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1
p. 159-163
De Goa, Capitale des Indes.
Début :
Le Pere Antoine Thomas, Flamand de nation, qui partit de / Je suis arrivé icy le 26. Septembre, apres avoir essuyé [...]
Mots clefs :
Goa, Empereur, Suma, Japon, Maison, Loi chrétienne
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texteReconnaissance textuelle : De Goa, Capitale des Indes.
De Goa, Capitale des Indes.
1LE Pere Antoine Thomas*
Flamanddenation,quipar- - tit de Lisbonne avecdix autres
Jefuites le 18. Aunl16Î0. pour
aller aux Indes, à la Chine r&
au Japon.) nous écrit en ces termes
de Goa du 11. Oélobre 1680.
Je fuis arrivé icy le 26. Septembre,
apres avoir essuyé
mille dangers sur la Mer, ôc
perdumon cherCompagnon
le jeune P. Adam, avec lequel
je devois aller au Japon.
J'apprens icy des nouvelles
prodigieuses de cet
Empire. L'Empereur du Ji
ponn'ayant point deFils,
adopté celuy de la second
Personne du Royaume qu'o
nomme Suma. Ce petit En
fant par innocence de son
âge, demanda congé à l'Empereur
laveillede Noëld'alleren
la Maison de son Perc
pour assister à une gran d
Feste,&y entendre la Messe
L'Empereur surpris, dissimu
la,ôc luy ayant permis ce qui
souhaitoit, fit la nuit suivan
te investir la Maison de Su
ma, que l'on prit avec le Prêtre
qui avoit célébréla Met
se. Il les fit venir en son Palais,
ôc dit à Suma qu'il ne
pouvoit ignorer qu'il avoit
défendu laLoy Chrestienne.
Suma reponditqu'il le sçavoir,
mais qu'il l'avait défendue
injustement, puis que
cette Loy qui estoit d'ailleurs
la veritable, ne rempeschoit
pas de luy rendre tous les services
qu'illuy devoit. L'Empereur
le cÓdanlna à la mort,
mais un grand nombre des
principaux de la Cour qui
estoient présens, dirent hautenlcnr,
que si professer laLoy
Chrestienne estoit un crime
digne de mort, il les devoit
tous faire mourir
3
& plus dj
la moitié de ses Sujets; lliail
que cela feroit fort injustes
puis qu'ils le servoient plui
fidellement qu'aucun autre
& que dans les dernieres
Guerres Civiles, les Chrêtiens
avoient estépresque Ici
seuls à conserver sa Personne
au péril mesme de leurs vies
L'Empereurtouché de ce
discours,
leur dit qu'ils continuaffent,
& leur laissa
une
pleine liberté d'estre Chrêtiens.
UnMedecinFrançois
venu de Siam, m'a dit qu'il
avoit appris cette nouvelle
d'unCapitaine deVaisseauJaponois,&
j'ay [cen d'unPortugais
venu icy ces jours passez
deMalaca,que lesHollandois
racontoient la mefmechofe.
1LE Pere Antoine Thomas*
Flamanddenation,quipar- - tit de Lisbonne avecdix autres
Jefuites le 18. Aunl16Î0. pour
aller aux Indes, à la Chine r&
au Japon.) nous écrit en ces termes
de Goa du 11. Oélobre 1680.
Je fuis arrivé icy le 26. Septembre,
apres avoir essuyé
mille dangers sur la Mer, ôc
perdumon cherCompagnon
le jeune P. Adam, avec lequel
je devois aller au Japon.
J'apprens icy des nouvelles
prodigieuses de cet
Empire. L'Empereur du Ji
ponn'ayant point deFils,
adopté celuy de la second
Personne du Royaume qu'o
nomme Suma. Ce petit En
fant par innocence de son
âge, demanda congé à l'Empereur
laveillede Noëld'alleren
la Maison de son Perc
pour assister à une gran d
Feste,&y entendre la Messe
L'Empereur surpris, dissimu
la,ôc luy ayant permis ce qui
souhaitoit, fit la nuit suivan
te investir la Maison de Su
ma, que l'on prit avec le Prêtre
qui avoit célébréla Met
se. Il les fit venir en son Palais,
ôc dit à Suma qu'il ne
pouvoit ignorer qu'il avoit
défendu laLoy Chrestienne.
Suma reponditqu'il le sçavoir,
mais qu'il l'avait défendue
injustement, puis que
cette Loy qui estoit d'ailleurs
la veritable, ne rempeschoit
pas de luy rendre tous les services
qu'illuy devoit. L'Empereur
le cÓdanlna à la mort,
mais un grand nombre des
principaux de la Cour qui
estoient présens, dirent hautenlcnr,
que si professer laLoy
Chrestienne estoit un crime
digne de mort, il les devoit
tous faire mourir
3
& plus dj
la moitié de ses Sujets; lliail
que cela feroit fort injustes
puis qu'ils le servoient plui
fidellement qu'aucun autre
& que dans les dernieres
Guerres Civiles, les Chrêtiens
avoient estépresque Ici
seuls à conserver sa Personne
au péril mesme de leurs vies
L'Empereurtouché de ce
discours,
leur dit qu'ils continuaffent,
& leur laissa
une
pleine liberté d'estre Chrêtiens.
UnMedecinFrançois
venu de Siam, m'a dit qu'il
avoit appris cette nouvelle
d'unCapitaine deVaisseauJaponois,&
j'ay [cen d'unPortugais
venu icy ces jours passez
deMalaca,que lesHollandois
racontoient la mefmechofe.
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Résumé : De Goa, Capitale des Indes.
Le Père Antoine Thomas, jésuite flamand, écrit une lettre depuis Goa le 11 décembre 1680, relatant son arrivée le 26 septembre après un périlleux voyage en mer durant lequel il a perdu le Père Adam. Thomas rapporte des nouvelles de l'Empire japonais. L'empereur, sans fils, a adopté Suma, fils de la seconde personne du royaume. Suma, ayant assisté à une messe, fut arrêté avec le prêtre célébrant. Accusé de pratiquer la loi chrétienne, interdite, Suma admit sa foi mais affirma sa loyauté envers l'empereur. Menacé de mort, Suma fut sauvé par des membres de la cour, qui soulignèrent la fidélité des chrétiens sujets de l'empereur. Touchée, l'empereur permit la pratique de la foi chrétienne. Cette nouvelle a été confirmée par un médecin français et un Portugais, qui rapportèrent que les Hollandais racontaient la même histoire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 8-148
TRAITÉ DE LA POURPRE.
Début :
En vous envoyant dans le dernier Extraordinaire le Discours que vous / Pour rapporter avec quelque sorte de méthode ce que j'ay [...]
Mots clefs :
Pourpre, Teinture, Couleur, Livre, Robe, Pline, Rouge, Empereur, Usage, Riche, Grand, Laine, Magistrats, Rois, Nom, Rome, Privilège, Précieux, Écarlate, Vie, Romains, Honneur, Enfants, Ornement, Prêtres, Prix, Invention , Substance, Cher, Auteur, Empire, Chevaliers, Peuple, Effet, Confection, Sang, Noble, Armée, Habits, Cérémonie, Plutarque, Martial, Auguste
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texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ DE LA POURPRE.
Envomenvoyantdansledernier
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
ExtraordinaireleDiscours quevous
y avezveu touchant l'originede la
Pourpre, j'oubliayde vousdireque
M' Rault deRowen en estoit l'Au
theur. Celuy que vous allez voirfur
cette mesmematiere, eftde M Ger
maindeCaën.
८८
duMercureGalant.
9
522-525552222-5252
TRAITE' DE
LA POURPRE.
POurrapporter avec quel
que forte de méthode ce
que j'ay leu de la Pourpredans
divers Autheurs, jem'arreſteray
àconfiderer ſon origine,ſa com
poſition, ſa diverſité, ſon excel
lence,&fon uſage. Son origine
feravoir parqui, &à quelle oc
caſion elle a eſté inventée. Sa
compoſition montrera dequoy,
&enquellemaniere onenfaiſoit
la confection. Sa diverſité dé
crira ſes diférentes eſpeces. Son
excellence apprendraquel eſtoit
!ر
10
Extraordinaire
fon prix&ſavaleur; Et enfinfon
ufage déclarera quelles perſon
nes avoient le privilege de la
porter.
Jules Pollux dans fon Ono
mafticon , attribuë à Hercule
la premiere invention de cette
exquiſe teinture. Elle luy eſt
auſſi attribuée parAngePolitien
dans ſon Livre De Reveftiar. c.3.
&autres, mais fur tout par le
PoëteNonnusdansle 40. Livre
deſesDionyfiaques.Voicy àpeu
pres cequ'ilendit.
CertaineNymphenonvulgaire
Faifoitsonsejour ordinaire
Pres du rivageTyrien.
Herculequibrûloitpourelle,
Alloitſouvent chezcetteBelle,
SansautreſuitequeſonChien.
Unjourcôtoyant cerivage.
duMercureGalant. 11
CeChienparunheureuxdeſtin
Faitrencontredansſonchemin
D'untendre&vivantcoquillage.
Preſſe qu'ilestoit dela faim,
CetObjet luyfut unfestin.
Ille caffe, l'ouvre, &lemange,
Ettoutàcoupsonblancmuſeau
Seteint,ſecolore,&sechange
Enunrougeéclatant&beau.
Herculeignorant l'avanture,
ChezlaNymphes'eſtantrendu,
LaBelleeut àpeine apperçen
Cetterare &vive teinture,
Quepleined'unardentdefir,
Elleluydit, quequoyqu'ilfaſſe.
Famaisiln'auraleplaiſir
D'avoirdansſon cœurquelqueplace.
Sipourpreuvedefonamour
Jeneluy donneaupremier
UneRobetoutepareille
jour
Alacouleurvive &vermeille
DontſonChien esttoutbarbouillé.
NostreAmant,àqui laDonzelle
Avoitfans-deuteunpeubroüillė
12
Extraordinaire
Lesyeux le cœur, &lacervelle,
Etdont lafortepaſſion
Euftfaitpourelle l'impoſſible,
Appréhendantl'effet terrible
D'unetelleprédiction,
Luypromet, luy jure, &proteſte,
Dansl'emportement deſonfeu,
Qu'il luyferateindredanspeu
Robe,Manteau, Simarre,ouVeste,
Delacouleurqu'illuyplaifttant.
Celadit, dansle mesmeinſtant
Avecſon Chienils'achemine
Verslebord de l'Ondemarine,
Et làdeRocherenRocher
Iltourne &prendmaint coquillage,
Sanstrouvercequ'ilvient chercher
Surcetavantureuxrivage.
Enfineſtantpreſt dequiter
Uneentrepriſeſipenſage,
Dontilnesçauroits'acquiter,
IlapperçeutſonChiengrater,
Etdeladent&delapate
Fairedeſonmieuxpourouvrir
UneCoquilledelicateر
duMercureGalant. 13
Quelehazardluyvientd'offrir.
Ily court, & voit unConchyle
QueleChiencaffe, &quidiftile
Cette inimitableliqueur,
Dont laMaîtressedefoncœur
Paroiſſoitfifort amoureuse.
Joyeux, commel'onpeutpenſer,
Ilprendpeinede ramaſſer
Unemultitudenombreuse
DecetteConqueprétienses
Etsefaisantdecemonceau
Unlourd,maisaimablefardeau,
Ilporteavecbeaucoupdejoye
Chezluycetteagreableproye.
Labriſantàforcedecoups,
Soitdemarteau,ſoitdecailloux,
Ilenexprimeuneteinture,
Dont levif&brillant éclat
Paſſeleplusbelincarnat
Quepuiſſeinventer laPeinture.
IltrempedanscetteLiqueur
Quelquestoiſonsdefine Laine,
Etleurfaitprendrela couleur
Quifaitleſujetdeſapeine.
Extraordinaire
14
Illesdonne ensuiteà l'Ouvrier,
Dontl'artificefingulier,
Foignantuneexquiſe tiſſure
Alabeautédela teinture,
Luyrendpreſtedanspeudejours,
Maiségalement riche &belle,
LaRobeéclatante&nouvelle
Qu'ildestinoitàsesamours.
Siſapeinefut reconnuë,
SilaRobefutbien reçenë,
Sinoftre induſtrieuxAmant
Reçeut desa belleMaîtreſſe
Maintefaveur,maintecareffe,
Onn'endoitdouternullement.
Maiscequifaitànoſtrehistoire,
C'estqueparcettenouveauté
Dontongarderalamemoire
CheztoutelaPosterité,
Alcideméritalagloire
D'avoirlepremierinventé
Laplus excellenteteinture,
Leluftreleplusprétieux
Quejamais 'Art&laNature
PuiffentproduireſouslesCieux.
1
duMercureGalant. ις
AchillesTatius, dans ſonHif
toire Greque des Amours de
Clitophon&deLeucippe,Liv.2.
rapporte la premiere invention
de la Pourpre àun Berger, par
uneavanture preſque ſemblable
à celle d'Hercule. Ce Berger,
dit-il, ayantveulagueulledefon
Chien teintedu ſang d'une ma
niere d'Huiſtre, dont il avoit
caffé la coquille, & s'imaginant
qu'il s'eſtoit fait une coupure en
caſſant cette coquille , luy lava
lagueulle pour voir enquel lieu
il s'eſtoit bleſſe; mais il futbien
furprisdevoirque nonſeulement
fon Chien n'avoit aucune blef
fure , mais encor que plus il luy
étuvoitle muſeau, plusil paroif.
foit vermeil & empourpré. Ce
qui le ſurprit encordavantage,
7
1-
Extraordinaire
16
fut de ſe voir les mains teintes
de cette meſme couleur. Il ne
ſçavoit àquoy attribuer un effet
ſi merveilleux, lors que le Chien
qui avoit pris gouſt à l'Huiſtre,
entrouva encor une pareille, &
la caſſant, fit voir à fon Maiſtre
quil'obſervoit,laveritable cauſe
de cette éclatante teinture; ce
que le Berger ayant remarqué,
il prend unefemblable coquille,
la caffe, &trempe dans ſonſang
un petit flocon de laine, qu'il
voit auſſitoſt imbibé & coloré
duplusbeaurouge cramoiſyqui
ſe puiſſe voir. Un Secret ſi rare
le rendit riche en fort peu de
temps. Ille laiſſa enmourantà
ſes Compatriotes , qui en firent
depuis un trafic ſi avantageux,
queleurVille endevintfort opu
+
duMercureGalant.
17
lente , &fe rendit fameuſe non
ſeulement par tout le Levant,
mais meſmejuſquesdanslesPro
vinces les plus éloignées. Le ſça
vant Caffiodore confirme cela
dans lepremier Livre de ſesVa
rietez, Epiſtre 2.
Pline dans le 7. Livre de fon
Hift. nat. c.56.donne l'invention
de cette prétieuſe teinture aux
Lydiens, Peuples qui habitoient
cette Contréedel'Aſie mineure
quis'eſtrenduë recommandable
par l'or que rouloit ſon Fleuve
Pactocle parmy ſon ſablon. Il
faitmention particulieredeceux
deSardis, ou Sardes, Ville Ca
pitale de toute cette Province,
qui trouverent, felon luv,le ſe
cret defaire prendre aux Laines
la riche couleur de la Pourpre.
Q.d'Avril1682.
:
B
:
1
18
Extraordinaire
D'autres attribuënt cette gloire
aux Phéniciens , d'autres aux
Rhodiens, &c.
Quoy qu'il en ſoit , tous les
Autheurs demeurent d'accord
que lamatiere dont on compo
foit cette noble teinture, prove
noitd'un petit Poiſſon renfermé
dans une petite écaille, conque,
ou coquille de Mer, appellée
Pourpre , du nomque l'on donna
au fang ou àlaliqueurvermeille
quel'on tiroitde la ſubſtancede
cePoiffon, duquel il eſtà propos
de dire quelque choſe de ce que
nous en racontent les Natura
liſtes, au moins pour cequi tou
cheleſujetque noustraitons.
Pline Livre 9. c. 36. dépeint
deuxfortes de Pourpres & dedi.
férente figure ; l'une , qu'il dit
du MercureGalant. 19
eſtre faite en façon de petit
Cornetou deFlute, &qu'ilap.
pellepour cela Buccinum, parce
qu'il a une eſpece de bec de
forme ronde, qui eſt unpeu in
ciſé à coſté, àpeu pres comme
laFlute, ce qui le rendroitquafi
propre aumeſme uſage que cet
Inſtrument, & ce qui estcauſe
que l'on luy donne le nom de
Tuyau ou de CornetdeMer.
L'autre eſpece de Pourpre, &
qui en retient proprement le
nom, eſtplusgrande, dit lemef
me Pline, quele Corner, &eft
faite enfaçonde Pointe, ayant
ſept petites pointes ou cornes
diſpoſées preſque en égale dif
tance les unes des autres; l'une
deſquelles qui eſt cavée en for
mede tuyau, ſert comme debec
Bij
レ
20
Extraordinaire
àla Pourpre, par le moyen du
quel ce Poiffon pouſſeſalangue
dehors pour ſuccer & attirer ſa
nourriture.
Bellonius dans ledocte Traité
qu'il a fait des Animaux aquati
ques , décrit la Pourpre à peu
pres dela maniere de cette der.
niere eſpece, car il dit que c'eſt
unefortede coquilledela grof
ſeurd'un œufdePoule, hériſſée
tout autour de petites pointes,
ayant une petite ouverture ou
canal àl'unde ſes coſtez, par où
la Pourpre s'attache aux Ro.
chers,&paſſeſa teſte endehors,
laquelle eſt armée de deux peti
tescornes, fléxibles comme cel
les des Limaçons, qui s'avancent
&ſeretirentdemeſime,&qui luy
fervent comme de guides pour
+
duMercureGalant.
21
la conduire,&fonder le chemin
paroù elleveutpaſſer, ayant au
reſte la langue ſi dure& fi mor
dante,qu'elle s'en fertpour ron
ger les pierres, pour s'en repaî.
tre, &les attirer dans ſoneſto.
mach. Lapidesarrodit, & infto
machumexagens demittir.
RondeletdansſesRecherches
fur la nature &les qualitez des
Poiſſons, donne uneautrefigure
à la Pourpre , carildépeintfa
coque comme celle d'un Lima
çon, en forme de petiteBou
teille, ronde&largeparunbout,
&diminuant peuàpeuenpoin
te, &parpluſieurs petits cercles,
juſqu'à l'autre bout, ayant l'é
cailled'un rougejauneparlede
dans, &d'unverdcendré par le
dehors, &toutehériſſéepardef
Extraordinaire
ſusdepointesdiſpoſéespar ordre
22
*&commeparétages, eſtantplus
longuesoupluscourtes àpropor
tiondelagroſſeur ou dela peti
teſſedu cercle où ellesfontatta
chées. Par le bout qui eſt en
pointe enformed'unbec long &
aigu, cePoiffon pouſſeſalangue,
que Plinediteſtrede la longueur
d'undoigt,&attireſon aliment.
Au reſte, quelque diférence
deforme&defigureque lesNa
turaliſtes donnent à cepetit Poiſ
fon, outre qu'ils le mettent tous
dans le rangdes coquillages, ils
conviennent encore tous que
c'eſt de ſa ſubſtance qu'on ex.
primoit autrefois la riche tein
ture qui porte fon nom, laquelle
n'eſtautre choſe qu'unſangver
meil, ou une liqueur incarnate,
duMercureGalant. 23
qu'ilporte renfermée,ſelonArif
tote & Pline , dans une petite
veine blanche qui regne autour
deſon col, n'yayant que ceſeul
endroit dans cepetitAnimal où
cette liqueur ſe puiſſe trouver.
Lors qu'on la veut tirer de fon
corps,il faut l'aſſommer vivant,
&l'écrafer toutd'un coup; au
trement il perd toute lacouleur
qui fait ſon prix, l'expérience
ayant fait connoiſtre quequand
il meurt lentement, ſon ſangſe
diffipe &s'évanoüit detelle ma
niere, qu'il eſt impoffible d'en
exprimer la moindre goute.
Dandaeftopera,ditPline, utiviva
frangantur: nam si priusquamfre
geris expirarint,floremomnemcum
vita evomunt.
Cefangn'apaslameſme cou
24 Extraordinaire
leur dans toutes les eſpeces de
Conchyles, auſquelles on a don
né lenomdePourpre. Vitruve,
Liv. 7. c. 15. endiftingue deplu
ſieurs fortes, qui diférentde cou
leurs entr'elles à proportion des
diférentesplages où elles ſe ren
contrent. Celles qui ſe prennent
le long des Coſtes du Septen
trion, ontlacouleur d'un rouge
enfoncé, & tirantpreſque ſurle
noir. Celles d'entre le Septen.
trion & l'Occident, ſont d'un
rouge pâle & plombé; celles
qu'on trouve vers l'Equinoxe,
entre l'Orient & l'Occident, ti
rent ſur le violet approchant de
l'améthiſte ; & celles qu'on pef
che du coſtéduMidy,fontd'un
incarnat tres-vermeil & de cou.
leur de feu; mais les plus eſti
mées
1
duMercureGalant. 49
mées ſont celles que l'on prend
au fond desMers dePhénicie&
deLaconie.
Le tempsdeleurpeſche,ſelon
le ſentiment de Pline, eſt apres
lesJoursCaniculaires, ou à l'en
trée du Printemps , felon Arif
tote , parce que ce ſont les deux
ſaiſons de l'année où leur fleur
eſtplus ferme&plus excellente,
au lieuqu'elle eſt trop fluide, &
beaucoup moins vive dans les
autres.
La maniere de les prendre a
eſté décrite de cette forte par
Elian dans ſon 7. Livredes An.
c.34. Onlâchoit un long&fort
cordeauau fondde laMer, au
queld'eſpace en eſpace eſtoient
attachez certains Vaſes ou Pa
niersd'ozier, à lafaçon desNaf
Q.dAvril1682.
C
Extraordinaire
fo
tes denosPeſcheurs. L'onymet.
toit des appaſts d'entrailles de
Poiffon , des quartiers de Gre.
nouilles, ou autre matiere d'une
odeur forte & puante, pour at.
tirer les Pourpres qui ſe plaiſant
fort à ces fortes de nourritures,
ne manquoient pas de s'en ap
procher en foule, &d'entrer en
grand nombre dans ces Naſſes,
d'où la ſortie leur eſtant bou
chée, elles eſtoient contraintes
d'y demeurer enfermées juſqu'à
l'arrivée des Peſcheurs qui vui
doient dans leurBatteau toutce
qu'ils trouvoient de Pourpres
priſes. Ils alloient les vendre en
ſuite à ceux qui ſcavoient en
compoſer la teinture. Pline dit
que la compoſition s'en faiſoit
K
decette forte.
2
duMercureGalant. SI
Onpiloit toutes ces coquilies
enſemble, écaille & poiffon, du
moins les petites , car pour les
groſſes onenprenoit ſeulement:
la chair. On les lavoit en fuite
pluſieursfoisdansune eau claire,
afin d'en ofter tout le limon.
Apres cela, onſéparoit la chair
d'avec les écailles, & on leur:
oſtoit la petiteveine d'autour du
col, oùleſangde laPourpre ef
toit contenu. On mettoit ce
ſang dans unVaſe propre à cet
uſage , & y ayant poudrédu ſel
deſſus unelivre&demiefur cha
quequintalde teinture, ondesy
laiſſoit tremper troisjours, apres
leſquels on les faifoit boüillir à
petitfeudans desChaudieresde
plomb, parle moyen d'unRe
giſtre ou Canal, qui fortantd'un
Cij
Extraordinaire
52
Fourneau allumé de charbon,
portoit une chaleur moderée à
chaque Chaudiere , d'où le feu
n'eſtoit ainſiéloigné qu'afin qu'il
nebrûlaſt point la teinture. Pen
dant que cette liqueur s'échau
:
foit, lesTeinturiers eſtoient ſans
ceffe occupez tant àleverl'écu
me, qu'à nettoyer &ofter toute
la chair qui pouvoit eſtre reſtée
aux veines qui contenoient la
Pourpre, & les veines meſmes,
n'y laiſſant que lapure ſubſtance
de fang. Enfin tout eſtant bien
nettoyé, ils laiſſoient raſſoir cette
ſubſtance dans la mesme Chau.
diere où elle avoit cuit, par l'ef
pacededixjours entiers, leſquels
expirez, ils faifoient la premiere
épreuve de leur teinture, en y
trempant quelques flocons de
duMercureGalant. 53
Laine, la plus blanche & la plus
fine qu'ils pouvoient trouver, &
apres l'avoir laiſſée imbiber du.
rant cinqheures,ilsla retiroient;
&s'ils voyoient que leur Laine
ne fuſt pas affez chargée & co
lorée à leurgré, ny la teinture
affez vive , alors ils recommen
çoient à faire boüillir leurdéco
tion, juſqu'à ce qu'elledonnaſt
la couleur qu'ils defiroient; ce
qui eſtantfait, ils retiroient leur
Laine, &l'ayant ſechée,peignée
&cardée, ils luyfaifoient pren
dreunenouvelle teinture, qu'ils
réïteroient plus ou moins de
fois qu'ils en vouloient la cou.
leur, plus ou moins éclatante,
vive, morne, ou enfoncée. Quel.
quefois ilsyadjoûtoient du miel
oudel'urine,pour en augmenter
Ciij
Extraordinaire..
54
le luftre, que ces Laines ainſi
teintes gardoient plus de deux
cens ansfans aucune altération.
Onaperdu l'ufagedeteindre
avec le ſang de ces Pourpres,
foit que la maniere de l'exprimer
ſe ſoit évanoüye, ſoit que l'on
ne connoifle plus , ou que l'on
P
ne trouve plus de ces fortes de
coquillages ; ſoit enfin qu'on n'y
rencontre plus cette prétieuſe
ſubſtance qui les faifoit tant re.
chercher autrefois. Il eſt certain
(
:
que l'on ne voit point d'Au
theurs nydeVoyageurs qui nous
difent qu'ilyait aucune Contrée
fur la terre où il foit reſté le
moindre uſage de cette teinture,
ce qui eft affez digne d'étonne
ment, apres la vogue qu'elle a
euë anciennement preſque par
toute la terre.
duMercureGalant. 55
Ontâchepourtantde reparer
cette perte en quelque maniere,
&decontrefaire autant que l'on
peut la teinture de la Pourpre,
par le moyen d'une graine ap
pelléeKermésenArabe,d'oùl'on
veut que vienne lemot de Cra.
moiſy & d'Ecarlate , qui font
deux fortes de couleurs qui ap
prochentleplusdecelledePour
pre. Lapremierevaſur les Soyes,
&laſeconde fur les Laines; &
ſelon le ſentiment de quelques
uns, depuis que la Cochenille eſt
en vogue, leCramoiſy va auſſi
fur les Laines.
Cette graine dont on ſe fert
pour teindre en Ecarlate, & qui
ſe nommeenLatin Coccum, vient
ſelon la deſcription de Diofco
ride , ou d'un petit Arbriſſeau,
Coiiij
Extraordinaire
56
que Pline a crû eſtre l'Ilex, ou
Aquifolia, c'eſt à dire une eſpece
de Cheſneau qu'on appelle
,
• Yeuse, ou Eufe, qui croiſt enquan
tité dans l'Eſpagne, le Langue.
doc, laProvence,& en quelques
Cantonsdel'Italie, oud'une au
tre forte de Plante ou Arbuſte,
que le meſme Pline veut eſtre
fort commune en Afrique, en
Galatie,en Cilicie, en Piſidie,
&meſineen l'Iſlede Sardaigne;
ouenfinc'eſtlaCochenille,cette
graine ſi chere que l'on apporte
des Indes, & dont l'on compoſe
le plus beau &le plus pur Paſtel
del'Ecarlate.
Quelques-uns ſe ſont imagi
nez quela confection de l'Ecar
late ſe faiſoit du ſang & de la
ſubſtance de certains petits Vers
duMercureGalant. 57
qui naiffoient & ſe formoient
dans les graines de quelques pe
tits Arbriſſeaux, dontils nesçau
roient bien diftinguer lenom ny
la forme; &d'autresontcrûque
cette ſubſtance ou vermillon ſe
trouvoit dans de petites veſſies,
bulbes , ou pillules rouges, qui
croffoient ſur l'écorce de cer
tains Arbres qu'ils ne connoif
fent pas mieuxque lespremiers.
Quoyqu'ilenſoit, on nepeut
douter que l'Ecarlate dont on
uſe préſentement, ne ſe fiſſe de
quelqu'unede ces fortes degrai.
nes, avec leſquelles on meſle, à
cequediſentlesExperts duMê
tier, del'Agaric, del'Alun, de la
Couperoſe, duBréſil , & autres
droguesquientrentdans la con
fection de l'Ecarlate , qui eſt à
Extraordinaire
58
proprementparler lafeulePour
pre d'apréſent.
Maispour revenir àl'ancienne
•de laquelle ſeule nous parlons
icy , Pline , & pluſieurs autres
Autheurs, nousapprennent, ou
tre ce que nous avons déja rap
porté de Vitruve , que l'on dif
tinguoit ancienement trois prin
cipalesfortesdeteinturedePour
pre,auſquellesondonnoitle prix
par préference à toutes les au
tres , &qui n'eſtoient pas moins
diférentes entr'elles pourle luftre
&pour labeauté, ſelonle ſenti
mentdeDiogeneLaërce, que le
fontentr'eux le Soleil, la Lune,
&unFlambeau , pour la ſplen
deur& la clarté: Conftat Purpu
ram colorem varium praseferre ad
Solem, & Lunam, & Lucernam.
Diogen. Laërt. L.9.
duMercureGalant. 59
La premiere de ces Pourpres
eftoitd'unfondrouge, mais d'un
rouge vif& éclatant, &de cou
leur de feu, ou de fang pur &
vermeil ; & voila pourquoyelle
eſtoit appellée Purpura ignea,ar
dens, Tyrio murice tincla, parce
que pour lafaire l'onjettoit fur
la teintureengraineou Ecarlate,
une charge de Pourpre rouge
Tyrienne.VolfangusLazius,L.8.
c. 8. dit que c'eſtoit ce qu'on
appelle aujourd'huy Rouge-cra
moify. Vopifcus dans la Vie
d'Aurelien , fait mention d'une
Piece de Drap teinte en cette
couleur, qu'il dit que le Roy de
Perſe avoit fait venirdes Indes,
&qu'ill'envoya parſes Ambaf
fadeurs comme unriche préſent
à cet Empereur, qui la reçeut
Extraordinaire
60
avec beaucoupde reconnoiſſan
ce, &en fitbeaucoup de cas, &
certes avec raiſon, dit cet Au
theur, parce qu'elle avoit un
éclat ſi vif, que laplus prétieuſe
Pourpre des plus Curieux de
Rome, perdoit toute la beauté
aupresd'elle, &ne paroiſſoit que
dela cendre àſon égard: Cineris
Specie decolorari videbantur cætere
divini comparatione fulgoris. Cet
Hiſtorien adjoûte, qu'Aurelien
la dédia àjupiter , & la fit ap
pendre en fon Temple du Ca
pitole, comme un chef-d'œuvre
de la teinture, &un effet tout
miraculeux de l'artifice humain.
Il dit deplus, que le meſmeAu
relien , & apres luy, les Empe
reurs Probus & Diocletien, en
voyerent de tous coſtez des
duMercureGalant.
61
Teinturiers tres-habiles pourdé.
couvrir leſecretd'une ſi merveil
leuſe teinture , & qu'ils n'y pû
rent jamais réüſſir. Ce morceau
d'Etoffe de forme quarrée , &
teinteen Pourpre, queJeanMa
gnusditeſtre prétieuſement con
ſervé dans un Templedela La
ponie, & adoré commeuneDi
vinité par certains Peuples de
cetteglaciale Contrée , pouvoit
eſtre un échantillonde cette ad.
mirable Pourpre. Ces Peuples
l'acheterent autrefois de quel
quesNégotians fins & ruſez qui
estoient venus aborder ſur leurs
Coſtes , & qui leur vendirent
biencher ce morceau d'Etoffe,
abuſantde leurſimplicité, &de
l'empreſſement avec lequel ils le
demanderent. Lors qu'ils en fu
1
62
Extraordinaire
rent les maiſtres , ils le prirent
pour quelque choſede divin, ne
pouvant s'imaginer qu'un colo
ris ſi merveilleux pûteſtre l'ou
vrage des Hommes,maisſeper
ſuadant folement que quelque
Dieu s'en eſtant rendu l'Ouvrier
dans leCiel, l'avoit en ſuite ap
porté ſur terre, pourobliger les
Mortels àadorerſonOuvrage.
La feconde ſorte de Pourpre
s'appelloit Amethystina , parce
qu'elle repréſentoit la couleur
d'une Pierre prétieuſe que nous
nommonsAmétyſte, & qui eſt
d'unviolet fort brillant& aviné.
Pour mettre cette teinture dans
ſa perfection, on en faifoit la
couchedePourprin noirâtre, &
la chargedeburet; & quelque
fois ondõnoitau violetduCon
duMercureGalant. 63
chyle ( quieſtoit unedes eſpeces
du coquillage ſervantà la Pour
pre, &dont le fang eſtoit plus
violetque rouge) une charge de
rouge PourpreTyrienne , &par
ce moyen on formoit unviolet
de haute couleur, ou un rouge
tirant ſurleviolet.
Pline appelle laconfection de
cette teinture, une invention
vaine & fuperfluë, que le luxe
&lavanité ſembloient n'avoir
introduite à Rome que pour en
cherir encorpardeſſus lacouleur
de Pourpre Tyrienne, comme
s'il n'euſt pas ſuffy à l'ambition
des Romains de porter l'Amé
tyſte parmy les autres Pierreries
dont ils parfemoient leurs Ha
bits , & qu'elle ne fuſtpas con
tente de toute cette vaine pa
64 Extraordinaire
rade, fi elle n'adjoûtoit encor la
couleur de cette Pierre prétieuſe
fur le fond de leursEtoffes, par
un ſurcroift de dépenſe, à la
Pourpre rouge Tyrienne, afin
de les rendre d'une couleur &
plus chere, & plusagreable àla
veuë.
La troiſieme eſpece de Pour
pre portoit lacouleurd'un foible
violet qui tiroit ſur le bleu , &
s'appelloit pour cela Purpura ca
rulea , Hyacinthina , ou Ianthina,
parcequ'ellereſſembloit encou
Ieur à la Fleur, ou àla Pierre pré
tieuſe, auſquelles nous donnons
lenomd'Hyacinthe,qui montre
unvioletmoinsvif, &beaucoup
plus pâle que celuy de l'Amé
P
ryſte, qui paroiſt plus enfoncé.
Cettederniere ſortede Pourpre
duMercureGalant. 65
ſe faifoit, au raport de Pline, du
ſimple fang des Conchyles, ſans
yadjoûter, comme aux autres,
des Cornets de Mer, & l'on n'y
mettoitque lamoitié d'autant de
ſel quel'on en mettoit àla rouge
&à la violete ; & plusl'on vou
loit que leviolet tiraſt ſur le bleu
&fuſt d'unecouleur pâle, moins
on faifoit cuire la teinture, &
tremper les Laines. Perſe fait
mention de cette Pourpre, lors
qu'il dit,
Hic aliquis, cui circum humeros
Hyacinthina Lana eft.
Cette teinture eſtoit la moins
eſtiméedetoutes, &ne ſepor.
toit d'ordinaire quepar lesGens
du commun,&parlesCourti
ſanes. Martial en marquequel
que choſedansle reproche qu'il
Q.d'Avril1682.
D
i
Extraordinaire
66
fait à certain Libertin, l'accufant
de faire porter des Habits de
Pourpre Jantine , c'eſt à direde
couleur d'Hyacinthe , à une
Créature de mauvaiſe vie qu'il
entretenoit.
Coccinafamoſedonas& Ianthina
Macha.
Cornelius Nepos , cité par
Pline, & qui mourut ſousl'Em
pire d'Auguſte,ſe reſſouvient de
ces trois fortes de Pourpre, lors
qu'il écrit que du temps deſa
jeuneſſela Pourpre violete eſtoit
en vogue à Rome, Mejuvene
violacea Purpura vigebat, & qu'on
la quitta bientoſt apres pour en
prendre de rougeblasfard, oude
pâleviolet,teinture de Tarente,
Necmuliò post rubraTarentina ; &
qu'enfin la mode de celle-cy
duMercureGalant. 67
eſtant paſſée, on luy avoit fait
fucceder la Pourpre rouge Ty
rienne , dont la couleur eſtoit
beaucoup plus vive que lesdeux
autres. Cette derniere fut ap
pellée Dibaphum Tyriam, à cauſe
qu'elle estoit deux fois teinte.
Celuy, dit lemeſme Népos, qui
enapporta la mode à Rome, &
qui laportalepremier enſaPré
texte , fut Lentulus Spinther
EdileCurule; dequoy on leblâ
ma d'abord, mais on l'imita fi
biendans lafuite, quelaplupart
de ceux qui avoient un peu de
bien, s'eftant mis àla porter, elle
devintenfin ſi commune, qu'on
s'en ſervoit meſme dans les Cou
vertures des Lits de table. Quâ
Purpura quis non jam triclinaria
facit?
Dij
68
Extraordinaire
Commeil yavoit de la difé
rence entre ces trois fortes de
Pourpre pour la beautéde la
couleur, ilyavoit auſſibeaucoup
d'inégalitédeprix. Laplus chere
detoutes eſtoit la Dibaphe , ou
PourpredeTyr, deuxfois teinte,
parce qu'il y falloit faire beau
coup plus defrais qu'aux deux
autres. InterPurpuras, ditPline,
preciofiffima fuit Dibapha , que no
menindefortita,quòdeſſetbis tincta
veluti magnifico impendio. Plin.
1.9. c.3. LemeſmeAutheur dit
en un autre lieu, que leluxe ef
toit monté àtelpoint à Rome,
pour leregardde cette fortede
teinture, dont tout le monde
vouloit ſe parer, que le prix en
vint juſqu'à égaler celuy de l'or
&despierreries : LuxuriaPurpuris
du MercureGalant. 69
paria pæne margaritis pretiafecit,
1.35. En effet, Fl.Vopiſcus rap
porte dans la Vie de Valérien,
quela Femmede cetEmpereur
demandant unjour àſon Mary
lapermiffiondeporteruneRobe
deSoye teinte encette couleur,
ceſagePrince, mais unpeu trop
ménager, luy répondit; Les
Dieuxmegardent, Madame,de
vous voir porter un Habit, dont
les filets ſe payent au poids de
l'or, Abfit ut auro fila penfentur.
La livre de Soye ainſi teinte,
continue cet Hiſtorien, ne ſe
vendoitpasmoinspour lors qu'
unelivrepeſantd'or. Libraenim
auritunclibrafericifuit.
Le meſme Cornélius Népos,
déja cité, affure que de fon
temps la livrede cette Pourpre
70 Extraordinaire
rouge deTyr ſevendoit àRome
plusde milledeniers, qui valent
ſelon Budée plusde centPiſto
les ; que laviolete la plus exqui
ſe, quoyqued'unprix beaucoup
au deſſousde larouge, nevaloit
pas moins que cent deniers ou
centfrancs lalivre; & la violete
blasfarde à proportion. Martial
témoigne qu'un certain Baſſus,
HommeConſulaire,achetaquel
ques Robes de laine teinte en
cette premiere couleur , qui luy
coûterent dix mille deniers, ou
mille Pistoles. Emit lacernasmilli
bus decem BaſſusTyrias coloris opti
mi.Etle meſmedansla 41.Ep.de
ſon 10. Livre, fait affez voir à
quel excés montoit le prix de
cette forte de Robe, lors que
raillant Proculeïa qui vouloit
duMercureGalant. 71
faire divorce avec ſon Mary, à
cauſe qu'ayant eſté élevé à la
ChargedePréteur, il falloitque
pourl'honneur de ſa Dignité il
euſt uneRobede Pourpre dela
plus exquiſe, qui ne luy pouvoit
guére moins coûter que cent
mille ſeſterces, il luyditplaiſam
ment que la Pourpre Mégalée
eſt trop chere, &qu'il voitbien
que c'eſt par épargne qu'elle
ſe réſout à ſe ſéparer de fon
Mary.
Par cette Pourpre Mégalée,
ou Mégalienne, il entend une
eſpecede Robede PourpreTy
rienne, dont eſtoientreveſtusles
Préteurs lorsqu'ils aſſiſtoient en
cerémonie àla celebration des
Jeux Mégaliens, oùils avoient
coûtume de préſider. CesJeux
Extraordinaire
72
ſecelébroienttouslesansàl'hor
neurdeCybele,quel'onrevéroit
communément ſous le nom de
la grande Mere des Dieux, d'où
味
cesJeux avoient pris leur nom,
parce que Mégale chez lesGrecs
fignifie Grand, & parce que ces
Jeux ſe faifoientprincipalement
parlaJeuneſſe Romaine de l'un
&del'autre Sexe , qui avoit le
privilege de s'y traveſtir, & d'y
1
joüer toutes fortesde perſonna
ges,tantdes Magiſtrats que des
Perſonnes privées, contrefaiſant
leurs habits , leurs paroles , &
leurs actions. Les Préteurs,à qui
le ſoin de cesJeux eſtoit commis,
y préſidoient enRobesdeceré
monie, c'eſt à dire enRobes de
Pourpre des plus riches &des
plus pompeuſes,pourempeſcher
les
duMercureGalant. 75
les défordres qui pouvoientyar
river ; Ou bien il faut entendre
par cette Pourpre Mégalienne ,
que Martial met àſi haut prix,
non ſeulement la Robedont le
Préteurdevoiteſtre reveſtupen
dant ces Jeux , mais encor une
grande quantité d'autres pareil.
les Robes dePourpreque leMa
giftrat eſtoit obligé de fournir ,
pour en reveftir les Sénateurs &
les autres Perſonnes de qualité
qu'il convioit d'y venir, par le
devoir de ſa Charge qui l'enga
geoità faire les principaux frais
de la Feſte. Plutarque dans la
ViedeLucullus, rapporte qu'un
certain Préteur voulant s'acqui
ter avec honneurde la celébra
tionde ſemblables Jeux , dont il
devoit faire la dépenſe, s'adreſ
Q.dAvril1682
EJ
74
Extraordinaire
ſa àce grandCapitaine, pourle
prierdeluyprefter quelquesRo
besdePourpre , dontilavoitbe
foin pour reveſtirpluſieurs Offi
ciers qu'il avoitpriez de s'ytrou
ver. Lucullus luy donna parole
del'accommoderdetout cequ'il
en avoit & ce Préteur l'eſtant
allé voir le lendemainpour luy
endemander environ un cent,
Lucullus en fit auffi-toſt porter
encoreune foisautant chez luy.
Martial ditla meſme choſe,mais
un peudiverſementpourlenom.
bre des Robes,qu'ilfaiſoitmon
*ter juſques à cinq mille. C'eſt
dans l'Epiſtre à Numitius.
Cequeditce Poëte,ſeroitaffez
difficile à croire , qu'un Particu
lier puſt avoir enſapoſſeſſionun
ſi prodigieux nombrede Robes,
&d'une teintureauſſi chere qu'il
duMercureGalant. 75
eſt conſtant que l'eſtoit celle de
Tyr, ſi l'on ne ſçavoit pas que
ce Lucullus eftoit le plus opu
lent &le plusmagnifiquedetous
les Romains. Les richeſſes qu'il
avoit amaſſéesdans les conquef
tes qu'il avoit faites endiverſes
Provincesdel'Afie,&particulie
rementencellede Pont,eſtoient
ſi grandes , que lors qu'il triom
pha àRome, apres la défaitedu
RoyMithridate, ce futavec une
magnificence preſque incroya
ble. Onvoyoit parmylesorne
mens defontriomphe, la Sra
tuëdecePrince, touted'or maf.
fif, de fix piedsde haut,avec fon
Bouclier de meſme métal , &
tour couvertdepierres prétieu
ſes; outre une grande ſuite de
Mulets chargez de ſommes im
t
E ij
76
Extraordinaire
menfes d'or & d'argent fondu
&monnoyé, avec une infinité
de Lits, Tentes, Robesde Pour
pres , & autres meubles d'une
valeur inestimable. Son train é
toit fipompeux, qu'il furpaſſade
bien loin la ſomptuofité de tous
les Princes & des Rois meſme
de fontemps. Sinousen croyons
Plutarque & Velleijus Patercu
lus, il n'avoit pas ſeulement une
tres-grande quantité de Palais,
où rien ne manquoit pour l'or
nement ; il faisoit percer à jour
des Montagnes toutes entieres
pour s'y faire des chemins , en
forte que les eaux de la Mer &
des Fleuves paſſoient fous leurs
voutes ſuſpenduës , & venoient
environner ſes Maiſons, qu'il ſe
plaiſoit quelquefoisdefairecon
duMercureGalant. 77
ſtruire au milieu d'e,flots. SaTa
ble eſtoit régulierement ſervie
desmetslesplusrares en Vaiſſel
le d'or & d'argent enrichie de
pierreries. Il avoit diverſes Sal
les où il prenoit ſes repas , qui
montoientà des ſommes immen
ſes , entr'autres celle qu'il apel.
loit la Salle d'Apollon, dansla
quelle les Feſtins qu'il avoit ac
coûtuméde faire eftoient reglez
fur lepié de cinquante mil écus
chacun. Sitoutcelaeſtvray,com
mecesdeuxAutheursenfontfoy,
onnes'étonnerapas qu'unHom
me auſſi opulent , auſſi magnifi
que, auſſidiſſoluque ceRomain,
puſt eſtre fournydugrandnom
bre de Robes de Pourpre que
luy attribuë Martial.
Quoyqu'ilenſoit, cetteabon.
Eiij
Extraordinaire
78
dance de Pourpre chez unPar
ticulier , ne diminuë rien de la
valeur de cetteteinture,quipour
eſtre chere ne laiſſoit pasd'eſtre
affez commune , par le grand
nombre des lieux où elle fe fai
foit.
Les principaux eſtoient
Aquin Ville d'Italiedans le La.
tium ; l'Iſle de Cô ; cellede Cy
thererenommée pourla naiſſan.
ce deVénus ; Cyzique, ouCy
zicéne, Ville de la Propontide,
dont la Pourpré, dit le Docte
Eraſme, eſtoit d'unluſtre ſi inal
térable , qu'elle paſſoit en Pro
verbe chez les Grecs , pour ſi
gnifier une honte inéfaçable :
Tinctura Cyzicenadedecusnoneluen
dumapudAtticosappellabatur; Ge
tulie, Region d'Afrique; Her
mione, Villede Grece desplus
duMercureGalant. 79
fameuſes pour cette prétieuſe
teinture; témoin ce que raporte
Plutarque dans la Vie du grand
Alexandre, queparmylesriches
dépoüilles que ce Monarque
remporta de la priſe de Suze , il
ſe trouva un ſi prodigieux amas
de Pourpre d'Hermione, qu'il y
en avoit pourplus de cinquante
mille talens , que les Roys de
Perſe y faifoient conferver de
puis prés de 200, ans, & laquel.
le paroiſſoit auſſi éclatante &
auſſi fraîche, que si elleeuſt eſté
tout récemmentfaite ; & le fe
cret, ajoûte cet Autheur,qui luy
avoit fi longtemps confervé fon
luftre, c'eſt qu'on avoit mélédu
mieldans ſa compoſition ; Hy
drante , aujourd'huy Otrante ,
jadis un des plus fameux Ports
Eiiij
Extraordinaire
80
de la MerAdriatique ; Lacéde
mone, ouSparte,Capitale duPé
loponese ; Melibée, Villemari
time deMacedoine , de laquelle
je ne puis paſſer ſous filence ce
qu'a dit Lucrece de l'excellence
de ſes riches Draps dePourpre.
Voicy comme il parle dans ſon
ſecondLivre.
LaPourpredontle Pauavecorgueil
éclate
DansleſuperbeatourdontNaturel'a
peint,
N'apasplusdebrillant, qu'enmontre
l'écarlate
Desfins &richesdrapsqu'àMelibée
onteint.
On fait encore mention de
Meninge Ville d'Afrique ; de
Milet, de Muze fameux Port
d'Egypte, d'Oebalie Contréedu
duMercureGalant. 8x
Péloponefe, d'Omana en Perſe,
de Puteoles, ou Pouzole , Cité
des Tyrrheniens, de l'Ifle de
Rhodes , & decelle de Sardai
gne, dont la Pourpre auffi bien
que cellede Cyzique,paſſoitan
ciennement enProverbe, ſelon
le rapport d'Eraſme, pour mar
quer le vermillon,quela pudeur
fait monter au viſage des Per
ſonnes pudiques, quandon leur
dit quelque choſe de troplibre,
ou biendepeindre la couleurde
ceux qui ayant reçeu quelques
bleſſures, font teints, & comme
empourprezde leur proprefang;
Purpura Sardonica per iocumtrans-
fertur adeum qui pudefit, aut qui
ob plagassanguine tingitur, Eraſm.
Il faut encor ajoûter Sidon,Ta
rente ,&la celebre VilledeTyr,
J
82
Extraordinaire
la plusrenomméedetoutes,tant
pour l'invention de la Pourpre ,
quepour ſa parfaite confection,
comme il paroiſt , outre ce que
nous en avons déja dit, parune
infinité de témoignagesdes Au
theurs Grecs & Latins que l'on
peut voir dansGefnier, en fon
docte Ouvrage del'Hiſtoire des
Poiffons.
Quant à l'excellence de cette
exquiſe teinture, on la peut ti
rer du privilege qu'il faloit avoir
pour en faire la confection & le
trafic , & de l'honneur qui luy
eſtoit rendu par l'uſage auquel
elle eſtoit ordinairement deſti
née.
Il eſt conſtantqu'iln'eſtoit pas
permis àtout lemonde de tra
vailleràla confection de la Pour
duMercureGalant. 83
pre. Il faloit avoir des Lettres
Patentes oudu Prince, oude la
Republique, quienaccordaſſent
le privilege ; y ayant , dit Am
mienMarcellin ,despeines tres
rigoureuſes décernées par les
Loix contre ceux qui auroient
ofé s'en méler fans cettepermif
fion. Tincture Purpura opificium
magno estimatum, nec permiſſum
cuivis,extantquehacderelegesfove
riffime. Ces Loix ſe peuventvoir
dans le Livre 4. du CodeJuſtin.
autitre , Que resvendinonpoffunt;
&il paroiſt par le témoignage
d'Euſebel. 7. c. 28. &deNicé
phorede Calliſte 1. 6. c. 35. que
parmylespremiers Magiſtrats de
l'Empire Romain,ilyenavoitun
fortconſidérable,que l'onappel.
loit Prefectus Baphiorum. Il avoit
84 Extraordinaire
la Sur-Intendance fur tous ceux
qui teignoient en Pourpre , afin
de faire obſerver toutes les cho
ſes requiſes dans cet Art, mis
avecuneautorité fiabſoluë, qu'il
avoit la puiſſance du glaive fur
tous ceux de cette profeſſion.
Ainſi,au raportdeVarinus,quad
il y en avoit quelqu'un convain
cu d'avoir ſophiſtiqué la Pour
⚫pre, il le condamnoit ſans appel
aperdre la teſte: Qui Purpuram
adulteraffent, Capiteplečłcbantur.
Cette Charge de Grand-Maî
tre, Chef, ou Sur-Intendant de
la teinture de Pourpre, ne ſe
donnoit ordinairement qu'aux
Perſonnes de la premiere quali
lité, ou àceuxquelePrince vou
loit glorieuſement récompenfer
pour quelque ſervice conſidéra
duMercureGalant. 85
ble. Auſſinous liſonsdans le mê
me Nicéphore, que l'Empereur
Aurelienayant deſſeinde favo
rifer un certain DorothéeEunu
que de naiſſance, Homme au
tantdoüéde ſcience &devertus
que relevé par lanobleſſede ſon
extraction , il luydonnacet offi.
ce de Préfet de la Pourpre,
commeun témoignage autenti
que de ſa bienveillance , & une
récompenſe legitimement deuë
à fon mérite. Quamobrem illum
etiam Imperatorfamiliarius comple
xus, honoremeidetulit,ut tingende
Purpura praeffet. Quelques-unsſe
font imaginez que la principale
raiſon pour laquelle l'Empereur
l'éleva àcetteéminente dignité,
eſtoit à cauſeque contre l'ordi
nairede tousles Hommes,laNa
86
Extraordinaire
ture l'avoit rendu Eunuque dés
le ventre de ſa Mere, comme fi
elle luy euſt voulu donner une
virginité naturelle , & une pure
téde prérogative de corps & de
cœur par deſſustous ſes ſembla
bles; vertuque Caffiodore diſoit
eſtre requiſe dans ceux quipré
tendoient heureuſement réüffir
dans la parfaite teinture de la
Pourpre , ſelon ces élegantes
paroles. In illis autem rubicundis
fontibus cum albentis comas ferici
doctus moderator intinxerit, habere
debet corporis puriffimam caftita
tem,quiataliumrerumfecreta refu
gere dicunturimmunda. Straboni.
16. dit que ceux que l'on em
ployoit àcetteteinture,estoient
nonſeulementaffranchisde tou
teſervitude,mais encoreexempts
duMercureGalant. 87
detoutes fortesd'impoſts &d'e
xactionspubliques, tantceux qui
la compofoient,que ceux quien
faifoientle trafic.
Pource qui eſt de l'honneur
quel'onrendoitàla Pourpre,on
ne le ſçauroit décrire plus for
tement que le fait Pline dansle
9. 1. de fon Hift. c.36. lors qu'il
dit que cette noble couleur eſt
accompagnée d'une ſi auguſte
majeſté, & imprimeunetelleve
nérationdans tous ceuxquilare
gardent, qu'iln'eſt rien aumon
de à qui l'on porte plus d'hon.
neur & de reſpect. Ne voyons
nous pas,ajoûte-t-il, queles Bâ
tons de commandement lapré
cedent, que les Faiſceaux& les
Hallebardes Romaines luy fer
vent degardes,&luy font faire/
voye partout comme ſes Huif
88
Extraordinaire
fiers &ſes Satellites. C'eſt parel.
le que les Enfans des Princes&
des grands Seigneurs s'attirentla
reverence des Peuples, que les
Gens de Robe font diftinguez
d'avecles Gensd'Epée,les Séna
teurs d'avec les Chevaliers , les
Magiſtratsd'aveclePeuple.C'eſt
par la préſenceque la colere des
Dieux eft arreſtée, queles fou
dresleurtombentdesmains, que
les faveurs du Ciel font répan
duësfurlesHommes, &les châ
timens détournez deleurs teſtes.
Enfin c'eſt cette noble livrée qui
fait tout le luftre & l'ornement
desHabits lesplusmagnifiques,
&quireleveinfinimentdel'éclat
l'or & de la pompe des triom
phes.
Mais pour pouſſer encore la
choſe plus loin , la venération
duMercureGalant. 89.
quel'onavoitpour cette auguſte
couleur, eſtoit ſi grande,qu'elle
alloit meſmejuſqu'àl'adoration.
Ainſi quand il eſtoit queſtion
d'aller ſaluer lesEmpereurs&les
Roys, reveſtusdans leurs Litsde
Juftice de ces Robes éclatantes,
ondiſoit à leurs Sujets de venir
rendreleurs reſpects& leurs ado
rations , non à la ſacréeMajesté
de leursRoyalesPerſonnes, mais
àl'auguſte apareilde lavenéra
ble Pourpre dontils eſtoient re
veſtus. C'eſtainſi qu'en parle le
premier Secretaire du RoyTheo
doricàundesgrands Officiersde
ee Prince, pourveu d'une des
plusconſidérables Chargesde la
•Cour, dans le commandement
qu'il luy faitſuivant la coûtume,
devenir apres l'achevement de
Q.'Avril1682.
F
90 Extraordinaire
fon quartier , à la teſte de tous
ceux quiestoientdela dépendan
cede ſaCharge , ſe jetter aux
pieds de faMajeſté, pour adorer
ſa Pourpre Royale, & obtenir
par cette refpectueuſe action le
pardondesmanquemensqu'ilau
roit pûcommettre en l'exerçant.
Quapropter spectabilitatis honore
fuffultus inter Tribunos &Notarios
venerandam Purpuram adoraturus
accede , &c. Caffiodor. Var.l. 11. Ep.
20. Cegrand Homme fait encor
le meſme commandement à un
autreOfficierquifortoitdechar.
ge,dans lemeſmeLivreEp.31.
Maislapreuvedelhonneurque
l'on rendoit anciennement à la
Pourpre,paroiſtraencorplusclai
repar ladeſcriptiondel'uſage fa
cré&prophane, auquelcette au
S
.
duMercureGalant. 91
guſte couleureſtoitcõmunement
apliquée. Pour cequitouche l'u
ſageſacré,jeletiredutémoignage
des ſaintes Lettresquim'appren.
nentqueparmyles offrandes que
Dieu voulutluyeſtre préſentées
parles Ifraëlites,&dontildõnala
liſte à Moyfe,quadilfutqueſtion
deluybaſtirunTabernacle,l'Ar
ched'Alliance,&les autres cho
ſes ſacrées qui regardoient fon
ſervice, la Pourpre y tient un
despremiersrangs , commeilpa
roiſt en quantitéde lieuxdu Li
vre de l'Exode , & particuliere
mentdans leChap.35. oul'on lit
ce commandement: Omnis vo
luntarius &pronoanimo offerat eas
6
Domino: Aurum,argentum, &as,
Hyacinthum&Purpuram,coccumque
bis tinctum. En ſuite Dieu or
Fij
Extraordinaire
92
donna que de cette Pourpre of
ferte, l'on fit les courtines , les
ri deaux&pavillons quidevoient
reveſtir fon Tabernacle, l'Arche
&les autres meublesprétieux de
fon Temple , que l'on en fit le
grand Voiledu Sanctuaire , la
Tente du Parvis , &en un mot
toutcequidevoitſerviràenvelo.
perlesVaſes ſacrez. Il comman
daencorela mêmechoſepourles
Tuniques &lesautres ornemens
de ſes Miniſtres , qu'il voulut
eſtre étoffez de Pourpre deux
fois teinte, c'eſt à dire de laplus
belle&delaplusprétieuſe ,mais
particulierement la Robe qui
devoit revestir le ſouverainPon
tife dans le temps qu'il ferviroit
àſesAutels, que Dieu avoitex
preffement ordonnée eſtre de
duMercureGalant. 93
cette meſme matiere, ſuivant la
S
e
e
e
2
10
コ
SL
figure & avec les enrichiſſemens
qu'il en avoit preſcrit luy-meſ
me àMoyfe, de lamaniereque
l'a décrit l'Autheur ſacré duLi
vredel'Eccleſiaſtique,quiditquc
cetteRobe , qu'il apelle l'Etole
fainte, leVeſtement d'honneur ,
&laRobedegloire, eſtoit étof
fée de Pourpre & d'Hyacinthe,
&touterelevée en broderied'or
& de pierres prétieuſes : Induit
cum ftolam gloria ſtolam Sanctam
auro &Hyacintho & Purpura, opus
textile,gemmis pretiofisfiguratisin
ligaturaauri. Eccli. 45.
Aproposdecette RobePon
tificale, que le meſme Autheur
affure n'avoir jamais eſtéportée
que par leGrandPreſtre Aaron
premierement , & en ſuite par
:
94
Extraordinaire
ſes Enfans &ſesNeveux,quiſuc
cederentdans laſuite des temps
àſaſuprémeDignité ,je neſçau.
rois paſſer ſous filence ce que
j'ay lû dans Joſephe , touchant
le reſpect que lesJuifs avoient
pourleſacréVeſtement&lapré.
caution avec laquelle ils avoient
euſoinde leconſerver ( ſoit que
cefuſt lemeſme qui avoiteſté
faitpourAaron,ſoitque ç'en fuſt
unautre fait ſur ſon modelle )
juſques au temps d'Hircan pre
mierdu nom, Souverain Sacrifi
cateur, duquel il eſt dit dans le
quatriéme Livre des Machabées,
qu'il fut grand en trois manie
res, enPrincipauté, en Sacerdo
ce, & en donde Prophetie; &
lequel au témoignagedecet Hi
ſtorien, fit baſtirexprés uneſu.
duMercureGalant. 95
perbe Tour, ou petite Forteref
ſe, proche du TempledeJerufa
lem , pour'ygarderavec plusde
ſeureté cette prétieuſe Robe ,
établiſſant auſſi ſa demeure en
cemeſme lieu , afin d'en eſtre
luy-mefme le gardien, ne ſouf
frant jamais qu'elle en for
tiſt , que quand il s'en reveſtoit
dans le temps des Sacrifices les
plus folemnels , apres quoy il la
remettoitdans une Chambre fe
crete de cette Tour , dont luy
ſeul avoit la clef. La meſme
choſe fut obſervée partous ceux
qui vinrent apres luy au ſouve
rain Pontificat , & meſme par
Herode ufurpateur du Sacerdo
ce, auſſibien que du Trône de
Judée , lequel ayantnommé cet
teTour Antonienne , du nom
96
Extraordinaire
deM. Antoine, dont il s'eſtoît
fait la Creature , n'en ôta pas.
pour cela la Robe Pontificale ,
pour ne ſe pas attirerla hainedu
Peuple. SonFils Archelaüs en
fit autant; ce qui dura juſqu'à
ceque les Romainss'eſtant em
parez du Royaume deJudée, &
l'ayant réduite en forme dePro
vince,ils s'emparerent en meſme
tempsdelaRobefainte,fans ce
pendant la profaner en aucune
forte. Ils la mirent ſeulement
dansune autre Fortereffe de la
Ville en une Chambre fermée
àdouble ferrure & ſcellée du
Sceau des Souverains Preftres,
&des Gardiens du Thréfor
public, une Lampebrûlantcon.
tinuellementdevant la Porte du
dieu où eſtoit ce faint Dépoſt
que
duMercureGalant. 97
que le Capitaine de la Fortereiſe
avoit en ſa garde, & qu'il met
toit entre les mains du Grand
Preſtre lors qu'il en avoit be
ſoin pour quelque grande fo
lemnité,laquellepaſſée,leGrand
Preſtre la luy remettoit entreles- mains,pourlarenfermerau mef
me lieu avec les précautions ac
coûtumées.
C'eſt la remarque que fait ce- fidelle Hiſtorientouchant lave
nération que les Juifs avoient
pour cette Robe Pontificale, à
l'imitation de laquelle , au moins
pour ce qui regarde la couleur,
je ne doute point, apres le Sça
vant EveſquedeMendedansfon
Rational , qu'on n'ait introduit
l'uſagede la Chape ordinaire de
N. S. P. le Pape, que ce Prélat
Q.d'Avril1682.
G
t
98
Extraordinaire
diteſtre communémentde cou
leur rouge, non pas de Pourpre,
parcequ'il n'eneſtplus,maisd'E
carlate , couleur qui approche le
plusdelaPourpre,Hinceft,ditcet
Autheur,quòdfummusPotifexCap
pa rubeaexteriussemperapparet in
dutas. Durand. Ration.D.Offic.L.3.
Il enfautdire autant de l'Habil
lement rougedes Cardinaux , qui
leur fut accordé ſelon Bzovius
par le Pape Innocent 4. l'an
1245. & des Robes de la meſme
couleurqueportentd'autresPré
lats, &meſmedes Chanoines aux
grandes Feſtes dans quelques
Eglifes Cathédrales, qui ne font
ainſi colorées que pourimiter les
Robes & Tunique de Pourpre
que portoient les Sacrificateurs,
&lesPreſtresde l'Ancien Teſta
Γ
1
duMercureGalant. 99
ment; cequifaitaffez connoiſtre
laconſidération particuliere qu'
onatoûjours euëpourlaPourpre
dans l'uſage des choſesſacrées.
Onn'enapas moins eu dans
cequiregardeles chofespropha.
nes. Celaſe prouve en ce que la
plupart des Nations idolâtres
1
!
1
i
コ
avoient coûtume de reveſtir les
Simulachresdeleurs fauſſes Divi
nitez d'Ornemens , & de Robes
de Pourpre. Je n'en veux pour
garant qu'un paſſage del'Ecri
ture Sainte. Il eſt du Prophete
Baruch,aufixieme Chapitre de
1
ſes Viſions , oùce Prophete dé
criant fortement l'aveugleidola
trie des Babiloniens , & voulant
lafaireavoirenhorreurauxIſraë
lites qui estoientdetenus par eux
en captivité , il tâchede prouver
Gij
Extraordinaire
à ces derniers qui estoient les
Adorateurs du vray Dieu, par
pluſieurs raiſons également for
tes& convainquantes, le pitoya
ble aveuglementdespremiers, en
leur expoſant la foibleſſe, l'im
puiſſance , &l'inſenſibilité deſes
malheureuſes Idoles demétal,de
bois , &de bouë, qu'ils eſtoient
affez foux de reclamer comme
leurs Conſervateurs & leursTu
telaires , lors qu'elles n'avoient
pasmeſme lepouvoir de ſe con
ſerverelles.meſmes, nyde ſe dé
fendre des vers, ny de la tingne
qui rongeoient & mettoient par
lambeauxlesprétieuxOrnemens
dePourpredontelles eftoientpa
rez.Celaſe confirmeparletémoi
gnage d'un Prophane. C'eſt ce
luydeVopiſcus.Ilditquelorsque
duMercureGalant. ΙΟΙ
Probus fut élevé à l'Empire, les
Soldats quile proclamerent dans
コ
S
e
t
i
leurCamp, voulant,felonlacoú
tume,le reveſtir de la Pourpre
afin dele ſalüer pour Empereur,
&netrouvantpointdeRobe de
cette couleur , ils prirent une
Mante de Pourpre qui couvroit
une Statuë d'un Temple pro
chain , & la luy mirent fur les
épaules. Ornatus etiam PallioPur
pureo, quodde Statua Templi abla
tumeft.
Mais fi les Simulachres des
DieuxdelaGentilitéeſtoientor
nez de laPourpre, on nedoit pas
douter que leurs Preſtres n'en
fuffent pareillement reveſtus.
Tite-Live en fait foy dans le Li
vre 4. de fon Hift. Decade 4.
Lampride,dans la Vied'Alexan
Giij
102
Extraordinaire
dre Severe; Cicréon, enla Cauſe
de Sextius , & quantité d'autres,
quiportent toustémoignageque
les Preſtres des Idoles,&particu
•lierementles Romains, portoient
cette riche Couleur dans leurs
Robes Sacerdotales ; ſoit qu'ils
fuffent reveſtus de la Pretexte,
quiestoit unefortedeRobe blan
che ayant pour ornement une
bandede Pourpre qui la bordoit
tout autour , cequi fait, ditMa.
crobe, que cetteRobe eſtoitap
pellée par les Latins, Pretexta,
comme quidiroit, cui PurpuraPre
texitur, le verbe Pratexo , figni--fiantborder , ou ceindredequel
ques bandes; ſoit qu'ils portaf
fentle Laticlave, qui eſtoit une
autreforte deRobe,dontlefond
del'Etofe eſtoitde Pourpre en.
duMercureGalant. 103
richie fur ledevant & les ouver
tures de clousd'or, d'argent, ou
ว
:
S
2.
.
d'autre matiere , qui y estoient
couſus en façonde freluches ou
boutons à queuë , dont le fond
eſtoitblanc, avec cesmeſmes fi
guresdeclous compoſez de foye
oude laineteinteenPourpre,at
tachées deſſus, laquelle fortede
Robe ainfi boutonnée ou Lati.
clave, eſtoit en uſage pour lesهللا
Preſtres dans le temps de leurs
Ceremonies, comme le marque
Silius Italicus dans ſon Livre 3. à
peuprés encestermes;
Pendantqu'unedouceharmonie
DeVoix & d'Instrumens, rempliſſoit
cessaints Lieux
D'uneagreablemélodie;
Le Prestre revestu d'un Habit glo
rieux,
Giiij
104 Extraordinaire
Ou furun richeDrapmilleClous pré
cieux,
Formolentuneéclatante&rareBroderie,
Vintfairela Cerémonie;
Etl'Encenſoir enmaind'unairdevo
tieux .
Parfuma tour àtour les Imagesdes
Dieux.
Soit enfin que ces meſmes
Preſtres fuſſent revétusdelaTra
bée, quieſtoit uneeſpecedeRo
be toutede Pourprede fine laine
oudefoye, brochéed'or, &faite
àguiſede Chape, ougrandMan.
teau, qui s'ouvroit tour du long
parledevant, &s'attachoit vers
le col avec des Agraffesou Bou
cles d'or , & qui estoit propre
ment l'ornement de Cerémonie
dontſe ſervoient les Augures, &
les autres Miniſtres du premier
Ordre Sacerdotal ; d'où vient
duMercureGalant. 105
qu'elle s'appelloit felon Servius,
Trabeafacra , Sacerdotalis &Augu
ralis.
Si du Sacerdoce Payen nous
paſſons à l'Etat Laïque& Politi
que, nous verrons pareillement
la Pourpre en uſage & honorée
danstoutes les principales condi
tions qui le compoſent; & pour
commencer d'abord par les Per
ſonnes qui y tiennent le premier
rang, nevoyonsnouspaslaPour
prehonoréedansles Monarques;
les Pages ſacréesChapitre 8. du
Livre desJuges, dans ladeſcrip
tion qu'elles font des riches dé
poüilles que Gédeon remporta
de la défaite des Roys de Ma.
dian , ſpécifient nommément la
PourpredontcesPrincesavoient
coûtume de ſe veftir. Abſque or
106 Extraordinaire
namentis & veste Purpurea quibus
Reges Madian uti foliti crant.
Dans le 8. Chapitre du Livre
d'Efter, elles nousdiſentquelors
que le Roy de Perſe Affuerus
voulut honorerMardochéepour
reconnoiſſance de ſa fidelité , il
commanda qu'on le reveſtit des
Habillemens Royaux, & qu'on
luy mit unManteau dePourpre
fur les épaules ; Mardochausfulge
bat veſtibus Regiis amictus fcrico
pallio atquepurpurco. Et enfin elles
nous déclarent dans les Evan.
giles , qu'apres quelesSoldatsde
Pilare eurent flagellé le Sauveur
1
duMonde, ilsluymirentpardé.
rifion une Couronne d'épine fur
lateſte, un RoſeaupourSceptre
danslesmains, &unvieuxMan
teaude Pourpre fur les épaules,
duMercureGalant. 107
#comme autant de marques par
leſquelles ils vouloient figurer les
* ornemensdeſaRoyauté.
Deplus,s'il eſt permis d'apuyer
l'autorité des ſaintes Ecritures
parlestémoignages desAutheurs
profanes , nous apprenonsdeJo
ſephe au Livre 17. de ſes Antiq.
Chap. 11. que les Roys des Juifs
fs'habilloient de Pourpre lors
qu'ils paroiſſoient dansleurs Ha
bits de Cerémonie, & que fui
vant cette coûtume, Hérodeef
tantmort, on reveſtit fonCorps
delaPourpre,&des autres Orne.
mens Royaux , &qu'encetéqui-- pageilfutporté en grandepom
pe auTombeaudeſes Anceſtres.
Q.Curt. Livre3.ditquelesRoys
dePerſene portoientpoint d'au
tres Habillemens que de cette
108
¥
Extraordinaire
riche Couleur; & Denisd'Hali.
carnace , que tous les Roys qui
commanderent à Rome depuis
Tarquin l'Ancien juſques aux
temps des Confuls, & les Con.
fuls enſuite juſqu'au Regne des
Empereurs, prirentlameſme pa.
rure.
Les Empereurs qui s'empare
rent de l'authorité desConfuls,
ſans toutefois les dépoüiller de
leur dignité , firent auffi de la
Pourpre le principal ornement
de leurs Perſonnes. Les exem
ples enfont trop fréquents dans
touslesAutheurspourendouter,
quayque l'on neſçache pasbien
poſitivement le temps où ils ont
commencé de la porter , au
moinsdans leurs Habits ordinai
res ; carpour lesornemens qu'ils
1
duMercureGalant. 109
prenoient dans les Ceremonies
publiques , comme dans les Sa
Dacrifices , lesTriomphes , les Spe
ctacles , les Audiences des Am
baffadeurs,& autrespareillesoc
@cafions, l'on nedoutepointqu'ils
p n'yparuſſentreveſtusde laPour
are
Tins
el
er
pre. Lampridefaitvoirdans Alé
xandre Sévere, que l'uſage leur
en eſtoitordinaireavant le temps
de cet Empereur, lors qu'il dit
que ſa Mere le garantit louvent
dela fureur des Soldats, enleur
montrant ſeulementla Pourpre
Impériale; QuemSepè àMilitum
ira objectapurpureſummedefendit.
Herodionconfirme cetuſage en
divers endroits de ſon Hiſtoire,
entr'autres au Livre 2. en décri
vant la promotionde Probus, il
dit que le Peuple & les Soldats .
i
A
110
Extraordinaire
l'ayant éleu Empereur lors qu'il
ypenſoit le moins, allerentchez
luyenfoule,&quel'ayanttiréde
fon Litoù ils letrouverentencor
couché, ils l'enveloperent de la
Pourpre Impériale, leporterent
dans le Senat , & l'y falüerent
Empereur. Ce queVopiſcus ra
conte dans la Vie de Proculus,
fait entierement àmonſujet. Ce
Prince , avant qu'on l'euſt élevé
à l'Empire , joüoit un jour aux
Echets, mais avec tant debon
heur & d'adreſſe , qu'il gagna
juſqu'à dix parties de fuite. Un
certain Boufon de qualité , qui
eſtoitenſa Compagnie&quiob
ſervoitlejeu , voyantque la for
tune luy eſtoit fi favorable , ſe
ſaiſit d'une Caſaque de Pourpre
qu'il rencontrafousſamain ,&la
duMercureGalant. IZ
mettant ſurles épaules de Pro
d
100
ent
ra
culus , ilſejetta àſes pieds& luy
fit cette courte harangue ;Jevous
faluë ô Auguſte leVictorieux,&
je vous proclame Empereur.
CetAutheuravouluſans-doute
exprimer par cette action la Ce
rémonie qui s'obſervoit àCon
ſtantinople, à lacréationdesnou
( veaux Empereurs. Entr'autres
ert
Erf
10
Ornemens Impériaux, on leur
mettoit ſurles épaules unMan
teau de Pourpre enrichy d'or &
de pierreries , comme le marque
le Poëte Corippe dans le Pané
gyrique del'EmpereurJuſtin, L.
4. Num.2.
Caſareoshumerosardentimuricetexit
Circumfusachlamys, rutiloqueornata
metallo, &c.
LameſmecerémonieduMan
:
112
Extraordinaire
teau de Pourpre ſe pratiquoit
auſſi tant àl'égard des Enfansdes
Empereurs , qu'à l'égarddeceux
qu'ils adoptoientpourleurs Col
legues & Succeſſeurs à l'Empire,
lorsque cette adoption fe faifoit
publiquement; mais avec cette
diférence, queleManteauqu'on
leur donnoit eſtoit ſimplement
dePourpre, & fans aucunorne
mentdebroderie, ainſi qu'il pa
roiſt dans l'adoption de Vérus
par l'Empereur Adrien, & com
meonl'apprendd'uneLettreque
l'Empereur Commode écrivit a
ClodiusAlbinus , par laquelle il
luypermettoitdeprendrelenom
de Céſar, s'il en eſtoit beſoin,
aveclesOrnemens Impériaux, à
la réſervede l'or ſur la Robede
Pourpre, afin que l'Armée euſt
;
duMercureGalant. 113
plus de conſidération pour luy,
&qu'à cesauguſtes marqueselle
C
reconnuſt&refpectaſt enmeſme
temps en luy la Majeſté del'Em.
pire.Jules Capitolin,dansla Vie
dumeſmeAlbinus.
Celaprouve affez quelaPour
prefaifoit laplus belleparuredes- Empereurs,&faitvoirenmeſme
temps, que prendre ou accepter
la Pourpre, c'eſtoit ſe déclarer
hautement pour Empereur, ou
pour Succeffeur & prétendant à
'Empire. Auffi porter cet Habil
lement, fans y eſtre autoriſé ou
pardroitnaturel, à cauſe de ſa
naiſſance, oupar droit d'adop
tion, ouenfinparune finguliere
Conceffion du Souverain, c'ef
toit ſe rendre coupable decrime
deleze-Majestéaupremier chef.
Q.dAvril1682.
H
1
Extraordinaire
114
Qui voudra en voirdes preuves,
n'a qu'à lire Ammien Marcellin
L. 16. &17. ZozimeL.4. Ege
ſippe L. 2. de la ruine deJérufa
lem, AthenéeL. 12.Paul. 5. Sent.
Tit.25 Julian. Novell. 113. Cap.
20.&quantitéd'autres.
Cequejedis nedoit pas s'en..۱۰
tendredetouteforte de Pourpre
en general , mais ſeulement de
cellequ'onréſervoit pourlaPer
fonnedes Roys, &qui eſtoittelle
quel'a décrit le ſçavantCaffio.
dore, avec ſon élégance ordi
naire dansſes Varietez L. 1. Ep. 2.
C'eſt cette Pourprequ'on appel
loit par excellence, Purpurafum
ma, clariffima, Regia, Imperialis,
&. &delaquelle au raport de
Luitprand de Reb. Europ. 1. 1.
LesEmpereurs de Conſtantino
duMercureGalant. 115-ple avoient une Chambre toute
tenduë,dans le lieule plus facré
auſſi-bien que le plus fecret de
leur Palais , qui s'appelloit Por
phyra, ou la Pourpre. Les Impé
ratrices faifoient ordinairement
leurs couches dans cette Cham
bre ſuivant l'Ordonnance des
meſmesEmpereurs , raportéepar
Nicetusl.5.&lesEnfansqu'elles
ymettoient au monde s'appel
loient Porphyrogenites , parce
qu'outre cetappareil, ils eſtoient
encor reçeus dans des Langesde
Pourpre à leur premiere entrée
dans le monde; ce quipouvoit
faire dire à ces jeunes Princes,
ainſi qu'à celuydontparleHéro
dien.
Lapompe&leshonneursfontnezavec
moy;
1
Hij
116
Extraordinaire
LaNatureaufortirduventredema
Mere,
M'afaitleSucceſſeurduTrônede mon
Pere;
EtlaPourpreennaiſſant,m'areçeu come
unRoy.
CarpourlaPourpre commune,
dont la couleur avoit quelque
choſe de moins éclatant que la
Pourpre Impériale
ſtant que bien d'autres que les
2
il eft con
• Princesavoient, ouſe donnoient
le privilege de la porter. Outre
ceque nous liſons dansAthenée
1. 12. queleGrand Alexandre or
donna parune Déclaration ex.
preſſe à toutes lesVilles d'Ionie,
&nommément aux Habitansde
Chio, de luy envoyer tout ce-qu'ils auroient de Pourpre dans
leurs Magazins , afin qu'il puſten
duMercureGalant. 117
dornerdes Robes àſes Courti-.
fans , & à tous ſes Capitaines
(Volebat enimfociosomnesflolispur
pureis ornari ; ) Outre ce que ra
porteencor le meſme Athenée
du RoyAntiochus , qu'il avoit
це
e
àſaſuite quinze cens Officiers
tous vétus de Pourpre; Erant&
bimillefupraquingentos ; omnes iſti
predicti Purpurea habebantfuperin
dumenta. Il eſt manifeſte qu'an
ciennement, lesMagiſtrats& au
tresOfficiers publics eſtoient re
vétusde Pourpre dans l'exercice
deleurs Charges. Hippias Ery
thréentémoigne dansle 2. L. de
fon Hiſtoire , queceuxqui exer
çoient la Judicature enfon Païs,
rendoient juſtice aux Parties
dans leurs Tribunaux placez à
l'entrée des Portes de la Ville,
118
Extraordinaire
euxeſtant habillez de Robesde
Pourpre. Tribunal anteportascon
ftituentes,judicabant,Purpureosami
Etus,fagulaque Purpurea habentes.
Athenee Livre 12.Chapitre3. re
marque que chez les Perfes, les
Magiſtrats estoient non.feule
ment revétus de Pourpre, mais
que lesTribunaux, les Sieges, &
le Parquetde leur Magiftrature
en estoient auſſi couverts. La
meſmechoſeeſtoit enuſage chez
lesJuifs, au raportdePhilondans
ſa Déclamation contre Flaccus;
&enfin Tite-Live eſt témoin,
qu'à Rome & dans touteladé
pendance de ſadomination, dés
le temps meſme de la Républi
que , laPourpreeſtoitportéepar
tousceuxquiestoientpourvûsde
quelques Charges qui regardoic
duMercureGalant. 119
oul'adminiſtration de la Juſtice,
ou le gouvernementdu Peuple;
de forte queles Magiſtrats, tant
de laVille, que des Colonies &
re
ale
Municipes , lesCommiſſaires ,&
Capitainesdes Ruës&desQuar
tiers , les Principaux & Doyens
nades Colleges, les Augures, les
&
urt
LA
e
1
Sacrificateurs &les Preſtres , en
unmottouslesSénateurs & Offi
ciers Patriciens,ſeſervoient com
munément de la Pourpre dans
leurs Robes de ceremonies , &
avoient le droitde laporter non
ſeulementpendantleurvie, mais
meſmes de faire brûler leurs
Corps apres leur mort avec ce
riche Ornement. Necutiviviſo
lùmhabeanttantuminfigne,fedetiam
utcumeo crementurmortui.
Cependant l'honneur depor
1
120
Extraordinaire
ter la Pourpre dont joüiffoient
tous les Magiſtrats Patriciens,
n'eſtoit point accordé aux Ple
beïens, c'eſt à dire aux Officiers
qui eſtoient pris de l'ordre du
Peuple. Etles Tribunsmefmes,
quoy que leur Charge fuft de
beaucoup plus conſidérable que
celles de quantité de Patriciens,
enfurentlongtempsprivez com.
• menous l'apprenons de Plutar
que dans la Queſtion 81. des Ro
mains ; où cet Autheur deman
dant pourquoyces derniersOffi
ciersne portoient pointla Pour
pre , puisque d'autresMagiſtrats
moinsimportans qu'eux, avoient
le privilege de la porter, il en
rendluy-meſmela raiſon , &dit,
Que les Tribuns du Peuple ne
jouüiffoientpointdecethonneur,
du MercureGalant 121
parcequ'il ne leureſtoit pasper
mis deſe faire accompagner par
e
di
L
des Huiffiers &des Gardes , ny
deſefaire traîner en Chaife Cu
rule, commelesgrands Officiers;
&queleursChargesn'eſtant pas
proprementdesChargesdeJudi
cature, puis qu'ils n'avoient que
le droit de propoſer, non celay
dedécider ,ils n'eſtoient pascen
ſez proprement Magiſtrats, &
par conséquent ils ne devoient
pas avoirl'équipage ny les orne
mens deceuxqui l'eſtoient veri
tablement. Joignez à cela que
s'ilsprétendoient eſtre revétusde
la Magistrature , àcauſe que par
la Loy Atinia, ils avoient le pri
vilege d'entrer au Senat & d'y
dire leur avis ; comme ils n'ef
toientlesMagiſtrats queduPeu
Q.d'Avril 1682.
I
1.
122
Extraordinaire
ple, ils ne devoient point auſſi
eſtre vétus autrement que le
Peuple , afin queleplus petit de
cedernier état, auſſi bien que le
plus grand, puſt avoir un accés
plus libre aupres d'eux , n'euſt
point decraintedelesaborderles
voyant populairement habillez.
Et voila, ſelon le ſentiment de
Plutarque , les raiſons pour lef
quelles les Tribuns eſtoient ex
clus du privilege de porter la
Pourpre.
Toutesfois, s'il eſt vrayqu'ils
enfuſſent privezdutempsdecet
Autheur, ce quequelquesautres
n'accordentpas,ileſtencorvray
queleurdignité s'eſtant fort ac.
cruëdepuisleurinſtitution,auffi
bienque leur puiſſance, par les
honneurs,lesgrades,&lespreć
duMercureGalant. 123
le
de
le
es
es
Z
He
minencesquileur furent premie
rement accordées par les Con
fuls Q. Aurelius Cotta , & L.
Octavius, l'an de la Fondation
delaVille 678. confirmées quel
quetempsapres parPompée, &
debeaucoupaugmentéesparAu
guſte, qui leur fit meſme l'hon
neurdeſe mettrede leur Corps,
&qui poſſeda leTribunat l'ef.
pacede37. ans; ileſt,dis-je,vray
qu'ilsprirentbien-toft, non ſeu
lement les Huiſſiers , les Faif
ceaux& laChaiſe Curule, mais
encorlaRobedePourpre , qu'ils
portoient meſmedés letemps de
Cicéron, commeilſejuftifie par- unpaſſagede cePrincedesOra--teursdansla CauſedeCluentius,- où invectivant contre leTribun- Quintius,ilditcesparoles. Faites
I ij
124 Extraordinaire
un peu reflexion , Peres Con
ſcripts , à ceque vousavezpù re,
marquer tant de fois vous-mef
mes, fur la conduite du Perfon
nage contre lequel la verité me
forcededéclamer.Rapellez dans
voseſprits ſes mœurs dépravées,
ſa vie diffoluë, fon orgueil inſu
portable, & remettez-vous de
vant lesyeux le front, le geſte,
&le faſte aveclequel ce Tribun
faiſoitparadedeſaRobedePour
pre traînante juſqu'aux talons;
Atque illam usqueadtalos demiſſam
Purpuram recordemini. Mais les
Magiſtrats n'eurent pas ſeuls le
privilegede porter laPourpre. Il
s'étendit à Rome juſqu'auxChe
valiers,àquil'onpermitdeſerevé
tir duLaticlavequieſtoituneTu
nique de Pourpre, ougarnie de
duMercureGalant. 125
Pourprecommejel'aydéjadit,&
t
10
12
1
deprendrelaTrabée,Robe encor
plus précieuſe que le Laticlave,
dontla trame, dit Ferrarius L. 2.
C. 4. eſtoit de Pourpre , & l'ef
tain de Laine tres-blanche , се
qui faiſoit une agreable diverſité
decouleurs, en manierede petits
carreaux ſemezpartoutel'Etofe.
QuelesChevaliers euſſentl'u
ſagedu Laticlave, jel'apprensdu
docte Lipſe dans ſes Notes fur
Tacite. Il dit que du temps des
premiers Empereurs ,lesCheva
liers qui portoient la qualitéd'Il
luftres, avoient droit de porterle
Lanticlave. Etpour le prouver,
il ſe ſertd'un paſſage deDionau
L.59. où cet Hiſtorien raconte
que l'Empereur Caïus voyant
l'OrdredesChevaliersfort dimi.
I iij
Extraordinaire
126
nué, & en tres-petite conſidé
ration , crut lerétablir en lapre
miereſplendeur enymettant les
Perſonnes les plus qualifiées de
tout l'Empire, auſquelles , pour
rendre leur Compagnie plus au
guſte, ilpermit de porter l'Ha
billement , qui n'apartenoit au
paravant qu'aux Preſtres & aux
Senateurs. Cependant ilfautdire
que cethonneur leur avoit efſté
déja accordéauparavant , &que
non ſeulement les Chevaliers,
mais meſme leurs Enfans, por
toient cetteforte de Robe avant
la conceffion de cet Empereur.
Celaſe voitmanifeſtement en ce
quedit Ovidedans le quatriéme
desTriftes , où ce Poëte qui ef
toitChevalier, &Fils de Cheva
lierRomain , raconte lacerémo
duMercureGalant. 127
nie quiſefift lors queſon Frere&
= luyprirent laTunique àclou lar.
ge, enquittant laRobe virile.
D'ailleurs que les Chevaliers
Romains portaffent la Trabée,
Plineeneſtgarant, lors qu'il dit,
que quoyqu'au commencement
il n'y euſt que les Roys, & les
Triomphans quila portaſſent,les
Chevaliers ſel'aproprierentdans
lafuite dutemps,&s'en parerent
d'abord aujour de leur Montre,
ou Reveuë generale , appellée
Tranfucctio , quiſe faifoit aux Ides
de Juillet ; ce qui eſt confirmé
parDenisd'Halicarnaffe, quidit
auL. 6. que les Chevaliers dans
cetteMontre marchoient en or
dreſelonlesTribus &Centuries,
avec tout l'Equipage & les mar
quesdel'Ordre, revétus deTra
I iiij
128
Extraordinaire
bées& couronnez d'Olivier. A
quoy s'accorde encor Suétone,
quandilditdans laViedeDomi.
,
tien que le Senat, pour faire
honneur à cePrince&pourplus
grandefûretédeſaPerſonne, or
donna que toutes les fois qu'il
exerceroit le Confulat, les Che
valiers Romains, ſelon que le
fort leur feroit échu, marche
roientdevant luy entre les Hui
fiers& les Archers de ſa Garde,
eſtant vétus deleursTrabées , &
portantleurs Lances militaires en
main. Ut Equites Romani quibus
forsobtigiffet,Trabeati, &cumhaftis.
militaribuspracederent euminterLi
Etores , Apparitoresque.
