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1
p. 1-6
Conversation sur le sujet du Mercure. [titre d'après la table]
Début :
On s'estoit assemblé pour une Partie de Jeu chez [...]
Mots clefs :
Partie de jeu, Duchesse, Conversations, Roi, Pelisson
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texteReconnaissance textuelle : Conversation sur le sujet du Mercure. [titre d'après la table]
s’eftoitaÏÏemblé
pour une Partie de
blc DucheiTe, & en attendant quelques Dames qui
en dévoient eftre, comme
les choies les plus imporw * tantes font d’abord l’ordi-
X LE MERCURE
naire -fujet des Converfa-1
tions, on mit furie tapis les
A flaires de la Guerre-, &les
furprenantes fatigues qu’a
déjà eifuyées le Roy dans
ce commencement de
Campagne, ayant donné
lieu de parler des merveilleufes qualitez qui le rendent le plus grand des
Hommes. Pourm oy, dit
un des plus fpirituels de
la Compagnie, je trouve
que ce que fait tous les
jours ce grand Monarque,
eft tellement au deflus
de toutes fortes d’expref-
- • >
I
G A L A N T . j
fions, que l’entreprife de le
louer devroic faire peur à
ceux-mefmesquipoïledent
l'Eloquence la plus vive: 11
faudroic pour répondre dignement aux nobles idées
qu’il nous donne, avoir
l’Efprit auffi éclairé qu’il a
l’Ame grande, & je doute
qu’il y ait perfonne capable
d’atteindre jufques là ; outre qu'on sert déjà tellement épuifé là dcfïùs, qu’on
ne fçauroit prefque plus
rien dire qui foir nouveau,
quoy que fa gloire nous
fourniïfe à toute-heure de
A ij
4 LE MERCURE
nouvelles matières d’admiration ; & c’eft ce qu'il y a
de furprenant, que nous
foyons en quelque façon
< bornez dans nos maniérés
de parler, & qu?
i 1 ne le foit
pas dans les grandes chofes qu’il execute. J ’avoue,
répondit une jeune Marquife, qu’il eft bien difficile
de loiier le Roy, (ans répéter quelque chofe de ce qui
s’eft déjà dit à fa gloire;
mais on y peur donner un
tour fin qui ne def-honore
pas tout-à-fait la richeffie
de la matière, Se c’eft ce
G A L A N T . 5
qu’a trouvé fort ingenieufement Monfieur PelifTon,
dans le Sonnet que nous
avons depuis peu de luy. Il
eft d’une nouveauté toute
particulière, par Echo, &
fans aucune Rime; mais
l’invention en eft fi heureufe, quepeut-eftreil vaut
bien les Sonnets les plus réguliers. Vous nous parlez
d’un Homme qui a fort peu
de femblablcs, dit la Ducheffe chez qui la Converfation fe faifoit; & pour
perfuader du mérité de
quelq ueOuvrage, c’eft afA iij
I
6 LE MERCURE
fez de dire que Montreur
PelitTon en eft l’Autheur:
Mais voyons ce Sonnet, je
vous prie, on m’en a de'ja
parlé avec beaucoup d’eftime, 6c je meurs d envie de
l’entendre. Volontiers, die
la Marquife , & il ne vous
coûtera que la peine de
m’écouter un moment.
pour une Partie de
blc DucheiTe, & en attendant quelques Dames qui
en dévoient eftre, comme
les choies les plus imporw * tantes font d’abord l’ordi-
X LE MERCURE
naire -fujet des Converfa-1
tions, on mit furie tapis les
A flaires de la Guerre-, &les
furprenantes fatigues qu’a
déjà eifuyées le Roy dans
ce commencement de
Campagne, ayant donné
lieu de parler des merveilleufes qualitez qui le rendent le plus grand des
Hommes. Pourm oy, dit
un des plus fpirituels de
la Compagnie, je trouve
que ce que fait tous les
jours ce grand Monarque,
eft tellement au deflus
de toutes fortes d’expref-
- • >
I
G A L A N T . j
fions, que l’entreprife de le
louer devroic faire peur à
ceux-mefmesquipoïledent
l'Eloquence la plus vive: 11
faudroic pour répondre dignement aux nobles idées
qu’il nous donne, avoir
l’Efprit auffi éclairé qu’il a
l’Ame grande, & je doute
qu’il y ait perfonne capable
d’atteindre jufques là ; outre qu'on sert déjà tellement épuifé là dcfïùs, qu’on
ne fçauroit prefque plus
rien dire qui foir nouveau,
quoy que fa gloire nous
fourniïfe à toute-heure de
A ij
4 LE MERCURE
nouvelles matières d’admiration ; & c’eft ce qu'il y a
de furprenant, que nous
foyons en quelque façon
< bornez dans nos maniérés
de parler, & qu?
i 1 ne le foit
pas dans les grandes chofes qu’il execute. J ’avoue,
répondit une jeune Marquife, qu’il eft bien difficile
de loiier le Roy, (ans répéter quelque chofe de ce qui
s’eft déjà dit à fa gloire;
mais on y peur donner un
tour fin qui ne def-honore
pas tout-à-fait la richeffie
de la matière, Se c’eft ce
G A L A N T . 5
qu’a trouvé fort ingenieufement Monfieur PelifTon,
dans le Sonnet que nous
avons depuis peu de luy. Il
eft d’une nouveauté toute
particulière, par Echo, &
fans aucune Rime; mais
l’invention en eft fi heureufe, quepeut-eftreil vaut
bien les Sonnets les plus réguliers. Vous nous parlez
d’un Homme qui a fort peu
de femblablcs, dit la Ducheffe chez qui la Converfation fe faifoit; & pour
perfuader du mérité de
quelq ueOuvrage, c’eft afA iij
I
6 LE MERCURE
fez de dire que Montreur
PelitTon en eft l’Autheur:
Mais voyons ce Sonnet, je
vous prie, on m’en a de'ja
parlé avec beaucoup d’eftime, 6c je meurs d envie de
l’entendre. Volontiers, die
la Marquife , & il ne vous
coûtera que la peine de
m’écouter un moment.
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Résumé : Conversation sur le sujet du Mercure. [titre d'après la table]
Lors d'une réunion de la haute société, les convives discutent des exploits du roi en attendant l'arrivée de dames importantes. Les conversations mettent en lumière les qualités exceptionnelles du roi, soulignées par ses efforts et ses fatigues durant la campagne militaire. Un membre de la compagnie estime que louer le roi est une tâche ardue, nécessitant une éloquence et une grandeur d'âme comparables aux siennes. La marquise reconnaît la difficulté de louer le roi sans répétition, mais mentionne un sonnet récent de Monsieur Pelisson, remarquable par son originalité et l'absence de rime. Intriguée, la duchesse demande à entendre ce sonnet, déjà loué par d'autres. La marquise accepte de le réciter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 26-46
A MADAME la Marquise de **
Début :
Le Vendredy premier jour de l'An, les Comédiens de l'Hôtel / Puis que vous souhaitez, Madame, que je vous mande des [...]
Mots clefs :
Hôtel de Bourgogone, Phèdre, Théâtre français et italien, Opéra, Corneille, Racine, Lully, Banboches, Quinault, Habits
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME la Marquise de **
Le Vendredy premier
jour def An, les Comédiens
de l Hôtel de Bourgogne
donnèrent la première Reprefentation de la Phedre
deMonfieur Racine; &le
Dimanche fuivanr, ceux de
la Troupe du Roy luy oppoferent la Phedre de
Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir le Public, qu’en luy fai-
G A L A N T . i?
fant part d’une Lettre qui
m ’eft tombée entre les
mains, adreïfée à une Perfonne de qualité, par laquelle onluy rend compte
non feulement de ces deux
Pièces, mais de tout ce qui
a paru fur le. Theatre François & Italien, depuis ce
commencement de l’Année jufques à la fin du Carnaval.
*■ •
Cii
lP |U is que vous fouhai-
| tez, Madame, que je
vous mande des nouvelles
de tout ce qui a paru de
nouveau au Theatre depuis le premier de Janvier,
je vous parleray d ’abord
des deux Phedres : Elles
ont fait icy beaucoup de
bruit, & j’ay peine à concevoir d ’où vient qu’on
G A L A N T . 19
i s eft'avifé d’en vouloir juger par comparaifon de
l’une à l’autre, puis quelles
n’ont rien de commun que
le nom des Perfonnages
■ qu’on y fait encrer j car je
tiens qu’il y a une fore
grande dife'rence à faire, O
de Phedre amoureule du
Fils de fon Mary, & de
Phedre qui aime feulement
le Fils de celuy quelle n’a
pas encor époufë. Il eft fi
naturel de préférer un jeune Prince à un Roy qui en
eft le Pere, que pour peindre la paflian de l’une, on
, C iij .
*
jo LE MERCURE
n’a befoin que de fuivre le
train ordinaire des chofes;
c’elt un Tableau dont les
couleurs font faciles à trouver, & on n’eft point embarafle fur le choix des ombres qui le doivent adoucir:
mais quand il faut reprefenter une Femme qui n’envifageant fon amour qu’avec horreur, oppofe fans
celTe le nom de Belle-mere • * •
à celuy d’Amante, qui dételle fa paflîon, & ne lailfe
pas de s’y abandonner par
la force de la deftinée, qui
vou droit fe cacher à elle-
GALANT. 31
mefme ce qu’elle fcnt, &
ne foufre qu’on luy en arrache le fecret que dans le
temps où elle fe voit prefte
d’expirer-, c’eft ce qui demande l’adrefle d’un grand
Maiftre ; & ces chofesfont
tellement eflentielles au
Sujet d’Hippoly te,que c’eft
ne l’avoir pas traité, que
d’avoir éloigné l’image de
l ’amour inceftucux qu’il
faloit neceflairement faire
paroiftre. Ainfi, Madame,
je ne voy point qu’on ait
eu aucune raifon d’exami-
. ner laquelle des deux Pie-
3
i LE MERCURE
ces intérefte plus agréablement l’Auditeur, puis qu’
elles n ’ont aucun raport
cnfemble du cofté de la
principale matière. 11 eft
vray qu’il n’y a pas la mefme horreur dans le Sujet de
la Phèdre du Fauxbourg
S.Germain; mais, comme
je vous ay déjà dir, ce n’eft
pas le véritable Sujet que
1Autheur de cette derniere
a traité; & puis qu’il s’eft
permis d’y changer ce qu’il
y avoit de plus eflentiel, il
eft d’autant plus refponfàble de tout ce qui a pii
G A L A N T . 55.
blefTer les délicats. Vous
jugerez vous-mefme du
relie par la leélure de ces
deux Pièces qu’on achevé
d’imprimer, &que je vous
envoîray la Semaine prochaine. Je ne doy pas oublier de vous dire qu’on a
fait revivre une Piece dont
vous n’oliez dire il y a cinq
ou Cix ans tout le bien que
vous en pendez, à caufe de
certaines chofes qui bleffoient la délicatefle des
Scrupuleux : Elle en eft à
prefent tout-à-fait purgée,
& au lieu quelle eftoic en
j4 LE MERCURE
Proie, elle a efté mife eh
Vers d’une maniéré qui a
fait dire qu’elle n’a rien
perdu des beautez de fon
Original, qui mefmes y en
a fait trouver denouvelles.
Vous voyez bien que c’cft
du Fcftin de Pierre du fameux Moliere donc je vous
parle. Il a efté extraordinairement fuivy pendant
lesfix Reprefentations qui
en ont efté données -, & il
auroit efté fans-doute fort
loin, fi les Comédiens qui
font plus religieux qu’on ne
les veut faire croire, n’cufi
G A L A N T . 35
fentpas pris d’eux-mefmes
la Publication du Jubilé
pour un Ordre de feïmer
le Theatre. Le grand fuccés de cette Piece eft un
effet de la prudence de
Monfîéur de Corneille le
jeune, qui en a fait les Vers,
& qui n’y a mis que des
Scenes agréables en la
place de celles qu’il en a
retranchées. Il me fouvient, Madame, que vous
m’avez autrefois demandé
pourquoy cette Piece s’appelloit le Feftin de Pierre,
n’y trouvant rien qui con-
5
6 LE MERCURE
vinft parfaitement à ce titre. Vous aviez fujet de
foûtenir qu’il n’y avoir pas
d ’apparence que ce fut
parce que le Commandeur
tué par D. Juan fe nommoit D.Pedre,ou D.Pierre.
Un Cavalier qui a fait le
Voyage d’Efpagne, m’en
apprit il y a quelques jours
la véritable raifon. C’eft là
qu’il prétend que cette
Avanture foit arrivée, <5c
on y voit encor (dit-il) les
relies de la Statue du Commandeur ; mais cela ne
conclud pas qu’il foit vray. .
V
G A L A N T .
que cette Statue ait remué
la telle, & quelle ait efté
fe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie,
comme on l’aifure en Efpagne. Ce qu’il y a de certain, c’eft que les Elpagnols font les premiers qui
ont mis ce Sujet fur le
Theatre, & que Tirfo de
Molinaqui l’a traité, l’a intitulé , El Combidado de
Picdra,, ce qui a efté malrendu en noftre Langue par
Le Pefiin de Pierre ; ces paroles ne lignifiant rien autre chofe que le Convié de
9
$8 LE MERCURE
Pierre, c’eft à dire la Statué
de marbre convie'e à un
Repas. Apres vous avoir
parlé des Efpagnols, jedoy
vous dire deux mots des
Italiens: Ils nous ont donné cet Hyver trente Reprefentations d ’une fort
agréable Comédie, qui a
pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans
de Babylone : Elle eft de
l ’invention de Monfieur
de S... Autheur desTrompeurs trompez. Elle a
non feulement ,fait rire le
Peuple, mais elle a attiré
G A L A N T . 39
en foule toute la Cour, qui
fembloit ne fe pouvoir laffer de s’y venir divertir. Je
croy qu’on ne peut rien
dire de plus avantageux
pour cette Piece: Elle finit
par un Récit qu’Arlequin
fait d’une manière fi a^rea-.
ble & fi divertiflante, que
tous ceux qui l ’ont oüy
font demeurez d ’accord,
que ce n’eft pas fans raifon
que ce merveilleux Auteur
attire tous les jours tant de
monde au Theatre Italien.
11 ne me refte plus qu’à
vous parler de celuy qu’on
4
■4
o LE MERCURE
a nouvellement ouvert au
'M arais, dont les Aéteurs
font appeliez Banboches.
Ce mot eft dans la bouche
de bien des Gens qui n’en
Fçavent pas l’origine. Banboche eft le nom d’un fameux Peintre qui ne faifoit que de petites Figures
quelesCuricux appelloient
des Banboches-, & il fut
donné depuis indifércmment à toutes les petites
Figures de quelque Peintre
qu’elles fuffent. Je n’ay
encor rien à vous dire de<
celles du Marais-, mais
- G A L A N T . 4
i
peut-eftre que fi on les laiC
foie croiftre, elles feroient
parler d’elles : elles fe fonc
déjà perfectionnées, elles
ne dançent pas mal, mais
elles chantent trop haut
pour pouvoir chanter bien
longtemps .; & fi on devient confidérable quand
on commence à fe faire
craindre, il faut quelles
ayent plus de mérité que
le Peuple de Paris ne leur
-en a crû : mais tout fait
ombrage à qui veut regner
feul ; cependant il-eft trescertain que lors qu’on^raI D
41 LE MERCURE
vaille trop ouvertement à
détruire de méchantes chofes, on les fait toujours
réüftir.
( L’Opéra eftant en France fur le pied de la Comédie , & les fuccés de tous
ceux qu’on nous donne de
nouveaux, n’eftans grands
que félon qu’ils ont plus ou
moins de beautez, je ne
doy pas oublier de vousdire
quliïs Opéra nouveau a
efté reprefenréà S.Germain
pendant unèpartie duCarnaval. Si cet Ouvrage meritelfeuelaue sloire, elle eft uelque gloire, elle eft
•*
*• •
G A L A N T . 45
deuë à Monfieur Quinaut.
Le Sujet & les Vers de cette
Tragédie font dignesde cet
illuftre Autheur, & ne luy
ont point fait perdre la réputation qu’il s’eft acquife.
Monfieur de Lully en afaic
laMufique; il ne peut être
comparé à perfonne, puis
qu’il eft le feul dont on en
voitaujourd’huy en France,
Je ne parle point de la
beauté de ce dernier Ouvrage de là compofition-,
Ion génie eft fi connu, qu’il
a fait oublier celuy de tous
les autresj je m’arrefte à
44 LE mercure
ce que la Cour en a die.
Elle eft fi éclairée, que je
fuis perfuadé que perfonne
ne doit appeller de fon jugement. Le grand nombre
d ’Inftrumens touchez par
les meilleurs Maiftres de
France, a fait trouver des
beautez dans la fymphonie
de cet Opéra, & il eft impoffible que tant d’Inftrumens entre les mains de
tant d’excellens Hommes
ne produifenr pas toujours
cet effet. Les Habits ont
efté trouvez admirables,
ioit pour ce qui regarde la
G A L A N T . 4 ;
richeïfe, foie pour ce qui
regarde l’invention, & ils
ont fait un des plus beaux
ornemens de ce Spéétacle.
Monfieur Berain qui poffede prefentement la Charge de feu Monfieur Je fia y
Deflig nateur du Roy, en
avoit donné les deïTeins,
ainfi que des Coeffures.
Les Habits des Opéra de
Thefée & d’Atis font auffi
de fon invention. Meilleurs
Beauchamps& Dolivet,qui
qui depuis plufieurs années
font toutes les Entrées des
Baie ts du Roy, ont travaillé
46 LE MERCURE
à leur ordinaire pour ce
dernier, ceft à dire tresbien. Les beautez de cet
Opéra n’ont point fait perdre au Roy & à toute la
Cour le fouvenir des iniimitables Tragédies de M.
de Corneille l’aîné, qui fu>
rent reprefentées à Verfailles pendant l’Automne
dernier. Je vous envoyé la
Copie que vous m’avez demandée des Vers que fit
cet illuftre Authcur pour
en remercier Sa Majefté.
Je fuis, Madame, &c
jour def An, les Comédiens
de l Hôtel de Bourgogne
donnèrent la première Reprefentation de la Phedre
deMonfieur Racine; &le
Dimanche fuivanr, ceux de
la Troupe du Roy luy oppoferent la Phedre de
Monfieur Pradon. Je croy
ne pouvoir mieux entretenir le Public, qu’en luy fai-
G A L A N T . i?
fant part d’une Lettre qui
m ’eft tombée entre les
mains, adreïfée à une Perfonne de qualité, par laquelle onluy rend compte
non feulement de ces deux
Pièces, mais de tout ce qui
a paru fur le. Theatre François & Italien, depuis ce
commencement de l’Année jufques à la fin du Carnaval.
*■ •
Cii
lP |U is que vous fouhai-
| tez, Madame, que je
vous mande des nouvelles
de tout ce qui a paru de
nouveau au Theatre depuis le premier de Janvier,
je vous parleray d ’abord
des deux Phedres : Elles
ont fait icy beaucoup de
bruit, & j’ay peine à concevoir d ’où vient qu’on
G A L A N T . 19
i s eft'avifé d’en vouloir juger par comparaifon de
l’une à l’autre, puis quelles
n’ont rien de commun que
le nom des Perfonnages
■ qu’on y fait encrer j car je
tiens qu’il y a une fore
grande dife'rence à faire, O
de Phedre amoureule du
Fils de fon Mary, & de
Phedre qui aime feulement
le Fils de celuy quelle n’a
pas encor époufë. Il eft fi
naturel de préférer un jeune Prince à un Roy qui en
eft le Pere, que pour peindre la paflian de l’une, on
, C iij .
*
jo LE MERCURE
n’a befoin que de fuivre le
train ordinaire des chofes;
c’elt un Tableau dont les
couleurs font faciles à trouver, & on n’eft point embarafle fur le choix des ombres qui le doivent adoucir:
mais quand il faut reprefenter une Femme qui n’envifageant fon amour qu’avec horreur, oppofe fans
celTe le nom de Belle-mere • * •
à celuy d’Amante, qui dételle fa paflîon, & ne lailfe
pas de s’y abandonner par
la force de la deftinée, qui
vou droit fe cacher à elle-
GALANT. 31
mefme ce qu’elle fcnt, &
ne foufre qu’on luy en arrache le fecret que dans le
temps où elle fe voit prefte
d’expirer-, c’eft ce qui demande l’adrefle d’un grand
Maiftre ; & ces chofesfont
tellement eflentielles au
Sujet d’Hippoly te,que c’eft
ne l’avoir pas traité, que
d’avoir éloigné l’image de
l ’amour inceftucux qu’il
faloit neceflairement faire
paroiftre. Ainfi, Madame,
je ne voy point qu’on ait
eu aucune raifon d’exami-
. ner laquelle des deux Pie-
3
i LE MERCURE
ces intérefte plus agréablement l’Auditeur, puis qu’
elles n ’ont aucun raport
cnfemble du cofté de la
principale matière. 11 eft
vray qu’il n’y a pas la mefme horreur dans le Sujet de
la Phèdre du Fauxbourg
S.Germain; mais, comme
je vous ay déjà dir, ce n’eft
pas le véritable Sujet que
1Autheur de cette derniere
a traité; & puis qu’il s’eft
permis d’y changer ce qu’il
y avoit de plus eflentiel, il
eft d’autant plus refponfàble de tout ce qui a pii
G A L A N T . 55.
blefTer les délicats. Vous
jugerez vous-mefme du
relie par la leélure de ces
deux Pièces qu’on achevé
d’imprimer, &que je vous
envoîray la Semaine prochaine. Je ne doy pas oublier de vous dire qu’on a
fait revivre une Piece dont
vous n’oliez dire il y a cinq
ou Cix ans tout le bien que
vous en pendez, à caufe de
certaines chofes qui bleffoient la délicatefle des
Scrupuleux : Elle en eft à
prefent tout-à-fait purgée,
& au lieu quelle eftoic en
j4 LE MERCURE
Proie, elle a efté mife eh
Vers d’une maniéré qui a
fait dire qu’elle n’a rien
perdu des beautez de fon
Original, qui mefmes y en
a fait trouver denouvelles.
Vous voyez bien que c’cft
du Fcftin de Pierre du fameux Moliere donc je vous
parle. Il a efté extraordinairement fuivy pendant
lesfix Reprefentations qui
en ont efté données -, & il
auroit efté fans-doute fort
loin, fi les Comédiens qui
font plus religieux qu’on ne
les veut faire croire, n’cufi
G A L A N T . 35
fentpas pris d’eux-mefmes
la Publication du Jubilé
pour un Ordre de feïmer
le Theatre. Le grand fuccés de cette Piece eft un
effet de la prudence de
Monfîéur de Corneille le
jeune, qui en a fait les Vers,
& qui n’y a mis que des
Scenes agréables en la
place de celles qu’il en a
retranchées. Il me fouvient, Madame, que vous
m’avez autrefois demandé
pourquoy cette Piece s’appelloit le Feftin de Pierre,
n’y trouvant rien qui con-
5
6 LE MERCURE
vinft parfaitement à ce titre. Vous aviez fujet de
foûtenir qu’il n’y avoir pas
d ’apparence que ce fut
parce que le Commandeur
tué par D. Juan fe nommoit D.Pedre,ou D.Pierre.
Un Cavalier qui a fait le
Voyage d’Efpagne, m’en
apprit il y a quelques jours
la véritable raifon. C’eft là
qu’il prétend que cette
Avanture foit arrivée, <5c
on y voit encor (dit-il) les
relies de la Statue du Commandeur ; mais cela ne
conclud pas qu’il foit vray. .
V
G A L A N T .
que cette Statue ait remué
la telle, & quelle ait efté
fe mettre à table chez le
D. Juan de la Comédie,
comme on l’aifure en Efpagne. Ce qu’il y a de certain, c’eft que les Elpagnols font les premiers qui
ont mis ce Sujet fur le
Theatre, & que Tirfo de
Molinaqui l’a traité, l’a intitulé , El Combidado de
Picdra,, ce qui a efté malrendu en noftre Langue par
Le Pefiin de Pierre ; ces paroles ne lignifiant rien autre chofe que le Convié de
9
$8 LE MERCURE
Pierre, c’eft à dire la Statué
de marbre convie'e à un
Repas. Apres vous avoir
parlé des Efpagnols, jedoy
vous dire deux mots des
Italiens: Ils nous ont donné cet Hyver trente Reprefentations d ’une fort
agréable Comédie, qui a
pour titre, Scaramouche
& Arlequin , Juifs errans
de Babylone : Elle eft de
l ’invention de Monfieur
de S... Autheur desTrompeurs trompez. Elle a
non feulement ,fait rire le
Peuple, mais elle a attiré
G A L A N T . 39
en foule toute la Cour, qui
fembloit ne fe pouvoir laffer de s’y venir divertir. Je
croy qu’on ne peut rien
dire de plus avantageux
pour cette Piece: Elle finit
par un Récit qu’Arlequin
fait d’une manière fi a^rea-.
ble & fi divertiflante, que
tous ceux qui l ’ont oüy
font demeurez d ’accord,
que ce n’eft pas fans raifon
que ce merveilleux Auteur
attire tous les jours tant de
monde au Theatre Italien.
11 ne me refte plus qu’à
vous parler de celuy qu’on
4
■4
o LE MERCURE
a nouvellement ouvert au
'M arais, dont les Aéteurs
font appeliez Banboches.
Ce mot eft dans la bouche
de bien des Gens qui n’en
Fçavent pas l’origine. Banboche eft le nom d’un fameux Peintre qui ne faifoit que de petites Figures
quelesCuricux appelloient
des Banboches-, & il fut
donné depuis indifércmment à toutes les petites
Figures de quelque Peintre
qu’elles fuffent. Je n’ay
encor rien à vous dire de<
celles du Marais-, mais
- G A L A N T . 4
i
peut-eftre que fi on les laiC
foie croiftre, elles feroient
parler d’elles : elles fe fonc
déjà perfectionnées, elles
ne dançent pas mal, mais
elles chantent trop haut
pour pouvoir chanter bien
longtemps .; & fi on devient confidérable quand
on commence à fe faire
craindre, il faut quelles
ayent plus de mérité que
le Peuple de Paris ne leur
-en a crû : mais tout fait
ombrage à qui veut regner
feul ; cependant il-eft trescertain que lors qu’on^raI D
41 LE MERCURE
vaille trop ouvertement à
détruire de méchantes chofes, on les fait toujours
réüftir.
( L’Opéra eftant en France fur le pied de la Comédie , & les fuccés de tous
ceux qu’on nous donne de
nouveaux, n’eftans grands
que félon qu’ils ont plus ou
moins de beautez, je ne
doy pas oublier de vousdire
quliïs Opéra nouveau a
efté reprefenréà S.Germain
pendant unèpartie duCarnaval. Si cet Ouvrage meritelfeuelaue sloire, elle eft uelque gloire, elle eft
•*
*• •
G A L A N T . 45
deuë à Monfieur Quinaut.
Le Sujet & les Vers de cette
Tragédie font dignesde cet
illuftre Autheur, & ne luy
ont point fait perdre la réputation qu’il s’eft acquife.
Monfieur de Lully en afaic
laMufique; il ne peut être
comparé à perfonne, puis
qu’il eft le feul dont on en
voitaujourd’huy en France,
Je ne parle point de la
beauté de ce dernier Ouvrage de là compofition-,
Ion génie eft fi connu, qu’il
a fait oublier celuy de tous
les autresj je m’arrefte à
44 LE mercure
ce que la Cour en a die.
Elle eft fi éclairée, que je
fuis perfuadé que perfonne
ne doit appeller de fon jugement. Le grand nombre
d ’Inftrumens touchez par
les meilleurs Maiftres de
France, a fait trouver des
beautez dans la fymphonie
de cet Opéra, & il eft impoffible que tant d’Inftrumens entre les mains de
tant d’excellens Hommes
ne produifenr pas toujours
cet effet. Les Habits ont
efté trouvez admirables,
ioit pour ce qui regarde la
G A L A N T . 4 ;
richeïfe, foie pour ce qui
regarde l’invention, & ils
ont fait un des plus beaux
ornemens de ce Spéétacle.
Monfieur Berain qui poffede prefentement la Charge de feu Monfieur Je fia y
Deflig nateur du Roy, en
avoit donné les deïTeins,
ainfi que des Coeffures.
Les Habits des Opéra de
Thefée & d’Atis font auffi
de fon invention. Meilleurs
Beauchamps& Dolivet,qui
qui depuis plufieurs années
font toutes les Entrées des
Baie ts du Roy, ont travaillé
46 LE MERCURE
à leur ordinaire pour ce
dernier, ceft à dire tresbien. Les beautez de cet
Opéra n’ont point fait perdre au Roy & à toute la
Cour le fouvenir des iniimitables Tragédies de M.
de Corneille l’aîné, qui fu>
rent reprefentées à Verfailles pendant l’Automne
dernier. Je vous envoyé la
Copie que vous m’avez demandée des Vers que fit
cet illuftre Authcur pour
en remercier Sa Majefté.
Je fuis, Madame, &c
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Résumé : A MADAME la Marquise de **
Le 1er janvier, les Comédiens de l'Hôtel de Bourgogne présentèrent la première représentation de 'Phèdre' de Jean Racine. La Troupe du Roi opposa, le dimanche suivant, sa propre version de 'Phèdre', écrite par Pradon. Une lettre adressée à une personne de qualité rend compte de ces deux pièces et des spectacles sur les théâtres français et italien depuis le début de l'année jusqu'à la fin du carnaval. La lettre souligne les différences entre les deux 'Phèdre'. La pièce de Racine met en scène une Phèdre amoureuse du fils de son mari, tandis que celle de Pradon présente une Phèdre aimant le fils d'un homme qu'elle n'a pas encore épousé. L'auteur de la lettre estime que traiter le sujet d'une femme qui lutte contre ses sentiments incestueux nécessite un grand maître, critiquant Pradon pour n'avoir pas abordé ce thème de manière adéquate. La lettre mentionne également la réapparition du 'Festin de Pierre' de Molière, réécrit en vers par Corneille le jeune. Cette version a supprimé certaines scènes délicates. La pièce a été très bien accueillie, mais sa représentation a été interrompue à cause du Jubilé. L'auteur explique l'origine du titre 'Festin de Pierre' et mentionne des représentations à Versailles pendant l'automne précédent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 55-62
Bal de l'Inconnu. [titre d'après la table]
Début :
On ne voit guéres regner la Galanterie dans les Etats [...]
Mots clefs :
Galanterie, Cavalier, Dame, Bal, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bal de l'Inconnu. [titre d'après la table]
On ne voit guéres re~ O
gner la Galanterie dans les E* • • • mj
56 LE MERCURE
Etats où il y a de grandes
gnerres qui occupent feuls
les Cavaliers, à qui il ne
relie point de temps à donner aux Dames : mais la
France eft un Royaume
bien diférent des autres, &
la Noblefle n’y devient pas
farouche, pour eftre une
partie de l’année dans les
Arme'es parmy les horreurs
que caufent les incendies,
les defordres, les violences,
& le fanœ. Nos braves O
François ne regardent pas
auffi la guerre comme un
nieilier, mais comme un
I *
r
GALANT. 57
• A. chemin feulement par ou
l’on s’élève, & par ou I on
acquérir de la gloire;
coûtument point au carnage, & qu’ils paroiflenc
toujours polis, civils & galants, quand ils ont le loifir
de 1’eftre : On en a veu des
marques ce Carnaval dernier,qui aproduit des avantures agréables ; & Ton a
bien connu que nos jeunes
Héros furpalTent, quand
ils fe veulent mefler de galanterie, tous ceux que les
Faifeurs de Romans leur
LE MERCURE 9
ont voulu donner pour modèle. Il y a eu pendant plufleurs Semaines danslaRue
de Richelieu un Bal magnifique dans une Maifon
particulière, que la diferetion d'un Cavalier faifoit
changer tous les jours de
Maiftre, pour empefeher
qu’on ne découvrit la Dame
qui eftoit l ’objet de les
foins. On a remarqué feulement que la Salle ne s eclairoit qu’au moment qu’
une Perfonne d’une taille
admirable & veftuë d’une
maniéré aulfi galante que
G A L A N T .- 59
magnifique , y paroittoic
avec les es qu -
elle choififToit pour mener
à cette Fefte où le Cavalier
venoit peu apres toûjours
avec un Habit nouveau, &
toûjours avec un air, une
propreté, & une magnifiqu’il n’ettoit pas un Hom-
- me ordinaire. Les Spectateurs que le bruit de ce Bal
& d’un grand nombre d’ex- O
cellens Violons y attiroir,
admiroient ces deux Amans quand ils dançoient;
on ne pouvoir s’en acqui-
60 LE MERCURE
ter avec plus de grâce, &
ils intérefloient tout le
monde dans leurs affaires
par le plaifir qu’ils donnoient à les voir. On remarquoitfur toutes chofes
un chagrin cruel dans les
yeux du Cavalier ( ce que le
Mafque n’empefehoit pas
de diftinguer) quand la
Dame eftbic obligée de
dancer avec un autre-, &
quand il ne pouvoir fe défendre d’en faire autant, il
dançoit luy-mefme d ’un
air fi mélancolique, & avec
tant de langueur, qu’il fe
faifoit plaindre de tout le
monde, & faifoit fouhaiter
qu’à la fin du Bal, & apres
un magnifique Régale qui
accompagnoit toujours de
femblables Fefles, il te pûc,
voir lcul avec (a MaiftrefTe
fans eftre éclairé de ces
Gens fâcheux qui troublent toujours de pareilles
avantures. On a fur tout
admiré la grande précaution du Galant pour cacher
î’Autheur de ces Diverrif.
femens myftcrieux , afin
d’empefeher qu’on ne parla i peu favorablement de
6z LE MERCURE
la Dame à qui il prenoit
foin de plaire
gner la Galanterie dans les E* • • • mj
56 LE MERCURE
Etats où il y a de grandes
gnerres qui occupent feuls
les Cavaliers, à qui il ne
relie point de temps à donner aux Dames : mais la
France eft un Royaume
bien diférent des autres, &
la Noblefle n’y devient pas
farouche, pour eftre une
partie de l’année dans les
Arme'es parmy les horreurs
que caufent les incendies,
les defordres, les violences,
& le fanœ. Nos braves O
François ne regardent pas
auffi la guerre comme un
nieilier, mais comme un
I *
r
GALANT. 57
• A. chemin feulement par ou
l’on s’élève, & par ou I on
acquérir de la gloire;
coûtument point au carnage, & qu’ils paroiflenc
toujours polis, civils & galants, quand ils ont le loifir
de 1’eftre : On en a veu des
marques ce Carnaval dernier,qui aproduit des avantures agréables ; & Ton a
bien connu que nos jeunes
Héros furpalTent, quand
ils fe veulent mefler de galanterie, tous ceux que les
Faifeurs de Romans leur
LE MERCURE 9
ont voulu donner pour modèle. Il y a eu pendant plufleurs Semaines danslaRue
de Richelieu un Bal magnifique dans une Maifon
particulière, que la diferetion d'un Cavalier faifoit
changer tous les jours de
Maiftre, pour empefeher
qu’on ne découvrit la Dame
qui eftoit l ’objet de les
foins. On a remarqué feulement que la Salle ne s eclairoit qu’au moment qu’
une Perfonne d’une taille
admirable & veftuë d’une
maniéré aulfi galante que
G A L A N T .- 59
magnifique , y paroittoic
avec les es qu -
elle choififToit pour mener
à cette Fefte où le Cavalier
venoit peu apres toûjours
avec un Habit nouveau, &
toûjours avec un air, une
propreté, & une magnifiqu’il n’ettoit pas un Hom-
- me ordinaire. Les Spectateurs que le bruit de ce Bal
& d’un grand nombre d’ex- O
cellens Violons y attiroir,
admiroient ces deux Amans quand ils dançoient;
on ne pouvoir s’en acqui-
60 LE MERCURE
ter avec plus de grâce, &
ils intérefloient tout le
monde dans leurs affaires
par le plaifir qu’ils donnoient à les voir. On remarquoitfur toutes chofes
un chagrin cruel dans les
yeux du Cavalier ( ce que le
Mafque n’empefehoit pas
de diftinguer) quand la
Dame eftbic obligée de
dancer avec un autre-, &
quand il ne pouvoir fe défendre d’en faire autant, il
dançoit luy-mefme d ’un
air fi mélancolique, & avec
tant de langueur, qu’il fe
faifoit plaindre de tout le
monde, & faifoit fouhaiter
qu’à la fin du Bal, & apres
un magnifique Régale qui
accompagnoit toujours de
femblables Fefles, il te pûc,
voir lcul avec (a MaiftrefTe
fans eftre éclairé de ces
Gens fâcheux qui troublent toujours de pareilles
avantures. On a fur tout
admiré la grande précaution du Galant pour cacher
î’Autheur de ces Diverrif.
femens myftcrieux , afin
d’empefeher qu’on ne parla i peu favorablement de
6z LE MERCURE
la Dame à qui il prenoit
foin de plaire
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Résumé : Bal de l'Inconnu. [titre d'après la table]
Le texte traite de la galanterie en France, contrastant avec d'autres pays où les guerres accaparent les cavaliers. En France, la noblesse conserve sa politesse malgré les horreurs de la guerre, voyant celle-ci comme une occasion de se distinguer et d'acquérir de la gloire. Un exemple récent illustre cette galanterie : pendant le dernier carnaval, des aventures agréables ont mis en lumière cette qualité. Un bal magnifique a eu lieu pendant plusieurs semaines dans une maison particulière de la rue de Richelieu. Un cavalier organisait ce bal de manière à changer quotidiennement de maître de maison pour cacher l'identité de la dame qui en était l'objet. La salle s'éclairait à l'arrivée d'une personne de taille admirable, vêtue avec élégance et magnificence. Le cavalier, toujours habillé de manière nouvelle et distinguée, rejoignait la dame. Les spectateurs, attirés par la réputation du bal et la qualité des musiciens, admiraient la grâce des deux amants. Le cavalier montrait un chagrin cruel lorsqu'il voyait la dame danser avec un autre, et il dansait lui-même avec une mélancolie qui suscitait la pitié. Après le bal, un magnifique régal accompagnait toujours ces fêtes, permettant au cavalier et à la dame de se retrouver sans être dérangés. La grande précaution du cavalier pour cacher l'auteur de ces divertissements mystérieux visait à protéger la réputation de la dame.
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4
p. 62-64
Bals de Monsieur le Prince de Furstemberg, & son Mariage avec Mademoiselle de Ligny. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur le Prince de Furstemberg, Neveu de Monsieur l'Evesque de [...]
Mots clefs :
Prince de Furstemberg, Galanterie, Grands divertissements, Mademoiselle de Ligny
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texteReconnaissance textuelle : Bals de Monsieur le Prince de Furstemberg, & son Mariage avec Mademoiselle de Ligny. [titre d'après la table]
Monfieur le Prince de i
Furftemberg, Neveu de
Monfieur l ’Evefque de
Straïbourg, a pareillement
donné plufieurs fois le Bal
pendant les derniers jours
du Carnaval ; & quoy qu’il ■
n ’ait pas paru tant de myftere dans les grands Divertiflemens qu’il a donnez,
ils n’ont pas Jaifle d’eftre
accompagnez de toute la
galanterie, & de toute la <
magnificence imaginable.
Leurs AltefTes Royales s’y
> ' . * ' i 9
G A LA N T . é;
>il font trouvées avec un nombre infiny dePerfonnes de
4 la plus haute Qualité. L’élt clat, le grand air, & la bon1î ne mine de Moniteur le
Ji Prince de Furftemberg, y
if ont toujours efté remariJ quez : auïïi faut il avouer
il que ce n’eftpas fans raifon
[J que tout le monde demeure d’accord que ce Prince
J eft parfaitement bien faic.
e 11 a depuis peu époufé MaII demoilclle de Ligny,Nièce
l de Moniteur lEvefque de
Meaux: elle eft alliée de
, vingt-deux Familles des
-
»
64 LE MERCURE
p
!us illuftres du Royaume;
elle a de l’efprit infiniment,
le teint admirable, & joue
tout-à-fait bien du Clavcfiin
Furftemberg, Neveu de
Monfieur l ’Evefque de
Straïbourg, a pareillement
donné plufieurs fois le Bal
pendant les derniers jours
du Carnaval ; & quoy qu’il ■
n ’ait pas paru tant de myftere dans les grands Divertiflemens qu’il a donnez,
ils n’ont pas Jaifle d’eftre
accompagnez de toute la
galanterie, & de toute la <
magnificence imaginable.
Leurs AltefTes Royales s’y
> ' . * ' i 9
G A LA N T . é;
>il font trouvées avec un nombre infiny dePerfonnes de
4 la plus haute Qualité. L’élt clat, le grand air, & la bon1î ne mine de Moniteur le
Ji Prince de Furftemberg, y
if ont toujours efté remariJ quez : auïïi faut il avouer
il que ce n’eftpas fans raifon
[J que tout le monde demeure d’accord que ce Prince
J eft parfaitement bien faic.
e 11 a depuis peu époufé MaII demoilclle de Ligny,Nièce
l de Moniteur lEvefque de
Meaux: elle eft alliée de
, vingt-deux Familles des
-
»
64 LE MERCURE
p
!us illuftres du Royaume;
elle a de l’efprit infiniment,
le teint admirable, & joue
tout-à-fait bien du Clavcfiin
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Résumé : Bals de Monsieur le Prince de Furstemberg, & son Mariage avec Mademoiselle de Ligny. [titre d'après la table]
Le Prince de Furstemberg, neveu de l'Évêque de Strasbourg, a organisé plusieurs bals durant les derniers jours du Carnaval. Ces événements, bien que non mystérieux, se sont distingués par leur grande galanterie et magnificence. Leurs Altesses Royales y ont assisté, accompagnées de nombreuses personnes de haute qualité. Le Prince a été remarqué pour son éclat, son allure distinguée et sa bonne humeur, ce qui a permis à tous de reconnaître ses qualités. Récemment, il a épousé Mademoiselle de Ligny, nièce de l'Évêque de Meaux. Cette dernière est apparentée à vingt-deux des familles les plus illustres du Royaume, possède un esprit remarquable, un teint admirable et joue très bien du clavecin.
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5
p. 64-69
Bal de Monsieur de Chasteauneuf, Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
Début :
Les Gens de guerre ne sont pas les seuls qui [...]
Mots clefs :
Monsieur de Châteauneuf, Réception, Repas, Bal, Fête
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bal de Monsieur de Chasteauneuf, Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
Les Gens de guerre ne
font pas les feuls qui faffent gloire de n’eftre point
fauvages, quand la complaifance q u ’on doit au
beau Sexe les engage à eftre galans. Ceux que Femploy de la Robe attache
. continuellement à des occupations def- agréables
pour les inte'rcfts des autres, ne s’en laificnt pas
G A L A N T . 6j
tellement poffeder l'efpric,
qu’ils ne confervent dans
l’occafion toute lapoliteffe
qu’infpire l ’air du grand
monde-, c’eft un caraétere
qui ne s’efface pas aifëment ; & Moniteur de Châteauneuf qui a quitté les
Etats de Savoye pour le
venir faire fConfeiller au
Parlement de Paris, l’a faic
affez connoiftre parla Fefte
qu’il a donnée chez luy un
des derniers jours du Carnaval. Il eft Petit-Fils de * • *
ce fameux Prefident de
Caftagniere, dont la répu-
• L
66 LE MERCURE
tation par les grandes Affaires qui luy ont paffé entre les mains à Chamberry, >
s’ell répandue en France
avec tant de gloire pour
luy , & Moniteur de Châteauneuf la foùtient fi. avantageufement par toute
l’intégrité qu’un Juge très- •
éclairé peut faire paroiftre,
qu’elle luy a fait mériter
la confiance de Madame
Royale, qui l’employe en
cette Cour dans toutes les
cbofes où elle peut avoir -
quelque inréreft. C’eft ce
qui a porté Madame la
• . I
t e
G A L A N T . ' 67
PrincefTedeCarignan à luy
vouloir faire le mefme honneur quelle a fait à tous
ceux de fa Famille, en les
allant furprendre chez eux,
pour ne les pas engager à
une Réception préparée.
Monfieur de Châteauneuf
en fut averty fi tard, qu’il
eut à peine le temps de
donner les ordres neceffaires pour le Souper, qui
ne laifTa pas d’eftre fervy
avec une propreté admira-
,ble. Madame deCarignan
y mena Madame la Princefle de Bade, Monfieur
F ij
r
T
68 LE MERCURE
l ’Evefque de Stralbourg,
le Prince Philippe, le Chevalier deCarignan.lePrince ,
& la PrincelTe de Furftemvieres, & Madame la Femm e, qui cous ne purent
de ce Repas. ApresleSou-' v
per on commença le Bal,
qui fur donné à Mefdemoifelles de SoilTons avec tant,
d’ordre dans les Salles, loit
pour la quantité de lumières, foit pour tout ce qui ,
pouvoir empefcher la cou- .[
fufion, q u ’on peut dire
t
G A L A N T . 6?
qu’il n'y manquoit rien.
Moniteur & Madame y
vinrent en Mafque, ainfi
que Madame la Comtefie
de Soiflons ; & tout le
monde convint que de
longtemps il n'y avoir eu
aucune Fefte fi digne des
llluftres Perfonnes à qui
elle fe donnoit.
font pas les feuls qui faffent gloire de n’eftre point
fauvages, quand la complaifance q u ’on doit au
beau Sexe les engage à eftre galans. Ceux que Femploy de la Robe attache
. continuellement à des occupations def- agréables
pour les inte'rcfts des autres, ne s’en laificnt pas
G A L A N T . 6j
tellement poffeder l'efpric,
qu’ils ne confervent dans
l’occafion toute lapoliteffe
qu’infpire l ’air du grand
monde-, c’eft un caraétere
qui ne s’efface pas aifëment ; & Moniteur de Châteauneuf qui a quitté les
Etats de Savoye pour le
venir faire fConfeiller au
Parlement de Paris, l’a faic
affez connoiftre parla Fefte
qu’il a donnée chez luy un
des derniers jours du Carnaval. Il eft Petit-Fils de * • *
ce fameux Prefident de
Caftagniere, dont la répu-
• L
66 LE MERCURE
tation par les grandes Affaires qui luy ont paffé entre les mains à Chamberry, >
s’ell répandue en France
avec tant de gloire pour
luy , & Moniteur de Châteauneuf la foùtient fi. avantageufement par toute
l’intégrité qu’un Juge très- •
éclairé peut faire paroiftre,
qu’elle luy a fait mériter
la confiance de Madame
Royale, qui l’employe en
cette Cour dans toutes les
cbofes où elle peut avoir -
quelque inréreft. C’eft ce
qui a porté Madame la
• . I
t e
G A L A N T . ' 67
PrincefTedeCarignan à luy
vouloir faire le mefme honneur quelle a fait à tous
ceux de fa Famille, en les
allant furprendre chez eux,
pour ne les pas engager à
une Réception préparée.
Monfieur de Châteauneuf
en fut averty fi tard, qu’il
eut à peine le temps de
donner les ordres neceffaires pour le Souper, qui
ne laifTa pas d’eftre fervy
avec une propreté admira-
,ble. Madame deCarignan
y mena Madame la Princefle de Bade, Monfieur
F ij
r
T
68 LE MERCURE
l ’Evefque de Stralbourg,
le Prince Philippe, le Chevalier deCarignan.lePrince ,
& la PrincelTe de Furftemvieres, & Madame la Femm e, qui cous ne purent
de ce Repas. ApresleSou-' v
per on commença le Bal,
qui fur donné à Mefdemoifelles de SoilTons avec tant,
d’ordre dans les Salles, loit
pour la quantité de lumières, foit pour tout ce qui ,
pouvoir empefcher la cou- .[
fufion, q u ’on peut dire
t
G A L A N T . 6?
qu’il n'y manquoit rien.
Moniteur & Madame y
vinrent en Mafque, ainfi
que Madame la Comtefie
de Soiflons ; & tout le
monde convint que de
longtemps il n'y avoir eu
aucune Fefte fi digne des
llluftres Perfonnes à qui
elle fe donnoit.
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Résumé : Bal de Monsieur de Chasteauneuf, Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
Le texte aborde la galanterie et la politesse dans la société, illustrant comment même les hommes occupés peuvent les préserver. Il cite l'exemple de Moniteur de Châteauneuf, conseiller au Parlement de Paris, qui a manifesté ces qualités lors d'une fête organisée chez lui pendant le carnaval. Châteauneuf, petit-fils du respecté Président de Castagnier, connu pour ses grandes affaires à Chambéry et son intégrité, a gagné la confiance de Madame Royale, qui l'emploie dans diverses missions. Lors de cette réception, Madame la Princesse de Carignan a rendu visite à Châteauneuf de manière impromptue, accompagnée de personnalités telles que Madame la Princesse de Bade et le Prince Philippe. Malgré la préparation rapide, la réception a été marquée par une propreté admirable. Après le souper, un bal a été organisé avec beaucoup d'ordre et de soin, recevant des éloges unanimes des invités.
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6
p. 69-72
Divertissemens donnez au Public par Monsieur Olier-Verneüil, Conseiller au mesme Corps. [titre d'après la table]
Début :
Si tous ces Divertissemens ont fait du bruit; ceux que [...]
Mots clefs :
Monsieur de Verneüil, Divertissement, Musique, Magnificence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divertissemens donnez au Public par Monsieur Olier-Verneüil, Conseiller au mesme Corps. [titre d'après la table]
Si tous ces Divertifie-
. mens ont fait du bruit; I
ceux que Moniteur de
Verneüil Confedler au Parlement, a donnez libéralement au Public pendant
tout le Carnaval, n’ont pas
70 LE MERCURE
moins fait d’éclat. Tout
Paris a parlé de fa magnificence & de fa genéro fi té. >
On reprefentoit chez luy
deux ou trois fois la Semaine, une Comédie dont
les Intermèdes eftoient
remplis de Balexs & de
Chanfons. Les Entrées eftoient admirables, & cornpofées par M. des Broffes,
c’eft tout dire. Les Paroles
qu’on chantoit, partoient
de la veine de M. de Verneiiil, & plufieurs les <
croyoient de M. Quinaut
ou de M. de Frontiniere,
G A L A N T . 71
qui font les deux plus fameux Autheurs que nous
ayons pour ces forces
d’Ouvrages. Elles eftoient
mifes en Mufique par le
Sieur l’Aloüetre, qui batoic la Mefure à l’Opéra.
Comme il eftoit à M. de
Lully, & qu’ii a copié fes
Airs pendant plufïeurs années, ceux qu’il compote
onc tant de raporc avec
ceux de ce grand Maiftre,
qu’on voit bien qu’il a écudié fous luy. L’Ecole eft s
bonne, mais il n ’eft pas
temps de faire voir tout
7 i LE MERCURE
ce qu’on y a appris
. mens ont fait du bruit; I
ceux que Moniteur de
Verneüil Confedler au Parlement, a donnez libéralement au Public pendant
tout le Carnaval, n’ont pas
70 LE MERCURE
moins fait d’éclat. Tout
Paris a parlé de fa magnificence & de fa genéro fi té. >
On reprefentoit chez luy
deux ou trois fois la Semaine, une Comédie dont
les Intermèdes eftoient
remplis de Balexs & de
Chanfons. Les Entrées eftoient admirables, & cornpofées par M. des Broffes,
c’eft tout dire. Les Paroles
qu’on chantoit, partoient
de la veine de M. de Verneiiil, & plufieurs les <
croyoient de M. Quinaut
ou de M. de Frontiniere,
G A L A N T . 71
qui font les deux plus fameux Autheurs que nous
ayons pour ces forces
d’Ouvrages. Elles eftoient
mifes en Mufique par le
Sieur l’Aloüetre, qui batoic la Mefure à l’Opéra.
Comme il eftoit à M. de
Lully, & qu’ii a copié fes
Airs pendant plufïeurs années, ceux qu’il compote
onc tant de raporc avec
ceux de ce grand Maiftre,
qu’on voit bien qu’il a écudié fous luy. L’Ecole eft s
bonne, mais il n ’eft pas
temps de faire voir tout
7 i LE MERCURE
ce qu’on y a appris
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Résumé : Divertissemens donnez au Public par Monsieur Olier-Verneüil, Conseiller au mesme Corps. [titre d'après la table]
Pendant le Carnaval, Monsieur de Verneüil organisait des divertissements au Parlement de Paris, suscitant une grande admiration. Ces événements incluaient des représentations de comédies deux à trois fois par semaine, entrecoupées de bals et de chants. Les entrées étaient remarquables et composées par Monsieur des Broffes. Les paroles des chants étaient attribuées à Monsieur de Verneüil, certaines étant comparées à celles de Monsieur Quinault ou de Monsieur de Frontinière. La musique était composée par le Sieur l'Aloüetre, ancien élève de Monsieur Lully, dont il avait copié les airs pendant plusieurs années, ce qui se reflète dans la qualité de ses compositions.
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7
p. 72-76
Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Début :
Je croy qu'en parlant des Divertissemens publics, je pourois [...]
Mots clefs :
Divertissement publics, Aventures, Bals, Cape, Carnaval, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Je croy qu’en parlant des
Divertiflemens publics, je
pourois dire quelque chofe
des Avantures que le hazard y a fait quelquefois
naiftre : mais comme je
n’ay parlé que de très-peu
de Bals, je me contenteray
de dire que le loir de Carefme-prenant M.le Marquis d’Eftrades étant déguifé avec une Cappe ( la plupart des Hommes s’eftant
ainfi mafquez ce Carnaval)
eut une avanture toute diférence de celles où la Galanterie
G A L A N T . 7$
lanterie a la meilleure parc.
Ce Marquis eftant entré
pour attendre un de Tes
Amis dans une Aflemblée
qui ne pouvoir attirer le
monde que par le bruit des
Violons, il y fut infulcé par
quelques Gens inconnus,
qui fe dirent apres Officiers d’un Régiment d’infanterie. Comme ilfe trouvoit feul & fans armes, il
leur parla d'abord fort honneftement ; ilsne laiflerent
pas de continuer à le pouffer de forte, qu’il fut obligé
de fe faire connoiftre à
74 LE M ERCURE
un jeune Cavalier nommé
M. de Malou , l ’un des
Ecuyers de Madame la
Princefle de Carignan, qui
eftoic dans cette AfTembléeavecM .leChevalierde
Carignan, & deux Dames.
Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut
aufïitoft à fon fecours-, &c
s’eftant d’abord faifi del’Epée de celuy qui le prefloit
davantage, il le poufla fi
vigoureufemenr, qu'il l’obligea furie champ à faire
fatisfaéHon de l’infiilre qu’il
avoir faite à laveue de plu-
G A L A N T . 7;
fleurs de (es Camarades,
qui furent furpris delahardiefle & de la vigueur de ce
jeune Gentilhomme* mais
comme il fut obligé de fuivre les Dames & le jeune
Prince qu’il accompagnoir,
& qu’il vit bien que s’il laiffoit le Marquis d ’Eftrades,
il feroit en danger quand
ilferoit feul, fans armes, &
fans perfonne qui le connut, il l’obligea à fortir avec
luy, & à attendre fonAmy
dans fon Carroffe; à quoy
il eut beaucoup de peine à
fe refoudre, parce qu’il pa-
76 LE MERCURE
roifloitqu il y eut de la foiblé fie : mais M.de Malou
l'emporta par fes prières,
& par fes raiforts, qui luy
firent voir une neceflué
abfoluë d’en ufèrainly
Divertiflemens publics, je
pourois dire quelque chofe
des Avantures que le hazard y a fait quelquefois
naiftre : mais comme je
n’ay parlé que de très-peu
de Bals, je me contenteray
de dire que le loir de Carefme-prenant M.le Marquis d’Eftrades étant déguifé avec une Cappe ( la plupart des Hommes s’eftant
ainfi mafquez ce Carnaval)
eut une avanture toute diférence de celles où la Galanterie
G A L A N T . 7$
lanterie a la meilleure parc.
Ce Marquis eftant entré
pour attendre un de Tes
Amis dans une Aflemblée
qui ne pouvoir attirer le
monde que par le bruit des
Violons, il y fut infulcé par
quelques Gens inconnus,
qui fe dirent apres Officiers d’un Régiment d’infanterie. Comme ilfe trouvoit feul & fans armes, il
leur parla d'abord fort honneftement ; ilsne laiflerent
pas de continuer à le pouffer de forte, qu’il fut obligé
de fe faire connoiftre à
74 LE M ERCURE
un jeune Cavalier nommé
M. de Malou , l ’un des
Ecuyers de Madame la
Princefle de Carignan, qui
eftoic dans cette AfTembléeavecM .leChevalierde
Carignan, & deux Dames.
