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1
p. 146-147
Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 17. de ce mois, jour de la Feste de S. Antoine, [...]
Mots clefs :
Saint-Antoine, Fête, Église, Chanoines, Auditoire, Abbé Fléchier, Solitude, Sermon
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texteReconnaissance textuelle : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le Mercredy 17. de ce mois,
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
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Résumé : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le 17 du mois, jour de la fête de Saint Antoine, l'abbé Fléchier a prononcé l'éloge de Saint Antoine à l'église des Religieux de Saint Antoine. Son discours a été acclamé pour sa piété, sa force et son éloquence. La cérémonie a également inclus de la musique appréciée par l'auditoire parisien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 130-136
Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Début :
Des soins si continuels pour ne laisser aucun lieu aux [...]
Mots clefs :
Hérétiques, Religion catholique, M. Godeau, Collège des Grassins, Auditoire, Discours, Prince, Monarque, Conversion, Applaudissements
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texteReconnaissance textuelle : Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Des foins fi continuels
pour ne laiffer aucun licu
aux Heretiques d'abuſer des
Privileges qu'ils ont obtenus
pendant le malheur des téps,
font de fortes preuves du zeleardent
de Sa Majeſté, pour
les interefts de la Religion-
Catholique. C'eſt ce zele ,de
plus en plus admirable , qui
a fourny à M. Godeau Pro-
1
GALANT 131
feffeur en Rethorique , le ful
jet du Difcours qu'il prononça
le 10. de ce mois au College
des Graffins. La matiere
eftoit fi vafte , qu'il eut le
champ libre pour faire écla
ter fon éloquence . Auffireceut-
il de fon Auditoire tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit attendre. Il repre
fenta d'abord le Roy , avec
toutes les grandes qualitez
qui peuvent contribuer à
rendre un Prince parfait , &
foûtint que l'Univerfité de
Paris avoit une obligation
naturelle d'employer toute
3.
132 MERCURE
la force de fes Orateurs à
publier en toutes les Langues
qu'elle enfeigne , les ra
res vertus de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que loin
d'eftre épouvanté par la grandeur
du Sujet qui paroiffoit infiny , il
éprouvoit au contraire une extra,
ordinaire facilité à le traiter, puis
qu'il apelloit àfonfecours une vertu
, qui eftoit comme le centre où
ellesfe réuniffoiet toutes en laperfonne
de Sa Majefté , fçavoirfon
zele , & fon invincible attachement
à affermir la Religion Catholique
par laforce defes Armes
hors de l'Eftat, à la faire fleu
GALANT. 133
rir dans l'Estat par fa fageffe.
Le partage de fon Difcours
fut juftifié dans toute ſon és
tenduë ; & pour le faire , M.
Godeau n'eut befoin que de
jetter la veuë fur l'Hiftoire
de la vie du Roy . Le Secours
de Raab , qui chaſſa les Infidelles
de la Chreftienté en
1664. les rapides Conquef
tes en Hollande , qui mirent
en liberté une infinité de Catholiques
opprimez; leVoyage
fait à Strasbourg , où Sa
Majefté en recevantles Soûmiffions
de fes Sujets, rendit
à la Ville fon legitime Paf134
MERCURE
teur , & y rétablit le veritable
Culte, enfin la Réduction
des Pirates d'Alger & de Tripoli
, trouverent
leur place
dans cet excellent Difcours,
auquel il mefla tous les ornemens
capables de mettre
dans un beau jour les plus
importantes
matieres. La feconde
Partie confiftaen une
expofition de la conduite
Chreftienne du Roy pour la
Converfion des Heretiques.
Il fit remarquer qu'il n'y avoit
que ce grand Monar
que qui puſt executer ce falutaire
Deffein. Il le prouva
GALANT. 135
“ማ
en parcourant les Regnes de
fes Predeceffeurs , depuis la
naiffance de l'Herefie , & fit
voir que Sa Majeſté avoit
fuivy pas à pas les premiers
Empereurs , dont la Pieté
s'eft exercée fi laborieufe
ment àprocurer l'unité de la
Foy parmy les Chreftiens.