Le privilegedeporterla Pour
pre , ne ſe réſerva pas ſeulement
pour les Magiſtrats , & les Che
duMercureGalant. 129
valiers de l'Etat Romain , mais il
s'étendit encor juſques aux En.
fans de tous ceux qui avoient
affezdebienpour leur faire por
ter la Prétexte , qui estoit une
Robe chargéede quelques ban
des de Pourpre , comme nous
avons fait voir. D'abord ſelon
Macrobe, il n'yeut que les En-- fans de noble extraction qui la- porterent, tant pour les diftin
guer de ceuxquinel'eſtoientpas,
qu'afin delesexciterparcet hon
neur àſuivrel'exemple du Filsde
Tarquin l'Ancien , cinquiéme
Roy des Romains. Ce jeune
Prince, âgé ſeulement de qua
torze ans,avoit accompagné fon
Pereen la Guerrecontre les Sa
bins , &s'eſtoit ſi glorieuſement
ſignalé dans la derniere Bataille
130
Extraordinaire
oùcette Nation fut entierement
défaite,qu'auretour de ce Com
bat, Tarquin le loüa publique
mentdeſa vertu &de ſavaillan
ce;&pourl'engageràneſepoint
démentir, il luypermitdeporter
l'Anneau d'or, appellé Bulla , &
la Prétexte , qui estoient deux
des plus belles marques d'hon
neur que portafſſent les Triom
phans. Ce Prince donna quel.
que temps apres la meſme per
miffion aux Enfans des Nobles
pourlameſmefin. Ellefutencor
donnéedans laſuite,&particu
lierement dans le temps de la-fe
conde guerre , l'Unique aux pe
tits-Fils des Affranchis pourveu
qu'ils fuſſent Nobles , pour la
raiſonque le meſmeAutheur en
raporte au premierde ſes Satur
1
duMercureGalant. 131
nales chapitre 6. Et enfin on ac
corda indiféremment ce privi
lege à tous les Enfans de l'un &
del'autre Sexe, libres, &affran
chis, Nobles, &Roturiers, pour
veuqu'ils fuſſent nez en légitime
mariage. Les Garçons portoient
cette Robejuſqu'à l'âge de 15.
ou 16. ans, qu'on leurdonnoit la
Robe virile ; & lesFilles juſqu'au
jour deleurs Nôces.
LeCommentateurd'Alciat,dit
que la raiſon morale pour la
quelle les Romains faifoient
prendre la Robe Prétexte bor
dée de Pourpre à leurs Enfans,
eſtoitpourleurapprendre à eſtre
modeſtes &pudiques, parce que
lacouleurdePourpre eſtunfigne
de modeſtieſur le viſage des En
fans, & comme lecaractere de
Extraordinaire
132
cette honneſte pudeur qui rend
ordinairement illuſtres ceux de
leur âge, quandelle éclate éga.
lement en leurs diſcours & en
leursactions. Purpureuscolorpudo
ris indicium , hinc Pratexta Roma
nos pueros admonebat, verecundiam
indictisfoEtisquefervandam. Claud.
Minci.inEmbl. Alciat. Auffieft-ce
cette excellente teinture que le
judicieux Caton vouloit que les
Enfanspriſſentd'auſſi boneheure
furleurfront,que celledelaPour.
pre qu'on leurfaifoitprendre ſur
leurs Habits. Cela mefait ſou
venirdece que dit unjour Dio
gene à un jeune Garçon qu'il
voyoit rougir en parlant à luy;
Confidefili,hicenim virtutis eftco
lor. Courage, mon Enfant,j'aime
àvoir cette couleur fur ton vi
duMercureGalant. 133
ſage, parce quejela regardecom
mel'indice&la livréede la vertu
qui regnedanstoncœur.
Les Syracuſainsnetiroientpas
;
1
!
unſymboleſiglorieuxdelaPour.
pre quelesRomains , puis qu'au
lieude regarder cette éclatante
couleur comme le caractere de
lapudeur, & de lamodeſtie, ils
laregardoient au contraire com
me Héroglyphe de l'éfronterie,
&del'impudence. De-là vient,
ditAthenée, que cesPeuples ne
permettoient point du tout l'u
ſagede la Pourpre aux Femmes
honneſtes &vertueuſes ; nonpas
meſmed'enavoiruneſimpleban
de ſur leurs Robes, donnant au
reſte pleine liberté d'en uſer à
toutes celles quiavoient entiere
ment renoncéàl'honneur. Sira
134
Extraordinaire
cufaniprohibuerunt neMulieresfer
rentveftes Purpura Pratextas, pra
terquam meretrices. Ce qui leur
eftoit accordé, plutoſt afin de
rendreleurinfamieplus connuë,
que pour les faire paroiſtre plus
agreables par cet ornement. Le
ſentimentde ces Peuples n'eſtoit
guére conforme à celuydu plus
lagedetous les Hommes, lequel
faiſant dans le 31.de ſes Prover.
bes, leportraitde laFemmever
tueuſe, luydonne pour Habit la
Robede Pourpre. Byſſus & Pur
puraindumentumejus.
Mais enfin pour terminer ce
que nous avions àdire touchant
l'eſtime & l'uſage ancien de la
Pourpre, diſons encor que cette
riche teinture n'eſtoitpas ſeule
ment en voguedansles Villes,
1
duMercureGalant. 135
dans lesTemples, lesPalais&les
Tribunaux delaJuſtice, dans les
Jeux, les Spectacles, &lesTriom
phes ,&employéeàſervird'Ha
bits & d'Ornemens anx Dieux,
aux Empereurs, aux Roys, aux
Preſtres , aux Magiſtrats , aux
Chevaliers,auxFemmesmeſmes
&auxEnfans; qu'elle eſtoit en
coren creditdans les Armées &
enuſageparmylesGensdeguer
1
!
1
:
re. Deuxoutroisexemplesſuffi
rontpour établircetteverité.
L'Ecriture Sainte me fournira
le premier. Elle nous apprend
queles Soldats ſereveſtoient de
decettecouleur,puis qu'ontrou
vedans le PropheteNaham,que
cette formidable Armée d'Aſſy
riens qui mirent le Siege devant
Ninive, eſtoit toute parée de
1
136
Extraordinaire
Pourpre. Viriexercitusincoccineis.
Jetire les autres des Autheurs
Prophanes ; comme de Xéno
phonauLivre6.deſaCyropadie,
quitémoignequetouteslesTrou
pesdel'ArméeduGrand Cyrus
eftoient toutesbrillantes , &par
la ſplendeurdeleurs Armes, &de
leurs BoucliersdeCuivre , & par
l'éclatde la PourpredeleursHa
bits. Itaqueuniverfus exercitusare
fulgurabat,punicesqueflorebatornatu.
DeQ.Curce L. 3.&5.deJuſtin
L. 11. d'Ammien Marcellin,L.13.
&deTertullien, dehabit. mulier.
C.7. quitémoignent tous lamef
choſeauregard desMedes, des
Babyloniens , des Lacedemo
niens, &autresPeuplesdel'Afie,
quiſe revétoientde cette noble
Livréelors qu'ils alloientaucom
duMercureGalant. 137
bat. Cequ'ilsfaisoient,ditElian,
non tant par ornement & par
+ pompe,que pour donner de la
terreur àleurs Ennemis, ou plu.
toſt pours'inſpirer du courage à
eux- meſmes , & ſe fortifier le
cœurquileureuſt pû manquer à
laveuëdeleurfang, s'ils euſſent
R
6
eſtébleſſez. En effet lors qu'il
venoit à coulerfur leurs Habits,
ilsnes'enappercevoientpas ſi ai
ſementpourle raportqu'ilauroit
aveclaPourpredont ils eſtoient
revétus. Ne,fi quando vulnerari
cos contigiffet ,fanguinis aspectus
metumeisincuteret. Elian. L.6. C.6.
L'on dit que les Afriquains
eſtoient les Peuples du monde
qui aimoient le mieux cette Li
vréedansleursMilices,queceux
de Carthage par deſſustous la
Q.d'Avril1682.
K
Extraordinaire
138
portoient commeunemarque de
haute preéminence. Etquemef.
me dans le Camp d'Annibal,
lors qu'on vouloit donner quel.
que Bataille importante , on at
tachoit un Manteau de Pourpre
au bout d'une Lance que l'on
plantoit ſur le haut de laTente
duGeneral,afin qu'ellepuſteſtre
veuëde tous lesSoldats,& qu'ils
fuſſent avertis par ce ſignalde ſe
tenir preſts pour le Combat. La
meſme Cerémonie eſtoitenpra
ti quedans les Armées Romaines,
comme Plutarque le témoigne
dans pluſieurs lieux de ſes Vies
des Hommes Illuſtres,&furtout
dans celles de Brutus, de Pom
pée , &de Fabius.
Je nedoute pointque cela n'ait
donné lieu à l'invention du La
duMercureGalant. 139.
barum. C'eſtoit un Etendard
Impérial que l'on portoit à la
teſte des Armées Romaines, &
que les Hiſtoriens nous dépei.
gnentcommeune longueLance,
ayantauboutunbois traverſant,
&audeſſus une riche Couronne
d'or, ſous laquelleeſtoit la figure
d'une Aigle de meſme matiere.
Deceboisquitraverſoitpendoit
un riche Voile de Pourpre de
formequarrée,danslemilieudu
quell'Imagedel'Empereureitoit
dépeinteen riche broderie d'or,
&dePierreries , avec cesmotsà
l'entourGloria exercitus.LeGrand
Conſtantin enſuite de la Vifion
mémorablequ'ileutd'une Croix
lumineuſe quiparutdansleCielà
laveuëdetoute ſonArmée,avec
cesmots,Inhocsigno vinces,&
140 Extraordinaire
qui fut cauſe qu'il ſe convertit,
fit mettre ce Signefalutaireſurle
haut du Labarum à la place de
l'Aigle Impériale ,& fur lefond
duVoilede Pourpre qui yeſtoit
ſuſpendu , il fittracer enbrode.
riede Perles , & de Pierres pré
cieuſes, les deux Lettres Capi
talesdu nom Grec du Sauveur
duMonde, entrelaſſées en forme
de Chifre, faiſant attacher aux
franges de ce ſacré Voile fon
Image, & celles de ſes Enfans
faites àdemycorps en broderie.
C'eſt lapeinture quelesAutheurs
raportez parle ſçavant Cardinal
Baronius au troifiéme Tome de
ſes Annales, nous ont laiſſéede
de ce glorieux Etendart, dont
Prudence faitauſſi mentiondans
ces Vers contre Symmaque.
le
duMercureGalant. 148
Christus Purpureumgemmantitextus
inauro.
Signabatlabarum, &c.
L'Oriflame , cet Etendart fi
renommédansnosHiſtoires,que
nos Roysfaiſoient autrefois por
ter à lateſte de leursArmées,a
voit beaucoup dereſſemblance à
ceLabarumImpérial,&pouvoit
bien avoir eſté fait à ſon imita
■ tion ; carfinousencroyonsquel
ques-uns de nos anciens Hiſto
riens , comme Gaguin , Froif
ſard , & quelques autres , ce
RoyalEtendarteſtoitd'uneriche
Etofedeſoyeteinte enPourpre,
deformequarrée,ſemédeFleurs
de Lysd'or ſans nombre enbro
derie, &chargéd'uneCroixd'ar
gentaumilieu, &ſe portoit pa.
reillement attaché auboutd'une
142
Extraordinaire
Lance, &nes'éloignoitjamaisde
laPerſonne du Roy. La Croni
que ancienne de Flandre, ledé
peint en cette maniere. Meffire
MilesdeNoyersestoit montéſus un
grandDeftrier, couvertde Hauber
gerie,&tenoit enſamainuneLance
àquoy l'Oriflame estoitattaché d'un
vermeilsamitàguisedeGonfanon à
trois queues , &avaitentourHoupes
devertefoye. Guillaume leBreton
dansſaPhilipideLivre 11. dit que
cetEtendart s'appelloit Oriflâ
me, àcauſedeſacouleurde feu,
&qu'il avoit la forme desBanie
res dont l'Egliſe ſe ſert dans
ſes Proceffions. Et Guillaume
Guyart en ſon Romant des
Royaux lignages, eſt de cet avis
quandildit,
duMercureGalant. 143
1
1
Oriflameest uneBagniere,
AucunpoiplusfortequeGuimple,
DeCendal roujoyans&fimple,
Sans pourtraitured'autre affaire.
Quelques Autheurs ont écrit
que cet Etendart fut envoyé du
CielàClovispourluyſervird'en
ſeigne, &àtous ſes Succeſſeurs,
dans lesCombats qu'ils auroient
àfaire contre les Ennemis de la
Foy Chreſtienne, & non contre
les Fidelles. A quoy, dit Froif
ſard Volume 2. Chapitre 125.
Charles VI. ayant contrevenu ,
pour l'avoir fait porter contre
les Flamans , la meſme main
qui l'avoit donné à nosRoys le
leur oſta, le faiſant évanoüir
entre les mainsdeMeffire Hutin
d'Aumont, qui eneſtoitleGon
falonnier , de telle maniere que
Extraordinaire
144
luymeſme nyperſonne, ne ſceut
pour lors ce qu'il eſtoit devenu,
nynel'apu ſçavoir depuis. Mais
L'AutheurduRomantque nous
avons déja cité, eſt d'un autre
ſentiment pour l'origine de l'O
riflame , dont il attribuël'inven.
tion au Roy Dagobert qui la fit
conſtruire àl'honneurdeS.Denis
auquel cePrince avoit beaucoup
dedevotion. Voicyſestermes.
LiRoisDagobertlafifaire,
QuiSaintDenisçaenarriere,
Fondadefesrentespremieres;
Sicommeencoreappert Leans
EsChapletsdesmeſcreans.
Devantliporterlafaisoit
Toutesfoisqu'allerliplaiſoit,
BienattachieenuneLance,
Penfantqu'ileustremembrance
AuraviſerleCendalrouge
DeceluyglorieuxGuarrouge.
Et
1
duMercureGalant. 145
V
Etpourſa perte en la Bataille
contre les Flamans, queJacques
Meyer dit eſtre arrivée en la
JournéedeMons en Puelle,où
elle futdéchirée &miſe enpie
ces, apres avoireſté arrachée des- mains d'Anſſeau deChevreuſe,- quila portoit, & qui fut tué en
cetteBataille; lemeſmeGuyard,
qui vivoitpour lors, aſſure que
ce ne fut pas la veritable Ori
lâmequi fut priſe en cette dé.
faite , mais ſeulement une Ori
lâme feinte à la reſſemblance
de laveritable, que l'on y avoit
portée pour exciter les Soldats
abien faire; ce glorieux Eten.
dart eſtant entelle eſtime parmy
les Gens de guerre, qu'ils te
noientlavictoire commeaſſurée,
où l'Oriflâme eſtoit. Ainſi ils
Q. 'Avril1682.
L
Extraordinaire
146
ne manquoientjamais de s'en
fervir dans les Combats dont
l'iſſuë eſtoit douteuſe , & on la
mettoit toûjours au front de
l'Armée. Ce Poëte raconte ainſi
cetteperte.
AnſfiauleSiredeChevreuse
Futficommenous appriſmes
Eſteint enſes armesmeſmes;
Et l'Oriflamme contrefaite
Chai àterre, &laſaiſirent
Flamens, qui apres s'enfuirent.
Aureſte, cette Royale Ban
niere eſtoit curieuſement gardée
dans l'Abbaye de S. Denys , &
c'eſtoit làquenos Roys l'alloient
prendre eux-mefſmes lors qu'ils
vouloient s'en fervir en guerre.
Ils la recevoient en grande ce
rémonie,& apres avoir fait leurs
devotions des mains de l'Abbé,
duMercureGalant. 147
la remettant enſuite encellesdu
Comte du Véxin , auquelcom.
me premier Vaſſal & Feudataire- de S. Denys, privativement à
tout autre , appartenoit le droit
de la porter; mais cette Comté
eſtant réünie à la Couronne, il
eſtoit au choix du Roy de la
confier aupremier Chevalierque
Sa Majefté trouvoit digne de
cethonneur,quieſtoit d'unetelle
conſidération parmy les plus
qualifiez dela Cour, qu'ily avoit- grand empreſſement à le bri
guer. L'Hiſtoire remarque que
ſous Charles V. le Sire d'Eude
_mehan, ou d'Andrehan, quitta
la fonction de MaréchaldeFran
ce, quoyquecefuſtunedes plus
bellesCharges del'Armée, pour
avoirlagloirede porter cetEten
Lij
Extraordinaire
148
dartàlafameuſeJournéedeRo
ſebeque.
Vous vous souvenez, Madame,
qu'au commencement de ce Traité,
ilestparléde trois especes dePourpre.
Jevousenenvoye lesdiférentes Fi
gures quej'ayfaitgraverpourfatis
faire entierementvoftre curiositéfur
ceste matiere. Ellessont tirées de
Gefner enſon Hiftoiredes Poiſſons
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Résumé : TRAITÉ DE LA POURPRE.
Le texte examine les origines légendaires et la production de la teinture pourpre, une couleur prestigieuse. Selon diverses légendes, Hercule ou un berger aurait découvert cette teinture après avoir observé un animal teinté par un coquillage. Pline attribue l'invention aux Lydiens. La matière première est un mollusque marin dont la liqueur vermillon est extraite après les jours caniculaires ou au printemps. La teinture est obtenue en traitant les mollusques pour extraire leur sang, mélangé avec du sel et bouilli dans des chaudrons de plomb. Il existe trois types principaux de teintures pourpre : la 'Purpura ignea', la 'Amethystina' et la 'Purpura carulea'. La méthode de teinture s'est perdue, remplacée par des teintures à base de graine de kermès ou de cochenille. La pourpre était principalement produite à Tyr, Cyzique, Hermione et Sparte, et strictement réglementée. Elle symbolisait l'autorité et l'honneur, utilisée pour les robes impériales et les commandements militaires. Dans la religion juive, elle était utilisée pour les vêtements sacrés. Les Romains respectaient cette sainteté et l'utilisaient également dans les vêtements ecclésiastiques chrétiens et chez les nations idolâtres. La pourpre était omniprésente dans les contextes religieux et politiques de l'Antiquité. Elle était utilisée dans les robes sacerdotales et les vêtements officiels des magistrats et dignitaires. Les empereurs romains adoptaient la pourpre comme symbole de pouvoir impérial. La pourpre servait aussi de signal dans les armées, comme l'Oriflame, un étendard historique français, et le labarum, étendard impérial romain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 3-29
DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
Début :
Les Phéniciens, au raport de Julius Pollux, attribuent l'invention de [...]
Mots clefs :
Pourpre, Extraordinaire, Écarlate, Couleur, Mer, Teinture, Robe, Poisson, Écailles, Pline, Manière, Empereur, Romains, Aristote, Draps, Livre, Saints, Triomphe, Robes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
DE L'ORIGINE DE LA
Pourpre , de l'usage qu'en ont
faitles Anciens, &defadi
férence avecl'Ecarlate.
LEsPhéniciens,auraportde
Julius Pollux , attribuent
l'invention de faire la Pourpre
àHercule , quivintchez eux ac
compagné d'une Fille nommée
Tyro,laquelle ſepromenant ſur
A ij
し
4 Extraordinaire
le borddela Mer, vit un Chien
qui dévoroitunPourpreavecfu
reur. Lefangde cePoiffondon
na unecouleur ſivive, &fiécla.
tante aux lévres du Chien , que
cette Fille réſolutd'aborddede
mander àſon Amant une Robe
1
de cette meſme teinture. Her
cule en ayant eſté prié, ne man.
qua pas de faire peſcher dans
1
tous les lieux voiſins un grand
nombre de ces Poiſſons , pour
faire préſent àſaMaiſtreſſed'une
belleRobe teintedu ſangde ces
pauvres Animaux,quicommen
cerentalorsde perdre la viepour
fatisfaire à la vanité des Hom
mes. On ſeſervoitautrefois de
trois fortes dePoiffonspour faire
cette teinture ſi riche & fi efti
mée, des Murex, des Conchi
duMercureGalant. S
lions, &des Pourpres. Les Poif.
fons que les LatinsappellentMu
rex, ſervoientnonſeulementpour
faire la Pourpre, mais auſſi onles
ſervoit àTable dans les Feſtins
les plus magnifiques, & les plus
ſomptueux; & lePrincedesFai.
ſeursd'Epigrammes 1. 13. les fait
parler encestermés.
Sanguine denoſtrotinctasingrate
lacernas
Induis, &non efthocfatis, esca
fumus.
LesConchilions efſtoient des
petits Poiffons à écailles , qui
avoient le beclong,&fortdifé.
rent de celuy des Pourpres, qui
eſtoitdefigureronde.
HorumegononfugiamConchylia.
Fuven.Sat.3.
Ariftote Hift. Anim. l. s. c.15.
Aiij
1
t
Extraordinaire
(
6
dit que les Pourpres vivoient
d'ordinaire fix ou fept ans, &
qu'ils demeuroient cachez du
rant trentejours au temps de la
Canicule. Nous liſonsdans Pline
1. 9. c.36. qu'ilss'aſſembloient au
commencement du Printemps,
&queſefrotantles uns contre
les autres,ils rendoient une cer
tainehumeurviqueuſe ,&gluan.
tecommede lacire. Ils avoient
aumilieuducol une petite veine
blache,d'où ſortoit cette liqueur
ſi eſtimée pour la teinture des
i
Draps; maisil falloitles prendre
envie, car ils perdoientenmou.
rant cette admirable vertu. Les
Habitans de Tyr, fort habiles
en ce meſtier, tiroient les plus
gros Pourpres , pour les faigner
hors de leurs écailles, mais ils
*
duMercureGalant.
7
preſſoientles plus petits avecdes
meulesàhuilepourleur faire ren.
drecetteprétieuſehumeur. Leur
langue quiestoit de la longueur
d'undoigt,eſtoitſi dure, qu'ils en
perçoient les écailles des autres
Poiffons , qui leur fervoientde
nourriture. Ariftote Hift.Anim.
1. 8. c. 19. affurequede fon temps
on les faifoit mourir en eau
douce,oudans quelqueRiviere,
parce qu'ils auroient bien vé.
cuencorcinquantejours de leur
feule ſalive. Ileſtoitdedeuxfor.
tes dePourpres. Les uns qui a
voient le bec rond&unpeu_ou
vert àcoſté , eſtoient preſque
ſemblables à un Cornet , d'où
vientqu'onles appelloitCornets
deMer. Ceux-la eſtoient toû
jours attachez aux Rochers , où
A inj
7
8
Extraordinaire
ils eſtoient pris pas lesPeſcheurs.
Les autres qui avoient le bec
comme un tuyau creuſé, ef
toient entourez de ſept petites
pointes que les Cornets de Mer
n'avoient pas. Aureſte la Pef
chede cesPoiffons ſe faisoit du
rant lesjours Caniculaires , mais
l'ony réüſſiſſoit mieux lorsqu'on
la diferoit juſqu'au commence
ment du Printemps. Les deux
plusgrandsGéniesdelaNature,
Ariftote & Pline, nous appren
nent comment ons'y prenoit.
OnſeſervoitdepetitsFiletstres
clairs, où l'on mettoit des Poif
fons appellez Moules , qui eſtant
à demy morts ouvroient leurs
écaillesdansla Mer, oùlesPour
presles alloient inſulter par leurs
piqûres importunes. Ceux-là ſe
9
ſentant attaquez, fermoientleurs
duMercureGalant.
écailles, &oſtoientpar cemoyen
àleursEnnemisla liberté des'é.
chaper. Apres qu'onavoitpef
ché de cette maniere un affez
grand nombre de ces Poiffons,
on travailloit à la teinturede la
Pourpre de la façon que Pline
1. 9. c. 38. l'a écrit. Onpiloit les
écailles des petits Pourpres , car
on ne prenoit la chair quedes
gros. On lavoit bien celaavec
une eau tres-claire. On faifoit
enfuite tremperle tout avec du
Sel durant trois jours , mettant
ſur chaque quintal de Tein
ture une livre huit onces de
Sel. On avoitdegrandesChau
dieres de Plomb, dans chacune
deſquelles on metroit unquintal
&demy deTeinture préparée,
10
Extraordinaire
qu'onfaifoit cuire lentementpar
le moyend'un petitTuyau, qui
répondoit à la Chaudiere, la
quelleestoit fort éloignéedu feu,
de peurque laTeinture ne cou
ruſt riſquedeſebrûler. Il falloit
cependantécumer&nettoyer la
chair, qui reſtoit aux veines des
Pourpres, Enfinapresavoirlaiſſe
pendant dix jours la Chaudiere
encetétat, onymettoitlaLaine
bienpréparéejuſquesà cequ'elle
euſt la couleur qu'on deman
doit, d'où l'ayant tirée encor,
on la cardoit, puis on la remet
toit pourluy faire boire entiere
rementla Teinture. LesCornets
deMerſeulsnetenoientpasaffez
leur couleur , mais les Pourpres
dehaute Merappellé Pelagia ef
cantdecouleurnoire,dõnoient le
.
duMercureGalant.
luſtre àlateinture &cette couleur
triſte qui estoit neceſſaire pour
faire unetres-belle Pourpre. Les
Tyriensneſeſervoient quedeces
Pourpres, &avantqueleurTein.
ture tiraſt ſurle vert , ilsjettoient
lalaine dedans , pour la mettre
enſuite dans une Chaudiere où
eſtoitlaTeinture des Cornets de
Mer. Cette Pourpreneantmoins
a remporté le prix, &a eſté de
tout temps plus eſtimée qu'au
cune des autres; d'où vient que
Tyr fut autrefois appelléSarra,
comme le ditAulugelle 1. 14.c.
16. du nom du Poiſſon que les
Latins appellent Murex ou Sar,
&laPourpremeſmeeſtoitappel
léeSarranumOftrum.
Utgemmå bibat & Sarrano dor
miat Oftro. Virg. 2. Georg.
Extraordinaire
12
Sive erit in Tyriis , Tyrios laudabis
C'eſtoit autrefois un Employ
amictus. Ovid. 2. deArte.
ſi conſidérable à Tyr , d'avoir
ſoinde fairefaire laPourpre, que
l'Empereurvoulant récompenfer
d'une maniere particuliere un
Preſtre d'un tres-grand mérite
nommé Dorothée, illuydonpa
cetteCommiffion, au raport de
Nicéphore CallixteauChapitre
35. du Livre 6. de ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique. Il y avoit de la
Pourpre qui gardoit ſa couleur
juſques à deux censans. Plutar
quemeſmeditdanslaVied'Alé
xandre le Grand, que ce Con
1.
quérant ayant pris la Ville de
Jules , trouva dans la Maiſon
des Roys pour cinq mille Ta
lens dePourpre Hermionique,
duMercureGalant. 13
dontla couleur eſtoit auſſi vive,
&auſſi éclatante que ledernier
jourdeſa teinture , cequiestoit
ordinaire lorsque la rougeeſtoit
teinte dumiel,&lablancheavec
de l'huile de cette couleur. Vi
truve l. 7. c. 13 ditquelesPour
presétoientdecouleurdiférente,
ſelon ladiverſe ſituation desPaïs
oùils eſtoient pris. Ceux qu'on
peſchoit dans la Merde Phéni
cie, eſtoient rouges , au lieu que
ceuxqu'ontrouvoitfurlesCoſtes
d'Afrique, ſervoientàteindre la
Pourpre violete, que Cornelius
Népos qui mourut du tempsde
l'Empereur Auguſte , dit avoir
eſtéenvoguedurant ſajeuneſſe.
La PourpredeTyrappelléeDiba
pha,àcauſedeſadoubleteinture,
ſevendoit deux cens cinquante
14
Extraordinaire
Ecus la livre ; & fept cens ans
apreslaFondationdeRome,Pu
blius Lentulus Spinter futblâme
dece qu'ilen portoitune longue .
Robelors qu'ileſtoitjeune. Pline
1.9.c.39.nousaſſurequelaPour
preaeſtéde touttemps enuſage
parmy les Romains. En effet, il
eſt vrayque leur premier Roy
s'en fervitd'aborddansſonMan
teauRoyal.
Pulcher&humanomajorhabeâque
decorus,
Romulus. Ovid. 2. Faft.
Tullus Hoftilius fut le pre
mier quien porta une longeRo
bebrochéd'écarlate,apres avoir
remporté une ſignalée Victoire
fur lesPeuplesd'Etrurie. Florus
au Chapitre s. duLivre premier
de l'Hiſtoire Romaine, dit que
duMercureGalant.
Tarquinius Prifcus ordonna que
les Enfans des plus illuftres Fa
IS
milles portaffent unelongueRo
bebordéedePourpre, quiestoit
auſſi l'Habit ordinaire des Per
ſonnesdegrandequalité,cartout
lemonde ſçaitque lePhiloſophe
Porphyre fut ainſi appellé, à
cauſedela RobedePourprequ'il
portoit, comme eſtant forty
d'une noble&puiſſanteFamille.
Malchuseſtoit ſon premiernom.
Ilétudiafous Photinus àRome,
avec Origéne & Amélius ſes
Condiſciples ,dutempsde l'Em.
pereur Aurélien. Socrate 1.7.c.
2. ditde luyqu'ayanteſté battuà
Céſaréeparquelques Chrêtiens,
il compoſa par dépit quinze Li.
vrescontre noſtreReligion,auf
quels Méthodius , Eufebe , &
6
Extraordinaire
Apollinaire , répondirent par
trente Livres Apologetiques. Le
Mauvais-riche eſtoit habillé de
Pourpre & de fin Lin , Eratho
mo dives qui induebatur Purpura
&byſſo. Luc. c. 16. Je ſçay bien
que Nicéphore Callixte Hiſtoi
re Eccleſiaſtique l. 1. c. 26. met
cette Hiftoire au rang des Para
bolesde NoftreSeigneur, &que
Saint Grégoire le GrandHom.
inEvang. croitque l'abondance
duMauvais-richenousdoit faire
entendre le bonheur du Peuple
Juif, &que la pauvreté du La
zare nous marque la mifere des
Gentils; mais je ſçay bien auſſi
qu'on peut inférer de là, qu'a
lors les Gens riches &dehaute
naiſſance avoient coûtume de
porterdes Habits de cettecou
duMercureGalant.
17
leur. LaRobede Pourpreeſtoit
autrefois la marque des Séna
teurs Romains,témoin ceVers
deMartial.
DiviſitnoftrasPurpuraveftratogas.
Ilss'en ſervoient dans les Sa
crificespublics& folemnels, par
cequ'ilss'imaginoient qu'elle ne
contribuoit pas peuà appaiſer la
colere des Dieux. On chantoit
des Vers à Rome,dont le ſens
eſtoit,Jules CésarmenelesGaulois
en triomphe. Ils ont quitté leurs
Sayespourprendreles Robesde Pour.
predes Sénateurs. Suétoneraporte
que l'EmpereurAuguſteprenant
la Robe virile, celle qu'il avoit
s'ouvrit de deux coſtez , & luy
tomba à ſes pieds,&alors les
Devins prirent cela pour augure
que l'Ordredes Sénateurs, donc
B
Q.deJuillet1682.
18
Extraordinaire
la Robe de Pourpre eſtoit la
marque , luy ſeroitun jourſoû
mis. Tibere voulant dégrader un
Sénateur , luy oſta la Robede
Pourpre, parce qu'il eſtoit allé
demeurer endesJardinsaux Ca
lendesdeJuillet, afin quecejour-de terme eſtant paſſe il loüaſt
une Maiſon àmeilleur marché.
L'Empereur Domitien préſidoit
ſouvent aux Jeux en Robe de
Pourpre. Ilajoûtameſme aura
port de Suétone', deux bandes
auxquatre anciennes des Jeux
duCirque, dontl'uneavoitpour
Livrée leDrap doré , & l'autre
celuyde Pourpre. Le Roy Pto
lomée eſtant venu au Theatre
poury voir repréſenter lesJeux
que Caligula donnoitau Peuple,
ilattira d'abord les yeux de tout
duMercureGalant.
19
lemonde , à cauſede ſon Man
teau Royal , dont la Pourpre
jettoit un figrand éclat , que ce
⚫ cruel Empereur le fit mourir
aufli toft pour cetteſeuleraiſon.
Les Empereurs, &lesCapitaines
qui devoient avoir l'honneur du
Triomphe , entre-laçoient la
Pourpre parmy l'or dans leurs
Habits; &Plutarque écrit dans
laVie de Marcus-Craffus, que
ceCapitaine ayant pris unMan
teau noir pour baranguer ſes
Soldats , au lieu de prendre la
RobedePourpreſelonlacoûtu
medesRomains , illequita d'a
bord àlaperfuafiondeſesAmis.
Sext. Pompée Fils du grand
Pompée , ayant remporté une
glorieuſe Victoire ſur Mer , prit
dans un Triomphe un Manteau
Bij
20
Extraordinaire
bleu, parcequ'il eſtoitdela cou
leurde la Mer, aulieud'en pren
dre unde Pourpre à la maniere
des Romains. Comme dit Ful
gofius 1. 3. c. 6. les Robes de
Pourpre couſtoient ſi cher , que
les Empereurs par politique ou
paravarice, endéfendoientquel.
quefois l'uſage ; & Jules Céfar
nele permit qu'auxPerſonnesde
certain âge, de certaine qualité,
&meſmeencorà certainsjours;
&Néron, quoy qu'il euſt des
filets dorez dont les cordes ef
toient teintes en Ecarlate, dé
fendit pourtant l'uſage de la
Pourpre, &mefmeil reprit avec
aigreur un Homme qui enven
ditquelques onces enunjourde
Foire , & fit mettre en priſon
tous les Marchands qui en a
duMercureGalant.
21
voient acheté. Il alla encorplus
avant , car unjour ayant remar
qué au Spéctacle uneDame vé
⚫ tuë de Pourpre, auſſi-toſt illa fit
prendre, & ne la dépoüilla pas
ſeulementdeſaRobe,mais encor
detousfesBiens.
Au reſteles Romains ſeuls ne
ſe ſervirent pas des Robes de
Pourpre, mais elles furent auffi
enuſage chezlesautresNations.
Les Athéniens meſme en por
toient, commel'aſſure Elian1. 4.
deVar. Hift. & Sabinus 1. 8. c.7.
dit que les Toſcans en uſoient
aufſi. Les Empereursde la nou
velleRome, faisoientunſigrand
cas de la Pourpre, qu'ils ne ſe
contentoient pas d'avoir les Ha
bitsImpériaux de cette couleur,
mais ils s'en ſervoient auffipour
22
Extraordinaire
écrire , &les Impératrices fai
foient leurscouches dans l'Apar
tement de Porphire, qui ſe ren
controit le premier en entrant
par la Porte de la Marine du
grand Palaisdu coſté de laPro
pontide, d'où leurs Enfans ef
toient appellez Porphirogenites
ou Porphirogennetes. Les Car
dinaux commencerentdeporter
laPourpredutemps duPape In
nocent IV.qui laleur fitprendre
dans leConciledeLionl'an1205.
pourmarquedeleur dignité, &
de l'obligation qu'ils avoient de
perdre meſmelaviepourlacauſe
deDieu&de fonEgliſe, princi
palement dans laperſécutionde
l'Empereur Frideric, quifut ex
communićdans ceConcile pour
laquatrićmefois.
duMercureGalant. 23
LesGrecs appellent Coccos la
grained'Ecarlate;d'où vientque
Ardenti Cocco radiare, ſe dit d'un
Hommequi eſtmagnifique, &
propredans ſes Habits.
Etcontraardenti radiabat Scipio
Cocco. Silius l.s.
Pline 1. 16.c. 8.ditqu'elles'ap
pelle auffi Cufculium , & qu'elle
vient au bout des queuës où ſe
tiennent les feuilles du Chefne
vert. On l'apelle Vermillon en
Languedoc. Il y en a meſme
beaucoupdanspluſieurs endroits
decetteProvince, oùlespauvres
Gens la cueïllent avec grand
foin. Elle ſeditenArabeKermes,
d'oùeſt venu lemot deCramoi
fy. Elle naiſt en Galatie , en
Afrique , en Pifidie, en Cilicie,
&furtoutenEſpagne dans l'E
ハ
Extraordinaire
24
ſtramadure aupres de Mérida,
Celle qu'on trouve dans l'Iſlede
Sardaigne n'eſt pas fort eſtimée.
Aureſteonne ladoit cueillir ny
troptoſt, nytroptard; car fielle
n'eſt qued'une année, la couleur
eneſttrop foible ; ſi ellea paſſé .
quatre ans, elleaperdu ſa force
&ſavertu. Sonécorce s'appelle
proprementgrained'Ecarlate, &
ſamoüelleeſtlefin Paſtel d'Ecar
late. L'écorce fournit plus de
teinture , mais la moüelle fait la
véritable Ecarlate. Quand on
veutſeſervir de cettegraine , on
lave premierement les Draps
dans l'eau ſeûre faite d'eau de
Riviere bien nette, d'Agaric &
deSon;puisony jette l'Arſenic
avec l'Allun pour les dégraiffer
afin qu'ils boivent bien laTein
ture
duMercureGalant.
25
ture qu'onleurdonneapres cela
avec le pur Paſtel. On vuide
enfuite laChaudierede cettepre
miere eau, &onlaremplit d'eau
claire, y mettant du Paſtel &de
l'Agaric. La Gomme d'Arabie
la rend plus rouge. La Coupe
rofe & le Brefil font un faux
Cramoify. Les Cramoiſys rou
ges qu'on fait ſur les Laines eny
meſlant de la Cochenille qui
vient desIndes , ſe font à peu
présdelameſmefaçon. Au reſte
il eſt certain qu'il y a des Eaux
les unes meilleuresqueles autres.
Il y en aqui enyvrent tellement
les Laines, qu'elles reçoivent fort
bienlesTeintures , & les retien
nent tres-longtemps fansſe dé.
charger. Les autres dégraiffent
les Draps d'une maniere toute
Q.deJuillet1682.
C
26
Extraordinaire
particuliere , & d'ordinaire les
Teintures ſonteſtimées àpropor
tion des Eauxqu'onemployeàles
faire. La Riviere des Gobelins,
outre qu'elle donnela comodité
de faire de grands Réſervoirs &
lesplusbeauxCanauxdumonde,
remplis d'une eau vive & tres
claire,a cette admirable vertu de
teindre en Ecarlate, cequidonne
àlaFrancedequoy dédommager
toute la Terre de laperte qu'on
a faite de l'invention de faire la
Pourpre. Cette Riviere eſt au
Fauxbourg de Paris aupres de
Gentilly, où l'on tint autrefois
unConcileſous le Regne dePe
pin , avec le conſentement du
Pape Paul I. pour y examiner le
diférent qu'il y avoit alors entre
les deux Eglifes , fur leſujet des
duMercureGalant.
27
Images , & de la Proceffion du
Saint Eſprit. Enfin iln'est pas
fort difficile de voir la diférence
qu'il y a entre la Pourpre &l'E
carlate, puisqu'onſeſervoitpour
faire celle-là de Poiffons qu'on
ne trouve plus , & qu'on em
ploye pour celle-cy des Graines
qu'ontrouve dans pluſieurs en
droitsduMonde ; mais voicyсе
quileureftcommun. On ſe ſert
aujourd'huy de l'Ecarlate pref
que dela meſmemaniere qu'on
ſe ſervoitautrefoisde laPourpre;
car, commeleGrandPontife,les
Preſtres , & tous ceuxqui facri
fioient aux faux Dieux, portoient
des Robes de Pourpre, ainſi les
Princes de l'Eglife & les Cha
noines depluſieurs Chapitres de
France en portent d'Ecarlate,
Cij
28
Extraordinaire
lors qu'ils fervent à l'Autel du
vray Dieu. Comme les Empe
reurs eftoient autrefois veſtus de
Pourpre , de mefme aujourd'huy
les Roys & les Souverains ont
des Habitsdecettecouleur,pour
briller avec plusd'éclat aux yeux
de leursSujets ; &commelesSé.
nateurs portoient autrefois la
Robe de Pourpre, tout de mef
me à preſent les Préfidens, &
les Conſeillers des Cours Souve
raines, portent une Robed'Ecar
late qui les diftingue des Offi
ciers des Cours fubalternes ,juf
ques-làmeſme que laMeſſe qui
ſe dit la Feſte de Saint Martinà
l'ouverture du premier Parle
mentdu Royaume, s'appelle la
Meffe rouge, parceque les prin
çipauxMembres de cet auguſte
duMercureGalant. 29
Corpsfonthabillez decette cou
leur; & cela eſt ſi honorable,
queplufieurs Cours ne pouvant
eſtre Souveraines,font tousleurs
efforts pour avoir le Privilege de
porter la Roberouge,qui en eft
lamarque, &lecaractere.
Pourpre , de l'usage qu'en ont
faitles Anciens, &defadi
férence avecl'Ecarlate.
LEsPhéniciens,auraportde
Julius Pollux , attribuent
l'invention de faire la Pourpre
àHercule , quivintchez eux ac
compagné d'une Fille nommée
Tyro,laquelle ſepromenant ſur
A ij
し
4 Extraordinaire
le borddela Mer, vit un Chien
qui dévoroitunPourpreavecfu
reur. Lefangde cePoiffondon
na unecouleur ſivive, &fiécla.
tante aux lévres du Chien , que
cette Fille réſolutd'aborddede
mander àſon Amant une Robe
1
de cette meſme teinture. Her
cule en ayant eſté prié, ne man.
qua pas de faire peſcher dans
1
tous les lieux voiſins un grand
nombre de ces Poiſſons , pour
faire préſent àſaMaiſtreſſed'une
belleRobe teintedu ſangde ces
pauvres Animaux,quicommen
cerentalorsde perdre la viepour
fatisfaire à la vanité des Hom
mes. On ſeſervoitautrefois de
trois fortes dePoiffonspour faire
cette teinture ſi riche & fi efti
mée, des Murex, des Conchi
duMercureGalant. S
lions, &des Pourpres. Les Poif.
fons que les LatinsappellentMu
rex, ſervoientnonſeulementpour
faire la Pourpre, mais auſſi onles
ſervoit àTable dans les Feſtins
les plus magnifiques, & les plus
ſomptueux; & lePrincedesFai.
ſeursd'Epigrammes 1. 13. les fait
parler encestermés.
Sanguine denoſtrotinctasingrate
lacernas
Induis, &non efthocfatis, esca
fumus.
LesConchilions efſtoient des
petits Poiffons à écailles , qui
avoient le beclong,&fortdifé.
rent de celuy des Pourpres, qui
eſtoitdefigureronde.
HorumegononfugiamConchylia.
Fuven.Sat.3.
Ariftote Hift. Anim. l. s. c.15.
Aiij
1
t
Extraordinaire
(
6
dit que les Pourpres vivoient
d'ordinaire fix ou fept ans, &
qu'ils demeuroient cachez du
rant trentejours au temps de la
Canicule. Nous liſonsdans Pline
1. 9. c.36. qu'ilss'aſſembloient au
commencement du Printemps,
&queſefrotantles uns contre
les autres,ils rendoient une cer
tainehumeurviqueuſe ,&gluan.
tecommede lacire. Ils avoient
aumilieuducol une petite veine
blache,d'où ſortoit cette liqueur
ſi eſtimée pour la teinture des
i
Draps; maisil falloitles prendre
envie, car ils perdoientenmou.
rant cette admirable vertu. Les
Habitans de Tyr, fort habiles
en ce meſtier, tiroient les plus
gros Pourpres , pour les faigner
hors de leurs écailles, mais ils
*
duMercureGalant.
7
preſſoientles plus petits avecdes
meulesàhuilepourleur faire ren.
drecetteprétieuſehumeur. Leur
langue quiestoit de la longueur
d'undoigt,eſtoitſi dure, qu'ils en
perçoient les écailles des autres
Poiffons , qui leur fervoientde
nourriture. Ariftote Hift.Anim.
1. 8. c. 19. affurequede fon temps
on les faifoit mourir en eau
douce,oudans quelqueRiviere,
parce qu'ils auroient bien vé.
cuencorcinquantejours de leur
feule ſalive. Ileſtoitdedeuxfor.
tes dePourpres. Les uns qui a
voient le bec rond&unpeu_ou
vert àcoſté , eſtoient preſque
ſemblables à un Cornet , d'où
vientqu'onles appelloitCornets
deMer. Ceux-la eſtoient toû
jours attachez aux Rochers , où
A inj
7
8
Extraordinaire
ils eſtoient pris pas lesPeſcheurs.
Les autres qui avoient le bec
comme un tuyau creuſé, ef
toient entourez de ſept petites
pointes que les Cornets de Mer
n'avoient pas. Aureſte la Pef
chede cesPoiffons ſe faisoit du
rant lesjours Caniculaires , mais
l'ony réüſſiſſoit mieux lorsqu'on
la diferoit juſqu'au commence
ment du Printemps. Les deux
plusgrandsGéniesdelaNature,
Ariftote & Pline, nous appren
nent comment ons'y prenoit.
OnſeſervoitdepetitsFiletstres
clairs, où l'on mettoit des Poif
fons appellez Moules , qui eſtant
à demy morts ouvroient leurs
écaillesdansla Mer, oùlesPour
presles alloient inſulter par leurs
piqûres importunes. Ceux-là ſe
9
ſentant attaquez, fermoientleurs
duMercureGalant.
écailles, &oſtoientpar cemoyen
àleursEnnemisla liberté des'é.
chaper. Apres qu'onavoitpef
ché de cette maniere un affez
grand nombre de ces Poiffons,
on travailloit à la teinturede la
Pourpre de la façon que Pline
1. 9. c. 38. l'a écrit. Onpiloit les
écailles des petits Pourpres , car
on ne prenoit la chair quedes
gros. On lavoit bien celaavec
une eau tres-claire. On faifoit
enfuite tremperle tout avec du
Sel durant trois jours , mettant
ſur chaque quintal de Tein
ture une livre huit onces de
Sel. On avoitdegrandesChau
dieres de Plomb, dans chacune
deſquelles on metroit unquintal
&demy deTeinture préparée,
10
Extraordinaire
qu'onfaifoit cuire lentementpar
le moyend'un petitTuyau, qui
répondoit à la Chaudiere, la
quelleestoit fort éloignéedu feu,
de peurque laTeinture ne cou
ruſt riſquedeſebrûler. Il falloit
cependantécumer&nettoyer la
chair, qui reſtoit aux veines des
Pourpres, Enfinapresavoirlaiſſe
pendant dix jours la Chaudiere
encetétat, onymettoitlaLaine
bienpréparéejuſquesà cequ'elle
euſt la couleur qu'on deman
doit, d'où l'ayant tirée encor,
on la cardoit, puis on la remet
toit pourluy faire boire entiere
rementla Teinture. LesCornets
deMerſeulsnetenoientpasaffez
leur couleur , mais les Pourpres
dehaute Merappellé Pelagia ef
cantdecouleurnoire,dõnoient le
.
duMercureGalant.
luſtre àlateinture &cette couleur
triſte qui estoit neceſſaire pour
faire unetres-belle Pourpre. Les
Tyriensneſeſervoient quedeces
Pourpres, &avantqueleurTein.
ture tiraſt ſurle vert , ilsjettoient
lalaine dedans , pour la mettre
enſuite dans une Chaudiere où
eſtoitlaTeinture des Cornets de
Mer. Cette Pourpreneantmoins
a remporté le prix, &a eſté de
tout temps plus eſtimée qu'au
cune des autres; d'où vient que
Tyr fut autrefois appelléSarra,
comme le ditAulugelle 1. 14.c.
16. du nom du Poiſſon que les
Latins appellent Murex ou Sar,
&laPourpremeſmeeſtoitappel
léeSarranumOftrum.
Utgemmå bibat & Sarrano dor
miat Oftro. Virg. 2. Georg.
Extraordinaire
12
Sive erit in Tyriis , Tyrios laudabis
C'eſtoit autrefois un Employ
amictus. Ovid. 2. deArte.
ſi conſidérable à Tyr , d'avoir
ſoinde fairefaire laPourpre, que
l'Empereurvoulant récompenfer
d'une maniere particuliere un
Preſtre d'un tres-grand mérite
nommé Dorothée, illuydonpa
cetteCommiffion, au raport de
Nicéphore CallixteauChapitre
35. du Livre 6. de ſon Hiſtoire
Eccleſiaſtique. Il y avoit de la
Pourpre qui gardoit ſa couleur
juſques à deux censans. Plutar
quemeſmeditdanslaVied'Alé
xandre le Grand, que ce Con
1.
quérant ayant pris la Ville de
Jules , trouva dans la Maiſon
des Roys pour cinq mille Ta
lens dePourpre Hermionique,
duMercureGalant. 13
dontla couleur eſtoit auſſi vive,
&auſſi éclatante que ledernier
jourdeſa teinture , cequiestoit
ordinaire lorsque la rougeeſtoit
teinte dumiel,&lablancheavec
de l'huile de cette couleur. Vi
truve l. 7. c. 13 ditquelesPour
presétoientdecouleurdiférente,
ſelon ladiverſe ſituation desPaïs
oùils eſtoient pris. Ceux qu'on
peſchoit dans la Merde Phéni
cie, eſtoient rouges , au lieu que
ceuxqu'ontrouvoitfurlesCoſtes
d'Afrique, ſervoientàteindre la
Pourpre violete, que Cornelius
Népos qui mourut du tempsde
l'Empereur Auguſte , dit avoir
eſtéenvoguedurant ſajeuneſſe.
La PourpredeTyrappelléeDiba
pha,àcauſedeſadoubleteinture,
ſevendoit deux cens cinquante
14
Extraordinaire
Ecus la livre ; & fept cens ans
apreslaFondationdeRome,Pu
blius Lentulus Spinter futblâme
dece qu'ilen portoitune longue .
Robelors qu'ileſtoitjeune. Pline
1.9.c.39.nousaſſurequelaPour
preaeſtéde touttemps enuſage
parmy les Romains. En effet, il
eſt vrayque leur premier Roy
s'en fervitd'aborddansſonMan
teauRoyal.
Pulcher&humanomajorhabeâque
decorus,
Romulus. Ovid. 2. Faft.
Tullus Hoftilius fut le pre
mier quien porta une longeRo
bebrochéd'écarlate,apres avoir
remporté une ſignalée Victoire
fur lesPeuplesd'Etrurie. Florus
au Chapitre s. duLivre premier
de l'Hiſtoire Romaine, dit que
duMercureGalant.
Tarquinius Prifcus ordonna que
les Enfans des plus illuftres Fa
IS
milles portaffent unelongueRo
bebordéedePourpre, quiestoit
auſſi l'Habit ordinaire des Per
ſonnesdegrandequalité,cartout
lemonde ſçaitque lePhiloſophe
Porphyre fut ainſi appellé, à
cauſedela RobedePourprequ'il
portoit, comme eſtant forty
d'une noble&puiſſanteFamille.
Malchuseſtoit ſon premiernom.
Ilétudiafous Photinus àRome,
avec Origéne & Amélius ſes
Condiſciples ,dutempsde l'Em.
pereur Aurélien. Socrate 1.7.c.
2. ditde luyqu'ayanteſté battuà
Céſaréeparquelques Chrêtiens,
il compoſa par dépit quinze Li.
vrescontre noſtreReligion,auf
quels Méthodius , Eufebe , &
6
Extraordinaire
Apollinaire , répondirent par
trente Livres Apologetiques. Le
Mauvais-riche eſtoit habillé de
Pourpre & de fin Lin , Eratho
mo dives qui induebatur Purpura
&byſſo. Luc. c. 16. Je ſçay bien
que Nicéphore Callixte Hiſtoi
re Eccleſiaſtique l. 1. c. 26. met
cette Hiftoire au rang des Para
bolesde NoftreSeigneur, &que
Saint Grégoire le GrandHom.
inEvang. croitque l'abondance
duMauvais-richenousdoit faire
entendre le bonheur du Peuple
Juif, &que la pauvreté du La
zare nous marque la mifere des
Gentils; mais je ſçay bien auſſi
qu'on peut inférer de là, qu'a
lors les Gens riches &dehaute
naiſſance avoient coûtume de
porterdes Habits de cettecou
duMercureGalant.
17
leur. LaRobede Pourpreeſtoit
autrefois la marque des Séna
teurs Romains,témoin ceVers
deMartial.
DiviſitnoftrasPurpuraveftratogas.
Ilss'en ſervoient dans les Sa
crificespublics& folemnels, par
cequ'ilss'imaginoient qu'elle ne
contribuoit pas peuà appaiſer la
colere des Dieux. On chantoit
des Vers à Rome,dont le ſens
eſtoit,Jules CésarmenelesGaulois
en triomphe. Ils ont quitté leurs
Sayespourprendreles Robesde Pour.
predes Sénateurs. Suétoneraporte
que l'EmpereurAuguſteprenant
la Robe virile, celle qu'il avoit
s'ouvrit de deux coſtez , & luy
tomba à ſes pieds,&alors les
Devins prirent cela pour augure
que l'Ordredes Sénateurs, donc
B
Q.deJuillet1682.
18
Extraordinaire
la Robe de Pourpre eſtoit la
marque , luy ſeroitun jourſoû
mis. Tibere voulant dégrader un
Sénateur , luy oſta la Robede
Pourpre, parce qu'il eſtoit allé
demeurer endesJardinsaux Ca
lendesdeJuillet, afin quecejour-de terme eſtant paſſe il loüaſt
une Maiſon àmeilleur marché.
L'Empereur Domitien préſidoit
ſouvent aux Jeux en Robe de
Pourpre. Ilajoûtameſme aura
port de Suétone', deux bandes
auxquatre anciennes des Jeux
duCirque, dontl'uneavoitpour
Livrée leDrap doré , & l'autre
celuyde Pourpre. Le Roy Pto
lomée eſtant venu au Theatre
poury voir repréſenter lesJeux
que Caligula donnoitau Peuple,
ilattira d'abord les yeux de tout
duMercureGalant.
19
lemonde , à cauſede ſon Man
teau Royal , dont la Pourpre
jettoit un figrand éclat , que ce
⚫ cruel Empereur le fit mourir
aufli toft pour cetteſeuleraiſon.
Les Empereurs, &lesCapitaines
qui devoient avoir l'honneur du
Triomphe , entre-laçoient la
Pourpre parmy l'or dans leurs
Habits; &Plutarque écrit dans
laVie de Marcus-Craffus, que
ceCapitaine ayant pris unMan
teau noir pour baranguer ſes
Soldats , au lieu de prendre la
RobedePourpreſelonlacoûtu
medesRomains , illequita d'a
bord àlaperfuafiondeſesAmis.
Sext. Pompée Fils du grand
Pompée , ayant remporté une
glorieuſe Victoire ſur Mer , prit
dans un Triomphe un Manteau
Bij
20
Extraordinaire
bleu, parcequ'il eſtoitdela cou
leurde la Mer, aulieud'en pren
dre unde Pourpre à la maniere
des Romains. Comme dit Ful
gofius 1. 3. c. 6. les Robes de
Pourpre couſtoient ſi cher , que
les Empereurs par politique ou
paravarice, endéfendoientquel.
quefois l'uſage ; & Jules Céfar
nele permit qu'auxPerſonnesde
certain âge, de certaine qualité,
&meſmeencorà certainsjours;
&Néron, quoy qu'il euſt des
filets dorez dont les cordes ef
toient teintes en Ecarlate, dé
fendit pourtant l'uſage de la
Pourpre, &mefmeil reprit avec
aigreur un Homme qui enven
ditquelques onces enunjourde
Foire , & fit mettre en priſon
tous les Marchands qui en a
duMercureGalant.
21
voient acheté. Il alla encorplus
avant , car unjour ayant remar
qué au Spéctacle uneDame vé
⚫ tuë de Pourpre, auſſi-toſt illa fit
prendre, & ne la dépoüilla pas
ſeulementdeſaRobe,mais encor
detousfesBiens.
Au reſteles Romains ſeuls ne
ſe ſervirent pas des Robes de
Pourpre, mais elles furent auffi
enuſage chezlesautresNations.
Les Athéniens meſme en por
toient, commel'aſſure Elian1. 4.
deVar. Hift. & Sabinus 1. 8. c.7.
dit que les Toſcans en uſoient
aufſi. Les Empereursde la nou
velleRome, faisoientunſigrand
cas de la Pourpre, qu'ils ne ſe
contentoient pas d'avoir les Ha
bitsImpériaux de cette couleur,
mais ils s'en ſervoient auffipour
22
Extraordinaire
écrire , &les Impératrices fai
foient leurscouches dans l'Apar
tement de Porphire, qui ſe ren
controit le premier en entrant
par la Porte de la Marine du
grand Palaisdu coſté de laPro
pontide, d'où leurs Enfans ef
toient appellez Porphirogenites
ou Porphirogennetes. Les Car
dinaux commencerentdeporter
laPourpredutemps duPape In
nocent IV.qui laleur fitprendre
dans leConciledeLionl'an1205.
pourmarquedeleur dignité, &
de l'obligation qu'ils avoient de
perdre meſmelaviepourlacauſe
deDieu&de fonEgliſe, princi
palement dans laperſécutionde
l'Empereur Frideric, quifut ex
communićdans ceConcile pour
laquatrićmefois.
duMercureGalant. 23
LesGrecs appellent Coccos la
grained'Ecarlate;d'où vientque
Ardenti Cocco radiare, ſe dit d'un
Hommequi eſtmagnifique, &
propredans ſes Habits.
Etcontraardenti radiabat Scipio
Cocco. Silius l.s.
Pline 1. 16.c. 8.ditqu'elles'ap
pelle auffi Cufculium , & qu'elle
vient au bout des queuës où ſe
tiennent les feuilles du Chefne
vert. On l'apelle Vermillon en
Languedoc. Il y en a meſme
beaucoupdanspluſieurs endroits
decetteProvince, oùlespauvres
Gens la cueïllent avec grand
foin. Elle ſeditenArabeKermes,
d'oùeſt venu lemot deCramoi
fy. Elle naiſt en Galatie , en
Afrique , en Pifidie, en Cilicie,
&furtoutenEſpagne dans l'E
ハ
Extraordinaire
24
ſtramadure aupres de Mérida,
Celle qu'on trouve dans l'Iſlede
Sardaigne n'eſt pas fort eſtimée.
Aureſteonne ladoit cueillir ny
troptoſt, nytroptard; car fielle
n'eſt qued'une année, la couleur
eneſttrop foible ; ſi ellea paſſé .
quatre ans, elleaperdu ſa force
&ſavertu. Sonécorce s'appelle
proprementgrained'Ecarlate, &
ſamoüelleeſtlefin Paſtel d'Ecar
late. L'écorce fournit plus de
teinture , mais la moüelle fait la
véritable Ecarlate. Quand on
veutſeſervir de cettegraine , on
lave premierement les Draps
dans l'eau ſeûre faite d'eau de
Riviere bien nette, d'Agaric &
deSon;puisony jette l'Arſenic
avec l'Allun pour les dégraiffer
afin qu'ils boivent bien laTein
ture
duMercureGalant.
25
ture qu'onleurdonneapres cela
avec le pur Paſtel. On vuide
enfuite laChaudierede cettepre
miere eau, &onlaremplit d'eau
claire, y mettant du Paſtel &de
l'Agaric. La Gomme d'Arabie
la rend plus rouge. La Coupe
rofe & le Brefil font un faux
Cramoify. Les Cramoiſys rou
ges qu'on fait ſur les Laines eny
meſlant de la Cochenille qui
vient desIndes , ſe font à peu
présdelameſmefaçon. Au reſte
il eſt certain qu'il y a des Eaux
les unes meilleuresqueles autres.
Il y en aqui enyvrent tellement
les Laines, qu'elles reçoivent fort
bienlesTeintures , & les retien
nent tres-longtemps fansſe dé.
charger. Les autres dégraiffent
les Draps d'une maniere toute
Q.deJuillet1682.
C
26
Extraordinaire
particuliere , & d'ordinaire les
Teintures ſonteſtimées àpropor
tion des Eauxqu'onemployeàles
faire. La Riviere des Gobelins,
outre qu'elle donnela comodité
de faire de grands Réſervoirs &
lesplusbeauxCanauxdumonde,
remplis d'une eau vive & tres
claire,a cette admirable vertu de
teindre en Ecarlate, cequidonne
àlaFrancedequoy dédommager
toute la Terre de laperte qu'on
a faite de l'invention de faire la
Pourpre. Cette Riviere eſt au
Fauxbourg de Paris aupres de
Gentilly, où l'on tint autrefois
unConcileſous le Regne dePe
pin , avec le conſentement du
Pape Paul I. pour y examiner le
diférent qu'il y avoit alors entre
les deux Eglifes , fur leſujet des
duMercureGalant.
27
Images , & de la Proceffion du
Saint Eſprit. Enfin iln'est pas
fort difficile de voir la diférence
qu'il y a entre la Pourpre &l'E
carlate, puisqu'onſeſervoitpour
faire celle-là de Poiffons qu'on
ne trouve plus , & qu'on em
ploye pour celle-cy des Graines
qu'ontrouve dans pluſieurs en
droitsduMonde ; mais voicyсе
quileureftcommun. On ſe ſert
aujourd'huy de l'Ecarlate pref
que dela meſmemaniere qu'on
ſe ſervoitautrefoisde laPourpre;
car, commeleGrandPontife,les
Preſtres , & tous ceuxqui facri
fioient aux faux Dieux, portoient
des Robes de Pourpre, ainſi les
Princes de l'Eglife & les Cha
noines depluſieurs Chapitres de
France en portent d'Ecarlate,
Cij
28
Extraordinaire
lors qu'ils fervent à l'Autel du
vray Dieu. Comme les Empe
reurs eftoient autrefois veſtus de
Pourpre , de mefme aujourd'huy
les Roys & les Souverains ont
des Habitsdecettecouleur,pour
briller avec plusd'éclat aux yeux
de leursSujets ; &commelesSé.
nateurs portoient autrefois la
Robe de Pourpre, tout de mef
me à preſent les Préfidens, &
les Conſeillers des Cours Souve
raines, portent une Robed'Ecar
late qui les diftingue des Offi
ciers des Cours fubalternes ,juf
ques-làmeſme que laMeſſe qui
ſe dit la Feſte de Saint Martinà
l'ouverture du premier Parle
mentdu Royaume, s'appelle la
Meffe rouge, parceque les prin
çipauxMembres de cet auguſte
duMercureGalant. 29
Corpsfonthabillez decette cou
leur; & cela eſt ſi honorable,
queplufieurs Cours ne pouvant
eſtre Souveraines,font tousleurs
efforts pour avoir le Privilege de
porter la Roberouge,qui en eft
lamarque, &lecaractere.
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Résumé : DE L'ORIGINE DE LA Pourpre, de l'usage qu'en ont fait les Anciens, & de sa diférence avec l'Ecarlate.
Le texte traite de l'origine et de l'utilisation de la teinture pourpre dans l'Antiquité. Selon Julius Pollux, les Phéniciens attribuent l'invention de cette teinture à Hercule. La pourpre était extraite de trois types de poissons : les Murex, les Conchylions et les Pourpres. Ces poissons étaient capturés à l'aide de filets contenant des moules semi-mortes. Le processus de teinture impliquait de piler les écailles, de les faire tremper avec du sel, puis de les cuire lentement. La laine était ensuite immergée dans la teinture jusqu'à obtenir la couleur souhaitée. La pourpre de haute mer, nommée Pelagia, produisait la meilleure couleur. Tyr était renommée pour sa production de pourpre, au point que la ville était surnommée Sarra. La pourpre était une teinture précieuse utilisée pour les vêtements des rois, sénateurs et philosophes. À Rome, elle servait dans les sacrifices publics et les triomphes. Les empereurs et les capitaines la portaient mélangée à de l'or. L'usage de la pourpre était strictement réglementé, et des sanctions sévères étaient appliquées aux contrevenants. La pourpre conservait sa couleur jusqu'à deux cents ans et variait en teinte selon sa provenance : rouge en Phénicie et violette en Afrique. L'écarlate, obtenue à partir de graines comme la graine d'écarlate appelée 'coccos' par les Grecs, était également utilisée de manière similaire à la pourpre. Les princes de l'Église, les chanoines, les rois, les souverains et les membres des cours souveraines portaient des habits écarlates pour symboliser leur rang et leur autorité. La messe de la fête de Saint Martin, marquant l'ouverture du Parlement, était appelée 'messe rouge' en raison des habits écarlates portés par les membres principaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 221-238
A Siam le 28. Novembre 1683.
Début :
Je me suis informé des Habillemens qu'on vous a dit que les [...]
Mots clefs :
Roi, Siam, Chinois, Pays, Terre, Prince, Gouverneur, Japon, Étrangers, Peine, Navires, Port, Ville, Empereur, Empire, Portugais, Langue, Chine, Cheveux, Vêtements
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texteReconnaissance textuelle : A Siam le 28. Novembre 1683.
A Siam le 28. Novembre 1683 .
les
E mefuis informé des Habillemens
qu'on vous a dit que
Soldats Faponnois portoient lars
qu'ils alloient à la Guerre , &
qui font à l'épreuve de toutesfor-
Tij
222 MERCURE
tes d'armes ; mais tous ceux qui
m'ont paru le dewair frayjoin le
mieux, pour avoir demeuré longtemps
dans le Japon , n'ont pú
m'en inftruire. Ils m'ont ſeulement
dit , qu'ils croyoient que ces
Soldats fe feruoient dans leurs
expéditions militaires des mefmes
Veftemens que les Chinois, qui les
font de plufieurs Erofes de foye
cousies enfemble , & piquées
fort prés à prés , e qui mettent
quelquefois foixante de ces Erofes
es unes fur les autres, avec du
coton ou de l'ouate entre deux.
Els difent que ces Habillemens réfiftent
mefme aux coups de Moufa.
GALANT 223
les
quet ; mais il n'y a que les Grands
qui s'en fervent & Les Gens du
commun ufent de Cuiraffes. Il
eft tres difficile d'avoir des nouvelles
füres de ce qui fe paſſe au
Fapon , parce qu'il n'y a que
Hollandois les Chinois qui y
trafiquent. Tous les Etrangers,
particuliérement ces premiers,
Ifont fi peu en liberté, que j'en
ay connu quelques - uns , qui y
avoient fairfix oùfept voyages,
qui à peine pouvoient rendre
raison de certaines chofes , qui ne
peuvent eftre ignorées d'une Per-
Sonne qui a demeuré quelque
temps dans un Pais. Vous fçan
T. iiij.
224 MERCURE
4
vez que la Compagnie de Hol
lande ne tire plus du Fapon ces
grands pr fus qu'elle y faifoit autrefois
les vexations qu'y fou
frent fes Officiers ont beaucoup
diminué ce Trafic. Il part chaque
année de Barravia trois ou
pour
le
quatre
grands
Navires
Japon , chargez
de toutes fortes
de Marchandifes
; & l'ordre
le
plus exprés qu'ont les Officiers
de
ces Bâtimens
, est de fe donner
bien de garde de montrer
aucun
figne de Chriftianifme
qu'ils demeureront
en ce Pais- là.
Le Gouverneur
de Nangazaqui
,
qui est le Port où les Navires
·tant⋅
GALANT 225
le
Etrangers arrivent , les force à
luy vendre toutes les Marchan
difes qu'ils apportent , au prix
qu'il fouhaite s'ils ne veulent
pas les donner , ilfaut qu'ils
rembarquent auffi tost , fans pouvoir
davantageles expofer en
vents. Ils voyent enfuite que
Gouverneur revend mefmes
Marchandifes de la main à la
main , avec un tres-grand profit,
fans qu'ils ofent en murmurer.
Auffi dit- on la Compagnie
Hollandoife est réfolie d'abandonner
ce Commerce , fi elle ne
peut avoir raison de ces awanies.
La Loge des Hollandois eft fituée
que
Ges
226 MERCURE
1
dans une petite Ifle qui eft dans
la Riviere de Nangazaqui , &
qui n'a de communication avec
La Ville, ou Terre ferme , que par
un Pont. Le Gouverneur a le
foin de leur fare fournir toutes
Les chofes dont ils ont besoin , &
il leur est défendu fous peine de
la vie, d'aller en Terre-ferme, on
à la Ville , fans fa permiffion
&fans avoir quelques Gardes.
Cet ordre est refpectif à l'égard
des Faponnois , qui ne peuvent
aller en la Loge des Hollandais
fans la permiffion du Gouverneur.
Tant que leurs Navires demeu
rent en ce Port of Riviere , le
GALANT 227
Gouvernail , la Poudre , & les
principales Armes , font à terre ;
codes,le moment qu'on leur a
rende ces chafes , il faut qu'ilsfe
mettent à la voile , quelque vent
qu'ilfaffe. Quand mefme ils auroient
la plus rude tempefte à effuyer,
ils ne peuventfans rifque
de la vie rentrer dans un Port
du Japon. Il faut que la Com
pagnie change toutes les années
Le Chef & Second de fon Comp
toir ; d'abord que les Japonnois
remarquent que quelque Hol
landois commence à fçavoir leur
Langue ou leurs Coutumes , ils
le renvoyent hors de leur Païs.
228 MERCURE
On efpéroit que la mort du vieil
Empereur , qui eftoit celuy qui
avoit entiérement coupé les fortes
racines que la Religion des Chré
tiens avoit jettées dans leJapon,
mettroit quelque fin aux précautions
pleines d'impieté qu'apportent
les Japonnois , pour empef
cher qu'on ne leur annonce une
autre fois l'Evangile ; mais les
Miniftres de fon Fils , qui a fuc-"
cedé à l'Empire
, n'en apportent
pas de moindres , t) femblent
ôter toute efpérance de pouvoir
voir de nos jours un fi grand
bien. Les Portugais publient ,
que leur Viceroy qui arriva l'an
GALANT 229
paffé à Goa , a deffein d'envoyer
une Fregate aufapon , avec des
Ambassadeurs , pour féliciter ce
nouvel Empereur fur fon heureux
avenement à la Couronne,
en mefme temps ménager le
rétabliſſement de la bonne correfpondance
qu'il y a eu autrefois
entre ces deux Nations ; mais je
ne croy pas qu'il envoye cette
Fregate , encore moins, qu'il
puiffe reüffirdansfesprojets,quand
il le feroit. Les Portugais s'attendent
de voir d'auffi grandes
chofes fous le Gouvernement de
ce Viceroy , que leurs Prédeseffeurs
en ont vu fous celuy
230 MERCURE
des Albuquerques . Il eft een
tain que c'est un Homme d'un
fort grand mérite , & qui täcke
d'établir toutes chofes fur le bon
pied. Le Prince Regent lay a
"donné un pouvoir , qu'aucun Va
ceroy n'a eu avant luy , qui eft
de faire châtier de peine capitalejufques
aus Fidalgués, quand
le mériteront , fans les renvoyer
en Portugal , comme on
faifoit autrefois.
M Evefque d'Heliopolis
partir de mois de fuiller dernier
far une Soume Chinoïfe , pour
aller à la Chine . Il est à craindre
que ce ware Prelarn'yforpas
GALANT. 231
1
reçû , à caufe des nouveaux orl'Empereur
a fait pudres
que
blier, par lesquels il défend l'entrée
le négoce dans fon Empire
à tous les Etrangers , à l'exception
des Portugais de Macao ,
qui peuvent le faire feulement
par terre.
Toutes les Provinces de la
Chine obeiffent préfentement au
Tartare , & il n'y a aucun Chinois
dans ce vafte Empire , qui
n'ait les cheveux coupez . Il ne
refte plus que l'Ile de Formofe;
mais on ne croit pas qu'elle puiffe
refifter contre les grandes forces
que l'EmpereurTartarepeut met232
MERCURE
a
tre fur terre & fur mer. Il y
a plufieurs Chinois qui demeurent
en ce Royaume de Siam. Ils
portent les cheveux longs ;
comme le Roy vouloit envoyer
une Ambaffade folemnelle à la
Chine , il nomma l'und'euxpour
un de fes Ambaffadeurs. Ce
Chinois fit tout ce qu'il pût pour
s'en excufer , parce qu'il auroit
efté obligé de couper fes cheveux;
mais voyant que le Roy vouloit
abfolument qu'il y allaft , il aima
mieux fe couper la
de confentir à cet affront.
J'envoye une petite Relation:
de Cochinchine , dont le Royau
gorge , que
4
GALANT. 233
me eft fameux en ces quartiers,
non feulement par la valeur de
fes Peuples , mais auffi par le progrés
qu'y a fait l'Evangile, Je
lay drefféefur quelques Mémoi
res que m'a fourny un Miffionnaire
François qui en fait par
faitement la Langue , pour y
avoir demeuré long- temps. Ilfe
nomme M Vachet, & eft affez
renommé dans les Relations que
M des Miffions Etrangeres
donnent de temps en temps au
Public Fe la croy affez jufte,
Je
j'espère que vous la lirez avec
plaifir. J'avois commencé une
autre Relation de mon Voyage
V Octobre
1684.
234
MERCURE
co
de Surate à la Cofte Coroman
delle , Malaca, Siam ; mais
elle n'est pas en état d'eftre envayée
, parce que jay encore
quelque chofe à y ajoûter , afin
depouvoir donner en meſme temps
une legere idée de l'état de ce
dernier Royaume.
Kone aure appris que depuis
les premiers honneurs que j'avois
reçûs du Rey de Siam à mon ar
rivée en fe Cour , j'en reçûs de
bien plus particuliers l'an paffé,
lors que ce Prince me donna audience
en fon Palais. It eftoit
affis en fon Trône , & ily avoit
enmefme temps des Ambaſſadeurs
-
GALANT 235
du Roy deFamby, à qui il donnoit
auffi audience ; mais il voulut par
la lieu où il me fi placer , faire
connoiftre la diférence qu'il wettoit
entre un Sujet du plus grand.
Prince du monde , & les
baffadeurs d'un Roy fon Voifin
Il me fit préfent d'un Juſtan
corps ou Vefte d'un Brocard d'Eu
rope tres-riche , d'un Sabre &
à la maniere des Indes , dont la
Garde & le Fourreau eftoient
garnis d'or ; & j'eus encore l'hon- -
neur de luy faire la reverence ·
le mois d'Avril dernier , & j'en
reçûs unſecond Préfent. C'efpit
un autre Juftaincoups › tres-beaus. ·
Vvijo
236 MERCURE
rares
Il feroit mal- aifé de raconter
les hautes idées que ce Roy a
de la puiffance , de la valeur,
& de la magnificence de noftre
invincible Monarque. Il ne fe
peutfur tout laffer d'admirer ces
qualitez qui le rendent auffi
recommandable en Paix qu'en \
Guerre, Vous voyez bien que las
Vie de Sa Majesté me fournit
affez de matiere pour pouvoir en_ ).
tretenir ce Prince dans cesfentimens
d'admiration. C'est ce que
je fais par quantité d actions particulieres
de cette illuftre Vie que
je fais traduire en fa Langue,
qu'un Mandarin de mes Amis,
GALANT. 237
lors
que
&fort en faveur aupres de luy,
a foin de luy préfenter. Le Roy
de Stam espere que Sa Majesté
tuy envoyera des Ambaſſadeurs,
les fiens reviendront. It
fait batir une Maiſon , qu'on
peut nommer magnifique pour le
Pais pour les recevoir & défrayer.
Dans ce deffein , on prépare
toutes les Uftancilles pour
la meubler à la maniere d'Europe:
Les faveurs que ce Prince
fait de jour en jour à M ™s les
Evefques François , Vicaires du
S. Siege en ces Païs , font tresparticulieres.
Il leur fait bâtir
une grande Eglife proche le beau
238 MERCURE
Seminaire qu'il leur fit conftruire
il y a quelques années ; & depuis
peu de jours iill lleeuurr aa fait
demander le modelle d'une autre
Eglife qu'il veut leur faire batir
à Lavau. C'est une Ville où il
fait fon fejour pendant fept ou
huit mois de l'année , & qui eft
éloignée de Siam de quinze à
feize lieües.
les
E mefuis informé des Habillemens
qu'on vous a dit que
Soldats Faponnois portoient lars
qu'ils alloient à la Guerre , &
qui font à l'épreuve de toutesfor-
Tij
222 MERCURE
tes d'armes ; mais tous ceux qui
m'ont paru le dewair frayjoin le
mieux, pour avoir demeuré longtemps
dans le Japon , n'ont pú
m'en inftruire. Ils m'ont ſeulement
dit , qu'ils croyoient que ces
Soldats fe feruoient dans leurs
expéditions militaires des mefmes
Veftemens que les Chinois, qui les
font de plufieurs Erofes de foye
cousies enfemble , & piquées
fort prés à prés , e qui mettent
quelquefois foixante de ces Erofes
es unes fur les autres, avec du
coton ou de l'ouate entre deux.
Els difent que ces Habillemens réfiftent
mefme aux coups de Moufa.
GALANT 223
les
quet ; mais il n'y a que les Grands
qui s'en fervent & Les Gens du
commun ufent de Cuiraffes. Il
eft tres difficile d'avoir des nouvelles
füres de ce qui fe paſſe au
Fapon , parce qu'il n'y a que
Hollandois les Chinois qui y
trafiquent. Tous les Etrangers,
particuliérement ces premiers,
Ifont fi peu en liberté, que j'en
ay connu quelques - uns , qui y
avoient fairfix oùfept voyages,
qui à peine pouvoient rendre
raison de certaines chofes , qui ne
peuvent eftre ignorées d'une Per-
Sonne qui a demeuré quelque
temps dans un Pais. Vous fçan
T. iiij.
224 MERCURE
4
vez que la Compagnie de Hol
lande ne tire plus du Fapon ces
grands pr fus qu'elle y faifoit autrefois
les vexations qu'y fou
frent fes Officiers ont beaucoup
diminué ce Trafic. Il part chaque
année de Barravia trois ou
pour
le
quatre
grands
Navires
Japon , chargez
de toutes fortes
de Marchandifes
; & l'ordre
le
plus exprés qu'ont les Officiers
de
ces Bâtimens
, est de fe donner
bien de garde de montrer
aucun
figne de Chriftianifme
qu'ils demeureront
en ce Pais- là.
Le Gouverneur
de Nangazaqui
,
qui est le Port où les Navires
·tant⋅
GALANT 225
le
Etrangers arrivent , les force à
luy vendre toutes les Marchan
difes qu'ils apportent , au prix
qu'il fouhaite s'ils ne veulent
pas les donner , ilfaut qu'ils
rembarquent auffi tost , fans pouvoir
davantageles expofer en
vents. Ils voyent enfuite que
Gouverneur revend mefmes
Marchandifes de la main à la
main , avec un tres-grand profit,
fans qu'ils ofent en murmurer.
Auffi dit- on la Compagnie
Hollandoife est réfolie d'abandonner
ce Commerce , fi elle ne
peut avoir raison de ces awanies.
La Loge des Hollandois eft fituée
que
Ges
226 MERCURE
1
dans une petite Ifle qui eft dans
la Riviere de Nangazaqui , &
qui n'a de communication avec
La Ville, ou Terre ferme , que par
un Pont. Le Gouverneur a le
foin de leur fare fournir toutes
Les chofes dont ils ont besoin , &
il leur est défendu fous peine de
la vie, d'aller en Terre-ferme, on
à la Ville , fans fa permiffion
&fans avoir quelques Gardes.
Cet ordre est refpectif à l'égard
des Faponnois , qui ne peuvent
aller en la Loge des Hollandais
fans la permiffion du Gouverneur.
Tant que leurs Navires demeu
rent en ce Port of Riviere , le
GALANT 227
Gouvernail , la Poudre , & les
principales Armes , font à terre ;
codes,le moment qu'on leur a
rende ces chafes , il faut qu'ilsfe
mettent à la voile , quelque vent
qu'ilfaffe. Quand mefme ils auroient
la plus rude tempefte à effuyer,
ils ne peuventfans rifque
de la vie rentrer dans un Port
du Japon. Il faut que la Com
pagnie change toutes les années
Le Chef & Second de fon Comp
toir ; d'abord que les Japonnois
remarquent que quelque Hol
landois commence à fçavoir leur
Langue ou leurs Coutumes , ils
le renvoyent hors de leur Païs.
228 MERCURE
On efpéroit que la mort du vieil
Empereur , qui eftoit celuy qui
avoit entiérement coupé les fortes
racines que la Religion des Chré
tiens avoit jettées dans leJapon,
mettroit quelque fin aux précautions
pleines d'impieté qu'apportent
les Japonnois , pour empef
cher qu'on ne leur annonce une
autre fois l'Evangile ; mais les
Miniftres de fon Fils , qui a fuc-"
cedé à l'Empire
, n'en apportent
pas de moindres , t) femblent
ôter toute efpérance de pouvoir
voir de nos jours un fi grand
bien. Les Portugais publient ,
que leur Viceroy qui arriva l'an
GALANT 229
paffé à Goa , a deffein d'envoyer
une Fregate aufapon , avec des
Ambassadeurs , pour féliciter ce
nouvel Empereur fur fon heureux
avenement à la Couronne,
en mefme temps ménager le
rétabliſſement de la bonne correfpondance
qu'il y a eu autrefois
entre ces deux Nations ; mais je
ne croy pas qu'il envoye cette
Fregate , encore moins, qu'il
puiffe reüffirdansfesprojets,quand
il le feroit. Les Portugais s'attendent
de voir d'auffi grandes
chofes fous le Gouvernement de
ce Viceroy , que leurs Prédeseffeurs
en ont vu fous celuy
230 MERCURE
des Albuquerques . Il eft een
tain que c'est un Homme d'un
fort grand mérite , & qui täcke
d'établir toutes chofes fur le bon
pied. Le Prince Regent lay a
"donné un pouvoir , qu'aucun Va
ceroy n'a eu avant luy , qui eft
de faire châtier de peine capitalejufques
aus Fidalgués, quand
le mériteront , fans les renvoyer
en Portugal , comme on
faifoit autrefois.
M Evefque d'Heliopolis
partir de mois de fuiller dernier
far une Soume Chinoïfe , pour
aller à la Chine . Il est à craindre
que ce ware Prelarn'yforpas
GALANT. 231
1
reçû , à caufe des nouveaux orl'Empereur
a fait pudres
que
blier, par lesquels il défend l'entrée
le négoce dans fon Empire
à tous les Etrangers , à l'exception
des Portugais de Macao ,
qui peuvent le faire feulement
par terre.
Toutes les Provinces de la
Chine obeiffent préfentement au
Tartare , & il n'y a aucun Chinois
dans ce vafte Empire , qui
n'ait les cheveux coupez . Il ne
refte plus que l'Ile de Formofe;
mais on ne croit pas qu'elle puiffe
refifter contre les grandes forces
que l'EmpereurTartarepeut met232
MERCURE
a
tre fur terre & fur mer. Il y
a plufieurs Chinois qui demeurent
en ce Royaume de Siam. Ils
portent les cheveux longs ;
comme le Roy vouloit envoyer
une Ambaffade folemnelle à la
Chine , il nomma l'und'euxpour
un de fes Ambaffadeurs. Ce
Chinois fit tout ce qu'il pût pour
s'en excufer , parce qu'il auroit
efté obligé de couper fes cheveux;
mais voyant que le Roy vouloit
abfolument qu'il y allaft , il aima
mieux fe couper la
de confentir à cet affront.
J'envoye une petite Relation:
de Cochinchine , dont le Royau
gorge , que
4
GALANT. 233
me eft fameux en ces quartiers,
non feulement par la valeur de
fes Peuples , mais auffi par le progrés
qu'y a fait l'Evangile, Je
lay drefféefur quelques Mémoi
res que m'a fourny un Miffionnaire
François qui en fait par
faitement la Langue , pour y
avoir demeuré long- temps. Ilfe
nomme M Vachet, & eft affez
renommé dans les Relations que
M des Miffions Etrangeres
donnent de temps en temps au
Public Fe la croy affez jufte,
Je
j'espère que vous la lirez avec
plaifir. J'avois commencé une
autre Relation de mon Voyage
V Octobre
1684.
234
MERCURE
co
de Surate à la Cofte Coroman
delle , Malaca, Siam ; mais
elle n'est pas en état d'eftre envayée
, parce que jay encore
quelque chofe à y ajoûter , afin
depouvoir donner en meſme temps
une legere idée de l'état de ce
dernier Royaume.
Kone aure appris que depuis
les premiers honneurs que j'avois
reçûs du Rey de Siam à mon ar
rivée en fe Cour , j'en reçûs de
bien plus particuliers l'an paffé,
lors que ce Prince me donna audience
en fon Palais. It eftoit
affis en fon Trône , & ily avoit
enmefme temps des Ambaſſadeurs
-
GALANT 235
du Roy deFamby, à qui il donnoit
auffi audience ; mais il voulut par
la lieu où il me fi placer , faire
connoiftre la diférence qu'il wettoit
entre un Sujet du plus grand.
Prince du monde , & les
baffadeurs d'un Roy fon Voifin
Il me fit préfent d'un Juſtan
corps ou Vefte d'un Brocard d'Eu
rope tres-riche , d'un Sabre &
à la maniere des Indes , dont la
Garde & le Fourreau eftoient
garnis d'or ; & j'eus encore l'hon- -
neur de luy faire la reverence ·
le mois d'Avril dernier , & j'en
reçûs unſecond Préfent. C'efpit
un autre Juftaincoups › tres-beaus. ·
Vvijo
236 MERCURE
rares
Il feroit mal- aifé de raconter
les hautes idées que ce Roy a
de la puiffance , de la valeur,
& de la magnificence de noftre
invincible Monarque. Il ne fe
peutfur tout laffer d'admirer ces
qualitez qui le rendent auffi
recommandable en Paix qu'en \
Guerre, Vous voyez bien que las
Vie de Sa Majesté me fournit
affez de matiere pour pouvoir en_ ).
tretenir ce Prince dans cesfentimens
d'admiration. C'est ce que
je fais par quantité d actions particulieres
de cette illuftre Vie que
je fais traduire en fa Langue,
qu'un Mandarin de mes Amis,
GALANT. 237
lors
que
&fort en faveur aupres de luy,
a foin de luy préfenter. Le Roy
de Stam espere que Sa Majesté
tuy envoyera des Ambaſſadeurs,
les fiens reviendront. It
fait batir une Maiſon , qu'on
peut nommer magnifique pour le
Pais pour les recevoir & défrayer.
Dans ce deffein , on prépare
toutes les Uftancilles pour
la meubler à la maniere d'Europe:
Les faveurs que ce Prince
fait de jour en jour à M ™s les
Evefques François , Vicaires du
S. Siege en ces Païs , font tresparticulieres.
Il leur fait bâtir
une grande Eglife proche le beau
238 MERCURE
Seminaire qu'il leur fit conftruire
il y a quelques années ; & depuis
peu de jours iill lleeuurr aa fait
demander le modelle d'une autre
Eglife qu'il veut leur faire batir
à Lavau. C'est une Ville où il
fait fon fejour pendant fept ou
huit mois de l'année , & qui eft
éloignée de Siam de quinze à
feize lieües.
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Résumé : A Siam le 28. Novembre 1683.
Le document est une lettre datée du 28 novembre 1683 à Siam, traitant des habits des soldats japonais et des difficultés de commerce avec le Japon. L'auteur note que les soldats japonais portent des vêtements similaires à ceux des Chinois, résistants aux armes à feu, mais il n'a pas pu obtenir de détails précis. Il souligne les restrictions imposées aux étrangers, notamment les Hollandais, qui sont surveillés et limités dans leurs mouvements. Le gouverneur de Nangazaqui contrôle strictement le commerce, forçant les navires étrangers à vendre leurs marchandises à des prix imposés. La Compagnie hollandaise envisage d'abandonner ce commerce en raison des vexations subies. La loge des Hollandais est située sur une île isolée, et les Japonais interdisent toute communication non autorisée. Les navires étrangers doivent quitter le port immédiatement après avoir récupéré leurs armes et poudre. La Compagnie hollandaise change annuellement ses chefs pour éviter qu'ils ne s'imprègnent de la langue ou des coutumes locales. La mort de l'empereur japonais n'a pas modifié les restrictions contre les chrétiens. Les Portugais prévoient d'envoyer une frégate pour rétablir les relations, mais cela semble peu probable. Le document mentionne également des événements en Chine, où les Tartares contrôlent les provinces, et en Cochinchine, connue pour la valeur de ses peuples et la progression de l'Évangile. L'auteur a reçu des honneurs du roi de Siam, qui admire la puissance et la magnificence du monarque français. Le roi de Siam prépare une maison pour recevoir des ambassadeurs français et construit des églises pour les missionnaires français.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5
p. 131-168
Relation de la Chine, [titre d'après la table]
Début :
On a eu nouvelles par les Peres Jésuîtes qui sont à la [...]