Ce Gentilhomme ayant
reconnu le Marquis, fut
aufïitoft à fon fecours-, &c
s’eftant d’abord faifi del’Epée de celuy qui le prefloit
davantage, il le poufla fi
vigoureufemenr, qu'il l’obligea furie champ à faire
fatisfaéHon de l’infiilre qu’il
avoir faite à laveue de plu-
G A L A N T . 7;
fleurs de (es Camarades,
qui furent furpris delahardiefle & de la vigueur de ce
jeune Gentilhomme* mais
comme il fut obligé de fuivre les Dames & le jeune
Prince qu’il accompagnoir,
& qu’il vit bien que s’il laiffoit le Marquis d ’Eftrades,
il feroit en danger quand
ilferoit feul, fans armes, &
fans perfonne qui le connut, il l’obligea à fortir avec
luy, & à attendre fonAmy
dans fon Carroffe; à quoy
il eut beaucoup de peine à
fe refoudre, parce qu’il pa-
76 LE MERCURE
roifloitqu il y eut de la foiblé fie : mais M.de Malou
l'emporta par fes prières,
& par fes raiforts, qui luy
firent voir une neceflué
abfoluë d’en ufèrainly
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Résumé : Avanture arrivée à Monsieur le Marquis D. dans un Bal Bourgeois. [titre d'après la table]
Lors d'un bal masqué, le marquis d'Estrades, déguisé en loir, est insulté par des individus se prétendant officiers d'un régiment d'infanterie. Ne portant pas d'armes, il tente de se défendre verbalement. M. de Malou, un écuyer de Madame la Princesse de Carignan, intervient avec le chevalier de Carignan et deux dames. M. de Malou désarme l'un des agresseurs et obtient des excuses publiques. Cependant, il doit quitter les lieux avec les dames et le jeune prince qu'il accompagne, laissant le marquis d'Estrades seul. M. de Malou persuade finalement le marquis de quitter l'assemblée pour éviter tout danger supplémentaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 76-77
Bal chez M. de Menevillette. [titre d'après la table]
Début :
L'Assemblée qui se trouva à celuy qui se fit chez Monsieur [...]
Mots clefs :
Monsieur de Mannevilette, Bal
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texteReconnaissance textuelle : Bal chez M. de Menevillette. [titre d'après la table]
L’AiTemble'equi fe trouva à celuy qui fe fit chez
Monfieur de Mannevilette
Secrétaire des Comman-
G A L A N T . 77
demens de Monfieur, fut
grande ; Leurs Altefles
Royales y furent en Mafque,& jamais Bal n’en a efté
fi remply que le fut celuylà. Il ne faut pas s’étonner
de ce concours ; comme
on fçait qu’il y en a tous
les ans dans le mefme lieu,
que rien n'y m anque, &
que tout y eft magnifique,
chacun y court avec empreflement
Monfieur de Mannevilette
Secrétaire des Comman-
G A L A N T . 77
demens de Monfieur, fut
grande ; Leurs Altefles
Royales y furent en Mafque,& jamais Bal n’en a efté
fi remply que le fut celuylà. Il ne faut pas s’étonner
de ce concours ; comme
on fçait qu’il y en a tous
les ans dans le mefme lieu,
que rien n'y m anque, &
que tout y eft magnifique,
chacun y court avec empreflement
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9
p. 77-79
Bal chez M. du Housset. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur du Housset Chancelier de Monsieur, en a aussi donné un [...]
Mots clefs :
Monsieur du Housset, Jeunesse
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texteReconnaissance textuelle : Bal chez M. du Housset. [titre d'après la table]
Monfieur du Houflet
Chancelier de Monfieur,
en a aufii donné un à Mademoifelle de Valois, fe- G » . 4
11J
7
8 LE MERCURE
conde Fille de Son AIteffe Royale, qui y dança
avec une grâce admirable.
Toute la Jeunefle de la première Qualité, & à peu près
de fon âge, s’y trouva. On
ne vit jamais rien défi brillant ; & Madame la Marquife de Nangis, Fille de
f * a. _
Madame la Marefchale de
R.ochefort, âgée de treize
ans, fit par ce Bal fon entrée dans le Monde; elle
y parut avec beaucoup d’éclat, & elle eftoit mife d’un
fi bon air, que la manière
donc elle eftoic parée ne
G A L A N T . 79
fut pas moins remarquée
que la richefiè de tout ce
qui fervoit à fon ajuftement. On a peu vcu de
Personnes de fon âçe avoir
autant d’efprir, & elle charme tous ceux qui ont le
bonheur de l’entretenir.
Chancelier de Monfieur,
en a aufii donné un à Mademoifelle de Valois, fe- G » . 4
11J
7
8 LE MERCURE
conde Fille de Son AIteffe Royale, qui y dança
avec une grâce admirable.
Toute la Jeunefle de la première Qualité, & à peu près
de fon âge, s’y trouva. On
ne vit jamais rien défi brillant ; & Madame la Marquife de Nangis, Fille de
f * a. _
Madame la Marefchale de
R.ochefort, âgée de treize
ans, fit par ce Bal fon entrée dans le Monde; elle
y parut avec beaucoup d’éclat, & elle eftoit mife d’un
fi bon air, que la manière
donc elle eftoic parée ne
G A L A N T . 79
fut pas moins remarquée
que la richefiè de tout ce
qui fervoit à fon ajuftement. On a peu vcu de
Personnes de fon âçe avoir
autant d’efprir, & elle charme tous ceux qui ont le
bonheur de l’entretenir.
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Résumé : Bal chez M. du Housset. [titre d'après la table]
Madame la Marquise de Nangis, âgée de treize ans, a fait son entrée dans le monde lors d'un bal en présence de la condé. La fille de Madame la Maréchale de Rochefort a charmé l'assistance par son élégance, sa richesse vestimentaire et son esprit. Toute la jeunesse de la première qualité était présente.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 79-80
Bal chez M. Ranchain. [titre d'après la table]
Début :
Jamais la propreté, le bon ordre, & la magnificence, n'ont [...]
Mots clefs :
Bal, Monsieur Ranchain, Magnificence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bal chez M. Ranchain. [titre d'après la table]
Jamais la propreté, le
bon ordre, & la maçnificence, n’ont plus paru en-'
femble, qu’ils firent au Bal
qui a cfté donné chez
Monfieur Ranchain -, La
Compagnie e Croit belle
bien choifie, rien n’y manquoit, on n ’y fouhaitoit G . • • • 111J
8o LE MERCURE
rien, & l’on peut dire que
c ’eftoic un Bal de bon goût.
bon ordre, & la maçnificence, n’ont plus paru en-'
femble, qu’ils firent au Bal
qui a cfté donné chez
Monfieur Ranchain -, La
Compagnie e Croit belle
bien choifie, rien n’y manquoit, on n ’y fouhaitoit G . • • • 111J
8o LE MERCURE
rien, & l’on peut dire que
c ’eftoic un Bal de bon goût.
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11
p. 114-116
Sacre de M. l'Abbé d'Urfé, Evesque de Limoges. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur l'Abbé d'Urfé nommé par Sa Majesté [...]
Mots clefs :
Sacre, Abbé d'Urfé
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texteReconnaissance textuelle : Sacre de M. l'Abbé d'Urfé, Evesque de Limoges. [titre d'après la table]
Monlieur l’Abbéd’Urft
nommé par Sa Majefte a
l ’Evefché de Limoges, a
efté Sacré depuis peu de
G A L A N T . n j
jours : Il eft d’une naiflance
illuftre , & fon Nom n’elt
pas feulement connu en
Foreft, fur les bords du
Gens qui aiment les Perfonnes de mérite. Il a efté
retiré du Séminaire de Saint
Sulpicc/m depuis plufieurs
années il avoit acquis une
grande réputation, pour
eftre Coadjuteur de Monfieur l’Evefque de Limoges. On a forcé fa modeftie à recevoir un Employ digne de fa naiflance.,
K ij
né LE MERCURE
de fa pieté,& de fa doélrine,
en le faifant fucceder à un
Prélat, qui avec les avantages d ’une grande naiffànce avoit tous ceux d'un *
grand Evefque
nommé par Sa Majefte a
l ’Evefché de Limoges, a
efté Sacré depuis peu de
G A L A N T . n j
jours : Il eft d’une naiflance
illuftre , & fon Nom n’elt
pas feulement connu en
Foreft, fur les bords du
Gens qui aiment les Perfonnes de mérite. Il a efté
retiré du Séminaire de Saint
Sulpicc/m depuis plufieurs
années il avoit acquis une
grande réputation, pour
eftre Coadjuteur de Monfieur l’Evefque de Limoges. On a forcé fa modeftie à recevoir un Employ digne de fa naiflance.,
K ij
né LE MERCURE
de fa pieté,& de fa doélrine,
en le faifant fucceder à un
Prélat, qui avec les avantages d ’une grande naiffànce avoit tous ceux d'un *
grand Evefque
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Résumé : Sacre de M. l'Abbé d'Urfé, Evesque de Limoges. [titre d'après la table]
L'Abbé d'Urft, issu d'une famille illustre, a été nommé et sacré évêque de Limoges par Sa Majesté. Après plusieurs années au Séminaire de Saint-Sulpice, il est devenu coadjuteur de l'évêque de Limoges. Le Mercure loue sa piété et sa doctrine, le succédant à un prélat distingué.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 116-118
Sacre de M. l'Abbé de Fieux, Evesque de Toul. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur l'Abbé de Fieux a aussi esté Sacré Evesque [...]
Mots clefs :
Abbé de Fieux, Sacre, Evêque de Toul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sacre de M. l'Abbé de Fieux, Evesque de Toul. [titre d'après la table]
Monfieur l ’ Abbé de
Fieux a auHi efté Sacré
Evefque de Toul, avec l’aplaudifTementde tous ceux
qui le connoiiTent, & qui
voyant en luy tout ce qui
peut rendre un grand
Homme diurne d ’ eftre
nommé àlEpifcopat, fouhaitoient il y a longtemps
qu’il plût au Roy luy don-
I
G A L A N T , ny
ner cette marque de fou
eftime. On ne doute point
que les Peuples qui luy font
commis ne reçoivent de
grands avantages de fa
conduite, puisqu’il n’a pas
moins de pieté que de fçavoir, & que fon exemple
fera d’un grand poids pour
les faire profiter des falutaires inflruébions qu’il leur
prépare. Il eft Frere de
Monfieur de Fieux Maiflre
des Requeftes, & ils font
tous les jours allez connoiftre l’un & l’autre que
le véritable mérite eft aufîi
ii8 LE MERCURE
bien que l’efprit, un privilège attaché à leur Famille
Fieux a auHi efté Sacré
Evefque de Toul, avec l’aplaudifTementde tous ceux
qui le connoiiTent, & qui
voyant en luy tout ce qui
peut rendre un grand
Homme diurne d ’ eftre
nommé àlEpifcopat, fouhaitoient il y a longtemps
qu’il plût au Roy luy don-
I
G A L A N T , ny
ner cette marque de fou
eftime. On ne doute point
que les Peuples qui luy font
commis ne reçoivent de
grands avantages de fa
conduite, puisqu’il n’a pas
moins de pieté que de fçavoir, & que fon exemple
fera d’un grand poids pour
les faire profiter des falutaires inflruébions qu’il leur
prépare. Il eft Frere de
Monfieur de Fieux Maiflre
des Requeftes, & ils font
tous les jours allez connoiftre l’un & l’autre que
le véritable mérite eft aufîi
ii8 LE MERCURE
bien que l’efprit, un privilège attaché à leur Famille
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Résumé : Sacre de M. l'Abbé de Fieux, Evesque de Toul. [titre d'après la table]
L'Abbé de Fieux est nommé Évêque de Toul, une décision saluée par ses connaissances. Le roi souhaitait cette promotion depuis longtemps. Les fidèles bénéficieront de sa conduite pieuse et savante. Il est le frère de Monsieur de Fieux, Maître des Requêtes, soulignant le mérite familial.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 120
Sacre de M. l'Abbê Matignon, Evesque de Lisieux. [titre d'après la table]
Début :
La Reyne ayant voulu donner à Monsieur l'Abbé de Matignon [...]
Mots clefs :
Sacre, Abbé de Matignon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sacre de M. l'Abbê Matignon, Evesque de Lisieux. [titre d'après la table]
La Reyne ayant voulu
donner à Moniteur l’Abbé
de Matignon, nommé à O ’
l’Evefché de Lilieux, des
marques de l’eftime particulière quelle fait de luy,
honora dernièrement de
fapréfence le Sacre de cet
Evefque ; il eftoit Aumônier du Roy. Il eft d ’une
naiïTance très-illuftre, &
fon mérite eft connu.
donner à Moniteur l’Abbé
de Matignon, nommé à O ’
l’Evefché de Lilieux, des
marques de l’eftime particulière quelle fait de luy,
honora dernièrement de
fapréfence le Sacre de cet
Evefque ; il eftoit Aumônier du Roy. Il eft d ’une
naiïTance très-illuftre, &
fon mérite eft connu.
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14
p. 120-123
Le Roy choisit M. l'Evesque de Tules pour prescher au Louvre. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, puis que nous sommes sur le Chapitre des [...]
Mots clefs :
Père Mascaron, Prédicateur, Abbé Fléchier, Sermons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Roy choisit M. l'Evesque de Tules pour prescher au Louvre. [titre d'après la table]
Je croy, puis que nous
fommes furie Chapitre des
Evefques, pouvoir parler
icy de Monheur de Tulles,
G A L A N T , n i
ce fameux Prédicateur, fi
connu fous le nom duPere
Mafcaron, a efté obligé de
venir à la Cour, &dequiter
fon Diocefe, où il a mis
un ordre fi grand , que
Leurs Majeftez ont crû
qu'ils l’en pouvoient faire
revenir pour prefcher l’Evangile devant Elles pendant ce Carefme. La délicatefle des Courtifans, &
le gouft qu’ils ont pour les
bonnes chofes, oblige le
Roy à choifir pour ces Emplois des Hommes tous
extraordinaires, comme il
L
I
iiz LE MERCURE
aveut fait pour l’A vent dernier Moniteur l’Abbé Flechicr, qui confirma par fes
Sermons à la Cour la grande opinion que fes Ouvra- i
ges & les Oraifons Funèbres qu’il a faites pour les
premières Perfonnes de
1 Etat, avoient données de
luy, & l’idée qu’on en devoir avoir dés que Moniteur
le Duc de MontauficrGou- i
verneur de Moniteur le I
,1 ' I
Dauphin, ayant connu le
mérite de cet excellent
Homme, le retira auprès
de luy pour eftre de la Cour
G A L A N T , il;
Je ce jeune Prince, dont
l’éducation luy a efté confiée par un Roy qui comme il eft le premier Prince
delà terre, eft audi l’Homme du monde qui a le plus
de difcernement, & fçait
mieux connoiftre les Gens.
fommes furie Chapitre des
Evefques, pouvoir parler
icy de Monheur de Tulles,
G A L A N T , n i
ce fameux Prédicateur, fi
connu fous le nom duPere
Mafcaron, a efté obligé de
venir à la Cour, &dequiter
fon Diocefe, où il a mis
un ordre fi grand , que
Leurs Majeftez ont crû
qu'ils l’en pouvoient faire
revenir pour prefcher l’Evangile devant Elles pendant ce Carefme. La délicatefle des Courtifans, &
le gouft qu’ils ont pour les
bonnes chofes, oblige le
Roy à choifir pour ces Emplois des Hommes tous
extraordinaires, comme il
L
I
iiz LE MERCURE
aveut fait pour l’A vent dernier Moniteur l’Abbé Flechicr, qui confirma par fes
Sermons à la Cour la grande opinion que fes Ouvra- i
ges & les Oraifons Funèbres qu’il a faites pour les
premières Perfonnes de
1 Etat, avoient données de
luy, & l’idée qu’on en devoir avoir dés que Moniteur
le Duc de MontauficrGou- i
verneur de Moniteur le I
,1 ' I
Dauphin, ayant connu le
mérite de cet excellent
Homme, le retira auprès
de luy pour eftre de la Cour
G A L A N T , il;
Je ce jeune Prince, dont
l’éducation luy a efté confiée par un Roy qui comme il eft le premier Prince
delà terre, eft audi l’Homme du monde qui a le plus
de difcernement, & fçait
mieux connoiftre les Gens.
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Résumé : Le Roy choisit M. l'Evesque de Tules pour prescher au Louvre. [titre d'après la table]
Le texte décrit la nomination de prédicateurs distingués à la cour. Le Père Mascaron, surnommé le Galant, a été convoqué pour prêcher pendant le Carême après avoir réformé son diocèse. Le roi, influencé par les goûts raffinés des courtisans, choisit des individus exceptionnels pour ces missions. Par exemple, l'abbé Flechier a été sélectionné pour ses sermons et ses oraisons funèbres, ce qui a consolidé sa réputation. Le Duc de Montausier, gouverneur du Dauphin, a également reconnu les mérites de Flechier et l'a pris sous sa protection. Le texte met en avant la sagesse du roi, qui, en tant que premier prince de la terre, possède un grand discernement et sait bien juger les personnes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 123-124
Present de la Reyne à M. l'Archevesque d'Ambrun, Evesque de Mets. [titre d'après la table]
Début :
Nous pouvons encor parler icy d'un Prélat dont les [...]
Mots clefs :
Archevêque d'Ambrun, Présent, Crucifix d'or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Present de la Reyne à M. l'Archevesque d'Ambrun, Evesque de Mets. [titre d'après la table]
Nous pouvons encor
parler icy d’un Prélat dont
les grands Emplois ont fait
connoiftre le mérité & l’efprit.
Moniteur l’Archevefque
d ’Ambrun, Evcfque de
Mets, ayant fait préfent à
la Reyne d’un petit Cru-
' - L ij .
u 4
LE M ERCURE
cifix d’o r , dont l’ouvrage
furpalfoit de beaucoup la
matière-, cette grande Princefle, bien moins pour marquer la reconnoiflance,que
l ’eftime qu’elle fait de ce
P rélat, luy a donné une
Croix de diamans d’un très
grand prix
parler icy d’un Prélat dont
les grands Emplois ont fait
connoiftre le mérité & l’efprit.
Moniteur l’Archevefque
d ’Ambrun, Evcfque de
Mets, ayant fait préfent à
la Reyne d’un petit Cru-
' - L ij .
u 4
LE M ERCURE
cifix d’o r , dont l’ouvrage
furpalfoit de beaucoup la
matière-, cette grande Princefle, bien moins pour marquer la reconnoiflance,que
l ’eftime qu’elle fait de ce
P rélat, luy a donné une
Croix de diamans d’un très
grand prix
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16
p. 124-128
Acte de Resumpte soûtenu par M. l'Abbé de Noailles. [titre d'après la table]
Début :
Apres avoir parlé d'Evesques, disons quelque chose d'un illustre [...]
Mots clefs :
Arrêt du Conseil d'État, Docteurs, Abbé de Noailles, Nouveaux statuts, Sorbonne, Acte de Résumpte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Acte de Resumpte soûtenu par M. l'Abbé de Noailles. [titre d'après la table]
Apres avoir parlé d’Evefques, difons quelque choie
d’un illuftre Abbé, qui par
fa naifïance, fa grande nio>
deftie,fonefprit,fa làgeïîe;
& fa doctrine profonde,
mérite de tenir dans l’Eglife un rang des plus con-
G A L A N T , uy
fidérables, puisqu’il a toutes les qualitcz neceflaires
pour le remplir dignement.
Meilleurs de Sorbonne
ont obtenu un Arreft du
Confeil d’Etar, qui confirme leurs nouveaux Statuts,
parlefquels tous ceux qui
feront reçeus D odeurs à
l’avenir, ne pouront préfider aux A des, ny fe trouver aux Aflemble'es de la
Faculté, ou joüir d’aucun
autre de fes Privilèges, qu’-
apres l’Ade de Réfumpte
qui n’avoit point elle fait
n6 LE MERCURE
depuis Monficur Rofe Evefque de Senlis,qui fut le
dernier qui le fit le zy. de
May )6oz. Cet Aéte confifte à re'pondre à dix Docteurs, qui fèuls ont droit
de difpucer fur les plus difficiles Queftions du Vieil
& du Nouveau Teftament,
& fur les principales Matières de l’Ecriture qui font
en controvcrfe avec les
Hérétiques , depuis fept
heures du matin jufques a
midy. Il fe faifoic autrefois
f>ar les Docteurs, qui vouoient avoir le titre de DoI
G A L A N T . 117
Cteurs Regens, aufquels
feuls il eftoit permis de
faire l’Office de GrandsMaiftres, c’eft à dire de
gouverner les Bacheliers,
qui pourfuivoient les Degrez dans la Faculté; mais
ces nouveaux Statuts y alfujettiflans tous les Docteurs de la derniere Licence, Monfieur l’Abbé
de Noailles, Fils de Moniteur le Duc de Noailles,
n'a point voulu s’en difpenîer , & il s’eft acquité
de cet Aéte avec tant de
fuccés, que la grande AfL mj
n8 LE MERCURE
{emblée qu’attire ordinainairement une Perfonne
de fanaiirance,n’apvi aflez
admirer la capacité avec
laquelle il a réfolu les plus
fortes difficultez, & la modeftie qu’il a fait paroiftre
dans fes Réponfes.
d’un illuftre Abbé, qui par
fa naifïance, fa grande nio>
deftie,fonefprit,fa làgeïîe;
& fa doctrine profonde,
mérite de tenir dans l’Eglife un rang des plus con-
G A L A N T , uy
fidérables, puisqu’il a toutes les qualitcz neceflaires
pour le remplir dignement.
Meilleurs de Sorbonne
ont obtenu un Arreft du
Confeil d’Etar, qui confirme leurs nouveaux Statuts,
parlefquels tous ceux qui
feront reçeus D odeurs à
l’avenir, ne pouront préfider aux A des, ny fe trouver aux Aflemble'es de la
Faculté, ou joüir d’aucun
autre de fes Privilèges, qu’-
apres l’Ade de Réfumpte
qui n’avoit point elle fait
n6 LE MERCURE
depuis Monficur Rofe Evefque de Senlis,qui fut le
dernier qui le fit le zy. de
May )6oz. Cet Aéte confifte à re'pondre à dix Docteurs, qui fèuls ont droit
de difpucer fur les plus difficiles Queftions du Vieil
& du Nouveau Teftament,
& fur les principales Matières de l’Ecriture qui font
en controvcrfe avec les
Hérétiques , depuis fept
heures du matin jufques a
midy. Il fe faifoic autrefois
f>ar les Docteurs, qui vouoient avoir le titre de DoI
G A L A N T . 117
Cteurs Regens, aufquels
feuls il eftoit permis de
faire l’Office de GrandsMaiftres, c’eft à dire de
gouverner les Bacheliers,
qui pourfuivoient les Degrez dans la Faculté; mais
ces nouveaux Statuts y alfujettiflans tous les Docteurs de la derniere Licence, Monfieur l’Abbé
de Noailles, Fils de Moniteur le Duc de Noailles,
n'a point voulu s’en difpenîer , & il s’eft acquité
de cet Aéte avec tant de
fuccés, que la grande AfL mj
n8 LE MERCURE
{emblée qu’attire ordinainairement une Perfonne
de fanaiirance,n’apvi aflez
admirer la capacité avec
laquelle il a réfolu les plus
fortes difficultez, & la modeftie qu’il a fait paroiftre
dans fes Réponfes.
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Résumé : Acte de Resumpte soûtenu par M. l'Abbé de Noailles. [titre d'après la table]
Le texte présente deux sujets principaux. Premièrement, il met en lumière un abbé illustre, reconnu pour sa naïveté, son intelligence, son esprit, sa loyauté et sa doctrine profonde. Cet abbé mérite une place éminente dans l'Église en raison de ses qualités exceptionnelles. Deuxièmement, il évoque une décision des Meilleurs de Sorbonne, confirmée par un arrêt du Conseil d'État, concernant de nouveaux statuts. Ces statuts imposent aux futurs docteurs de passer l'acte de Réfumpte pour présider aux assemblées de la Faculté et jouir de ses privilèges. Cet acte, abandonné depuis 1692, consiste à répondre à dix docteurs sur des questions difficiles du Vieux et du Nouveau Testament, ainsi que sur des matières de l'Écriture en controverse avec les hérétiques. Il se déroule de sept heures du matin à midi et était autrefois requis pour obtenir le titre de Docteur Régent. Monseigneur l'Abbé de Noailles, fils du Duc de Noailles, a réussi cet acte, impressionnant l'assemblée par sa capacité à résoudre des difficultés complexes et sa modestie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 128-134
Reception de M. le President de Mesmes en l'Academie Françoise, & tout ce qui s'y est passé. [titre d'après la table]
Début :
En parlant de ceux dont le mérite est extraordinaire, je [...]
Mots clefs :
Monsieur de Mesmes, Académie française, Cardinal Richelieu, Langue latine, Charpentier, Inscriptions
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texteReconnaissance textuelle : Reception de M. le President de Mesmes en l'Academie Françoise, & tout ce qui s'y est passé. [titre d'après la table]
En parlant de ceux dont
le mérite eft extraordi.
naireje nedoypas oublier
que Moniteur de Mcfmes
Prefident au Mortier, illuftre par la gloire de fes
Peres qui ont pofTedé les
premières Charges de la
Robe, mais plus illuftre
G A L A N T . n 9
encor par les grandes qualitez qui le rendent digne
de fes Emplois, marchant
fur les pas de ces grands
Hommes, à qui leur intégrité, leur amour pour les
Sciences, & la protection
qu’ils ont toujours donnée
aux Gens de Lettres, ont
acquis une réputation qui
ne lailTera jamais mourir
les noms de de Mefmes &
d’Avaux, a efté reçeu dans
1‘Academie Françoife, pour
remplir la place de Moniteur Defmarets, un des
plus fameux Académiciens
I
3
o LE MERCURE
de nollre temps, & qui
mériteroit couce la gloire
que ces beaux Ouvrages
luy donnent, quand iln’auroit point eu d’autre avantage que celuy d’avoir efté
choiCy par le Cardinal de
Richelieu Fondateur de
l’Académie, pour rendre
Meilleurs fes Neveux dignes du grand Nom qu’il
leuralaifle. Une affluence
extraordinaire de monde
fe trouva dans la Salle du ' I
Louvre le jour de cette réception. Moniteur le Prefident de Mefmes fie un
■ G A L A N T . 151
remercîment digne de la
gravité de celuy qui leprononçoit, & de l’attention
de quantité de Perfonnes
qui l ’écouterent, & parla
avec une délicatefie merveiîleufe de l’honneur que
le Roy fait à cette célébré
Compagnie d ’en vouloir
eftre le Protecteur. Monfieur de Benferade qui en
eftoit le Directeur, luy répondit avec une grâce toute particulière, & n’oublia
rien pour luy marquer la
joye qu’ils avoient tous de
voir un fi grand Homme
iji LE MERCURE
dans leur Corps. Apres
quoy, Monfieur l ’Abbé
Tallemant le jeune prononça un Difcours dont la
netteté & l’éloquence furent admirées de tout le
monde-, il tâcha de prouver à l’avantage de noftre
Langue, qu’on s’en doit
fervir pour faire les Infcriptions des Monumens publics contre l’opinion du
R. P. Lucas Jefuite, qui a
pris le party du Latin avec
une force de raifons qui
lemblenc n ’avoir point
de répliqué. Cette
G A L A N T . 13J
tion avoir efté déjà agitée
par Monfïeur Charpentier
un des plus dignes Sujets
de l’Acade'mie Françoife,
qui a fait imprimer un
Livre fort fçavant fur cette
matière, par lequel il exclut la Langue Latine des
Infcriptions. Ce diférend
poura avoir encor de la
fuite , & nous aurions à
fouhaiter que chacun s'accordait pour prononcer en
faveur des François- mais
cependant on a fait depuis
peu de grandes dépenfes
pour les Portes deS.Denis,
I 5 4 LE M ERCURE
de S.D enys,de S. Martin;
& de S. Bernard, & pour le
uay Royal qui elt d une
{i grande utilité pourParis,
& nous n’y voyons par tout
tines
le mérite eft extraordi.
naireje nedoypas oublier
que Moniteur de Mcfmes
Prefident au Mortier, illuftre par la gloire de fes
Peres qui ont pofTedé les
premières Charges de la
Robe, mais plus illuftre
G A L A N T . n 9
encor par les grandes qualitez qui le rendent digne
de fes Emplois, marchant
fur les pas de ces grands
Hommes, à qui leur intégrité, leur amour pour les
Sciences, & la protection
qu’ils ont toujours donnée
aux Gens de Lettres, ont
acquis une réputation qui
ne lailTera jamais mourir
les noms de de Mefmes &
d’Avaux, a efté reçeu dans
1‘Academie Françoife, pour
remplir la place de Moniteur Defmarets, un des
plus fameux Académiciens
I
3
o LE MERCURE
de nollre temps, & qui
mériteroit couce la gloire
que ces beaux Ouvrages
luy donnent, quand iln’auroit point eu d’autre avantage que celuy d’avoir efté
choiCy par le Cardinal de
Richelieu Fondateur de
l’Académie, pour rendre
Meilleurs fes Neveux dignes du grand Nom qu’il
leuralaifle. Une affluence
extraordinaire de monde
fe trouva dans la Salle du ' I
Louvre le jour de cette réception. Moniteur le Prefident de Mefmes fie un
■ G A L A N T . 151
remercîment digne de la
gravité de celuy qui leprononçoit, & de l’attention
de quantité de Perfonnes
qui l ’écouterent, & parla
avec une délicatefie merveiîleufe de l’honneur que
le Roy fait à cette célébré
Compagnie d ’en vouloir
eftre le Protecteur. Monfieur de Benferade qui en
eftoit le Directeur, luy répondit avec une grâce toute particulière, & n’oublia
rien pour luy marquer la
joye qu’ils avoient tous de
voir un fi grand Homme
iji LE MERCURE
dans leur Corps. Apres
quoy, Monfieur l ’Abbé
Tallemant le jeune prononça un Difcours dont la
netteté & l’éloquence furent admirées de tout le
monde-, il tâcha de prouver à l’avantage de noftre
Langue, qu’on s’en doit
fervir pour faire les Infcriptions des Monumens publics contre l’opinion du
R. P. Lucas Jefuite, qui a
pris le party du Latin avec
une force de raifons qui
lemblenc n ’avoir point
de répliqué. Cette
G A L A N T . 13J
tion avoir efté déjà agitée
par Monfïeur Charpentier
un des plus dignes Sujets
de l’Acade'mie Françoife,
qui a fait imprimer un
Livre fort fçavant fur cette
matière, par lequel il exclut la Langue Latine des
Infcriptions. Ce diférend
poura avoir encor de la
fuite , & nous aurions à
fouhaiter que chacun s'accordait pour prononcer en
faveur des François- mais
cependant on a fait depuis
peu de grandes dépenfes
pour les Portes deS.Denis,
I 5 4 LE M ERCURE
de S.D enys,de S. Martin;
& de S. Bernard, & pour le
uay Royal qui elt d une
{i grande utilité pourParis,
& nous n’y voyons par tout
tines
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Résumé : Reception de M. le President de Mesmes en l'Academie Françoise, & tout ce qui s'y est passé. [titre d'après la table]
Le texte relate la réception de Monseigneur de Mesmes à l'Académie française, où il succède à Monseigneur Desmarets. Issu d'une famille illustre, Monseigneur de Mesmes est reconnu pour son intégrité et son amour des sciences. Il a été choisi par le Cardinal de Richelieu pour élever ses neveux à la hauteur de leur grand nom. La cérémonie, tenue au Louvre, a attiré une foule nombreuse. Monseigneur de Mesmes a exprimé son honneur de voir le roi protéger l'Académie. Monseigneur de Benserade, directeur de l'Académie, a salué l'arrivée d'un homme de grande valeur. L'abbé Tallemant le Jeune a prononcé un discours admiré pour sa netteté et son éloquence, défendant l'usage du français pour les inscriptions publiques contre l'avis du Père Lucas Jésuite, qui préférait le latin. Cette controverse avait déjà été abordée par Monseigneur Charpentier dans un livre excluant la langue latine des inscriptions. Le texte mentionne également des dépenses récentes pour des portes et des voies royales à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 134-136
Etablissemens de plusieurs Academies de Sculpture & de Peinture en France. [titre d'après la table]
Début :
Apres avoir parlé d'une Académie, nous pouvons parler de plusieurs [...]
Mots clefs :
Beaux Arts, Colbert, Lebrun, Académies de sculpture et de peinture
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texteReconnaissance textuelle : Etablissemens de plusieurs Academies de Sculpture & de Peinture en France. [titre d'après la table]
Apres avoir parlé dune
Académie, nous pouvons
parler de pluiieurs autres,
& dire qu encor qu’il ne
foit pas ordinaire de voir
fleurir les beaux Arts dans
un Etat dont le Souverain
doit ne fonger qu’à la Guerre , jamais ils n’ont pain
avec tant d’éclat qu’ils font
G A L A N T . i35
en France, & que le Roy
ne laiffe pas de travailler
pour leur gloire, encor qu’il
ait à foutenir les efforts •* w * • ' • • ‘
d’une grande partie de l’Europe , qu’on va par fes ordres & par les foins de
Monfieur Colbert, & de
Meilleurs le Brun & Regnaudin établir des Académies de Sculpture & de
Peinture dans les principales Villes du Royaume,
& que celle de Paris a efté
depuis peu unie à celle de
Rome. Il n’elt pas necef.
faire d ’en dire davantage
Hé le mercure
pour faire connoiftre quelle doit eftre remplie des
Monde pour ce qui regarde leur A rt
Académie, nous pouvons
parler de pluiieurs autres,
& dire qu encor qu’il ne
foit pas ordinaire de voir
fleurir les beaux Arts dans
un Etat dont le Souverain
doit ne fonger qu’à la Guerre , jamais ils n’ont pain
avec tant d’éclat qu’ils font
G A L A N T . i35
en France, & que le Roy
ne laiffe pas de travailler
pour leur gloire, encor qu’il
ait à foutenir les efforts •* w * • ' • • ‘
d’une grande partie de l’Europe , qu’on va par fes ordres & par les foins de
Monfieur Colbert, & de
Meilleurs le Brun & Regnaudin établir des Académies de Sculpture & de
Peinture dans les principales Villes du Royaume,
& que celle de Paris a efté
depuis peu unie à celle de
Rome. Il n’elt pas necef.
faire d ’en dire davantage
Hé le mercure
pour faire connoiftre quelle doit eftre remplie des
Monde pour ce qui regarde leur A rt
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Résumé : Etablissemens de plusieurs Academies de Sculpture & de Peinture en France. [titre d'après la table]
Sous le règne du roi, les beaux-arts florissent en France malgré les préoccupations militaires. Le roi et Colbert, avec des artistes comme Le Brun et Regnaudin, fondent des académies de sculpture et de peinture. L'Académie de Paris est unie à celle de Rome. Le Mercure de France rapporte ces activités artistiques.
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19
p. 5-13
Histoire de l heureux Hipocrite. [titre d'après la table]
Début :
Tandis que nous sommes sur le Jubilé, trouvez bon [...]
Mots clefs :
Hypocrite, Fraude, Frères, Dévotion, Habit de moine
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de l heureux Hipocrite. [titre d'après la table]
Tandis que nousfommes fur le Jubilé, trouvez
bon, Madame, que je vous
propofe un Cas de confcience qui me paroift fort
extraordinaire. On ma
aflùré que la chofe s’eftoit
paffée depuis peu, & il s agitdefçavoirquel fcrupule
on fe doit faire d’avoir employé la fraude à s’affurer
une Succeffion qu’on au-
6 LE MERCURE
roit peut-eftre inutilement
attendue. Voicy le Fait.
Deux Freres Pont demeurez
lesfeuls Heritiers d’un Pere
fort riche. La Couflume
des Lieux où les Biens font
ûtuez elloit fort defavantageufeau Cadet. Il avoic
plus d elprit que fon Frere,
il yoyoit avec chagrin Ces
méchantes qualitez réparées par le Droit d’aînefle-,
& le connoiflant fufeeptiblede touteforted impref.
fions, apres avoir affeélé
quelque temps les dehors
dune vie toute régulière, il
GALANT. 7
feint tout à'un coup une fi
forte Vocation daller s enfermer dans un Cloiftre,
qu’il femble qu’il n’y ait
plus ailleurs de bonheur
pour luy. Son Aîné furpris
de fa refolution, luy en demande la caufe. 11 fc contente d’abord de luy parler
en general de la vanité des
chofesdu monde, 2c du degouft que toutes les Perfonnes raifonnables en devroient avoir. Ceft tous
les jours un Sermon nouveau far cette matière, ju
e LE MERCURE
venir des Principes qu'il
écablifloic avec plus d’efprit
que de Dévotion, il deC
gnn en quittant le monde,
c eft celuy de 1 y laiffer em»
baraffe. Ses grimaces vont
fi loin,que le pauvre Aîné
en devient la Dupe, & ce
quil luy dit continuellement du péril où font ex>
pofez ceux qui ont autanc
fi vivement l’imagination,
qu’il fe met en tefte de fe
reux c^u.e Con Frere, en c^viic—
tant tout pour le Cuivre dans
CaRetraite. Les voila tous
deux dans le Couvent.
Une Comme conCiderable
trouver Ca Vocation merveilleuCe, toutle monde luy
applaudit; & tandis quon
relâche un peu en Ca faveur
les rigueurs du Novitiat, le
Cadet s’y aflùjettit avec
une Coumifljbn fi auftere,
qu’iln y a point de volonté
chancelante , que Cou
exemple ne raffermift.
IO LE MERCURE
I out celafepaffe au grand
contentement des Collatéraux, qui fe tenans déjà
maiftres des grands Biens
qui leur doivent échoir par
la Profeffion des deux Frères, font des Mariages en
idée, & jettent les yeux fur
les Charges les plus confiderables. Enfin le grand
jour arrive où doivent eftre
prononcez ces terribles
mots qui ne fe difent qu’
une fois, & qui engagent
pour tourela vie. Ondonnele pas àl’Aîné qui faiefes
Vœux d’une voix un peu
GALANT. h
tremblante, & cependant
le Cadet pouffe de longs
foûpirs, Se fait voir de certains élancemens de zele
qui édifient admirablement l’Aflemblée ; Mais il
n’eft pas plutoft affuré que
Ton Frere ne fçauroit plus
s’en dédire, qu’un Evanoüiffement de commande
le met hors d’eftat de faire
la mefme chofequeluy. Il
n’en revient qu’avec peine,
il ouvre de grands yeux fans
recouvrer l'ufage de la parole^ malgré qu’on en ait,
it LE MERCURE
de,remettre la Ceremonie
à une autre fois. 11 feint
pendant quelques jours un
fort grand de'plaifir de l’accident qui avoir retardefon
bonheur -, & ayant trouve'
moyen de sechaper du
Couvent, il y. renvoyé fon
Habit de Moine, avec un
Billet portant alTurance du
foin qu il auroit de le payer
largement. Il traite prefentement d’une Charge,
on luy offre une Fille *de
naiffance avec beaucoup de
Bien, & tout cela, pour avoir eu 1 adrefle de faire
galant. b
prendre un froc à fon Frere.
Prononcez, Madame. On
ne luy peut difpurer laSucceffion, mais elle ne feroir
pasàluy s’il n’avoit pas joiié
le perfonnage d’Hypocrite.
bon, Madame, que je vous
propofe un Cas de confcience qui me paroift fort
extraordinaire. On ma
aflùré que la chofe s’eftoit
paffée depuis peu, & il s agitdefçavoirquel fcrupule
on fe doit faire d’avoir employé la fraude à s’affurer
une Succeffion qu’on au-
6 LE MERCURE
roit peut-eftre inutilement
attendue. Voicy le Fait.
Deux Freres Pont demeurez
lesfeuls Heritiers d’un Pere
fort riche. La Couflume
des Lieux où les Biens font
ûtuez elloit fort defavantageufeau Cadet. Il avoic
plus d elprit que fon Frere,
il yoyoit avec chagrin Ces
méchantes qualitez réparées par le Droit d’aînefle-,
& le connoiflant fufeeptiblede touteforted impref.
fions, apres avoir affeélé
quelque temps les dehors
dune vie toute régulière, il
GALANT. 7
feint tout à'un coup une fi
forte Vocation daller s enfermer dans un Cloiftre,
qu’il femble qu’il n’y ait
plus ailleurs de bonheur
pour luy. Son Aîné furpris
de fa refolution, luy en demande la caufe. 11 fc contente d’abord de luy parler
en general de la vanité des
chofesdu monde, 2c du degouft que toutes les Perfonnes raifonnables en devroient avoir. Ceft tous
les jours un Sermon nouveau far cette matière, ju
e LE MERCURE
venir des Principes qu'il
écablifloic avec plus d’efprit
que de Dévotion, il deC
gnn en quittant le monde,
c eft celuy de 1 y laiffer em»
baraffe. Ses grimaces vont
fi loin,que le pauvre Aîné
en devient la Dupe, & ce
quil luy dit continuellement du péril où font ex>
pofez ceux qui ont autanc
fi vivement l’imagination,
qu’il fe met en tefte de fe
reux c^u.e Con Frere, en c^viic—
tant tout pour le Cuivre dans
CaRetraite. Les voila tous
deux dans le Couvent.
Une Comme conCiderable
trouver Ca Vocation merveilleuCe, toutle monde luy
applaudit; & tandis quon
relâche un peu en Ca faveur
les rigueurs du Novitiat, le
Cadet s’y aflùjettit avec
une Coumifljbn fi auftere,
qu’iln y a point de volonté
chancelante , que Cou
exemple ne raffermift.
IO LE MERCURE
I out celafepaffe au grand
contentement des Collatéraux, qui fe tenans déjà
maiftres des grands Biens
qui leur doivent échoir par
la Profeffion des deux Frères, font des Mariages en
idée, & jettent les yeux fur
les Charges les plus confiderables. Enfin le grand
jour arrive où doivent eftre
prononcez ces terribles
mots qui ne fe difent qu’
une fois, & qui engagent
pour tourela vie. Ondonnele pas àl’Aîné qui faiefes
Vœux d’une voix un peu
GALANT. h
tremblante, & cependant
le Cadet pouffe de longs
foûpirs, Se fait voir de certains élancemens de zele
qui édifient admirablement l’Aflemblée ; Mais il
n’eft pas plutoft affuré que
Ton Frere ne fçauroit plus
s’en dédire, qu’un Evanoüiffement de commande
le met hors d’eftat de faire
la mefme chofequeluy. Il
n’en revient qu’avec peine,
il ouvre de grands yeux fans
recouvrer l'ufage de la parole^ malgré qu’on en ait,
it LE MERCURE
de,remettre la Ceremonie
à une autre fois. 11 feint
pendant quelques jours un
fort grand de'plaifir de l’accident qui avoir retardefon
bonheur -, & ayant trouve'
moyen de sechaper du
Couvent, il y. renvoyé fon
Habit de Moine, avec un
Billet portant alTurance du
foin qu il auroit de le payer
largement. Il traite prefentement d’une Charge,
on luy offre une Fille *de
naiffance avec beaucoup de
Bien, & tout cela, pour avoir eu 1 adrefle de faire
galant. b
prendre un froc à fon Frere.
Prononcez, Madame. On
ne luy peut difpurer laSucceffion, mais elle ne feroir
pasàluy s’il n’avoit pas joiié
le perfonnage d’Hypocrite.
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Résumé : Histoire de l heureux Hipocrite. [titre d'après la table]
Le texte décrit un conflit entre deux frères, héritiers d'un père riche. Le cadet, plus intelligent mais désavantagé par le droit d'aînesse, simule une vocation religieuse pour tromper son aîné. Il se fait passer pour un homme profondément dévot, convainquant ainsi son frère et les proches de sa sincérité. Le cadet entre dans un couvent et y montre une rigueur exemplaire, tandis que les proches se réjouissent de l'héritage futur. Lors de la prononciation des vœux, il simule un évanouissement pour retarder le processus. Il quitte ensuite le couvent, renvoie son habit de moine et obtient une charge et un mariage avantageux. Le texte soulève la question de la justification de la fraude utilisée pour obtenir la succession.
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20
p. 74-81
Discours sur la Preface de la Phedre du Sieur Pradon. [titre d'après la table]
Début :
Monsieur Racine est toûjours Monsieur Racine, & ses Vers sont [...]
Mots clefs :
Phèdre, Racine, Pradon, Hôtel de Bourgogone, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Preface de la Phedre du Sieur Pradon. [titre d'après la table]
Monfieur Racine eſt toûjours Monfieur Racine , &ſes Vers font trop beaux pour ne pas donnerà la lecture le meſme plaifir qu'ils donnent à les en- GALANT. 57 tendre reciterauTheatre.Pour Monfieur Pradon , il avouë qu'ayant eſté obligé de faire ſa Piece en trois mois , il n'a pas eu le temps d'en polir les Vers avec tout le ſoin qu'il y auroit apporté ſans cela. C'eſt une negligence forcée, qu'ap- paremmentil n'aura pas dans le premier Ouvrage qu'il fera paroiſtre ; mais il n'eſt pas af- LuréquecetOuvrage,quelque achevé qu'il nous le donne , ait un ſuccésauſſi avantageux quel'a eu ſon Hippolyte. Ily a des occurrences , qui felon qu'elles font plus ou moins favorables ,augmententoudiminuent les prixdes choses; &ie tiens que le ſecret de faire reüſſir celles de cette nature , c'eſt d'é faire parlerbeaucoup; Cv 38 LE MERCURE quand meſme on n'en feroit dire que du mal. Le bruit qui s'en répand excite une curio- fité qui attire de grandes af- femblées ; & comme le peuple ſe perfuade que les Pieces qui font ſuiviesdoiventeſtre bonnes , nous en avons veu quel- quefois de tres- heureuſes qui n'ont pas eu l'approbation des connoiffeurs. Ce que je vous dis, Madame,eſt une choſe ge- nerale , & mon deſſein n'eft pas de parler de celle de Monfieur Pradon. Quant à ſa Pre- face , dont vous voulez abſolument que ie vous réde com- pte , ie connois beaucoup de gens à qui elle plaît : il y enja mêmequi la trouvent brillace juſqu'à ébloüir, malgré tout ce qu'oppoſent certainsCritiques. GALANT. 59 difficiles à fatisfaire , qui ne- ſcauroient fouffrir qu'il s'ex cuſe ſur ce qu'Euripide n'a point fait le proceza Seneque, ny Seneque à Garnier , pour avoir traité la même matiere , àcauſe, diſent- ils, que ces Poëtes ont vécu dans des fiecles fort éloignez les uns des aur tres, & qu'il eſt inouy que per- fonne foit encor revenu de l'autre monde pourſe plaindre des injustices qu'onluya faites apres ſa mort; mais quandils auroiét vécu enſemble,quand ils auroient fait repreſenter. deuxHippolytes en un même. iour,cesCritiquestrop fcrupu leux ne prenent pas garde que Garnier & Seneque nedevant pas le fuccésde leurs premiers Ouvrages àceuxdot- ilsſeblent 60 LE MERCURE avoir doublé le ſujet , ont pû faire tout ce qu'il leur a plû, fans donner lieu qu'on les ac- cuſaſt de manquer de recon- noiſſance; & d'ailleurs comme on fait toûjours honneur à ceuxdont on met les Ouvrages enune autreLangue, ſi Eu- ripide avoit eu la liberté de fortir d'où il eſt pour venir trouver Seneque, il ne l'auroit fait que pour le remercierd'a- voir donné en Latin ce qu'il avoit composé en Grec;& fur cet exemple,j'ay entendudire àdes AmisdeMonfieur Racine, qu'il ſe feroit tenu tres re- devable à Monfieur Pradon , s'il avoit fait joüen en Italien, l'Hippolyte qui nous a eſté donnéen noſtre Langue par l'Hoſtel de Bourgogne; mais GALANT. 61 enfin , Monfieur Pradon a eu fes raiſons que ie veux croire fort bonnes , & ie le trouve loüable d'avoir reconnude fi bonne - foy dans ſa Preface, qu'il n'a point traité ce Sujet parun effet du hazard , comme tout le monde ſçait qu'il arriva des deux Berenices ; mais par un pur effet de ſon choix. Onavoit dit le contraire avant que la Piece paruſt, &il a crû que ce déguiſement démentoit la fincerité dont il fait profeſſion .
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Résumé : Discours sur la Preface de la Phedre du Sieur Pradon. [titre d'après la table]
Le texte compare la réception des œuvres de Jean Racine et de Nicolas Pradon. Racine est apprécié pour la qualité de ses vers, tant à la lecture qu'au théâtre. Pradon, en revanche, admet n'avoir pas pu peaufiner ses vers en raison du délai court pour écrire sa pièce. Il espère améliorer ce point dans ses futures œuvres. Le succès d'une pièce peut également dépendre du bruit qu'elle fait, même si les critiques sont négatives, car cela attire le public. La préface de Pradon est bien accueillie, malgré les réserves de certains experts. Ces derniers estiment que Pradon n'aurait pas dû comparer son travail à celui d'Euripide, Sénèque ou Garnier, car ils vivaient à des époques différentes. Pradon a choisi de traiter le même sujet que Racine par choix personnel, contrairement aux rumeurs précédentes. Il a exprimé cette sincérité dans sa préface.
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21
p. 81-85
Spectacles preparez pour le public. [titre d'après la table]
Début :
Puis que nous sommes sur le Chapitre des Divertissemens, je [...]
Mots clefs :
Divertissements, Spectacles, Anciens romains
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texteReconnaissance textuelle : Spectacles preparez pour le public. [titre d'après la table]
Puis que nous ſommes ſur le
Chapitre des Divertiſſemens,
ie ne dois pas oublier que plufleurs perſonnes de Qualité font travailleràde grands ſpe.
ctacles qu'ils donneront au
public ſans qu'on prenne d'ar-
62 LE MERCURE
gent à la porte , & cela , pour marquer la joye qu'ils ont des grandes conqueſtes du Roy ;
c'eſt imiter les anciens Ro -
mains , & ces meſſieurs ne
peuvent rien faire qui mar- que plus la grandeur de la France, l'abondance qu'elle a
de toutes choses , &le calme
dont ellejoüit au dedans. Ces
fortes de Spectacles font leu- rir les beaux Arts, &leurdon- nent preſque à tous de l'em
ploy : ils font réveillez par là , & l'émulation fait faire
des choſes auſquelles on ne donneroit iamais tout le ſoin
qu'elles demandent pour ê- tre parfaites , ſi l'on n'avoit
point de Concurrent. C'eſt
ce que nous voyons tous les iours en Italie , où les plus
GALANT. 63
grands Princes , & ceux dont la conduite fert de regle aux
peuples qui leur ſont commis,
ne dédaignent pas de prendre
le ſoin des Opera. On en a
veuun à Rome le Carnaval
dernier , où le Chevalier Bernin avoit travaillé. Jene vous
dis point qu'il y avoit des chos ſes ſurprenantes VOUS cavez grand Homme peut ceque ce
faire
Chapitre des Divertiſſemens,
ie ne dois pas oublier que plufleurs perſonnes de Qualité font travailleràde grands ſpe.
ctacles qu'ils donneront au
public ſans qu'on prenne d'ar-
62 LE MERCURE
gent à la porte , & cela , pour marquer la joye qu'ils ont des grandes conqueſtes du Roy ;
c'eſt imiter les anciens Ro -
mains , & ces meſſieurs ne
peuvent rien faire qui mar- que plus la grandeur de la France, l'abondance qu'elle a
de toutes choses , &le calme
dont ellejoüit au dedans. Ces
fortes de Spectacles font leu- rir les beaux Arts, &leurdon- nent preſque à tous de l'em
ploy : ils font réveillez par là , & l'émulation fait faire
des choſes auſquelles on ne donneroit iamais tout le ſoin
qu'elles demandent pour ê- tre parfaites , ſi l'on n'avoit
point de Concurrent. C'eſt
ce que nous voyons tous les iours en Italie , où les plus
GALANT. 63
grands Princes , & ceux dont la conduite fert de regle aux
peuples qui leur ſont commis,
ne dédaignent pas de prendre
le ſoin des Opera. On en a
veuun à Rome le Carnaval
dernier , où le Chevalier Bernin avoit travaillé. Jene vous
dis point qu'il y avoit des chos ſes ſurprenantes VOUS cavez grand Homme peut ceque ce
faire
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Résumé : Spectacles preparez pour le public. [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements organisés par des personnes de qualité pour célébrer les grandes conquêtes du roi. Ces spectacles, offerts gratuitement au public, imitent les anciens Romains et mettent en avant la grandeur de la France, son abondance et son calme intérieur. Ils contribuent à la revitalisation des beaux-arts et offrent du travail à de nombreux artistes. Ces événements stimulent également l'émulation parmi les artistes, les poussant à atteindre la perfection dans leurs œuvres. En Italie, les princes et dirigeants soutiennent également les opéras, comme en témoigne un spectacle récent à Rome où le Chevalier Bernin a travaillé. Le texte souligne l'importance de la concurrence pour encourager l'excellence artistique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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22
p. 84-92
Avanture de l'épée. [titre d'après la table]
Début :
Au reste, Madame, avant que de reprendre les matieres de [...]
Mots clefs :
Jaloux, Veuve, Évanouissement, Épée, Sang
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texteReconnaissance textuelle : Avanture de l'épée. [titre d'après la table]
Au reſte , Madame , avant
que de reprendre les matieres de la Guerre , vous Içaurez
qu'on vous a dit vray ,
vous diſant que le ieune Marquis , dont vous me deman -
dez des nouvelles a eu depuis peu quelquedemeflé dejalou- fie,&puiſque vous voulez que
ie vous l'explique , en voicy
64 LE MERCURE
les particularitez. Ila del'eſtime pour une ieune Veuve , &
il y a de l'apparence que cet- te eſtime n'eſt pas ſans tendref- dreſſe , puis qu'il a faitune échapée de Jaloux. La Dame eſt bien faire de ſa perſonne,
a beaucoup d'eſprit , & une vertu qui n'a iamais eſté ſu- jette au ſoupçon. Ces avanta ges font dequoy toucher , &
donneroit fon cœur à
moins. Ainfi il ne faut pas s'étonner, fi tantde merite enga- gea aisément le Marquis. Il renditdes ſoins ; & comme il
eſt difficile d'aimer ſans craindre , il ſe chagrina des viſites d'un Cavalier qu'iltrouvoit un peu trop affidu chez la Dame.
Le jeu & la converſation yat- tiroient quantité de perſonnes
on
GALANT. 65
!
de l'un &de l'autre ſexe ; &
quoy que le Cavalier y vinſt fans aucun deſſein particulier,
il ſuffiſoit qu'il y vinſt ſouvent pour allarmer le marquis , qui ne manqua pasde s'en plain- dre. Cette liberté de s'expli- querdépleut àla Dame , elle traita ſon chagrin de viſion ,
& les choſes en eſtoient là,
quand unaccident auſſi nou- veau qu'impréveu, donna licu à la jalouſie dont vous avez
entendu parler. Il y avoit grande Compagnie dans la chambredela Dame, le Cavalier s'y trouva , & n'ayant point voulu s'embarquer au jeu , il s'affit imprudemment fur ſon épée. Vous ſçavez ,
Madame, que les petits Coû- teauxqu'on porteaujourd'huy
66 LE MERCURE
- ſont plus de parade que de de- fenſe. Celuy du Cavalier s'e- ,
ſtoit tiré hors du fourreau
& l'avoit bleſſé. Je ne vous
puis dire comment cela s'e -
ſtoit fait ; mais il eſt certain qu'il n'eut pas ſi - toſt remis,
ſon épée , qu'il ſentit une le-,
gere douleur. Il porta la main,
àl'endroit bleſſé , &la rapor-,
ta pleine de ſang. Il n'en dit,
motà perſonne , & eſtant for- ty pour y remedier , une de- my- foibleſſe le prit au milieu,
de l'Eſcalier : il s'y arreſta. Les Gens du logis vinrent à luy ,
ils virent couler du fang , &
l'un d'eux ayant eſté dire tout bas à la Dame qu'il eſtoit bleſſé , elle crût qu'il auroit eſté attaqué par le Marquis,
&la crainte d'un plus grand
:
GALANT. 67
- deſordre la fit courir ſur l'efcalier avec precipitation. Elle demanda d'abord au Cava -
lier quelle rencontre l'avoit
- reduiten cet eſtat. Sa parole eſtoit d'une perſonne agitée.
Il trouva ſon inquietude obli-
- geante ; & voulant tourner ſa Bleſſure en galanterie , il remonta quatre ou cinq degrez,
& luy embraſſa les genoux pour la remercier de ſes ſoins.
La foibleſſe entiere le prit dans cette poſture. On courut chercher de l'eau pour l'en retirer , & la Dame êtant demeurée ſeule à le ſoutenir , le Marquis parut au bas du degré. Il ne s'attacha qu'à ce qu'il voyoit , & ne ſe donnapoint letemps deraiſonner.
Son pretendu Rival eſtoit aux
68 LE MERCURE
د
pieds de la Dame,qui ſembloit luy tendre les bras obligeam- ment pour le relever, &il n'en
falloit pas davantage pour mettre un jaloux horsde gar- de. Illaiſſa échaper quelques paroles emportées , iura dene revenir iamais &reprit le
chemin de la porte. Vn Do- meſtique le voyant preſt de ſortir , luy demanda s'il ſça- voit l'accident qui embarraf- foit ſa maiſtreſſe. Il s'en fit
conter l'Hiſtoire qu'on ne luy pût dire qu'imparfaitement ,
&il en voulut voir la ſuite.
Le Cavalier eſtoit revenu de
ſon évanoüifſſement par l'eau qu'on luy avoit jettée ſurle vi- ſage,&on le conduiſoit àune chaiſe pour le remener chez luy. Le Marquis confus de
GALANT. 69
fon erreur en fit des excuſes à
la Dame ; la Dame gronda ,
oudu moins voulut gronder.