Ce fut en cet endroit qu'il fit
plufieurs belles applications
des paroles & des maximes
des Saints Peres, & entre autres
de Saint Cyprien , de
Saint Auguftin , & de Saint
Paulin . Il finit par une Apoftrophe
à l'Univerfité , l'ex136
MERCURE
hortant de travailler à rendre
immortel par fes Difcours
& par fes Hiftoires le
fouvenir des grands avantages
que la Religion Catholique
avoit receus de
Louis LE GRAND , & promit
pour elle qu'aprés les
gravez dans les coeurs avoir
gravez
de tous fes Enfans , elle les
confacreroit encore par une
Fefte folemnelle à la memoire
de tous les Siecles.
pour ne laiffer aucun licu
aux Heretiques d'abuſer des
Privileges qu'ils ont obtenus
pendant le malheur des téps,
font de fortes preuves du zeleardent
de Sa Majeſté, pour
les interefts de la Religion-
Catholique. C'eſt ce zele ,de
plus en plus admirable , qui
a fourny à M. Godeau Pro-
1
GALANT 131
feffeur en Rethorique , le ful
jet du Difcours qu'il prononça
le 10. de ce mois au College
des Graffins. La matiere
eftoit fi vafte , qu'il eut le
champ libre pour faire écla
ter fon éloquence . Auffireceut-
il de fon Auditoire tous
les applaudiffemens qu'il
pouvoit attendre. Il repre
fenta d'abord le Roy , avec
toutes les grandes qualitez
qui peuvent contribuer à
rendre un Prince parfait , &
foûtint que l'Univerfité de
Paris avoit une obligation
naturelle d'employer toute
3.
132 MERCURE
la force de fes Orateurs à
publier en toutes les Langues
qu'elle enfeigne , les ra
res vertus de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que loin
d'eftre épouvanté par la grandeur
du Sujet qui paroiffoit infiny , il
éprouvoit au contraire une extra,
ordinaire facilité à le traiter, puis
qu'il apelloit àfonfecours une vertu
, qui eftoit comme le centre où
ellesfe réuniffoiet toutes en laperfonne
de Sa Majefté , fçavoirfon
zele , & fon invincible attachement
à affermir la Religion Catholique
par laforce defes Armes
hors de l'Eftat, à la faire fleu
GALANT. 133
rir dans l'Estat par fa fageffe.
Le partage de fon Difcours
fut juftifié dans toute ſon és
tenduë ; & pour le faire , M.
Godeau n'eut befoin que de
jetter la veuë fur l'Hiftoire
de la vie du Roy . Le Secours
de Raab , qui chaſſa les Infidelles
de la Chreftienté en
1664. les rapides Conquef
tes en Hollande , qui mirent
en liberté une infinité de Catholiques
opprimez; leVoyage
fait à Strasbourg , où Sa
Majefté en recevantles Soûmiffions
de fes Sujets, rendit
à la Ville fon legitime Paf134
MERCURE
teur , & y rétablit le veritable
Culte, enfin la Réduction
des Pirates d'Alger & de Tripoli
, trouverent
leur place
dans cet excellent Difcours,
auquel il mefla tous les ornemens
capables de mettre
dans un beau jour les plus
importantes
matieres. La feconde
Partie confiftaen une
expofition de la conduite
Chreftienne du Roy pour la
Converfion des Heretiques.
Il fit remarquer qu'il n'y avoit
que ce grand Monar
que qui puſt executer ce falutaire
Deffein. Il le prouva
GALANT. 135
“ማ
en parcourant les Regnes de
fes Predeceffeurs , depuis la
naiffance de l'Herefie , & fit
voir que Sa Majeſté avoit
fuivy pas à pas les premiers
Empereurs , dont la Pieté
s'eft exercée fi laborieufe
ment àprocurer l'unité de la
Foy parmy les Chreftiens.
Ce fut en cet endroit qu'il fit
plufieurs belles applications
des paroles & des maximes
des Saints Peres, & entre autres
de Saint Cyprien , de
Saint Auguftin , & de Saint
Paulin . Il finit par une Apoftrophe
à l'Univerfité , l'ex136
MERCURE
hortant de travailler à rendre
immortel par fes Difcours
& par fes Hiftoires le
fouvenir des grands avantages
que la Religion Catholique
avoit receus de
Louis LE GRAND , & promit
pour elle qu'aprés les
gravez dans les coeurs avoir
gravez
de tous fes Enfans , elle les
confacreroit encore par une
Fefte folemnelle à la memoire
de tous les Siecles.