Mots clefs :
Empereur, Chine, Pékin, Tartares, Montagnes, Armée, Pères, Missionnaires, Voyage, Cour, Lama, Prince, Chevaux, Tartarie, Grande Muraille, Pays, Religion, Peuples, Empire, Jésuites
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texteReconnaissance textuelle : Relation de la Chine, [titre d'après la table]
Onaeu nouvelles par les
Peres Jéfuîtes qui font à la
Cour de Pekin, du Voyage
que l'Empereur de la Chine
fit l'année derniere dans la
Tartarie Occidentale , avec
la Reyne fon Aycule, qu'on
appelle laReyneMere. Cette
132 MERCURE
partie de laTartarie eſtſituée
environ mille ftadesChinoi
fes , qui font plus de trois
cens milles d'Europe, audelà
decette prodigieufe Muraille
qui fépare la Chine des Ter
res des Tartares Occiden
taux. Ces Tartares, quicom
mençant depuis l'Orient de
la Chine , l'entourent d'une
multitude prefque infinie de
Peuples, & latiennent com
meaffiégée du cofté du Sep
tentrion & de l'Occident,
ont efté de tout temps les
Ennemislesplus redoutables
qu'elle ait eus. Ainfi ce fut
GALANT. 133
pour le mettreà couvert de
leurs incurfions , qu'un an
cien Empereur Chinois fit
baftir cette grande Muraille.
Ceuxquil'ontpaffée, & con
fiderée de prés, affurent que
lesSept Merveilles duMonde
miſes enſemble , n'égalent
point cet Ouvrage , & que
tout ce que la Renommée
en publie, eſt infiniment au
deffous de ce qu'ils ontvû.
Ils y admirent particuliére
mentdeuxchofes. L'une eft,
que dans cette longue éten
düedel'Orient àl'Occident,
elle paffe en plufieurs en
134 MERCURE
droits , non feulement par
de vaſtes Campagnes , mais
encore par-deffus des Mon
tagnes tres hautes , fur lef
と
quelles elle s'éleve peu à
peu , fortifiée par intervalles
de groffes Tours , qui ne
font éloignées les unes des
autres que de deux traits
d'Arbalete.Dans unVoyage
qu'y fit un Pere Jéfuîte , il
eut la curiofité d'en meſurer
la hauteur en un endroit, &
il trouva par le moyen d'un
Inftrument , qu'elle avoit´en
ce lieu-là 1037. pieds Geomé
triques au deflus de l'hori
GALANT. 135
fon. Ainfi on ne comprend
pas comment on a pû élever
cet énorme Boulevard juf
ques à la hauteur où on le
voit , dans des lieux fecs &
pleins de Montagnes , où il
a falu apporter de fort loin,
& avec des travaux incroya
bles , l'eau , la brique , le
ciment, & tous les autres
matériaux néceffaires pour
la conftruction d'un fi grand
Ouvrage. La feconde choſe
qui caufe de la furpriſe dans
cette Muraille , c'eſt qu'elle
n'eft pas continuée fur une
mefine ligne , mais recour
136 MERCURË
bée en divers lieux , fuivant
la difpofition des Monta
gnes, defortequ'aulieu d'un
Mur, onpeutdire qu'il y en
a trois , qui entourent toute
cettegrande partie de laChi
ne.Sil'Empereurpar les foins
de qui la longue Muraille
dontje parle a eftébâtie,afait
quelque chofe d'avantageux
pour la fûreté de ce vafte
Empire , le Monarque qui
denos jours areüny les Chi
nois & les Tartares fousune
mefme Domination , afait
encore quelque chofe qui
luy eft plus important. Apres
GALANT. 137
avoir réduit les Tartares Oc
cidentaux , il les a obligez
d'aller demeurer à trois cens
milles au delà de cette Mu
raille , & leur a diftribué des
Terres & des Pâturages en
cet endroit-là , pendant qu'il
a fait habiter leur Païs parles
autres Tartares qui font fes.
Sujets. Ceux qu'il ne pût
fubjuguer par la force de fes
armes, il trouva moyen de
les vaincre par adreffe , en.
engageant les Lamas dans
fes intérefts par fes libérali
tez, & pardesmarques d'une
finguliereaffection. Comme
Novembre 1684,
M
138 MERCURE
les Lamas , qui font les Prê-
tres de ces Peuples , ontun
grandcrédit fur ceux de leur
Nation , ilsleur perfuadérent
aifément de fe foûmettre à
la domination d'un fi grand
Prince. Ce fervice rendu à
l'Etat eft caufe que l'Empe
reur de la Chine continue
à regarder ces Lamas d'un
œil favorable , & qu'il leur
fait des largeffes , le ſervant
d'eux pourmaintenirles Tar
tares dans l'obeïffance qu'ils
lay doivent. Cesfont d'ail
leurs Gens groffiers , & qui
n'ayant aucune teinture des
Sciences nydes beaux Arts,
GALANT. 139
nefont eftimez que parpo
litique. En effet on a raifon
de les ménager , puis qu'ils
peuvent tout fur les cfprits
des Tartares Occidentaux,
quifont toûjours fipuiſſans,
que s'ils s'accordoient entre
eux , ils pourroient encore fe
rendre maiftres de toute la
"
Chine,& de laTartarie Orien
tale,de l'aveu même des Tar
tares Orientaux. L'Empereur
quirégne aujourd'h y, & quit
cft préfentement dans ſa 31.
année , a divifé toute cette
vafte étendue de Païs , en
quarante-huit Provinces, quis
Mij
140MERCURE
luy fontfoûmifes & tributai
res. Ainfiilpeut eftreappelé
avec juſtice le plus grand &
le plus puiffant Monarque
del'Afie, ayanttantde vaſtes.
Etats qui luy obeïffent , fans
qu'ils foient coupez par les
Terres d'aucunPrinceEtran
ger, & luyfeul eftant comme
l'ame qui donne le mouve
ment à tousles mébres d'un
fi grand corps. Depuisqu'il
s'eft chargé du Gouverne
ment,il n'en a confié le foin
à aucun des Colaos ny des
Grands de fa Cour. Ila choify
le PrincefonOncle pourfon
GALANT. 145
premierMiniftre , mais il eft
inftruit de tout , & donne
tous les ordres que ceMini
niftre exécute. Il n'a jamais
mefme fouffert que les Eu
nuques du Palais, ny aucun
de ſes Pages , ou de jeu.
nes Seigneurs qui ont efté
élevez auprés de luy, difpo
faffent de rien au- dedans de
faMaiſon,&réglaffent d'eux
mefmes aucune chofe. Ses
Prédeceffeurs ont tenu une
conduite fi oppofée , que
cette nouvelle maniere de
gouverner paroift extrordi
naire. Elle eft cependant
142MERCURE
toute pleine de juſtice. Auffi
FEmpereur a t-il une équité
admirable.Lors quelesgráds
ont manqué , il les punit
auffi-bien que les petits. Il
les prive de leurs Charges,
&les fait defcendre du rang
qu'ils tiennent , proportion
nant toûjours la peine à la
grandeur de la faute. Au
cune Affaire ne fe traite au
Confeil Royal, ny dans les
autres Tribunaux, qu'il n'en
prenne connoiffance , vou
lantqu'onluyrende uncom
pte exact des Jugemés qu'on
Ya portez, L'authorité ab
GALANT. 143
folüe qu'il s'eft acquife, en
difpofant & ordonnant de
tout par luy-mefme , fans
s'enrepofer fur fes Miniftres,
eft caufe que les Perfonnes
les plus qualifiées de l'Em
pire , mefme les Princes du
Sang , ne paroiffent jamais
en la préſence qu'avec un
profond refpect. Comme il
a étably une Paix folide dans
tous fes Etats , il a rappellé
de chaque Province fes meil
leures Troupes, & réfolu dans
fon Confeil , de faire tous
les ans trois Voyages pour
aller chaffer en diférentes
144MERCURE
faifons. Ces fortes de Chaf
ſes ont plûtoft l'air d'Expé
ditions militaires , que de
Parties de divertiffement,
puis qu'il s'y fait accompa
gner d'un tres grand nom
bre de Chevaux, & de Sol
dats , armez tous deFléches:
&deCimeterres, divifez par
Compagnies , & marchant
´en
en ordre de Bataille , apres
leurs Enfeignes , au bruit des
Tambours & des Trompe
tes. Pendant leurs Chaffes,
ils inveftiffent les Montagnes
&les Forefts entieres, com
me fi c'eftoient des Villes
qu'ils
GALANT. 145
qu'ils vouluffent affiéger.
L'Empereur partit le 6. de
Juillet de l'année derniere,
avec plus de foixante mille
Hómes, &plus dé centmille
Chevaux. Cette Armée avoit
fonAvantgarde, fon Arriere
garde, fonCorps de Bataille,
fon Aîle droite , & fon Aîle
gauche, toutcela commandé
par autant de Chefs & de
petits Roys. Pendant plus
de foixante & dix jours qu'
elle fut en marche , il falut
conduire toutes les Muni
tions de l'Armée , fur des
Chariots, fur des Chameaux,
Novembre1684.
N
146 MERCURE
fur des Chevaux & fur des
Mulets, pardes chemins ex
trémement difficiles , toute
la Tartarie Occidentale n'é
tant que Montagnes , que
4
Rochers, & que Vallées. Il
n'y a ny Villes , ny Bourgs,
nyVillages, ny meſme aucu
nes Maiſons. Les Habitans
logent fous des Tentes dref
fées de tous coftez dans les
Plaines. Ce font la plûpart
des Paſteurs , qui tranfpor
tent leurs Tentes de Vallée
enVallée, felon queles Pâ
turagesfont meilleurs. Làils
font paiſtre des Boœufs , des
GALANT. 147
Chevaux & des Chameaux,
Ils ne nourriffent aucun de
ces Animaux qu'on nourrit
ailleurs dans les Villages,
comme des Pourceaux, des
Oyes & des Poules ; mais
feulement de ceux qu'une
61
terre inculte peut entretenir
des herbes qu'elle produit
d'elle- mefme. Comme ilsne
fement ny ne cultivent la
terre , ils ne font auffi au
cune recolte, & paffent leur
vie, ouà la Chaſſe , ou à ne
rien faire. Ils vivent de lait,
de fromage & de chair , &
ont une efpéce de vin aſſez
Nij
148 MERCURE
femblable à noftre eau de
vie. Ce vin , dont ils s'eny
vrent fouvent, fait leurs plus
grandes délices. Ils ont leurs
Lamas, qu'ils revérent & ref
pectent , & diférent en ce
la des Tartares Orientaux,
dontla plusgrande partie ne
croit pointdeDieu. Lesuns
& les autres font Efclaves,
& dépendent en toutes cho
fes delavolontédeleurs Maî
tres , dont ils fuivent aveu
glément la Religion & les
mœurs , femblables à leurs
Troupeaux , qui vont oùon
les mene , & non pas où il
GALANT. 149
faut aller. L'Empereur mar
choit à cheval à la tefte de
fon Armée , par ces Lieux
déferts , par des Montagnes
efcarpées , & éloignées du
grand Chemin, exposé tout
le jour aux ardeurs du So
leil , aux pluyes , & à toutes
les injures de l'air. Une des
444
raifons qui luy firent entre
prendre ce Voyage , eftoit
pourentretenirfaMilice dans
un exercice continuel auffi
C
bien pendant la Paix que
pendant la Guerre , & pour
empefcher que le luxe de la
Chine, &untroplongrepos,
Niij
150 MERCURE
ne fiffent dégenerer fes Sol
dats de leur premiere valeur.
Il réüflit parfaitemét encela,
puis qu'on affûre qu'ils fou
frirent plus dans cetteChaffe,
qu'ils n'avoient fait aux der
nieres Guerres, & qu'en leur
faifant pourfuivre les Cerfs,
les Tygres , les Sangliers &
les Ours , il leur apprenoit
à vaincre les Ennemis de
l'Empire. D'ailleurs il eft con
vaincu qu'unVoyagede cette
nature , accompagné de fa
tigues , contribue à fa fanté.
En effet une longue expé
rience luy a fait connoiftre,
GALANT. 151
que lors qu'il eft trop long.
temps à Pekin fans en for.
tir , il eft attaqué de diver
fes maladies , & il les évite
par le moyende ces longues
courfes , pendant lefquelles
il nevoit point de Femmes.
Ce qui pourravous ſurpren
dre, c'est qu'il n'en parutau
cunedanstoutecettegrande
Armée , excepté celles qui
eftoicntà lafuite de la Reyne
Mere; encore eftoit-ce une
chofe fort nouvelle , qu'elle
accompagnaft le Roy, cela
ne s'eſtant pratiqué qu'une
feulefois , lors qu'il menales
Niiij
152 MERCURE
trois Reynesavec luyjuſqu'à
la Ville Capitale de la Pro
vince de Lead-tùm , pourvi
fiter les Sepulcres de leurs
Anceftres. L'Empereur& la
ReyneMereprétendirent en
core en s'éloignant de Pe
kin, éviterles exceffives cha
leurs qu'on y fent l'Été pen
dant les jours Caniculaires,
car dans cet endroit de la
Tartarie où ils allérent , il
régneaux mois de Juillet &
d'Aouft,un ventfi froid,prin
cipalement la nuit, que Pon
eft contraint de prendre de
gros habits avec des fourru
GALANT K3
res. Unfroidfi extraordinaire
vient de ce que la Région
eft fort élevée , & pleine de
Montagnes. Il y en a une
entre autres , fur laquelle on
monta toûjours durant cinq
oufixjoursde marche.L'Em
pereur ayant voulu fçavoir
decombienelle furpaffoitles
Campagnes de Pekin , éloi
gnées de là d'environ trois
cens milles , le Pere Ferdi
nand Verbieft , & le Pere
Philippe Grimaldi, qui l'a
voient accompagné par fon
ordre, mefurérent la hauteur
de plus de cent Montagnes,
154 MERCURE
quiestoient fur la route, &
trouvérent qu'elle avoit trois
mille pas geométriques d'é
levation au deffus de la Mer
la plus proche de Pekin. On
tient que le Salpeftre dont
ces Contrées font remplies,
contribue encore à ce grand
froid,qui eftfiviolent, qu'en
creufant la terre pendant le
voyage à trois ou quatre.
pieds de profondeur, on en
tiroit des mottes toutes ge
lées, & des morceaux degla
ce. Toutes les raifons que
je viens de dire engagerent
l'Empereur à l'entreprendre,
GALANT. 155
mais ce qui l'y porta plus
qu'aucune chole , ce fut le
deffein de contenir les Tar
tares Occidentaux dans leur
devoir, & de prévenir les per
nicieux projets qu'on les
voudroit obliger à former
contrel'Etat. Cette veuë qu'il
eur l'obligea d'entrer dans
leur Païs avec une Armée fi
redoutable , & tous ces pré
2
paratifs de guerre. On avoit
conduit plufieurs Pieces d'ar
tillerie , pour en faire de
temps en temps les dé har
ges dans les Vallées, & par
le bruit & lefeu qui fortoit:
156 MERCURE
de la gueule des Dragons
qui leur fervoient d'orne:
ment, jetter par tout l'épou
vantefurfaroute. Outre tout
cet attirail , il voulut encore
>
eftre accompagné de toutes
les marques de grandeurqui
l'environnent à la Cour de
Pekin , de cette multitude
deTambours,de Trompetes,
deTimbales, &autres Inftru
mens de Mufique, qui for
ment des Concerts dans le
temps qu'il eft à table, & au
bruit defquels il entre dans
fonPalais , & en fort. Il fit
marcher tout cela avec luy,
GALANT. 157
pourétonnerces Peuples bar
barespar cette pompe exté
rieure, & leur imprimer avec
la crainte le refpect deû à la
Majefté Impériale. Plufieurs
petits Roys de la Tartarie
Occidentale vinrent de trois
cens, & mefme decinq cens
milles , avec leurs Enfans,
pour falier l'Empereur. Il
s'en trouvoit parmy eux qui
avoient fait le voyage de
Pekin pour voir la Cour.
Peu dejours avant que l'on
arrivaſt à la Montagne, qui
eftoit le terme du voyage,
unpetit Royqui revenoit de
158 MERCURE
chez l'Empereur, rencontra
les deuxJefuites que je vous
ay déja nommez, &lesayant
apperçûs , il s'arreſta avec
toute la Suite, & fit deman
der parfonInterprete, lequel
des deux s'appelloit Nau
hoay. Un de leurs Valets
ayant montré le Pere Ferdi
nand Verbieſt, ce Prince l'a
borda avec beaucoup de ci
vilité , en luy diſant qu'il y
avoit longtemps qu'ilfçavoit
fon nom, & qu'ildefiroit de
le connoiftre. Ilparla auPere
Grimaldi avec les mefmes
marques d'affection. Un ac
GALANT. 159
cueil fifavorabledonnebeau
coup de lieu d'efpérer que la
Religion Catholique trou
vera une entrée facile chez
ces Princes , fi on a ſoin de
s'infinüer dans leur efprit
par le moyen des Mathéma
tiques. Cette Science eſt le
charme des Chinois. L'Em
pereur luy-meſme l'a extré
mement goûtée, & c'eſt par
là qu'il donne à ces Peres
des marques fingulieres de
fa bienveillance dans toutes
les occafions qui s'en ofrent,
les protégeant cótrelaReyne
Mere, qui eft une Femme
160 MERCURE
ans,
âgée de foixante & dix
&qui eftant du Païs desLa
mas , a crú ce que ces faux
Preftres luy ont dit fouvent,
que la Secte dont elle fait
profeffion , n'avoit point
d'Ennemis plus déclarez que
cesMiffionnaires. Quoyque
l'Empereur ait de grands
égards pour elle , il n'a pas
laiffé de les comblerjufqu'icy
d'honneurs & de
graces, leur
failant connoiftre qu'il les
confidéroit d'une autre ma
niere que les Lamas. Ill'a
marqué mefme aux yeux
de toute l'Armée; &unjour
GALANT. 161
qu'il les rencontra dans une
grande Vallée, où ils meſu
roient la diftance & la hau
teurde quelquesMontagnes,
il s'arrefta avec toutelaCour,
&les appellant de fort loin,
il leur demanda en Langue
Chinoife, Haomo, c'est à dire,,
vous portez-vous bien? En
fuite il leurfit plufieurs quef
tions en Langue Tartare fur
la hauteur dequelques Mon
tagnes, & ils luy répondirent:
en la mefmeLangue. Toutes
les fois que dans le voyage il
s'eft rencontré quelquegros
Torrent, il a toujours voulut
Novembre 1684:
162 MERCURE
qu'ils l'ayent paffé avec luy,,
quoy que lesplus grands Sei
gneurs, &lesPrincesmefme,
attendiffent jufqu'au lende-
main à lepaffer. Un foir en
tr'autres eftant arrivéaubord
d'un de ces Torrens , il le
paffafeul aveclejeune Prince
fonFils,Héritier de l'Empire,
ces Peres , & tres-peu de
fuite. Le Prince fon Oncle,,
qui eftfonPremier Miniftre,
ayant demandé s'il ne paffe-.
roit pas en mefme temps,.
parce que ces Peres man
geoient à fa Table , il ne:
voulut point lepermettre, &
GALANT. 163:
dit qu'il auroit foin d'eux..
Lorsqu'ilfutde l'autre cofté,
voyant le Ciel fort ferein , il
s'arrefta fur le bord , & y
a
paffa une partie de la nuit
àdifcouriravec eux des Con
ftellatios qu'ils découvroient,,
& du cours des Aftres , ré
pétant ce qu'ils luy avoient
appris en d'autres occafions..
Il leur envoyoit fouvent des
mets de faTable , & quel.
quefois mefme il les faifoit:
manger dansfaTente, ayant
égard à leurs jours dejeûne
& d'abftinence , & ne leurr
faifant fervir que des Vians
Qij
164 MERCURE
des dont ilfçavoitqu'ils pou
voient ufer. Le Prince fon
Fils à fon exempleleur mar
quoitaufli beaucoup de bon.
té. Une chûte de cheval,
dont il fut bleffé à épaule
droite , l'ayant contraint de
s'arrefter plus de dix jours,
& une partie de l'Armée
dans laquelle eftoient ces
Peres, l'ayantattendu, pen+
dant que l'Empereur conti
nuoit fa Chaffeavec l'autre, il
ne manqua pas pendanttout
ce temps , de leur envoyer
tous les jours , & mefme
quelquefois deux fois lejour,
GALANT. 165
desViandes de fa Table. Ils
fefervirent dans toutceVoya
ge des Chevaux de l'Empe
reur , & de fes.Litieres , &
furent roûjours logez fous
les Tentes duPrincefon On
cle.Tousces honneurs n'em
pefchérent pas qu'ils ne fou
friffent beaucoup, ascauſe
des lieux , du temps, & de
plufieurs autres circonftan
ces fâcheufes ; mais les in
térefts de Dieu qu'ils cher
chent en tout , les faifoient
foufrir avec courage , & ils
comptoient pour rien leurs
fatigues , lors que les foins
166 MERCURE
reur ,
qu'ils rendoient à l'Empe.
leur donnoient lieu
d'efperer quenôtre Religion
en recevroit quelques avan-
tages. Comme l'on ne re
vint pointparlamêmeRoute
qu'on avoit prife en partant,
on fit plus de fix cens mil
les , avant que de rentrer à
Pekin. LaReyneMerealloit:
en Chaife , & afin qu'elle fuft
portée plus commodement,
l'Empereur fit faireungrand
Chemin à travers les Mon
tagnes & les Vallées. Il fit:
encore jetter une infinitéde
Ponts fur les Torrens,cou
GALANT. 167
+
perdesRochers, & des poin
tes de Montagnes ; & tout
cela avec des dépenſes &des
peinesincroyables. Trois ou
quatre mois avant fon dé
part , il avoit donné au Pere
Ferdinand Verbieſt , & aux
1
autres Jéluîtes qui fontà Pe
kin , une marque éclatante:
de fa bienveillance. Un de
leurs Peres eſtant mort il
voulur que fes Funérailles
fuffent faites àfes frais, avec.
toute la magnificence que:
là Religion Catholique pou
voitfoufrir. Dans ce deffeina
ikenvoya un des premiers de
168 MERCURE
fa Cour, pour fçavoir d'eux
quelles Cerémonies elle per
mettoit , ordonnant qu'on
fift tout ce qu'ils fouhaite
roient , fans y rien ajoûter
nydiminuer.Toutcet Appa
reil Funebre paffa dans les
plusgrandes Rües de Pexin,
précedéd'unegrande Croix,
& la foule qu'il attira fut fi
grande, qu'onfut obligé de
faire venir des Gardes de
l'Empereur, pour empeſcher
la confufion , & faire ranger
le Peuple , qui ne laiſſoit
point le paffage libre.
Peres Jéfuîtes qui font à la
Cour de Pekin, du Voyage
que l'Empereur de la Chine
fit l'année derniere dans la
Tartarie Occidentale , avec
la Reyne fon Aycule, qu'on
appelle laReyneMere. Cette
132 MERCURE
partie de laTartarie eſtſituée
environ mille ftadesChinoi
fes , qui font plus de trois
cens milles d'Europe, audelà
decette prodigieufe Muraille
qui fépare la Chine des Ter
res des Tartares Occiden
taux. Ces Tartares, quicom
mençant depuis l'Orient de
la Chine , l'entourent d'une
multitude prefque infinie de
Peuples, & latiennent com
meaffiégée du cofté du Sep
tentrion & de l'Occident,
ont efté de tout temps les
Ennemislesplus redoutables
qu'elle ait eus. Ainfi ce fut
GALANT. 133
pour le mettreà couvert de
leurs incurfions , qu'un an
cien Empereur Chinois fit
baftir cette grande Muraille.
Ceuxquil'ontpaffée, & con
fiderée de prés, affurent que
lesSept Merveilles duMonde
miſes enſemble , n'égalent
point cet Ouvrage , & que
tout ce que la Renommée
en publie, eſt infiniment au
deffous de ce qu'ils ontvû.
Ils y admirent particuliére
mentdeuxchofes. L'une eft,
que dans cette longue éten
düedel'Orient àl'Occident,
elle paffe en plufieurs en
134 MERCURE
droits , non feulement par
de vaſtes Campagnes , mais
encore par-deffus des Mon
tagnes tres hautes , fur lef
と
quelles elle s'éleve peu à
peu , fortifiée par intervalles
de groffes Tours , qui ne
font éloignées les unes des
autres que de deux traits
d'Arbalete.Dans unVoyage
qu'y fit un Pere Jéfuîte , il
eut la curiofité d'en meſurer
la hauteur en un endroit, &
il trouva par le moyen d'un
Inftrument , qu'elle avoit´en
ce lieu-là 1037. pieds Geomé
triques au deflus de l'hori
GALANT. 135
fon. Ainfi on ne comprend
pas comment on a pû élever
cet énorme Boulevard juf
ques à la hauteur où on le
voit , dans des lieux fecs &
pleins de Montagnes , où il
a falu apporter de fort loin,
& avec des travaux incroya
bles , l'eau , la brique , le
ciment, & tous les autres
matériaux néceffaires pour
la conftruction d'un fi grand
Ouvrage. La feconde choſe
qui caufe de la furpriſe dans
cette Muraille , c'eſt qu'elle
n'eft pas continuée fur une
mefine ligne , mais recour
136 MERCURË
bée en divers lieux , fuivant
la difpofition des Monta
gnes, defortequ'aulieu d'un
Mur, onpeutdire qu'il y en
a trois , qui entourent toute
cettegrande partie de laChi
ne.Sil'Empereurpar les foins
de qui la longue Muraille
dontje parle a eftébâtie,afait
quelque chofe d'avantageux
pour la fûreté de ce vafte
Empire , le Monarque qui
denos jours areüny les Chi
nois & les Tartares fousune
mefme Domination , afait
encore quelque chofe qui
luy eft plus important. Apres
GALANT. 137
avoir réduit les Tartares Oc
cidentaux , il les a obligez
d'aller demeurer à trois cens
milles au delà de cette Mu
raille , & leur a diftribué des
Terres & des Pâturages en
cet endroit-là , pendant qu'il
a fait habiter leur Païs parles
autres Tartares qui font fes.
Sujets. Ceux qu'il ne pût
fubjuguer par la force de fes
armes, il trouva moyen de
les vaincre par adreffe , en.
engageant les Lamas dans
fes intérefts par fes libérali
tez, & pardesmarques d'une
finguliereaffection. Comme
Novembre 1684,
M
138 MERCURE
les Lamas , qui font les Prê-
tres de ces Peuples , ontun
grandcrédit fur ceux de leur
Nation , ilsleur perfuadérent
aifément de fe foûmettre à
la domination d'un fi grand
Prince. Ce fervice rendu à
l'Etat eft caufe que l'Empe
reur de la Chine continue
à regarder ces Lamas d'un
œil favorable , & qu'il leur
fait des largeffes , le ſervant
d'eux pourmaintenirles Tar
tares dans l'obeïffance qu'ils
lay doivent. Cesfont d'ail
leurs Gens groffiers , & qui
n'ayant aucune teinture des
Sciences nydes beaux Arts,
GALANT. 139
nefont eftimez que parpo
litique. En effet on a raifon
de les ménager , puis qu'ils
peuvent tout fur les cfprits
des Tartares Occidentaux,
quifont toûjours fipuiſſans,
que s'ils s'accordoient entre
eux , ils pourroient encore fe
rendre maiftres de toute la
"
Chine,& de laTartarie Orien
tale,de l'aveu même des Tar
tares Orientaux. L'Empereur
quirégne aujourd'h y, & quit
cft préfentement dans ſa 31.
année , a divifé toute cette
vafte étendue de Païs , en
quarante-huit Provinces, quis
Mij
140MERCURE
luy fontfoûmifes & tributai
res. Ainfiilpeut eftreappelé
avec juſtice le plus grand &
le plus puiffant Monarque
del'Afie, ayanttantde vaſtes.
Etats qui luy obeïffent , fans
qu'ils foient coupez par les
Terres d'aucunPrinceEtran
ger, & luyfeul eftant comme
l'ame qui donne le mouve
ment à tousles mébres d'un
fi grand corps. Depuisqu'il
s'eft chargé du Gouverne
ment,il n'en a confié le foin
à aucun des Colaos ny des
Grands de fa Cour. Ila choify
le PrincefonOncle pourfon
GALANT. 145
premierMiniftre , mais il eft
inftruit de tout , & donne
tous les ordres que ceMini
niftre exécute. Il n'a jamais
mefme fouffert que les Eu
nuques du Palais, ny aucun
de ſes Pages , ou de jeu.
nes Seigneurs qui ont efté
élevez auprés de luy, difpo
faffent de rien au- dedans de
faMaiſon,&réglaffent d'eux
mefmes aucune chofe. Ses
Prédeceffeurs ont tenu une
conduite fi oppofée , que
cette nouvelle maniere de
gouverner paroift extrordi
naire. Elle eft cependant
142MERCURE
toute pleine de juſtice. Auffi
FEmpereur a t-il une équité
admirable.Lors quelesgráds
ont manqué , il les punit
auffi-bien que les petits. Il
les prive de leurs Charges,
&les fait defcendre du rang
qu'ils tiennent , proportion
nant toûjours la peine à la
grandeur de la faute. Au
cune Affaire ne fe traite au
Confeil Royal, ny dans les
autres Tribunaux, qu'il n'en
prenne connoiffance , vou
lantqu'onluyrende uncom
pte exact des Jugemés qu'on
Ya portez, L'authorité ab
GALANT. 143
folüe qu'il s'eft acquife, en
difpofant & ordonnant de
tout par luy-mefme , fans
s'enrepofer fur fes Miniftres,
eft caufe que les Perfonnes
les plus qualifiées de l'Em
pire , mefme les Princes du
Sang , ne paroiffent jamais
en la préſence qu'avec un
profond refpect. Comme il
a étably une Paix folide dans
tous fes Etats , il a rappellé
de chaque Province fes meil
leures Troupes, & réfolu dans
fon Confeil , de faire tous
les ans trois Voyages pour
aller chaffer en diférentes
144MERCURE
faifons. Ces fortes de Chaf
ſes ont plûtoft l'air d'Expé
ditions militaires , que de
Parties de divertiffement,
puis qu'il s'y fait accompa
gner d'un tres grand nom
bre de Chevaux, & de Sol
dats , armez tous deFléches:
&deCimeterres, divifez par
Compagnies , & marchant
´en
en ordre de Bataille , apres
leurs Enfeignes , au bruit des
Tambours & des Trompe
tes. Pendant leurs Chaffes,
ils inveftiffent les Montagnes
&les Forefts entieres, com
me fi c'eftoient des Villes
qu'ils
GALANT. 145
qu'ils vouluffent affiéger.
L'Empereur partit le 6. de
Juillet de l'année derniere,
avec plus de foixante mille
Hómes, &plus dé centmille
Chevaux. Cette Armée avoit
fonAvantgarde, fon Arriere
garde, fonCorps de Bataille,
fon Aîle droite , & fon Aîle
gauche, toutcela commandé
par autant de Chefs & de
petits Roys. Pendant plus
de foixante & dix jours qu'
elle fut en marche , il falut
conduire toutes les Muni
tions de l'Armée , fur des
Chariots, fur des Chameaux,
Novembre1684.
N
146 MERCURE
fur des Chevaux & fur des
Mulets, pardes chemins ex
trémement difficiles , toute
la Tartarie Occidentale n'é
tant que Montagnes , que
4
Rochers, & que Vallées. Il
n'y a ny Villes , ny Bourgs,
nyVillages, ny meſme aucu
nes Maiſons. Les Habitans
logent fous des Tentes dref
fées de tous coftez dans les
Plaines. Ce font la plûpart
des Paſteurs , qui tranfpor
tent leurs Tentes de Vallée
enVallée, felon queles Pâ
turagesfont meilleurs. Làils
font paiſtre des Boœufs , des
GALANT. 147
Chevaux & des Chameaux,
Ils ne nourriffent aucun de
ces Animaux qu'on nourrit
ailleurs dans les Villages,
comme des Pourceaux, des
Oyes & des Poules ; mais
feulement de ceux qu'une
61
terre inculte peut entretenir
des herbes qu'elle produit
d'elle- mefme. Comme ilsne
fement ny ne cultivent la
terre , ils ne font auffi au
cune recolte, & paffent leur
vie, ouà la Chaſſe , ou à ne
rien faire. Ils vivent de lait,
de fromage & de chair , &
ont une efpéce de vin aſſez
Nij
148 MERCURE
femblable à noftre eau de
vie. Ce vin , dont ils s'eny
vrent fouvent, fait leurs plus
grandes délices. Ils ont leurs
Lamas, qu'ils revérent & ref
pectent , & diférent en ce
la des Tartares Orientaux,
dontla plusgrande partie ne
croit pointdeDieu. Lesuns
& les autres font Efclaves,
& dépendent en toutes cho
fes delavolontédeleurs Maî
tres , dont ils fuivent aveu
glément la Religion & les
mœurs , femblables à leurs
Troupeaux , qui vont oùon
les mene , & non pas où il
GALANT. 149
faut aller. L'Empereur mar
choit à cheval à la tefte de
fon Armée , par ces Lieux
déferts , par des Montagnes
efcarpées , & éloignées du
grand Chemin, exposé tout
le jour aux ardeurs du So
leil , aux pluyes , & à toutes
les injures de l'air. Une des
444
raifons qui luy firent entre
prendre ce Voyage , eftoit
pourentretenirfaMilice dans
un exercice continuel auffi
C
bien pendant la Paix que
pendant la Guerre , & pour
empefcher que le luxe de la
Chine, &untroplongrepos,
Niij
150 MERCURE
ne fiffent dégenerer fes Sol
dats de leur premiere valeur.
Il réüflit parfaitemét encela,
puis qu'on affûre qu'ils fou
frirent plus dans cetteChaffe,
qu'ils n'avoient fait aux der
nieres Guerres, & qu'en leur
faifant pourfuivre les Cerfs,
les Tygres , les Sangliers &
les Ours , il leur apprenoit
à vaincre les Ennemis de
l'Empire. D'ailleurs il eft con
vaincu qu'unVoyagede cette
nature , accompagné de fa
tigues , contribue à fa fanté.
En effet une longue expé
rience luy a fait connoiftre,
GALANT. 151
que lors qu'il eft trop long.
temps à Pekin fans en for.
tir , il eft attaqué de diver
fes maladies , & il les évite
par le moyende ces longues
courfes , pendant lefquelles
il nevoit point de Femmes.
Ce qui pourravous ſurpren
dre, c'est qu'il n'en parutau
cunedanstoutecettegrande
Armée , excepté celles qui
eftoicntà lafuite de la Reyne
Mere; encore eftoit-ce une
chofe fort nouvelle , qu'elle
accompagnaft le Roy, cela
ne s'eſtant pratiqué qu'une
feulefois , lors qu'il menales
Niiij
152 MERCURE
trois Reynesavec luyjuſqu'à
la Ville Capitale de la Pro
vince de Lead-tùm , pourvi
fiter les Sepulcres de leurs
Anceftres. L'Empereur& la
ReyneMereprétendirent en
core en s'éloignant de Pe
kin, éviterles exceffives cha
leurs qu'on y fent l'Été pen
dant les jours Caniculaires,
car dans cet endroit de la
Tartarie où ils allérent , il
régneaux mois de Juillet &
d'Aouft,un ventfi froid,prin
cipalement la nuit, que Pon
eft contraint de prendre de
gros habits avec des fourru
GALANT K3
res. Unfroidfi extraordinaire
vient de ce que la Région
eft fort élevée , & pleine de
Montagnes. Il y en a une
entre autres , fur laquelle on
monta toûjours durant cinq
oufixjoursde marche.L'Em
pereur ayant voulu fçavoir
decombienelle furpaffoitles
Campagnes de Pekin , éloi
gnées de là d'environ trois
cens milles , le Pere Ferdi
nand Verbieft , & le Pere
Philippe Grimaldi, qui l'a
voient accompagné par fon
ordre, mefurérent la hauteur
de plus de cent Montagnes,
154 MERCURE
quiestoient fur la route, &
trouvérent qu'elle avoit trois
mille pas geométriques d'é
levation au deffus de la Mer
la plus proche de Pekin. On
tient que le Salpeftre dont
ces Contrées font remplies,
contribue encore à ce grand
froid,qui eftfiviolent, qu'en
creufant la terre pendant le
voyage à trois ou quatre.
pieds de profondeur, on en
tiroit des mottes toutes ge
lées, & des morceaux degla
ce. Toutes les raifons que
je viens de dire engagerent
l'Empereur à l'entreprendre,
GALANT. 155
mais ce qui l'y porta plus
qu'aucune chole , ce fut le
deffein de contenir les Tar
tares Occidentaux dans leur
devoir, & de prévenir les per
nicieux projets qu'on les
voudroit obliger à former
contrel'Etat. Cette veuë qu'il
eur l'obligea d'entrer dans
leur Païs avec une Armée fi
redoutable , & tous ces pré
2
paratifs de guerre. On avoit
conduit plufieurs Pieces d'ar
tillerie , pour en faire de
temps en temps les dé har
ges dans les Vallées, & par
le bruit & lefeu qui fortoit:
156 MERCURE
de la gueule des Dragons
qui leur fervoient d'orne:
ment, jetter par tout l'épou
vantefurfaroute. Outre tout
cet attirail , il voulut encore
>
eftre accompagné de toutes
les marques de grandeurqui
l'environnent à la Cour de
Pekin , de cette multitude
deTambours,de Trompetes,
deTimbales, &autres Inftru
mens de Mufique, qui for
ment des Concerts dans le
temps qu'il eft à table, & au
bruit defquels il entre dans
fonPalais , & en fort. Il fit
marcher tout cela avec luy,
GALANT. 157
pourétonnerces Peuples bar
barespar cette pompe exté
rieure, & leur imprimer avec
la crainte le refpect deû à la
Majefté Impériale. Plufieurs
petits Roys de la Tartarie
Occidentale vinrent de trois
cens, & mefme decinq cens
milles , avec leurs Enfans,
pour falier l'Empereur. Il
s'en trouvoit parmy eux qui
avoient fait le voyage de
Pekin pour voir la Cour.
Peu dejours avant que l'on
arrivaſt à la Montagne, qui
eftoit le terme du voyage,
unpetit Royqui revenoit de
158 MERCURE
chez l'Empereur, rencontra
les deuxJefuites que je vous
ay déja nommez, &lesayant
apperçûs , il s'arreſta avec
toute la Suite, & fit deman
der parfonInterprete, lequel
des deux s'appelloit Nau
hoay. Un de leurs Valets
ayant montré le Pere Ferdi
nand Verbieſt, ce Prince l'a
borda avec beaucoup de ci
vilité , en luy diſant qu'il y
avoit longtemps qu'ilfçavoit
fon nom, & qu'ildefiroit de
le connoiftre. Ilparla auPere
Grimaldi avec les mefmes
marques d'affection. Un ac
GALANT. 159
cueil fifavorabledonnebeau
coup de lieu d'efpérer que la
Religion Catholique trou
vera une entrée facile chez
ces Princes , fi on a ſoin de
s'infinüer dans leur efprit
par le moyen des Mathéma
tiques. Cette Science eſt le
charme des Chinois. L'Em
pereur luy-meſme l'a extré
mement goûtée, & c'eſt par
là qu'il donne à ces Peres
des marques fingulieres de
fa bienveillance dans toutes
les occafions qui s'en ofrent,
les protégeant cótrelaReyne
Mere, qui eft une Femme
160 MERCURE
ans,
âgée de foixante & dix
&qui eftant du Païs desLa
mas , a crú ce que ces faux
Preftres luy ont dit fouvent,
que la Secte dont elle fait
profeffion , n'avoit point
d'Ennemis plus déclarez que
cesMiffionnaires. Quoyque
l'Empereur ait de grands
égards pour elle , il n'a pas
laiffé de les comblerjufqu'icy
d'honneurs & de
graces, leur
failant connoiftre qu'il les
confidéroit d'une autre ma
niere que les Lamas. Ill'a
marqué mefme aux yeux
de toute l'Armée; &unjour
GALANT. 161
qu'il les rencontra dans une
grande Vallée, où ils meſu
roient la diftance & la hau
teurde quelquesMontagnes,
il s'arrefta avec toutelaCour,
&les appellant de fort loin,
il leur demanda en Langue
Chinoife, Haomo, c'est à dire,,
vous portez-vous bien? En
fuite il leurfit plufieurs quef
tions en Langue Tartare fur
la hauteur dequelques Mon
tagnes, & ils luy répondirent:
en la mefmeLangue. Toutes
les fois que dans le voyage il
s'eft rencontré quelquegros
Torrent, il a toujours voulut
Novembre 1684:
162 MERCURE
qu'ils l'ayent paffé avec luy,,
quoy que lesplus grands Sei
gneurs, &lesPrincesmefme,
attendiffent jufqu'au lende-
main à lepaffer. Un foir en
tr'autres eftant arrivéaubord
d'un de ces Torrens , il le
paffafeul aveclejeune Prince
fonFils,Héritier de l'Empire,
ces Peres , & tres-peu de
fuite. Le Prince fon Oncle,,
qui eftfonPremier Miniftre,
ayant demandé s'il ne paffe-.
roit pas en mefme temps,.
parce que ces Peres man
geoient à fa Table , il ne:
voulut point lepermettre, &
GALANT. 163:
dit qu'il auroit foin d'eux..
Lorsqu'ilfutde l'autre cofté,
voyant le Ciel fort ferein , il
s'arrefta fur le bord , & y
a
paffa une partie de la nuit
àdifcouriravec eux des Con
ftellatios qu'ils découvroient,,
& du cours des Aftres , ré
pétant ce qu'ils luy avoient
appris en d'autres occafions..
Il leur envoyoit fouvent des
mets de faTable , & quel.
quefois mefme il les faifoit:
manger dansfaTente, ayant
égard à leurs jours dejeûne
& d'abftinence , & ne leurr
faifant fervir que des Vians
Qij
164 MERCURE
des dont ilfçavoitqu'ils pou
voient ufer. Le Prince fon
Fils à fon exempleleur mar
quoitaufli beaucoup de bon.
té. Une chûte de cheval,
dont il fut bleffé à épaule
droite , l'ayant contraint de
s'arrefter plus de dix jours,
& une partie de l'Armée
dans laquelle eftoient ces
Peres, l'ayantattendu, pen+
dant que l'Empereur conti
nuoit fa Chaffeavec l'autre, il
ne manqua pas pendanttout
ce temps , de leur envoyer
tous les jours , & mefme
quelquefois deux fois lejour,
GALANT. 165
desViandes de fa Table. Ils
fefervirent dans toutceVoya
ge des Chevaux de l'Empe
reur , & de fes.Litieres , &
furent roûjours logez fous
les Tentes duPrincefon On
cle.Tousces honneurs n'em
pefchérent pas qu'ils ne fou
friffent beaucoup, ascauſe
des lieux , du temps, & de
plufieurs autres circonftan
ces fâcheufes ; mais les in
térefts de Dieu qu'ils cher
chent en tout , les faifoient
foufrir avec courage , & ils
comptoient pour rien leurs
fatigues , lors que les foins
166 MERCURE
reur ,
qu'ils rendoient à l'Empe.
leur donnoient lieu
d'efperer quenôtre Religion
en recevroit quelques avan-
tages. Comme l'on ne re
vint pointparlamêmeRoute
qu'on avoit prife en partant,
on fit plus de fix cens mil
les , avant que de rentrer à
Pekin. LaReyneMerealloit:
en Chaife , & afin qu'elle fuft
portée plus commodement,
l'Empereur fit faireungrand
Chemin à travers les Mon
tagnes & les Vallées. Il fit:
encore jetter une infinitéde
Ponts fur les Torrens,cou
GALANT. 167
+
perdesRochers, & des poin
tes de Montagnes ; & tout
cela avec des dépenſes &des
peinesincroyables. Trois ou
quatre mois avant fon dé
part , il avoit donné au Pere
Ferdinand Verbieſt , & aux
1
autres Jéluîtes qui fontà Pe
kin , une marque éclatante:
de fa bienveillance. Un de
leurs Peres eſtant mort il
voulur que fes Funérailles
fuffent faites àfes frais, avec.
toute la magnificence que:
là Religion Catholique pou
voitfoufrir. Dans ce deffeina
ikenvoya un des premiers de
168 MERCURE
fa Cour, pour fçavoir d'eux
quelles Cerémonies elle per
mettoit , ordonnant qu'on
fift tout ce qu'ils fouhaite
roient , fans y rien ajoûter
nydiminuer.Toutcet Appa
reil Funebre paffa dans les
plusgrandes Rües de Pexin,
précedéd'unegrande Croix,
& la foule qu'il attira fut fi
grande, qu'onfut obligé de
faire venir des Gardes de
l'Empereur, pour empeſcher
la confufion , & faire ranger
le Peuple , qui ne laiſſoit
point le paffage libre.
Fermer
6
p. 14-81
DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
Début :
Comme la Vie est le premire principe des Hommes ; de mesme [...]
Mots clefs :
Corps, Sépulture, Monuments, Sépulcre, Tombeaux, Égyptiens, Romains, Bible, Empereur, Prince, Marbre, Funérailles, Ossements, Coutumes, Juifs, Mausolée, Ensevelissement, Momies, Inscriptions, Défunts, Vénération, Richesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
DE L'ORIGINE
DE LA
SEPULTURE,
DES TOMBEAUX ,
Et du temps que l'on a brûlé
les Corps
.
C
Omme la Vie eſt le premier
principe des Hommes
; de mefme la Mort eft leur
dermer terme . C'eſt d'où vient
que le Droit de la Sepulture eft
fi ancien , que peu apres la
création du Monde , & la chûte
de nôtre premier Pere , il a eſté
introduit & mis en ufage . Dieu
du Mercure Galant.
15
dit au premier Homme apres fon
peché qu'il étoit poudre, & qu'il retourneroit
enpoudre , parce qu'apres
la mort les corps des Hommes
doivent eftre mis dans la Terre,
comme dans le fein de leur commune
Mere , d'où ils ont efté tirez
en leur naiffance .
Mais avant que de parler des
Tombeaux , de la Sepulture , &
de l'ufage que les Anciens y ont
obſervé , il eſt à propos de dire
que l'origine en a prefque commencé
avec le Monde , & que
les premiers Hommes ont enfévely
les Corps des Défunts .
C'est un foin & une pieté qui
s'eft pratiquée comme par une
Loy , que la Nature mefme avoit
impofée. L'exemple en a paffé
chez la Pofterité , & le foin des
>
16
Extraordinaire
Funerailles a efté en fuite religieufement
étably & obfervé.
Mais fur tout on doit dire qu'Adam
& Noë ont efté les premiers
qui ayent fait ouverture
de la Terre pour y ensevelir les
corps , n'y ayant eu perfonne qui
ait en leurs deux temps précédé
l'un ny l'autre.
Abel , comme rapporte Jofephe
liv. 1. Chapitre 3. de fes
Antiquitez Judaïques , à l'âge de
129. ans fut la premiere Victime
de la mort , & reçût un ſi mauvais
traitement de Cain fon frere
, que ce Barbare apres luy
avoir arraché la vie , en cacha
le corps dans les haliers , pour
ne luy pas donner la Sepulture,
exerçant encore une nouvelle
cruauté fur fon Frere
apres
fa
du Mercure Galant.
17
mort. Mais Eliphas Themanite
dit , que Cain apres un meurtre
fi fanglant , devint vagabond &
comme furieux , ayant toûjours
devant les yeux l'image de fon
crime ; qu'il ne fe retiroit que
dans les Cavernes & les Foreſts
comme une Beſte , & que Dieu
fulmina contre luy un decret,
par lequel il fut ordonné qu'il
perdroit la vie par le fer , &
qu'il deviendroit la proye des
Vautours & des Animaux fauvages
, ainlì que les Septante ont
interpreté le paffage de Job fur
ce ſujet Chapitre 15. verf. 22. &
comme Olimpiodore l'a expliqué
. Voila les termes de ce decret
; Hominem impium decretum ,
ait , effe à Deo in manus ferri , &
ordinatum in efcas vulturum . Ce qui
Q. deJanvier 1685. B
18 Extraordinaire
à la verité fut jugé une punition
rigoureuſe , mais digne de l'im..
pieté de ce Parricide .
.
Adam touché au vif de la
mort d'Abel fon fils , en fit chercher
le corps , & apres plufieurs .
jours de deuil , de larmes & de
foûpirs , prit le foin de l'inhu .
mer avec beaucoup de pompe,.
& luy erigea un Monument qui
devoit fervir à luy mefme ,
& à fes autres enfans .. L'on :
tient communément que ce nefut
pas loin de Sion . Voila la
premiere Sepulture & le pre.
mier Tombeau , auquel ce Pere
affligé ajoûta encore une belle
Epitaphe , conceuë en ces paroles.
Quis tantus de hoc loco , tamque
fonorus clamor ? Rogas Viator ?
adhuc inauditum tibi parricidium,
du Mercure Galant.
19
& c . Salien la rapporte en l'année
du Monde
130.
La privation de la Sepulture .
avoit quelque chofe d horrible.-
Ce fut toutefois de cette melme.
peine la plus barbare de toutes ,
que les Egyptiens traiterent les
Hebreux fous Pharaon leur Roy;
car apres avoir miferablement
porté le joug de fa tyrannie , &
un long & rude efclavages , ils
en jettoient les Corps dans les
Champs fans les enfevelir , & ne
permirent pas mefme de mettre
de la pouffiere deffus , ny de ré
pandre des larmes apres leur
mort ; mais Dieu vangea bien
cette barbarie , felon que le remarque
Philon Juif en la vie de :
Moyle.
La fainte Ecriture nous fait :
B. ij
20 Extraordinaire
connoiſtre, aux Nombres Chapitre
16. verf. 34. que Dieu mefme
a voulu quelquefois que les
impies , en vangeance de leurs
crimes , ayent efté privez de la
Sepulture en diverfes manieres ,
ou eftant engloutis tout vifs dans
les entrailles de la Terre, comme
il est arrivé à Coré , Datham &
Abiron , ou eftant confumez du
feu du Ciel , fans qu'il foit refté
la moindre partie de leurs corps
pour
eftre mife dans la Sepulture
, comme le mefme Jofephe &
Philon le rapportent .
Ce fut là une effroyable vangeance
, & un terrible Monument
, quand cinq fameuſes Villes
furent entierement confumées
du feu du Ciel avec tous
leurs Habitans , à l'exception de
du Mercure Galant, 21
Loth & de fa Famille , encore
fon Epouſe par fa faute fut- elle
changée en fa propre Image ; &
quand Sodome & Gomorrhe du
nombre de Pentapolis devinrent
une vafte Mer de fouphre & de
bitume , pour punir les crimes
de ceux qui les habitoient . Les
Hiftoriens en feront toûjours
mention , & la pofterité en parlera
à jamais .
5.
C'eft de là auffi qu'eft venu
ce fameux Lac appellé Afphaltide
, ou cette Mer morte , dont
Joſephe liv.
&
4.
de la Guerre
de Juifs , & Hegefippe liv.
14. Chapitre 18. recitent tant de
merveilles , & apres eux Ariftote
& Strabon , & plufieurs autres.
Mais revenons à Adam & å
12 Extraordinaire
Noë , dont nous avons parlé cy--
devant. Noë , ce grand Patriarche
, averty de Dieu qu'il euft à
baftir l'Arche , pour ſe garantir
luy & fa famille des eaux du Dé .
luge univerfel , femble avoir donné
à tous les hommes qui devoient
venir apres luy , une idée
de la Sepulture & des Tombeaux
, car comme dit Orohoaita ,
le plus fçavant & le plus fameux
de tous les Auteurs Syriens , liv. 1 .
du Paradis Terreftre , Partie 1 .
Chapitre 14. & la Bibliotheque -
des Pères , Chapitre 1. il convertit:
cette mefme Arche en un
Tombeau , & par une pieté infigne
envers les Vivans & les
Morts , en s'y retirant , emporta
avec foy les offemens d'Adam ,
qui avoient eſté tirez du Sepul2-
*
du Mercure Galant
23
1
S
3
chre d'Abel , & apres en efte
forty fain & fauf avec fa Famille ,
il en retira les, mefmes offemens.
d'Adam , qu'il avoit gardez com.
me un dépoft , & les partagea cn--
tre fes Fils avec les Parties de la
Terre , & dans la divifion qu'il
en fit , il donna à Sem qui eftoit
l'aifné , le Crane , & la Region
pour habiter , qui depuis a efté:
dire la Judée.
On tient communement que
le Mont - Calvaire eft le lieu où
le Crané d'Adam a efté enfevely
par ce mefme Sem, & en fui .
te le reste de fes autres offemens,
& que cette Montagne a pris
fon nom de cette Sepulture . C'eft:
une ancienne Tradition , qui a
duré chez les Syriens , dit le
mefme Orohoaita , & qui y dure
encore..
24
Extraordinaire
Mais il ne faut pas s'étonner,
fi ces chofes font paffées fous fi.
lence dans les Livres de Moyfe ;
& que ne faifant mention que
de la Creation du Monde , de
la Chûte du premier Homme ,
& de la Propagation du Genre
Humain , il ne rapporte rien du
premier Age du Monde . L'Auteur
de la précédente opinion a
receu comme par Tradition des
plus anciens Syriens , ce qu'il en
a écrit , & que les Juifs tiennent
de luy.
Saint Epiphane fur la fin de
fon Livre , parle ouvertement de
cette Divifion de tout le Monde
entre les Fils de Noë , & affure
que la Paleſtine , dans laquelle
la Judée eft compriſe , eftoit
tombée au fort de Sem , quoy
qu'il
du Mercure Galant. 25
qu'il foit arrivé en fuite que
les
defcendans de Cham s'en foient
emparez par violence . C'eſt enfin
le fentiment de tous les Peres
, que les os d'Adam ont efté
portez apres le Déluge en la
Paleftine , où ils ont efté enfevelis.
C'est ce que confirme
Torniollus année 930. de fes Annales
Saintes , & Salien en la
mefme année.
Comme il n'y a pas à douter
de la pieté de Noë envers les os
d'Adam felon que faint Bafile
fur Ifaye Chapitre 5. & Theo.
phylacte fur Jonas Chapitre 19.
le remarquent , on doit dire auffi
que
le foin charitable de la Sepulcure
, des Funérailles
Tombeaux , & du Miniftere qui
s'y obferve , a pris fon origine
2. deJanvier 1685.
C
des
26 Extraordinaire
d'Adam , & poftérieurement de
Noë , qu'il s'eftétendu en fuite
à toute la Poftérité , & qu'il a
enfin obtenu la force d'une Loy
inviolable. D
La Tradition des anciens Juifs
cft d'une grande authorité pour
perfuader que les offemens d'A
dam ont efté enfevelis en Hebron
, comme faint Hierômé le
répete plufieurs fois , & la plus
grande partie des Peres le tiennent
auffi , & fur tout dans le
lieu du Calvaire , la Paleftine ,
la Judée & Hebron eſtant preſque
la mefme chofe ; tous lefquels
Peres Malveda cite en fon
Livre du Paradis Terreftre, chapitre
54. & 55.
A l'égard de la Sepulture chez
les Anciens Hebreux , ne rapdu
Mercure Galant. 27
1
7
porte. t'on pas qu'Abraham par
une révelation divine , entre les
Actions les plus confidérables,
avoit une grande vénération
pour ce dernier devoir que l'on
rend aux Défunts ? Car quand il
eut perdu Sara fa chere Epoufe,
n'acheta t'il pas par quatre cens
Sicles d'argent le Champ nommé
Ephron , pour y porter le
Corps de la Défunte? Ce fut par
la le premier qui dedia une choi
fe profane à l'ufage picux & facré
de la Sepulture , comme le
dit la Genefe Chapitre 23 .
A
23.
Mais felon le fentiment de
faint Chryfoftome Homelie
ce qui eft de plus confidérable ,
ce grand Patriarche ne s'eftoit
rien acquis par aucun prix d'argent
avant. ce Champ & cette
Cij
28
Extraordinaire
Sepulture , pour n'avoir rien devant
les yeux ou dans l'efprit de
plus prefent que le Tombeau;
& ce mefme Saint le loue pour
fon extréme pieté d'avoir pris
tant de foin de la Sepulture , tant
pour luy que pour les fiens .
Ce n'eft pas encore affez pour
Abraham d'avoir religieuſe..
ment pourvû à la Sepulture de
Sara mais il s'eft porté à la
Pompe des Funérailles , qu'il vou
lut y eftre obſervée , avec des
larmes & des plaintes ; ce que
Moïse exprime en la Geneſe Cha
pitre 23. par des termes dignes
d'un fi grand Perfonnage , mef
me apres avoir rendu les der
niers devoirs aux Manes de fon
Epouſe , il pria les Hethéens
d'avoir le mefme foin de fa Sedu
Mercure Galant.
29
car
pulture , & de ne luy pas denier
ce droit d'humanité , fitoft
qu'il auroit rendu l'ame
le deuil & les plaintes ne défignent
pas feulement les larmes .
& les foupirs , que les vifs reffentimens
de la douleur tirent
du coeur & des yeux , mais tout
ce qui peut regarder les Fune.
railles & leur Pompe.
Moyle remarque que les fentimens
de douleur , & la magni.
ficence de la Pompe funebre ne
furent pas moindres en la mort :
de Jacob; auffi Patriarche, & pe--
tit fils d'Abraham , qu'ils avoient
eſté en la mort d'Abraham meſ
me ; & ce Jacob pere de Jofeph,.
ne regretta pas moins la privation
de la Sepulture de fon Fils ,
C iij
39
Extraordinaire
que la mort pitoyable & funeſte
de ce mefme Fils , laquelle fes
Freres avoient annoncé à leur
Pere eftre
malheureuſement arrivée
, pour avoir efté devoré
des Beftes fauvages ; tant le foin
de la Sepulture eftoit recommandable
chez les anciens Hé
breux . C'est ce que remarque
Philon Juif. En effet , cet Auteur
fait une peinture trifte &
lugubre de Jacob affligé pour la
mort de ce Jofeph. Les termes
en arracheroient de la tendreffe
des coeurs les plus infenfibles , &
feroient couler les larmes des
yeux des plus endurcis.
C'eft de là auffi que ces Saints
Patriarches , comme la fainte
Ecriture l'enfeigne , Genele Chapitre
35. prenoient foin d'elever
du Mercure Galant.
3F .
des Pyramides fur les Sepulcres
des leurs . Jacobce Saint Per
fonnage , comme dit Brochard
en la Defcription de la Terre
Sainte , fit ériger fur le Sepulcre
de Rachel fon Epoufe , une Pyq
ramide d'un excellent Ouvrage,
au pied de laquelle & tout au
tour il en fit placer douze autres
un peu moindres , felon le
nombre de fes Enfans, tant pour
rendre ces Monument illuftre a
la pofterité , que pour marquer
L'efperance de la Refurrection &
de la Vie immortelle , commer
témoigne.de -Lyra parlant de ce
Patriarche .
La Geneſe Chapitre 5o.net
nous reniet - elle pas en memoi
re quelle Pompe funebre ce mef
me Jacob reçût en Egypte apres
Ciiij
32
Extraordinaires
y eftre mort Son Corps fut
honoré d'un fuperbe & magni
fique appareil , & auffi éclatant
que fi c'euft efté celuy d'un Roy,
& les mefmes honneurs furent
pareillement rendus à Joſeph ſon
fils Intendant de l'Egypte , apres
fon trépas.
Saint Ambroife eftime que la
couftume de faire des Obfeques.
eft venue des anciens Hebreux;
car Jacob fut regretté pendant
40. jours , & Moyfe durant 30 .
Cette couftume s'eft diverſe.
ment introduite chez les Nations
poſterieures , comme la fuite le
fera remarquer.
Mais entendons ce que dit
Ciceron fur le foin de la Sepulä
ture. Ce foin , dit - il , marque l'ef
poir de l'Immortalité. Car pourquoy
du Mercure Galant.
33
P
•
s'attacherfifort &fi naturellement
la Sepulture , s'il ne s'enfuit la réi
nion du Corps avec fon Ame , &
que la mort ne foit un paſſage à une
meilleure vie ? A quoy fervent ces
grands Monumens * ces Sepulcres
magnifiques ces Epitaphes , & ces
préparatifs de Pompe funebre ,
Aut
fi ce n'est une esperance de l'avenir
? Voila des termes qui ne fentent
pas le Pyen , mais un ef
prit, éclairé des lumieres de la
Foy. og
Les anciens Hebreux avoient
des Sepulchres particuliers aux
Familles , & d'autres communs
aux Estrangers , qu'ils appelloient
, Polyandria , comme vou,
lant dire que ces Monumens
eftoient pour un grand nombre
de Corps eufemble , ainfi que le :
34
«Extraordinaire
"
mot le fignifie , & c'eftoit où les
Perfonnes inconnues eftoient enfévelies
.
Les Egyptiens rendoient un
culte & une veneration fingu
liere aux Corps des Défunts ,
comme aux organes de leurs
Ames, qu'ils croyoient , ainly que
dit Herodote Livre 1 , immortelles.
A ce fujet , ils prenoient un
grand foin de les embaumer , &
de les munir de quantité d'o
deurs & d'aromats , pour leur
donner beaucoup de fuavité , &
les garantir à mefme temps de
la corruption. Ils employoient
à ce foin jufques à 40. & 50. jours,
& d'avantage s'il eftoit neceffai
re , comme on le voit en la Ge
nefe , & dans Diodore le Sici
lien Livre 1. Chapitre 2. Mais on
du Mercure Galant.
35
trouve deux manieres de faire
ces Embaumemens .
Caffien , Colloque 15. Chapitre
3. explique d'où peut venir
que les Egyptiens prenoient un
fi grand foin d'embaumer leš
Corps , & de les mettre en des
lieux élevez pour les conferver
avec plus de feureté .
·
La nature de l'Egypte eft telle
, dit il , que la plus grande
partie de la Terre eft inondée
des eaux du Nil , qui fe dégor
ge & couvre les Campagnes tous
les ans , & pendant un aſſez
long intervalle de temps , y laiffant
un limon & une vafe pourriffante.
Alors les Egyptiens font
contraints de mettre ces Corps
ainfi embaumez & liez fortement
de bandes , dans les, lieux
1
36 Extraordinaire
les plus hauts & loin de l'humi
dité. Ces lieux font ordinairement
les Montagnes , où ils les
enfoüiffent dans le fable , ou des
Roches taillées , en forte qu'ils
y font des Cellules
propres à
enfevelir les Corps . Ils les met
tent auffi en de hautes Pyrami
des , comme on faifoit principalement
ceux des Rois & des
Princes de l'Egypte , qui de leur
vivant avoient pris foin de les
faire baftir eux mefmes ; de là
viennent ces grandes Pyramides
de Memphis ou du grand Cai
re, & d'autres lieux voifins.
Les
Deferts de
l'Egypte ont
encore plufieurs de ces Pyramides
, dont par l'antiquité quel .
ques unes font enfoncées
dans le
fable , d'autres font à demy rom
du Mercure Galant.
37
་
puës , & d'autres font encore en
leur entier , & l'on y peut monter
par le dehors › y ayant des
Marches qui vont tout autour ;
& fur le milieu l'on trouve des
Voutes fort étendues & fpacieufes
, où l'on peut entrer , & ce
font les lieux où les Corps des
Rois & des Princes de l'Egypte
ont efté enfevelis. On peut parvenir
jufques au fommet par ces
mefmes Marches ; mais la defcen.
te en eft beaucoup plus difficile
à caufe de la hauteur , les yeux
pouvant eftte éblouis j c'eft
pourquoy on prend ordinairement
des Guides. M Fer.
manel , Conſeiller du Parlement
de Rouen , ayant fait le Voya
ge de la Terre Sainte , en parle
comme Témoin oculaire , en for
38
Extraordinaire .
Voyage du Levant , eftant alors
accompagné du Sieur Scohouë
Eftranger.
On voit autour de ces Pyramides
des Hieroglyphes gravez,
dont les fignifications & les mar
ques font Myftérieuſes . Le Pere
Kirker en a fait un fçavant Recueil
, & en a donné l'interpré.
tation en cct Ouvrage curieux ,
durant qu'il eftoit Bibliothecaire
du Vatican.
On a mefme trouvé des Trẹ.
fors , & de grandes Richeſſes
dans le fond de ces Pyramides;
& de là on préfume que les
Corps des Rois & des Princes ,
& leurs Trefors ont efté enlevez
, depuis que le grand Caire
& plufieurs autres Villes ont efté
bafties en Egypte , où on leur a
du Mercure Galant,
39
A dreffé d'autres Monumens ma
gnifiques pour les y conſerver.
Les pierres des Monumens font
tachetées de rouge & de blanc,
car
telle en' eſt la nature , n'y
ayant guere d'autre Marbre dans
ce Pays.
La plus commune opinion des
Auteurs qui ont écrit de ces Pyramides
anciennes , eft que dans
l'Egypte , il y en a trois princi.
pales. La plus haute dès trois ,
comme difent Pline , Strabon ,
Pomponius Mela , Démocrate ,
Ammian Marcellin , Oforius &
autres , eftoit conftruite de pier
res apportées de l'Arabie , &
c'eftoit un prodige comment on
avoit peu tirer des pierres d'une
fi immenſe étendue & d'une fi
grande pefanteur , & les mon
40 Extraordinaire
ter apres les avoir mifes en ou
vrage. On tiendroit pour une
Fable , que trois cents foixante
mille hommes y ayent travaillé
vingt années pour l'achever. Sa
bafe occupoit huit Arpens de
terre. Les quatre Angles avoient
chacun de leur coflé huit cents
quatre vingts trois pieds de longueur.
La hauteur , à prendre de
la bafe au fommet , eftoit de 363
pieds. Les deux autres Pyrami
des font moindres en toute leurs
parties.
On peut juger que les Egyptiens
ont efté ceux qui ontexcellé
par deffus toutes les autres
Nations en la magnificence &
en la pompe de leurs Sepulcres
& de leurs autres Monumens,
comme difent Herodote Livre 3.
du Mercure Galant.
41
Diodore Livre 1. Strabon Liv . 17.
& Pline Livre 16: Chapitre 123
comme auffi en la dépenfe exceffive
, & au nombre des Artifans
qu'ils y employoient. Leurs
Tombeaux n'eftoient pas feule.
ment ornez de Pyramides , mais
encore de Coloffes , de Statuës ,
de Sphinx , de Colomnes , d'Obelifques
, de Labyrinthes , &
d'autres fuperbes ornemens . C'eſtce
que dit Martial au commencement
de fes Epigrammes , en
faifant comparaifon avec un Ouvrage
d'un des plus grands Em--
pereurs Romains.
-
Barbara Pyramidum filcat mira--
cuta Memphis.
En voila encore une autre , ”
qu'Amafis Roy d'Egypte avoirfait
conftruire , de laquelle laa
DD 2. deJanvier 1685.
4,2 Extraordinaire
merveille confiftoit en fa figure
& en fa grandeur ; mais c'eftoit
plûtoft par vanité & par oftentation
, qu'autrement . Ce Monument
eftoit fait en figure de
Sphinx , & d'une fi vafte largeur,
que le ciscuit feulement de la
tefte , à prendre par le front ,
avoit cent deux pieds. Sa longueur
eftoit de cent quarantetrois
, & la hauteur eftoit depuis
le nombril , jufqu'au fommet de
la tefte de 82. comme dit Pline
Livre 36. Chapitre 12. Et ce qui
eft encore plus furprenant , &
qui paffe toute créance , l'Ou,
vrage eftoit de Marbre , & d'une
pierre feule & naturelle. Voila
la Sepulture de ce Roy , dont
parle Lucain Livre 9 .
Non mihi Pyramidum Tumulis
cuulfus Amafis...
du Mercure Galant.
433
Ces mefmes Merveilles font,
rapportées par Bellonius , en fes
Obfervations fingulieres Livre 2 .
fur les Ouvrages admirables de
P'Antiquité , & par Pierius en
fes Hieroglyphiques Livre 60..
Platon mefme en fon Phedon ,
infere l'immortalité de l'Ame par
les Corps des Egyptiens , qui ,
demeuroient incorruptibles apres
tant de Siécles en leurs Tombeaux.
3
Ileft icy à propos de parler,
des / Corps qui fe trouvoient , &
fe trouvent encore dans les Se--
pulcres de l'Egypte. On leur
donne le nom de Mumies , Ily en a
de deux fortes ; les uns font embaumez
par dedans , & les autres
par dehors . On en trouve
en des lieux taillez dans les Ro
Dij
44
Extraordinaireches
rangez à colte l'un de
l'autre , enveloppez de Linceuls
rayez de diverfes couleurs , &
ferrez de Bandes diverſement
rayées auffi . Ces Mumies qui font
embaumées par dehors , fe confervent
fans corruption en leurs
linceals , & en leurs bandes , à
cauſe du Baume & des Aromats .
dont elles font munies. Ces
Corps fous leurs couvertures ont
de petites Images de terre ver
te de differentes figures fur leur
eftomach , & mefme ſi extrava
gantes qu'on les prendroit pour
des Idoles. Quelques - uns ont
creu que c'eftoit leurs Talifmans .
Les ongles des pieds & des mains
font peints de Vermillon. C'a
efté de tout temps la couftume
des Egyptiens de peindre ces
S
du Mercure Galant. 45
parties de leurs Corps chez eux
apres leur mort.
On trouve auffi de ces Mumies
enfevelies fur les Montagnes
dans le fable , où le Soleil venant
à donner à plomb , en fait
diftiler une certaine liqueur ou
graiffe fouveraine , qu'on appelle
auffi Mumie , qui guerit die
verfes maladies communes , le
Spafme , les Schirres , l'Artriti
de , le Tetanus ou contraction
de Nerfs , Tartres. Voila l'effet
de celles qui font embaumées
par dehors. Mais je ne trouve
aucun Auteur ancien qui ait parlé
de ces Mumies . Ce n'eft pas
cer Alphalte , Bitume ou Pétrole
qui diftile des Rochers , &
qui paffe mefme au travers ; quoy
qu'ils puiffent avoir quelques
A
46 Extraordinaire
vertus excellentes .
Les Egyptiens . ont une autre
efpece de Mumies , qui font des
Corps défechez . Ils les endur.
ciffent tellement , qu'il n'y a
point de Parchemin qui en apro
che en dureté , & mefme ils ne
font guere moins durs que PAI "
rain . Saint Auguſtin au diſcours
120. des divins Noms , Chapi
tre 12 parle de ces Cadavres
ainfi endurcis , & on les appelle.
en la langue du pays Gabbares.
C'eft ainfi que les nomme Ift
dore , auffi en fa Glofe, felon la
langue de ces Regions . Mais ces
Gabbares ne rendent aucune liqueur
, ou graiffe , comme les
autres.
On remarque que les Egy
ptiens vuidoient les entrailles de
du Mercure Galant.
47
ces derniers Corps ; & comme
on n'y trouve aucune incifion
fur l'eftomach ny au ventre , de
là on a préfumé qu'on les tiroit
par le fondement , & la cervelle
par les narines ; cu s'il y en
avoit quelqu'une , elle eftoir fi
bien coufuë , que l'on ne pou
voit s'en appercevoir. C'eftoit
de cette maniere qu'ils les embaumoient
par le dedans ; eftant
pourtant enfevelis dans leurs
linceuls de la maniere que les
autres. Ces Corps n'eftoient
point fujets à la corruption , &
c'eftoient ceux qui estoient or
dinairement dans les Pyrami
des .
Nous dirons en paffant que
les Egyptiens vendent rarement
de ces Corps appellez . Mumies
48 Extraordinaire
ou Gabbares , parce que les Maîtres
des Vaiffeaux n'en veulent
pas permettre le tranfport en
Europe , comme fi ces corps enlevez
de leur pays ,
préfageoient
fur Mer quelque finiftre acci.
dent , foit que leur imagination
foit préoccupée de cette fuperftition
, ou que quelquefois il
s'en foit enfuivy quelque effet
furprenant , comme Tempeftes,
Vents ou Orages , qui les ayent
jettez dans cette erreur , ils en
attribuent toûjours la cauſe a
ces Corps tirez de leur Sepulture.
Ce n'eft pas qu'en effet la
graiffe ou l'huile que l'on tireroit
de ces Corps , ne fuſt auſſ
fouveraine que le Baume d'Egypte.
Les odeurs & les parfums
dont
du Mercure Galant.
4.9
dont on fe fervoit ordinairement
chez les Egyptiens , eſtoient le
Baume d'Egypte , n'y ayant que
ce Royaume qui en produife.
L'encens , la Myrrhe , & d'autres
Aromats , qu'engendre l'Arabie,
y eftoient employez , auffi
bien que ceux qui viennent de
Corycie , de Sabée , de Cilicie
& d'autres Regions du Levant ;
& mefme du temps de Neron,
on remarque que cet Empereur
fit une dépense fi prodigieufe
aux Funérailles de Poppée fon
Epoufe , pour ces odeurs & ces
parfums Aromatiques , qu'à peine
l'Arabie pourroit - elle ſuffire ,
& fournir en une année ce que
fa prodigalité confuma en un
jour. Le Corps de cette Impératrice
ne fut pas brûlé , comme
Q. deJanvier 1685.
-
E
50 Extraordinaire
c'eftoit la couftume de ces temslà
, ainfi que la fuite le fera connoiſtre
.
;
Les Juifs ont imité la méthode
d'enfevelir les Corps comme
les Egyptiens
car ils les embaumoient
, mais feulement par
dehors , & les couvroient ou de
linceuls , ou de drap de Pourpre,
& les ferroient auffi de bandes .
C'est ce qui fe remarque dans
les Funérailles du Roy Afa,
comme on le lit au Livre 2. du
Paralipom. 10. n . 4. où la Pompe
alla jufqu'à un grand excez .
Ils les mettoient enfuite au
Tombeau, felon que dit Sanchez
fur le Livre des Roys Chap.3 .
n. 12.
Cette coustume a efté meſme
introduite en l'Eglife depuis ce
du Mercure Galant,
temps -là , comme le remarque
Tertullien en fon
Apologétique,
où la profufion & les dépenfes
du Baume & des autres odeurs
Aromatiques eftoient fi excef.
fives & fi indignes des Chrẻ.
tiens , qu'il s'emporte contre ces
excez par ces paroles . Si les Arabes
fe pleignent , dit - il , que ceux
de Sabée fçachant que leurs Aromats
feront employez plus curieufement à
embaumer & à enfevelir les Chré.
1 tiens , qu'à parfumer leurs Autels.
U
Les mefmes odeurs ou de pareilles
, fe jettoient dans les
Tombeaux ou dans les Buchers,
comme ce difcours le fera voir
en fon lieu . Mais revenons aux
Sepulcres & aux Tombeaux.
L'Ecriture Sainte ne fait- elle
e pas mention des Monumens
E ij
52
Extraordinaire
la
merveilleux , conftruits pour
Sepulture des Roys de Juda , &
principalement de celuy que fit
ériger Salomon pour David fon
Pere , fur les deffeins
que
David
mefme en avoit donnez? Ce Sepulcre
eftant en grande vénération
chez les Juifs , tomba en
ruïne fous l'Empereur
Adrien ,
comme marque Dion en la vie
de cet Empereur.
Jofephe en fes Antiquitez Judaïques
Livre 11. Chapitre dernier
, témoigne que dans le Sepulcre
de David , & dans celuy
de Salomon , il y avoit eu de
grandes richeffes enfermées ,
aufquelles il eftoit défendu de
toucher. C'eftoit en la Ville de
Sion où ces Monumens eftoient.
Toutefois Hyrcan , grand Pondu
Mercure Galant.
53
tife , eſtant affiegé en la meſme
Ville par Antiochus , pour la
racheter du Siége , & pour éloigner
l'Ennemi , fut contraint ide
faire foüir dans le Sepulcre de
David , & d'en tirer trois mille
Talens , dont une partie fervit à
détourner Antiochus de fon entrepriſe
, & l'autre fut employée
à lever une Armée pour la défenſe
de la mefme Ville . La néceffité
obligea ce Pontife à fai
re foüiller dans la Sepulture des
Roys contre la défenfe.
Mais long temps apres , le meſ
meJofephe rapporte , que le Roy
Herodes avide d'or & d'argent,
n'eut point de fcrupule de violer
la Sepulture de ce mefme.
Roy , en faisant ouvrir ce Mo--
nument.
E iij
54
Extraordinaire
D'abord il en tira de tres riches
Ornemens qui y estoient
enfermez ; mais il ajoûte qu'on
ne pût parvenir jufques aux
Cendres & aux Trefors de ce
Roy , & qu'une flâme foudaine
s'eftant élevée du fond du Sepulcre
, y confuma deux Satellites
que ce Roy y avoit employez
, pour chercher les Trefors
qu'il en vouloit tirer
que le Ciel purit ainfi l'avarice
d'Herodes, qui fut obligé de faire
remettre le Monument au
mefme état qu'il eftoit auparavant.
>
&
Ce n'eftoit pas feulement avec
les Corps des Roys , que l'on inhumoit
des Trefors & des
chofes prétieuſes ; mais meſme
avec ceux des Prophetes , com .
2
du Mercure Galant. ss
1
-C
1.
>
me Sozomene le fait voir au
dernier Livre de fon Hiftoire
Ecclefiaftique . Ce fut à ce def
fein que les Chaldéens en la prife
de Jérufalem défoüirent les
Offemens des Roys de Juda , des
Princes , des Prophetes , & d'au
tres principaux de la Ville ,
pour en tirer les Trefors &
d'autres richeffes , fi elles y
eftoient cachées , comme le
Prophete Jéremie l'avoit prédit
beaucoup auparavant , pleurant
fur les miféres de cette Ville , &
comme le Prophete Baruch les
a depuis déplorées amérement.
C'est ce qui fut remarqué en la
découverte du Corps de Zacharie
auffi Prophete , qui arriva du
temps du mefme Baruch : car
on trouva à fes pieds un certain
E j
56 Extraordinaire
3
7
petit enfant Hebreu forty de race
Royale , ayant une Couronne
d'or en fa tefte , & des chauſ
fures d'or à fes pieds , & le
corps couvert d'un habit prétieux
; ce qui eftoit la marque
du grand foin & de la finguliere
vénération que les Anciens
avoient pour les Corps des illuftres
Défunts, de les accompa
gner de fi riches ornemens.
On a auffi trouvé dans les
mefmes Monurnens ou Sepul.
cres, des Médailles tres- Antiques,
qui d'un cofté portoient la figu
re d'Empereurs , de Roys ou de
Princes , & de l'autre des lettres
Hieroglyphiques , des Trophées
d'Armes , des Devifes ou
des Emblémes ; & c'eſt dont les
Médalliftes picquent la curiofité
"
du Mercure Galant. $7
de ceux qui aiment les Antiquailles
. Brafficamus à fait paroiftre
dans fon Promptuaire fes
recherches au contentement des .
Sçavans & des Curieux.
Plutarque auffi parlant de la
ville de Pélufe , préfentement
dite Damiete , Strabon Livre-
15. & Ammiam Marcellin Livre.
6. difent que les Roys des Macédoniens
& des Perfes avoient
auffi couftume d'enfermer des .
Trefors dans leurs Tombeaux.
Planudes en lifant des Infcriptions
de Sepulcres , découvrit
ingénieufement un Trefor caché
dans un Monument antique,
& cet Arabe fubtil , qui ayant
leu fur le front d'une grande
Statuë , qui eftoit au frontispice
d'un Sepulcre à découvert , ces
58
Extraordinaire
lignes : Aux Ides de May j'auray la
tefte d'or , fçeut pénétrer dans le
fens de ces paroles ; car bien
que l'on euft déja caffé la tefte
à cette Statuë aux Ides de May,
on fut obligé de la rétablir en
fon entier , pour ne la pas défigurer
, dautant qu'on n'y avoit
trouvé que du marbre ;
du marbre ; mais luy
plus intelligent alla foüir au premier
jour des Ides de May , au
lieu où l'ombre de cette tefte
donnoit , & y trouva autant d'or
que l'ombre fe pouvoit étendre
fur la terre.
L'ufage des Romains fut auffi
affez frequent d'accompagner les
Corps de richeffes en leurs Sepultures.
Toutefois la Loy des
XII. Tables le défendit enfuite
, pour ne pas donner lieu
du Mercure Galant.
59
à violer les Sepulcres des Morts ,
& pour reprimer l'avarice . Voi
la ce que porte cette Loy , neve
aurum addito. Il n'y a pas d'autre
raison que ces Trefors cachez
donnoient occafion de rompre
les Tombeau , de violer la
Sepulture , & de porter les Avares
à cette infamie de foüiller
jufque dans les lieux facrez ce
qui a efté défendu de tout temps .
Philoftrare en la vie d'Apollonius
liv. 7. affure que cet ar.
gent qui avoit efté tiré de la Sepulture
des Morts ne devoit
point entrer dans le commerce
des Hommes principalement
celuy qui y avoit efté dérobé ,
ou qui eftoit tiré des Tombeaux
par avarice .
Le Roy Théodoric fit deux
60 Extraordinaire
1
Ordonnances fur cette matiere,
dont l'une enjoignoit l'information
contre ceux qui avoient ofé
foüiller dans les Sepulchres &
en violer le droit , & l'autre qui
commandoit de rapporter au
bien commun & à l'utilité pu.
blique , les richeffes qu'on auroit
trouvées par hazard dans les
Tombeaux .
L'Hiftoire de Padout fur fes
Antiquitez rapporte que l'on
trouva dans le Tombeau d'Antenor
, qui fut le Fondateur de
cette Ville , plus de trente mille
livres d'argent , qu'il y avoit fait
mettre avant que de mourir.
Mais cette Infcription que Semiramis
Reyne de Babylone , fit
pofer de fon vivant fur fon Se.
pulcre , trompa finement l'avadu
Mercure Galant. 61
rice du Roy Darius . Elle y avoit
fait graver en groffes lettres ces
Mots : Si cui Regum Babylonis fuerit
pecunia penuria , aperto Sepulcro,
fumito. Ce Monument demeura
plufieurs Siécles en fon entier ,`
fans qu'aucun des Defcendans ou
Succeffeurs de cette Reyne y
touchaft , juſques au temps de
Darius. Ce Roy aveuglé d'une
avarice extréme , quoy qu'il fuft
le plus puiffant , & le plus riche
de tous les Roys du Monde,
paffant par là , & ayant leu cette
Infcription , au lieu des immenfes
Richeffes qu'il efperoit y
trouver , n'y rencontra rien que
ces autres paroles gravées au dedans
qui luy reprochoient avec
honte fon avarice. Nifi pecunia
effes inexplebilis , & turpis lucri
62 Extraordinaire
cupidus , defunctorum Sepulcra non
violaffes. Quelle infamie pour un
Roy & quelle tache qui ne
pourra jamais s'effacer!
La magnificence des Sepulchres
a paru tant aux Pyrami
des , dont nous avons parlé ,
qu'en la ftructure differente des
uns & des autres. Mais voila
d'où vient ce nom de Maufolée,
qu'on donne aux plus beaux Se.
pulchres & aux Tombeaux les
plus fuperbes , tant de l'Antiquité
que des Modernes ; & mefme
aux représentations qui fe
font dans les Temples , en la
mort des Roys , des Reynes , ou
des grands Heros.
Artemife Reyne de Carie , un
des Royaumes de l'Afie majeure
, voyant Maufolus
fon
du Mercure Galant.
63
Epoux mort , touchée d'une
vive douleur , fit ériger en fon
honneur & en fa memoire un
Monument , qui du nom de ce
Prince prit celuy de Mauſolée.
La ftructure de ce Tombeau fut
d'un fi excellent ouvrage qu'elle
luy fit douner le nom de la fixiéme
Merveille du Monde. La
figure en eftoit quarrée , & cet
Ouvrage fut donné à quatre
Maiſtres des plus habiles pour y
travailler. La partie Orientale
fut deſtinée à Scopas pour la
graver ; celle du couchant à
Leocare ; celle du Septentrion à
Briaffe , & celle du Midy à Timothée
. Ce grand Monument
fut formé en Pyramide , comme
la plus part l'eftoient dans ce
temps - là . Au fommet de ce
64
Extraordinaire
grand Ouvrage , eftoit la Satuë
du Roy affis dans un Trône la
Couronne en la tefte . Le commencement
& la Bafe eftoient
par Portiques & fans Marches.
La feconde élévation fuivoit la
mefme forme , mais avec des
Marches murées en dehors ; &
la troifiéme avec des Marches
en dedans pour monter au plus
haut. Les Arcades du premier
Etage eftoient fi larges , que d'un
Pilliers à l'autre il Y avoit 73.
pieds . Elles eftoient fupportées
de 36. Colomnes d'une pierre
feule chacune.
La merveille de ce Monument
confiftoit en l'Architecture, en la
grandeur , en la hauteur , & en la
Sculpture . Comme c'étoit l'Ouvrage
des plus fçavans Maiſtres ,
du Mercure Galant.
651
auffi n'y fut- il rien épargné pour
la dépenfe . La grandeur des Sta--
tues qui en faifoient l'ornement,
furprenoit les yeux . Ce ne fut
pas affez que toutes ces Merveilles
pour en faire une , fi Ar.
temife , Epouſe de Maufole , ne
faifoit voir quelque chofe de :
plus merveilleux . C'est elle qui
apres avoir rendu les derniers
devoirs à fon Epoux avec toute
la pompe imaginable , & ayant
fait confumer fon Corps dans le:
Bucher avec les Odeurs , less
Parfums & les Aromats les plus™
préticux , en recueillit les Cendres
qu'elle enferma dans une
Urne d'or en ce mefme Monu--
ment . Mais cette Reyne ne vou-:
lant pas luy furvivre , s'enfermaz
au mefme lieu , & le refte de:
Q.de Janvier 1685, F
66 Extraordinaire
fes jours ne vécut que de ces
mefmes Cendres détrempées de
fes larmes pour tout aliment .
Ainfi elle mefme devint le Mau
folée de fon Epoux , en expirant
dans ce Monument. Ce
font là des marques d'une ten.
dreffe & d'un amour inexpliquable.
Je puis dire qu'au ſujet des ſept
Merveilles du monde , dont la
premiére , qui eft le Maufolée
eft du nombre , j'ay eſté affez
heureux pour les avoir entremef.
lées toutes dans un Diftique Latin
par leurs noms , avec celuy du
Roy , pour Infcription fur le
Louvre , avec d'autres qui ont
efté leuës à Verfailles , dans le
temps que beaucoup de monde y
travailloit. La curiofité du Public
du Mercure Galant.
67
me les fait employer icy.
Hoc Lodoici Ephefum , Mcmphim,
Babylona , Coloffum,
Maufolea, Pharon, cum Jove , vincit
opus .
Le Livre d'André Palladio, fur
les magnifiques Sepultures , imprimé
à Rome avec fes Figures ,
parle avantageufement du Maufolée
de la Reyne Artemife , en
faveur du Roy Maufolus fon
Epoux.
Varron & Pline rapportent les
merveilles du Sepulcre de Porfenna
, Roy d'Hetrurie , qui pre.
fentement eft la Tofcane , Il eft
prés la ville de Clufe . Ce Monument
eft de pierre , fait en
quarré, dont chaque cofté a trois
cens pieds de largeur. La Bife eft
auffi quarrée. Le corps de l'Ou-
Fij
68 Extraordinaire
vrage s'éleve jufqu'à la moitié en
Pyramide , & au dedans il y a un
Labyrinthe.Sur ce Labyrinthe on
voit une Plateforme qui foûtient
cinq Pyramides , quatre aux Angles
, & une au milieu . Elles ont en
leur Baſe foixante & quinze pieds.
Elles font hautes de cent cinquate
pieds , & tellement égales , qu'en
leur fommet il y a un Chapiteau
d'Airain qui les couvre toutes , &
qui foûtient cinq autres pierres
d'une hauteur prodigieufe. Du
pied de ce Monument jufqu'au
faifte , l'on compte cinq cens
pieds. C'eft où l'on tient que
Porfenna eft ‹ t inhumé .
Les Empereurs , les Roys & les
Princes , fur les modelles des Anciens,
fe font fait ériger de grands
& magnifiques Monumens pour
du Mercure Galant. 69
leurs Sepultures , comme pour fe
rendre immortels par ces Ouvrages
. On voit encore à Rome en
la Vallée Martia , les veftiges du
Sepulcre de l'Empereur Augufte,
fort prés de l'Eglife S. Roch. II
eftoit autrefois orré de Marbre
blanc , de Porphyre , de grandes
Colomnes , d'Obelifques , & d'excellentes
Statuës , & avoit douze
Portes & trois ceintures de Murailles.
Il eftoit de forme ronde
& de cent coudées de haut. Au
fommet eftoit la Statuë de cet
Empereur faite d'Airain , tenant
en fa main fon Sceptre , & ayant
une Couronne en la tefte. Il l'avoit
fait baftir . non feulement
pour luy , mais auffi pour les
Empereurs qui luy devoient fuc
ceder. Le Sepulcre de l'Empe
70 Extraordinaire
reur Adrien eftoit encore en
la mefme Ville , & c'eft où eft
maintenant le Château S. Ange,
qui eft joint par un Pont fur le
Tybre.
Ce Monument dans fon temps.
eftoit embelly & diverfifié de
Marbres differens & exquis , de
Statuës , de Chars de Triomphe ,
& d'autres Ornemens artificieufement
travaillez , mais ils furent
rüinez par l'Armée des Goths ,
du temps de Belifaire.
