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1
p. 118-123
VERS IRREGULIERS sur les mesmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
Début :
Vous avez veu des Bouts-rimez. On les borne ordinairement / Helas, petits Moutons, que vous seriez heureux, [...]
Mots clefs :
Bouts-rimés, Madame Deshoulières, Moutons, Idylle, Animaux
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texteReconnaissance textuelle : VERS IRREGULIERS sur les mesmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
Vous avez veu desBouts-rimez. On les borne ordinaire..
ment aux quatorze Vers d'un Sonnet. En voicy de plus éten- dus , ils ſont ſur tous ceux du charmant Idylle que Madame Deshoulieres nousa donné contre la Raiſon. Vous les trouverez dans un ſens tout oppoſé.
Je n'en connois point l'Autheur. Onm'a feulement aſſuré qu'ils avoient eſté faits parun Hom- me de qualité de Lyon , & vous ſerez aiſément perſuadée en les liſant , qu'il n'a pas moins d'ef- prit que de naiſſance.
VERS IRREGULIERS
fur les meſmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
H
Elas,petits Moutons
Seriezheureux,
que vous
Dij
76 LE MERCVRE
Si paiſſant dans nos Champs ,Sanssou- cis, fans alarmes ,
Aufſi-toft aimezqu'amoureux,
Sansqu'il vous en coufta des larmes,
Vôtre cœur reffentoit lapointe des de- firs,
Etfides mouvemens que donne la Na
ture
Aſſaiſonnant les maux avecque les plaisirs ,
Vous pouviez pénetrer cette heureuse imposture Quifait de ce mélange un grandbien
parmy nous ,
Et nese trouvepoint chez vous !
Il vousfaudroit un peude raiſon pour
partage,
Vous enferiezSans doute un tres-utile usage.
Innocens Animaux, vous en estes ja
loux ,
Etvous nous
tage;
enviez cetheureux avanMaissi vous m'en croyez , n'en faites point de bruit ,
Cemalpourvous eſt ſans remede ,
Toutvous trompe &tont vousséduit
GALANT. 77 Onant vous appellez à vôtre aide
L'aveugle instinct qui vous conduit.
La Nature pour vous fevere
Nevous comptantpresque pour rien,
Vous abandonne à voſtre Chien ,
Pourvousgarderde la colere
Des Loups cruels &raviſſans ,
Etpour touteraiſon vous donne une chimere
Qui fuit l'appétit de vosſens.
Si vous sçaviez ceque vousfaites Danscette indigne oiſiveté ,
Si voussçaviez ce que vous estes Dans cette triste obfcurité ,
Vous maudiriez cent fois cette tranquillité ,
Et les defauts dela naiſſance
Qui vous a refusé l'esprit & la beauté ,
Etneferiezpas vanité Devôtrefuneste indolence.
Si par elle affranchis des foucis criminels ,
Vous n'avez point de remords quivous
ronge ,
Vous perdez les biens éternels ,
Etpaffez icy comme un Songe.. Düj
78 LE MERCVRE
Tout est danscevaste Unviers
Dela fainte Sagesse un ouvrage fo lide.
Defon deftin elle décide Selonfelonſes jugemensdivers.
Al'Homme elle adonné l'esprit & la prudence,
Pour éviter du Sort le capicre &les
coups;
Et vous,petits Moutons , qui vivez Sansfcience,
D'une informe raiſon , vous avez l'apParence,
Maisvous estesſoûmis ànoftre dépen- -dance,
Etvous nevivez quepour nous.
ment aux quatorze Vers d'un Sonnet. En voicy de plus éten- dus , ils ſont ſur tous ceux du charmant Idylle que Madame Deshoulieres nousa donné contre la Raiſon. Vous les trouverez dans un ſens tout oppoſé.
Je n'en connois point l'Autheur. Onm'a feulement aſſuré qu'ils avoient eſté faits parun Hom- me de qualité de Lyon , & vous ſerez aiſément perſuadée en les liſant , qu'il n'a pas moins d'ef- prit que de naiſſance.
VERS IRREGULIERS
fur les meſmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
H
Elas,petits Moutons
Seriezheureux,
que vous
Dij
76 LE MERCVRE
Si paiſſant dans nos Champs ,Sanssou- cis, fans alarmes ,
Aufſi-toft aimezqu'amoureux,
Sansqu'il vous en coufta des larmes,
Vôtre cœur reffentoit lapointe des de- firs,
Etfides mouvemens que donne la Na
ture
Aſſaiſonnant les maux avecque les plaisirs ,
Vous pouviez pénetrer cette heureuse imposture Quifait de ce mélange un grandbien
parmy nous ,
Et nese trouvepoint chez vous !
Il vousfaudroit un peude raiſon pour
partage,
Vous enferiezSans doute un tres-utile usage.
Innocens Animaux, vous en estes ja
loux ,
Etvous nous
tage;
enviez cetheureux avanMaissi vous m'en croyez , n'en faites point de bruit ,
Cemalpourvous eſt ſans remede ,
Toutvous trompe &tont vousséduit
GALANT. 77 Onant vous appellez à vôtre aide
L'aveugle instinct qui vous conduit.
La Nature pour vous fevere
Nevous comptantpresque pour rien,
Vous abandonne à voſtre Chien ,
Pourvousgarderde la colere
Des Loups cruels &raviſſans ,
Etpour touteraiſon vous donne une chimere
Qui fuit l'appétit de vosſens.
Si vous sçaviez ceque vousfaites Danscette indigne oiſiveté ,
Si voussçaviez ce que vous estes Dans cette triste obfcurité ,
Vous maudiriez cent fois cette tranquillité ,
Et les defauts dela naiſſance
Qui vous a refusé l'esprit & la beauté ,
Etneferiezpas vanité Devôtrefuneste indolence.
Si par elle affranchis des foucis criminels ,
Vous n'avez point de remords quivous
ronge ,
Vous perdez les biens éternels ,
Etpaffez icy comme un Songe.. Düj
78 LE MERCVRE
Tout est danscevaste Unviers
Dela fainte Sagesse un ouvrage fo lide.
Defon deftin elle décide Selonfelonſes jugemensdivers.
Al'Homme elle adonné l'esprit & la prudence,
Pour éviter du Sort le capicre &les
coups;
Et vous,petits Moutons , qui vivez Sansfcience,
D'une informe raiſon , vous avez l'apParence,
Maisvous estesſoûmis ànoftre dépen- -dance,
Etvous nevivez quepour nous.
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Résumé : VERS IRREGULIERS sur les mesmes Rimes de l'Idylle des Moutons.
Le texte décrit des 'Bouts-rimez' inspirés par une idylle de Madame Deshoulières, attribués à un homme de qualité de Lyon. Ces vers, plus longs que les sonnets traditionnels, critiquent la condition des moutons, qui, malgré leur bonheur apparent, manquent de raison et sont soumis à la nature et aux humains. Les moutons, guidés par l'instinct, sont comparés aux humains, dotés d'esprit et de prudence, mais également capables de tromperie. Le texte souligne que les moutons, bien qu'ils vivent sans science, sont soumis à la dépendance humaine et existent pour servir les hommes. Il met en lumière la sagesse divine qui régit l'univers et les destinées variées des êtres vivants.
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2
p. 93-111
LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
Début :
Il nous arriva hier de Lisbonne une Barque chargée de [...]
Mots clefs :
Perroquet, Guenuche, Amour, Animaux, Galanterie, Berger, Conversation, Belle, Laide, Inconstance, Métamorphose, Portugal, Histoire, Morale
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texteReconnaissance textuelle : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
LE
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
PERROQUET
ET LA GUENUCHE.
7
FABLE.
A MADEMOISELLE DE M**
1
Lnous arriva hier de Lisbonneune
Barque chargéedeSinges &de Per- roquets. Vousjugezbien, Mademoiselle,
GALANT 61
que je n'ay pas perduune si belle occa- fion devous tenirparole. F'aychoisipar- my cegrand nombre un Perroquet d'un plumage tres particulier , &une Gue- nuche d'une petiteſſefort rare. Ce qu'il yade fâcheux , c'est que le Perroquet
neparle point François , que la Guenu- che ne sçait point danser , &que mesme elle est encore habillée à la Portugaise;
mais vous serez peut-estre bien aise d'estre leur Maiſtreſſe en toutes façons.
Vos Leçons leur apprendront la belle maniere. Tous les autres Perroquets ne Sçavent prononcerque des injures grof- fieres , & quand vous aurezinſtruit le voſtre , il sçaura dire des malices inge- nieuses. A voſtre Ecole la Guenuche
apprendra bien- toft la Bourrée & le
Menuët ; &fi vous avezſoin de l'ha biller à la mode & de voſtremain ,je
gage qu'on la trouvera plus propre &
demeilleur air que vostre petite laide Voisine. Cependant comme vous n'en- tendrez point d'abord le jargon ny de la Guenuche ny du Perroquet , je me crois obligé en vous les envoyant, d'estre aupres de vous leur Interprete. SansSça-
62 LE MERCVRE
voir la Langue de leur Pays, j'ay bien- toft compris leurs discours, parce qu'ils estoient tendres &amoureux..
Entendre àdemymotfut toûjoursmon
partage;
Si- toſt que l'on parle d'amour ,
Iln'eſt point pour moy de langage Qui ne foit clair comme le jour.
Pour vous ma , jeune Demoiselle,
Quand memes en François l'amour fertd'entretien ,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne ré- pondez rien Et vousn'entendez pas la langue ma- ternelle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon ,
Vous avez quatorze ans, à cet âge, ma Belle,
N'entendre pas l'Amour , mafoy cela s'appelle N'entendre pas raiſon.
Jeveux aujourd'huy tâcher devous rendre raisonnable , en vous faisant comprendre l'Histoire amoureuse de
GALAN T. 63 vostre Guenuche & de vostre Perroquet.
Aufſi- toft que ces deux petits Animauxfurent entre mes mains , ils parle- rent entr'eux certain jargon Moresque,
&j'entendis quele Perroquet reprochoit àla Guenucheſes ſingeries , & la Gue- nuche luy reprochoitſon caquet. Comme leursdiscours meſemblerent aſſez plai- Sans, j'entray dans leur conversation.
Ils enfurent d'abordsurpris , mais en- fin nous devinſmes familiers &fûmes bien toſt ſi grands Amis , que je les obligeay àme conter leurHistoire. Le Perroquet , comme le plus grand Cau- feur , voulut estre l'Historien ; &vo cy en François àpeu pres comme il pliqua en Moresque.. *
LYON
1893-
MaMere me donna le jour
Dans un Climat de la Guinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflame tout toute l'année.
L'on n'y voit point de Cœur glacé,
N'yde Bergere indiferente;
Quand unBerger eſt empreſſé LaBergere ſe montre ardente.
64 LE MERCVRE
Là je vivois jadis enBerger fort coquet,
Aujourd'huyje ſuis Perroquet,
Car , helas ! ma Coqueterie ,
Queje nommois Galanterie ,
Choqua le cruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder de pardon ,
Fit de moy la Métamorphoſe ,
Queje vais vous conter en Profe.
Sur les bords du Fleuve Niger on ne fait pas l'amour ainſi que fur les bords de la Seine on du Rhône. On m'a dit
qu'icyla constance paſſe pour une vertu,
là elle paſſeroit pour un vice : En France un Amant bien reglé n'a beſoin que d'une Amante , &ſouvent en ayant une , il en a trop ; mais en Ethiopie les Galans ont beſoin de diverſes Maiſtref.
Ses , &nostre miserable Roy qui mourut ilyaquelque temps dans ce Royaume,
pourroit estre un témoin de cette verité.
Estant Berger je voyois ſuivant noftre coustume diverſesBergeres , &je témoi gnois à toutes beaucoup d'amour,mais àlaveritéje n'en reſſentois queres. Dans ma conversation, dans mes Chansons
GALANT. 65 dans mes Billets , je paroiſſois l' Amant du monde leplus ardent , &dans mon cœur ie mesentois fort tranquille; enfin tout mon amour n'estoit que du caquet.
Mais,helas ! depuis ce temps j'ay bien appris que Cupidon est un Dieu qui pu- nit cruellement le mensonge. Pour com.
mencer àse vanger demoy , il me fit devenir trop veritablement amoureux d'une petite Laide , plus volage &plus.
coquette que je n'estois , &c'est iuste.
ment Dame Guenuche que vous voyez là , qui a esté Bergere dans le temps que i'estois Berger. Apresavoir trompé tant de Perſonnes parmesfaux Sermens , ie ne pûs pas mesine perfuader mapetite Laide par des veritez tres- constantes.
Cependantpour mefaire mieux enrager,
au commencement elle fit mine de m'aimer, elle affecta toutes les petites ma- nieres d'une Perſonnefort paſſionnée, &
quand elle me vit bien ſenſiblement tou- ché , elle me fit cent malices & mequit- ta enfin pour un autre Bergerauffi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
66 LE MERCVRE
Silchangeoit auffi-toft que changeſon Amante !
Mais,helas ! que de maux nous cauſe
une Inconftante,
Quandon ne peut être inconſtant !
L'amourque ieſentois pour mapetite Ingrate , & la haine que i'avois pour mon laid Rival , me mirent dans untel
deſeſpoir , que ie quitay mes Moutons,
&laſocietédes autres Bergers. Je m'en allay comme un furieux ,errant dans lesDeserts : ie déchiray mes habits , ie me couvris defeüilles d'arbres , &enfin
icdevins tout-à-fait infensé. L'Amour alors me voyantdans une Forest en estat demourir ,voulut meſauver la vie , &
ie nesçay si cefutparpitiéouparven- geance. Il changea mapeau &monha- bit en plumesde la couteur des feüilles
qui me couvroient , ma bouche en bec ,
mes bras en cuiſſes , &ainfi du reſte de
mon Corps. Voila comme ie me trouvay Perroquet , &ie vousiureque ien'en ay point confervé de regret.
Nehaïſſant plus monRival,
GALANT. 67 Etn'aimantplus mon Inconſtante Je ſens monAme plus contente ,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal ,
Que celuy d'un Berger ,quand l'A- mour le tourmente.
Mapetite Laide ne demeura pas auſſiſans châtiment , parce qu'elle n'a- voit aiméqu'en apparence, & que toute fa tendreſſe n'avoit esté que fingerie ;
l'Amour n'ayant point esté trompépar ſes grimaces , voulut punirfonhipocri fie ,comme il avoit puny mon liberti- nage. Il la changea donc en Guenuche ; &comme c'estoit unepetite Berge- re fort laide &fort malicieuse , il n'eut
pas beaucoup depeine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose nousavons vescu, maMaiſtreſſe &moy,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout -à-fait Sauvages , & cela est si vray que nous noussommes laislé prendre aux premiers Hommes qui ſeſont preſentez. D'abord onnous mena en Portugal , où l'humeur
68 LE MERCVRE
de la Nation ne nous plaiſoit gueres,
parcequele caquet &les fingeriesn'y ont pas tant de coursqu'en France , ou i'ap- prens que nous sommes auiourd'huy.
Nous nousyplaifons ſans doute ,parce que nous avons encoreconfervéquelque choſe de nostre premier caractere. Pour moy quipendantque i'estois Berger di- fois centfleurettesfans penser àce queie difois,iedis encore eftant Perroquet cent parolesfanssçavoir ce que ie dis. Pour ma Maistreffe , qui estant Bergerecon- trefaisoit l' Amante ſansſentird'amour,
&qui de plusfaisoit tous les jours mil- temalices , estant Guenuche elle enfait
encore, & contrefait mille choſesqu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noſtre Histoireiusques icy : c'est àvous, Mon- fieur, ànous apprendre le reſte. Dites- nous pourquoy nous sommes entre vos mains , &àquoy nousſommes deſtinez,
puis que vous nousfaitespartirpourun SecondVoyage. Acette question i'ay ré- pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux ,
GALAN T. 69
Voicy la fin de tous vos maux :
Aprenez que l'on vous deſtine Pour aller faire les plaiſirs D'une belle & jeune Blondine ,
Quidonne mille ardens defirs,
Etqui cauſe mille ſoûpirs Amille Amans qui n'oſent dire ,
Belle, c'est pour vous qu'on ſoûpire;
Vous, Peroquet , & nuit &jour ,
Vous luy pourrez parler d'amour ;
Vous pourrez dire , ie vous aime,
Sans vous attirer ſon courroux.
Que mon bonheur ſeroit extrême
Si j'ofois parler comme vous !
Vous Guenuche, VOS fingeries LYON
Loin de luy donnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que'mes Galanteries N'ont-elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi , Mademoiselle , que finit la conversation que i'ay cue avecvostre Perroquet & vostre Guenuche. L'ay crû que ie devois vous enfaire part,
quevousferiez bien aiſe deſçavoir leurs
Avantures, le pourrois bien tirer de cette Hiftoire une belle Morale en faveur de
70 LE MERCVRE l'Amour; mais belas ,je n'oferoisavec vous moraliſerſur cette matiere.
De Marſeille.
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Résumé : LE PERROQUET ET LA GUENUCHE. FABLE. A MADEMOISELLE DE M**
La fable 'Le Perroquet et la Guenuche' est adressée à Mademoiselle de M**. L'auteur décrit l'arrivée d'une barque de Lisbonne transportant des singes et des perroquets. Parmi eux, il choisit un perroquet au plumage particulier et une guenuche de petite taille. Cependant, le perroquet ne parle pas français et la guenuche ne sait pas danser, étant encore vêtue à la portugaise. L'auteur espère que la demoiselle pourra leur apprendre les bonnes manières, la danse et les habits à la mode. L'auteur raconte ensuite l'histoire amoureuse du perroquet et de la guenuche. Originaires de Guinée, ils vivaient autrefois comme bergers. Le perroquet, coquet et galant, séduisait plusieurs bergères sans ressentir de véritable amour. Cupidon le punit en le rendant amoureux d'une laide et volage bergère, la guenuche. Après avoir été trompé, le perroquet tomba dans le désespoir et fut transformé en perroquet. La guenuche, punie pour son hypocrisie, fut transformée en guenuche. Les deux animaux vécurent ensuite dans les solitudes et les forêts avant d'être capturés et emmenés au Portugal, puis en France. L'auteur les destine à la demoiselle, espérant qu'ils pourront lui parler d'amour et la charmer par leurs danses et leurs grimaces.
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3
p. 177-186
LE RUISSEAU. IDYLE. DE MADAME DES HOULIERES.
Début :
Préparez[-]vous, Madame, à battre des mains. Je vous / Ruisseau, nous paroisosns avoir un mesme sort, [...]
Mots clefs :
Ruisseau, Nature, Coeur, Vieillesse, Poissons, Nourrir, Animaux, Empire, Homme, Sein
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texteReconnaissance textuelle : LE RUISSEAU. IDYLE. DE MADAME DES HOULIERES.
réparez-vous , Madame,,
à battre des mains. Je vous
envoye un Ouvrage de l'Il
luftreMadame desHoulieres.
Ce Nom vous promet quel
que chofe d'achevé ; vous le
trouverez affeurément , & fi
cette expreffion peut rien.
178 MERCURE
fouffrir qui aille au delà, vous
pouvez attendre plus , fans
crainte d'eftré trompée. Tout
eſt penſé delicatement, tout
eft exprimé de mefme, & il y
a par tout fujet d'admirer.
SSSSSSS: 25S2535
LE RUISSEAU.
IDYLE.
DE MADAME DES HOULIERES..
avoir Viffeau, nous paroiffons at
Rifleme unefmeefort yo ,
D'un coursprécipité nous allons l'un
&l'autre,
Vous à la Mer, nous à la mort;
Maishélas !que d'ailleursje voyper
de rapport
GALANT. 179
Entre voftre courfe &la noſtre!
Vous vous abandonnez fans remords,
fansterreur,
Avoftrepente naturelle;
Pointde Loyparmy vous ne la rend
criminelle,
La vicilleffe chez vous n'a rien qui
faffe horreur.
Présde lafin de vostre courſe
Vous cftesplus fort &plus beau
Que vous n'eftes à vôtrefource,
Vous retrouvez toûjours quelque agrément nouveau.
Side ces paisibles Bocages
Lafraifcheurde vos eaux augmente
tes
oppas,
Koftre bienfaitnefeperdpasi
Par de délicieux ombrages
Ils embelliffent vos rivages.
Sur unfable brillant, entre des Freza.
fleuris
180 MERCURE
Coule voftre Onde toûjours pure,
Mille &mille Poiſons dans votre
fein nourris
Ne vous attirent point de chagrins, de 1
mépris.
Avectantde bonheur d'où vient vôtre
murmure?
Hélas ! voftrefortestfi doux.
Taifez- vous, Ruiffeau , c'est à nous
Anousplaindrede la Nature.
De tantdepaffions que nourrit noftre
cœur,
Aprenez qu'iln'en est pas une
Qui ne traifne apresfoy le trouble,
la douleur,
Le repentir, ou l'infortune.
Elles déchirent nuit &jour
Les cœurs dontellesfont maîtreffes;
Mais de cesfatalesfoibleffes
La plus à craindre, c'est l' Amour,
Ses douceursmefmefont cruelles.
GALANT. 181
Elles font cependant l'objet de tous les
vœux,
Tous les autres plaiſirs ne touchent
pointfans elles;
Mais des plusforts liens le temps ufe
les nœuds,
Et le cœur le plus amoureux
Devient tranquille , ou paffe à des
Amours nouvelles.
Ruiffeau, que vous eftes heureux! 5.
In'estpointparmy vous deRuiffeaux
infidelles!
Lors que les ordres abfolus
De l'Eftre indépendant qui gouverne
le Monde,
Fontqu'un autreRuiffeaufe mefle avec
voftre Onde,
Quandvous eftes unis, vous ne vous
quitter plus.
Ace que vous voulezjamais il ne
sopofe,
182 MERCURE
Dans votrefein ilcherche às'abîmer,
Vous&luyjufques à la Mer
Vousn'eftes qu'une mefme chofe.
De toutesfortes d'unions
Que noftre vie est éloignée!
De trahisons, d'horreurs, & de diffentions
Elle est toujours accompagnée.
Qu'avez- vousmerité, Ruiſſeau tranquile & doux,
Poureftre mieuxtraitéque nous?
Qu'on neme vantepoint ces Biens
imaginaires,
Ces Prérogatives, ces Droits,
Qu'inventa noftre orgueilpour masquernosmiferes;
C'estluyfeul qui nous dit que par un
jufte choix
LeCielmitenformant les Hommes,
Lesautres Eftres fous leurs loix.
Anenouspointflaier, nousfommes
GALANT. 183
Leurs Tyransplutoft queleursRoys.
Pourquoy vous mettre à la torture?
Pourquoy vous renfermer dans cent
Canaux divers,
Etpourquoy renverser l'ordre de la
Nature
En vousforçant àjaillir dans les
airs?
Si tout doitobeirà nos ordresfuprémes,
Si toutestfaitpour nous, s'il nefaut
que vouloir,
Que n'employons nous mieux cefouverainpouvoir?
Que ne regnons- nousfur nousmefmes?
Maishélas! defesfens Efclavemalheureux,
L'Hommeofefedire le Maistre
Des Animaux, quifontpeut eftre
Plus libres qu'il ne l'est, plus doux,
plus genéreux,
184 MERCURE
Etdont la foibleffe afait naiftre
Cet Empire infolentqu'il ufurpefur reux .
Mais quefais -je? Où vamecon- duire
Lapitié des rigueurs dontcontre eux
nous ufons?
Ay -je quelque efpoir de détruire
Des erreurs où nous nous plaifons?
Non, pour l'orgueil &pour les injuftices
Le cœur humainfemble eftre fait.
Tandis qu'on fe pardonne aiſément
tous les vices,
On n'en peutfouffrir le portrait.
Hélas !on n'a plus rien à craindre,
Les vices n'ont plus de Cenfeurs,
Le Monde n'estremply que de lâches
Flateurs,
Sçavoir vivre,c'eftfçavoirfeindre.
Ruiffeau,ce n'eftplus que chez vous
GALANT. 185
Qu'ontrouve encordelafranchiſe,
any voitla laideurou la beauté qu'en
nous
La bizarre Nature amife,
Aucun defaut ne s'y déguife ,
Aux Roys comme aux Bergers vous
les reprochez tous.
Auffi ne confulte- tion guere
De vos tranquiles eaux lefidele cristal.
On évite de même un Amy tropfincere.·
Cedéplorablegouft eft legouftgenéral..
Lesleçonsfont rougir, perfonne ne less
foufre,
Le Fourbe veutparoiftre Hommede~
probité;
Enfin dans cethorrible gouffre
De mifere & de vanité,
Fe meperds ; &plusj'envisage
La foibleffe de l'Homme &fa mali--
gnités
Et moins delaDivinité
Mars 1685, Q
186 MERCURE
·En luyje reconnois l'Image,
Courez, Ruiſſeau, courez,fuyez- nou
reportez
Vos Ondesdanslefein des Mers dont
vaus fortez,
.
Tandis que pour remplir la dure de...
ftinée
Oùnoussommes affujettis,
Nous irons reporter la vie infortunée
Que le hazardnous a donnée,
Dans le fein du ncantd'où nousfom.
mesfortis.
à battre des mains. Je vous
envoye un Ouvrage de l'Il
luftreMadame desHoulieres.
Ce Nom vous promet quel
que chofe d'achevé ; vous le
trouverez affeurément , & fi
cette expreffion peut rien.
178 MERCURE
fouffrir qui aille au delà, vous
pouvez attendre plus , fans
crainte d'eftré trompée. Tout
eſt penſé delicatement, tout
eft exprimé de mefme, & il y
a par tout fujet d'admirer.
SSSSSSS: 25S2535
LE RUISSEAU.
IDYLE.
DE MADAME DES HOULIERES..
avoir Viffeau, nous paroiffons at
Rifleme unefmeefort yo ,
D'un coursprécipité nous allons l'un
&l'autre,
Vous à la Mer, nous à la mort;
Maishélas !que d'ailleursje voyper
de rapport
GALANT. 179
Entre voftre courfe &la noſtre!
Vous vous abandonnez fans remords,
fansterreur,
Avoftrepente naturelle;
Pointde Loyparmy vous ne la rend
criminelle,
La vicilleffe chez vous n'a rien qui
faffe horreur.
Présde lafin de vostre courſe
Vous cftesplus fort &plus beau
Que vous n'eftes à vôtrefource,
Vous retrouvez toûjours quelque agrément nouveau.
Side ces paisibles Bocages
Lafraifcheurde vos eaux augmente
tes
oppas,
Koftre bienfaitnefeperdpasi
Par de délicieux ombrages
Ils embelliffent vos rivages.
Sur unfable brillant, entre des Freza.
fleuris
180 MERCURE
Coule voftre Onde toûjours pure,
Mille &mille Poiſons dans votre
fein nourris
Ne vous attirent point de chagrins, de 1
mépris.
Avectantde bonheur d'où vient vôtre
murmure?
Hélas ! voftrefortestfi doux.
Taifez- vous, Ruiffeau , c'est à nous
Anousplaindrede la Nature.
De tantdepaffions que nourrit noftre
cœur,
Aprenez qu'iln'en est pas une
Qui ne traifne apresfoy le trouble,
la douleur,
Le repentir, ou l'infortune.
Elles déchirent nuit &jour
Les cœurs dontellesfont maîtreffes;
Mais de cesfatalesfoibleffes
La plus à craindre, c'est l' Amour,
Ses douceursmefmefont cruelles.
GALANT. 181
Elles font cependant l'objet de tous les
vœux,
Tous les autres plaiſirs ne touchent
pointfans elles;
Mais des plusforts liens le temps ufe
les nœuds,
Et le cœur le plus amoureux
Devient tranquille , ou paffe à des
Amours nouvelles.
Ruiffeau, que vous eftes heureux! 5.
In'estpointparmy vous deRuiffeaux
infidelles!
Lors que les ordres abfolus
De l'Eftre indépendant qui gouverne
le Monde,
Fontqu'un autreRuiffeaufe mefle avec
voftre Onde,
Quandvous eftes unis, vous ne vous
quitter plus.
Ace que vous voulezjamais il ne
sopofe,
182 MERCURE
Dans votrefein ilcherche às'abîmer,
Vous&luyjufques à la Mer
Vousn'eftes qu'une mefme chofe.
De toutesfortes d'unions
Que noftre vie est éloignée!
De trahisons, d'horreurs, & de diffentions
Elle est toujours accompagnée.
Qu'avez- vousmerité, Ruiſſeau tranquile & doux,
Poureftre mieuxtraitéque nous?
Qu'on neme vantepoint ces Biens
imaginaires,
Ces Prérogatives, ces Droits,
Qu'inventa noftre orgueilpour masquernosmiferes;
C'estluyfeul qui nous dit que par un
jufte choix
LeCielmitenformant les Hommes,
Lesautres Eftres fous leurs loix.
Anenouspointflaier, nousfommes
GALANT. 183
Leurs Tyransplutoft queleursRoys.
Pourquoy vous mettre à la torture?
Pourquoy vous renfermer dans cent
Canaux divers,
Etpourquoy renverser l'ordre de la
Nature
En vousforçant àjaillir dans les
airs?
Si tout doitobeirà nos ordresfuprémes,
Si toutestfaitpour nous, s'il nefaut
que vouloir,
Que n'employons nous mieux cefouverainpouvoir?
Que ne regnons- nousfur nousmefmes?
Maishélas! defesfens Efclavemalheureux,
L'Hommeofefedire le Maistre
Des Animaux, quifontpeut eftre
Plus libres qu'il ne l'est, plus doux,
plus genéreux,
184 MERCURE
Etdont la foibleffe afait naiftre
Cet Empire infolentqu'il ufurpefur reux .
Mais quefais -je? Où vamecon- duire
Lapitié des rigueurs dontcontre eux
nous ufons?
Ay -je quelque efpoir de détruire
Des erreurs où nous nous plaifons?
Non, pour l'orgueil &pour les injuftices
Le cœur humainfemble eftre fait.
Tandis qu'on fe pardonne aiſément
tous les vices,
On n'en peutfouffrir le portrait.
Hélas !on n'a plus rien à craindre,
Les vices n'ont plus de Cenfeurs,
Le Monde n'estremply que de lâches
Flateurs,
Sçavoir vivre,c'eftfçavoirfeindre.
Ruiffeau,ce n'eftplus que chez vous
GALANT. 185
Qu'ontrouve encordelafranchiſe,
any voitla laideurou la beauté qu'en
nous
La bizarre Nature amife,
Aucun defaut ne s'y déguife ,
Aux Roys comme aux Bergers vous
les reprochez tous.
Auffi ne confulte- tion guere
De vos tranquiles eaux lefidele cristal.
On évite de même un Amy tropfincere.·
Cedéplorablegouft eft legouftgenéral..
Lesleçonsfont rougir, perfonne ne less
foufre,
Le Fourbe veutparoiftre Hommede~
probité;
Enfin dans cethorrible gouffre
De mifere & de vanité,
Fe meperds ; &plusj'envisage
La foibleffe de l'Homme &fa mali--
gnités
Et moins delaDivinité
Mars 1685, Q
186 MERCURE
·En luyje reconnois l'Image,
Courez, Ruiſſeau, courez,fuyez- nou
reportez
Vos Ondesdanslefein des Mers dont
vaus fortez,
.
Tandis que pour remplir la dure de...
ftinée
Oùnoussommes affujettis,
Nous irons reporter la vie infortunée
Que le hazardnous a donnée,
Dans le fein du ncantd'où nousfom.
mesfortis.
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Résumé : LE RUISSEAU. IDYLE. DE MADAME DES HOULIERES.
Le texte est une lettre accompagnant un ouvrage de Madame Deshoulières, une poétesse. L'auteur exprime son admiration pour l'œuvre et invite la destinataire à l'apprécier. L'œuvre en question est une idylle intitulée 'Le Ruisseau'. Dans ce poème, le ruisseau est personnifié et comparé à la vie humaine. Le poème souligne la pureté et la constance du ruisseau, contrastant avec les passions humaines qui apportent trouble et douleur. L'amour est particulièrement mis en avant comme une passion destructrice. Le texte critique également les actions humaines qui perturbent l'ordre naturel, comme la canalisation des ruisseaux. L'auteur exprime une réflexion sur la condition humaine, marquée par l'orgueil et les injustices. La lettre se conclut par une contemplation de la faiblesse humaine et de la divinité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 107-112
Description de la Ménagerie, de son Bâtiment & de toutes ses Cours, [titre d'après la table]
Mots clefs :
Ménagerie, Cour, Animaux, Salon, Grotte, Cours, Dôme, Grille de fer, Figure d'octogone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description de la Ménagerie, de son Bâtiment & de toutes ses Cours, [titre d'après la table]
Quoy que la Ménagerie
ne foit qu'un lieu pour entretenir
des Animaux , comme
le porte fon nom , elle ne
laiffe pas d'avoir beaucoup
d'air d'un magnifique Palais ,
& de preſenter d'abord à la
veuë quatre Pavillons , & un
Dôme. On y entre par une
grande avenue d'arbres . On
trouve d'abord une court ferméed'une
grille de fer , d'où
I iij
96 Suite du Voyagersh
l'on entre dans une autre , au
fond de laquelle eſt un Dôme
de figure octogone , qui
fait un Salon de pareille forme
, où l'on monte par une
Rampe de quelques degrez ,
qui conduit à un Veſtibule.
On entre delà dans ce Salon ,
autour duquel ſont pluſieurs
chambres . C'eſt dans le milieu
du meſme Salon que
mange quelquefois le Roy,
lors qu'il va ſe promener
à la Ménagerie. Au deſſous
eſt une grote qui en occupe
tout le terrain & au milieu
de cette Grote il y a un jet
d'eau tournant , qui s'étend
د
des Amb. de siam.
97
د
danstout le tour de la Grote ,
- & du plancher , qui eſt tout
remply de petits trous , d'où
s'éleve une pluye d'eau. Le
Salon eſt entouré d'une court
qui eſt auſſi de figure octogone.
Elle est fermée d'une
grille de fer qui regne
tout au tour , & d'eſpace' en
eſpace on trouve des portes
grillées . Il y en a juſques à
ſept , par leſquelles on entre
dans ſept autres Courts. Les
unes ſont pour les Ecuries
& les autres pour les Bergeries
& pour les Etables. Les
Oiſeaux qu'on ne peut garder
que dans des Cages , ou
د
I iiij
98 Suite du Voyage
dans une Voliere , en ont une
tres belle dans une de ces
courts . Il y a dans une autre
un Reſervoir remply de Poiffons
pour les Pelicans , & autres
Oiseaux auſquels le Poiffon
fert de nourriture. Du
coſté, droit de cette court
font des endroits fermez de
grilles , où font les Animaux,
qui n'ayant pas beſoin d'eftre
enfermez , peuvent paſſer
entre les grilles , pour entrer
&fortir de ce lieu- là. Sur la
gauche de la meſme court
font les Animaux farouches .
Les Beſtes qui ſervent à labourer
, font dans une autre
des Amb. de Siam .
99
court , au fortir de laquelle
( on trouvre des Volailles de
toutes fortes d'eſpeces Enfin
l'on peut dire que l'on voit
dans ces ſept courts tout ce
qu'il y a de plus rare fur la
terre , ſoit pour les Animaux,
foit pour les Oifſeaux d'air , &
pour ceux d'eau , & qu'iln'y
a rien de commun. Les Ambaſſadeurs
furent ſurpris d'en
voir quelques - uns de leur
Païs , & d'autres endroits
qu'ils connoiſſoient. Ils le
furent auſſi de voir en peinture
tout ce qu'il y a eu de
plus curieux dans ce lieu ,
mais rien ne leur parut plus
HEQUE DELA
LYON
ے ہ
LE
Iv
100 Suite du Voyage
digne d'eſtre remarqué que
le grand ordre qu'ils trouverent
dans tout ce qu'ils virent
, & quoy qu'ils attribuaffent
tout au Roy , ils ne
laiſſoient pas de donner des
loüanges à ceux qui ſçavoient
fi bien répondre aux
intentions de Sa Majefté.
ne foit qu'un lieu pour entretenir
des Animaux , comme
le porte fon nom , elle ne
laiffe pas d'avoir beaucoup
d'air d'un magnifique Palais ,
& de preſenter d'abord à la
veuë quatre Pavillons , & un
Dôme. On y entre par une
grande avenue d'arbres . On
trouve d'abord une court ferméed'une
grille de fer , d'où
I iij
96 Suite du Voyagersh
l'on entre dans une autre , au
fond de laquelle eſt un Dôme
de figure octogone , qui
fait un Salon de pareille forme
, où l'on monte par une
Rampe de quelques degrez ,
qui conduit à un Veſtibule.
On entre delà dans ce Salon ,
autour duquel ſont pluſieurs
chambres . C'eſt dans le milieu
du meſme Salon que
mange quelquefois le Roy,
lors qu'il va ſe promener
à la Ménagerie. Au deſſous
eſt une grote qui en occupe
tout le terrain & au milieu
de cette Grote il y a un jet
d'eau tournant , qui s'étend
د
des Amb. de siam.
97
د
danstout le tour de la Grote ,
- & du plancher , qui eſt tout
remply de petits trous , d'où
s'éleve une pluye d'eau. Le
Salon eſt entouré d'une court
qui eſt auſſi de figure octogone.
Elle est fermée d'une
grille de fer qui regne
tout au tour , & d'eſpace' en
eſpace on trouve des portes
grillées . Il y en a juſques à
ſept , par leſquelles on entre
dans ſept autres Courts. Les
unes ſont pour les Ecuries
& les autres pour les Bergeries
& pour les Etables. Les
Oiſeaux qu'on ne peut garder
que dans des Cages , ou
د
I iiij
98 Suite du Voyage
dans une Voliere , en ont une
tres belle dans une de ces
courts . Il y a dans une autre
un Reſervoir remply de Poiffons
pour les Pelicans , & autres
Oiseaux auſquels le Poiffon
fert de nourriture. Du
coſté, droit de cette court
font des endroits fermez de
grilles , où font les Animaux,
qui n'ayant pas beſoin d'eftre
enfermez , peuvent paſſer
entre les grilles , pour entrer
&fortir de ce lieu- là. Sur la
gauche de la meſme court
font les Animaux farouches .
Les Beſtes qui ſervent à labourer
, font dans une autre
des Amb. de Siam .
99
court , au fortir de laquelle
( on trouvre des Volailles de
toutes fortes d'eſpeces Enfin
l'on peut dire que l'on voit
dans ces ſept courts tout ce
qu'il y a de plus rare fur la
terre , ſoit pour les Animaux,
foit pour les Oifſeaux d'air , &
pour ceux d'eau , & qu'iln'y
a rien de commun. Les Ambaſſadeurs
furent ſurpris d'en
voir quelques - uns de leur
Païs , & d'autres endroits
qu'ils connoiſſoient. Ils le
furent auſſi de voir en peinture
tout ce qu'il y a eu de
plus curieux dans ce lieu ,
mais rien ne leur parut plus
HEQUE DELA
LYON
ے ہ
LE
Iv
100 Suite du Voyage
digne d'eſtre remarqué que
le grand ordre qu'ils trouverent
dans tout ce qu'ils virent
, & quoy qu'ils attribuaffent
tout au Roy , ils ne
laiſſoient pas de donner des
loüanges à ceux qui ſçavoient
fi bien répondre aux
intentions de Sa Majefté.
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Résumé : Description de la Ménagerie, de son Bâtiment & de toutes ses Cours, [titre d'après la table]
La Ménagerie est un lieu destiné à l'entretien des animaux, présentant l'apparence d'un palais. L'entrée se fait par une grande avenue d'arbres menant à une cour fermée par une grille de fer. Au fond de cette cour se trouve un dôme octogonal formant un salon, accessible par une rampe et un vestibule. Ce salon, où le roi mange parfois, est entouré de plusieurs chambres. Sous le salon se trouve une grotte avec un jet d'eau tournant et une pluie d'eau s'élevant de trous dans le plancher. Le salon est entouré d'une cour octogonale fermée par une grille de fer, avec plusieurs portes grillagées menant à sept autres cours. Ces cours abritent des écuries, des bergeries, des étables, une volière, un réservoir pour les poissons destinés aux pélicans, et des enclos pour divers animaux. Les animaux sauvages sont logés à gauche de la cour, tandis que ceux utilisés pour le labour se trouvent dans une autre cour. Les ambassadeurs furent impressionnés par la diversité des animaux et des oiseaux, ainsi que par les peintures représentant les curiosités du lieu. Ils louèrent l'ordre et la gestion exemplaire de la Ménagerie, attribuant cela au roi et à ceux qui savaient répondre à ses intentions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 13-24
A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Début :
Il y a long-temps qu'on a fait parler les Animaux, mais [...]
Mots clefs :
Siam, Fontevraud, Levraut, Siamois, Doux, Animaux, Transmigration des âmes, Orient
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Il y a long-temps qu'on a
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
fait parler les Animaux, mais
peut-eſtre n'y en a- t-il jamais
cu aucun qui meritaſt tant
d'eſtre écouté qu'un Levraut
que l'ona donné vivant àMadame
l'Abeſſe de Fontevraut ,
afin d'en faire une eſpece de
Chaſſe pour le divertiſſement
de Mademoiselle de
Blois , qui eſt depuis quelque
temps à Fontevraut. Il eſt
vray que ce Levrauta eſté inſtruit
par un fort habilehom
14 MERCURE
me. M² l'Abbé Geneſt , qui
eſtauprés de cettejeune Princeffe,
a pris ſoin de luy apprendreà
conter ſes avantures
d'une maniere agreable.
Tout ce qu'il luy fait dire
roule fur l'opinion des Siamois
touchant la tranfmi
gration des ames , & voicy
comment le Levraut Avanturier
s'en explique à cette
Abbeffe.
GALANT: 15
522555522-52525525
A MADAME L'ABBESSE
I
DE FONTEVRAUT.
Evais, en vousparlant ,paroiſtre
témeraire, :
Mais s'il vous plaiſt de m'écouter,
Madame , vous verrez que je puis
mevanter
De n'estre pas une Befte ordinaire.
A beau mentir qui vient de loin .
Le prouverois bien - toft , s'il en estoit
besoin,
Que l'Orient centfois m'a veu naifire&
renaistre.
Si mon air ne fuffit pour lefaire connoistre
A Siam , d'où je fuis , un grand
Peuple est témoin
16 MERCURE
Que l'on m'y vit Guerrier , Poëte,
Talapoin.
Ie revenois ſouvent à laforme de
Beste ,
Carje vous conte tout d'un esprit ingenu.
A la fin j'estois revenu.
Sous uneformehumaine encore affeze
bonneste ,
Quandde pompeux Ambassadeurs
Vinrent de vostre Prince étaler les
grandeurs
Sur les bords que lejourenſe levant
colore ;
Des rayons defagloire on vint nous
éclairer,
Et montrer à ces Rois que l'orient
adore
Qu'il est ailleurs un Roy qu'ils doivent
adorer.
S
GALANT. 17
Plein du defir de voir la France &
Son Monarque ,
Avec nos Siamois tout ravy je m'em
barque ;
Mais,helas ! unfort inhumain
Me fit expirer en chemin .
En cettefuneste avanture
I'eus l'Ocean pourſepulture ,
Ou d'un affiz joly garçon,
Madame ,je devins un gros vilain
poiſſon.
En ce nouvel estat la mesme ardeur
m'inspire ;
Iefuivois en nageant les traces du
Navire ,
Iefis de terribles efforts ,
Et je touchois déja les Armoriques
bords ,
Prest à me gliſſer dans la Loire,
Quand d'un Pescheur le Filet rigoureux
Aouſt 1687. B
18 MERCURE
Me jette fur lefable , &ce moment
affreux
Devoit apparemment terminer mon
Histoire ;
Mais parmy des roſeaux prés de là
par hazard
Vne CanardeSanvage
Cowvoit ses oeufs ; moy promt &
Sage ,
I'entre en l'un deses oeufs ,&je
devinsCCaannaarrdd.
८
Me fentant un peu fortje coftayay
lefleuve ,
Et j'avançois toûjours pays ;
Mais voicy de monfort laplus cruelle
épreuve,
Parun plomb enflâmé tous mesvoeux
Sont trabis ;
Ie tombe en l'eau l'aile caßée;
Mais le traiſtre Chaffeur ne me put
attraper;
GALANT: 19
N'ayant point de Barbet , il me vit
échaper
Au danger dont ma vie alorsfut me
nacée.
S
F'ay vêcu triſtement autourde Mont-
Soreau ,
Toûjours mal affurésur la terre , on
dans l'ean ,
Et lors que je cedois à ma langueur
mortelle ,
Fay repris une vie,une vigueur nour
velle
Dans le corps d'un jeune Levraut.
Errant depuis un mois dans lesplaimes
voisines,
Jen'ay pas ignoré les qualitez divines
De Madame de Fontevraut.
Des échos, les oiseaux, l'eau parson
doux murmure ,
Bij
20 MERCURE
Toutparloit à l'envy d'un merite fi
haut.
Ie mesuis approché de la fainte clo-
Sture
Qui renferme tant de vertus,
Où luit modeftement la gloire la plus
pure
A qui de l'Univers les hommages
Soient dûs.
On me cherchoit pour vous ,je me
donne, on m'emmeine ;
Surpris à voſtre nom d'un aimable
transport ,
Destiné pour vos fers ,j'en ay beny
le fort ,
L'aySenty de vos loix la forcefouveraine.
Aussi vous m'allez voirsoumis , apprivoisé,
Signaler pour vous plaire un coeur
tout embrase ;
GALANT. 21
Etfi de mon estat chaque metamorphose
Voussemble un contesupposé ,
Etquedes Siamois l'esprit est abuſé, -
En croyant la Metempsicose ,
Par mon exemple au moins vous ne
pourreznier
Que tous les Animaux aujourd'huy
raisonnables ,
Font revenir pour vous à cet estat
premier
Où le monde naiſſant les vit doux&
traitables .
S
Dans un sejourdelicieux
Ils reveroient l'impreffion desCieux
Sur le front éclatant des nobles creatures,
(precieux
QueDieu venoit d'orner de ces dons
Et qui regnant en paix dans ces aiz
mables lieux
22 MERCURE
Sans leurs superbes forfaitures
Auroient toûjours gardé ce Sceptre
gloricux.
De vos premiers parens le pouvoir
fans mesure
Commandoit hautement à toute la
Nature,
Toutrespectoit leurpresence &leur
voix
Tout obeiffoit à leursloix.
Si par un orgueil facrilege
Ns ontperdu , Madame , un si grand
privilege ,
Vous en qui nous voyons la fainte
piété,
Atous les dons des Cieux mêler khumilité
,
Kous rentrezdans ce droit , vous le
faites revivre ,
Tout doit vous obeir , vous reverer
vousfaivre.
GALANT. 23
Pour moy , c'est aujourd'huy mon
plus preffant defir ,
Ie fais de ce devoir mon unique plaifor
Expirerſous vos loix est ce que je
demande ,
Quand je devrois ne renaiſtre
jamais ,
Cette mort est pour moy toute pleine
d'attraits;
Ainsi quelque fort qui m'attende,
Madame, vous pouvezdés ce mesme
moment
Me donner , me livrer au divertiſſement
De ces adorables personnes ,
Dont l'amitté vous cherche en ceDefert
charmant
Qui reçoit de leur veue un nouvel
ornement.
24 MERCURE
Lancezsur moy soudain & Bichons
&Bichonnes ,
LaRoyale , Lion , Petitfrère , &
Thisbé ;
Quand à vos pieds vous me verrez
tombé ,
Ie diray , bien loin de me
plaindre,
C'eſtoit le deſtin le plus doux
Où je puſſe jamais pretendre,
Demourir à vos yeux, & de mourir
pour vous
J
4
Eh! qui de cette mort ne feroitpas
jaloux ?
Fermer
Résumé : A MADAME L'ABBESSE DE FONTEVRAUT.
Le texte narre l'histoire d'un levraut offert à Madame l'Abesse de Fontevraud afin de divertir Mademoiselle de Blois. Cet animal a été formé par l'abbé Genest pour relater ses aventures, centrées sur la métempsycose, soit la transmigration des âmes selon les croyances siamoises. Le levraut affirme avoir vécu plusieurs existences, incluant celles de guerrier, de poète et de talapoin (moine bouddhiste) en Siam. Il décrit ensuite ses diverses transformations : d'abord en poisson, puis en canard, avant de redevenir levraut. Le levraut exprime son désir de servir et de plaire à Madame l'Abesse, affirmant que tous les animaux raisonnables reviendraient à un état primitif de douceur et de traitabilité pour elle. Il conclut en exprimant son souhait de mourir sous ses lois, considérant cela comme le plus grand honneur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
6
p. 208-225
Particularitez touchant le Cap de Bonne-Esperance. [titre d'après la table]
Début :
Comme les Relations des mesmes endroits faites par divers Voyageurs [...]
Mots clefs :
Cap de Bonne-Espérance, Officiers, Montagne, Siam, Jésuites, Missionnaires, Le Cap, France, Lettre, Voile, Voyage, Dieu, Beau, Hollandais, Femmes, Animaux, Chemin, Soldats, Singes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Particularitez touchant le Cap de Bonne-Esperance. [titre d'après la table]
Comme les Relations des
mefmes endroits faites par
divers Voyageurs ont toûjours
quelque chofe de diffe
rent & que fouvent dans un
mefme Païs , les uns font des
remarques que les autres ne
fonr pas , & voyent des choles
pour lefquelles ces derniers
n'ont point de curiofité
, j'ay cru vous devoir encore
faire part d'une Lettre
qui eft tombée entre mes
GALANT. 2c9
mains , & qui eft fur le mefme
fujet que la precedente :
Quoy que la matiere n'en foit
pas nouvelles tout ne laiffera
pas d'en paroiftre nouveau .
Il ne vous fera pas difficile de
connoiftre qu'elle eſt d'un
des Peres Jefuites qui font
allez à Siam en qualité de
Miffionnaires..
ALABAYE DELA TABLE
au Cap de Bonne- Efpe--
rance , ce 24. Juin 1684
Uit jours aprés nostre départ
de Breft, ayant dou-
Hpar
blé le Cap de Finifterre , nous :
S
Novemb. 1687 .
210 MERCURE
effuyafmes une tempefte de deux
jours , qui nous mit en fi grand
danger, que noftre grand mast
eftant éclaté par le pied , on eut
recours auxprieres, en attachant
une Image de noftre Apoftre S.
Xavier , par l'interceffion du
quel nous fufmes garantis. J'a
voue que je me crus bien des fois
preft à perir. Aprés cet accident
nous eûmes une navigation affez
heureufe , & fans les Flûtes de
nostre Efcadre , Baftimens fort
difficiles à la voile , nous ferions
arrivez prés d'un mois plûtost ,
ronobftant quinze jours ou trois
femaines de calme ,fous la Ligne.
GALANT. 211
fait encore Ainfi nous aurions fait ·
plus de diligence qu'au premier
Voyage. Le retardement de nos
Fluftes , qui ne font point agreables
pour ces Voyages de long
cours , à caufe que pourfe conformer
à leur voilure on eft obligé
d'aller lentement, nousfaifoit
croire nofire voyage perdu pour
cette année; mais, graces à Dieu,
nous commençons à mieux efperer
, voila la moitié de noftre
courfe faite & mesme affez
doucement. Je fuis dans un bon
Vaiffeau , avec de tres - hon--
neftes gens. Dans le beau temps,
fur toutfous la Ligne , nous nous
Sij
212 MERCURE
rendifmes vifite de Bord à Bord.
M. desFarges eft venufouvent
nous voir. Nous avons beu
"
enfemble a vofire Santé fur
les Bords diftinguez , auffi bien
qu'avec M. Bruant. C'est un
homme de coeur , & qui paffe
pour une des meilleures Testes
que nous ayons parmy les Officiers
des Troupes . Le fejour du
Cap eft charmant , & l'établif
fement des Hollandois y eft parfaitement
beau. Tout y abende,
la chaffe , le poiffon , le bled , le
vin , les fruits , les legumes , les
beftiaux , belles eaux , beaux
Jardins, Habitans en fort grand
GALANT. 213
nombre, un Fort regulier de cing
Bions , & une quantité prodigieufe
de gibier . Mrs nos Officiers
en ont rapporté beaucoup
en quatre ou cinq fois qu'ils ont
efté à la Chaffe .Le Commandeur
du Fort,nomméVadeftes , amy des
François , leur fourniffoit quinze
on vingt Chevaux avec des
Chiens , & il y a eu une grande
déconfiture de Gibier. M du
Bruant qui a avancé dans les
terres , eft enchanté de ce Payslà.
La terre y eft admirable , les
moutons gros & grands comme
des Afnes & des Beufs , qui ont
cela de particulier qu'eftant at214
MERCURE
telez à des Chariots , ils vont
duffi vifte que les meilleurs chevaux
de Carroffe. Les Sauva
ges Outentos font les plus infames
& les plus laids de toute la
Terre habitable. On n'en a pas
affez dit dans toutes les Peintures
qu'on a faites d'eux.Ils vont tout
nuds ne fe couvrant que ce
que la nature apprend à cas
cher , & dans le froid ils fe fer
vent d'une peau de Mouton ou
d'Ours qu'ils mettent fur leurs
épaules comme un Manteau. Ils
fe frottent degraiffe huileufe
puante avec ducharbon pilé, &
ffoonntt.hhiiddeeuuxx à voir& àfenti
GALANT 215
·
Les Femmes ont dans leurs che
veux quifont comme de la laine
de Mouton , noirs & huileux
de leur vilaine graiffe puante ,
des coquillages & des jettons de
cuivre rouge. Elles entortillent
le gras de leursjambes de boyause
de toutes fortes d'Animaux, &
quand ils fontfecs , elles enfont
unregale à leurs Maris les bonnes
Feftes. Leurs Cazes font
baffes , couvertes de nattes de
jonc. Ellesfont fept ou buit femmes
avec un bomme dans ces
Cazes. Ils travaillent quelquefois
pour les Hollandois afin d'avoirdequoyfefaculer
, mais dés
216 MERCURE
qu'ilsfontfaouls , ils ne veulent
rienfaire. A douze ans les femmes
ont des enfans, & dés qu'ils
font nez, ils courent & grimpent
comme de plus grands enfans
. Je montay avant hier fur
la montagne de la Table , d'où
je vis omnia regna mundi .
Cette expedition est une folie ,
car il faut grimper de rocher en
rocher par des herbes ,
des herbes , par un
chemin le plus rode du monde .
Il fandroit eftre chevreau pour
bien monter fur cette affreuse.
montagne. Le chemin eft de
quatre ou cinq heures. Tout est
Rocplat fur la Table du cofté du
2
Nord.
GALANT
217
هللا
e font
Nord. Il y a furle Roc une ef
pece de
Marais , car ce ne
que joncs , & de l'eau . Le påffage
de la Mer du cofté du Nord
de l'Ifle
Robin , est
beaucoup
plus
grand que
l'autre par où
nous
fommes
entrez
dans la
Baye de la Table . Je vis une
plus belle Baye
plus
grande ,
paralelle
à celle de la Table . S'il
euft fait un plus beau jour , j'en
aurois tracé une Carte exacte ;
mais je ne pusfaire qu'un crayon
leger & à la haste . Dans de
certains momens je le
décriray
plus au net.
Ily auroit bien des chofes à
Novembre 1687 .
T
218 MERCURE
vous dire de ce Pays , fi le temps
me lepermettoit,auffi- bien que de
noftre occupation fur les Vaif
feaux. Nous y avons commencé
noftre Miffion par des Predications
frequentes aux Soldats &
aux Matelots. Les Officiers y
donnent un grand exemple, les
prieres y font reglées comme
dans un Seminaire . Tous les
jours au matin on fait la Priere,
& l'on dit plufieurs Mcffes.
Nous avons eu le bonheur de la
dire tous les jours , hors trois fois
le
que temps eftoit trop rude.
L'apréfmidy nous eftions trois à
faire le Catechisme dans trois
GALANT. 219
>
poftes differens. Sur les cing
heures l'on fait la Priere comme
dans tous les Vaiffeaux du Roy.
à huit heures on chante les
Litanies de la Sainte Vierge ,
l'on fait faire l'examen de
confcience ; aprés quoy nous
nous partageons par bandes pour
faire dire le Chapelet tout haut
aux Soldats & aux Matelots,
les Officiers fe mettent fouvent
de la partie, celafinit toujours
par un petit mot qui regarde le
falut. Le reste du temps eft employé
à l'Etude. Le Soir & le
matin nous avons fait une leçon
de Fortification & de Geometrie
Tij
220 MERCURE
&
aux Officiers aux Cadets qui
viennent écrire comme des Ecoliers.
On vient me demander
mes Lettres , car l'on met à la
Voile . Fauray l'honneur de
vous écrire dans quatre mois fi
Dieu nous continue un vent favorable.
L'on nous menace de
Mers fort rudes jufques à Bantam
; mais de Batavia à Siam ,
de fort belles. Dieu nousy conduife.
C'est par le Vaiffeau la Maligne
que l'on a trouvé à propos
de renvoyer en France , que je
vous écris. F'oubliois une circonftance
à vous remarquer affez
GALANT. 221
effentielle. C'eft que la Flûte le
Dromadaire qui dans la tem
pefte du Cap de Finisterre s'eftoit
Separée de noftre Efcadre fans
que nous l'avons pu réjoindre ,
arriva le 9. Juin au Cap deux
jours avant noftre Flotte. Les
Hollandois alarmez de cette
arrivée , avoient mis en déliberation
de ne leur point permettre
de mettre à terre leurs Malades ;
maispar le refpect qu'ils eurent
pour les Vaiffeaux de Sa Majefté
, la chofe fut accommodée
au contentement des uns & des
autres. L'on avoit befoin de
trouver un tel azile aprés une
Tiij
222 MERCURE
routefilongue, car les Equipages
& les Soldats eftoient malades »
l'air de la terre & les bonnes
nourritures les ont remis en
fort pett
de temps. Nous avons
laiffé le Pere de Chats au Cap
tombé malade depuis noftre dé
barquement. Il etoit defefpere
quand nous mifmes à la voile.
Ce feroit une grande perte que
ce faint Miffionnaire.
Je dois ajoûter icy qu'on
lit dans une autre Lettre écrite
par une perfonne qui a
auffi monté au haut de la
Montagne dont il eſt parlé
dans celle- cy , que ceux qui
GALANT. 223
,
avoient entrepris de monter
au fommer d'un lieu fi élevé ,
étant environ aux trois quarts
de la
Montagne entendirent
un fort grand bruit ;
& virent tomber des pier
res , qui paroiffoient plûtoft
être jettées,que tomber naturellement
. Ils s'arrefterent , &
demeurerent quelque temps
incertains s'ils acheveroient
leur voyage ; mais enfin la
fermeté Françoife l'emporta
fur la crainte , & ils pourfuivirent
leur chemin. Ils trouverent
au haut de ce lieu, un
fi grand nombre de Singes ,
Tiiij
224 MERCURE
qu'on peut dire qu'il y en
avoit une armée . Les Fran-:
çois commencerent â déliberer
s'ils tireroient fur
ces animaux , & peut- eftre
auroient-ils fait une décharge
fi l'un d'eux ne fe fuft
fouveņu , que quand les Singes
voyent leur fang , ils fe
jettent fur ceux qui les ont
bleffez , & que les autres , s'il
s'en trouve quelque nombre
, s'y jettent pareillement.
Les Singes fe retirerent en
faifant grand , bruit , & def
cendirent par un autre endroit
de la Montagne . On
GALANT. 225
trouva auffi fur le haut de
cette mefmeMontagne beaucoup
d'offemens de divers
Animaux .
mefmes endroits faites par
divers Voyageurs ont toûjours
quelque chofe de diffe
rent & que fouvent dans un
mefme Païs , les uns font des
remarques que les autres ne
fonr pas , & voyent des choles
pour lefquelles ces derniers
n'ont point de curiofité
, j'ay cru vous devoir encore
faire part d'une Lettre
qui eft tombée entre mes
GALANT. 2c9
mains , & qui eft fur le mefme
fujet que la precedente :
Quoy que la matiere n'en foit
pas nouvelles tout ne laiffera
pas d'en paroiftre nouveau .
Il ne vous fera pas difficile de
connoiftre qu'elle eſt d'un
des Peres Jefuites qui font
allez à Siam en qualité de
Miffionnaires..
ALABAYE DELA TABLE
au Cap de Bonne- Efpe--
rance , ce 24. Juin 1684
Uit jours aprés nostre départ
de Breft, ayant dou-
Hpar
blé le Cap de Finifterre , nous :
S
Novemb. 1687 .
210 MERCURE
effuyafmes une tempefte de deux
jours , qui nous mit en fi grand
danger, que noftre grand mast
eftant éclaté par le pied , on eut
recours auxprieres, en attachant
une Image de noftre Apoftre S.
Xavier , par l'interceffion du
quel nous fufmes garantis. J'a
voue que je me crus bien des fois
preft à perir. Aprés cet accident
nous eûmes une navigation affez
heureufe , & fans les Flûtes de
nostre Efcadre , Baftimens fort
difficiles à la voile , nous ferions
arrivez prés d'un mois plûtost ,
ronobftant quinze jours ou trois
femaines de calme ,fous la Ligne.
GALANT. 211
fait encore Ainfi nous aurions fait ·
plus de diligence qu'au premier
Voyage. Le retardement de nos
Fluftes , qui ne font point agreables
pour ces Voyages de long
cours , à caufe que pourfe conformer
à leur voilure on eft obligé
d'aller lentement, nousfaifoit
croire nofire voyage perdu pour
cette année; mais, graces à Dieu,
nous commençons à mieux efperer
, voila la moitié de noftre
courfe faite & mesme affez
doucement. Je fuis dans un bon
Vaiffeau , avec de tres - hon--
neftes gens. Dans le beau temps,
fur toutfous la Ligne , nous nous
Sij
212 MERCURE
rendifmes vifite de Bord à Bord.
M. desFarges eft venufouvent
nous voir. Nous avons beu
"
enfemble a vofire Santé fur
les Bords diftinguez , auffi bien
qu'avec M. Bruant. C'est un
homme de coeur , & qui paffe
pour une des meilleures Testes
que nous ayons parmy les Officiers
des Troupes . Le fejour du
Cap eft charmant , & l'établif
fement des Hollandois y eft parfaitement
beau. Tout y abende,
la chaffe , le poiffon , le bled , le
vin , les fruits , les legumes , les
beftiaux , belles eaux , beaux
Jardins, Habitans en fort grand
GALANT. 213
nombre, un Fort regulier de cing
Bions , & une quantité prodigieufe
de gibier . Mrs nos Officiers
en ont rapporté beaucoup
en quatre ou cinq fois qu'ils ont
efté à la Chaffe .Le Commandeur
du Fort,nomméVadeftes , amy des
François , leur fourniffoit quinze
on vingt Chevaux avec des
Chiens , & il y a eu une grande
déconfiture de Gibier. M du
Bruant qui a avancé dans les
terres , eft enchanté de ce Payslà.
La terre y eft admirable , les
moutons gros & grands comme
des Afnes & des Beufs , qui ont
cela de particulier qu'eftant at214
MERCURE
telez à des Chariots , ils vont
duffi vifte que les meilleurs chevaux
de Carroffe. Les Sauva
ges Outentos font les plus infames
& les plus laids de toute la
Terre habitable. On n'en a pas
affez dit dans toutes les Peintures
qu'on a faites d'eux.Ils vont tout
nuds ne fe couvrant que ce
que la nature apprend à cas
cher , & dans le froid ils fe fer
vent d'une peau de Mouton ou
d'Ours qu'ils mettent fur leurs
épaules comme un Manteau. Ils
fe frottent degraiffe huileufe
puante avec ducharbon pilé, &
ffoonntt.hhiiddeeuuxx à voir& àfenti
GALANT 215
·
Les Femmes ont dans leurs che
veux quifont comme de la laine
de Mouton , noirs & huileux
de leur vilaine graiffe puante ,
des coquillages & des jettons de
cuivre rouge. Elles entortillent
le gras de leursjambes de boyause
de toutes fortes d'Animaux, &
quand ils fontfecs , elles enfont
unregale à leurs Maris les bonnes
Feftes. Leurs Cazes font
baffes , couvertes de nattes de
jonc. Ellesfont fept ou buit femmes
avec un bomme dans ces
Cazes. Ils travaillent quelquefois
pour les Hollandois afin d'avoirdequoyfefaculer
, mais dés
216 MERCURE
qu'ilsfontfaouls , ils ne veulent
rienfaire. A douze ans les femmes
ont des enfans, & dés qu'ils
font nez, ils courent & grimpent
comme de plus grands enfans
. Je montay avant hier fur
la montagne de la Table , d'où
je vis omnia regna mundi .
Cette expedition est une folie ,
car il faut grimper de rocher en
rocher par des herbes ,
des herbes , par un
chemin le plus rode du monde .
Il fandroit eftre chevreau pour
bien monter fur cette affreuse.
montagne. Le chemin eft de
quatre ou cinq heures. Tout est
Rocplat fur la Table du cofté du
2
Nord.
GALANT
217
هللا
e font
Nord. Il y a furle Roc une ef
pece de
Marais , car ce ne
que joncs , & de l'eau . Le påffage
de la Mer du cofté du Nord
de l'Ifle
Robin , est
beaucoup
plus
grand que
l'autre par où
nous
fommes
entrez
dans la
Baye de la Table . Je vis une
plus belle Baye
plus
grande ,
paralelle
à celle de la Table . S'il
euft fait un plus beau jour , j'en
aurois tracé une Carte exacte ;
mais je ne pusfaire qu'un crayon
leger & à la haste . Dans de
certains momens je le
décriray
plus au net.
Ily auroit bien des chofes à
Novembre 1687 .
T
218 MERCURE
vous dire de ce Pays , fi le temps
me lepermettoit,auffi- bien que de
noftre occupation fur les Vaif
feaux. Nous y avons commencé
noftre Miffion par des Predications
frequentes aux Soldats &
aux Matelots. Les Officiers y
donnent un grand exemple, les
prieres y font reglées comme
dans un Seminaire . Tous les
jours au matin on fait la Priere,
& l'on dit plufieurs Mcffes.
Nous avons eu le bonheur de la
dire tous les jours , hors trois fois
le
que temps eftoit trop rude.
L'apréfmidy nous eftions trois à
faire le Catechisme dans trois
GALANT. 219
>
poftes differens. Sur les cing
heures l'on fait la Priere comme
dans tous les Vaiffeaux du Roy.
à huit heures on chante les
Litanies de la Sainte Vierge ,
l'on fait faire l'examen de
confcience ; aprés quoy nous
nous partageons par bandes pour
faire dire le Chapelet tout haut
aux Soldats & aux Matelots,
les Officiers fe mettent fouvent
de la partie, celafinit toujours
par un petit mot qui regarde le
falut. Le reste du temps eft employé
à l'Etude. Le Soir & le
matin nous avons fait une leçon
de Fortification & de Geometrie
Tij
220 MERCURE
&
aux Officiers aux Cadets qui
viennent écrire comme des Ecoliers.
On vient me demander
mes Lettres , car l'on met à la
Voile . Fauray l'honneur de
vous écrire dans quatre mois fi
Dieu nous continue un vent favorable.
L'on nous menace de
Mers fort rudes jufques à Bantam
; mais de Batavia à Siam ,
de fort belles. Dieu nousy conduife.
C'est par le Vaiffeau la Maligne
que l'on a trouvé à propos
de renvoyer en France , que je
vous écris. F'oubliois une circonftance
à vous remarquer affez
GALANT. 221
effentielle. C'eft que la Flûte le
Dromadaire qui dans la tem
pefte du Cap de Finisterre s'eftoit
Separée de noftre Efcadre fans
que nous l'avons pu réjoindre ,
arriva le 9. Juin au Cap deux
jours avant noftre Flotte. Les
Hollandois alarmez de cette
arrivée , avoient mis en déliberation
de ne leur point permettre
de mettre à terre leurs Malades ;
maispar le refpect qu'ils eurent
pour les Vaiffeaux de Sa Majefté
, la chofe fut accommodée
au contentement des uns & des
autres. L'on avoit befoin de
trouver un tel azile aprés une
Tiij
222 MERCURE
routefilongue, car les Equipages
& les Soldats eftoient malades »
l'air de la terre & les bonnes
nourritures les ont remis en
fort pett
de temps. Nous avons
laiffé le Pere de Chats au Cap
tombé malade depuis noftre dé
barquement. Il etoit defefpere
quand nous mifmes à la voile.
Ce feroit une grande perte que
ce faint Miffionnaire.
Je dois ajoûter icy qu'on
lit dans une autre Lettre écrite
par une perfonne qui a
auffi monté au haut de la
Montagne dont il eſt parlé
dans celle- cy , que ceux qui
GALANT. 223
,
avoient entrepris de monter
au fommer d'un lieu fi élevé ,
étant environ aux trois quarts
de la
Montagne entendirent
un fort grand bruit ;
& virent tomber des pier
res , qui paroiffoient plûtoft
être jettées,que tomber naturellement
. Ils s'arrefterent , &
demeurerent quelque temps
incertains s'ils acheveroient
leur voyage ; mais enfin la
fermeté Françoife l'emporta
fur la crainte , & ils pourfuivirent
leur chemin. Ils trouverent
au haut de ce lieu, un
fi grand nombre de Singes ,
Tiiij
224 MERCURE
qu'on peut dire qu'il y en
avoit une armée . Les Fran-:
çois commencerent â déliberer
s'ils tireroient fur
ces animaux , & peut- eftre
auroient-ils fait une décharge
fi l'un d'eux ne fe fuft
fouveņu , que quand les Singes
voyent leur fang , ils fe
jettent fur ceux qui les ont
bleffez , & que les autres , s'il
s'en trouve quelque nombre
, s'y jettent pareillement.
Les Singes fe retirerent en
faifant grand , bruit , & def
cendirent par un autre endroit
de la Montagne . On
GALANT. 225
trouva auffi fur le haut de
cette mefmeMontagne beaucoup
d'offemens de divers
Animaux .
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Résumé : Particularitez touchant le Cap de Bonne-Esperance. [titre d'après la table]
En juin 1684, un missionnaire jésuite décrit son voyage vers le Siam. Après avoir quitté Brest, le navire a rencontré une violente tempête près du cap Finistère, mais les passagers ont été sauvés grâce à des prières et à une image de saint Xavier. La suite de la navigation s'est déroulée sans incidents majeurs, bien que des retards aient été causés par les flûtes de l'escadre. Le voyageur trouve le Cap de Bonne-Espérance agréable et bien organisé par les Hollandais. Il y pratique la chasse au gibier et rencontre le commandant du fort, Vadeftes. Les Hottentots, les autochtones, y vivent nus et de manière primitive. Le missionnaire escalade la montagne de la Table, notant les difficultés et les paysages observés. À bord, les activités missionnaires incluent des prédications et des prières régulières. La routine quotidienne comprend des prières, des études, ainsi que des leçons de fortification et de géométrie. Le vaisseau se prépare à reprendre la mer, et l'auteur espère écrire à nouveau dans quatre mois si les conditions restent favorables. Le trajet vers Bantam est annoncé comme difficile, tandis que celui de Batavia à Siam est prévu comme agréable. Le vaisseau 'La Maligne' est chargé de renvoyer des lettres en France. L'équipage et les soldats, malades après une longue route, se remettent grâce à l'air de la terre et à une meilleure nourriture. Le père De Chats, tombé malade au Cap, y est laissé. Une lettre mentionne une ascension d'une montagne où des Français ont entendu des bruits et vu des pierres tomber, probablement jetées par des singes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 104-164
LA BAGUETTE JUSTIFIÉE, ET Ses effets démontrez naturels.
Début :
Mr Comiers est universel. Vous avez vû au commencement / Je suis persuadé, Monsieur, qu'on n'a pas besoin de [...]
Mots clefs :
Eau, Baguette, Corps, Métaux, Sources, Corpuscule, Mines, Assassins, Effets, Trouver, Parties, Pores, Animaux, Terre
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texteReconnaissance textuelle : LA BAGUETTE JUSTIFIÉE, ET Ses effets démontrez naturels.
Mr Comiers est univr":!
tel Vous avez vû au commencement de cette Lettre
un sçavant Traité de sa façon sur un Calendrier fixe Se
perpetuel. Envoicy unautre
pour réponse à ce que le Pere
le Brun, Jesuite
,
& le Pere de
Mallebranche
»
de l'Oratoire,
ont écrit sur la Baguette.
Qaoy qu'il foit Aveugle, il
voit tout. & rien n'échape
à la penetration de son esprit.
LA BAGUETTE
JUSTIFIEE,
ET
Ses e
ffets démontrez naturels.
iAMeJJire Jules-Louis 1Jolt i
Marquis de Chamlay,Conftil1er du Royen ses Confeiht
Maréchal General des Camps
$0 Armées de Sa Afajefié.
E fuis persuadé, Monsieur,
qu'on n'a pas besoin de
Devins,ny deleur Baguette,
pour apprendre les obligations que je vous ay
,
& que
je publie partout; mais je
croy que la Baguette quifait!
tant de bruic, auroic grand
besoin de vostre approbation..
Si ce bon heur luy arrive, per-.
sonne n'en ofcra condamner1
l'usage
,
car toute l'Europeest
convaincue que parvostre pe.,
netration d'esprit, vous découvrez si parfaitementle vrai
& le faux, que vous n'estes
jamais trompé par les fpecieufesapparences de l'un ny
de l'autre.
Les Sçavans disoient hardi-
nent que la Divination par
a Baguette avoir des causes
Physiques
,
pour produire
ans aucun mélange de Pacte
explicile ou implicite, tant de
faits furprenans
; mais lePere
le Brun ayant écrit de Grenoble,, & demandé au Peie de
Malebranche son sentiment
sur les plus grandes difficultez des effets qu'elle produit,
il n'en a receu d'autre réponse, sinon qu'ils estoient diaboliques; & comme j'apprehende que l'on ne traite de
mesme l'Homme art'fiâtl Anemofèope, Propbete Physique du
changement du temps, que j'ajj
donne dans le Mercure du
mois de Mars de l'année
1683. & dans la26. page de
jéêlx Eruditorum
,
imprime
à Leiphe en l'année 11684
y veux répondre physïques
ment aux demandes du Pere:
Is Brun,afin de détromper
ceux qui se laissantentraîner
par le poids du sentiment de
ce Philosophe, d'un sçavoir
& d'un merite distingué
,
feroient de sinistres jugetnens
contre un grand nombre de
gens
*
de Robe&d'Epéc, tous d'une probité connue, qui
nt le même talent que Jac.
ues Aymar Vernay, de Saint
rcran, prés de S. Marcellin
n Dauphinc. Mr l'Evesque
c Morienne, & MrGalc.c,
elebre A stronome,& grand
pcnitcncier do Carpentras,
ont le mesme talent que Jac-j
ques
Aixiiar»aussî bien que Eccleflaflique deLyon, que
d" Panthot, Doyen des Melecins
,
dans sa Lettre écrite
à Mr Daquin, premier Mede-
:in du Roy» assure trouver
l'endroit où font les corps
des Noyez.
Dans les choses obscures
& embarassées de difficultés j
je suspens mon
jugement»!
pour donner lieu à l'Accusé
de défendre sacause, ou pour
attendre que quelqu'un parle
pour luy. Cette maxime cft
de Droit naturel; c'est pourquoy Seneque le Tragique
disoit
,
Parte alterâ inauditâ
justum licetftatuaty haud œquum
judicat. Pourquoy donc accuser d'abord de diablerie ce
pauvre Aimar &sa Baguette?
C'est agitcontre les maximes
du Droit, car pour prononcer sur de telles matières de
Pacte avec les Demons, Ar-
menta àttbent tjJe sole meriAYIO clariora
,
outre que Odia
ent restringenda, favores amiandi. Ce fut surce,principe à desDamcs, plus sçavantes
fcrupulcs, que dans la conoiffancc de la bclltPhyfiquc,
:
fus obligé, pour satisfaire
leurs demandes, de leur
endre les effets de la Baguette
ors de foupçonde diablerie;
&cela fut cause que je m'exdiquay comme il s'enfuie.
Dieu donc les secrets font
mpenctrables,a permis auxAnés des deux personnes assas-
, nés dans leur cave à Lyon,
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afinqu'ils ne mâchent
point leur suaire ou drap dans
lequel ils fontenfcvelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie
,
disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont esté trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouver les Sources,cela
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principcs font dans mes Letres
,
inférées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay
rien a ajouter
:onccrnant les véritables & les
aux Prophètes, les Devins,
k les Pytons
,
m'en estanc
iflfezexpliqué dans mon Traité des propheries. inseré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Décembre de
l'année1689.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par laBaguette.Je
dis que la Baguette n'cft point.
Justice les Impies &les Scélérats de profession;ainsi l'homme d'iniquité a eu ses Protecteurs.
J'espere guérir par démonstrations Phyfiqucs ces Scrupuleux
,
dans la fuite de ma
Medecine Universelle
,
dont
on aveu les commencemens dans les Mercures des
mois de Juin,Juillet,Aoust,
& Novembre 1687. où je démontreray
fcnfiblement tout
ce que Levinius Lcmnius ra pporte De occultisNaturtoe miraculist tout ce que le gran d
Medecin Fernel a
dit, De abdi-
ris rerum causis,tout ce que
Fromondus avance dans son
Livre De fascinatione
»
routes
les vertus Médicinales & proprietezcurieuses qu'Anselme
Boëce de Boot, Medecin de
l'Empereur Rodolphe 11. attribuë aux pierres precieuses,
& enfin tout ce que l'on peut
croire,De transplantationemorborum, dont le Sçavanc Tenczelius & le docte & curieux
Mr Bartholin ont écrit.
J'examineray en dernier
lieuce qui obligeà present les
Polonoisàcouper lacetteaux
corps moresde leurs parens
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afin qu'ils ne mâchent
point leursuaire ou drap dans
lequel ils font ensevelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie ,disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont cité trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouverles Sources,cel a
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principes font dans mes Letres
,
insérées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay rien aajouter
oncernant lesvéritables & les
aux Prophetcs) les Devins,
& les Pytons
,
m'en estant
assezexpliqué dans mon Trai-.
té des Prophéties, inséré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Decembre: de
l'année1685?.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par la Baguette.Je
dis que laBaguette n'est point
absolument necessaire
,
rnaiJ
qu'elle sert, comme la longueur d'une aiguille d'Horloge ,
à rend re plus sensible le
mouvement de l'impression,
qui est d'autant plus grande,
qu'on serre plus fortement
les deux cornes de la Baguette» demême qu'en pressant
fortement avec le pouce & le
doigt Index, le filet qui suspend une bague au milieu
d'unverreà boire,lacilculation du fang s'y fait ressentir
davarage, il ébranle peu à peu
le filet,&enfin la bague par
ses vibrations, va heurter les
ord s
interieurs du verre,&
ors qu'on a
compte l'heure
lue l'on croit qu'il soit, l'imagination fufpcnd ce prompt
nouvement du sang, & on
:c fle de presser le filet
;
c'est
pourquoy les vibrations finissent, & la bague ne frappe
plus contre le verre.
Je disencore,que laBaguette peut servir à la conduite
des corpuscules,jusque dans
la main, de même qu'un balay trempé dans l'eau, mis
en la cheminée le manche
en bas, sert à attirer la fumée
en haut, ce qui a
donne lieu
aux ignorans de dire que les
Sorciers ayant unBalay entre jambes, montoient par la
cheminée pour aller au Sabat. De plus, je dis que
l'homme armé des deux cornes de la Baguette, doitestre
confideré comme un Ayman
armé
,
dont la force est tresnotablementaugmentée Enfin je remarque avec le P. de
Chales Jesuite, danssonMunJus Mathematicus, que les Baguettes prises sur les differens
arbres qui croissent sur différentcs eipeces de Mines, sont
plus propres pour trouver la
même
même espece de mécal, & de
les Mines, parce que les pores
de ces bois font plus conformes à recevoir les corpuscules
de même métal
,
autour duquel il se fait un tout billon
semblableàceluy de la pierre
d'Ayman. Ce Pere
,
qui est
d'un sçavoir
)
d'une probité,
& d'une vertu consommée,
ne traite pas de diablerie lufage des Baguettes, pour trouver les Mines & les Sources
d'eau, ce qui fait que je ne
crains pas de dire, que l'effet
de la Baguette n'est pas plus
criminel que celuy de la Baguette de Moïse, qui trouva
de l'eau dans le Rocher.
Enfin il est constant, que
dans tous les siecles on a
parlé
de la Baguette de Coudre.
Virgile dans leII. Livre des
Georgiques dit Pinguaque cum
rutrubus torremus exta colurnis,
Agricola dans son Livre de
Re Metallica, n'a pas oublié
de parler de l'usage de la Baguette de Coudre,& de renvoyer les Sçavans curieux au
Livre que le DocteAnglois
Flud a
intitulé Philosophia
Mosaica
;
ils seront satisfaits
u
sujet de cette Dcvination
par la Baguette de Coudre.
Tess: un bois dont la contexure des fibresadurapport à
me corde. C'est pourquoy si
Ivec cette Baguette on emwoehe quelque petit oiseau
3
:crte broche tournera d'ellenemc) a
présquelleaura esté
res bien échaufée
,
car l'humidité du corps de l'oiseau
s'insinuant le long des fibres
de la broche, les détordra. &
elle tournera d'elle-même.
Cela me fait souvenir que
les Juifs pour rostir l'Agneau
Paschal,attcachoient les deux
pieds de derrière au
montand
de la Croix, & les deux pieds
de devant etoient étendus sur
la traverse
,
& tournoient verticalement la Croix.
C'estun fait incontestable,
que l'usage de laBaguette pour
trouver les Sources d'eau, les
Mines & les Tresors
,
ou les
Métaux cachez
,
étoit connu
dans toutes les Provinces de
l'Europe; & il elt vray que
Jacques Aimar est le premier
qui par hazard a
remarque
que ceux qui ont le talent de
trouver les Sources d't'au,J'ont
gufïi poursuivre lesVoleurs &
Assassins, enmarchant par
erre sur leursvestigessuivant
urroutesur laRiviere & sur
a Mer. Il l'a fait voir par excricoce,ayant suivy par orre de la Justice au mois de
uille dernier
,
depuis Lyon
ufqucs à Beaucaire les trois
'({affins:l tous trois natifs de
roulon. Il trouva dans ici
Pnfbns de Beaucaire le plus
cunc,nommé Joseph Arnoul,
)o[u. On le ramena à Lyon,
Du il fut roüé le 30.Aoust
dernier
,
à l'âge de dix-neuf
ans. Aimar donna la chasle
aux deuxautres Affaffins,I"Urî
nommé Thomas
,
Marinie
de Galere, & l'autre appelle
André Pese
,
Prevoit de Sale,
mariéàToulon. Ils étoient
sortis du Port quelques heures avant l'arrivée de Jacques
Aimar, qui les poursuivit jusqu'à l'entrée des Terres de
Gennes, ayant reconnu l'endroit où ils avoient débarqué,
& les Oliviers fous lerquel,
ilsavoient couché.
Voicy comment Jacques
Aimar s'apperçut pour la premiere fois qu'il pouvoit trouver les corps assassinez & cachez sous terre
,
& poursui-
vre&reconnoître les Assassins.
Jacques Aimar naquit a
SaintVeran,présdeS. Marcellin en Dauphiné) le 8. Septembre 1662. entre minuit
ëc une heure. Ceux qui meritent un logement dans les petites Maisons, je veux dire
les A strologues, font charitablement avertis, que le Frere
du même Aimar ,né deux
ans aprèsdans le même lieu,
& au même mois de Septembre
,
n'a point le même talent. Qu'ils n'attribuent donc
pas à l'influence des Astres ce
dont ils ignorent la véritable
cau se. Il n' y a que le Soleil
& la Lune qu'on doit considererdansla Medecine,dans
l'Agriculture te dans la Navigation.
Nostre Jacques Aimar dans
sa il année cherchant de l'eau
dans une cave avec sa Baguette, se sentir intérieurement
agité avec plus de violence
qu'à l'ordinaire, & dit qu'il
y
avoirune abondante Source
d'eau en ce lieulà. Oncreusa
& l'on fut étrangement sur
pris de trouver dans un Tonneau le corps d'une Femme.
susédans de lachaux,onytrouva aussi la corde avec laquelle
elleavoitéré étranglée,&cette
Femmeavoitdisparuil y avoir
quatre mois. La Baguette fit
des mouvemens extraordinaires contre son Mary qui se
voyant découvert prit la suite. Ce fut donc par hazard
,
queJ.Aimar reconnut que son
talentde trouver des Sources
d'eau, s'etendoità trouver les
corps assassinez
,
à poursuivre
les Assassins&les Voleurs,&
à les reconnostre, après avoir
receu la premiere impression,
&s'estre,pourainsi dire,ay-
manté au lieu où l'assassinat
& levolontété commis; car
étant ainlicornIne imprégné
des corpuseules & fcls volatilsou fixesémanez du corps
des Voleurs ou Assassins. Il
ressent lamêmeagitation,lors
qu'il marche sur leurs vestiges,& cette agitation interieure est si violentc, lorsqu'il
mer son pied sur ccluy du
Criminel, qu'il tombe en désaillance.
Je répons maintenant article par article aux demandes
& aux difficultez du R. P. le
Brun, proposées au R. P. de
Malebranche. La Baguette
étant fourchuë,on met de l'or
ou de l'argent dans les mains.
Pour lors si le métal caché est
de même cfpece que celui qu'-
on a
dans les mains, la Baguet.
te tourne avec plus deforce,ÔC
l'on juge de la quantité &de
l'espece du métal cachéce qui
a toujours réussi à l'Astronome Mr Galet, grand Penitencicr à Carpentras
;
la raison en
est évidente. Ilsefait autour
de chaque métal
,
de même
qu'autour de toutes les pierres
d'Ayman,un tourbillon de
certains corpuscules
,
fingu-
liers à chaque métal. C'est
pourquoy si le métal qui cft
dans la main, cft de la nature
dumétal caché,ils s'unifient
& font une impression plus
grande. L'exemple est évident
en l'Ayman armé, dont la
presence agite davantage l'aiguilledelaBoussole,attire de
plus loin, & retient plusfortement le ser;& lors que le
métal caché est d'autre eCptce, que celuy qu'on a
dans les
mains, laBaguette ne fait aucun mouvement, parce que lestourbillons de differens
métaux, font de différente
configuration, & par confcquent leurs effets font differens ; ce qui paroist visiblement par l'eau forte, laquelle
disseut l'argent & les autres
métaux moins noblesquel'or,
auquelelle ne touche pas.
Quesiàlamêmeeau forteon
ajoutel'esprit de sel commun,
on fait l'eau Régale, dont les
parties acides du Nitre, devenuës plus grossieres, font dans
les larges pores de l'or, l'esset des coings, en separant les
parties compactes de ce Roy
des métaux, ce que l'eau forte
n'avoit pu faire, parce que les
parties acides duNitre étant
plus minces passoient librement par les porcs de l'or, &
ne pouvoient passer par les
pores plusétroits de l'argent,
sans en ébranlerles parties
compactes & dissoudre sa
masse ;
ffl par une raison contraire, comme les parties acides de l'eau Regale font plus
grossieres elles ne peuvent
entrer dans les petits pores de
l'argent,& ne peuvent par
consequent ledissoudre.
1
Leslarges pores de l'or font
que le Mercure monte tout à
coup le long d'une verge d'or
l,
se même que l'encre monte
lans le tuyau de la plume par
a
fente, quand elle n'est pas
rop seche
,
ce qui cft encore
une autre raison de cc que le
Mercure nes'insinuë quetresdifficilement dans le fer, dans
l'argent) & dans le cuivre, qui
ont les porcs plus secs & plus
étroirs que les pores de l'or.
J'ajoûte icy une curiosité
qui me sertà faire connoistre
que les corpuscules émanez
des Mines, des Métaux fondus,des corpsassassinez,& de
l'eau,modifiezestantentrez
par les porcs de nostre corps
y produisent des agitations
intérieures, enaltérant, fermentant, ou coagulant le
fang
,
les humeurs, & les esprits vitaux & animaux. On
fait des mouches, ou autres
petits animaux que l'air foutient&agite. En voicy la manière. Ces mouches font premièrement fonduësen argent,
puis couvertes d'une dorure
un peu épaisse; après quoy
ayantfaitquelques petitstrous
dans les parties les plus cachéesde lamoucheonla jette
dans de l'eau forte qui dissout
tout l'argenténelaisse que
épaisseur de l'or, qui cft,
pour ainsi dire, l'epiderme de
la mouche,estant comme la
dépoüille du Serpent,ou dela
Cigale.
Quant à la demande pourquoy tous les hommes n'ont
pas les mêmes talens que Jacques Aimar, & pourquoy lors
qu'il est sur l'eau découverte,
ilnesent pas les mêmes émotions ,qu'il ressent quand il
setrouve au dessus des fources d'eau cachées en terres
& comment on peut juger de
l'abondance de la Source, de
(à profondeur ,& des diffe-
rentes terres qu'on trouvera
en creusant,je répons que tous
n'ont pas les porcs configurez
pour donner entrée a. ces atomes,& que les pores de leurs esprits animaux font configurez
de telle maniere,qu'ils n'en
peuvent estre ébranlez ny alterez. Pour la preuve de cela
j'employe l'exemple de l'Eauforte, qui dissout l'argent &
les Métaux moins nobles,sans
toucherà l'or, dont les pores
font disserens de ceux des au.
tres Métaux; & au contraire
les atomes de l'Eau Regale
cftantproportionnez aux po-
res de l'or
,
en font la dissolution, & ne pouvant s'insinuer dansles porestrop étroits
desautresMetaux,ilsn'en peuvent ébranler les parties,n'y en
dissoudre tamanc. Jepourrois
ajoûter qu'il y a
plusieurs personnes qui tombent en défaillance à certaines odeurs de
fleurs,comme de laTubereuse,
&autres, bien qu'elles soient
cachées) & que les mêmes
odeurs plaisent ou soientindifférentes à d'autres. Enfin
qu'il y a
des yeux tendres, far
lelquels les yeux d'autruy
J
principalement des vieilles
Femmes mal saines, font de
malignes impressions
»
sur
quoy les Parcns disent que,
leurs Enfansont esté ensorcelez; ce que Virgile n'a pas
ignoré, puis qu'ila die
Nescio quis teneros oculus mihifascinatagnos.
Au sécond Arricle
,
Pourquoy l'eau qui est à découvert ne fait pointressentir les
mêmesémotions que les Sources cachées,je dis que sur l'eau
à découvert on ne fent rien
pour trop sentir, que les Sources fous terre ont toujours
quelque degré de chaleur
ue ces vapeurs traversant la
erre changent la configuraton. ainsi que l'eau, le vin
le vinaigre distilez, la Rose du mois de May, & le Seein du foir. Ces vapeurs stim";
regnent & fc chargent de rets
)U atomes de différente nature des terres qu'ils traversent en montant. Cette diffeente modification que l'eau
reçoit par la différente filtra
rio de la diversité des pores de
la racine des arbres& des plantes
,
produit la différence des
herbes,desfleurs, & desfruits.
