêtre faire un beau portrait de vôtre maîtreffe;
204 MERCURE
& fi j'étois mari de votre femme , j'en ferois
peut-être un portrait en
laid qui ne laifseroit pas
de lui ressembler.as
Unfaifeur de portraits
eft auffi embarassé qu'un
bon critique d'ouvrages
d'efprit ; onne peutgueres marquer les défauts
d'un ouvrage fans déplaire à l'auteur , ni en
louer les beautez fans
déplaire à fes rivaux
ET LA HAINE
MAUVAIS PEINTRES
sbshot
L'UN ET L'AUTRE.
Trait hiftorique d'un Prince
stomer Arabe, opna
BOudabat, Prince Arabe , étoit hommesde
beaucoup d'efprit ; il
avoit tout le goût imaginable pour les beaux
R iij
198 MERCURE
arts : mais il étoit aveuglément amoureux d'une Greque fort laide , &
n'aimoit gueres fa femme, quoy qu'elle fût la
plus belle Princeſſe de
l'Orient. Il voulut un
jour les faire peindretoutes deux , & penfa faire
tourner la tête à un excellent Peintre. Il fit recommencer cent fois ces
deux portraits. Celui de
La femme lui paroiſſoit
toujours trop flaté , &
GALANT 199
celui de fa ' maîtreffe ,
•quelque flaté qu'il fuft,
lui paroiffoit indigne de
Toriginal ; il en faifoit
reformer tous les traits
Fun aprés l'autre , felon
que fon imagination en
étoit frapée en forte qu'
infenfiblement le Peintre fit de fa laide maîtreffe une Venus. Rien
n'y manquoit que la reffemblance. Faites le toujours beau, difoit lePrin
ce, il fera bien facile enR. iiij
200 MERCURE
Сер
fuite de lui donner la
reffemblance, deux coups
de pinceau feront l'affai1re. Par exemple , difoitil , en faifant parcourir
Kaux yeux du Peintre les
traits les plus marquez
dans le vifage de fa maîtreffe , marquez bien ce
petit pli qui eft à côté de
la bouche de ma Dame,
marquez legerementcette petite élevation fur le
milieu du nez , grandiffez un peu la bouche;
GALANT00201
cet oeil eft à la verité un
peutrop grand, appetif
fez- le. LePeintre obeilfant reformoit ainfi petit
à petit les traits flatez ;
lawreffemblance venoit
au portrait mais la laideur venoit auffi , & le
Prince n'étoit plus content du Peintre , ni du
portrait.
Quand il s'agiffoit du
portrait de la femme ,
C'étoit des difficultez
toutes oppofées ; car le
5
202 MERCURE
Prince , en voulant dizminuer les beautez diminuoit la reflemblance. Enfin unjour le Peintre pouffé à bout lui dit :
6
Seigneur : je perds ici le
temps & la patience ;
carilfaudroit, pour vous
contenter , que je fille
le portrait devotrefentme fi laid , & celui de
vôtre maîtreffe fi beau,
que cela juſtifiât vôtre
amour. Je crois que tu
as raiſon , répondit le
GALANT 1203
a
Prince qui entendoit
raillerie , laiffons là les
deux portraits oils feroient tort à ma reputation ou à la tienne. Le
Peintre lui répondit : Ce
fera mieux fait , Seigneur car mon pinceau
ne peut pas fuivre vôtre imagination , it eft
fait pour fuivre la mienne. Si vous étiez Peintre, vous pourriez peutêtre faire un beau portrait de vôtre maîtreffe;
204 MERCURE
& fi j'étois mari de votre femme , j'en ferois
peut-être un portrait en
laid qui ne laifseroit pas
de lui ressembler.as
Unfaifeur de portraits
eft auffi embarassé qu'un
bon critique d'ouvrages
d'efprit ; onne peutgueres marquer les défauts
d'un ouvrage fans déplaire à l'auteur , ni en
louer les beautez fans
déplaire à fes rivaux
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Résumé : L'AMOUR ET LA HAINE, MAUVAIS PEINTRES L'UN ET L'AUTRE. Trait historique d'un Prince Arabe.
Le texte raconte l'histoire du prince arabe Boubdat, passionné par les arts et éperdument amoureux d'une Grecque laide, au détriment de sa femme, la plus belle princesse de l'Orient. Boubdat commande les portraits de ses deux compagnes à un peintre. Insatisfait des résultats, il demande des retouches incessantes. Pour la Grecque, il exige qu'elle soit représentée plus belle, au point que le peintre crée une Vénus sans ressemblance. Pour sa femme, il demande de diminuer ses beautés, altérant également la ressemblance. Exaspéré, le peintre avoue l'impossibilité de contenter le prince, qui abandonne le projet. Le peintre conclut que son art ne peut suivre l'imagination du prince et que chacun doit se contenter de ses propres limites.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 535-540
Refléxions diverses, [titre d'après la table]
Début :
CINQUIÈME feüille des Réfléxions diverses: Nous sommes la cause de [...]
Mots clefs :
Réflexions diverses, Défauts, Loi de l'honneur, Calomnie, Femmes, Générosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Refléxions diverses, [titre d'après la table]
CINQUIEME feüille des Réfléxions
diverses : Nous sommes la cause de la plupart des deffauts du sexe.
Cet Ouvrage est gouté de plus en plus,
et se fait lire avec plaisir.
Pour ce qui regarde la probité, dit l'Au
teur , pag.70. notre foiblesse est puissamment soutenue par les Loix de l'honneur,
qui sont très-séveres pour nous. Unhom
me qui médit , qui calomnie , ou qui
trompe , se perd absolument dans le mon
de ; il ne peut le faire si adroitement
qu'il ne soit décrié sans retour. Obligé
même quelquefois à payer de sa person
ne , il en devient plus circonspect à s'é
carter. Il n'en est pas ainsi des femmes
nous avons attaché leur honneur à des
circonstances fort singulieres , qui sont
toutes differentes ; elles pensent avoir
tout fait quand elles se gardent de ce côté
là , ou qu'elles sauvent les apparences , ce
qui leur est assez facile dans des conjonc
ture , où elles n'ont que faire d'un tiers ;
du reste elles peuvent tromper, calom
nier , mentir impunément. On rejette
tout sur leur foiblesse; c'est un sexe délicat
qui est aussi excusable de ne pas suivre les
devoirs d'une exacte probité , que de ne pou
voir agir avec force , on porter
fardeaux.
de pesan's
Fiij L'ex
$36 MERCURE DE FRANCE
L'experience nous apprend queles femmes peuvent non-seulement supporter la
fatigue et le travail , mais qu'elles sont
capables , aussi-bien que nous , de courage , de fermeté , de force d'esprit et de
valeur. Combien d'Héroïnes n'a - t-on
pas vû dans tous les siecles ? combien de
Princesses qui ont gouverné avec sagesse
et avec prudence ? nous voyons tous les
jours des femmes parmi nous qui se tirent d'elles-mêmes de l'état de non- chalance et de molesse , où notre prévention
les place , et qui y réussissent aussi - bien
et quelquefois mieux que les hommes
dans les choses qu'elles entreprennent ,
&c.
>
Ala page 74 , J'ai connu dans les Païs
- Etrangers une Dame de distinction
d'un esprit et d'un caractere fort doux
qui vivoit tranquillement en Province
avec un mari qu'elle aimoit beaucoup ;
elle eut le malheur de plaire à un homme de cette espece , qui n'oublia rien
pour la séduire et la brouiller avec son mari , sans en pouvoir venir à bout. A la fin
il s'avisa d'inspirer de la jalousie au mari
et de lui faire donner des avis secrets , qui
mirent la division dans le ménage.Il conduisit les choses de maniere que la femme
fut maltraitée. Il lui offrit ses services. Elle
s'en-
MARS. 1732. SST
s'enfuit avec lui , et se porta ensuite contre son mari à des extrémités que je ne
rapporte pas ,
&c.
La sixième REFLEXIONest la Générosité.
La véritable Générosité , dit l'Auteur ,
Ignore les vains détours; elle ne prévient
que par le zele et ne s'annonce que par
les bienfaits ; on nepeut imaginer de plaisit plus délicat que celui d'un homme généreux , qui découvre une occasion de
faire du bien; il la saisit avec le même
empressement qu'un avare rechercheroit
un trésor ; rien ne lui coute , lorsqu'il s'agit d'obliger ; soins , peines , richesses , il
employe tout pour tirer un ami d'embar
ras , &c.
Il n'appartient pas à un esprit médiocre d'être véritablement généreux ; il në
connoît pas assez le prix des belles ac
tions , pour en faire son unique objet i
quelques bonnes que puissent être ses intentions , il entre toujours quelque chose
de vulgaire dans le systême de sa condui
te ; son jugement n'est jamais assez déterminé sur le choix des différentes démarches qu'il doit faire , et souvent il se laisse entraîner au faux éclat , qui ébloüit le
commun des hommes. Delà vient que certaines gens font toujours entrer quelques
circonstances désagréables dans les serviF iiij ces
538 MERCURE DE FRANCE
ces qu'ils rendent; ils ne vont jamais jusqu'aubout de bonne grace, ils y mêlent ordinairement quelques reproches ou quelques réfléxions , qui marquent de l'inquiétude ou de la répugnance , ils ne sça- vent ce que c'est que de prévenir , ils se
font presser et prier , ou bien ils veulent
assujettir ceux qu'ils obligent , et prennent de ces airs d'empire qui caractérisent les petites gens dans la prosperité .
C'est ainsi que les gens médiocres ne
fontjamais rien qui se soutienne ; si ces
obstacles ne les arrêtent, ils donnent dans
d'autres travers , qui ne sont pas moins
blâmables , ce seront quelquefois des fantaisies de vouloir servir tout le monde,
Ils s'interessent pour le premier venu sans
choix et sans réfléxion, ou répandent leur
hien mal à propos , leurs libéralitez n'ont
pour objet que des bouffons , des courtisanes ou des flateurs ; ce n'est pas là être
généreux , c'est être foible ; dupe ou dérangé.
Si l'on aime mieux les services que la
maniere dont ils sont accordez , on n'a
qu'à mettre ces sortes de gens dans le cas
d'en rendre qui puissent briller et faire de l'éclat dans le monde ; on ne sera pas refusé ; mais s'il s'agit d'obliger dans le silence, leur dureté se fait sentir et dévoile.
leur
MARS. 1732.
leur caractere. Comme ils croyent leur
réputation suffisamment établie par le
bruit qu'ils ont eu soin de faire , ils ne
s'embarassent pas du jugement d'un par
ticulier , qui ne peut balancer la voixpu
blique qu'ils pensent avoir pour eux,
Il y a des gens rusez qui sçavent mettre
à profit tous les services qu'ils rendent ;
on peut compter sur leurs offices , pourvû qu'on ait du crédit et de la protec
tion , des esperances de fortune , un nom
ou une réputation qui puisse relever la
leur ; mais ils ne sçavent ce que c'est que
de s'empresser pour des personnes inutiles à leurs interêts.
D'autres encore plus déraisonnables
sont à craindre par les services qu'ils
n'ont pas rendus ; si on ne veut les avoir
pour ennemis , il faut ignorer leur conduite , quelque peu obligeante qu'elle ait
été ; dès que vous les démêlez , ik met
tent tout en usage pour la justifier, mensonges , médisances , calomnies ; ils n'ou
blient rien pour couvrir leurs procedez ,
qu'ils voudroient se cacher à eux-mêmes.
Ce n'est pas toûjours l'avarice ou l'intérêt qui empêchent les hommes d'être
généreux. Il y a des naturels insensiblesqui verroient périr tous leurs concitoyens
sans se donner le moindre mouvement
Ev pour
540 MERCURE DE FRANCE
pour les secourir; d'autres ne connoissent
personne lorsqu'il s'agit de troubler leur
repos , ou d'interrompre leurs plaisirs ; ils
rapportent tout à eux- mêmes; les interêts les plus pressans d'un ami , ne les détourneront pas d'un Spectacle, d'une promenade ou d'un, amusement frivole ; les
besoins les plus touchans des personnes
qu'ils connoissent ne balanceront pas
f'envie qu'ils ont d'augmenter un Equipagé, d'acquerir un Meuble, ou un Bijou.
Pour voir ces sortes de caracteres sortir
de leur indolence , il faut qu'ils soient à
leur tour dans quelques besoins pressans,
alors ils sont actifs et animez , on ne les
reconnoît plus.
diverses : Nous sommes la cause de la plupart des deffauts du sexe.
Cet Ouvrage est gouté de plus en plus,
et se fait lire avec plaisir.