Le Pontife Boniface VIII . y
fit faire le Château qui s'y voit
prefentement , & qui porte le
nom de S. Ange ; car un Ange y
parut deffus l'épée à la main ,
comme pour chaffer la pefte qui
defoloit Rome , comme cela arriva
, & depuis le nom de S. Ange
du Mercure Galant.
7 ፤
Y
luy eft demeuré. Alexandre VI .
le ceignit de foffez & de baftions,
fit conftruire une Gallerie couverte
& une autre découver
te , qui va juſqu'au Palais de faint
Pierre . Paul III. a depuis embelly
ce mefme Château de divers
Apartemens fomptueux.
>
Il y a encore plusieurs autres
Maufolées en la mefme Ville ; rel
que celuy de Septimius Severus ,
que l'on apelloit Septizonium , à
caufe des fept Ceintures dont il
eftoit environné , & celuy de Ceftius
, qui ne cédoit pas au préce
dent en beauté , & dont il refte
encore des veftiges . Les Romains
font fi jaloux de ces marques
d'antiquité , que depuis un Cardinal
fe voulant fervir des rüines
d'un de ces illuftres Monumens ,
72
Extraordinaire
il en fut empefché par l'autorité
Pontificale.
Proche de ces magnifiques Se--
pulcres eftoient des Obelifques .
d'une hauteur étonnante , & d'une
feule pierre . Il y en avoit deux au
Maufolée d'Auguſte , de quarante-
deux pieds. On tient mefme
que les cendres de Jules Cefar
étoient au fommet de celuy qui
avoit foixante & douze pieds ; en
la place defquelles Sixte V. a fait
mettre de fon temps une riche
Croix . Il y avoit des Lettres &
des Caracteres Egyptiens gravez
autour,
On érigeoit auffi des Colomnes
proche des Sepulcres en la
mefme Ville . Celle qui fut bâtie
en l'honneur de l'Empereur Trajan
, comme dit le mefme Palladio
dis Mercure Galant.
73
dio , avoit cent vingt- huit pieds
de hauteur ; & cet Empereur ne
la vit pas , parce qu'ayant entre
pris la Guerre contre les Parthes ,
il mourut au retour de cette expedition
en la ville de Seuleucie
en Syrie. Mais depuis fes cendres
furent rapportées à Rome ,
& mifes dans une Vrne d'or au
haut de cette Colomne. L'an 1588 .
Sixte V. fit mettre au lieu de
cette Vrne l'Image de S. Pierre,
faite de Bronze doré & d'une
grande ſtature . Autour de cette
Colomne , les Guerres & les Vi.
& oires de Trajan étoient gravées
en figures de Marbre , & principalement
fon entrepriſe contre
les Daces ,
Il y a des Villes entiéres bâties
& deftinées à la Sepulture des
2. deJanvier 1685. G
74
Extraordinaire
Empereurs & des Roys , comme
Seleucie par Conftätin le Grand ,
Antinoë par l'Empereur Adrien,
quoy que fon Sepulcre ait eſté à
Rome , où prefentement eft le
Château Saint Ange , comme il
eft dit cy- devant , Bucephalie
par
Alexandre le Grand , Taphofyris
par les Egyptiens , & plufieurs
autres ; ce que témoigne
Zuingerus ,
Pour la matiére de ces Monu~
mens , la Pierre , le Marbre , le
Porphyre , & mefme le Verre y
ont efté employez , comme on
voit dans Strabon liv. 17. qui die
que Ptolomée érigea pour Alexandre
le Grand , un Sepulcre
entiérement de verre, où le corps
ne pouvoit rendre aucune mauvaife
odeur , & étoit toûjours
du Mercure Galant. 75
4]
i
prefent aux yeux par la tranfparence
de la matière .
Plutarque raporte que le Sepulcre
d'Anthée , ce Géant fameux
qui combatit contre Hercule , &
dont il fut vaincu , a foixante &
dix coudées de long, & qu'il étoit
tenu comme une chofe Sacrée ;
car fi la moindre partie en étoit
offencée , & n'étoit pas réparée
au plûtoft , une pluye continuelle
tomboit en la mefme Region , &
la defoloit .
Il en arrive prefqu'autant à l'égard
du Sepulcre du Poëte Stratus
, qui fe voit à Pompejopolis ,
ville de Syrie , comme fait mention
Olaus Magnus , contre lequel
fi un Paffant jette une pierre
, elle rejaillit auffi- toft contre
luy , plûtoft par un prodige que
Gij
76
Extraordinaire
par aucune
raiſon naturelle
. Ces
exemples
ne font icy raportez
que pour marquer
la venération
qu'on doit avoir pour les Tombeaux
, & pour ceux qui y prennent
leur repos.
Le Tombeau de Virgile , Prin .
ce des Poëtes Latins , étoit conftruit
à la vuë de la ville de Naples
, & étoit d'une grande éminence
;
mais maintenant il eft
couvert d'arbriffeaux & de brof.
failles. On en voit encore les
grands veftiges à l'entrée d'une
caverne du Mont Paufitippus ,
comme on le remarque dans le
livre des Monumens & des Eloges
des illuftres Perfonnages ,
avec cette Infcription .
Qui cineres ? Tumuli hæc veſtigia ;
conditur olim
du Mercure Galant.
77
Ille hoc , qui cecinit pafcua , rura,
duces.
Si les Payens fe font fait des
Dieux , de leur nombre la pluf
part étoient mortels . Lucien qui
s'en raille , raporte dans le Dialogue
qu'il intitule Philopater, que
le Sepulcre de Jupiter leur Sou
verain étoit conftruit dans l'Ifle
de Créte , en une certaine Vallée
où autrefois il avoit efté nourry,
lors que Cybéle fa Mere le mit
au Monde dans la Foreft Dictée,
où les Corybantes par leur bruit
& le cliquetis de leurs Armes
empefcherent que Saturne fon
Pere n'entendift les cris de l'Enfant,
& qu'il n'en fuft devoré.
Le mefme Autheur en fon Dialogue
, qui porte pour Tître le
Deüil , aprend beaucoup de cho
G iij
78
Extraordinaire
fesfur la matiére de la Sepulture.
On y voit entr'autres que les
Grecs, tantoft brûloient les corps ,
& tantoft les inhumoient . Que
les Perfes les enterroient avec
des meubles prétieux , & avec de
grandes richeffes , felon la qualité
des perfonnes. Que les Indiens
fe fervoient de Tombeaux & de
Buchers , & qu'ils oignoient les
corps de fuif. Que les Scythes.
mangeoient fouvent les corps
leurs Amis en de grands Banquets ;
que les Egyptiens les embaumoient
. Mais nous traiterons du
tout feparément.
de
Revenons du Prophane au Sacré.
Au milieu de la Vallée de
Jofaphat , on trouve le Sepulcre
d'Abfalon , Fils de David . Il eft
coupé dans la Roche à la pointe
du Mercure Galant .
79
du cifeau , mais les Juifs l'ont tellement
en horreur, qu'ils yjettent
des pierres en paffant , à caufe du
mauvais deffein qu'il avoit entrepris
contre le Roy fon Pere.
Prés de la ville de Jérufalem ,
on voit les sépultures des Roys
de Juda , pareillement taillées
dans la Roche , & feparées les
unes des autres . Ce font autant
de Sepulcres en forme de cabinets
, & dont les Portes ont cela
de merveilleux , qu'elles font de
pierre , & tournent fur des pivots
de pierre auffi , le tout n'étant
que d'une feule pièce.
Les Sepultures des Juges d'If
raël , ne font pas éloignées des
precédentes . Elles font profque
toutes en leur entier. La curio .
fité de les voir , porte les Voya-
G iiij
80 Extraordinaire
geurs à fe fervir d'Arabes , qui
pour peu d'argent donnent des
connoiffances du tout .
Le Sepulcre du Lazare eſt dans
la Bethanie affez profond , ayant
plufieurs marches pour y defcendre.
L'on tient que ce Monument
étoit commun à fa Famille;
car il n'eut pas efté conftruit en
fi peu de temps aprés fa mort.
C'eft de ce lieu que la Sageffe Incarnée
le tira pour le reffufciter,
en luy difant , Lazare , exiforas .
Les Sepulcres où ſont enterrez
Jes Innocens qu'Herode fit maf
facrer , font auffi taillez dans la
Roche ; comme auffi céluy de
fainte Paule vers Bethleem. C'eft
en fon honneur que S. Hierôme
a compofé cette Epitaphe.
Afpicis anguftum pracisâ rupe Sepulcrum
,
du Mercure Galant. 81
Hofpitium Paula eft caleftia regna
tenentis ,
Divitias linquens Bethlemiti conditur
antro.
Le Tombeau du mefme S. Hie
rôme n'eſt pas éloigné de là ,
ainfi que ceux de plufieurs autres
SS. Peres. L'on tient par une
commune opinion que la Refurrection
fe doit faire de tous les
Hommes en cette Vallée de Jo.
faphat au dernier Jugement , &
que comme il a efté poffible à
Dieu de divifer les Hommes en
la Transfiguration de Babylone,
il luy fera auffi facile de les raffembler
tous en un moment , au
mefme lieu , de toutes les Parties .
du Monde , pour y recevoir leur
jugement.
DE LA
SEPULTURE,
DES TOMBEAUX ,
Et du temps que l'on a brûlé
les Corps
.
C
Omme la Vie eſt le premier
principe des Hommes
; de mefme la Mort eft leur
dermer terme . C'eſt d'où vient
que le Droit de la Sepulture eft
fi ancien , que peu apres la
création du Monde , & la chûte
de nôtre premier Pere , il a eſté
introduit & mis en ufage . Dieu
du Mercure Galant.
15
dit au premier Homme apres fon
peché qu'il étoit poudre, & qu'il retourneroit
enpoudre , parce qu'apres
la mort les corps des Hommes
doivent eftre mis dans la Terre,
comme dans le fein de leur commune
Mere , d'où ils ont efté tirez
en leur naiffance .
Mais avant que de parler des
Tombeaux , de la Sepulture , &
de l'ufage que les Anciens y ont
obſervé , il eſt à propos de dire
que l'origine en a prefque commencé
avec le Monde , & que
les premiers Hommes ont enfévely
les Corps des Défunts .
C'est un foin & une pieté qui
s'eft pratiquée comme par une
Loy , que la Nature mefme avoit
impofée. L'exemple en a paffé
chez la Pofterité , & le foin des
>
16
Extraordinaire
Funerailles a efté en fuite religieufement
étably & obfervé.
Mais fur tout on doit dire qu'Adam
& Noë ont efté les premiers
qui ayent fait ouverture
de la Terre pour y ensevelir les
corps , n'y ayant eu perfonne qui
ait en leurs deux temps précédé
l'un ny l'autre.
Abel , comme rapporte Jofephe
liv. 1. Chapitre 3. de fes
Antiquitez Judaïques , à l'âge de
129. ans fut la premiere Victime
de la mort , & reçût un ſi mauvais
traitement de Cain fon frere
, que ce Barbare apres luy
avoir arraché la vie , en cacha
le corps dans les haliers , pour
ne luy pas donner la Sepulture,
exerçant encore une nouvelle
cruauté fur fon Frere
apres
fa
du Mercure Galant.
17
mort. Mais Eliphas Themanite
dit , que Cain apres un meurtre
fi fanglant , devint vagabond &
comme furieux , ayant toûjours
devant les yeux l'image de fon
crime ; qu'il ne fe retiroit que
dans les Cavernes & les Foreſts
comme une Beſte , & que Dieu
fulmina contre luy un decret,
par lequel il fut ordonné qu'il
perdroit la vie par le fer , &
qu'il deviendroit la proye des
Vautours & des Animaux fauvages
, ainlì que les Septante ont
interpreté le paffage de Job fur
ce ſujet Chapitre 15. verf. 22. &
comme Olimpiodore l'a expliqué
. Voila les termes de ce decret
; Hominem impium decretum ,
ait , effe à Deo in manus ferri , &
ordinatum in efcas vulturum . Ce qui
Q. deJanvier 1685. B
18 Extraordinaire
à la verité fut jugé une punition
rigoureuſe , mais digne de l'im..
pieté de ce Parricide .
.
Adam touché au vif de la
mort d'Abel fon fils , en fit chercher
le corps , & apres plufieurs .
jours de deuil , de larmes & de
foûpirs , prit le foin de l'inhu .
mer avec beaucoup de pompe,.
& luy erigea un Monument qui
devoit fervir à luy mefme ,
& à fes autres enfans .. L'on :
tient communément que ce nefut
pas loin de Sion . Voila la
premiere Sepulture & le pre.
mier Tombeau , auquel ce Pere
affligé ajoûta encore une belle
Epitaphe , conceuë en ces paroles.
Quis tantus de hoc loco , tamque
fonorus clamor ? Rogas Viator ?
adhuc inauditum tibi parricidium,
du Mercure Galant.
19
& c . Salien la rapporte en l'année
du Monde
130.
La privation de la Sepulture .
avoit quelque chofe d horrible.-
Ce fut toutefois de cette melme.
peine la plus barbare de toutes ,
que les Egyptiens traiterent les
Hebreux fous Pharaon leur Roy;
car apres avoir miferablement
porté le joug de fa tyrannie , &
un long & rude efclavages , ils
en jettoient les Corps dans les
Champs fans les enfevelir , & ne
permirent pas mefme de mettre
de la pouffiere deffus , ny de ré
pandre des larmes apres leur
mort ; mais Dieu vangea bien
cette barbarie , felon que le remarque
Philon Juif en la vie de :
Moyle.
La fainte Ecriture nous fait :
B. ij
20 Extraordinaire
connoiſtre, aux Nombres Chapitre
16. verf. 34. que Dieu mefme
a voulu quelquefois que les
impies , en vangeance de leurs
crimes , ayent efté privez de la
Sepulture en diverfes manieres ,
ou eftant engloutis tout vifs dans
les entrailles de la Terre, comme
il est arrivé à Coré , Datham &
Abiron , ou eftant confumez du
feu du Ciel , fans qu'il foit refté
la moindre partie de leurs corps
pour
eftre mife dans la Sepulture
, comme le mefme Jofephe &
Philon le rapportent .
Ce fut là une effroyable vangeance
, & un terrible Monument
, quand cinq fameuſes Villes
furent entierement confumées
du feu du Ciel avec tous
leurs Habitans , à l'exception de
du Mercure Galant, 21
Loth & de fa Famille , encore
fon Epouſe par fa faute fut- elle
changée en fa propre Image ; &
quand Sodome & Gomorrhe du
nombre de Pentapolis devinrent
une vafte Mer de fouphre & de
bitume , pour punir les crimes
de ceux qui les habitoient . Les
Hiftoriens en feront toûjours
mention , & la pofterité en parlera
à jamais .
5.
C'eft de là auffi qu'eft venu
ce fameux Lac appellé Afphaltide
, ou cette Mer morte , dont
Joſephe liv.
&
4.
de la Guerre
de Juifs , & Hegefippe liv.
14. Chapitre 18. recitent tant de
merveilles , & apres eux Ariftote
& Strabon , & plufieurs autres.
Mais revenons à Adam & å
12 Extraordinaire
Noë , dont nous avons parlé cy--
devant. Noë , ce grand Patriarche
, averty de Dieu qu'il euft à
baftir l'Arche , pour ſe garantir
luy & fa famille des eaux du Dé .
luge univerfel , femble avoir donné
à tous les hommes qui devoient
venir apres luy , une idée
de la Sepulture & des Tombeaux
, car comme dit Orohoaita ,
le plus fçavant & le plus fameux
de tous les Auteurs Syriens , liv. 1 .
du Paradis Terreftre , Partie 1 .
Chapitre 14. & la Bibliotheque -
des Pères , Chapitre 1. il convertit:
cette mefme Arche en un
Tombeau , & par une pieté infigne
envers les Vivans & les
Morts , en s'y retirant , emporta
avec foy les offemens d'Adam ,
qui avoient eſté tirez du Sepul2-
*
du Mercure Galant
23
1
S
3
chre d'Abel , & apres en efte
forty fain & fauf avec fa Famille ,
il en retira les, mefmes offemens.
d'Adam , qu'il avoit gardez com.
me un dépoft , & les partagea cn--
tre fes Fils avec les Parties de la
Terre , & dans la divifion qu'il
en fit , il donna à Sem qui eftoit
l'aifné , le Crane , & la Region
pour habiter , qui depuis a efté:
dire la Judée.
On tient communement que
le Mont - Calvaire eft le lieu où
le Crané d'Adam a efté enfevely
par ce mefme Sem, & en fui .
te le reste de fes autres offemens,
& que cette Montagne a pris
fon nom de cette Sepulture . C'eft:
une ancienne Tradition , qui a
duré chez les Syriens , dit le
mefme Orohoaita , & qui y dure
encore..
24
Extraordinaire
Mais il ne faut pas s'étonner,
fi ces chofes font paffées fous fi.
lence dans les Livres de Moyfe ;
& que ne faifant mention que
de la Creation du Monde , de
la Chûte du premier Homme ,
& de la Propagation du Genre
Humain , il ne rapporte rien du
premier Age du Monde . L'Auteur
de la précédente opinion a
receu comme par Tradition des
plus anciens Syriens , ce qu'il en
a écrit , & que les Juifs tiennent
de luy.
Saint Epiphane fur la fin de
fon Livre , parle ouvertement de
cette Divifion de tout le Monde
entre les Fils de Noë , & affure
que la Paleſtine , dans laquelle
la Judée eft compriſe , eftoit
tombée au fort de Sem , quoy
qu'il
du Mercure Galant. 25
qu'il foit arrivé en fuite que
les
defcendans de Cham s'en foient
emparez par violence . C'eſt enfin
le fentiment de tous les Peres
, que les os d'Adam ont efté
portez apres le Déluge en la
Paleftine , où ils ont efté enfevelis.
C'est ce que confirme
Torniollus année 930. de fes Annales
Saintes , & Salien en la
mefme année.
Comme il n'y a pas à douter
de la pieté de Noë envers les os
d'Adam felon que faint Bafile
fur Ifaye Chapitre 5. & Theo.
phylacte fur Jonas Chapitre 19.
le remarquent , on doit dire auffi
que
le foin charitable de la Sepulcure
, des Funérailles
Tombeaux , & du Miniftere qui
s'y obferve , a pris fon origine
2. deJanvier 1685.
C
des
26 Extraordinaire
d'Adam , & poftérieurement de
Noë , qu'il s'eftétendu en fuite
à toute la Poftérité , & qu'il a
enfin obtenu la force d'une Loy
inviolable. D
La Tradition des anciens Juifs
cft d'une grande authorité pour
perfuader que les offemens d'A
dam ont efté enfevelis en Hebron
, comme faint Hierômé le
répete plufieurs fois , & la plus
grande partie des Peres le tiennent
auffi , & fur tout dans le
lieu du Calvaire , la Paleftine ,
la Judée & Hebron eſtant preſque
la mefme chofe ; tous lefquels
Peres Malveda cite en fon
Livre du Paradis Terreftre, chapitre
54. & 55.
A l'égard de la Sepulture chez
les Anciens Hebreux , ne rapdu
Mercure Galant. 27
1
7
porte. t'on pas qu'Abraham par
une révelation divine , entre les
Actions les plus confidérables,
avoit une grande vénération
pour ce dernier devoir que l'on
rend aux Défunts ? Car quand il
eut perdu Sara fa chere Epoufe,
n'acheta t'il pas par quatre cens
Sicles d'argent le Champ nommé
Ephron , pour y porter le
Corps de la Défunte? Ce fut par
la le premier qui dedia une choi
fe profane à l'ufage picux & facré
de la Sepulture , comme le
dit la Genefe Chapitre 23 .
A
23.
Mais felon le fentiment de
faint Chryfoftome Homelie
ce qui eft de plus confidérable ,
ce grand Patriarche ne s'eftoit
rien acquis par aucun prix d'argent
avant. ce Champ & cette
Cij
28
Extraordinaire
Sepulture , pour n'avoir rien devant
les yeux ou dans l'efprit de
plus prefent que le Tombeau;
& ce mefme Saint le loue pour
fon extréme pieté d'avoir pris
tant de foin de la Sepulture , tant
pour luy que pour les fiens .
Ce n'eft pas encore affez pour
Abraham d'avoir religieuſe..
ment pourvû à la Sepulture de
Sara mais il s'eft porté à la
Pompe des Funérailles , qu'il vou
lut y eftre obſervée , avec des
larmes & des plaintes ; ce que
Moïse exprime en la Geneſe Cha
pitre 23. par des termes dignes
d'un fi grand Perfonnage , mef
me apres avoir rendu les der
niers devoirs aux Manes de fon
Epouſe , il pria les Hethéens
d'avoir le mefme foin de fa Sedu
Mercure Galant.
29
car
pulture , & de ne luy pas denier
ce droit d'humanité , fitoft
qu'il auroit rendu l'ame
le deuil & les plaintes ne défignent
pas feulement les larmes .
& les foupirs , que les vifs reffentimens
de la douleur tirent
du coeur & des yeux , mais tout
ce qui peut regarder les Fune.
railles & leur Pompe.
Moyle remarque que les fentimens
de douleur , & la magni.
ficence de la Pompe funebre ne
furent pas moindres en la mort :
de Jacob; auffi Patriarche, & pe--
tit fils d'Abraham , qu'ils avoient
eſté en la mort d'Abraham meſ
me ; & ce Jacob pere de Jofeph,.
ne regretta pas moins la privation
de la Sepulture de fon Fils ,
C iij
39
Extraordinaire
que la mort pitoyable & funeſte
de ce mefme Fils , laquelle fes
Freres avoient annoncé à leur
Pere eftre
malheureuſement arrivée
, pour avoir efté devoré
des Beftes fauvages ; tant le foin
de la Sepulture eftoit recommandable
chez les anciens Hé
breux . C'est ce que remarque
Philon Juif. En effet , cet Auteur
fait une peinture trifte &
lugubre de Jacob affligé pour la
mort de ce Jofeph. Les termes
en arracheroient de la tendreffe
des coeurs les plus infenfibles , &
feroient couler les larmes des
yeux des plus endurcis.
C'eft de là auffi que ces Saints
Patriarches , comme la fainte
Ecriture l'enfeigne , Genele Chapitre
35. prenoient foin d'elever
du Mercure Galant.
3F .
des Pyramides fur les Sepulcres
des leurs . Jacobce Saint Per
fonnage , comme dit Brochard
en la Defcription de la Terre
Sainte , fit ériger fur le Sepulcre
de Rachel fon Epoufe , une Pyq
ramide d'un excellent Ouvrage,
au pied de laquelle & tout au
tour il en fit placer douze autres
un peu moindres , felon le
nombre de fes Enfans, tant pour
rendre ces Monument illuftre a
la pofterité , que pour marquer
L'efperance de la Refurrection &
de la Vie immortelle , commer
témoigne.de -Lyra parlant de ce
Patriarche .
La Geneſe Chapitre 5o.net
nous reniet - elle pas en memoi
re quelle Pompe funebre ce mef
me Jacob reçût en Egypte apres
Ciiij
32
Extraordinaires
y eftre mort Son Corps fut
honoré d'un fuperbe & magni
fique appareil , & auffi éclatant
que fi c'euft efté celuy d'un Roy,
& les mefmes honneurs furent
pareillement rendus à Joſeph ſon
fils Intendant de l'Egypte , apres
fon trépas.
Saint Ambroife eftime que la
couftume de faire des Obfeques.
eft venue des anciens Hebreux;
car Jacob fut regretté pendant
40. jours , & Moyfe durant 30 .
Cette couftume s'eft diverſe.
ment introduite chez les Nations
poſterieures , comme la fuite le
fera remarquer.
Mais entendons ce que dit
Ciceron fur le foin de la Sepulä
ture. Ce foin , dit - il , marque l'ef
poir de l'Immortalité. Car pourquoy
du Mercure Galant.
33
P
•
s'attacherfifort &fi naturellement
la Sepulture , s'il ne s'enfuit la réi
nion du Corps avec fon Ame , &
que la mort ne foit un paſſage à une
meilleure vie ? A quoy fervent ces
grands Monumens * ces Sepulcres
magnifiques ces Epitaphes , & ces
préparatifs de Pompe funebre ,
Aut
fi ce n'est une esperance de l'avenir
? Voila des termes qui ne fentent
pas le Pyen , mais un ef
prit, éclairé des lumieres de la
Foy. og
Les anciens Hebreux avoient
des Sepulchres particuliers aux
Familles , & d'autres communs
aux Estrangers , qu'ils appelloient
, Polyandria , comme vou,
lant dire que ces Monumens
eftoient pour un grand nombre
de Corps eufemble , ainfi que le :
34
«Extraordinaire
"
mot le fignifie , & c'eftoit où les
Perfonnes inconnues eftoient enfévelies
.
Les Egyptiens rendoient un
culte & une veneration fingu
liere aux Corps des Défunts ,
comme aux organes de leurs
Ames, qu'ils croyoient , ainly que
dit Herodote Livre 1 , immortelles.
A ce fujet , ils prenoient un
grand foin de les embaumer , &
de les munir de quantité d'o
deurs & d'aromats , pour leur
donner beaucoup de fuavité , &
les garantir à mefme temps de
la corruption. Ils employoient
à ce foin jufques à 40. & 50. jours,
& d'avantage s'il eftoit neceffai
re , comme on le voit en la Ge
nefe , & dans Diodore le Sici
lien Livre 1. Chapitre 2. Mais on
du Mercure Galant.
35
trouve deux manieres de faire
ces Embaumemens .
Caffien , Colloque 15. Chapitre
3. explique d'où peut venir
que les Egyptiens prenoient un
fi grand foin d'embaumer leš
Corps , & de les mettre en des
lieux élevez pour les conferver
avec plus de feureté .
·
La nature de l'Egypte eft telle
, dit il , que la plus grande
partie de la Terre eft inondée
des eaux du Nil , qui fe dégor
ge & couvre les Campagnes tous
les ans , & pendant un aſſez
long intervalle de temps , y laiffant
un limon & une vafe pourriffante.
Alors les Egyptiens font
contraints de mettre ces Corps
ainfi embaumez & liez fortement
de bandes , dans les, lieux
1
36 Extraordinaire
les plus hauts & loin de l'humi
dité. Ces lieux font ordinairement
les Montagnes , où ils les
enfoüiffent dans le fable , ou des
Roches taillées , en forte qu'ils
y font des Cellules
propres à
enfevelir les Corps . Ils les met
tent auffi en de hautes Pyrami
des , comme on faifoit principalement
ceux des Rois & des
Princes de l'Egypte , qui de leur
vivant avoient pris foin de les
faire baftir eux mefmes ; de là
viennent ces grandes Pyramides
de Memphis ou du grand Cai
re, & d'autres lieux voifins.
Les
Deferts de
l'Egypte ont
encore plufieurs de ces Pyramides
, dont par l'antiquité quel .
ques unes font enfoncées
dans le
fable , d'autres font à demy rom
du Mercure Galant.
37
་
puës , & d'autres font encore en
leur entier , & l'on y peut monter
par le dehors › y ayant des
Marches qui vont tout autour ;
& fur le milieu l'on trouve des
Voutes fort étendues & fpacieufes
, où l'on peut entrer , & ce
font les lieux où les Corps des
Rois & des Princes de l'Egypte
ont efté enfevelis. On peut parvenir
jufques au fommet par ces
mefmes Marches ; mais la defcen.
te en eft beaucoup plus difficile
à caufe de la hauteur , les yeux
pouvant eftte éblouis j c'eft
pourquoy on prend ordinairement
des Guides. M Fer.
manel , Conſeiller du Parlement
de Rouen , ayant fait le Voya
ge de la Terre Sainte , en parle
comme Témoin oculaire , en for
38
Extraordinaire .
Voyage du Levant , eftant alors
accompagné du Sieur Scohouë
Eftranger.
On voit autour de ces Pyramides
des Hieroglyphes gravez,
dont les fignifications & les mar
ques font Myftérieuſes . Le Pere
Kirker en a fait un fçavant Recueil
, & en a donné l'interpré.
tation en cct Ouvrage curieux ,
durant qu'il eftoit Bibliothecaire
du Vatican.
On a mefme trouvé des Trẹ.
fors , & de grandes Richeſſes
dans le fond de ces Pyramides;
& de là on préfume que les
Corps des Rois & des Princes ,
& leurs Trefors ont efté enlevez
, depuis que le grand Caire
& plufieurs autres Villes ont efté
bafties en Egypte , où on leur a
du Mercure Galant,
39
A dreffé d'autres Monumens ma
gnifiques pour les y conſerver.
Les pierres des Monumens font
tachetées de rouge & de blanc,
car
telle en' eſt la nature , n'y
ayant guere d'autre Marbre dans
ce Pays.
La plus commune opinion des
Auteurs qui ont écrit de ces Pyramides
anciennes , eft que dans
l'Egypte , il y en a trois princi.
pales. La plus haute dès trois ,
comme difent Pline , Strabon ,
Pomponius Mela , Démocrate ,
Ammian Marcellin , Oforius &
autres , eftoit conftruite de pier
res apportées de l'Arabie , &
c'eftoit un prodige comment on
avoit peu tirer des pierres d'une
fi immenſe étendue & d'une fi
grande pefanteur , & les mon
40 Extraordinaire
ter apres les avoir mifes en ou
vrage. On tiendroit pour une
Fable , que trois cents foixante
mille hommes y ayent travaillé
vingt années pour l'achever. Sa
bafe occupoit huit Arpens de
terre. Les quatre Angles avoient
chacun de leur coflé huit cents
quatre vingts trois pieds de longueur.
La hauteur , à prendre de
la bafe au fommet , eftoit de 363
pieds. Les deux autres Pyrami
des font moindres en toute leurs
parties.
On peut juger que les Egyptiens
ont efté ceux qui ontexcellé
par deffus toutes les autres
Nations en la magnificence &
en la pompe de leurs Sepulcres
& de leurs autres Monumens,
comme difent Herodote Livre 3.
du Mercure Galant.
41
Diodore Livre 1. Strabon Liv . 17.
& Pline Livre 16: Chapitre 123
comme auffi en la dépenfe exceffive
, & au nombre des Artifans
qu'ils y employoient. Leurs
Tombeaux n'eftoient pas feule.
ment ornez de Pyramides , mais
encore de Coloffes , de Statuës ,
de Sphinx , de Colomnes , d'Obelifques
, de Labyrinthes , &
d'autres fuperbes ornemens . C'eſtce
que dit Martial au commencement
de fes Epigrammes , en
faifant comparaifon avec un Ouvrage
d'un des plus grands Em--
pereurs Romains.
-
Barbara Pyramidum filcat mira--
cuta Memphis.
En voila encore une autre , ”
qu'Amafis Roy d'Egypte avoirfait
conftruire , de laquelle laa
DD 2. deJanvier 1685.
4,2 Extraordinaire
merveille confiftoit en fa figure
& en fa grandeur ; mais c'eftoit
plûtoft par vanité & par oftentation
, qu'autrement . Ce Monument
eftoit fait en figure de
Sphinx , & d'une fi vafte largeur,
que le ciscuit feulement de la
tefte , à prendre par le front ,
avoit cent deux pieds. Sa longueur
eftoit de cent quarantetrois
, & la hauteur eftoit depuis
le nombril , jufqu'au fommet de
la tefte de 82. comme dit Pline
Livre 36. Chapitre 12. Et ce qui
eft encore plus furprenant , &
qui paffe toute créance , l'Ou,
vrage eftoit de Marbre , & d'une
pierre feule & naturelle. Voila
la Sepulture de ce Roy , dont
parle Lucain Livre 9 .
Non mihi Pyramidum Tumulis
cuulfus Amafis...
du Mercure Galant.
433
Ces mefmes Merveilles font,
rapportées par Bellonius , en fes
Obfervations fingulieres Livre 2 .
fur les Ouvrages admirables de
P'Antiquité , & par Pierius en
fes Hieroglyphiques Livre 60..
Platon mefme en fon Phedon ,
infere l'immortalité de l'Ame par
les Corps des Egyptiens , qui ,
demeuroient incorruptibles apres
tant de Siécles en leurs Tombeaux.
3
Ileft icy à propos de parler,
des / Corps qui fe trouvoient , &
fe trouvent encore dans les Se--
pulcres de l'Egypte. On leur
donne le nom de Mumies , Ily en a
de deux fortes ; les uns font embaumez
par dedans , & les autres
par dehors . On en trouve
en des lieux taillez dans les Ro
Dij
44
Extraordinaireches
rangez à colte l'un de
l'autre , enveloppez de Linceuls
rayez de diverfes couleurs , &
ferrez de Bandes diverſement
rayées auffi . Ces Mumies qui font
embaumées par dehors , fe confervent
fans corruption en leurs
linceals , & en leurs bandes , à
cauſe du Baume & des Aromats .
dont elles font munies. Ces
Corps fous leurs couvertures ont
de petites Images de terre ver
te de differentes figures fur leur
eftomach , & mefme ſi extrava
gantes qu'on les prendroit pour
des Idoles. Quelques - uns ont
creu que c'eftoit leurs Talifmans .
Les ongles des pieds & des mains
font peints de Vermillon. C'a
efté de tout temps la couftume
des Egyptiens de peindre ces
S
du Mercure Galant. 45
parties de leurs Corps chez eux
apres leur mort.
On trouve auffi de ces Mumies
enfevelies fur les Montagnes
dans le fable , où le Soleil venant
à donner à plomb , en fait
diftiler une certaine liqueur ou
graiffe fouveraine , qu'on appelle
auffi Mumie , qui guerit die
verfes maladies communes , le
Spafme , les Schirres , l'Artriti
de , le Tetanus ou contraction
de Nerfs , Tartres. Voila l'effet
de celles qui font embaumées
par dehors. Mais je ne trouve
aucun Auteur ancien qui ait parlé
de ces Mumies . Ce n'eft pas
cer Alphalte , Bitume ou Pétrole
qui diftile des Rochers , &
qui paffe mefme au travers ; quoy
qu'ils puiffent avoir quelques
A
46 Extraordinaire
vertus excellentes .
Les Egyptiens . ont une autre
efpece de Mumies , qui font des
Corps défechez . Ils les endur.
ciffent tellement , qu'il n'y a
point de Parchemin qui en apro
che en dureté , & mefme ils ne
font guere moins durs que PAI "
rain . Saint Auguſtin au diſcours
120. des divins Noms , Chapi
tre 12 parle de ces Cadavres
ainfi endurcis , & on les appelle.
en la langue du pays Gabbares.
C'eft ainfi que les nomme Ift
dore , auffi en fa Glofe, felon la
langue de ces Regions . Mais ces
Gabbares ne rendent aucune liqueur
, ou graiffe , comme les
autres.
On remarque que les Egy
ptiens vuidoient les entrailles de
du Mercure Galant.
47
ces derniers Corps ; & comme
on n'y trouve aucune incifion
fur l'eftomach ny au ventre , de
là on a préfumé qu'on les tiroit
par le fondement , & la cervelle
par les narines ; cu s'il y en
avoit quelqu'une , elle eftoir fi
bien coufuë , que l'on ne pou
voit s'en appercevoir. C'eftoit
de cette maniere qu'ils les embaumoient
par le dedans ; eftant
pourtant enfevelis dans leurs
linceuls de la maniere que les
autres. Ces Corps n'eftoient
point fujets à la corruption , &
c'eftoient ceux qui estoient or
dinairement dans les Pyrami
des .
Nous dirons en paffant que
les Egyptiens vendent rarement
de ces Corps appellez . Mumies
48 Extraordinaire
ou Gabbares , parce que les Maîtres
des Vaiffeaux n'en veulent
pas permettre le tranfport en
Europe , comme fi ces corps enlevez
de leur pays ,
préfageoient
fur Mer quelque finiftre acci.
dent , foit que leur imagination
foit préoccupée de cette fuperftition
, ou que quelquefois il
s'en foit enfuivy quelque effet
furprenant , comme Tempeftes,
Vents ou Orages , qui les ayent
jettez dans cette erreur , ils en
attribuent toûjours la cauſe a
ces Corps tirez de leur Sepulture.
Ce n'eft pas qu'en effet la
graiffe ou l'huile que l'on tireroit
de ces Corps , ne fuſt auſſ
fouveraine que le Baume d'Egypte.
Les odeurs & les parfums
dont
du Mercure Galant.
4.9
dont on fe fervoit ordinairement
chez les Egyptiens , eſtoient le
Baume d'Egypte , n'y ayant que
ce Royaume qui en produife.
L'encens , la Myrrhe , & d'autres
Aromats , qu'engendre l'Arabie,
y eftoient employez , auffi
bien que ceux qui viennent de
Corycie , de Sabée , de Cilicie
& d'autres Regions du Levant ;
& mefme du temps de Neron,
on remarque que cet Empereur
fit une dépense fi prodigieufe
aux Funérailles de Poppée fon
Epoufe , pour ces odeurs & ces
parfums Aromatiques , qu'à peine
l'Arabie pourroit - elle ſuffire ,
& fournir en une année ce que
fa prodigalité confuma en un
jour. Le Corps de cette Impératrice
ne fut pas brûlé , comme
Q. deJanvier 1685.
-
E
50 Extraordinaire
c'eftoit la couftume de ces temslà
, ainfi que la fuite le fera connoiſtre
.
;
Les Juifs ont imité la méthode
d'enfevelir les Corps comme
les Egyptiens
car ils les embaumoient
, mais feulement par
dehors , & les couvroient ou de
linceuls , ou de drap de Pourpre,
& les ferroient auffi de bandes .
C'est ce qui fe remarque dans
les Funérailles du Roy Afa,
comme on le lit au Livre 2. du
Paralipom. 10. n . 4. où la Pompe
alla jufqu'à un grand excez .
Ils les mettoient enfuite au
Tombeau, felon que dit Sanchez
fur le Livre des Roys Chap.3 .
n. 12.
Cette coustume a efté meſme
introduite en l'Eglife depuis ce
du Mercure Galant,
temps -là , comme le remarque
Tertullien en fon
Apologétique,
où la profufion & les dépenfes
du Baume & des autres odeurs
Aromatiques eftoient fi excef.
fives & fi indignes des Chrẻ.
tiens , qu'il s'emporte contre ces
excez par ces paroles . Si les Arabes
fe pleignent , dit - il , que ceux
de Sabée fçachant que leurs Aromats
feront employez plus curieufement à
embaumer & à enfevelir les Chré.
1 tiens , qu'à parfumer leurs Autels.
U
Les mefmes odeurs ou de pareilles
, fe jettoient dans les
Tombeaux ou dans les Buchers,
comme ce difcours le fera voir
en fon lieu . Mais revenons aux
Sepulcres & aux Tombeaux.
L'Ecriture Sainte ne fait- elle
e pas mention des Monumens
E ij
52
Extraordinaire
la
merveilleux , conftruits pour
Sepulture des Roys de Juda , &
principalement de celuy que fit
ériger Salomon pour David fon
Pere , fur les deffeins
que
David
mefme en avoit donnez? Ce Sepulcre
eftant en grande vénération
chez les Juifs , tomba en
ruïne fous l'Empereur
Adrien ,
comme marque Dion en la vie
de cet Empereur.
Jofephe en fes Antiquitez Judaïques
Livre 11. Chapitre dernier
, témoigne que dans le Sepulcre
de David , & dans celuy
de Salomon , il y avoit eu de
grandes richeffes enfermées ,
aufquelles il eftoit défendu de
toucher. C'eftoit en la Ville de
Sion où ces Monumens eftoient.
Toutefois Hyrcan , grand Pondu
Mercure Galant.
53
tife , eſtant affiegé en la meſme
Ville par Antiochus , pour la
racheter du Siége , & pour éloigner
l'Ennemi , fut contraint ide
faire foüir dans le Sepulcre de
David , & d'en tirer trois mille
Talens , dont une partie fervit à
détourner Antiochus de fon entrepriſe
, & l'autre fut employée
à lever une Armée pour la défenſe
de la mefme Ville . La néceffité
obligea ce Pontife à fai
re foüiller dans la Sepulture des
Roys contre la défenfe.
Mais long temps apres , le meſ
meJofephe rapporte , que le Roy
Herodes avide d'or & d'argent,
n'eut point de fcrupule de violer
la Sepulture de ce mefme.
Roy , en faisant ouvrir ce Mo--
nument.
E iij
54
Extraordinaire
D'abord il en tira de tres riches
Ornemens qui y estoient
enfermez ; mais il ajoûte qu'on
ne pût parvenir jufques aux
Cendres & aux Trefors de ce
Roy , & qu'une flâme foudaine
s'eftant élevée du fond du Sepulcre
, y confuma deux Satellites
que ce Roy y avoit employez
, pour chercher les Trefors
qu'il en vouloit tirer
que le Ciel purit ainfi l'avarice
d'Herodes, qui fut obligé de faire
remettre le Monument au
mefme état qu'il eftoit auparavant.
>
&
Ce n'eftoit pas feulement avec
les Corps des Roys , que l'on inhumoit
des Trefors & des
chofes prétieuſes ; mais meſme
avec ceux des Prophetes , com .
2
du Mercure Galant. ss
1
-C
1.
>
me Sozomene le fait voir au
dernier Livre de fon Hiftoire
Ecclefiaftique . Ce fut à ce def
fein que les Chaldéens en la prife
de Jérufalem défoüirent les
Offemens des Roys de Juda , des
Princes , des Prophetes , & d'au
tres principaux de la Ville ,
pour en tirer les Trefors &
d'autres richeffes , fi elles y
eftoient cachées , comme le
Prophete Jéremie l'avoit prédit
beaucoup auparavant , pleurant
fur les miféres de cette Ville , &
comme le Prophete Baruch les
a depuis déplorées amérement.
C'est ce qui fut remarqué en la
découverte du Corps de Zacharie
auffi Prophete , qui arriva du
temps du mefme Baruch : car
on trouva à fes pieds un certain
E j
56 Extraordinaire
3
7
petit enfant Hebreu forty de race
Royale , ayant une Couronne
d'or en fa tefte , & des chauſ
fures d'or à fes pieds , & le
corps couvert d'un habit prétieux
; ce qui eftoit la marque
du grand foin & de la finguliere
vénération que les Anciens
avoient pour les Corps des illuftres
Défunts, de les accompa
gner de fi riches ornemens.
On a auffi trouvé dans les
mefmes Monurnens ou Sepul.
cres, des Médailles tres- Antiques,
qui d'un cofté portoient la figu
re d'Empereurs , de Roys ou de
Princes , & de l'autre des lettres
Hieroglyphiques , des Trophées
d'Armes , des Devifes ou
des Emblémes ; & c'eſt dont les
Médalliftes picquent la curiofité
"
du Mercure Galant. $7
de ceux qui aiment les Antiquailles
. Brafficamus à fait paroiftre
dans fon Promptuaire fes
recherches au contentement des .
Sçavans & des Curieux.
Plutarque auffi parlant de la
ville de Pélufe , préfentement
dite Damiete , Strabon Livre-
15. & Ammiam Marcellin Livre.
6. difent que les Roys des Macédoniens
& des Perfes avoient
auffi couftume d'enfermer des .
Trefors dans leurs Tombeaux.
Planudes en lifant des Infcriptions
de Sepulcres , découvrit
ingénieufement un Trefor caché
dans un Monument antique,
& cet Arabe fubtil , qui ayant
leu fur le front d'une grande
Statuë , qui eftoit au frontispice
d'un Sepulcre à découvert , ces
58
Extraordinaire
lignes : Aux Ides de May j'auray la
tefte d'or , fçeut pénétrer dans le
fens de ces paroles ; car bien
que l'on euft déja caffé la tefte
à cette Statuë aux Ides de May,
on fut obligé de la rétablir en
fon entier , pour ne la pas défigurer
, dautant qu'on n'y avoit
trouvé que du marbre ;
du marbre ; mais luy
plus intelligent alla foüir au premier
jour des Ides de May , au
lieu où l'ombre de cette tefte
donnoit , & y trouva autant d'or
que l'ombre fe pouvoit étendre
fur la terre.
L'ufage des Romains fut auffi
affez frequent d'accompagner les
Corps de richeffes en leurs Sepultures.
Toutefois la Loy des
XII. Tables le défendit enfuite
, pour ne pas donner lieu
du Mercure Galant.
59
à violer les Sepulcres des Morts ,
& pour reprimer l'avarice . Voi
la ce que porte cette Loy , neve
aurum addito. Il n'y a pas d'autre
raison que ces Trefors cachez
donnoient occafion de rompre
les Tombeau , de violer la
Sepulture , & de porter les Avares
à cette infamie de foüiller
jufque dans les lieux facrez ce
qui a efté défendu de tout temps .
Philoftrare en la vie d'Apollonius
liv. 7. affure que cet ar.
gent qui avoit efté tiré de la Sepulture
des Morts ne devoit
point entrer dans le commerce
des Hommes principalement
celuy qui y avoit efté dérobé ,
ou qui eftoit tiré des Tombeaux
par avarice .
Le Roy Théodoric fit deux
60 Extraordinaire
1
Ordonnances fur cette matiere,
dont l'une enjoignoit l'information
contre ceux qui avoient ofé
foüiller dans les Sepulchres &
en violer le droit , & l'autre qui
commandoit de rapporter au
bien commun & à l'utilité pu.
blique , les richeffes qu'on auroit
trouvées par hazard dans les
Tombeaux .
L'Hiftoire de Padout fur fes
Antiquitez rapporte que l'on
trouva dans le Tombeau d'Antenor
, qui fut le Fondateur de
cette Ville , plus de trente mille
livres d'argent , qu'il y avoit fait
mettre avant que de mourir.
Mais cette Infcription que Semiramis
Reyne de Babylone , fit
pofer de fon vivant fur fon Se.
pulcre , trompa finement l'avadu
Mercure Galant. 61
rice du Roy Darius . Elle y avoit
fait graver en groffes lettres ces
Mots : Si cui Regum Babylonis fuerit
pecunia penuria , aperto Sepulcro,
fumito. Ce Monument demeura
plufieurs Siécles en fon entier ,`
fans qu'aucun des Defcendans ou
Succeffeurs de cette Reyne y
touchaft , juſques au temps de
Darius. Ce Roy aveuglé d'une
avarice extréme , quoy qu'il fuft
le plus puiffant , & le plus riche
de tous les Roys du Monde,
paffant par là , & ayant leu cette
Infcription , au lieu des immenfes
Richeffes qu'il efperoit y
trouver , n'y rencontra rien que
ces autres paroles gravées au dedans
qui luy reprochoient avec
honte fon avarice. Nifi pecunia
effes inexplebilis , & turpis lucri
62 Extraordinaire
cupidus , defunctorum Sepulcra non
violaffes. Quelle infamie pour un
Roy & quelle tache qui ne
pourra jamais s'effacer!
La magnificence des Sepulchres
a paru tant aux Pyrami
des , dont nous avons parlé ,
qu'en la ftructure differente des
uns & des autres. Mais voila
d'où vient ce nom de Maufolée,
qu'on donne aux plus beaux Se.
pulchres & aux Tombeaux les
plus fuperbes , tant de l'Antiquité
que des Modernes ; & mefme
aux représentations qui fe
font dans les Temples , en la
mort des Roys , des Reynes , ou
des grands Heros.
Artemife Reyne de Carie , un
des Royaumes de l'Afie majeure
, voyant Maufolus
fon
du Mercure Galant.
63
Epoux mort , touchée d'une
vive douleur , fit ériger en fon
honneur & en fa memoire un
Monument , qui du nom de ce
Prince prit celuy de Mauſolée.
La ftructure de ce Tombeau fut
d'un fi excellent ouvrage qu'elle
luy fit douner le nom de la fixiéme
Merveille du Monde. La
figure en eftoit quarrée , & cet
Ouvrage fut donné à quatre
Maiſtres des plus habiles pour y
travailler. La partie Orientale
fut deſtinée à Scopas pour la
graver ; celle du couchant à
Leocare ; celle du Septentrion à
Briaffe , & celle du Midy à Timothée
. Ce grand Monument
fut formé en Pyramide , comme
la plus part l'eftoient dans ce
temps - là . Au fommet de ce
64
Extraordinaire
grand Ouvrage , eftoit la Satuë
du Roy affis dans un Trône la
Couronne en la tefte . Le commencement
& la Bafe eftoient
par Portiques & fans Marches.
La feconde élévation fuivoit la
mefme forme , mais avec des
Marches murées en dehors ; &
la troifiéme avec des Marches
en dedans pour monter au plus
haut. Les Arcades du premier
Etage eftoient fi larges , que d'un
Pilliers à l'autre il Y avoit 73.
pieds . Elles eftoient fupportées
de 36. Colomnes d'une pierre
feule chacune.
La merveille de ce Monument
confiftoit en l'Architecture, en la
grandeur , en la hauteur , & en la
Sculpture . Comme c'étoit l'Ouvrage
des plus fçavans Maiſtres ,
du Mercure Galant.
651
auffi n'y fut- il rien épargné pour
la dépenfe . La grandeur des Sta--
tues qui en faifoient l'ornement,
furprenoit les yeux . Ce ne fut
pas affez que toutes ces Merveilles
pour en faire une , fi Ar.
temife , Epouſe de Maufole , ne
faifoit voir quelque chofe de :
plus merveilleux . C'est elle qui
apres avoir rendu les derniers
devoirs à fon Epoux avec toute
la pompe imaginable , & ayant
fait confumer fon Corps dans le:
Bucher avec les Odeurs , less
Parfums & les Aromats les plus™
préticux , en recueillit les Cendres
qu'elle enferma dans une
Urne d'or en ce mefme Monu--
ment . Mais cette Reyne ne vou-:
lant pas luy furvivre , s'enfermaz
au mefme lieu , & le refte de:
Q.de Janvier 1685, F
66 Extraordinaire
fes jours ne vécut que de ces
mefmes Cendres détrempées de
fes larmes pour tout aliment .
Ainfi elle mefme devint le Mau
folée de fon Epoux , en expirant
dans ce Monument. Ce
font là des marques d'une ten.
dreffe & d'un amour inexpliquable.
Je puis dire qu'au ſujet des ſept
Merveilles du monde , dont la
premiére , qui eft le Maufolée
eft du nombre , j'ay eſté affez
heureux pour les avoir entremef.
lées toutes dans un Diftique Latin
par leurs noms , avec celuy du
Roy , pour Infcription fur le
Louvre , avec d'autres qui ont
efté leuës à Verfailles , dans le
temps que beaucoup de monde y
travailloit. La curiofité du Public
du Mercure Galant.
67
me les fait employer icy.
Hoc Lodoici Ephefum , Mcmphim,
Babylona , Coloffum,
Maufolea, Pharon, cum Jove , vincit
opus .
Le Livre d'André Palladio, fur
les magnifiques Sepultures , imprimé
à Rome avec fes Figures ,
parle avantageufement du Maufolée
de la Reyne Artemife , en
faveur du Roy Maufolus fon
Epoux.
Varron & Pline rapportent les
merveilles du Sepulcre de Porfenna
, Roy d'Hetrurie , qui pre.
fentement eft la Tofcane , Il eft
prés la ville de Clufe . Ce Monument
eft de pierre , fait en
quarré, dont chaque cofté a trois
cens pieds de largeur. La Bife eft
auffi quarrée. Le corps de l'Ou-
Fij
68 Extraordinaire
vrage s'éleve jufqu'à la moitié en
Pyramide , & au dedans il y a un
Labyrinthe.Sur ce Labyrinthe on
voit une Plateforme qui foûtient
cinq Pyramides , quatre aux Angles
, & une au milieu . Elles ont en
leur Baſe foixante & quinze pieds.
Elles font hautes de cent cinquate
pieds , & tellement égales , qu'en
leur fommet il y a un Chapiteau
d'Airain qui les couvre toutes , &
qui foûtient cinq autres pierres
d'une hauteur prodigieufe. Du
pied de ce Monument jufqu'au
faifte , l'on compte cinq cens
pieds. C'eft où l'on tient que
Porfenna eft ‹ t inhumé .
Les Empereurs , les Roys & les
Princes , fur les modelles des Anciens,
fe font fait ériger de grands
& magnifiques Monumens pour
du Mercure Galant. 69
leurs Sepultures , comme pour fe
rendre immortels par ces Ouvrages
. On voit encore à Rome en
la Vallée Martia , les veftiges du
Sepulcre de l'Empereur Augufte,
fort prés de l'Eglife S. Roch. II
eftoit autrefois orré de Marbre
blanc , de Porphyre , de grandes
Colomnes , d'Obelifques , & d'excellentes
Statuës , & avoit douze
Portes & trois ceintures de Murailles.
Il eftoit de forme ronde
& de cent coudées de haut. Au
fommet eftoit la Statuë de cet
Empereur faite d'Airain , tenant
en fa main fon Sceptre , & ayant
une Couronne en la tefte. Il l'avoit
fait baftir . non feulement
pour luy , mais auffi pour les
Empereurs qui luy devoient fuc
ceder. Le Sepulcre de l'Empe
70 Extraordinaire
reur Adrien eftoit encore en
la mefme Ville , & c'eft où eft
maintenant le Château S. Ange,
qui eft joint par un Pont fur le
Tybre.
Ce Monument dans fon temps.
eftoit embelly & diverfifié de
Marbres differens & exquis , de
Statuës , de Chars de Triomphe ,
& d'autres Ornemens artificieufement
travaillez , mais ils furent
rüinez par l'Armée des Goths ,
du temps de Belifaire.
Le Pontife Boniface VIII . y
fit faire le Château qui s'y voit
prefentement , & qui porte le
nom de S. Ange ; car un Ange y
parut deffus l'épée à la main ,
comme pour chaffer la pefte qui
defoloit Rome , comme cela arriva
, & depuis le nom de S. Ange
du Mercure Galant.
7 ፤
Y
luy eft demeuré. Alexandre VI .
le ceignit de foffez & de baftions,
fit conftruire une Gallerie couverte
& une autre découver
te , qui va juſqu'au Palais de faint
Pierre . Paul III. a depuis embelly
ce mefme Château de divers
Apartemens fomptueux.
>
Il y a encore plusieurs autres
Maufolées en la mefme Ville ; rel
que celuy de Septimius Severus ,
que l'on apelloit Septizonium , à
caufe des fept Ceintures dont il
eftoit environné , & celuy de Ceftius
, qui ne cédoit pas au préce
dent en beauté , & dont il refte
encore des veftiges . Les Romains
font fi jaloux de ces marques
d'antiquité , que depuis un Cardinal
fe voulant fervir des rüines
d'un de ces illuftres Monumens ,
72
Extraordinaire
il en fut empefché par l'autorité
Pontificale.
Proche de ces magnifiques Se--
pulcres eftoient des Obelifques .
d'une hauteur étonnante , & d'une
feule pierre . Il y en avoit deux au
Maufolée d'Auguſte , de quarante-
deux pieds. On tient mefme
que les cendres de Jules Cefar
étoient au fommet de celuy qui
avoit foixante & douze pieds ; en
la place defquelles Sixte V. a fait
mettre de fon temps une riche
Croix . Il y avoit des Lettres &
des Caracteres Egyptiens gravez
autour,
On érigeoit auffi des Colomnes
proche des Sepulcres en la
mefme Ville . Celle qui fut bâtie
en l'honneur de l'Empereur Trajan
, comme dit le mefme Palladio
dis Mercure Galant.
73
dio , avoit cent vingt- huit pieds
de hauteur ; & cet Empereur ne
la vit pas , parce qu'ayant entre
pris la Guerre contre les Parthes ,
il mourut au retour de cette expedition
en la ville de Seuleucie
en Syrie. Mais depuis fes cendres
furent rapportées à Rome ,
& mifes dans une Vrne d'or au
haut de cette Colomne. L'an 1588 .
Sixte V. fit mettre au lieu de
cette Vrne l'Image de S. Pierre,
faite de Bronze doré & d'une
grande ſtature . Autour de cette
Colomne , les Guerres & les Vi.
& oires de Trajan étoient gravées
en figures de Marbre , & principalement
fon entrepriſe contre
les Daces ,
Il y a des Villes entiéres bâties
& deftinées à la Sepulture des
2. deJanvier 1685. G
74
Extraordinaire
Empereurs & des Roys , comme
Seleucie par Conftätin le Grand ,
Antinoë par l'Empereur Adrien,
quoy que fon Sepulcre ait eſté à
Rome , où prefentement eft le
Château Saint Ange , comme il
eft dit cy- devant , Bucephalie
par
Alexandre le Grand , Taphofyris
par les Egyptiens , & plufieurs
autres ; ce que témoigne
Zuingerus ,
Pour la matiére de ces Monu~
mens , la Pierre , le Marbre , le
Porphyre , & mefme le Verre y
ont efté employez , comme on
voit dans Strabon liv. 17. qui die
que Ptolomée érigea pour Alexandre
le Grand , un Sepulcre
entiérement de verre, où le corps
ne pouvoit rendre aucune mauvaife
odeur , & étoit toûjours
du Mercure Galant. 75
4]
i
prefent aux yeux par la tranfparence
de la matière .
Plutarque raporte que le Sepulcre
d'Anthée , ce Géant fameux
qui combatit contre Hercule , &
dont il fut vaincu , a foixante &
dix coudées de long, & qu'il étoit
tenu comme une chofe Sacrée ;
car fi la moindre partie en étoit
offencée , & n'étoit pas réparée
au plûtoft , une pluye continuelle
tomboit en la mefme Region , &
la defoloit .
Il en arrive prefqu'autant à l'égard
du Sepulcre du Poëte Stratus
, qui fe voit à Pompejopolis ,
ville de Syrie , comme fait mention
Olaus Magnus , contre lequel
fi un Paffant jette une pierre
, elle rejaillit auffi- toft contre
luy , plûtoft par un prodige que
Gij
76
Extraordinaire
par aucune
raiſon naturelle
. Ces
exemples
ne font icy raportez
que pour marquer
la venération
qu'on doit avoir pour les Tombeaux
, & pour ceux qui y prennent
leur repos.
Le Tombeau de Virgile , Prin .
ce des Poëtes Latins , étoit conftruit
à la vuë de la ville de Naples
, & étoit d'une grande éminence
;
mais maintenant il eft
couvert d'arbriffeaux & de brof.
failles. On en voit encore les
grands veftiges à l'entrée d'une
caverne du Mont Paufitippus ,
comme on le remarque dans le
livre des Monumens & des Eloges
des illuftres Perfonnages ,
avec cette Infcription .
Qui cineres ? Tumuli hæc veſtigia ;
conditur olim
du Mercure Galant.
77
Ille hoc , qui cecinit pafcua , rura,
duces.
Si les Payens fe font fait des
Dieux , de leur nombre la pluf
part étoient mortels . Lucien qui
s'en raille , raporte dans le Dialogue
qu'il intitule Philopater, que
le Sepulcre de Jupiter leur Sou
verain étoit conftruit dans l'Ifle
de Créte , en une certaine Vallée
où autrefois il avoit efté nourry,
lors que Cybéle fa Mere le mit
au Monde dans la Foreft Dictée,
où les Corybantes par leur bruit
& le cliquetis de leurs Armes
empefcherent que Saturne fon
Pere n'entendift les cris de l'Enfant,
& qu'il n'en fuft devoré.
Le mefme Autheur en fon Dialogue
, qui porte pour Tître le
Deüil , aprend beaucoup de cho
G iij
78
Extraordinaire
fesfur la matiére de la Sepulture.
On y voit entr'autres que les
Grecs, tantoft brûloient les corps ,
& tantoft les inhumoient . Que
les Perfes les enterroient avec
des meubles prétieux , & avec de
grandes richeffes , felon la qualité
des perfonnes. Que les Indiens
fe fervoient de Tombeaux & de
Buchers , & qu'ils oignoient les
corps de fuif. Que les Scythes.
mangeoient fouvent les corps
leurs Amis en de grands Banquets ;
que les Egyptiens les embaumoient
. Mais nous traiterons du
tout feparément.
de
Revenons du Prophane au Sacré.
Au milieu de la Vallée de
Jofaphat , on trouve le Sepulcre
d'Abfalon , Fils de David . Il eft
coupé dans la Roche à la pointe
du Mercure Galant .
79
du cifeau , mais les Juifs l'ont tellement
en horreur, qu'ils yjettent
des pierres en paffant , à caufe du
mauvais deffein qu'il avoit entrepris
contre le Roy fon Pere.
Prés de la ville de Jérufalem ,
on voit les sépultures des Roys
de Juda , pareillement taillées
dans la Roche , & feparées les
unes des autres . Ce font autant
de Sepulcres en forme de cabinets
, & dont les Portes ont cela
de merveilleux , qu'elles font de
pierre , & tournent fur des pivots
de pierre auffi , le tout n'étant
que d'une feule pièce.
Les Sepultures des Juges d'If
raël , ne font pas éloignées des
precédentes . Elles font profque
toutes en leur entier. La curio .
fité de les voir , porte les Voya-
G iiij
80 Extraordinaire
geurs à fe fervir d'Arabes , qui
pour peu d'argent donnent des
connoiffances du tout .
Le Sepulcre du Lazare eſt dans
la Bethanie affez profond , ayant
plufieurs marches pour y defcendre.
L'on tient que ce Monument
étoit commun à fa Famille;
car il n'eut pas efté conftruit en
fi peu de temps aprés fa mort.
C'eft de ce lieu que la Sageffe Incarnée
le tira pour le reffufciter,
en luy difant , Lazare , exiforas .
Les Sepulcres où ſont enterrez
Jes Innocens qu'Herode fit maf
facrer , font auffi taillez dans la
Roche ; comme auffi céluy de
fainte Paule vers Bethleem. C'eft
en fon honneur que S. Hierôme
a compofé cette Epitaphe.
Afpicis anguftum pracisâ rupe Sepulcrum
,
du Mercure Galant. 81
Hofpitium Paula eft caleftia regna
tenentis ,
Divitias linquens Bethlemiti conditur
antro.
Le Tombeau du mefme S. Hie
rôme n'eſt pas éloigné de là ,
ainfi que ceux de plufieurs autres
SS. Peres. L'on tient par une
commune opinion que la Refurrection
fe doit faire de tous les
Hommes en cette Vallée de Jo.
faphat au dernier Jugement , &
que comme il a efté poffible à
Dieu de divifer les Hommes en
la Transfiguration de Babylone,
il luy fera auffi facile de les raffembler
tous en un moment , au
mefme lieu , de toutes les Parties .
du Monde , pour y recevoir leur
jugement.
Fermer
Résumé : DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
Le texte explore les pratiques funéraires à travers différentes cultures et époques. Après la chute d'Adam, Dieu ordonne que les corps retournent à la terre. Adam et Noé sont les premiers à enterrer les défunts, tandis qu'Abel, tué par Caïn, ne reçoit pas de sépulture décente. Les Égyptiens refusent aux Hébreux une sépulture digne, et la Bible mentionne des punitions divines privant les impies de sépulture. Noé utilise l'arche comme tombeau symbolique. Selon la tradition syrienne, Sem enterre le crâne d'Adam sur le Mont-Calvaire, et ses os sont ensuite transportés en Palestine. Les patriarches hébreux, comme Abraham, observent des rites funéraires élaborés. Jacob et Joseph reçoivent des funérailles somptueuses en Égypte, soulignant l'importance de la sépulture et de l'espoir en la résurrection. Les Égyptiens pratiquent l'embaumement et construisent des pyramides pour leurs rois. La Grande Pyramide de Gizeh est citée comme une merveille architecturale. Les momies sont embaumées et certaines sont utilisées pour extraire une liqueur médicinale. Les Égyptiens évitent de transporter ces momies en Europe par crainte d'accidents en mer. Les pratiques funéraires anciennes incluent l'utilisation de baumes et d'aromates pour embaumer les corps. Les funérailles des rois et des personnages illustres, comme Asa et Poppée, sont marquées par des dépenses extravagantes pour les parfums. Les sépultures royales contiennent souvent des richesses, parfois pillées par des conquérants. Les rois de Macédoine et de Perse enterraient des trésors dans leurs tombeaux. Les Romains, bien que l'ayant interdit par la loi des Douze Tables, enterraient aussi des richesses avec les morts. Théodoric promulgue des ordonnances contre la violation des sépultures. Les sépultures royales sont souvent magnifiques, comme les pyramides et les mausolées. Artemise érige un mausolée pour son époux Mausole, devenu l'une des Sept Merveilles du monde. Les empereurs romains construisent des sépultures majestueuses, ornées de marbre et de statues. Le tombeau d'Auguste et le mausolée d'Adrien sont des exemples notables. Les pratiques funéraires varient selon les cultures, allant de la crémation chez les Grecs à l'embaumement chez les Égyptiens. Le texte conclut en évoquant les sépultures sacrées et la croyance en la résurrection des hommes lors du jugement dernier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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7
p. 140-145
Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Début :
Le ving-huit du mois passé Mr le Comte Bagliani, Envoyé [...]
Mots clefs :
Comte de Bagliani, Envoyé extraordinaire, Audience, Décès, Duchesse de Mantoue, Mariage, Enfants, Seigneurie, Marquis, Empereur, Palais, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le vingt - huit du mois .
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
paffé M. le Comte Bagliani,
Envoyé Extraordinaire du
Duc de Mantouë , ayant eſté
introduit à l'Audience du
Roy , luy fit part de la nou,
velle qu'il avoit receuë de la
Mort d'Iſabelle Claire d'Au.
ſtriche , Fille de Leopold
d'Auſtriche Archiduc d'Inf.
pruk , Ducheſſe Doüairiere
de Mantonë.Elle avoit épousé
en 1649. Charles de Gonzague
III. du nom , Duc de
Mantouë & de Monferrat ,
qui mourut le 14. Aouſt1665
& elle a eu de ce Mariage..
GALANT. 141
Ferdinand-Charles de Gon
zague Duc de Mantouë &
de Montferrat, né en 1651. &
marié en 16701 avec Iſabelle
de Gonzague , Fille de Fer
dinandodeiGonzague! HH
du nom, Prince de Guaſtalle,
& de Marguerite d'Eſt-Mos
dene. Ily asprés de quatre
ochsans que la Maison de
Gonzague poſſede le Man
touan. Louis de Gonzague
Ende ce nom, Fils deGuy,
en obtint la Seigneurie fou's
lel titre de Vicaire de l'Em
piro , aprés avoir tué en 13274
Rafforino.BongcollaqTyran
142 MERCURE
4
de Mantouë. Ses Defcen
dans prirent le même titre
juſqu'à Jean - François , qui
ayant receu l'EmpereurSigif.
mond en fon Païs , fut faio
par luynMarquis de Manb
touë en 1433. Frideric deGon
zague II. du nom , s'eftant
ligué en 1126. avec François
Royade France & avec des
Princes d'Italie, contre l'Em
pereur Charles pour la
délivrance du Pape Clement
VId pritenfaite d'autres
meſures, &ſe jetra dans le
Parti de l'Empereur , qui
eftanti paflesa Mantoue eni
GALANT. 143
1530. donna le titre de Duc
à Frideric , par reconnoiſſance
de la magnifique Rece
ption qu'il luy avoit faite. La
Ville de Mantouë , qui eft
belle & ancienne , eſt bâtie
au milieu du Lac que fait le
Fleuve Mincio , & on n'en
peut approcher que par deux
Ponts conftruies ſur le même
Lac, Quoy que cette fuua.
tion la rende tres-forte , elle
fut priſe le 18. Juillet 1630. par
Colalto Genéral de l'Empe
reur Ferdinand II. Les SoL
dats , à qui le pillage ne put
eftre défendu , y ruinerent
144 MERCURE
des Ouvrages merveilleux!
Le Palais du Duc eſtoit avant
cette priſe ,tres renommé par
fes Meubles & par les Ril
cheſſes..On y voyoit une in
finité de Tableaux , de Star
tues , de Cabinets , & de.
la Vaiſſelle d'Or & d'Argent
en tres grand nombre. Cha
que Apartement avoit fept
ameublemens differens
il y avoit fix Tables , chacu
ne de trois pieds , la pre
miere toute d'Emeraudes, la
feconde de Turquoiſes , la
troifiéme de Zaphirs ,
88
quatrième d'Hiacintes , la
cin
GALANT. 145
cinquiéme d'Ambre , & la
fixieme de Jaſpe . Tout cela
fut pillé avec uneOrgue d'Albâtre.
Le Duc de Mantouë
eft Chef de l'Ordre des Chevaliers
du Sang de Chriſt ,
que le Duc Vincent deGonzague
I. du nom, inſtitua en
1608.
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Résumé : Mort de la Duchesse Doüairiere de Mantouë, [titre d'après la table]
Le 28 du mois, M. le Comte Bagliani, Envoyé Extraordinaire du Duc de Mantoue, a informé le Roi de la mort d'Isabelle Claire d'Autriche, fille de Léopold d'Autriche et Archiduchesse d'Innsbruck. Elle était la Duchesse douairière de Mantoue et avait épousé en 1649 Charles III de Gonzague, Duc de Mantoue et de Montferrat, décédé le 14 août 1665. Leur union a donné naissance à Ferdinand-Charles de Gonzague, Duc de Mantoue et de Montferrat, né en 1651 et marié en 1670 à Isabelle de Gonzague, fille de Ferdinand de Gonzague, Prince de Guastalla, et de Marguerite d'Este-Modène. La Maison de Gonzague possède Mantoue depuis plusieurs générations. Louis de Gonzague, fils de Guy, obtint la seigneurie de Mantoue en 1327. Ses descendants portèrent le titre de Vicaire de l'Empire jusqu'à Jean-François, qui devint Marquis de Mantoue en 1433. Frédéric II de Gonzague, allié de François Ier puis de l'Empereur Charles Quint, reçut le titre de Duc en 1530. La ville de Mantoue, située au milieu du lac formé par le fleuve Mincio, fut prise le 18 juillet 1630 par Colalto, général de l'Empereur Ferdinand II.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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8
p. 192-197
« Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...] »
Début :
Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...]
Mots clefs :
Duc de Neubourg, Empereur, Prince, Électeur palatin, Ordre Teutonique, Heidelberg, Serment de fidélité, Palatinat, Marquis, Princes, Conseillers, Duché, Fille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...] »
Le Duc de Neubourg, qui
eft Catholique & Beau pere
de l'Empereur , eft à preſent
Electeur Palatin , & en cette
qualité il a envoyé le Prince
Louis Antoine de Neubourg
fon Fils , Grand Maistre de
l'Ordre Teutonique à Hei
delberg , pour recevoir en
fon nom le Serment de fide
lité des Bourgeois , des Trou
pes , & des Officiers de cetto
Ville , qui eft la Capitale de
ce qu'on appelle le Palatinat
du Rhin. Ce Palatinat eft
v
entre
"
GALANT. 193
entre des Dioceſes de Tréve
& de Mayence , les Duchez
de Deux ponts & de Vittemberg
, le Marquifat de Bade,
& l'Alface. Le haut Palatinat,
qui eft entre la Bohéme , la
Franconie & la Baviere , &
dont la Capitale eft Amberg,
fut donné en 1623. à Maximilien
Duc de Baviere, lorfqu'on
dépouilla Frideric V. de l'Ele
ctorat & de fes Etats , & ce
pays eft demeuré aux Ducs
de Baviere , par l'article io. de
la Paix de Vveftphalie , lorf
qu'on créa un huitiéme Eleczorat
pour le Prince Palatin.
Juin 1685.
R
194 MERCURE
Le Prince Louis Antoine
de Neubourg , eftant arrivé à
Heidelberg le 30. de May , y
receut le lendemain le fer
ment de fidelité pour le Duc
de Neubourg fon Pere , &
envoya quelques Confeillers
dans tous les Bailliages du
Palatinat , pour recevoir le
mefme ferment. Le Prince
Palatin de Veldens , a fait
faire des proteftations contre
cette prife de poffeffion ; mais
on n'y a eu aucun égard , le
droit du Duc de Neubourg
ne pouvant ſe contefter . EL
T
*སྒྱུ
tienne , fecond Fils de l'EmGALANT.
195
pereur Robert le Petit , laiffa
deux Fils , fçavoir Frederic &
Louis le Noir, comme je vous
L'ay déja marqué. Ce dernier
laiffa Alexandre le Boiteux
Duc de Deux- ponts , Pere de
Louis 11. qui eut Volfang .
Othon Henry Electeur Palatin
, eftant mort alors fans pofterité,
Frederic III . defcendu
de Frederic , Fils aifné de cét
Eftienne, qui étoit fecond Fils
de l'Empereur Robert , luy
fucceda en l'Electorat; & Volfang
, Duc de Deux - ponts ,
defcendu de Louis le Noir ,
Fils puifné du mefme Eftien-
Rij
196 MERCURE
ne , eut le Duché de Neu?
bourg , dont il fit le titre de
Philippes Louis fon Fils aiſné.
Jean I. fon fecond Fils , fuc
Duc de Deux - ponts , & il en
á fait la Branche . Philippes
Louis , Duc de Neubourg ,
laiffa Volfang Guillaume , &
Augufte qui a fait la Branche
des Comtes Palatins de Sulft
bach. Volfang Guillaume
Duc de Neubourg , ſe fit Catholique
en 1614. & fut Pere
de Philippés Guillaume , attjourd'huy
Duc de Neubourg,
de Juliers , de Mons , &c. qui
maſquit le 23. Novembre 1615.
GALANT. 197
1
& qui ayant perdu en 1651
Anne Catherine Conftance ,
Fille de Sigilimond III. Roy de
Palogne, la premiere Femme,
époula deux ans aprés Elifa
beth Amalie Damftar , Fille
du Landgrave George , & de
Sophie Eleonor de Saxe, dont
ila plufieurs Enfans , & entre
autres Anne Marie Jofeph ,
née en 1655. & mariée en 1676*
à l'Empereur Leopold
eft Catholique & Beau pere
de l'Empereur , eft à preſent
Electeur Palatin , & en cette
qualité il a envoyé le Prince
Louis Antoine de Neubourg
fon Fils , Grand Maistre de
l'Ordre Teutonique à Hei
delberg , pour recevoir en
fon nom le Serment de fide
lité des Bourgeois , des Trou
pes , & des Officiers de cetto
Ville , qui eft la Capitale de
ce qu'on appelle le Palatinat
du Rhin. Ce Palatinat eft
v
entre
"
GALANT. 193
entre des Dioceſes de Tréve
& de Mayence , les Duchez
de Deux ponts & de Vittemberg
, le Marquifat de Bade,
& l'Alface. Le haut Palatinat,
qui eft entre la Bohéme , la
Franconie & la Baviere , &
dont la Capitale eft Amberg,
fut donné en 1623. à Maximilien
Duc de Baviere, lorfqu'on
dépouilla Frideric V. de l'Ele
ctorat & de fes Etats , & ce
pays eft demeuré aux Ducs
de Baviere , par l'article io. de
la Paix de Vveftphalie , lorf
qu'on créa un huitiéme Eleczorat
pour le Prince Palatin.
Juin 1685.
R
194 MERCURE
Le Prince Louis Antoine
de Neubourg , eftant arrivé à
Heidelberg le 30. de May , y
receut le lendemain le fer
ment de fidelité pour le Duc
de Neubourg fon Pere , &
envoya quelques Confeillers
dans tous les Bailliages du
Palatinat , pour recevoir le
mefme ferment. Le Prince
Palatin de Veldens , a fait
faire des proteftations contre
cette prife de poffeffion ; mais
on n'y a eu aucun égard , le
droit du Duc de Neubourg
ne pouvant ſe contefter . EL
T
*སྒྱུ
tienne , fecond Fils de l'EmGALANT.
195
pereur Robert le Petit , laiffa
deux Fils , fçavoir Frederic &
Louis le Noir, comme je vous
L'ay déja marqué. Ce dernier
laiffa Alexandre le Boiteux
Duc de Deux- ponts , Pere de
Louis 11. qui eut Volfang .
Othon Henry Electeur Palatin
, eftant mort alors fans pofterité,
Frederic III . defcendu
de Frederic , Fils aifné de cét
Eftienne, qui étoit fecond Fils
de l'Empereur Robert , luy
fucceda en l'Electorat; & Volfang
, Duc de Deux - ponts ,
defcendu de Louis le Noir ,
Fils puifné du mefme Eftien-
Rij
196 MERCURE
ne , eut le Duché de Neu?
bourg , dont il fit le titre de
Philippes Louis fon Fils aiſné.
Jean I. fon fecond Fils , fuc
Duc de Deux - ponts , & il en
á fait la Branche . Philippes
Louis , Duc de Neubourg ,
laiffa Volfang Guillaume , &
Augufte qui a fait la Branche
des Comtes Palatins de Sulft
bach. Volfang Guillaume
Duc de Neubourg , ſe fit Catholique
en 1614. & fut Pere
de Philippés Guillaume , attjourd'huy
Duc de Neubourg,
de Juliers , de Mons , &c. qui
maſquit le 23. Novembre 1615.
GALANT. 197
1
& qui ayant perdu en 1651
Anne Catherine Conftance ,
Fille de Sigilimond III. Roy de
Palogne, la premiere Femme,
époula deux ans aprés Elifa
beth Amalie Damftar , Fille
du Landgrave George , & de
Sophie Eleonor de Saxe, dont
ila plufieurs Enfans , & entre
autres Anne Marie Jofeph ,
née en 1655. & mariée en 1676*
à l'Empereur Leopold
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Résumé : « Le Duc de Neubourg, qui est Catholique & Beau-pere de [...] »
En juin 1685, le Duc de Neubourg, catholique et beau-père de l'Empereur, envoya son fils, le Prince Louis Antoine de Neubourg, à Heidelberg pour recevoir le serment de fidélité des habitants et des officiers de la ville. Le Palatinat du Rhin, situé entre les diocèses de Trèves et de Mayence, les duchés de Deux-Ponts et de Wittemberg, le marquisat de Bade, et l'Alsace, fut attribué en 1623 à Maximilien, Duc de Bavière, après la déposition de Frédéric V. Le haut Palatinat, entre la Bohême, la Franconie et la Bavière, resta aux Ducs de Bavière selon la Paix de Westphalie. Le Prince Louis Antoine arriva à Heidelberg le 30 mai et reçut le serment de fidélité pour son père le lendemain. Il envoya des conseillers dans tous les bailliages du Palatinat pour obtenir le même serment. Le Prince Palatin de Veldenz protesta sans succès. La généalogie des Ducs de Neubourg remonte à Étienne, second fils de l'Empereur Robert le Petit. Philippe Louis, Duc de Neubourg, eut plusieurs descendants, dont Wolfgang Guillaume, converti au catholicisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9
p. 254
« Je vous envoye une nouvelle Medaille de l'Empereur, qui a esté [...] »
Début :
Je vous envoye une nouvelle Medaille de l'Empereur, qui a esté [...]
Mots clefs :
Médaille, Empereur, Siège de Vienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye une nouvelle Medaille de l'Empereur, qui a esté [...] »
Je vous envoye une nouvelle
Medaille de l'Empereur,
quia efté frapée aprés la levée
du Siege de Vienne . Ces paroles
CÆSAR SARMATA
REX , &c. font gravées fur
l'épaiffeur du rebord .
Medaille de l'Empereur,
quia efté frapée aprés la levée
du Siege de Vienne . Ces paroles
CÆSAR SARMATA
REX , &c. font gravées fur
l'épaiffeur du rebord .
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10
p. 1-21
Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
Début :
La grandeur, la bonté, la magnificence, la liberalité, la pieté, [...]
Mots clefs :
Bonté, Libéralité, Piété, Vertus, Roi, Actions, Éloge, Esclaves, Marquis, Galères, Étrangers, Chrétiens, Chevalier de Tourville, Nomination, Alger, Malheur, Gloire, Bénédiction, Sujets, Le Dey, États, Empereur, Salut, Âme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
150C
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
OM
A grandeur, la bonté,
la magnificence,
2 ha la liberalité,la pieté,
& mille autres Vertus du
Roy , ayant fervy de Prélu… .
de à prés de cent cinquante
de mes Lettres, je me troua
Juillet 1685.
A
2 MERCURE
ve plus accablé
que le pre
mier jour , d'une matiere
toute digne d'admiration
&
d'étonnement
, & qui fait
que tous les Etats du Monde
regardent
le bon-heur de la
France avec quelque fentiment
d'envie . Je laiffe plufieurs
Actions furprenantes
de ce Monarque , pour ne
m'attacher qu'à une feule ,
qui pour n'avoir pû trouver
place parmy les Nouvelles
dont je vous ay fait part depuis
quelques mois , ne merite
pas moins d'eftre publiée
. Elle a touché des BarGALANT.
3
bares , & il eſt juſte de la
inettre dans fon jour , afin
que chacun luy donne les
Eloges qu'on luy doit. Mais
comme il m'eft impoffible
de le faire fije ne vous marque
beaucoup de choſes qui
ont précedé.
Je vous diray en peu de
paroles, ce qui eft plus étendu
dans plufieurs de mes
Lettres , & vous parleray
feulement du nombre des
-Efclaves à qui le Roy a fait
donner la liberté par les Algeriens
, & des temps où ils
ont eſté rendus. Aprés que
A ij
4 MERCURE
M' le Marquis du Quefne
eut bombardé la Ville d'Alger
, on luy renvoya d'abord
fix cens Efclaves , tant
Sujets du Roy , qu'Etrangers
, pris fous le Pavillon
de Sa Majefté , parmy lefquels
plufieurs
autres dans
l'impatience
de fe procurer
la liberté , dirent qu'ils eftoient
de ce nombre , & ils
furent délivrez . La Paix
ayant efté conclue l'année
fuivante , les Algeriens
envoyerent
un Ambaſſadeur
au Roy M. lẻ Marquis
d'Amfreville
le remena , &
GALANT
. S
revint d'Alger , fuivant ce
qui avoit eſté ſtipulé , avec
trois cens vingt-cinq Efclaves
Sujets du Roy , vingtcinq
Etrangers pris fous le
Pavillon de France , & cinquante
qui avoient efté pris
fous divers Pavillons étrangers
, aufquels le Roy cut la
bonté de faire donner la liberté.
Aprés cette reftitution
, qui avoit prefque épuifé
d'Efclaves tout l'Etat
d'Algier , un Envoyé du
Dey vint en France , fupplier
le Roy de luy accorder
quelques Turcs & quelques
A iij
6 MERCURE
Janiffaires qui eftoient fur
les Galeres de Sa Majeſté.
Le Roy , dans la veuë de
faire du bien aux Efclaves de
plufieurs Etats de l'Europe ,
donna la liberté à quarante
de ces Turcs , & de ces Janiffaires
qu'on luy demandoit
; mais à condition que
l'on rendroit foixante &
quinze Efclaves Chreftiens
de diverfes Nations , qui
avoient efté pris fous des
Pavillons étrangers . L'Envoyé
partit de Paris il y a
quelques mois pour s'en retourner
à Alger , chargé de
GALANT. 7
cette propofition ; qui n'ayat
pas été prévenue, n'avoit pas
efté entierement acceptée
par l'Envoyé ,parce qu'il n'a ,
voit pas des Pouvoirs fuffifans
pour accorder une chofe
fi onereuſe à l'Etat d'Alger
, & fi avantageuſe aux
Chrétiens. Il fut accompagné
à fon retour par Monfieur
le Chevalier de Tourville,
qui conduifoit les quaranteTures
pour étre échangez
contre les foixante &
quinze Efclaves Chreftiens ,
qui n'eftoient point François
, & que le Roy defiroit
A iiij
8 MERCURE
d'avoir pour leur rendre la
liberté , comme ce Prince
avoit déja fait l'année precedente
à un nombre d'Etrangers
prefque auffi conſiderable
.
Monfieur le Chevalier de
Tourville eftant arrivé à la .
rade d'Alger , envoya que_
rir dans la Ville M. de Sorhainde
, qui y eftoit demeuré
de la part du Roy , & qui
'y faifoit la fonction de Conful
, jufqu'à ce que Sa Majefté
euft nommé
quelqu'un
pour remplir ce pofte . Il luy:
fit entendre
les intentions
PEA
GALANT. 9
du Roy , fur l'échange dont
il s'agiffoit , afin qu'il les allaft
expliquer au Dey . M. de
Sorhainde étant rentré dans
Alger , fe rendit au Palais du
Dey ; & luy ayant expofé fa
Commiffion , le Dey luy répondit
, Qu'il avoit une ſi grande
veneration pour tout ce que
fouhaitoit l'Empereur de France ,
qu'il pouvoit des l'inftant mefme
aller dire de fa part à M. le Chevalier
de Tourville , qu'il fe faifoit
un plaifir à luy mesme de
fatisfaire aux intentions d'un fi
grand Prince ; que M. le
Chevalier de Tourville n'avoit
10 MERCURE
qu'à luy marquer de quellesNations
il vouloit que fuffent les
foixante quinze Efclaves
qu'ilfouhaitoit , afin qu'il les envoyaft
demander à leurs Patrons
pour les mettre en liberté. Sur
cette réponſe , Monfieur le
Chevalier de Tourville expliqua
à M. de Sorhainde
l'intention
de Sa Majefté ,
qui eftoit , Que l'on s'attach aft
procurer la liberté de ceux qui
fe trouvoient hors d'eftit de la
pouvoir jamais efperer. M. de
Sorhainde alla auffi -toft chés
tous les Patrons , & pour fa
tisfaire à la volonté du Roy,
GALANT. II
il choifit parmy les Efclaves
ceux qui luy parurent les
plus mal -heureux . Ainfi l'on
ne vit parmy ces foixante &
quinze Efclaves , que des
Ĝens abandonnez , qui ne
devoient attendre aucun fecours
, ny de leur famille ,
ny de leur Patrie , & jufques
aufquels les liberalitez des
perfonnes charitables , qui
recueillent
des fommes pour
la Redemption des Captifs ,
n'avoient encore pû s'étendre
. La longueur de leur efclavage
leur avoit meſme
cfté tout espoir d'en fortir
12 MERCURE
jamais.Et comme on ne peut
eftre plus malheureux que
lors qu'on n'efpere plus , on
peut dire que leur malheur:
eftoit dans le plus haut degré
où il pouvoit arriver
ainfi ils n'avoient plus lieu
d'attendre leur liberté que
par le moyen de quelque
miracle . Aufli leur a-t- elle
efté procurée par un Prince
dont toute la vie n'eft qu'un
enchainement d'actions extraordinaires.
Lors qu'on annonça
à ces heureux infor
tunez qu'ils eftoient libres ,
ils demeurerent immobiles
GALANT.
13
quelque temps , tant cette
nouvelle leur paroiffoit incroyable
. Il leur eftoit impoffible
de comprendre qu'il
y cuſt quelqu'un fur la terre
capable d'une action jufques
alors inouie , & fi digne
d'un Heros Chreftien . On
leur apprit qu'ils devoient
leur liberté aux genereuſes
& charitables bontez du
plus grand & du meilleur
Prince du monde; & n'ayant
plus fujet d'en douter , ils
crierent auffi- toft en plein
Divan : Vive l'Empereur de
France , noftre Protecteur& nô14
MERCURE
tre Liberateur. Ils prononcerent
ces paroles en verfant
des larmes de joye , & d'un
air fi touchant, & fi remply
d'amour & de reconnoiffance
pour leur Liberateur , que
le Dey & tous ceux qui eftoient
prefens en parurent
attendris , malgré la perte
que l'Etat d'Alger faifoit , &
avouerent
que ce n'eftoit
pas fans raifon que le Ciel
beniffoit toutes les actions
de Sa Majefté , puis qu'Elle
en faifoit qui obligeoient les
Sujets de tant de divers Souverains
à faire des voeux
GALANT. 15
pour Elle. Ces Efclaves , dans
les raviſſemens de joye où
ils eftoient , ne fçachant à
qui la témoigner , en donnerent
des marques au Dey,
comme s'il cuft contribué à
leur bonheur. Je n'ay rienfait
pour vous , leur dit-il ,
à l'Empereur de France que vous
devez entierement voftre liberté.
Il y a parmy ces Efclaves des
Efpagnols , des Italiens , des
Flamans , des Genois , des
c'eft
Hambourgois , des Preftres
Grecs,des Capucins, des Religieux
de l'Ordre de Saint
Benoift , des femmes & des
16 MERCURE
enfans. Ce font autant de
bouches qui vont publier la
gloire du Roy dans tous les
Etats de l'Europe , & faire
des voeux qui continueront
d'attirer fur luy les Benedictions
du Ciel. Il eft aifé de
juger , que puis que le Roy a
procuré deux années de fuite
la liberté à tant d'Etrangers
, il ne reste plus aucun
Efclave dans Alger, ny dans
toute la dépendance de ce
Royaume, qui foit du nombre
de fes Sujets . Ils ont tous
efté mis en liberté , par la
reftitution faite à M. le MarGALANT.
17
quis du Quefne en 1683. par
celle qui fut faite à M. le
Marquis d'Amfreville en
1684. & par celle qui a efté
faite cette année à M. le
Chevalier de Tourville. Ces
differentes reftitutions ont
ofté aux Algeriens plus de
douze cens Efclaves. Ainfi
leur Etat n'eft pas feulement,
dépeuplé d'Efclaves François
, mais il y en refte trespeu
d'autres , de forte qu'il
n'y a prefque point de Nation
de l'Europe , dont les Sujets
ne foient allez publier
chez elle le bien qu'elle a
·Juillet 1645•
.