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Résumé : Discours prononcé au College des Grassins. [titre d'après la table]
Le 10 du mois en cours, M. Godeau, professeur de rhétorique au Collège des Granges, a prononcé un discours visant à louer le zèle du roi pour la défense de la religion catholique. Il a souligné les qualités du roi et l'obligation de l'Université de Paris de célébrer ses vertus. Godeau a mentionné plusieurs exploits militaires et politiques du roi, notamment le secours de Raab en 1664, les conquêtes en Hollande, la visite à Strasbourg, et la réduction des pirates d'Alger et de Tripoli. La seconde partie du discours a mis en avant la conduite chrétienne du roi pour la conversion des hérétiques, comparant ses actions à celles des premiers empereurs chrétiens. Godeau a conclu en exhortant l'Université à immortaliser les bienfaits du roi pour la religion catholique et à organiser une fête solennelle en sa mémoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 96-110
JUGEMENT.
Début :
Cela posé, nous donnons d'abord l'exclusion à l'homme [...]
Mots clefs :
Jugement, Cour, Vertus, Fortune, Testament, Courtisan, Ecclésiastique, Richesses, Vainqueur, Réputation, Auditoire, Avocats, Juges, Gratification, Académie des sciences
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texteReconnaissance textuelle : JUGEMENT.
JUGEMENT.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
Cela poſé , nous donnons d'abord
l'exclufion à l'homme de Cour. Qu'il
foit , nous y conſentons , utile à ſa Famille.
Qu'il foit pour elle un Solliciteur
aſſidu auprés du Prince. Qu'il
faſſe valoir en tems & lieu les ſervices
de l'homme d'Epée , les vertus de
P'Eccléſiaſtiſtique , l'application du
Magiſtrat ; nous l'y exhortons ; mais ,
qu'eſt il avec tout cela ,par raport à la
Patrie ? Sinon , un homme qui confacre
tous fes momens à un loiſir pénible
, qui fait fon affaire des embarras
d'autrui , qui eſt aſſidu auprés du
Prince pour s'en faire remarquer ,
qui dépenſe ſon bien pour en acquerir ,
&qui raporte tous les interets de l'Etat
à ſa propre fortune ? Un homme de
ce caractére eſt il fort utile à la République
?
Nous
DE SEPTEMBRE . 97
Ele
ce
Nous ſçavons que Dom Alphonfe ,
outre la douceur& la politeffe qui conviennent
à un Courtisan,poflede toutes
les qualités qui font l'honnête homme
&qui peuvent le rendre utile au Prince
& par conféquent à la Patrie ; mais ,
ſa droiture , ſa bonne- foy & toutes ces
qualités qui lui font naturelles & comme
héréditaires , font elles propres
à fon Etat ? Je displus : Et fi les Portraits
qu'on nous fait de la Cour font
fidéles; fi pour s'y avancer , il faut du
déguiſement , de la diffimulation , de
l'artifice : Digne des plus grandes faveurs
par ſes vertus, nous pouvons affûrer
qu'il n'y fera jamais fortune.
Le défaut d'utilité pour la Patrie
nous a fait rejetter le Courtifan . Le
défaut d'avantages pour la Famille ,
nous fait exclure l'Eccléſiaſtique , fans
que nous croyons manquer au refpect
que nous devons à la Religion &
& à ſes Miniſtres ; & fans que nous
prétendions rien diminuer de l'eftime
particulière que nous faiſons de l'efprit
vif , du bon coeur& des autres excéllentes
Qualitez de Dom Maximilien,
qui font une des plus douces eſpérances
de fa Famille. Perſonne n'en peut
Septembre 1717. I
98
LE MERCURE
douter : Un Eccléſiaſtique eſt un
homme utile & même néceſſaire
dans tout Etat & dans tout Païs. Il eſt
le Docteur de la Loy , le Directeur
des Confciences , le Ministre du Scigneur.
Tous ces Titres nous le rendent
précieux & vénérable. Mais , qu'eſt- il
ordinairement dans une Famille ? Un
membre comme ſéparé du reſte du
corps. Il en eſt , comme s'il n'en étoit
pas. Il n'y vit que pour Dieu , ou pour
lui-même.