Pour ce qui regarde la probité, dit l'Au
teur , pag.70. notre foiblesse est puissamment soutenue par les Loix de l'honneur,
qui sont très-séveres pour nous. Unhom
me qui médit , qui calomnie , ou qui
trompe , se perd absolument dans le mon
de ; il ne peut le faire si adroitement
qu'il ne soit décrié sans retour. Obligé
même quelquefois à payer de sa person
ne , il en devient plus circonspect à s'é
carter. Il n'en est pas ainsi des femmes
nous avons attaché leur honneur à des
circonstances fort singulieres , qui sont
toutes differentes ; elles pensent avoir
tout fait quand elles se gardent de ce côté
là , ou qu'elles sauvent les apparences , ce
qui leur est assez facile dans des conjonc
ture , où elles n'ont que faire d'un tiers ;
du reste elles peuvent tromper, calom
nier , mentir impunément. On rejette
tout sur leur foiblesse; c'est un sexe délicat
qui est aussi excusable de ne pas suivre les
devoirs d'une exacte probité , que de ne pou
voir agir avec force , on porter
fardeaux.
de pesan's
Fiij L'ex
$36 MERCURE DE FRANCE
L'experience nous apprend queles femmes peuvent non-seulement supporter la
fatigue et le travail , mais qu'elles sont
capables , aussi-bien que nous , de courage , de fermeté , de force d'esprit et de
valeur. Combien d'Héroïnes n'a - t-on
pas vû dans tous les siecles ? combien de
Princesses qui ont gouverné avec sagesse
et avec prudence ? nous voyons tous les
jours des femmes parmi nous qui se tirent d'elles-mêmes de l'état de non- chalance et de molesse , où notre prévention
les place , et qui y réussissent aussi - bien
et quelquefois mieux que les hommes
dans les choses qu'elles entreprennent ,
&c.
>
Ala page 74 , J'ai connu dans les Païs
- Etrangers une Dame de distinction
d'un esprit et d'un caractere fort doux
qui vivoit tranquillement en Province
avec un mari qu'elle aimoit beaucoup ;
elle eut le malheur de plaire à un homme de cette espece , qui n'oublia rien
pour la séduire et la brouiller avec son mari , sans en pouvoir venir à bout. A la fin
il s'avisa d'inspirer de la jalousie au mari
et de lui faire donner des avis secrets , qui
mirent la division dans le ménage.Il conduisit les choses de maniere que la femme
fut maltraitée. Il lui offrit ses services. Elle
s'en-
MARS. 1732. SST
s'enfuit avec lui , et se porta ensuite contre son mari à des extrémités que je ne
rapporte pas ,
&c.
La sixième REFLEXIONest la Générosité.
La véritable Générosité , dit l'Auteur ,
Ignore les vains détours; elle ne prévient
que par le zele et ne s'annonce que par
les bienfaits ; on nepeut imaginer de plaisit plus délicat que celui d'un homme généreux , qui découvre une occasion de
faire du bien; il la saisit avec le même
empressement qu'un avare rechercheroit
un trésor ; rien ne lui coute , lorsqu'il s'agit d'obliger ; soins , peines , richesses , il
employe tout pour tirer un ami d'embar
ras , &c.
Il n'appartient pas à un esprit médiocre d'être véritablement généreux ; il në
connoît pas assez le prix des belles ac
tions , pour en faire son unique objet i
quelques bonnes que puissent être ses intentions , il entre toujours quelque chose
de vulgaire dans le systême de sa condui
te ; son jugement n'est jamais assez déterminé sur le choix des différentes démarches qu'il doit faire , et souvent il se laisse entraîner au faux éclat , qui ébloüit le
commun des hommes. Delà vient que certaines gens font toujours entrer quelques
circonstances désagréables dans les serviF iiij ces
538 MERCURE DE FRANCE
ces qu'ils rendent; ils ne vont jamais jusqu'aubout de bonne grace, ils y mêlent ordinairement quelques reproches ou quelques réfléxions , qui marquent de l'inquiétude ou de la répugnance , ils ne sça- vent ce que c'est que de prévenir , ils se
font presser et prier , ou bien ils veulent
assujettir ceux qu'ils obligent , et prennent de ces airs d'empire qui caractérisent les petites gens dans la prosperité .
C'est ainsi que les gens médiocres ne
fontjamais rien qui se soutienne ; si ces
obstacles ne les arrêtent, ils donnent dans
d'autres travers , qui ne sont pas moins
blâmables , ce seront quelquefois des fantaisies de vouloir servir tout le monde,
Ils s'interessent pour le premier venu sans
choix et sans réfléxion, ou répandent leur
hien mal à propos , leurs libéralitez n'ont
pour objet que des bouffons , des courtisanes ou des flateurs ; ce n'est pas là être
généreux , c'est être foible ; dupe ou dérangé.
Si l'on aime mieux les services que la
maniere dont ils sont accordez , on n'a
qu'à mettre ces sortes de gens dans le cas
d'en rendre qui puissent briller et faire de l'éclat dans le monde ; on ne sera pas refusé ; mais s'il s'agit d'obliger dans le silence, leur dureté se fait sentir et dévoile.
leur
MARS. 1732.
leur caractere. Comme ils croyent leur
réputation suffisamment établie par le
bruit qu'ils ont eu soin de faire , ils ne
s'embarassent pas du jugement d'un par
ticulier , qui ne peut balancer la voixpu
blique qu'ils pensent avoir pour eux,
Il y a des gens rusez qui sçavent mettre
à profit tous les services qu'ils rendent ;
on peut compter sur leurs offices , pourvû qu'on ait du crédit et de la protec
tion , des esperances de fortune , un nom
ou une réputation qui puisse relever la
leur ; mais ils ne sçavent ce que c'est que
de s'empresser pour des personnes inutiles à leurs interêts.
D'autres encore plus déraisonnables
sont à craindre par les services qu'ils
n'ont pas rendus ; si on ne veut les avoir
pour ennemis , il faut ignorer leur conduite , quelque peu obligeante qu'elle ait
été ; dès que vous les démêlez , ik met
tent tout en usage pour la justifier, mensonges , médisances , calomnies ; ils n'ou
blient rien pour couvrir leurs procedez ,
qu'ils voudroient se cacher à eux-mêmes.
Ce n'est pas toûjours l'avarice ou l'intérêt qui empêchent les hommes d'être
généreux. Il y a des naturels insensiblesqui verroient périr tous leurs concitoyens
sans se donner le moindre mouvement
Ev pour
540 MERCURE DE FRANCE
pour les secourir; d'autres ne connoissent
personne lorsqu'il s'agit de troubler leur
repos , ou d'interrompre leurs plaisirs ; ils
rapportent tout à eux- mêmes; les interêts les plus pressans d'un ami , ne les détourneront pas d'un Spectacle, d'une promenade ou d'un, amusement frivole ; les
besoins les plus touchans des personnes
qu'ils connoissent ne balanceront pas
f'envie qu'ils ont d'augmenter un Equipagé, d'acquerir un Meuble, ou un Bijou.
Pour voir ces sortes de caracteres sortir
de leur indolence , il faut qu'ils soient à
leur tour dans quelques besoins pressans,
alors ils sont actifs et animez , on ne les
reconnoît plus.
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Résumé : Refléxions diverses, [titre d'après la table]
Le texte extrait des 'Réflexions diverses' aborde principalement les défauts attribués au sexe féminin et la véritable générosité. L'auteur observe que les lois de l'honneur imposent aux hommes une rigueur qui les dissuade de médire, calomnier ou tromper, sous peine de perdre leur réputation. En revanche, les femmes sont jugées selon des critères plus indulgents, leur permettant de tromper, calomnier ou mentir sans conséquence majeure, leur faiblesse étant souvent excusée. L'auteur conteste les préjugés en soulignant que les femmes sont capables de courage, de fermeté et de valeur. De nombreuses héroïnes et princesses ont gouverné avec sagesse, et des femmes modernes réussissent aussi bien que les hommes dans leurs entreprises. Le texte raconte également l'histoire d'une dame distinguée séduite par un homme malintentionné, menant à une rupture conjugale et à des extrémités regrettables. La sixième réflexion traite de la générosité. La véritable générosité se manifeste par des bienfaits sans détours. Les esprits médiocres ne parviennent pas à être véritablement généreux, mêlant souvent des reproches ou des réflexions négatives à leurs services. Ils peuvent être intéressés, faibles ou déraisonnables, craignant ceux à qui ils n'ont pas rendu service. Certaines personnes utilisent les services rendus pour leur propre profit, tandis que d'autres, insensibles ou égoïstes, ne secourent les autres que lorsqu'elles sont elles-mêmes dans le besoin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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6
p. 2342-2359
LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
Début :
Vous me pressez, Monsieur, de vous dire ce que je pense du Spectacle de [...]
Mots clefs :
Spectacle de la nature, Auteur, Titre, Vraisemblance, Poème dramatique, Dialogues, Descriptions, Caractère, Curiosité, Défauts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime , au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature , &c.
V
Ous me pressez , Monsieur , de vous
dire ce que je pense du Spectacle, de
la Nature; et même de vous en donner
une idée. Je ne puis m'en deffendre, puisqueje vous l'ai promis , et que je vous
suis redevable à cet égard. Mais , Monsieur , permettez- moi de vous l'avoüer
j'ai quelque peine à m'y résoudre. Cet
Ouvrage a pour objet des matieres sur
lesquelles j'aurois besoin d'être instruit
moi-même , bien loin d'être en état d'en
porter un jugement. Le nom de l'Auteur,
que vous connoissez sans doute , est si
respectable , son érudition est si profonde , et son mérite si généralement reconnu , qu'il seroit témeraire d'en dire du
mal , et inutile d'en dire du bien. Vous
vous contenterez donc , s'il vous plaît
de quelques légeres réfléxions sur la for-
>
me
NOVEMBRE. 1732. 2343
mede l'Ouvrage. Je conte que vous en
jugerez bien-tôt par vous-même ; la seule
énumération des sujets qui y sont traitez ,
ne manquera pas de piquer votre curiosité,que l'obscurité du titre a peut-être ralentie. Au reste , je vous dirai en passant
quesi vous voulez de la premiere Edition
vous n'avez point de temps à perdre. Le
débit en est si prodigieux que vous seriez
peut-être obligé d'attendre la seconde , à
Jaquelle on se prépare.
Vous allez d'abord me demander pourquoi ce débit si prompt? Je sçai que vous
vous défiez de cet empressement du pu- .
blic, depuis que vous avez vû des ouvra
ges reçûs avec avidité dans leur naissance , et presque aussi- tôt oubliez et même
méprisez. Je ne crois pas , Monsieur, que
le Spectacle de la Nature ait un sort aussi
bizarre. En voici la raison. Ceux qui ont
souffert cette ignominieuse révolution
n'avoient de mérite que la forme , et les
véritables Sçavans n'y ont jamais trouvé
une véritable solidité ; au lieu qu'on peut
dire la solidité est l'ame de celui- ci ;
que et si on osoit y reprendre quelques deffauts , ce seroit dans la forme seule qu'on
croiroit les appercevoir.
L'Auteur assure avoir essayé d'en écarter la
tristesse , et au lieu d'un Discours suivi ou d'un
B vj enchaî-
2344 MERCURE DE FRANCE
enchaînement de Dissertations qui emmenent
souvent le dégoût et l'ennui , il a cru devoir
prendre le Stile de Dialogue , qui est de tous le
plus naturel et le plus propre à attacher toutes
sortes de Lecteurs. Preface.
La Scene est une Maison de Campagne,
où un jeune homme sortant de Seconde
pour entrer en Réthorique , passe une
partie de ses Vacances chez un Gentilhomme, qui ayant étudié à fond la Nature , se plaît à lui en développer les secrets les plus curieux . Le Curé du lieu ,
grand Physicien , se joint à eux. L'Epouse
même du Gentilhomme vient aussi prendre, et quelquefois donner des Leçons.
Du caractere dont je vous connois , cette
Scene , ces Personnages , ne vous plaisent
gueres. Quant à moi , vous devinez aisé
ment ma pensée là - dessus. L'Auteur s'est
proposé d'imiter les Entretiens du PereBouhours ; ne vous attendez pas que je
décide s'il égale ou s'il surpasse son modele ; je réserve ce jugement à des personnes plus capables que moi , de sentir
les beautez de l'un , et d'appercevoir les
deffauts de l'autre. Je vous dirai seulement qu'il me semble que les anciens .
avoient attrapé bien mieux que nous l'art
d'interesser les Lecteurs dans leurs Dialogues ; en introduisant sur la Scene des
Personnages d'un mérite connu et distin
NOVEMBRE. 1732 234
3
tingué , et même qui eussent réussi dans le
genre d'étude dont ils les faisoient parler.
Cette précaution me paroît pleine de prudence , et rien de plus sensé que la rai
son que Ciceron en donne : Genus hoc Ser
monumpositum in hominum veterum authoritate , et eorum illustrium , plus nescio quo
pacto videtur haberegravitatis. De amicitia.
Le choix qu'ils faisoient n'étoit pas moins
sage ; dans un Dialogue sur la vieillesse
Ciceron introduit Caton , l'homme le
plus vieux et le plus sage de son siécle
Dans un autre Dialogue , où il est traitté
de l'Amitié, il fait parler Lælius, qui par
sa prudence avoit mérité le surnom de
Sage , et s'étoit rendu encore plus illus
tre par l'amitié tendre et sincere , qui l'avoit étroitement uni à Scipion . De pareils
Héros sont bien capables d'attacher un
Lecteur sensible ; on oublie entierement
l'Auteur lui-même ; on croit être présent
à l'entretien, on s'imagine voir ces grands
hommes , et les entendre. En effet , quel
est le but d'un Dialogue ? Ne peut on
pas le regarder comme un véritable Poë
me Dramatique , dont le sujet plus paisible et plus tranquille que ceux qui occu
pent nos Théatres , se diversifie , suivant
la difference de l'objet de l'étude de ses
Héros. Tout le monde exige dans ces
>
deux
2346 MERCURE DE FRANCE
deux genres d'écrire , le naturel dans les
personnages , la vraisemblance dans la
Scene , pourquoi n'exigeroit- on pas aussi des mœurs , des passions , une espéce d'intrigue , un nœud , un dénouement , que
la diversité des opinions , les préjugez ,
les différentes raisons , l'évidence enfin et
la verité formeroient ? Je m'arrête au caractere seul des Interlocuteurs , je crois
que c'est une partie essentielle du Dialogue, et pour y réussir , je suis persuadé
qu'il n'est pas possible de se dispenser de
mettre en pratique le précepte d'Horace ,
dont l'application me semble naturelle, et l'usage également nécessaire dans le Dialogue comme dans la Tragédie.
