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1
p. 122-129
Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Début :
Une fort aimable Fille, aussi spirituelle que bien faite, demeurant [...]
Mots clefs :
Galant, Fille, Entrevue, Amant, Gazette de Hollande, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Une fort aimable fille, auſſi
ſpirituelle que bien faite , de- meurant à Paris , apres avoir paſſeſes premieres années en Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE de naiſſance que de fortune,ce qu'il plairoit au Ciel d'ordon- ner de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez une Dame,amie commune de tous lesdeux.Elle luy parut enjoüée, pleine de viva- cité , d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux moindres choses qu'elle diſoit.
Il la regarda, luy parla, l'écou- ta;&le plaifir qu'il prit à cette premiere entreveuë , luy en ayant fait fouhaiter une ſecon- de, il ne luy fut pas difficile d'en trouver l'occaſion. La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
GALANT. 91
2
fortis fort contens l'un de l'autre ſans s'en rien dire , & c'étoit affez pour leur faire pren- dreſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient&ne
ſe diſoient point la cauſe de leur frequente rencontre.C'étoit le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en joüée , l'Amant à luy applau- dir; force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que voir l'Opera & faire des pro- menades à S. Clou ; grande complaiſance , & point dede- claration.Celan'avançoitpoint les affaires , &la Belle ne iça- voit que penſer deſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre toute aimable, il eſtoit charmé
92 LE MERCURE
de ſon humeur, loioit ſon accent Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson yliſoit la Gazette de Hollande, &ellemarquoit en- tre autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit é- pouféMademoiſellede **. Le joly endroit , dit alors cette agreable Perſonne avec ſon
enjoüementordinaire ! lecroy que je ne ſerois point faſchée de voir mon Nomdans un Article pareil à celuy cy. L'A- mant commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande aſſurancede ſa part qu'elle n'a- voit qu'à luy donner l'ordre ,
&qu'elle auroit fatisfaction.
Mais, ajoûta-t'elle , il vous en
GALAN T. 93
1
couſteroit de l'argent, &ie ne voudrois pas engager les gens àunedépense qui ne tournaſt point à leur avantage. Autre afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft employé pour luy. La belle le regarda; &de cet accent qui avoit accouſtumé de le charmer : Expliquez vous, luydit- elle : ſi vous me parlez pour vous divertir , ie vay vous ré- pondre ; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu, il fit la reverence,alla trou- ver lePere, la luydemandaſans s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux pour la Belle, &l'épouſa qua- tre iours apres . Cent perſon- nes de qualité ont eſté de la
94 LE MERCURE
nopce , &c'eſt le premierMa- riage qui ſe ſoit fait icy depuis Paſques
ſpirituelle que bien faite , de- meurant à Paris , apres avoir paſſeſes premieres années en Gaſcogne, attendoit avec plus
90 LE MERCURE de naiſſance que de fortune,ce qu'il plairoit au Ciel d'ordon- ner de ſa deftinée. Un galant
homme dont le bien répondoit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontrechez une Dame,amie commune de tous lesdeux.Elle luy parut enjoüée, pleine de viva- cité , d'un entretien agreable ,
&il trouva fur tout que fon accent de Province donnoit
une grace merveilleuſe aux moindres choses qu'elle diſoit.
Il la regarda, luy parla, l'écou- ta;&le plaifir qu'il prit à cette premiere entreveuë , luy en ayant fait fouhaiter une ſecon- de, il ne luy fut pas difficile d'en trouver l'occaſion. La Bel
le alloit ſouvent chez la Dame
qu'il connoiffoit. Ils estoient
GALANT. 91
2
fortis fort contens l'un de l'autre ſans s'en rien dire , & c'étoit affez pour leur faire pren- dreſoindu rendez- vous.Trois
mois ſe paſſerent à ſe voir de
cette forte. Ils devinoient&ne
ſe diſoient point la cauſe de leur frequente rencontre.C'étoit le hazard en apparence, &
lear volonté en effet. La Belle
continuoit toûjours à eſtre en joüée , l'Amant à luy applau- dir; force parties de S. Clou &
d'Opera , mais ce n'eſtoit que voir l'Opera & faire des pro- menades à S. Clou ; grande complaiſance , & point dede- claration.Celan'avançoitpoint les affaires , &la Belle ne iça- voit que penſer deſon Amanr.
Elle avoit beau luy paroiſtre toute aimable, il eſtoit charmé
92 LE MERCURE
de ſon humeur, loioit ſon accent Gaſcon & ne ſe haſtoit
point de parler François.Enfin Theureux moment arriva. Ils
eftoient tous deux chez leur
Amieson yliſoit la Gazette de Hollande, &ellemarquoit en- tre autres choſes ſur l'Article
de Paris, que M. le ** avoit é- pouféMademoiſellede **. Le joly endroit , dit alors cette agreable Perſonne avec ſon
enjoüementordinaire ! lecroy que je ne ſerois point faſchée de voir mon Nomdans un Article pareil à celuy cy. L'A- mant commençoit à ſe laiſſer
vaincre par l'eſtoile. Grande aſſurancede ſa part qu'elle n'a- voit qu'à luy donner l'ordre ,
&qu'elle auroit fatisfaction.
Mais, ajoûta-t'elle , il vous en
GALAN T. 93
1
couſteroit de l'argent, &ie ne voudrois pas engager les gens àunedépense qui ne tournaſt point à leur avantage. Autre afſurance qu'il ne tiendroit
qu'à elle que l'argent ne fuft employé pour luy. La belle le regarda; &de cet accent qui avoit accouſtumé de le charmer : Expliquez vous, luydit- elle : ſi vous me parlez pour vous divertir , ie vay vous ré- pondre ; si c'eſt ſerieuſement,
mon Pere vous répondra.
L'Amant acheva d'eſtre vaincu, il fit la reverence,alla trou- ver lePere, la luydemandaſans s'informer de la ſuite , dreſſa
des Articles fort avantageux pour la Belle, &l'épouſa qua- tre iours apres . Cent perſon- nes de qualité ont eſté de la
94 LE MERCURE
nopce , &c'eſt le premierMa- riage qui ſe ſoit fait icy depuis Paſques
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Résumé : Histoire du Mariage par hazard. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une jeune femme spirituelle et charmante, élevée en Gascogne mais résidant à Paris. Elle rencontre un homme de qualité chez une amie commune, qui est charmé par sa vivacité et son accent gascon. Ils se voient fréquemment sans se déclarer leurs sentiments, profitant de sorties et de divertissements. Un jour, en lisant la Gazette de Hollande, la jeune femme exprime son désir de voir son nom dans un article similaire. L'homme, épris, lui assure qu'il peut réaliser ce souhait. Elle lui demande de s'expliquer clairement et comprend qu'il s'agit d'une demande en mariage. Il obtient le consentement du père de la jeune femme et l'épouse quatre jours plus tard. La noce est célébrée en présence de cent personnes de qualité, marquant ainsi le premier mariage depuis Pâques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 245-246
« Je n'ay appris aucun Mariage de Personnes de remarque [...] »
Début :
Je n'ay appris aucun Mariage de Personnes de remarque [...]
Mots clefs :
Mariage, Monsieur de Bragelonne
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texteReconnaissance textuelle : « Je n'ay appris aucun Mariage de Personnes de remarque [...] »
gedePerſonnes de remarque,
que celuy de Monfieur de
Bragelone Conſeiller au Par- lement , qui a épouséMade- moiſelle Canlatte. Il eſt en réputation d'un fort bon Juge,
&Fils de Monfieurde Brage- lonne Premier. Prefident au
GAL ANT. 181
Parlementde Mets. Cette Famille eſt une des plus grandes & des plus conſidérables de
Paris.
que celuy de Monfieur de
Bragelone Conſeiller au Par- lement , qui a épouséMade- moiſelle Canlatte. Il eſt en réputation d'un fort bon Juge,
&Fils de Monfieurde Brage- lonne Premier. Prefident au
GAL ANT. 181
Parlementde Mets. Cette Famille eſt une des plus grandes & des plus conſidérables de
Paris.
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3
p. 33-71
Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Début :
Ces choses sont belles à dire, mais l'execution en est [...]
Mots clefs :
Courtisane, Naufrage, Mariage, Charmes, Fils, Père, Insensible, Aimer, Femmes, Solitaire, Livre, Bateliers, Rencontrer, Eau
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texteReconnaissance textuelle : Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Ces choſes fontbelles àdire,mais l'execution en eſt diffi- cile, & la plupart de ceux qui font ces fortes d'Ouvrages ,
fongent bien moins àquiter le monde , qu'à faire paroiſtre leur eſprit. Beaucoup deGens parlent avantageuſementde la Solitude , & en dépeignent la tranquillité , & cependant on voit peu de Solitaires. Quoy que le nombre en ſoit petit ,
j'en ay découvert un depuis quelques jours , dont l'Hiſtoi- remerite bien de vous eſtre racontée. Il eſt Fils unique &
ſeul Heritier d'un Homme qui peut paſſer pour grand Sei- gneur dans ſa Province. Il le fit étudier avec beaucoup de foin &de dépenſe , luy fit faire ſes Exercices àParis , &le rap- pella aupres de luy dés qu'ils
Tome VI. C
2.6 LE MERCVRE
furent achevées , de crainte
qu'il ne priſt le parti de l'Epée,
&que le defirde la gloire qui excite preſque tous lesjeunes Gens , ne l'engageat à fuivre l'exemple de la plupart de fes Camarades qu'il voyoit aller à
l'Armée , en fortant de l'Aca
demie: CeFils dont l'humeur
eſtoit douce , qui n'aimoit que le repos , & qui ſe faifoit une joye extréme d'obeïr à fon Pe- re , ſe rendit aupres deluydans le temps marqué , & voulut répondre par fa diligence à
l'empreſſement que ce bon Homme avoit de le revoir.
Dés qu'il fut de retour , il luy propoſa une Charge de Con- feillerdans le Parlement de ***
pour l'attacher plus fortement auprés de luy. Cet offre fut accepté avec joye , & la Char-
GALANT. 27
ge ayant eſté achetée , il y fut reçeu avec applaudiſſement ;
il l'a exercée pendant dix ans avec une integrité dont nous avons peu veu d'exemples. Il ne faut pas s'en étonner , il eſtoit indifferent , & la Province n'avoit point de Beautez capables de le toucher. Ce n'eſt pas qu'il euſt de mépris pour aucune , & que fon in- difference aprochat de celle
de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d'eux-meſmes , qu'ils croyent
la plupart des Femmes indi gnesde leursfoins. Noſtre
litaire n'avoit point
&s'il avoit de l'indifference,
la cauſe n'endevoit eſtre attribuée qu'à ſon temperament.
Sa froideur pour le Sexe eſtoit accompagnée d'une civilité
cedeflwy
Cij
28 LE MERCVRE
qui gagnoit tous les coœurs , &
jamais Inſenſible ne l'a fi peu paru. Siquelques Belles qui ne le haïffoient pas , & qui au- roient volontiers fait lamoitié
des avances , cachoient le cha- grin qu'elles avoient de luy voir un cœur fi peu capable d'aimer , fon Pere faiſoit ſans
ceffe paroiſtre le ſien. Il le preſſoit tous les jours deſema- rier , & luy témoignoit avec une ardeur inconcevable le
defir qu'il avoit de voir des Succeſſeurs qui pûffent em- peſcher ſon nom de mourir.
Ces difcours fatiguoient nô- tre Solitaire, il ne fongeoit qu'à ſes Livres , il n'aimoit que fon Cabinet , il y paſſoit des jours entiers, & ne voyoit les Dames que lors qu'il ne pouvoit civi-- lement s'endéfendre, & que le
1
GALANT. 29
4
hazard les faifoit trouver dans
des lieux où il ne les cherchoit
pas : demanierequ'on peutdi- re qu'au milieu d'une des plus GalantesVilles de France , &
dans un Parlement celebre , il
vivoit comme s'il eût efté dans
une Solitude. Le calme d'eſprit &les douceurs qu'il trouvoit dans cette vie tranquile , fu- rentmêlées de quelques cha- grins. Les empreſſemens que fon Pere avoit de le marier,
luy firent de la peine : il vou- lut tâcher à ſe vaincre pour luy obeïr, il combatit les defirs qu'il avoit de conferver ſa li- berté, il ſe dit des raiſons pour fe faire vouloir ce qu'il ap- préhendoit le plus , mais cefut toûjours inutilement; de forte
que ſe voyant dans la neceffi- te d'entendre tous les jours les
Ciij
30 LE MERCVRE
plaintes de ſon Pere , ou de prendre une Femme, il refolut de vendre ſa Charge de Con- • ſeiller, &de ſe retirer dans une
Maiſon de Campagne ſur les bords d'une agreable Riviere.
Il pratiqua fecretement des Genspourcela,conclut prom- ptement ſon marché , &partit auffi - toſt aprés. La Maiſon eſtoit à luy , elle eſtoit toute meublée , il y alloit ſouvent,
&n'ayant beſoin de faire au- cuns appreſts pour ce Voyage,
il fit facilement croire qu'il n'alloit que s'y promener, quoy qu'il euſt deſſein de s'y établir tout-à-fait. A peine y est - il arrivé , qu'il s'adonne entie- rement à la lecture des plus
beaux Livres , aux Oeuvres de Pieté , & à la culture de fon Jardin. Le Pere au deſeſpoir,
GALANT. 31 &qui ſouhaitoit toujours d'a- voir des Succeſſeurs , confulte
ſes Amis pour ſçavoir de quel- le maniere il en uſera pour faire retourner ſon Fils dans
le monde. On y trouva de la difficulté , pluſieurs expédiens ſont propoſez, on ſe quite fans ſe determiner à rien. On fe
raffemble : & le bon Homme
conclut enfin qu'il parlera à
quelques Bateliers , & qu'il priera une Fille publique in-- connuë à ſon Fils , & la plus belle qu'il pourra trouver , de ſe mettre dans leur Bateau , &
qu'ils iront aupresdu Jardinde fon Fils , où ils feindront de
faire naufrage. Son argent luy fait trouver tout ce qu'il fou- haite. On luy promet tout, on execute tout , mais fi à propos &avec tant d'aparence de ve
32 LE MERCVRE rité , que noſtre Solitaire en eſt touché de compaffion. Il eſtoit appuyé fur le bordd'une Terraffe qui regardoit la Ri- viere, & tenoit un Livre remplyde Traitez contre l'Amour.
Il le liſoit avec plaifir , s'ap- plaudiffſoit de la dureté de fon cœur , &s'affermiſſoit dans la
refolution qu'il faifoit tous les jours de ne ſe laiſſer jamais ébloüir par aucune Beauté ,
quelques charmes qu'elle pût avoir , lors que les cris des Ba- teliers, &d'une jeune fille qui fembloit perir, luy firent aban- donner la lecture pour courir au bord de l'eau. Il vit une
Femme qui en fortoit , il luy preſente la main , &la preffa d'entrer chez luy pour chan- ger de hardes , & pour pren-- dre du repos. Il la plaignie
GALANT. 33
LYC
pendant le chemin avec une
honneſteté qui luy eft natu- relle ,&luy dit des choſes qui l'auroient empeſchée de croi- re qu'il eſtoit inſenſible, fi elle n'en avoit eſté bien avertie.
Elle ſe contentade luy repartir qu'elle ſe trouvoit bien- heureuſe dans fon infortune de rencontrer une Perſonn
auſſi obligeate que luy. Quand elle fut arrivée dans ſon L
gis , elle demanda du Feu &
du Linge pour en changer ,
parce que le ſien eſtoit tout moüillé. Noftre Solitaire en
fut luy-mefme chercher, & il
auroit fait l'impoſſible pour fa belle Hoſteſſe, ſans en ſçavoir la raiſon. Il eſtoit fi troublé &
fi interdit qu'il ne ſçavoit ce qu'il faiſoit. Il la regardoit fans parler , & parloit ſans ſçavoir
34 LE MERCURE ny ce qu'il diſoit , ny ce qu'il luy vouloit dire. Il luy alluma luy - meſine du feu avec un empreſſement extraordinaire ,
&envoya tous ſes Gens avec ordre de ne rien épargner pour ſauver ſes Hardesqui flotoient fur l'eau. Pendant qu'il eſtoit occupé àfaire du feu, la Belle ſe deshabilloit peu à peu , &
laiſſoit entrevoir de temps en
temps une partie des beautez qui avoienteſté admirées d'un
grand nombre de Cavaliers.
Elle ſe coucha en fuite. Nôtre Solitaire s'approcha de fon Lit , & voulut l'entretenir ;
mais elle luy dit qu'elle estoit fort fatiguée,&le pria avec un air modefte & remply d'une certaine pudeur qui arrache les cœurs, de ſe retirer & de
la laiſſfer en repos. Il eſt vray
GALANT. 35 qu'elle estoit laffe , & le feint Naufrage l'avoit prêque autāt tourmentée qu'auroit fait un veritable péril.Elle dormit fort tranquillement pendant toute la nuit. Son Hoſte n'en fit pas
de meſme , il reſvaal'Avantu+
re qui luy eſtoit arrivée , &
fon imagination ne ceſſa point de luy reprefenter la Belle qui n'eſtoit fortie de l'eau , que pourluy ravir le repos dont il joüiffoit. Son inſenſibilité l'em- peſchoit de croire qu'il aimât
veritablement ; &quand il au- roit eſté bien perfuadé de ſa paffion , il n'oſoit ſe l'avoüer à
luy--mefme ; &la manieredont il avoit veſcu luy faifoit voir tant de foibleſſe dans un fi
prompt changement , qu'il ne Içavoit à quoy ſe déterminer.
Il ſe leva avec ces cruelles irré-
36 LE MERCURE
:
ſolutions. Il fut à peine habil- lé , qu'il envoya ſçavoir de quelle maniere ſa belle Ho- ſteſſe avoit paffé la nuit. Ilap- prit qu'elle estoit éveillée , &
qu'elle ſe portoitbien. Il enté- moigna de la joye , & luy en- voya demander la permiffion dela voir. Il l'obtint ; mais à
peine fut - il entré dans ſa Chambre , qu'il fentit unba- tement de cœur qui luy pré- ſagea ce quiluy eſt arrivé dé- puis. Il luy trouva de nou- veaux charmes ; &luy fit des complimens ſi embarraffez ,
que la Belle connut bien que ces appas commençoient à fai- re l'effet que le Pere de noſtre Inſenſible s'eſtoit propoſé. El- le le pria de luy donner quel- qu'un pour envoyer querir une Litiere dans la Ville Capitale
GALANT. 37 pitalede la Province , quin'é- toitpas éloignéedulieuoù ils eſtoient , & luy dit qu'elle eſtoit obligée d'y aller incef- ſamment pour porter des Pa piers de conſequence àſaMe- re , qui estoit fur le pointd'y voirjugerungrandProcés. Il
luy promit toutdans le deſſein dene luyrientenir,&fit venir fur l'heure un de ſes Gens à
qui il commanda d'executer ponctuellement tout ce qu'el- leluydiroit; puis il luydefen- ditenparticulierde ſuivre au- cunsdeſes ordres ,&le fit cacher afin qu'il ne paruſt plus devant elle. Ilmittout enufage pour empefcher qu'elle ne s'ennuyât. Les Repas furent galans &magnifiques ,&tout parladefon amouravantqu'il en dit rien &qu'il en fut luy Tome VI. D
38 LE MERCVRE mefmebien perfuadé. Cepen- dant ſa paffion qui avoit eſté violentedés ſa naiſſance, l'o- bligeade s'informer avec foin des raiſons qui avoient penſé faire périr une ſi aimable Per- ſonne. Illuydemandad'où elle eftoit partie , & pourquoy efle s'eſtoit fiée à des Bateliers fi
imprudens. Elle luy rendit rai- fon , detout , & luy dit que fa Mere ne youloit pas quelle confiât à perſonneles Papiers,
dont elle luy venoit de parler ,
& qu'ayant appris qu'un teau devpit pafler aupres de la Terre d'où elle les venoit de querir , elle s'eſtoit mife,de- dans , &avoit envoyé tous fes Gens par terre. Elle adjouta a
toutes ces chofes,qu'elle def- cendoit d'une Illuftre Maiſon
Bar
3
qu'elle luy nomma, mais que
α
GALANT. 39 les Debtes que fes Anceſtres
avoient laiſſees ,à caufe des
-dépenſes exceſſives auſquelles le ſervice de leur Prince les
avoit engagées , eſtoient cauſe qu'elle ne paroiſſoit pasdansle
monde avec tout l'éclat que devoit faire une Perſonne de
fa naiffance. CeRécitacheva
-de charmer noſtre Solitaire : &
fa belleHoſteffe qui ne devoit demeurer chez luy que pen- dant quelques jours , s'eſtant apperçeuë qu'il reſſentoit un veritable amour , voulut voir
juſquesoùleschofes pouroient aller. Leurs converſations devinrent longues &frequentes,
les yeux del'Amant parlerent fouvent, ſes ſoins confirme- rent tout ce qu'ils dirent , &
fes Billets tendres en apprirent encor davantage. Ce n'eftoit
Dij
40 LE MERCVRE toutefois pas affez , il falloit une declaration de vive voix
&dans les formes. Noftre Solitaire la fit , mais en Amant
bien reſolu d'aimer toûjours.
Il dit àcette adroite perſonne (qui n'avoit rien oublié de tout ce qu'elle avoit crû ne- ceffaire pour l'enflamer ) qu'il netiendroit qu'àelle de le ren- dre heureux le reſte de fes
jours, en partageant avec luy le peu debien que la Fortune luy avoit donné , & qu'il ne demandoit pour reconnoiffan- ceque ſes bonnesgraces &fon cœur. Il luy propoſa en ſuite de l'époufer le lendemain.Elle fit d'abord de grandesdifficul- tez, puis elle ſe rendit en luy demandanthuit jours pour en conferer avec ſa Mere. Il ne
voulut point confentir à ce re
GALANT. 41 tardement. Elle en témoigna autant de chagrin qu'elle en avoit de joye , & le laiſſa en fuite le maiſtre dela choſe. Il
fit tout préparerpourle lende- main,& le Mariageſe fit dans PEglife du lieu , en preſence detous les Paroiffiens. Cepen- dant le Pere de noftre NouveauMariéqu'on n'avoitaver- ty de rien, fentit redoubler la curioſité qu'ilavoit de ſçavoir -commentſon ſtratagême avoit réuffy. Il vint voir fon'Fils',
qu'il trouva d'abord plus gay qu'àl'ordinaire.Il en eutbeau- coup dejoye, &luy en deman- dala caufe. L'Amour a fait ce
changement, luy répondit- il.
J'en fuis ravy , lity repartit le bon Homme en l'embraffant
les larmes auxyeux, &je croy que pus qu'une Fehime a pu Dij
142 LE MERCURE
vous toucher , vous pourez devenir inſenſible aux charmes de quelque autre. LeFils l'affura du contraire , &luy dit qu'il aimeroit eternellement celle à qui il avoit donné fon cœur. Vous avez beau jurer ,
luyrepartit le Pere , je ne croi-- rayplus rien d'impoffible , puis que vous vous eſtes laiſſé tour cher. Ilest vray que je me fuis,
laiffé toucher, &meſme plus:
quevous ne penſez , luyrepli qua ceFils , puis que voir,ai mer&épouſer,n'ont eſté qu'u ne meſme choſe en moy. Ju- gez apres cela , poursuivit- il ,
fi yous avez raifon d'aſſurer que je deviendrayfenfible aux charmes d'une autre Femme ?
Ces paroles rendirent le Pere immobile , &le ſaiſirent telle
ment qu'il demeura quelque
GALANT.
43 temps fans pouvoir parler. Le Fils qui crût que la joye pro- duiſoit cet effet dans le cœur
de ſon Pere , adjoûta qu'il ne le preſſcroit plus de luydon- ner des Succeſſeurs , qu'il en auroit bien toſt,&qu'il croyoit que ſa Femme eſtoit groffe.
Quoy, luy ditle bon Homme d'une voix tremblante , vous
avez épouſe la Perſonne que vous avez retirée du Naufrage!OüymonPere , luy répon- dit-il , le Ciel me l'a envovée pourm'empeſcher d'eſtre plus long-temps rebelle à vos vo- lontez. Ah ! qu'avez-vousfait,
mon Fils qu'avez - vous fait ?
s'écria le Vieillard. Ce que vous avez fi ſouvent ſouhaité
demoy , repartit noſtre Nou- veauMarić. Dites plûtoft, in- terrompit le Pere avec des
44 LE MERCVRE yeux pleins de fureur, tout ce que je devois craindre , & ce qui vous couvrira d'une infa- mie eternelle , & vous rendra
Popprobre de tout le monde.
Je vous pardonne toutefois ,
poursuivit-il , àcauſe devoftre ignorance,mais il faut quiter voſtre Femme, if la faut fuir
&ne jamais fonger àla revoir.
De la maniere que vous par- -łez, répondit le Fils , il falloit que j'euſſe une Sœur qui ne m'eſtoit pas connuë, &je l'au- ray fans doute épousée , puis qu'il n'y a qu'une avanture ſemblable qui me puiffe obli- gerd'abandonner une Femme àquij'ay fi publiquementdon- né ma foy. Tu luy en peux manquer , reprit le Pere , &
tonMariage le peut rompre , quoy qu'elle ne foit point ta
GALANT. 45 Sœur. Il luy raconta enſuite,
toute l'Hiſtoire du feint Naufrage , & luy dit qu'il avoit pretendu que les charmes &
les manieres engageantes de laPerſonne qui avoit ordre de ſe retirer chez luy aprés ſon malheur apparent , &de luy demander les ſecours qu'illuy avoit offert de luy- meſme,
pourroient peu à peu faire di- minuer fon averſion pour les Dames;que c'étoit tout cequ'il avoit ſouhaité , dans la pensée que ſon cœur eftant devenu
moins farouche , ſe pourroit attendrir pour une plus hon- neſtePerſonne , & qu'il ſe ſe- roit alors fi adroitement fervyde l'occaſion , qu'il l'auroit fait conſentir à luy donner la main ; mais que puis qu'il avoit épousé une Courtiſane,
46 LE MERCURE il devoit par toutes fortes de raiſons demander la rupture de fon Mariage. Je n'ay point leu dans ſes yeux ce qu'elle eſtoit , edit alors ce Fils avec un
ton auffi triſte que touchant :
Ils m'ont paru doux , je n'ay rien veu que d'aimable dans toutefa Perſonne , &j'ay trou- védes charmesdans ſon eſprit -qui auroient pû engager des cœurs plus inſenſibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voſtre Mariage ,
repartit le Pere avec beaucoup de douceur , fanspouvoir vous
fervir de pretexte pour vous -empeſcher de le rompre,mais preſentement , pourſuivit-il ,
que vous connoiſſez voſtre er- reur, la raifon... La raiſon , s'éeria le Fils , je vous ay dit mille &mille fois pendantque vous
GALANT. 47
4.
me preffiez d'engager mon cœur , qu'elle estoit incompa-,
tible avec l'amour , & que de
peur de la perdre je voulois eſtre toûjours inſenſible. Vous ſouhaitiez alors de me voir
moins raiſonnable ,&vous me
le repetiez tous les jours : ce- pendant vous voulez aujour- d'huyqu'avec une paffionvio-- lente,je conſerve toute larai- fonque pourroit avoir l'Hom- me du monde le plus infenfi- ble. Il en faut avoir quand 'honneur le veut , repliqua le Pere, & tu ne romps ton
Mariage , je te declare que je
te desheriteray. Je ne voy past dequoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit leFils,
je n'ay pas eſté chercher la Perſonne que j'ay épousée , &,
vous demeurez vous - meſme,
d'accord que vous me l'avez
48 LE MERCURE
envoyée. Dés que j'ay ſenty que je commençois à l'aimer,
je me ſuis ſouvenu de vous,
&de la joye que vous auriez en apprenant que je ceffois d'eſtre inſenſible. Le deſir de
vous plaire s'eſt mis de la par- tie,il m'a empeſchederefifter
fortement aux premiers mou- vemens demon amour ,&je me ſuis laiſſe vaincre quand j'ayſerieuſement fait reflexion fur la manieredont la Perſonne que j'ay épousée eſtoit ve- nuëchez moy. J'ay crû qu'ily
avoitde ladeſtinée dans cette
Avanture , que nous eſtions nez l'un pour l'autre , & que je ſerois criminel ſi j'étois plus long-temps rebelle à vos vo- lontez ,&que les Succeſſeurs quevous ſouhaitiez avec tant d'empreſſement,eſtoient peut
GALANT. 49
eſtre deſtinez pour eſtre un jour de grands Hommes , &
que le Public en pouvoit recevoir des avantages confide- rables. Ayant examiné toutes ces chofes , j'aurois crû faire un crime de ne pas ſuivre les mouvemens qui m'étoient in- fpirez aprés une Avanture fi extraordinaire , & dans un
temps où j'y penſois le moins.
Toutes ces raiſons ne fatisfirent pas le Pere, il preffa en- cor ſon fils de conſentir à ſe
démarier. Ce dernier s'en eft
faitun ſcrupule de confcien- ce , &le Pere s'eſt pourvû en Juſtice pour faire caſſer leMa- riage. Je les trouve tous deux à plaindre , & je ſerois bien embaraffé ſi j'avois à pronon- cer là-deſſus. Les raiſons de
Fun & de l'autre me paroif
Tome VI. E
50 LE MERCVRE
کو
foient bonnes , &je ne trouve que l'Amourde condamnable,
mais il ne reconnoît point de
Juges, & ne fait jamais que ce qu'il luy plaît
fongent bien moins àquiter le monde , qu'à faire paroiſtre leur eſprit. Beaucoup deGens parlent avantageuſementde la Solitude , & en dépeignent la tranquillité , & cependant on voit peu de Solitaires. Quoy que le nombre en ſoit petit ,
j'en ay découvert un depuis quelques jours , dont l'Hiſtoi- remerite bien de vous eſtre racontée. Il eſt Fils unique &
ſeul Heritier d'un Homme qui peut paſſer pour grand Sei- gneur dans ſa Province. Il le fit étudier avec beaucoup de foin &de dépenſe , luy fit faire ſes Exercices àParis , &le rap- pella aupres de luy dés qu'ils
Tome VI. C
2.6 LE MERCVRE
furent achevées , de crainte
qu'il ne priſt le parti de l'Epée,
&que le defirde la gloire qui excite preſque tous lesjeunes Gens , ne l'engageat à fuivre l'exemple de la plupart de fes Camarades qu'il voyoit aller à
l'Armée , en fortant de l'Aca
demie: CeFils dont l'humeur
eſtoit douce , qui n'aimoit que le repos , & qui ſe faifoit une joye extréme d'obeïr à fon Pe- re , ſe rendit aupres deluydans le temps marqué , & voulut répondre par fa diligence à
l'empreſſement que ce bon Homme avoit de le revoir.
Dés qu'il fut de retour , il luy propoſa une Charge de Con- feillerdans le Parlement de ***
pour l'attacher plus fortement auprés de luy. Cet offre fut accepté avec joye , & la Char-
GALANT. 27
ge ayant eſté achetée , il y fut reçeu avec applaudiſſement ;
il l'a exercée pendant dix ans avec une integrité dont nous avons peu veu d'exemples. Il ne faut pas s'en étonner , il eſtoit indifferent , & la Province n'avoit point de Beautez capables de le toucher. Ce n'eſt pas qu'il euſt de mépris pour aucune , & que fon in- difference aprochat de celle
de beaucoup de jeunes Gens qui ont fi bonne opinion d'eux-meſmes , qu'ils croyent
la plupart des Femmes indi gnesde leursfoins. Noſtre
litaire n'avoit point
&s'il avoit de l'indifference,
la cauſe n'endevoit eſtre attribuée qu'à ſon temperament.
Sa froideur pour le Sexe eſtoit accompagnée d'une civilité
cedeflwy
Cij
28 LE MERCVRE
qui gagnoit tous les coœurs , &
jamais Inſenſible ne l'a fi peu paru. Siquelques Belles qui ne le haïffoient pas , & qui au- roient volontiers fait lamoitié
des avances , cachoient le cha- grin qu'elles avoient de luy voir un cœur fi peu capable d'aimer , fon Pere faiſoit ſans
ceffe paroiſtre le ſien. Il le preſſoit tous les jours deſema- rier , & luy témoignoit avec une ardeur inconcevable le
defir qu'il avoit de voir des Succeſſeurs qui pûffent em- peſcher ſon nom de mourir.
Ces difcours fatiguoient nô- tre Solitaire, il ne fongeoit qu'à ſes Livres , il n'aimoit que fon Cabinet , il y paſſoit des jours entiers, & ne voyoit les Dames que lors qu'il ne pouvoit civi-- lement s'endéfendre, & que le
1
GALANT. 29
4
hazard les faifoit trouver dans
des lieux où il ne les cherchoit
pas : demanierequ'on peutdi- re qu'au milieu d'une des plus GalantesVilles de France , &
dans un Parlement celebre , il
vivoit comme s'il eût efté dans
une Solitude. Le calme d'eſprit &les douceurs qu'il trouvoit dans cette vie tranquile , fu- rentmêlées de quelques cha- grins. Les empreſſemens que fon Pere avoit de le marier,
luy firent de la peine : il vou- lut tâcher à ſe vaincre pour luy obeïr, il combatit les defirs qu'il avoit de conferver ſa li- berté, il ſe dit des raiſons pour fe faire vouloir ce qu'il ap- préhendoit le plus , mais cefut toûjours inutilement; de forte
que ſe voyant dans la neceffi- te d'entendre tous les jours les
Ciij
30 LE MERCVRE
plaintes de ſon Pere , ou de prendre une Femme, il refolut de vendre ſa Charge de Con- • ſeiller, &de ſe retirer dans une
Maiſon de Campagne ſur les bords d'une agreable Riviere.
Il pratiqua fecretement des Genspourcela,conclut prom- ptement ſon marché , &partit auffi - toſt aprés. La Maiſon eſtoit à luy , elle eſtoit toute meublée , il y alloit ſouvent,
&n'ayant beſoin de faire au- cuns appreſts pour ce Voyage,
il fit facilement croire qu'il n'alloit que s'y promener, quoy qu'il euſt deſſein de s'y établir tout-à-fait. A peine y est - il arrivé , qu'il s'adonne entie- rement à la lecture des plus
beaux Livres , aux Oeuvres de Pieté , & à la culture de fon Jardin. Le Pere au deſeſpoir,
GALANT. 31 &qui ſouhaitoit toujours d'a- voir des Succeſſeurs , confulte
ſes Amis pour ſçavoir de quel- le maniere il en uſera pour faire retourner ſon Fils dans
le monde. On y trouva de la difficulté , pluſieurs expédiens ſont propoſez, on ſe quite fans ſe determiner à rien. On fe
raffemble : & le bon Homme
conclut enfin qu'il parlera à
quelques Bateliers , & qu'il priera une Fille publique in-- connuë à ſon Fils , & la plus belle qu'il pourra trouver , de ſe mettre dans leur Bateau , &
qu'ils iront aupresdu Jardinde fon Fils , où ils feindront de
faire naufrage. Son argent luy fait trouver tout ce qu'il fou- haite. On luy promet tout, on execute tout , mais fi à propos &avec tant d'aparence de ve
32 LE MERCVRE rité , que noſtre Solitaire en eſt touché de compaffion. Il eſtoit appuyé fur le bordd'une Terraffe qui regardoit la Ri- viere, & tenoit un Livre remplyde Traitez contre l'Amour.
Il le liſoit avec plaifir , s'ap- plaudiffſoit de la dureté de fon cœur , &s'affermiſſoit dans la
refolution qu'il faifoit tous les jours de ne ſe laiſſer jamais ébloüir par aucune Beauté ,
quelques charmes qu'elle pût avoir , lors que les cris des Ba- teliers, &d'une jeune fille qui fembloit perir, luy firent aban- donner la lecture pour courir au bord de l'eau. Il vit une
Femme qui en fortoit , il luy preſente la main , &la preffa d'entrer chez luy pour chan- ger de hardes , & pour pren-- dre du repos. Il la plaignie
GALANT. 33
LYC
pendant le chemin avec une
honneſteté qui luy eft natu- relle ,&luy dit des choſes qui l'auroient empeſchée de croi- re qu'il eſtoit inſenſible, fi elle n'en avoit eſté bien avertie.
Elle ſe contentade luy repartir qu'elle ſe trouvoit bien- heureuſe dans fon infortune de rencontrer une Perſonn
auſſi obligeate que luy. Quand elle fut arrivée dans ſon L
gis , elle demanda du Feu &
du Linge pour en changer ,
parce que le ſien eſtoit tout moüillé. Noftre Solitaire en
fut luy-mefme chercher, & il
auroit fait l'impoſſible pour fa belle Hoſteſſe, ſans en ſçavoir la raiſon. Il eſtoit fi troublé &
fi interdit qu'il ne ſçavoit ce qu'il faiſoit. Il la regardoit fans parler , & parloit ſans ſçavoir
34 LE MERCURE ny ce qu'il diſoit , ny ce qu'il luy vouloit dire. Il luy alluma luy - meſine du feu avec un empreſſement extraordinaire ,
&envoya tous ſes Gens avec ordre de ne rien épargner pour ſauver ſes Hardesqui flotoient fur l'eau. Pendant qu'il eſtoit occupé àfaire du feu, la Belle ſe deshabilloit peu à peu , &
laiſſoit entrevoir de temps en
temps une partie des beautez qui avoienteſté admirées d'un
grand nombre de Cavaliers.
Elle ſe coucha en fuite. Nôtre Solitaire s'approcha de fon Lit , & voulut l'entretenir ;
mais elle luy dit qu'elle estoit fort fatiguée,&le pria avec un air modefte & remply d'une certaine pudeur qui arrache les cœurs, de ſe retirer & de
la laiſſfer en repos. Il eſt vray
GALANT. 35 qu'elle estoit laffe , & le feint Naufrage l'avoit prêque autāt tourmentée qu'auroit fait un veritable péril.Elle dormit fort tranquillement pendant toute la nuit. Son Hoſte n'en fit pas
de meſme , il reſvaal'Avantu+
re qui luy eſtoit arrivée , &
fon imagination ne ceſſa point de luy reprefenter la Belle qui n'eſtoit fortie de l'eau , que pourluy ravir le repos dont il joüiffoit. Son inſenſibilité l'em- peſchoit de croire qu'il aimât
veritablement ; &quand il au- roit eſté bien perfuadé de ſa paffion , il n'oſoit ſe l'avoüer à
luy--mefme ; &la manieredont il avoit veſcu luy faifoit voir tant de foibleſſe dans un fi
prompt changement , qu'il ne Içavoit à quoy ſe déterminer.
Il ſe leva avec ces cruelles irré-
36 LE MERCURE
:
ſolutions. Il fut à peine habil- lé , qu'il envoya ſçavoir de quelle maniere ſa belle Ho- ſteſſe avoit paffé la nuit. Ilap- prit qu'elle estoit éveillée , &
qu'elle ſe portoitbien. Il enté- moigna de la joye , & luy en- voya demander la permiffion dela voir. Il l'obtint ; mais à
peine fut - il entré dans ſa Chambre , qu'il fentit unba- tement de cœur qui luy pré- ſagea ce quiluy eſt arrivé dé- puis. Il luy trouva de nou- veaux charmes ; &luy fit des complimens ſi embarraffez ,
que la Belle connut bien que ces appas commençoient à fai- re l'effet que le Pere de noſtre Inſenſible s'eſtoit propoſé. El- le le pria de luy donner quel- qu'un pour envoyer querir une Litiere dans la Ville Capitale
GALANT. 37 pitalede la Province , quin'é- toitpas éloignéedulieuoù ils eſtoient , & luy dit qu'elle eſtoit obligée d'y aller incef- ſamment pour porter des Pa piers de conſequence àſaMe- re , qui estoit fur le pointd'y voirjugerungrandProcés. Il
luy promit toutdans le deſſein dene luyrientenir,&fit venir fur l'heure un de ſes Gens à
qui il commanda d'executer ponctuellement tout ce qu'el- leluydiroit; puis il luydefen- ditenparticulierde ſuivre au- cunsdeſes ordres ,&le fit cacher afin qu'il ne paruſt plus devant elle. Ilmittout enufage pour empefcher qu'elle ne s'ennuyât. Les Repas furent galans &magnifiques ,&tout parladefon amouravantqu'il en dit rien &qu'il en fut luy Tome VI. D
38 LE MERCVRE mefmebien perfuadé. Cepen- dant ſa paffion qui avoit eſté violentedés ſa naiſſance, l'o- bligeade s'informer avec foin des raiſons qui avoient penſé faire périr une ſi aimable Per- ſonne. Illuydemandad'où elle eftoit partie , & pourquoy efle s'eſtoit fiée à des Bateliers fi
imprudens. Elle luy rendit rai- fon , detout , & luy dit que fa Mere ne youloit pas quelle confiât à perſonneles Papiers,
dont elle luy venoit de parler ,
& qu'ayant appris qu'un teau devpit pafler aupres de la Terre d'où elle les venoit de querir , elle s'eſtoit mife,de- dans , &avoit envoyé tous fes Gens par terre. Elle adjouta a
toutes ces chofes,qu'elle def- cendoit d'une Illuftre Maiſon
Bar
3
qu'elle luy nomma, mais que
α
GALANT. 39 les Debtes que fes Anceſtres
avoient laiſſees ,à caufe des
-dépenſes exceſſives auſquelles le ſervice de leur Prince les
avoit engagées , eſtoient cauſe qu'elle ne paroiſſoit pasdansle
monde avec tout l'éclat que devoit faire une Perſonne de
fa naiffance. CeRécitacheva
-de charmer noſtre Solitaire : &
fa belleHoſteffe qui ne devoit demeurer chez luy que pen- dant quelques jours , s'eſtant apperçeuë qu'il reſſentoit un veritable amour , voulut voir
juſquesoùleschofes pouroient aller. Leurs converſations devinrent longues &frequentes,
les yeux del'Amant parlerent fouvent, ſes ſoins confirme- rent tout ce qu'ils dirent , &
fes Billets tendres en apprirent encor davantage. Ce n'eftoit
Dij
40 LE MERCVRE toutefois pas affez , il falloit une declaration de vive voix
&dans les formes. Noftre Solitaire la fit , mais en Amant
bien reſolu d'aimer toûjours.
Il dit àcette adroite perſonne (qui n'avoit rien oublié de tout ce qu'elle avoit crû ne- ceffaire pour l'enflamer ) qu'il netiendroit qu'àelle de le ren- dre heureux le reſte de fes
jours, en partageant avec luy le peu debien que la Fortune luy avoit donné , & qu'il ne demandoit pour reconnoiffan- ceque ſes bonnesgraces &fon cœur. Il luy propoſa en ſuite de l'époufer le lendemain.Elle fit d'abord de grandesdifficul- tez, puis elle ſe rendit en luy demandanthuit jours pour en conferer avec ſa Mere. Il ne
voulut point confentir à ce re
GALANT. 41 tardement. Elle en témoigna autant de chagrin qu'elle en avoit de joye , & le laiſſa en fuite le maiſtre dela choſe. Il
fit tout préparerpourle lende- main,& le Mariageſe fit dans PEglife du lieu , en preſence detous les Paroiffiens. Cepen- dant le Pere de noftre NouveauMariéqu'on n'avoitaver- ty de rien, fentit redoubler la curioſité qu'ilavoit de ſçavoir -commentſon ſtratagême avoit réuffy. Il vint voir fon'Fils',
qu'il trouva d'abord plus gay qu'àl'ordinaire.Il en eutbeau- coup dejoye, &luy en deman- dala caufe. L'Amour a fait ce
changement, luy répondit- il.
J'en fuis ravy , lity repartit le bon Homme en l'embraffant
les larmes auxyeux, &je croy que pus qu'une Fehime a pu Dij
142 LE MERCURE
vous toucher , vous pourez devenir inſenſible aux charmes de quelque autre. LeFils l'affura du contraire , &luy dit qu'il aimeroit eternellement celle à qui il avoit donné fon cœur. Vous avez beau jurer ,
luyrepartit le Pere , je ne croi-- rayplus rien d'impoffible , puis que vous vous eſtes laiſſé tour cher. Ilest vray que je me fuis,
laiffé toucher, &meſme plus:
quevous ne penſez , luyrepli qua ceFils , puis que voir,ai mer&épouſer,n'ont eſté qu'u ne meſme choſe en moy. Ju- gez apres cela , poursuivit- il ,
fi yous avez raifon d'aſſurer que je deviendrayfenfible aux charmes d'une autre Femme ?
Ces paroles rendirent le Pere immobile , &le ſaiſirent telle
ment qu'il demeura quelque
GALANT.
43 temps fans pouvoir parler. Le Fils qui crût que la joye pro- duiſoit cet effet dans le cœur
de ſon Pere , adjoûta qu'il ne le preſſcroit plus de luydon- ner des Succeſſeurs , qu'il en auroit bien toſt,&qu'il croyoit que ſa Femme eſtoit groffe.
Quoy, luy ditle bon Homme d'une voix tremblante , vous
avez épouſe la Perſonne que vous avez retirée du Naufrage!OüymonPere , luy répon- dit-il , le Ciel me l'a envovée pourm'empeſcher d'eſtre plus long-temps rebelle à vos vo- lontez. Ah ! qu'avez-vousfait,
mon Fils qu'avez - vous fait ?
s'écria le Vieillard. Ce que vous avez fi ſouvent ſouhaité
demoy , repartit noſtre Nou- veauMarić. Dites plûtoft, in- terrompit le Pere avec des
44 LE MERCVRE yeux pleins de fureur, tout ce que je devois craindre , & ce qui vous couvrira d'une infa- mie eternelle , & vous rendra
Popprobre de tout le monde.
Je vous pardonne toutefois ,
poursuivit-il , àcauſe devoftre ignorance,mais il faut quiter voſtre Femme, if la faut fuir
&ne jamais fonger àla revoir.
De la maniere que vous par- -łez, répondit le Fils , il falloit que j'euſſe une Sœur qui ne m'eſtoit pas connuë, &je l'au- ray fans doute épousée , puis qu'il n'y a qu'une avanture ſemblable qui me puiffe obli- gerd'abandonner une Femme àquij'ay fi publiquementdon- né ma foy. Tu luy en peux manquer , reprit le Pere , &
tonMariage le peut rompre , quoy qu'elle ne foit point ta
GALANT. 45 Sœur. Il luy raconta enſuite,
toute l'Hiſtoire du feint Naufrage , & luy dit qu'il avoit pretendu que les charmes &
les manieres engageantes de laPerſonne qui avoit ordre de ſe retirer chez luy aprés ſon malheur apparent , &de luy demander les ſecours qu'illuy avoit offert de luy- meſme,
pourroient peu à peu faire di- minuer fon averſion pour les Dames;que c'étoit tout cequ'il avoit ſouhaité , dans la pensée que ſon cœur eftant devenu
moins farouche , ſe pourroit attendrir pour une plus hon- neſtePerſonne , & qu'il ſe ſe- roit alors fi adroitement fervyde l'occaſion , qu'il l'auroit fait conſentir à luy donner la main ; mais que puis qu'il avoit épousé une Courtiſane,
46 LE MERCURE il devoit par toutes fortes de raiſons demander la rupture de fon Mariage. Je n'ay point leu dans ſes yeux ce qu'elle eſtoit , edit alors ce Fils avec un
ton auffi triſte que touchant :
Ils m'ont paru doux , je n'ay rien veu que d'aimable dans toutefa Perſonne , &j'ay trou- védes charmesdans ſon eſprit -qui auroient pû engager des cœurs plus inſenſibles que le mien. Tout ce que vous dites peut excufer voſtre Mariage ,
repartit le Pere avec beaucoup de douceur , fanspouvoir vous
fervir de pretexte pour vous -empeſcher de le rompre,mais preſentement , pourſuivit-il ,
que vous connoiſſez voſtre er- reur, la raifon... La raiſon , s'éeria le Fils , je vous ay dit mille &mille fois pendantque vous
GALANT. 47
4.
me preffiez d'engager mon cœur , qu'elle estoit incompa-,
tible avec l'amour , & que de
peur de la perdre je voulois eſtre toûjours inſenſible. Vous ſouhaitiez alors de me voir
moins raiſonnable ,&vous me
le repetiez tous les jours : ce- pendant vous voulez aujour- d'huyqu'avec une paffionvio-- lente,je conſerve toute larai- fonque pourroit avoir l'Hom- me du monde le plus infenfi- ble. Il en faut avoir quand 'honneur le veut , repliqua le Pere, & tu ne romps ton
Mariage , je te declare que je
te desheriteray. Je ne voy past dequoy vous pouvez vous plaindre, luy répondit leFils,
je n'ay pas eſté chercher la Perſonne que j'ay épousée , &,
vous demeurez vous - meſme,
d'accord que vous me l'avez
48 LE MERCURE
envoyée. Dés que j'ay ſenty que je commençois à l'aimer,
je me ſuis ſouvenu de vous,
&de la joye que vous auriez en apprenant que je ceffois d'eſtre inſenſible. Le deſir de
vous plaire s'eſt mis de la par- tie,il m'a empeſchederefifter
fortement aux premiers mou- vemens demon amour ,&je me ſuis laiſſe vaincre quand j'ayſerieuſement fait reflexion fur la manieredont la Perſonne que j'ay épousée eſtoit ve- nuëchez moy. J'ay crû qu'ily
avoitde ladeſtinée dans cette
Avanture , que nous eſtions nez l'un pour l'autre , & que je ſerois criminel ſi j'étois plus long-temps rebelle à vos vo- lontez ,&que les Succeſſeurs quevous ſouhaitiez avec tant d'empreſſement,eſtoient peut
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eſtre deſtinez pour eſtre un jour de grands Hommes , &
que le Public en pouvoit recevoir des avantages confide- rables. Ayant examiné toutes ces chofes , j'aurois crû faire un crime de ne pas ſuivre les mouvemens qui m'étoient in- fpirez aprés une Avanture fi extraordinaire , & dans un
temps où j'y penſois le moins.
Toutes ces raiſons ne fatisfirent pas le Pere, il preffa en- cor ſon fils de conſentir à ſe
démarier. Ce dernier s'en eft
faitun ſcrupule de confcien- ce , &le Pere s'eſt pourvû en Juſtice pour faire caſſer leMa- riage. Je les trouve tous deux à plaindre , & je ſerois bien embaraffé ſi j'avois à pronon- cer là-deſſus. Les raiſons de
Fun & de l'autre me paroif
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50 LE MERCVRE
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foient bonnes , &je ne trouve que l'Amourde condamnable,
mais il ne reconnoît point de
Juges, & ne fait jamais que ce qu'il luy plaît
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Résumé : Histoire du Solitaire. [titre d'après la table]
Le texte narre l'histoire d'un jeune homme, fils unique d'un grand seigneur, qui mène une existence solitaire et studieuse malgré les pressions de son père pour qu'il se marie. Après avoir exercé une charge de conseiller au Parlement pendant dix ans avec intégrité, il décide de vendre sa charge et de se retirer dans une maison de campagne pour échapper aux sollicitations de son père. Ce dernier, désespéré de ne pas avoir de petits-enfants, organise un stratagème en faisant semblant de naufrage avec une jeune femme près de la maison de son fils. Touché par la compassion, le jeune homme accueille la jeune femme et finit par tomber amoureux d'elle. Après plusieurs jours de conversations et de déclarations, il l'épouse. Cependant, la situation se complique lorsque le père révèle que le naufrage était feint et que la femme était une courtisane envoyée pour adoucir le cœur rebelle du fils. Furieux, le père exige que le fils rompe ce mariage, menaçant de le déshériter sinon. Le fils, amoureux, argue que les circonstances et ses sentiments l'ont poussé à épouser cette femme, croyant voir une destinée dans cette rencontre. Le père, insistant sur la raison et l'honneur, refuse de céder. Le fils, respectueux des scrupules de conscience, ne veut pas divorcer. Le père, de son côté, se tourne vers la justice pour faire annuler le mariage. Le narrateur trouve les deux parties dignes de pitié, reconnaissant la validité des arguments des deux côtés, mais condamnant l'amour pour son irrationalité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 127-133
Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point, Madame, que vous ne joigniez vos [...]
Mots clefs :
Monsieur de la Quere, Mariage, Fêtes, Galanterie, Théâtre, Souper, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Je ne doute point , Mada- me, que vous ne joigniez vos applaudiſſemens à ceux que l'Autheur de ce Compliment a receus ; &pour paffer d'A les àMontpelier, jeus diray qu'ony parle fort du Mariage de Mademoiselle de la Verune
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
Hij
90 LE MERCVRE
tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
20
dic
ure
en
an
ent
erts
Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
THEAS
1
qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
peine affifesdansle Veftibule,
GALANT. 93
2
X
e
1
ir
aCe
Da
-
-
er
a
qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
avec Monfieur de la Quere Capitaine des Vaiſſeaux. C'eſt une Heritiere qu'on tient ri- che d'un million. Cela eſt
conſidérable ; mais ce qui eſt beaucoup plus avantageux pourelle , c'eſt que ſa fortune,
toute grande qu'elle eft , pa- roiſt encor au deſſous de fon
merite. Monfieur de la Quere luy a donné pluſieurs Feftes.
Elles ont toutes efté d'une ga- Janterie admirable , mais fur
Hij
90 LE MERCVRE
tout la derniere vous fera voir
que l'inconnu que vous avez tant aimé fur le Theatre , &
que vous nommiez ſi plaiſam- ment L'Amant qui nese trouve point ailleurs , n'apas donné un exemple d'une fi dangereuſe confequence, qu'il n'y ait des Gens qui faffenegloire de l'i- miter. Il ne faut qu'aimer pour cela , & voicy de qu'elle ma- niere Monfieur de la Quere s'y eſt pris. Mademoiselle de la Verune s'eſtoit allé prome- ner un peu tard avec quel- ques-unes de ſes Amies &de ſes Parentes , dans un Jardin
où il y a un petit Pavillon , &
quatre Cabinets de verdure
aux quatre coins. Elles furent fort ſurpriſes de trouver dans le premier où elles entrerent ,
une Table à dix-huit couverts.
GALANT. 91
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en
an
ent
erts
Lamagnificence y fut grande,
&la propreté merveilleuſe. II y eut huit Services differens,
& il n'y manqua rien de tout ce qu'on ſe peut figurer de plus exquis & de plus délicat pour le gouft. Aucune d'elles ne s'attendoit à ce Souper , &
moins encor à eſtre diverties
par un Concert admirable de Hautbois qui estoient dans
autre Cabinet. A
un
ces Haut
bois fuccederent les Violds
THEAS
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qu'on avoit mis dans le tro fiéme ; & ils n'eurent pas plû- toſt ceffé de joüer , qu'une ex- cellente Muſiqueſe fit enten- dre dudernierde ces Cabinets.
Le Souper eſtant finy , la Ta- ble fut couverte de Bouquets de Fleurs de toutes les Saifons , & de Rubans de toutes
fortes. Un moment apres on
Hiij
92 LE MERCVRE
propoſade s'aller repoſer dans des Chaiſes de commodite qui
eſtoient dans le Pavillon , &
ce futde nouveau un agreable ſujet de ſurpriſe pour ces aima- bles Perſonnes , devoir toutle
Iardin éclairé demilleBougies qu'on avoit attacheés aux branches des Arbres , & dont
Ia lumiere leur fit découvrir
les appreſts d'un tres- beau Feud'Artifice qui dura plus de demy-heure. Il fut fuivy d'un nombre infini de Fuſées vo
lantes qui faiſoient voir en l'air de cent diferentes manieres
le Nom&les Chiffres de Mademoiselle de la Verune. Ce
Divertiſſement qui les occupa quelque temps ayantceffé, el- les continuerent de marcher
vers le Pavillon , & furent à
peine affifesdansle Veftibule,
GALANT. 93
2
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1
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qu'elles virent fortir du derrieredela Tapifſerie,des Acteurs qui leur donnerent la Comedie. Ce fut par elle que cette galante Fefte ſe termina : elle
ne finit qu'avec la nuit; &cette belle Troupen'euſt pas lieu de regreter les heures que tant de plaiſirs luy firent dérober au fommeil.
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Résumé : Description d'une Feste Galante donnée à Montpellier par M. de la Quere à Mademoiselle de la Verune. [titre d'après la table]
Le texte évoque un mariage prochain entre Mademoiselle de la Verune et Monsieur de la Quere, capitaine des vaisseaux. Mademoiselle de la Verune est une héritière fortunée, possédant un million, bien que sa valeur personnelle soit jugée supérieure à sa richesse. Monsieur de la Quere a organisé plusieurs réjouissances en son honneur, dont une fête particulièrement mémorable. Lors de cette dernière, Mademoiselle de la Verune et ses amies ont été agréablement surprises par un somptueux souper dans un jardin, accompagné de huit services et d'un concert de hautbois et violons. Après le souper, le jardin a été illuminé par des bougies et un feu d'artifice a été tiré, avec des fusées affichant le nom et les chiffres de Mademoiselle de la Verune. La soirée s'est conclue par une comédie interprétée par des acteurs dans le pavillon, offrant ainsi de nombreux divertissements aux invités jusqu'à la nuit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 257-274
Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Début :
Je quite la Cour pour la Cour. En effet, Madame, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle d'Aumont, Marquis de Beringhen, Cour, Mariage, Ordre, Chevalier de Malthe, Maison, Boulogne, Parure, Souper, Table, Dames, Opéra, Monsieur Le Tellier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Je quite la Cour pour la Cour.. En effet , Madame , je croy ne m'en éloigner pas , en vous par- lant d'un Mariage qui a donné lieu icy depuis peu à une Feſte tres-magnifique. M. le Marquis de Beringhen a épousé Made- moifelled'Aumont. Je croy,Ma
GALANT. 165 dame , que vous ne demanderez pas d'autres preuves de ſa No- bleſſe , que celles qu'il a don- nées en ſe faiſant recevoir Chevalier de Malte; elles font affez
rigoureuſes pour tenir lieu de Titre de Nobleſſe. Peut- eftre
ferez-vous ſurpriſe qu'un Che- valier de Malte ſe marie ; mais
les Chevaliers de cet Ordre ne
font leurs Vœux qu'à vingt- cinq ans , & il ne les avoit pas.
Ce Marquis eſt d'une des plus anciennes Familles des Païs- Bas .
Son Grand-Pere eſtoit fort conſideré de Henry I V. qui l'em- -ploya en pluſieurs Négotiations .importantes aupres des Princes d'Allemagne. M. le Comte de Beringhen ſon Pereeſt Premier Ecuyer du Roy ( dont ilala fur- vivance)Gouverneur des Citadelles de Marseille, & Chevalier
166 LE MERCVRE
د
une
des Ordres du Roy. C'eſt un parfaitement honneſte - Hom- me , à qui une grande modeſtie en toutes chofes , une fidelité éprouvée , une exactitude de probité qui ne ſe rencontre pas en tout le monde prudence reconnuë , &une fa- geſſe qu'on admire , ont acquis l'eſtime de toute la Cour. Madame de Beringhen ſa Fem- me eſtoit Fille de feu Monfieur
le marquis d'Uxelles , Gouver- neurde Châlons. Cette Famille
originaire de Bourgogne , eſt affez connuë par ſes ſervices &
fon ancienneté. Le nomd'Uxelles afaitbruit dansles Armées.
Pluſieurs qui le portoient , en ont commandé , &pluſieurs y
font morts l'Epée àlamain pour le ſervice de leur Prince. Le
Marié eſt bien fait , de belle
GALAN T. 167
taille , il a de l'eſprit & du me- rite ;&dans pluſieurs rencon-- tres qui ont fait paroiſtre ſon courage, il s'eſt montré digne Heritierde celuy de feu M. le Marquisde Beringhen fon Fre- re , qui fut tué devant Beſan- çon. Comme il eſt demeuré Chefde ſa Famille , le Roy qui le confidere , luy a défendu de s'expoſer davantage , & par cet- te marque d'eſtime il a voulu faire connoiſtre à Monfieur le
Premier la bienveillance parti- culiere dont il l'honore. La Mariée eſt Fillede M. le Ducd'Aumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur
de Boulogne & du Païs Boulo- nois. Il avoit épousé enpremie- res Nopces une Fille de Mon- fieur le Tellier , Chevalier &
Tréſorier des Ordres duRoy,
168 LE MERCVRE
Marquis de Louvois , Seigneur de Chaville , Miniſtre & Secretaire d'Etat ; & c'eſt de ce Mariage qu'eſt mademoiselled'Au- mont dont je vous parle. Elle
eſt bien faite , a une fortgran- de jeuneſſe , &c'eſt un Charme qu'elle ſoûtient par beaucoup d'autres qui la rendent toute ai- mable. J'aurois beaucoup àvous
dire , madame , fur ce qui regar- de la Maiſon d'Aumont. Elle eſt
remplie d'un nombre infiny de grands Perſonnages , Cheva- liers des Ordres , mareſchaux
de France , Gouverneurs de
Provinces , & autres qui ont *poffedé les plus belles Charges del'Etat. Avant l'an 1381.Pier- re d'Aumont fut Chambellan
des Roys Jean & CharlesV. Et Pierre II. fi renommé dans l'Hiſtoire , le fut de Charles VI. &
Garde
GALANT. 169
Garde de l'Oriflame de France.
Jean Sire d'Aumont , qui vivoit - avant l'an 1595. reçeut le Ba- ſton de Mareſchal , qu'il merita par quantité degrandes Actions qu'il fit à une infinité de Sieges &de Batailles. Je ne vousdiray
rien de celles de feu M. le Ма-
_reſchal d'Aumont , Pere du
Duc qui porte aujourd'huy ce nom. Comme ila veſcu de nos
jours , il n'y a perſonne qui ne les ſcache. Il eſt mort Gouver neurde Paris , & l'eſtoit encor
de Boulogne &du Païs Boulonois. C'eſt un Gouvernement
attaché des lõgtemps à leur Fa- mille , qui eſt entrée dans les plusgrandes Alliaces.Vous n'en douterez pas , quand je vous ✓ auray dit que Jean VI. d'Au- mont avoit épousé Antoinette Chabot ſeconde Fille de Philip- Tome VIII. H
170 LE MERCVRE
pe Chabot Comte de Garny &
de Buzançois , Sieur de Brion ,
Admiral de France , & Gouverneur de Bourgogne , & de Françoiſe LonguyDamedePai- gny , Sœur aifnée de Jaqueline de Longuy Ducheſſe de Mont- penfier , Trifayeule maternelle d'Anne Marie Loüiſe d'Orleans,
Souveraine de Dombes , Princeffe de la Roche-fur-Yon, &
Ducheſſe de Montpenfier. Le jourdu mariage eſtant arreſté ,
on prit les ordres de Monfieur le
Ducd'Aumont. Comme il s'entend admirablement àtout, c'eſt
un des premiers Hommes du monde à n'en donner quede ju- ſtes ſur les grandes choſes. Sa prévoyance en facilite l'execu- tion , &il explique toûjours ſi.
bien ce qu'il penſe , qu'on entre ans peinedans tout ce qu'ils'eſt
GALAN T. 171
imaginé. La Nopce ſe fit dans fon Hoſtel. Il eſt d'une beauté
ſurprenante ; rien n'égale celle des Apartemens, ils font &di- féremment conſtruits , & diféremment ornez. Touty eſt d'u- ne magnificence achevée ; la propreté ſemble y difputer de prix avec la ſomptuoſité des Meubles ; Raretez partout , par tout Tableaux admirables &des
plusgrands maiſtres ; & ce qui frape furtoutes choſes, ce font pluſieurs Portraits antiques des Deſcendans de cette maiſon,qui marquentje ne-ſçay-quoy de fi noble &de fi grand , qu'il fuf- firoient preſque pour en perfua- derl'ancienneté.Vousvous imaginez aſſez la joyequiéclata fur le viſage detous les Intereſſez ſans que je m'arreſte à vous la dépeindre. Le marié parut l'air
د
Hij
172 LE MERCVRE
content , d'une parure magnifi- que, propre&bien entenduë ,
&foûtint cettegrade feſte avec un agrément toutparticulier.La Mariéequi demeuroit chezM
leTellierdepuis qu'elle eſt for- tiedu Convent, & qui a beau- coup profité de l'exemple de Madamele Tellier,dont chacun connoiſt le bon ſens &la piete,
arriva ſur les huit heures du
foir. Quoyqu'elle brillaſt d'une infinité de Pierreries, ſa Perſon- ne la paroit encor plus que tou- te autre chofe. Ellevint avecun
petit air ſérieux&nonchalant,
qui luy donnoitune gracemer- veilleufe , & jamais à quatorze ans onne s'eſt mieux tiré d'une
illuftre & grande Compagnie affembléepourelle feule, &das unjour où les Filles font le plus ſeverement critiquées. La Salle
2
GALAN T. 173 du Souper eſtoit éclairée d'un nombre infiny de Luftres. Il y
en avoitſur la Table de toutes
fortesde manieres, c'eſtoit commeun Theatrequi regnoitdans le milieu, maisdont la longueur ne caufoit aucunembarras.Tout
futfervy avec une propreté &
aune magnificence inconceva- ble. De chaque coſté de laTa- ble il y avoit deux rangs de vingt - cinq Plats chacun , qui faiſoiet centPlats en tout,& ces
centPlats furent relevez quatre fois. Le Fruit , & tout ce qu'il y a deplus delicat &de plus dé- licieux pour compoſer le plus ſuperbe Deſſert , eſtoit ſervy aumilieu de toute la longueur de la Table , dans des Baffins
de vermeil cizelé de diferentes
formes , &garnis en Pyramides tres-hautes de tout cequ'on ſe
Hiij
174 LE MERCVRE
peut imaginer de propre à ſatiſ- faire le gouft ; le tout dans des Porcelaines fines qui estoient là de toutes les fortes. Cette efpe- cede Montagne queformoit ce magnifique Deſſert , &qui fut trouvéeſur la Table en s'y met- tant , ne fatisfaifoit pas moins
les yeux. Quoyqu'il euſt de la fimetrie , il y avoit des endroits irréguliers , la juſteſſe ſe trou- voitdans leur inégalité , &on voyoit partout une agreabledi- verſité de couleurs. A chaque coſté du Fruit il y avoit des Flambeaux de vermeil du haut
de la Tablejuſqu'au bas,& com- me il eſtoit difficile qu'on pût ſervirfans confufion les quatre cens Plats quifurent mis àdou- ble rang des deux coſtez en quatre diférens Services , le Maistre -d'Hoſtel ſe ſervit de
GALANT. 175
aquelqu'un AUE DE LAVILL
1893
précaution. Il ranga tous ceux qui portoient leurs Plats, vis-à- vis des endroits où ils devoient
eſtreplacez , de forte qu'enpaf- fant entre leurs rangs , il les po- foit en unmoment ſur la Table
fans aucundeſordre. Cela fitdiz
re agreablement cauſe des rangs , qu'il croyoit voin N
un Exercice de Gens de Guerre. Si
la ſuite n'en eſtoit pas plus dan gereuſe , les Recruës ſe feroient facilement. Laricheſſe du Buffet ſurpaſſe l'imagination ; il eſtoit toutdevermeil , & on ne
vitjamais une ſi grande quanti- téde Vaſes cizelez. Pendant le
Souper,les Violons du Royjoüe- rent dans un grand Sallon qui répondoit à la Salle. Les Dames qui en furent eſtoient ( ſouvenez- vous je vous prie que je ne leurdonne aucun rang )Mefda Hiiij
176 LE MERCVRE
mes le Tellier , d'Aumont , de
Louvois , de Flez , dela Mote ,
dUxelles, de Frontenac,de Soubiſe , de Foix , de Coaquin , de Chaſteauneuf , de la Ferté , &
Mademoiselle d'Aumont, Fille
du feu Marquis de ce nom. Ces
dernieres eſtoient magnifique- mentparées. Au fortir de laTa- ble , on montadans des Aparte- mens enchantez. Les belles
Voix del'Opéra s'y trouverents Ia Symphonie les ſeconda , & à
minuit le Mariage fut celebré.
Je ne vous parle pointdes riches & brillans Préfens qui ont eſté faits à la Mariće parMonfieur le Tellier & Mr le Premier, je vous diray ſeulement que ceux de M'le Marquis de Louvois , &de M. l'Archeveſque de Rheims ,
fes Oncles, ont fort paru. Jugez ſi luy ayant donné unAmeuble
GALANT. 177
ment de Chambre d'argent , &
tout ce qui peut ſervir à l'orner,
il peut y avoir eu rien de plus magnifique.Je tiens ces Particu- laritez d'une belle Damequi a
plus de part que moy à cette Deſcription. Comme elle a infiniment de l'eſprit , je n'ay fait que ſuivre fidellementſes idées.
GALANT. 165 dame , que vous ne demanderez pas d'autres preuves de ſa No- bleſſe , que celles qu'il a don- nées en ſe faiſant recevoir Chevalier de Malte; elles font affez
rigoureuſes pour tenir lieu de Titre de Nobleſſe. Peut- eftre
ferez-vous ſurpriſe qu'un Che- valier de Malte ſe marie ; mais
les Chevaliers de cet Ordre ne
font leurs Vœux qu'à vingt- cinq ans , & il ne les avoit pas.
Ce Marquis eſt d'une des plus anciennes Familles des Païs- Bas .
Son Grand-Pere eſtoit fort conſideré de Henry I V. qui l'em- -ploya en pluſieurs Négotiations .importantes aupres des Princes d'Allemagne. M. le Comte de Beringhen ſon Pereeſt Premier Ecuyer du Roy ( dont ilala fur- vivance)Gouverneur des Citadelles de Marseille, & Chevalier
166 LE MERCVRE
د
une
des Ordres du Roy. C'eſt un parfaitement honneſte - Hom- me , à qui une grande modeſtie en toutes chofes , une fidelité éprouvée , une exactitude de probité qui ne ſe rencontre pas en tout le monde prudence reconnuë , &une fa- geſſe qu'on admire , ont acquis l'eſtime de toute la Cour. Madame de Beringhen ſa Fem- me eſtoit Fille de feu Monfieur
le marquis d'Uxelles , Gouver- neurde Châlons. Cette Famille
originaire de Bourgogne , eſt affez connuë par ſes ſervices &
fon ancienneté. Le nomd'Uxelles afaitbruit dansles Armées.
Pluſieurs qui le portoient , en ont commandé , &pluſieurs y
font morts l'Epée àlamain pour le ſervice de leur Prince. Le
Marié eſt bien fait , de belle
GALAN T. 167
taille , il a de l'eſprit & du me- rite ;&dans pluſieurs rencon-- tres qui ont fait paroiſtre ſon courage, il s'eſt montré digne Heritierde celuy de feu M. le Marquisde Beringhen fon Fre- re , qui fut tué devant Beſan- çon. Comme il eſt demeuré Chefde ſa Famille , le Roy qui le confidere , luy a défendu de s'expoſer davantage , & par cet- te marque d'eſtime il a voulu faire connoiſtre à Monfieur le
Premier la bienveillance parti- culiere dont il l'honore. La Mariée eſt Fillede M. le Ducd'Aumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur
de Boulogne & du Païs Boulo- nois. Il avoit épousé enpremie- res Nopces une Fille de Mon- fieur le Tellier , Chevalier &
Tréſorier des Ordres duRoy,
168 LE MERCVRE
Marquis de Louvois , Seigneur de Chaville , Miniſtre & Secretaire d'Etat ; & c'eſt de ce Mariage qu'eſt mademoiselled'Au- mont dont je vous parle. Elle
eſt bien faite , a une fortgran- de jeuneſſe , &c'eſt un Charme qu'elle ſoûtient par beaucoup d'autres qui la rendent toute ai- mable. J'aurois beaucoup àvous
dire , madame , fur ce qui regar- de la Maiſon d'Aumont. Elle eſt
remplie d'un nombre infiny de grands Perſonnages , Cheva- liers des Ordres , mareſchaux
de France , Gouverneurs de
Provinces , & autres qui ont *poffedé les plus belles Charges del'Etat. Avant l'an 1381.Pier- re d'Aumont fut Chambellan
des Roys Jean & CharlesV. Et Pierre II. fi renommé dans l'Hiſtoire , le fut de Charles VI. &
Garde
GALANT. 169
Garde de l'Oriflame de France.
Jean Sire d'Aumont , qui vivoit - avant l'an 1595. reçeut le Ba- ſton de Mareſchal , qu'il merita par quantité degrandes Actions qu'il fit à une infinité de Sieges &de Batailles. Je ne vousdiray
rien de celles de feu M. le Ма-
_reſchal d'Aumont , Pere du
Duc qui porte aujourd'huy ce nom. Comme ila veſcu de nos
jours , il n'y a perſonne qui ne les ſcache. Il eſt mort Gouver neurde Paris , & l'eſtoit encor
de Boulogne &du Païs Boulonois. C'eſt un Gouvernement
attaché des lõgtemps à leur Fa- mille , qui eſt entrée dans les plusgrandes Alliaces.Vous n'en douterez pas , quand je vous ✓ auray dit que Jean VI. d'Au- mont avoit épousé Antoinette Chabot ſeconde Fille de Philip- Tome VIII. H
170 LE MERCVRE
pe Chabot Comte de Garny &
de Buzançois , Sieur de Brion ,
Admiral de France , & Gouverneur de Bourgogne , & de Françoiſe LonguyDamedePai- gny , Sœur aifnée de Jaqueline de Longuy Ducheſſe de Mont- penfier , Trifayeule maternelle d'Anne Marie Loüiſe d'Orleans,
Souveraine de Dombes , Princeffe de la Roche-fur-Yon, &
Ducheſſe de Montpenfier. Le jourdu mariage eſtant arreſté ,
on prit les ordres de Monfieur le
Ducd'Aumont. Comme il s'entend admirablement àtout, c'eſt
un des premiers Hommes du monde à n'en donner quede ju- ſtes ſur les grandes choſes. Sa prévoyance en facilite l'execu- tion , &il explique toûjours ſi.
bien ce qu'il penſe , qu'on entre ans peinedans tout ce qu'ils'eſt
GALAN T. 171
imaginé. La Nopce ſe fit dans fon Hoſtel. Il eſt d'une beauté
ſurprenante ; rien n'égale celle des Apartemens, ils font &di- féremment conſtruits , & diféremment ornez. Touty eſt d'u- ne magnificence achevée ; la propreté ſemble y difputer de prix avec la ſomptuoſité des Meubles ; Raretez partout , par tout Tableaux admirables &des
plusgrands maiſtres ; & ce qui frape furtoutes choſes, ce font pluſieurs Portraits antiques des Deſcendans de cette maiſon,qui marquentje ne-ſçay-quoy de fi noble &de fi grand , qu'il fuf- firoient preſque pour en perfua- derl'ancienneté.Vousvous imaginez aſſez la joyequiéclata fur le viſage detous les Intereſſez ſans que je m'arreſte à vous la dépeindre. Le marié parut l'air
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content , d'une parure magnifi- que, propre&bien entenduë ,
&foûtint cettegrade feſte avec un agrément toutparticulier.La Mariéequi demeuroit chezM
leTellierdepuis qu'elle eſt for- tiedu Convent, & qui a beau- coup profité de l'exemple de Madamele Tellier,dont chacun connoiſt le bon ſens &la piete,
arriva ſur les huit heures du
foir. Quoyqu'elle brillaſt d'une infinité de Pierreries, ſa Perſon- ne la paroit encor plus que tou- te autre chofe. Ellevint avecun
petit air ſérieux&nonchalant,
qui luy donnoitune gracemer- veilleufe , & jamais à quatorze ans onne s'eſt mieux tiré d'une
illuftre & grande Compagnie affembléepourelle feule, &das unjour où les Filles font le plus ſeverement critiquées. La Salle
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GALAN T. 173 du Souper eſtoit éclairée d'un nombre infiny de Luftres. Il y
en avoitſur la Table de toutes
fortesde manieres, c'eſtoit commeun Theatrequi regnoitdans le milieu, maisdont la longueur ne caufoit aucunembarras.Tout
futfervy avec une propreté &
aune magnificence inconceva- ble. De chaque coſté de laTa- ble il y avoit deux rangs de vingt - cinq Plats chacun , qui faiſoiet centPlats en tout,& ces
centPlats furent relevez quatre fois. Le Fruit , & tout ce qu'il y a deplus delicat &de plus dé- licieux pour compoſer le plus ſuperbe Deſſert , eſtoit ſervy aumilieu de toute la longueur de la Table , dans des Baffins
de vermeil cizelé de diferentes
formes , &garnis en Pyramides tres-hautes de tout cequ'on ſe
Hiij
174 LE MERCVRE
peut imaginer de propre à ſatiſ- faire le gouft ; le tout dans des Porcelaines fines qui estoient là de toutes les fortes. Cette efpe- cede Montagne queformoit ce magnifique Deſſert , &qui fut trouvéeſur la Table en s'y met- tant , ne fatisfaifoit pas moins
les yeux. Quoyqu'il euſt de la fimetrie , il y avoit des endroits irréguliers , la juſteſſe ſe trou- voitdans leur inégalité , &on voyoit partout une agreabledi- verſité de couleurs. A chaque coſté du Fruit il y avoit des Flambeaux de vermeil du haut
de la Tablejuſqu'au bas,& com- me il eſtoit difficile qu'on pût ſervirfans confufion les quatre cens Plats quifurent mis àdou- ble rang des deux coſtez en quatre diférens Services , le Maistre -d'Hoſtel ſe ſervit de
GALANT. 175
aquelqu'un AUE DE LAVILL
1893
précaution. Il ranga tous ceux qui portoient leurs Plats, vis-à- vis des endroits où ils devoient
eſtreplacez , de forte qu'enpaf- fant entre leurs rangs , il les po- foit en unmoment ſur la Table
fans aucundeſordre. Cela fitdiz
re agreablement cauſe des rangs , qu'il croyoit voin N
un Exercice de Gens de Guerre. Si
la ſuite n'en eſtoit pas plus dan gereuſe , les Recruës ſe feroient facilement. Laricheſſe du Buffet ſurpaſſe l'imagination ; il eſtoit toutdevermeil , & on ne
vitjamais une ſi grande quanti- téde Vaſes cizelez. Pendant le
Souper,les Violons du Royjoüe- rent dans un grand Sallon qui répondoit à la Salle. Les Dames qui en furent eſtoient ( ſouvenez- vous je vous prie que je ne leurdonne aucun rang )Mefda Hiiij
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mes le Tellier , d'Aumont , de
Louvois , de Flez , dela Mote ,
dUxelles, de Frontenac,de Soubiſe , de Foix , de Coaquin , de Chaſteauneuf , de la Ferté , &
Mademoiselle d'Aumont, Fille
du feu Marquis de ce nom. Ces
dernieres eſtoient magnifique- mentparées. Au fortir de laTa- ble , on montadans des Aparte- mens enchantez. Les belles
Voix del'Opéra s'y trouverents Ia Symphonie les ſeconda , & à
minuit le Mariage fut celebré.