Jene vousdiraypoint ſi elle ſe rendit fortdifficile au raccommodement ; mais enfin ils ont
tousdeux del'eſprit, tous deux du merite , ils ſe voyent com- me auparavant , &il n'eſt pas àcroire qu'ils ſe ſoient voulu
gefner long-temps par d'in -
commodesformalitez, quien- tre perſonnes qui s'eſtiment ,
ne peuvent i
que de reprendre les matieres de la Guerre , vous Içaurez
qu'on vous a dit vray ,
vous diſant que le ieune Marquis , dont vous me deman -
dez des nouvelles a eu depuis peu quelquedemeflé dejalou- fie,&puiſque vous voulez que
ie vous l'explique , en voicy
64 LE MERCURE
les particularitez. Ila del'eſtime pour une ieune Veuve , &
il y a de l'apparence que cet- te eſtime n'eſt pas ſans tendref- dreſſe , puis qu'il a faitune échapée de Jaloux. La Dame eſt bien faire de ſa perſonne,
a beaucoup d'eſprit , & une vertu qui n'a iamais eſté ſu- jette au ſoupçon. Ces avanta ges font dequoy toucher , &
donneroit fon cœur à
moins. Ainfi il ne faut pas s'étonner, fi tantde merite enga- gea aisément le Marquis. Il renditdes ſoins ; & comme il
eſt difficile d'aimer ſans craindre , il ſe chagrina des viſites d'un Cavalier qu'iltrouvoit un peu trop affidu chez la Dame.
Le jeu & la converſation yat- tiroient quantité de perſonnes
on
GALANT. 65
!
de l'un &de l'autre ſexe ; &
quoy que le Cavalier y vinſt fans aucun deſſein particulier,
il ſuffiſoit qu'il y vinſt ſouvent pour allarmer le marquis , qui ne manqua pasde s'en plain- dre. Cette liberté de s'expli- querdépleut àla Dame , elle traita ſon chagrin de viſion ,
& les choſes en eſtoient là,
quand unaccident auſſi nou- veau qu'impréveu, donna licu à la jalouſie dont vous avez
entendu parler. Il y avoit grande Compagnie dans la chambredela Dame, le Cavalier s'y trouva , & n'ayant point voulu s'embarquer au jeu , il s'affit imprudemment fur ſon épée. Vous ſçavez ,
Madame, que les petits Coû- teauxqu'on porteaujourd'huy
66 LE MERCURE
- ſont plus de parade que de de- fenſe. Celuy du Cavalier s'e- ,
ſtoit tiré hors du fourreau
& l'avoit bleſſé. Je ne vous
puis dire comment cela s'e -
ſtoit fait ; mais il eſt certain qu'il n'eut pas ſi - toſt remis,
ſon épée , qu'il ſentit une le-,
gere douleur. Il porta la main,
àl'endroit bleſſé , &la rapor-,
ta pleine de ſang. Il n'en dit,
motà perſonne , & eſtant for- ty pour y remedier , une de- my- foibleſſe le prit au milieu,
de l'Eſcalier : il s'y arreſta. Les Gens du logis vinrent à luy ,
ils virent couler du fang , &
l'un d'eux ayant eſté dire tout bas à la Dame qu'il eſtoit bleſſé , elle crût qu'il auroit eſté attaqué par le Marquis,
&la crainte d'un plus grand
:
GALANT. 67
- deſordre la fit courir ſur l'efcalier avec precipitation. Elle demanda d'abord au Cava -
lier quelle rencontre l'avoit
- reduiten cet eſtat. Sa parole eſtoit d'une perſonne agitée.
Il trouva ſon inquietude obli-
- geante ; & voulant tourner ſa Bleſſure en galanterie , il remonta quatre ou cinq degrez,
& luy embraſſa les genoux pour la remercier de ſes ſoins.
La foibleſſe entiere le prit dans cette poſture. On courut chercher de l'eau pour l'en retirer , & la Dame êtant demeurée ſeule à le ſoutenir , le Marquis parut au bas du degré. Il ne s'attacha qu'à ce qu'il voyoit , & ne ſe donnapoint letemps deraiſonner.
Son pretendu Rival eſtoit aux
68 LE MERCURE
د
pieds de la Dame,qui ſembloit luy tendre les bras obligeam- ment pour le relever, &il n'en
falloit pas davantage pour mettre un jaloux horsde gar- de. Illaiſſa échaper quelques paroles emportées , iura dene revenir iamais &reprit le
chemin de la porte. Vn Do- meſtique le voyant preſt de ſortir , luy demanda s'il ſça- voit l'accident qui embarraf- foit ſa maiſtreſſe. Il s'en fit
conter l'Hiſtoire qu'on ne luy pût dire qu'imparfaitement ,
&il en voulut voir la ſuite.
Le Cavalier eſtoit revenu de
ſon évanoüifſſement par l'eau qu'on luy avoit jettée ſurle vi- ſage,&on le conduiſoit àune chaiſe pour le remener chez luy. Le Marquis confus de
GALANT. 69
fon erreur en fit des excuſes à
la Dame ; la Dame gronda ,
oudu moins voulut gronder.
Jene vousdiraypoint ſi elle ſe rendit fortdifficile au raccommodement ; mais enfin ils ont
tousdeux del'eſprit, tous deux du merite , ils ſe voyent com- me auparavant , &il n'eſt pas àcroire qu'ils ſe ſoient voulu
gefner long-temps par d'in -
commodesformalitez, quien- tre perſonnes qui s'eſtiment ,
ne peuvent i
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Résumé : Avanture de l'épée. [titre d'après la table]
Le texte décrit une situation impliquant un jeune marquis et une jeune veuve. Le marquis, amoureux de la veuve, devient jaloux en raison des fréquentes visites d'un cavalier chez elle. Lors d'une soirée, le cavalier se blesse accidentellement avec son épée. La veuve, inquiète, accourt et trouve le cavalier blessé. Le marquis, témoin de la scène, interprète mal la situation et, dans un accès de jalousie, décide de partir. Un domestique lui explique alors l'accident, et le marquis, confus, revient et s'excuse. La veuve et le marquis se réconcilient rapidement, et leurs relations reprennent comme avant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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23
p. 114-119
LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Début :
Je ne vous diray point que la Lettre de ce / Sire, ne pourrons-nous jamais nous abandonner à la joye [...]
Mots clefs :
Louanges, Majesté, Victorieux
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Je ne vous diray point que la let- tre de ce Duc à Sa Majesté fur ce ſujet , eſt ſi agreable- ment tournée,&fi pleine d'ef- prit,quellemerite l'aprobation quetoutle monde luyadõnée.
Salecture en fera mieux l'Eloge, que tout cequeie pourrois
GALANT. 85 vous en écrire à ſon avantage,
&ie ne veux pas retarder plus long-temps le plaifir que vous
en attendez.
LETTRE
DE MONSIEVR LE DVC
DE S. AIGNAN,
AV RO Υ.
S
IRE,
Ne pourrons - nous iamais
Bits mus abandonneràlajoye,ſans la trouver meſtée d'inquietude&de crainte? &nesçaurionsnous ap- prendrequeVOSTRE MAJESTE
emporte les meilleures Places l'épéeàlamainſansſçavoirau mê- me-temps combien elle s'y eft exposée?Bon Dieu, SIRE, nevous Lafferez-vous iamais defaire tre- blervos ferviteurs aussi bienque
86 LE MERCURE
vos ennemis ? Faut-il quemalgré
moy iose blamer VOSTRE MAJESTÉ dans un temps où elle reçoit de justes loüanges de toute la terre? Pardonnez, SIRE,
à l'ardeur de mon zele , ces pre
miers mouvemens qu'il ne m'est paspoſſiblede retenir, &permet- tez- moy de dire quefii'ay beau- coup de paſſion pour la gloire de
VOSTRE MAJESTE , ie n'aypas moins de respectueuseten- dreſſe pour sa Perſonne Sacrée.
Songez , au nomde Dieu, SIRE,
que plus vous eſtes grand &vi- Etorieux, plus cet Estat doitfou- haitervoſtre conſervation. Mes
vœux & mes souhaits seroient bien de voir VOSTRE MAjESTE ' Maiſtreſſe de tout l'Vnivers ; mais , en verité, j'aime- rois quasi mieux estre aſſurequ'el
GALANT. 87
le le pût estre de ſon grand courage. Si le Ciel accorde àmes prie- res, comme iete veux efperer, ce que ie luy demande tous les jours
avec ferveur, VOSTRE MAJESTE n'aura rien àdefirer en Sesprofperitez; &quandil nes'a- girapoury contribuer que de prodiguermonsang, &de hazarder
mavie , vousconnoistrez toûjours que iefuisfans reserve ,
SIRE,
DeVostre Majesté ,
:
Le tres-humble, tres- obeïffant &tres- fidelle Sujer.
LEDUCDES. AIGNAN.
Salecture en fera mieux l'Eloge, que tout cequeie pourrois
GALANT. 85 vous en écrire à ſon avantage,
&ie ne veux pas retarder plus long-temps le plaifir que vous
en attendez.
LETTRE
DE MONSIEVR LE DVC
DE S. AIGNAN,
AV RO Υ.
S
IRE,
Ne pourrons - nous iamais
Bits mus abandonneràlajoye,ſans la trouver meſtée d'inquietude&de crainte? &nesçaurionsnous ap- prendrequeVOSTRE MAJESTE
emporte les meilleures Places l'épéeàlamainſansſçavoirau mê- me-temps combien elle s'y eft exposée?Bon Dieu, SIRE, nevous Lafferez-vous iamais defaire tre- blervos ferviteurs aussi bienque
86 LE MERCURE
vos ennemis ? Faut-il quemalgré
moy iose blamer VOSTRE MAJESTÉ dans un temps où elle reçoit de justes loüanges de toute la terre? Pardonnez, SIRE,
à l'ardeur de mon zele , ces pre
miers mouvemens qu'il ne m'est paspoſſiblede retenir, &permet- tez- moy de dire quefii'ay beau- coup de paſſion pour la gloire de
VOSTRE MAJESTE , ie n'aypas moins de respectueuseten- dreſſe pour sa Perſonne Sacrée.
Songez , au nomde Dieu, SIRE,
que plus vous eſtes grand &vi- Etorieux, plus cet Estat doitfou- haitervoſtre conſervation. Mes
vœux & mes souhaits seroient bien de voir VOSTRE MAjESTE ' Maiſtreſſe de tout l'Vnivers ; mais , en verité, j'aime- rois quasi mieux estre aſſurequ'el
GALANT. 87
le le pût estre de ſon grand courage. Si le Ciel accorde àmes prie- res, comme iete veux efperer, ce que ie luy demande tous les jours
avec ferveur, VOSTRE MAJESTE n'aura rien àdefirer en Sesprofperitez; &quandil nes'a- girapoury contribuer que de prodiguermonsang, &de hazarder
mavie , vousconnoistrez toûjours que iefuisfans reserve ,
SIRE,
DeVostre Majesté ,
:
Le tres-humble, tres- obeïffant &tres- fidelle Sujer.
LEDUCDES. AIGNAN.
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Résumé : LETTRE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, AU ROY
Le Duc de Saint-Aignan adresse une lettre à Sa Majesté, exprimant son admiration pour une lettre précédente du Duc, qualifiée d'agréable et pleine d'esprit. Il souhaite ne pas retarder davantage le plaisir attendu par Sa Majesté. Le Duc s'interroge sur la capacité à abandonner la joie sans inquiétude et crainte, et s'émerveille de la capacité de Sa Majesté à conquérir des places par l'épée sans connaître les dangers. Il souhaite que Sa Majesté traite ses serviteurs aussi bien que ses ennemis et reconnaît les louanges justes reçues par Sa Majesté à travers le monde. Le Duc demande pardon pour l'ardeur de son zèle et affirme sa passion pour la gloire de Sa Majesté, ainsi que son respect et sa soumission. Il prie pour la conservation de Sa Majesté, souhaitant la voir maîtresse de l'univers et assurée de son grand courage. Il espère que ses prières seront exaucées et que Sa Majesté n'aura rien à désirer en termes de prospérité. Le Duc conclut en affirmant sa fidélité et son humilité en tant que sujet de Sa Majesté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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24
p. 122-129
Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Début :
Une fort aimable Fille, aussi spirituelle que bien faite, demeurant [...]
Mots clefs :
Galant, Fille, Entrevue, Amant, Gazette de Hollande, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Une fort aimable fille, auſſi
ſpirituelle que bien faite , de- meurant à Paris , apres avoir paſſeſes premieres années en Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE de naiſſance que de fortune,ce qu'il plairoit au Ciel d'ordon- ner de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez une Dame,amie commune de tous lesdeux.Elle luy parut enjoüée, pleine de viva- cité , d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux moindres choses qu'elle diſoit.
Il la regarda, luy parla, l'écou- ta;&le plaifir qu'il prit à cette premiere entreveuë , luy en ayant fait fouhaiter une ſecon- de, il ne luy fut pas difficile d'en trouver l'occaſion. La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
GALANT. 91
2
fortis fort contens l'un de l'autre ſans s'en rien dire , & c'étoit affez pour leur faire pren- dreſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient&ne
ſe diſoient point la cauſe de leur frequente rencontre.C'étoit le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en joüée , l'Amant à luy applau- dir; force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que voir l'Opera & faire des pro- menades à S. Clou ; grande complaiſance , & point dede- claration.Celan'avançoitpoint les affaires , &la Belle ne iça- voit que penſer deſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre toute aimable, il eſtoit charmé
92 LE MERCURE
de ſon humeur, loioit ſon accent Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson yliſoit la Gazette de Hollande, &ellemarquoit en- tre autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit é- pouféMademoiſellede **. Le joly endroit , dit alors cette agreable Perſonne avec ſon
enjoüementordinaire ! lecroy que je ne ſerois point faſchée de voir mon Nomdans un Article pareil à celuy cy. L'A- mant commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande aſſurancede ſa part qu'elle n'a- voit qu'à luy donner l'ordre ,
&qu'elle auroit fatisfaction.
Mais, ajoûta-t'elle , il vous en
GALAN T. 93
1
couſteroit de l'argent, &ie ne voudrois pas engager les gens àunedépense qui ne tournaſt point à leur avantage. Autre afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft employé pour luy. La belle le regarda; &de cet accent qui avoit accouſtumé de le charmer : Expliquez vous, luydit- elle : ſi vous me parlez pour vous divertir , ie vay vous ré- pondre ; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu, il fit la reverence,alla trou- ver lePere, la luydemandaſans s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux pour la Belle, &l'épouſa qua- tre iours apres . Cent perſon- nes de qualité ont eſté de la
94 LE MERCURE
nopce , &c'eſt le premierMa- riage qui ſe ſoit fait icy depuis Paſques
ſpirituelle que bien faite , de- meurant à Paris , apres avoir paſſeſes premieres années en Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE de naiſſance que de fortune,ce qu'il plairoit au Ciel d'ordon- ner de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez une Dame,amie commune de tous lesdeux.Elle luy parut enjoüée, pleine de viva- cité , d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux moindres choses qu'elle diſoit.
Il la regarda, luy parla, l'écou- ta;&le plaifir qu'il prit à cette premiere entreveuë , luy en ayant fait fouhaiter une ſecon- de, il ne luy fut pas difficile d'en trouver l'occaſion. La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
GALANT. 91
2
fortis fort contens l'un de l'autre ſans s'en rien dire , & c'étoit affez pour leur faire pren- dreſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient&ne
ſe diſoient point la cauſe de leur frequente rencontre.C'étoit le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en joüée , l'Amant à luy applau- dir; force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que voir l'Opera & faire des pro- menades à S. Clou ; grande complaiſance , & point dede- claration.Celan'avançoitpoint les affaires , &la Belle ne iça- voit que penſer deſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre toute aimable, il eſtoit charmé
92 LE MERCURE
de ſon humeur, loioit ſon accent Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson yliſoit la Gazette de Hollande, &ellemarquoit en- tre autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit é- pouféMademoiſellede **. Le joly endroit , dit alors cette agreable Perſonne avec ſon
enjoüementordinaire ! lecroy que je ne ſerois point faſchée de voir mon Nomdans un Article pareil à celuy cy. L'A- mant commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande aſſurancede ſa part qu'elle n'a- voit qu'à luy donner l'ordre ,
&qu'elle auroit fatisfaction.
Mais, ajoûta-t'elle , il vous en
GALAN T. 93
1
couſteroit de l'argent, &ie ne voudrois pas engager les gens àunedépense qui ne tournaſt point à leur avantage. Autre afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft employé pour luy. La belle le regarda; &de cet accent qui avoit accouſtumé de le charmer : Expliquez vous, luydit- elle : ſi vous me parlez pour vous divertir , ie vay vous ré- pondre ; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu, il fit la reverence,alla trou- ver lePere, la luydemandaſans s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux pour la Belle, &l'épouſa qua- tre iours apres . Cent perſon- nes de qualité ont eſté de la
94 LE MERCURE
nopce , &c'eſt le premierMa- riage qui ſe ſoit fait icy depuis Paſques
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Résumé : Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une jeune femme spirituelle et charmante, élevée en Gascogne mais résidant à Paris. Elle rencontre un homme de qualité chez une amie commune, qui est charmé par sa vivacité et son accent gascon. Ils se voient fréquemment sans se déclarer leurs sentiments, profitant de sorties et de divertissements. Un jour, en lisant la Gazette de Hollande, la jeune femme exprime son désir de voir son nom dans un article similaire. L'homme, épris, lui assure qu'il peut réaliser ce souhait. Elle lui demande de s'expliquer clairement et comprend qu'il s'agit d'une demande en mariage. Il obtient le consentement du père de la jeune femme et l'épouse quatre jours plus tard. La noce est célébrée en présence de cent personnes de qualité, marquant ainsi le premier mariage depuis Pâques.
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25
p. 187-189
LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, à Son Altesse Royale.
Début :
Toute la France a pris part à cette Victoire; & / Monseigneur, Je n'oserois quasi mesler ma voix au bruit des [...]
Mots clefs :
Louanges, Altesse royale, Valeur, Triomphe
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, à Son Altesse Royale.
Toute la France a pris part
àcette Victoire; &le jour même que Monfieur le Duc de S.Aignan l'aprit ,il en témoi- gnaſa joye à SonAlteſſeRoya- le par unelettre que voicy.
GALANT. 13.5
1
LETTRE DE MONSIEVR
le Duc de S.Aignan , à Son AlteſſeRoyale.
M°
ONSEIGNEVR,
Ien'oferois quasi mester mavoix au bruit des applaudiffemens & des loüanges qui vous font deues,&quevous recevezde
toutes parts. Mais , MONSEI- GNEVR,monprofond respectpour
VOSTRE ALTESSE ROYALE,
1
fijosey adjoûter ce mot, mon estime tres parfaite , me font prendre cette liberté. Voila
MONSEIGNEVR , deglorieuses fuites des premieres marques de cette valeur naiſſante dont j'avois esté témoin ily avingtansau
6
fiegedeMontmedy.le ne doutepas que dans une action fi glorieuse
136 LE MERCURE
-
vous nefoyez plus Satisfait d'a- voirvaincu pourle Roy, que d'avoir vaincu par vous même.
Triomphez , MONSEIGNEVR,
de reſte des ennemisdont vousvenez defurmonterunfi grand nom- bre; &foyez,s'il vous plaiſt,bien persuadé que personne ne s'inte- reffe plus que reſuis en voſtre con- Servation , nynepeut eftre avec
plus de respect que moy ,
MONSEIGNEUR,
DeVostreAlteffe Royale,
Letres humble, tres-obeïffant &tres- ſoûmisServiteur,
LEDUCDES.AIGNAN
DeParis le 13, d'Avril 1677
àcette Victoire; &le jour même que Monfieur le Duc de S.Aignan l'aprit ,il en témoi- gnaſa joye à SonAlteſſeRoya- le par unelettre que voicy.
GALANT. 13.5
1
LETTRE DE MONSIEVR
le Duc de S.Aignan , à Son AlteſſeRoyale.
M°
ONSEIGNEVR,
Ien'oferois quasi mester mavoix au bruit des applaudiffemens & des loüanges qui vous font deues,&quevous recevezde
toutes parts. Mais , MONSEI- GNEVR,monprofond respectpour
VOSTRE ALTESSE ROYALE,
1
fijosey adjoûter ce mot, mon estime tres parfaite , me font prendre cette liberté. Voila
MONSEIGNEVR , deglorieuses fuites des premieres marques de cette valeur naiſſante dont j'avois esté témoin ily avingtansau
6
fiegedeMontmedy.le ne doutepas que dans une action fi glorieuse
136 LE MERCURE
-
vous nefoyez plus Satisfait d'a- voirvaincu pourle Roy, que d'avoir vaincu par vous même.
Triomphez , MONSEIGNEVR,
de reſte des ennemisdont vousvenez defurmonterunfi grand nom- bre; &foyez,s'il vous plaiſt,bien persuadé que personne ne s'inte- reffe plus que reſuis en voſtre con- Servation , nynepeut eftre avec
plus de respect que moy ,
MONSEIGNEUR,
DeVostreAlteffe Royale,
Letres humble, tres-obeïffant &tres- ſoûmisServiteur,
LEDUCDES.AIGNAN
DeParis le 13, d'Avril 1677
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Résumé : LETTRE DE MONSIEUR le Duc de S. Aignan, à Son Altesse Royale.
Le Duc de Saint-Aignan adresse une lettre à Son Altesse Royale le 13 avril 1677, exprimant sa joie et son admiration pour une récente victoire. Il souligne que toute la France a contribué à cette victoire et rappelle avoir observé la valeur naissante de Son Altesse Royale lors du siège de Montmédy, vingt ans plus tôt. Le Duc espère que Son Altesse Royale sera satisfait d'avoir combattu pour le roi et par lui-même. Il encourage Son Altesse Royale à triompher des ennemis restants et assure de son intérêt pour la conservation de Son Altesse Royale. La lettre se conclut par des marques de respect et de soumission.
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26
p. 190-191
LETTRE DE S. A. R. à M. le Duc de S. Aignan.
Début :
Monsieur ayant reçeu cette Lettre, y fit de sa main [...]
Mots clefs :
Armée du roi, Tendresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE S. A. R. à M. le Duc de S. Aignan.
Monfieur ayant receu cette Lettre , y fit deſamain
ponſe ſuivante.
la re
NORD
LETTRE DE SON ALTESSE
Royale à Monfieur le Duc
de S. Aignan .
DEVIL LA
.
On Cousin,Vous croirezfa- cilementlajoyequeiereçois par l'aſſuranceque vous me
donnezdecelleque vous avez re- ceuë de l'heureux fuccés qu'ent Dimanche dernierl'Arméequele
Roy m'afait l'honneur deme confier,puisque cela acause unmo- ment deplaisir au Roy,&l'aobligéde medonner en cette occafion des marquesdeſatendreſſe , quoy
que ie fuſſe celuy qui avoic eu le
moins depart au bonheur deses
Armes. Iene laiſſepas de vous en
138 LE MERCURE
4
estrefort obligé ; &devous prier decroirequeiefuis,
MON COVSIN,
Voſtrebienbon Coufin,
PHILIPPE,
Le18.Avril, nuCamp deMont Caffel.
ponſe ſuivante.
la re
NORD
LETTRE DE SON ALTESSE
Royale à Monfieur le Duc
de S. Aignan .
DEVIL LA
.
On Cousin,Vous croirezfa- cilementlajoyequeiereçois par l'aſſuranceque vous me
donnezdecelleque vous avez re- ceuë de l'heureux fuccés qu'ent Dimanche dernierl'Arméequele
Roy m'afait l'honneur deme confier,puisque cela acause unmo- ment deplaisir au Roy,&l'aobligéde medonner en cette occafion des marquesdeſatendreſſe , quoy
que ie fuſſe celuy qui avoic eu le
moins depart au bonheur deses
Armes. Iene laiſſepas de vous en
138 LE MERCURE
4
estrefort obligé ; &devous prier decroirequeiefuis,
MON COVSIN,
Voſtrebienbon Coufin,
PHILIPPE,
Le18.Avril, nuCamp deMont Caffel.
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Résumé : LETTRE DE S. A. R. à M. le Duc de S. Aignan.
Le roi Philippe, dans une lettre datée du 18 avril depuis le camp de Mont Cassel, exprime sa joie au Duc de Saint-Aignan pour le succès militaire du dimanche précédent. Il remercie le duc et lui assure de son amitié, bien qu'il ait eu peu de part dans ce succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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27
p. 47-72
« Une fort aimable Marquise, qui valoit bien l'attachement entier [...] »
Début :
Une fort aimable Marquise, qui valoit bien l'attachement entier [...]
Mots clefs :
Cavalier, Amitié, Régal, Veuve, Fête, Musique, Billet, Avare, Conseiller, Amour, Jardin, Lettre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Une fort aimable Marquise, qui valoit bien l'attachement entier [...] »
Une fort aimable Marquiſe,qui va- loit bien l'attachement entier
GALANT. 3:7
d'un honneſte,Homme, avoit
étably une amitié de confiance &d'eſtime avec un Cavalier qui la meritoit. Il joignoit àbeaucoup d'eſprit le don d'eſtre auffi galant qu'aucum
autre qui ait jamais eu de la complaifance pour le beau Sexe;&unedes conditions de
leur amitié fut qu'ils ne ſe cacheroient rien l'un à l'autre.
Cependant il eut du panchant
pour une jeune Veuve qui
qui avoit autant de naiſſance
que de merite , ce panchant approchoit un peu del'amour,
& il en fit miftere à la Mar- quiſe. La belle Veuvequiai- moit les Gens d'eſprit , n'eut
point de chagrin de ſes vifites ; tout ce qui flate plaît, il
luy ditdes douceurs , & elle
38 LE MERCURE ne crût pas avoir ſujet des'en gendarmer. Le Cavalier qui ſçavoit que les Femmes ſe laif- fent toucher par tout ce qui fe fait de bonne grace,ſe mon- tre empreſſfé à la divertir. Il la veut régaler , tâche à la tirer de chez elle , luy propoſed'a- greables parties , mais tout ce- la inutilement. LaBelle étoit
ſcrupuleuſe , elle haïfſoit l'é- clat ,&ne vouloit pointdon- ner àparler.Une de ſes Amies,
qui l'étoit auffi du Cavalier,
trouvamoyende concilier les
choſes. Elle convint qu'il em- prunteroit quelque Maiſon à
une lieuë de Paris , fans dire
pour qui, qu'il luy apporteroit un Billet portant ordre au Conciergede recevoir quatre Dames à l'exclufion de tous
GALANT. 39
3
autres(car la belle Veuve vou
loit des Témoins qui éloignaf- fent l'idée d'un Rendez-vous
trop particulier ) qu'il pren- droit ſes meſures pour le Ré- gal,& qu'il ne ſe ſcandalife- roit pas ſi onluyentémoignoir de la ſurpriſe, &même un peu de colere , felon que le cas échéeroit La Veuve étoit fie HÈQUE re,& ne fouffroit pas volont VOR
tiers qu on ſe mit en frais pour elle. Tout cela ſe faifoit fous
pretexte de promenade , &
elle ne devoit rien fçavoir de plus. Il n'en falloit pas dire davantage au Cavalier. Il'ari rêté le jour , envoye le Biller,
donne les ordres pour le Ré- gal;&afinde faire les choſes plus galamment , il ſe réſout à
ne s'y trouver que fur la fin
40 LE MERCURE
Cela luy donnoit lieu de def- avoüer qu'il fût l'Autheur de
la Feſte , & on ne l'auroit pas moins crû pour cela. Lejour choiſi arrive ; le Concierge avoit efté averty par ſon Maî- tre,de ne laifſfer entrer que les
quatreDamesqui luy montre- roient un Billet de ſa main.
Pour le Cavalier il avoit tout pouvoir, & dés lejour prece- dent il avoit diſposé ce qui eſtoit neceffaire à fondeſſein,
mais par malheur pour luy la belle Veuve ſe trouva cejour là même dans un engagement indiſpenſable de monter en Caroffe à dix heures du ma
tin,pour ne revenir qu'au foir.
Son Amie écrit promptement.
au Cavalier de remettre la
partie aulendemain , de faire
GALAN T. 41
changer le Billet d'entrée qu'on luy renvoye ( car le jour yeſtoit marqué ) & d'eſtre af- ſeuré qu'il n'y auroit plus de
changement. On donne la Lettre à un Laquais ; le La- quais perd la Lettre en la por- tant; &de peur d'eſtre batu,
il revient dire qu'il l'a donnée
au Portier,parce que le Cava- lier venoit de ſortir. La Veuve
&fon Amiepartent; leCava- lier va chez la Marquiſe. On l'y veut retenir à dîner,il s'excuſe ſur un embaras d'affaires
chagrinantes qu'il ne peut re- mettre, & il attend impatiem- ment que le ſoir arrive pour voir le fuccés de ſon Regal. Il eſt à peine forty,
que la Suivante de la Marqui- ſe vientdire en riant àſa Maîtreſſe , qu'elle avoit bien des
42 LE MERCURE
4
nouvelles à luy conter. Ces nouvelles eſtoient, qu'un Laquais marchoit devant elle dans la Ruë , qu'il avoit laiſſé tomberun Billet,qu'elle l'avoit ramaffé , que ce Billet s'adreffoit au Cavalier,& que le deffus eſtoit d'une écriture de
femme. La Marquiſe l'ouvre,
trouve l'ordre au Concierge de recevoir quatre Fem- mes ce jour là , &reconnoît ſeulement la main de celuy qui l'avoit écrit. C'eſtoit un Conſeiller d'un âge affez a- vancé , &en réputationd'u- ne avarice conſommée. Il
venoit quelquefois chez elle,
ſa Maiſon de Campagne luy eſtoit connue , & il ne reſtoit plus qu'à découvrir pour qui la partie ſe faifoit. Elle
GALANT.
43 refléchit fur le refus que le Cavalier luy avoit fait dedîner avec elle , fur les preſſantes affaires qui luy en avoient fer- vy d'excuſe, & rapportant ce- la auBillet perdu , elle ne dou- te point qu'on ne luy faſſe fi- neſſe de quelque Intrigue.L'é- clairciſſement ne luy en ſcau- roit rien coûter. Elle dîne
promptement,va prendretrois de ſes Amies , monte enCarroffe , fort de Paris , & les me- ne à la Maiſon du Conſeiller.
Onla refuſe ſur l'ordre reçeu de ne laiſſer entrer perſonne.
Elle ſoûrit , dit que l'ordre ne
doit pas eſtre pour elle , mon- tre le Billet ; grandes excuſes,
tout luy eſt ouvert, & le Con- cierge l'affure qu'il n'eſt là quepourluy obeïr. Ce début
44 LE MERCURE
contente aſſez la Marquiſe ,
elle entre dans le Jardin avec
ſes Amies, leur fait fairequel- ques tours d'Allée , & les ayant conviées às'aſſeoir dans un Cabinet de verdure ( car puis qu'on la laiſſoit maîtrefſe de la Maiſon , c'eſtoit à elle
àen faire les honneurs ) elles n'ont pas plûtôt pris pla- qu'elles entendent des Voix toutes charmantes foûtenuës de Theorbes & de
Claveſſins. La Marquiſe re- garde les Dames , elles ne ſçavent toutes que penſer , la reception eſt merveilleufe, &
ces préparatifs n'ont pas êté faits en vain. Apres que cet- te agreable Muſique a cef- sé , elles ſe levent & pren- nent une autre Allée qui ſe
ce,
GALAN Τ. 45
terminoit dansun petit Bois ;
elles yentrent. Autre divertiſſement. C'eſt un Concert
merveilleux de Muſetes , de
Flûtes douces , & de Hautbois. Cela va le mieux du
monde;mais il faut voir à quoy tout aboutira. Le plus grand étonnementdes Dames eſt de
ne voir perſone qui s'intéreſſe
à cette Feſte. Elles ſortent
du Jardin ; le Concierge qui les attend à la porte , les prie de vouloir entrer dans la Salle , & elles y trouvent une
Collation ſervie avec une
magnificence qui ne ſe peut exprimer. La Marquiſe qui avoit êté bien-aiſe de jouir des Hautbois&de la Muſique,uſe de quelque referve fur l'article dela Collatió.Elle dit qu'aſſu
46 LE MERCURE rément on ſe méprenoit , que tant d'apprêts n'avoient point eſté faits pout elle ; & on luy proteſte tant de fois qu'autre qu'elle n'entreroit das laMai- fon de tout lejour , qu'elle est obligée de ſe rendre. Quoy qu'elle ne doute point que cette mépriſe ne ſoit l'effet du Billet perdu , & qu'elle voye clairement que le Régal vient du Cavalier , qui com- me j'ay dit étoit fort galant ,
elle prie qu'au moins on luy apprenne à qui elle est obli gée d'une honneſteté ſi ſur+
prennante. Acela point d'au tre réponſe que de la prier de s'aſſeoir. Voila doncles Dames à table ; elles mangent toûjours à bon compte , au hazard de ce qui peut arriver;
GALANT. 47
e
4
& les Violons qui les viennent divertir pendant la Collation , font l'achevement de
la Feſte. Enfin le Cavalier arrive , on luy dit qu'il y a qua- tre Dames àtable. Il entend
les Violons,&n'ayant point à
douter que ce neſoit ſa belle Veuve,il ſe prépare à luy fai- re la guerre de la manierela plus enjoüée,de ce qu'elle luy a fait fineſſe du Régal qu'on luy donnoit. Il entre dans la Salle en criant , voila qui eft
bien honnefte , & n'a pas ache véce peu demots, que reconnoiffant la Marquiſe , il croit eſtre tombé des nuës , & ne
rien voir detout cequ'il voit.
LaMarquiſe l'obſerve.ſe cons firme dans ce qu'elle croit par le trouble où il eſt, &feignant
48 LE MERCURE de n'y rien penetrer ; que je fuis ravie de voir, luy dit-elle !
parquel privilege eſtes-vous icy ? car on n'y laiſſe entrer aujourd'huy perſonne. Venez , mettez- vous aupres de moy; Monfieur le Conſeiller qui me reçoit avec lamagni- ficence que vous voyez, vou- dra bien que je vous faſſe prendre part à la Feſte. Ces paroles jettent le Cavalier dans un embarras nouveau. Il
ne ſçait ſi le Coſeiller le jouë,
ou ſi c'eſt la Veuve qui luy fait piece; & ne pouvant de- viner par quelle avanture il trouve la Marquiſe dans un lieu où il ne l'attendoit pas, il tâche à luy cacher ſa ſurpriſe,
pour ne luy pas apprendre ce qu'elle peut ignorer ; maisila
beau
GALANT. 49
-
e
S
T
1
لا
1
1
F
a
1
beau ſe vouloir mettre de
bonne humeur , ſa gayeré pa- roît forcée , & la malicieuſe Marquiſe ſe fait un plaiſir merveilleux de ſon deſordre.
S'il reſve un moment,elle veut
qu'il ſoit jaloux de ce qu'un autre que luy la régale d'une maniere ſi galante , &luy dit plaiſamment qu'il faut quintel
ait de bons Eſpions , pour avoir aſté averty de tout fi à
point nommé. Il répond qu'à pres s'être tiré de ſon affaire chagrine qui n'alloit pas com- me il ſouhaitoit, il avoit appris qu'on luy avoit veu prendre la route de cette Maiſon où ils
s'eſtoient ſouvent promenez enſemble , qu'il l'y eſtoit ve- nu chercher , & qu'il avoit eu biende la peine à ſe faire Tom. 3 . C
50 LE MERCURE
ouvrir. La Marquiſe feint de
croire ce qu'il lui dit,&lui par- lãt àdemi bas, mais affez haut pour être entenduë des Dames , n'admirez- vous pas , lui dit-elle , ce que fait faire l'amour ? car il faut de neceſſité
que Monfieur le Conſeiller m'aime ſans me l'avoirosédire. Voyez de quelle maniere
il me fait recevoir chez luy.
Il eſt leplus avare de tous les
Hommes, &cependant il n'y a point de profufion pareille àla ſienne. Nous avons eſté
déja régaléesdans leJardinde Voix,de Hautbois,&de Concerts ; c'eſt une galanterie achevée,&je croy que je l'ai- meray s'il continuë. Le Cava- lier perdoit patience, & il fut tenté vingtfois des'expliquer,
GALAN T. 51
i
e
1.
es
e
é
e
-
e
dans la penſée que ſonſecret eſtoit découvert; mais il pouvoit ne l'eſtre pas , & c'eſtoit affez pour le retenir. Le jour s'abaiſſoit, on remonte en Carroffe. Le Cavalier prend pla- cedans celui de la Marquiſe,
qui le mene ſouper chez elle,
&ne le laiſſe ſortir qu'à mi- nuit. Ce n'eſtoit point aſſez,
la Piece pouvoit eſtre pouffée plus loin , & c'eſt à quoy la Marquiſe nemanque pas. Elle ſçait par le Billet perdu , que lesDames inconnues s'attendoient à eſtre régalées le len- demain. Elle fonge à mettre le Cavalier hors d'eſtat de s'éclaircir,&par conféquent de
t
fatisfaire les Belles. Elle luy envoye pour cela de fort bon matin deux de ſes Amis
Cij
52 LE MERCURE qui l'arreſtent, juſqu'à ce qu'- elle paſſe chez luy elle mé- me, &fait ſi bien, que malgré qu'il en ait, elle l'engage pour tout le reſte du jour. Ce n'eſt pas ſans plaiſanter plus d'une
:
fois ſur la prétenduë galante- rie du Conſeiller. Mais tandis que la Marquiſe ſe diver- tit agreablement; on s'ennuye chez la belle Veuve de n'avoir point de nouvelles du Cavalier. L'heure de la prome- nade ſe paſſant , on s'imagine qu'il s'eſt piqué de ce qu'on avoit remis la Partie , on le
traite de bizarre , & on prote- ſte fort qu'on ne luy donnera jamais lieu d'exercer ſa mé- chante humeur. Il rend viſite le lendemain , débute par quelque plainte ; & labelle
GALANT. 53
DE
LA
le
Veuve qui ne luy explique rien , ſe contente de luy ré- pondre fort froidement. Son
Amie plus impatiente querelle de les avoir fait at- tendre tout le jour ; la cho- ſe s'éclaircit , on fait venir
le Laquais. Le Laquais ſou- tient qu'il a donné le Billet à ſon Portier ; & alors le Cavalier ne doute plus qu'il n'ait été remis entre les mains de la Marquiſe , quoy qu'il ne ſcache comment. Il conjure la belle Veuve de choifir tel autrejour qu'il luy plai- ra , & il n'en peut rien obtenir. Il retourne chez la Marquiſe , qui luy demande s'il a fait ſa paix avec les Belles qu'il a manqué à régaler le jour precedent. Il ſe plaint de
Ciij
1
$4
54 LE MERCURE ſa maniere d'agir avec luy; el- lereproche le ſecret qu'il lui a
fait de ſes Intrigues contre les loix de leur amitié. Ils ſe ſeparent en grondant , & je croy qu'ils grondent encor preſentement. J'ay ſçeutou- tes les circonstances de l'Hiſtoire , d'un des plus parti- culiers Amis du Cavalier. La
Marquiſe veut qu'il lui nom- me la Dame pour qui ſe fai- foit la Feſte , & le Cavalier
veut eſtre difcret. Voila l'obſtacle du racommodement
GALANT. 3:7
d'un honneſte,Homme, avoit
étably une amitié de confiance &d'eſtime avec un Cavalier qui la meritoit. Il joignoit àbeaucoup d'eſprit le don d'eſtre auffi galant qu'aucum
autre qui ait jamais eu de la complaifance pour le beau Sexe;&unedes conditions de
leur amitié fut qu'ils ne ſe cacheroient rien l'un à l'autre.
Cependant il eut du panchant
pour une jeune Veuve qui
qui avoit autant de naiſſance
que de merite , ce panchant approchoit un peu del'amour,
& il en fit miftere à la Mar- quiſe. La belle Veuvequiai- moit les Gens d'eſprit , n'eut
point de chagrin de ſes vifites ; tout ce qui flate plaît, il
luy ditdes douceurs , & elle
38 LE MERCURE ne crût pas avoir ſujet des'en gendarmer. Le Cavalier qui ſçavoit que les Femmes ſe laif- fent toucher par tout ce qui fe fait de bonne grace,ſe mon- tre empreſſfé à la divertir. Il la veut régaler , tâche à la tirer de chez elle , luy propoſed'a- greables parties , mais tout ce- la inutilement. LaBelle étoit
ſcrupuleuſe , elle haïfſoit l'é- clat ,&ne vouloit pointdon- ner àparler.Une de ſes Amies,
qui l'étoit auffi du Cavalier,
trouvamoyende concilier les
choſes. Elle convint qu'il em- prunteroit quelque Maiſon à
une lieuë de Paris , fans dire
pour qui, qu'il luy apporteroit un Billet portant ordre au Conciergede recevoir quatre Dames à l'exclufion de tous
GALANT. 39
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autres(car la belle Veuve vou
loit des Témoins qui éloignaf- fent l'idée d'un Rendez-vous
trop particulier ) qu'il pren- droit ſes meſures pour le Ré- gal,& qu'il ne ſe ſcandalife- roit pas ſi onluyentémoignoir de la ſurpriſe, &même un peu de colere , felon que le cas échéeroit La Veuve étoit fie HÈQUE re,& ne fouffroit pas volont VOR
tiers qu on ſe mit en frais pour elle. Tout cela ſe faifoit fous
pretexte de promenade , &
elle ne devoit rien fçavoir de plus. Il n'en falloit pas dire davantage au Cavalier. Il'ari rêté le jour , envoye le Biller,
donne les ordres pour le Ré- gal;&afinde faire les choſes plus galamment , il ſe réſout à
ne s'y trouver que fur la fin
40 LE MERCURE
Cela luy donnoit lieu de def- avoüer qu'il fût l'Autheur de
la Feſte , & on ne l'auroit pas moins crû pour cela. Lejour choiſi arrive ; le Concierge avoit efté averty par ſon Maî- tre,de ne laifſfer entrer que les
quatreDamesqui luy montre- roient un Billet de ſa main.
Pour le Cavalier il avoit tout pouvoir, & dés lejour prece- dent il avoit diſposé ce qui eſtoit neceffaire à fondeſſein,
mais par malheur pour luy la belle Veuve ſe trouva cejour là même dans un engagement indiſpenſable de monter en Caroffe à dix heures du ma
tin,pour ne revenir qu'au foir.
Son Amie écrit promptement.
au Cavalier de remettre la
partie aulendemain , de faire
GALAN T. 41
changer le Billet d'entrée qu'on luy renvoye ( car le jour yeſtoit marqué ) & d'eſtre af- ſeuré qu'il n'y auroit plus de
changement. On donne la Lettre à un Laquais ; le La- quais perd la Lettre en la por- tant; &de peur d'eſtre batu,
il revient dire qu'il l'a donnée
au Portier,parce que le Cava- lier venoit de ſortir. La Veuve
&fon Amiepartent; leCava- lier va chez la Marquiſe. On l'y veut retenir à dîner,il s'excuſe ſur un embaras d'affaires
chagrinantes qu'il ne peut re- mettre, & il attend impatiem- ment que le ſoir arrive pour voir le fuccés de ſon Regal. Il eſt à peine forty,
que la Suivante de la Marqui- ſe vientdire en riant àſa Maîtreſſe , qu'elle avoit bien des
42 LE MERCURE
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nouvelles à luy conter. Ces nouvelles eſtoient, qu'un Laquais marchoit devant elle dans la Ruë , qu'il avoit laiſſé tomberun Billet,qu'elle l'avoit ramaffé , que ce Billet s'adreffoit au Cavalier,& que le deffus eſtoit d'une écriture de
femme. La Marquiſe l'ouvre,
trouve l'ordre au Concierge de recevoir quatre Fem- mes ce jour là , &reconnoît ſeulement la main de celuy qui l'avoit écrit. C'eſtoit un Conſeiller d'un âge affez a- vancé , &en réputationd'u- ne avarice conſommée. Il
venoit quelquefois chez elle,
ſa Maiſon de Campagne luy eſtoit connue , & il ne reſtoit plus qu'à découvrir pour qui la partie ſe faifoit. Elle
GALANT.
43 refléchit fur le refus que le Cavalier luy avoit fait dedîner avec elle , fur les preſſantes affaires qui luy en avoient fer- vy d'excuſe, & rapportant ce- la auBillet perdu , elle ne dou- te point qu'on ne luy faſſe fi- neſſe de quelque Intrigue.L'é- clairciſſement ne luy en ſcau- roit rien coûter. Elle dîne
promptement,va prendretrois de ſes Amies , monte enCarroffe , fort de Paris , & les me- ne à la Maiſon du Conſeiller.
Onla refuſe ſur l'ordre reçeu de ne laiſſer entrer perſonne.
Elle ſoûrit , dit que l'ordre ne
doit pas eſtre pour elle , mon- tre le Billet ; grandes excuſes,
tout luy eſt ouvert, & le Con- cierge l'affure qu'il n'eſt là quepourluy obeïr. Ce début
44 LE MERCURE
contente aſſez la Marquiſe ,
elle entre dans le Jardin avec
ſes Amies, leur fait fairequel- ques tours d'Allée , & les ayant conviées às'aſſeoir dans un Cabinet de verdure ( car puis qu'on la laiſſoit maîtrefſe de la Maiſon , c'eſtoit à elle
àen faire les honneurs ) elles n'ont pas plûtôt pris pla- qu'elles entendent des Voix toutes charmantes foûtenuës de Theorbes & de
Claveſſins. La Marquiſe re- garde les Dames , elles ne ſçavent toutes que penſer , la reception eſt merveilleufe, &
ces préparatifs n'ont pas êté faits en vain. Apres que cet- te agreable Muſique a cef- sé , elles ſe levent & pren- nent une autre Allée qui ſe
ce,
GALAN Τ. 45
terminoit dansun petit Bois ;
elles yentrent. Autre divertiſſement. C'eſt un Concert
merveilleux de Muſetes , de
Flûtes douces , & de Hautbois. Cela va le mieux du
monde;mais il faut voir à quoy tout aboutira. Le plus grand étonnementdes Dames eſt de
ne voir perſone qui s'intéreſſe
à cette Feſte. Elles ſortent
du Jardin ; le Concierge qui les attend à la porte , les prie de vouloir entrer dans la Salle , & elles y trouvent une
Collation ſervie avec une
magnificence qui ne ſe peut exprimer. La Marquiſe qui avoit êté bien-aiſe de jouir des Hautbois&de la Muſique,uſe de quelque referve fur l'article dela Collatió.Elle dit qu'aſſu
46 LE MERCURE rément on ſe méprenoit , que tant d'apprêts n'avoient point eſté faits pout elle ; & on luy proteſte tant de fois qu'autre qu'elle n'entreroit das laMai- fon de tout lejour , qu'elle est obligée de ſe rendre. Quoy qu'elle ne doute point que cette mépriſe ne ſoit l'effet du Billet perdu , & qu'elle voye clairement que le Régal vient du Cavalier , qui com- me j'ay dit étoit fort galant ,
elle prie qu'au moins on luy apprenne à qui elle est obli gée d'une honneſteté ſi ſur+
prennante. Acela point d'au tre réponſe que de la prier de s'aſſeoir. Voila doncles Dames à table ; elles mangent toûjours à bon compte , au hazard de ce qui peut arriver;
GALANT. 47
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& les Violons qui les viennent divertir pendant la Collation , font l'achevement de
la Feſte. Enfin le Cavalier arrive , on luy dit qu'il y a qua- tre Dames àtable. Il entend
les Violons,&n'ayant point à
douter que ce neſoit ſa belle Veuve,il ſe prépare à luy fai- re la guerre de la manierela plus enjoüée,de ce qu'elle luy a fait fineſſe du Régal qu'on luy donnoit. Il entre dans la Salle en criant , voila qui eft
bien honnefte , & n'a pas ache véce peu demots, que reconnoiffant la Marquiſe , il croit eſtre tombé des nuës , & ne
rien voir detout cequ'il voit.
LaMarquiſe l'obſerve.ſe cons firme dans ce qu'elle croit par le trouble où il eſt, &feignant
48 LE MERCURE de n'y rien penetrer ; que je fuis ravie de voir, luy dit-elle !
parquel privilege eſtes-vous icy ? car on n'y laiſſe entrer aujourd'huy perſonne. Venez , mettez- vous aupres de moy; Monfieur le Conſeiller qui me reçoit avec lamagni- ficence que vous voyez, vou- dra bien que je vous faſſe prendre part à la Feſte. Ces paroles jettent le Cavalier dans un embarras nouveau. Il
ne ſçait ſi le Coſeiller le jouë,
ou ſi c'eſt la Veuve qui luy fait piece; & ne pouvant de- viner par quelle avanture il trouve la Marquiſe dans un lieu où il ne l'attendoit pas, il tâche à luy cacher ſa ſurpriſe,
pour ne luy pas apprendre ce qu'elle peut ignorer ; maisila
beau
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beau ſe vouloir mettre de
bonne humeur , ſa gayeré pa- roît forcée , & la malicieuſe Marquiſe ſe fait un plaiſir merveilleux de ſon deſordre.
S'il reſve un moment,elle veut
qu'il ſoit jaloux de ce qu'un autre que luy la régale d'une maniere ſi galante , &luy dit plaiſamment qu'il faut quintel
ait de bons Eſpions , pour avoir aſté averty de tout fi à
point nommé. Il répond qu'à pres s'être tiré de ſon affaire chagrine qui n'alloit pas com- me il ſouhaitoit, il avoit appris qu'on luy avoit veu prendre la route de cette Maiſon où ils
s'eſtoient ſouvent promenez enſemble , qu'il l'y eſtoit ve- nu chercher , & qu'il avoit eu biende la peine à ſe faire Tom. 3 . C
50 LE MERCURE
ouvrir. La Marquiſe feint de
croire ce qu'il lui dit,&lui par- lãt àdemi bas, mais affez haut pour être entenduë des Dames , n'admirez- vous pas , lui dit-elle , ce que fait faire l'amour ? car il faut de neceſſité
que Monfieur le Conſeiller m'aime ſans me l'avoirosédire. Voyez de quelle maniere
il me fait recevoir chez luy.
Il eſt leplus avare de tous les
Hommes, &cependant il n'y a point de profufion pareille àla ſienne. Nous avons eſté
déja régaléesdans leJardinde Voix,de Hautbois,&de Concerts ; c'eſt une galanterie achevée,&je croy que je l'ai- meray s'il continuë. Le Cava- lier perdoit patience, & il fut tenté vingtfois des'expliquer,
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dans la penſée que ſonſecret eſtoit découvert; mais il pouvoit ne l'eſtre pas , & c'eſtoit affez pour le retenir. Le jour s'abaiſſoit, on remonte en Carroffe. Le Cavalier prend pla- cedans celui de la Marquiſe,
qui le mene ſouper chez elle,
&ne le laiſſe ſortir qu'à mi- nuit. Ce n'eſtoit point aſſez,
la Piece pouvoit eſtre pouffée plus loin , & c'eſt à quoy la Marquiſe nemanque pas. Elle ſçait par le Billet perdu , que lesDames inconnues s'attendoient à eſtre régalées le len- demain. Elle fonge à mettre le Cavalier hors d'eſtat de s'éclaircir,&par conféquent de
t
fatisfaire les Belles. Elle luy envoye pour cela de fort bon matin deux de ſes Amis
Cij
52 LE MERCURE qui l'arreſtent, juſqu'à ce qu'- elle paſſe chez luy elle mé- me, &fait ſi bien, que malgré qu'il en ait, elle l'engage pour tout le reſte du jour. Ce n'eſt pas ſans plaiſanter plus d'une
:
fois ſur la prétenduë galante- rie du Conſeiller. Mais tandis que la Marquiſe ſe diver- tit agreablement; on s'ennuye chez la belle Veuve de n'avoir point de nouvelles du Cavalier. L'heure de la prome- nade ſe paſſant , on s'imagine qu'il s'eſt piqué de ce qu'on avoit remis la Partie , on le
traite de bizarre , & on prote- ſte fort qu'on ne luy donnera jamais lieu d'exercer ſa mé- chante humeur. Il rend viſite le lendemain , débute par quelque plainte ; & labelle
GALANT. 53
DE
LA
le
Veuve qui ne luy explique rien , ſe contente de luy ré- pondre fort froidement. Son
Amie plus impatiente querelle de les avoir fait at- tendre tout le jour ; la cho- ſe s'éclaircit , on fait venir
le Laquais. Le Laquais ſou- tient qu'il a donné le Billet à ſon Portier ; & alors le Cavalier ne doute plus qu'il n'ait été remis entre les mains de la Marquiſe , quoy qu'il ne ſcache comment. Il conjure la belle Veuve de choifir tel autrejour qu'il luy plai- ra , & il n'en peut rien obtenir. Il retourne chez la Marquiſe , qui luy demande s'il a fait ſa paix avec les Belles qu'il a manqué à régaler le jour precedent. Il ſe plaint de
Ciij
1
$4
54 LE MERCURE ſa maniere d'agir avec luy; el- lereproche le ſecret qu'il lui a
fait de ſes Intrigues contre les loix de leur amitié. Ils ſe ſeparent en grondant , & je croy qu'ils grondent encor preſentement. J'ay ſçeutou- tes les circonstances de l'Hiſtoire , d'un des plus parti- culiers Amis du Cavalier. La
Marquiſe veut qu'il lui nom- me la Dame pour qui ſe fai- foit la Feſte , & le Cavalier
veut eſtre difcret. Voila l'obſtacle du racommodement
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Résumé : « Une fort aimable Marquise, qui valoit bien l'attachement entier [...] »
Le texte relate l'histoire d'une Marquise et d'un Cavalier, amis proches ayant convenu de ne rien se cacher. Le Cavalier développe un penchant pour une jeune Veuve et l'invite à une fête sans révéler son identité. Une amie de la Veuve propose un plan pour organiser cette rencontre dans une maison louée à une lieue de Paris. Cependant, le jour de la fête, la Veuve est indisponible. Un laquais perd le billet d'invitation, qui est ramassé par la Marquise. Intriguée, elle découvre que le billet est destiné au Cavalier et organise une visite à la maison du Conseiller, propriétaire des lieux. Elle y trouve une fête préparée pour elle et ses amies. Le Cavalier, arrivant en retard, est surpris de voir la Marquise. Cette dernière, feignant l'ignorance, profite de la situation pour le taquiner. Le Cavalier, embarrassé, tente de cacher sa surprise. La Marquise l'invite à souper chez elle et l'empêche de voir la Veuve le lendemain. La Veuve, mécontente, refuse de revoir le Cavalier. La Marquise et le Cavalier se séparent en se disputant, chacun reprochant à l'autre de ne pas avoir respecté leur accord de transparence.