Il n'y peut faire entrer les richeſſes
fans ſe rendre coupable. Ses dignitez
paſſent& s'éreignent avec luy : Ses vertus
mêmes n'illuftrent que fa Perſonne ;
&aprés avoir longtems occupéune place
parmi les fiens, il meurt & fans avoir
aggrandi ſa Maiſon ,& fans y laiſſer
preſqu'aucun vuide.
Il nous reſte à examiner qui doit
l'emporter , ou de l'homme d'Epée ou
de l'homme de Robe : Nous trouvons
de part & d'autre beaucoup d'utilité
; & de là naît noſtre embaras.
Donner la Loy à nos Ennemis , ou la
faire obſerver parmi les Peuples , terminer
les querelles étrangeres ou décider
les differens domeſtiques ; main
DE SEPTEMBRE.
eda tenir la fûreté de l'Etat ou y faire reetegner
la Juſtice : Voilà une partie des
sfervices que le Guerrier ou le Juge renredcdent
à la République.
du Se Le Guerrier n'eſt pas utile à la Paende
trie dans tous les temps , mais il luy eſt
quelquefois néceſſaire. Rarement le
el Juge est- il abſolument néceſſaire à l'Etat
, mais il luy eſt toujours utile .
Nous trouvons donc plus de néceſſité
d'une part , &de l'autre ,plus d'utilité
pour la République.
upe
Mais la Famille,d'où retire- t- elle plus
d'avantage ? Est - ce de l'Epée ? Elle
Site donne plus d'éclat. Est- ce de la Robe ?
Elle donne plus de crédir.
te
L'Homme de Guerre peut enrichir
fa Maiſon ; mais , il arrive ſouvent qu'il
la ruine. Le Magiftrat ne peut gueres
augmenter fes revenus , mais il arrive
rarement qu'il les diminuë .
En un mot , la réputation de celuilà
eſt plus éclatante; la fortune de celuici
eſt plus folide.
Ainfi, pour nous conformer à l'eſprit
du Teſtateur qui nous paroiſt avoir eu
plûtoſt en vûë un établiſſement ſolide,
pourvû qu'il fût honorable , qu'une
Profeſſion plus éclatante, mais plus rui-
886:08
I ij
100 LE MERCURE
Beuſe : Nous adjugeons la troifiéme
part de l'héritage de Dom Emanuel à
DomAlvare.
Nous ne craignons pas que ce Jugement
ne ralentiſſe voſtre ardeur pour
la gloire , jeune Guerrier : Cette ardeur
a fon principe dans le noble ſang
qui coule dans vos veines & ne s'éteindra
jamais. Aprés avoir eſté couronné
des lauriers d'Apollon fur le Parnaffe,
vous en voudrez encore cueillir de nou.
veaux dans le Champ de Mars. Tout
ceque nous craignons, c'est que vous
ne fuiviez trop cette impetuoſité qui
en faifant la réputation des Heros , fait
ſouvent le deüil des Familles. Songez
que vous eles cher à un Pere qui depuis
longtems vous tient lieu de Mere :
Ignorez , on vous le permet,cette douce
vivacité , cette candeur ingénieufe, cet
agrément naturel qui vous rend fi aimable
à ſes yeux : Mais , n'oubliez jamais
la place que vous occupez dans ſon
coeur. Penfez qu'il vit dans vous plus
que dans lui même ; &aprés luy avoir
fait répandre tant de larmes de joye , ne
luy arrachez pas des larmes de douleur.
Pour vous qui avez réuni tous les
DE SEPTEMBRE 101
te
fuffrages de vos Juges en faveur de
voſtre Cauſe , justifiez leur Jugement
en vous rendant utile à voſtre Patrie ,
el & en foutenant l'honneur de voſtre Famille
: Tout vous y excite ,& les talens
que vous avez reçû de la Nature , &
les exemples domestiques. Vous avez
vû entrer dans vostre Maiſon la premiere
dignité de la Magiftrature , & ce
qui est encore plus glorieux , toutes les
vertus avec elle ; je veux dire , la
Probité , l'Honneur , l'Equité , le Zéle,
la Juſtice & la Religion. Celui qui les
poſſedoitn'eſt plus : Que de pertes dans
unſeulhomme ! Mais , épargnons vôtre
ſenſibilité &la noſtre. Ces vertus fubfif
tent encore dans la perſonne du monde
qui vous touche de plus prés ,& dont
les exemples font pour vous des préceptes.