Je ne vous parle pointdes riches & brillans Préfens qui ont eſté faits à la Mariće parMonfieur le Tellier & Mr le Premier, je vous diray ſeulement que ceux de M'le Marquis de Louvois , &de M. l'Archeveſque de Rheims ,
fes Oncles, ont fort paru. Jugez ſi luy ayant donné unAmeuble
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ment de Chambre d'argent , &
tout ce qui peut ſervir à l'orner,
il peut y avoir eu rien de plus magnifique.Je tiens ces Particu- laritez d'une belle Damequi a
plus de part que moy à cette Deſcription. Comme elle a infiniment de l'eſprit , je n'ay fait que ſuivre fidellementſes idées.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage récent entre le Marquis de Beringhen et Mademoiselle d'Aumont. Le Marquis de Beringhen provient d'une des plus anciennes familles des Pays-Bas et a été reçu Chevalier de Malte, bien qu'il n'ait pas encore prononcé ses vœux. Son grand-père était considéré par Henri IV, et son père était Premier Écuyer du Roi et Gouverneur des citadelles de Marseille. La mariée, Mademoiselle d'Aumont, est la fille du Duc d'Aumont, Premier Gentilhomme de la Chambre et Gouverneur de Boulogne. La famille d'Aumont est connue pour ses services militaires et ses hautes charges à la cour. Le mariage a été célébré avec une grande magnificence. La fête s'est déroulée dans l'hôtel du Duc d'Aumont, décoré somptueusement avec des meubles rares et des tableaux de maîtres. La mariée, âgée de quatorze ans, a impressionné par sa grâce et son aisance. Le souper était somptueux, avec cent plats relevés quatre fois et un dessert luxueux. La soirée a été animée par les violons du Roi et des voix de l'Opéra. Des présents magnifiques ont été offerts à la mariée, notamment un ameublement de chambre en argent par le Marquis de Louvois et l'Archevêque de Reims.
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6
p. 131-138
Mariage du Prince d'Orange avec la Princesse Marie, Fille aisnée du Duc d'Yorck. [titre d'après la table]
Début :
C'est assurément un fort grand secret en toutes choses [...]
Mots clefs :
Prince d'Orange, Princesse Marie, Duc d'York, Gloire, Mariage, Capitaine, Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage du Prince d'Orange avec la Princesse Marie, Fille aisnée du Duc d'Yorck. [titre d'après la table]
C'eſt aſſurément un fort
grand ſecret en toutes chofes,
que de ſçavoir profiter du temps. Il eſt le maiſtre de tout,
& c'eſt luy qui a fait renouvel- ler depuis peu l'Alliance que le Prince d'Orange avoit déja avec la Maiſon Royale d'Angle- terre. La feu Princeſſe d'OrangeſaMere,eftoit SœurdeChar- les II. qui regne à preſent , &
vous eſtes trop ſçavante dans l'Hiſtoire pour ignorer que ce jeune Prince qui vient d'épou- fer la Princeſſe Marie Fille du
Duc d'Yorck , eſt de l'illustre &
ancienne Maiſon de Naſſau,qui
a eu l'avantage de donner un Empereur. Les Princes de ce nom n'ont pas eſté ſeulement Comtes de l'Empire , ils y ont tenu long-temps le premier rang,& cette Branche particu-
GALAN T. 89 liere, a joint àune naiſſance qui en voitpeu au deſſus d'elle , un merite ſi éclatant &une valeur
ſi extraordinaire , que fi Loürs LE GRAND n'avoit fait laGuerre &gouverné ſes Peuples d'u- ne manierequi n'a point encor eud'exemple, les grandsHom- mes dont le Prince d'Orange defcend, pourroient ſervir de modele à tous ceux qui cher- chent la Gloire par la Politique &par les Armes. Quant à ce qui le regarde , on peut dire qu'il a toutes les qualitez qui font àſouhaiter dans une Perſonne de fon rang. Il eſt bra- ve autant qu'un General d'Ar- mée le peut eſtre , & fon mal- heur ne l'a point empeſché de faire paroiſtre ſon couragedans toutes les occaſions qu'il en a
pû rencontrer. Trouvez bon
9. LE MERCVRE que je m'explique. Je n'appelle point malheur le mauvais fuc- cez d'une entrepriſe , qui ſelon les évenemens ordinaires , n'en doit point avoir un heureux.
Auſſi n'est - ce point ce genre demalheur que le Prince d'O- range a éprouvé. Il n'a rien entrepris que ſur des apparen- ces favorables , & ayant autant de valeur qu'il en a, il auroit infailliblement réüſſy en d'au- tres temps , & contre de plus foibles Ennemis. Le péril ne l'étonne point. Il s'expoſe , ſe trouve par tout , & ne fait pas moins l'office de Soldat que de
Capitaine ; mais il eſt malheu- reux d'eſtre né dans le Siecle
de Loürs XIV. & d'avoir en
teſte un Conquérant à qui rien n'eſt capable de reſiſter. C'eſt ce qui redouble la gloire du
GALANT. 91 Roy, &les loüanges qu'on doit aux Miniſtres &aux Generaux
qui agiffent &combattent fous ſes ordres. Nous gagnons des Batailles & prenons des Places enpeu de temps, mais cen'eſt point ſans obſtacle. Onnous oppoſe de grandes forces , on ſe bat , on vient au ſecours ; &
fi la Victoire nous demeure , le Prince d'Orange emporte toû- jours l'honneur d'avoir beau- coup entrepris. Lajeune Prin ceſſe qu'il a épousée eſt gran- de & bien-faite , mais je ne fuis point encor affez inſtruit de ſon merite pour vous en parler. Il eſt difficile qu'elle n'en ait beaucoup, eftant Fille d'un Prince qui peut regarder ſa naiſſance, toute Royale qu'- .
elleeft , pour le moindre de ſes avantages. Il eſt brave , gene1
92 LE MERCVRE reux , fort aimé dans l'Angle- terre , &on ne le peut eſtre de tout ungrandPeuple, qu'on ne s'en ſoit montré digne par les plus éminentes qualit
grand ſecret en toutes chofes,
que de ſçavoir profiter du temps. Il eſt le maiſtre de tout,
& c'eſt luy qui a fait renouvel- ler depuis peu l'Alliance que le Prince d'Orange avoit déja avec la Maiſon Royale d'Angle- terre. La feu Princeſſe d'OrangeſaMere,eftoit SœurdeChar- les II. qui regne à preſent , &
vous eſtes trop ſçavante dans l'Hiſtoire pour ignorer que ce jeune Prince qui vient d'épou- fer la Princeſſe Marie Fille du
Duc d'Yorck , eſt de l'illustre &
ancienne Maiſon de Naſſau,qui
a eu l'avantage de donner un Empereur. Les Princes de ce nom n'ont pas eſté ſeulement Comtes de l'Empire , ils y ont tenu long-temps le premier rang,& cette Branche particu-
GALAN T. 89 liere, a joint àune naiſſance qui en voitpeu au deſſus d'elle , un merite ſi éclatant &une valeur
ſi extraordinaire , que fi Loürs LE GRAND n'avoit fait laGuerre &gouverné ſes Peuples d'u- ne manierequi n'a point encor eud'exemple, les grandsHom- mes dont le Prince d'Orange defcend, pourroient ſervir de modele à tous ceux qui cher- chent la Gloire par la Politique &par les Armes. Quant à ce qui le regarde , on peut dire qu'il a toutes les qualitez qui font àſouhaiter dans une Perſonne de fon rang. Il eſt bra- ve autant qu'un General d'Ar- mée le peut eſtre , & fon mal- heur ne l'a point empeſché de faire paroiſtre ſon couragedans toutes les occaſions qu'il en a
pû rencontrer. Trouvez bon
9. LE MERCVRE que je m'explique. Je n'appelle point malheur le mauvais fuc- cez d'une entrepriſe , qui ſelon les évenemens ordinaires , n'en doit point avoir un heureux.
Auſſi n'est - ce point ce genre demalheur que le Prince d'O- range a éprouvé. Il n'a rien entrepris que ſur des apparen- ces favorables , & ayant autant de valeur qu'il en a, il auroit infailliblement réüſſy en d'au- tres temps , & contre de plus foibles Ennemis. Le péril ne l'étonne point. Il s'expoſe , ſe trouve par tout , & ne fait pas moins l'office de Soldat que de
Capitaine ; mais il eſt malheu- reux d'eſtre né dans le Siecle
de Loürs XIV. & d'avoir en
teſte un Conquérant à qui rien n'eſt capable de reſiſter. C'eſt ce qui redouble la gloire du
GALANT. 91 Roy, &les loüanges qu'on doit aux Miniſtres &aux Generaux
qui agiffent &combattent fous ſes ordres. Nous gagnons des Batailles & prenons des Places enpeu de temps, mais cen'eſt point ſans obſtacle. Onnous oppoſe de grandes forces , on ſe bat , on vient au ſecours ; &
fi la Victoire nous demeure , le Prince d'Orange emporte toû- jours l'honneur d'avoir beau- coup entrepris. Lajeune Prin ceſſe qu'il a épousée eſt gran- de & bien-faite , mais je ne fuis point encor affez inſtruit de ſon merite pour vous en parler. Il eſt difficile qu'elle n'en ait beaucoup, eftant Fille d'un Prince qui peut regarder ſa naiſſance, toute Royale qu'- .
elleeft , pour le moindre de ſes avantages. Il eſt brave , gene1
92 LE MERCVRE reux , fort aimé dans l'Angle- terre , &on ne le peut eſtre de tout ungrandPeuple, qu'on ne s'en ſoit montré digne par les plus éminentes qualit
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Résumé : Mariage du Prince d'Orange avec la Princesse Marie, Fille aisnée du Duc d'Yorck. [titre d'après la table]
Le texte met en lumière l'importance de savoir profiter du temps, illustrée par la récente rénovation de l'alliance entre le Prince d'Orange et la Maison Royale d'Angleterre. La Princesse d'Orange, mère du Prince actuel, était la sœur de Charles II, roi d'Angleterre. Le Prince d'Orange, issu de la Maison de Nassau, a épousé la Princesse Marie, fille du Duc d'York. La Maison de Nassau possède une histoire prestigieuse, ayant fourni des empereurs et des comtes influents dans l'Empire. Le Prince d'Orange est décrit comme brave et courageux, bien que ses entreprises aient souvent échoué en raison de circonstances défavorables, notamment la domination de Louis XIV. Malgré les obstacles, il se distingue par ses actions militaires et son courage. La Princesse Marie est décrite comme grande et bien faite, fille d'un prince brave et généreux, aimé en Angleterre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 173-174
« Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Début :
Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...]
Mots clefs :
Grâce, Père, Religion prétendue réformée, Conversion, Erreur, Combat, Abjuration, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Il ne faut fouvent qu'un moment
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
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Résumé : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Le Père Hilarion de Mortagne a converti une femme calviniste lors d'un trajet en bateau. Elle a abjuré peu après, témoin par les habitants de La Bouille. Mademoiselle d'Uré, fille du gentilhomme de La Rochelle, a également abjuré et épousé Monsieur de Valion, lieutenant au Régiment de Navarre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 184-200
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous apprendre une Avanture que vous trouverez fort [...]
Mots clefs :
Veuve, Tante, Cavalier, Mariage, Nièce, Amour, Galant, Sentiments, Estime, Coeur, Maîtresse, Déclaration, Amants, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
J'ay à vous apprendre une
Avanture que vous trouverez
fort fingulière. Elle eft arrivée
icy depuis peu de temps . Un Cavalier
fort bien fait , fpirituel ,´
jeune & riche , aprés avoir joüé
pendant cinq ou fix années , tous
les perfonnages que
font aupres
des belles Perfonnes , ceux qui
font prodigues de douceurs , &
que les plus fortes proteftations
qu'ils viennent de faire , n'empefchent
point de jurer encore
ailleurs qu'ils ont de l'amour , fe
fentit enfin veritablement touché
de la beauté d'une aimable Brune
qu'il trouva un jour chez une
Veuve , qui quoy qu'elle paffaft
GALANT.
185
quarante ans , n'en avoüoit que
vingt huit , & qui par de certains
airs du monde qui luy étoient
naturels , reparoit avec affez d'agrément
ce qui luy manquoit du
cofté de la jeuneffe . La belle
Brune joignoit à des traits piquans
, une modeſtie qui charma
le Cavalier. Il fçut auffitoft qu'elle
eftoit voifine de la Veuve , &
les fentimens d'eftime qu'il prit
dés l'abord pour elle , l'engageant
à fouhaiter d'avoir un entier
éclairciffement fur ce qui la regardoit
, il apprit par ceux qu'il
chargea du foin de s'en informer,
qu'elle dépendoit d'un Pere affez
peu accommodé , qui ne fouffroit
point qu'elle reçuft de vifites ;
qu'on ne la voyoit que chez une
vieille Tante qui eftant fort riche
, prometoit de luy donner
une Partie de fon bien ; qu'ainfi
}
186 MERCURE
1
•
tout ce qu'elle avoit d'Amans
faifoit la cour à la Tante , & que
c'eftoit d'elle qu'il faloit obtenir.
Le Cavalier inftruit de ces chofes
, voulut connoiftre le coeur
de la Belle, avant que de prendre
aucunes mefures . Sçachant qu'elle
voyoit fort ſouvent la Veuve ,
il fe rendit affidu chez elle . Toutes
ſes viſites furent reçues agréablement
, & l'on vit avec plaifir
qu'elles devenoient fréquentes.
La Belle fe trouvoit de temps en
temps avec fon Amie , qui l'eftoit
auffi de la vieille Tante , & tout
ce qu'elle difoit , faifoit paroître
tant de jugement , & tant de fageffe
au Cavalier que quoy qu'il
ne marquaft rien qui puft décou
vrir ce qui fe paffoit dans fon
coeur pour elle , il s'affermiffoit
de plus en plus dans la réfolution
d'en faire fon unique attacheGALANT.
187
ment . Cependant à force de voir
la Veuve , il ne s'appercevoit pas
qu'il luy donnoit lieu de croire
qu'il en eftoit amoureux. Elle en
demeura perfuadée , & pour l'obliger
à fe déclarer plus fortement
, elle faifoit pour luy dest
avances , dont il auroit connu le
deffein , s'il n'eut pas efté remply
d'une paffion qui l'aveugloit
1 fur toute autre chofe. Apres
quelques entreveuës , dans lefaquelles
il crût avoir remarqué
que faperfonne ne déplaifoit pas
à la belle Brune , il réfolut de luy
faire part de fon deffein , & de
fçavoir d'elle- même , quels fentimens
elle avoit pour luy. Dans
cette penſée il alla l'attendre à
une Eglife , où il apprit qu'elle
alloit tous les matins , & l'abordant
lors qu'elle en fortoit , il la
remena chez elle , & pendant ce
1.
188 MERCURE
1
temps , il luy fit une fi tendre & fi
férieufe déclaration , qu'elle connût
aifément qu'un véritable &
fincére amour le faifoit parler.
Le party luy eftoit affez avantageux
de toutes maniéres pour
l'engager à répondre avec des
marques d'eftime qui luy fiffent
concevoir qu'il n'auroit aucune
peine à luy infpirer quelque chofe
de plus fort. Elle luy dit qu'el
le dépendoit d'un Pere à qui
elle obéiroit fans répugnance
en tout ce qu'il luy voudroit ordonner
en fa faveur , mais qu'il
n'étoit pas le feul qu'il y euft à
s'acquerir dans une affaire de
cette importance ; qu'une Tante
qui luy promettoit de partager
fon bien avec elle , s'étoit chargée
en quelque façon du ſoin de
la marier , & que toutes les démarches
que l'on pourroit faire
GALANT. 189
pour réüffir dans ce qu'il luy propofoit
, feroient inutiles , fi l'on
n'avoit fon confentement.Le Cavalier
fort ravy de voir que fa
Maîtreffe ne s'oppofoit point à fon
bonheur , ne fongea plus qu'à
gagner la Tante. Ce qui luy donnoit
de l'inquietude , c'eft qu'il
avoit fçeu qu'elle aimoit le monde
, & qu'elle amuſoit tous ceux
qui pretendoient à fa Niéce , par
le plaifir de fe voir long - temps
faire la Cour. Il crût cependant
qu'étant plus riche que tous fes
Rivaux , & peut- eftre auffi plus
confiderable par d'autres endroits
, on pourroit craindre de
le laiffer échaper , & que cette
crainte feroit terminer plûtoft fes
affaires. Pour les avancer ,
il ne
trouva point de plus fur moyen
que de parler à la Veuve , qui
pouvoit beaucoup fur l'efprit de
190 MERCURE
cette Tante . Ainfi la rencontrant
feule dés le mefme jour , il
luy dit avec des yeux tout brillans
du feu qui l'animoit , qu'il
avoit pris chez elle un mal dangereux
, dont la guerifon dépen
doit de fon fecours , & qu'il efperoit
qu'ayant pour luy autant de
bonté qu'elle en avoit toûjours
fait paroiftre , elle voudroit bien
entrer dans les fentimens pour le
fuccés d'un deffein tres - legitime .
La Veuve perfuadée par les affi
duitez du Cavalier , qu'elle eftoit
l'objet de tous fes defirs , eut tant
de joye de luy entendre tenir ce
langage , que fans luy donner le
temps de s'expliquer mieux , elle
l'interrompit pour luy dire , que
ce qu'il avoit à luy apprendre ,
luy étoit déja connu qu'elle
n'étoit point d'un âge à s'effrayer
d'une declaration d'amour ; que
GALANT. 191
fes foins l'avoient inftruite de fa
paffion ; que l'état de Veuve la
mettant en droit de difpofer d'elle-
mefme , elle y répondoit avec
plaifir , & qu'elle ne ſouhaitoit
autre choſe de fa complaifance,
finon que pour quelque intereft
de famille qu'elle achevoit de regler.
il vouluft bien attendre trois
mois à faire le Mariage ; que cependant
elle luy donnoit ,parole
de n'écouter perfonne à fon prejudice
& qu'elle eftoit prefte à
bannir tous ceux dont les vifites
luy feroient ſuſpectes . Imaginezvous
dans quelle furpriſe fe trouva
le Cavalier. Elle fut telle que
ne la pouvant cacher tout- à- fait,
il fe trouva obligé de s'excufer de
fon trouble fur fon exceffive joye,
qui en refferrant fon coeur , le
rendoit comme interdit. Vous
jugez bien qu'il confentit fans
1.92
MERCURE
aucune peine que fon pretendu
Mariage avec la Veuve fuft differé
de trois mois. Il luy laiffa un
pouvoir entier fur cet article , mais
il vit en mefme temps tous les
embarras que luy cauferoit le
peu de précaution qu'il avoit pris
avec elle. Il n'y avoit plus à eſperer
qu'elle le ferviſt auprès de la
Tante . Au contraire , il luy étoit
important que cette Tante ne
fçuſt rien de fon amour. La Veuve
auroit pû l'apprendre par elle,
& c'euft efté s'attirer une Ennemie
qui euft tout mis en ufage ,
pour empefcher qu'on ne l'euft
rendu heureux . Parmy toutes ces
contraintes , il devint réveur &
inquiet , & il le fut encore plus
quand la belle Brune, ne voulant
pas qu'il s'imaginaſt que la declaration
qu'il luy avoit faite, luy
fift chercher avec plus d'empreffement
GALANT. 193
fement l'occafion de le voir , rendit
à la Veuve des vifites moins
frequentes. Il en devina la cauſe
par les manieres honneftes &
pleines d'eftime qu'elle avoit
pour luy , toutes les fois qu'il la
trouvoit à l'Eglife , & ne pût blâmer
une referve qui marquoit un
coeur fenfible à la gloire.La Veuamour
,
qui remarquoit fon chagrin ,
ne l'impuroit qu'aux trois mois
de terme qu'elle avoit voulu qu'il
luy donnaſt , & touchée de l'impatience
où elle s'imaginoit qu'un
fi long retardement euft mis fon
elle tâchoit d'adoucir fa
peine , en l'affurant que fes diligences
redoublées la tireroient
d'embarras plûtoft qu'elle n'avoit
crû. Toutes ces chofes porterent
le Cavalier à prendre une refolution
qui le délivraft de crainte.
Il communiqua à ſa Maîtreffe le
Ianvier 1685. I
194
MERCURE
deffein où il étoit de l'époufer,
fans en rien dire à fa Tante , &
de renoncer aux avantages qu'elle
en pouvoit efperer , parce
qu'en l'avertiffant de fa recherche,
la Veuve qui le fçauroit auffitoft
, l'obligeroit de traîner fon
Mariage en longueur ; à quoy la
Tante feroit affez portée d'ellemefme
pour fon intereft particulier
, & peut - eftre mefme obtiendroit
d'elle qu'elle fe declaraft
contre luy. Il s'épargnoit par
là beaucoup de traverſes , ou du
moins plufieurs reproches , qu'il
ne craignoit point quand il feroit
marié. La Belle ayant confenty
à ce qu'il vouloit , il alla trouver
fon Pere , luy exagera la force de
fon amour,le conjura de luy vouloir
accorder fa Fille , & luy expliqua
toutes les raifons qui luy
faifoient fouhaiter un entier fe
GALANT. 195
cret fur fon Mariage . Le Pere qui
connoiffoit les grands Biens du
Cavalier , ne balança rien à conclure
toutes chofes de la manicře
qu'il le propofoit . Le Notaire
vint,& le Contract fut figné ,fans
que perfonne en eût connoiffance.
Cependant , comme il n'y a
rien de fi caché qui ne le découvre
, le jour qui preceda celuy
qu'on avoit choisi pour le
Mariage , une Servante de cette
Maiſon ayant foupçonné la verité
à quelques aprefts que
l'on y
faifoit , en inftruific la Suivante
de la Veuve , qui alla en meſme
temps le redire à fa Maîtreffe ,
avec qui la Veuve étoit . L'une
& l'autre fut dans une colere
inconcevable. La Veuve , qui
pretendoit que le Cavalier luy
euft engagé fa foy, traita fa nouvelle
paffion de trahison & de
1 2
196 MERCURE
·
perfidie ; & la Tante ne pouvoit
fe confoler de ce qu'ayant promis
de faire à fa Niéce de grands
avantages, on la marioit fans luy
en parler. Elle jura que fi elle
ne pouvoit venir à bout de rompre
le Mariage , du moins les
longs obftacles qu'elle trouveroit
moyen d'y mettre , feroient foufrir
ceux qui oublioient ce qu'on
luy devoit. Elle réva quelque
temps, & quitta la Veuve , en luy
difant qu'elle viendroit luy donner
de les nouvelles le foir ,
quelque heure que ce fuft . Sitoft
qu'elle fut fortie , elle mit des
Efpions en campagne , & aprit
enfin avec certitude , que le Mariage
fe devoit faire à deux heures
apres minuit . Lors qu'il en fut
dix du foir , elle monta en Carroffe
, & fe rendit chez fa Niéce.
La Belle apprenant qu'elle eftoit
GALANT. .197
à la porte, fe trouva embarraffée,
par la crainte que fa vifite ne
fuft un peu longue , & ne retardaft
quelques petits foins qu'elle
avoit à prendre . Elle fut tirée de
fon embarras , lors qu'on la vint
avertir que fa Tante la prioit de
luy venir parler un moment. Elle
y courut auffi- toft , & entra dans
fon Carroffe , pour entendre ce
qu'elle avoit à luy dire . Elle n'y
fut pas plûtoft , que le Cocher
qu'on avoit inftruit , pouffa fes
Chevaux à toute bride , paffa
par diverfes Ruës , pour tromper
ceux qui auroient voulu le fuivre
, & vint s'arrefter à la porte
de la Veuve , chez qui la Tante
fit entrer la Niece. Ce qui venoit
d'arriver l'avoit jettée dans une
grande furprife ; mais elle augmenta
beaucoup , lors qu'étant
montée , elles luy firent toutes
I
3
198 MERCURE
deux connoiftre qu'elles eftoient
informées de fon Mariage.Je paffe
les reproches qu'on luy fit fur
cette Affaire. La Tante , qui la
laiffa en la garde de la Veuve , retourna
chez elle , où l'on vint
luy demander ce que fa Niéce
eftoit devenue. Elle répondit
qu'elle en rendroit compte quand
il feroit temps , & qu'elle prenoit
affez d'intereft en elle , pour ne
l'avoir confiée qu'à des Perfonnes
chez qui elle eftoit en fûreté . Le
Cavalier apprenant ce changemét,
tomba dans un defefpoir qui
ne fe peut croire.ll alla trouver la
Tante , luy fit les foûmiffions les
plus capables de la toucher , &
noublia rien de ce qui pouvoit la
fatisfaire ; mais elle fut inflexible
à fes prieres & à fon amour. Le
Pere qui eftoit bien aiſe d'éviter
l'éclat , employa toutes les voyes
GALANT 199
de douceur qui
à la gagner. Pendant
LYO
Cervir
imps ,
la Tante & la Veuve inventérent
mille chofes pour noircir le Ca
valier auprés de la Belle ; mais
rien ne put effacer dans fon efprit
les favorables impreffions que fon
amour & fon mérite y avoient
faites. Elle perfifta dans fes premiers
fentimens pour luy ; & enfin
malgré toutes les précautions
que l'on avoit prifes pour cacher
le lieu où elle eftoit , les Domeftiques
parlérent . Si - tôt qu'on
fçût qu'elle avoit efté laiffée entre
les mains de la Veuve , il ne fut
pas malaifé de l'obliger à la rendre.
Elle la remit entre celles de
fon Pere , qui fit de nouveaux
efforts pour apaifer la colere de
la Tante ; mais tout cela s'eftant
trouvé inutile , on ne garda plus
aucun fecret pour le Mariage . On
I 4.
200 MERCURE
en arrefta le jour , & il fut fait
avec autant de joye des Amans
traverſez injuftement , que de
chagrin pour la Tante & pour la
Veuve.
Avanture que vous trouverez
fort fingulière. Elle eft arrivée
icy depuis peu de temps . Un Cavalier
fort bien fait , fpirituel ,´
jeune & riche , aprés avoir joüé
pendant cinq ou fix années , tous
les perfonnages que
font aupres
des belles Perfonnes , ceux qui
font prodigues de douceurs , &
que les plus fortes proteftations
qu'ils viennent de faire , n'empefchent
point de jurer encore
ailleurs qu'ils ont de l'amour , fe
fentit enfin veritablement touché
de la beauté d'une aimable Brune
qu'il trouva un jour chez une
Veuve , qui quoy qu'elle paffaft
GALANT.
185
quarante ans , n'en avoüoit que
vingt huit , & qui par de certains
airs du monde qui luy étoient
naturels , reparoit avec affez d'agrément
ce qui luy manquoit du
cofté de la jeuneffe . La belle
Brune joignoit à des traits piquans
, une modeſtie qui charma
le Cavalier. Il fçut auffitoft qu'elle
eftoit voifine de la Veuve , &
les fentimens d'eftime qu'il prit
dés l'abord pour elle , l'engageant
à fouhaiter d'avoir un entier
éclairciffement fur ce qui la regardoit
, il apprit par ceux qu'il
chargea du foin de s'en informer,
qu'elle dépendoit d'un Pere affez
peu accommodé , qui ne fouffroit
point qu'elle reçuft de vifites ;
qu'on ne la voyoit que chez une
vieille Tante qui eftant fort riche
, prometoit de luy donner
une Partie de fon bien ; qu'ainfi
}
186 MERCURE
1
•
tout ce qu'elle avoit d'Amans
faifoit la cour à la Tante , & que
c'eftoit d'elle qu'il faloit obtenir.
Le Cavalier inftruit de ces chofes
, voulut connoiftre le coeur
de la Belle, avant que de prendre
aucunes mefures . Sçachant qu'elle
voyoit fort ſouvent la Veuve ,
il fe rendit affidu chez elle . Toutes
ſes viſites furent reçues agréablement
, & l'on vit avec plaifir
qu'elles devenoient fréquentes.
La Belle fe trouvoit de temps en
temps avec fon Amie , qui l'eftoit
auffi de la vieille Tante , & tout
ce qu'elle difoit , faifoit paroître
tant de jugement , & tant de fageffe
au Cavalier que quoy qu'il
ne marquaft rien qui puft décou
vrir ce qui fe paffoit dans fon
coeur pour elle , il s'affermiffoit
de plus en plus dans la réfolution
d'en faire fon unique attacheGALANT.
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ment . Cependant à force de voir
la Veuve , il ne s'appercevoit pas
qu'il luy donnoit lieu de croire
qu'il en eftoit amoureux. Elle en
demeura perfuadée , & pour l'obliger
à fe déclarer plus fortement
, elle faifoit pour luy dest
avances , dont il auroit connu le
deffein , s'il n'eut pas efté remply
d'une paffion qui l'aveugloit
1 fur toute autre chofe. Apres
quelques entreveuës , dans lefaquelles
il crût avoir remarqué
que faperfonne ne déplaifoit pas
à la belle Brune , il réfolut de luy
faire part de fon deffein , & de
fçavoir d'elle- même , quels fentimens
elle avoit pour luy. Dans
cette penſée il alla l'attendre à
une Eglife , où il apprit qu'elle
alloit tous les matins , & l'abordant
lors qu'elle en fortoit , il la
remena chez elle , & pendant ce
1.
188 MERCURE
1
temps , il luy fit une fi tendre & fi
férieufe déclaration , qu'elle connût
aifément qu'un véritable &
fincére amour le faifoit parler.
Le party luy eftoit affez avantageux
de toutes maniéres pour
l'engager à répondre avec des
marques d'eftime qui luy fiffent
concevoir qu'il n'auroit aucune
peine à luy infpirer quelque chofe
de plus fort. Elle luy dit qu'el
le dépendoit d'un Pere à qui
elle obéiroit fans répugnance
en tout ce qu'il luy voudroit ordonner
en fa faveur , mais qu'il
n'étoit pas le feul qu'il y euft à
s'acquerir dans une affaire de
cette importance ; qu'une Tante
qui luy promettoit de partager
fon bien avec elle , s'étoit chargée
en quelque façon du ſoin de
la marier , & que toutes les démarches
que l'on pourroit faire
GALANT. 189
pour réüffir dans ce qu'il luy propofoit
, feroient inutiles , fi l'on
n'avoit fon confentement.Le Cavalier
fort ravy de voir que fa
Maîtreffe ne s'oppofoit point à fon
bonheur , ne fongea plus qu'à
gagner la Tante. Ce qui luy donnoit
de l'inquietude , c'eft qu'il
avoit fçeu qu'elle aimoit le monde
, & qu'elle amuſoit tous ceux
qui pretendoient à fa Niéce , par
le plaifir de fe voir long - temps
faire la Cour. Il crût cependant
qu'étant plus riche que tous fes
Rivaux , & peut- eftre auffi plus
confiderable par d'autres endroits
, on pourroit craindre de
le laiffer échaper , & que cette
crainte feroit terminer plûtoft fes
affaires. Pour les avancer ,
il ne
trouva point de plus fur moyen
que de parler à la Veuve , qui
pouvoit beaucoup fur l'efprit de
190 MERCURE
cette Tante . Ainfi la rencontrant
feule dés le mefme jour , il
luy dit avec des yeux tout brillans
du feu qui l'animoit , qu'il
avoit pris chez elle un mal dangereux
, dont la guerifon dépen
doit de fon fecours , & qu'il efperoit
qu'ayant pour luy autant de
bonté qu'elle en avoit toûjours
fait paroiftre , elle voudroit bien
entrer dans les fentimens pour le
fuccés d'un deffein tres - legitime .
La Veuve perfuadée par les affi
duitez du Cavalier , qu'elle eftoit
l'objet de tous fes defirs , eut tant
de joye de luy entendre tenir ce
langage , que fans luy donner le
temps de s'expliquer mieux , elle
l'interrompit pour luy dire , que
ce qu'il avoit à luy apprendre ,
luy étoit déja connu qu'elle
n'étoit point d'un âge à s'effrayer
d'une declaration d'amour ; que
GALANT. 191
fes foins l'avoient inftruite de fa
paffion ; que l'état de Veuve la
mettant en droit de difpofer d'elle-
mefme , elle y répondoit avec
plaifir , & qu'elle ne ſouhaitoit
autre choſe de fa complaifance,
finon que pour quelque intereft
de famille qu'elle achevoit de regler.
il vouluft bien attendre trois
mois à faire le Mariage ; que cependant
elle luy donnoit ,parole
de n'écouter perfonne à fon prejudice
& qu'elle eftoit prefte à
bannir tous ceux dont les vifites
luy feroient ſuſpectes . Imaginezvous
dans quelle furpriſe fe trouva
le Cavalier. Elle fut telle que
ne la pouvant cacher tout- à- fait,
il fe trouva obligé de s'excufer de
fon trouble fur fon exceffive joye,
qui en refferrant fon coeur , le
rendoit comme interdit. Vous
jugez bien qu'il confentit fans
1.92
MERCURE
aucune peine que fon pretendu
Mariage avec la Veuve fuft differé
de trois mois. Il luy laiffa un
pouvoir entier fur cet article , mais
il vit en mefme temps tous les
embarras que luy cauferoit le
peu de précaution qu'il avoit pris
avec elle. Il n'y avoit plus à eſperer
qu'elle le ferviſt auprès de la
Tante . Au contraire , il luy étoit
important que cette Tante ne
fçuſt rien de fon amour. La Veuve
auroit pû l'apprendre par elle,
& c'euft efté s'attirer une Ennemie
qui euft tout mis en ufage ,
pour empefcher qu'on ne l'euft
rendu heureux . Parmy toutes ces
contraintes , il devint réveur &
inquiet , & il le fut encore plus
quand la belle Brune, ne voulant
pas qu'il s'imaginaſt que la declaration
qu'il luy avoit faite, luy
fift chercher avec plus d'empreffement
GALANT. 193
fement l'occafion de le voir , rendit
à la Veuve des vifites moins
frequentes. Il en devina la cauſe
par les manieres honneftes &
pleines d'eftime qu'elle avoit
pour luy , toutes les fois qu'il la
trouvoit à l'Eglife , & ne pût blâmer
une referve qui marquoit un
coeur fenfible à la gloire.La Veuamour
,
qui remarquoit fon chagrin ,
ne l'impuroit qu'aux trois mois
de terme qu'elle avoit voulu qu'il
luy donnaſt , & touchée de l'impatience
où elle s'imaginoit qu'un
fi long retardement euft mis fon
elle tâchoit d'adoucir fa
peine , en l'affurant que fes diligences
redoublées la tireroient
d'embarras plûtoft qu'elle n'avoit
crû. Toutes ces chofes porterent
le Cavalier à prendre une refolution
qui le délivraft de crainte.
Il communiqua à ſa Maîtreffe le
Ianvier 1685. I
194
MERCURE
deffein où il étoit de l'époufer,
fans en rien dire à fa Tante , &
de renoncer aux avantages qu'elle
en pouvoit efperer , parce
qu'en l'avertiffant de fa recherche,
la Veuve qui le fçauroit auffitoft
, l'obligeroit de traîner fon
Mariage en longueur ; à quoy la
Tante feroit affez portée d'ellemefme
pour fon intereft particulier
, & peut - eftre mefme obtiendroit
d'elle qu'elle fe declaraft
contre luy. Il s'épargnoit par
là beaucoup de traverſes , ou du
moins plufieurs reproches , qu'il
ne craignoit point quand il feroit
marié. La Belle ayant confenty
à ce qu'il vouloit , il alla trouver
fon Pere , luy exagera la force de
fon amour,le conjura de luy vouloir
accorder fa Fille , & luy expliqua
toutes les raifons qui luy
faifoient fouhaiter un entier fe
GALANT. 195
cret fur fon Mariage . Le Pere qui
connoiffoit les grands Biens du
Cavalier , ne balança rien à conclure
toutes chofes de la manicře
qu'il le propofoit . Le Notaire
vint,& le Contract fut figné ,fans
que perfonne en eût connoiffance.
Cependant , comme il n'y a
rien de fi caché qui ne le découvre
, le jour qui preceda celuy
qu'on avoit choisi pour le
Mariage , une Servante de cette
Maiſon ayant foupçonné la verité
à quelques aprefts que
l'on y
faifoit , en inftruific la Suivante
de la Veuve , qui alla en meſme
temps le redire à fa Maîtreffe ,
avec qui la Veuve étoit . L'une
& l'autre fut dans une colere
inconcevable. La Veuve , qui
pretendoit que le Cavalier luy
euft engagé fa foy, traita fa nouvelle
paffion de trahison & de
1 2
196 MERCURE
·
perfidie ; & la Tante ne pouvoit
fe confoler de ce qu'ayant promis
de faire à fa Niéce de grands
avantages, on la marioit fans luy
en parler. Elle jura que fi elle
ne pouvoit venir à bout de rompre
le Mariage , du moins les
longs obftacles qu'elle trouveroit
moyen d'y mettre , feroient foufrir
ceux qui oublioient ce qu'on
luy devoit. Elle réva quelque
temps, & quitta la Veuve , en luy
difant qu'elle viendroit luy donner
de les nouvelles le foir ,
quelque heure que ce fuft . Sitoft
qu'elle fut fortie , elle mit des
Efpions en campagne , & aprit
enfin avec certitude , que le Mariage
fe devoit faire à deux heures
apres minuit . Lors qu'il en fut
dix du foir , elle monta en Carroffe
, & fe rendit chez fa Niéce.
La Belle apprenant qu'elle eftoit
GALANT. .197
à la porte, fe trouva embarraffée,
par la crainte que fa vifite ne
fuft un peu longue , & ne retardaft
quelques petits foins qu'elle
avoit à prendre . Elle fut tirée de
fon embarras , lors qu'on la vint
avertir que fa Tante la prioit de
luy venir parler un moment. Elle
y courut auffi- toft , & entra dans
fon Carroffe , pour entendre ce
qu'elle avoit à luy dire . Elle n'y
fut pas plûtoft , que le Cocher
qu'on avoit inftruit , pouffa fes
Chevaux à toute bride , paffa
par diverfes Ruës , pour tromper
ceux qui auroient voulu le fuivre
, & vint s'arrefter à la porte
de la Veuve , chez qui la Tante
fit entrer la Niece. Ce qui venoit
d'arriver l'avoit jettée dans une
grande furprife ; mais elle augmenta
beaucoup , lors qu'étant
montée , elles luy firent toutes
I
3
198 MERCURE
deux connoiftre qu'elles eftoient
informées de fon Mariage.Je paffe
les reproches qu'on luy fit fur
cette Affaire. La Tante , qui la
laiffa en la garde de la Veuve , retourna
chez elle , où l'on vint
luy demander ce que fa Niéce
eftoit devenue. Elle répondit
qu'elle en rendroit compte quand
il feroit temps , & qu'elle prenoit
affez d'intereft en elle , pour ne
l'avoir confiée qu'à des Perfonnes
chez qui elle eftoit en fûreté . Le
Cavalier apprenant ce changemét,
tomba dans un defefpoir qui
ne fe peut croire.ll alla trouver la
Tante , luy fit les foûmiffions les
plus capables de la toucher , &
noublia rien de ce qui pouvoit la
fatisfaire ; mais elle fut inflexible
à fes prieres & à fon amour. Le
Pere qui eftoit bien aiſe d'éviter
l'éclat , employa toutes les voyes
GALANT 199
de douceur qui
à la gagner. Pendant
LYO
Cervir
imps ,
la Tante & la Veuve inventérent
mille chofes pour noircir le Ca
valier auprés de la Belle ; mais
rien ne put effacer dans fon efprit
les favorables impreffions que fon
amour & fon mérite y avoient
faites. Elle perfifta dans fes premiers
fentimens pour luy ; & enfin
malgré toutes les précautions
que l'on avoit prifes pour cacher
le lieu où elle eftoit , les Domeftiques
parlérent . Si - tôt qu'on
fçût qu'elle avoit efté laiffée entre
les mains de la Veuve , il ne fut
pas malaifé de l'obliger à la rendre.
Elle la remit entre celles de
fon Pere , qui fit de nouveaux
efforts pour apaifer la colere de
la Tante ; mais tout cela s'eftant
trouvé inutile , on ne garda plus
aucun fecret pour le Mariage . On
I 4.
200 MERCURE
en arrefta le jour , & il fut fait
avec autant de joye des Amans
traverſez injuftement , que de
chagrin pour la Tante & pour la
Veuve.
Fermer
Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Un jeune cavalier, riche et spirituel, est séduit par une aimable brune rencontrée chez une veuve charmante. La brune, modeste et belle, dépend d'un père sévère et d'une tante riche. Le cavalier, désirant connaître ses sentiments, lui déclare son amour et obtient une réponse favorable, sous réserve du consentement de son père et de sa tante. Il cherche alors à gagner la faveur de la tante en passant par la veuve, qui accepte de l'aider mais impose un délai de trois mois pour le mariage. La brune, pour éviter les soupçons, réduit ses visites à la veuve. Le cavalier décide d'épouser la brune sans informer la tante pour éviter les obstacles. Il obtient le consentement du père de la brune et signe le contrat de mariage en secret. Cependant, une servante découvre la vérité et informe la veuve, qui entre en colère. La tante, furieuse, enlève la brune et la confie à la veuve pour contrecarrer le mariage. Le cavalier tente en vain de raisonner la tante et le père. La tante et la veuve cherchent à discréditer le cavalier auprès de la brune, mais celle-ci reste fidèle à ses sentiments. Finalement, la brune est rendue à son père, et le mariage est célébré malgré les tentatives de la tante et de la veuve pour l'empêcher.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 189-216
L'AMOUR BIZARRE HISTOIRE VERITABLE.
Début :
Il y a déja quelque temps que l'on m'a mis / L'Amour se plait souvent à faire voir sa bizarrerie aussi [...]
Mots clefs :
Amour, Bizarrerie, Veuve, Qualités, Mariage, Prétendants, Indépendance, Plaisirs de la vie, Fête, Amants, Cavalier, Hasard, Émotions, Jalousie, Honneur, Injustice, Discours, Coeur, Mariage, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AMOUR BIZARRE HISTOIRE VERITABLE.
Ily a déja quelque temps que l'on
m'a mis entre les mains l' Hiftoire dont
je vay vousfaire part . Je la laiffe dans
les mefmestermes que je l'ayreceuë.
190
Extraordinaire
255 :22222 2522 : 2222
L'AMOUR BIZARRE
HISTOIRE VERITABLE.
L
'Amour fe plaift ſouvent ài
faire voir fa bizarrerie auffi
bien que fa puiffance . Dans la
Capitale d'une des meilleures-
Provinces du Royaume , demeu
roit une jeune Veuve , bellë , ri .
che , noble , & mefine qui paf
foit pour fort fpirituelle. Il n'eft
pas difficile de s'imaginer qu'avec
toutes ces bonnes qualitez ,.
elle ne manquoit pas d'Adorateurs.
Elle avoit tous les jours.
chez elle ce qu'on appelle le
beau Monde d'une Ville , & quoy
di Mercure Galant: 1971
qu'elle euft témoigné qu'elle n'avoit
aucune inclination pour un
fecond Mariage , on ne laiffoit
pas neanmoins de luy propofer
toûjours quelque nouveau Par.
ty. La joye qu'elle avoit de fe
voir maîtreffe d'elle- même ,aprés
avoir obeï à un Homme , qu'on
dit qu'elle n'avoit épousé que
pour obeïr à fes Parens , luy avoit
fair prendre la refolution de demeurerVeuvele
refte de fes jours .
Elle ne pouvoir pourtant honneftement
refufer les vifites de ceux
que fon efprit & fa beauté luy
attiroient , mais c'eftoit à condi
rion qu'on ne luy parleroit poin
d'amour , ce qu'on obfervoit fort
malcar il eftoit difficile de la
voir fans l'aimer , & tous les Amans
n'ont pas affez de retenue
192 Extraordinaire
Le pour ne fe point déclarer.
grand deuil eftant paffé , car il y
avoit déja plus d'un an qu'elle
avoit perdu fon Mary , elle commença
à vivre avec un peu plus de
liberté qu'elle n'avoit fait depuis.
fa mort , & entra dans tous ces
petits plaifirs innocens , qui font
l'occupation de la vie . On luy
propofoit tous lesjours de nouvelles
parties de divertiffement,
& comme l'on eftoit alors dans
la faifon du Carnaval , on la fol.-
licita plufieurs fois pourla mener
aux Affemblées qui fe faifoient
chez les Principaux de la Ville,
où aprés les Repas qu'ils fe don
noient les uns aux autres , chacun
à leur tour , on faifoit venir les
Violons , & on paffoit agreable..
ment une partie de la nuit à dan
CCE
du Mercure Galant.
193
fer. Comme elle croyoit qu'elle
ne devoit pas encore prendre
part à ces fortes de plaifirs , elle
s'eftoit toûjours défenduë d'y aller.
Enfin un jour que c'eftoit
à un Frere qu'elle avoit à donner
le regale , fes Amies la follicite
rent fi fortement , & fon Frere
luy fit fi bien comprendre qu'elle
ne blefferoit point fon devoir , &
que cela ne tireroit à aucune
confequence , qu'elle luy promit
de s'y trouver. L'Affemblée fut
ce foir là nombreuſe & magnifique.
Je ne m'arrefteray point à
décrire la fomptuofité du Feftin,
ny la propreté de la Salle où il
fe fit. Il luffit de fçavoir que les
plus délicats fur cette matiere eurent
affez dequoy fe contenter.
Aprés le repas on paffa dans une
2. deJanvier 1685. R
ད
194
Extraordinaire
autre Salle qu'on trouva riche
ment meublée , & éclairée par
une grande quantité de lumieres.
Le Bal commença pour lors , &
pendant que les uns danfoient,
les autres s'entretenoient avec les
Perfonnes qui leur plaifoient le
plus . On fait que c'est là que
les Amans ont droit de fe plaindre
des peines que l'Amour leur
fait fouffrir & que ceux qui
n'ont aucune veritable paffion
pour le beau Sexe , ne laiffènt pas
de vouloir paroiftre amoureux ;
Les Galants en conterent beau
coup , & les Belles furent obli
gées d'en écouter autant. Cependant
il y avoit des Perfonnes
qui fouffroient effectivement , &
a jeune Veuve avoit donné de
'amour à plufieurs qui s'emprefdu
Mercure Galant . 195
C
foient à l'envy l'un de l'autre , de
luy perfuader la forte paffion
qu'ils fentoient pour elle. Elle
lès écoutoit tous indifferemment,
& leur témoignoit que l'Amour
n'auroit jamais aucun pouvoir ſur
fon coeur ; mais il luy fit bientoft
connoiftre qu'on ne le méprife
guere impunément ; car
un jeune Cavalier fort propre
qui n'avoit point efté du repas,
l'eftant venu prendre pour danfer
, elle reffentit à ſon abord ce
certain je ne fçay quoy qui ne fe
peut expliquer. Quand elle fut
revenue à fa place , ce mefme
Cavalier vint le mettre à fes genoux,
& avec un air engageant &
des manieres honneſtes & refpe-
& ueuſes , il luy jura plufieurs fois
qu'il n'avoit jamais veu une plus
Rij
196 Extraordinaire
belle Perfonne . Elle luy répon
doit comme à tous les autres,
quoy qu'elle commençaſt déja
de le confiderer d'une autre maniere.
En effet , on remarqua
qu'elle l'examinoit attentivement
, qu'elle luy addreffoit la
parole plus fouvent qu'aux autres
fur tout ce qui fe paffoit
dans la Salle & mefme un
Homme qui l'aimoit effectivement
beaucoup , ne put s'empef
cher de luy en faire la guerre.
Dans la converfation ce Cavalier
luy dit , que puis qu'il avoit
efté affez heureux de voir une
auffi aimable Perfonne , il luy
demandoit la permiffion d'aller
chez elle luy rendre ce que tout
le monde luy devoit , & l'affeurer
que fa plus grande paffion fedu
Mercure Galant. 197
1
roit d'eftre capable de luy pou
voir rendre quelque fervice. Le
Bal finy , la Compagnie fe fepara
, & la Veuve fortit un peu
émeuë , par la veuë de l'Inconnu
, qui de fon coſté avoit
paru avoir beaucoup de difpofition
à l'aimer. Deux jours aprés
elle fut furpriſe de le voir venir
chez elle . Ils eurent enfemble
un entretien plus, reglé , & apres
avoir parlé de l'occafion de leur
connoiffance , elle s'informa s'it
eftoit de la Province , & par quel
hazard il s'eftoit trouvé à cette
Affemblée . Il répondit à toutes
fes demandes & luy dit qu'il
s'appelloit Lycidas , qu'il demeu
roit ordinairement à une Terre
qu'il avoit à la Campagne , que
quelques affaires d'affez peu de
R iij
Extraordinaire
Conféquence l'avoient attiré à la ·
Ville , mais qu'il s'en faifoit alors
une fort grade d'y demeurer pour
achever de faire connoiffance
avec une Perfonne , à laquelle il
avoit reconnu tant d'efprit &
tant de merite. Ces paroles flatoientagréablement
Cloris , ainfi
s'appelloit la Veuve qui s'eftoit
un peu laiffée toucher par la
bonne mine de Lycidas , & qui
fouhaitoit dans fon coeur que ce
fuft un homme d'une condition
proportionnée à la fienne , car
elle commençoit déja de quiter la
refolution qu'elle fembloit avoir
priſe de demeurer Veuve . Il fit fa
vifite un peu plus longue que ne le
font ordinairement
les premieres ,
& revint la voir dés le lende .
main . Ces deux vifites , & la
GOTHEQUE
TELA
VILLELYON
13
du Mercure Galant.
maniere dont on recevoit
nouveau venu , allarmérent un
peu les foupirans ordinaires . Il
y en eut un entr'autres qu'on appelloit
Alcidon , intime Amy du
Frére de Cloris qui ne put s'empefcher
de luy témoigner qu'il
s'appercevoit qu'elle avoit plus
d'empreffement de voir cét
Homme , que tous ceux qui alloient
chez elle . Comme il l'ai
moit fortement , la jalousie luy
faifoit penetrer jufques dans le
coeur de la Maiftreffe. I luy
avoit fouvent déclaré fa paffion ,
& avoit fait agir fon Frere pour
porter à l'époufer ; mais comla
me elle luy avoit dit qu'elle n'avoit
aucun deffein de fe remarier
, les chofes en eftoient demeurées
là , & Alcidon qui ne
R iiij
200 Extraordinaire
s'eftoit pû défaire de fon amour,
continuoit à la voir tous les jours
affiduëment. Jufques alors Cloris
n'avoit point trouvé ſes viſites
incommodes ; car ne
manquant
pas d'efprit , il fervoit chez elle à
rendre les
converfations plus
agréables ; mais depuis qu'elle
eut connu Lycidas , elle euft fort
fouhaité ne plus voir.que luy.
Ces deux Rivaux fe trouvant
tous les jours enfemble , ne pouvoient
s'empefcher de fe contredire
fur tous les fujets dont on ye.
noit à parler. Ils ne s'accordoient
qu'en une feule chofe , qui
eftoit de trouver Cloris la plus
charmante
Perfonne qu'on puft
voir. Ces petites difputes la chagrinoient
un peu , & comme elle
en apprehendoit
les fuites , elle
du Mercure Galant. 201
voulut un jour entretenir Alcidon
en particulier . Elle l'affeura
plus fortement que jamais , que
fa recherche eftoit inutile ; qu'-
elle avoit pris fa réfolution ; qu'-
elle luy confeilloit de ne plus
perdre tant de temps à venir
chez elle ; & qu'unauffi honnefte
Homme que luy , pouvoit mieux
l'employer auprés d'une autre,
qui auroit peut- eftre plus de difpofition
à reconnoiftre l'honneur
qu'il luy vouloit faire . Vous
pouvez pepfer que ces raifons ne
firent pas grande impreffion fur
l'efprit d'un Homme auffi amoureux
qu'Alcidon . Auffi cut- il
toûjours le mefme empreffement
de la voir. Le difcours qu'elle
luy avoir tenu ne fervit qu'à luy
faire examiner davantage toutes
202 Extraordinaire
4
Sa
fes actions , & il creut remarquer
qu'elle avoit beaucoup plus d'inclination
pour Lycidas , que
pour tous ceux qui la recherchoient
depuis long- temps. En
effet , il ne fe trompoit pas.
bonne mine avoit tellement touché
le coeur de la Veuve , qu'elle
luy avoit déja fait parler de
Mariage , par une Amie qui faci.
litoit le commerce qu'ils avoient
enfemble ; mais il luy avoit fait
dire qu'il avoit alors des raifons
qui l'empefchoient de devenir le
plus heureux Homme du mon
de , en poffedant celle qu'il ai
moit plus que fa vie . Cela ne fit
qu'augmenter l'Amour de la
Veuve , & un jour qu'elle luy
parla elle mefme fur cette matiere
croyant ne pouvoir eftre -•
du Mercure Galant . 203
>
entendue de perfonne , Alcidon
qui eftoit dans l'Antichambre,
& qui par quelques mots de leur
converfation , devina à peu prés
ce que c'eftoit , entra brufquement
dans le lieu où ils eftoient ,
& reprocha à Cloris l'injuftice
qu'elle luy faifoit de luy préferer
un nouveau venu un Homme
qu'elle ne connoiffoit pas , dont
elle ignoroit & les biens & la
naiffance , & il dit mefme quelques
paroles un peu faſcheufes à
Lycidas , qui n'eftant pas accou
tumé à rien fouffrir , luy répondit
auffi un peu aigrement. Ils alloient
s'échauffer , & ils fe feroient dit
peut - eftre quelque chofe de plus
choquant , fans une Dame de
confideration qui arriva affez à
propos. Cette Dame ayant fait
204
Extraordinaire
Alcidon changer le difcours
fortit un peu aprés avec le reffentiment
d'avoir appris que fon
Rival luy eftoit préferé. Il fe
promena quelque temps autour
de la Maiſon de Cloris , comme
pour fonger à ce qu'il avoit à fai
re , & lors qu'il vit fortir Lycidas
, il courut droit à luy , & mettant
l'épée à la main . Tu as eu,
luy dit-il , trop de facilité à ga.
gner le coeur de ta Maiftreffe ,
tu ne l'eftimeras pas affez s'il ne
t'en coûte quelques gouttes de
fang , puis qu'il ne t'en a point
coûté de larmes. Lycidas fe vit
obligé de fe défendre , & on ne
put les feparer fi toft , qu'Alcidon
n'euft déja receu deux coups
d'épée , dont l'on crut alors l'un
qui eftoit au cofté allez dangedu
Mercure Galant. 205
reux , Lycidas prévoyant que ce
combat luy alloit attirer de fâ.
cheufes affaires , dans une Ville
dont les principaux eftoient tous
proches parens d'Alcidon crut
qu'il eftoit à propos d'en fortir.
Il monta à Cheval , aprés avoir
écrit un Billet à Cloris dans le
' quel il s'excufoit de ce qui s'é
toit paffé , fur la neceffité de fe
défendre contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer en furieux,
& la prioit de fe fouvenir de luy ,
l'affeurant qu'il n'aimeroit jamais
perfonne qu'elle . Il fe retira à la
Campagne chez un de fes Amis,
par le moyen duquel il fceut tout
ce qui fe paffoit à la Ville . Dés
le lendemain il donna de fes nouvelles
à fa Veuve , qui avoit paffé
une tres - méchante nuit ; car elle
206 Extraordinaire
il ne vint à
apprehendoit que l'affaire qui
eftoit arrivée éloignant d'elle
fon cher Amant
l'oublier , fa Lettre la remit un
peu. Elle luy fit auffi - toſt réponſe
, & luy apprit que les bleffures
d'Alcidon n'eftoient pas
mortelles , mais qu'il fe tinft toújours
caché , parce qu'on faifoit
des pourfuites contre luy , & qu'
encore que fon affaire ne fuſt
pas fort criminelle de s'eftre défendu
contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer ; neanmoins
comme les parens de fon
Rival eftoient ſes Juges , ils luy
auroient fait garder long- temps
la Priſon . Pendant leur com-
>
merce lors qu'Alcidon eftoit
encore au lit , le Frere de Cloris ,
qui comme j'ay déja dit , eſtoit
du
Mercure Galant. .207
fon intime Amy , alla la trouver,
& aprés luy avoir reproché la
conduite , & le peu d'honneur
qu'elle avoit de s'attacher à un
Homme qu'elle ne connoiffoit
pas , il finit en luy difant qu'il ne
la reverroit jamais , fi elle ne
luy promettoit d'oublier Lycidas
, & d'époufer Alcidon fi - toft
qu'il feroit guery. Ces menaces
Fallarmérent un peu , mais comme
elle croyoit eftre Maiſtreffe
d'elle mefme , elle réfolut d'é
couter toûjours les mouvemens
de fon coeur. On travailloit cependant
au procez de l'Amant
abfent , & elle apprehendoit plus
de le perdre par ce moyen , que
par aucun autre , car le bruit
couroit qu'on le banniroit à jamais
de la Ville . La crainte qu'
208 .
Extraordinaire
elle en eut , & les preffantes fol
licitations de fes Amies qui la
prioient de promettre d'époufer
Alcidon , en luy difant que le
temps pourroit apporter du chan.
gement à fes affaires , jointes à la
paffion qu'elle avoit de revoir ce
qu'elle aimoit le plus au monde,
fut caufe qu'elle promit tout ce
qu'on voulut , mais fans deffein
de tenir parole , à condition
qu'on feroit ceffer toutes fortes
de pourfuites contre Lycidas , &
qu'on le raccommoderoit avec
Alcidon. Quand ce malheureux
Amant eut appris ce qui
avoit efté arrefté , quoy qu'il euft
des raifons fecrettes , & qu'on
apprendra dans la fuite , de n'ê .
tre pas tant allarmé de la voir la
Femme d'un autre , il ne laiffa
du Mercure Galant, 209
pas de faire mille plaintes contie
elle ; car il ignoroit fes veritables
deffeins , il l'accufa d'infidelité &
d'inconftance , & quoy que peu
aprés elle luy mandaft que ce
qu'elle en avoit fait , eftoit afin
de terminer le procez qu'il avoit
avec Alcidon ; neanmoins il revint
à la Ville avec un chagrin
qu'il ne put s'empefcher de témoigner
à Cloris. Aprés s'eftre
déclaré l'un à l'autre la joye
qu'ils avoient de fe revoir , elle
luy confirma de bouche que la
parole qu'elle avoit donnée d'époofer
Alcidon , ne luy devoit
rien faire apprehender ; qu'il fçavoir
ce qu'elle luy avoit propofé
plufieurs fois ; qu'il ne tenoit
qu'à luy qu'elle ne devinft fa
Femme & que leur Mariage
Q. deFanvier 1685.
S
210 Extraordinaire
ofteroit à íon Rival toute forte
d'efpérance. Le mot de Mariage
allarmoit Lycidas , & Cloris.
ne pouvoit comprendre pourquoy
; Car enfin , difoit - elle en
elle-mefme lors qu'il l'eut quittée
, s'il m'aime veritablement
comme il me le veut perſuader,
& comme je n'ay pas de peine à
le croire , Qu'elle difficulté fait
il de m'épouter ? Quelle raiion
peut- il avoir à Je rifque bien da
vantage , moy qui ne connoift
que fa Perfonne , & qui en fais
choix contre l'avis & le confentement
de tous mes proches. Il
eft vray que je fuis maiftreffe de
moy ; mais enfin s'il arrive queje
découvre un jour que Lycidas
eft un Homme qui n'a ny biens.
py naiffance , avec toute la bondu
Mercure Galant. 211
ne mine que je luy trouve , quel
le confufion auray- je de l'avoirpréféré
àune Perfonne dont tous
tes les qualitez me font connuës?
Cependant Alcidon guery ,
preffoit de s'acquitter de la parole
qu'elle luy avoit donnée , &
elle trouvoit un grand fujet d'embarras
entre un Amant dont elle
eftoit aimée , mais qu'elle n'ai.
moit point , qui la follicitoit de
l'époufer , & un autre qu'elle aimoit
& dont elle eftoit aimée,,
qui refufoit d'eftre fon Mary,
fans luy en donner aucune bon
ne raifon , Enfin ſe trouvantper
fecutée par Alcidon , par fes Parens
& par fes Amies , & voyant
que Lycidas refufoit de faire ce
quelle fouhaitoit , elle prit réfo
lution de prendre le party qu'el
Sij
212 Extraordinaire
le auroit le moins fouhaité , qui
eftoit d'époufer celuy qu'elle
n'aimoit pas ; le Contract fut
dreffé , les Articles fignez , les
habits de Nopces faits , le jour
pris pour la cérémonie. Lycidas
fe voyant alors fi prés de perdre
pour jamais celle qu'il aimoit
avec tant de paſion , ſe réſolut à
faire ce qu'il n'auroit jamais ofé
penfer, I alla trouver Cloris,
& aprés luy avoir reproché l'em.
preffement qu'elle avoit de fe
jetter entre les bras d'un autre,
il luy dit que fi elle eftoit toû
jours la mefme , il eftoit dans le
deffein de faire tout ce qu'elle
voudroit. Ces paroles , la comblérent
de joye , & quoy que.
l'engagement qu'elle avoit avec
Alcidon fuft fi confidérable , elle
du Mercure Galand. 213
ne fut pas un moment à balancer.
de le rompre , la difficulté eftoit
d'en trouver les moyens. Ils réfolurent
qu'elle feroit quelque
temps la malade , & que cependapt
ils verroient quelles mefures
ils auroient à prendre. Alci
don attribua ce retardement à
une veritable indifpofition. Il ne
crut pas qu'en eftant venus fi
avant , elle euft voulu fe dédire.
Il continua fes affiduitez auprés
d'elle , mais comme elle s'en
trouvoit embarraffée , parce que
cela empefchoit Lycidas de ve.
nir la voir , elle prit le party de fe
retirer à la Campagne , fous prétexte
d'aller prendre l'air. Lycidas
alla la trouver accompagné
d'une Amie de Cloris , & là ils
s'épouférent fans aucune ceré
214
Extraordinaire's
monie. Alcidon en ayant appris
la nouvelle , s'emporta beaucoup
au commencement contr'eux.
Il eut plufieurs fois la penfée de
s'aller battre encore une fois con
tre Lycidas , mais eftant revenu
de fon premier emportement,
fes Amis luy firent comprendre
qu'il n'auroit jamais eu aucune
fatisfaction d'époufer une Fem
me qui avoit difpofe de fon cocur
en faveur d'un autre. Sa colere
diminua peu à peu , & comme il
n'eftoit pas témoin de leur prés
tendu bonheur , il luy fat plus.
facile de fe confoler. Il en eut
un plus grand fujet cinq ou fix
jours aprés , lors qu'il apprit que·
Cloris avoit fait arrefter Lycidas
prifonnier , qui l'ayant recher
chée depuis tant de temps , &
du Mercure Galant.
218
=
ayant toûjours paffé pour un
Homme , avoit efté enfin contrainte
de luy avouer que ce n'étoit
qu'une fille qu'elle avoit
épousée . Elle luy dit que dés la
premiere fois qu'elle la vit à cet.
te Affemblée , dont nous avons
parlé , elle devint éperduëment
amoureuſe de fes belles qualitez ,
fans fonger où cette paffion la
devoit porter ; que la feule crainte
qu'elle avoit euë de la voir la
Femme d'un autre , l'avoit fait
réfoudre de fe marier avec elle,
pour ſe conſerver l'amitié qu'elle
luy portoit , & qu'un Mary luy
auroit apparemment fait perdre.
Cloris que ces raifons ne pou
voient fatisfaire , la remit entre
les mains de la Justice ; & on at
tend avec impatience ce qu'elle
2.16
Extraordinaire
ordonnera pour un tel crime
Cependant elle s'eft retirée dans
un Convent , où felon toutes les
apparences elle doit demeurer le
refte de les jours , aprés un acci
dent pareil à celuy qui luy eſt
arrivé.
m'a mis entre les mains l' Hiftoire dont
je vay vousfaire part . Je la laiffe dans
les mefmestermes que je l'ayreceuë.
190
Extraordinaire
255 :22222 2522 : 2222
L'AMOUR BIZARRE
HISTOIRE VERITABLE.
L
'Amour fe plaift ſouvent ài
faire voir fa bizarrerie auffi
bien que fa puiffance . Dans la
Capitale d'une des meilleures-
Provinces du Royaume , demeu
roit une jeune Veuve , bellë , ri .
che , noble , & mefine qui paf
foit pour fort fpirituelle. Il n'eft
pas difficile de s'imaginer qu'avec
toutes ces bonnes qualitez ,.
elle ne manquoit pas d'Adorateurs.
Elle avoit tous les jours.
chez elle ce qu'on appelle le
beau Monde d'une Ville , & quoy
di Mercure Galant: 1971
qu'elle euft témoigné qu'elle n'avoit
aucune inclination pour un
fecond Mariage , on ne laiffoit
pas neanmoins de luy propofer
toûjours quelque nouveau Par.
ty. La joye qu'elle avoit de fe
voir maîtreffe d'elle- même ,aprés
avoir obeï à un Homme , qu'on
dit qu'elle n'avoit épousé que
pour obeïr à fes Parens , luy avoit
fair prendre la refolution de demeurerVeuvele
refte de fes jours .
Elle ne pouvoir pourtant honneftement
refufer les vifites de ceux
que fon efprit & fa beauté luy
attiroient , mais c'eftoit à condi
rion qu'on ne luy parleroit poin
d'amour , ce qu'on obfervoit fort
malcar il eftoit difficile de la
voir fans l'aimer , & tous les Amans
n'ont pas affez de retenue
192 Extraordinaire
Le pour ne fe point déclarer.
grand deuil eftant paffé , car il y
avoit déja plus d'un an qu'elle
avoit perdu fon Mary , elle commença
à vivre avec un peu plus de
liberté qu'elle n'avoit fait depuis.
fa mort , & entra dans tous ces
petits plaifirs innocens , qui font
l'occupation de la vie . On luy
propofoit tous lesjours de nouvelles
parties de divertiffement,
& comme l'on eftoit alors dans
la faifon du Carnaval , on la fol.-
licita plufieurs fois pourla mener
aux Affemblées qui fe faifoient
chez les Principaux de la Ville,
où aprés les Repas qu'ils fe don
noient les uns aux autres , chacun
à leur tour , on faifoit venir les
Violons , & on paffoit agreable..
ment une partie de la nuit à dan
CCE
du Mercure Galant.
193
fer. Comme elle croyoit qu'elle
ne devoit pas encore prendre
part à ces fortes de plaifirs , elle
s'eftoit toûjours défenduë d'y aller.
Enfin un jour que c'eftoit
à un Frere qu'elle avoit à donner
le regale , fes Amies la follicite
rent fi fortement , & fon Frere
luy fit fi bien comprendre qu'elle
ne blefferoit point fon devoir , &
que cela ne tireroit à aucune
confequence , qu'elle luy promit
de s'y trouver. L'Affemblée fut
ce foir là nombreuſe & magnifique.
Je ne m'arrefteray point à
décrire la fomptuofité du Feftin,
ny la propreté de la Salle où il
fe fit. Il luffit de fçavoir que les
plus délicats fur cette matiere eurent
affez dequoy fe contenter.
Aprés le repas on paffa dans une
2. deJanvier 1685. R
ད
194
Extraordinaire
autre Salle qu'on trouva riche
ment meublée , & éclairée par
une grande quantité de lumieres.
Le Bal commença pour lors , &
pendant que les uns danfoient,
les autres s'entretenoient avec les
Perfonnes qui leur plaifoient le
plus . On fait que c'est là que
les Amans ont droit de fe plaindre
des peines que l'Amour leur
fait fouffrir & que ceux qui
n'ont aucune veritable paffion
pour le beau Sexe , ne laiffènt pas
de vouloir paroiftre amoureux ;
Les Galants en conterent beau
coup , & les Belles furent obli
gées d'en écouter autant. Cependant
il y avoit des Perfonnes
qui fouffroient effectivement , &
a jeune Veuve avoit donné de
'amour à plufieurs qui s'emprefdu
Mercure Galant . 195
C
foient à l'envy l'un de l'autre , de
luy perfuader la forte paffion
qu'ils fentoient pour elle. Elle
lès écoutoit tous indifferemment,
& leur témoignoit que l'Amour
n'auroit jamais aucun pouvoir ſur
fon coeur ; mais il luy fit bientoft
connoiftre qu'on ne le méprife
guere impunément ; car
un jeune Cavalier fort propre
qui n'avoit point efté du repas,
l'eftant venu prendre pour danfer
, elle reffentit à ſon abord ce
certain je ne fçay quoy qui ne fe
peut expliquer. Quand elle fut
revenue à fa place , ce mefme
Cavalier vint le mettre à fes genoux,
& avec un air engageant &
des manieres honneſtes & refpe-
& ueuſes , il luy jura plufieurs fois
qu'il n'avoit jamais veu une plus
Rij
196 Extraordinaire
belle Perfonne . Elle luy répon
doit comme à tous les autres,
quoy qu'elle commençaſt déja
de le confiderer d'une autre maniere.
En effet , on remarqua
qu'elle l'examinoit attentivement
, qu'elle luy addreffoit la
parole plus fouvent qu'aux autres
fur tout ce qui fe paffoit
dans la Salle & mefme un
Homme qui l'aimoit effectivement
beaucoup , ne put s'empef
cher de luy en faire la guerre.
Dans la converfation ce Cavalier
luy dit , que puis qu'il avoit
efté affez heureux de voir une
auffi aimable Perfonne , il luy
demandoit la permiffion d'aller
chez elle luy rendre ce que tout
le monde luy devoit , & l'affeurer
que fa plus grande paffion fedu
Mercure Galant. 197
1
roit d'eftre capable de luy pou
voir rendre quelque fervice. Le
Bal finy , la Compagnie fe fepara
, & la Veuve fortit un peu
émeuë , par la veuë de l'Inconnu
, qui de fon coſté avoit
paru avoir beaucoup de difpofition
à l'aimer. Deux jours aprés
elle fut furpriſe de le voir venir
chez elle . Ils eurent enfemble
un entretien plus, reglé , & apres
avoir parlé de l'occafion de leur
connoiffance , elle s'informa s'it
eftoit de la Province , & par quel
hazard il s'eftoit trouvé à cette
Affemblée . Il répondit à toutes
fes demandes & luy dit qu'il
s'appelloit Lycidas , qu'il demeu
roit ordinairement à une Terre
qu'il avoit à la Campagne , que
quelques affaires d'affez peu de
R iij
Extraordinaire
Conféquence l'avoient attiré à la ·
Ville , mais qu'il s'en faifoit alors
une fort grade d'y demeurer pour
achever de faire connoiffance
avec une Perfonne , à laquelle il
avoit reconnu tant d'efprit &
tant de merite. Ces paroles flatoientagréablement
Cloris , ainfi
s'appelloit la Veuve qui s'eftoit
un peu laiffée toucher par la
bonne mine de Lycidas , & qui
fouhaitoit dans fon coeur que ce
fuft un homme d'une condition
proportionnée à la fienne , car
elle commençoit déja de quiter la
refolution qu'elle fembloit avoir
priſe de demeurer Veuve . Il fit fa
vifite un peu plus longue que ne le
font ordinairement
les premieres ,
& revint la voir dés le lende .
main . Ces deux vifites , & la
GOTHEQUE
TELA
VILLELYON
13
du Mercure Galant.
maniere dont on recevoit
nouveau venu , allarmérent un
peu les foupirans ordinaires . Il
y en eut un entr'autres qu'on appelloit
Alcidon , intime Amy du
Frére de Cloris qui ne put s'empefcher
de luy témoigner qu'il
s'appercevoit qu'elle avoit plus
d'empreffement de voir cét
Homme , que tous ceux qui alloient
chez elle . Comme il l'ai
moit fortement , la jalousie luy
faifoit penetrer jufques dans le
coeur de la Maiftreffe. I luy
avoit fouvent déclaré fa paffion ,
& avoit fait agir fon Frere pour
porter à l'époufer ; mais comla
me elle luy avoit dit qu'elle n'avoit
aucun deffein de fe remarier
, les chofes en eftoient demeurées
là , & Alcidon qui ne
R iiij
200 Extraordinaire
s'eftoit pû défaire de fon amour,
continuoit à la voir tous les jours
affiduëment. Jufques alors Cloris
n'avoit point trouvé ſes viſites
incommodes ; car ne
manquant
pas d'efprit , il fervoit chez elle à
rendre les
converfations plus
agréables ; mais depuis qu'elle
eut connu Lycidas , elle euft fort
fouhaité ne plus voir.que luy.
Ces deux Rivaux fe trouvant
tous les jours enfemble , ne pouvoient
s'empefcher de fe contredire
fur tous les fujets dont on ye.
noit à parler. Ils ne s'accordoient
qu'en une feule chofe , qui
eftoit de trouver Cloris la plus
charmante
Perfonne qu'on puft
voir. Ces petites difputes la chagrinoient
un peu , & comme elle
en apprehendoit
les fuites , elle
du Mercure Galant. 201
voulut un jour entretenir Alcidon
en particulier . Elle l'affeura
plus fortement que jamais , que
fa recherche eftoit inutile ; qu'-
elle avoit pris fa réfolution ; qu'-
elle luy confeilloit de ne plus
perdre tant de temps à venir
chez elle ; & qu'unauffi honnefte
Homme que luy , pouvoit mieux
l'employer auprés d'une autre,
qui auroit peut- eftre plus de difpofition
à reconnoiftre l'honneur
qu'il luy vouloit faire . Vous
pouvez pepfer que ces raifons ne
firent pas grande impreffion fur
l'efprit d'un Homme auffi amoureux
qu'Alcidon . Auffi cut- il
toûjours le mefme empreffement
de la voir. Le difcours qu'elle
luy avoir tenu ne fervit qu'à luy
faire examiner davantage toutes
202 Extraordinaire
4
Sa
fes actions , & il creut remarquer
qu'elle avoit beaucoup plus d'inclination
pour Lycidas , que
pour tous ceux qui la recherchoient
depuis long- temps. En
effet , il ne fe trompoit pas.
bonne mine avoit tellement touché
le coeur de la Veuve , qu'elle
luy avoit déja fait parler de
Mariage , par une Amie qui faci.
litoit le commerce qu'ils avoient
enfemble ; mais il luy avoit fait
dire qu'il avoit alors des raifons
qui l'empefchoient de devenir le
plus heureux Homme du mon
de , en poffedant celle qu'il ai
moit plus que fa vie . Cela ne fit
qu'augmenter l'Amour de la
Veuve , & un jour qu'elle luy
parla elle mefme fur cette matiere
croyant ne pouvoir eftre -•
du Mercure Galant . 203
>
entendue de perfonne , Alcidon
qui eftoit dans l'Antichambre,
& qui par quelques mots de leur
converfation , devina à peu prés
ce que c'eftoit , entra brufquement
dans le lieu où ils eftoient ,
& reprocha à Cloris l'injuftice
qu'elle luy faifoit de luy préferer
un nouveau venu un Homme
qu'elle ne connoiffoit pas , dont
elle ignoroit & les biens & la
naiffance , & il dit mefme quelques
paroles un peu faſcheufes à
Lycidas , qui n'eftant pas accou
tumé à rien fouffrir , luy répondit
auffi un peu aigrement. Ils alloient
s'échauffer , & ils fe feroient dit
peut - eftre quelque chofe de plus
choquant , fans une Dame de
confideration qui arriva affez à
propos. Cette Dame ayant fait
204
Extraordinaire
Alcidon changer le difcours
fortit un peu aprés avec le reffentiment
d'avoir appris que fon
Rival luy eftoit préferé. Il fe
promena quelque temps autour
de la Maiſon de Cloris , comme
pour fonger à ce qu'il avoit à fai
re , & lors qu'il vit fortir Lycidas
, il courut droit à luy , & mettant
l'épée à la main . Tu as eu,
luy dit-il , trop de facilité à ga.
gner le coeur de ta Maiftreffe ,
tu ne l'eftimeras pas affez s'il ne
t'en coûte quelques gouttes de
fang , puis qu'il ne t'en a point
coûté de larmes. Lycidas fe vit
obligé de fe défendre , & on ne
put les feparer fi toft , qu'Alcidon
n'euft déja receu deux coups
d'épée , dont l'on crut alors l'un
qui eftoit au cofté allez dangedu
Mercure Galant. 205
reux , Lycidas prévoyant que ce
combat luy alloit attirer de fâ.
cheufes affaires , dans une Ville
dont les principaux eftoient tous
proches parens d'Alcidon crut
qu'il eftoit à propos d'en fortir.
Il monta à Cheval , aprés avoir
écrit un Billet à Cloris dans le
' quel il s'excufoit de ce qui s'é
toit paffé , fur la neceffité de fe
défendre contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer en furieux,
& la prioit de fe fouvenir de luy ,
l'affeurant qu'il n'aimeroit jamais
perfonne qu'elle . Il fe retira à la
Campagne chez un de fes Amis,
par le moyen duquel il fceut tout
ce qui fe paffoit à la Ville . Dés
le lendemain il donna de fes nouvelles
à fa Veuve , qui avoit paffé
une tres - méchante nuit ; car elle
206 Extraordinaire
il ne vint à
apprehendoit que l'affaire qui
eftoit arrivée éloignant d'elle
fon cher Amant
l'oublier , fa Lettre la remit un
peu. Elle luy fit auffi - toſt réponſe
, & luy apprit que les bleffures
d'Alcidon n'eftoient pas
mortelles , mais qu'il fe tinft toújours
caché , parce qu'on faifoit
des pourfuites contre luy , & qu'
encore que fon affaire ne fuſt
pas fort criminelle de s'eftre défendu
contre un Homme qui
eftoit venu l'attaquer ; neanmoins
comme les parens de fon
Rival eftoient ſes Juges , ils luy
auroient fait garder long- temps
la Priſon . Pendant leur com-
>
merce lors qu'Alcidon eftoit
encore au lit , le Frere de Cloris ,
qui comme j'ay déja dit , eſtoit
du
Mercure Galant. .207
fon intime Amy , alla la trouver,
& aprés luy avoir reproché la
conduite , & le peu d'honneur
qu'elle avoit de s'attacher à un
Homme qu'elle ne connoiffoit
pas , il finit en luy difant qu'il ne
la reverroit jamais , fi elle ne
luy promettoit d'oublier Lycidas
, & d'époufer Alcidon fi - toft
qu'il feroit guery. Ces menaces
Fallarmérent un peu , mais comme
elle croyoit eftre Maiſtreffe
d'elle mefme , elle réfolut d'é
couter toûjours les mouvemens
de fon coeur. On travailloit cependant
au procez de l'Amant
abfent , & elle apprehendoit plus
de le perdre par ce moyen , que
par aucun autre , car le bruit
couroit qu'on le banniroit à jamais
de la Ville . La crainte qu'
208 .