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28
p. 224-235
« Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...] »
Début :
Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...] »
Monfieur le Duc de S. Ai 166 LE MERCURE gnan apres avoir fait deux Campagnesdans une tres-gra- dejeuneſſe , eut une Compa- gnie de Cavalerie en 1634. Il ſe trouva en 1635 ſous le Duc deRohandans le Quartier de Steimbrun en Alface,lors qu'il fut attaqué par les Colonels Uriel & Mercy , qui furent re- pouſſez; & il ſeroit difficile devous dire combien il reçeut de loüanges dans cette Occa- ſion & par le General , & par tous les Officiers des Troupes. Il n'acquit pas moins degloireenla fameuſe Retraite deMayence ſous le Duc Bernard de Veymar & le Cardinal de la Valette , fur tout auCombat de Vaudevranges, qui fut tres-glorieux à la France , par le ſuccés &par la grade inéga- GALANT. 167 Y 1 台 lité du nombre. Dix Campa- gnes , pendant leſquelles il eut toûjours l'aprobation entiere des Genéraux , confirmerent l'opinion qu'on avoit déja ju- ſtement conçeuë de ſa haute valeur&de ſa conduite. L'année 1648 ayant eſté fatale à ce Royaume par les Guerres ci- viles &par les diviſions,Monſieur le Duc de S.Aignan mena au Roy en 1649 quatre cens Gentilshommes , que leur af- fection pour ſa Perſonne avoit attachez à ſa fortune,avec cetteglorieuſe circonſtance , que toutes les Villes de deſſus la Loire luy ayant refuſé le paſſa- ge, il traverſa cette grande Ri- viere dansdes Bateaux,malgré la rigueur de la ſaiſon, & força 168 LE MERCURE tout ce qui luy voulut faire obſtacle ; ce qui fit admirer tout enſemble & fon crédit aupres de la Nobleffe , & fon zele au ſervice de Sa Majeſté. 11 fut Premier Gentilhomme dela Chambre àla fin de cette même année , & Licute- nant General ; puis ayant été envoyé en Berry pour y com- mander avecun Corps d'Ar- mée , il prit le Tour de Bour- gesen 1650, le Fort de Bau- gy,pluſieurs autres , &main- tint toutes les Villes de cette Province en leur devoir. Il demeura une année entiere dans cet employ , &il y joig- nit toûjours le reſpect deû au rang&au mérite de Son Al- teſſe Sereniffime M.le Prince, avec l'exacte fidelité qu'il de- GALANT. 169 コ e t 1 voit auRoy, traitant dix-huit Prifonniers conſidérables , faits en une méme occafion , avectoute la civilité poſſible. Il ſuivit Sa Majeſté aux Sieges de Sainte Menehoud & de Montmedy, apres avoir entrepris , commeVolontaire , une Mine à celuy ce Château- Pocien ,qui reüffit & qui avan- ça la priſede cette Place. Le Roy luy a confié depuis le Gouvernement important du Havre de Grace , dans lequel étantmenacéparle grandAr- mement des Hollandois en 1674, & par divers Avis de quelque Deſcente ſur ſes Cô- tes, il mit fur pied en tres-peu dejours',dans une étenduë de treize lieuës de longſeule- ment , &de cing de large , 170 LE MERCURE quinze cens Chevaux,& pres dequatorze mille Hommes de pied, avec l'équipage de quatre Pieces de Canon , les Coſtes & les Villes ne laiſſant pas d'eſtre bien gardées ; ce qui euſt paru tres-ſurprenant ſous un autre moins aimé de laNobleſſe &du Peuple , &qui fut confirmé par le Commiſſaire des Guerres qui en fit la ſeconde Reveuë. Il a joint le Sçavoir à la Valeur , eſtant de l'Académie Françoiſe, &Protecteur de celle d'Arles; & il réüffit fi bien en tout ce qu'il entreprend , même pour les exercices du Corps , qu'il en a acquis l'eſtime de Sa Majesté , & l'approbation du Public.Je ne vous diray point, Madame , qu'il a autant d'Amis GALANT. 171 mis qu'il y a d'honnêtesGens en France. Vous ſçavez que ſa civilité luy gagne tous les Cœurs, & qu'il eſt d'une hu- meur fi obligeante , qu'il tient la journée perduë , quand il n'y trouve pas l'occaſion de s'employer pour quelqu'un. Sa modeſtie ſouffriroit fans doute, ſi j'entrois dans un plus granddétail des belles Actions qu'il a faites, &fi je parlois de ſes bleſſures en grand nom- bre , &de ſes Combats parti- culiers , dont il eſt toûjours forty avecun entier avantage. C'eſt par cette raifon je ne parleray qu'en paſſant de l'u- ne des plus éclatantes & des plus glorieuſes Actions qu'il foit poffible de faire. Il eſt difficile que vous l'ignorez, Tome 3 . H 172 LE MERCURE puis que le bruit s'en eſt ré- pandu par tout , &qu'il n'y a perſonne qui n'en ait parlé avec autant d'admiration que de ſurpriſe. Monfieur le Duc S. Aignan eſtoit ſeul ; quatre Hommes eurent la lâcheté de ſe ſervir de cet avantage pour l'attaquer. Il ne s'étonna point , & fon courage fut fi bien ſecondé de ſon adreſſe , qu'il en tua trois , & mit le quatrième en fuite. C'eſt de- quoy je ne doute point que l'Hiſtoire nefaſſe foy quelque jour , auffi-bien que les Regi- ſtres du Parlement; & peut- eſtre n'oubliera-t-elle pas ce qu'il afait encordepuis peu en faveur d'un brave Officier , contre lequel n'ayant pas vou- lu refuſer de tirer l'Epée par GALANT. 173 4 rencontre', encor qu'il fût ſous ſa charge , il le bleſſa &le de- farma. Le Roy fut en colere de la temerité de cet Officier ; & la genéroſité naturelle de Monfieur le Duc de S. Aignan l'obligea à ſe venir jet- ter à ſes pieds , pour en obte- nir non ſeulement la Grace de ce Gentilhomme en qui il avoit reconnu de la valeur , mais encor fon rétabliſſement en ſa Charge , que Sa Majesté eut agreable de luy accorder par une bonté toute Royale.
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Résumé : « Monsieur le Duc de S. Aignan apres avoir fait [...] »
Le Duc de Saint-Aignan, après deux campagnes dans sa jeunesse, obtint une compagnie de cavalerie en 1634. L'année suivante, il se distingua sous le Duc de Rohan à Steimbrun en Alsace, repoussant les attaques des Colonels Uriel et Mercy, ce qui lui valut des éloges. Il participa également à la retraite de Mayence sous le Duc Bernard de Weimar et le Cardinal de la Valette, notamment au combat glorieux de Vaudevranges. Au cours de dix campagnes, il reçut toujours l'approbation des généraux, confirmant sa haute valeur et sa conduite. En 1649, malgré les guerres civiles et les divisions, il mena au roi quatre cents gentilshommes, traversant la Loire en bateaux malgré la rigueur de la saison. Nommé Premier Gentilhomme de la Chambre et Lieutenant Général, il commanda en Berry en 1650, prenant plusieurs places fortes et maintenant la province en ordre. Il suivit le roi aux sièges de Sainte Menehoud et de Montmedy, et entreprit une mine au château de Château-Porcien. En 1674, menacé par les Hollandais, il mobilisa rapidement quinze cents chevaux et quatorze mille hommes de pied pour défendre les côtes. Membre de l'Académie Française et protecteur de celle d'Arles, il combinait savoir et valeur. Connu pour sa civilité et son humeur obligeante, il gagna le respect et l'admiration pour ses actions, notamment lorsqu'il affronta seul quatre assaillants, en tuant trois et mettant le quatrième en fuite. Sa générosité lui fit obtenir la grâce d'un officier qu'il avait blessé en duel.
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29
p. 253-255
« Il est survenu icy un Diférend dont je voudrois bien [...] »
Début :
Il est survenu icy un Diférend dont je voudrois bien [...]
Mots clefs :
Différend, Bracelet, Cavalier, Dame
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texteReconnaissance textuelle : « Il est survenu icy un Diférend dont je voudrois bien [...] »
Il eſt ſurvenu ici un Diferend dont je voudrois bien que vous m'euffiez fait ſça- voir vôtre pensée. Un Cava- lier qui nemaquepasdemeri- te, avoit êté dix fois chez une
fort belle Dame ſans latrouver. Il luy parle enfin chez unede ſes Amies , à qui elle
rendoit viſite comme luy. Elle luy fait des reproches obli- geans de ſa negligence à la voir; &fur ce qu'il oppoſe qu'il lui ſeroit inutile del'aller chercher,puis qu'on ne la rencontroit jamais,Voila mon Bra- celet , lui dit- elle , raportez- le-moy demain à telle heure;
& ſi vous ne me trouvez pas,
GALANT. 187
il est à vous. Le Bracelet
eſtoit de prix , & il n'y a pas d'apparence qu'elle eût vou- lu le riſquer. Cependant on luy propoſe le lendemain une Partie de divertiſſement pour tout le jour ; elle l'accepte,
va diſner en Ville , & ne ſe
ſouvient point de l'engage- ment où elle s'eſt miſe. Le
Cavalier a de fon côté des affaires importantes qu'il ne peut remettre, &qui l'empê- chentd'aller chez elle; ils con
viennent tous deux de leurs
Faits , & c'eſt là deffus qu'il faut prononcer. Le Cavalier ſoûtient que puis qu'elle a
manqué àla parole qu'elle luy avoitdonnéede l'attendre , le
Bracelet doit eſtre à luy ; &
afinqu'õ ne le ſoupçonne pas
188 LE MERCURE ر
de le vouloir garder par un mouvement d'avarice, il offre
à la Dame de luy en rendre deux fois la valeur en autres
Bijoux. La Dame avoue que s'il étoit venu chez elle, il n'y auroit point deconteſtation :
mais comme il demeure d'accordde n'y avoir pas eſté,elle demandeobſtinémet ſon Bracelet, &ne veut rien recevoir
en échange. Parlez, Madame,
ils vous connoiſſent tous deux
pourla Perſonne du monde la plus équitable, &je ne doute point qu'ils ne ſe ſoûmettent volontiers au jugement que vous rendrez.
Je penſois f
fort belle Dame ſans latrouver. Il luy parle enfin chez unede ſes Amies , à qui elle
rendoit viſite comme luy. Elle luy fait des reproches obli- geans de ſa negligence à la voir; &fur ce qu'il oppoſe qu'il lui ſeroit inutile del'aller chercher,puis qu'on ne la rencontroit jamais,Voila mon Bra- celet , lui dit- elle , raportez- le-moy demain à telle heure;
& ſi vous ne me trouvez pas,
GALANT. 187
il est à vous. Le Bracelet
eſtoit de prix , & il n'y a pas d'apparence qu'elle eût vou- lu le riſquer. Cependant on luy propoſe le lendemain une Partie de divertiſſement pour tout le jour ; elle l'accepte,
va diſner en Ville , & ne ſe
ſouvient point de l'engage- ment où elle s'eſt miſe. Le
Cavalier a de fon côté des affaires importantes qu'il ne peut remettre, &qui l'empê- chentd'aller chez elle; ils con
viennent tous deux de leurs
Faits , & c'eſt là deffus qu'il faut prononcer. Le Cavalier ſoûtient que puis qu'elle a
manqué àla parole qu'elle luy avoitdonnéede l'attendre , le
Bracelet doit eſtre à luy ; &
afinqu'õ ne le ſoupçonne pas
188 LE MERCURE ر
de le vouloir garder par un mouvement d'avarice, il offre
à la Dame de luy en rendre deux fois la valeur en autres
Bijoux. La Dame avoue que s'il étoit venu chez elle, il n'y auroit point deconteſtation :
mais comme il demeure d'accordde n'y avoir pas eſté,elle demandeobſtinémet ſon Bracelet, &ne veut rien recevoir
en échange. Parlez, Madame,
ils vous connoiſſent tous deux
pourla Perſonne du monde la plus équitable, &je ne doute point qu'ils ne ſe ſoûmettent volontiers au jugement que vous rendrez.
Je penſois f
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Résumé : « Il est survenu icy un Diférend dont je voudrois bien [...] »
Un différend oppose un cavalier et une dame au sujet d'un bracelet. Le cavalier, après plusieurs tentatives infructueuses pour voir la dame, reçoit d'elle un bracelet à récupérer le lendemain. Cependant, la dame, occupée par des divertissements, oublie cet engagement. De son côté, le cavalier est retenu par des affaires importantes. Ils conviennent tous deux de leurs faits et demandent un jugement. Le cavalier soutient que, la dame ayant manqué à sa parole, le bracelet lui revient. Il propose de le remplacer par des bijoux de valeur équivalente pour éviter tout soupçon d'avarice. La dame, reconnaissant que le cavalier n'est pas venu, insiste pour récupérer son bracelet et refuse tout échange. Les parties impliquées sollicitent l'avis d'une tierce personne réputée équitable pour trancher ce différend.
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30
p. 4-30
« Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...] »
Début :
Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...]
Mots clefs :
Académie française, Cardinal d'Estrées, Féliciter, Charpentier, Compliment, Honneur, Discours, Éloquence, Académie de Soissons, Compagnie, Mérite, Esprit, Zèle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...] »
Cen'eſtpointdans celuy- cy que l'Academie Françoiſe à
fait complimenter Monfieur le Cardinal d'Eſtrées, qui, comme vous ſçavez,eſt l'undes quaran- te, qui compoſent cette Illuſtre Compagnie ;mais vous ne laif- ferez pas d'eſtre bien-aiſe d'ap- prendre que ces Meffieurs qui ne l'avoient veu depuis ſa Pro- motion au Cardinalat,ne furent
pas plûtoſt avertis de ſon retour à Paris , qu'ils nommerent fix Perſonnes de leur Corps pour f'en aller feliciter. Ces fix furent
Meſſieurs Charpentier , Talle- mantPremierAumônierdeMadame , Teſtu Abbé de Belval,
Tallemant , Prieur de SaintAlbin, l'Abbé Regnier,desMarais.
& de Benferade. Monfieur le
DucdeSaint-Aignan voulutles A ij
4 LE MERCVRE
3
accompagner , & Monfieur le Cardinal d'Eſtrées , qui les re- ceut dans ſon Anti-chambre, les
ayant conduits dans ſa cham- bre, Monfieur Charpentierque lacompagnie avoitchargédela parole, s'acquitta de ſa Com- miſſion ences termes.
M
ONSEIGNEUR,
En nous approchant de
V. E. nous sentons une douce émo- tion , qui n'est pas toutesfois Sans quelquemélange d'amertume.Nous vous revoyons avec les marques de.
la plus hauteDignitéde l'Eglife:
Quelplus agreable spectacle ànos yeux ! Quelle plus ſenſible joye à
nostre cœur ! Mais quandnous nous representons que cette élcvation
vousſepare de nous , &vous arra- che de nos Exercices, qui ont autrefoispartagéles heuresdevostreloi- fir,nousnesçaurionspenser qu'a
GALAN.T. S
Y
vec douleur à une abſence qui nous paroit irréparable. Avostre dé- part , Monseigneur, tous nos Vœux vousaccompagnerent; Nous nefou- haitâmes rien avec plus d'ardeur,
que de vous voir bien-toft revétu de l'éclat , dû à vostre merite , à
vostre naiſſance , &àla grandeur de vosAlliances Royales. Avoſtre...
retour nousvoyons en V. E.l'accom- pliſſement de nos vœux ; mais nous ne vous trouvons plus à l'Acade mie. Hébien , Monseigneur , n'en murmurons point ; Nous vous per dons d'une maniere trop noblepour nous en fâcher. Nous souhaitons mesme de vous perdre encore da- vantage,&que la Pourpre Romai ne, qui vous affocie à la premiere Compagnie de l'Univers,vous place quelque jour , du confentement de toutes les Nations , dans ce Trône
fondésurla Pierre , que toutes les
A iij
6 LE MERCVRE
Puiſſances de l'Enfer nesçauroient ébranler ; Mais pourquoy vous conter perdu pour nous , Monfei- gneur,dansIaugmentation devô- tre gloire, puis que te plus Grand Roy du Monde , Louis le Vain- queur,mais le Vainqueur rapide le Terrible , le Foudroyant , a bien trouvé des momens pour fonger à
nous, parmy lapompe&letumulte defes Triomphes. Que dis-je pour fongerànous ? Ahc'esttropfoible- ment s'expliquerpour tantdegra ecs extraordinaires. Difons plutost pour nous appeller à luy par une adoption glorieuse ; Diſons pour nous établir un répos inébranlable àl'ombre defes Palmes. V.E.Mon- Seigneur ,n'a-t-ellepas admiré cet évenement , &quoy que vousfuf- fiez au Païs des grands Exemples,
quoy que vous riſpiraſfiez le mesme air; que Scipion &que Pompée.
t
GALAN T. ?
Augu- LYON
pûtes -vous apprendre fansfurpri Se, qu'unsi grandMonarqucsedé- clarât le Chefde l'Academie ,
voulût mettre fon NomAuguste à
la teſte d'une LiſtedeGensdeLet- tres ? Vostre Romen'enfut-ellepas étonnée, &nejugea-t-ellepas alors que le Cielpreparoit àla France la mesme profperité , dont l'Empire Romain avoit joüyſous les ftes,ſous les Adriens &fous lesAnTEERD
tonins ? Vous nous avez quitté ,
Monseigneur, dans l'Hôtel Seguier,
Lans l'Hostel d'un Chancelier de
France, Illustre veritablement par faSuprêmeMagiftrature , plus Il.- luftre encoreparses grandesActios.
V. E. nous retrouve dans le Louvre,
dans laMaifon Sacréedenos Rois;
&nos Muſesn'ontplusd'autreſé.. jourqueceluydelaMajesté. Ilfaut nevous rien celer encore de tout ce
qui peut tenirrangparmy.... nosheu- Aij
8 LE MERCVRE
reuſes avantures , puis que V. E. y
prend quelque part. UnArchevéque de Paris, qui honorefa Dignité parfaVertu, parfonEloquence,&
par la Nobleſſe de ſa conduite ; Un Evesque d'une érudition confommée, &que mille autres rares qua- litezont fait choifir pour cultiver les esperances d'un jeuneHéros, de
qui tout l'Univers attend de fi grandes choses ; Vn Duc & Pair également recommandable parfon Esprit &parsa Valeur, & avec
qui toutes les Graces ont fait une alliance eternelle ; des Gouverneurs
de Province ; un President du Par- lement ; pluſieurs Perſonnage's celebres en toutes fortes de Sciences,
Jont les nouveaux Confreres que nous vous avons donnez,fanspar- ler de ce GrandHomme, que l'intime confiance du Prince , un zele in- fatigable pour le bien de l'Etat ,
GALANT. 9
une paſſion ardente pour l'avance- mentdes belles Lettres distinguent affez, pourn'avoirpas besoin d'étre nommé plus ouvertement. L'Academie a fait la plupart de cespré- cieuses acquisitions , tandis que V. E. defendoit nos Droits à Rome,
&s'oppoſoit aux brigues denosEn- nemis . C'eſt fur vos foins &fur ceux de Monsieur le Duc , voſtre
Frere , que la France s'est reposée avecfeuretédefes interests , en un Païs, où déja depuis long-temps le courage , l'intrepidité, &l'amour
de la Patrie , ont rendufameux l
Noms de Cœuvres &d'Estrées.C'est
avec la meſmefermeté que V. E. a
Soûtenu l'honneur de la Couronne
contre les injustes défiances , que la profperitédes Armes du Roy faisoit naiſtre dans des Ames trop timides.
Quels Eloges , quels applaudiffe- mens na-t-ellepoint meritéencore 509
Av
10 LE MERCVRE
-au dernier Conclave ! cettefermetécourageufe&falutaire,qui dans une occafionfi importante n'a pas moins envisagéles avantagesde la Republique Chrestienne , quefuivy leplan des pieuſes intentions de Sa Majesté?ToutelaTerrefçait com- bien ces grandes veuës ont donné de part àV.E. dans l'Exaltation de cePontifice incomparable , àqui lapuretédes mœurs,lemépris des richeſſes , la tendreffc cordiale en vers les Pauvres , l'humilité magnanime des anciens Evesques , &
le parfait dégagement des choses dumonde, avoient acquis larepu.
tation de Sainteté, avant que d'en obtenirle Titre attachéàlaChai
reApostolique. Ilestmal-aiſeaprés:
cela, Monseigneur , que nous ne nous flattions de quelque fecrete complaisance, en voyant qu'ilfort delAcademiedes Princes du Sacré
Y
GALANT.. IF
Senat , &que vostrefuffrage , que nous avons contéquelquefoisparmy les nostres , concourt maintenant
avec le S. Esprit au Gouvernement
defon Eglife. Avancez donc toû- jours , Monseigneur , dans unefi belle route , &permettez-nous de
croire que V. E. confervera quel quessentimens d'affection pourune Compagnie, fur qui Loüis LE GRAND jette desifavorables
regards : Pour une Compagnie, qui aprés laveneration toutefinguliere qu'elle doit avoir pourfon Royal'
Protecteur, n'aurapoint de mouve- ment plus fort , que celuy du Zele qui l'attache àV. E. &qui trou
ucra toûjours une des principales occafions desa joye dans l'accom- pliffement de toutes vosglorieuses entrepriſes..
Il ne faut pas s'étonner ſi le
Avj
12 LE MERCVRE
Public a donné tant d'approba- bation à ce Compliment , puis qu'il amerité celle du Roy , qui ſe l'eſt fait lire à l'Armée par
Monfieur de Breteüil , Lecteur
de Sa Majesté. Auſſi Monfieur le Cardinal d'Eſtrées le receutil d'une maniere tres-obligean- te. Il dit à Ma Charpentier
qu'il n'entreprenoit pointde ré- pondre fur le champ àunDif- cours ſi plein d'Eloquence, mais qu'il le prioit d'aſſurer laCom- pagnie, qu'il ne perdroit jamais le ſouvenir des marques qu'elle luy donnoit du ſien; Qu'il s'en tenoit tellement obligé, qu'il ne lui ſuffiſoit pas del'en remercier,
comme il faifoit , & qu'il vien- droit à l'Academie pour luy en témoigner plus fortement ſa re- connoiſſance. Il s'étendit en- ſuite fur les Loüanges des llu-
:
GALANT. 13 ſtres qui la compofent , & fur le travail du Dictionaire , dont il
demanda particulierement des nouvelles. Il ajoûta , qu'il eſpe- roit beaucoup de la grandeur &de l'exactitude de cette entrepriſe , dont il avoit ſouvent entretenu desGens d'eſprit d'I- talie qui en avoient admiré le Plan ; & aprés quelque conver- fation il reconduifit les Depu- tez juſqu'à la porte de la Salle,
proche le Degré. Il leur tintpa- role quelques jours aprés , &fe trouva au Louvre , à une de Jeurs Seances. Il eſt Protecteur
de l'Academie de Soiffons , où
MonfieurHebert, Treſorier de France , luy avoit déja fait le Compliment qui ſuit au nomde cette Compagnie. Je trouveray l'occafion, Madame, de vous en faire connoiſtre une autrefois le
merite &l'établiſſement.
14 LE MERCVRE
ONSEIGNEUR, MONSQuelle joye ne doit par répandre dans ces lieux l'honneur de vostre prefence aprés une ab- fence fi longue &fiennuyeuse !! Quelle joye pour une Compagnie,
qui vous doit tant , &quivous bonnore,àproportion de ce qu'elle vous doit , devous y voir dans cet
éclat , qui frape aujourd'huy fi agreablement nos yeux & dont
Vidée avoit remplysi long-temps noftre imagination ; Noussçavons bien, Monseigneur, que toutes les Grandeurs humaines estant audef fous de cette élevation d'esprit &
de cette grandeur d'Amc , qui di- ftinguefi excellemment Votre Eminence des autres Hommes , c'est vous rabaiſſer en quelque façon que de vous lower d'une Dignité,
quelque grande quelque élevée
GALAN T.
,vous ne devez.
qu'ellefoit. Mais vous nous per-.
mettrez de vous dire , que regar- dant celle-cy , comme unpur effet de voffre merite
pas trouvermauvaisque nousnous
réjoüisions devousenvoirrevétu,
que nous vousfaſſions reſſouve- nirqu'en augmentant vôtre Gloire,, elle acheve &confomme celle de vostre Maison.. Cettegrande, cette illustre Maiſon,Monseigneur,fub
fiſtoit depuis plusieurs Siecles dans une fplendeur pen commune. Tout ceque laKaleur , unieàla conduite, peut acquerir des Titres écla
tans, tout cequelafidelité,,jointe
aux lumieres , peut procurerd'im
portansEmplois, tout cela, Mon- feigneur, s'y voyoit enfoule &de
tous les Honneurs de laTerre , on
peut dire que laſeule Pourpre luy manquoit. Mais le Ciel qui tra wailloit depuissi long-temps àfon
16 LE MERCVRE
:
1
agrandiſſement , qui par laprodu- Etion continuelle de tant deHéros
qu'il en faifoit fortir fucceßive.. ment , la diſpoſoit pourainſidireà
recevoir cet Honneur , fit naiſtre enfin V.E. avec toutes les Qualitez qui en pouvoient estre dignes.
Vous les reçeutes donc , Monfei- gneur, non pas , commelapluspart des Etrangers, fur lefeulraport de La Renommée , &fur la simple Nomination d'un Prince, qui le de.. mande pour fon Sujet. Rome vit bien deux. Royaumes fe difputer l'avantage de vous le procurer ;
mais avant qu'elle vous l'accordat , Rome vit außi briller à l'enwy ces belles, ces éclatantes Qua- litez. Elle connut voſtre merite,&م
ce fut fans doute ce qui la deter- mina dans cette grande conjon- Eture. Quel honneur pour vous,
Monseigneur, d'avoir acquis par
GALANT. 17 une voyefi belle une Dignitéfifu- blime ! Quelhonneur d'avoir mis le comble àlagloire d'une Maifon des premieres &des plusfameuses de l'Univers ! Mais quel honneur
pour l'Academie de Soiffons , de ſe
pouvoir glorifier d'un tel Prote- Etcur ! Quel honneur pour nous ,
que vostre Eminence ait bien vou
luse charger de ce Titre, &n'ait
Pas dédaignéde le joindre à tant d'autres fi glorieux ! Quelle joye
encore un coup de voir ce Prote- Eteur,&de luyparler !Mais quelle
peine de le voir pour ſi peu de temps , &de luy parlerfans pou- voir parler dignement de luy !
Quelembaras , quelle confusión de de voir tant & de pouvoir si peu
vendre, de fentir une reconnoiſſan- ce qu'on ne peut exprimer ! C'est
pourtant principalement cette re- connoissance , Monseigneur , que nous voudrions bien pouvoir dé.
18 LE MERCVRE
peindre à V. E. Plût àDieu que vous puissiez voir quels mouve mens elle excite dans nos cœurs ,
quels Vœux, quels fouhaits elley
forme. Nous les continuerens,Mon- feigneur, ces Vœux&cesfouhaits ;
&puis que nous ne pouvons autre chose,nousleferons du moinsavec tout le zele &toute l'ardeur dont
noussommes capables. Nous nedi- rons pas icy àVostre Eminence quel prefentement leur obict ; puis qu'il n'y a plus qu'un degré entre Le Ciel &Fous, il n'estpas mal- aisé de le comprendre. Nousvous dirons seulement , Monseigneur ,
qu'il fait quelque chofe de Suprê- me pour recompenfer unefuprême Vertu , qu'ainsi il n'y a rien de fi Grand, ny de fi Haut dans le Monde, où V.E. nepuiffepreten dre avecjustice , &où elle nefoit déja placéeparles ardens &justes defirs de cette Compagnic.
eft
!
fait complimenter Monfieur le Cardinal d'Eſtrées, qui, comme vous ſçavez,eſt l'undes quaran- te, qui compoſent cette Illuſtre Compagnie ;mais vous ne laif- ferez pas d'eſtre bien-aiſe d'ap- prendre que ces Meffieurs qui ne l'avoient veu depuis ſa Pro- motion au Cardinalat,ne furent
pas plûtoſt avertis de ſon retour à Paris , qu'ils nommerent fix Perſonnes de leur Corps pour f'en aller feliciter. Ces fix furent
Meſſieurs Charpentier , Talle- mantPremierAumônierdeMadame , Teſtu Abbé de Belval,
Tallemant , Prieur de SaintAlbin, l'Abbé Regnier,desMarais.
& de Benferade. Monfieur le
DucdeSaint-Aignan voulutles A ij
4 LE MERCVRE
3
accompagner , & Monfieur le Cardinal d'Eſtrées , qui les re- ceut dans ſon Anti-chambre, les
ayant conduits dans ſa cham- bre, Monfieur Charpentierque lacompagnie avoitchargédela parole, s'acquitta de ſa Com- miſſion ences termes.
M
ONSEIGNEUR,
En nous approchant de
V. E. nous sentons une douce émo- tion , qui n'est pas toutesfois Sans quelquemélange d'amertume.Nous vous revoyons avec les marques de.
la plus hauteDignitéde l'Eglife:
Quelplus agreable spectacle ànos yeux ! Quelle plus ſenſible joye à
nostre cœur ! Mais quandnous nous representons que cette élcvation
vousſepare de nous , &vous arra- che de nos Exercices, qui ont autrefoispartagéles heuresdevostreloi- fir,nousnesçaurionspenser qu'a
GALAN.T. S
Y
vec douleur à une abſence qui nous paroit irréparable. Avostre dé- part , Monseigneur, tous nos Vœux vousaccompagnerent; Nous nefou- haitâmes rien avec plus d'ardeur,
que de vous voir bien-toft revétu de l'éclat , dû à vostre merite , à
vostre naiſſance , &àla grandeur de vosAlliances Royales. Avoſtre...
retour nousvoyons en V. E.l'accom- pliſſement de nos vœux ; mais nous ne vous trouvons plus à l'Acade mie. Hébien , Monseigneur , n'en murmurons point ; Nous vous per dons d'une maniere trop noblepour nous en fâcher. Nous souhaitons mesme de vous perdre encore da- vantage,&que la Pourpre Romai ne, qui vous affocie à la premiere Compagnie de l'Univers,vous place quelque jour , du confentement de toutes les Nations , dans ce Trône
fondésurla Pierre , que toutes les
A iij
6 LE MERCVRE
Puiſſances de l'Enfer nesçauroient ébranler ; Mais pourquoy vous conter perdu pour nous , Monfei- gneur,dansIaugmentation devô- tre gloire, puis que te plus Grand Roy du Monde , Louis le Vain- queur,mais le Vainqueur rapide le Terrible , le Foudroyant , a bien trouvé des momens pour fonger à
nous, parmy lapompe&letumulte defes Triomphes. Que dis-je pour fongerànous ? Ahc'esttropfoible- ment s'expliquerpour tantdegra ecs extraordinaires. Difons plutost pour nous appeller à luy par une adoption glorieuse ; Diſons pour nous établir un répos inébranlable àl'ombre defes Palmes. V.E.Mon- Seigneur ,n'a-t-ellepas admiré cet évenement , &quoy que vousfuf- fiez au Païs des grands Exemples,
quoy que vous riſpiraſfiez le mesme air; que Scipion &que Pompée.
t
GALAN T. ?
Augu- LYON
pûtes -vous apprendre fansfurpri Se, qu'unsi grandMonarqucsedé- clarât le Chefde l'Academie ,
voulût mettre fon NomAuguste à
la teſte d'une LiſtedeGensdeLet- tres ? Vostre Romen'enfut-ellepas étonnée, &nejugea-t-ellepas alors que le Cielpreparoit àla France la mesme profperité , dont l'Empire Romain avoit joüyſous les ftes,ſous les Adriens &fous lesAnTEERD
tonins ? Vous nous avez quitté ,
Monseigneur, dans l'Hôtel Seguier,
Lans l'Hostel d'un Chancelier de
France, Illustre veritablement par faSuprêmeMagiftrature , plus Il.- luftre encoreparses grandesActios.
V. E. nous retrouve dans le Louvre,
dans laMaifon Sacréedenos Rois;
&nos Muſesn'ontplusd'autreſé.. jourqueceluydelaMajesté. Ilfaut nevous rien celer encore de tout ce
qui peut tenirrangparmy.... nosheu- Aij
8 LE MERCVRE
reuſes avantures , puis que V. E. y
prend quelque part. UnArchevéque de Paris, qui honorefa Dignité parfaVertu, parfonEloquence,&
par la Nobleſſe de ſa conduite ; Un Evesque d'une érudition confommée, &que mille autres rares qua- litezont fait choifir pour cultiver les esperances d'un jeuneHéros, de
qui tout l'Univers attend de fi grandes choses ; Vn Duc & Pair également recommandable parfon Esprit &parsa Valeur, & avec
qui toutes les Graces ont fait une alliance eternelle ; des Gouverneurs
de Province ; un President du Par- lement ; pluſieurs Perſonnage's celebres en toutes fortes de Sciences,
Jont les nouveaux Confreres que nous vous avons donnez,fanspar- ler de ce GrandHomme, que l'intime confiance du Prince , un zele in- fatigable pour le bien de l'Etat ,
GALANT. 9
une paſſion ardente pour l'avance- mentdes belles Lettres distinguent affez, pourn'avoirpas besoin d'étre nommé plus ouvertement. L'Academie a fait la plupart de cespré- cieuses acquisitions , tandis que V. E. defendoit nos Droits à Rome,
&s'oppoſoit aux brigues denosEn- nemis . C'eſt fur vos foins &fur ceux de Monsieur le Duc , voſtre
Frere , que la France s'est reposée avecfeuretédefes interests , en un Païs, où déja depuis long-temps le courage , l'intrepidité, &l'amour
de la Patrie , ont rendufameux l
Noms de Cœuvres &d'Estrées.C'est
avec la meſmefermeté que V. E. a
Soûtenu l'honneur de la Couronne
contre les injustes défiances , que la profperitédes Armes du Roy faisoit naiſtre dans des Ames trop timides.
Quels Eloges , quels applaudiffe- mens na-t-ellepoint meritéencore 509
Av
10 LE MERCVRE
-au dernier Conclave ! cettefermetécourageufe&falutaire,qui dans une occafionfi importante n'a pas moins envisagéles avantagesde la Republique Chrestienne , quefuivy leplan des pieuſes intentions de Sa Majesté?ToutelaTerrefçait com- bien ces grandes veuës ont donné de part àV.E. dans l'Exaltation de cePontifice incomparable , àqui lapuretédes mœurs,lemépris des richeſſes , la tendreffc cordiale en vers les Pauvres , l'humilité magnanime des anciens Evesques , &
le parfait dégagement des choses dumonde, avoient acquis larepu.
tation de Sainteté, avant que d'en obtenirle Titre attachéàlaChai
reApostolique. Ilestmal-aiſeaprés:
cela, Monseigneur , que nous ne nous flattions de quelque fecrete complaisance, en voyant qu'ilfort delAcademiedes Princes du Sacré
Y
GALANT.. IF
Senat , &que vostrefuffrage , que nous avons contéquelquefoisparmy les nostres , concourt maintenant
avec le S. Esprit au Gouvernement
defon Eglife. Avancez donc toû- jours , Monseigneur , dans unefi belle route , &permettez-nous de
croire que V. E. confervera quel quessentimens d'affection pourune Compagnie, fur qui Loüis LE GRAND jette desifavorables
regards : Pour une Compagnie, qui aprés laveneration toutefinguliere qu'elle doit avoir pourfon Royal'
Protecteur, n'aurapoint de mouve- ment plus fort , que celuy du Zele qui l'attache àV. E. &qui trou
ucra toûjours une des principales occafions desa joye dans l'accom- pliffement de toutes vosglorieuses entrepriſes..
Il ne faut pas s'étonner ſi le
Avj
12 LE MERCVRE
Public a donné tant d'approba- bation à ce Compliment , puis qu'il amerité celle du Roy , qui ſe l'eſt fait lire à l'Armée par
Monfieur de Breteüil , Lecteur
de Sa Majesté. Auſſi Monfieur le Cardinal d'Eſtrées le receutil d'une maniere tres-obligean- te. Il dit à Ma Charpentier
qu'il n'entreprenoit pointde ré- pondre fur le champ àunDif- cours ſi plein d'Eloquence, mais qu'il le prioit d'aſſurer laCom- pagnie, qu'il ne perdroit jamais le ſouvenir des marques qu'elle luy donnoit du ſien; Qu'il s'en tenoit tellement obligé, qu'il ne lui ſuffiſoit pas del'en remercier,
comme il faifoit , & qu'il vien- droit à l'Academie pour luy en témoigner plus fortement ſa re- connoiſſance. Il s'étendit en- ſuite fur les Loüanges des llu-
:
GALANT. 13 ſtres qui la compofent , & fur le travail du Dictionaire , dont il
demanda particulierement des nouvelles. Il ajoûta , qu'il eſpe- roit beaucoup de la grandeur &de l'exactitude de cette entrepriſe , dont il avoit ſouvent entretenu desGens d'eſprit d'I- talie qui en avoient admiré le Plan ; & aprés quelque conver- fation il reconduifit les Depu- tez juſqu'à la porte de la Salle,
proche le Degré. Il leur tintpa- role quelques jours aprés , &fe trouva au Louvre , à une de Jeurs Seances. Il eſt Protecteur
de l'Academie de Soiffons , où
MonfieurHebert, Treſorier de France , luy avoit déja fait le Compliment qui ſuit au nomde cette Compagnie. Je trouveray l'occafion, Madame, de vous en faire connoiſtre une autrefois le
merite &l'établiſſement.
14 LE MERCVRE
ONSEIGNEUR, MONSQuelle joye ne doit par répandre dans ces lieux l'honneur de vostre prefence aprés une ab- fence fi longue &fiennuyeuse !! Quelle joye pour une Compagnie,
qui vous doit tant , &quivous bonnore,àproportion de ce qu'elle vous doit , devous y voir dans cet
éclat , qui frape aujourd'huy fi agreablement nos yeux & dont
Vidée avoit remplysi long-temps noftre imagination ; Noussçavons bien, Monseigneur, que toutes les Grandeurs humaines estant audef fous de cette élevation d'esprit &
de cette grandeur d'Amc , qui di- ftinguefi excellemment Votre Eminence des autres Hommes , c'est vous rabaiſſer en quelque façon que de vous lower d'une Dignité,
quelque grande quelque élevée
GALAN T.
,vous ne devez.
qu'ellefoit. Mais vous nous per-.
mettrez de vous dire , que regar- dant celle-cy , comme unpur effet de voffre merite
pas trouvermauvaisque nousnous
réjoüisions devousenvoirrevétu,
que nous vousfaſſions reſſouve- nirqu'en augmentant vôtre Gloire,, elle acheve &confomme celle de vostre Maison.. Cettegrande, cette illustre Maiſon,Monseigneur,fub
fiſtoit depuis plusieurs Siecles dans une fplendeur pen commune. Tout ceque laKaleur , unieàla conduite, peut acquerir des Titres écla
tans, tout cequelafidelité,,jointe
aux lumieres , peut procurerd'im
portansEmplois, tout cela, Mon- feigneur, s'y voyoit enfoule &de
tous les Honneurs de laTerre , on
peut dire que laſeule Pourpre luy manquoit. Mais le Ciel qui tra wailloit depuissi long-temps àfon
16 LE MERCVRE
:
1
agrandiſſement , qui par laprodu- Etion continuelle de tant deHéros
qu'il en faifoit fortir fucceßive.. ment , la diſpoſoit pourainſidireà
recevoir cet Honneur , fit naiſtre enfin V.E. avec toutes les Qualitez qui en pouvoient estre dignes.
Vous les reçeutes donc , Monfei- gneur, non pas , commelapluspart des Etrangers, fur lefeulraport de La Renommée , &fur la simple Nomination d'un Prince, qui le de.. mande pour fon Sujet. Rome vit bien deux. Royaumes fe difputer l'avantage de vous le procurer ;
mais avant qu'elle vous l'accordat , Rome vit außi briller à l'enwy ces belles, ces éclatantes Qua- litez. Elle connut voſtre merite,&م
ce fut fans doute ce qui la deter- mina dans cette grande conjon- Eture. Quel honneur pour vous,
Monseigneur, d'avoir acquis par
GALANT. 17 une voyefi belle une Dignitéfifu- blime ! Quelhonneur d'avoir mis le comble àlagloire d'une Maifon des premieres &des plusfameuses de l'Univers ! Mais quel honneur
pour l'Academie de Soiffons , de ſe
pouvoir glorifier d'un tel Prote- Etcur ! Quel honneur pour nous ,
que vostre Eminence ait bien vou
luse charger de ce Titre, &n'ait
Pas dédaignéde le joindre à tant d'autres fi glorieux ! Quelle joye
encore un coup de voir ce Prote- Eteur,&de luyparler !Mais quelle
peine de le voir pour ſi peu de temps , &de luy parlerfans pou- voir parler dignement de luy !
Quelembaras , quelle confusión de de voir tant & de pouvoir si peu
vendre, de fentir une reconnoiſſan- ce qu'on ne peut exprimer ! C'est
pourtant principalement cette re- connoissance , Monseigneur , que nous voudrions bien pouvoir dé.
18 LE MERCVRE
peindre à V. E. Plût àDieu que vous puissiez voir quels mouve mens elle excite dans nos cœurs ,
quels Vœux, quels fouhaits elley
forme. Nous les continuerens,Mon- feigneur, ces Vœux&cesfouhaits ;
&puis que nous ne pouvons autre chose,nousleferons du moinsavec tout le zele &toute l'ardeur dont
noussommes capables. Nous nedi- rons pas icy àVostre Eminence quel prefentement leur obict ; puis qu'il n'y a plus qu'un degré entre Le Ciel &Fous, il n'estpas mal- aisé de le comprendre. Nousvous dirons seulement , Monseigneur ,
qu'il fait quelque chofe de Suprê- me pour recompenfer unefuprême Vertu , qu'ainsi il n'y a rien de fi Grand, ny de fi Haut dans le Monde, où V.E. nepuiffepreten dre avecjustice , &où elle nefoit déja placéeparles ardens &justes defirs de cette Compagnic.
eft
!
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Résumé : « Ce n'est point dans celuy-cy que l'Académie Françoise a [...] »
Le texte décrit la visite de six membres de l'Académie Française chez le Cardinal d'Estrées à son retour à Paris après sa promotion au cardinalat. Les membres présents étaient Charpentier, Tallemant, Testu, l'Abbé Regnier, et de Benferade, accompagnés du Duc de Saint-Aignan. Ils félicitent le Cardinal pour sa nouvelle dignité. Charpentier, en tant que porte-parole, exprime une émotion mêlée d'amertume en voyant le Cardinal revêtu de la pourpre cardinalice, soulignant que cette élévation le sépare des exercices académiques. Il exalte la grandeur du Cardinal et son lien avec le roi Louis XIV, comparant cette élévation à celle des grands hommes de l'histoire. Le discours mentionne également les nouvelles acquisitions de l'Académie, y compris un archevêque de Paris, un évêque érudit, et un duc pair. Le Cardinal d'Estrées, touché par le compliment, promet de conserver son affection pour l'Académie et s'intéresse au travail du dictionnaire en cours. Il exprime également son admiration pour les membres de l'Académie et leur travail. Le public et le roi approuvent ce compliment. Le Cardinal reçoit les députés de manière obligeante, discutant des louanges des lettres et du dictionnaire avant de les reconduire.
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31
p. 40-46
LETTRE DE MADAME la Comtesse de Bregy, A Monsieur l'Abbé Bourdelot.
Début :
Si vous me regardez du costé de la capacité, je [...]
Mots clefs :
Vers, Colbert, Mérite, Écrire, Médecine, Redevable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE MADAME la Comtesse de Bregy, A Monsieur l'Abbé Bourdelot.
LETTRE DE MADAME
la Comteſſe deBregy ,
Si
A Monfieur l'Abbé Bourdelot.
d'ac- I vous me regardez du coſtéde la capacité,je demcure cord que mon dro't n'est pas bien fondé à me plaindre de vous , de ne m'avoir point montré vos Ou- vrages: Mais s'il vous avoit plû,
Monsieur , de confiderer ceux qui vous aiment le mieux , par cette regle là j'aurois receu devous les Vers que vous avez faits pour MonsieurColbert , dont lefeulha- zard mefit hier prefcnt. Cela est beau que ce nefoitpas devous que jeles aye reçeus. Nesçavez-vous
GALANT. 27
E
de
en
de
pasbien que tout ce qui sert àvo- ſtregloire,fert aussiàma joye ,
que d'ailleurs bien de choses ne m'en donnent pas tant qu'il foit neceffaire de m'en retrancher ? Ce n'est pas là ce que les Amis doivent faire , au contraire il faut qu'ils fongent à procurer à ceux
qu'ils aiment tous les petits biens,
westant pas en estat deleur en faire avoir de grands ; mais vous estes dans un embarras d'amour propre,
qui vous tient de trop pres pour vous laiſſer le temps de penserà
ceux , dequi vous estes aimé, &il
vous fait fans ceffe courir apres ceux , que l'Envie empesche de
convenirdevostremerite. Necherchezplusà les enconvaincre.Eftes- vous àſçavoirque la Verité s'éta- blit par elle-mesme , & que c'est 0145 fonprivilege depercertousles nua
tte
les
A
Y
eft
que
ges pourse découvrir ? C'est une
Bij
28 LE MERCVRE
preuve du parfait merite , de vi- vrc avec nonchalancefans briguer l'approbation, il faut qu'elle vien- ne à la fin payer tribut fans que lon' en prenne foin. Regardez le Héros , aupres de qui vous eſtes attaché. Voyezcomme il semble estre de loisir , il ne fait plus rien parce qu'ila tout fait,car iln'est point d'esprit qu'il n'ait parfaite- mentafſujetty à croire qu'il est un des plus grands Hommes du monde,
& pour peu qu'il commençât à
s'ennuyer dans sa folitude , ilfe trouve un remede tout prest. Il n'a qu'à tourner les yeux du cofté defa gloire,pourvoir le plus beau pe- Etacle , que jamais Mortel ait pû donnerà l'Univers. Avec une telle Sauvegardeiln'estpointde chagrin qui le puiſſe attaquer. La mort mesme , qui ofe tout nepourra rien contre luy , car lors qu'elle croira
GALANT. 29
-
le
es
le
съ
ift
te141
de
sestre enrichie d'unefi noble proye,
elle n'aurafait que le débaraſſerde
ce qu'il avoit de commun avec le
refte des Hommes , pour le laiffer
pluspurement en estat d'aller pren- dre place entre les Demy-Dieux.
Mais s'il trouvoitſon compte à cela,nousn'y trouverions
ftre en
Le no pas be le perdant ; c'est pourquoy Monsieur l'Abbé , ne fongez pas tant àécrire *7771
en beau langage , que vous ne reſviez profondement àce
que l'Art de la Medecine peut
Se fournir de Secrets, pour prolonger fur la terreunesi belle vie ; &par là voſtre Siecle vous fera beaucoup
plus redevablé , que de toutes les
chofes que vouspourriez d'ailleurs faire pour fon ornement. En mon.
particulier je ne vous quittepoint à moins de me promettre pour ce Grand Homme encore une centaine
L'années; & pour vous en récompu
elle
yin
ort
-ien
1
Biij
30 LE MERCVRE penſer,jeſouhaiteque toutle mon- de convienne avec moy que Mon- fieur l'AbbéBourdelot est tout com- pté &rabattu , un desHommes du
monde de laplus agreable conuer- fation
la Comteſſe deBregy ,
Si
A Monfieur l'Abbé Bourdelot.
d'ac- I vous me regardez du coſtéde la capacité,je demcure cord que mon dro't n'est pas bien fondé à me plaindre de vous , de ne m'avoir point montré vos Ou- vrages: Mais s'il vous avoit plû,
Monsieur , de confiderer ceux qui vous aiment le mieux , par cette regle là j'aurois receu devous les Vers que vous avez faits pour MonsieurColbert , dont lefeulha- zard mefit hier prefcnt. Cela est beau que ce nefoitpas devous que jeles aye reçeus. Nesçavez-vous
GALANT. 27
E
de
en
de
pasbien que tout ce qui sert àvo- ſtregloire,fert aussiàma joye ,
que d'ailleurs bien de choses ne m'en donnent pas tant qu'il foit neceffaire de m'en retrancher ? Ce n'est pas là ce que les Amis doivent faire , au contraire il faut qu'ils fongent à procurer à ceux
qu'ils aiment tous les petits biens,
westant pas en estat deleur en faire avoir de grands ; mais vous estes dans un embarras d'amour propre,
qui vous tient de trop pres pour vous laiſſer le temps de penserà
ceux , dequi vous estes aimé, &il
vous fait fans ceffe courir apres ceux , que l'Envie empesche de
convenirdevostremerite. Necherchezplusà les enconvaincre.Eftes- vous àſçavoirque la Verité s'éta- blit par elle-mesme , & que c'est 0145 fonprivilege depercertousles nua
tte
les
A
Y
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que
ges pourse découvrir ? C'est une
Bij
28 LE MERCVRE
preuve du parfait merite , de vi- vrc avec nonchalancefans briguer l'approbation, il faut qu'elle vien- ne à la fin payer tribut fans que lon' en prenne foin. Regardez le Héros , aupres de qui vous eſtes attaché. Voyezcomme il semble estre de loisir , il ne fait plus rien parce qu'ila tout fait,car iln'est point d'esprit qu'il n'ait parfaite- mentafſujetty à croire qu'il est un des plus grands Hommes du monde,
& pour peu qu'il commençât à
s'ennuyer dans sa folitude , ilfe trouve un remede tout prest. Il n'a qu'à tourner les yeux du cofté defa gloire,pourvoir le plus beau pe- Etacle , que jamais Mortel ait pû donnerà l'Univers. Avec une telle Sauvegardeiln'estpointde chagrin qui le puiſſe attaquer. La mort mesme , qui ofe tout nepourra rien contre luy , car lors qu'elle croira
GALANT. 29
-
le
es
le
съ
ift
te141
de
sestre enrichie d'unefi noble proye,
elle n'aurafait que le débaraſſerde
ce qu'il avoit de commun avec le
refte des Hommes , pour le laiffer
pluspurement en estat d'aller pren- dre place entre les Demy-Dieux.
Mais s'il trouvoitſon compte à cela,nousn'y trouverions
ftre en
Le no pas be le perdant ; c'est pourquoy Monsieur l'Abbé , ne fongez pas tant àécrire *7771
en beau langage , que vous ne reſviez profondement àce
que l'Art de la Medecine peut
Se fournir de Secrets, pour prolonger fur la terreunesi belle vie ; &par là voſtre Siecle vous fera beaucoup
plus redevablé , que de toutes les
chofes que vouspourriez d'ailleurs faire pour fon ornement. En mon.
particulier je ne vous quittepoint à moins de me promettre pour ce Grand Homme encore une centaine
L'années; & pour vous en récompu
elle
yin
ort
-ien
1
Biij
30 LE MERCVRE penſer,jeſouhaiteque toutle mon- de convienne avec moy que Mon- fieur l'AbbéBourdelot est tout com- pté &rabattu , un desHommes du
monde de laplus agreable conuer- fation
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Résumé : LETTRE DE MADAME la Comtesse de Bregy, A Monsieur l'Abbé Bourdelot.
Dans sa lettre à l'Abbé Bourdelot, la Comtesse de Bregy exprime son admiration pour ses œuvres et son désir de recevoir les vers qu'il a écrits pour Monsieur Colbert. Elle souligne que la gloire de l'Abbé lui procure de la joie et critique son habitude de ne pas partager ses œuvres avec ses proches, préférant chercher l'approbation de ceux qui sont jaloux de son mérite. La Comtesse compare l'Abbé à un héros indifférent aux approbations extérieures et l'encourage à se concentrer sur la médecine pour prolonger sa vie. Elle souhaite qu'il vive encore longtemps et continue à contribuer à la médecine, estimant que cela serait plus bénéfique pour son siècle que ses écrits.
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32
p. 46-61
« Je devrois estre déja devant S. Omer; mais je ne puis [...] »
Début :
Je devrois estre déja devant S. Omer; mais je ne puis [...]
Mots clefs :
Aventure, Cavalier, Dame, Conversation, Repas, Vin, Dormir, Dents
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je devrois estre déja devant S. Omer; mais je ne puis [...] »
Je devrois eſtre déja devant
S. Omer ; mais je ne puis me defendre de m'arreſter encor un
momenticy, pourvous faire rire d'une Avanture dont unCavalier , que vous connoiffez toutes les peines du monde àſe conſoler: c'eſt celuy , qui au dernier Voyage que vous fiſtes icy, vousdittant d'agreablesBa- gatelles aux Tuilleries. Vous
ſçavez , Madame , combienſa converſation eſt enjoüée. C'eſt un talent merveilleux pour ſe faire ſouhaiterpar tout. Il dit les chofes finement , fait un Conte
GALAN T. 31
1.
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۲۰
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debonne grace, & il feroit pref- que fans defaut , s'il n'avoit pas celuy de ſe mettre quelquefois de trop bonne humeur , quand il reçoit un Défy dans la Dé- bauche. Il s'oublie pourtant af- ſez rarement la-deſſus &s'ilne
s'en corrige pas tout à fait, c'eſt parce , qu'iln'a que cequi s'ap- pelleunVingay,&que ſe don- nant ſeulement tout à la joye , il ne s'en eſt jamais fait d'affaires,
que celle que je vous vais con- ter. On l'avoit mis d'un fort
grandRepas chez Bergerat. Vn Comte & un Marquis de fes plus particuliers Amis s'y trou- verent : ils eſtoient tous deux de
ſa confidence , &ils avoient habitudel'un & l'autre chez une
Damequi ne montroit pas d'in- difference pour luy. La Dame eftoit digne de ſes ſoins , jeune,
Biv
32 LE MERCVRE
aimable , mais d'une fierté à
gronder long- tempspourpeude chofe. Toutes ces circonstances.
font àſçavoir pour l'intelligence de l'Histoire. On ſe metà Table , on rit, on chante , on dit
des folies , & le Cavalier porte fi loin la joye , qu'il la fait aller juſqu'a l'excés. Il boit la ſanté des Belles , exagere leur merite,
&laiſſe égarer ſa raiſon à force de vouloir raifonner Apresquel- ques rafadesun peu trop large- mentréïterées , il ſe jette ſur un Lit de repos , l'aſſoupiſſement l'y prend,&il eſt tel que l'heu- rede ſe ſeparer arrive avantqu'il aitceffé dedormir. Ses Amis ſe
croyent obligez d'en prendre foin. On le porte dans le Car- roffe du Comte , qui le fait me- ner chez luy. Ses Laquais le des- habillét,on le couche fans qu'il
GALAN T. 33
e
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1
te
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Hre
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faffe autre choſe qu'ouvrir un peu les yeux &ſe rendormir. Ce long oubly de luy-meſme mer leComte en humeurde luy fai- re piece. Il oblige une de ſes Amies d'aller chez la Dame ,
dont je vous ay fait la peinture.
Elle la met ſur le chapitre du Cavalier , &luy demande fi elle eſtoit broüillée avec luy , parce qu'il s'eſtoit trouvé en lieu où il n'avoit pas parlé d'elle comme il devoit. La Dame eſtoit fiere,
elle prend feu , & luy prepare une froideur plus propre à le chagriner que ne pourroient faire ſes plaintes. C'eſtoit là ce que le Comtevouloit. Il va trou- ver le Marquis leur Amycom- mun , & concerte avec luy le perſonnage qu'il doit joüer. La nuit ſe paſſe , le Cavaliers'éveil- le ,&eft fort furpris de ſe trou
Bv
34 LE MERCVRE
ver chez le Comte , qui entre un
moment apresdans ſaChambre.
Il s'informe de l'enchantement
qui l'amis oùil ſe voit. Le Com- te foûrit , &luydemandes'il ne ſeſouvient plus detoutes les fo-- lies qu'il a faites depuis le Repas de Bergerat. Il luy fait croire qu'il l'avoit trouvé chez une Ducheſſe d'où il l'avoir ramené
chez luy , parce qu'iln'eſtoit pas dans ſon bon ſens. Il adjoûte qu'il venoitde ſçavoirqu'il avoit rendu viſite àſon Amie , à qui il avoitdit force impertinences;, qu'on ne luy avoit pû dire pré- cifément ce que c'eſtoit , mais qu'elle en eſtoit fort indignée,
&d'autant plus que c'eſtoit en preſence du Marquis qu'il luy avoitdit toutes les choſes deſobligeantes dont elleſe plaignoit.. LeCavalier ne ſçaitoù il en eſt.
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Il ſe ſouvient duRepas deBer- gerat. Mais il neſe ſouvient de rien autre choſe. Il ne laiſſe pas d'eſtre perfuadé , que comme il eſt venu coucher chez le Comte ſans s'en eftre apperçeu, il peutbien avoir fait toutes lesex- travagances dont on l'accufe. W
courtchez le Marquis. LeMar٦١٨
*
quis , qui estoit inftruit, débute
auec luy par une grande Mercu- riale. Il luy ditqu'il ne comprend point comment il a pû s'oublier au point qu'il a fait , qu'on ne traite point une Femme qu'on eftime , comme il a traité ſon
Amie , & qu'il meritoit bien qu'elle ne renoüât jamais avec luy. Le Cavalier veut ſçavoir fon crime ; ce crime eſt qu'il a
reproché à la Dame devant luy qu'elle avoit de fauffe Dents,
qu'il ne s'eſt pas contenté de le Bvj
36 LE MERCVRE dire une fois qu'il l'a repeté , &.
qu'elle en eſt dans une fi grande colere, qu'il fera bien d'allerl'ap-- paiſerſur l'heure, afin qu'elle ne s'affermiſſe pas dans la refolutionde ne luy pardonner jamais:
Je ne vous puis dire , Madame,
ſi le Marquis crut ſuppoſer ce defaut àla Belle,où s'il ſçavoit qu'il fuſt effectif, mais la verité eſt que toutes ſes Dents n'ef- toient point à elle. Le malheur de les perdre eſt inévitable à
bien de Gens , & on n'eſt point:
blamable d'y remedier ; mais les Dames qui le cachent avec ſoin,
nefontpas bien aiſes qu'on s'ens apperçoive , & il faut toûjours avoir la difcretion de n'en rien
voir. Le Cavalier aimoit la Dame , il donne dans le panneau,
va chez elle , apres avoir quitté le Marquis ; & ne jugeant pas
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qu'une injure de faufſes Dents reprochées ſoit difficile à ou blier , parce qu'il ne croit pas qu'elle en airde fauffes , il com- mence par des excuſes genera- lesd'avoir laiſſe échapper quel- que choſe quiluy air deplû. La Damequ'on eſtoit venue aver- tir dupeu de confideration qu'il avoit montré pour elle , répond fierement qu'elle semettoit fort peu en peine de ce qu'il avoit pû dire ſur ſon chapitre , que c'e- ſtoit tantpis pour luy ,&qu'elle ſe croyoit à couvertde toute for- te de cenfures , fi on ne diſoit
que des veritez . C'eſt parlà que le Cavalier pretend qu'on luy doit aifément pardonner , puis qu'eſtantdansuneſtat à ne ſça- voir pas trop bien ce qu'il diſoit,
il l'avoit accufée d'avoirde faufſes Dents , elle qui les avoit fi
38 LE MERCVRE belles & fi bien rangées par la Nature. La Dame qui ſe ſent attaquée par ſon foible ne peut plus ſe retenir ; elle croit qu'a- pres avoir mal parlé d'elle , il a
encor l'infolence de la venir infulter. Elle éclate; & plus elle marque de colere , plus il de- mande ce qu'ily a de criminel dans l'article ſuposé des fauſſes Dents. Elle le chaſſe, il s'obſtine
àdemeurer , revient encor à ſes
Dents , &la met dans une telle
impatience qu'elle le quitte, &
va s'enfermer dans ſon Cabinet..