N'aimer les grands Emplois
que pour faire de grands biens ou pour
prévenir de grands maux : Faire tout le
bien qu'on peut , & s'affliger de ne pouvoir
faire tout le bien qu'on veut : Ne
connoiſtre d'autres intereſts que celui
du Peuple & luy confacrer ſes propres
intereſts : Suffire à la mutiplicité des affaires
, en ſe multipliant en quelque fa
çon par ſon application& fon affiduité
Liij 1 1
102 LE MERCURE
Avoir beaucoup d'autorité par ſa char
ge, en avoir encore plus par ſavertu.Voilà
quel eſt ſon caractere &voilà quel eſt
vôtre Modele : Plus vous en approcherez
, plus vous deviendrez utile à l'Etat
&précieux à voſtre Famille. Plus encore
ſervirez-vous de preuve à la juſti
ce de noſtre Arreft .
L'Auditoire avoit paru charmé de la
déclamation des Avocats : Il fut ſurpris
dela prononciation duJuge : Sa gravité,
fon agrément &fa délicateſſe firent une
impreffion extraordinaire ; &je doute
qu'on puiſſe rien ſouhaiter de plus parfait
en ce genre.
Il neme reſte plus qu'à vous dire le
nom des Acteurs.
Le Juge estoit M. de Machault , Fils
de M. de Machault Me des Requeſtes.
Les Avocats estoient pour l'Epée ,
M. de Leſſeville ledet, Fils de M.
de Leſſeville Me des Comptes.
Pour la Robe,M. Trudaine Fils aîné
de M. Trudaine Conſeiller d'Etat &
Prevoſt des Marchands.
Pour l'Eglife,un jeune homme appellé
le Seigneur , qui ce jour là s'eſtoitmétamorphofé
en Abbé.
Pour la Cour , M. de la Pierre de la
DE SEPTEMBRE. 103
Foreſt , ſecond fils de M. de la Pierre
mol Maiſtre des Eaux & Foreſts en Bretaquers
gne.
Le 7 de ce mois , le Procésde l'Académie
Royale des Sciences contre
l'heritier de feu M. Roüillé de Meflay
, fut jugé à l'Andiance par Mrs
de la premiere des Requêtes du Palais.
La Cour ordonna en faveur de l'Académie
, la délivrance de deux Legs
énoncez au Testament de feu M.
Roüillé de Meslay.
Une gratification de 125000 livres
qui a pour objet le progrés des Sciences ,
est un Phoénomen aſſsés fingulier en
France , pour mériter que je lui donne
place ici entre les événemens les plus
remarquables .
Voici les termes du Testament ſur
cette liberalité.
Item,je donne à l'Académie desSciences
à Paris , la Rente de quatre mille
livres , au principal de cent mille livres,
conftituée à mon profit par les Prevoſt
des Marchands & Echevins de la Ville
de Paris, à prendre ſur les Aydes & Gabelles
par Contract paſſé devant Angot
& fon Collegue Notaires au Châtelet
104
LE MERCURE -
le to Février 1714. à condition queMe
ſſieurs de l'Académie des Sciences propoſeront
tous les ans un Prix de la moitié
de ladite rente , pour eſtre auſſi par
eux donné tous les ans à celuy qui aura
le mieux réüſſi par Raiſon & non par
Eloquence : Mais , en quelque Langue
&ſtyle que ce foit au jugement de Meſſieurs
de l'Académie , partie d'icelle ,
ou des Commiſſaires par elle nommez
furun Traité Philosophique ou Differtation
, dont le ſujet ſera touchant ce
qui contient , ſoutient & fait mouvoir
enson ordre les Planettes & autres substances
contenues en l'Univers : Lefond
premier &général de leurs productions
& formations : Lesprincipes de la lumiere&
du mouvement. Mes méditations
m'ont ce me ſemble , conduit à cette
importante découverte ,& approché les
yeux de mon entendement de la connoiffance
de l'éternel & le premier
Eſtre : Mais ,n'ayant les talens de mettre
au jour mes conféquences , je m'en remets
aux Scavans , & j'eſpere qu'en
ſuivant ces recherches , ils dévoileront
des veritez autant eſſentielles que manifeſtes
, & qui augmentent l'admiration
qu'on doit à Dieu. Et fur l'autre
1
DE SEPTEMBRE 105
14
moitié de ladite rente , ilen ſera employé
le quart auTotal,pour les rétributions
ou épices de Meſſieurs les Juges ;
l'autre quart à Monfieur le Secretaire
de l'Académie pour les frais des Annonces
& Publications & Copies des
Traités qui feront faits ; & d'en fournir