Demême la différente modi-
fication des vapeurs & des ex.
halaisons des Sources & de:
Mines, fait sentir différente
émotions aux Devins à la Ba
guerre, sur lesquelles émotions, de même que les Me
dccins sur les differens Batte
mens du pouls, après de Ion
gues experiences, formen
des regles pour juger del
quantité & profondeur de
Mines, des Métaux cachez,
des Sources & dela d ifferent
nature, ou espece de terr
qu'on trouvera en crcufanr.
Les Devins à laBaguette n
peuvent sentir d'émotion si
eau découverte, parce que
es parties cylindriquesn'étant
modifiées ny imprégnées
l'aucun sel terrestre
,
ne peuvent alterer ny faire fermenter
esang les humeurs, ny les
esprits animaux, & cependant
ils découvrent la vaiif,Ile,1'or
& l'argentmonnoyé, en quelque part qu'ils soient cachez
en terre
,
ou en autre endroit,
parce que les Métaux estant
forgez, frapez
,
& battus, acquierent
,
de même que le
fer trempé
,
destourbillons
fcmblablcs àceux de la pierre
d'Aiman;& d'autant que les
corpuscules qui émanent des
Métaux'tau forgez, for font durs, gez
,
font durs
3, inflexibles, & infiniment plus
subtils que ceux de l'eau, ils
produisent sans autre secours
les altérations & émotions en la personne des Devins à laj
Baguette.
A la demande, Comment
ces corpuscules, ou tels fixes
ou volatifs, émanez du corps
des Assassins
)
peuvent fubfiner sur la terre, sur l'eau, Se
sur la mer, malgré les vents
& les orages, jerépons qu'ils
subsistentdemême
que les
tourbillons de lamatiere magnetique
gnetique autour de l'Aiman,
& que ceux qui font émanez du Lièvre & du Cerfsubsistent sur les Rivieres & furles Etangs, dont les chiens
ressentent l'iiiipreffion
,
ces
corpusculescausant des effervescences semblables à celles
qui proviennent du mélange
de l'esprit de Vitriol avec
l'huile de Tartre, ou de tout
autre [cl Acide avec un tel
vuide
J
ou Alkali. Il y a
plus de cinquante six ans que
j'avoisun Bar bet qui alloit
chercher, & trouvoir dans le
fond de la Durance entre un
millon de cailloux, ccluy que
j'y avoisjetté,aprèsque je l'avois tenu quelque temps dans
la main. Cela me fait souvenir d'avoir lû dans Wandel.
mont quelque chosedeplus
surprenant. Il dit qu'ayant
mis dans sa main certaine
herbe, & tenu ensuite quelque temps la patte d'un petit
chien,ill'aimanta si fort»
pourainsi dire, que la Maisresseduchien ne pùt l'emp
êcher de le suivre, quoy que luy-même le maltrairast.
La durée de ces corpuscules & leurs effets se prouvent
par l'exemple des corpuscules
de la Lepre qui demeuroient
attachez aux murailles, ce que
Moyfc assure dans le Levitique. A presentlesMarsillois,
où la Phtisie est fort commune, raclent religieusement les
murailles des chambres habitées par des gens infc£hz de
cette malad ie.
Jay connu des personnes
qui ont esté attaquées de la
Goute pour s'estre servies
du fauteuil d'un Gouteux
,
lesquellesen furent de livrées
après avoir brûlélacbaife.
Ainli Hyppocrate confama
par de grands seux les atomes
de la Peste. L'expeicnce a
fait voir que sur les sieges
de ceux qui souffrent des Hemorroïdes,oula Dissenterie,
il y
demeure des corpufcu les
qui communiquent le même
mal aux autres ; & pour faire
conoistre la force que ces corpuscules émanez de l'eau, des
Métaux cachez
,
& des corps
des Assassins, ont de faire
ressentirde violences impressions & alterations aux corps
des Devins à la Baguette, il
suffit d avoirremarqué que
iors qu'une Femme en certain
estat entre dans une cave, tout
le vin se gâte,&lePouccacse
corromm corrompt d'une d UMe érrarre C{r<1J'rr.ïortc nn
dans le saloir. Enfin> pour
démontrer que les co* pulcules dontils'agir, subsistent
malgré les vents & les nrags,
il ne faut que faire Kfbxion,
que de chaque point des objets, même les plus éloignez,
parc une pyramide de rayons,
dont la bazeestant entrée par
la prunelle de l'oeil sur le cristassin» forme par la pointe de
la mêmepyramide renversée,
ou Pinceau optique,lemême
point de l'objet sur la Retine.
sans que les vents puissent dé
tourner ces rayons qui viennent en ligne droite. On voit
avecplaisirtoutlemisteredes
especes ou peintures des objets sur undrap,ou papier
blanc dans une chambre ob.
scure;& ce que tous les Philosophes ont de la peine à expliquer c'est que dans le même
trou toutes les imagesdesdifferens objets setrouvent confonduës,& après s'estre entrecroisées se debarassent à cerraine distancesuivant la longueur du foyer solaire du verre
convexe
,
qu'on a mis sur le
trou fait au volet de la chambre obscure,pour se peindre
su le drap ou papier blanc,
avec leurs vives couleur,mais
en ~ation renversée. Pour
expliquer ce qu'il y a
de plus
difficile dans l'Auguste Sacrement du Corps de J, C. j'ay
emploié cette experience dans
ma nouvelle Instrution pour
réunir les Eglises P. R. à [tEglifè
Romaine. Ce Livre est imprimé en1678. par le S' Pepie,au
grand S. Basile, ruë Saint Jacques.
Je ne puis croire ce que le
Pere le Brun avance, que le
consentement de deux Vai;
fins à ne plus se servir des bornes plantées, oste la première
convencion) à moins que de
reconnoistre avec les Payens,
les Deux Thermes, & le pou.
voir de lesarracheràdes bornes, & de les congédier quand
on ne voudroit plus s'en servir.
Si le me~me Pere parle juste, lors qu'il dit que c'est un
fait constant, que les Devins
à la Baguette trouvent les chc«
mins perdus,ilestaussi vray
de dire que
LesPeuplesaffranchis de l'Em
pireIberois>
Quifournis a NajjaH ont cepe
d'eflrc RD!.Í.
( J'entens les Hollandois par
ces Peuple,) autoient grand
besoin de lacques Aimar-p( ur
trouver la hauteur de la route, par laquelle estant vivement poursuivispar lesVaisseaux Anglois, ils abrogerent
leurs voyages en venant du
Japon par les Mers Scpteiv»
trionalcs.
Voicy quelque chose de
plus considerable & de plus
positif. ray leuautrefoisdans
le secondLivre des Macha-
ont faussé la foy promiseau
Sacrement de Mariage, les
deux Sexes vivrent dans une
réciproque fidélité
,
& on
n'aura plus besoin du sacrifice de jalousie
,
ny des eaux
ameres que la F\mmc soupconnée écoit obligée de boire
en presence du Prestre & de
son Mary
,
suivant l'ordonnance de Moyfc
,
écrite au
long dans le 5. Chapitre du
Livre des Nombres. Le Grand
Ausone danssonIdile15. digne de la Muse Françoise de
Madame des Houlieres, ne
diroit plus.-
£)uoduit&fèfl&boritcr->si..-.-.
'; PœIJæ.qu graves in cœlibe
vitâ
1 conifigis, at gravior cuflodia
vinamaritis.
La crainte du mouvement
le la Baguette suffiroit au May pour retenir sa Femme dans
.c devoir conjugal
,
& par ce
noyen il vivroit tranquillement dans son ménag) pourvu que luy-même fuit dans sa
conduitetel qu'il veut paroitre dans l'esprit de sa Femme.
Je dis que letalent des Devins à la Baguettepeut éstre
^lteré ,& même se perdre pat
le changement d'air, de nourriture, &par les agiémens du
mariage
,
parce que leurtempérament venant à changer,
les espritsvitaux &animaux
changent de configuration.
Je dis outre cela, que les Devins à la Baguette peuvent
estre en défaut, lors que des
personnes d'autorité les insultrent ou les rallient; car
pour lors la crainte caufanr
en eux de fortes & inférieures
émotions) ils ne peuvent ref- ;
sentir celles des corpuscules
étrangers, émanez des pieces
d'or cachées en terre. Par la 1
..----.- -- - - i
même raison les Médecins
ont souvent trompez au jugement des maladies par les
prompts & differens batte
nens du pouls, que la memoie,oula presence d'une personne aimée, causent. Les Anciens nous fournissent pour
exemple cePrincequi par une
agitation extraordinaire de
pouls à la presence de sa BelleMere,fit connoistre à son Mc,
dccin qu'il en estoit secretement amoureux, ce qui porttl.
son Perc à laluy ceder,afin de
luy faire recouvrer sa fanré
perduë. Je dis encorce,que plu-
sieurs personnes ont sans le
sçavoir, le même talent que
Jacques Aimar, & pour le reconnoistre,qu'ils prennent ma
Baguette.C'est un jetde Coudre
,
les branches forment la
lettre Y. Le tronc a un pied de
longueur) & une des cornes
en aauuntjCar l'autre estcoupéeàtrois pouces prés du
tronc Qu'ilsempoignent d'unemain letronc de la Baguette, & de l'autre la longue corne, la paume des mains toutnée vers le Ciel, la Baguette.
tournera sur l'or, de même que
la broche
de Courdre tourne !'
uprés du feu. J'ajoute enin qu'on peut facilement
oir l'experience de la Divilation par la Baguette. M
Geofroy
,
un des plus Sçavans
poticaires de l'Europe
J
a
hez luy un Garçon
,
nomae Pierre Tonnelier, de Noent sur Seine, né le 14. Serembre de l'année 1669. Ce
Garçon a
les cheveux noirs
la barbe rousse, & sans se
ervir d'aucune Baguerte, rte, il
ent des pal pitations de coeur,
ors qu'il est dessus ou fort
rés de onelques d'or
uc )L0~' 'i.d.
-1
,
.-;.t. ées 1 en,.sera-,
Il
MMr
Geofroy m'a asseuré en avoir
vû plusieurs fois l'experience,
lors même que ce jeune hom
me n'estoit point averty qu'il
eust caché de l'or dans son
Jard in. Letalentde cePierre
Tonnelier a
quelque choie de
plus fingulicr que, celuy de
Jacques Aimar puis que sans
Baguette il trouve l'or caché
enterre. Ilena fait voir l'cx
perience à Madame _:-.Lo_u
>- vois en sa maison, ensuite à
Ml'Abbé de Louvois dans
le Jardin del'Acadcmie des
Sciences où à la vérité il
manqua au premier coup par
1.
les railleries,& les brocards de
quelques-uns de la compagnie ; mais ses esprits étant
remis
,
il réussit un quarcd'heure après, puis qu'il trouva plusieurs fois l'or que l'on
avoit caché. Il a encore depuis prouveson talenrchez
Mr le President Nicolaïoù
l'on employa touterfortes de
ruses pour le tromper & pour
le surprendre
,
& depuis peu
de jours il a
encorclétffiLtns
hesiter
,ayant trouvé deux
Louis d'or que Madame de
Morangis avoir elle mêmc/>
sachez en deux differensenuft'r
droits du Jardin de sa maison
ruë S. Louis, prés la Place
Royale. Ce jeune homme
vient souvent chez moy ;
je
l'ay examiné à fond, ôcPay
trouve un bon Israëlite, dans
lequel il n'y a point de fraude,
& je fuis prest» quoy qu'Aveugle
,
à luy donner en qualité de Docteur en Theolo.
gie,&de Chevalier de l'Inquisition du S. Office, à luy
donner dis-je,mon Approbation..& artefter que la Divination par la Baguette a
sescauses Phyfiqucs naturelles, sans
mélange de pacte explicite ou
implicite
tel Vous avez vû au commencement de cette Lettre
un sçavant Traité de sa façon sur un Calendrier fixe Se
perpetuel. Envoicy unautre
pour réponse à ce que le Pere
le Brun, Jesuite
,
& le Pere de
Mallebranche
»
de l'Oratoire,
ont écrit sur la Baguette.
Qaoy qu'il foit Aveugle, il
voit tout. & rien n'échape
à la penetration de son esprit.
LA BAGUETTE
JUSTIFIEE,
ET
Ses e
ffets démontrez naturels.
iAMeJJire Jules-Louis 1Jolt i
Marquis de Chamlay,Conftil1er du Royen ses Confeiht
Maréchal General des Camps
$0 Armées de Sa Afajefié.
E fuis persuadé, Monsieur,
qu'on n'a pas besoin de
Devins,ny deleur Baguette,
pour apprendre les obligations que je vous ay
,
& que
je publie partout; mais je
croy que la Baguette quifait!
tant de bruic, auroic grand
besoin de vostre approbation..
Si ce bon heur luy arrive, per-.
sonne n'en ofcra condamner1
l'usage
,
car toute l'Europeest
convaincue que parvostre pe.,
netration d'esprit, vous découvrez si parfaitementle vrai
& le faux, que vous n'estes
jamais trompé par les fpecieufesapparences de l'un ny
de l'autre.
Les Sçavans disoient hardi-
nent que la Divination par
a Baguette avoir des causes
Physiques
,
pour produire
ans aucun mélange de Pacte
explicile ou implicite, tant de
faits furprenans
; mais lePere
le Brun ayant écrit de Grenoble,, & demandé au Peie de
Malebranche son sentiment
sur les plus grandes difficultez des effets qu'elle produit,
il n'en a receu d'autre réponse, sinon qu'ils estoient diaboliques; & comme j'apprehende que l'on ne traite de
mesme l'Homme art'fiâtl Anemofèope, Propbete Physique du
changement du temps, que j'ajj
donne dans le Mercure du
mois de Mars de l'année
1683. & dans la26. page de
jéêlx Eruditorum
,
imprime
à Leiphe en l'année 11684
y veux répondre physïques
ment aux demandes du Pere:
Is Brun,afin de détromper
ceux qui se laissantentraîner
par le poids du sentiment de
ce Philosophe, d'un sçavoir
& d'un merite distingué
,
feroient de sinistres jugetnens
contre un grand nombre de
gens
*
de Robe&d'Epéc, tous d'une probité connue, qui
nt le même talent que Jac.
ues Aymar Vernay, de Saint
rcran, prés de S. Marcellin
n Dauphinc. Mr l'Evesque
c Morienne, & MrGalc.c,
elebre A stronome,& grand
pcnitcncier do Carpentras,
ont le mesme talent que Jac-j
ques
Aixiiar»aussî bien que Eccleflaflique deLyon, que
d" Panthot, Doyen des Melecins
,
dans sa Lettre écrite
à Mr Daquin, premier Mede-
:in du Roy» assure trouver
l'endroit où font les corps
des Noyez.
Dans les choses obscures
& embarassées de difficultés j
je suspens mon
jugement»!
pour donner lieu à l'Accusé
de défendre sacause, ou pour
attendre que quelqu'un parle
pour luy. Cette maxime cft
de Droit naturel; c'est pourquoy Seneque le Tragique
disoit
,
Parte alterâ inauditâ
justum licetftatuaty haud œquum
judicat. Pourquoy donc accuser d'abord de diablerie ce
pauvre Aimar &sa Baguette?
C'est agitcontre les maximes
du Droit, car pour prononcer sur de telles matières de
Pacte avec les Demons, Ar-
menta àttbent tjJe sole meriAYIO clariora
,
outre que Odia
ent restringenda, favores amiandi. Ce fut surce,principe à desDamcs, plus sçavantes
fcrupulcs, que dans la conoiffancc de la bclltPhyfiquc,
:
fus obligé, pour satisfaire
leurs demandes, de leur
endre les effets de la Baguette
ors de foupçonde diablerie;
&cela fut cause que je m'exdiquay comme il s'enfuie.
Dieu donc les secrets font
mpenctrables,a permis auxAnés des deux personnes assas-
, nés dans leur cave à Lyon,
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afinqu'ils ne mâchent
point leur suaire ou drap dans
lequel ils fontenfcvelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie
,
disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont esté trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouver les Sources,cela
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principcs font dans mes Letres
,
inférées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay
rien a ajouter
:onccrnant les véritables & les
aux Prophètes, les Devins,
k les Pytons
,
m'en estanc
iflfezexpliqué dans mon Traité des propheries. inseré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Décembre de
l'année1689.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par laBaguette.Je
dis que la Baguette n'cft point.
Justice les Impies &les Scélérats de profession;ainsi l'homme d'iniquité a eu ses Protecteurs.
J'espere guérir par démonstrations Phyfiqucs ces Scrupuleux
,
dans la fuite de ma
Medecine Universelle
,
dont
on aveu les commencemens dans les Mercures des
mois de Juin,Juillet,Aoust,
& Novembre 1687. où je démontreray
fcnfiblement tout
ce que Levinius Lcmnius ra pporte De occultisNaturtoe miraculist tout ce que le gran d
Medecin Fernel a
dit, De abdi-
ris rerum causis,tout ce que
Fromondus avance dans son
Livre De fascinatione
»
routes
les vertus Médicinales & proprietezcurieuses qu'Anselme
Boëce de Boot, Medecin de
l'Empereur Rodolphe 11. attribuë aux pierres precieuses,
& enfin tout ce que l'on peut
croire,De transplantationemorborum, dont le Sçavanc Tenczelius & le docte & curieux
Mr Bartholin ont écrit.
J'examineray en dernier
lieuce qui obligeà present les
Polonoisàcouper lacetteaux
corps moresde leurs parens
avant qu'on les mette en terre;
ou à leur mettre un baussecol, afin qu'ils ne mâchent
point leursuaire ou drap dans
lequel ils font ensevelis, &
pour empêcher que par quelque sympathie ,disent-ils, ils
n'attirent le fang de leurs parens, dont les corps enterrez
ont cité trouvez par tout
couverts de fang. On attribuoit autrefois aux Sorciers ce
succement dusang des veines.
Pour ce qui concerne l'art
de trouverles Sources,cel a
appartient à mon Traité de
l'Elévation des eaux, dont les
principes font dans mes Letres
,
insérées aux Mercures
l'Avril& deSeptembre 1688.
& dans le 18. Tome extraorlinaire. Je n'ay rien aajouter
oncernant lesvéritables & les
aux Prophetcs) les Devins,
& les Pytons
,
m'en estant
assezexpliqué dans mon Trai-.
té des Prophéties, inséré dans
lesMercures des mois d'Août,
Septembre & Decembre: de
l'année1685?.& dansceluy de
Septembre 1690.
Je me resserre doncicy à la
Divination par la Baguette.Je
dis que laBaguette n'est point
absolument necessaire
,
rnaiJ
qu'elle sert, comme la longueur d'une aiguille d'Horloge ,
à rend re plus sensible le
mouvement de l'impression,
qui est d'autant plus grande,
qu'on serre plus fortement
les deux cornes de la Baguette» demême qu'en pressant
fortement avec le pouce & le
doigt Index, le filet qui suspend une bague au milieu
d'unverreà boire,lacilculation du fang s'y fait ressentir
davarage, il ébranle peu à peu
le filet,&enfin la bague par
ses vibrations, va heurter les
ord s
interieurs du verre,&
ors qu'on a
compte l'heure
lue l'on croit qu'il soit, l'imagination fufpcnd ce prompt
nouvement du sang, & on
:c fle de presser le filet
;
c'est
pourquoy les vibrations finissent, & la bague ne frappe
plus contre le verre.
Je disencore,que laBaguette peut servir à la conduite
des corpuscules,jusque dans
la main, de même qu'un balay trempé dans l'eau, mis
en la cheminée le manche
en bas, sert à attirer la fumée
en haut, ce qui a
donne lieu
aux ignorans de dire que les
Sorciers ayant unBalay entre jambes, montoient par la
cheminée pour aller au Sabat. De plus, je dis que
l'homme armé des deux cornes de la Baguette, doitestre
confideré comme un Ayman
armé
,
dont la force est tresnotablementaugmentée Enfin je remarque avec le P. de
Chales Jesuite, danssonMunJus Mathematicus, que les Baguettes prises sur les differens
arbres qui croissent sur différentcs eipeces de Mines, sont
plus propres pour trouver la
même
même espece de mécal, & de
les Mines, parce que les pores
de ces bois font plus conformes à recevoir les corpuscules
de même métal
,
autour duquel il se fait un tout billon
semblableàceluy de la pierre
d'Ayman. Ce Pere
,
qui est
d'un sçavoir
)
d'une probité,
& d'une vertu consommée,
ne traite pas de diablerie lufage des Baguettes, pour trouver les Mines & les Sources
d'eau, ce qui fait que je ne
crains pas de dire, que l'effet
de la Baguette n'est pas plus
criminel que celuy de la Baguette de Moïse, qui trouva
de l'eau dans le Rocher.
Enfin il est constant, que
dans tous les siecles on a
parlé
de la Baguette de Coudre.
Virgile dans leII. Livre des
Georgiques dit Pinguaque cum
rutrubus torremus exta colurnis,
Agricola dans son Livre de
Re Metallica, n'a pas oublié
de parler de l'usage de la Baguette de Coudre,& de renvoyer les Sçavans curieux au
Livre que le DocteAnglois
Flud a
intitulé Philosophia
Mosaica
;
ils seront satisfaits
u
sujet de cette Dcvination
par la Baguette de Coudre.
Tess: un bois dont la contexure des fibresadurapport à
me corde. C'est pourquoy si
Ivec cette Baguette on emwoehe quelque petit oiseau
3
:crte broche tournera d'ellenemc) a
présquelleaura esté
res bien échaufée
,
car l'humidité du corps de l'oiseau
s'insinuant le long des fibres
de la broche, les détordra. &
elle tournera d'elle-même.
Cela me fait souvenir que
les Juifs pour rostir l'Agneau
Paschal,attcachoient les deux
pieds de derrière au
montand
de la Croix, & les deux pieds
de devant etoient étendus sur
la traverse
,
& tournoient verticalement la Croix.
C'estun fait incontestable,
que l'usage de laBaguette pour
trouver les Sources d'eau, les
Mines & les Tresors
,
ou les
Métaux cachez
,
étoit connu
dans toutes les Provinces de
l'Europe; & il elt vray que
Jacques Aimar est le premier
qui par hazard a
remarque
que ceux qui ont le talent de
trouver les Sources d't'au,J'ont
gufïi poursuivre lesVoleurs &
Assassins, enmarchant par
erre sur leursvestigessuivant
urroutesur laRiviere & sur
a Mer. Il l'a fait voir par excricoce,ayant suivy par orre de la Justice au mois de
uille dernier
,
depuis Lyon
ufqucs à Beaucaire les trois
'({affins:l tous trois natifs de
roulon. Il trouva dans ici
Pnfbns de Beaucaire le plus
cunc,nommé Joseph Arnoul,
)o[u. On le ramena à Lyon,
Du il fut roüé le 30.Aoust
dernier
,
à l'âge de dix-neuf
ans. Aimar donna la chasle
aux deuxautres Affaffins,I"Urî
nommé Thomas
,
Marinie
de Galere, & l'autre appelle
André Pese
,
Prevoit de Sale,
mariéàToulon. Ils étoient
sortis du Port quelques heures avant l'arrivée de Jacques
Aimar, qui les poursuivit jusqu'à l'entrée des Terres de
Gennes, ayant reconnu l'endroit où ils avoient débarqué,
& les Oliviers fous lerquel,
ilsavoient couché.
Voicy comment Jacques
Aimar s'apperçut pour la premiere fois qu'il pouvoit trouver les corps assassinez & cachez sous terre
,
& poursui-
vre&reconnoître les Assassins.
Jacques Aimar naquit a
SaintVeran,présdeS. Marcellin en Dauphiné) le 8. Septembre 1662. entre minuit
ëc une heure. Ceux qui meritent un logement dans les petites Maisons, je veux dire
les A strologues, font charitablement avertis, que le Frere
du même Aimar ,né deux
ans aprèsdans le même lieu,
& au même mois de Septembre
,
n'a point le même talent. Qu'ils n'attribuent donc
pas à l'influence des Astres ce
dont ils ignorent la véritable
cau se. Il n' y a que le Soleil
& la Lune qu'on doit considererdansla Medecine,dans
l'Agriculture te dans la Navigation.
Nostre Jacques Aimar dans
sa il année cherchant de l'eau
dans une cave avec sa Baguette, se sentir intérieurement
agité avec plus de violence
qu'à l'ordinaire, & dit qu'il
y
avoirune abondante Source
d'eau en ce lieulà. Oncreusa
& l'on fut étrangement sur
pris de trouver dans un Tonneau le corps d'une Femme.
susédans de lachaux,onytrouva aussi la corde avec laquelle
elleavoitéré étranglée,&cette
Femmeavoitdisparuil y avoir
quatre mois. La Baguette fit
des mouvemens extraordinaires contre son Mary qui se
voyant découvert prit la suite. Ce fut donc par hazard
,
queJ.Aimar reconnut que son
talentde trouver des Sources
d'eau, s'etendoità trouver les
corps assassinez
,
à poursuivre
les Assassins&les Voleurs,&
à les reconnostre, après avoir
receu la premiere impression,
&s'estre,pourainsi dire,ay-
manté au lieu où l'assassinat
& levolontété commis; car
étant ainlicornIne imprégné
des corpuseules & fcls volatilsou fixesémanez du corps
des Voleurs ou Assassins. Il
ressent lamêmeagitation,lors
qu'il marche sur leurs vestiges,& cette agitation interieure est si violentc, lorsqu'il
mer son pied sur ccluy du
Criminel, qu'il tombe en désaillance.
Je répons maintenant article par article aux demandes
& aux difficultez du R. P. le
Brun, proposées au R. P. de
Malebranche. La Baguette
étant fourchuë,on met de l'or
ou de l'argent dans les mains.
Pour lors si le métal caché est
de même cfpece que celui qu'-
on a
dans les mains, la Baguet.
te tourne avec plus deforce,ÔC
l'on juge de la quantité &de
l'espece du métal cachéce qui
a toujours réussi à l'Astronome Mr Galet, grand Penitencicr à Carpentras
;
la raison en
est évidente. Ilsefait autour
de chaque métal
,
de même
qu'autour de toutes les pierres
d'Ayman,un tourbillon de
certains corpuscules
,
fingu-
liers à chaque métal. C'est
pourquoy si le métal qui cft
dans la main, cft de la nature
dumétal caché,ils s'unifient
& font une impression plus
grande. L'exemple est évident
en l'Ayman armé, dont la
presence agite davantage l'aiguilledelaBoussole,attire de
plus loin, & retient plusfortement le ser;& lors que le
métal caché est d'autre eCptce, que celuy qu'on a
dans les
mains, laBaguette ne fait aucun mouvement, parce que lestourbillons de differens
métaux, font de différente
configuration, & par confcquent leurs effets font differens ; ce qui paroist visiblement par l'eau forte, laquelle
disseut l'argent & les autres
métaux moins noblesquel'or,
auquelelle ne touche pas.
Quesiàlamêmeeau forteon
ajoutel'esprit de sel commun,
on fait l'eau Régale, dont les
parties acides du Nitre, devenuës plus grossieres, font dans
les larges pores de l'or, l'esset des coings, en separant les
parties compactes de ce Roy
des métaux, ce que l'eau forte
n'avoit pu faire, parce que les
parties acides duNitre étant
plus minces passoient librement par les porcs de l'or, &
ne pouvoient passer par les
pores plusétroits de l'argent,
sans en ébranlerles parties
compactes & dissoudre sa
masse ;
ffl par une raison contraire, comme les parties acides de l'eau Regale font plus
grossieres elles ne peuvent
entrer dans les petits pores de
l'argent,& ne peuvent par
consequent ledissoudre.
1
Leslarges pores de l'or font
que le Mercure monte tout à
coup le long d'une verge d'or
l,
se même que l'encre monte
lans le tuyau de la plume par
a
fente, quand elle n'est pas
rop seche
,
ce qui cft encore
une autre raison de cc que le
Mercure nes'insinuë quetresdifficilement dans le fer, dans
l'argent) & dans le cuivre, qui
ont les porcs plus secs & plus
étroirs que les pores de l'or.
J'ajoûte icy une curiosité
qui me sertà faire connoistre
que les corpuscules émanez
des Mines, des Métaux fondus,des corpsassassinez,& de
l'eau,modifiezestantentrez
par les porcs de nostre corps
y produisent des agitations
intérieures, enaltérant, fermentant, ou coagulant le
fang
,
les humeurs, & les esprits vitaux & animaux. On
fait des mouches, ou autres
petits animaux que l'air foutient&agite. En voicy la manière. Ces mouches font premièrement fonduësen argent,
puis couvertes d'une dorure
un peu épaisse; après quoy
ayantfaitquelques petitstrous
dans les parties les plus cachéesde lamoucheonla jette
dans de l'eau forte qui dissout
tout l'argenténelaisse que
épaisseur de l'or, qui cft,
pour ainsi dire, l'epiderme de
la mouche,estant comme la
dépoüille du Serpent,ou dela
Cigale.
Quant à la demande pourquoy tous les hommes n'ont
pas les mêmes talens que Jacques Aimar, & pourquoy lors
qu'il est sur l'eau découverte,
ilnesent pas les mêmes émotions ,qu'il ressent quand il
setrouve au dessus des fources d'eau cachées en terres
& comment on peut juger de
l'abondance de la Source, de
(à profondeur ,& des diffe-
rentes terres qu'on trouvera
en creusant,je répons que tous
n'ont pas les porcs configurez
pour donner entrée a. ces atomes,& que les pores de leurs esprits animaux font configurez
de telle maniere,qu'ils n'en
peuvent estre ébranlez ny alterez. Pour la preuve de cela
j'employe l'exemple de l'Eauforte, qui dissout l'argent &
les Métaux moins nobles,sans
toucherà l'or, dont les pores
font disserens de ceux des au.
tres Métaux; & au contraire
les atomes de l'Eau Regale
cftantproportionnez aux po-
res de l'or
,
en font la dissolution, & ne pouvant s'insinuer dansles porestrop étroits
desautresMetaux,ilsn'en peuvent ébranler les parties,n'y en
dissoudre tamanc. Jepourrois
ajoûter qu'il y a
plusieurs personnes qui tombent en défaillance à certaines odeurs de
fleurs,comme de laTubereuse,
&autres, bien qu'elles soient
cachées) & que les mêmes
odeurs plaisent ou soientindifférentes à d'autres. Enfin
qu'il y a
des yeux tendres, far
lelquels les yeux d'autruy
J
principalement des vieilles
Femmes mal saines, font de
malignes impressions
»
sur
quoy les Parcns disent que,
leurs Enfansont esté ensorcelez; ce que Virgile n'a pas
ignoré, puis qu'ila die
Nescio quis teneros oculus mihifascinatagnos.
Au sécond Arricle
,
Pourquoy l'eau qui est à découvert ne fait pointressentir les
mêmesémotions que les Sources cachées,je dis que sur l'eau
à découvert on ne fent rien
pour trop sentir, que les Sources fous terre ont toujours
quelque degré de chaleur
ue ces vapeurs traversant la
erre changent la configuraton. ainsi que l'eau, le vin
le vinaigre distilez, la Rose du mois de May, & le Seein du foir. Ces vapeurs stim";
regnent & fc chargent de rets
)U atomes de différente nature des terres qu'ils traversent en montant. Cette diffeente modification que l'eau
reçoit par la différente filtra
rio de la diversité des pores de
la racine des arbres& des plantes
,
produit la différence des
herbes,desfleurs, & desfruits.
Demême la différente modi-
fication des vapeurs & des ex.
halaisons des Sources & de:
Mines, fait sentir différente
émotions aux Devins à la Ba
guerre, sur lesquelles émotions, de même que les Me
dccins sur les differens Batte
mens du pouls, après de Ion
gues experiences, formen
des regles pour juger del
quantité & profondeur de
Mines, des Métaux cachez,
des Sources & dela d ifferent
nature, ou espece de terr
qu'on trouvera en crcufanr.
Les Devins à laBaguette n
peuvent sentir d'émotion si
eau découverte, parce que
es parties cylindriquesn'étant
modifiées ny imprégnées
l'aucun sel terrestre
,
ne peuvent alterer ny faire fermenter
esang les humeurs, ny les
esprits animaux, & cependant
ils découvrent la vaiif,Ile,1'or
& l'argentmonnoyé, en quelque part qu'ils soient cachez
en terre
,
ou en autre endroit,
parce que les Métaux estant
forgez, frapez
,
& battus, acquierent
,
de même que le
fer trempé
,
destourbillons
fcmblablcs àceux de la pierre
d'Aiman;& d'autant que les
corpuscules qui émanent des
Métaux'tau forgez, for font durs, gez
,
font durs
3, inflexibles, & infiniment plus
subtils que ceux de l'eau, ils
produisent sans autre secours
les altérations & émotions en la personne des Devins à laj
Baguette.
A la demande, Comment
ces corpuscules, ou tels fixes
ou volatifs, émanez du corps
des Assassins
)
peuvent fubfiner sur la terre, sur l'eau, Se
sur la mer, malgré les vents
& les orages, jerépons qu'ils
subsistentdemême
que les
tourbillons de lamatiere magnetique
gnetique autour de l'Aiman,
& que ceux qui font émanez du Lièvre & du Cerfsubsistent sur les Rivieres & furles Etangs, dont les chiens
ressentent l'iiiipreffion
,
ces
corpusculescausant des effervescences semblables à celles
qui proviennent du mélange
de l'esprit de Vitriol avec
l'huile de Tartre, ou de tout
autre [cl Acide avec un tel
vuide
J
ou Alkali. Il y a
plus de cinquante six ans que
j'avoisun Bar bet qui alloit
chercher, & trouvoir dans le
fond de la Durance entre un
millon de cailloux, ccluy que
j'y avoisjetté,aprèsque je l'avois tenu quelque temps dans
la main. Cela me fait souvenir d'avoir lû dans Wandel.
mont quelque chosedeplus
surprenant. Il dit qu'ayant
mis dans sa main certaine
herbe, & tenu ensuite quelque temps la patte d'un petit
chien,ill'aimanta si fort»
pourainsi dire, que la Maisresseduchien ne pùt l'emp
êcher de le suivre, quoy que luy-même le maltrairast.
La durée de ces corpuscules & leurs effets se prouvent
par l'exemple des corpuscules
de la Lepre qui demeuroient
attachez aux murailles, ce que
Moyfc assure dans le Levitique. A presentlesMarsillois,
où la Phtisie est fort commune, raclent religieusement les
murailles des chambres habitées par des gens infc£hz de
cette malad ie.
Jay connu des personnes
qui ont esté attaquées de la
Goute pour s'estre servies
du fauteuil d'un Gouteux
,
lesquellesen furent de livrées
après avoir brûlélacbaife.
Ainli Hyppocrate confama
par de grands seux les atomes
de la Peste. L'expeicnce a
fait voir que sur les sieges
de ceux qui souffrent des Hemorroïdes,oula Dissenterie,
il y
demeure des corpufcu les
qui communiquent le même
mal aux autres ; & pour faire
conoistre la force que ces corpuscules émanez de l'eau, des
Métaux cachez
,
& des corps
des Assassins, ont de faire
ressentirde violences impressions & alterations aux corps
des Devins à la Baguette, il
suffit d avoirremarqué que
iors qu'une Femme en certain
estat entre dans une cave, tout
le vin se gâte,&lePouccacse
corromm corrompt d'une d UMe érrarre C{r<1J'rr.ïortc nn
dans le saloir. Enfin> pour
démontrer que les co* pulcules dontils'agir, subsistent
malgré les vents & les nrags,
il ne faut que faire Kfbxion,
que de chaque point des objets, même les plus éloignez,
parc une pyramide de rayons,
dont la bazeestant entrée par
la prunelle de l'oeil sur le cristassin» forme par la pointe de
la mêmepyramide renversée,
ou Pinceau optique,lemême
point de l'objet sur la Retine.
sans que les vents puissent dé
tourner ces rayons qui viennent en ligne droite. On voit
avecplaisirtoutlemisteredes
especes ou peintures des objets sur undrap,ou papier
blanc dans une chambre ob.
scure;& ce que tous les Philosophes ont de la peine à expliquer c'est que dans le même
trou toutes les imagesdesdifferens objets setrouvent confonduës,& après s'estre entrecroisées se debarassent à cerraine distancesuivant la longueur du foyer solaire du verre
convexe
,
qu'on a mis sur le
trou fait au volet de la chambre obscure,pour se peindre
su le drap ou papier blanc,
avec leurs vives couleur,mais
en ~ation renversée. Pour
expliquer ce qu'il y a
de plus
difficile dans l'Auguste Sacrement du Corps de J, C. j'ay
emploié cette experience dans
ma nouvelle Instrution pour
réunir les Eglises P. R. à [tEglifè
Romaine. Ce Livre est imprimé en1678. par le S' Pepie,au
grand S. Basile, ruë Saint Jacques.
Je ne puis croire ce que le
Pere le Brun avance, que le
consentement de deux Vai;
fins à ne plus se servir des bornes plantées, oste la première
convencion) à moins que de
reconnoistre avec les Payens,
les Deux Thermes, & le pou.
voir de lesarracheràdes bornes, & de les congédier quand
on ne voudroit plus s'en servir.
Si le me~me Pere parle juste, lors qu'il dit que c'est un
fait constant, que les Devins
à la Baguette trouvent les chc«
mins perdus,ilestaussi vray
de dire que
LesPeuplesaffranchis de l'Em
pireIberois>
Quifournis a NajjaH ont cepe
d'eflrc RD!.Í.
( J'entens les Hollandois par
ces Peuple,) autoient grand
besoin de lacques Aimar-p( ur
trouver la hauteur de la route, par laquelle estant vivement poursuivispar lesVaisseaux Anglois, ils abrogerent
leurs voyages en venant du
Japon par les Mers Scpteiv»
trionalcs.
Voicy quelque chose de
plus considerable & de plus
positif. ray leuautrefoisdans
le secondLivre des Macha-
ont faussé la foy promiseau
Sacrement de Mariage, les
deux Sexes vivrent dans une
réciproque fidélité
,
& on
n'aura plus besoin du sacrifice de jalousie
,
ny des eaux
ameres que la F\mmc soupconnée écoit obligée de boire
en presence du Prestre & de
son Mary
,
suivant l'ordonnance de Moyfc
,
écrite au
long dans le 5. Chapitre du
Livre des Nombres. Le Grand
Ausone danssonIdile15. digne de la Muse Françoise de
Madame des Houlieres, ne
diroit plus.-
£)uoduit&fèfl&boritcr->si..-.-.
'; PœIJæ.qu graves in cœlibe
vitâ
1 conifigis, at gravior cuflodia
vinamaritis.
La crainte du mouvement
le la Baguette suffiroit au May pour retenir sa Femme dans
.c devoir conjugal
,
& par ce
noyen il vivroit tranquillement dans son ménag) pourvu que luy-même fuit dans sa
conduitetel qu'il veut paroitre dans l'esprit de sa Femme.
Je dis que letalent des Devins à la Baguettepeut éstre
^lteré ,& même se perdre pat
le changement d'air, de nourriture, &par les agiémens du
mariage
,
parce que leurtempérament venant à changer,
les espritsvitaux &animaux
changent de configuration.
Je dis outre cela, que les Devins à la Baguette peuvent
estre en défaut, lors que des
personnes d'autorité les insultrent ou les rallient; car
pour lors la crainte caufanr
en eux de fortes & inférieures
émotions) ils ne peuvent ref- ;
sentir celles des corpuscules
étrangers, émanez des pieces
d'or cachées en terre. Par la 1
..----.- -- - - i
même raison les Médecins
ont souvent trompez au jugement des maladies par les
prompts & differens batte
nens du pouls, que la memoie,oula presence d'une personne aimée, causent. Les Anciens nous fournissent pour
exemple cePrincequi par une
agitation extraordinaire de
pouls à la presence de sa BelleMere,fit connoistre à son Mc,
dccin qu'il en estoit secretement amoureux, ce qui porttl.
son Perc à laluy ceder,afin de
luy faire recouvrer sa fanré
perduë. Je dis encorce,que plu-
sieurs personnes ont sans le
sçavoir, le même talent que
Jacques Aimar, & pour le reconnoistre,qu'ils prennent ma
Baguette.C'est un jetde Coudre
,
les branches forment la
lettre Y. Le tronc a un pied de
longueur) & une des cornes
en aauuntjCar l'autre estcoupéeàtrois pouces prés du
tronc Qu'ilsempoignent d'unemain letronc de la Baguette, & de l'autre la longue corne, la paume des mains toutnée vers le Ciel, la Baguette.
tournera sur l'or, de même que
la broche
de Courdre tourne !'
uprés du feu. J'ajoute enin qu'on peut facilement
oir l'experience de la Divilation par la Baguette. M
Geofroy
,
un des plus Sçavans
poticaires de l'Europe
J
a
hez luy un Garçon
,
nomae Pierre Tonnelier, de Noent sur Seine, né le 14. Serembre de l'année 1669. Ce
Garçon a
les cheveux noirs
la barbe rousse, & sans se
ervir d'aucune Baguerte, rte, il
ent des pal pitations de coeur,
ors qu'il est dessus ou fort
rés de onelques d'or
uc )L0~' 'i.d.
-1
,
.-;.t. ées 1 en,.sera-,
Il
MMr
Geofroy m'a asseuré en avoir
vû plusieurs fois l'experience,
lors même que ce jeune hom
me n'estoit point averty qu'il
eust caché de l'or dans son
Jard in. Letalentde cePierre
Tonnelier a
quelque choie de
plus fingulicr que, celuy de
Jacques Aimar puis que sans
Baguette il trouve l'or caché
enterre. Ilena fait voir l'cx
perience à Madame _:-.Lo_u
>- vois en sa maison, ensuite à
Ml'Abbé de Louvois dans
le Jardin del'Acadcmie des
Sciences où à la vérité il
manqua au premier coup par
1.
les railleries,& les brocards de
quelques-uns de la compagnie ; mais ses esprits étant
remis
,
il réussit un quarcd'heure après, puis qu'il trouva plusieurs fois l'or que l'on
avoit caché. Il a encore depuis prouveson talenrchez
Mr le President Nicolaïoù
l'on employa touterfortes de
ruses pour le tromper & pour
le surprendre
,
& depuis peu
de jours il a
encorclétffiLtns
hesiter
,ayant trouvé deux
Louis d'or que Madame de
Morangis avoir elle mêmc/>
sachez en deux differensenuft'r
droits du Jardin de sa maison
ruë S. Louis, prés la Place
Royale. Ce jeune homme
vient souvent chez moy ;
je
l'ay examiné à fond, ôcPay
trouve un bon Israëlite, dans
lequel il n'y a point de fraude,
& je fuis prest» quoy qu'Aveugle
,
à luy donner en qualité de Docteur en Theolo.
gie,&de Chevalier de l'Inquisition du S. Office, à luy
donner dis-je,mon Approbation..& artefter que la Divination par la Baguette a
sescauses Phyfiqucs naturelles, sans
mélange de pacte explicite ou
implicite
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Résumé : LA BAGUETTE JUSTIFIÉE, ET Ses effets démontrez naturels.
Le texte présente une correspondance et des observations concernant la divination par la baguette, un sujet controversé à l'époque. Le marquis de Chamlay, confiseur du roi et maréchal général des camps et armées de Sa Majesté, défend l'usage de la baguette contre les critiques des pères Le Brun et Malebranche. Chamlay affirme que les effets de la baguette sont naturels et non diaboliques, citant plusieurs savants et exemples historiques pour appuyer ses arguments. Il mentionne notamment Jacques Aymar Vernay, connu pour son talent à trouver des sources d'eau et des corps cachés. Chamlay explique que la baguette amplifie les mouvements imperceptibles, similaires à ceux d'une aiguille d'horloge ou d'une bague suspendue dans un verre. Le texte aborde également les propriétés des corpuscules émanant des métaux et des corps vivants. Jacques Aimar utilise une baguette pour détecter les métaux cachés en exploitant les tourbillons de corpuscules spécifiques à chaque métal. L'eau-forte dissout les métaux moins nobles que l'or, tandis que l'eau régale, enrichie en esprit de sel commun, dissout l'or en raison de la taille de ses pores. Les corpuscules peuvent altérer les humeurs et les esprits vitaux des devins, et les émotions ressenties varient en fonction de la configuration de leurs pores et de leur sensibilité. Le texte mentionne Pierre Tonnelier, un jeune homme capable de détecter l'or sans baguette, en ressentant des palpitations du cœur. Monsieur Geofroy, un apothicaire savant, a observé ce talent. Tonnelier a démontré ses capacités devant plusieurs personnalités influentes, réussissant même malgré des tentatives de tromperie. L'auteur, après avoir examiné Tonnelier, le déclare honnête et prêt à approuver la divination par la baguette comme ayant des causes physiques naturelles, sans implication de pacte explicite ou implicite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 57-95
Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
Début :
Le nombre des personnes dont je vous apprens tous les [...]
Mots clefs :
Argentan, Médecin, Enfant, Femme, Grossesse, Corps, Animaux, Mamelles, Aliments, Ventricule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
Le nombre des perfonnes.
dont je vous apprens tous les
mois la mort eft fi grand
quoyque je ne vous parle que
> des perfonnes diftinguées par
leur naiffances , par leur fçavoir , par leur emplois , ou par
quelque autres qualitez remarquables , qu'on a lieu de croite
que je devrois vous parler
encore d'un plus grand nombre. Eneffet plus on confidere
la conftruction du corps des
58 MERCURE
hommes , plus on voit qu'il
n'y a point de moment où le
dérangement de l'une du
grand nombre des parties
dont il eft compofé , les peut
faire mourir fubitement , ce
qui arrive tous les jours même
aux perfonnes qui paroiffent
fe porter le mieux. Voila ce
qui regarde leur mort qui eft
toujours certaine puifque
leur vietient à fi peu de chofe
fans compter les differentes
maladies qui triomphent avec
plus ou moins de temps des
plus robuftes , & de ceux dont
là fanté paroît la mieux établie.
>
GALANT 59
A l'égard de leur entrée
dans le monde , elle paroiſt
plus certaine. Les femmes
portent generalement neuf
mois leur enfant dans leur
fein ; c'eſt le terme fixé , à
moins qu'il n'arrive quelques
accidens avant la fin de ces
neuf mois qui faffent mourir
ces enfans dans le corps de leur
mere , & quelques fois même
la mere & l'enfant ; mais il
arrive fouvent des chofes qui
femblent changer l'ordre de
ce qui a efté réfolu de toute
éternité ; & l'on voit des enfans
venir avec autant de peine au
60 MERCURE
monde que les hommes en
fortent facilement , & aprés
avoir demeuré dans le fein de
leur mere même pendant plufieurs années , comme vous
verrez dans un fort grand
nombre d'exemples tres curieux , & qui font raportez
dans la fin de la Lettre que
vous allez lire ; elle eft de Mr
de Forges Medecin , à Argen.
tan en Normandie , dattée
du 17 Decembre dernier.
Cette Lettre à laquelle je ne
changerayrien ,vous paroiftra
remplie de faits curieux &
finguliers.
,
с
GALANT 61
a
Tous les Etres vivans fouhaitent naturellement la confervation de leur efpece ; ily en apeu
qui n'aiment à accomplir le Commandement que Dieu leur fit
aprés les avoircréez , Crefcite &
multiplicamini. ( Genef. ch. 1.)
l'homme comme leplus parfait
des animaux , ajoute au penchant
naturel qui luy eft commun avec
сих la raifon dont Dieu le
favorifa , pour conferver la plus
noble creature , & l'Ouvrage le
plus parfait qui foit forti des
des mainsdu Createur.
Ilfaut en effet que cette raison ,
ce penchant donné par la
62 MERCURE
nature , ayent un grand empire
fur luy , & fpecialementfur la
femme , pour leur faire preferer
le plaifir de fe conferver dans
leurs defcendans , à la peine que
Dienattacha à cette confervation
aprés que leur défobéiffance eut
meritéfa haine , multiplicabo
crumnas tuas...in dolore paries filios ( Genef. Ch. 3. )
nous voyons cependant que malgré les douleurs & les incommoditez quiaccompagnent infeparablement la multiplication de
l'efpece ; laplusgrande partie des
femmes méprife genereusement
les perils qui la fuivent , pour
GALANT 63
transmetre avec une heroïque
affeurance à leurs defcendans , la
vie qu'elles doivent à l'intrepi
dité de leurs meres ; plus malheureufes que les femelles des autres
animaux elles font fujetes àmille
incommoditez dont les autres
font exemptes ; expiant par là
les fuites funeftes du peché de
leur premiere ayeule. La feule
nature délivre celles - là du pefant
fardeau qu'elles portent dans
leurs flancs , celles- cy ont besoin
dufecours de l'Art du miniftere empruntédes Sages-femmes:
auffi-toft que les brutes ont produit leur fruit , le lieu qui les
64 MERCURE
contenoit retourne en fon premier
eftat ; les femmes s'apperçoivent
aprés leur accouchement qu'elles
fontplus infirmes que les brutes ,
& qu'elles ont befoin des purgations qui purifient leurfang , &
qui les déchargent de toutes les
impuretez qu'elles ont amaffées
pendant leur groffeffe.
Lefruit des brutes eft à peine
forti de la prifon où il eftoit enfermépendant le temps deftiné à la
perfection de fes organes , que
fon inftinct luy fait trouver le
lieu où eft l'aliment destiné àfa
confervation & à fon accroiffement ; le fruit des femmes refte
GALANY 65
dans l'inaction & dépourveu des
connoiffances & des forces necefJaires pour trouver luy - même la
nourriture dont il a befoin , attend
qu'une main étrangere luy préte
fon fecours , pour luy faciliter les
moyens de fuccer le lait qui doit
que la naluyfervir d'aliment.
Vous diriez même
ture plus foigneufe de conferver le
foetus des brutes qué celuy des
femmes, apris un foin particuiler
de leur fournir ce qui eft neceſſaire pour les deffendre des injures des
corps étrangers ; elle envelope le
fruit des premieresdans trois membranes , n'en a donnéque deux
Mars 1710. F
66 MERCURE
pour couvrir lefruit desfecondes;
maispour faire mieux voir la
preference que la nature a donnée
femelles des brutes , examinons le temps qu'elle a mesurépour
la portée de leursfruits , &pour
la groffeffe desfemmes.
Elle a établi un terme fixepour
celles - là , en forte qu'elles fe délivrent neceffairement de leurs petits dans le moment qu'elle leur
limité, & qu'on neles voitjamais
paffer les bornes qu'elle leur aprefcrites ; ainfi on voit que la Colombe employe vignt jours & la
femelle du Lapin vingt - cinq
avant que de donner lejourà leurs.
GALANT 67
petits; la Fumentproduitfon Pou
lain aprés onze mois , & l'Elephant aprés deux ans ; on ne voit
point de changement dans cesproductions , une regle conftante &
invariable les conduit ; une main
exempte de déreglement les gouverne ; les femmes dans un eſtat
plus fâcheux que les brutes , ignorent le terme qui doit finir leur
groffeffe ; e vivant dans une affligeante incertitude , ne connoiffent point le temps de leur délivrance ; les unes agréablement
furprifes le trouvent au bout de
Sept mois , ordinairement de neuf:
les autres attendant plus longFij
68 MERCURE
temps le momentperilleux , paſſent
quelquefois le dixième , l'onzième
& quelquefois le quatorziéme
mois , avant que de donner lejour
à la creature qu'elles portent.
Qu'on ne m'oppofepoint la ridicule objection que quelques- uns
font , que les femmes ignorant le
moment de leur conception , fe
trompent dans le calcul qu'elles
font du temps de leur groffeffe
qu'ainfi elles croyent quelquefois
eftre groffes de huit mois , lorfqu'-
elles ne le font que de quatre , que
l'on ne doit donc point s'étonnerfi
elles affurentquelquefois eftregroffes de treize on quatorze mois
MERCURE 69.
quoy qu'elles ne le foient que
neuf.
de
On voit desfemmes d'une vertu auftere qui eftant demeurées
groffes lors du decés de leurs époux,
ont resté quatorze ou quinze mois
aprésfans accoucher; les Autheurs
font pleins d'exemplesfemblables ,
mais fans allerfeuilleter leurs livres pour les trouver ; en voicy
un arrivé depuis quinze jours ,
c'est ce qui donne occafion aux reflexions prefentes.
Au mois d'Aoust 1708. la
femmed'un Artifande cetteVille ,
qui avoiteu déjaplufieurs enfans,
s'apperçut des accidens qui avoient
70 MERCURE
accompagné fes premieres groffef
fes , les dégoufts , les nauzées , la
fuppreffion des incommoditez ordinaires aufexe; maisfur tout l'enAlure & la douleur des mamelles
ne luy laifferent aucunement douter qu'elle nefût groffe , mais elle
enfut certainement affurée quelques mois aprés , puifqu'elle fentit remuerfon enfant : elle atten.
dit donc avec la patience requife
dans le cas le temps dans lequel
elle devoit accoucher ; ce devoit
eftre vers la fin du mois d'Avril
1709. Ce terme eftant venu elle
avoit preparé tout ce qui eftoit
neceffairepaurrecevoirfon enfant
GALANT 71..
maisfonheure n'eftoit pas venues.
elle foupira inutilement aprésfaz
liberation un mois fe paffa ,
trois mois , cinq mois s'ecoulerent fans qu'elle pût élargir fon:
prifonnier ; elle en fut extremement inquiéte , & cela d'autant
plus que fon ventre n'eftoit pas
plus enflé au bout des quinze·
mois , qu'il avoit efté aufeptiéme. Au milieu des triftes réflexions qu'elle faifoitfur le déplorable eftat dans lequel elle fe trouvoit , elle fut furprise d'une
fiévreputride continue au commencement de Novembre ; elle manda
Monfieur ... ancien Medecin
72 MERCURE
de cette Ville , homme auffi recom
mandable parſa vertu que parfa
doctrine ; elle fit venir une Sagefemme avec ce Medecin ; deux
jours aprés j'y fus appellé , ou
ayant conferé avec noftre Ancien
Sur l'eftat prefent de la maladie ,
nous la trouvâmes tresfâcheufe :
elle nous dit que depuis deuxjours
elle ne fentoit plus les mouvemens
dont elle s'eftoit apperçuë depuis fi
longtemps ; les remedes dont nous
nous fervimes n'ayant point empêchéque les accidens defa maladie n'augmentaffent , elle mourut
aprés avoir fouffert des conv ul -
fions épou ventables.
Preffez
GALANT 73
•
Preffez d'une loüable curiofité
Monfieur moy, nousla
fines ouvrir le jour d'aprés ; nous
trouvâmes un enfant mort tout
entier , qui n'eftoit pas plus grand
que s'il n'euft eu que cinq mois ;
il avoitla tefte extraordinairement
groffe par rapport aux autresparties defon corps; le cordon n'avoit
dix poulces de long que buit ои
mais il en avoit plus d'un de groffeur , le placenta eftoit beaucoup
plus petit qu'il n'auroit dû eſtre ;
cet enfant avoit la tefte en haut
&le visage tourné vers le dos
de fa mere. Nous fimes encore ouvrir quelques autres parMars 1710.
G
74 MERCURE
1
ties , nous trouvâmes dans lecœur
de la mere un polype long comme la main , qui avoit un de
fes bouts dans la veine cave ,
l'autredans le ventricule droit
du cœur; fatisfaits de cece que nous
venions de voir , nous n'en viſitâmes point davantage , & nous
nous retirâmes.
&
Voilafans doute un événement
qui n'eft pas inoui , mais qui ne
Taiffe pas d'eftre rare ; quelquesuns élevez dans les principes de la
bonne phyfique , n'ont point depeine à le croire ; d'autres moins inftruits des bizarres fantaifies de la
nature , nesçauroientfe perfuader
GALANT 75
d'un fait dont ils ne peuvent penetrer la raison pour confirmer
les premiers pourdétromper les
feconds , voici commeje raiſonne.
Pendant que le foetus demeure
dans le fein defa mere, il y a un
commerce reciproque entre elle
luy ; le chyle qu'elle fait circulant
avecfonfang, une partie de cette
liqueur laiteufe fe filtre par les
glandes de la M………dans le placenta , y eft reçuepar les orifices
despetites branches de la veine umbilicale qui s'y diſtribuë ; de là elle
eft portée par cette même veine
dans le foye du fœtus , où ellefe
jette dans la veine cave afcendanGij
76 MERCURE
te qui luy fert de canal pour eftre
porté dans le ventricule droit du
cœur , d'où elle paße par le trou
botal dans le gauche pour eſtre
enfuite diftribuée par les arteres
mammaires dans les glandes des
mammelles; trouvant là des pores
proportionnez à fon diametre , elle
s'y filtre , tombe dans le baffin de
la mamelle ; & eft enfuite verfée
par le mamelon dans cette mem
brane que l'on appelle Amnios qui eft fon envelope immediate : c'est c'eft alors
Succe & l'avale ,pour eftre enfuite
que
propre nourriture du fœtus il la
diftribuée par les veines lactées les
devenue la
GALANT 77
glandes d'Azellius , le receptacle
de Peket , les canaux thorachiques ,la veinefouclavieregauche ,
la veine cave defcendante & le
ventricule droit du cœur, & circuler tout de nouveau pour devenir alors le fang & la nourriture
de l'embryon , le refidu eft reporté
auplacenta par les arteres umbilicales.
I
C'eft icy une opinion qai fans
doute va foulever contre moy un
grand nombre de Medecins & de
Phyficiens , qui ne manqueront
pas de rejetter cefentiment comme
une nouveautécondamnable ; mais
qu'ilsfe détrompent, ces Meffieurs;
G iij
78 MERCURE
plufieurs Medecins d'une authorité confiderable , croyent que c'eſt
là le mechanifme de la naturepour
la nourriture & l'accroiffement du
fœtus ; en effet de quel ufageferoient les mamelles des malesfielles
n'eftoient destinées àceluy- ci ? il eft
für que Dieu n'afabriqué aucune
partie du corps qui nefoit propre
quelque fonction particuliere ; il
faut donc que les mamelles des
malesfoientfaites pour celle - cy
puifqu'elles nefontpoint propres à
d'autres ; j'ajoûte à cette preuve
icy une autre qui n'eft pas moins
convainquante , c'est que l'on trouve dans les mamelles des petits en-
GALANT 79
fans qui naiffent, une liqueur toutefemblable àcelle de l'amnios; on
en trouve dans la bouche & dans
l'eftomach de ceux qui meurent qui
a la même odeur , la même couleur la même confiftance ; on
doit donc conclure que c'est la même ; orfi cela est ainfi il faut neceffairement que les mamelles foient
l'organe de cette filtration , puifqu'il n'y en apoint d'autre par
ce fuc nourricier puiffe fe couler
°outter enfuite dans l'Amnios.
où
Fay cru qu'il eftoit neceſſaire
d'entrer dans ce détail pour expliquer avecplus de netteté &faire
f
G
iiij
80 MERCURE
comprendre avec plus de facilité
les raifons par lesquelles cet enfant eft refte fi longtemps
dans le fein defa mere..
enfermé
La nutrition & l'augmentation fe font de la même maniere
dans les animaux , dans les vegetaux dans les mineraux.
Dans ceux- cy uneportion de la
terre fe trouvant fixée par quelques acides , unematiere àpeuprés
de même nature conduite par
ou par l'eau fefiche dans lespores ,
les écarte , les étend , s'y incorpore
augmentefon volume ; de là
font formezfelon les differens degrez de la fermentation , les mél'air
GALANT 81
taux, les mineraux , les pierres
precieuſes , &c.
Dans les vegetaux une humidité onctueufe chargée de quelques
fels ,penetrant l'écorce de la racine
de la plante , fe diftribuë dans fes
fibres , s'y rarefie & fert à l'augmentation defes parties , celles qui
font les plus fubtiles eftant volatilifees par la chaleur du Soleil
de la terre , montent avec rapidité jufqu'au baut de la plante,
où eftant enfuite fixées par le nitre de l'air ellesproduisent lesfleurs
les fruits ; celles qui ont moins
de fubtilité nourriffent les branches , les feuilles & les racines .
82 MERCURE
&les plus groffieresfont deflinées
pour former l'écorce & produire
les mouffes.
Dans les animaux les parties
les plus déliées de ce fue que l'on
appelle Chyle , formédes alimens
qu'ils ont avalez , paffant dans
la maffe du fang circulent avec
luy ,jufqu'àce qu'elles ayent trouvé des pares proportionnez à leur
volume ; c'eft alors que s'y enga
geant elles écartent les fibres du
corps &augmentent fon diametre. Comme les alimens font com
pofez de parties differentes & que
pores ducorps ont auffides configurations diverfes , chacune de
les
GALANT 83
ces petites molecules trouve oùfe
placer , & ainfi toutes les parties
du corps eftant également partagées , doivent croître dans le même temps avec la même proportion.
Les anciens Medecins ont cru
que le fœtus nefe nourriffoit pas
de la même maniere , dans les entrailles defa mere que lorsqu'il a
briſe ſa priſon ; quelques- uns le
croyent encore aujourd'huy ; ils s'imaginent quela mereprepare affez
les alimens qu'elle doit partager
avec fon enfant , pour que cette
tendre creature puiffe s'en accommoder , fans qu'ils ayent befoin
84 MERCURE
d'une digeftion nouvelle ; mais
nous avons fait voir qu'il digere
encore lefucquefa mere luy tranf
met par la veine umbilicale , puifqu'on luy en trouve prefque tou.
jours la bouche & l'estomach
pleins.
que
Quand une mere eftbien nourrie , qu'elle vit d'alimens fucculens , qu'ellejouit d'unefantéproportionnée à l'estat defa groffiffe ,
rien ne trouble le repos de fa
vie , que la tranquilité regne dans
fon ame , qu'elle eft unie à un
épouxjeune & plein defanté, on
voit ordinairement naître fon
fantdansle terme accoûtumé, c'eften
GALANT 85
à dire dans neufmois ; comme la
digeftion eftparfaite , que le chyle
eft abondante loüable, il estporté
au foetus dans une quantitéfuffifante, tousfes membresfont abreu༧༩ར de ce fuc , la fermentationy
eft grande , par confequentfes parties reçoivent unegrande étenduë,
comme un arbre planté dans
une terre graffe & fertile croît
avecpromptitude & facilité , de
même un enfant qui eft dans le
fein de fa mere, telle que je viens
de la décrire doit dans le terme de
neufmois ou auparavant attein.
dre la perfection neceſſaire pour
fortir de foncachot.
86 MERCURE
Au contraire une femme qui
compte fes jours par fes peines ,
qu'une affreuse multitude de douleurs accable , qui eft jointe à un
maryfoible languiffant , qui
eft dans une difette universelle des
chofes même neceffaires à la vie ,
ne digere qu'avecpeine le peu d'alimens qu'elle avale ; fon chyle
crud & vifqueux paſſe dans la
maffe dufang , y excite unefermentation dereglée , eft quelquefois même trop groffierpourpaffer
pores étroits du placenta ;
devons- nous donc nous étonnerfi
lefruit qui eft attaché à cet arbre
nemeuritpoint ? devons-nous eftre
par
les
GALANT 87
furprisfi les membres de cette petite creature infortunée dés les premiers inftans de fa vie , ne croif- .
fentpoint & neparviennentpoint
à la force neceffaire pour rompre
leurs liens ? comme le fuc qui doit
les nourrir pêche parfa quantité
mediocre & parfa mauvaiſe qualité , pourquoy admirer le retardement qui enprovient ? pourquoy
douter qu'un tel fœtus ne puiffe
démeurer douze , quinze , vingt
mois &mêmeplus longtemps dans
les entrailles de fa mere ?
N'eft pas ce qui eft arrivé à
i la femme dont il s'agit , reduite
depuis plus de deux ans dans une
83 MERCURE
pour les gapauvreté honteuse , elle n'a vécu
que pourfouffrir ; les alimens les
plus neceffairespour la confervation defa vie luy ont manqué ;
il a fallu travailler
gner , à peine avoit elle un lit
pourfe délaffer des fatigues du
travail , fujette en mefme temps
à la peine que Dieu impofa à
l'homme pour le punir de la
plaifance qu'il eut pour(afemme,
in fudore vultus tui vefceris
pane, (Genef. ch. 3. ) &fujette
en mefme temps à la douleur
Dieu attacha à la groffeffe pour
punir la femme de fa con lefcendance auxfourberies du ferpent ,
comque
CALANT 89
Cum dolore paries filios
( Genef. ch. 3. ) elle réuniffoit
en elle feule les peines deües aux
deuxfexes , & paffoit ainſifes
jours dans la mifere & dans
Pafliction ; qu'elle difficultéy at-il donc à comprendre , pourquoy
cette femme ne mettoit point au
monde le fruit qu'elle portoit depuis quinze mois ; ne voit on pas
que la mere ayant à peine dequoy
Je foutenir ne pouvoit pas communiquer àfon enfant unegrande
quantité de nouriture ; ne voit on
pas que les efprits de la mere
eftant débiles & fans forces ,
ceux de l'enfant cftoient incapaMars 1710.
H
90 MERCURE
bles d'étendrefesfibres & defaire
fermenterfes liqueurs ? ne voit- on
pas que le peu defuc nourricier que
cet embryon recevoit de fa mere ,
eftantcraffe & groffier , nepouvoit
paspenetrerjufqu'aux extremitez
de fes parties ? le polype que la
mere avoit dans le cœur , eft une
preuve que fes liqueurs eftoient
tres- es- épaiffes , celles de l'enfant ne
pouvoient donc eftre bien animez ?
Les efprits qui en eftoient formez
ne pouvoient donc eftre quefoibles
& énervez ? il ne pouvoit donc
pas avoir affez de force pour brifer fes chaines , pour déchirer les
membranes qui l'enveloppoient ,
GALANT gr
ny pour ouvrir la barriere qui
s'oppofoit àfafortie ?
Voilà ce mefemble des raifons
capables de détromper ceux qui
font dans l'erreur , & de leurfaire
voir qu'une femme peut eftre
groffe plusde neufmois , &qu'il
n'y a pas tant lieu de s'eftonner
quand elle paffe le quinziéme ;
mais afin que rien ne manque aux
preuves que j'ay apportées icy j'y
ajoute l'authorité& l'experience.
Hippocrate dans for livre
de feptimeftri partu , dit qu'il
faut en croire les femmes fur leur
parole ; & qu'il faut ajouter
foy à ce qu'elles difent touchant
Hij
92 MERCURE
l'estat de leurgroffeffe ,parce que
dit cet Auteur , on à beau raifonner fur l'eftat où elles fontalors , ce qu'ellesfententles perfuade bien mieux que tout ce qu'on
pourroit leur dire.
Ariftote au liv. 7. del'Hiftoire
des Animaux , chap. 4. dit que.
tous les animaux ont un terme
certain pour leur naiſſance , que
l'homme feul n'en à point..
Pline dit la même choſe.
Harvée dans la page 3.58° de
Jon Ouvrage , de exercitatione
de partu ,
dit qu'une femme de
fon Pays fut groffe pendant plus
defeize mois. Maynard lib. 4.
GALANT 93
decifionum , dit que lafemme
du fieur Tardet accoucha d'un
fils à lafin du douzième mois
&d'une fille à lafin du feiziéme;
le même Auteur dans le même.
livre , dit que lafemme de Tibere
fille de Scipion , accoucha defon
premier enfant aprés douze mois.
Thionneau , Medecin de Tours,
raporte l'Hiftoire d'un enfant que
fa mere porta vingt trois mois.
Aventinus dit que lafemmed'un
3
Ducdes Vandales qui fut groffe
pendant deux ans accoucha
d'un enfantqui marchoit & qui
parloit ;je doute de cecy , car quel
langage auroit parlé un enfant
94 MERCURI
qui n'en avoit jamais entendu
aucuns. Mercurial dit qu'une
femme qui avoit efté mariée deux
foispendantfeize ans ,fans avoir
eu d'enfants époufa un troifiéme
mary dont elle en eut un qu'elle
porta quatre ans &qui vêcut.
Jepourrois encore ajouter
autoritez celles de plufieurs
Auteurs comme de Skenkius ,
>
de Deufingajus , &c.
à ces
Nous avons dans noftre Pays
affez d'exemples femblables , entr'autres celuy d'une femme de
qualité proche de Faleze , d'une
de Caën , d'une d'Auney , ainfi la
Taifon ,l'autorité, l'experience
GALANT 95
confirmant lefait dont il s'agit
on nepeut nier qu'il ne foitpoffible, &par confequent c'estfans
fondementque plufieurs ont revoqué en doute celuy dont il s'agit
aujourd'huy
dont je vous apprens tous les
mois la mort eft fi grand
quoyque je ne vous parle que
> des perfonnes diftinguées par
leur naiffances , par leur fçavoir , par leur emplois , ou par
quelque autres qualitez remarquables , qu'on a lieu de croite
que je devrois vous parler
encore d'un plus grand nombre. Eneffet plus on confidere
la conftruction du corps des
58 MERCURE
hommes , plus on voit qu'il
n'y a point de moment où le
dérangement de l'une du
grand nombre des parties
dont il eft compofé , les peut
faire mourir fubitement , ce
qui arrive tous les jours même
aux perfonnes qui paroiffent
fe porter le mieux. Voila ce
qui regarde leur mort qui eft
toujours certaine puifque
leur vietient à fi peu de chofe
fans compter les differentes
maladies qui triomphent avec
plus ou moins de temps des
plus robuftes , & de ceux dont
là fanté paroît la mieux établie.
>
GALANT 59
A l'égard de leur entrée
dans le monde , elle paroiſt
plus certaine. Les femmes
portent generalement neuf
mois leur enfant dans leur
fein ; c'eſt le terme fixé , à
moins qu'il n'arrive quelques
accidens avant la fin de ces
neuf mois qui faffent mourir
ces enfans dans le corps de leur
mere , & quelques fois même
la mere & l'enfant ; mais il
arrive fouvent des chofes qui
femblent changer l'ordre de
ce qui a efté réfolu de toute
éternité ; & l'on voit des enfans
venir avec autant de peine au
60 MERCURE
monde que les hommes en
fortent facilement , & aprés
avoir demeuré dans le fein de
leur mere même pendant plufieurs années , comme vous
verrez dans un fort grand
nombre d'exemples tres curieux , & qui font raportez
dans la fin de la Lettre que
vous allez lire ; elle eft de Mr
de Forges Medecin , à Argen.
tan en Normandie , dattée
du 17 Decembre dernier.
Cette Lettre à laquelle je ne
changerayrien ,vous paroiftra
remplie de faits curieux &
finguliers.
,
с
GALANT 61
a
Tous les Etres vivans fouhaitent naturellement la confervation de leur efpece ; ily en apeu
qui n'aiment à accomplir le Commandement que Dieu leur fit
aprés les avoircréez , Crefcite &
multiplicamini. ( Genef. ch. 1.)
l'homme comme leplus parfait
des animaux , ajoute au penchant
naturel qui luy eft commun avec
сих la raifon dont Dieu le
favorifa , pour conferver la plus
noble creature , & l'Ouvrage le
plus parfait qui foit forti des
des mainsdu Createur.
Ilfaut en effet que cette raison ,
ce penchant donné par la
62 MERCURE
nature , ayent un grand empire
fur luy , & fpecialementfur la
femme , pour leur faire preferer
le plaifir de fe conferver dans
leurs defcendans , à la peine que
Dienattacha à cette confervation
aprés que leur défobéiffance eut
meritéfa haine , multiplicabo
crumnas tuas...in dolore paries filios ( Genef. Ch. 3. )
nous voyons cependant que malgré les douleurs & les incommoditez quiaccompagnent infeparablement la multiplication de
l'efpece ; laplusgrande partie des
femmes méprife genereusement
les perils qui la fuivent , pour
GALANT 63
transmetre avec une heroïque
affeurance à leurs defcendans , la
vie qu'elles doivent à l'intrepi
dité de leurs meres ; plus malheureufes que les femelles des autres
animaux elles font fujetes àmille
incommoditez dont les autres
font exemptes ; expiant par là
les fuites funeftes du peché de
leur premiere ayeule. La feule
nature délivre celles - là du pefant
fardeau qu'elles portent dans
leurs flancs , celles- cy ont besoin
dufecours de l'Art du miniftere empruntédes Sages-femmes:
auffi-toft que les brutes ont produit leur fruit , le lieu qui les
64 MERCURE
contenoit retourne en fon premier
eftat ; les femmes s'apperçoivent
aprés leur accouchement qu'elles
fontplus infirmes que les brutes ,
& qu'elles ont befoin des purgations qui purifient leurfang , &
qui les déchargent de toutes les
impuretez qu'elles ont amaffées
pendant leur groffeffe.
Lefruit des brutes eft à peine
forti de la prifon où il eftoit enfermépendant le temps deftiné à la
perfection de fes organes , que
fon inftinct luy fait trouver le
lieu où eft l'aliment destiné àfa
confervation & à fon accroiffement ; le fruit des femmes refte
GALANY 65
dans l'inaction & dépourveu des
connoiffances & des forces necefJaires pour trouver luy - même la
nourriture dont il a befoin , attend
qu'une main étrangere luy préte
fon fecours , pour luy faciliter les
moyens de fuccer le lait qui doit
que la naluyfervir d'aliment.
Vous diriez même
ture plus foigneufe de conferver le
foetus des brutes qué celuy des
femmes, apris un foin particuiler
de leur fournir ce qui eft neceſſaire pour les deffendre des injures des
corps étrangers ; elle envelope le
fruit des premieresdans trois membranes , n'en a donnéque deux
Mars 1710. F
66 MERCURE
pour couvrir lefruit desfecondes;
maispour faire mieux voir la
preference que la nature a donnée
femelles des brutes , examinons le temps qu'elle a mesurépour
la portée de leursfruits , &pour
la groffeffe desfemmes.
Elle a établi un terme fixepour
celles - là , en forte qu'elles fe délivrent neceffairement de leurs petits dans le moment qu'elle leur
limité, & qu'on neles voitjamais
paffer les bornes qu'elle leur aprefcrites ; ainfi on voit que la Colombe employe vignt jours & la
femelle du Lapin vingt - cinq
avant que de donner lejourà leurs.
GALANT 67
petits; la Fumentproduitfon Pou
lain aprés onze mois , & l'Elephant aprés deux ans ; on ne voit
point de changement dans cesproductions , une regle conftante &
invariable les conduit ; une main
exempte de déreglement les gouverne ; les femmes dans un eſtat
plus fâcheux que les brutes , ignorent le terme qui doit finir leur
groffeffe ; e vivant dans une affligeante incertitude , ne connoiffent point le temps de leur délivrance ; les unes agréablement
furprifes le trouvent au bout de
Sept mois , ordinairement de neuf:
les autres attendant plus longFij
68 MERCURE
temps le momentperilleux , paſſent
quelquefois le dixième , l'onzième
& quelquefois le quatorziéme
mois , avant que de donner lejour
à la creature qu'elles portent.
Qu'on ne m'oppofepoint la ridicule objection que quelques- uns
font , que les femmes ignorant le
moment de leur conception , fe
trompent dans le calcul qu'elles
font du temps de leur groffeffe
qu'ainfi elles croyent quelquefois
eftre groffes de huit mois , lorfqu'-
elles ne le font que de quatre , que
l'on ne doit donc point s'étonnerfi
elles affurentquelquefois eftregroffes de treize on quatorze mois
MERCURE 69.
quoy qu'elles ne le foient que
neuf.
de
On voit desfemmes d'une vertu auftere qui eftant demeurées
groffes lors du decés de leurs époux,
ont resté quatorze ou quinze mois
aprésfans accoucher; les Autheurs
font pleins d'exemplesfemblables ,
mais fans allerfeuilleter leurs livres pour les trouver ; en voicy
un arrivé depuis quinze jours ,
c'est ce qui donne occafion aux reflexions prefentes.
Au mois d'Aoust 1708. la
femmed'un Artifande cetteVille ,
qui avoiteu déjaplufieurs enfans,
s'apperçut des accidens qui avoient
70 MERCURE
accompagné fes premieres groffef
fes , les dégoufts , les nauzées , la
fuppreffion des incommoditez ordinaires aufexe; maisfur tout l'enAlure & la douleur des mamelles
ne luy laifferent aucunement douter qu'elle nefût groffe , mais elle
enfut certainement affurée quelques mois aprés , puifqu'elle fentit remuerfon enfant : elle atten.
dit donc avec la patience requife
dans le cas le temps dans lequel
elle devoit accoucher ; ce devoit
eftre vers la fin du mois d'Avril
1709. Ce terme eftant venu elle
avoit preparé tout ce qui eftoit
neceffairepaurrecevoirfon enfant
GALANT 71..
maisfonheure n'eftoit pas venues.
elle foupira inutilement aprésfaz
liberation un mois fe paffa ,
trois mois , cinq mois s'ecoulerent fans qu'elle pût élargir fon:
prifonnier ; elle en fut extremement inquiéte , & cela d'autant
plus que fon ventre n'eftoit pas
plus enflé au bout des quinze·
mois , qu'il avoit efté aufeptiéme. Au milieu des triftes réflexions qu'elle faifoitfur le déplorable eftat dans lequel elle fe trouvoit , elle fut furprise d'une
fiévreputride continue au commencement de Novembre ; elle manda
Monfieur ... ancien Medecin
72 MERCURE
de cette Ville , homme auffi recom
mandable parſa vertu que parfa
doctrine ; elle fit venir une Sagefemme avec ce Medecin ; deux
jours aprés j'y fus appellé , ou
ayant conferé avec noftre Ancien
Sur l'eftat prefent de la maladie ,
nous la trouvâmes tresfâcheufe :
elle nous dit que depuis deuxjours
elle ne fentoit plus les mouvemens
dont elle s'eftoit apperçuë depuis fi
longtemps ; les remedes dont nous
nous fervimes n'ayant point empêchéque les accidens defa maladie n'augmentaffent , elle mourut
aprés avoir fouffert des conv ul -
fions épou ventables.
Preffez
GALANT 73
•
Preffez d'une loüable curiofité
Monfieur moy, nousla
fines ouvrir le jour d'aprés ; nous
trouvâmes un enfant mort tout
entier , qui n'eftoit pas plus grand
que s'il n'euft eu que cinq mois ;
il avoitla tefte extraordinairement
groffe par rapport aux autresparties defon corps; le cordon n'avoit
dix poulces de long que buit ои
mais il en avoit plus d'un de groffeur , le placenta eftoit beaucoup
plus petit qu'il n'auroit dû eſtre ;
cet enfant avoit la tefte en haut
&le visage tourné vers le dos
de fa mere. Nous fimes encore ouvrir quelques autres parMars 1710.
G
74 MERCURE
1
ties , nous trouvâmes dans lecœur
de la mere un polype long comme la main , qui avoit un de
fes bouts dans la veine cave ,
l'autredans le ventricule droit
du cœur; fatisfaits de cece que nous
venions de voir , nous n'en viſitâmes point davantage , & nous
nous retirâmes.
&
Voilafans doute un événement
qui n'eft pas inoui , mais qui ne
Taiffe pas d'eftre rare ; quelquesuns élevez dans les principes de la
bonne phyfique , n'ont point depeine à le croire ; d'autres moins inftruits des bizarres fantaifies de la
nature , nesçauroientfe perfuader
GALANT 75
d'un fait dont ils ne peuvent penetrer la raison pour confirmer
les premiers pourdétromper les
feconds , voici commeje raiſonne.
Pendant que le foetus demeure
dans le fein defa mere, il y a un
commerce reciproque entre elle
luy ; le chyle qu'elle fait circulant
avecfonfang, une partie de cette
liqueur laiteufe fe filtre par les
glandes de la M………dans le placenta , y eft reçuepar les orifices
despetites branches de la veine umbilicale qui s'y diſtribuë ; de là elle
eft portée par cette même veine
dans le foye du fœtus , où ellefe
jette dans la veine cave afcendanGij
76 MERCURE
te qui luy fert de canal pour eftre
porté dans le ventricule droit du
cœur , d'où elle paße par le trou
botal dans le gauche pour eſtre
enfuite diftribuée par les arteres
mammaires dans les glandes des
mammelles; trouvant là des pores
proportionnez à fon diametre , elle
s'y filtre , tombe dans le baffin de
la mamelle ; & eft enfuite verfée
par le mamelon dans cette mem
brane que l'on appelle Amnios qui eft fon envelope immediate : c'est c'eft alors
Succe & l'avale ,pour eftre enfuite
que
propre nourriture du fœtus il la
diftribuée par les veines lactées les
devenue la
GALANT 77
glandes d'Azellius , le receptacle
de Peket , les canaux thorachiques ,la veinefouclavieregauche ,
la veine cave defcendante & le
ventricule droit du cœur, & circuler tout de nouveau pour devenir alors le fang & la nourriture
de l'embryon , le refidu eft reporté
auplacenta par les arteres umbilicales.
I
C'eft icy une opinion qai fans
doute va foulever contre moy un
grand nombre de Medecins & de
Phyficiens , qui ne manqueront
pas de rejetter cefentiment comme
une nouveautécondamnable ; mais
qu'ilsfe détrompent, ces Meffieurs;
G iij
78 MERCURE
plufieurs Medecins d'une authorité confiderable , croyent que c'eſt
là le mechanifme de la naturepour
la nourriture & l'accroiffement du
fœtus ; en effet de quel ufageferoient les mamelles des malesfielles
n'eftoient destinées àceluy- ci ? il eft
für que Dieu n'afabriqué aucune
partie du corps qui nefoit propre
quelque fonction particuliere ; il
faut donc que les mamelles des
malesfoientfaites pour celle - cy
puifqu'elles nefontpoint propres à
d'autres ; j'ajoûte à cette preuve
icy une autre qui n'eft pas moins
convainquante , c'est que l'on trouve dans les mamelles des petits en-
GALANT 79
fans qui naiffent, une liqueur toutefemblable àcelle de l'amnios; on
en trouve dans la bouche & dans
l'eftomach de ceux qui meurent qui
a la même odeur , la même couleur la même confiftance ; on
doit donc conclure que c'est la même ; orfi cela est ainfi il faut neceffairement que les mamelles foient
l'organe de cette filtration , puifqu'il n'y en apoint d'autre par
ce fuc nourricier puiffe fe couler
°outter enfuite dans l'Amnios.
où
Fay cru qu'il eftoit neceſſaire
d'entrer dans ce détail pour expliquer avecplus de netteté &faire
f
G
iiij
80 MERCURE
comprendre avec plus de facilité
les raifons par lesquelles cet enfant eft refte fi longtemps
dans le fein defa mere..
enfermé
La nutrition & l'augmentation fe font de la même maniere
dans les animaux , dans les vegetaux dans les mineraux.
Dans ceux- cy uneportion de la
terre fe trouvant fixée par quelques acides , unematiere àpeuprés
de même nature conduite par
ou par l'eau fefiche dans lespores ,
les écarte , les étend , s'y incorpore
augmentefon volume ; de là
font formezfelon les differens degrez de la fermentation , les mél'air
GALANT 81
taux, les mineraux , les pierres
precieuſes , &c.
Dans les vegetaux une humidité onctueufe chargée de quelques
fels ,penetrant l'écorce de la racine
de la plante , fe diftribuë dans fes
fibres , s'y rarefie & fert à l'augmentation defes parties , celles qui
font les plus fubtiles eftant volatilifees par la chaleur du Soleil
de la terre , montent avec rapidité jufqu'au baut de la plante,
où eftant enfuite fixées par le nitre de l'air ellesproduisent lesfleurs
les fruits ; celles qui ont moins
de fubtilité nourriffent les branches , les feuilles & les racines .
82 MERCURE
&les plus groffieresfont deflinées
pour former l'écorce & produire
les mouffes.
Dans les animaux les parties
les plus déliées de ce fue que l'on
appelle Chyle , formédes alimens
qu'ils ont avalez , paffant dans
la maffe du fang circulent avec
luy ,jufqu'àce qu'elles ayent trouvé des pares proportionnez à leur
volume ; c'eft alors que s'y enga
geant elles écartent les fibres du
corps &augmentent fon diametre. Comme les alimens font com
pofez de parties differentes & que
pores ducorps ont auffides configurations diverfes , chacune de
les
GALANT 83
ces petites molecules trouve oùfe
placer , & ainfi toutes les parties
du corps eftant également partagées , doivent croître dans le même temps avec la même proportion.
Les anciens Medecins ont cru
que le fœtus nefe nourriffoit pas
de la même maniere , dans les entrailles defa mere que lorsqu'il a
briſe ſa priſon ; quelques- uns le
croyent encore aujourd'huy ; ils s'imaginent quela mereprepare affez
les alimens qu'elle doit partager
avec fon enfant , pour que cette
tendre creature puiffe s'en accommoder , fans qu'ils ayent befoin
84 MERCURE
d'une digeftion nouvelle ; mais
nous avons fait voir qu'il digere
encore lefucquefa mere luy tranf
met par la veine umbilicale , puifqu'on luy en trouve prefque tou.
jours la bouche & l'estomach
pleins.
que
Quand une mere eftbien nourrie , qu'elle vit d'alimens fucculens , qu'ellejouit d'unefantéproportionnée à l'estat defa groffiffe ,
rien ne trouble le repos de fa
vie , que la tranquilité regne dans
fon ame , qu'elle eft unie à un
épouxjeune & plein defanté, on
voit ordinairement naître fon
fantdansle terme accoûtumé, c'eften
GALANT 85
à dire dans neufmois ; comme la
digeftion eftparfaite , que le chyle
eft abondante loüable, il estporté
au foetus dans une quantitéfuffifante, tousfes membresfont abreu༧༩ར de ce fuc , la fermentationy
eft grande , par confequentfes parties reçoivent unegrande étenduë,
comme un arbre planté dans
une terre graffe & fertile croît
avecpromptitude & facilité , de
même un enfant qui eft dans le
fein de fa mere, telle que je viens
de la décrire doit dans le terme de
neufmois ou auparavant attein.
dre la perfection neceſſaire pour
fortir de foncachot.
86 MERCURE
Au contraire une femme qui
compte fes jours par fes peines ,
qu'une affreuse multitude de douleurs accable , qui eft jointe à un
maryfoible languiffant , qui
eft dans une difette universelle des
chofes même neceffaires à la vie ,
ne digere qu'avecpeine le peu d'alimens qu'elle avale ; fon chyle
crud & vifqueux paſſe dans la
maffe dufang , y excite unefermentation dereglée , eft quelquefois même trop groffierpourpaffer
pores étroits du placenta ;
devons- nous donc nous étonnerfi
lefruit qui eft attaché à cet arbre
nemeuritpoint ? devons-nous eftre
par
les
GALANT 87
furprisfi les membres de cette petite creature infortunée dés les premiers inftans de fa vie , ne croif- .
fentpoint & neparviennentpoint
à la force neceffaire pour rompre
leurs liens ? comme le fuc qui doit
les nourrir pêche parfa quantité
mediocre & parfa mauvaiſe qualité , pourquoy admirer le retardement qui enprovient ? pourquoy
douter qu'un tel fœtus ne puiffe
démeurer douze , quinze , vingt
mois &mêmeplus longtemps dans
les entrailles de fa mere ?
N'eft pas ce qui eft arrivé à
i la femme dont il s'agit , reduite
depuis plus de deux ans dans une
83 MERCURE
pour les gapauvreté honteuse , elle n'a vécu
que pourfouffrir ; les alimens les
plus neceffairespour la confervation defa vie luy ont manqué ;
il a fallu travailler
gner , à peine avoit elle un lit
pourfe délaffer des fatigues du
travail , fujette en mefme temps
à la peine que Dieu impofa à
l'homme pour le punir de la
plaifance qu'il eut pour(afemme,
in fudore vultus tui vefceris
pane, (Genef. ch. 3. ) &fujette
en mefme temps à la douleur
Dieu attacha à la groffeffe pour
punir la femme de fa con lefcendance auxfourberies du ferpent ,
comque
CALANT 89
Cum dolore paries filios
( Genef. ch. 3. ) elle réuniffoit
en elle feule les peines deües aux
deuxfexes , & paffoit ainſifes
jours dans la mifere & dans
Pafliction ; qu'elle difficultéy at-il donc à comprendre , pourquoy
cette femme ne mettoit point au
monde le fruit qu'elle portoit depuis quinze mois ; ne voit on pas
que la mere ayant à peine dequoy
Je foutenir ne pouvoit pas communiquer àfon enfant unegrande
quantité de nouriture ; ne voit on
pas que les efprits de la mere
eftant débiles & fans forces ,
ceux de l'enfant cftoient incapaMars 1710.
H
90 MERCURE
bles d'étendrefesfibres & defaire
fermenterfes liqueurs ? ne voit- on
pas que le peu defuc nourricier que
cet embryon recevoit de fa mere ,
eftantcraffe & groffier , nepouvoit
paspenetrerjufqu'aux extremitez
de fes parties ? le polype que la
mere avoit dans le cœur , eft une
preuve que fes liqueurs eftoient
tres- es- épaiffes , celles de l'enfant ne
pouvoient donc eftre bien animez ?
Les efprits qui en eftoient formez
ne pouvoient donc eftre quefoibles
& énervez ? il ne pouvoit donc
pas avoir affez de force pour brifer fes chaines , pour déchirer les
membranes qui l'enveloppoient ,
GALANT gr
ny pour ouvrir la barriere qui
s'oppofoit àfafortie ?
Voilà ce mefemble des raifons
capables de détromper ceux qui
font dans l'erreur , & de leurfaire
voir qu'une femme peut eftre
groffe plusde neufmois , &qu'il
n'y a pas tant lieu de s'eftonner
quand elle paffe le quinziéme ;
mais afin que rien ne manque aux
preuves que j'ay apportées icy j'y
ajoute l'authorité& l'experience.
Hippocrate dans for livre
de feptimeftri partu , dit qu'il
faut en croire les femmes fur leur
parole ; & qu'il faut ajouter
foy à ce qu'elles difent touchant
Hij
92 MERCURE
l'estat de leurgroffeffe ,parce que
dit cet Auteur , on à beau raifonner fur l'eftat où elles fontalors , ce qu'ellesfententles perfuade bien mieux que tout ce qu'on
pourroit leur dire.
Ariftote au liv. 7. del'Hiftoire
des Animaux , chap. 4. dit que.
tous les animaux ont un terme
certain pour leur naiſſance , que
l'homme feul n'en à point..
Pline dit la même choſe.
Harvée dans la page 3.58° de
Jon Ouvrage , de exercitatione
de partu ,
dit qu'une femme de
fon Pays fut groffe pendant plus
defeize mois. Maynard lib. 4.
GALANT 93
decifionum , dit que lafemme
du fieur Tardet accoucha d'un
fils à lafin du douzième mois
&d'une fille à lafin du feiziéme;
le même Auteur dans le même.
livre , dit que lafemme de Tibere
fille de Scipion , accoucha defon
premier enfant aprés douze mois.
Thionneau , Medecin de Tours,
raporte l'Hiftoire d'un enfant que
fa mere porta vingt trois mois.
Aventinus dit que lafemmed'un
3
Ducdes Vandales qui fut groffe
pendant deux ans accoucha
d'un enfantqui marchoit & qui
parloit ;je doute de cecy , car quel
langage auroit parlé un enfant
94 MERCURI
qui n'en avoit jamais entendu
aucuns. Mercurial dit qu'une
femme qui avoit efté mariée deux
foispendantfeize ans ,fans avoir
eu d'enfants époufa un troifiéme
mary dont elle en eut un qu'elle
porta quatre ans &qui vêcut.