Extraordinaire
elle en eut , & les preffantes fol
licitations de fes Amies qui la
prioient de promettre d'époufer
Alcidon , en luy difant que le
temps pourroit apporter du chan.
gement à fes affaires , jointes à la
paffion qu'elle avoit de revoir ce
qu'elle aimoit le plus au monde,
fut caufe qu'elle promit tout ce
qu'on voulut , mais fans deffein
de tenir parole , à condition
qu'on feroit ceffer toutes fortes
de pourfuites contre Lycidas , &
qu'on le raccommoderoit avec
Alcidon. Quand ce malheureux
Amant eut appris ce qui
avoit efté arrefté , quoy qu'il euft
des raifons fecrettes , & qu'on
apprendra dans la fuite , de n'ê .
tre pas tant allarmé de la voir la
Femme d'un autre , il ne laiffa
du Mercure Galant, 209
pas de faire mille plaintes contie
elle ; car il ignoroit fes veritables
deffeins , il l'accufa d'infidelité &
d'inconftance , & quoy que peu
aprés elle luy mandaft que ce
qu'elle en avoit fait , eftoit afin
de terminer le procez qu'il avoit
avec Alcidon ; neanmoins il revint
à la Ville avec un chagrin
qu'il ne put s'empefcher de témoigner
à Cloris. Aprés s'eftre
déclaré l'un à l'autre la joye
qu'ils avoient de fe revoir , elle
luy confirma de bouche que la
parole qu'elle avoit donnée d'époofer
Alcidon , ne luy devoit
rien faire apprehender ; qu'il fçavoir
ce qu'elle luy avoit propofé
plufieurs fois ; qu'il ne tenoit
qu'à luy qu'elle ne devinft fa
Femme & que leur Mariage
Q. deFanvier 1685.
S
210 Extraordinaire
ofteroit à íon Rival toute forte
d'efpérance. Le mot de Mariage
allarmoit Lycidas , & Cloris.
ne pouvoit comprendre pourquoy
; Car enfin , difoit - elle en
elle-mefme lors qu'il l'eut quittée
, s'il m'aime veritablement
comme il me le veut perſuader,
& comme je n'ay pas de peine à
le croire , Qu'elle difficulté fait
il de m'épouter ? Quelle raiion
peut- il avoir à Je rifque bien da
vantage , moy qui ne connoift
que fa Perfonne , & qui en fais
choix contre l'avis & le confentement
de tous mes proches. Il
eft vray que je fuis maiftreffe de
moy ; mais enfin s'il arrive queje
découvre un jour que Lycidas
eft un Homme qui n'a ny biens.
py naiffance , avec toute la bondu
Mercure Galant. 211
ne mine que je luy trouve , quel
le confufion auray- je de l'avoirpréféré
àune Perfonne dont tous
tes les qualitez me font connuës?
Cependant Alcidon guery ,
preffoit de s'acquitter de la parole
qu'elle luy avoit donnée , &
elle trouvoit un grand fujet d'embarras
entre un Amant dont elle
eftoit aimée , mais qu'elle n'ai.
moit point , qui la follicitoit de
l'époufer , & un autre qu'elle aimoit
& dont elle eftoit aimée,,
qui refufoit d'eftre fon Mary,
fans luy en donner aucune bon
ne raifon , Enfin ſe trouvantper
fecutée par Alcidon , par fes Parens
& par fes Amies , & voyant
que Lycidas refufoit de faire ce
quelle fouhaitoit , elle prit réfo
lution de prendre le party qu'el
Sij
212 Extraordinaire
le auroit le moins fouhaité , qui
eftoit d'époufer celuy qu'elle
n'aimoit pas ; le Contract fut
dreffé , les Articles fignez , les
habits de Nopces faits , le jour
pris pour la cérémonie. Lycidas
fe voyant alors fi prés de perdre
pour jamais celle qu'il aimoit
avec tant de paſion , ſe réſolut à
faire ce qu'il n'auroit jamais ofé
penfer, I alla trouver Cloris,
& aprés luy avoir reproché l'em.
preffement qu'elle avoit de fe
jetter entre les bras d'un autre,
il luy dit que fi elle eftoit toû
jours la mefme , il eftoit dans le
deffein de faire tout ce qu'elle
voudroit. Ces paroles , la comblérent
de joye , & quoy que.
l'engagement qu'elle avoit avec
Alcidon fuft fi confidérable , elle
du Mercure Galand. 213
ne fut pas un moment à balancer.
de le rompre , la difficulté eftoit
d'en trouver les moyens. Ils réfolurent
qu'elle feroit quelque
temps la malade , & que cependapt
ils verroient quelles mefures
ils auroient à prendre. Alci
don attribua ce retardement à
une veritable indifpofition. Il ne
crut pas qu'en eftant venus fi
avant , elle euft voulu fe dédire.
Il continua fes affiduitez auprés
d'elle , mais comme elle s'en
trouvoit embarraffée , parce que
cela empefchoit Lycidas de ve.
nir la voir , elle prit le party de fe
retirer à la Campagne , fous prétexte
d'aller prendre l'air. Lycidas
alla la trouver accompagné
d'une Amie de Cloris , & là ils
s'épouférent fans aucune ceré
214
Extraordinaire's
monie. Alcidon en ayant appris
la nouvelle , s'emporta beaucoup
au commencement contr'eux.
Il eut plufieurs fois la penfée de
s'aller battre encore une fois con
tre Lycidas , mais eftant revenu
de fon premier emportement,
fes Amis luy firent comprendre
qu'il n'auroit jamais eu aucune
fatisfaction d'époufer une Fem
me qui avoit difpofe de fon cocur
en faveur d'un autre. Sa colere
diminua peu à peu , & comme il
n'eftoit pas témoin de leur prés
tendu bonheur , il luy fat plus.
facile de fe confoler. Il en eut
un plus grand fujet cinq ou fix
jours aprés , lors qu'il apprit que·
Cloris avoit fait arrefter Lycidas
prifonnier , qui l'ayant recher
chée depuis tant de temps , &
du Mercure Galant.
218
=
ayant toûjours paffé pour un
Homme , avoit efté enfin contrainte
de luy avouer que ce n'étoit
qu'une fille qu'elle avoit
épousée . Elle luy dit que dés la
premiere fois qu'elle la vit à cet.
te Affemblée , dont nous avons
parlé , elle devint éperduëment
amoureuſe de fes belles qualitez ,
fans fonger où cette paffion la
devoit porter ; que la feule crainte
qu'elle avoit euë de la voir la
Femme d'un autre , l'avoit fait
réfoudre de fe marier avec elle,
pour ſe conſerver l'amitié qu'elle
luy portoit , & qu'un Mary luy
auroit apparemment fait perdre.
Cloris que ces raifons ne pou
voient fatisfaire , la remit entre
les mains de la Justice ; & on at
tend avec impatience ce qu'elle
2.16
Extraordinaire
ordonnera pour un tel crime
Cependant elle s'eft retirée dans
un Convent , où felon toutes les
apparences elle doit demeurer le
refte de les jours , aprés un acci
dent pareil à celuy qui luy eſt
arrivé.
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Résumé : L'AMOUR BIZARRE HISTOIRE VERITABLE.
Le texte narre une histoire d'amour complexe impliquant une jeune veuve noble et riche, résidant dans une capitale provinciale. Cette veuve, connue pour son esprit et sa beauté, attire de nombreux admirateurs malgré sa déclaration de ne pas vouloir se remarier. Elle accepte les visites de ces hommes à condition qu'ils ne lui parlent pas d'amour. Lors d'une assemblée carnavalesque, un jeune cavalier nommé Lycidas attire son attention. Après avoir dansé avec elle, Lycidas exprime son admiration et obtient la permission de lui rendre visite. Ses visites fréquentes suscitent la jalousie d'Alcidon, un autre admirateur de la veuve et ami intime de son frère. La veuve, nommée Cloris, avoue à Alcidon qu'elle préfère Lycidas. Alcidon, jaloux et blessé, provoque Lycidas en duel. Lycidas, blessé, quitte la ville pour éviter des ennuis judiciaires, car les parents d'Alcidon sont influents. Cloris, inquiète pour Lycidas, lui écrit pour le rassurer sur l'état d'Alcidon. Pendant ce temps, le frère de Cloris menace de ne plus la voir si elle n'épouse pas Alcidon. Cloris accepte de se marier avec Alcidon pour protéger Lycidas et mettre fin au procès, mais informe Lycidas de ses véritables intentions. Lycidas, ignorant ses motivations, est accablé de chagrin. Cloris, malgré son amour pour Lycidas, se trouve pressée par Alcidon, ses parents et ses amies de respecter sa promesse. Elle finit par décider d'épouser Alcidon, mais Lycidas, réalisant qu'il risque de perdre Cloris, accepte finalement de se marier avec elle. Ils se marient secrètement à la campagne. Alcidon, apprenant la nouvelle, est d'abord furieux mais finit par se consoler. Quelques jours plus tard, Cloris révèle à Alcidon que Lycidas est en réalité une femme. Choqué, Alcidon apprend que Cloris a fait arrêter Lycidas. Cloris, insatisfaite des explications de Lycidas, la remet à la justice. Lycidas se retire ensuite dans un couvent, où elle est destinée à passer le reste de ses jours.
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10
p. 138-146
A MADAME DE ***
Début :
Le Mariage dont vous me parlez est fait. L'aimable Personne / Rien n'est plus certain, Madame. L'Anglois qui a [...]
Mots clefs :
Amour, Mariage, Langue, Angleterre, Coeur, Langage, Hyménée , Amants
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE ***
Le Mariage dont vous me
parlez eft fait . L'aimable PerGALANT
139
e
kurt juin Leute , you
rez bien aife de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
128 MERCURE
f
1
S
ariage dont vous me
ft fait. L'aimable PerGALANT.
139
7
*
fonne, à l'avantage de qui vô
tre Parente vous a écrit tant
de chofes , s'eft réfoluë à paffer
fa vie en Angleterre , où
elle a fuivy l'Anglois qui a
fceu toucher fon coeur. Ce
qu'il y a de particulier , c'eſt
qu'aucun des deux n'entendant
la Langue de l'autre , ils
feront réduits pendant quelque
temps à ne fe parler que
par Interprétes . Un Amy de
la Mariée qui s'eft rencontré
à Londres , lors qu'elle y eft
arrivée , a écrit là deffus une
fort jolie Lettre , que vous ferez
bien- aiſe de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
140 MERCURE
255:22222 2522: 2222
A MADAME DE *** :
R
dame.
ne
Ien n'eft plus certain , Madame.
L'Anglois qui a
époufé Mademoiselle de ***
parle point notre Langue , &
Mademoiselle de *** ne sçait
pas un mot d'Anglois . Cela paroift
d'abord affez bizarre , mais
c'eft faute de bien confiderer ce
dont il s'agit.
Dés le moment qu'un cour
foûpire ,
On connoift en tous lieux ce que
cela veut dire ,.
GALANT. 141
Et malgré Babel & fa Tour,
Dans le Climat le plus fauvage,
Ne demandez que de l'amour ,
On entendra voſtre langage .
La Terre en mille Etats à beau fe
partager;
En Afie, en Afrique, en Europe,
il n'importe
L'Amour n'eft jamais Eträger
En quelque Païs qu'on le
porte .
Comme il eft Pere de tous les
Hommes , il eft entendu de tous
fes Enfans. Il eft vray que quand
"il veut faire quelque mauvais
coup , comme ilfaut qu'il fe maf
que et qu'il se déguife , il faut
auffi qu'il fe ferve de la Langue
#
142 MERCURE
du Pais ; mais quand il eft conduit
par l'Hymenée ,fans lequel
il ne peut estre recen chez les
honneftes Gens , il luyfuffit defe
montrer pourfe faire entendre.
En quelque Langue qu'il s'exprime,
On fçait d'abord ce qu'il prétend
;
Et dés qu'il peut parler fans
crime,
Une honnefte Fille l'entend.
La raison de cela , c'eſt que
la Langue d'Amour n'eft
qu'une tradition tres fimple &
tres aifée , dont la Nature eft dépofitaire
, & qu'elle ne manque
GALANT. 143
jamais de reveler à toutes les
Filles quand elles en ont besoin.
Parmy toutes les Nations
Si toft que l'on en vient aux pri
vautez fecretes ,
L'Hymen en ces occafions
A certaines expreffions
Quin'ont point befoin d'interpretes.
que
Ne vous étonnez donc point
deux Perfonnes Etrangeres ,
d'un langagefidiférent, ayent
pú fe résoudre de fe marier enfemble
, & croyez comme un Article
de Foy naturelle, que
fortes de myfleres , tout le monde
parle François . Ajoûtez à cela
dans ces
144 MERCURE
que de jeunes Epoux ont leur
maniere particuliere de s'entretenir
indépendamment de toutes.
les Langues de la Terre.
Les plus beaux difcours qu'on
entend,
Pour des cours enflamez font des -
contes frivoles ,
Et l'Amour pour eftre content
,
Ne s'amufe pas aux paroles .
L'Amour est la feule de tou--
tes les Divinitez dont le fervice
n'a jamais changé ; fon culte est
encore à préfent tel qu'il eftoit au
commencement du Monde. On
luy adreffe les mefmes voeux , on
luy
GALANT. 145
luy fait les mefmes Sacrifices ; on
luy immole les mefmes Victimes ;
quand deux Amans veulent
bien affifter en perfonne à fes
Mifteresfecrets , on n'en a pas fitoft
chaffe les Prophanes , que
pleins de ce Dieu qui les poffede,
ils en comprennent en un moment
toutes les Ceremonies , &
tout ce qui fe fait en fon honneur.
Si vous faifiez ce for Argument
à Thomas Diafoirus ; Vos
deux Epoux ne parlent pas
la mefme Langue ; Ergo , ils
ne s'entendent pas. Il vous
répondroit. Diftinguo , Made-
Février 1685.
N
146 MERCURE
moifelle. Ils ne s'entendent
pas le jour. Concedo , Mademoifelle.
Ils ne s'entendent
pas la nuit. Nego , Mademoifelle
. Or s'entendre la nuit , c'eft
s'entendre la moitié de la vie,
c'est beaucoup pour des Mariez.
Teconnois bien des Gens, &
vous auffi , qui parlent tres bon
François , & qui n'en demanderoient
pas d'avantage.
Qu'un Mariage eft plein d'appas
Quand la nuit un Epoux peur
contenter la Alame,
Et que le jour il n'entend pas
Les fottifes que dit fa Femme.
parlez eft fait . L'aimable PerGALANT
139
e
kurt juin Leute , you
rez bien aife de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
128 MERCURE
f
1
S
ariage dont vous me
ft fait. L'aimable PerGALANT.
139
7
*
fonne, à l'avantage de qui vô
tre Parente vous a écrit tant
de chofes , s'eft réfoluë à paffer
fa vie en Angleterre , où
elle a fuivy l'Anglois qui a
fceu toucher fon coeur. Ce
qu'il y a de particulier , c'eſt
qu'aucun des deux n'entendant
la Langue de l'autre , ils
feront réduits pendant quelque
temps à ne fe parler que
par Interprétes . Un Amy de
la Mariée qui s'eft rencontré
à Londres , lors qu'elle y eft
arrivée , a écrit là deffus une
fort jolie Lettre , que vous ferez
bien- aiſe de voir. En voi-
Mij
cy une Copie.
140 MERCURE
255:22222 2522: 2222
A MADAME DE *** :
R
dame.
ne
Ien n'eft plus certain , Madame.
L'Anglois qui a
époufé Mademoiselle de ***
parle point notre Langue , &
Mademoiselle de *** ne sçait
pas un mot d'Anglois . Cela paroift
d'abord affez bizarre , mais
c'eft faute de bien confiderer ce
dont il s'agit.
Dés le moment qu'un cour
foûpire ,
On connoift en tous lieux ce que
cela veut dire ,.
GALANT. 141
Et malgré Babel & fa Tour,
Dans le Climat le plus fauvage,
Ne demandez que de l'amour ,
On entendra voſtre langage .
La Terre en mille Etats à beau fe
partager;
En Afie, en Afrique, en Europe,
il n'importe
L'Amour n'eft jamais Eträger
En quelque Païs qu'on le
porte .
Comme il eft Pere de tous les
Hommes , il eft entendu de tous
fes Enfans. Il eft vray que quand
"il veut faire quelque mauvais
coup , comme ilfaut qu'il fe maf
que et qu'il se déguife , il faut
auffi qu'il fe ferve de la Langue
#
142 MERCURE
du Pais ; mais quand il eft conduit
par l'Hymenée ,fans lequel
il ne peut estre recen chez les
honneftes Gens , il luyfuffit defe
montrer pourfe faire entendre.
En quelque Langue qu'il s'exprime,
On fçait d'abord ce qu'il prétend
;
Et dés qu'il peut parler fans
crime,
Une honnefte Fille l'entend.
La raison de cela , c'eſt que
la Langue d'Amour n'eft
qu'une tradition tres fimple &
tres aifée , dont la Nature eft dépofitaire
, & qu'elle ne manque
GALANT. 143
jamais de reveler à toutes les
Filles quand elles en ont besoin.
Parmy toutes les Nations
Si toft que l'on en vient aux pri
vautez fecretes ,
L'Hymen en ces occafions
A certaines expreffions
Quin'ont point befoin d'interpretes.
que
Ne vous étonnez donc point
deux Perfonnes Etrangeres ,
d'un langagefidiférent, ayent
pú fe résoudre de fe marier enfemble
, & croyez comme un Article
de Foy naturelle, que
fortes de myfleres , tout le monde
parle François . Ajoûtez à cela
dans ces
144 MERCURE
que de jeunes Epoux ont leur
maniere particuliere de s'entretenir
indépendamment de toutes.
les Langues de la Terre.
Les plus beaux difcours qu'on
entend,
Pour des cours enflamez font des -
contes frivoles ,
Et l'Amour pour eftre content
,
Ne s'amufe pas aux paroles .
L'Amour est la feule de tou--
tes les Divinitez dont le fervice
n'a jamais changé ; fon culte est
encore à préfent tel qu'il eftoit au
commencement du Monde. On
luy adreffe les mefmes voeux , on
luy
GALANT. 145
luy fait les mefmes Sacrifices ; on
luy immole les mefmes Victimes ;
quand deux Amans veulent
bien affifter en perfonne à fes
Mifteresfecrets , on n'en a pas fitoft
chaffe les Prophanes , que
pleins de ce Dieu qui les poffede,
ils en comprennent en un moment
toutes les Ceremonies , &
tout ce qui fe fait en fon honneur.
Si vous faifiez ce for Argument
à Thomas Diafoirus ; Vos
deux Epoux ne parlent pas
la mefme Langue ; Ergo , ils
ne s'entendent pas. Il vous
répondroit. Diftinguo , Made-
Février 1685.
N
146 MERCURE
moifelle. Ils ne s'entendent
pas le jour. Concedo , Mademoifelle.
Ils ne s'entendent
pas la nuit. Nego , Mademoifelle
. Or s'entendre la nuit , c'eft
s'entendre la moitié de la vie,
c'est beaucoup pour des Mariez.
Teconnois bien des Gens, &
vous auffi , qui parlent tres bon
François , & qui n'en demanderoient
pas d'avantage.
Qu'un Mariage eft plein d'appas
Quand la nuit un Epoux peur
contenter la Alame,
Et que le jour il n'entend pas
Les fottifes que dit fa Femme.
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Résumé : A MADAME DE ***
Le texte décrit un mariage entre une jeune femme française et un homme anglais. Les époux ne parlent pas la même langue, ce qui les contraint à utiliser des interprètes pour communiquer. Un ami de la mariée, rencontré à Londres, a rédigé une lettre relatant cette situation. Le texte met en avant que l'amour surmonte les barrières linguistiques, permettant aux jeunes mariés de se comprendre malgré leurs différences. Il souligne que l'amour est universel et que les couples trouvent des moyens uniques de communiquer, particulièrement dans l'intimité. Le texte conclut en affirmant que se comprendre la nuit est suffisant pour un couple marié.
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11
p. 151-160
Mariages, [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous aprendre dans ma Lettre de Janvier, [...]
Mots clefs :
Comte de Vienne, Duc, Fils, Chevalier, Intendant des finances, Mariage, Mademoiselle , Comte de Saint-Chaumont, Fille, Héritière, Conseillers d'État, Marquis, Abbé, Mademoiselle le Prestre, Épouser
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages, [titre d'après la table]
Jay oublié de vous aprendre
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
dans ma Lettre de Janvier
, que M. le Comte de
Vienne , Frere de M ' le Duc
N iiij
152 MERCURE
de la Vieuville , tous deux Fils
de M ' le Duc de la Vieuville,
Chevalier des Ordres duRoy,
& qui a efté deux fois Sur- Intendant
des Finances , a époufé
depuis peu de temps Mademoifelle
de S. Chaumont,
Fille de Henry Mitte de Chevrieres
, Comte de S. Chau.
mont , & de Charlotte Sufanne
de Gramont , Soeur de feu
Mi le Duc & Marefchal de
Gramont. C'est une riche
Heritiere , qui n'a qu'une
Soeur , & que fon merite ne
diftingue pas moins que fa
naiffance.La Maiſon de Mitte
GALANT. 153
Chevrieres & S. Chaumont
dans le Lyonnois , a porté de
fort grands Hommes . Jean
Mitte , dit de Miolans , S de
Chevriéres , fut Pere de Ja
ques Mitte, S de Chevriéres ,
Lieutenant General au Gouvernement
de Lyonnois , que
le Roy Henry IV . fit Chevalier
de fes Ordres en 1598. &
qui époufa en premieres Nopces
Gabrielle de S.Chaumont,
Fille & Heritiere de Criftophe
de S. Chaumont , & en
fecondes , Gabrielle de Guadagne
, Fille de Guillaume de
Guadagne , Senéchal & Gou
154 MERCURE
verneur du Lyonnois , Confeiller
d'Etat , & Chevalier du
S. Efprit. De fon premier
Mariage , il eut Melchior
Mitte de Miolans , & Gafparde
, mariée trois fois ; la premiere
, à Jean Timoleon de
Beaufort , Marquis de Canillac
; la feconde , à Guillaume
de Laubefpine , Marquis
de Châteauneuf ; & la
troifiéme , à Henry de Chaftre
, Comte de Nancy . Melchior
Mitte de Miolans , Marquis
de S. Chaumont , fut
Ambaffadeur Extraordinaire.
à Rome , où il s'acquit une
GALANT. 155
fort grande réputation , &
mourut en 1649. Le féu Roy
l'avoit fait Chevalier de fes
Ordres en 1619. De fon Mariage
avec Ilabeau de Tournon
, Fille de Louis Jofeph ,
S' de Tournon , & Comte de
Rouffillon ; & de Madelaine
de la Rochefoucault , il eut
Louis , Marquis de S. Chaumont
, mort fans alliance en
1640. Lyon François , Abbé
de Loraife ; Henry , Marquis
de S. Chaumont , & Comte
de Miolans , Pere de Mademoiſelle
de S. Chaumont, qui
vient de fe marier , François ,
156 MERCURE
Chanoine & Comte de Lyon,
Armand , S de Chevrieres;
Françoiſe , Religieufe au premier
Monaftere des Filles de
Sainte Marie de Lyon ; &
Marie Habeau mariée à
Louis de Cardillac , Comte
de Bioule, Chevalier du Saint
Efprit , & Lieutenant General
au Gouvernement de Lan ,
guedoc.
5
M' de S. Vrain , Conſeiller
de la Cour des Aydes , & Fils
de M ' le Vaffeur , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , Seigneur , Marquis
de S. Vrain , époufa ces
GALANT. 157
jours paffez Mademoiselle
Bourgoin , Fille de M' Bourgoin
, Maiftre des Comptes.
Ils font tous deux des meilleures
Maiſons de la Robe , &
poffedent de tres - grands
Biens.
Mademoiſelle le Preftre,
Fille aînée de M ' le Préſident
le Preftre , qui mourut l'année
derniere en fon Chafteau
de Bourg- le - Preftre , s'eft
auffi mariée depuis peu de
temps . Elle a époufé M'Gaignon
, Comte de Villaines,
allié à la Maifon de Goufier,
& à plufieurs autres des plus
158 MERCURE
illuftres du Païs du Maine.'
>
pour
Sa conftance a efté telle
luy,qu'ayant eſté mife à Port-
Royal par Arrest du Parlement
fans qu'on luy ait
permis de parler pendant fix
mois , qu'à fon Avocat & à
fon Procureur , M'Gaignon
prit enfin une Robe de Palais
, & fous ce déguiſement
alla fçavoir fes intentions.
Elle luy donna tout pouvoir
d'agir pour elle ; & ayant
gagné fon Procéz contre
ceux qui vouloient la marier
à un autre , elle fut mife dans
une entiere liberté de difpoGALANT
. 159
fer d'elle-mefme. M' le Préfident
le Preftre , fon Pere,
eftoit le troifiéme Préfident,
& le cinquiéme Conſeiller
de fa Famille , qui eft une
des plus confidérables de
Paris , par fes Alliances avec
les Maifons de Vitry -l'Hofpital
, Beauvilliers- S. Aignan,
S. Simon, Harlay- Breval, Seguier
, Hurault, Luillier, d'Interville
, de Creil , Leffeville,
Tallemant , Myron , Séve,
Hennequin , Gobelin, & autres.
Ses Armes font d'azur
au Chevron d'or , accompagné
d'une Couronne de Roy à l'an
160 MERCURE
tique en Pointe , & de deux
Bezans d'or en Chef : l'Ecu
couronné d'une Couronne de Baron
; pour Devife , Regale Sa
cerdotium ; Supots & Cimier
deux une demie Licorne . Cet
Ecu eft écartelé de Seguier,
de Leffeville , de Brethe de
Boinvilliers , & de Hurault
de Cheverny.
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Résumé : Mariages, [titre d'après la table]
Le texte décrit plusieurs mariages et alliances au sein de l'aristocratie française. M. le Comte de Vienne, frère du Duc de la Vieuville, a épousé Mademoiselle de Saint-Chaumont. Cette dernière est la fille de Henry Mitte de Chevrières et de Charlotte Suzanne de Gramont, sœur du Duc et Maréchal de Gramont. Mademoiselle de Saint-Chaumont est une riche héritière reconnue pour son mérite et sa naissance. La Maison de Mitte Chevrières et Saint-Chaumont, située dans le Lyonnois, a produit des figures notables. Jean Mitte, seigneur de Miolans et de Chevrières, fut le père de Jacques Mitte, lieutenant général au gouvernement du Lyonnois, anobli par le roi Henri IV en 1598. Jacques Mitte épousa Gabrielle de Saint-Chaumont, puis Gabrielle de Guadagne. De son premier mariage, il eut Melchior Mitte de Miolans, marquis de Saint-Chaumont, ambassadeur extraordinaire à Rome et chevalier des Ordres du roi en 1619. Melchior Mitte de Miolans eut plusieurs enfants, dont Henry, marquis de Saint-Chaumont et père de Mademoiselle de Saint-Chaumont, récemment mariée. Le texte mentionne également d'autres mariages, comme celui de M. de Saint-Vrain, conseiller à la Cour des Aides, avec Mademoiselle Bourgoin, fille de M. Bourgoin, maître des Comptes. De plus, Mademoiselle le Prestre, fille aînée du Président le Prestre, s'est mariée avec M. Gaignon, comte de Villaines, allié à plusieurs familles illustres du Maine. La famille le Prestre est décrite comme l'une des plus considérables de Paris, avec de nombreuses alliances prestigieuses.
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12
p. 279-281
« Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Début :
Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...]
Mots clefs :
Roi d'Angleterre, Valeurs, Naissance, Mariage, Anne Hyde, Comte, Enfants, Princesse, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Le nouveau Roy a de la
valeur , & de l'intrepidité. Il
eft ferme dans fes réſolutions,
& garde inviolablement fa
parole. Il nâquit le 14. Octobre
1633. & en 1660. il épouſa
Anne Hyde , Fille du Milord
Edouard Hyde , grand Chan280
MERCURE
celier d'Angleterre , & depuis
Comte de Clarendon , dont
il a eu plufieurs Fils qui n'ont
point vécu. Il luy eft feulement
refté deux Filles de ce
Mariage , fçavoir Marie Prin
ceffe d'York , qui en 1677.
époufa Guillaume Henry de
Naffau , Prince d'Orange , &
Anne Princeffe d'York , mariée
depuis peu de temps au
Prince George, Frere du Roy
de Dannemark . Madame la
Ducheffe d'York étant morte
le 10. Avril 1671. il épouſa en
fecondes Nopces le 30. Septembre
1673. Marie Eleonor
GALANT : 281
d'Efte , Princeffe de Modene,
Fille du Duc François. C'eſt
le charme de toute l'Angle
terre. Elle méne une vie
exemplaire , & l'ambition n'a
jamais efté capable de luy
faire faire aucune fauffe dé
marche.
valeur , & de l'intrepidité. Il
eft ferme dans fes réſolutions,
& garde inviolablement fa
parole. Il nâquit le 14. Octobre
1633. & en 1660. il épouſa
Anne Hyde , Fille du Milord
Edouard Hyde , grand Chan280
MERCURE
celier d'Angleterre , & depuis
Comte de Clarendon , dont
il a eu plufieurs Fils qui n'ont
point vécu. Il luy eft feulement
refté deux Filles de ce
Mariage , fçavoir Marie Prin
ceffe d'York , qui en 1677.
époufa Guillaume Henry de
Naffau , Prince d'Orange , &
Anne Princeffe d'York , mariée
depuis peu de temps au
Prince George, Frere du Roy
de Dannemark . Madame la
Ducheffe d'York étant morte
le 10. Avril 1671. il épouſa en
fecondes Nopces le 30. Septembre
1673. Marie Eleonor
GALANT : 281
d'Efte , Princeffe de Modene,
Fille du Duc François. C'eſt
le charme de toute l'Angle
terre. Elle méne une vie
exemplaire , & l'ambition n'a
jamais efté capable de luy
faire faire aucune fauffe dé
marche.
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Résumé : « Le nouveau Roy a de la valeur, & de l'intrepidité. [...] »
Le nouveau roi d'Angleterre, né le 14 octobre 1633, est connu pour sa valeur et son intrepidité. Il épousa Anne Hyde en 1660, avec qui il eut deux filles : Marie et Anne. Après le décès d'Anne en 1671, il se remaria avec Marie Éléonore d'Este en 1673. Cette dernière est admirée pour sa vie exemplaire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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13
p. 281-285
Origine de la Maison de Stuart, [titre d'après la table]
Début :
Il ne reste à vous apprendre de quelle maniere la Maison [...]
Mots clefs :
Maison de Stuart, Maison royale d'Angleterre, Couronne, Succession, Mariage, Écosse, Rois, Irlande, Décès, Deuil
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texteReconnaissance textuelle : Origine de la Maison de Stuart, [titre d'après la table]
Il ne refte à vous apprendre
de quelle maniere la Maiſon
de Stuart , qui eft là Maiſon
Royale d'Angleterre , eft venue
à la Couronne. Robert
Bruys , I de ce nom , étant
Roy d'Ecoffe par Succeffion ,
Jean de Bailleul la luy difputa
, & l'emporta , ce qui fus
Fevrier 1685.
Aa
282 MERCURE
"
la
cauſe que l'Ecoffe devint
proye des Anglois . Robert
la reconquit , regna 23. ans, &
mourut en 1329. laillant David
II. & Marie. David étant
mort fans Enfans , Marie fa
Soeur herita de la Couronne.
Elle avoit épousé Walter , ou
Gautier Stuard , grand Senéchal
d'Ecoffe , dont elle eut
un Fils , qui fut d'abord nommé
Jean , mais les Ecoffois
avoient eu tant de mépris
pour Jean de Bailleul , que
ne croyant pas ce nom fortuné
, ils l'obligerent à prendre
celuy de Robert. Ce Ro
ལ
GALANT. 283
> bert Stuard II. du nom eut
Robert III. pour Fils , dont
les deſcendans ont efté Ja
ques I. Jaques II. Jaques IIF
Jaques IV. & Jaques V. Roys
d'Ecoffe . Ce dernier épou
fa Marguerite d'Angleterre ,
Soeur de Henry VIII . Pere de
la Reyne Elizabeth , dont il
eut Marie Stuard , mariée en
premieres Nopces à Fram
çois II. Roy de France , & en
fecondes Nopces , à Henry
Stuard fon Parent . Jaques VI.
Roy d'Ecoffe , fortit de ce
mariage . Elizabeth , qui étoit
fa Tante , à la mode de Bre-
A a i
284 MERCURE
་
tagne , étant morte en 1603
il herita de la Couronne
d'Angleterre , & ayant uny
ce Royaume à ceux d'Irlan
de & d'Ecoffe , il prit le nom
de Jaques I. avec le Tître de
Roy de la Grand' Bretagne .
C'étoit le Grand Pere du Roy
qui vient de mourir. La nouvelle
de fa mort étant vénuë
en France , Sa Majefté en témoigna
beaucoup de dou .
leur, & dit qu'Elle perdoit un
bon Parent , un bon Amy , &
un bon Voifin. Elle fit ceffer
pour quelque temps les divertiffemens
du Carnaval , &
GALANT. 285
Fon ne fit point la grande
Mafcarade que l'on avoit
préparée , & qui devoit étre
faite le jour qu'on apprit
cette nouvelle . Toute la Cour
eft prefentement en deuil.
de quelle maniere la Maiſon
de Stuart , qui eft là Maiſon
Royale d'Angleterre , eft venue
à la Couronne. Robert
Bruys , I de ce nom , étant
Roy d'Ecoffe par Succeffion ,
Jean de Bailleul la luy difputa
, & l'emporta , ce qui fus
Fevrier 1685.
Aa
282 MERCURE
"
la
cauſe que l'Ecoffe devint
proye des Anglois . Robert
la reconquit , regna 23. ans, &
mourut en 1329. laillant David
II. & Marie. David étant
mort fans Enfans , Marie fa
Soeur herita de la Couronne.
Elle avoit épousé Walter , ou
Gautier Stuard , grand Senéchal
d'Ecoffe , dont elle eut
un Fils , qui fut d'abord nommé
Jean , mais les Ecoffois
avoient eu tant de mépris
pour Jean de Bailleul , que
ne croyant pas ce nom fortuné
, ils l'obligerent à prendre
celuy de Robert. Ce Ro
ལ
GALANT. 283
> bert Stuard II. du nom eut
Robert III. pour Fils , dont
les deſcendans ont efté Ja
ques I. Jaques II. Jaques IIF
Jaques IV. & Jaques V. Roys
d'Ecoffe . Ce dernier épou
fa Marguerite d'Angleterre ,
Soeur de Henry VIII . Pere de
la Reyne Elizabeth , dont il
eut Marie Stuard , mariée en
premieres Nopces à Fram
çois II. Roy de France , & en
fecondes Nopces , à Henry
Stuard fon Parent . Jaques VI.
Roy d'Ecoffe , fortit de ce
mariage . Elizabeth , qui étoit
fa Tante , à la mode de Bre-
A a i
284 MERCURE
་
tagne , étant morte en 1603
il herita de la Couronne
d'Angleterre , & ayant uny
ce Royaume à ceux d'Irlan
de & d'Ecoffe , il prit le nom
de Jaques I. avec le Tître de
Roy de la Grand' Bretagne .
C'étoit le Grand Pere du Roy
qui vient de mourir. La nouvelle
de fa mort étant vénuë
en France , Sa Majefté en témoigna
beaucoup de dou .
leur, & dit qu'Elle perdoit un
bon Parent , un bon Amy , &
un bon Voifin. Elle fit ceffer
pour quelque temps les divertiffemens
du Carnaval , &
GALANT. 285
Fon ne fit point la grande
Mafcarade que l'on avoit
préparée , & qui devoit étre
faite le jour qu'on apprit
cette nouvelle . Toute la Cour
eft prefentement en deuil.
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Résumé : Origine de la Maison de Stuart, [titre d'après la table]
Le texte décrit l'ascension de la Maison de Stuart au trône d'Angleterre. En février 1685, Robert Bruce reconquit le royaume d'Écosse après une dispute avec Jean de Bailleul. À la mort de Robert, son fils David II monta sur le trône mais mourut sans héritier. Sa sœur Marie, mariée à Walter Stuart, hérita de la couronne. Leur fils, initialement nommé Jean, prit le nom de Robert Stuart II. Les descendants de Robert Stuart II incluent Jacques I, Jacques II, Jacques III, Jacques IV et Jacques V, rois d'Écosse. Jacques VI, roi d'Écosse, épousa Marguerite d'Angleterre, sœur de Henri VIII. Leur fille, Marie Stuart, fut mariée à François II de France puis à Henri Stuart. À la mort d'Élisabeth Ire d'Angleterre en 1603, Jacques VI hérita de la couronne d'Angleterre, unifiant les royaumes d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse sous le titre de Jacques I. Le texte mentionne également la réaction de la cour de France à la mort du roi Jacques II, exprimant une grande douleur et suspendant les divertissements du carnaval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 286-287
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Courcy, Fils de Mr de Bullion, Conseiller [...]
Mots clefs :
Mariage, Marquis de Courcy, Conseiller, Mademoiselle de Charmoy, Piété
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texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
Mile Marquis de Courcy,
Fils de M de Bullion , Confeiller
en la Grand Chambre,
& Neveu de M. de Bullion,
Miniftre d'Etat, & Sur- Inten
GALANT. 287
dant des Finances , a épousé
Mademoiſelle de Charmoy,
Fille de M de Charmoy,
Maistre des Comptes , & Secretaire
des Commandemens
de Madame de Guife . On dit
beaucoup de bien de cette
nouvelle Mariée . C'eft une
jeune Brune des plus aimables
, & qui fe fait diftinguer
par fa Pieté.
Fils de M de Bullion , Confeiller
en la Grand Chambre,
& Neveu de M. de Bullion,
Miniftre d'Etat, & Sur- Inten
GALANT. 287
dant des Finances , a épousé
Mademoiſelle de Charmoy,
Fille de M de Charmoy,
Maistre des Comptes , & Secretaire
des Commandemens
de Madame de Guife . On dit
beaucoup de bien de cette
nouvelle Mariée . C'eft une
jeune Brune des plus aimables
, & qui fe fait diftinguer
par fa Pieté.
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15
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, sur des Médailles, [...]
Mots clefs :
Antiquités, Médailles, Dissertations , Inscriptions, Mosaïques, Ouvrages, Libraire, Mariage, Discours, Mémoires
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texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
AVIS ET CATALOGVE
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas - reliefs,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu M¹ de Cor-
71.
neille , 301.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indonze.
30 L.
30
f.
30
£
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie . In douze.
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. In douze.
30 f..
Jugement de Pluton fur les deux Par-
Fevrier 1685.
Ee
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
30f.
Deux
Volumes in douze.
40 f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze . 20 f.
30 f.
301
. 30 f.
Académie Galante , I. Partie ,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec ſa
n.oit, 30 L.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
31.
301
.
Fables Nouvelles en Vers ,
30f
30
f
20 f.
Le Serafkier, in douze,
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30 f.
15f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe , Comedie .
Artaxerce , avec fa-Critique.
La Comete , Comedie.
Cōverfions de M.Gilly& Courdil . 20 f.
Cent trente Volumes du Mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur
le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouiffances.
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
Ee ij
qu'à la levée du Siege en 1683.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30 f.
Il y a vingt-huit Extraordinaires , qui
outre les Queſtions galantes , & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Devifes , Emblêmes , & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Conteſ
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans. De la
Pondre à Canon. De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme . De l'ufage de
la Glace, De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Pais , & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe
. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete apparuë
en 1680. Des Arines de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , trespropre
à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la communication
des Nations. De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
10
progrés & de l'état préfent de la Me
decine.Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'A .
bregé du Dictionnaire Univerfel . Da
mépris de la Mort . De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux.
T
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt- cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez , à la reſerve
des Recherches d'antiquité , qu'on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dansle Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefferont point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Imprimeur
- Libraire, Rue S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux .
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire .
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter .
Il eft inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy de fujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez .
On avertit que les Mercures qui s'imnpriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
des Livres qui fe vendent chez
le Sieur Blageart.
Echerches curieufes d'Antiquité,
contenues en plufieurs Diflertations
, fur des Médailles , Bas - reliefs,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques , enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu M¹ de Cor-
71.
neille , 301.
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hiftoire
, avec des Scrupules fur le Stile.
Indouze.
Lettres diverfes de M. le Chevalier
d'Her. Indonze.
30 L.
30
f.
30
£
Nouveaux Dialogues des Morts,
Premiere Partie . In douze.
Seconde Partie des Dialogues des
Morts. In douze.
30 f..
Jugement de Pluton fur les deux Par-
Fevrier 1685.
Ee
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts,
La Ducheffe d'Eftramene.
30f.
Deux
Volumes in douze.
40 f.
LeNapolitain, Nouv.Indouze . 20 f.
30 f.
301
. 30 f.
Académie Galante , I. Partie ,
Académie Galante, II. Partie,
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir,
Hiftoire contenant fon élevation , fes
amours dans le Serrail , fes divers emplois,
& le vrayfujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec ſa
n.oit, 30 L.
Les Dames Galantes , ou la Confidence
réciproque, en deux vol.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze,
L'Illuftre Génoiſe , in douze,
31.
301
.
Fables Nouvelles en Vers ,
30f
30
f
20 f.
Le Serafkier, in douze,
Hiftoire du Siege de Luxembourg, 30f.
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant Génes par l'Armée Navale
du Roy, 30f.
Reflexions nouvelles fur l'Acide &
30 f.
15f.
10 f.
fur l'Alcali. Indouze.
La Devinereffe , Comedie .
Artaxerce , avec fa-Critique.
La Comete , Comedie.
Cōverfions de M.Gilly& Courdil . 20 f.
Cent trente Volumes du Mercure,
avec les Relations & les Extraordinaires
. Il y a huit Relations qui contiennent
Ce qui s'eft paffé à la Ceremonie du
Mariage de Mademoiſelle
avec le Roy
d'Efpagne.
Le Mariage de Monfieur le Prince
de Conty avec Mademoiſelle
de Blois .
Le Mariage de Monfeigneur
le Dauphin
avec la Princeffe Anne - Chref
tienne Victoire de Baviere.
Le Voyage du Roy en Flandre en 1680.
La Négotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjouiffances.
qui fe font faites pour la Naiffance de
Monfeigneur le Duc de Bourgogne.
Une Description entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf
Ee ij
qu'à la levée du Siege en 1683.
Traité de la Tranfpiration des hu
meurs qui font les caufes des Maladies,
ou la Méthode de guérir les Malades ,
ans le trifte fecours de la fréquente
faignée, Difcours Philofophique. 30 f.
Il y a vingt-huit Extraordinaires , qui
outre les Queſtions galantes , & d'éru
dition, & les Ouvrages de Vers , contiennent
plufieurs Difcours , Traitez,
& Origines, fçavoir.
Des Indices qu'on peut tirer fur la
maniere dont chacun forme fon Ecriture.
Des Devifes , Emblêmes , & Revers
de Médailles De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin , & du
Papier. Du Verre . Des Veritez qui font
contenues dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture. De la Conteſ
tion. Des Armes , Armoiries , & de leur
progrés. De l'Imprimerie. Des Rangs
& Cerémonies . Des Talifmans. De la
Pondre à Canon. De la Pierre Philo
fophale. Des Feux dont les Anciens ſe
fervoient dans leurs Guerres , & de leur
compofition . De la fimpathie , & de
l'anthipatie des Corps. De la Dance ,
de ceux qui l'ont inventée , & de fes
diferentes efpeces . De ce qui contribue
le plus des cinq fens de Nature à la fatisfaction
de l'Homme . De l'ufage de
la Glace, De la nature des Efprits folets
, s'ils font de tous Pais , & ce qu'ils
ont fait. De l'Harmonie, de ceux qui
l'ont inventée, & de fes effets . Du fréquent
ufage de la Saignée . De la Nobleffe
. Du bien & du mal que la fréquente
Saignée peut faire . Des effets
de l'Eau minérale. De la Superftition,
& des Erreurs populaires . De la Chaffe.
Des Metéores , & de la Comete apparuë
en 1680. Des Arines de quelques
Familles de France . Du Secret d'une
Ecriture d'une nouvelle invention , trespropre
à eftre rendue univerfelle, avec
celuy d'une Langue qui en réfulte, l'un
& l'autre d'un ufage facile pour la communication
des Nations. De l'air du
Monde, de la veritable Politeffe, & en
quoy il confifte. De la Medecine. Des
10
progrés & de l'état préfent de la Me
decine.Des Peintres anciens , & de leurs
manieres. De l'Eloquence ancienne &
moderne. Du Vin . De l'Honnefteté, &
de la veritable Sageffe . De la Pourpre
& de l'Ecarlate , de leur diférence , &
de leur ufage. De la marque la plus ef
fentielle de la veritable amitié. L'A .
bregé du Dictionnaire Univerfel . Da
mépris de la Mort . De l'origine des
Couronnes, & de leurs efpeces . Des
Machines anciennes & modernes pour
élever les Eaux . Des Lunetes . Du Secret
. De la Converfation . De la Vie
heureuſe. Des Cloches , & de leur antiquité.
Des bonnes & mauvaiſes qualitez
de l'Air. Des Bains . Du bon &
du mauvais ufage de la Lecture. De la
facile conftruction de toutes fortes de
Cadrans Solaires ; & des Jeux.
T
On fera une bonne compofition à
ceux qui prendront les cent vingt-neuf
Volumes , ou la plus grande partie.
Quant aux nouveaux qui fe debitent
chaque mois , le prix fera toûjours de
trente fols en veau , & de vingt- cinq
en parchemin.
Outre les Livres contenus dans ce
Catalogue, on vend auffi chez le Sieur
Blageart toutes fortes de Livres nouveaux,
& autres. On ne marque icy
que ceux qu'il a imprimez , à la reſerve
des Recherches d'antiquité , qu'on
trouve chez tres -peu d'autres Libraires.
Il ajoûtera à ce Catalogue les Livres
nouveaux qu'il donnera de temps en
temps au Public.
On ne prend aucun argent pour les
Memoires qu'on employe dansle Mercure.
On mettra tous ceux qui ne defobligeront
perfonne, & ne blefferont point
la modeftie des Dames.
Il faut affranchir les Lettres qu'on
adreffera chez le St Blageart , Imprimeur
- Libraire, Rue S. Jacques, à l'entrée
de la Rue du Plaftre
Il fera toûjours les Paquets gratis
pour les Particuliers & pour les Libraires
de Provinces . Ils n'auront le
foin que d'en acquiter le port fur les
Lieux .
Ceux qui envoyent des Memoires,
doivent écrire les noms propres en caracteres
bien formez.
On ne met point les Pieces trop difficiles
à lire .
On met tous les bons Ouvrages à
leur tour, & les Autheurs ne fe doivent
point impatienter .
Il eft inutile d'envoyer des Enigmes
fur des Mots qui ont déja fervy de fujet
à d'autres.
On prie ceux qui auront plufieurs
Memoires, ou plufieurs Ouvrages à envoyer
en mefme temps , de les écrire
fur des papiers feparez .
On avertit que les Mercures qui s'imnpriment
en Hollande, & en quelques
Villes d'Allemagne, font fort peu corrects
, & tronquez en beaucoup d'endroits.
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Résumé : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez le Sieur Blageart.
Le document est un catalogue de livres proposé par le Sieur Blageart. Il présente une variété d'œuvres littéraires et historiques, incluant des recherches sur l'antiquité, des recueils de lettres, des dialogues des morts, des histoires et des fables. Parmi les titres notables figurent 'Sentimens sur les Lettres & sur l'Hiftoire' de l'abbé d'Indouze, 'Nouveaux Dialogues des Morts' et 'Cara Mustapha, dernier Grand Vizir'. Le catalogue inclut également des œuvres telles que 'La Duchesse d'Estramène', 'Les Dames Galantes' et 'Histoire du Siège de Luxembourg'. Il propose des volumes du 'Mercure', contenant des relations historiques et des récits extraordinaires sur des événements comme les mariages royaux et le siège de Vienne. Le document précise les conditions de vente et de commande, soulignant que les mémoires pour le 'Mercure' ne sont pas payants et que les lettres doivent être affranchies. Blageart offre d'expédier les paquets gratuitement pour les particuliers et les libraires de province. Le catalogue sera régulièrement mis à jour avec de nouveaux livres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 76-87
INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Début :
Le plaisir que vous avez eu, Madame, de lire les Inscriptions / 1660. Entreveüe de Loüis XIV Roy de France & [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Règne, Roi de France, Marbre, Ornements, Louis XIV, Mariage, Naissance, Victoire, Armes, Conquête, Paix, Armée, Siège
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Le plaifir que vous avez eu,
Madame , de lire les Infcriptions
Françoiſes de la Galerie
de Verſailles , fera augmenté
fans doute, quand vous
fçaurez que l'ufage s'en établit
de jour à autre , & que
deformais tous lesMonumens
GALANT. 77
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Infcriptions
Françoifes
. Nous en avons un
exemple magnifique , dans
l'Hoſtel de Ville de Paris , où
l'on a mis depuis peu par
l'or
dre de Mle Prevolt des
Marchands , quantité de ces
Infcriptions , contenant les
principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la
Paix des Pyrenées , juſqu'à
l'année derniere. Elles font
écrites für de grandes Tables
de Marbre noir , qui regnent
tout autour de la Cour , au
G iij
78 MERCURE
deffus des Feneftres , ce qui
adjouſte un riche Ornement
à toutes les autres beautez de
ce fuperbe Edifice . La premiere
& la derniere , ont plus
d'étendue que les autres , &
font au deffus de la Porte
principale par où l'on, forr .
Quoy que les grandes
Actions de Sa Majesté
foient fortement imprimées
dans l'efprit de tous les François
, il n'y en a pas un néanmoins
qui ne foit bien aife
de s'en rafraîchir la mémoire
par cette lecture , d'autant
plus qu'ils en gouftent toute
GALANT. 79
la joye , dans la naïveté des
expreffions de leur Langue'
naturelle , fans partager leur
attention avec les conftructions
obfcures & embaraf
fées d'une Langue Etrangere.
Voftre Approbation caufera
bien du plaifir à celuy qui les
a faites , mais il ne m'eft
permis de vous le nommer.
pas>
G iiij
80 MERCURE
255 :22222 2522:2222
INSCRIPTIONS
FRANÇOISES,
3.
MISES
DANS L'HÔTEL DE VILLE
DE PARIS,
Contenant en abregé les principaux
Evenemens du Regne
de Louis LE GRAND.
E
1660.
Ntreveuë de Louis XIV.
Roy de France & de Philippes
IV . Roy d'Espagne , dans
Ifle des Faifans , où la Paix.
"
GALANT. 81
fut jurée entre les deux Roys.
Mariage du Roy avec Marie
Therefe d'Autriche , Infante
d'Espagne. Entrée folemnelle de
leurs Majeftez dans la Ville de
Paris , au milieu des Acclamations
des Peuples .
1661 .
Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin à Fontainebleau le
premier Novembre.
1662.
Le Roy d'Espagne defavouë
I Action de fon Ambaſſadeur en
Angleterre , & céde la Préfeance
à la France.
82 MERCURE
-
1663 .
Redition de Marfal . Renou
vellement d'Alliance avec les
Suiffes.
1664
Le Legat vientfaire Satisfaetion
au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambaſſadeur dans
Rome.
1665.
Victoire remportée contre les
Corfaires de Thunis & d'Alger,
fur les Coftes d'Afrique..
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre..
GALANT. 83
16.67.
Le Roy porte fes Armes en
Flandre , pour la défense des
Droits de la Reyne , & prend
plufieurs Villes.
16.68.
Conquefte de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu
de l'Hyver
.
166.9.
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle
, le Roy employe fes forces de
Mer contre les Turcs.
1.670.-
Prife de Pont à Mouſſon &
autres Places . Toute la Lorraine
foumise à l'obeiffance du Roy..
84 MERCURE
1671.
Le Roy vifite & fait fortifier
toutes les Places qu'il a conquifes
en Flandre.
་
1672.
Le Roy juftement irrité contre
les Hollandois , entre dans leur
Pais s'en rend Maiftre.
1673.
Le Roy Affiege Maftrich &
l'emporte en treize jours. Les
Flottes de France & d'Angleter
re , défont celle d'Hollande.
1674.
Seconde Conquefte de la Franthe-
Comté. Victoire fur les Imperiaux
, les Espagnols & les
Hollandois
à Senef.
GALANT. 85
1675.
L'Armée Imperiale chaffée de
l'Alface , forcée de repaffer le
Rhin.
par
1676
.
Levée du Siege de Maftrick
le Prince d'Orange. Les
Flottes d'Espagne & de Hollande
, brûlées dans le Port de Pa
lerme .
1677.
Prife de Valenciennes de
Cambray Bataille de Mont-
Caffel , fuivie de la Réduction
de S. Omer.
1678%
Prife de Gand d'Ypre par
86 MERCURE
le Roy en perfonne. Prife de
Puy- Cerda en Catalogne.
1679.
Le Roy fait reftituer àſes Alliez
les Villes qui leur avoient
efté prifes. Paix Generale.
1680.
Mariage de Monfeigneur le
Dauphin , avec la Princeffe
Anne- Marie- Chriftine - Victoire
de Baviere.
1681.
En un mefme jour Strasbourg
Cazal reçoivent les Troupes,
& la protection du Roy.
1682 .
Naiffance de Monseigneur le
GALANT. 87
Duc de Bourgogne. Alger fou
droyé par les Vaiffeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Efclaves François. Prife
de Courtray & de Dixmude.
1684.
Le Roy accorde la Paix aux
Algeriens , punit les Génois,
prend Luxembourg , force les
Ennemis d'accepter une Tréve de
vingt ans , & remet à la priere
des Espagnols trois millions cing
cens mille livres de Contribu
tions.
Madame , de lire les Infcriptions
Françoiſes de la Galerie
de Verſailles , fera augmenté
fans doute, quand vous
fçaurez que l'ufage s'en établit
de jour à autre , & que
deformais tous lesMonumens
GALANT. 77
publics qui s'élevent à la
Gloire du Roy , font accompagnez
d'Infcriptions
Françoifes
. Nous en avons un
exemple magnifique , dans
l'Hoſtel de Ville de Paris , où
l'on a mis depuis peu par
l'or
dre de Mle Prevolt des
Marchands , quantité de ces
Infcriptions , contenant les
principaux Evenemens du
Regne du Roy , depuis la
Paix des Pyrenées , juſqu'à
l'année derniere. Elles font
écrites für de grandes Tables
de Marbre noir , qui regnent
tout autour de la Cour , au
G iij
78 MERCURE
deffus des Feneftres , ce qui
adjouſte un riche Ornement
à toutes les autres beautez de
ce fuperbe Edifice . La premiere
& la derniere , ont plus
d'étendue que les autres , &
font au deffus de la Porte
principale par où l'on, forr .
Quoy que les grandes
Actions de Sa Majesté
foient fortement imprimées
dans l'efprit de tous les François
, il n'y en a pas un néanmoins
qui ne foit bien aife
de s'en rafraîchir la mémoire
par cette lecture , d'autant
plus qu'ils en gouftent toute
GALANT. 79
la joye , dans la naïveté des
expreffions de leur Langue'
naturelle , fans partager leur
attention avec les conftructions
obfcures & embaraf
fées d'une Langue Etrangere.
Voftre Approbation caufera
bien du plaifir à celuy qui les
a faites , mais il ne m'eft
permis de vous le nommer.
pas>
G iiij
80 MERCURE
255 :22222 2522:2222
INSCRIPTIONS
FRANÇOISES,
3.
MISES
DANS L'HÔTEL DE VILLE
DE PARIS,
Contenant en abregé les principaux
Evenemens du Regne
de Louis LE GRAND.
E
1660.
Ntreveuë de Louis XIV.
Roy de France & de Philippes
IV . Roy d'Espagne , dans
Ifle des Faifans , où la Paix.
"
GALANT. 81
fut jurée entre les deux Roys.
Mariage du Roy avec Marie
Therefe d'Autriche , Infante
d'Espagne. Entrée folemnelle de
leurs Majeftez dans la Ville de
Paris , au milieu des Acclamations
des Peuples .
1661 .
Naiffance de Monfeigneur le
Dauphin à Fontainebleau le
premier Novembre.
1662.
Le Roy d'Espagne defavouë
I Action de fon Ambaſſadeur en
Angleterre , & céde la Préfeance
à la France.
82 MERCURE
-
1663 .
Redition de Marfal . Renou
vellement d'Alliance avec les
Suiffes.
1664
Le Legat vientfaire Satisfaetion
au Roy , de l'Attentat commis
contrefon Ambaſſadeur dans
Rome.
1665.
Victoire remportée contre les
Corfaires de Thunis & d'Alger,
fur les Coftes d'Afrique..
1666.
Secours accordé par le Roy aux
Hollandois , contre l'Angleterre..
GALANT. 83
16.67.
Le Roy porte fes Armes en
Flandre , pour la défense des
Droits de la Reyne , & prend
plufieurs Villes.
16.68.
Conquefte de toute la Franche-
Comté , en dix jours , au milieu
de l'Hyver
.
166.9.
Depuis la Paix d'Aix la Chapelle
, le Roy employe fes forces de
Mer contre les Turcs.
1.670.-
Prife de Pont à Mouſſon &
autres Places . Toute la Lorraine
foumise à l'obeiffance du Roy..
84 MERCURE
1671.
Le Roy vifite & fait fortifier
toutes les Places qu'il a conquifes
en Flandre.
་
1672.
Le Roy juftement irrité contre
les Hollandois , entre dans leur
Pais s'en rend Maiftre.
1673.
Le Roy Affiege Maftrich &
l'emporte en treize jours. Les
Flottes de France & d'Angleter
re , défont celle d'Hollande.
1674.
Seconde Conquefte de la Franthe-
Comté. Victoire fur les Imperiaux
, les Espagnols & les
Hollandois
à Senef.
GALANT. 85
1675.
L'Armée Imperiale chaffée de
l'Alface , forcée de repaffer le
Rhin.
par
1676
.
Levée du Siege de Maftrick
le Prince d'Orange. Les
Flottes d'Espagne & de Hollande
, brûlées dans le Port de Pa
lerme .
1677.
Prife de Valenciennes de
Cambray Bataille de Mont-
Caffel , fuivie de la Réduction
de S. Omer.
1678%
Prife de Gand d'Ypre par
86 MERCURE
le Roy en perfonne. Prife de
Puy- Cerda en Catalogne.
1679.
Le Roy fait reftituer àſes Alliez
les Villes qui leur avoient
efté prifes. Paix Generale.
1680.
Mariage de Monfeigneur le
Dauphin , avec la Princeffe
Anne- Marie- Chriftine - Victoire
de Baviere.
1681.
En un mefme jour Strasbourg
Cazal reçoivent les Troupes,
& la protection du Roy.
1682 .
Naiffance de Monseigneur le
GALANT. 87
Duc de Bourgogne. Alger fou
droyé par les Vaiffeaux du Roy.
1683.
Les Algeriens forcez à rendre
tous les Efclaves François. Prife
de Courtray & de Dixmude.
1684.
Le Roy accorde la Paix aux
Algeriens , punit les Génois,
prend Luxembourg , force les
Ennemis d'accepter une Tréve de
vingt ans , & remet à la priere
des Espagnols trois millions cing
cens mille livres de Contribu
tions.
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Résumé : INSCRIPTIONS FRANCOISES, MISES DANS L'HÔTEL DE VILLE DE PARIS, Contenant en abregé les principaux Evenemens du Regne de Loüis Le GRAND.
Le texte évoque l'intérêt croissant pour la lecture des inscriptions françaises de la Galerie de Versailles, dont l'usage se répand. Ces inscriptions accompagnent désormais les monuments publics dédiés à la gloire du roi. Un exemple marquant est l'Hôtel de Ville de Paris, où des inscriptions relatant les principaux événements du règne de Louis XIV, de la Paix des Pyrénées à l'année précédente, ont été ajoutées sur des tables de marbre noir. Ces inscriptions, écrites en français, permettent aux Français de se remémorer les grandes actions du roi dans leur langue maternelle, sans être distraits par des constructions obscures d'une langue étrangère. Les inscriptions de l'Hôtel de Ville de Paris couvrent plusieurs événements significatifs. Elles mentionnent la rencontre entre Louis XIV et Philippe IV d'Espagne en 1660, le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, et la naissance du Dauphin en 1661. Elles relatent également diverses victoires militaires et conquêtes territoriales, telles que la prise de Marsfal en 1663, la victoire contre les corsaires de Tunis et d'Alger en 1665, et la conquête de la Franche-Comté en 1668. Les inscriptions font état d'actions diplomatiques, comme le secours apporté aux Hollandais contre l'Angleterre en 1666 et la visite du légat pour satisfaire le roi après un attentat contre l'ambassadeur en 1664. Les événements mentionnés se poursuivent jusqu'en 1684, incluant des mariages royaux, des prises de villes, et des traités de paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 87-106
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Début :
Depuis qu'on a veu les Dialogues des Morts, tous / LAMBRET. Ouy, je me souviens que nous nous sommes [...]
Mots clefs :
Mariage, Peuple, Coutumes, Épouse, Raison, Témoignage, Moeurs, Sentiments, Pays, Étrangers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Depuis qu'on a veu les
88 MERCURE
Dialogues des Morts , tous les
Dialogues font devenus du
gouft du Public. On les aime
avec raifon , puis qu'en peu
de mots , & d'une maniere
agréable , on y apprend l'Hiftoire
, les Moeurs , & les Coû
tumes de divers Païs ,& quantité
d'autres chofes qui font
d'érudition . En voicy un de
M ' B .... On m'en promet
d'autres du mefme Autheur,
& fi l'on me tient parole,
vous me verrez ponctuel à
vous en donner une Copie.
GALANT. 89
$252525252525252
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE I.
LAMBRET,BELOROND.
LAMBRET.
QUY
Uy , je me fouviens que
nous nous fommes donnez
rendez- vous icy , & que:
tous les mois nous devos nous
y rendre compte de nos Le-
Aures, & particulierement
des
chofes qui à caufe qu'elles
Mars 1685.
H
90 MERCURE
font ou prodigieufes , ou extraordinaires
, ou oppofées à
nos Coûtumes , ou mesme
fauffes & impoffibles , nous
paroiffent tres difficiles à croire
, ou entierement incroyables
BELORO N´D..
Je ne doute point que vous ,
n'ayez fait diverfes recherches
fur cette matiere .
LAMBRE T.
Je vay vous en dire quelques-
unes touchant les Coûtumes
qui fe font établies
dans quelques Païs pour
conclure
le Mariage , & qui
GALANT.
pour
eftre fort differentes des
noftres , femblent fi extravagantes
, que nous pouvons
fans fcrupule les mettre au
nombre des chofes difficiles
à croire. Chez les Cimbres,
Peuples de Scythie , & qui
font aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage , il
falloit que le Fiancé fe rognaft
les ongles , & envoyaft les
rogneures à fa Fiancée, &que
celle- cy en fift autant à fona
Fiancé. Puis, s'ils acceptoient =
mutuellement leurs prefens,,
ils étoient cenfez entiere--
ment mariez ...
Hij
92 MERCURE
BELORO N D.
C'étoit peut- étre pour fe
témoigner
reciproquement
,
qu'ils ne fe feroient l'un à
l'autre aucun tort , fi nous en
croyons noftre Proverbe ,
quand pour témoigner que
nous ofterons à quelqu'un le
pouvoir de nous nuire , nous
difons , le luy rogneray les on
gles , ce que Pline appelle fort
bien , Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens
'Allemands , pour conclure le
Mariage , la Femme rafoit les
cheveux à fon Amant , &
GALANT.
93
THomme les raſoit aufli à ſon
BELORON D.
Amante.
Vous n'ignorez pas que nos
Amans fe font icy un fort
grand plaifir, d'avoir des cheveux
de leurs . Maiftreffes,
parce qu'ils les regardent
comme autant de chaînes,
fur lefquelles ils trouvent matiere
de dire mille jolies chofes
, pour témoigner la douceur
de leur efclavage . Ne fe
peut-il pas
faire que les Peuples
dont vous me parlez
étoient dans les mefmes fentimens.
94 MERCURE
LAMBRET
Si vous voulez moralifer fur
toutes les Coûtumes, vous en
aurez bien à dire.
BELORO N D.
Il eft conftant que les Coû
rumes font fondées , ou fur
quelque évenement confiderable
, ou fur quelque raifon
de bien- féance , de moralité,
ou de précepte.
LAMBRE T
Ainfr .... Permettez- moy
de vous interrompre , ce qui
me vient maintenant
dans
la mémoire pourroit m'échaper.
Apprenez- moy , je vous
GALANT. 95
prie , pourquoy chez les Ar
meniens , pour contracter le
Mariage , l'Epoux tailloit le
bout de l'oreille droite à fon
Epoufe , & l'Epoufe celuy de
l'oreille gauche à fon Epouxa
BELORON D..
Vous fçavez ce que c'eft
lors que les oreilles cornent,
ce que Plaute appelle Tinni
mentum , ou lors que , comme
dic Celfus , Aures fonant intra
fe ipfas. Vous fçavez encore
qu'on
on dit , que lors que l'oreille
droite nous corne , c'eft
figne que l'on parle bien de
nous , & qu'au contraire , lors
96 MERCURE
que c'eft la gauche , nons
fommes les objets de la médifance
de quelqu'un . C'eft
là une fuperftition , je l'avouë,
mais ne fe peut-il pas faire
que cette fuperftition regnaft
chez les Armeniens , ainfi que
chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à fon
Epouſe , pour la faire fouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui
font ordinairement
fi agréables
aux Femmes , & que l'Epouſe
coupoit le bout de l'o
reille gauche à fon Epoux,
pour l'avertir de ne pas écou
ter
GALANT.
97
ter ce qu'on luy pourroit ra
porter de defagréable contre
la conduite , afin de le jetter.
dans la jalouſic , paffion ſi narurelle
à ceux de ce Pais - là ,
Mais , continuez je vous prie,
ce que vous avez fi bien commencé
, fans exiger de moy
que je vous rende raifon de
ce que vous m'aprendrez ,
puis que nous fommes convenus
de nous inftruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû
d'extraordinaire & de
difficile à croire , & non pas
de faire une differtation fur
ces
matieres , parce que ce
Mars 1685.. I
98 MERCURE
ne feroit plus un entretien
agréable ; mais une espece
d'étude , peut estre auffi ennuyeufe
qu'inutile . Avoüons
feulement pour faire en quelque
façon une Préface à ce
que nous dirons dans la fuite
touchant les
extravagantes
opinions , les coûtumes dif
ferentes , & les ſentimens paradoxes
; avoüons , dis - je ,
qu'il n'y a rien de fi conftant
& de fi certain en un lieu ,
dont le contraire ne foit encore
plus opiniaſtrément
tenu
en un autre , & dans la
contemplation
de cette obGALANT.
99
ftinée varieté , nous ne nous
étonnerons pas fi un Philofophe
interrogé de quelle matiere
l'Homme luy fembloit
eftre compofé , répondit,
d'un amas de difputes & de
conteftations . Il devoit adjoufter
de varietez & d'inconftances
. En effet , l'Homme
penſe bien autrement des
chofes en un temps qu'en un
autre , jeune que vieux , affamé
que raffafié, de nuit que
de jour, grand que petit, trifte
que joyeux,pauvre que riche.
Joignez à cela la difference
des temperamens , des cli
I ij
100 MERCURE
mats , des faifons , des employs
, & mille autres circon.
ftances qui le tiennent dans
une perpetuelle inftabilité, ce
qui a fait dire à Seneque,
Epift. 109. Pauci illam quam
conceperant mentem domum
pers
ferre potuerunt. C'eft cet efprit
de conteftation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter, pour
principale caufe de toutes les
differentes coûtumes & opinions
, dont nous pourrons
parler dans la fuite de nos entretiens.
LAMBRET .
Vous ferez fans doute conGALANT.
Iof
firmé plus que jamais dans
les fentimens que vous venez
de me témoigner , quand
vous fçaurez encore quelquesautres
coûtumes fur le me
me fujet , comme ce qui fe
faifoit chez les Elamites,
Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perfe & de
Babylone , où le Mary pi
quoit le doigt du coeur de fa
Femme jufques au fang , & la
Femme en faifoit autant à fon
Mary ; chez les Numidiens
Peuples d'Afrique , ´óu l'Epoux
& l'Epoufe crachoient
en terre , & de la bouë qui fe
I iij
102 MERCURE
faifoit de leurs crachats , ils
s'oignoient le front l'un à
l'autre , chez les Sicyoniens,
Peuples du Peloponese , où le
Mary envoyoit un Soulier du
pied droit à fa Femme , & la
Femme un du pied gauche à
fon Mary; chez les Tarentins,
où le futur Epoux & la future
Epoufe ne concluoient leur
Mariage , qu'en prenant à
manger tous deux d'une mef
me main , en prefence de
leurs Parens affemblez ; chez
les Scythes , où le Mary & la
Femme fe touchoient réciproquement
les genoux , les
GALANT. 103
pieds , les coudes , le front,
les yeux , les oreilles , & la
bouche , chez les Moscovites ,
où les Parens de la Fille font
la demande du Mariage ; enfin
, chez les Talchéens , où
le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à fouper
tous ceux qui la recherchoient
en mariage ; & apres
les avoir priez de faire chacun
un Conte plaiſant , celuy
à qui elle témoignoit par
un foûris que fon Conte
luy agréoit , étoit en mefme
temps reconnû pour fon
Epoux.
I
iij
104 MERCURE
BELOROND .
Si cela eft , Arlequin auroit
affurément épouſé la fille
du Souverain de ces derniers
Peuples , mais je me perfuade
qu'on ne trouvoit le Conte
agréable, qu'aprés avoir agreé
le Conteur ,
LAMBRE T.
Voilà ce que je fçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire
, fur les differentes
manieres de contracter le
Mariage. Je ne doute pas que
vous n'adjouftiez bien d'autres
chofes plus agréables fur
ce fujet , ou fur quelqu'autre.
GALANT. 105
BELORON D.
Je n'ay qu'une choſe à adjoûter
, & qui , fi vous me
croyez , fervira de fin à ce
premier Entretien. C'eſt que
tout ce que vous venez de
m'aprendre touchant les dif
ferentes manieres de s'époufer
, n'a rien de fi extravagant
que la ridicule opinion des
Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem aternam
fine connubiis . Ils faifoient
profeffion du Celibat , fur ce
feul fondement
, que jamais.
Femme n'avoit gardé la Foy
conjugale à fon Mary . Nous .
106 MERCURE
ne pouvons mieux finir , ce
me femble , qu'en mettant au
nombre des chofes difficiles à
croire , l'injuftice que ces
Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRE T.
Si noftre entretien tombe
entre les mains du Public,
nous devons efperer qu'il en
fera bien reçeu , puis qu'en le .
finiffant , nous nous rendons
les Dames favorables par la
qualité de chofe difficile à
croire , que nous donnons à
l'infidelité dont on les accufe
.
88 MERCURE
Dialogues des Morts , tous les
Dialogues font devenus du
gouft du Public. On les aime
avec raifon , puis qu'en peu
de mots , & d'une maniere
agréable , on y apprend l'Hiftoire
, les Moeurs , & les Coû
tumes de divers Païs ,& quantité
d'autres chofes qui font
d'érudition . En voicy un de
M ' B .... On m'en promet
d'autres du mefme Autheur,
& fi l'on me tient parole,
vous me verrez ponctuel à
vous en donner une Copie.
GALANT. 89
$252525252525252
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE I.
LAMBRET,BELOROND.
LAMBRET.
QUY
Uy , je me fouviens que
nous nous fommes donnez
rendez- vous icy , & que:
tous les mois nous devos nous
y rendre compte de nos Le-
Aures, & particulierement
des
chofes qui à caufe qu'elles
Mars 1685.
H
90 MERCURE
font ou prodigieufes , ou extraordinaires
, ou oppofées à
nos Coûtumes , ou mesme
fauffes & impoffibles , nous
paroiffent tres difficiles à croire
, ou entierement incroyables
BELORO N´D..
Je ne doute point que vous ,
n'ayez fait diverfes recherches
fur cette matiere .
LAMBRE T.
Je vay vous en dire quelques-
unes touchant les Coûtumes
qui fe font établies
dans quelques Païs pour
conclure
le Mariage , & qui
GALANT.
pour
eftre fort differentes des
noftres , femblent fi extravagantes
, que nous pouvons
fans fcrupule les mettre au
nombre des chofes difficiles
à croire. Chez les Cimbres,
Peuples de Scythie , & qui
font aujourd'huy les Danois,
pour conclure le Mariage , il
falloit que le Fiancé fe rognaft
les ongles , & envoyaft les
rogneures à fa Fiancée, &que
celle- cy en fift autant à fona
Fiancé. Puis, s'ils acceptoient =
mutuellement leurs prefens,,
ils étoient cenfez entiere--
ment mariez ...
Hij
92 MERCURE
BELORO N D.
C'étoit peut- étre pour fe
témoigner
reciproquement
,
qu'ils ne fe feroient l'un à
l'autre aucun tort , fi nous en
croyons noftre Proverbe ,
quand pour témoigner que
nous ofterons à quelqu'un le
pouvoir de nous nuire , nous
difons , le luy rogneray les on
gles , ce que Pline appelle fort
bien , Exarmare.
LAMBRET.
Chez les Teutons anciens
'Allemands , pour conclure le
Mariage , la Femme rafoit les
cheveux à fon Amant , &
GALANT.
93
THomme les raſoit aufli à ſon
BELORON D.
Amante.
Vous n'ignorez pas que nos
Amans fe font icy un fort
grand plaifir, d'avoir des cheveux
de leurs . Maiftreffes,
parce qu'ils les regardent
comme autant de chaînes,
fur lefquelles ils trouvent matiere
de dire mille jolies chofes
, pour témoigner la douceur
de leur efclavage . Ne fe
peut-il pas
faire que les Peuples
dont vous me parlez
étoient dans les mefmes fentimens.
94 MERCURE
LAMBRET
Si vous voulez moralifer fur
toutes les Coûtumes, vous en
aurez bien à dire.
BELORO N D.
Il eft conftant que les Coû
rumes font fondées , ou fur
quelque évenement confiderable
, ou fur quelque raifon
de bien- féance , de moralité,
ou de précepte.
LAMBRE T
Ainfr .... Permettez- moy
de vous interrompre , ce qui
me vient maintenant
dans
la mémoire pourroit m'échaper.
Apprenez- moy , je vous
GALANT. 95
prie , pourquoy chez les Ar
meniens , pour contracter le
Mariage , l'Epoux tailloit le
bout de l'oreille droite à fon
Epoufe , & l'Epoufe celuy de
l'oreille gauche à fon Epouxa
BELORON D..
Vous fçavez ce que c'eft
lors que les oreilles cornent,
ce que Plaute appelle Tinni
mentum , ou lors que , comme
dic Celfus , Aures fonant intra
fe ipfas. Vous fçavez encore
qu'on
on dit , que lors que l'oreille
droite nous corne , c'eft
figne que l'on parle bien de
nous , & qu'au contraire , lors
96 MERCURE
que c'eft la gauche , nons
fommes les objets de la médifance
de quelqu'un . C'eft
là une fuperftition , je l'avouë,
mais ne fe peut-il pas faire
que cette fuperftition regnaft
chez les Armeniens , ainfi que
chez nous , & que l'Epoux
coupoit l'oreille droite à fon
Epouſe , pour la faire fouvenir
de ne pas écouter les cajoleries
& les fleurettes , qui
font ordinairement
fi agréables
aux Femmes , & que l'Epouſe
coupoit le bout de l'o
reille gauche à fon Epoux,
pour l'avertir de ne pas écou
ter
GALANT.
97
ter ce qu'on luy pourroit ra
porter de defagréable contre
la conduite , afin de le jetter.
dans la jalouſic , paffion ſi narurelle
à ceux de ce Pais - là ,
Mais , continuez je vous prie,
ce que vous avez fi bien commencé
, fans exiger de moy
que je vous rende raifon de
ce que vous m'aprendrez ,
puis que nous fommes convenus
de nous inftruire l'un
l'autre , de ce que nous aurions
lû
d'extraordinaire & de
difficile à croire , & non pas
de faire une differtation fur
ces
matieres , parce que ce
Mars 1685.. I
98 MERCURE
ne feroit plus un entretien
agréable ; mais une espece
d'étude , peut estre auffi ennuyeufe
qu'inutile . Avoüons
feulement pour faire en quelque
façon une Préface à ce
que nous dirons dans la fuite
touchant les
extravagantes
opinions , les coûtumes dif
ferentes , & les ſentimens paradoxes
; avoüons , dis - je ,
qu'il n'y a rien de fi conftant
& de fi certain en un lieu ,
dont le contraire ne foit encore
plus opiniaſtrément
tenu
en un autre , & dans la
contemplation
de cette obGALANT.
99
ftinée varieté , nous ne nous
étonnerons pas fi un Philofophe
interrogé de quelle matiere
l'Homme luy fembloit
eftre compofé , répondit,
d'un amas de difputes & de
conteftations . Il devoit adjoufter
de varietez & d'inconftances
. En effet , l'Homme
penſe bien autrement des
chofes en un temps qu'en un
autre , jeune que vieux , affamé
que raffafié, de nuit que
de jour, grand que petit, trifte
que joyeux,pauvre que riche.