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quam siproferres ignota , indictaque primus.
Art. Poët.
Conserver les différens caracteres sans
que jamais ils se démentent, est un point
Indispensable dans le Poënre Dramatique,
et par conséquent dans le Dialogue qui en
est une espéce. Dans l'un comme dans
l'autre il est plus aisé de peindre un portrait naturel , un caractere connu , que
d'en imaginer un et le soutenir; car, comme le dit fort bien Horace :
Diffi-
NOVEMBRE. 1732. 2347
Difficile est propriè communia dicere.
Il vaut donc bien mieux employer des
Interlocuteurs connus d'ailleurs , et estimez,que des noms supposez et sans réalitez. Ces derniers n'ont rien qui interesse le Lecteur. Je ne suis pas attentif à
leurs fautes , parce que je n'ai pas une gran
de idée de leur sçavoir. Le Dialogue sur
l'éloquence attribué à M. de Fenelon ,
d'ailleurs si plein de refléxions solides, me
paroît bien froid quand je le considere
comme Dialogue. Ce n'est pas que les caracteres ne soient bien conservez. Mais
Ce caractere que je n'attribuë à personne ,.
m'échape à chaque moment , et je ne me
hâte point de prendre parti ni pour l'un
ni pour l'autre. Que m'importe que A
soit d'un sentiment , et B d'un autre ?
Un Crassus , dont l'éloquence , les talens,
la réputation étoient connus. Un Antoine , célébre, sçavant , estimé , me frappent
bien davantage. C'est à ces grands hommes à définir l'Eloquence , puisqu'ils la
possed nt à fond ; c'est à eux à me décou
vrir les routes qui peuvent y conduire ;
ils les ont pratiquées eux mêmes , et leur
gloire nous assûre du succès. C'est à eux
qu'il appartient de décider du mérite des
Auteurs , ils ont réüni tous les suffrages ,
et
2348 MERCURE DE FRANCE
et personne ne balance sur leur mérite..
Je les consulte avec confiance , je les écoute avec avidité , et pour moi , réussir ou
leur plaire , c'est à peu près la même chose.
.
On nous donna il y a environ deux
ans une Physique en Dialogue , et on
vient de la réimprimer ; cet Ouvrage est
estimé , je l'ai lû même avec fruit. Mais
quelque excellent , quelqu'utile qu'il
soit , il n'a pas laissé de m'ennuier. Les
Interlocuteurs qu'on me présente sont
des gens que je ne connois point ; et qui
plus est , que je n'ai aucun interêt de
connoître. C'est , me dit-on , un grand
génie , c'est un homme plein de vertu
de candeur , d'esprit. Je ne sens point à
son nom les mouvemens qu'excitent en
moi les noms respectables des grands hom
mes. Ariste et Eudoxe ne font pas la même impression que feroient Descartes
Rohault , Gassendi. La conversation de
ceux- ci me plairoit , me charmeroit ; l'interêt qu'ils auroient à se défendre , m'interesseroit moi- même. L'àrdeur avec laquelle ils soutiendroient leurs opinionsm'animeroit. Persuadé que la dispute seroit réelle et sérieuse , je la suivrois avec:
plus de soin : l'amour propre seroit mê--
me de la partie , il entreroit dans ce jeu
il
NOVEMBRE. 1732. 2349
I augmenteroit mon plaisir et mes charmes . Je serois ravi d'être comme arbitre
entre de puissans Rivaux , et de décider
moi-même , ou de juger de leurs raisons.
Je le répéte , un Dialogue froid me glace , un Dialogue animé me transporte.
J'aurois lû les Entretiens Physiques avec
bien plus de plaisir , si j'y eusse vû disputer Descartes Gassendi , Rohault
Mrs Arnauld , Regis , le Pere Malebranche , ou quelqu'autres dont la réputation célebre me donnat une idée avantageuse
de leur sçavoir.
2
Les Dialogues même du Spectacle de la
Nature auroient pû trouver place dans les
momens de loisir de ces grands Hommes.
N'est- il pas même plus vraisemblable que
c'est à l'éxamen curieux de ce détail des
objets exterieurs de la Nature , qu'ils em
ployerent les intervalles de leurs pénibles
études , qu'il n'est vraisemblable qu'il ait
fait l'occupation réguliere des vacances
d'un jeune homme. Non, je ne puis croire
qu'un jeune homme dans le feu de l'âge ,
susceptible des plaisirs de la Chasse , avide des Jeux et des divertissemens, ait volontairement sacrifié à la Philosophie des
momens si doux , si désirez , si ennemis
de toute application. Se peut- il faire qu'il
ait écouté de sang freid des Dissertations
Sur
2550 MERCURE DE FRANCE
sur mille choses ausquelles les jeunes gens
ne sont pas si sensibles qu'on le voudroit
faire croire. L'Auteur qui n'est plus dans
le feu de lajeunesse,a sans doute oublié la
vivacité de cet âge. Quelques particularitez ezpliquées en differentes occasions que
présente le hazard , peuvent plaire ; mais
des Conférences réglées , des Assemblées
Académiques , et cela entre des personnes
d'âge et de condition si différentes ; en verité, l'Auteur y a- t-il bien pensé ?
Le premier entretien qui sert d'intro
duction , et qui est une longue exposition
des princip's physiques ne devoit pas avoir
bien des charmes pour un jeune homme.
Les descriptions anatomiques , ennuiantes
et souvent inintelligibles , les Sermons
mêne , et les moralitez assez frequentes
ne sont pas du goût de la Jeunesse. Aussi
notre jeune Chevalier , quoique le Heros
de la Piéce , dort cependant presque toujours , et laisse parler les autres. Il est
vrai qu'on veut mettre à profit jusqu'à
son sommeil , ses réveries paroissent quelquefois si agréables , qu'on veut même
rester en sa place ; au reste , il est toujours de bon accord , c'est-à- dire , qu'il
paroît que c'est moins par inclination.
que par complaisance qu'il se trouve à
toutes ces assemblées. Ons'apperçoit néanmoins
NOVEMBRE. 1732. 2301
moins qu'on a tâché d'égayer son personage , en insérant de tems en tems des
traits qu'on a voulu rendre plaisans. Mais
le plus souvent tout cela paroît forcé et
ne coule point de source. Ce n'est point
le cœur qui parle. Le sujet est traité sérieusement , quoiqu'on se soit proposé de
le traiter gayement. Ce sont toujours les
mêmes personnages , et presque toujours
les mêmes transitions. Le Gentilhomme
et son Epouse qui ont presque toujours
du monde à leur table , n'ont pas le talent de retenir quelqu'un , et de lui faire
faire une débauche académique. Cemoïen
auroit diversifié l'ordre et les matieres
sans déranger la suite et l'enchaînement
des sujets qu'on se proposoit d'approfon
dir. Je ne sçai si l'Auteur a voulu se peindre dans le personnage du Curé , il se
trouve trop sçavant et en même tems
trop amateur de la morale. Ces deux talens sont si rarement réunis ensemble ,
que bien loin de paroître vraisemblables
il semble qu'ils soient incompatibles. Il
connoît àfond toute la nature ; mais un
Curé aussi attaché à ses devoirs aussi.
éxact à les remplir qu'on veut nous le représenter , a-t'il le tems de développer
tous ces mysteres. Il est , dit- on , en miême-tems plein de pieté et de Religion
›
›
>
:
je
2352 MERCURE DE FRANCE
.
je veux bien le croire ; mais ce n'est pas
parce que lorsqu'il s'agit d'une partie de
Pêche , il soutient qu'étant chargé de la
péche des hommes il ne doit point assister à celle des poissons. On le dit charitable , désinteressé et plein de tendresse
pour son troupeau , j'y souscris ; mais ce
n'est pas , parce qu'au sujet de l'amour
des bêtes pour leurs petits , on fait un
froid panegyrique de sa charité , ce n'est
pas parce qu'on compare ses soins pastorals à ceux de ces animaux.
Le caractere du Comte me paroit un
peu obscur. Je ne vois pas bien ce qui le
domine , ni même ce qui le compose. II.
a servi long- tems , et jouit de la paix de
puis bien des années ; ainsi il ne doit pas.
être jeune. Cependant on ne voit point
cette démangeaison naturelle aux personnes de son âge et de sa condition à raconter differens traits arrivez durant sa jeunesse , durant ses voyages , durant son
service. Pour vous dire, en un mot, ce que
je pense de la Dame , on met bien des
choses dans sa bouche , qui, ce me semble,
auroient bien mieux convenues dans celle
du jeune homme.Ses colations spirituelles.
sont des tours déja usez , les exclamations.
qui se font à ce sujet me semblent bien
déplacées. Je n'aime guéres non plus ni sa
filasse
NOVEMBRE. 1732. 2353
filasse , ni sa filandiere. Je ne voudrois pas
la voir tant parler , ou je la voudrois entendre parler plus souvent. Enfin je trouve trop d'ignorance dans sa science , et
trop de science dans son ignorance. Au
reste , Monsieur , tout ce que je viens de
vous dire ne détruit point ce que j'ai
avancé au commencement de ma Lettre ,
que ce Livre est très-utile et très curieux.
Dans cette premiere partie , nous avons
quinze Entretiens , les huit premiers ont
les Insectes pour objet , le neuvième est
-sur les Coquillages , le 10. et 11. sur les
Oyseaux , le 12. sur les Animaux terrestres , le 13. sur les Poissons , le 14. et 15.
sur les Plantes. Ce qui regarde les Insectes est plus étendu , et paroît travaillé
avec plus de soin que les autres morceaux,
qu'on diroit que l'Auteur a voulu simplement ébaucher.
Vous sentez bien , Monsieur , queje
ne puis vous faire le détail des faits curieux
qui y sont rapportez ; quand même j'en
transcrirois quelques-uns, vous ne pouriez
en juger équitablement. C'est à l'obscurité de la matiere et non à la capacité de
1'Auteur qu'il faut s'en prendre , si bien
des circonstances ne sont pas exposées
avec la netteté qu'il seroit à souhaitter ,
si la curiosité n'est pas satisfaite par 'tout.
Mais
2334 MERCURE DE FRANCE
Mais comme je ne puis me dispenser de
vous rapporter quelques échantillons
pour vous mettre en état de mieux connoître l'ouvrage , je choisirai deux morceaux entierement du génie de l'Auteur ,
car il déclare que les Remarques et les
Observations Physiques ne sont point de
lui. Je vous rapporterai donc deux portraits qui me paroissent d'un goût bien
different. Ils sont suivis tous deux d'une
morale où je n'ai pas trouvé le même sel ,
la même force , la même justesse , soit
pour la place qui leur a été choisie , soit
pour ce qui les occasionne , soit pour la
maniere dont ils sont éxecutez. Le premier endroit est tiré du morceau favori
de l'Auteur , je veux dire du Traité des
Insectes. On venoit de parler de la Féve
ou Crysalide dans lesquelles les chenilles
s'ensevelissent elles- mêmes pour revivre
ensemble dans une nouvelle forme et
comme d'une nouvelle vie.
C'est le Curé qui parle , page 56. Qu'on ouvre,
dit-il une de ces Crysalides , dont l'état est le
passage de la forme de Chenille à celle de Papil
len , vous n'y trouverez sur tout au commencement, qu'une bouillie ou une sorte de pourriture apparente où tout est confondu. C'est cependant
dans cette pourriture , qu'est le germe d'une meilleure vic, Ces humeurs transpirent peu à peu
au travers de la pellicule qui les couvre , la
pelii-
NOVEMBRE. 1732. 2355
•
pellicule acquiert insensiblement une couleur plus
vermeille , les traits qui étoient confus commen
cent à se démêler au travers du fourreau qui se
créve , la tête se dégage, les artéres s'allongent
les pattes et les aîles s'étendent , enfin le papillion vole , et ne conserve rien de son premier
état. La chenille qui s'est changée en nimphe, et
le papilon qui en sort , sont deux animaux to: alement differens . Le premier n'avoit rien que de
terrestre , et rampoit avec pesanteur , le second
est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il
dédaigne en quelque sorte de s'y poser ; le pre- mier étoit hérissé , et souvent d'un aspect hydeux ; l'autre est paré des plus vives couleurs.
Le premier se bornoit stupidement à une nourriture grossiere ; celui - ci va de fleur en fleur , il
vit de miel et de rosée , et varie continuellement
ses plaisirs. Il jouit en liberté de toute la Nature , et il l'embellit lui - même. La Comtesse.