Jepourrois encore ajouter
autoritez celles de plufieurs
Auteurs comme de Skenkius ,
>
de Deufingajus , &c.
à ces
Nous avons dans noftre Pays
affez d'exemples femblables , entr'autres celuy d'une femme de
qualité proche de Faleze , d'une
de Caën , d'une d'Auney , ainfi la
Taifon ,l'autorité, l'experience
GALANT 95
confirmant lefait dont il s'agit
on nepeut nier qu'il ne foitpoffible, &par confequent c'estfans
fondementque plufieurs ont revoqué en doute celuy dont il s'agit
aujourd'huy
Fermer
Résumé : Lettre d'Argentan, qui contient des faits fort singuliers, [titre d'après la table]
Le texte aborde la mortalité et la naissance des êtres humains, en mettant l'accent sur les individus distingués par leur naissance, leur savoir, leurs emplois ou d'autres qualités remarquables. La mort est présentée comme certaine et imprévisible, pouvant survenir subitement en raison du dérèglement d'une partie du corps. La naissance, bien que généralement certaine après neuf mois de grossesse, peut être sujette à des accidents. Des cas exceptionnels sont mentionnés, où des enfants restent dans le sein de leur mère pendant plusieurs années. Tous les êtres vivants souhaitent naturellement la conservation de leur espèce. L'homme, en tant qu'animal parfait, est doté de raison pour accomplir ce commandement divin. Malgré les douleurs et les inconvénients accompagnant la multiplication de l'espèce, la plupart des femmes préfèrent transmettre la vie à leurs descendants. Les femmes sont soumises à diverses incommodités dont les animaux sont exempts et nécessitent l'aide des sages-femmes pour accoucher. Le texte compare la gestation des animaux à celle des femmes. Les animaux ont un terme fixe pour leur portée, tandis que les femmes ignorent le moment exact de leur délivrance, pouvant accoucher entre sept et quatorze mois. Un exemple est donné d'une femme restée enceinte pendant quinze mois avant de décéder, révélant un enfant mort dans son sein. Le mécanisme de la nutrition du fœtus est également expliqué. Les mamelles des femmes jouent un rôle crucial dans ce processus, bien que cette opinion soit controversée. Cette explication permet de comprendre pourquoi un enfant peut rester longtemps dans le sein de sa mère. Le texte traite également des processus de nutrition et de croissance chez les animaux, les végétaux et les minéraux. Chez les végétaux, une humidité chargée de sels pénètre les racines, se distribue dans les fibres et, sous l'effet de la chaleur du Soleil et du nitre de l'air, produit des fleurs et des fruits. Les parties les plus subtiles montent vers le haut de la plante, tandis que les plus grossières forment l'écorce et les mousses. Chez les animaux, les parties les plus déliées du chyle, formé des aliments avalés, circulent dans le sang jusqu'à ce qu'elles trouvent des pores proportionnés à leur volume. Elles s'y engagent, écartent les fibres du corps et augmentent leur diamètre, permettant ainsi une croissance proportionnée de toutes les parties du corps. Les anciens médecins croyaient que le fœtus ne se nourrissait pas de la même manière avant et après la naissance. Cependant, il a été démontré que le fœtus digère le suc transmis par la veine ombilicale, comme en témoignent la bouche et l'estomac pleins du fœtus. Le texte décrit également les conditions favorisant une grossesse normale : une mère bien nourrie, en bonne santé, et vivant dans la tranquillité, voit généralement son enfant naître au terme de neuf mois. En revanche, une mère souffrant de malnutrition, de douleurs et de misère peut voir sa grossesse se prolonger bien au-delà de neuf mois. Plusieurs cas historiques et contemporains de grossesses prolongées sont mentionnés, citant des auteurs comme Hippocrate, Aristote, Pline, et d'autres médecins. Ces exemples montrent que des grossesses de douze, quinze, vingt mois, voire plus, sont possibles en raison de conditions défavorables affectant la digestion et la nutrition du fœtus.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 56-102
Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Début :
Le lendemain 30e. l'Academie Royale des Sciences ayant [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Fontenelle, Discours, Plantes, Baromètre, Animaux, Matière, Malades, Médecine, Mercure, Assemblée, Botanique, Métal, Minéral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Le lendemain 30e. l'Academie Royale des Sciences ayant
tenu aussi sa premiere Assemblée publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle Secretaire perpetuel de
la Compagnie, qui estant eagagé par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens - morts, fit celuy
de M de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant. des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes, &c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier; que c'estoit par cet endroit que la Botanique devenoit une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvel-
lesPlantes,& çeluy de mettre à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion dominante desBotanstes
qu'ils y
avoient mesme si heureusement réüssi, qu'on pouvoir dire que jamais le nombre des Plantes connuës n'avoit eite si grand, ny la matiere Medecinale plus abont dance; qu'on pourroit cependant dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction de la plûpart des nouvelles Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc disparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
,
soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge, dont il entretint ensuite la Compagnie:il dit toutes les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus. Ilparla de plusieurs experiences d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable, de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte. Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à
ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés
,
lévenement avoir furpnffe son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant l'Automne il y eut beaucoup de Malades; que la plûpart n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles tierces, qui estoient souvent accompagnées de dévoyemenr; que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux, ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne qui preparoit les reme-
des donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique guery
,
d'avoir esté resserré pendant trois jours,& d'avoir rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda ce que l'on avoir donné à
ce malade; qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise qui luydécouvrit un nouveau remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque liqueur,& qu'il s'y ren-
contre quelque acide, ou partie serrugineuse,ils ne manquoient point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné, ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
:
Et il ajoüca, quel'expe-
rience répondit à
souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede qui coutoit si
peu, s'épargnerent ladépense du Kinkina dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes. Il nomma deux autres Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle; que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur comme quelques-uns
l'assurent
;
qu'il falloit une certaine quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y
causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
,
que
les vices de la digestion pouvoient venir tantôt de la disposition de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à
ces fiévres un caractere & des accidents différents qui servoient alesdistinguer, & montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé & rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre, ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&untenesme si l'onvouloit
,
ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion; de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
intermitente. Hltermncore.. - -
Il dit encore plusieurs choses pour prouver que le nouveau febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
,
que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner les occasions dans lesquclles on devoir employer le nouveau febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina, auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pou-
voit observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y
recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons
;
3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance que l'on avoit des
animaux
,
pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a
ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha
;
qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton
; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a
deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair
a
du rapport a celle des Ecrevisses de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il
en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à
la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a
del'herbe autour de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsiseche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a
experimenté que si
on
l'arrache, il nepeutplussubso.Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux >il estoit attesté par plusieurs Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à
un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes accidens. Il fit voir que
cestoit à
ces dernierstemps que
l'on devoit la découverte des
œufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance d'un œuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux. Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux plus ou moins tardifs à
produire,& qu'en general routes les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes des Plantes & des Animaux, & il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes, & il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces. Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal avoit son temperamment. Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à
tous les Animaux,& que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y
pouvoir
remedier& qu'on pouvoit même les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Ani-
maux depuis leur origine juLqu'à leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
œufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds, & dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux pour tirer quelques consequences touchant les Plantes) ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'ils'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens, & il finit par cet endroit, qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année 1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent. La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours sur les MatieresSulphureu ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
-
Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc Sulpbureuse ou
Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit, & qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à
aucunes des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement dans une matièreaqueuse, & qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion qu'elle se tiroit d'une partie animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre principe, ainsi devenu maticre sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites, & alors redevenir fimplement Matière de la lumiere; mais aussi qu'il pouvoir encore en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece de soufre en une autre espece, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales, que l'on pouvoit faire rentrer dans les matieres minérales dessechées par la calcination au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à
ces Minéraux ainsi détruits,ilsreprenoient dans un
moment au grand feu, la même forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit à la place de la matiere huileuse ou sulpbureuse du Mine-
-
rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce
qui
fevoyoit dans toutesles chaux
4
des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tressensibles par
un grand nombre d'experiences qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveauBaromètre fort
sensible qu'il a
inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul
a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y
avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable aux autres pour plusieurs raisons, n'estant pas sujet à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées par les différentes pesanteurs de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles; que par exemple, d'environ 40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant droit & vertical, les rendroit toûjours incommodes,
& souvent intraitables
,
au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit rien de cet embaras,
ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres Barometres pour y marquer ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître que son Barometre étoit si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli, & porté à
telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit si simple, qu'il estoit étonné que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
:
Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à
peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques ) devroits'étendre en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
,
ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle demeure toûjours perpendiculaire à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser à
ce Barometre. Il fit enfuite une Description tres-senlîble de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation, la raresaction & la con-
- denfation des liqueurs par le
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre pourroit aisément être rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a
à l'entendre en cette occasion; qu'il releve d'une maniére si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y
fait voir de nouvelles beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance dans laquelle il a
parlé
tenu aussi sa premiere Assemblée publique d'aprèsPasques,
fut ouverte par M' de Fontenelle Secretaire perpetuel de
la Compagnie, qui estant eagagé par la coûtume à faire un
Eloge historique de tous les
Académiciens - morts, fit celuy
de M de Chazelles Proresseur
en Hidrographie à Marseille. ,.
Il dit qu'il excelloit dans l'Art
de lever des Plans
y
& de dresser
der Cartes par le moyen des
Observations Astronomiques,
ausquelles il s'estoit fort exercé à l'Observatoire sous Mr
Cassini, éc qu'il avoir fait un
grand nombre de Campagnes
sur les Galeres, & avoit couru
toute la Mediterannée en faisant. des Descriptions exactes
des Ports,des Rades, des Côtes, &c.
Mr Reneaume, lûtun Difcours
de sa composition sur la
découverte d'un nouveau Febrifuge.
Il dit que si la Botanique se
bornoit àlanomenclature des
Plantes, & à la critique des
Auteurs, ce ne seroit qu'une
Science sterile, quoyque
tres-étenduë, dont le travail
& les fatigues ne produiroient
aucune utilité; mais que le
dessein des Botanistes estoit
bien plus vaste, puisque non
seulement ils pretendoient rassembler fous un certain point
de vûë, tout ce ce que l'Univers contient de Plantes, ils
vouloient encore rechercher
soigneusement l'usage & la
la vertu de chacune en particulier; que c'estoit par cet endroit que la Botanique devenoit une partie essentielle de la
Medecine; que ce grand dessein ne pouvoir s'exccuter que
par parties, & pour ainsi dire
piece à piece,tantôtenrecherchant curieusement ce que
chaque Contrée produisoitde
Plantes, tantôt en examinant avec exactitude, & par
différentes routes, leurs bonnes ou mauvaises qualitez.
Il ajoûta, qu'entre ces soins,
celuy de découvrir de nouvel-
lesPlantes,& çeluy de mettre à profit les experiences des
Etrangers
,
estoient devenus
dans les derniers temps la passion dominante desBotanstes
qu'ils y
avoient mesme si heureusement réüssi, qu'on pouvoir dire que jamais le nombre des Plantes connuës n'avoit eite si grand, ny la matiere Medecinale plus abont dance; qu'on pourroit cependant dourer avec raiCon)fices
rîchesses estoient aussi avanrageusesà la Medicine, que tout
le monde se l'imaçinoit;qu'elle en avoit sans doute ressenty
le contrecoup; que comme il
arrivoit que dans la construction de la plûpart des nouvelles Machines,on perdoit d'un
côté ce que l'on gagnoit de
l'autre, de mesme à force d'avoir trop de remedes, d'un
côté on negligeoit la Methode si necessaire pour en bien
user, de l'autre le trop grand
empressement que l'on avoit
eu pour connaître les Plantes
étrangeres, avoit presque fait
abandonner l'étude de celles
qui croissoient fous nos pieds.
Il fit voir que cela se remarquoic particulièrement dans le
genre des Febrifuges, & il fit
une peinture par laquelle il fit
connoîtrc que la connoissance
du Kinkina qui fut d'abord
élevé jusqu'aux Cieux, fit auffitôc disparoître la plûpart des
remedes qui l'avoient précédé,
& il nomma plusieurs remedes
mis en oubly, quilorsqu'on
les sçavoit bien employer, fai-
,
soient des effets qui n'eftoienc
ny moins feurs ny moins fur-'
prenans que ceux du Kinkina;
& il fit connoître qu'il estoit
peu de Medecins qui n'eussent
trouvé plusieurs Malades rebutez du Kankina, ou pleins
d'aversion pour ce remede, cc
qui luy avoit donné occasion
de découvrir le nouveau Febrisuge, dont il entretint ensuite la Compagnie:il dit toutes les raisons que les Malades
avoient de s'en plaindre, & il
fit beaucoup de reflexions làdessus. Ilparla de plusieurs experiences d'Alexandre Pascoli
faites en France sur la vertu sebrifuge de la noix de Cyprès,
affirmant qu'il les avoit verifiées avec succés, & il dit que
tout le monde connoissoiit cette noix pour un Astringent;
qu'il trouvoit dans cc remede
dequoysurvenir à tous les inconveniens dont il venoit de
parler ; qu'outre cela l'idée
nouvelle, & peut-estre veritable, de la digestion faite par latritutation, luy avoit sourny beaucoup de raisons pour
appuyer ce remede, & pour
luy en faire esperer une heureuseréussîte. Mais que bien
loin, comme il arrive souvent
à
ceux qui raisonnent ainsi,
que ses espennces sussent vau
nés
,
lévenement avoir furpnffe son attente.
Il dit qu'il commença à se
se servir de la noix de Cyprès
en 1704. qu'en Essé & pendant l'Automne il y eut beaucoup de Malades; que la plûpart n'estoient attaquez que
de fievresintermitentes de
toute espece & de différent caraétere; mais beaucoup plus
de tierces trregutieres & doubles tierces, qui estoient souvent accompagnées de dévoyemenr; que plusieurs de
ces Maladesqui avoienc esté
préparez par ces remedes géneraux, ayant pris de cette
noix avec succés, il arriva une
occasion dans laquelle la personne qui preparoit les reme-
des donna la noix de Galle au
lieu de celle de Cyprés qu'il
avoir ordonnée; que ce remede ayant eu tout le succés qu'il
en auendoit, & qu'il avoic
éprouvé de l'autre, il ne se feroit point apperçû de l'erreur
sans le fait qui fuit. Qu'entre
les Malades qui furent guéris
par la mesme méprise, il s'en
trouva un qui se plaignit, quoique guery
,
d'avoir esté resserré pendant trois jours,& d'avoir rendu des excrcmens noirs
comme de l'encre après un lavement,ce qui épouventa fore
le Malade, & luy fit craindre
que l'on ne se fût trompé
y
&
que l'on n'eut mêlé quelque
chose de vitriolique, ou de serrugineux avec cette poudre;
que pour s'en éclaircir il demanda ce que l'on avoir donné à
ce malade; qu'il remarqua
dans la réponse l'heureuse meprise qui luydécouvrit un nouveau remede; qu'il dissunula
la chose,estant bienaise d'observer le fait de plus prés; que
la noirceur des digestions ne
l'embarassa pas quand il fit reflexion que lorsqu'on laisse ces
fortes d'artringens dans quelque liqueur,& qu'il s'y ren-
contre quelque acide, ou partie serrugineuse,ils ne manquoient point de senoircit, &
de communiquer leur teinture,
& que l'usage qu'en saisoient
les Teinturiers prouvoit ce
fair.
Il fit ensuite une description
de toutes les noix de galle, &
du bien qu'elles avoient fait à
tous ceux à qui il en avoit donné, ce qui luy reiïffit si bien,
que Mr Collot Docteur en
Medecine de la Faculté de Pa.
ris, auquel il avoit fait part de
ces faits, s'en voulut aussi servir
:
Et il ajoüca, quel'expe-
rience répondit à
souhais, que
quelques personnes charitables
surprises de la bonté d'un Remede qui coutoit si
peu, s'épargnerent ladépense du Kinkina dont elles ne se servirent
prcfque plus dans la fuire, donnant en sa place le nouveau
fébrifuge dans toutes les incermitentes. Il nomma deux autres Medecins de la Faculré qui
avoient fait la mesme chose,
& dit, que ce grand nombre
de guerisons ne laissoit aucun
scrupule sur l'efficacité de ce
Rcmede; & l'obligeoit à\cn
faire part à la Compagnie.
Il décrivitensuite la maniere
dont on dévoie préparer les
Malades pour bien faire operer
ce remede, & la maniere de le
mettre en usage. Il poursuivit
en disant qu'il estoit confiant
que les fièvres inrermitentes,
dépendoicnt uniquement de la
mauvaise qualité duchyle; que
ce feroit si l'on vouloit l'aigreur comme quelques-uns
l'assurent
;
qu'il falloit une certaine quantité de ce chyle aigre
dans le fang pour y
causer le
trouble ou fermentation que
l'on nomme siévre; que cette
quantités'accumuloit plus ou
moins promptemenr à proportion que lesalimensétoient
plus ou moins bien digérez, ce
qui cau foit ladistancedifférente des accès, & rendoit raison
de leur retour si regulier
,
que
les vices de la digestion pouvoient venir tantôt de la disposition de lestomac
,
tantôt
de celles des parties voisines, ce
qui donnoit à
ces fiévres un caractere & des accidents différents qui servoient alesdistinguer, & montroient qu'elles
devoient estre traitéesdifferemment,quoy qu'elles parussent
assez semblables aux yeux du
vulg aire.
Il continua en disant si on
ne pouvoir pas attribuer ces
vices de la digestion à trois choses princi pales
,
sçvoir, pour
ce qui regardoit l'estomac, ses
si')res relâchées, ou irregutierement tendues ; & pour ce qui
regardoit l'estomac étantchargé & rempli d'alimens plus
qu'il ne devoit l'estre, ses fibres
qui se trouvoient trop tenduës
pendantuncertain temps, perdoient leur ressort & ne se
contractoient plusassez pour
broyer les alimens aussiparfaitement qu'il étoit necessaire;
que les fruits, par exemple, qui
souvent
souvent n'estoient îndigestes
que par la trop grande quantité que l'on en mangeoir,
pouvoient facilement caufcr ce
relâchemenr des fibres par leur
volumeou par leur humidité,
& par consequent empêcher la
digestion, ce qui donnoit lieu
au chyle de s'aigrir, & causoit
enfin la fiévre
> que d'un autre
côté le trop grand usage du
vin & des liqueurs ardentes &
spiritueuses pouvoient alrerer
le tissu des fibres & leur causer
une tensionvicieuse&irreguliere;&untenesme si l'onvouloit
,
ou irritation qui enlpê::
choit l'égalité du broyemenç
& la parfaite digestion; de fou
te que cette disposition, quoy
qu'opposée aurelâchement,
produiroit néanmoins des ef.
fcts a(kz semblables; mais lors
que le cours de la bile eftoic
interrompu
,
le chyle qui tendoit toûjours à s'aigrir, dénué
de cet amer huileux & balsa.
mique
,
n'avoit plus rien qui
corrigeât son aigreur
,
& réunît ses principes; de maniere
qu'il ne manquoit point en se
mêlant au fang de le faire fer-,
menter, & decauser une fièvre
intermitente. Hltermncore.. - -
Il dit encore plusieurs choses pour prouver que le nouveau febrifuge dans les fiévres
produites par les deux premie-
,
res causes, devoit estrepréféré
au Kinkina, ce qu'il prouva par
beaucoup de raisons, & il finit
en disant
,
que si l'on faisoit
attention à tout ce qu'il venoit
de dire,ilseroit facile dediscerner les occasions dans lesquclles on devoir employer le nouveau febrifuge,d'avec celles qui
,
demandoient l'usage du Kinkina, auquel on pouvoir nean-
[ moins le substituer en toute
! rencontre.
Mrde laHireleCadet,lût
un beau Discours touchant
l'Analogie qu'il y a entre les
plantes & les animaux- & l'utilité que l'on en peut tirer. Il
commença par faire voir les
raisons pour lesquelles l'étude
de la Botanique&de la Physique des plantes, avoit paru
jusqu'icy la plus sterile qu'il y
ait dans toute la nature. Il fit
voir après,que quoique laBotanique parut fournir si peu,elle
estoit neanmoins toute remplie de faits curieux IIdit,qu'il
n'étoit pas aisé de rendre raison
de tous les faits qu'on y pou-
voit observer sur tout si l'on
demandoit que les preuves que
l'on en rapporteroit
,
fussent
tirées immédiatement des plantes; que si l'on ne trouvoit pas
dans une plante l'effet quel'on
y
recherchait, on le trouvoit
dans un autre; il en rapporra
les raisons
;
3c il fit voir qu'on
fc pouvoit servir de la connoissance que l'on avoit des
animaux
,
pour en faire une
application aux plantes. Il fit
voir aussi que comme chaque
Pays a
ses animaux qui luy
font propres, & qui ne peuvent vivre ailleurs,il n'yavoit
aussi point delieu sur la terre
quin'eût ses plantes particu- -
lières qui ne peuvent vivre en
aucun autre endroit que dans
celuy qui leurest naturel.Il
donna des exemples pour fai-
*reconnaître que les plantes
transplantées en d'autres pays
souffroient, & dit en quoy elles
souffroient.
Il parla d'une espece de Plante que les naturels du Pays où
elle croît, regardent comme
un veritable animal.Il dit qu'ils
l'appellent Baromets, ou Boranets,
qiêïucut dire, un Agneau; que
cette plantevientdans la Tartarie
&dans leprincipal Horde qu'on
appelle Zavolha
;
qu'elle a toute
lafigure d'un Mouton
; que cette
cjj>cce d'Agneaua quatre pieds;
que sa teste a
deux oreilles; qu'il
rfl couvert d'une peau très-délicateJ
dont les Habitansse couvrent
la tesse & la poitrine; que sa
chair
a
du rapport a celle des Ecrevisses de Mer,&mesme que lors
qu'ony fait une incision , il
en
sort une liqueur comme dusang;
qu'il a un goût fort agréable;
que laTigequi le soûtients'éleve
en sortant de
terre à
la hauteur de
trois pieds, & qu'ily est attaché
à l'endroit du nombril. Que ce qui
est encore deplus merveilleux, efl
que tant qu'ily a
del'herbe autour de luy
3
il se porte bien;
mais qu'ilsiseche&périt quand
elle vient à luy manquer; ce qui
confirme que cette herbe luy est
absolument necessaire pour vivre,
est que l'on a
experimenté que si
on
l'arrache, il nepeutplussubso.Ilajouta, qu'on disoit
que les Loups en estoient sort
friands, & il fit voir qu'on ne
pouvoir douter que ce ne fût
une veritable plante, puisqu'il
venoit d'une graine qui ressembloit à celle du Melon, excepté
qu'elle estoit un peu moins
longue, & qu'on la cultivoit
dansce pays-là. Il fit voir que
quoy que ce recit parust fabuleux >il estoit attesté par plusieurs Auteurs dignes de foy,
& que l'on dévoieconsiderer
cette plante animale commé
une espece de grand Champignon qui auroir cette figure.
Il parla ensuite des Plantes
de ce Pays-cy
,
dont les graines
ont des figuressingulieres, &
particulièrement de celle qui
ressemble à
un mufle de veau,
& il fit voir que les fondions
qui se font dans les Plantes se
faisoient pareillement dans les
Animaux, & que les uns & les
autres estoient su jets aux mêmes accidens. Il fit voir que
cestoit à
ces dernierstemps que
l'on devoit la découverte des
œufs dans les Plantes, en forte
que les Plantes aussi bien que
les Animaux prenoientnaissance d'un œuf, & dit plusieurs
choses curieuses sur ce sujet.
Il parla ensuite de l'âge plus
avancé des Plantes, & il fit
voir que le temps auquel elles
commencent à estre secondes,
avoit du rapport avec l'âge de
puberté dans les Animaux. Il
dit que dans une même espece
9
de graine
,
il y en avoir qui
produifoient des Plantes qui
donnoient du fruit, & d'autres qui n'en donnoient point,
ce qui avoir du rapport aux
differens sexes dans les Animaux. Il fit voir aussi qu'il y
avoit des Plantes & des Animaux plus ou moins tardifs à
produire,& qu'en general routes les Plantes hcrbacécs der,^
noient beaucoup plutost du
fruit que tous les Ar bres
>
il
parla de la variété des especes des Plantes & des Animaux, & il dit beaucoup de
choses curieuses sur ce sujet. Il
fit voir aussi le rapport des
Plantes annuelles avec les Infectes, & il parla des moyens
de faire vivre les Plantes qui
ne sont pas naturellement vivaces. Il parla aussides alimens
particuliers que demandoient
les unes & les autres, & il expliqua ce quiregardoit leur
'fue nourricier, & celuy des
animmiir
Il passa de là aux Maladies
des Plantes
,
& fit voir que
chaque especede Plante & d'Animal avoit son temperamment. Il fit connoistre qu'il y
avoir des moyens pour guérir
des Arbres maladesmais que la
plûpart des Jardiniers aimoient
mieux les arracher, que de [c
donner la peine de faire les choses necessaires pourles guérir. Il
fit voir que la sterilité estoit un
mal ordinaire à
tous les Animaux,& que ce mal estoit fort
commun parmi les Plantes,&:
il dit que l'experience faisoit
connoistre que l'on y
pouvoir
remedier& qu'on pouvoit même les rendre plus secondesqu'-
elles ne l'estoient au paravant.
Il dit ensuite,qu'après avoir
montré le rapport qu'il yavoit
entre les Plantes & les Ani-
maux depuis leur origine juLqu'à leur fin, qu'après les avoir
considerez lorsqu'ils eftoienc
encore enfermez dans leurs
œufs, & lorsque la Narureles
développoit & les en faisoit
sortir, il les avoir suivis dans
un âge plus avancé;illes avoit
confi derez dans le temps qu'ils
commençoient à devenir seconds, & dansceluy auquel ils]
cessoient naturellement de le- j
tre; qu'il avoit ensuite couché]
quelque chose de la vieillesse
des Plantes & des Animaux &
de la durée de leurs jours, &
qu'enfin il avoit passé aux mai
ladies quiles affigeoient & aux
remedes qu'on y pouvoit apporter, il sembloit qu'on ne
devoit plus douter qu'il n'y
eustbeaucoup d'analogie entre
les Plantes & les Animaux, &
il dit qu'à l'égard de l'utilité
qu'on pouvoit tirer de cette
comparaison
,
il l'avoit déja
fait sentir en quelques endroits,
lorsqu'il s'estoit servi des Animaux pour tirer quelques consequences touchant les Plantes) ce qui pouvoit suffire pour
prouver ce qu'ils'estoit propofé
; que cependant il expliqueroit encore un fait beaucoup
t'.
[
plus sensible que tous les precedens, & il finit par cet endroit, qui fut l'explication de
la raison pour laquelle en l'année 1709. il n'y eut presque
que les vieux Arbres quigelerent. La lecturedece Discours
fut trouvéetrès-curieuse
,
&
fut écoutée avec beaucoup
d'attention.
Mr Hombert lût un Discours sur les MatieresSulphureu ses, & sur la facilité de les
changer d'une espèce de soufre en une autre.
Ce Discours estoit la fuite
d'un autre Discours qu'il avoic
déjà lu sur la mesme matiere.
-
Il dit qu'il avoit oppellé dans
ses Mémoires precedens, Matïcrc Sulpbureuse ou
Soufre,
toutes les Matieres huileuses
- ou graffes, que l'onconnoissoit, & qu'il en avoit usé
ainsi pour la distinguer d'avec
le soufre principe; qu'ensuite
il avoit supposé, & croyoit
mesme avoir en quelque façon
prouvé que ce soufre principe
n'estoit autre chose que la matiere de lalumiere qui n'estoit
pas encore déterminée à
aucunes des especes de soufres ou
i de matieres sulphureuses que
l'on connoissoit; mais qui les
produisoit en s'arrestant en
quantité convenable dans les
differens corps ou elle s'estoit
introduite; car quoy qu'avant
ce temps elle ne parût pas une
matiere qui fût évidemment
huileuse, elle ne laissoit pas
d'en donner quelques marques
qu'il avoit raportées ailleurs.
Il ajoûta qu'il avoir divisé
les matières fulphureufes en
trois classes; que la premiere
estoit lorsque le soufre principe s'arrestoit principalement
dans les matières terreuses, &
que pour lors il produisoit un
soufre bylumineux sec, comme font le soufre commun,
les Char bons de terre, le Jayet,
l'Aspbalte,l'Ambre jaune, &
autres; que la secondé estoit
lorsqu'il s'arrestoitoit principalement dans une matièreaqueuse, & qu'en ce cas il produisoit
une graisse ou une huile qui
estoit animale ouvegetale, séion qu'elle se tiroit d'une partie animale ou d'une Plante;
que la troisiémeestoit quand
il s'arrefioit principalement
dans une matière mercurielle,-
& que pour lors il produisoit
! un soufre métallique.
Il continua en allant; qu'il
avoit supposé aussi que le soufre principe, ainsi devenu maticre sulphureuse de quelque
cfpece qu'elle pût estre, ne
changeoit point de nature;
qu'il pouvoit donc non seulement Te dégager des matières
fulphureufes qu'il avoir produites, & alors redevenir fimplement Matière de la lumiere; mais aussi qu'il pouvoir encore en restant mesmematiere
fulphureufe changer d'état;
c'està-dire, passer d'une espece de soufre en une autre espece, sans se dépouiller du
corps qui l'avoit caracterisé en
premier lieu, ce qu'il faisoit
en s'introduisant simplement
dans un autre mixte, qui par
quelque accident avoit perdu
sa propre matiere fulphureuse; qu'il avoit commencé
dans un Memoire precedent àf
prouver cette supposition par
quelques exemples des huiles
vegetales & des graisses animales, que l'on pouvoit faire rentrer dans les matieres minérales dessechées par la calcination au point qu'elles ne fc
fondoient plus, ou qu'elles se
vitrisioent seulement en une
maticre scorieuse; que si l'on
ajoûtoit quelque huile que ce
sût à
ces Minéraux ainsi détruits,ilsreprenoient dans un
moment au grand feu, la même forme de Mineral ou de
Metal qu'ils avoient auparavant; que laraison en estoit
que l'huile du végétal se mettoit à la place de la matiere huileuse ou sulpbureuse du Mine-
-
rai, que le feu de la calcination
en avoit fait évaporer ce
qui
fevoyoit dans toutesles chaux
4
des moindres métaux; mais
plus évidemment dans celle
qui se saisoit de lecain, au
Verreardent. !
Il expliqua toutes ceschoses en homme qui possedoit
parfaitement bien ces matieres,
& les rendit tressensibles par
un grand nombre d'experiences qu'il raporta; en forte que
ses Auditeurs eurent beaucoup
de plaisir à l'entendre.
Mr de Bernoüilly
,
Professeur àBasle, ayant envoyé à
Mrs de l'Academie une Lettre
sur un nouveauBaromètre fort
sensible qu'il a
inventé, Mr de
Varignon en fit la lecture, &
voicy à peu prés sur quoy elle
roul
a.
Il dit qu'à l'occasiondune
lecture il s'estoit souvenu d'un
Barometre qu'il avoit imaginé
il y
avoit plus de douze ans,
& que Mr de Leibnitz qui il
avoit communiqué dés-lors
cette invention s'en fouviendroit sans doute. Ilajoûta qu'il
sir construire en Hollande ce
Barometre, qui ne réussit pas
mal, & qu'illuy paroissoit preferable aux autres pour plusieurs raisons, n'estant pas sujet à leurs défauts,&ayant des
perfections qu'ils nont pas. Il
continua en disant, qu'avec
une mesme quantité de vifargent il pouvait estre rendu
deux
deux fois plussensible que le
plus parfait des autres; que le
tuyau de ceux là sur lequel se
marquent les variations causées par les différentes pesanteurs de l'Atmosphere, devant
estre d'autant plus longs qu'on
les y veut rendre plus sensibles; que par exemple, d'environ 40. pieds pour lesy rendre
ILy. fois plus sensibles que
dans le Barometre fitnple étant droit & vertical, les rendroit toûjours incommodes,
& souvent intraitables
,
au
lieu que dans son Barometre,
pouvant citrereplié en mille
manières différentes n'y causoit rien de cet embaras,
ny
aucun autre qui en approchât
quelque longueur qu'il eût. Il
dit aussi que quelques liqueurs
qu'on employât dans les autres Barometres pour y marquer ces variations, ces liqueurs
feroient toujours sujetesàlevaporation qui en troubleroit
J'tff.tJ ce qui estoit encore un
grand Inconvenient, auquelle
sien n'estoit pas su jet, n'ayant
besoin que de Mercure qui ne
s'évapore pas sensiblement. Il
fit ensuite une peinture, par le
moyen de laquelle il sit connoître que son Barometre étoit si simple qu'il pouvoit
-
estre construit sans beaucoup
d'adroite, remply presque aussï
facilement que celuy de Toricclli, & porté à
telle étendue
desensibilité qu'on voudroit,
& ildit que son Barometre étoit si simple, qu'il estoit étonné que personne avant luy n'y
eûtpensé. Il continua,en disant
:
Vous sçavezqu'un tuyau
étroit estant remply à moitié
d'une liqueur, & puis incliné
peu à
peu jusquà la situation
horisontale, la surfacedecette
liqueur ( felon les Loix Hydroltaciques ) devroits'étendre en Eclypse, comme nous
voyons qu'il arrive dans un
Vaisseau
,
ou dans un tuyau îargCi Cependant dans un
tuyau étroit, la surfacedu
Mercure ne s'étend pas ainsi
pourconserver son niveau, elle demeure toûjours perpendiculaire à l'axe du tuyau, quoi
qu'incliné jusqu"a Ihorifon/
ce qui m'a donné lieu de penser à
ce Barometre. Il fit enfuite une Description tres-senlîble de la figure & des effets
de ce Barometre, par laquelleil
fit connoître qu'il n'estoit
point sujet aux inconveniens
que peuvent causerl'évaporation, la raresaction & la con-
- denfation des liqueurs par le
chaud & par le froid,excepté
celle à laquelle le Mercureest
sujet, laquelle est incomparablement moins considerable
que celle des autres liqueurs;
de forte que ce nouveau Barometre pourroit aisément être rectifié à la maniere de feu
Mr Amontons L'Assemblée
fut fort satisfaite de cette lecture.»
Mrl'Abbé Bignon resuma
à son ordinaire tous les Discours de ceux qui parlerent
dans cette Assemblée. Je vous
ai déja fait voir le plaisir qu'il
y a
à l'entendre en cette occasion; qu'il releve d'une maniére si spirituelle tout ce que l'on
dit;qu'il y
fait voir de nouvelles beautez
,
& qu'il fait aussi
connoître ce que l'on pourroic
dire de plus. De manière qu'il
y a toujours beaucoup a prositer dans tout ce qu'il dit, &
l'on allùre que jamais son esprit n'avoit brillé davantage
qu'il fit dans la dcrnicre Séance dans laquelle il a
parlé
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Résumé : Discours prononcez le lendemain à l'ouverture de celle des Sciences, [titre d'après la table]
Le 30 avril, l'Académie Royale des Sciences organisa sa première assemblée publique après Pâques. M. de Fontenelle, secrétaire perpétuel, ouvrit la séance en rendant hommage à M. de Chazelles, professeur en hydrographie à Marseille. Chazelles est reconnu pour son expertise dans la création de plans et de cartes grâce à des observations astronomiques, compétences acquises à l'Observatoire sous la direction de M. Cassini. Il a mené de nombreuses campagnes en Méditerranée, décrivant avec précision les ports, rades et côtes. M. Renéaume présenta ensuite un discours sur la découverte d'un nouveau fébrifuge. Il souligna que la botanique ne se limite pas à la nomenclature des plantes mais vise à en découvrir les usages médicaux. Renéaume critiqua l'abandon des remèdes locaux au profit de plantes étrangères, comme la quinquina, qui avait éclipsé de nombreux remèdes efficaces. Il présenta la noix de galle comme un nouveau fébrifuge, découvert par erreur, et décrivit ses propriétés et son efficacité, confirmée par plusieurs guérisons. M. de la Hire, le cadet, lut un discours sur l'analogie entre les plantes et les animaux, et l'utilité de cette étude. Il expliqua que, bien que la botanique puisse sembler stérile, elle est riche en faits curieux et peut bénéficier des connaissances sur les animaux. Il donna des exemples de plantes spécifiques à certains pays et de leur comportement lorsqu'elles sont transplantées. Il mentionna également une plante appelée Baromets ou Boranets, ressemblant à un agneau, qui pousse en Tartarie et nécessite de l'herbe pour survivre. Un autre orateur discuta des similitudes entre les plantes et les animaux, soulignant que les processus de croissance et de reproduction sont comparables. Il mentionna la découverte des œufs dans les plantes, la puberté des plantes comparée à celle des animaux, et la variété des espèces. Il aborda également les maladies des plantes, les moyens de les guérir, et la stérilité. Il conclut en affirmant une forte analogie entre les plantes et les animaux. Mr. Hombert présenta un discours sur les matières sulphureuses, expliquant leur transformation et classification en trois classes selon leur état (terreux, aqueux, ou mercuriel). Il décrivit comment ces matières peuvent changer d'état sans perdre leur nature sulphureuse, illustrant ses propos par des expériences. Mr. de Bernouilly, professeur à Bâle, envoya une lettre sur un nouveau baromètre sensible qu'il a inventé. Mr. de Varignon lut cette lettre, décrivant les avantages de ce baromètre, notamment sa sensibilité accrue, son absence de problèmes liés à l'évaporation, et sa simplicité de construction. Il expliqua le principe de fonctionnement du baromètre et sa résistance aux variations de température. Enfin, l'Abbé Bignon résuma les discours avec esprit et pertinence, soulignant les beautés et les nouvelles perspectives apportées par chaque intervention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10
p. 3-28
Livres nouveaux, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercure est la base de toute perfection Philosophique, & [...]
Mots clefs :
Nature, Alchimistes, Pierre philosophale, Animaux, Mouvement, Nicolas Flamel
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texteReconnaissance textuelle : Livres nouveaux, [titre d'après la table]
LE Mercure est la
bafe de toute perfection
Philosophique,
& j'ay accompli en luy
l'oeuvre parfait j'ay
donné au Mercure cette
vertu ignorée par nos
plus grands Autheurs
cette vertu brillante&
solide
,
qui charme éga
lement les Philosophes
& le vulgaire.
Enfin parun heureux
travail je fuis devenu
maistre & possesseur de
l'esprit universel. J
Ce n'est pas moy qui
parle au moins,c'est Ile-J
mon-Lulle&ilne s'agit
pas icy du Mercure Galant;
il s'agit du Mercu
re des Alchymistes,&
<
je cite ce passage à propos
d'un petit Livre nouveau
que je vous annonce.
Ce Livre qui a pour ti
tre Examen des principesdes
Alchimistes sur
la Pierre Philosophale,
prouve par de bonnes
raisons que la Pierre Philosophale
est impossible
d'autres Livres prouveront
lecontraire par des
raisons qui seront peutestre
aussi bonnes; mais
tous ces Livres ensemble
ne prouveront jamaisparfaitement
que l'ignorance
de l'homme sur les
secrets de la nature,C'est
cette ignorance dont j'ay
ma bonne parc, quisuspend
mon jugement sur
la Pierre Philosophale. :
Je vous ex poserai seulement
quelques endroits
d'un manuscrit qui la dcfsend
: ce manuscritqu'on,
m'a envoyé n'estpasd'un
Scavant, mais cette ma-j
tiere est devenuë àla mode
par les nouvelles experiences
que nousen
! voyons, & il est permis
aux femmes mêmes de
parler du Magistere,
d'Hermes, de la Quintessence
harmonique du
MisteredesSages & du
grand Oeuvre. Voicy ce
que dit mon manuscrit.
On cherche depuis longtemps
le Mouvement perpétuel&
la PierrePhilosophale
,& on traite ég;¡-
lement de vifionnaircs ceux <
qui se vantent d'en avoir
fait ladécouverte; à l'égard
du mouvement perpetuel,
l'impossibilité en est démontrée
; il n'y a plus que les
ignorans qui le cherchent,
mais la demonstration n'a
pû mordre encore sur la
Pierre Philosophale
, nous
n'avons rien de clair ny pour
ny contre;ainsi ceux qui en
font entestezn'ont pas plus
de tort que ceux qui s'en
moquent.
Ecoutons à present l'Auteur
du Livre nouveau.
La perfection d'unechosese
connoistpar la cessation du mouvement
qui enfaisoit la nutrition
ou l'augmentation. Cela
paroist dans les végétaux ;
quand legrain de bledestmur,
le mouvement cesse de luyporter
la nourriture.
Tantquunechose estenmouvement
ellen'est que dans la
voye de sa perfection ; car le
mouvemeut est un moyen qui
conduit à une fin qui est te repos.
L'animal memearrivéaun
certaintemps ne passe pas outre,
sa grandeur saforce., é7
enfinsa vie sont bornées.
Quant il est parvenu à cet
estat de consistance
,
il l'si comme
en repos ;je veux dire que
la nature ne fairplusquerepa.
rer autant qu'elle peut les Pertes
qu'ilfait tousles jours.D'où
vient que l'Animal qui dans
l'état de consistance a tout ce
qu'il faut pourfaire une parfaite
digestion,c'està dire qui
estcapable de recevoirplus de
nourriture & d'accroissement
n'en reçoitqu'autant qu'il en
faut pour l'entretenir dans cet
estat,sans augm station ?C'est
le termeprescrit par l'Auteur
de la Nature, qui a voulu
borner nos jours; C'est, pour
parler avec les Alchimistes, la
fin du Cercle de la Nature.
Nous voyons donc que dans
les animaux &dans les végétaux
, la Nature borne C
fixe leur mouvement a un certain
estat deperf ctionau de-là
duquel ils ne vont point.
D'ou vient, donc que cette
nature, qu'on dit unique
en tour, ne garde pas la même
renO-Je dans les Métaux ? Voici un endroit du manuscrit
qui répond à peu
présàcettequestion.
Nous ne conoissons que
très-imparfaitement les regles
de la nature, s'il y en a
quelqu'une dont on puisse
estre sûr
,
c'est que la nature
est variée à l'infini,même
dans les Ouvrages qui
nous paroissent les plus semblablcs.
Toutesces propositions
,. la nature n'a qu'un bu. Elle
agittoûjours par les mêmes
voies. La nature est une ; ce
sont autant de Sophismes
que les Alchimistes & ceux
qui les combatcnt peuvent
expliquer chacun selon ion
sistême.
Les Animaux Grr' les Végétaux
(dit l'Auteur du Livre)
neproduisent que leursemblable
&c. Les graincs&les oeufs
contiennent en petit les plantes
& les Animaux qui doivent
estreengendrez&c.leur
productionn'est réellement que
l'extention de toutes les parties
de l'individu imperceptible par
l'action de l'esprit qui le penetre
,
le dilate &le dispose a
recevoirl'aliment proprequi si
change en la substance, & en
augmente toutes les parties
dans toutes lours dimensions.
Tout cela est vrai,l'Auteurconclut
de là qu'on
ne pourroit produire un
métal,queparlessemences
dece métal. Il a peutestre
raison
, .& que l'or
estantun tout homogene,
ne peut contenir desemences
propres àestre developées.
C'est ce que je ne
sçai point, mais mon manuscrit
dit que toute la
nature n'est composée
que de petites semences
propres à estre animées , quesçait-on si les Parties
qui composent le Mercurene
sont point autant
de petits Animaux,&si
cet esprit universel que
cherchent lesAlchimistes
n'est point composéd'autres
Animaux infiniment
petits, qui font propres
à accrocher ensemble,&
à fixer ceux dont le Mercure
est composé ; les
plus grands Philosophes
ont eu des opinions aussi
visionnaires que celles-là;
ils ont découvert aussi
de grandes veritez. Concluons
delà que toute la
Philosophie n'est qu'un
composé deveritez &de
visions;ainsije conseille à
ceux qui n'ont point d'argent
à risquer de croire la
PierrePhilosophaleimpossible,&
je conseille à ceux
qui peuvent mettre quelque
argent à leur plaisir,
de préférercelui-là à d'autrès,
puisqu'il peut estre
; utile en découvrant une
infinité de secrets
, que
ê: les Alchimistes trouvent
chemin faisant, &s'ils ne
l trouvent pas cette Quintessence
qui a fait vivre
Artesiusmilleannées. Ils
ont trouvé des essences
qui peuvent guerir des
Rhumatismes.
C'est en cherchant la
PierrePhilosophale qu'on
a trouvé les belles teintures,
& nous avons obligationauxAlchimistes
des mesl anges qui font les
plus belles couleurs pour
les. étoffes Se pour les
Dames.
J'ai eu plusieurs conversations
avce Mr le President
de S. Maurice,sur
cette matiere : il estoit
dans cette incertitude
censée,où l'on doitestreà
l'égard d'une science
obscure, quand on l'a
chargé de faire faire une
experience dans la Vallée
de Barcelonnette; il a eu
toutes les attentions possibles
pour n'estre point
surpris,&il a vû réellement
changer deux onces
de plomb en or,avecune
petite pincée de poudre;
on ne peut pas s'em pêcher
de faire attention à
cela, c'est toujours unsecret
curieux,il reste à sçavoir
s'ilserautile, &si les
frais de l'opérationn'excederont
pas le profit.
Puisque l'occasion s'en
presente, disons un mot
de Nicolas Flamel& de
son Livre Hieroglifïque,
dont on voit encore quelques
figures aux Charniers
S. Innocent ; tout le
monde sçait cela, mais il
faut bien grossirmon Livre
pour ceux qui veulent
de répaisseur.
Nicolas Flamel Ecrivain
& Habitant de Paris,
en 1599. demeurant
ruë des Ecrivains, prés
la ChapelleS. Jacques de
la Boucherie,acheta pour
deux florins à un Inventaire
un Livre doré fort
vieux,dont les feuillets é.
toient d'écorces d'arbres.
Il contenoit, dit Flamel,
•_
lui-même
, trois foissept
feuillets,leseptiéme desquels
estoit toujours sans
écriture, au lieu de laquelle
estoit peint au premierseptiéme
une Vierge
& des Serpents s'engloutißans,
au deuxième septiéme
une croix où estoit
ataché un Serpent, cr.
aux autres septieme JVtoientpeints
des deserts,
au milieu desquels couloient
desfontaines d'où
sortoient plusieursSerpents.
Au premier des feuillets
écrits efloit Abraham
Juif, Prince
,
Prestre
Levite, Astrologue &
Philofopbeala, Nation
des Juifs
, par l'ire de
Dieu dispersezaux Gaules
,
salut,D. apréscela
ilestoit plein de maledictions
aveccemotiiiaranatha
, contre tous ceux
qui le liroit, silrieflûiç
Sacrificateur; ou Scribe,
jecrois qu'il venoit des
Juifs quon avoitchassez,
deParis&c.
1 Au quatrièmefeuillet
estoit peint unjeunehomme
avec des aisles aux talons
, avec un Caducée
dont ilfrappoitun casque
qui lui couvroit la teste,
cestoit Mercure ; contre
lui venoit courant&volant
à asles ouvertes un
grand Vieillardqui avoit
sur sa teste une Horloge
attachée, & enses mains
unefaulx,dontilvouloit
trancher les pieds à Mer.
cure. A un autre feuilletétoit
sur lesommet d'une
Montagne,unePlanteà
tige bleue fleurs blanches
&rougesfeuilles luisantes
comme orfin,&des Dragons
& Griffons autour.
A un autrefeuillet un
Roy
Rozierfleuri appuyécontre
un Chênecreux &
une Fontaine d'eau blancheseprécipitant
dans des
abimes.
A cet autrefeuillet un
Royavecungrand coutelas,
quifaisoit tuerpar
ses Soldats, force petits
enfans
, & leurs meres
pleurant, & lesangdes
enfans estoit ramassêpar
d'autres Soldats, & mis
dans un grand Vaisseau
dans lequel le Soleil&lay
Lunesevenoient baigner.
Flamel,ditunautreHistorien
,
avoit une jeune
femme nomméePrenelle,
avec qui il s'afligeoitfort
de ne pouvoir trouver le
vrai sens des Figures du
Livre, qu'un Medecin
nomméMr Anseaume,
commença à lui débrouiller.
Flamelentrepritensuite
un pelerinage
,
Prunelle
fut tres-affligée de le voir
partir, mais illuipromit
de revenir avec le trésor
des trésors
, ce qui lui fit
suporterson absence patiament.
Sur laroutede
sonpelerinage , un Marcrand
de Boulogneluisit
connoistre un Medecin
Juif, nommê Canches,qui
acheva de l'instruire
, il
revint à Paris,oùsachere
Prenellefut tres-joyeuse
de lerevoir, &pourtant
sachée, ne le croyant pas
plus riche que quand il
il estoit parti; mais enfin
aprés quelques années de
travail il accomplit le
grand oeuvre le 17. Janvier
; l'an mil trois, cent
quatre-vingtdeux,enprésence
de Prenelle sa femme>
qui enpensa mourir
dejoye. -'
: Ce Livre se vend à Paris,
chez DANI EL JOLLET,
au bout du Pont S. Michel,
du costé du Marché Neuf,
au
Livre Royal.
bafe de toute perfection
Philosophique,
& j'ay accompli en luy
l'oeuvre parfait j'ay
donné au Mercure cette
vertu ignorée par nos
plus grands Autheurs
cette vertu brillante&
solide
,
qui charme éga
lement les Philosophes
& le vulgaire.
Enfin parun heureux
travail je fuis devenu
maistre & possesseur de
l'esprit universel. J
Ce n'est pas moy qui
parle au moins,c'est Ile-J
mon-Lulle&ilne s'agit
pas icy du Mercure Galant;
il s'agit du Mercu
re des Alchymistes,&
<
je cite ce passage à propos
d'un petit Livre nouveau
que je vous annonce.
Ce Livre qui a pour ti
tre Examen des principesdes
Alchimistes sur
la Pierre Philosophale,
prouve par de bonnes
raisons que la Pierre Philosophale
est impossible
d'autres Livres prouveront
lecontraire par des
raisons qui seront peutestre
aussi bonnes; mais
tous ces Livres ensemble
ne prouveront jamaisparfaitement
que l'ignorance
de l'homme sur les
secrets de la nature,C'est
cette ignorance dont j'ay
ma bonne parc, quisuspend
mon jugement sur
la Pierre Philosophale. :
Je vous ex poserai seulement
quelques endroits
d'un manuscrit qui la dcfsend
: ce manuscritqu'on,
m'a envoyé n'estpasd'un
Scavant, mais cette ma-j
tiere est devenuë àla mode
par les nouvelles experiences
que nousen
! voyons, & il est permis
aux femmes mêmes de
parler du Magistere,
d'Hermes, de la Quintessence
harmonique du
MisteredesSages & du
grand Oeuvre. Voicy ce
que dit mon manuscrit.
On cherche depuis longtemps
le Mouvement perpétuel&
la PierrePhilosophale
,& on traite ég;¡-
lement de vifionnaircs ceux <
qui se vantent d'en avoir
fait ladécouverte; à l'égard
du mouvement perpetuel,
l'impossibilité en est démontrée
; il n'y a plus que les
ignorans qui le cherchent,
mais la demonstration n'a
pû mordre encore sur la
Pierre Philosophale
, nous
n'avons rien de clair ny pour
ny contre;ainsi ceux qui en
font entestezn'ont pas plus
de tort que ceux qui s'en
moquent.
Ecoutons à present l'Auteur
du Livre nouveau.
La perfection d'unechosese
connoistpar la cessation du mouvement
qui enfaisoit la nutrition
ou l'augmentation. Cela
paroist dans les végétaux ;
quand legrain de bledestmur,
le mouvement cesse de luyporter
la nourriture.
Tantquunechose estenmouvement
ellen'est que dans la
voye de sa perfection ; car le
mouvemeut est un moyen qui
conduit à une fin qui est te repos.
L'animal memearrivéaun
certaintemps ne passe pas outre,
sa grandeur saforce., é7
enfinsa vie sont bornées.
Quant il est parvenu à cet
estat de consistance
,
il l'si comme
en repos ;je veux dire que
la nature ne fairplusquerepa.
rer autant qu'elle peut les Pertes
qu'ilfait tousles jours.D'où
vient que l'Animal qui dans
l'état de consistance a tout ce
qu'il faut pourfaire une parfaite
digestion,c'està dire qui
estcapable de recevoirplus de
nourriture & d'accroissement
n'en reçoitqu'autant qu'il en
faut pour l'entretenir dans cet
estat,sans augm station ?C'est
le termeprescrit par l'Auteur
de la Nature, qui a voulu
borner nos jours; C'est, pour
parler avec les Alchimistes, la
fin du Cercle de la Nature.
Nous voyons donc que dans
les animaux &dans les végétaux
, la Nature borne C
fixe leur mouvement a un certain
estat deperf ctionau de-là
duquel ils ne vont point.
D'ou vient, donc que cette
nature, qu'on dit unique
en tour, ne garde pas la même
renO-Je dans les Métaux ? Voici un endroit du manuscrit
qui répond à peu
présàcettequestion.
Nous ne conoissons que
très-imparfaitement les regles
de la nature, s'il y en a
quelqu'une dont on puisse
estre sûr
,
c'est que la nature
est variée à l'infini,même
dans les Ouvrages qui
nous paroissent les plus semblablcs.
Toutesces propositions
,. la nature n'a qu'un bu. Elle
agittoûjours par les mêmes
voies. La nature est une ; ce
sont autant de Sophismes
que les Alchimistes & ceux
qui les combatcnt peuvent
expliquer chacun selon ion
sistême.
Les Animaux Grr' les Végétaux
(dit l'Auteur du Livre)
neproduisent que leursemblable
&c. Les graincs&les oeufs
contiennent en petit les plantes
& les Animaux qui doivent
estreengendrez&c.leur
productionn'est réellement que
l'extention de toutes les parties
de l'individu imperceptible par
l'action de l'esprit qui le penetre
,
le dilate &le dispose a
recevoirl'aliment proprequi si
change en la substance, & en
augmente toutes les parties
dans toutes lours dimensions.
Tout cela est vrai,l'Auteurconclut
de là qu'on
ne pourroit produire un
métal,queparlessemences
dece métal. Il a peutestre
raison
, .& que l'or
estantun tout homogene,
ne peut contenir desemences
propres àestre developées.
C'est ce que je ne
sçai point, mais mon manuscrit
dit que toute la
nature n'est composée
que de petites semences
propres à estre animées , quesçait-on si les Parties
qui composent le Mercurene
sont point autant
de petits Animaux,&si
cet esprit universel que
cherchent lesAlchimistes
n'est point composéd'autres
Animaux infiniment
petits, qui font propres
à accrocher ensemble,&
à fixer ceux dont le Mercure
est composé ; les
plus grands Philosophes
ont eu des opinions aussi
visionnaires que celles-là;
ils ont découvert aussi
de grandes veritez. Concluons
delà que toute la
Philosophie n'est qu'un
composé deveritez &de
visions;ainsije conseille à
ceux qui n'ont point d'argent
à risquer de croire la
PierrePhilosophaleimpossible,&
je conseille à ceux
qui peuvent mettre quelque
argent à leur plaisir,
de préférercelui-là à d'autrès,
puisqu'il peut estre
; utile en découvrant une
infinité de secrets
, que
ê: les Alchimistes trouvent
chemin faisant, &s'ils ne
l trouvent pas cette Quintessence
qui a fait vivre
Artesiusmilleannées. Ils
ont trouvé des essences
qui peuvent guerir des
Rhumatismes.
C'est en cherchant la
PierrePhilosophale qu'on
a trouvé les belles teintures,
& nous avons obligationauxAlchimistes
des mesl anges qui font les
plus belles couleurs pour
les. étoffes Se pour les
Dames.
J'ai eu plusieurs conversations
avce Mr le President
de S. Maurice,sur
cette matiere : il estoit
dans cette incertitude
censée,où l'on doitestreà
l'égard d'une science
obscure, quand on l'a
chargé de faire faire une
experience dans la Vallée
de Barcelonnette; il a eu
toutes les attentions possibles
pour n'estre point
surpris,&il a vû réellement
changer deux onces
de plomb en or,avecune
petite pincée de poudre;
on ne peut pas s'em pêcher
de faire attention à
cela, c'est toujours unsecret
curieux,il reste à sçavoir
s'ilserautile, &si les
frais de l'opérationn'excederont
pas le profit.
Puisque l'occasion s'en
presente, disons un mot
de Nicolas Flamel& de
son Livre Hieroglifïque,
dont on voit encore quelques
figures aux Charniers
S. Innocent ; tout le
monde sçait cela, mais il
faut bien grossirmon Livre
pour ceux qui veulent
de répaisseur.
Nicolas Flamel Ecrivain
& Habitant de Paris,
en 1599. demeurant
ruë des Ecrivains, prés
la ChapelleS. Jacques de
la Boucherie,acheta pour
deux florins à un Inventaire
un Livre doré fort
vieux,dont les feuillets é.
toient d'écorces d'arbres.
Il contenoit, dit Flamel,
•_
lui-même
, trois foissept
feuillets,leseptiéme desquels
estoit toujours sans
écriture, au lieu de laquelle
estoit peint au premierseptiéme
une Vierge
& des Serpents s'engloutißans,
au deuxième septiéme
une croix où estoit
ataché un Serpent, cr.
aux autres septieme JVtoientpeints
des deserts,
au milieu desquels couloient
desfontaines d'où
sortoient plusieursSerpents.
Au premier des feuillets
écrits efloit Abraham
Juif, Prince
,
Prestre
Levite, Astrologue &
Philofopbeala, Nation
des Juifs
, par l'ire de
Dieu dispersezaux Gaules
,
salut,D. apréscela
ilestoit plein de maledictions
aveccemotiiiaranatha
, contre tous ceux
qui le liroit, silrieflûiç
Sacrificateur; ou Scribe,
jecrois qu'il venoit des
Juifs quon avoitchassez,
deParis&c.
1 Au quatrièmefeuillet
estoit peint unjeunehomme
avec des aisles aux talons
, avec un Caducée
dont ilfrappoitun casque
qui lui couvroit la teste,
cestoit Mercure ; contre
lui venoit courant&volant
à asles ouvertes un
grand Vieillardqui avoit
sur sa teste une Horloge
attachée, & enses mains
unefaulx,dontilvouloit
trancher les pieds à Mer.
cure. A un autre feuilletétoit
sur lesommet d'une
Montagne,unePlanteà
tige bleue fleurs blanches
&rougesfeuilles luisantes
comme orfin,&des Dragons
& Griffons autour.
A un autrefeuillet un
Roy
Rozierfleuri appuyécontre
un Chênecreux &
une Fontaine d'eau blancheseprécipitant
dans des
abimes.
A cet autrefeuillet un
Royavecungrand coutelas,
quifaisoit tuerpar
ses Soldats, force petits
enfans
, & leurs meres
pleurant, & lesangdes
enfans estoit ramassêpar
d'autres Soldats, & mis
dans un grand Vaisseau
dans lequel le Soleil&lay
Lunesevenoient baigner.
Flamel,ditunautreHistorien
,
avoit une jeune
femme nomméePrenelle,
avec qui il s'afligeoitfort
de ne pouvoir trouver le
vrai sens des Figures du
Livre, qu'un Medecin
nomméMr Anseaume,
commença à lui débrouiller.
Flamelentrepritensuite
un pelerinage
,
Prunelle
fut tres-affligée de le voir
partir, mais illuipromit
de revenir avec le trésor
des trésors
, ce qui lui fit
suporterson absence patiament.
Sur laroutede
sonpelerinage , un Marcrand
de Boulogneluisit
connoistre un Medecin
Juif, nommê Canches,qui
acheva de l'instruire
, il
revint à Paris,oùsachere
Prenellefut tres-joyeuse
de lerevoir, &pourtant
sachée, ne le croyant pas
plus riche que quand il
il estoit parti; mais enfin
aprés quelques années de
travail il accomplit le
grand oeuvre le 17. Janvier
; l'an mil trois, cent
quatre-vingtdeux,enprésence
de Prenelle sa femme>
qui enpensa mourir
dejoye. -'
: Ce Livre se vend à Paris,
chez DANI EL JOLLET,
au bout du Pont S. Michel,
du costé du Marché Neuf,
au
Livre Royal.
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Résumé : Livres nouveaux, [titre d'après la table]
Le texte aborde l'alchimie et la quête de la Pierre Philosophale, une substance légendaire capable de transformer les métaux en or et de conférer l'immortalité. L'auteur affirme avoir accompli une œuvre parfaite avec le Mercure, un élément clé en alchimie, et déclare être devenu maître de l'esprit universel. Il discute de la controverse entourant la Pierre Philosophale, notant que certains livres la déclarent impossible tandis que d'autres soutiennent le contraire. Le texte explore également les principes de la nature et de la perfection, illustrés par les cycles de vie des végétaux et des animaux. L'auteur cite un manuscrit qui défend l'existence de la Pierre Philosophale et discute de la variabilité de la nature. Il conclut que la philosophie est un mélange de vérités et de visions. Le texte mentionne des expériences alchimiques, comme la transformation de plomb en or, et rend hommage à Nicolas Flamel, un alchimiste célèbre, en décrivant son livre hiéroglyphique et ses aventures. L'auteur recommande de croire en l'impossibilité de la Pierre Philosophale pour ceux qui n'ont pas d'argent à risquer, tout en encourageant les autres à explorer cette quête pour découvrir des secrets utiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 49-81
EXTRAIT d'un Discours, prononcé à l'Academie Royale des Sciences par M. de Reaumur, sur la formation & l'accroissement des coquilles des animaux, tant terrestres qu'aquatiques, soit de mer, soit de riviere.
Début :
L'auteur, aprés quelques remarques nouvelles & judicieuses, dit que jusques [...]
Mots clefs :
Animaux, Rivière, Mer, Académie royale des sciences, Coquilles, Limaçon, Variété, Liqueurs, Nature
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'un Discours, prononcé à l'Academie Royale des Sciences par M. de Reaumur, sur la formation & l'accroissement des coquilles des animaux, tant terrestres qu'aquatiques, soit de mer, soit de riviere.
EXTRAIT
d'un
Difcours , prononcé
à l'Academie
Royale
des Sciences
par M. de Reaumur,
fur la formation &
l'accroiffement
des coquilles
des animaux ,
tant terreftres quaquatiques,
foit de mer,
Joit de riviere.
auteur
aprés 5
quelques remarques
nouvelles & judicien
Fevrier 1711. E
so. MERCURE
fes , dit que jufques à
preſent , la curiofité des
hommes s'eft bornée à
ramaffer dans des cabinets
les coquilles les plus
rares , fans s attacher à
découvrir les caufes de
l'agréable varieté des
couleurs qui les font admirer
: il adjoufte que
n'ayant point trouve à
s'en inftruire dans les Livres
il a eftudié la nature
mefme. Il a raifon
de fe plaire à cette fonte
II
GALANT. st
d'eftude , car il a tant de
pénétration , que , pour
ainfi dire , il lit auffi facilement
dans la nature
que dans les livres , &
certains Livres des Philofophes
anciens font
plus obfcurs pour ceux
qui croyent les entendre,
que les fecrets de la Nature
ne le font pour M.
de Reaumur . Voici ce
qu'il dit fur la formation
& l'accroiffement des
Coquilles.
!
E ij
52 MERGURE
Quoy qu'il paroiffe naturel
d'expliquer d'abord
de quelle maniere les Coquilles
des animaux font
formées , avant de parler
de leur accroiflement , je
fuivray cependant icy un
ordre contraire.; &je commenceray
par expliquer de
quelle maniere elles croiffent
, ce qui a été plus aisé
à découvrir
par des experiences
, & ce qui ſuffira
pour faire connoiftre de
quelle maniere fe fait leur
formation , qui n'eft , pour
ainfi dire , que leur preGALANT.
53
F
mier degré d'accroiffement
.
Un corps peut croiſtre
de deux manieres differentes
, ou , pour parler felon
des idées plus diftinctes ,
les petites parties de matiere
qui viennent s'unir à
celles dont le corps eftoit
desja composé , & qui parla
augmentent fon eften .
due , peuvent luy eſtre ad
jouftées par deux differen
stes voyes : ou cés parties ne
s'attachent àcelles qui compofent
corps , qu'-
aprés avoir paffé au travers
ale
E iij
54 MERCURE
de ce corps mefme , y avoir
efté preparées , & en quelque
façon rendues propres
à occuper la place où elles
font conduites , & c'eſt ce
qu'on appelle ordinairement
croistre par vegetation ,
& dans l'Ecole croiftre par
intuЛfufception.
Ceft ainfi que la feve
monte dans les plantes par
divers petits canaux des
plantes mefmes , qui , aprés
l'avoir preparée en quelque
forte , la conduifent en dif
ferens endroits de la plante
où elle fe colle , & augGALANT.
TS
mente par confequent l'eftendue
de cette plante . C'eſt
ain qu'une certaine portion
du fang , ayant efté
conduite par les arteres
aux extremitez du corps de
Panimal , s'attache à fes
chairs & en augmente le
volume .
La feconde efpece d'accroiffement
eft lorsque les
parties , qui augmentent
l'eftendue d'un corps , lui
font appliquées fans avoir
receu aucune preparation
dans ce corps melme , &
c'est ce qu'onnomme croistre
E iiij
56 MERCURE
paroppofition , ou en termes
de l'Ecole par Juxtaposition
.
Toutes ces plantes artificieles
que nous devonsal'adrefle
des Chimiftes , croiffent
de cette maniere, comme
aufli les criftallifations
, les fels , & c.
L'Auteur , aprés avoir
fait plufieurs experien
ces fur differentes efpeces
de Coquillages de
mer & de riviere , choifit
les Limaçons de terre
comme plus propres &
plus commodes pour
GALANT. $7
ceux qui voudront furvre
& repeter les obfervations
qu'il a faites , &
fuppofe que l'accroiffement
de toutes les efpeces
de Coquilles fe font
à peu prés de la meſme
façon.
Lorfque le petit animal
qui remplifſoit exactement
la Coquille croift, il arrive
que cette mefme Coquille
n'a plus affez d'eftendue
pour le couvrir tout entier,
ou qu'une partie de la furface
du corps de l'animal fe
58 MERCURE
trouve nuë ; la partie qui
fe trouve ainfi dépouillée
de Coquille par l'accroiffement
de l'animal , eft tousjours
celle qui eft la plus
proche de l'ouverture de la
Coquille , car le corps de
T'animal peut feulement s'eftendre
de ce cofté-là .Tous
les animaux qui habitent
des Coquilles tournées en
fpirale , comme les Limaçons
, ne peuvent s'eſtendre
que du cofté de la tefte où
cft l'ouverture de la Coquille
, au lieu que les animaux
desCoquilles de deux
GALANT. 59
pieces , comme les Moules,
peuvent s'eftendre dans
tout leur contour . Or dans
toutes les efpeces un Coquillage
, c'eft cette meſme
partie du corps
de l'animal
qui fait croiftre la Coquille.
Voicy la Mecanique fur
daquelle cet accroiffement
eft fondé.
C'eft un effet neceffaire
des loix du mouvement
quand les liqueurs coulent
dans des canaux , que les
petites parties de ces liqueurs
, ou les petits corps
eftrangers meflés parmi el60
MERCURE
les , qui à cauſe de leur frgure
ou leur peu de folidité
par rapport à leur furface ,
fe meuvent moins vifte que
les autres , s'éloignent du
centre de leur mouvement,
ou qu'ils fe placent proche
des parois de ces canaux. Il
arrive mefme fouvent que
ces petites parties s'attachent
à la furface interieure
de ces canaux, lors qu'el
les font affez vifqueufes
pour cela. Les canaux qui
conduifent de l'eau à des refervoirs
, nous en fourniffent
des exemples , on voit
CALANT. GI
ordinairement lorsqu'on
les ouvre , leur furface interieure
couverte d'une petite
croute d'une matiere vifqueuſe
; on remarque mefme
que ceux , dans lesquels
paffent certaines eaux , ont
une croute pierreuſe . Il eſt
de plus certain que les liqueurs
, qui coulent dans
ces canaux , pouffent leurs
parois de tous coltés , ou ,
ce qui eft la mefme choſe ,
qu'elles pouffent les petites
parties pierreufes & vifqueufes
des croutes.dont
nous venons de parler con
62 MERCURE
1
tre les parois; de forte que fr
ces canaux eftoient percés
comme des cribles , d'une
infinité de petits trous de
figure propre à donner feulement
paffage à ces petits
corps vifqueux & pierreux;") ;
ils s'échaperoient
des ca
naux, & iroient fe placer fur
leur ſurface exterieure
, oup
ils formeroient
la meſme
croute que l'on voit fur leur
furface interieure
, avec
畲
cette feule difference , que
cette croute pourroit deve
nir beaucoup plus folide &
mefme plus épaiffe , eftant
GALANTA 63.
moins exposée au frotter
ment de la liqueur que cel
le qui le forme dans l'inter
rieur du tuyau .
2
L'accroitlement des Coquilles
eft l'ouvrage d'une
femblable Mechanique ; la
furface exterieure de la por
tion du corps de l'animal
qui s'est trop eftenduë pour !
eſtre couverte par l'ancien
ne Coquille , eft remplic
d'un nombre prodigieux de
canaux dans lefquels circu
lent les liqueurs neceffaires
à la nutricion de l'animal;
beaucoup de petites par
61 MERCURE
ties de matiere vifqueuſe &
pierreuſe font meflées parmy
ces liqueurs,mais comme
ces petites parties font
moins fluides que celles qui
compofent les liqueurs
avec lesquelles elles coulent
, elles fe trouvent les
plus proches des parties de
ces vaiffeaux , qui eſtanp
remplis d'une infinité de
pores du cofté de la furface
exterieure du corps de l'a
nimal , propres à leur donner
paffage . Ces petites parties
de matiere pierreuſes
& vifqueufes s'échapent ai
sément
GALANT. 65
sément des canaux qui les
contenoient , car elles font
continuellement pouffées
contre leur parois par la li
queur qui les remplit , &
vont fe placer contre la furface
exterieure de ces ca
naux, ou p ouplaſtoſt ſur tolites
celles du corps de l'animal ,
qui n'eft point couverte par
la Coquille , où elles arri
vent avec d'autant plus de
facilité , que tous les pores
leur donnent une libre for
tie, au lieu que pluſieurs de
ces pores peuvengeſtre bout
chés fur le reste du corps
Fevrier 1711.
F
66 MERCURE
par la Coquille dont il eſt
revetu . Les petites parties
fufdites eftant arrivées à la
derniere furface du corps
de l'animal , s'attachent aisément
les unes aux autres,
& à l'extremité de la Coquille
, fur tout lorfque ce
qu'il y avoit de plus fubtil
parmy elles s'eft évaporé
& alors elles compofent
toutes enſemble sun petit
corps ſolide qui eft la
pre
miere couche du nouveau
morceau de Coquille.
D'autres petites parties de
matiere femblable à celle
GALANT 67
de la premiere couche
dont la liqueur qui circule
dans les vaiffeaux fournit
abondemment
, s'échappe
de ces vailleaux par la mefme
Mechanique , car on he
doit pas craindre que la
premiere couche ait bouché
tous les pores , & elles
forment une feconde couche
decoquille ; il s'en forme
de la meſme maniere
une troifiéme , & ainſi dẹ
fuite , jufqu'à ce que la
nouvelle coquille ait une
certaine épaiffeur , r
ordinairement beaucoup
2
mais
Fij
68 MERCURE
2
moindre que celle de l'ancienne
, lorfque l'accroiflement
de l'animal donne
l'origine à un autre nouveau
morceau de coquille .
C'eft aux experiences
) que taux
je vais rapporter à faire
voir fijay veritablement
décrit la maniere dont la
nature agit.
M. de
Reaumur prou
ve ce qu'il a avancé par
des experiences
qu'il feroit
trop long de rapporter
icy , en voici feulement
une.
1
GALANT. 69.
J'ay caffe plufieurs CoquillesdeLimaçon
de deux
manieres differentes . Premierement
j'ay fait un alfez
grandtrou aux deux extremitez
de la Coquille ,
c'eſt- à- dire entre la pointe
& fon ouverture ; aprés
quoy j'ay fair couler par
ce trou entre le Limaçon
& fa Coquille un morceau
de Canepin , c'eft avec cet ,
te peau qu'on fait les Gands
qu'on nommé Gands de Poule
. Cette peau eftoit trésmince
mais d'une tiffure
trés-ferrée , j'ay colé cette
70 MERCURE
peau
à la furface interieure
de la Coquille , de maniere
qu'elle bouchoit affez exa
&tement le trou que je luy
avois fait , c'eſt-à-dire que
je l'ay colée entre la Coquille
& le corps de l'ani-.
mal, Or il eft évident que
fi la Coquille ne fe formoit
pas d'une liqueur qui fort
immediatement du corps
de l'animal , mais de celle
qui palle au travers de la
Coquille , il auroit dû ſe
former un morceau de coquille
fur la partie exterieure
de la peau de Gand,
GALANT. 71
& qu'il n'eftoit pas poffi
ble qu'il s'en formaſt entre
le corps de l'animal & certe
peau . Le contraire eft ce
pendant tousjours arrivé ;
le cofté de la peau qui touchoit
le corps de l'animal
s'eft couvert de coquilles
& il ne s'est rien formé fur
la furface exterieure , &c .
* C'est une fuite neceſſaire
de la maniere dont nous
venons de voir que les coquilles
de Limaçons croif
fent qu'elles ne deviennent
plus grandes que par l'aug
mentation du nombre de
72 MERCURE
leurs tours de fpirale , &
que la largeur de chaque
tour de la coquille formée
refte tousjours la meſme ;
c'eft auffi une verité de la.
quelle il eft aisé de fe convaincre
, & filon. reduit la
a
çoquille d'un Limaçon qui
eft parvenue à fon dernier
degré d'accroiffement au
mefme nombre de tours
que celle d'un petit Limaçon
de la mefme efpece
ces deux coquilles paroiffent
alors de mefme grandeur
. J'ay comparé plufieurs
fois des coquilles de
Limaçons
GALANT. 7
Limaçons qui ne faifoient
qu'éclorre , ou mefme que
j'avois tirées de leurs oeufs
avant qu'ils fuffent éclos ,
avec d'autres Coquilles des
plus gros Limaçons de la
mefme efpece , aufquels je
ne, laiffois que le mefme
nombre de tours de fpirale
qu'avoient ces petites Coquilles
, & alors elles paroiffoient
égales. Au reſte
le nombre de ces tours augmente
confiderablement la
grandeur de la Coquille
des Limaçons , & un tour
plus ou moins fait une
Fevrier 1711 .
G
74 MERCURE
grande difference , car le
diametre de chaque tour
de fpirale , ou la plus gran
de largeur eft à peu près
double de celuy qui l'a
précedé , & la moitié de
celuy qui la fuit . Tout ce
que nous avons dit jufqu'icy
de l'accroiffement
des Coquilles nous exempte
d'entrer dans le détail
de leur formation ; car
on conçoit aisément que
lorfque le corps d'un petit
Embrion qui doit un
jour remplir une groffeCoquille
, cft par parvenu 2 un
GALANT. 75
certain état dans lequel les
diverſes peaux qui l'enveloppent
ont affez de confiftance
pour laiffer efchapleurs
per par pores la foule
liqueur propre à former la
Coquille , on conçoit , disje
, que cette liqueur va fe
placer fur ces peaux ,qu'elle
s'y épaiffit , s'y fige , & y
commence la formation
de la Coquille de la mefme
maniere qu'elle continuë
fon accroiffement . Les Limaçons
ne fortent point de
leurs oeufs fans eft re revefrus
de cette Coquille , qui
Gij
76 MERCURE
1
>
a alors un tour de fpire &
un peu plus...
Il me reste à éclaircir
deux difficultez qui pourroient
paroiftre confiderables
. La premiere naift naturellement
des experiences
que j'ay ranportées,
Voicy en quoy lle confif
te . Le nouveau morceau de
Coquille qui fe forme pour
boucher le trou qu'on a
fait à la coquille du Limaçon
, eft ordinairement de
couleur blanchaftre , & par
confequent tres- different
de celle du refte de la coGALANT
. 77
quille d'où il femble qu'il
doit eftre d'une differente
tiffure , & on en pourroit
conclure avec quelque apparence
qu'il n'eft pas formé
de la mefme maniere
que le reſte de la coquille ;
ainfi les experiences précedentes
ne decideroient rien
pour leur accroiffement or
dinaire, Pour répondre à
cette objection , il eft ne
ceffaire d'expliquer d'où
naift la reguliere varieté
des couleurs de certainos
coquilles . Les mefmes experiences
qui en fourniront
Giij
+8 MERCURE
la caufe , ferviront à diffiper
entierement cette difficulté
....
Il ne paroift qu'une feule
maniere vray-femblable de
rendre raifon de la varieté
de ces couleurs dans le fif
tefme que nous avons eftabli
de l'accroiffement des
Coquilles par Juxtaposition :
car ayant regardé la peau
de l'animal comme une ef
pece de crible , qui donne
paffage aux particules qui
fervent à former laCoquille
; il eft clair que , fi l'on
conçoit que cette peau eft
GALANT . 72
differemmentpercée en divers
endroits , ou , ce qui
revient au meſme , qu'elle
eſt composée de differents
cribles , dont les uns ! laiffent
paffer des petites parties
differentes en figure
op d'une nature differente
de celles qui paffent par les
autres , & ferment le paffage
à celles cy : il arrivera
que ces petites parties de figure
ou de nature differente
, feront propres à former
corps qui reflechiront
differemment la lumiere ,
c'est-à-dire , qu'elles fordes
G iiij
30 MERCURE
meront des morceaux de
Coqui le de diverfes couleurs...
M. de Reaumur explique
enfuite la varieté
de ces couleurs , par la
varieté des trous des cribles
par où paffent ces
petites parties propres à
reflechir differemment.
la lumiere. Il explique
enfin par les formes &
par les mouvements differents
de l'animal , les
figures , canelures , gra-
X
GALANT. 81
vûres , &c. qui font admirer
les Coquilles les
plus rares. En un mot il
nous fait voir auffi clairement
la mechanique
de ces petits chef- d'oeuvres
de ſculpture & de
peinture , que fi la nature
les travailloit à nos
yeux avec le pinceau du
Peintre , & le cifeau du
Sculpteur.
d'un
Difcours , prononcé
à l'Academie
Royale
des Sciences
par M. de Reaumur,
fur la formation &
l'accroiffement
des coquilles
des animaux ,
tant terreftres quaquatiques,
foit de mer,
Joit de riviere.
auteur
aprés 5
quelques remarques
nouvelles & judicien
Fevrier 1711. E
so. MERCURE
fes , dit que jufques à
preſent , la curiofité des
hommes s'eft bornée à
ramaffer dans des cabinets
les coquilles les plus
rares , fans s attacher à
découvrir les caufes de
l'agréable varieté des
couleurs qui les font admirer
: il adjoufte que
n'ayant point trouve à
s'en inftruire dans les Livres
il a eftudié la nature
mefme. Il a raifon
de fe plaire à cette fonte
II
GALANT. st
d'eftude , car il a tant de
pénétration , que , pour
ainfi dire , il lit auffi facilement
dans la nature
que dans les livres , &
certains Livres des Philofophes
anciens font
plus obfcurs pour ceux
qui croyent les entendre,
que les fecrets de la Nature
ne le font pour M.
de Reaumur . Voici ce
qu'il dit fur la formation
& l'accroiffement des
Coquilles.
!
E ij
52 MERGURE
Quoy qu'il paroiffe naturel
d'expliquer d'abord
de quelle maniere les Coquilles
des animaux font
formées , avant de parler
de leur accroiflement , je
fuivray cependant icy un
ordre contraire.; &je commenceray
par expliquer de
quelle maniere elles croiffent
, ce qui a été plus aisé
à découvrir
par des experiences
, & ce qui ſuffira
pour faire connoiftre de
quelle maniere fe fait leur
formation , qui n'eft , pour
ainfi dire , que leur preGALANT.
53
F
mier degré d'accroiffement
.
Un corps peut croiſtre
de deux manieres differentes
, ou , pour parler felon
des idées plus diftinctes ,
les petites parties de matiere
qui viennent s'unir à
celles dont le corps eftoit
desja composé , & qui parla
augmentent fon eften .
due , peuvent luy eſtre ad
jouftées par deux differen
stes voyes : ou cés parties ne
s'attachent àcelles qui compofent
corps , qu'-
aprés avoir paffé au travers
ale
E iij
54 MERCURE
de ce corps mefme , y avoir
efté preparées , & en quelque
façon rendues propres
à occuper la place où elles
font conduites , & c'eſt ce
qu'on appelle ordinairement
croistre par vegetation ,
& dans l'Ecole croiftre par
intuЛfufception.
Ceft ainfi que la feve
monte dans les plantes par
divers petits canaux des
plantes mefmes , qui , aprés
l'avoir preparée en quelque
forte , la conduifent en dif
ferens endroits de la plante
où elle fe colle , & augGALANT.
TS
mente par confequent l'eftendue
de cette plante . C'eſt
ain qu'une certaine portion
du fang , ayant efté
conduite par les arteres
aux extremitez du corps de
Panimal , s'attache à fes
chairs & en augmente le
volume .
La feconde efpece d'accroiffement
eft lorsque les
parties , qui augmentent
l'eftendue d'un corps , lui
font appliquées fans avoir
receu aucune preparation
dans ce corps melme , &
c'est ce qu'onnomme croistre
E iiij
56 MERCURE
paroppofition , ou en termes
de l'Ecole par Juxtaposition
.
Toutes ces plantes artificieles
que nous devonsal'adrefle
des Chimiftes , croiffent
de cette maniere, comme
aufli les criftallifations
, les fels , & c.
L'Auteur , aprés avoir
fait plufieurs experien
ces fur differentes efpeces
de Coquillages de
mer & de riviere , choifit
les Limaçons de terre
comme plus propres &
plus commodes pour
GALANT. $7
ceux qui voudront furvre
& repeter les obfervations
qu'il a faites , &
fuppofe que l'accroiffement
de toutes les efpeces
de Coquilles fe font
à peu prés de la meſme
façon.
Lorfque le petit animal
qui remplifſoit exactement
la Coquille croift, il arrive
que cette mefme Coquille
n'a plus affez d'eftendue
pour le couvrir tout entier,
ou qu'une partie de la furface
du corps de l'animal fe
58 MERCURE
trouve nuë ; la partie qui
fe trouve ainfi dépouillée
de Coquille par l'accroiffement
de l'animal , eft tousjours
celle qui eft la plus
proche de l'ouverture de la
Coquille , car le corps de
T'animal peut feulement s'eftendre
de ce cofté-là .Tous
les animaux qui habitent
des Coquilles tournées en
fpirale , comme les Limaçons
, ne peuvent s'eſtendre
que du cofté de la tefte où
cft l'ouverture de la Coquille
, au lieu que les animaux
desCoquilles de deux
GALANT. 59
pieces , comme les Moules,
peuvent s'eftendre dans
tout leur contour . Or dans
toutes les efpeces un Coquillage
, c'eft cette meſme
partie du corps
de l'animal
qui fait croiftre la Coquille.
Voicy la Mecanique fur
daquelle cet accroiffement
eft fondé.
C'eft un effet neceffaire
des loix du mouvement
quand les liqueurs coulent
dans des canaux , que les
petites parties de ces liqueurs
, ou les petits corps
eftrangers meflés parmi el60
MERCURE
les , qui à cauſe de leur frgure
ou leur peu de folidité
par rapport à leur furface ,
fe meuvent moins vifte que
les autres , s'éloignent du
centre de leur mouvement,
ou qu'ils fe placent proche
des parois de ces canaux. Il
arrive mefme fouvent que
ces petites parties s'attachent
à la furface interieure
de ces canaux, lors qu'el
les font affez vifqueufes
pour cela. Les canaux qui
conduifent de l'eau à des refervoirs
, nous en fourniffent
des exemples , on voit
CALANT. GI
ordinairement lorsqu'on
les ouvre , leur furface interieure
couverte d'une petite
croute d'une matiere vifqueuſe
; on remarque mefme
que ceux , dans lesquels
paffent certaines eaux , ont
une croute pierreuſe . Il eſt
de plus certain que les liqueurs
, qui coulent dans
ces canaux , pouffent leurs
parois de tous coltés , ou ,
ce qui eft la mefme choſe ,
qu'elles pouffent les petites
parties pierreufes & vifqueufes
des croutes.dont
nous venons de parler con
62 MERCURE
1
tre les parois; de forte que fr
ces canaux eftoient percés
comme des cribles , d'une
infinité de petits trous de
figure propre à donner feulement
paffage à ces petits
corps vifqueux & pierreux;") ;
ils s'échaperoient
des ca
naux, & iroient fe placer fur
leur ſurface exterieure
, oup
ils formeroient
la meſme
croute que l'on voit fur leur
furface interieure
, avec
畲
cette feule difference , que
cette croute pourroit deve
nir beaucoup plus folide &
mefme plus épaiffe , eftant
GALANTA 63.
moins exposée au frotter
ment de la liqueur que cel
le qui le forme dans l'inter
rieur du tuyau .
2
L'accroitlement des Coquilles
eft l'ouvrage d'une
femblable Mechanique ; la
furface exterieure de la por
tion du corps de l'animal
qui s'est trop eftenduë pour !
eſtre couverte par l'ancien
ne Coquille , eft remplic
d'un nombre prodigieux de
canaux dans lefquels circu
lent les liqueurs neceffaires
à la nutricion de l'animal;
beaucoup de petites par
61 MERCURE
ties de matiere vifqueuſe &
pierreuſe font meflées parmy
ces liqueurs,mais comme
ces petites parties font
moins fluides que celles qui
compofent les liqueurs
avec lesquelles elles coulent
, elles fe trouvent les
plus proches des parties de
ces vaiffeaux , qui eſtanp
remplis d'une infinité de
pores du cofté de la furface
exterieure du corps de l'a
nimal , propres à leur donner
paffage . Ces petites parties
de matiere pierreuſes
& vifqueufes s'échapent ai
sément
GALANT. 65
sément des canaux qui les
contenoient , car elles font
continuellement pouffées
contre leur parois par la li
queur qui les remplit , &
vont fe placer contre la furface
exterieure de ces ca
naux, ou p ouplaſtoſt ſur tolites
celles du corps de l'animal ,
qui n'eft point couverte par
la Coquille , où elles arri
vent avec d'autant plus de
facilité , que tous les pores
leur donnent une libre for
tie, au lieu que pluſieurs de
ces pores peuvengeſtre bout
chés fur le reste du corps
Fevrier 1711.
F
66 MERCURE
par la Coquille dont il eſt
revetu . Les petites parties
fufdites eftant arrivées à la
derniere furface du corps
de l'animal , s'attachent aisément
les unes aux autres,
& à l'extremité de la Coquille
, fur tout lorfque ce
qu'il y avoit de plus fubtil
parmy elles s'eft évaporé
& alors elles compofent
toutes enſemble sun petit
corps ſolide qui eft la
pre
miere couche du nouveau
morceau de Coquille.
D'autres petites parties de
matiere femblable à celle
GALANT 67
de la premiere couche
dont la liqueur qui circule
dans les vaiffeaux fournit
abondemment
, s'échappe
de ces vailleaux par la mefme
Mechanique , car on he
doit pas craindre que la
premiere couche ait bouché
tous les pores , & elles
forment une feconde couche
decoquille ; il s'en forme
de la meſme maniere
une troifiéme , & ainſi dẹ
fuite , jufqu'à ce que la
nouvelle coquille ait une
certaine épaiffeur , r
ordinairement beaucoup
2
mais
Fij
68 MERCURE
2
moindre que celle de l'ancienne
, lorfque l'accroiflement
de l'animal donne
l'origine à un autre nouveau
morceau de coquille .
C'eft aux experiences
) que taux
je vais rapporter à faire
voir fijay veritablement
décrit la maniere dont la
nature agit.
M. de
Reaumur prou
ve ce qu'il a avancé par
des experiences
qu'il feroit
trop long de rapporter
icy , en voici feulement
une.
1
GALANT. 69.
J'ay caffe plufieurs CoquillesdeLimaçon
de deux
manieres differentes . Premierement
j'ay fait un alfez
grandtrou aux deux extremitez
de la Coquille ,
c'eſt- à- dire entre la pointe
& fon ouverture ; aprés
quoy j'ay fair couler par
ce trou entre le Limaçon
& fa Coquille un morceau
de Canepin , c'eft avec cet ,
te peau qu'on fait les Gands
qu'on nommé Gands de Poule
. Cette peau eftoit trésmince
mais d'une tiffure
trés-ferrée , j'ay colé cette
70 MERCURE
peau
à la furface interieure
de la Coquille , de maniere
qu'elle bouchoit affez exa
&tement le trou que je luy
avois fait , c'eſt-à-dire que
je l'ay colée entre la Coquille
& le corps de l'ani-.
mal, Or il eft évident que
fi la Coquille ne fe formoit
pas d'une liqueur qui fort
immediatement du corps
de l'animal , mais de celle
qui palle au travers de la
Coquille , il auroit dû ſe
former un morceau de coquille
fur la partie exterieure
de la peau de Gand,
GALANT. 71
& qu'il n'eftoit pas poffi
ble qu'il s'en formaſt entre
le corps de l'animal & certe
peau . Le contraire eft ce
pendant tousjours arrivé ;
le cofté de la peau qui touchoit
le corps de l'animal
s'eft couvert de coquilles
& il ne s'est rien formé fur
la furface exterieure , &c .
* C'est une fuite neceſſaire
de la maniere dont nous
venons de voir que les coquilles
de Limaçons croif
fent qu'elles ne deviennent
plus grandes que par l'aug
mentation du nombre de
72 MERCURE
leurs tours de fpirale , &
que la largeur de chaque
tour de la coquille formée
refte tousjours la meſme ;
c'eft auffi une verité de la.
quelle il eft aisé de fe convaincre
, & filon. reduit la
a
çoquille d'un Limaçon qui
eft parvenue à fon dernier
degré d'accroiffement au
mefme nombre de tours
que celle d'un petit Limaçon
de la mefme efpece
ces deux coquilles paroiffent
alors de mefme grandeur
. J'ay comparé plufieurs
fois des coquilles de
Limaçons
GALANT. 7
Limaçons qui ne faifoient
qu'éclorre , ou mefme que
j'avois tirées de leurs oeufs
avant qu'ils fuffent éclos ,
avec d'autres Coquilles des
plus gros Limaçons de la
mefme efpece , aufquels je
ne, laiffois que le mefme
nombre de tours de fpirale
qu'avoient ces petites Coquilles
, & alors elles paroiffoient
égales. Au reſte
le nombre de ces tours augmente
confiderablement la
grandeur de la Coquille
des Limaçons , & un tour
plus ou moins fait une
Fevrier 1711 .