Joignez à cela la difference
des temperamens , des cli
I ij
100 MERCURE
mats , des faifons , des employs
, & mille autres circon.
ftances qui le tiennent dans
une perpetuelle inftabilité, ce
qui a fait dire à Seneque,
Epift. 109. Pauci illam quam
conceperant mentem domum
pers
ferre potuerunt. C'eft cet efprit
de conteftation & d'inſtabilité
qu'on peut apporter, pour
principale caufe de toutes les
differentes coûtumes & opinions
, dont nous pourrons
parler dans la fuite de nos entretiens.
LAMBRET .
Vous ferez fans doute conGALANT.
Iof
firmé plus que jamais dans
les fentimens que vous venez
de me témoigner , quand
vous fçaurez encore quelquesautres
coûtumes fur le me
me fujet , comme ce qui fe
faifoit chez les Elamites,
Peuples qui habitoient entre
les Provinces de Perfe & de
Babylone , où le Mary pi
quoit le doigt du coeur de fa
Femme jufques au fang , & la
Femme en faifoit autant à fon
Mary ; chez les Numidiens
Peuples d'Afrique , ´óu l'Epoux
& l'Epoufe crachoient
en terre , & de la bouë qui fe
I iij
102 MERCURE
faifoit de leurs crachats , ils
s'oignoient le front l'un à
l'autre , chez les Sicyoniens,
Peuples du Peloponese , où le
Mary envoyoit un Soulier du
pied droit à fa Femme , & la
Femme un du pied gauche à
fon Mary; chez les Tarentins,
où le futur Epoux & la future
Epoufe ne concluoient leur
Mariage , qu'en prenant à
manger tous deux d'une mef
me main , en prefence de
leurs Parens affemblez ; chez
les Scythes , où le Mary & la
Femme fe touchoient réciproquement
les genoux , les
GALANT. 103
pieds , les coudes , le front,
les yeux , les oreilles , & la
bouche , chez les Moscovites ,
où les Parens de la Fille font
la demande du Mariage ; enfin
, chez les Talchéens , où
le Pere de celle qui étoit à
marier , appelloit à fouper
tous ceux qui la recherchoient
en mariage ; & apres
les avoir priez de faire chacun
un Conte plaiſant , celuy
à qui elle témoignoit par
un foûris que fon Conte
luy agréoit , étoit en mefme
temps reconnû pour fon
Epoux.
I
iij
104 MERCURE
BELOROND .
Si cela eft , Arlequin auroit
affurément épouſé la fille
du Souverain de ces derniers
Peuples , mais je me perfuade
qu'on ne trouvoit le Conte
agréable, qu'aprés avoir agreé
le Conteur ,
LAMBRE T.
Voilà ce que je fçay , & ce
que j'avois à vous dire d'extraordinaire
, fur les differentes
manieres de contracter le
Mariage. Je ne doute pas que
vous n'adjouftiez bien d'autres
chofes plus agréables fur
ce fujet , ou fur quelqu'autre.
GALANT. 105
BELORON D.
Je n'ay qu'une choſe à adjoûter
, & qui , fi vous me
croyez , fervira de fin à ce
premier Entretien. C'eſt que
tout ce que vous venez de
m'aprendre touchant les dif
ferentes manieres de s'époufer
, n'a rien de fi extravagant
que la ridicule opinion des
Effeniens , chez les Juifs . Solin
les appelle , Gentem aternam
fine connubiis . Ils faifoient
profeffion du Celibat , fur ce
feul fondement
, que jamais.
Femme n'avoit gardé la Foy
conjugale à fon Mary . Nous .
106 MERCURE
ne pouvons mieux finir , ce
me femble , qu'en mettant au
nombre des chofes difficiles à
croire , l'injuftice que ces
Peuples faifoient à cet aimable
Sexe.
LAMBRE T.
Si noftre entretien tombe
entre les mains du Public,
nous devons efperer qu'il en
fera bien reçeu , puis qu'en le .
finiffant , nous nous rendons
les Dames favorables par la
qualité de chofe difficile à
croire , que nous donnons à
l'infidelité dont on les accufe
.
Fermer
Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE.
Le dialogue entre Lambret et Belorond, publié dans le Mercure de Mars 1685, explore diverses coutumes matrimoniales observées dans différentes cultures. Lambret évoque plusieurs pratiques inhabituelles, telles que les Cimbres, ancêtres des Danois, qui se rognaient mutuellement les ongles, les Teutons, anciens Allemands, qui se rasaient les cheveux réciproquement, et les Arméniens qui se taillaient les oreilles. D'autres exemples incluent les Élamites qui se piquaient le doigt jusqu'au sang, les Numidiens qui s'oignaient le front avec de la boue faite de leurs crachats, et les Sicyoniens qui échangeaient des chaussures. Le dialogue aborde également des rituels matrimoniaux spécifiques à certaines cultures. Chez les Tarentins, les Scythes, les Moscovites et les Talchéens, chaque groupe possède des rituels uniques pour conclure un mariage. Belorond mentionne les Esséniens, un groupe juif pratiquant le célibat en raison de leur méfiance envers la fidélité des femmes, une opinion jugée injuste envers le sexe féminin. Le dialogue se termine par l'espoir que les dames recevront favorablement ce texte, en raison de la défense implicite de leur fidélité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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18
p. 108-126
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
Il est dangereux de forcer l'amour à se tourner en fureur ; [...]
Mots clefs :
Belle, Cavalier, Amour, Mariage, Demoiselle, Amants, Adorateur, Coeur, Destin funeste, Scrupule, Charme, Passion, Obstacle, Promesses, Gloire, Désespoir, Jalousie, Honneur, Blessures , Malheur, Peine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
Il eſt dangereux de forcer
l'amour à le tourner en fu
reur ; il en arrive ordinairement
des fuites funeftes , &
ce qui s'eft paffé depuis peu
de temps dans une des plus
grandes Villes du Royaume,.
confirme les fanglans exemples
que nous en trouvons
dans les Hiftoires. Une jeu
ne Demoiselle naturellement
fenfible à la gloire , & pleine
de cette louable & noble
fierté , qui donne un nouveau
merite aux belles Perfonnes
, vivoit dans une con--
duite qui la mettoit à cou
GALANT. 109
vert de toute cenfure. L'agrément
de ſes manieres , joint
à un brillant d'efprit qui la
diftinguoit avec beaucoup
d'avantage , luy attiroit des
Amans de tous côtez . Elle
recevoit leurs foins , fans
marquer de préférence , &
confervoit une égalité , qui
n'en rebutant aucun leur
faifoit connoître qu'elle vouloit
fe donner le temps de
choifir. C'eftoit en effet fon
but ; elle gardoit avec eux
la plus éxacte regularité ; ne
leur permettant ny vifites
affidues , ny empreffemens
110 MERCURE
trop remarquables
. Ainſi la
bienséance
régloit tous les
égards complaifans
qu'elle
croyoit leur devoir ; & la raifon
demeurant
toûjours maîtreffe
de fes fentimens
, elle
attendoit qu'elle connût aſſez
bien leurs differens caractepour
pouvoir faire un
res
-
heureux , fans fe rendre
malheureuſe , ou qu'il s'offrist
un Party plus confiderable
, qui déterminaft fon
choix. Elle approchoit de
vingt ans , quand un Cavalier
affez bienfait vint fe méler
parmy fes Adorateurs
GALANT. I
Comme il n'avoit ny plus de
naiffance , ny plus de bien
que les autres il ne reçût
la mefme honne .
d'elle
que
fteté
qu'elle
avoit
pour
tous
;
& cette
maniere
trop
indifferente
l'auroit
fans
doute
obligé
de
renoncer
à la voir
,
fi par
une
vanité
que
quelques
bonnes
fortunes
luy
avoient
fait
prendre
, il n'euſt
trouvé
de
la
honte
à ne
pas
venir
à bout
de
toucher
un
coeur
qui
avoit
toûjours
paru
infenfible
. C'eftoit
un
homme
d'un
efprit
infinuant
, &
qui
fçavoit
les
moyens
de
112 MERCURE
plaire mieux que perfonne
du monde , quand il vouloit
les mettre en ufage. Il feignit
d'eftre content des conditions
que luy préſcrivit la
Belle , & fans fe plaindre du
peu de liberté qu'elle luy laiffoit
pour les vifites , il la vit
encore plus rarement qu'elle
ne parut le fouhaiter. Il eſt
vray qu'il repara
le manque
d'empreffement qu'il fembloit
avoir pour elle , par le
foin qu'il prit de ſe trouver
aux lieux de devotion où elle
alloit ordinairement . Il la faluoit
fans luy parler que des
GALANT. 113
1
yeux , & ne manquoit pas .
dans la premiere entreveuë ,
de faire valoir d'une maniere
galante le facrifice qu'il luy
avoit fait en s'impofant la
contrainte de ne luy rien dire
, pour ne pas donner ma--
tiere à fes fcrupules. Il prenoit
d'ailleurs un plaifir par--
ticulier à élever fon merite :
devant tous ceux qui la connoiffoient
, & ce qu'elle en
apprenoit la flatoit en même
temps , & luy donnoir de l'e
ftime pour le Cavalier . Tou--
tes ces chofes firent l'effet
qu'il avoit prévû. On fou-
Mars 1685. KA
114 MERCURE
haita de s'en faire aimer. I
s'en apperçût ; & rendit des
foins un peu plus frequens,
en proteſtant que fon refpect
luy en feroit toûjours retrancher
ce qu'on trouveroit contre
les regles . La Belle qui
commençoit à eftre touchée,
adoucit en fa faveur la feve
rité de fes maximes . Elle apprehenda
qu'il n'euft trop d'exactitude
à luy, obéir , fi elle
vouloit s'opposer à ſes affi
duitez & trouvant dans fa
converfation un charme fecret
qu'elle n'avoit point fen
ty dans celle des autres , elle
GALANT. 115
crût que ce feroit ufer de:
trop de rigueur envers eile .
même , que de fe refoudre à
s'en priver. Tous fes Amans
eurent bientôt remarqué le
progrés avantageux que le
Cavalier faifoit dans fon
coeur. Ils le voyoient applaudy
fur toutes chofes ; & le
dépit les forçant d'éteindre
leur paffion , ils fe retirerent,
& laifferent leur Rival fansaucun
obftacle qui puft troubler
fes deffeins . Ce fut alors
la Belle ouvrit les yeuxque
fur le pas qu'elle avoit fait.
Le Cavalier demeuré feul au-
Kij
116 MERCURE
prés d'elle , fit examiner le
changement que l'Amour
mettoit dans fa conduite .
Toute la Ville en parla ; &
ce murmure l'ayant obligée
à s'expliquer avec luy , il
luy répondit qu'elle devoit
peu s'embaraffer de ce qu'on
penfoit de l'un & de l'autre ,
fi elle l'aimoit affez pour
vouloir bien devenir fa Fem-
; que c'eftoit dans cette
veuë qu'il avoit pris de l'attachement
pour elle ; & que·
ne fouhaitant rien avec plus
d'ardeur que de l'époufer , il
luy demandoit feulement un
me
GALANT. 117
peu
de temps pour obtenir
le confentement d'un Oncle
dont il efperoit quelque a .
vantage . Je ne puis vous dire
s'il parloit fincerement ; ce
qu'il y a de certain , c'est que
la Belle fe laiffa perfuader ..
Les promeffes que luy fit le:
Cavalier la fatisfirent &%
croyant n'avoir befoin de reputation
que pour luy , elle
fe mit peu en peine d'eftre
juftifiée envers le Public
pourvûqu'un homme qu'elle
regardoit comme fon Mary,
n'euft point fujet de fe plaindre.
Une année entiere fe
;
118 MERCURE
paffa de cette forte . Elle par
la plufieurs fois d'accomplir
le Mariage , & le fâcheux
obftacle d'un Oncle difficile
à ménager empéchoit toû
jours qu'on n'éxecutaft ce
qu'on luy avoit promis . Cependant
le Cavalier qui ne
s'eftoit obftiné à cette conquefte
, que par un vain ſentiment
de gloire , s'en dégoûta
quand elle fut faite.
L'amour de la Belle ne pouvant
plus s'augmenter , il
ceffa d'avoir pour elle les
mêmes empreffemens qui
faifoient d'abord tout fon
GALANT. 119
bonheur. Elle s'en plaignit ,
& il rejetta fur fes plaintes
trop continuelles les manie
res froides qu'il ne pouvoit
s'empécher de laiffer paroître.
Elles luy fervirent même
de prétexte pour eftre moins
affidu. Les reproches redoublerent
; & leurs converfations
n'eftant plus remplies
que de chofes chagrinantes
,
le Cavalier s'éloigna entierement.
Ce fut pour la Belle un
fujet de defefpoir qu'on ne
fçauroit exprimer . Elle envoya
plufieurs perfonnes
chez luy , elle y alla elle mê120
MERCURE
me ; & fes réponſes eſtant
toûjours qu'il l'épouferoit fitôt
qu'il auroit gagné l'efprit
de fon Oncle , elle luy fit
propofer un mariage fecret .
Il rejetta cette propofition
d'une maniere qui fit connoiſtre
à la Belle , qu'elle
efperoit inutilement luy faire
tenir parole . L'excés de fon
déplaifir égala celuy de fon
amour. Elle aimoit le Cavalier
éperdument ; & quand
elle cuft pû changer cet amour
en haine , aprés l'éclat
qu'avoient fait les chofes ,
l'intereft de fon honneur l'auroit
GALANT. 121
roit obligé à l'époufer. Toutes
les voyes de douceur
ayant manqué de fuccez,
elle forma une refolution qui
n'eftoit pas de fon fexe . Elle
employa quelque temps à
s'y affermir , & s'informa cependant
de ce que faiſoit ſon
Infidele. Elle découvrit qu'il
voyoit ſouvent une jeune
Veuve , chez qui il paffoit la
plupart des foirs. La jaloufie
augmentant fa rage , elle prit
un habit d'homme , & encouragée
par fon amour &
par la juftice de fa cauſe , elle
alla l'attendre un foir dans
Mars 1685.
L
{
122 MERCURE
une affez large ruë où elle
fçavoit qu'il devoit paffer. La
Lune eftoit alors dans fon
༣ ་
plein , & favorifoit fon entre
prife. Le Cavalier revenant
chez luy comme de coûtume
, elle l'aborda ; & à peine
luy euft- elle dit quelques paroles
, qu'il la connût à fa
voix. Il plaifanta fur cette
metamorphofe ; & la Belle .
luy déclarant d'un ton refo
lu , qu'il faloit fur l'heure ve
nir luy figner un contract de
mariage , ou luy arracher la
vie , il continua de plaifanter .
La Belle outrée de fes raille
GALANT. 123
3
ries , éxecuta ce qu'elle avoit
refolu . Elle mit l'épée à la
main ; & le contraignant de
l'y mettre auffi , elle l'attaqua
avec tant de force , que
quelque foin qu'il prît de
parer , il fut percé de deux
coups qui le jetterent par
terre. Il tomba , en difant
qu'il eftoit mort. La Belle fa.
tisfaite & defefperée en méme
temps de fa vengeance ,
cria au fecours fans vouloir
prendre la fuite . Les Voifins
parurent , & on porta
Bleffé chez un Chirurgien
qui demeuroit à vingt pas
·le
Lij
124 MERCURE
de là. Les bleffures du Cava
lier eftant mortelles , il n'eut
que le temps de déclarer
qu'il meritoit fon malheur;
qu'il avoit voulu tromper la
Belle , & qu'il en eſtoit juftement
puny. Il ajouta qu'-
elle eftoit fa Femme par la
promeffe qu'il luy avoit faite
plufieurs fois de l'époufer;
qu'il vouloit qu'on la reconnuft
pour telle , & qu'il la
prioit de luy pardonner les
déplaifirs que fon injuſtice
luy avoit caufez. Il mourut
en achevant ces paroles , &
la laiffa dans une douleur qui
GALANT. 125
paffe tout ce qu'on peut s'en
imaginer. Le repentir qu'il
avoit marqué luy rendit tout
fon amour ; & le defefpoir
où elle tomba , ne fit que
trop voir combien il avoit de
violence. Jugez de la ſurpriſe
de ceux qui eftoient preſens,
dé voir une Fille ` déguifée en
Homme , & qui demandoit
par grace qu'on vängeaſt ſur
elle la mort d'un Amant qu'
elle avoit dû facrifier à fa
gloire. Elle dit les chofes du
monde les plus touchantes ;
& il n'y eut perfonne qui ne
partageât la peine . Je n'ay
Liij
126 MERCURE
point fçeû ce que la Justice
avoit ordonné contre elle .
Son crime eft de ceux que
l'honneur fait faire , & il en
eft peu qui ne femblent excufables
, quand ils partent
d'une caufe dont on n'a point
les
à rougir.
l'amour à le tourner en fu
reur ; il en arrive ordinairement
des fuites funeftes , &
ce qui s'eft paffé depuis peu
de temps dans une des plus
grandes Villes du Royaume,.
confirme les fanglans exemples
que nous en trouvons
dans les Hiftoires. Une jeu
ne Demoiselle naturellement
fenfible à la gloire , & pleine
de cette louable & noble
fierté , qui donne un nouveau
merite aux belles Perfonnes
, vivoit dans une con--
duite qui la mettoit à cou
GALANT. 109
vert de toute cenfure. L'agrément
de ſes manieres , joint
à un brillant d'efprit qui la
diftinguoit avec beaucoup
d'avantage , luy attiroit des
Amans de tous côtez . Elle
recevoit leurs foins , fans
marquer de préférence , &
confervoit une égalité , qui
n'en rebutant aucun leur
faifoit connoître qu'elle vouloit
fe donner le temps de
choifir. C'eftoit en effet fon
but ; elle gardoit avec eux
la plus éxacte regularité ; ne
leur permettant ny vifites
affidues , ny empreffemens
110 MERCURE
trop remarquables
. Ainſi la
bienséance
régloit tous les
égards complaifans
qu'elle
croyoit leur devoir ; & la raifon
demeurant
toûjours maîtreffe
de fes fentimens
, elle
attendoit qu'elle connût aſſez
bien leurs differens caractepour
pouvoir faire un
res
-
heureux , fans fe rendre
malheureuſe , ou qu'il s'offrist
un Party plus confiderable
, qui déterminaft fon
choix. Elle approchoit de
vingt ans , quand un Cavalier
affez bienfait vint fe méler
parmy fes Adorateurs
GALANT. I
Comme il n'avoit ny plus de
naiffance , ny plus de bien
que les autres il ne reçût
la mefme honne .
d'elle
que
fteté
qu'elle
avoit
pour
tous
;
& cette
maniere
trop
indifferente
l'auroit
fans
doute
obligé
de
renoncer
à la voir
,
fi par
une
vanité
que
quelques
bonnes
fortunes
luy
avoient
fait
prendre
, il n'euſt
trouvé
de
la
honte
à ne
pas
venir
à bout
de
toucher
un
coeur
qui
avoit
toûjours
paru
infenfible
. C'eftoit
un
homme
d'un
efprit
infinuant
, &
qui
fçavoit
les
moyens
de
112 MERCURE
plaire mieux que perfonne
du monde , quand il vouloit
les mettre en ufage. Il feignit
d'eftre content des conditions
que luy préſcrivit la
Belle , & fans fe plaindre du
peu de liberté qu'elle luy laiffoit
pour les vifites , il la vit
encore plus rarement qu'elle
ne parut le fouhaiter. Il eſt
vray qu'il repara
le manque
d'empreffement qu'il fembloit
avoir pour elle , par le
foin qu'il prit de ſe trouver
aux lieux de devotion où elle
alloit ordinairement . Il la faluoit
fans luy parler que des
GALANT. 113
1
yeux , & ne manquoit pas .
dans la premiere entreveuë ,
de faire valoir d'une maniere
galante le facrifice qu'il luy
avoit fait en s'impofant la
contrainte de ne luy rien dire
, pour ne pas donner ma--
tiere à fes fcrupules. Il prenoit
d'ailleurs un plaifir par--
ticulier à élever fon merite :
devant tous ceux qui la connoiffoient
, & ce qu'elle en
apprenoit la flatoit en même
temps , & luy donnoir de l'e
ftime pour le Cavalier . Tou--
tes ces chofes firent l'effet
qu'il avoit prévû. On fou-
Mars 1685. KA
114 MERCURE
haita de s'en faire aimer. I
s'en apperçût ; & rendit des
foins un peu plus frequens,
en proteſtant que fon refpect
luy en feroit toûjours retrancher
ce qu'on trouveroit contre
les regles . La Belle qui
commençoit à eftre touchée,
adoucit en fa faveur la feve
rité de fes maximes . Elle apprehenda
qu'il n'euft trop d'exactitude
à luy, obéir , fi elle
vouloit s'opposer à ſes affi
duitez & trouvant dans fa
converfation un charme fecret
qu'elle n'avoit point fen
ty dans celle des autres , elle
GALANT. 115
crût que ce feroit ufer de:
trop de rigueur envers eile .
même , que de fe refoudre à
s'en priver. Tous fes Amans
eurent bientôt remarqué le
progrés avantageux que le
Cavalier faifoit dans fon
coeur. Ils le voyoient applaudy
fur toutes chofes ; & le
dépit les forçant d'éteindre
leur paffion , ils fe retirerent,
& laifferent leur Rival fansaucun
obftacle qui puft troubler
fes deffeins . Ce fut alors
la Belle ouvrit les yeuxque
fur le pas qu'elle avoit fait.
Le Cavalier demeuré feul au-
Kij
116 MERCURE
prés d'elle , fit examiner le
changement que l'Amour
mettoit dans fa conduite .
Toute la Ville en parla ; &
ce murmure l'ayant obligée
à s'expliquer avec luy , il
luy répondit qu'elle devoit
peu s'embaraffer de ce qu'on
penfoit de l'un & de l'autre ,
fi elle l'aimoit affez pour
vouloir bien devenir fa Fem-
; que c'eftoit dans cette
veuë qu'il avoit pris de l'attachement
pour elle ; & que·
ne fouhaitant rien avec plus
d'ardeur que de l'époufer , il
luy demandoit feulement un
me
GALANT. 117
peu
de temps pour obtenir
le confentement d'un Oncle
dont il efperoit quelque a .
vantage . Je ne puis vous dire
s'il parloit fincerement ; ce
qu'il y a de certain , c'est que
la Belle fe laiffa perfuader ..
Les promeffes que luy fit le:
Cavalier la fatisfirent &%
croyant n'avoir befoin de reputation
que pour luy , elle
fe mit peu en peine d'eftre
juftifiée envers le Public
pourvûqu'un homme qu'elle
regardoit comme fon Mary,
n'euft point fujet de fe plaindre.
Une année entiere fe
;
118 MERCURE
paffa de cette forte . Elle par
la plufieurs fois d'accomplir
le Mariage , & le fâcheux
obftacle d'un Oncle difficile
à ménager empéchoit toû
jours qu'on n'éxecutaft ce
qu'on luy avoit promis . Cependant
le Cavalier qui ne
s'eftoit obftiné à cette conquefte
, que par un vain ſentiment
de gloire , s'en dégoûta
quand elle fut faite.
L'amour de la Belle ne pouvant
plus s'augmenter , il
ceffa d'avoir pour elle les
mêmes empreffemens qui
faifoient d'abord tout fon
GALANT. 119
bonheur. Elle s'en plaignit ,
& il rejetta fur fes plaintes
trop continuelles les manie
res froides qu'il ne pouvoit
s'empécher de laiffer paroître.
Elles luy fervirent même
de prétexte pour eftre moins
affidu. Les reproches redoublerent
; & leurs converfations
n'eftant plus remplies
que de chofes chagrinantes
,
le Cavalier s'éloigna entierement.
Ce fut pour la Belle un
fujet de defefpoir qu'on ne
fçauroit exprimer . Elle envoya
plufieurs perfonnes
chez luy , elle y alla elle mê120
MERCURE
me ; & fes réponſes eſtant
toûjours qu'il l'épouferoit fitôt
qu'il auroit gagné l'efprit
de fon Oncle , elle luy fit
propofer un mariage fecret .
Il rejetta cette propofition
d'une maniere qui fit connoiſtre
à la Belle , qu'elle
efperoit inutilement luy faire
tenir parole . L'excés de fon
déplaifir égala celuy de fon
amour. Elle aimoit le Cavalier
éperdument ; & quand
elle cuft pû changer cet amour
en haine , aprés l'éclat
qu'avoient fait les chofes ,
l'intereft de fon honneur l'auroit
GALANT. 121
roit obligé à l'époufer. Toutes
les voyes de douceur
ayant manqué de fuccez,
elle forma une refolution qui
n'eftoit pas de fon fexe . Elle
employa quelque temps à
s'y affermir , & s'informa cependant
de ce que faiſoit ſon
Infidele. Elle découvrit qu'il
voyoit ſouvent une jeune
Veuve , chez qui il paffoit la
plupart des foirs. La jaloufie
augmentant fa rage , elle prit
un habit d'homme , & encouragée
par fon amour &
par la juftice de fa cauſe , elle
alla l'attendre un foir dans
Mars 1685.
L
{
122 MERCURE
une affez large ruë où elle
fçavoit qu'il devoit paffer. La
Lune eftoit alors dans fon
༣ ་
plein , & favorifoit fon entre
prife. Le Cavalier revenant
chez luy comme de coûtume
, elle l'aborda ; & à peine
luy euft- elle dit quelques paroles
, qu'il la connût à fa
voix. Il plaifanta fur cette
metamorphofe ; & la Belle .
luy déclarant d'un ton refo
lu , qu'il faloit fur l'heure ve
nir luy figner un contract de
mariage , ou luy arracher la
vie , il continua de plaifanter .
La Belle outrée de fes raille
GALANT. 123
3
ries , éxecuta ce qu'elle avoit
refolu . Elle mit l'épée à la
main ; & le contraignant de
l'y mettre auffi , elle l'attaqua
avec tant de force , que
quelque foin qu'il prît de
parer , il fut percé de deux
coups qui le jetterent par
terre. Il tomba , en difant
qu'il eftoit mort. La Belle fa.
tisfaite & defefperée en méme
temps de fa vengeance ,
cria au fecours fans vouloir
prendre la fuite . Les Voifins
parurent , & on porta
Bleffé chez un Chirurgien
qui demeuroit à vingt pas
·le
Lij
124 MERCURE
de là. Les bleffures du Cava
lier eftant mortelles , il n'eut
que le temps de déclarer
qu'il meritoit fon malheur;
qu'il avoit voulu tromper la
Belle , & qu'il en eſtoit juftement
puny. Il ajouta qu'-
elle eftoit fa Femme par la
promeffe qu'il luy avoit faite
plufieurs fois de l'époufer;
qu'il vouloit qu'on la reconnuft
pour telle , & qu'il la
prioit de luy pardonner les
déplaifirs que fon injuſtice
luy avoit caufez. Il mourut
en achevant ces paroles , &
la laiffa dans une douleur qui
GALANT. 125
paffe tout ce qu'on peut s'en
imaginer. Le repentir qu'il
avoit marqué luy rendit tout
fon amour ; & le defefpoir
où elle tomba , ne fit que
trop voir combien il avoit de
violence. Jugez de la ſurpriſe
de ceux qui eftoient preſens,
dé voir une Fille ` déguifée en
Homme , & qui demandoit
par grace qu'on vängeaſt ſur
elle la mort d'un Amant qu'
elle avoit dû facrifier à fa
gloire. Elle dit les chofes du
monde les plus touchantes ;
& il n'y eut perfonne qui ne
partageât la peine . Je n'ay
Liij
126 MERCURE
point fçeû ce que la Justice
avoit ordonné contre elle .
Son crime eft de ceux que
l'honneur fait faire , & il en
eft peu qui ne femblent excufables
, quand ils partent
d'une caufe dont on n'a point
les
à rougir.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Le texte narre l'histoire d'une jeune demoiselle résidant dans une grande ville du royaume. Réputée pour sa sensibilité à la gloire et sa fierté, elle attire de nombreux admirateurs grâce à son charme et son esprit brillant. Elle veille à maintenir une conduite irréprochable, évitant les visites fréquentes et les démonstrations excessives, tout en laissant le temps à ses admirateurs de la convaincre. Parmi ses admirateurs, un cavalier se distingue par son esprit fin et ses bonnes fortunes. Bien qu'il feigne de se conformer aux règles de la jeune femme, il utilise divers stratagèmes pour gagner son affection, tels que la fréquenter dans des lieux de dévotion et la flatter publiquement. La jeune femme finit par s'attacher à lui, adoucissant ses principes. Ses autres admirateurs, jaloux, se retirent, laissant le champ libre au cavalier. Après une année de promesses de mariage, le cavalier, lassé par son succès, commence à négliger la jeune femme. Elle tente de le retenir, mais il refuse de s'engager. Désespérée, elle décide de le confronter déguisée en homme et le blesse mortellement lors d'un duel. Avant de mourir, le cavalier reconnaît ses torts et demande pardon, confirmant leur union par promesse. La jeune femme, dévastée, est laissée dans un état de profond désespoir.
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19
p. 164
Pension donnée par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Mr de Vantelet, d'un de ses Gentils Hommes Ordinaires dont [...]
Mots clefs :
Gentilhomme, Mariage, Marquise , Pension, Avantage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Pension donnée par le Roy, [titre d'après la table]
M' de Vantelet , l'un de
fes Gentils Hommes Ordidinaires
dont je vous parlay
dernierement , à l'occafiondu
Mariage de Madame la
Marquise de la Fare fa Fille ,.
a eu dans le mefme temps,.
& prefque de la mefme maniere
, une penfion de mille
écus de Sa Majefté. C'eſt un
parfaitement honnefte Homme
qui s'eft fait beaucoup.
d'Amis. Il ne faut pas s'étonner
fi tout le monde a pris
part à un avantage qui luy
eft fi glorieux.
fes Gentils Hommes Ordidinaires
dont je vous parlay
dernierement , à l'occafiondu
Mariage de Madame la
Marquise de la Fare fa Fille ,.
a eu dans le mefme temps,.
& prefque de la mefme maniere
, une penfion de mille
écus de Sa Majefté. C'eſt un
parfaitement honnefte Homme
qui s'eft fait beaucoup.
d'Amis. Il ne faut pas s'étonner
fi tout le monde a pris
part à un avantage qui luy
eft fi glorieux.
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20
p. 164-169
Mariage de M. le Marquis de Novion avec Mademoiselle de Montauglan, [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, le Mariage de Mr le Marquis de Novion [...]
Mots clefs :
Mariage, Marquis de Novion, Mademoiselle de Montauglan, Fils, Fille, Famille, Conseiller
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Novion avec Mademoiselle de Montauglan, [titre d'après la table]
Enfin , Madame , le Maria
GALANT. 165.
ge de M' le Marquis de No.
vion avec Mademoiſelle de
Montauglan , s'eft fait au
commencement de ce mois.
La part que je fçay que vous
prenez en tout ce qui regar
de M le premier Préfident,.
me fait vous donner cette
Nouvelle avec plaifir, & vous
dire qu'il ne fe peut rien de
mieux afforty que les Maricz..
M' le Marquis de Novion eft
un jeune Homme fort bien
fait, qui a beaucoup d'esprit,
& qui fouftient dignement
tous les avantages de fon
rang & de ſa naiſſance . Quoy
166 MERCURE
qu'il ne foit pas encore dans
fa vingtiéme année , il fe voit
à la tefte du Regiment de
Bretagne , dont il eſt Colonel
, & a toute la conduite
d'un Homme confommé par
l'uſage du Monde & l'experience.
Il eft fecond Fils de
feu M de Novion , Maiftre
des Requeftes , Fils aîné de
M' le premier Préſident. La
Famille de Novion Potier
vous eft fi connuë , que je
ne vous en diray icy rien
autre chofe , finon que de
puis deux cens ans qu'il y a
qu'on la voir paroiftre avec
GALANT. 167
éclat , elle a eu tous les a
vantages & toutes les diftinctions
d'honneur que l'on
peut avoir , & qu'elle s'eft allée
aux premieres Maiſons de
la Cour & de la Ville. Mademoiſelle
de Montauglan eft
une jeune & belle Perfonne.
qui entre dans fa quinziéme
année. Je me fouviens de
vous avoir mandé dans quelqu'une
de mes Lettres , que
c'étoit une des plus riches
Heritieres de Paris , ayant pres
d'un million de bien , & de
grands retours encore à ef
perer , tant de la Maifon de la
168 MERCURE
Barde , que de Madame Regnoüard
fa grand' Tante,.
une des plus riches veuves de
Paris. Elle eft Fille de feu M
Montauglan , Conſeiller de
au Parlement de Paris , & .
d'une Fille de M de la Barde,.
qui a efté Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe . Il eft
encore vivant , & conferve.
dans une vieilleffe de quatrevingt
- quatre ans un efprite
admirable & auffi vif, &
prefent, qu'il l'a fait voir autrefois
dans le maniment
qu'il a eu des affaires d'Etat..
La Maiſon de Montauglan
efti
GALANT. 169
eft fort ancienne dans la
Robe, & eft alliée à celles de
Manicamp , Longueval , Rupierre
, de la Barde , Charreton
, Regnoüard, Boulanger,
Bouthillier , Chavigny , & à
plufieurs autres fort confiderables
de l'Epée & de la
Robe.
GALANT. 165.
ge de M' le Marquis de No.
vion avec Mademoiſelle de
Montauglan , s'eft fait au
commencement de ce mois.
La part que je fçay que vous
prenez en tout ce qui regar
de M le premier Préfident,.
me fait vous donner cette
Nouvelle avec plaifir, & vous
dire qu'il ne fe peut rien de
mieux afforty que les Maricz..
M' le Marquis de Novion eft
un jeune Homme fort bien
fait, qui a beaucoup d'esprit,
& qui fouftient dignement
tous les avantages de fon
rang & de ſa naiſſance . Quoy
166 MERCURE
qu'il ne foit pas encore dans
fa vingtiéme année , il fe voit
à la tefte du Regiment de
Bretagne , dont il eſt Colonel
, & a toute la conduite
d'un Homme confommé par
l'uſage du Monde & l'experience.
Il eft fecond Fils de
feu M de Novion , Maiftre
des Requeftes , Fils aîné de
M' le premier Préſident. La
Famille de Novion Potier
vous eft fi connuë , que je
ne vous en diray icy rien
autre chofe , finon que de
puis deux cens ans qu'il y a
qu'on la voir paroiftre avec
GALANT. 167
éclat , elle a eu tous les a
vantages & toutes les diftinctions
d'honneur que l'on
peut avoir , & qu'elle s'eft allée
aux premieres Maiſons de
la Cour & de la Ville. Mademoiſelle
de Montauglan eft
une jeune & belle Perfonne.
qui entre dans fa quinziéme
année. Je me fouviens de
vous avoir mandé dans quelqu'une
de mes Lettres , que
c'étoit une des plus riches
Heritieres de Paris , ayant pres
d'un million de bien , & de
grands retours encore à ef
perer , tant de la Maifon de la
168 MERCURE
Barde , que de Madame Regnoüard
fa grand' Tante,.
une des plus riches veuves de
Paris. Elle eft Fille de feu M
Montauglan , Conſeiller de
au Parlement de Paris , & .
d'une Fille de M de la Barde,.
qui a efté Ambaſſadeur extraordinaire
en Suiffe . Il eft
encore vivant , & conferve.
dans une vieilleffe de quatrevingt
- quatre ans un efprite
admirable & auffi vif, &
prefent, qu'il l'a fait voir autrefois
dans le maniment
qu'il a eu des affaires d'Etat..
La Maiſon de Montauglan
efti
GALANT. 169
eft fort ancienne dans la
Robe, & eft alliée à celles de
Manicamp , Longueval , Rupierre
, de la Barde , Charreton
, Regnoüard, Boulanger,
Bouthillier , Chavigny , & à
plufieurs autres fort confiderables
de l'Epée & de la
Robe.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Novion avec Mademoiselle de Montauglan, [titre d'après la table]
Le mariage entre le Marquis de Novion et Mademoiselle de Montauglan a eu lieu au début du mois. Le Marquis de Novion, colonel du Régiment de Bretagne, est un jeune homme de moins de vingt ans, doté d'un grand esprit et d'une maturité exceptionnelle. Il est le second fils de feu Monsieur de Novion, Maître des Requêtes, et petit-fils de Monsieur le premier Président. La famille de Novion Potier est renommée et a reçu de nombreux honneurs depuis plus de deux cents ans, s'alliant aux plus grandes maisons de la Cour et de la Ville. Mademoiselle de Montauglan, âgée de quinze ans, est l'une des héritières les plus riches de Paris, possédant près d'un million de biens et des revenus supplémentaires attendus de la maison de la Barde et de Madame Regnoüard, une des veuves les plus riches de Paris. Elle est la fille de feu Monsieur Montauglan, Conseiller au Parlement de Paris, et d'une fille de Monsieur de la Barde, ancien Ambassadeur extraordinaire en Suisse. La maison de Montauglan est ancienne dans la Robe et est alliée à de nombreuses familles distinguées, tant de l'Épée que de la Robe.
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21
p. 169-171
Autre Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Messire Loüis du Tillet, Seigneur de Montramé, Chalostre & Boug, [...]
Mots clefs :
Mariage, Louis du Tillet, Mademoiselle Belot, Mariage, Maison du Tillet, Chevalier, Conseiller, Alliance, Armes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Mariage, [titre d'après la table]
Meffire Louis du Tiller,
Seigneur de Montramé, Chaloftre
& Boug, Fils de Meffire
Jacques du Tillet , Maiſtre
des Requeftes . Seigneur de
Montramé , a époulé Mademoiſelle
Belot , Fille de M
Belot , Ancien Maistre des
Mars 1685.
P
170 MERCURE
Comtes , Bailly du Palais,
Seigneur de Serreuſe , Guiné
& autres lieux . C'est une tresbelle
Perfonne qui fe fait di
ftinguer par une vertu peu
ordinaire à celles de fon âge.
La Famille de M's du Tiller
eft une des plus anciennes &
des plus confiderables de Paris.
Elle a donné des Chevaliers
à Malte , des Conſeillers
& des Prefidens au Parle
ment , des Maiftres des Requeftes
au Confeil , des Evelques
à l'Eglife , & s'eft alliée
avec les Maîſons d'Angoulefme
, de Jarnac , de Chabot,
GALANT. 171
des Seguiers , des le Maiſtre,
des Bragelones & des Daurars.
Par ce Mariage , elle
entre dans l'Alliance des
Briffonets & des Sevins , qui
font fort Illuftres dans la
Robe. Ses Armes , écartelé
au 1. tt) 4. d'Azur, au Chevron
d'or , accompagné de trois Molettes
d'Efperon de mefme. Au 2.
3. d'or , à trois Chabots de
Gueules : fur le tout , d'or à la
Croix parée & alaizée de
Gueules : tout l'Ecu entouré d'une
Bordure de Gueules , chargée
de huit Befans d'Or.
Seigneur de Montramé, Chaloftre
& Boug, Fils de Meffire
Jacques du Tillet , Maiſtre
des Requeftes . Seigneur de
Montramé , a époulé Mademoiſelle
Belot , Fille de M
Belot , Ancien Maistre des
Mars 1685.
P
170 MERCURE
Comtes , Bailly du Palais,
Seigneur de Serreuſe , Guiné
& autres lieux . C'est une tresbelle
Perfonne qui fe fait di
ftinguer par une vertu peu
ordinaire à celles de fon âge.
La Famille de M's du Tiller
eft une des plus anciennes &
des plus confiderables de Paris.
Elle a donné des Chevaliers
à Malte , des Conſeillers
& des Prefidens au Parle
ment , des Maiftres des Requeftes
au Confeil , des Evelques
à l'Eglife , & s'eft alliée
avec les Maîſons d'Angoulefme
, de Jarnac , de Chabot,
GALANT. 171
des Seguiers , des le Maiſtre,
des Bragelones & des Daurars.
Par ce Mariage , elle
entre dans l'Alliance des
Briffonets & des Sevins , qui
font fort Illuftres dans la
Robe. Ses Armes , écartelé
au 1. tt) 4. d'Azur, au Chevron
d'or , accompagné de trois Molettes
d'Efperon de mefme. Au 2.
3. d'or , à trois Chabots de
Gueules : fur le tout , d'or à la
Croix parée & alaizée de
Gueules : tout l'Ecu entouré d'une
Bordure de Gueules , chargée
de huit Befans d'Or.
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Résumé : Autre Mariage, [titre d'après la table]
En mars 1685, Louis du Tiller, seigneur de Montramé, Chaloftre et Boug, fils de Jacques du Tillet, maître des requêtes, épousa Mademoiselle Belot, fille de M. Belot, ancien maître des marches. Louis du Tiller était reconnu pour sa vertu exceptionnelle. La famille du Tiller, l'une des plus anciennes et respectées de Paris, a produit des chevaliers de Malte, des conseillers et présidents au Parlement, des maîtres des requêtes au Conseil, et des évêques. Elle s'est alliée avec des maisons nobles telles que celles d'Angoulême, de Jarnac, de Chabot, des Seguier, des Le Maistre, des Bragelonne et des Daurars. Ce mariage renforça les alliances de la famille en l'unissant aux Briffonets et aux Sevins, illustres dans la robe. Les armes de la famille du Tiller incluent des molettes d'éperon, des chabots et une croix.
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22
p. 280-284
Mort de la Reyne Mere du Roy de Danemark, [titre d'après la table]
Début :
La mort du Roy d'Angleterre a esté suivie de celle de [...]
Mots clefs :
Reine, Danemark, Décès, Soeur, Duc, Fille, Mariage, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Reyne Mere du Roy de Danemark, [titre d'après la table]
La mort du Roy d'Angleterre
a efté fuivie de celle de
la Reyne Mere , du Roy de
Danemark arrivée à Copenhague
le Vendredy 2. de
ce mois dans la 56. année de
GALANT. 28
fon âge. Elle eftoit Soeur de
George Guillaume , Duc de
Zell ,& d'ErneftAugufte, Duc
de Hanover, Fille de George,
Duc de Zell , mort en 16412
& d'Anne Eleonor de Heffe
Darmftat , & avoit épousé le
18. Octobre 1643. Frederic III .
Prince de Danemark , fe
cond Fils de Chriftierne IV.
& d'Anne Catherine de Bran
debourg. Ce Prince avoit efté
Archevefque de Bremeny
avant la mort de Chriftierne
fon Frere , qu'on avoit defigné
Roy , & eftant parvenu
à la Couronne en 1648. il eur.
Mars 1685,
Aa.
282 MERCURE
•
de longues Guerres contre
les Suedois. Il les foûtint
avec beaucoup de gloire , &
fit enfin la Paix avec la Reyne
de Suéde , Tutrice du Roy
Charles fon Fils . Elle fut con
clue à Copenhague en 1660 .
& enfuite les Etats de Dane
mark luy donnerent plein
pouvoir de laiffer hereditaire
dans fa Maiſon , la Couronne
qui auparavant eftoit electi
ve. Il mourut le 9. Fevrier
1670. laiſſant deux Fils & quatre
Filles de fon Mariage
,avec
Sophie Amalie deLunebourg,
dont je vous apprens la mort.
GALANT. 283
Chriftierne V. l'aîné de fes
Fils , luy a fuccedé. Il eſt né
le 18. Avril 1646. & a épousé
Charlote Landgrave de Heffe
Caffel. L'autre Fils eft Geor
ge, Prince de Danemark, qui
comme je vous l'ay déja dit,,
a épousé depuis peu de temps ,
la feconde Fille du Roy d'An
gleterre , qui regne prefente.
ment. Les quatre Filles for--
ties de ce mefme Mariage,,
font Anne Sophie , Femme
de Jean George , Electeur de
Saxe, Friderique Amalie , ma- -
riée en 1667. à Chriftien
Adolphe , Duc de Holface-
Aa ij
284 MERCURE
Sunderbourg , Guillemetter
Erneſtine
, mariée en 1671. à
Charles , Electeur Palatin du
Rhin , & Ulrique Eleonore
Sabine , qui a épousé en 1680 .
Charles XI . Roy de Suéde .
a efté fuivie de celle de
la Reyne Mere , du Roy de
Danemark arrivée à Copenhague
le Vendredy 2. de
ce mois dans la 56. année de
GALANT. 28
fon âge. Elle eftoit Soeur de
George Guillaume , Duc de
Zell ,& d'ErneftAugufte, Duc
de Hanover, Fille de George,
Duc de Zell , mort en 16412
& d'Anne Eleonor de Heffe
Darmftat , & avoit épousé le
18. Octobre 1643. Frederic III .
Prince de Danemark , fe
cond Fils de Chriftierne IV.
& d'Anne Catherine de Bran
debourg. Ce Prince avoit efté
Archevefque de Bremeny
avant la mort de Chriftierne
fon Frere , qu'on avoit defigné
Roy , & eftant parvenu
à la Couronne en 1648. il eur.
Mars 1685,
Aa.
282 MERCURE
•
de longues Guerres contre
les Suedois. Il les foûtint
avec beaucoup de gloire , &
fit enfin la Paix avec la Reyne
de Suéde , Tutrice du Roy
Charles fon Fils . Elle fut con
clue à Copenhague en 1660 .
& enfuite les Etats de Dane
mark luy donnerent plein
pouvoir de laiffer hereditaire
dans fa Maiſon , la Couronne
qui auparavant eftoit electi
ve. Il mourut le 9. Fevrier
1670. laiſſant deux Fils & quatre
Filles de fon Mariage
,avec
Sophie Amalie deLunebourg,
dont je vous apprens la mort.
GALANT. 283
Chriftierne V. l'aîné de fes
Fils , luy a fuccedé. Il eſt né
le 18. Avril 1646. & a épousé
Charlote Landgrave de Heffe
Caffel. L'autre Fils eft Geor
ge, Prince de Danemark, qui
comme je vous l'ay déja dit,,
a épousé depuis peu de temps ,
la feconde Fille du Roy d'An
gleterre , qui regne prefente.
ment. Les quatre Filles for--
ties de ce mefme Mariage,,
font Anne Sophie , Femme
de Jean George , Electeur de
Saxe, Friderique Amalie , ma- -
riée en 1667. à Chriftien
Adolphe , Duc de Holface-
Aa ij
284 MERCURE
Sunderbourg , Guillemetter
Erneſtine
, mariée en 1671. à
Charles , Electeur Palatin du
Rhin , & Ulrique Eleonore
Sabine , qui a épousé en 1680 .
Charles XI . Roy de Suéde .
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Résumé : Mort de la Reyne Mere du Roy de Danemark, [titre d'après la table]
Sophie Amalie de Lunebourg, reine mère de Danemark, est décédée à Copenhague le 2 février à l'âge de 56 ans. Elle était la sœur de George Guillaume, Duc de Zell, et d'Ernest-Auguste, Duc de Hanovre, et la fille de George, Duc de Zell, et d'Anne Éléonore de Hesse-Darmstadt. Sophie Amalie avait épousé Frédéric III, Prince de Danemark, le 18 octobre 1643. Frédéric III, second fils de Christian IV et d'Anne Catherine de Brandebourg, avait été archevêque de Brême avant de devenir roi en 1648. Il mena de longues guerres contre les Suédois et conclut la paix avec la reine de Suède en 1660. Frédéric III mourut le 9 février 1670, laissant deux fils et quatre filles de son mariage avec Sophie Amalie. Leur fils aîné, Christian V, lui succéda. Le second fils, George, Prince de Danemark, épousa récemment la seconde fille du roi d'Angleterre. Les quatre filles issues de ce mariage sont Anne Sophie, épouse de Jean George, Électeur de Saxe, Friderique Amalie, mariée à Christian Adolphe, Duc de Holstein-Sonderbourg, Guillemette Ernestine, mariée à Charles, Électeur Palatin du Rhin, et Ulrique Éléonore Sabine, épouse de Charles XI, roi de Suède.
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23
p. 312
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Le Mariage de Mr le Chevalier de Chastillon, avec Mademoiselle [...]
Mots clefs :
Mariage, Chevalier de Chastillon, Mademoiselle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
Le Mariage de M' le Che
valier de Chaftillon , avec
Mademoiſelle
de Broüilly, fe
fit Mécredy dernier 28. de- ce
mois , mais je ne vous en parleray
que dans ma premiere.
Lettre. Je fuis Voftre , & c.
valier de Chaftillon , avec
Mademoiſelle
de Broüilly, fe
fit Mécredy dernier 28. de- ce
mois , mais je ne vous en parleray
que dans ma premiere.
Lettre. Je fuis Voftre , & c.
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24
p. 86-93
Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Début :
La pieté qui accompagne ordinairement les personnes de vostre sexe, [...]
Mots clefs :
Piété, Ordres de Dieu, Christianisme, Madame Dauphine de Sartre, Marquis de Robias, Décès, Fille, Connaissances, Morale, Estime, Éducation, Santé, Maux, Mariage, Religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
La pieté qui accompagne
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
ordinairement les perſonnes
de voſtre ſexe , nous en fair
voir un grand nombre , qui
dans leurs derniers momens
ont une parfaite ſoumiffion
aux ordres de Dieu , & les
reçoivent avec une réſignation
veritablement Chreſtienne.
Telle a eſté Madame
Dauphine de Sartre , femme
GALANT. 87
de M' le Marquis de Robias
d'Eſtoublon , morte dans la
ville d'Arles le 17. du mois
paſſé. Elle eſtoit fille unique
de M' de Sartre Conſeiller en
la Cour des Aydes & Finances
de Montpellier , & de
Dame Brigide de Maſſauve ,
&n'avoit pas moins herité de
leurs vertus , 'que de leurs
grands biens. Elle estoit
doüée d'un eſprit ſi relevé
& fi propre aux connoiſſan.
ces ſublimes , qu'elle n'igno.
roit rien de tout ce qui peut
établir l'eſtime d'une perſonne
ſçavante. Elle ſçavoit juſ
1
88 MERCURE
qu'aux parties les plus diffi.
ciles des Mathematiques,
telles que l'Algebre , la Philofophie
ancienne & moderne
, & tout ce qu'il faut croire
de plus raiſonnable de l'une
& de l'autre. Elle s'eſtoit
même acquis les principes
de la Medecine ; mais quelque
avantage qu'elle receuſt
de ces differentes connoiſſances,
fon plus fort attachement
eſtoit la Morale , & fur tout ,
la Chreftienne qu'elle prenoit
pour regle de toutes ſes
actions. On a peu vû de femmes
avoir une intelligence &
GALANT. 89
une penetration plus rafinée,
une netteté d'eſprit & d'expreſſion
plus forte , foit à
écrire , ſoit à parler , ny un
talent plus fingulier à s'atti
rer également l'eſtime , l'admiration
& le reſpect de tous
ceux qui l'approchoient. EL
le avoit le jugement exquis ,
&l'on pouvoit s'en tenir à
ce qu'elle décidoit ſur toutes
fortes d'Ouvrages. On peut
juger de la force de ſon ge
nie & de ſa memoire , par
l'extrême facilité qu'elle avoir
à mettre fidellement ſur le
papier les Sermons les plus
Avril 1685. H
१० MERCURE
relevez qu'elle entendoit,
fans alterer ny le ſens ny les
paroles , ny obmettre quel
que texte que ce fuſt dans
ſa juſte citation . Elle ſçavoit
parfaitement la Muſique , &
compoſoit tres - facilement .
Sa methode à chanter eſtoit
admirable , auſſi - bien que
fon talent pour les Inſtru
mens , tels que le Claveſſin,
le Lut , & le Theorbe. Dans
le temps où la plus heureuſe
conſtitution ſembloit la flater
d'une longue vie , ſa ſanté fue
attaquée , & elle tomba in
ſenſiblement dans une mala
GALANT. 91
die , qui ayant duré fept ou
huit mois , luy a donné lieu
de faire admirer dans una
grandaccablement de maux,.
tous les ſentimens d'une Ame
heroïque & prédeſtinée.
L'extrême moderation avec
laquelle elle a fupporté se
coup, a fait d'autant plus pa--
roiſtre la fermeté de fon ame,,
qu'il ſembloit alors qu'elle ne
duſt ſonger qu'à la joye , à
cauſe du Mariage de M' le
Marquis d'Eſtoublon ſon fils,,
Gentilhomme aufli bien fait :
que ſpirituel , avec Mademoifelle:
Eugenie de Mire-
Hij
92 MERCURE
beau de Marſeille , dont le
merite répond à l'eſprit & à
la naiſſance. Lors qu'elle vit
qu'il n'y avoit plus aucune
eſperance de guériſon , elle
fit quantité de Legs pieux ,
&répandit ſes bienfaits juſque
fur le moindre de ſes Dometiques.
L'inclination particuliere
qu'elle avoit toûjours
euë pour les Carmelites , l'engagea
à leur laiſſer ſon Coeur
avec une ſomme tres confiderable,
pour eſtre employée
à la conſtruction de leur
Egliſe. Enfin eſtant preſte de
mourir , elle fit des remon
GALANT. 93
trances ſi Chreſtiennes , fi
fortes & fi touchantes au genéral
& au particulier de ſa
Famille , qu'on peut dire que
jamais perſonne n'a quitté le
Monde avec plus de fermeté
& de courage , ny donné de
plus apparens témoignages
du bonheur que Dieu préparoit
à ſa vertu. Toute la Ville
a pris part à l'affliction de M
le Marquis de Robias ſon
Mary. Il eſtd'un merite genéralement
reconnu , & Secretaire
pepetuel de l'Academie
Royale d'Arles .
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Résumé : Mort de Madame la Marquise de Robias, [titre d'après la table]
Madame Dauphine de Sartre, épouse du Marquis de Robias d'Estoublon, est décédée à Arles le 17 du mois précédent. Fille unique de Monsieur de Sartre, conseiller à la Cour des Aydes et Finances de Montpellier, et de Dame Brigide de Massauve, elle avait hérité de leurs vertus et biens. Dotée d'un esprit élevé et d'une grande érudition, elle maîtrisait les mathématiques, l'algèbre, la philosophie et la médecine. Son attachement principal était la morale chrétienne, qu'elle suivait dans toutes ses actions. Connue pour son intelligence et son talent pour attirer l'estime et le respect, elle possédait une mémoire et un jugement exceptionnels, lui permettant de transcrire des sermons et de composer de la musique. Malgré une santé florissante, elle tomba gravement malade et supporta ses souffrances avec fermeté. Avant sa mort, elle fit plusieurs legs pieux et des bienfaits à ses domestiques, laissant son cœur aux Carmélites pour la construction de leur église. Elle quitta le monde avec courage, laissant une profonde affliction à sa famille et à la ville d'Arles. Son mari, le Marquis de Robias, est décrit comme un homme de mérite et secrétaire perpétuel de l'Académie Royale d'Arles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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25
p. 103-109
Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Début :
Je vous dis dans ma Lettre du dernier mois, que Mr [...]
Mots clefs :
Marquis de Chastillon, Gentilhomme, Chambre, Mariage, Mademoiselle , Gouverneur, Chevalier, Altesse royale, Maison de Chastillon, Illustre, Alliances, Croisades, Couvents, Fondation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Je vous dis dans ma Lettre
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
du dernier mois , que M' le
Marquis de Chaſtillon , premier
Gentilhomme de la
Chambre de Monfieur , avoit
épousé Mademoiselle de
Broüilly , ſeconde Fille de
I iiij
104 MERCURE
Meſſire Antoine de Broüilly,
Marquis de Piennes , Gouverneur
de la Ville & Citadelle
de Pignerol , Chevalier
des Ordres du Roy , ſecond
Fils de Meffire Charles de
Broüilly , Marquis de Piennes
, Comte de Lancy , Seigneur
de Meſvillers , & de
Dame Renée de Rochefort
de la Croiſette. Ce Mariage
ſe fit dans l'une des Chapelles
du Palais Royal , en preſence
de Monfieur, de Monſieur
le Duc de Chartres , &
de Mademoiselle. Le foir
Son Alteſſe Royale fit l'hon-
1
GALANT. 105
neur au Marié de luy donner
laChemiſe . Les avantages de
la Maiſon de Chaftillon ;
qu'on appelle le Grand Chaftillon
, pour la diftinguer de
toutes les autres qui portent
ce nom , font extremement
confiderables . Elle l'a
tiré de Chaſtillon furMarne,
Ville de France en Champagne
, entre Epernay , & Chaſteau
- Thierry , qui ſont ſur
cette même Riviere. Guy de
Chaſtillon vivoit en 1076. ce
qui prouve une antiquité de
prés de huit Siecles. Cette illuſtre
Souche a produit plus de
106 MERCURE
vingt- cinq Branches , remplies
de vaillans Chevaliers ,
de pieux Prelats, de puiſlans
Seigneurs , Comtes , Ducs ,
Princes , Souverains , Reines,
&Papes . On trouve en cette
Maiſon un grand nombre
d'Officiers de la Couronne ,
qui ont poſſedéles plus grandes
Charges , comme Conneſtables
, Grands Maiſtres ,
Chanceliers,Amiraux, Grands
Bouteillers , Grands- Maistres
des Arbaleſtriers , Grands
Panetiers , Grands - Maiſtres
des Eaux & Foreſts , Grand-
Queux de France , Gouver
GALANT . 107
neurs de Villes & de Provinces
, Lieutenans Genéraux,
même des Regens duRoyaume
, & pluſieurs Ambaſſadeurs
. Elle s'eſt alliée jufqu'à
douze fois avec la Maiſon
de France , & auſſi à celles
d'Eſpagne , Lorraine , Brabant,
Flandres , Hainaut, Namur,
Gueldre , Luxembourg,
Barcy ; & en France, à celles
de Saint Paul, Nevers, Blois,
Vendoſme , Bretagne , Lufignan,
Brienne, Roucy, Bourbon
l'ancien , Albret , Montmorency
, Coucy , Beaujeu.
On a remarqué qu'il ne s'eſt
108 MERCURE
point fait de Guerre où il n'y
ait eu des Seigneurs de cette
Maiſon, meſme en toutes les
Croiſades & Voyages de la
Terre- Sainte. Elle a poffedé
quantité de Terres & Seigneuries
& des Souverainetez
, Antioche & Tamaris
dans le Levant , Bretagne
en France , & Gueldre dans
la Baſſe Allemagne ; comme
auſſi les Comtez de Rethel,
Saint-Paul , Nevers , Blois ,
Chartres , Soiffons , Dunois,
Ponthieu , Perigord, Dammartin,
Vicomté de Limoge,
Vidamie de Reims , Laon,
1
GALANT. 109
Châlons. Je ne vous diray
rien d'un grand nombre de
Saints canoniſez, qui en font
fortis , ny de quantité d'Abbayes
& de Convents qu'elle
a fondez .
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Chastillon, [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage entre le Marquis de Chastillon, premier Gentilhomme de la Chambre de Monfieur, et Mademoiselle de Broüilly, seconde fille de Messire Antoine de Broüilly, Marquis de Piennes, Gouverneur de la Ville et Citadelle de Pignerol. La cérémonie s'est déroulée dans une chapelle du Palais Royal en présence de Monfieur, du Duc de Chartres et de Mademoiselle. Son Altesse Royale a offert la chemise au marié. La Maison de Chastillon, originaire de Chastillon-sur-Marne, remonte à 1076 et compte près de vingt-cinq branches. Elle a produit de nombreux vaillants chevaliers, prélats, seigneurs, comtes, ducs, princes, souverains, reines et papes. La famille a occupé des charges prestigieuses telles que connétables, grands maîtres, chanceliers, amiraux, et gouverneurs. Elle s'est alliée à la Maison de France à douze reprises et à plusieurs maisons royales européennes. Les membres de cette maison ont participé à des guerres, croisades et voyages en Terre Sainte. Ils ont possédé diverses terres et seigneuries, y compris Antioche, Tamaris, la Bretagne, et la Gueldre. Le texte mentionne également des saints canonisés et des abbayes fondées par cette famille.
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26
p. 109-111
Mariage de M. le Marquis de Meaux, [titre d'après la table]
Début :
Messire Philippe Hierôme Chenel, Marquis de Meux, Seigneur du [...]
Mots clefs :
Marquis de Meux, Seigneuries, Cavalerie, Messire, Ordres, Mariage, Curé, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Meaux, [titre d'après la table]
Meffire Philippe Hierôme
Chenel , Marquis de Meux,
Seigneur du meſme lieu en
Xaintonge , des Terres &
Seigneuries de Ponceau,Canremy
& Ruiel en Beauvoifis,
Rotonde , Frenel prés Coma
piegne , & de Fink entre
Peronne & Cambray, Meſtre
de Camp du Regiment Colonel
de la Cavalerie de Fran
110 MERCURE
ce , Fils unique de Meſſire
Philippe Chenel , Chevalier
, Marquis de Meux , &
de Dame Elizabeth Sermoiſe
, a épousé Mademoiselle
Thereze- Angelique Collin,
Fille de Meffire Cefar Collin ,
Chevalier des Ordres de
Noftre - Dame du Mont-
Carmel , de Saint Lazare , &
de Saint Jean de Jerufalem ,
Conſeiller & Secretaire du
Roy , Seigneur de Lyancourt
lez Roye en Picardie , Leffarts
& autres lieux. La Mariée
eſt Soeur de Madame
Leſcalopier. Le Mariage fut
GALANT. III
celebré la nuit du 11. au 12.
de ce mois , dans l'Egliſe de
Saint Mederic , par M Blampignon
qui en eſt Curé , en
prefence deM'& de Madame
Collin , Pere & Mere de la
Mariée, de M² d'Aligre Conſeiller
d'Eftat , de M² le Préſident
Molé , de M² Leſcalopier
, Conſeiller à la Premiere
des Enqueftes , de M
le Chevalier de Saint Georges
, & d'un grand nombre
d'autres Perſonnes qualifiées.
Chenel , Marquis de Meux,
Seigneur du meſme lieu en
Xaintonge , des Terres &
Seigneuries de Ponceau,Canremy
& Ruiel en Beauvoifis,
Rotonde , Frenel prés Coma
piegne , & de Fink entre
Peronne & Cambray, Meſtre
de Camp du Regiment Colonel
de la Cavalerie de Fran
110 MERCURE
ce , Fils unique de Meſſire
Philippe Chenel , Chevalier
, Marquis de Meux , &
de Dame Elizabeth Sermoiſe
, a épousé Mademoiselle
Thereze- Angelique Collin,
Fille de Meffire Cefar Collin ,
Chevalier des Ordres de
Noftre - Dame du Mont-
Carmel , de Saint Lazare , &
de Saint Jean de Jerufalem ,
Conſeiller & Secretaire du
Roy , Seigneur de Lyancourt
lez Roye en Picardie , Leffarts
& autres lieux. La Mariée
eſt Soeur de Madame
Leſcalopier. Le Mariage fut
GALANT. III
celebré la nuit du 11. au 12.
de ce mois , dans l'Egliſe de
Saint Mederic , par M Blampignon
qui en eſt Curé , en
prefence deM'& de Madame
Collin , Pere & Mere de la
Mariée, de M² d'Aligre Conſeiller
d'Eftat , de M² le Préſident
Molé , de M² Leſcalopier
, Conſeiller à la Premiere
des Enqueftes , de M
le Chevalier de Saint Georges
, & d'un grand nombre
d'autres Perſonnes qualifiées.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Meaux, [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage de Meffire Philippe Hierôme Chenel, Marquis de Meux, Seigneur de plusieurs terres et Mestre de Camp du Régiment Colonel de la Cavalerie de France. Il est le fils unique de Messire Philippe Chenel, Chevalier, Marquis de Meux, et de Dame Elizabeth Sermoise. La mariée, Mademoiselle Thereze-Angelique Collin, est la fille de Meffire César Collin, Chevalier des Ordres de Notre-Dame du Mont-Carmel, de Saint Lazare et de Saint Jean de Jérusalem, Conseiller et Secrétaire du Roy, et Seigneur de plusieurs lieux. Elle est également la sœur de Madame Lescalopier. La cérémonie a eu lieu la nuit du 11 au 12 du mois dans l'Église de Saint Mederic, dirigée par Monsieur Blampignon, le curé. De nombreux invités distingués étaient présents, notamment Monsieur et Madame Collin, Monsieur d'Aligre, Conseiller d'État, Monsieur le Président Molé, Monsieur Lescalopier, Conseiller à la Première des Enquêtes, et le Chevalier de Saint Georges.
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27
p. 140-145
Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Début :
Le ving-huit du mois passé Mr le Comte Bagliani, Envoyé [...]
Mots clefs :
Comte de Bagliani, Envoyé extraordinaire, Audience, Décès, Duchesse de Mantoue, Mariage, Enfants, Seigneurie, Marquis, Empereur, Palais, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le vingt - huit du mois .
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
Fermer
28
p. 147-148
Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay appris depuis peu de mois que Mr [...]
Mots clefs :
Marquis de Bethune, Mariage, Mademoiselle , Décès, Fils, Chevalier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. le Marquis de Béthune, [titre d'après la table]
Je vous ay appris depuis
peu de mois que M' le Mar
quis de Bethune avoit épouſe
Mademoiselle de Rotelin,
Soeur de M le Marquis de
Rorelin , Gendre de feu M
le Duc de Navailles. Jamais
on n'avoit vû deux Perſonnés
mieux unies ; mais cette
Nij
148 MERCURE
union a peu duré. Elle vient
d'eſtre rompuë par la mort
de ce Marquis , qui n'avoit
encore que vingt huit ans.
que vingt
Il eſtoit Enſeigne des Gendarmes
, Fils de Maximilien
Alpin Marquis de Bethune,
& de Catherine de la Porte,
&Petit- Fils de François Duc
de Bethune , Comte d'Orval,
Chevalier des Ordres du Roy
peu de mois que M' le Mar
quis de Bethune avoit épouſe
Mademoiselle de Rotelin,
Soeur de M le Marquis de
Rorelin , Gendre de feu M
le Duc de Navailles. Jamais
on n'avoit vû deux Perſonnés
mieux unies ; mais cette
Nij
148 MERCURE
union a peu duré. Elle vient
d'eſtre rompuë par la mort
de ce Marquis , qui n'avoit
encore que vingt huit ans.
que vingt
Il eſtoit Enſeigne des Gendarmes
, Fils de Maximilien
Alpin Marquis de Bethune,
& de Catherine de la Porte,
&Petit- Fils de François Duc
de Bethune , Comte d'Orval,
Chevalier des Ordres du Roy
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29
p. 232-233
Mariage de M. l'Electeur de Baviere, [titre d'après la table]
Début :
Monsieur l'Electeur de Baviere doit épouser au premier jour, l'Archiduchesse [...]
Mots clefs :
Mariage, Électeur de Bavière, Archiduchesse, Fille de l'Empereur, Amour, Gloire, Courage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. l'Electeur de Baviere, [titre d'après la table]
Monfieur l'Electeur de
Baviere doit époufer au premier
jour , l'Archiducheſſe
Marie Antoinette , Fille de
l'Empereur , & ce jeune Souverain
ſe prepare pour aller
faire ſa troiſieme Campagne
contre les Turcs. Ainſi l'on
peut dire qu'il eſt entierement
occupé par l'amour &
par la gloire. Il eſt galant , il
a de l'eſprit , du coeur , & de
GALANT. 233
la grandeur d'ame , & toute
la terre doit eſtre perfuadée
⚫ que le courage , & la magnificence
luy étant naturelles &
heréditaires , il ne fera aucu
ne entrepriſe qu'il n'execute
avec grand éclat. J'auray ſoin,
Madame , quand il en faudra
parler , de n'oublier rien de
tout ce que voſtre curioſité
peut ſouhaiter là deſſus .
Baviere doit époufer au premier
jour , l'Archiducheſſe
Marie Antoinette , Fille de
l'Empereur , & ce jeune Souverain
ſe prepare pour aller
faire ſa troiſieme Campagne
contre les Turcs. Ainſi l'on
peut dire qu'il eſt entierement
occupé par l'amour &
par la gloire. Il eſt galant , il
a de l'eſprit , du coeur , & de
GALANT. 233
la grandeur d'ame , & toute
la terre doit eſtre perfuadée
⚫ que le courage , & la magnificence
luy étant naturelles &
heréditaires , il ne fera aucu
ne entrepriſe qu'il n'execute
avec grand éclat. J'auray ſoin,
Madame , quand il en faudra
parler , de n'oublier rien de
tout ce que voſtre curioſité
peut ſouhaiter là deſſus .
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30
p. 241-245
Mort de Mademoiselle de Goth d'Epernon, [titre d'après la table]
Début :
Quoy que je vous aye déja parlé de quelques Morts, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle , Décès, Marie Louise de Goth, Fille, Maison de Goth, Marquis, Baron, Succession, Mariage, Alliance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Mademoiselle de Goth d'Epernon, [titre d'après la table]
Quoy que je vous aye déja
parlé de quelques Morts, j'ay
oublié de vous dire que Marie
Louyſe de Goth, eftoit morte
icy le Lundy ſecond de ce
mois , n'eſtant encore que
dans ſa ſeiziéme année . Elle
eftoit Fille deMeffire Jean Baptiſte
de Goth , Duc d'Eper-
Avril 1685. X
242 MERCURE
non , & de Dame Marie d'Eſtampes
de Valencé. M le
Duc d'Epernon de la Maiſon
de Goth en Gascogne , eft
Fils de Mele Marquis de
Roüillac , qui fut envoyé en
Portugal à la mort de Louys
XIII. en qualité d'Ambaſſa
deur Extraordinaire . Ce Marquis
eſtoit Fils du Baron de
Roüillac , & de l'une des quatre
Soeurs du Duc d'Epernon
de la Maiſon de Nogaret,
Colonel de l'Infanterie Fran
çoiſe , & Favory de trois de
nos Roys. Par la mort de
Louys Charles Gaston ,
GALANT. 243
connu ſous le nom de Duc
del Candale , M'le Duc d'Epernon
d'aujourd'huy , du
nom de Goth , a eu droit à la
ſucceſſion de cette Maiſon,
ce qui luy a fait prendre le
nom de Duc d'Epernon,
comme repreſentant fon
Ayeul paternel. Ce Duc de
Candale , mort à Lyon le 28.
Janvier 1658. eſtoit Fils de
Bernard Duc d'Epernon &
de Candale , &c. & de Gabrielle
Angelique , legitimée
de France, Fille naturelle de
Henry IV. & petit Fils de
Jean Louys de la Valette ,A
1
X ij
244 MERCURE
miral de France , & de Mar
guerite de Foix Candale, Fille
unique de Henry de Foix
Cádale & de Marie deMontmorency.
Vous remarquerez
par ce nom de Foix Candale,
quela Maiſon de Cádale étoit
une branche de celle de Foix.
Elle ſe fit par le Mariage de
Jean de Foix I. du nom qui
épouſa Marguerite de Suffolc
, heritiere du Comté de
Candale en Angleterre. Il
laiſſa d'elle entr'autres Enfans,
Jean de Foix Candale II. du
nom , qui prit alliance avec
Catherine de Foix ſa Coufi
GALANT. 245
ne , Fille de Gaſton IV. Comte
de Foix ,& d'Eleonor,Reyne
de Navarre.
parlé de quelques Morts, j'ay
oublié de vous dire que Marie
Louyſe de Goth, eftoit morte
icy le Lundy ſecond de ce
mois , n'eſtant encore que
dans ſa ſeiziéme année . Elle
eftoit Fille deMeffire Jean Baptiſte
de Goth , Duc d'Eper-
Avril 1685. X
242 MERCURE
non , & de Dame Marie d'Eſtampes
de Valencé. M le
Duc d'Epernon de la Maiſon
de Goth en Gascogne , eft
Fils de Mele Marquis de
Roüillac , qui fut envoyé en
Portugal à la mort de Louys
XIII. en qualité d'Ambaſſa
deur Extraordinaire . Ce Marquis
eſtoit Fils du Baron de
Roüillac , & de l'une des quatre
Soeurs du Duc d'Epernon
de la Maiſon de Nogaret,
Colonel de l'Infanterie Fran
çoiſe , & Favory de trois de
nos Roys. Par la mort de
Louys Charles Gaston ,
GALANT. 243
connu ſous le nom de Duc
del Candale , M'le Duc d'Epernon
d'aujourd'huy , du
nom de Goth , a eu droit à la
ſucceſſion de cette Maiſon,
ce qui luy a fait prendre le
nom de Duc d'Epernon,
comme repreſentant fon
Ayeul paternel. Ce Duc de
Candale , mort à Lyon le 28.
Janvier 1658. eſtoit Fils de
Bernard Duc d'Epernon &
de Candale , &c. & de Gabrielle
Angelique , legitimée
de France, Fille naturelle de
Henry IV. & petit Fils de
Jean Louys de la Valette ,A
1
X ij
244 MERCURE
miral de France , & de Mar
guerite de Foix Candale, Fille
unique de Henry de Foix
Cádale & de Marie deMontmorency.
Vous remarquerez
par ce nom de Foix Candale,
quela Maiſon de Cádale étoit
une branche de celle de Foix.
Elle ſe fit par le Mariage de
Jean de Foix I. du nom qui
épouſa Marguerite de Suffolc
, heritiere du Comté de
Candale en Angleterre. Il
laiſſa d'elle entr'autres Enfans,
Jean de Foix Candale II. du
nom , qui prit alliance avec
Catherine de Foix ſa Coufi
GALANT. 245
ne , Fille de Gaſton IV. Comte
de Foix ,& d'Eleonor,Reyne
de Navarre.
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31
p. 256-272
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
On m'a conté une chose fort particuliere, arrivée icy sur [...]
Mots clefs :
Carnaval, Déguisements, Cavalier, Dame, Filles, Richesse, Honnêteté, Soeurs, Coeur, Charme, Belle, Correspondance, Mariage, Passion, Comédie, Galanterie, Bal, Assemblée, Amour, Divertissement, Amants, Hasard, Masques, Attaque, Diamant, Bourse, Mémoire, Jugement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
On m'a conté une choſe
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
Fermer
32
s. p.
AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
Début :
Recherches curieuses d'Antiquité, contenuës en plusieurs Dissertations, [...]
Mots clefs :
Livres, Vente, Dialogues, Lettres, Inscriptions, Jugement, Histoire, Fables, Mariage, Réflexion, Devises, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS ET CATALOGUE des Livres qui se vendent chez la Veuve Blageart.
AVIS ET CATALOGKE
des Livres qui ſe vendent chez
laVeuve Blageart.
R
Echerches curieuſes d'Antiquité,
contenuës en pluſieurs Diflertations
, ſur des Médailles , Bas -reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu Me de Corneille,
301 ~
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire, avec des Scrupules ſur le Stile.
Indouze.
Lettres diverſes de M. le Chevalier
30f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts,
30
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. In douze.
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton ſur les deux Par-
Seconde Partie des Dialogues des
1
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts , comero Alomnivsof.
La Ducheffe d'Eſtramene . Deux
Volumes in douze ποσού 140 Г.
LeNapolitain, Nouv.Indouze 20 f.
Académie Galante, I. Partie, 30 f.
Académie calante, II . Partie, 10 f.
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir ,
Hiftoire contenant ſon élevation , fes
amours dans le Serrail , ſes divers emplois,&
le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec la
moff, SM 30 f.
Les Dames Galantteess,, ou la Confidence
réciproque, en deux vol . 3.1.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze, 1857
L'illuſtre Génoiſe,in douze,
Le Serafkier, in douze,
30 f.
30.5.
Fables Nouvelles en Vers, 20 .
Hiſtoire du Siege de Luxembourg, 30 f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant éénes par l'Armée Navale
Reflexions nouvelles ſur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouzé. 104 30 .
La Devinereffe,Comedie.of.
Artaxerce, avec ſa Critique. 11sf.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly&Courdil.20f.
Cemt trente Volumes du Mercure,
Javec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con-
Ce qui s'eſt paflé à la Geremoniedu
Mariage de Mademoiselle avec le Roy.
d'Espagner lahaieaterbringes
Le Mariage de Monfieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
LeMariage de Monſeigneur leDauphin
avec la Princefle Anne- Chref
tienne Victoire de Baviere,
LeVoyagedu Roy en Flandre en 1680.
La Negotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiflances
qui fe font faites pour la Naillance
Monſeigneur le Ducde Bourgogne.
DoUne Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf-
0
de
qu'à la levée du Siege en 1683 ..
Traité de la Tranſpiration des humeurs
qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
ans le triſte ſecours de la fréquente
ſaignée, Diſcours Philofophique. 301.
Il y a vingt-huit Extraordinaires ,qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers , contiennent
pluſieurs Difcours , Traitez,
& Origines , ſçavoir .
Des Indices qu'on peut tirer ſur la
maniere dont chacun forme ſon Ecri
ture. Des Deviſes, Emblêmes, & Re-
Vers de Médailles . De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. DuVerre. Des Veritez qui font
contenuës dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture . De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries ,& de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
&Cerémonies. Des Taliſmans . De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale
, &c .
des Livres qui ſe vendent chez
laVeuve Blageart.
R
Echerches curieuſes d'Antiquité,
contenuës en pluſieurs Diflertations
, ſur des Médailles , Bas -reliefs ,
Statuës , Mofaïques , & Inſcriptions
antiques, enrichies d'un grand nombre
de Figures en taille-douce. In 4.
Heures en Vers par feu Me de Corneille,
301 ~
Sentimens fur les Lettres & fur l'Hif
toire, avec des Scrupules ſur le Stile.
Indouze.
Lettres diverſes de M. le Chevalier
30f.
30 f.
Nouveaux Dialogues des Morts,
30
d'Her. Indouze.
Premiere Partie. In douze.
Morts. In douze.
30f
Jugement de Pluton ſur les deux Par-
Seconde Partie des Dialogues des
1
ties des Nouveaux Dialogues des
Morts , comero Alomnivsof.
La Ducheffe d'Eſtramene . Deux
Volumes in douze ποσού 140 Г.
LeNapolitain, Nouv.Indouze 20 f.
Académie Galante, I. Partie, 30 f.
Académie calante, II . Partie, 10 f.
Cara Mustapha, dernier Grand Vizir ,
Hiftoire contenant ſon élevation , fes
amours dans le Serrail , ſes divers emplois,&
le vray fujet qui luy a fait entreprendre
le Siege de Vienne, avec la
moff, SM 30 f.
Les Dames Galantteess,, ou la Confidence
réciproque, en deux vol . 3.1.