Le Cavalier demeure dans une
furpriſe inconcevable. Il s'addreſſe à ſa Suivante , & veut
l'employer à faire ſa paix. La Suivante l'entreprend , luy de- mande dequoy il s'eſt aviſé de parlerdes Dents de ſa Maiſtref fe , & luy ayant dit qu'elle ne
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doit compte àperſonne ſi elle en a d'appliquées ou non, elle luy fait enfinſoupçonnerqu'il pour- roit avoir dit vray en n'y pen- ſant pas. Cependant il eſt obli- gé de fortir ſans avoir pû faire fatisfaction à la Dame. Ileſt retourné dix fois chez elle depuis ce temps-là , & elle ne l'a point encore voulu recevoir. Voilà ,
Madame, en quel eſtat font les choſes. LeCavalier à découvert
depuis deux jours la piece que fesAmisluy avoient joüée , il en eſt fort piqué, &ily aura peut- eſtre de la ſuite que je neman- queray pas à vous apprendre.
S. Omer ; mais je ne puis me defendre de m'arreſter encor un
momenticy, pourvous faire rire d'une Avanture dont unCavalier , que vous connoiffez toutes les peines du monde àſe conſoler: c'eſt celuy , qui au dernier Voyage que vous fiſtes icy, vousdittant d'agreablesBa- gatelles aux Tuilleries. Vous
ſçavez , Madame , combienſa converſation eſt enjoüée. C'eſt un talent merveilleux pour ſe faire ſouhaiterpar tout. Il dit les chofes finement , fait un Conte
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debonne grace, & il feroit pref- que fans defaut , s'il n'avoit pas celuy de ſe mettre quelquefois de trop bonne humeur , quand il reçoit un Défy dans la Dé- bauche. Il s'oublie pourtant af- ſez rarement la-deſſus &s'ilne
s'en corrige pas tout à fait, c'eſt parce , qu'iln'a que cequi s'ap- pelleunVingay,&que ſe don- nant ſeulement tout à la joye , il ne s'en eſt jamais fait d'affaires,
que celle que je vous vais con- ter. On l'avoit mis d'un fort
grandRepas chez Bergerat. Vn Comte & un Marquis de fes plus particuliers Amis s'y trou- verent : ils eſtoient tous deux de
ſa confidence , &ils avoient habitudel'un & l'autre chez une
Damequi ne montroit pas d'in- difference pour luy. La Dame eftoit digne de ſes ſoins , jeune,
Biv
32 LE MERCVRE
aimable , mais d'une fierté à
gronder long- tempspourpeude chofe. Toutes ces circonstances.
font àſçavoir pour l'intelligence de l'Histoire. On ſe metà Table , on rit, on chante , on dit
des folies , & le Cavalier porte fi loin la joye , qu'il la fait aller juſqu'a l'excés. Il boit la ſanté des Belles , exagere leur merite,
&laiſſe égarer ſa raiſon à force de vouloir raifonner Apresquel- ques rafadesun peu trop large- mentréïterées , il ſe jette ſur un Lit de repos , l'aſſoupiſſement l'y prend,&il eſt tel que l'heu- rede ſe ſeparer arrive avantqu'il aitceffé dedormir. Ses Amis ſe
croyent obligez d'en prendre foin. On le porte dans le Car- roffe du Comte , qui le fait me- ner chez luy. Ses Laquais le des- habillét,on le couche fans qu'il
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faffe autre choſe qu'ouvrir un peu les yeux &ſe rendormir. Ce long oubly de luy-meſme mer leComte en humeurde luy fai- re piece. Il oblige une de ſes Amies d'aller chez la Dame ,
dont je vous ay fait la peinture.
Elle la met ſur le chapitre du Cavalier , &luy demande fi elle eſtoit broüillée avec luy , parce qu'il s'eſtoit trouvé en lieu où il n'avoit pas parlé d'elle comme il devoit. La Dame eſtoit fiere,
elle prend feu , & luy prepare une froideur plus propre à le chagriner que ne pourroient faire ſes plaintes. C'eſtoit là ce que le Comtevouloit. Il va trou- ver le Marquis leur Amycom- mun , & concerte avec luy le perſonnage qu'il doit joüer. La nuit ſe paſſe , le Cavaliers'éveil- le ,&eft fort furpris de ſe trou
Bv
34 LE MERCVRE
ver chez le Comte , qui entre un
moment apresdans ſaChambre.
Il s'informe de l'enchantement
qui l'amis oùil ſe voit. Le Com- te foûrit , &luydemandes'il ne ſeſouvient plus detoutes les fo-- lies qu'il a faites depuis le Repas de Bergerat. Il luy fait croire qu'il l'avoit trouvé chez une Ducheſſe d'où il l'avoir ramené
chez luy , parce qu'iln'eſtoit pas dans ſon bon ſens. Il adjoûte qu'il venoitde ſçavoirqu'il avoit rendu viſite àſon Amie , à qui il avoitdit force impertinences;, qu'on ne luy avoit pû dire pré- cifément ce que c'eſtoit , mais qu'elle en eſtoit fort indignée,
&d'autant plus que c'eſtoit en preſence du Marquis qu'il luy avoitdit toutes les choſes deſobligeantes dont elleſe plaignoit.. LeCavalier ne ſçaitoù il en eſt.
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Amie , & qu'il meritoit bien qu'elle ne renoüât jamais avec luy. Le Cavalier veut ſçavoir fon crime ; ce crime eſt qu'il a
reproché à la Dame devant luy qu'elle avoit de fauffe Dents,
qu'il ne s'eſt pas contenté de le Bvj
36 LE MERCVRE dire une fois qu'il l'a repeté , &.
qu'elle en eſt dans une fi grande colere, qu'il fera bien d'allerl'ap-- paiſerſur l'heure, afin qu'elle ne s'affermiſſe pas dans la refolutionde ne luy pardonner jamais:
Je ne vous puis dire , Madame,
ſi le Marquis crut ſuppoſer ce defaut àla Belle,où s'il ſçavoit qu'il fuſt effectif, mais la verité eſt que toutes ſes Dents n'ef- toient point à elle. Le malheur de les perdre eſt inévitable à
bien de Gens , & on n'eſt point:
blamable d'y remedier ; mais les Dames qui le cachent avec ſoin,
nefontpas bien aiſes qu'on s'ens apperçoive , & il faut toûjours avoir la difcretion de n'en rien
voir. Le Cavalier aimoit la Dame , il donne dans le panneau,
va chez elle , apres avoir quitté le Marquis ; & ne jugeant pas
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que des veritez . C'eſt parlà que le Cavalier pretend qu'on luy doit aifément pardonner , puis qu'eſtantdansuneſtat à ne ſça- voir pas trop bien ce qu'il diſoit,
il l'avoit accufée d'avoirde faufſes Dents , elle qui les avoit fi
38 LE MERCVRE belles & fi bien rangées par la Nature. La Dame qui ſe ſent attaquée par ſon foible ne peut plus ſe retenir ; elle croit qu'a- pres avoir mal parlé d'elle , il a
encor l'infolence de la venir infulter. Elle éclate; & plus elle marque de colere , plus il de- mande ce qu'ily a de criminel dans l'article ſuposé des fauſſes Dents. Elle le chaſſe, il s'obſtine
àdemeurer , revient encor à ſes
Dents , &la met dans une telle
impatience qu'elle le quitte, &
va s'enfermer dans ſon Cabinet..
Le Cavalier demeure dans une
furpriſe inconcevable. Il s'addreſſe à ſa Suivante , & veut
l'employer à faire ſa paix. La Suivante l'entreprend , luy de- mande dequoy il s'eſt aviſé de parlerdes Dents de ſa Maiſtref fe , & luy ayant dit qu'elle ne
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Madame, en quel eſtat font les choſes. LeCavalier à découvert
depuis deux jours la piece que fesAmisluy avoient joüée , il en eſt fort piqué, &ily aura peut- eſtre de la ſuite que je neman- queray pas à vous apprendre.
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Résumé : « Je devrois estre déja devant S. Omer; mais je ne puis [...] »
Le texte narre une aventure impliquant un cavalier réputé pour son talent de conversation et son humour, mais également pour son tempérament impulsif après avoir consommé de l'alcool. Lors d'un repas chez Bergerat, le cavalier se laisse emporter par la joie et, après s'être endormi, est ramené chez un comte par ses amis. Le comte et un marquis, amis du cavalier, décident de profiter de la situation pour le punir d'une offense imaginaire. Ils lui font croire qu'il a insulté une dame en lui reprochant d'avoir de fausses dents, ce qui est en réalité faux. Le cavalier, ignorant la supercherie, tente de se justifier auprès de la dame, mais elle le chasse, furieuse. Le cavalier, perplexe, essaie de se racheter sans succès. Il découvre finalement la vérité deux jours plus tard et est contrarié par la plaisanterie de ses amis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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33
p. 81-91
« A propos d'Ouvrages d'Esprit, je me trouvay dernierement chez une [...] »
Début :
A propos d'Ouvrages d'Esprit, je me trouvay dernierement chez une [...]
Mots clefs :
Ouvrages d'esprit, Dame, Académie française, Chevalier de Méré, Traités, Assemblée, Héroïne mousquetaire, Lettre, Nouvelle, Hollande
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A propos d'Ouvrages d'Esprit, je me trouvay dernierement chez une [...] »
Apro- posd'Ouvragesd'Eſprit , je me trouvaydernierement chez une Dame qui en juge admirable- mentbien, auffi voit-elle cequ'il y a de plus beaux Eſprits en France. Elle entend les Langues , fait des Vers qu'il feroit difficile demieux tourner ; &la
pluſpart de nos Illuftres de l'A- cademie Françoiſe , ne dédai- gnent pas de la conſulter fur leurs Ouvrages avantque de les
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l'afimes
dans
que
ten
donner au Public. Onmit ſur le
tapis les trois Traitez que M le ChevalierdeMeré a fait impri- mer depuis peu , &je fusravy,
Madame , de voir que tout le bien qu'on en ditſe rapportât à
F'eſtimeparticuliere que vous en faites. L'un fut pour le Traité de l'Eſprit,l'autre pour celuy de P'Eloquence , & la Dame ſe de- clara pour les Agrémens ; mais il n'y eut perſonne qui ne con- vinſt que tous les trois eſtoient able écrits avec une facilité &une
qul pureté de langage qui ne fatis- faifoit pas moins les oreilles,que leurs folides raiſonnemens rem.
pliſſoient l'eſprit. On parla en
ilen
pro
unt
sen
Lanerot
&la
I'Adair
ſuite de l'Heroïne Mouſquetaire qu'on loüa en bien des choſes , mais qu'on prit pour une - fur Hiſtoire faite à plaifir , quoy Heles qu'on nousla donne pour veri C iij
54 LE MERCVRE table. Quelqu'un pretendit qué Chriſtine qui tuë ſon Frere cro- yant tirer ſur un Sanglier , n'é- toit autre choſe que la Fable de Procris &deCephale ;&fur ce qu'une partie de l'Aſſemblée fut dumeſme ſentiment , un autre
prit la parole , & dit qu'il arri voit quelquefois des chofes extraordinaires qui pour n'avoir rien de vray-ſemblable, ne laif- foient pasd'eſtre vrayes,&qu'on luy enavoitmandé une deHol- lande , dont il ne doutoit point que toute la Compagnie ne fuft ſurpriſe. Il tira enmeſme temps une Lettre de ſa poche écrite à
Amſterdam , & datée du 15. de Juin; &en ayant paffé les tren-- te premieres lignes, leut l'Arti- cle qui fuit.
Ily a preſentement icy un Pro-- phetevestu d'une Robe de toutefor-
GALANT5
que
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te de couleurs , laquelle n'a point de couture, quoy qu'elle soit de plu- fieurs pieces. Elle n'eft ny defil ny de coton, ny defoye , ny de laine,
ny de poil, ou de peau d'aucun Ani- mal, & elle n'est point faite de main d'Homme. Le ne sçay ce que sepretendu Prophetepeut avoirde commun avec les Sectacteurs de la
ridicule Opinion des Pré-Adamites , mais onfait courir le bruitque ceux dont il tire fon origine ont
precedéAdam. Il porte une Cou- ronneſurſa teſte , &il n'est point marié,quoy qu'ilait plusieurs Fem- mes. Elles vivent toutes avec luy Sans jalousie, tant il établit un bon ordre entr'elles. Il est tres -fobre, ne
vivant pour l'ordinaire que dure- but des Chiens. Il mepriſe l'or &
l'argent , &n'enajamaisfait au- cun cas. Il va toûjours pieds nuds
auffi-bien l'Hyver que l'Esté, &il Ciiij
36 LE MERCVRE marchefort gravement. On ne m'a pûdire de quelle croyance il eſtoit
mais il est certain qu'il commence àrendrefes loüanges à Dicu dés lanuit , & avant le lever du Soleil. Il les continuë prefque àtou tes les heures du jour ; &malgré ce Join il ne pratiquepoint l'humili
té, au contraire il est courageux &ficr. Ceux quise connoiffent en phiſionomie, pretendent qu'il court riſque de ne mourir point de fa
mort naturelle , mais d'une mort
violente.
Chacun raifonna fur cette
Nouvelle. Les uns dirent qu'il
n'eſtoit pas furprenant qu'on vit de temps en temps de ces faux Prophetes ou Sectaires en Hol- fande , parce qu'on y fouffroit toute forte de Religions , & ils adjoûterent qu'il n'y avoit pas encor long-temps qu'il s'y en
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en
eſtoit rencontréunqui catechi- foit & prefchoit publiquement,
&qui avoit eſté enfin confiné
par le Magiſtrat dans une étroi- te Priſon àEmbden, où il devoit finir ſes jours , Qu'on n'ignoroit pasle bruitqu'avoit fait enAn- gleterre pendant l'interegne un Quakel , ou Chef des Trem- bleurs , àqui le Parlement avoit fait couper la langue ; & que vers l'Arabie on en avoit veuun
autre depuis douze ans , qui ſe diſoit le Meſſie ; qu'il eſtoitſuiuy quelquefois deplus de cinquan- te mille Hommes ; & que le Grand Seigneur avoiteſte obli- gé d'envoyer contre luy une Armée confiderable pour ledé- truire avec fon party. On revint àceluy de Hollande, &il n'y eur perſonne qui ne diſt qu'il meri- toit le feu , &que le Phiſiono
Cv
58 LE MERCVRE mifte avoit eu raiſon de juger que ſa mort ſeroit violente. Il
prit là-deſſus unfort gråd éclat de rire à celuy qui avoit mon- tré la Lettre. Il ne voulut plus cacher qu'il l'avoit fait écrire pour ſe divertir , qu'elle ne con- tenoit qu'unEnigme, &que le Prophete eſtoit le Coq qui an- nonçoit la venuë du jour. On n'eutpas de peine à faire l'appli- cationdu reſte,& cette folie fut
un agreable divertiſſement à
ceux qui n'avoient pointde part aux férieuſes reflexions qu'on y
avoitfaites.
pluſpart de nos Illuftres de l'A- cademie Françoiſe , ne dédai- gnent pas de la conſulter fur leurs Ouvrages avantque de les
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tapis les trois Traitez que M le ChevalierdeMeré a fait impri- mer depuis peu , &je fusravy,
Madame , de voir que tout le bien qu'on en ditſe rapportât à
F'eſtimeparticuliere que vous en faites. L'un fut pour le Traité de l'Eſprit,l'autre pour celuy de P'Eloquence , & la Dame ſe de- clara pour les Agrémens ; mais il n'y eut perſonne qui ne con- vinſt que tous les trois eſtoient able écrits avec une facilité &une
qul pureté de langage qui ne fatis- faifoit pas moins les oreilles,que leurs folides raiſonnemens rem.
pliſſoient l'eſprit. On parla en
ilen
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ſuite de l'Heroïne Mouſquetaire qu'on loüa en bien des choſes , mais qu'on prit pour une - fur Hiſtoire faite à plaifir , quoy Heles qu'on nousla donne pour veri C iij
54 LE MERCVRE table. Quelqu'un pretendit qué Chriſtine qui tuë ſon Frere cro- yant tirer ſur un Sanglier , n'é- toit autre choſe que la Fable de Procris &deCephale ;&fur ce qu'une partie de l'Aſſemblée fut dumeſme ſentiment , un autre
prit la parole , & dit qu'il arri voit quelquefois des chofes extraordinaires qui pour n'avoir rien de vray-ſemblable, ne laif- foient pasd'eſtre vrayes,&qu'on luy enavoitmandé une deHol- lande , dont il ne doutoit point que toute la Compagnie ne fuft ſurpriſe. Il tira enmeſme temps une Lettre de ſa poche écrite à
Amſterdam , & datée du 15. de Juin; &en ayant paffé les tren-- te premieres lignes, leut l'Arti- cle qui fuit.
Ily a preſentement icy un Pro-- phetevestu d'une Robe de toutefor-
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ny de poil, ou de peau d'aucun Ani- mal, & elle n'est point faite de main d'Homme. Le ne sçay ce que sepretendu Prophetepeut avoirde commun avec les Sectacteurs de la
ridicule Opinion des Pré-Adamites , mais onfait courir le bruitque ceux dont il tire fon origine ont
precedéAdam. Il porte une Cou- ronneſurſa teſte , &il n'est point marié,quoy qu'ilait plusieurs Fem- mes. Elles vivent toutes avec luy Sans jalousie, tant il établit un bon ordre entr'elles. Il est tres -fobre, ne
vivant pour l'ordinaire que dure- but des Chiens. Il mepriſe l'or &
l'argent , &n'enajamaisfait au- cun cas. Il va toûjours pieds nuds
auffi-bien l'Hyver que l'Esté, &il Ciiij
36 LE MERCVRE marchefort gravement. On ne m'a pûdire de quelle croyance il eſtoit
mais il est certain qu'il commence àrendrefes loüanges à Dicu dés lanuit , & avant le lever du Soleil. Il les continuë prefque àtou tes les heures du jour ; &malgré ce Join il ne pratiquepoint l'humili
té, au contraire il est courageux &ficr. Ceux quise connoiffent en phiſionomie, pretendent qu'il court riſque de ne mourir point de fa
mort naturelle , mais d'une mort
violente.
Chacun raifonna fur cette
Nouvelle. Les uns dirent qu'il
n'eſtoit pas furprenant qu'on vit de temps en temps de ces faux Prophetes ou Sectaires en Hol- fande , parce qu'on y fouffroit toute forte de Religions , & ils adjoûterent qu'il n'y avoit pas encor long-temps qu'il s'y en
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&qui avoit eſté enfin confiné
par le Magiſtrat dans une étroi- te Priſon àEmbden, où il devoit finir ſes jours , Qu'on n'ignoroit pasle bruitqu'avoit fait enAn- gleterre pendant l'interegne un Quakel , ou Chef des Trem- bleurs , àqui le Parlement avoit fait couper la langue ; & que vers l'Arabie on en avoit veuun
autre depuis douze ans , qui ſe diſoit le Meſſie ; qu'il eſtoitſuiuy quelquefois deplus de cinquan- te mille Hommes ; & que le Grand Seigneur avoiteſte obli- gé d'envoyer contre luy une Armée confiderable pour ledé- truire avec fon party. On revint àceluy de Hollande, &il n'y eur perſonne qui ne diſt qu'il meri- toit le feu , &que le Phiſiono
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58 LE MERCVRE mifte avoit eu raiſon de juger que ſa mort ſeroit violente. Il
prit là-deſſus unfort gråd éclat de rire à celuy qui avoit mon- tré la Lettre. Il ne voulut plus cacher qu'il l'avoit fait écrire pour ſe divertir , qu'elle ne con- tenoit qu'unEnigme, &que le Prophete eſtoit le Coq qui an- nonçoit la venuë du jour. On n'eutpas de peine à faire l'appli- cationdu reſte,& cette folie fut
un agreable divertiſſement à
ceux qui n'avoient pointde part aux férieuſes reflexions qu'on y
avoitfaites.
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Résumé : « A propos d'Ouvrages d'Esprit, je me trouvay dernierement chez une [...] »
Le texte décrit une réunion chez une dame reconnue pour son jugement et ses talents littéraires. Elle est entourée de membres de l'Académie française qui sollicitent ses avis sur leurs ouvrages. La conversation se concentre sur les traités du Chevalier de Méré, notamment ceux portant sur l'esprit, l'éloquence et les agréments. Ces traités sont loués pour leur facilité et leur pureté de langage. Les participants discutent également de l'Héroïne Mousquetaire, qu'ils considèrent comme une histoire plaisante plutôt que véridique. Un membre de l'assemblée mentionne une lettre provenant d'Amsterdam. Cette lettre décrit un prophète vêtu d'une robe sans couture, fabriquée à partir de matériaux inconnus, et vivant de manière ascétique. La lettre s'avère être une énigme, le prophète étant en réalité un coq. Cette révélation suscite amusement et divertissement parmi les convives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 168-187
« Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Début :
Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...]
Mots clefs :
Bretonne, Étranger, Jalousie, Belles, Rivales, Qu'en dira-t-on, Vertu, Plaisirs, Mari, Opéra, Divertissement, Rendez-vous, Tête à tête
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texteReconnaissance textuelle : « Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Une Marquiſe du plus haut rang ( il en eft de toutesles ſor- tes ) mariée depuis fix ans àun des Principaux Officiers d'un fortgrandPrince , auroit d'affez méchantes heures à paffer par les frequens ſujets qu'il luydon- nede jalousie , fi elle n'avoit la prudence d'accommoder fon cœur à laneceffité deſa fortune.
Ce n'eſt pas qu'il n'
dreffe
'ait de laten-
&une confideration
toute particuliere pour elle ,
mais il ſe laiffe entraîner à un
penchant coquetqu'il ne ſcau- roit'vaincre , & quoy qu'il ne foit pas fort jeune, il est telle- ment ne avec la Galanterie ,
qu'il n'a pu s'en défaire par le Sacrement. Il fautqu'ilvoye les
GALANT. III
Belles. H les régale , les mene à
la Comédie & à l'Opéra , leur donnedes rétes ; &la fage маг- quife , qui ſçait combien l'éclat eſtdangereux avec un mary fur ces fortes de commerces , na
point trouvé de meilleur party à
prendre que celuydien plaifanı ter,&de ſe divertir de ſes Rivales, quandelle en peutdécou- vrir l'intrigue. Le Marquis, qui commence déja à grifonner , a
fait habitude depuis peu avec
tune aimable Bretonne , qui eft venue icy poursuivreun Procés avecſonMary. LaBelle est une de ces Femmes qui ne veulent point eſtre aimées àpetit bruit,
qui trouvent dela gloiredans le fracas , &qui aiment mieux en- tendre dire unpeu de mal d'el les ,quede n'enpoint faire par- ler. Elle n'est pas la ſeulede ce
W
112 LE MERCVRE
caractere , & nous en voyons .
tous les jours quiſemettent peu en peine du Qu'en dira-t-on pourveu qu'elles ſe puiſſent ju- ſtifier àelles-même du coſté de
leur vertu. Les apparences ſont contreelles tant qu'il vous plai- na,l'innocencedeleurs intrigues eſt untémoignage qui les fatis- fait , &n'ayant riende honteux àfe reprocher, ellespretendent que c'eſt une folie de s'aſſujet tir à vivre ſelon le caprice des Sots , qui fans vouloir penetrer les chofes, ne conſultent que leurmalignité dans le jugement qu'ils en font. Voilà l'humeur
delabelleBretonne. Le faſteluy plaift , & elle ne haït pas les Connoiſſancesd'éclat on abeau
en médire , il ſuffit qu'elle foir contented'elle-meſme,pourne pas renoncer aux plaiſirs qu'elle
GALANT. 113
5
J
s'en fait. Vne Viſite du grand
air la rejoüit ; &comme leMar- quis fait affez bonne figure à la Cour , elle s'accommoderoit
fortdes fiennes , fi enles faiſant
trop longues , il ne rompoit pas les meſures qu'elle prend pour ménager trois ou quatreProte- ſtans dont elle aime àſe divertir. Elle en a un Conſeiller , un
autrede profeffion de Bel Efprit (car il luy faut de tout ) & elle trouve moyen de rendre leurs pretentions comptables avec les foins d'unEtranger,dontla fina- ce &l'équipage luy font quel- quefois d'un fortgrand fecours.
LeMary n'y trouve rien àdire.Il aun Procés,qui luy tient plus an cœur que ſa Femme. Les fortes
Sollicitations font des abondan -
ces de Droit , qui ne ſe doivent
jamais negliger ; & de quelque
114 LE MERCVRE maniere que ce puiſſe eſtre,
quandonades lugesàfaire voir,
il est bon de ſe faire desAmis.
Le Marquis n'eut pas veutrois fois la Belle Bretonne , que la Marquiſeſa femme en fut aver- tie. Elle voulutvoir fi elle eſtoir
dignedes affiduitez defonMary,
ſe la fit montrer à l'Eglife , luy trouva de la Beauté ,&jugeant par les agrémens de ſa perſonne que l'attachement du Marquis pourroit avoir de la fuite,elle ne fongea plus qu'à sinformer à
fondde l'efprit &de la condui- te de fa nouvelle Rivale. Elle
'n'eut pas de peine à découvrir ſes habitudes. On luy nommma fur tout l'Etranger,qui luy eſtoit déja connu par la grande dé- penfe , qu'on luy voyoit faire.
Cet éclairciſſement ne luy fuffit pas. Elle pratiqua des Eſpions,
14
-
GALANT. τις qui la ſervirent fi fidellement,
qu'il ne ſe paſſoit plus rien chez la belle Bretonne,dont elle n'eût auſſi-tôt avis. Elle ſcavoit toutes les Viſites que luy rendoit fon Mary,les heures qu'elle mé- nageoit pour le Confeiller,& les teſte-à-teſte que l'Etranger en obtenoit. Sur ces lumieres elle
mouroitd'enviede trouver cette
Rivale en lieu où feignantdene la point connoiſtre , elle puſt luy rendre une partie du cha- grin qu'elle luy cauſoit. L'occa- fion s'en offrit parune rencon- tre fort inopinée. LaMarquiſe ſçavoit que fon Mary avoit re- tenu la Loge du Roy à l'Opéra,
quand ſes Efpions luy viennent dire que la belle Bretonne y al- loit auſſi ,ſans qu'ils euſſent pû découvrir avec qui. La Loge loüée par le Marquisneluyper
116 LE MERCURE
met point de douterque ce ne foit elle qu'il y mene. Elleveut eſtre témoin de ſes manieres
avec elle pendantce Divertiſſe -
ment. La choſe ne luy eſt pas difficile. Elle prendunhabit ne- gligé ;&avecuneſeule ſuivan- te ,elle fe fait ouvrir les troiſie- mes Loges , oppoſées àcelle ou devoit eſtre ſon Mary.. Elle y
trouve un Laquais qui gardoit desPlaces , reconnoiſt ſa livrée;
& s'imaginant qu'il y avoit de l'Avanture,parce que la précau- tionde les faire retenir au troifiéme rang,eſtoit une marque de Rédez-vous,elle prend les fien- nes ſurle méme Banc,&obferve
avecgrand foin ceux qui vien
nent unmoment apres occuper les autres. C'eſtoit l'Etranger avec une Dame , qui ayant ofté deux ou trois fois ſonLoup,tant
GALAN T. 117
E
1
acauſe de l'obſcurité du lieu ,
que dans la penſée qu'elle eût que rien ne luy devoit eſtre ſuſ- pect aux troiſiemes Loges , fit connoiſtre àlaMarquiſe.qu'elle avoit auprésd'elle cette meſme Bretonne , pour quielle croyoit que ſon Mary eût fait garder la Loge du Roy. L'occaſion eſtoit trop favorable pour n'en pas profiter. La Marquiſe demeure maſquée, les laifle joüir quelque moment du teſte-à-teſte , &fe
metenfin adroitemet dela converſation furdes matieres indifferentes. On commenced'allumer les chandelles , on ouvre
la Loge du Roy, le Marquisy
entre avec des Dames qu'il fait placer ; & l'Etranger l'ayant nommé d'abord , & adjoûte qu'il falloit qu'il fuſt toûjours avec les Belles , la Marquiſe
118 LE MERCVRE.
prend la parole , &dit qu'il y .
auroit dequoy faire unVolume de ſes differentes intriguesd'A- mour, fi on les ſçavoit auſſi par- ticulierement qu'elle. En mef- me temps elle commence l'Hi- ſtoire de deux ou trois Femmes, que labelle Bretonne n'é- toit pas fâchée d'écouter , s'i- maginant qu'elle ne viendroit pasjuſqu'àelle,ou que du moins elle ne parleroit que de quel- ques Viſites , qui ne devoient pas avoir fait grand bruit dans le monde. Cependant laMar- quiſe qui avoit ſon but , la vo- yant rire de quelque Avantu- re de fon Mary: ce qu'il ya de plaifant , pourſuit-elle , c'eſt que le bon Marquis , qui donne à
tout,aquité la Cour pourla Pro- vince ; c'eſt àdire qu'il fait pre- fentemet ſon quartier chezMa-
GALANT. : 419
10
16
dame de ***. C'eſt une Bretonne qui a des Amans de toute eſpece , qui les ménage tous àla fois , & qui entr'autres fait fa Dupe d'un Etranger , qu'on tient d'ailleurs honneſte Hom
me , & qui merireroit biende ne pas mettre , comme il fait , ſa tendreſſe à fonds perdu avec uneBelle , qui en aimant d'au- tres queluy,nele confidereque pourla dépenſe qu'il faitauprés d'elle. La Bretonne deſeſperée de ce commencement interrompt la marquiſe , &tâche à
tourner lediſcours ſur l'Opéra.
Mais elle a beau faire, l'Etranger qui eſt bien-aiſedes'éclaircirde cequile regarde,la priede con- tinuer , & malgré les interru- ptions de ſaRivale, la marquiſe informée de toute ſa conduite
par ſes Eſpions , n'oublie rien
د
420 LE MERCVRE
decequiluy eſt arrivé. L'Etran gerconnoîtparlàque quand el- le a quelquefois refusé de paf- ſer l'apreſdînée avec luy , c'eſt parce qu'elle l'avoit déja promi- ſe àunautre, &qu'elle neluy eſt venuë parler depuis huit jours dans ſon Anti-chambre, d'où elle avoitgrandhaſte de le conge- dier, que pour l'empeſcher de voir qu'elle dînoit teſte-à-teſte avec le marquis en l'abſence de ſon Mary. Toutes ces particula- ritez mettent la Bretonne dans
la derniere ſurpriſe , elle croit que le lieu où ils font , donne l'eſprit de Prophetie ou de Re- velation ; & l'Opéra commen- çant , elle feint de l'écouter ,
mais apparemment elle n'eſtoit pas fort en eftat de juger de la bonté de la muſique. La Mar- quiſe fort contente du rôle qu'- elle
i GALANT. 2
3
-
elle avoit joué , s'échapa avant la fin du cinquiéme Acte. Il eſt à croire que l'Etranger,qui étoit demeuré fort réveurdepuisl'ine ſtruction qu'il avoit reçeu,ditde bonnes choſes à la Bretonne
aprés le départ de la marquiſe.
On a ſçeu depuis, qu'ils avoient rompu enſemble , & voila com-- me quelquefois un Rendez- vous de teſte à teſte produn des effets tous contraires à cequ'on s'en promet
Ce n'eſt pas qu'il n'
dreffe
'ait de laten-
&une confideration
toute particuliere pour elle ,
mais il ſe laiffe entraîner à un
penchant coquetqu'il ne ſcau- roit'vaincre , & quoy qu'il ne foit pas fort jeune, il est telle- ment ne avec la Galanterie ,
qu'il n'a pu s'en défaire par le Sacrement. Il fautqu'ilvoye les
GALANT. III
Belles. H les régale , les mene à
la Comédie & à l'Opéra , leur donnedes rétes ; &la fage маг- quife , qui ſçait combien l'éclat eſtdangereux avec un mary fur ces fortes de commerces , na
point trouvé de meilleur party à
prendre que celuydien plaifanı ter,&de ſe divertir de ſes Rivales, quandelle en peutdécou- vrir l'intrigue. Le Marquis, qui commence déja à grifonner , a
fait habitude depuis peu avec
tune aimable Bretonne , qui eft venue icy poursuivreun Procés avecſonMary. LaBelle est une de ces Femmes qui ne veulent point eſtre aimées àpetit bruit,
qui trouvent dela gloiredans le fracas , &qui aiment mieux en- tendre dire unpeu de mal d'el les ,quede n'enpoint faire par- ler. Elle n'est pas la ſeulede ce
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112 LE MERCVRE
caractere , & nous en voyons .
tous les jours quiſemettent peu en peine du Qu'en dira-t-on pourveu qu'elles ſe puiſſent ju- ſtifier àelles-même du coſté de
leur vertu. Les apparences ſont contreelles tant qu'il vous plai- na,l'innocencedeleurs intrigues eſt untémoignage qui les fatis- fait , &n'ayant riende honteux àfe reprocher, ellespretendent que c'eſt une folie de s'aſſujet tir à vivre ſelon le caprice des Sots , qui fans vouloir penetrer les chofes, ne conſultent que leurmalignité dans le jugement qu'ils en font. Voilà l'humeur
delabelleBretonne. Le faſteluy plaift , & elle ne haït pas les Connoiſſancesd'éclat on abeau
en médire , il ſuffit qu'elle foir contented'elle-meſme,pourne pas renoncer aux plaiſirs qu'elle
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s'en fait. Vne Viſite du grand
air la rejoüit ; &comme leMar- quis fait affez bonne figure à la Cour , elle s'accommoderoit
fortdes fiennes , fi enles faiſant
trop longues , il ne rompoit pas les meſures qu'elle prend pour ménager trois ou quatreProte- ſtans dont elle aime àſe divertir. Elle en a un Conſeiller , un
autrede profeffion de Bel Efprit (car il luy faut de tout ) & elle trouve moyen de rendre leurs pretentions comptables avec les foins d'unEtranger,dontla fina- ce &l'équipage luy font quel- quefois d'un fortgrand fecours.
LeMary n'y trouve rien àdire.Il aun Procés,qui luy tient plus an cœur que ſa Femme. Les fortes
Sollicitations font des abondan -
ces de Droit , qui ne ſe doivent
jamais negliger ; & de quelque
114 LE MERCVRE maniere que ce puiſſe eſtre,
quandonades lugesàfaire voir,
il est bon de ſe faire desAmis.
Le Marquis n'eut pas veutrois fois la Belle Bretonne , que la Marquiſeſa femme en fut aver- tie. Elle voulutvoir fi elle eſtoir
dignedes affiduitez defonMary,
ſe la fit montrer à l'Eglife , luy trouva de la Beauté ,&jugeant par les agrémens de ſa perſonne que l'attachement du Marquis pourroit avoir de la fuite,elle ne fongea plus qu'à sinformer à
fondde l'efprit &de la condui- te de fa nouvelle Rivale. Elle
'n'eut pas de peine à découvrir ſes habitudes. On luy nommma fur tout l'Etranger,qui luy eſtoit déja connu par la grande dé- penfe , qu'on luy voyoit faire.
Cet éclairciſſement ne luy fuffit pas. Elle pratiqua des Eſpions,
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GALANT. τις qui la ſervirent fi fidellement,
qu'il ne ſe paſſoit plus rien chez la belle Bretonne,dont elle n'eût auſſi-tôt avis. Elle ſcavoit toutes les Viſites que luy rendoit fon Mary,les heures qu'elle mé- nageoit pour le Confeiller,& les teſte-à-teſte que l'Etranger en obtenoit. Sur ces lumieres elle
mouroitd'enviede trouver cette
Rivale en lieu où feignantdene la point connoiſtre , elle puſt luy rendre une partie du cha- grin qu'elle luy cauſoit. L'occa- fion s'en offrit parune rencon- tre fort inopinée. LaMarquiſe ſçavoit que fon Mary avoit re- tenu la Loge du Roy à l'Opéra,
quand ſes Efpions luy viennent dire que la belle Bretonne y al- loit auſſi ,ſans qu'ils euſſent pû découvrir avec qui. La Loge loüée par le Marquisneluyper
116 LE MERCURE
met point de douterque ce ne foit elle qu'il y mene. Elleveut eſtre témoin de ſes manieres
avec elle pendantce Divertiſſe -
ment. La choſe ne luy eſt pas difficile. Elle prendunhabit ne- gligé ;&avecuneſeule ſuivan- te ,elle fe fait ouvrir les troiſie- mes Loges , oppoſées àcelle ou devoit eſtre ſon Mary.. Elle y
trouve un Laquais qui gardoit desPlaces , reconnoiſt ſa livrée;
& s'imaginant qu'il y avoit de l'Avanture,parce que la précau- tionde les faire retenir au troifiéme rang,eſtoit une marque de Rédez-vous,elle prend les fien- nes ſurle méme Banc,&obferve
avecgrand foin ceux qui vien
nent unmoment apres occuper les autres. C'eſtoit l'Etranger avec une Dame , qui ayant ofté deux ou trois fois ſonLoup,tant
GALAN T. 117
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acauſe de l'obſcurité du lieu ,
que dans la penſée qu'elle eût que rien ne luy devoit eſtre ſuſ- pect aux troiſiemes Loges , fit connoiſtre àlaMarquiſe.qu'elle avoit auprésd'elle cette meſme Bretonne , pour quielle croyoit que ſon Mary eût fait garder la Loge du Roy. L'occaſion eſtoit trop favorable pour n'en pas profiter. La Marquiſe demeure maſquée, les laifle joüir quelque moment du teſte-à-teſte , &fe
metenfin adroitemet dela converſation furdes matieres indifferentes. On commenced'allumer les chandelles , on ouvre
la Loge du Roy, le Marquisy
entre avec des Dames qu'il fait placer ; & l'Etranger l'ayant nommé d'abord , & adjoûte qu'il falloit qu'il fuſt toûjours avec les Belles , la Marquiſe
118 LE MERCVRE.
prend la parole , &dit qu'il y .
auroit dequoy faire unVolume de ſes differentes intriguesd'A- mour, fi on les ſçavoit auſſi par- ticulierement qu'elle. En mef- me temps elle commence l'Hi- ſtoire de deux ou trois Femmes, que labelle Bretonne n'é- toit pas fâchée d'écouter , s'i- maginant qu'elle ne viendroit pasjuſqu'àelle,ou que du moins elle ne parleroit que de quel- ques Viſites , qui ne devoient pas avoir fait grand bruit dans le monde. Cependant laMar- quiſe qui avoit ſon but , la vo- yant rire de quelque Avantu- re de fon Mary: ce qu'il ya de plaifant , pourſuit-elle , c'eſt que le bon Marquis , qui donne à
tout,aquité la Cour pourla Pro- vince ; c'eſt àdire qu'il fait pre- fentemet ſon quartier chezMa-
GALANT. : 419
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dame de ***. C'eſt une Bretonne qui a des Amans de toute eſpece , qui les ménage tous àla fois , & qui entr'autres fait fa Dupe d'un Etranger , qu'on tient d'ailleurs honneſte Hom
me , & qui merireroit biende ne pas mettre , comme il fait , ſa tendreſſe à fonds perdu avec uneBelle , qui en aimant d'au- tres queluy,nele confidereque pourla dépenſe qu'il faitauprés d'elle. La Bretonne deſeſperée de ce commencement interrompt la marquiſe , &tâche à
tourner lediſcours ſur l'Opéra.
Mais elle a beau faire, l'Etranger qui eſt bien-aiſedes'éclaircirde cequile regarde,la priede con- tinuer , & malgré les interru- ptions de ſaRivale, la marquiſe informée de toute ſa conduite
par ſes Eſpions , n'oublie rien
د
420 LE MERCVRE
decequiluy eſt arrivé. L'Etran gerconnoîtparlàque quand el- le a quelquefois refusé de paf- ſer l'apreſdînée avec luy , c'eſt parce qu'elle l'avoit déja promi- ſe àunautre, &qu'elle neluy eſt venuë parler depuis huit jours dans ſon Anti-chambre, d'où elle avoitgrandhaſte de le conge- dier, que pour l'empeſcher de voir qu'elle dînoit teſte-à-teſte avec le marquis en l'abſence de ſon Mary. Toutes ces particula- ritez mettent la Bretonne dans
la derniere ſurpriſe , elle croit que le lieu où ils font , donne l'eſprit de Prophetie ou de Re- velation ; & l'Opéra commen- çant , elle feint de l'écouter ,
mais apparemment elle n'eſtoit pas fort en eftat de juger de la bonté de la muſique. La Mar- quiſe fort contente du rôle qu'- elle
i GALANT. 2
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-
elle avoit joué , s'échapa avant la fin du cinquiéme Acte. Il eſt à croire que l'Etranger,qui étoit demeuré fort réveurdepuisl'ine ſtruction qu'il avoit reçeu,ditde bonnes choſes à la Bretonne
aprés le départ de la marquiſe.
On a ſçeu depuis, qu'ils avoient rompu enſemble , & voila com-- me quelquefois un Rendez- vous de teſte à teſte produn des effets tous contraires à cequ'on s'en promet
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Résumé : « Une Marquise du plus haut rang (il en est de [...] »
Le texte raconte l'histoire d'une marquise mariée depuis six ans à un officier principal d'un grand prince. Bien que son mari lui porte affection, il est souvent sujet à des accès de jalousie en raison de son penchant pour la galanterie. La marquise, consciente des dangers de l'éclat dans de tels commerces, décide de se divertir de ses rivales lorsqu'elle en découvre l'intrigue. Le mari de la marquise, le marquis, entretient une relation avec une belle Bretonne venue à la cour pour un procès. Cette femme, qui aime l'éclat et la gloire, ne se soucie pas du qu'en-dira-t-on tant qu'elle peut se justifier à ses propres yeux. Elle fréquente plusieurs amants, dont un conseiller, un bel esprit, et un étranger fortuné. Informée de cette liaison par des espions, la marquise cherche à se venger. Elle découvre que la Bretonne assistera à l'opéra dans la loge du roi, retenue par son mari. Déguisée, elle se place dans une loge opposée et observe la Bretonne en compagnie de l'étranger. Lors de l'entracte, elle engage la conversation et révèle publiquement les infidélités de la Bretonne, mettant en lumière ses différentes liaisons. La Bretonne, désespérée, tente de changer de sujet, mais l'étranger insiste pour en savoir plus. La marquise, bien informée par ses espions, détaille les aventures de la Bretonne, qui finit par être profondément humiliée. La marquise quitte l'opéra avant la fin de la représentation, laissant la Bretonne et l'étranger dans l'embarras.
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35
p. 207-209
« Monsieur le Duc du Mayne partit ces jours passez pour [...] »
Début :
Monsieur le Duc du Mayne partit ces jours passez pour [...]
Mots clefs :
Duc du Maine, Eaux de Barrège
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texteReconnaissance textuelle : « Monsieur le Duc du Mayne partit ces jours passez pour [...] »
Monfieur le Duc du Maynee
partit ces jours paffez pour aller prendre les Eaux de Barrege,
par l'Avis de Monfieur Fagon,
quipaſſe pourundesplus habi- les medecins , que nous ayons ,
&qui connoît le mieux les Sim-- ples. Ces Eaux avoient com- mencé à foulager ce jeunePrin-- cedés l'année derniere. Onne
peut avoir plus d'eſpritpour fona age. Il adujugement, delaviva.
cité,du feu , &des repartiesad-- mirables. Voicy des Vers qui ontefte faits furfon départ , par M. le PreſidentNicole , à qui les agreables Traductions qu'il a
donné au Public de nos Poëtes
136 LE MERCVRE les plus Galans , ontacquis tant d'eſtime &de reputation. Il fait parler Clagny , maiſon de Plai- fance , où M. le Ducdu mayne vaſedivertirquelquefois
partit ces jours paffez pour aller prendre les Eaux de Barrege,
par l'Avis de Monfieur Fagon,
quipaſſe pourundesplus habi- les medecins , que nous ayons ,
&qui connoît le mieux les Sim-- ples. Ces Eaux avoient com- mencé à foulager ce jeunePrin-- cedés l'année derniere. Onne
peut avoir plus d'eſpritpour fona age. Il adujugement, delaviva.
cité,du feu , &des repartiesad-- mirables. Voicy des Vers qui ontefte faits furfon départ , par M. le PreſidentNicole , à qui les agreables Traductions qu'il a
donné au Public de nos Poëtes
136 LE MERCVRE les plus Galans , ontacquis tant d'eſtime &de reputation. Il fait parler Clagny , maiſon de Plai- fance , où M. le Ducdu mayne vaſedivertirquelquefois
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Résumé : « Monsieur le Duc du Mayne partit ces jours passez pour [...] »
Le Duc du Mayenne, jeune homme spirituel et vif, a quitté la cour pour les Eaux de Barège sur les conseils du médecin Fagon. Il y avait déjà trouvé soulagement l'année précédente. À son départ, Nicole a composé des vers. Le duc se divertit parfois à Clagny.
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36
p. 261-262
« J'ay à vous dire que la Princesse Marie-Anne [...] »
Début :
J'ay à vous dire que la Princesse Marie-Anne [...]
Mots clefs :
Petite vérole, Princesse Marie-Anne, Maison de Barbançon
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay à vous dire que la Princesse Marie-Anne [...] »
Marie-Anne dont vous me demandez
desnouvelles, n'eſt pointdu tout chan
gée de ſa petite verole. Elle accompa- gna Madame la Ducheffe de Vvirtem- berg fa Mere à Versailles , un peu apres l'arrivée du Roy , & elle y parut avec autant d'éclat &de beauté qu'elle
en avoit avant cette Maladie. Ie eroy,
Madame , que vous n'ignorez pas que cetteDucheffe eſt veuvedu Prince Vlric de Vvirtemberg , fameux par tant de grandes Actions qu'il a faites dans les Guerres d'Allemagne &des Païs- Bas , &qu'elle eſt preſentement en deüil par la mort de Madame la Prin- ceſſedeBarbançon ſaMere , qui mou- rut en ſa Maifon proche de Liege , il a
environdeux mois.Elle estoit Heritiere de la Maiſon de Barbançon avoit épousé le Prince de Barbançon de l'Illuſtre Maifon d'Aremberg, Ori- ginaired'Allemagne.
desnouvelles, n'eſt pointdu tout chan
gée de ſa petite verole. Elle accompa- gna Madame la Ducheffe de Vvirtem- berg fa Mere à Versailles , un peu apres l'arrivée du Roy , & elle y parut avec autant d'éclat &de beauté qu'elle
en avoit avant cette Maladie. Ie eroy,
Madame , que vous n'ignorez pas que cetteDucheffe eſt veuvedu Prince Vlric de Vvirtemberg , fameux par tant de grandes Actions qu'il a faites dans les Guerres d'Allemagne &des Païs- Bas , &qu'elle eſt preſentement en deüil par la mort de Madame la Prin- ceſſedeBarbançon ſaMere , qui mou- rut en ſa Maifon proche de Liege , il a
environdeux mois.Elle estoit Heritiere de la Maiſon de Barbançon avoit épousé le Prince de Barbançon de l'Illuſtre Maifon d'Aremberg, Ori- ginaired'Allemagne.
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Résumé : « J'ay à vous dire que la Princesse Marie-Anne [...] »
Marie-Anne a surmonté sa petite vérole et a accompagné sa mère, la Duchesse de Wurtemberg, à Versailles. La Duchesse, veuve du Prince Frédéric de Wurtemberg, est en deuil après le décès de sa mère, la Princesse de Barbançon, héritière de la Maison de Barbançon. La Princesse avait épousé le Prince de Barbançon, de la Maison d'Aremberg.
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37
p. 14-33
Avanture de Monsieur le Vicomte de. [titre d'après la table]
Début :
je ne me hazarderois pas volontiers apres cela, à vous [...]
Mots clefs :
Dame, Humeur, Vers, Galant, Visite, Beauté, Faveurs, Affaires du coeur, Amour, Billet
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texteReconnaissance textuelle : Avanture de Monsieur le Vicomte de. [titre d'après la table]
je ne me hazarderois pas vo- lontiers apres cela, à vous con- ter familierement ce qui eſt
arrivé depuis peu à Male Vi- comte de *** Ie ne ſçay ſi vous le connoiſſez. Il eſt naturellement Galant , & il a peine à
voir une Femme aymable fans luydire des douceurs , mais il eſt délicat ſur l'engagement,&
pour le toucher ilne fuffit pas
B
#4 LE MERCVRE
toûjours d'eſtre Belle. Il y a
quelque temps que parmy des Dames de fa connoiſſance
qu'il rencontra aux Thuille- ries, il en vit une dontla beauté
le ſurprit. Il demandaqui elle eſtoit , entra en converfarion
avec elle, luy dit d'obligeantes folies , & luy rendit Viſite le lendemain. La Damele reçeut auſſi favorablementqu'elle l'a-- voit écouté aux Thuilleries.
LeVicomte fait figure dans le beau monde , &elle n'euſt pas eſtéfachéequ'on l'euſt crûde ſes Soûpirans. Il eut quelque affiduité pour elle,&il ne la vit pas longtemps ſans connoiſtre qu'il eſtoit aimé ; mais toute belle qu'elle eft,elle n'eûtpoint pour luy ce que je n'ay quoy
qui pique : Ses manieres luy
GALANT. 15 deplurent ; il luy trouva une fuffiſance inconfiderée , un efprit mal tourné , quoy qu'elle ne foit pas fans eſprit; &com- me il ceſſa de luy dire qu'il l'aimoit dés laquatrième Vifi- re, il eut abſolument ceffé de
la voir , ſans une jeune Parente qu'il rencõtra chez elle, & qui futtout-à-faitſelon fon cœur.
Elle n'eſtoit pas fi belleque la Dame,mais elle reparoit cede- faut par des agrémensquipour un Home de fon gouft étoient
bien plus touchas que la Beau- té. Elle ne diſoit rienqui ne fut juſte & fpirituel , c'eſtoit une maniere aiſee en toutes choſes , pointde contrainte , point d'affectation , Elle chantoit
comme un Ange, & toute fa Perſonne plût tellement au
B 2
16 LE MERCVRE
Vicomte , que ce ne fut que pour elle ſeule qu'il continua ſes affiduitez où il la voyoit.
Comme elle ne le pouvoit re- cevoir chez elle , il ſe mit affez
bien dans ſon eſpritpour ſça- voir quand elle devoit rendre Viſite à ſa Parente , & fi elle
n'y pouvoit venir de trois jours , il paffoit auffi trois jours ſans yvenir. Ce manque d'em-.
preſſement n'accommodoit point la Dame , qui s'eſtoit laiffée prendre tout debon au merite du Vicomte. Elle crût
quele tropde fierté qu'elle luy marquoit en eſtoit la cauſe ,&
refolut de s'humanifer pour le mettre avec elle dans une liaifondont il ne luy fuſt pas per- mis de ſe dédire. Elle commença par de petites avances
GALANT. 17
flateuſes qui jetterent le Vi- comtedans un nouvel embarras . Ce n'eſt pas qu'il ſoit in- fenfible aux faveurs des Belles , au contraire il n'y a rien qu'il ne faffe pour s'en rendre digne , mais il veut aimerpour cela , & à moins que cetaffai- ſonnement ne s'y trouve , les faveurs ne font rien pour luy.. Ainſi quand il avoit le malد
ſe rencontrerſeulavec EU
YO
1803
heurde la Dame, il ne manquoit
mais à luy parler de Cam bray ou de ſaint Omer
Elle avoit beau l'interrompre pour tournerlediſcours fur les
affaires du cœur , il revenoit
toûjours àquelque attaque de
Demy-lune; & fi la Dame ſe
montroir quelquefois un peu trop obligeante pour luy , il
:
B 3
18 LE MERCVRE
recevoit cela avec une modeſtie qui la chagrinoit encor plus que les Contes de Guerre qu'il luy faiſoit. Cependant la belle humeur où il ſe mettoit
ſi toſt qu'il voyoit entrer l'ai- mable Parente , cauſa un defordre auquel il n'y eut plus moyen de remedier. LaDame ouvrit le yeux , obſerva le Vicomte , connut une partie de ce qu'il avoitdans le cœur, &
entra un jour dans un fi fu- rieux tranſport de jaloufie contre ſa Parente , apres qu'il les eut quittées , qu'elle luy defendit ſa Maiſon. Le Vicomte qui n'en eſtoit point averty,
fut furpris de ne la point voir le lendemain au rendez-vous
qu'elle luy avoit donné ; il y
retourna inutilement les deux
jours ſuivans , & ne ſcachant
GALANT. 19
que s'imaginer de ce change- ment ,il chercha l'occaſionde
luyparler chez une Dame où il ſçeut qu'elle alloit affez fou- vent. Cefut là que cette aima- blePerſonneluy apprit l'inful- te qu'on luy avoit faite pour luy. Il en eut un chagrin in- concevable , & luy ayant juré qu'il ne reverroit jamais fapeu touchante Parente , il reſvoit
chez luy aux moyens qu'il devoit tenir pour la rupture ,
quand on luy en apporta un Billet. La Dame s'eſtoit aviſée
de ſe vouloir plaindre de ſa froideur ; mais comme elle
cherchoit toûjours plus à luy plairequ'àle facher , elle crût quepourne le pas effaroucher par ſes reproches , il falloit du moins les rendre agreables par leur maniere ; & s'imaginant
20 LE MERCVRE
que les Vers autorifoient ceux quiaiment à s'expliquer plus librement que la Profe , elle s'eſtoit addreſſée àun Homme
qui la voyoit quelquefois &
qui en faiſoit d'aſſez paflables.. Toutfut miſtere pour luy; Elle luy dit ſeulement les choſes dont on ſe plaignoit , & il fal- lut qu'il fiſt les Vers ſans ſca-- voirny à quiils devoienteſtre envoyez, ny quiestoit laDa- me qui avoitſujetde ſe plain- dre. Les voicy tels que leVi- comte les reçeut..
V
Ous m'avez dit que vous
maimez,
Et je vous l'ay d'abord ory dire
avecjoye
Mais que voulez-vous quej'en
croye,
Sivous neme le confirmez..?
GALANT. 21
YON
Lalangue est quelque chose,&de Son témoignage Lecharme est doux àqui l'attend;
Mais croyez- vous que pour
estre content ,
Il nefaille rien davantage?
Ce n'est pas tout dedire , ilfaut
estre empressé Aconvaincre les Gens de cequ'on
leur proteste ;
Etquandla langue acomencé
C'est au cœuràfaire le reste.
Il est centpetitsfoins qu'unEsprit complaifant
Trouve à faire valoir quand l'amour est extréme ;
Et c'eſt ſouvent enſe taiſant,
Qu'onditplusfortement qu'on
aime.
22 LE MERCVRE
Des regards enflamez, un foûrive
flateur ,
Font aux Amans entendre des
• merveilles ;
Et j'amcmieux ce quife ditau
cœur ,
Quece qu'onditpour les oreilles..
Tout doit tendre àdonner des
preuves defafoy;
Lereste ,puresbagatelles..
Lors que vous me voyez , le grand
ragoustpour moy ,
Quevousmecontiez des nouvelles!
Dites-moy mille fois que charmé demevoir,
Vous ne trouvezque moy d'aima- blefur laterre ;
Aquoybon meparler de combats
°uerre ,
GALANT. 23 Quandj'ay de vous autre chose à
Sçavoir?
Qu'on ait fait quelque exploit
d'une importance extréme ,
Vn autrepeut me l'expliquers
Mais un autre que vous, du moins
Sans me choquer ,
Nepeut me dire , je vous aime.
C'est par vous que ces motsfont pourmoypleins d'appas.
Cependant que faut-il de vous que je soupçonne ? 1
Sijevous tens lamain, vous ne la baiſezpas ,
Quoyque vous ne foyez obſervé depersonne.
Ilſemble que toûjours timide, circonfpect ,
Vous estantdit Amant , vous n'ofiez leparoiſtre ,
24 LE MERCVRE
Etque chez vous l'Amour,quipar
tout fait le Maistre ,
Soit enchaînépar le respect.
Non,non, vous n'aimezpoint, j'en
ay la certitude ,
Iay voulu meflater en vain jufqu'à ce jour ;
L'aveuque je reçeus d'abord de
voſtre amour ,
Fut unedouceur d'habitude.
C'eſtſans vous laiſſer enflamer ,
Que vostre cœur quand il vous
plaiftfoûpire;
Et vous nesçavez pas aimer ,
Voussçavezseulement le dire.
Ces Vers que le Vicomte auroit trouvez jolis ſur toute autre matiere , luy déplûrent fur celle- cy. Il eſtoit déja de méchante
GALANT. 25 méchante humeur. Ildit qu'il envoyeroit laRéponſe; &pour la rendrede la meſme maniere
qu'il avoit reçeu le Billet , il alla emprunterle ſecours d'un de ſes plus particuliers Amis.