M. le Prieur , voilà une image bien agréable de
notte résurrection. Le Prieur. Toute la Nature
est pleine d'images sensibles des choses célestes
et des veritez les plus sublimes. Il y a un profit
certain à l'étudier , et c'est une Théologie qui
est toujours bien reçûë , parce qu'elle est toujours
entendue. Le plus grand de tous les Maîtres , ou
plutôt notre unique Maître , nous a enseigné
cette méthode, en tirant la plupart de ses instructions des objets les plus communs que la Nature
lui présentoit , et il nous a mon ré en particulier
l'image de sa résurrection dans le grain de fro
ment qui demeure seul , tant qu'il n'est pas mort,
mais qui etant pourri et mort en terre produit
beaucoup de fruit.
9
Cette Morale semble convenir a sez
bien dans la bouche d'un Curé , mais
étoit-
2356 MERCURE DE FRANCE
étoit-ce à la Dame de faire l'application
de la résurrection des hommes à celles
des chenilles ? Au reste , on voit ici, surtout dans le commencement une vivacité
dans l'expression , un choix dans les termes , capables de charmer le Lecteur le
plus difficile. C'est encore M. le Curé qui
nous fournira l'autre portrait , je ne préviendrai pas votre jugement. Chacun s'étoit engagé à faire connoître la nature
d'un animal particulier. Voici comme le
Curé s'acquitte de sa dette.
Celui dont je veux vous faire l'éloge , dit-il ,
a des qualitez tout-à-fait singulieres.... Tout.
le monde abandonne l'Asne , je le veux prendre
sous ma protection. Vû d'une certaine façon.
cet animal me plaît , et j'espere montrer que bien loin d'avoir besoin d'indulgence ou d'apologie , il peut être l'objet d'un éloge raisonnable.
L'Asne , je l'avoue , n'a pas les qualitez brillantes , mais il les a solides... Il n'a pas la voix
tout-à- fait belle , ni l'air noble , ni des manieres
fort vives.... point d'air rengorgé , point de suffisance , il va uniment son chemin.... nul
apprêt pour son repas..... tout ce qu'on lui
donne est bien reçû... Si on l'oublie , et qu'on
l'attache un peu loin de l'herbe , il prie son maître le plus pathétiquement qu'il lui est possible de
pourvoir à ses besoins aussi- bien est- il juste qu'il
vive , il y employe toute sa Réthorique... Ses Occupations se ressentent de la bassesse de ceux
qui les mettent en œuvre mais le jugement que
Fon porte de l'âne et du maître sont également
injustes.... Nous ne pouvons en aucune sorte
9
ni
NOVEMBRE. 1732. 2357
·
ni en aucun tems , ni dans aucune condition
nous passer du Païsan et de l'Artisan. Ces gens
sont comme l'ame et le nerf de la République
et le soutien de notre vie. C'est d'eux que nous tirons de quoi remplir à chaque instant quelqu'un de nos besoins. Nos maisons , nos habits , nos
meubles et notre nourriture , tout vient d'eux.
Or , où en seroient réduits les Vignerons , les
Jardiniers , les maisons et la plupart des gens de campagne , c'est- à- dire , les deux tiers des
hommes , s'il . leur falloit d'autres hommes ou
des chevaux pour le transport de leurs mar
chandises et des matieres qu'ils employent. L'Asne est sans cesse à leurs secours , il porte le fruit,
les herbages , les peaux de bêtes , le charbon , le
bois , la tuile , la brique , le plâtre , la chaux , la
paille , et le fumier. Une courte comparaison achevera de vous faire mieux sentir l'utilité de
ses services , et les tirera en quelque sorte de leur obscurité. Le Cheval ressemble assez à ces Nations qui aiment le bruit et le fracas , qui sautent et dansent toujours , qui s'occupent beaucoup des dehors , et qui mettent de l'enjoument
par tout... L'Asne au contraire ressemble à ces
peuples naturellement épais et pacifiques , qui connoissent leur labourage , et rien de plus,vont leur train sans distraction , et achevent d'un air
sérieux et opiniâtre , tout ce qu'ils ont une fois .
entrepris.
Je ne sçai ce que vous en pensez , mais
cet éloge ne ressemble- t- il pas un peu à
ceux qu'on nous débita avec tant d'impudence l'année derniere. Il pourroit plaire
à ces Auteurs singuliers , qui réduisent
toute l'éloquence à l'Exposition , c'est- àC dire,
2358 MERCURE DE FRANCE
dire , à la répétition de la même chose en
différens termes. Mais à qui cette idée
peut-elle plaire ? Quant à l'éloge , n'auroit on pas mieux fait de le donner comme une déclamation du jeune Candidat
de Rhetorique, que comme les refléxions.
d'un homme qu'on veut faire regarder
comme plein de bon sens. Bien des gens
ont crû trouver du mistere dans la comparaison , mais il ne faut pas prêter à
l'Auteur trop de malice.
Je vous crois actuellement au. fait du
style et du genre de l'Ouvrage ; ces deux
échantillons suffisent pour en juger. Il est
bon cependant d'ajoûter qu'il y en a plus
d'une façon que d'une autre. Tout ce que
j'en conclus , c'est que l'Ouvrage n'est
pas également bien soûtenu , défaut commun aux plus excellentes productions de
l'esprit humain qui se ressent toujours de
sa foiblesse.
Interdumque bonus dormitat Homerus.
La forme auroit besoin de l'exactitude
que je suppose que l'Auteur agardée dans
les faits et les découvertes.
Au reste , il n'a point eu en vûë de
nous donner des Dialogues parfaits , mais
de piquer notre curiosité , et de la satisfaire
NOVEMBRE. 1732. 2359
faire innocemment. On peut dire qu'il
le fait , et par les traits curieux qu'il rap-.
porte , et par ceux qu'il nous a dérobés.
C'étoit là son but , et on peut assûrer
qu'il y est arrivé. Je ne voudrois pas cependant le dire à lui- même , ce seroit
me brouiller entierement avec lui. Il est
de ces sortes de gens qui ne peuvent entendre dire que leur Ouvrage est parfait ,
qui ne sont jamais plus contents que lorsqu'on leur montre des défauts réels , et
qui ne peuvent s'empêcher de ressentir
une secrete indignation contre ceux qui
les flattent , ou même qui les ménagent.
Je souhaitte à notre France un Peuple
de pareils Auteurs. Je suis , &c.
Ce 25 Septembre 1732
V
Ous me pressez , Monsieur , de vous
dire ce que je pense du Spectacle, de
la Nature; et même de vous en donner
une idée. Je ne puis m'en deffendre, puisqueje vous l'ai promis , et que je vous
suis redevable à cet égard. Mais , Monsieur , permettez- moi de vous l'avoüer
j'ai quelque peine à m'y résoudre. Cet
Ouvrage a pour objet des matieres sur
lesquelles j'aurois besoin d'être instruit
moi-même , bien loin d'être en état d'en
porter un jugement. Le nom de l'Auteur,
que vous connoissez sans doute , est si
respectable , son érudition est si profonde , et son mérite si généralement reconnu , qu'il seroit témeraire d'en dire du
mal , et inutile d'en dire du bien. Vous
vous contenterez donc , s'il vous plaît
de quelques légeres réfléxions sur la for-
>
me
NOVEMBRE. 1732. 2343
mede l'Ouvrage. Je conte que vous en
jugerez bien-tôt par vous-même ; la seule
énumération des sujets qui y sont traitez ,
ne manquera pas de piquer votre curiosité,que l'obscurité du titre a peut-être ralentie. Au reste , je vous dirai en passant
quesi vous voulez de la premiere Edition
vous n'avez point de temps à perdre. Le
débit en est si prodigieux que vous seriez
peut-être obligé d'attendre la seconde , à
Jaquelle on se prépare.
Vous allez d'abord me demander pourquoi ce débit si prompt? Je sçai que vous
vous défiez de cet empressement du pu- .
blic, depuis que vous avez vû des ouvra
ges reçûs avec avidité dans leur naissance , et presque aussi- tôt oubliez et même
méprisez. Je ne crois pas , Monsieur, que
le Spectacle de la Nature ait un sort aussi
bizarre. En voici la raison. Ceux qui ont
souffert cette ignominieuse révolution
n'avoient de mérite que la forme , et les
véritables Sçavans n'y ont jamais trouvé
une véritable solidité ; au lieu qu'on peut
dire la solidité est l'ame de celui- ci ;
que et si on osoit y reprendre quelques deffauts , ce seroit dans la forme seule qu'on
croiroit les appercevoir.
L'Auteur assure avoir essayé d'en écarter la
tristesse , et au lieu d'un Discours suivi ou d'un
B vj enchaî-
2344 MERCURE DE FRANCE
enchaînement de Dissertations qui emmenent
souvent le dégoût et l'ennui , il a cru devoir
prendre le Stile de Dialogue , qui est de tous le
plus naturel et le plus propre à attacher toutes
sortes de Lecteurs. Preface.
La Scene est une Maison de Campagne,
où un jeune homme sortant de Seconde
pour entrer en Réthorique , passe une
partie de ses Vacances chez un Gentilhomme, qui ayant étudié à fond la Nature , se plaît à lui en développer les secrets les plus curieux . Le Curé du lieu ,
grand Physicien , se joint à eux. L'Epouse
même du Gentilhomme vient aussi prendre, et quelquefois donner des Leçons.
Du caractere dont je vous connois , cette
Scene , ces Personnages , ne vous plaisent
gueres. Quant à moi , vous devinez aisé
ment ma pensée là - dessus. L'Auteur s'est
proposé d'imiter les Entretiens du PereBouhours ; ne vous attendez pas que je
décide s'il égale ou s'il surpasse son modele ; je réserve ce jugement à des personnes plus capables que moi , de sentir
les beautez de l'un , et d'appercevoir les
deffauts de l'autre. Je vous dirai seulement qu'il me semble que les anciens .
avoient attrapé bien mieux que nous l'art
d'interesser les Lecteurs dans leurs Dialogues ; en introduisant sur la Scene des
Personnages d'un mérite connu et distin
NOVEMBRE. 1732 234
3
tingué , et même qui eussent réussi dans le
genre d'étude dont ils les faisoient parler.
Cette précaution me paroît pleine de prudence , et rien de plus sensé que la rai
son que Ciceron en donne : Genus hoc Ser
monumpositum in hominum veterum authoritate , et eorum illustrium , plus nescio quo
pacto videtur haberegravitatis. De amicitia.
Le choix qu'ils faisoient n'étoit pas moins
sage ; dans un Dialogue sur la vieillesse
Ciceron introduit Caton , l'homme le
plus vieux et le plus sage de son siécle
Dans un autre Dialogue , où il est traitté
de l'Amitié, il fait parler Lælius, qui par
sa prudence avoit mérité le surnom de
Sage , et s'étoit rendu encore plus illus
tre par l'amitié tendre et sincere , qui l'avoit étroitement uni à Scipion . De pareils
Héros sont bien capables d'attacher un
Lecteur sensible ; on oublie entierement
l'Auteur lui-même ; on croit être présent
à l'entretien, on s'imagine voir ces grands
hommes , et les entendre. En effet , quel
est le but d'un Dialogue ? Ne peut on
pas le regarder comme un véritable Poë
me Dramatique , dont le sujet plus paisible et plus tranquille que ceux qui occu
pent nos Théatres , se diversifie , suivant
la difference de l'objet de l'étude de ses
Héros. Tout le monde exige dans ces
>
deux
2346 MERCURE DE FRANCE
deux genres d'écrire , le naturel dans les
personnages , la vraisemblance dans la
Scene , pourquoi n'exigeroit- on pas aussi des mœurs , des passions , une espéce d'intrigue , un nœud , un dénouement , que
la diversité des opinions , les préjugez ,
les différentes raisons , l'évidence enfin et
la verité formeroient ? Je m'arrête au caractere seul des Interlocuteurs , je crois
que c'est une partie essentielle du Dialogue, et pour y réussir , je suis persuadé
qu'il n'est pas possible de se dispenser de
mettre en pratique le précepte d'Horace ,
dont l'application me semble naturelle, et l'usage également nécessaire dans le Dialogue comme dans la Tragédie.
Rectius Iliacum carmen deducis in actus ,
Quam siproferres ignota , indictaque primus.
Art. Poët.
Conserver les différens caracteres sans
que jamais ils se démentent, est un point
Indispensable dans le Poënre Dramatique,
et par conséquent dans le Dialogue qui en
est une espéce. Dans l'un comme dans
l'autre il est plus aisé de peindre un portrait naturel , un caractere connu , que
d'en imaginer un et le soutenir; car, comme le dit fort bien Horace :
Diffi-
NOVEMBRE. 1732. 2347
Difficile est propriè communia dicere.
Il vaut donc bien mieux employer des
Interlocuteurs connus d'ailleurs , et estimez,que des noms supposez et sans réalitez. Ces derniers n'ont rien qui interesse le Lecteur. Je ne suis pas attentif à
leurs fautes , parce que je n'ai pas une gran
de idée de leur sçavoir. Le Dialogue sur
l'éloquence attribué à M. de Fenelon ,
d'ailleurs si plein de refléxions solides, me
paroît bien froid quand je le considere
comme Dialogue. Ce n'est pas que les caracteres ne soient bien conservez. Mais
Ce caractere que je n'attribuë à personne ,.
m'échape à chaque moment , et je ne me
hâte point de prendre parti ni pour l'un
ni pour l'autre. Que m'importe que A
soit d'un sentiment , et B d'un autre ?