G
74 MERCURE
grande difference , car le
diametre de chaque tour
de fpirale , ou la plus gran
de largeur eft à peu près
double de celuy qui l'a
précedé , & la moitié de
celuy qui la fuit . Tout ce
que nous avons dit jufqu'icy
de l'accroiffement
des Coquilles nous exempte
d'entrer dans le détail
de leur formation ; car
on conçoit aisément que
lorfque le corps d'un petit
Embrion qui doit un
jour remplir une groffeCoquille
, cft par parvenu 2 un
GALANT. 75
certain état dans lequel les
diverſes peaux qui l'enveloppent
ont affez de confiftance
pour laiffer efchapleurs
per par pores la foule
liqueur propre à former la
Coquille , on conçoit , disje
, que cette liqueur va fe
placer fur ces peaux ,qu'elle
s'y épaiffit , s'y fige , & y
commence la formation
de la Coquille de la mefme
maniere qu'elle continuë
fon accroiffement . Les Limaçons
ne fortent point de
leurs oeufs fans eft re revefrus
de cette Coquille , qui
Gij
76 MERCURE
1
>
a alors un tour de fpire &
un peu plus...
Il me reste à éclaircir
deux difficultez qui pourroient
paroiftre confiderables
. La premiere naift naturellement
des experiences
que j'ay ranportées,
Voicy en quoy lle confif
te . Le nouveau morceau de
Coquille qui fe forme pour
boucher le trou qu'on a
fait à la coquille du Limaçon
, eft ordinairement de
couleur blanchaftre , & par
confequent tres- different
de celle du refte de la coGALANT
. 77
quille d'où il femble qu'il
doit eftre d'une differente
tiffure , & on en pourroit
conclure avec quelque apparence
qu'il n'eft pas formé
de la mefme maniere
que le reſte de la coquille ;
ainfi les experiences précedentes
ne decideroient rien
pour leur accroiffement or
dinaire, Pour répondre à
cette objection , il eft ne
ceffaire d'expliquer d'où
naift la reguliere varieté
des couleurs de certainos
coquilles . Les mefmes experiences
qui en fourniront
Giij
+8 MERCURE
la caufe , ferviront à diffiper
entierement cette difficulté
....
Il ne paroift qu'une feule
maniere vray-femblable de
rendre raifon de la varieté
de ces couleurs dans le fif
tefme que nous avons eftabli
de l'accroiffement des
Coquilles par Juxtaposition :
car ayant regardé la peau
de l'animal comme une ef
pece de crible , qui donne
paffage aux particules qui
fervent à former laCoquille
; il eft clair que , fi l'on
conçoit que cette peau eft
GALANT . 72
differemmentpercée en divers
endroits , ou , ce qui
revient au meſme , qu'elle
eſt composée de differents
cribles , dont les uns ! laiffent
paffer des petites parties
differentes en figure
op d'une nature differente
de celles qui paffent par les
autres , & ferment le paffage
à celles cy : il arrivera
que ces petites parties de figure
ou de nature differente
, feront propres à former
corps qui reflechiront
differemment la lumiere ,
c'est-à-dire , qu'elles fordes
G iiij
30 MERCURE
meront des morceaux de
Coqui le de diverfes couleurs...
M. de Reaumur explique
enfuite la varieté
de ces couleurs , par la
varieté des trous des cribles
par où paffent ces
petites parties propres à
reflechir differemment.
la lumiere. Il explique
enfin par les formes &
par les mouvements differents
de l'animal , les
figures , canelures , gra-
X
GALANT. 81
vûres , &c. qui font admirer
les Coquilles les
plus rares. En un mot il
nous fait voir auffi clairement
la mechanique
de ces petits chef- d'oeuvres
de ſculpture & de
peinture , que fi la nature
les travailloit à nos
yeux avec le pinceau du
Peintre , & le cifeau du
Sculpteur.
Fermer
Résumé : EXTRAIT d'un Discours, prononcé à l'Academie Royale des Sciences par M. de Reaumur, sur la formation & l'accroissement des coquilles des animaux, tant terrestres qu'aquatiques, soit de mer, soit de riviere.
En février 1711, M. de Reaumur a présenté un discours à l'Académie Royale des Sciences sur la formation et l'accroissement des coquilles des animaux terrestres et aquatiques. Il a souligné que, jusqu'alors, les hommes s'étaient contentés de collectionner les coquilles les plus rares sans chercher à comprendre les causes de la variété de leurs couleurs. Reaumur a donc étudié la nature pour expliquer ces phénomènes. Dans son discours, Reaumur a distingué deux types de croissance des coquilles : par végétation (ou intussusception) et par juxtaposition. La croissance par végétation implique que les petites parties de matière se préparent à l'intérieur du corps avant de s'y ajouter, comme la sève dans les plantes ou le sang dans les animaux. La croissance par juxtaposition se produit lorsque les parties s'ajoutent sans préparation préalable, comme dans les cristallisations ou les fels. Reaumur a choisi d'étudier les limaçons de terre pour leurs observations, car ils sont plus faciles à observer. Il a expliqué que lorsque l'animal grandit, la coquille ne peut plus le couvrir entièrement, laissant une partie de son corps nue. Cette partie nue est toujours proche de l'ouverture de la coquille. Les animaux à coquilles spiralées, comme les limaçons, ne peuvent s'étendre que du côté de la tête, tandis que ceux à coquilles en deux parties, comme les moules, peuvent s'étendre dans tout leur contour. L'accroissement des coquilles est dû à une mécanique similaire à celle des canaux conduisant l'eau. Les petites parties de matière, moins fluides, se déplacent vers les parois des canaux et s'y attachent, formant une croûte. De même, chez les animaux, les liquides circulent dans des canaux et déposent des particules qui forment la nouvelle coquille. Reaumur a mené des expériences pour prouver ses observations, comme celle où il a inséré une peau de canepin dans une coquille de limaçon pour observer la formation de la nouvelle coquille. Il a également noté que les coquilles des limaçons augmentent en taille par l'ajout de tours de spirale, mais que la largeur de chaque tour reste constante. Pour expliquer la variété des couleurs des coquilles, Reaumur a proposé que la peau de l'animal agit comme un crible qui laisse passer des particules formant la coquille. Si cette peau est percée différemment en divers endroits ou composée de différents cribles, les particules passant à travers ces cribles auront des formes ou des natures différentes. Ces particules formeront des corps réfléchissant la lumière de manière différente, créant ainsi des morceaux de coquille de diverses couleurs. Reaumur a également attribué les figures, canelures, gravures et autres caractéristiques des coquilles les plus rares aux formes et mouvements différents de l'animal. Il a conclu que ses observations et expériences confirment sa théorie sur l'accroissement des coquilles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 39-52
« L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
Début :
L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...]
Mots clefs :
Huile, Sang, Liqueurs, Vaisseaux, Sécrétion, Corps, Médecine, Animaux, Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
L'Assemblée publique de
l'Academie Royale des
Sciencesqui se devoit tenir
le Mercredy i;c Avril, ne
se tint point & fut remise au
Mercredy 22e. Elle sur ouverte
par l'Eloge que Mr de
Fontenellefit deMr Guilelmini
Associé étranger de
cette Academie, & mort
depuis peu.
MrMarchand lut ensuite
quelques observations qu'il
avoit faites sur la nature des
Plantes & sur quelques unes
de leurs parties cachées.
Mr de Reaumur traita
ensuite des différentes manieres
dont plusieurs animaux
de mer s'attachent
au sable, aux pierres, ou les
uns aux autres.
Enfin Mr Vinflon Medecin
de la Faculté de Paris
,
reçu depuis peu à l'Academieen
qualitéd'Anatomiste
, satisfità l'obligation où
sont les nouveaux Academiciens
de payer leur bienvenuë
dans une Assemblée
publique, par un Discours
qu'illut touchant la maniere
dont se fait la secretion
dans les glandes des animaux.
Il ex posad'abord ce qu'il
entendoit par fecrction
,
il dit, que le corps humain
estoit arrosé par un grand
nombrede différentes liqueurs
outre le fang, que
la pluspart de ces liqueurs
prenoient leur origine du
sang, quelle s'en separoient
dans des organes particuliers
qu'on nommoit Glandes;
& que cette separation ou
cribration des liqueurs d'avec
le fang se nommoic
Secretion.
Il exposa les differents
sentiments des Philosophes
touchant la maniere donc
se faisoit cette secretion ;
& aprés avoir rejetté les
Facul rez des Anciens les,
ferments,& la configuration
des pores des modernes
,
il dit, que ceux ,
qui
avoient le mieux raisonné
sur cela, estoient quelques
uns des modernes, qui
avoient comparé les secretions
dans les glandes, aux
philtrations des Chymistes,
il rapporta sur cela deux
experiences des Chymistes,
La premiere qu'ayant une
fois imbibé un papier broüillard
d'eau ou d'huile, si
l'on ver se sur ce papier un
mélange d'huile & d'eau
,
il ne pane au travers du papier
que celle des deux liqueurs
dont il a estéimbibé,
l'autre demeurant dessus.
La seconde que si on met
dans un vase de l'huile & de
l'eau meslées ensemble
,
si
l'on trempe des méches de
cotton, ou des languetres
de drap les unes dans l'huile
& les autres dans l'eau
que l'on place ces méches
ou languettes sur le bord'
du vaisseau en maniere de
siphon
,
ensorte qu'un de
leurs bouts trempe dans la
liqueur & l'autre pende
dehors, celles qui seront
imbibées d'huile distilleront
de l'hüile,& celles qui seront
imbibées d'eau ne disstilleront
que de l'eau.
Fondésur ces ex periences
il établit avec les nouveaux
Philosophes uneimbibition
pour catife de la secretion.
Ce sentiment n'avoit esté
jusquesicy qu'une fuppofirion
donc on s'estoit conten.
té faute de mieux; mais
comme un Philosophe &
surtout un Philosophe Medecin
ne doit pas se contenter
de simples con jectures
dans une affaire aussi importante
que celles des [cerc.
tions pour toute l'oeconomie
animale &pour les
consequences que l'on en
peut tirer dans la pratique
de la Medecine, Mr
Vinslon a cherché dans la
nature même la verité, il
a parcouru toutes les glandes
du corps humain, &
celles du corps de differents
animaux, & enfin après une
longue recherche il a reconnu
que les glandes estoient
des pelotons de vaisseaux,
qu'il nomme Secretoires
,
à
cause de leur usage
, que
ces vaisseaux sont remplis
d'une espece de velouté
ou duvet,- capable defaire
le même effet que le
tissu filamenteux du drap,
du cotton, ou du papier,
&ila promis dele faire voir
dans toutes les glandes du
corps de l'homme ou des
animaux.
Il dit que le sang est porté
par les arteres dans les glandes
, que l'artere se divise
en une infinité de petits
rameaux d'une extrême si..
nesse qui se recourbent en.
fuite & se reünissent pour
sortir des glandes fous le
nom de veines, que c'est
dans cescourbures que s'abouchent
ces vaisseaux fccretoires,
qui le reünissent
aussi en un seul canal qu'il
nomme Excretoire
, parce
qu'il porte hors de la glande
le suc qui s'y est philtré. Ces
glandes ou vaisseaux secretoiresont,
dit-il,esté imbibez
dés la premicre conformation
du foetus, des liqueursqu'elles
devoientphiltrer,
en sorte que le fang qui
arrive par l'artere se divifc
infiniment dans tous ces
petits rameaux;de maniere
que ses molecules font obligées
en quel ques maniere
de défiler une à une dans
leur
leurscourbures
,
où les
molecules qui sont de la
nature de celles des canaux
secretoires sont imbibez,
entrent dans ces canaux.
pendant que les autres pasfant
par dessus sans sy mesler,
roulent jufqucs dans les
veines.
Mr Vinslon dit qu'illaissoitaux
Physiciens à rendre
raison de ce fait,aussibien
que de la philtration des
Chymistes,& qu'il secontentoit
d'avoir reconnu la
verité sans en chercher la
raison.
Le temps ne luy permit
pas d'expliquerbeaucoup de
choses par rapport aux secretions,
par exemple, quel
est l'usage des nerfs&des
vaisseauxlymphatiques des
glandes, qu'elle doit estre
la disposition du sangpour
les differentes secretions , &c. ce qu'il doit donner
dans des Mémoires particu-,
liers.
Mr Vinslonest originairement
Danois. & parent- dvi;
fameux Mr Renon
,
il,
avoit esté élevé dansla Religion
de son Pays. Le Roy
de Dannemarck l'avoit envoyé
en France pour s'y
induire dans toutes les
parties de la Medecine; Il
luy payoit icy ses pensions,
1" & luy avoit promis de luy
donner ensuite une Chaire
de Professeur à Copenhague
Le hazardl'ayant fait connoisstre
de feu Mr l'Evêque
[de Meaux qui reconnut dans ce jeune homme un grand
» fonds de bonnes moeurs &
de Religion,cePrelatentreprit
de le convertir ; ce
jeune homme aprésavoit
long. temps combattu (e
rendit enfin aux solides raisons
du Prélat & sitoiti.
qu'il fut convaincu, il oubIia,
pour se convertir lax*
fortune qui l'attendoit enri
Dannemarck
,
& les biens
que sa famille & luy y pof-.-
sedoient atruellement ; enn
effet le Roy de Dannemarck
supprima aussi-tost ses pen--J
sions, l'interdit de tous ses
biens & le proserivit de sonn
pays; tout cela n'a fait que
l'affermir davantagedans
la veritableReligion, dans
laquelle on peut le regardera
comme un modele de pieté
l'Academie Royale des
Sciencesqui se devoit tenir
le Mercredy i;c Avril, ne
se tint point & fut remise au
Mercredy 22e. Elle sur ouverte
par l'Eloge que Mr de
Fontenellefit deMr Guilelmini
Associé étranger de
cette Academie, & mort
depuis peu.
MrMarchand lut ensuite
quelques observations qu'il
avoit faites sur la nature des
Plantes & sur quelques unes
de leurs parties cachées.
Mr de Reaumur traita
ensuite des différentes manieres
dont plusieurs animaux
de mer s'attachent
au sable, aux pierres, ou les
uns aux autres.
Enfin Mr Vinflon Medecin
de la Faculté de Paris
,
reçu depuis peu à l'Academieen
qualitéd'Anatomiste
, satisfità l'obligation où
sont les nouveaux Academiciens
de payer leur bienvenuë
dans une Assemblée
publique, par un Discours
qu'illut touchant la maniere
dont se fait la secretion
dans les glandes des animaux.
Il ex posad'abord ce qu'il
entendoit par fecrction
,
il dit, que le corps humain
estoit arrosé par un grand
nombrede différentes liqueurs
outre le fang, que
la pluspart de ces liqueurs
prenoient leur origine du
sang, quelle s'en separoient
dans des organes particuliers
qu'on nommoit Glandes;
& que cette separation ou
cribration des liqueurs d'avec
le fang se nommoic
Secretion.
Il exposa les differents
sentiments des Philosophes
touchant la maniere donc
se faisoit cette secretion ;
& aprés avoir rejetté les
Facul rez des Anciens les,
ferments,& la configuration
des pores des modernes
,
il dit, que ceux ,
qui
avoient le mieux raisonné
sur cela, estoient quelques
uns des modernes, qui
avoient comparé les secretions
dans les glandes, aux
philtrations des Chymistes,
il rapporta sur cela deux
experiences des Chymistes,
La premiere qu'ayant une
fois imbibé un papier broüillard
d'eau ou d'huile, si
l'on ver se sur ce papier un
mélange d'huile & d'eau
,
il ne pane au travers du papier
que celle des deux liqueurs
dont il a estéimbibé,
l'autre demeurant dessus.
La seconde que si on met
dans un vase de l'huile & de
l'eau meslées ensemble
,
si
l'on trempe des méches de
cotton, ou des languetres
de drap les unes dans l'huile
& les autres dans l'eau
que l'on place ces méches
ou languettes sur le bord'
du vaisseau en maniere de
siphon
,
ensorte qu'un de
leurs bouts trempe dans la
liqueur & l'autre pende
dehors, celles qui seront
imbibées d'huile distilleront
de l'hüile,& celles qui seront
imbibées d'eau ne disstilleront
que de l'eau.
Fondésur ces ex periences
il établit avec les nouveaux
Philosophes uneimbibition
pour catife de la secretion.
Ce sentiment n'avoit esté
jusquesicy qu'une fuppofirion
donc on s'estoit conten.
té faute de mieux; mais
comme un Philosophe &
surtout un Philosophe Medecin
ne doit pas se contenter
de simples con jectures
dans une affaire aussi importante
que celles des [cerc.
tions pour toute l'oeconomie
animale &pour les
consequences que l'on en
peut tirer dans la pratique
de la Medecine, Mr
Vinslon a cherché dans la
nature même la verité, il
a parcouru toutes les glandes
du corps humain, &
celles du corps de differents
animaux, & enfin après une
longue recherche il a reconnu
que les glandes estoient
des pelotons de vaisseaux,
qu'il nomme Secretoires
,
à
cause de leur usage
, que
ces vaisseaux sont remplis
d'une espece de velouté
ou duvet,- capable defaire
le même effet que le
tissu filamenteux du drap,
du cotton, ou du papier,
&ila promis dele faire voir
dans toutes les glandes du
corps de l'homme ou des
animaux.
Il dit que le sang est porté
par les arteres dans les glandes
, que l'artere se divise
en une infinité de petits
rameaux d'une extrême si..
nesse qui se recourbent en.
fuite & se reünissent pour
sortir des glandes fous le
nom de veines, que c'est
dans cescourbures que s'abouchent
ces vaisseaux fccretoires,
qui le reünissent
aussi en un seul canal qu'il
nomme Excretoire
, parce
qu'il porte hors de la glande
le suc qui s'y est philtré. Ces
glandes ou vaisseaux secretoiresont,
dit-il,esté imbibez
dés la premicre conformation
du foetus, des liqueursqu'elles
devoientphiltrer,
en sorte que le fang qui
arrive par l'artere se divifc
infiniment dans tous ces
petits rameaux;de maniere
que ses molecules font obligées
en quel ques maniere
de défiler une à une dans
leur
leurscourbures
,
où les
molecules qui sont de la
nature de celles des canaux
secretoires sont imbibez,
entrent dans ces canaux.
pendant que les autres pasfant
par dessus sans sy mesler,
roulent jufqucs dans les
veines.
Mr Vinslon dit qu'illaissoitaux
Physiciens à rendre
raison de ce fait,aussibien
que de la philtration des
Chymistes,& qu'il secontentoit
d'avoir reconnu la
verité sans en chercher la
raison.
Le temps ne luy permit
pas d'expliquerbeaucoup de
choses par rapport aux secretions,
par exemple, quel
est l'usage des nerfs&des
vaisseauxlymphatiques des
glandes, qu'elle doit estre
la disposition du sangpour
les differentes secretions , &c. ce qu'il doit donner
dans des Mémoires particu-,
liers.
Mr Vinslonest originairement
Danois. & parent- dvi;
fameux Mr Renon
,
il,
avoit esté élevé dansla Religion
de son Pays. Le Roy
de Dannemarck l'avoit envoyé
en France pour s'y
induire dans toutes les
parties de la Medecine; Il
luy payoit icy ses pensions,
1" & luy avoit promis de luy
donner ensuite une Chaire
de Professeur à Copenhague
Le hazardl'ayant fait connoisstre
de feu Mr l'Evêque
[de Meaux qui reconnut dans ce jeune homme un grand
» fonds de bonnes moeurs &
de Religion,cePrelatentreprit
de le convertir ; ce
jeune homme aprésavoit
long. temps combattu (e
rendit enfin aux solides raisons
du Prélat & sitoiti.
qu'il fut convaincu, il oubIia,
pour se convertir lax*
fortune qui l'attendoit enri
Dannemarck
,
& les biens
que sa famille & luy y pof-.-
sedoient atruellement ; enn
effet le Roy de Dannemarck
supprima aussi-tost ses pen--J
sions, l'interdit de tous ses
biens & le proserivit de sonn
pays; tout cela n'a fait que
l'affermir davantagedans
la veritableReligion, dans
laquelle on peut le regardera
comme un modele de pieté
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Résumé : « L'Assemblée publique de l'Academie Royale des Sciences qui [...] »
L'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, initialement prévue le 11 avril, a été reportée au 22 avril. La séance a commencé par l'éloge de Monsieur Guillelmini, un associé étranger récemment décédé, prononcé par Monsieur de Fontenelle. Monsieur Marchand a ensuite présenté des observations sur la nature des plantes et certaines de leurs parties cachées. Monsieur de Reaumur a traité des différentes manières dont certains animaux marins s'attachent au sable, aux pierres ou les uns aux autres. Monsieur Vinflon, médecin de la Faculté de Paris et nouvellement reçu à l'Académie en qualité d'anatomiste, a prononcé un discours sur la sécrétion dans les glandes des animaux. Il a défini la sécrétion comme la séparation des liquides du sang dans des organes particuliers appelés glandes. Après avoir rejeté les explications des Anciens et des modernes, il a comparé les sécrétions glandulaires aux filtrations des chimistes, illustrant cela par deux expériences. Fondé sur ces expériences, il a proposé l'imbibition comme mécanisme de la sécrétion, une hypothèse jusqu'alors non vérifiée. Monsieur Vinflon a exploré les glandes du corps humain et de différents animaux, découvrant que les glandes sont des pelotons de vaisseaux sécrétoires remplis d'une substance similaire au duvet. Le sang, apporté par les artères, se divise en petits rameaux qui se recourbent et se réunissent pour sortir des glandes sous forme de veines. Les molécules du sang, en passant par ces courbures, sont imbibées par les vaisseaux sécrétoires, tandis que les autres molécules continuent leur chemin vers les veines. Originaire du Danemark et parent de Monsieur Renon, Monsieur Vinflon avait été envoyé en France par le roi de Danemark pour étudier la médecine. Converti au christianisme grâce à l'évêque de Meaux, il a renoncé à sa fortune et aux biens qu'il possédait dans son pays natal. Le roi de Danemark a supprimé ses pensions et l'a proscrit, mais cela n'a fait que renforcer sa foi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 219-224
Animaux qui font du feu, dans des especes de cavernes sous des roches.
Début :
Pressez par la faim & cherchant aux dépens de leur vie [...]
Mots clefs :
Animaux, Cavernes, Manger, Feu, Faim
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texteReconnaissance textuelle : Animaux qui font du feu, dans des especes de cavernes sous des roches.
Animaux qui font du
feu, dans des especes
de cavernes sons des
roches.
Pressez par la faim &C
cherchantauxdépens de
leur vie de quoi manger,
cIlest à dire suivant des
traces d'animaux sauvages, pour en trouver
quelqu'un qu'ilspuisent
tuer pour le manger, ils
trouvèrent en plusieurs
endroits de ces cavernes
de petits monceaux ou
magasins d'animaux differens qui leur parurent
comme defechez M
brûlés au feu; cela leur
fit croire que quelques
Sauvageshabitaientces
cavernes:rextrêmesaim
leur fit manger quelques morceaux de ces
animaux defechez & si
durs, qua peine pouvoientils en dechireravec lesdents.Ilsremar-
-
querent dans tous ces
endroits où étoient ces
monceaux, de grandes
places noires&des restes
de branches brulées, ce
qui leur avoit fait conclure, cômej'ay dit,que
des hommes seuls pouvoient avoir roti ces animaux: mais ils remarquoient en même temps
qu'ils étoient desechez
avecle cuir,lepoil,lesentrailles, en un mot sans
aucun aprêt:ensuiteils
trouverent au bout de
ces cavernes quelqu'un
de ces animaux qui
fuioient & qui étoient
come des especes d'ours,
maisplusalongez &C si
tinlidcs, que du plus
loin qu'ilslesavoient
entend usilsavoienttoûjours fui. Ils n'oserent
pourtant avancer plus
loin: mais en reprenant
leur route ils aperçurent
dans un autre enfoncement une lueur de feu.
La curiosité les fit avancer si doucement qu'ils
virent deux de ces animaux auprès de ce feu
mourant, & qui fuyant
d'une grande vîtesse
donnèrent à nos gens la
hardiesse d'avancer jusqu'à un brasier,où ils
virent plusieurs de ces
animaux brûlez & defechez encor tout bru-
lants & d'autres tous
cruds. Ensortê qu'aprèsplusieurs autres remarques qu'ils firent, ils ne
doutent point que ces
animaux fuyars n'ayent
l'art d'alumer du feu 6L
la prévoyance de desecher &: brûler les ani-.
maux dont ils se nourissent, parce qu'aparemment ils ne les peuvent
arrâper qu'en de certaines saison
feu, dans des especes
de cavernes sons des
roches.
Pressez par la faim &C
cherchantauxdépens de
leur vie de quoi manger,
cIlest à dire suivant des
traces d'animaux sauvages, pour en trouver
quelqu'un qu'ilspuisent
tuer pour le manger, ils
trouvèrent en plusieurs
endroits de ces cavernes
de petits monceaux ou
magasins d'animaux differens qui leur parurent
comme defechez M
brûlés au feu; cela leur
fit croire que quelques
Sauvageshabitaientces
cavernes:rextrêmesaim
leur fit manger quelques morceaux de ces
animaux defechez & si
durs, qua peine pouvoientils en dechireravec lesdents.Ilsremar-
-
querent dans tous ces
endroits où étoient ces
monceaux, de grandes
places noires&des restes
de branches brulées, ce
qui leur avoit fait conclure, cômej'ay dit,que
des hommes seuls pouvoient avoir roti ces animaux: mais ils remarquoient en même temps
qu'ils étoient desechez
avecle cuir,lepoil,lesentrailles, en un mot sans
aucun aprêt:ensuiteils
trouverent au bout de
ces cavernes quelqu'un
de ces animaux qui
fuioient & qui étoient
come des especes d'ours,
maisplusalongez &C si
tinlidcs, que du plus
loin qu'ilslesavoient
entend usilsavoienttoûjours fui. Ils n'oserent
pourtant avancer plus
loin: mais en reprenant
leur route ils aperçurent
dans un autre enfoncement une lueur de feu.
La curiosité les fit avancer si doucement qu'ils
virent deux de ces animaux auprès de ce feu
mourant, & qui fuyant
d'une grande vîtesse
donnèrent à nos gens la
hardiesse d'avancer jusqu'à un brasier,où ils
virent plusieurs de ces
animaux brûlez & defechez encor tout bru-
lants & d'autres tous
cruds. Ensortê qu'aprèsplusieurs autres remarques qu'ils firent, ils ne
doutent point que ces
animaux fuyars n'ayent
l'art d'alumer du feu 6L
la prévoyance de desecher &: brûler les ani-.
maux dont ils se nourissent, parce qu'aparemment ils ne les peuvent
arrâper qu'en de certaines saison
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Résumé : Animaux qui font du feu, dans des especes de cavernes sous des roches.
Des hommes, affamés, découvrent dans des cavernes des animaux brûlés, suggérant la présence de sauvages. Ils observent des traces de feu et des restes d'animaux desséchés, avec leur cuir, poil et entrailles, sans préparation. Plus loin, ils aperçoivent des animaux ressemblant à des ours, mais plus allongés et timides. En explorant davantage, ils voient une lueur de feu et trouvent deux de ces animaux près d'un brasier mourant. Ils constatent la présence d'animaux brûlés et d'autres crus, concluant que ces animaux sauvages maîtrisent l'art de faire du feu et de dessécher les animaux dont ils se nourrissent, probablement en certaines saisons.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 73-98
DISCOURS préliminaire sur la lumiere.
Début :
Quoyque ce discours ne soit pas une piece complette, ny [...]
Mots clefs :
Miroirs, Lumière, Yeux, Esprit, Animaux, Objets, Obscurité, Cerveau, Matière, Corps lumineux
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS préliminaire sur la lumiere.
DISCO U R S
préliminaire fur la
lumiere.
QUoyque ce difcours ne
foit pas une piece com-.
plette , nyabfolument nouvelle , on n'a pas cru cependant devoir la laiffer
dans l'oubli non feulement parce qu'on y expli
que unfyfteme de la lumiere qui commence à avoir
de la vogue , mais encore
parce que la fuite va paFuillet 17120 G
74 MERCURE
roiftre inceffamment dans
un troifiéme volume des
effais & recherches de Mathematique & de Phyſique.
Premierement pour ce qui
regarde la nature de la lumiere , il n'eft rien aujour
d'huy de plus univerfellement reconnu que l'erreur des anciens Philofophes. Car fi on dit avec
quelques- uns que c'est une
qualité fenfible , fans expliquer quelle eft la nature & l'origine de cette qualité , il est évident que par
cette reſponſe , on ne nous
1
GALANT. 75
rend pas plus fçavans de
rien ; puifqu'il faudroit eftre aveugle pour ne fçavoir
pas que la lumiere eft fenfible & ennemi de la
clarté ,
ſe contenter , pour
des termes de qualitez occultes. Si on prétend avec
quelques autres que la lumiere n'eft autre chofe qu'-
une émanation d'efprits
animaux , qui fortant de
nos yeux , vont parcourir ,
& pour ainsi dire , vifiter
tous les objets qui font au
devant de nous pour en faire enfuite un fidelle rapGij
78 MERCURE
port à l'ame. Dans quelle
obfcurité ne tombe-t - on
pas, de prétendre qu'il puft
fortir d'un reſervoir aufli
borné , que l'eft celuy du
cerveau d'un animal , affez
de particules de matiere
pour s'eftendre non feulement à tous les corps qui
font autour de nous , dans
une diſtance de huit ou dix
lieuës à la ronde , mais
mefme jufques à la Lune ,
au Soleil , &juſques au Firmament , & de vouloir que
la viteffe de ces efprits ſoit
affez grande , pour parcou
1
GALANT. - 77
rir de tels efpaces deux fois
dans un clin d'œil , c'eſt àdire , dans un inftant fenfible ? Mais quand mefme
on leur accorderoit ces
deux paradoxes , quelle eft
la connoiffance de ces particules de matiere , pour
examiner les figures des
objets; & quelle eft leur memoire , pour retrouver les
yeux d'où elles font forties,
& pour en faire un fidelle
rapport à l'ame ? Pourquoy
ces meffageres ne nous
rendent - elles compte que
de la partie des corps qui
G iij
78 MERCURE
nous regarde , & non pas
auffi de celle qui eft derriere ces mefmes corps ?
Pourquoy ces efprits lumineux ne peuvent ils pas
faire leur effet , auffi bien
tandis que le Soleil & la
Lune font fous l'horizon ,
que lorsqu'ils font deffous ?
Eft - ce qu'ils ont quelque
fecrette fympathie avec ces
deux aftres , pluftoft qu'avec une infinité d'autres ,
dont le Ciel paroiſt parſemé pendant la nuit ? Ontils quelque antipathie pour
les ombres des corps, pour
GALANT. 79
ne s'y porter jamais qu'en
petite quantité, & avec peu
de force , quoyque d'ail .
leurs nos yeux foient expofez à la lumiere."
Enfiu posé que nos of
prits animaux fuffent en
affez grande quantité , qu'-
ils euffent toute la viteffe
neceffaire , & toutes les
connoiffances , & la memoire requifes , pour une
vifion parfaire , ce feroit
encore une preuve tres- infuffifante pour nous convaincre qu'ils font ce qu'on
doit entendre par la lumieG iiij
80 MERCURE
re naturelle. Car l'experience journaliere nous oblige toujours d'avouer qu'il
fort des corps lumineux
quelque chofe qui eft ca
pable de produire des effets
qu'on ne peut attribuer
qu'à des corpufcules , tels
que font ceux d'echauffer
de brufler , de fondre , &
de vitrifier toutesfortes de
corps , mefme l'or & les
diamants ; & d'où il n'eft
pas impoffible au contraire
de deduire tous ceux que
ces anciens Philofophes
attribuoient aux efprits lu-
GALANT.
81*
mineux des animaux , ou à
des qualitez encore plus.
occultes , comme vous allez le voir maintenant.
Bien loin donc , de tirer
de nos foibles yeux la lumiere mefme qui doit les
éclairer , & de nous rendre
avec les Anciens par ce
procedé fufpects en quel
que façon d'arrogance
nous irons chercher fonorigine dans les corps mefmes.
qu'on appellelumineux, tels.
que le Soleil , la Lune , lés
Etoilles , une chandelle &
autres de mefme nature..
1 82 MERCURE
,. que
Et nous fommes portez à
prendre ce parti avec d'autant plus de raiſon
nous avons par l'experience journaliere, que plus
il y a de corps lumineux.
dans un mefme lieu , &
plus ils font vifs ou ardents;
plus nos yeuxenfont éclairez ; & tout au contraire à
mefure qu'on diminuë le
nombre & la force des
corps lumineux , la vifion
s'affoiblit. On a une preuve inconteſtable de cette
émanation de lumiere des
corps lumineux dans les
1
>:
GALANT. 83
miroirs ardents , qui eſtant
expofez directement à des
corps lumineux , raffemblent leur lumiere , & la
répandent en abondance
fur les objets qu'on veut
éclairer fortement. Mais
ce qui mefemble détruire
entre autres chofes, le ſyſtefmedes efprits lumineux des
Anciens, c'eft qu'on nelaiffe
pas quelquefois de voir fort
clair , quoyque le corps lumineux foit abfent, comme
il arrive pendant le temps.
de l'aurore & du crepufcule , c'est- à-dire, par l'efpace
84 MERCURE
de près de deux heures le
matin , & le foir dans les
longs jours d'Efté de ces
contrées; à moins qu'on ne
vouluſt dire que ces efprits
lumineux n'ont pas befoin .
alors abfolument du Soleil pour nous faire voir
clair ; mais la refponfe eft
aisée , car pourquoy cette
prétendue dépendance des
efprits animaux à l'égard
des corps lumineux n'auroit - elle lieu que pendant
le jour , & cefferoit- elle au
lever de l'aurore, ou au cou--
cher. du Soleil.
GALANT. 85
On nene peut cependant , fe difpenfer ablolument d'avouër icy en faveur des anciens partiſans
des efprits lumineux , qu'il
y a des yeux de certains
animauxd'où ilfemblefortir quelque chofe de fort
femblable à de la lumiere.
car outre que nous enfommes témoins en quelque
façon par nous - mefmes ,
quand nous regardons la
Ruit les yeux de quelque
animal nocturne comme
ceux des lapins, des hiboux,
& autres , principalement
86 MERCURE
fi ces animaux font carnaciers , tels les loups , les
renads , les tigres. Il paroift d'abord fort difficile.
d'expliquer fans le ſecours
de ces efprits , comment.
ces animaux pourroient
courirpendant la plus fombre nuit , avec autant de
rapidité qu'ils font , ſoit
pour le fauver
chaffer leur proye au travers des bleds , des vignes,
des bois , & des broufailles,
ou pour s'affembler , &
comment tant d'autres
ou pour
pourroient paſſer la moitié
GALAN . 87
de leur vie , enfermez dans
des terriers , ou tanieres, ou
dans des caves tres obfcures. D'un autre cofté il
femble qu'on peut tresbien douter auffi qu'il forte aucune telle lumiere des
yeux de ces animaux lorfque tout corps lumineux
eft abſent , comme chacun
peut s'en convaincre par
experience , & comme je
l'ay experimenté plufieurs
fois fur les chats , quoyqu'on foit affez communement perfuadé du contraire.
88. MERGURE
Mais après tout cette
prétenduë lumiere , quand
mefme elle viendroit de
ces animaux , eft tres- rare ;
& on ne peut pas meſme
dire qu'elle leur ſerve de
quelque chofe pendant le
jour, puifqu'elle difparoift
alors à nos yeux. A combien plus forte raifon donc
doit- on conclure que la lumiere qui nous éclaire
dant le jour ou la nuit , ne
vient pas de nos yeux, puifque dans quelque occafion que ce foit , on n'en
voit rien fortir de pareil.
penDe
GALANT. 89
De plus , il eft certain
que la lumiere qu'on raf
femble avecles miroirs ardents expofez directement
aux corps lumineux , agit
fur les corps , comme on
l'a dit cy- deffus , & comme on le peut voir au mo
yen du grand miroir de
métal qui eft à l'Obfervatoire , & d'un autre de verre
qui eft au Palais Royal,
avec lesquels onfond , on
vitrifie , & on calcine en
tres peu de temps toutes
fortes de corps , fans qu'il
foit neceffaire de recourir
Fuillet 17120 H
90 MERCURE
aux hiftoires fabuleuſes ,
qui pour relever l'excellen
ce des inventions d'Archimede nous racontent qu'il
brufloit du haut des murs.
de Siracufe , les vaiffeaux
des Romains qui la tenoient affiegée ; il faut
donc eftablir pour principe , que la lumiere eſt un
corps materiel comme les
corps mefmes , fur lesquels
elle agit , avec cette difference cependant , que fa
fubtilité , fa viteffe , & fa
fluidité , font prefque inconcevables , & qu'elle
émanedu corps lumineux ,
GALANT. 91
& non pas de nos yeux.
Quant à la fubtilité de
la lumiere , il faut qu'elle
foit extrême pour penetrer
en auffi peu de temps les
corps les plus durs & les
plus ferrez , comme les cryftaux, les diamants , & pref
que toutes les autres pierres précieuſes , fans parler
des nœuds des bois réfineux qu'elle penetre quelquefois juſqu'à l'épaiſſeur
de plus d'un pouce. Les
corps fluides ne font pas
plus à l'épreuve de ſa ſubtilité , que ceux dont on
Hij
94´ MERCURE
vient de parler ; & on peut
dire mefme queles yeuxde
la plufpart des poiffons leur
feroient prefque inutiles ,
s'ils ne pouvoient s'en ſervir que vers la fuperficie ·
de l'eau , & non pas au fond
des abysmes de la mer, où:
ils trouvent leur nourritu
re. Car il eft prefque inoui ,
qu'on ait apperceu aucune
lumiere fortir des yeux des
poiffons , ou des monstres
marins , quoyque pendant
la nuit les écailles de plufieurs en répandent en
abondance.
A l'égard de la viteffe
GALANT. 93 .
de la lumiere elle n'eft pas
moins prodigieufe que fa
fubtilité ,
puifqu'elle parcourt dans un temps fort
petit comme de deux heures environ des efpaces immenfes , tels que celuy qui
eft entre Saturne , c'est- àdire , entre la plus haute
Planette & la terre ; deforte qu'il n'y a aucune viteſſe
fenfible fur la terre , foit
d'une fleche ou d'un boulet de canon, qui ne foit à
l'égard de celle de la lu
miere moindre , que celled'une tortue ou d'un lima,
*
94 MERCURE
çon à l'égard de celles là.
On peut s'en convaincre
en confiderant de combien
la lumiere de la flamme
d'un canon précede le coup
fon boulet donné à une demielieuë du canon. Enfin
que la lumiere foit uncorps
tres fluide , perfonne n'en
doit douter , puifqu'elle
n'empefche aucunement
les divers mouvemens des
corps qui fe trouvent entre l'œil & le corps lumineux.
La nature de la lumiere
eſtant donc ainſi eſtablie ,
GALANT. 95
fçavoir qu'elle eft un corps
fluide , tres- rapide , &tresfubril , & eftant certain
aufli qu'elle dérive des
corps qu'on appelle lumineux , comme on l'a prouvécy- devant , il nous refte
d'expliquer de quelle maniere elle eft contenue
dans le corps lumineux ,
comment elle en découle
dans nos yeux , & enfin
comment nous appercevons parfon moyen tout ce
qui compofe ce qu'on appelle le monde. vifible.
Pour vous faire connoif
96 MERCURE
tre de quelle maniere elle eft contenue dans le
>
corps lumineux-, j'eſtabli
ray pour principe que le
corps lumineux , ou du
moins fa fuperficie , n'eſt
autre chofe qu'un amas de
matiere fort fubtile , forts
agitée , & tres fluide , lequel eft environné d'air ,
ou de quelque autre matiere fluide plus groffiere ,
qui le preffant de tous coftez lui fait prendre la figure
ronde fous laquelle il nous
paroift.Jefuppoferay encore que l'air que nous refpirons ,
GALANT. 97
rons , auffi bien que la
region aërée qui s'étend tout
autour de la terre à l'infini ,
font remplis de la matiere
que j'ay dit eftre la lumiere , laquelle lumiere doit
eftre differente de celle qui
compofe le corps lumineux , puiſqu'il a des bornes , & que celle - cy n'en
a point. Cecy eſtant ſupposé , voicy comme j'explique de quelle maniere
elle eft contenue dans le
corps lumineux.
Ce difcours s'eft trouvé
Juillet 1712.
I
98 MERCURE
trop long , pour le mettre
dans un feul Mercure , on
la partagé en deux , & l'on
donnera le refte le mois
prochain.
préliminaire fur la
lumiere.
QUoyque ce difcours ne
foit pas une piece com-.
plette , nyabfolument nouvelle , on n'a pas cru cependant devoir la laiffer
dans l'oubli non feulement parce qu'on y expli
que unfyfteme de la lumiere qui commence à avoir
de la vogue , mais encore
parce que la fuite va paFuillet 17120 G
74 MERCURE
roiftre inceffamment dans
un troifiéme volume des
effais & recherches de Mathematique & de Phyſique.
Premierement pour ce qui
regarde la nature de la lumiere , il n'eft rien aujour
d'huy de plus univerfellement reconnu que l'erreur des anciens Philofophes. Car fi on dit avec
quelques- uns que c'est une
qualité fenfible , fans expliquer quelle eft la nature & l'origine de cette qualité , il est évident que par
cette reſponſe , on ne nous
1
GALANT. 75
rend pas plus fçavans de
rien ; puifqu'il faudroit eftre aveugle pour ne fçavoir
pas que la lumiere eft fenfible & ennemi de la
clarté ,
ſe contenter , pour
des termes de qualitez occultes. Si on prétend avec
quelques autres que la lumiere n'eft autre chofe qu'-
une émanation d'efprits
animaux , qui fortant de
nos yeux , vont parcourir ,
& pour ainsi dire , vifiter
tous les objets qui font au
devant de nous pour en faire enfuite un fidelle rapGij
78 MERCURE
port à l'ame. Dans quelle
obfcurité ne tombe-t - on
pas, de prétendre qu'il puft
fortir d'un reſervoir aufli
borné , que l'eft celuy du
cerveau d'un animal , affez
de particules de matiere
pour s'eftendre non feulement à tous les corps qui
font autour de nous , dans
une diſtance de huit ou dix
lieuës à la ronde , mais
mefme jufques à la Lune ,
au Soleil , &juſques au Firmament , & de vouloir que
la viteffe de ces efprits ſoit
affez grande , pour parcou
1
GALANT. - 77
rir de tels efpaces deux fois
dans un clin d'œil , c'eſt àdire , dans un inftant fenfible ? Mais quand mefme
on leur accorderoit ces
deux paradoxes , quelle eft
la connoiffance de ces particules de matiere , pour
examiner les figures des
objets; & quelle eft leur memoire , pour retrouver les
yeux d'où elles font forties,
& pour en faire un fidelle
rapport à l'ame ? Pourquoy
ces meffageres ne nous
rendent - elles compte que
de la partie des corps qui
G iij
78 MERCURE
nous regarde , & non pas
auffi de celle qui eft derriere ces mefmes corps ?
Pourquoy ces efprits lumineux ne peuvent ils pas
faire leur effet , auffi bien
tandis que le Soleil & la
Lune font fous l'horizon ,
que lorsqu'ils font deffous ?
Eft - ce qu'ils ont quelque
fecrette fympathie avec ces
deux aftres , pluftoft qu'avec une infinité d'autres ,
dont le Ciel paroiſt parſemé pendant la nuit ? Ontils quelque antipathie pour
les ombres des corps, pour
GALANT. 79
ne s'y porter jamais qu'en
petite quantité, & avec peu
de force , quoyque d'ail .
leurs nos yeux foient expofez à la lumiere."
Enfiu posé que nos of
prits animaux fuffent en
affez grande quantité , qu'-
ils euffent toute la viteffe
neceffaire , & toutes les
connoiffances , & la memoire requifes , pour une
vifion parfaire , ce feroit
encore une preuve tres- infuffifante pour nous convaincre qu'ils font ce qu'on
doit entendre par la lumieG iiij
80 MERCURE
re naturelle. Car l'experience journaliere nous oblige toujours d'avouer qu'il
fort des corps lumineux
quelque chofe qui eft ca
pable de produire des effets
qu'on ne peut attribuer
qu'à des corpufcules , tels
que font ceux d'echauffer
de brufler , de fondre , &
de vitrifier toutesfortes de
corps , mefme l'or & les
diamants ; & d'où il n'eft
pas impoffible au contraire
de deduire tous ceux que
ces anciens Philofophes
attribuoient aux efprits lu-
GALANT.
81*
mineux des animaux , ou à
des qualitez encore plus.
occultes , comme vous allez le voir maintenant.
Bien loin donc , de tirer
de nos foibles yeux la lumiere mefme qui doit les
éclairer , & de nous rendre
avec les Anciens par ce
procedé fufpects en quel
que façon d'arrogance
nous irons chercher fonorigine dans les corps mefmes.
qu'on appellelumineux, tels.
que le Soleil , la Lune , lés
Etoilles , une chandelle &
autres de mefme nature..
1 82 MERCURE
,. que
Et nous fommes portez à
prendre ce parti avec d'autant plus de raiſon
nous avons par l'experience journaliere, que plus
il y a de corps lumineux.
dans un mefme lieu , &
plus ils font vifs ou ardents;
plus nos yeuxenfont éclairez ; & tout au contraire à
mefure qu'on diminuë le
nombre & la force des
corps lumineux , la vifion
s'affoiblit. On a une preuve inconteſtable de cette
émanation de lumiere des
corps lumineux dans les
1
>:
GALANT. 83
miroirs ardents , qui eſtant
expofez directement à des
corps lumineux , raffemblent leur lumiere , & la
répandent en abondance
fur les objets qu'on veut
éclairer fortement. Mais
ce qui mefemble détruire
entre autres chofes, le ſyſtefmedes efprits lumineux des
Anciens, c'eft qu'on nelaiffe
pas quelquefois de voir fort
clair , quoyque le corps lumineux foit abfent, comme
il arrive pendant le temps.
de l'aurore & du crepufcule , c'est- à-dire, par l'efpace
84 MERCURE
de près de deux heures le
matin , & le foir dans les
longs jours d'Efté de ces
contrées; à moins qu'on ne
vouluſt dire que ces efprits
lumineux n'ont pas befoin .
alors abfolument du Soleil pour nous faire voir
clair ; mais la refponfe eft
aisée , car pourquoy cette
prétendue dépendance des
efprits animaux à l'égard
des corps lumineux n'auroit - elle lieu que pendant
le jour , & cefferoit- elle au
lever de l'aurore, ou au cou--
cher. du Soleil.
GALANT. 85
On nene peut cependant , fe difpenfer ablolument d'avouër icy en faveur des anciens partiſans
des efprits lumineux , qu'il
y a des yeux de certains
animauxd'où ilfemblefortir quelque chofe de fort
femblable à de la lumiere.
car outre que nous enfommes témoins en quelque
façon par nous - mefmes ,
quand nous regardons la
Ruit les yeux de quelque
animal nocturne comme
ceux des lapins, des hiboux,
& autres , principalement
86 MERCURE
fi ces animaux font carnaciers , tels les loups , les
renads , les tigres. Il paroift d'abord fort difficile.
d'expliquer fans le ſecours
de ces efprits , comment.
ces animaux pourroient
courirpendant la plus fombre nuit , avec autant de
rapidité qu'ils font , ſoit
pour le fauver
chaffer leur proye au travers des bleds , des vignes,
des bois , & des broufailles,
ou pour s'affembler , &
comment tant d'autres
ou pour
pourroient paſſer la moitié
GALAN . 87
de leur vie , enfermez dans
des terriers , ou tanieres, ou
dans des caves tres obfcures. D'un autre cofté il
femble qu'on peut tresbien douter auffi qu'il forte aucune telle lumiere des
yeux de ces animaux lorfque tout corps lumineux
eft abſent , comme chacun
peut s'en convaincre par
experience , & comme je
l'ay experimenté plufieurs
fois fur les chats , quoyqu'on foit affez communement perfuadé du contraire.
88. MERGURE
Mais après tout cette
prétenduë lumiere , quand
mefme elle viendroit de
ces animaux , eft tres- rare ;
& on ne peut pas meſme
dire qu'elle leur ſerve de
quelque chofe pendant le
jour, puifqu'elle difparoift
alors à nos yeux. A combien plus forte raifon donc
doit- on conclure que la lumiere qui nous éclaire
dant le jour ou la nuit , ne
vient pas de nos yeux, puifque dans quelque occafion que ce foit , on n'en
voit rien fortir de pareil.
penDe
GALANT. 89
De plus , il eft certain
que la lumiere qu'on raf
femble avecles miroirs ardents expofez directement
aux corps lumineux , agit
fur les corps , comme on
l'a dit cy- deffus , & comme on le peut voir au mo
yen du grand miroir de
métal qui eft à l'Obfervatoire , & d'un autre de verre
qui eft au Palais Royal,
avec lesquels onfond , on
vitrifie , & on calcine en
tres peu de temps toutes
fortes de corps , fans qu'il
foit neceffaire de recourir
Fuillet 17120 H
90 MERCURE
aux hiftoires fabuleuſes ,
qui pour relever l'excellen
ce des inventions d'Archimede nous racontent qu'il
brufloit du haut des murs.
de Siracufe , les vaiffeaux
des Romains qui la tenoient affiegée ; il faut
donc eftablir pour principe , que la lumiere eſt un
corps materiel comme les
corps mefmes , fur lesquels
elle agit , avec cette difference cependant , que fa
fubtilité , fa viteffe , & fa
fluidité , font prefque inconcevables , & qu'elle
émanedu corps lumineux ,
GALANT. 91
& non pas de nos yeux.
Quant à la fubtilité de
la lumiere , il faut qu'elle
foit extrême pour penetrer
en auffi peu de temps les
corps les plus durs & les
plus ferrez , comme les cryftaux, les diamants , & pref
que toutes les autres pierres précieuſes , fans parler
des nœuds des bois réfineux qu'elle penetre quelquefois juſqu'à l'épaiſſeur
de plus d'un pouce. Les
corps fluides ne font pas
plus à l'épreuve de ſa ſubtilité , que ceux dont on
Hij
94´ MERCURE
vient de parler ; & on peut
dire mefme queles yeuxde
la plufpart des poiffons leur
feroient prefque inutiles ,
s'ils ne pouvoient s'en ſervir que vers la fuperficie ·
de l'eau , & non pas au fond
des abysmes de la mer, où:
ils trouvent leur nourritu
re. Car il eft prefque inoui ,
qu'on ait apperceu aucune
lumiere fortir des yeux des
poiffons , ou des monstres
marins , quoyque pendant
la nuit les écailles de plufieurs en répandent en
abondance.
A l'égard de la viteffe
GALANT. 93 .
de la lumiere elle n'eft pas
moins prodigieufe que fa
fubtilité ,
puifqu'elle parcourt dans un temps fort
petit comme de deux heures environ des efpaces immenfes , tels que celuy qui
eft entre Saturne , c'est- àdire , entre la plus haute
Planette & la terre ; deforte qu'il n'y a aucune viteſſe
fenfible fur la terre , foit
d'une fleche ou d'un boulet de canon, qui ne foit à
l'égard de celle de la lu
miere moindre , que celled'une tortue ou d'un lima,
*
94 MERCURE
çon à l'égard de celles là.
On peut s'en convaincre
en confiderant de combien
la lumiere de la flamme
d'un canon précede le coup
fon boulet donné à une demielieuë du canon. Enfin
que la lumiere foit uncorps
tres fluide , perfonne n'en
doit douter , puifqu'elle
n'empefche aucunement
les divers mouvemens des
corps qui fe trouvent entre l'œil & le corps lumineux.
La nature de la lumiere
eſtant donc ainſi eſtablie ,
GALANT. 95
fçavoir qu'elle eft un corps
fluide , tres- rapide , &tresfubril , & eftant certain
aufli qu'elle dérive des
corps qu'on appelle lumineux , comme on l'a prouvécy- devant , il nous refte
d'expliquer de quelle maniere elle eft contenue
dans le corps lumineux ,
comment elle en découle
dans nos yeux , & enfin
comment nous appercevons parfon moyen tout ce
qui compofe ce qu'on appelle le monde. vifible.
Pour vous faire connoif
96 MERCURE
tre de quelle maniere elle eft contenue dans le
>
corps lumineux-, j'eſtabli
ray pour principe que le
corps lumineux , ou du
moins fa fuperficie , n'eſt
autre chofe qu'un amas de
matiere fort fubtile , forts
agitée , & tres fluide , lequel eft environné d'air ,
ou de quelque autre matiere fluide plus groffiere ,
qui le preffant de tous coftez lui fait prendre la figure
ronde fous laquelle il nous
paroift.Jefuppoferay encore que l'air que nous refpirons ,
GALANT. 97
rons , auffi bien que la
region aërée qui s'étend tout
autour de la terre à l'infini ,
font remplis de la matiere
que j'ay dit eftre la lumiere , laquelle lumiere doit
eftre differente de celle qui
compofe le corps lumineux , puiſqu'il a des bornes , & que celle - cy n'en
a point. Cecy eſtant ſupposé , voicy comme j'explique de quelle maniere
elle eft contenue dans le
corps lumineux.
Ce difcours s'eft trouvé
Juillet 1712.
I
98 MERCURE
trop long , pour le mettre
dans un feul Mercure , on
la partagé en deux , & l'on
donnera le refte le mois
prochain.
Fermer
Résumé : DISCOURS préliminaire sur la lumiere.
Le texte est un discours préliminaire sur la lumière, destiné à être publié en deux parties. L'auteur justifie la publication de ce discours en soulignant qu'il expose un système de la lumière en vogue, qui sera inclus dans un troisième volume de ses œuvres de mathématiques et de physique. L'auteur critique les erreurs des anciens philosophes concernant la nature de la lumière. Certains la considéraient comme une qualité sensible sans en expliquer la nature et l'origine. D'autres la voyaient comme une émanation d'esprits animaux sortant des yeux pour explorer les objets et en informer l'âme. Cette dernière théorie est jugée improbable car elle implique que des particules de matière sortent du cerveau pour parcourir de grandes distances à une vitesse incroyable. L'auteur affirme que la lumière est un corps matériel émanant des objets lumineux tels que le Soleil, la Lune, les étoiles et les chandelles. Cette théorie est soutenue par l'observation que plus il y a de corps lumineux, plus la vision est éclairée. Les miroirs ardents, qui concentrent la lumière, sont une preuve de cette émanation. Le texte mentionne également que certains animaux semblent émettre une lumière, mais cette lumière est rare et ne sert pas pendant le jour. La lumière est décrite comme extrêmement subtile, rapide et fluide, capable de pénétrer les corps durs et les fluides. Sa vitesse est telle qu'elle parcourt des distances immenses en peu de temps. Enfin, l'auteur propose que les corps lumineux contiennent une matière subtile et fluide qui est pressée par l'air ou une autre matière fluide, lui donnant une forme ronde. Cette lumière est différente de celle qui compose le corps lumineux car elle n'a pas de bornes. Le discours sera poursuivi dans le prochain numéro du Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 217-261
MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
Début :
Dans les divers Memoires qu'on a lûs à l'Academie, [...]
Mots clefs :
Eau, Sang, Ouïes, Poissons, Artères, Bouche, Corps, Lames, Poumon, Coeur, Veines, Couvercle, Animaux, Rameaux, Gorge, Capillaires, Carpe, Branches, Mouvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
MEMOIRE
sur la circulationdusang
des Poissons qui ont des
oùies, &sur leur refi.
piration.
I
~-
DAns les divers Memoires
qu'on a lûs à rA.
1 cademie, on a fait voir qu'elle
! étoit la structure du coeur des
Poissons, & celles de leurs
ouïes. Pour suivre >tierc, cette ma- il està propos de parler
: de leurs usages; Mais pour
les rendre intelligibles à tout
le monde; il est necessaire de
faire ici une brieve recapitulation
de ce que j'ay dit touchant
cette mêmestructure.
On remarquera donc qu'elle
cft differente dans les differentes
especes dePoissons où
l'on trouve ces parties. On a
fait voir à l'Academie des
Exemples de ces differences;
mais je m'arreste aujourd'huy
particulierement à la Carpe
que l'on trouve commodément
& sur laquelle on pourra
avec facilité verifier tout ce
que je vais dire.
Chacun sçait que le coeur
de tous les Poissons qui ne
respirent pas l'air n'a qu'une
cavité, & par consequent
qu'une oreillette à l'embouchure
du vaisseau qui y rapporte
le fang. Celle du coeur
de la Carpe est appliquée au
costé gauche.
La chair du coeur est fore
épaisse, par rapport à son volume,
& ses fibres font trescompactes:
Aussia-t'il bcfoin
d'une forte action pour la circulation
comme on le verra
,
dans la fuite.
: Il n'y a personne qui ne
sçache cc que c'est que des
ouïes; mais tout le monde
ne sçait pas que ce font ces
parties qui fervent de poumons
aux Poissons. Leur
charpente est composée de
quatre costes de chaque costé
qui se meuvent tant sur ellesmêmes
en s'ouvranr & se resserrant
qu'àl'égard de leurs
deux appuis superieur & inferieur
en s'écartant de l'une &
de l'autre, & en s'en raprochant.
Le costé convexe de
chaque coste est chargé sur
ses deux bords de deux especes
de feüillets, chacun desquels
est composé d'un rang
de lames, étroites & rangées
& ferrées l'une contre l'autre
qui forment comme autant
de barbes ou frangessemblables
à celles d'une plume à
écrire; & ce font ces franges
qu'on peut appeller proprement
le poumon desPoissons.
Voila une situation de parties
fortextraordnaire & fore
singuliere. La poitrine est
dans la bouche aussi- bien
que le poumon. Les costes
portent le poumon, & l'animal
respire l'eau-
Les extremitez de ces costes
qui regardent la gorge font
jointesensemble par plusieurs
petits os, qui forment une
cfpecc de sternon, en sorte
néanmoins que les costes ont
un jeu beaucoup plus libre
sur ce sternon & peuvent s'écarter
l'une de l'autre beaucoup
plus facilement que celles
de l'homme, & que ce sternon
peut-estre soulevé & a.
baissé. Les autres extremitez
qui regardent la base du
crane font aussi jointes par
quelques osselets qui s'articulent
avec cette même base &
qui peuvents'en éloigner, ou
s'enapprocher.
Chaque coftc est compofée
de deux pieces jointes par
un cartilage fort fouple, qui
est dans chacune de ces parties
ce que font les charnieres
dans les ouvrages des artisans.
La premiere piece cît
courbée en arc, & sa longueur
est environ la sixiéme portion
du cercle dont elle feroit la
partie.
La seconde décrit à peuprés
une fromaine majuscule.
- La partie convexe de chaque
coste est creusée en goutiere,
& c'est le long de ces
goutieres que coulent les vaisaseaupx
donrt iléferaspa.rléci- Chacune des lames dont
les feüillers font composez,
à la figure du fer d'une faux,
& à sa naissance elle a comme
un pied ou talon qui ne
pose que par son extremité sur
sur le bord de la coste.
Chacun de ces feüillets est
composé de cent trente-cinq
lames j-ainifles seize contiennent
huit mil six cens quarante
surfaces, que je compte icy
parce que les deux surfaces de
chaque lame font revêtuës
dans toute leur étenduë d'une
membrane tres fine, sur laquelle
se font les ramifications
presque innombrables des
vaisseaux capillaires de ces
fortes de poumons.
J'ay fait voir à la compagnie
qu'il y a quarante-six
muscles qui sont employez
aux mouvemens de ces costes;
il y en a huit qui en dilate l'intervale,
& seize qui le resserrent,
six qui élargissent le cintre
de chaque coste, douze
qui le retresissent, & qui en
même temps abaissent le sternon,
& quatre qui le soulevent.
Les ouïes ont une large ou.
verture, sur laquelle cftpaCé
un couvercle composé de
plusieurs pieces d'assemblage,
qui a le même usage que le
panneau d'un fouiller)& chaque
couvercle est formé avec
un tel artifice qu'en s'écartant
l'un de l'autre,ils se voutent
en dehors pour augmenter la
capacité de la bouche, tandis
qu'une de leurs pieces qui
jouë sur une espece de genou
tient fermées les ouvertures
des ouïes, & ne les ouvre que
pour donner passage à l'eau
que l'animal a respiré, ce qui
se fait dans le tems que le
couvercle s'abat & se referre.
I Il ya deux muscles qui servent
à soulever le couvercle,
& trois qui fervent à l'abatre
& à le reserrer.
! On vient de dire que l'assemblage
qui compose la
charpente des couvercles les
rend capables de sevouter en
dehors. On ajoûtera deux
autres circonstances. La premiere
est que la partie de ce
couvercle qui aide à former
le dessous de la gorge est
plié en éventail sur de petites
lames d'os pour fcrvir en se
deployant à la dilatation de la
gorge dans l'inspiration de
l'eau. La seconde que chaque
couvercle est revêtu par dehors
& par dedans d'une peau
qui
*
luy est fort adherente.
Cesdeux peaux s'unissent ensemble,
se prolongent audelà
de la circonference du
couvercle d'environ deux à
trois lignes, & vont toûjours
en diminuant d'épaisseur. Ce
prolongement est beaucoup
plus ample fous la gorge que
vers le haut de la teste. Il
estextrêmementsouple, pour
s'appliquer plus exactement à
l'ouverture sur laquelle il porte,
& pour la tenir ferméeau
premier moment de la dilatation
de la bouche pour la
rcfpiration.
Voila pour ce qui regarde
la structure desoüies ; passons
à present à la distribution de
leurs vaisseaux.
L'Artere qui fort du coeur
se dilate de telle maniere qu'elle , en couvre toute la base
: ensuite se retresissant peu
à peu elle forme une espece
de corne. A l'endroitoù elle
est ainsi dilatée
,
elle est garnie
en dedans de plusieurs
colonnes charnuës qu'on peut
considerer comme autant de
muscles qui font decetendroit
de l'aorte comme un
second coeur, ou du moins
comme nn second ventricule
lequel joignant sa compressîon
à celle du coeur, double
la force necessaire à la distribution
dufang pour la circulation.
Cette artere montant par
l'intervalle que les oüies laissententre-
elles, jette vis-à-vis
,
de chaque paire de côtes de
chaque côté une grosse branche
creusée sur la surface exterieure
de chaque côte& qui
s'étend le long de cette goutiere
d'une extremité à l'autre
du feüillet. Voila tout le corps
de l'Aorte dans ce genre d'animaux.
L'Aorte qui dans les
autres animaux porte le fang
du centre à la circonference
de tout le corps, ne parcoure
de chemin dans ceux- ci que
depuis lecoeurjusqu'à l'extremité
des oüies, où elle finir.
Cette branche fournit alitant
de rameaux qu'il y a de lames
surl'un ou furl'autre bord
de lacôte. La grosse branche
se termine à l'extremitéde la
côte
,
ainsi qu'il a esté dit, &
les rameaux finissent à l'extremité
des lames ausquelles
chacun d'eux se distribuë.
Pour peu que l'on soit instruit
de la circulation & des
Vaisseaux qui y servent, on
fera en peine de sçavoir par
quels autres vaisseaux on a
trouvéun expédient pour animer
& mouvoir tout le corps
depuis le bout d'en bas des
oiïies jusques à l'extremité de
la queuë. Cet expedient paroîtra
clairement dés qu'on
aura conduit le fang jusqu'à
l'extremitédesoüies. -
Chaque
Chaque rameau d'artere
monte le long du bord interieur
de chaque lame des
deux feüillets posez sur chaque
côte,c'est-à dire le long
des deux tranchans des lames
qui se regardent:ces deux rameaux
s'abouchentau milieu
de leur longueur; & continuant
leur route parviennent,
comme j'ay dit, à la pointe
de chaque lame. Là chaque
rameau de l'extremité de l'artere
trouve l'embouchure d'une
veine, & deux embouchures
appliquées l'une à l'autre
immediatement ne faisant
qu'un même canal malgré la
differente consistance des
deux vaisseaux
,
la veine s'abbat
sur le tranchant exterieur
de chaque lame, & parvenuë
au bas de la lame elle verse
son fang dans un gros vaisseau
veineux couché prés de
la branche d'artere danstoute
l'étenduë de la goutiere de
de la côte: mais ce n'est pas
feulement par cet abouchement
immediat des deux extrêmitez
de l'artere &de la
veine que l'arrere se décharge
dans la veine, c'est encore par
toute sa route.
Voici comment le rameau
d'artere dresse sur le tranchant
de chaque lame, jette dans
toute sa route sur le plat de
chaque lame de part & d'autre,
une multitude infinie de
vaisseaux, qui partant deux à
deux de ce rameau l'un d'un
côté de la lame, l'autre de
l'autre
-,
chacun de son côté
vadroit à laveine qui descend
sur le tranchant opposé de la
lame, & s'y abbouche par un
contact immédiat. C'est ainsi
que le fang passe dans ce genre
d'animaux,des arteres de
leur poumon dans leurs vrinés
d'un bout a l'aucre. Les
artères y font de vrayes arteres,
& par leurs corps & par
leur fonctions de recevoir le
fang. Les veines y font de
vrayes retines, & par leur
fonction de recevoir le fang
desarteres & par la delicatefseextrême
de leur consistan-
Ilnty ajusques-là rien qui
ne foie de l'oeconomie ordinaire
: mais ce qu'il y a de singulier
est premièrement l'abbboouucchheemmeennttimimmméeddiiaatt
des
arteres avec les veines, qui (c
trouve àlaverité dans les poumons
d'autres animaux, sur
1 tout dans ceux des grenouilles
&des torcuës: mais qui
n'est pas si manifestequedans
viesoiiies des poissons. 2° La
régularité de la distribution
:
qui rend cet abbouchement
plus vifiblc dans ce genre d'animaux
;car toutes les branchesdarteres
montant le
long des lames dressees sur les
côres
,
font aussi droites &
aussi également distances l'une
de
l'autre
que les lames: les
rameaux transversaux capillaires
qui partent de ces branches
à angles droits
,
font également
distansl'un de l'autre;
de forte que la direction & les
intervales de ces vaisseaux tant
montans que transversaux,
estantanssi réguliers que s'ils
avoient esté dressez à la règle
& espacez au compas ; on les
suit à l'oeil & au microscope.
On voit donc que lesarteres
transversales finissent immédiatement
au corps de la veine
descendante, & chacune
de ces veines descendante
ayant reçu le fang des artères
capillaires tranfverfalles
de part & d'autre de la lame,
s'abbouche à plomb avec le
tronc de la veine couchée
dans la gouttiere.
Il faut avouer que cette
, distribution est fort singuliere
: ce qui fuit l'est encore davantage.
On est en peine dela
distribution du fang pour la
nourriture & la vie des autres
parties du corps de ces animaux.
Nous avons conduit le
fang du coeur par les arteres
«
du poumon dans les veines
du poumon. Le coeur ne jette
point d'autres arteres que celles
du poumon. Que deviendront
les autres parties, le
cerveau, les organes des fensf
Ce qui fuit le fera voir.
Ces troncs de veines pleins
de fang arreriel fartant de
chaque côce par leur extrémité
qui regarde la bafe du
crâne, prennent la consistance
&l'épallfeur darteres & viennent
seréunir deux à deux de
chaque côcé. Celle de la première
côte, fournit avant sa
réunion des branches qui distribuënt
le fang aux organes
des sens, au cerveau & aux
parties voisines, & fait par ce
moyen les fonctions qui appartiennent
à l'aorte ascendante
dans les animaux à quatre
pieds :
ensuite elle fc rejoint
joint à celle de la fccondc
côte; & ces deux ensemblene
font plus qu'un tronc, lequel
coulant le long de la base du
crane reçoit encore de chaque
cote une autre branche formée
par la réunion des veines
de la troisième & quatrième
paires de côtes,& routesensemble
ne font plus qu'un
tronc.
Après cela ce tronc dont
toutes les racines estoient
veines dans le poumon,devenant
artere par sa tunique
& par son office, continue
son cours le long des vertebecs.,
& distribuant le fang
artérielà touteslesautres parties
, fait la fonction d'artère
desccendante&lesang arceuiel
estdistribué parce moyenégakment
à toutes les parties
pourles nourrir & des ani.
mer, &il r£neori«ropartout
des racinesquireprennent le
residu & le rapportant par
plusieurs troncsformezdel'unioh
de toutes q<!s¡acincs'au
reservoircommunquiledoit
rendreaucoeur;c'estainsi que
^achevcfk circulation dans
casiani<iaaux.-,;io r>,\~;x:
>V«oil'aScomîtefitylcs)Vcinri5
,
du potlHion de cegenredeviennent
arteres pour animer
& pour nourrir la teste & le
reste du corps.
Mais ce qui augmente la
singularité,c'est que ces mêmesveines
du poumon sortant
de la goutiere des côtes
par leur extremité qui regarde
la gorge, conservent la tu.
nique & la fonction de veines
en rapportant dans le reservoir
de tout le fang veinal
une portion du fang arteriel
qu'elles ont reçudes arteres
du poumon.
Comme le mouvement
des machines contribue aussi
a la respiration des Poissons,
il ne fera pas hors de propos
defaire remarquer que la fuperieurc
est mobile, qu'elle est
composée de pluficurs pieces
qui font naturellement engaggééeeslselessuunneessddaannssleless
aauu--
tres, de telle manière qu'elles
peuvent en se déployant
dilater & allonger la mâchoire
superieure.
Toutes les pieces qui servent
à la respiration de la
Carpe, montent à un nombre
si surprenant, qu'on ne
fera pas fâché d'en voir icy le
dénombrement.
Les pieces osseuses font au
nombre de quatre milletrois
cens quatre-vingt six
:
il y a
soixante-neufmuscles.
- Les arteres des ouics, outre
leurs huit branches principales,
jettent quatre mille trois
Cent vingt rameaux; & chaque
rameau jette de chaque
lame, une infinité d'arteres
capillaires transversales, donc
le nombre ne fera pas difficile,
& passera de beaucoup tous
ces nombres ensemble.
: Il y a autant de nerfs que
d'arteres
3
les ramifications
des premiers suivant exactement
celles des autres.
Les veines ainsi que les artères,
outre leurs huit branches
principales jettent quatre
mille trois cent vingt rameaux
,
qui font de simples
tuyaux,& qui à la différence
des rameaux des arteres na
jettent point de vaisseux capillaires
tranfver faux.
Le fang qui cft rapporté de
toutes les parties du corps des
poissons,entre du reservoir,
ou se dégorgent toutes les
veines
t
dans l'oreillette
, &
de là dans le cceur;qui par-sa
contraction le pouffe dans
l'aotte, & dans toutes les ramifications
quelle jette sur
les lames des oüies : & comme
à sa nainance elle cft garnie
de plusieurs colonnes charnuës,
fore épaisse, ce qui resserrent
immédiatement après, elle féconde
& fortifie par sa compression
l'action du coeur, qui
est de pousser avec beaucoup
de force le fang dans les rameaux
capillaires transversaux,
situez de part & d'autre,
sur toutes les lames des oüies.!
On a fait observer que cette
artere & ses branches, ne
parcouroient de chemin que
depuis le coeur',-- jusqu'à l'ex.
tremité des oüies, où elles finirent.
Ainsi à coup de piston
redoublé doit suffire, pour
pousser le fang avec irppetuosicé
dans ce nombre infini
d'arterioles si droites & si rcguliere,
où le fang ne trouve
d'autre obstacle que Je simple
contaft,&non le choc & les
reflexions, comme dans les
autres animaux où les arteres
se ramifient en mille manières
,
sur tout dans les demieres
subdivisions.
Voila pour ce qui concerne
le pacage du fang dans k
poumon. Voici comment s'en
fait la préparation.
:. Je suppose que les particules
d'air qui font dans l'eau,
comme l'eau est dans une éponge)
peuvent s'endégager
en plusieurs manières.
1 Par la chaleur ainsiqu'on
le voit dans l'eau qui bout
sur le feu. 2.Q. Par laffoiblisfement
duressors de l'air,qui
presse l'eau où ces particules
d'air sont engagées; comme
on le voit dans la machine du
vuide. 3°. Par le froissement
&l'extrême division del'eau,
sur tout quand elle a quelque
degré de chaleur.
On ne peut pas douter qu'-
il n'y ait beaucoup d'air dans
tout le corps des poissons,&
que cet air ne leur foit fort
ncceflaire. La machine du vui.
de fait voir l'un & l'autre..
J'aymis une Tanche fore
vive dans un vaisseau plein
d'eau que l'on a placé fous le
recipicnt;& aprèsavoir donné
cinq ou six coups de piston on
a remarqué que cette Tanche
était toute couverte d'une iiw
finité de petites bulles d'air qui
sortoient d'entre les écailles,
& que tout le corps paroissoit
perlé.
,
Il en sorcoit aussi un tresgrand
nombre par les oüies
beaucoup plus grosses que
celles de la surface du corps:
Enfinilen fortoir par la bou.
che,maisen moindre quantite.
En recommençant a pomper
tout de nouveau deux ou
trois fois de fuite ,ce qui fut
fait à plusieurs reprises, on
remarquoit que lepoisson s'agitoit
& se tourmentoit ex.
traordinairement,&qu'il reÊ
piroit plus fréquemment:
aprés avoir passé un gros quart
d'heure dans cetestat, il tom.
ba en langueur, toutlecorps
Vi
& même les oiïies n'ayant
bplleu.s aucun mouvement fcnfi-
Pour lots ayant tire le
vaisseau de dessous le recipient,
on jetta le poison dans
de l'eauordinaire, où il commença
à respirer & à nager,
mais foiblement, & il fut
longtemps à revenir à son
cfliatnaturel.
J'ayfait la mêmeexperience
sur une Carpe: jel'ay mise
dans la même machine, 3c
ayant pompel'air trois ou
quatre fois comme on l'avoir
fait à la Tanche, le poisson
- commença d'abord à s'agiter:
toute la surface du corps de-
,
vint, perlée; il sortit par la
bouche & par les oüies une
infinité de bulles d'air foïç
grottes,&larégion de la ves-
Sie d'air s'enfla beaucoup,quoique
cette Carpe fut plus gros-.
se que la Tanche,le battement
desoüies cessaplutost. *Lorsqu'onrecommençoità
pomper, les oüies recommençoient
aussi à battre mais
très-peu de temps,& fort foi.
blcment. Enfin elle demeura
sans aucun mouvement, &
la region de la vessie devint si
gonflée & si tenduë,que la
laittc forcoit en s'éfilant par
l'anus. Cela dura environ trois
quarts d'heure, au bout desquels
elle mourut,estant de*
venuë fortplatte.L'ayantouverte,
.on trouvalavessie: crel
1 i Vée.
On aaussi expetimenté
qu'un poisson mfs dansSit
teaupurgée d'air n'ypeut vivre
longtemps. Outre ces experiences
qu'on peut faire
dans la madonedu vuide,en
voici d'autres qui prouvent
aussi que l'air,qui est mê'Jé'
dans l'eau,alaprincipalepart
à la respiration despoissons
•v
Si vous enfermezdespoisfons
dans unvaisseau de verre
plein d'eau, ils y viventquelque
temps, pourvûquel'eau
ioitlenouveîléc :mais si vous
couvrez le vaisseau,&le'bouchez
en forte que l'air stfy
puificpointcnttet/ikîsjroîfsonsserontéroulfez.
".,Gôlg
prouve bien que j'eau aé fctc
àqlueu'erlfreesapirlataiolni,beqruteéu'tÛanct
peignerd'air.*-•]rV
Mettez lusieurs Lp9iffons
dans un vaisseau qui tic
Ion pas entièrement TciBd!i
ir'cauyfrvous,lefermes?
poissons qui auparavant nageoientenpleine
liberté, & segayoient, s'agiteront & se
presseront à qui prendra le
dessus poutrespirer la portion
de l'eau qui est la plus voisine
delair.
Onremarqueaussiquelorfquela
surface des Etangs cft
gelée, les poissons qui font
dedans, meurent plus ou
moins vite ,durant que l'E.,.
rang a plus ou moins d'étenduë
&de profondeur, & on
observe que quand on casse
la glace en quelque endroit)
les poissonss'y prefenrent
avec
avec empressement pour rcfpirer
cette eau imprégnée
d'un nouvel air. Ces experiences
prouvent manifestement
la necessité de l'air pour
la rcfpiration des poissons.
Voyons maintenant ce qui se
passe dans le temps de cette
rcfpiration-
La bouche, s'ouvre
,
les lèvres
s'avancent,parla la concavité
de la bouche est allongée,
la gorge s'enfle, les couvercles
des oüies
,
qui ont le
même mouvement que les
panneaux d'un souffet, s'écarrant
l'un de l'autre,se voûcent
en dehors parleur milieu
seulement, tandis qu'une de
leurs pieces qui joiic sur une
espece de gomme ,
tientfermées
les ouvertures des ouïes,
en se soulevant toutefois un
peu, sans permettrecependant
à l'eau d'entrer ; parce
que la petite peau qui borde
chaque couvercle, ferme exactement
l'ouverture des ouïes.
Tout cela augmente, &
élargit en tout sens la capacité
de la bouche, & détermine
l'eau à entrer dans &
cavité, de même que l'air entre
par la bouche & les nariDes
dans la crachée artere Se
les poumons , par la dilata,
tion de la poitrine. Dans ce
même temps les costes des
QÇÏÇS s'ouvrent en s'écartanr
lç5 unes des autres, leur cintreestélargi,
le sternon efl;
écarté en s'éloignant du palais
; ainsi tout conspire à faire
entrer l'eau en plus grande
quantité dans la bouche. C'es
ainsi que se fait l'ispiratioa
despoissons, Ensuite la bouche
se ferme, les lévres auparavant
allongées se racourcissent
, sur tout la superieure
qui se plic en éventail, la lévre
inférieure se cole: à la superieure
par le moyen d'une petite
peau en forme de croissant qui
s'abbat comme un rideau de
haut en bas & qui empêche
l'eau de sortir. Le couvercle
s'applatit sur la baye de l'ouverture
desoüies. Dans le même
temps les côtes se ferrent
les unes contre les autres, leur
cintre se retressit, & le sternon
s'abbat sur le Palais.
Tout cela contribuë &
comprime l'eau qui est entrée
par la bouche. Elle se presente
alors pour forrir par tous
les intervalles descôtes & par
ceux de leurs lames, & elle y
passe comme par autant desilieres
; & par ce mouvement la
bordure membraneuse des
couvercles cil: relevée,.& l'eau
pressees'échappe parcette ouverture,
C'est ainsi que fc
fait l'expiration dans les poissons.
On voit par là que l'eau
entre par la bouche, & sortant
par les oüies. Tout au contraire
de ce qui arrive dans les animaux
à quatre pieds dans lesquels
l'air entre & fort alternativemenr
par la trachée artere.
Voila tout ce qui concerne
les mouvemensdelarespiration
des poissons.
sur la circulationdusang
des Poissons qui ont des
oùies, &sur leur refi.
piration.
I
~-
DAns les divers Memoires
qu'on a lûs à rA.
1 cademie, on a fait voir qu'elle
! étoit la structure du coeur des
Poissons, & celles de leurs
ouïes. Pour suivre >tierc, cette ma- il està propos de parler
: de leurs usages; Mais pour
les rendre intelligibles à tout
le monde; il est necessaire de
faire ici une brieve recapitulation
de ce que j'ay dit touchant
cette mêmestructure.
On remarquera donc qu'elle
cft differente dans les differentes
especes dePoissons où
l'on trouve ces parties. On a
fait voir à l'Academie des
Exemples de ces differences;
mais je m'arreste aujourd'huy
particulierement à la Carpe
que l'on trouve commodément
& sur laquelle on pourra
avec facilité verifier tout ce
que je vais dire.
Chacun sçait que le coeur
de tous les Poissons qui ne
respirent pas l'air n'a qu'une
cavité, & par consequent
qu'une oreillette à l'embouchure
du vaisseau qui y rapporte
le fang. Celle du coeur
de la Carpe est appliquée au
costé gauche.
La chair du coeur est fore
épaisse, par rapport à son volume,
& ses fibres font trescompactes:
Aussia-t'il bcfoin
d'une forte action pour la circulation
comme on le verra
,
dans la fuite.
: Il n'y a personne qui ne
sçache cc que c'est que des
ouïes; mais tout le monde
ne sçait pas que ce font ces
parties qui fervent de poumons
aux Poissons. Leur
charpente est composée de
quatre costes de chaque costé
qui se meuvent tant sur ellesmêmes
en s'ouvranr & se resserrant
qu'àl'égard de leurs
deux appuis superieur & inferieur
en s'écartant de l'une &
de l'autre, & en s'en raprochant.
Le costé convexe de
chaque coste est chargé sur
ses deux bords de deux especes
de feüillets, chacun desquels
est composé d'un rang
de lames, étroites & rangées
& ferrées l'une contre l'autre
qui forment comme autant
de barbes ou frangessemblables
à celles d'une plume à
écrire; & ce font ces franges
qu'on peut appeller proprement
le poumon desPoissons.
Voila une situation de parties
fortextraordnaire & fore
singuliere. La poitrine est
dans la bouche aussi- bien
que le poumon. Les costes
portent le poumon, & l'animal
respire l'eau-
Les extremitez de ces costes
qui regardent la gorge font
jointesensemble par plusieurs
petits os, qui forment une
cfpecc de sternon, en sorte
néanmoins que les costes ont
un jeu beaucoup plus libre
sur ce sternon & peuvent s'écarter
l'une de l'autre beaucoup
plus facilement que celles
de l'homme, & que ce sternon
peut-estre soulevé & a.
baissé. Les autres extremitez
qui regardent la base du
crane font aussi jointes par
quelques osselets qui s'articulent
avec cette même base &
qui peuvents'en éloigner, ou
s'enapprocher.
Chaque coftc est compofée
de deux pieces jointes par
un cartilage fort fouple, qui
est dans chacune de ces parties
ce que font les charnieres
dans les ouvrages des artisans.
La premiere piece cît
courbée en arc, & sa longueur
est environ la sixiéme portion
du cercle dont elle feroit la
partie.
La seconde décrit à peuprés
une fromaine majuscule.
- La partie convexe de chaque
coste est creusée en goutiere,
& c'est le long de ces
goutieres que coulent les vaisaseaupx
donrt iléferaspa.rléci- Chacune des lames dont
les feüillers font composez,
à la figure du fer d'une faux,
& à sa naissance elle a comme
un pied ou talon qui ne
pose que par son extremité sur
sur le bord de la coste.
Chacun de ces feüillets est
composé de cent trente-cinq
lames j-ainifles seize contiennent
huit mil six cens quarante
surfaces, que je compte icy
parce que les deux surfaces de
chaque lame font revêtuës
dans toute leur étenduë d'une
membrane tres fine, sur laquelle
se font les ramifications
presque innombrables des
vaisseaux capillaires de ces
fortes de poumons.
J'ay fait voir à la compagnie
qu'il y a quarante-six
muscles qui sont employez
aux mouvemens de ces costes;
il y en a huit qui en dilate l'intervale,
& seize qui le resserrent,
six qui élargissent le cintre
de chaque coste, douze
qui le retresissent, & qui en
même temps abaissent le sternon,
& quatre qui le soulevent.
Les ouïes ont une large ou.
verture, sur laquelle cftpaCé
un couvercle composé de
plusieurs pieces d'assemblage,
qui a le même usage que le
panneau d'un fouiller)& chaque
couvercle est formé avec
un tel artifice qu'en s'écartant
l'un de l'autre,ils se voutent
en dehors pour augmenter la
capacité de la bouche, tandis
qu'une de leurs pieces qui
jouë sur une espece de genou
tient fermées les ouvertures
des ouïes, & ne les ouvre que
pour donner passage à l'eau
que l'animal a respiré, ce qui
se fait dans le tems que le
couvercle s'abat & se referre.
I Il ya deux muscles qui servent
à soulever le couvercle,
& trois qui fervent à l'abatre
& à le reserrer.
! On vient de dire que l'assemblage
qui compose la
charpente des couvercles les
rend capables de sevouter en
dehors. On ajoûtera deux
autres circonstances. La premiere
est que la partie de ce
couvercle qui aide à former
le dessous de la gorge est
plié en éventail sur de petites
lames d'os pour fcrvir en se
deployant à la dilatation de la
gorge dans l'inspiration de
l'eau. La seconde que chaque
couvercle est revêtu par dehors
& par dedans d'une peau
qui
*
luy est fort adherente.
Cesdeux peaux s'unissent ensemble,
se prolongent audelà
de la circonference du
couvercle d'environ deux à
trois lignes, & vont toûjours
en diminuant d'épaisseur. Ce
prolongement est beaucoup
plus ample fous la gorge que
vers le haut de la teste. Il
estextrêmementsouple, pour
s'appliquer plus exactement à
l'ouverture sur laquelle il porte,
& pour la tenir ferméeau
premier moment de la dilatation
de la bouche pour la
rcfpiration.
Voila pour ce qui regarde
la structure desoüies ; passons
à present à la distribution de
leurs vaisseaux.
L'Artere qui fort du coeur
se dilate de telle maniere qu'elle , en couvre toute la base
: ensuite se retresissant peu
à peu elle forme une espece
de corne. A l'endroitoù elle
est ainsi dilatée
,
elle est garnie
en dedans de plusieurs
colonnes charnuës qu'on peut
considerer comme autant de
muscles qui font decetendroit
de l'aorte comme un
second coeur, ou du moins
comme nn second ventricule
lequel joignant sa compressîon
à celle du coeur, double
la force necessaire à la distribution
dufang pour la circulation.
Cette artere montant par
l'intervalle que les oüies laissententre-
elles, jette vis-à-vis
,
de chaque paire de côtes de
chaque côté une grosse branche
creusée sur la surface exterieure
de chaque côte& qui
s'étend le long de cette goutiere
d'une extremité à l'autre
du feüillet. Voila tout le corps
de l'Aorte dans ce genre d'animaux.
L'Aorte qui dans les
autres animaux porte le fang
du centre à la circonference
de tout le corps, ne parcoure
de chemin dans ceux- ci que
depuis lecoeurjusqu'à l'extremité
des oüies, où elle finir.
Cette branche fournit alitant
de rameaux qu'il y a de lames
surl'un ou furl'autre bord
de lacôte. La grosse branche
se termine à l'extremitéde la
côte
,
ainsi qu'il a esté dit, &
les rameaux finissent à l'extremité
des lames ausquelles
chacun d'eux se distribuë.
Pour peu que l'on soit instruit
de la circulation & des
Vaisseaux qui y servent, on
fera en peine de sçavoir par
quels autres vaisseaux on a
trouvéun expédient pour animer
& mouvoir tout le corps
depuis le bout d'en bas des
oiïies jusques à l'extremité de
la queuë. Cet expedient paroîtra
clairement dés qu'on
aura conduit le fang jusqu'à
l'extremitédesoüies. -
Chaque
Chaque rameau d'artere
monte le long du bord interieur
de chaque lame des
deux feüillets posez sur chaque
côte,c'est-à dire le long
des deux tranchans des lames
qui se regardent:ces deux rameaux
s'abouchentau milieu
de leur longueur; & continuant
leur route parviennent,
comme j'ay dit, à la pointe
de chaque lame. Là chaque
rameau de l'extremité de l'artere
trouve l'embouchure d'une
veine, & deux embouchures
appliquées l'une à l'autre
immediatement ne faisant
qu'un même canal malgré la
differente consistance des
deux vaisseaux
,
la veine s'abbat
sur le tranchant exterieur
de chaque lame, & parvenuë
au bas de la lame elle verse
son fang dans un gros vaisseau
veineux couché prés de
la branche d'artere danstoute
l'étenduë de la goutiere de
de la côte: mais ce n'est pas
feulement par cet abouchement
immediat des deux extrêmitez
de l'artere &de la
veine que l'arrere se décharge
dans la veine, c'est encore par
toute sa route.
Voici comment le rameau
d'artere dresse sur le tranchant
de chaque lame, jette dans
toute sa route sur le plat de
chaque lame de part & d'autre,
une multitude infinie de
vaisseaux, qui partant deux à
deux de ce rameau l'un d'un
côté de la lame, l'autre de
l'autre
-,
chacun de son côté
vadroit à laveine qui descend
sur le tranchant opposé de la
lame, & s'y abbouche par un
contact immédiat. C'est ainsi
que le fang passe dans ce genre
d'animaux,des arteres de
leur poumon dans leurs vrinés
d'un bout a l'aucre. Les
artères y font de vrayes arteres,
& par leurs corps & par
leur fonctions de recevoir le
fang. Les veines y font de
vrayes retines, & par leur
fonction de recevoir le fang
desarteres & par la delicatefseextrême
de leur consistan-
Ilnty ajusques-là rien qui
ne foie de l'oeconomie ordinaire
: mais ce qu'il y a de singulier
est premièrement l'abbboouucchheemmeennttimimmméeddiiaatt
des
arteres avec les veines, qui (c
trouve àlaverité dans les poumons
d'autres animaux, sur
1 tout dans ceux des grenouilles
&des torcuës: mais qui
n'est pas si manifestequedans
viesoiiies des poissons. 2° La
régularité de la distribution
:
qui rend cet abbouchement
plus vifiblc dans ce genre d'animaux
;car toutes les branchesdarteres
montant le
long des lames dressees sur les
côres
,
font aussi droites &
aussi également distances l'une
de
l'autre
que les lames: les
rameaux transversaux capillaires
qui partent de ces branches
à angles droits
,
font également
distansl'un de l'autre;
de forte que la direction & les
intervales de ces vaisseaux tant
montans que transversaux,
estantanssi réguliers que s'ils
avoient esté dressez à la règle
& espacez au compas ; on les
suit à l'oeil & au microscope.
On voit donc que lesarteres
transversales finissent immédiatement
au corps de la veine
descendante, & chacune
de ces veines descendante
ayant reçu le fang des artères
capillaires tranfverfalles
de part & d'autre de la lame,
s'abbouche à plomb avec le
tronc de la veine couchée
dans la gouttiere.
Il faut avouer que cette
, distribution est fort singuliere
: ce qui fuit l'est encore davantage.
On est en peine dela
distribution du fang pour la
nourriture & la vie des autres
parties du corps de ces animaux.
Nous avons conduit le
fang du coeur par les arteres
«
du poumon dans les veines
du poumon. Le coeur ne jette
point d'autres arteres que celles
du poumon. Que deviendront
les autres parties, le
cerveau, les organes des fensf
Ce qui fuit le fera voir.
Ces troncs de veines pleins
de fang arreriel fartant de
chaque côce par leur extrémité
qui regarde la bafe du
crâne, prennent la consistance
&l'épallfeur darteres & viennent
seréunir deux à deux de
chaque côcé. Celle de la première
côte, fournit avant sa
réunion des branches qui distribuënt
le fang aux organes
des sens, au cerveau & aux
parties voisines, & fait par ce
moyen les fonctions qui appartiennent
à l'aorte ascendante
dans les animaux à quatre
pieds :
ensuite elle fc rejoint
joint à celle de la fccondc
côte; & ces deux ensemblene
font plus qu'un tronc, lequel
coulant le long de la base du
crane reçoit encore de chaque
cote une autre branche formée
par la réunion des veines
de la troisième & quatrième
paires de côtes,& routesensemble
ne font plus qu'un
tronc.