B
18 MERCURE
receu de Sa Majeſté, ce Prince
n'ayant épargné ny foins
ny dépence pour la liberté
de tant de Malheureux de
quelque Nation qu'ils fuffent.
L'échange ayant efté fait,
le Dey témoigna à M.de Sorhainde
, avec un fort grand
empreffement , qu'il fouhai
toit qu'il filt connoiſtre à M.
le Chevalier de Tourville, la
joye qu'il auroit de le voir ;
& que s'il vouloit prendre la
peine de defcendre à terre,
il le recevroit avec les honneurs
qui estoient deus à un
GALANT. 19
homme de fon rang. M.
le Chevalier de Tourville
répondit , Qu'il eftoit fafche
que l'Employ qu'il avoit l'em
peſchaft de répondre à fon defir :
ceux qui commandent les Flotes
de l'Empereur de France ne pouant
abandonner leur Bord, mais
qu'il iroit dans fon Canot à la
pointe du Mole , d'où il pourroit
le voir . Il ne manqua pas de
s'y rendre , & le Dey l'ayant
convié de nouveau de def
cendre à terre pour l'em
braffer , M. de Tourville fe
fervit pour s'en defendre des
saiſons qu'il avoit déja alle-
Bij
20 MERCURE
guées . Le Dey le pria de faire
avancer fa Chaloupe, afin
qu'il euft le plaifir de le voir
& de l'entretenir de plus
prés : Et lors qu'elle fut approchée
il entra dedans , en
difant ; Que quand les François
n'aimeroient pas autant l'honneur
qu'ils faifoient , er qu'il
n'auroit pas conna M. le Cheva.
lier de Tourville , il croyoit eftre
en feureté avec les Sujets d'un
Prince qui n'eftoit pas moins ef
timé par fes Vertus que par fes
Conqueftes.
On peut dire que les foins
qu'il prend du falut des
GALANT. 21
R
Ames de fes Sujets , attirant
fur luy de jour en jour de
nouvelles graces du Ciel,
ont beaucoup contribué,
non feulement à le rendre
le plus grand Monarque du
monde , mais auffi à le faire
reconnoiltre pour tel
par ceux mefme qui font les
plus jaloux de fa gloire.
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Résumé : Prélude, contenant plusieurs actions du Roy. [titre d'après la table]
En 1685, le roi de France manifesta plusieurs vertus royales, notamment la grandeur, la bonté et la libéralité, en faveur des esclaves chrétiens détenus à Alger. Après le bombardement d'Alger par le marquis du Quesne en 1685, six cents esclaves, incluant des sujets du roi et des étrangers, furent libérés. La paix conclue en 1686 permit la libération supplémentaire de trois cent vingt-cinq sujets du roi, vingt-cinq étrangers sous pavillon français, et cinquante sous divers pavillons étrangers. Un envoyé du Dey d'Alger demanda ensuite la libération de Turcs et janissaires détenus en France, ce que le roi accepta en échange de soixante-quinze esclaves chrétiens de diverses nations. Le chevalier de Tourville fut chargé de cet échange. Le consul français, M. de Sorhainde, négocia également pour libérer les esclaves les plus malheureux, ceux sans espoir de secours. Les esclaves libérés comprenaient des Espagnols, Italiens, Flamands, Génois, Hambourgeois, prêtres grecs, capucins, religieux de l'Ordre de Saint-Benoît, ainsi que des femmes et des enfants. Plusieurs restitutions furent effectuées par des représentants français, notamment le marquis du Quesne en 1683, le marquis d'Amfreville en 1684, et le chevalier de Tourville en 1685. Ces actions réduisirent considérablement le nombre d'esclaves à Alger, touchant presque toutes les nations européennes. Le Dey d'Alger exprima son admiration pour les vertus et les conquêtes du roi, qui attiraient les grâces divines et renforçaient sa réputation mondiale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11
p. 205-283
ONZIÉME DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathematiques à Paris.
Début :
Nous avons démontré dans les deux derniers Mercures Extraordinaires [...]
Mots clefs :
Binocles, Chérubin, Lunettes, Invention , Construction, Témoignages, Inventeur, Princes allemands, Ambassadeur, Empereur, Philosophes, Préface, Panégyrique, Lune, Firmament, Microscope, Axe, Parallélisme, Verres, Vision, Pupille, Yeux, Angle, Usages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ONZIÉME DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathematiques à Paris.
ONZIE'ME PARTIE
DUTRAITE'
DES LUNETTES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par M* CoMIERS d'Ambrun,
PrevotsdeTernant) profeffiur
es Mathématiques 4 Paris. NOusavons démontré dans
les deux derniers Mercures
Extraordinaires, par le temou
gnageancien Ic irréprochable
de plusieurs doctes Autheurs
François & Latins, qui ont fait
imprimer leurs Livres,plusieurs
années auparavant que leR.P.
Cherubind'Orléans
,
grand Adioptricien,
eut donné au Public ses
ParfaitesVisions des années 1677.
678. & 1681. iQue la premiere
Invention des Binocles, celoit deuë
à Daniel CHORES, qui les presensa
au Roy, & en publia la facile
construction en l'année i6iy.
Nous avons aussi demoncré que
tous les véritables Sçavans reconnoissoient
devoir l'invention
des Binocles, dont les verres
oculaires font convexes , au R.
P. Anthoine Maria de Rheita,
ce-doc'te &Religieux Capucin
Allemand, qui après avoir fait
admirer à tous les Sçavans Curiéux
le prodigieux effet de ses
Binocles, en donna en l'année
1645. la construction dans le premier
Volume de son Livre in fo-
-
lio ; intitulé Oculus ErucS & Elia.
Je veux - encores démontrer
l'Anciennetédes Binocles, par le témoignage
d'un tres sçavant Autheur
Italien, c'est le P. F. LANA
de la Compagnie de Jesus.
Voicy ses termes que j'ay tirez
de la 209 page de fou Livre infolio
, qui a pour Titre PRODROMO,
ALL' ARTE MAESTRA
imprimé in Brescia en
l'année M. DC. LXX.
Resta, dit cét Autheur
,
di dire
alcunacofa, délit Cannoebiali,*con>
i qualisityirano gl* oggetti con tutti
e due gl' Occhi che per cio adimafJd(
iamo BINOCULI. EjJendo dunque certa che quando mi miriam,
alcttn' o-ggetto con embi gl1 occhi l,
vediamo piu chiaro, Particolarmente.
in molta diflanza
,
Stquitacbeft--\
cendo noi un Cannochiale conilqua~\
le Jt pojfa rapprcfentarel'oggetto avb
tutti due gl' oahi
, non solo ci com-x
farira pia chiaro
, ma faremo men"
fatica.
Si fara dunque in questa
, o altrav
jimilforma, &c.Iverniobjcctivi^x
devono ejjere di una medefima L#fJ"-
&bez,za di diametro
, ç l'lino totale
mentesimile aU'Illtrl) ncllafia figurai
COllveffi ; fmi/mente coUocheraivicino
à gl' occhi due vettri concavité
overo due lenti, o anche fei, cerne tiew
T411nochiafj di quattro vettri
,
si chc&
Jîano DUO CANNOCHIALI INTC
UNO;ma quefit vicini a gl' êccbûù
devonoessereccllocatic&n taldijîaza^h
cbeIL CENTRO LORO CORRIS-2
FONDA"ESATTAMENTEAL CEN-fr
r&0 DELLA PUPILLA DE GL"
JCCHij ail' incontro li due vettri
b.ec-tivi devono tffire ira dise al
ju&ntopiuvicini, 0 meno,conforma
d lontananza dell' oggetto ,
che vorliamo
quardarei puiche in maggiore
Vietnam,A delT oggetto ,
ancb* tJfi:
icvono tjflre piu vicini tra di sa
lecio in tal modo i raggi vifuali
d'amhidue gl'occhi
,
paffando per li.
vettri objettivi,vadano à terminare:
nel medefieioogeetto. onde, &c..
Voila pour me servir des mefmes
termes du P. Cherubin daus-i
la 54 page de la Vision Parfairede
1678. LA veritable & unique
Cênftruttion de CoculaireBinocle.t' tous les Verres ysoient, il a oublié
de dire dans chacune des deux:
Lunettes, centralementtoujours partiellesentreux.
2. £)uilsyfoien#
centrdementptrpendicuUires 4fti
Axes.3. elis,déllX-Axes/eNI
soientréciproquement toujours centralement
perpendiculaires,à que.diftanct quepuijpseflre tl.ohje
D'où est évidentque lesVerrts immea
diatsjX veut dire les oculaires plus
proches desyeu%^eftantcentrdemet
ajustez, aux papilles- des yeux. C.
que leP. Lana dit par ces morsj
che il cento loro corn/fonda effimente
d centro délit pupille de gÊ
occhi. Reprenonstes termes
du
P. Chérubin, les Axes pénétre*
ntcejfaircment, enfnite perptndiem
Idirement,&très, direffemtnt toutk
U profondeurdes yeux , jujquesm
tomber sur lemilieu des deux letinés
sansseromprei ce qui efi t'tfill-.
ciel de la VisionpArfaite, &pdrtutM
ftquem AIIJfl delàconjkrufîh»l"r:
faite de l'oculaireBinocle. Ce que
Daniel Choyes, & leP. de Rhei_-
ta, ce sçavant & Religieux Capucin
Allemand, & Je P. Lan*
en 1670. & le P. de chales em
1674. avoient enseigné & pratiqué
en 1645. dansla construction
de leurs anciens Binocles. C'est
pourquoy M. le Marquis deSeignelay
Secretaire d'Etat, dit au
R.P; Chérubin, ce que luy mesme
a publié en Tannée16-jy*.
dans la 412 page de sa Contiquité
des Corps. Ilfaut avouer que,--
le Binocle est une belle invention;
mais franchement elle nejîpas nouuelle
; néanmoins nostre Autheur
Adioptricienajoute ,
qu'il repliqua,
qu'ilyavoit plus de vingt tms;,
qu'il avoit inventé & construit le?
Binoclt. Et n'ayant point de
preuve par témoin ny par écrit,
d'avoir inventé ou construit
quelque Binocle,il gagneroit (a.
cause s'iltrouvoit un Juge qui le
voulut croire, dajudicem qui me,
credat, & ego convincam. Maispar
malheur, il a luy mesme démenty
en l'année 1681. par termes
formels &tres décisifs le témoignage
avantageux qu'il s'étoit
donné,d'avoir inventé &
construit le Binocle vingt ans auparavant
l'année 1679. Voicy
ses termes couchez au commencement
de la 191 page de ses parfaites
Visions imprimées en 1681.
ny'ayant, dic-il,jamais paru aucun
Binoclejusques a l'impreon du LivredelaVision
Parfaite de1677. dat
lequelj'en ay donnél'invention. Ce
noj/j.m Inventeur delà vieille
invention des Binocles, fit ailleurs
une réponse autanr juste
que la précedenre. Quelqu'un
luy ayantditque M. Da/encé Secrétaire
du Roy, estant à Vifbourg
en l'année 1668. eut pendant
trois semaines
,
l'excellent
Binocle de quatorze pieds de M.
l'Electeur de Mayence, & luy
ayant de plus faitvoir sur son
Agenda, ce qu'il avoit tire du 2.
Livre Chap. 11. page 241, de M.
F.R.A.B. J^ueMejjîeursdesCoptes
neconvenoientpas dans sa Sommationdes
Tlu(tesd'Allemand> dont on
avoitbâti les Lunettes des Princes nouvellemetimpriméesàAnvers.
Il protesta
que c'estoitluyquiavoit
donné ces Binocles à des Princes
d'Allemagne, & qu'il estoit vray
qu'on luy avoit fourny de Flustes
d'Allemagne pour luy servir de
tuyaux pour chacune Lunette
du Binocle. Quelque Rieur ajouta,
qu'asseurémêt ces grandsBinoclesàFlustes
d'Allemagne,avoiée
enfanté le perit Binocle de deux
pieds de longueur, du P. Dechales-
Savoyard, & comme aussi celuy
de decemcirciterpalmorum de longueur,
dont il parle dans la 673
page du fecond Tome de son
Mundus Matkemntieut, imprimé à
Lyon en l'année 1674. Ainsices
deux Binocles étrangers sont ail
moins de vingt ans plus anciens
que la Vision Parfaite de 1677:
du P. Chérubin. C'est pourquoy
comme il est facile d'estre Prophere
des choses payées, &. Inventeur
des vieilles choses, il a eu
raison en l'année 1678. de donner
vers la fin de la 27 page de
tes Visions latinisées, cét Avis si
important au Public,Certe, ditil,
hujus Geniisumfatcor qui in pr.e.
dilyiis ac pulchris adinveniendis
simmedelcetor. En effet, y a.t.il
truUrim ? Que la transformation
en Ange de lumiere dans les Vi-
,
gnetes de ses Visions de 1677. &
de 1681. Y a-t il rien pulchriu?
que Ía Meremsicosation en teste
d'Apollon
,
dans les Culs de lampedesesVisionsde1677.
Quid
froecUriué ac pulcbrius ? que cette
belle Anagramme ou renversement
de nom autour de cette
teste creuse
,
mais Apollonifiée;
CHERV&BINWS AVRELIANENSIS.
UNA IN VERIS
HABERIS LUCENS.
Mais toute cette force d'espritn'est
rien en comparaisondes
ce qu'en l'année 1671. dans lu]
296 p. de sa Dioprrique oculaire,
il asseure avoir vû dans laLune
mais par un moyen tout particulier
jusques ici inconnu; que je firaJ
voir, aj oute-t'il, ensonlieu : ce sera
pour lors qu'il prendra ouvertement
laqualité d'Ambanadeurti
de l'Empereur dela Lune.Ce sera
pour lors que donnant laRelationn
au Public de son Voyage dans Ia,
Lune, il confirmera ce qu'il al)
dit en 1679. dans la ni page des
la Contiquité des Corps: j'ayv
trouvé, dlr-]I,_fenf,;blcmcnt, quel'a¡r,,'\
agit naturellementsportivement e.
montant, dr seulementnegativement
en descendant, ce font ses propres v.
termes, qui par leur cadences
payent leur manque de raison,
bienn
bien qu'il en ait prononcé un arrest
solemnel contre tous les veritables
Philosophes, qui ayant
la teste trop dure & bien timbrés,
ne peuvent ressentirles influences
de ce Soleil nocturne,
mysimpathiser à la legereté de
Jair. Voicy les termes de son rell: tirez du fecond Article de troisiéme page de la Préface
Eê Ces Parfaites ViJiensàQ l'année 681. Pour desabuser dit-il, le
ondepréoccupé d'une êpinion éga- nent nouvelle
,
je. maiségaUment ; de laprétenduepefauteurde
£air,quequelques Philosophesrecens
croyoient avoir tres solidement Iflfblie
parmy les Sç&vans,
La. Nature luy a de tres grandiûimes
obligations, puis qu'il
estoitleseuldansluniverscapable,
commeil diten1679. dans
la septiéme page desa Contiquité
des Corps pour démontrerlaveritécontraire.
J'avoue,dit-il, que
ce n'est pas sans un travail
,
& qui
demande mefîtoe des connoissances tres
étendues
,
& une très vivepénétration
d'esprit. Voila enpeude mots
le Panégyrique que luy mesme
fait de sonesprit,il le faut croire
sans hésiter aussi fermement que
lors que dans la399 pagedumesme
Livre, il prononce que l'oculaire
pourservir aux objets de terre, -
nedoit point excederla longueur de
dix pieds environ : Et par confequirttattjji
le Binocle ; mais pour les.
tû9jits du*font, ajoûtet'il,
édtlinz., par eux mt/mes, c'estàdire,
ajoute-t'il encores, qui sont lumineux
: le Binoclepeut estre tant l()ng
que Con voudra. Philosophes &
A stronomes que je vousplains!
d'avoir creu que les objets du
Ciel, ces Planettes que vous observez
avec tant de vigilance &
de précaution avec vos simples
Telescopes
,
& non pas avec des
Binocles, n'avoient qu'une lumiere
empruntéedu Soleil, apprenez
enfin que cét Autheur
ayant faitenfin son vôyage d<ins
la Lune, à reconnu en observant
les objets du Ciel avec des Binocles,
que laLune, Mercure, Jupiter
&. ses quatre Satellites
, Saturne
son Anneau, &' ses sept Lunes,
font commeil asseure
,
éclai-
TrZo par eux mesmes,c'est à dire qu'ils
sont lumineux.
Voila le fruit & les découvertesque
l'Aucheur des Visions a
fait avec les Binocles de quoy il
doit se contenter, car pouravoir
continué à crier pour l'invention
des Binocles, comme les Fauxperdeurs
de cognées à Jupiter, il
luyest arrivé lamesme cho[e,&.
ses Amis luy ont conseillé de de-.
mander plutost à Jupiter comme;
les AberReids;la reftitutio* de son
premierbony£/?.f,commeadit M.F..
R. au Prologue de son quatrièmes
Livre page239.« Du Paraleliijhte de l'Axe des
deux Lunettes du Binocle
TekJèopique.,
,
pique.,
Nous avons dit dans le derniers
Mercure, que laconstruction diuj
Binocle pour voir les objets cloi—
gnez ;
estoit fort facile, puis qu'il
lutEr de mettre paralellement sunt
un mesme plan deux LunetCe
en tout semblables
,
& d'égale
forcé & longueur, & que leurs
Axes estent paralelles ne soient
éloignez l'un de l'autre, que de
la distance qu'il y a entre les centresde
deux prunelles
,
laquelle
n'est ordinairement que de deux
pouces & demy au plus, lors
mesmeque les
-
yeux font dans la
situation pour voir les objets
Rlffi éloignez que les Astres de
l'immobile Firmament, il s'agit
doncdedemontrerle paralellismePhysique
des Axes (lesdeux,
Lunettes du Binocle,mesme
JOur les objets terrestres fort
:loignez,-
Tous les Sçavans reçoivent
Axiome qui est en l'Article
IVÏI page 21 ,de la Dioptrique
le Keppeler de l'impression de
( - 7 ]61I.Áx-es fer centra, Pupilloe^C2"
humomm-oculorum tranfeuntes natu
rali motuvel poiitu quiete ,paraieUt
funt, volanttrie vero conterqneturad)
propinquacomemplanda.
Vopiscus Fortunatus Plein,
pius Medecin d'Amfteldam
, a,
parlé comme Keppler. Voicy
ces irermes tirez de la.97,Page du -
Lib. 3. càf.^.vde fcm
grdpbiti de l'année 16yy. car aise--
moto oculedurfimid*deamdcmpar-\
tcm '"zoveatur répond. ZJt,
direéta in unum idemquc pun-Bum
dmborumLuminumacie
,
idemobjeffum
utrumquc oculum uno rempote
ftmiléraJiorum infltxioneingrediatur,
quo unaelhitur diflinBa.vJJto
aïque acuratn dignotio, & au Livre
4 Problème LV. page 176 il
ajoute,Vtfn4 ad multumpropinqm
dgrius id efilaboriofius& molejiius
dr dolcntiusrefpicit quant ad rcmctiora
, parce que, in vifione rtrum
fropinquarum contorqutri
,
feu adJe
invicim mnuèreoculos
,
értantomagis
contorqueri quanto res visa provins
vifîtm confifiit: In vifione -dutem
objeciorum longinquorum eculos
Uneri paralellos; at situs hic oculorum
paraieIIus naturalis 11
, quetn
Jpontesuarepetuntoculi vi mufculorum
aliorsum non difiracii. Vndè
in meditabundis eo quodhimufiulos
oculorum rimittant,qito minusad res
proximas contorqucantur ,
recurrunt
ipsiad istum paraitHum : qua nota,
voicy qui est digne de remarque,
exflatici isis facile dignofeuntur ab
omnibus, &sianon cmnibm, not*
ratio intelligatur. Contorfio nonnisi
rnufçulorum ope Uboriose pfrficitur:
quare flquituream fatigatioj &quo 4
major fucritilla contortio
,
eo major i
fatigatio ac lalor. Deprchendimw t
autem non camdem omnibu* incjfc ;
eculos contrahendi facultatem
,
fid
quibusdam longilrem
,
aliii breviorem
terminnm à natura pojïtumesse,
quo propimadducercoculosnequeunt
prout feiliect Ad TlJdgisvtlmin#s
propinqua vifionemfe affue fecerint.
C'est - pourquoy il y a plus de
trente années que j'ay déclaré le
Binocle miscroscopique, sinon
inutile du moins d'un usage tres
penible & fatigant à bien des
gens, qui ne peuvent qu'avec
grande violence contourner sussisamment
les yeux pourvoir un
objet fort proche; mais le P Chérubin
par certaine Antipatie qui
estentre iuyôc lebon sens, a dit
;-n iéSi. dans la 1 page de les Vivions
, JVuc tout les mouvcwènsdes
:dcux yeux conjointementr se fai-
Soient avec une Ji douce activité*
toujours accompagnée de sa délectation
& duplaisir
,
quilsparoissent
infatigables en leurs actions.
Reuenons au paralellis--me de
l'Axedes deux Lunettes du Binocle
Telescopique, pour voir en
mesme temps des deux yeux les
objets qui sont cres éloignez.
Pousledct-nontrerje poiede faits
rnconteftables.
1. Le P. de Chales, après Alazen,
Vtellion 5c plusieurs
autres Autheurstant anciens que
Modernes, avoit démontré en
l'année 1674. depuisla 381 page
de son Mundm Maïkmaticu*<^uc
Axes optici concurrunt inunumidem
punctum
,
le P. Cherubin ayann
étudié, cét Autheur en a voulu!
en 1677. & 1681. regalerles ignoo
rans, ce qu'il a fait par un excella
lent verbiage &ennuyanre Mac
rologiedans ses Visions pdrfai.i;
tes, où le concours des deux À.f"
xes de la Vision en un seul poinin
de l'obj et.
20. Le R. P. Chérubindanin
ses Visions Latinisées 5c augmentéesen
l'aimée 1678. parle en cerj
ternies dans la 66 p ig Totalem Si.\i
vmuli fieflri cxhrfarcmînbum trirtms
dintaxat icd/un, qtiotf.1licet
ccoumlihmuidjuiosrtiistbmejp v(Jl/Ji, qui ufk&\
,
& nibil hominùs a&x
ttrrcftriaJingulanscjfeffu-4forets
r^rro,ajoute-t'll,Binoculumhnn&\
très,tantum peds longum,etiam dj-\
Jiificiu'm adfexleucarum inîcYVùl2\\
lun; objaftlm prxbcrc, curisus 'l'Û-:
[";etartyre poterit experiri.
Supposons que nostre Au-
Ihcur ait la veuë aussi force, que
l'ay euë autrefois, qui voyois
,lif1:iLlél:emnt les objets colorez
wC bien éclairez, à la distance de
deux cens cinquante pas Geonetriques
qui valentdeux stades
iilc 615 pieds chacune. Voyez.
wlineffifi. Nat. lib.2. cap. 234 Supposons encores quenostre
grand Autheur Adioptricienparf.;
juste
,
lors qu'il asseure qu'arec
son Binocle de trois pieds de
Sftngueur,il voyoitdistinctement
ses objets qui font éloignez de six
euës. Voila un Binocle excelsentissime
poursa petite taillé,&c.
dont la gloire en reviendra toû-
M)-.îrs toute, entiere au Maistre
lunetier-, puis que le R.: P. Cherubinn'ajamais
fait dtEtiJY
, ny
travaille aucun des Verres, 1
vray que par sa Lettre écrite du
Convent de Saint Honoré à Pa
ris cUttée du 2. Décembre 1676
&-adressee à M. gmrrchu M.:i:,:
treMiroëtier& Lunetier,aux
deux Croissans d'argent sur le
Quay de l'Horloge, qu'il a miau
nombre des minutes de M. le
Franc le jeune Notaire Royall
par Acte dedépostdu 17. Janvier
1*678. Je P. Cherubin parleau
SieurQuerrreau en ces termes
Lundy Sa Majejfe me commanda 4
luy faire un.Binocle ,jt me feron
trouvétnpeintdeflttisfaire au corm
mandement- de saMajeÏÏe,.J-IlJ-""
plus de vingt ans quefay defefté tl1
travailler, au Verre*'Mais je me ftù
fouiâgé fefprit aufîtjet de ce travail
fer Pefttme queje fais du vofrr,,
ysipourquoyje vous prie de me faim t grace de mefairedesVerrespour
monter lesoculaires que le Roy desire
tueje luy fissi
,
qui font un oculaire
Winocle, dr un Autre pour Mffigner,
Semblable à celuy que je vousfis faire
fl.le Nonce Bargellini
, pour mettre
r la Machine à dejfmerdeloin,je
mus prie de voussouvenir que c'est
Jour le Boy, t? en cette consideration -- Hy apportertout lefoin&exactitude
wjjikle, vous en aurez de l'honneur,
vutre que, drc.
Cette Machine à dessiner de
de loin est mon Telesgraphe, qu'il
déguisa pour s'en dire l'inventeur
,
mais ille rendit irregulier
g&c sesopérations fausses
, par la
taillie qu'il donna à l'index,&
n'en ayant pû reconnoiflre la
fausseté
,
il en sir en l'année1677.
dans la 144 page de les Vision
parfaites
, un grand prelcnÇ.Ali,
Personnes que leurs Chargesexpi
sentperilleusiment dans les Armée.
Et deplus, a-t'il ajoute dans f.
187 page de ses Visions de 1681
Aux Ingénieurs dans les Armées,
centretirer &" dessiner les dehor
des Places, mefmcr ajjiegée
hors de la portée du Canon. Cette
invention est autant admirable
& utile que celle dont M.F
RAB. fait mention, dans sou
quatriéme Livre ChapitreLXIII
Comment Gajhrmvehivit art ck
moyen denon estreblissénytouchépaq
Coups de Canon.
- Il ne reste plusqu'àconsideres:
dans l'excellent effet de ce BiJ
nocle, duquel a parlé leR. P.'
Cherubin, que lajufte proporion
des Verres, & leurjufte arcengementdanschacune
Lunet- te.NostreCommissionnairedes
Binocles n'en doit encore tirer
aucune vaine gloire, puis qu'il
appris le tout de moy , en voicy
ses preuves incontestables.
Dans mon Livre de la nouvelle
ience de la Nature & Presage des
demettes ,
imprimé à Lyon en
année 1665. est mon Traité sucint,
de la PFon de faireles grands
dunettes a, trois.¿&.. à quatre Verres
convexes, je me fuis servy des ternnes
suivans dans la 486 page
Articlevu. Ftlú qu'unVerreecusaire
tant pins il est d'un moindre
wjcr, tantplusil agrandit lu objets
un les rendant en échangeplustrou-
Mes ; ilfaut gardercertaine proportion
entre les longueurs des foyersdes
Verres, laquelleproportion neconjiflh
icy enrigueur &précifionMathemax*
tique
,
puis quelle commence d'iftnv
bonnedepuM unjusquesà ;f.& 40, A
Foctu du Verreoculaireétaïd'unpou«
ce y
le foyerdu Verreobsessifdoiteflrrï
depuis36jufques.kquarantepouces.
Le P. Chérubin dans les Vi-i"
fions parfaites de 1677. Page140A
a parlé en ces termes. Pourmon-*
ter L'oculaire de quatre Verres con-u
vexes, qui redresse excellemment
l'espece très augmentée & tres diftimK
ÏÏe,pourfervir aux objets de la, terrey
il faut remarquer que les trou der.
niers Verres doivent estre de petit."
SSppbhecre,ccoommparez, au Verre objc£lif\\
aufquclsils doiventservir: ils peu-*
vent bien eflre tous trois égaux,db
fifre en proportion avec leur objctlif\:
emme 1. à sf. 38. ou 40. au ïluam
il ajoute du si-rn ,ces mots, au
plia, ce qui est tres faux; car, par
exple,un Verre objectif de mille
pieds de longueur de foyer, &.
qui a 21 pouce de diamettre en sa
surface, que nostre bon Amy M.
Hotsoker a travailléil luy faudroit
un Oculaire de 27
pieds &
neuf pouces, pour estre avec son
àobjectif en meim* raison comme 36
, ou du moins illuy faudroitun
Oculaire de 15 pieds, pour
il
estreà son objectifcomme 1 à 40,
ainsi cette prodigieuse Lunette
n'augmenteroit que quarante'
fois l'apparition naturelledel'ob- jet, & n'auroic par dessus ma
Lunette de poche
,
dont l'objectifàun
pouce d'ouverture,augtreavantage
quede me Lirevoirun
objet 411 foisplusclair, c cil:
à dire, autantdefois que la furfa^;
ce del'onverturedwt'objjéHfd«t
ma petite Lunette, est contenuë
dus la surface de 21 pouce d'ouverture
de ce grand objectif.
Il reste à examiner si le P. Che-3
ruban a trouvé ou donné quelque
chose du sien
, concernant l'arrengement
desVerres convexe
dans les Lunettes.
En l'année 1665. dans la 497
page de mon Livre de la nouvcUo\
Sc'tnce de la Nature d* Fnfige dù&
Cnna/es" je donnay l'arrangement
des quatre Verres en cea^
termes ,
Toute la perfection de nosv*
grandes Lunettes, consisteen quatre
Verres,&c. Ayant vos quatre Ver—*\
res, fin objectif, trois oculaires
-qu,,-ts oculaires peuventeflretoustroislw
cPunmcjme Ftlçm, pour les logent
dans un Tube en
deue distance,puis
qui'ls ne font que deux Lunettes a
partquircnvirfcut les objets
, T<?M
mettrez lapetite Lunette
,
qui efteomposée
de deux derniers Foresoculaires
, au bout de l'autre Lunette ,
qui
est plus longue
, pour estre composée
dungrandohjecîtf& a'unoculaire,
0 & él()inez.en ^euapeu la petiteLunette,
jusques
atant
que njout voyez,
lesebtetstrèsdiftinciefhent.
En l'année 1678. le P. Cherubin
dans ses Visions latinisées, &
augmentées dans la 141dit, Jd•
construendum quatuor vitris conve- xisocularedioptricum,animadvertendumesttria
postrema vitrasuoobjeefivoxemparata
;pari/queinterfefacuitutissimulcum
-ejfiEfti ejje
posse,suo videlicet objectivo,utfsnt5
comme j'avois dit en l'année
iGGyJtcat i.ad36.vel 37.38.&c.r
ufcjucJummum40cjfvdendo.Voiiala
me(me erreur, ufyucfummum
40 que nous avons remarquéjçydessus.
Il pourfuic pour l'arrengement
certèpofuivefacilitts cornsoussi
can/îi ejfirie¡¡dUl/J. est
, M fecuïidum
viirum convexum cum pri.
mo objectum, il oublie de dire bien
éclairé 6ctres éloigné) difltnftif-
Jime invetftmreddatr, demum hoc
idemtertium, cumpreccdente secundo
; cfu&rtttm dénique cumprecedente
tertio
, tôt quasi jingNlis horum vu
trorum combinationibus pArticulàrÏA
nimirum ocu/dritl objcffttmnitidijjlmeinverjum
proejiantia comportendoy
.f<!!£ tandem simulconjttnÏÏÂ Prd-
Jlantijjiwum constituentOculare Dioptricum
dUabuseverjïonibus oculo
eiettum prabens objcéfum. Ildevoit
ajouter que les trois oculaires ne
doivent plus changer entr'eux, &
que pour cela on les peut mettre
dans un seul tuyau. Mais il faut
que la Lunette des deuxderniers
oculaires, ait esté faite en regardantun
objet tres eloigné ,c'eil:"
pourquoy le plus ~sur est de les
mettre à la c\ifiarJce de leurs foyers
- solaires. -
Enfin le P. Cherubin n'a rien
contribué aux Binocles. Leur invention
& leur usage est d'une
ancienneté au de là du jour de sa
Baiuance. Il n'a jamais construit
lestuyaux
, ny travaillé les Verres
, & leur proportion & leur arrangement
n'est pas de luy
, en
ayant presquedemotà rpot emprunté
ce que j'en avois dit en
1665.
DïtnonftrationduPuralcllifme
*
des Axes des deux Lunettes du -
BinocleTcLcfeofique.. sUpposons quele Binocle qui
n'a quetroispieds delongueur
,
fasse voir distinctement
un objetéloignéde six: lieuës,
comme le R; P. Cherubin Tailèuredansla
66 page deses Visions
augmentées& latinisées en l'année1678.
jedémontre queladistance
qui est entre les centres
des deux Verres objeél.i.fs de ce
Binocle, estphisiquementég.alçr
à la distance qui est entre les centres
des deux Verres oculaires
immediats, c'est à dire plus proches
des yeiix ,
puis que la distance
d'entre les centres de ces.
erres n'est pas plus grande que
distance d'entre les centres des
rerres objectifs, d'une partie
es 1730.d'uneligne. Voyez 14 igl#re premiere.
1°. La distance A B d'entre les
centres des deux prunel les, A &
~se des J cux du P. Chérubinn'est
auplus que de30 puisque
luy mesmedans la 136 pagede ses
Visionsde1681. dit, ladistancedes
centradespupilles de mes yeux est de
eux pouces cinq'lignes environ
,
&
u'il ajoûte dans la deuxiéme des
pagecottées 2t7.e lA distance
Misi trouve plus ordinairement entre
les centres des ouvertures desyeux,
comme £expérience me l'a fait connoistre
dansles meilleures veuës, DId'environ
deux pouces & demy.
2°. La distance d'entre les centres
des deux prunelles,efl: tOU1
jours plus grande que ladistance
d'entre les centres des Verres
oculaires, mesme des immédiats;
mais puis que nostre Adioptrieien
& Ageomerre
,
les a proponcées
égales dans la zos page
de ses Visions de 1681. Suppôt
sonslà égale, 6c disonspour luy
complaire , que la distance des
Verres immediats estde trente lu-i
gnes.
3:\ Il faut détermine-renlig-nes
la distance ou longueur deliaKi
lieuës. Bienquedansla195 page
du XXVII. Tome du Mercure
Extraordinaire, Quartier de Juillet
1684. au sujet du NivelâncnQt
pour la conduite des eaux , j'ayyj
donné 57100Toises du Châtelet
à chacun degré d'uir^randGer-o
~elol
pie de la terre où elleest moyenpement
élevée,puis que par tout
superficie n'est pas également
éloignée de son centre,ce que le
cpohuisrisqudeems eRntivieres demontrent
; neanmoins dans
rerre rencontre, je veux bien ne
donner au x environs de Paris que
~7060 toises à chacun degré, lui.
vant le calcul de Messieurs de
VAcademie Royale des Sciences,
?0 puis qu'un degré terrestre con-
:riet suivant ces Me ssieurs25lieuës
xommunes de France, chaque
îllieuë ne contient que 2282 toises
h pieds 4 pouces, 9 lignes & trois
cinquiémes d'une ligner C'est
Ipourq uoy chaque lieuë commume
de France, ne contient en
llongueur que 1971993 lignes &
dtrois cinquiémes de ligne, lefquelles
estantmultipliées parsixx
le nombre des lieuës, à la distan
ce desquelles le P. Cherubinau
lieu fus cotté de sa Visiõ latiniséo
en1678. dit que sonBinocle longr
feulement de trois pieds ou 43:^
lignes,faisoitvoir l'objet distincte
ment: vous aurez dans la Fig. J.\
N~11831961 lignes & trois cinquiémes
pourladistance dumilieu
d'entre ces deux yeuxàl'objet.
Et AB la distance d'entre Jeso
centres des prunelles des yeuxdu
P. Cherubin,n'est pas de 30 lignes
, comme il dit luy mesme
dansla136 pagedeses Visionsde
1681. Sippofons là néanmoins»]
estre de trente lignes, qui eM
deuxpouces ÔC demy
,
puis que
dans la page 117 ,
il la dit relief
dans les meilleures veuës
, 6e~
'ayans point égard que le conournement
des yeux vers cét
objet diminüe cette distance, i:nfm pour donner tout l'avantage
ossibleau P. Cherubin, fuppoons
A B 30 lignes.
Donc A B est la baze d'un
riangle Isocelle A + B : & ne
orenant pour N que 11831961
iignes,pour femidiamettre d'un
Cercle la circonference fera
74341410, & comme A B est un
les 2478080 costez du Poligone
gulier inscriptible l'âgle A B
JIU sommet du triangle isoscelle,
quiestauCentredu Cercle n'est
quela 6883 partied'un degré, & ar côsequét insensible. Donc les xes des deux lunettes de ce Binocle,
qui font les deux costez du
riangleisoscelle A tjfB sont paralelles.
Ce calcul desabuser
ceux qui ont creu pouvoir cond
noistre ladistance des objets ~pq
la difference de l'inclinaison dob
Axes des deux Lunettes du B
nocle.
Je veux icy rendre encores l
démonstration plus évidente db
paralellisme phisique
,
des Axo
des deux Lunettesdu Binocle db
trois pieds de longueur du Fl
Cherubin,disposé pour voir dib
stinctement comme il dit un ob
jetéloigné de sixlieuës, suppo
sâtmesme seslunettesdu Binoclb
tant soit peu plus longues que db
trois pieds, en sorte que la ligne
jyF foit precisément de 3 pied
ou 431lignes.
Donc NIoIl831961lignes
NF 432=F~ H&3T529lignes.,?:
I Donc par la 4. prop. du VI. Euchdei'
N.NA:: t F.FC
Lf. lignes plus 11825481 parties
l'une ligne partagée en 11831961
arties égales.
Mais FC =FD,tlkFC
FD =CD. Donc CDdu
allce descentres des Verres objectifs
est 19 lignes plus 11819001
parties d'une ligne divisëe en
^831961 parties égales; mais la
iftèrence des termes de cette
fraction qui font nombres premiers
entr'eux, est 12960, & cette
différenceestcontenue 912
fois -t 11441de11960. dans le
eénominatlur. Tellement qu'il
De s'en manque pasla913partie
d'une ligne, que ladisdtancedes
centres C & D des Verres objectifs,
ne foit égale à la distance
A B des centres des prunelMl
par le/quels passent les des!
rayons principaux, Axes de 3
Vision du point de l'objet t a£
quel concourent les Axes db
deux Lunettes du Binocle. LJ
Machinesdonneront-elles cetr
precision ? Bien plus elleest inn
possibleaux Binocles du P. Chor
rubin, puis que luy mesme en
marge de sa 206 page de ses VI'
fions de 1681. dit, !f!.!!,e les deit*
tuyaux des deux oculaires du Binées
doivent estreun peu vagues les im
sur lesautres.S'ilsfontvagues of
est la precision qu'il a voulu cltrt
sinecessaire ? La nature ne laiss
pas de faire ses fondions sans le'
precisionsMathématiques, par.
ce que ses organes font phifi
ques,jeveuxdire matériels
,
rayque dans l'usage des Lunetés
estant allongées, suivant qu'il
strequis pour bien voir un ob t, on peut l'alonger ou racourir
unpeu ,
sans que l'on recoii.-
loilTede la differenceà la visîon,
i raison en est, que les rayons se
eiiniflanf pour formerles piaeaux
optiques, ils se croisent si
orten biaisant, que leur interfe-
Uon a de l'ccenduëphiuque.
Je veux encores établir icyla.
qantitédel'angle, que les Axes
esdeux Lunettes de ce Binocle
e trois pieds, forment, par leur
oncours à un point de l'objet
loi-gnédesixlieues.Voicyl'A- alogie.
Comme N 11831961.
Està N A 15.
Ainsi~*Nfiiius total10000000
Fft à N A Tangente n—H-
-801^-4^8 fraction à negliger
11831961
6c dautant que la Tangente d'une
minute eil 2909. & qu'une minute
= 3600 minutes tierces, fautes
cette Analogie.
Donc 1agleN«2?Aetf14m.tierces
plus la fraction.
Maisl'angleNA =l'angle N
B'.
Donc l'angle AtD n'estque de
29 tierces & une fraction
,
dont
l'Angle A i' B que les Axes
des deux Lunettes font au point
duconcours,c stinsensible. Donc
les Axes des deux Lunettes de ce
Bmociefont phisiquement para.
selles,cfhnc ajustées pour voir
un objet qui n'est éloigné que de
fn lieuës, combien à plus sorte
raison feront encore phisiquement
plus paralelles les Lunettes
d'un Binocle poutvoir les Astres,
tel qu'estoit celuy du P. Rheira.
Que P. Cherubin sans penser à la
consequence
, a avoüé estre
Inventeur &. Publicateur depuis.
1-année1645.Binocles à lunettes
composées de Verres convexes,
mais enmefme temps il a
vouJu ternir lareputationde l'excellencedes
anciens Binocles de
ce P. Rheita^&voicicomment,/!?
P.-Rbeita
,
dit-il dans la 47 page'
daf--sVisions de l'année 1.677.se
contentoitdefairevoiravec son Bi--
nocle tellementquemlment des deux
yeux quelques objets du Ciel,comme
la Lune parunefeuleinversiond'Ef
pe.
Pour épuisercette matiere du
paralellifme des Axes des deux
lunettes des Binocles Telescopiques,
je remarque.
Primo que Daniel Chores qui en
l'année1615. presenta aa Roy
Loüis XIII. ses Binocles, & en
publia la construction
, a esté
grand Ingenieur, Geometre,Ma.
chiniste & le plus estimé des
Ouvriers pour le travail des Verres
de lunettes, qu'il faisoit de
toute longueur. Néanmoins le
P. Chérubin, dans la 196 page de
ses Visions de l'année 1681. dit
hardiment,JZuechores faisoit des
Lunettes
,
qui n'ont jamais excedé
deux ou troispouces de longueur comme
elles sont dépeintes en si figure,
quand on luy permetrroit de con.
clurre que les lunettes de Chores
-
Õnt: il composoit ces Binocles
n'eussent que la longueur des Figures
qu'il en a donné, il auroit
toujours-parlé contre la vcriré)
puis qu'une des Figures de Chores
a beaucoup plus de trois pouces
de longueurle Binocle
qu'il monta en argent pour Mr
de Monmaur Maistre des Reguestes,
que j'ay montré & fait experimenrer
leur excellent effet
par plusieurs Sçavans, ont plus
de neuf pouces delongeur.
Secundo, Je fais remarquer que,
cbms dans son imprimé concernant
lafacileconftru&ion de son
Binocle Telescopique pour voir
les objets éloignez, que vous
trouverez au long avec ses Fig.
dans le XXIX. Tome du Mercure
Extraordinaire, parloit en
ces termes. Ces deux Lunettes d()t'
vent eflre fardeliesentreelles, PO(
un$bjet éloigné de plus de centP(
tantloinpuiffe-tilefire.• [
Le P. Chérubin a voulu faim.
acroiré à ces Lecteurs, que le/ai
Binocles de choresn'excedoienn
pas la longueur de trois pouceszo
bLà ce faux allégué ,il en ajoûteii
unautredans le cinquième Arti-iî
de de la Letrre A, dans les Ta..£'
bles des Matieres de ses Visioonn
de l'année 1681. & l'experience,
dit h,faitvoir qu'ellesfonttoujours:
un anglefcnfible peur en voiries ofc\
jets les plus éloignez: que l'on en ptlA
si voir. Il m'est facile de démen-r
tir par le calcul l'exp,::r-jenco'
qu'il a controuvé, pour tâchera
d'avilir la bonté des Binocles deo
Ghorez. 4
SUPPofOL.par complaisance
Pour le P. Chérubin, que les Binocles
de Chorez n'eussent que
[.pouces ou 36 lignes de longueur
,
& que les deux lunettes
manrajufiées
pour bien voir un Sbjet feulemét éloigné de cet pas
-E=500 piedszz6 000 pouces ta-
71000 lignes, & pour mettretout
l'avantage dans le parry du Pere
Chérubin,'supposonsencor que
nonobstant le contournement
des yeux, necessaire pour faire.
concourir les deux Axes de la
Vilion àunmême point de l'objet
éloigné de 72,000 fig. la diflance
des centres des prunelles foit en- orde deux pouces & demy ':=,
30 lignes.
-
Vous aurez dans la Figure
II. le triangle ifofcelle Atys
faites cette Analogie.
Cemme rS? N 72000 -EfiaN A -. iy.
AinîlfbV-ftnMtotal 10000000
Ejia1YATangentc 2083
plus un tiers,
&dautantquela Tangent d'une
minuteest2909, & qu'une pre-,^
miere minute =60 secondes,~faites
cette Analogie.
2909. 60. m.s. :: 2083 H- un
tiers. 42. m. s. & une fraction;
mais l'angle N+ A = iV«î»2?..?
Donc tout l'angle A i' B n'est
pas une minute &26 secondes..
Par quelinstrument, &par quelle
experience nostre Adioptricien rj
& grand A geometre a-t'il veu
qu'un angle d'une minute 8c 26
secondes soit sensible?
Pour connoistregeometriquement
la distance C D d'entre les x
entres des Verres objectifs, des
~eux Lunettes de ce mesme Bi-
~ncle de trois pouces de longueur
,
disposé pour bien voir
~objet téloigné de cent pas ou
"1000 lignes,supposant mesme
que nonobstant le contourne-
~ment des yeux, les centres des
orunelles fussent éloignez de
lieux pouces&demy :;= 30 Ii.;ncs
~aites cette Analogie.
N. 72000 lignes. NA 15::
mais N -NF36 ::::l' F.
71964. FC 14 lignes 397quatre
centièmes.
MaisFD ==Fc. DoncCD
..9lig.—H 394 quatre centièmes,
mais la différence des termes de
cette fraction est 6, que le dénominateur
contient 66 fois 8t deux
hwierSjii ne s'en faut donc pas la 66
partied'une ligne, que la distanceCDdescetresdes
Verres obectifs,
ne foit aussi grande que I)
distance AJJ des centres des Pru-u
nelles. Donc les deux IlJnc[[e:
de ce Binocle feront phisique.
ment parelelles.Voustrouverez
le mesme paralellisme des deux
lunettes des Binocles les plulongs,
lors qu'ils feront en états
defaire voir un obj et tres éloigné
à proportion de leur longueur
,& enfin ce paralellisme
phisique seroit encore plus ap-q
prochant du geometrique dama
les BinoclesAstropiques.
Enfin il faut conclurre que lôlj
P. Cherubin en écrivant tant dôl]
Volumes de Visions qu'il a reill-q
ply de tantd'articlesatrabilieres
qu'on peut dire comme Senemehb.
i. de Clementia 5. Muliebre
furere in iras. Quecet Aueur
si Religieux avoirignoré ce
~uedit Saint Jerôme, sur le pre-
~ierChapitre du PropheteDa-
Siéjuûadnj'erfw Mathematis.
vclitfcriltrt imfttrhw Mathe-
Atts, Rijuifatcbit, ce quiestmes- erapporté dans le Canon
, Qui li. dict. dïft. XXXVII. ç'e£l::
~ourquoy pourmeservirdes téres
de M. de Balzac dans sa 26
ttre à Hidafpe, Je -pietofine
~u'on permette de violer impuncrtiint*
=rj Veritez*mathzmaiiques-,dontkvulgairene,
se devroit non plus aï--
%YO.,bcr
, lite du gouvernement des
Mats&dzstifyfteres de la Religicnr>
estimebicnflm,ajoute-t3rlJeef~<
desChartreux que les Vificns de;'
T.tAu(bmrAdioptricien-.
DeCInutilité& dangereuxZJ/age^
des Binocles. pEndant les deux ou trois
nées que jem'amusayà tras*
vailler au Journal des Sçavant
je dis dans le XXXIII. Journ~
du Lundy 20 Décembre 1677.
la page 249. Que le P. Cher
bin donnoitunnouveau jourauBinocle
oculaire, ou double tJncttc, a(lÍÍ\1)
le P. Rheitha avoit parléamplemens
en l'année1645. dans son Livre 00 culusENOCH ELIÆ, 63
j'ajoûtay, dans la page 250.
toutes ces difficultés en avoient faàtl
négliger l'usage
, ce que l'experience
moderne prouve encoreîo
puis que le Sçavans n'ont jann,,ii
regardé le Binocle comme un
hose utile. C'est pourquoy ,
le
çavant A stronome M. Heve-
ILtS de Danzic
,
dans la 25page
le la Selenographie imprimée en
1647. dit minimeproestantissimum
d, Cttjll u/ùs adifficultatibus mamis
dependet
,
& ajoûte dans la
page 53 en parlant des Binocles.
Voh estquidoculo Enochiano,tantum
ribuat, & M. l'EvesqueCaramuel
Lobkouvitzius dans la p. 1603 de
on Mathesis Nova imprimé Cam-
~anioe en l'année 1670. parlant de
ces lunettes, ditlongaexperientia
didici, in omni genere, non esseproetantissima,
quorum usus à difficultaibusmagnis
dependent. Ceux qui
Dnc des Binocles le reconnossent
par leur propreexperience.
J'ajoûte, Que l'usage des Binocles
suppose deux yeux également
bons bien conformés, Mali
le nombre de tels yeux est très
petit, & mesmetresrare, un ch.J
cun pourra examiner les siens
en la maniere suivante, que je tire
du Giornale Romano de LettcrAI).
di 29. Gennarioenl'Article
ob/crvariene del Sig. Gio. Alfonsi
BoriUiNeapelitano,intorne 484 vir
tuinequalc d'egliocchi. Si sambu
co rotondo,riclia fi/st(Irad'macamera
chinfa daper tuito ,
o si pone Nlt.'
pallay baie, nerapcndtntc net mlZ..
d'unafneliraaperta ,
la qudie passi
l'occhio dero ,
Jiriquardi ber coll'occhto dejlro hA
h"
colJîiriflroy-e parangonatej compas
rez, insieme que/te vedate si trovt ejftrnetabilmcnndiversa.fïmagin*
perche Cocchiê sinistro vtde le cosipià
grande, e plu diBinfe, -che il defin
the rapprefcrttaunimagine cm c-ert.
hltdtura atmnp. Cette inégalidevision
en la grandeur, bL
~n la distinction de l'apparence
~el'objet
,
vient de la disparité
esyeux, puisqu'unmesme objet
~tant veu conjointement de
eux yeux , l'apparence n'est pas
~distincte, & qu'estant regardé
~successivement d'un oeilseul, &
ouis de l'autre
,
l'apparence du - mesme objet fera inégale,ce qui
arriveou par la differente ouverture
desprunelles, ou par les differentes
convexitez de ses humeurs
cristallines, ou par leur dif-
&r£ntcioignement de la Retine.
C'est pourquov^Egnatiopanùen
J:s Commetaires sur le Due Regole
Wfelta Prospettivepratica di M. Jacomo
Barrozzi da vignola imprimé
~n folioà Romeen l'année 15S5/
dit dansla page54 Chevolendo
mirareuna cosasquisitamente, la miriamo
con un fil, occhio
, per che cio
lo facciamo per eslcuere ogn* altro
objetto ~& vederesolamente quella co- sa
,
che mi intendiamo di mirare ; il
che molto meglio opéra cm una foU
piramidevifuale che con due. Voila
un Arrest solemnel prononcé à
Rome depuis plus de cent ans
contre les Binocles.
M. Gassendi Prevost de l'Egli
se Collégiale de Digne, & Professeurdes
Mathématiques à Paris
, avoit experimenré cette différente
force des deux yeux.
Voicy comme il en parle dans son
Livre de Apparente Magnitadine
Solishorizontalis en sa 2. Lettre
ad Ferumatum Licetum N. 7. Possum
ipîe dit-il, cette de me ,
oculisque
uàtefiari, qui dcxtro oculo res video
onnibil quidcm obfcuraiiores,fed
majores tamen , qitamsinistro, quinlâ
prexime magnitudinis parte. ./od casu d(?num adverti, cùm in
mrttm wtuens,sacroque oeuliJiniflri
v.onfrtffu, dcxtro legens ebaracieres
ideprebendi jcnjihilttermajores,
fjuàm visi moxfuijftnt,&il ajoute,
\(îniftro(ego oculo quo charafferesminiores
quiaem, fcdelariùJ ramen intfucor
i dextro otulo neque magnitudi-
,nt.(, uique obfeuriiatà
,
1) quicquam ad- cùm "f.)/o atiiwt opéra data
Mcxtro oculo legire
,
tumwutari iliiuo
fîtnmjubfuhuquodam(entio>aetum
mequepayviiatem , neque titi; itatem
ttff!ia confuete, ccq ue l'sfïîdu travail
&àobserver lesasiresd'un ieul roiJ,
Uuy avoir causé,ajnG cette gran-
)d<: difficulté du contoumement
des Axes de ses yeux, ne pouvoit,
l'attribuer qu'à la très grande diih
parité de la conformation de fo)
yeux, c'est pourquoy il ajoûto
Nonpoterlsforte, vir eximie, tat..:
tlemlegendfJ experiri
,
& mixité
quidem si exiquafitoculorum difpAv.
rÙtU. C'est pourquoy en suppo.o
fant que cous les hommes ont ges;
neralement les yeux differement
ment conformés, y ayant uneno.o
table disparicéd'un oeilà l'aurre
il a mal tiré cette conclusion ges
nerale,Rationem duco, ex paralel.
lifin? motusocuterum
,
à tuimfachy
ut demirer, ajoûte-t'il
,
cfiitOptiez"
non advtrimntimpojjlbilem cjfèsquam
depredicant Axium (oÏti(jnem\
Il en dit autant au N. 15. desa38
Lettre Ad Bnllialdnm.
Bien des Sçavans ont crû qUrJf
nonobftam»-
onobsrant que les deux yeux
fussent ouverts l'on ne voyoit en
nême tems un objecque d'un oeil,
l'a esté l'opinion de Ioa.Bap. Porta,
ib; vr. deRefract. de Sennert lib.I.
nsfit. cap.12.
„
Bien que le P. Dechales dans
on lrJlIlJdlU Malhematicus
,
imprimé
en 1674. ait demontré dans
Prop. 49 page 382, qu'Axesepet
concurrunt in unum idemque obvftum
y
bien loin de douter de
experience de M. Gassendi
iIlÍnjmmo eam aliis
,
dit il, expeientiisconfirmo.
Habemus hic fra-
-rem aliquem janitorem
, qui lin,
:Cf!() est myops ,
alio vero Presbyta,
ta ut distintissimè objecta diJJit-s
ercipiat uno oculo, qu* aliovix dis'inguit
, & vicissim cum legendum
$altero utatur oculo.idem mea,
ajoure-t'il, conjirmo experiemidx
quam quilibct facere pOferit. Stln
Myops, oculos tamen habtosatis Pt")
fccteJîmiles
,
quotiefcumquc
alterutiv
ocitlorum lenttm concavam adhibet\
nonclaufoaitHa>objecta lus vidcùi
dijlincic per lentem concavàm j 0
confuse alto oculo
,
quo cîiam wajom
mihiapparent,fedopus cfi alïqua îljb
tentione. Negosa experientiapr$k\ b.iriAxiumopîtictrumulriujtf®^ oculiparaleilifmum,
ia &e. tamin non puffint flm!6
Axes optici quomodolibet concurrent
quando nempe oljetfum efi valde VI'':
rinum oeillo1nonpotesi ut /IdÁ
invicem inctinentur oculi, 6" dirix
gant utrumqi Axemopticum adideto
objeffum,indefit ut myàpihtal
ilccidat, unum tantum oculum ad oA
jeefum dirigi ; & eo tantum legem
seso quident cculo qua-siferidnte
,
si
t benenon vident
,
hoc efisi tanta
difpruportio interejaJvifiontm,
oculi bene affeffivifionem,utunium
non. afficiat. Jhtod si oequales
rtQCNli ,
orieturmultiplicatif objeornm
lufizpe experier & ofiendam
fra. Trop. LVII. pag. 415. si Axes
niciin nullo propofitoobjeffo, conciliant
omnia gemimri videntur,
fc qu'il dit- arriver plus facile-
Itent Miopes
1)
ment aux ,qui ut difiinôte
yegant tbjefôa multum oculis admovientytuneenim
ut fere qaotidieex-
"'erior, objetta geminantur.
Le Pere Chérubin luy niesme
dans la 44 page de les Visions de
677. reconnoit dans les deux
dernieres lignes,Qu'ilfaut avoir
tes deuxyeuxsains,&mesme,ajoure-
t'il,médiocrementbien conformez
pour éprouver par experience (]A"
l'objet eji veu des deux yeux pl,,\c
grand, plus fortement, e--plui ab
ttinttementqued'unseul
, si les dei/n:
yeux fontfiins & bienconformez
Mais peu de Personnes ont loi
fdeuox yeurx émgalemenet biezn co.nc Le Pere zlIcehim dans la 100
pige de la seconde Partie de 4 :
Philosiophia Optica imprimée e3
1656. remarque que ,
Si alter oeltA)
lorumfitfiujfuifonetantifper ObfteJè.
tus, tuneferapparentiam exhibitaxs;
per apprehenfionem in oculo jùffujio
ne vitiate, inficitur alia
,
correspond
dens apprehensions exerciteià
ro , qut statim ac toUitur apprehenfiy*
per vitiatum co clausio
,
adsuum nim
toremrestituitur.;Ilrestreàdémontre
trer.
lemauvaisEffet, & le dangereux
Vsigt du Binocle.
pErfonne n'ignore qu'on ne
peut voir distinctement en
mesme remps un grand objet,
'!!,indi procédé, comme dit Danti
lia 54 page de ses Annotations
la Perspective pratique de Vipole
impriméeà Rome en l'an-
Ic 1583. che volendo noi vedere
al sivoglidcofa minuta mente,
diamo girando glhi eccbi, &mundo
la Bdza délia piramide
, per
scorrere con l'Assesopra tutta la covifibile,
&c. & che nella prospetva
fia un punèfô solo designando
la quel che si vede in un occbiata;
uza moverfipunffo. Puis que
Binocle arreste fixement les
deux Axes de laVision en nu
mesme point de l'objet, il s'enM
fuit que les autres objets qui nid
font pos dans 1'Horëftere_rfoniri
veus doubles, & paroissent en
deux différents endroits. Biem:
que le Pere Cherubin ait fait umi
perpetuel divorce, avec le borne
fcns & la raison ,"il convient
néanmoins de cette experience fil
defavantagetife à l'usage des Bi-1
noclesrVoiey sestermes tirez de-il
ses Visions de1677. depuis la 15Zi
-
ligne de la 42 page.c'est. 'lIr.
quoy,dity.-il avec raison,laforce de 14 t.
meue&l'attention de l'effrit, efiant ,-
alors arrejlez,&fixez* à voirunK\
à* specialementsonpoint auquelcon—j
courent les deux Axesy ils verrtnt,y
par exemple,lesommet d'un bktm *
double , mis entre les Axes de la ji
mon ou dehors, 6C enfin de tous
jers qui ne feront pas dans le
an de l'Horoptere
,
à caufey
.n1me il dit, que les rayons qui leur
portent 'pece,ysont receus des
rtics des deux yeux qui ne font pas
monyrnes & les deux peintudu
sommet du btÎtorJsi trouvent
fertmment situées dans les deux
tines\&pourqueyl'on voit nccef
t,ement cet objet double.
Pour vous convaincre facileent
de ce doublement d'objet,
evez vostre doigt index,vis à
le milieu de vos deux yeux, à
distance d'environ huit pous
,
& vis à vis d'un objet plus
Digne
,
regardez fixement vô-
; oigt, pour lors les deux Axes
la vision y concourror, & l'au-
: objet qui eftplus éloigné que
ledoigt, vous paroiftra en deuxi
differens lieux, & par consequent
double, & si peu à peLD
vous détournez vos yeux pount
porter la réunion des deux Axeas
sur.l'objer plus éloigné, ces deuxx
apparences s'approcheront aufluF
peu à peu, & enfin il vous femblera
que deux semblables bjetn
se penetrenc pour n'en faires
qu'un seul. C'est pourquoy re---
gardant fixement cét objet éloi
gné, vostre doigt vous paroiftraè
double, & en contournant peu à J;
peu les yeux pour apporter la«
réiinion des deux Axes de la Vi- - lion sur le doigt, vous verrez 3
aussi que ses apparences s'appro- cberont - peu à peu, & enfin s'é- '.- tant comme penetrées
,
n'en fe- -
rontvoir qu'un seul.
L'expérience qui est la seule
riaiftrefle des ignorans
,
qui ne
1 euvent rien comprendre nier, ny
rvoiïer fins son secours 8c hors de
n presence,leur montre,que nous
rapportons tout ce que nous
t'oyons bien dlftlndcmentàl'Ho-
Koptere, qui efluneligne tirée par le
wintdu concours des Axes optiques,
",arA/eUrment A la ligne qui conjoin-
11roit les centres desyeux, telle est la
iigne G H 1 de la Figure III.
Un objet K mis entre les deux
Axesfera veu en deux
différents
endroits,en L&en M.
Pi Deux objets comme AT. o.mis uflîhorsderHoroptere, & hors
Hutriangledes Axes de lavifion,
::haque objet paroiftra en deux
HirFjrencsendroics, car l'objet IV
eparoiftra en P 6c j ,
6c l'objet
otpraroaifti-iareneK 8.t s,ô£ au co
.-
SisurchacunAxedelaViflO"
vous mettez un objet T. v ,
lei
deux objets ayant leurs apparat
ces peintes chacune sur le fonç
de la Retine d'un oeil, ils ne p
roiftront que comme un seul si
le point de H de l'Hoptere 0'
reiinion des Axesde la visîon.
Le P. Dechales danslefeconc
Livre deTon Optiqueen larPro
48. Problème wJÎYuwcntumconfia
re quo quæcumque de Horoptere cLÂ
cuntnrexperiri pojjimm
, mettez
plom les deux planches A B B
chacune â0 deux pieds de lônÉ
güeur, & d'un pied de largeurtn
faites plusieurs trous en différenciai
endroits, pour y planter le fiiloJ,
CM qui servira d'objet en diffe»:>
entes polirions; car il ne parle
que d'un sèul objet veu à la fois
dans le mesme temps, que les
deux Axes des deux yeux1Kcon.
courent au point F de laligne
horizontale GFH & l'Horoptcrey
& la planche BD de l'Horoptee,
donr la Planche B D estle Plan
aioli le point M fera veu es points
J & H" & paroistra double.
Le bon homme Alhazen Araoe,
dans son TheftiurmCpticoe lib.
N. 12. page- 81 de l'imprenion
lie 1572. dit.vifibile aliks unum:
dicis geminum videri, organo ojîen*
Mirur. Je l'explique & le rends inelligible
en moins de paroles.
Soit dans la Figure V. la planche
ADIS d'une coudée de longueur
, & de quatre pouces de
margeur, tracez les Diagonales
ADIS,que vous remplirez d'une
mesme couleur à huile, tracez
aussilestraverses BOCM, que
vousremplirezde différente couleur
à huile, faites l'entaile FR
pour recevoir l'élninence du nez,
fin qu'en regardant sur la planche
, les centres des prunelles
soient en FR) faites trois petites
colomnes comme dans les Figu
res 1.1. 3. de 3 lignes dediamettre
, & de deux pouces environ
de hauteur
,
peignez-en une en
bleu, l'autre en rouge, & l'autre
en jaune, faitesen la planche es
points C. O. M.T.N.F..!¿L.x.des:
trous qui fervent à y planter les
trois petites colomnes.
Plantez premièrement vos
trois colomnes dans les trous C.,
Q. M. appliquez ensuite les yeux
proches des pointsFR. Fixez la
veuë,c'est à dire, regardez attentivement
la colomne en -o. 8c
regardez ensuite tout ce qui est
sur la planche, rien ne vous paraîtra
double, parce que les trois
objets ou colomnes font sur la ligne
Horoptere c. 0. M. Regardez
ensuite fixement l'objet ou
colomne en c. ou en M. les colomnes
ne paroiftront pas dou.
bles,parce qu'elles sont toujours
sur l'Horoptere, mais la ligne N B.
l&les deuxdiametres AS. DI paroiftront
doubles.
Laissez toûjours une colomne
sur l'Horoptere en0, &plantez
leeux autres dans les trous N,
L. & regardez fixement la colomne
o. pour lors chaque co
lomne N. L. paroiftra double,
ainfïdeux en feront voir qllatreu
deux de chaque couleur, & poc
fées obliquement deux à costés
droit, & deux à cofté gauche des
la veritable ligne B. o. N. laquêl-l
le aussi paroiftra double.
Que si ayant planré vos deuxx
colonines sur une mesme Diagonale,
par exemple sur A.s.dans lese*
trousp.j^_vousregardésfixemenm
la colomne 0, les deux autres P&
vous paroiftronr doubles,canj
Ja Diagonale paroiftra en deuxx
lieux dirrerens.
Il en arrivera de mesme si vouszi
plantez vos deux colomnes danszi
les trousT.des deux-Diagonales,
elles doublerontaussi, puisai
que les Diagonales paroistront
doubles.
Que si vous mettez une des
colomnes dans le trou X,fait sur le
nord de la planche, & bien au de
:à de l'Horoptere CO M en regar.
dant fixement la colomne O ,
la
colomneX doublera,&au contraire
en regardant fixement la.
colomne plantée dans le trou X,
les deux colomnes c. O0. paroî-
::ront doubles, & la ligne C. O.
Wl. aussi
,
n'estant plus l'Horotere.
Ayant démontré que les
Lieux Axes de la vision concouranten
unmesme point d'un obet,
les objets qui ne font pas sur t'Horopfere, paroissent en deux
differents endroits, & par consequent
font veus doubles, il
s'enfuit que le Binocle faisant
concourir les deux Axes de la
vision à un mesme point de l'objet)
envoyant distinctement un
Vaisseau sur la Mer, tous les au-ru
tres Vaisséaux qui ne se trouveront
pas sur l'Horoptere paroi
stront doubles,&peu de Vain
seaux paroistrontune Armée Na-sl
vale ; jugez de la consequence
sisonusagen'est pas dangereux.
L'experience que le Binoclo
fait voir le double des Vaisseaux
sur la Mer est tres confiante. Parmy
les Sçavans quis'assembloient
les apresdisnées chez M.Justel Se-3<
cretaireduroy.M.ChibertdeMontigny,
Frere de M.l'Auditeurde
Comptes, y raconta le Samedy 30
Aoust 1681. queM.de Sauvage.y^
tres sçavant Mathématicien ôoô
Ingenieur du Roy,l'avoit .af-l*
seure que les Binocles ne POUU4
voient estre d'aucun usage sur lai
Mer, puis que M. le Maréchal
Estréevoyoit huit Navires des
ennemis avec son excellent Bi-
Iode, bien qu'à la verite,il n'yen
ont que 4. comme tous ceuxqui
voient de simples Lunettes 1'cd:'
auroient,ilajouta quele P. Chemin
demandoit400 livres vun
~nocle; mais pourquoy acheter
cherement une chose, tres ditcileàajuster
,
inutileà laplus
grande partie du monde qui ont
lesyeuxd'inégale bonté & consommation
,
& enfin qui noust'ompe
dans son usage
,
dans les
Affaires de la derniere importande
,
lors qu'il s'agit de reconnoîre
le nombre des Vaisseaux des
ennemis,
Enfin, voila tout ce que j'ay à
tire concernant les Binocles,
vec lesquels le R. P. Cherubin
voit toujours son image devant
luy, commeAïitiphcfôtt o~~w~
par la raison dont Aristote fait
mentionau Chap. 1.DeMemori
& R miniscentià. ; 6c Galien lib.1
delocis tiss,ctis Ctlf. 6. Illuy eil ar-u
rivé la mesme chose qu'au Mila-js]
nois dont parle Cardan Lib.1. aU
Subtilitatepag.34. Galeasde Rabeam,
civis nostercum jam olim inventa
Cochleam Archimedis ad elevandums
aquam, ipse QUAIFprimu*AUÎOYvellei^
existimarireperiisse, prx loetitia illl.\-
&c. C'est pourquoy il voir cou.tj'
teschoses d'une autre maniero
que les Sçavans, demesmequ'un
celebre Medecin à Dresde, donne
parle Senert lib. 1. Prax. p.
sect.2.cap. 45 lequelestantmont
sur une échelle pour prendre unu
Livre
,
çculefqtte fortiùs fursumJ*
r¡j)wneret) il vit depuis pendant
,Wois mois toutes choses en ifruation
renversée
,
&homines, ini>U- ,â in capite ambulare:aussi le R.
Cherubin asseure dans sa Diototrique
Oculaire de 1671. page
-34 ligne 2. voir les chiens courans
Surledos.Jelaisseàunautreàrépondreauxfaits
particuliers qui le
raegardçc,&quelePv.P.Cheriabia
cotte depuis la 7.lignedela 392
age,desonLivdela Contiqukêdes
X:orJH impriméen 1679. Et dans
Er Art.de la lettre H. dela Table
des Matieres des Visionsde iéSu
Nom donnerons dans le ¡r(Jchai,,-
Mercure Extraordinaire, la confira*
tlion des Lunettes polemoflopes) &-
Je toutes les Lunettes au/quelles w
employélesmiroirs*C<oMIÊkSi
DUTRAITE'
DES LUNETTES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par M* CoMIERS d'Ambrun,
PrevotsdeTernant) profeffiur
es Mathématiques 4 Paris. NOusavons démontré dans
les deux derniers Mercures
Extraordinaires, par le temou
gnageancien Ic irréprochable
de plusieurs doctes Autheurs
François & Latins, qui ont fait
imprimer leurs Livres,plusieurs
années auparavant que leR.P.
Cherubind'Orléans
,
grand Adioptricien,
eut donné au Public ses
ParfaitesVisions des années 1677.
678. & 1681. iQue la premiere
Invention des Binocles, celoit deuë
à Daniel CHORES, qui les presensa
au Roy, & en publia la facile
construction en l'année i6iy.
Nous avons aussi demoncré que
tous les véritables Sçavans reconnoissoient
devoir l'invention
des Binocles, dont les verres
oculaires font convexes , au R.
P. Anthoine Maria de Rheita,
ce-doc'te &Religieux Capucin
Allemand, qui après avoir fait
admirer à tous les Sçavans Curiéux
le prodigieux effet de ses
Binocles, en donna en l'année
1645. la construction dans le premier
Volume de son Livre in fo-
-
lio ; intitulé Oculus ErucS & Elia.
Je veux - encores démontrer
l'Anciennetédes Binocles, par le témoignage
d'un tres sçavant Autheur
Italien, c'est le P. F. LANA
de la Compagnie de Jesus.
Voicy ses termes que j'ay tirez
de la 209 page de fou Livre infolio
, qui a pour Titre PRODROMO,
ALL' ARTE MAESTRA
imprimé in Brescia en
l'année M. DC. LXX.
Resta, dit cét Autheur
,
di dire
alcunacofa, délit Cannoebiali,*con>
i qualisityirano gl* oggetti con tutti
e due gl' Occhi che per cio adimafJd(
iamo BINOCULI. EjJendo dunque certa che quando mi miriam,
alcttn' o-ggetto con embi gl1 occhi l,
vediamo piu chiaro, Particolarmente.
in molta diflanza
,
Stquitacbeft--\
cendo noi un Cannochiale conilqua~\
le Jt pojfa rapprcfentarel'oggetto avb
tutti due gl' oahi
, non solo ci com-x
farira pia chiaro
, ma faremo men"
fatica.
Si fara dunque in questa
, o altrav
jimilforma, &c.Iverniobjcctivi^x
devono ejjere di una medefima L#fJ"-
&bez,za di diametro
, ç l'lino totale
mentesimile aU'Illtrl) ncllafia figurai
COllveffi ; fmi/mente coUocheraivicino
à gl' occhi due vettri concavité
overo due lenti, o anche fei, cerne tiew
T411nochiafj di quattro vettri
,
si chc&
Jîano DUO CANNOCHIALI INTC
UNO;ma quefit vicini a gl' êccbûù
devonoessereccllocatic&n taldijîaza^h
cbeIL CENTRO LORO CORRIS-2
FONDA"ESATTAMENTEAL CEN-fr
r&0 DELLA PUPILLA DE GL"
JCCHij ail' incontro li due vettri
b.ec-tivi devono tffire ira dise al
ju&ntopiuvicini, 0 meno,conforma
d lontananza dell' oggetto ,
che vorliamo
quardarei puiche in maggiore
Vietnam,A delT oggetto ,
ancb* tJfi:
icvono tjflre piu vicini tra di sa
lecio in tal modo i raggi vifuali
d'amhidue gl'occhi
,
paffando per li.
vettri objettivi,vadano à terminare:
nel medefieioogeetto. onde, &c..
Voila pour me servir des mefmes
termes du P. Cherubin daus-i
la 54 page de la Vision Parfairede
1678. LA veritable & unique
Cênftruttion de CoculaireBinocle.t' tous les Verres ysoient, il a oublié
de dire dans chacune des deux:
Lunettes, centralementtoujours partiellesentreux.
2. £)uilsyfoien#
centrdementptrpendicuUires 4fti
Axes.3. elis,déllX-Axes/eNI
soientréciproquement toujours centralement
perpendiculaires,à que.diftanct quepuijpseflre tl.ohje
D'où est évidentque lesVerrts immea
diatsjX veut dire les oculaires plus
proches desyeu%^eftantcentrdemet
ajustez, aux papilles- des yeux. C.
que leP. Lana dit par ces morsj
che il cento loro corn/fonda effimente
d centro délit pupille de gÊ
occhi. Reprenonstes termes
du
P. Chérubin, les Axes pénétre*
ntcejfaircment, enfnite perptndiem
Idirement,&très, direffemtnt toutk
U profondeurdes yeux , jujquesm
tomber sur lemilieu des deux letinés
sansseromprei ce qui efi t'tfill-.
ciel de la VisionpArfaite, &pdrtutM
ftquem AIIJfl delàconjkrufîh»l"r:
faite de l'oculaireBinocle. Ce que
Daniel Choyes, & leP. de Rhei_-
ta, ce sçavant & Religieux Capucin
Allemand, & Je P. Lan*
en 1670. & le P. de chales em
1674. avoient enseigné & pratiqué
en 1645. dansla construction
de leurs anciens Binocles. C'est
pourquoy M. le Marquis deSeignelay
Secretaire d'Etat, dit au
R.P; Chérubin, ce que luy mesme
a publié en Tannée16-jy*.
dans la 412 page de sa Contiquité
des Corps. Ilfaut avouer que,--
le Binocle est une belle invention;
mais franchement elle nejîpas nouuelle
; néanmoins nostre Autheur
Adioptricienajoute ,
qu'il repliqua,
qu'ilyavoit plus de vingt tms;,
qu'il avoit inventé & construit le?
Binoclt. Et n'ayant point de
preuve par témoin ny par écrit,
d'avoir inventé ou construit
quelque Binocle,il gagneroit (a.
cause s'iltrouvoit un Juge qui le
voulut croire, dajudicem qui me,
credat, & ego convincam. Maispar
malheur, il a luy mesme démenty
en l'année 1681. par termes
formels &tres décisifs le témoignage
avantageux qu'il s'étoit
donné,d'avoir inventé &
construit le Binocle vingt ans auparavant
l'année 1679. Voicy
ses termes couchez au commencement
de la 191 page de ses parfaites
Visions imprimées en 1681.
ny'ayant, dic-il,jamais paru aucun
Binoclejusques a l'impreon du LivredelaVision
Parfaite de1677. dat
lequelj'en ay donnél'invention. Ce
noj/j.m Inventeur delà vieille
invention des Binocles, fit ailleurs
une réponse autanr juste
que la précedenre. Quelqu'un
luy ayantditque M. Da/encé Secrétaire
du Roy, estant à Vifbourg
en l'année 1668. eut pendant
trois semaines
,
l'excellent
Binocle de quatorze pieds de M.
l'Electeur de Mayence, & luy
ayant de plus faitvoir sur son
Agenda, ce qu'il avoit tire du 2.
Livre Chap. 11. page 241, de M.
F.R.A.B. J^ueMejjîeursdesCoptes
neconvenoientpas dans sa Sommationdes
Tlu(tesd'Allemand> dont on
avoitbâti les Lunettes des Princes nouvellemetimpriméesàAnvers.
Il protesta
que c'estoitluyquiavoit
donné ces Binocles à des Princes
d'Allemagne, & qu'il estoit vray
qu'on luy avoit fourny de Flustes
d'Allemagne pour luy servir de
tuyaux pour chacune Lunette
du Binocle. Quelque Rieur ajouta,
qu'asseurémêt ces grandsBinoclesàFlustes
d'Allemagne,avoiée
enfanté le perit Binocle de deux
pieds de longueur, du P. Dechales-
Savoyard, & comme aussi celuy
de decemcirciterpalmorum de longueur,
dont il parle dans la 673
page du fecond Tome de son
Mundus Matkemntieut, imprimé à
Lyon en l'année 1674. Ainsices
deux Binocles étrangers sont ail
moins de vingt ans plus anciens
que la Vision Parfaite de 1677:
du P. Chérubin. C'est pourquoy
comme il est facile d'estre Prophere
des choses payées, &. Inventeur
des vieilles choses, il a eu
raison en l'année 1678. de donner
vers la fin de la 27 page de
tes Visions latinisées, cét Avis si
important au Public,Certe, ditil,
hujus Geniisumfatcor qui in pr.e.
dilyiis ac pulchris adinveniendis
simmedelcetor. En effet, y a.t.il
truUrim ? Que la transformation
en Ange de lumiere dans les Vi-
,
gnetes de ses Visions de 1677. &
de 1681. Y a-t il rien pulchriu?
que Ía Meremsicosation en teste
d'Apollon
,
dans les Culs de lampedesesVisionsde1677.
Quid
froecUriué ac pulcbrius ? que cette
belle Anagramme ou renversement
de nom autour de cette
teste creuse
,
mais Apollonifiée;
CHERV&BINWS AVRELIANENSIS.
UNA IN VERIS
HABERIS LUCENS.
Mais toute cette force d'espritn'est
rien en comparaisondes
ce qu'en l'année 1671. dans lu]
296 p. de sa Dioprrique oculaire,
il asseure avoir vû dans laLune
mais par un moyen tout particulier
jusques ici inconnu; que je firaJ
voir, aj oute-t'il, ensonlieu : ce sera
pour lors qu'il prendra ouvertement
laqualité d'Ambanadeurti
de l'Empereur dela Lune.Ce sera
pour lors que donnant laRelationn
au Public de son Voyage dans Ia,
Lune, il confirmera ce qu'il al)
dit en 1679. dans la ni page des
la Contiquité des Corps: j'ayv
trouvé, dlr-]I,_fenf,;blcmcnt, quel'a¡r,,'\
agit naturellementsportivement e.
montant, dr seulementnegativement
en descendant, ce font ses propres v.
termes, qui par leur cadences
payent leur manque de raison,
bienn
bien qu'il en ait prononcé un arrest
solemnel contre tous les veritables
Philosophes, qui ayant
la teste trop dure & bien timbrés,
ne peuvent ressentirles influences
de ce Soleil nocturne,
mysimpathiser à la legereté de
Jair. Voicy les termes de son rell: tirez du fecond Article de troisiéme page de la Préface
Eê Ces Parfaites ViJiensàQ l'année 681. Pour desabuser dit-il, le
ondepréoccupé d'une êpinion éga- nent nouvelle
,
je. maiségaUment ; de laprétenduepefauteurde
£air,quequelques Philosophesrecens
croyoient avoir tres solidement Iflfblie
parmy les Sç&vans,
La. Nature luy a de tres grandiûimes
obligations, puis qu'il
estoitleseuldansluniverscapable,
commeil diten1679. dans
la septiéme page desa Contiquité
des Corps pour démontrerlaveritécontraire.
J'avoue,dit-il, que
ce n'est pas sans un travail
,
& qui
demande mefîtoe des connoissances tres
étendues
,
& une très vivepénétration
d'esprit. Voila enpeude mots
le Panégyrique que luy mesme
fait de sonesprit,il le faut croire
sans hésiter aussi fermement que
lors que dans la399 pagedumesme
Livre, il prononce que l'oculaire
pourservir aux objets de terre, -
nedoit point excederla longueur de
dix pieds environ : Et par confequirttattjji
le Binocle ; mais pour les.
tû9jits du*font, ajoûtet'il,
édtlinz., par eux mt/mes, c'estàdire,
ajoute-t'il encores, qui sont lumineux
: le Binoclepeut estre tant l()ng
que Con voudra. Philosophes &
A stronomes que je vousplains!
d'avoir creu que les objets du
Ciel, ces Planettes que vous observez
avec tant de vigilance &
de précaution avec vos simples
Telescopes
,
& non pas avec des
Binocles, n'avoient qu'une lumiere
empruntéedu Soleil, apprenez
enfin que cét Autheur
ayant faitenfin son vôyage d<ins
la Lune, à reconnu en observant
les objets du Ciel avec des Binocles,
que laLune, Mercure, Jupiter
&. ses quatre Satellites
, Saturne
son Anneau, &' ses sept Lunes,
font commeil asseure
,
éclai-
TrZo par eux mesmes,c'est à dire qu'ils
sont lumineux.
Voila le fruit & les découvertesque
l'Aucheur des Visions a
fait avec les Binocles de quoy il
doit se contenter, car pouravoir
continué à crier pour l'invention
des Binocles, comme les Fauxperdeurs
de cognées à Jupiter, il
luyest arrivé lamesme cho[e,&.
ses Amis luy ont conseillé de de-.
mander plutost à Jupiter comme;
les AberReids;la reftitutio* de son
premierbony£/?.f,commeadit M.F..
R. au Prologue de son quatrièmes
Livre page239.« Du Paraleliijhte de l'Axe des
deux Lunettes du Binocle
TekJèopique.,
,
pique.,
Nous avons dit dans le derniers
Mercure, que laconstruction diuj
Binocle pour voir les objets cloi—
gnez ;
estoit fort facile, puis qu'il
lutEr de mettre paralellement sunt
un mesme plan deux LunetCe
en tout semblables
,
& d'égale
forcé & longueur, & que leurs
Axes estent paralelles ne soient
éloignez l'un de l'autre, que de
la distance qu'il y a entre les centresde
deux prunelles
,
laquelle
n'est ordinairement que de deux
pouces & demy au plus, lors
mesmeque les
-
yeux font dans la
situation pour voir les objets
Rlffi éloignez que les Astres de
l'immobile Firmament, il s'agit
doncdedemontrerle paralellismePhysique
des Axes (lesdeux,
Lunettes du Binocle,mesme
JOur les objets terrestres fort
:loignez,-
Tous les Sçavans reçoivent
Axiome qui est en l'Article
IVÏI page 21 ,de la Dioptrique
le Keppeler de l'impression de
( - 7 ]61I.Áx-es fer centra, Pupilloe^C2"
humomm-oculorum tranfeuntes natu
rali motuvel poiitu quiete ,paraieUt
funt, volanttrie vero conterqneturad)
propinquacomemplanda.
Vopiscus Fortunatus Plein,
pius Medecin d'Amfteldam
, a,
parlé comme Keppler. Voicy
ces irermes tirez de la.97,Page du -
Lib. 3. càf.^.vde fcm
grdpbiti de l'année 16yy. car aise--
moto oculedurfimid*deamdcmpar-\
tcm '"zoveatur répond. ZJt,
direéta in unum idemquc pun-Bum
dmborumLuminumacie
,
idemobjeffum
utrumquc oculum uno rempote
ftmiléraJiorum infltxioneingrediatur,
quo unaelhitur diflinBa.vJJto
aïque acuratn dignotio, & au Livre
4 Problème LV. page 176 il
ajoute,Vtfn4 ad multumpropinqm
dgrius id efilaboriofius& molejiius
dr dolcntiusrefpicit quant ad rcmctiora
, parce que, in vifione rtrum
fropinquarum contorqutri
,
feu adJe
invicim mnuèreoculos
,
értantomagis
contorqueri quanto res visa provins
vifîtm confifiit: In vifione -dutem
objeciorum longinquorum eculos
Uneri paralellos; at situs hic oculorum
paraieIIus naturalis 11
, quetn
Jpontesuarepetuntoculi vi mufculorum
aliorsum non difiracii. Vndè
in meditabundis eo quodhimufiulos
oculorum rimittant,qito minusad res
proximas contorqucantur ,
recurrunt
ipsiad istum paraitHum : qua nota,
voicy qui est digne de remarque,
exflatici isis facile dignofeuntur ab
omnibus, &sianon cmnibm, not*
ratio intelligatur. Contorfio nonnisi
rnufçulorum ope Uboriose pfrficitur:
quare flquituream fatigatioj &quo 4
major fucritilla contortio
,
eo major i
fatigatio ac lalor. Deprchendimw t
autem non camdem omnibu* incjfc ;
eculos contrahendi facultatem
,
fid
quibusdam longilrem
,
aliii breviorem
terminnm à natura pojïtumesse,
quo propimadducercoculosnequeunt
prout feiliect Ad TlJdgisvtlmin#s
propinqua vifionemfe affue fecerint.
C'est - pourquoy il y a plus de
trente années que j'ay déclaré le
Binocle miscroscopique, sinon
inutile du moins d'un usage tres
penible & fatigant à bien des
gens, qui ne peuvent qu'avec
grande violence contourner sussisamment
les yeux pourvoir un
objet fort proche; mais le P Chérubin
par certaine Antipatie qui
estentre iuyôc lebon sens, a dit
;-n iéSi. dans la 1 page de les Vivions
, JVuc tout les mouvcwènsdes
:dcux yeux conjointementr se fai-
Soient avec une Ji douce activité*
toujours accompagnée de sa délectation
& duplaisir
,
quilsparoissent
infatigables en leurs actions.
Reuenons au paralellis--me de
l'Axedes deux Lunettes du Binocle
Telescopique, pour voir en
mesme temps des deux yeux les
objets qui sont cres éloignez.
Pousledct-nontrerje poiede faits
rnconteftables.
1. Le P. de Chales, après Alazen,
Vtellion 5c plusieurs
autres Autheurstant anciens que
Modernes, avoit démontré en
l'année 1674. depuisla 381 page
de son Mundm Maïkmaticu*<^uc
Axes optici concurrunt inunumidem
punctum
,
le P. Cherubin ayann
étudié, cét Autheur en a voulu!
en 1677. & 1681. regalerles ignoo
rans, ce qu'il a fait par un excella
lent verbiage &ennuyanre Mac
rologiedans ses Visions pdrfai.i;
tes, où le concours des deux À.f"
xes de la Vision en un seul poinin
de l'obj et.
20. Le R. P. Chérubindanin
ses Visions Latinisées 5c augmentéesen
l'aimée 1678. parle en cerj
ternies dans la 66 p ig Totalem Si.\i
vmuli fieflri cxhrfarcmînbum trirtms
dintaxat icd/un, qtiotf.1licet
ccoumlihmuidjuiosrtiistbmejp v(Jl/Ji, qui ufk&\
,
& nibil hominùs a&x
ttrrcftriaJingulanscjfeffu-4forets
r^rro,ajoute-t'll,Binoculumhnn&\
très,tantum peds longum,etiam dj-\
Jiificiu'm adfexleucarum inîcYVùl2\\
lun; objaftlm prxbcrc, curisus 'l'Û-:
[";etartyre poterit experiri.
Supposons que nostre Au-
Ihcur ait la veuë aussi force, que
l'ay euë autrefois, qui voyois
,lif1:iLlél:emnt les objets colorez
wC bien éclairez, à la distance de
deux cens cinquante pas Geonetriques
qui valentdeux stades
iilc 615 pieds chacune. Voyez.
wlineffifi. Nat. lib.2. cap. 234 Supposons encores quenostre
grand Autheur Adioptricienparf.;
juste
,
lors qu'il asseure qu'arec
son Binocle de trois pieds de
Sftngueur,il voyoitdistinctement
ses objets qui font éloignez de six
euës. Voila un Binocle excelsentissime
poursa petite taillé,&c.
dont la gloire en reviendra toû-
M)-.îrs toute, entiere au Maistre
lunetier-, puis que le R.: P. Cherubinn'ajamais
fait dtEtiJY
, ny
travaille aucun des Verres, 1
vray que par sa Lettre écrite du
Convent de Saint Honoré à Pa
ris cUttée du 2. Décembre 1676
&-adressee à M. gmrrchu M.:i:,:
treMiroëtier& Lunetier,aux
deux Croissans d'argent sur le
Quay de l'Horloge, qu'il a miau
nombre des minutes de M. le
Franc le jeune Notaire Royall
par Acte dedépostdu 17. Janvier
1*678. Je P. Cherubin parleau
SieurQuerrreau en ces termes
Lundy Sa Majejfe me commanda 4
luy faire un.Binocle ,jt me feron
trouvétnpeintdeflttisfaire au corm
mandement- de saMajeÏÏe,.J-IlJ-""
plus de vingt ans quefay defefté tl1
travailler, au Verre*'Mais je me ftù
fouiâgé fefprit aufîtjet de ce travail
fer Pefttme queje fais du vofrr,,
ysipourquoyje vous prie de me faim t grace de mefairedesVerrespour
monter lesoculaires que le Roy desire
tueje luy fissi
,
qui font un oculaire
Winocle, dr un Autre pour Mffigner,
Semblable à celuy que je vousfis faire
fl.le Nonce Bargellini
, pour mettre
r la Machine à dejfmerdeloin,je
mus prie de voussouvenir que c'est
Jour le Boy, t? en cette consideration -- Hy apportertout lefoin&exactitude
wjjikle, vous en aurez de l'honneur,
vutre que, drc.