Les diférens Caracteres de l'Amour,
in douze, 1857
L'illuſtre Génoiſe,in douze,
Le Serafkier, in douze,
30 f.
30.5.
Fables Nouvelles en Vers, 20 .
Hiſtoire du Siege de Luxembourg, 30 f,
Relation Hiftorique de tout ce qui s'eft
fait devant éénes par l'Armée Navale
Reflexions nouvelles ſur l'Acide &
fur l'Alcali. Indouzé. 104 30 .
La Devinereffe,Comedie.of.
Artaxerce, avec ſa Critique. 11sf.
La Comete, Comedie.
Coverfions de M.Gilly&Courdil.20f.
Cemt trente Volumes du Mercure,
Javec les Relations & les Extraordinaires.
Il y a huit Relations qui con-
Ce qui s'eſt paflé à la Geremoniedu
Mariage de Mademoiselle avec le Roy.
d'Espagner lahaieaterbringes
Le Mariage de Monfieur le Prince
deConty avec Mademoiselle de Blois.
LeMariage de Monſeigneur leDauphin
avec la Princefle Anne- Chref
tienne Victoire de Baviere,
LeVoyagedu Roy en Flandre en 1680.
La Negotiation du Mariage de M. le
Duc de Savoye avec l'Inf. de Portugal .
Deux Relations des Réjoüiflances
qui fe font faites pour la Naillance
Monſeigneur le Ducde Bourgogne.
DoUne Deſcription entiere du Siege de
Vienne, depuis le commencement juf-
0
de
qu'à la levée du Siege en 1683 ..
Traité de la Tranſpiration des humeurs
qui font les cauſes des Maladies ,
ou la Méthode de guérir les Malades,
ans le triſte ſecours de la fréquente
ſaignée, Diſcours Philofophique. 301.
Il y a vingt-huit Extraordinaires ,qui
outre les Queſtions galantes , & d'érudition,
& les Ouvrages de Vers , contiennent
pluſieurs Difcours , Traitez,
& Origines , ſçavoir .
Des Indices qu'on peut tirer ſur la
maniere dont chacun forme ſon Ecri
ture. Des Deviſes, Emblêmes, & Re-
Vers de Médailles . De la Peinture, &
de la Sculpture. Du Parchemin, & du
Papier. DuVerre. Des Veritez qui font
contenuës dans les Fables , & de l'excellence
de la Peinture . De la Conteftion.
Des Armes , Armoiries ,& de leur
progrés . De l'Imprimerie. Des Rangs
&Cerémonies. Des Taliſmans . De la
Poudre à Canon. De la Pierre Philofophale
, &c .
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33
p. 232-241
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Début :
Si un Mary qui découvre que la Personne qu'il a épousée, [...]
Mots clefs :
Époux, Passion, Femme, Amant, Mariage, Malheur, Amour, Destin, Coeur, Aimer, Liberté, Voeux, Fidélité, Bonheur, Douleur, Tombeaux, Histoire antique, Obsèques, Architecture, Défunts, Sépulture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
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34
s. p.
CATALOGUE DES LIVRES nouveaux qui se débitent chez le Sieur Guerout, Court-neuve du Palais.
Début :
Relation de l'Afrique ancienne & moderne, enrichie de 80. figures, [...]
Mots clefs :
Relation, France, Description, Voyage, Siam, Figures, Traité, Mariage
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texteReconnaissance textuelle : CATALOGUE DES LIVRES nouveaux qui se débitent chez le Sieur Guerout, Court-neuve du Palais.
CATALOGVE DES LIVRES
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout Court-neuve du
Palais.
R
4.
Elation de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 8o . figures,
volumes in douze . 8 liv .
Methode parfaite du Blafon du Pere
Meneftrier.
2. liv.
Arithmetique
raifonnée . 1.1.10 .f
Hiftore Sommaire de Normandie.
1. l. 10. f.
Secrets concernant la beauté & la
3. 1. 10. f.
Traité de la Tranſpiration
. 1. 1.13.f.
L'Art de laver.
I
fanté .
1. 1.
Hiftoire de Mahomet IV . dépoffe .
dé , & de l'Elevation de Soliman III.
3. volumes in douze. 4. l. 10. f
9. liv.
Hiftoire des Troubles de Hongrie . 1
6. vol. in douze,
3231
Eloges des Perfonnes Illuftres de
l'ancien Teftament par M. Doujat ,
Doyen de l'Academie Françoife.
1. 1.5.f.
Dialogues Satyriques & Moraux .
2. vol. 3. l.
Le Secretaire Turc ; contenant l'art
d'exprimer fes penfées fans fe voir ,
fans fe parler & fans s'écrire , avec
lés circonftances d'une avanture Turque
, & uue Relation tres - curieuſe de
plufieurs particularitez du Serrail , qui
n'ont point encore efté fceues. 1.1.10.f.
Le Mary Jaloux.
L'Etat prefent de la Puiffance
Othomane .
1. 1. 10. f.
· 1. l . 10. f.
Chevalerie ancienne & moderne , avec
la maniere de faire la preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 11. 10. f.
Poëfies Paftorales de M. de Fontenelle
, avec un Traité de la Nature
de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Modernes . 1 .
liv. 10. f.
Le Chevalier à la Mode , Comedie.
1. l. 10. f.
La Défolation des Joüeufes , Comedie.
15. f.
Entretien fur la pluralité des Mondes
, de M. de Fontenelle , augmentez
en plufieurs endroits , avec un fixiéme
Soir qui n'a point encore paru ,
contenant les dernieres découvertes
qui ont efté faites dans le Ciel.
1. l. 10. f.
Réflexione fur l'Acide & fur l'Al-
1. liv. 10. f.
Traité des Fortifications enrichy de
23 Figures , contenant la Démonftration
& l'Examen de tout ce qui regarde
l'Art de fortifier les Places tant regulieres
, qu'irregulieres , frivant ce
qui fe pratique aujourd'huy , le tout
d'une maniere abregée , & fort aifée
pour l'inftruction de la Jeuneffe.
1. liv. 1o . f.
Kali .
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé . 2. vol. 2.1.
Le Cours du Danube & des Rivie-
Ee
1
1
res qui s'y déchargent , où le trouvert
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Dialogues des Morts. 2. vol. in-
1. liv. 10 f.
douze .
Hiftoires des Oracles.
3. 1.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol. 3.1.
Les ' Malheurs de l'Amour, ou Eleonor
dYvrée.
1.1. 10. J
Amballades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , auprés
du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieuſes , tirées des Memoires
de tous les Ambafladeurs de France à
la Porte , & c . 1.1.10. f
Academie galante . 2. vol .
LaDucheffe d'Eftramene. 2 vol.2.1.
Le Napolitain.
3. liv.
1. 1.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiſtoire , avec des Scrupules fur le
Stile,
Caracteres de l'Amour.
Le Grand Vifir Cara
1.1. 10. f.
1. 1. 10. f.
Muftapha .
1.hie . f.
1.l. 10. f.
1. l. 10. f.
L'Illuftre Genoifs.
Le Seraskier .
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Eſpagne. 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois . 1.1.10 .
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeſſe
Chreftienne- Victoire de Ba- Anne
viere .
>
1. 1. 10. f.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
contenant
la defcription
des Places de la haute & baffe Alface,
& de celles de la Province
de la prife
& de Luxembourg
. 1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plufieursPlaces furles Infidelles.1.1 .
Voyage du Chevalier Chardin en
Perfe & aux Indes Orientales par la
Mer noire & par la Colchide , enrichy
de dix - huit grandes.Figures. 2. vol . in
4. l. 10. f. douze.
1
Ee ij
1.1.
Obfervations de M. Spon fur fes
Fiévres & les Febrifuges .
L'Arioſte moderne . 4. v. in 12.6.1 .
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers.
Fables nouvelles .
.
I I.
1.1.
Epiftres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles . 1.1.
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts. 1.1. 10. f.
Relation duVoyage du Roy en Flandre
en 1680. 1.1.10 .f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal . 1.1.10f.r
Relation du Siege deVienne . 1.1.1c.f
Relation de ce qui s'eft paffé à Genes.
1.1 . 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10.f.
vifée en 4. vol.
Ambaffade de Siam en France , di .
Le premier Volume a pour titre.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
6. liv.
LG
en France
qui leur a efté faite dans les Villes où
ils ont paffé ; leur entrée à Paris ; les
séremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Maifon
Royale , les Complimens qu'ls
ont faits ; la defcription des lieux où ils
ont efté ; & ce qu'ils ont dit de remarquable
fur tout ce qu'ils ont veu .
contenant la reception
Le fecond Volume a pour titre .
Suite du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant ce qui
s'eft paffé à l'Audience de м adame la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,
& de Meffieurs de Croiffy & de Segne
ly , avec une defcription exacte des
Chafteaux , appartemens , Jardins &
Fontaines de Verfailles , S. Germain ,
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
, de S. Cyr , & de ce que les
Ambaffadeurs ont veu dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joint le
›
difcours qu'ils ont fait au Roy:
Le troifiéme Volume a pour titre.
Troifiéme partie des Ambaſſadeurs
de Siam en France, contenant la fuite
de la defcription de Verfailles. cell
des chevaux qui font dans les deux
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft paffé
dans les vifites qui leur ont efté
renduës ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la defcription
des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes de Flandre.
Le quatriéme Volume à pour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en
France , ce qu'ils ont veu pendant leur
Voyage de Flandre , depuis Valencienne
jufqu'à Paris ; la defcription
des Villes où ils ont paffé, & les harangues
de tous les Corps , ce qu'ils
ont veu à Paris depuis leur retour ,
avec une defcription de tous les lieux
ils ont efté , & de la Fefte donnée
par Monfieur à S. Cloud , du Voyage
à Versailles , leur Audience de
Congé , & les dix - fept Audiences
qu'ils eurent le même jour , & tous
les complimens qu'ils ont faits , &
des prefens qui leur ont efté donnez ,
ce qui s'eft paffé à leur départ , les
noms des perfonnes diftinguées qu
font parties pour Siam.
Outre les mercures d'onze années, à
commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lefquels
font divers Traitez tres- curieux , &
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts.
Hiftoire du Siege de Bude . 1. 1. 10.f.
Recueil d'Ouvrages faits à la loüange
du Roy , fur l'extirpation de l'Herefie.
1.1. 10.f.
Relation des Prieres publiques qui
ont efté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. 1. 10. f.
Antiquitez de M. Spon , Ouvrage
7.
enrichy de plufieurs Figures.
Divers Ouvrages en Mufique a
M. de Bacilly.
nouveaux qui fe débitent chez le
Sieur Guerout Court-neuve du
Palais.
R
4.
Elation de l'Afrique ancienne &
moderne, enrichie de 8o . figures,
volumes in douze . 8 liv .
Methode parfaite du Blafon du Pere
Meneftrier.
2. liv.
Arithmetique
raifonnée . 1.1.10 .f
Hiftore Sommaire de Normandie.
1. l. 10. f.
Secrets concernant la beauté & la
3. 1. 10. f.
Traité de la Tranſpiration
. 1. 1.13.f.
L'Art de laver.
I
fanté .
1. 1.
Hiftoire de Mahomet IV . dépoffe .
dé , & de l'Elevation de Soliman III.
3. volumes in douze. 4. l. 10. f
9. liv.
Hiftoire des Troubles de Hongrie . 1
6. vol. in douze,
3231
Eloges des Perfonnes Illuftres de
l'ancien Teftament par M. Doujat ,
Doyen de l'Academie Françoife.
1. 1.5.f.
Dialogues Satyriques & Moraux .
2. vol. 3. l.
Le Secretaire Turc ; contenant l'art
d'exprimer fes penfées fans fe voir ,
fans fe parler & fans s'écrire , avec
lés circonftances d'une avanture Turque
, & uue Relation tres - curieuſe de
plufieurs particularitez du Serrail , qui
n'ont point encore efté fceues. 1.1.10.f.
Le Mary Jaloux.
L'Etat prefent de la Puiffance
Othomane .
1. 1. 10. f.
· 1. l . 10. f.
Chevalerie ancienne & moderne , avec
la maniere de faire la preuve pour tous
les Ordres de Chevalerie 11. 10. f.
Poëfies Paftorales de M. de Fontenelle
, avec un Traité de la Nature
de l'Eglogue , & une Digreffion
fur les Anciens & les Modernes . 1 .
liv. 10. f.
Le Chevalier à la Mode , Comedie.
1. l. 10. f.
La Défolation des Joüeufes , Comedie.
15. f.
Entretien fur la pluralité des Mondes
, de M. de Fontenelle , augmentez
en plufieurs endroits , avec un fixiéme
Soir qui n'a point encore paru ,
contenant les dernieres découvertes
qui ont efté faites dans le Ciel.
1. l. 10. f.
Réflexione fur l'Acide & fur l'Al-
1. liv. 10. f.
Traité des Fortifications enrichy de
23 Figures , contenant la Démonftration
& l'Examen de tout ce qui regarde
l'Art de fortifier les Places tant regulieres
, qu'irregulieres , frivant ce
qui fe pratique aujourd'huy , le tout
d'une maniere abregée , & fort aifée
pour l'inftruction de la Jeuneffe.
1. liv. 1o . f.
Kali .
Effais de Morale & de Politique,
où il eft traité des Devoirs de 1 Homme
confideré comme particulier , &
comme vivant en Societé . 2. vol. 2.1.
Le Cours du Danube & des Rivie-
Ee
1
1
res qui s'y déchargent , où le trouvert
les Frontieres des Empires d'Allemagne
& de Turquie.
Dialogues des Morts. 2. vol. in-
1. liv. 10 f.
douze .
Hiftoires des Oracles.
3. 1.
Lettres galantes de M. le Chevalier
d'Her... 2. vol. 3.1.
Les ' Malheurs de l'Amour, ou Eleonor
dYvrée.
1.1. 10. J
Amballades de Monf. le Comte de
Guilleragues , & de M. Girardin , auprés
du Grand Seigneur, avec plufieurs
Pieces curieuſes , tirées des Memoires
de tous les Ambafladeurs de France à
la Porte , & c . 1.1.10. f
Academie galante . 2. vol .
LaDucheffe d'Eftramene. 2 vol.2.1.
Le Napolitain.
3. liv.
1. 1.
Sentimens fur les Lettres & fur
l'Hiſtoire , avec des Scrupules fur le
Stile,
Caracteres de l'Amour.
Le Grand Vifir Cara
1.1. 10. f.
1. 1. 10. f.
Muftapha .
1.hie . f.
1.l. 10. f.
1. l. 10. f.
L'Illuftre Genoifs.
Le Seraskier .
Relation du Mariage de Mademoifelle
avec le Roy d'Eſpagne. 1. 1. 10.f.
Relation du Mariage de Monfieur
le Prince de Conty avec Mademoiſelle
de Blois . 1.1.10 .
Relation du Mariage de Monfeigneur
le Dauphin , avec la Princeſſe
Chreftienne- Victoire de Ba- Anne
viere .
>
1. 1. 10. f.
Journal du Voyage du Roy à Luxembourg
contenant
la defcription
des Places de la haute & baffe Alface,
& de celles de la Province
de la prife
& de Luxembourg
. 1. liv . 10. f.
Deffaites des Armées Ottomanes
parles Armées Chreftiennes en Hongrie
, & dans la Morée , avec la prife
de plufieursPlaces furles Infidelles.1.1 .
Voyage du Chevalier Chardin en
Perfe & aux Indes Orientales par la
Mer noire & par la Colchide , enrichy
de dix - huit grandes.Figures. 2. vol . in
4. l. 10. f. douze.
1
Ee ij
1.1.
Obfervations de M. Spon fur fes
Fiévres & les Febrifuges .
L'Arioſte moderne . 4. v. in 12.6.1 .
Difcours Satyriques & Moraux en
Vers.
Fables nouvelles .
.
I I.
1.1.
Epiftres en Vers de M. Sabatier
de l'Academie Royale d'Arles . 1.1.
Jugement de Pluton fur les Dialogues
des Morts. 1.1. 10. f.
Relation duVoyage du Roy en Flandre
en 1680. 1.1.10 .f.
La Negociation du Mariage de
Monfieur le Duc de Savoye avec l'Infante
de Portugal . 1.1.10f.r
Relation du Siege deVienne . 1.1.1c.f
Relation de ce qui s'eft paffé à Genes.
1.1 . 10.f.
Relation du Siege de Luxembourg
1. 1.10.f.
vifée en 4. vol.
Ambaffade de Siam en France , di .
Le premier Volume a pour titre.
Voyage des Ambaffadeurs de Siam
6. liv.
LG
en France
qui leur a efté faite dans les Villes où
ils ont paffé ; leur entrée à Paris ; les
séremonies obfervées dans l'Audience
qu'ils ont eue du Roy , & de la Maifon
Royale , les Complimens qu'ls
ont faits ; la defcription des lieux où ils
ont efté ; & ce qu'ils ont dit de remarquable
fur tout ce qu'ils ont veu .
contenant la reception
Le fecond Volume a pour titre .
Suite du Voyage des Ambaffadeurs
de Siam en France , contenant ce qui
s'eft paffé à l'Audience de м adame la
Dauphine , des Princeffes du Sang ,
& de Meffieurs de Croiffy & de Segne
ly , avec une defcription exacte des
Chafteaux , appartemens , Jardins &
Fontaines de Verfailles , S. Germain ,
Marly & Clagny , de la machine de
Marly , des invalides , de l'Obfervatoire
, de S. Cyr , & de ce que les
Ambaffadeurs ont veu dans tous les
autres lieux où ils ont efté depuis la
premiere relation , à quoy l'on joint le
›
difcours qu'ils ont fait au Roy:
Le troifiéme Volume a pour titre.
Troifiéme partie des Ambaſſadeurs
de Siam en France, contenant la fuite
de la defcription de Verfailles. cell
des chevaux qui font dans les deux
Ecuries du Roy ; ce qui s'eft paffé
dans les vifites qui leur ont efté
renduës ; les experiences de la pefanteur
de l'air faites devant eux ; la defcription
des Galeries de Sceaux , &
les receptions avec toutes les harangues
qu'on leur a faites dans toutes
les Villes de Flandre.
Le quatriéme Volume à pour titre.
Quatrième & derniere partie du
Voyage des Ambaffadeurs de Siam en
France , ce qu'ils ont veu pendant leur
Voyage de Flandre , depuis Valencienne
jufqu'à Paris ; la defcription
des Villes où ils ont paffé, & les harangues
de tous les Corps , ce qu'ils
ont veu à Paris depuis leur retour ,
avec une defcription de tous les lieux
ils ont efté , & de la Fefte donnée
par Monfieur à S. Cloud , du Voyage
à Versailles , leur Audience de
Congé , & les dix - fept Audiences
qu'ils eurent le même jour , & tous
les complimens qu'ils ont faits , &
des prefens qui leur ont efté donnez ,
ce qui s'eft paffé à leur départ , les
noms des perfonnes diftinguées qu
font parties pour Siam.
Outre les mercures d'onze années, à
commencer en 1677. il y a trentedeux
Extraordinaires , dans lefquels
font divers Traitez tres- curieux , &
plufieurs matieres qui regardent les
Sciences & les Arts.
Hiftoire du Siege de Bude . 1. 1. 10.f.
Recueil d'Ouvrages faits à la loüange
du Roy , fur l'extirpation de l'Herefie.
1.1. 10.f.
Relation des Prieres publiques qui
ont efté faites par toute la France , en
actions de graces de la guerifon du
Roy. 1. 1. 10. f.
Antiquitez de M. Spon , Ouvrage
7.
enrichy de plufieurs Figures.
Divers Ouvrages en Mufique a
M. de Bacilly.
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35
p. 254-255
Mariage avec Mr le Dux de Luynes, avec Me la Princesse de Neufchastel, [titre d'après la table]
Début :
Mc la Princesse de Neufchastel, fille de Louis-Henry de [...]
Mots clefs :
Mariage, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage avec Mr le Dux de Luynes, avec Me la Princesse de Neufchastel, [titre d'après la table]
54 MERCURE
M la Princeffe de Neufchaftel , fille de Louis - Henry
de Soiffons , ci - devant Abbé
de la Couture , fils naturel de
Louis Comte de Soiffons , qui
fut tué à la Marfée prés de Sedan l'an 1641. lequel Henry
Louis fut legitimé par Lettres
du Roy en 1643. Il eftoit neveu de Madame la Ducheffe de
Nemours , & Prince de Neufchaftel, & il avoit époufé Cunegonde de Luxembourg , fœur
de Mr le Duc de Luxembourg
aujourd'huy Gouverneur de
Normandie. Il eft forti de ce
mariage une fille qui porte le
GALANT 255
A
nom de Princeffe de Neuf.
chaftel , qui vient d'époufer
Mrle Duc de Luynes fils de
Mrle Ducde Montfort , & petit fils de Mr le Duc de Chcvreuſe. S'il eſt vraycommel'on
affure que Mr le Duc de Luynes n'ait que quinze ans , &
Me la Princefle de Neuf- chaf
tel treize , ils ont lieu d'efperer
une longue Pofterité . Le Roy
avoit figné leur Contrat de
Mariage prés de trois ſemaines
avant la Ceremonie de leurs
époufailles.
M la Princeffe de Neufchaftel , fille de Louis - Henry
de Soiffons , ci - devant Abbé
de la Couture , fils naturel de
Louis Comte de Soiffons , qui
fut tué à la Marfée prés de Sedan l'an 1641. lequel Henry
Louis fut legitimé par Lettres
du Roy en 1643. Il eftoit neveu de Madame la Ducheffe de
Nemours , & Prince de Neufchaftel, & il avoit époufé Cunegonde de Luxembourg , fœur
de Mr le Duc de Luxembourg
aujourd'huy Gouverneur de
Normandie. Il eft forti de ce
mariage une fille qui porte le
GALANT 255
A
nom de Princeffe de Neuf.
chaftel , qui vient d'époufer
Mrle Duc de Luynes fils de
Mrle Ducde Montfort , & petit fils de Mr le Duc de Chcvreuſe. S'il eſt vraycommel'on
affure que Mr le Duc de Luynes n'ait que quinze ans , &
Me la Princefle de Neuf- chaf
tel treize , ils ont lieu d'efperer
une longue Pofterité . Le Roy
avoit figné leur Contrat de
Mariage prés de trois ſemaines
avant la Ceremonie de leurs
époufailles.
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Résumé : Mariage avec Mr le Dux de Luynes, avec Me la Princesse de Neufchastel, [titre d'après la table]
La Princesse de Neufchâtel est la fille de Louis-Henry de Soiffons, légitimé en 1643, et de Cunégonde de Luxembourg. Louis-Henry était neveu de la Duchesse de Nemours et Prince de Neufchâtel. La princesse a épousé le Duc de Luynes, âgé de 15 ans, trois semaines après la signature du contrat de mariage par le Roi. La princesse avait 13 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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36
p. 189-192
Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Le Carnaval a fini par un grand mariage dont la Ceremonie [...]
Mots clefs :
Mariage, Duc de Louvigny, Mlle d'Humières
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage, [titre d'après la table]
Le Carnaval a fini par un
grand mariage dont la Cere
monie a efté faite à Conflans
dans la Maifon de Monfieur
l'Archevefque , où Mr le Duc
de Louvigny a époufé Mlle
d'Humieres. Mr le Duc de
Louvigny eft fils de Mr le Duc
ار
190 MERCURE
de Guiche , & de N... de Noail
les ,fille aînée de feu Mr le Maréchal de ce nom , & niéce de
Monfieur le Cardinal de Noailles. Mr le Duc de Guiche eft fils
de Mr le Duc de Gramont &
deMarie-Charlotte de Caftelnau , fille du feu Maréchal de
Caftelnau. Mr le Duc de Gramont eft fils du feu Maréchal
de Gramont , qui eftoit fils
d'une fille du Maréchal de Ro
quelaure , fœur du dernier Duc
de Roquelaure , dont une autre fœur fut mere de Mr le
Duc de Noailles , pere de feu
Mr le Maréchal de Noail-
GALANT 191
les , de Son Eminence , & de
Mr le grand Bailly de Noail
les Ambaffadeur de Malte,
Mlle d'Humieres eft fille de
Mrle Duc d'Humieres , fils du
fecond lit de feu Mr le Duc
d'Aumont, & MⓇfa mere fille
aînée de feuë M° la Maréchale
de la Motte , & fœur de Mes
les Ducheffes de Ventadour &
& de la Ferté. Mla Ducheffe
d'Humieres eft fille de feu M
le Maréchal d'Humieres & de
Mla Maréchale d'Humieres ,
de la Maiſon de la Chaftre
Dame d'un grand merite &
d'une vertu édifiante. Me la
192 MERCURE
Princeffe d'Ifenghyen , & M
la Marquife de Surville ,font
fours & aînées de MⓇ° la Ducheffe d'Humieres , qui parfon
Mariage a donné ce Duché à
Mr le Duc d'Humieres , frere
de pere de M' le Duc d'Aumont fils d'une fille de feu M'
le Chancelier le Tellier , &
fœur de Mr de Louvois & de
Mrl'Archevêque de Reims.
Ces jeunes Epoux ont tout
l'efprit que l'on peut avoir à
leur âge , & il eſt ſurprenant
de voir le grand pere, le pere ,
& le petit- fils , Ducs en même
temps.
grand mariage dont la Cere
monie a efté faite à Conflans
dans la Maifon de Monfieur
l'Archevefque , où Mr le Duc
de Louvigny a époufé Mlle
d'Humieres. Mr le Duc de
Louvigny eft fils de Mr le Duc
ار
190 MERCURE
de Guiche , & de N... de Noail
les ,fille aînée de feu Mr le Maréchal de ce nom , & niéce de
Monfieur le Cardinal de Noailles. Mr le Duc de Guiche eft fils
de Mr le Duc de Gramont &
deMarie-Charlotte de Caftelnau , fille du feu Maréchal de
Caftelnau. Mr le Duc de Gramont eft fils du feu Maréchal
de Gramont , qui eftoit fils
d'une fille du Maréchal de Ro
quelaure , fœur du dernier Duc
de Roquelaure , dont une autre fœur fut mere de Mr le
Duc de Noailles , pere de feu
Mr le Maréchal de Noail-
GALANT 191
les , de Son Eminence , & de
Mr le grand Bailly de Noail
les Ambaffadeur de Malte,
Mlle d'Humieres eft fille de
Mrle Duc d'Humieres , fils du
fecond lit de feu Mr le Duc
d'Aumont, & MⓇfa mere fille
aînée de feuë M° la Maréchale
de la Motte , & fœur de Mes
les Ducheffes de Ventadour &
& de la Ferté. Mla Ducheffe
d'Humieres eft fille de feu M
le Maréchal d'Humieres & de
Mla Maréchale d'Humieres ,
de la Maiſon de la Chaftre
Dame d'un grand merite &
d'une vertu édifiante. Me la
192 MERCURE
Princeffe d'Ifenghyen , & M
la Marquife de Surville ,font
fours & aînées de MⓇ° la Ducheffe d'Humieres , qui parfon
Mariage a donné ce Duché à
Mr le Duc d'Humieres , frere
de pere de M' le Duc d'Aumont fils d'une fille de feu M'
le Chancelier le Tellier , &
fœur de Mr de Louvois & de
Mrl'Archevêque de Reims.
Ces jeunes Epoux ont tout
l'efprit que l'on peut avoir à
leur âge , & il eſt ſurprenant
de voir le grand pere, le pere ,
& le petit- fils , Ducs en même
temps.
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Résumé : Mariage, [titre d'après la table]
Le texte décrit un grand mariage qui a marqué la fin du Carnaval à Conflans, dans la maison de Monseigneur l'Archevêque. Monsieur le Duc de Louvigny a épousé Mademoiselle d'Humières. Monsieur le Duc de Louvigny est le fils de Monsieur le Duc de Guiche et de N... de Noailles, fille aînée du feu Maréchal de Noailles et nièce du Cardinal de Noailles. Monsieur le Duc de Guiche est le fils de Monsieur le Duc de Gramont et de Marie-Charlotte de Castelnau, fille du feu Maréchal de Castelnau. Monsieur le Duc de Gramont est le fils du feu Maréchal de Gramont, qui était le fils d'une fille du Maréchal de Roquelaure, sœur du dernier Duc de Roquelaure. Mademoiselle d'Humières est la fille de Monsieur le Duc d'Humières, fils du second lit du feu Duc d'Aumont. Sa mère est la fille aînée de la feu Maréchale de la Motte et sœur des Duchesses de Ventadour et de la Ferté. Les jeunes époux sont décrits comme ayant beaucoup d'esprit pour leur âge. Il est notable que le grand-père, le père et le petit-fils sont tous Ducs en même temps.
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37
p. 298-299
Second Article de Mariage, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Marquis de Broglie, Brigadier des Armées du Roy, [...]
Mots clefs :
Marquis de Broglie, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Second Article de Mariage, [titre d'après la table]
Mrle Marquis de Broglie ,
Brigadier des Armées du Roy
Intpecteur General del Infan
rie Colonel du Regiment
de l'Ile de France , fils de Mr
le Comte de Broglie , Lieutenant General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Avênes , & de Dame Marie dela
Moignon , époufa le 13. , de
ce mois dans la Parroiffe de
Saint Gervais Mile Voyfing,
GALANT
2
fille de Mr Voyfin , Maifto
& Secretaire d'Etat
Guerre , & de Dame N....
Trudaine. La Ceremonie fut
faite par Mr de la Berchere
Archevêque de Narbonne.
Brigadier des Armées du Roy
Intpecteur General del Infan
rie Colonel du Regiment
de l'Ile de France , fils de Mr
le Comte de Broglie , Lieutenant General des Armées du
Roy , & Gouverneur d'Avênes , & de Dame Marie dela
Moignon , époufa le 13. , de
ce mois dans la Parroiffe de
Saint Gervais Mile Voyfing,
GALANT
2
fille de Mr Voyfin , Maifto
& Secretaire d'Etat
Guerre , & de Dame N....
Trudaine. La Ceremonie fut
faite par Mr de la Berchere
Archevêque de Narbonne.
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Résumé : Second Article de Mariage, [titre d'après la table]
Le mariage du Marquis de Broglie, Brigadier des Armées du Roy, Inspecteur Général de l'Infanterie et Colonel du Régiment de l'Île de France, avec Mademoiselle Voyfing a eu lieu le 13 du mois dans la paroisse de Saint Gervais. Le Marquis est le fils du Comte de Broglie, Lieutenant Général des Armées du Roy et Gouverneur d'Avênes, et de Dame Marie de la Moignon. Mademoiselle Voyfing est la fille de Monsieur Voyfin, Maître et Secrétaire d'État à la Guerre, et de Dame N... Trudaine. La cérémonie a été officiée par Monsieur de la Berchere, Archevêque de Narbonne.
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38
p. 228-244
Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay marqué dans ma derniere Lettre que je vous [...]
Mots clefs :
Mariage, Écosse, Maison, Comte de Castel-Blanco, Royaume, Marie Euphémie Joseph
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Je vous ay marqué dans ma
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois- ci du Mariage de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre deCaftille) & Chevalier de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro.
La Mere de Mr le Comtede
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes. Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par l'Infante Almolia fon époufe , comme il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant, & tresnoble PrinceJean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth, Caftlemaine , Ricartone , &c. Pair de deux Royaumes de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c. Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayantaccompagné Edgar Ethdin d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois ,pour le faire fon Succef-
232 MERCURE
feur, eftant le Succeffeur legitime de la Couronne d'Angleterre. Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere, & fes deux fœurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite deMaurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite fœur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere.
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy, & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume,luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond, à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors , & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre; & alliée avec tout ce
qu'ily a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même, fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe. Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella Drummond fille du Seigneur de Drummond Chefde
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe. De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques 4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere de France, & Reine d'Ecoffe. De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme, grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé, de Madame de
Hanover, &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe de Savoye , Mere de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans. Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere femme la Princeffe d'Orange , & la Princeffe de Dannemark , nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre , il a en Sa Majeſté Britannique Jacques 3 ° & la Princeffe Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct , ce n'eft pas le feul endroit par lequel le Roy d'Angleterre eft defcendu de la Maifon de Drummond , dont le
dernier Chefavoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille. Le fils aîne eft prefentement Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy, &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant General des Armées du
Roy d'Angleterre, Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , ViceTreforier & Controlleur General du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
lecaractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire du Roy d'Angleterre; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti-
240 MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy, qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne, & premier Gentilhomme
de fa Chambre, & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE 241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe ,l'une des plus anciennes du Royaume, dont Mylord Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux Chevalier Guillaume
Wallace, grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion des Anglois qui l'avoient envahy, profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre CheAvril 1710. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur,
ou Viceroy par les Etats Generaux du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles , & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant- gardede
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il y cût reçû plufieurs bleffures dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe , & mefme avec la Maifon Royale, le Chevalier Duncan Wallace ayant épousé Eleonore de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille & heritiere de David Bruce Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere deM° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de CaftelBlanco eft d'une beauté finguX ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent
derniere Lettre que je vous
parlerois ce mois- ci du Mariage de Mr le Comte de Caftel
Blanco avec Mlle Marie- Euphemie Joſeph , 4° fille de Mr
Je Duc de Melfort. Voici ce
que j'ay appris de particulier
de cette illuftre alliance.
Mr.le Comte de Caftel
Blanco (titre deCaftille) & Chevalier de l'Ordre d'Alcantera ,
eft de l'ancienne & illuftre
GALANT 229
qui
Maifon de Rozas en Espagne,
vient d'Ingo d'Efquerra ,
troifiéme Seigneur de toute la
Bifcaye , qui feuriffoit avant le
temps de Diego Lopes d'Aro.
La Mere de Mr le Comtede
Caftel- Blanco , eftoit de la
Maifon de Melendes. Cette
Maifon defcend de celle de
Solariega , dans les Afturies
d'Oviedo , laquelle deſcend
d'un Prince Edouard fils du
Roy d'Anglererre par l'Infante Almolia fon époufe , comme il paroift par les Archives
Royales de Simancas , & par le
grand Livre del Beferro de
1
230 MERCURE
Sahagun ; où l'on trouve les
Memoires de l'ancienneté de
cette Maifon , & de fes privileges.
с
Mile Maric- Euphemie- Jofeph Drummond de Melfort,
eft 4 fille du fecond lit , de
Tres-haut , puiffant, & tresnoble PrinceJean Drummond,
Duc de Melfort , Marquis de
Forth , Comte de Melfort , de
Burutifland , & d'Ila , Vicomte
de Theobalds ; Baron de Cleworth, Caftlemaine , Ricartone , &c. Pair de deux Royaumes de la Grande Bretagne ,
Chevalier du tres noble Ordre
IGALANT 231
de la Jartiere , &c. Il eft frere
cadet de Mr le Duc de Perth,
Chef de l'illuftre Maifon de
Drummond dont ils font defcendus.
с
avce fon
Cette illuftre Maifon s'eftablit en Ecoffe du temps du
Roy Malcome 3 ; Maurice
ayantaccompagné Edgar Ethdin d'Hungaric
oncle l'Empereur Henry 3
& avec fon pere neveu du Roy
d'Angleterre, Edouard le Confeffeur qui l'avoit rappellé de
l'exil où il avoit efté pendant
l'ufurpation de Canut le Danois ,pour le faire fon Succef-
232 MERCURE
feur, eftant le Succeffeur legitime de la Couronne d'Angleterre. Mais le pere eftant mort
jeune , & Guillaume Duc de
Normandie ayant ufurpé la
Couronne , Edgar Echlin prit
le parti de fe retirer avec fa
Mere, & fes deux fœurs vers
leur oncle l'Empereur Henry
3 fous la conduite deMaurice
qui avoit le commandement
de la flotte dans laquelle ils
devoient paffer la mer.
с
M
Cette flotte fut obligée de
fe fauver de la tempefte dans
la Riviere de Forth en Ecoffe,
où le Roy Malcome rendant
GALANT 233
3
4
les devoirs de l'hofpitalité à
fes illuftres Hoftes devint
amoureux de la Princeffe Marguerite fœur d'Edgar , qu'il
époufa avec le confentement
de fa Mere , & de fon frere.
Elle avoit tant de merite , &
rune fainteté féminente, qu'elle a efté canonifée , & que fa
Fefte fe celebre par toute l'Eglife.
Maurice eftoit tant eftimé
du Roy, & de la Reine Sainte
Marguerite , qu'on l'obligea
de s'eftablir dans leur Royaume,luy donnant des Terres
dont une partie reftent dans la
Avril 1710.
V
234 MERCURE
Maifon avec fes Succeffeurs,
on luy donna le furnom de
Drummond, à caufe des gros
Vaiffeaux qu'il commandoir,
dont on n'avoit pas vû jufqu'alors , & qu'on appelloit
Drummond.
Cette Maifon a efté illuftre
dans tous les Emplois qu'elle a
cus,foit dans la Paix , foit dans
la Guerre; & alliée avec tout ce
qu'ily a de plus Grand dans le
Royaume d'Ecoffe : & par fon
alliance avec le Roy d'Ecoffe
même, fon fang coule dans les
veines des plus grand Princes
de l'Europe. Robert 3 Roy
3
GALANT 235
cr
cr
›
с
с
d'Ecoffe de la Maifon de
Stuart , ayant épousé Annabella Drummond fille du Seigneur de Drummond Chefde
la Maiſon. Elle eſtoit Mere de
Jacques 1 Roy d'Ecoffe. De
Jacques 1 eft venu Jacques 2 ,
de Jacques 2 , Jacques 3 , de
Jacques 3 Jacques 4 , de Jacques 4 Jacques 5º , de Jacques
Marie Stuart , Reine Doüairiere de France, & Reine d'Ecoffe. De Marie Stuart Jacques
6 d'Ecoffe , & 1 de la Grande Bretagne. Elle eftoit Merc
de l'Electrice Palatine Reine
de Boheme, grande Mere de
cr
Vij
236 MERCURE
сг
C. сг
ex
Madame , de Madame la Prin
ceffe de Condé, de Madame de
Hanover, &c. De Jacques 1
de la Grande Bretagne , de
Charles 1 Charles 2 , &
Jacques 2 Charles r eftoit
pere de la Princeffe d'Orange,
& de Madame épouſe de Philippes de France Duc d'Or
leans , Frere Unique du Roy,
dont il a eu la feüe Reine d'EL
pagne , & Madame la Ducheffe de Savoye , Mere de Madame la Ducheffe de Bourgogne,
& de la Reine d'Efpagne ; le
Roy Charles 2 ° eft mort fans
enfans. Le Roy Jacques 2 luy
GALANT 237
fucceda. Il avoit de fa premiere femme la Princeffe d'Orange , & la Princeffe de Dannemark , nommée la Reine Anne.
De fa feconde femme la Princeffe de Modene, prefentement
Reine Mere du Roy d'Angleterre , il a en Sa Majeſté Britannique Jacques 3 ° & la Princeffe Loüife née à S. Germain
en Laye.
Quoique ce foit le plus direct , ce n'eft pas le feul endroit par lequel le Roy d'Angleterre eft defcendu de la Maifon de Drummond , dont le
dernier Chefavoit deux fils, &
238 MERCURE
une fille. Le fils aîne eft prefentement Duc de Perth ,
Grand Chancelier d'Ecofle ,
Chevalier du tres noble Ordre
de la Jartiere , Gouverneur du
Roy, &c. la fille a époufé le
Grand Conneftable d'Ecoffe ,
dont elle a le Comte N.....
Grand Conneftable
Charge eftant hereditaire dans
fa famille. Le cadet dont j'ay
occafion de vous parler aujourd'huy, eft Mr le Duc de
Melfort ; ila cu plufieurs Charges militaires & civiles , ayant
efté Commandant du Châ
teau d'Edimbourg , Grand
cette
GALANT 239
Maitre de l'Artillerie du
Royaume d'Ecoffe , & Licurenant General des Armées du
Roy d'Angleterre, Confeiller
du Confeil d'Eftat & Privé
des Royaumes d'Angleterre ,
d'Ecoffe & d'Irlande , ViceTreforier & Controlleur General du Royaume d'Ecoffe ,
du Confeil du Cabinet du Roy
d'Angleterre, & Secretaire d'État de fes trois Royaumes. Il
a cité employé à Rome avec
lecaractere d'Ambaſſadeur Extraordinaire du Roy d'Angleterre; ayant trouvé le moyen
de fervir fon Maiftre auffi uti-
240 MERCURE
lement fans prendre d'autre
qualité que celle que fon rang
lui donnoit; il a exercé tous ces
emplois avec toute l'approba
tion imaginable , & tellement
au gré du Roy, qu'il l'a élevé à
tous les plus grands honneurs
qu'il luy pouvoit donner” ,
l'ayant fait Vicomte , Comte,
Marquis , Duc & Pair de deux
Royaumes de la Grand Bretagne, & premier Gentilhomme
de fa Chambre, & Chevalier
du tres noble Ordre de la Jarriere.
M la Ducheffe de Melfort,
-mere de l'époufe , eft de l'illuftre
GALANTE 241
Juftre Maifon de Wallace en
-Ecoffe ,l'une des plus anciennes du Royaume, dont Mylord Cragic fon pere eftoit le
Chef. Cette Maiſon a fourny
à l'Ecoffe de grands hommes ,
tant pour les Charges civiles ,
que pour les Emplois militai-.
res , & particulierement le fameux Chevalier Guillaume
Wallace, grand Afferteur de
la liberté & de l'honneur de
fon Païs , qu'il delivra de l'oppreffion des Anglois qui l'avoient envahy, profitant de
+ l'abfence & de la foibleffe du
Roy Ballicul. Cet illuftre CheAvril 1710. X
242 MERCURE
valier fut choifi Gouverneur,
ou Viceroy par les Etats Generaux du Royaume , d'où il
chaffa entierement les Anglois
aprés plufieurs fanglantes Batailles , & des actions d'une
valeur & d'une conduite extraordinaire.
Le Chevalier Jean Wallace,
Chef de la mefme famille ,
commandoit l'Avant- gardede
l'Armée Ecoffoife à la Bataille
de Sath , où les Anglois furent entierement défaits par fa
valeur & fa conduite , quoyqu'il y cût reçû plufieurs bleffures dont il mourut.
I
GALANT 243
?
Cette Maiſon eft alliée avec
les plus grandes Maiſons d'Ecoffe , & mefme avec la Maifon Royale, le Chevalier Duncan Wallace ayant épousé Eleonore de Bruce , Comteffe
hereditaire de Carict , petitefille & heritiere de David Bruce Roy d'Irlande , & Comte
de Carict , frere de Robert
Bruce , Roy d'Ecoffe.
Mylord Cragie , pere deM° la Ducheffe de Melfort ,
eftoit un des Officiers d'Etat
du Royaume d'Ecoffe.
Me la Comteffe de CaftelBlanco eft d'une beauté finguX ij
244 MERCURI
liere , de la plus belle taille du
monde , ayant toute la mo
deftie & toutes les belles qua
litez qui donnent le luitre &
l'éclat veritable aux Perfonnes
de fon rang , ce qui luy a gagné l'eftime & fait meriter les
applaudiffemens de tous ceux
qui la connoiffent
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Résumé : Mariage de Mr le Comte de Castel-Blanco [titre d'après la table]
Le texte traite du mariage entre Monsieur le Comte de Caftel Blanco et Mademoiselle Marie-Euphemie Joseph, quatrième fille du Duc de Melfort. Monsieur le Comte de Caftel Blanco, titulaire du titre de Caftille et Chevalier de l'Ordre d'Alcantera, appartient à l'ancienne et illustre Maison de Rozas en Espagne. Il est issu de la lignée de Vingod d'Efquerra, troisième Seigneur de toute la Biscaye. Sa mère est de la Maison de Melendes, qui descend de la Maison de Solariega dans les Asturies d'Oviedo. Cette Maison est liée à un Prince Édouard, fils du Roi d'Angleterre, par l'Infante Almolia, comme le montrent les Archives Royales de Simancas et le grand Livre del Beferro de Sahagun. Mademoiselle Marie-Euphemie-Joseph Drummond de Melfort est la quatrième fille du second lit du Duc de Melfort, Marquis de Forth, Comte de Melfort, de Burutisland et d'Ila, Vicomte de Theobalds, Baron de Cleworth, Caftlemaine, Ricartone, etc. Elle est Pair de deux Royaumes de la Grande-Bretagne et Chevalier du très noble Ordre de la Jarretière. Son frère aîné est le Duc de Perth, chef de la Maison de Drummond. La Maison de Drummond s'est établie en Écosse du temps du Roi Malcome III. Maurice, ancêtre de la famille, accompagna Edgar Ethdin d'Hungarie, oncle de l'Empereur Henri III, et le père d'Édouard le Confesseur, qui rappela Edgar de l'exil pour en faire son successeur légitime. Après la mort du père d'Edgar, Guillaume Duc de Normandie usurpa la couronne, et Edgar se retira en Écosse avec sa mère et ses sœurs sous la conduite de Maurice. Ils furent accueillis par le Roi Malcome III, qui épousa la princesse Marguerite, sœur d'Edgar, canonisée pour sa sainteté. La Maison de Drummond a occupé des postes illustres tant en temps de paix qu'en temps de guerre et est alliée aux plus grandes familles d'Écosse et d'Europe. Robert III, Roi d'Écosse, épousa Annabella Drummond, fille du Seigneur de Drummond, et mère de Jacques Ier d'Écosse. Cette lignée inclut plusieurs rois d'Écosse et de Grande-Bretagne, ainsi que des membres éminents de la noblesse européenne. Le Duc de Melfort, père de l'épouse, a occupé de nombreuses charges militaires et civiles, notamment Commandant du Château d'Édimbourg, Grand Maître de l'Artillerie du Royaume d'Écosse, et Lieutenant Général des Armées du Roi d'Angleterre. Il a également été Conseiller du Conseil d'État et Privé des Royaumes d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande, Vice-Trésorier et Contrôleur Général du Royaume d'Écosse, et Secrétaire d'État des trois Royaumes. Il a été ambassadeur extraordinaire du Roi d'Angleterre à Rome. La Duchesse de Melfort, mère de l'épouse, appartient à la Maison de Wallace en Écosse, l'une des plus anciennes du Royaume. Cette Maison a produit des figures notables, comme le Chevalier Guillaume Wallace, libérateur de l'Écosse de l'oppression anglaise, et le Chevalier Jean Wallace, commandant à la Bataille de Sath. La Maison de Wallace est alliée aux plus grandes Maisons d'Écosse, y compris la Maison Royale.
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39
p. 326-342
Mariage de Mademoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendôme, avec plusieurs choses particulières qui regardent ces deux illustres Epoux. [titre d'après la table]
Début :
Je dois vous parler d'un grand Mariage qui merite vôtre [...]
Mots clefs :
Mariage, Monsieur de Vendôme, Mademoiselle d'Enguien, Prince Eugène, Combat
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mademoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendôme, avec plusieurs choses particulières qui regardent ces deux illustres Epoux. [titre d'après la table]
Je dois vous parler d'un
grand Mariage qui merite vôtre attention , & dont toute la
Cour a témoigné beaucoup de
joye ; c'eft de celuy de Mademoiſelle d'Enguien, & de Mon-
GALANT 327
fieur de Vendôme. Il eft des
Perfonnes dont la naiffance eft
fi connue , qu'il eft inutile d'en
parler , puifqu'on n'en pourroit rien dire qui ne fût connu
de tout le monde. Ainfi je vous
parleray feulement de ce qui
regarde les perfonnes de ces
deux illuftres Epoux.
Mademoiselle d Enguien eft
digne fille de Madamela Princoffe , dont la modeſtie , la fageffe, la grande &ardente charité pour les pauvres , &toutes
les vertus font connuës , & qui
en a plus tiré d'éclat , que de
la grande naiffance du feu
328 MERCURE
Prince fon Epoux & de la fienne. On peut juger par là des
bonnes qualitez de Mademoifelle d'Enguien , qui a toûjours
eu de pareils exemples devant
les yeux , & qui a toûjours fait
voir que fon inclination eftoit
toute portée à les fùivre. Enfin,
on a toûjours remarqué que
cette Princeffe a toutes les qualitez & toute la douceur qui
peuvent faire une femme du
caractere de la Princeffe fa
Mere , & l'on s'eft toûjours
fervy en parlant d'elle ,
terme qui dit beaucoup , & qui
fait comprendre encore davand'un
GALANT 329
tage , puifque l'on dit de cette
Princeffe , qu'Elle n'a point d'humeur ; c'eft à- dire , qu'elle ne fe
laiffe entefter d'aucune chofe ,
qu'elle ne s'obtine ſur rien ,
& qu'elle eft toûjours preſte à
prendre le bon party , & à faire tout ce qu'on trouvera à
propos qu'elle faffe pour
bien & pour fa gloire.
fon
A l'égard de Mr de Vendôme, il a toute fa vie preferé la
qualité d'honnête homme à
toutes les autres ; il eft ennemi du fafte , & s'il a de l'ambition ce n'eft que celle que
peut caufer la belle gloire ; il
Avril 1710. Ec
A
330 MERCURE
T
cft bon , humain , & fon éga
lité de vie fait plaifir à tous
ceux qui le connoiffent. Il aime naturellement le Roy &
toute la Maiſon Royale ; il
n'a point de volonté , & il eft
toûjours preſt à faire tout ce
que l'on fouhaite de luy ; il a
toute fa vie fervy le Roy , &
l'Etat. Il a beaucoup fervi en
Allemagne , il a eu la gloire de
fe rendre maiftre de Barcelone ; cette conqueſte étoit auſſi
difficile qu'importante , & fera
vivre éternellement fa memoire , auffi-bien que le grand
nombre de campagnes qu'ila
GALANT 330
7
faites en Italie qui luy ont efté
auffi glorieufes qu'elles étoient
utiles & glorieufes à la France
& à l'Eſpagne en ce temps là ,
& il ya toujours triomphé des
troupes du Comte de Staremberg; de celles que commandoir Mr le Prince Eugene , &
dans les temps que celles de
Monfieur le Duc de Savoye fe
font mifes de la partie , elles
n'ont pasarrefté le cours de fes
conqueftes. Il ne s'eft jamais
vû d'afcendent pareil à celuy
qu'il a toûjours eu fur Mr le
Prince Eugene qui a toûjours
paru un Ecolier auprés de luy.
E cij
332 MERCUR
Ila gagnétant de batailles contre ce Prince que j'en ay oublié
le nombre ; mais vous les trouverez dans mes Lettres dont je
vous ay toujours envoyé d'amples détails à mesure qu'elles ſe
fontdonnées , &je vous ay envoyéen même temps les Relations qu'il en envoyoit au Roy.
Il obfervoit de ne point parler
de luy ; mais irrendoit juftice à
tous ceux qui s'étoient diſtinguez , qu'il nommoit les uns
aprés les autres , en faifant le
détail de leurs actions , & en
leur donnant les loüanges qui
leurs étoient duës . Jamais perཟླ་
GALANT 333
fonne n'a plus brillé que ce
Prince dans un combat ; il étoit
par tout tant que le combat
duroit , à la tefte, à la queue ,
fur les ailes & dans le centre
& les Soldats avoient tant d'amourpour luy, & tant de confiance en fa perfonne qu'ils le .
fuivoient par tout avec le plus
grand empreffement & la plus
vive ardeur , de maniere qu'il
n'y avoit point de déroute à
craindre fous fon Commandement , & qu'il ne luy eſt jamais.
rien arrivé de femblable , &
Mrle Prince Eugene étoit auffi
petit dans ces occafions qu'il
334 MERCURE
étoit granden cetemps là dans
les Gazettes étrangeres , parce
que les Alliez ne vouloienr pas
décourager leurs Sujets , &
qu'ils vouloient au contraire
les encourager à fournir toujours aux frais de la guerre.
Enfin toute l'Europe n'a pû
s'empêcher de demeurer d'accord , que Monfieur de Vendôme a pouffé de pofte en
poſte Mr le Prince Eugenejufqu'au bout de l'Italie , l'ayant
acculé deux fois dans les Montagnes du Trentin. Il l'a chaffé des endroits oùil fe croyoit
en feureté , & dans lesquels il
GALANT 335
croyoit que l'on n'ofoit l'attaquer, & il a efté obligé de ſe
retirerdu Seraglio oùil croyoit
qu'il feroit toûjours maistre de
fortir ou de ne pas fortir , &le
Lac de Garden'a pas efté pour
luyun lieu où il ait efté plus à
couvert. Enfin il me faudroit
un Volume entier fi j'entreprenois de vous parler de routes les Batailles que Monfieur
de Vendôme a gagnées en Ita
lie , & de tous les Poftes qu'il a
remportez les uns aprés les au
tres. Toute 1 Italie parle de fa
gloire ; elle s'en fouvient avec
joye, & elle fe trouve dans la
335 MERCURE
le
derniere affliction de nele plus
avoir. Chacun y feroit maiftre
de fes biens , au lieu que les
Puiffances de cette vaſte Contrée qui devroient n'avoir nulpart en cette guerre , & qui
n'yen avoient point du temps
de ce fameux Conquerant , fe
trouvent accablées de fubfides
pour la continuation d'une
guerre à laquelle elles devroient n'avoir aucune part ,
& qui ne les regarde pas ; & on
oblige même la plûpart de
fournir jufqu'à des hommes.
Enfin toute l'Italie eft dans un
état fi violent qu'il eft impoffible
GALANT 337
fible qu'elle puiffe y refter
long- temps , & on la dégarnit
tellement d'argent & d'hommes quefe fera bien toft un de
fert, où le peud'habitans qui y
refteront ne trouveront pas de
quoyfournir à leur nourriture,
ce quifait qu'elle regrette tous
les jours les Troupes Françoifes , puifque pendant leur ſéjour la liberté y régnoit, que
tous les Peuples jouiffoient de
ce qui leur appartenoit , &que
la France loin d'en emporter
l'argent , y en envoyoits de
maniere que ces Peuples doivent dire : Oh l'heureux temps ,
Avril 1710. Ff
338 MERCURE
quand reviendra till! tala
Je ne dois pas finir cet Ar
ticle fans vous parler de l'af
cendent que Monfieur de Vendôme a encore eu en Flandre
fur Mr le Prince Eugene , & de
la maniere dont il ya brillé en
rompant tous les deffeins des
Alliez , fans qu'il ait efté queftion de Combat ; mais fculement de les empêcher avec
leurs nombreufes & formidables Troupes de prendre un
poulce de terre , ni même de
faire aucunes entrepriſes. Ils
n'ont pas fait un pas pendant
toute cette Campagne qu'il
17
GALANT 339
ne les ait empéché d'avancer ;
& quand ils avoient formé
quelque deiffein , ils fe trouvoient coupez par ce Prince,
quoy qu'il fuft fort éloigné
d'eux dans le temps qu'ils l'avoient formné , & mefme commencéà mettre en excecution;
& lors qu'ils fe vantoient de
faire quelque expedition , &
que Monfieur de Vendôme
l'ayant fçû auoit dit : Ils n'ofe
roient , il n'en eftoit rien. Enfin
avec des forces infiniment
moins confiderables que celles
des Alliez , il les arrefta par fa
grande fermeté , & par fa
Ffij
340 MERCURE
àla
grande experience dans le mé
tier de la guerre, pendant toute la Campagne, fans qu'ils fe
trouvaffent plus avancez
fin qu'au commencement.
Toute l'Europea parlé decette Campagnequ'on a regardée
avec admiration , & quand ce
Princeauroit emporté dix Places confiderables , elle luy au
roit eſté moins glorieufe qu'el
le ne luy a efté en ne faifant
autre chofe que de rompre
tous les projets des Alliez, &
en les arreftant par tout , de
même que s'il avoit cu une
grande fuperiorité fur eux
GALANT 341
quoy qu'elle fult toute de leur
cofté , & il n'y a point de General qui ne voulut avoir fait
unefiglorieufe Campagne , &
qui ne la preferaft à celles dans
lefquelles il auroit fait une
grande moiffon de Lauriers.
C'est ainsi que tout le monde
en a parlé , & a regardé cette
campagne comme une des plus
fçavantes qu'ait jamais fait aucun General , quelque grand,
heureux , & quelque habile
qu'il peut eftre.
Monfieur de Vendôme doit
mêler au premier jour fes Lauriers aux Mirthres de l'Amour.
Ffiij
342 MERCURE
On dit que fon mariage doit
eftre celebré à Seaux. Je ne
puis encore vous en parler dans
cette Lettre , quoy qu'il doive neanmoins eftre confommé dans le temps que vous la
recevrez.
grand Mariage qui merite vôtre attention , & dont toute la
Cour a témoigné beaucoup de
joye ; c'eft de celuy de Mademoiſelle d'Enguien, & de Mon-
GALANT 327
fieur de Vendôme. Il eft des
Perfonnes dont la naiffance eft
fi connue , qu'il eft inutile d'en
parler , puifqu'on n'en pourroit rien dire qui ne fût connu
de tout le monde. Ainfi je vous
parleray feulement de ce qui
regarde les perfonnes de ces
deux illuftres Epoux.
Mademoiselle d Enguien eft
digne fille de Madamela Princoffe , dont la modeſtie , la fageffe, la grande &ardente charité pour les pauvres , &toutes
les vertus font connuës , & qui
en a plus tiré d'éclat , que de
la grande naiffance du feu
328 MERCURE
Prince fon Epoux & de la fienne. On peut juger par là des
bonnes qualitez de Mademoifelle d'Enguien , qui a toûjours
eu de pareils exemples devant
les yeux , & qui a toûjours fait
voir que fon inclination eftoit
toute portée à les fùivre. Enfin,
on a toûjours remarqué que
cette Princeffe a toutes les qualitez & toute la douceur qui
peuvent faire une femme du
caractere de la Princeffe fa
Mere , & l'on s'eft toûjours
fervy en parlant d'elle ,
terme qui dit beaucoup , & qui
fait comprendre encore davand'un
GALANT 329
tage , puifque l'on dit de cette
Princeffe , qu'Elle n'a point d'humeur ; c'eft à- dire , qu'elle ne fe
laiffe entefter d'aucune chofe ,
qu'elle ne s'obtine ſur rien ,
& qu'elle eft toûjours preſte à
prendre le bon party , & à faire tout ce qu'on trouvera à
propos qu'elle faffe pour
bien & pour fa gloire.
fon
A l'égard de Mr de Vendôme, il a toute fa vie preferé la
qualité d'honnête homme à
toutes les autres ; il eft ennemi du fafte , & s'il a de l'ambition ce n'eft que celle que
peut caufer la belle gloire ; il
Avril 1710. Ec
A
330 MERCURE
T
cft bon , humain , & fon éga
lité de vie fait plaifir à tous
ceux qui le connoiffent. Il aime naturellement le Roy &
toute la Maiſon Royale ; il
n'a point de volonté , & il eft
toûjours preſt à faire tout ce
que l'on fouhaite de luy ; il a
toute fa vie fervy le Roy , &
l'Etat. Il a beaucoup fervi en
Allemagne , il a eu la gloire de
fe rendre maiftre de Barcelone ; cette conqueſte étoit auſſi
difficile qu'importante , & fera
vivre éternellement fa memoire , auffi-bien que le grand
nombre de campagnes qu'ila
GALANT 330
7
faites en Italie qui luy ont efté
auffi glorieufes qu'elles étoient
utiles & glorieufes à la France
& à l'Eſpagne en ce temps là ,
& il ya toujours triomphé des
troupes du Comte de Staremberg; de celles que commandoir Mr le Prince Eugene , &
dans les temps que celles de
Monfieur le Duc de Savoye fe
font mifes de la partie , elles
n'ont pasarrefté le cours de fes
conqueftes. Il ne s'eft jamais
vû d'afcendent pareil à celuy
qu'il a toûjours eu fur Mr le
Prince Eugene qui a toûjours
paru un Ecolier auprés de luy.
E cij
332 MERCUR
Ila gagnétant de batailles contre ce Prince que j'en ay oublié
le nombre ; mais vous les trouverez dans mes Lettres dont je
vous ay toujours envoyé d'amples détails à mesure qu'elles ſe
fontdonnées , &je vous ay envoyéen même temps les Relations qu'il en envoyoit au Roy.
Il obfervoit de ne point parler
de luy ; mais irrendoit juftice à
tous ceux qui s'étoient diſtinguez , qu'il nommoit les uns
aprés les autres , en faifant le
détail de leurs actions , & en
leur donnant les loüanges qui
leurs étoient duës . Jamais perཟླ་
GALANT 333
fonne n'a plus brillé que ce
Prince dans un combat ; il étoit
par tout tant que le combat
duroit , à la tefte, à la queue ,
fur les ailes & dans le centre
& les Soldats avoient tant d'amourpour luy, & tant de confiance en fa perfonne qu'ils le .
fuivoient par tout avec le plus
grand empreffement & la plus
vive ardeur , de maniere qu'il
n'y avoit point de déroute à
craindre fous fon Commandement , & qu'il ne luy eſt jamais.
rien arrivé de femblable , &
Mrle Prince Eugene étoit auffi
petit dans ces occafions qu'il
334 MERCURE
étoit granden cetemps là dans
les Gazettes étrangeres , parce
que les Alliez ne vouloienr pas
décourager leurs Sujets , &
qu'ils vouloient au contraire
les encourager à fournir toujours aux frais de la guerre.
Enfin toute l'Europe n'a pû
s'empêcher de demeurer d'accord , que Monfieur de Vendôme a pouffé de pofte en
poſte Mr le Prince Eugenejufqu'au bout de l'Italie , l'ayant
acculé deux fois dans les Montagnes du Trentin. Il l'a chaffé des endroits oùil fe croyoit
en feureté , & dans lesquels il
GALANT 335
croyoit que l'on n'ofoit l'attaquer, & il a efté obligé de ſe
retirerdu Seraglio oùil croyoit
qu'il feroit toûjours maistre de
fortir ou de ne pas fortir , &le
Lac de Garden'a pas efté pour
luyun lieu où il ait efté plus à
couvert. Enfin il me faudroit
un Volume entier fi j'entreprenois de vous parler de routes les Batailles que Monfieur
de Vendôme a gagnées en Ita
lie , & de tous les Poftes qu'il a
remportez les uns aprés les au
tres. Toute 1 Italie parle de fa
gloire ; elle s'en fouvient avec
joye, & elle fe trouve dans la
335 MERCURE
le
derniere affliction de nele plus
avoir. Chacun y feroit maiftre
de fes biens , au lieu que les
Puiffances de cette vaſte Contrée qui devroient n'avoir nulpart en cette guerre , & qui
n'yen avoient point du temps
de ce fameux Conquerant , fe
trouvent accablées de fubfides
pour la continuation d'une
guerre à laquelle elles devroient n'avoir aucune part ,
& qui ne les regarde pas ; & on
oblige même la plûpart de
fournir jufqu'à des hommes.
Enfin toute l'Italie eft dans un
état fi violent qu'il eft impoffible
GALANT 337
fible qu'elle puiffe y refter
long- temps , & on la dégarnit
tellement d'argent & d'hommes quefe fera bien toft un de
fert, où le peud'habitans qui y
refteront ne trouveront pas de
quoyfournir à leur nourriture,
ce quifait qu'elle regrette tous
les jours les Troupes Françoifes , puifque pendant leur ſéjour la liberté y régnoit, que
tous les Peuples jouiffoient de
ce qui leur appartenoit , &que
la France loin d'en emporter
l'argent , y en envoyoits de
maniere que ces Peuples doivent dire : Oh l'heureux temps ,
Avril 1710. Ff
338 MERCURE
quand reviendra till! tala
Je ne dois pas finir cet Ar
ticle fans vous parler de l'af
cendent que Monfieur de Vendôme a encore eu en Flandre
fur Mr le Prince Eugene , & de
la maniere dont il ya brillé en
rompant tous les deffeins des
Alliez , fans qu'il ait efté queftion de Combat ; mais fculement de les empêcher avec
leurs nombreufes & formidables Troupes de prendre un
poulce de terre , ni même de
faire aucunes entrepriſes. Ils
n'ont pas fait un pas pendant
toute cette Campagne qu'il
17
GALANT 339
ne les ait empéché d'avancer ;
& quand ils avoient formé
quelque deiffein , ils fe trouvoient coupez par ce Prince,
quoy qu'il fuft fort éloigné
d'eux dans le temps qu'ils l'avoient formné , & mefme commencéà mettre en excecution;
& lors qu'ils fe vantoient de
faire quelque expedition , &
que Monfieur de Vendôme
l'ayant fçû auoit dit : Ils n'ofe
roient , il n'en eftoit rien. Enfin
avec des forces infiniment
moins confiderables que celles
des Alliez , il les arrefta par fa
grande fermeté , & par fa
Ffij
340 MERCURE
àla
grande experience dans le mé
tier de la guerre, pendant toute la Campagne, fans qu'ils fe
trouvaffent plus avancez
fin qu'au commencement.
Toute l'Europea parlé decette Campagnequ'on a regardée
avec admiration , & quand ce
Princeauroit emporté dix Places confiderables , elle luy au
roit eſté moins glorieufe qu'el
le ne luy a efté en ne faifant
autre chofe que de rompre
tous les projets des Alliez, &
en les arreftant par tout , de
même que s'il avoit cu une
grande fuperiorité fur eux
GALANT 341
quoy qu'elle fult toute de leur
cofté , & il n'y a point de General qui ne voulut avoir fait
unefiglorieufe Campagne , &
qui ne la preferaft à celles dans
lefquelles il auroit fait une
grande moiffon de Lauriers.
C'est ainsi que tout le monde
en a parlé , & a regardé cette
campagne comme une des plus
fçavantes qu'ait jamais fait aucun General , quelque grand,
heureux , & quelque habile
qu'il peut eftre.
Monfieur de Vendôme doit
mêler au premier jour fes Lauriers aux Mirthres de l'Amour.
Ffiij
342 MERCURE
On dit que fon mariage doit
eftre celebré à Seaux. Je ne
puis encore vous en parler dans
cette Lettre , quoy qu'il doive neanmoins eftre confommé dans le temps que vous la
recevrez.
Fermer
Résumé : Mariage de Mademoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendôme, avec plusieurs choses particulières qui regardent ces deux illustres Epoux. [titre d'après la table]
Le texte décrit le mariage de Mademoiselle d'Enguien et de Monsieur de Vendôme, un événement célébré avec joie à la cour. Mademoiselle d'Enguien est présentée comme une jeune femme digne de sa mère, la Princesse, reconnue pour sa modestie, sa sagesse et sa charité. Elle est appréciée pour sa douceur et son absence d'humeur, ce qui la rend prête à accomplir ce qui est approprié pour son bien et sa gloire. Monsieur de Vendôme est loué pour ses qualités d'honnête homme, son aversion pour la fausseté et son ambition pour la gloire. Il est décrit comme bon, humain et égal dans sa manière de vivre, aimant naturellement le roi et la Maison Royale. Ses services militaires en Allemagne et en Italie sont particulièrement notables, notamment la conquête de Barcelone et ses victoires contre les troupes du Comte de Starhemberg et du Prince Eugène. Ses campagnes en Italie et en Flandre sont marquées par sa fermeté et son expérience, lui permettant de contrer les projets des alliés malgré des forces inférieures. Le mariage doit être célébré à Sceaux, bien que les détails précis ne soient pas encore connus au moment de la rédaction du texte.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 105-108
EPITHALAME.
Début :
Voicy une Epithalame que Mr Hervieux donna à S. A. S. / Parmy les voeux publics qu'on fait pour Vôtre Altesse, [...]
Mots clefs :
Héros, Mademoiselle d'Enguien, Mariage, Époux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITHALAME.
Voicy une Epithalame que
Mr Hervieux donna à S. A S.
Mademoiselle d'Enguien peu
avant son Mariage.
EPITHALAME.
Parmy les vœux publics qu'on)
fait pour Vôtre Alt ffe,
Permettez aujourd'huy
J
tres-illustre Princesse,
Qu'aupied de
nos
Autels le zele
de mon cœur
Offre pourvôtreHymen sapriere
au Seigneur,
Afin que d'un Heros, par d'heureux sacrifices,
Vous soyez pour long-temps l'amour cm les delices.
*
Des Peuples réjoüis les acclamatIons
,
Attireront sur vous les benedictions ;
De rares
qualitéz le Ciel ornant
vôtre amey
Veut d'un Epoux parfait recompenfr la flâme.
Vôtre merite acquis est digne du
haut rang
,
Que vous donne à la Cour l'honneur de vôtre Sang,
Au milieu des grandeurs vôtre
bontéprofonde;
Attire avec raisonlesyeux de
tout le monde;
Vôtre aimable douceur, &vôtre
pieté,
Accompagnent les foins de vôtre
charité;
Le nœud de vos grands cœursfaisant nôtre esperance,
Promet à
nos neveux unsoûtien
pour la France.
Vendôme aux Ennemisimprime
de l'effroy,
Son bras plus d'une fois leura
donné la loj
;
Ce Heros invincible aux travaux
de la guerre,
Quittant pour quelque temps
Mars avecson tonnerre,
Prend plaisirà se rendre aux doucours de l'Amour,
Qui du victorieuxtriomphent à
leurtour.
-
Vëuilleàjamais le cielcouronnant
sa viBoire>
Ala finde vos jours vous com- bler desa gloire.
Mr Hervieux donna à S. A S.
Mademoiselle d'Enguien peu
avant son Mariage.
EPITHALAME.
Parmy les vœux publics qu'on)
fait pour Vôtre Alt ffe,
Permettez aujourd'huy
J
tres-illustre Princesse,
Qu'aupied de
nos
Autels le zele
de mon cœur
Offre pourvôtreHymen sapriere
au Seigneur,
Afin que d'un Heros, par d'heureux sacrifices,
Vous soyez pour long-temps l'amour cm les delices.
*
Des Peuples réjoüis les acclamatIons
,
Attireront sur vous les benedictions ;
De rares
qualitéz le Ciel ornant
vôtre amey
Veut d'un Epoux parfait recompenfr la flâme.
Vôtre merite acquis est digne du
haut rang
,
Que vous donne à la Cour l'honneur de vôtre Sang,
Au milieu des grandeurs vôtre
bontéprofonde;
Attire avec raisonlesyeux de
tout le monde;
Vôtre aimable douceur, &vôtre
pieté,
Accompagnent les foins de vôtre
charité;
Le nœud de vos grands cœursfaisant nôtre esperance,
Promet à
nos neveux unsoûtien
pour la France.
Vendôme aux Ennemisimprime
de l'effroy,
Son bras plus d'une fois leura
donné la loj
;
Ce Heros invincible aux travaux
de la guerre,
Quittant pour quelque temps
Mars avecson tonnerre,
Prend plaisirà se rendre aux doucours de l'Amour,
Qui du victorieuxtriomphent à
leurtour.
-
Vëuilleàjamais le cielcouronnant
sa viBoire>
Ala finde vos jours vous com- bler desa gloire.
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Résumé : EPITHALAME.
Le texte est un épithalame composé par Monsieur Hervieux pour Mademoiselle d'Enguien à l'occasion de son mariage. L'auteur exprime ses vœux de bonheur pour le couple princier et prie pour que leur union soit bénie. Il souligne les qualités de la princesse, telles que sa bonté, sa douceur et sa piété, qui suscitent l'admiration générale. Le poème met en avant le mérite de la princesse, digne de son rang à la cour, et son union avec un époux parfait. Il évoque également le duc de Vendôme, connu pour ses exploits militaires, qui abandonne temporairement la guerre pour se consacrer à l'amour. Enfin, l'auteur souhaite que le ciel leur accorde gloire et bonheur jusqu'à la fin de leurs jours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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41
p. 225-233
Mariage de Mademoiselle d'Enguien, & tout ce qui s'est fait à cette occasion, [titre d'après la table]
Début :
Je passe à un des plus grands Mariages qui se soient faits [...]
Mots clefs :
Mariage, Mademoiselle d'Enguien, Concert, Académie française, Vers, Monsieur de Vendôme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariage de Mademoiselle d'Enguien, & tout ce qui s'est fait à cette occasion, [titre d'après la table]
Jepasse à un des plus grands
Mariages qui se soient faits
depuis long temps, puisqu'il
s'agit de celuy de Mademoiselle d'Enguien, fille de feuë -
o
S. A. S. Monsieurle Prince, &
d'Anne de Baviere
,
fille d'Edoüard de Baviere, Comte PalatinduRhin, Duc de Baviere,
& de Madame Annede Gonzaçnieo de Cleves, Princesse de
Mantouë, avec Monsieur de
Vendotme.
Ce Prince arriva à Seaux
,
où estoit certe Prince sse
,
le
Mercredy 14. de May l'apresdinée. Il y eur le soir avant soupé un grand Concert de Voix
&d'instrumens dansl'Appartement de MadamelaDuchesse
du Maine, & dont Mr de Malezieu, de l'Académie Françoise, avoit fait les Vers, ausquels on trouva le tour d'esprit qui luy est ordinaire, qui
plurent beaucoup à l'A(Tem-
blée,& qui reçurent de grands
applaudissemens. Ces Vers étoient à la loüange de Macfemoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendosme, & ils
avoient esté mis en Air par un
des Musiciens de S. A. S. Monsieur le Duc du Maine. Il y eut
ensuite un grand soupé, duquel
estoient les familles de Condé
& de Conry, & Monsieur le
Comte deToulouse.
Le lendemain,vers le Midy,
on signa le Contrat de Mariage dans l'Appartement de Madame la Duchesse du Maine.
De là ils allerent à la Chapelle
où ils turent mariez par
Mr l'Archevêque d'A IX
,
assisté du Curé de Scaux,& de
l'Aumônier de Monsieur le
Duc du Maine; cet Archevêque dit la Mené. Toute l'Assemblée fut ensuite traitée à
dîné par Monsieur le Duc du
Meine, & Mr l'Archevêque
d'A'x sur de ce repas. Il y eut
le soir un grand Concert, après
lequelil veutungrand soupé.
Le Vendredy il y eut un
grand dîné après lequel on
joüa,& sur le soir il y eut Concert qui fut composé de Mr
Buterne Organise du Roy,
qui accompagnoit du Clavecin ;
de Mr Forcroy, qui
jouoit de la Baffe de Viole, "tic
Mr des Costeaux qui joüoit de
la Flute Allemande, & de Mr
Visée,quijoüoit du Theor be.
Mr de Canipistron, de l'Academie Françoise, & attaché
à Monsieur de Vendosme
)
donna après le Mariage leVirelay suivant.
Je veux parlerje ne puis plus me
taire,
Enfin deux Cœurs l'un pour l'au-
,.
tre formez
Sont de leurs feux également
charmez
Ah le beau coup que ïAmour
vient defaire!
Parcentvertusd'un brillant caractere
On njojoit bien
ces Cœursse ressembler;
Mais cejloit, peu comment les
assembler
C'est l'heureux coup quel'Hymen
vient defaire.
Ce Dieufolâtre a
conduit
ce mystere
En Dieusensécar il a
biensenty
Qu'ilfalloit mettre Hymen deson
party
C'est, ~c
jnj(]ua ce jourinsensible,severe,
ENGUIEN avoitdédaignétous les
'VŒUX,
L'Hymen pourtant l'enchaîne de
ses nœuds,
-
C'est, &C.
VENDÔMEenproye ason ardeur
guerrière
3
Nourri de Gloire, affamé de Com- -
bats
Bravoit l'Hymen çy ne s'attendoit pas.
A l'heureux coup que l*Amour
vient de faire.
Il me souvient d'une semblable
affaire
Et quand DU MAINE obtint
l'objet charmant
De ses desirs chacun dit hautement
Ah le beau coup, &c.
Prince D'ANETfcyez donc bien.
tôt Pere D' jeune Mars,d'unfils digne
devous
Afin qu'alors nous chantions encor tous
Ah le beau coup 3
&c. Le Samedi Monsieur de Vcn-
dôme partit sur les 5. ou 6.
heures pour Versaillesoùétoit
le Roy, & le Dimanche il revint coucher à Seaux.
Mariages qui se soient faits
depuis long temps, puisqu'il
s'agit de celuy de Mademoiselle d'Enguien, fille de feuë -
o
S. A. S. Monsieurle Prince, &
d'Anne de Baviere
,
fille d'Edoüard de Baviere, Comte PalatinduRhin, Duc de Baviere,
& de Madame Annede Gonzaçnieo de Cleves, Princesse de
Mantouë, avec Monsieur de
Vendotme.
Ce Prince arriva à Seaux
,
où estoit certe Prince sse
,
le
Mercredy 14. de May l'apresdinée. Il y eur le soir avant soupé un grand Concert de Voix
&d'instrumens dansl'Appartement de MadamelaDuchesse
du Maine, & dont Mr de Malezieu, de l'Académie Françoise, avoit fait les Vers, ausquels on trouva le tour d'esprit qui luy est ordinaire, qui
plurent beaucoup à l'A(Tem-
blée,& qui reçurent de grands
applaudissemens. Ces Vers étoient à la loüange de Macfemoiselle d'Enguien & de Monsieur de Vendosme, & ils
avoient esté mis en Air par un
des Musiciens de S. A. S. Monsieur le Duc du Maine. Il y eut
ensuite un grand soupé, duquel
estoient les familles de Condé
& de Conry, & Monsieur le
Comte deToulouse.
Le lendemain,vers le Midy,
on signa le Contrat de Mariage dans l'Appartement de Madame la Duchesse du Maine.
De là ils allerent à la Chapelle
où ils turent mariez par
Mr l'Archevêque d'A IX
,
assisté du Curé de Scaux,& de
l'Aumônier de Monsieur le
Duc du Maine; cet Archevêque dit la Mené. Toute l'Assemblée fut ensuite traitée à
dîné par Monsieur le Duc du
Meine, & Mr l'Archevêque
d'A'x sur de ce repas. Il y eut
le soir un grand Concert, après
lequelil veutungrand soupé.
Le Vendredy il y eut un
grand dîné après lequel on
joüa,& sur le soir il y eut Concert qui fut composé de Mr
Buterne Organise du Roy,
qui accompagnoit du Clavecin ;
de Mr Forcroy, qui
jouoit de la Baffe de Viole, "tic
Mr des Costeaux qui joüoit de
la Flute Allemande, & de Mr
Visée,quijoüoit du Theor be.
Mr de Canipistron, de l'Academie Françoise, & attaché
à Monsieur de Vendosme
)
donna après le Mariage leVirelay suivant.