Après cela ce tronc dont
toutes les racines estoient
veines dans le poumon,devenant
artere par sa tunique
& par son office, continue
son cours le long des vertebecs.,
& distribuant le fang
artérielà touteslesautres parties
, fait la fonction d'artère
desccendante&lesang arceuiel
estdistribué parce moyenégakment
à toutes les parties
pourles nourrir & des ani.
mer, &il r£neori«ropartout
des racinesquireprennent le
residu & le rapportant par
plusieurs troncsformezdel'unioh
de toutes q<!s¡acincs'au
reservoircommunquiledoit
rendreaucoeur;c'estainsi que
^achevcfk circulation dans
casiani<iaaux.-,;io r>,\~;x:
>V«oil'aScomîtefitylcs)Vcinri5
,
du potlHion de cegenredeviennent
arteres pour animer
& pour nourrir la teste & le
reste du corps.
Mais ce qui augmente la
singularité,c'est que ces mêmesveines
du poumon sortant
de la goutiere des côtes
par leur extremité qui regarde
la gorge, conservent la tu.
nique & la fonction de veines
en rapportant dans le reservoir
de tout le fang veinal
une portion du fang arteriel
qu'elles ont reçudes arteres
du poumon.
Comme le mouvement
des machines contribue aussi
a la respiration des Poissons,
il ne fera pas hors de propos
defaire remarquer que la fuperieurc
est mobile, qu'elle est
composée de pluficurs pieces
qui font naturellement engaggééeeslselessuunneessddaannssleless
aauu--
tres, de telle manière qu'elles
peuvent en se déployant
dilater & allonger la mâchoire
superieure.
Toutes les pieces qui servent
à la respiration de la
Carpe, montent à un nombre
si surprenant, qu'on ne
fera pas fâché d'en voir icy le
dénombrement.
Les pieces osseuses font au
nombre de quatre milletrois
cens quatre-vingt six
:
il y a
soixante-neufmuscles.
- Les arteres des ouics, outre
leurs huit branches principales,
jettent quatre mille trois
Cent vingt rameaux; & chaque
rameau jette de chaque
lame, une infinité d'arteres
capillaires transversales, donc
le nombre ne fera pas difficile,
& passera de beaucoup tous
ces nombres ensemble.
: Il y a autant de nerfs que
d'arteres
3
les ramifications
des premiers suivant exactement
celles des autres.
Les veines ainsi que les artères,
outre leurs huit branches
principales jettent quatre
mille trois cent vingt rameaux
,
qui font de simples
tuyaux,& qui à la différence
des rameaux des arteres na
jettent point de vaisseux capillaires
tranfver faux.
Le fang qui cft rapporté de
toutes les parties du corps des
poissons,entre du reservoir,
ou se dégorgent toutes les
veines
t
dans l'oreillette
, &
de là dans le cceur;qui par-sa
contraction le pouffe dans
l'aotte, & dans toutes les ramifications
quelle jette sur
les lames des oüies : & comme
à sa nainance elle cft garnie
de plusieurs colonnes charnuës,
fore épaisse, ce qui resserrent
immédiatement après, elle féconde
& fortifie par sa compression
l'action du coeur, qui
est de pousser avec beaucoup
de force le fang dans les rameaux
capillaires transversaux,
situez de part & d'autre,
sur toutes les lames des oüies.!
On a fait observer que cette
artere & ses branches, ne
parcouroient de chemin que
depuis le coeur',-- jusqu'à l'ex.
tremité des oüies, où elles finirent.
Ainsi à coup de piston
redoublé doit suffire, pour
pousser le fang avec irppetuosicé
dans ce nombre infini
d'arterioles si droites & si rcguliere,
où le fang ne trouve
d'autre obstacle que Je simple
contaft,&non le choc & les
reflexions, comme dans les
autres animaux où les arteres
se ramifient en mille manières
,
sur tout dans les demieres
subdivisions.
Voila pour ce qui concerne
le pacage du fang dans k
poumon. Voici comment s'en
fait la préparation.
:. Je suppose que les particules
d'air qui font dans l'eau,
comme l'eau est dans une éponge)
peuvent s'endégager
en plusieurs manières.
1 Par la chaleur ainsiqu'on
le voit dans l'eau qui bout
sur le feu. 2.Q. Par laffoiblisfement
duressors de l'air,qui
presse l'eau où ces particules
d'air sont engagées; comme
on le voit dans la machine du
vuide. 3°. Par le froissement
&l'extrême division del'eau,
sur tout quand elle a quelque
degré de chaleur.
On ne peut pas douter qu'-
il n'y ait beaucoup d'air dans
tout le corps des poissons,&
que cet air ne leur foit fort
ncceflaire. La machine du vui.
de fait voir l'un & l'autre..
J'aymis une Tanche fore
vive dans un vaisseau plein
d'eau que l'on a placé fous le
recipicnt;& aprèsavoir donné
cinq ou six coups de piston on
a remarqué que cette Tanche
était toute couverte d'une iiw
finité de petites bulles d'air qui
sortoient d'entre les écailles,
& que tout le corps paroissoit
perlé.
,
Il en sorcoit aussi un tresgrand
nombre par les oüies
beaucoup plus grosses que
celles de la surface du corps:
Enfinilen fortoir par la bou.
che,maisen moindre quantite.
En recommençant a pomper
tout de nouveau deux ou
trois fois de fuite ,ce qui fut
fait à plusieurs reprises, on
remarquoit que lepoisson s'agitoit
& se tourmentoit ex.
traordinairement,&qu'il reÊ
piroit plus fréquemment:
aprés avoir passé un gros quart
d'heure dans cetestat, il tom.
ba en langueur, toutlecorps
Vi
& même les oiïies n'ayant
bplleu.s aucun mouvement fcnfi-
Pour lots ayant tire le
vaisseau de dessous le recipient,
on jetta le poison dans
de l'eauordinaire, où il commença
à respirer & à nager,
mais foiblement, & il fut
longtemps à revenir à son
cfliatnaturel.
J'ayfait la mêmeexperience
sur une Carpe: jel'ay mise
dans la même machine, 3c
ayant pompel'air trois ou
quatre fois comme on l'avoir
fait à la Tanche, le poisson
- commença d'abord à s'agiter:
toute la surface du corps de-
,
vint, perlée; il sortit par la
bouche & par les oüies une
infinité de bulles d'air foïç
grottes,&larégion de la ves-
Sie d'air s'enfla beaucoup,quoique
cette Carpe fut plus gros-.
se que la Tanche,le battement
desoüies cessaplutost. *Lorsqu'onrecommençoità
pomper, les oüies recommençoient
aussi à battre mais
très-peu de temps,& fort foi.
blcment. Enfin elle demeura
sans aucun mouvement, &
la region de la vessie devint si
gonflée & si tenduë,que la
laittc forcoit en s'éfilant par
l'anus. Cela dura environ trois
quarts d'heure, au bout desquels
elle mourut,estant de*
venuë fortplatte.L'ayantouverte,
.on trouvalavessie: crel
1 i Vée.
On aaussi expetimenté
qu'un poisson mfs dansSit
teaupurgée d'air n'ypeut vivre
longtemps. Outre ces experiences
qu'on peut faire
dans la madonedu vuide,en
voici d'autres qui prouvent
aussi que l'air,qui est mê'Jé'
dans l'eau,alaprincipalepart
à la respiration despoissons
•v
Si vous enfermezdespoisfons
dans unvaisseau de verre
plein d'eau, ils y viventquelque
temps, pourvûquel'eau
ioitlenouveîléc :mais si vous
couvrez le vaisseau,&le'bouchez
en forte que l'air stfy
puificpointcnttet/ikîsjroîfsonsserontéroulfez.
".,Gôlg
prouve bien que j'eau aé fctc
àqlueu'erlfreesapirlataiolni,beqruteéu'tÛanct
peignerd'air.*-•]rV
Mettez lusieurs Lp9iffons
dans un vaisseau qui tic
Ion pas entièrement TciBd!i
ir'cauyfrvous,lefermes?
poissons qui auparavant nageoientenpleine
liberté, & segayoient, s'agiteront & se
presseront à qui prendra le
dessus poutrespirer la portion
de l'eau qui est la plus voisine
delair.
Onremarqueaussiquelorfquela
surface des Etangs cft
gelée, les poissons qui font
dedans, meurent plus ou
moins vite ,durant que l'E.,.
rang a plus ou moins d'étenduë
&de profondeur, & on
observe que quand on casse
la glace en quelque endroit)
les poissonss'y prefenrent
avec
avec empressement pour rcfpirer
cette eau imprégnée
d'un nouvel air. Ces experiences
prouvent manifestement
la necessité de l'air pour
la rcfpiration des poissons.
Voyons maintenant ce qui se
passe dans le temps de cette
rcfpiration-
La bouche, s'ouvre
,
les lèvres
s'avancent,parla la concavité
de la bouche est allongée,
la gorge s'enfle, les couvercles
des oüies
,
qui ont le
même mouvement que les
panneaux d'un souffet, s'écarrant
l'un de l'autre,se voûcent
en dehors parleur milieu
seulement, tandis qu'une de
leurs pieces qui joiic sur une
espece de gomme ,
tientfermées
les ouvertures des ouïes,
en se soulevant toutefois un
peu, sans permettrecependant
à l'eau d'entrer ; parce
que la petite peau qui borde
chaque couvercle, ferme exactement
l'ouverture des ouïes.
Tout cela augmente, &
élargit en tout sens la capacité
de la bouche, & détermine
l'eau à entrer dans &
cavité, de même que l'air entre
par la bouche & les nariDes
dans la crachée artere Se
les poumons , par la dilata,
tion de la poitrine. Dans ce
même temps les costes des
QÇÏÇS s'ouvrent en s'écartanr
lç5 unes des autres, leur cintreestélargi,
le sternon efl;
écarté en s'éloignant du palais
; ainsi tout conspire à faire
entrer l'eau en plus grande
quantité dans la bouche. C'es
ainsi que se fait l'ispiratioa
despoissons, Ensuite la bouche
se ferme, les lévres auparavant
allongées se racourcissent
, sur tout la superieure
qui se plic en éventail, la lévre
inférieure se cole: à la superieure
par le moyen d'une petite
peau en forme de croissant qui
s'abbat comme un rideau de
haut en bas & qui empêche
l'eau de sortir. Le couvercle
s'applatit sur la baye de l'ouverture
desoüies. Dans le même
temps les côtes se ferrent
les unes contre les autres, leur
cintre se retressit, & le sternon
s'abbat sur le Palais.
Tout cela contribuë &
comprime l'eau qui est entrée
par la bouche. Elle se presente
alors pour forrir par tous
les intervalles descôtes & par
ceux de leurs lames, & elle y
passe comme par autant desilieres
; & par ce mouvement la
bordure membraneuse des
couvercles cil: relevée,.& l'eau
pressees'échappe parcette ouverture,
C'est ainsi que fc
fait l'expiration dans les poissons.
On voit par là que l'eau
entre par la bouche, & sortant
par les oüies. Tout au contraire
de ce qui arrive dans les animaux
à quatre pieds dans lesquels
l'air entre & fort alternativemenr
par la trachée artere.
Voila tout ce qui concerne
les mouvemensdelarespiration
des poissons.
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Résumé : MEMOIRE sur la circulation du sang des Poissons qui ont des oüies, & sur leur respiration.
Le mémoire traite de la circulation sanguine et de la respiration des poissons dotés d'ouïes, en se concentrant particulièrement sur la carpe. Le cœur des poissons, qui ne respirent pas l'air, possède une seule cavité et une seule oreillette. La structure du cœur est épaisse et compacte, nécessitant une forte action pour la circulation sanguine. Les ouïes des poissons servent de poumons et sont composées de quatre côtes de chaque côté, capables de mouvements complexes. Chaque côte est recouverte de feuillets formés de lames étroites et serrées, ressemblant à des barbes de plume, qui constituent le 'poumon' des poissons. Les muscles des ouïes sont nombreux et spécialisés, permettant des mouvements variés pour faciliter la respiration. Les ouïes sont protégées par des couvercles articulés qui s'ouvrent et se ferment pour permettre le passage de l'eau. L'aorte, qui part du cœur, se dilate à la base avant de se rétrécir et de former une corne. Elle est garnie de colonnes charnues agissant comme un second cœur ou ventricule, augmentant la force de la circulation sanguine. L'aorte se divise en branches qui irriguent les lames des ouïes, où se produit un échange gazeux. Les artères et les veines des ouïes sont intimement connectées, permettant au sang de passer des artères aux veines par des vaisseaux capillaires. Cette distribution régulière et ordonnée est unique chez les poissons. Les veines des ouïes deviennent des artères pour irriguer le reste du corps, y compris le cerveau et les organes sensoriels. Enfin, une partie du sang artériel est rapportée au cœur par les veines des ouïes, complétant ainsi la circulation sanguine chez les poissons. Le texte mentionne également la structure de la mâchoire supérieure des poissons, mobile et composée de plusieurs pièces permettant de dilater et allonger la mâchoire. La respiration de la carpe implique un nombre impressionnant de pièces osseuses (4 386) et de muscles (69). Les artères des ouïes, outre leurs huit branches principales, jettent 4 320 rameaux, chacun produisant une infinité de capillaires transversaux. Les veines, de manière similaire, ont des rameaux qui ne produisent pas de capillaires transversaux. Le sang circule du cœur vers les ouïes, où il est filtré et oxygéné avant de retourner au cœur. Des expériences montrent la nécessité de l'air pour la respiration des poissons. Par exemple, des poissons placés dans un récipient sous vide ou dans de l'eau privée d'air montrent des signes de détresse et finissent par mourir. Les poissons cherchent à se rapprocher de la surface de l'eau pour respirer l'air dissous. Les mouvements de respiration des poissons impliquent l'ouverture et la fermeture de la bouche et des ouïes, permettant à l'eau de passer à travers les branchies pour l'oxygénation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 248-266
L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
Début :
Le premier qui parla fut Mr le Chevalier de Louville [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Gomme-laque, Geoffroy, Écarlate, Teinture, Petits corps, Cire, Animaux, Cochenille, Insectes
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texteReconnaissance textuelle : L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
L'Academie Royalle des Sciences
fit à l'ordinaire l'ouverture
de fes exercices aprés
Pafques , par une Affemblée
publique qui ſe tinſt
le Mercredy 11. Avril.
LE premier qui parla
fut Mr le Chevalier de
Louville affocié pour l'ALtronomie.
Il donna des
obfervations fur le point
précis de l'Equinoxe du
Printemps de cette année ,
aprés avoir fait voir auparavant
la neceffité & l'utiGALANT.
249
lité de cette obfervation .
Mr de la Hirre le Pere
propofa une machine tres
fimple pour elever l'eau ,
fans beaucoup de dépenfe,
ayant pour mobile l'eau
d'un ruiffeau ou la fimple
deſcharge d'un refervoir
.
Monfieur Geoffroy le
jeune l'un des affociez Botaniftes
lut enfuite une Dif
fertation fur la gomme
lacque dont on fe fert dans
le Levant pour teindre en
écarlate , & fur les autres
matieres qui fourniſſent
250 MERCURE
cette teinture.
Il montra que la gomme
lacque eftoit mal nommée ;
puifqu'il eft certain que ce
n'eft point du tout une
gomme , & qu'elle ne coule
point des branches
de
l'arbre autour
desquelles
on la trouve , ce qui la fait
nommer lacque en baton .
C'est ce qui avoit déja
efté obfervé fur les lieux
par quelques
uns & entr'autres
par le Pere Tachard.
On avoit auffi remarqué
que cette ma icre
eftoit depofée par des InGALANT
. 291
B
fectes , qui au rapport du
meſme Pere font des
fourmis volantes .
Mais ce qu'on n'avoit
point encore découvert &
qui eft dit aux recherches
de Monfieur Geoffroy ;
c'eft que cette matiere qui
a fi long tems paffé pour
une gomme , est une veritable
Ruche femblable à
celles que travaillent les
Abeilles & quelques autres
infectes.
En effet cette lacque telle
qu'elle fe trouve autour
des petits batons qui la
252 MERCURE
fouftiennent , eft partagée
en petites cellules oblon
gues & a plufieurs pans
comme celles de nos ruches
dont les cloisons font
tres delicates & qui aboutiffent
toutes à plufieurs petits
trous dont la lacque
paroift criblée par deffus .
Ces Loges font occupés
par des petits corps
oblongs , ridez , terminez
d'un cofté par une pointe,`
& de l'autre par deux ou
trois , qui eftant' mis dans
l'eau s'y renflent comme
fait la cochenille & la teiGALANT
. 253
2
gnent d'une auffi belle
couleur.
Ces petits corps font ;
felon Mr Geoffroy , des
depouilles d'infectes nez
ou à naiftre , & qui par
confequent ne peuvent eftre
que les veftiges des
effains à quoy ces ruches
font destinées ; comme
nous voyons celles de nos
mouches à miel fervir au
mefme ufage.
Que ces petits corps
I foient des parties animales,
on n'en fçauroit douter en
eles bruflant à part ; car ils
254 MERCURE
repandent une odeur fetide
pareille à celle qui fort
des parties des animaux
qu'on bruſle , au lieu que
la lacque toute feule jette
en brûlant cette agreable
odeur qu'on connoiſt dans
la cire d'Eſpagne dont elle
fait la bafe.Y
Il faut bien
diftinguer
felon Mr Geoffroy ces petits
Animaux , quels qu'ils
foient , qui occupent
chacun
leur alveole , d'avec
d'autres vers qui s'infinuent
dans la lacque , y
rongent
les cellules & ce qu'elles
GALANT . 255
5
contiennent , & y depofent
leurs oeufs . Ceux - là
font eſtrangers à la lacque
comme les vers qui fe mettent
aux ruches de nos
mouches à miel , & l'y détruifenr.
Il s'enfuit donc que la
lacquefeparée de ces petits
corps eft une veritable cire .
C'eft ce que Mr Geoffroy
a fort bien prouvé par la
comparaifon qu'il en fait
avec une lacque de la mefme
nature , mais peu con
nuë , qui vient de l'Ile de
Madagaſcar. Celle - cy eft
256 MERCURE
toute femblable à de la
cire & on la prendroit
pour
l'ouvrage
de quelques
mouches à miel , fi l'on ne
la reconnoiffoit
pour de la
lacque à fes alveoles & aux
petits corps qu'elles renferment.
L'Analyfe chimique que
Mr Geoffroy a auffi employée
pour découvrir entierement
la nature de la
lacque prouve encore que
c'eft une cire ; car on en
tire les mefmes principes
qu'on tire ordinairement
de la cire , fçavoir un esprit
acide
GALANT. 257
acide & un beurre . Mais
à caufe des parties animales
qui y font renfermées
elles doit fournir quelque
eſprit volatil.
>
Pour s'en affurer Mr
Geoffroy a fait deux diſtillations
, l'une de la lacque
en baton avec les petits
animaux qu'elle contient
& l'autre de la lacque en
graine qui eft ainſi nommée
parce qu'elle a eſté
reduite en petits grains
fervir aux teintures , #pour
1 & qu'elle eft abfolument
depouillée des petits ani-
Avril 1714.
Y
258 MERCURE
maux qu'elle renfermoir
auparavant dans fes alveoles.
Car comme l'a fort bien
obfervé Mr Geoffroy , ce
font eux qui donnent cette
belle couleur écarlate que
fournit la lacque , en forte
qu'elle n'a de teinture qu'à
proportion qu'elle en reçoit
de ces petits corps.
Auffi celle qui s'en trouve
peu fournie n'a qu'une couleur
citrine affez pafle.
Mr Geoffroy en comparant
les diftillations des
deux lacques a trouvé que
1
GALANT . 259
l'efprit acide qu'on tire de
la lacque en baſtons eſt
meflé avec un efprit vola
til que les feules parties
animales peuvent fournir.
Ce qu'il a reconnu au precipité
blanc qui refulte de
fon mellange avec la ſolution
du fublimé corrofif ;
au lieu que l'efprit acide
tiré de la lacque en graine
ne fait point le mefme effet ;
parce qu'elle ne contient
aucune de ces parties añi
males.
Les autres obſervations
de Mr Geoffroy eftoient
Y ij
260 MERCURE
fur le Kermes autrement
dit graine d'écarlate qui eſt
une excroiffance qui naift
fur les feuilles de l'Ilex acculeata
efpeee de chefne verd,
par la picquure d'une forte
de moucherons qui y dépoſent
fes oeufs.
Il en donne une defcription
fort exacte . Des deux
fubftances qu'il y a remarquées
l'une rouge & l'autre
blanche , celle cy paroilt
un amas d'une infinité de
petits cornets d'où font
fortis les petits moucherons
qui y eftoient renfermcz.
GALANT. 261
Il parla enfuite de plufieurs
autres vermiffeaux
qui ont fervi à la teinture
d'écarlate , jufqu'à ce qu'on
ait découvert la cochenille
dans l'Amerique.
La defcription qu'il donna
de ce dernier infecte
prefque le feul en ufage
pour les teintures de pourpre
& d'écarlate , fut auffi
curieufe qu'elle eftoit exac
te. On avoit preſque toufjours
douté fi la cochenille
eftoit une infecte ou une
graine , & quoy qu'on fuſt
plus porté à croire que c'eſt
262 MERCURE
un petit animal femblable
à une punaife qu'on efleve
en Amerique fur une plante
qu'on appelle opuntium .
en François raquette ou figuier
d'Inde , l'autre opinion
avoit eu auffi fes partifans
. Mais la queſtion eft
abfolument dccidée par
Mr Geoffroy , qui ayant fait
renfler de la cochenille
dans de l'eau , y a découvert
les parties d'infecte &
principalement
les partes ,
trois de chaque cofté avec
leurs articulations bien for
mées.
GALANT . 263
Il fit encore une remarquefur
cet infecte , qui eft
que ceux qui naiffent ailleurs
que fur les feuilles de
figuier d'Inde , ne fourniffent
pas une fi belle teinture
rouge , quoy qu'on ne remarque
rien dans ces feuilles
qui doive la communiquer
à fes infectes. Mais il
obferva en meſme tems
que le fruit qui naiſt de
cette plante eft d'un rouge
dont la teinture eft fi
forte qu'elle colore meſme
l'urine de ceux quien mangent.
D'où Mr Geoffroy
264 MERCURE
conjecture que l'alteration
du fuc de la plante qui donne
au fruit cette belle couleur
, peut- eftre ſemblable
dans le corps de ces petits
infectes & mefme encore.
plus parfaite puifqu'ils font
propres à la teinture d'écarlate
, au lieu que les figues
d'Inde y font inutiles.
La
derniere
remarque
que
la
de Mr Geoffroy fut
belle teinture de pourpre
ou d'écarlate fi précieuſe
chez les Anciens fi eftimée
par tout , eft tousjours provenuë
des parties animales
&
GALANT. 265
ཟ་
ل
(
& jamais des matieres purement
vegetales.
Mr l'Abbé Bignon en
refumant ſes obfervations
le loua fort de fon exactitu
de & de fon application ,
& luy dit que c'étoit dommage
qu'il n'y euft point
fur les lieux où la lacque
croiffoit , d'auffi habiles
obfervateurs pour voir travailler
les animaux qui la
font , ou qu'il n'y euft point
icy ces mefmes animaux ,
pour les voir travailler ,
& y faire les mefmes obfervations
qu'on a faites
Avril 1714. Ꮓ
266 MERCURE
fur nos ruches à miel.
Enfin Mr de Lifle lut un
Memoire ayant pour titre ,
Juftification des mefures
des Anciens en matiere de
Geographie.
fit à l'ordinaire l'ouverture
de fes exercices aprés
Pafques , par une Affemblée
publique qui ſe tinſt
le Mercredy 11. Avril.
LE premier qui parla
fut Mr le Chevalier de
Louville affocié pour l'ALtronomie.
Il donna des
obfervations fur le point
précis de l'Equinoxe du
Printemps de cette année ,
aprés avoir fait voir auparavant
la neceffité & l'utiGALANT.
249
lité de cette obfervation .
Mr de la Hirre le Pere
propofa une machine tres
fimple pour elever l'eau ,
fans beaucoup de dépenfe,
ayant pour mobile l'eau
d'un ruiffeau ou la fimple
deſcharge d'un refervoir
.
Monfieur Geoffroy le
jeune l'un des affociez Botaniftes
lut enfuite une Dif
fertation fur la gomme
lacque dont on fe fert dans
le Levant pour teindre en
écarlate , & fur les autres
matieres qui fourniſſent
250 MERCURE
cette teinture.
Il montra que la gomme
lacque eftoit mal nommée ;
puifqu'il eft certain que ce
n'eft point du tout une
gomme , & qu'elle ne coule
point des branches
de
l'arbre autour
desquelles
on la trouve , ce qui la fait
nommer lacque en baton .
C'est ce qui avoit déja
efté obfervé fur les lieux
par quelques
uns & entr'autres
par le Pere Tachard.
On avoit auffi remarqué
que cette ma icre
eftoit depofée par des InGALANT
. 291
B
fectes , qui au rapport du
meſme Pere font des
fourmis volantes .
Mais ce qu'on n'avoit
point encore découvert &
qui eft dit aux recherches
de Monfieur Geoffroy ;
c'eft que cette matiere qui
a fi long tems paffé pour
une gomme , est une veritable
Ruche femblable à
celles que travaillent les
Abeilles & quelques autres
infectes.
En effet cette lacque telle
qu'elle fe trouve autour
des petits batons qui la
252 MERCURE
fouftiennent , eft partagée
en petites cellules oblon
gues & a plufieurs pans
comme celles de nos ruches
dont les cloisons font
tres delicates & qui aboutiffent
toutes à plufieurs petits
trous dont la lacque
paroift criblée par deffus .
Ces Loges font occupés
par des petits corps
oblongs , ridez , terminez
d'un cofté par une pointe,`
& de l'autre par deux ou
trois , qui eftant' mis dans
l'eau s'y renflent comme
fait la cochenille & la teiGALANT
. 253
2
gnent d'une auffi belle
couleur.
Ces petits corps font ;
felon Mr Geoffroy , des
depouilles d'infectes nez
ou à naiftre , & qui par
confequent ne peuvent eftre
que les veftiges des
effains à quoy ces ruches
font destinées ; comme
nous voyons celles de nos
mouches à miel fervir au
mefme ufage.
Que ces petits corps
I foient des parties animales,
on n'en fçauroit douter en
eles bruflant à part ; car ils
254 MERCURE
repandent une odeur fetide
pareille à celle qui fort
des parties des animaux
qu'on bruſle , au lieu que
la lacque toute feule jette
en brûlant cette agreable
odeur qu'on connoiſt dans
la cire d'Eſpagne dont elle
fait la bafe.Y
Il faut bien
diftinguer
felon Mr Geoffroy ces petits
Animaux , quels qu'ils
foient , qui occupent
chacun
leur alveole , d'avec
d'autres vers qui s'infinuent
dans la lacque , y
rongent
les cellules & ce qu'elles
GALANT . 255
5
contiennent , & y depofent
leurs oeufs . Ceux - là
font eſtrangers à la lacque
comme les vers qui fe mettent
aux ruches de nos
mouches à miel , & l'y détruifenr.
Il s'enfuit donc que la
lacquefeparée de ces petits
corps eft une veritable cire .
C'eft ce que Mr Geoffroy
a fort bien prouvé par la
comparaifon qu'il en fait
avec une lacque de la mefme
nature , mais peu con
nuë , qui vient de l'Ile de
Madagaſcar. Celle - cy eft
256 MERCURE
toute femblable à de la
cire & on la prendroit
pour
l'ouvrage
de quelques
mouches à miel , fi l'on ne
la reconnoiffoit
pour de la
lacque à fes alveoles & aux
petits corps qu'elles renferment.
L'Analyfe chimique que
Mr Geoffroy a auffi employée
pour découvrir entierement
la nature de la
lacque prouve encore que
c'eft une cire ; car on en
tire les mefmes principes
qu'on tire ordinairement
de la cire , fçavoir un esprit
acide
GALANT. 257
acide & un beurre . Mais
à caufe des parties animales
qui y font renfermées
elles doit fournir quelque
eſprit volatil.
>
Pour s'en affurer Mr
Geoffroy a fait deux diſtillations
, l'une de la lacque
en baton avec les petits
animaux qu'elle contient
& l'autre de la lacque en
graine qui eft ainſi nommée
parce qu'elle a eſté
reduite en petits grains
fervir aux teintures , #pour
1 & qu'elle eft abfolument
depouillée des petits ani-
Avril 1714.
Y
258 MERCURE
maux qu'elle renfermoir
auparavant dans fes alveoles.
Car comme l'a fort bien
obfervé Mr Geoffroy , ce
font eux qui donnent cette
belle couleur écarlate que
fournit la lacque , en forte
qu'elle n'a de teinture qu'à
proportion qu'elle en reçoit
de ces petits corps.
Auffi celle qui s'en trouve
peu fournie n'a qu'une couleur
citrine affez pafle.
Mr Geoffroy en comparant
les diftillations des
deux lacques a trouvé que
1
GALANT . 259
l'efprit acide qu'on tire de
la lacque en baſtons eſt
meflé avec un efprit vola
til que les feules parties
animales peuvent fournir.
Ce qu'il a reconnu au precipité
blanc qui refulte de
fon mellange avec la ſolution
du fublimé corrofif ;
au lieu que l'efprit acide
tiré de la lacque en graine
ne fait point le mefme effet ;
parce qu'elle ne contient
aucune de ces parties añi
males.
Les autres obſervations
de Mr Geoffroy eftoient
Y ij
260 MERCURE
fur le Kermes autrement
dit graine d'écarlate qui eſt
une excroiffance qui naift
fur les feuilles de l'Ilex acculeata
efpeee de chefne verd,
par la picquure d'une forte
de moucherons qui y dépoſent
fes oeufs.
Il en donne une defcription
fort exacte . Des deux
fubftances qu'il y a remarquées
l'une rouge & l'autre
blanche , celle cy paroilt
un amas d'une infinité de
petits cornets d'où font
fortis les petits moucherons
qui y eftoient renfermcz.
GALANT. 261
Il parla enfuite de plufieurs
autres vermiffeaux
qui ont fervi à la teinture
d'écarlate , jufqu'à ce qu'on
ait découvert la cochenille
dans l'Amerique.
La defcription qu'il donna
de ce dernier infecte
prefque le feul en ufage
pour les teintures de pourpre
& d'écarlate , fut auffi
curieufe qu'elle eftoit exac
te. On avoit preſque toufjours
douté fi la cochenille
eftoit une infecte ou une
graine , & quoy qu'on fuſt
plus porté à croire que c'eſt
262 MERCURE
un petit animal femblable
à une punaife qu'on efleve
en Amerique fur une plante
qu'on appelle opuntium .
en François raquette ou figuier
d'Inde , l'autre opinion
avoit eu auffi fes partifans
. Mais la queſtion eft
abfolument dccidée par
Mr Geoffroy , qui ayant fait
renfler de la cochenille
dans de l'eau , y a découvert
les parties d'infecte &
principalement
les partes ,
trois de chaque cofté avec
leurs articulations bien for
mées.
GALANT . 263
Il fit encore une remarquefur
cet infecte , qui eft
que ceux qui naiffent ailleurs
que fur les feuilles de
figuier d'Inde , ne fourniffent
pas une fi belle teinture
rouge , quoy qu'on ne remarque
rien dans ces feuilles
qui doive la communiquer
à fes infectes. Mais il
obferva en meſme tems
que le fruit qui naiſt de
cette plante eft d'un rouge
dont la teinture eft fi
forte qu'elle colore meſme
l'urine de ceux quien mangent.
D'où Mr Geoffroy
264 MERCURE
conjecture que l'alteration
du fuc de la plante qui donne
au fruit cette belle couleur
, peut- eftre ſemblable
dans le corps de ces petits
infectes & mefme encore.
plus parfaite puifqu'ils font
propres à la teinture d'écarlate
, au lieu que les figues
d'Inde y font inutiles.
La
derniere
remarque
que
la
de Mr Geoffroy fut
belle teinture de pourpre
ou d'écarlate fi précieuſe
chez les Anciens fi eftimée
par tout , eft tousjours provenuë
des parties animales
&
GALANT. 265
ཟ་
ل
(
& jamais des matieres purement
vegetales.
Mr l'Abbé Bignon en
refumant ſes obfervations
le loua fort de fon exactitu
de & de fon application ,
& luy dit que c'étoit dommage
qu'il n'y euft point
fur les lieux où la lacque
croiffoit , d'auffi habiles
obfervateurs pour voir travailler
les animaux qui la
font , ou qu'il n'y euft point
icy ces mefmes animaux ,
pour les voir travailler ,
& y faire les mefmes obfervations
qu'on a faites
Avril 1714. Ꮓ
266 MERCURE
fur nos ruches à miel.
Enfin Mr de Lifle lut un
Memoire ayant pour titre ,
Juftification des mefures
des Anciens en matiere de
Geographie.
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Résumé : L'Academie Royalle des Sciences fit à l'ordinaire l'ouverture de ses exercices aprés Pasques, par une Assemblée publique qui se tinst le Mercredy 11. Avril.
Le 11 avril, l'Académie Royale des Sciences a inauguré ses exercices par une assemblée publique. Plusieurs membres ont présenté des observations et des inventions. Le Chevalier de Louville a discuté du point précis de l'équinoxe du printemps, en soulignant son importance. Monsieur de la Hirre père a proposé une machine économique pour élever l'eau, utilisant l'eau d'un ruisseau ou la décharge d'un réservoir. Monsieur Geoffroy le jeune, botaniste, a abordé la gomme laque utilisée dans le Levant pour teindre en écarlate. Il a démontré que la gomme laque est mal nommée, car elle n'est pas une gomme mais une véritable ruche produite par des insectes, similaires à celles des abeilles. Cette matière est déposée par des fourmis volantes et se présente sous forme de petites cellules oblongues contenant des dépouilles d'insectes. Geoffroy a également distingué ces insectes de vers étrangers qui endommagent la laque. Il a prouvé que la laque, séparée de ces corps, est une véritable cire, confirmée par une analyse chimique. Geoffroy a comparé cette laque à une autre de Madagascar, également similaire à de la cire. Il a également étudié le kermès, une excroissance sur les feuilles de l'Ilex, et a décrit la cochenille, utilisée pour les teintures de pourpre et d'écarlate, confirmant qu'il s'agit d'un insecte. L'Abbé Bignon a félicité Geoffroy pour son exactitude et son application, regrettant l'absence d'observateurs sur place pour étudier les insectes producteurs de laque. Enfin, Monsieur de Lisle a lu un mémoire justifiant les mesures des Anciens en géographie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 8-84
LE NAUFRAGE au port. HISTOIRE.
Début :
Je réponds à cela, que je prie le Lecteur de ne pas / Il y a quelques années qu'étant à S. Malo, un de [...]
Mots clefs :
Moscovie, Hommes, Mer, Histoire, Naufrage, Terre, Yeux, Navire, Maison, Aventures, Vieillard, Femmes, Cap, Navires, Vents, Europe, Peuples, Dieu, Repas, Commerce des Indes orientales, Norvège, Lapons, Vie, Peuples, Climat, Animaux, Amour, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : LE NAUFRAGE au port. HISTOIRE.
Je reponds à cela, que
je priele Lecteur de ne pas
s'impatienter; & pour commencer
a m'acquitter avec
lui, je vais l'entretenir des
avantures de la Moscovite
& du Lapon, que j'ai promises
le mois dernier. Cependant
je le prie de me
permettre de changer le
titre de cette histoire; quoique
ces deux personnages
y jouent un rôle merveilleux
,ils n'en sont pas néanmoins
les principaux acteurs
: ainsi je croy qu'on
ne me disputera pas la liberté
de la donner fous cet
autre titre.
LE NAUFRAGE
au port.
I HISTOIRE. L y a quelques années
qu'étant à S. Malo, un de
mes amis vint un jour me
trouver, pour me prier
de l'accompagner jusqu'au
Cap *, où étoient deux vais-
* C'est un Promontoire ou pointe
de terre fort élevé à cinq lirsÚs de
S. Malo. Il y a une radeassez,
bonne, où j'amarent ordinairement
les navires qui vont à lamer, eu
qui en reviennent.
seaux qui dévoient profiter
du premier beau temps
pour mettre à la voile pour
la mer du Sud. Plusieurs de
ses amis & des miensetoient
à bord, & nous voulions
les embrasser encore une
fois avant qu'ils appareillassent.
Il etoit huit heures
du matin, le ciel était fort
clair, la chaloupe nous attendoit,
le vent étoit frais,
& les matelots commençoient
a jurer après nous,
parce qu'ils apprehendoient
que nous ne perdissions
une si belle marée,
lors qu'enfin nous nous embarquâmes
pour nous rendre
au Cap,où nous arrivâmes.
en moins d'une heure
& demie. Nos amis, qui
étoient les principaux Officiers
de ces vaisseaux, char:
mez de cette derniere vitice,
nous firent la meilleure
chere qu'ils purent.
Nous avions à peine resté
r
deux heures table,oùnous
commencions a nous mettre
en train, lorsque nous
entendîmes crier, Navire,
navire. Le vent aussitôt
changea, le ciel& la mer
s'obscurcirent, la pluye
,
la grêle, le connerré, &
les nuës, nous environnerent.
Quoique nous eussions
nos quatre ancres à la
mer,nos pilotes ne laisserent
pas de prendre des mesures
contre l'orage.Cependant
nousattendîmes patiemmét,
le verre à lamain;
&en gens que de pareils
dangersn'effrayent gueres,
tout ce qu'il en pourroit
arriver. Enfin au bout de
deux heures le vent se calma,
& le temps s'éclairit.
Mais il n'est rien d'affreux
comme l'horriblespectacle
que le retour de la lumière
offritànos yeux. Des coffres,
des cordages, des
mâts ,des planches,des
hommes,des semmes,ensintoute
l'image d'un frageépouvantablnea.u-
LesOfficiers des navires
quiétoient à l'ancre ordonnerent
à l'instant à tous
leurs matelots de mettre
toutes les chaloupes à lamer,
pour secourir, autant
qu'ilseroit possible, les malheureuxqui
perissoient
Leur zele eutun succés
assez favorable, & peu
d'hommes perirent. On
porta à bord tous ceux qui
avoient nagé avec assez
de vigueur pour attendre
le secours des matelots:
on lesdéshabilla aussitôt,
& on les jetta sur des lits,
après leur avoir fait rendre
l'eau qu'ils avoient bue.
Où suis. je, grand Dieu!
où suis-je, dit l'un de ces
hommes environ deux heures
après qu'on l'eut sauvé?
n'ai je affronté tant de perils,
n'ai
-
je brave tant de
foisla mort, que pour per-
dre au milieu du port ce
quej'avois de plus cher au
monde? Cruelsqui m'avez
sauvé avec tant d'inhumanité,
rendez-moy à ceperside
element qui vient d'enfgaliotutir
l'objet le plus parqui
fût dans la nature.
A ces mots nous nous approchâmes
du malheureux
dont nous venions d'entendre
les plaintes. Vous êtes,
lui dit aussitôt nôtre Capitaine,
avec des hommes
qui n'ont consulté que leur
inclination pour vous sauver
, &a qui vous êtes redevadevable
de la vie qu'ils vous
ont renduë. Oui, repritil,
en gemissant, je fuis avec
des hommes plus barbares
que les Scythes les plus
cruels; pourquoy ravissezvous
à la mort un miserable
qui ne doit plus songer qu'à
mourir? Non.malheureuse
Julie, non, ne me reprochez
pas un indigne retour
àla vie; vôtre mort va bientôt
être vangée par la mienne.
Cette Julie, dit le Capitaine,
en adressant la parole
à un de ses Officiers, ne seroit-
elle pas une de ces deux
femmes qui sont sur vôtre
lit? Que dites-vous,Monsieur,
reprit cet amant desesperé
? vos gens ont- ils [au.
vé deux femmes? Oui,répondit
le Capitaine. Ah si
cela est, dit-ilaussitôt,Julie
n'est pas morte. A l'instant
il se jetta à bas du lit,
& passa au quadre où l'on
avoir mis les deux femmes
qu'on avoit sauvées comme
lui.
Elles avoient les bras se
le visage écorc hez
,
elles
etoient pâles, désigurees 6e
assoupies. Non, dit-il, après
avoir touché ses mains,6j
plein des transports de ta
joye, non ma Julie n'est pas
morte. Je vous dois encore
une fois la vie,Messieurs,
&mille fois davantage. La
tendre Julie, que ses paroles,
ses soûpirs & ses embrassemens
éveillerent, ouvrit
les yeux, & jettant des
regards pleins de tristesse
& de langueur sur tous les
objets dont elle étoit environnée
,elle reconnut enfin
son heureux amant,qui
échauffoit avec sa bouche
ses froides mains, qu'il arrofoit
en même temps de't
ses larmes. |
Alors nôtre Capitaine la
fit changer de lit,&lafit
porter sur le sien, où elle
reçue. plus commodément
tous les autres secours dont
elle eut besoin.
* Cependant on nous
avertit
que le souper étoit prêt.
Le Capitaine pria le Cavalier,
à qui il ne restoit plus
que le souvenir de son naufrage,
de se mettre à table
à côté de lui. Dés qu'ils furent
atable, nous nous pla-;
çâmes où le fort nous mit..
Ce repas ne fut pas si long
que celui du matin: mais
il fut certainement plus
agreable par le récit des rares
avantures que nous entendîmes.
Le nom & le portraitdu
Heros de cette histoire font
des circonstances & des ornemens
necessaires au dé.
tail que j'en vais faire.
Louis-Alexandre de Nerval
, natifde Montréal,sur
la riviere de saine Laurent,
dans le Canada, est un jeune
homme qui peut avoir
à present environ trentedeux
ou trente-trois ans. Il
est peu d'hommes en Europe
qui soient mieux faits
que lui. Son visage est noble
& regulierement beau,
son air. est simple, tendre
&.naturel; il a beaucoup
d'esprit sans étude, il est
vaillant & robuste autant
qu'un homme le puisseêtre:
enfindans quelque endroit
du monde qu'il soit, il sera
toujours regardé. comme
un de ces mortels que la
fortune semble être obligée
de preferer aux aucres.Il
avoit vingt-sixou vingtsept
ans.,lors qu'échapédu
naufrage dont jeviens de
parler
,
il nous conta à la
fin de nôtre souperles avantures
qu'on va lire.
Il y a huir ans, nous dit- que mon pere,Andréde
Nerval, qui étoit un des
plus riches habitans du Canada,
tomba malade de la
maladie dont il est mort. Il
attendit qu'il fût à l'extremité
pour faireentre cinq
enfans qu'il avoir& dont
je fuis l'aîné, un partage
égal de tous ses biens. ille
neôe le lendemain il mourut.
J'eus environ la valeur
de cent mille francs en
terre & en argent pour ma
part. Dés que je me vis le
maître de mon bien, je resolus
, pour l'augmenter,
de faire un commerce qui
pût bientôtm'enrichircomme
lui. J'équipai une fregate
de vingt canons, je
levai une troupe de braves
gens du pays, & je me mis
à la mer avec la meilleure
volonté du monde. Mes
premieres couriesfurent
assez heureuses
; je m'embarquaydeux
fois, deux
fois
fois je retournay dans ma
patrie avec de nouvelles
richesses. La troisième la
fortune nous trahir. J'avois
pris la route de Plaisance
où les ) vents contraires ôc
les grands courans m'obligerent
à relâcher
,
après
avoir été battu de la tempête
pendant près de trois.
semaines. Là j'appris que
quelques navires Hollandois
avoient déja pris pour
leur pêche des moluës la
route du grand ban de
Terre Neuve.Quoique je
sçusse bien qu'il n'y avoic
rien à gagner avec ces Pêcheurs
, je m'imaginai cependant
qu'il ne tenoit qu'à
moy de faire quelque action
déclat,&que secondé
d'une fregate legere qui
étoit avec moy, rien ne
feroit plus facile que de
ruïner leur pêche & leur
commerce pour cetteannée.
Ainsi je donnai tête;
baissée dans ce dessein, qui
eut les plus malheureuses
fuites du monde.
Huit jours après que je 1
fus sorti de Plaisance, après
avoir longtemps combattu,
les vents & les marées, je
tombai (sans pouvoir jamais
l'éviter) au milieu
d'une flote Angloise corn,'
posée de trois gros vaisseaux
qui alloienc chercher des
peaux & des fourrures sur
les confins de la Laponie
de Norvege. Mes deux fregates
marchoient à merveille
: mais les Anglois
avoient le vent sur nous. Ils
mirent toutes leurs voiles
dehors
,
& deux heures
avant la nuit ils nous joignirent.
Dabord ils me
saluerentd'une bordée de
canonssipleine, que je ne-1-
pus leur en rendre qu'line,
quireüssit fort prés
avoir brisémongrandhunier
,monmâcd.arcimbnc,
ôc m'avoir tuéplusieurs
hommes, ils me mirent sur lecôté."Mevpjftfltainsi
hors d'étatde.mer,4çferf?j
dre, je fis amener toutes
mesvoiles, &j'aimaimieux
me rendre, que voir perir
tout mon eql11page.jc:11!ifl
LeCapitaine Anglois,
qui m'avoit si maltraité, fit ;
mettre sa chaloupe & fbn;
canot à la mer;j'en fisautant
de mon côté, parce
que l'eau nous gagnoit de
toutes parts,& je me rendis
avec tout mon monde
à son bord
: mais des qu'il
Ueut vu ma frégate couler
bas, & qu'illui étoit impôt
sible de profiter du moins
des vivres que j'avois embarquées,
& dont il commençoit
à avoir besoin, il
ne songea plus qu'à se défaire
de nous; & le quatrième
jour de sa victoire
il nous mit à terre sur une
mauvaise plage, qui est
entre le Cap Noir & Tiribiri.
Il eutnéanmoins la
consideration de nous sa,
re donner des fusils avec,
un quintal de poudre ëc
autant de plomb, pour
nous aider à subsister de
nôtrechasle
,
jusqu'à ce
qu'il plût à Dieu nous tirer
de la misere où nous allions
vraifemblablemenc être incessamment
réduits. I
Alors nous partageâmes!
entre nos chasseurs la mu-1
nition dont l'Anglois nous
avoir fait present,& donc
la prise dema secondefregare
le pouvoit dedomma- j
ger dereste.
Je gagnai aussitôt avec
ma troupe ( qui fuffisoic
pour faire la conquête de
tout cet affreux pays ) le
coin d'un grand bois, qui
était à trois quarts de lieue
de la mer. Là nous choisîmes
chacun un gros arbre
pour nous en faire chacun
une maison
; & tous mes
gens
assemblez autour de
moy, j'établis, pour leur
iûretécomme pour la mienne,
la même discipline
qu'on fait observer aux
troupes les mieux réglées.
Un jour m'etant emporté
à la fuite d'un jeune ours
avec trois de mes camarades
dans cette noire forêt,
dont nous habitions
une des extremitez,j'apperçus
des tourbillons d'une
épaisse fumée, dont l'odeur
nous surprit. Nous approchâmes
sans bruit du lieu
d'où elle sortoit; & après
avoir fait environ deux cent
pas avec beaucoup de peine
, nous découvrîmes un
terrain assez cultivé; &un
peu plus loin, au milieu
d'une hauteur environnée
d'une grande quantité d'arbres
qu'on y avoir plantez.
une petite maison de char.
pente bâtie avec tout l'art
imaginable. Nous pénétrames
encore plus avant;&
aprèsavoir consideré attentivement
tous les environs
de cet édifice extraordinaire,,
nous conclûmes
qu'il étoit impossîble que
ce bâtiment ne fût voisin
de quelque ville.
Cependant, toutes nos
reflexipns faites, nous nous
trouvâmes à la porte de
cette habiration, où nous
prêtâmes attentivementl'oreille,
pour essayer de comprendre
quelque chose aux
sons de voix que nous entendions
:mais on ne peut
jamais être plus surpris que
nous le fûmes. Je vis, à la
faveur d'un trou qui étoic
à cette porte, une grande
femme étenduë sur un lit,
dressé à la hauteur d'un de-
- .t J s. mi pied de terre, couvert
des plus belles peaux qui
soient dans toute la Norvège.
Sesvêtemens étoient
de la mêmeétoffe ;
sa tête,
dont la beauté est un vrai
chef-d'oeuvre de la nature,
étoit négligemment appuyée
sur son bras droit;
son sein croit à demi découvert,
& toute son attitude
exprimoit sa langueur.
Elle chantoit alors admirablement
& en bon François
ces paroles, que je n'oublirai
jamais.
~IO -, T'*f.1 us CllITlUiS j/MJ tCftl«ji»
je riétois aimable : Je t'ai crû, maintenant tu
méprises mes feux.
Ah !qu'il me plaît,cruel, de
te voirmiserable
Autant que tufus amoureux.
Elle eut à peine cesse de
chanter, que je vis un homme,
habillé de la tête aux
pieds d'une riche fourrure
de marrhe zibeline. Il se
promenoir à grands pas
dans cette chambre, &
aprés plusieurs gestes qui
témoignaient sa douleur,
il lui chanta ce couplet à
son tour.
Quoy
,
malheureux!d'une infidelle
- J'aimerois encor la beauté!
Non, mon coeur méprise,
cruelle,
Jusqu'à ton infidelité.
Ces paroles furentsuivies
de reproches que nous ne
jugeâmes pas a propos d'éçpurer,
de peur d'être furpris
à cette porte si restions nous y plus longtemps;
nous crûmes au contraire
devoirnous en éloigner,
f charmez decettedécouverte
, & nous allâmes à
cent pas de cette maison
[ tirer uncoup de fusil, pour
| nous faire reconnoître plus
civilement des gens que
nous venions d'entendre.
Le bruit quefitcecoup
; mit aussitôt l'alarme dans
tout le pays. A l'instant
nous vîmes sortir de plusieurs
petites huttes presque
ensevelies dans la terre, ôc
que nous n'aurions jamais
fongé à prendre pour des
retraites d'hommes, au
moins un bataillon de pygmées.
Ces marmousets étoient
si petits,quechacun
de nous en auroit pu mettre
unedemi-douzaine à califourchon
sur le canon de
son fusil, & les emportet
sur l'épaulesansêtre trop
char-géi.
Ce font là precisément
les peuples qu'on appelle
des Lapons de Norvege.
Cette espece est si plaifanre,
que nous ne pûmes
pas nous empêcher de rire
de bon coeur des efforts
qu'ils faisoient pour nous
environner. Leurs peines
& leurs pas étoient accompagnez
de cris aigus, qui
attirerent vers nous leurs
femmes, qui étoient aussi
courtes qu'eux. Ainsi nous
étions, sans nous en appercevoir,
au milieu d'une
des plus grandes villes du
pays.
Cependant nous vïmcs.
sortir à la fin, de ccttcra
maison de charpente ou
nous nous étions arrêtez
trois hommes faits comme
les autres hommes. ( Cet
.édifice étoit assurément le
plus superbe Palais detoute
cette partie septentrionale
de l'Europe. ) Ces Meilleurs
étoient armez d'arcs & de
fleches, & si bienvêtus des
peaux d'ours &de chevres
dont ils étoient couverts,
qu'à peine nous leur voyiôs
les yeux.
Que cherchez
- vous
nous
nous dit l'un d'eux, dans
ces climats épouvantables ?
&
-
quel malheureux destin
vous aconduits en ces lieux?
Nôtre sort,lui répondist
je, n'est pas encore si deplorable
que vous le dites,
puisque nous avons le bonheur
de trouver en vous des
hommes qui nous entendent
;& ilme paroît à vôtre
langage, qui est François
comme le nôtre, que tout
ce que nous .pourrions
maintenant vous dire de
nôtre fortune,n'a rien qui -la
vôtre. Nous sommes, reprit
celui qui m'avoit parlé,
étrangers comme vous en
cette contrée: mais nous y
devons à un naufrage, que
nous avons fait sous d'heureux
auspices,le plus tranquile
écablissement du
monde. Venez avec nous
dans cette maison, & soyez
persuadez que nous employerons
tous nos soins à
reparer, autant que nous
le pourrons, le malheur du
vôtre.Nous leur rendîmes
mille graces de l'accueil
favorable qu'ils nous faisoient,
& nous les suivîmes
jusques chez eux, au milieu
d'une troupe de ces mirmir
dons, qui se dressoient de
toutes leurs forces sur la
pointe de leurs pieds pour
.,,
nous baiser par respect les
genoux.
Dés que nous fûmes
arrivez à la porte de cette
imaifon, la Dame que j'a-
'vois vue par un trou parut
là nos yeux. Jamais rien de
Iplus. beau ne s'étoitoffert à
tma vûe. Quel astre impittoyable
vous reduit
, nous
)dit-elle) à l'affreuse necessité
de venir mandier ici
les secours de l'hospitatité?
& quelle étoile favorable
nous procure en même
temps le bonheur de vous
offrir un azile > Entrez. Si
j'é*tois Calprenede ou Vaumo- ries, je serois dire ici de belles
choses à mon Heros. Il entra
cependant,sansrien dire à, la
Dame de ce château; il en
fut quitte pour une profonde
reverence.
Nous avions à peine traversé
la premiere chambre
de cette maison, continua
Nerval, que nous vîmes
dans une autre, qui n'en
étoit separée que par une
cloison de sapin, une centainede
Lapons & de Lapones
qui travailloient à
apprêter des peaux de bêtes.
Quittez cet ouvrage,leur
dit en leur langage la Dame
qui nous menoit,êc
hâtez vous de nous preparer
quelque choie à manger.
Ce peloton de petites
creatures se remua aussitôt
comme un essain d'abeilles,
& disparut en un moment.
Alors le Chanteur quej'avois
entendu entra d'unair
fort triste, &après avoir
salué sa Souveraine & nous,
il nous dit: Vous ne voyez
rien ici, Messieurs, qui ne
vous étonne, j'en fuis per- r dl. , suadé: mais comme nous
avons sans doute des choses
extraordinaires à nous raconcer
de part & d'autre, asseyons
nous sur ces peaux,
& en attendant qu'on nous
apporte à manger, apprenez-
nous, s'il vous plaît,
quel bizarre accident vous
ajetté sur ces bords;nous
vous rendrons ensuiteavantures
pour avantures. Je
contai aussitôt à cette nouvelle
compagnie ce que je
vous ai déja dit de ma fortune,
& l'on nous servit.
Ce repas fut composé de
laitages, de fruits, de legumes
& de viandes, sans
pain.
Une grande fille Moscovite,
originaire d'Astracan,
& qui servoit laDame
qui nous recevoir si bien,
s'assit à côté de moy pour
dîner avec nous. A la droite
elle avoir un outre plein du
jus d'un certain arbre dont
la liqueur est merveilleuse,
& à sa gauche un autre outre
plein d'eau, pour temperer
l'ardeur de l'autre
liqueur. Chaque fois que
nousvoulions boire elle
prenoit la peine de nous en
verser proprement. dans
une grande tasse de bois.
Cette fille, s'appelle Barnaga.
{1
- J
Dés que nôtredîner sur
fini, nôtrehôtesse, dont
lescharmescommençoient
à m'enyvrer autant &plus
que la liqueur que Barnaga
nous avoit fait boire, nous
? ;,. dit
-'ditqu'il étoit bien juste
qu'elle nous contât à son
>- tour ce qui lui étoit arrivé
f de plus extraordinaire dans
[ un pays où peu de gens
Vaviferoienc de chercher
[ des avantures. Nous la remerciâmes
de cette faveur,
& nous la priâmes de ne
nous dérober aucune circonstance
de son histoire.
-.
Elle nous dit qu'elle étoit
d'Hambourg,ville anfeat.
tique de la mer d'Alle nagne;
qu'elles'appelloi JulieStroffen
, fille de Cesar
;
Stroffen
; que son pere étoit
undes plusriçhes negocians-
de toute c.ç\Ce -irççjjj
que la tendressequ'elle.avoit
euë pour le Chevalier
de. (en nous montrée le
Chanteur dont j'avais par.
lé) avoit caulé tous les malheurs
de la vie; que son
pere n'avoit pas voulu.consentir
qu'elle l'épousât; que
l'amour & le desespoir les
avoient determinez às'enfuirensemble;
qu'en sa [au..
vant, ils avaient; rencontré
unnavire Angloisquialloit
dans le Nord; qu'illesavoit
pri~, qu'enfin après avoir
été battus pendant deux
jours d'une- furieusetempête
,ils étoienr venus se
briser entre le Cap Noir &;
Tiribiri. ,,-
,
Elle passa legerementsur
tous cesarticles:lais dés
qu'elle fut à celui deson
naufrage:Redoublez vôtre
attention', Messieurs,nous
dit-elle,reparti-vous
aurécit des plus éronnantes
choseskkrcfidnde'.
Onm'eutàpeine traînée
surlerivagé,que j'ouvris
les yeux. Le premier objet
qui s'offrità ma vûefutun
vieillard venerable qui (xér
moinde nôtre naufrage j
faisoit des voeux pour nôtre salut. - "ZVZ*'J3 i'3$
Nousn'étions , çç>mme
Vousinous, voyez;Aencôre,
nquaecuinfqréachgapee.zodeLC"c,9
- Des que ce bonvieillard
fut assezprès denouspopj:
nous parler:Malheureux,
nous dit- il, quevous ferie4
à plaindre-/fije:néeroyoiç
pas que leCiel, qui vous
envoyé sansdoute icipour
tdllue iftermer les Yeux--aco;l- mespasVversyous,
pour vous,prolonger! les
jours que sa bonté vous
laisse.Aussitôt s'approchant
de nous (car nous avions
tous également besoin de
secours )il nous fitavaler
plusieurs gouttes d'un baume
divin, dont la prompte
vertu: nous délivra sur le
champ des mainsdela
mort qui nousmenaçoit
encore Cet elixir n'eut pas
plutôt fait son effet,qu'il
nous dit : Arrachez-vous,
mes enfans, si vous pouvez,
du sableoùvous êtes
ensevelis, Vous n'avez pas
,de)temps a perdre, &> la
mer,à qui lereflux àravi
saproye, vous engloutira
infailliblement: dans. une
heure,si vous negagnez
pasnincessamment, cetrocher
qui fert de limite à sa
fureur.. Là frayeur que cet
avertissement nous causa
opera sur nous pfefque aussi
efficacement que le remede
qu'il nous avoir donné. Il
metendit la main pour
m'aider à me lever; & la
nature, plus forte en-ces
Messieurs qu'enmoy , fit
pourleur salut ce que l'as
sistance du vieillard laiqoit
pour le mien. <,: ;HIi Ilétoit en effet bienTemps
que nous nous sauvassions
>
&je ne puis encore me rap
peller ce funeste jour, sans;
me representer toutel'horreur
d'un si grand danger.
Nous avions à peine gagné
le faîte de ce recl-wr,,
qui n'étoitqu'à deux cent
pas denous, (lorsque nous
étions encore étendus sur
la vaze ) que nous vîmes
des montagnes d'eau venir
fondre avec violence jusqu'au-
pied de nôtre azile.
Reprenezmaintenant courage,
voyageurs infortunez,
nous dit notre vieillard,
vous n'avez déformais
plus rien à craindre; &si
vous pouvez m'accompa*-
gner jusqu'à ma petite mai--
son
,
je vous y procurerai
tous les secours dont peuvent
avoir besoin des malheureux
comme vous.
Nous le suivîmes, tremblans
de froid & mouillez
jusquaux os.
Dés que nous fûmes arrivez
chez lui, il fit étendre
danscette sallequi est
lamême que celleoùnous
| sommes)une grande quan
tité de peaux,sur lesquelles
nous nous couchâmes a prés
avoir quitte nos habits-,ôc:
en mêmetemps il ordonnai
à Barnaga
,
qui le servoit
r alors, &:. qui me sert aujourd'hui
, de prendre uniquement
soin;demoy ôc
de lui laisser celui des compagnons
de mon in forrune.
Le lendemainnous nous
trouvâmes si bien remise
que nous dînâmes avec lui.
A la fin du repas nous lui
contâmes nôtre histoire,
&en revanche il nous conta
la sienne. Je ne douce point
que, vous ne souhaitiez
ardemment l'entendre.
Je fuis, nous dit-il, nati:
d'Archangel. Cette ville est
dediée à saint Michel Ar.
change. L'on y fait presque
tout le commerce du Nord
Mon nom est Saxadero. Ja
étéainsi nommé
,. parce
qu'on me trouva sur ui
rocher peu de jours apré
ma naissance. Des paysan
qui me ramasserent mi
mirententre les mains d'u
Prêtre Grec qui demeuroi
â une journéed'Archangel.
Ce bon homme qui depuis
wingt ans qu'il étoit marie
n'avoit pu avoir d'enfans,
fut ravi du present que ces
paysans lui firent. Ilm'éleva
ravec autant de foin & de
nendresse que si j'avoiseétè
Sonpropre fils. J'appris fous
lui plusieurs Langues, &
route la formule de la Reilligion
des Grecs, qu'il enseignoit
& qu'il professoit
d'une maniéré exemplaire.
J'avois plus de 40. ans lors
qu'il mourut,& je n'étois
pas encoreassez fage pour •
profiter' desconseils
< retraité&de moderation
qu'il m'avoit donnez pe
dant savie.
,"J.c Ileuta- peinelles- ye
.fermez, qu'emporté j
mon temperament, je
mis entête de courir
monde. Je resolus de
,-
tr
verser1 par terre toute.
Tartarie & laMoscoviei
de me rendre àCaminiel
..oùle-Czar nôtre Emperc
étoit alors; Ce voyag
quoiqueterrible &lon
- me parut encore fort cet
lorsque je fus arrivé à C
minietz,d'où je partis
quinze jours après, pour
me rendre à Constantinoole,
après avoirlaisséderrdiereemBoytouutllge
Raoyraiumee
-'
Mon intention étoit de
asser en Asie, &daller
en Egypte m'instruire des
mysteres -,,-.des loix, des
listoires :$c des, religions,
Hes peuples de l'Orient.Je
xroyois y trouver parmi les
aristes débris des anciens
monumens de la vanité des
hommes,quelques vestiges
de l'élévation de ces genies
qui en avoient si long
temps imposé à cour l'un
vers. Mais jei me détour.
bientôt du succes de m
curiosite, & je ne trouv.
chez ces mortelsque: de
restes depyramides &.'(1
tombeaux
s
des rochers
des antres, des fleuves,de
animaux feroces, & rie
dans leur espritquipûtm
retracer laplus foibleima
ge de leur ancienne gran
deur. Àinsi je retournai su
mes pas,jepris la route-d
l'Europe,&je trouvaiheu
reusement i-- Constantino
ple un navire qui me porta
sen Italie, & delà en France,
qui est la feule partie du
monde où je croy que des
hommespuissentvivreavec
toutes les douceurs &tous
les agremens de la vie :mais
malheureusement la forune
ne me permettoit pas
calors de métablirune patrie
dans le sein de cet Empire.
Je me vis ainsi. forcé de me
soûmettre à la rigueur de
monétoile, & de passer en
Hollande, poury profiter
des premiers navires qui
mettroient à la voile ppur
levoyagé du Nord.
,: : EnarrivantàAmsterdat
j'entrouvai un prêt a partii
je m'y embarquai & la me
& les vents nousserviren
à merveille. De la d'Allemagne me nous entra
mes danscelle de Dane
mark, & parle Sund dan
la mer Baltique, d'où nou
perietrâmes jusqu'au son
du Golfe de Riga,oùja
chevaima navigation, pou me rendre par rerre àPles
koovv, où le Czar étoit
alors avec son armée. « Huit ou dix jours âpre:
mon
mon arrivée, je ne sçaià
quelle occasion je lui fus
presenté
, comme un homime
que tant de voyages rendoient extraordinaire
chez des peuples quine
>connoissent dautre terre&
d'autres climats què
-- d'autresclimatsqueceux
qu'ils habitent. Ce Prince me reçut de lamaniéré du
monde la plus généreuse;
& après m'avoir assuréplusieurs
fois du plaisir que lui
feroit mon attachement f.
sa personne,il m'hônorade
tant de titres &de tant de
charges, que le fardeau
m'en parut bientôt insupportable.
Je netois point
courcitan,&je pouvois encore
moinsle. devenir. Le
lait sauvage que j'avoissuccé,
la manière dont on m'avoit
élevé;&le grand air
que j'avois respiré dans tous
les climats dumonde , ne
m'avoient donné aucunes
leçons du personnage que je
devois joüer.On s'apperçut
bientôt de la dureté de mes
moeurs,on se dégoûta de me
voir dans une place que
d'autres pouvaient remplir
mieux quemoy; & enfin,au
; bout de quelques années,
une chûte precipitée fut
l'ouvrage de mon élevation.
[ Je me rendis alors la justice
> que meritoit ma disgrace,
,&. je convins en moymême
> quela douceur & lapolitesse
étoient l'appanage des
hommesquiveulent vivre
dans la societé de leurs paireils.
Il n'en fut cependant
ni plus ni moins, & je fus
obligé
, pour me rendre
iincessammentau lieu de
mon exil., de m'en retourmer
par ou j'etois venu. Cest ici le sejour qui me
fut destiné. Le navire qu
m'y amena me mit à terre
avec un valet fidele qui ne
voulut point me quitter
On me donna des armes
de la poudre, du plomb
&des grains pour ense,
mencer les terres qu'il me
plairoit de choisir pour m
liibfiftance ; ôc cespetit
peuples,mon valet &Bar
naga, que je trouvai heu
reusement ici,*
m'aideren
bâtir la petitemaison ou
nous sommes. Lavantur
qui a jette cette fille su
ces bords est si extraordinaire,
que le récit que vous
en allezentendresera infailliblement
le plusbel
ornement de cette histoire.
La Moscovite Barnaga,
de la ville d'?~M~~ peut
avoir environ trente ans. M
y en a prés de quatre qu'-
elle est dans cettecontree,
où elle vit dans la compagnie
des Lapons Norvegiens
comme si elle étoit
leur Reine. Avant de venir
en cepaïs,elle vivoitàAstra.
candans le sein de sa famille,
occupeeàtous les ouvrages
ausquelsune Elles'occupe
naturellement chezses parens,
lorsqueleplus spirituel&
leplus sçnvant,des
Lapons de ce Royaume s'avisa
de vouloir voyager. 1.1
- On dit ici tant de choses
merveilleuses de ce petit
homme, qu'on assure qu'il
avoit un Gnome particulier
qui le proregeoir. D'autres
disent qu'il enéroit un luimême.
Ce qu'il ya de plus
constant; selon moy, c'est
qu'ilavoir une connoissance
parfaite de tous les
secrets & de toutes les verus
naturcllesqui sontdans
les simples, & qu'il employoit
les plus fiers animaux
de ces deserts à tous
les usages qu'illui plaisoit.
Un jour, dis- je, (e sentant
i)..len humeur de voyager !> arrêta dans ces
forêts
une Renne. *, à qui il dit à
* Plusieursvoyagesdu NordpAr.
lent des qualitez de cetanimal, qui
yest
à peuprés dela taille d'un Cerf.
On lui dit à l'oreilleoù l'onveut
l'envoyer, ou bien le nom des lieux
où l'on veut aller avrjr lui.Aussitôt
ilva par-tout avec unevitesse admirable
, sans suivre aucune route. Éon
instinct seulle guide
,
-& il n'y a ni
fleuves, ni precipices
,
ni montagnes
qui l'arrêtent. Il sertcommunément
à tirer les trainaux.
l'oreille qu'ilvouloit se pro
mener dans l'Empire de
Tartares &dans la Moscc
vie. Cet animal docile reçu
son secret,&l'emmena pa
tout où il voulut aller. En
fin étant arrivé à Astracan
il alla loger chez la mer
de Barnaga, où ilse trouv
si content des bons traite
mensqu'onlui fit, que pa
reconnoissance,ou par in
clination il devint amou
reux de cette fille.
LeLapon ne pouvan
contenirtout le feu qui
devoroit,s'avisa de lui faire
an jour une ample déclaration
de sa tendresse. Barnagase
moqua de lui. Le
tmraégperiasàduentceetltpeofiinllte,qlu'o'uilresolut
de s'en vanger.Voici
commeil s'y prit.
Il affecta de ne lui plus
parler d'amour, & de ne
plus s'attacher qu'à caresser
à Renne qui faisoit chaque
jour presence de
Barnaga Ôc
de
sa
mere,
tous
les tours de souplesse imaginables.
Il se persuadaavec
raison que cette jeune fille
ne pourroit pas s'empêcher
àd'essayer cette monture; qui il avoit eu la precau
tion de dire tout cequ'il y
avoit à faire,si cela arrivoit.
Barnaga, charméede
cet animal, avoit plusieur
fois prié le fin Lapon dele
lui donner:mais il avoit
toujours affecté de ne pouvoir
lui faire un si grand sa
crifice; Enfin irritée de ses
refus, elle avoir resolu de ledérober, & de lui dire
qu'ils'étoit perdu dans les
bois voisins. Un jour pour
cet effet, elle se fit suivre
parla Renne jusqu'à un
quart de lieuë de la ville, où
le voyant seule, elle voulut
monter cet animal, qui se
mit a genoux comme un
chameau pour la recevoir
plus commodément: mais
elle fut à peine sur son dos,
qu'il l'emporta presque à
travers les airs, tant il avoit
de vîtesse & de legereté.
Quoyqu'il y ait un chemin
infini d'ici à Astracan, il
l'amena en trois jours dans
ce defert, où son amant le
rendit aussitôt qu'elle. Il
l'épousa presque en même
tempsavec toutes les ceremoniesdupays
,que
vous conterayune auti
fois. Il a depuisle jour
sesnoves,vécu tpujou
~v~~Uç.~ns la plusgra~
deuniondu mpad|;,& tP8
de mêmeavec eux. Ceper
dant depuis trois mois
Lapon a disparu,sans qu'o
sçache pourquoy, ni où
estallé, & personneici
sçait de ses nouvelles. Ba
~nagoem~'enoparutconsole &- coeur qu'il nerevienneja
mais. rti>,>u£iaaaoî
Lediscours de ce bon
dvierilolaridt- f.inÎt en cet 7en: nit- en"' - Vieillard finirencet!eenn^ Nous luifîmes chacun
nos remercimens de la peine
qu'il avoit prisede nous
conter tant de choses extraordinaires,
& nous le
priâmes de nous dire si
nous ne pourrions pas trouvercinq
de ses Rennes pour
nous remettre dans quelque
partie de l'Europe plus
habitable que celle où nous
étions. Non, mes enfans,
nous dit-il,je peux vous
donner aucune instruction
làdessus,& je vousjur
que je n'ai pas vu un seul d
ces animaux depuis que j
, fuis ici:mais au nomd
Dieu ne me quittez pa
que je ne sois mort ;dan
quarante mois je ne sera
plus. Dés que vous maure
renduà la terre, il viendr
quelque
- navire surcette
côte , dont le Capitain
charitable vous recevr
dans son bord , & voustre
menera dans les lieux o
vous avez tantd'impatience
de vous revoir. Il y a plu
de six semaines que ce fag
vieillard est mort, & nous
n'avons encore vu que vous,
qu'une extreme dïsgrace a
jettez sur ce rivage.
i' Le Chevalier de. qui
m'entend, me jura, deux
mois aprés nôtre naufrage,
unefoy éternelle, &m'épousa
en presence de ce
yenerable personnage donc
je viens de vous conter
l'histoire, deBarnaga, qu'-
une tendre sympathie a
fortement attachée à moy
depuis sa mort, & de ces
Messieurs qui sont nos compagnons
d'infortune. Il ya
plus d'un anqu'ils'est mis
danslatête des chagrins&
des jalousies sans fondement,
qui le precipitent
cent fois par jour dans des
abîmes de melancoliedont
rien ne peut leguerir.
Voilace que j'avais;
vous dire de mesavantures
"Au reste, songeons main
tenant auxexpediens qu
-peuvent nous tirer d'ici, &
7mettons touten usagepou
LretôUfncr'; ensemble, dan
•'-•d-esfie'uxefîlinous convien
rfëntmièux queces climat *éfK^âritabtâs*-?jDésque,
Julie eutcesse
de parler, nousnous encourageâmestous
à; travailler
aux moyens de sortir de ce
miserables pays ; &C] après
plusiers proportions.
gues & inutiles , je priai nôître
compagnie de sereposer
sur moydu soin de la délivr.
cCJ de cette région.Je
m'engageai à mettre tout
j: mon monde aprés cet our;
vrage. Je fis couper des ar..
Ë bres, donton ne un grand -nombre de mâts, de pouz
tres,de solives & de planches,
que jedestinaiàla
construction d'un navire. *
Sur ces entrefaites,le Che
valierde. tomba malade
en deux jours il fut à lex~
tremite, & le troisiéme i
mourur. Sa veuve fut long
temps inconsolable desa
perce : cependant mes soins
mes discours, la tendresse
qu'elle étoit perpuadée que
j'avois pour elle, & l'impa.
tience qu'elle avoit de re.
tourner bientôt dans une
meilleure contrée que celle
ou nous étions, (comme je
l'en assurois tous les jours,
lui rendirent bientôt son
embonpoint, ses graces ôc
sa tranquilité.
Des '¡ que nôtre vaisseau
: fut achevé, lesté, & chargé
d'eau, de poissons secs, de
chair salée, de legumes, 6c
de toutes les pauvres den-
1"rees. qui pouvoient. nous
aider à subsisterjusqu'à ce
que nous arrivassions à Plaisance,
nous nous embart
quâmes. Nous y changeâmes
pour des peaux nôtre
»bâtiment contre un autre
meilleur,nous y prîmes du
pain, du biscuit
,
du vin,
de la bierre, & tous les rafraîchissemens
dont nous
avions besoin. Enfin après
avoirvoguéleplusmalheureulement
du monde contre
les vents & la mer, nous
hommes venus,comme
vous le sçavez,Messieurs,
nous brifer ce matin sui
cette côte,& faire,pourain
dire, naufrage au port.
Je ne fais point d'autre:
remarques sur cette histoire
que celles qui sont à la mar
ge , parce que je connoi
ces pays septentrionnau
moins que ceux qui son
plus près du Soleil.
je priele Lecteur de ne pas
s'impatienter; & pour commencer
a m'acquitter avec
lui, je vais l'entretenir des
avantures de la Moscovite
& du Lapon, que j'ai promises
le mois dernier. Cependant
je le prie de me
permettre de changer le
titre de cette histoire; quoique
ces deux personnages
y jouent un rôle merveilleux
,ils n'en sont pas néanmoins
les principaux acteurs
: ainsi je croy qu'on
ne me disputera pas la liberté
de la donner fous cet
autre titre.
LE NAUFRAGE
au port.
I HISTOIRE. L y a quelques années
qu'étant à S. Malo, un de
mes amis vint un jour me
trouver, pour me prier
de l'accompagner jusqu'au
Cap *, où étoient deux vais-
* C'est un Promontoire ou pointe
de terre fort élevé à cinq lirsÚs de
S. Malo. Il y a une radeassez,
bonne, où j'amarent ordinairement
les navires qui vont à lamer, eu
qui en reviennent.
seaux qui dévoient profiter
du premier beau temps
pour mettre à la voile pour
la mer du Sud. Plusieurs de
ses amis & des miensetoient
à bord, & nous voulions
les embrasser encore une
fois avant qu'ils appareillassent.
Il etoit huit heures
du matin, le ciel était fort
clair, la chaloupe nous attendoit,
le vent étoit frais,
& les matelots commençoient
a jurer après nous,
parce qu'ils apprehendoient
que nous ne perdissions
une si belle marée,
lors qu'enfin nous nous embarquâmes
pour nous rendre
au Cap,où nous arrivâmes.
en moins d'une heure
& demie. Nos amis, qui
étoient les principaux Officiers
de ces vaisseaux, char:
mez de cette derniere vitice,
nous firent la meilleure
chere qu'ils purent.
Nous avions à peine resté
r
deux heures table,oùnous
commencions a nous mettre
en train, lorsque nous
entendîmes crier, Navire,
navire. Le vent aussitôt
changea, le ciel& la mer
s'obscurcirent, la pluye
,
la grêle, le connerré, &
les nuës, nous environnerent.
Quoique nous eussions
nos quatre ancres à la
mer,nos pilotes ne laisserent
pas de prendre des mesures
contre l'orage.Cependant
nousattendîmes patiemmét,
le verre à lamain;
&en gens que de pareils
dangersn'effrayent gueres,
tout ce qu'il en pourroit
arriver. Enfin au bout de
deux heures le vent se calma,
& le temps s'éclairit.
Mais il n'est rien d'affreux
comme l'horriblespectacle
que le retour de la lumière
offritànos yeux. Des coffres,
des cordages, des
mâts ,des planches,des
hommes,des semmes,ensintoute
l'image d'un frageépouvantablnea.u-
LesOfficiers des navires
quiétoient à l'ancre ordonnerent
à l'instant à tous
leurs matelots de mettre
toutes les chaloupes à lamer,
pour secourir, autant
qu'ilseroit possible, les malheureuxqui
perissoient
Leur zele eutun succés
assez favorable, & peu
d'hommes perirent. On
porta à bord tous ceux qui
avoient nagé avec assez
de vigueur pour attendre
le secours des matelots:
on lesdéshabilla aussitôt,
& on les jetta sur des lits,
après leur avoir fait rendre
l'eau qu'ils avoient bue.
Où suis. je, grand Dieu!
où suis-je, dit l'un de ces
hommes environ deux heures
après qu'on l'eut sauvé?
n'ai je affronté tant de perils,
n'ai
-
je brave tant de
foisla mort, que pour per-
dre au milieu du port ce
quej'avois de plus cher au
monde? Cruelsqui m'avez
sauvé avec tant d'inhumanité,
rendez-moy à ceperside
element qui vient d'enfgaliotutir
l'objet le plus parqui
fût dans la nature.
A ces mots nous nous approchâmes
du malheureux
dont nous venions d'entendre
les plaintes. Vous êtes,
lui dit aussitôt nôtre Capitaine,
avec des hommes
qui n'ont consulté que leur
inclination pour vous sauver
, &a qui vous êtes redevadevable
de la vie qu'ils vous
ont renduë. Oui, repritil,
en gemissant, je fuis avec
des hommes plus barbares
que les Scythes les plus
cruels; pourquoy ravissezvous
à la mort un miserable
qui ne doit plus songer qu'à
mourir? Non.malheureuse
Julie, non, ne me reprochez
pas un indigne retour
àla vie; vôtre mort va bientôt
être vangée par la mienne.
Cette Julie, dit le Capitaine,
en adressant la parole
à un de ses Officiers, ne seroit-
elle pas une de ces deux
femmes qui sont sur vôtre
lit? Que dites-vous,Monsieur,
reprit cet amant desesperé
? vos gens ont- ils [au.
vé deux femmes? Oui,répondit
le Capitaine. Ah si
cela est, dit-ilaussitôt,Julie
n'est pas morte. A l'instant
il se jetta à bas du lit,
& passa au quadre où l'on
avoir mis les deux femmes
qu'on avoit sauvées comme
lui.
Elles avoient les bras se
le visage écorc hez
,
elles
etoient pâles, désigurees 6e
assoupies. Non, dit-il, après
avoir touché ses mains,6j
plein des transports de ta
joye, non ma Julie n'est pas
morte. Je vous dois encore
une fois la vie,Messieurs,
&mille fois davantage. La
tendre Julie, que ses paroles,
ses soûpirs & ses embrassemens
éveillerent, ouvrit
les yeux, & jettant des
regards pleins de tristesse
& de langueur sur tous les
objets dont elle étoit environnée
,elle reconnut enfin
son heureux amant,qui
échauffoit avec sa bouche
ses froides mains, qu'il arrofoit
en même temps de't
ses larmes. |
Alors nôtre Capitaine la
fit changer de lit,&lafit
porter sur le sien, où elle
reçue. plus commodément
tous les autres secours dont
elle eut besoin.
* Cependant on nous
avertit
que le souper étoit prêt.
Le Capitaine pria le Cavalier,
à qui il ne restoit plus
que le souvenir de son naufrage,
de se mettre à table
à côté de lui. Dés qu'ils furent
atable, nous nous pla-;
çâmes où le fort nous mit..
Ce repas ne fut pas si long
que celui du matin: mais
il fut certainement plus
agreable par le récit des rares
avantures que nous entendîmes.
Le nom & le portraitdu
Heros de cette histoire font
des circonstances & des ornemens
necessaires au dé.
tail que j'en vais faire.
Louis-Alexandre de Nerval
, natifde Montréal,sur
la riviere de saine Laurent,
dans le Canada, est un jeune
homme qui peut avoir
à present environ trentedeux
ou trente-trois ans. Il
est peu d'hommes en Europe
qui soient mieux faits
que lui. Son visage est noble
& regulierement beau,
son air. est simple, tendre
&.naturel; il a beaucoup
d'esprit sans étude, il est
vaillant & robuste autant
qu'un homme le puisseêtre:
enfindans quelque endroit
du monde qu'il soit, il sera
toujours regardé. comme
un de ces mortels que la
fortune semble être obligée
de preferer aux aucres.Il
avoit vingt-sixou vingtsept
ans.,lors qu'échapédu
naufrage dont jeviens de
parler
,
il nous conta à la
fin de nôtre souperles avantures
qu'on va lire.
Il y a huir ans, nous dit- que mon pere,Andréde
Nerval, qui étoit un des
plus riches habitans du Canada,
tomba malade de la
maladie dont il est mort. Il
attendit qu'il fût à l'extremité
pour faireentre cinq
enfans qu'il avoir& dont
je fuis l'aîné, un partage
égal de tous ses biens. ille
neôe le lendemain il mourut.
J'eus environ la valeur
de cent mille francs en
terre & en argent pour ma
part. Dés que je me vis le
maître de mon bien, je resolus
, pour l'augmenter,
de faire un commerce qui
pût bientôtm'enrichircomme
lui. J'équipai une fregate
de vingt canons, je
levai une troupe de braves
gens du pays, & je me mis
à la mer avec la meilleure
volonté du monde. Mes
premieres couriesfurent
assez heureuses
; je m'embarquaydeux
fois, deux
fois
fois je retournay dans ma
patrie avec de nouvelles
richesses. La troisième la
fortune nous trahir. J'avois
pris la route de Plaisance
où les ) vents contraires ôc
les grands courans m'obligerent
à relâcher
,
après
avoir été battu de la tempête
pendant près de trois.
semaines. Là j'appris que
quelques navires Hollandois
avoient déja pris pour
leur pêche des moluës la
route du grand ban de
Terre Neuve.Quoique je
sçusse bien qu'il n'y avoic
rien à gagner avec ces Pêcheurs
, je m'imaginai cependant
qu'il ne tenoit qu'à
moy de faire quelque action
déclat,&que secondé
d'une fregate legere qui
étoit avec moy, rien ne
feroit plus facile que de
ruïner leur pêche & leur
commerce pour cetteannée.
Ainsi je donnai tête;
baissée dans ce dessein, qui
eut les plus malheureuses
fuites du monde.
Huit jours après que je 1
fus sorti de Plaisance, après
avoir longtemps combattu,
les vents & les marées, je
tombai (sans pouvoir jamais
l'éviter) au milieu
d'une flote Angloise corn,'
posée de trois gros vaisseaux
qui alloienc chercher des
peaux & des fourrures sur
les confins de la Laponie
de Norvege. Mes deux fregates
marchoient à merveille
: mais les Anglois
avoient le vent sur nous. Ils
mirent toutes leurs voiles
dehors
,
& deux heures
avant la nuit ils nous joignirent.
Dabord ils me
saluerentd'une bordée de
canonssipleine, que je ne-1-
pus leur en rendre qu'line,
quireüssit fort prés
avoir brisémongrandhunier
,monmâcd.arcimbnc,
ôc m'avoir tuéplusieurs
hommes, ils me mirent sur lecôté."Mevpjftfltainsi
hors d'étatde.mer,4çferf?j
dre, je fis amener toutes
mesvoiles, &j'aimaimieux
me rendre, que voir perir
tout mon eql11page.jc:11!ifl
LeCapitaine Anglois,
qui m'avoit si maltraité, fit ;
mettre sa chaloupe & fbn;
canot à la mer;j'en fisautant
de mon côté, parce
que l'eau nous gagnoit de
toutes parts,& je me rendis
avec tout mon monde
à son bord
: mais des qu'il
Ueut vu ma frégate couler
bas, & qu'illui étoit impôt
sible de profiter du moins
des vivres que j'avois embarquées,
& dont il commençoit
à avoir besoin, il
ne songea plus qu'à se défaire
de nous; & le quatrième
jour de sa victoire
il nous mit à terre sur une
mauvaise plage, qui est
entre le Cap Noir & Tiribiri.
Il eutnéanmoins la
consideration de nous sa,
re donner des fusils avec,
un quintal de poudre ëc
autant de plomb, pour
nous aider à subsister de
nôtrechasle
,
jusqu'à ce
qu'il plût à Dieu nous tirer
de la misere où nous allions
vraifemblablemenc être incessamment
réduits. I
Alors nous partageâmes!
entre nos chasseurs la mu-1
nition dont l'Anglois nous
avoir fait present,& donc
la prise dema secondefregare
le pouvoit dedomma- j
ger dereste.
Je gagnai aussitôt avec
ma troupe ( qui fuffisoic
pour faire la conquête de
tout cet affreux pays ) le
coin d'un grand bois, qui
était à trois quarts de lieue
de la mer. Là nous choisîmes
chacun un gros arbre
pour nous en faire chacun
une maison
; & tous mes
gens
assemblez autour de
moy, j'établis, pour leur
iûretécomme pour la mienne,
la même discipline
qu'on fait observer aux
troupes les mieux réglées.
Un jour m'etant emporté
à la fuite d'un jeune ours
avec trois de mes camarades
dans cette noire forêt,
dont nous habitions
une des extremitez,j'apperçus
des tourbillons d'une
épaisse fumée, dont l'odeur
nous surprit. Nous approchâmes
sans bruit du lieu
d'où elle sortoit; & après
avoir fait environ deux cent
pas avec beaucoup de peine
, nous découvrîmes un
terrain assez cultivé; &un
peu plus loin, au milieu
d'une hauteur environnée
d'une grande quantité d'arbres
qu'on y avoir plantez.
une petite maison de char.
pente bâtie avec tout l'art
imaginable. Nous pénétrames
encore plus avant;&
aprèsavoir consideré attentivement
tous les environs
de cet édifice extraordinaire,,
nous conclûmes
qu'il étoit impossîble que
ce bâtiment ne fût voisin
de quelque ville.
Cependant, toutes nos
reflexipns faites, nous nous
trouvâmes à la porte de
cette habiration, où nous
prêtâmes attentivementl'oreille,
pour essayer de comprendre
quelque chose aux
sons de voix que nous entendions
:mais on ne peut
jamais être plus surpris que
nous le fûmes. Je vis, à la
faveur d'un trou qui étoic
à cette porte, une grande
femme étenduë sur un lit,
dressé à la hauteur d'un de-
- .t J s. mi pied de terre, couvert
des plus belles peaux qui
soient dans toute la Norvège.
Sesvêtemens étoient
de la mêmeétoffe ;
sa tête,
dont la beauté est un vrai
chef-d'oeuvre de la nature,
étoit négligemment appuyée
sur son bras droit;
son sein croit à demi découvert,
& toute son attitude
exprimoit sa langueur.
Elle chantoit alors admirablement
& en bon François
ces paroles, que je n'oublirai
jamais.
~IO -, T'*f.1 us CllITlUiS j/MJ tCftl«ji»
je riétois aimable : Je t'ai crû, maintenant tu
méprises mes feux.
Ah !qu'il me plaît,cruel, de
te voirmiserable
Autant que tufus amoureux.
Elle eut à peine cesse de
chanter, que je vis un homme,
habillé de la tête aux
pieds d'une riche fourrure
de marrhe zibeline. Il se
promenoir à grands pas
dans cette chambre, &
aprés plusieurs gestes qui
témoignaient sa douleur,
il lui chanta ce couplet à
son tour.
Quoy
,
malheureux!d'une infidelle
- J'aimerois encor la beauté!
Non, mon coeur méprise,
cruelle,
Jusqu'à ton infidelité.
Ces paroles furentsuivies
de reproches que nous ne
jugeâmes pas a propos d'éçpurer,
de peur d'être furpris
à cette porte si restions nous y plus longtemps;
nous crûmes au contraire
devoirnous en éloigner,
f charmez decettedécouverte
, & nous allâmes à
cent pas de cette maison
[ tirer uncoup de fusil, pour
| nous faire reconnoître plus
civilement des gens que
nous venions d'entendre.
Le bruit quefitcecoup
; mit aussitôt l'alarme dans
tout le pays. A l'instant
nous vîmes sortir de plusieurs
petites huttes presque
ensevelies dans la terre, ôc
que nous n'aurions jamais
fongé à prendre pour des
retraites d'hommes, au
moins un bataillon de pygmées.
Ces marmousets étoient
si petits,quechacun
de nous en auroit pu mettre
unedemi-douzaine à califourchon
sur le canon de
son fusil, & les emportet
sur l'épaulesansêtre trop
char-géi.
Ce font là precisément
les peuples qu'on appelle
des Lapons de Norvege.
Cette espece est si plaifanre,
que nous ne pûmes
pas nous empêcher de rire
de bon coeur des efforts
qu'ils faisoient pour nous
environner. Leurs peines
& leurs pas étoient accompagnez
de cris aigus, qui
attirerent vers nous leurs
femmes, qui étoient aussi
courtes qu'eux. Ainsi nous
étions, sans nous en appercevoir,
au milieu d'une
des plus grandes villes du
pays.
Cependant nous vïmcs.
sortir à la fin, de ccttcra
maison de charpente ou
nous nous étions arrêtez
trois hommes faits comme
les autres hommes. ( Cet
.édifice étoit assurément le
plus superbe Palais detoute
cette partie septentrionale
de l'Europe. ) Ces Meilleurs
étoient armez d'arcs & de
fleches, & si bienvêtus des
peaux d'ours &de chevres
dont ils étoient couverts,
qu'à peine nous leur voyiôs
les yeux.
Que cherchez
- vous
nous
nous dit l'un d'eux, dans
ces climats épouvantables ?
&
-
quel malheureux destin
vous aconduits en ces lieux?
Nôtre sort,lui répondist
je, n'est pas encore si deplorable
que vous le dites,
puisque nous avons le bonheur
de trouver en vous des
hommes qui nous entendent
;& ilme paroît à vôtre
langage, qui est François
comme le nôtre, que tout
ce que nous .pourrions
maintenant vous dire de
nôtre fortune,n'a rien qui -la
vôtre. Nous sommes, reprit
celui qui m'avoit parlé,
étrangers comme vous en
cette contrée: mais nous y
devons à un naufrage, que
nous avons fait sous d'heureux
auspices,le plus tranquile
écablissement du
monde. Venez avec nous
dans cette maison, & soyez
persuadez que nous employerons
tous nos soins à
reparer, autant que nous
le pourrons, le malheur du
vôtre.Nous leur rendîmes
mille graces de l'accueil
favorable qu'ils nous faisoient,
& nous les suivîmes
jusques chez eux, au milieu
d'une troupe de ces mirmir
dons, qui se dressoient de
toutes leurs forces sur la
pointe de leurs pieds pour
.,,
nous baiser par respect les
genoux.