deux Exemplaires du plus priſé , avec
Extrait des principaux ,un pour le Châ
teau de Meſlay le Vidame aux Seigneurs
Comtes & leurs Succeſſeurs ;
l'autre , pour les Proprietaires de ma
Maiſon rue du Temple , & de Meſlay à
Paris y adreſſé : Et en cas de rembourſement
de ladite rente , remploy en
ſera fait en fonds ſujet aux mêmes
charges : Et fi cela manquoit d'eſtre
exécuté pendant quelques années , le
revenu accumulé groffiroit d'autant le
prix & rétribution juſqu'au double se
triple. Mais , fi quatre années ſe paffoient
ſans effer deſdites conditions , le
Contract de cent mille livres , ou le
fonds qui luy auroit ſervi de remploy ,
retourneroit à mes Heritiers en ligne
directe , & à leur défaut aux Seigneurs
de Meslay , pour deux tiers , & l'autre
tiers aux Proprietaires de ma Maison à
Faris , rue du Temple & de Meſlay ;
1
106
LE MERCURE
:
!
laquelle condition j'appoſe au dit Legs
& encore , qu'il ne pourra être changé
ni propofé aucun autre ſujet on matiere
pour ledit Prix : Faute de quoy ,
je révoque ledit Legs qui n'eſt fait que
fous toutes les clauſes y portées.
Item , je donne & légue à l'Académie
des Sciences à Paris , la rente de
mille livres au principal de vingt-cinq
mille livres,conſtituée à mon profit par
Mrs les Prevôt des Marchands &
Echevins de la Ville de Paris, à prendre
ſur les Aydes &Gabelles par Contract
paffé devant Angot & ſon ConfrereNotaires
au Châtelet , le 19 Février
1714. à condition que M's de l'Académie
Royale propoſeront tous les
ans un Prix de la moitié de ladite
rente , pour être par eux donné
tous les ans à celui qui aura mieux
réüſſi en une méthode er régle plus courte
&facile , pour prendre plus exactement
les hauteurs & les dégrez de Longitudes
en Mer , & en des Découvertes utiles
à la Navigation & grands Voyages.
Et au cas que ces matières fe trouvaffent
épuisées , ou pouffées à leur
perfection , ilfera proposé de faire par
Cantons commencez aux choix de M
DE SEPTEMBRE . 107
de l'Académie, des Tables Topografiques
marquans le niveau des terrains & cours
O deseaux, par raport au niveau de la Mer
à mi- marée , & lift ordinaire ; en forte
que ces Cartes raſſemblées dans la ſuite,
des temps , on puiſſe s'enservir pour les
deffeins de Canaux & communication de
navigation , ménage & utilité de torrens
perdus , ou nuiſibles & autres avantages
que le bien public fait tenter , dont les
fuccez ou projets peuvent avoir beſoin
de'ce principe des niveaux , qui peuvent
diriger le choix des entrepriſes :
Le niveau des puits ou fources vives,
n'étant pas ſuffifant. Je ſubſtituë dans
ce Legs pluſieurs ſujets ; celui des longitudes
m'a occupé envain par raport
àla Sphere celeſte ; les conſtellations,
les hauteurs & les Phænomenes paroifſent
les mêmes à pareilles heures ſur
toute la longitude,quand on ne change
pas de latitude. Les Scavans peuvent al-
Ier plus loin : Maisje me trompe fort ,
fi le hazard mis à profit ne fournir plus
four cette découverte que l'Aſtronomie,
ou Régles deMathématiques: Peut
ĉare que ce Globe donnera quelque
aimant : Avec cette proprieté, j'avois
crû qu'il ſe pourroit qu'un Cocg , par
108 LE MERCURE
exemple , de Portugal accoûtumé de
chanter à minuit , ne chanteroit en
France qu'à une heure du matin ; &
quelques épreuves & recherches me
perfuadoient de la diverſité que je n'ai
pû approfondir avec les expériences
réquiſes. Les Montres , les Pendules
& Horloges m'ont donné plus de jour
pour ce point obfcur , en ayant une
bonne , ou plufieurs montées ſur l'heurede
dégré de longitude où l'on eft &
qu'on va quitter : L'aiguille doit dé
cliner jour par jour , d'autant qu'on
s'éloignera du dégré quittè , & cette
déclinaiſon avec l'eſtime du cours de
la navigation , eſt tout ce que j'ai pû
imaginer de plus prêcis , & je demande
des regles plus fûres pour le prix
propofè .