Un Crassus , dont l'éloquence , les talens,
la réputation étoient connus. Un Antoine , célébre, sçavant , estimé , me frappent
bien davantage. C'est à ces grands hommes à définir l'Eloquence , puisqu'ils la
possed nt à fond ; c'est à eux à me décou
vrir les routes qui peuvent y conduire ;
ils les ont pratiquées eux mêmes , et leur
gloire nous assûre du succès. C'est à eux
qu'il appartient de décider du mérite des
Auteurs , ils ont réüni tous les suffrages ,
et
2348 MERCURE DE FRANCE
et personne ne balance sur leur mérite..
Je les consulte avec confiance , je les écoute avec avidité , et pour moi , réussir ou
leur plaire , c'est à peu près la même chose.
.
On nous donna il y a environ deux
ans une Physique en Dialogue , et on
vient de la réimprimer ; cet Ouvrage est
estimé , je l'ai lû même avec fruit. Mais
quelque excellent , quelqu'utile qu'il
soit , il n'a pas laissé de m'ennuier. Les
Interlocuteurs qu'on me présente sont
des gens que je ne connois point ; et qui
plus est , que je n'ai aucun interêt de
connoître. C'est , me dit-on , un grand
génie , c'est un homme plein de vertu
de candeur , d'esprit. Je ne sens point à
son nom les mouvemens qu'excitent en
moi les noms respectables des grands hom
mes. Ariste et Eudoxe ne font pas la même impression que feroient Descartes
Rohault , Gassendi. La conversation de
ceux- ci me plairoit , me charmeroit ; l'interêt qu'ils auroient à se défendre , m'interesseroit moi- même. L'àrdeur avec laquelle ils soutiendroient leurs opinionsm'animeroit. Persuadé que la dispute seroit réelle et sérieuse , je la suivrois avec:
plus de soin : l'amour propre seroit mê--
me de la partie , il entreroit dans ce jeu
il
NOVEMBRE. 1732. 2349
I augmenteroit mon plaisir et mes charmes . Je serois ravi d'être comme arbitre
entre de puissans Rivaux , et de décider
moi-même , ou de juger de leurs raisons.
Je le répéte , un Dialogue froid me glace , un Dialogue animé me transporte.
J'aurois lû les Entretiens Physiques avec
bien plus de plaisir , si j'y eusse vû disputer Descartes Gassendi , Rohault
Mrs Arnauld , Regis , le Pere Malebranche , ou quelqu'autres dont la réputation célebre me donnat une idée avantageuse
de leur sçavoir.
2
Les Dialogues même du Spectacle de la
Nature auroient pû trouver place dans les
momens de loisir de ces grands Hommes.
N'est- il pas même plus vraisemblable que
c'est à l'éxamen curieux de ce détail des
objets exterieurs de la Nature , qu'ils em
ployerent les intervalles de leurs pénibles
études , qu'il n'est vraisemblable qu'il ait
fait l'occupation réguliere des vacances
d'un jeune homme. Non, je ne puis croire
qu'un jeune homme dans le feu de l'âge ,
susceptible des plaisirs de la Chasse , avide des Jeux et des divertissemens, ait volontairement sacrifié à la Philosophie des
momens si doux , si désirez , si ennemis
de toute application. Se peut- il faire qu'il
ait écouté de sang freid des Dissertations
Sur
2550 MERCURE DE FRANCE
sur mille choses ausquelles les jeunes gens
ne sont pas si sensibles qu'on le voudroit
faire croire. L'Auteur qui n'est plus dans
le feu de lajeunesse,a sans doute oublié la
vivacité de cet âge. Quelques particularitez ezpliquées en differentes occasions que
présente le hazard , peuvent plaire ; mais
des Conférences réglées , des Assemblées
Académiques , et cela entre des personnes
d'âge et de condition si différentes ; en verité, l'Auteur y a- t-il bien pensé ?
Le premier entretien qui sert d'intro
duction , et qui est une longue exposition
des princip's physiques ne devoit pas avoir
bien des charmes pour un jeune homme.
Les descriptions anatomiques , ennuiantes
et souvent inintelligibles , les Sermons
mêne , et les moralitez assez frequentes
ne sont pas du goût de la Jeunesse. Aussi
notre jeune Chevalier , quoique le Heros
de la Piéce , dort cependant presque toujours , et laisse parler les autres. Il est
vrai qu'on veut mettre à profit jusqu'à
son sommeil , ses réveries paroissent quelquefois si agréables , qu'on veut même
rester en sa place ; au reste , il est toujours de bon accord , c'est-à- dire , qu'il
paroît que c'est moins par inclination.
que par complaisance qu'il se trouve à
toutes ces assemblées. Ons'apperçoit néanmoins
NOVEMBRE. 1732. 2301
moins qu'on a tâché d'égayer son personage , en insérant de tems en tems des
traits qu'on a voulu rendre plaisans. Mais
le plus souvent tout cela paroît forcé et
ne coule point de source. Ce n'est point
le cœur qui parle. Le sujet est traité sérieusement , quoiqu'on se soit proposé de
le traiter gayement. Ce sont toujours les
mêmes personnages , et presque toujours
les mêmes transitions. Le Gentilhomme
et son Epouse qui ont presque toujours
du monde à leur table , n'ont pas le talent de retenir quelqu'un , et de lui faire
faire une débauche académique. Cemoïen
auroit diversifié l'ordre et les matieres
sans déranger la suite et l'enchaînement
des sujets qu'on se proposoit d'approfon
dir. Je ne sçai si l'Auteur a voulu se peindre dans le personnage du Curé , il se
trouve trop sçavant et en même tems
trop amateur de la morale. Ces deux talens sont si rarement réunis ensemble ,
que bien loin de paroître vraisemblables
il semble qu'ils soient incompatibles. Il
connoît àfond toute la nature ; mais un
Curé aussi attaché à ses devoirs aussi.
éxact à les remplir qu'on veut nous le représenter , a-t'il le tems de développer
tous ces mysteres. Il est , dit- on , en miême-tems plein de pieté et de Religion
›
›
>
:
je
2352 MERCURE DE FRANCE
.
je veux bien le croire ; mais ce n'est pas
parce que lorsqu'il s'agit d'une partie de
Pêche , il soutient qu'étant chargé de la
péche des hommes il ne doit point assister à celle des poissons. On le dit charitable , désinteressé et plein de tendresse
pour son troupeau , j'y souscris ; mais ce
n'est pas , parce qu'au sujet de l'amour
des bêtes pour leurs petits , on fait un
froid panegyrique de sa charité , ce n'est
pas parce qu'on compare ses soins pastorals à ceux de ces animaux.
Le caractere du Comte me paroit un
peu obscur. Je ne vois pas bien ce qui le
domine , ni même ce qui le compose. II.
a servi long- tems , et jouit de la paix de
puis bien des années ; ainsi il ne doit pas.
être jeune. Cependant on ne voit point
cette démangeaison naturelle aux personnes de son âge et de sa condition à raconter differens traits arrivez durant sa jeunesse , durant ses voyages , durant son
service. Pour vous dire, en un mot, ce que
je pense de la Dame , on met bien des
choses dans sa bouche , qui, ce me semble,
auroient bien mieux convenues dans celle
du jeune homme.Ses colations spirituelles.
sont des tours déja usez , les exclamations.
qui se font à ce sujet me semblent bien
déplacées. Je n'aime guéres non plus ni sa
filasse
NOVEMBRE. 1732. 2353
filasse , ni sa filandiere. Je ne voudrois pas
la voir tant parler , ou je la voudrois entendre parler plus souvent. Enfin je trouve trop d'ignorance dans sa science , et
trop de science dans son ignorance. Au
reste , Monsieur , tout ce que je viens de
vous dire ne détruit point ce que j'ai
avancé au commencement de ma Lettre ,
que ce Livre est très-utile et très curieux.
Dans cette premiere partie , nous avons
quinze Entretiens , les huit premiers ont
les Insectes pour objet , le neuvième est
-sur les Coquillages , le 10. et 11. sur les
Oyseaux , le 12. sur les Animaux terrestres , le 13. sur les Poissons , le 14. et 15.
sur les Plantes. Ce qui regarde les Insectes est plus étendu , et paroît travaillé
avec plus de soin que les autres morceaux,
qu'on diroit que l'Auteur a voulu simplement ébaucher.
Vous sentez bien , Monsieur , queje
ne puis vous faire le détail des faits curieux
qui y sont rapportez ; quand même j'en
transcrirois quelques-uns, vous ne pouriez
en juger équitablement. C'est à l'obscurité de la matiere et non à la capacité de
1'Auteur qu'il faut s'en prendre , si bien
des circonstances ne sont pas exposées
avec la netteté qu'il seroit à souhaitter ,
si la curiosité n'est pas satisfaite par 'tout.
Mais
2334 MERCURE DE FRANCE
Mais comme je ne puis me dispenser de
vous rapporter quelques échantillons
pour vous mettre en état de mieux connoître l'ouvrage , je choisirai deux morceaux entierement du génie de l'Auteur ,
car il déclare que les Remarques et les
Observations Physiques ne sont point de
lui. Je vous rapporterai donc deux portraits qui me paroissent d'un goût bien
different. Ils sont suivis tous deux d'une
morale où je n'ai pas trouvé le même sel ,
la même force , la même justesse , soit
pour la place qui leur a été choisie , soit
pour ce qui les occasionne , soit pour la
maniere dont ils sont éxecutez. Le premier endroit est tiré du morceau favori
de l'Auteur , je veux dire du Traité des
Insectes. On venoit de parler de la Féve
ou Crysalide dans lesquelles les chenilles
s'ensevelissent elles- mêmes pour revivre
ensemble dans une nouvelle forme et
comme d'une nouvelle vie.
C'est le Curé qui parle , page 56. Qu'on ouvre,
dit-il une de ces Crysalides , dont l'état est le
passage de la forme de Chenille à celle de Papil
len , vous n'y trouverez sur tout au commencement, qu'une bouillie ou une sorte de pourriture apparente où tout est confondu. C'est cependant
dans cette pourriture , qu'est le germe d'une meilleure vic, Ces humeurs transpirent peu à peu
au travers de la pellicule qui les couvre , la
pelii-
NOVEMBRE. 1732. 2355
•
pellicule acquiert insensiblement une couleur plus
vermeille , les traits qui étoient confus commen
cent à se démêler au travers du fourreau qui se
créve , la tête se dégage, les artéres s'allongent
les pattes et les aîles s'étendent , enfin le papillion vole , et ne conserve rien de son premier
état. La chenille qui s'est changée en nimphe, et
le papilon qui en sort , sont deux animaux to: alement differens . Le premier n'avoit rien que de
terrestre , et rampoit avec pesanteur , le second
est l'agilité même , il ne tient plus à la terre , il
dédaigne en quelque sorte de s'y poser ; le pre- mier étoit hérissé , et souvent d'un aspect hydeux ; l'autre est paré des plus vives couleurs.
Le premier se bornoit stupidement à une nourriture grossiere ; celui - ci va de fleur en fleur , il
vit de miel et de rosée , et varie continuellement
ses plaisirs. Il jouit en liberté de toute la Nature , et il l'embellit lui - même. La Comtesse.
M. le Prieur , voilà une image bien agréable de
notte résurrection. Le Prieur. Toute la Nature
est pleine d'images sensibles des choses célestes
et des veritez les plus sublimes. Il y a un profit
certain à l'étudier , et c'est une Théologie qui
est toujours bien reçûë , parce qu'elle est toujours
entendue. Le plus grand de tous les Maîtres , ou
plutôt notre unique Maître , nous a enseigné
cette méthode, en tirant la plupart de ses instructions des objets les plus communs que la Nature
lui présentoit , et il nous a mon ré en particulier
l'image de sa résurrection dans le grain de fro
ment qui demeure seul , tant qu'il n'est pas mort,
mais qui etant pourri et mort en terre produit
beaucoup de fruit.
9
Cette Morale semble convenir a sez
bien dans la bouche d'un Curé , mais
étoit-
2356 MERCURE DE FRANCE
étoit-ce à la Dame de faire l'application
de la résurrection des hommes à celles
des chenilles ? Au reste , on voit ici, surtout dans le commencement une vivacité
dans l'expression , un choix dans les termes , capables de charmer le Lecteur le
plus difficile. C'est encore M. le Curé qui
nous fournira l'autre portrait , je ne préviendrai pas votre jugement. Chacun s'étoit engagé à faire connoître la nature
d'un animal particulier. Voici comme le
Curé s'acquitte de sa dette.
Celui dont je veux vous faire l'éloge , dit-il ,
a des qualitez tout-à-fait singulieres.... Tout.
le monde abandonne l'Asne , je le veux prendre
sous ma protection. Vû d'une certaine façon.
cet animal me plaît , et j'espere montrer que bien loin d'avoir besoin d'indulgence ou d'apologie , il peut être l'objet d'un éloge raisonnable.