Dés que nous fûmes
arrivez à la porte de cette
imaifon, la Dame que j'a-
'vois vue par un trou parut
là nos yeux. Jamais rien de
Iplus. beau ne s'étoitoffert à
tma vûe. Quel astre impittoyable
vous reduit
, nous
)dit-elle) à l'affreuse necessité
de venir mandier ici
les secours de l'hospitatité?
& quelle étoile favorable
nous procure en même
temps le bonheur de vous
offrir un azile > Entrez. Si
j'é*tois Calprenede ou Vaumo- ries, je serois dire ici de belles
choses à mon Heros. Il entra
cependant,sansrien dire à, la
Dame de ce château; il en
fut quitte pour une profonde
reverence.
Nous avions à peine traversé
la premiere chambre
de cette maison, continua
Nerval, que nous vîmes
dans une autre, qui n'en
étoit separée que par une
cloison de sapin, une centainede
Lapons & de Lapones
qui travailloient à
apprêter des peaux de bêtes.
Quittez cet ouvrage,leur
dit en leur langage la Dame
qui nous menoit,êc
hâtez vous de nous preparer
quelque choie à manger.
Ce peloton de petites
creatures se remua aussitôt
comme un essain d'abeilles,
& disparut en un moment.
Alors le Chanteur quej'avois
entendu entra d'unair
fort triste, &après avoir
salué sa Souveraine & nous,
il nous dit: Vous ne voyez
rien ici, Messieurs, qui ne
vous étonne, j'en fuis per- r dl. , suadé: mais comme nous
avons sans doute des choses
extraordinaires à nous raconcer
de part & d'autre, asseyons
nous sur ces peaux,
& en attendant qu'on nous
apporte à manger, apprenez-
nous, s'il vous plaît,
quel bizarre accident vous
ajetté sur ces bords;nous
vous rendrons ensuiteavantures
pour avantures. Je
contai aussitôt à cette nouvelle
compagnie ce que je
vous ai déja dit de ma fortune,
& l'on nous servit.
Ce repas fut composé de
laitages, de fruits, de legumes
& de viandes, sans
pain.
Une grande fille Moscovite,
originaire d'Astracan,
& qui servoit laDame
qui nous recevoir si bien,
s'assit à côté de moy pour
dîner avec nous. A la droite
elle avoir un outre plein du
jus d'un certain arbre dont
la liqueur est merveilleuse,
& à sa gauche un autre outre
plein d'eau, pour temperer
l'ardeur de l'autre
liqueur. Chaque fois que
nousvoulions boire elle
prenoit la peine de nous en
verser proprement. dans
une grande tasse de bois.
Cette fille, s'appelle Barnaga.
{1
- J
Dés que nôtredîner sur
fini, nôtrehôtesse, dont
lescharmescommençoient
à m'enyvrer autant &plus
que la liqueur que Barnaga
nous avoit fait boire, nous
? ;,. dit
-'ditqu'il étoit bien juste
qu'elle nous contât à son
>- tour ce qui lui étoit arrivé
f de plus extraordinaire dans
[ un pays où peu de gens
Vaviferoienc de chercher
[ des avantures. Nous la remerciâmes
de cette faveur,
& nous la priâmes de ne
nous dérober aucune circonstance
de son histoire.
-.
Elle nous dit qu'elle étoit
d'Hambourg,ville anfeat.
tique de la mer d'Alle nagne;
qu'elles'appelloi JulieStroffen
, fille de Cesar
;
Stroffen
; que son pere étoit
undes plusriçhes negocians-
de toute c.ç\Ce -irççjjj
que la tendressequ'elle.avoit
euë pour le Chevalier
de. (en nous montrée le
Chanteur dont j'avais par.
lé) avoit caulé tous les malheurs
de la vie; que son
pere n'avoit pas voulu.consentir
qu'elle l'épousât; que
l'amour & le desespoir les
avoient determinez às'enfuirensemble;
qu'en sa [au..
vant, ils avaient; rencontré
unnavire Angloisquialloit
dans le Nord; qu'illesavoit
pri~, qu'enfin après avoir
été battus pendant deux
jours d'une- furieusetempête
,ils étoienr venus se
briser entre le Cap Noir &;
Tiribiri. ,,-
,
Elle passa legerementsur
tous cesarticles:lais dés
qu'elle fut à celui deson
naufrage:Redoublez vôtre
attention', Messieurs,nous
dit-elle,reparti-vous
aurécit des plus éronnantes
choseskkrcfidnde'.
Onm'eutàpeine traînée
surlerivagé,que j'ouvris
les yeux. Le premier objet
qui s'offrità ma vûefutun
vieillard venerable qui (xér
moinde nôtre naufrage j
faisoit des voeux pour nôtre salut. - "ZVZ*'J3 i'3$
Nousn'étions , çç>mme
Vousinous, voyez;Aencôre,
nquaecuinfqréachgapee.zodeLC"c,9
- Des que ce bonvieillard
fut assezprès denouspopj:
nous parler:Malheureux,
nous dit- il, quevous ferie4
à plaindre-/fije:néeroyoiç
pas que leCiel, qui vous
envoyé sansdoute icipour
tdllue iftermer les Yeux--aco;l- mespasVversyous,
pour vous,prolonger! les
jours que sa bonté vous
laisse.Aussitôt s'approchant
de nous (car nous avions
tous également besoin de
secours )il nous fitavaler
plusieurs gouttes d'un baume
divin, dont la prompte
vertu: nous délivra sur le
champ des mainsdela
mort qui nousmenaçoit
encore Cet elixir n'eut pas
plutôt fait son effet,qu'il
nous dit : Arrachez-vous,
mes enfans, si vous pouvez,
du sableoùvous êtes
ensevelis, Vous n'avez pas
,de)temps a perdre, &> la
mer,à qui lereflux àravi
saproye, vous engloutira
infailliblement: dans. une
heure,si vous negagnez
pasnincessamment, cetrocher
qui fert de limite à sa
fureur.. Là frayeur que cet
avertissement nous causa
opera sur nous pfefque aussi
efficacement que le remede
qu'il nous avoir donné. Il
metendit la main pour
m'aider à me lever; & la
nature, plus forte en-ces
Messieurs qu'enmoy , fit
pourleur salut ce que l'as
sistance du vieillard laiqoit
pour le mien. <,: ;HIi Ilétoit en effet bienTemps
que nous nous sauvassions
>
&je ne puis encore me rap
peller ce funeste jour, sans;
me representer toutel'horreur
d'un si grand danger.
Nous avions à peine gagné
le faîte de ce recl-wr,,
qui n'étoitqu'à deux cent
pas denous, (lorsque nous
étions encore étendus sur
la vaze ) que nous vîmes
des montagnes d'eau venir
fondre avec violence jusqu'au-
pied de nôtre azile.
Reprenezmaintenant courage,
voyageurs infortunez,
nous dit notre vieillard,
vous n'avez déformais
plus rien à craindre; &si
vous pouvez m'accompa*-
gner jusqu'à ma petite mai--
son
,
je vous y procurerai
tous les secours dont peuvent
avoir besoin des malheureux
comme vous.
Nous le suivîmes, tremblans
de froid & mouillez
jusquaux os.
Dés que nous fûmes arrivez
chez lui, il fit étendre
danscette sallequi est
lamême que celleoùnous
| sommes)une grande quan
tité de peaux,sur lesquelles
nous nous couchâmes a prés
avoir quitte nos habits-,ôc:
en mêmetemps il ordonnai
à Barnaga
,
qui le servoit
r alors, &:. qui me sert aujourd'hui
, de prendre uniquement
soin;demoy ôc
de lui laisser celui des compagnons
de mon in forrune.
Le lendemainnous nous
trouvâmes si bien remise
que nous dînâmes avec lui.
A la fin du repas nous lui
contâmes nôtre histoire,
&en revanche il nous conta
la sienne. Je ne douce point
que, vous ne souhaitiez
ardemment l'entendre.
Je fuis, nous dit-il, nati:
d'Archangel. Cette ville est
dediée à saint Michel Ar.
change. L'on y fait presque
tout le commerce du Nord
Mon nom est Saxadero. Ja
étéainsi nommé
,. parce
qu'on me trouva sur ui
rocher peu de jours apré
ma naissance. Des paysan
qui me ramasserent mi
mirententre les mains d'u
Prêtre Grec qui demeuroi
â une journéed'Archangel.
Ce bon homme qui depuis
wingt ans qu'il étoit marie
n'avoit pu avoir d'enfans,
fut ravi du present que ces
paysans lui firent. Ilm'éleva
ravec autant de foin & de
nendresse que si j'avoiseétè
Sonpropre fils. J'appris fous
lui plusieurs Langues, &
route la formule de la Reilligion
des Grecs, qu'il enseignoit
& qu'il professoit
d'une maniéré exemplaire.
J'avois plus de 40. ans lors
qu'il mourut,& je n'étois
pas encoreassez fage pour •
profiter' desconseils
< retraité&de moderation
qu'il m'avoit donnez pe
dant savie.
,"J.c Ileuta- peinelles- ye
.fermez, qu'emporté j
mon temperament, je
mis entête de courir
monde. Je resolus de
,-
tr
verser1 par terre toute.
Tartarie & laMoscoviei
de me rendre àCaminiel
..oùle-Czar nôtre Emperc
étoit alors; Ce voyag
quoiqueterrible &lon
- me parut encore fort cet
lorsque je fus arrivé à C
minietz,d'où je partis
quinze jours après, pour
me rendre à Constantinoole,
après avoirlaisséderrdiereemBoytouutllge
Raoyraiumee
-'
Mon intention étoit de
asser en Asie, &daller
en Egypte m'instruire des
mysteres -,,-.des loix, des
listoires :$c des, religions,
Hes peuples de l'Orient.Je
xroyois y trouver parmi les
aristes débris des anciens
monumens de la vanité des
hommes,quelques vestiges
de l'élévation de ces genies
qui en avoient si long
temps imposé à cour l'un
vers. Mais jei me détour.
bientôt du succes de m
curiosite, & je ne trouv.
chez ces mortelsque: de
restes depyramides &.'(1
tombeaux
s
des rochers
des antres, des fleuves,de
animaux feroces, & rie
dans leur espritquipûtm
retracer laplus foibleima
ge de leur ancienne gran
deur. Àinsi je retournai su
mes pas,jepris la route-d
l'Europe,&je trouvaiheu
reusement i-- Constantino
ple un navire qui me porta
sen Italie, & delà en France,
qui est la feule partie du
monde où je croy que des
hommespuissentvivreavec
toutes les douceurs &tous
les agremens de la vie :mais
malheureusement la forune
ne me permettoit pas
calors de métablirune patrie
dans le sein de cet Empire.
Je me vis ainsi. forcé de me
soûmettre à la rigueur de
monétoile, & de passer en
Hollande, poury profiter
des premiers navires qui
mettroient à la voile ppur
levoyagé du Nord.
,: : EnarrivantàAmsterdat
j'entrouvai un prêt a partii
je m'y embarquai & la me
& les vents nousserviren
à merveille. De la d'Allemagne me nous entra
mes danscelle de Dane
mark, & parle Sund dan
la mer Baltique, d'où nou
perietrâmes jusqu'au son
du Golfe de Riga,oùja
chevaima navigation, pou me rendre par rerre àPles
koovv, où le Czar étoit
alors avec son armée. « Huit ou dix jours âpre:
mon
mon arrivée, je ne sçaià
quelle occasion je lui fus
presenté
, comme un homime
que tant de voyages rendoient extraordinaire
chez des peuples quine
>connoissent dautre terre&
d'autres climats què
-- d'autresclimatsqueceux
qu'ils habitent. Ce Prince me reçut de lamaniéré du
monde la plus généreuse;
& après m'avoir assuréplusieurs
fois du plaisir que lui
feroit mon attachement f.
sa personne,il m'hônorade
tant de titres &de tant de
charges, que le fardeau
m'en parut bientôt insupportable.
Je netois point
courcitan,&je pouvois encore
moinsle. devenir. Le
lait sauvage que j'avoissuccé,
la manière dont on m'avoit
élevé;&le grand air
que j'avois respiré dans tous
les climats dumonde , ne
m'avoient donné aucunes
leçons du personnage que je
devois joüer.On s'apperçut
bientôt de la dureté de mes
moeurs,on se dégoûta de me
voir dans une place que
d'autres pouvaient remplir
mieux quemoy; & enfin,au
; bout de quelques années,
une chûte precipitée fut
l'ouvrage de mon élevation.
[ Je me rendis alors la justice
> que meritoit ma disgrace,
,&. je convins en moymême
> quela douceur & lapolitesse
étoient l'appanage des
hommesquiveulent vivre
dans la societé de leurs paireils.
Il n'en fut cependant
ni plus ni moins, & je fus
obligé
, pour me rendre
iincessammentau lieu de
mon exil., de m'en retourmer
par ou j'etois venu. Cest ici le sejour qui me
fut destiné. Le navire qu
m'y amena me mit à terre
avec un valet fidele qui ne
voulut point me quitter
On me donna des armes
de la poudre, du plomb
&des grains pour ense,
mencer les terres qu'il me
plairoit de choisir pour m
liibfiftance ; ôc cespetit
peuples,mon valet &Bar
naga, que je trouvai heu
reusement ici,*
m'aideren
bâtir la petitemaison ou
nous sommes. Lavantur
qui a jette cette fille su
ces bords est si extraordinaire,
que le récit que vous
en allezentendresera infailliblement
le plusbel
ornement de cette histoire.
La Moscovite Barnaga,
de la ville d'?~M~~ peut
avoir environ trente ans. M
y en a prés de quatre qu'-
elle est dans cettecontree,
où elle vit dans la compagnie
des Lapons Norvegiens
comme si elle étoit
leur Reine. Avant de venir
en cepaïs,elle vivoitàAstra.
candans le sein de sa famille,
occupeeàtous les ouvrages
ausquelsune Elles'occupe
naturellement chezses parens,
lorsqueleplus spirituel&
leplus sçnvant,des
Lapons de ce Royaume s'avisa
de vouloir voyager. 1.1
- On dit ici tant de choses
merveilleuses de ce petit
homme, qu'on assure qu'il
avoit un Gnome particulier
qui le proregeoir. D'autres
disent qu'il enéroit un luimême.
Ce qu'il ya de plus
constant; selon moy, c'est
qu'ilavoir une connoissance
parfaite de tous les
secrets & de toutes les verus
naturcllesqui sontdans
les simples, & qu'il employoit
les plus fiers animaux
de ces deserts à tous
les usages qu'illui plaisoit.
Un jour, dis- je, (e sentant
i)..len humeur de voyager !> arrêta dans ces
forêts
une Renne. *, à qui il dit à
* Plusieursvoyagesdu NordpAr.
lent des qualitez de cetanimal, qui
yest
à peuprés dela taille d'un Cerf.
On lui dit à l'oreilleoù l'onveut
l'envoyer, ou bien le nom des lieux
où l'on veut aller avrjr lui.Aussitôt
ilva par-tout avec unevitesse admirable
, sans suivre aucune route. Éon
instinct seulle guide
,
-& il n'y a ni
fleuves, ni precipices
,
ni montagnes
qui l'arrêtent. Il sertcommunément
à tirer les trainaux.
l'oreille qu'ilvouloit se pro
mener dans l'Empire de
Tartares &dans la Moscc
vie. Cet animal docile reçu
son secret,&l'emmena pa
tout où il voulut aller. En
fin étant arrivé à Astracan
il alla loger chez la mer
de Barnaga, où ilse trouv
si content des bons traite
mensqu'onlui fit, que pa
reconnoissance,ou par in
clination il devint amou
reux de cette fille.
LeLapon ne pouvan
contenirtout le feu qui
devoroit,s'avisa de lui faire
an jour une ample déclaration
de sa tendresse. Barnagase
moqua de lui. Le
tmraégperiasàduentceetltpeofiinllte,qlu'o'uilresolut
de s'en vanger.Voici
commeil s'y prit.
Il affecta de ne lui plus
parler d'amour, & de ne
plus s'attacher qu'à caresser
à Renne qui faisoit chaque
jour presence de
Barnaga Ôc
de
sa
mere,
tous
les tours de souplesse imaginables.
Il se persuadaavec
raison que cette jeune fille
ne pourroit pas s'empêcher
àd'essayer cette monture; qui il avoit eu la precau
tion de dire tout cequ'il y
avoit à faire,si cela arrivoit.
Barnaga, charméede
cet animal, avoit plusieur
fois prié le fin Lapon dele
lui donner:mais il avoit
toujours affecté de ne pouvoir
lui faire un si grand sa
crifice; Enfin irritée de ses
refus, elle avoir resolu de ledérober, & de lui dire
qu'ils'étoit perdu dans les
bois voisins. Un jour pour
cet effet, elle se fit suivre
parla Renne jusqu'à un
quart de lieuë de la ville, où
le voyant seule, elle voulut
monter cet animal, qui se
mit a genoux comme un
chameau pour la recevoir
plus commodément: mais
elle fut à peine sur son dos,
qu'il l'emporta presque à
travers les airs, tant il avoit
de vîtesse & de legereté.
Quoyqu'il y ait un chemin
infini d'ici à Astracan, il
l'amena en trois jours dans
ce defert, où son amant le
rendit aussitôt qu'elle. Il
l'épousa presque en même
tempsavec toutes les ceremoniesdupays
,que
vous conterayune auti
fois. Il a depuisle jour
sesnoves,vécu tpujou
~v~~Uç.~ns la plusgra~
deuniondu mpad|;,& tP8
de mêmeavec eux. Ceper
dant depuis trois mois
Lapon a disparu,sans qu'o
sçache pourquoy, ni où
estallé, & personneici
sçait de ses nouvelles. Ba
~nagoem~'enoparutconsole &- coeur qu'il nerevienneja
mais. rti>,>u£iaaaoî
Lediscours de ce bon
dvierilolaridt- f.inÎt en cet 7en: nit- en"' - Vieillard finirencet!eenn^ Nous luifîmes chacun
nos remercimens de la peine
qu'il avoit prisede nous
conter tant de choses extraordinaires,
& nous le
priâmes de nous dire si
nous ne pourrions pas trouvercinq
de ses Rennes pour
nous remettre dans quelque
partie de l'Europe plus
habitable que celle où nous
étions. Non, mes enfans,
nous dit-il,je peux vous
donner aucune instruction
làdessus,& je vousjur
que je n'ai pas vu un seul d
ces animaux depuis que j
, fuis ici:mais au nomd
Dieu ne me quittez pa
que je ne sois mort ;dan
quarante mois je ne sera
plus. Dés que vous maure
renduà la terre, il viendr
quelque
- navire surcette
côte , dont le Capitain
charitable vous recevr
dans son bord , & voustre
menera dans les lieux o
vous avez tantd'impatience
de vous revoir. Il y a plu
de six semaines que ce fag
vieillard est mort, & nous
n'avons encore vu que vous,
qu'une extreme dïsgrace a
jettez sur ce rivage.
i' Le Chevalier de. qui
m'entend, me jura, deux
mois aprés nôtre naufrage,
unefoy éternelle, &m'épousa
en presence de ce
yenerable personnage donc
je viens de vous conter
l'histoire, deBarnaga, qu'-
une tendre sympathie a
fortement attachée à moy
depuis sa mort, & de ces
Messieurs qui sont nos compagnons
d'infortune. Il ya
plus d'un anqu'ils'est mis
danslatête des chagrins&
des jalousies sans fondement,
qui le precipitent
cent fois par jour dans des
abîmes de melancoliedont
rien ne peut leguerir.
Voilace que j'avais;
vous dire de mesavantures
"Au reste, songeons main
tenant auxexpediens qu
-peuvent nous tirer d'ici, &
7mettons touten usagepou
LretôUfncr'; ensemble, dan
•'-•d-esfie'uxefîlinous convien
rfëntmièux queces climat *éfK^âritabtâs*-?jDésque,
Julie eutcesse
de parler, nousnous encourageâmestous
à; travailler
aux moyens de sortir de ce
miserables pays ; &C] après
plusiers proportions.
gues & inutiles , je priai nôître
compagnie de sereposer
sur moydu soin de la délivr.
cCJ de cette région.Je
m'engageai à mettre tout
j: mon monde aprés cet our;
vrage. Je fis couper des ar..
Ë bres, donton ne un grand -nombre de mâts, de pouz
tres,de solives & de planches,
que jedestinaiàla
construction d'un navire. *
Sur ces entrefaites,le Che
valierde. tomba malade
en deux jours il fut à lex~
tremite, & le troisiéme i
mourur. Sa veuve fut long
temps inconsolable desa
perce : cependant mes soins
mes discours, la tendresse
qu'elle étoit perpuadée que
j'avois pour elle, & l'impa.
tience qu'elle avoit de re.
tourner bientôt dans une
meilleure contrée que celle
ou nous étions, (comme je
l'en assurois tous les jours,
lui rendirent bientôt son
embonpoint, ses graces ôc
sa tranquilité.
Des '¡ que nôtre vaisseau
: fut achevé, lesté, & chargé
d'eau, de poissons secs, de
chair salée, de legumes, 6c
de toutes les pauvres den-
1"rees. qui pouvoient. nous
aider à subsisterjusqu'à ce
que nous arrivassions à Plaisance,
nous nous embart
quâmes. Nous y changeâmes
pour des peaux nôtre
»bâtiment contre un autre
meilleur,nous y prîmes du
pain, du biscuit
,
du vin,
de la bierre, & tous les rafraîchissemens
dont nous
avions besoin. Enfin après
avoirvoguéleplusmalheureulement
du monde contre
les vents & la mer, nous
hommes venus,comme
vous le sçavez,Messieurs,
nous brifer ce matin sui
cette côte,& faire,pourain
dire, naufrage au port.
Je ne fais point d'autre:
remarques sur cette histoire
que celles qui sont à la mar
ge , parce que je connoi
ces pays septentrionnau
moins que ceux qui son
plus près du Soleil.
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Résumé : LE NAUFRAGE au port. HISTOIRE.
Le narrateur s'excuse pour le retard et décide de raconter les aventures de la Moscovite et du Lapon, rebaptisant l'histoire 'Le Naufrage au port'. À Saint-Malo, il accompagne un ami au Cap pour voir des vaisseaux prêts à partir pour la mer du Sud. Un orage éclate, provoquant le naufrage d'un navire. Les survivants, dont un homme désespéré pleurant la perte de sa bien-aimée Julie, sont secourus. Julie est également sauvée et retrouve son amant. L'histoire est celle de Louis-Alexandre de Nerval, un jeune Canadien qui raconte son propre naufrage, sa capture par des Anglais, et sa survie en Laponie. En Laponie, Nerval et ses compagnons découvrent une maison habitée par une femme et un homme chantant en français, exprimant leur douleur amoureuse. Ils se révèlent pour éviter d'être pris pour des espions. Ils rencontrent ensuite des pygmées identifiés comme des Lapons de Norvège, suivis par trois hommes armés d'arcs et de flèches, vêtus de peaux d'ours et de chèvres. Ces hommes parlent français et offrent leur aide. Ils conduisent les narrateurs dans une maison où ils rencontrent Julie Stroffen, originaire d'Hambourg. Elle raconte son histoire : elle s'est enfuie avec le chevalier après que son père a refusé leur mariage. Ils ont survécu à un naufrage grâce à un vieillard nommé Saxadero, qui leur a donné un baume divin. Saxadero raconte son parcours : né à Archangel, il a voyagé à travers la Tartarie, la Moscovie, et l'Asie avant de retourner en Europe. Présenté au Czar, il a été couvert de titres et de charges, mais a été démis de ses fonctions pour son incapacité à s'adapter à la cour. Le narrateur, après avoir reconnu la nécessité de la douceur et de la politesse pour vivre en société, est exilé et doit revenir sur ses pas. Il rencontre Barnaga, une Moscovite de trente ans, vivant avec des Lapons norvégiens depuis quatre ans. Avant son arrivée, elle vivait à Astrakan et fut séduite par un Lapon doté de connaissances exceptionnelles en simples et en animaux. Le Lapon l'enlève et l'épouse, mais disparaît trois mois plus tard, laissant Barnaga inconsolable. Le narrateur et ses compagnons, naufragés, écoutent l'histoire de Barnaga racontée par un vieillard. Ce dernier promet qu'un navire viendra les secourir après sa mort, ce qui se réalise six semaines plus tard. Le Chevalier de meurt deux mois après le naufrage. Sa veuve, Julie, est consolée par le narrateur qui construit un navire pour quitter cette région inhospitalière. Après avoir achevé le navire et navigué contre les vents, ils finissent par échouer sur la côte où ils se trouvent actuellement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 345-349
PRESERVATIF Specifique, Contre toutes les Maladies malignes & pestilentielles, tant pour les hommes que pour les animaux, de la composition de M. le premier Medecin, executé par les Apoticaires du Roy, par ordre de M. le Controlleur General des Finances.
Début :
Ce remede est souverain dans toutes les maladies soupçonnées [...]
Mots clefs :
Maladies, Remède, Grosseur, Vin, Animaux
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texteReconnaissance textuelle : PRESERVATIF Specifique, Contre toutes les Maladies malignes & pestilentielles, tant pour les hommes que pour les animaux, de la composition de M. le premier Medecin, executé par les Apoticaires du Roy, par ordre de M. le Controlleur General des Finances.
p.R..E' SE R V A TIE
Specifique,
Contre toutes les Maladies malignes
cm pestilentielles, tant
pour les hommes que pour les
animaux, de la composition de
M. le premier Medecin, txe."
cuté par les Apoticaires dit*
Roy, par ordre de M. le-
Controlleur Gentral des FU
nances.
Ce remede est souverain
dans toutes les Maladies soupçonnéesdemalignité,
même
dans les dévoyemens,dissenteries,
vomissemens,douleurs,
& foiblesses d'estomach.r;c ,§
Il est aussi excellent dans
toutes les fièvres intermittences
, pris à l'entrée du frisson.
Ce remede se prend seul à
la pointe d'un couteau, ou enveloppé
dans du pain à chanter,
beuvant un peu de vin
par dessus ou du bouillon ;ou
délayé dans le vin, ou dans
les eaux Cordiales, ou dans
d'autres liqueurs comme pti- sanne, *
- La dose ordinaire pour les
petits enfans,est de la grosseur
d un pois; aux moyens âges,
de la grosseur d'une,noisette,
& aux grandes perfonncs de
la grosseur d'une petite noix.
On peut augmenter la dose
dans les occasionspressantes,&
en prendre même deux
fois par jour.
Cet antidote est aussi excellent
contre les morsures de
Bestes venimeuses.
On le donne avec succés
,
dans les Maladies des animaux,
delayé dans le vin ou dans
l'Eau-de-vie,~
"', La dose pour un cheval y
est d'une once & demie,&
autant pour les boeufs &vaches;
plHH les chevres, demie
once, & pour les moutons,
aai" gros;
Q uand l'animal est presséde
son mal, on peut luy en donner
deux fois par jour, & une
fois seulement par précaution,
& continuerfîx ou sept jours.
It ne faut pas attendre que
l'on soit malade, il faut en faire
prendre dés que l'on s'apperçoit
que les animaux sont
dègoûtez, & deviennent tristes,
ou qu'ils ontestéenmauvaisair.
ILfaut tr,..utant qu'on
dc pourra,que cet entidote
soit toujours dans un lieu qui
nesoitni trop chaud ni trop
humide,&moyennantcette
précautionilconserveratoutes
Ces vertus specifiques pendant
plusieursannées.
On fçaurachez M.leControlleurGeneral
desFinances,
& chez Mrs les Intendans de
Paris & des Provinces, où jee
remede se distribuëra. :.Les
Pauvresnel'acheterontpoint,
&les Riches lepayeront
Specifique,
Contre toutes les Maladies malignes
cm pestilentielles, tant
pour les hommes que pour les
animaux, de la composition de
M. le premier Medecin, txe."
cuté par les Apoticaires dit*
Roy, par ordre de M. le-
Controlleur Gentral des FU
nances.
Ce remede est souverain
dans toutes les Maladies soupçonnéesdemalignité,
même
dans les dévoyemens,dissenteries,
vomissemens,douleurs,
& foiblesses d'estomach.r;c ,§
Il est aussi excellent dans
toutes les fièvres intermittences
, pris à l'entrée du frisson.
Ce remede se prend seul à
la pointe d'un couteau, ou enveloppé
dans du pain à chanter,
beuvant un peu de vin
par dessus ou du bouillon ;ou
délayé dans le vin, ou dans
les eaux Cordiales, ou dans
d'autres liqueurs comme pti- sanne, *
- La dose ordinaire pour les
petits enfans,est de la grosseur
d un pois; aux moyens âges,
de la grosseur d'une,noisette,
& aux grandes perfonncs de
la grosseur d'une petite noix.
On peut augmenter la dose
dans les occasionspressantes,&
en prendre même deux
fois par jour.
Cet antidote est aussi excellent
contre les morsures de
Bestes venimeuses.
On le donne avec succés
,
dans les Maladies des animaux,
delayé dans le vin ou dans
l'Eau-de-vie,~
"', La dose pour un cheval y
est d'une once & demie,&
autant pour les boeufs &vaches;
plHH les chevres, demie
once, & pour les moutons,
aai" gros;
Q uand l'animal est presséde
son mal, on peut luy en donner
deux fois par jour, & une
fois seulement par précaution,
& continuerfîx ou sept jours.
It ne faut pas attendre que
l'on soit malade, il faut en faire
prendre dés que l'on s'apperçoit
que les animaux sont
dègoûtez, & deviennent tristes,
ou qu'ils ontestéenmauvaisair.
ILfaut tr,..utant qu'on
dc pourra,que cet entidote
soit toujours dans un lieu qui
nesoitni trop chaud ni trop
humide,&moyennantcette
précautionilconserveratoutes
Ces vertus specifiques pendant
plusieursannées.
On fçaurachez M.leControlleurGeneral
desFinances,
& chez Mrs les Intendans de
Paris & des Provinces, où jee
remede se distribuëra. :.Les
Pauvresnel'acheterontpoint,
&les Riches lepayeront
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Résumé : PRESERVATIF Specifique, Contre toutes les Maladies malignes & pestilentielles, tant pour les hommes que pour les animaux, de la composition de M. le premier Medecin, executé par les Apoticaires du Roy, par ordre de M. le Controlleur General des Finances.
Le document décrit un remède contre diverses maladies malignes et pestilentielles, applicable aux hommes et aux animaux. Ce remède, approuvé par les apothicaires du roi, traite les maladies suspectées de malignité, les dévoyements, les dissenteries, les vomissements, les douleurs et les faiblesses d'estomac, ainsi que les fièvres intermittentes. Il se prend à la pointe d'un couteau, enveloppé dans du pain, ou dilué dans du vin, du bouillon ou d'autres liqueurs. La dose varie selon l'âge : un pois pour les petits enfants, une noisette pour les âges moyens, et une petite noix pour les grandes personnes. En cas d'urgence, la dose peut être augmentée et prise deux fois par jour. Le remède est également efficace contre les morsures de bêtes venimeuses et peut être administré aux animaux. La dose pour un cheval, un boeuf ou une vache est d'une once et demie, pour une chèvre demi-once, et pour un mouton un gros. En cas de maladie pressante, l'animal peut en recevoir deux fois par jour, et une fois par précaution pendant six ou sept jours. Il est recommandé de l'administrer dès les premiers signes de maladie chez les animaux. Le remède doit être conservé dans un lieu ni trop chaud ni trop humide pour maintenir ses vertus. Il est disponible chez le Contrôleur Général des Finances et les Intendants de Paris et des Provinces, gratuitement pour les pauvres et payant pour les riches.
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19
p. 99-103
Incendie de Bourbonne les Bains. [titre d'après la table]
Début :
On a reçu les tristes nouvelles que Bourbone les Bains en [...]
Mots clefs :
Incendie, Cendres, Eau-de-vie, Distillateur, Cuvette, Maison, Habitants, Secours, Ville, Péril, Jardins, Domestiques, Animaux, Charité
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texteReconnaissance textuelle : Incendie de Bourbonne les Bains. [titre d'après la table]
On a reçu les triſtes nouvelles
que Bourbone les Bains en Baffigny,
avoit été réduite en cendres, le premierde
May.En voici un petit détail.
Une femme diftilant de l'Eau- de-
Vie dans une chambre baffe , laiffa
prendre fur les neuf heures du matin,
le feu à une Cuvette , qui recevoit
la Liqueur de l'Alambic ; il fe
communiqua bien-tôt à quatrePoinçons
d'Eau-de-Vie , qui n'en étoient
pas éloignés ; la flamme s'étant élevée
au faîte de la maifon couverte
1 ij
$85069
100 LE MECURE
lors
de Bardeaux , l'embrafa bien-tôt.
Les Habitans qui étoient pour
à la Meffe de Paroiffe , entendans
le Tocfin , accoururent pour tacher
de l'éteindre
& pour empêcher
qu'il ne gagnât les maiſons attenantes
; mais , un vent du Nord tres impétueux
, portant rapidement les
Bardeaux enflammés fur les Toits
voifins , couverts auffi de bois ,
felon l'ufage du Païs , excita tres
promptement un Incendie general ,
dans la Baffe rue. Ceux qui étoient
venus au fecours , furent obligés
de fauter des toits en bas, pour éviter
la mort. Ce même vent pouffant
ces matieres à plus d'une
grande lieuë de diftance , audeffus
des Vignes , attaqua la grande Ruë ,
où font la Paroiffe , le Prefbytere ,
les Capucins , les Preffoirs & les
Fours-Bannaux , la Halle & le Châreau
, avec la Paffe - Cour qui étoit
remplie de paille , de foin & des
grains de la récolte : Tous ces Edifices
furent confommés en moins de
deux heures. Le Fermier garantit
DE MAY.. IOI
cependant une partie des meubles
de M. Definarets & des fiens , par
la bonté des Caves du Château, qui
réfiftérent ; il n'en fut pas de même
de celles des pauvres Habitans ,
où ils avoient retiré ce qu'ils
avoient pû fauver au peril de leur
vie ; de tout le Bourg , il n'eft refté
que deux Maifons de Bourgeois
du côté des Bains , avec quelques
petites Mafures de Païfans proche
la Fontaine chaude.
L'on fait monter la perte à deux
millions ; celle du Château feule va
à plus de 100000 livres ; quoique
les Domestiques ayent fait fauver
les Chevaux & les Beftiaux , par
une porte qui donne dans le Follé
d'où ils fe réfugiérent dans les
Prez du Seigneur . La plupart des
Bourgeois , dont toute la richeffe
confiftoit enMaiſons & en meubles ,
par raport aux Appartements garnis
qu'ils loüent aux Malades , fe
trouvent aujourd'huy dans la derniere
neceffité.
Tous les Arbres , les Jardins
Iiij
102 LE MERCURE
les Vignes à plus de deux mille pas ,
font confommés ; l'on a même trouvé
des Registres de la Paroiffe à
moitié brûlés , tranfportés par la
violence du vent à deux lieuës &
demie de cette Ville infortunée ;
mais ce qu'il y a de plus déplorable
, c'eft qu'il en a coûté la vie
à quinze perfonnes de l'un & de
l'autre fexe , qui ayant trouvé les
rues coupées par les flammes , en
ont été dévorées , fans qu'on ait pû
les fécourir , malgré les cris pitoyables
qu'elles pouffoient; on en compte
encore plufieures autres à demi
brúlées , & en danger de n'en
pas revenir .
Les Habitans de ce lien ont
écrit à tous les Seigneurs & Dames
de la Cour qui ont logé chez eux ,
pour implorer leur charité ; ils font
dignes de compaffion , & méritent
bien qu'on les alite , & que le Public
contribue en quelque chofe à
édifier un lieu fi utile pour la guérifon
d'une infinité de Malades , qui
rendoient de tous les endroits
s'y
DE MAY. 103
de la France & de l'Europe , dans
les deux faifons de l'année,quand ce
ne feroit qu'en faveur des pauvres
Soldats, incommodés de leurs vieilles
bleffures,qui ne trouvent point
d'autre foulagement que dans l'ufage
de ces Eaux chaudes , qui font
auffi tres efficaces contre les Paralifies
, Rhumatifmes , Rétrêciffemens
de nerfs , &c.
que Bourbone les Bains en Baffigny,
avoit été réduite en cendres, le premierde
May.En voici un petit détail.
Une femme diftilant de l'Eau- de-
Vie dans une chambre baffe , laiffa
prendre fur les neuf heures du matin,
le feu à une Cuvette , qui recevoit
la Liqueur de l'Alambic ; il fe
communiqua bien-tôt à quatrePoinçons
d'Eau-de-Vie , qui n'en étoient
pas éloignés ; la flamme s'étant élevée
au faîte de la maifon couverte
1 ij
$85069
100 LE MECURE
lors
de Bardeaux , l'embrafa bien-tôt.
Les Habitans qui étoient pour
à la Meffe de Paroiffe , entendans
le Tocfin , accoururent pour tacher
de l'éteindre
& pour empêcher
qu'il ne gagnât les maiſons attenantes
; mais , un vent du Nord tres impétueux
, portant rapidement les
Bardeaux enflammés fur les Toits
voifins , couverts auffi de bois ,
felon l'ufage du Païs , excita tres
promptement un Incendie general ,
dans la Baffe rue. Ceux qui étoient
venus au fecours , furent obligés
de fauter des toits en bas, pour éviter
la mort. Ce même vent pouffant
ces matieres à plus d'une
grande lieuë de diftance , audeffus
des Vignes , attaqua la grande Ruë ,
où font la Paroiffe , le Prefbytere ,
les Capucins , les Preffoirs & les
Fours-Bannaux , la Halle & le Châreau
, avec la Paffe - Cour qui étoit
remplie de paille , de foin & des
grains de la récolte : Tous ces Edifices
furent confommés en moins de
deux heures. Le Fermier garantit
DE MAY.. IOI
cependant une partie des meubles
de M. Definarets & des fiens , par
la bonté des Caves du Château, qui
réfiftérent ; il n'en fut pas de même
de celles des pauvres Habitans ,
où ils avoient retiré ce qu'ils
avoient pû fauver au peril de leur
vie ; de tout le Bourg , il n'eft refté
que deux Maifons de Bourgeois
du côté des Bains , avec quelques
petites Mafures de Païfans proche
la Fontaine chaude.
L'on fait monter la perte à deux
millions ; celle du Château feule va
à plus de 100000 livres ; quoique
les Domestiques ayent fait fauver
les Chevaux & les Beftiaux , par
une porte qui donne dans le Follé
d'où ils fe réfugiérent dans les
Prez du Seigneur . La plupart des
Bourgeois , dont toute la richeffe
confiftoit enMaiſons & en meubles ,
par raport aux Appartements garnis
qu'ils loüent aux Malades , fe
trouvent aujourd'huy dans la derniere
neceffité.
Tous les Arbres , les Jardins
Iiij
102 LE MERCURE
les Vignes à plus de deux mille pas ,
font confommés ; l'on a même trouvé
des Registres de la Paroiffe à
moitié brûlés , tranfportés par la
violence du vent à deux lieuës &
demie de cette Ville infortunée ;
mais ce qu'il y a de plus déplorable
, c'eft qu'il en a coûté la vie
à quinze perfonnes de l'un & de
l'autre fexe , qui ayant trouvé les
rues coupées par les flammes , en
ont été dévorées , fans qu'on ait pû
les fécourir , malgré les cris pitoyables
qu'elles pouffoient; on en compte
encore plufieures autres à demi
brúlées , & en danger de n'en
pas revenir .
Les Habitans de ce lien ont
écrit à tous les Seigneurs & Dames
de la Cour qui ont logé chez eux ,
pour implorer leur charité ; ils font
dignes de compaffion , & méritent
bien qu'on les alite , & que le Public
contribue en quelque chofe à
édifier un lieu fi utile pour la guérifon
d'une infinité de Malades , qui
rendoient de tous les endroits
s'y
DE MAY. 103
de la France & de l'Europe , dans
les deux faifons de l'année,quand ce
ne feroit qu'en faveur des pauvres
Soldats, incommodés de leurs vieilles
bleffures,qui ne trouvent point
d'autre foulagement que dans l'ufage
de ces Eaux chaudes , qui font
auffi tres efficaces contre les Paralifies
, Rhumatifmes , Rétrêciffemens
de nerfs , &c.
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20
p. 70-130
DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
Début :
Monsieur, Je vous obéïs, & vous me tiendrez compte de cette obéïssance, [...]
Mots clefs :
Île, Ceylan, Province, Montagnes, Hollandais, Portugais, Pierre, Feuilles, Végétations, Animaux, Rivières, Peuples, Abondance, Fruits, Royaume, Souverain, Côtes, Forteresse, Sauvages, Cultures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION DE L'ISLE DE CEYLAN. A M. DE M*** Par M. B. D'A...
DESCRIPTION
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
DE
L'ISLE DE
CEYLAN.
A M. DE M ***
Par M. B. D'A………
MONSIEUR ,
Je vous obéïs ; & vous me tiendrez
compte de cette obéïffance ,
quand vous fçaurez qu'elle interrompt
un filence & une inaction d'affez longue
durée ; furtout , quand il a fallu
DE NOVEM BRE. 7t
que
mettre la plume à la main. Vous jugez
bien l'oubli de la plupart des
chofes , & la perte de l'habitude du
ftile doivent naître néceffairement
d'une oifiveté fuivie : J'ai tâché de
remédier à tout cela par un travail
affez affidu.
Nous variâmés les matieres dans
nos converſations , à la Campagne de
nôtreAmi M. De . S. Les dernieres vous
parurent intéreffantes :Nous y parlâmes
des fingularitez de la Nature dans fes
Ouvrages , & de la maniere de vivre
des Peuples qui refpirent éloignez de
nous. Le Parallele de ces chofes êtrangéres
avec celles qui nous font familiéres
vous fit beaucoup de plaifir.
Je ne fçai pourquoi nous fîmes grande
mention des Indes & fur-tout de Ceylan
; mais enfin , il en refulta chez vous
une envie , d'avoir
écrit ce que je
par
vous avois dit de cette Iſle : Mon
amour propre fe fentit piqué de ce défir
; il l'emporta fur ma pareffe & fur
quelques autres raifons ; bref , je vous
donnai ma parole , & je vais la tenir.
>
J'ignore pourtant encore , fi je me
ferai acquitté ; & fi ce n'eft que j'ay
été trés fenfiblement touché de l'hon.72
LE MERCURE
neur d'une Requeste de vôtre part
J'ignore prefque pourquoi je me fuis
mis en êtat de vous donner plus que je
n'ai promis. Petit- être regretterés- vous.
les bornes étroites que vous m'aviez.
prefcrites ; & fi cela arrive , je fuis puni
par avance , puifque j'aurai le chagrin
de voir quelques veilles infrutucules
; & c'est un vrai fuplice pour
unhomme , qui n'habite pas un cabinet
volontiers . Quoiqu'il en foit, l'Ouvrage
a crû fous mes mains ; & j'ai êté
furpris de voir que ce qu'une Lettre.
devoit contenir , en remplit deux , qui
peut- être, feront doublement longues .
Un compte éxact de mes recherches.
& de leur emploi , nous inttruira de la.
caufe de ce détail . Je vous rendrai ce
fidele compte : Perfuadé , que dans l'êtat
où j'ai mis l'acquift de ma parole ,.
c'est un des points de mon engangement
; & que s'il ne fauve point dans
mon Ouvrage l'éxecution détaillée , il
en juftifiera du moins l'idée principale.-
-
J'ai voulu d'abord m'affortir dans
tous les genres de fingularitez , que.
peut fournir la maniere , dont vous fouhaitez
que foit dêcrite une Contrée ,
auffi- bien affortie que l'eft l'ile de
Ceylan.
DE NOVEMBRE. 73
•
Ceylan. Cela n'a pû que produire une
affez grande abondance de faits , dont le
nombre m'a paru mériter de la méthode
dans l'arrangement. J'ai conçû , que
le tout pouvoit être embraffé dans le
cercle de quelques idées générales , qui
fe fubdiviferoient naturellement en
d'autres idées particulieres;& qu'aprés,
il me refteroit à digérer mes recherches .
J'avoue de bonnefoy , que dans l'exécution,
je n'ai pas volontiers obmis des
faits queje m'eftois donné la peine d'êcrire
; & que quand j'ai tant fait que
d'en retrancher quelqu'uns , qui me..
fembloient abfolument froids & inutiles ,
je me fuis racquité par d'autres ,
dont le fuccés & le mérite me paroif.
foit équivoque. Ces petits travaux fucceffifs
ont donné à quelques Mémoires
, l'air d'Ouvrage compler. Vous
jugez bien , Monfieur ; qu'alors , il a
fallu amener néceffairement les faits .
finguliers fuivant l'ordre le plus ordinaire
, & les coudre le plus fouvent par
d'autres faits , la plupart indifpenfa
bles ; mais , beaucoup moins particuliers
à ce que je me fuis propofé de
décrire. Il n'eft pas poffible , que ces
derniers faits foient aufli amufans
Novembre 1717. G
74 LE MERCURE
que les autres ; puifque rien n'eft
extraordinairement faillant, qu'aux dépens
de ce qui l'accompagne . Mais ,
lorfqu'on parle de Rélations & de Voyages
à la plupart des gens , il ne leur
fautpas
pas moins que des prodiges à cha
que pas qu'ils font dans les Païs , dont
l'éloignement a frapé leur imagination :
Auffi , voyent-ils fouvent des merveil
les , quand l'Homme d'efprit ne découvre
dans les chofes , que la route de la
Nature la plus commune & la plus
frayée.
Je finis cette espece de Préface par
la derniere raiſon , qui a déterminé une
certaine étendue méthodique & affortie
, à ce qui devoit fe borner à quelques
faits ifolez , travaillez fans intention
principale , qui leur affignât un ordre
fixe , & qui les accompagnât indifpenfablement
d'autres faits .
Le goût fçavant que vous avez pour
la Géographie , vous a mécontenté
fur tous ces Livres qui prétendent l'enfeigner
: Le plus grand nombre a fes
défauts marquez , & tous en général
font arides & négligez . 11 feroit d'ailleurs
à fouhaiter , que tous les Voyageurs
reffemblaffent à quelques - uns
DE NOVEMBRE.
75
d'entr'eux que vous connoiffez fort :
La plupart font ignorans ; & comme
tout les a frapé indiſtinctement , il n'eft
pas étonnant qu'ils en impofent , puifqu'ils
ne peuvent rendre que leurs idées
que le préjugé a fait naître , & que les
tenebres de l'efprit ont entretenues.
Vous m'avez fouvent paru défirer le
remede à ce mal ; c'eft- à- dire , une
méthode differtée , qui debita des faits
circonftanciés , & qui mit fous les yeux
une connoiffance fi fort à la mode . Vous
l'avez defiré comm'un Homme éclairé.
"Sur -la communication de vos idées , &
fur quelques études affez particulieres ,
j'ai fenti qu'on pourroit épargner la
lecture de tant deLivres en toutes Lan-
"gues ; & qu'un Sçavant compilateur
avec du goût , pourroit rendre par là
un fervice trés êtendus puifqu'il eft certain
, que le mérite d'acquifition êrabliroit
, ce que les lumieres de l'efprit
placeroient dans un jour avantageux
.
il me femble que la Géographie acquereroit
de nouveaux Amateurs . Elle déviendroit
propre à l'Ignorant comm'au
Sçavant Elle fauveroit un Homme
oifif de l'ennui , & délafferoit fouvent
celui qu'un travail trop affidu paroif-
Gij
76 LE MERCURE
foit avoir rendu peu capable d'aucune
application. Mais , quel profit pour le
Philofophe La Phyfique y trouveroit
les fécrets de la Nature & fes ouvrages
les plus rares : LeMéta - Phyficien
dans les moeurs des Peuples , liroit des
exemples qui aideroient à la fpéculation
, ou qui la réformeroient dans
les principes & dans les confequences.
Et puifque cela fourniroit néceffairement
, un fi grand nombre de Portraits
divers de ce que nous fommes , fuivant
les différens accidens des tems &
des lieux ; je ne fçai , fi ce ne feroit
pas le plus für moyen , de parvenir à
connoître l'histoire de l'efprit & du
coeur humain.
>
Aprés tout ce que je viens de dire ,
me conviendra- t-il de vous avouër
que j'ai fouhaité de fournir un échantillon
de ceque vous avez projetté? J'ai
travaillé , Monfieur , fans être muni
d'aucune des parties de ce mérite compofé
que la matiere demande. Je n'ai
û que celui de fouhaiter ardemment
l'exécution de quelques idées affez réflechies
; & lorfque ce défir a produit
quelqu'effai de ma part , je l'ai fait pour
quelques amis , qui m'en ont dit leur
DE NOVEMBRE. 77
avis d'autant plus volontiers , qu'ils
ont reconnu de la difpofition à les rece
voir. Je compte fur cette faveur ; &
c'eft à ce prix que je vais commencer.
Je citerai mes authorités avant toutes
chofes .
Des Rélateurs & des Hiftoriens qui
ont parlé de Ceylan.
L'Ile de Ceylan eft mentionnée
dans les Defcriptions générales de l'Afie
, telles qu'eft celle de George Fournier;
& dans les Defcriptions particulieres
des Indes , telles que font celles
de Louis Godefroy, du P. Maffée , & de
tant d'autres qu'on nous a données en
toutes Langues. Les Nations de nôtre
Couchant qui courent les Mers , l'ont
décrite , foit en tout , foit en partie . Les
Anglois- & les Hollandois ont fourni
des Rélations détaillées de leurs grands
& fréquens Voyages dans les Indes :
Outre ceux qu'on a récueillis , nous
avons les Navigations de Spielberg , de
VVibrand-van- VVaervvijek, de Val.
ter- Scultzen , & de tant d'autres : Je
n'obmetrai pas ceux qu'on nous a données
en nôtre Langue ; & ce qui fe trou-
Giij
78
LE MERCURE
ve dans les Recuëils de Ramufio , de
Parchas , de Hackluft , & de M. The
venot.
Mais , les Portugais ont, je croi , plus
êcrit qu'aucuns autres ; je parlerai de
ceux qui ont fait plus ample mention
de Ceylan , que des autres parties des
Indes Orientales. Nous avons les Décades
de Joan de Barros , traduit en
Italien par Ulloa ; celles de Joan Lavanha
, de Diego de Conto , d'Antonio
Bocarro : L'Hiftoire des Indes , les Con--
quêtes & les Découvertes des Portugais
ont efté données par Antonio de San-
Roman , Alonfo de Alburquerque ; &.
fut tout par Lopez de Caftanheda , traduit
en Italien par le même Ulloa , &
en François par Gron. La vie de Conftantin
de Saa , fameux Capitaine Portugais
, eft écrite en Efpagnol par fon
fils Rodriguez de Saa & Ménéfez . Jean
Ribeyro préfenta fon Hiftoire de Ceylan
au Roy de Portugal , l'an 1685. Il
y décrit fort en détail les guerres que
les Portugais eurent à foutenir , pour
s'êtablir dans l'Ifle , & celle qui les en
a chaffés : M. l'Abbé le Grand donna
u Public la Traduction de Ribeyro
n 1701 avec des augmentations confidéDE
NOVEMBRE. 79
rables. Il s'eft fervi de plufieurs Mémoires
MSS.; de la Rélation de Philippe
Botelho Ceylanois , de l'Hiftoire
de Gafpard Correa , des Journaux de
Damien Vieira Jeſuite , & de la continuation
de la Décade de Diego de Couto
par le Bocarro , dont le MS . eft à
la Biblioteque du Roy. Texeira , l'Hitoire
de Philippe Balde , & les Mémoires
du Jefuite anonyme fourniffent des
lumieres pour la Defcription de l'Ifle de
Ceylan. Mais , ce qu'il y a de plus détaillé
, eft la Rélation de Robert Knox
Anglois , donnée à Londres en 1631 ,
traduite en François & imprimée avec
des Figures à Lyon en 1693.
Il y a une Carte de l'Ile de Ceylan
en tête de ce Livre . Cette Carte a eſté
la meilleure qu'ait eu le Public jufqu'en
1701. que M. de l'Ile donna la
fienne, pour préceder la Traduction de
Ribeyro:Elle a efté dreffée ſur un grand
nombre de Plans & de Mémoires
MS S. que la Hollande & M. de Guenegaud
fournirent obligeament à l'Auteur
:Elle a le caractére & le merite de
tous les Ouvrages qui font fortis dū
cabinet de ce Sçavant ; mais , ce qu'elle
à de particulier , c'eft le merite d'un
Giiij
80 LE MERCURE
trés grand détail dans un Païs fi éloigné..
Voila , Monfieur , le plus grand nombre
de ceux qui ont parlé de Ceylan.
Je me fuis fervi de la plupart de ces
Auteurs . J'ai û grand foin d'examiner
dans la foule , ceux qui avoient eſté
le plus en êtat de s'inftruire & je leur ai
donné la préférence , lorfqu'il a fallu
compiler des faits. Si j'ai quelque
merite , c'est celui du choix & de l'ordonnance.
J'ai fubdivifé chaque partie
en plufieurs articles . Je vous envoye
les deux prémieres , qui vous entretiendront
de la defcription générale duPaïs ,
& des productions de la Terre Le
portrait des Habitans & l'Hiftoire de
Ceylan , feront le fujer de la troifiéme
& de la quatriéme ; vous les aurez au
prémier ordinaire.
DESCRIPTION GENERALE
DE L'ISLE DE CEYLA N.
I. Defcription du Païs.
II. Qualité du Païs .
III. Villes principales.
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire
DE NOVEMBRE.
1
8
de deffigner ici la figure de l'Ile de
Ceylan , de détailler fa fituation à
l'égard des Etats voifins , & celle de
Les Provinces entr'elles ; de nommer les
Villes de chacune de ces Provinces ,
de fuivre le cours des Rivieres , de
parcourir les Montagnes & les Plaines :
Toutes ces chofes font préciſement le
devoir d'une bonne Carte de Géographie
, qui s'en acquite toûjours mieux
que la Defcription la plus détaillée ::
Auffi , je ne dirai gueres que les chofes
qu'elle ne peut décrire.
I..
Les Cartes de Mrs Samfon & les
nouvelles obfervations de l'Académie.
Royale des Sciences , font à peu prés
d'accord fur la Latitude de Ceylan ;
la Longitude des uns & des autres differe
confidérablement : Je parlerai de
la fituation de Ceylan , fuivant l'avis
des prémiers , pour m'en tenir cependant
aux nouvelles Découvertes af
tronomiques , dont M. de l'Ifle a fait
ufage le premier. L'Ifle de Ceylan s'etend
depuis le fixiéme dégré de Latitude
Septentrionale jufqu'au dixième ..
82 LE MERCURE
On prend ici fa longueur , depuis la
Pagode de TanaWaré , jufqu'à la Poinre
das Pedras , diftante de quatrevingt
lieues de France , à vingt au dégré.
C'est une erreur dans les anciennes
Cartes , de la placer au cent dixfeptiéme
& au cent vingtiéme degré
de Longitude ; quand elle n'eft qu'entre
le quatre- vingt dix- feptiéme degré
vingt- cinq minutes & le centiéme degre
: Sa largeur la plus étenduë d'Eft
en Ouelt , eft de cinquante lieuës , de
Columbo à la Pagode de Trincoly: Elle
a plus de deux cent lieues de tour.
Elle eft à cinquante lieues à l'Eft du Cap
Comorin ; & la Mer fait entre la cô
te de la Pêcherie & Ceylan , un Détroit
qui fe rétrécit au Nord de l'Ifle.
On dit que cette Ifle a fept Royaumes
; & je n'en fuis pas furpris , puifque
fur les côtes des Indes , chaque
petit Païs a fouvent fon Roy particulier
, comme nous le voyons dans le
Malabar & dans les Ifles de l'Orient.
Mais , pour donner une idée plus diftincte
de la domination de Ceylan , je
dirai , que deux Puiffances la partagent
: Les Hollandois poffedent pref
que toutes les côtes , & le Roy de CanDE
NOVEMBRE. 83
dy eft maître de l'interieur du Païs.
Tout obeit dans l'Ifle à l'une ou à l'autre
de ces deux Puiffances. Il n'y a que
les Bedas, Peuple fauvage , qui n'en reconnoiffent
point l'auctorité : Le petit
Pays qu'ils habitent eft au Nord de
l'Ifle ; ils confinent à la Mer , & leur
côte regarde le Nord- Est .
Les Etats du Roy de Candy s'êrendent
du Nord- Oüeft au Sud-Eft , & par
ces deux côtez, il attint la Mer : La Do
mination des Hollandois le referre du
côté du Nord, de l'Eſt , & du Sud - Oüeft;
&par- là, ils font Maîtres de prefque
tout ce qui eft maritime. Le Royaume
de Candy & la Principauté d'Ouva font
divifées en grandes & en petites parties
; celles -là répondent à nos Provin
ces , & celles -ci répondent à nos Baillages
, qu'ils appellent Corlas , &.
qu'ils féparent par de grands Bois qui
leur fervent de fortifications. On compte
jufqu'à trente deux principales Provinces
; dans chacune defquelles , il y
a des Villes , des: Châteaux , des
Bourgs , & des Villages : Tout ce Pays
eft habité par les Chingulais , Peuples
originaires de l'Ifle .
4
Les Hollandois commandent au refte
$4 LE MERCURE
de l'Iflè , & cette êtendue en emporte
bien la moitié ; ce qu'ils poffedent n'eft
pas continu. L'ancien Royaume de Cota,
qu'ils ont appellé le Pays de la Canelle,
eit Sud- Ouest & Sud- Oüeft : Ils font
Maîtres par là de plus de 70 lieuës
de côtes , & ont foûmis les Chingulais
jufques dansle coeur du Pays . Ils occupent-
là, 27 Provinces ou Corlas : Ils ont
des Places fortes fur le Rivage , & des
Châteaux-dans l'interieur du Pays . Ils
confinent à la Principauté d'Ouva , &
aux Bedas à l'Eft de l'Ifle , par la poffeffion
de trois Provinces maritimes.
Enfin , les Malabars font leurs Vaffaux
chez les Vanias , dans le Royaume deJafanapatan
au Nord de l'lfle ; & dans les
Ifles voifines , à l'Eft de la Côte de Coromandel.
II.
Comme l'Ile de Ceylan eft la clef
des Indes , il femble que l'Auteur de la
Nature ait prit plaifir à l'enrichir des
plus rares Tréfors de la Terre & à la
placer fous le plus heureux Climat du
Monde . C'eft cependant , ce que l'on
ne peut dire fans exception : Puifque,
malgré la température du Ciel , les
DE NOVEMBRE 85
Farties Septentrionales , & fur-tout le
Royaume de Jafanapatan , reſpirent un
air affez mal -fain ; & que tous les Cantons
de l'Ifle ne font pas également fertiles
& différent par la fituation.
Le Païs eft le plus fouvent montagneux
: L'Ouva , les Parties du Septentrion
& quelques Provinces Maritinies
de l'Eft , font ce qu'il y a de plus
uni dans Ceylan. Le Royaume de Candy
eft fortifié par la Nature : Dés qu'on
y entre , on va toûjours en montant , &
l'on ne trouve que de hautes & grandes
Montagnes couvertes de Bos , qui'
font trés épais dans toute l'Ifle , fi l'ont
en excepte l'Ouva & quelques Contrées
de la Partie Orientale . L'accés,
de ces Montagnes n'eft pas aifé : Les
chemins - mêmes. >
quoiqu'en grande
quantité , y font fi étroits , qu'un Voyageur
les prendroit plûtôt pour des défilez
, que pour des Routes publiques :
Ces fentiers dans les Rochers , que nous
apellons Cols & Ports , font deffendus
par des Barriéres d'épines , & par les
Habitans des lieux voifins , qui font
armez du nom du Roy , avec lequel ils
fe font obéir . Cette fituation élevée
donne au Souverain du Pais , le Titre
186
LE MERCURE
de Roy de Candy- Uda , ou de Roy fur
le haut des Montagnes.
La plus élevée de ces Montagnes eft fi
fameufe , que je ne puis m'empêcher
d'en faire ici une deſcription détaillée.
Elle fépare les Etats de Candy vers le
Midy , d'avec la Domination des Hollandois
: Les Chingulais l'apellent Hamalel
, les Européens Pic , à caufe que
La partie la plus élevée eft de figure
piramidale. Je dirai ce que j'en ai trouvé
dans Ribeyro qui en parle plus
qu'aucun autre.
de
,
Le Pic d'Adam eft à 25 lieues de la
Mer , & les Matelots le voyent encore
25 lieues en Mer : Il en a deux de
hauteur ; & avant que d'arriver à ſa
Cime , on trouve une grande Plaine
fort agréable , arrofée de plufieurs Ruiffeaux
qui tombent de la Montagne
couverte d'Arbres , & entrecoupée
de belles Vallées. Les Gentils y viennent
fouvent en Pelerinage & ne manquent
pas de s'y baigner , d'y laver
leurs linges & leurs habits , êtant perfuadez
qu'ils effacent par- là tous leurs
pechez. Ces Superftitions faites , ils
grimpent jufqu'au haut de la Montagne
par des chaînes de fer qu'on y a attaDE
NOVEMBRE. 87
2
chées ; fans quoi , il feroit impoffible
d'y monter , tant elle eft efcarpée , depuis
la Plaine jufqu'à la Cime : Le chemin
eft environ d'un bon quart de lieuë.
Sur ce Sommer eft une belle Place
toute ronde de deux cent pas de diamétre
, & au milieu de la Plaine, eft un
Lac trés profond , de la meilleure eau
qu'on puiffe boire . Près du Lac, eft une
Table de pierre , fur laquelle eft l'empreinte
d'un pied humain Gigantefque
longue de deux palmes & large de huit
doigts Elle eft fi bien gravée , que
quand elle feroit fur de la cire , elle ne
pourroit pas l'être mieux. Tous les Gentils
y ont une grande dévotion , & de
tous côtez vont en Pelerinage à cette
Table ; foit pour la voir & lui rendre
leur culte , foit pour accomplir quelques,
Veux. On a planté autour de cette
Pierre quelques Arbres : A gauche,
font quelques maifons de terre & de
bois , où fe retirent les Pelerins ; & à
main droite et une Pagode ; & tout
près , la Maiſon d'un Chantagar ou Prêtre
qui eft là , pour recevoir les offrandes
qu'on y apporte , & pour conter
aux Pelerins les Miracles qui fe font
faits en ce lieu- là , les Graces & les In83
LE MERCURE
dulgences qui leur font accordées ; &
enfin pour faire valoir l'antiquité & la
fainteté de cette Pierre , en perfuadant
à tous ces Gentils , que c'eſt- là l'empreinte
du Pied de notre premier Pere.
Mais, ce n'eft pas là le plus grand mérite
du Pic d'Adam. Cette vaite Montagne
contient dans fes flancs des réfervoirs
d'eau , qui en fourniffent prefque
toute l'Ifle : Les ruiffeaux qui tombent
de fon fommet, forment , êtant réunis
, les trois plus grandes Riviéres qui
arrofent Ceylan , & qui font croître le
Ris : La Movvilganga eft trés large &
trés profonde ; les autres prennent le
nom des lieux qu'elles parcourent : Les
Rochers les rendent impraticables pour
la Navigation commode & marchande
; mais , elles abondent en Poiffon.
J'ai dit que la qualite du Païs différoit
dans l'étendue de l'Ifle. Les Vallées
que
renferment les Montagnes ,
font d'ordinaire marécageufes , & arrofées
la plupart de belles fources :
Ces Vallées font eftimées eftre le meilleur
Terroir parce que leurs grains
demandent beaucoup d'humidité ; &
telles font les Provinces Méridionalles ,
en tirant vers le Midi , qui ne font que
de
DE NOVEMBRE.
de fertiles côteaux , que les eaux parcourent
avec abondance . Mais , voici
ce qu'il y a de particulier à Ceylan .
Quand les Vents d'Oüeit fouflent ,
les Parties Occidentalles ont de la
pluye , & c'eft là le tems de remuer &
de travailler la Terre ; cependant , ce
qui eft exposé à l'Eft , jouit d'un tems
beau & fec , & c'eft alors qu'on y fait
lá Moiffon : Au contraire , quand les
Vents d'Orient regnent , on laboure les
Parties Orientales de l'Ifle , & on recueille
les grains dans la Partie qu
voit l'Occident. Les pluyes d'un côté
& la féchereffe de l'autre , fe partagent
d'ordinaire au milieu de l'Ifle ; & la
Montagne de Canrahing qui la fepare ,
eft féche & humide en mefme tems ,
fans que cette différence foit légére .
Il pleut beaucoup d'avantage fur les
Terres hautes de Candi- Uda , quefur
celles qui font audeffous des Montagnes.
La partie Septentrionnale de
I'Ifle n'eft pas fujette à la même humidité
: La féchereffe y eft quelquefois
trés longue , & alors on n'y peut labourer
, faute d'eau , car , il n'y a dans
cette eſpace de terre que trois fources ,
& on ne compte d'ailleurs que fur les
Novembre 1717. H
go LE MERCURE
pluïes ; il eft même difficile d'y creufer
des puits affez profonds pour en tirer
de l'eau , qui garde toûjours une
acrimonie alterante qu'elle a pris dans
les entrailles de la Terre .
III.
Cette qualité de Terroir variée &
plus ou moins bonne , a peuplé le Pays
differemment. L'Ifle de Ceylan eft plus .
habitée vers le milieu , que fur les côtes
Nord-Est & Nord-Oüeft ; elle a
des Déferts en allant chez les Malabares.
Les veftiges de plufieurs Villes ruinées
nous annoncent , ce me femble ,
que ce Païs a efté plus garni qu'il ne
l'eft. Ces Villes portent encore leurs
anciens & premiers noms , fi nous en
croyons les infulaires , & ont efté habitées
par des Rois ..
Les plus magnifiques de ces, Ruines :
font au Nord des Etats du Roy ' de
Candy: La Contrée des environs eft déferte
, & comme c'eft une frontiere,
fait garde. Quatre vingt dix Rois
ont fait leur demeure dans Anurodghurro
, à ce que prétendent les Indiens ,
& c'eft de là même qu'elle a pris fon
on y
DE NOVEMBRE.
nom : Je ne fçay pourquoi l'Auteur de
la vie de Conftantin de Saa l'appelle
Amarajapure. Quoiqu'il en foit, rien de
plus fameux dans les Chroniques & dans
les Romances des Chingulais , qué ces
reftes de leur ancienne magnificence.
Come nous ne connoiffons prefque point
d'autres Ouvrages confidérables , que
ceux que les Romains nous ont laiffez ;
on veutque lesTemples & lesPalais ,dont
on voit encore de grands monumens ,
foient de la façon deces Maîtres du monde,
& qu'ils ayent efté bâtis depuis l'Empereur
Claude. D'autres croyent auffi
vrai-femblablement, que ces Ouvrages
font d'Alexandre le Grand. Mais , puifque
les Egyptiens ont partagé avec les
Grecs & les Romains , l'honneur d'avoir
connu le bon goût dans les Arts &
dans les Sçierces , je ne vois pas pourquoi
on veut ôter aux Indes le même
privilege . Je pense que quelque :
Prince plus ancien que le Conquerant
de 'Empire des Perfés , a pû élever de :
fuperbes Edifices dans FOrient , qui
peut- eftre a dégéneré. Cette Ville avoit
un Palais orné de feize cent Colonnes
d'un marbre trés fin & d'un travail
merveilleux ; un Temple fuperbe , qui
92 LE MERCURE
contenoit trois cent foixante & fix Pa
godes , dont il y en avoit vingt quatre
d'une grandeur extraordinaire , conftruits
d'une pierre trés belle & trés rare :
Cenombre de Pagodes répondoit à celui
des jours , ce qui feroit voir que
ceux qui l'ont bâtie , avoient l'année
folaire à peu prés comme nous. Auprés
de ce Temple , eftoient des étangs qui
recevoient l'Eau par des Aqueducs ; on
défféchoit ces Refervoirs & on les rempliffoit
d'Eau fuivant le befoin. Prés de
cette Ville , eft une Riviere , fur les
bords delaquelle fe voyent
quantité de pierres toutes taillées,
& quantité de ces pierres font propres
à faire des colonnes : Il
ya eu fur cette Riviere trois Ponts de
pierre , chofe maintenant prefqu'inoüie
chez les Chingulais ; ils étoient apuyez
au lieu de Pilotis fur des piliers
de pierre.
encore:
On ruina dans le dernier fiécle la fameufe
Ville de Cota , où les Empereurs
de ce nom avoient fait réfidence pendant
grand nombre d'années ; mais, à
peine peut- on découvrir les veftiges de
leur Palais parmi les broffailles &
les bois La Ville eftoit affife au miDE
NOVEMBRE.
Hieu d'un Lac ; on n'y arrivoit que par
une Chauffée affés longue & affés étroi--
te , & c'eft de ces Ruines que l'on a
bâti Columbo ..
:
Il y a encore cinq Villes dans Ceylan
, où le Roy du Païs a des Palais .
Candy eft la premiere de ces Villes.
Elle eft fituée dans les Montagnes ::
Les Originaires du Païs l'appellent
en leur Langue , la Ville du Peuple.
Chingulay Hingodagul- Neure Les
Corlas voifins font beaucoup plus penplés
que les autres , & leurs Habitáns
font regardés comme les principaux de.
l'Ifle ; fon affiéte eft avantageufe , puif
que toutes les richeffes y peuvent aborder
par le moyen de la grande Riviere
, qui paffe à un quart de lieuë :
Elle eft de figure triangulaire ; & à la
pointe de l'Eft , eft bâti , felon la coûtume
, le Palais du Roy : Elle n'eſt
point fortifiée , mais , toutes les Avenues
en font gardées. Les Portugais
l'ont brûlée plufieurs fois dans leurs
incurfions.
Nellemby- Neure.
Allout Neure , est environnée de
grandes Forêts , habitées par des
Peuples qui tiennent beaucoup des
94 LE MERCURE
Bedas , dont ils font voifins ,
Badoula , que les Portugais ont brus
lée jufqu'aux fondemens..
Digligy- Neure . Le Païs des environs
eft plein de Montagnes& de Rochers ; le
Terroir eft fterile , & c'eft le plus mauvais
Canton de l'ffle : Elle: eft au coeur
du Royaume de Candy , & le Souverain
a derriere fon Palais une retraite affùrée
; c'eft la haute Montagne de Gauluda
, qui produit affez de grains , pour
entretenir les Garnifons de trois Forts
qui y font bâtis ; elle eft efcarpée de
tous côtez.; des Rochers , des Bois &
des Précipices la deffendent fi bien ,
qu'une poignée de monde y peut tenir
contre une grande Armée .
-
-
Ce font là les grandes Villes de
l'interieur du Païs. Pour ce qui eft des
Bourgs & des Villages , les meilleurs
font ceux que les Peuples ont confacrés
à leurs Idoles , & dans lefquels ils leur
ont dédié des Devvals ou des Temples.
Mais en général , ils ne fongent
point à tirer des rues au cordeau nyà
bâtir leurs Maifons les unes auprés les
autres , ou avec quelque regularité :
Chaque famille vit en fon particulier
dans une maifon , au tour de laquelle
DE NOVEMBRE. 951
il y a le plus fouvent une haye & un
foffe , à caufe de leurs Beftiaux. Leurs
Villages ne font pas grands ; il y en a
qui ont jufqu'à cent maifons , & d'autres
n'en ont que huit ou dix.
Les Villes Maritimes fout fituées .
aux meilleurs abordages. On ne peut
pas dire cependant que les Côtes de
Ceylan foient avantageufes. Celles de
l'Eft font d'ordinaire baffes , & les Vaiffeaux
y font fans abri : Celles du Midy
font hériffées de Rochers ; la Mer
voifine y eft garnie de Bancs , qui rendent
la Rade de difficile abord & lemoüillage
peu für ; les gros Bâtimens
courent rifque de ne point trouver de
fond.En général cette Île a peu de bons
·Ports.
LeRoy de Candy n'a qu'un petit nombre
de Fortereffes fur la Côte : Les par--
ties Orientales de fes Etats fe fourniffent
de fel à Leavvavva , & celles du
Couchant à Portaloon ; feul Port , à la
faveur du quel il entretient quelque ·
commerce avec les Etrangers fes voifins.
Les Hollandois l'environnent par un
affez grand nombre de Places. Je ne
parlerai que des principales , fans mêt
96
LE
MERCURE
me nommer les autres . Voici celles
qu'ils poffedent à l'Eft & au Sud.
Columbo n'eftoit d'abord qu'une Loge
qu'on avoit pallifladée : Peu aprés
on s'eft etendu ; on a bâti un petit Fort ,
& dans la fuite on y a fait une Ville
trés jolie & trés agréable , environnés
de douze Baſtions , & ayant une Place
d'Armes ; un Lac ferme du côté de
la terre un tiers de la Ville . Elle eft fituée
dans un terrain trés mauvais ; la
Baye eft petite , peu capable de contenir
de gros Vaiffeaux , & expoſée à de
trés grands coups de Vent : Malgré toutes
ces incommoditez , elle eft la plus
confiderable Ville que les Portugais
ayent poffédée, & que les Hollandois
poffedent encore dans l'Ile de Ceylan
; parce qu'elle eft fituée dans un
Quartier, où croît la meilleure Canelle .
Ses derniers Maîtres la prirent au mois
de May de l'année 1656 ; & pour la fortifier
à la moderne , la diminuerent
prefque de moitié . Ribeyro en fait une
ample defcription
Ponto de Galle fut prife par les Hollandois
en 1640 , & elle a efté long - tems
la meilleure Place qu'ils euffent dans
Ceylan:La Fortereffe eft fur une pointe
de .
DE NOVEMBRE.
3
de terre que la Mer baigne du côté
du Nord : Elle eft entourrée d'un foffé
& debonnes murailles , flanquées de
Baftions . La fituation eft plus avantâgeufe
que celle de Columbo , & la Baye
meilleure .
Calituré & Negombo font deux petites
Fortereffes : Calituré eft dans la
plus agréable fituation du monde , à
l'extrêmité d'une belle Prairie , & fur
l'embouchure d'une Riviére .
Batécals & Trinquilimalé font à l'Eft
de Ceylan : Ce font les deux meilleurs
Ports & les plus confidérables de toute
l'Ifle. Ce fut à Batécalo que les Hollandois
abordérent en 1601 & 1602 :
Les Portugais ayant reconnu l'importance
de ces deux Ports , réfolurent d'y
bâtir quelques Fortereffes , pour boucher
tout commerce entre les Nations
Etrangères & le Roy de Candy.
Parlons du Nord de Ceylan. Jafanapatan
eft un quarré , ayant quatre Ba- ટ
ftions & quatre demie- Lunes ; avec un
Fort qui commande la Barre du Port
C'étoit la réfidence ordinaire du Capitaine
général Portugais .
La Fortereffe de l'Ile de Manar eft
petite ; mais , fa Jurifdiction eft fort e-
Novembre 1717. I
98 LE MERCURE
tendue dans Ceylan . Conftantin de
Bragance paffa dans cette Ifle en 1560 ,
pour vanger la mort des Chrêtiens , &
y porta le fer & le feu : Les Hollandois
s'en rendirent les maîtres en 1558. Elle
eft très peuplée : Elle eftoit autrefois
fameufe par la pêche des Perles ; mais
préfentement , les Huîtres retirées ſe
pêchent mieux vers Tutucorin.
Jafanapatan eft voifin de plufieurs Ifles.
L'Ille Das- Cabras a long- tems manqué
d'Eau douce ; ce qui empêchoit qu'on
T'habitat : Mais , la Foudre a ouvert
plufieurs Rochers qui fourniffent de
Î'Eau avec abondance : On tient que les
Habitans de la Pangarduia font d'une
taille prefque gigantefque. Le Canal de
Mer à l'endroit de ces Ifles qui font
en affez grand nombre , cft fi plein de
Bancs , qu'il n'y peut aller que de pctits
Bâtimens , qui courent la Côte de
Coromandel & celle de Ceylan : Ces
Bancs , qui font une eſpèce de Barre de
Ramanancor à Manar , s'appellent Adam-
Brugh , Paffage d'Adam.
Je croy avoir fatisfait à la Géographie
, & qu'avec une bonne Carte , on
doit connoître la figure , la fituation ,
DE NOVEMBRE.
99
les Provinces , les Villes , & la qualité
du Terroir de l'Ile de Ceylan. Je pourrois
intéreffer les Naturaliftes dans le
Chapitre fuivant .
DE CE QUE PRODUIT L'ISLE DE CEYLAN
ET DES ANIMAUX QU'ELLE NOURRIT.
1
I. Des Plantes , des Arbres.
II. Des Animaux.
III. Des Pierres précieufes & des
autres Denréesde Ceylan.
Ce que j'ai à dire des Peuples qui habitent
Ceylan , m'a toûjours paru l'endroit
de cet Ouvrage qui méritât le
plus d'attention : Qui mêricât la mienne
à mettre avantageufement ce Portrait
fous les yeux ; & celle du Lecteur à en
faire quelque ufage. Cette confidération
m'a porté à n'en pas compofer la
premiere Partie de ma Defcription :
Semblable à ces gens qui refervent ce
qu'ils ont de meilleur pour le dernier ;
& qui , à la faveur de l'attente , font
paffer quantité de chofes moins curieufes.
J'ai donc craint devoir négliger lo
travail le plus étendu , fi je commencois
par le plus intéreffant. Voilà ce qui fait
Iÿ
830105
100 LE MERCURE
marcher les Plantes , les Arbres , les
Bêtes , les Minéraux , avant les Hommes
: Au refte , puifqu'il eft permis de
fouhaiter ; j'ai cru qu'il valloit mieux
fe faire lire plufieurs fois , que d'amufer
une premiere & prefque unique
avec éclat : Ce défir m'a fait dire des
chofes , dont le fingulier n'eſt pas bizarre
; & par conféquent , peu convémable
à bien des gens .
I
Je commencerai par les Grains , qui
Bourriffent les Habitans de Ceylan .
Le Ris eft la principale forte. On
fçait le grand ufage qui s'en fait dans
tout l'Orient : Les Chingulais le font
bouillir , & l'affaifonnent avec une efpéce
de haut- goût que les Portugais
appellent Carrée. Il y en a plufieurs efpéces
Ils nomment chaque efpéce différemment
, felon le tems qu'il lui faut
pour mûrir , quoiqu'il n'y ait pas beaucoup
de différence pour le goût. Le plus
tardif, eft fept mois à croître , & il n'en
faut que trois au plus diligent : Le prix
eft égal ; ce dernier eft meilleur ; mais ,
il ne raporte pas tant. Il fe nomme Au
DE NOVEMBRE 101
Ifancol , les autres , Henit , Honorovval
, Hauteal & Mauvy qui eft le
plus long-tems dans la terre. l'Eau eſt
abfolument néceffaire , pour faire croître
toutes ces fortes de Ris , & ils veulent
en être toûjours couverts ; ce qui
donne des peines incroyables aux gens
du Païs , qui ont grand foin de la garder
, & de la faire venir fur leurs Terres
, par le moyen de leurs canaux.
Ils la tirent des Riviéres & des Etangs
avec beaucoup d'induftrie ; & applaniffent
avec la même adreffe , les
champs où doit croître ce qu'ils ont fe
mé; afin qu'ils foient entierement noyés :
Ils donnent à leurs Collines , la figure
d'un Amphitéatre , dont les fiéges ont
depuis trois piedsjufqu'à huitde largeur :
Les Réfervoirs font fur le fommet ; on
fait tomber l'Eau fur les premiers rangs,
qui en recevant ce qu'il leur en faut ,
la laiffent couler aux autres par dégrez .
De cette maniere , tout eft arrofé. La
provifion d'Eau dure plus ou moins ,
deux , trois , quatre , ou cinq mois ; &
c'est ce qui les régle pour l'efpéce de
Ris qu'ils fémeront : Car , le tems qu'il
doit être à marir , doit répondre abfo
lument à celui que l'Eau demeurera fur
I iij
192 LE MERCURE
la terre. Les lieux fans Riviéres & qui
n'ont que peu de Sources , ont recours
à l'Eau de la pluye qu'ils confervent
dans des Réfervoirs élevez ', d'où ils
peuvent la diftribuer fur leurs Terres.
Le Ris qu'elles produifent ne laiffe pas
que de parvenir à maturité , quoiqu'il
foit à fec le plus fouvent ; mais , cetre
forte n'eft pas fi eftimée que l'autre .
dont elle différe & pour le goût & pour
l'odeur.
LeTemps qu'on fémedans l'Ifle eft trés
incertain : C'eſt le plus ordinairement
pendant les mois de Juiller & d'Aouft,
la moiffon fe fait ainfi en Février ou à
peu prés. Les Terres êtant le plus fouvent
en commun , toute une Ville ou
tout un Village travaille conjointément.
On ne féme point que l'on n'ait labouré
deux fois ; & avant que de remuer
la terre , on arrofe les Campagnes
pour faciliter ce travail : Leurs
charues font d'une autre figure , d'un
plus petit volume & moins pefantes que
les nôtres. Quand la femence a pouffé
environ quatre ou cinq doigts, il eft tems
qu'elle foit couverte. Ils moiffonnent
ainfi que nous ; mais , aulieu de battre
leurs grains, ils les font fouler aux pieds
DE NOVEMBRE. 103
par des beftiaux , ce qui eft beaucoup
plus prompt & plus aifé.
Le Pays, outre le ris , fournit plufieurs
autres espéces de grains ; mais qui n'en
approchent point en bonté , & c'eft la
nourriture des pauvres gens : Quand il
leur manque , ils ont le Coracan petite
graine femblable à celle de la moutarde
, & qui leur donne une espece de farine.
Le Tanna eft d'un grand ufage
vers le Nord de l'Ifle : Cette graine eft
auffi petite que l'autre,mais ,je ne croy
pas qu'il y en ait aucune forte qui produife
d'avantage ; un feul grain porte
d'ordinaire deux , trois , quatre , & jufqu'à
cinq Tiges , fuivant le terroir plus
ou moins avantageux ; & fur chaque
tige , eft un épic, qui renferme juſqu'à
mil grains. L'Omb fe mange comme
le Ris : Quand elle eft venue en certaine
Terre , & qu'elle eft encore nouvelle
, elle caufe un effet affez êtrange
elle remplit un homme d'une efpece
d'ivreffe , & excite des maux de coeur
& des vomiffemens . Ils fe frotent le
corps de l'huile que leur donne le Tolla.
Ceylan ne manque pas de Plantes de
toutes efpeces , de Racines , d' Herbes , de
Légumes , comme Inhames & Batates.
I ij
10.4 LE MERCURE
Quelqu'unes de ces herbes font pro
pres à la Médecine : Les bois font les
boutiques de Pharmacie , oùles Chingulais
vont chercher des remedes à
leurs maladies. Ils ont la plupart de nos
herbes nourriffantes , & les Hollandois
leur en ont porté de chez nous qui
viennent à merveille ; ce qui eft un
grand témoignage de l'excellence des
Terres de ce Païs.
Les Vallées & les Collines y font en
tout tems couvertes de Fleurs , & les
Vergers font- ordinairement fur des
Ruiffeaux clairs , comme le plus beau
Cryftal. La plupart de ces Fleurs font
cependant fauvages ; car , on n'en
plante point-là : Plufieurs font trés odoriférantes.
Les jeunes gens les cüeillent
& les mettent dans leurs cheveux pour
les parfumer. Celle qu'ils appellent
Sindrie- Mal eft digne de remarque :
Il y en a de rouges & de blanches ;
elle s'ouvre fur les quatre heures aprés
midi , & demeure épanouie toute la
nuit ; le matin, elle ſe referme jufqu'à 4
heures qu'elle fe rouvre ; en un mot ,
elle leur fert d'Horloge , quand le Soleil
eft caché .
Mais les fruits font meilleurs à CeyDE
NOVEMBRE. 1ος
lan , qu'en aucun autre endroit des
Indes .
Celui des Tacks & fa racine font d'un
grand uſage chez les Chingulais ; ils en
mangent à peu près , comme nous mangeons
ici des Navets ou des Choux ; ce
Fruit eft affez gros , pour pouvoir raffafier
fix ou fept perfonnes . Ils en ont quantité
de fauvages , qui reviennent affez aux
nôtres. Ils ont de petits Limons , des
Citrons , des Melons d'Eau , des Oranges
douces & aigres ; & une autre efpéce
particulière qu'ils appellent Orange
du Roi , Mangos , & qui peut-être ,
eft le plus excellent Fruit qu'il y ait au
Monde : Le Cardamome vient dans
cette Ifle fi grand & fi gros , que fix
Cardamomes de Cananor n'en égalent
pas un de Ceylan.
Les Arbres y portent fouvent des fruits
deux fois l'année ; il y en auroit même
beaucoup d'avantage , fi fes Habitans
les eftimoient. Ils n'y cherchent que ce
qui peut appaifer leur faim , fans être
piquez du goût agréable ; ce qui fait
qu'ils les cücillent & les mangent prefque
tout verds : Delà vient qu'ils ne plan.
rent gueres que ces Arbres dont le
Fruit eft raffafiant , ceux qui produifent
Iij
106 LE MERCURE
du Fruit délicat , viennent d'eux - mêmes ,
parce qu'il tombe lorfqu'il eft mûr , que
fa femence reprend en terre , & produit
naturellement un autre Arbre.
Entre les Fruits dont les Chingulais
font le plus de cas , eft celui qu'ils
nomment Noix de Bétel , qui ne croît
que dans les Parties Méridionales &
Occidentales de l'Ifle. S'il n'y a que peu
d'argent dans le Pais , on s'y fournit
de tout ce qui eft néceffaire par le moï--
en de cette Denrée , qui fe tranfporte
ordinairement fur la Côte de Coromandel.
Les Noix croiffent au haut de l'Arbre
par pelotons : Elles font , êtant mûres
, d'une couleur rougeâtre , trés agréables
à la vûë ; & tel de ces Arbres
en produit jufqu'à quinze cent . Ce Noyer
eft moelleux dans le coeur, le bois en
elt pourtant trés dur . Sa feüille reffemble
en quelque façon à celle de l'Arbre
qui porte le Coco : Elle eft longue
de cinq ou fix pieds , & à chaque côté
font deux autres petites feuilles , qui
produifent quelque chofe de femblable
aux barbes d'une plume.
On mange beaucoup de ces feuilles
à Ceylan. Quoique l'Areka croiffe en
beaucoup d'autres lieux ,, que
dans cetDE
NOVEMBRE. 107
te Ifle ; il s'y en fait un commerce fi
confidérable , que je crois en devoir
dire quelque chofe . Cet Arbre qui eft
droit , devient très haut ; fes branches
font pendantes , & forment comme des
bouquets de plumes vertes ; fon fruit ,
quoiqu'un peu aigre , eft trés agreable
au goût : On ne le prend gueres que
mêlé avec de la chaux , & envelopé
d'une feuille de Bétel. Mais , l'ufage
de l'Areka ainfi préparé , eſt ſi grand ,
qu'il n'y any Homme, ny Femme, ny Indien,
ny Portugais, ny Hollandois , qui
n'en ait toûjours la bouche pleine : Ön
prétend qu'il rend l'haleine douce
qu'il affermit les gencives , qu'il nétoye
& fortifiée l'éttomach . Aufli , dans
toutes les vifites & dans les Feſtins
on préfente le Bétel . Les Chingulais
lui atribuent leur bonne fanté & leur
longue vie Il est vrai qu'on en voit
beaucoup de tout Sexe , qui paffent
quatre - vingt ans avec toutes leurs
Dents , que ce fruit rend noires.
:
L'Arbre Orula produit un fruit ref
femblant à l'Olive , duquel ils fe fervent
pour fe purger & pour teindre
en noir.
Le Capita- Gonbah porte un goût de
>
108 LE MERCURE
médecine Les Bêtes n'en veulent :
pas
manger ; & comme il ne s'en trouve
point dans l'Quva , on croit que c'eſt
l'odeur de cet Arbre , qui fait mourir
le Bétail de cette Contrée , quand on
le méne en d'autres Provinces.
Si les Chingulais fçavoient aider la
Nature par des foins , leur Ifle fourniroit
autant de Poivre que Canara, Cochin,
Coulaon, & que tout autre endroit
de l'Orient : Mais , ce peu qu'elle produit,
eft auffi le meilleur & le plus cher.
La tige de cet Arbre eft auffi foible
que celle du Lierre .
PARLOS DE CEUX QUI SONT SANS FRUIT.
Les Infulaires en refpectent beaucoup
un , qu'ils appellent Boga- hah Arbre
de Dieu : Les Vieillards le plantent &
le cultivent avec foin ; & comme ils
croyent , que Buddon , une de leurs Divinités
, le repofoit fouvent fous fes
ombrages , ils regardent la vénération
qu'ils lui portent , comme un des chemins
du Ciel .
Ceylan produit encore plufieurs
efpeces d'Arbies très fingulières . Je décrirai
quelques-uns de ces Arbres , qui
ne portent rien de bon à manger :
Neantmoins , les feuilles de l'un , le
DE NOVEMBRE. 109
jus de l'autre , & l'écorce du troifiéme ,
font trés récommendables par l'ufage
que l'on en fait.
Le Tallipot eft le premier de ces Arbres
: Je l'ai trouvé,nommé Talagas ou
Talagaya dans les Auteurs Portugais .
Quoiqu'il en foit , on ne le trouve que
dans le Malabar & dans quelques endroits
de Ceylan . Il croît jufqu'à la hau
teur de foixante ou foixante& dix pieds ,
pendant trente ans , fans pouffer aucune
fleur ny aucun fruit : Au boût de
ce tems , il fort de fonfommet une nouvelle
tige, qui en moins de quatre mois ,
s'éleve de prés de trente pieds ; & alors,
toutes les feuilles tombent : La Tige &
l'Arbre paroiffent comme un Mas de
Navire , & environ trois mois aprés
cette tige pouffe diverfes branches
qui fleuriffent pendant trois ou quatre
femaines Ces fleurs font jaunes &
d'une odeur infuportable. Elles fe convertiffent
en fruits qui ne mûtiffent
qu'en une demie année ; mais , en fi
grande quantité , qu'un feul Arbre peut
en fournir toute une Province : Alors , la
tige fe féche & l'Arbre meurt. Ce fruit
eft gros comme nos cerices ; les filles
le mettent en couleur , & en font des
IIO LE MERCURE
bracelets & des colliers , dont elles fe
parent. Mais , la Feuille du Tallipot eft
ce qu'il a de plus fingulier. Ces feuilles
font d'une telle grandeur , qu'une
feule peut couvrir quinze ou vingt hommes
, & les garentir de la pluie ou du
Soleil : Seches , elles font fortes & maniables
, Les Chingulais en portent ;
car , elle fe peut refferrer comme un
éventail , & alors , elle n'est pas plus
groffe que le bras, & eft trés légere : Elle
eft ronde naturellement ; mais , ils
la coupent en triangle ; l'angle aigû
qu'ils mettent pardevant , leur ouvre
le paffage au travers les buiffons : Les
Soldats en font des Tentes , ce qui eft
trés commode dans un Païs fujet à la
pluïe , & où le peuple marche nud :
Comme elles font fort dentelées &
prefque fenduës , on eft obligé de les
coudrepar les extremitez : On en couvre
les Maifons ; on écrit deffus avec
un ftilet , l'uſage du Papier étant encore
inconnu chez ce Peuple. La moëlle
& le fuc de cet Arbre ont , à ce qu'on
prétend , la même vertu que l'Epic
que produit Ceylan , & dont parle Texeira.