Je veux parlerje ne puis plus me
taire,
Enfin deux Cœurs l'un pour l'au-
,.
tre formez
Sont de leurs feux également
charmez
Ah le beau coup que ïAmour
vient defaire!
Parcentvertusd'un brillant caractere
On njojoit bien
ces Cœursse ressembler;
Mais cejloit, peu comment les
assembler
C'est l'heureux coup quel'Hymen
vient defaire.
Ce Dieufolâtre a
conduit
ce mystere
En Dieusensécar il a
biensenty
Qu'ilfalloit mettre Hymen deson
party
C'est, ~c
jnj(]ua ce jourinsensible,severe,
ENGUIEN avoitdédaignétous les
'VŒUX,
L'Hymen pourtant l'enchaîne de
ses nœuds,
-
C'est, &C.
VENDÔMEenproye ason ardeur
guerrière
3
Nourri de Gloire, affamé de Com- -
bats
Bravoit l'Hymen çy ne s'attendoit pas.
A l'heureux coup que l*Amour
vient de faire.
Il me souvient d'une semblable
affaire
Et quand DU MAINE obtint
l'objet charmant
De ses desirs chacun dit hautement
Ah le beau coup, &c.
Prince D'ANETfcyez donc bien.
tôt Pere D' jeune Mars,d'unfils digne
devous
Afin qu'alors nous chantions encor tous
Ah le beau coup 3
&c. Le Samedi Monsieur de Vcn-
dôme partit sur les 5. ou 6.
heures pour Versaillesoùétoit
le Roy, & le Dimanche il revint coucher à Seaux.
Fermer
Résumé : Mariage de Mademoiselle d'Enguien, & tout ce qui s'est fait à cette occasion, [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage de Mademoiselle d'Enguien, fille du Prince d'Enguien et d'Anne de Bavière, avec Monsieur de Vendôme. La cérémonie se déroula à Sceaux. Le Prince de Vendôme arriva le 14 mai. Un concert fut organisé dans l'appartement de Madame la Duchesse du Maine, avec des vers de Monsieur de Malezieu et de la musique d'un musicien du Duc du Maine. Le lendemain, le contrat de mariage fut signé en présence de l'Archevêque d'Aix et de l'Aumônier du Duc du Maine, suivi d'un dîner offert par le Duc du Maine et l'Archevêque. Le vendredi, un autre dîner et un concert eurent lieu. Monsieur de Canpistron, de l'Académie Française, composa un virielay célébrant l'union des deux cœurs. Le samedi, Monsieur de Vendôme se rendit à Versailles et revint coucher à Sceaux le dimanche.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
42
p. 145-202
PROCEZ D'UNE PETITE FILLE reclamée par deux meres.
Début :
Ce Procez se poursuit presentement à Lyon ; mais je prendray [...]
Mots clefs :
Femme, Joie, Mari, Mariage, Grossesse, Amour, Aventure, Bon bourgeois, Grimaces, Procès, Lyon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROCEZ D'UNE PETITE FILLE reclamée par deux meres.
PROCEZ
D'UNE PETITE FILLE
reclamée par deuxmeres.
Ce Procez sepoursuit
presentement à
Lyon ; mais je prendray
l'histoire de plus
loin, car on vient de
m'envoyer des Mémoires
secrets sur l'origine
de cette Avanture.
Ce sont les amours
d'un jeune Lyonnois
& d'une jeune Lyon.,-
noise. Je tairay le nom
de ces deux Amants;
l'histoire est pourtant
publique. Tout Lyon
les connoist
, toute la
Ville les nomme;je ne
les nommeray point ,
je veux estre plus difcret
qu'uneVille entiere.
Leurs noms de
1 galanterie
-
seront , si
vous voulez, Cleonte
& Angelique; & sans
rien changer au fond
de l'Avanture
,
je déguiseray
feulement les
noms, & les qualitez
des principauxActeurs.
Angelique & Cleonte
se rencontrerent par
hazard dans uneAssemblée.
Angelique fille
sage & modeste regarda
tant Cleonte dés la
premiere fois ,-que dés
la seconde ellen'osoit
plus le regarder; mais
C leonte moinstimide
fixasi tendrement ses
yeux sur elle qu'il en
devint passionnement
amoureux.
,-. SiAngeliqueestbrune
ou blonde,si Cleonte
a beaucoup d'esprit
: ous'ilenapeu je n'en
sçay rien. On ne m'a
pas fait le détail de
leurs perfections; mais
j'ay sçuqu'ilss'entr'aimerent
comme s'ils
eussentesté parfaits.
Cleonte trouva un
jour l'occasion de parleren
particulier à Angélique;
d'abord'illuy
fitune déclaration d'amour
à la françoise, &
sans s'amuserà luy apprendre
qu'il l'aimoit,
il commença par luy
jurer qu'il l'aimeroit
toute savie; mais Angelique
le conjura de
ne la point aimer,parce
que des raisons defamille
l'empescheroient
de pouvoir jamais estre
àluy.
Que je fuis malheureux
! s'écria Cleonte,
un Pere avare que j'ay
m'empeschera aussi
d'estre à vous. Ils se
conterent l'un à autre
toutes les raisons de samille
qui s'oppoloienç
à leurunion, & là dessus
ils resolurenttresprudemment
de ne se
plus voir. Angélique
s'en alloit, mais par un
excez de prudence elle
revint sur ses pas pour
défendre à Cleonte de
penjferjamais à elle,,
Ouy ,dit-elle
, pour
vostre repos je vous defends
de maimer. Que
vous estes cruelle! s'é.
cria Cleonte, de soup-.
çonner feulement que
je puisse vous obéir !
ah ! me défendre de
vous aimer c'est me
prouver que vous ne
m'aimez P"ueres.Enfui.
te il se plaignit de [on
malheur en des termes
si tendres, si passionnez
qu'Angelique en soupira,
& luy dit en
voulant fuir
,
he bien
Cleonte aimez moy
donc; mais jevous deffends
de me voir jamais.
Cleonte l'arreste,
se jette à ses genoux, se
desespere;vousaimer
sans vous voir , vous
voulez donc que je
meure. Helas! luy répond-
elle, (croyant
déja le voir mourant)
helas voyez-moy donc;
mais ne me parlez plus
de vostreamour.Autre
dcfefpoir : autres menaces
de mourir.He
bien (dit Angelique
toute troublée ) vous
me parlerez donc; mais
que personne n'en sçacherien
;car si j'y con*
sens,c'est dans fefpe*
rance qu'il arrivera
quelque changement
dans nos affaires.Il en
arrivera sans doute, reprit
Cleonte ; mon amour
m'enassure.~urf
Ils se quitterent dans
l'esperance de pouvoir
obtenir par leurs soins leconsentement de
leurs parents, &C se virent
plusieurs fois pour
se rendre compte des
facilitez qu'ils se fia-,
toient d'avoir trouvées.
Cependant les
obstacles estoient tousjours
lesmesmes; ilsne
diminuoient qu'à leurs
yeux; mais ils se 1es
diminuoient l'unà l'autreàmesure
que Ie.de-!
sir. de les surmonter
augmentent dans tous
les deux. En un mot
leur amour les aveugla
si fort qu'en peu de
jourstoutesles difficultez
di sparurent. Ils se
persuaderent fermement
que rien ne pouvoit
plus s'opposer à
leur Mariage, & qu'ils
n'avoientcontreeux
qu'un peu de temps à»
attendre. Ils remirent
donc lesformalitezà
ce temps- là;mais dés ce
mesme jour la foy de
Mariage fut donnéereciproquement.
UnAnneau
fut mis au doigt
de l'Epouse, & tous
deux convaincus que
lafoy mutuelle& l'anneau
nuptial suffisoient,
tous deux enfin
dans l'aveuglement &
dans la bonne foy s'imaginerent
estrsassez
mariez pour pouvoir
s'assurer qu'ilsl'estoient..
Le Pere de Cieonte
estoit pour lorsà Paris.
SonconsentementcC*
toit necessaire, & nos
Epouxestoient convenus
que c'estoit par la,
qu'il falloitcommencer.
AinsiCieonteresolut
de partir au plustost.
Les adieux furent:
plus tendres que tristes,
parce que Cleorite
estoit seur, disoit-il,
de rapporter le con fen^
tement de son pere. Il
ne quittoit Angélique
que pour aller saffurer
le bonheur de passer avec
elle le reste de la
vie. Il part enfin, 84
laisse Angelique fort
triste de son dépare,
mais tres - persuadée
que le mariage se confirmeroit
à ion retour.
Quelques semaines
secoulerent: Angéliqueentrela
tristesse &
l'esperance n'estoit pas
tant à plaindre qu'elle
le fut dans lafuite. Les
reflexions commencèrentà
la troubler:elle
envisage sa faute, elle
en a honte; maiselle
se flate quecette honte
seratousjours Ignoree, ,
ne sedoutant point jusques-
là
ques-là quelle portoit
dans son sein une preuve
qu'on ne peut tenir
cachée qu'env iron huit
ou neuf mois. Elle ne
connoissoitencore quune
partie du mal qu'-
elleaveit fait: ainsielle
n'en estoit qu'à demi
repentante. Ses regrets
estoient moderez par
un souvenir agréable ;
les regrets sinceres ne
luy vinrentqu'avec les
maux de coeur. ;
Imaginez-vous ses
allarmes & sa douleur;
joignez à cela l'absence
de san Amant : elle
n'en recevoit aucunes
nouvelles; elle se crut
oubliée, trahie, abandonnée.
A quis'en
plaindre? à qui se con- «
sier dans une situation
si cruelle?elle ne trouve
de sou lagement que
dans ses larmes. Laifsons-
la pleurer à loisir
pendantque nous parlerons
des autres personnes
qui ont part à
cette avanture.
Une femme debien,
avoit épousédepuis
quelques années un
bon Bourgeois fortcurieux
d'avoir lignée
,
& fort mal intentionné
pour ses heritiers
collateraux. Cette femme
que je nommeray
Donmene ,va fraire icy
un personnage tout Opt
posé à celuy d'Angelique,
Dorimene avoit le
malheur d'estre sterile,
& c'est ce qui la de[c!:
peroit, car cette sterilité
la faisoit presque,
haïr de son Mary. Le
bon. Bourgeois qui se
preparoit pour lors à
faire un long voyage,
estoit au desespoir de
partir sans sestre assuré
un ,
héritier. Un soir
qu'il rentroit chez luy
triste & rêveur, sa sens"
me qui avoit médité
tout le jour la maniéré
dont ellele recevroit,
attend le momentqu'il
rentre dans sachambre,
court, à luy comme
une femme transportée
de joye
y
se jette à son
col encriant d'unevoix
entrecoupée
,
bonne
nouvelle mon cherMary
! bonne nouve lle !
j'ay tant de joye que je
ne puis parler. Quelle
joye?dit le Mary,de
quoy s'agit-il?Elle, au
lieu de repondre
, recule
quelques pas comme
une femme qui
chancelle, & se laiflc
tomber sur un fauteüil
, en feignant de sévanouir.
Le bon homme
allarmé s'empresse à la
fairerevei-iirellerevient
un peu, le regain
de tendrement, & luy
dit d'une voix soible
ah mon cher maryî
voicy la troisiéme fois
que je m'évanouisdepuis
ce matin
,
& ce
font ces cvanoiiilïcments
qui j-ont ma
joye. Elle recommence
à lembrasser:nouvelle
joye; nouveaux transports.
Estes-vousfolle?
dit leMary Je vous le
repete répliquala femme
, ce sont ces éva- nouiflèments,& ces
maux decoeurqui me
charment, car ils confirment
les doutes que
j'aydepuis quelque
temps. Oïïy mon cher
Mary,jecroisqu'enfin
je suis en estat de vous
donner un gcag9e v0ivant de ma tendresseconjugale.
Ah Ciel! s'écrie
le
le bon Bourgeois3quoy
vous feriez enceinte ?
-cfc-ilpossible?Ellejure
qu'ellele croie. Il
-cmbra& à on tour cetle
qu'ilcroit fécondé;
il est plus charmé qu'-
elle ne seignait de l'estre.
Ce n'e st plus entr'eux
que"mnfports,
que larmes de joye
feintes & veritables.
En un mot depuis ce
moment jusqu'à son
dépare elle joua cette
alternative de joye Se
d'évanoüissement. Et
il partit convaincu qu'-
il trouveroit à Ion retour
Je fils aisné de plusieurs
autresqu'elle luy
promit en iuy disant
adieu.
Dés que leMary fut
parti, Dorimene ne
s'occupa plus que du
foin de paroistre grosse
aux yeux de ses voisiÎIGS
)
& de terminer
cette grossesse comme
si elle eust esté veritable.
Pourcela-ilfalloit
un Enfant d'emprunt;
il falloit confier son
dessein à quelqu'un qui
pust l'aider. Elle fut
trouve£r uneJSage-fem- me qui avoit été autrefois
sa Servante, femme
habile, inventive,
une intriguante enfin,
qui s'appelloit Nerine.
Aprésavoir promis
- une grosse recompense
à cette Nerine
,
Dorimene
luy dit en deux
mots que son dessein
estoit dedonner un fils
à son Mary.
Nerine pleine de ze- lecommenceà luy faire
l'éloge du plus dis-
* cret de tous les jeunes
Lyonnois qu'elle connoissoit.
Dorimenel'interrompt
avec coleré.
Estes-vous folle? ne
po. ,,>
me., connoissez * pas?Jevous - vous pas? Je vous ccoonnnnooiiss
de reste, dit Nerine ;
mais pour faire plaisir à
son Mary,une honneste
femme ne pourroitelle
pas Taisezvous
Nerine. Mais
comment faire donc
Madame ? Comment
faire? reprit Dorimen-
e, je vais vous expliquer
mon dessein,
Dorimene & Nerine
eurent ensemble une
conversation fort
longue. Pour conclure
en deux mots ,
qu'il
fcilloit chercher dansla
Villequelque femme
ou fillequi craignift autant
de paroistreMere
que Dorimene souhaitoit
de lcHre,afin qu'-
elle voulust bien luy
cederson droit de male
ternité.
rendant que nostre
intriguante va cher- ,
cher cet enfant de hazard
chez les plus jolies
personnes de la
Ville,quoyquecela se
trouve aussi chez les
plus laides, Dorimene
commence à joüer toutes
les affectations &
les grimaces d'une premiere
grossesse. Propose-
t-on à Dorimene
une Promenade , elle
l'accepteroit, dit-elle ;
mais la difficulté c'est
la voiture. Le Carosse
la blesserois ; la Chaise
à Porteurs luy souleve
lecoeur; elleapeuren
Batteau ; à pied on fait
des faux pas, le plus
leurest de rester chez
elle; mais elle craint
d'y donner à joüer. Les
grimaces & les contorfions
des Joüeurs luy
sont horreur;elle ne
veut voir que des femmes
gracieuses &C de
beaux hommes. Point
de Spectacles, surtout
I ni Comed ies niOperai,
elle accoucheroit d'un
Neptune ou d'un Arlel.
quin. Elle se reduit
donc au plaisir de la
bonne chere ; elle s'y
dédommagé en se jettant
sur les plus friands
morceaux. Elle les arrache
à ses voisins de
Table: tout permis,
dit-elle,c'est une envie
de femme grosse ; elle
veut mangerde tout ce
qu'elle voit, & dire
tout ce qui luy vient
en pensée,jusqu'à des
médisances, de crainte
que son Enfantn'en
foit marqué.
Parmy toutes ces
feintes, elle n'oublie
pas la principale; il
sautfigurerpar laceinture.
Elle applique
fous un large Corcet
un Coussinet de satinbien
matclasséferriblable
à ceux dont les femmes
maigresse font des
hanches majestueuses.
Dorimene s'en garnit,
& prend foin d'augmenterdemoisenmois
cette grossesse de cotton.
En un mot ,
elle
joüe son rolle si naturellement
que les plus
sins y sont trompez.,
Retournons à la pauvre
Angélique qu_i- prend a*utant de peine,<,
àcacher les défauts de
1 la taille, que celle-cy.
etnipreendnpounr gaester.la
Angélique estoit ro.
peu prés sur son septicme
mois lorsqu'elle sucj
contrainte par une mere
imperieuses qu'elle^
avoit dalleravecelle,
misiter une voisine,&
cette voisine effoit
stement Dorimene.
Cette Mere dd''AAnnggecil'il--
que estoit scrupuleuse
sur Je cérémonial des
visites. Elle '- en devoit
,
une à Dorimene;elle
veut absolument que
[1. fille l'accompagne
dans ce devoir indis-
I pensable. Angelique obéït,&
les voilà chez
I Dorimeneoù plusieurs
autres voisines scitoientassemblées.
;:;.
Angelique souffre 8c
gémit de se voir emprisonnée
dans un habit
serieux ; son corps
la ferre cruellement
quoyqu'il foit lassé
.bien lasche.Ellesetient
droite & se guinde en
hauteur pour tenir
gmoines deuplaceren.lar- Dorimene au coiw
traire estale la grossesse
avec ostentation, bien
à son aise, sans ceinture,
sa Robbe ouverte
à deux battans , appuyant
nonchalemment
ses deux bras
croisez sur l'honorable
fardeau dont chacun
la selicite. Quel crevercoeur
pour Angelique!
quel contraste ! Helas!
dit-elleenellemesme,
que cette femme effc
.t.Jcureu!e de pouvoir
ainsi fairegloire de ce
qui fera ma honte
,
si
l'on s'en apperçoit.
La Sage-femme eCtoit
pour lors dans la
chambre de Dorimene
qui affeotoit de la tenir
prés d'elle depeurd'accident.
Dés qu'Angeliqueavoit
paru cette
rusée avoit remarque
sa taille renforcée &
contrainte
,
sa démarche
che pesante&embarxaffée;
il n'en falloitpas
davantage pour donner
des soupçons à une
connoisseuse. Elle observe
de plus unvisage
affligé & maigri dont
les traitss'a longent. -
Angélique s'apperçoit
qu'on l'examine;elle
est troublée
,
il n'enfaut
pas davantage
pour mettre Nerineau
fait. Cette intriguante
s'approche de Dorimene,
& luydit à l'oreille
: voilà une fille qui
a bien la mine d'avoir
de trop de ce qui
vous manque.
Angeliqua la voyant
parler bas ne douta
plus du jugement
qu'on faisoit d'elle, 8c
pour surcroist de malheur
quelqu'un s'avisa
de dire à Dorimene
qu'elle cfkoit en de boa*
nes mains davoir Nerine
pour Sage-femme.
Au mot de Sage - femme
Angelique paslit
comme un Criminel
qui voit son Juge. La
Mere crut quelle se
trouvoit mal. Nerine
officieuse courut la secourir
par avance, &
c'est ce qui acheva de
lu troubler. Dés que la
Sage-femme a mis la
main sur elle se croit à
terme; lapeurlasaisit;
- elle tombe en foiblesse.
Onla porte sur un lit}-
dans une chambre voisineoù
fous prétexte de
la laisser rcpofcr
,
sa
Mere& lesautres femmes
qui avoientaidé à
la faire revenir de sa
foiblesse, la laisserent
feuleavec Nerine.
Ce fut là le premici:
moment de bonheur
pour Angéliquedepuis
le départde sonAmant,
car Nerine, aprés toutes
les façons que vous
pouvez vous imaginer,
luy fit tout avoüer,
devint sa Confidente ,
& luy promit de la ri.
rer d'affaire sans que sa
Mere mesme puft s'en
appercevoir. En effet,
depuis ce jour-là Ntri,
ne & Angélique prirent
secretement des
mesures.Angélique avoit
une Tante qu'elle
aimoitfort;elle resolut
de luy confier son secret.
Cette Tante avoit
une Maison de Campagne
fort prés de la
Ville. Àinsï quand Nerine
jugea qu'il estoit
temps, la Tante obtint
de la Mere que sa filfe"
iroit passer quelques
jours avec elle à la campagne.
-
Ce fut là qu'Angelique,
parle lecours de
Nerine, se debarassa de
ce qui pouvoit nuire a
sa réputation. Elle retourna
bientost aprés à
la Ville où elle parut
plusbelle, plus fraische,
& plus fille que
jamais.
--
Voicy où comment
cele sujet du Procez.
LaTante& laNièce,
à la sollicitation de Ne- Il-le, conv inrent qu-):-
elle se chargeroit de
l'Enfant qu'elle pro-
~,
mitparunBilletdereprefencerroutes
les fois
que l'amour maternel
d'Angelique la presseroit
de voir en secret
cette petite fille, car
c'eneftoitune, 6L qui
ressembloit parfaitement
à saMere.
Nerine part avec la
petite fille, & court
d'abord chez Dorimene
nequi n'attendoit que
l'heure d'accoucher de
l'Enfant d'Angelique.
Elle s'estoit mise depuis
quelques jours au
lit, oùplusieurs voisiries
la venoient voir.
Les témoins luy efc
toient necessaires afin
qu'on ne pust dans la
fuite luy chicaner la
proprieté de l'Enfant
qui alloit paroistre. Il
falloit donc que ces
voilines vissent & ne
vissent pas; c'e st ce qui
l'embarassoit; car elles
estoient trop curieuses
& trop empressées à la
secourir. Ilestoitdifficile
d'éluder leurs curiositez
ind iscretes.
D'un autre côté Nerineestoitarrivée
avec
l'Enfant parune petite
ruë destournée oùdonnoit
un Jardin de la
maison.Ellegagnapar
un degré dérobe une
Garderobeoù ellelaissa
l'Enfant. Cette Garderobe
donnoit dans la
ruelle du lit de Dorimene
; Nerine entra
seule dans la chambre a donnalesignal.Ausc?
si-tost Dorimene pria
lesvoisines delalaisser
reposer.Elless'éloignèrenttoutesjusqu'à
l'autre
bout de la chambre
,
& bien ditDorimene
impatiente, a
-
quoy en sommes nous.
Tout va bien répond
tout bas Nerine;nous
avons tiré d'affaire nostre
pauvre fille enceinte,
& je vais vous faire
acoucher de l'Enfant
de cette fille-là.
Pendant qu'elles parloient
bas de la maniere
dont elles alloient
joüerdes gobelets l'Enfant
quis'ennuyoitseul
dans la Garderobese
mità crier comme un
Enfant déjà né; lesvoisines
entendirent ces
cris, prématurez
,
6c
tout estoit perdu si Dorimene
n'eu a eu la prefence
d'esprit de couvrir
les cris de l'Enfant
par les siens.Nerine
crioitaussi
, courage,
Madame, courage, &
cela fit un chorus pareil
à celuy que firent
jadis les Corybantespour
cacher àSaturne
les cris du jeuneJupi- ter.
Dans ce moment
Nerine escamota siadroitement
l'Enfant,
que l'ayant glissé sur le
bord du lit, elle l'en
tira comme s'ilfustvenu
de plus loin,& le fit
voir à ces connoisseuses
qui s'estoient avancées.
Elles admirerent sa
beauté, le trouvant
pourtant un peu trop
fort pour sonâge. Nerine
leur figne que la
malade avoit un grand
mal de teste.Elles sortirent
doucement sur
la pointe du pied en
attendant le Baptesme
qui se fit le lendemain
soletnnel lement.
Voila un Enfant
bienvrayemblablement
establidans lafamille
deDorimene.Il y
fut élevépendantquel:
que temps sans qu'Angelique
sceutque c'efroit
le sien. On ne m'a
point dit comment eJ-*
Je en fut in struite;mais
faites attention icy à
ia circonstance la plus
eftonnante de toute
l'histoire. Vous avez
veu la timide Angelique
cacher en tremblant
les fuites de son
mariagesecret, &C on
la voit à present reclamer
publiquement le
témoin de sa faute. Ellenecraint
plus de publier
sa honte: cechangement
neparoist pas
vraysemblable ; c'est
cependant un fait public
, dC qui, comme
j'ay dit, fait à present à
Lion lesujet d'un
grandProcez. L'Avocat
dit que l'amour, matemelseul
la déterminéeàfaireuntel
éclat;
maiselle a eu des raisons
particulières que
je ne puis encore reveler
au public, quand le
Procez sera jugé
,
il
me fera permis dedire
ce que je sçai de ce dé..
nouement,quinerouleencoreà
Lyon, que
sur ladéclaration de la
Sâge- femme.
D'UNE PETITE FILLE
reclamée par deuxmeres.
Ce Procez sepoursuit
presentement à
Lyon ; mais je prendray
l'histoire de plus
loin, car on vient de
m'envoyer des Mémoires
secrets sur l'origine
de cette Avanture.
Ce sont les amours
d'un jeune Lyonnois
& d'une jeune Lyon.,-
noise. Je tairay le nom
de ces deux Amants;
l'histoire est pourtant
publique. Tout Lyon
les connoist
, toute la
Ville les nomme;je ne
les nommeray point ,
je veux estre plus difcret
qu'uneVille entiere.
Leurs noms de
1 galanterie
-
seront , si
vous voulez, Cleonte
& Angelique; & sans
rien changer au fond
de l'Avanture
,
je déguiseray
feulement les
noms, & les qualitez
des principauxActeurs.
Angelique & Cleonte
se rencontrerent par
hazard dans uneAssemblée.
Angelique fille
sage & modeste regarda
tant Cleonte dés la
premiere fois ,-que dés
la seconde ellen'osoit
plus le regarder; mais
C leonte moinstimide
fixasi tendrement ses
yeux sur elle qu'il en
devint passionnement
amoureux.
,-. SiAngeliqueestbrune
ou blonde,si Cleonte
a beaucoup d'esprit
: ous'ilenapeu je n'en
sçay rien. On ne m'a
pas fait le détail de
leurs perfections; mais
j'ay sçuqu'ilss'entr'aimerent
comme s'ils
eussentesté parfaits.
Cleonte trouva un
jour l'occasion de parleren
particulier à Angélique;
d'abord'illuy
fitune déclaration d'amour
à la françoise, &
sans s'amuserà luy apprendre
qu'il l'aimoit,
il commença par luy
jurer qu'il l'aimeroit
toute savie; mais Angelique
le conjura de
ne la point aimer,parce
que des raisons defamille
l'empescheroient
de pouvoir jamais estre
àluy.
Que je fuis malheureux
! s'écria Cleonte,
un Pere avare que j'ay
m'empeschera aussi
d'estre à vous. Ils se
conterent l'un à autre
toutes les raisons de samille
qui s'oppoloienç
à leurunion, & là dessus
ils resolurenttresprudemment
de ne se
plus voir. Angélique
s'en alloit, mais par un
excez de prudence elle
revint sur ses pas pour
défendre à Cleonte de
penjferjamais à elle,,
Ouy ,dit-elle
, pour
vostre repos je vous defends
de maimer. Que
vous estes cruelle! s'é.
cria Cleonte, de soup-.
çonner feulement que
je puisse vous obéir !
ah ! me défendre de
vous aimer c'est me
prouver que vous ne
m'aimez P"ueres.Enfui.
te il se plaignit de [on
malheur en des termes
si tendres, si passionnez
qu'Angelique en soupira,
& luy dit en
voulant fuir
,
he bien
Cleonte aimez moy
donc; mais jevous deffends
de me voir jamais.
Cleonte l'arreste,
se jette à ses genoux, se
desespere;vousaimer
sans vous voir , vous
voulez donc que je
meure. Helas! luy répond-
elle, (croyant
déja le voir mourant)
helas voyez-moy donc;
mais ne me parlez plus
de vostreamour.Autre
dcfefpoir : autres menaces
de mourir.He
bien (dit Angelique
toute troublée ) vous
me parlerez donc; mais
que personne n'en sçacherien
;car si j'y con*
sens,c'est dans fefpe*
rance qu'il arrivera
quelque changement
dans nos affaires.Il en
arrivera sans doute, reprit
Cleonte ; mon amour
m'enassure.~urf
Ils se quitterent dans
l'esperance de pouvoir
obtenir par leurs soins leconsentement de
leurs parents, &C se virent
plusieurs fois pour
se rendre compte des
facilitez qu'ils se fia-,
toient d'avoir trouvées.
Cependant les
obstacles estoient tousjours
lesmesmes; ilsne
diminuoient qu'à leurs
yeux; mais ils se 1es
diminuoient l'unà l'autreàmesure
que Ie.de-!
sir. de les surmonter
augmentent dans tous
les deux. En un mot
leur amour les aveugla
si fort qu'en peu de
jourstoutesles difficultez
di sparurent. Ils se
persuaderent fermement
que rien ne pouvoit
plus s'opposer à
leur Mariage, & qu'ils
n'avoientcontreeux
qu'un peu de temps à»
attendre. Ils remirent
donc lesformalitezà
ce temps- là;mais dés ce
mesme jour la foy de
Mariage fut donnéereciproquement.
UnAnneau
fut mis au doigt
de l'Epouse, & tous
deux convaincus que
lafoy mutuelle& l'anneau
nuptial suffisoient,
tous deux enfin
dans l'aveuglement &
dans la bonne foy s'imaginerent
estrsassez
mariez pour pouvoir
s'assurer qu'ilsl'estoient..
Le Pere de Cieonte
estoit pour lorsà Paris.
SonconsentementcC*
toit necessaire, & nos
Epouxestoient convenus
que c'estoit par la,
qu'il falloitcommencer.
AinsiCieonteresolut
de partir au plustost.
Les adieux furent:
plus tendres que tristes,
parce que Cleorite
estoit seur, disoit-il,
de rapporter le con fen^
tement de son pere. Il
ne quittoit Angélique
que pour aller saffurer
le bonheur de passer avec
elle le reste de la
vie. Il part enfin, 84
laisse Angelique fort
triste de son dépare,
mais tres - persuadée
que le mariage se confirmeroit
à ion retour.
Quelques semaines
secoulerent: Angéliqueentrela
tristesse &
l'esperance n'estoit pas
tant à plaindre qu'elle
le fut dans lafuite. Les
reflexions commencèrentà
la troubler:elle
envisage sa faute, elle
en a honte; maiselle
se flate quecette honte
seratousjours Ignoree, ,
ne sedoutant point jusques-
là
ques-là quelle portoit
dans son sein une preuve
qu'on ne peut tenir
cachée qu'env iron huit
ou neuf mois. Elle ne
connoissoitencore quune
partie du mal qu'-
elleaveit fait: ainsielle
n'en estoit qu'à demi
repentante. Ses regrets
estoient moderez par
un souvenir agréable ;
les regrets sinceres ne
luy vinrentqu'avec les
maux de coeur. ;
Imaginez-vous ses
allarmes & sa douleur;
joignez à cela l'absence
de san Amant : elle
n'en recevoit aucunes
nouvelles; elle se crut
oubliée, trahie, abandonnée.
A quis'en
plaindre? à qui se con- «
sier dans une situation
si cruelle?elle ne trouve
de sou lagement que
dans ses larmes. Laifsons-
la pleurer à loisir
pendantque nous parlerons
des autres personnes
qui ont part à
cette avanture.
Une femme debien,
avoit épousédepuis
quelques années un
bon Bourgeois fortcurieux
d'avoir lignée
,
& fort mal intentionné
pour ses heritiers
collateraux. Cette femme
que je nommeray
Donmene ,va fraire icy
un personnage tout Opt
posé à celuy d'Angelique,
Dorimene avoit le
malheur d'estre sterile,
& c'est ce qui la de[c!:
peroit, car cette sterilité
la faisoit presque,
haïr de son Mary. Le
bon. Bourgeois qui se
preparoit pour lors à
faire un long voyage,
estoit au desespoir de
partir sans sestre assuré
un ,
héritier. Un soir
qu'il rentroit chez luy
triste & rêveur, sa sens"
me qui avoit médité
tout le jour la maniéré
dont ellele recevroit,
attend le momentqu'il
rentre dans sachambre,
court, à luy comme
une femme transportée
de joye
y
se jette à son
col encriant d'unevoix
entrecoupée
,
bonne
nouvelle mon cherMary
! bonne nouve lle !
j'ay tant de joye que je
ne puis parler. Quelle
joye?dit le Mary,de
quoy s'agit-il?Elle, au
lieu de repondre
, recule
quelques pas comme
une femme qui
chancelle, & se laiflc
tomber sur un fauteüil
, en feignant de sévanouir.
Le bon homme
allarmé s'empresse à la
fairerevei-iirellerevient
un peu, le regain
de tendrement, & luy
dit d'une voix soible
ah mon cher maryî
voicy la troisiéme fois
que je m'évanouisdepuis
ce matin
,
& ce
font ces cvanoiiilïcments
qui j-ont ma
joye. Elle recommence
à lembrasser:nouvelle
joye; nouveaux transports.
Estes-vousfolle?
dit leMary Je vous le
repete répliquala femme
, ce sont ces éva- nouiflèments,& ces
maux decoeurqui me
charment, car ils confirment
les doutes que
j'aydepuis quelque
temps. Oïïy mon cher
Mary,jecroisqu'enfin
je suis en estat de vous
donner un gcag9e v0ivant de ma tendresseconjugale.
Ah Ciel! s'écrie
le
le bon Bourgeois3quoy
vous feriez enceinte ?
-cfc-ilpossible?Ellejure
qu'ellele croie. Il
-cmbra& à on tour cetle
qu'ilcroit fécondé;
il est plus charmé qu'-
elle ne seignait de l'estre.
Ce n'e st plus entr'eux
que"mnfports,
que larmes de joye
feintes & veritables.
En un mot depuis ce
moment jusqu'à son
dépare elle joua cette
alternative de joye Se
d'évanoüissement. Et
il partit convaincu qu'-
il trouveroit à Ion retour
Je fils aisné de plusieurs
autresqu'elle luy
promit en iuy disant
adieu.
Dés que leMary fut
parti, Dorimene ne
s'occupa plus que du
foin de paroistre grosse
aux yeux de ses voisiÎIGS
)
& de terminer
cette grossesse comme
si elle eust esté veritable.
Pourcela-ilfalloit
un Enfant d'emprunt;
il falloit confier son
dessein à quelqu'un qui
pust l'aider. Elle fut
trouve£r uneJSage-fem- me qui avoit été autrefois
sa Servante, femme
habile, inventive,
une intriguante enfin,
qui s'appelloit Nerine.
Aprésavoir promis
- une grosse recompense
à cette Nerine
,
Dorimene
luy dit en deux
mots que son dessein
estoit dedonner un fils
à son Mary.
Nerine pleine de ze- lecommenceà luy faire
l'éloge du plus dis-
* cret de tous les jeunes
Lyonnois qu'elle connoissoit.
Dorimenel'interrompt
avec coleré.
Estes-vous folle? ne
po. ,,>
me., connoissez * pas?Jevous - vous pas? Je vous ccoonnnnooiiss
de reste, dit Nerine ;
mais pour faire plaisir à
son Mary,une honneste
femme ne pourroitelle
pas Taisezvous
Nerine. Mais
comment faire donc
Madame ? Comment
faire? reprit Dorimen-
e, je vais vous expliquer
mon dessein,
Dorimene & Nerine
eurent ensemble une
conversation fort
longue. Pour conclure
en deux mots ,
qu'il
fcilloit chercher dansla
Villequelque femme
ou fillequi craignift autant
de paroistreMere
que Dorimene souhaitoit
de lcHre,afin qu'-
elle voulust bien luy
cederson droit de male
ternité.
rendant que nostre
intriguante va cher- ,
cher cet enfant de hazard
chez les plus jolies
personnes de la
Ville,quoyquecela se
trouve aussi chez les
plus laides, Dorimene
commence à joüer toutes
les affectations &
les grimaces d'une premiere
grossesse. Propose-
t-on à Dorimene
une Promenade , elle
l'accepteroit, dit-elle ;
mais la difficulté c'est
la voiture. Le Carosse
la blesserois ; la Chaise
à Porteurs luy souleve
lecoeur; elleapeuren
Batteau ; à pied on fait
des faux pas, le plus
leurest de rester chez
elle; mais elle craint
d'y donner à joüer. Les
grimaces & les contorfions
des Joüeurs luy
sont horreur;elle ne
veut voir que des femmes
gracieuses &C de
beaux hommes. Point
de Spectacles, surtout
I ni Comed ies niOperai,
elle accoucheroit d'un
Neptune ou d'un Arlel.
quin. Elle se reduit
donc au plaisir de la
bonne chere ; elle s'y
dédommagé en se jettant
sur les plus friands
morceaux. Elle les arrache
à ses voisins de
Table: tout permis,
dit-elle,c'est une envie
de femme grosse ; elle
veut mangerde tout ce
qu'elle voit, & dire
tout ce qui luy vient
en pensée,jusqu'à des
médisances, de crainte
que son Enfantn'en
foit marqué.
Parmy toutes ces
feintes, elle n'oublie
pas la principale; il
sautfigurerpar laceinture.
Elle applique
fous un large Corcet
un Coussinet de satinbien
matclasséferriblable
à ceux dont les femmes
maigresse font des
hanches majestueuses.
Dorimene s'en garnit,
& prend foin d'augmenterdemoisenmois
cette grossesse de cotton.
En un mot ,
elle
joüe son rolle si naturellement
que les plus
sins y sont trompez.,
Retournons à la pauvre
Angélique qu_i- prend a*utant de peine,<,
àcacher les défauts de
1 la taille, que celle-cy.
etnipreendnpounr gaester.la
Angélique estoit ro.
peu prés sur son septicme
mois lorsqu'elle sucj
contrainte par une mere
imperieuses qu'elle^
avoit dalleravecelle,
misiter une voisine,&
cette voisine effoit
stement Dorimene.
Cette Mere dd''AAnnggecil'il--
que estoit scrupuleuse
sur Je cérémonial des
visites. Elle '- en devoit
,
une à Dorimene;elle
veut absolument que
[1. fille l'accompagne
dans ce devoir indis-
I pensable. Angelique obéït,&
les voilà chez
I Dorimeneoù plusieurs
autres voisines scitoientassemblées.
;:;.
Angelique souffre 8c
gémit de se voir emprisonnée
dans un habit
serieux ; son corps
la ferre cruellement
quoyqu'il foit lassé
.bien lasche.Ellesetient
droite & se guinde en
hauteur pour tenir
gmoines deuplaceren.lar- Dorimene au coiw
traire estale la grossesse
avec ostentation, bien
à son aise, sans ceinture,
sa Robbe ouverte
à deux battans , appuyant
nonchalemment
ses deux bras
croisez sur l'honorable
fardeau dont chacun
la selicite. Quel crevercoeur
pour Angelique!
quel contraste ! Helas!
dit-elleenellemesme,
que cette femme effc
.t.Jcureu!e de pouvoir
ainsi fairegloire de ce
qui fera ma honte
,
si
l'on s'en apperçoit.
La Sage-femme eCtoit
pour lors dans la
chambre de Dorimene
qui affeotoit de la tenir
prés d'elle depeurd'accident.
Dés qu'Angeliqueavoit
paru cette
rusée avoit remarque
sa taille renforcée &
contrainte
,
sa démarche
che pesante&embarxaffée;
il n'en falloitpas
davantage pour donner
des soupçons à une
connoisseuse. Elle observe
de plus unvisage
affligé & maigri dont
les traitss'a longent. -
Angélique s'apperçoit
qu'on l'examine;elle
est troublée
,
il n'enfaut
pas davantage
pour mettre Nerineau
fait. Cette intriguante
s'approche de Dorimene,
& luydit à l'oreille
: voilà une fille qui
a bien la mine d'avoir
de trop de ce qui
vous manque.
Angeliqua la voyant
parler bas ne douta
plus du jugement
qu'on faisoit d'elle, 8c
pour surcroist de malheur
quelqu'un s'avisa
de dire à Dorimene
qu'elle cfkoit en de boa*
nes mains davoir Nerine
pour Sage-femme.
Au mot de Sage - femme
Angelique paslit
comme un Criminel
qui voit son Juge. La
Mere crut quelle se
trouvoit mal. Nerine
officieuse courut la secourir
par avance, &
c'est ce qui acheva de
lu troubler. Dés que la
Sage-femme a mis la
main sur elle se croit à
terme; lapeurlasaisit;
- elle tombe en foiblesse.
Onla porte sur un lit}-
dans une chambre voisineoù
fous prétexte de
la laisser rcpofcr
,
sa
Mere& lesautres femmes
qui avoientaidé à
la faire revenir de sa
foiblesse, la laisserent
feuleavec Nerine.
Ce fut là le premici:
moment de bonheur
pour Angéliquedepuis
le départde sonAmant,
car Nerine, aprés toutes
les façons que vous
pouvez vous imaginer,
luy fit tout avoüer,
devint sa Confidente ,
& luy promit de la ri.
rer d'affaire sans que sa
Mere mesme puft s'en
appercevoir. En effet,
depuis ce jour-là Ntri,
ne & Angélique prirent
secretement des
mesures.Angélique avoit
une Tante qu'elle
aimoitfort;elle resolut
de luy confier son secret.
Cette Tante avoit
une Maison de Campagne
fort prés de la
Ville. Àinsï quand Nerine
jugea qu'il estoit
temps, la Tante obtint
de la Mere que sa filfe"
iroit passer quelques
jours avec elle à la campagne.
-
Ce fut là qu'Angelique,
parle lecours de
Nerine, se debarassa de
ce qui pouvoit nuire a
sa réputation. Elle retourna
bientost aprés à
la Ville où elle parut
plusbelle, plus fraische,
& plus fille que
jamais.
--
Voicy où comment
cele sujet du Procez.
LaTante& laNièce,
à la sollicitation de Ne- Il-le, conv inrent qu-):-
elle se chargeroit de
l'Enfant qu'elle pro-
~,
mitparunBilletdereprefencerroutes
les fois
que l'amour maternel
d'Angelique la presseroit
de voir en secret
cette petite fille, car
c'eneftoitune, 6L qui
ressembloit parfaitement
à saMere.
Nerine part avec la
petite fille, & court
d'abord chez Dorimene
nequi n'attendoit que
l'heure d'accoucher de
l'Enfant d'Angelique.
Elle s'estoit mise depuis
quelques jours au
lit, oùplusieurs voisiries
la venoient voir.
Les témoins luy efc
toient necessaires afin
qu'on ne pust dans la
fuite luy chicaner la
proprieté de l'Enfant
qui alloit paroistre. Il
falloit donc que ces
voilines vissent & ne
vissent pas; c'e st ce qui
l'embarassoit; car elles
estoient trop curieuses
& trop empressées à la
secourir. Ilestoitdifficile
d'éluder leurs curiositez
ind iscretes.
D'un autre côté Nerineestoitarrivée
avec
l'Enfant parune petite
ruë destournée oùdonnoit
un Jardin de la
maison.Ellegagnapar
un degré dérobe une
Garderobeoù ellelaissa
l'Enfant. Cette Garderobe
donnoit dans la
ruelle du lit de Dorimene
; Nerine entra
seule dans la chambre a donnalesignal.Ausc?
si-tost Dorimene pria
lesvoisines delalaisser
reposer.Elless'éloignèrenttoutesjusqu'à
l'autre
bout de la chambre
,
& bien ditDorimene
impatiente, a
-
quoy en sommes nous.
Tout va bien répond
tout bas Nerine;nous
avons tiré d'affaire nostre
pauvre fille enceinte,
& je vais vous faire
acoucher de l'Enfant
de cette fille-là.
Pendant qu'elles parloient
bas de la maniere
dont elles alloient
joüerdes gobelets l'Enfant
quis'ennuyoitseul
dans la Garderobese
mità crier comme un
Enfant déjà né; lesvoisines
entendirent ces
cris, prématurez
,
6c
tout estoit perdu si Dorimene
n'eu a eu la prefence
d'esprit de couvrir
les cris de l'Enfant
par les siens.Nerine
crioitaussi
, courage,
Madame, courage, &
cela fit un chorus pareil
à celuy que firent
jadis les Corybantespour
cacher àSaturne
les cris du jeuneJupi- ter.
Dans ce moment
Nerine escamota siadroitement
l'Enfant,
que l'ayant glissé sur le
bord du lit, elle l'en
tira comme s'ilfustvenu
de plus loin,& le fit
voir à ces connoisseuses
qui s'estoient avancées.
Elles admirerent sa
beauté, le trouvant
pourtant un peu trop
fort pour sonâge. Nerine
leur figne que la
malade avoit un grand
mal de teste.Elles sortirent
doucement sur
la pointe du pied en
attendant le Baptesme
qui se fit le lendemain
soletnnel lement.
Voila un Enfant
bienvrayemblablement
establidans lafamille
deDorimene.Il y
fut élevépendantquel:
que temps sans qu'Angelique
sceutque c'efroit
le sien. On ne m'a
point dit comment eJ-*
Je en fut in struite;mais
faites attention icy à
ia circonstance la plus
eftonnante de toute
l'histoire. Vous avez
veu la timide Angelique
cacher en tremblant
les fuites de son
mariagesecret, &C on
la voit à present reclamer
publiquement le
témoin de sa faute. Ellenecraint
plus de publier
sa honte: cechangement
neparoist pas
vraysemblable ; c'est
cependant un fait public
, dC qui, comme
j'ay dit, fait à present à
Lion lesujet d'un
grandProcez. L'Avocat
dit que l'amour, matemelseul
la déterminéeàfaireuntel
éclat;
maiselle a eu des raisons
particulières que
je ne puis encore reveler
au public, quand le
Procez sera jugé
,
il
me fera permis dedire
ce que je sçai de ce dé..
nouement,quinerouleencoreà
Lyon, que
sur ladéclaration de la
Sâge- femme.
Fermer
Résumé : PROCEZ D'UNE PETITE FILLE reclamée par deux meres.
Le texte relate une histoire complexe impliquant plusieurs personnages à Lyon. L'intrigue commence par une jeune fille, Angélique, qui est réclamée par deux mères lors d'un procès. Angélique et Cleonte, deux jeunes Lyonnais, tombent amoureux malgré les obstacles familiaux. Ils échangent des anneaux et se considèrent mariés, attendant le consentement de leurs parents. Cleonte part à Paris pour obtenir l'accord de son père. Pendant son absence, Angélique, enceinte, est tourmentée par la honte et l'absence de nouvelles de Cleonte, se croyant trahie et abandonnée. Parallèlement, Dorimene, une femme stérile, simule une grossesse pour satisfaire son mari. Elle cherche une femme ou une fille enceinte pour adopter son enfant. Nerine, une sage-femme, remarque Angélique chez Dorimene et suspecte sa grossesse. Cette découverte conduit au procès où deux mères réclament la jeune fille. L'histoire se poursuit avec Angélique, enceinte de son amant secret, perturbée par l'annonce de la venue d'une sage-femme. Nerine, une servante, devient la confidente d'Angélique et l'aide à cacher sa grossesse. Elles élaborent un plan avec la tante d'Angélique, qui possède une maison de campagne où Angélique accouche en secret. Nerine emmène ensuite l'enfant chez Dorimene, qui est sur le point d'accoucher publiquement pour dissimuler la véritable identité de l'enfant. Nerine introduit l'enfant dans la chambre de Dorimene de manière discrète, malgré la curiosité des voisines. Dorimene et Nerine parviennent à tromper les voisines en faisant croire que l'enfant est le sien. L'enfant est élevé dans la famille de Dorimene sans qu'Angélique en soit informée pendant un certain temps. Plus tard, Angélique décide de révéler publiquement sa maternité, ce qui conduit à un procès à Lyon. L'avocat d'Angélique invoque l'amour maternel comme motif de cette révélation, mais des raisons particulières, non encore divulguées, expliquent ce changement de comportement. Le dénouement de l'histoire reste en suspens, dépendant de la déclaration de la sage-femme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
43
p. 217-xi
AVANTURE du Carnaval dernier.
Début :
Plusieurs personnes d'une mesme famille s'estoient assemblées pour [...]
Mots clefs :
Amour, Amant, Carnaval, Cavalier, Mariage, Fidélité, Infidélité, Mère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE du Carnaval dernier.
AVANTURE
du Carnaval dernier.
Plufieurs
perfonnes
d'une mefme famille s'eftoient
affemblées pour
parler d'un mariage : la
fille dont il s'agilloit y
vint avec fa mere ; elle
eftoit habillée fort negligemment,
& cependant
elle fçavoit que le Cavalier
à qui on la deſtinoit
devoit venir fouper auffi
Fevrier 1711.
T
218 MERCURE
dans cette maiſon . On
s'eftonna de ce qu'elle ne
s'eftoit point parée , elle
dit pour les raifons qu'el
le s'eftoit rencontrée la
veille par hazard dans
une compagnie , ou cẹ
Cavalier n'avoit fait nulle
attention fur elle , &
elle qu'apparemment
n'eftoit point faite de ma
niere à luy donner de l'amour
, qu'elle taſcheroit
du moins de fe faire efti
mer de luy par fa modeCALANT.
219
ftie. On ne trouva pas
fa raifon autrement
bonne,
mais elle en avoitune
meilleure
qu'elle ne di
foit pas ; c'eftoit la perfonne
du monde qui
avoit le plus d'efprit &
de raifon , comme vous
le verrez dans la fuite,
Le Cavalier qu'on attendoit
, arriva ; c'eſtoit
un jeune homme trésaimable,
mais d'unefranchife
outrée. Il difoit tout
ce qu'il penfoit , mais il
Tij
210 MERCURE
ne difoit rien de mal à
propos , car il eſtoit tresgalant
homme , & avoit
beaucoup d'efprit, La
premiere chofe qu'il fit
en entrant ce fut de s'adreffer
à la mere , & de
luy dire qu'il venoit de
fon logis pour luy rendre
fes devoirs ; qu'il
n'avoit appris que lematin
le mariage où fon
pere vouloit l'engager.
Si j'avois fçu hier , ditil
, en faluant la fille
GALANT. 22zz I
que vous eftiez celle avec
qui je dois paffer ma
T
vie, je vouseufle prié de
me dire franchement ,
fi dans un mariage
que nos parents font
fimplement par intereſt
de famille , vous obéiffez
aufli volontiers à
voftre mere , que j'obeïs
à mon pere ; car fi cette
alliance vous faifoit la
- moindre peine , rien ne
pourroit m'y contraindre
; il faut parler fran-
T
iij
222 MERCURE
chement dans ces occa
fions. La mere prit aufſitoft
la parole , & protefta
au Cavalier que fa
fille luy obéiffoit de trésbon
coeur.Mais Mr continua-
t'elle , en le tirant
en particulier , je vous
prie deme dire avec votre
fincerité naturelle, fi
ma fille eft de voſtre
gouft . Je vois qu'on fert
le fouper , dit- il tout
haut , je m'expliqueray
au fruit , mettons- nous
GALANT. 223
&
ne
a table. On s'y mit , &
pendant tout le repas on
ne parla que de la fingularité
d'un mariage fi
brufquement réfolu La
fille ne difoit mot ,
regardoit que rarement
le Cavalier , quoyqu'elle
T'aima déja mais elle
avoit fon deffein.
Elle n'eftoit ny belle
ny laide , & mefme elle
avoit une de ces phifionomies
qui ne plaiſent
que lorsqu'on y eft ac-
Tij
224 MERCURE
couftumé. On fut longtemps
à table , le fruit
vint , les Valets furent
congediez , & la mere
fomma le Cavalier de
luy tenir parole . Il avoit
promis de parler franchement
, il le fit , &
avec toute la politeffe
imaginable il luy dit
que fon coeur n'eftoit
point touché pour la fille ,
mais il luy protefta qu'elle
pouvoit compter fur
tous les bons procedez
GALANT . 2: 5
quepourroit avoir le mary
le plus tendre. On .
plaiſanta
fort fur cette
nouvelle maniere de faire
une déclaration
d'amour
; enfin on fe fepara,
& la mere en retournant
chez eile , fit de
grands reproches à fa fille
, de ce qu'elle n'avoit
pas faitparoiftre le moindre
efprit à table. Je l'ay
fait exprés , luy dit la fille
, pour taſcher de me
-faire aimer..
226 MERCURE
La mère ne comprit
rien à ce Paradoxe, mais
cette prudente fille luy
expliquafibien le deffein
qu'elle avoit, que la mere
promit d'aider à l'executer
, c'eft ce que vous
allez voir dans la fuite.
Le lendemain le Ca-
, parce
valier rendit vifite àcelle
qu'il n'aimoit point &
qu'il eftimoit
qu'on l'avoit affuréqu'elle
eftoit eſtimable: Aprés
quelques moments de fi
GALANT. 227
lence , elle luy dit d'un
air à ne luy pas donner
grande idée de fon efprit,
que ne contant point ſur
fa tendreffe , elle luy demandoit
au moins une
preuve exceffive de fon
eftime ; c'eſtoit qu'il la
fit fa confidente , en cas
que dans la fuite il eut
de l'inclination pour
quelqué autre.Cette propofition
lui parut ridicule
& leconfirma dans l'opinion
que fa Maiſtreffe
228 MERCURE
"
eftoit un trés-petit genie
Il luy répondit qu'il ne
fe croyoit pas d'un caratere
a devenir fort fenfible
, mais qu'en cas
qu'il le devint jamais , il
fçauroit eftouffer une
paſſion par raiſon , & fe
la cacher à luy - meſme
pluftoft que d'en faire
confidence à fa femme.
Elle luy dit qu'elle vouloit
dans fon coeur au
moins la place d'un
bon amy . Ils eurent l'àGALANT.
229
deffus une longue conteftation.
Il refufoit tousjours
de luy promettre
une confidence fi extravagante
; mais elle le
preffa tant , qu'enfin il
luy promit ce qu'elle .
ſouhaittoit , & ce qu'il
avoit une fois promis ,
il le tenoit. Il la quitta
aprés luy avoir dit par
maniere deconverſation :
qu'il iroit ce foir-là au
bal , & qu'il y alloit
prefquc tous les jours.
230 MERCURE
Elle luy dit que pourelle
elle haiffoit le bal , parce
qu'elle ne fçavoit pas af
fez bien danfer.
Dés qu'il fut partielle
envoya chercher un habit
deSultanne, fçachant
qu'il devoit courir ce
foir-là en habit de Ba- ,
cha , & elle avoit niedité
de le fuivre dans tous
les bals où il iroit.
Avec la plus noble &
la plus fine taille du
monde , elle avoit touGALANT.
231
tes les
graces du gefte
,
& danfoit à ravir ; elle
avoit la gorge , le tour
duvifage & les yeux d'une
beauté parfaite , enforte
qu'avec un tréspetit
mafque dont les
yeux eftoient fort ouverts
, c'eftoit la plus
charmante
perfonne
qu'on put voir. Dés
qu'elle parut au bal, elle
yattira
les yeux de tout
lemonde, & fonBacha en
fut ébloui comme les au232
MERCURE
tres . On la prit d'abord
à danfer , elle acheva de
charmer toute l'Affemblée
, & prit pour danfer
le Bacha qui s'avançoit
plus que les autres
pour l'admirer. Aprés
qu'ils eurent danſé enfemble
, ils fe prirent de
converfation . Le Bacha
qui avoitbeaucoup d'ef
prit , fut eftonné de fes
reparties brillantes` , du
tour & de la jufteffe de
fes penfées . Il n'avoit gar
de
GALANT . 233
de de la reconnoiftre. Ilne
l'avoit encore vue ,
comme nous l'avons dit ,
que dans un negligé qui
luy avoit caché fa taille
& fon air. Elle avoit
tousjours affecté une
indolence prefque ébetée
, dont elle avoit voilé
la vivacité de fon efil
comprit.
En un mot ,
mença à l'aimer plus
qu'il ne penfoit , & fe
crut heureux d'appren
dre feulement d'elle ,
Fevrier 1711. V
234 MERCURE
qu'elle devoit courir encore
le bal la nuit fuivantedans
le mefme habit.
Le
lendemain aprés
midy il alla chez elle , il
la trouva
beaucoup plus:
negligée , & auffi indolente
qu'à l'ordinaire
mais dans les chofes,
qu'elle luy difoit , elle .
marquoit
une raiſon fi
folide , un fi bon caractere
d'efprit , & une douceur
fi aimable , qu'ilfe
GALANT. 235
.
confoloit prefque de ne
pas trouver en elle , le
brillant & les charmes
de la Sultanne. Il eftoit
pourtant extrêmement
agité, & il avoit de temps
entemps des diſtractions
qui la charmerent
. Elle
vit bien qu'il eftoit pris..
Ils ne manquerent
pas
de fe rejoindre le foir au
bal , ou une converfation
encor plus vive que celle
de la nuit precedente
,
augmenta fon amour de
V ij ·
236 MERCURE
moitié. Cependant les
réflexions qu'il faifoit
für fon mariage prirent
le deffus , & par un ef
fort de raiſon , il voulut
quitter brufquement la
Sultane. Quoy vous me
fuyez , luy dit-elle d'un
air à le rendre amoureux
s'il ne l'eut pas efté . Il retomba
fur le fiege d'où
il s'eftoit levé , & ne
-put répondre un feul
mot. Je vois bien , luy
dit - elle , que j'ay be
GALANT . 237
foin de tous mes charmes
pour vous arreſter .
Je vais donc me démafquer.
Ah , n'en faites
rien , s'écria-t'il , par un
fecond effort de raiſon ;
que deviendrois-je. H
craignit en effet de s'engager
davantage, & la
quitta dans le moment .
C'eſt peut-eftre la premiere
fois qu'une Maiftreffe
ait efté charmée
devoir fon Amant vaincre
lapaffion qu'il a pour
238 MERCURE
elle . La Sultane voyant
fuir fon Bacha , fut auſſi
contente de faraifon que
de fon amour .
Comme la fincerité
eftoit le caractere dominant
de ce Cavalier
il refolut d'ouvrir fon .
coeur à celle qu'il regardoit
déja comme ſon amie
, & de plus il avoit
promis , il n'avoit garde
d'y manquer. Des qu'il
put luy parler , il luy fit
voir le fondde foncoeur.
GALANT . 239
Elle feignit feulement
autant de jaloufie qu'il
fallait pour luy faire fen
tir qu'elle l'aimoit , &
luy montra enfuite tant
de douceur , & tant de
confiance en la fidelité
qu'il ſe haïfſoit luy-mefme
en ce moment d'avoir
efté capable de luy
faire une demi infidelité.
Elle tâchoit de le confoler,
en louant la conftance
qu'il avoit eu en refufant
de voir la Sultane
240 MERCURE
démafquée , mais elle
luy confeilla pourtant
de la voir s'il pouvoit
s
car , luy difoit-elle, c'eft
le feul moyen de vous
guerir : fans doute elle
eft moins belle fous le
mafque qu'elle ne l'eſt
dans voftre imagination
,
& fi par bonheur pour
vous , elle n'avoit nulle
beauté , vous oubliriez
bientoft fonefprit. Non,
non , luy repliqua-t'il ,
le plus feur eft de l'éviter
,
*
GALANT. ' j
ter, & je vais prier mon
pere de differer noſtre
mariage ; je vous eftime
trop pour me donner
à
vous dans l'eftat où je
fuis . Je veux aller pour
quelques jours à la campagne
ou je diffiperay à
coup leur cette idée.
Non , luy dit-elle , non ,
je vous aideray mieux
que perſonne a oublier
les charmes de la Sultane
, & j'ay tousjours en
tefte que le feul moyen
Fevrier
1711 . a
jj MERCURE
de guerir la paffion que
vous avez pour elle, c'eſt
de vous la taire voir fans
mafque , car quelqu'un
qui la connoift m'en par
la hier. On m'a dit
qu'aux yeux prés , elle
eft d'une laideur à dégouſter
de la taille & de
fon efprit.
Noftre Amant inſiſta
tousjours pour s'abſenter
, mais le pere qui fut
inftruit de tout ce qui s'e
ftoit paffé , força fon fils
GALANT. iij
a terminer dés le lendemain
..
On figna le Contrat ;
on futà l'Eglife , & l'on
revintfouper. Une Mafcarade
avec des violons ,
vint juftement comme
on fortoit de table. La
nouvelle Epoufe qui avoit
feint de fe trouver
mal en foupant , pria for
Epoux de faire les honneurs
de la Mafcarade
pendant
qu'elle iroit ſe
repofer. Elle difparut
,
a ij
iv
MERGURE
& fit une telle
diligence
à reprendre ſon
déguiſement,
qu'ellerentra
dans
la fale où l'on dançoit ,
avec une autre troupe de
Mafques qui parut fuivre
de prés la premiere.
C'eftoit
quelques amis
qu'on avoit priez de venir
danfer pour faciliter
le
dénouement de tout
сесу.
Dés que noftre Epoux
fidele apperçût celle qu'il
craignoit
tant , il voulut
GALANT. V
fuir , mais la mere le retint
, & luy dit qu'elle
avoit exprés fait prier
cette Sultanne qui eftoit
dans un bal du voifinage,
de venirdanfer
chez
ma
elle avec la troupe ;
fille continua
- t'elle
veut abfolument
vous
guérir l'efprit en la faifant
démafquer
, car elle
eft, dit-on, d'une laideur
à furprendre
. Ah ! quand
elle auroit le vifage af
freux , s'écria t'il , elle ne
a iij
wj MERGURE
me guérira point par-la
d'une maudite paffion
que tant d'autres charmes
ont fait naiftre. Je
me la fuis desja
reprefentée
plus hideufe qu'el
le ne peut eftre , & je
n'en fuis pas plus tranquille
.. Ah Madame y
pourquay m'arreftez-
Vousicy .
Pendant qu'il parloit
ainfi , la Sultanne animée
par cette Scene qu'elle
voyoit , redoubloit de
GALANT. vij
vivacité dans fon air &
dans fa danfe . Il détournoit
ſa vûë d'un objet fi
dangereux , mais elle
vint , tout en danfant
paffer malignement ſi
prés de luy , qu'il oublia,
en la voyant , fa raiſon ,
fon devoir , & la prefence
de fa belle-mere ; enfin
la Sultane , en luy
prenant la main , acheva
de le troubler ; il ne fe
poffedoit plus. Sa bellemere
le prit par def
vil MERCURE
fous le bras ; il fe laiffa
ainfi conduire dans un
cabinet , fans fçavoir of
il alloit , & la mere s'y
enferma avec eux.
La Sultane fit alors un
grand foupir , & le faifoit
naturellement , cap
elle craignoit de perdre
en fe démafquant , le
plaifir de voir fonEpoux
fi tendre. Elle l'aimoit
autant qu'il aimoit la
Sultane , fes regards languiffans
fe confondoient
GALANT. ix
avec ceux de cetAmant,
qui ne gardoit plus de
mefures. Ils fe regarderent
quelque temps fans
rien dire , pendant que
la mere tafchoit de donner
à fon Gendre l'idée
de la plus affreuſe laideur
, afin que par ce
contraſte, fa fille démafquée
luy paruft plus aimable,
La tendre Epou-
Le profita le plus longtemps
qu'elle putde l'erreur
de fon Epoux . Elle
MERCURE
ne pouvoit fe refoudre à
finir cette fcene : mais
enfin la mere ofta le
ma que de fa fille.
L'effet étonnant
que
cette furpriſe fit fur nofire
Amant Epoux , eſt
une de ces chofes qu'on
ne peut dépeindre
fans
en diminuer
la force.
Que chacun s'imagine
la
fituation
d'un parfaite
ment honnefte homme
cruellement
agité entre
L'amour
& le devoir
,
GALANT. *
qui eftime infiniment une
perfonne qui en aime
paſſionnement une autre
, & qui trouve tout
réuni dans un feul objet.
A l'égard de la femme
quel charme pour elle ,
d'avoir ſçû faire en fi
peu de temps, un Epoux
paffionné , d'un Amant
indifferent.
du Carnaval dernier.
Plufieurs
perfonnes
d'une mefme famille s'eftoient
affemblées pour
parler d'un mariage : la
fille dont il s'agilloit y
vint avec fa mere ; elle
eftoit habillée fort negligemment,
& cependant
elle fçavoit que le Cavalier
à qui on la deſtinoit
devoit venir fouper auffi
Fevrier 1711.
T
218 MERCURE
dans cette maiſon . On
s'eftonna de ce qu'elle ne
s'eftoit point parée , elle
dit pour les raifons qu'el
le s'eftoit rencontrée la
veille par hazard dans
une compagnie , ou cẹ
Cavalier n'avoit fait nulle
attention fur elle , &
elle qu'apparemment
n'eftoit point faite de ma
niere à luy donner de l'amour
, qu'elle taſcheroit
du moins de fe faire efti
mer de luy par fa modeCALANT.
219
ftie. On ne trouva pas
fa raifon autrement
bonne,
mais elle en avoitune
meilleure
qu'elle ne di
foit pas ; c'eftoit la perfonne
du monde qui
avoit le plus d'efprit &
de raifon , comme vous
le verrez dans la fuite,
Le Cavalier qu'on attendoit
, arriva ; c'eſtoit
un jeune homme trésaimable,
mais d'unefranchife
outrée. Il difoit tout
ce qu'il penfoit , mais il
Tij
210 MERCURE
ne difoit rien de mal à
propos , car il eſtoit tresgalant
homme , & avoit
beaucoup d'efprit, La
premiere chofe qu'il fit
en entrant ce fut de s'adreffer
à la mere , & de
luy dire qu'il venoit de
fon logis pour luy rendre
fes devoirs ; qu'il
n'avoit appris que lematin
le mariage où fon
pere vouloit l'engager.
Si j'avois fçu hier , ditil
, en faluant la fille
GALANT. 22zz I
que vous eftiez celle avec
qui je dois paffer ma
T
vie, je vouseufle prié de
me dire franchement ,
fi dans un mariage
que nos parents font
fimplement par intereſt
de famille , vous obéiffez
aufli volontiers à
voftre mere , que j'obeïs
à mon pere ; car fi cette
alliance vous faifoit la
- moindre peine , rien ne
pourroit m'y contraindre
; il faut parler fran-
T
iij
222 MERCURE
chement dans ces occa
fions. La mere prit aufſitoft
la parole , & protefta
au Cavalier que fa
fille luy obéiffoit de trésbon
coeur.Mais Mr continua-
t'elle , en le tirant
en particulier , je vous
prie deme dire avec votre
fincerité naturelle, fi
ma fille eft de voſtre
gouft . Je vois qu'on fert
le fouper , dit- il tout
haut , je m'expliqueray
au fruit , mettons- nous
GALANT. 223
&
ne
a table. On s'y mit , &
pendant tout le repas on
ne parla que de la fingularité
d'un mariage fi
brufquement réfolu La
fille ne difoit mot ,
regardoit que rarement
le Cavalier , quoyqu'elle
T'aima déja mais elle
avoit fon deffein.
Elle n'eftoit ny belle
ny laide , & mefme elle
avoit une de ces phifionomies
qui ne plaiſent
que lorsqu'on y eft ac-
Tij
224 MERCURE
couftumé. On fut longtemps
à table , le fruit
vint , les Valets furent
congediez , & la mere
fomma le Cavalier de
luy tenir parole . Il avoit
promis de parler franchement
, il le fit , &
avec toute la politeffe
imaginable il luy dit
que fon coeur n'eftoit
point touché pour la fille ,
mais il luy protefta qu'elle
pouvoit compter fur
tous les bons procedez
GALANT . 2: 5
quepourroit avoir le mary
le plus tendre. On .
plaiſanta
fort fur cette
nouvelle maniere de faire
une déclaration
d'amour
; enfin on fe fepara,
& la mere en retournant
chez eile , fit de
grands reproches à fa fille
, de ce qu'elle n'avoit
pas faitparoiftre le moindre
efprit à table. Je l'ay
fait exprés , luy dit la fille
, pour taſcher de me
-faire aimer..
226 MERCURE
La mère ne comprit
rien à ce Paradoxe, mais
cette prudente fille luy
expliquafibien le deffein
qu'elle avoit, que la mere
promit d'aider à l'executer
, c'eft ce que vous
allez voir dans la fuite.
Le lendemain le Ca-
, parce
valier rendit vifite àcelle
qu'il n'aimoit point &
qu'il eftimoit
qu'on l'avoit affuréqu'elle
eftoit eſtimable: Aprés
quelques moments de fi
GALANT. 227
lence , elle luy dit d'un
air à ne luy pas donner
grande idée de fon efprit,
que ne contant point ſur
fa tendreffe , elle luy demandoit
au moins une
preuve exceffive de fon
eftime ; c'eſtoit qu'il la
fit fa confidente , en cas
que dans la fuite il eut
de l'inclination pour
quelqué autre.Cette propofition
lui parut ridicule
& leconfirma dans l'opinion
que fa Maiſtreffe
228 MERCURE
"
eftoit un trés-petit genie
Il luy répondit qu'il ne
fe croyoit pas d'un caratere
a devenir fort fenfible
, mais qu'en cas
qu'il le devint jamais , il
fçauroit eftouffer une
paſſion par raiſon , & fe
la cacher à luy - meſme
pluftoft que d'en faire
confidence à fa femme.
Elle luy dit qu'elle vouloit
dans fon coeur au
moins la place d'un
bon amy . Ils eurent l'àGALANT.
229
deffus une longue conteftation.
Il refufoit tousjours
de luy promettre
une confidence fi extravagante
; mais elle le
preffa tant , qu'enfin il
luy promit ce qu'elle .
ſouhaittoit , & ce qu'il
avoit une fois promis ,
il le tenoit. Il la quitta
aprés luy avoir dit par
maniere deconverſation :
qu'il iroit ce foir-là au
bal , & qu'il y alloit
prefquc tous les jours.
230 MERCURE
Elle luy dit que pourelle
elle haiffoit le bal , parce
qu'elle ne fçavoit pas af
fez bien danfer.
Dés qu'il fut partielle
envoya chercher un habit
deSultanne, fçachant
qu'il devoit courir ce
foir-là en habit de Ba- ,
cha , & elle avoit niedité
de le fuivre dans tous
les bals où il iroit.
Avec la plus noble &
la plus fine taille du
monde , elle avoit touGALANT.
231
tes les
graces du gefte
,
& danfoit à ravir ; elle
avoit la gorge , le tour
duvifage & les yeux d'une
beauté parfaite , enforte
qu'avec un tréspetit
mafque dont les
yeux eftoient fort ouverts
, c'eftoit la plus
charmante
perfonne
qu'on put voir. Dés
qu'elle parut au bal, elle
yattira
les yeux de tout
lemonde, & fonBacha en
fut ébloui comme les au232
MERCURE
tres . On la prit d'abord
à danfer , elle acheva de
charmer toute l'Affemblée
, & prit pour danfer
le Bacha qui s'avançoit
plus que les autres
pour l'admirer. Aprés
qu'ils eurent danſé enfemble
, ils fe prirent de
converfation . Le Bacha
qui avoitbeaucoup d'ef
prit , fut eftonné de fes
reparties brillantes` , du
tour & de la jufteffe de
fes penfées . Il n'avoit gar
de
GALANT . 233
de de la reconnoiftre. Ilne
l'avoit encore vue ,
comme nous l'avons dit ,
que dans un negligé qui
luy avoit caché fa taille
& fon air. Elle avoit
tousjours affecté une
indolence prefque ébetée
, dont elle avoit voilé
la vivacité de fon efil
comprit.
En un mot ,
mença à l'aimer plus
qu'il ne penfoit , & fe
crut heureux d'appren
dre feulement d'elle ,
Fevrier 1711. V
234 MERCURE
qu'elle devoit courir encore
le bal la nuit fuivantedans
le mefme habit.
Le
lendemain aprés
midy il alla chez elle , il
la trouva
beaucoup plus:
negligée , & auffi indolente
qu'à l'ordinaire
mais dans les chofes,
qu'elle luy difoit , elle .
marquoit
une raiſon fi
folide , un fi bon caractere
d'efprit , & une douceur
fi aimable , qu'ilfe
GALANT. 235
.
confoloit prefque de ne
pas trouver en elle , le
brillant & les charmes
de la Sultanne. Il eftoit
pourtant extrêmement
agité, & il avoit de temps
entemps des diſtractions
qui la charmerent
. Elle
vit bien qu'il eftoit pris..
Ils ne manquerent
pas
de fe rejoindre le foir au
bal , ou une converfation
encor plus vive que celle
de la nuit precedente
,
augmenta fon amour de
V ij ·
236 MERCURE
moitié. Cependant les
réflexions qu'il faifoit
für fon mariage prirent
le deffus , & par un ef
fort de raiſon , il voulut
quitter brufquement la
Sultane. Quoy vous me
fuyez , luy dit-elle d'un
air à le rendre amoureux
s'il ne l'eut pas efté . Il retomba
fur le fiege d'où
il s'eftoit levé , & ne
-put répondre un feul
mot. Je vois bien , luy
dit - elle , que j'ay be
GALANT . 237
foin de tous mes charmes
pour vous arreſter .
Je vais donc me démafquer.
Ah , n'en faites
rien , s'écria-t'il , par un
fecond effort de raiſon ;
que deviendrois-je. H
craignit en effet de s'engager
davantage, & la
quitta dans le moment .
C'eſt peut-eftre la premiere
fois qu'une Maiftreffe
ait efté charmée
devoir fon Amant vaincre
lapaffion qu'il a pour
238 MERCURE
elle . La Sultane voyant
fuir fon Bacha , fut auſſi
contente de faraifon que
de fon amour .
Comme la fincerité
eftoit le caractere dominant
de ce Cavalier
il refolut d'ouvrir fon .
coeur à celle qu'il regardoit
déja comme ſon amie
, & de plus il avoit
promis , il n'avoit garde
d'y manquer. Des qu'il
put luy parler , il luy fit
voir le fondde foncoeur.
GALANT . 239
Elle feignit feulement
autant de jaloufie qu'il
fallait pour luy faire fen
tir qu'elle l'aimoit , &
luy montra enfuite tant
de douceur , & tant de
confiance en la fidelité
qu'il ſe haïfſoit luy-mefme
en ce moment d'avoir
efté capable de luy
faire une demi infidelité.
Elle tâchoit de le confoler,
en louant la conftance
qu'il avoit eu en refufant
de voir la Sultane
240 MERCURE
démafquée , mais elle
luy confeilla pourtant
de la voir s'il pouvoit
s
car , luy difoit-elle, c'eft
le feul moyen de vous
guerir : fans doute elle
eft moins belle fous le
mafque qu'elle ne l'eſt
dans voftre imagination
,
& fi par bonheur pour
vous , elle n'avoit nulle
beauté , vous oubliriez
bientoft fonefprit. Non,
non , luy repliqua-t'il ,
le plus feur eft de l'éviter
,
*
GALANT. ' j
ter, & je vais prier mon
pere de differer noſtre
mariage ; je vous eftime
trop pour me donner
à
vous dans l'eftat où je
fuis . Je veux aller pour
quelques jours à la campagne
ou je diffiperay à
coup leur cette idée.
Non , luy dit-elle , non ,
je vous aideray mieux
que perſonne a oublier
les charmes de la Sultane
, & j'ay tousjours en
tefte que le feul moyen
Fevrier
1711 . a
jj MERCURE
de guerir la paffion que
vous avez pour elle, c'eſt
de vous la taire voir fans
mafque , car quelqu'un
qui la connoift m'en par
la hier. On m'a dit
qu'aux yeux prés , elle
eft d'une laideur à dégouſter
de la taille & de
fon efprit.
Noftre Amant inſiſta
tousjours pour s'abſenter
, mais le pere qui fut
inftruit de tout ce qui s'e
ftoit paffé , força fon fils
GALANT. iij
a terminer dés le lendemain
..
On figna le Contrat ;
on futà l'Eglife , & l'on
revintfouper. Une Mafcarade
avec des violons ,
vint juftement comme
on fortoit de table. La
nouvelle Epoufe qui avoit
feint de fe trouver
mal en foupant , pria for
Epoux de faire les honneurs
de la Mafcarade
pendant
qu'elle iroit ſe
repofer. Elle difparut
,
a ij
iv
MERGURE
& fit une telle
diligence
à reprendre ſon
déguiſement,
qu'ellerentra
dans
la fale où l'on dançoit ,
avec une autre troupe de
Mafques qui parut fuivre
de prés la premiere.
C'eftoit
quelques amis
qu'on avoit priez de venir
danfer pour faciliter
le
dénouement de tout
сесу.
Dés que noftre Epoux
fidele apperçût celle qu'il
craignoit
tant , il voulut
GALANT. V
fuir , mais la mere le retint
, & luy dit qu'elle
avoit exprés fait prier
cette Sultanne qui eftoit
dans un bal du voifinage,
de venirdanfer
chez
ma
elle avec la troupe ;
fille continua
- t'elle
veut abfolument
vous
guérir l'efprit en la faifant
démafquer
, car elle
eft, dit-on, d'une laideur
à furprendre
. Ah ! quand
elle auroit le vifage af
freux , s'écria t'il , elle ne
a iij
wj MERGURE
me guérira point par-la
d'une maudite paffion
que tant d'autres charmes
ont fait naiftre. Je
me la fuis desja
reprefentée
plus hideufe qu'el
le ne peut eftre , & je
n'en fuis pas plus tranquille
.. Ah Madame y
pourquay m'arreftez-
Vousicy .
Pendant qu'il parloit
ainfi , la Sultanne animée
par cette Scene qu'elle
voyoit , redoubloit de
GALANT. vij
vivacité dans fon air &
dans fa danfe . Il détournoit
ſa vûë d'un objet fi
dangereux , mais elle
vint , tout en danfant
paffer malignement ſi
prés de luy , qu'il oublia,
en la voyant , fa raiſon ,
fon devoir , & la prefence
de fa belle-mere ; enfin
la Sultane , en luy
prenant la main , acheva
de le troubler ; il ne fe
poffedoit plus. Sa bellemere
le prit par def
vil MERCURE
fous le bras ; il fe laiffa
ainfi conduire dans un
cabinet , fans fçavoir of
il alloit , & la mere s'y
enferma avec eux.
La Sultane fit alors un
grand foupir , & le faifoit
naturellement , cap
elle craignoit de perdre
en fe démafquant , le
plaifir de voir fonEpoux
fi tendre. Elle l'aimoit
autant qu'il aimoit la
Sultane , fes regards languiffans
fe confondoient
GALANT. ix
avec ceux de cetAmant,
qui ne gardoit plus de
mefures. Ils fe regarderent
quelque temps fans
rien dire , pendant que
la mere tafchoit de donner
à fon Gendre l'idée
de la plus affreuſe laideur
, afin que par ce
contraſte, fa fille démafquée
luy paruft plus aimable,
La tendre Epou-
Le profita le plus longtemps
qu'elle putde l'erreur
de fon Epoux . Elle
MERCURE
ne pouvoit fe refoudre à
finir cette fcene : mais
enfin la mere ofta le
ma que de fa fille.