Cette Machine à dessiner de
de loin est mon Telesgraphe, qu'il
déguisa pour s'en dire l'inventeur
,
mais ille rendit irregulier
g&c sesopérations fausses
, par la
taillie qu'il donna à l'index,&
n'en ayant pû reconnoiflre la
fausseté
,
il en sir en l'année1677.
dans la 144 page de les Vision
parfaites
, un grand prelcnÇ.Ali,
Personnes que leurs Chargesexpi
sentperilleusiment dans les Armée.
Et deplus, a-t'il ajoute dans f.
187 page de ses Visions de 1681
Aux Ingénieurs dans les Armées,
centretirer &" dessiner les dehor
des Places, mefmcr ajjiegée
hors de la portée du Canon. Cette
invention est autant admirable
& utile que celle dont M.F
RAB. fait mention, dans sou
quatriéme Livre ChapitreLXIII
Comment Gajhrmvehivit art ck
moyen denon estreblissénytouchépaq
Coups de Canon.
- Il ne reste plusqu'àconsideres:
dans l'excellent effet de ce BiJ
nocle, duquel a parlé leR. P.'
Cherubin, que lajufte proporion
des Verres, & leurjufte arcengementdanschacune
Lunet- te.NostreCommissionnairedes
Binocles n'en doit encore tirer
aucune vaine gloire, puis qu'il
appris le tout de moy , en voicy
ses preuves incontestables.
Dans mon Livre de la nouvelle
ience de la Nature & Presage des
demettes ,
imprimé à Lyon en
année 1665. est mon Traité sucint,
de la PFon de faireles grands
dunettes a, trois.¿&.. à quatre Verres
convexes, je me fuis servy des ternnes
suivans dans la 486 page
Articlevu. Ftlú qu'unVerreecusaire
tant pins il est d'un moindre
wjcr, tantplusil agrandit lu objets
un les rendant en échangeplustrou-
Mes ; ilfaut gardercertaine proportion
entre les longueurs des foyersdes
Verres, laquelleproportion neconjiflh
icy enrigueur &précifionMathemax*
tique
,
puis quelle commence d'iftnv
bonnedepuM unjusquesà ;f.& 40, A
Foctu du Verreoculaireétaïd'unpou«
ce y
le foyerdu Verreobsessifdoiteflrrï
depuis36jufques.kquarantepouces.
Le P. Chérubin dans les Vi-i"
fions parfaites de 1677. Page140A
a parlé en ces termes. Pourmon-*
ter L'oculaire de quatre Verres con-u
vexes, qui redresse excellemment
l'espece très augmentée & tres diftimK
ÏÏe,pourfervir aux objets de la, terrey
il faut remarquer que les trou der.
niers Verres doivent estre de petit."
SSppbhecre,ccoommparez, au Verre objc£lif\\
aufquclsils doiventservir: ils peu-*
vent bien eflre tous trois égaux,db
fifre en proportion avec leur objctlif\:
emme 1. à sf. 38. ou 40. au ïluam
il ajoute du si-rn ,ces mots, au
plia, ce qui est tres faux; car, par
exple,un Verre objectif de mille
pieds de longueur de foyer, &.
qui a 21 pouce de diamettre en sa
surface, que nostre bon Amy M.
Hotsoker a travailléil luy faudroit
un Oculaire de 27
pieds &
neuf pouces, pour estre avec son
àobjectif en meim* raison comme 36
, ou du moins illuy faudroitun
Oculaire de 15 pieds, pour
il
estreà son objectifcomme 1 à 40,
ainsi cette prodigieuse Lunette
n'augmenteroit que quarante'
fois l'apparition naturelledel'ob- jet, & n'auroic par dessus ma
Lunette de poche
,
dont l'objectifàun
pouce d'ouverture,augtreavantage
quede me Lirevoirun
objet 411 foisplusclair, c cil:
à dire, autantdefois que la furfa^;
ce del'onverturedwt'objjéHfd«t
ma petite Lunette, est contenuë
dus la surface de 21 pouce d'ouverture
de ce grand objectif.
Il reste à examiner si le P. Che-3
ruban a trouvé ou donné quelque
chose du sien
, concernant l'arrengement
desVerres convexe
dans les Lunettes.
En l'année 1665. dans la 497
page de mon Livre de la nouvcUo\
Sc'tnce de la Nature d* Fnfige dù&
Cnna/es" je donnay l'arrangement
des quatre Verres en cea^
termes ,
Toute la perfection de nosv*
grandes Lunettes, consisteen quatre
Verres,&c. Ayant vos quatre Ver—*\
res, fin objectif, trois oculaires
-qu,,-ts oculaires peuventeflretoustroislw
cPunmcjme Ftlçm, pour les logent
dans un Tube en
deue distance,puis
qui'ls ne font que deux Lunettes a
partquircnvirfcut les objets
, T<?M
mettrez lapetite Lunette
,
qui efteomposée
de deux derniers Foresoculaires
, au bout de l'autre Lunette ,
qui
est plus longue
, pour estre composée
dungrandohjecîtf& a'unoculaire,
0 & él()inez.en ^euapeu la petiteLunette,
jusques
atant
que njout voyez,
lesebtetstrèsdiftinciefhent.
En l'année 1678. le P. Cherubin
dans ses Visions latinisées, &
augmentées dans la 141dit, Jd•
construendum quatuor vitris conve- xisocularedioptricum,animadvertendumesttria
postrema vitrasuoobjeefivoxemparata
;pari/queinterfefacuitutissimulcum
-ejfiEfti ejje
posse,suo videlicet objectivo,utfsnt5
comme j'avois dit en l'année
iGGyJtcat i.ad36.vel 37.38.&c.r
ufcjucJummum40cjfvdendo.Voiiala
me(me erreur, ufyucfummum
40 que nous avons remarquéjçydessus.
Il pourfuic pour l'arrengement
certèpofuivefacilitts cornsoussi
can/îi ejfirie¡¡dUl/J. est
, M fecuïidum
viirum convexum cum pri.
mo objectum, il oublie de dire bien
éclairé 6ctres éloigné) difltnftif-
Jime invetftmreddatr, demum hoc
idemtertium, cumpreccdente secundo
; cfu&rtttm dénique cumprecedente
tertio
, tôt quasi jingNlis horum vu
trorum combinationibus pArticulàrÏA
nimirum ocu/dritl objcffttmnitidijjlmeinverjum
proejiantia comportendoy
.f<!!£ tandem simulconjttnÏÏÂ Prd-
Jlantijjiwum constituentOculare Dioptricum
dUabuseverjïonibus oculo
eiettum prabens objcéfum. Ildevoit
ajouter que les trois oculaires ne
doivent plus changer entr'eux, &
que pour cela on les peut mettre
dans un seul tuyau. Mais il faut
que la Lunette des deuxderniers
oculaires, ait esté faite en regardantun
objet tres eloigné ,c'eil:"
pourquoy le plus ~sur est de les
mettre à la c\ifiarJce de leurs foyers
- solaires. -
Enfin le P. Cherubin n'a rien
contribué aux Binocles. Leur invention
& leur usage est d'une
ancienneté au de là du jour de sa
Baiuance. Il n'a jamais construit
lestuyaux
, ny travaillé les Verres
, & leur proportion & leur arrangement
n'est pas de luy
, en
ayant presquedemotà rpot emprunté
ce que j'en avois dit en
1665.
DïtnonftrationduPuralcllifme
*
des Axes des deux Lunettes du -
BinocleTcLcfeofique.. sUpposons quele Binocle qui
n'a quetroispieds delongueur
,
fasse voir distinctement
un objetéloignéde six: lieuës,
comme le R; P. Cherubin Tailèuredansla
66 page deses Visions
augmentées& latinisées en l'année1678.
jedémontre queladistance
qui est entre les centres
des deux Verres objeél.i.fs de ce
Binocle, estphisiquementég.alçr
à la distance qui est entre les centres
des deux Verres oculaires
immediats, c'est à dire plus proches
des yeiix ,
puis que la distance
d'entre les centres de ces.
erres n'est pas plus grande que
distance d'entre les centres des
rerres objectifs, d'une partie
es 1730.d'uneligne. Voyez 14 igl#re premiere.
1°. La distance A B d'entre les
centres des deux prunel les, A &
~se des J cux du P. Chérubinn'est
auplus que de30 puisque
luy mesmedans la 136 pagede ses
Visionsde1681. dit, ladistancedes
centradespupilles de mes yeux est de
eux pouces cinq'lignes environ
,
&
u'il ajoûte dans la deuxiéme des
pagecottées 2t7.e lA distance
Misi trouve plus ordinairement entre
les centres des ouvertures desyeux,
comme £expérience me l'a fait connoistre
dansles meilleures veuës, DId'environ
deux pouces & demy.
2°. La distance d'entre les centres
des deux prunelles,efl: tOU1
jours plus grande que ladistance
d'entre les centres des Verres
oculaires, mesme des immédiats;
mais puis que nostre Adioptrieien
& Ageomerre
,
les a proponcées
égales dans la zos page
de ses Visions de 1681. Suppôt
sonslà égale, 6c disonspour luy
complaire , que la distance des
Verres immediats estde trente lu-i
gnes.
3:\ Il faut détermine-renlig-nes
la distance ou longueur deliaKi
lieuës. Bienquedansla195 page
du XXVII. Tome du Mercure
Extraordinaire, Quartier de Juillet
1684. au sujet du NivelâncnQt
pour la conduite des eaux , j'ayyj
donné 57100Toises du Châtelet
à chacun degré d'uir^randGer-o
~elol
pie de la terre où elleest moyenpement
élevée,puis que par tout
superficie n'est pas également
éloignée de son centre,ce que le
cpohuisrisqudeems eRntivieres demontrent
; neanmoins dans
rerre rencontre, je veux bien ne
donner au x environs de Paris que
~7060 toises à chacun degré, lui.
vant le calcul de Messieurs de
VAcademie Royale des Sciences,
?0 puis qu'un degré terrestre con-
:riet suivant ces Me ssieurs25lieuës
xommunes de France, chaque
îllieuë ne contient que 2282 toises
h pieds 4 pouces, 9 lignes & trois
cinquiémes d'une ligner C'est
Ipourq uoy chaque lieuë commume
de France, ne contient en
llongueur que 1971993 lignes &
dtrois cinquiémes de ligne, lefquelles
estantmultipliées parsixx
le nombre des lieuës, à la distan
ce desquelles le P. Cherubinau
lieu fus cotté de sa Visiõ latiniséo
en1678. dit que sonBinocle longr
feulement de trois pieds ou 43:^
lignes,faisoitvoir l'objet distincte
ment: vous aurez dans la Fig. J.\
N~11831961 lignes & trois cinquiémes
pourladistance dumilieu
d'entre ces deux yeuxàl'objet.
Et AB la distance d'entre Jeso
centres des prunelles des yeuxdu
P. Cherubin,n'est pas de 30 lignes
, comme il dit luy mesme
dansla136 pagedeses Visionsde
1681. Sippofons là néanmoins»]
estre de trente lignes, qui eM
deuxpouces ÔC demy
,
puis que
dans la page 117 ,
il la dit relief
dans les meilleures veuës
, 6e~
'ayans point égard que le conournement
des yeux vers cét
objet diminüe cette distance, i:nfm pour donner tout l'avantage
ossibleau P. Cherubin, fuppoons
A B 30 lignes.
Donc A B est la baze d'un
riangle Isocelle A + B : & ne
orenant pour N que 11831961
iignes,pour femidiamettre d'un
Cercle la circonference fera
74341410, & comme A B est un
les 2478080 costez du Poligone
gulier inscriptible l'âgle A B
JIU sommet du triangle isoscelle,
quiestauCentredu Cercle n'est
quela 6883 partied'un degré, & ar côsequét insensible. Donc les xes des deux lunettes de ce Binocle,
qui font les deux costez du
riangleisoscelle A tjfB sont paralelles.
Ce calcul desabuser
ceux qui ont creu pouvoir cond
noistre ladistance des objets ~pq
la difference de l'inclinaison dob
Axes des deux Lunettes du B
nocle.
Je veux icy rendre encores l
démonstration plus évidente db
paralellisme phisique
,
des Axo
des deux Lunettesdu Binocle db
trois pieds de longueur du Fl
Cherubin,disposé pour voir dib
stinctement comme il dit un ob
jetéloigné de sixlieuës, suppo
sâtmesme seslunettesdu Binoclb
tant soit peu plus longues que db
trois pieds, en sorte que la ligne
jyF foit precisément de 3 pied
ou 431lignes.
Donc NIoIl831961lignes
NF 432=F~ H&3T529lignes.,?:
I Donc par la 4. prop. du VI. Euchdei'
N.NA:: t F.FC
Lf. lignes plus 11825481 parties
l'une ligne partagée en 11831961
arties égales.
Mais FC =FD,tlkFC
FD =CD. Donc CDdu
allce descentres des Verres objectifs
est 19 lignes plus 11819001
parties d'une ligne divisëe en
^831961 parties égales; mais la
iftèrence des termes de cette
fraction qui font nombres premiers
entr'eux, est 12960, & cette
différenceestcontenue 912
fois -t 11441de11960. dans le
eénominatlur. Tellement qu'il
De s'en manque pasla913partie
d'une ligne, que ladisdtancedes
centres C & D des Verres objectifs,
ne foit égale à la distance
A B des centres des prunelMl
par le/quels passent les des!
rayons principaux, Axes de 3
Vision du point de l'objet t a£
quel concourent les Axes db
deux Lunettes du Binocle. LJ
Machinesdonneront-elles cetr
precision ? Bien plus elleest inn
possibleaux Binocles du P. Chor
rubin, puis que luy mesme en
marge de sa 206 page de ses VI'
fions de 1681. dit, !f!.!!,e les deit*
tuyaux des deux oculaires du Binées
doivent estreun peu vagues les im
sur lesautres.S'ilsfontvagues of
est la precision qu'il a voulu cltrt
sinecessaire ? La nature ne laiss
pas de faire ses fondions sans le'
precisionsMathématiques, par.
ce que ses organes font phifi
ques,jeveuxdire matériels
,
rayque dans l'usage des Lunetés
estant allongées, suivant qu'il
strequis pour bien voir un ob t, on peut l'alonger ou racourir
unpeu ,
sans que l'on recoii.-
loilTede la differenceà la visîon,
i raison en est, que les rayons se
eiiniflanf pour formerles piaeaux
optiques, ils se croisent si
orten biaisant, que leur interfe-
Uon a de l'ccenduëphiuque.
Je veux encores établir icyla.
qantitédel'angle, que les Axes
esdeux Lunettes de ce Binocle
e trois pieds, forment, par leur
oncours à un point de l'objet
loi-gnédesixlieues.Voicyl'A- alogie.
Comme N 11831961.
Està N A 15.
Ainsi~*Nfiiius total10000000
Fft à N A Tangente n—H-
-801^-4^8 fraction à negliger
11831961
6c dautant que la Tangente d'une
minute eil 2909. & qu'une minute
= 3600 minutes tierces, fautes
cette Analogie.
Donc 1agleN«2?Aetf14m.tierces
plus la fraction.
Maisl'angleNA =l'angle N
B'.
Donc l'angle AtD n'estque de
29 tierces & une fraction
,
dont
l'Angle A i' B que les Axes
des deux Lunettes font au point
duconcours,c stinsensible. Donc
les Axes des deux Lunettes de ce
Bmociefont phisiquement para.
selles,cfhnc ajustées pour voir
un objet qui n'est éloigné que de
fn lieuës, combien à plus sorte
raison feront encore phisiquement
plus paralelles les Lunettes
d'un Binocle poutvoir les Astres,
tel qu'estoit celuy du P. Rheira.
Que P. Cherubin sans penser à la
consequence
, a avoüé estre
Inventeur &. Publicateur depuis.
1-année1645.Binocles à lunettes
composées de Verres convexes,
mais enmefme temps il a
vouJu ternir lareputationde l'excellencedes
anciens Binocles de
ce P. Rheita^&voicicomment,/!?
P.-Rbeita
,
dit-il dans la 47 page'
daf--sVisions de l'année 1.677.se
contentoitdefairevoiravec son Bi--
nocle tellementquemlment des deux
yeux quelques objets du Ciel,comme
la Lune parunefeuleinversiond'Ef
pe.
Pour épuisercette matiere du
paralellifme des Axes des deux
lunettes des Binocles Telescopiques,
je remarque.
Primo que Daniel Chores qui en
l'année1615. presenta aa Roy
Loüis XIII. ses Binocles, & en
publia la construction
, a esté
grand Ingenieur, Geometre,Ma.
chiniste & le plus estimé des
Ouvriers pour le travail des Verres
de lunettes, qu'il faisoit de
toute longueur. Néanmoins le
P. Chérubin, dans la 196 page de
ses Visions de l'année 1681. dit
hardiment,JZuechores faisoit des
Lunettes
,
qui n'ont jamais excedé
deux ou troispouces de longueur comme
elles sont dépeintes en si figure,
quand on luy permetrroit de con.
clurre que les lunettes de Chores
-
Õnt: il composoit ces Binocles
n'eussent que la longueur des Figures
qu'il en a donné, il auroit
toujours-parlé contre la vcriré)
puis qu'une des Figures de Chores
a beaucoup plus de trois pouces
de longueurle Binocle
qu'il monta en argent pour Mr
de Monmaur Maistre des Reguestes,
que j'ay montré & fait experimenrer
leur excellent effet
par plusieurs Sçavans, ont plus
de neuf pouces delongeur.
Secundo, Je fais remarquer que,
cbms dans son imprimé concernant
lafacileconftru&ion de son
Binocle Telescopique pour voir
les objets éloignez, que vous
trouverez au long avec ses Fig.
dans le XXIX. Tome du Mercure
Extraordinaire, parloit en
ces termes. Ces deux Lunettes d()t'
vent eflre fardeliesentreelles, PO(
un$bjet éloigné de plus de centP(
tantloinpuiffe-tilefire.• [
Le P. Chérubin a voulu faim.
acroiré à ces Lecteurs, que le/ai
Binocles de choresn'excedoienn
pas la longueur de trois pouceszo
bLà ce faux allégué ,il en ajoûteii
unautredans le cinquième Arti-iî
de de la Letrre A, dans les Ta..£'
bles des Matieres de ses Visioonn
de l'année 1681. & l'experience,
dit h,faitvoir qu'ellesfonttoujours:
un anglefcnfible peur en voiries ofc\
jets les plus éloignez: que l'on en ptlA
si voir. Il m'est facile de démen-r
tir par le calcul l'exp,::r-jenco'
qu'il a controuvé, pour tâchera
d'avilir la bonté des Binocles deo
Ghorez. 4
SUPPofOL.par complaisance
Pour le P. Chérubin, que les Binocles
de Chorez n'eussent que
[.pouces ou 36 lignes de longueur
,
& que les deux lunettes
manrajufiées
pour bien voir un Sbjet feulemét éloigné de cet pas
-E=500 piedszz6 000 pouces ta-
71000 lignes, & pour mettretout
l'avantage dans le parry du Pere
Chérubin,'supposonsencor que
nonobstant le contournement
des yeux, necessaire pour faire.
concourir les deux Axes de la
Vilion àunmême point de l'objet
éloigné de 72,000 fig. la diflance
des centres des prunelles foit en- orde deux pouces & demy ':=,
30 lignes.
-
Vous aurez dans la Figure
II. le triangle ifofcelle Atys
faites cette Analogie.
Cemme rS? N 72000 -EfiaN A -. iy.
AinîlfbV-ftnMtotal 10000000
Ejia1YATangentc 2083
plus un tiers,
&dautantquela Tangent d'une
minuteest2909, & qu'une pre-,^
miere minute =60 secondes,~faites
cette Analogie.
2909. 60. m.s. :: 2083 H- un
tiers. 42. m. s. & une fraction;
mais l'angle N+ A = iV«î»2?..?
Donc tout l'angle A i' B n'est
pas une minute &26 secondes..
Par quelinstrument, &par quelle
experience nostre Adioptricien rj
& grand A geometre a-t'il veu
qu'un angle d'une minute 8c 26
secondes soit sensible?
Pour connoistregeometriquement
la distance C D d'entre les x
entres des Verres objectifs, des
~eux Lunettes de ce mesme Bi-
~ncle de trois pouces de longueur
,
disposé pour bien voir
~objet téloigné de cent pas ou
"1000 lignes,supposant mesme
que nonobstant le contourne-
~ment des yeux, les centres des
orunelles fussent éloignez de
lieux pouces&demy :;= 30 Ii.;ncs
~aites cette Analogie.
N. 72000 lignes. NA 15::
mais N -NF36 ::::l' F.
71964. FC 14 lignes 397quatre
centièmes.
MaisFD ==Fc. DoncCD
..9lig.—H 394 quatre centièmes,
mais la différence des termes de
cette fraction est 6, que le dénominateur
contient 66 fois 8t deux
hwierSjii ne s'en faut donc pas la 66
partied'une ligne, que la distanceCDdescetresdes
Verres obectifs,
ne foit aussi grande que I)
distance AJJ des centres des Pru-u
nelles. Donc les deux IlJnc[[e:
de ce Binocle feront phisique.
ment parelelles.Voustrouverez
le mesme paralellisme des deux
lunettes des Binocles les plulongs,
lors qu'ils feront en états
defaire voir un obj et tres éloigné
à proportion de leur longueur
,& enfin ce paralellisme
phisique seroit encore plus ap-q
prochant du geometrique dama
les BinoclesAstropiques.
Enfin il faut conclurre que lôlj
P. Cherubin en écrivant tant dôl]
Volumes de Visions qu'il a reill-q
ply de tantd'articlesatrabilieres
qu'on peut dire comme Senemehb.
i. de Clementia 5. Muliebre
furere in iras. Quecet Aueur
si Religieux avoirignoré ce
~uedit Saint Jerôme, sur le pre-
~ierChapitre du PropheteDa-
Siéjuûadnj'erfw Mathematis.
vclitfcriltrt imfttrhw Mathe-
Atts, Rijuifatcbit, ce quiestmes- erapporté dans le Canon
, Qui li. dict. dïft. XXXVII. ç'e£l::
~ourquoy pourmeservirdes téres
de M. de Balzac dans sa 26
ttre à Hidafpe, Je -pietofine
~u'on permette de violer impuncrtiint*
=rj Veritez*mathzmaiiques-,dontkvulgairene,
se devroit non plus aï--
%YO.,bcr
, lite du gouvernement des
Mats&dzstifyfteres de la Religicnr>
estimebicnflm,ajoute-t3rlJeef~<
desChartreux que les Vificns de;'
T.tAu(bmrAdioptricien-.
DeCInutilité& dangereuxZJ/age^
des Binocles. pEndant les deux ou trois
nées que jem'amusayà tras*
vailler au Journal des Sçavant
je dis dans le XXXIII. Journ~
du Lundy 20 Décembre 1677.
la page 249. Que le P. Cher
bin donnoitunnouveau jourauBinocle
oculaire, ou double tJncttc, a(lÍÍ\1)
le P. Rheitha avoit parléamplemens
en l'année1645. dans son Livre 00 culusENOCH ELIÆ, 63
j'ajoûtay, dans la page 250.
toutes ces difficultés en avoient faàtl
négliger l'usage
, ce que l'experience
moderne prouve encoreîo
puis que le Sçavans n'ont jann,,ii
regardé le Binocle comme un
hose utile. C'est pourquoy ,
le
çavant A stronome M. Heve-
ILtS de Danzic
,
dans la 25page
le la Selenographie imprimée en
1647. dit minimeproestantissimum
d, Cttjll u/ùs adifficultatibus mamis
dependet
,
& ajoûte dans la
page 53 en parlant des Binocles.
Voh estquidoculo Enochiano,tantum
ribuat, & M. l'EvesqueCaramuel
Lobkouvitzius dans la p. 1603 de
on Mathesis Nova imprimé Cam-
~anioe en l'année 1670. parlant de
ces lunettes, ditlongaexperientia
didici, in omni genere, non esseproetantissima,
quorum usus à difficultaibusmagnis
dependent. Ceux qui
Dnc des Binocles le reconnossent
par leur propreexperience.
J'ajoûte, Que l'usage des Binocles
suppose deux yeux également
bons bien conformés, Mali
le nombre de tels yeux est très
petit, & mesmetresrare, un ch.J
cun pourra examiner les siens
en la maniere suivante, que je tire
du Giornale Romano de LettcrAI).
di 29. Gennarioenl'Article
ob/crvariene del Sig. Gio. Alfonsi
BoriUiNeapelitano,intorne 484 vir
tuinequalc d'egliocchi. Si sambu
co rotondo,riclia fi/st(Irad'macamera
chinfa daper tuito ,
o si pone Nlt.'
pallay baie, nerapcndtntc net mlZ..
d'unafneliraaperta ,
la qudie passi
l'occhio dero ,
Jiriquardi ber coll'occhto dejlro hA
h"
colJîiriflroy-e parangonatej compas
rez, insieme que/te vedate si trovt ejftrnetabilmcnndiversa.fïmagin*
perche Cocchiê sinistro vtde le cosipià
grande, e plu diBinfe, -che il defin
the rapprefcrttaunimagine cm c-ert.
hltdtura atmnp. Cette inégalidevision
en la grandeur, bL
~n la distinction de l'apparence
~el'objet
,
vient de la disparité
esyeux, puisqu'unmesme objet
~tant veu conjointement de
eux yeux , l'apparence n'est pas
~distincte, & qu'estant regardé
~successivement d'un oeilseul, &
ouis de l'autre
,
l'apparence du - mesme objet fera inégale,ce qui
arriveou par la differente ouverture
desprunelles, ou par les differentes
convexitez de ses humeurs
cristallines, ou par leur dif-
&r£ntcioignement de la Retine.
C'est pourquov^Egnatiopanùen
J:s Commetaires sur le Due Regole
Wfelta Prospettivepratica di M. Jacomo
Barrozzi da vignola imprimé
~n folioà Romeen l'année 15S5/
dit dansla page54 Chevolendo
mirareuna cosasquisitamente, la miriamo
con un fil, occhio
, per che cio
lo facciamo per eslcuere ogn* altro
objetto ~& vederesolamente quella co- sa
,
che mi intendiamo di mirare ; il
che molto meglio opéra cm una foU
piramidevifuale che con due. Voila
un Arrest solemnel prononcé à
Rome depuis plus de cent ans
contre les Binocles.
M. Gassendi Prevost de l'Egli
se Collégiale de Digne, & Professeurdes
Mathématiques à Paris
, avoit experimenré cette différente
force des deux yeux.
Voicy comme il en parle dans son
Livre de Apparente Magnitadine
Solishorizontalis en sa 2. Lettre
ad Ferumatum Licetum N. 7. Possum
ipîe dit-il, cette de me ,
oculisque
uàtefiari, qui dcxtro oculo res video
onnibil quidcm obfcuraiiores,fed
majores tamen , qitamsinistro, quinlâ
prexime magnitudinis parte. ./od casu d(?num adverti, cùm in
mrttm wtuens,sacroque oeuliJiniflri
v.onfrtffu, dcxtro legens ebaracieres
ideprebendi jcnjihilttermajores,
fjuàm visi moxfuijftnt,&il ajoute,
\(îniftro(ego oculo quo charafferesminiores
quiaem, fcdelariùJ ramen intfucor
i dextro otulo neque magnitudi-
,nt.(, uique obfeuriiatà
,
1) quicquam ad- cùm "f.)/o atiiwt opéra data
Mcxtro oculo legire
,
tumwutari iliiuo
fîtnmjubfuhuquodam(entio>aetum
mequepayviiatem , neque titi; itatem
ttff!ia confuete, ccq ue l'sfïîdu travail
&àobserver lesasiresd'un ieul roiJ,
Uuy avoir causé,ajnG cette gran-
)d<: difficulté du contoumement
des Axes de ses yeux, ne pouvoit,
l'attribuer qu'à la très grande diih
parité de la conformation de fo)
yeux, c'est pourquoy il ajoûto
Nonpoterlsforte, vir eximie, tat..:
tlemlegendfJ experiri
,
& mixité
quidem si exiquafitoculorum difpAv.
rÙtU. C'est pourquoy en suppo.o
fant que cous les hommes ont ges;
neralement les yeux differement
ment conformés, y ayant uneno.o
table disparicéd'un oeilà l'aurre
il a mal tiré cette conclusion ges
nerale,Rationem duco, ex paralel.
lifin? motusocuterum
,
à tuimfachy
ut demirer, ajoûte-t'il
,
cfiitOptiez"
non advtrimntimpojjlbilem cjfèsquam
depredicant Axium (oÏti(jnem\
Il en dit autant au N. 15. desa38
Lettre Ad Bnllialdnm.
Bien des Sçavans ont crû qUrJf
nonobftam»-
onobsrant que les deux yeux
fussent ouverts l'on ne voyoit en
nême tems un objecque d'un oeil,
l'a esté l'opinion de Ioa.Bap. Porta,
ib; vr. deRefract. de Sennert lib.I.
nsfit. cap.12.
„
Bien que le P. Dechales dans
on lrJlIlJdlU Malhematicus
,
imprimé
en 1674. ait demontré dans
Prop. 49 page 382, qu'Axesepet
concurrunt in unum idemque obvftum
y
bien loin de douter de
experience de M. Gassendi
iIlÍnjmmo eam aliis
,
dit il, expeientiisconfirmo.
Habemus hic fra-
-rem aliquem janitorem
, qui lin,
:Cf!() est myops ,
alio vero Presbyta,
ta ut distintissimè objecta diJJit-s
ercipiat uno oculo, qu* aliovix dis'inguit
, & vicissim cum legendum
$altero utatur oculo.idem mea,
ajoure-t'il, conjirmo experiemidx
quam quilibct facere pOferit. Stln
Myops, oculos tamen habtosatis Pt")
fccteJîmiles
,
quotiefcumquc
alterutiv
ocitlorum lenttm concavam adhibet\
nonclaufoaitHa>objecta lus vidcùi
dijlincic per lentem concavàm j 0
confuse alto oculo
,
quo cîiam wajom
mihiapparent,fedopus cfi alïqua îljb
tentione. Negosa experientiapr$k\ b.iriAxiumopîtictrumulriujtf®^ oculiparaleilifmum,
ia &e. tamin non puffint flm!6
Axes optici quomodolibet concurrent
quando nempe oljetfum efi valde VI'':
rinum oeillo1nonpotesi ut /IdÁ
invicem inctinentur oculi, 6" dirix
gant utrumqi Axemopticum adideto
objeffum,indefit ut myàpihtal
ilccidat, unum tantum oculum ad oA
jeefum dirigi ; & eo tantum legem
seso quident cculo qua-siferidnte
,
si
t benenon vident
,
hoc efisi tanta
difpruportio interejaJvifiontm,
oculi bene affeffivifionem,utunium
non. afficiat. Jhtod si oequales
rtQCNli ,
orieturmultiplicatif objeornm
lufizpe experier & ofiendam
fra. Trop. LVII. pag. 415. si Axes
niciin nullo propofitoobjeffo, conciliant
omnia gemimri videntur,
fc qu'il dit- arriver plus facile-
Itent Miopes
1)
ment aux ,qui ut difiinôte
yegant tbjefôa multum oculis admovientytuneenim
ut fere qaotidieex-
"'erior, objetta geminantur.
Le Pere Chérubin luy niesme
dans la 44 page de les Visions de
677. reconnoit dans les deux
dernieres lignes,Qu'ilfaut avoir
tes deuxyeuxsains,&mesme,ajoure-
t'il,médiocrementbien conformez
pour éprouver par experience (]A"
l'objet eji veu des deux yeux pl,,\c
grand, plus fortement, e--plui ab
ttinttementqued'unseul
, si les dei/n:
yeux fontfiins & bienconformez
Mais peu de Personnes ont loi
fdeuox yeurx émgalemenet biezn co.nc Le Pere zlIcehim dans la 100
pige de la seconde Partie de 4 :
Philosiophia Optica imprimée e3
1656. remarque que ,
Si alter oeltA)
lorumfitfiujfuifonetantifper ObfteJè.
tus, tuneferapparentiam exhibitaxs;
per apprehenfionem in oculo jùffujio
ne vitiate, inficitur alia
,
correspond
dens apprehensions exerciteià
ro , qut statim ac toUitur apprehenfiy*
per vitiatum co clausio
,
adsuum nim
toremrestituitur.;Ilrestreàdémontre
trer.
lemauvaisEffet, & le dangereux
Vsigt du Binocle.
pErfonne n'ignore qu'on ne
peut voir distinctement en
mesme remps un grand objet,
'!!,indi procédé, comme dit Danti
lia 54 page de ses Annotations
la Perspective pratique de Vipole
impriméeà Rome en l'an-
Ic 1583. che volendo noi vedere
al sivoglidcofa minuta mente,
diamo girando glhi eccbi, &mundo
la Bdza délia piramide
, per
scorrere con l'Assesopra tutta la covifibile,
&c. & che nella prospetva
fia un punèfô solo designando
la quel che si vede in un occbiata;
uza moverfipunffo. Puis que
Binocle arreste fixement les
deux Axes de laVision en nu
mesme point de l'objet, il s'enM
fuit que les autres objets qui nid
font pos dans 1'Horëftere_rfoniri
veus doubles, & paroissent en
deux différents endroits. Biem:
que le Pere Cherubin ait fait umi
perpetuel divorce, avec le borne
fcns & la raison ,"il convient
néanmoins de cette experience fil
defavantagetife à l'usage des Bi-1
noclesrVoiey sestermes tirez de-il
ses Visions de1677. depuis la 15Zi
-
ligne de la 42 page.c'est. 'lIr.
quoy,dity.-il avec raison,laforce de 14 t.
meue&l'attention de l'effrit, efiant ,-
alors arrejlez,&fixez* à voirunK\
à* specialementsonpoint auquelcon—j
courent les deux Axesy ils verrtnt,y
par exemple,lesommet d'un bktm *
double , mis entre les Axes de la ji
mon ou dehors, 6C enfin de tous
jers qui ne feront pas dans le
an de l'Horoptere
,
à caufey
.n1me il dit, que les rayons qui leur
portent 'pece,ysont receus des
rtics des deux yeux qui ne font pas
monyrnes & les deux peintudu
sommet du btÎtorJsi trouvent
fertmment situées dans les deux
tines\&pourqueyl'on voit nccef
t,ement cet objet double.
Pour vous convaincre facileent
de ce doublement d'objet,
evez vostre doigt index,vis à
le milieu de vos deux yeux, à
distance d'environ huit pous
,
& vis à vis d'un objet plus
Digne
,
regardez fixement vô-
; oigt, pour lors les deux Axes
la vision y concourror, & l'au-
: objet qui eftplus éloigné que
ledoigt, vous paroiftra en deuxi
differens lieux, & par consequent
double, & si peu à peLD
vous détournez vos yeux pount
porter la réunion des deux Axeas
sur.l'objer plus éloigné, ces deuxx
apparences s'approcheront aufluF
peu à peu, & enfin il vous femblera
que deux semblables bjetn
se penetrenc pour n'en faires
qu'un seul. C'est pourquoy re---
gardant fixement cét objet éloi
gné, vostre doigt vous paroiftraè
double, & en contournant peu à J;
peu les yeux pour apporter la«
réiinion des deux Axes de la Vi- - lion sur le doigt, vous verrez 3
aussi que ses apparences s'appro- cberont - peu à peu, & enfin s'é- '.- tant comme penetrées
,
n'en fe- -
rontvoir qu'un seul.
L'expérience qui est la seule
riaiftrefle des ignorans
,
qui ne
1 euvent rien comprendre nier, ny
rvoiïer fins son secours 8c hors de
n presence,leur montre,que nous
rapportons tout ce que nous
t'oyons bien dlftlndcmentàl'Ho-
Koptere, qui efluneligne tirée par le
wintdu concours des Axes optiques,
",arA/eUrment A la ligne qui conjoin-
11roit les centres desyeux, telle est la
iigne G H 1 de la Figure III.
Un objet K mis entre les deux
Axesfera veu en deux
différents
endroits,en L&en M.
Pi Deux objets comme AT. o.mis uflîhorsderHoroptere, & hors
Hutriangledes Axes de lavifion,
::haque objet paroiftra en deux
HirFjrencsendroics, car l'objet IV
eparoiftra en P 6c j ,
6c l'objet
otpraroaifti-iareneK 8.t s,ô£ au co
.-
SisurchacunAxedelaViflO"
vous mettez un objet T. v ,
lei
deux objets ayant leurs apparat
ces peintes chacune sur le fonç
de la Retine d'un oeil, ils ne p
roiftront que comme un seul si
le point de H de l'Hoptere 0'
reiinion des Axesde la visîon.
Le P. Dechales danslefeconc
Livre deTon Optiqueen larPro
48. Problème wJÎYuwcntumconfia
re quo quæcumque de Horoptere cLÂ
cuntnrexperiri pojjimm
, mettez
plom les deux planches A B B
chacune â0 deux pieds de lônÉ
güeur, & d'un pied de largeurtn
faites plusieurs trous en différenciai
endroits, pour y planter le fiiloJ,
CM qui servira d'objet en diffe»:>
entes polirions; car il ne parle
que d'un sèul objet veu à la fois
dans le mesme temps, que les
deux Axes des deux yeux1Kcon.
courent au point F de laligne
horizontale GFH & l'Horoptcrey
& la planche BD de l'Horoptee,
donr la Planche B D estle Plan
aioli le point M fera veu es points
J & H" & paroistra double.
Le bon homme Alhazen Araoe,
dans son TheftiurmCpticoe lib.
N. 12. page- 81 de l'imprenion
lie 1572. dit.vifibile aliks unum:
dicis geminum videri, organo ojîen*
Mirur. Je l'explique & le rends inelligible
en moins de paroles.
Soit dans la Figure V. la planche
ADIS d'une coudée de longueur
, & de quatre pouces de
margeur, tracez les Diagonales
ADIS,que vous remplirez d'une
mesme couleur à huile, tracez
aussilestraverses BOCM, que
vousremplirezde différente couleur
à huile, faites l'entaile FR
pour recevoir l'élninence du nez,
fin qu'en regardant sur la planche
, les centres des prunelles
soient en FR) faites trois petites
colomnes comme dans les Figu
res 1.1. 3. de 3 lignes dediamettre
, & de deux pouces environ
de hauteur
,
peignez-en une en
bleu, l'autre en rouge, & l'autre
en jaune, faitesen la planche es
points C. O. M.T.N.F..!¿L.x.des:
trous qui fervent à y planter les
trois petites colomnes.
Plantez premièrement vos
trois colomnes dans les trous C.,
Q. M. appliquez ensuite les yeux
proches des pointsFR. Fixez la
veuë,c'est à dire, regardez attentivement
la colomne en -o. 8c
regardez ensuite tout ce qui est
sur la planche, rien ne vous paraîtra
double, parce que les trois
objets ou colomnes font sur la ligne
Horoptere c. 0. M. Regardez
ensuite fixement l'objet ou
colomne en c. ou en M. les colomnes
ne paroiftront pas dou.
bles,parce qu'elles sont toujours
sur l'Horoptere, mais la ligne N B.
l&les deuxdiametres AS. DI paroiftront
doubles.
Laissez toûjours une colomne
sur l'Horoptere en0, &plantez
leeux autres dans les trous N,
L. & regardez fixement la colomne
o. pour lors chaque co
lomne N. L. paroiftra double,
ainfïdeux en feront voir qllatreu
deux de chaque couleur, & poc
fées obliquement deux à costés
droit, & deux à cofté gauche des
la veritable ligne B. o. N. laquêl-l
le aussi paroiftra double.
Que si ayant planré vos deuxx
colonines sur une mesme Diagonale,
par exemple sur A.s.dans lese*
trousp.j^_vousregardésfixemenm
la colomne 0, les deux autres P&
vous paroiftronr doubles,canj
Ja Diagonale paroiftra en deuxx
lieux dirrerens.
Il en arrivera de mesme si vouszi
plantez vos deux colomnes danszi
les trousT.des deux-Diagonales,
elles doublerontaussi, puisai
que les Diagonales paroistront
doubles.
Que si vous mettez une des
colomnes dans le trou X,fait sur le
nord de la planche, & bien au de
:à de l'Horoptere CO M en regar.
dant fixement la colomne O ,
la
colomneX doublera,&au contraire
en regardant fixement la.
colomne plantée dans le trou X,
les deux colomnes c. O0. paroî-
::ront doubles, & la ligne C. O.
Wl. aussi
,
n'estant plus l'Horotere.
Ayant démontré que les
Lieux Axes de la vision concouranten
unmesme point d'un obet,
les objets qui ne font pas sur t'Horopfere, paroissent en deux
differents endroits, & par consequent
font veus doubles, il
s'enfuit que le Binocle faisant
concourir les deux Axes de la
vision à un mesme point de l'objet)
envoyant distinctement un
Vaisseau sur la Mer, tous les au-ru
tres Vaisséaux qui ne se trouveront
pas sur l'Horoptere paroi
stront doubles,&peu de Vain
seaux paroistrontune Armée Na-sl
vale ; jugez de la consequence
sisonusagen'est pas dangereux.
L'experience que le Binoclo
fait voir le double des Vaisseaux
sur la Mer est tres confiante. Parmy
les Sçavans quis'assembloient
les apresdisnées chez M.Justel Se-3<
cretaireduroy.M.ChibertdeMontigny,
Frere de M.l'Auditeurde
Comptes, y raconta le Samedy 30
Aoust 1681. queM.de Sauvage.y^
tres sçavant Mathématicien ôoô
Ingenieur du Roy,l'avoit .af-l*
seure que les Binocles ne POUU4
voient estre d'aucun usage sur lai
Mer, puis que M. le Maréchal
Estréevoyoit huit Navires des
ennemis avec son excellent Bi-
Iode, bien qu'à la verite,il n'yen
ont que 4. comme tous ceuxqui
voient de simples Lunettes 1'cd:'
auroient,ilajouta quele P. Chemin
demandoit400 livres vun
~nocle; mais pourquoy acheter
cherement une chose, tres ditcileàajuster
,
inutileà laplus
grande partie du monde qui ont
lesyeuxd'inégale bonté & consommation
,
& enfin qui noust'ompe
dans son usage
,
dans les
Affaires de la derniere importande
,
lors qu'il s'agit de reconnoîre
le nombre des Vaisseaux des
ennemis,
Enfin, voila tout ce que j'ay à
tire concernant les Binocles,
vec lesquels le R. P. Cherubin
voit toujours son image devant
luy, commeAïitiphcfôtt o~~w~
par la raison dont Aristote fait
mentionau Chap. 1.DeMemori
& R miniscentià. ; 6c Galien lib.1
delocis tiss,ctis Ctlf. 6. Illuy eil ar-u
rivé la mesme chose qu'au Mila-js]
nois dont parle Cardan Lib.1. aU
Subtilitatepag.34. Galeasde Rabeam,
civis nostercum jam olim inventa
Cochleam Archimedis ad elevandums
aquam, ipse QUAIFprimu*AUÎOYvellei^
existimarireperiisse, prx loetitia illl.\-
&c. C'est pourquoy il voir cou.tj'
teschoses d'une autre maniero
que les Sçavans, demesmequ'un
celebre Medecin à Dresde, donne
parle Senert lib. 1. Prax. p.
sect.2.cap. 45 lequelestantmont
sur une échelle pour prendre unu
Livre
,
çculefqtte fortiùs fursumJ*
r¡j)wneret) il vit depuis pendant
,Wois mois toutes choses en ifruation
renversée
,
&homines, ini>U- ,â in capite ambulare:aussi le R.
Cherubin asseure dans sa Diototrique
Oculaire de 1671. page
-34 ligne 2. voir les chiens courans
Surledos.Jelaisseàunautreàrépondreauxfaits
particuliers qui le
raegardçc,&quelePv.P.Cheriabia
cotte depuis la 7.lignedela 392
age,desonLivdela Contiqukêdes
X:orJH impriméen 1679. Et dans
Er Art.de la lettre H. dela Table
des Matieres des Visionsde iéSu
Nom donnerons dans le ¡r(Jchai,,-
Mercure Extraordinaire, la confira*
tlion des Lunettes polemoflopes) &-
Je toutes les Lunettes au/quelles w
employélesmiroirs*C<oMIÊkSi
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Résumé : ONZIÉME DU TRAITÉ DES LUNETTES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathematiques à Paris.
Le texte explore l'histoire et l'invention des lunettes et des binocles, en mettant en avant plusieurs figures clés et dates importantes. Daniel Choys est crédité de l'invention des binocles en 1619. En 1645, le Père Antoine Maria de Rheita, un religieux capucin allemand, a inventé les binocles à verres convexes. Le Père Francesco Lana, un jésuite italien, a également traité des binocles dans son ouvrage de 1670. Le Père Cherubin d'Orléans a publié des ouvrages sur les binocles en 1677, 1678 et 1681, mais ses affirmations sur la nouveauté de son invention sont contestées. Des controverses entourent la paternité des binocles, avec des mentions de modèles plus anciens, comme ceux du Père Dechales et décrits dans le 'Mundus Mathematicus' de 1674. Le Père Cherubin est critiqué pour ses affirmations non fondées et son arrogance. Certains savants, comme le Père Rheita et M. Hevelius, jugeaient les binocles inutiles et dangereux. Le texte discute des différences de perception visuelle entre les deux yeux, soulignant que chaque œil perçoit les objets différemment en termes de grandeur et de clarté. Plusieurs savants, dont M. Gassendi, le Père Dechales et le Père Cherubin, ont documenté ces disparités. Il explique les effets optiques des binocles, comme la vision double des objets, et introduit le concept de l'horoptère pour expliquer ce phénomène. Des expériences sont décrites pour illustrer ces observations, confirmées par des opticiens comme Alhazen. Le texte aborde également des observations visuelles spécifiques liées à des colonnes et des lignes sur une planche en rapport avec l'horoptère, ainsi que des cas particuliers de perception visuelle, comme celui d'un médecin à Dresde voyant des objets inversés pendant plusieurs mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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12
p. 46-47
Mr le Comte de la Vauguyon est nommé Ambassadeur d'Espagne. [titre d'après la table]
Début :
M. le Comte de la Vauguyon, ayant eu plusieurs Emplois [...]
Mots clefs :
Comte, Emplois, Intelligence, Ambassadeur, Espagne, Envoyé extraordinaire, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mr le Comte de la Vauguyon est nommé Ambassadeur d'Espagne. [titre d'après la table]
M. le Comte de la Vauguyon
, ayant eu plufieurs:
Emplois confiderables , par
lefquels il a fait connoiftre
Fintelligence
qu'il a dans les
Affaires, fut nommé enfuite
Ambaffadeur en Eſpagne ;
& s'eftant acquitté de cette
Ambaffade au gré de Sa MaGALANT.
47
jefté , Elle vient de le choifir
pour fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de l'Empe,
reur.
, ayant eu plufieurs:
Emplois confiderables , par
lefquels il a fait connoiftre
Fintelligence
qu'il a dans les
Affaires, fut nommé enfuite
Ambaffadeur en Eſpagne ;
& s'eftant acquitté de cette
Ambaffade au gré de Sa MaGALANT.
47
jefté , Elle vient de le choifir
pour fon Envoyé Extraordinaire
à la Cour de l'Empe,
reur.
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13
p. 242-244
« Madame de Saliez Viguiere d'Alby, dont je vous ay envoyé / Grand Roy, qu'on est heureux [...] »
Début :
Madame de Saliez Viguiere d'Alby, dont je vous ay envoyé / Grand Roy, qu'on est heureux [...]
Mots clefs :
Roi, Vaisseaux, Empereur, Chrétiens, Foudre, Hérésie, Hercule, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Madame de Saliez Viguiere d'Alby, dont je vous ay envoyé / Grand Roy, qu'on est heureux [...] »
Madame de Saliez ViguieGALANT.
243
re d'Alby , dont je vous ay
envoyé plufieurs Ouvrages,
a fait le Sonnet fuivant. Il a
paffé pour le meilleur , aprés
celuy du Pere Morgues.
G
Rand Roy , qu'on est heureux
de vivre fous vos Loix !
Vos fuperbes Vaiffeaux deftinez aux
conqueftes ,
Courent toutes les mers fans peril ,
fans tempeftes ,
Tout respecte , tout craint l'Empereur
des François.
En faveur des Chrétiens vos fondres
toûjours preftes
Ont fceu brifer leurs fers déja plus
d'une fois ,
Nous voyons par vos foins l'Herefie
aux abois , X ij
244 MERCURE
Un Hercule a fuffi pour cette Hydre
à cent testes.
♡
Que de travauxfifaints ,fi grands,
fi glorieux
Ouvrent à voftre gloire un beau champ
dans les Cieux ,
Et que c'eft dignement porter le Diadefme!
La Grandeur devant Dieu , n'eft qu'un
point , qu'un neant ,
Plusjufte, plus pieux que pas un Conquerant
,
Vous paroiffez , Grand Roy , Grand
aux yeux de Dieu mefme.
243
re d'Alby , dont je vous ay
envoyé plufieurs Ouvrages,
a fait le Sonnet fuivant. Il a
paffé pour le meilleur , aprés
celuy du Pere Morgues.
G
Rand Roy , qu'on est heureux
de vivre fous vos Loix !
Vos fuperbes Vaiffeaux deftinez aux
conqueftes ,
Courent toutes les mers fans peril ,
fans tempeftes ,
Tout respecte , tout craint l'Empereur
des François.
En faveur des Chrétiens vos fondres
toûjours preftes
Ont fceu brifer leurs fers déja plus
d'une fois ,
Nous voyons par vos foins l'Herefie
aux abois , X ij
244 MERCURE
Un Hercule a fuffi pour cette Hydre
à cent testes.
♡
Que de travauxfifaints ,fi grands,
fi glorieux
Ouvrent à voftre gloire un beau champ
dans les Cieux ,
Et que c'eft dignement porter le Diadefme!
La Grandeur devant Dieu , n'eft qu'un
point , qu'un neant ,
Plusjufte, plus pieux que pas un Conquerant
,
Vous paroiffez , Grand Roy , Grand
aux yeux de Dieu mefme.
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Résumé : « Madame de Saliez Viguiere d'Alby, dont je vous ay envoyé / Grand Roy, qu'on est heureux [...] »
Madame de Saliez Viguie dédie un sonnet à Louis XIV, célébrant sa grandeur et ses réalisations. Elle loue la puissance maritime du roi et ses actions en faveur des chrétiens opprimés. Comparé à Hercule, Louis XIV triomphe contre l'hérésie. Le poème exalte sa piété, sa justice et ses gloires, le présentant comme supérieur à tous les conquérants aux yeux de Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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14
p. 32-43
Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Début :
Le 2. de Septembre, Mr Berthe, Recteur de l'Université, alla [...]
Mots clefs :
Recteur de l'Université, Versailles, Doyens de la faculté, Cérémonies, Thèse, Harangue, Honneur, Hommage, Jugement, Règne, Héros, Nations, Empereur, Hérésie, Louis le Grand, Couronne, Estime, Affection, Sa Majesté, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1. de Septembre, Mr
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
Berthe, Relieur de l'Univerfité,
alla à Versailles, accompagné
des Procureurs
des Quatre Nations, des
Doyens des Facultez,& de
tous les autres Officiers qui
representent ce Corps. Ils le
revétirent de leurs Habits de
Ceremonie dans l'undes
Appartenons du Chasteau,
oùMr Colbert de Croissy
vint les prendre pour les mener
à l'Audience du Roy. Mr
Berthe presentaàSaMajefté
une These en maniéré de
Tableau avec une Bordure,
& luy fit cette Harangue. sIRE,
Au milieu des jufles emprejjemens
que toute la Terre témoignepourVous
rendre des bonjonne
le Prince & le Heros parfait,
que l'idéenavoit encorefctn
feindre. Tout -vous cede sans refinance3
tout 'vous rêujjitsans disgrace
, toutvous obéit sans repugnance.
Vous avek la dcflinée des
Hommes dans vos mains, toutes
les Nations à vos pieds; voftrc
gloire croisstoujours}quoy que l'on
pense toujoursquelle ne puisse
plus croif/re
J & on Vous "Voit
tout à lafop's sans l'extrémité de
toutes les Vertus, au comble de
toute forte de vrays Grandeur,
&parvofîre moderation au dessus
de Vous-mejrme. Tout ce l-c
pourtant^SIRE9eflpeudechose
neurs , que jamaisaucun Prince
n'a mérité ny receus que Vous>
t'Universite vient de
ta
maniéré laplusJolemnelle rendre a Voflre
Majefié les fournijjtons qui luy
fontdeuësi & parun hommage
auli juflequenouveau,autborifer
dans tous les Siecles à venir,
le Jugement universel du noflre;
que comme ce monde n'eut jamais
un si digne & si grand Maifire
que Vous
,
jamais aujJi ÏEglife
neut un si zelé & si puijjant
Proteéleur. En effet, SIRE, ou
trou'vera-t-on un Regnefembla-
Me au voflre ,' VoflreMajeflé
nous montre en Jon augufle Perpour
Vostre Majesté, si l'Eglise
nen recueille lesfruits. Vous ne
compte pour rien, que Républiques}
Princes, Rois, Empereurs,
soientoblige^ de fmvre le Char
de vofire Triomphe, s'il n'cft fuityen
merme temps de la foule
innombrable de ceux, que VIHSgagnez
tous les jours au Sauveur
du monde.VoOre bras ne trouvantplus
dequJoy s'occupersur la
Terre, va par d'ijqpocens moyens
arracheraux puissances de l'En-
fer vos Sujetsquellestyranni- -
[ent;@r met enfin autombeau
cette indômptableHeresie, qui
tJfoitnéefOus le Règne des Rois
Itlos PrédecejJèurs. C'est ce quifait
dire avec juflice, qu'on ne ffau.
yoitplus presentement trouverque sur les Autels, un encens aiez digne
de brûlersurvoflre Thrône
aprés , que voflre Religion a con- ficre à Dieu le monde que voflre
valeurs'efloitfournis. Maïs sess
moins par les paroles que par les
aélions,SIRE,iue nous cherchons
a sîgnaler nostreKele pour lagloire
de Foflre Majesté. LOVIS
LE GRAND es1 à la teste de
tous nos discours ; il consacre sans
cesse & nos bouches & nos plumes
; il occupe continuellement nos
reflexions& nos études. La prerniere
Leçon que nous donnons
dans nos Ecoles à la Jeuneffi de
fion Empire>cess de luy apprendre
la fidelité inviolable quelle
doit au meilleur& au plus grand
Prince qui fut jamais;siaujourd'huy
nous vous offrons.
SIR.EJ ces mesmes armes de lumières
,avec lesquelles nos ?cres
ont défendu les faintes Libertez
de vofire Eghfe3 & la supréme
indépendance de voflre Couronne,
cessmoinspourprotefierau Chriflianifme
ce qu'il ne peut ignorer,
que nous consèrvons toujours leurs
fermes&religieuxfentimensyque
fourmarquer a toute la Terre qui
.nos coeurs vousfont encore plus
dévoile^ comme au plus parfait
des hommes, que nos personnes ne
*vousfontfotknifes comme au plus
puijjant desRois. Mousne dirons
rien, SIRE, à Voïïre Majefîé,
de ce que nous avens rJlé, & de
ce que nous sommes; trop contens
de vous eflrefidelles, & trop glorieusement
recompensèz de nojlre
fidelité si elle vous est agreable
&si , vous daigne nous regarder,
pmfiquesemblable encore en cela,
au Soleil3 qui par un de fies rayons
rendoit à cette fameuse Image de
l'antiquité le mouvement & U
vie3 vous nous fere%revivre
par vn seul de vos regards.
Sa Majesté parut estre fort
contente du Discours de Mr
Berthe, & luy fit l'honneur
de luy donner des marques
de son estime &de son affection,
tant pour le Corps que
pour sa Personne particulière.
Au sortir de l'Audience
du Roy, l'Univerfite alla à
l'Appartement de Monfeigneur
le Dauphin, de Madame
la Dauphine, de Monseigneur
le Duc de Bourgogne,
deMonfeigneur leDuc d'Anjou
, de Monsieur & de Madame.
M' Berthe les harangua
tous d'une maniéré, qui
lUy- attira 1applaudiiTèment
de toute la Cour. M l'A;--
chevefque de Paris accompagna
l'Ùuniverfité das toutes
ces Audiences; Jamais on
ne l'aveu marquer plus de
zele qu'il en fit paroistre en-:
cette occasion, pour Fiions
neurde cette Compagnie,; qui quoy que fort illustre
par elle-mefine, ne laHTapasî
deremarquer jenesçay quel-
Je estime extraordinaire ré-v
panduë par tout pour elle ,,,
qu'ellene pouvoir attribuer"
qu'à la presencede ce orand ;
Prélat. Il presida lejourduel'on
soûtintcetteThese. Ce
fut le Jeudyvingtième du:
mesme mois. C'elloir une
Mineure ordinaire dédiée au
Roy. L'Université,quivouloit
témoigner à sa Majesté
sonattachement confiant 8c
inviolable à l'ancienne & : perpetuelle Dodrine qu'elle:
a toujours professee touchant
3 la PuissànceEcclesiastique,
conformément ( aux Libertez
de l'Eglise Gallicane, ne se
contenta pas d'autoriser par
sa presence une action si fin-
-. guliere; mais elle voulut en—.
core? afin que l'on fuÍV plus
asseuré qu'elle parloit par/l1a
bouche de son Recteur, que
Mr Berthe répondist non
comme un particulier &
avec quelques marques de
soumiss,ion, mais en Chef&
en Maistre. Il faisoit connoître
saDignité par la fourrure
dont il estoit revestu. Cet
Acte se fit avec grand éclat,
&il s'y trouva un tres-grand
nombre de Personnes illustres
de tous les Ordres, pour
y rendre en quelque maniere
toute la France prefenre.
Fermer
Résumé : Harangue faite au Roy par Mr le Recteur de l'Université. [titre d'après la table]
Le 1er septembre, Monsieur Berthe, relieur de l'Université, accompagné des procureurs des Quatre Nations, des doyens des facultés et d'autres officiers universitaires, se rendit à Versailles. Revêtus de leurs habits de cérémonie, ils furent reçus par Monsieur Colbert de Croissy qui les mena à l'audience du roi. Monsieur Berthe présenta une thèse sous forme de tableau et prononça une harangue en l'honneur du roi, soulignant ses vertus et ses accomplissements. Il exprima la soumission et l'admiration de l'Université envers le roi, le comparant à un héros parfait et protecteur de l'Église. Le roi manifesta sa satisfaction et montra des marques d'estime et d'affection envers Monsieur Berthe. Après l'audience royale, l'Université visita les appartements du Dauphin, de la Dauphine, du Duc de Bourgogne, du Duc d'Anjou, de Monsieur et de Madame, où Monsieur Berthe prononça également des harangues, recevant les applaudissements de la cour. L'archevêque de Paris accompagna l'Université lors de ces visites, démontrant un zèle exceptionnel. Le 20 septembre, une thèse mineure ordinaire dédiée au roi fut soutenue. L'Université, désireuse de montrer son attachement à la doctrine ecclésiastique et aux libertés de l'Église gallicane, autorisa cet acte et désigna Monsieur Berthe comme chef et maître, identifiable par sa fourrure. La cérémonie se déroula avec grand éclat et en présence de nombreuses personnalités illustres représentant divers ordres, symbolisant ainsi toute la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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15
p. 306-321
Valenciennes. [titre d'après la table]
Début :
Ils en partirent le 9. pour aller coucher à Valencienne. [...]
Mots clefs :
Valenciennes, Monsieur Château, Toile, Bardo di Bardi Magalotti, Tableaux, Ville, Roi, Empereur, Hainaut, Maison de Bavière, Ambassadeur, Citadelle, Cavalerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Valenciennes. [titre d'après la table]
Ils en partirent le 9. pour
aller coucher à Valencienne .
Il y a dans cette Ville - là &
dans ſes Fauxbourgs 4523 .
Maiſons , 21108. Perſonnes,
fans compter les Troupes du
Roy , 34. Eglifes , une Abbaye
, un Chapitre de Cha.
noines , 7. Paroiffes , 10.Con
desAnb. de Siam. 307
vens d'Hommes , & 11. de
Filles. La Ville eſt des plus
confiderables pour ſon antiquité.
Les Romains y établirent
diverſes Manufactures
; & ayant eſté ruinée pluſieurs
fois , l'Empereur Valentinien
la fit reparer , &
entourer de murailles vers
l'An 367. & luy donna fon
nom qu'elle retient encore
aujourd'huy. Elle demeura
fous la puiſſance Romaine
juſqu'à la venuë de Clodion,
qui la tranfmit aux Roys de
France ſes Succeſſeurs , &fut
ſous les deux premieres Races
Cc ij
308 III. P. du Voyage
de ſes Roys , comme Terre
diftinguée de limites , avec le
titre de Comté. Elle fut depuis
à des Princes qui la tenoient
en qualité de Seigneurs
, y faiſant battre de la
Monnoye à leur coin à titre
de Comtes de Valencienne.
Ce Comté comprenoit le
Païs d'Oſtrevant , de Burbant,
& l'eſpace qui eſt entre
Morchipont , Mortmal & la
Selle , qui relevoient en partie
de Lorraine & de France .
Le mariage de Matilde Comteſſe
de Valencienne , avec
Regnier IV. Fils d'Avide ,
des Amb. de Siam. 309
1
Fille de Huë- Capet Comte
de Hainaut , fit paffer cette
Ville à ſes Heritiers l'An 1030 .
à condition d'eſtre toûjours
diftinguée, & de n'eſtre point
confondue avec le Hainaut.
Par le mariage de Marguerite
d'Avefne Comteſſe de
Hainaut avec l'Empereur
Loüis de Baviere , elle paſſa à
la Maiſon de Baviere l'An
1346. juſqu'à ce que Jacqueline
de Baviere vint à mourir,
laiſſant Philippes le Bon, Duc
de Bourgogne, fon Heritier
en 1437. Elle demeura dans
ſa Famille juſqu'en 1452.
310 III . P. du Voyage
qu'elle paſſa à la Maiſon
d'Autriche par la mort de
Marie de Bourgogne Femme
de l'Empereur maximilien, à
qui elle fut juſqu'en 1677 .
que tout imprenable qu'on
la croyoit , elle fut priſe d'affaut
par les Armes invincibles
de LOUIS LE GRAND.
Ce qui eſt de remarquable,
c'eſt qu'elle peut ſe vanter
d'avoir eu deux Palais
Royaux , l'un où eſt à prefent
la Citadelle , l'autre où
eſt l'Eglife des Cordeliers ;
Que Charlemagne y tint ſes
Eftats Generaux pour la pre
des Amb. de Siam. 311
miere fois , & y reçût la Couronne
d'Auſtraſie aprés la
mort de fon Frere Carloman.
On dit que le Roy Pepin y
fonda l'Égliſe de Nôtre-Dame.
La Maiſon de Ville merite
d'y eſtre veuë. Les Ambaſſadeurs
trouverent en approchant
de cette Place, la
Cavalerie de 'la Garnifon
qui les vint recevoir , & enfuite
M. de Magalotti qui
les attendoit à la Porte. Son
viſage ouvert leur plût extrémement
; & lorſqu'il les
eut quittez pour leur laiſſer
prendre la route du lieu
r
312 III . P. du Voyage
qu'on leur avoit preparé pour
leur Logement , ils dirent de
luy mille choſes obligeantes,
quoy qu'ils ne luy euſſent
parlé qu'un moment. Ils arriverent
à leur Logis , aprés
avoir eſté ſalüez du Canon,
& des Officiers des Troupes
qui formoient deux hayes
dans la Ville. MF de Magalotti
avoit pris foin de faire
meubler la maifon où ils allerent
, & il y ayoit fait porter
quantité de fort beaux Tableaux
, & beaucoup de Portraits.
Aprés qu'ils ſe furent
un peu repoſez , il leur prefenta
des Anb. de Siam. 313
r
ſenta Ms du Magiftrat , &
M. Château Conſeiller de
Ville qui portoit la parole,
parla en ces termes.
MESSEIGNEURS ,
>
C'est dans une joye qui ne peut
s'exprimer, que leMagistrat de cette
Ville vientse presenter à vos Excellences
, pour leur témoigner les
respects & les foûmiſſions deuës
aux Perſonnes qui representent l'un
des plus Grands & des plus Augustes
Monarques de l'Afie, & dont
l'amitié estsi chere au Roy. Nous
ne ferons point , Meſſeigneurs ,le
détail des Conquestes , des Triomphes
, & des Victoires éclatantes
que nôtre Grand Monarque a rem-
Dd
314 III. P. du Voyage
portées sur ses Ennemis , dont la
gloire est fi grande , que la Renommée
s'en est répandue par toute la
Terre. Nous nous contenterons de
dire qu'entre toutes les perfections
&les vertus Royales qui reluiſent
comme les rayons du Soleil en fa
Personne facrée ,ſa fidelité inviolable
enversfes Alliez en est une
des plus brillantes. Nous prenons
la liberté , Meſſeigneurs , de prefenter
à vos Excellences les Vins
d'honneur , & quelques pieces de
Toilettes pour échantillons desManufactures
de cette Ville. Nous aurions
bien de la joye si ce Commerce
pouvoit s'établir dans vos Provinces,
à l'exemple des autres Royaumes
de l'Afie , de l'Afrique , de
l'Amerique, &deplusieurs Regions
de l'Europe où cette Manufacture
des Amb. de Siam. 315
est dans la plus haute confideration
.
Cette Harangue finie, le
Magiftrat leur preſenta trois
pieces de Toile des plus fines
de la Fabrique de Valencienne.
Chaque Piece eſtoit enveloppée
dans un Brocard
argent & bleu , & noüée avec
des Rubans de la même
couleur. Ils eurent d'abord
quelque peine à les accepter,
& dirent , qu'ils n'estoient point
accoûtumez à prendre des Pre-
Sens ; mais que puisque c'estoit
des échantillons d'une Manufa-
Eture de la Ville , ils les rete-
Ddij
316 III. P. du Voyage
r
noient pour les faire voirau Roy
leurMaistre. M de Magalotti
leur demanda l'ordre ,
& ils dirent , Miracle de nos
jours. Ils firent entendre ,
qu'ils vouloient parler de la
maniere dont la Place avoit
eſté priſe , qu'ils regardoient
come un miracle de nôtre Siecle.
Les Dames ſeules eurent le
privilege de les voir ſouper.
Le lendemain la fiévre ayant
pris à Me Torf, ils en montrerent
une grande inquietude
,& l'allerent voir pluſieurs
fois . Il leur dit qu'il n'estoit
pas de leur dignité de viſiter un
des Amb de Siam. 317
particulier. Ils répondirent
qu'ils le regardoient comme un
autre eux- mefmes, & ils allerent
ce jour-là à la Citadelle, d'où
on leur montra le Paté par où
la Place avoit eſté priſe. Ils
virent faire l'Exercice aux Cadets
, & l'Ambaſſadeur les regarda
avec rant de plaifir
qu'il ſembloit qu'il enviaft
leur bonheur. Il dit qu'il voudroit
n'estre pas Ambaſſadeur , ou
du moins n'estre pas le Premier ,
afin de faire une Campagne ou
deux avec le Roy en cas qu'ily
eût Guerre , & il ajoûta qu'il
ſçauroit faire approuver fa
Dd iij
318 III. P. duVoyage
r
conduite au Roy ſon Maiſtre. Ils
allerent diner chez M de
Magalotti . Le Repas fut ſplendide
, & ils burent de tout ce
que l'Italie a de meilleures Liqueurs.
Ils s'attacherent à confiderer
des Tableaux de petit
point de la Manufacture de
Valenciennes , qui reprefentoient
des fleurs , & comme
ils les trouverent parfaitement
beaux , M'de Magalotti voulut
les leur donner , mais ils
ne les accepterent point. Au
fortir de ce grand Repas où
il y eut deux Tables , chacune
de 20. couverts , ils allerent
desAmb . de Siam. 319
voir les Fortifications , & firent
le tour de la Ville . M² de
Magalotti leur fit une defcription
de tout le Siege ; il leur
marqua tous les quartiers , &
particulierement celuy du
Roy. Ils examinerent de nouveau
& de plus pres l'endroit
par où l'on a pris la Place , &
firent des reflexions ſur l'intrepide
valeur des François.
Ils remercierent fort M de
Magalotti de toutes ſes peines
, & luy donnerent pour
mot l'âge rend t'homme parfait,
ſes cheveux blancs leur firent
croire qu'il eſtoit plus âgé
D'dinj
320 III. P. du Voyage
qu'il ne l'eſt. Les Dames leur
tinrent encore ce foir-làbonne
compagnie pendant leur fouper.
Le lendemain M deMagalotti,
l'Estat major, &leMagiftrat
leur allerent faire compliment
fur leurdépart. Alors
l'Ambaſſadeur leur dit d'un
air riant , qu'ils leurestoientfort
obligez de toutes leurs honnestetez,
qu'ils ne les oubliroient jamais
,&qu'ils ne manqueroient
pas de les marquer au Roy leur
Maistre. Les mefmes Ceremonies
qui avoient eſté obfervées
à leur entrée , ſe firent à
leur fortie . Ils trouverent dans
des Amb. de Siam , 321
leur Caroffe les deux Tableaux
que Me de Magalotti leur avoit
offerts , & qu'il avoit fait
mettre dans de tres- riches
bordures . Cette honneſteté les
furprit extrémement ; ils les
garderent craignant de les
defobliger , s'ils les
voyoient .La Cavalerie les reconduifit
fi loin , qu'ils furent
obligez de la prier de s'en retourner
.
aller coucher à Valencienne .
Il y a dans cette Ville - là &
dans ſes Fauxbourgs 4523 .
Maiſons , 21108. Perſonnes,
fans compter les Troupes du
Roy , 34. Eglifes , une Abbaye
, un Chapitre de Cha.
noines , 7. Paroiffes , 10.Con
desAnb. de Siam. 307
vens d'Hommes , & 11. de
Filles. La Ville eſt des plus
confiderables pour ſon antiquité.
Les Romains y établirent
diverſes Manufactures
; & ayant eſté ruinée pluſieurs
fois , l'Empereur Valentinien
la fit reparer , &
entourer de murailles vers
l'An 367. & luy donna fon
nom qu'elle retient encore
aujourd'huy. Elle demeura
fous la puiſſance Romaine
juſqu'à la venuë de Clodion,
qui la tranfmit aux Roys de
France ſes Succeſſeurs , &fut
ſous les deux premieres Races
Cc ij
308 III. P. du Voyage
de ſes Roys , comme Terre
diftinguée de limites , avec le
titre de Comté. Elle fut depuis
à des Princes qui la tenoient
en qualité de Seigneurs
, y faiſant battre de la
Monnoye à leur coin à titre
de Comtes de Valencienne.
Ce Comté comprenoit le
Païs d'Oſtrevant , de Burbant,
& l'eſpace qui eſt entre
Morchipont , Mortmal & la
Selle , qui relevoient en partie
de Lorraine & de France .
Le mariage de Matilde Comteſſe
de Valencienne , avec
Regnier IV. Fils d'Avide ,
des Amb. de Siam. 309
1
Fille de Huë- Capet Comte
de Hainaut , fit paffer cette
Ville à ſes Heritiers l'An 1030 .
à condition d'eſtre toûjours
diftinguée, & de n'eſtre point
confondue avec le Hainaut.
Par le mariage de Marguerite
d'Avefne Comteſſe de
Hainaut avec l'Empereur
Loüis de Baviere , elle paſſa à
la Maiſon de Baviere l'An
1346. juſqu'à ce que Jacqueline
de Baviere vint à mourir,
laiſſant Philippes le Bon, Duc
de Bourgogne, fon Heritier
en 1437. Elle demeura dans
ſa Famille juſqu'en 1452.
310 III . P. du Voyage
qu'elle paſſa à la Maiſon
d'Autriche par la mort de
Marie de Bourgogne Femme
de l'Empereur maximilien, à
qui elle fut juſqu'en 1677 .
que tout imprenable qu'on
la croyoit , elle fut priſe d'affaut
par les Armes invincibles
de LOUIS LE GRAND.
Ce qui eſt de remarquable,
c'eſt qu'elle peut ſe vanter
d'avoir eu deux Palais
Royaux , l'un où eſt à prefent
la Citadelle , l'autre où
eſt l'Eglife des Cordeliers ;
Que Charlemagne y tint ſes
Eftats Generaux pour la pre
des Amb. de Siam. 311
miere fois , & y reçût la Couronne
d'Auſtraſie aprés la
mort de fon Frere Carloman.
On dit que le Roy Pepin y
fonda l'Égliſe de Nôtre-Dame.
La Maiſon de Ville merite
d'y eſtre veuë. Les Ambaſſadeurs
trouverent en approchant
de cette Place, la
Cavalerie de 'la Garnifon
qui les vint recevoir , & enfuite
M. de Magalotti qui
les attendoit à la Porte. Son
viſage ouvert leur plût extrémement
; & lorſqu'il les
eut quittez pour leur laiſſer
prendre la route du lieu
r
312 III . P. du Voyage
qu'on leur avoit preparé pour
leur Logement , ils dirent de
luy mille choſes obligeantes,
quoy qu'ils ne luy euſſent
parlé qu'un moment. Ils arriverent
à leur Logis , aprés
avoir eſté ſalüez du Canon,
& des Officiers des Troupes
qui formoient deux hayes
dans la Ville. MF de Magalotti
avoit pris foin de faire
meubler la maifon où ils allerent
, & il y ayoit fait porter
quantité de fort beaux Tableaux
, & beaucoup de Portraits.
Aprés qu'ils ſe furent
un peu repoſez , il leur prefenta
des Anb. de Siam. 313
r
ſenta Ms du Magiftrat , &
M. Château Conſeiller de
Ville qui portoit la parole,
parla en ces termes.
MESSEIGNEURS ,
>
C'est dans une joye qui ne peut
s'exprimer, que leMagistrat de cette
Ville vientse presenter à vos Excellences
, pour leur témoigner les
respects & les foûmiſſions deuës
aux Perſonnes qui representent l'un
des plus Grands & des plus Augustes
Monarques de l'Afie, & dont
l'amitié estsi chere au Roy. Nous
ne ferons point , Meſſeigneurs ,le
détail des Conquestes , des Triomphes
, & des Victoires éclatantes
que nôtre Grand Monarque a rem-
Dd
314 III. P. du Voyage
portées sur ses Ennemis , dont la
gloire est fi grande , que la Renommée
s'en est répandue par toute la
Terre. Nous nous contenterons de
dire qu'entre toutes les perfections
&les vertus Royales qui reluiſent
comme les rayons du Soleil en fa
Personne facrée ,ſa fidelité inviolable
enversfes Alliez en est une
des plus brillantes. Nous prenons
la liberté , Meſſeigneurs , de prefenter
à vos Excellences les Vins
d'honneur , & quelques pieces de
Toilettes pour échantillons desManufactures
de cette Ville. Nous aurions
bien de la joye si ce Commerce
pouvoit s'établir dans vos Provinces,
à l'exemple des autres Royaumes
de l'Afie , de l'Afrique , de
l'Amerique, &deplusieurs Regions
de l'Europe où cette Manufacture
des Amb. de Siam. 315
est dans la plus haute confideration
.
Cette Harangue finie, le
Magiftrat leur preſenta trois
pieces de Toile des plus fines
de la Fabrique de Valencienne.
Chaque Piece eſtoit enveloppée
dans un Brocard
argent & bleu , & noüée avec
des Rubans de la même
couleur. Ils eurent d'abord
quelque peine à les accepter,
& dirent , qu'ils n'estoient point
accoûtumez à prendre des Pre-
Sens ; mais que puisque c'estoit
des échantillons d'une Manufa-
Eture de la Ville , ils les rete-
Ddij
316 III. P. du Voyage
r
noient pour les faire voirau Roy
leurMaistre. M de Magalotti
leur demanda l'ordre ,
& ils dirent , Miracle de nos
jours. Ils firent entendre ,
qu'ils vouloient parler de la
maniere dont la Place avoit
eſté priſe , qu'ils regardoient
come un miracle de nôtre Siecle.
Les Dames ſeules eurent le
privilege de les voir ſouper.
Le lendemain la fiévre ayant
pris à Me Torf, ils en montrerent
une grande inquietude
,& l'allerent voir pluſieurs
fois . Il leur dit qu'il n'estoit
pas de leur dignité de viſiter un
des Amb de Siam. 317
particulier. Ils répondirent
qu'ils le regardoient comme un
autre eux- mefmes, & ils allerent
ce jour-là à la Citadelle, d'où
on leur montra le Paté par où
la Place avoit eſté priſe. Ils
virent faire l'Exercice aux Cadets
, & l'Ambaſſadeur les regarda
avec rant de plaifir
qu'il ſembloit qu'il enviaft
leur bonheur. Il dit qu'il voudroit
n'estre pas Ambaſſadeur , ou
du moins n'estre pas le Premier ,
afin de faire une Campagne ou
deux avec le Roy en cas qu'ily
eût Guerre , & il ajoûta qu'il
ſçauroit faire approuver fa
Dd iij
318 III. P. duVoyage
r
conduite au Roy ſon Maiſtre. Ils
allerent diner chez M de
Magalotti . Le Repas fut ſplendide
, & ils burent de tout ce
que l'Italie a de meilleures Liqueurs.
Ils s'attacherent à confiderer
des Tableaux de petit
point de la Manufacture de
Valenciennes , qui reprefentoient
des fleurs , & comme
ils les trouverent parfaitement
beaux , M'de Magalotti voulut
les leur donner , mais ils
ne les accepterent point. Au
fortir de ce grand Repas où
il y eut deux Tables , chacune
de 20. couverts , ils allerent
desAmb . de Siam. 319
voir les Fortifications , & firent
le tour de la Ville . M² de
Magalotti leur fit une defcription
de tout le Siege ; il leur
marqua tous les quartiers , &
particulierement celuy du
Roy. Ils examinerent de nouveau
& de plus pres l'endroit
par où l'on a pris la Place , &
firent des reflexions ſur l'intrepide
valeur des François.
Ils remercierent fort M de
Magalotti de toutes ſes peines
, & luy donnerent pour
mot l'âge rend t'homme parfait,
ſes cheveux blancs leur firent
croire qu'il eſtoit plus âgé
D'dinj
320 III. P. du Voyage
qu'il ne l'eſt. Les Dames leur
tinrent encore ce foir-làbonne
compagnie pendant leur fouper.
Le lendemain M deMagalotti,
l'Estat major, &leMagiftrat
leur allerent faire compliment
fur leurdépart. Alors
l'Ambaſſadeur leur dit d'un
air riant , qu'ils leurestoientfort
obligez de toutes leurs honnestetez,
qu'ils ne les oubliroient jamais
,&qu'ils ne manqueroient
pas de les marquer au Roy leur
Maistre. Les mefmes Ceremonies
qui avoient eſté obfervées
à leur entrée , ſe firent à
leur fortie . Ils trouverent dans
des Amb. de Siam , 321
leur Caroffe les deux Tableaux
que Me de Magalotti leur avoit
offerts , & qu'il avoit fait
mettre dans de tres- riches
bordures . Cette honneſteté les
furprit extrémement ; ils les
garderent craignant de les
defobliger , s'ils les
voyoient .La Cavalerie les reconduifit
fi loin , qu'ils furent
obligez de la prier de s'en retourner
.
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Résumé : Valenciennes. [titre d'après la table]
Le texte décrit un voyage vers Valenciennes, une ville caractérisée par ses 4 523 maisons, 21 108 habitants, 34 églises, une abbaye, un chapitre de chanoines, 7 paroisses et 10 couvents. Valenciennes est renommée pour son antiquité et ses manufactures, établies par les Romains. En 367, l'empereur Valentinien la fit réparer et entourer de murailles. La ville passa sous la domination des rois de France avec Clodion et resta une terre distinguée sous les premières dynasties royales françaises. Par la suite, elle fut possession de divers princes et comtes, incluant les comtes de Hainaut et de Bavière, avant de devenir une possession des ducs de Bourgogne puis de la Maison d'Autriche. En 1677, Valenciennes fut prise par Louis XIV. La ville a également accueilli des figures historiques telles que Charlemagne et Pépin le Bref. Les ambassadeurs de Siam y furent reçus avec honneur, visitèrent la citadelle et les fortifications, et reçurent des présents de la ville. Ils exprimèrent leur admiration pour la prise de la ville par les Français et pour les fortifications. Lors de leur départ, ils furent escortés par la cavalerie et reçurent des tableaux en cadeau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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16
p. 18-47
RELATION EXACTE de ce qui s'est passé à la mort & aux Funerailles du R. P. Marc d'Aviano, Capucin Prédicateur. Traduite du Latin, & envoyée de Vienne.
Début :
Vous serez sans doute fort édifiée de ce que vous allez / Le R. P. Marc d'Aviano revint en cette Ville [...]
Mots clefs :
Empereur, Église, Dieu, Mort, Santé, Marc d'Aviano, Majesté, Cour, État de santé, Vie, Dévotion, Capucins, Religieux, Peuples, Vienne, Malade, Médecins, Matin, Corps, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION EXACTE de ce qui s'est passé à la mort & aux Funerailles du R. P. Marc d'Aviano, Capucin Prédicateur. Traduite du Latin, & envoyée de Vienne.
Vous ferez ſans doute fort
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous enfais partdans
les mêmestermes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
!
mort& auxFunerailles du
R. P. Marc d'Aviano, Ca
pucinPrédicateur.
Traduite du Latin, &envoyés
deVienne.
LER. P. Marcd'Aviano
revint en cetteVillede
Vienne aumois de May der
nier 1699. avec le P. Laurent
d'Urino,qu'ilavoit eſté obli
géde prendreàla place duP.
CoſmedeCastro Franco, for
Compagnon ordinaire , de
Bij
}
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'àl'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouventobligéd'a
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. Ladiminu
tiondeſes forces&deſaſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtez Impe
riales,de toute la Cour &de
tout le Peuple , qu'on avoit
GALANT. 21
ſujet de croire , que ſi dans
S
l'eſtat où il eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre,cen'eſtoit quepour
ne les pas priver de laconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detemps entempsdes
audiencesdel'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& lamodeſtie que de
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'eneſtre ja
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoitſouventobligéd'a
>
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pasbien. La diminu
tionde ſes forces&deſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan.
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtezImpe
riales,de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
'
GALANT.
ſujet de croire , que fi dans
21
l'eſtat oùil eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre, cen'eſtoitquepour- ne les pas priver delaconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detempsentempsdes
audiencesde l'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& la modeſtie quede
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprésde luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
mais fervique pourprocurer
la gloire de Dieu, le bienpu
blic, &le foulagement
affligez.Samaladiecependant
des
augmentoit fi fort dejour en
jourpar les continuellescoli.
ques,qu'ilſevit obligé dene
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereurfitvoircombien
la ſantédecePere luyeſtoit
chere, par le ſoinqu'il eutde
luyenvoyer les medecins les
plus experimentez, &mefme
les fiens propres , avec ordre
deprendredans leLaboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils juge
des roient neceſſaires,quelque ra
nt res & quelqueprécieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
eConſeiller de laChambreIm
er
periale , & Treſorier de Sa
Maje
Majesté, de ſetrouvertousles
1 jours ,ſoir & matin , dans la
chambre du Malade, pour- s'informer exactementde ſon
eſtat,afin de luy en faire le-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de cequi pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependantnyla
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rentde rien,nonpasmesme
lebaind'huile,qu'on employa
commeunechoſe aſſezextra
ordinaire, pour enefpererdu
foulagement,parcequel'heu
reux moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre amede lapriſon de ſon
corps, pourlamettreenliber
téd'aller joüir pleinementdes
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté, auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice,la récompenſede ces
actions ſi ſaintes&figrandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Siſoncorpsne receutpoint
de ſoulagement durant les
quinzejours quecontinua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſmedeſoneſprit, & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capablede
luydonner quelque confola
tion , ce fut principalement
&l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri.
mani,&lebonheurqu'il eut
Février1700.
C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce duPape, qui
luycauſatantdejoye par l'In
dulgence pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sain
teté àl'article dela mort, qu'
elle ne fervit pas peu à pro
longer pour quelques mo
mens le peude forces quiluy
reſtoit , & à retenir un peu
pluslongtemps ſur la terrece
luy qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres.Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite, &tout ce
GALANT. 27
qu'il ya de grand en auroit
fait de même, s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoirquelque choſeà ſe re
procherſurl'augmentationde
la maladie.Onnedit riendes
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique, & les autres Sacre
mens , qui ne ſont connues
que deceluy quipouvoit pe
netrer dans ce Sanctuaire;
mais ſi l'on enveutjuger par
la ferveur &la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy, &renouvella ſes vœux
Cij
1
28 MERCURE
ceux qui yfurent preſens en
furent fi touchez ,qu'ilsn'eu
rent pas depeine àſe perlua
der qu'elles furpaſſoient au
tant celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commundes hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
endanger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja faitavec tous leurs
Enfans peu de tempsaupara
vant ,
à la Feſte de Noftre
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils-avoient pour luy; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'ex
trémité,ilsne differerent pas
davantage,&partirentlelen
matin ſur les dix heures ,du
Palaisappellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre auConvent desCapu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc, &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le cœur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre, & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent-elles mon
tées dans leursCaroſſes, qu
on vint leurdire que le Pere
Marc eſtoit àl'agonie. Elles
retournerent àfa chambre,&
bien loin de s'effrayer de la
veuëd'unobjetquelesGrands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Commeelles letrouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
leCiergebenitàlamain,elles
ne purent faire autre choſe
quede ſe mettre à genoux
commelesautres ,&de faire
voir leur douleurpar les ge
miſſemensdont elles accom
pagnoient lesderniers ſoupirs
dece moribond. L'Empereur
même eut labonté de dire
avec le P. Gardien, les Orai
ſons&lesPrieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie,,&tous con
tinuerentainſidans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
mentqu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
Ciiij
*
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffionsdeſabien
heureuſe éternité. Les paroles
qu'il prononça avantque de
mourir, estoient ſi pleines &
ſi animées del'eſprit &de la
ferveur de ſafoy, les manie.
resde baiſer leCrucifix ,de le
regarder &del'embraſſer fu
rent ſi éloquentes, ſi vives&
ſi tendres ,que bien loin de
paroiſtre comme desmouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceuxqui font en- cer eſtat, oneſtoitobligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces inte
rieurs & facrez quelaſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſelesmains dudéfunt, &
fatifait àtout,ce queleurpie
té& leurdevotion leurinſpis
roit dans cette rencontre, fu
rent partis ,on porta lecorps,
qui paroiſſoitencore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſtedu jour, & la
nuit ſuivante;car pour obeïr
àl'ordre que l'Empereur en
voya dés legrand matin, on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceintedu
grandAutel , oùM'le Nonce
dituneMeſſebaffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
direntl'apréſdînée, s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
lesmains, &de ramaſſer com
me quelque choſe de bien
pretieux,les fleurs qu'onavoit
GALANT. 35
jettées ſurluydecoſté&d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combiendeDames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luybaifer les
mains&les pieds,quiestoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
yvinrenten ſigrande foule,
&avecdesmouvemensfiem
preſſezdeluydonnerquelque
marque de laprofondevene
ration qu'ilsavoient pourluy,
que les Soldats eurent bien
de la peinea garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
commeilsauroient voulu;&
rien ne fut plus propre àfaire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ontpourla pieté, que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoirquelqu'une de cesfleurs
quiavoient eſté miſes ſurſon
corps.
1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concoursque l'Empe
reur envoyadéfendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu,&voulut qu'ondif
feraft juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
cetemps-là,l'Empereur en
voyadegrofles tommes d'ar
gent dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples, qu'il n'y eut pas
juſqu'àungrand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par desMeſſes auſou
lagementdel'amedecebien
aimédéfunt, quoyqu'on euſt
aurantdeſujet qu'on en peut
avoir pieuſement,de leregar
der comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombredes Bienheureux.
Toutes choſeseſtant donc
diſpoſées pourfaire les Fune
railles aujourque l'Empereur
avoitmarqué, il partitde fon
Palais la Favorite , avec l'Im
peratrice , le Roy des Ro
mains ,l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins.Lecorps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , non
ſeulement renfermédans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Em
pereur & de laVille, poſtez
GALANT. 39
de telle maniere , qu'on pou
nt voit en défendre l'entrée à
e
tout lepeuple,&lapermettre
e ſeulement auxDames & aux
Of
0
ps
e
E
5
Perſonnes dequalité,&àtous
les Officiersde la Cour.