Cet Epic eft femblable à l'Epic
d'Orge ; mais ; il eft plus noir & plus
DE NOVEMBRE . III
barbu : Eftant appliqué fur le ventre
d'une Femme enceinte , il la fait acoucher
aufli- tô ; & l'on ajoute , que s'il
y reftoit trop longtems , l'Enfant tomberoit
par morceaux , & que la Mere
auroit une perte de Sang que rien ne
pourroit guérir. Je croy que c'eft l'Ecbolmin
des Grecs , & la plante que les
Chingulais apellent Adhatoda.
La Liqueur que rend le Ketulé , eft
extremement douce , trés agréable &
trés faine . Quand on la fait bouillir ,
elle prend une certaine confiftance: On
peut la rendre blanche ; & alors , elle
forme unfucre qui ne céde au nôtre
ny en utilité ny en bonté. Les Arbres
communs en rendent douze pintes par
jour. Son écorce eft pleine de filets auffi
forts que du fil d'archal , & l'on en
fait de la corde.
Mais , une des plus grandes richeffes
de Ceylan, eit le débit de la Canelle.
Cet Arbre croît en divers endroits
du monde : Ily en a à la Chine,à la Cochinchine
, dans les Illes de Trinor &
de Mindanao , dans le Malabar ; & depuis
quelques années , les Portugais
en ont tranfplanté dans le Bréfil , où
elle vient bien , fans aprocher cepen112
LE MERCURE
dant pour la bonté , de celle de Ceylan.
Encore , le Canellier ne vient - il
pas généralement par toute l'Ifle : On
ne le trouve que depuis Grudumalé
jufqu'à Tanavvaré ; il y en a une Forêt
de douze lieues prés de Chilaon ;
l'excellente Canelle eft celle que l'on
cueille entre Ceira - Vaca & Columbo .
Les Chingulais apelent l'Arbre qui la
porte , Gorunda - Goubah. Texeira dit ,
que les Perfes & les Arabes , qui en
confument beaucoup plus que nous , diftinguent
les différentes efpeces par
deux noms Kerfah , eft celle de Malabar
& qui n'eft pas de Ceylan ; Dar-
Chini- Seylani Bois de la Chine de
Ceylan, eft celle que produit cette ifle :
En effet , les Chinois en faifoient le
plus grand trafic ; & d'Ormus , ils la ditribuoient
dans toutes les parties de
nôtre Continent ; on prétend même , -
que fon hom latin Cinnamomum derive
du Chinois Sin & Ha-mama , qui
veut dire pied de Pigeon. Cet Arbre
n'eft pas grand ; fon bois ne rend aucune
odeur , il eft blanc , & n'est pas
plus dur que du Sapin. Sa feuille , qui
ne tombe jamais malgré les pluies ,
reffemble affez à celle du Laurier pour
DE NOVEMBRE.
.
la couleur & l'épaiffeur ; quand elle
commence à pouffer , elle eft rouge
comme de l'écarlatte : Ces feuilles
meurtries ont plus l'odeur du cloud.
de Girofle que de la Cannelle. L'Arbre
porte un fruit deux fois l'année ;
mais , ordinairement plus mûr au mois
de Septembre , & qui reflemble au
gland fans être auffi gros : Ce fruit n'a
pas tant de goût que l'Ecorce Etant
boüilli dans l'eau , il jette une huille.
qui furnage , & qui , quand elle est
congelée , eft odoriferante , & devient
auffi dure & auffi blanche que du fuif.
On fçait que ce Canellier fe ce Canellier fe dépouille
, ce qui ne fe fait que tous les trois
ans ; la premiere année qu'il est dépouillé
, il paroît comme mort : Op
fend l'Arbre en long , pour avoir cette
précieufe écorce qui eft affez blanche
; mais , qui prend à l'air une couleur
brune , & fe ploïe , comme nous
la voyons . Au refte , le Forêts en font fi
épaiffes , qu'un Homme ne fçauroit y
entrer La chaleur du Climat & l'hu
midité de la Terre le font germer ,
prefque auffitôt qu'il tombe ; & ces Arbres
croiffent fi vite & fi facilement ,
qu'une Loi oblige les Habitans à né-
K
114 LE MERCURE
toyer les chemins ; s'ils étoient une année
fans le faire , l'épaiffeur des Forêts
empêcheroit toute communication.
Cette féracité de Terroir ne peut
qu'engendrer bien des Bois , en un Païs
qui n'eft pas garni de Peuples dans toutes
fes parties. On y eftime beaucoup
le Bois de Bréfil , que les Indiens apellent
Sapaon. Ces Forêts d'Arbres de
toutes especes, produifent des Gommes
de plufieurs fortes , dont on fait affez
grand débit.
Mais, ce que nous connoiſſons des
opérations de la Nature , dans ce que
produit la Terre de Ceylan , a êté dêcrit
par un Sçavant Botanifle , dont
l'Ouvrage eft imprimé à Leyde : Il y
renvoye les Lecteurs curieux d'un plus
grand détail dans cette mariere.
II.
L'ordre le plus naturel veut que ce
foit ici le lieu de faire mention des
Animaux. Il y en a dans Ceylan qui
font prefque uniquement à elle ; beau
coup lui font particuliers en bien des
chofes ; elle en a qui lui font communs
DE NOVEMBRE. 176
avec prefque toutes les Contrées de
l'Univers .
On y trouve toutes fortes de provifions
pour la vie ; des Vaches , des Bufles
, des Chévres , des Cochons , mais
point de Brebis. On y chaffe les Sangliers
, les Cerfs , les Merus , les Gazelles
, les Daims , les Porcs- Epics ,
les Civettes & les Liévres qui s'y trou
vent en quantité ; & une efpéce de
Lézard nommé Talagoya , qui eft long
de trois palmes , & d'un goût excellent
: La Terre y eft couverte de Gibiers
, comme de Paons , de Tourterelles,
de Pigeons , de Perdrix , de Bécaffines
, de Gelinotes de bois , de Bécaffes ,
d'Oyesfauvages , de Canards , de Vanneaux.
Les Riviéres & les Etangs dont
nent abondament d'excellent Poiffon ,
& des Coquillages. L'air eft rempli
d'Oyfeaux de toutes espéces , qui cependant
,vont rarement en bandes comme
ici ; plufieurs de ces Oyfeaux font
d'un beau plumage ; tels font de petits
Perroquets verds , qui ne peuvent apprendre
à parler ainfi que les Mal-
Covvda & les Can- Covvda , dont l'habir
eft d'un jaune d'or ; le Carlo fait
en récompenfe un bruit épouventable .
kj
115
LE MERCURE
qui fe fait entendre d'une demie lieuë.
Ön nourrit des Animaux domestiques ;
des Poules, des Coqs d'Inde , des Chiens,
des Chevaux , & des Anes : Les Bêtes
Sauvages n'y font pas grand mal aux
Hommes , à caufe de l'abondance des
Troupeaux ; les Forêts ont des Lyons ,
des Tigres , des Ours , des Jacols , &
l'efpéce de Taureau nommé Gauvera ,
dont le dos eft élevé , l'échigne aiguë
& les extrémitez des Jambes blanches.
Il y a des Eléphans fauvages , il y
en a de familiers : Mais , qui ne fçait
combien Ceylan en produit ? Ceux
qui habitent les Bois , font trés dangereux
: Ils courent bien plus vite qu'un
Homme ; outre qu'ils tuent fouvent du
monde , ils ravagent les Vergers & les
Plantations , fur - tout au bord des Forêts
; car , ils mangent & foulent tout
aux pieds , ce qui oblige quelquefois
de faire garde la nuit. Quand il arrive
, que ny les illuminations des Torches
, ny les cris ne peuvent les mertre
en fuite , on les tire avec des Fléches
; mais ce n'eft pas fans encourir
quelque danger. Ils fe chaffent dans la
Partie Méridionalle de l'Ifle , entre
Maturé , & Vvalavve , apparemment,
DE NOVEMBRE. r17
parce qu'ils y font en plus grand nombre
qu'ailleurs. Lorfqu'on veut les avoir
, on leur méne des Femelles
qu'ils fuivent partout , & qui les conduifent
à travers les champs : Alors , ils fe
prennent dans des filets & quelquefois
on les pouffe dans des mares d'eau . Rien
n'eft plus aifé à apprivoifer : En trois
jours, ils deviennent auffi doux & auffi
traitables , que ceux que l'on a depuis
plufieurs années ; & dés- lors , ils ne retournent
plus au Bois. La meilleure maniére
de les dompter, eft de ne les point
laiffer dormir les premiers jours de leur
captivité. On les réveille quand ils s'endorment,
par de grands coups,puis on les
Aate & on les careffe . An refte ,il eft non
feulement le plus grand de tous les Animaux
, mais auffi le plus intelligent.
Aucun n'aime fi fort fes petits : Ils vont
par bandes dans les bois , & ont à leur
tête un Chef , auquel ils femblent obéir
tous Ils fe plaifent dans l'Eau ,
& nagent à merveille . Je remarquerai
qu'il n'y a que les Mâles qui ayent
des
dents , & que ces dents ne tombent jamais
; qu'on coupe par le bout celles
des Eléphants privez , afin qu'elles
croiffent mieux . Quelques Auteurs ont
:
118 LE MERCURE
écrit qu'ils ne fe couchoient point , que
lorfqu'ils font prêts de mourir ; mais
c'est une vieille erreur dont on eft revenu
: Ils fe couchent toutes les nuits ,
& mefme ils fe courbent & ſe baiffent
quand on les charge : Il est vrai qu'en
voyage , ils ne fe couchent gueres ; &
s'ils le font , c'eft qu'ils font fi las & fi
fatiguez , que c'eft fouvent pour ne fe
relever jamais . Il est des tems que les
Eléphans mâles ont une infirmité qui
les rend enragez ; de forte que perfonne
ne peut les gouverner : On eſt
ordinairement prévenu par une espéce
d'huile qui leur coule de la jouë , &
d'abord on les attache par les jambes
à de gros Arbres. Le Roy de Candy en
a quantité : Il s'en fert pour éxécuter
la juftice ; pour cet effet , on arme leurs
dents d'un fer bien éguifé , & qui a z
trenchans. Ils percent le corps d'un
Homme & le déchirent en pièces.
Ceux qui font commis à la garde de
ceux- ci , s'en divertiffent quelquefois
de cette maniére : Ils commandent à
cet Animal de prendre de l'Eau qu'il
tient dans fa Trompe , jufqu'à ce qu'ils
lui ordonnent de la jetter fur quelqu'un;
il obéit auflitôt , verfant quelquefois
DE NOVEMBRE, 119
un feau entier , & la jettant d'une telle
force qu'un homme a fouvent de la peine
à le fouffrir , fans en eftre renverfé.
In vend cet animal ' felon fa taille . Le
plus grand a neuf coudées , depuis lá
pointe du pied jufqu'à l'épaule , & chaque
coudée est évaluée mille Pardaons ,
Les Mores ou Mahometans qui en achetent,
donneront autant pour un Eléphant
de Ceylan , que pour quatre d'un autre
Païs , qui femblent reconnoiftre cette
fuperiorité , & la témoignent par quelque
figne exterieur.
Les Singes de l'Ifle différent de ceux
des autres Païs en plufieurs autres chofes.
Ribeyro dit qu'il y en a de cinq
efpeces : Les forefts , & furtout celles
du Royaume de Jafanapatan , en font
trés peuplées . Il s'en trouve d'auffi
grands que nos Epagneuls , ayant le poil
gris , le vifage noir , & de longues barbes
blanches d'une oreille à l'autre ;
ce qui fait qu'on les prendroit pour des
vieillards : Ceux qu'on appelle vvanderous
, font differenciez par la couleur
car avec la barbe , ils ont le corps &
le vifage blanc ; des feuilles d'arbre
font leur nouriture . Les Rillors ne
vont que par troupes , ravageans le
;
·T20 LE MERCURE
grain qui croît dans les Bois , & quelquefois
les jardins ; ils ont la face
blanche fans barbe , mais avec de longs
cheveux fur la tête , qui tombent comme
ceux d'un homme.
Les Infectes font à peu -prés les mêmes
qu'aux Indes.
Les Fourmis font prefque toutes fort
groffes. Il y en a de plufieurs fortes,
dont quelques unes meritent d'eftre remarquées.
Les Coumbias & Tale- Coumbiasfont
celles qui reffemblent le plus
aux nôtres par la figure ; elles habirent
les troncs d'arbres , & fentent fort
mauvais : Il y en a d'autres , nommées
Dimbios dont les nids font de feuilles
fur les arbres les plus élevez :
Les Coura - atch fe pratiquent des
fentiers fouterrains : Les Coddia font
d'un beau noir & leur piqueure eft dou-
Loureufe ; mais , l'efpece de Vacos eſt
plus nombreufe qu'aucune autre . La
terre en fourmille , pour ainfi dire :
Elles ont le corps blanc & la tête rouge
; elles dévorent tout , montent le
long des murailles , & fe font avec de
la terre , une maniere de voute qu'elles
continuent en arcade, tout du long de
Teur chemin , à quelque hauteur qu’-
elles
DE NOVEMBRE. 12
1
elles aillent : Dans les endroits inhabités
, elles élevent de petites mortagnes
de quatre , cinq , ou fix pieds ; la terre
en elt fi fine , que le Peuple en fabrique
fes Dieux , & fi bien liée , qu'on auroit
de la peine à abattre ces demeures ,
que les Chingulais apellent Humboffes :
L'Interieur eft percé de routes que les
Vacos habitent, & où elles engendrent ;
leurs nids font remplis d'oeufs & de jeunes
fourmis : Comme elles multiplient
extremement auffi meurent- elles par
pelotons ; il leur vient des ailes , &
pour lors , elles s'élevent dans l'air vers
l'Occident en fi grand nombre , qu'on
a de la peine à voir le Ciel ; on les perd
bientôt de vue , car , elles ne cellent
point de voler , qu'elles ne foient épuifées
de force , & qu'elles ne tombent
mortes.
,
Il y ades Abeilles de plufieurs fortes .
Celles qui répondent aux nôtres , s'ap
pellent Méemaffes : Ces Connameya ou
Abeilles aveugles , font petites , & les
gens du Pays n'en font aucun cas : Celles
qu'ils nomment Bamburos .font plus
grandes & d'une couleur plus vive que
nos mouches ; leur miel eft clair commie
de l'eau , & elles le font fur les plus
Novembre 1717. L
122
LE MERCURE
1
hautes branches des arbres ; en certain´
tems de l'année , des Villes entieres
vont dans les bois chercher ce miel dont
elles reviennent chargées .
Mais , fi Ceylan a reçû du Ciel de
il femble
l'Auque
grands avantages
, teur de la Nature ait voulu compenfer
le bien par des maux. Elle eft fort
incommodée
des Serpens : Ils font de
figure diverfe , & répandent
differemment
un Venin , qui n'opere pas de la
même maniere .
&
Les moins dangereux font : Le Gerende
, qui eft le plus nombreux ,
qui n'en veut qu'aux petits Oifeaux &
aux Lapins; le Carovvla , que les Chats
mangent le Lézard Kiekanella ; le
Kobbera- Guyon , de cinq ou fix pieds de
longueur , à qui la langue eft bleüe &
fourchüe,femblable à un éguillon;mais ,
qu'il ne tire que pour fiffler & non pour
mordre . Le Tolla - Guyon , qui n'eſt pas
fi grand , eft le meilleur manger des
Chingulais : L'Araignée , qu'ils appellent
Democulo , eft longue, velue, noire ,
tachetée & luifante ; fon corps eit de
la groffeur du poingt , & les autres
membres y font proportionnés
; fa bleffure
n'eft pas mortelle , mais , elle rend
DE NOVEMBRE. 123
quelquefois les gens infenfez .
Ce qu'il y a de plus venimeux eſt
auffi ce qu'il y a de plus rare . Un de
ces Serpens n'a que deux paknes de
longueur ; il eft de couleur brune &
particulierement fous le ventre ; dés
qu'on en eft atteint , l'on tombe dans
un fommeil profond , & l'on meurt en
peu de tems , fi l'on n'eft
promptement
fecouru : La morfure d'un autre excite
un tranſport de furie , que la mort fuit
au bout de vingt- quatre heures : Mais ,
le plus terrible de tous eft celui , dont
le Venin eft fi prompt & fi violent ,
que dés qu'un homme en eft piqué , le
Sang lui fort par tous les pores , fans
qu'il y ait de remede : Il y en a un qui
eftverd, & qui n'eft pas plus gros qu'une
corde de Violon , de la longueur de
trois palmes , & qui tire , à ce qu'on
prétend , les yeux de ceux qu'il attaque
. Ce que je vais dire d'un autre de
la même êrenduë , paroîtra peat-être
fabuleux & incroyable : Il fe perche
fur un Arbre , & s'élance fur quelque
Animal qu'il voye paffer ; en quelque
endroit qu'il s'attache , la chair tombe
par morceaux de fa groffeur , & l'Animal
bleffé demeure immobile , le Ve-
Lij
124
LE MERCURE
nin agiffant toûjours interieurement ,
fans qu'il en paroiffe prefque rien au
dehors : Quelques Curieux ayant ouvert
des Animaux que ce Serpent avoit
tués , on leur a trouvé toute la chair
hachée & pourie , quoique la peau fur
entiere
Celui que les Chingulais appellent-
Pimberah & les Portugais Cobra - da-
Serra , a le corps auffi gros que celui
d'un homme , & il eft long à proportion
: Cette étendue l'empêche d'aller
vîte ; pour y remedier , il fe cache
dans les fentiers , & il arrête les Dains
& les Geniffes avec une efpece de Cheville
, qu'il porte à l'extremité de fa
Queue Mais , telle eft la capacité de
fon ventre , qu'il avale quelquefois un
Chevreuil tout entier avec fes cornes ,
qui cependant le crevent & le tuënt
affez fouvent. Les Cafres d'Afrique
font trés friands de ces Serpens de la
Montagne , & les trouvent trés délicats
.
:
Les deux efpeces de Polonga en veulent
également au Bétail .
Ils font grands ennemis du Cobrade-
Capello des Portugais . Celui-cy eft
trés refpecté des Chingulais
, & tous
DE NOVEMBRE 5 125
les Indiens font convenus de l'appel
ler, Noya- Rodgerah, ou Naghaia le Roy
des Serpens : Ils croyent que s'ils en
tuoient un , tous les autres de la même,
efpece vangeroient fa mort fur toute,
la Famille du Meurtrier. Il eft de couleur
grifâtre , & long de quatre pieds :
La moitié de fon corps eft quelquefois.
debout pendant deux ou trois heures ;
il ouvre alors la gueule toute entiere ,
de forte qu'à voir fes yeux , on diroit
qu'il porte une paire de lunettes. Ce
Serpent eit trés commun & trés dangegereux
; le meilleur préfervatif contre
les morfures , eft de manger de la femence
d'un Arbre qui n'eft pas rare
dans le Païs , que les Malabares nomment
Caniram & les Bramins Caro.
L'antipatie que le Mangus a pour
tous les Serpens , demande quelque
mention Cet Animal n'eſt pas plus
gros qu'un Furet : Il livre une cruelle
guerre à tout ce qui eſt venimeux ; .
quand il fe fent bleffé , il a recours à
une certaine herbe qu'il mange , &
qui eft pour lui un merveilleux contrepoifon
.
Si les Senfuës ne font pas ce qu'il y
a de plus dangereux , elles font du
Liij
126 LE MERCURE
moins ce qu'il y a de plus incommode
à Ceylan Prefque toutes les Provinces
en font remplies , & elles font fort
groffes ; les plus petites font cependant
les plus à craindre : Quand il pleut ,
la Campagne en eft couverte : On ne
peut faire un pas dans les Bois , qu'on
n'en foit attaqué ; elles montent aux
jambes & aux cuiffes des Chingulais
qui marchent pieds nuds , & s'y attachent
fi fort , qu'on ne peut leur faire
quitter prife , qu'elles ne regorgent de
Sang: Il arrive quelquefois, la nuit, qu'elles
attrapent le vifage , & qu'elles feigment
jufqu'aux Gencives . Celles qui
viennent dans les eaux & dans les lieux
où l'on féme le Ris , ne font point de
mal.
III.
J'ai promis un Article qui doit traiter
des Denrées qui font les Richeffes
de l'Ifle. Outre celles que j'ai décrites ,
en faifant mention des Fruits de la
Terre , & des Animaux qu'elle entretient
, elle a beaucoup de Fer dont on
peut faire de l'Acier Elle a du Salpêtre
& du Soufres de la Mine de
DE NOVEMBRE. 127
Plomb , de l'Ebeine , du Mufque , de
la Cire , & du Coron qu'elle produit.
en affez grande quantité , pour donner
des Etoffes & des Habits à tous fes
Habitans Le Royaume de Cota fournit
tous les ans aux Indes un Sable >
duquel il fe fait un grand débit. L'Ifle
Das-Cabras nourrit des Chévres , qui
portent le meilleur Bezoard de tout
Ï'Orient ; & dans celle qui lui eft voifine
, on trouve une herbe appellée
Zaye , dont la proprieté eft de teindre
en cramoify ; le commerce en eft confidérable.
Mais , peut- être qu'aucune Contrée
de l'Univers ne produit autant d'efpéces
de Pierres précieufes que Ceylan .
Celles dont on y fait le plus de cas ,
font les Teux de Chat . Cette Pierre eft
prefque inconnue dans nôtre Europe :
Elle eft ronde ; il y en a de fort groffes ,
qui péfent plus que toute autre du même
volume ; on fe contente de les laver
fans les travailler Car , il femble
que la Nature ait pris plaifir d'y
ramaffer toutes les plus belles & les
plus vives couleurs qu'elle puiffe produire
, ces couleurs , en remuant la
Pierre , forment un combat entr'elles ,
Liiij
128 DE NOVEMBRE
.
à qui l'emportera pour le brillant , fans
que pas une ait l'avantage fur l'autre.
Les Rubis font plus beaux dans cette
Ifle , qu'en aucun autre lieu du Monde.
Il s'y trouve des Saphirs de deux
fortes : Les plus précieux font fort durs&
d'un bel azur; les Mores eftiment beaucoup
les Topazes ,parcequ'il y en a d'une
grandeurfinguliére.Il s'y trouve des Iaeintes,
des Verlis , des Taripos, dont on fait
là , auffi peu de cas que nous pourrions
faire ici du fable & des cailloux de nos
Rivières. Ces Infulaires fçavent cependant
blanchir fi- bien quelques- unes
de ces Pierres , qu'il faut être habile ,
pour ne les pas croire des Diamans les
plus fins . Cette adreffe les porte à des
Ouvrages de Crystal , qu'ils tirent
rouge & verd de leurs Montagnes.
J'ai parlé des Salines de Ceylan ,
fur-tout de celles qui font entre Leavvavva
& Velavve : Il y en a d'autres
fur le Canal qui fait une Ile de Calpentin.
Les Chingulais difent , qu'il y
avoit autrefois fur la Côte d'Eft , un petit
Royaume maritime nommé Saula ,
dont les Terres baffes furent un jour
fubmergées par la Mer extraordinairement
enflée , & la Plaine auparavant.
DE NOVEMBRE. 129
fertile , changée en une Aire de Sel.
Ileft fort dur , mais il ne vaut rien
pour faler des viandes que l'on voudroit
garder.
Le Sel n'eft pas le feul don que la Mer
faffe à ce Pais ; elle contribue par bien
d'autres chofes à fon abondance . Elle
pouffe vers le Nord- Oüeft de l'Ie , une
quantité prodigieufe de Branches de
Corail : On fçait que le noir eft plus
eftimé que le rouge en plufieurs endroits.
Mais , outre la Pêche de l'Ambre
, dont les morceaux font d'une gran
deur extraordinaire , je ne dois pas
me taire fur celle des Perles , qui fe
fait le long de la Côte d'Aripo .
Cette Pêche & celle du Cap Como .
rin, ont êté décrites fort en détail par
un grand nombre de Voyageurs. Vers.
le commencement de Mars , ilfe trouve
fur cette Côre , quatre ou cinq mil
Barques pourvûes & payées par des
Négocians de toutes Nations , qui
traitent avec le Roy de Ceylan , pour
la permiffion de pêcher . La Pêche
commence le onzième de Mars , & finit
au vingtiéme Avril. La Foire dure
cinquante jours. Les Marchands y logent
fous des Tentés magnifiques : On
30 ' LE MERCURE
y vend toutes fortes de Marchandifes
des plus riches ; des Pierreries de toutes
les espèces , de l'Or en barre , des
Pataques , des Tapis de Turquie , &
de ces belles Etoffes des Indes. Ces
Richeffes y amènent du monde de toutes
les Parties de la Terre , & ce concours
ne contribuë pas peu à l'état floriffant
du commerce de Ceylan.
Voici ce que j'ai appris des fingularitez
de ce Païs : Le Portrait de fes
Peuples fournira l'autre moitié de ma
Carriére . Heureux , Monfieur , fi j'ai
dit ce que j'ai prétendu dire ; puifque
je n'ai eu d'autre envie , que de remplir
quelques- unes de vos idees : Plus
heureux encore , fi quelques veilles
vous paroiffent un témoignage irréprochable
de cette affection refpectueuſe
avec laquelle je fuis ,
Monfieur ,
Votre & c.
B. D'A . ***
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21
p. 1551-1553
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
Début :
Quelque infinie que soit la Nature ; & quelque accoûtumé qu'on doive [...]
Mots clefs :
Insecte, Animaux, Papillon
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes
au mois d'Avril 1730. fur un Infecte
très-fingulier.
Q&
Uelque infinie que foit la Nature
& quelque accoûtumé qu'on doive
être aux bizarreries qu'elle femble affecter
dans plufieurs de fes Ouvrages , je
crois qu'on ne peut refufer fon attention
à celui qu'elle met ici fous nos yeux.
Le Curé de la Paroiffe de S. Jacques de
la Lande , à une lieuë de la Ville de Rennes
, trouva fur la fin du mois de Mars
dernier , dans le Cimetiere , le long du
mur de l'Eglife , une efpece de Phaléne
ou de Papillon , de la longueur de deux
pouces , fur un demi pouce de largeur ,
des cris ſemblables à ceux des Chauveſou
Dij ris
1552 MERCURE DE FRANCE
ris , & la figure particuliere de cet Infecte
, attirerent fon attention ; il le mit
dans une bouteille avec du pain & des
herbes pour tâcher de le faire vivre , mais
trois jours après il le trouva mort ; il s'eft
neanmoins confervé de façon qu'on en
peut parfaitement diftinguer encore toutes
les parties. La tête eft de la groffeur du
tronc , on apperçoit fur une éminence
fituée au- deffus de la tête , la figure d'une
tête de Mort de la largeur de l'ongle ,
imitant parfaitement celles qu'on reprefente
fur les Ornemens noirs de l'Eglife .
De la jointure de la tête avec le tronc ,
partent deux grandes ailes qui couvrent
tout le corps , elles font tavelées ou marquetées
comme une efpece de Drap -Mortuaire
; il y en a deux autres plus petites
deffous , avec plufieurs pieds reffemblans
à ceux des Hannetons. Toutes ces parties
font couvertes d'un duvet ou poil
bigaré de noir & de jeaune , imitant affez
bien le velours. Les traits de la figure de
cet Infecte font diftinguez par la couleur
noire , tandis que le fond eft jaune.
On trouvera , fans doute , dans cette
Découverte dequoi picquer la curiofité
d'un Phyficien ; les Infectes peuvent - ils
être fufceptibles des effets que les objets
exterieurs caufent quelquefois ? Le mouvement
communiqué aux efprits de ces
AniJUILLET.
1730. 1553
Animaux & des autres , à l'occafion des
mêmes objets , pourroit -il procurer des .
impreffions , pour ne pas dire des refle
xions , capables de produire les mêmes .
accidens que dans les hommes ? L'exemple
des Monftres , dont l'Hiftoire fait
mention , celui des Brebis de Jacob , rapporté
dans le 30. Chapitre de la Genele ,
& la reffemblance de la ftructure du cerveau
de tous les Animaux avec celui de
l'homme , femblent mettre hors de doute
la conformité que ces Créatures peuvent
avoir avec les hommes , par rapport
aux effets de l'imagination .
au mois d'Avril 1730. fur un Infecte
très-fingulier.
Q&
Uelque infinie que foit la Nature
& quelque accoûtumé qu'on doive
être aux bizarreries qu'elle femble affecter
dans plufieurs de fes Ouvrages , je
crois qu'on ne peut refufer fon attention
à celui qu'elle met ici fous nos yeux.
Le Curé de la Paroiffe de S. Jacques de
la Lande , à une lieuë de la Ville de Rennes
, trouva fur la fin du mois de Mars
dernier , dans le Cimetiere , le long du
mur de l'Eglife , une efpece de Phaléne
ou de Papillon , de la longueur de deux
pouces , fur un demi pouce de largeur ,
des cris ſemblables à ceux des Chauveſou
Dij ris
1552 MERCURE DE FRANCE
ris , & la figure particuliere de cet Infecte
, attirerent fon attention ; il le mit
dans une bouteille avec du pain & des
herbes pour tâcher de le faire vivre , mais
trois jours après il le trouva mort ; il s'eft
neanmoins confervé de façon qu'on en
peut parfaitement diftinguer encore toutes
les parties. La tête eft de la groffeur du
tronc , on apperçoit fur une éminence
fituée au- deffus de la tête , la figure d'une
tête de Mort de la largeur de l'ongle ,
imitant parfaitement celles qu'on reprefente
fur les Ornemens noirs de l'Eglife .
De la jointure de la tête avec le tronc ,
partent deux grandes ailes qui couvrent
tout le corps , elles font tavelées ou marquetées
comme une efpece de Drap -Mortuaire
; il y en a deux autres plus petites
deffous , avec plufieurs pieds reffemblans
à ceux des Hannetons. Toutes ces parties
font couvertes d'un duvet ou poil
bigaré de noir & de jeaune , imitant affez
bien le velours. Les traits de la figure de
cet Infecte font diftinguez par la couleur
noire , tandis que le fond eft jaune.
On trouvera , fans doute , dans cette
Découverte dequoi picquer la curiofité
d'un Phyficien ; les Infectes peuvent - ils
être fufceptibles des effets que les objets
exterieurs caufent quelquefois ? Le mouvement
communiqué aux efprits de ces
AniJUILLET.
1730. 1553
Animaux & des autres , à l'occafion des
mêmes objets , pourroit -il procurer des .
impreffions , pour ne pas dire des refle
xions , capables de produire les mêmes .
accidens que dans les hommes ? L'exemple
des Monftres , dont l'Hiftoire fait
mention , celui des Brebis de Jacob , rapporté
dans le 30. Chapitre de la Genele ,
& la reffemblance de la ftructure du cerveau
de tous les Animaux avec celui de
l'homme , femblent mettre hors de doute
la conformité que ces Créatures peuvent
avoir avec les hommes , par rapport
aux effets de l'imagination .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
En avril 1730, le curé de la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes, découvrit un insecte inhabituel dans le cimetière de son église. Cet insecte, ressemblant à une phalène ou à un papillon, mesurait environ deux pouces de longueur et un demi-pouce de largeur. Il émettait des cris similaires à ceux des chauves-souris et présentait une figure particulière. Le curé tenta de le conserver en vie dans une bouteille avec du pain et des herbes, mais l'insecte mourut trois jours plus tard. Le spécimen fut préservé, permettant d'observer distinctement toutes ses parties. L'insecte avait une tête de la même taille que le tronc, avec une éminence représentant une tête de mort. Ses ailes, tavelées comme un drap mortuaire, couvraient tout le corps. Il possédait également deux ailes plus petites et plusieurs pieds semblables à ceux des hannetons. Toutes ces parties étaient recouvertes d'un duvet bigarré de noir et de jaune, imitant le velours. Les traits de la figure de l'insecte étaient marqués par une couleur noire sur un fond jaune. Cette découverte suscita l'intérêt des physiciens, qui se demandèrent si les insectes pouvaient être affectés par des objets extérieurs de la même manière que les hommes. L'exemple des monstres, des brebis de Jacob mentionnées dans la Genèse, et la similitude de la structure cérébrale des animaux avec celle de l'homme, semblaient confirmer que les animaux pouvaient partager avec les hommes les effets de l'imagination.
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22
p. 402-405
AU CONCIERGE DU PALAIS ROYAL. REQUESTE.
Début :
Mouche et Plutonne, c'est le nom, [...]
Mots clefs :
Requête, Concierge du palais royal, Ordonnance, Animaux, Chien, Suppliantes
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texteReconnaissance textuelle : AU CONCIERGE DU PALAIS ROYAL. REQUESTE.
AU CONCIERGE
DU PALAIS ROY AL.
REQUESTE.
Mouche et Plutonne , c'est le nom „
De deux Barbettes de renom ,
Qui sont vos très humbles Servantes ,
Et qui viennent , très- suppliantes
Far devers vous crier merci ,
Pour cas qui les met en souci,
C'est
FEVRIER
1732 493
C'est au sujet d'une Ordonnance,
Qui fait une expresse défense:
A tout incivil Animal
D'entrer dans le Palais Royal
Et sur tout à la Gent Canine.
Cette Ordonnance les chagrine ;
Mais leur respect est le plus fort,
Elles sentent qu'on n'a point tort
D'agir avec cette rudesse
Envers tous ceux de leur espece..
Jadis ils oserent gâter
La demeure de Jupiter ,
Et leur punition fut telle
Qu'aucun n'en rapporta nouvelle :-
Ce qui fait que Chiens de leurs nez',,
S'entre font fête où vous sçavez.
Ceci peut être une imposture;
Mais , comme om craint que
Ne se commette de la part
De ces Animaux , sans égard,
telle injurePour les lieux les plus venerables ,
On ne veut point que leurs semblables
Desormais entrent dans celui
Qu'on doit respecter aujourdhuy ,
Tant pour les beautez qu'il enserre,
Que pour le Maître qu'on revére.
Les Suppliantes cependant ,
Sans condamner aucunement
L'équité
404 MERCURE DE FRANCE
L'équité de cette Ordonnance ,
Voudroient pour elles seulement
Qu'on pût avoir quelque Indulgence ;
Vous remontrant très-humblement .
Qu'une semblable complaisance
Ne peut tirer à consequence ::
Qu'il est Chiens et Chiens dans Paris. ›
Et qu'elles sont Chiennes d'un prix
Qui vaut bien qu'on leur fasse grace
Lesdistinguant entierement
Des vils Animaux de leur race ;
Que le premier Prince du Sang,
Malgré tout l'éclat de son rang ,
Daigne louer leur gentillesse
Et même leur faire caresse.
On peut sans risque être garant
De leur reserve et leur sagesse ,
Tant on prit soin correctement
De bien diriger leur jeunesse.
Permettez donc que libremente
Elles puissent avoir entiée
Dans cette enceinte reverée,
Qui de Paris fait à present .
Les délices et l'ornement..
Si vous honorez leur priere
De cette faveur singuliere ,
Plutonne vous remerciera ,
Et Mouche yous caressera,
2
St
FEVRIER. 1732. 4955
Si vous aimez qu'on vous caresse ,
Comme elle vous divertira
Si vous voulez voir son adresse ,
Sa legereté , sa souplesse.
Leur Maître aussi vous répondra
Car il est bon qu'il en réponde
Que sur elles il veillera
Si bien qu'il ne passera
Rien de deshonnête et d'immonde
Dans ce rendez vous du beau Monde
Ainsi , soyez en sureté
Contre toute incongruité
De la part des deux SuppliantesQui sont vos très-humbles servantes. .
DU PALAIS ROY AL.
REQUESTE.
Mouche et Plutonne , c'est le nom „
De deux Barbettes de renom ,
Qui sont vos très humbles Servantes ,
Et qui viennent , très- suppliantes
Far devers vous crier merci ,
Pour cas qui les met en souci,
C'est
FEVRIER
1732 493
C'est au sujet d'une Ordonnance,
Qui fait une expresse défense:
A tout incivil Animal
D'entrer dans le Palais Royal
Et sur tout à la Gent Canine.
Cette Ordonnance les chagrine ;
Mais leur respect est le plus fort,
Elles sentent qu'on n'a point tort
D'agir avec cette rudesse
Envers tous ceux de leur espece..
Jadis ils oserent gâter
La demeure de Jupiter ,
Et leur punition fut telle
Qu'aucun n'en rapporta nouvelle :-
Ce qui fait que Chiens de leurs nez',,
S'entre font fête où vous sçavez.
Ceci peut être une imposture;
Mais , comme om craint que
Ne se commette de la part
De ces Animaux , sans égard,
telle injurePour les lieux les plus venerables ,
On ne veut point que leurs semblables
Desormais entrent dans celui
Qu'on doit respecter aujourdhuy ,
Tant pour les beautez qu'il enserre,
Que pour le Maître qu'on revére.
Les Suppliantes cependant ,
Sans condamner aucunement
L'équité
404 MERCURE DE FRANCE
L'équité de cette Ordonnance ,
Voudroient pour elles seulement
Qu'on pût avoir quelque Indulgence ;
Vous remontrant très-humblement .
Qu'une semblable complaisance
Ne peut tirer à consequence ::
Qu'il est Chiens et Chiens dans Paris. ›
Et qu'elles sont Chiennes d'un prix
Qui vaut bien qu'on leur fasse grace
Lesdistinguant entierement
Des vils Animaux de leur race ;
Que le premier Prince du Sang,
Malgré tout l'éclat de son rang ,
Daigne louer leur gentillesse
Et même leur faire caresse.
On peut sans risque être garant
De leur reserve et leur sagesse ,
Tant on prit soin correctement
De bien diriger leur jeunesse.
Permettez donc que libremente
Elles puissent avoir entiée
Dans cette enceinte reverée,
Qui de Paris fait à present .
Les délices et l'ornement..
Si vous honorez leur priere
De cette faveur singuliere ,
Plutonne vous remerciera ,
Et Mouche yous caressera,
2
St
FEVRIER. 1732. 4955
Si vous aimez qu'on vous caresse ,
Comme elle vous divertira
Si vous voulez voir son adresse ,
Sa legereté , sa souplesse.
Leur Maître aussi vous répondra
Car il est bon qu'il en réponde
Que sur elles il veillera
Si bien qu'il ne passera
Rien de deshonnête et d'immonde
Dans ce rendez vous du beau Monde
Ainsi , soyez en sureté
Contre toute incongruité
De la part des deux SuppliantesQui sont vos très-humbles servantes. .
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Résumé : AU CONCIERGE DU PALAIS ROYAL. REQUESTE.
En février 1732, deux chiens, Mouche et Plutonne, adressent une requête au concierge du Palais Royal pour obtenir une exception à l'ordonnance interdisant l'accès aux animaux. Ils reconnaissent la légitimité de cette ordonnance visant à protéger un lieu vénérable et respecté. Cependant, ils argumentent qu'ils ne représentent pas une menace, étant des chiens de grande valeur et bien éduqués. Ils mentionnent que le premier prince du sang apprécie leur gentillesse et leur fait des caresses. Leur maître garantit également leur bonne conduite. En échange de cette faveur, Mouche promet de caresser le concierge et Plutonne de le divertir par ses talents. Elles assurent ainsi qu'aucune incongruité ne surviendra de leur part.
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23
p. 2276
GRANDE BRETAGNE.
Début :
On apprend de Londres que les Directeurs de la Compagnie d'Afrique avoient reçû [...]
Mots clefs :
Grande-Bretagne, Londres, Animaux, Dettes de la nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
ON apprend de Londres que les Directeurs de la Compagnie d'Afrique avoient reçû
plusieurs animaux du pays , entr'autres un jeune
Lion , un Loup des Deserts , une Autruche de sept pieds et demi de haut et deux Oiseaux
Royaux , ou couronnez.
›
Il paroit par le dernier Etat des dettes de la
Nation qu'on a rendu public , qu'elles montoient
le 31 Décembre dernier à 48 millions , 985..
mille 438 liv. sterling.
Le Roi d'Angleterre étant arrivé d'Hanover à
Helleroetsluys en Hollande le 27Septembre, y
fut retenu par les vents contraires jusqu'au 5 de
ce mois que S. M. s'embarqua et partit avec un vent favorable. Elle aborda heureusement le 7.
en Angleterre , et arrivé vers les cinq heures du soir à Kinsington.
HOLLAN
ON apprend de Londres que les Directeurs de la Compagnie d'Afrique avoient reçû
plusieurs animaux du pays , entr'autres un jeune
Lion , un Loup des Deserts , une Autruche de sept pieds et demi de haut et deux Oiseaux
Royaux , ou couronnez.
›
Il paroit par le dernier Etat des dettes de la
Nation qu'on a rendu public , qu'elles montoient
le 31 Décembre dernier à 48 millions , 985..
mille 438 liv. sterling.
Le Roi d'Angleterre étant arrivé d'Hanover à
Helleroetsluys en Hollande le 27Septembre, y
fut retenu par les vents contraires jusqu'au 5 de
ce mois que S. M. s'embarqua et partit avec un vent favorable. Elle aborda heureusement le 7.
en Angleterre , et arrivé vers les cinq heures du soir à Kinsington.
HOLLAN
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
À Londres, la Compagnie d'Afrique a reçu des animaux exotiques, dont un lion, un loup, une autruche et deux oiseaux royaux. La dette nationale britannique était de 48 millions 985 mille 438 livres sterling au 31 décembre précédent. En Hollande, le roi d'Angleterre est arrivé le 27 septembre et a accosté en Angleterre le 7 octobre.
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24
p. 2120-2134
CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Début :
Depuis que les hommes, foibles par eux-mêmes, et malheureusement [...]
Mots clefs :
Rats, Rat, Animaux, Gravure antique, Préservatif, Amulette, Apollon, Guerre, Coq, Pauvres, Autel, Ténédos, Temple, Médailles, Peuples
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
CONJECTURES sur une Gravûre
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
antique , qu'on croit avoir servi d'Amulete
an de Préservatif contre les Rats:
D
Epuis que
les hommes , foibles par
cux- mêmes , et malheureusement
esclaves de leur cupidité ,se furent écartez
de la vraye Religion
, ils eurent recours
à des Divinitez
arbitraires
ausquelles ils
assignetent
des fonctions
à proportion
de leurs besoins . Elles étoient chargées de
les garantir
de tout ce qui pouvoit leur
nuire. Les Nations entieres livrées à la superstition
la plus grossiere
, attribuerent
à
des Talismans
,à des Amuletes,à des Pierres
gravées
OCTOBRE. 1733 2123
gravées , des Vertus occultes et prétendues
efficaces contre les malheurs et les
maladies qui les menaçoient , et contre
les Animaux et les Insectes qui leur faisoient
la guerre. La multitude si aisée à
séduire par les apparences les plus foibles
d'un merveilleux , dont elle est.
toujours avide, s'empressoit d'attester les
effets de ces prétendus préservatifs. De
là ces Monumens de leur crédulité se
multiplierent à l'infini , et plusieurs d'entre'eux
se sont conservez jusqu'à nous.
C'est dans cette Classe que j'ai crû devoir
ranger la Gravûre singuliere qu'un
illustre Magistrat ( a ) vient d'ajouter à
la magnifique collection de tout ce que
' Antiquité peut fournir de plus rare et
de plus curieux en fait de Médailles et
de Gravûres antiques . C'est une Agathe
Sardonyx rouge et blanche , gravée en
relief , plus remarquable par la singu
larité du Type , que par la beauté du
Dessein et la délicatesse du travail . Elle
représente un Autel ou Cippus , sur lequel
on voit un Rat qu'un Cocq prend
par la queue pour l'attirer à soy et pour
le faire tomber au bas de l'Autel . Il paroît
résister ; et il semble tenir quelque
(a ) M. LE BRET , Premier Président , Inten--
ant et Commandant pour S. M. en Provence.
A. Y chose
2122 MERCURE DE FRANCE
chose à la bouche avec ses deux pattes.
De l'autre côté un autre Cocq tient un
second Rat de la même façon. Il a été
mis hors de combat , et amené par force au
pied de l'Autel . On lit au haut CYCKhne
BOHOI , et au bas ou à l'Exergue KPA-
ΤΟΥΜΕ. (4)
HNEBOHOT
ΚΡΑΤΟΥ ΜΕ
Grandeur
de
la Pierre
(a) On atrouvé à propos de faire graver ici sur la
même Planche le Dessein d'une Cornaline du Ca
binet de M. le P. Président Bon , de Montpellier ,
enchassée dans une Bague d'or antique , dont le Type
est singulier et a du rapport avec l'Agathe du Ca
binet de M. le Bret.
OCTOBR E. 1733
2123
C'est en supposant que cette Gravûre
est incontestablement antique , que je me
suis déterminé à en donner l'explication.
Je n'ose cependant rien prononcer à cet
égard. Qui ne sçait les moyens dont on
s'est servi et dont on se sert encore de
nos jours , pour en imposer aux Antiquaires
, et combien il est mal- aisé d'établir
, sur tout en fait de Pierres gravées ,
des preuves d'Antiquité qui ne puissent
être contestées et renduës problématiques?
Je crois pouvoir regarder cette Pierre
comme un Préservatif ou Amulete pour
détruire les Rats qui infectent si souvent
les Campagnes et les Maisons. L'Autel
est dédié à Apollon , les deux Cocqs en
font foy. Pausanias , in Eliac. Cap. xxv.
assure que cet Oiseau domestique , qui
annonce l'arrivée du jour , lui est consacré
; ainsi (a) ne faisons aucune difficulté
de le regarder comme un des attributs
de cette Divinité , qui sous le
nom d'Apollon Smynthien , ( b ) avoit
(a) Nostras hasce Gemmulas percurrendo , em
ferè omnes ad Mithram et solem spectare inveniniemus.
Fabretti , c. 7. pag. 531 ... Gallum inter
solaria animantia reposuit Antiquitas . Ibid .
(b) ΙΕΡΟΝ ΑΠΟΛΛΩΝΟΣ ΣΜΙΝΘΕΩΣ . Cujus
nominis Etymon deducit à Muribus . Strabo. L. 13
Apollo Sminthiorum pernicies Murium Arnob.
advers. Gentes. L. 3.P. 15No
A vi
Ran
2124 MERCURE DE FRANCE .
un Temple dans l'Ifle de Tenedos :
>
C'est sans doute en memoire de ce
culte que les Puples de Tenedos firent
frapper deux Médailles , l'une rapportée
par Goltzius où se voyent deux Rats
à côté d'une Hâche à doublé tranchant;
et l'autre où l'on voit la tête radiée d'A
pollon avec un Mulot ou Rat de Campagne
, et lå Hache ou Bipennis de Tenedos
au revers . Ce sont- là des symboles
caracteristiques de la Divinité Tutelaire.
de
Cette Ifle , et de l'inflexiblé séverité
de ceux qui y administroient la Justice.
Elien raconte que les Rats faisoient de
si grands dégâts dans les champs des
Troyens.ct des Eoliens , que l'on eut
recours à l'Oracle de Delphes , qui re
pondit que ces Peuples en seroient dêlivrez
s'ils sacrifioient à Apollon Smynthien.
Ce Dieu avoit aussi un Temple
scus le même nom dans la Ville de Chry
sa , qui étoit située dans la Troade , presque
vis - à- vis l'Ifle de Tenedos. On y
voyoit la Staruë d'Apollon avec un Rat
à ses pieds. C'étoit l'Ouvrage du fameux
Scopas de Paros. Ce fut en mémoire d'un
évenement assez singulier , que je crois
devoir rapporter
.
Certains Peuples (a) de l'Ifle de Crete
(a) Strab. L. XIII. Vide G. Cuperi , Mónu
vinren
OCTOBRE. TOB 1733. 22 J
vinrent aborder dans cette contrée , cherchant
à s'y établir. Incertains du lieu
où i´s devoient fixer leur demeure, ils s'adresserent
à l'Oracle , qui leur dit de
s'arrêter dans l'endroit où les Enfans de
la Terre viendroient les attaquer. Pendant
la nuit une prodigieuse multitude
de Rats survint près de la Ville d'Amaxitus
, et rongea les cordes de leurs Arcs ,
feurs Harnois et autres ustanciles de cuir.
Ce peuple crédule , jugeant l'Oracle accompli
, s'établit précisément dans cet
endrait.Un ancien Auteur, cité par Stra
bon , prétend qu'il y avoit un grand
nombre de Rats aux environs de ce
Temple , et qu'on les y regardoit avec
une espece de vénération . Chrises , dont
parle Homere au commencement de l'Iliade
, en étoit le Sacrificateur , et c'é oit
lui , sans doute , qui en dirigeoit le culte
dans la Ville de Chrysa.
ment. Antiq. post Harpocratem p. 209.nummum.
refert in quo conspicitur Apollo laurea coronatus ,.
in altera vero area , idem Deus stans , Arcum
manu tenens , pharetra à terga pendente et ab an-·
teriore corporis parte АПOÂúÑƆƐ , cam_litteris ›
ΣΔΕ , a posteriore vero nota aliqua e : ΤΜΙΘΕΩΣ,
infra vero ΑΛΕΞΑΝΔΡΕΩΝ .... Μ ΔΡ ..
Lege EXAMANAPON . Sic et ex alio simili nummo
apud March. Scipionem Maffeium in Verona il
lustrata , pag. 355
Le
2126 MERCURE DE FRANCE
Le Scholiaste d'Homere, raporte L.I.de
l'Iliade , qu'Apollon envoya une prodigieuse
quantité de Rats dans les Champs
de Crinis , son Prêtre , qui avoit encouru
son indignation.Ces Animaux ravagerent
tous ses fruits. Le Dieu s'appaisa , se mit
en devoir de les détruire , et les tua tous
en effet à coups de fleches. Ce fut en
reconnoissance que Crinis fit bâtir un
Temple à Apollon sous le nom de Smynthien.
-
Les deux Rats représentez sur cette
Pierre , sont de pauvres victimes dévoüées
à la colere d'Apollon. Ils publient
eux mêmes leur défaite. L'un d'eux
réduit aux abois par les violens efforts
de son Adversaire , s'écrie CYCKHNEBOHO
I. CONTUBERNALIS SUCCURRE
A l'aide Camarade . Le Rat enlevé par
l'autre Cocq , n'a pas la force de lui répondre
autrement que par ce mot KPA-
ΤΟΥΜΕ , mis pour ΚΡΑΤΟΥΜΕΘΑ., par
une abreviation forcée put-être par le
défaut de la couche blanche , qui seule
pouvoit donner aux Caracteres le relief
nécessaire pour les faire paroître. VINCIMUR
; C'est fait de nous , nous sommes
vaincus. On peut dire aussi , si l'on veut,
que le Graveur , trop servilement attaché
à certaine prononciation locale , a
mis
OCTOBR E. 1733. 2127
mis ΚΡΑΤΟΥΜΕ pour ΚΡΑΤΟΥΜΑΙ , qui
signitie VINCOR , je suis vaincu ; en ce
cas - là c'est un des Rats qui parle , comme
se trouvant hors d'état de secourir
son Camarade , qui reclame son assistance.
Je sçais qu'on pourroit objecter quelqu'autre
défaut dans la construction de
cette Légende , et dire qu'il devroit y
avoir BOHOEI , au lieu de BOHOI ; mais
sans vouloir entrer dans une discussion
grammaticale , qui n'est gueres de mon
ressort,il me seroit aisé de citer d´s exemples
dans les ( a ) Inscriptions Grecques
sur les Médailles et Gravures antiques, où
l'Epsilon se trouve supprimé . D'ailleurs il
me paroît qu'on peut aussi attribuer cette
omission à l'ignorance ou au peu d'exactitude
du Graveur , sur tout dans les Monumens
postérieurs au siécle d'Auguste.
Ce qu'il y a de positif, c'est que les Grecs
modernes ont conservé cette prononciation
qui pouvoit avoir lieu anciennement
dans certains Païs de la Grece.
Le Pois a fait graver une Agathe Onyx,
qui a quelque rapport avec celle que je
viens d'expliquer. On y voit un Cocq ,
un Rat et une Corbeille ouverte , avec le
mot Aprilis.
( a) Fabretti , pag. 740. n. 802.
Les
2128 MERCURE DE FRANCE
Les Rats que nous regardons avec me
pris , et que nous nous contentons de li
vrer à l'antipathie de certains animaux
d'une espece differente , étoient redoutables
dans divers Païs. Nous en avons un
témoignage précis dans l'Ecriture Sainte,
au 1 Liv. des Rois , où il est dit : Il sortit
tout d'un coup des Champs et des Villages
une multitude de Rats , et on vit dans
toute la Ville une confusion de mourans
et de morts. Les Philistins ne furent délivrez
de cette espece de fléau , que lorsqu'ils
eurent renvoyé l'Arche du Seigneur
avec cinq Rats d'or , selon le nombre de
feurs Provinces .
Les gros Rats s'étoient tellement empa
rez de l'Isle de ( a ) foura , qui est le lieu
le plus sterile et le plus désagréable de
tout l'Archipel , qu'ils obligerent les habitans
de l'abandonner , et s'il en faut
croire Théophraste , ces pauvres bêtes au
défaut de tout autre aliment , se virent
obligées de ronger le Fer , tel qu'il est
lorsqu'il sort des Mines. •
Les Romains tiroient des présages de la
vûë de ces animaux . Pline , liv. 8. ch.57.
nous apprend que de son temps la rencon
tre d'un Rat blanc étoit de bon Augure:
La Guerre des Marses ,selon le même
{ 3 ) ΓΥΑΡΟΣ,
Au
OCTOBRE. 1733. 2129
Auteur , fut annoncée par l'événement
bizaree que je vais raconter.Les Boucliers,
qui étoient à Lanuvium , se trouverent
rongez par les Rats ; et delà il fut conclu
qu'il se préparoit quelque funeste évenement
pour la République. La Guerre survint
bien tôt après; il n'en fallut pas
d'a
vantage pour justifier les frivoles conjectures
d'un Peuple superstitieux.
Ciceron , qui sur ces matieres pensoit
bien différemment de la multitude,se
moque avec esprit de la crédulité des Romains.
» Les Aruspices , dit- il liv. 11. de
Divinat. criérent au miracle , sur ce
que les Rats avoient rongé les Boucliers
» de Lanuvium , peu de temps avant la
» Guerre des Marses , comme s'il étoit
» bien important de sçavoir qu'un ani-
» mal , occupé nuit et jour à ronger tout
» ce qui se présente à lui , se fut attaché
» à des Boucliers, plutôt qu'à toute autre
» chose. En suivant leurs fausses idées ,
» ai- je dû craindre pour le sort de Rome,
lorsque les Rats ont rongé chez moi le
» Livre de la République de Platon , et
» s'ils eussent attaqué le Traité d'Epicure
sur la volupté , serois - je plus raison-
» nable de prédire sur cet événement la
>> cherté de toutes les Denrées qui se ven-
» dent au marché ?.
Pline
2130 MERCURE DE FRANCE
Pline rapporte , liv. 10. chap . 65. des
choses qui me paroissent incroïables sur
la prodigieuse propagation des Rats ; et
c'est en conséquence qu'il prétend qu'ils
parurent autrefois en si grand nombre
dans certain Païs de la Grece , qu'après en
avoir ravagé les moissons , ils en firent
déserter les habitans. ( a ) Un Auteur du
siécle passé prétend qu'à peu près la même
avanture est arrivée en Angleterre ,
en la Province d'Essex , en 1580 et 1648.
C'est dans de telles circonstances que les
Peuples ont pû recourir à des moyens
surnaturels pour être délivrez d'une engeance
si pernicieuse .
Gregoire de Tours , cet Historien qu'on
accuse , peut- être , avec raison , d'avoir.
inséré dans son Ouvrage un grand nombre
de faits fabuleux et d'opinions populaires
, ausquelles il paroît ajouter foy,fait
mention , liv . 8. ch. 14. de son Histoire
de deux figures de Bronze , trouvées à
Paris , vers la fin du sixième siècle , l'une
représentoit un Serpent , et l'autre un
Loir, qui est une espece de Rat velu , qui
habite dans les Bois . A peine furent - elles
enlevées de l'endroit où l'on prétendoit
qu'elles avoient une vertu de Talisman
( a ) Childreyus , lib. de Mirab . Natura in Anglia
Citat, in Ephem . Erud. ann. 1667. pag.113 ,
pour -
OCTOBRE . 1732. 2137
pour éloigner de la contrée les animaux
qu'elles représentoient , qu'on vit paroître
un nombre infini de Serpens et de
Loirs dans la Ville et dans les Campagnes
voisines.
Quoique l'Histoire que je vais rapporter
, ait l'air d'une Fable , elle convient
trop à mon sujet pour la passer sous silence.
La voici telle qu'on la trouve chez
les Centuriateurs de Magdebourg , vol. 3 .
Cent. 10 ch. 10.
Hatton , surnommé Bonosus , de Moine
de Fulde devint Archevêque de Mayence.
Il étoit dur envers les Pauvres , et au
lieu de les secourir pendant la famine , il
leur fit sentir les effets les plus cruels de
son avarice . Il fit assembler quantité de
Pauvres dans une Grange où il les fit brûler
, en disant que c'étoit une engeance
inutile, et qui n'étoit bonne qu'à manger
le pain necessaire aux autres. Fruges con
sumere nati. Il en fut bien- tôt puni. Les
Rats l'assaillirent de tous côtez et lui déclarerent
une guerre mortelle. Il eût beau
se retirer dans une Tour , bâtie au milieu
du Rhin , qu'on appelle encore à present
la Tour des Rats . ( Mausthuun ) Les Rats
l'y suivirent et passerent le Fleuve à la
nage ; ils entrerent dans la Tour , et firent
mourir l'Archevêque . On ajoute
qu'a2132
MERCURE DE FRANCE
qu'après la mort de ce Prélat, ces animaux
devenus les Instrumens de la Justice divine.
, rongerent tout jusqu'à son nom ,
qui étoit gravé sur le Marbre ou Ecrit
dans les Registres publics.
M. de Thou , liv. 5. pag 161. de son
Histoire , prétend que Barthelemi Chasseneuz
, devenu ensuite premier Président
du Parlement de Provence , se trouvant à
Autun , les habitans de quelques Villages
des environs demanderent qu'il plût à
l'Evêque Diocésain d'excommunier les
Rats qui désoloient cette contrée ; que ce
fameux Jurisconsulte se chargea de la défense
de ces animaux , et représenta que
le terme qui leur avoit été accordé étoit
trop court , d'autant mieux qu'ils risquoient
de se mettre en chemin , tous les
Chats des Villages voisins étant aux
aguets pour les arrêter en passant™, sur
quoi Chasseneuz obrint un plus long délai
pour venir répondre à la citation .
Quelques- uns révoquent en doute un
fait si singulier ; mais il me paroît que
le témoignage d'un Auteur aussi grave ,
et d'ailleurs presque contemporain , doit
prévaloir sur tout ce qu'on peut avancer
pour le détruire dans toutes ses circonstances
, d'autant mieux que la premiere
conOCTOBRE.
1733. 2133
consultation de ( a ) Chassencuz roule sur
tout ce qui s'observoit de son temps en
Bourgogne , au sujet de l'excommunication
des Animaux et des Insectes nuisi
bles , ausquels il assure qu'on donnoit un
Avocat pour les deffendre. Il y fait mention
de tout ce qui s'y pratiquoit de son
temps , avant que de proceder à leur excommunication
; et c'est peut être ce détail
qui a donné lieu à M, de Thou de
dire que Chasseneuz avoit rempli les
fonctions de leur Avocat en pareille occasion
.
Je dois parler aussi d'un Préservatif
contre les Rats , pieusement introduit
dans un siècle plein d'ignorance , par les
Moines de S. Hubert , dans les Ardennes.
On suppose que dans le Territoire de
cette Abbaye on ne voit aucun Rat ; et
on attribuë çette singularité aux mérites
de S. V lalric , Evêque d'Ausbourg ( b ) ,
( a ) Nonnulla Animalia immunda in formam
murium urbanorum existentia Grisei coloris , à nemoribus
circum vicinis exeuntia... Post modum
distribuitur Advocatus pro consilio dictorum Animalium
, qui respondet pradictam maledictionem ,
Anathematisationem , et Excommunicationem fieri
non debere, &c. Barth. à Chassaneo,Cons. 1.p.17.
(b ) Joan. Eusebius Nierem Bergius de Miracul
Nat. in Europâ . lib. 2. cap. 6. , ... Effecis
idem Episcopus (S. Udalricus) ut nulli magni Mu.
dont
2134 MERCURE DE FRANCE
dont cette Eglise possede les Reliques .
On rapporte à ce sujet des pratiques superstieuses
et des usages indécens ( c) qui
font tort à la Religion , qui leur sert de
prétexte ; et qu'on auroit dû abolir dans
un siècle aussi éclairé que le nôtre.
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Résumé : CONJECTURES sur une Gravûre antique, qu'on croit avoir servi d'Amulete ou de Préservatif contre les Rats.
Dans l'Antiquité, les superstitions et l'utilisation de talismans et d'amulettes étaient courantes pour se protéger contre divers maux, y compris les rats. Les hommes, éloignés de la véritable religion, recouraient à des divinités arbitraires pour se garantir des dangers. Les nations attribuaient des vertus occultes à des objets gravés, croyant qu'ils pouvaient les protéger contre les malheurs et les animaux nuisibles. Une gravure antique, une agate sardonyx rouge et blanche, représente un autel avec des rats et des coqs. Cette gravure est considérée comme un préservatif ou amulette contre les rats. Les coqs, dédiés à Apollon, sont représentés en train de capturer les rats, symbolisant la protection divine. Apollon, sous le nom de Smynthien, était connu pour protéger contre les rats, comme le montrent divers récits et monuments anciens. Les rats ont causé des ravages dans l'histoire, comme dans les champs des Troyens et des Éoliens, ou sur l'île de Foura. Les Romains tiraient des présages de la vue de ces animaux, et des auteurs comme Cicéron et Pline ont commenté la superstition entourant les rats. Des figures de bronze trouvées à Paris étaient censées protéger contre les serpents et les loirs. Des événements historiques impliquent des rats. Un archevêque, après avoir fait brûler des pauvres en les qualifiant d' 'engeance inutile', fut puni par des rats qui l'attaquèrent et le tuèrent, même après qu'il se soit réfugié dans une tour sur le Rhin, connue sous le nom de 'Tour des Rats'. Après sa mort, les rats détruisirent toute trace de son nom. Jacques Auguste de Thou mentionne que Barthélemi Chasseneuz, futur premier Président du Parlement de Provence, défendit des rats à Autun. Les habitants avaient demandé à l'évêque d'excommunier les rats qui ravageaient la région. Chasseneuz obtint un délai supplémentaire pour les rats afin qu'ils puissent répondre à la citation, arguant que les chats des villages voisins étaient prêts à les attaquer. Les moines de Saint-Hubert dans les Ardennes prétendaient que les rats étaient absents de leur territoire grâce aux mérites de Saint-Udalric, évêque d'Augsbourg. Cette pratique est critiquée pour ses aspects indécents et superstitieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 2215-2217
« On nous prie d'avertir que G. Martin, Coignard et Guerin l'ainé, Libraires à [...] »
Début :
On nous prie d'avertir que G. Martin, Coignard et Guerin l'ainé, Libraires à [...]
Mots clefs :
Libraires, Animaux, Planches, Mémoires de l'Académie royale des sciences, Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des animaux, Académie royale des sciences
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texteReconnaissance textuelle : « On nous prie d'avertir que G. Martin, Coignard et Guerin l'ainé, Libraires à [...] »
On nous prie d'avertir que G. Martin,
Coignard et Guerin l'ainé , Libraires à
- Paris , rue S. Jacques , délivreront aux
Souscripteurs le 23. de Novembre 1733 .
les quatre derniers volumes du Recueil
des Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences , depuis 1666. jusqu'en 1699. Sça,
voir , 1 °. l'Histoire de l'Académie de ces
années là , avec une Liste generale de
tous les Académiciens jusqu'à présent ,
et un Catalogue de leurs Ouvrages , en
2. volumes. 2 °. Les Memoires pour servir
à l'Histoire naturelle des Animaux , avec
68. Planches en Taille- douce , deux Tomes.
2216 MERCURE DE FRANCE
mes en un volume. 3 ° . Un Traité d'A
nalyse , par M. de Lagny , en un volume .
Les Souscripteurs sont invitez à retirer
incessamment ces volumes , afin de profiter
de l'avantage des premieres Epreuves
des Figures.
›
On ne donne point cette fois- cy la
Table des Volumes du présent Recueil ,
et on y a substitué le Traité d'Analyse
de M. de Lagny , dont la dépense a été
de plus du double pour les Libraires.
La raison est que comme ils ont actuellement
sous presse une suite de l'Histoire
Naturelle des Animaux , qui n'a
jamais parû , et que cette suite en fait,
dans l'ordre des temps , une de Recueil
qu'ils donnent ; il est nécessaire que la
matiere de ce nouveau Volume soit comprise
dans ce Tome de Tables .
On pourra voir chez les Libraires uydessus
nommez , les Planches qu'ils ont
falt graver de cette nouvelle suite des
Animaux , sur les Desseins Orignaux de
M. Perrault , qui leur ont été remis par
Mrs de de l'Académie. On donnera incessamment
ce nouveau Volume , qui
sera accompagné d'un Volume de Tables
pour tous ces anciens Mémoires et d'un
autre Volume de Tables de l'Histoire et
des Mémoires depuis 1720. jusqu'en 1730.
Ces
OCTOBRE. 1733. 2217
Ces mêmes Libraires achevent de faire
graver toutes les Machines ou Inventions
qui ont été approuvées par l'Académie
Royale des Sciences depuis son établis
sement jusqu'à présent. Il y en a actuellement
plus de 350. Planches gravées ; ce
Recueil sera accompagné de Descriptions .
Coignard et Guerin l'ainé , Libraires à
- Paris , rue S. Jacques , délivreront aux
Souscripteurs le 23. de Novembre 1733 .
les quatre derniers volumes du Recueil
des Mémoires de l'Académie Royale des
Sciences , depuis 1666. jusqu'en 1699. Sça,
voir , 1 °. l'Histoire de l'Académie de ces
années là , avec une Liste generale de
tous les Académiciens jusqu'à présent ,
et un Catalogue de leurs Ouvrages , en
2. volumes. 2 °. Les Memoires pour servir
à l'Histoire naturelle des Animaux , avec
68. Planches en Taille- douce , deux Tomes.
2216 MERCURE DE FRANCE
mes en un volume. 3 ° . Un Traité d'A
nalyse , par M. de Lagny , en un volume .
Les Souscripteurs sont invitez à retirer
incessamment ces volumes , afin de profiter
de l'avantage des premieres Epreuves
des Figures.
›
On ne donne point cette fois- cy la
Table des Volumes du présent Recueil ,
et on y a substitué le Traité d'Analyse
de M. de Lagny , dont la dépense a été
de plus du double pour les Libraires.
La raison est que comme ils ont actuellement
sous presse une suite de l'Histoire
Naturelle des Animaux , qui n'a
jamais parû , et que cette suite en fait,
dans l'ordre des temps , une de Recueil
qu'ils donnent ; il est nécessaire que la
matiere de ce nouveau Volume soit comprise
dans ce Tome de Tables .
On pourra voir chez les Libraires uydessus
nommez , les Planches qu'ils ont
falt graver de cette nouvelle suite des
Animaux , sur les Desseins Orignaux de
M. Perrault , qui leur ont été remis par
Mrs de de l'Académie. On donnera incessamment
ce nouveau Volume , qui
sera accompagné d'un Volume de Tables
pour tous ces anciens Mémoires et d'un
autre Volume de Tables de l'Histoire et
des Mémoires depuis 1720. jusqu'en 1730.
Ces
OCTOBRE. 1733. 2217
Ces mêmes Libraires achevent de faire
graver toutes les Machines ou Inventions
qui ont été approuvées par l'Académie
Royale des Sciences depuis son établis
sement jusqu'à présent. Il y en a actuellement
plus de 350. Planches gravées ; ce
Recueil sera accompagné de Descriptions .
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Résumé : « On nous prie d'avertir que G. Martin, Coignard et Guerin l'ainé, Libraires à [...] »
Le 23 novembre 1733, les libraires G. Martin, Coignard et Guerin l'ainé annoncent la distribution des quatre derniers volumes du 'Recueil des Mémoires de l'Académie Royale des Sciences'. Ces volumes couvrent la période de 1666 à 1699 et se composent de plusieurs sections : l'histoire de l'Académie avec une liste des académiciens et un catalogue de leurs ouvrages en deux volumes, les 'Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des Animaux' avec 68 planches en deux tomes, et un 'Traité d'Analyse' par M. de Lagny en un volume. Les souscripteurs sont invités à retirer ces volumes rapidement pour bénéficier des premières épreuves des figures. La table des volumes n'est pas incluse cette fois-ci, remplacée par le 'Traité d'Analyse' en raison des coûts élevés. Une suite de l''Histoire Naturelle des Animaux' est en préparation, accompagnée de planches gravées d'après les dessins originaux de M. Perrault. Un nouveau volume et des tables pour les mémoires de 1720 à 1730 seront également publiés. De plus, les libraires finalisent la gravure de plus de 350 machines ou inventions approuvées par l'Académie, accompagnées de descriptions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 2587-2609
DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Début :
Les premiers hommes, avec la seule faculté du langage par les organes [...]
Mots clefs :
Hiéroglyphes, Figures, Hiéroglyphe, Marques, Hommes, Animaux, Religion, Écriture, Sciences, Marque, Monstres, Caractères, Homme, Figure, Chevaux, Terre, Explication, Connaissance , Symbole, Poètes
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texteReconnaissance textuelle : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
DES HIEROGLYPHES , et de
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
leurs usages dans l'Antiquité. Discours
où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de
tous les Monstres et de tous les Animaux
chimeriques dont les Anciens nous ont
parlé. Par M. Beneton de Perrin .
Es premiers hommes , avec la seule
Lfaculté du langage par les organes
de la voix , auroient manqué de moyens
pour s'entretenir absents les uns des
-autres , et n'auroient pû avoir commerce
entre eux que difficilement, Pour remedier
à ces inconveniens , ils inventerent
des figures et convinrent qu'elles serviroient
à représenter leurs pensées , pour
ne les découvrir qu'à ceux qui en auroient
l'intelligence. Les actions et les
passions étant des accidens qui agitent
également la Nature et les hommes ;
ces figures emblêmatiques servirent d'a
bord à exprimer les unes et les autres
de ces choses , et formerent par-là un
langage muet , qui montroit le coeur
de l'homme aux yeux sans le secours
de la parole.
Les Grecs nommerent ces figures Hie-
1. Vol.
roglyphes
2588 MERCURE DE FRANCE
rogliphes , des mots Ιερος et γλύφος , com .
me qui diroit Sacra Sculptura , parce que
ce furent les Prêtres qui les premiers s'en
servirent pour écrire sur la Religion , et
envelopper par là les Mysteres. Le Pere
Kirker dérive le terme d'Hierogliphe des
mots da T. espos na gaúços , ce qui revient
assez à ce que j'ai dit qu'ils servoient
à une Ecriture sacrée , faite pour
être gravée ou taillée sur le bois ou sur
la pierre , Quasi sacra scalpendo ; les Hierogliphes
se multiplierent à mesure que
Part de parler se perfectionna et que les
Sciences se formerent.
Je les distingue en deux classes ; sçavoir
, les Hierogliphes animez , qui se
représentoient sous des formes de bêtes
soit Quadrupedes , Reptiles , Oiseaux ,
"Poissons et Plantes vegétatives , et les
Hierogliphes inanimez , qu'il faut plutôt
nommer Hierogrammes , parce qu'ils n'étoient
que des figures que les hommes
se firent à leur fantaisie , la plupart desquelles
formerent les Lettres qu'on nomma
Alphabetiques , en s'en servant pour
une autre Ecriture que le Hierogliphique
, comme j'aurai occasion de le faire
voir dans la suite. Les Chaldéens ayant
les premiers observé les Cieux et considere
l'ordre que semblent garder entre
I. Vol. elles
DECEMBRE. 1733. 2589
elles les Etoilles rassemblées , comme par
pelotons , dans ce vaste espace , ils tracerent
des figures dans le même arrangement
, et comme dans les choses mises
en confusion , on croit voir tout ce
qu'on a dessein d'y voir ; ils crurent
avoir remarqué dans ces assemblages d'Etoilles
, des formes distinctes d'hommes ,
d'oiseaux et d'animaux , ce qui leur fit
donner à ces amas ou conjonctions d'Astres
, les noms de Sagittaire , de Vierge ,
de Cigne , d'Ours , de Chien , &c. les
marquant des mêmes figures sur leurs
Tables Astronomiques.
>
Les Grecs nommerent aussi beaucoup
'de Constellations , les appellant du nom
de leurs Héros , et sur tout de ceux qui
se distinguerent dans l'Expedition de la
Colchide , sous le nom d'Argonautes
parce que ces Braves ayant été les
miers hommes qui eussent osé s'exposer
en pleine Mer , et ne se guidant que
par les Etoilles , les Poëtes jugerent qu'u
ne pareille hardie se méritoit que ces
Etoilles portassent leurs noms .
pre-
Les Astres une fois personnifiez , firent
naître l'Idolatrie ; on adora non - seulement
l'Astre en original , que l'on croyoit
influer sur un Pays ; mais encore sa figure
taillée et son Symbole ou Hiero-
I. Vol
C gliphes
2890 MERCURE DE FRANCE
gliphes, devinrent une chose respectable.
On alla même encore plus loin dans la
Deification des Corps de l'Univers ; car
la Terre étant deifiée comme les autres
Corps , on partagea sa divinité pour mul
tiplier les Dieux. Chacune de ces productions
eut séparément cet avantage , et
furent symbolisées par de nouveaux Hicrogliphes
, ce qui augmenta considerablement
et le nombre des cultes et celui
des figures.
Enfin le comble de l'Idolatrie fut qu'on
déïfia les hommes , regardant comme
des Dieux les Héros et les Inventeurs des
Sciences et des Arts. Alors on acheva de
faire porter aux Astres les noms des
personnes illustres , et confondant l'homme
et l'Astre , on honora le tout ensemble
sous la Statue ou le Hierogliphe
qui désignoit également ces deux choses
confonduës.
Par exemple , la Lyre , le Serpent ,
le Centaure , étoient des Signes Celestes ,
ces mêmes Signes ou Hierogliphes , désignoient
un Apollon , Pere prétendu
des Poëtes et des Musiciens ; un Esculape ,
Pere de la Médecine , et un Neptune ,
qui le premier dompta des Chevaux pour
s'en servir à la guerre et à la Chasse.
Mais ce qui embroüilla beaucoup la
I, Vol, signifi
DECEMBRE. 1733. 259%
signification des Hierogliphes , et quit
commença à en rendre l'explication malaisée
, c'est que tous les Personnages qui
réüssissoient dans les Sciences , et qui par
conséquent marchoient sur les traces de
ces hommes déïfiez pour en avoir été
les Inventeurs , se disoient leurs Enfans ;
de bons Poëtes et Musiciens étoient dits
Enfans d'Apollon ; un bon Médecin se
disoit fils d'Esculape , et d'habiles Cavaliers
se mettoient au nombre des descendans
de Neptune , le dompteur de
Chevaux. On qualifioit d'Enfans de Vulcain
tous ceux qui travailloient à forger
les Armes et les Outils pour l'Agriculture.
La Fable ne donne qu'un oeil aux
Cyclopes , pour signifier que les Ouvriers
qui travailloient aux Mines dans les en
trailles de la Terre , séjour continuellement
ténebreux , ne joüissoient que
d'un des deux avantages communs aux
autres hommes qui voyent alternativement
la luraiere du Soleil après l'obscu
rité de la nuit ; d'habiles Pilotes et Mariniers
étoient considerez comme fils
d'Eole et de l'Ocean.
Toutes ces personnes désignoient leur
Art sous un Hierogliphe , lequel souvent
les désignoit aussi eux - mêmes. La marque
étoit relative à la Profession et à
1. Vol. Cij l'Ou2592
MERCURE DE FRANCE
l'Ouvrier , et ces deux qualitez à la Divinité
Protectrice de l'Ouvrage , celafait
qu'un même Hierogliphe pouvoit signifier
trois choses bien differentes , une Sacrée ,
comme marque du Dieu d'un Art ; unc
Méchanique , comme marque de l'Art
même ; enfin une simple marque d'Ouvrier
Ainsi le même Hierogliphe qui
désignoit un Dieu , se mettoit souvent
sur le Tombeau d'un homme , pour montrer
la Profession dont il avoit été . Je
me servirai pour donner de cela un exem
ple sensible , d'un usage observé égale
ment par les Payens et par les premiers
Chrétiens en enterrant leurs Morts , les
uns mettoient souvent une hache sur
leurs Tombeaux , ce qui ne désignoit
pas toujours que celui qui étoit renfermé ||
dedans eût été un Ouvrier , ce pouvoit
être une personne de consideration qui
avoit eu pour Patron quelque Dieu Protecteur
d'un Art ou d'une Science , et
la hache étoit alors le Hierogliphe du
Dieu et non pas celui du Mort . Voilà
selon moi , ce qu'on doit entendre par
les Tombeaux érigez Sub ascia. Pan étoit
le Dieu des Campagnes , on n'enterroit
que là ; il a pû se faire que la hache ou
le hoyau , Instrumens propres à couper
les bois ou à remuer les terres
1. Vel
?
>
ont été
Les
DECEMBRE. 1733 2393
les Symboles des Dieux Champêtres , et
én mettant les Morts sous la protection
de ces Dieux , on mettoit leur Symbole
sur les Tombeaux .
A l'égard des Chrétiens , ils gravoient
une Pale sur les Sépulchres de feurs Martyrs
; ce Hierogliphe avoit une double
signification , l'une de passion , qui étoft
la gloire que s'étoient procuré ces Saints
par la souffrance , et l'autre de Religion , *
qui faisoit connoître celle dont ces illustres
avoient été les soutiens .
La représentation de differentes choses
par le même Hierogliphe , est ce qui
rend aujourd'hui presque impossible l'explication
des Monumens écrits avec ces ·
figures.
Comme je m'étendrai plus sur les Hierogliphes
que sur les Hierogrammes
quoique le mêlange des uns avec les
autres servit à fournir plus de moyens
d'exprimer ce qu'on avoit à faire sentir ;
je ne puis m'empêcher de faire une reflexion
qui tombe également sur tou
tes ces marques , c'est qu'il seroit à
souhaiter que les personnes qui s'appliquent
à les étudier , s'attachassent
bien à distinguer les deux especes dont
je parle , et les differents sujets ausquels
elles convenoient. Chacune de
1. Vol. Cij nos
2594 MERCURE DE FRANCE
nos Sciences a ses termes propres , il
en devoit être de même des Sciences
anciennes qui devoient par la même
Taison avoir aussi leurs marques propres.
Je ne dis pas que l'attention que
j'exige des Etudians en Hierogliphes fût
suffisante pour les conduire à une entiere
connoissance de ces figures énig .
matiques , on sçait assez que les Prêtres
et les Philosophes qui se servirent d'elles
depuis que l'on eut les Caracteres alphabetiques
, ne le faisoient que pour ca
cher une partie des choses dont ils ne
vouloient pas que le commun du peuple
fût instruit , mais du moins pár la
distinction des Hierogliphes on pourroit
en apprendre assez pour distinguer dans
les Monumens qui en sont chargez , ce qui
est de sacré d'avec ce qui est de prophane,
on tiendroit par là en bride les Charlatans
de la Litterature , qui trouvant
dans ces Monumens tout ce que leur
imagination y veut mettre , ne font
qu'embrouiller l'Histoire , loin de l'éclaircir
, et ils se trouveroient par ce
moyen hors d'état d'en imposer et d'ébloüir
les ignorans .
Revenons presentement à l'objet prin
cipal de cet Ouvrage , qui est de montrer
qu'entre toutes ces figures dont les
1. Vol. hommes
DECEMBRE. 1733. 2595
hommes se servirent pour expliquer leurs
connoissances , celles qui représentoient
des Animaux de differente nature , devinrent
dans les siecles où l'intelligence
de ces figures se trouva perduë, des Monstres
que l'ignorance fit croire avoir été
ou être existans. Je pense neanmoins que
dès - lors les Sçavans qui voulurent se mêler
de l'explication de ces Emblêmes , le
firent à l'avanture , et n'ont pas eu sur
cela plus d'avantage que ceux qui ont
voulu marcher sur leurs traces dans des
temps posterieurs , tels qu'Horus Apollo,
Pierrius Valerianus , les sieurs Langlois ,
et Dinet , et les Peres Kirker et Caussini
qui ont donné de ces Explications autant
justes qu'il est possible de le faire
dans une matiere aussi obscure ;il ne faut
pas douter que ce nombre infini de marques
de choses , tant animées qu'inanimées
qui se trouvent rangées dans un si bel ordre
sur les vieux Monumens Egyptiens , ne
contiennent des narrations bien suivies
sur differentes choses dont il falloit être
Instruit , tout s'écrivoit ainsi , et la connoissance
de la Religion , des Sciences ,
et de l'Histoire , ne se conservoit que
par le moyen de cette écriture figurée ,
la preuve de cela s'en peut tirer ( selon
moi ) de ce que dans ces longues nar-
L. Vol Ciiij rations
2596 MERCURE DE FRANCE
rations , certains Caracteres y sont répétez
souvent , et d'autres moins ; il y en
a même qui sont uniques , ou qui ne se.
trouvent répétez que deux ou trois fois
dans une longue Inscription ; ce qui devoit
faire la même chose que ce qu'on
peut remarquer dans notre écriture , où
nous avons des Lettres , comme les cinq
Voyelles qui reviennent souvent, pendant
que les K , les X , les Y , et les Z , y pa
roissent bien moins.
Il y avoit des Hyerogliphes qui contenoient
seuls un sens complet , ou une
pensée entiere; d'autres qui étoient d'abréviation
, et d'autres qui pouvoient ne former
que des demi mots et des mots dont
il étoit nécessaire de joindre plusieurs
ensemble,pour en former une expression
ou un sens déterminés de même que nous
employons en écrivant plusieurs mots ,
composés de différentes syllabes , pour
former une Phrase parfaite. J'ai fait cette
remarque en étudiant avec un peu d'attention
l'Obélisque Pamphile , que nous
a donné le Pere Kirker.
On y voit de fréquentes répétitions de
bras posez en fasce , les uns à mains ouvertes
, et les autres à poing fermé ; beaucoup
de signes en ziguezagues ; des Enfans
assis sur leur cul , le Panier de Séra-
1. Vol.
pis
DECEMBRE . 1733 . 2597
pis sur la tête , de Serpents , d'Anubis, de
Cynocéphales , &c. pendant qu'entre toutes
ces marques , souvent répétées , on ne
trouve qu'un seul sautoir , un seul tourteau
, qui est chargé d'une Croix pattée ,
quelques Etoiles , mais en petit nombre ;
tout cela donne lieu de conjecturer que
cet Obélisque contient des Enseignemens
de plusieurs natures , tant de Religion ,
de Science , que de Politique ; et que
chacune de ces choses avoit ses figures
propres à sonexpression ; ce qui fait que
les unes de ces figures paroissent souvent
dans un endroit , et bien moins dans un
autre , où il s'en trouve d'autres qui n'avoient
point encore paru.
Souvent pour donner à un Hyerogli
phe la force d'exprimer une action complete
, ou une pensée entiere , on étoit
obligé de le faire d'un composé de différens
membres d'animaux , et alors cette
figure devenoit monstrueuse ; tels étoient
les Hyérogliphes d'hommes à tête de
Chien , d'Oyseaux à face humaine , de
Corps à plusieurs têtes , et de têtes à plusieurs
visages ; ce dernier qui servit aux
Romains à symboliser leur Dieu Janus
étoit donc un Hyerogliphe plus ancien
qu'eux , il représentoit chez les Perses
Orimase et Arimane , et chez les Egyp-
1. Vola Cv tiens
2598 MERCURE DE FRANCE
tiens Osiris et Tiphon , c'est -à- dire , les
deux principes que les premiers Philosophes
admettoient pour Auteurs de toutes
choses , bonnes et mauvaises.
A l'égard des Hyerogrammes ou marques
fantasques , les plus simples comme
Le Cercle , le Triangle , le Quarré , le
Chevron, la Croix droite et la Croix panchée
composerent dans la suite les Caracteres
Litteraires , comme l'Omicron
le Delta , le Mi , l'Alpha, le Tau , le Chi
et autres , dont on se servit en quittant
P'Ecriture Hyerogliphique. Celle qui étoit
composée de Lettres , paroissant plus aisée
et plus propre à lier les pensées , et
à les produire dans un Discours suivi .
Je me sers de l'exemple des Caracteres
Grecs , parce que c'est par les Grecs que
nous avons la premiere connoissance de
T'usage que les Egyptiens faisoient de
leurs Hyerogliphes.
Les Hiérogrammes joints aux Hyerogliphes
, ne laissoient pas dans les temps où
l'on n'eut que cette sorte d'Ecriture
d'expliquer assez parfaitement les choses
dont les hommes 'devoient être instruits,
le faisant seulement plus en abrégé que
ne le fait l'Ecriture courante , ainsi il faut
croire que l'Ecriture figurée a toujours
été plus difficile à expliquer , sur tout l'étude
des Hyerogliphes Monstres deman-
1. Vol.
doit
DECEMBRE. 1733 2559
doit une grande attention et une grande
connoissance, puisqu'un seul pouvoit renfermer
un mystere de Religion , ou la
maniere de réussir dans un Ouvrage scientifique
, au lieu qu'il auroit fallu plusieurs
Hyérogrammes pour enseigner ces
choses ; cependant ces marques- cy firent
évanouir les autres ; kes Arabes , Mahométans
, à qui la Religion ne permettoit
pas d'écrire avec des figures d'hommes
et d'animaux , ne conserverent que les
Hyérogrammes, et quoiqu'ils eussent des
Caracteres Litteraires , ils se servirent des
premiers pour l'expression plus abrégée
et plus simple de leurs opérations Philosophiques
et Chimiques , continuant
par- là de faire de ces marques le même
usage qu'en faisoient les Egyptiens , qui
étoit de montrer par elles , la maniere de
décomposer et de recomposer les Corps
élémentaires. Ces mêmes marques ont
passé jusqu'à nos Phisiciens , qui les emploient
aux mêmes usages.
Le monde et toutes les sciences qu'on
peut acquerir se symbolisoient sous un
Hyerogliphe de figure tres bizare. C'étoit
un Globe avec des aîles , et des Serpens
autour de son Disque ; ce qui fait appeller
ce Hyérogliphe par le Pere Kirker :
Ali-Sphero Serpenti formem. On le voit
I. Vola
C vj paz
2600 MERCURE DE FRANCE
ན
paroître au haut de presque tous les
Obélisques , et on le mettoit là , comme
un titre , qui annonçoit que tout le Discours
qui alloit suivre , n'étoit que pour
instruire des choses connues dans l'Univers
, dont ce Globe volant étoit le type,
du mouvement , er des actions qui agitent
eet Univers .
Les Phéniciens , les Egyptiens et les
Chinois sont les premiers peuples qui firent
usage des Hyerogliphes , et qui leur
donnerent l'arrangement méthodique
dont je viens de parler , les divisant par
Classes , pour s'en servir aux différentes
applications qu'ils avoient à en faire s
leur figure fut d'abord fort simple dans
les premiers temps ; le trafic ne se faisoit
que par l'échange des Denrées; pour
le faire ( quand on n'étoit pas present )
on n'avoit d'autres moyens que d'envoyer
la figure gravée sur quelque chose
de ce qu'on vouloit vendre , et de ce
qu'on vouloit en retour. Un homme ,
par exemple , qui vouloit vendre un
Boeuf pour des Moutons , envoyoit à un
autre homme la figure d'autant de Moutons
qu'il prétendoit en avoir pour l'échange
du Boeuf, l'échange des Oyseaux
et des fruits de la terre se faisoit de même;
un Arbre se désignoit par un Arbre,
J.Val
DECEMBR E. 1733 . 260
et une personne qui auroit voulu faire
couper des Bois , en envoyoit l'ordre par
un Arbre renversé . On verra facilement
par ces seuls exemples, comment un hom
me pouvoit faire sçavoir ses volontez à
un autre , par le moyen des Hyérogli
phes, qui furent les premieres Monnoyes,
quoiqu'il n'eussent point de valeur en
eux-mêmes ; les accidens avoient leur
marque , la maladie avoit la sienne , une
personne qui vouloit faire consulter le
mal dont elle étoit affligée , envoyoit au
Médecin le symbole general de la maladie
, auquel étoit joint le symbole particulier
de la partie du corps qui étoit affectée
; si c'étoit le coeur , on mettoit un
coeur , et un oeil , ou un pied , si c'érbit
l'oeil ou le pied qui fut malade. Cela se
fait encore à peu près de même chez les
Chinois , qui ont beaucoup de Caracteres
figurez pour les mêmes choses , qu'ils
ont besoin d'exprimer.
Suivant l'explication qu'un de nos Académiciens
a donnée de la Fable des Gorgones
, il paroît que ce n'est qu'une action
de commerce que P'on avoit mis par
écrit en Hyérogliphes , et qu'après qu'on
eut perdu l'intelligence de ces marques,
en voyant des Yeux , des Dents , des Serpens
, qui n'étoient que la Relation du
LVel
voya
2602 MERCURE DE FRANCE
yoyage et l'énumération
des Marchandises
qu'une Flotte , partant de la Mer Méditerranée
, avoit rapporté des Terres situées
sur la Mer Océane , où le commerce
l'avoit attiré. On a cru que c'étoit
toute autre chose : et sur cela les Poëtes
composerent une Fiction Historique , où
de ces Gorgones , qui n'étoient que des
Vaisseaux revenus , chargez de Diamans ',
de Poudre d'or , et de Dents d'Eléphans ;
ils en firent des Filles horribles , qui
avoient la tête pleine de Serpens .
Parmi les Hyérogliphes il y en avoit
de plus simples les uns que les autres ;
les simples étoient les figures naturelles ,
véritables , et sans exagération ; au lieu
que les autres étoient des figures de pure
imagination; c'est ceux - cy qui ont donné
naissance à certains monstres qui ne
peuvent point avoir existé ; plusieurs
choses ont pû occasionner l'invention de
ces figures si extraordinaires ; par exemple
, un Chef de Nation qui vainquoit
différens ennemis , marquoit son triomphe
par une Bête allégorique , à qui on
donnoit autant de têtes que ce Chef avoit
terrassé de Peuples, ennemis. Voilà d'où
viennent les ( 1 ) Amphisbenes , les Cerbe-
( 1 ) Serpent qui pique par les deux extrémitez de
son corps.
1. Vol. ECS,
DECEMBRE. 1733 280g.
res et les Hydres , représentez avec 2 , 3 ,
et jusqu'à 7 têtes.