L'Asne , je l'avoue , n'a pas les qualitez brillantes , mais il les a solides... Il n'a pas la voix
tout-à- fait belle , ni l'air noble , ni des manieres
fort vives.... point d'air rengorgé , point de suffisance , il va uniment son chemin.... nul
apprêt pour son repas..... tout ce qu'on lui
donne est bien reçû... Si on l'oublie , et qu'on
l'attache un peu loin de l'herbe , il prie son maître le plus pathétiquement qu'il lui est possible de
pourvoir à ses besoins aussi- bien est- il juste qu'il
vive , il y employe toute sa Réthorique... Ses Occupations se ressentent de la bassesse de ceux
qui les mettent en œuvre mais le jugement que
Fon porte de l'âne et du maître sont également
injustes.... Nous ne pouvons en aucune sorte
9
ni
NOVEMBRE. 1732. 2357
·
ni en aucun tems , ni dans aucune condition
nous passer du Païsan et de l'Artisan. Ces gens
sont comme l'ame et le nerf de la République
et le soutien de notre vie. C'est d'eux que nous tirons de quoi remplir à chaque instant quelqu'un de nos besoins. Nos maisons , nos habits , nos
meubles et notre nourriture , tout vient d'eux.
Or , où en seroient réduits les Vignerons , les
Jardiniers , les maisons et la plupart des gens de campagne , c'est- à- dire , les deux tiers des
hommes , s'il . leur falloit d'autres hommes ou
des chevaux pour le transport de leurs mar
chandises et des matieres qu'ils employent. L'Asne est sans cesse à leurs secours , il porte le fruit,
les herbages , les peaux de bêtes , le charbon , le
bois , la tuile , la brique , le plâtre , la chaux , la
paille , et le fumier. Une courte comparaison achevera de vous faire mieux sentir l'utilité de
ses services , et les tirera en quelque sorte de leur obscurité. Le Cheval ressemble assez à ces Nations qui aiment le bruit et le fracas , qui sautent et dansent toujours , qui s'occupent beaucoup des dehors , et qui mettent de l'enjoument
par tout... L'Asne au contraire ressemble à ces
peuples naturellement épais et pacifiques , qui connoissent leur labourage , et rien de plus,vont leur train sans distraction , et achevent d'un air
sérieux et opiniâtre , tout ce qu'ils ont une fois .
entrepris.
Je ne sçai ce que vous en pensez , mais
cet éloge ne ressemble- t- il pas un peu à
ceux qu'on nous débita avec tant d'impudence l'année derniere. Il pourroit plaire
à ces Auteurs singuliers , qui réduisent
toute l'éloquence à l'Exposition , c'est- àC dire,
2358 MERCURE DE FRANCE
dire , à la répétition de la même chose en
différens termes. Mais à qui cette idée
peut-elle plaire ? Quant à l'éloge , n'auroit on pas mieux fait de le donner comme une déclamation du jeune Candidat
de Rhetorique, que comme les refléxions.
d'un homme qu'on veut faire regarder
comme plein de bon sens. Bien des gens
ont crû trouver du mistere dans la comparaison , mais il ne faut pas prêter à
l'Auteur trop de malice.
Je vous crois actuellement au. fait du
style et du genre de l'Ouvrage ; ces deux
échantillons suffisent pour en juger. Il est
bon cependant d'ajoûter qu'il y en a plus
d'une façon que d'une autre. Tout ce que
j'en conclus , c'est que l'Ouvrage n'est
pas également bien soûtenu , défaut commun aux plus excellentes productions de
l'esprit humain qui se ressent toujours de
sa foiblesse.
Interdumque bonus dormitat Homerus.
La forme auroit besoin de l'exactitude
que je suppose que l'Auteur agardée dans
les faits et les découvertes.
Au reste , il n'a point eu en vûë de
nous donner des Dialogues parfaits , mais
de piquer notre curiosité , et de la satisfaire
NOVEMBRE. 1732. 2359
faire innocemment. On peut dire qu'il
le fait , et par les traits curieux qu'il rap-.
porte , et par ceux qu'il nous a dérobés.
C'étoit là son but , et on peut assûrer
qu'il y est arrivé. Je ne voudrois pas cependant le dire à lui- même , ce seroit
me brouiller entierement avec lui. Il est
de ces sortes de gens qui ne peuvent entendre dire que leur Ouvrage est parfait ,
qui ne sont jamais plus contents que lorsqu'on leur montre des défauts réels , et
qui ne peuvent s'empêcher de ressentir
une secrete indignation contre ceux qui
les flattent , ou même qui les ménagent.
Je souhaitte à notre France un Peuple
de pareils Auteurs. Je suis , &c.
Ce 25 Septembre 1732
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Résumé : LETTRE CRITIQUE du R. P. G. Minime, au sujet du Livre intitulé : Spectacle de la Nature, &c.
Le texte est une lettre critique du R. P. G. Minime concernant le livre 'Spectacle de la Nature'. L'auteur de la lettre exprime sa difficulté à juger l'ouvrage en raison de la profondeur et du respectabilité de son auteur. Il souligne que le livre traite de matières complexes et que l'érudition de l'auteur est largement reconnue. La lettre mentionne également la popularité rapide du livre, dont la première édition se vend très vite, et que l'auteur a choisi le style de dialogue pour rendre le sujet plus accessible et attachant. Le 'Spectacle de la Nature' se déroule dans une maison de campagne où un jeune homme, un gentilhomme érudit, le curé du lieu et l'épouse du gentilhomme discutent des secrets de la nature. L'auteur de la lettre critique le choix des personnages, trouvant qu'ils manquent de distinction et de mérite connu, contrairement aux dialogues antiques qui introduisaient des personnages illustres. Il estime que les dialogues modernes devraient également respecter des règles de vraisemblance et de naturel. La lettre critique également la crédibilité des personnages et leur interaction. Le jeune homme, héros de l'histoire, semble souvent désintéressé et endormi, tandis que les autres personnages, bien que savants, manquent de charme et de diversité. Le curé, par exemple, est décrit comme trop savant et trop moralisateur pour être crédible. Le comte, un autre personnage, est jugé obscur et peu défini. L'auteur de la lettre regrette que les dialogues ne soient pas plus animés et intéressants, et qu'ils manquent de la vivacité et de l'intérêt que l'on pourrait attendre d'un jeune homme. La critique mentionne deux portraits tirés du livre : l'un sur la métamorphose des chenilles en papillons, utilisé comme métaphore de la résurrection, et l'autre sur l'âne, présenté comme un animal utile et souvent méprisé. L'auteur de la critique trouve ces portraits intéressants mais note des défauts dans la forme et le style de l'ouvrage. Il conclut que le livre, bien que non parfait, réussit à piquer la curiosité du lecteur et à la satisfaire de manière innocente. L'auteur de la critique exprime également son admiration pour les auteurs qui préfèrent recevoir des critiques constructives plutôt que des flatteries.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 1990-2002
REFLEXIONS.
Début :
Les hommes ne sçavent ni donner ni perdre à propos. [...]
Mots clefs :
Hommes, Mal, Mérite, Beauté, Politesse, Bienfaits, Esprit, Homme, Femmes, Justice, Grandeur, Paraître, Vertu, Réflexions, Défauts, Monde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
Lperdre à
propos .
Es hommes ne sçavent ni donner ni
Pecuniam in loco negligere , maximum interdum
lucrum est. Terence . Adelph.
L'esprit de l'homme se connoît à ses
paroles et sa naissance ou son éducation
à ses actions.
C'est le destin de l'homme de ne jamais
SEPTEMBRE . 1733. 1991
mais connoîce Son vrai bien , et de chercher
courant à être plus mal , pour vou
mieux.
Il est plus aisé d'abuser les hommes
par une narration où il entre du merveilleux
, que de les instruire par un
récit simple et naïf.
Nous sommes presque tous de telle
condition , que nous sommes fâchez d'être
ce que nous sommes.
On ne doit jamais parler de soi ni en
bien , parce qu'on ne nous croit point ,
ni en mal , parce qu'on en croit plus
qu'on n'en dit.
Les hommes prétendent que les femmes
leur sont fort inferieures en mérite , cependant
ils ne veulent leur passer aucun
défaut , et ils éclatent en mauvaise
humeur quand elles en remarquent quelqu'un
marqué en eux . Ils devroient opter
, s'appliquer à avoir moins de défauts
qu'elles , ou avoir moins de sévérité pour
les leurs.
Un homme toujours satisfait de luimême
, l'est peu souvent des autres ; rarement
on l'est de lui.
On
1992 MERCURE DE FRANCE
On trouve bien des hommes qui s'avoient
avares , vindicatifs , yvrognes ,
orgueilleux , poltrons même ; mais l'en
vie et l'ingratitude sont des passions si
lâches et si odieuses, que jamais personne
n'en demeura d'accord. Il n'y a point
de vertus compatibles avec les vices , et
point de crimes ausquels elles ne puissent
conduire.
La plupart des hommes ont bien plus
d'affectation et d'adresse pour excuser
leurs fautes , que d'attention pour n'en
point commettre.
Quand on paroît aimable aux yeux
des hommes , on paroît à leur esprit
tout ce qu'on veut .
Il n'est pas plus dangereux de faire du
mal à la plupart des hommes , que de
leur faire trop de bien .
Les hommes ont plus d'interêt à cor
riger les défauts de l'esprit , que ceux du
corps ; ils agissent cependant comme s'ile
étoi.nt persuadez du contraire.
Les hommes ont une application continuelle
à cacher et à déguiser leurs vices
СБ
SEPTEMBRE. 1733. 1993
et leurs défauts ; ils auroient peut- être
moins de peine à s'en corriger.
La vertu est souvent voilée par la modestie
, et le vice par l'hypocrisie ; ainsi
il est bien difficile de pouvoir penetrer
l'interieur des hommes.
Il est aussi avantageux aux hommes
de publier les bienfaits qu'ils reçoivent,
u'il leur est desavantageux de se plaindre
de leurs disgraces.
qu'il
Les hommes sont aveugles dans leurs
desirs , leurs pensées sont trompeuses ,
leurs discours et leurs esperances folles ,
et leurs apétits dereglez. Omnes decipimur
specie recti , dit Horace . Car à plusieurs
une blessure a procuré la santé ,
et l'on s'est trouvé quelquefois au comble
de la gloire , quand on ne devoit attendre
que l'infamie ou la mort.
Les hommes ne sont pas obligez d'être
bien faits , d'êtres riches ; ils sont obligez
d'avoir de la probité et de l'honneur,
Les hommes trouvent presque toujours
la peine , quand ils la fuyent avec
trop d'empressement.
Etre
1994 MERCURE DE FRANCE
Etre utile au Public , est un call tere
brillant ; ne nuire à personne , est un
état de vertu obscur , mais for rava Il
faudroit que les hommes avant que d'êtres
utiles au Public , cessassent de nuire
à qui que ce soit.
On doit plaindre presque également
un homme riche qui n'a qu'une bonne table
, et un pauvre qui n'a que de l'apétit.
C'est une grande foiblesse à un Prince
de n'oser refuser justement ce qu'on ose
bien lui demander sans avoir égard à
la justice.
Les Grands , pour l'ordinaire , se contentent
de sentir qu'on leur est agréàble
, sans approfondir si on mérite de
l'être. Leur plus importante occupation
cependant devroit être de connoître les
hommes , puisqu'ils veulent passer pour
les images de la divinité ; mais ils craignent
en cela de se détromper , de peur
de trouver souvent leurs Favoris indignes
de leurs bontez , et les autres hommes
qu'ils ne regardent pas , dignes de
plus de distinction .
Les Souverains se picquent d'ordinaire
de
SEPTEMBRE. 1733. 1995
7
de constance ; ils condamneroient plutôt
leurs propres Enfans que de blâmer
un Sujet choisi de leur main . Ils ne crais
tant de paroître malheureux
dat leur famille
Pears
jugemens.
, que mal- habiles dans
Ifatti de Principi , hanno ogn'altra facsia
che la vera.
Il est bien rare que les Grands n'abusent
pas de leur grandeur.
Il y a cette difference entre le Peuple
et les Grands ; que celui - là perd fa- .
cilement le souvenir des bienfaits et des
injures , au lieu que celui- cy oublie facilement
les plaisirs reçûs , et se souvient
toujours des injures.
Plusieurs méprisent la grandeur , afin
de s'élever dans leur imagination audessus
des Grands et de se bâtir ainsi une
grandeur imaginaire. De même qu'en
méprisant les richesses, c'est souvent pour
se faire un petit trésor de vanité , qui
tienne lieu de ce qu'on n'a pas.
Les Princes doivent être extrémement
attentifs à moderer tellement , même
leurs
1996 MERCURE DE FRANCE
à
leurs vertus , que l'une ne nuise pas
l'autre par son excès . Prendre garde sur
tout que leur justice et leur bonté ne
s'entre- détruise ; car à vouloir êne trop
juste , on devient odieux ; à vouloir être
trop bon , on devient méprisable.
L'estime des Grands est quelquefois
facile à acquerir , mais elle est toujours
difficile à conserver.
Selon le sentiment d'Epicure , il doit
être plus agréable de donner que de recevoir.
L'ingratitude même ne doit pas nous
empêcher de faire du bien , car il vaut
encore mieux que les bienfaits se perdent
dans les mains des ingrats , que
dans les nôtres.
Rien ne s'achette plus cherement que
ce qu'on achette par les prieres.
L'avidité de recevoir un nouveau bien--
fait , fait oublier celui qu'on a déja reçû .
Cupiditas accipiendorum oblivionem facit
acceptorum. Seneq .
Nous traçons sur la poussiere les bienfaits
SEPTEMBRE . 1733. 1997
faits que nous recevons , et nous gravons
sur le marbre le mal qu'on nous
fait , dit un Ancien.