"On reconnoit ici dans le Teſtateur ,
un zéle ardent pour différentes découvertes
utiles au Commerce & à la Navigation
; mais , comme il a le courage
de ramener l'émulation des Scavans à
des travaux qu'ils ont abandonnez ,
pour ainſi dire , avec déſeſpoir ; l'Hèritier
du Teſtateur a pris delà occafion
de
: 109
DE SEPTEMBRE .
C
art
I
3
de conteſter l'un & l'autre Legs. Il a
donc attaqué l'Académie par l'inutilité
du travail propoſé ; inutilité démontrée
par l'impoſſibilité d'arriver
aux connoiſſances dont le Teſtateur
avoit eſperé la découverte.
L'Académie ne manquoit pas de ra:-
ſons pour justifier les eſpérances que le
Teſtateur avoit conçues d'un travailque
ſa libéralité alloit rendre perſévérant .
On avoit par exemple regardé cóme
une Tentative inutile , la découverte
de rendre l'Eau de la Mer potable ; cependant
, contre toute attente , M.
Gautier Médecin de Nantes vient de
trouver ce prétendu impoſſible , non
par un cas fortuit auquel ſouvent nous
Lommes redevables des plus beaux Secrets
de la Nature ; mais , par des Principes
tirez de la Phiſique , ſur lesquels
il a travaillé conféquemment.
D'ailleurs , les recompenſes n'étant
propoſées que pour des Traitez ou Difſertations
fur des ſujets acceſſibles à
l'eſprit humain ; les verités cherchées
s'obſtinaſſent - elles à ſe cacher ? Ces
mêmes Travaux inutiles , à la fin indiqués
, pourroient devenir utiles à d'autres
égards.
Septembre 1717 . K
110 LE MERCURE
Au reſte , l'on ne doit pas omettrede
rendre témoignage au St Roüillé
fils , que l'intereſt ne lui a pas commandé,
au pointde le faire uſer d'aucun
moyen qui ne ſe conciliat parfaitement
avec les égards que la Piété &
la Bien-ſéance preſcrivent à un Fils envers
un Pere. Le Teſtateur lui laiſſe
de grands biens dont il eſt très digne ,
&il ne tardera pas à regarder cette difpoſition
paternelle comme un Monument
honorable à ſa famille.
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4
p. 47-48
VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
Début :
DIGNE Elève de Gaussin, [...]
Mots clefs :
Actrice, Amour, Charmes, Sens, Tendresse, Auditoire, Spectateur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
VERS à Mlle MAISONNEUVE
Actrice nouvelle , qui a été formée par
Mlle GAUSSIN , & qui débute dans
fes Roles .
DIGN'B Eléve de Gaulfin ,
L'Amour en battant d'une aîle
Fuyoit avec ton modèle.
Il expiroit ſur ſon ſein ,
Et vouloit mourir fidèle ,
Trop content de ſon deſtin.
De la pâleur de ſon tein
Gauffin eſt toute attendrie ;
Et pour lui rendre la vie
Un jour le voyant dormir ,
Sans bruit elle le détache
>
De ſon coeur& puis l'attache
Autien avec un ſoupir.
Soudain ſon tein ſe colore :
L'Amour plus brillant que Flore ,
S'éveille près du deſir ;
Et du feu qui le dévore
Il t'échauffe en s'éveillant.
Mais ton coeur timide encore
Ne l'écoute qu'en tremblant ,
Et l'attire & le repoutle
Parl'agitation douce
48 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il donne aux charmes naiſſans
Qui déja fixent nos ſens.