Apollon fut surnommé Pythiep , pour
avoir tué , disent les Mythologues , le Ser
pent Python , Monstre affreux qui s'étoie
formé du Limon échauffé , que les eaux
du Déluge avoient laissé sur la terre d'Egypte
; mais il est plus croyable que cette
Fable est une allégorie d'un effet naturel
que le Soleil opére tous les ans par sa
chaleur , qui desseche le Limon du Nil
et que les Rayons de l'astre sont les Flé
ches qui détruisent une pourriture , qui
infecteroit la terre sans ce secours annuel,
auquel on donna un mérite particulier
la premiere fois qu'on remarqua ce salutaire
effet , wu , en grec , signifie putrefaction
.
J'ai déja dit qu'entre les Hyérogliphes il
y en avoit de plus propres les uns que
les autres à caractériser certaines choses,
ainsi en suivant ce principe , la Religion
devoit avoir les siens , et les actions et
passions humaines les leurs ; ce que je
viens de remarquer des Gorgones , et de
ces guerriers symbolisés par des Monstres
suffira pour faire voir quels pouvoient
être les Hyérogliphes d'actions. Passons
présentement à la connoissance de quelques-
uns de ceux de passion , pour venir
I. Vol.
enfin
2604 MERCURE DE FRANCE
enfin à connoître quels étoient ceux de
Religion .
Il faut distinguer les passions humaines
en actives et en passives ; c'est nous
qui agissons dans les unes et nous recevons
l'action dans les autres les premiers
se symbolisoient par des marques fort
simples et les secondes par de plus composées,
un seul exemple suffira pour preu
ve de ce qu'étoient les dernieres , qui fera
l'explication du Hyérogliphe de la fortune
; cette Divinité fantasque , qui malgré
ses caprices , a toujours été l'objet
des désirs de tous les hommes , elle se
symbolisoit diversement selon le gout, le
sexe , l'âge et la condition de ses adorateurs
; on la faisoit tantôt homme , tantôt
femme , tantôt vieille et tantôt jeune,
en l'invoquant sous des noms qui avoient
rapport à ces changemens de figures.
>
Comme fortune aimée , fortuna primis
genia , elle étoit proprement le hazard
que quelques Philosophes soutenoient
avoir seul servi au débrouillement duz
Cahos . Les autres surnoms de la fortune
étoient , fortuna obsequens , l'obéissante
patrone des gens heureux ; privata , la
médiocre , qui est celle qui contente les
Sçavans ; fortuna mulier et virgo ; celle des
femmes et des filles,fortuna virilis;celle des
I, Vol
hom
DECEMBRE . 1733. 2605
hommes qui se représentoit de sexe mas
culin , il y avoit même la fortune des
vieillards , représentée avec une longue
barbe , et celle-cy étoit sans doute de
toutes les fortunes celle qu'on honoroit
le plus tard .
Cette Divinité se représentoit en general
avec tout l'appareil significatif des
effets que ses caprices produisoient dans
le monde , montée sur une roue, avec des
aîles sur le dos , un bandeau sur les yeux,
ses cheveux assemblez sur le devant de
la tête , et chauve par derriere , tout cela
pour montrer son instabilité , son inconstance
, son aveuglement dans la dispensation
de ses dons , et la difficulté de
la ratraper quand elle nous a tourné le
dos ; on lui mettoit aussi un Globe en
une main , et un Gouvernail ou une Corne
d'abondance en l'autre , pour mon
trer qu'elle gouverne le Monde , et y répand
les biens à sa volonté , ce qui étoit
encore signifié par un Soleil et une Lune
qui accompagnoient sa tête ; enfin cette
Deïté , qui est , pour ainsi dire, l'ame du
monde , pouvoit- elle manquer d'être fi
gurée par un Hierogliphe des plus composez
? C'est peut- être celui qui donna
l'idée de faire les figures panthées dont
je parlerai bien-tôt.
1. Vet. Quan
2606 MERCURE DE FRANCE
:
Quant aux Hierogliphes des passions
actives qui sont au - dedans de nous - mê
mes , ils étoient tous simples quand on
n'avoit à lés représenter que chacun séparément
; la Genisse , l'Agneau , la Colombe
, la Tourterelle , & c. marquoient
la pureté , l'innocence , l'amitié et la
constance. La virginité paroissoit sous la
marque d'une fille échevelée , vétuë de
blanc , les Vertus étoient symbolisées par
des Animaux de figures aimables , et les
vices , au contraire , étoient figurez par
des Animaux affreux , dont la seule vûe
causoit de l'horreur ; la Religion Chrétienne
a conservé ces usages , on a dé
signé les pechez capitaux par les plus
hideuses bêtes que nous connoissions , à
l'imitation des Anciens qui inventerent
des Monstres qui n'existoient point, pour
dépeindre les vices avec des couleurs plus
effrayantes.
Ils imaginerent un Basilic qui tuë de
son regard ; un Serpent qui empoisonne
de son écume toutes les herbes où il se
traîne; une infinité d'autres bêtes affreuses
étoient les Symboles des deffauts les plus
nuisibles à la Societé , comme la calomnie
, le mensonge et d'autres ; l'Hiene
étoit la marque de la cruauté ; et comme
les femmes ne sont pas exemptes de ce
I. Vol. vice
DECEMBRE . 1733. 2607
vice , on fit cet Animal hermaphrodite.
Toutes ces Images que je viens de représenter
, étoient simples ; mais quand
il falloit caracteriser en un même Symbole
plusieurs vices ou plusieurs vertus ,
il falloit bien composer un Hierogliphe
dans lequel les Symboles particuliers de
toutes ces choses entrassent , et cela formoit
des Panthées de passions , semblables
aux Panthées sacrez.
L'Antiquité eut des Héros et des braves
, qui ainsi que nos Chevaliers Errans
du temps de Charlemagne , se dévoüoient
à passer leur vie en courant le Monde
pour secourir les foibles et purger la Terre
des brigands , qui en étoient les veritables
Monstres ; tels furent parmi les
Gercs Hercule , Thesée , Jason , Persée ,
et autres. Je métonne que les Auteurs
zelez pour la gloire de notre ancienne
Chevalerie , ayent borné son origine
aux Chevaliers Romains , et qu'ils ne
l'ayent pas remontée jusqu'aux demi-
Dieux de la Grece , nos vieux Romanciers
leur en avoient donné l'ouverture ,
par le merveilleux qu'ils ont répandu sur
les avantures de nos valeureux Paladins ,
Renaud , Roland et Amadis , en leur
fournissant à point nommé des montures
diaboliques pour les conduire plus
par
B.I. Vel
prem
2303 MERCURE DE FRANCE
promptement vers les Géants qu'ils devoient
exterminer , à l'exemple des Poëtes
Grecs qui trouvoient des Pégases pour
en fournir fort à propos aux Deffenseurs
des Dames , télles qu'Andromede et Hésione.
Michel de Cervantes et Rabelais , pour
se mocquer des idées folles des Auteurs
de Romans , ont imaginé les Oriflants ,
les Hippogriphes et les Chevillards , don't
ils ont parlé , l'un dans son Don Quichote
, et l'autre dans son Gargantua .
›
Ce sont ces Chevaux ailez de la Fable
qui ont pû persuader qu'il y avoit des
Licornes ( autres animaux aussi fabuleux )
il est aisé de voir de quelle source partoit
cette fausse persuasion . L'Yvoire venoir
, à ce qu'on disoit d'une Corne de
bête qui se trouvoit en Afrique et
Pline dans son Histoire Naturelle ( L. 8.
C. 21. ) admet des Chevaux volants et
des Chevaux à Cornes , à qui il donne
également le nom de Pégase , et les fait
trouver en Ethiopie , Pays voisin des
Monts Athlas , où Persée eut occasion
de se servir d'un de ces Chevaux . Æthiopia
generat , multaque alia Monstro similia
Pennatos equos et Cornibus armatos
quos Pegasos vocant ; ce Passage ne m'empêchera
pas de conclure que , puisque
I. Vol. los
DECEMBRE . 1733. 2609
tes Pégases sont chimeriques , les Licornes
ne le sont pas moins , et la description
que continue d'en faire le méme
Auteur , achevera de prouver que ces
Animaux ne doivent être regardez que
comme des chimeres , ou plutôt ce sont
des Hierogliphes qui ont eu cette forme
, la Licorne a pû êrre une image
Panthée propre à désigner la fécondité
cu les perfections dans le genre animal ,,
elle avoit le corps d'un Cheval , la tête
d'un Cerf , les pieds d'Elephant , sa
queue d'un Sanglier , avec une corne de
deux coudées de long , placée au milieu
du front.
"
L'Auteur promet la suite.
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Résumé : DES HIEROGLYPHES, et de leurs usages dans l'Antiquité. Discours où l'on fait voir qu'ils sont l'origine de tous les Monstres et de tous les Animaux chimeriques dont les Anciens nous ont parlé. Par M. Beneton de Perrin.
Le texte 'Des hiéroglyphes, et de leurs usages dans l'Antiquité' de M. Beneton de Perrin explore l'origine et l'évolution des hiéroglyphes. Les premiers hommes, limités par la communication orale, inventèrent des figures pour représenter leurs pensées, appelées hiéroglyphes. Ces figures servaient à exprimer les actions et les passions, formant un langage muet. Les Grecs nommèrent ces figures hiéroglyphes, dérivant du terme 'sacra sculptura' car les prêtres les utilisaient pour écrire sur la religion et envelopper les mystères. Les hiéroglyphes se multiplièrent avec le perfectionnement du langage et des sciences. Ils sont distingués en deux classes : les hiéroglyphes animés, représentant des formes de bêtes ou de plantes, et les hiéroglyphes inanimés, ou hiérogrammes, qui étaient des figures fantaisistes formant souvent les lettres alphabétiques. Les Chaldéens, observant les cieux, traçaient des figures correspondant aux constellations, nommant des amas d'étoiles comme le Sagittaire ou la Vierge. Les Grecs nommèrent également des constellations d'après leurs héros, notamment les Argonautes. Cette personnification des astres conduisit à l'idolatrie, où les figures taillées et les symboles hiéroglyphiques devinrent respectables. L'idolatrie s'intensifia avec la déification des hommes illustres, comme Apollon ou Esculape, et des arts qu'ils inventèrent. Les hiéroglyphes devinrent complexes, signifiant parfois trois choses différentes : sacrée, mécanique, et personnelle. Par exemple, une hache sur un tombeau pouvait désigner un ouvrier ou une personne protégée par un dieu. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour conserver la connaissance de la religion, des sciences et de l'histoire. Leur interprétation est rendue difficile par le mélange des hiéroglyphes et des hiérogrammes. Le texte souligne l'importance de distinguer ces figures pour éviter les erreurs historiques et les interprétations trompeuses. Les hiéroglyphes représentaient des concepts complexes et des principes philosophiques, comme Orimase et Arimane chez les Perses, et Osiris et Tiphon chez les Égyptiens, symbolisant les forces du bien et du mal. Les hiérogrammes, des marques plus simples comme le cercle, le triangle, et la croix, ont évolué pour former des caractères littéraires utilisés dans l'écriture courante. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour représenter des idées abstraites et des concepts religieux, souvent difficiles à interpréter et nécessitant une grande connaissance pour être compris. Les Arabes, en raison de leurs restrictions religieuses, ont conservé les hiérogrammes pour des usages philosophiques et chimiques, une pratique adoptée par les physiciens modernes. Le texte mentionne également un hiéroglyphe particulier, un globe ailé avec des serpents, souvent trouvé sur les obélisques, symbolisant l'univers et ses mouvements. Les Phéniciens, les Égyptiens et les Chinois sont cités comme les premiers peuples à avoir utilisé les hiéroglyphes de manière méthodique. Les hiéroglyphes étaient utilisés pour diverses applications, comme le commerce et la médecine. Par exemple, une figure d'un animal ou d'une partie du corps pouvait indiquer une maladie ou une demande de traitement. Les hiéroglyphes étaient également utilisés pour représenter des passions humaines, des vertus et des vices, souvent symbolisés par des animaux. Le texte explore également les hiéroglyphes liés à la fortune, représentée par une divinité capricieuse et instable, souvent figurée avec une roue, des ailes et un bandeau sur les yeux. Les passions actives et passives étaient symbolisées par des marques simples ou composées, respectivement. Enfin, le texte compare les héros grecs, comme Hercule et Thésée, aux chevaliers errants de la chevalerie médiévale, notant les similitudes dans leurs quêtes pour secourir les faibles et combattre les monstres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
27
p. 2672-2675
AVIS touchant un Supplement aux Mémoires de l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Les Libraires qui avoient entrepris l'Edition du Recueil des Memoires de l'Académie des Sciences [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Mémoires, Machines, Libraires, Animaux, Histoire des animaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS touchant un Supplement aux Mémoires de l'Académie Royale des Sciences.
AVIS touchant un Supplement aux Mèmoires
de l'Académie Royale des Sciences.
Les Libraires qui avoient enrrepris l'Edition du
Recueil des Memoires de l'Académie des Sciences
depuis son établissement en 1666. jusqu'à son
renouvellement en 1699. compris en 13. vol.
in 4. se flattent d'avoir rempli leurs engagemens
a la satisfaction du Public. Le même zele les
porte à proposer une Suite qui rendra cet ancien
Recueil plus complet , et qui se liera naturellement
avec les Mémoires donnez depuis 1699.
dont elle facilitera Pusage.
Cette Suite sera composée des Ouvrages suivans
.
1º. La troisiéme Partie des Memoires pour sexvir
à l'Histoire des Animaux , rédigée par feu M.
Perrault ; et qui n'a jamais parû . Les Figures ont
été gravées sur les Desseins originaux de cet
Académicien. On trouvera dans ce volume la
Description de seize Animaux ; sçavoir :
I
I. Le
DECEMBRE. 1733. 267)
1. Le Tigre.
2. La Panthere.
3. La Palette.
4. La Marmotte .
J. Le Loir.
6. Le Becharu.
7. La Poule Sultane.
8. L'Ibis
9. La Cigogne.
10. La Salamandre.
11. Le Lézard- écaillé.
12. L'Elephant.
13. Le Crocodile.
14. Le Pelican .
15. LOiseau Royal
16. Le Griffon.
ce qui fera 32. Planches de la grandeur de celles
des deux premieres Parties.
2. Un volume de Tables des Matieres contetenues
dans tous les tomes de l'ancien Recueil
depuis 1666. jusqu'en 1699 , dans laquelle Table
Les matieres de la troisiéme Partie de l'Histoire
des Animaux seront comprises ,
3º. Un autre volume de Tables des Matieres.
des Memoires de l'Académie , depuis et compris
1721. jusques et compris 1730,
Les Libraires n'entreprendront point de faire
connoître l'importance de ces Ouvrages dont
Putilité se fait assez sentir. Il leur suffit de
pros
mettre de leur part les mêmes soins et la même
exactitude pour ces nouveaux volumes qu'ils ont
employez dans l'execution des 13. tomes qu'ils
ont distribuez au Public.
Quoiqu'il semble qu'il n'y auroit rien à desirer
de plus pour la perfection des Recueils de
l'Académie , on s'est neanmoins apperçû qu'il y
manquoit une Partie très - essentielle . C'est la Représentation
de toutes les Machines ou Inventions
présentées à l'Académie , et qui ont été
honorées de son approbation depuis son établis-
-sement jusqu'à present ; et qu'on trouve seule
ment indiquées à la fin de l'Histoire de chaqueannée.
Cette refléxion communiquée aux mêmes
Libraires par des personnes éclairées , les a en-
La Vol gagé
2674 MERCURE DE FRANCE
gagez à demander le consentement de l'Academie
pour cette nouvelle entreprise. L'ayant obteau , ils
ont travaillé sous les ordres de cet illustre Com «
pagne , qui a nommé Messieurs de Reaumur et
de Mairan pour Commissaires ; ils ont formé un
Recueil complet de ces Machines , dont ils ont
fait graver depuis quatre ans , environ quatre
cent Planches.
M. Golin , de la même Académie , a revû les
Machines gravées et leurs Descriptions , qui avec
les Desseins , ont été fournies par M. Gallon que
l'Académi : avoit agréé pour ce travail . Elles
sont en état d'ètre exposées à la curiosité de ceux
qui voudront prendre la peine de les venir voir
chez lesdits Libraires. Ce nouvel Ouvrage sera
divisé en six volumes in 4. de la même grandeur
que ceux des Recueils de l'Académie .
Après cet Exposé , les Libraires ont crû devoir
proposer une suite de Souscription en faveur de
ceux qui ont souscrit précedemment .
Les neuf volumes , sçavoir , les trois de supplé
ment aux Mémoires de l'Académie , et les six des
Machines , seront fournis dans le courant de
Pannée 1734 .
Le payement s'en fera de la maniere qui suit
En souscrivant ,
En recevant les 3. vol. des Memoires ,
En recevant les 6. volumes dés Machines
Ceux qui souhaiteront souscrire pour
les Machines , séparement payeront
en souscrivant
30. liv.
30 liv.
30. liv.
90. liv.
36. liv.
En recevant les 6. vol. pareille somme de 36. liv.
72. live
Ceux qui n'auront pas souscrit payeront les
I. Vol.
neuf
DECEMB -R-E ; ~ 1733. · 2674
neuf volumes en feuilles tro. liv. er pour le
Recueil des Machines séparément , aussi c
feuilles 120. liv.
Le prix des treize tomes distribuez au Public
lesquels par leur étendue ne peuvent se partager
en quinze volumes , est pour ceux qui n'ont pas
souscrit , de 180. liv, en feuilles .
On pourra souscrire jusqu'au premier Février
1734. chez G. Martin , Coignard fils , et Guerin
Taine , raë S. Jacques.
de l'Académie Royale des Sciences.
Les Libraires qui avoient enrrepris l'Edition du
Recueil des Memoires de l'Académie des Sciences
depuis son établissement en 1666. jusqu'à son
renouvellement en 1699. compris en 13. vol.
in 4. se flattent d'avoir rempli leurs engagemens
a la satisfaction du Public. Le même zele les
porte à proposer une Suite qui rendra cet ancien
Recueil plus complet , et qui se liera naturellement
avec les Mémoires donnez depuis 1699.
dont elle facilitera Pusage.
Cette Suite sera composée des Ouvrages suivans
.
1º. La troisiéme Partie des Memoires pour sexvir
à l'Histoire des Animaux , rédigée par feu M.
Perrault ; et qui n'a jamais parû . Les Figures ont
été gravées sur les Desseins originaux de cet
Académicien. On trouvera dans ce volume la
Description de seize Animaux ; sçavoir :
I
I. Le
DECEMBRE. 1733. 267)
1. Le Tigre.
2. La Panthere.
3. La Palette.
4. La Marmotte .
J. Le Loir.
6. Le Becharu.
7. La Poule Sultane.
8. L'Ibis
9. La Cigogne.
10. La Salamandre.
11. Le Lézard- écaillé.
12. L'Elephant.
13. Le Crocodile.
14. Le Pelican .
15. LOiseau Royal
16. Le Griffon.
ce qui fera 32. Planches de la grandeur de celles
des deux premieres Parties.
2. Un volume de Tables des Matieres contetenues
dans tous les tomes de l'ancien Recueil
depuis 1666. jusqu'en 1699 , dans laquelle Table
Les matieres de la troisiéme Partie de l'Histoire
des Animaux seront comprises ,
3º. Un autre volume de Tables des Matieres.
des Memoires de l'Académie , depuis et compris
1721. jusques et compris 1730,
Les Libraires n'entreprendront point de faire
connoître l'importance de ces Ouvrages dont
Putilité se fait assez sentir. Il leur suffit de
pros
mettre de leur part les mêmes soins et la même
exactitude pour ces nouveaux volumes qu'ils ont
employez dans l'execution des 13. tomes qu'ils
ont distribuez au Public.
Quoiqu'il semble qu'il n'y auroit rien à desirer
de plus pour la perfection des Recueils de
l'Académie , on s'est neanmoins apperçû qu'il y
manquoit une Partie très - essentielle . C'est la Représentation
de toutes les Machines ou Inventions
présentées à l'Académie , et qui ont été
honorées de son approbation depuis son établis-
-sement jusqu'à present ; et qu'on trouve seule
ment indiquées à la fin de l'Histoire de chaqueannée.
Cette refléxion communiquée aux mêmes
Libraires par des personnes éclairées , les a en-
La Vol gagé
2674 MERCURE DE FRANCE
gagez à demander le consentement de l'Academie
pour cette nouvelle entreprise. L'ayant obteau , ils
ont travaillé sous les ordres de cet illustre Com «
pagne , qui a nommé Messieurs de Reaumur et
de Mairan pour Commissaires ; ils ont formé un
Recueil complet de ces Machines , dont ils ont
fait graver depuis quatre ans , environ quatre
cent Planches.
M. Golin , de la même Académie , a revû les
Machines gravées et leurs Descriptions , qui avec
les Desseins , ont été fournies par M. Gallon que
l'Académi : avoit agréé pour ce travail . Elles
sont en état d'ètre exposées à la curiosité de ceux
qui voudront prendre la peine de les venir voir
chez lesdits Libraires. Ce nouvel Ouvrage sera
divisé en six volumes in 4. de la même grandeur
que ceux des Recueils de l'Académie .
Après cet Exposé , les Libraires ont crû devoir
proposer une suite de Souscription en faveur de
ceux qui ont souscrit précedemment .
Les neuf volumes , sçavoir , les trois de supplé
ment aux Mémoires de l'Académie , et les six des
Machines , seront fournis dans le courant de
Pannée 1734 .
Le payement s'en fera de la maniere qui suit
En souscrivant ,
En recevant les 3. vol. des Memoires ,
En recevant les 6. volumes dés Machines
Ceux qui souhaiteront souscrire pour
les Machines , séparement payeront
en souscrivant
30. liv.
30 liv.
30. liv.
90. liv.
36. liv.
En recevant les 6. vol. pareille somme de 36. liv.
72. live
Ceux qui n'auront pas souscrit payeront les
I. Vol.
neuf
DECEMB -R-E ; ~ 1733. · 2674
neuf volumes en feuilles tro. liv. er pour le
Recueil des Machines séparément , aussi c
feuilles 120. liv.
Le prix des treize tomes distribuez au Public
lesquels par leur étendue ne peuvent se partager
en quinze volumes , est pour ceux qui n'ont pas
souscrit , de 180. liv, en feuilles .
On pourra souscrire jusqu'au premier Février
1734. chez G. Martin , Coignard fils , et Guerin
Taine , raë S. Jacques.
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Résumé : AVIS touchant un Supplement aux Mémoires de l'Académie Royale des Sciences.
L'avis concerne un supplément aux Mémoires de l'Académie Royale des Sciences, couvrant la période de 1666 à 1699. Les libraires, ayant déjà publié 13 volumes, proposent une suite pour compléter et faciliter l'usage de cet ancien recueil. Cette suite inclut trois ouvrages principaux : la troisième partie des Mémoires pour servir à l'Histoire des Animaux, rédigée par feu M. Perrault et contenant des descriptions de seize animaux illustrés par 32 planches ; un volume de tables des matières pour les tomes de 1666 à 1699, incluant la troisième partie de l'Histoire des Animaux ; et un autre volume de tables des matières pour les Mémoires de l'Académie de 1721 à 1730. Les libraires soulignent également l'absence d'une représentation des machines et inventions approuvées par l'Académie depuis sa création. Ils ont obtenu le consentement de l'Académie pour publier un recueil complet de ces machines, avec environ quatre cents planches gravées sous la supervision de M. Golin et M. Gallon. Ce nouvel ouvrage sera divisé en six volumes. Les libraires proposent une souscription pour les neuf volumes (trois de supplément aux Mémoires et six des Machines) à livrer en 1734, avec des modalités de paiement spécifiques. Les souscriptions seront acceptées jusqu'au 1er février 1734 chez G. Martin, Coignard fils, et Guerin Taine, rue Saint-Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 627-640
SUITE de la Lettre de M. D. B. contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes.
Début :
Dans le 12. Article pag. 57. M. de la Baïsse tâche de montrer qu'il résulte [...]
Mots clefs :
Air, Circulation de la sève dans les plantes, Sève, M. de la Baïsse, Plante, Plantes, Moelle, Animaux, Bois, Animaux, Poumons, Arbres, Suc, Eau, Action
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. D. B. contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes.
SUIT E de la Lettre de M. D. B. contenant
l'Analyse de la Dissertation sur la
circulation de la Séve dans les Plantes.
D
Ans le 12. Article pag. 57. M. de la
Baïsse tâche de montrer qu'il résuite
principalement de ses observations
et de ses expériences que l'analogie qu'on
avoit d'abord soupçonnée entre la maniere
de végeter des Plantes et celle des animaux
est beaucoup plus grande encore
qu'on ne se l'étoit imaginé: voici un échantillon
des vûës de ce Physicien sur cètte
matiere.
>
Le suc terrestre entre dans les filets de
la racine par les pores peu serrez de l'écor
ce comme par autant de bouches; il y reçoit
une premiere digestion semblable à celle
que la nourriture de l'animal reçoit par
la mastication ; des bouches de l'écorce
le suc passe dans les fibres ligneuses de la
racine , qui comme autant d'oesophages
servent de canaux à porter la nourriture
au principal estomach de la Plante , scitué
au noeud ou insertion de la tige , avec la
racine suivant l'observation de M. de
la Baïsse , les fibres ligneuses repliées circulairement
à cet endroit
.>
tourmentent le
A iiij
suc
628 MERCURE DE FRANCE
suc qu'elles contiennent et lui donnent
une deuxième façon assez semblable à
celle que reçoit la nourriture dans l'estomach
: de plus les liqueurs qui s'y jettent
doivent y causer des fermentations , et le
bassin situé au milieu de ce noeud peut
par les dilatationsdu liquide qu'il contient ,
causer des pressions ou mouvemens vermiculaires
dans cette espece d'estomuch , qui.
ne représenteroient pas mal le mouvement
peristaltique de cet intestin dans les animaux.
Toutes les articulations des branches
avec les tiges sont des nauds et doivent
être regardées comme autant de
moindres estomachs , dont la structure et
les fonctions sont précisement les mêmes.
Les duretez pierreuses nommées nauds
sont analogues aux pierres qui se forment
souvent dans les visceres des animaux .
De l'estomach des animaux la nourriture
plus qu'à moitié digerée , passe dans les
boyaux où le discernement acheve de se
faire du noeud de la tige , le suc passé
dans les fibres de la portion ligneuse , où
s'acheve la digestion . M. de la Baïsse a eu
grand soin de faire observer qu'entre ces
canaux ligneux des Plantes et les boyaux
des animaux il se trouve des differences
remarquables ; car les entrailles de l'animal
sont repliées sans division et n'ont
qu'une
AVRIL 1734. 629
qu'une voye par où elles se déchargent ,
au lieu que celles des Plantes se divisent
en plusieurs branches , et se terminent
en une infinité d'orifices imperceptibles
par où se vuident leurs excremens . Ces excremens,
suivant cet Auteur,dans quelques
Plantes sont aisez à distinguer ; dans les
ficoides , par exemple , ce sont les perles
qui les couvrent de tout côté ,
la poussiere
ou fleur qui se trouve sur les fruits
et les feuilles de plusieurs Arbres sont
aussi des excremens de même que la
manne et le Lodanum .
Des boyaux de l'animal , le suc nourricier
se serre en passant dans les veines
lactées pour êe conduit de-là dans des
reservoirs particuliers , et ensuite dans la
masse du sang. Des fibres ligneuses ,
le
suc le mieux digeré se filtre dans les feuilles
et les fleurs de plusieurs Plantes , passe
ensuite par des canaux collateraux dans
les utricules voisins et delà dans la masse
des liquides .
» Jusques- là , s'écrie avec enthousiasme
» M. de la Baïsse ; j'ai suivi ou plutôt j'ai
» vû de mes yeux le cours du suc nour-
» ricier des Plantes , j'ai même mis tout le
>> monde en état de voir comme moi à quel
» point se res emble l'animal et la Plante
» dans les premieres préparations de ce
A v » Suc,
630 MERCURE DE FRANCE
» suc ; mais puisque les yeux ont conduit
» si loin cette analogie , n'a t'on pas droit
» de conclure qu'elle ne se dément point
» dans toute la suite des distributions se-
» condaires des liquides : Cette seule raison
» pourroit suffire pour conclure que la
» séve digerée et portée hors des premiers
» canaux doit circuler dans la Plante
» comme le chile porté dans le sang , et
» transformé en ce liquide , circule dans
» l'animal ; cependant je crois, avoir assez ·
» bien prouvé indépendamment de cette
>> raison l'existance d'un suc descendant
» dans les Plantes et la communication
» de celui qu'on y voit monter . » C'est .
ainsi que finit M. de la Baïsse en s'applaudissant
de ses grandes découvertes
malgré la difficulté de la matiere.
Art. 13. pag. 62. Il ajoute cépendant
encore à sa dissertation un treizième article,
dans lequel il renferme quelques petites
échapées d'imagination pour le dédommager
d'un travail plus rude qu'on ne pense. La
nourriture terrestre des Plantes est mêlée,
selon lui,de plusieurs principes héteroge
nes. L'eau en est le premier vehicule ,
elle ramollit la semence et met les sels en
action , les sels entraînent après . eux les
parties oleogineuses qui enveloppent dans
leurs branchages quantité de parties terrest
res
AVRIL 1734 . 631
restres , tout cela se mêle dans la Plante
et y reçoit par les fermentations et filtrations
différentes les façons nécessaires
pour devenir un suc loüable. M. de la
Baïsse dit qu'il ne borne pas là ses conjectures
, toutes ces parties héterogenes ne
seront après tout qu'à la nutrition de la
Plante , et la nutrition dans les Plantes
comme dans la végetation de l'animal , ne
fait qu'une partie moins nécessaire que ne
l'est la respiration ; en effer , qu'est- ce
qu'une Plante ? C'est une machine dont les
ressorts cachez opérent tous les mouvemens .
que nous , y découvrons ; il faut une force
qui regle ses mouvemens à peu près
و
comme le fait le balancier dans les Montres
et on ne peut trouver cette force
que dans une respiration continue qui
consiste dans un jeu réciproque de l'air
extérieur et de l'air intérieur , et par conséquent
qui produit une double action ,
capable de bander et de débander les
ressorts avec regle et mesure ; ce n'est
jusques là que la vûë generale du sistême,
en voici le détail .
Dans les Plantes l'air entre avec le suc,
et il se sépare de la séve dès son entrée ;
lorsqu'il est une fois débarrassé , il va se
rendre dans les trachées , et les trachées
se terminent à la moëlle , afin d'y attirer
A vj
Pais
632 MERCURE DE FRANCE
l'air non seulement des extrémitez des
racines , mais encore de tout le contour
extérieur du tronc , où elles aboutissent.
Il est bon de remarquer que nous devons
la connoissance de cette merveilleuse
disposition des trachées à M. de la Baïsse.
L'analogie la lui a sans doute fait imaginer
; car il observe que les arbres ont
une ressemblance marquée avec les chenilles
qui respirent par les bouches qu'elles
ont de part et d'autre dans toute la
longueur de leurs flancs .
La moelle paroît à notre Auteur être
destinée aux mêmes usages dans les
Plantes , que les poulmons dans les animaux,
parce que la substance de la moelle
est spongieuse et que les trachées y por
tent l'air dans toutes les cellules comme
la trachée artere dans les poulmons. Le
suc digeré qui du sommet de la Plante se
répand dans la moëlle , y reçoit par son
mélange avec l'air une préparation semblable
à celle que donne dans les poulmons
l'air au sang ; et comme le sang
passe du ventricule droit du coeur dans
les poulmons et des poulmons revient au
ventricule gauche ; de même il aa paru
M. de la Baïsse dans quelques Plantes
dont la moëlle est renfermée entre deux
noeuds , que du noeud supérieur le suc
à
pas
A VRI L. 633 1734.
passoit à la moëlle et de la moëlle au
noeud inférieur ; d'où il a jugé que ces
noeuds sont comme le coeur de la Plante
dont le supérieur fait à quelques égards
la fonction du ventricule droit et l'inférieur
celle du gauche . Je doute qu'on se
fut jamais attendu à une pareille analogie
entre les Plantes et les animaux. Il y a
cependant suivant notre Physicien , une
différence bien remarquable entre la
Plante et l'animal ; car il se forme dans
les Plantes successivement de nouveaux
poulmons et de nouveaux coeurs souvent
aux dépens des anciens qui se détruisent.
Il est vrai qu'on trouve dans certains
animaux des singularitez qui ont quelque
rapport à celle- ci , puisqu'on en connoît
qui poussent de nouveaux membres,
et quelques - uns même qui changent
d'estomach ; mais certe multiplicité de
parties , essentielle dans une même Plante
est admirable ; elle est , dit M. de la
Baïsse , la cause primitive par laquelle les
fragmens des Plantes deviennent si aisément
des Plantes entieres , parce que
chaque Plante peut être regardée comme
un assemblage de plusieurs réunies sculement
par la continuité des canaux.
L'air introduit dans la Plante doit cn
être exhalé , c'est suivant M. de la Baïsse
d'en634
MERCURE DE FRANCE
1
d'entre les nouvelles feuilles qui terminent
les branches , et du milieu des fleurs,
que sort cet air : voici les raisons de sa
conjecture. Les boutons à fleurs ou à
feuilles ne peuvent s'ouvrir que par un
air qui s'insinue entre deux aussi ces
boutons se gonflent avant de s'épanouiir
et par une imitation aveugle de la nature,
lorsqu'on veut faire ouvrir une Rose ,
on souffle dedans pour en faire écarter ies
petales ; ce que nous faisons par dehors
l'arbrisseau le fait par dedans , en y
poussant l'air surabondant qu'il chasse de
ses poulmons. 2 ° . L'épanouissement se
fait selon notre Auteur le matin οι le
soir ; ainsi on ne peut attribuer cet effet
ni à la force du Soleil ni à la chaleur
extérieure. 3 ° . L'odeur qui s'exhale des
boutons nouvellement épanouis , ne peut
venir que d'un air qui sort du corps de
la Plante ; enfin certaines odeurs ne sortent
qué par intervalles et comme par
bouffées , ce qui n'imite pas mal la respiration
alternative des animaux, et qui doit
sans doute provenir d'une semblable cause,
ce qu'il y a de sûr , dit M. de la Baïsse ,
c'est que les Plantes ont un grand besoin
d'air , qu'elles ne peuvent s'en passer ,
qu'il y a une action réciproque entre l'air
extérieur et l'intérieur , et qu'il y a de
l'air
AVRI L. 1734 635
Pair renfermé dans les concavitez de la
Plante , et surtout dans les vessicules de
la moëlle .
,
De la différente action de l'air sur les
Plantes , M. de la Baïsse veut déduire tous
les Phénomenes de la végetation des
Plantes pendant les quatre Saisons de
l'année. Voici ce qu'il dit : pendant l'hyver
les sucs de la terre n'ont aucun mouvement
, l'air intérieur se trouve comprimé
par le froid , les pores de l'écorce
et du bois sont trop resserrés , ils sont de
plus bouchez par les sucs qui s'y sont
figez ; ainsi l'air extérieur ne peut entrer,
l'action des deux airs cesse , l'arbre par
conséquent ne pousse plus et toute son
action est suspendue. Ce sçavant Physicien
a sans doute oublié que c'est pendant
l'hyver que les bourgeons et les racines
poussent ; An.gros de l'Eté les pores
sont trop ouverts , il y a une communi-
Ication trop libre d'un air avec l'autre ,
d'où suit ,selon notre Auteur , équilibre et
inaction . Au Printems par la chaleur du
Soleil l'air intérieur est dilaté , les pores
ne sont pas bien débarrassez des sucs qui
s'y étoient figez . Pendant l'hyver la fraîcheur
de la nuit survient ; elle le resserre
et comprime l'air par dehors , l'air inté-
.rieur n'a pû encore se refroidir . il en fait
done
836 MERCURE DE FRANCE
donc plus d'effort , il se jette de toutes
parts , il pousse les sucs , il perce
l'écorce,
et c'est ainsi que selon M. de la Baïsse,
l'arbre se renouvelle , que les boutons se
développent et que les feuilles se déployent.
A la fin de l'Eté ou au commencement
de l'Automne , la fraîcheur des
nuits opére le même effet dans les arbres,
ce qui produit la deuxième séve dans
cette action et réaction de l'air , comme
aussi dans les vicissitudes de ressort et de
pésanteur du même air consiste toute
l'oeconomie végetable . Aussi M. de la
Baisse dit qu'il a remarqué après M. Duhamel
( Mem . de l'Académie Royale
des Sciences 1729. ) que les Plantes aquatiques
quoique dans l'eau , croissent plus
sensiblement dans les tems de pluye ,
M. de la Baïsse aussi bien que M. Duhamel
auroenit dû nous dire pourquoi on
n'a jamais observé un si grand nombre de
Plantes aquatiques que pendant les années
séches , surtout en 1731 et 1733. Ainsi
que l'a fait remarquer l'illustre M. de
Jussieu l'Aîné,dans un Mémoire qu'il lut
à la derniere rentrée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
Sur les principes que nous venons
d'exposer après notre Auteur , il prétend
expliquer aisément plusieurs Phénomenes ,
d'Ag i
}
AVRIL 1734 637
d'Agriculture et de Botanique. 1 ° . On
foüit profondement la terre au pied des
jeunes arbres, on laboure avant que de
semer dans les Jardins il faut souvent
renverser la terre , à quoi bon tous ces
labours. M. de la Baïsse répond * que c'est
pour fournir aux Plantes l'air dont elles
ont besoin ; car la terre en s'affaissant par
son propre poids force l'air à entrer
dans les pores des racines ; et comme cet
air s'épuise, il faut en introduire de nouveau
; c'est précisément ce qu'on fait en
remuant la terre , aussi quand les racines
des arbres sont trop profondes , il est
inutile de labourer , et pour lors l'écorce
gersée ouvre à l'air des passages suffisans .
2º . Dans les vieux arbres il n'y a que
les extrémitez qui végetent , parce que
cesseules parties contiennent de la moëlle ,
et par conséquent sont les seules pourvues
des réservoirs d'air nécessaires à la
* La même chose avoit été avancée par Borelli
de motu animal. part. 2. prop. 181. par M. Astruc
, trait. de motu fermentat . causâ p . 125.
dans le Journal de Trévoux Mars 1722. art. 25. et
M. Attier le jeune , qui rappelle le sentiment de
tous ces Auteurs , admet pour cause de la fertilité
de la terre la matiere étherée . V.la Relat. de l'Assemblée
publique de l'Académie des Sciences et
belles Lettres de Beziers , du Jeudi 12 Avril 1731 .
in 4. P. 2. }
vége638
MERCURE DE FRANCE
végetation . A l'égard.des arbres dont let
tronc est usé et la moëlle cariée , ce sont,
dit notre sçavant Physicien , des pulmoniques
qui ont une partie considérable de
leurs poulmons gâtée , et qui ne laissent
pas que de vivre. 3 ° . Les petites pluyes
servent plus à l'accroissement des Plantes
que les grandes. Jamais avant M. de la
Baïsse on n'en a donné une bonne raison ;
cependant rien ne lui paroît plus consé
quent dans son systême ; car dans les
petites pluyes les goutes d'eau doivent
emmener autour d'elles un tourbillon
d'air proportionné à leur surface 3
et
comme elles font plus de surface, le tourbillon
doit être plus grand , ainsi elles
font insinuer en terre plus d'air. 4 ° . Par
la même raison les Plantes aquatiques ,
selon notre Auteur ,sur tout celles des Eaux
dormantes , profitent beaucoup en tems
de pluye ; car outre l'effet que produisent
les variations de l'air , il faut faire attention
que l'air renfermé dans les eaux des
étangs s'épuise , tant par la consomption
qu'en font les Plantes , que par la chaleur
de la Saison ; ainsi les goutes de pluye
en tombant labourent la surface de l'eau , et
insinuent l'air dans les creux qu'elles.
font. Par - là les Plantes reçoivent un secours
nécessaire à leur respiration épuisée;.
il
AVRIL. 1734. 639
il est bien triste pour un Physicien de
s'être mis l'esprit à la torture , pour enfanter
l'explication d'un fait qui est faux .
5°. Quand on a mis du gros bois au feu
il s'y fait des fentes irrégulieres qui tendent
au centre de l'arbre : ces fentes sont
justement , si on en veut croire M. de la
Baïsse , les routes de l'air extérieur pour
s'insinuer dans l'arbre quand il est sur
pied. Pour qu'un bois brule bien il ne
faut pas qu'il soit privé de cet air , aussi
un bois mort sur pied ne brule pas bien,
parce qu'il se trouve dépourvû d'air.
Un bois flotté ne brule pas mieux, parce
que l'eau en a chassé l'air et les sels . Ap .
paremment dans le Pays de M. de la
Baïsse on ne brule point de bois flotté
car il nous auroit parlé plus juste sur la
qualité de ce bois .6. Il faut tremper dans
l'eau leChêne,leNoyer, et quelques autres
arbres avant de les employer en oeuvre ,
autrement ils se déjettent et ils s'écaillent
lorsque les Ouvriers coupent avec leurs
instrumens tranchans une partie des liens
qui tiennent quelques bulles d'air génées
dans les cellules intérieures du bois. L'eau
où on fait tremper ces bois prévient ecs
inconvéniens en ouvrant des passages à
cet air enfermé. 7 ° . Enfin l'air renfermé
dans la moëlle des Plantes , contribuë à
,
pousser
640 MERCURE DE FRANCE
pousser et à perfectionner les sucs ; delà
vient que dans les Entes , lorsque la
moëlle du sujet communique avec celle
de la greffe , les fruits s'en ressentent presque
toujours. Ainsi une branche d'Oranger
entée en fente sur un pied de Jasmin
qui abonde en moëlle , porte des fleurs
qui tiennent plus de la fleur de Jasmin
que de celle de l'Oranger . Si ce fait avancé
par M. de la Baïsse étoit vrai que
viendroient les recherches de M. Duhamel
sur l'analogie des sujets qu'on doit
greffer avec les greffes.
de-
C'est par cette observation , Monsieur,
que M.de la Baïsse finit une Dissertation
que l'Académie Royale de Bourdeaux
a jugée digne du Prix , et qu'elle a eu la
satisfaction de choisir entre plusieurs
sçavans Ouvrages. J'ai l'honneur d'être
M. &c. D. B. *** à Paris ce 23 Novembre
1733 .
l'Analyse de la Dissertation sur la
circulation de la Séve dans les Plantes.
D
Ans le 12. Article pag. 57. M. de la
Baïsse tâche de montrer qu'il résuite
principalement de ses observations
et de ses expériences que l'analogie qu'on
avoit d'abord soupçonnée entre la maniere
de végeter des Plantes et celle des animaux
est beaucoup plus grande encore
qu'on ne se l'étoit imaginé: voici un échantillon
des vûës de ce Physicien sur cètte
matiere.
>
Le suc terrestre entre dans les filets de
la racine par les pores peu serrez de l'écor
ce comme par autant de bouches; il y reçoit
une premiere digestion semblable à celle
que la nourriture de l'animal reçoit par
la mastication ; des bouches de l'écorce
le suc passe dans les fibres ligneuses de la
racine , qui comme autant d'oesophages
servent de canaux à porter la nourriture
au principal estomach de la Plante , scitué
au noeud ou insertion de la tige , avec la
racine suivant l'observation de M. de
la Baïsse , les fibres ligneuses repliées circulairement
à cet endroit
.>
tourmentent le
A iiij
suc
628 MERCURE DE FRANCE
suc qu'elles contiennent et lui donnent
une deuxième façon assez semblable à
celle que reçoit la nourriture dans l'estomach
: de plus les liqueurs qui s'y jettent
doivent y causer des fermentations , et le
bassin situé au milieu de ce noeud peut
par les dilatationsdu liquide qu'il contient ,
causer des pressions ou mouvemens vermiculaires
dans cette espece d'estomuch , qui.
ne représenteroient pas mal le mouvement
peristaltique de cet intestin dans les animaux.
Toutes les articulations des branches
avec les tiges sont des nauds et doivent
être regardées comme autant de
moindres estomachs , dont la structure et
les fonctions sont précisement les mêmes.
Les duretez pierreuses nommées nauds
sont analogues aux pierres qui se forment
souvent dans les visceres des animaux .
De l'estomach des animaux la nourriture
plus qu'à moitié digerée , passe dans les
boyaux où le discernement acheve de se
faire du noeud de la tige , le suc passé
dans les fibres de la portion ligneuse , où
s'acheve la digestion . M. de la Baïsse a eu
grand soin de faire observer qu'entre ces
canaux ligneux des Plantes et les boyaux
des animaux il se trouve des differences
remarquables ; car les entrailles de l'animal
sont repliées sans division et n'ont
qu'une
AVRIL 1734. 629
qu'une voye par où elles se déchargent ,
au lieu que celles des Plantes se divisent
en plusieurs branches , et se terminent
en une infinité d'orifices imperceptibles
par où se vuident leurs excremens . Ces excremens,
suivant cet Auteur,dans quelques
Plantes sont aisez à distinguer ; dans les
ficoides , par exemple , ce sont les perles
qui les couvrent de tout côté ,
la poussiere
ou fleur qui se trouve sur les fruits
et les feuilles de plusieurs Arbres sont
aussi des excremens de même que la
manne et le Lodanum .
Des boyaux de l'animal , le suc nourricier
se serre en passant dans les veines
lactées pour êe conduit de-là dans des
reservoirs particuliers , et ensuite dans la
masse du sang. Des fibres ligneuses ,
le
suc le mieux digeré se filtre dans les feuilles
et les fleurs de plusieurs Plantes , passe
ensuite par des canaux collateraux dans
les utricules voisins et delà dans la masse
des liquides .
» Jusques- là , s'écrie avec enthousiasme
» M. de la Baïsse ; j'ai suivi ou plutôt j'ai
» vû de mes yeux le cours du suc nour-
» ricier des Plantes , j'ai même mis tout le
>> monde en état de voir comme moi à quel
» point se res emble l'animal et la Plante
» dans les premieres préparations de ce
A v » Suc,
630 MERCURE DE FRANCE
» suc ; mais puisque les yeux ont conduit
» si loin cette analogie , n'a t'on pas droit
» de conclure qu'elle ne se dément point
» dans toute la suite des distributions se-
» condaires des liquides : Cette seule raison
» pourroit suffire pour conclure que la
» séve digerée et portée hors des premiers
» canaux doit circuler dans la Plante
» comme le chile porté dans le sang , et
» transformé en ce liquide , circule dans
» l'animal ; cependant je crois, avoir assez ·
» bien prouvé indépendamment de cette
>> raison l'existance d'un suc descendant
» dans les Plantes et la communication
» de celui qu'on y voit monter . » C'est .
ainsi que finit M. de la Baïsse en s'applaudissant
de ses grandes découvertes
malgré la difficulté de la matiere.
Art. 13. pag. 62. Il ajoute cépendant
encore à sa dissertation un treizième article,
dans lequel il renferme quelques petites
échapées d'imagination pour le dédommager
d'un travail plus rude qu'on ne pense. La
nourriture terrestre des Plantes est mêlée,
selon lui,de plusieurs principes héteroge
nes. L'eau en est le premier vehicule ,
elle ramollit la semence et met les sels en
action , les sels entraînent après . eux les
parties oleogineuses qui enveloppent dans
leurs branchages quantité de parties terrest
res
AVRIL 1734 . 631
restres , tout cela se mêle dans la Plante
et y reçoit par les fermentations et filtrations
différentes les façons nécessaires
pour devenir un suc loüable. M. de la
Baïsse dit qu'il ne borne pas là ses conjectures
, toutes ces parties héterogenes ne
seront après tout qu'à la nutrition de la
Plante , et la nutrition dans les Plantes
comme dans la végetation de l'animal , ne
fait qu'une partie moins nécessaire que ne
l'est la respiration ; en effer , qu'est- ce
qu'une Plante ? C'est une machine dont les
ressorts cachez opérent tous les mouvemens .
que nous , y découvrons ; il faut une force
qui regle ses mouvemens à peu près
و
comme le fait le balancier dans les Montres
et on ne peut trouver cette force
que dans une respiration continue qui
consiste dans un jeu réciproque de l'air
extérieur et de l'air intérieur , et par conséquent
qui produit une double action ,
capable de bander et de débander les
ressorts avec regle et mesure ; ce n'est
jusques là que la vûë generale du sistême,
en voici le détail .
Dans les Plantes l'air entre avec le suc,
et il se sépare de la séve dès son entrée ;
lorsqu'il est une fois débarrassé , il va se
rendre dans les trachées , et les trachées
se terminent à la moëlle , afin d'y attirer
A vj
Pais
632 MERCURE DE FRANCE
l'air non seulement des extrémitez des
racines , mais encore de tout le contour
extérieur du tronc , où elles aboutissent.
Il est bon de remarquer que nous devons
la connoissance de cette merveilleuse
disposition des trachées à M. de la Baïsse.
L'analogie la lui a sans doute fait imaginer
; car il observe que les arbres ont
une ressemblance marquée avec les chenilles
qui respirent par les bouches qu'elles
ont de part et d'autre dans toute la
longueur de leurs flancs .
La moelle paroît à notre Auteur être
destinée aux mêmes usages dans les
Plantes , que les poulmons dans les animaux,
parce que la substance de la moelle
est spongieuse et que les trachées y por
tent l'air dans toutes les cellules comme
la trachée artere dans les poulmons. Le
suc digeré qui du sommet de la Plante se
répand dans la moëlle , y reçoit par son
mélange avec l'air une préparation semblable
à celle que donne dans les poulmons
l'air au sang ; et comme le sang
passe du ventricule droit du coeur dans
les poulmons et des poulmons revient au
ventricule gauche ; de même il aa paru
M. de la Baïsse dans quelques Plantes
dont la moëlle est renfermée entre deux
noeuds , que du noeud supérieur le suc
à
pas
A VRI L. 633 1734.
passoit à la moëlle et de la moëlle au
noeud inférieur ; d'où il a jugé que ces
noeuds sont comme le coeur de la Plante
dont le supérieur fait à quelques égards
la fonction du ventricule droit et l'inférieur
celle du gauche . Je doute qu'on se
fut jamais attendu à une pareille analogie
entre les Plantes et les animaux. Il y a
cependant suivant notre Physicien , une
différence bien remarquable entre la
Plante et l'animal ; car il se forme dans
les Plantes successivement de nouveaux
poulmons et de nouveaux coeurs souvent
aux dépens des anciens qui se détruisent.
Il est vrai qu'on trouve dans certains
animaux des singularitez qui ont quelque
rapport à celle- ci , puisqu'on en connoît
qui poussent de nouveaux membres,
et quelques - uns même qui changent
d'estomach ; mais certe multiplicité de
parties , essentielle dans une même Plante
est admirable ; elle est , dit M. de la
Baïsse , la cause primitive par laquelle les
fragmens des Plantes deviennent si aisément
des Plantes entieres , parce que
chaque Plante peut être regardée comme
un assemblage de plusieurs réunies sculement
par la continuité des canaux.
L'air introduit dans la Plante doit cn
être exhalé , c'est suivant M. de la Baïsse
d'en634
MERCURE DE FRANCE
1
d'entre les nouvelles feuilles qui terminent
les branches , et du milieu des fleurs,
que sort cet air : voici les raisons de sa
conjecture. Les boutons à fleurs ou à
feuilles ne peuvent s'ouvrir que par un
air qui s'insinue entre deux aussi ces
boutons se gonflent avant de s'épanouiir
et par une imitation aveugle de la nature,
lorsqu'on veut faire ouvrir une Rose ,
on souffle dedans pour en faire écarter ies
petales ; ce que nous faisons par dehors
l'arbrisseau le fait par dedans , en y
poussant l'air surabondant qu'il chasse de
ses poulmons. 2 ° . L'épanouissement se
fait selon notre Auteur le matin οι le
soir ; ainsi on ne peut attribuer cet effet
ni à la force du Soleil ni à la chaleur
extérieure. 3 ° . L'odeur qui s'exhale des
boutons nouvellement épanouis , ne peut
venir que d'un air qui sort du corps de
la Plante ; enfin certaines odeurs ne sortent
qué par intervalles et comme par
bouffées , ce qui n'imite pas mal la respiration
alternative des animaux, et qui doit
sans doute provenir d'une semblable cause,
ce qu'il y a de sûr , dit M. de la Baïsse ,
c'est que les Plantes ont un grand besoin
d'air , qu'elles ne peuvent s'en passer ,
qu'il y a une action réciproque entre l'air
extérieur et l'intérieur , et qu'il y a de
l'air
AVRI L. 1734 635
Pair renfermé dans les concavitez de la
Plante , et surtout dans les vessicules de
la moëlle .
,
De la différente action de l'air sur les
Plantes , M. de la Baïsse veut déduire tous
les Phénomenes de la végetation des
Plantes pendant les quatre Saisons de
l'année. Voici ce qu'il dit : pendant l'hyver
les sucs de la terre n'ont aucun mouvement
, l'air intérieur se trouve comprimé
par le froid , les pores de l'écorce
et du bois sont trop resserrés , ils sont de
plus bouchez par les sucs qui s'y sont
figez ; ainsi l'air extérieur ne peut entrer,
l'action des deux airs cesse , l'arbre par
conséquent ne pousse plus et toute son
action est suspendue. Ce sçavant Physicien
a sans doute oublié que c'est pendant
l'hyver que les bourgeons et les racines
poussent ; An.gros de l'Eté les pores
sont trop ouverts , il y a une communi-
Ication trop libre d'un air avec l'autre ,
d'où suit ,selon notre Auteur , équilibre et
inaction . Au Printems par la chaleur du
Soleil l'air intérieur est dilaté , les pores
ne sont pas bien débarrassez des sucs qui
s'y étoient figez . Pendant l'hyver la fraîcheur
de la nuit survient ; elle le resserre
et comprime l'air par dehors , l'air inté-
.rieur n'a pû encore se refroidir . il en fait
done
836 MERCURE DE FRANCE
donc plus d'effort , il se jette de toutes
parts , il pousse les sucs , il perce
l'écorce,
et c'est ainsi que selon M. de la Baïsse,
l'arbre se renouvelle , que les boutons se
développent et que les feuilles se déployent.
A la fin de l'Eté ou au commencement
de l'Automne , la fraîcheur des
nuits opére le même effet dans les arbres,
ce qui produit la deuxième séve dans
cette action et réaction de l'air , comme
aussi dans les vicissitudes de ressort et de
pésanteur du même air consiste toute
l'oeconomie végetable . Aussi M. de la
Baisse dit qu'il a remarqué après M. Duhamel
( Mem . de l'Académie Royale
des Sciences 1729. ) que les Plantes aquatiques
quoique dans l'eau , croissent plus
sensiblement dans les tems de pluye ,
M. de la Baïsse aussi bien que M. Duhamel
auroenit dû nous dire pourquoi on
n'a jamais observé un si grand nombre de
Plantes aquatiques que pendant les années
séches , surtout en 1731 et 1733. Ainsi
que l'a fait remarquer l'illustre M. de
Jussieu l'Aîné,dans un Mémoire qu'il lut
à la derniere rentrée publique de l'Académie
Royale des Sciences.
Sur les principes que nous venons
d'exposer après notre Auteur , il prétend
expliquer aisément plusieurs Phénomenes ,
d'Ag i
}
AVRIL 1734 637
d'Agriculture et de Botanique. 1 ° . On
foüit profondement la terre au pied des
jeunes arbres, on laboure avant que de
semer dans les Jardins il faut souvent
renverser la terre , à quoi bon tous ces
labours. M. de la Baïsse répond * que c'est
pour fournir aux Plantes l'air dont elles
ont besoin ; car la terre en s'affaissant par
son propre poids force l'air à entrer
dans les pores des racines ; et comme cet
air s'épuise, il faut en introduire de nouveau
; c'est précisément ce qu'on fait en
remuant la terre , aussi quand les racines
des arbres sont trop profondes , il est
inutile de labourer , et pour lors l'écorce
gersée ouvre à l'air des passages suffisans .
2º . Dans les vieux arbres il n'y a que
les extrémitez qui végetent , parce que
cesseules parties contiennent de la moëlle ,
et par conséquent sont les seules pourvues
des réservoirs d'air nécessaires à la
* La même chose avoit été avancée par Borelli
de motu animal. part. 2. prop. 181. par M. Astruc
, trait. de motu fermentat . causâ p . 125.
dans le Journal de Trévoux Mars 1722. art. 25. et
M. Attier le jeune , qui rappelle le sentiment de
tous ces Auteurs , admet pour cause de la fertilité
de la terre la matiere étherée . V.la Relat. de l'Assemblée
publique de l'Académie des Sciences et
belles Lettres de Beziers , du Jeudi 12 Avril 1731 .
in 4. P. 2. }
vége638
MERCURE DE FRANCE
végetation . A l'égard.des arbres dont let
tronc est usé et la moëlle cariée , ce sont,
dit notre sçavant Physicien , des pulmoniques
qui ont une partie considérable de
leurs poulmons gâtée , et qui ne laissent
pas que de vivre. 3 ° . Les petites pluyes
servent plus à l'accroissement des Plantes
que les grandes. Jamais avant M. de la
Baïsse on n'en a donné une bonne raison ;
cependant rien ne lui paroît plus consé
quent dans son systême ; car dans les
petites pluyes les goutes d'eau doivent
emmener autour d'elles un tourbillon
d'air proportionné à leur surface 3
et
comme elles font plus de surface, le tourbillon
doit être plus grand , ainsi elles
font insinuer en terre plus d'air. 4 ° . Par
la même raison les Plantes aquatiques ,
selon notre Auteur ,sur tout celles des Eaux
dormantes , profitent beaucoup en tems
de pluye ; car outre l'effet que produisent
les variations de l'air , il faut faire attention
que l'air renfermé dans les eaux des
étangs s'épuise , tant par la consomption
qu'en font les Plantes , que par la chaleur
de la Saison ; ainsi les goutes de pluye
en tombant labourent la surface de l'eau , et
insinuent l'air dans les creux qu'elles.
font. Par - là les Plantes reçoivent un secours
nécessaire à leur respiration épuisée;.
il
AVRIL. 1734. 639
il est bien triste pour un Physicien de
s'être mis l'esprit à la torture , pour enfanter
l'explication d'un fait qui est faux .
5°. Quand on a mis du gros bois au feu
il s'y fait des fentes irrégulieres qui tendent
au centre de l'arbre : ces fentes sont
justement , si on en veut croire M. de la
Baïsse , les routes de l'air extérieur pour
s'insinuer dans l'arbre quand il est sur
pied. Pour qu'un bois brule bien il ne
faut pas qu'il soit privé de cet air , aussi
un bois mort sur pied ne brule pas bien,
parce qu'il se trouve dépourvû d'air.
Un bois flotté ne brule pas mieux, parce
que l'eau en a chassé l'air et les sels . Ap .
paremment dans le Pays de M. de la
Baïsse on ne brule point de bois flotté
car il nous auroit parlé plus juste sur la
qualité de ce bois .6. Il faut tremper dans
l'eau leChêne,leNoyer, et quelques autres
arbres avant de les employer en oeuvre ,
autrement ils se déjettent et ils s'écaillent
lorsque les Ouvriers coupent avec leurs
instrumens tranchans une partie des liens
qui tiennent quelques bulles d'air génées
dans les cellules intérieures du bois. L'eau
où on fait tremper ces bois prévient ecs
inconvéniens en ouvrant des passages à
cet air enfermé. 7 ° . Enfin l'air renfermé
dans la moëlle des Plantes , contribuë à
,
pousser
640 MERCURE DE FRANCE
pousser et à perfectionner les sucs ; delà
vient que dans les Entes , lorsque la
moëlle du sujet communique avec celle
de la greffe , les fruits s'en ressentent presque
toujours. Ainsi une branche d'Oranger
entée en fente sur un pied de Jasmin
qui abonde en moëlle , porte des fleurs
qui tiennent plus de la fleur de Jasmin
que de celle de l'Oranger . Si ce fait avancé
par M. de la Baïsse étoit vrai que
viendroient les recherches de M. Duhamel
sur l'analogie des sujets qu'on doit
greffer avec les greffes.
de-
C'est par cette observation , Monsieur,
que M.de la Baïsse finit une Dissertation
que l'Académie Royale de Bourdeaux
a jugée digne du Prix , et qu'elle a eu la
satisfaction de choisir entre plusieurs
sçavans Ouvrages. J'ai l'honneur d'être
M. &c. D. B. *** à Paris ce 23 Novembre
1733 .
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Résumé : SUITE de la Lettre de M. D. B. contenant l'Analyse de la Dissertation sur la circulation de la Séve dans les Plantes.
Le texte présente les observations de M. de la Baïsse sur la circulation de la sève dans les plantes, en établissant une analogie avec la physiologie animale. Selon M. de la Baïsse, le suc terrestre pénètre dans les racines par les pores de l'écorce, subissant une première digestion similaire à la mastication animale. Ce suc passe ensuite dans les fibres ligneuses de la racine, agissant comme des œsophages, pour atteindre l'estomac principal de la plante situé au nœud de la tige. À cet endroit, les fibres ligneuses repliées tourmentent le suc, lui donnant une deuxième digestion comparable à celle de l'estomac animal. Les liqueurs ajoutées causent des fermentations, et le bassin situé au milieu du nœud peut provoquer des mouvements vermiculaires similaires au péristaltisme intestinal. Les articulations des branches avec les tiges sont également des nœuds, fonctionnant comme des estomacs plus petits. Les duretés pierreuses nommées nœuds sont analogues aux pierres formées dans les viscères des animaux. Après digestion, le suc passe dans les fibres de la portion ligneuse où la digestion s'achève. Contrairement aux entrailles animales, les canaux ligneux des plantes se divisent en plusieurs branches et se terminent par des orifices imperceptibles pour évacuer les excréments. M. de la Baïsse observe que le suc nourricier des plantes, une fois digéré, se filtre dans les feuilles et les fleurs, passant ensuite par des canaux collatéraux dans les utricules voisins et la masse des liquides. Il conclut que la sève digérée circule dans la plante de manière similaire au chyle dans le sang animal. Il ajoute que la nutrition des plantes, comme celle des animaux, est moins nécessaire que la respiration. Les plantes sont des machines dont les mouvements sont régulés par une force similaire à celle d'un balancier, nécessitant une respiration continue. L'air entre avec le suc dans la plante et se sépare dès son entrée, se rendant dans les trachées qui aboutissent à la moelle. La moelle, spongieuse, semble jouer le rôle des poumons chez les animaux. Le suc digéré se mélange avec l'air dans la moelle, recevant une préparation similaire à celle du sang dans les poumons. M. de la Baïsse observe que certains nœuds de la plante fonctionnent comme le cœur, avec un nœud supérieur et un nœud inférieur jouant respectivement les rôles des ventricules droit et gauche. Les plantes exhalent l'air par les nouvelles feuilles et les fleurs, imitant la respiration alternative des animaux. L'action réciproque entre l'air extérieur et intérieur est essentielle pour la végétation des plantes. M. de la Baïsse explique les phénomènes de la végétation des plantes selon les saisons en fonction de la compression et de la dilatation de l'air intérieur et extérieur. Il conclut que les labours et le remuage de la terre fournissent aux plantes l'air nécessaire à leur croissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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29
p. 39-50
DISCOURS sur l'utilité des fluides.
Début :
LES Atomes d'Epicure, les parties rameuses, angulaires, ou les globules des Cartésiens [...]
Mots clefs :
Eau, Air, Corps, Fluide, Fluidité, Parties, Mouvement, Fluides, Ballons, Animaux, Poids, Terre, Force, Action, Pores
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur l'utilité des fluides.
DISCOURS fur l'utilité des fluides. "
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
L
EsAtomes d'Epicure , fes parties rameuſes
, angulaires , ou les globules des Cartéfiens
ne fuffifent pas pour nous donner
une idée nette & préciſe des fluides. L'expérience
nous apprend que les parcelles qui
entrent dans la compoſition de ces forresde
corps ſont défunies , qu'elles ont une certaine
activité , au moyen de laquelle elles ſe
preffent mutuellement , en tout ſens & avec
égale force. Il feroit bien difficile qu'un amas
de parties crochuës , entortillées les unes
dans les autres , put nous donner cette admirable
élafticité , cette preſſion en tout
fens , cette diviſibilité qu'on admire dans les
fluides.
Mallebranche a démontré qu'il étoit impoſſible
d'expliquer l'équilibre des liqueurs ,
àmoins que d'en concevoir les parties comme
autant de tourbillons qui exercent les
uns contre les autres une action mutuelle
qui tire ſon origine de la tendance qu'ils
ont à s'éloigner d'un centre commun autour
duquel ils roulent.
M. de Molieres dans ſes Leçons de Phyfique
appuya le ſentiment de Mallebranche
40 MERCURE DE FRANCE.
de démonstrations Mathématiques , de raiſonnements
fondés ſur l'expérience. Il têcha
méme de découvrir l'origine des fluides;
il crut avoir réuſſi en nous les repréſentant
comme un afſemblage de petits ballons ,
ayant une force centrale commune , & uns
autre particuliere , qui toutes deux croiffent
en raiſon réciproque du quarré des diſtances.
Cette double action des fluides qui eft
propre à quelques - uns comme à l'air , à
l'eau , &c. & empruntée dans d'autres , com
me dans les métaux que le feu liquefie , nous
fournit d'heureuſes explications dont ſe trouvent
dépourvus ceux qui ne font entrer dans
la compoſition des liquides que des parties
rondes fans aucun mouvement autour de leur
centre. En effet , un tas de pareils globes
n'auroit aucun reſſort , n'exerceroit aucune
action contre ceux qui l'environnent , puifque
les parties qui le compoſent n'ont aucunmouvement
particulier ; d'où il fuit , contre
le ſentiment de Borelli , que la fluidité
ne dépend pas ſeulement de la configura.
tion des parties , & que des parties rondes
miſes en mouvement conſervant entr'elles
leur union , peuvent bien n'avoir aucune
fluidité autrement on devroit donner le
nom de liquide à une livre de Cendrée renfermée
dans une boëte , & que l'on feroit
mouvoir dans une fronde ,
د
DECEMBRE. 1744. 4
Après avoir expoſé l'idée qu'on doit fe
former d'un corps liquide , nous allons en
trer dans un détail abregé , autant qu'il fera
poſſible,des principaux avantages que l'homme
retire de la fluidité. Le plus grand fans
doute eſt celui de vivre , primum vivere ,
deinde philofophari. Or après Dieu , c'eſt au
fluide qui nous environne que nous devons
le jour , puiſque c'eſt lui qui nous procure la
reſpiration.
Les poumons d'un foetus font affaiſſfés
d'où l'on conclud qu'il ne reſpire pas dans
la matrice. Il vit cependant, mais ce n'eſt qu'à
la circulation du ſang de celle qui le porte
en ſes entrailles , qu'il eſt alors redevable de
la vie.
A peine l'enfant eſt dégagé de ſes enve
loppes , que les ballons d'air qui font preffés
de tout côté entrent par les ouvertures dunés
qua data porta ruunt , le mouvement irrite
la membrane pituitaire (de là les enfants
éternuent en naiffant) , l'air qui trouve un
paſſage libre , deſcend par la trachée-artère
dans le poumon, qui eſt compoſé de véſi
cules qui ſe dilatent ; voilà le myſtere de
l'inspiration. La poitrine qui s'étoit ouverte ,
preſſée par le reffort du poumon , chaffe
l'air quiy étoit contenu ; c'eſt ce qu'on nomme
expiration. Tant que ce mouvement al
ternatif dure , le ſang circule ; s'il ceffe , l'a
42 MERCURE DE FRANCE .
nimal meurt. De- là , felon M. Arbuthnot
l'état flafque & la peſanteur des poumons
des animaux morts dans la machine du vuide,
démontrent que le ſang s'eſt arrêté dans les
vaiſſeaux poulmonaires;aucun animal ne peut
vivre ſans reſpiration ; quelques uns croyent
que ce ſont les ouïes qui la procurent aux
aquatiques.
L'élaſticité des liquides ne provient que
de leur fluidité , ainſi les parties fulphureuſes
qui diminuent la fluidité de l'air en le
furchargeant , lui otent une partie de ſa vertu
élaſtique , deforte qu'etant corrompu ,
il n'a pas aſſez de force pour faire agir les
poumons. De-là vient la ſuffocation des animaux
dans les mines; dans ce principe on
trouve auffi la raiſon de l'expérience de M.
Hales , qui prouve que 74 pouces cubes
d'air ſuffiſent à peine à l'homme pour refpirer
pendant une minute. Notre haleine pro.
pre infecte & corrompt l'air , deſorte que fi
on renfermoit un homme dans une chambre
où nos petits ballons ne trouvaſſent point
d'entrée , il tomberoit dans d'affreuſes convulfions
, & expireroit en peu de tems ,
ainſi les habits de laine font utiles à la ſanté ,
parce qu'ils abſorbent les exhalaiſons & les
mauvaiſes humeurs .
Non ſeulement la fluidité de l'air ſert au
mouvement alternatif des poumons & à no
DECEMBRE. 1744. 43
tre ſanguification , mais encore, ſelon l'expérience
du Docteur Walternecdham , faite à
Oxford , elle peut faire revivre des animaux.
Ce Docteur pend un chien , qu'il laiſſe
dans cet état jufqu'à ce que le mouvement
du coeur entiérement ceffat enfuite il
ouvre l'animal , lui ſouffle dans le canal du
pecquet , le ſang ſe remet en mouvement ,
le coeur bat , le chien reſpire.
M. D. F. dans ſa Lettre 442 ſur les Ecrits
des Modernes , rapporte la façon dont M.
Arbuthnot prouve la propoſition d'Hypocrate
, qui prétend que les tailles des hommes
dépendent des différentes conftitutions
de l'air. Voici ſes termes : La taille des
animaux eſt modifiée par l'air ; les fibres
d'un animal qui croît s'y étendant comme
dans un fluide , qui par une douce pref
fion réſiſte au mouvement du coeur dans
• la dilatation& l'allongement de ces mêmes
fibres ; l'atmosphere réſiſtant par ſa
>> preffion comme un doux moule où le
>> corps eft formé durant ſon accroiſſement.
Outre cettepreffion extérieure, l'air fe mêec
30 lant avec les fluides animaux , détermine
→ leur être quant à la raréfaction , la conden-
→ſantion , la viſcofité , la ténuité , &c .
La fluidité de l'air eſt donc néceſſaire à
thomme pour vivre ; nous allons démontrer
que la ſeule fluidité de l'eau ſuffit pour la
végétation.
44 MERCURE DE FRANCE.
Où l'expérience décide , le raiſonnement
doit ſe taire , furtout en matière de Phyfique.
On a obſervé par le moyen du Titlfimale
, que dans la végétation il ſe fait une
circulation du ſuc de la terre , comme il s'en
fait une du ſang dans le corps des animaux ,
mais la terre y contribue-t-elle de telle forte
, qu'elle perde de ſa ſubſtance ? c'eſt ce
que nous allons examiner.
Si on met une branche de baume dans
un vaſe rempli d'eau ſeulement , elle pouffs
des racines , des branches , acquiert méme
juſqu'à des feuilles; l'eau peut donc fuffire à
la végétation , & contribue principalement à
l'accroiſſement des plantes ; voyons ſi la
terrey opére quelque choſe.
Onprend de la terre ſéche que l'on péfe
, on l'enferme dans une terrine , on a foin
qu'il ne s'en perde aucune parcelle , on y
met un arbriſſeau dont on connoît le poids ,
après l'avoir arrofé , toutes les fois qu'il en
a beſoin , & lorſque la plante a pouffé , on
laiſſe ſécher la terre , on la péſede nouveau ,
elle a toujours fon même poids , cependant
l'arbre a cru , il ajetté des racines , des feuilles
, des branches; où a- t-il pris de la matiére
pour croître ? Ce n'est pas de la terre ,
puiſqu'elle est toujours aufi péſante . M.
Harris fait là-deſſus pluſieurs obſervations ;
il rapporte des expériences faites en Angle
DECEMBRE. 1744 . 45
terre, qui toutes favoriſent ce ſentiment. Ce
qui paroît difficile à comprendre , c'eſt que
l'eau en montant dans les plantes , n'entraîne
pas avec elle quelques parcelles de terre ;
du moins il réſulte du fait , qu'elle n'en enleve
pas une quantité conſidérable.
Ce n'eſt pas affez d'avoir prouvé que l'eau
contribue preſque ſeule à la végétation ; il
me reſte à démontrer que c'eſt à ſa fluidité
que les plantes font redevables de leur accroiſſement.
Il eſt à remarquer que l'eau ne marche
pas ſans huile dans le ſyſteme de M. de Moliere
, ou felon l'opinion la plus commune ,
fans un air beaucoup plus ſubtil que celui
que nous reſpirons ; elle doit même une partie
de ſa fluidité à cette matiére ſubtiliſée .
Les plantes ont des tuyaux vuides que Malpighi
a découverts à l'aide de fes microſcopes .
L'eau par ſa fluidité monte dans ces foupiraux
comme dans des tubes capillaires , où
elle ne trouve aucune réſiſtance . Le Printems
vient-il ? la chaleur augmente le mouvement
de l'eau , deſſére la matière contenue
dans ſes pores. L'eau agitée porte dans
laplante les ſels dont elle a beſoin , & que
cet Elément renferme toujours lui-même ,
comme M. de Woodwars l'a démontré dans
fon Traité de la Végétation .
Plus l'eau eft pure , plus elle eſt ſaine
46 MERCURE DE FRANCE.
par conféquent plus elle est fluide , plus elle
s'accommode avec notre eſtomac ; de-la vient
que le pain de Goneſſe eſt ſi eſtimé , parce
que les eaux y font toujours bonnes. En
effet, l'eau eſtd'autant meilleure , qu'elle est
plus légere. Or l'eau eft d'autant plus légere,
qu'elle eſt plus fluide , parce qu'alors elle
eſt moins furchargée ; c'eſt peut- être par
cette raiſon que M. Lemeri ne donne la préférence
à l'eau de riviére , que pourvû quơn
la laiſſe repoſer avant que d'en boire , &
qu'on laprenne au deſſus des grandes Villes ,
où il eſt à préſumer qu'elle contiendra moins
d'immondices . D'ailleurs on juge de la légereté
des eaux , non par leur différente péfanteur,
mais par leur fubtilité à deſcendre
dans l'eſtomac ; or plus l'eau eft fluide , plus
elle eft fubtile.
En un mot , il n'eſt point de corps grave
qui ne doive ſon exiſtence au fluide qui l'environne;
s'il eſt quelque différence entre les
corps ſolides la variété des fluides qui entrent
dans leur compofition , leurs diverſes forces
centrifuges en ſont les ſeules & véritables
cauſes. L'or par exemple eſt le plus lourd
de tous les métaux , parce qu'il eſt le moins
poreux , d'où je concluds que ſous un pareil
volume , il renferme plus de parties ſolides ,
ſes pores ſont ſi étroits , qu'ils ne peuvent
tre remplis que de la matière éthérée qui
DECEMBRE. 1744. 47
eſt répandue dans l'air ; voilà pourquoi le
feu liquefie les métaux , car les ballons renfermés
dans leurs pores ſont ſi fluides , que
l'action de la chaleur les dilate; étant plus
ferrés , parce qu'ils font les plus petits , leur
débandement eſt plus fort , & ne ſe peut
faire ſans qu'il oblige les parties métalliques
de tourner autour d'un même centre . Des
ſels plus ou moins purs dominent dans les
pierres plus ou moins précieuſes; voilà la
cauſe de leur fragilité ; voilà pourquoi le feu
les calcine. Si le marbre eſt plus léger que
le plomb , c'est qu'il renferme dans ſes pores
plus de petits tourbillons qui font en équilibre
avec l'air extérieur , le fluide par conſéquent
exerce moins ſa force centrale ſur
lapierre que ſur le métail.
•Dans la décompoſition des corps où l'air ,
la lumière , le feu , le ſel élémentaire trouvent
un libre paffage , la Chymie découvre
leurs principes; tous les ſolides renferment
de la boue & du ſable : l'or cependant eſt
excepté , un grain d'or eſt toujours le même ,
il peut ſe diviſer en parties métalliques ,
mais ce ſera toujours de l'or. La cauſe de
cette différence eſt bien ſenſible dans la plupart
des corps ; il eſt des pores plus ou moins
larges qui laiſſent au fluide un libre paſſage
dès que les premiers ont été détruits par
La collifion. Alors nos ballons s'infinuent
1
8 MERCURE DE FRANCE.
de telle forte , qu'ils changent la configura,
tion des parties internes , & felon leur différente
preffion ils laiffent des corps plus ou
moins lourds. L'Or au contraire ne renfermant
dans fes pores que les ballons les plus
ſubtils , ce dérangement n'a pas lieu.
C'eſt la fluidité de l'eau qui empéche que
les créatures qui vivent dans ces Eléments
ne foient accablées du poids énorme de
ces ballons. Comme leur action eſt égale
en tout ſens , il y a une certaine preffion
de bas en haut qui ſoutient les animaux qui
y vivent , les empêche d'enfoncer , & leur
facilite le libre exercice de leurs fonctions .
Telle eft la nature des fluides,qu'un corps
plus lourd qu'un pareil volume de liquide
va au fond , parce qu'il preſſe plus le fluide
qu'il n'en eſt preffé. Si le corps eſt plus léger,
il ſurnage la preſſion du fluide qui eft
de bas en haut , étant plus forte que la gravité
du ſolide. Enfin ſi le corps hétérogéne
eſt d'égale peſanteur qu'un pareil volume
de fluide , l'action de l'un & de l'autre eſt
égale ; le ſolide doit donc alors garder la
place qu'on lui donne dans le liquide , d'où
il fuit qu'un corps plongé dans un fluide
doit perdre autant de ſon poids que péſe
un pareil volume de liquide ; de-là , deux
corps de différents poids perdront d'autant
plus de leur force dans l'eau , que leur vo
lume
DECEMBRE. 1744. 49
lume eſt plus grand. Ainſi au moyen de l'Hydrométre
, on découvre les faux Louis d'avec
ceux qui font de poids ; voyez M. Rivard
dans fon Abregé d'Algébre, Traité des Equations
, Probl. 8. où connoiſſant le poids d'un
corps composé de deux Métaux d'Or & d'Argent
, il apprend à trouver la quantité de
Por, & celle de l'Argent mélés dans le corps..
Voyez auffi M. Trabau dans ſes principes
ſur le mouvement & l'équilibre , Liv. 5 .
De-là l'on explique le vol des Oiseaux ;
comment des maſſes métalliques peuvent
flotter ſur l'eau ; pourquoi tels Vaiſſeaux enfoncent
dans les Riviéres qui ſurnageoient
fur les Ondes de la Mer , qui étant chargées
de ſels , leur oppoſoient plus de réſiſtance.
De-là vient que nous ne ſommes point accablés
du Cilindre ou Colomne d'air qui eſt
au deſſus de notre tête ,& qui ſelon le calcul
de M. Pluche , péſe au moins 20000 liv.
De - là auſſi cette admirabie propriété de
l'eau de ſe mêler avec une infinité de choſes
auſquelles elle s'unit ſi étroitement , qu'elle
enprend la couleur , la force , & la vertu.
L'admirable propagation de la lumiére
qui ſe fait dans un inftant Phyſique ; l'extréme
activité du feu , le ſon dont l'air eſt le
véhicule , font autant d'avantages , dont la
fluidité eſt la cauſe. Je ſerois infini fij'entrois
dans le détail de toutes les utilités de
C
,
50 MERCURE DE FRANCE.
leau ſeulement. On peut conſulter là-deſſus
la Théologie de l'eau par M. Fabricius , Je
ne puis cependant taire que le fluide qui
nous environne eſt la cauſe de notre odorat.
Les cavités du nés font remplies de lames
offeuſes , couvertes d'une membrane femée
d'un grand nombre de nerfs. Plus les animaux
ont de ces fortes de lames , plus la
membrane eſt étendue. Cette membrane eft
l'organe de l'odorat; l'air par le mouvement
commun à tous les liquides , détaché des
particules des corps , il entre par les ouvertures
du nés pour aider la reſpiration.
Chargé des corpufcules des corps odorants
, il frappe cette membrane , qui felon
qu'elle eſt plus ou moins étendue , reffent
plus ou moins l'impreſſion que fait le fluide
en allant à la trachée-artère. Voilà pourquoi
les Chiens de Chaffe ont l'odorat plus
fin , c'eſt aufli pourquoi ceux qui ne refpirent
que par la bouche en font dépourvus.
Cette invention des petits ballons n'eft
pas récente; il eſt honorable à M. de Moliéres
de l'avoir perfectionnée , mais on voit
dans Lucrece , Liv. 2 de la Nature des choſes
, que les Anciens en avoient quelque idée.
Illa equidem debent ex laribus atque rotundis
Eſſe magis fluido que corpore liquida conftant
Nec retinentur enim inter se glomeramina quæque
Et procurſu item in proclive volubilis extat.
LACOSTEle Cadet , à Dijon.
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30
p. 39-42
LE MERLE. FABLE.
Début :
D'un bois fort écarté les divers habitans, [...]
Mots clefs :
Merle, Animaux, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MERLE. FABLE.
LE MERLE.
FABLE.
D'un bois fort écarté les divers habitans ,
Animaux , la plupart fauvages , malfaiſans ,
40 MERCURE DE FRANCE.
De l'homme ignoroient l'exiſtence.
Nos femblables jamais ne pénétrerent là.
Un Merle en un couvent élevé dès l'enfance ,
Parvint , en voyageant , jufques chez ces gens - là ,
Il étoit beau parleur , & fortoit d'une cage
Où Merle de tout tems apprit à s'énoncer
En jeune oiſeau dévot & fage.
'Son zéle dans ce bois eut de quoi s'exercer .
Eclairons , difoit-il , nos freres miférables ;
Tout Merle à ce devoir par état engagé ,
Sous l'heureux joug de l'homme inftruit , apprie
voifé ,
Plus éclairé , plus faint , doit prêcher fes ſemblables.
Un jour donc notre oiſeau fur un arbre perché ,
Harangua vivement les plus confidérables
D'entre ces animaux à fon gré fi coupables.
Nouveau, Miffionnaire , il fuoit en prêchant.
D'abord on ne comprit fon difcours qu'avec peine
Il parloit d'un Etre puiffant
Qu'il nommoit homme , ayant l'univers pour
domaine ,
Sçachant tout , & pouvant , s'ils ne s'apprivoi
foient ,
Détruire par le feu toute leur race entiere:
Ours , tigres , fangliers étoient là qui bailloient
Mais à ce dernier trait ils dreffent la criniere.
Le Merle profitant d'un inftant précieux ,"
JUIN.
1755 42
Pagite , entre en fureur , & déploye à leurs yeux .
Les grands traits de l'art oratoire .
Efchine en fes difcours montroit moins d'action
On dit qu'il arracha des pleurs à l'auditoire.
Dans le bois chacun fonge à ſa converfion ,
Et tremble d'encourir la vengeance de l'homme.
Sur ce nouveau Roi qu'on leur nomme ,
Au docteur Merle ils font cent queſtions.
L'homme eft , répondoit- il , doué par la nature
De toutes les perfections.
Il a donc une belle hure ,
*
Dit le porc en l'interrompant ?
Sans doute qu'il reçut des cornes en partage ,
Dit le boeuf ? ( celui- ci ne fe trompoit pas tant
Le tigre prétendoit qu'il devoit faire rage
Avec les griffes & fes dents ;
Et l'ours qu'entre ſes bras il étouffoit les gens.
Les foibles s'en formoient des images pareilles ,
Et penfoient le douer d'attributs affez beaux ;
Le cerfen lui donnant des jambes de fufeaux ,
Et l'âne de longues oreilles.
Tout ce qui nous reffemble eft parfait à nos yeux :
Ces animaux fe peignoient l'homme
Comme l'homme fe peint le fouverain des cieux .
Les Sages prétendus de la Gréce & de Rome ,
Au poids de leur orgueil ofoient pefer les Dieux
Le peuple groffiffant ces traits injurieux ,
Repréfentoit l'Etre fuprême
42 MERCURE.DE FRANCE.
Plus ridicule que lui - même.
* Il est bien des Chrétiens qui n'en jugeht pas
mieux.
L. A.
Ces deux Fables font l'échantillon , ou
l'annonce d'un recueil de plufieurs autres
que l'Auteur doit bientôt donner au Public .
Je crois qu'elles doivent le prévenir en ſa
faveur.
FABLE.
D'un bois fort écarté les divers habitans ,
Animaux , la plupart fauvages , malfaiſans ,
40 MERCURE DE FRANCE.
De l'homme ignoroient l'exiſtence.
Nos femblables jamais ne pénétrerent là.
Un Merle en un couvent élevé dès l'enfance ,
Parvint , en voyageant , jufques chez ces gens - là ,
Il étoit beau parleur , & fortoit d'une cage
Où Merle de tout tems apprit à s'énoncer
En jeune oiſeau dévot & fage.
'Son zéle dans ce bois eut de quoi s'exercer .
Eclairons , difoit-il , nos freres miférables ;
Tout Merle à ce devoir par état engagé ,
Sous l'heureux joug de l'homme inftruit , apprie
voifé ,
Plus éclairé , plus faint , doit prêcher fes ſemblables.
Un jour donc notre oiſeau fur un arbre perché ,
Harangua vivement les plus confidérables
D'entre ces animaux à fon gré fi coupables.
Nouveau, Miffionnaire , il fuoit en prêchant.
D'abord on ne comprit fon difcours qu'avec peine
Il parloit d'un Etre puiffant
Qu'il nommoit homme , ayant l'univers pour
domaine ,
Sçachant tout , & pouvant , s'ils ne s'apprivoi
foient ,
Détruire par le feu toute leur race entiere:
Ours , tigres , fangliers étoient là qui bailloient
Mais à ce dernier trait ils dreffent la criniere.
Le Merle profitant d'un inftant précieux ,"
JUIN.
1755 42
Pagite , entre en fureur , & déploye à leurs yeux .
Les grands traits de l'art oratoire .
Efchine en fes difcours montroit moins d'action
On dit qu'il arracha des pleurs à l'auditoire.
Dans le bois chacun fonge à ſa converfion ,
Et tremble d'encourir la vengeance de l'homme.
Sur ce nouveau Roi qu'on leur nomme ,
Au docteur Merle ils font cent queſtions.
L'homme eft , répondoit- il , doué par la nature
De toutes les perfections.
Il a donc une belle hure ,
*
Dit le porc en l'interrompant ?
Sans doute qu'il reçut des cornes en partage ,
Dit le boeuf ? ( celui- ci ne fe trompoit pas tant
Le tigre prétendoit qu'il devoit faire rage
Avec les griffes & fes dents ;
Et l'ours qu'entre ſes bras il étouffoit les gens.
Les foibles s'en formoient des images pareilles ,
Et penfoient le douer d'attributs affez beaux ;
Le cerfen lui donnant des jambes de fufeaux ,
Et l'âne de longues oreilles.
Tout ce qui nous reffemble eft parfait à nos yeux :
Ces animaux fe peignoient l'homme
Comme l'homme fe peint le fouverain des cieux .
Les Sages prétendus de la Gréce & de Rome ,
Au poids de leur orgueil ofoient pefer les Dieux
Le peuple groffiffant ces traits injurieux ,
Repréfentoit l'Etre fuprême
42 MERCURE.DE FRANCE.
Plus ridicule que lui - même.
* Il est bien des Chrétiens qui n'en jugeht pas
mieux.
L. A.
Ces deux Fables font l'échantillon , ou
l'annonce d'un recueil de plufieurs autres
que l'Auteur doit bientôt donner au Public .
Je crois qu'elles doivent le prévenir en ſa
faveur.
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Résumé : LE MERLE. FABLE.
La fable 'Le Merle' narre l'histoire d'un merle élevé dans un couvent, qui voyage jusqu'à un bois habité par des animaux sauvages ignorant l'existence humaine. Le merle, bon orateur, décide de prêcher aux animaux pour les éclairer sur la puissance de l'homme. Il décrit l'homme comme un être tout-puissant capable de détruire toute leur race s'ils ne s'apprivoisent pas. Les animaux, d'abord perplexes, finissent par s'alarmer et posent de nombreuses questions au merle. Chaque animal imagine l'homme selon ses propres caractéristiques : le porc le voit avec une belle hure, le bœuf avec des cornes, le tigre avec des griffes et des dents. La fable critique les sages de la Grèce et de Rome, ainsi que certains chrétiens, pour avoir jugé les dieux ou le souverain divin de manière orgueilleuse et ridicule. Elle met en lumière la tendance humaine à projeter ses propres traits sur des entités supérieures.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 138-150
LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
ON ne pouvoit répondre, Monsieur, avec plus de clarté & de précision que [...]
Mots clefs :
Éruption, Claveau , Maladie, Fièvre exanthémateuse, Symptômes, Moutons, Animaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
LETTRE en Réponse , de M. BOURGELAT
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
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32
p. 195-203
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Début :
Le premier volume divisé en deux Parties, renferme les principes physiques de l'Auteur ; [...]
Mots clefs :
Origines de l'univers, Savants, Matière, Mouvement, Cause, Effet, Forces, Physique, Astronomie, Astres, Espace, Terre, Minéraux, Métaux, Météorologie, Végétaux, Animaux, Insectes, Homme
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
SUPPLÉMENT aux Nouv . Littéraires.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Le document annonce une Histoire Naturelle en sept volumes, inspirée par Pline, précédée d'un nouveau système de physique expliquant les phénomènes naturels depuis les cieux jusqu'au centre de la Terre. Le premier volume, divisé en deux parties, expose les principes physiques de l'auteur et réfute le matérialisme ainsi que certaines opinions modernes. Il traite des éléments sensibles (air, eau, terre) produits par la matière éthérée, des qualités élémentaires, du feu, de la lumière, des sensations et des esprits animaux. La seconde partie examine le mouvement, son principe et sa cause, en opposition à l'opinion des Cartésiens, et prouve que les corps graves peuvent être mus par eux-mêmes ou par des impulsions extérieures. Le second volume aborde l'astronomie, rapportant les observations célestes et adoptant le système d'Archytas, renouvelé par Copernic. Il décrit le soleil, les planètes, les satellites, les comètes et les étoiles fixes, ainsi que les phénomènes atmosphériques comme les foudres et les aurores boréales. Le troisième volume traite de la Terre, considérée comme une planète dans le système solaire. Il explore la composition du globe terrestre, les montagnes, les plaines, les déserts, les forêts, et les phénomènes internes comme les volcans, les tremblements de terre et les sources d'eau chaude. Il conclut par un traité sur les changements géologiques. Le quatrième volume couvre l'histoire minérale et métallique, expliquant la génération du sel, des minéraux, des pierres et des métaux. Il propose un système nouveau sur l'aimant et décrit les mines et les propriétés des métaux. Le cinquième volume présente une hypothèse sur le flux et reflux de la mer, les tempêtes marines et les pluies naturelles ou surnaturelles. Il explore l'origine des sources, des rivières et des lacs. Le sixième volume traite de la génération des animaux, des quadrupèdes, des volatiles, des reptiles, des poissons et des insectes. Il examine également le sentiment et l'instinct des animaux, réfutant le cartésianisme. Le septième et dernier volume propose un système nouveau sur la nature et l'origine des vents, détaillant les vents réguliers comme les alizés et les moussons. Il se conclut par un traité sur les causes des vents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.