L'effet étonnant
que
cette furpriſe fit fur nofire
Amant Epoux , eſt
une de ces chofes qu'on
ne peut dépeindre
fans
en diminuer
la force.
Que chacun s'imagine
la
fituation
d'un parfaite
ment honnefte homme
cruellement
agité entre
L'amour
& le devoir
,
GALANT. *
qui eftime infiniment une
perfonne qui en aime
paſſionnement une autre
, & qui trouve tout
réuni dans un feul objet.
A l'égard de la femme
quel charme pour elle ,
d'avoir ſçû faire en fi
peu de temps, un Epoux
paffionné , d'un Amant
indifferent.
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Résumé : AVANTURE du Carnaval dernier.
Le texte raconte une aventure amoureuse et stratégique centrée autour d'un mariage arrangé. Une famille se rassemble pour discuter d'un mariage imminent. La fille, vêtue de manière négligée, explique qu'elle n'a pas pris soin de son apparence car elle a rencontré le cavalier la veille sans attirer son attention. Le cavalier arrive et avoue son honnêteté et son manque d'intérêt pour le mariage, mais promet de bien traiter la fille s'il doit l'épouser. La fille, bien que d'apparence ordinaire, est intelligente et a un plan. Elle se rend à un bal déguisée en sultane, charmant ainsi le cavalier. Ce dernier, malgré ses efforts pour résister, finit par tomber amoureux de la sultane sans reconnaître la fille. La mère de la fille organise une mascarade pour révéler la vérité. Lors de cette mascarade, la fille, toujours déguisée, danse avec le cavalier, qui est troublé par sa beauté. La mère révèle finalement l'identité de la sultane, provoquant une surprise et une révélation émotionnelle. La fille, démasquée, montre son amour et son intelligence, réussissant à conquérir le cœur du cavalier.
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44
p. 111-112
EPITALAME sur le Mariage de Mademoiselle D**
Début :
Seigneur Hymen, comment l'entendez vous, [...]
Mots clefs :
Mariage, Hymen, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITALAME sur le Mariage de Mademoiselle D**
EPIT ALAME
fur le Mariage de
Mademoiselle D **
Seigneur Hymen, comment
l'enténdez vous,
Difoit l'aîné des enfans de
Cythere ,
De cet objet qui fut formé
pour vous ,
Croyez vous feul eſtre dé.
pofitaire ,
Non dit l'Hymen , quoi
qu'à ne vous rien faire.
Pour mon profit vous soyez
peu zelé,
2 PIECES
Eh mon amy , lui dit l'enfant
aiflé,
Conſerve nous ainfi que ta
prunelle ,
Quand une fois l'Amour
s'eft envolé
Le pauvre Hymen ne bat
plus que d'une aifle.
fur le Mariage de
Mademoiselle D **
Seigneur Hymen, comment
l'enténdez vous,
Difoit l'aîné des enfans de
Cythere ,
De cet objet qui fut formé
pour vous ,
Croyez vous feul eſtre dé.
pofitaire ,
Non dit l'Hymen , quoi
qu'à ne vous rien faire.
Pour mon profit vous soyez
peu zelé,
2 PIECES
Eh mon amy , lui dit l'enfant
aiflé,
Conſerve nous ainfi que ta
prunelle ,
Quand une fois l'Amour
s'eft envolé
Le pauvre Hymen ne bat
plus que d'une aifle.
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45
p. 147-154
« A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...] »
Début :
A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...]
Mots clefs :
Sang, Amour, Mariage, Beauté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...] »
Apropos de cette Enig.>,,
me,ilmesouvient davoir
entendu racontes
un faitpeu plaisant, mais
rres - veritable.
Un jeune Anglois qui
logeoitclans une Auberge
du Fauxbourg Saint
Germain
,
devint éperduëment
amoureuxde la
fille de son Hoste. Elle
estoit tres-belle,&l'Anglois
luy sir des offres à
proporrion desa beauté;
mais cette fierehostesse,
foit par vertu ,
foit par
ambition ne voulut
entendre parler que de
mariage ; le pere de ce
jeune
jeune Anglois, estoie
homme à le desheriter
s'il eut voulu contenter
sa passion à ce prix,l'Hôtesse
n'en vouloit pourtant
rien rabattre,nostre
Amant desesperé tomba
dangereusement malade.
On fit plusieursconsultations,
où Monsieur
Gucnaut fameux Medecin
de ce temps-là,n'eut
pas de peine à prouver à
ses Confreres,qu'il faloit
d'abord seigner & rafraîchir,
&C qu'il teudroit
ensuite rafraîchir & seigner
; car, disoit-il, je
connois les deux maladies
de mon malade,elle
sont toutes deux dans le
sang. Ce(H'amour&: la
fiévre ; enfin nostre Amant
fut livreàl'opinion
de Monsieur Guenaut ,
qui par dix ou douze seignées
consecutives, osta
de ses veines non-seulement
l'amour & la ~cvre
,
mais encore la vie,
ou peu s'en salut, car on
le crut mort; cependant
il en revint, parce que
les Medecins &r le Chirurgienl'abandonnerent.
Pendant ce temps là,on
avoit écrit au pere la eause
de cette maladie,&il
arriva de Londres dans
laresolution de consentir
à ce mariageextravagant,
plustost que de perdre
son fils unique.
Ille trouva mourant
&la premiere chose qu'il
fit pour le rappeller à la
vie, ce futde lui prometre
labelle Hostesse
en mariage ; mais comme
la passiondu jeune
homme n'estoit fondée
que sur la beauté, les
idées vives des charmes
de l'Hostesse s'estoient
dissipées avec son sang;
elles revinrent pourtant
avec le fang nouveau
qu'il faisoit, mais àmélure
que sa santé se fortisioit
, le pere voyoit
moins de necessité à ce
mariage,enfin il ne craignit
plus de s'y opposer
entièrement.
Si la passion de ce fils
eut esté aussi violente
qu'avant sa maladie
,
il
eut fallu rappeller Monsieur
Guenaut pour la lui
oster par de nouvelles faignées
, ou le marier pour
l'empêcher de retomber
malade;mais cette paC"
sion n'estant presqueplus
qu'un simple souvenir ,
laraison& le perefurent
les plus forts; il renonça
à la belle Hostesse; &
cela fait voirquel'amour,
sur tout celui qui n'est
fondé que sur la beauté,
effc entièrement dans le
fang, & que si la transfusion
que quelques Médecins
ont cru possible
,
ne peut guerir de la vieillesse
, au moins elle peut
guérir de l'amour
me,ilmesouvient davoir
entendu racontes
un faitpeu plaisant, mais
rres - veritable.
Un jeune Anglois qui
logeoitclans une Auberge
du Fauxbourg Saint
Germain
,
devint éperduëment
amoureuxde la
fille de son Hoste. Elle
estoit tres-belle,&l'Anglois
luy sir des offres à
proporrion desa beauté;
mais cette fierehostesse,
foit par vertu ,
foit par
ambition ne voulut
entendre parler que de
mariage ; le pere de ce
jeune
jeune Anglois, estoie
homme à le desheriter
s'il eut voulu contenter
sa passion à ce prix,l'Hôtesse
n'en vouloit pourtant
rien rabattre,nostre
Amant desesperé tomba
dangereusement malade.
On fit plusieursconsultations,
où Monsieur
Gucnaut fameux Medecin
de ce temps-là,n'eut
pas de peine à prouver à
ses Confreres,qu'il faloit
d'abord seigner & rafraîchir,
&C qu'il teudroit
ensuite rafraîchir & seigner
; car, disoit-il, je
connois les deux maladies
de mon malade,elle
sont toutes deux dans le
sang. Ce(H'amour&: la
fiévre ; enfin nostre Amant
fut livreàl'opinion
de Monsieur Guenaut ,
qui par dix ou douze seignées
consecutives, osta
de ses veines non-seulement
l'amour & la ~cvre
,
mais encore la vie,
ou peu s'en salut, car on
le crut mort; cependant
il en revint, parce que
les Medecins &r le Chirurgienl'abandonnerent.
Pendant ce temps là,on
avoit écrit au pere la eause
de cette maladie,&il
arriva de Londres dans
laresolution de consentir
à ce mariageextravagant,
plustost que de perdre
son fils unique.
Ille trouva mourant
&la premiere chose qu'il
fit pour le rappeller à la
vie, ce futde lui prometre
labelle Hostesse
en mariage ; mais comme
la passiondu jeune
homme n'estoit fondée
que sur la beauté, les
idées vives des charmes
de l'Hostesse s'estoient
dissipées avec son sang;
elles revinrent pourtant
avec le fang nouveau
qu'il faisoit, mais àmélure
que sa santé se fortisioit
, le pere voyoit
moins de necessité à ce
mariage,enfin il ne craignit
plus de s'y opposer
entièrement.
Si la passion de ce fils
eut esté aussi violente
qu'avant sa maladie
,
il
eut fallu rappeller Monsieur
Guenaut pour la lui
oster par de nouvelles faignées
, ou le marier pour
l'empêcher de retomber
malade;mais cette paC"
sion n'estant presqueplus
qu'un simple souvenir ,
laraison& le perefurent
les plus forts; il renonça
à la belle Hostesse; &
cela fait voirquel'amour,
sur tout celui qui n'est
fondé que sur la beauté,
effc entièrement dans le
fang, & que si la transfusion
que quelques Médecins
ont cru possible
,
ne peut guerir de la vieillesse
, au moins elle peut
guérir de l'amour
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Résumé : « A propos de cette Enigme, il me souvient d'avoir [...] »
Un jeune Anglais, logeant dans une auberge du faubourg Saint-Germain, s'éprend de la fille de l'aubergiste, qui refuse toute relation hors mariage. Le père du jeune homme menace de le déshériter s'il l'épouse. Désespéré, le jeune Anglais tombe gravement malade. Le médecin Guenaut diagnostique l'amour et la fièvre dans son sang et prescrit des saignées. Après plusieurs saignées, le jeune homme survit malgré l'abandon des médecins. Informé, le père arrive de Londres et promet le mariage pour sauver son fils. Cependant, il reconsidère sa décision et s'oppose au mariage à mesure que la santé du jeune homme s'améliore. La passion du jeune homme, fondée sur la beauté, s'estompe avec son sang et ne revient que faiblement. Finalement, la raison et le père prévalent, et le jeune homme renonce à la belle aubergiste. Cette histoire montre comment l'amour, surtout celui basé sur la beauté, peut être influencé par des changements physiques.
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46
p. 1-70
AVANTURE amoureuse, dont je viens de parler dans le Journal de Madrid.
Début :
Il y avoit à Madrid un petit vieillard Espagnol fort [...]
Mots clefs :
Amour, Vieillard, Mariage, Fille, Couvent, Madrid, Archiduc, Amie, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVANTURE amoureuse, dont je viens de parler dans le Journal de Madrid.
AVANTURE
amoureuse, dont jeviens
deparler dans le Journal
de Madrid.
*
I y avoità Madrid
un petit
vieillard Espagnol fort
passionne pour la Maison
d'Autriche,& cet
attachement n'estoit
que tres louable dans le
temps que la Maison
d'Autriche possedoit légitimement
la Couronne
d'Espagne ; ce vieillard
estoit nouveliste
de profession, non pas
de ces nouvelistes équitables
& censez que je
hante volontiers : mais
decesnouvelistes frondeurs
qui débitent leurs
prejugez malins pour
des faits averez ,
chagrins,
incrédules dans
lesévenemens avantageux
à leur Patrie; &C
triomphans d'un malheur
public qu'ils auront
deviné par hazard,
comme si c'estoit l'ouvrage
de leur politique
rafinée.
Ce petit vieillard Autrichien
avoit jette les
yeux sur un Espagnol
de sa cabale) pour marier
une hiletrèsaimablequ'il
avoit, cetEspagnol,
qui se nommoit
D.Diegueavoit gagné
le coeur du pereen luy
apprenant toujours le
premier les mauvaises
nouvelles
, en traitant
les bonnes de visions &
se déchaînant avec fureur
contre le Gouvernement
present dePhilippeV.
ensortequ'étant
venu un jour lui aprendre
la défaite de l'armee
de ce Prince, dans
la bataille deSa-ragoffe,
ce mauvais Espagnol
en fut si transporté de
joye qu'il l'embrassa
tendrement,&luy promit
déstors sa fille en
mariage pour prix d'une
si bonne.nouvelle.
Cette charmante fille
se nommoit Dorotée ,
elle estoit aussi judicieuse
que son pereestoit
entjesté. Dorotée ne se
croyoit pas si habile que
quelquesunes de nos
Dames qui decident à
present des droits &
des démêlez des Princes.
ellen'eutpris aucun
party entre l'Archiduc
& PhilippeV.sicertain
Cavalier aimable, fort
attaché à cedernier.,
ne l'eût déterminée
dans la fuite pour ce
Roy légitimé.
Un jour ce Cavalier
qu'onappelloit Don
Pedre, après toutes les
attentions dun amant
respedueux, s'étant enfin
flatté de n'estre pas
haï de Dorotée luy déclara
son amour, Dorotée
en rougit, elle baissa
les yeuX)8C ne repondit
rien, c'est ce qu'-
on peut faire de mieux
pour un amant, sur sa
première déclaration
il en fit plusieurs , autres,
ilfaloit bien en fin
qu'elle s'expliqua, elle
ne voyoit rien à desirer
en luyque dela confiance
, elle se défioit naturellement
de celle des
hommes, c'estoit son
faible; si toutes les femmes
avoient ce faible:,
illes çueriroit de bien
d'autres; Dorotee ne
put s'empêcherdédire
à Don Pedre tout ce
qu'elle craignoitlà-defsus
, il répondit à ses
craintes par des sermens
; c'est la réponse
ordinaire: il luy jura
que sa fidélité pourelle
feroit aussi inviolable
que celle qu'il avoit
pour son Roy, c'estoit
là son sermentle plus
familier. Cet Espagnol
zélé ne juroit que par
son Roy.
Dans lemomenr que
Don Pedre prononça
avec transport le nom
de Philippe V. Dorotée
s'écria tout à coup, ah
nous sommes perdus !
ensuiteelle luyditavec
douleur que ion pere
neferoic jamaisd'alliance
avec un fidele sujet
de Philippe V. ah,
Dorotée
,
s'écriat-il à j
son tour, pourquoy estes-
vous si charmante,
j'avois juré que je ne
ferois jamais nulle liaison
avec les Partisans
entêtez del'Archiduc;
il faudra donc me faire
la violence decacher à
vostre pere mon zele
pour mon Roy.
,.
cela
ne suffira pas, reprit
Dorotée en le regardant
tendrement, vous
n'obtiendrez jamais
rien de luy si vous ne
feignez. moy feindre!
reprit brusquement le
franc castillan, les deux
amans se regardèrent
quelques temps sans
rien dire. Don Pedre
ne pouvoit se resoudre
à feindre, & Dorotée
n'osoit exiger de luy
unsi grandsacrifice, ils
se quicterécfortaffligez
de l'obstacle invincible
qu'ils voyoient à leur
union,& lejurerent qu'-
aumoins rien ne les pouroit
empêcher de s'aimer
lereste de leur vie.
Quelques jours sécoulerent,&
Don Pedre
les passoit à rêver
auxmoyens dont il
pourroit user pour gagner
le pere, sans commettre
sa sincerité ; ce
vieillardn'estoit
• pas
riche, il n'avoit que le
desir des richesses, &
l'avarice estoit sa plus
force passion après celle
de reformer le Gouvernement
; nostrejeune
Espagnol avoir de
grands biens, il acheta
exprésde quelqu'un je
ne sçai quel contrat
qui le mir en liaison
d'affaire avec le vieillard,
il eut occasionpar
làdeluy faire ledétail
de les grands biens, &
deluimontrer plusieurs
contrats,tîtres & papiers,
le hazard fit qu'en
tirant d'unportefeüille
ces papiers, il s'y trouva
une lettre ouverte, où
le vieillardapperçut ces
mots. Du Campdel'archiduc
ce 20. Aouct.
Cette date estoit fraîche,
quelle amorce pour
un nouveliste!Il se jeta
sur cette lettre, qu'il
connut estre de l'écriture
d'un zélé Espagnol
rebele, qui estoitdu
Conseil secret de Stanope,
il crut fermement
par cette lettre que
Don Pedre avoir des
intelligences secrettes
dans le parti de l'Archiduc.
Don Pedre eut
beau luy protester qu'il
estoit bon Espagnol,
je ne suis point surpris,
luy dit le vieillard en
riant, qu'ayant quantité
de biens qui dépendent
du Gouvernement
prelent
, vous cachiez
avec foin vos intrigues
secretes avec ceux de
mon parti. Plus, Don
Pèdres'obstinaà paroître
ce qu'il estoit,plus
l'autre Je crut ce qu'il
desiroit qu'il fût, caril
commençoit à l'aimer
parce qu'il le voyoit
très-riche. -
Pour expliquer icy
comment cette lettre
s'estoit trouvée entre
les mains de Don Pedre
, ilfaut reprendre
son hiftoiredeplus loin,
il avoit esté destiné par
son pere à une veuve
Espagnole,nommée
Elvire, encore jeune&
belle : mais que Don
Pedre n'avoit jamais
aimée, à qui même depuis
la mort de son pere
il avoit: fait comprendre
qu'il ne pouvoir jamais
se resoudre d'encrer
dans une famille ennemie
de son Prince, &
le frere d'Elvire estoit
Colonel dans l'armée
ennemie; c'estoit justement
de luy que v£-
noit la lettre en question
: Les nouvelles que
ce frere nlandoit..ectoient
tres - mauvaises
pour Philippe V. Elvire
les montroit avec
soinà Don Pedrepour
luy persuader de s'attacher
à l'Archiduc qui
alloit estre son Souverain,
car elle estoit
persuadée que la difference
des partis estoit
le seul obstacle qui s'oppofoit
à son mariage
avec DomPedre.
Ce fidele & sincere
Espagnol se trouveicy
dans une situationbien
delicate : Elvire luy
donnoit tous les jours
par ces lettres des détails
qui l'affligeoient
beaucoup, parce qu'ils
estoient malheureux
pour son Roy: mais
ils estoient heureux
pour ton amour,car en
les faisant voir au petit
vieillard Autrichien,
il alloit obtenir de luy
Dorotée,j'eusse voulu
demander en cette occasion
à Don Pedre si
dans le fond du coeur il
souhaitoit de voir cesser
latriste cau se qui produisoit
un si bon effet,
il m'eût répondu sans
doute qu'il ne pouvoit
démêler un sentiment
si de licat à travers un
amour violent, il se
contentoit de jurer sincerement
qu'il seroitau
desespoir si l'Archiduc
depossedoit Pbilippe V.
mais s'il efloit bien aise
qu'on le crût sur sa parole,
c'est la question:
quoyqu'il en soit il fit
si bien que le pere de
Dorotée luy donna sa
parole : mais la difficulté
estoit de retirer celle
qu'il avoit donnée au
premier, il netrouvapoint
de pretexte plus
specieux pour sauver
Ton honneur que de
mettre sa fille dans un
Convent, comme siellet
eût voulu se faire Religieufe,
Don Diegue
alarmé vint se plaindre
à son beau-pere, qui
luy dit qu'en conscience
ilne pouvoit empêcher
sa fille d'embrasser
un estatoù elleestoit si
bien appellée, &' de
peur qu'on ne découvrit
le veritable motif
d'une vocation si subite
y il défenditàDon
Pedre d'aller voir Dorotée
auConvent,jusqu'à
ce que Don Diegue
sefut rengagé dans
un autre Mariage qu'il
avoit rompu pour celui-
ci, pour lors dit le
petit vieillard, ce fera
lui qui manquera de
parole & non pas moi.
Dorotée entra donc
dans le Convent [ûre
ducoeurde Don Pedre,
dont Elvire estoit prcfqne
sûre aussi, elle en
jugeoit par l'empressement
qu'elle lui voyoic
de tirerd'elle des lettres
qui lui apprenoient la
défaite de l'armée de
Philippe V. il fera bientôt
du parti du Vainqueur,
disoit-elle en
elle-même, & il m'aimera
sans doute dés
qu'il n'aura plus cet attachetachement
à Philippe
V. qui l'empêchoit
d'en avoir pour moy;
c'estainsi qu'elle se flattoit,
lors qu'une amie
quelleavoit dans le
même Couvent où estoit
Dorotée, lui dit
qu'elle avoit surpris sur
la table de cette aimable
compagne, une lettre
fort tendre,signée
DonPedre; Elviresça.
voit d'un autre côté
que D. Diegue moins
riche avoit esté congédié
par lePere avare,
sa penetration lui fit
deviner le reste, & son
caractere artificieux &
interessé lui fit former
sur tout cela un projet
qui lui réussit comme
vous allez voir.
Premièrement, elle
prit le parti de ne point
témoigner à Don Pedre
qu'elle estoit informée
de son engagement
avec Dorotée;
cet eclaircissement n'eût
rien produit, elle sçavoit
agir bien plus finement
; cette amie,
qu'elle alloit voir au
Couvent,s'y estoit retirée
parce qu'elleétoit
pauvres El vire lui promit,
pour adoucir les
chagrins de sa retraite,
une pension considerable,
si elle vouloit lui
aider à époufer le riche
Don Pedre, & elles
convinrent du rolle
qu'elles jouëroiet pour
venir à bout de leur
dessein.
Cette amie d'Elvire
estoit complaisante,
insinuante, c'estoit la
flateuse du Couvent,
il en faut bien au moins
une dans une Communauté
pour amadouer
les nouvelles venues;
elle plaisoit assez à Dorotee,
qui commençoit
à s'ennuyer destre separée
de Don Pedre,
& qui mouroitd'envie
d'avoir une confidente
pour parler au moins
de celui qu'elle ne pouvoit
voir, celle-ci n'ayant
d'autre but que
de s'attirer .cette confidence
, l'amitié fut
bien-tôt liée entr'elles,
elles ne se quittoient
plus.
Ce-tte compagne
chagrine naturellement
par la mauvaise
situation de ses assai,
res, aflfcéta de le paroître
encore davantage,
& Dorotée l'ayant un
soir pressee de lui dire
la cause de ses chagrins
helas répondit-elle,en
soupirant, les chagrins
de la plus part des
femmes sont causez par
l'inconstance des hommes
; ce mot fit quelque
impression sur le
coeur de Dorotée, qui
par hazard n'avoit
point receu ce jour la
deletrre de son amant,
enfuiré la fausse affligée
se plaignit de l'insidelité
du ifen,& fit Ltdessus
le récit d'une
avanture ajustée au Cujet,
qui tira des larmes
de Dorotée,&qui donna
occasion à l'autre de
se déchaîner contre les
hommes, & contre la
crédulité des femmes
qui osent s'y fier; comme
cette matiere fournit
beaucoup à la conversation
des Dames,
les deux amies le couchèrent
fort tard,
toutes ces idées d'inconfiance
ne laisserent
pas de troubler un peu
le sommeil de Dorotée;
elle ne vit en songe que
des inconstans & tous
ressèmbloient à celuy
dont elle avoit l'imagination
frappée; elle se
réveillaassez inquiete,
mais une lettre fort tendre
qu'elle reçut le matin
de Don Pedre la rassura,&
luy fîtcomprendre
combien il est ridicule
d'ajouter foy aux
songes.
Le lendemain Elvire
vint sçavoir au Couvent
quel progrès avoit
fait son amie, elles en
parloient ensemble lors
que Dorotée, qui ne
pouvait, plus estre un
moment sans sa confidente,
vint la chercher
au Parloir;larusée fit figne.
à Elvire de partir;
& assectant d'avoir eu
quelque dispute avec
celle qui fuyoit,ellese
leva brusquement avec
un reste de colere affeaée,
vous me voyez fâ.
chée; dit-elle à sa compagne,
mais tres fâchée
contre cette amie a qui
je voudrois bien épargner
des chagrins pareils
à ceux qui m'accablent,
elle cft aimée
d'un jeune Cavalier,
elle lui a avoue quelle
l'aimoit, elle en va faire
un infidèle,cela ne
peut lui manquer, Dorotée
eut d'abord cette
curiosité qu'une femme
a toûjours de sçavoir
l'intrigue d'un autre,
mais celle-ci lui remontra
qu'on ne doit jamais
exiger d'uneamie
le secret d'une autre amie,
parce que d'amie
en amie les secrets les
plus cachez font divulguez
par toute une
Ville, elle fit ainsi la
discrete pendant le reste
du jour, mais enfin
sur le foir elle se laissa
vaincre par la tendresse
qu'elle juroit à Dorotée,
& lui appritavec
cent circon stances étudiées
8c interessantes,
l'intrigue d'Elvire &
d'un Cavalier qu'elle
ne nommoit point d'abord
,mais après avoir
fait un portrait, dont
chaque trait de reiférnblance
perçoit le coeur
de Dorotée, elle luy
porta le coup de Poignard
en luy nommant
Don Pedre., à ce mot
Dorotée tomba presque
évanoüie, & l'au-
-
tre feignant de ne s'en
pas appercevoir lui dit
en se levant brusquement,
ah Ciel! jecroy
que j'entends sonner
rnitiait-on nes'ennuye
point avec vous, à demain
, chere amie, à
demain, je vous apprendrayqui
est ce D.
Pedre.
On peut s'imaginer
a peu prés comment
Dorotée passa la nuit,
on lui apporta le matin
une lettre de Don Pedre
, persuadée de sa
froideur, elle croyoit
la voir dans quelques
endroits moins tendres
que les autres, él ce
qu'il y avoit de plus
passionné lui paroissoit
outré par affectation,
elle ne voyoit que perfidie
enveloppée, que
trahison cachée fous des
expressions que l'amour
seul avoit diétées à cet
amant sincere, enfin
elle expliqua sa lettre
comme on explique
presque tout, selon les
idées dont on est prévenu;
elle prit d'abord
la plume pour lui faire
une réponse fulminante,
mais elle fit reflexion
que les reproches
ne font point revenir
un infidele,il n'estquession
que de se bien asseurer
s'ill'estréellement,
& de prendre
enfuire le parti de l'oublier
si l'on peut.
Dorotée avoit beaucoup
de confiance en
un valet de son pere qui
lui apportoit les lettres
de Don Pedre, c'estoit
un ancien domestique,
dune fidélité sûre,elle
le chargea d'examiner
toutes les démarches
de Don Pedre, & illui
rapporta dés le lendemain
qu'il l'avoit vû
entrer chez Elvire,
qu'il y alloit tous les
jours & cela estoit vrai,
il continuoit d'y aller
frequément pour avoir
des nouvelles comme
nous l'avons dit: Elvire
ne pouvoir sedouter
que les lettres qu'elle
fournissoit à D. Pedre
lui servissent à obtenir
Dorotée d'un Perenouveliste,
elle lui en donna
une enfin, qui portoit
qu'apréslaBataille
gagnée, l'Archiducs'avançoit
vers Madrid;
quelques jours aprés
PhilippeV.resolut d'en
sortir,& cette nouvelle
mit Don Pedre au
desespoir, il écrivit à
Dorotée tout ce qu'on
pouvoit écrire de plus
tendre la-dessus, mais
enfin il marquoit par sa
lettre: que si le Roy
quittoit Madrid il feroit
obligé de le suivre,
&cela parutàDorotée
prévenuë,une preuve
certaine del'infidelité
de D. Pedre; en lisant
cette lettre sa douleur
,.
fut si violente qu'elle
* ne put la cacher à sa
confidente, qui luy
donna pour toute consolation
son exemple à
suivre : J'ai esté trahie
comme vous, lui ditelle,
& ce n'est que par
le mépris qu'on doit se 1
venger d'un traitre.
Pendant que Dorotée
s'affligeoit,Elvirese réjoüissoitd'avoir
découvert
que sa fille de
chambre reportoit au
valet, espion de Dorotée,
tout ce qu'elle pouvoit
sçavoir de ce qui
sepassoitchez elle;elle
fit à cette fille une fausse
confidence, elle lui dit
que son mariage estoit
réf.tu avec Don Pedre,
le un jour qu'il vint
lui demander des nouvelles
,
elle ordonna
misterieusement à cette
fille de chambre de fai-
J.re venir son Notaire,
le Notaire arrivé, Elvire
le fit passerdans
* son cabinet, resta dans
sa - chambre avec Don
Pedre
,
fit sortir ses
gens, & fit enfin tout le
manége necessairepour
persuader à la fille de
chambre qu'on alloit
signer le Contrat de
mariage de Don Pedre
qu'Elvire amufoit cependant
,comme ayant
une affairepressée à terminer
avec son Notaire.
La fille de chambre
ne manqua pas
de tout raconter au
valet, & le valet affectionné
ne doutant plus
qu'Elvire & Don Pedre
ne sussent mariez
ensemble, alla porterà
8.r.téc cetre nouvelle
-qui la mit dans un
état aisé à comprendre,
mais tres difficile à dé- -dite.
Dans le temps que
L
Doret'ée s'abandonnoit
à sa douleur, Don Pedre
deson costé estoit
dans de cruelles agitations
: Le Roy devoit
partir le
-
lendemain ;
en le suivant il se dc-
- -
claroit bon Espagnol,
& par consequent ennemi
du pere de Dorotée;
il la perdoitenfin.
Dans cette extremité il
luy écrivit qu'il falloit
absolument qu'il
la pût voir ce jour-là au !
Couvent; mais par malheur
le valet qui portoit
la lettre rencontra à la
porte du Couvent le
petit vieillard, qui vint
à luy comme un fu- 1
rieux, se doutant qu'il
porportoit
comme à l'ordinaire
une lettre de
Don Pedre à sa fille,
il contraignit le valet
à lui donner la lettre,
qu'il déchira en mille
morceaux aprés avoir
battu le porteur, car ce
petit vieillard colerique
ne sepossedoit plus
depuis qu'il avoit ap- pris, des gens mêmes
de Don Pedre, qu'il
fuyoit la Domina- * tiond'Autriche en
suivant le lendemain
Philippe V. hors de
Madrid.
Ce pere, outré contre
Don Pedre, tâcha
ensuited'inspirer sa colere
à sa fille, mais
quoiqu'elle fût irritée
contre cet amant, elle
eut voulu que son pere
ne l'eût pas esté jusqu'à
jurer qu'il n'en feroit
jamais son Gendre, car
elle esperoit toûjours
de le trouver innocent,
oubliant même en certains
momens qu'ilcftoit
marié à Elvire,elle
,. J:.. ne pouvoir s în-raginer
qu'un homme si fidele
à son Roy eût pu estre
infidele à sa Maîtresse,
mais plusieurs personnes
l'affeurerent de son
malheur: Elvirevoyat
le Roy & la Reine partis
, & sçachant que
plusieurs Dames alloient
suivre leurs maris
à Valladolid, ou al..
loit la Cour, fit courir
le bruit qu'elle alloit y
suivre Don Pedre, &
prepara~t son départ
avec des circonstances
& des discours propres
à persuader à tout le
monde qu'elle estoit
mariée fecrettement à
cet époux qu'elle vouloit
suivre, elle sortit
de la Ville avec les Dames,
mais à quelques
lieuës de là elle prit la
route de Cuensa, où
son frere lui avoit écrit
de l'aller attendre dans
un petit Château qu'il
avoit de ces côtez-là,
où devoient bien-tost
arriver les Troupes de
l'Archiduc, dans lesquelles
ce frere avoit
un Regiment.
Revenons à Don Pedre,
quelques heures
avant que de partir
pour suivre le Roy, estant
fort inquiet de n'avoir
point réponse, il
alla luy-mêmeau Couveut
, voulant parler
absolument à Dorotée
pour Patfïirer de sa fidelité
pendant son abfence,
mais il rencontra
justement le vieillard
irrité, qui venoit
de donner des ordres si
precis à la Porte, qu'il
futimpossible à cetamant
desesperé de parler
à Dorotée, son uniqueressource
fut d'aller
écrire chez luy une feconde
lettre qu'il donna
à une Touriere qui
promit enfin à force
d'argent, qu'elle la
donneroit à Dorotée,
avec cette legere consolation
l'affligé Don
Pedre partit de Madrid
&: sacrifia plus à Philippe
V. en quittant
Dorotée, que tous les
Grands & les Nobles
ensemble, en quittant
leurs biens & leurs familles
pour leur Roy.
Voila donc ce tendre
amant party sans fçavoir
qu'illaissoit Dorotée
dans un desespoir
affreux
,
elle estoit
fermement persuadée
- qu'il estoit marié à Elvire,&
qu'illaméprisoit
mêmejusqu'au
point de n'avoir pas
daigné luy écrire une
lettre, car vous sçavez
que la premiere a esté
déchirée par le vieillard
mutin
,
à l'égard de la
seconde, cette Touriere
,qui connoissoit la
compagne de Dorotée
pour estre son intime
amie & sa confidente,
n'élira point à luy avoüer
qu'elle avoit une
lettre pour elle, elle
l'avoit déjà prévenuë
sur tout ce qu'il faloit
qu'elle fçût, elle lui dit
la larme à l'oeil, car elle
avoit les larmesàcommandement
, que sa
pauvre amie estoitdans
un si grand accablej
ment qu'il faloit bien
se garder de luy donner
sîtost cette lettre, elle
l'ouvrit ensuite 1
,
la lut
& la déchira, comme
par un excès de colcre 1
contre Don Pedre, en s'écriant, hon j que
les,.
hommes sontperfides!
il faut épargner à mon |
amie la douleur de lire
de fausses excuses qui
font pour une femme
plus cruelles que Tofsense
memejtout cela
parut si naturel à la
Touriere, qu'elle répondit
naïvement, hélas
vous avez bien raison,
il ne faut pas seulement
dire à vôtre amie
que j'ay receu cette lettre
pour elle.
Après cecy la confidente
scelerate ne pensa
plus qu'à faire oublier
Don PedreàDorotée
: mais a tout ce qu'ellepouvoit dire
contre luy, Dorotée répondoic
seulement, ah
je le hais trop pour l'oublier;
en effet elle pensoit
à luy nuit & jour,
croyant le haïr, l'avoir
en horreur: mais elle
n'avoit en horreur que
sa trahison.
Pendant qu'elle se
défoloitainsi, Don Pedre
dit à Don Diegue
qu'elleavoiechangé de
vocation, & il la retira
du Couvent pour rernoucrce
mariage,cetftoit
dans le temps que [fArchiduc arrivoit à
Madrid5 deux jours
aprés son arrivée, il y
eût de grandes réjoüiffanceschezquelquesEs
pagnols Partisans dela
Maison d)Autriche, nôtrevieillard,
leplus zelé
de tousjdonnaungrand
*
souper, &dit à safille
qu'il faloit quelle en fit
les honneurs avec Don
Diegue qui alloit estre
son époux. Ces mot
prononcez par un per
terrible, àrquiellen'oJ
foit feulement répon-1
dre, la saisirent viverl
ment: il ne manquoit
plus à sa douleur que
la presence de Don
Diegue, & il arriva.
Quelle situation pour
elle d'estreplacée auprès
de luy dansun fcltin
où tour le monde la
felicitoit de ce qui alloit
faire son fuplicejon
parla des le lendemain
deconclurece mariage.
Elviré avertie de tout
par son amie du Couvent,
à qui Dorotée
contoit tous les jours
ses malheurs,alloit estre
au comble de sa joye,
cest-a-dire que Dorotée
alloitestre sacrifiée
à Don Diegue, lorsque
tout à coup les affaires
changèrent de face en
Espagne: le bruit courut
que TArchiduç à
son tour alloit quitter
Madrid: ce fut un coup
terrible pour le vieillard
Autrichien, qui
tomba malade à cette
premiere nouvelle: A
mesure que les affaires
de l'Archiduc empiroient,
le petit vieillard
déperissoit; enfin
quatrevingt-cinq ans
qu'ilavoir, & le départ
de l'Archiduc le firent
mourir:Secette mort
affligeaautant Dorotée
que si elle ne l'eût pas - délivrée d'un mariage
odieux,
Sitoftqu'elle fut maitresse
de son fort, elle
resolut de donner à un -
couvent le peu de bien
qu'elle avoit, & d'y
passer le reste de ses
jours qu'elle contoit devoir
~cftre fort cours,
puis qu'elle avoit perdu
Don Pedre:elle estoit
dans cette triste resolution
quinze jours après
la more de son pere, &
feule avec une fillede
chambre, à quielleracontait,
peuteftre pour
la centiéme fois, latrahison
de ce perfide.
Quelle fut sa surprise
quand elle le vit encrer;
il ne fut pas moins furpris
qu'elle, car en arrivant
deValladolid avec
le Roy, il avoit couru
droit chwZ le pere pour
~tafther de le fléchir:
Le hazard voulut qu'il
trouva les portes ouvertes,
& qu'il entra
d'abord dans une fale
tendue de noir,où estoit
Dorotée en deuil. Frapé
de ce fpdacle il estoit
relié immobile: Dorotée
croyant qu'il ve- - noit luy faire de mauvassesexcuses
dece quiL'estoitmarié,
fut d'abord
saisie d'ind ignation,
puis transportée
d'une colere si violente
qu'clle éclata malgré sa
modération naturelle:
elle joignit aux noms
de perfide & de traitre
des reproches où il ne
comprenoit rien, car ils
rouloient sur un mariage
&;- sur des circonstances
dont il n'avait
nulle idée; il pensa
que peutêtreTalffidion
auroit pu alterer son
bon sens: enfin sa colere
finit comme celle
de toutes les femmes,
quand elle a elle allumée
par l'amour; leur
colcre s'épuise en in j ures,
il ne leur reste que
les pleurs & la tendres
se : Dorotée fondit en
larmes, Don Pedrene
put retenir les siennes,
& je sens que je pleurerois
peutestre aussi en
écrivant cette sene, si
je ne sçavois que le dénouëment
en fera heureux;
il se fit par un
éclaircissement qui ennuyeroit
le Lecteur ,
mais qui nennuya pas
à coup seur nos deux
Amans; comme rien ne
s'opposoit plus à leur
union,ils furent si transportez
de plaisir
,
qu'ils
oublièrent de pester
contre l'artificieuse Elvire
, & sa fourbe compagne.
Elles furent asfez
punies quand elles
apprirent le mariage
de Dorotée & de Don.
Pedre.
amoureuse, dont jeviens
deparler dans le Journal
de Madrid.
*
I y avoità Madrid
un petit
vieillard Espagnol fort
passionne pour la Maison
d'Autriche,& cet
attachement n'estoit
que tres louable dans le
temps que la Maison
d'Autriche possedoit légitimement
la Couronne
d'Espagne ; ce vieillard
estoit nouveliste
de profession, non pas
de ces nouvelistes équitables
& censez que je
hante volontiers : mais
decesnouvelistes frondeurs
qui débitent leurs
prejugez malins pour
des faits averez ,
chagrins,
incrédules dans
lesévenemens avantageux
à leur Patrie; &C
triomphans d'un malheur
public qu'ils auront
deviné par hazard,
comme si c'estoit l'ouvrage
de leur politique
rafinée.
Ce petit vieillard Autrichien
avoit jette les
yeux sur un Espagnol
de sa cabale) pour marier
une hiletrèsaimablequ'il
avoit, cetEspagnol,
qui se nommoit
D.Diegueavoit gagné
le coeur du pereen luy
apprenant toujours le
premier les mauvaises
nouvelles
, en traitant
les bonnes de visions &
se déchaînant avec fureur
contre le Gouvernement
present dePhilippeV.
ensortequ'étant
venu un jour lui aprendre
la défaite de l'armee
de ce Prince, dans
la bataille deSa-ragoffe,
ce mauvais Espagnol
en fut si transporté de
joye qu'il l'embrassa
tendrement,&luy promit
déstors sa fille en
mariage pour prix d'une
si bonne.nouvelle.
Cette charmante fille
se nommoit Dorotée ,
elle estoit aussi judicieuse
que son pereestoit
entjesté. Dorotée ne se
croyoit pas si habile que
quelquesunes de nos
Dames qui decident à
present des droits &
des démêlez des Princes.
ellen'eutpris aucun
party entre l'Archiduc
& PhilippeV.sicertain
Cavalier aimable, fort
attaché à cedernier.,
ne l'eût déterminée
dans la fuite pour ce
Roy légitimé.
Un jour ce Cavalier
qu'onappelloit Don
Pedre, après toutes les
attentions dun amant
respedueux, s'étant enfin
flatté de n'estre pas
haï de Dorotée luy déclara
son amour, Dorotée
en rougit, elle baissa
les yeuX)8C ne repondit
rien, c'est ce qu'-
on peut faire de mieux
pour un amant, sur sa
première déclaration
il en fit plusieurs , autres,
ilfaloit bien en fin
qu'elle s'expliqua, elle
ne voyoit rien à desirer
en luyque dela confiance
, elle se défioit naturellement
de celle des
hommes, c'estoit son
faible; si toutes les femmes
avoient ce faible:,
illes çueriroit de bien
d'autres; Dorotee ne
put s'empêcherdédire
à Don Pedre tout ce
qu'elle craignoitlà-defsus
, il répondit à ses
craintes par des sermens
; c'est la réponse
ordinaire: il luy jura
que sa fidélité pourelle
feroit aussi inviolable
que celle qu'il avoit
pour son Roy, c'estoit
là son sermentle plus
familier. Cet Espagnol
zélé ne juroit que par
son Roy.
Dans lemomenr que
Don Pedre prononça
avec transport le nom
de Philippe V. Dorotée
s'écria tout à coup, ah
nous sommes perdus !
ensuiteelle luyditavec
douleur que ion pere
neferoic jamaisd'alliance
avec un fidele sujet
de Philippe V. ah,
Dorotée
,
s'écriat-il à j
son tour, pourquoy estes-
vous si charmante,
j'avois juré que je ne
ferois jamais nulle liaison
avec les Partisans
entêtez del'Archiduc;
il faudra donc me faire
la violence decacher à
vostre pere mon zele
pour mon Roy.
,.
cela
ne suffira pas, reprit
Dorotée en le regardant
tendrement, vous
n'obtiendrez jamais
rien de luy si vous ne
feignez. moy feindre!
reprit brusquement le
franc castillan, les deux
amans se regardèrent
quelques temps sans
rien dire. Don Pedre
ne pouvoit se resoudre
à feindre, & Dorotée
n'osoit exiger de luy
unsi grandsacrifice, ils
se quicterécfortaffligez
de l'obstacle invincible
qu'ils voyoient à leur
union,& lejurerent qu'-
aumoins rien ne les pouroit
empêcher de s'aimer
lereste de leur vie.
Quelques jours sécoulerent,&
Don Pedre
les passoit à rêver
auxmoyens dont il
pourroit user pour gagner
le pere, sans commettre
sa sincerité ; ce
vieillardn'estoit
• pas
riche, il n'avoit que le
desir des richesses, &
l'avarice estoit sa plus
force passion après celle
de reformer le Gouvernement
; nostrejeune
Espagnol avoir de
grands biens, il acheta
exprésde quelqu'un je
ne sçai quel contrat
qui le mir en liaison
d'affaire avec le vieillard,
il eut occasionpar
làdeluy faire ledétail
de les grands biens, &
deluimontrer plusieurs
contrats,tîtres & papiers,
le hazard fit qu'en
tirant d'unportefeüille
ces papiers, il s'y trouva
une lettre ouverte, où
le vieillardapperçut ces
mots. Du Campdel'archiduc
ce 20. Aouct.
Cette date estoit fraîche,
quelle amorce pour
un nouveliste!Il se jeta
sur cette lettre, qu'il
connut estre de l'écriture
d'un zélé Espagnol
rebele, qui estoitdu
Conseil secret de Stanope,
il crut fermement
par cette lettre que
Don Pedre avoir des
intelligences secrettes
dans le parti de l'Archiduc.
Don Pedre eut
beau luy protester qu'il
estoit bon Espagnol,
je ne suis point surpris,
luy dit le vieillard en
riant, qu'ayant quantité
de biens qui dépendent
du Gouvernement
prelent
, vous cachiez
avec foin vos intrigues
secretes avec ceux de
mon parti. Plus, Don
Pèdres'obstinaà paroître
ce qu'il estoit,plus
l'autre Je crut ce qu'il
desiroit qu'il fût, caril
commençoit à l'aimer
parce qu'il le voyoit
très-riche. -
Pour expliquer icy
comment cette lettre
s'estoit trouvée entre
les mains de Don Pedre
, ilfaut reprendre
son hiftoiredeplus loin,
il avoit esté destiné par
son pere à une veuve
Espagnole,nommée
Elvire, encore jeune&
belle : mais que Don
Pedre n'avoit jamais
aimée, à qui même depuis
la mort de son pere
il avoit: fait comprendre
qu'il ne pouvoir jamais
se resoudre d'encrer
dans une famille ennemie
de son Prince, &
le frere d'Elvire estoit
Colonel dans l'armée
ennemie; c'estoit justement
de luy que v£-
noit la lettre en question
: Les nouvelles que
ce frere nlandoit..ectoient
tres - mauvaises
pour Philippe V. Elvire
les montroit avec
soinà Don Pedrepour
luy persuader de s'attacher
à l'Archiduc qui
alloit estre son Souverain,
car elle estoit
persuadée que la difference
des partis estoit
le seul obstacle qui s'oppofoit
à son mariage
avec DomPedre.
Ce fidele & sincere
Espagnol se trouveicy
dans une situationbien
delicate : Elvire luy
donnoit tous les jours
par ces lettres des détails
qui l'affligeoient
beaucoup, parce qu'ils
estoient malheureux
pour son Roy: mais
ils estoient heureux
pour ton amour,car en
les faisant voir au petit
vieillard Autrichien,
il alloit obtenir de luy
Dorotée,j'eusse voulu
demander en cette occasion
à Don Pedre si
dans le fond du coeur il
souhaitoit de voir cesser
latriste cau se qui produisoit
un si bon effet,
il m'eût répondu sans
doute qu'il ne pouvoit
démêler un sentiment
si de licat à travers un
amour violent, il se
contentoit de jurer sincerement
qu'il seroitau
desespoir si l'Archiduc
depossedoit Pbilippe V.
mais s'il efloit bien aise
qu'on le crût sur sa parole,
c'est la question:
quoyqu'il en soit il fit
si bien que le pere de
Dorotée luy donna sa
parole : mais la difficulté
estoit de retirer celle
qu'il avoit donnée au
premier, il netrouvapoint
de pretexte plus
specieux pour sauver
Ton honneur que de
mettre sa fille dans un
Convent, comme siellet
eût voulu se faire Religieufe,
Don Diegue
alarmé vint se plaindre
à son beau-pere, qui
luy dit qu'en conscience
ilne pouvoit empêcher
sa fille d'embrasser
un estatoù elleestoit si
bien appellée, &' de
peur qu'on ne découvrit
le veritable motif
d'une vocation si subite
y il défenditàDon
Pedre d'aller voir Dorotée
auConvent,jusqu'à
ce que Don Diegue
sefut rengagé dans
un autre Mariage qu'il
avoit rompu pour celui-
ci, pour lors dit le
petit vieillard, ce fera
lui qui manquera de
parole & non pas moi.
Dorotée entra donc
dans le Convent [ûre
ducoeurde Don Pedre,
dont Elvire estoit prcfqne
sûre aussi, elle en
jugeoit par l'empressement
qu'elle lui voyoic
de tirerd'elle des lettres
qui lui apprenoient la
défaite de l'armée de
Philippe V. il fera bientôt
du parti du Vainqueur,
disoit-elle en
elle-même, & il m'aimera
sans doute dés
qu'il n'aura plus cet attachetachement
à Philippe
V. qui l'empêchoit
d'en avoir pour moy;
c'estainsi qu'elle se flattoit,
lors qu'une amie
quelleavoit dans le
même Couvent où estoit
Dorotée, lui dit
qu'elle avoit surpris sur
la table de cette aimable
compagne, une lettre
fort tendre,signée
DonPedre; Elviresça.
voit d'un autre côté
que D. Diegue moins
riche avoit esté congédié
par lePere avare,
sa penetration lui fit
deviner le reste, & son
caractere artificieux &
interessé lui fit former
sur tout cela un projet
qui lui réussit comme
vous allez voir.
Premièrement, elle
prit le parti de ne point
témoigner à Don Pedre
qu'elle estoit informée
de son engagement
avec Dorotée;
cet eclaircissement n'eût
rien produit, elle sçavoit
agir bien plus finement
; cette amie,
qu'elle alloit voir au
Couvent,s'y estoit retirée
parce qu'elleétoit
pauvres El vire lui promit,
pour adoucir les
chagrins de sa retraite,
une pension considerable,
si elle vouloit lui
aider à époufer le riche
Don Pedre, & elles
convinrent du rolle
qu'elles jouëroiet pour
venir à bout de leur
dessein.
Cette amie d'Elvire
estoit complaisante,
insinuante, c'estoit la
flateuse du Couvent,
il en faut bien au moins
une dans une Communauté
pour amadouer
les nouvelles venues;
elle plaisoit assez à Dorotee,
qui commençoit
à s'ennuyer destre separée
de Don Pedre,
& qui mouroitd'envie
d'avoir une confidente
pour parler au moins
de celui qu'elle ne pouvoit
voir, celle-ci n'ayant
d'autre but que
de s'attirer .cette confidence
, l'amitié fut
bien-tôt liée entr'elles,
elles ne se quittoient
plus.
Ce-tte compagne
chagrine naturellement
par la mauvaise
situation de ses assai,
res, aflfcéta de le paroître
encore davantage,
& Dorotée l'ayant un
soir pressee de lui dire
la cause de ses chagrins
helas répondit-elle,en
soupirant, les chagrins
de la plus part des
femmes sont causez par
l'inconstance des hommes
; ce mot fit quelque
impression sur le
coeur de Dorotée, qui
par hazard n'avoit
point receu ce jour la
deletrre de son amant,
enfuiré la fausse affligée
se plaignit de l'insidelité
du ifen,& fit Ltdessus
le récit d'une
avanture ajustée au Cujet,
qui tira des larmes
de Dorotée,&qui donna
occasion à l'autre de
se déchaîner contre les
hommes, & contre la
crédulité des femmes
qui osent s'y fier; comme
cette matiere fournit
beaucoup à la conversation
des Dames,
les deux amies le couchèrent
fort tard,
toutes ces idées d'inconfiance
ne laisserent
pas de troubler un peu
le sommeil de Dorotée;
elle ne vit en songe que
des inconstans & tous
ressèmbloient à celuy
dont elle avoit l'imagination
frappée; elle se
réveillaassez inquiete,
mais une lettre fort tendre
qu'elle reçut le matin
de Don Pedre la rassura,&
luy fîtcomprendre
combien il est ridicule
d'ajouter foy aux
songes.
Le lendemain Elvire
vint sçavoir au Couvent
quel progrès avoit
fait son amie, elles en
parloient ensemble lors
que Dorotée, qui ne
pouvait, plus estre un
moment sans sa confidente,
vint la chercher
au Parloir;larusée fit figne.
à Elvire de partir;
& assectant d'avoir eu
quelque dispute avec
celle qui fuyoit,ellese
leva brusquement avec
un reste de colere affeaée,
vous me voyez fâ.
chée; dit-elle à sa compagne,
mais tres fâchée
contre cette amie a qui
je voudrois bien épargner
des chagrins pareils
à ceux qui m'accablent,
elle cft aimée
d'un jeune Cavalier,
elle lui a avoue quelle
l'aimoit, elle en va faire
un infidèle,cela ne
peut lui manquer, Dorotée
eut d'abord cette
curiosité qu'une femme
a toûjours de sçavoir
l'intrigue d'un autre,
mais celle-ci lui remontra
qu'on ne doit jamais
exiger d'uneamie
le secret d'une autre amie,
parce que d'amie
en amie les secrets les
plus cachez font divulguez
par toute une
Ville, elle fit ainsi la
discrete pendant le reste
du jour, mais enfin
sur le foir elle se laissa
vaincre par la tendresse
qu'elle juroit à Dorotée,
& lui appritavec
cent circon stances étudiées
8c interessantes,
l'intrigue d'Elvire &
d'un Cavalier qu'elle
ne nommoit point d'abord
,mais après avoir
fait un portrait, dont
chaque trait de reiférnblance
perçoit le coeur
de Dorotée, elle luy
porta le coup de Poignard
en luy nommant
Don Pedre., à ce mot
Dorotée tomba presque
évanoüie, & l'au-
-
tre feignant de ne s'en
pas appercevoir lui dit
en se levant brusquement,
ah Ciel! jecroy
que j'entends sonner
rnitiait-on nes'ennuye
point avec vous, à demain
, chere amie, à
demain, je vous apprendrayqui
est ce D.
Pedre.
On peut s'imaginer
a peu prés comment
Dorotée passa la nuit,
on lui apporta le matin
une lettre de Don Pedre
, persuadée de sa
froideur, elle croyoit
la voir dans quelques
endroits moins tendres
que les autres, él ce
qu'il y avoit de plus
passionné lui paroissoit
outré par affectation,
elle ne voyoit que perfidie
enveloppée, que
trahison cachée fous des
expressions que l'amour
seul avoit diétées à cet
amant sincere, enfin
elle expliqua sa lettre
comme on explique
presque tout, selon les
idées dont on est prévenu;
elle prit d'abord
la plume pour lui faire
une réponse fulminante,
mais elle fit reflexion
que les reproches
ne font point revenir
un infidele,il n'estquession
que de se bien asseurer
s'ill'estréellement,
& de prendre
enfuire le parti de l'oublier
si l'on peut.
Dorotée avoit beaucoup
de confiance en
un valet de son pere qui
lui apportoit les lettres
de Don Pedre, c'estoit
un ancien domestique,
dune fidélité sûre,elle
le chargea d'examiner
toutes les démarches
de Don Pedre, & illui
rapporta dés le lendemain
qu'il l'avoit vû
entrer chez Elvire,
qu'il y alloit tous les
jours & cela estoit vrai,
il continuoit d'y aller
frequément pour avoir
des nouvelles comme
nous l'avons dit: Elvire
ne pouvoir sedouter
que les lettres qu'elle
fournissoit à D. Pedre
lui servissent à obtenir
Dorotée d'un Perenouveliste,
elle lui en donna
une enfin, qui portoit
qu'apréslaBataille
gagnée, l'Archiducs'avançoit
vers Madrid;
quelques jours aprés
PhilippeV.resolut d'en
sortir,& cette nouvelle
mit Don Pedre au
desespoir, il écrivit à
Dorotée tout ce qu'on
pouvoit écrire de plus
tendre la-dessus, mais
enfin il marquoit par sa
lettre: que si le Roy
quittoit Madrid il feroit
obligé de le suivre,
&cela parutàDorotée
prévenuë,une preuve
certaine del'infidelité
de D. Pedre; en lisant
cette lettre sa douleur
,.
fut si violente qu'elle
* ne put la cacher à sa
confidente, qui luy
donna pour toute consolation
son exemple à
suivre : J'ai esté trahie
comme vous, lui ditelle,
& ce n'est que par
le mépris qu'on doit se 1
venger d'un traitre.
Pendant que Dorotée
s'affligeoit,Elvirese réjoüissoitd'avoir
découvert
que sa fille de
chambre reportoit au
valet, espion de Dorotée,
tout ce qu'elle pouvoit
sçavoir de ce qui
sepassoitchez elle;elle
fit à cette fille une fausse
confidence, elle lui dit
que son mariage estoit
réf.tu avec Don Pedre,
le un jour qu'il vint
lui demander des nouvelles
,
elle ordonna
misterieusement à cette
fille de chambre de fai-
J.re venir son Notaire,
le Notaire arrivé, Elvire
le fit passerdans
* son cabinet, resta dans
sa - chambre avec Don
Pedre
,
fit sortir ses
gens, & fit enfin tout le
manége necessairepour
persuader à la fille de
chambre qu'on alloit
signer le Contrat de
mariage de Don Pedre
qu'Elvire amufoit cependant
,comme ayant
une affairepressée à terminer
avec son Notaire.
La fille de chambre
ne manqua pas
de tout raconter au
valet, & le valet affectionné
ne doutant plus
qu'Elvire & Don Pedre
ne sussent mariez
ensemble, alla porterà
8.r.téc cetre nouvelle
-qui la mit dans un
état aisé à comprendre,
mais tres difficile à dé- -dite.
Dans le temps que
L
Doret'ée s'abandonnoit
à sa douleur, Don Pedre
deson costé estoit
dans de cruelles agitations
: Le Roy devoit
partir le
-
lendemain ;
en le suivant il se dc-
- -
claroit bon Espagnol,
& par consequent ennemi
du pere de Dorotée;
il la perdoitenfin.
Dans cette extremité il
luy écrivit qu'il falloit
absolument qu'il
la pût voir ce jour-là au !
Couvent; mais par malheur
le valet qui portoit
la lettre rencontra à la
porte du Couvent le
petit vieillard, qui vint
à luy comme un fu- 1
rieux, se doutant qu'il
porportoit
comme à l'ordinaire
une lettre de
Don Pedre à sa fille,
il contraignit le valet
à lui donner la lettre,
qu'il déchira en mille
morceaux aprés avoir
battu le porteur, car ce
petit vieillard colerique
ne sepossedoit plus
depuis qu'il avoit ap- pris, des gens mêmes
de Don Pedre, qu'il
fuyoit la Domina- * tiond'Autriche en
suivant le lendemain
Philippe V. hors de
Madrid.
Ce pere, outré contre
Don Pedre, tâcha
ensuited'inspirer sa colere
à sa fille, mais
quoiqu'elle fût irritée
contre cet amant, elle
eut voulu que son pere
ne l'eût pas esté jusqu'à
jurer qu'il n'en feroit
jamais son Gendre, car
elle esperoit toûjours
de le trouver innocent,
oubliant même en certains
momens qu'ilcftoit
marié à Elvire,elle
,. J:.. ne pouvoir s în-raginer
qu'un homme si fidele
à son Roy eût pu estre
infidele à sa Maîtresse,
mais plusieurs personnes
l'affeurerent de son
malheur: Elvirevoyat
le Roy & la Reine partis
, & sçachant que
plusieurs Dames alloient
suivre leurs maris
à Valladolid, ou al..
loit la Cour, fit courir
le bruit qu'elle alloit y
suivre Don Pedre, &
prepara~t son départ
avec des circonstances
& des discours propres
à persuader à tout le
monde qu'elle estoit
mariée fecrettement à
cet époux qu'elle vouloit
suivre, elle sortit
de la Ville avec les Dames,
mais à quelques
lieuës de là elle prit la
route de Cuensa, où
son frere lui avoit écrit
de l'aller attendre dans
un petit Château qu'il
avoit de ces côtez-là,
où devoient bien-tost
arriver les Troupes de
l'Archiduc, dans lesquelles
ce frere avoit
un Regiment.
Revenons à Don Pedre,
quelques heures
avant que de partir
pour suivre le Roy, estant
fort inquiet de n'avoir
point réponse, il
alla luy-mêmeau Couveut
, voulant parler
absolument à Dorotée
pour Patfïirer de sa fidelité
pendant son abfence,
mais il rencontra
justement le vieillard
irrité, qui venoit
de donner des ordres si
precis à la Porte, qu'il
futimpossible à cetamant
desesperé de parler
à Dorotée, son uniqueressource
fut d'aller
écrire chez luy une feconde
lettre qu'il donna
à une Touriere qui
promit enfin à force
d'argent, qu'elle la
donneroit à Dorotée,
avec cette legere consolation
l'affligé Don
Pedre partit de Madrid
&: sacrifia plus à Philippe
V. en quittant
Dorotée, que tous les
Grands & les Nobles
ensemble, en quittant
leurs biens & leurs familles
pour leur Roy.
Voila donc ce tendre
amant party sans fçavoir
qu'illaissoit Dorotée
dans un desespoir
affreux
,
elle estoit
fermement persuadée
- qu'il estoit marié à Elvire,&
qu'illaméprisoit
mêmejusqu'au
point de n'avoir pas
daigné luy écrire une
lettre, car vous sçavez
que la premiere a esté
déchirée par le vieillard
mutin
,
à l'égard de la
seconde, cette Touriere
,qui connoissoit la
compagne de Dorotée
pour estre son intime
amie & sa confidente,
n'élira point à luy avoüer
qu'elle avoit une
lettre pour elle, elle
l'avoit déjà prévenuë
sur tout ce qu'il faloit
qu'elle fçût, elle lui dit
la larme à l'oeil, car elle
avoit les larmesàcommandement
, que sa
pauvre amie estoitdans
un si grand accablej
ment qu'il faloit bien
se garder de luy donner
sîtost cette lettre, elle
l'ouvrit ensuite 1
,
la lut
& la déchira, comme
par un excès de colcre 1
contre Don Pedre, en s'écriant, hon j que
les,.
hommes sontperfides!
il faut épargner à mon |
amie la douleur de lire
de fausses excuses qui
font pour une femme
plus cruelles que Tofsense
memejtout cela
parut si naturel à la
Touriere, qu'elle répondit
naïvement, hélas
vous avez bien raison,
il ne faut pas seulement
dire à vôtre amie
que j'ay receu cette lettre
pour elle.
Après cecy la confidente
scelerate ne pensa
plus qu'à faire oublier
Don PedreàDorotée
: mais a tout ce qu'ellepouvoit dire
contre luy, Dorotée répondoic
seulement, ah
je le hais trop pour l'oublier;
en effet elle pensoit
à luy nuit & jour,
croyant le haïr, l'avoir
en horreur: mais elle
n'avoit en horreur que
sa trahison.
Pendant qu'elle se
défoloitainsi, Don Pedre
dit à Don Diegue
qu'elleavoiechangé de
vocation, & il la retira
du Couvent pour rernoucrce
mariage,cetftoit
dans le temps que [fArchiduc arrivoit à
Madrid5 deux jours
aprés son arrivée, il y
eût de grandes réjoüiffanceschezquelquesEs
pagnols Partisans dela
Maison d)Autriche, nôtrevieillard,
leplus zelé
de tousjdonnaungrand
*
souper, &dit à safille
qu'il faloit quelle en fit
les honneurs avec Don
Diegue qui alloit estre
son époux. Ces mot
prononcez par un per
terrible, àrquiellen'oJ
foit feulement répon-1
dre, la saisirent viverl
ment: il ne manquoit
plus à sa douleur que
la presence de Don
Diegue, & il arriva.
Quelle situation pour
elle d'estreplacée auprès
de luy dansun fcltin
où tour le monde la
felicitoit de ce qui alloit
faire son fuplicejon
parla des le lendemain
deconclurece mariage.
Elviré avertie de tout
par son amie du Couvent,
à qui Dorotée
contoit tous les jours
ses malheurs,alloit estre
au comble de sa joye,
cest-a-dire que Dorotée
alloitestre sacrifiée
à Don Diegue, lorsque
tout à coup les affaires
changèrent de face en
Espagne: le bruit courut
que TArchiduç à
son tour alloit quitter
Madrid: ce fut un coup
terrible pour le vieillard
Autrichien, qui
tomba malade à cette
premiere nouvelle: A
mesure que les affaires
de l'Archiduc empiroient,
le petit vieillard
déperissoit; enfin
quatrevingt-cinq ans
qu'ilavoir, & le départ
de l'Archiduc le firent
mourir:Secette mort
affligeaautant Dorotée
que si elle ne l'eût pas - délivrée d'un mariage
odieux,
Sitoftqu'elle fut maitresse
de son fort, elle
resolut de donner à un -
couvent le peu de bien
qu'elle avoit, & d'y
passer le reste de ses
jours qu'elle contoit devoir
~cftre fort cours,
puis qu'elle avoit perdu
Don Pedre:elle estoit
dans cette triste resolution
quinze jours après
la more de son pere, &
feule avec une fillede
chambre, à quielleracontait,
peuteftre pour
la centiéme fois, latrahison
de ce perfide.
Quelle fut sa surprise
quand elle le vit encrer;
il ne fut pas moins furpris
qu'elle, car en arrivant
deValladolid avec
le Roy, il avoit couru
droit chwZ le pere pour
~tafther de le fléchir:
Le hazard voulut qu'il
trouva les portes ouvertes,
& qu'il entra
d'abord dans une fale
tendue de noir,où estoit
Dorotée en deuil. Frapé
de ce fpdacle il estoit
relié immobile: Dorotée
croyant qu'il ve- - noit luy faire de mauvassesexcuses
dece quiL'estoitmarié,
fut d'abord
saisie d'ind ignation,
puis transportée
d'une colere si violente
qu'clle éclata malgré sa
modération naturelle:
elle joignit aux noms
de perfide & de traitre
des reproches où il ne
comprenoit rien, car ils
rouloient sur un mariage
&;- sur des circonstances
dont il n'avait
nulle idée; il pensa
que peutêtreTalffidion
auroit pu alterer son
bon sens: enfin sa colere
finit comme celle
de toutes les femmes,
quand elle a elle allumée
par l'amour; leur
colcre s'épuise en in j ures,
il ne leur reste que
les pleurs & la tendres
se : Dorotée fondit en
larmes, Don Pedrene
put retenir les siennes,
& je sens que je pleurerois
peutestre aussi en
écrivant cette sene, si
je ne sçavois que le dénouëment
en fera heureux;
il se fit par un
éclaircissement qui ennuyeroit
le Lecteur ,
mais qui nennuya pas
à coup seur nos deux
Amans; comme rien ne
s'opposoit plus à leur
union,ils furent si transportez
de plaisir
,
qu'ils
oublièrent de pester
contre l'artificieuse Elvire
, & sa fourbe compagne.
Elles furent asfez
punies quand elles
apprirent le mariage
de Dorotée & de Don.
Pedre.
Fermer
Résumé : AVANTURE amoureuse, dont je viens de parler dans le Journal de Madrid.
Le texte narre une aventure amoureuse complexe à Madrid. Un vieillard espagnol, passionné par la Maison d'Autriche, est un nouvelliste frondeur qui se réjouit des malheurs publics. Il a une fille, Dorotée, et un allié, Diego, qui gagne la confiance du vieillard en lui rapportant de mauvaises nouvelles et en critiquant le gouvernement de Philippe V. Diego obtient la main de Dorotée en mariage après avoir annoncé la défaite de l'armée de Philippe V. Dorotée, judicieuse contrairement à son père entêté, est courtisée par Don Pedre, un cavalier attaché à Philippe V. Don Pedre déclare son amour à Dorotée, mais elle exprime ses craintes concernant la fidélité des hommes. Don Pedre jure sa fidélité, mais Dorotée révèle que son père ne consentira jamais à une alliance avec un fidèle de Philippe V. Ils décident de s'aimer secrètement. Pour gagner la confiance du père de Dorotée, Don Pedre utilise des contrats et des papiers pour montrer ses richesses. Par hasard, le vieillard découvre une lettre datée du camp de l'archiduc, ce qui le convainc que Don Pedre a des intelligences secrètes avec le parti de l'archiduc. Malgré les protestations de Don Pedre, le vieillard le croit riche et commence à l'aimer. La lettre provient du frère d'Elvire, une veuve espagnole à qui Don Pedre avait été destiné par son père. Elvire tente de persuader Don Pedre de s'attacher à l'archiduc, mais il reste fidèle à Philippe V. Finalement, le père de Dorotée accepte de donner sa fille à Don Pedre, mais ce dernier doit d'abord rompre son engagement avec Elvire. Pour ce faire, il place Dorotée dans un couvent. Elvire, informée de la situation, forme un projet avec une amie au couvent pour séduire Don Pedre. Cette amie, complaisante et insinuante, gagne la confiance de Dorotée et lui raconte des histoires d'inconstance masculine. Dorotée, troublée, reçoit une lettre tendre de Don Pedre qui la rassure. Elvire, lors d'une visite au couvent, apprend de son amie que Dorotée est curieuse de l'intrigue d'Elvire et d'un cavalier. L'amie révèle à Dorotée que ce cavalier est Don Pedre, ce qui la plonge dans le désespoir. Dorotée passe une nuit agitée et, le matin, interprète la lettre de Don Pedre comme une preuve de sa froideur et de sa perfidie. Dorotée, après avoir reçu une lettre de Don Pedre, décide de ne pas répondre immédiatement, réfléchissant que les reproches ne ramèneraient pas un infidèle. Elle confie à un valet fidèle de son père la surveillance des démarches de Don Pedre, qui découvre que ce dernier fréquente Elvire. Dorotée, malgré ses doutes, continue d'espérer la fidélité de Don Pedre. Elvire manipule la situation pour sembler mariée à Don Pedre, utilisant sa femme de chambre comme espionne. Dorotée, désespérée, apprend la prétendue infidélité de Don Pedre et sombre dans le chagrin. Don Pedre, obligé de suivre le roi Philippe V, tente en vain de voir Dorotée, ses lettres étant interceptées par le père de Dorotée. Dorotée, convaincue de l'infidélité de Don Pedre, est forcée de se préparer à un mariage arrangé avec Don Diegue. Cependant, les événements politiques en Espagne changent, et le père de Dorotée meurt. Dorotée décide de se retirer dans un couvent. Finalement, Don Pedre revient et retrouve Dorotée en deuil. Après des malentendus et des éclats de colère, ils se réconcilient et se marient, oubliant les manipulations d'Elvire et de sa complice.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
47
p. 9-51
LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Début :
Un Pere avare, qui ne pensoit qu'à marier richement [...]
Mots clefs :
Fille, Père, Mariage, Homme, Marquis, Amour, Ami, Conseiller, Enchère, Jalousie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
LE MARIAGE
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
PAR INTEREST,
ou
LA FILLE
A L'ENCHERE. UN Pereavare, qui
ne penloit qu'à
marier richement sa
fille, avoit déja rompu
plusieurs affaires, cro-
* yant toûjours trouver
un- nouveau Gendre
plus riche que lespremiers;
il retiroit fà"pàrole.
aussi facilement
qûTI l'avoit donnée,&
ce caractère luy avoit
attiré un ridicule,que
quelquesvoisines,jaloules
de la vertu desa
fille, faisoient retoixw
ber malignement sur
elle; elles l'appelloient
la Fille à revehere; Ce
Pere ridicule disoitluimême
: Ma fille est à
cent mil francs, elle ne
sortira pas de chez moy
à moins, mais je préférerai
celui qui en aura
cent cinquante. Il le
fit comme il le disoit,
car tout prêt à concl ure
avec un jeune Marquis
dont sa Fille étoit aimée
& qu'elle aimoit,
un Gentilhomme plus
riche vint mettre enchere
; & te pere luy
ad jugea la fille, ce qui
fit imaginer au Marquis
desesperé - un
moyen de retarder au
moins ce dernier mariage.
Persuadé qu'il ne
s'agissort que de faire
paroistreun nouvel en*
chenfïèur, il alla trouver
un de ses intimes
amis
, cet ami s'appelloit
Damon, il étoit
très riche, & on le
comoi(Toit- pour tel; le
Marquis le pria d'aller
faire des offresau pere
pour l'amuser & gagnerdutemps.
Damon
rebuta d'abord son ami,
cette feinte ne lui convenoit
point,c'étoit un
des plushonnêtes hommes
du monde: mais
l'autre étoit un des plus
vifs ,& des plus deraisonnables
Marquis de
la Ville : il presse, il
conjure,ilsedesespere.
Non,lui dit Damon
,
non, rien ne peut mengager
à faire une telle
démarche; cependant
s'il ne s'agissoit que de
faire connoissance avec
ta maistresse, on ditque
c'est une des plus aimables
personnesdu
monde, en luy disant
que je la trouve telle,
jenecommettroispoint
ma sincerité:en un mot
si le pere peut concevoir
quelque esperance
surmon assiduité auprés
de sa fille, je laverrai,
à cela ne tienne,que
je ne terende service:
mais je t'avertis que si
l'on me veut faire expliquer,
je parlerai sincerement.
Tout ce que
je puis faire pour toy,
c'est d'éviter l'explication.
Le Marquis se
contenta de ce qu'il
pouvoit exiger, & dés
le même jour Damon
fit connoissanceavecla
fille, & la vit ensuite
pédant quelques jours.
-
Lucie
,
c'étoit le
nom de cette charmante
persnne,Lucie étoit
dune delicaresse scrupuleuse
sur tous ses devoirs,
& quoyqu'elle
eust de l'inclination
pour le Marquis, elle
obéissoit aveuglement
à son pere ;cependant
elle avoit conçu
une aversioneffroyable
pour le Gentilhomme,
a quielle étoit promise
en dernier lieu: elle
eust beaucoup mieux
aimé Damon,si elleeust
pû
,
pû aimer quelqu'autre
que le Marquis
J.
&
Damon de soncôtéla
trouva si belle, si vertueuse
& si affligée,
qu'il sentit bientost
pourelleunepitié fort
tendre, & cette ten-
:
dresse augmentant de
jour en jour,il s'apper-
£ut enfinqu'il étoit le
rival de son amy. Je
croirois bien que malgré
sa probité, il ne
s'aperçut de cetamour
que le plustard qu'il
put: mais enfin se trouvant
à peu prés dans la
situation où l'auteur
de Don Quixote met
l'ami du Curieux Impertinent,
& ne pouvant
plus se cacher son
amour à uy-meme, il
crut ne devoir pas le
cacher à son ami. Je ne
veux plus voir Lucie,
lui dit-il un jour, je
fuis trop honnête homme
pour vouloirmen
faire aimera je n'ai pas lecouragedeservirson
amour en lavoyant. Le
Marquis, quoyqu'un
peu extravagant d'ailleurs,
ne [ç fut pas assez
pour exiger deson ami
unservice sidangèl'eux.
Damon cessa de
voir Lucie,& le pere
quiavoit déjà ses vues
sur lui, futallarmé de
ne le plus voir: mais
la destinée de ce pere
.avare vouloirqu'il luy
vînt coup sur coup des
offres toutes plus avantageuses
les unes que
les autres:Voicy un
nouvel encherisseur
plusriche que les precedens
,
c'étoitun Conseiller
de Province,qui
étoit devenu passionnement
amoureux de
Lucie, chez une parente
où ill'avoitvûë
plusieurs fois. Abregeons
le recit des poursuitesde
cet amant,&
des chagrins qu'en eut
Lucie ;le peresedétermina
absolument pour
celui-ci : voila les articles
dressez,& le Conseillerafifuré
qu'il possedera
bientôt la fille
du monde la plus aimable
, &C la plus sage
Icyetf ce qui letouchoit
davantage car il étoit
naturellement fort jaloux.
«
""1'11--', est bon de faire
ici attention surla
sagesse de Lucie, 6C
sur la jalousie du Conseiller,
pour mieux ccm.,
prendre la surprise où
fut ce jaloux en trouvant
sur la table de sa
maitresseune lettredécachetée:
cette lettre qu'-
il crut avoir déja droit
de lire luy parut être
: d'unCavalier fort amoureux
de Lucie, &:
qui lui écrivoit d'un
stile d'amant ajlné.Ah,
WÀ chere Lucie, disoit
la lettre
,
faut-ilquun
triste devoirnous separe!
Que jesuis à plaindrey
& que <voui Î, es aplaindre
vous-même d'être
sacrifiée par un pire injujle
à un homme que
- VOl« ne pourrez, jamais
aimer,à un incotïjmode,
,- à un fâcheux. en un
mot le Conseiller voit
qu'on parle de luicomme
s'il étoitdéja mari
»
&C qu'aparemment Lucie
estdemoitiédumér
pris que ce rival témoii
gne pour lui;imaginezvous
l'effet d'une pareille
avanrure sur un
jaloux.Ce n'est pas tout
la lettre marquait ques
le Cavalier ne manqueroit
pasde se trouver
onze heures du foir*
chez Lucie pour la.
consoler, & qu'il y seroit
reçupar la porte
d'un jardin, par où la
maison tenoit à une petite
rue écartée. Enfin
tout
tout étoit si bien circonstancié
dans la lettre,
que le Conseiller resolut
d'atendre l'heurede
ce rendezvous pousséclaircir
, avant que de
prend re la dessus un parti
violent digne d'un
homme tres - vindicatif
, Se qui n'avoit
d'autre merite que celuy
d'être riche & amoureux
d'une personne
qui meritoit d'être
aimée.
Après avoir attendu
l'heure du rendez vous
avec impudence, nôA -
tre jaloux se trouve dãs
la petite ruë, par où
devoit arriver le Marquis,
carc'étoirluyqui
avoit écrit la Lettre;
que vous diraije, l'heure
sonne, le Marquis
vient, on lui ouvre une
petite porte, on la referme,
& le ja loux restant
au guet ju hlu'an
matin, eut tout le loisir
de se convaincre que le
galandn'étoit pas entré
chez Lucie pour une
conversation passagere,
ce fut pendant ces heures
si cruelles à passer,
qu'ilmédira contre Lucie
une vengeance inoüie,
voicy comment
il s'y prit. irmn
,il On devoit signer le
contrat le lendemain
au soir, il fit préparer
un souper magnifique,
cC prit foin pendant le
jour de rassembler toute
la famille de Lucie,
qui étoit nombreuse;
il y joignit quantitéde
femmes qu'il choisir exprés
les plus médisantes
qu'il pût, sans compter
les hommes, qui
sont encore plus dangereux
que les femmes,
parce qu'on les croit
moins médifans.
Le soir venu le Conseiller
fit remettre la
signature du Contrat
a près le sou per,& les
deux concradas furent
placez solemnellement
au bout de la table, le
repas fut fort serieux,
parce qu'on voyoit les
époux futurs fort taciturnes,&
enfin quand
on fut prest à forcir de
table, le Conseiller addressa
la paroleau Pere.
Monsieur, luy dit-il,
enélevant lavoix,afin
que toute l'assemblée
pût l'entendre: Je n'ai
jamais manqné, de paro
l e a personne, c'efb
pourquay j'ay -voulu
avoir icy grand nom- bretémoins des justes
raisons qui m'en
sontmanquer pour la
premiere fois,
Ce debut parue singulier
à toute l'assemblée,
on fut curieux
d'entendre ce qu'alloit
prononcer ce grave Juge
de Province, tout le
monde scaitcoiità-luat-
il, que vous avez
manqué de parole à
trois ou quatre Gendres
de suite, vous m'en
manqueriez aussi sans
doute s' il s'en pre sentoit
un plus riche que
fmiloOyY>)vvoouussmmeenmlceppri1i--
feriez, ainsi je fuis en
droit demépriservôtre
fille"1puisque j'en trouve
une plus sage qu'-
elle.