Un bienfait desaprouvé n'est gra
ce que pour un seul , et c'est une injure
pour plusieurs.
Le bienfait n'est tel que par le bon
usage qu'en fait celui qui le reçoit .
De toutes les choses du monde , celle
qui vieillit le plus aisément et le plu
tôt , c'est le bienfair.
- Plusieurs sçavent perdre leurs biens ;
mais peu les sçavent donner .
Faire du bien aux méchants
souvent faire du mal aux bons.
c'est
Presque toujours lorsque les bienfaits
vont trop loin , la haine prend la place
de la reconnoissance.
Il y a des plaisirs dont on se paye par
ses mains ; celui d'en faire aux autres
est de cette nature.
I Beneficii ordinariamente si vedono
E contra
1998 MERCURE DE FRANCE
sontra cambiati , con ingratitudine infinita ;
più per l'impertinenza che il Benef
usa nell'esigere la gratitudine del of
altrui , che per la discortesia di d
il beneficio.
Gli Beneficii si ricevano sempre volentieri
, ma non sempre volentieri si vede il
Benefattore.
Nous sommes toujours extrémement
agréables à ceux à qui nous donnons
occasion de l'être.
Une femme ne trouve rien de si diffi
cile à faire que de s'accoûtumer à n'être
plus belle , quand elle l'a été pare
faitement,
Il n'y a pas de femme , si laide soitelle
, qui ne se trouve quelque trait de
beauté.
Sibi quaque videtur amanda,
Pessima sit , nulli non sua forma placet.
Ovid. de Art. Am. L. 23
La beauté dans le Sexe expose à tant
de périls , qu'il est bien difficile qu'on
ne succombe pas à quelques- uns .
Les
SEPTEMBRE. 1733. 1999
gou-
Les femmes ont souvent raison de vouloir
, à quelque prix que ce soit , paroître
belies, puisque c'est tout ce que les hommes
leur ont laissé ; car , point de
vernement pour elles , point d'autorité
absoluë , point de conduite d'ames , point
de pouvoir dans l'Eglise , point de possession
de Charges , point d'entrée dans
le Secret des affaires d'Etat.Il semble même
qu'on leur veuille ôter jusqu'à l'esprit
, en traitant de précieuses celles qui
en font paroître. Laissons -leur donc la
beauté , et quand elles n'en ont point ,
laissons - leur du moins le plaisir de croire
qu'elles en ont.
La laideur fait quelquefois présumer la
vertu où elle n'est pas ; et la beauté a
cela de funeste , qu'on croit les belles
personnes capables de toutes les foiblesses
qu'elles causent .
La beauté sans la grace, est un apas sans
hameçon.
En désirant trop ardemment de plaire,
on ne se rend pas plus aimable.
La réputation qui vient de la beauté
est quelque chose de si délicat parmi les
E ij
Fem-
885481
2000 MERCURE DE FRANCE
Femmes, qu'encore qu'elles ayent la plus
grande indifférence du monde pour quel
qu'un , jamais pourtant cette indirerence
n'ira jusqu'à vouloir que ce quelqu'un
porte ailleurs ses hommages et ses soupirs.
Tant de fierté qu'on voudra , une
belle personne regarde toujours la fuite
d'un amant sans mérite si on veut , et
qu'elle n'estime pas , comme autant de
diminué sur son empire.
Il
y
des beautez si engageantes , que
si on ne fuit , sans hésiter, on ne fuit pas
loin. On ne peut aller tout au plus que
de la longueur de ses chaînes.
Le véritable Efprit de Politesse consiste
dans une certaine attention à faire ensorte
que par nos paroles et par nos manieres
, les autres soient contens de nous
et d'eux -mêmes.
L'incivilité n'est pas un vice de l'ame ;
elle est l'effet de plusieurs vices ; de la
sotte vanité , de l'ignorance de ses devoirs
, de la paresse , de la stupidité , de
la distraction , du mépris des autres de
la jalousie , & c.
Rien n'est plus contraire à la véritable
poSEPTEMDA
E. *733• 2001
politesse et à la bienséance , que
de l'observer
avec trop d'affectation ; c'est s'incommoder
, c'est s'embarrasser , pour incommoder
, pour embarrasser les autres.
Il eft presqu'autant contre la bienséance
de se cachet en faisant le bien , que de
chercher à se faire voir en faisant le mal.
Tel croit mériter le nom de Poli , qui
ne mérite que celui de Dameret ou de
Pindariseur. La vraie Politesse est souvent
confondue avec des qualitez qui
méritent plus de blâme que de loüange.
On doit obeir sans cesse à la Loy des
usages et des bienséances ; il n'y a que
les Loix de la necessité qui nous dispensent
de toutes les autres.
On voit beaucoup de gens qui sçavent
comme on vit , mais fort peu qui sçachent
vivre ; c'est qu'on est trop curieux
de sçavoir ce que le monde fait , et qu'on
ne l'est pas assez de ce qu'il devroit
Faire.
La Politesse ne donne pas le mérite ,
mais elle le rend agréable , sans elle ildevient
presque insupportable , car il est
farauche et sans agrément. E iij
2002 MERCURE DE FRANCE
"
On perd presque tout le mérite du
bien,si on le fait sans Politesse ; unc mauvaise
maniere gâte tout , elle, défigure
même la justice et la raison .
Le chef- d'oeuvre de la Politesse est de
n'insulter jamais à ceux qui en manquent,
et de se contenter de les instruire par
l'exemple , sans rien faire davantage .
Lperdre à
propos .
Es hommes ne sçavent ni donner ni
Pecuniam in loco negligere , maximum interdum
lucrum est. Terence . Adelph.
L'esprit de l'homme se connoît à ses
paroles et sa naissance ou son éducation
à ses actions.
C'est le destin de l'homme de ne jamais
SEPTEMBRE . 1733. 1991
mais connoîce Son vrai bien , et de chercher
courant à être plus mal , pour vou
mieux.
Il est plus aisé d'abuser les hommes
par une narration où il entre du merveilleux
, que de les instruire par un
récit simple et naïf.
Nous sommes presque tous de telle
condition , que nous sommes fâchez d'être
ce que nous sommes.
On ne doit jamais parler de soi ni en
bien , parce qu'on ne nous croit point ,
ni en mal , parce qu'on en croit plus
qu'on n'en dit.
Les hommes prétendent que les femmes
leur sont fort inferieures en mérite , cependant
ils ne veulent leur passer aucun
défaut , et ils éclatent en mauvaise
humeur quand elles en remarquent quelqu'un
marqué en eux . Ils devroient opter
, s'appliquer à avoir moins de défauts
qu'elles , ou avoir moins de sévérité pour
les leurs.
Un homme toujours satisfait de luimême
, l'est peu souvent des autres ; rarement
on l'est de lui.
On
1992 MERCURE DE FRANCE
On trouve bien des hommes qui s'avoient
avares , vindicatifs , yvrognes ,
orgueilleux , poltrons même ; mais l'en
vie et l'ingratitude sont des passions si
lâches et si odieuses, que jamais personne
n'en demeura d'accord. Il n'y a point
de vertus compatibles avec les vices , et
point de crimes ausquels elles ne puissent
conduire.
La plupart des hommes ont bien plus
d'affectation et d'adresse pour excuser
leurs fautes , que d'attention pour n'en
point commettre.
Quand on paroît aimable aux yeux
des hommes , on paroît à leur esprit
tout ce qu'on veut .
Il n'est pas plus dangereux de faire du
mal à la plupart des hommes , que de
leur faire trop de bien .
Les hommes ont plus d'interêt à cor
riger les défauts de l'esprit , que ceux du
corps ; ils agissent cependant comme s'ile
étoi.nt persuadez du contraire.
Les hommes ont une application continuelle
à cacher et à déguiser leurs vices
СБ
SEPTEMBRE. 1733. 1993
et leurs défauts ; ils auroient peut- être
moins de peine à s'en corriger.
La vertu est souvent voilée par la modestie
, et le vice par l'hypocrisie ; ainsi
il est bien difficile de pouvoir penetrer
l'interieur des hommes.
Il est aussi avantageux aux hommes
de publier les bienfaits qu'ils reçoivent,
u'il leur est desavantageux de se plaindre
de leurs disgraces.
qu'il
Les hommes sont aveugles dans leurs
desirs , leurs pensées sont trompeuses ,
leurs discours et leurs esperances folles ,
et leurs apétits dereglez. Omnes decipimur
specie recti , dit Horace . Car à plusieurs
une blessure a procuré la santé ,
et l'on s'est trouvé quelquefois au comble
de la gloire , quand on ne devoit attendre
que l'infamie ou la mort.
Les hommes ne sont pas obligez d'être
bien faits , d'êtres riches ; ils sont obligez
d'avoir de la probité et de l'honneur,
Les hommes trouvent presque toujours
la peine , quand ils la fuyent avec
trop d'empressement.
Etre
1994 MERCURE DE FRANCE
Etre utile au Public , est un call tere
brillant ; ne nuire à personne , est un
état de vertu obscur , mais for rava Il
faudroit que les hommes avant que d'êtres
utiles au Public , cessassent de nuire
à qui que ce soit.
On doit plaindre presque également
un homme riche qui n'a qu'une bonne table
, et un pauvre qui n'a que de l'apétit.
C'est une grande foiblesse à un Prince
de n'oser refuser justement ce qu'on ose
bien lui demander sans avoir égard à
la justice.
Les Grands , pour l'ordinaire , se contentent
de sentir qu'on leur est agréàble
, sans approfondir si on mérite de
l'être. Leur plus importante occupation
cependant devroit être de connoître les
hommes , puisqu'ils veulent passer pour
les images de la divinité ; mais ils craignent
en cela de se détromper , de peur
de trouver souvent leurs Favoris indignes
de leurs bontez , et les autres hommes
qu'ils ne regardent pas , dignes de
plus de distinction .
Les Souverains se picquent d'ordinaire
de
SEPTEMBRE. 1733. 1995
7
de constance ; ils condamneroient plutôt
leurs propres Enfans que de blâmer
un Sujet choisi de leur main . Ils ne crais
tant de paroître malheureux
dat leur famille
Pears
jugemens.
, que mal- habiles dans
Ifatti de Principi , hanno ogn'altra facsia
che la vera.
Il est bien rare que les Grands n'abusent
pas de leur grandeur.
Il y a cette difference entre le Peuple
et les Grands ; que celui - là perd fa- .
cilement le souvenir des bienfaits et des
injures , au lieu que celui- cy oublie facilement
les plaisirs reçûs , et se souvient
toujours des injures.
Plusieurs méprisent la grandeur , afin
de s'élever dans leur imagination audessus
des Grands et de se bâtir ainsi une
grandeur imaginaire. De même qu'en
méprisant les richesses, c'est souvent pour
se faire un petit trésor de vanité , qui
tienne lieu de ce qu'on n'a pas.
Les Princes doivent être extrémement
attentifs à moderer tellement , même
leurs
1996 MERCURE DE FRANCE
à
leurs vertus , que l'une ne nuise pas
l'autre par son excès . Prendre garde sur
tout que leur justice et leur bonté ne
s'entre- détruise ; car à vouloir êne trop
juste , on devient odieux ; à vouloir être
trop bon , on devient méprisable.
L'estime des Grands est quelquefois
facile à acquerir , mais elle est toujours
difficile à conserver.
Selon le sentiment d'Epicure , il doit
être plus agréable de donner que de recevoir.
L'ingratitude même ne doit pas nous
empêcher de faire du bien , car il vaut
encore mieux que les bienfaits se perdent
dans les mains des ingrats , que
dans les nôtres.
Rien ne s'achette plus cherement que
ce qu'on achette par les prieres.
L'avidité de recevoir un nouveau bien--
fait , fait oublier celui qu'on a déja reçû .
Cupiditas accipiendorum oblivionem facit
acceptorum. Seneq .
Nous traçons sur la poussiere les bienfaits
SEPTEMBRE . 1733. 1997
faits que nous recevons , et nous gravons
sur le marbre le mal qu'on nous
fait , dit un Ancien.
Un bienfait desaprouvé n'est gra
ce que pour un seul , et c'est une injure
pour plusieurs.
Le bienfait n'est tel que par le bon
usage qu'en fait celui qui le reçoit .
De toutes les choses du monde , celle
qui vieillit le plus aisément et le plu
tôt , c'est le bienfair.
- Plusieurs sçavent perdre leurs biens ;
mais peu les sçavent donner .
Faire du bien aux méchants
souvent faire du mal aux bons.
c'est
Presque toujours lorsque les bienfaits
vont trop loin , la haine prend la place
de la reconnoissance.
Il y a des plaisirs dont on se paye par
ses mains ; celui d'en faire aux autres
est de cette nature.
I Beneficii ordinariamente si vedono
E contra
1998 MERCURE DE FRANCE
sontra cambiati , con ingratitudine infinita ;
più per l'impertinenza che il Benef
usa nell'esigere la gratitudine del of
altrui , che per la discortesia di d
il beneficio.
Gli Beneficii si ricevano sempre volentieri
, ma non sempre volentieri si vede il
Benefattore.
Nous sommes toujours extrémement
agréables à ceux à qui nous donnons
occasion de l'être.
Une femme ne trouve rien de si diffi
cile à faire que de s'accoûtumer à n'être
plus belle , quand elle l'a été pare
faitement,
Il n'y a pas de femme , si laide soitelle
, qui ne se trouve quelque trait de
beauté.