Rends tendreſſe pour tendreſſe ,
Maisonneuve , à ce vainqueur ;
C'eſt Gauffin quand il te preſſe ,
Que penſe preſſer ſon coeur.
Il dormoit & dans un ſonge
Il crut la voir rajeunir ;
Ce n'étoit pas un menſonge
Que le réveil dût finir.
Il la voit dans toi renaître ,
Et dans tes yeux à l'inſtant
Pour revivre auſſi conſtant
Il reprend un nouvel Etre ;
Puis ce Dieu reconnoiſſant
Rentre au Temple languiſſant
De la triſte Mélpoméne :
Il te montre tendrement ;
Et déja le Sentiment
Vient de réchauffer la Scène.
Aux Drames qui d'un amant
Peignent la délicateſſe ,
Les plaiſirs & le tourment ,
L'Auditoire s'intéreſſe ,
Soupire ainſi que l'Acteur ,
Eſpére & tremble de même.
Il n'eſt , en jurant qu'il t'aime ,
Quel'écho du Spectateur.
Actrice nouvelle , qui a été formée par
Mlle GAUSSIN , & qui débute dans
fes Roles .
DIGN'B Eléve de Gaulfin ,
L'Amour en battant d'une aîle
Fuyoit avec ton modèle.
Il expiroit ſur ſon ſein ,
Et vouloit mourir fidèle ,
Trop content de ſon deſtin.
De la pâleur de ſon tein
Gauffin eſt toute attendrie ;
Et pour lui rendre la vie
Un jour le voyant dormir ,
Sans bruit elle le détache
>
De ſon coeur& puis l'attache
Autien avec un ſoupir.
Soudain ſon tein ſe colore :
L'Amour plus brillant que Flore ,
S'éveille près du deſir ;
Et du feu qui le dévore
Il t'échauffe en s'éveillant.
Mais ton coeur timide encore
Ne l'écoute qu'en tremblant ,
Et l'attire & le repoutle
Parl'agitation douce
48 MERCURE DE FRANCE.
Qu'il donne aux charmes naiſſans
Qui déja fixent nos ſens.
Rends tendreſſe pour tendreſſe ,
Maisonneuve , à ce vainqueur ;
C'eſt Gauffin quand il te preſſe ,
Que penſe preſſer ſon coeur.
Il dormoit & dans un ſonge
Il crut la voir rajeunir ;
Ce n'étoit pas un menſonge
Que le réveil dût finir.
Il la voit dans toi renaître ,
Et dans tes yeux à l'inſtant
Pour revivre auſſi conſtant
Il reprend un nouvel Etre ;
Puis ce Dieu reconnoiſſant
Rentre au Temple languiſſant
De la triſte Mélpoméne :
Il te montre tendrement ;
Et déja le Sentiment
Vient de réchauffer la Scène.
Aux Drames qui d'un amant
Peignent la délicateſſe ,
Les plaiſirs & le tourment ,
L'Auditoire s'intéreſſe ,
Soupire ainſi que l'Acteur ,
Eſpére & tremble de même.
Il n'eſt , en jurant qu'il t'aime ,
Quel'écho du Spectateur.
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Résumé : VERS à Mlle MAISONNEUVE Actrice nouvelle, qui a été formée par Mlle GAUSSIN, & qui débute dans ses Rôles.
Le poème est dédié à Mlle Maisonneuve, une jeune actrice formée par Mlle Gauffin. L'Amour, d'abord fugitif, se fixe finalement sur Mlle Maisonneuve après avoir quitté le cœur de Mlle Gauffin. Émue par la pâleur de son élève, Mlle Gauffin ravive l'Amour en le rattachant à son propre cœur, ce qui colore le teint de Mlle Maisonneuve et éveille ses désirs. Cependant, le cœur de Mlle Maisonneuve reste timide face à cette nouvelle passion. Mlle Gauffin l'encourage à répondre à l'amour avec tendresse, affirmant être elle-même touchée par cet amour. En songe, Mlle Gauffin voit Mlle Maisonneuve rajeunir, une vision qui se réalise lorsque celle-ci renaît à travers elle. L'Amour revient alors au théâtre, réchauffant les représentations. Le public, ému par les drames qui montrent la délicatesse, les plaisirs et les tourments d'un amant, s'intéresse profondément aux performances et partage les émotions des acteurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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