A ce discours on crut
d'abord que le vin de
la Noce avoit troublé
le cerveau du Conseiller,
le profond si lence
où l'on étoit, lui donna
le laillr de lire aux
convives la Lettre du
Marquis, & de cjrcon..
stancier il bien le rendez-
vous nocturne
qu'alors on ne l'accusa
plus que d'avoirpoulsé
trop loin sa vengeance,
tous les parens de
cette fille de s- honorée
baissent les yeux ou
s'entre-regardent sans
oser ouvrir la bouche,
les uns s'affligent de
bonne 'foy;"les autres
n'osentrireencore de
ce qui réjouit leur malignité
, ceux-cy feignent
de douter, afin
qu'on-leur en aprenne
encor davantage, quelques-
uns excusent, la
plûpartblâment,mais
presque tous ont les
yeux sur Lucie, qui
devenue immobile, pâh?
& défaite estpreste
à tomber en foiblesse.
Cependant le Conseiller
est dé-ja bien
loin, il avoir médité
son départ pour la Province,
une Chaise de
poste l'attendoit, & il
étoit sorti de la Sale
sans que pcrfonne eut
eu le courage de le retenir.
On alloit se separer,
& quelques-uns commençoient
àdéfilerlors
qu'un nouveau su jet
d'attention les rassembla
tous: C'était le jeune
Marquis, aut heur
de la Lettre, il avoit
vu partirsonrival, &C
seroit sans doute entré
triomphant, del'avoir
fait fuir par un coup de
sa rêre
,
mais a y ant a ppris
l'éclat quecebrutalvenoit
de faire,il
accouroit pour reparer
l'honneur de sa Maîtresse,
pendant que l'assemblée
étoit encore-ntière
; il dit d'abord
pour justifier Lucie ce
qui étoit vray, c'est
que la connoissant trop
scrupuleuse pour entier
d^o-ns- foa projet il
savoit gagné sa femme
de chac3mbre pour luy
aider à donner tie violens
soupçons au Conseiller
jaloux; en un
mot la Femme de
chambre à l'insçû de sa
-
maistresseavoit joüé le
stratagême de la lettre,
& se doutant bien que
le Conseiller voudroit .- approfondir la circonstance
du rendezvous,
avoit introduit le Marquis
par la petite porte
du jardin, mais il en
étoic sorti à l'instant
par la grande.
Aprés cette explication
le jeune Marquis
t pour se justifierluymême,
s'écria, pardonnez,
belle Lucie, à 1amour,&
audesespoir,je
sçavois bien continuat-
il, que mon rival estoit
allez jaloux pour
rompre l'affaire: mais
jene lecroyoispasassez
vindicatifpour la rompre
a," c tclat.
Pendant tout cedifcours
Lucieavoir pa- ruagitée hors d'ellemême,&
sacolere fut
prête - d'éclater contre
ce Marquis extravagant,
quil'avoit sicruelI.
ment offensée : mais
tout à coup on la vit
redevenir tranquile
comme une personne
qui a pris son parry ;
les femmes seules sont
ca pa bles de prend re à
l'instant le bon pary
quand ellesont i'elpriC
bon ;celles qui prenent
de mauvais partis les
prennent avec la même
vivacité, & c'est
,.
encore un avantage
qu'elles ont surnous;
car leurs fautes estant
moins reflec hies que
celles des hommes,elles
font plus excusables.
Le Marquis après
avoir parlé à toute l'assemblée,
se jetta aux
pieds deLucie,bien
feur d'obtenir pardon
d'une personne qui luy
avoitavoüé qu'elle l'aimoit
; il lui representa
que la justification la
plus authentique qu'une
fille put desirer,C"étoit
toit que celui qui avoit
fait soupçonner sa ver- tuprouvât en épousant
qu'ilcroyoit cette vertu
horsdesoupçon.
• Un murmure d'approbation
qui s'éleva
dans toute l'assemblée ,marqua qu on jugeoit
ce mariage necessaire;
la familleàl'instant
exigea du pere qu'il y
consentit, & la joye
qu'il avoit de voir sa
fille justifiée, le rendit
en ce moment moins
avare qu'iln'avoit jamais
elté; il se tourna
vers safille, & luy dit
qu'illui laissoit le choix
de sadessinée.
Puisque vous avez
la bontéarépondit modestement
Lucie, de
remettre à mon choix
la maniere de me justifier,
je veux estre justifiée
le plusparfaitement
qu'il se pourra;
il est clair que le MarKjuisme
justifie en quelque
façon par ses offres;
car il est rare qu'un
homme épQufe volontiers
celle qu'il auroit
deshonorée : mais il cO:
encore plus rarequ'une
fille refuse de pareilles
offres de celui pour
qui elle auroit eu quelque
foiblesse, ainsi je
me crois plus parfaitement
justifïée en declarant
que je n'épouserasjamais
un homme
qui a esté capable de
sacrifîer ma réputation
à son caprice.
Le Marquis futconfondu
par la fermeté de
cette resolution, tout
le monde, & le pere
même la trouvant sensée,
approuvoic le parti
que Lucie venoit de
prendre, lorsqu'on vit
paroistre Damon, qui
avoit suivi le Marquis
pour voir comment sa
justification feroit receuë,
indigné de l'imprudence
de cet amy, voici comment il parla:
Puisque mon amy,
dit-il à Lucie, a perdu
par sa faute les droits
qu'il avoitsur vostre
coeur, je crois ne devoir
plus avoir d'égards
que pour vostre justifïcation,
vous avezdéclaré
que vous choisiriez la
plus parfaite de toutes,
daignez donc comparer
aux deux autres
celle que je vais vous
proposer.
Il est rare, comme
vous l'avez dit, qu'on
fasse des offres telles
qu'en a fait le Marquis;
il est rare aussiqu'en pareil
cas une fille à marier
refuse de pareilles
offres: mais il est sans
doute encore plus rare
qu'après l'éclat que
vient de faire ce Conseiller
, un homme
aussiriche que moy3
qui passe pour homme
sensé, & quise pique
de delicatesse sur l'honneur
,prouve en offrant
de vous époufer qu'il
est assez feur de vostre
vertu pour croire rneme
que vous oublierez
entièrement le Marquis.
Tout le monde fut
attentif à cette derniere
justification on attendoit
la decision de
Lucie, oui, Monsieur,
dit- elle à Damon
, me
croirecapable d'oublîer
par estime pour vous,
un homme que j'ai eu
la foiblesse d'aimer c'est
meriter mon coeur aussi-
bien que mon estime.
Aprés avoir ainsî
parlé, Lucie tourna les
yeux vers son pere qui
n'avoit garde d'oublier
en cette occasion que
Damon étoit le plus
riche de tous ceux qui
Scs'étoient
presenté, exceptéleConseiller
5,
one joyeunanimedécida
pour Damon, &C
les plaintes du Marquis
se perdirent parmi les
applaudissemens de
toute l'assemblée.
Ceux qui soupçonneront
cettehistoriette
d'avoir esté imaginée,
diront que l'amour en
devoit faire le dénoument,
on pourroit leur
répondre qu'undénoument
fait par la raison,
est encore plus beau
felon les moeurs ,d'autant
plus que le Marquis
a méritéd'estre
puni; il est vnry qu'il
peut rester à Lucie
quelque tendresse pour
luy : mais celle qui a
fçû sacrifiercette tendresse,
à l'estimesolide
qu'elle a pour Damon , sçaurabien acheverce
qu'elle a commencé;
en tout cas c'est l'affaire
de Lucie, si l'histoire
est veritable, & si
elle est feinte, c'est l'affaire
de l'auteur, de répondre
à la critique
qu'on pourroit faire de
ton dénoûment.
Fermer
Résumé : LE MARIAGE PAR INTEREST, OU LA FILLE A L'ENCHERE.
Le texte relate l'histoire d'un père avare déterminé à marier sa fille Lucie au plus offrant. Plusieurs fiançailles sont rompues, attirant ainsi le ridicule et des rumeurs malveillantes sur Lucie. Un jeune Marquis, amoureux de Lucie, voit sa demande rejetée au profit d'un gentilhomme plus riche. Désespéré, le Marquis demande à son ami Damon, un homme riche et honnête, de faire une offre pour gagner du temps. Damon accepte à contrecœur et rencontre Lucie, qu'il trouve charmante et vertueuse. Il finit par tomber amoureux d'elle, mais décide de ne plus la voir pour éviter de trahir son ami. Lucie est ensuite promise à un Conseiller de Province, mais elle est horrifiée par cette perspective. Le Conseiller, jaloux, découvre une lettre d'amour prétendument écrite par un autre homme, ce qui le pousse à quitter Lucie. Le Marquis révèle alors que la lettre était un stratagème pour éloigner le Conseiller. Lucie, offensée par l'imprudence du Marquis, refuse de l'épouser. Damon, présent lors de cette révélation, propose alors de l'épouser pour la justifier pleinement. Lucie accepte, impressionnée par la délicatesse et l'estime de Damon. Le père, voyant l'unanimité en faveur de Damon, consent au mariage. Le texte se termine par l'approbation générale de cette union, soulignant la sagesse et la raison qui ont guidé la décision de Lucie.
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48
p. 1-74
Historiette Espagnole.
Début :
Dans le temps que l'Espagne estoit divisée en plusieurs [...]
Mots clefs :
Prince, Amour, Coeur, Joie, Bonheur, Mariage, Princesse, Amant, Liberté, Duc, Combat, Époux, Choix, Rival, Espagne, Andalousie, Mort, Malheur, Vertu, Générosité, Père, Sensible, Aveu, Discours, Courage
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texteReconnaissance textuelle : Historiette Espagnole.
Historiette Espagnole.
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
Dans le temps que.
l'Espagne estoit divisée
en plusieurs pays dont
chacun avoit fonSouverain,
le Duc d'Andaloufie
estoit le plus confiderable
d'entr'eux, foit par
l'estenduë de ses Estats,
soit par la sagesse avec
laquelle il les gouvernoit.
Il estoit l'arbitre
des autres Ducs sesvoisins,
dans les differens
qui les defunissoient, &
ces raisonsluyattiroient
la veneration
,
& le respectde
toute l'Espagne :
le detir qu'avaient les
jeunes Princes de voir
un Souverain dont la réputation
faisoit tant de
bruit,& qu'on leurproposoitsans
cesse comme
le plus excellent modelle
,
les attiroit dans sa
Cour, mais les charmes
de Leonore sa fille les y
retenoient: c'estoit la
beautéla plus reguliere,
&la plus touchante,
qui eustjamais paru en
Espagne
,
la beauté de
son esprit, &l'excellence
de son coeur formoient
de concert avec
ses appas tout ce qu'on
peut imaginer de plus
parfait.
Les Princes qui ornoient
une Cour déjasi
brillanteparl'esclat de
la Princesse Leonore,
joüissoient d'un je ne
scay quel charme secret,
que sa presence faisoit
sentir, ëc que la renomméen'avoit
paspûassez
publier: Ils l'aimoient,
ilsl'admiroient, mais le
respect ne leur en permettoit
que les marques
qui efchapentnecesairement
à l'admiration
,
6c à l'amour. Le
seul D0111 Juan fil^ du
Duc de Grenade osabien
tost reveler le secret
que tous les autres
cachoient avec tant de
foin. C'estoit un Prince
très - puissant
,
bc de
grands interestsd'Estat
queleperedeLeonore,&
le sien, avoient à demefler,
pouvoientfaciliter
un mariage auquel son
amour ,
& sa vanité le
faisoient aspirer, ensorte
queDom Juan sûr de
l'approbation du Duc
d'Andalousie,&constant
aussi sur son mérité declara
son amour à Leonore,
avec une hardiesse
qui dominoit dans
son caractere.
La Princesse ne luy
respondit point avec ces
vaines ostentations de
fierté ridicules sur tout
dans celles que l'amour
n'a pas touchées; mais
son discours portoit un
caractère de modération
qui luy annonçoit une
longue indifference
,
il
ne receut d'elle que
quelques marques de la
plus simple estime, sentiment
froid qui ne fait
qu'irriter les feux de l'amour,
DomJuan eust
mieuxaimé queLeonore
eust esclaté contre luy
, l'indifference est en effet
ce qui tourmente le
plus un amant, elle luy
oste le plaisir de l'esperance
aussi
-
bien que la
haine, & n'éteint pas
comme elle sa passion.
DomJuan parla souvent
deson amour à Leonore
,
& il en receut toujours
les mesmes respon
ses, rien ne put attendrir
pour luy
, ce coeur
dont l'amour reservoit
la conqueste à un autre,
mais en perdant
l'esperancede toucher
son coeur, il ne renonça
pas à celle de la posseder,
il agit auprès du
Duc plus vivement que
jamais
,
il esperoit que
Leonore aimeroit son
époux par la mesme raison
qu'il l'empeschoit
d'aimer son amant, il
pressa si fort son mariage
qu'en peu de temps
il fut conclu: quelle
fut la desolation décette
Princesse,ellen'estoit
pas insensibleàl'amour.
lePrince deMurcie avoit
sceu lui plaire, mille
qualitez héroïques le
rendoientdigne de son
amour, elle l'aimoit
quel malheur d'estre,
destinée à un autre. Cet
aimable Prince qui l'adoroit
n'avoit jamais ofé
luy parler de sonamour,
& n'avoit aussi
jamais reçu aucune mar
quedeceluy que Leonore
sentoit pour luy :
Il arrive à Seville où
estoit la Cour du Duc
d'Andalousie. Le mariage
de Dom Juan fut la
premiere nouvelle qu'-
apprit l'amoureux Prince
de Murcie, il fut frappé
comme d'un coup de
foudre. Il crut avoir
tout perdu, ainsi il ne
menagea plus rien, &
sansrendre ses premiers
devoirs au Duc, il
court chezLeonore dans
l'estat le plus violent quun
amant puisseeprouver
: Il eji doncvray,
Madame, luy dit-il, que
vous épousezDomJuan,
l'heureux Domfuan va
vous posseder.Toute la
Courqui retentit de sa
gloire deson honheur,
m'annonce le seul malleur
quiputm'accabler:
car enfin,Madame, il
n'est plus temps de vous
cacher messentiments
,
il
faut maintenant qu'ils c-
L'latent, je vous aimay
dezque vousparusses à
mes yeux, l'amour ne
peut plus se tairequand
il est reduit au desespoir;
Dom Juan seral'époux
de Leonore , Ah Prince[
Je ! quelle ressource
pour moy dans un pareil
malheur, Eh! quel
autrepartypuis-jeprendre
que celuy de mourir
: ce discours du Prince
surprit Leonore : il
luy donna encore plus
de joye
,
le respect du
Prince avoit juques-là si
bien caché son amour
qu'ellen'avoit pas mesme
peu le soupçonner,
quel charme pour elle
de se voir si tendrement
aimée d'un Prince qu'-
elle aimoit.
Leonore dont le coeur
estoit grand & incapable
des petitesses de la
feinte&dudéguisement
se livra toute entiere au
premiermouvement de
la gcnerosité, Prince,
dit elle, loin que vostre
amour m'offense, je ne
fais point difficulté de
vourdirequej'y responds
par tout celuy dont je
suiscapable; ouy,Prince,
je vous aime, &fij'epou.
sois Dom Juan je serois
encore plus à plaindre
que vous, maintenant
que jeconnoisvostre amour,
&que voussçat¡}
eZ le mien, nos malheurs
ne seront pas si
grands, la pofejjion de
vostre coeur va mefaire
surmonter les plusrudes
disgraces, &l'aveu que
je vous fais de mon amour
vous responds que
je ne seray point à un
autre que vous.
Cet aveu paroîtra sans
doute bien promt à ceux
qui croyent que l'amour
est toujours une foiblesse,
il feroit condamnable
en effet dans une
amante ordinaire, mais
l'amour heroïque plus
independant se prescrit
à
à luy mesme ses regles ,
sans violer jamais celles
dela vertu.
On peut juger combien
le Prince fut sensible
à un aveu dont il
n'auroit jamais osé se
flater
,
sa joye plus vive,&
plus forte que celle
que l'amour content
inspire d'ordinaire,ne se
monstra que par des
transports, illuy prouvoit
par le silence le plus
passionné que son bonheur
épuifoit toute sa
sensibilité, tandis que la
Princesse
,
oubliant le
danger d'estresurprise,
s'abandonnoitauplaisir
de le voir si tendre. Il
reprit l'usage dela parole
que sa joye extrémeluy
avoit osté: Est-il
possible, ma Princesse !
que vous flye{fènfihle
à mon amour, n'estoitce
pas ajJeZ que la pitié
vous interessast dans mes
malheurs ; Je comptois
sur la gloire de vous admirer,
f5 de vous aimer
plus que tout le monde
ensemble,maispouvoisje
me flater du bonheur
de vousplaire:SoyeZ,ûr,
dit Leonore, de la sincerité
de mes sentiments :
la vertu ria pas moins
de part à l'aveu que je
vous en fais que mon amour
:oüy
,
Prince, c' est
cette vertu si sensible à
la vostre qui vous afait
iJ.:I1)U que monamour,
tout violent qu'il est, ne
m'auroitjamais contraint
à vous faire f5 cejl
cette vertu qui mefait
souhaitterd'estreplus digne
devous: mais helas!
que leplaisir d'un entretien
si tendre va nous
cou,#ercl,er,noe,r,e amour
est trop violent pour ne
pas éclater, on le remarquera,
Prince, & l'on
va nousseparerpour tousjours.
Aprés une conversation
telle que se l'a peuvent
imaginer ceux qui
ont ressenti en mesme
temps l'amour, la joye
&la crainte. Le Prince
deMurcie se separa de
sa chere Leonore
,
de
peur de trahir par un
trop longentretienlemistere
si necessaire à leur
amour:il alla rendre ses
devoirs au Duc d'Andalousie,
qui luy confirma
le mariage de Leonore
avec DomJuan;savisite
futcourte,il n'aimoit
pas assez DomJuan pour
s'entretenir si long-tems
de son bonheur:la resolution
du Duc l'allarmoit
extremement ,
il
prévoyoit des éclats que
son amour pour Leonore
luy faisoit craindre
plus que la mort. Agité
de foins & d'inquietudes
il va chercher la solitude
pour y réver aux
moyens de détourner le
malheur qui le menaçoitj
il y trouva justement
Dom Juan qui se
promenoit seul dans les
jardins du Palais: quelle
rencontre que celle
d'un Rival qui rendoit
malheureux l'objet de
son amour. Si le Prince
eust suivi les mouvements
de sacolere,il auroit
sans doute terminé
sur le champ leur querelle:
mais il importoit
au Prince de dissimuler
plus quejamais; il aborda
Dom Juan avec cet
air d'enjouëment, & de
politesse qui luy estoit
particulier, & luy parla
en ces termes: Je ne
m'attendotspas, Prince,
de vous trouver enseveli
dans une profonde rêverie
lorsque toute cette
Cour ne s'occupe, & ne
s'entretient que de vostre
bonheur, le Duc d'Andalousie
vient de vous
rendre le Princed'Espagne
le plus heureux, &
nous
vousfuyeztout le monde
qui applaudità son
choîx. Est-ce ainsi que*
vous r(ce'Ve{, la plus
grandefaveurquepuisse
vous faire la fortune ?
Prince, responditDom
Juan, loin d'estre inJér;-'
sible au bonheur que le
choix du Duc me procure
,
c'est peut- estre afin
de le mieux gouster que
je cherche la solitude:
poury estreaussisensible
que je le dois, je riay beJ'oin
que de mon propre
coeury , je le possede
mieux icy qu'au milieu
d'uneseule de ccurtifans,
dont quelques-unspeutestre
donneroient des applaudissementsfcrce\
y a
un Princedontils envient
le bonheur.
Quoj qu'ilensoit, re->
prit lePrince, voflre
froideur mestonne:vous
estes trop heureux pour
veus renfermer dans les
bornes dune joye si moderee.
Eh!qui eutjamais
tant desujets de joye?
Vous allez,posseder Leonore
, &vous pofedez
apparemment son coeur,
car DomJ-uJan,delicat
&genereux comme je le
connois, nevoudraitpoint
faireson bonheurauxdépens
de celle -qu'ilaime,
il n'auroit point accepté
les offresduperesans eflrc
seur du coeur de lafille.
Leonore,-refpoilditDom
Juan, n'a point flatté
mon amour, &si setois
d'humeur a mmquieter>
je trouerois peut -
estre , quelle est sans inclination
pour moy:maisenfin
je rapporte la froideur
dontelle apayemesfeux,
à son indifférence naturelled'amour
mutuel n'est
pas necessaire dans de
pareils mariages, les raisons
d'Estat, & les interests
de famille en décident
ordinairement; &
lorsque j'accepte ïhonne"
f?' que le Dm-veut me
foeire? (avertu
pond quelle n'a point
d'tantipathiepour l'époux
que son pere luy destine ,
ni d'inclinationpourceux
que le choix du Duc riauthorisè
pas à luy lnarquer.
de l'amour. Permettezmoy
y
Seigneuryrepliqua
le Prince
,
de douter de
la sincerité de vos discours
pour estimer encore
vos sentimens, ouiy puisque
vous 'vo!/;/ez estre
l'Espoux de Leonore,
vous estes purdeJon
coeur: mais sans doute
vous vouleT^oùtrJeul de
vosplaisirs.Jevous laise
en liberté.
Si le Prince quitta
brusquementDomJuan,
c'estoit moins pour luy
plaire
, que parce qu'il
craignoit de ne pouvoir
pas assez retenir sa colere.
Il estoiteneffetbien
dangereux qu'elle n'éclatast
à la veuë d'un
Rival qui oiïLnibit également
sa delicatesse &
sa passion.
Le Prince courut rendre
compte à sa chere
Princesse de ce quis'estoit
passé entreDomJuan
& luy: mais bientost
les inquiétudes le reprirent
quand Leonore luy
dit que le Duc son pere
vouloit absolument acheverce
fatal mariage,
qu'elle en auroit esperé
plus de condescendance
,
maisqu'il paroissoit
inflexible
,
& qu'elle
craignait bien que rien
ne peut changer a resolution.
Ce fut ppur lors que
le Prince se trouva
cruellement agité: Que
de malheurs, luy dit-il,
je vais vous susctier!
quelles violences ne va
point vousfaire le Duc?
quellespersecutions de la
part de DomJuan? mais
en vain cet indigneRi- ,Zne
: valvêtitjorcervojïre inclînattoïijappujzduchoix
de vostre Pere, mon amour
& mon courage,
plus forts que leurs intercjisy
& leurs resolutions
vaincraient des obstacles
mille fois encore plys
grands: mous^wiau
meZ, je ne seray jamais
malheureux Dom
Juan nefera jamaisvostre,
Epoux ; je cours le
punir & vousvenger.
jihPrincel dit Leonore
,
auallû^vcus faire?
je ne crains point que le
bruit d'un combat suissè
ternir ma gloire, mais
que deviendrons-je lit
vous estoit funefe ? la
fortune riejïpas tousjours
du party de l'amour.
Prince, au nom de cet
Amour,n'éxposez,point
une vie à laquelle s'attache
la mienne: contenteZ:.,
vous du ferment que je
fais de rieflre jamais
qu'a vous,
Quel coeur ne feroit
pas sensible à tant de tendresse
? mais qui pourroit
l'estreautant que le
fut ce Prince le plus delicat
,
& le plus tendre
de tous les amans : on
peut croire queses transports
éclatoientsur son
visage, & ce fut en effet
ce qui trahit le mistere
de ces amans. DomJuan
venoit visiter Leonore,
il entroit dans son appartement,
dans les mamens
les plus vifs
y
&
les plus heureux où le
Prince se fust encore
trouvé; il sbupçonna
d'abord sonmalheur, &
la Princessequieraignoit
de sè trahir elle-mesme,
aprés quelques discours
de civilité feignit une
affaire, & se retira dans
son cabinet. Pour lors
Dom Juan qui n'avait
d'abord osé produire les
soupçons, ne menagea
plus rim, ces deux Rivaux
quitterent l'appartement
de la Princessè,
& sanssedonnerrendezvous
que par des regards,
ïls se trouvèrent
enfin {èu!s dans une alléeextrêmement
éloignée
du Palais, &Dom
Juan parla ainsi le premier
; Si j'avais Jeeu ,
Prince, que vous estieZ
seul avec Leonore - n'aurais eu garde de troubler
c-uoftre entretien, il
vous saisoit plasir à l'un
é5 à l'autre, ou toutes les
marquessurlesquelles on
en peut jugersont équivoques
: je mesuis pour lors
souvenu desmaximesgenereusèsquevous'VoulieZ
tantoslm'inspirer, iffen
ay reconneu la sagesse
aussî-tost que leprincipe.
Seigneur, respondit le
Prince, quand on estné
genereuxon n'ignorepoint
ces maximes, un amant
delicat se croit indigne
d'époufsr sa maijlrejje
quand il ne s'enfait pas
armer, l'epouser sans luy
plairec'est luy ojier la
liberté de concert avec
ceux qui ontdroitde disposer
d'elle, ~(jfpour
moy Pour vous,
répliquaDom Juan
,
vous accepteriez^le choix
de son Peres'il estoit
en vostre saveur ; sans
craindre dopprimer sa
liberté, ~f5 vous ferieZ
un usage plus agreable
de la delicatessè de
vos sèntiments: je rien
produirois pas du moins,
reprit le Prince avecémotion,
d'indignes f5
~â*elle&demoy.Jeferay
bientost voir, repritfierement
Dom Juan, que
cen'estpas estreindigne
du bienauquel on
que defaire desenvieux.
A ces mots le Prince sèntit
redoubler sa colere:
Un amant, luy dit-il
quinetrouveque de Findifférence
dans l'objet
qu'il
qu'ilaimerait d'ordinairepeud'envieux.
Jesuis
surpris,reprit DomJuan,
de l'audace avec laquelle
vous osèZm'insulter.
Hé! que pretendeZ:vous
sur Leonore pour en soutenirles
droits:je prétends
les luy consèrver , dit le
Prince, ~& scavoir si
Dom Juan aura le courage
de les detruire. Aces
mots, il tire son épée, &
Dom Juan se met en devoir
de se deffendre.
A voir leur mutuelle
fureur on auroit devin
sans peine l'importance
du sujet qui lesanimoitt
ces siers Rivaux, qu'un
grand courage & de
puissants. motifs rendoient
prefqumvinciblés,
combattirent lone- otemps à égal avantage:
mais enfin la force 8c
l'adresse du Prince prévalurent
; il desarma
Dom Juan
,
qui sans xvoir
receu aucune biefseure,
se trouva a la merci
de son vainqueur.
Alors le Princeloind'abuser
de sa victoire, sentit
mourir toute sa haine,
il ne put s'empescher de
plaindrele.tristeestat
dun malheureux. Dom
Juan estoit- en effet digne
de sa pitié :: il se
monstroit à la véritépeu
genereux. en poi^rfiijvant
des prétentions que
l'inclination de Leonore
n'authorisoit pas, mais
il dementoit sa générosité
pour la prèmieresois,
& jusque là le Prince
l'avoit trouvé digne de
son estime. Il ne voulut
point aussi luy donner la
mort : DomJuan, luy
dit ce genereux Rival
renoncera la possessïon de
Leonore ~f5 rvi'VeZ: Non,
non, respondit Dom
JuantermineZ ma vie
oulaissezmoy l'esperance,
depossedèrleseulbien qui
me la fait aimer. Vous
ouLeZdonc mourir, reprit
le Prince? Oüy, dit
Dom Juan, Eh! queserois-
je d'une vie qui ne.
seroit pas consacréea Leonore,
ah ! je feray trop
heureuxde luy donner
ceûtepreuve de ma constanceouijeveux
mourir..
Non, dit le Prince, que
ce discours avoit attendri
,non vous ne mourrez
point , deussai-je vivre
tousjours malheureux, je
respectedanscoeur ïa*-
mour queLeonoreyafait
naistre : Vivez Dom
Juan,vivez,&qu'on
ne puissejamais dire que
vous mourez pour avoir
aimécette divinePrincesse.
En mefine temps illuy renditsonépée,
prest à recommencer le
combat.Mais DomJuan
charmé de la generosité
du Prince, sentit tout à
coupchanger soiscoeur,
il fut quelque temps incapable
de prendre une
resolution, & mesme de
prononcer une parole:
enfin plus vaincu par la
generositédu Prince que
par ses armes, comme
s'il fust tout à coup der»
venu un autre homme,
il parlaainsi à son Rival.
Aumoment que vous me
rendez la vie , je comprends
que jemeritois la
mort, & je vaisvous
donner la plus grande
marque de mareconnoissance
:vousaime^Jans
WMte Leohore5, (3vom
estestropaimablepour
n'en
)
fjhe.pasaimé )1J
vous ceje>Prince
, tou?
tesmesprétentions, puissiez-
vousvivretousjours
heureux amantde Leànore:
pourmoyjevais lok
fuirpourjamais,&mettretoute
marlohe à eteindreunepassion
qui ojpen
selesplusillustres ama'ldu
monde"s conservez,
Prince,vostre amitiéque
vousvenezdemerendre
I!/
sipretieuse, & accomplir
tous nos souhaits. On ne
peut exprimer la joye,
&lasurprise du Prince,
il n'auroit pas cru que la
generosité eust tant de
pouvoir sur le coeur de
DomJuan,& fàrefblution
luy paroissoit si
grande, qu'àpeinepouvoit-
il suffire à l'admirer>
il le tint longtemps
entre ses bras, arrosant
son visagede ses larmes.
C'estoit un spectacle
bientouchant que ces
fiers rivauxdevenus tout,
d'uncoup sitendres. Ce
Prince déploroitlafatalité
des conjonctures qui
fQrçoieJld. Dom Juanà
luy faire un si violent sacrifice,
pendant que
DoraJuan croyoit faire
encore trop peu pour son
illustre amy. Leur genereuse
amitié fit entre eux
un fecond combat, aussi
charmant que lepremier
avoitestéterrible,
Ils se jurèrent une éternelle
amitié,&sedirent
enfinAdieu. Dom
Juan ne voulutpointretourner
sitost dans ses Etats;
craignant les esclaircissemens
que le Duc de
Grenade son pere auroit
exigé sur son retour imprevû.
Il resolutd'aller
voyager dans toute l'Êspagne.
Il ne crut pouvoirmieux
accomplir sa
:
promesse
, que par des
courses continuelles JOÙ
la multiplicité desdiffectls-
úbjets qui s'offrent
âùx Voyageurs,pouvoir
lé distraire
,
& chasser
ses premières impressions.
CependantlePrincequiavoit
tant de fîrjets
d'estre content de
l'amour,& delafortune,
prévoyant de terribles
esclats qu'il croyoit
devoirespargner à la
vertu de Leonore, estoit
accablé dedouleur. Ilse
reprochait d'avoir plus
écouté les interdis de
son amourque ceuxde
sa Princesse. Il craignoit
de s'estre rendu tout-afait
indigne d'elle. Aprés
avoir hesitéquelque
temps entre cette crainte
etledesir deluyapprendre
sa destinée
, ce dernier
sentiment l'emporta
,
&là il confia à fbn
Ecuyer une Lettrequi
apprit bientost à la Princesse
comment le Prince
l'avoitdélivrée des ira- -
portunes poursuites de
DomJuan. Si elle reçut
avec plaisir la nouvelle
delavictoire du Prince
: elle fut encore plus
charméedeladelicatesse
de ses sentimens, Quoy,
disoitelle, le Prince est
entUoneux dans un combat
qui decide definbon*
heur; & cependant craignant
de leftte rendu m-*
digne de mon amour par texceZ du sien. Il ne
peutgouster en liberté la
foyelaiplm grandeqm(
fdït capable de!rej!tlJ'ir.Ãj
nàiyEnnctiropgemr^m^
ne crainspointla iïèlcra
de Leono'm;jen'vhfvifab
ge dans .'erf:orhb:J'.qt«.:lu
fmlm ttt ')'expàfà,j,ipn
empefchrqueje,nefnjje
àun oewrequ'à:toyl
C'estainsi que cette
genereuse Princesse in-r
sensible à des revers que
le Prince craignoitpour
elle,donnoitau fort do
£>11Amant, une joyeà
laquelle il s'eftoit=lùy¿.
mmesemferrï'ï,~e.-•tru~:~-ma~ contoefi<fUerfeuftpô
gouster foiv; bonheur
sans l'y rendre sensible,
felle voulutparunelettre
Qu'elleluy écxivit]
Rendre toute sa tranquilité.
L'assuranced'estre
iimé de Leonore eïîoit
bien necessaireau Prince
pour luy faire supporter
fort absence : Il alloit
estre éloigné d'elle sans
ftjavoirquand il la re1\
erxoit,l éJpii9};i1i
Q¥elifalLfWlleJWtsJ)i\
|ettrpj4çL^nftr^&j/ç
retiraàdeu?ilicu(;'s<]e.§evine,
dityis,unJiçqu;JJl
9it.rfgiJitPjÇé.,gy
ilç'^ççUp^ l\11jq\1JtMJl}
du plaisir qLJre1F.lhf
JfUe,,^4e Ifcdgolgiif
d'enpeal('rsi6'.J.lÆp. noredesonCoftcin'avçuj:
gueresd'autre occupation
j'ics mesmesfcntimensleur
donnoientles
mesm peines 3îô^rJLes
mesmes plaisirs.
• Untemps considerable
se passa,sansqueces
deuxAmans pussent ny se11tretenlf) ny s'écrire
&Leonore qui n'avoit
de plaisir qu'enpensant
au Prince, en estoit pour
comhh de malheurs distraite
par les soupçons
defon> pere qui croyait
que les froideurs de sa
filleavaient éloigné
Dom Juan. Enfin le tumulte
d'une Cour, où
l'on nes'entretenoit que
deDomJuanluy devint
tout-à-fait insuportable?
elle pria leDucfbh perô
de luy permettre de quitter
Seville pour quelqoç
temps,sousprétexte de
rétablir sa santé
, que
l'absence de son cher
Amant avoit extrêmement
alterée:elle choisi
Saratra Maison de plaisance
à deux lieues de
Seville où elle avoit passé
une partiede sonenlance,
ellealloit tous les
soirs se promenerdans
un boisépais, ouellç
cftoitièurede trouver le
iilençe3 &la liberté:Un
jour sans s'estre apperçuë
de la longueur du
chemin ellele trouva
plus loin ql.",àl'ordi'qÇ
duChasteaudeSaratra,
elles'assit&fitassessoir
auprès d'elle Iiàbejle,
l'unede ses Filles qu'elle,
aimoit plus que les autrès,
&qui ne la quittoit
prcfqUc janlâis;elI tomba
dits UOéjft profonde
résveriè quilabelle* ne
put s'empescher deluy
en demanderle sujet,&
pourlors,foitque son
amour fortifié par un
trop long silence nepust
plus se contenir, , soit
qulfabelle méritastcettemarqué
de sa confiant
ce, Leonore luy ouvrit
fsoornt ccoeoeuurr,>&paparlrele rreécciitt,
le plustouchant luy ap- prit tout lemystere qui
estoit entre elle, & le Prince.! Ilàbelle estoit, sans
doute attendrie à la
peinture d'un si parfait
amour; mais elle se crut
obligée d'exhorter Leonore
à bannir le Prince
de son coeur: elle luy
representa respectueusement
tous les égards
.qu'exige des perssonnes
de son rang, le public à
quielles doivent, pour
ainsi dire,rendre compte
deleurssentiments 6c
de leurvertu.
chere Isabelle, reprit Leonore,
des quejeconnus le
.¡?rince, jeperdis laliberté
de-faire toutes ces reste- jfions,ma raison qui- en fit beaucoup en safaveur
rienfitaucunes contre lui.
Je l'aime enjirJ, & je
crois
, par mon amour,
estreau-dessusde celles
quin'ontpas lecoeurassez
vertueuxpour L'aimer,ce
riesipoint parcequ'il est
mïeuxfàit quelesautres
phltimïÈfneetèsf-pnriipta.Crc'eeafil*,ila
ma
iherèIJabelle,le caracte-
Yedejon coeurquefeftimc
eifHui9cèjifinamour
g'tïïereuxydélicat3dèfifr
terëjfé'', refPelJueux_'Ja.
cm que cet amour lriflreçoit
magenerositéa&
payerpar toutceluidont
jefhiscapable : plusatùntif
à ma, glomqtfà
fftôhmefmesfS indffjfc
fetitfursa félicitéparticulitre,
culiere, /<?#*çequi 12
pointderapport au* hoifc
&e$trde monarrww^ oud
facial de m'a :i.lé'li' nè
peut IjntereJJer,pouvois^
je connoistre taitr
Wtey.&wfasïefîtmer*
fomjQtSrjesèntir lepriX.
*a4hmsripmar'fait*arm.ou.r^0,> sionque ]aipoHr lui nest
fdefimnitmdee.re;ptlaire,*fqau'bosni<nyçoei.ï
AkhfmrqMifaunlqM
jefois condamme a ne le
plust¡}oir,peut-estre d()ut
t'ilde ma confiance,peut*
estre il craint que mon
amour ne saffomiJJ-es Apeine eut-elle achevécesderniers
mots,que lePrince sortit du bois
tout transporté, & se
jettant à ses pieds , s'éria:
Ah! ma Prtncejfeî
y a-t'tl un homme aujjfi
heureuxquemoi, dfpar*
ce que je vous rends un
hommage tjtIC tout l'tmivers
seroitforce de rvou;'
gendre,faut-ilque
plus heureux quç.Jont^
''Vr)ivers enseble. vv^. quellefurprifequel-,
lejoye, quels tranlports ):cçlatçf,
ces Ecnjdrcs Amaps:cçtt^
réunion impréveuë piÇrr
duifitentre eupi,ualong
silence qui ;peignoir
ntieüx leur fènfibiUtq
quetous les difçoups%<
';'"Cette {îtuatioa y;oiç
i doutçd,;cs grap!<&$
douceurs, mais l'amour rsen
trounedansles discours
passionnez quand ila
épuiséceux dusilence;
£6 futalorsque nepouvantadeziè
regarderais
ne purentle lassèr de
c:nteJldrc.-'
'i'Y0 Que fat deplaijira
n)om retrouver,cherPrince5
dit tendrement Leoîiore,
mais que ceplaisir
seracourt,peut-etrenous
ne^nousverrons\plus<:
nous ne nousverronsp'fofo,
ma Princesse,réponditil
,
ah crote^qm:tmtts
lesfois que lagloire,owfo
félicitéde Lemoreexige*
ront que je paroisse-â'fès
vousverrai-, je
vous verrai,charmante
Princessemalgrétousces
périls, maisquetousces
périlsyque.tous cesmah
heurs ne soientquepour
moi[ml9 jArai Uforcç
de lessùpporter>pmfqm
tpous. rriaimel
aJen'entreprendspoint
de pein: ici la douceurdeleurentretien
,
chacun en peut juger
- par sapropreexperience
aproportion des ,[ent..::..
nients dont il est capable.
Ilsuffrira de dire que
ces ,
plaisirs : n'ont point
debornes dans les coeurs
deceux qui n'enmettent
point à leur amour-
Chaque jourLeonore
revit for* Amant! & ce
- - A -
surentchaque jourde
nouveauxplaisirs:ils
estoient. trop heureux,
pour que leur bonheur
futde longuedurée,la
fortùrie leurdonna bien-
! tost d'antresfoins,*Lea-*
norèvrèceutiardre
; de
quitter, Saratra,&£Tdè
retourner promptement
à Seville:D'abord; elle
soupçonna quelquetrahison
de la partde [ci
domestiquer, & fit fça*
-
voirau Princel'ordre
cruel qui les SEparoit, en :de s'éloigner
inceflamineiic d'un lieu
où il avoit sans doute,
cf{tLé'ddé' couvert.
r. :,
Lessoupçons de Léo-»
nom ne se trouverent
quetrop bien sondez,
le Ducavoit appris par
un domestique de Leonore
3
qui estoit depuis
long-temps dans les
intereftsde Dom Juance
qui se passoit entre
dIe ,& le Prince:
Il
Ilrappella la Princesse
qui croyant sapassion
trop belle pourlaciefa^
yoüer;ne luyen sitplus
un mystere , non plus
que du combat entrer les
deux Princes. LàfîncePrité
de Leonore nefit
qu'exciter lacolere du
Bue,illuy ordonné de
se préparer à un pii&
grand voyage, &: afïii'
qu'ellepust oublier le
Princecepere}inflxi
ble resolut demettrela
mer entre ces deux amants,
& emmena Leonore
dansl'ille de Gades,
Cedépart fut si secret
& si precipité, que Leonore
ne put en informer
le Prince;ilapprit bien
tost quelle n'estoit plus
à Seville,mais avant
qu'il pust apprendre où
son perel'avoitreleguée,
il fut long-temps livré à
la plus cruelle douleur
qu'une pareille separatfionraiit
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Résumé : Historiette Espagnole.
En Espagne, divisée en plusieurs pays souverains, le Duc d'Andalousie se distinguait par l'étendue de ses États et sa sagesse gouvernante. Il était respecté et vénéré, attirant les jeunes princes qui admiraient son modèle de souveraineté. Sa fille, la princesse Léonore, était célèbre pour sa beauté, son esprit et son cœur excellent, attirant l'admiration des princes à la cour. Dom Juan, fils du Duc de Grenade, osa déclarer son amour à Léonore, mais elle répondit avec modération, révélant une indifférence qui irrita Dom Juan. Malgré cela, Dom Juan pressa le mariage, espérant que Léonore aimerait son époux par défaut. Léonore, cependant, aimait secrètement le Prince de Murcie, qui arriva à Séville et fut désolé d'apprendre le mariage imminent. Le Prince de Murcie, désespéré, avoua son amour à Léonore, qui lui répondit avec générosité, confessant son amour réciproque. Ils partagèrent un moment tendre mais craignirent d'être découverts. Le Prince de Murcie rencontra Dom Juan dans les jardins, dissimulant sa colère. Léonore informa le Prince que son père insistait sur le mariage, ce qui le désespéra. Le Prince de Murcie voulut défier Dom Juan, mais Léonore le supplia de ne pas risquer sa vie. Dom Juan, soupçonnant leur amour, les surprit ensemble et confronta le Prince de Murcie. Leur secret fut révélé, mettant en danger leur amour et leur vie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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49
p. 1-64
SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Début :
LEONORE arriva bien-tost dans l'Isle de Gade sans [...]
Mots clefs :
Prince, Grenade, Amour, Temps, Seigneur, Fortune, Père, Sujets, Amant, Douleur, Vaisseau, Princesse, Inconnue, Pouvoir, Andalousie, Malheur, Coeur, Ciel, Bonheur, Homme, Mort, Vertu, Souverain, Soeur, Duc, Usurpateur, Mariage, Doute, Perfidie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
AM~USE-ME~NS. SUITE
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
DE L'HISTOIRE
ESPAGNOLE. LEONORE arriva
bien-tost dans l'Isle
de Gade sans estre retardée
,
ni par l'inconstance -
de la Mer, ni par aucun
autre accident; quand les
amans trouvent des obHaçlesy
ce n'elt pas d'ordinaire
dans ces occasions.
Le Duc d'Andalousie,
non content de la douleur
que luy causoit l'absence
du Prince, la confia
à sa soeur, il crut ne pouvoir
mieux punir sa fille
de la passion qu'elle avoit
pour le Prince, qu'en luy
opposant de longs discours
que cette vieille soeur faisoit
sans cesse contre l'amour
; Leonore en estoit
perpetuellement obsedée,
elle estoit à tous momens
forcée d'essuyer les chagrins
de sa tante contre
les moeurs d'un siecle dont
elle n'estoit plus, & si l'on
ajoute à tant de sujets de
tristesse, le peu d'esperance
qui luy restoit de voir
son cher Prince, je m'assure
qu'on trouvera Leonore
bien à plaindre.
Un temps assez considerable
s'estoit écoulé sans
qu'elleeust encor vû dans
cette malheureuse Isle que
son Pere & son ennuyeuse
Tante, toujours livrée à
l'un ou à l'autre; à peine
pouvoit-elle passer quelques
momens seule dans
un Jardin bordé par des
Rochers que la Mer venoitbattre
de sesflots,
spectacle dont Leonore
n'avoit pas besoin pour
exciter sa rêverie:Un
jour plus fortuné pour
elle que tantd'autres qu'-
elleavoit trouvez silongs,
elle se promenoit dans ce
Jardin, heureuse de pouvoirsentir
en liberté tous
ses malheurs, elle vit tout
à coup dans le fond d'une
allée, une perfoiineqLii
paroissoit triste
)
& dont la
beauté rendoit la douleur
plus touchante;la conformité
de leur état leur donna
une mutuelle envie de
se voir de plus prés, & elles
furent bien-tôt à portée
de se demander par quelle
avanture elles se trouvoient
ainsi dans le même
lieu: Leonore qui se
croyoit la plusmalheureuse
,
avoit droit de se plaindre
la premiere, & cependat
elle se fit violence pour
cacher une partie de sa
tristesse:Je ne m'attendois
pas, Madame, dit-elle, à
l'inconnuë
,
de trouver ici
une des plus belles personnes
du monde, moy qui
avois lieu de croire que le
Duc d'Andalousie & sa
soeur estoient les seuls habitans
de cette Isle.
Ma surprise, Madame,
répondit l'inconnuë, elt
mieux fondée que la vôtre
; je trouve ici plus de
beauté que vous n'yen
pouvez trouver, & j'ay
sans doute plus de raisons
de n'y supposer personne:
Je ne doute pas, reprit
Leonore, que de grandes
raisons ne vous réduisent à
vous cacher dans une solitude,
j'ai crû voir sur vôtre
visage des marques de
la plus vive douleur, vous
estes sans doute malheureuse,
cette raison me fut
fit pour vous plaindre:l'inconnuë
ne répondoit d'abord
à Leonore que par
des discours de civilité;
l'habitude qu'elle avoit
prise de parler seule,&sans
témoins, contrebalançoit
le penchant naturel que
les malheureux ont à se
plaindre,mais son air my.
sterieux ne faisoitqu'irriter
la curiosité de Leonore
5
qui estoit impatiente
de comparer ses malheurs
à ceux de l'inconnuë
; quoique j'ayepûaisément
remarquer que vôtre
situation n'est pas heureuse,
continua Leonore,
je ne puis comprendre
comment la fortune vous
a conduite dans l'Isle de
Gade, je me croyois la
seulequ'elle y eufi rranC.
portée, & je vous avouë
que je fuis bien impatiente
d'en penetrer le mystere;
si vous conncissiez.
l'habirude où je luis de
plaindre les malheureux,
& l'inclination qui deja
m'interesse pour vousvous
n'auriez pas le courage de
me le cacher plus longtemps.
Je ne puis douter, Madame,
répondit l'inconnuë,
que vous ne soyiez.
Leonore, ôc c'ell3 tant
parce que je vous trouve
dans cette Isle
,
dont le
Duc d'Andaiousie est Souverain
,que parce que je
remarque des ce moment
en vous tout ce que la reo
nommée en publie) je ne
pouvois d'abord me persuader
que la fortune, si
cruelle d'ailleurs pourmoi
voulût icy me procurer
une de ses plus grandesfaveurs,
mais maintenant,
sûre que je vais parler à la
Princesse du monde laphrs
accomplie, jen'aurai plus
rien de secret pour elle,
& la pitié que vôtre grand
coeur ne pourra refuser
à des malheurs,qui ne
font pas communs, aura
sans doute le pouvoir de
les soulager.
Je m'appelle Elvire,
mon Pere îssu des anciens
Ducs de Grenade, vivoit
avec distindtion sujet du
Duc de Grenade, sans envier
ses Etats injustement
fortis de sa Maison, il mourut
, formant pour moy
d'heureux projetsd'établissement;
un Prince digne
de mon estime, & qui
auroit honoré7 son Alliance,
m'aimoit, je laimois
aussi, mon Pere trouvoit
dans ce mariage mon bonheur,
l'amitié qu'il avoir
pour moy luy rendoit cette
raison fiifîîfante les
choses estoient si avancées
queje gourois sans inquiétude
le plaisir d'estre destinée
à ce Prince
,
mais.
helas mon Pere mourut,
ôc(a more nous laissa cous
dans l'impuissance de finirune
affaire si importante.
pour moy! sa famille futlong-
temps accablée de ta
douleur
1
de cette perte:
enfin Don Pedre, qui est
monFrere,voulut relever
mes elperances aussi-bien
que celles de mon amant
qu'il aimoit presque autant
quemoy, lors que
Dom Garcie, homme tout
puissant à la Cour du Duc
de Grenade, qui y regnoit
plus que luy, me fit
demander par le Duc de
Grenade luy-mêrne: ce
coup imprevû accabla roue
te nostre famille,j'estois
sans doute la plus à plaindre
, mais mon Frere
,
qui
haïrToit personnellement
Dom Garcie, &qui avoit
de grandes raisons pour le
haïr, fut celuy quirésista
aplusuvivement; il repre- Duc quemafamille
avoir pris avec mon
amant des engagemens
trop forts pour pouvoir les
rompre, & que d'ailleurs
il convenoit mieux à ma
naissance
:
il le fit ressouvenir
des liens qui l'attachoient
à nous, & le Duc
naturellement équitable,
se rendit aux raisons de
mon Frere, & luy permit
d'achever nostre Mariage.
Je ne puis vous exprimer
mieuxNladaine,
quelle fut ma joye, qu'en
la comparant a la douleur
que j'ai ressentie depuis, &c
qui succeda bien-tost à
mes transports
: le jourmême
qui devoit assurer
mon bonheur, le perfide
Dom Garcie vint m'arracher
aux empressemens de
mon amant, & me rendit
la plus malheureuse personne
du mondey il me
conduisit dans des lieux
où personne ne pouvoit
me secourir : j'y fus livrée
à ses violences,le fourbe
employait tour-à-tour l'artifice
& la force, & comme
l'un & l'autre estoient
également inutiles à son
execrable dessein, il devenoit
chaquejour plus dangereux
: combien de fois
me ferois-je donnélamort,
si l'esperance de revoir
mon cher Prince ne m'avoit
toujours soutenue
croyez,Madame, que j'ai
plus souffert que je ne puis
vous le dire; le Ciel vous
preserve de connoître jamais
la rigueur d'un pareil
tourment: enfin ne pouvant
plus y refiler, je pris
le seul party qui me restair,
l'occal'occalionleprelentafavorableosai
me soustraire
aux violences de ce scelerat,
résolue de me donner
la mort,s'il venoit à me
découvrir;je ne vous diray
point la diligence avec
laquelle je fuyois ce monstre
malgré la foiblesse de
mon (exe
; mais enfin j'échapai
de ses mains:incertaine
des chemins que je
devois prendre, & des
lieux ou je devois arriver,
la fortune m'a conduite ici
loin du perfide Dom Garcie,
mais encore plus loin
demonamant.
Elvire racontoit ses malheurs
avec d'autant plus
de plaisir qu'elle voyoit
l'émotion de Leonore s'accroirre
à mesure qu'elle
continuoit son récit:chaque
malheur d'Elvire faisoit
dans son coeur une impression
qui paroissotc d'abord
sur sonvisage. Quand
ce récit fut fini, elle esperoit
qu'Elvire n'avoit pas
encore tout dit, ou qu'elle
auroit oubliéquelque circonstance
; mais quel fâcheux
contre-temps, Leonore
apperçoit sa vieille
tante qui avançoit à grands
pas vers elle Ah,ma chere
Elvire, s'écria t-elle, que
je fuis malheureuse, on
vient moter tous mes
plaisirs, il faut que je vous
quitte dans le moment que
vôtre recit m'interesse davantage.,
vous avez encor
mille choses à me raconter
je ne sçay point le
nom de vôtre amant) ni
ce qu'il a fait pour meriter
ce que vous souffrez
pour luy
,
hâtez-vous de
m'apprendre ce que je ne
lçai point encore : Je ne
sçai rien de mon Amant,
reprit Elvire, avec précipitarion,
sans doute il
n'a pu découvrir les lieux
où je suis,peut-être a-til
pris le party du defefpoir
,
peut-être ignorant
ce que mon amour a ose
pour me conserveràluy,
fiance, peut-être est-il inconfiant
luy-même:Voila,
Madame *
sçay du Prince de Murcie.
Au nom du Prince de
Murcie Leonore fit un
eiy
)
ôc tomba peu après
évanouie dans les bras d'Elvirer
Quelle fut la surprise
de cette tante quand elle
trouva Leonore dans ce
tristeétat& une inconnue
dans un trouble extrême:
Elle fit conduire Leonore
à son appartement,enattendant
qu'elle pût sçavoit
un mystere que le hazard
offroit heureusement à
son insatiable curiosité.
Cependant le Prince de
Murcie étoit depuis longtemps
abient de Leonore,
les mêmes raisons quil'ai
voient obligé de quitter
l'Andalousie si promptement,
l'empêchoient d'y
revenir:mais enfin l'amour
l'em portasurla prudence,
& il partit pour Seville
resolu de le cacher le)
mieux qu'il pourroit : A
peine fut-il dans l'Andalousie
qu'il apprit que Leonore
étoit dans l'Isle de
Gade, la distance qui estoit
entre luy & sa Princesse
le fit frémir; plus un
amant est eloigné de ce
qu 'il aime, & plus il est
malheureux;il arrive enfin
sur le bord de la mer
qu'il falloir passer pour aller
a Gade; il fut longtemps
sur le rivage cherchant
des yeux une chaloupe
à la faveur de laquelleilpût
la traverser;
&enfin il vit une petite
barque. Dans le moment
qu'il prioit le pêcheur, à
qui elle appartenoit,de l'y
recevoir, il aperçut un
homme bien fait, qui sembloit
d'abord vouloir se
cacher à ses yeux? & qui
insensiblement s'aprochoit
pourtant de luy. Le Prince
qui navoir pas moins dintérêt
à être inconnu dans
un pays si voisin de Tille
de Gade, loinde fuïr cet
étranger,alloit au devant
de luy, comme si un instindi:
secret eut en ce moment
conduit Ces pas, &
comme si le mente superieur
avoit quelque marque
particulière à laquelle
ils se fussent d'abord reconnus.
1 Seigneur, dit l'inconnu
au Prince de Murcie,j'attens
depuislong temps
l'occasion favorable qui se
prepresente
: cependant, si
vos raisons etoient plus
fortes que les miennes, je
ferois prêt à vous la ceder.
Seigneur, répondir le Prince,
vous ne sçauriez être
plus pressé de vous embarquer
que je le suis, & je
vous cede cette barque
d'aussi bon coeur ôc aux
mêmes conditions que
vous me la cedez,je consens
avec plaisir à la mutuelle
confidence que vous
me proposez
;
heureux de
pouvoir m'interesser au
sort d'un homme tel que
vous. Seigneur, répondit
, 1 ,., ,'inconnu,line s agit point
icydes intérêts personnels
du malheureux Dom Pedre,
mais de ceux de mon
Souverain, qui me sont
mille fois plus chers: Le
Duc de Grenade estmort,
un sujet perfide est prêt à
se faire proclamer son successeurcontreles
droits de
Dom Juan qu'une mauvaise
fortune éloigne depuis
long -temps de ses
Eltats. Comme Dom Garcie
était le canal unique
des graces du Duc)ils'est
adroitement rendu maitre
de tous les esprits; si
l'on ne s'oppose promptement
à les tyranniques
projets, Dom Juan fera
bien-tôt dépoüillé de ses
Estats : Son absence
)
la
mort du Duc son pere,
& l'addresse du traistre
D. Garcie luy laissent peu
de sujets fidelles
: J'ay appris
qu'ayant voyagé dans
l'Europe il a paffé la mer,
voyez, Seigneur) si les
raisonsdemonembarquement
font pressantes. Oüi,
Seigneur
,
répondit le
Prince, mais non pas seulement
pour vous, les
intérêts de Dom Juan
me sont auili chers que
les miens; c'est un
Prince digne de votre affection
& dela mienne:
D'ailleurs le trait de perfidie
de Dom Garcie merite
une vangeance éclatante,
je vaism unir a vous
dans un dessein si genereux
& si légitime;je
suis le Prince de Murcie,
je dépeuplerai s'ille faut
Murcie d'habitans pour
chasser cet indigne usurpateur
,ne perdons point
le temps à chercher Dom
Juan dans des lieux où il
pourroit n'être pas: mais
qu'à son retour il trouve
Grenade tranquille t Allons
purger ses Estats d'un
monstre digne du plus
horriblesupplice.
.:, Ces paroles que le
Prince prononça avec
chaleur donnèrent une si
grande joye à Dom Pedre
qu'ilseroitimpossible
de l'exprimer: la fortune
qui sembloit avoir abandonné
son party luioffroit
en ce moment les plus
grands secours qu'il pût
esperer,plein d'un projet
dont l'execution devoir lui
paroistre impossibles'il
avoit eu moins de zele,
il trouvoit dans le Prince
de Murcie un puissant protecteur
, & un illustre
amy.
ils partent ensemble,
& le Prince de Murcie ne
pouvant se persuader que
les habitans de Grenade
fussent sincerement attachez
à un homme dont la
perfidie étoit si marquée,
crut par sa feule presence
& quelques mesures lècretes,
pouvoir les remettre
dans l'obeïssance de
leur légitimé Souverain.
Ils arrivèrent aux portes
de Grenade la veille du
jour que Dom Garcie devoit
être proclamé;ils entrerent
sècretement pendant
la nuit dans la ville:
Dom Pedre fut surpris de
trouver les plus honestes
gens disposez à suivre les
loix d'un usurpateur, tout
estoit seduit, & le mallui
parut d'abord sans remede
: mais le Prince, dont
la feule presenceinspiroit
l'honneur & le courage par
la force & la sàgesse de ses
discours, sçut les ramener
à de plus justes maximes.
n Les plus braves se
rangerent les premiers
fous les ordres du Prince
,
& remirent dans
le devoir ceux que leur
exemple en avoir fait
fortirblentot la plus grande
partie de la ville déclarée
contre le Tyran,
parce qu'il n'étoit plus a
craindre, demanda sa
mort: On conduisit le
Prince de Murcie dans
le Palais: mais le bruit
qui arrive necessairement
dans les revolutions sauva
le tyran & le fit échapper
à la juste punition qu'on
lui preparoit ;
il s'enfuit
avec quelques domestiques
ausquels il pouvoir
confier le salut de la personne:
le Prince de Murcie
voulut inutilement le
suivre; Dom Garcie avoit
choisi les chemins les plus
impraticables & les plus
inconnus, & se hâtoit
darriver au bord de la
mer pour se mettre en sûreté
dans un vaisseau
: cependant
Dom Juan, averti
de la mort de son Pere,
étoit parti pour Grenade.
Toutà coup DomGarcie
apperçut de loin un Cavalier
qui avançoit vers
luy à toute bride ; quelle
fut sa surpris quand Il re.
connue D. Juan! le perfide
,
exercé depuislongtemps
dans l'art de feindre
,
prit à l'instant le parti
d'éloigner D. Juan, pour
des raisons qu'on verra
dans la suite; il le jette à
ses pieds, &luy dit avec
les marques d'un zéle désesperé
: Seigneur, n'allez
point à Grenade, vous y
trouverez vostre perte, un
indigne voisin s'en est em-
- paré) vos sujets font aintenant
vos ennemis,nous
sommes les seuls qui nous
soyons soustraits a latyrannie,
&tout Grenade
suit les Loix du Prince de
Murcie:du Prince de Murcie!
s'écria Dom Juan,ah
Ciel! que me dites-vous?
le Prince de Murcie est
mon ennemi, le Prince
de Murcie est un usurpateur
! non Dom Garcie il
n'est pas possible.Ah
Seigneur, reprit D. Carcie,
il n'est que trop vray,
la consternation de vos fidels
sujets que vous voyez
ticyr, noe vpous.l'assure que .J.J j
JVT En ,.-,jn D. Juan voulut
douter, les larmes perfides
de Dom Garcie le persuaderentenfin.
ChCiel,
dit ce credule Prince,
sur quoy faut- il desormais
compter? le Prince de
Murcie m'estinfidele, le
Prince de Murcie m'enleve
mes Etats: Ah! perfide,
tu me trahis? Je vais
soûlever contre toytoute
l'Espagne
: mais je sçai un
autre moyen de me vanger
; Leonore indignée de
ton lâche procedé, & confuse
d'avoir eu pour toy
de l'amour, me vangera
par la haine que je vais lui
inspirer contre toy : Allons,
dit-il, fidele Dom
Garciecourons nous vanger
: le Duc d'Andalousie *fut toûjours mon protecteur
& mon ami; c'est
chez luy que je trouverai
de sûrsmoyens pour punir
nôtre ennemi commun;
Il est maintenant dans l'isle
de Gade
,
hâtons-nous de
traverser la Mer.
Don Juan ne pouvoit
faire une trop grande diligence
;
le Duc d'Andaloule
devoit reprendre le
chemin de Seville
;
il étoit
trop habile dans l'art de
gouverner ses sujets, pour
les perdre si long-temps de
vue. Déja le jour du départ
de la Princesse qui devoit
s'embarquer la premiere,
étaie arrêté; Dom Juan
l'ignoroit, mais il n'avoit
pas besoin de le sçavoir
pour se hâter d'arriver dans
un lieu où il devoit voir
cette Princesse. Il s'embarquaavec
le traître
Dom Garcie: mais à peine
furent-ils en mer, que les
vents yexciterentune horrible
tempête, qui menaçoit
son vaisseau d'un prochain
naufrage. Iln'aimait
pas assez la vie pour craindre
de la perdre en cetteoccasion,
& il consideroit
assez tranquillement les
autres vaisseaux qui sembloient
devoir être à tous
momens submergez: couc
a coup il en aperçut un
dont les Pilotes effrayez
faisoient entendre des cris
horribles. Une des personnes
qui étoient dans ce
vaisseau frappa d'abord sa
vûë
:
il voulut la considerer
plus attentivement:
mais quelle fut sa surprise!
lorsque parmi un assez
grand nombre de femmes
éplorées, il reconnut Leonore,
feule tranquile dans
ce
ce peril éminent : O Ciel!
s'ecria-t-il, Leonore est
prête à perir. A peine ces
mors furent prononcez,
que ce vaisseau fut submergé
,
& Leonore disparut
avec toute sa fuite. Il se
jette dans lamer, resolu
de perir, ou de la sauver
pendant , que ses sujets consternez
desesperoient de
son salut. Enfin Leonore
fut portée par la force
d'une vague en un endroit
où Dom Juan l'apperçut
: il nage vers elle
tout tr ansporté,&sauve
enfin cette illustre Princesse
dans son vaisseau.
C'est ici qu'il faut admirer
la bizarerie de la fortune.
Le Prince de Murcie
éloigné depuis long-temps
de Leonore,n'a pu encore
se raprocher d'elle, prêt
d'arriver à l'isle de Gade,
où elle étoit, une affaire
imprévûël'enéloigne plus
que jamais : pendant qu'il
signale sa generosité
, un
credule ami, aux intérêts
duquel il sacrifie les siens,
l'accuse de perfidie; Dom
Juan, dont il délivre les
Etats, medite contre luy
une vangeance terrible;
la fortune se range de son
parti, & lui procure l'occasion
la plus favorable
pour se vanger; il fauve la
vie à ce qu'il aime, il espere
s'en faire aimer comme
il espere de faire haïr
son rival en le peignant
des plus vives couleurs.
Tellesétoient les esperances
de D. Juan lorsque
Leonore reprit ses forces
& ses esprits
:
à peine eutelle
ouvert les yeux qu'elle
vit Dom Juan qui, prosterné
à ses pieds, sembloit
par cet important service
avoir acquis le droit de
soûpirer pour elle, auquel ilavoit autrefoisrenoncé.
ëluoy9 Seigneur, lui ditelle,
c'est à vous que Leonore
doit la vie, à vous qui
lui deveztousvos mtibeurs?
cette vie infortunée ne meritoit
point un liberateur si
généreux, envers qui laplus
forte reconnoissance ne peut
jamais m'acquitter. Ah, répondit
Dom Juan! pouvois-
je esperer un sigrand
bonheur,aprés avoir étési
ton*- ttmp: Loin de z,ous) dtnf
vous r, o:r quepour njous
donner la vie? Ah, belle
Leonore ! HJQHS connoiite£
dans peu que sivous tnerjlf:Z
un coeur fidele, le mien .f(ulest
digne de vous être offert.
Ce discours de Dom
Juan allarma plus la Princesseque
le danger auquel
elle venoir d'échaper. Depuis
sa fatale renconrre
avec Elvire, elle étoit agitée
des plus mortelles inquietudes;
Elvire avoit
nommé le Prince de Murcie,
Leonore ne pouvoit
calmer ses soupçons qu'en
esperant qu'Elvirese seroit
méprise.
La hardiesse de Dom
Juan à luyparler de son
amour, & la maniere dont
il fait valoir la fidelité
de son coeur, redouble
ses soupçons & la trouble,
cependant prévenuë
d'horreur pour toutes les
infidelitez
,
celle de Dom
Juan envers le Prince de
Murcie la blesse, elle veut
la lui faire sentir adroitement
: Seigneur, dit-elle à
Dom Juan, vous ne me parle7
point du Prince de Adurcie,
cet ami qui vous eji si
cher, & pour quivousfça-
'tIe:z que je m'inttresse. Je
vous entens, Madame, répondit
Dom Juan, vous
opposezaux transports qui
viennent de m'échapper, le
souvenir d'un Prince que
vous croyeZ encore monami:
mais, Madame, ..,.endez..-moy
plus deluflice; je nesuis pas
infidele au Prince de Murcie,
cess luy qui me trabit,
quim'enlevemes Etats, rtJ
qui se rend en même temps
indigne de vôtre amour&
de mon amirie. Ciel! reprit
Leonore, que me dites vous,
Dom_îuan? Noniln'estpas
possible; le Prince deMurcie
n'est point un udurpateur,&
votre crédulité luyfait un
"ffront que rien ne peut réparer.
C'tJI à regret, Madame,
ajoûta Dom Juan,
queje vous apprens une nouvellesi
triste pour vous dr
pour moy : mais enfin je ne
puis douter que le Prince de
Murcie nesoit un perfide;
il nous a trompa l'un C
l'autre par les fausses apparences
de U vertu laplus héroi'queo'
roïque.jirrefie^ Dom Juan,
dit imperieusement Leonore,
cette veriténe niesi
pas APt, connuëpoursouffrir
des discours injurieux à
la vertu du Prince de Murcie,
& aux sentimens que
fay pour luy; c'est niaccabler
que de traitter ainsi ce
Heros, &vous dervjez. plutôt
me laijjerpérir.Quoy !
reprit Dom Juan, vous
croiriez que j'invente me
fable pour le noircir à vos
yeux?Non, Madame,vous
l'apprendrez par d'autres
bouches, cinquante de mes
sujets , A la tête desquels
est le sujet le plus fidele
,
vous diront que le Prince,
de concert avec leperside D.
Pedre,a seduit les habitans
de Grenade, (9* s'elf emparé
de cette Duché Au nom de
D. Pedre Leonore changea
de couleur, & ne pouvant
plus soûtenir une
conversation si delicate
pour son amour, elle pria
Dom Juan de la laisser
feule.
Ce fut pour lors que
revenuë à foy-même du
trouble où les derniers
mots de Dom Juan lavoient
jettée,elle s'abandonna
à sa juste douleur:
grand Dieu, dit-elle, il
est donc vray? le Prince
de Murcie est un perfide,
ce qu'Elvire m'adit, ôc
ce que m'a raconté Dom
Juan n'est que trop confirmé
! le Fatal nom de
Dom Pedre ne m'en laisse
plus douter
,
Dom Pedre
aura trahi son Maître en
faveur de son amy ,
le
Prince amoureux d'Elvire
se fera fait Duc de Grenade
pour s'en assurer la
possession; & moy vi&û
me de l'amour le plus
tendre & le plus constant,
confuse & desesperée d'avoir
tant aimé un ingrat,
un traître,je vais molurir,
détestant également tous
les hommes;& où trouver
de la probité, de la
foy, puisque le Prince de
Murcie est un perfide ?
Mais quoy, dois-je si-tôt
le condamner? peut-être
ce Prince
,
ignorant des
piéges qu'on tend à nôtre
amour, gemit dans l'inu
possibilité où il est de me
voir. Ah! quelle apparence,
c'est en vain que je
voudrois le justifier,Elvire,
Dom Pedre, Dom
Juan, vos funestes discours
ne le rendent que
trop coupable. C'est ainsi
que Leonore accablée de
la plus mortelle douleur
condamnoit son amant
malgréelle, & retractoit
sa condamnation malgré
les apparences de fa- perfidie.
Cependant le vaisseau
approchoit du bord, &
déja Leonore apperçoit
sur le rivage le Duc d'Andalousie,
que la tempête
avoitextrêmemeut allarmé
pour sa vie: illa reçut
avec une joye qui marqua
bien la crainte à laquelle
elle succedoit; maisil fut
franrporce quand il vit son
liberateur il luy donna
les marques les plus vives
d'une reconnoissance qui
se joignoit à l'amitié qu'il
* avoit toujours eue pour
luy; ce qui augmenta ses
esperances, & le desespoir
de Leonore.
Dom Juan ne tarda.
pas à instruire le Duc de
la prétendue perfidie du
Prince de Murcie, &: D.
Garcie en fit adroitement
le fabuleux récit: le Duc
fut surpris de la décestable
action qu'on luy racontoit,
& sensible aux
malheurs de Dom Juan,
il jura de le remettre dans
son Duché,&luy promit
Leonore. Plein d'un projet
si vivement conçu, il
va trouver cette Princesse
& luy dit
: Ma fille, vous
sçavez la perfidie du Prin-
-ce de Murcie, apprenez
par ce dernier trait à ne
vous pas laisser surprendre
par la fausse vertu,
guerissez-vous d'une passion
que vous ne pouvez
-
plus ressentir sans honte,
& preparez-vous a epoufer
Dom Juan que je vous
ai toûjours destiné.
Lconore frappée comme
d'un coup de foudre,
ne put répondre à son
Pere
,
mais il crut voir
dans sa contenancerespetfueufe
une fille preparée
à obéir, il la laisse seule,
& courut assurer D. Juan
de l'obéissance de sa fille:
ce Prince se crut dés ce
moment vangé de son rival,
il commença à regarder
Leonore comme son
épouse, & il ne cessoit de d
luy parler de son amour,
& de (on bonheur; Leonore
incertaine du party
qu'elle devoit prendre,
étoit pour comble de malheur
obligée à le bien recevoir;
elle luy devoit la
vie; son Pere luy ordonnoit
de le regarder comme
son époux, & d'ailleurs
illuy importoit de cacher
l'amour qu'elle conservoit
au Prince.~<~ - J't-
4* Enfin le Duc sur du
consentement de safille,
hâraextrêmement ce mariage
,
& le jour fut arrê-
1 té: la joye de cette nouvelle
se répandit dans lllle
deGade;tout le monde
benissoit le bonheur des
deux époux, tandis que
Leonoresuivoit, triste victime
du devoir & de la
fortune, les ordres d'un
Pere toujours conrraires à
son penchant. Eh! quel
party pouvait-elle prendre?
il falloir, ou le donner
la mort, ou époufer
Dorn Juan; sa vie étoit
trop mal-heureuse pour
qu'elle eût envie de la
conserver en cette occasion,
mais mourir fidelle
à un scelerat,à un tyran,
n'est pas un sort digne
d'une grande Princesse:
Enfin elle ne pouvoir desobéir
à son Pere, sans révolter
contr'elle tour l'Univers
,
à qui elle devoit
compte de cetteaction, &
devant lequel elle ne pouvoir
être bien justifiée.
Elle va donc subir son
malheureux fort,deja tour
se dispose à le confirmer.
Mais laissons cet appareil,
qui tout superbe qu'il étoit
ne pourroit que nous attrliiller
revenons au Prince
de Murcie.
Il était bien juste qu'aprés
avoir fait éclater tant
de generosité aux dépens
mêrat de son amour, cette
passion qui dominoit dans
son coeur, eut enfin son
tour. Il donna les ordres
necessaires à la tranquilité
du Duché de Grenade,&
commit à Dom Pedre le
foin de contenir dans le
devoir des sujets naturellement
inconstans;, ensuite
il retourne à l'isle de
Gade, traversela mer, &
se trouve dans une gran..
de foret: il chercha longtemps
quelqu'un qui pût
lui dire s'il était encore
bien loin de Gade,enfin
il apperçut un homme rêveur
, en qui lesejour de
la solitude laissoit voir de
- la noblesse& de la majesté:
il s'approche de lui, & lui
dit: Seigneur, puis-je esperer
que vous m'apprendrez
leslieux oujefuis?seigneur,
répondit le Solitaire, Ivou-s
êtes dans l'islede Gade ,pof.
fedée par le Duc d'Andalousie
,
il est venu depuis peuy
établir fortJejour avec Leonore
i-a fille, que la renommée
met audessus de ce qui
parut jamais de plus accompli.
Cette Ijle, reprit le
Prince,estsans doute le centre
de la galanterie, puisque
Leonore estsiparfaite,Û?sa
Cour doit être bien brillante?
Ilest nifede le conjecturer,
répondit le Solitaire: Je
n'en suis pas d'ailleurs mieux
informé que vous, je sçai
fente* ent, (ST sicette avan-t
tureavoirfaitmoins de bruit
je ne la sçaurois pas, jesçai
que Leonore retournant aSevdle
, fut surprije par la
tempête, & que prêteaperir
dans les flots, Dom Juan
Prince de Grenade la délivra
de ceperil. Dom Juan, reprit
vivement le Prince,
a sauvé les jours de Leonore?
les jours de Leonore ont été
en péril? Oui, Seigneur repondit le Solitaire, hjle,
de Gade retentit encore de
la reconnoissance de cette
Princeffi; depuis huit jours
ellea donné la main à Dom
Juan. Ah Ciel!s'écriale
Prince de Murcie, & en
mêmetempsil tomba aux
pieds du Solitaire
,
sans
Force & sans couleur.
Fermer
Résumé : SUITE DE L'HISTOIRE ESPAGNOLE.
Le texte relate les aventures de Léonore et du Prince de Murcie, séparés par des circonstances tragiques. Léonore arrive sur l'île de Gade, où elle est accablée par l'absence du Prince et les discours moralisateurs de sa tante, sœur du Duc d'Andalousie. Elle y rencontre Elvire, une jeune femme également triste, qui lui raconte son histoire : promise à un prince, elle dut épouser Dom Garcie après la mort de son père. Elvire parvint à s'échapper et se retrouva sur l'île de Gade. Pendant ce temps, le Prince de Murcie, désespéré par l'absence de Léonore, décide de se rendre en Andalousie malgré les dangers. Sur le rivage, il rencontre Dom Pedre, le frère d'Elvire, qui lui révèle que le Duc de Grenade est mort et que Dom Garcie, un traître, s'apprête à usurper le trône de Dom Juan. Ils s'allient pour chasser Dom Garcie et restaurer Dom Juan sur le trône de Grenade. Dom Pedre rallie les habitants contre Dom Garcie, qui s'enfuit. Dom Juan, informé de la mort de son père, rencontre Dom Garcie, qui le persuade que le Prince de Murcie a usurpé ses États. Dom Juan décide de se venger et se rend chez le Duc d'Andalousie, un allié. En mer, une tempête éclate et Dom Juan sauve Léonore, qui est troublée par les révélations sur la perfidie du Prince de Murcie. Le Duc d'Andalousie décide de marier Léonore à Dom Juan, malgré la tristesse de la jeune femme. Léonore, obligée d'obéir à son père, se prépare à épouser Dom Juan. Le Prince de Murcie, après avoir assuré la tranquillité du Duché de Grenade, est dominé par sa passion pour Léonore. Il se retrouve sur l'île de Gade et apprend de manière fortuite que Léonore a épousé Dom Juan huit jours plus tôt. À cette nouvelle, il s'évanouit.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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50
p. 1-76
HISTOIRE toute veritable.
Début :
Dans les Ilsles d'Hieres est scitué entre des rochers [...]
Mots clefs :
Îles d'Hyères, Amant, Vaisseau, Amour, Homme, Soeur, Capitaine, Château, Surprise, Passion, Roman, Chambre, Mariage, Négociant, Gentilhomme, Rochers, Mari, Bonheur, Fortune, Esprit, Fille, Joie, Mérite, Équivoque , Valets, Mer, Maître, Lecteur, Infidélité, Rivage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE toute veritable.
DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore
•
amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
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Résumé : HISTOIRE toute veritable.
Le texte décrit une scène dans les Isles d'Hières, où deux sœurs, Lucille et Marianne, se promènent dans une allée d'orangers. Lucille, l'aînée, est belle et admirée, mais triste car son père souhaite la marier à un gentilhomme voisin. Marianne, enjouée, taquine Lucille qui attend le retour de son amant, Leandre. Lucille rêve de Leandre et avoue son amour pour lui, motivé par ses richesses et sa qualité. Marianne obtient de leur père qu'il marie d'abord Marianne, permettant ainsi à Lucille d'attendre Leandre. Quelques jours passent sans nouvelles de Leandre. Un vaisseau accoste près du château après une tempête. Lucille court avertir Leandre, mais découvre qu'un valet demande de l'aide pour son maître, blessé. Marianne, séduite par l'apparence du jeune homme, s'occupe de lui avec zèle. Lors du souper, l'inconnu se révèle être un jeune négociant riche, mais ce n'est pas Leandre. Lucille est triste, tandis que Marianne reste silencieuse, troublée par ses sentiments. Le père, ignorant des tensions, est content de la situation. Marianne, amoureuse du négociant, évite de le regarder pour se punir de son plaisir. Une méprise survient lorsque le père annonce au négociant qu'il souhaite l'épouser. Lucille accepte la situation et se prépare à recevoir le négociant, mais celui-ci, confus, quitte la chambre sans rien dire. Lucille retrouve Leandre chez une voisine. Le négociant, accompagné du capitaine de son vaisseau, révèle qu'il doit repartir aux Indes. Cependant, ils prennent la mer sans prévenir, laissant les sœurs et le père perplexes. Marianne accepte de se marier avec le négociant pour rétablir les affaires de son père. Le mariage est célébré magnifiquement à la fin du mois de septembre. Le négociant, souhaitant annuler son mariage, supplie son ami capitaine de le ramener à l'île. Le capitaine reste inflexible, insistant pour que le négociant réfléchisse à son amour pendant le voyage. Le contrat de mariage est annulé grâce à une somme d'argent versée au gentilhomme. Le mariage entre le négociant et Marianne est finalement célébré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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