Sibi quaque videtur amanda,
Pessima sit , nulli non sua forma placet.
Ovid. de Art. Am. L. 23
La beauté dans le Sexe expose à tant
de périls , qu'il est bien difficile qu'on
ne succombe pas à quelques- uns .
Les
SEPTEMBRE. 1733. 1999
gou-
Les femmes ont souvent raison de vouloir
, à quelque prix que ce soit , paroître
belies, puisque c'est tout ce que les hommes
leur ont laissé ; car , point de
vernement pour elles , point d'autorité
absoluë , point de conduite d'ames , point
de pouvoir dans l'Eglise , point de possession
de Charges , point d'entrée dans
le Secret des affaires d'Etat.Il semble même
qu'on leur veuille ôter jusqu'à l'esprit
, en traitant de précieuses celles qui
en font paroître. Laissons -leur donc la
beauté , et quand elles n'en ont point ,
laissons - leur du moins le plaisir de croire
qu'elles en ont.
La laideur fait quelquefois présumer la
vertu où elle n'est pas ; et la beauté a
cela de funeste , qu'on croit les belles
personnes capables de toutes les foiblesses
qu'elles causent .
La beauté sans la grace, est un apas sans
hameçon.
En désirant trop ardemment de plaire,
on ne se rend pas plus aimable.
La réputation qui vient de la beauté
est quelque chose de si délicat parmi les
E ij
Fem-
885481
2000 MERCURE DE FRANCE
Femmes, qu'encore qu'elles ayent la plus
grande indifférence du monde pour quel
qu'un , jamais pourtant cette indirerence
n'ira jusqu'à vouloir que ce quelqu'un
porte ailleurs ses hommages et ses soupirs.
Tant de fierté qu'on voudra , une
belle personne regarde toujours la fuite
d'un amant sans mérite si on veut , et
qu'elle n'estime pas , comme autant de
diminué sur son empire.
Il
y
des beautez si engageantes , que
si on ne fuit , sans hésiter, on ne fuit pas
loin. On ne peut aller tout au plus que
de la longueur de ses chaînes.
Le véritable Efprit de Politesse consiste
dans une certaine attention à faire ensorte
que par nos paroles et par nos manieres
, les autres soient contens de nous
et d'eux -mêmes.
L'incivilité n'est pas un vice de l'ame ;
elle est l'effet de plusieurs vices ; de la
sotte vanité , de l'ignorance de ses devoirs
, de la paresse , de la stupidité , de
la distraction , du mépris des autres de
la jalousie , & c.
Rien n'est plus contraire à la véritable
poSEPTEMDA
E. *733• 2001
politesse et à la bienséance , que
de l'observer
avec trop d'affectation ; c'est s'incommoder
, c'est s'embarrasser , pour incommoder
, pour embarrasser les autres.
Il eft presqu'autant contre la bienséance
de se cachet en faisant le bien , que de
chercher à se faire voir en faisant le mal.
Tel croit mériter le nom de Poli , qui
ne mérite que celui de Dameret ou de
Pindariseur. La vraie Politesse est souvent
confondue avec des qualitez qui
méritent plus de blâme que de loüange.
On doit obeir sans cesse à la Loy des
usages et des bienséances ; il n'y a que
les Loix de la necessité qui nous dispensent
de toutes les autres.
On voit beaucoup de gens qui sçavent
comme on vit , mais fort peu qui sçachent
vivre ; c'est qu'on est trop curieux
de sçavoir ce que le monde fait , et qu'on
ne l'est pas assez de ce qu'il devroit
Faire.
La Politesse ne donne pas le mérite ,
mais elle le rend agréable , sans elle ildevient
presque insupportable , car il est
farauche et sans agrément. E iij
2002 MERCURE DE FRANCE
"
On perd presque tout le mérite du
bien,si on le fait sans Politesse ; unc mauvaise
maniere gâte tout , elle, défigure
même la justice et la raison .
Le chef- d'oeuvre de la Politesse est de
n'insulter jamais à ceux qui en manquent,
et de se contenter de les instruire par
l'exemple , sans rien faire davantage .
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte explore diverses réflexions sur la nature humaine et les comportements sociaux. Il met en lumière la difficulté des hommes à reconnaître et à rechercher leur véritable bien, souvent préférant le malheur. Les récits merveilleux trompent plus facilement les hommes que les récits simples. La plupart des gens sont insatisfaits de leur condition et évitent de parler de leurs défauts. Les hommes critiquent les femmes pour leurs défauts tout en étant intolérants aux remarques sur les leurs. Les vices comme l'avarice et l'ingratitude sont rarement admis par ceux qui les possèdent. Les hommes cachent et déguisent leurs défauts plutôt que de les corriger. La vertu est souvent voilée par la modestie, tandis que le vice l'est par l'hypocrisie. Il est avantageux de publier les bienfaits reçus et désavantageux de se plaindre des malheurs. Les hommes sont aveugles dans leurs désirs et leurs pensées sont trompeuses. Les grands et les souverains ont souvent des comportements contradictoires, abusant de leur pouvoir et étant intolérants aux critiques. Les bienfaits sont souvent oubliés rapidement, tandis que les injures sont gravées dans la mémoire. La beauté chez les femmes expose à des périls et est souvent la seule chose qu'elles peuvent utiliser pour se distinguer. La véritable politesse consiste à rendre les autres contents d'eux-mêmes et de soi, sans affectation. L'incivilité est l'effet de plusieurs vices, et la politesse rend le mérite agréable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 52-55
Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
Homere est plus poëte, Virgile est un poëte plus parfait. [...]
Mots clefs :
Homère, Virgile, Comparaison , Défauts, Poète, Poésie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Comparaison d'Homere & de Virgile , par
M. l'Abbé Trublet.
Omere eft plus poëte , Virgile eft un
H poëte plus parfait.
Le premier poffede dans un dégré plus
éminent quelques - unes des qualités que
demande la poëfie ; le fecond réunit un
plus grand nombre de ces qualités , & elles
fe trouvent toutes chez lui dans la proportion
la plus exacte .
L'un caufe un plaifir plus vif , l'autre un
plaifir plus doux.
Il est encore plus vrai de la beauté de
l'efprit que de celle du vifage , qu'une forte
d'irrégularité la rend plus piquante.
L'homme de génie eft plus frappé d'Homere
, l'homme de goût eft plus touché de
Virgile.
SEPTEMBRE. 1755. 53
On admire plus le premier , on eftime
plus le fecond.
Il y a plus d'or dans Homere ; ce qu'il y
en a dans Virgile , eft plus pur & plus poli .
Celui - ci a voulu être poëte , & il l'a
pu celui- là ne pouvoit ne le point être.
Si Virgile ne s'étoit point adonné à la
poëfie , on n'auroit peut- être point foupçonné
qu'il étoit très - capable d'y réuffir.
Si , par impoffible, Homere, méconnoiffant
fon talent pour la poëfie , eût d'abord travaillé
dans un autre genre , la voix publique
l'auroit bientôt averti de fa méprife
ou peut - être feulement de fa modeftie :
on lui eût dit qu'il étoit capable de quelque
chofe de plus.
Homere eft un des plus grands génies
qui ayent jamais été ; Virgile eft un des
plus accomplis.
L'Eneïde vaut mieux que l'Iliade , mais "
Homere valoit mieux que Virgile.
Une grande partie des défauts de l'Iliade
font ceux du fiécle d'Homere ; les défauts
de l'Eneïde font ceux de Virgile.
il y a plus de fautes dans l'Iliade & plus
de défauts dans l'Eneïde.
Ecrivant aujourd'hui , Homere ne feroit
pas les fautes qu'il a faites ; Virgile auroit
encore fes défauts .
On doit Virgile à Homere : On ignore fi
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
celui - ci a eu des modeles , mais on fent
qu'il pouvoit s'en paffer.
Il y a plus de talent & d'abondance
dans Homere , plus d'art & de choix dans
Virgile.
L'un & l'autre font peintres ; ils peignent
toute la nature , & le coloris eft
admirable dans tous les deux ; mais il eft
plus gracieux dans Virgile , & plus vif
dans Homere.
Homere s'eft plus attaché que Virgile à
peindre les hommes , les caracteres , les
moeurs ; il eft plus moral ; & c'eſt- là à
mon gré , le principal avantage du poëte
grec fur le poëte latin. La morale de Vir
gile eft peut- être meilleure ; & c'eft le mérite
de fon fiécle , l'effet des lumieres acquifes
d'âge en âge : Mais Hamere a plus
de morale , & c'eft en lui un mérite propre
& perfonnel , l'effet de fon tour d'efprit
particulier.
Virgile a farpaffé Homere dans le deffein
& dans l'ordonnance.
Il viendra plutôt un Virgile qu'un Homere.
Nous ne devons point craindre les
que
fautes d'Homere fe renouvellent , un écolier
les éviteroit. Mais qui nous rendra fes
beautés ?
Il me femble que plufieurs des traits de
SEPTEMBRE. 1755. 55
ce parallele pourroient entrer dans celui
de Corneille & de Racine.
M. l'Abbé Trublet.
Omere eft plus poëte , Virgile eft un
H poëte plus parfait.
Le premier poffede dans un dégré plus
éminent quelques - unes des qualités que
demande la poëfie ; le fecond réunit un
plus grand nombre de ces qualités , & elles
fe trouvent toutes chez lui dans la proportion
la plus exacte .
L'un caufe un plaifir plus vif , l'autre un
plaifir plus doux.
Il est encore plus vrai de la beauté de
l'efprit que de celle du vifage , qu'une forte
d'irrégularité la rend plus piquante.
L'homme de génie eft plus frappé d'Homere
, l'homme de goût eft plus touché de
Virgile.
SEPTEMBRE. 1755. 53
On admire plus le premier , on eftime
plus le fecond.
Il y a plus d'or dans Homere ; ce qu'il y
en a dans Virgile , eft plus pur & plus poli .
Celui - ci a voulu être poëte , & il l'a
pu celui- là ne pouvoit ne le point être.
Si Virgile ne s'étoit point adonné à la
poëfie , on n'auroit peut- être point foupçonné
qu'il étoit très - capable d'y réuffir.
Si , par impoffible, Homere, méconnoiffant
fon talent pour la poëfie , eût d'abord travaillé
dans un autre genre , la voix publique
l'auroit bientôt averti de fa méprife
ou peut - être feulement de fa modeftie :
on lui eût dit qu'il étoit capable de quelque
chofe de plus.
Homere eft un des plus grands génies
qui ayent jamais été ; Virgile eft un des
plus accomplis.
L'Eneïde vaut mieux que l'Iliade , mais "
Homere valoit mieux que Virgile.
Une grande partie des défauts de l'Iliade
font ceux du fiécle d'Homere ; les défauts
de l'Eneïde font ceux de Virgile.
il y a plus de fautes dans l'Iliade & plus
de défauts dans l'Eneïde.
Ecrivant aujourd'hui , Homere ne feroit
pas les fautes qu'il a faites ; Virgile auroit
encore fes défauts .
On doit Virgile à Homere : On ignore fi
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE.
celui - ci a eu des modeles , mais on fent
qu'il pouvoit s'en paffer.
Il y a plus de talent & d'abondance
dans Homere , plus d'art & de choix dans
Virgile.
L'un & l'autre font peintres ; ils peignent
toute la nature , & le coloris eft
admirable dans tous les deux ; mais il eft
plus gracieux dans Virgile , & plus vif
dans Homere.
Homere s'eft plus attaché que Virgile à
peindre les hommes , les caracteres , les
moeurs ; il eft plus moral ; & c'eſt- là à
mon gré , le principal avantage du poëte
grec fur le poëte latin. La morale de Vir
gile eft peut- être meilleure ; & c'eft le mérite
de fon fiécle , l'effet des lumieres acquifes
d'âge en âge : Mais Hamere a plus
de morale , & c'eft en lui un mérite propre
& perfonnel , l'effet de fon tour d'efprit
particulier.
Virgile a farpaffé Homere dans le deffein
& dans l'ordonnance.
Il viendra plutôt un Virgile qu'un Homere.
Nous ne devons point craindre les
que
fautes d'Homere fe renouvellent , un écolier
les éviteroit. Mais qui nous rendra fes
beautés ?
Il me femble que plufieurs des traits de
SEPTEMBRE. 1755. 55
ce parallele pourroient entrer dans celui
de Corneille & de Racine.
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Résumé : Comparaison d'Homere & de Virgile, par M. l'Abbé Trublet.
Le texte compare les poètes Homère et Virgile. Homère est décrit comme un poète vif et irrégulier, capable de provoquer un plaisir intense et d'impressionner les hommes de génie. Ses qualités poétiques sont éminentes mais inégales. L'Iliade contient des passages brillants mais aussi des fautes, reflétant les défauts de son époque. Homère est considéré comme un génie supérieur, plus moral, et attaché à dépeindre les hommes et leurs mœurs. Virgile, en revanche, est perçu comme un poète plus parfait et doux, touchant davantage les hommes de goût. Il excelle dans l'art et le choix, et a surpassé Homère dans la définition et l'ordonnance de ses œuvres. L'Énéide est mieux structurée mais porte les défauts de son auteur. Le texte conclut que, bien que les fautes d'Homère soient évitables, ses beautés sont inimitables.
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