Iln'y eutpour lors que le
RoydesRomainsquialla luy
baiſer lesmains,auflitoſtqu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterentenſuitedans laTri.
bunepour entendre laMeſſe
folemnelle des Morts, quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne,Prince du SaintEm
pire , & par un Chœur des
principauxMuſiciensdel'Em
২
40 MERCURE
pereur. Aprésquel'on eut fini
ennoirtoutesles lugubres ce.
remoniesduSacrifice , par les
prieres ,les aſperſions & les
encenſemensquel'Egliſeveut
qu'on faſſeaux funeraillesdes
défunts,M' l'Eveſque de Ni
trie en celebra une ſeconde
aveclameſmefolemnité,mais
avec cette difference nean.
moins, qu'il la dit reveſtu de
blanc, àl'honneurdelaſainte
&immaculéeViergeMerede
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
danslapenſéeque Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe;mais ellesdef
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille, de la Tribune
dansl'Eglife, pourbaifer en
core une fois les mains dudé
funt ,qu'ellestrouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant, tout le monde eftant
dansl'étonnementdevoir les
3
veinespleinesde fang, &en
core plus, de ce que depuis
cinqjours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700.
D
4 4
2 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans lescha
leurs de laCanicule.
Touteslesfleurs quiavoient,
pourainſidire, ſervià l'orne
mentdudéfunt,& qu'on re
nouvelloit tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu-'
rent ramaſſées avec la der
niere exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunesDemoiſelles,deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empe
reurs , portoient dans leurs
mains , autant par devotion
quepar ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux fu
rentrentrez dans l'Eglife, ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayantenfermédans uneboë--tede noyer, ilslemirentavec
les autres dans laplace , que
ſelonle rangil devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
desEmpereurs.
}
Aprés
Aprés des marques
ma
fi écla
tantes d'affection , d'eſtime
&deveneration, que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans
tous les
Grands,& tous les Officiers
de l'Empire ,tous les Etats&
tous lespeuples avoient faic
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'on
ne pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe àl'honneur qu'on luy
avoit fait ,&donner quelque
nouvel éclat àſa memoire.
e
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſtplus capablede.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettreau rangdes
ſoins qu'il prend pour la feli
cité de ſes Peuples, celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
GALANT. 45
( moirede ceReligieux parun
Monumentſiautentique,qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble gran
deur qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées.
A LAMEMOIRE
DuP.Marcd'Aviano,Capucin
Predicateur,
Douédes Vertus Evangeliques,
Mort àVienne
Danslapaix&lesdouxembraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur,
L'Imperatrice, & leur Royale
46 MERCURE
FamilleontdreßéceMonument
Commeun triſteſoulagement
Deleurdouleur ,
Le17. d'Aoust 1699.
Dieudonnelerepos
Etla lumiereEternelle
AuRP. MarcdAviano,
☐VrayServiteurdeJesus Christ.
Dieu toujours grand, tou
joursbon, àqui rienn'eſt ca
chéde ce quiſe paſſedans le
cœurde l'homme , connoif.
fantlaparfaite&la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & cefer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANT
NI:
:
47
permis pour leurconfolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans laVille
de Vienne,combléedans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere, mais encore dansune
Egliſefrequentéetres ſouvent
de Leurs Majeftez,&de tous
1
t
lesGrandsdela Cour, comme
eſtantun moyenplus efficace
&plus aſſuré pour rendre de
jour enjourlamemoirede ce
Religieux plus celebreque ne
pourroient faire les Plumes
&les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
édifiée de ce que vous allez
lire. Je vous enfais partdans
les mêmestermes que je l'ay
receu
GALANT: 19
RELATION EXACTE
de ce qui s'eft paffé à la
!
mort& auxFunerailles du
R. P. Marc d'Aviano, Ca
pucinPrédicateur.
Traduite du Latin, &envoyés
deVienne.
LER. P. Marcd'Aviano
revint en cetteVillede
Vienne aumois de May der
nier 1699. avec le P. Laurent
d'Urino,qu'ilavoit eſté obli
géde prendreàla place duP.
CoſmedeCastro Franco, for
Compagnon ordinaire , de
Bij
}
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'àl'ordinaire ſur ſon vifage,
faiſoit voir fi peu de ſanté ,
qu'il eſtoit ſouventobligéd'a
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pas bien. Ladiminu
tiondeſes forces&deſaſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , foit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtez Impe
riales,de toute la Cour &de
tout le Peuple , qu'on avoit
GALANT. 21
ſujet de croire , que ſi dans
S
l'eſtat où il eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre,cen'eſtoit quepour
ne les pas priver de laconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detemps entempsdes
audiencesdel'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& lamodeſtie que de
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprés de luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'eneſtre ja
20 MERCURE
meuré malade en Italie. La
maigreur qui paroiſſoit plus
qu'à l'ordinaire ſur ſon viſage,
faiſoit voir ſi peu de ſanté
qu'il eſtoitſouventobligéd'a
>
vouër luy meſme qu'il ne ſe
portoit pasbien. La diminu
tionde ſes forces&deſa ſanté
ne diminua cependant rien
de fon affiduité , ſoit pour
preſcher , ſoit pour celebrer
les faint miſteres , ce qui luy
attira d'autant plusde loüan.
ges & debenedictions de la
part de Leurs majeſtezImpe
riales,de toute la Cour & de
tout le Peuple , qu'on avoit
'
GALANT.
ſujet de croire , que fi dans
21
l'eſtat oùil eſtoit il ne ſedif
penſoit jamais ny de l'un ny
del'autre, cen'eſtoitquepour- ne les pas priver delaconfo
lation qu'ils en avoient dans- leurs ames. Il ne laiſſoit pas
d'avoir detempsentempsdes
audiencesde l'Empereur,mais
enygardant toujoursla bien
feance& la modeſtie quede
mandoit la ſaintetéde l'habit
qu'il portoit ; & s'il a eu l'a
vantage d'avoir auprésde luy
tout l'accés & tout le credit
qu'il pouvoit ſouhaiter, il a
euceluy de ne s'en eſtre ja
22 MERCURE
mais fervique pourprocurer
la gloire de Dieu, le bienpu
blic, &le foulagement
affligez.Samaladiecependant
des
augmentoit fi fort dejour en
jourpar les continuellescoli.
ques,qu'ilſevit obligé dene
pas reſuſer plus longtemps le
ſecours qu'il pouvoir efperer
deshommes.
L'Empereurfitvoircombien
la ſantédecePere luyeſtoit
chere, par le ſoinqu'il eutde
luyenvoyer les medecins les
plus experimentez, &mefme
les fiens propres , avec ordre
deprendredans leLaboratoi
>
GALANT: 23
rep re , ou dans l'Office Imperial,
Du. tous les remedes qu'ils juge
des roient neceſſaires,quelque ra
nt res & quelqueprécieux qu'ils
en puſſent eſtre. Il porta meſme
fa, bonté juſqu'à commander
e à M le Baron Scalvinovi
eConſeiller de laChambreIm
er
periale , & Treſorier de Sa
Maje
Majesté, de ſetrouvertousles
1 jours ,ſoir & matin , dans la
chambre du Malade, pour- s'informer exactementde ſon
eſtat,afin de luy en faire le-rapport , & fur tout pour
prendre garde que rien ne
manquaſt de cequi pouvoit
24 MERCURE
contribuer au rétabliſſement
de ſa ſanté Cependantnyla
ſcience des Medecins , ny la
vertu des remedes ne ſervi
rentde rien,nonpasmesme
lebaind'huile,qu'on employa
commeunechoſe aſſezextra
ordinaire, pour enefpererdu
foulagement,parcequel'heu
reux moment approchoit qui
devoit achever de delivrer
cetre amede lapriſon de ſon
corps, pourlamettreenliber
téd'aller joüir pleinementdes
chaſtes embraſſemens de ſon
Epoux, & de recevoir de ſa
bonté, auſſi bien que de ſa
juſtice,
GALANT. 25
Juſtice,la récompenſede ces
actions ſi ſaintes&figrandes,
qu'il avoit faites durant fa
vie.
Siſoncorpsne receutpoint
de ſoulagement durant les
quinzejours quecontinua ſa
maladie , il n'en fut pas de
meſmedeſoneſprit, & l'on
ne peut pas douter que ſi
quelque choſe fut capablede
luydonner quelque confola
tion , ce fut principalement
&l'honneur qu'il receut des
viſites des Eminentiffimes
Cardinaux Collonitz & Gri.
mani,&lebonheurqu'il eut
Février1700.
C
26 MERCURE
de voir à genoux au pied de
ſon litle Nonce duPape, qui
luycauſatantdejoye par l'In
dulgence pleniere qu'il luy
donna au nom de Sa Sain
teté àl'article dela mort, qu'
elle ne fervit pas peu à pro
longer pour quelques mo
mens le peude forces quiluy
reſtoit , & à retenir un peu
pluslongtemps ſur la terrece
luy qui ne cherchoit qu'à la
quitter.
Pluſieurs autres.Perſonnes
du premier rang voulurent
avoir aufſi le trifle plaiſir de
luy rendre viſite, &tout ce
GALANT. 27
qu'il ya de grand en auroit
fait de même, s'ils n'avoient
•mieux aimé s'en priver ſelon
l'ordre des Medecins , que
d'avoirquelque choſeà ſe re
procherſurl'augmentationde
la maladie.Onnedit riendes
diſpoſitions interieures avec
leſquelles il receut le Saint
Viatique, & les autres Sacre
mens , qui ne ſont connues
que deceluy quipouvoit pe
netrer dans ce Sanctuaire;
mais ſi l'on enveutjuger par
la ferveur &la devotion avec
laquelle il fit ſa profeſſion de
foy, &renouvella ſes vœux
Cij
1
28 MERCURE
ceux qui yfurent preſens en
furent fi touchez ,qu'ilsn'eu
rent pas depeine àſe perlua
der qu'elles furpaſſoient au
tant celles qu'on a coutume
d'y apporter , que la ſainteté
de ſa vie furpaſſoit celle du
commundes hommes.
L'Empereur & l'Imperatri
ce eſtant avertis qu'il eſtoit
endanger, firent la réſolution
de l'aller voir comme ils a
voientdéja faitavec tous leurs
Enfans peu de tempsaupara
vant ,
à la Feſte de Noftre
Dame des Anges , y eſtant
portez par la grandeur de
41
GALANT. 29
l'eſtime& de l'affection qu'ils-avoient pour luy; mais lors
qu'ils apprirent le 12. d'Aouft
au foir qu'il tournoit à l'ex
trémité,ilsne differerent pas
davantage,&partirentlelen
matin ſur les dix heures ,du
Palaisappellé Favorite , qui
eft au Fauxbourg , pour fe
rendre auConvent desCapu.
cins qui font dans la Ville.
Ils virent le Pere Marc, &
luy parlerent l'eſpace d'un
quart d'heure. Ils ne pûrent
le quitter fans avoir d'un
coſté le cœur penetré de la
douleur qu'ils avoient de le
Cij
30 MERCURE
perdre, & de l'autre , bien
de la conſolation d'avoir
pû recevoir encore la benea
diction qu'ils luy demande
rent.
A peine Leurs Majeſtez
Imperiales furent-elles mon
tées dans leursCaroſſes, qu
on vint leurdire que le Pere
Marc eſtoit àl'agonie. Elles
retournerent àfa chambre,&
bien loin de s'effrayer de la
veuëd'unobjetquelesGrands
ont affez ſoin d'éviter , elles
voulurent s'approcher de ſon
lit. Commeelles letrouverent
fur le point de rendre l'eſprit,
GALANT.
leCiergebenitàlamain,elles
ne purent faire autre choſe
quede ſe mettre à genoux
commelesautres ,&de faire
voir leur douleurpar les ge
miſſemensdont elles accom
pagnoient lesderniers ſoupirs
dece moribond. L'Empereur
même eut labonté de dire
avec le P. Gardien, les Orai
ſons&lesPrieres que l'Egliſe
preſcrit pour ces derniers
tempsdelavie,,&tous con
tinuerentainſidans ces exer
cices de pieté juſqu'au mo
mentqu'il expira. Ce fut fur
les onze heures qu'arriva cet
Ciiij
*
32 MERCURE
heureux moment pour luy
mais il le reccut avec une
tranquillité de corps & d'eſ
prit ſi grande , qu'on n'eut
point de peine à juger qu'il
ſentoit déja par avance les
douces impreffionsdeſabien
heureuſe éternité. Les paroles
qu'il prononça avantque de
mourir, estoient ſi pleines &
ſi animées del'eſprit &de la
ferveur de ſafoy, les manie.
resde baiſer leCrucifix ,de le
regarder &del'embraſſer fu
rent ſi éloquentes, ſi vives&
ſi tendres ,que bien loin de
paroiſtre comme desmouve
GALANT: 33
mens d'une devotion affez
ordinaire à ceuxqui font en- cer eſtat, oneſtoitobligéd'y
= reffentir & d'y reconnoſtre
tous les caracteres & tous les
traits de ces commerces inte
rieurs & facrez quelaſainteté
de ſa vie luy procuroit habi
tuellement avec ſon Dieu.
* Lors que l'Empereur &
l'Imperatrice , aprés avoir
baiſelesmains dudéfunt, &
fatifait àtout,ce queleurpie
té& leurdevotion leurinſpis
roit dans cette rencontre, fu
rent partis ,on porta lecorps,
qui paroiſſoitencore plein de
34 MERCURE
vie , dans la Chapelle inte.
rieure , qui tient au Dortoir
des Religieux , où il demeura
expoſe le reſtedu jour, & la
nuit ſuivante;car pour obeïr
àl'ordre que l'Empereur en
voya dés legrand matin, on
le tranſporta dans l'Eglife , &
on l'expola dans l'enceintedu
grandAutel , oùM'le Nonce
dituneMeſſebaffe , & où les
quatre Archiducheſſes ſe ren.
direntl'apréſdînée, s'eſtimant
trop heureuſes de luy baifer
lesmains, &de ramaſſer com
me quelque choſe de bien
pretieux,les fleurs qu'onavoit
GALANT. 35
jettées ſurluydecoſté&d'au
tre. On ne peut s'imaginer
combiendeDames , deNo
bleffe & de Bourgeois eurent
la devotion de luybaifer les
mains&les pieds,quiestoient
d'une blancheur à les faire
croire d'Albaſtre Les peuples
yvinrenten ſigrande foule,
&avecdesmouvemensfiem
preſſezdeluydonnerquelque
marque de laprofondevene
ration qu'ilsavoient pourluy,
que les Soldats eurent bien
de la peinea garder les portes
où on les avoit mis pour les
empêcher d'en approcher
36 MERCURE
commeilsauroient voulu;&
rien ne fut plus propre àfaire
connoiſtre l'inclination & la
diſpoſition que ces peuples
ontpourla pieté, que la de
votion& l'empreſſement qu'
ils faifoient paroiſtre , pour
avoirquelqu'une de cesfleurs
quiavoient eſté miſes ſurſon
corps.
1
Ce fut pour favoriſer ce
grand concoursque l'Empe
reur envoyadéfendre de l'en
terrer le 14. jour d'Aouſt au
foir , comme on en eſtoit
convenu,&voulut qu'ondif
feraft juſqu'au Lundy fuivant
GALANT. 37
17. du meſme mois. Durant
cetemps-là,l'Empereur en
voyadegrofles tommes d'ar
gent dans des Egliſes difte.
rentes , pour y faire dire des
Meſſes , & cer exemple fit
tant d'impreſſion ſur l'eſprit
des peuples, qu'il n'y eut pas
juſqu'àungrand nombre de
pauvres gens qui donnerent
de leur neceſſaire pour cong
tribuer par desMeſſes auſou
lagementdel'amedecebien
aimédéfunt, quoyqu'on euſt
aurantdeſujet qu'on en peut
avoir pieuſement,de leregar
der comme eſtant déja au
38 MERCURE
nombredes Bienheureux.
Toutes choſeseſtant donc
diſpoſées pourfaire les Fune
railles aujourque l'Empereur
avoitmarqué, il partitde fon
Palais la Favorite , avec l'Im
peratrice , le Roy des Ro
mains ,l'Archiduc & l'Archi
ducheſſe , pour ſe rendre à
l'Eglife desCapucins.Lecorps
du défunt eſtoit expoſé de.
vant le grand Autel , non
ſeulement renfermédans une
balustrade qu'on avoit faite
exprés , mais encore par des
Soldats de la Garde de l'Em
pereur & de laVille, poſtez
GALANT. 39
de telle maniere , qu'on pou
nt voit en défendre l'entrée à
e
tout lepeuple,&lapermettre
e ſeulement auxDames & aux
Of
0
ps
e
E
5
Perſonnes dequalité,&àtous
les Officiersde la Cour.
Iln'y eutpour lors que le
RoydesRomainsquialla luy
baiſer lesmains,auflitoſtqu'il
fut entré dans l'Eglife. Ils
monterentenſuitedans laTri.
bunepour entendre laMeſſe
folemnelle des Morts, quifur
chantée par M² l'Eveſque de
Vienne,Prince du SaintEm
pire , & par un Chœur des
principauxMuſiciensdel'Em
২
40 MERCURE
pereur. Aprésquel'on eut fini
ennoirtoutesles lugubres ce.
remoniesduSacrifice , par les
prieres ,les aſperſions & les
encenſemensquel'Egliſeveut
qu'on faſſeaux funeraillesdes
défunts,M' l'Eveſque de Ni
trie en celebra une ſeconde
aveclameſmefolemnité,mais
avec cette difference nean.
moins, qu'il la dit reveſtu de
blanc, àl'honneurdelaſainte
&immaculéeViergeMerede
Dieu.
Toutes les perſonnes de la
ſuite de l'Empereur eſtoient
forties de l'Eglife , auffibien
GALANT. 4
que les Religieux Capucins,
danslapenſéeque Leurs Ma
jeſtez alloient auffitoft mon
ter en Caroffe;mais ellesdef
_cendirent avec toute leur au
guſte Famille, de la Tribune
dansl'Eglife, pourbaifer en
core une fois les mains dudé
funt ,qu'ellestrouverent auffi
Aexibles & auffi maniables
que celles d'un homme vi
vant, tout le monde eftant
dansl'étonnementdevoir les
3
veinespleinesde fang, &en
core plus, de ce que depuis
cinqjours qu'il eſtoit mort,
il n'exhaloit aucune mauvai
Février 1700.
D
4 4
2 MERCURE
ſe odeur , quoy que ce fuft
dans le temps &dans lescha
leurs de laCanicule.
Touteslesfleurs quiavoient,
pourainſidire, ſervià l'orne
mentdudéfunt,& qu'on re
nouvelloit tous les jours par
les ſoins de l'Imperatrice , fu-'
rent ramaſſées avec la der
niere exactitude. On en fit
pluſieurs bouquets , que les
jeunesDemoiſelles,deſtinées
ſeulement pour affiſter à la
Pompe funebre des Empe
reurs , portoient dans leurs
mains , autant par devotion
quepar ceremonie.
GALANT. 43
Lors que les Religieux fu
rentrentrez dans l'Eglife, ils
couvrirent le Cercueil , &
l'ayantenfermédans uneboë--tede noyer, ilslemirentavec
les autres dans laplace , que
ſelonle rangil devoit avoir
aſſez proche de la Sepulture
desEmpereurs.
}
Aprés
Aprés des marques
ma
fi écla
tantes d'affection , d'eſtime
&deveneration, que Leurs
Majeſtez Imperiales , leurs
auguſtes Enfans
tous les
Grands,& tous les Officiers
de l'Empire ,tous les Etats&
tous lespeuples avoient faic
Dij
44 MERCURE
paroiſtre pour le Pere Marc
d'Aviano , il ſembloit qu'on
ne pouvoit plus rien imagi
ner qui puſt ajoûter quelque
choſe àl'honneur qu'on luy
avoit fait ,&donner quelque
nouvel éclat àſa memoire.
e
Cependant il faut avoüer
que rien n'eſtplus capablede.
Pimmortaliſer que l'Epitaphe
ſuivante , Epitaphe d'autant
plus illuſtre qu'elle eſt l'ou
vrage d'un Empereur , qui a
cru devoir mettreau rangdes
ſoins qu'il prend pour la feli
cité de ſes Peuples, celuy de
conſerver àla poſteriré la mes
GALANT. 45
( moirede ceReligieux parun
Monumentſiautentique,qui
d'ailleurs porte affez les cara
Geres de cette noble gran
deur qui paroiſt dans toutes
les productions des Teſtes
Couronnées.
A LAMEMOIRE
DuP.Marcd'Aviano,Capucin
Predicateur,
Douédes Vertus Evangeliques,
Mort àVienne
Danslapaix&lesdouxembraf
fememens defon Dieu.
Leopold Empereur,
L'Imperatrice, & leur Royale
46 MERCURE
FamilleontdreßéceMonument
Commeun triſteſoulagement
Deleurdouleur ,
Le17. d'Aoust 1699.
Dieudonnelerepos
Etla lumiereEternelle
AuRP. MarcdAviano,
☐VrayServiteurdeJesus Christ.
Dieu toujours grand, tou
joursbon, àqui rienn'eſt ca
chéde ce quiſe paſſedans le
cœurde l'homme , connoif.
fantlaparfaite&la ſpirituelle
union qui eſtoit entre Leurs
Majeſtez Imperiales & cefer.
vent Serviteur de Dien , a
GALANT
NI:
:
47
permis pour leurconfolation,
que ſes cendres repoſaſſent ,
non ſeulement dans laVille
de Vienne,combléedans les
derniers temps d'une infinité
de bienfaits ſpirituels de ce
Pere, mais encore dansune
Egliſefrequentéetres ſouvent
de Leurs Majeftez,&de tous
1
t
lesGrandsdela Cour, comme
eſtantun moyenplus efficace
&plus aſſuré pour rendre de
jour enjourlamemoirede ce
Religieux plus celebreque ne
pourroient faire les Plumes
&les Langues des Orateurs
les plus éloquens.
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Résumé : RELATION EXACTE de ce qui s'est passé à la mort & aux Funerailles du R. P. Marc d'Aviano, Capucin Prédicateur. Traduite du Latin, & envoyée de Vienne.
Le texte décrit les derniers mois de la vie du Père Marc d'Aviano, un capucin prédicateur revenu à Vienne en mai 1699. Malgré une santé déclinante, il continua ses activités religieuses, recevant les louanges de l'empereur, de la cour et du peuple. L'empereur lui envoya les meilleurs médecins et remèdes, mais la maladie du Père Marc s'aggrava. Il reçut des visites de dignitaires religieux et politiques, dont les cardinaux Collonitz et Grimani, ainsi que le nonce du pape, qui lui accorda une indulgence plénière. Plusieurs personnalités souhaitèrent lui rendre visite, mais furent dissuadées par les médecins. Le Père Marc reçut les sacrements avec ferveur, impressionnant les présents par sa dévotion. L'empereur et l'impératrice, informés de son état critique, lui rendirent visite avec leurs enfants lors de la fête de Notre-Dame des Anges. Le 12 août, apprenant qu'il était à l'agonie, ils se rendirent au couvent des Capucins et parlèrent avec lui pendant un quart d'heure. Après leur départ, ils retournèrent à son chevet et l'Empereur récita les prières prescrites par l'Église. Le Père Marc mourut vers onze heures, entouré de l'Empereur et de l'Impératrice, avec une grande tranquillité. Son corps fut exposé dans la chapelle intérieure du couvent, puis transféré dans l'église où il fut inhumé le 17 août. De nombreuses personnes vinrent rendre hommage au défunt, témoignant de leur dévotion. L'Empereur ordonna la célébration de messes en sa mémoire et fit distribuer des aumônes. Les funérailles se déroulèrent en présence de l'Empereur, de l'Impératrice, du Roi des Romains, de l'Archiduc et de l'Archiduchesse, avec une messe solennelle chantée par l'évêque de Vienne. En février 1700, après des cérémonies funèbres traditionnelles, l'évêque de Nitre célébra une seconde messe en l'honneur de la Vierge Marie. Les proches de l'empereur et les religieux capucins restèrent pour voir une dernière fois le défunt, dont les mains étaient souples et pleines de sang, sans exhaler de mauvaise odeur. Les fleurs utilisées pour orner le défunt furent portées par des jeunes filles lors de la procession funèbre. Les religieux couvrirent ensuite le cercueil et le placèrent près de la sépulture des empereurs. Une épitaphe rédigée par l'empereur Léopold Ier immortalisa le souvenir du Père Marc d'Aviano, soulignant ses vertus et exprimant la douleur de l'empereur et de sa famille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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17
p. 15-87
A Paris ce 5. Juin 1709. LETTRE En forme de Manifeste, touchant les Propositions de Paix faites par les Alliez, & rejettées par le Roy, ainsi que sur la situation des affaires de la Guerre.
Début :
Pour répondre, Monsieur, a ce que vous me demandez, je [...]
Mots clefs :
Guerre, France, Hommes, Paix, Alliés, Argent, Temps, Troupes, Roi, Europe, Allemagne, Lieu, Puissances, Hollandais, Angleterre, Propositions, Moyens, Foi, Fournir, Nouvelles, Croire, Sujets, Ennemis, Raisons, Monarque, Armées, Gloire, Empêcher, Empereur, Anglais
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Paris ce 5. Juin 1709. LETTRE En forme de Manifeste, touchant les Propositions de Paix faites par les Alliez, & rejettées par le Roy, ainsi que sur la situation des affaires de la Guerre.
A Paris ce 5. Juin 1709.
LETTRE
En forme de Manifeste,
touchant les Propositions
de Paix faites par les
Alliez, & rejettées par le
Roy, ainsi que sur la situation
des affaires de la
Guerre.
Pour répondre, Monsieur,
a ce que vous me
demandez, je dois vous dire
d'abord, que Sa Majesté a
16
RECUEIL
rejetté d'une manière aussi
genereuse, les Articles de
Paix proposez, par les Al-
liez, qu'elle avoit genereu-
sement commence a en pro-
poser Elle-même. Je dis ge-
nereusement, parce que je
vais vous faire connoître
que ce Monarque les devoit
moins craindre, qu'ils ne
devvoient l'apprehender. Les
raisons qu'il avoit de propo-
ser des moyens pour pacifier
l'Europe, estoient que Dieu
paroist visiblement
irrité
DE DIVERSES PIECES. 17
d'une Guerre qui détruit
d'autant plus ses Autels,
qu'elle se fait entre des
Puissances qui professent des
Religions contraires, & que
les Guerres sont toujours
accompagnées d'une grande
effusion de sang, sans compter
les incendies, les vols, la
ruine de plusieurs familles,
les risques que court souvent
l'honneur des femmes les
plus vertueuses, la Famine
& la Peste, & une infinite
d'autres maux qu elles trai-
B
RECUEIL
18
nent toujours aprés elles.
D'ailleurs, tant de sang
répandu dans les dernières
guerres, & dans celle qui
anime aujourd huy tant de
Puissances armées, pouvant
enfin épuiser l'Europe en
peu d'années, d'hommes ca-
pables de porter les armes,
& la mettre en proye aux
Barbares, dans le temps
qu'elle ne pourroit s'opposer
à leurs Armées formida-
bles, avoit aussi excité le
Roy à proposer le premier
DE DIVERSES PIECES. 19
des moyens de faire la Paix,
aussi bien que la calamite
publique causee par le plus
affreux hyver qui se soit
fait sentir en Europe depuis
plus d'un siecle, & qui rend
pendant la Guerre cette ca-
lamité publique, encore plus
grande à cause de la disette
d'une infinité de choses ne-
cessaires à la vie, qu'elle
nauroit esté dans un autre
temps.
Ce sont la les raisons qui
avoient engage le Roy à fai-
Bij
20
RECUEIL
re des propositions de Paix,
& d'envoyer aprés les pre-
mieres Conferences tenues en
Hollande a ce sujet, un Mi-
nistre a la Haye, sage, estimé,
& profond dans les affaires
étrangeres, parce qu'elles
font en France le principal
sujet de son Ministere, &
que son affabilité luy ayant
attire les cœeurs de tous les
Ministres étrangers qui ont
traite avec luy à la Cour
de France, il en pourroit
trouver be aucoup à la Haye,
DE DIVERSES PIECES. LI
qui connoissant la aroiture
de son ame, & la foy que
l'on doit avoir en sa parole,
traiteroient volontiers avec
luy, & acheveroient le grand
ouvrage qu'un autre Mi-
nistre dont la sagesse & les
lumieres sont connues, avoit
ébauché. Toutes ces choses
font connoistre la penetra-
tion du Roy & fes bonnes
intentions pour terminer un
ouvrage qui devoit faire
rétablir des Autels renver-
sez, en beaucoup d'endroits,
RECUEIL
22
tarir le sang humain dont
la terre estoit arrosee, faire
en quelque façon cesser la
famine qui regne presque
dans toute l'Europe, & luy
redonner des hommes pour
la culture de la Terre. En-
fin l'envoy de ce Ministre
estoit un pur effet de la ge-
nereuse bonte du Roy, qui
vouloit bien pour le repos de
l'Europe faire un pas qui
au lien de donner de la va-
nité aux Hollandois, qui
paroissant agir de bonne
DEDIVERSES PIECES. 23
dans cette Affaire, devoient
s'en trouver honorez, loin
d'en estre enorgueillis.
Pendant que le Roy cher-
choit tous les moyens de pro-
curer veritablement la Paix
à l'Europe, par le choix d'un
Ministre que toutes sortes
de raisons devoient engager
d'employer toutes ses lumie-
res & toute son attention,
tant pour répondre à la bon-
ne opinion qu'on a de luy,
que pour avoir la gloire d'a-
voir consommé un si grand
RECUEIL
24
ouvrage, les Alliez, avoient
tout au contraire choisi des
Plenipotentiatres dont il
estoit de l'interest & de la
Politique d'en empêcher la
consommation. Les hommes
sont toujours hommes, &
ne peuvent s'empecher, lors
qu il s'agit de leurs interests,
de travailler premierement
pour eux, & de detour-
ner tout ce qui peut faire
tort à leur fortune, & les
em pecher de briller dans le
Monde. La plupart des
hommes
it
DE DIVERSES PIECES. 25
hommes sont si accoutumez
d'en user de la forte, qua
peine s'apperçoivent- ils en
de pareilles occasions, qu ils
n'ont dans tout ce qu'ils font
que leur interest pour objet.
Il estoit difficile que le
Prince Eugene en usat au-
trement la Paix, nonobstant
sa grande naissance, devvoit
le mettre hors d'etat de la
soutenir, n'ayant pas en
Allemagne. plus de biens en
fond quun Gentilhomme
qui ne seroit pas des plus
26
RECUEIL
qualifiez. La Paix ne de-
voit pas seulement rendre ce
Prince inutile, & l'empê-
cher d'acquerir de nouvelle
gloire, mais elle devoit aussi
reduire sa Presidence du
Conseil de guerre de l'Em-
pereur, a se voir sans fonc-
tion ; & toutes ces cho-
ses , jointes aux ordres
de S. M. I. d'empecher la
conclusion de la Paix au-
tant qui il luy seroit possi-
ble, ne devoient pas la fai-
re avancer.
DEDIVERSES PIECES. 27
Quant a ce qui regarde
Milord Marlborough, il
n'y a personne qui ne se soit
dit a soy-même en le voyant
nommer Plenipotentiaire
que ce n'estoit pas le moyen
d'avoir une prompte Paix.
Ce n'est pas qu il nait mieux
caché son jeu que le Prin-
ce Eugene, & que quoy
qu'étant peut-estre plus éloi-
gné de conclure la Paix, il
nait plus paru y donner les
mains; mais il se represen-
toit souvent à luy-mesme,
Ci
28
RECUEIL
que la Paix estant une fois
conclue, que se trouvant
hors d'état d'acquerir de la
gloire, & des richesses en
commandant, (carpersonne
n'ignore ce que luy ont vallu
les contributions) que n'é-
tant pas aime en Angleterre,
& que la Princesse qui en
occupe aujourd' hui le Trone,
devant par cette Paix se
trouver hors d'état de s'ac-
querir des Creatures, & de
soutenir celles qu'elle avoit
faites ; cette Paix pouvoit
DE DIVERSES PIECES. 29
causer sa ruine totale, &
luy couter peut-estre encore
davantage ; on peut juger
par là, si ne se trouvant
quun seul Plenipotentiaire
a la Haye, qui agit de bon-
ne foy, on pouvoit y voir
finir le grand ouvrage de la
Paix: ce n'est pas que les
intentions des Hollandois
ne fussent bonnes; mais elles
ne suffisoient pas pour faire
conclure une Paix qu'ils pa-
roissent souhaiter de bon-
ne foy.
Ciij
30
RECUEIL
Aprés avoir fait voir les
raisons que le Plenipoten-
tiaire de l'Empereur & ce-
luy d' Angleterre avoient de
travailler a eloigner la Paix,
au lieu de fournir des
moyens qui pussent la faire
avancer, voyons les raisons
qui les empéchoient de la
soubaiter, & mesme de fai-
re travailler à la reculer.
L'Empereur a pour but
dans cette Guerre l'affoi-
blissement de toutes les Puis-
Jances d' Allemagne, qui
DE DIVERSES PIECES. 31
peuvent l'empescher d'y re-
gner arbitrairement, & il
en viendra sans doute à bout
si la guerre continue, puis
quil s'en faut déja peu que
ces Puissances ne soient épui-
sées d'hommes & d'argent.
D'ailleurs l'Empereur dont
les revenus comme Empe-
reur ne fournissent pas de-
quoy entretenir sa Maison,
& qui ne tire plus rien du
Royaume d'Hongrie, & à
qui celiy de Boheme rap-
porte peu, seroit fâché que
C iiij
32
RECUEIL
la Guerrefinit, puis que bien
loin qu'elle luy conte un sol
il la fait non seulement aux
depens des Puissances qu'il
subjugie; mais qu'outre les
frais qu'il en tire pour la
continuation de la guerre,
il en tire assez, pour ses au-
tres besoins. On sçait que les
Colonels Allemans n'ont de
revenu que ce qu'ils pillent;
que l'Empereur se fait non
sculement payer des droits de
Souverain par les Peuples
quil a forcez, d'entrer sous
DE DIVERSES PIECES. 33
sa domination;, & que de
plus il leur demande inces-
samment des sommes pour
les frais de la guerre. Ce sont
des faits constans, & dont
les nouvelles publiques im-
primees mesme chez, les Al-
liez sont tous les jours rem-
plies.
Outre cela la Maison
d' Autriche a en vue, si elle
devenoit un jour maistresse
de l'Espagne, de dire aux
Hollandois, lorsquelle se
verra toute-puissante en Es-
34
RECUEIL
pagne (ce qu'il n'y a pour-
tant pas lieu de croire de
voir jamais arriver) lors-
qu'elle aura quelques Pla-
ces fortes en Flandre, &
qu'elle gouvernera tou-
te l'Allemagne arbitraire
ment ; la Maison d'Au-
triche, dis-je, ne manquera
pas de faire une querelle
d' Allemand aux Hollan-
dois, & de leur dire que leurs
Etats luy appartiennent,
les ayant usurpez, sur la
Couronne d Espagne; &
DEDIVERSES PIECES. 35
ainsi les Hollandois qui na-
voient plus ce malheur a
craindre des Espagnols qui
les avoient reconnus comme
Souverains, se trouveroient
alors dans un état terrible,
& dont il leur seroit diffi-
cile, pour ne pas dire impos-
sible, de sortir.
Ce sont là les raisons qui
empechent l'Empereur de
consentir à la Paix, & qui
l'obligent mesme à la dé-
tourner autant qu'il luy est
vossible.
36
RECUEIL
Quant aux raisons qui
sont cause que la Princesse
qui regne en Angleterre ne
veut pas consentir a la
Paix, elles sont si connues
& si rebattues, quil est
presque inutile d'en parler.
Cette Princesse ne touche-
roit pendant la Paix, que
ce que l'on appelle la Liste
civile, qui nest que pour
l'entr tien de sa Maison.
Ainsi-elle ne pourroit faire
de Creatures ny a force
d'argent, ny en leur don-
DE DIVERSES PIECES. 37
nant des Emplois, puisque
la guerre ne luy en fourni-
roit plus à donner. Elle fe-
roit cesser l'indigence de ses
Peuples, qui les abat telle-
ment qu'ils ne sont pas en
état d'agir contr'elle, en
travaillant à reconnoitre
leur veritable Souverain;
& enfin, il ne paroit pas
quune Paix quelque avan-
tageuse qu'elle put estre put
l'empêcher d'estre obligee de
descendre d'un Trone qui
ne luy appartient pas.
38
RECUEIL
Il ne me reste plus a vous
parler dans cette Lettre, que
de deux Articles qui sont
les plus importans.
Les Alliez disent non-
seulement; mais ils s'effor-
cent mesme de faire croire,
que la France par toutes
sortes de raisons, se trouve
dans une si mauvaise situa-
tion qu'elle doit estre obligée
de recevoir toutes les proposi-
tions de Paix qu'on luy fait,
quelques onereuses qu'elles
soient, & je prétends au
DE DIVERSESPIECES. 39
contraire vous faire, voir
qu'ils sont bien moins en
estat de soustenir longtemps
la guerre, ce que je ne pré-
tends vous prouver que par
des faits.
Il est constant que l'An-
gleterre, de l'aveu mesme de
tous les Anglois, ne peut
trouver assez, d'hommes ny
d'argent pour soustenir la
guerre encore deux ans. Les
preuves en sont manifestes,
& pour en estre convaincu,
il ny quà faire reflexion à
40 RECUEIL
ce qui s'y est paße depuis la
fin de la derniere Campagne.
Il a esté question de la
levee de 16000. hommes
pour remplacer les Trou-
pes qui ont peri en Flan-
dres pendant la Campa-
gne. On y a cru d'abord
que rien n'estoit plus facile
que cette levee, & pour em-
ployer les propres termes dont
on s'est servy, & qui ont
même esté imprimèz, dans
toutes les nouvelles publi-
ques, le Parlement a ordon-
DE DIVERSES PIECES. 41
ne qu'on mit quatre livres
sterlin sur la main de ceux
qui s'enrolleroient volontai-
rement, & l'on crut que ces
offres feroient levver autant
d'hommes que l'on en auroit
besoin. Cependant la Ville
de Londres & le Comte
de Midelsex qui devoient
fournir seulement 2300.
hommes pour leur cotte-part
des 16000. hommes, n'ayant
pu les lever, le Parlement a
esté obligé de permettre qu on
enlevât des hommes par
D
RECUEIL
force pour remplir le nom-
bre de soldats qui man-
quoit, mais ceux qui avoient
esté enlevez, de la sorte s'é-
tant mutinez, ce Parlement
a esté obligé de passerun Bil
pour punir les mutins. Ce
sont des faits publics, &
imprimez, mesme en An-
gleterre. Les levées n'ont pas
este plus heureuses dans le
reste du Royaume, puis
qu'excepté Londres, il y a
peude Villes considerables en
Angleterre. A l'égard de
DEDIVERSES PIECES. 45
l'argent toute l'Europe sçait
que les Anglois levent 20.
pour 100. non seulement au
revenu des Terres & des
Maisons; mais aussi des
Pensions, des Appointe-
mens, & des profits que les
Avocats, les Medecins &
autres font dans leurs Pro-
essions. Il est public par les
Actes du Parlement, que
l'Angleterre doit à sa Flotte
cinq cens millions de France,
plusieurs centaines de
millions a la Banque Roya-
D
RECUEIL
44
le ; aux Compagnies reunies
des Indes Orientales; en
Billets de l'Echiquier; en
Fonds qui ont manque; &
quils avoient assignez, en
payement a ceux qui a-
voient fait des avances sur
ces Fonds, à qui on doit la
plus grande partie du capi-
tal & des interests; & l'on
sçait que le Parlement pour
remplir le Subside a este obli-
ge d'emprunter cette annee
environ cinquante millions.
Ainsi il ne trouve plus que
DE DIVERSES PIECES. 45
des moyens extraordinaires
pour lever de l'argent, &
qui sont fort à charge au
Public, & tout ce qu'il im-
pose chaque annee pour au-
gmenter les Fonds n'est tiré
que des augmentations qu'il
fait tous les ans presque de-
puis cette derniere guerre, sur
toutes les choses necessaires
à la vie, & qui sont deja
chargées d'Imposts. Cepen-
dant nonobstant tant d'ar-
gent levé de toutes sortes de
manieres, la Hollande n'a
RECUEIL
465
encore pu estre payée de ce qui
luy est di pour les sept Re-
gimens qu'elle leva pour
l'Angleterre dans la guerre
precedente. Enfin on rem-
pliroit un Volume de tout ce
que l'Angleterre doit, &
l'on en peut juger par ce que
j'en viens de raporter, & ce
qui fait que l'espece man-
que en Angleterre, est que
vargent qui s'y leve pour
la guerre ne s'y consomme
pas, les Troupes Angloises
lorsqu elles ont paße la mer,
DEDIVERSES PIECES. 47
tirant presque toutes les cho-
ses dont elles ont besoin des
lieux ou elles se trouvent,
au lieu que les Troupes
Françoises agissant dans des
Pais contigus aux Provin-
ces de France, tout l'argent
qui est employé pour la guer-
re ne sort point du Royau-
me.
Les Hollandois ne sont
pas moins endettez que les
Anglois; mais avec cette
difference qu'ils l'avouent
de meilleure foy, & l'on
RECUEIL
48
sçait qu il y a plus de vingi
ans que les taxes imposees
sur les Maisons de Campa-
gne estoient si fortes que tous
les Proprietaires les auroient
abandonnées plutot que de
payer leurs taxes s'il neleur
avoit point este defendie de
le faire. Il y a long-temps
que plusieurs Villes, & me-
me quelques Provinces en-
tieres ne contribuent presque
plus aux besoins de l'Etat,
& qu'elles ne sont point in-
quietées pour y contribuer,
DEDIVERSES PIECES. 49
vu que l'impossibilité ou el-
les sont de le faire, est con-
nue, & que la disette d'ar-
gent y vegne depuis long-
temps, nonobstant les deux
centièmes aeniers multi-
pliez, que l'Etat leve sur
tous ses Sujets, ce qui mon-
te a la moitié du revenu de
chaque Particulier sans ex-
ception. Cependant cet Etat
doit vingt-trois millions
d'interest, ce qui fait plus
de cinq cens millions de ca-
pital.
E
RECUEIL
Personne n'ignore que le
Commerce de Mer de l'An-
gleterre & de la Hollande,
qui est presque la seule res-
source de ces deux Etats
est en décadence, & que
pour quelques Armateurs
& quelques Navires quils
nous prennent, & sur les-
quels la France ne fonde
pas sa subsistance, on leur
enleve presque tous les jours
des Vaisseaux tres-riche-
ment chargez. Cependant
dans l'Etat ou se trouven
DE DIVERSES PIECES. 5I
aujourd huy ces deux Puis-
sances, il faut, si la guerre
continue, qu'elles en fassent
seules tous les frais; qu'elles
payent tous les Subsides que
l'on est convenu de payer au
Duc de Savoye, qui n'est
pas un Peince qui veuille
attendre longtemps, quoy
qu'il put s'en passer. Il faut
qu'elles payent aussi huit ou
dix Puissances d'Allema-
gne qui secourent les Alliez,
pour de l'argent, & en leur
vendant bien leurs Troupes.
E i
RECUEIL
52
fugež apres cela s'il est pos-
sible qu'elles puissent soute-
nir long-temps la guerre.
Je ne dis rien de l'Empe-
reur qui ne fournit que quel-
ques Generaux, & tres-
peu de Troupes aux Al-
liez, a qui il coute cher, pen-
dant que ses Troupes sont
employez, en Hongrie & en
Italie, & qu'il profite de la
dépense que font les Anglois
& les Hollandois pour sou-
tenir la guerre. Ainsi il fe-
ra la guerre ou la paix selon
DE DIVERSES PIECES §
qu'il plaira a ces deux Puis-
sances de faire l'une ou l'au-
tre; mais comme elles tra-
vaillent plus pour luy que
pour elles en faisant la guer-
re, il mettra toujours tout
en usage pour empêcher la
Paix.
Voilà la situation, ou plu-
tost l'accablement où se trou-
vent les Puissances, qui di-
sent que la France sera obli-
gee de recevoir les Proposi-
tions qu'elles luy font, quel-
ques dures qu'elles soient;
E ii
RECUEIL
a quoy je dois ajouter, que
les affaires des Alliez, ne
sont pas en meilleur estat du
costé de l'Allemagne, &
qu'aprés avoir répandu
dans le monde des Listes de
80. mille hommes que de-
voient fournir pour leur
contingent, les Puissances
d Allemagne, ces 80. mille
hommes sont reduits presque
à rien, puis qu' il ne paroist
qu à peine que nous devions
avoir une petite Armée en
teste de ce costé-là, & que
DE DIVERSES PIECES.
la saison est si avancée, qu il
semble que nos Troupes qui
sont nombreuses sur le Rhin,
seront beaucoup superieures
a celles que les Ennemis
pourront mettre en Cam-
pagne; & d'ailleurs rien ne
manque aux notres pour
louvrir avantageusement.
Il ne sera pas difficile de
faire connoître que la Fran-
ce ne sera pas en moins bon
état de faire la guerre en
Flandre quen Allemagne.
Nos Troupes y seront tres-
E ii
56
RECUEIL
nombreuses, & il s'est pre-
senté depuis prés de deux
mois plus d'hommes que
l'on nen a eu besoin pour
les Recruës. Ces Troupes
sont lestes, de bonne volon-
té, & ne respirent que le
combat, & si l'argent n'apas
circulé en France depuis un
temps, ce n'a esté que pour
produire un bien considera-
ble, & en attendant qu'on
y battit de nouvelles especes
qui commencent d'estre d'un
grand secours à l'Etat & à
DE DIVERSES PIECES. 57
produire de grands avan-
tages. On navoit d'abord
compte que sur des sommes
quon avoit amaßées pour
fabriquer de nouvelles Espe-
ces, & l'on ne s'attendoit
pas que le Public porteroit
des Especes & de l'Argen-
terie en foule à nos Mon-
noyes pour estre converties
en nouvelles Especes. Et
comme on travaille dans
23. Villes du Royaume oùil
y a des Monnoyes établies,
elles répandront l'argent en
RECUEIL
peu de temps dans tous les
lieux où nous avons des
Troupes, & cet argent sera
cause que l'on trouvera au-
tant d'hommes que l'on vou-
dra. fe n'avance rien qui ne
soit generalement connu, &
mesme dont les yeux du Pu-
blic ne puissent estre témoins.
Ainsi il est constant que
nous aurons plus d'hom-
mes & plus d'argent que
les Alliez, & que loin
que nous soyons en estat de
les apprehender, ce sont eux
DE DIVERSES PIECES. 59
qui doivent nous craindre.
L'argent est toujours rare
parmy les Allemans, aussi
bien que les Magazins dont
ils ni ont presque jamais, &
vous venez, de voir que les
Anglois, & les Hollandois
qui ont peu de forces par
eux-mesmes, sont peu en
état de payer les Troupes qui
leur viennent d'Allemagne;
& comme il s'en trouva il y
a quelque temps qui avoient
dessein de se rendre en Flan-
dres, on les pria de ne pas
60
RECUEIL
hater leur marche, parce que
lonn'avoit encore ny argent
à leur donner, ny vivres à
leur fournir. Il est vray que
la gelée a également ruiné
les biens de la Terre en
France & en Allemagne;
mais l'Allemagne etant
dans un climat plus froid, les
biens de la Terre y ont este
beaucoup plus endommagez,
& l'on n'y trouvera pas les
ressources que l'orge, & ce
qu'on appelle aussi Menus
grains, vont donner a la
DE DIVERSES PIECES. 61
France dans quelques se-
maines, & sur lesquels le
Ciel a verse ses benedictions,
aussi bien que sur le bled qui
a poußé en quelques endroits
avec ces Menus grains, &
qui se trouve si beau que
l'on a chante le Te Deum
pour en rendre graces à Dieu
en plusieurs endroits, ou cet-
te espece de Miracle est ar
Fivé.
fe dois ajouter a cela,
qu'outre une grande quan-
tiré de bled caché en diver-
RECUEII
6
ses Provinces, & que l'on
continue de découvrir tous
les jours, & les prises qu on
a faites de plusieurs Basti-
mens Ennemis remplis de
bled, il nous en vient de tous
les lieux de l'Europe où il
s'en trouve en abondance.
D'ailleurs, il est certain que
les bleds sont tres-beaux en
Alsace & dans le Roussillon,
& que ces Provinces estant
frontières, elles feront sub-
sister les Armées que nous
avons. La recolte sera auss
DE DIVERSES PIECES. 63
tres-belle dans la basse Nor-
mandie, en Bretagne, en
Anjou, dans le bas Lan-
guedoc, en Auvergne, & en
plusieurs autres lieux. On
doit inferer de toutes ces cho-
ses que nous ferons beaucoup
plus aisement subsister tou
tes nos Armées, que les
Alliez,, qui faute de sub-
Jistance se trouveront obli-
gez, d'avoir moins de Trou-
pes en Flandre, où nos
Magasins sont asseurément
mieux fournis que les leurs.
RECUEIL
64
Tout ce que je vous ay
marque à cet egard, ainsi
qu'a l'égard de toutes les
autres choses que les Alliez
publient au desavantage de
la France, & sur lesquelles il
y a lieu de croire qu'ils ne
parlent pas de bonne foy;
mais quils veulent seule-
ment tromper leurs Sujets
pour les engager à fournir
aux frais de la guerre qu'ils
ont dessein de continuer pour
les raisons que je vous ay
déja marquées. Si, dis-je,
DE DIVERSES PIECES.65
tout ce que je vous ay fait
voir touchant l'état ou se
trouve la France dans le
moment que je vous écris,
& sur tout a l'égard des
Finances, ne suffisoit pas
pour fournir au Roy les
moyens de continuer avan-
tageusement la guerre, Sa
Majesté n'auroit en cas
qu Elle le jugeât a propos,
& qu'Elle se trouvat extre-
mement preßée, qu à imi-
ter ses Ennemis pour trou-
ver des fonds immenses
RECUEIL
66
puisque ce qu Elle feroit en
France, en se servant des
mesmes moyens qu'ils font
dans leurs Etats, luy four-
niroit des sommes infini-
ment plus considerables. Je
veux dire, si au lieu
comme je vous ay déja
fait voir que font les An-
glois & les Hollandois, le
Roy vouloit se resoudre à le
ver, non pas la cinquième
partie ou la moitié du reve-
nu des personnes aisees, &
qui ne payent point de tail-
DEDIVERSES PIECES. 67
le; mais seulement la dixie
me ou la vingtième partie,
il est facile pour peu que l'on
connoisse la France, de ju-
ger que S. M. en tireroit des
fonds qui pourroient luy
fournir dequoy souteni
long-temps les efforts d'un
nombre d'Ennemis encore
plus grand que ceux qu Elle
a en teste, ce qui n'arrivera
pas, la France ayant d'au-
tres ressources que les Allie
nont pas.
Ils se flatent indiscretie-
Fi
RECUEIL
60
ment sur les heureux Eve-
nemens de quelques Cam-
pagnes, qui outre qu'ils
leur ont couté infiniment
d'hommes & d'argent, sont
moins dus à leur valeur,
qu'a de certaines fatalitez,
& ils devroient faire refle-
xion que des Troupes qui
les ont presque toujours bat-
tus, & remporté sur cux un
nombre infiny de Places, &
mesme plusieurs Provinces
entieres, depuis l'année
1667. pourrotent encore,
DEDIVERSES PIECES.69
pour peu que la Fortune qui
se plait à changer, aban-
donnât leur party, repren-
dre l'ascendent qu'elles ont
toujours ei sur eux. Enfin
lon doit considerer que les
Alliez, tiennent en mesme
temps un langage bien dif-
ferent, & qu ils se demen-
tent a tous momens dans
toutes les choses qu'ils a
vancent contre la France
& qu'il faut qu'ils croyent
que leurs Sujets soient bien
depourvus d'esprit & de
RECUEIL
lumieres, s'ils ne font pas
reflexion sur le different lan.
gage qu'ils tiennent souvent
presqu'en mesme temps. La
France, selon leurs Ecrits,
& selon qu'ils s'efforcent de
publier dans tout le monde,
est un jour dans un si grand
accablement, & manque
tellement de toutes choses,
qu'elle n'est plus en état de
soutenir les moindres de
leurs efforts, & qu'elle est
sur le penchant de sa ruine,
& le lendemain on entend
DE DIVERSES PIECES.7
des discours entierement op-
posez, & l'on ne parle que
du pouvoir exhorbitant de
la France quil faut abat-
tre, comme si un Prince
estoit criminel, parce quil
est puissant, quoy qu'il ne
jouisse que de ce qui luy ap-
partient par les droits du
Sang, ou qu'il a eu le bon-
heur de conquerir en cher-
chant à se rendre Maistre
de ce qui luy devoit appar-
tenir, ou du moins a son
Sang. On doit considerer
RECUEIL
que les Conquestes qui se
font pour des raisons pareil
les, ne sont point des ufur-
pations, & que les Vain-
queurs n'en jouissent pas
seulement a droit de Con-
queste; mais parce qu'elles
leur tiennent lieu de ce qui
leur appartient, & dont ils
n'ont pu encore se rendre
Maistres, & que d'ailleurs
ayant entrepris une guerre
que les Loix ont de tout
temps autorisée, il est juste
que les Places dont les Con-
questes
DE DIVERSES PIECES. 73
questes leur ont couté beau-
coup, tiennent lieu de dé-
dommagement.
Aprés vous avoir parlé de
lespoir que quelques évene-
mens heureux fait concevoir
aux Alliez, qu'ils passeront
a des conquestes nouvelles,
comme si la fortune devoit
estre toujours attachée à leur
party, je dois vous faire ob-
server que la France étant
aujourd'huy puissamment
armée, & ne manquant de
rien, non seulement pourse
RECUEIL
74
defendre; mais aussi pour
attaquer, ce qui arriveroit
aux Alliez,, s'ils avoient
seulement un ou deux may-
vais succés, & ce que de-
viendroit leur credit, quiest
presque le seul fond qui les
fait subsister. Cependant,
dans un état aussi incertain
que celuy où ils doivent être,
& n'ayant pas moins a
craindre qu a esperer, ils ont
pour éblouir toute l'Europe,
pour faire croire qu'ils
sont dans une situation beau
DE DIVERSES PIECES.75
coup plus avantageuse que
celle où ils se trouvent, ose
demander, dans les Confe-
rences qui se sont tenues
pour travailler à la Paix,
des Provinces & des Places
qu'ils ne pourroient prendre
pendant un fort grand nom-
bre d'années, quand mesme
Sa Majeste voudroit se te-
nir seulement sur la défen-
sive; mais la justice de la
cause qu'elle défend contre
des Puissances qui n'ont au-
cun droit ny prétention legi-
Gij
RECUEIL
time Jur la France ny sur
l'Espagne, luy donne lieu
d'esperer la protection du
Ciel, & que l'état où sont
nos Armees & nos Places,
pourra leur faire connoître
avant la fin de la Campa-
gne, que la France a plus de
ressources qu'ils ne pensent,
ou plutost qu'ils affectent de
ne pas croire, afin que leurs
sujets ne s'opposent pas à la
suite d'une guerre qu'ils ne
font que pour leurs interests
particuliers, & pourles rai-
DE DIVERSES PIECES. 77
sons que je vous ay déja mar-
quees.
Enfin les demandes des
Alliez, sont si exhorbitan-
tes, si injustes, fondées sur
si peu de vrai-semblance, &
mesme si opposees a ce que
demandent les droits de la
nature & du sang qui peu-
vent paßer pour des aroits
sacrez,, & ausquels les plus
barbares ont souvent égard,
que des personnes les plus
attachées aux Alliez, &
qui sont entierement dans
G iij
78
RECUEIL
leur party, ont écrit que
l'avenir ne pourroit croire
que ces demandes eussent
pû entrer dans l'esprit de
tout homme raisonnable.
Aussi ont-elles produit un
effet merveilleux, & qui
fait voir que Diet protege
visiblement un Monarque
qui a toujours travaillé pour
sa gloire, & pour retablir
le Culte de ses Autels, puis-
que dans le temps que tous
les François redoubloient
leurs vœux pour la Paix,
DE DIVERSES PIECES. 79
& la demandoient haute-
ment, comme l'on fait ordi-
nairement lorsque les cala-
mitez, publiques, & Jur
tout la disette, sont jointes
a tous les maux que causent
la guerre; mais ils ont esté
tellement irrite des deman-
des des Alliez, qu'au lieu de
demander la Paix comme
ils faisoient peu aupara-
vant, ils ont unanimement
faitvoirle (ele qu'ils avoient
pour le Roy, & l'indigna-
tion que leur causoient les
G 111
80
RECUEIL
propositions des Ennemis,
& en demandant la conti-
nuation de la guerre d'une
maniere qui fait connoître
qu'ils parlent de bonne foy,
& qui fait voir qu'ils font
prests de donner leurs biens,
& de répandre leur sang
pour faire repentir les Al-
liez, d'avoir eis la hardiesse
de faire des Propositions si
insultantes que l'on peut
dire quau lieu d'avoir esté
faites pour servir d'achemi-
nement à la Paix, elles n'ont
DE DIVERSES PIECES. 81
esté delivrées qu afin de per-
petuer la guerre. Aussi ces
Propositions ne dementent-
elles pas le caractere de
ceux qui les ont faites, &
elles font connoitre que la
peinture que je viens de vous
en faire est juste, & ressem-
ble parfaitement. Les sujets
des Puiffances liguées ne
doivent pas leur avoir obli-
gation, puisque ces Souve-
rains & leurs Generaux ont
contribué , n'ayant égarà
qui à leur interest particu-
RECUEIL
82
lier, à la continuation d'u-
ne guerre, qui selon toutes
les apparences, doit estre des
plus sanglantes; mais ily a
lieu d'esperer que le Ciel fa-
vorisera les Armes d'un
Monarque qui a cherché de
bonne foy à contribuer à la
Paix, & qui quoy quil ne
soit pas moins en etat que
ses Ennemis de soutenir la
guerre, a bien voulu faire
les premiers pas, dans la
pensee que cette Paix ren-
droit le calme à toute l'Eu-
DE DIVERSES PIECES. 8,
rope ; qu'elle rétabliroit le
Culte des Autels tous les
jours abbatus, & qu'elle
arresteroit l'effusion du sang
humain, & tous les maux
que la guerre traine aprés
elle.
On doit aprés avoir re-
marque la genereuse bonté
de ce Monarque, admirer
sa fermeté, & la grandeur
de son Ame, en rejettant
avec le mépris qui leur estoit
du, & sans consulter un
moment des propositions qui
RECUEIL
84
dans tous les siecles couvri-
ront de honte la memoire de
ceux qui ont esté assez in-
discrets & assez aveuglez,
pour ne pas dire davanta-
ge, pour les faire. Aussi la
maniere dont ce Monarque
s'est comporté, tant pour
faire la Paix à des condi-
tions raisonnables, que pour
refuser avec une hauteur di-
gne de sa grande ame & de
sa naissance, celles qui luy
ont esté proposees, a-t-elle
fait redoubler l'estime, le
DE DIVERSES PIECES. 85
zele, & l'amour de tous ses
Sujets, qui animez, d'un
mesme esprit, n oublieront
rien pour se vanger de l'in-
sulte qu on luy a voulu fai-
re, ainsi qu'à tous les Fran-
oois, en luy faisant des pro-
sitions qui n'auroient ja-
mais du sortir de la bouche
de ceux qui les ont faites.
Je n'entre point dans le
détail de ces propositions,
vous les apprendrez, d'une
personne plus habile que
moy, plus éclairée, qui les
86
RECUEIL
çait parfaitement, & qui
enfin vous fera mieux con-
noître tout ce que l'on en
peut penser, & tout ce que
l'on en doit dire.
Vous ne devez, pas regar.
der cette Lettre comme un
Ouvrageachevé; mais com.
me un travail d'une imagi-
nation échauffée, & d'un
François, qui outré du pro-
cedé des Alliez, a mis en
24. heures, sur le papier,
ce que son zele luy a inspire
pour la gloire de son Roy,
DEDIVERSES PIECES. 87
& pour celle de sa Patrie.
le suis, Monsieur, vostre,
&c.
LETTRE
En forme de Manifeste,
touchant les Propositions
de Paix faites par les
Alliez, & rejettées par le
Roy, ainsi que sur la situation
des affaires de la
Guerre.
Pour répondre, Monsieur,
a ce que vous me
demandez, je dois vous dire
d'abord, que Sa Majesté a
16
RECUEIL
rejetté d'une manière aussi
genereuse, les Articles de
Paix proposez, par les Al-
liez, qu'elle avoit genereu-
sement commence a en pro-
poser Elle-même. Je dis ge-
nereusement, parce que je
vais vous faire connoître
que ce Monarque les devoit
moins craindre, qu'ils ne
devvoient l'apprehender. Les
raisons qu'il avoit de propo-
ser des moyens pour pacifier
l'Europe, estoient que Dieu
paroist visiblement
irrité
DE DIVERSES PIECES. 17
d'une Guerre qui détruit
d'autant plus ses Autels,
qu'elle se fait entre des
Puissances qui professent des
Religions contraires, & que
les Guerres sont toujours
accompagnées d'une grande
effusion de sang, sans compter
les incendies, les vols, la
ruine de plusieurs familles,
les risques que court souvent
l'honneur des femmes les
plus vertueuses, la Famine
& la Peste, & une infinite
d'autres maux qu elles trai-
B
RECUEIL
18
nent toujours aprés elles.
D'ailleurs, tant de sang
répandu dans les dernières
guerres, & dans celle qui
anime aujourd huy tant de
Puissances armées, pouvant
enfin épuiser l'Europe en
peu d'années, d'hommes ca-
pables de porter les armes,
& la mettre en proye aux
Barbares, dans le temps
qu'elle ne pourroit s'opposer
à leurs Armées formida-
bles, avoit aussi excité le
Roy à proposer le premier
DE DIVERSES PIECES. 19
des moyens de faire la Paix,
aussi bien que la calamite
publique causee par le plus
affreux hyver qui se soit
fait sentir en Europe depuis
plus d'un siecle, & qui rend
pendant la Guerre cette ca-
lamité publique, encore plus
grande à cause de la disette
d'une infinité de choses ne-
cessaires à la vie, qu'elle
nauroit esté dans un autre
temps.
Ce sont la les raisons qui
avoient engage le Roy à fai-
Bij
20
RECUEIL
re des propositions de Paix,
& d'envoyer aprés les pre-
mieres Conferences tenues en
Hollande a ce sujet, un Mi-
nistre a la Haye, sage, estimé,
& profond dans les affaires
étrangeres, parce qu'elles
font en France le principal
sujet de son Ministere, &
que son affabilité luy ayant
attire les cœeurs de tous les
Ministres étrangers qui ont
traite avec luy à la Cour
de France, il en pourroit
trouver be aucoup à la Haye,
DE DIVERSES PIECES. LI
qui connoissant la aroiture
de son ame, & la foy que
l'on doit avoir en sa parole,
traiteroient volontiers avec
luy, & acheveroient le grand
ouvrage qu'un autre Mi-
nistre dont la sagesse & les
lumieres sont connues, avoit
ébauché. Toutes ces choses
font connoistre la penetra-
tion du Roy & fes bonnes
intentions pour terminer un
ouvrage qui devoit faire
rétablir des Autels renver-
sez, en beaucoup d'endroits,
RECUEIL
22
tarir le sang humain dont
la terre estoit arrosee, faire
en quelque façon cesser la
famine qui regne presque
dans toute l'Europe, & luy
redonner des hommes pour
la culture de la Terre. En-
fin l'envoy de ce Ministre
estoit un pur effet de la ge-
nereuse bonte du Roy, qui
vouloit bien pour le repos de
l'Europe faire un pas qui
au lien de donner de la va-
nité aux Hollandois, qui
paroissant agir de bonne
DEDIVERSES PIECES. 23
dans cette Affaire, devoient
s'en trouver honorez, loin
d'en estre enorgueillis.
Pendant que le Roy cher-
choit tous les moyens de pro-
curer veritablement la Paix
à l'Europe, par le choix d'un
Ministre que toutes sortes
de raisons devoient engager
d'employer toutes ses lumie-
res & toute son attention,
tant pour répondre à la bon-
ne opinion qu'on a de luy,
que pour avoir la gloire d'a-
voir consommé un si grand
RECUEIL
24
ouvrage, les Alliez, avoient
tout au contraire choisi des
Plenipotentiatres dont il
estoit de l'interest & de la
Politique d'en empêcher la
consommation. Les hommes
sont toujours hommes, &
ne peuvent s'empecher, lors
qu il s'agit de leurs interests,
de travailler premierement
pour eux, & de detour-
ner tout ce qui peut faire
tort à leur fortune, & les
em pecher de briller dans le
Monde. La plupart des
hommes
it
DE DIVERSES PIECES. 25
hommes sont si accoutumez
d'en user de la forte, qua
peine s'apperçoivent- ils en
de pareilles occasions, qu ils
n'ont dans tout ce qu'ils font
que leur interest pour objet.
Il estoit difficile que le
Prince Eugene en usat au-
trement la Paix, nonobstant
sa grande naissance, devvoit
le mettre hors d'etat de la
soutenir, n'ayant pas en
Allemagne. plus de biens en
fond quun Gentilhomme
qui ne seroit pas des plus
26
RECUEIL
qualifiez. La Paix ne de-
voit pas seulement rendre ce
Prince inutile, & l'empê-
cher d'acquerir de nouvelle
gloire, mais elle devoit aussi
reduire sa Presidence du
Conseil de guerre de l'Em-
pereur, a se voir sans fonc-
tion ; & toutes ces cho-
ses , jointes aux ordres
de S. M. I. d'empecher la
conclusion de la Paix au-
tant qui il luy seroit possi-
ble, ne devoient pas la fai-
re avancer.
DEDIVERSES PIECES. 27
Quant a ce qui regarde
Milord Marlborough, il
n'y a personne qui ne se soit
dit a soy-même en le voyant
nommer Plenipotentiaire
que ce n'estoit pas le moyen
d'avoir une prompte Paix.
Ce n'est pas qu il nait mieux
caché son jeu que le Prin-
ce Eugene, & que quoy
qu'étant peut-estre plus éloi-
gné de conclure la Paix, il
nait plus paru y donner les
mains; mais il se represen-
toit souvent à luy-mesme,
Ci
28
RECUEIL
que la Paix estant une fois
conclue, que se trouvant
hors d'état d'acquerir de la
gloire, & des richesses en
commandant, (carpersonne
n'ignore ce que luy ont vallu
les contributions) que n'é-
tant pas aime en Angleterre,
& que la Princesse qui en
occupe aujourd' hui le Trone,
devant par cette Paix se
trouver hors d'état de s'ac-
querir des Creatures, & de
soutenir celles qu'elle avoit
faites ; cette Paix pouvoit
DE DIVERSES PIECES. 29
causer sa ruine totale, &
luy couter peut-estre encore
davantage ; on peut juger
par là, si ne se trouvant
quun seul Plenipotentiaire
a la Haye, qui agit de bon-
ne foy, on pouvoit y voir
finir le grand ouvrage de la
Paix: ce n'est pas que les
intentions des Hollandois
ne fussent bonnes; mais elles
ne suffisoient pas pour faire
conclure une Paix qu'ils pa-
roissent souhaiter de bon-
ne foy.
Ciij
30
RECUEIL
Aprés avoir fait voir les
raisons que le Plenipoten-
tiaire de l'Empereur & ce-
luy d' Angleterre avoient de
travailler a eloigner la Paix,
au lieu de fournir des
moyens qui pussent la faire
avancer, voyons les raisons
qui les empéchoient de la
soubaiter, & mesme de fai-
re travailler à la reculer.
L'Empereur a pour but
dans cette Guerre l'affoi-
blissement de toutes les Puis-
Jances d' Allemagne, qui
DE DIVERSES PIECES. 31
peuvent l'empescher d'y re-
gner arbitrairement, & il
en viendra sans doute à bout
si la guerre continue, puis
quil s'en faut déja peu que
ces Puissances ne soient épui-
sées d'hommes & d'argent.
D'ailleurs l'Empereur dont
les revenus comme Empe-
reur ne fournissent pas de-
quoy entretenir sa Maison,
& qui ne tire plus rien du
Royaume d'Hongrie, & à
qui celiy de Boheme rap-
porte peu, seroit fâché que
C iiij
32
RECUEIL
la Guerrefinit, puis que bien
loin qu'elle luy conte un sol
il la fait non seulement aux
depens des Puissances qu'il
subjugie; mais qu'outre les
frais qu'il en tire pour la
continuation de la guerre,
il en tire assez, pour ses au-
tres besoins. On sçait que les
Colonels Allemans n'ont de
revenu que ce qu'ils pillent;
que l'Empereur se fait non
sculement payer des droits de
Souverain par les Peuples
quil a forcez, d'entrer sous
DE DIVERSES PIECES. 33
sa domination;, & que de
plus il leur demande inces-
samment des sommes pour
les frais de la guerre. Ce sont
des faits constans, & dont
les nouvelles publiques im-
primees mesme chez, les Al-
liez sont tous les jours rem-
plies.
Outre cela la Maison
d' Autriche a en vue, si elle
devenoit un jour maistresse
de l'Espagne, de dire aux
Hollandois, lorsquelle se
verra toute-puissante en Es-
34
RECUEIL
pagne (ce qu'il n'y a pour-
tant pas lieu de croire de
voir jamais arriver) lors-
qu'elle aura quelques Pla-
ces fortes en Flandre, &
qu'elle gouvernera tou-
te l'Allemagne arbitraire
ment ; la Maison d'Au-
triche, dis-je, ne manquera
pas de faire une querelle
d' Allemand aux Hollan-
dois, & de leur dire que leurs
Etats luy appartiennent,
les ayant usurpez, sur la
Couronne d Espagne; &
DEDIVERSES PIECES. 35
ainsi les Hollandois qui na-
voient plus ce malheur a
craindre des Espagnols qui
les avoient reconnus comme
Souverains, se trouveroient
alors dans un état terrible,
& dont il leur seroit diffi-
cile, pour ne pas dire impos-
sible, de sortir.
Ce sont là les raisons qui
empechent l'Empereur de
consentir à la Paix, & qui
l'obligent mesme à la dé-
tourner autant qu'il luy est
vossible.
36
RECUEIL
Quant aux raisons qui
sont cause que la Princesse
qui regne en Angleterre ne
veut pas consentir a la
Paix, elles sont si connues
& si rebattues, quil est
presque inutile d'en parler.
Cette Princesse ne touche-
roit pendant la Paix, que
ce que l'on appelle la Liste
civile, qui nest que pour
l'entr tien de sa Maison.
Ainsi-elle ne pourroit faire
de Creatures ny a force
d'argent, ny en leur don-
DE DIVERSES PIECES. 37
nant des Emplois, puisque
la guerre ne luy en fourni-
roit plus à donner. Elle fe-
roit cesser l'indigence de ses
Peuples, qui les abat telle-
ment qu'ils ne sont pas en
état d'agir contr'elle, en
travaillant à reconnoitre
leur veritable Souverain;
& enfin, il ne paroit pas
quune Paix quelque avan-
tageuse qu'elle put estre put
l'empêcher d'estre obligee de
descendre d'un Trone qui
ne luy appartient pas.
38
RECUEIL
Il ne me reste plus a vous
parler dans cette Lettre, que
de deux Articles qui sont
les plus importans.
Les Alliez disent non-
seulement; mais ils s'effor-
cent mesme de faire croire,
que la France par toutes
sortes de raisons, se trouve
dans une si mauvaise situa-
tion qu'elle doit estre obligée
de recevoir toutes les proposi-
tions de Paix qu'on luy fait,
quelques onereuses qu'elles
soient, & je prétends au
DE DIVERSESPIECES. 39
contraire vous faire, voir
qu'ils sont bien moins en
estat de soustenir longtemps
la guerre, ce que je ne pré-
tends vous prouver que par
des faits.
Il est constant que l'An-
gleterre, de l'aveu mesme de
tous les Anglois, ne peut
trouver assez, d'hommes ny
d'argent pour soustenir la
guerre encore deux ans. Les
preuves en sont manifestes,
& pour en estre convaincu,
il ny quà faire reflexion à
40 RECUEIL
ce qui s'y est paße depuis la
fin de la derniere Campagne.
Il a esté question de la
levee de 16000. hommes
pour remplacer les Trou-
pes qui ont peri en Flan-
dres pendant la Campa-
gne. On y a cru d'abord
que rien n'estoit plus facile
que cette levee, & pour em-
ployer les propres termes dont
on s'est servy, & qui ont
même esté imprimèz, dans
toutes les nouvelles publi-
ques, le Parlement a ordon-
DE DIVERSES PIECES. 41
ne qu'on mit quatre livres
sterlin sur la main de ceux
qui s'enrolleroient volontai-
rement, & l'on crut que ces
offres feroient levver autant
d'hommes que l'on en auroit
besoin. Cependant la Ville
de Londres & le Comte
de Midelsex qui devoient
fournir seulement 2300.
hommes pour leur cotte-part
des 16000. hommes, n'ayant
pu les lever, le Parlement a
esté obligé de permettre qu on
enlevât des hommes par
D
RECUEIL
force pour remplir le nom-
bre de soldats qui man-
quoit, mais ceux qui avoient
esté enlevez, de la sorte s'é-
tant mutinez, ce Parlement
a esté obligé de passerun Bil
pour punir les mutins. Ce
sont des faits publics, &
imprimez, mesme en An-
gleterre. Les levées n'ont pas
este plus heureuses dans le
reste du Royaume, puis
qu'excepté Londres, il y a
peude Villes considerables en
Angleterre. A l'égard de
DEDIVERSES PIECES. 45
l'argent toute l'Europe sçait
que les Anglois levent 20.
pour 100. non seulement au
revenu des Terres & des
Maisons; mais aussi des
Pensions, des Appointe-
mens, & des profits que les
Avocats, les Medecins &
autres font dans leurs Pro-
essions. Il est public par les
Actes du Parlement, que
l'Angleterre doit à sa Flotte
cinq cens millions de France,
plusieurs centaines de
millions a la Banque Roya-
D
RECUEIL
44
le ; aux Compagnies reunies
des Indes Orientales; en
Billets de l'Echiquier; en
Fonds qui ont manque; &
quils avoient assignez, en
payement a ceux qui a-
voient fait des avances sur
ces Fonds, à qui on doit la
plus grande partie du capi-
tal & des interests; & l'on
sçait que le Parlement pour
remplir le Subside a este obli-
ge d'emprunter cette annee
environ cinquante millions.
Ainsi il ne trouve plus que
DE DIVERSES PIECES. 45
des moyens extraordinaires
pour lever de l'argent, &
qui sont fort à charge au
Public, & tout ce qu'il im-
pose chaque annee pour au-
gmenter les Fonds n'est tiré
que des augmentations qu'il
fait tous les ans presque de-
puis cette derniere guerre, sur
toutes les choses necessaires
à la vie, & qui sont deja
chargées d'Imposts. Cepen-
dant nonobstant tant d'ar-
gent levé de toutes sortes de
manieres, la Hollande n'a
RECUEIL
465
encore pu estre payée de ce qui
luy est di pour les sept Re-
gimens qu'elle leva pour
l'Angleterre dans la guerre
precedente. Enfin on rem-
pliroit un Volume de tout ce
que l'Angleterre doit, &
l'on en peut juger par ce que
j'en viens de raporter, & ce
qui fait que l'espece man-
que en Angleterre, est que
vargent qui s'y leve pour
la guerre ne s'y consomme
pas, les Troupes Angloises
lorsqu elles ont paße la mer,
DEDIVERSES PIECES. 47
tirant presque toutes les cho-
ses dont elles ont besoin des
lieux ou elles se trouvent,
au lieu que les Troupes
Françoises agissant dans des
Pais contigus aux Provin-
ces de France, tout l'argent
qui est employé pour la guer-
re ne sort point du Royau-
me.
Les Hollandois ne sont
pas moins endettez que les
Anglois; mais avec cette
difference qu'ils l'avouent
de meilleure foy, & l'on
RECUEIL
48
sçait qu il y a plus de vingi
ans que les taxes imposees
sur les Maisons de Campa-
gne estoient si fortes que tous
les Proprietaires les auroient
abandonnées plutot que de
payer leurs taxes s'il neleur
avoit point este defendie de
le faire. Il y a long-temps
que plusieurs Villes, & me-
me quelques Provinces en-
tieres ne contribuent presque
plus aux besoins de l'Etat,
& qu'elles ne sont point in-
quietées pour y contribuer,
DEDIVERSES PIECES. 49
vu que l'impossibilité ou el-
les sont de le faire, est con-
nue, & que la disette d'ar-
gent y vegne depuis long-
temps, nonobstant les deux
centièmes aeniers multi-
pliez, que l'Etat leve sur
tous ses Sujets, ce qui mon-
te a la moitié du revenu de
chaque Particulier sans ex-
ception. Cependant cet Etat
doit vingt-trois millions
d'interest, ce qui fait plus
de cinq cens millions de ca-
pital.
E
RECUEIL
Personne n'ignore que le
Commerce de Mer de l'An-
gleterre & de la Hollande,
qui est presque la seule res-
source de ces deux Etats
est en décadence, & que
pour quelques Armateurs
& quelques Navires quils
nous prennent, & sur les-
quels la France ne fonde
pas sa subsistance, on leur
enleve presque tous les jours
des Vaisseaux tres-riche-
ment chargez. Cependant
dans l'Etat ou se trouven
DE DIVERSES PIECES. 5I
aujourd huy ces deux Puis-
sances, il faut, si la guerre
continue, qu'elles en fassent
seules tous les frais; qu'elles
payent tous les Subsides que
l'on est convenu de payer au
Duc de Savoye, qui n'est
pas un Peince qui veuille
attendre longtemps, quoy
qu'il put s'en passer. Il faut
qu'elles payent aussi huit ou
dix Puissances d'Allema-
gne qui secourent les Alliez,
pour de l'argent, & en leur
vendant bien leurs Troupes.
E i
RECUEIL
52
fugež apres cela s'il est pos-
sible qu'elles puissent soute-
nir long-temps la guerre.
Je ne dis rien de l'Empe-
reur qui ne fournit que quel-
ques Generaux, & tres-
peu de Troupes aux Al-
liez, a qui il coute cher, pen-
dant que ses Troupes sont
employez, en Hongrie & en
Italie, & qu'il profite de la
dépense que font les Anglois
& les Hollandois pour sou-
tenir la guerre. Ainsi il fe-
ra la guerre ou la paix selon
DE DIVERSES PIECES §
qu'il plaira a ces deux Puis-
sances de faire l'une ou l'au-
tre; mais comme elles tra-
vaillent plus pour luy que
pour elles en faisant la guer-
re, il mettra toujours tout
en usage pour empêcher la
Paix.
Voilà la situation, ou plu-
tost l'accablement où se trou-
vent les Puissances, qui di-
sent que la France sera obli-
gee de recevoir les Proposi-
tions qu'elles luy font, quel-
ques dures qu'elles soient;
E ii
RECUEIL
a quoy je dois ajouter, que
les affaires des Alliez, ne
sont pas en meilleur estat du
costé de l'Allemagne, &
qu'aprés avoir répandu
dans le monde des Listes de
80. mille hommes que de-
voient fournir pour leur
contingent, les Puissances
d Allemagne, ces 80. mille
hommes sont reduits presque
à rien, puis qu' il ne paroist
qu à peine que nous devions
avoir une petite Armée en
teste de ce costé-là, & que
DE DIVERSES PIECES.
la saison est si avancée, qu il
semble que nos Troupes qui
sont nombreuses sur le Rhin,
seront beaucoup superieures
a celles que les Ennemis
pourront mettre en Cam-
pagne; & d'ailleurs rien ne
manque aux notres pour
louvrir avantageusement.
Il ne sera pas difficile de
faire connoître que la Fran-
ce ne sera pas en moins bon
état de faire la guerre en
Flandre quen Allemagne.
Nos Troupes y seront tres-
E ii
56
RECUEIL
nombreuses, & il s'est pre-
senté depuis prés de deux
mois plus d'hommes que
l'on nen a eu besoin pour
les Recruës. Ces Troupes
sont lestes, de bonne volon-
té, & ne respirent que le
combat, & si l'argent n'apas
circulé en France depuis un
temps, ce n'a esté que pour
produire un bien considera-
ble, & en attendant qu'on
y battit de nouvelles especes
qui commencent d'estre d'un
grand secours à l'Etat & à
DE DIVERSES PIECES. 57
produire de grands avan-
tages. On navoit d'abord
compte que sur des sommes
quon avoit amaßées pour
fabriquer de nouvelles Espe-
ces, & l'on ne s'attendoit
pas que le Public porteroit
des Especes & de l'Argen-
terie en foule à nos Mon-
noyes pour estre converties
en nouvelles Especes. Et
comme on travaille dans
23. Villes du Royaume oùil
y a des Monnoyes établies,
elles répandront l'argent en
RECUEIL
peu de temps dans tous les
lieux où nous avons des
Troupes, & cet argent sera
cause que l'on trouvera au-
tant d'hommes que l'on vou-
dra. fe n'avance rien qui ne
soit generalement connu, &
mesme dont les yeux du Pu-
blic ne puissent estre témoins.
Ainsi il est constant que
nous aurons plus d'hom-
mes & plus d'argent que
les Alliez, & que loin
que nous soyons en estat de
les apprehender, ce sont eux
DE DIVERSES PIECES. 59
qui doivent nous craindre.
L'argent est toujours rare
parmy les Allemans, aussi
bien que les Magazins dont
ils ni ont presque jamais, &
vous venez, de voir que les
Anglois, & les Hollandois
qui ont peu de forces par
eux-mesmes, sont peu en
état de payer les Troupes qui
leur viennent d'Allemagne;
& comme il s'en trouva il y
a quelque temps qui avoient
dessein de se rendre en Flan-
dres, on les pria de ne pas
60
RECUEIL
hater leur marche, parce que
lonn'avoit encore ny argent
à leur donner, ny vivres à
leur fournir. Il est vray que
la gelée a également ruiné
les biens de la Terre en
France & en Allemagne;
mais l'Allemagne etant
dans un climat plus froid, les
biens de la Terre y ont este
beaucoup plus endommagez,
& l'on n'y trouvera pas les
ressources que l'orge, & ce
qu'on appelle aussi Menus
grains, vont donner a la
DE DIVERSES PIECES. 61
France dans quelques se-
maines, & sur lesquels le
Ciel a verse ses benedictions,
aussi bien que sur le bled qui
a poußé en quelques endroits
avec ces Menus grains, &
qui se trouve si beau que
l'on a chante le Te Deum
pour en rendre graces à Dieu
en plusieurs endroits, ou cet-
te espece de Miracle est ar
Fivé.
fe dois ajouter a cela,
qu'outre une grande quan-
tiré de bled caché en diver-
RECUEII
6
ses Provinces, & que l'on
continue de découvrir tous
les jours, & les prises qu on
a faites de plusieurs Basti-
mens Ennemis remplis de
bled, il nous en vient de tous
les lieux de l'Europe où il
s'en trouve en abondance.
D'ailleurs, il est certain que
les bleds sont tres-beaux en
Alsace & dans le Roussillon,
& que ces Provinces estant
frontières, elles feront sub-
sister les Armées que nous
avons. La recolte sera auss
DE DIVERSES PIECES. 63
tres-belle dans la basse Nor-
mandie, en Bretagne, en
Anjou, dans le bas Lan-
guedoc, en Auvergne, & en
plusieurs autres lieux. On
doit inferer de toutes ces cho-
ses que nous ferons beaucoup
plus aisement subsister tou
tes nos Armées, que les
Alliez,, qui faute de sub-
Jistance se trouveront obli-
gez, d'avoir moins de Trou-
pes en Flandre, où nos
Magasins sont asseurément
mieux fournis que les leurs.
RECUEIL
64
Tout ce que je vous ay
marque à cet egard, ainsi
qu'a l'égard de toutes les
autres choses que les Alliez
publient au desavantage de
la France, & sur lesquelles il
y a lieu de croire qu'ils ne
parlent pas de bonne foy;
mais quils veulent seule-
ment tromper leurs Sujets
pour les engager à fournir
aux frais de la guerre qu'ils
ont dessein de continuer pour
les raisons que je vous ay
déja marquées. Si, dis-je,
DE DIVERSES PIECES.65
tout ce que je vous ay fait
voir touchant l'état ou se
trouve la France dans le
moment que je vous écris,
& sur tout a l'égard des
Finances, ne suffisoit pas
pour fournir au Roy les
moyens de continuer avan-
tageusement la guerre, Sa
Majesté n'auroit en cas
qu Elle le jugeât a propos,
& qu'Elle se trouvat extre-
mement preßée, qu à imi-
ter ses Ennemis pour trou-
ver des fonds immenses
RECUEIL
66
puisque ce qu Elle feroit en
France, en se servant des
mesmes moyens qu'ils font
dans leurs Etats, luy four-
niroit des sommes infini-
ment plus considerables. Je
veux dire, si au lieu
comme je vous ay déja
fait voir que font les An-
glois & les Hollandois, le
Roy vouloit se resoudre à le
ver, non pas la cinquième
partie ou la moitié du reve-
nu des personnes aisees, &
qui ne payent point de tail-
DEDIVERSES PIECES. 67
le; mais seulement la dixie
me ou la vingtième partie,
il est facile pour peu que l'on
connoisse la France, de ju-
ger que S. M. en tireroit des
fonds qui pourroient luy
fournir dequoy souteni
long-temps les efforts d'un
nombre d'Ennemis encore
plus grand que ceux qu Elle
a en teste, ce qui n'arrivera
pas, la France ayant d'au-
tres ressources que les Allie
nont pas.
Ils se flatent indiscretie-
Fi
RECUEIL
60
ment sur les heureux Eve-
nemens de quelques Cam-
pagnes, qui outre qu'ils
leur ont couté infiniment
d'hommes & d'argent, sont
moins dus à leur valeur,
qu'a de certaines fatalitez,
& ils devroient faire refle-
xion que des Troupes qui
les ont presque toujours bat-
tus, & remporté sur cux un
nombre infiny de Places, &
mesme plusieurs Provinces
entieres, depuis l'année
1667. pourrotent encore,
DEDIVERSES PIECES.69
pour peu que la Fortune qui
se plait à changer, aban-
donnât leur party, repren-
dre l'ascendent qu'elles ont
toujours ei sur eux. Enfin
lon doit considerer que les
Alliez, tiennent en mesme
temps un langage bien dif-
ferent, & qu ils se demen-
tent a tous momens dans
toutes les choses qu'ils a
vancent contre la France
& qu'il faut qu'ils croyent
que leurs Sujets soient bien
depourvus d'esprit & de
RECUEIL
lumieres, s'ils ne font pas
reflexion sur le different lan.
gage qu'ils tiennent souvent
presqu'en mesme temps. La
France, selon leurs Ecrits,
& selon qu'ils s'efforcent de
publier dans tout le monde,
est un jour dans un si grand
accablement, & manque
tellement de toutes choses,
qu'elle n'est plus en état de
soutenir les moindres de
leurs efforts, & qu'elle est
sur le penchant de sa ruine,
& le lendemain on entend
DE DIVERSES PIECES.7
des discours entierement op-
posez, & l'on ne parle que
du pouvoir exhorbitant de
la France quil faut abat-
tre, comme si un Prince
estoit criminel, parce quil
est puissant, quoy qu'il ne
jouisse que de ce qui luy ap-
partient par les droits du
Sang, ou qu'il a eu le bon-
heur de conquerir en cher-
chant à se rendre Maistre
de ce qui luy devoit appar-
tenir, ou du moins a son
Sang. On doit considerer
RECUEIL
que les Conquestes qui se
font pour des raisons pareil
les, ne sont point des ufur-
pations, & que les Vain-
queurs n'en jouissent pas
seulement a droit de Con-
queste; mais parce qu'elles
leur tiennent lieu de ce qui
leur appartient, & dont ils
n'ont pu encore se rendre
Maistres, & que d'ailleurs
ayant entrepris une guerre
que les Loix ont de tout
temps autorisée, il est juste
que les Places dont les Con-
questes
DE DIVERSES PIECES. 73
questes leur ont couté beau-
coup, tiennent lieu de dé-
dommagement.