Cequ'ilyeutde plaiſant , c'eſt que c'eſtoit celuy meſme qui avoit déja fait les Vers de la
Dame , & qui ayant appris toute fon Hiſtoire par le Vi- comte, fut ravy de trouver une occaſion ſi propre à ſe vanger de la fineſſe qu'elle luy avoit faite. Le Vicomte le pria de meſler quelque choſede mali- cieux dans cette Réponſe , &
de la faire aſſez piquante pour obliger la Dame àne fauhaiter jamais de le revoir. Il y con- ſentitd'autantplus volontiers,
que la Dame ſuy ayant caché,
C
26 LE MERCVRE
qu'elle euſt intereſt à l'affaire,
il ne devoit pas craindre de ſe broüiller avec elle,quandmef- me elle viendroit àdécouvrir
qu'il euſt fait les Vers. Il les ap- porta une heure apres au Vi- comte, qui les envoya dés le jour meſme. Ils eftoientunpeu cavaliers , comme vous l'allez
voir par leur lecture.
C
E n'est pas d'aujourd'huy qu'en Chevalier courtois
Ien conte aux Belles d'importance
Maisilfaitmalfeur quelquefois Mefaire une agreable avance
Surla trop credule esperance ,
Que desemblablespaffe-droits M'obligerontà la conſtance.
Moncœur às'engagerjamais ne Se résout,
GALANT. 27
Et des plus doux attraitsfut la Belle affortie Qui croit tenter mon humble
modestie ,
Quadma coplaisance est àbout,
I'aime mieux quitter lapartie,
Quede risquer àgagnertout.
Apparemment la Dame ſe le tint pourdit , du moins elle dût connoiſtre par là que le Vicomte n'avoit aucune eftimepour elle.Ils neſe ſont point veusdepuis ce temps-là; &je tiens les particularitez de l'Hi- ſtoire de celuy qui a fait les
Vers
arrivé depuis peu à Male Vi- comte de *** Ie ne ſçay ſi vous le connoiſſez. Il eſt naturellement Galant , & il a peine à
voir une Femme aymable fans luydire des douceurs , mais il eſt délicat ſur l'engagement,&
pour le toucher ilne fuffit pas
B
#4 LE MERCVRE
toûjours d'eſtre Belle. Il y a
quelque temps que parmy des Dames de fa connoiſſance
qu'il rencontra aux Thuille- ries, il en vit une dontla beauté
le ſurprit. Il demandaqui elle eſtoit , entra en converfarion
avec elle, luy dit d'obligeantes folies , & luy rendit Viſite le lendemain. La Damele reçeut auſſi favorablementqu'elle l'a-- voit écouté aux Thuilleries.
LeVicomte fait figure dans le beau monde , &elle n'euſt pas eſtéfachéequ'on l'euſt crûde ſes Soûpirans. Il eut quelque affiduité pour elle,&il ne la vit pas longtemps ſans connoiſtre qu'il eſtoit aimé ; mais toute belle qu'elle eft,elle n'eûtpoint pour luy ce que je n'ay quoy
qui pique : Ses manieres luy
GALANT. 15 deplurent ; il luy trouva une fuffiſance inconfiderée , un efprit mal tourné , quoy qu'elle ne foit pas fans eſprit; &com- me il ceſſa de luy dire qu'il l'aimoit dés laquatrième Vifi- re, il eut abſolument ceffé de
la voir , ſans une jeune Parente qu'il rencõtra chez elle, & qui futtout-à-faitſelon fon cœur.
Elle n'eſtoit pas fi belleque la Dame,mais elle reparoit cede- faut par des agrémensquipour un Home de fon gouft étoient
bien plus touchas que la Beau- té. Elle ne diſoit rienqui ne fut juſte & fpirituel , c'eſtoit une maniere aiſee en toutes choſes , pointde contrainte , point d'affectation , Elle chantoit
comme un Ange, & toute fa Perſonne plût tellement au
B 2
16 LE MERCVRE
Vicomte , que ce ne fut que pour elle ſeule qu'il continua ſes affiduitez où il la voyoit.
Comme elle ne le pouvoit re- cevoir chez elle , il ſe mit affez
bien dans ſon eſpritpour ſça- voir quand elle devoit rendre Viſite à ſa Parente , & fi elle
n'y pouvoit venir de trois jours , il paffoit auffi trois jours ſans yvenir. Ce manque d'em-.
preſſement n'accommodoit point la Dame , qui s'eſtoit laiffée prendre tout debon au merite du Vicomte. Elle crût
quele tropde fierté qu'elle luy marquoit en eſtoit la cauſe ,&
refolut de s'humanifer pour le mettre avec elle dans une liaifondont il ne luy fuſt pas per- mis de ſe dédire. Elle commença par de petites avances
GALANT. 17
flateuſes qui jetterent le Vi- comtedans un nouvel embarras . Ce n'eſt pas qu'il ſoit in- fenfible aux faveurs des Belles , au contraire il n'y a rien qu'il ne faffe pour s'en rendre digne , mais il veut aimerpour cela , & à moins que cetaffai- ſonnement ne s'y trouve , les faveurs ne font rien pour luy.. Ainſi quand il avoit le malد
ſe rencontrerſeulavec EU
YO
1803
heurde la Dame, il ne manquoit
mais à luy parler de Cam bray ou de ſaint Omer
Elle avoit beau l'interrompre pour tournerlediſcours fur les
affaires du cœur , il revenoit
toûjours àquelque attaque de
Demy-lune; & fi la Dame ſe
montroir quelquefois un peu trop obligeante pour luy , il
:
B 3
18 LE MERCVRE
recevoit cela avec une modeſtie qui la chagrinoit encor plus que les Contes de Guerre qu'il luy faiſoit. Cependant la belle humeur où il ſe mettoit
ſi toſt qu'il voyoit entrer l'ai- mable Parente , cauſa un defordre auquel il n'y eut plus moyen de remedier. LaDame ouvrit le yeux , obſerva le Vicomte , connut une partie de ce qu'il avoitdans le cœur, &
entra un jour dans un fi fu- rieux tranſport de jaloufie contre ſa Parente , apres qu'il les eut quittées , qu'elle luy defendit ſa Maiſon. Le Vicomte qui n'en eſtoit point averty,
fut furpris de ne la point voir le lendemain au rendez-vous
qu'elle luy avoit donné ; il y
retourna inutilement les deux
jours ſuivans , & ne ſcachant
GALANT. 19
que s'imaginer de ce change- ment ,il chercha l'occaſionde
luyparler chez une Dame où il ſçeut qu'elle alloit affez fou- vent. Cefut là que cette aima- blePerſonneluy apprit l'inful- te qu'on luy avoit faite pour luy. Il en eut un chagrin in- concevable , & luy ayant juré qu'il ne reverroit jamais fapeu touchante Parente , il reſvoit
chez luy aux moyens qu'il devoit tenir pour la rupture ,
quand on luy en apporta un Billet. La Dame s'eſtoit aviſée
de ſe vouloir plaindre de ſa froideur ; mais comme elle
cherchoit toûjours plus à luy plairequ'àle facher , elle crût quepourne le pas effaroucher par ſes reproches , il falloit du moins les rendre agreables par leur maniere ; & s'imaginant
20 LE MERCVRE
que les Vers autorifoient ceux quiaiment à s'expliquer plus librement que la Profe , elle s'eſtoit addreſſée àun Homme
qui la voyoit quelquefois &
qui en faiſoit d'aſſez paflables.. Toutfut miſtere pour luy; Elle luy dit ſeulement les choſes dont on ſe plaignoit , & il fal- lut qu'il fiſt les Vers ſans ſca-- voirny à quiils devoienteſtre envoyez, ny quiestoit laDa- me qui avoitſujetde ſe plain- dre. Les voicy tels que leVi- comte les reçeut..
V
Ous m'avez dit que vous
maimez,
Et je vous l'ay d'abord ory dire
avecjoye
Mais que voulez-vous quej'en
croye,
Sivous neme le confirmez..?
GALANT. 21
YON
Lalangue est quelque chose,&de Son témoignage Lecharme est doux àqui l'attend;
Mais croyez- vous que pour
estre content ,
Il nefaille rien davantage?
Ce n'est pas tout dedire , ilfaut
estre empressé Aconvaincre les Gens de cequ'on
leur proteste ;
Etquandla langue acomencé
C'est au cœuràfaire le reste.
Il est centpetitsfoins qu'unEsprit complaifant
Trouve à faire valoir quand l'amour est extréme ;
Et c'eſt ſouvent enſe taiſant,
Qu'onditplusfortement qu'on
aime.
22 LE MERCVRE
Des regards enflamez, un foûrive
flateur ,
Font aux Amans entendre des
• merveilles ;
Et j'amcmieux ce quife ditau
cœur ,
Quece qu'onditpour les oreilles..
Tout doit tendre àdonner des
preuves defafoy;
Lereste ,puresbagatelles..
Lors que vous me voyez , le grand
ragoustpour moy ,
Quevousmecontiez des nouvelles!
Dites-moy mille fois que charmé demevoir,
Vous ne trouvezque moy d'aima- blefur laterre ;
Aquoybon meparler de combats
°uerre ,
GALANT. 23 Quandj'ay de vous autre chose à
Sçavoir?
Qu'on ait fait quelque exploit
d'une importance extréme ,
Vn autrepeut me l'expliquers
Mais un autre que vous, du moins
Sans me choquer ,
Nepeut me dire , je vous aime.
C'est par vous que ces motsfont pourmoypleins d'appas.
Cependant que faut-il de vous que je soupçonne ? 1
Sijevous tens lamain, vous ne la baiſezpas ,
Quoyque vous ne foyez obſervé depersonne.
Ilſemble que toûjours timide, circonfpect ,
Vous estantdit Amant , vous n'ofiez leparoiſtre ,
24 LE MERCVRE
Etque chez vous l'Amour,quipar
tout fait le Maistre ,
Soit enchaînépar le respect.
Non,non, vous n'aimezpoint, j'en
ay la certitude ,
Iay voulu meflater en vain jufqu'à ce jour ;
L'aveuque je reçeus d'abord de
voſtre amour ,
Fut unedouceur d'habitude.
C'eſtſans vous laiſſer enflamer ,
Que vostre cœur quand il vous
plaiftfoûpire;
Et vous nesçavez pas aimer ,
Voussçavezseulement le dire.
Ces Vers que le Vicomte auroit trouvez jolis ſur toute autre matiere , luy déplûrent fur celle- cy. Il eſtoit déja de méchante
GALANT. 25 méchante humeur. Ildit qu'il envoyeroit laRéponſe; &pour la rendrede la meſme maniere
qu'il avoit reçeu le Billet , il alla emprunterle ſecours d'un de ſes plus particuliers Amis.
Cequ'ilyeutde plaiſant , c'eſt que c'eſtoit celuy meſme qui avoit déja fait les Vers de la
Dame , & qui ayant appris toute fon Hiſtoire par le Vi- comte, fut ravy de trouver une occaſion ſi propre à ſe vanger de la fineſſe qu'elle luy avoit faite. Le Vicomte le pria de meſler quelque choſede mali- cieux dans cette Réponſe , &
de la faire aſſez piquante pour obliger la Dame àne fauhaiter jamais de le revoir. Il y con- ſentitd'autantplus volontiers,
que la Dame ſuy ayant caché,
C
26 LE MERCVRE
qu'elle euſt intereſt à l'affaire,
il ne devoit pas craindre de ſe broüiller avec elle,quandmef- me elle viendroit àdécouvrir
qu'il euſt fait les Vers. Il les ap- porta une heure apres au Vi- comte, qui les envoya dés le jour meſme. Ils eftoientunpeu cavaliers , comme vous l'allez
voir par leur lecture.
C
E n'est pas d'aujourd'huy qu'en Chevalier courtois
Ien conte aux Belles d'importance
Maisilfaitmalfeur quelquefois Mefaire une agreable avance
Surla trop credule esperance ,
Que desemblablespaffe-droits M'obligerontà la conſtance.
Moncœur às'engagerjamais ne Se résout,
GALANT. 27
Et des plus doux attraitsfut la Belle affortie Qui croit tenter mon humble
modestie ,
Quadma coplaisance est àbout,
I'aime mieux quitter lapartie,
Quede risquer àgagnertout.
Apparemment la Dame ſe le tint pourdit , du moins elle dût connoiſtre par là que le Vicomte n'avoit aucune eftimepour elle.Ils neſe ſont point veusdepuis ce temps-là; &je tiens les particularitez de l'Hi- ſtoire de celuy qui a fait les
Vers
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Résumé : Avanture de Monsieur le Vicomte de. [titre d'après la table]
Le texte raconte l'histoire du vicomte de ***, un homme galant mais prudent en matière d'engagement amoureux. Lors d'une rencontre aux Tuileries, il entame une relation avec une dame, mais finit par être déçu par son comportement et son esprit. Cependant, il continue de lui rendre visite en raison de la présence d'une jeune parente de la dame, qui possède des qualités plus attrayantes pour lui. La dame, remarquant l'attitude distante du vicomte, tente de se rapprocher de lui par des avances flatteuses. Cependant, il reste indifférent, préférant discuter de sujets neutres plutôt que d'amour. La situation se complique lorsque la dame, jalouse de la parente, interdit à cette dernière de revenir chez elle. Le vicomte, ignorant la raison de ce changement, cherche à comprendre et apprend la vérité de la parente. La dame envoie ensuite des vers au vicomte pour se plaindre de sa froideur, mais ceux-ci déplaisent au vicomte. Il décide de répondre de manière piquante, avec l'aide d'un ami qui avait déjà écrit les vers pour la dame. La réponse du vicomte est suffisamment claire pour que la dame comprenne qu'il n'a aucune estime pour elle. Depuis cet échange, ils ne se sont plus revus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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38
p. 79-80
« Ces Vers m'ont esté donnez comme estant du Pere Comire Jesuite [...] »
Début :
Ces Vers m'ont esté donnez comme estant du Pere Comire Jesuite [...]
Mots clefs :
Père Commire, Estime
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ces Vers m'ont esté donnez comme estant du Pere Comire Jesuite [...] »
CesVersm'ont eſté donnez
comme eftant du Pere Comire
Jefuite , qui en fait ſi bien de Latins. C'eſt un Homme dont
le merite eft connu. Il n'en
faut point d'autre preuve que la correſpondance qu'il entre- tient avec tous les Sçavans, &
l'eſtime particuliere qu'a pour luyMe l'Eveſque de Paderbon.
Le fuffrage de ce grand Pré- lat eſt un titre incontestable
de gloire pour tous ceux à qui
GALANT. 59
il croit qu'il ſoit juſte de l'ac- corder.
comme eftant du Pere Comire
Jefuite , qui en fait ſi bien de Latins. C'eſt un Homme dont
le merite eft connu. Il n'en
faut point d'autre preuve que la correſpondance qu'il entre- tient avec tous les Sçavans, &
l'eſtime particuliere qu'a pour luyMe l'Eveſque de Paderbon.
Le fuffrage de ce grand Pré- lat eſt un titre incontestable
de gloire pour tous ceux à qui
GALANT. 59
il croit qu'il ſoit juſte de l'ac- corder.
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39
p. 84-86
Devise sur le mesme Sujet. [titre d'après la table]
Début :
J'adjoûte à ces Vers une Devise qui a esté [...]
Mots clefs :
Devise, Latin, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Devise sur le mesme Sujet. [titre d'après la table]
J'ajoûte à ces Vers une De- vi'equia eſté faite pourMon- fieur,&que beaucoup de Gés d'eſprit ont eftimée. Elle a pour corps une Lune qui entre dans les Signes du Soleil , &voicy lesParoles qui luy ferventd'a- me. Sequitur veftigia Fratris.
Pardonnez -moy ces trois mots LatinsMadame. Quand ils ſe
GALANT. 63 roient d'une Langue entiere+
ment inconnue pour yous ,
vous n'auriez beſoin pour les entendre , que du dernier de ces fixVers qui font audeffous de laDeviſe.
Tant de Monstres divers ne
Sçauroient arreſter
Ce bel Aftre dans ſa carriere :
Maisplein deforce &de lumiere,
Nous voyons quefims s'écarter,
Dés qu'il paroiſt ſfur IHemif- phere ,
Il ſuit fidellement les traces de SonFrere.Je croy qu'il feroit difficile de donner à Monfieur une plus forte loüange. En effet,
ſuivre les traces du Grand
Loürs , c'eſt aller plus loin que
F 2
64 LE MERCVRE
les plus fameux Conquerans n'ont jamais efté. Nosbeaux Eſprits s'exercent encor tous lesjours fur une ſi vaſte matiere. Je ne vous envoye point ce qu
Pardonnez -moy ces trois mots LatinsMadame. Quand ils ſe
GALANT. 63 roient d'une Langue entiere+
ment inconnue pour yous ,
vous n'auriez beſoin pour les entendre , que du dernier de ces fixVers qui font audeffous de laDeviſe.
Tant de Monstres divers ne
Sçauroient arreſter
Ce bel Aftre dans ſa carriere :
Maisplein deforce &de lumiere,
Nous voyons quefims s'écarter,
Dés qu'il paroiſt ſfur IHemif- phere ,
Il ſuit fidellement les traces de SonFrere.Je croy qu'il feroit difficile de donner à Monfieur une plus forte loüange. En effet,
ſuivre les traces du Grand
Loürs , c'eſt aller plus loin que
F 2
64 LE MERCVRE
les plus fameux Conquerans n'ont jamais efté. Nosbeaux Eſprits s'exercent encor tous lesjours fur une ſi vaſte matiere. Je ne vous envoye point ce qu
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Résumé : Devise sur le mesme Sujet. [titre d'après la table]
Le texte présente une devise composée pour un individu de haut rang, appréciée par plusieurs esprits éclairés. Cette devise est illustrée par des vers et une explication. Elle décrit une Lune suivant les traces du Soleil, symbolisant la fidélité et la loyauté. Les vers soulignent que divers obstacles ne peuvent arrêter cette fidélité, et que la lumière et la force permettent à la Lune de suivre le Soleil. L'auteur considère que suivre les traces du Grand Louis (Louis XIV) est une louange suprême, dépassant les plus grands conquérants. Il mentionne également que des esprits brillants continuent de s'exercer sur ce sujet vaste et important. Le texte se termine par une phrase inachevée indiquant que l'auteur ne transmet pas certaines informations.
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40
p. 100-103
Air de M. de Moliere sur des Paroles de M. de Frontiniere, chantées devant le Roy par Madem. Jacquier. [titre d'après la table]
Début :
Cet Article seroit mal finy, si je n'y joignois ces / Grand Roy. fameux Héros à qui tout est soûmis, [...]
Mots clefs :
Paroles, Roi, Héros, Opéra, Lully, Molière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Air de M. de Moliere sur des Paroles de M. de Frontiniere, chantées devant le Roy par Madem. Jacquier. [titre d'après la table]
Cet Article ſeroit mal finy,
fi jen'y joignois ces Vers qui ont eſté chantez devant le
Roy avec une entiere fatisfa- ction de tous ceux qui ont eu le plaisir de les entendre.
Grand Roy , fameuxHéros à qui
tout estsoumis ,
G 2
76 LE MERCVRE
Tremblerons-nous toûjours comme
vos Ennemis ?
Nepourrons-nous jamais appren- drefans allarmes,
L'étonnantfuccésdevos armes?
Laiſſez porter la guerre en cent
Climats divers ,
Sansvous expoſerdavantage;
Mais vous ferez plûtoft Maistre
de l'Univers ,
Que de vostre Courage.
Ces Paroles ſont de Monfieur de Frontiniere. Il est fi
connude toutes les Perſonnes
de qualité qui ont le goût des bonnes chofes , qu'on ne ſcau- roit mieux loüer ce qu'il fait,
qu'en diſant qu'il en eſt l'Au- theur. C'eſt luy qui a fait l'O- péra de Narciffe , dont vous avez oüy dire tant de bien.
Monfieur de Lully y travaille
GALANT.. 77 avec beaucoup d'application;
& comme on ne peut douter que ſa Muſique ne réponde a
la douceur &à la beauté des
Vers , on a ſujet d'en attendre quelque choſe de merveil- leux. La plus grande partie des belles Paroles qui ont eſté miſes en Chant par Monfieur Lambertdepuis plufieurs an- nées , fontde ce meſmeMon--
fieur de Frontiniere. L'Air de
celles que je vous envoye , a
efté fait par M' Moliere. C'eſt un admirable Génie. Vous
voyez bien que je vous parle de celuy qu'on appelle icy communément lepetitMolie- re
fi jen'y joignois ces Vers qui ont eſté chantez devant le
Roy avec une entiere fatisfa- ction de tous ceux qui ont eu le plaisir de les entendre.
Grand Roy , fameuxHéros à qui
tout estsoumis ,
G 2
76 LE MERCVRE
Tremblerons-nous toûjours comme
vos Ennemis ?
Nepourrons-nous jamais appren- drefans allarmes,
L'étonnantfuccésdevos armes?
Laiſſez porter la guerre en cent
Climats divers ,
Sansvous expoſerdavantage;
Mais vous ferez plûtoft Maistre
de l'Univers ,
Que de vostre Courage.
Ces Paroles ſont de Monfieur de Frontiniere. Il est fi
connude toutes les Perſonnes
de qualité qui ont le goût des bonnes chofes , qu'on ne ſcau- roit mieux loüer ce qu'il fait,
qu'en diſant qu'il en eſt l'Au- theur. C'eſt luy qui a fait l'O- péra de Narciffe , dont vous avez oüy dire tant de bien.
Monfieur de Lully y travaille
GALANT.. 77 avec beaucoup d'application;
& comme on ne peut douter que ſa Muſique ne réponde a
la douceur &à la beauté des
Vers , on a ſujet d'en attendre quelque choſe de merveil- leux. La plus grande partie des belles Paroles qui ont eſté miſes en Chant par Monfieur Lambertdepuis plufieurs an- nées , fontde ce meſmeMon--
fieur de Frontiniere. L'Air de
celles que je vous envoye , a
efté fait par M' Moliere. C'eſt un admirable Génie. Vous
voyez bien que je vous parle de celuy qu'on appelle icy communément lepetitMolie- re
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Résumé : Air de M. de Moliere sur des Paroles de M. de Frontiniere, chantées devant le Roy par Madem. Jacquier. [titre d'après la table]
Le texte présente un article inachevé complété par des vers chantés devant le roi, qui ont été bien reçus. Ces vers, adressés à un 'Grand Roy, fameux Héros', expriment l'admiration pour ses exploits militaires et suggèrent qu'il pourrait dominer l'univers grâce à son courage plutôt que de se mettre en danger. Les paroles sont attribuées à Monsieur de Frontinière, connu pour son œuvre, notamment l'opéra 'Narcisse'. Monsieur de Lully travaille également sur cet opéra avec beaucoup d'application, et sa musique est attendue pour correspondre à la qualité des vers. La plupart des beaux textes mis en chant par Monsieur Lambert ces dernières années sont également de Monsieur de Frontinière. L'air des vers envoyés a été composé par Molière, décrit comme un 'admirable Génie'.
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41
p. 103-110
Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
Début :
En verité, Madame, j'ay peine à vous pardonner vostre [...]
Mots clefs :
Opéra, Saint-Germain, Molière, Lully, Ballets, Musique française, Science des italiens, Abbé Tallement, Mademoiselle Jacquier
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texteReconnaissance textuelle : Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
En verité Madame , jay
peine àvous pardonner voſtre attachementpour la Province,
puis, qu'il vous a privée du
,
1
G3
78 LE MERCVRE
-
plaiſir que vous auriez reçen de deux Opéra de ſa compofi- tionqui ont eſté chantez depuis deux ou trois ans dans
une Maiſon particuliere , &
dans la fienne. Le concours y
a eſté grand, & ils ont fait tant debruit , que le Roy les a voulu entendre àSaint Germain.
Ilsyont eſté repreſentez plus d'une fois , &Sa Majesté les a
toûjours écoutez avec une at- tention qui marquoit mieux que toute autre choſe la fatis- faction qu'elle en recevoit.
Auſſi faut-ilavoüerque le petit Moliere donne des agrémens bienparticuliers à tout ce qu'il fait. Il exprime admirablement les paffions , & it trouve des tons qui fuffiroientſeuls àfaire
connoiſtre ce que les Acteurs reprefentent. C'eſt ce qu'on
GALANT. 79 eftimoit en luy dans le temps qu'il travailloit aux Balets du Roy( ce qu'il afait longtemps ſeul,&depuis avecM² deLul- ly , juſqu'à ce que ce dernier aiteſte Surintendant de la Mufique. )Il a toûjours pris foin de meſler ce que la MufiqueFra çoiſe a de plus doux , avec le profondde la Science des Ita- liens ; & ce qui a eſté un fort grand avantage pourluy, il n'a preſque jamais travaillé que furde belles Paroles. Cellesde
ces deux derniers Opéra qui ont eu pourſujet les Amoursde Cephale &de I Aurore , &les
Avantures d'Andromede , font
de M l'Abbé Tallemant le
jeune. Il me feroit inutile de vous parlerde fon merite &de fon eſprit , l'un & l'autre vous eft connu. Je vous diray ſeule-
80 LE MERCVRE
ment que ſi vous aviez entendu les Vers de ces deux Ouvrages de Theatre , vous con- noiſtriez qu'ils répondent par- faitement aux belles chofes
que vous avez déja veuës de luy. Ony a remarqué un art merveillleux ; & ce qui a fort contribué à les rendre auſſi
agreables qu'ils font, c'eſt qu'il a trouvé moyen d'en retran- cher les Perſonnages , qui n'e- ftant point intereſſez dans le fujet de la Piece , ne peuvent jamais eftre qu'ennuyeux. Je reviens aux Paroles de Made
Frontiniere. Elles ont eſté
chantées devantle Roy par la petite Mademoiſelle Jaquier.
C'eſtunProdigequi aparûicy depuis quatre ans. Elle chante,
àLivre ouvert, la Muſique la plus difficile. Elle l'accompa
GALANT. 81
gne, &accompagne les autres qui veulent chanter , avec le
Claveſſin dont ellejouë dune maniere qui ne peut eftre imi- tée. Elle compoſe des Pieces ,
&les jouë fur tous les tons qu'on luy propoſe. Je vous ay dit , Madame ,qu'il y a quatre ans qu'elle paroift avec des qualitez fi extraordinaires , &
cependat elle n'en a encor que dix. Je ne ſçay ſi en la voyant,
vous ne diriez point ce qu'on a
entendu dire à un des plus beauxEfprits que nous ayõs. II la regardoit, ſurprisde tous ces miracles , il dit agreablement,
qu'il voyoit bien que c'estoit elle,
mais qu'avec toutcela iln'envoudroit pas jurer. Si nous eftions
au tempsoù l'on croyoit les Sil- phes&les Gnomes , on pour- roit douter que ce n'en fuſt
82 LE MERCVRE
une production. Toutes celles qui touchent le Claveffin , &
dont le nombre eft grand , ont fait ce qu'elles ont pûpour la furprendre , &ont eſté enſuite contraintes de l'admirer comme les autres , ou d'attribuer à
la Magie ce qu'elles ne peu- ventfaire comme elle...
peine àvous pardonner voſtre attachementpour la Province,
puis, qu'il vous a privée du
,
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G3
78 LE MERCVRE
-
plaiſir que vous auriez reçen de deux Opéra de ſa compofi- tionqui ont eſté chantez depuis deux ou trois ans dans
une Maiſon particuliere , &
dans la fienne. Le concours y
a eſté grand, & ils ont fait tant debruit , que le Roy les a voulu entendre àSaint Germain.
Ilsyont eſté repreſentez plus d'une fois , &Sa Majesté les a
toûjours écoutez avec une at- tention qui marquoit mieux que toute autre choſe la fatis- faction qu'elle en recevoit.
Auſſi faut-ilavoüerque le petit Moliere donne des agrémens bienparticuliers à tout ce qu'il fait. Il exprime admirablement les paffions , & it trouve des tons qui fuffiroientſeuls àfaire
connoiſtre ce que les Acteurs reprefentent. C'eſt ce qu'on
GALANT. 79 eftimoit en luy dans le temps qu'il travailloit aux Balets du Roy( ce qu'il afait longtemps ſeul,&depuis avecM² deLul- ly , juſqu'à ce que ce dernier aiteſte Surintendant de la Mufique. )Il a toûjours pris foin de meſler ce que la MufiqueFra çoiſe a de plus doux , avec le profondde la Science des Ita- liens ; & ce qui a eſté un fort grand avantage pourluy, il n'a preſque jamais travaillé que furde belles Paroles. Cellesde
ces deux derniers Opéra qui ont eu pourſujet les Amoursde Cephale &de I Aurore , &les
Avantures d'Andromede , font
de M l'Abbé Tallemant le
jeune. Il me feroit inutile de vous parlerde fon merite &de fon eſprit , l'un & l'autre vous eft connu. Je vous diray ſeule-
80 LE MERCVRE
ment que ſi vous aviez entendu les Vers de ces deux Ouvrages de Theatre , vous con- noiſtriez qu'ils répondent par- faitement aux belles chofes
que vous avez déja veuës de luy. Ony a remarqué un art merveillleux ; & ce qui a fort contribué à les rendre auſſi
agreables qu'ils font, c'eſt qu'il a trouvé moyen d'en retran- cher les Perſonnages , qui n'e- ftant point intereſſez dans le fujet de la Piece , ne peuvent jamais eftre qu'ennuyeux. Je reviens aux Paroles de Made
Frontiniere. Elles ont eſté
chantées devantle Roy par la petite Mademoiſelle Jaquier.
C'eſtunProdigequi aparûicy depuis quatre ans. Elle chante,
àLivre ouvert, la Muſique la plus difficile. Elle l'accompa
GALANT. 81
gne, &accompagne les autres qui veulent chanter , avec le
Claveſſin dont ellejouë dune maniere qui ne peut eftre imi- tée. Elle compoſe des Pieces ,
&les jouë fur tous les tons qu'on luy propoſe. Je vous ay dit , Madame ,qu'il y a quatre ans qu'elle paroift avec des qualitez fi extraordinaires , &
cependat elle n'en a encor que dix. Je ne ſçay ſi en la voyant,
vous ne diriez point ce qu'on a
entendu dire à un des plus beauxEfprits que nous ayõs. II la regardoit, ſurprisde tous ces miracles , il dit agreablement,
qu'il voyoit bien que c'estoit elle,
mais qu'avec toutcela iln'envoudroit pas jurer. Si nous eftions
au tempsoù l'on croyoit les Sil- phes&les Gnomes , on pour- roit douter que ce n'en fuſt
82 LE MERCVRE
une production. Toutes celles qui touchent le Claveffin , &
dont le nombre eft grand , ont fait ce qu'elles ont pûpour la furprendre , &ont eſté enſuite contraintes de l'admirer comme les autres , ou d'attribuer à
la Magie ce qu'elles ne peu- ventfaire comme elle...
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Résumé : Sujet de deux Opera mis en Musique par le mesme. [titre d'après la table]
La lettre exprime des regrets que la destinataire n'ait pas pu assister à deux opéras de Molière : 'Les Amours de Céphale et d'Aurore' et 'Les Aventures d'Andromède'. Ces œuvres ont été jouées dans une maison particulière et au château de Saint-Germain, où elles ont été appréciées par le roi. Molière est félicité pour son talent à exprimer les passions et à mélanger la musique française et italienne. Les paroles de ces opéras sont de l'abbé Tallemant le jeune, dont le mérite est souligné. La lettre mentionne également Mademoiselle Jaquier, une jeune prodige de dix ans, qui chante, compose et joue du clavecin de manière exceptionnelle, surprenant et impressionnant les autres musiciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 110-133
Avanture des Thuilleries. [titre d'après la table]
Début :
Je passe à une Avanture qui merite bien que vous [...]
Mots clefs :
Tuileries, Amoureux, Honneur, Conduite, Dupe, Pudeur, Fidélité, Rendez-vous, Billet, Suivante
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texteReconnaissance textuelle : Avanture des Thuilleries. [titre d'après la table]
Je paſſe àune Avanture qui merite bien que vous l'appre- niez . Un Cavalier qui ſe fait appeller Marquis , & que l'on prendroitpour cela , à ſes airs &àfesmanieres , d'un bout à
l'autre des Thuilleries , devint
amoureux d'une Dame quia de la jeuneſſe , de la bauté &
de l'eſprit. Il aima , il fut aimé.
Juſques-là il n'y aqu'honneur,
tout eſt dans les Regles ; mais comme il eſt aſſez rare quel'A- mour laiſſe jouir les Amans
GALANT. 83
d'une longue tranquillité , &
que le relâchement commence toûjours par quelqu'une des
Parties , le Cavalier( àla honte
de fon Sexe ) commença à ſe rellentir; ſes Viſites devinrent
YON
=
moins frequentes , ſes ſoins
moins empreſſez ;
;&les Amis THEATE
delaDamequi estoientenétat dejuger fainementde la con-4803777
duite du Marquis, parce qu'ils ne s'eſtoient pas laiſſé ébloüir comme elle à fes grands airs,&
àl'éclatde fon merite,n'eurent
pas depeineàs'appercevoirde ✓ ladiminution de ſa tendreſſe.
Une de ſes Amies ſe chargea
$ du ſoin de l'en avertir ( Commiffion dangereuſe, &qui atti- re d'ordinaire plus de haine que de reconnoiſſance. ) Elle s'y prit pourtat d'une maniere affez délicate ; il y euſt eude la
84 LE MERCVRE
groffiereté, &meſmede la du- reté, àluy dire tout d'un coup qu'elle n'eſtoit plus aimée , &
que tout le monde connoiſſoit que le Marquis en faiſoit fa Dupe. La Morale eſt d'un grad fecours dans ces fortes d'occaſions: on nefait ſes applicatiōs quequand on veut , &cepen- dantona la liberté de dire que les Hommes de ce temps-cy fontfaits dune étrangemanie- re ; que les Femmes font bien follesde conter ſur leur fidelité,&mille autres choſes qui ne font que trop veritables. Če fut àpeu prés ledifcours que cette Dame tintà ſon Amie.D'abord
cela ſe paſſa enplaiſanterie, el- leenconvint, ou du moins elle
fit ſemblant d'en covonir, par- ce qu'il y avoit un Homme
preſent
GALANT. 85
ne
preſent à cette converſation , à
qui elle eſtoie bien aiſe de faire la guerre ; mais enfin la choſe futtout de nouveau fi fort rebatuë apres ſon départ , que la Dame regardāt fon Amie avec quelque forte d'inquietude,
pût s'empeſcherde luydeman- der pourquoyelle traitoit cette
matiere fi à fond,&fi elle avoit
appris quelque chofe duMar- quis qui luy en fiſt craindre pour elle quelque mauvais tour. Cette Amierépődqu'elle ne ſçait rien de poſitif, qu'elle ſçait ſeulement qu'il a beau- coup de vanité , & qu'elle ga- geroit bien que fi on luy don- noit un Rendez-vous par un Billetde la partd'une Incõnuë,
il ſe feroit une agreable affaire d'y courir , & que peut-eftre meſme il ne ſe defendroit pas
TomeV.
1
H
86 LE MERCVRE
de la facrifier, ſi la nouvelle cõ
queſte avoitdu brillant. LaDa- me qui aimoit le Marquis,pred fortemet ſon party; & fur cette conteftatio,elle voit entrer une
aimable Provinciale de ſes inti--
mes Amies,quin'eſtoit que de- puis deuxjours à Paris. Onla faitarbitre du Difered. LaBelle, que quelque intrigue parti- culiere n'avoit pas trop bien perfuadée de la probité des Hommes , ſe declare contre le
Marquis.L'affaire confiftoit en preuve , & l'expédient en fut trouvé. LaProvinciale avoit de
l'efprit &de la beauté ; elle é- toit incõnuë au Marquis &on convint qu'elle luy donneroit un Rédez-vous où elle ſe trouveroit avec la Dame , qui dé- guiſée en Suivante, feroit té- moin de tout cequi ſe paſſe
GALANT. 87
droit. La choſe eſt executée fur
l'heure; on fait écrire le Billet,
&il eſt porté chez le Marquis par unGrifon qui a ordre de le laiſſer au premier qui luy ou- *. vrira,&de s'en revenir ſans attendre de Réponſe. Ce Billet paroiſſoit d'une Dame qui a- voitdiſputé long-temps entre ſa pudeur&le merite du Cavalier , &qui apres beaucoup de reſiſtance inutile, n'avoit pû s'empeſcher de luy donnerun
Rendez - vous au lendemain
dansl'Allée laplus écartéedes Thuilleries , oùelle devoit luy ✓ apprendre des choſes auſquel- les elle ne pouvoit penſer ſans rougir. Le papier , la cire , la foye , le chiffre , le caractere ,
enfintoutfentoit ſon bien;& il
yavoit dansla Lettre de cer- taines manieres de s'exprimer,
H 2
88 LE MERCVRE
la
qui faiſoiet juger que la Dame n'avoit pas moins de qualité qued'eſprit. Le Marquis trou- ve cette Lettre à ſon retour,
l'ouvre avec empreſſement ,
lit, larelit, &croyanttoutpof- fible furlafoyde ſa vanité , il nefonge plus qu'àſe mettre en état de faire une entrée pom- peufe & magnifique dans le
cœur d'une Dame qu'il veut
croiretout au moinsDucheffe.
La Broderie, le Point de Frace,
les Plumes, une Perruque neu- ve,enfin rien n'eſt épargné.Un Valet de chambre a ordrede
tenir tout preſt pour cettegra- de journée ; & apres que le Marquis a fait plus d'un juge- ment temeraire fur quelques Dames qu'il foupçonne de la Lettre & du Rendez-vous , il
ſe couche & s'endort fur l'a-
GALANT. 89 - greable penſée dont il ſe flate,
qu'il doit eſtre le lendemain le
plus heureuxde tous les Hom- mes. Ce lendemain ſi defiré arrive, il ſe met ſous les armes,&
apres avoir conſulté 4. ou cinq fois fon Miroir, &tout cequ'il
a de Laquais chez luy, il monte enCaroffe,&fe fait mener aux
Thuilleries . L'Allée du Rédezvous eſtoit ſi biédeſignée qu'il ne s'y pouvoit tromper.L'aima- ble Provinciale arrive un moment apres avec la Dame inte- reffée: l'unedans une propreté qui donnoit un nouvel éclat aux agrémens de ſa perſonne,
&l'autre affez negligée pour nedémentirpoint le perſonna- ge qu'elle s'eſtoit reſoluë de joüer. Ce ne fut pas unleger ſujet de chagrin àcettedernie- re , de voir la diligence de fon
H 3
90 LE MERCVRE
Amant à ſe trouver au lieu qui luy avoit eſté marqué pour le Rendez- vous. Elle ne doute
plus de ce qu'il eſt capablede faire contre elle;&pour n'eſtre point détrőpée , il ne s'en faut guere qu'elle ne ſouhaite que quelque rencontre impréveuë oblige le Marquis à ſe retirer.
Elledemande un peu de temps àfonAmie pour ſe remettre de l'émotion que cette avanture luycauſe. Elle l'obferve, & fi le hazard fait entrer quelque Damedans 1 Allée où ilſe pro- menefeul, elle eft au deſeſpoir
de voir avec quelle miſterieuſe complaiſance pour luy-meſme il ſe prepare à recevoir l'heu- reuſedeclaration qu'il attend.
Cefontfaluts redoublez àchaque perſonne bien faite qui paffe; &àla maniere chagrine
GALANT. 91
1
dont elle voit qu il ſe détourne quand il connoiſt que ce n'eſt point à luy qu on enveut , elle juge de la diſpoſition oùil eſt deluymanquerde fidelité.En- fin 1 impatience la prend,elle a
trop fait pour n'achever pas.
Labelle Provinciale qui n'at- tendoit que fon conſentement pour s'acquiter defon rolle,en- tre dans l'Allée du Marquis ,
avance lentementversluy ,le regarde, s'arreſte,&apresavoir donné lieu à quatre ou cinq gracieuſes reverences qu'elle luy fait , elle luy demande ce qu'il peut penſer d'une Dame qui le prévient pardes decla- rations ſi cõtraires àla retenuë
de sõ Sexe. Quoyque ce qu'el- le avoit à dire fuft concerté, la
matiere eſtoit délicate , &elle
ne put commencerà la traiter,
92 LE MERCVRE
ſans ſentir un je ne ſçayquel trouble qui meſloit beaucoup de pudeur à l'effort qu'elle se- bloit faire fur elle-meſme. Le
Marquis eft charmé de l'em- barras où il la voit. Il s'applau- dit, réïtere ſes reveréces, &luy faiſant deviner qu'il n'oſe rien dire àcauſe qu'ileſt écoutéde la Suivante ,il apprend d'elle quec'eſt uneFille pourquielle n'a riende caché, &dont le ſecours luy eft neceſſaire pour la liaifon qu'elle veut prendre a- vec luy. Grandes proteſtations d'une eternelle recõnoiſſance.
Elles ſont ſuivies de la plus in- ſtantepriere de luy laiſſer voir l'aimable perſonne à qui il eſt redevable de tant de bontez.
L'adroite Provinciale répond que quoy qu'elle tienne un rang affez confiderabledans le
GALANT. 93
monde , il ſera difficile qu'il la connoiſſe, parcequ'ayanttoû- jours aimé la retraite, elle a vê- cu juſques là pour ſes plus par- ticulieres Amies;quefon meri- te la force à ne vouloirplus vi- vre que pour luy;& que s'il eſt
difcret, il trouvera en l'aimant
toutes les douceurs qu'on peut efperer refpondance de la.plus Toutfincere cela estcor-THÈQUE D do
d'un air modeſte & embaraffe,
qui achevant de charmer le pauvreMarquis,redoublel'im- patience qu'il a de voir ſi ſon viſage répond àl'idée qu'il s'en -eſt forme.Elle oſteſon Loup; &
cõme elle a beaucoup de bril- = lant , &qu'un peude rougeur avoit donné une nouvelle vivacité à ſon teint , elle paroiſt aux yeux du Marquis la plus belle Perſonne qu'il ait jamais
94 LE MERCVRE
veuë. Il ne trouve point de ter-- mes à luy exprimer fon ravif- ſement. Il eſt charmé , il meurt pour elle , & voudroit eſtre en lieu de pouvoir ſe jetter à ſes genoux pour la remercier cõ- me il doitdes favorables ſentimensqu'elleluytémoigne.Elle remet fon Maſque,&profitant de l'effet qu'ont produit fes charmes, elle luv fait cõnoiſtre
quequoyqu'elle n'ait pûvain- cre le penchant qui luya fait faire un pas fi dangereux con- tre l'intereſt deſa gloire , elle a
unedélicateſſe qui ne luyper- met pas de s'accommoder d'un cœurpartagésqu'elle ſçait qu'il a de l'attachement pour une Dame en qui elle veut croire
beaucoup de merite , mais que cet attachementeſt ſi fort incompatible evec celuy qu'elle
GALANT. 95 luy demande , que s'il ne peut obtenir de luyde rompre ,il ne doitjamais eſperer de la revoir.
Le Marquis la laiſſe à peine achever.La Dame qu'elle luy a
nommée le touche fi peu,qu'il nemanquera pointde pretexte - pour la rupture,&il n'y a point de facrifice qu'il ne luy faffe pour ſe rendredigne de les bo- tez. Jugez ſi la fauſſe Suivante quientendoit tout, pafſoit bien ſon temps. Sur cette afſurance force promeſſesde part &d'au- tre de s'aimer eternellement.
Onprenddes meſures pour ſe voir. L'aimable Provinciale
nomme un lieu connu où le
Marquisſe trouvera ſeuldés le foir mefme entre onze heures
&minuit , & où ſa Suivante aura ſoin de le venir prendre pourle mener chez elle à dix
96 LE MERCVRE pasde là. En meſme temps il entre du monde dans l'Allée.
Elle en prend occafion de ſe ſe- parer du Marquis , ofte fon Loup de nouveau,&luy diſant un adieu tendre des yeux , le laiſſe le plus amoureux de tous lesHommes.Il arreſte la fauffe
Suivante,la cõjure de luy eſtre favorable , &luy fait entendre qu'elle n'aura pas lieu de ſe plaindre de ſon manque de li- beralité. C'eſt le dénouëment
de la Piece. La Suivante luy ré- pond de tous les bons offices qu'ilendoit attendre, &fe co- tente apres cela de ſe démaf- quer. Jamais il n'y eut rien de pareil à la ſurpriſe du Marquis.
On l'a rendu infidelle, &il voit qu'il n'en remporteque la hõte de l'eſtre inutilement.
l'autre des Thuilleries , devint
amoureux d'une Dame quia de la jeuneſſe , de la bauté &
de l'eſprit. Il aima , il fut aimé.
Juſques-là il n'y aqu'honneur,
tout eſt dans les Regles ; mais comme il eſt aſſez rare quel'A- mour laiſſe jouir les Amans
GALANT. 83
d'une longue tranquillité , &
que le relâchement commence toûjours par quelqu'une des
Parties , le Cavalier( àla honte
de fon Sexe ) commença à ſe rellentir; ſes Viſites devinrent
YON
=
moins frequentes , ſes ſoins
moins empreſſez ;
;&les Amis THEATE
delaDamequi estoientenétat dejuger fainementde la con-4803777
duite du Marquis, parce qu'ils ne s'eſtoient pas laiſſé ébloüir comme elle à fes grands airs,&
àl'éclatde fon merite,n'eurent
pas depeineàs'appercevoirde ✓ ladiminution de ſa tendreſſe.
Une de ſes Amies ſe chargea
$ du ſoin de l'en avertir ( Commiffion dangereuſe, &qui atti- re d'ordinaire plus de haine que de reconnoiſſance. ) Elle s'y prit pourtat d'une maniere affez délicate ; il y euſt eude la
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groffiereté, &meſmede la du- reté, àluy dire tout d'un coup qu'elle n'eſtoit plus aimée , &
que tout le monde connoiſſoit que le Marquis en faiſoit fa Dupe. La Morale eſt d'un grad fecours dans ces fortes d'occaſions: on nefait ſes applicatiōs quequand on veut , &cepen- dantona la liberté de dire que les Hommes de ce temps-cy fontfaits dune étrangemanie- re ; que les Femmes font bien follesde conter ſur leur fidelité,&mille autres choſes qui ne font que trop veritables. Če fut àpeu prés ledifcours que cette Dame tintà ſon Amie.D'abord
cela ſe paſſa enplaiſanterie, el- leenconvint, ou du moins elle
fit ſemblant d'en covonir, par- ce qu'il y avoit un Homme
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ne
preſent à cette converſation , à
qui elle eſtoie bien aiſe de faire la guerre ; mais enfin la choſe futtout de nouveau fi fort rebatuë apres ſon départ , que la Dame regardāt fon Amie avec quelque forte d'inquietude,
pût s'empeſcherde luydeman- der pourquoyelle traitoit cette
matiere fi à fond,&fi elle avoit
appris quelque chofe duMar- quis qui luy en fiſt craindre pour elle quelque mauvais tour. Cette Amierépődqu'elle ne ſçait rien de poſitif, qu'elle ſçait ſeulement qu'il a beau- coup de vanité , & qu'elle ga- geroit bien que fi on luy don- noit un Rendez-vous par un Billetde la partd'une Incõnuë,
il ſe feroit une agreable affaire d'y courir , & que peut-eftre meſme il ne ſe defendroit pas
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de la facrifier, ſi la nouvelle cõ
queſte avoitdu brillant. LaDa- me qui aimoit le Marquis,pred fortemet ſon party; & fur cette conteftatio,elle voit entrer une
aimable Provinciale de ſes inti--
mes Amies,quin'eſtoit que de- puis deuxjours à Paris. Onla faitarbitre du Difered. LaBelle, que quelque intrigue parti- culiere n'avoit pas trop bien perfuadée de la probité des Hommes , ſe declare contre le
Marquis.L'affaire confiftoit en preuve , & l'expédient en fut trouvé. LaProvinciale avoit de
l'efprit &de la beauté ; elle é- toit incõnuë au Marquis &on convint qu'elle luy donneroit un Rédez-vous où elle ſe trouveroit avec la Dame , qui dé- guiſée en Suivante, feroit té- moin de tout cequi ſe paſſe
GALANT. 87
droit. La choſe eſt executée fur
l'heure; on fait écrire le Billet,
&il eſt porté chez le Marquis par unGrifon qui a ordre de le laiſſer au premier qui luy ou- *. vrira,&de s'en revenir ſans attendre de Réponſe. Ce Billet paroiſſoit d'une Dame qui a- voitdiſputé long-temps entre ſa pudeur&le merite du Cavalier , &qui apres beaucoup de reſiſtance inutile, n'avoit pû s'empeſcher de luy donnerun
Rendez - vous au lendemain
dansl'Allée laplus écartéedes Thuilleries , oùelle devoit luy ✓ apprendre des choſes auſquel- les elle ne pouvoit penſer ſans rougir. Le papier , la cire , la foye , le chiffre , le caractere ,
enfintoutfentoit ſon bien;& il
yavoit dansla Lettre de cer- taines manieres de s'exprimer,
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qui faiſoiet juger que la Dame n'avoit pas moins de qualité qued'eſprit. Le Marquis trou- ve cette Lettre à ſon retour,
l'ouvre avec empreſſement ,
lit, larelit, &croyanttoutpof- fible furlafoyde ſa vanité , il nefonge plus qu'àſe mettre en état de faire une entrée pom- peufe & magnifique dans le
cœur d'une Dame qu'il veut
croiretout au moinsDucheffe.
La Broderie, le Point de Frace,
les Plumes, une Perruque neu- ve,enfin rien n'eſt épargné.Un Valet de chambre a ordrede
tenir tout preſt pour cettegra- de journée ; & apres que le Marquis a fait plus d'un juge- ment temeraire fur quelques Dames qu'il foupçonne de la Lettre & du Rendez-vous , il
ſe couche & s'endort fur l'a-
GALANT. 89 - greable penſée dont il ſe flate,
qu'il doit eſtre le lendemain le
plus heureuxde tous les Hom- mes. Ce lendemain ſi defiré arrive, il ſe met ſous les armes,&
apres avoir conſulté 4. ou cinq fois fon Miroir, &tout cequ'il
a de Laquais chez luy, il monte enCaroffe,&fe fait mener aux
Thuilleries . L'Allée du Rédezvous eſtoit ſi biédeſignée qu'il ne s'y pouvoit tromper.L'aima- ble Provinciale arrive un moment apres avec la Dame inte- reffée: l'unedans une propreté qui donnoit un nouvel éclat aux agrémens de ſa perſonne,
&l'autre affez negligée pour nedémentirpoint le perſonna- ge qu'elle s'eſtoit reſoluë de joüer. Ce ne fut pas unleger ſujet de chagrin àcettedernie- re , de voir la diligence de fon
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Amant à ſe trouver au lieu qui luy avoit eſté marqué pour le Rendez- vous. Elle ne doute
plus de ce qu'il eſt capablede faire contre elle;&pour n'eſtre point détrőpée , il ne s'en faut guere qu'elle ne ſouhaite que quelque rencontre impréveuë oblige le Marquis à ſe retirer.
Elledemande un peu de temps àfonAmie pour ſe remettre de l'émotion que cette avanture luycauſe. Elle l'obferve, & fi le hazard fait entrer quelque Damedans 1 Allée où ilſe pro- menefeul, elle eft au deſeſpoir
de voir avec quelle miſterieuſe complaiſance pour luy-meſme il ſe prepare à recevoir l'heu- reuſedeclaration qu'il attend.
Cefontfaluts redoublez àchaque perſonne bien faite qui paffe; &àla maniere chagrine
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dont elle voit qu il ſe détourne quand il connoiſt que ce n'eſt point à luy qu on enveut , elle juge de la diſpoſition oùil eſt deluymanquerde fidelité.En- fin 1 impatience la prend,elle a
trop fait pour n'achever pas.
Labelle Provinciale qui n'at- tendoit que fon conſentement pour s'acquiter defon rolle,en- tre dans l'Allée du Marquis ,
avance lentementversluy ,le regarde, s'arreſte,&apresavoir donné lieu à quatre ou cinq gracieuſes reverences qu'elle luy fait , elle luy demande ce qu'il peut penſer d'une Dame qui le prévient pardes decla- rations ſi cõtraires àla retenuë
de sõ Sexe. Quoyque ce qu'el- le avoit à dire fuft concerté, la
matiere eſtoit délicate , &elle
ne put commencerà la traiter,
92 LE MERCVRE
ſans ſentir un je ne ſçayquel trouble qui meſloit beaucoup de pudeur à l'effort qu'elle se- bloit faire fur elle-meſme. Le
Marquis eft charmé de l'em- barras où il la voit. Il s'applau- dit, réïtere ſes reveréces, &luy faiſant deviner qu'il n'oſe rien dire àcauſe qu'ileſt écoutéde la Suivante ,il apprend d'elle quec'eſt uneFille pourquielle n'a riende caché, &dont le ſecours luy eft neceſſaire pour la liaifon qu'elle veut prendre a- vec luy. Grandes proteſtations d'une eternelle recõnoiſſance.
Elles ſont ſuivies de la plus in- ſtantepriere de luy laiſſer voir l'aimable perſonne à qui il eſt redevable de tant de bontez.
L'adroite Provinciale répond que quoy qu'elle tienne un rang affez confiderabledans le
GALANT. 93
monde , il ſera difficile qu'il la connoiſſe, parcequ'ayanttoû- jours aimé la retraite, elle a vê- cu juſques là pour ſes plus par- ticulieres Amies;quefon meri- te la force à ne vouloirplus vi- vre que pour luy;& que s'il eſt
difcret, il trouvera en l'aimant
toutes les douceurs qu'on peut efperer refpondance de la.plus Toutfincere cela estcor-THÈQUE D do
d'un air modeſte & embaraffe,
qui achevant de charmer le pauvreMarquis,redoublel'im- patience qu'il a de voir ſi ſon viſage répond àl'idée qu'il s'en -eſt forme.Elle oſteſon Loup; &
cõme elle a beaucoup de bril- = lant , &qu'un peude rougeur avoit donné une nouvelle vivacité à ſon teint , elle paroiſt aux yeux du Marquis la plus belle Perſonne qu'il ait jamais
94 LE MERCVRE
veuë. Il ne trouve point de ter-- mes à luy exprimer fon ravif- ſement. Il eſt charmé , il meurt pour elle , & voudroit eſtre en lieu de pouvoir ſe jetter à ſes genoux pour la remercier cõ- me il doitdes favorables ſentimensqu'elleluytémoigne.Elle remet fon Maſque,&profitant de l'effet qu'ont produit fes charmes, elle luv fait cõnoiſtre
quequoyqu'elle n'ait pûvain- cre le penchant qui luya fait faire un pas fi dangereux con- tre l'intereſt deſa gloire , elle a
unedélicateſſe qui ne luyper- met pas de s'accommoder d'un cœurpartagésqu'elle ſçait qu'il a de l'attachement pour une Dame en qui elle veut croire
beaucoup de merite , mais que cet attachementeſt ſi fort incompatible evec celuy qu'elle
GALANT. 95 luy demande , que s'il ne peut obtenir de luyde rompre ,il ne doitjamais eſperer de la revoir.
Le Marquis la laiſſe à peine achever.La Dame qu'elle luy a
nommée le touche fi peu,qu'il nemanquera pointde pretexte - pour la rupture,&il n'y a point de facrifice qu'il ne luy faffe pour ſe rendredigne de les bo- tez. Jugez ſi la fauſſe Suivante quientendoit tout, pafſoit bien ſon temps. Sur cette afſurance force promeſſesde part &d'au- tre de s'aimer eternellement.
Onprenddes meſures pour ſe voir. L'aimable Provinciale
nomme un lieu connu où le
Marquisſe trouvera ſeuldés le foir mefme entre onze heures
&minuit , & où ſa Suivante aura ſoin de le venir prendre pourle mener chez elle à dix
96 LE MERCVRE pasde là. En meſme temps il entre du monde dans l'Allée.
Elle en prend occafion de ſe ſe- parer du Marquis , ofte fon Loup de nouveau,&luy diſant un adieu tendre des yeux , le laiſſe le plus amoureux de tous lesHommes.Il arreſte la fauffe
Suivante,la cõjure de luy eſtre favorable , &luy fait entendre qu'elle n'aura pas lieu de ſe plaindre de ſon manque de li- beralité. C'eſt le dénouëment
de la Piece. La Suivante luy ré- pond de tous les bons offices qu'ilendoit attendre, &fe co- tente apres cela de ſe démaf- quer. Jamais il n'y eut rien de pareil à la ſurpriſe du Marquis.
On l'a rendu infidelle, &il voit qu'il n'en remporteque la hõte de l'eſtre inutilement.
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Résumé : Avanture des Thuilleries. [titre d'après la table]
Le texte narre une aventure amoureuse entre un marquis et une dame. Le marquis, réputé pour ses manières distinguées, s'éprend d'une dame jeune, belle et spirituelle. Leur relation semble parfaite jusqu'à ce que le marquis commence à réduire ses visites et ses attentions. Les amis de la dame, remarquant ce changement, décident d'intervenir. Une amie de la dame lui révèle la situation, mais le marquis, présent lors de cette conversation, ne montre aucun remords. Inquiète, la dame demande des explications à son amie, qui suggère que le marquis pourrait être tenté par une nouvelle aventure. Pour vérifier cette hypothèse, elles élaborent un plan. Une provinciale, amie de la dame, accepte de jouer le rôle d'une inconnue séduisante. Elle écrit une lettre au marquis, lui fixant un rendez-vous dans les Tuileries. Flatté et excité, le marquis se prépare avec soin pour ce rendez-vous. Le jour convenu, le marquis se rend aux Tuileries. La provinciale et la dame, déguisée en suivante, arrivent peu après. La dame observe la réaction du marquis face à chaque personne qui passe, confirmant ses soupçons sur son infidélité. La provinciale, jouant son rôle, approche le marquis et lui révèle qu'elle est une jeune fille en quête de son aide pour une liaison. Charmé, le marquis promet son aide et sa discrétion. La provinciale, profitant de l'effet de ses charmes, lui fait comprendre qu'elle sait de son attachement pour une autre dame mais exige son cœur exclusif. Le marquis, sans hésiter, promet de rompre avec la dame mentionnée. Ils conviennent d'un lieu et d'un moment pour se revoir. La provinciale, après avoir obtenu cette promesse, se sépare du marquis, le laissant plus amoureux que jamais. La surprise du marquis est totale lorsqu'il découvre la supercherie.
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43
p. 140-141
« Je ne vous diray rien à l'avantage de cet Idylle [...] »
Début :
Je ne vous diray rien à l'avantage de cet Idylle [...]
Mots clefs :
Esprit, Mots, Vers
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texteReconnaissance textuelle : « Je ne vous diray rien à l'avantage de cet Idylle [...] »
Je ne vous diray rien àl'a- vantage de cet Idylle , finon qu'un des plus grāds Hommes
que nous ayons , auffi confide- rable par fon Eſprit que par fa Dignité , apres l'avoir leu plus plus d'une fois, écrivit ces pro- pres mots au deſſous de la Copie qu'on luy en montra.
Ces Vers font de la derniere beauté &dans la derniere juſteſ- Se; &quoy que la Morale enfoit fine &délicate , &les raiſonne- mens forts , il y aneantmoins un certain air de tendreſſe répandu dans toute la Piece qui la rend tout-à-fait charmante.
que nous ayons , auffi confide- rable par fon Eſprit que par fa Dignité , apres l'avoir leu plus plus d'une fois, écrivit ces pro- pres mots au deſſous de la Copie qu'on luy en montra.
Ces Vers font de la derniere beauté &dans la derniere juſteſ- Se; &quoy que la Morale enfoit fine &délicate , &les raiſonne- mens forts , il y aneantmoins un certain air de tendreſſe répandu dans toute la Piece qui la rend tout-à-fait charmante.
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Résumé : « Je ne vous diray rien à l'avantage de cet Idylle [...] »
Un homme respecté pour son esprit et sa dignité a admiré une idylle après plusieurs lectures. Il a loué sa beauté et sa justesse. L'œuvre se distingue par une morale subtile et des raisonnements forts, ainsi qu'un air de tendresse charmant.
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44
p. 150-153
Vers à la gloire du Roy & de Monsieur le Duc du Maine. [titre d'après la table]
Début :
Cependant, Madame, vous croirez que la Tragédie dont je vous [...]
Mots clefs :
Muses Gasconnes, Roi, Spectacle, Gloire, Duc du Maine
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texteReconnaissance textuelle : Vers à la gloire du Roy & de Monsieur le Duc du Maine. [titre d'après la table]
Cepen- dant, Madame , vous croirez que la Tragédie dont je vous parle a eftequelque quel choſe de
fort provincial, & vous aurez de la peine à eſtre perfuadée que les Muſes Gafconnes ap- prochentde la politeffe de cel- les que le Roy a bien voulu loger dans le Louvre. Perdez cette penfée , & jugez de ce qu'a pû eſtre la Piece par ces Vers qui devoient ſervir de
Tome V. K
110 LE MERCVRE
complimentàMonfieur leDuc duMaine , s'il euſt eu le temps d'en voir une Repréſentation.
Q
Voyqu'ilnous
rieux ,
Soit fort gloPrince,de vous voir en ces lieux,
Nous avions intereſt à trouverdes
obstacles
Pour retenir le defir curieux
Quivousattireànos Spéttacles.
Nous connoiſſons lefangdes Demy
Dieux ,
Ilest accoûtumédetout temps aux
Miracles,
Etnousn'envenons pointétalerà
vosyeux.
C'estd'une tragiqueAvanture
Latriste &fidelle peinture Quenousavons àvous ofrir.
Les rares qualitez qu'en vous chacun admire ,
1
GALANT. I
D. Nous donneroientfans- doute affez àdiſcourir;
Mais nous n'en diſons rien , pour
avoirtrop à dire.
Pourparlerdignement de vous,
Nous voulions en ces lieux faire
venir la Gloire ,
Mais(&vous n'aurezpas depeine ànous en croire)
Elle n'a point de temps àperdre
avecquenous.
Pourl'Auguste Loüis elle est toute
occupée ,
Ellenepeut lequiter un moment,
EtpouraucunHéros jamais atta- chement
Ne rendit moins fon attente
trompée.
Si ce grand Conquerant l'eust laiſſée enpouvoir Deſe donner quelques joursderelâche,
Kij
112 LE MERCVRE
Prince,vous l'auriezvenë icy vous
recevoir ,
Mais on peut à ceprixsepaffer de lavoir ,
Etcelan'a rien qui vous fâche.
fort provincial, & vous aurez de la peine à eſtre perfuadée que les Muſes Gafconnes ap- prochentde la politeffe de cel- les que le Roy a bien voulu loger dans le Louvre. Perdez cette penfée , & jugez de ce qu'a pû eſtre la Piece par ces Vers qui devoient ſervir de
Tome V. K
110 LE MERCVRE
complimentàMonfieur leDuc duMaine , s'il euſt eu le temps d'en voir une Repréſentation.
Q
Voyqu'ilnous
rieux ,
Soit fort gloPrince,de vous voir en ces lieux,
Nous avions intereſt à trouverdes
obstacles
Pour retenir le defir curieux
Quivousattireànos Spéttacles.
Nous connoiſſons lefangdes Demy
Dieux ,
Ilest accoûtumédetout temps aux
Miracles,
Etnousn'envenons pointétalerà
vosyeux.
C'estd'une tragiqueAvanture
Latriste &fidelle peinture Quenousavons àvous ofrir.
Les rares qualitez qu'en vous chacun admire ,
1
GALANT. I
D. Nous donneroientfans- doute affez àdiſcourir;
Mais nous n'en diſons rien , pour
avoirtrop à dire.
Pourparlerdignement de vous,
Nous voulions en ces lieux faire
venir la Gloire ,
Mais(&vous n'aurezpas depeine ànous en croire)
Elle n'a point de temps àperdre
avecquenous.
Pourl'Auguste Loüis elle est toute
occupée ,
Ellenepeut lequiter un moment,
EtpouraucunHéros jamais atta- chement
Ne rendit moins fon attente
trompée.
Si ce grand Conquerant l'eust laiſſée enpouvoir Deſe donner quelques joursderelâche,
Kij
112 LE MERCVRE
Prince,vous l'auriezvenë icy vous
recevoir ,
Mais on peut à ceprixsepaffer de lavoir ,
Etcelan'a rien qui vous fâche.
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Résumé : Vers à la gloire du Roy & de Monsieur le Duc du Maine. [titre d'après la table]
La lettre traite d'une tragédie provinciale, que l'auteur reconnaît comme moins raffinée que celles du Louvre. Elle est adressée à une personne de haut rang, probablement une femme de la noblesse. L'auteur inclut des vers destinés à complimenter Monsieur le Duc du Maine, qui n'a pas pu assister à la représentation. Ces vers expriment l'intérêt et l'admiration pour le prince, tout en soulignant la modestie de la pièce. Ils mentionnent également la gloire, entièrement occupée par le roi Louis, et incapable de se détacher de lui, même pour un instant. L'auteur conclut en affirmant que, bien que la gloire ne puisse être présente, cela ne devrait pas fâcher le prince.
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45
p. 173-190
Histoire de la Veuve & de M. de la Forest. [titre d'après la table]
Début :
Ces Lions n'ont pû estre domtpez, qu'il ne nous en [...]
Mots clefs :
Amour conjugal, Mari, Femme, Mort, Foule de soupirants, Mr de la Forêt, Veuve, Argent, Désirs, Coquetterie, Machines, Receveur, Perfide
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de la Veuve & de M. de la Forest. [titre d'après la table]
Ces Lions n'ont pû eſtre
domptez , qu'il ne nous en ait couſté unpeude ſang ; &voi- cyune Avanture que ce fang
répandu a produite.
Paffez,Héros , paſſez , venez
courirnos Plaines ,
GALANT. 127
Le
*
HEQUR
PON
La Femme d'un Capitaine d'Infanterie parut un parfait modele d'amour conjugal, tant que ſonMary veſcut. Ses Voi- fins , ſes Parens , & ſes Amis ,
n'étoient occupez qu'à eſſuyer les larmesqu'elle verſoitquand il partoit pour l'armée.
moindre bruit d'une Bataille ,
ou d'un Siege la deſeſperoit elle enpouſſoitdes cris quifai- foient compaffion à tout le monde , &rien n'euſt égalé là haute réputation où la mettoit une ſi juſte tendreſſe , ſi elle fuſt morte avant ſon Mary ;
mais par malheurpour fa ver- tu,uncoupdeMouſquet ayant emportéce cher Epoux , cette paffion fi légitime &fi violente ſe démentit. Aprés avoir pleu- ré quelques jours, elle s'ennuya de pleurer ,ſes lamentations
128 LE MERCVRE
K
cefferent , & on n'eut pas de peine à connoiſtre que la dou- leur qu'elle montroit de ſa mort, eſtoit beaucoup moindre que l'artifice qu'elle avoit eu pour faire croire qu'elle l'ai- moit. Comme elle ne fe trouva
pas en état de ſubſiſter dans le monde apres ſa mort, parce qu'il avoit mangé preſque tout fon Bien das le Service, ſes Parens & ſes Amis crûrent qu'il n'y avoit aucun party à pren- dre pour elle , que celuy de fe retirer dans un Couvent, mais
elle estoit bien faite , la retraite ne l'accommodoit pas,&elle jugea plus àpropos de ſuivre le conſeil d'une foule de Soûpi- rans, qui luy perfuaderent fans peinequ'on nemanquoitpoint d'argent quand on ſe vouloit fervirdeſa beauté. Ce fut fur
GALANT. 129
cet honnefte fondementqu'el- le s'embarqua à faire l'épreuve de ſon merite. Plus de penſée de Couvent , elle a des veuës
plus fatisfaiſantes ; & apres avoir balance quelques jours fur qui tomberoit fon premier choix pour commencer une fi noble carriere , elle jette les yeuxfur unCamaradedupau- vreDéfunt , nommé Mª de la
Foreſt , Officier ſubalterne de
ſa Compagnie , qui remplaça bientoft l'Epoux ,&fut enco- re plus aimé. Il demeuraquelque temps unique & paiſible poffeffeur de la jeune Veuve,
& ſa premiere vertu nousdoit faire croire qu'ellen'auroit pas fi -toſt expiré, ſi le maqued'ar- gent n'euſt troublé tout d'un
coup un commerce ſi agrea- blement étably. La finance du
1
130. LE MERCVRE Fantaſſin fut malheureuſemet
trop toſt épuiſée , & il fallut malgré la vertu ſe réfoudre à
chercher quelque autre re- fource. Par hazard un Riche
Receveur, Homme d'un caratere fort amoureux, &de manieres fort liberales,avoit com- mencé à rendre quelques afſi- duitez àla Veuve.Elle avoitde
grands charmes pourluy,mais l'humeur fâcheuſe du Fantaffin l'obligeoit d'étouffer dans ungrand fecret les defirs que ſa coquetterieluyinſpiroit.Ce- pendantle beſoind'arget aug- mentoit toûjours.La Veuve en fait paroiſtre fon chagrin au Financier. Le Financier ouvre
ſa bourſe , &cette facilité à la
tirer d'embarras, avance fi fort
ſes affaires , qu'en peu de jours ilſe voit au comble de ſes fou-
GALANT. 131
1
haits. Le Fantaſſin fait du bruit
dans les premiers mouvemens de ſa jalousie , mais enfinladé- * licateſſe de ſon cœur cede aux
beſoins preſſans deſa Maîtref- - ſe , & il comprend qu'il n'eſt
pas mauvais pour fon propre intereſt, qu'il ait quelque cho- ſe à partager avec un Finan- cier. La Veuve &luy convien- nentdonc de leurs Faits , & il
eſt réſolu que pour ofter àM
le Receveur tout ſujet de gróderie , & tout prétexte de fuf- pendre ſes liberalitez , le Fan- taſſin ne paroiſtra plus dans la Maiſon , &n'y viendraqueſe- ettement , Mr le Receveur
tqui croit que fon merite feul a
chaffé ſonplus redoutableRi- val, s'abandonne àtoute lajoye que luy cauſe ſon inopinée fe- licité, &perfuadé que faMaî10
crettement
132 LE MERCVRE treffe abien voulu renoncer à
tout pour luy , il n'a plus d'au- tres foins que de luy marquer par ſes profufions qu'il meri- toit cette préference. Toutela Maiſon ſe ſent en peu detemps de ſes bienfaits , rien n'y man- que , ce font meubles fur meu- bles , le Fantaſſin y trouve ſon compte,&fansplus s'inquiéter de ce qui ſe paſſe , il vient tous les jours en ſecret partager l'argent duFinancer , &les fa- veursde laVeuve. Ce fortuné
commerce alloit admirablemet
bien , &rien n'euſt eſté égal à
tant de proſpéritez , fi la Con- fidente de cette galante paffion ne ſe fuſt malheureuſemetmis
en teſtede la troubler. C'eſtoit
une vieille Coquette qui de- meuroit dans le voiſinage,aba- donnée tant que la jeuneſſe luy
GALANT. 133 luyavoit permisde l'eſtre, avi- de de toutes fortes de gains , &
la premiere Fourbe de celles de cette noble Profeffion. Le
bonheur de ſa Voifine , & fur
tout l'argentdu Receveur , ne furent pas longtemps ſans luy - faire envie ; mais n'oſant con--
fier à ſes vieux appas le ſoin d'attraper ce qui cauſoit ſa plus forte tentation, elle s'aviſa d'u ne rufe qui luy réüffit. Elle - avoit déja voulu pluſieurs fois donner des ſoupçons deM de la Foreſt au pauvre Receveur,
qui s'obſtinoit toûjours àcroi- re qu'on avoit entierement rompu avec luyselleluy avoit meſme dit en riant , que fi elle l'entreprenoit, elle n'auroit pas de peine à luy faire voir qu'il eſtoit la Dupe de l'un & de l'autre. Elle poufſa enfin la
TomeV. M
134 LE MERCVRE
1
choſe plusloin
;
&unjour que cette rufée Confidente ſceut
qu'il devoit apporter mille écus àla Veuve , elle alla l'attendre
dans le temps que
M' de la Fo- reſt estoit ſeul avec elle dans
un Cabinet qui ne s'ouvroit que pour luy ,&où il entroit ſans eſtre veu par un petit Ef- calier dérobé. Elle nel'eut pas fi-toſt apperçeu,qu'elle courut audevantde luy , &luymon- trant le Degré qui conduiſoit au lieu du paiſible Rendez- vous , elle s'enfuit chez elle ,
apres l'avoir aſſuré qu'il trou- veroit la Veuve avec le Fantaſſin dont il ſe croyoit défait.
Le pauvre Receveur avance
,
& partagé entre la confiance &la crainte , il montoit tout doucement le Degré,quand le Diable qui ſe meſloit ce jour- $
GALAN Τ. 135 làde ſes affaires , luy fait trou- ver une jeune Enfant Niéce de la Veuve , qui le voyant aller au Cabinet où elle avoit veu fa
Tate s'enfermer avec la Foreft,
l'arreſte tout d'un coup, en luy criant qu'on n'entroit point quand M de la Foreſt eſtoit dans le Cabinet avec ſa Tante.
Il n'en fallut pas davantage pour percer le cœurdu Finan- cier. Il fort tout ardent de co--
lere d'une fi funeste Maiſon,
trop heureux , à ce qu'il croit,
d'en avoir ſauvé ſes mille écus.
Il court au plus viſte s'en con- foler avec ſa Confidente , qui s'eſtant dés long-temps prepa- rée àcet évenement, n'oublie
rien de tout ce quipeut empoi- fonner ce qu'il penſe déja de la Veuve. Elle luy conte mille avantures qu'il ſe ſeroit bien M 2
136 LE MERCVRE
1
paſſe de ſçavoir
,
& l'amuſe ſi bien par fes longs difcours ,
qu'elle le retientjuſqu'àdeux heuresdu matin,dansun temps où la vigilance du Guet n'em- peſchoit point qu'on ne volaſt toutes les nuits. Quandle pre- mier deſeſpoir dumal-heureux Receveur fut unpeuappaisé,
il voulut aller chez luy donner quelque repos à ſa douleur ;
mais l'heure eſtant fort induë,
il ne crût pas que l'obſcurité de la nuit fuſt une aſſez ſeûre
ſauvegarde pour ſes mille écus
,
qu'il s'imaginoit avoir ſauvez du naufrage. Il les laiſſa donc endépoſt àcette chere Confi- dentequi venoit de luydonner tant de marques d'une fincere amitié. La perfide qui n'avoit fait jouer toutes ces machines que pour envenir là,receut cet
GALANT. 137
argent avec une joye qui ne ſe peut dire ; & le pauvre Rece- veur fut bien étonné le lendemain , lors que venant pour le retirer de ſes mains,elle le traita de viſionnaire &d'infolent,
af de luy demander ce qu'elle prétendoit qu'il-ne luy euſt * point donné:elle yajoûta mef- me quelques menaces violentes qui firent craindre auRe- ceveur une ſuite de plus fa- cheuſes avantures,& il ſe crût
trop heureux pour éviter l'é- clat qui ne luy pouvoit eſtre que préjudiciable, d'abandon-.
ner pourtoûjours ſes écus , fa Confidente , & fa Maiſtreſſe
domptez , qu'il ne nous en ait couſté unpeude ſang ; &voi- cyune Avanture que ce fang
répandu a produite.
Paffez,Héros , paſſez , venez
courirnos Plaines ,
GALANT. 127
Le
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La Femme d'un Capitaine d'Infanterie parut un parfait modele d'amour conjugal, tant que ſonMary veſcut. Ses Voi- fins , ſes Parens , & ſes Amis ,
n'étoient occupez qu'à eſſuyer les larmesqu'elle verſoitquand il partoit pour l'armée.
moindre bruit d'une Bataille ,
ou d'un Siege la deſeſperoit elle enpouſſoitdes cris quifai- foient compaffion à tout le monde , &rien n'euſt égalé là haute réputation où la mettoit une ſi juſte tendreſſe , ſi elle fuſt morte avant ſon Mary ;
mais par malheurpour fa ver- tu,uncoupdeMouſquet ayant emportéce cher Epoux , cette paffion fi légitime &fi violente ſe démentit. Aprés avoir pleu- ré quelques jours, elle s'ennuya de pleurer ,ſes lamentations
128 LE MERCVRE
K
cefferent , & on n'eut pas de peine à connoiſtre que la dou- leur qu'elle montroit de ſa mort, eſtoit beaucoup moindre que l'artifice qu'elle avoit eu pour faire croire qu'elle l'ai- moit. Comme elle ne fe trouva
pas en état de ſubſiſter dans le monde apres ſa mort, parce qu'il avoit mangé preſque tout fon Bien das le Service, ſes Parens & ſes Amis crûrent qu'il n'y avoit aucun party à pren- dre pour elle , que celuy de fe retirer dans un Couvent, mais
elle estoit bien faite , la retraite ne l'accommodoit pas,&elle jugea plus àpropos de ſuivre le conſeil d'une foule de Soûpi- rans, qui luy perfuaderent fans peinequ'on nemanquoitpoint d'argent quand on ſe vouloit fervirdeſa beauté. Ce fut fur
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cet honnefte fondementqu'el- le s'embarqua à faire l'épreuve de ſon merite. Plus de penſée de Couvent , elle a des veuës
plus fatisfaiſantes ; & apres avoir balance quelques jours fur qui tomberoit fon premier choix pour commencer une fi noble carriere , elle jette les yeuxfur unCamaradedupau- vreDéfunt , nommé Mª de la
Foreſt , Officier ſubalterne de
ſa Compagnie , qui remplaça bientoft l'Epoux ,&fut enco- re plus aimé. Il demeuraquelque temps unique & paiſible poffeffeur de la jeune Veuve,
& ſa premiere vertu nousdoit faire croire qu'ellen'auroit pas fi -toſt expiré, ſi le maqued'ar- gent n'euſt troublé tout d'un
coup un commerce ſi agrea- blement étably. La finance du
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130. LE MERCVRE Fantaſſin fut malheureuſemet
trop toſt épuiſée , & il fallut malgré la vertu ſe réfoudre à
chercher quelque autre re- fource. Par hazard un Riche
Receveur, Homme d'un caratere fort amoureux, &de manieres fort liberales,avoit com- mencé à rendre quelques afſi- duitez àla Veuve.Elle avoitde
grands charmes pourluy,mais l'humeur fâcheuſe du Fantaffin l'obligeoit d'étouffer dans ungrand fecret les defirs que ſa coquetterieluyinſpiroit.Ce- pendantle beſoind'arget aug- mentoit toûjours.La Veuve en fait paroiſtre fon chagrin au Financier. Le Financier ouvre
ſa bourſe , &cette facilité à la
tirer d'embarras, avance fi fort
ſes affaires , qu'en peu de jours ilſe voit au comble de ſes fou-
GALANT. 131
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haits. Le Fantaſſin fait du bruit
dans les premiers mouvemens de ſa jalousie , mais enfinladé- * licateſſe de ſon cœur cede aux
beſoins preſſans deſa Maîtref- - ſe , & il comprend qu'il n'eſt
pas mauvais pour fon propre intereſt, qu'il ait quelque cho- ſe à partager avec un Finan- cier. La Veuve &luy convien- nentdonc de leurs Faits , & il
eſt réſolu que pour ofter àM
le Receveur tout ſujet de gróderie , & tout prétexte de fuf- pendre ſes liberalitez , le Fan- taſſin ne paroiſtra plus dans la Maiſon , &n'y viendraqueſe- ettement , Mr le Receveur
tqui croit que fon merite feul a
chaffé ſonplus redoutableRi- val, s'abandonne àtoute lajoye que luy cauſe ſon inopinée fe- licité, &perfuadé que faMaî10
crettement
132 LE MERCVRE treffe abien voulu renoncer à
tout pour luy , il n'a plus d'au- tres foins que de luy marquer par ſes profufions qu'il meri- toit cette préference. Toutela Maiſon ſe ſent en peu detemps de ſes bienfaits , rien n'y man- que , ce font meubles fur meu- bles , le Fantaſſin y trouve ſon compte,&fansplus s'inquiéter de ce qui ſe paſſe , il vient tous les jours en ſecret partager l'argent duFinancer , &les fa- veursde laVeuve. Ce fortuné
commerce alloit admirablemet
bien , &rien n'euſt eſté égal à
tant de proſpéritez , fi la Con- fidente de cette galante paffion ne ſe fuſt malheureuſemetmis
en teſtede la troubler. C'eſtoit
une vieille Coquette qui de- meuroit dans le voiſinage,aba- donnée tant que la jeuneſſe luy
GALANT. 133 luyavoit permisde l'eſtre, avi- de de toutes fortes de gains , &
la premiere Fourbe de celles de cette noble Profeffion. Le
bonheur de ſa Voifine , & fur
tout l'argentdu Receveur , ne furent pas longtemps ſans luy - faire envie ; mais n'oſant con--
fier à ſes vieux appas le ſoin d'attraper ce qui cauſoit ſa plus forte tentation, elle s'aviſa d'u ne rufe qui luy réüffit. Elle - avoit déja voulu pluſieurs fois donner des ſoupçons deM de la Foreſt au pauvre Receveur,
qui s'obſtinoit toûjours àcroi- re qu'on avoit entierement rompu avec luyselleluy avoit meſme dit en riant , que fi elle l'entreprenoit, elle n'auroit pas de peine à luy faire voir qu'il eſtoit la Dupe de l'un & de l'autre. Elle poufſa enfin la
TomeV. M
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choſe plusloin
;
&unjour que cette rufée Confidente ſceut
qu'il devoit apporter mille écus àla Veuve , elle alla l'attendre
dans le temps que
M' de la Fo- reſt estoit ſeul avec elle dans
un Cabinet qui ne s'ouvroit que pour luy ,&où il entroit ſans eſtre veu par un petit Ef- calier dérobé. Elle nel'eut pas fi-toſt apperçeu,qu'elle courut audevantde luy , &luymon- trant le Degré qui conduiſoit au lieu du paiſible Rendez- vous , elle s'enfuit chez elle ,
apres l'avoir aſſuré qu'il trou- veroit la Veuve avec le Fantaſſin dont il ſe croyoit défait.
Le pauvre Receveur avance
,
& partagé entre la confiance &la crainte , il montoit tout doucement le Degré,quand le Diable qui ſe meſloit ce jour- $
GALAN Τ. 135 làde ſes affaires , luy fait trou- ver une jeune Enfant Niéce de la Veuve , qui le voyant aller au Cabinet où elle avoit veu fa
Tate s'enfermer avec la Foreft,
l'arreſte tout d'un coup, en luy criant qu'on n'entroit point quand M de la Foreſt eſtoit dans le Cabinet avec ſa Tante.
Il n'en fallut pas davantage pour percer le cœurdu Finan- cier. Il fort tout ardent de co--
lere d'une fi funeste Maiſon,
trop heureux , à ce qu'il croit,
d'en avoir ſauvé ſes mille écus.
Il court au plus viſte s'en con- foler avec ſa Confidente , qui s'eſtant dés long-temps prepa- rée àcet évenement, n'oublie
rien de tout ce quipeut empoi- fonner ce qu'il penſe déja de la Veuve. Elle luy conte mille avantures qu'il ſe ſeroit bien M 2
136 LE MERCVRE
1
paſſe de ſçavoir
,
& l'amuſe ſi bien par fes longs difcours ,
qu'elle le retientjuſqu'àdeux heuresdu matin,dansun temps où la vigilance du Guet n'em- peſchoit point qu'on ne volaſt toutes les nuits. Quandle pre- mier deſeſpoir dumal-heureux Receveur fut unpeuappaisé,
il voulut aller chez luy donner quelque repos à ſa douleur ;
mais l'heure eſtant fort induë,
il ne crût pas que l'obſcurité de la nuit fuſt une aſſez ſeûre
ſauvegarde pour ſes mille écus
,
qu'il s'imaginoit avoir ſauvez du naufrage. Il les laiſſa donc endépoſt àcette chere Confi- dentequi venoit de luydonner tant de marques d'une fincere amitié. La perfide qui n'avoit fait jouer toutes ces machines que pour envenir là,receut cet
GALANT. 137
argent avec une joye qui ne ſe peut dire ; & le pauvre Rece- veur fut bien étonné le lendemain , lors que venant pour le retirer de ſes mains,elle le traita de viſionnaire &d'infolent,
af de luy demander ce qu'elle prétendoit qu'il-ne luy euſt * point donné:elle yajoûta mef- me quelques menaces violentes qui firent craindre auRe- ceveur une ſuite de plus fa- cheuſes avantures,& il ſe crût
trop heureux pour éviter l'é- clat qui ne luy pouvoit eſtre que préjudiciable, d'abandon-.
ner pourtoûjours ſes écus , fa Confidente , & fa Maiſtreſſe
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Résumé : Histoire de la Veuve & de M. de la Forest. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une femme, veuve d'un capitaine d'infanterie, qui fut d'abord un modèle de dévotion conjugale. Après la mort de son mari, tué par un coup de mousquet, sa douleur se transforma rapidement en indifférence. Incapable de subvenir à ses besoins seule, elle suivit les conseils de soupirants qui lui suggérèrent d'utiliser sa beauté pour survivre. Elle s'engagea alors dans une relation avec M. de la Forest, un camarade de son défunt mari et officier subalterne. Leur union fut perturbée par des problèmes financiers, ce qui poussa la veuve à accepter les avances d'un riche receveur. Ce dernier, jaloux, fut manipulé par une confidente malveillante qui cherchait à s'emparer de son argent. La confidente, une vieille coquette rusée, fit croire au receveur que la veuve le trompait avec M. de la Forest. Elle l'attira dans un piège en l'envoyant dans un cabinet où il découvrit la nièce de la veuve, ce qui le convainquit de la trahison. Désespéré, il confia ses mille écus à la confidente, qui le trahit en refusant de les lui rendre le lendemain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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46
p. 255-257
Divertissemens donnez au Public. [titre d'après la table]
Début :
Je passe aux Divertissemens publics dont j'ay peu de chose [...]
Mots clefs :
Divertissements publics, Théâtre des italiens, Nouveauté, Comédiens-Français, Vieilles pièces
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texteReconnaissance textuelle : Divertissemens donnez au Public. [titre d'après la table]
Je paſſe aux Divertiſſemens publics dont j'ay-peu de choſe àvous dire , &il n'yaeu de la nouveauté que fur le Theatre nfpi
jout
Tome V.
182 LE MERCVRE des Italiens , qui nous ont don- néune Pieces fort agreable, in- titulée La PropretezRidicule. Elleeſt meſléedequelquesEn- trées qui luy donnent beau- coupd'agrément. Le caractere delaFemmequi eft proprejuf- qu'à l'excés,eſt tiré ſur de bons Originaux. On l'a déja joüée douze ou quinze fois ; & Ar- lequin , à fon ordinaire , y eſt un Perſonnage tres - divertiſ- ſant. Les Comédiens François ſe ſont contentez de faire revivre quelques vieilles Pieces qui avoient fait beaucoup de bruit dans leur temps , &on a
reveu ſur les deux Theatres,
les Viſionnaires de M des Marefts , le Iodelet Maistre de M
Scarron, & le D.Bertrand de Ci- garalde Me deCorneille le jeu- ne, qui estoit autrefois le char
GALANT. 183 me de tout Paris , & qu'on y
repreſentoit en meſme temps fur tous les Theatres.
jout
Tome V.
182 LE MERCVRE des Italiens , qui nous ont don- néune Pieces fort agreable, in- titulée La PropretezRidicule. Elleeſt meſléedequelquesEn- trées qui luy donnent beau- coupd'agrément. Le caractere delaFemmequi eft proprejuf- qu'à l'excés,eſt tiré ſur de bons Originaux. On l'a déja joüée douze ou quinze fois ; & Ar- lequin , à fon ordinaire , y eſt un Perſonnage tres - divertiſ- ſant. Les Comédiens François ſe ſont contentez de faire revivre quelques vieilles Pieces qui avoient fait beaucoup de bruit dans leur temps , &on a
reveu ſur les deux Theatres,
les Viſionnaires de M des Marefts , le Iodelet Maistre de M
Scarron, & le D.Bertrand de Ci- garalde Me deCorneille le jeu- ne, qui estoit autrefois le char
GALANT. 183 me de tout Paris , & qu'on y
repreſentoit en meſme temps fur tous les Theatres.
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Résumé : Divertissemens donnez au Public. [titre d'après la table]
Le texte évoque des spectacles théâtraux. Les Italiens ont joué 'La Propreté Ridicule', une pièce bien accueillie, mettant en scène une femme excessivement propre et Arlequin. Les Français ont repris des œuvres anciennes comme 'Les Visionnaires' et 'Le Cid'. Ce dernier a été représenté sur plusieurs théâtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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47
p. 257-281
Modes Nouvelles. [titre d'après la table]
Début :
Il est temps de satisfaire la curiosité de vos Belles [...]
Mots clefs :
Couleurs, Modes, Jupes, Dentelle, Marchands, Habillements, Étoffes, Gazes, Toiles, Manteaux, Point de France, Échelles, Mousseline, Satin, Coiffes, Rubans, Boutons, Noeuds, Manches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Modes Nouvelles. [titre d'après la table]
uriofité de vos Belles de Province , & de vous entretenir
desModesnouvellesdontvous
m'avez mandé pluſieurs fois qu'elles ſouhaitoient de trou- ver quelque Article dans les Lettres queje vous envoye.Ce n'eſt pas une affaire peu amba- raffante,&je ne ſçay comment j'aurois pû m'acquiter de ma parole, fi je ne me fuſſe trouvé dernierement dans une Ruelle
abondante en Perſonnesdu bel
air. On yrailloit un Mary ja- loux, lors que je vis entrer une Féme moitié Pretieuſe,& moitie Coquette. Queje fuis fati- guée:dit- elle, apres avoir ſalüé la Compagnie;l'ay eſté aujourQij
184 LE MERCVRE d'hui chez plus de vingt Mar- chands , &je n'en fuis guéres fortie plus ſçavante quej'y ſuis entrée. J'ay reçeu dix Lettres de la Campagne, parleſquelles on me prie de mander les Mo- des nouvelles , & je ne ſçay qu'écrire là-deſſus. Onn'a ja- mais veu en France ce que l'on voit aujourd'hui, il n'y a plus deModesgenerales,parce qu'il yen a tropde particulieres; à
peinetrouve-t- ondeux Perſon- nes veſtuës de la meſme maniere , chacun s'habille à ſa fantaiſie, &l'on ne paroiſt plus extravagant comme autrefois,
lors qu'on n'eſt pasmis comme les autres. Pour moy , continua-t-elle, je ne feray point de réponſe,&je ne finirois jamais,
fije voulois écrire la diverſité
des Habillemens de chaque
GALANT. 185 Particulier. Je donnay d'abord dans ſon ſens , pour l'amener apres plus facilement à mon but &je luidis enſuite que fi
elle vouloit prier toute laCom- pagnie de s'entretenir ſur cette matiere , & que chacundit les
Modesqu'il croyoit les plusge- nerales,je les écrirois fur l'heu- re , &qu'ainſi elle trouveroit fon Memoire des Modes tout
fait, ſans qu'elle fift autre cho- ſe que dire ſon avis.Cette pen- ſee lui plût , chacun promit d'expliquer ce qu'il ſçavoition me donna de l'encre &du pa- pier, &j'écrivis pour elle &
pour moy, ceque vous allez li- re touchant les Modes dont on
ſe fert depuis qu'on ne porte plus d'or&d'argent.
On parla d'abord des Eto- fes , ou plutoft on en voulut
üj
Σ
186 LE MERCVRE
parler ; car à peine euft-on-en-- tâmé ce difcours, qu'unejeune Beauté prit la parole,&dit que de cinquante Femmes du bel
air, à peine on trouvoit - on deux qui portaffent des Etof- fes ; &que hors quelques Taf- fetas & Tabis decoupez &
mouchetez, gris &changeans,
qui estoient un reſte de Mode
des Habits d'Etamine & de
Serge des Grifettes du Printemps , on ne voyoit plus de Femmes veſtuës que deToil- les&deGazes ; &elle adjoûta qu'elle les aimoit tellement ;
qu'elle avoit voulu voir toutes celles qui avoient eſté faites,&
que leur diverſité & leur
beauté eſtoient des chofes ad
mirables. On la pria de par.
ler de toutes celles qu'el
le avoit veuës , & voicy de
GALANT. 187
t
i
quelle maniere elle s'en ac- quita.
Onfait, depuis que les cha-- leurs ont commencé,des Man--
teaux&des Jupes de pluſieurs fortes de Gazes; les moindres
4
font les unies, les rayees , & ALE DE carreaux.
LYON celles qui font à E
leurs, meflees, & fans eftreme
lées. If y en a auffi beaucoup de rebrochées , dont les fleurs
paroiffent de relief. On en voit
fur des fonds bruns couvertes.
de fleurs de toutes couleurs;
&il s'en trouve de meſme fur
des fonds blancs qui font le plus bel effet du monde ; d'au- tres font fur des fonds mou
chetez, & d'autres font à colomnes. Les Femmes du grand air qui ont le petit deüil , en portentde blanches , avec des
preſque de toutes con-
188 LE MERCVRE
fleurs noires rebrochées ; &
celles qui font plus modeftes,
en mettent de noires unies ,
avec des Jupes de Gaze bleuës deffous. Les Gazes dont les
fonds & les fleurs font blanches, ſe portentbeaucoup plus enJupesqu'enManteaux.Cel- les qui ſont rayées , & qui ont de grandes eſpaces entre les ra- yes , remplies de toutes fortes de fleurs,fonttres-belles : Mais
quelque beauté qu'ayenttou- tes ces Gazes , pourſuivit-elle,
je ne defefpere pas d'en voir encor deplus extraordinaires,
puis qu'il n'eſt point de jour qu'on n'en remarque aux Thuilleries d'un deſſein tout
nouveau. Il n'eſt rien de plus agreable que tous les Mateaux deGaze, continua la meſme,&
ils ne font effacez que par ceux
GALANT. 189 de Poincts de France fur de la
Toille jaune,qui eftant accom-- pagnez d'Echelles de mefme
Poinct, donnent un certain air
degrandeur à ceux quiles por- tent , que les Etofés les plus remplies d'or &d'arget ne font pas toûjours remarquer dans les Perſonnes les plus quali- lifiées..Onvoit aufli , adjoûtat- elle , quelques Manteaux &
Jupes de Taffetas volans &
changeas, mais le nombre n'en eſt pas grand. Puis que vous avez parle des Manteaux , re- prit une autre,je vais parlerdes Jupes;j'en achetayhyer,& ce- la fur cauſe que je m'infor-- may de celles quifont les plus àla mode.On en voitencor qui fonttoutes de Poinct de Frace,
&dautres toutes de Poinct
d'Angleterre mais comme elles
190 LE MERCVRE
font extrémement cheres , le
nombre n'en eſt pas fi grand;&
celles dont on porte le plus ,
font desMouffeline rayée,avec unPoinct au bas des plus hauts que l'on puiſſe trouver. Ily en a auſſi beaucoup de Taffetas de toutes fortes de couleurs , fous des Gazes que chacun choifit àſa fantaiſie ; mais la plupart les prennentblanches. On en voit depuis quelques jours de Toille decoupée , comme on decoupoit le Tabis & le Satin.
Les Femmes qui font un peu fur le retour,&quelques autres
encor , portent des Jupes de Brocard , & d'autres Etofes ;
les unesmettentun petitPoinct
de Erance enbas,les autres une
Dantelle noire. Il y en a qui mettent des Guipures de tou- tes couleurs;mais quand on les
GALANT. 191 pliffe, on met des Dantelles de foye douce, fans fonds, & fans eftre guipées ni gommées. Il yadiverſesmanieres de mettre
ces Dantelles ; les unes en ont
une grande pliffée, &un Pied qui releve; & les autres deux
grandes pliſſées à deux doigts l'une de l'autre, & toutes deux tombantes.
Quandcelle quiavoitparlé desJupes àlamode eu finy fon diſcours , on preſſa une vieille Fille qui n'avoit ni beauté ni agrément,&qui par toutesces raiſons ſe retranchoit ſur lebel
Eſprit , de dire quelque choſe furle ſujet dela Converſation,
Elle répondit avec un air dé- daigneux,qu'elle ne ſçavoitpas commenton pouvoit perdre le temps à parler de ces bagatel- les,&que cette matiere n'étoit
192 LE MERCVRE
bonne que pour certaines Fé- mes qui n'auroientjamais rien àdire, fans le ſecours de leurs
Habillemens. On luyrépondit qu'elle avoit raiſon ; mais que
lors qu'on eſtoit en compagnie,
onſe rendoit ridicule, fi l'on ne
faifoit comme les autres , puis qu'ilſembloitqu'on lesmépri- faft , &qu'onvoulut ſe diſtinguer; cequ'unEfprit bien tour- né de devoit jamais faire. He bien, reprit-elle bruſquement,
puis que l'eſprit de bagatelle regne aujourd'hui , ilfaut faire
comme les autres. Si je me ſuis défenduë de parler des Modes nouvelles , ce n'eſt pas que je les ignore : comme il ne faut point d'eſprit pour les apprendre,& qu'on n'abeſoin que d'avoir des yeux , tout le monde les doit ſçavoir , &je
croy
GALANT. 193
croy n'en ignorer aucune. Elle s'arreſta un moment , puis elle entra dans le détail de toutes
les Modes dont on n'avoit
point encor parle , qu'elle de- bita avec un torrent de paroles,
ſans s'arreſter un moment , ni
laifſfer le temps à aucun de la Compagnie de lui repliquer par unſeul mot. Voicy tout cequ'elledit.
Laplupart des Coëffes que l'on porte à preſent , font à co- lomnes blanches & fans fonds;
onen voit auffi de noires à pe- tites Mouches , de Gazes fort claires d'Angleterre fans fods,
deblanches, de rouffes , &des
Cornettes de mefme ces dornieres. Onne fait plus de Bonnets friſez ,&l'on met deux petites Cornettes &une grande.
On fe cordonne de Poinct de
Tome V. R
194 LE MERCVRE
France &de Rubans detoutes
couleurs. Jamais ils n'ont tant
eſté enregne qu'ils fontdepuis la Defenſe de l'or &de l'argét;
&l'on mettat d'Echelles,qu'il eſt impoffible que cette Mode foit long-tempsen regne,parce quelesGensdequalité nemã- quent jamais de quitter celles qui deviennent trop commu- nes. On porte beaucoup de Gandsgarnis,&tous les Man- teaux font retrouffez avecdes
Rubans. Toutes lesGarnitures
fontrempliesde Ferets ; ils font plus courts , plus brillans , &
mieux travaillezque les ronds quel'onportoit ilya quelques années, & il n'y ariendeplus agreable ; on en met juſques aux Rubans de Souliers. Les
Manchesdont onſeſert à pre- ſent,ſont de pluſieurs manières.
GALANT. 195
1
2
Il y en a de pliſſées , avec du Poinct enbas.On en voitd'autres qui ne font point pliffées,
&qui ontune Dentelle qui re- leve, avec un petit Pied. Il s'en
trouve auſſi beaucoup à boüil- lons. Laplupart des Manchettes qui accompagnent ces Mã- ches, font à trois rangs. On porte toûjours des Bas de la Chine , & l'on n'en met plus guéres de marbrez. Les Sou- liers font de pluſieurs manieres. Ondecoupe des Cuirs fur des Etofes de toutes fortes de
couleurs. Il yen a de mouche- tez, laffez aux coſtez avec un
petit Molet , & de brodez de
Soye.Les plus magnifiques ſont ceux qui font de Toille de Marſeille piquée , &qui font garnis deDantelle d'Angleter- re ou de Poinct de France,forRij
196 LE MERCVRE
mantune maniere deRoze antique , comme on en mettoit
autrefois fur les Souliers. On
envoit auſſi de Geais de toutes couleurs. Les Eventails les
plus ordinaires font de Peaux de Vélin , avec des Bâtons de
Calanbourg.On les porte toû- jours grādes,& les belles Pein- tures ſonttoûjours à la mode.
On fait à preſent beaucoup dePoincts de Frace fans fonds,
&des Picots en compannes à
tous lesbeaux Mouchoirs. On
en aveu quelques-uns avec de petites Fleurs fur les grandes,
que l'on pouroit appeller des Fleurs volantes, n'eſtant atta--
chées que par le milieu ; mais il n'y a pas d'apparence que cetteModeſoit ſuivie.
Toutes ces choſes ayanteſté dites de fuite , celle qui en fit
GALANT. 197
de
al
le recit ſe trouva tellemét hors
d'haleine,qu'apres avoir ache- vé,elle ne pût dire autre choſe.
La Belle qui vouloit mander
des Modes en Province , crût
en ſçavoir aſſez , & l'on auroit
finy cette matiere , fi une Per- fonne de la compagnie n'euſt dit qu'il faloit auſſi s'entretenir des manieresde s'habiller des
Hommes. N'en foyez point en peine, repartit uneBeauté en- joüée , j'ay vingt Amans qui àl'envy s'eforcentde ſemettre bienpour meplaire , &je ſçay comment il faut qu'un Hom- me ſoit pour eſtre à la mode.
Elle prononça ces paroles d'un air qui plût à toute l'Affem- blée. On la pria de dire ce qu'elle ſçavoit là-deffus , &
fans ſe faire preffer , elle com- mençade la forte.
Riij
198 LE MERCVRE
L'ajustement eſt moins ne- ceffaire aux Hommes qu'à la plupart des Femmes , & il ca- che moins leurs defauts. Un
Homme eſt toûjours affez pa- ré quand il a bonne mine; il plaiſt enHabit de Cavalier, &
fans ornemens ; & les Femmes
qui ne font point ajuſtées,plai- fent rarement , à moins que leurbeauté ne foit veritable &
toute à elles. On dira , pour- ſuivit cette Charmate Perfonne , que j'aime bien les Hom- mes,de parler ainfi à leur avantage : Cependant tous mes Amans font également bien auprés de moy,&publient que je ſuis la plus cruelle Perſonne du monde. Tantqu'ils parlerõt ainfi , je ne me plaindray pas d'eux ,&je croirois qu'on ne medevroitguéres eſtimer, s'ils
GALANT. 199 tenoient un autre langage. Le defir qu'ils ontde me plaire,fait qu'ils ne paroiffent devat moy qu'avec une propreté ache- vée,&tout cela ſans avoir d'Erofes magnifiques. On n'en voit point preſentement , elles ſont preſque toutes unies; à
peine en trouve-t-onde ſoye,
&l'on ne porte que des Dro- guets,desEtamines &des Ser- ges; mais quand un Homme eft bien coëffé &bie chauffé,
qu'il a de beau Linge, une belle Garniture, &unebelle Veſte,il eſt plusparé que s'il eſtoit chargé de Broderie ou de gros Galons d'or , qui ne feroient que l'épaiffir. Les Hommes portent à preſent des Véftes fort lõgues, garnies de Poincts.
Les plus nouvelles ſont de Mouſſeline claire rayée , avec
200 LE MERCVRE
de la Toille jaune deſſous , &
du Poinct deſſus. Leurs Chapeaux ſont petits, leurs Gands garnis de Rubans étroits , &
toute leurGarniture de méme.
Aumilieude ces petits Rubas,
ils ont àleur Chapeau, fur leur Manches , au Nœud de leurs
Epées,&quelquefois auxdeux coſtez de leurs Culotes ou
Rhingraves,desNœudsdeRu- ban large, auxdeux coſtez du- quel eft coufuë uneDentelle
blache. Depuisquelques jours ony en met de noire,qu'on fait
coudre aumilieu du Ruban,de
maniere qu'elle le couvre tout entier. Onvoit pluſieurs Ha- bits avec quantité de rangs d'œillets; ilsn'eſtoient d'abord
que blancs , & aux revers des
Manches ; on en met preſente- ment par tout , &ils font de
GALAN T. 201
toutes couleurs ; on commence meſme à les entourerde pe- tits Cordonnets qui font pluſieurs figures, comme aux Bau- driers. D'abord que l'argent fut defendu, on porta desCor- donsde foye aurore , &de foye blanche , qu'on prenoit pour del'or &pourde l'argent. On met des Boutons des meſmes
couleurs ,&depuis peu on en porte de meflez comme les Garnitures. Les Hommes commencent à devenir magnifiques en Souliers"; ils en ontde
brodez qui coûtent quatre Loüis la paire , mais on en voit encor peu. La Converſation auroit eſté plus longue , ſans une viſite ſerieuſe qui ſurvint,
& qui l'interrompit ; c'eſt pourquoy je prie vos belles Provinciales de ſe conten
202. LE MERCVRE
ter de ce je vous envoye.
desModesnouvellesdontvous
m'avez mandé pluſieurs fois qu'elles ſouhaitoient de trou- ver quelque Article dans les Lettres queje vous envoye.Ce n'eſt pas une affaire peu amba- raffante,&je ne ſçay comment j'aurois pû m'acquiter de ma parole, fi je ne me fuſſe trouvé dernierement dans une Ruelle
abondante en Perſonnesdu bel
air. On yrailloit un Mary ja- loux, lors que je vis entrer une Féme moitié Pretieuſe,& moitie Coquette. Queje fuis fati- guée:dit- elle, apres avoir ſalüé la Compagnie;l'ay eſté aujourQij
184 LE MERCVRE d'hui chez plus de vingt Mar- chands , &je n'en fuis guéres fortie plus ſçavante quej'y ſuis entrée. J'ay reçeu dix Lettres de la Campagne, parleſquelles on me prie de mander les Mo- des nouvelles , & je ne ſçay qu'écrire là-deſſus. Onn'a ja- mais veu en France ce que l'on voit aujourd'hui, il n'y a plus deModesgenerales,parce qu'il yen a tropde particulieres; à
peinetrouve-t- ondeux Perſon- nes veſtuës de la meſme maniere , chacun s'habille à ſa fantaiſie, &l'on ne paroiſt plus extravagant comme autrefois,
lors qu'on n'eſt pasmis comme les autres. Pour moy , continua-t-elle, je ne feray point de réponſe,&je ne finirois jamais,
fije voulois écrire la diverſité
des Habillemens de chaque
GALANT. 185 Particulier. Je donnay d'abord dans ſon ſens , pour l'amener apres plus facilement à mon but &je luidis enſuite que fi
elle vouloit prier toute laCom- pagnie de s'entretenir ſur cette matiere , & que chacundit les
Modesqu'il croyoit les plusge- nerales,je les écrirois fur l'heu- re , &qu'ainſi elle trouveroit fon Memoire des Modes tout
fait, ſans qu'elle fift autre cho- ſe que dire ſon avis.Cette pen- ſee lui plût , chacun promit d'expliquer ce qu'il ſçavoition me donna de l'encre &du pa- pier, &j'écrivis pour elle &
pour moy, ceque vous allez li- re touchant les Modes dont on
ſe fert depuis qu'on ne porte plus d'or&d'argent.
On parla d'abord des Eto- fes , ou plutoft on en voulut
üj
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186 LE MERCVRE
parler ; car à peine euft-on-en-- tâmé ce difcours, qu'unejeune Beauté prit la parole,&dit que de cinquante Femmes du bel
air, à peine on trouvoit - on deux qui portaffent des Etof- fes ; &que hors quelques Taf- fetas & Tabis decoupez &
mouchetez, gris &changeans,
qui estoient un reſte de Mode
des Habits d'Etamine & de
Serge des Grifettes du Printemps , on ne voyoit plus de Femmes veſtuës que deToil- les&deGazes ; &elle adjoûta qu'elle les aimoit tellement ;
qu'elle avoit voulu voir toutes celles qui avoient eſté faites,&
que leur diverſité & leur
beauté eſtoient des chofes ad
mirables. On la pria de par.
ler de toutes celles qu'el
le avoit veuës , & voicy de
GALANT. 187
t
i
quelle maniere elle s'en ac- quita.
Onfait, depuis que les cha-- leurs ont commencé,des Man--
teaux&des Jupes de pluſieurs fortes de Gazes; les moindres
4
font les unies, les rayees , & ALE DE carreaux.
LYON celles qui font à E
leurs, meflees, & fans eftreme
lées. If y en a auffi beaucoup de rebrochées , dont les fleurs
paroiffent de relief. On en voit
fur des fonds bruns couvertes.
de fleurs de toutes couleurs;
&il s'en trouve de meſme fur
des fonds blancs qui font le plus bel effet du monde ; d'au- tres font fur des fonds mou
chetez, & d'autres font à colomnes. Les Femmes du grand air qui ont le petit deüil , en portentde blanches , avec des
preſque de toutes con-
188 LE MERCVRE
fleurs noires rebrochées ; &
celles qui font plus modeftes,
en mettent de noires unies ,
avec des Jupes de Gaze bleuës deffous. Les Gazes dont les
fonds & les fleurs font blanches, ſe portentbeaucoup plus enJupesqu'enManteaux.Cel- les qui ſont rayées , & qui ont de grandes eſpaces entre les ra- yes , remplies de toutes fortes de fleurs,fonttres-belles : Mais
quelque beauté qu'ayenttou- tes ces Gazes , pourſuivit-elle,
je ne defefpere pas d'en voir encor deplus extraordinaires,
puis qu'il n'eſt point de jour qu'on n'en remarque aux Thuilleries d'un deſſein tout
nouveau. Il n'eſt rien de plus agreable que tous les Mateaux deGaze, continua la meſme,&
ils ne font effacez que par ceux
GALANT. 189 de Poincts de France fur de la
Toille jaune,qui eftant accom-- pagnez d'Echelles de mefme
Poinct, donnent un certain air
degrandeur à ceux quiles por- tent , que les Etofés les plus remplies d'or &d'arget ne font pas toûjours remarquer dans les Perſonnes les plus quali- lifiées..Onvoit aufli , adjoûtat- elle , quelques Manteaux &
Jupes de Taffetas volans &
changeas, mais le nombre n'en eſt pas grand. Puis que vous avez parle des Manteaux , re- prit une autre,je vais parlerdes Jupes;j'en achetayhyer,& ce- la fur cauſe que je m'infor-- may de celles quifont les plus àla mode.On en voitencor qui fonttoutes de Poinct de Frace,
&dautres toutes de Poinct
d'Angleterre mais comme elles
190 LE MERCVRE
font extrémement cheres , le
nombre n'en eſt pas fi grand;&
celles dont on porte le plus ,
font desMouffeline rayée,avec unPoinct au bas des plus hauts que l'on puiſſe trouver. Ily en a auſſi beaucoup de Taffetas de toutes fortes de couleurs , fous des Gazes que chacun choifit àſa fantaiſie ; mais la plupart les prennentblanches. On en voit depuis quelques jours de Toille decoupée , comme on decoupoit le Tabis & le Satin.
Les Femmes qui font un peu fur le retour,&quelques autres
encor , portent des Jupes de Brocard , & d'autres Etofes ;
les unesmettentun petitPoinct
de Erance enbas,les autres une
Dantelle noire. Il y en a qui mettent des Guipures de tou- tes couleurs;mais quand on les
GALANT. 191 pliffe, on met des Dantelles de foye douce, fans fonds, & fans eftre guipées ni gommées. Il yadiverſesmanieres de mettre
ces Dantelles ; les unes en ont
une grande pliffée, &un Pied qui releve; & les autres deux
grandes pliſſées à deux doigts l'une de l'autre, & toutes deux tombantes.
Quandcelle quiavoitparlé desJupes àlamode eu finy fon diſcours , on preſſa une vieille Fille qui n'avoit ni beauté ni agrément,&qui par toutesces raiſons ſe retranchoit ſur lebel
Eſprit , de dire quelque choſe furle ſujet dela Converſation,
Elle répondit avec un air dé- daigneux,qu'elle ne ſçavoitpas commenton pouvoit perdre le temps à parler de ces bagatel- les,&que cette matiere n'étoit
192 LE MERCVRE
bonne que pour certaines Fé- mes qui n'auroientjamais rien àdire, fans le ſecours de leurs
Habillemens. On luyrépondit qu'elle avoit raiſon ; mais que
lors qu'on eſtoit en compagnie,
onſe rendoit ridicule, fi l'on ne
faifoit comme les autres , puis qu'ilſembloitqu'on lesmépri- faft , &qu'onvoulut ſe diſtinguer; cequ'unEfprit bien tour- né de devoit jamais faire. He bien, reprit-elle bruſquement,
puis que l'eſprit de bagatelle regne aujourd'hui , ilfaut faire
comme les autres. Si je me ſuis défenduë de parler des Modes nouvelles , ce n'eſt pas que je les ignore : comme il ne faut point d'eſprit pour les apprendre,& qu'on n'abeſoin que d'avoir des yeux , tout le monde les doit ſçavoir , &je
croy
GALANT. 193
croy n'en ignorer aucune. Elle s'arreſta un moment , puis elle entra dans le détail de toutes
les Modes dont on n'avoit
point encor parle , qu'elle de- bita avec un torrent de paroles,
ſans s'arreſter un moment , ni
laifſfer le temps à aucun de la Compagnie de lui repliquer par unſeul mot. Voicy tout cequ'elledit.
Laplupart des Coëffes que l'on porte à preſent , font à co- lomnes blanches & fans fonds;
onen voit auffi de noires à pe- tites Mouches , de Gazes fort claires d'Angleterre fans fods,
deblanches, de rouffes , &des
Cornettes de mefme ces dornieres. Onne fait plus de Bonnets friſez ,&l'on met deux petites Cornettes &une grande.
On fe cordonne de Poinct de
Tome V. R
194 LE MERCVRE
France &de Rubans detoutes
couleurs. Jamais ils n'ont tant
eſté enregne qu'ils fontdepuis la Defenſe de l'or &de l'argét;
&l'on mettat d'Echelles,qu'il eſt impoffible que cette Mode foit long-tempsen regne,parce quelesGensdequalité nemã- quent jamais de quitter celles qui deviennent trop commu- nes. On porte beaucoup de Gandsgarnis,&tous les Man- teaux font retrouffez avecdes
Rubans. Toutes lesGarnitures
fontrempliesde Ferets ; ils font plus courts , plus brillans , &
mieux travaillezque les ronds quel'onportoit ilya quelques années, & il n'y ariendeplus agreable ; on en met juſques aux Rubans de Souliers. Les
Manchesdont onſeſert à pre- ſent,ſont de pluſieurs manières.
GALANT. 195
1
2
Il y en a de pliſſées , avec du Poinct enbas.On en voitd'autres qui ne font point pliffées,
&qui ontune Dentelle qui re- leve, avec un petit Pied. Il s'en
trouve auſſi beaucoup à boüil- lons. Laplupart des Manchettes qui accompagnent ces Mã- ches, font à trois rangs. On porte toûjours des Bas de la Chine , & l'on n'en met plus guéres de marbrez. Les Sou- liers font de pluſieurs manieres. Ondecoupe des Cuirs fur des Etofes de toutes fortes de
couleurs. Il yen a de mouche- tez, laffez aux coſtez avec un
petit Molet , & de brodez de
Soye.Les plus magnifiques ſont ceux qui font de Toille de Marſeille piquée , &qui font garnis deDantelle d'Angleter- re ou de Poinct de France,forRij
196 LE MERCVRE
mantune maniere deRoze antique , comme on en mettoit
autrefois fur les Souliers. On
envoit auſſi de Geais de toutes couleurs. Les Eventails les
plus ordinaires font de Peaux de Vélin , avec des Bâtons de
Calanbourg.On les porte toû- jours grādes,& les belles Pein- tures ſonttoûjours à la mode.
On fait à preſent beaucoup dePoincts de Frace fans fonds,
&des Picots en compannes à
tous lesbeaux Mouchoirs. On
en aveu quelques-uns avec de petites Fleurs fur les grandes,
que l'on pouroit appeller des Fleurs volantes, n'eſtant atta--
chées que par le milieu ; mais il n'y a pas d'apparence que cetteModeſoit ſuivie.
Toutes ces choſes ayanteſté dites de fuite , celle qui en fit
GALANT. 197
de
al
le recit ſe trouva tellemét hors
d'haleine,qu'apres avoir ache- vé,elle ne pût dire autre choſe.
La Belle qui vouloit mander
des Modes en Province , crût
en ſçavoir aſſez , & l'on auroit
finy cette matiere , fi une Per- fonne de la compagnie n'euſt dit qu'il faloit auſſi s'entretenir des manieresde s'habiller des
Hommes. N'en foyez point en peine, repartit uneBeauté en- joüée , j'ay vingt Amans qui àl'envy s'eforcentde ſemettre bienpour meplaire , &je ſçay comment il faut qu'un Hom- me ſoit pour eſtre à la mode.
Elle prononça ces paroles d'un air qui plût à toute l'Affem- blée. On la pria de dire ce qu'elle ſçavoit là-deffus , &
fans ſe faire preffer , elle com- mençade la forte.
Riij
198 LE MERCVRE
L'ajustement eſt moins ne- ceffaire aux Hommes qu'à la plupart des Femmes , & il ca- che moins leurs defauts. Un
Homme eſt toûjours affez pa- ré quand il a bonne mine; il plaiſt enHabit de Cavalier, &
fans ornemens ; & les Femmes
qui ne font point ajuſtées,plai- fent rarement , à moins que leurbeauté ne foit veritable &
toute à elles. On dira , pour- ſuivit cette Charmate Perfonne , que j'aime bien les Hom- mes,de parler ainfi à leur avantage : Cependant tous mes Amans font également bien auprés de moy,&publient que je ſuis la plus cruelle Perſonne du monde. Tantqu'ils parlerõt ainfi , je ne me plaindray pas d'eux ,&je croirois qu'on ne medevroitguéres eſtimer, s'ils
GALANT. 199 tenoient un autre langage. Le defir qu'ils ontde me plaire,fait qu'ils ne paroiffent devat moy qu'avec une propreté ache- vée,&tout cela ſans avoir d'Erofes magnifiques. On n'en voit point preſentement , elles ſont preſque toutes unies; à
peine en trouve-t-onde ſoye,
&l'on ne porte que des Dro- guets,desEtamines &des Ser- ges; mais quand un Homme eft bien coëffé &bie chauffé,
qu'il a de beau Linge, une belle Garniture, &unebelle Veſte,il eſt plusparé que s'il eſtoit chargé de Broderie ou de gros Galons d'or , qui ne feroient que l'épaiffir. Les Hommes portent à preſent des Véftes fort lõgues, garnies de Poincts.
Les plus nouvelles ſont de Mouſſeline claire rayée , avec
200 LE MERCVRE
de la Toille jaune deſſous , &
du Poinct deſſus. Leurs Chapeaux ſont petits, leurs Gands garnis de Rubans étroits , &
toute leurGarniture de méme.
Aumilieude ces petits Rubas,
ils ont àleur Chapeau, fur leur Manches , au Nœud de leurs
Epées,&quelquefois auxdeux coſtez de leurs Culotes ou
Rhingraves,desNœudsdeRu- ban large, auxdeux coſtez du- quel eft coufuë uneDentelle
blache. Depuisquelques jours ony en met de noire,qu'on fait
coudre aumilieu du Ruban,de
maniere qu'elle le couvre tout entier. Onvoit pluſieurs Ha- bits avec quantité de rangs d'œillets; ilsn'eſtoient d'abord
que blancs , & aux revers des
Manches ; on en met preſente- ment par tout , &ils font de
GALAN T. 201
toutes couleurs ; on commence meſme à les entourerde pe- tits Cordonnets qui font pluſieurs figures, comme aux Bau- driers. D'abord que l'argent fut defendu, on porta desCor- donsde foye aurore , &de foye blanche , qu'on prenoit pour del'or &pourde l'argent. On met des Boutons des meſmes
couleurs ,&depuis peu on en porte de meflez comme les Garnitures. Les Hommes commencent à devenir magnifiques en Souliers"; ils en ontde
brodez qui coûtent quatre Loüis la paire , mais on en voit encor peu. La Converſation auroit eſté plus longue , ſans une viſite ſerieuſe qui ſurvint,
& qui l'interrompit ; c'eſt pourquoy je prie vos belles Provinciales de ſe conten
202. LE MERCVRE
ter de ce je vous envoye.
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Résumé : Modes Nouvelles. [titre d'après la table]
Le texte relate une conversation entre plusieurs personnes discutant des nouvelles modes à Paris après l'interdiction de porter de l'or et de l'argent. Une femme, épuisée par ses recherches, exprime son désarroi face à la diversité des modes actuelles et demande à la compagnie de décrire les modes les plus générales. La discussion commence par les étoffes. Les femmes portent principalement des toiles et des gazes, avec une grande variété de motifs et de couleurs. Les mantaux et les jupes en gaze sont particulièrement à la mode, avec des fonds et des fleurs de différentes couleurs. Les femmes en deuil portent des gazes blanches avec des fleurs noires rebrochées, tandis que celles plus modestes optent pour des gazes noires unies avec des jupes en gaze bleue. Les mantaux et jupes en taffetas volants et changeants sont également mentionnés, bien que moins courants. Les jupes en point de France et d'Angleterre sont très chères, donc moins répandues. Les jupes en mousseline rayée avec un point au bas sont plus courantes, ainsi que celles en taffetas de diverses couleurs sous des gazes blanches. Certaines femmes portent des jupes en brocart ou en autres étoffes, avec des dentelles ou des guipures de différentes couleurs. Une vieille fille, initialement réticente à parler des modes, finit par détailler les coiffes, les rubans, les ferrets, les manches, les manchettes, les bas, les souliers, les éventails, les points de France, et les mouchoirs. Elle mentionne également les nouvelles modes masculines, où les hommes portent des vêtements simples mais bien ajustés, avec des vestes longues garnies de points, des chapeaux petits, et des rubans étroits. Enfin, une beauté de l'assemblée décrit les modes masculines, soulignant que les hommes se distinguent par leur propreté et leur bon goût, plutôt que par des ornements luxueux. Les vêtements masculins actuels incluent des vestes longues en mousseline claire rayée, des chapeaux petits, et des rubans étroits pour la garniture. Les hommes commencent également à porter des souliers brodés plus coûteux. La conversation est interrompue par une visite sérieuse. L'auteur mentionne que la discussion aurait pu se prolonger sans cette interruption et demande aux destinataires, désignées comme 'vos belles Provinciales', de se contenter de ce qu'il leur envoie. Le texte se termine par une référence à 'LE MERCVRE'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 74-104
Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Début :
Si le Voyage n'estoit point si long, je luy [...]
Mots clefs :
Opéra, Venise, Scène, Décoration, Ouverture, Théâtre, Machine, Changement, Enseigne, Musique, Salle, Théâtre Grimani, Acte, Ballet, Théâtre Zane
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texteReconnaissance textuelle : Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Si le Voyage n'eſtoit point ſi long , je luy confeillerois d'aller tous les ans
paſſer le Carnaval à Venife ,
elle y auroit contentement , &
la diverſité des Opéra nou- veauxquis'y reprefentent ,luy
E ij
32 LE MERCURE
fourniroit ſouvent de nouveaux plaifirs. Il yen a eu cet- te année neufdiferens fur cinq Theatres. J'ay appris des par- ticularitez de quelques-uns ,
qui valentbienque je vous les faſſe ſçavoir. Elles ſervirontdu moins à vous donner quelque idée de ces grands Spectacles ,
& à vous rendre preſente en quelque forte à ce que l'éloignement des Lieux ne vous permet point de voir.
Le premier de ces Opéra a
eſté le Totila , de la compofi- tion de Mateo Neris. Ila paru fur le Theatre Grimani de S.
Jean & S. Paul , avec un fuc- cés digne de la beauté de l'Ou- vrage. Chaque Acte avoit di- vers changemens de Scenes.
L'Ouverturedu premierſe fai- foit par une petite Chambre
GALANT. 53 avec un Lit ſur lequel un En- fant dormoit. Clelie paroiſſoit auprés de luy tenant un poi- gnard qu'elle ſembloit prefſte à luy enfoncer dans le ſein. La Chambre diſparoiſſoit tout- à- coup , &le Theatre reprefen- toit unedes Places de Rome,
environnée de Palais d'une
ſtructure admirable.Totila entroit ſuivy de fes Troupes , l'E- pée & le Flambeau à la main ,
Trompetes fonnantes , avec
leurs Enſeignes. Ces Palais s'embraſoient les uns apres les autres. On en voyoit tomber les pieces à meſure quela fla- me s'y attachoit , mais avecun artifice ſi ſuprenant , &qui ap- prochoit tellementde la natu-- re , qu'il n'y avoit perſonne qui ne cruſt qu'ils brûloient veri- tablement.Ledefordre regnoit
E iij
54 LE MERCVRE partout ,&dans cette confu- fion , Marſia Fille de Servius ,
cherchant à ſe ſauver des Soldats qui la pourſuivoient , ſe jettoit parunefeneftre,&tom- boit évanoüie entre les bras de
Totila qui la recevoit. La troi- fiéme Scene avoit pourDéco- ration une Salle de l'Apparte- ment de Clelie ; & celle de la
quatriéme eſtoit une Ruë où l'on voyoit une Tour , & une des Portes de Rome en éloignement. Des Eſclaves con- duiſoient de loin unElephant d'une grandeur démeſurée. Il ſembloit tout couvert d'or ; &
ce qui cauſa autant d'admira- tion que de ſurpriſe , c'eſt que cét Elephant s'eſtant arreſté ,
s'ouvrit au fondes Trompetes,
&ſe ſepara en pluſieurs par- ties , qui firentparoiſtre Belif
GALANT.
55 faire , Lepide , Cinna , une Troupe nombreuſe de Soldats
avec leur Armes &leurs Bou
cliers , des Trompetes , &des Enſeignes dont toute laScene fut remplie. Onyvitdu moins cent cinquantePerſonnes tout àla fois. Jugez avec quel ordre ils devoient avoir efté rangez
les uns fur les autres , & avec
combien d'adreſſe il falloit
qu'oneuſt entremêlé les Boucliers, lesArmes,les Enſeignes &les Trompetes pour former le corps de ceprodigieux Ele- phant. Cét Acte finiſſoit par une Danfe de Cavaliers monzez fur de veritables Chevaux.
La premiere Scene du Se- cond ſe paſſoit dans la Court d'un Palais , qui faifoit place à
une Mer. On découvroit la
Plage, & l'armée Navale de
1
38 LE MERCVRE Totila , avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triomphe , faiſant marcher devant euxdesEſclaves &des Prifonniers , tandis que les autres rempliſſoient les Vaiſſeaux des Dépoüilles &des Tréſors dont ils s'eſtoientenrichis au Sacde
cette fameuſe Ville. Une Tempeſte accompagnée de Ton- nerres & d'Eclairs les pouſſoit contre des Ecüeils , ils s'y bri- foient & s'abifmoient les uns
apres les autres.Il n'y avoit rien de mieux repreſenté que ce Naufrage. D'effroyables cris qu'on entendoit retentir , fai- foient connoiſtre le deſeſpoir deceuxqui ſe perdoient , &on en voyoit une partie qui ſejet- tant à la nage , tâchoit de ga- gnerlebord. La derniere Sce
GALANT. 59 neavoit unBois pourDécora- tion,&elle ſe paſſoit dansune Nuit éclairée d'une Lune qui ſe couvroit peu à peu de nua- ges , & laiſſoit enfin le Ciel
entierement obſcurcy. Une Entréede Soldats attaquez/par
deuxOurs finiſoit l'Acte. BIB
LYON
Le troiſième faiſoit paro tred'abordune Plaine où l'Ar
mée des Romains eftoit campée d'un coſté , & de l'autre ondécouvroit la Ville deRome avec un Pont ſur la Brêche. DesChariots chargezdes Dépoüilles des Ennemis paf- foient fur ce pont , ils eftoient tirez par de veritables Che- vaux ,&Beliſſaire entroit en ſuite par cetteBrêche avecſes Gens montez comme luy fur des Chevaux vivans, La Scene
ſuivante ſe repreſentait dans
60 LE MERCVRE
**
une Salle d'un riche & magnifique Palais. Puis on voyoit unegrande Court qui ſe chan- geoit en un Theatre chargé d'un grand Peuple , qui s'y eſtoit placé pour voir le Tour- noy des Quatre Elemens. Ce Tournoy commençoit par la Quadrille de Junon , qui re- preſentant l'Air , y paroifſoit fur une Nuë. Cibelle comme
Déeſſe de la Terre , y ame- noit dans une Machine force
Cavaliers armez , & diſpoſez à bien ſoûtenir ſes intereſts.
La Région du Feu s'ouvroit en fuite , & on y voyoit Plu- ton qui conduiſoit ſa Troupe dans une autre Machine. Neptune prenoit le parti de l'Eau,
&fa Quadrille fortoit d'une vaſte Mer , dont l'agitation n'eſtoit pas l'objet le moins
GAL ANT. 61
1
agreable aux yeux. Je ne vous dis riendes Jouſtes qui ſe fai- foient avec une adreſſe merveilleuſe , &qui estoient ter- minées par l'arrivée de la Paix,
qui venoit en Machine comme ces autres Divinitez , &
qui mettoit d'accord tous les Combatans ; ce qui n'empé- choit pas que le Spectacle ne finît par un Combat de Vvan- dales contre les Romains , &
par un autredePaſteurs contre des Bêtes farouches.
Avoüez , Madame , que fi le Totila ſe joüoit à Paris, vous ne vous defendriez pas de quitter la Province pourquel- ques jours. Tant de beautez meriteroient bien de vous attirer, &je croy quevous n'au- riez pas moins de curiofité pour l'Astiage , qui a eſté
62 LE MERCVREle ſecond Opéra repreſenté l'Hyver dernier à Veniſe fur le meſme Theatre Grimani.
Le Sujet a eſté pris de celuy que leCavalierAppoloni avoit déja traité avec tant d'applau- diſſement , & les Décorations ont paru admirables. La pre- miere Scene eftoit le Camp d'une Armée entiere , où des
Soldats faifoient l'ouverture
par une Danſe Pyrrique , ac- compagnée d'une ſimphonie merveilleuſe. Cette Danſe
eſtoit interrompuë par l'arri- vée d'une Princeſſe ,ſuivie de
quelques Officiers Generaux
de fon Armée, tous à cheval.
Onvoyoit en ſuite une Salle richement parée, dont unEn- fer horrible prenoit la place.
Caron y paſſoit les Amesdans ſa Barque. L'Ombre de Cirene
GALANT. 63
Jar THERM LYON
ne Femme d'Aſtiage , s'offroit en ſonge à ce Prince, & tout Enfer diſparoiffoit au mo- ment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers
changemens , qui estoient fui- vis d'une Décoration de
dins délicieux , d'où lesTours de la Priſon ſe découvroient
Le ſecond Acte s'ouvroit par unegrandePlace ornéed'Arcs de Triomphe ; & les autres Scenes offroient une Veuë de
Maiſons, celle d'une Court, &
en ſuite tout ce que le Tem- ple de Diane peut avoir de plus pompeuxdansſa ftructu- re. Un lieu où il ſembloit que la Nature n'avoit rien laiſſe à
-defirer pour les Délices , fai- foit la premiere Décoration du Troiſieme Acte ; aprés la- - quelle onvoyoit un Salon du
i
Tome VI. F
64 LE MERCVRE Palais du Roy', qui ſe chan geoit en une efpece de Porti- que , d'où l'on avoit communi- cation au lieu où les Beſtes
eſtoient enfermées. Le dernier
changement de Theatre fai- foit voir une Salle toute brillante de Criftaux , & ce magnifique Spectacle eſtoit em- belly de deux Entrées outre
celledes Soldats quiouvroit le
premier Acte. Il yen avoitune dePages au Second, &le tout eſtoit terminé par une autre deDemons qui s'enfuyoient à
l'aſpect d'une divinité. Le Seigneur Iean Bonaventure Vi- viani , Maître de Chapelle de l'Empereur à Inſpruk , avoit pris foin de la Muſique. La compoſition en estoit merveil- leuſe , & l'execution en avoit
eſté entrepriſe par les pre
GALANT. 65 miers Muficiens de l'Europe ,
&par les plus excellés Joüeurs d'Inſtrumens de l'un &del'autre Sexe , pour leſquels on avoit fait une dépenſe prodi- gieuſe, car il yavoit telleMu- ſicienne àquil'ondonnoit plus de quatre cens Piſtoles pour ſon Carnaval. C'eſt le moyen de ne manquer pas de belles Voix; & il ne faut pas s'éton- mer apres des liberalitez fi ac- commodantes; fi tant de Per- ſonnes s'apliquentàl'envy à ſe rendre parfaites dans la Muſique.
Nicomede en Bithinie , dedié
àl'Imperatrice Eleonor , a fui- vy ces deux Opéra. Le Do- teur Matheo Giannini en
avoit fait les Vers , & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moïſe avec un applaudiſement fi
Fij
66 LE MERCURE
general , que tous ceux qui Pontveurepreſenter,ontavoué quejamais Piece n'avoit cu ny tant d'inventions galantes &
fines , ny tant de choſes capa- bles de plaire &detoucher le.
gouft des plus délicats. Com- melesMachines que ce grand Sujet demandoit n'auroient pu s'executer dans le petit eſpace d'un Theatre ordinaire , on s'eſt contentédes Décorations
&des Changemens de Scenes qu'ony a faites les plus belles &les plus riches qu'ont ait ja- mais veuës. Le premier Acte finiffoit par un Balet de Tail- leurs de pierre. Ils tenoient chacun leur Marteaux & leurs
Ciſeaux,&faifoient leurs mouvemens en cadence autour
d'une Statuë de Nicomede,
qu'ils ſembloient achever en
GALANT. 67 dançant; mais tout celad'une maniere fi bien concertée ,
qu'on ne pouvoit rien voirde plusjufte. Une entrée de Paï- sās&de laboureurs avec leurs
Bêches &leurs Hoyaux finif- foit l'Acte ſuivant; &la fecon-
✓ de Scene du Troifiéme eſtoit
agreablement interrompuëpar uneDanſe de plufieursHéros,
qui fe ſouvenant de leurs anciennes amours , prenoient chacun un bout des cordons
de diverſes couleurs qui pen- doientauxbranches d'unMirteélevé au milieu du Theatre.
Iln'y avoit riende ſi divertif- fant que de les voir ſe mefler &ſe démefler les uns d'avec
les autres , cequ'ils faifoientde diferentes manieres , & toûjours avec une adreſſe qui at- tiroit les acclamations de tout
Fiij
68 LE MERCVRE
le monde. La Muſique de cér Opéra eſtoit du tres-excellent Cavalier Charles Groffi , Maî- tre de Chapelle de la Serenif- fime Republique..C'eſt undes Hõmesdumonde qui poffede le mieux cettte Science. Iln'a.
rien fait qui ne porte les mar- ques d'une haute capacité ,&
ſi elle a paru avec tantd'avan- tage pour luy dans l'Opéra de Nicomede , elle n'a pas eſté moins admirée dans celuyd'Io- cafte Reyne d'Armenie , qu'on adonné encor fur le meſme:
Theatre Zane avec un tresgrandfuccés. LeDocteurMo- niglia qui en avoit fait les Vers,
en a remporté beaucoup de gloire. Je ne vous diray point
toutes les beautez de cette Pie--
ce. Les Décorations ſurpre- noient, les Machines en étoient
1
GALANT. 69
admirables , la Muſique par- faite , & l'execution merveilLeufe..
Jules Cefaren Egypte , afours ny le ſujetdu cinquiémeOpé- ra qui a efté repreſenté ſur le fameux Theatre Vendramino
de S.Sauveur. Les Vers étoient
du Seigneur Buffani, & la Mu- fiquedela compoſitiondu Sei- gneur Antoine Sartorio , Maî- tre deChapelle du Duc Jean- Fredericde Brunſvic &de Lunebourg,Ducd'Hanover.Cér Opéra n'a pas eſté moins ap- plaudi que celuy & Antonin &
de Pompejan, compoſé par les meſmes Autheurs , donné fur le meſme Theatre , &chanté
par les plus excellentes Voix.
LesVers,laMufique,lesDé- corations , les Machines , tout yestoit admirable; & il n'en
70 LE MERCVRE faut point d'autre preuve que le grand concours de monde quis'yeſt toûjours trouvé pour le voir.
Il yen a eu encor deux au- tres fur un des anciens Theatres de Veniſe. Je ne vous en
puisdire ny les Sujets , ny le Nomde ceux qui ont compo- ſe les Vers & la Muſique je vous diray ſeulement que ce grand nombre de Spectacles n'a point empeſché l'Etabliſ- fement d'un Theatre tout nouveau , appellé le Theatre de SaintAnge.
C
On n'y a donné cette an- née qu'un ſeulOpéra, qui fait le neufiéme de ceux dont j'a- vois à vous parler. Il avoſt pourSujet le Raviſſement d'Helene , & eftoit chanté comme tous les autres par de tres.
GALANT. 7
d'Inci
habiles Muſiciens. La beauté
de leurs Voix répondoit par- faitement au profond ſçavoir de l'excellent SeigneurDomi- nique Freſchi, MaîtredeCha- pelle à Vicenze , qui en avoit compoſe la Muſique. Je n'ay point ſceu le Nom de l'Au theur des Vers , & tout c
qu'onm'a pûdire , c'est que la Piece eftoit remplie dens en fort grand nombre,&
fort égalemens beaux &fur- prenans. Il n'y avoit riende fi magnifique que les Décora- tions. On y admiroit ſur tout une Grote, qui faiſoit undes plus agreables ornemens du Palais d'Oenone. Elle estoit
embellie de Fontaines vives.
&de Jets d'eau naturels , & fi vous voulez bien rappeller l'image de toutes les choses.
*72 LE MERCVRE queje viensdevous ébaucher legerement , vous aurez peine à concevoir qu'on ſe refolve àfaire tantde dépenſes &tant d'appreſts pourdes Spectacles qui ne paroiſſentque pendant deux mois , & qu'une ſeule Ville puiſſe fournir afſez de Spectateurs pour ſatisfaire aux fraisdetant de diferentesPerſonnes qu'on yemploye. Aufſi nabandonne-t-on rien auPublic de cette nature qui n'a- proche de la perfection. Il n'y apoint de talent affoupi que F'émulation ne réveille. C'est
àqui emportera le prix ſur les autres. Onne ſe negligepoint,
parce qu'on craint d'être fur- monté &que ſi on laiſſoir
échaper quelque choſe de bas ou de foible , ce qu'on verroit de plus achevé,en feroit trop
د
GALANT. 73 4
alfément appercevoir les de- fauts. Lapeine ſuivroit incon- tinent , & le manque de fuc- cés de ces Ouvrages negligez en feroit perdre toute la dé- penſe. On ne les repreſente jamais qu'en Janvier & Fe- vrier , c'eſt àdire pendant tout le tempsduCarnaval. J'aypris mesmeſures pour en avoirdes nouvelles tous lesAns, afin de
vous en faire part ; & j'eſpere les avoir beaucoupplûtoſt que je ne les ay euës cette année.
Cen'eſt pas ſeulement à Ve- nife que les Opéra ſont en re- gne. Il s'en fait preſque dans toutes les Villes d'Italie , &
les Troubles de Meſſine n'ont
point empeſche qu'on n'y ait donné ce pompeux Divertif- ſement àM le Mareſchal Duc
deVivonne.C'eſt uneglorieuſe
74 LE MERCURE marquede la merveilleuſe pré- voyance du Roy , qui entre- tient ſi bien l'abondance dans
un lieu où regne la Guerre ,
queles Plaiſirs n'en ſont point
bannis.
paſſer le Carnaval à Venife ,
elle y auroit contentement , &
la diverſité des Opéra nou- veauxquis'y reprefentent ,luy
E ij
32 LE MERCURE
fourniroit ſouvent de nouveaux plaifirs. Il yen a eu cet- te année neufdiferens fur cinq Theatres. J'ay appris des par- ticularitez de quelques-uns ,
qui valentbienque je vous les faſſe ſçavoir. Elles ſervirontdu moins à vous donner quelque idée de ces grands Spectacles ,
& à vous rendre preſente en quelque forte à ce que l'éloignement des Lieux ne vous permet point de voir.
Le premier de ces Opéra a
eſté le Totila , de la compofi- tion de Mateo Neris. Ila paru fur le Theatre Grimani de S.
Jean & S. Paul , avec un fuc- cés digne de la beauté de l'Ou- vrage. Chaque Acte avoit di- vers changemens de Scenes.
L'Ouverturedu premierſe fai- foit par une petite Chambre
GALANT. 53 avec un Lit ſur lequel un En- fant dormoit. Clelie paroiſſoit auprés de luy tenant un poi- gnard qu'elle ſembloit prefſte à luy enfoncer dans le ſein. La Chambre diſparoiſſoit tout- à- coup , &le Theatre reprefen- toit unedes Places de Rome,
environnée de Palais d'une
ſtructure admirable.Totila entroit ſuivy de fes Troupes , l'E- pée & le Flambeau à la main ,
Trompetes fonnantes , avec
leurs Enſeignes. Ces Palais s'embraſoient les uns apres les autres. On en voyoit tomber les pieces à meſure quela fla- me s'y attachoit , mais avecun artifice ſi ſuprenant , &qui ap- prochoit tellementde la natu-- re , qu'il n'y avoit perſonne qui ne cruſt qu'ils brûloient veri- tablement.Ledefordre regnoit
E iij
54 LE MERCVRE partout ,&dans cette confu- fion , Marſia Fille de Servius ,
cherchant à ſe ſauver des Soldats qui la pourſuivoient , ſe jettoit parunefeneftre,&tom- boit évanoüie entre les bras de
Totila qui la recevoit. La troi- fiéme Scene avoit pourDéco- ration une Salle de l'Apparte- ment de Clelie ; & celle de la
quatriéme eſtoit une Ruë où l'on voyoit une Tour , & une des Portes de Rome en éloignement. Des Eſclaves con- duiſoient de loin unElephant d'une grandeur démeſurée. Il ſembloit tout couvert d'or ; &
ce qui cauſa autant d'admira- tion que de ſurpriſe , c'eſt que cét Elephant s'eſtant arreſté ,
s'ouvrit au fondes Trompetes,
&ſe ſepara en pluſieurs par- ties , qui firentparoiſtre Belif
GALANT.
55 faire , Lepide , Cinna , une Troupe nombreuſe de Soldats
avec leur Armes &leurs Bou
cliers , des Trompetes , &des Enſeignes dont toute laScene fut remplie. Onyvitdu moins cent cinquantePerſonnes tout àla fois. Jugez avec quel ordre ils devoient avoir efté rangez
les uns fur les autres , & avec
combien d'adreſſe il falloit
qu'oneuſt entremêlé les Boucliers, lesArmes,les Enſeignes &les Trompetes pour former le corps de ceprodigieux Ele- phant. Cét Acte finiſſoit par une Danfe de Cavaliers monzez fur de veritables Chevaux.
La premiere Scene du Se- cond ſe paſſoit dans la Court d'un Palais , qui faifoit place à
une Mer. On découvroit la
Plage, & l'armée Navale de
1
38 LE MERCVRE Totila , avec la Ville de Rome en éloignement. Des Soldats en fortoient comme en triomphe , faiſant marcher devant euxdesEſclaves &des Prifonniers , tandis que les autres rempliſſoient les Vaiſſeaux des Dépoüilles &des Tréſors dont ils s'eſtoientenrichis au Sacde
cette fameuſe Ville. Une Tempeſte accompagnée de Ton- nerres & d'Eclairs les pouſſoit contre des Ecüeils , ils s'y bri- foient & s'abifmoient les uns
apres les autres.Il n'y avoit rien de mieux repreſenté que ce Naufrage. D'effroyables cris qu'on entendoit retentir , fai- foient connoiſtre le deſeſpoir deceuxqui ſe perdoient , &on en voyoit une partie qui ſejet- tant à la nage , tâchoit de ga- gnerlebord. La derniere Sce
GALANT. 59 neavoit unBois pourDécora- tion,&elle ſe paſſoit dansune Nuit éclairée d'une Lune qui ſe couvroit peu à peu de nua- ges , & laiſſoit enfin le Ciel
entierement obſcurcy. Une Entréede Soldats attaquez/par
deuxOurs finiſoit l'Acte. BIB
LYON
Le troiſième faiſoit paro tred'abordune Plaine où l'Ar
mée des Romains eftoit campée d'un coſté , & de l'autre ondécouvroit la Ville deRome avec un Pont ſur la Brêche. DesChariots chargezdes Dépoüilles des Ennemis paf- foient fur ce pont , ils eftoient tirez par de veritables Che- vaux ,&Beliſſaire entroit en ſuite par cetteBrêche avecſes Gens montez comme luy fur des Chevaux vivans, La Scene
ſuivante ſe repreſentait dans
60 LE MERCVRE
**
une Salle d'un riche & magnifique Palais. Puis on voyoit unegrande Court qui ſe chan- geoit en un Theatre chargé d'un grand Peuple , qui s'y eſtoit placé pour voir le Tour- noy des Quatre Elemens. Ce Tournoy commençoit par la Quadrille de Junon , qui re- preſentant l'Air , y paroifſoit fur une Nuë. Cibelle comme
Déeſſe de la Terre , y ame- noit dans une Machine force
Cavaliers armez , & diſpoſez à bien ſoûtenir ſes intereſts.
La Région du Feu s'ouvroit en fuite , & on y voyoit Plu- ton qui conduiſoit ſa Troupe dans une autre Machine. Neptune prenoit le parti de l'Eau,
&fa Quadrille fortoit d'une vaſte Mer , dont l'agitation n'eſtoit pas l'objet le moins
GAL ANT. 61
1
agreable aux yeux. Je ne vous dis riendes Jouſtes qui ſe fai- foient avec une adreſſe merveilleuſe , &qui estoient ter- minées par l'arrivée de la Paix,
qui venoit en Machine comme ces autres Divinitez , &
qui mettoit d'accord tous les Combatans ; ce qui n'empé- choit pas que le Spectacle ne finît par un Combat de Vvan- dales contre les Romains , &
par un autredePaſteurs contre des Bêtes farouches.
Avoüez , Madame , que fi le Totila ſe joüoit à Paris, vous ne vous defendriez pas de quitter la Province pourquel- ques jours. Tant de beautez meriteroient bien de vous attirer, &je croy quevous n'au- riez pas moins de curiofité pour l'Astiage , qui a eſté
62 LE MERCVREle ſecond Opéra repreſenté l'Hyver dernier à Veniſe fur le meſme Theatre Grimani.
Le Sujet a eſté pris de celuy que leCavalierAppoloni avoit déja traité avec tant d'applau- diſſement , & les Décorations ont paru admirables. La pre- miere Scene eftoit le Camp d'une Armée entiere , où des
Soldats faifoient l'ouverture
par une Danſe Pyrrique , ac- compagnée d'une ſimphonie merveilleuſe. Cette Danſe
eſtoit interrompuë par l'arri- vée d'une Princeſſe ,ſuivie de
quelques Officiers Generaux
de fon Armée, tous à cheval.
Onvoyoit en ſuite une Salle richement parée, dont unEn- fer horrible prenoit la place.
Caron y paſſoit les Amesdans ſa Barque. L'Ombre de Cirene
GALANT. 63
Jar THERM LYON
ne Femme d'Aſtiage , s'offroit en ſonge à ce Prince, & tout Enfer diſparoiffoit au mo- ment de fon réveil. Une Prifon fuccedoit à ces divers
changemens , qui estoient fui- vis d'une Décoration de
dins délicieux , d'où lesTours de la Priſon ſe découvroient
Le ſecond Acte s'ouvroit par unegrandePlace ornéed'Arcs de Triomphe ; & les autres Scenes offroient une Veuë de
Maiſons, celle d'une Court, &
en ſuite tout ce que le Tem- ple de Diane peut avoir de plus pompeuxdansſa ftructu- re. Un lieu où il ſembloit que la Nature n'avoit rien laiſſe à
-defirer pour les Délices , fai- foit la premiere Décoration du Troiſieme Acte ; aprés la- - quelle onvoyoit un Salon du
i
Tome VI. F
64 LE MERCVRE Palais du Roy', qui ſe chan geoit en une efpece de Porti- que , d'où l'on avoit communi- cation au lieu où les Beſtes
eſtoient enfermées. Le dernier
changement de Theatre fai- foit voir une Salle toute brillante de Criftaux , & ce magnifique Spectacle eſtoit em- belly de deux Entrées outre
celledes Soldats quiouvroit le
premier Acte. Il yen avoitune dePages au Second, &le tout eſtoit terminé par une autre deDemons qui s'enfuyoient à
l'aſpect d'une divinité. Le Seigneur Iean Bonaventure Vi- viani , Maître de Chapelle de l'Empereur à Inſpruk , avoit pris foin de la Muſique. La compoſition en estoit merveil- leuſe , & l'execution en avoit
eſté entrepriſe par les pre
GALANT. 65 miers Muficiens de l'Europe ,
&par les plus excellés Joüeurs d'Inſtrumens de l'un &del'autre Sexe , pour leſquels on avoit fait une dépenſe prodi- gieuſe, car il yavoit telleMu- ſicienne àquil'ondonnoit plus de quatre cens Piſtoles pour ſon Carnaval. C'eſt le moyen de ne manquer pas de belles Voix; & il ne faut pas s'éton- mer apres des liberalitez fi ac- commodantes; fi tant de Per- ſonnes s'apliquentàl'envy à ſe rendre parfaites dans la Muſique.
Nicomede en Bithinie , dedié
àl'Imperatrice Eleonor , a fui- vy ces deux Opéra. Le Do- teur Matheo Giannini en
avoit fait les Vers , & il a paru fur le Theatre Zane de S.Moïſe avec un applaudiſement fi
Fij
66 LE MERCURE
general , que tous ceux qui Pontveurepreſenter,ontavoué quejamais Piece n'avoit cu ny tant d'inventions galantes &
fines , ny tant de choſes capa- bles de plaire &detoucher le.
gouft des plus délicats. Com- melesMachines que ce grand Sujet demandoit n'auroient pu s'executer dans le petit eſpace d'un Theatre ordinaire , on s'eſt contentédes Décorations
&des Changemens de Scenes qu'ony a faites les plus belles &les plus riches qu'ont ait ja- mais veuës. Le premier Acte finiffoit par un Balet de Tail- leurs de pierre. Ils tenoient chacun leur Marteaux & leurs
Ciſeaux,&faifoient leurs mouvemens en cadence autour
d'une Statuë de Nicomede,
qu'ils ſembloient achever en
GALANT. 67 dançant; mais tout celad'une maniere fi bien concertée ,
qu'on ne pouvoit rien voirde plusjufte. Une entrée de Paï- sās&de laboureurs avec leurs
Bêches &leurs Hoyaux finif- foit l'Acte ſuivant; &la fecon-
✓ de Scene du Troifiéme eſtoit
agreablement interrompuëpar uneDanſe de plufieursHéros,
qui fe ſouvenant de leurs anciennes amours , prenoient chacun un bout des cordons
de diverſes couleurs qui pen- doientauxbranches d'unMirteélevé au milieu du Theatre.
Iln'y avoit riende ſi divertif- fant que de les voir ſe mefler &ſe démefler les uns d'avec
les autres , cequ'ils faifoientde diferentes manieres , & toûjours avec une adreſſe qui at- tiroit les acclamations de tout
Fiij
68 LE MERCVRE
le monde. La Muſique de cér Opéra eſtoit du tres-excellent Cavalier Charles Groffi , Maî- tre de Chapelle de la Serenif- fime Republique..C'eſt undes Hõmesdumonde qui poffede le mieux cettte Science. Iln'a.
rien fait qui ne porte les mar- ques d'une haute capacité ,&
ſi elle a paru avec tantd'avan- tage pour luy dans l'Opéra de Nicomede , elle n'a pas eſté moins admirée dans celuyd'Io- cafte Reyne d'Armenie , qu'on adonné encor fur le meſme:
Theatre Zane avec un tresgrandfuccés. LeDocteurMo- niglia qui en avoit fait les Vers,
en a remporté beaucoup de gloire. Je ne vous diray point
toutes les beautez de cette Pie--
ce. Les Décorations ſurpre- noient, les Machines en étoient
1
GALANT. 69
admirables , la Muſique par- faite , & l'execution merveilLeufe..
Jules Cefaren Egypte , afours ny le ſujetdu cinquiémeOpé- ra qui a efté repreſenté ſur le fameux Theatre Vendramino
de S.Sauveur. Les Vers étoient
du Seigneur Buffani, & la Mu- fiquedela compoſitiondu Sei- gneur Antoine Sartorio , Maî- tre deChapelle du Duc Jean- Fredericde Brunſvic &de Lunebourg,Ducd'Hanover.Cér Opéra n'a pas eſté moins ap- plaudi que celuy & Antonin &
de Pompejan, compoſé par les meſmes Autheurs , donné fur le meſme Theatre , &chanté
par les plus excellentes Voix.
LesVers,laMufique,lesDé- corations , les Machines , tout yestoit admirable; & il n'en
70 LE MERCVRE faut point d'autre preuve que le grand concours de monde quis'yeſt toûjours trouvé pour le voir.
Il yen a eu encor deux au- tres fur un des anciens Theatres de Veniſe. Je ne vous en
puisdire ny les Sujets , ny le Nomde ceux qui ont compo- ſe les Vers & la Muſique je vous diray ſeulement que ce grand nombre de Spectacles n'a point empeſché l'Etabliſ- fement d'un Theatre tout nouveau , appellé le Theatre de SaintAnge.
C
On n'y a donné cette an- née qu'un ſeulOpéra, qui fait le neufiéme de ceux dont j'a- vois à vous parler. Il avoſt pourSujet le Raviſſement d'Helene , & eftoit chanté comme tous les autres par de tres.
GALANT. 7
d'Inci
habiles Muſiciens. La beauté
de leurs Voix répondoit par- faitement au profond ſçavoir de l'excellent SeigneurDomi- nique Freſchi, MaîtredeCha- pelle à Vicenze , qui en avoit compoſe la Muſique. Je n'ay point ſceu le Nom de l'Au theur des Vers , & tout c
qu'onm'a pûdire , c'est que la Piece eftoit remplie dens en fort grand nombre,&
fort égalemens beaux &fur- prenans. Il n'y avoit riende fi magnifique que les Décora- tions. On y admiroit ſur tout une Grote, qui faiſoit undes plus agreables ornemens du Palais d'Oenone. Elle estoit
embellie de Fontaines vives.
&de Jets d'eau naturels , & fi vous voulez bien rappeller l'image de toutes les choses.
*72 LE MERCVRE queje viensdevous ébaucher legerement , vous aurez peine à concevoir qu'on ſe refolve àfaire tantde dépenſes &tant d'appreſts pourdes Spectacles qui ne paroiſſentque pendant deux mois , & qu'une ſeule Ville puiſſe fournir afſez de Spectateurs pour ſatisfaire aux fraisdetant de diferentesPerſonnes qu'on yemploye. Aufſi nabandonne-t-on rien auPublic de cette nature qui n'a- proche de la perfection. Il n'y apoint de talent affoupi que F'émulation ne réveille. C'est
àqui emportera le prix ſur les autres. Onne ſe negligepoint,
parce qu'on craint d'être fur- monté &que ſi on laiſſoir
échaper quelque choſe de bas ou de foible , ce qu'on verroit de plus achevé,en feroit trop
د
GALANT. 73 4
alfément appercevoir les de- fauts. Lapeine ſuivroit incon- tinent , & le manque de fuc- cés de ces Ouvrages negligez en feroit perdre toute la dé- penſe. On ne les repreſente jamais qu'en Janvier & Fe- vrier , c'eſt àdire pendant tout le tempsduCarnaval. J'aypris mesmeſures pour en avoirdes nouvelles tous lesAns, afin de
vous en faire part ; & j'eſpere les avoir beaucoupplûtoſt que je ne les ay euës cette année.
Cen'eſt pas ſeulement à Ve- nife que les Opéra ſont en re- gne. Il s'en fait preſque dans toutes les Villes d'Italie , &
les Troubles de Meſſine n'ont
point empeſche qu'on n'y ait donné ce pompeux Divertif- ſement àM le Mareſchal Duc
deVivonne.C'eſt uneglorieuſe
74 LE MERCURE marquede la merveilleuſe pré- voyance du Roy , qui entre- tient ſi bien l'abondance dans
un lieu où regne la Guerre ,
queles Plaiſirs n'en ſont point
bannis.
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Résumé : Sujets de neuf Opéra qui ont tous esté representez à Venise depuis le mois de Ianvier de la presente année, avec les Noms de ceux qui ont composé les Pieces & la Musique : la Description des Changemens de Theatre, & de toutes les Machines. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière les opéras représentés à Venise pendant le Carnaval, recommandant de s'y rendre chaque année pour apprécier la diversité des spectacles. Neuf opéras différents ont été joués dans cinq théâtres. Parmi eux, 'Totila' de Mateo Neris, représenté au théâtre Grimani de Saint-Jean et Saint-Paul, se distingue par ses changements de scènes impressionnants et ses décors sophistiqués, tels qu'une chambre avec un enfant dormant, des places de Rome en flammes, et un éléphant se transformant en soldats. D'autres opéras mentionnés incluent 'Astiage', 'Nicomède en Bithynie', 'Ioaspe Reine d'Arménie', 'Jules César en Égypte', et 'Le Ravissement d'Hélène'. Chaque opéra est loué pour ses décors, machines, musique et exécution. Le texte souligne également l'émulation et la perfection recherchée dans ces spectacles, qui attirent un grand nombre de spectateurs malgré les coûts élevés. Les artistes craignent de négliger certains aspects de leur travail par peur des critiques, ce qui peut entraîner des défauts immédiatement perçus et la perte des efforts investis. Les opéras sont généralement représentés en janvier et février. L'auteur mentionne avoir pris des mesures pour obtenir des nouvelles des opéras chaque année afin de les partager. Les opéras ne sont pas seulement populaires à Venise, mais aussi dans toutes les villes d'Italie. Même à Messine, malgré les troubles, un opéra a été donné en l'honneur du Maréchal Duc de Vivonne, démontrant la prévoyance du roi qui maintient l'abondance et les plaisirs même en temps de guerre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 105-114
Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Vous seriez bien peu curieuse, Madame, si au retour de [...]
Mots clefs :
Arles, Obélisque, Antiquité, Romains, Académie des Belles-Lettres, Charles IX
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Vous ſeriez bien peu cu- rieuſe , Madame , fi au retour de Veniſe où je vous ay fait faire voyage ſans que vous y
ayez penſe, vous dédaigniez de paffer par la Ville d'Arles ,
pour y admirer l'Obeliſque qu'on y voit , &dont il eſt difficile que vous n'ayez en- tenduparler. C'eſt undes plus ſuperbes Monumensquenous ayons de l'Antiquité,&le ſeul de cette nature qui foit en France. On n'en ſçait point l'Hiſtoire au vray , mais il n'y a point à douter qu'il ne foit un reſte de la grandeur des Romains
GALANT.
75 Romainsqui onthabité long- temps cette Ville. Apparem- ment ils l'avoient fait venir
d'Egypte pour le conſacrer à
lagloire de quelqu'un de leurs Empereurs ; & ce qui donne lieude le croire, c'eſt qu'il eſt dela meſmematiere que ceux de Rome qu'on a apportez de ce Païs-là, c'eſt à dire de Granite Orientale , qui eſt une efpece de pierre encore plus du- re & plus précieuſe que le marbre. Sa hauteur eſt de cinquante & deux pieds , & fa baſede ſept pieds de diamet re,
toutd'une piece. Il fut trouvé
dansle Jardind'unParticulier,
auprés des Murs de la Ville ,
qui ne ſont pas fort éloignez delaRiviere du Rhône. Il eſt
àcroire qu'il y eſtoit demeuré depuis fon Débarquement,qui Tome VI. G
76 LE MERCURE doit s'eſtre fait il y a environ ſeize Siecles , ſans qu'il ait ja- mais fervy à l'uſage auquel il avoit eſte d'abord deſtiné. 11
eſtoit enſevely dansla terre , la pointe un peudécouverte. On trouve des Memoires dans les
Archives de la Maiſon de Vil-.
le , qui font connoiſtre que Charles IX. Roy de France paſſant par Arles , donna or- dre qu'on le déterrât pour le tranſporter ailleurs ; mais foit que la dépenſe ou la difficul- té de l'entrepriſe le rebutât , il n'acheva point ce qu'il avoit commencé. C'eſt en quoy l'on ne peut affez loüer le zele des Habitans de cette Ville , qui voulant laiſſer à la Pofterité
un Monument eternel de la
véneration qu'ils ont pour le Roy , n'ont pû eſtre arreſtez
r
GALANT. 77 par aucun obſtacle , & ont fait élever cet Obeliſque à ſa gloi- re dans une de leurs Places
publiques , avec de magnifi- ques Inſcriptions aux quatre faces de fon pied-eſtal. Je les fuprime parce qu'elles ne font pas Françoiſes , & que le La- tin n'eſt point de miſe parmy les Dames. Pour l'Obeliſque je vous en ay déja marqué la hauteur. On a mis un Monde
fur ſa pointe , & il y a un So- leil au deffus de ce Monde,
qui fait une Deviſe ſans Paro- les. Le pieden eſt enfermé ; &
on n'a épargné aucunedépen- ſe , ny pour fon ornement, ny pour ſa conſervation. Meffieurs de Roche , Romany ,
Agard& Maure font les qua- tre Confuls qui le firent élever l'année derniere ; &les embel
Gij
78. LE MERCURE
liffemens qu'on ya faits celle- cy font dûs aux foins deMef- fieurs de Sabatier , de l'Armeillere , Delofte & Beuf. Il y en a
deux de cedernier Nom , tous.
deux Confuls dans le meſme
temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont fait au- trefois un fi long ſéjourdans Arles , juftifie affez qu'on l'a toûjours regardé comme une Ville tres-confiderable. En effet ily en a peu dans le Royau- me où l'on trouve tant de Nobleffe , & dont les Habitans.
naiſſent avec de plus loüables inclinations. Ils aiment égale- ment les Armes & les Sciences. L'un&l'autre ſe connoift,
&par le grand nombre d'Of- ficiers d'Armées que cetteVil- le a donnez au Koy depuis la Declaration de la guerre , &
GALANT. 79
-
1
f
12
&
qui font actuellement dans le
fervice , & par l'Etabliſſement d'une Academie de Belles Lettres , érigée en 1668. ſous le bon plaifir de Sa Majesté , aveo les meſmes Privileges que cel- le de Paris. Elle eft toute compoſée de Gens de qualité &de merite , qui n'ont pas moins d'avantage à ſe ſervir de l'Epée que de la Plume , & qui n'a- yant que la gloire pour objet ,
ne refuſent aucun moyend'en
acquerir. Ils ont Monfieur le
Duc de S. Aignan pour Chef.
Ils n'en pouvoient choiſir un dontles ſentimens euffent plus de rapport avec ceux quileur font naturels , puis qu'il ſemble que Mars & les Muſes ayent fait en luy une alliance immor- telle , &qu'on l'a toûjours veu faire gloire, d'eſtre le Prote
Giij
80 LE MERCVRE
cteur des Braves & des Sça- vans. C'eſt de cet Illuftre
Corps que Monfieurde Rou- bin fut choiſi par les Confuls d'Arles , pour aller preſenter au Roy de leur part , l'Eſtam- pe qu'ils ont fait graverde leur Obeliſque. Il eſtoit digne de cet employ , ayant l'Eſprit aifé &delicat ; & capable de tout ce qu'il veut entreprendre. Il n'écrit pas moins agreable- ment en Vers qu'en Profe; &
vous pouvez juger du talent qu'il a pour la Poëſie par ce Sonnet qu'il a fait ſur l'Obelifque dont je vous pa
ayez penſe, vous dédaigniez de paffer par la Ville d'Arles ,
pour y admirer l'Obeliſque qu'on y voit , &dont il eſt difficile que vous n'ayez en- tenduparler. C'eſt undes plus ſuperbes Monumensquenous ayons de l'Antiquité,&le ſeul de cette nature qui foit en France. On n'en ſçait point l'Hiſtoire au vray , mais il n'y a point à douter qu'il ne foit un reſte de la grandeur des Romains
GALANT.
75 Romainsqui onthabité long- temps cette Ville. Apparem- ment ils l'avoient fait venir
d'Egypte pour le conſacrer à
lagloire de quelqu'un de leurs Empereurs ; & ce qui donne lieude le croire, c'eſt qu'il eſt dela meſmematiere que ceux de Rome qu'on a apportez de ce Païs-là, c'eſt à dire de Granite Orientale , qui eſt une efpece de pierre encore plus du- re & plus précieuſe que le marbre. Sa hauteur eſt de cinquante & deux pieds , & fa baſede ſept pieds de diamet re,
toutd'une piece. Il fut trouvé
dansle Jardind'unParticulier,
auprés des Murs de la Ville ,
qui ne ſont pas fort éloignez delaRiviere du Rhône. Il eſt
àcroire qu'il y eſtoit demeuré depuis fon Débarquement,qui Tome VI. G
76 LE MERCURE doit s'eſtre fait il y a environ ſeize Siecles , ſans qu'il ait ja- mais fervy à l'uſage auquel il avoit eſte d'abord deſtiné. 11
eſtoit enſevely dansla terre , la pointe un peudécouverte. On trouve des Memoires dans les
Archives de la Maiſon de Vil-.
le , qui font connoiſtre que Charles IX. Roy de France paſſant par Arles , donna or- dre qu'on le déterrât pour le tranſporter ailleurs ; mais foit que la dépenſe ou la difficul- té de l'entrepriſe le rebutât , il n'acheva point ce qu'il avoit commencé. C'eſt en quoy l'on ne peut affez loüer le zele des Habitans de cette Ville , qui voulant laiſſer à la Pofterité
un Monument eternel de la
véneration qu'ils ont pour le Roy , n'ont pû eſtre arreſtez
r
GALANT. 77 par aucun obſtacle , & ont fait élever cet Obeliſque à ſa gloi- re dans une de leurs Places
publiques , avec de magnifi- ques Inſcriptions aux quatre faces de fon pied-eſtal. Je les fuprime parce qu'elles ne font pas Françoiſes , & que le La- tin n'eſt point de miſe parmy les Dames. Pour l'Obeliſque je vous en ay déja marqué la hauteur. On a mis un Monde
fur ſa pointe , & il y a un So- leil au deffus de ce Monde,
qui fait une Deviſe ſans Paro- les. Le pieden eſt enfermé ; &
on n'a épargné aucunedépen- ſe , ny pour fon ornement, ny pour ſa conſervation. Meffieurs de Roche , Romany ,
Agard& Maure font les qua- tre Confuls qui le firent élever l'année derniere ; &les embel
Gij
78. LE MERCURE
liffemens qu'on ya faits celle- cy font dûs aux foins deMef- fieurs de Sabatier , de l'Armeillere , Delofte & Beuf. Il y en a
deux de cedernier Nom , tous.
deux Confuls dans le meſme
temps. Ce que je vous ay dit des Romains qui ont fait au- trefois un fi long ſéjourdans Arles , juftifie affez qu'on l'a toûjours regardé comme une Ville tres-confiderable. En effet ily en a peu dans le Royau- me où l'on trouve tant de Nobleffe , & dont les Habitans.
naiſſent avec de plus loüables inclinations. Ils aiment égale- ment les Armes & les Sciences. L'un&l'autre ſe connoift,
&par le grand nombre d'Of- ficiers d'Armées que cetteVil- le a donnez au Koy depuis la Declaration de la guerre , &
GALANT. 79
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&
qui font actuellement dans le
fervice , & par l'Etabliſſement d'une Academie de Belles Lettres , érigée en 1668. ſous le bon plaifir de Sa Majesté , aveo les meſmes Privileges que cel- le de Paris. Elle eft toute compoſée de Gens de qualité &de merite , qui n'ont pas moins d'avantage à ſe ſervir de l'Epée que de la Plume , & qui n'a- yant que la gloire pour objet ,
ne refuſent aucun moyend'en
acquerir. Ils ont Monfieur le
Duc de S. Aignan pour Chef.
Ils n'en pouvoient choiſir un dontles ſentimens euffent plus de rapport avec ceux quileur font naturels , puis qu'il ſemble que Mars & les Muſes ayent fait en luy une alliance immor- telle , &qu'on l'a toûjours veu faire gloire, d'eſtre le Prote
Giij
80 LE MERCVRE
cteur des Braves & des Sça- vans. C'eſt de cet Illuftre
Corps que Monfieurde Rou- bin fut choiſi par les Confuls d'Arles , pour aller preſenter au Roy de leur part , l'Eſtam- pe qu'ils ont fait graverde leur Obeliſque. Il eſtoit digne de cet employ , ayant l'Eſprit aifé &delicat ; & capable de tout ce qu'il veut entreprendre. Il n'écrit pas moins agreable- ment en Vers qu'en Profe; &
vous pouvez juger du talent qu'il a pour la Poëſie par ce Sonnet qu'il a fait ſur l'Obelifque dont je vous pa
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Résumé : Description de l'Obelisque trouvé dans la Ville d'Arles & élevé à la gloire du Roy. [titre d'après la table]
Le texte présente l'obélisque d'Arles, un monument antique recommandé à une dame lors de son retour de Venise. Cet obélisque est l'un des vestiges les plus impressionnants de l'Antiquité en France. Son origine exacte est inconnue, mais il est probable qu'il ait été transporté d'Égypte par les Romains pour honorer un empereur. Fabriqué en granite oriental, il mesure cinquante-deux pieds de haut et sept pieds de diamètre à la base. Découvert dans le jardin d'un particulier près des murs de la ville, il était partiellement enfoui. Charles IX avait ordonné son déplacement, mais ce projet n'a jamais été réalisé. Les habitants d'Arles, voulant honorer le roi, ont érigé l'obélisque dans une place publique avec des inscriptions magnifiques. L'obélisque est orné d'un globe et d'un soleil au sommet, symbolisant une devise sans paroles. Les dépenses pour son ornement et sa conservation n'ont pas été épargnées. Les consuls de l'année précédente et ceux de l'année en cours sont mentionnés pour leurs contributions. Arles est décrite comme une ville importante, connue pour ses nobles et ses habitants qui aiment autant les armes que les sciences. La ville a fourni de nombreux officiers à l'armée et possède une académie de belles-lettres fondée en 1668, dirigée par le Duc de Saint-Aignan. Un certain Monsieur de Roubin, connu pour son esprit et ses talents en poésie, a été choisi pour présenter une gravure de l'obélisque au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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p. 127-133
Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point, Madame, que vous ne joigniez vos [...]
Mots clefs :
Monsieur de la Quere, Mariage, Fêtes, Galanterie, Théâtre, Souper, Feu d'artifice
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texteReconnaissance textuelle : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Je ne doute point , Mada- me, que vous ne joigniez vos applaudiſſemens à ceux que l'Autheur de ce Compliment a receus ; &pour paffer d'A les àMontpelier, jeus diray qu'ony parle fort du Mariage de Mademoiselle de la Verune
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
Hij
90 LE MERCVRE
tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
20
dic
ure
en
an
ent
erts
Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
THEAS
1
qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
peine affifesdansle Veftibule,
GALANT. 93
2
X
e
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ir
aCe
Da
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-
er
a
qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
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tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
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Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
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qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
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qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
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Résumé : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Le texte évoque un mariage prochain entre Mademoiselle de la Verune et Monsieur de la Quere, capitaine des vaisseaux. Mademoiselle de la Verune est une héritière fortunée, possédant un million, bien que sa valeur personnelle soit jugée supérieure à sa richesse. Monsieur de la Quere a organisé plusieurs réjouissances en son honneur, dont une fête particulièrement mémorable. Lors de cette dernière, Mademoiselle de la Verune et ses amies ont été agréablement surprises par un somptueux souper dans un jardin, accompagné de huit services et d'un concert de hautbois et violons. Après le souper, le jardin a été illuminé par des bougies et un feu d'artifice a été tiré, avec des fusées affichant le nom et les chiffres de Mademoiselle de la Verune. La soirée s'est conclue par une comédie interprétée par des acteurs dans le pavillon, offrant ainsi de nombreux divertissements aux invités jusqu'à la nuit.
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