Aprés vous avoir parlé de
lespoir que quelques évene-
mens heureux fait concevoir
aux Alliez, qu'ils passeront
a des conquestes nouvelles,
comme si la fortune devoit
estre toujours attachée à leur
party, je dois vous faire ob-
server que la France étant
aujourd'huy puissamment
armée, & ne manquant de
rien, non seulement pourse
RECUEIL
74
defendre; mais aussi pour
attaquer, ce qui arriveroit
aux Alliez,, s'ils avoient
seulement un ou deux may-
vais succés, & ce que de-
viendroit leur credit, quiest
presque le seul fond qui les
fait subsister. Cependant,
dans un état aussi incertain
que celuy où ils doivent être,
& n'ayant pas moins a
craindre qu a esperer, ils ont
pour éblouir toute l'Europe,
pour faire croire qu'ils
sont dans une situation beau
DE DIVERSES PIECES.75
coup plus avantageuse que
celle où ils se trouvent, ose
demander, dans les Confe-
rences qui se sont tenues
pour travailler à la Paix,
des Provinces & des Places
qu'ils ne pourroient prendre
pendant un fort grand nom-
bre d'années, quand mesme
Sa Majeste voudroit se te-
nir seulement sur la défen-
sive; mais la justice de la
cause qu'elle défend contre
des Puissances qui n'ont au-
cun droit ny prétention legi-
Gij
RECUEIL
time Jur la France ny sur
l'Espagne, luy donne lieu
d'esperer la protection du
Ciel, & que l'état où sont
nos Armees & nos Places,
pourra leur faire connoître
avant la fin de la Campa-
gne, que la France a plus de
ressources qu'ils ne pensent,
ou plutost qu'ils affectent de
ne pas croire, afin que leurs
sujets ne s'opposent pas à la
suite d'une guerre qu'ils ne
font que pour leurs interests
particuliers, & pourles rai-
DE DIVERSES PIECES. 77
sons que je vous ay déja mar-
quees.
Enfin les demandes des
Alliez, sont si exhorbitan-
tes, si injustes, fondées sur
si peu de vrai-semblance, &
mesme si opposees a ce que
demandent les droits de la
nature & du sang qui peu-
vent paßer pour des aroits
sacrez,, & ausquels les plus
barbares ont souvent égard,
que des personnes les plus
attachées aux Alliez, &
qui sont entierement dans
G iij
78
RECUEIL
leur party, ont écrit que
l'avenir ne pourroit croire
que ces demandes eussent
pû entrer dans l'esprit de
tout homme raisonnable.
Aussi ont-elles produit un
effet merveilleux, & qui
fait voir que Diet protege
visiblement un Monarque
qui a toujours travaillé pour
sa gloire, & pour retablir
le Culte de ses Autels, puis-
que dans le temps que tous
les François redoubloient
leurs vœux pour la Paix,
DE DIVERSES PIECES. 79
& la demandoient haute-
ment, comme l'on fait ordi-
nairement lorsque les cala-
mitez, publiques, & Jur
tout la disette, sont jointes
a tous les maux que causent
la guerre; mais ils ont esté
tellement irrite des deman-
des des Alliez, qu'au lieu de
demander la Paix comme
ils faisoient peu aupara-
vant, ils ont unanimement
faitvoirle (ele qu'ils avoient
pour le Roy, & l'indigna-
tion que leur causoient les
G 111
80
RECUEIL
propositions des Ennemis,
& en demandant la conti-
nuation de la guerre d'une
maniere qui fait connoître
qu'ils parlent de bonne foy,
& qui fait voir qu'ils font
prests de donner leurs biens,
& de répandre leur sang
pour faire repentir les Al-
liez, d'avoir eis la hardiesse
de faire des Propositions si
insultantes que l'on peut
dire quau lieu d'avoir esté
faites pour servir d'achemi-
nement à la Paix, elles n'ont
DE DIVERSES PIECES. 81
esté delivrées qu afin de per-
petuer la guerre. Aussi ces
Propositions ne dementent-
elles pas le caractere de
ceux qui les ont faites, &
elles font connoitre que la
peinture que je viens de vous
en faire est juste, & ressem-
ble parfaitement. Les sujets
des Puiffances liguées ne
doivent pas leur avoir obli-
gation, puisque ces Souve-
rains & leurs Generaux ont
contribué , n'ayant égarà
qui à leur interest particu-
RECUEIL
82
lier, à la continuation d'u-
ne guerre, qui selon toutes
les apparences, doit estre des
plus sanglantes; mais ily a
lieu d'esperer que le Ciel fa-
vorisera les Armes d'un
Monarque qui a cherché de
bonne foy à contribuer à la
Paix, & qui quoy quil ne
soit pas moins en etat que
ses Ennemis de soutenir la
guerre, a bien voulu faire
les premiers pas, dans la
pensee que cette Paix ren-
droit le calme à toute l'Eu-
DE DIVERSES PIECES. 8,
rope ; qu'elle rétabliroit le
Culte des Autels tous les
jours abbatus, & qu'elle
arresteroit l'effusion du sang
humain, & tous les maux
que la guerre traine aprés
elle.
On doit aprés avoir re-
marque la genereuse bonté
de ce Monarque, admirer
sa fermeté, & la grandeur
de son Ame, en rejettant
avec le mépris qui leur estoit
du, & sans consulter un
moment des propositions qui
RECUEIL
84
dans tous les siecles couvri-
ront de honte la memoire de
ceux qui ont esté assez in-
discrets & assez aveuglez,
pour ne pas dire davanta-
ge, pour les faire. Aussi la
maniere dont ce Monarque
s'est comporté, tant pour
faire la Paix à des condi-
tions raisonnables, que pour
refuser avec une hauteur di-
gne de sa grande ame & de
sa naissance, celles qui luy
ont esté proposees, a-t-elle
fait redoubler l'estime, le
DE DIVERSES PIECES. 85
zele, & l'amour de tous ses
Sujets, qui animez, d'un
mesme esprit, n oublieront
rien pour se vanger de l'in-
sulte qu on luy a voulu fai-
re, ainsi qu'à tous les Fran-
oois, en luy faisant des pro-
sitions qui n'auroient ja-
mais du sortir de la bouche
de ceux qui les ont faites.
Je n'entre point dans le
détail de ces propositions,
vous les apprendrez, d'une
personne plus habile que
moy, plus éclairée, qui les
86
RECUEIL
çait parfaitement, & qui
enfin vous fera mieux con-
noître tout ce que l'on en
peut penser, & tout ce que
l'on en doit dire.
Vous ne devez, pas regar.
der cette Lettre comme un
Ouvrageachevé; mais com.
me un travail d'une imagi-
nation échauffée, & d'un
François, qui outré du pro-
cedé des Alliez, a mis en
24. heures, sur le papier,
ce que son zele luy a inspire
pour la gloire de son Roy,
DEDIVERSES PIECES. 87
& pour celle de sa Patrie.
le suis, Monsieur, vostre,
&c.
Fermer
18
p. 108-116
MORTS.
Début :
Milord Griffin, qui avoit esté fait prisonnier à bord du [...]
Mots clefs :
Mort, Prince, Empereur, Comte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
Milord Griffin, quiavoit
este fait prisonnier à bord
du Salsburi, lorsque le Roy
d'Angleterre tenta de faire
une descente en Ecosse en
1708.estmort le 21. Novembre
dans la Tour de
Londres,où il avoit esté mis
comme coupable de haute
trahison ,
son execurion
ayant esté dissetéepour raison.
Le Baron Ezechiel Spanhein
, Ambassadeuren Angleterre
pour l'Electeur de
Brandebourg, & sort connu
par ses emplois & par
quantité d'ouvrages d'erudition,
mourut à Londres
le 2 5. Novembre .1,{lq. ao .ans, ':.o.
MessirePierre Code,Archevêque
de Sebaste & Vicaire
Apostolique dans les
Pays bas, mourut à Utrecht
le12. Décembre 1710. âgé
de 60 ans.
Jean Christian
,
Prince
d'Eggenberg, Duc de Crumau
,
Comte de Gradisch
&d'Adslperg,& Conseiller
d'Etatde l'Empereur, monrut
sans posterité à Prague
en Boheme le 14. Decembre
1710. en sa 70. année
estant né le 7 Septembre
1641. Il avoir épousécn
1666.MarieErne stine, fille
de Jean Adosse, Prince de
Sclwarrzenberg,& de Marie
Justine, Comcene de-
Stahremberg.
Ce Prince estoit fils de
Jean Antoine, Prince d'Aggenberg
,
Duc de Crumau,
&c.Chevalier de la Torson
d'or, mort le 24 Mars
1647. & d'Anne Marie
filledeChristian ,
,
Marquis
de Brandebourg Bareith
,
mort le 8 Mai 1680. Il avoir
pour soeur Marie Elisabeth
,
néele26. Seprembre1656.
à Ferdinand
, Prince de Diecrichstein.
Comme le Prince d'Eggenberg
est mort sans ensans
son frere puisné Jean
Liffroidd'EggenbergConseiller
d'Etat del'Empereur,
& Gouverneur de la Carniole
,
lui a succedé dans
tous ses biens,qui sont tresconsiderables.
::.
Ce Prince qui est né le
12 Aoust 1642aépouséen
1666. Eleonore Rosalie
filledeCharles Eusebe,Prin-y
cc de Licteinstein
,
dont il
a pour fils unique Jean- Antoine
Joses, Prince d'Eg.
genberg
,
né le 6 Janvier
1669. Gouverneur de la
Carniole en survivance de
son pere & Conseillerd'E-
-
tac de l'Empereur. Il a époufé
au mois deMars 1692.
Marie Charlote, fille d AdolseUratislas
,
Comte de
Sternberg, dont il a des
enfans.
Albert Antoine, Comte
de Scwartzbourg & d'Hohustein,
estmort îe 15. Décembre
1710. à Roudolstat
en Thuringe dans sa 70.
année, estant né le 2 Aoust
1641. Il avoit épousé le 7.
Juin 1665.EmilieJulienne,
filled'Albert Frederic,Com.
te deBarby& deSosieUrsule
d'Oldembourg
,
dont
il a un fils unique qu'on
nomme Louis Frederic
,
Comte Schwanzbourg &
d'Hohnstein,né le15.Octobre1667.
& quiaépousé
le 15 Octobre 1691. Anne
Sosie fille de Frédéric Duc
de Saxe Got ha
,
& de Madeleine
Sibile,Duchesse de
Saxe Hall, dontil a 1 3 ensans.
Marie Claude,née Comtesse
de Kunige
,
est morte
à Vienne le même mois
1710. âgée de 41 ans elle
avoit épousé Mathias Leopold
Prince de Lamberg &
du S. Empire, Landegrave
de Leichtemberg
,
Chevalier
de la Toison d'or,Conseiller
d'Etat, Grand Ecuyer
de l'Empereur & GrandVeneur
hereditaire d'A utric he.
Jean HuguesdOffbeck,
qui avoir estééleu Coadjuteur
de l'ArchevêchédeTreves
en 1671. & qui y fucccdaen
1676.àCharles Gaspar
Vander Leyen son oncle
,
est mort à Coblens le
6 de ce mois. Ce Prélat qui
avoit esté auparavant Evêque
de Spire, estoit fils
de Guillaume d'Orstbeck
Seigneur de Vernich.,& de,
Marie-Catherine Van-der-
Loyen. Le Prince Charles
de Lorraine
,
Evêque d'Ofnabruch
,
& d'Olmurs &
Coadjuteur de Treves, est
parti deLuneville le11 pour
aller prendre possession de
cet Archevêché.
Milord Griffin, quiavoit
este fait prisonnier à bord
du Salsburi, lorsque le Roy
d'Angleterre tenta de faire
une descente en Ecosse en
1708.estmort le 21. Novembre
dans la Tour de
Londres,où il avoit esté mis
comme coupable de haute
trahison ,
son execurion
ayant esté dissetéepour raison.
Le Baron Ezechiel Spanhein
, Ambassadeuren Angleterre
pour l'Electeur de
Brandebourg, & sort connu
par ses emplois & par
quantité d'ouvrages d'erudition,
mourut à Londres
le 2 5. Novembre .1,{lq. ao .ans, ':.o.
MessirePierre Code,Archevêque
de Sebaste & Vicaire
Apostolique dans les
Pays bas, mourut à Utrecht
le12. Décembre 1710. âgé
de 60 ans.
Jean Christian
,
Prince
d'Eggenberg, Duc de Crumau
,
Comte de Gradisch
&d'Adslperg,& Conseiller
d'Etatde l'Empereur, monrut
sans posterité à Prague
en Boheme le 14. Decembre
1710. en sa 70. année
estant né le 7 Septembre
1641. Il avoir épousécn
1666.MarieErne stine, fille
de Jean Adosse, Prince de
Sclwarrzenberg,& de Marie
Justine, Comcene de-
Stahremberg.
Ce Prince estoit fils de
Jean Antoine, Prince d'Aggenberg
,
Duc de Crumau,
&c.Chevalier de la Torson
d'or, mort le 24 Mars
1647. & d'Anne Marie
filledeChristian ,
,
Marquis
de Brandebourg Bareith
,
mort le 8 Mai 1680. Il avoir
pour soeur Marie Elisabeth
,
néele26. Seprembre1656.
à Ferdinand
, Prince de Diecrichstein.
Comme le Prince d'Eggenberg
est mort sans ensans
son frere puisné Jean
Liffroidd'EggenbergConseiller
d'Etat del'Empereur,
& Gouverneur de la Carniole
,
lui a succedé dans
tous ses biens,qui sont tresconsiderables.
::.
Ce Prince qui est né le
12 Aoust 1642aépouséen
1666. Eleonore Rosalie
filledeCharles Eusebe,Prin-y
cc de Licteinstein
,
dont il
a pour fils unique Jean- Antoine
Joses, Prince d'Eg.
genberg
,
né le 6 Janvier
1669. Gouverneur de la
Carniole en survivance de
son pere & Conseillerd'E-
-
tac de l'Empereur. Il a époufé
au mois deMars 1692.
Marie Charlote, fille d AdolseUratislas
,
Comte de
Sternberg, dont il a des
enfans.
Albert Antoine, Comte
de Scwartzbourg & d'Hohustein,
estmort îe 15. Décembre
1710. à Roudolstat
en Thuringe dans sa 70.
année, estant né le 2 Aoust
1641. Il avoit épousé le 7.
Juin 1665.EmilieJulienne,
filled'Albert Frederic,Com.
te deBarby& deSosieUrsule
d'Oldembourg
,
dont
il a un fils unique qu'on
nomme Louis Frederic
,
Comte Schwanzbourg &
d'Hohnstein,né le15.Octobre1667.
& quiaépousé
le 15 Octobre 1691. Anne
Sosie fille de Frédéric Duc
de Saxe Got ha
,
& de Madeleine
Sibile,Duchesse de
Saxe Hall, dontil a 1 3 ensans.
Marie Claude,née Comtesse
de Kunige
,
est morte
à Vienne le même mois
1710. âgée de 41 ans elle
avoit épousé Mathias Leopold
Prince de Lamberg &
du S. Empire, Landegrave
de Leichtemberg
,
Chevalier
de la Toison d'or,Conseiller
d'Etat, Grand Ecuyer
de l'Empereur & GrandVeneur
hereditaire d'A utric he.
Jean HuguesdOffbeck,
qui avoir estééleu Coadjuteur
de l'ArchevêchédeTreves
en 1671. & qui y fucccdaen
1676.àCharles Gaspar
Vander Leyen son oncle
,
est mort à Coblens le
6 de ce mois. Ce Prélat qui
avoit esté auparavant Evêque
de Spire, estoit fils
de Guillaume d'Orstbeck
Seigneur de Vernich.,& de,
Marie-Catherine Van-der-
Loyen. Le Prince Charles
de Lorraine
,
Evêque d'Ofnabruch
,
& d'Olmurs &
Coadjuteur de Treves, est
parti deLuneville le11 pour
aller prendre possession de
cet Archevêché.
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Résumé : MORTS.
En 1710 et 1711, plusieurs personnalités notables sont décédées. Milord Griffin, capturé lors d'une tentative d'invasion en Écosse en 1708, est mort le 21 novembre 1710 dans la Tour de Londres pour haute trahison. Le Baron Ezechiel Spanhein, ambassadeur en Angleterre pour l'Électeur de Brandebourg, est décédé à Londres le 25 novembre 1710 à l'âge de 80 ans. Messire Pierre Code, Archevêque de Sebaste et Vicaire Apostolique dans les Pays-Bas, est mort à Utrecht le 12 décembre 1710 à l'âge de 60 ans. Jean Christian, Prince d'Eggenberg, Duc de Crumau, Comte de Gradisch et d'Adslperg, et Conseiller d'État de l'Empereur, est décédé sans postérité à Prague le 14 décembre 1710 à l'âge de 69 ans. Son frère cadet, Jean Liffroid d'Eggenberg, lui a succédé dans ses biens considérables. Albert Antoine, Comte de Schwartzbourg et d'Hohustein, est mort le 15 décembre 1710 à Rudolstadt en Thuringe à l'âge de 69 ans. Marie Claude, Comtesse de Kunige, est décédée à Vienne en 1710 à l'âge de 41 ans. Jean Hugues d'Offbeck, Coadjuteur de l'Archevêché de Trèves, est mort à Coblence le 6 décembre 1710. Le Prince Charles de Lorraine, Évêque d'Osnabrück et d'Olmurs, et Coadjuteur de Trèves, est parti de Lunéville le 11 décembre pour prendre possession de cet Archevêché.
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19
p. 293-303
NOUVELLES de Turquie.
Début :
A Vienne en Autriche, le 9 Janvier 1711. Il n'est [...]
Mots clefs :
Roi, Troupes, Empereur, Turquie, Vienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOUVELLES de Turquie.
NOUVELLES
de Turquie.
A Vienne en Autriche, le
9 Janvier 1711.
Il n'est plus question de
douter de la déclaration de
la guerre quele Grand Seigneur
a faite au Czar,
au Roy Auguste & à leurs
adherans; elle a elle publiée
à Belgrade & dans toutes
les Villes de Livonie & de
Pologne, d'où on mande
que le Czarenavoit lanouvelle.
Il y a des avis à Vienne
que l'Ambassadeur de
Moscovie a estéarrêté à
Consraminople; & il est certain
que le sieur d'Alman
Envoyé de l'Empereur en
cette Ville a écrit que l'on
se tint sur ses gardes, qu'il
y avoit un corps, de Troupesde
quarante mille hommesqui
ne tarderoit pas à
faire des incursions; & cela
s'accorde assez avec ce que
l'on m'écrit deDuntzic,dont
je parlerai tout à l'heure.
Voicy comment les Turcs ont
disposé leurs forces.
Le Kam des Tarrates
commanderaune armée qui
agira en Moscovie au delà
du Boristhéne.
Le Roy de Suéde en
commandera une autre,
composée de ce qu'il a pu
conserver desesTroupes,
de lapetite armée- du P^lia«.
tCinosdaeKqiuoveies&.ddecqquliecllqouuecss
Eciatroilieme de cent
mille hommes, sera commandée
par le Grand Seigneur
en personne, assisté
de Cuproly dernier Visir
déposé, que sa Hautesse a
rappelle auprés d Elle.Cette
armée, doit estre le15 Mars
à Andrinople;& si cela est
vrai, il n'y a presque point
à douter que le Turc n'ait
formé un dessein sur la
Tranfilvanieou la Hongrie;
car si le seulobjet estoit d'aller
contre les Moscovites;
il ne faudroit pas prendre
une route si détournée.
Quoiqu'il en soit, jamais
la Cour de Vienne na
esté plus intriguée qu'elle
l'est aujourd'hui. Elle a donné
ses ordres à ses Generaux
qui font en Hongrie,
malgré la saison si avancée;
le besoin que souffrent les
Troupes, & le dégât que
fait dans ce pays la contagion,
de pour suivre les avantages
qu'ils y ont eu depuis
quelques mois.
Sa Majesté Imperiale
risque beaucoup pour son
armée à cause de la contagion
qui cil: parmi lesHongrois,
mais le peril presse y
& l'on regarde comme un,
grand bien la conqueste do
quelques Places qui peuvent
servir à barrer le Turc.
Aprés ia prisc d'Esperies les
Allemands venoient de se
rendre Maistre deScharkat
petitePlace, mais tres-forte,
qui en le passage entre
Arath & le grand Wacadin.
Les conseils quel'on tient
tous les jours à la Cour de
Vienne sont assez connoître
à l'Empereur de quelle
importance il est pour lui
d''aaVvoOiIrr une ggrroossec aarrnmlCéCe cn;i
Hongrie, qui le rende respectabte
au Turc, & pour
cela on netrouve point de
plus prompt moyen que celui
d'y faire repasser ses
Troupes d'Italie, mais l'on
craint en même temps que
les Princes Italiens se voyant
délivrezdeces Hôtes quileur
ontesté si onereux,
ne fassent entr'euxune ligue
pourleur liberté;& l'on
m' écrit que cetteconsiderationadéterminél'Empereur
à les y laisser,afin de s'y
maintenir en credit, cependant
comme il estimpossible
que dansces embarras
pressans l'on se détermine
tout d'un coup à un parti.
Sa Majesté Imperiale a fait
demander au Nonce du Pape
si Sa Sainteté ne voudra
pas contribuer, à l'imitation
d'Innocent XI. à une
guerre quiinteresse toute la
Chrétienté ,puisqu'elle se
fait contre les Moscovites,
avec qui le Roy Auguste a
de tres - étroites liaisons.
Il a recommandé au Nonce
d'avoir incessamment réponse
du Pape sur cela
,
pour prendre ses mesures;
j tous les Couriers, qu'il Ireçoit de Catalogne ne
sont que pour avoir de
prompts secours, &tous
ceux que le Comte deZinzendorf
envoye de la Haye,
tendent à la même chose.
L'on dit donc que l'Empereur
fera passer en Catalogne
quelques Regimens qui
sont en Italie,& qu'on les
remplacera le mieux que
l'on pourra par des recruës
que l'on y fera filer; en ce
cas il restera peu de Troupes
en Hongrie & en Italie.
L'on me mande de Dantzick
que l'on y avoit des
nouvelles que quarante milleTarcares,
lesquels devoient
estrejoints par douze mille
Janissaires,estoinet entrez en
Valachie; qu'on craignoit
pour Caminiek, où le Roy
Augusteavoit donné ordre
d'envoyer incessamment
quelque argent pour payer
la Garnison&relever les
Fortificationsde cette Place
;quece Prince seroitobligéde
retirer les Troupes
du service des Hollandois,
& que l'onest d'autant plus
Jemba-
rrae sasé' pourl'a1,rmé1e
d'Allemagne qui doit maintenir
laneutralitéduNord,
qu'on avoit appris que l'on
préparoit en Suéde douze
mille hommes pour les faire
passer en Pomeranie & se
joindre au General Craffaw,
Le Moscovice jusqu'à..prosent
fait bonne mine;ilprétend
qu'après avoitassuré
ses conquestes en Livonie;
il opposera quatre-vingt-dix
mille hommes au Royde
Suéde.
de Turquie.
A Vienne en Autriche, le
9 Janvier 1711.
Il n'est plus question de
douter de la déclaration de
la guerre quele Grand Seigneur
a faite au Czar,
au Roy Auguste & à leurs
adherans; elle a elle publiée
à Belgrade & dans toutes
les Villes de Livonie & de
Pologne, d'où on mande
que le Czarenavoit lanouvelle.
Il y a des avis à Vienne
que l'Ambassadeur de
Moscovie a estéarrêté à
Consraminople; & il est certain
que le sieur d'Alman
Envoyé de l'Empereur en
cette Ville a écrit que l'on
se tint sur ses gardes, qu'il
y avoit un corps, de Troupesde
quarante mille hommesqui
ne tarderoit pas à
faire des incursions; & cela
s'accorde assez avec ce que
l'on m'écrit deDuntzic,dont
je parlerai tout à l'heure.
Voicy comment les Turcs ont
disposé leurs forces.
Le Kam des Tarrates
commanderaune armée qui
agira en Moscovie au delà
du Boristhéne.
Le Roy de Suéde en
commandera une autre,
composée de ce qu'il a pu
conserver desesTroupes,
de lapetite armée- du P^lia«.
tCinosdaeKqiuoveies&.ddecqquliecllqouuecss
Eciatroilieme de cent
mille hommes, sera commandée
par le Grand Seigneur
en personne, assisté
de Cuproly dernier Visir
déposé, que sa Hautesse a
rappelle auprés d Elle.Cette
armée, doit estre le15 Mars
à Andrinople;& si cela est
vrai, il n'y a presque point
à douter que le Turc n'ait
formé un dessein sur la
Tranfilvanieou la Hongrie;
car si le seulobjet estoit d'aller
contre les Moscovites;
il ne faudroit pas prendre
une route si détournée.
Quoiqu'il en soit, jamais
la Cour de Vienne na
esté plus intriguée qu'elle
l'est aujourd'hui. Elle a donné
ses ordres à ses Generaux
qui font en Hongrie,
malgré la saison si avancée;
le besoin que souffrent les
Troupes, & le dégât que
fait dans ce pays la contagion,
de pour suivre les avantages
qu'ils y ont eu depuis
quelques mois.
Sa Majesté Imperiale
risque beaucoup pour son
armée à cause de la contagion
qui cil: parmi lesHongrois,
mais le peril presse y
& l'on regarde comme un,
grand bien la conqueste do
quelques Places qui peuvent
servir à barrer le Turc.
Aprés ia prisc d'Esperies les
Allemands venoient de se
rendre Maistre deScharkat
petitePlace, mais tres-forte,
qui en le passage entre
Arath & le grand Wacadin.
Les conseils quel'on tient
tous les jours à la Cour de
Vienne sont assez connoître
à l'Empereur de quelle
importance il est pour lui
d''aaVvoOiIrr une ggrroossec aarrnmlCéCe cn;i
Hongrie, qui le rende respectabte
au Turc, & pour
cela on netrouve point de
plus prompt moyen que celui
d'y faire repasser ses
Troupes d'Italie, mais l'on
craint en même temps que
les Princes Italiens se voyant
délivrezdeces Hôtes quileur
ontesté si onereux,
ne fassent entr'euxune ligue
pourleur liberté;& l'on
m' écrit que cetteconsiderationadéterminél'Empereur
à les y laisser,afin de s'y
maintenir en credit, cependant
comme il estimpossible
que dansces embarras
pressans l'on se détermine
tout d'un coup à un parti.
Sa Majesté Imperiale a fait
demander au Nonce du Pape
si Sa Sainteté ne voudra
pas contribuer, à l'imitation
d'Innocent XI. à une
guerre quiinteresse toute la
Chrétienté ,puisqu'elle se
fait contre les Moscovites,
avec qui le Roy Auguste a
de tres - étroites liaisons.
Il a recommandé au Nonce
d'avoir incessamment réponse
du Pape sur cela
,
pour prendre ses mesures;
j tous les Couriers, qu'il Ireçoit de Catalogne ne
sont que pour avoir de
prompts secours, &tous
ceux que le Comte deZinzendorf
envoye de la Haye,
tendent à la même chose.
L'on dit donc que l'Empereur
fera passer en Catalogne
quelques Regimens qui
sont en Italie,& qu'on les
remplacera le mieux que
l'on pourra par des recruës
que l'on y fera filer; en ce
cas il restera peu de Troupes
en Hongrie & en Italie.
L'on me mande de Dantzick
que l'on y avoit des
nouvelles que quarante milleTarcares,
lesquels devoient
estrejoints par douze mille
Janissaires,estoinet entrez en
Valachie; qu'on craignoit
pour Caminiek, où le Roy
Augusteavoit donné ordre
d'envoyer incessamment
quelque argent pour payer
la Garnison&relever les
Fortificationsde cette Place
;quece Prince seroitobligéde
retirer les Troupes
du service des Hollandois,
& que l'onest d'autant plus
Jemba-
rrae sasé' pourl'a1,rmé1e
d'Allemagne qui doit maintenir
laneutralitéduNord,
qu'on avoit appris que l'on
préparoit en Suéde douze
mille hommes pour les faire
passer en Pomeranie & se
joindre au General Craffaw,
Le Moscovice jusqu'à..prosent
fait bonne mine;ilprétend
qu'après avoitassuré
ses conquestes en Livonie;
il opposera quatre-vingt-dix
mille hommes au Royde
Suéde.
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Résumé : NOUVELLES de Turquie.
En janvier 1711, la déclaration de guerre du Grand Seigneur contre le Czar, le roi Auguste et leurs alliés est confirmée. Cette guerre est annoncée à Belgrade et dans diverses villes de Livonie et de Pologne. À Vienne, des rumeurs indiquent l'arrestation de l'ambassadeur de Moscovie à Constantinople et la présence d'un corps de troupes turques de quarante mille hommes prêt à attaquer. Les Turcs ont déployé leurs forces de manière stratégique. Le Khan des Tartares commandera une armée en Moscovie au-delà du Dniestr. Le roi de Suède dirigera une autre armée composée de ses troupes restantes et de celles du prince de Moldavie. Une troisième armée, forte de cent mille hommes, sera commandée par le Grand Seigneur en personne, assisté du dernier vizir déposé. Cette armée doit se rassembler à Andrinople le 15 mars, suggérant une possible attaque sur la Transylvanie ou la Hongrie. La Cour de Vienne est en alerte maximale. Malgré la saison avancée et la contagion parmi les troupes, l'Empereur a ordonné à ses généraux de poursuivre les avantages militaires. Les conseils à la Cour de Vienne soulignent l'importance de maintenir une grande armée en Hongrie pour dissuader les Turcs. Cependant, l'Empereur craint que les princes italiens, libérés des troupes impériales, ne forment une ligue pour leur liberté. L'Empereur a également sollicité l'aide du Pape pour une guerre contre les Moscovites, alliés du roi Auguste. Des renforts sont demandés en Catalogne et en Allemagne pour maintenir la neutralité du Nord. Le roi Auguste prépare des défenses en Valachie et envisage de retirer ses troupes du service des Hollandais. Le Czar, quant à lui, affirme qu'il opposera quatre-vingt-dix mille hommes au roi de Suède après avoir sécurisé ses conquêtes en Livonie.
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20
p. 49-63
Nouvelles d'Hollande. TRADUCTION d'un Memoire presenté aux Estats Generaux par le Compte Zinzendorf Ambassadeur & Plenipotentiaire de l'Empereur à la Haye, le 18. Decembre 1710.
Début :
HAUTS ET PUISSANTS SEIGNEURS, Nous n'avons plus lieu de [...]
Mots clefs :
Espagne, Portugal, Empereur, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Hollande. TRADUCTION d'un Memoire presenté aux Estats Generaux par le Compte Zinzendorf Ambassadeur & Plenipotentiaire de l'Empereur à la Haye, le 18. Decembre 1710.
Nouvellesd'Hollande.
TRADUCTION
d'unMemoire prekllté
aux Estats Generaux
par le Comte
ZinzendorfAmbassadeur
& Plenipotentiaire
de l'Empereur
àla Haye, le 18. Decembre
1710.
HAUTS ET PUISSANTS
SEIGNEURS,
Nous n'avons plus lieu
de douter dela malheureuse
fatalitéarrivée à l'Armée
du Roy Catholique, nonseulement
api es tour ce que
les Ennemis en ont publié,
mais encore aprés les avis
que j'en viens de recevoir
d'Italie& d'ailleurs. Ilya
plus detrois mois que les
Ministres de vos Hautes
Puissances tant à Vienne
qu'en Espagne ont dû vous
informer de ce que j'eus
l'honneur de vous dire à
mon arrivée par ordre de
Sa SacréeMajesté Imperiale,
que si l'on n'envoyoit
un puissant secours en Catalogne
& en Portugal,
pour d'un costé faire teste
aux Ennemis, & de l'autre
costé leur faire faire une
puissante diversion en Estramadoure
,
il étoit impossible
à Sa Majesté Catholique
de se maintenir
enCastille,où lesmalin-
A tentionnez ont toujours
estéen plus grand nombre.
Ce seroit maintenant
perdre temps que de l'employer
en reflexions sur le
•
paHTé lorsqu'il ne s'agit que
de mettre tout en usage
pour reparer le mal
J
s'ilcft
possible. Cependant je ne
sçaurois me dispenser de
vous faire observer trois
choses. La premiersest que
le Roy de Portugal a pris
prétexte
d'empêcherla jonction
de son Armée avec
celle du Roy d'Espagne
,
sur ce que depuis deux ans
on ne luy a pas envoyé
d'Hollande & d'Angleterre
les secours qu'on luy avoit
fait esperer ; que le
peu de troupes qu'il avoit
luy estoient necessaires
pour la deffense de son
Royaume ,
& qu'on ne
luy avoit pas mesme payé
les arrerages des subsides
quiluysontdûs.
Vos H. P. & la Reine
d'Angleterresavent mieux
que rnoy si les excuses &
les plaintes de la Cour de
Portugal sont justes : du
moins ileft certain que la
conduite quelle a tenuë a
cité tres-prejudiciable à la
cause commune.
- La seconde chose que
vous devez observer, est
qu'au mois d'Octobre Sa-
M. I. ayant donné ses ordres
pour faire marcher
trois Regiments de faCa^
valerie ou Hussars vers les.
coftctd-italle où ils devoient
estre embarquez:
pour Barcelone leur trajet
n^i esté retardé que faute
de Bastiments d'escorte ÔC:
detransports, quoyque les,
Ministres d'Angleterre ôc
d Hollande. enflentafTuré-
Sa M. I. que tout efrait.
prests avant que les Troupes
fussent arrivées au lieu.
destiné à leur embarquement.
La troisiéme observation
est que le Duc de Savoye
paroist se rebuter du
retardement qu'on aapporté
àluy payer les subsides
5
& que sur ce fondement
au lieu d'augmenter
ses Troupes ,-il a même
commencé à les diminuer.
Je laisse à la sagesse de vos
H. P. à faire les reflexions
qui conviennent à la remontrance
que j'ay l'honneur
de leur faire aujourd'huy.
Mais H. & P. S. ne songeonsaupassé
que pourremedier
promptemenr à de
plus grands maux qui menacent
la cause commune
pour l'avenir. Voussçavez
mieux que moy de quelle
consequence il e/1 pour
votre République en particulier
de continuer la guerre
en Espagne
, & de l'y
pouffer avec plus devi
gueurque paricpasTé.C'est
de la reduction de cetteMcparchie
à l'obéiissance da
la Maisond'Austriche que
dépend la conservation de
vostre chere liberté & le
repos de toute l'Europe. Les
conquestes faites sur l'Ennemy
dans les derniercs
campagnes feront pour
vous de foibles barrières,
si vous laissez le Duc d'Anjou
sur le trosned'Espagne.
L'objer principal de vos
H. P. de mesme que celuy
de tous les Hauts Alliez
doit estre presentement
d'envoyer incessamment
en Catalogne lessecours.
necessaires pour conserver
Barcelone ôc Girone. Le
secours ne sçauroitarriver
trop tost:, 6c ma crainte ell:
qu'il ne parce trop tard par lanégligencequ'ona euë
d'en faire la disposition.
Vous elles pour ainsi dire
, P. S.l'ame de la grande
alliance:l'Empereur convient
des grandes obliga.
tions que son auguste Maison
vous a, vous n'avez jamais
dû douter de fk parf-
Iliterccoiinoiffilice, & ce
n'est que par les heureux
succez de cette guerre que
vos H. P. doivent en attendre
les effets qui n'ontesté
retardez que par les troubles
d'Hongrie:mais comme
les rebelles sont sur le
point d'estre soumis par la
force victorieuse Impériale;
l'Empereur mon auguste
Maistre fera alors en
estat d'employer toutes [cs
forces contre l'Ennemy
commun ,
& de feconder
vivement les bonnes intentions
de ses chersAlliez
mieux qu'il n'a fait par le
passé.
C'est de vostre seul 1:.-
xemple H. & P. S. que dépendent
les resolutions du
Parlement de la Grande-
Bretagne pour les interests
de la cause commune,&
les efforts qu'on doitattendre
des Princes de l'Empire
interessez dansla &' engagez dans grandealliance.
Vos H. P. ne sçauroient
leuren donner un meilleur,
qu'en faisant embarquer
dés aujourd'huy si
celase pouvoit sept à huit
mille de leur meilleur Infanterie
pourallerà Barcelone
,
lesquels joints a- la
Cavalerie Imperiale qui
n'attend que des Vaisseaux
de transportsur les costes
d'Italie pourront conserver
les Places qui restent au
Roy Catholiqueenattendant
quede plus - grands
secours soient arrivez en Portugal.
Je fuis persuadéque la
Reine d'Angleterre n'apprendra
pas plustost que
vous avez pris certe prompte&
efficace resolution que
de son costé elle donnera
aussi des ordres pour envoyer
enEspagne un nombre
suffisant de Troupes&
de Vaisseaux capables de
restablir les affaires de la
causecommune & renverser
les esperances de l'Ennemy.
Cela ranimera le
coeur presque abattu du
Roy de Portugal, affermira
le Duc de Savoye dans
les interests de la grande
alliance
, & donnera de
l'émulation a tous les autres
Alliez.
J'espere H. & P. S. que
par vos promptes & efficaces
resolutions vous me
mettrez en estat en peu de
jours de depescher des
Courriers à l'Empereur Se
au Roy d'Espagne pour
confirmer ces deux augustes
Souverains dans l'idée
qu'ilsonttoujours euë de
la puissance de vostre Republique,&
de l'avantage
qu'il y'a d'estre comme ils
sont vos bons ôc fidels Alliez.
Sur ce je prie Dieu
J ôcc.•
TRADUCTION
d'unMemoire prekllté
aux Estats Generaux
par le Comte
ZinzendorfAmbassadeur
& Plenipotentiaire
de l'Empereur
àla Haye, le 18. Decembre
1710.
HAUTS ET PUISSANTS
SEIGNEURS,
Nous n'avons plus lieu
de douter dela malheureuse
fatalitéarrivée à l'Armée
du Roy Catholique, nonseulement
api es tour ce que
les Ennemis en ont publié,
mais encore aprés les avis
que j'en viens de recevoir
d'Italie& d'ailleurs. Ilya
plus detrois mois que les
Ministres de vos Hautes
Puissances tant à Vienne
qu'en Espagne ont dû vous
informer de ce que j'eus
l'honneur de vous dire à
mon arrivée par ordre de
Sa SacréeMajesté Imperiale,
que si l'on n'envoyoit
un puissant secours en Catalogne
& en Portugal,
pour d'un costé faire teste
aux Ennemis, & de l'autre
costé leur faire faire une
puissante diversion en Estramadoure
,
il étoit impossible
à Sa Majesté Catholique
de se maintenir
enCastille,où lesmalin-
A tentionnez ont toujours
estéen plus grand nombre.
Ce seroit maintenant
perdre temps que de l'employer
en reflexions sur le
•
paHTé lorsqu'il ne s'agit que
de mettre tout en usage
pour reparer le mal
J
s'ilcft
possible. Cependant je ne
sçaurois me dispenser de
vous faire observer trois
choses. La premiersest que
le Roy de Portugal a pris
prétexte
d'empêcherla jonction
de son Armée avec
celle du Roy d'Espagne
,
sur ce que depuis deux ans
on ne luy a pas envoyé
d'Hollande & d'Angleterre
les secours qu'on luy avoit
fait esperer ; que le
peu de troupes qu'il avoit
luy estoient necessaires
pour la deffense de son
Royaume ,
& qu'on ne
luy avoit pas mesme payé
les arrerages des subsides
quiluysontdûs.
Vos H. P. & la Reine
d'Angleterresavent mieux
que rnoy si les excuses &
les plaintes de la Cour de
Portugal sont justes : du
moins ileft certain que la
conduite quelle a tenuë a
cité tres-prejudiciable à la
cause commune.
- La seconde chose que
vous devez observer, est
qu'au mois d'Octobre Sa-
M. I. ayant donné ses ordres
pour faire marcher
trois Regiments de faCa^
valerie ou Hussars vers les.
coftctd-italle où ils devoient
estre embarquez:
pour Barcelone leur trajet
n^i esté retardé que faute
de Bastiments d'escorte ÔC:
detransports, quoyque les,
Ministres d'Angleterre ôc
d Hollande. enflentafTuré-
Sa M. I. que tout efrait.
prests avant que les Troupes
fussent arrivées au lieu.
destiné à leur embarquement.
La troisiéme observation
est que le Duc de Savoye
paroist se rebuter du
retardement qu'on aapporté
àluy payer les subsides
5
& que sur ce fondement
au lieu d'augmenter
ses Troupes ,-il a même
commencé à les diminuer.
Je laisse à la sagesse de vos
H. P. à faire les reflexions
qui conviennent à la remontrance
que j'ay l'honneur
de leur faire aujourd'huy.
Mais H. & P. S. ne songeonsaupassé
que pourremedier
promptemenr à de
plus grands maux qui menacent
la cause commune
pour l'avenir. Voussçavez
mieux que moy de quelle
consequence il e/1 pour
votre République en particulier
de continuer la guerre
en Espagne
, & de l'y
pouffer avec plus devi
gueurque paricpasTé.C'est
de la reduction de cetteMcparchie
à l'obéiissance da
la Maisond'Austriche que
dépend la conservation de
vostre chere liberté & le
repos de toute l'Europe. Les
conquestes faites sur l'Ennemy
dans les derniercs
campagnes feront pour
vous de foibles barrières,
si vous laissez le Duc d'Anjou
sur le trosned'Espagne.
L'objer principal de vos
H. P. de mesme que celuy
de tous les Hauts Alliez
doit estre presentement
d'envoyer incessamment
en Catalogne lessecours.
necessaires pour conserver
Barcelone ôc Girone. Le
secours ne sçauroitarriver
trop tost:, 6c ma crainte ell:
qu'il ne parce trop tard par lanégligencequ'ona euë
d'en faire la disposition.
Vous elles pour ainsi dire
, P. S.l'ame de la grande
alliance:l'Empereur convient
des grandes obliga.
tions que son auguste Maison
vous a, vous n'avez jamais
dû douter de fk parf-
Iliterccoiinoiffilice, & ce
n'est que par les heureux
succez de cette guerre que
vos H. P. doivent en attendre
les effets qui n'ontesté
retardez que par les troubles
d'Hongrie:mais comme
les rebelles sont sur le
point d'estre soumis par la
force victorieuse Impériale;
l'Empereur mon auguste
Maistre fera alors en
estat d'employer toutes [cs
forces contre l'Ennemy
commun ,
& de feconder
vivement les bonnes intentions
de ses chersAlliez
mieux qu'il n'a fait par le
passé.
C'est de vostre seul 1:.-
xemple H. & P. S. que dépendent
les resolutions du
Parlement de la Grande-
Bretagne pour les interests
de la cause commune,&
les efforts qu'on doitattendre
des Princes de l'Empire
interessez dansla &' engagez dans grandealliance.
Vos H. P. ne sçauroient
leuren donner un meilleur,
qu'en faisant embarquer
dés aujourd'huy si
celase pouvoit sept à huit
mille de leur meilleur Infanterie
pourallerà Barcelone
,
lesquels joints a- la
Cavalerie Imperiale qui
n'attend que des Vaisseaux
de transportsur les costes
d'Italie pourront conserver
les Places qui restent au
Roy Catholiqueenattendant
quede plus - grands
secours soient arrivez en Portugal.
Je fuis persuadéque la
Reine d'Angleterre n'apprendra
pas plustost que
vous avez pris certe prompte&
efficace resolution que
de son costé elle donnera
aussi des ordres pour envoyer
enEspagne un nombre
suffisant de Troupes&
de Vaisseaux capables de
restablir les affaires de la
causecommune & renverser
les esperances de l'Ennemy.
Cela ranimera le
coeur presque abattu du
Roy de Portugal, affermira
le Duc de Savoye dans
les interests de la grande
alliance
, & donnera de
l'émulation a tous les autres
Alliez.
J'espere H. & P. S. que
par vos promptes & efficaces
resolutions vous me
mettrez en estat en peu de
jours de depescher des
Courriers à l'Empereur Se
au Roy d'Espagne pour
confirmer ces deux augustes
Souverains dans l'idée
qu'ilsonttoujours euë de
la puissance de vostre Republique,&
de l'avantage
qu'il y'a d'estre comme ils
sont vos bons ôc fidels Alliez.
Sur ce je prie Dieu
J ôcc.•
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Résumé : Nouvelles d'Hollande. TRADUCTION d'un Memoire presenté aux Estats Generaux par le Compte Zinzendorf Ambassadeur & Plenipotentiaire de l'Empereur à la Haye, le 18. Decembre 1710.
Le 18 décembre 1710, le Comte Zinzendorf, ambassadeur et plénipotentiaire de l'Empereur à La Haye, a présenté un mémoire aux États Généraux. Il y confirme la défaite de l'armée du Roi Catholique en Espagne, une information déjà publiée par les ennemis et corroborée par des avis provenant d'Italie et d'autres régions. Depuis trois mois, les ministres des grandes puissances ont été alertés sur la nécessité d'envoyer des secours en Catalogne et au Portugal pour soutenir le Roi Catholique en Castille, où les forces ennemies sont supérieures en nombre. Zinzendorf souligne trois points critiques : le Roi de Portugal a refusé de s'allier avec le Roi d'Espagne en raison de l'absence de secours promis par la Hollande et l'Angleterre. Les ordres de l'Empereur pour envoyer des troupes en Italie ont été retardés par le manque de navires. Enfin, le Duc de Savoie a commencé à réduire ses troupes en raison des retards de paiement des subsides. Le Comte insiste sur l'importance de la République de Hollande pour poursuivre la guerre en Espagne et soutenir le Roi Catholique afin de préserver la liberté et le repos de l'Europe. Il recommande d'envoyer immédiatement des secours en Catalogne pour conserver Barcelone et Girone, et de préparer des troupes pour renforcer les places restantes. Zinzendorf espère que la Reine d'Angleterre suivra cet exemple, ranimant ainsi le moral des alliés et renforçant la grande alliance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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21
p. 1-17
Mort de L'EMPEREUR.
Début :
Joseph-Jacob-Jean-Ignance Eustache, Empereur d'Occident, mourut à [...]
Mots clefs :
Empereur, Empire, Électeurs, Roi, Couronne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de L'EMPEREUR.
Mort de L'EMPEREUR.
Joseph
- Jacob-Jean-
1,
Ignace Eustache
,
Empereur
d'Occident, mourut
à Vienne en Autriche de
la petite verole, le 17.
Avril
dernier, dans sa 33e.
année.
Il estoit fils aisné de
l'Empereur Leopold L ôç : d'Eleonore - Magdelaine:
Theresede Newbourg. -
Il fut declaré Roy
d'Hongrie le 17,Novem--
bre1687.
Il futeslu Roy des Ro- -
mainsle24. Janvier r6<>o,
Il prit le titre d'Empereules.
May 1705.
Il avoir épousé îc ij^j
Janvier 16go. Villein.ine--j
Amelie de BrunswikHa- -
novre ,
dont il a eu un fils
morten bas âge; &dux
filles qui sont les ArthiuUchesses
Marie Joseph ,-&
Marie-Amélie.
Les frere lX. soeurs de
l'Empereur Joseph
3
sont
l'Archiduc Charles
,
les
Archiduchesses Marie-
Elisabeth
,
Marie-Anne,
& MarieMagdelaine,
La Maison d'Autriche
futélevée pour la premiere
fois à la dignité Imperial
e en la personne deRodolphe
d'Hapfbourg à
Francfort le dernier jour
de Septembre l'an 1273. Il"
tua Ottocare second Roy
de Boheme dans une bataille
prés de Vienne. Cet
Ottocare prétendoitque
toute l'Autriche luy appartenoit;
mais Rodolphe
qui prétendoit que cetEtat
estoit dévoluà l'Empire
faute de posterité masculine,
s'en appliqua la proprieté
persornelle qu'ilfit
confirmer dansuneDiette
par lesElecteurs & lesPrinces
de l'Empire
,
& par uneBulle duPapeMartin ,
II. Aprés ces formalitez il
en donna l'investiture à
son fils Albert.Ce futalors
que les Princes de cette
Maison quitterentle titre
de Comtes d'Hapsbourg
¡ pour prendre ccluy de
Ducs d'Autriche; ensuiteils
ont pris celuy d'Archiducs.
Voicy les alliances qui
ont le plus contribué à l'agrandissement
delaMaison
d'Autriche.
L'Em pereur Maximilienépousal'an1477.
Marie
de Bourgogne, fille de
Charles le Hardy,laplus
riche heritiere de l'Europe.
Philippe II. Archiduc
d'Autriche épousa en 149^
Jeanne dAragon, heritiere
de Ferdinand V. dit le
Catholique - ,Roy d'Aragon
& d'Isabelle Reyne de Castille.
Ainsi Jeanne apporta
à son mary la Couronne
d'Aragon avec ks Etats
d'Italie lesquels y estoient
annexés qu'elleheritoit
du chef de son pere, &la-
Couronne de Castille avec
la Grenade & les Etats annexés
a cette Couronne
qu'elle heritoit duchefde
samere.
L'Empereur Charles-
Quint ayantcedé l'Empire
à son frereFerdinand,
aprés l'avoir saic élireRoy
des Romains, ces deux
freres diviserentlaMasion
d'Autriche en deux branches,
L'Aisnée a donné
cinq Rois à l'Espagne, &
la Cadette quatorze Empereurs.
Prérogatives desEmpereurs.
Ils ont la pluspart des
titres des anciens Empereurs
d'Occident.Ils prennent
ceux de tousjours
Auguste,deCesar, & de
sacréeMajesté. LeurCouronne
qui est fermée ôc
surmontée d'un Globe,est
le symbole de la Monarchie
universelle. Ils ont
seuls le pouvoir de convoquer
& de congedier Les
Diettes generales; d'en
amodier les resolutions,
& de les faire executer. Ils
peuvent non feulement
ériger les Terres en Baronies,
en Comtez , & en
Duchez; maisaussiils prétendentde
pouvoir ériger
lesPrincipautez enRoyaumes
, ( ce que prétendit
faire en 1700. l'Empereur
Leopold
, en donnant à
l'Electeur deBrandebourg
le titre de Roy de Prusse
,
par Diplome de rcconnoissance.)
Ils donnent
l'investiture des grands
fiefs de l'Empire, & ils
disposoient mesme avant
Charles-Quint
,
des Etats
& Provinces qui y estoient
dévolus. Ils instituent &
confirment les Universitez
& les Académies &
tous ces Droits de Souverains
sont si attachez à la
Couronne Impériale ,
qu'en l'absence de l'jErrêpereur
, le Roy des Romains
en joüit, & au défaut
de l'un& de l'autre,
ces Droits appartiennent
aux deux Vicaires de l'Empire
qui sont les Electeurs
de Baviere & de Saxe.L'Electeur
de Baviere e-si Vicaire
dans les pays de droit
de Franconie,&celuy de
Saxe dans les pays de droic
Saxon.Laqualité de Vicaire
est disputée à l'Electeur
de Baviere par l'Electeur
Palatin.
Vous verrez cy-aprés plus CM
longdans laBulle d'Orles
Obligations desEmpereurs.
Ils doivent prendre l'avis
des Electeurs lorsqu'il
s'agit d'engager ou d'aliener
les biens de l'Empire,
d'accorder le Privilege de
battre Monnoye *-'
,
& d'y
donner le prix. Ils ont bcfoin
d'un consentement
general des Electeurs
,. Princes, & autres m'embres
de l'Empire., pour
mettre quelqu'un au Ban
de l'Empire,commeaussi
Lorsqu'il s'agit de faire
quelqueReglement concernant
la Religion, déclarer
la Guerre,faire la
Paix, lever des subsides,
&c.
Lorsqu'un Empe- reur cft
esluils'oblige àces restrictions
de ion pouvoir par
une Capitulation qu'il fait
avec les Electeurs & Princes
de l'Empire. Selon les
occasions on peut ajouster
d'autres Articles à la Capitulation,
dont 1 Empereur
est obligé de jurer l'observation
dans le temps de
sonElection, &de la réiterer
avant &aprés son
Couronnement
, ce qui
s'observa lors de FEtechon
de l'Empereur Leopold.
Les Electeurs luy firent
promettre fous serment
de n'envoyer , aucunes
Troupes sans le consentement
de l'Empire enFlandre
ni en Italie contre les
François,suivant ce qui
estoitstipulé dans lesTraitez
de Westphalie
,
dont
l'observation luy est enjointe
par plusieurs articlesde
cette Capitulation.
Le Roy des Romains
citenu par les Electeurs,
& à la mort de l'Empereur
il succede de droit à
l'Empire, sans qu'il soit
necessaire de faire une
nouvelle Election. Ils cf.î
toient autrefois obligez
d'aller recevoir laCouronne
Imperiale à Rome des
mains duPape;ils estoient
accompagnez de vingt
mille hommes de pied & 1
de quatre mille Cavaliers
entretenus pendant le 1
voyage aux dépens de
l'Empire. Ilsestoientcouronnez
Rois de Lombardie
à Monza dans le Milanez.
LaCouronne qu'ils
recevoient estoit d'or,
sans pointes , enrichie de
Diamants, avec une petite
bande de fer au dedans,
ce qui l'a fitappeller
la Couronne de Fer.
Aprés avoir reçu la Couronne
Romaine en Allemagne
,
& la Couronne
de Ferà Monza, ils serendoient
à Rome pour y
dire couronnez Empereurs
par le Pape;mais les
Etats de l'Empire assemblez
à Francfort en 1338.
& à Colognel'année tUlvante,
considerant la dépense
que ce voyage d'Italie
causoit à l'Empire ,
conclurent que la
-
feule
élection conseroit auPrince
la pleine puissance Imperiale
,
& déclarerent
inutiles les ceremonies des
Couronnements deRome -
&de Milan; cependant
les Papes ont refuséde reconnoistre
les Empereurs,
s'ils n'obtenoient du Saint
Siége un Brefqui les dif.
pensast d'aller à Rome,&
qui confirmast leur Election.
tion. Charles-Quinta eilé
le dernier Empereur couronné
de la main du Pape;
ceux qui n'y ont pas esté
couronnez,ne sont nommez
dans lesBulles &Brefs
queImperatorElectus.
REMARQUES
Joseph
- Jacob-Jean-
1,
Ignace Eustache
,
Empereur
d'Occident, mourut
à Vienne en Autriche de
la petite verole, le 17.
Avril
dernier, dans sa 33e.
année.
Il estoit fils aisné de
l'Empereur Leopold L ôç : d'Eleonore - Magdelaine:
Theresede Newbourg. -
Il fut declaré Roy
d'Hongrie le 17,Novem--
bre1687.
Il futeslu Roy des Ro- -
mainsle24. Janvier r6<>o,
Il prit le titre d'Empereules.
May 1705.
Il avoir épousé îc ij^j
Janvier 16go. Villein.ine--j
Amelie de BrunswikHa- -
novre ,
dont il a eu un fils
morten bas âge; &dux
filles qui sont les ArthiuUchesses
Marie Joseph ,-&
Marie-Amélie.
Les frere lX. soeurs de
l'Empereur Joseph
3
sont
l'Archiduc Charles
,
les
Archiduchesses Marie-
Elisabeth
,
Marie-Anne,
& MarieMagdelaine,
La Maison d'Autriche
futélevée pour la premiere
fois à la dignité Imperial
e en la personne deRodolphe
d'Hapfbourg à
Francfort le dernier jour
de Septembre l'an 1273. Il"
tua Ottocare second Roy
de Boheme dans une bataille
prés de Vienne. Cet
Ottocare prétendoitque
toute l'Autriche luy appartenoit;
mais Rodolphe
qui prétendoit que cetEtat
estoit dévoluà l'Empire
faute de posterité masculine,
s'en appliqua la proprieté
persornelle qu'ilfit
confirmer dansuneDiette
par lesElecteurs & lesPrinces
de l'Empire
,
& par uneBulle duPapeMartin ,
II. Aprés ces formalitez il
en donna l'investiture à
son fils Albert.Ce futalors
que les Princes de cette
Maison quitterentle titre
de Comtes d'Hapsbourg
¡ pour prendre ccluy de
Ducs d'Autriche; ensuiteils
ont pris celuy d'Archiducs.
Voicy les alliances qui
ont le plus contribué à l'agrandissement
delaMaison
d'Autriche.
L'Em pereur Maximilienépousal'an1477.
Marie
de Bourgogne, fille de
Charles le Hardy,laplus
riche heritiere de l'Europe.
Philippe II. Archiduc
d'Autriche épousa en 149^
Jeanne dAragon, heritiere
de Ferdinand V. dit le
Catholique - ,Roy d'Aragon
& d'Isabelle Reyne de Castille.
Ainsi Jeanne apporta
à son mary la Couronne
d'Aragon avec ks Etats
d'Italie lesquels y estoient
annexés qu'elleheritoit
du chef de son pere, &la-
Couronne de Castille avec
la Grenade & les Etats annexés
a cette Couronne
qu'elle heritoit duchefde
samere.
L'Empereur Charles-
Quint ayantcedé l'Empire
à son frereFerdinand,
aprés l'avoir saic élireRoy
des Romains, ces deux
freres diviserentlaMasion
d'Autriche en deux branches,
L'Aisnée a donné
cinq Rois à l'Espagne, &
la Cadette quatorze Empereurs.
Prérogatives desEmpereurs.
Ils ont la pluspart des
titres des anciens Empereurs
d'Occident.Ils prennent
ceux de tousjours
Auguste,deCesar, & de
sacréeMajesté. LeurCouronne
qui est fermée ôc
surmontée d'un Globe,est
le symbole de la Monarchie
universelle. Ils ont
seuls le pouvoir de convoquer
& de congedier Les
Diettes generales; d'en
amodier les resolutions,
& de les faire executer. Ils
peuvent non feulement
ériger les Terres en Baronies,
en Comtez , & en
Duchez; maisaussiils prétendentde
pouvoir ériger
lesPrincipautez enRoyaumes
, ( ce que prétendit
faire en 1700. l'Empereur
Leopold
, en donnant à
l'Electeur deBrandebourg
le titre de Roy de Prusse
,
par Diplome de rcconnoissance.)
Ils donnent
l'investiture des grands
fiefs de l'Empire, & ils
disposoient mesme avant
Charles-Quint
,
des Etats
& Provinces qui y estoient
dévolus. Ils instituent &
confirment les Universitez
& les Académies &
tous ces Droits de Souverains
sont si attachez à la
Couronne Impériale ,
qu'en l'absence de l'jErrêpereur
, le Roy des Romains
en joüit, & au défaut
de l'un& de l'autre,
ces Droits appartiennent
aux deux Vicaires de l'Empire
qui sont les Electeurs
de Baviere & de Saxe.L'Electeur
de Baviere e-si Vicaire
dans les pays de droit
de Franconie,&celuy de
Saxe dans les pays de droic
Saxon.Laqualité de Vicaire
est disputée à l'Electeur
de Baviere par l'Electeur
Palatin.
Vous verrez cy-aprés plus CM
longdans laBulle d'Orles
Obligations desEmpereurs.
Ils doivent prendre l'avis
des Electeurs lorsqu'il
s'agit d'engager ou d'aliener
les biens de l'Empire,
d'accorder le Privilege de
battre Monnoye *-'
,
& d'y
donner le prix. Ils ont bcfoin
d'un consentement
general des Electeurs
,. Princes, & autres m'embres
de l'Empire., pour
mettre quelqu'un au Ban
de l'Empire,commeaussi
Lorsqu'il s'agit de faire
quelqueReglement concernant
la Religion, déclarer
la Guerre,faire la
Paix, lever des subsides,
&c.
Lorsqu'un Empe- reur cft
esluils'oblige àces restrictions
de ion pouvoir par
une Capitulation qu'il fait
avec les Electeurs & Princes
de l'Empire. Selon les
occasions on peut ajouster
d'autres Articles à la Capitulation,
dont 1 Empereur
est obligé de jurer l'observation
dans le temps de
sonElection, &de la réiterer
avant &aprés son
Couronnement
, ce qui
s'observa lors de FEtechon
de l'Empereur Leopold.
Les Electeurs luy firent
promettre fous serment
de n'envoyer , aucunes
Troupes sans le consentement
de l'Empire enFlandre
ni en Italie contre les
François,suivant ce qui
estoitstipulé dans lesTraitez
de Westphalie
,
dont
l'observation luy est enjointe
par plusieurs articlesde
cette Capitulation.
Le Roy des Romains
citenu par les Electeurs,
& à la mort de l'Empereur
il succede de droit à
l'Empire, sans qu'il soit
necessaire de faire une
nouvelle Election. Ils cf.î
toient autrefois obligez
d'aller recevoir laCouronne
Imperiale à Rome des
mains duPape;ils estoient
accompagnez de vingt
mille hommes de pied & 1
de quatre mille Cavaliers
entretenus pendant le 1
voyage aux dépens de
l'Empire. Ilsestoientcouronnez
Rois de Lombardie
à Monza dans le Milanez.
LaCouronne qu'ils
recevoient estoit d'or,
sans pointes , enrichie de
Diamants, avec une petite
bande de fer au dedans,
ce qui l'a fitappeller
la Couronne de Fer.
Aprés avoir reçu la Couronne
Romaine en Allemagne
,
& la Couronne
de Ferà Monza, ils serendoient
à Rome pour y
dire couronnez Empereurs
par le Pape;mais les
Etats de l'Empire assemblez
à Francfort en 1338.
& à Colognel'année tUlvante,
considerant la dépense
que ce voyage d'Italie
causoit à l'Empire ,
conclurent que la
-
feule
élection conseroit auPrince
la pleine puissance Imperiale
,
& déclarerent
inutiles les ceremonies des
Couronnements deRome -
&de Milan; cependant
les Papes ont refuséde reconnoistre
les Empereurs,
s'ils n'obtenoient du Saint
Siége un Brefqui les dif.
pensast d'aller à Rome,&
qui confirmast leur Election.
tion. Charles-Quinta eilé
le dernier Empereur couronné
de la main du Pape;
ceux qui n'y ont pas esté
couronnez,ne sont nommez
dans lesBulles &Brefs
queImperatorElectus.
REMARQUES
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Résumé : Mort de L'EMPEREUR.
Joseph Ier, fils aîné de Léopold Ier et d'Éléonore-Madeleine de Neubourg, est décédé à Vienne le 17 avril à l'âge de 33 ans. Il a été couronné roi de Hongrie en 1687, roi des Romains en 1690, et a pris le titre d'Empereur en 1705. Il a épousé Wilhelmine-Amélie de Brunswick-Lunebourg en 1699, avec qui il a eu un fils mort en bas âge et deux filles, les archiduchesses Marie-Josèphe et Marie-Amélie. Ses frères et sœurs incluent l'archiduc Charles et les archiduchesses Marie-Élisabeth, Marie-Anne et Marie-Madeleine. La Maison d'Autriche a été élevée à la dignité impériale en 1273 avec Rodolphe de Habsbourg, qui a vaincu Ottocar II de Bohême. Rodolphe a revendiqué l'Autriche et a fait confirmer sa propriété par les électeurs et les princes de l'Empire, ainsi que par le pape Martin IV. Il a ensuite donné l'investiture à son fils Albert, marquant le début de l'utilisation du titre d'archiduc. Les alliances matrimoniales ont joué un rôle crucial dans l'agrandissement de la Maison d'Autriche, notamment le mariage de Maximilien avec Marie de Bourgogne et celui de Philippe II avec Jeanne d'Aragon. Charles Quint a divisé la Maison d'Autriche en deux branches, l'aînée donnant des rois à l'Espagne et la cadette des empereurs au Saint-Empire. Les empereurs possèdent divers titres et prérogatives, tels que ceux d'Auguste, de César et de sacrée Majesté. Ils ont le pouvoir de convoquer et de congédier les diètes générales, d'ériger des terres en baronies, comtés, duchés et royaumes, et de donner l'investiture des grands fiefs de l'Empire. En l'absence de l'empereur, ces droits sont exercés par le roi des Romains ou les vicaires de l'Empire, les électeurs de Bavière et de Saxe. Les obligations des empereurs incluent la nécessité de consulter les électeurs pour engager ou aliéner les biens de l'Empire, accorder des privilèges de battre monnaie, déclarer la guerre, faire la paix, lever des subsides, et régler des questions religieuses. Lors de son élection, l'empereur doit jurer l'observation de ces restrictions dans une capitulation avec les électeurs et princes de l'Empire.
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22
p. 17-20
REMARQUES. Ceremonies d'Allemagne.
Début :
Charles IV. aprés avoir fait publier la Bulle d'Or à [...]
Mots clefs :
Électeurs, Empereur, Bulle d'Or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES. Ceremonies d'Allemagne.
REMARQUES.
Ceremonies d'Allemagne.
Charles IV. après avoir
faitpublierla Bulle d'Or à
Mets, voulut commencer
à la faire executer en ce
qui concernoit le service
que les Princes Electeurs
devoient luy rendre lorsquil
mangeoir en public
L'on avoiteslevé une Estrade
au milieu du marchépublic
,
sur laquelle eftoïoi
la table du festin) où l'Empereur
& l'lm peratrice [Ql
placèrentd'abordjensuite
les trois Electeurs Ecclefîaftiquesvinrent
àChevacomme
Archichancelier
de l'En) pire,chacun ayant
un Sceau penduaucol, ~M
une Lettre àla main droite.
Ensuite marchoient les
quatre Electeurs ~Seculien:
aussi à Cheval ;le Ducdob
Saxe ayant un picotin ~d'ami
gent pleind'avoine ensa
main droite ,comme Archi-
Maréchal de l'Empire,&
mit pied à terre le
premier,parce que sa fonction
estaussi de placerles
Princes chacun à son rang.
Le Marquis de Brandebourg
donna à laver à
l'Empereur & à l'impératrice
avec une Eguiere &
un Bassin d'or. Le Comte
Palatin du Rhin servit les
plats surla table. Le Roy
de Bohesme ou celuy qui
le representoit,mit sur le
coin de la table un flacon
d'or plein de vin, & en
presenta à l'Empereur
dans un gobelet d'or. Aprés
les Electeurs marchoient
les deux grands
Veneurs sonnant du Cor,
& suivis de leurs Chasseurs
& de leurs Chiens;ils tuerent
devant l'Empereur
un grand Cerf& un gros
Sanglier; ensuite aprés le
repas l'Empereur les congedia
tous avec des presents
magnifiques.
Ceremonies d'Allemagne.
Charles IV. après avoir
faitpublierla Bulle d'Or à
Mets, voulut commencer
à la faire executer en ce
qui concernoit le service
que les Princes Electeurs
devoient luy rendre lorsquil
mangeoir en public
L'on avoiteslevé une Estrade
au milieu du marchépublic
,
sur laquelle eftoïoi
la table du festin) où l'Empereur
& l'lm peratrice [Ql
placèrentd'abordjensuite
les trois Electeurs Ecclefîaftiquesvinrent
àChevacomme
Archichancelier
de l'En) pire,chacun ayant
un Sceau penduaucol, ~M
une Lettre àla main droite.
Ensuite marchoient les
quatre Electeurs ~Seculien:
aussi à Cheval ;le Ducdob
Saxe ayant un picotin ~d'ami
gent pleind'avoine ensa
main droite ,comme Archi-
Maréchal de l'Empire,&
mit pied à terre le
premier,parce que sa fonction
estaussi de placerles
Princes chacun à son rang.
Le Marquis de Brandebourg
donna à laver à
l'Empereur & à l'impératrice
avec une Eguiere &
un Bassin d'or. Le Comte
Palatin du Rhin servit les
plats surla table. Le Roy
de Bohesme ou celuy qui
le representoit,mit sur le
coin de la table un flacon
d'or plein de vin, & en
presenta à l'Empereur
dans un gobelet d'or. Aprés
les Electeurs marchoient
les deux grands
Veneurs sonnant du Cor,
& suivis de leurs Chasseurs
& de leurs Chiens;ils tuerent
devant l'Empereur
un grand Cerf& un gros
Sanglier; ensuite aprés le
repas l'Empereur les congedia
tous avec des presents
magnifiques.
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Résumé : REMARQUES. Ceremonies d'Allemagne.
Après la publication de la Bulle d'Or à Metz, Charles IV organisa des cérémonies impliquant les Princes Électeurs lors de ses repas publics. Une estrade fut dressée au marché public pour accueillir la table du festin, où l'Empereur et l'Impératrice prirent place en premier. Les trois Électeurs ecclésiastiques arrivèrent à cheval, portant chacun un sceau et une lettre. Ils furent suivis par les quatre Électeurs séculiers. Le Duc de Saxe, en tant qu'Archi-Maréchal, dirigea les Princes à leurs rangs respectifs. Le Marquis de Brandebourg offrit de l'eau à l'Empereur et à l'Impératrice avec des objets en or. Le Comte Palatin du Rhin servit les plats, tandis que le Roi de Bohême plaça un flacon de vin sur la table et en offrit à l'Empereur. Après les Électeurs, les grands Veneurs présentèrent un cerf et un sanglier tués devant l'Empereur. À la fin du repas, l'Empereur congédia les participants en leur offrant des présents.
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23
p. 25-28
CEREMONIE de la Diete.
Début :
Le jour marqué pour faire l'ouverture des Etats, l'Empereur [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE de la Diete.
CER EMONIE
de la Diete.
Le jour marqué pour
faire l'ouverture desEtats,
l'Empereur s'y rend en
Personneou par Députez,
lorsque l'Empereurestassissurson
Trofne, les Electeurs
se placent à sa droite
&à sa gauche,suivant
leur rang, sur des bans tapissez
d'écarlate & élevez
de deux marches: ceux
des autres Princes ne sont
ellevez que d'une, & tapissez
de drap vert. Lorsquechacun
est placé selon
son rang, Sa Majestéfait
faire par un Prince,les
proportions qu'il souhaite
à l'Assemblée; l'Electeur
de Tréves au nom detous
les Etatsremercie SaMajestédes
soins qu'Elle se
donne, en l'assurant qu'ils
travailleront incessammentàluy
donneruneentieresatisfactionsur
ses
demandes. On donnepar
écrità chaque Collége
les propositions de l'Em-,
sereur,qui les examinent
a part;& ayantensuite pris
leur resolution
,
ils conviennent
du jour qu'ils
doivent se joindre tous les
troIS, pour s'entrecommuniquer
leurs Centi-
: ments: &s'ils demeurent
d'accord du Resultat
,
ils
l'envoyent à l'Empereur,
qui l'ay antapprouvé
,
est
misaunombredesConstitutions
Impérial es : Mais
s'il yaquelqu'undes Collèges
dont les avis ne
soient pas conformes aux
autres & aux sentiments
du Commissaire de l'Empereur
,
la Constitution
Impériale n'a point force
de Loi, & est entierement
nulle.
de la Diete.
Le jour marqué pour
faire l'ouverture desEtats,
l'Empereur s'y rend en
Personneou par Députez,
lorsque l'Empereurestassissurson
Trofne, les Electeurs
se placent à sa droite
&à sa gauche,suivant
leur rang, sur des bans tapissez
d'écarlate & élevez
de deux marches: ceux
des autres Princes ne sont
ellevez que d'une, & tapissez
de drap vert. Lorsquechacun
est placé selon
son rang, Sa Majestéfait
faire par un Prince,les
proportions qu'il souhaite
à l'Assemblée; l'Electeur
de Tréves au nom detous
les Etatsremercie SaMajestédes
soins qu'Elle se
donne, en l'assurant qu'ils
travailleront incessammentàluy
donneruneentieresatisfactionsur
ses
demandes. On donnepar
écrità chaque Collége
les propositions de l'Em-,
sereur,qui les examinent
a part;& ayantensuite pris
leur resolution
,
ils conviennent
du jour qu'ils
doivent se joindre tous les
troIS, pour s'entrecommuniquer
leurs Centi-
: ments: &s'ils demeurent
d'accord du Resultat
,
ils
l'envoyent à l'Empereur,
qui l'ay antapprouvé
,
est
misaunombredesConstitutions
Impérial es : Mais
s'il yaquelqu'undes Collèges
dont les avis ne
soient pas conformes aux
autres & aux sentiments
du Commissaire de l'Empereur
,
la Constitution
Impériale n'a point force
de Loi, & est entierement
nulle.
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Résumé : CEREMONIE de la Diete.
Le texte décrit la cérémonie d'ouverture de la Diète, une assemblée politique du Saint-Empire romain germanique. L'Empereur ouvre la session en personne ou par députés et prend place sur son trône. Les Électeurs s'assoient à sa droite et à sa gauche selon leur rang, sur des sièges tapissés d'écarlate et surélevés de deux marches. Les autres princes sont assis sur des sièges tapissés de drap vert et surélevés d'une seule marche. L'Empereur présente ses propositions par l'intermédiaire d'un prince. L'Électeur de Trèves remercie l'Empereur au nom de tous les États et assure qu'ils travailleront à satisfaire ses demandes. Les propositions sont ensuite examinées par chaque collège séparément. Les collèges se réunissent tous les trois jours pour discuter de leurs avis. Si un accord est atteint, le résultat est envoyé à l'Empereur, qui l'approuve et le transforme en constitutions impériales. Cependant, si un collège ne partage pas les avis des autres ou ceux du commissaire de l'Empereur, la constitution impériale n'a pas force de loi et est nulle.
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24
p. 32-39
Erudition. [titre d'après la table]
Début :
J'avois dessein de marquer par quelques traits historiques les [...]
Mots clefs :
Maison d'Autriche, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Erudition. [titre d'après la table]
J' a^oois dessein de marquerparquelquestraits
historiques les caractel'es
de chaque Empe..
reur de la Maiftn
d'Autriche,mais cela,
maurait ment trop
loin: voieyseulement
quelques traits de Rodolphe
qui est le<chef
de cette haute
jlre Adaifôn ,
Rodolphe ayant
contraint a force d'armes
Ottocare à luy rendtorcearrheonrnlagc
lige, Ot- nelevoulutpromettre
,
qu'a condition
que ce seroit en particulier,
dans sa tente ,
sans
quepersonne en - témoin.
Le jour fut pris ;
Ottocare y vint avec un
habit superbe & tout
brillantdepierreries.Rodolphe
affecta den'avoir
qu'un habit simple SC
vil comme seroit ceruy
d'un Païsan, & dans lç
moment quOttocare
ainsi paré estoit à ge—:
noux devant luy les
mainsjointes, des machines
qu'il avoit fait
préparer, enleverent la&
tente, &c donnerent ce
spectacle à toute l'Armée
;cela rompit lapaix,
&. cefut dans cette seconde
guerre qu'Ottocares
fut tué par Rodolphe.
Rodolphe esant à
Cheval par un temps des
pluye,rencontraunCIUH
ré à pied portant le Viatique
à un malade ; il
delcendit de Cheval,fit
monter le Curé dessus
, & conduisït à pied dans
les boues jusqu'à la Maison
du malade
,
le Saint
Sacremenc, qu'il reconduisitde
mesme jusqu'à
l'Eglise
,
où le Curé luy
donnantla bénédiction,
luy prédit que luy & Tes:
descendans seroientEmpereurs.
En effet, 4. ans
après l'Archevêque de
Mayence luy menageat
les Electeurs,dontquelques-
uns neconsentirera
que dans la vue d'époufer
quelques-unes de les?
filles: il en avoit pour
lors six -, toutes également
belles. ,J
Rodolphe dans sa ceremonie
de son Election
, voyant que les Electeurs
failoient difficulté
deluy rendre la soy
Se hommage
, parce
qu'onavoit oubliéd'apporter
le Sceptre
,
prit
sur l'Autel le Crucifix,
&;dit:-v-oillcy le Sceptre
des Cérejïiens. Surcette
parole on rendit l'hommage
en vertu du Crucifix.
1 Rodolphevoulant ramener
à son devoirun
Comte-de Hongrie.qui
pilloit bc massacroit publiquement
--'
le fit venir
parl'entremise de ses
amis, l'ayant fait mettre
à table avec luy Se
boire dans le mesmeverre
où il avoitbû;leComte
dit:je ne doute point
apresent que je nefois en
seureté,puisquej'ay bû
avecleplus honneste homme
du monde.
Rodolphe à l'âge de
73. ansse mitenchemin
pour aller à Spire,dilànt
qu'il alloit rendre visiteauxEmpereurs
defunts.
En effet, estant
tombé malade quelques
jours après, il mourut.,
& sust enterré avec les
autres Empereurs,
historiques les caractel'es
de chaque Empe..
reur de la Maiftn
d'Autriche,mais cela,
maurait ment trop
loin: voieyseulement
quelques traits de Rodolphe
qui est le<chef
de cette haute
jlre Adaifôn ,
Rodolphe ayant
contraint a force d'armes
Ottocare à luy rendtorcearrheonrnlagc
lige, Ot- nelevoulutpromettre
,
qu'a condition
que ce seroit en particulier,
dans sa tente ,
sans
quepersonne en - témoin.
Le jour fut pris ;
Ottocare y vint avec un
habit superbe & tout
brillantdepierreries.Rodolphe
affecta den'avoir
qu'un habit simple SC
vil comme seroit ceruy
d'un Païsan, & dans lç
moment quOttocare
ainsi paré estoit à ge—:
noux devant luy les
mainsjointes, des machines
qu'il avoit fait
préparer, enleverent la&
tente, &c donnerent ce
spectacle à toute l'Armée
;cela rompit lapaix,
&. cefut dans cette seconde
guerre qu'Ottocares
fut tué par Rodolphe.
Rodolphe esant à
Cheval par un temps des
pluye,rencontraunCIUH
ré à pied portant le Viatique
à un malade ; il
delcendit de Cheval,fit
monter le Curé dessus
, & conduisït à pied dans
les boues jusqu'à la Maison
du malade
,
le Saint
Sacremenc, qu'il reconduisitde
mesme jusqu'à
l'Eglise
,
où le Curé luy
donnantla bénédiction,
luy prédit que luy & Tes:
descendans seroientEmpereurs.
En effet, 4. ans
après l'Archevêque de
Mayence luy menageat
les Electeurs,dontquelques-
uns neconsentirera
que dans la vue d'époufer
quelques-unes de les?
filles: il en avoit pour
lors six -, toutes également
belles. ,J
Rodolphe dans sa ceremonie
de son Election
, voyant que les Electeurs
failoient difficulté
deluy rendre la soy
Se hommage
, parce
qu'onavoit oubliéd'apporter
le Sceptre
,
prit
sur l'Autel le Crucifix,
&;dit:-v-oillcy le Sceptre
des Cérejïiens. Surcette
parole on rendit l'hommage
en vertu du Crucifix.
1 Rodolphevoulant ramener
à son devoirun
Comte-de Hongrie.qui
pilloit bc massacroit publiquement
--'
le fit venir
parl'entremise de ses
amis, l'ayant fait mettre
à table avec luy Se
boire dans le mesmeverre
où il avoitbû;leComte
dit:je ne doute point
apresent que je nefois en
seureté,puisquej'ay bû
avecleplus honneste homme
du monde.
Rodolphe à l'âge de
73. ansse mitenchemin
pour aller à Spire,dilànt
qu'il alloit rendre visiteauxEmpereurs
defunts.
En effet, estant
tombé malade quelques
jours après, il mourut.,
& sust enterré avec les
autres Empereurs,
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Résumé : Erudition. [titre d'après la table]
Le texte relate des événements clés de la vie de Rodolphe, empereur de la Maison d'Autriche. Rodolphe contraignit Ottocare à lui rendre hommage par la force après une rencontre privée où il humilia Ottocare en exposant sa tenue somptueuse à l'armée, déclenchant une guerre au cours de laquelle Ottocare fut tué. Rodolphe fit preuve de piété en aidant un curé à porter le Viatique, geste pour lequel il reçut une prophétie sur son avenir. Quatre ans plus tard, avec l'aide de l'Archevêque de Mayence et des électeurs, il devint empereur et utilisa un crucifix comme sceptre lors de sa cérémonie d'élection. Rodolphe tenta également de rassurer un comte hongrois en partageant un repas avec lui. Il mourut à l'âge de 73 ans en se rendant à Spire et fut enterré parmi les empereurs défunts.
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25
p. 39-46
Nouvelles d'Allemagne.
Début :
Le Prince Eugene estant party pour les Pays-Bas le 6. [...]
Mots clefs :
Prince, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles d'Allemagne.
Nouvelles d'Allemagne..
t Le Prince Eugene esstanspartypour
les Pays-
Bas le 6.Avril dans le tems
qu'on croyoit l'Empereur
hors de danger, reçut en
deçà de Nuremberg un
Courrier que le Comte
d'Herberstein Vice-Président
du Conseil deGuerre
luy dépeschoit, pour luy
donner avis dela mort de
l'Empereur; l'invitant en
mesme temps de retourneràVienneoù
sapresenceestoie
fortnecessaire,
Ce Prince prit dans le moment
le party de renvoyer
le Courrier,& écrivir à la
Cour qu'il avoit jugé plus
à propos pour l' interest
de la Famille Imperiale,
& pour rassurer lesMembres
de l'Empirevoisins
du pays Ennemy., de continuer
sa route vers le +
haut Rhin & non pas en
Hollande. Il s'est abouché -
avec. les Electeurs de
MayencePa,ldaeTrteviesn6cPalatin,
ausquels il avoit
depcfché des Courriers
pour se rendre incessamment
àMayence.Ce qu'on
a pu apprendre du resultat
de leur conférence se reduit
à trois points, I. D'envoyer
un Courrier à Barcelone
pour inviter l'Archiduc
de revenir incef-
(àmmeneen Allemagne.
2. De depescher des Courriers
à Berlin & à Dresde,
pour communiquer aux
Eleveurs de Saxe & de
Brandebourg les sentiments
des trois autres El<:.-.
steurs,sçavoir de differer
FeiecHon jusques après la
paix ou dumoins jusqu'à la
la fin dela campagne pour
éviter les inconvénients
qui pourroient naistre
dans une conjoncture:
aussi fâcheuse que celle où
l'on setrouvoit. 3. Que le : Prince Eugene seroic au.
torisé de disposerde l'Ar-
- méedel'Empire pour af- -
furcr la tranquillité de
l'Allemagne,&empêcher
que les Armées de France
ne profitent de cette occasson.
En exccution. de
cette resolution
,
le Prince
Eugene s'est renduàRastad
pour passeren revuë
les Troupes qui sont aux
environs., donner les ordres
qu'il jugera necessaires
pour la garde des Lignes
d'Eslingen, & faire
marcher le reste de. l'Armée
dans les endroits convenables.
Cette Armée
doitestre renforcée par les
deuxRegimens Impériaux
& par les huit Bataillons
Palatins qui avoient marché
vers l'Oder&quiestoient
destinez pour l'Ar--
înee de Neutralité. Le'
Prince Eugene après avoir
donne ses ordres sur le
Rhinestallé en Hollande
où lesEtats Généraux ont
pris la resolution de mettre
tout en usage pour
procurer laCouronne Impériale
à l'Archiduc;ayant
envuë leur propre interest.
plustost que celuy de la
Maison d'Autriche ni de
l'Empire.
L'Imperatrice Merc
qui a la Regence des Pays
hereditaires, a ordonné
quetous les hautsOfficiers -..!.
resteraient dans leurs
Charges, en attendant les,
ordres de l'Archiduc.
Le Roy Auguste ayant
appris la mort de l'Empereur,
tint Conseil dans le
moment, où il fut résolu
d'ajouster à sa qualitéd'Electeur
,
celle de Vicaire
de l'Empire,& qu'il resteroit
en Allemagne jusques
aprésl'Election d'un nouvel
Empereur. Le Chancelier
de Pologne protesta
contre cerre résolution.
L'Electeur de Brandebourg
devoit partir le 26.
May pour serendre à Cle~:
ves..
t Le Prince Eugene esstanspartypour
les Pays-
Bas le 6.Avril dans le tems
qu'on croyoit l'Empereur
hors de danger, reçut en
deçà de Nuremberg un
Courrier que le Comte
d'Herberstein Vice-Président
du Conseil deGuerre
luy dépeschoit, pour luy
donner avis dela mort de
l'Empereur; l'invitant en
mesme temps de retourneràVienneoù
sapresenceestoie
fortnecessaire,
Ce Prince prit dans le moment
le party de renvoyer
le Courrier,& écrivir à la
Cour qu'il avoit jugé plus
à propos pour l' interest
de la Famille Imperiale,
& pour rassurer lesMembres
de l'Empirevoisins
du pays Ennemy., de continuer
sa route vers le +
haut Rhin & non pas en
Hollande. Il s'est abouché -
avec. les Electeurs de
MayencePa,ldaeTrteviesn6cPalatin,
ausquels il avoit
depcfché des Courriers
pour se rendre incessamment
àMayence.Ce qu'on
a pu apprendre du resultat
de leur conférence se reduit
à trois points, I. D'envoyer
un Courrier à Barcelone
pour inviter l'Archiduc
de revenir incef-
(àmmeneen Allemagne.
2. De depescher des Courriers
à Berlin & à Dresde,
pour communiquer aux
Eleveurs de Saxe & de
Brandebourg les sentiments
des trois autres El<:.-.
steurs,sçavoir de differer
FeiecHon jusques après la
paix ou dumoins jusqu'à la
la fin dela campagne pour
éviter les inconvénients
qui pourroient naistre
dans une conjoncture:
aussi fâcheuse que celle où
l'on setrouvoit. 3. Que le : Prince Eugene seroic au.
torisé de disposerde l'Ar-
- méedel'Empire pour af- -
furcr la tranquillité de
l'Allemagne,&empêcher
que les Armées de France
ne profitent de cette occasson.
En exccution. de
cette resolution
,
le Prince
Eugene s'est renduàRastad
pour passeren revuë
les Troupes qui sont aux
environs., donner les ordres
qu'il jugera necessaires
pour la garde des Lignes
d'Eslingen, & faire
marcher le reste de. l'Armée
dans les endroits convenables.
Cette Armée
doitestre renforcée par les
deuxRegimens Impériaux
& par les huit Bataillons
Palatins qui avoient marché
vers l'Oder&quiestoient
destinez pour l'Ar--
înee de Neutralité. Le'
Prince Eugene après avoir
donne ses ordres sur le
Rhinestallé en Hollande
où lesEtats Généraux ont
pris la resolution de mettre
tout en usage pour
procurer laCouronne Impériale
à l'Archiduc;ayant
envuë leur propre interest.
plustost que celuy de la
Maison d'Autriche ni de
l'Empire.
L'Imperatrice Merc
qui a la Regence des Pays
hereditaires, a ordonné
quetous les hautsOfficiers -..!.
resteraient dans leurs
Charges, en attendant les,
ordres de l'Archiduc.
Le Roy Auguste ayant
appris la mort de l'Empereur,
tint Conseil dans le
moment, où il fut résolu
d'ajouster à sa qualitéd'Electeur
,
celle de Vicaire
de l'Empire,& qu'il resteroit
en Allemagne jusques
aprésl'Election d'un nouvel
Empereur. Le Chancelier
de Pologne protesta
contre cerre résolution.
L'Electeur de Brandebourg
devoit partir le 26.
May pour serendre à Cle~:
ves..
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Résumé : Nouvelles d'Allemagne.
Le Prince Eugène, en route pour les Pays-Bas, apprit la mort de l'Empereur près de Nuremberg. Il choisit de se diriger vers le Haut Rhin pour rassurer les voisins de l'Empire et protéger les intérêts de la famille impériale. À Mayence, il se réunit avec les Électeurs de Mayence, de Trèves et du Palatinat pour discuter de trois points : inviter l'Archiduc Charles à revenir en Allemagne, différer l'élection impériale jusqu'après la paix ou la fin de la campagne, et autoriser le Prince Eugène à utiliser l'armée impériale pour maintenir la tranquillité en Allemagne. Le Prince Eugène se rendit ensuite à Rastatt pour passer en revue les troupes et donner des ordres stratégiques. L'armée fut renforcée par des régiments impériaux et des bataillons palatins. Il se rendit ensuite en Hollande, où les États Généraux soutinrent la candidature de l'Archiduc à la couronne impériale. L'Impératrice Élisabeth ordonna que les hauts officiers restent en fonction en attendant les ordres de l'Archiduc. Le roi Auguste de Pologne décida de rester en Allemagne jusqu'à l'élection d'un nouvel Empereur, une décision contestée par le Chancelier de Pologne. L'Électeur de Brandebourg devait partir pour Clèves le 26 mai.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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26
p. 1-72
BULLE D'OR. Au nom de la sainte & indivisible Trinité. Ainsi soit-il.
Début :
CHARLES par la grace de Dieu Empereur des Romains, toûjours [...]
Mots clefs :
Dieu, Saint, Empereur, Bulle d'Or, Prince, Esprits, Électeurs
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texteReconnaissance textuelle : BULLE D'OR. Au nom de la sainte & indivisible Trinité. Ainsi soit-il.
BULLED'OR.
/lunom de lasainte c3- indivisible
Trinité. Ainsisoit-il. cH ARLES par la grace
de Dieu Empereur des
Romains, toujours Auguste
& Roy de Boheme ; à la mémoire
perpetuelle de lamofc-"
Tout Royaume divisé en foimême
fera desolé : & parce
que Ces Princes Ce sont faits
compagnons de voleurs, Dieu
a répandu parmi eux un esprit
d'étourdissement & de veritige
, afin qu'ils marchent
comme à tâtons enpleinmidi
d£nïcme<Jues'ils-efloient au
milieudesténèbres ; il a osté
leurs chandeliers du lieu où
ils estoient,afin qu'ils soient
aveugles & conducteurs d'aveugles.
Et en effet, ceux qui
marchent dans l'obscurité Ce
heurtent; &c'est dans la division
que les aveuglesdtpten..
dement commettentdes mê'.
chancetez. Dis, Orguëil,
comment aurois-tu regné en Lucifer, si tu n'avois appelle laDissention à ton secours?
Dis, Satan envieux commënt
aurois-tuchassé Adam du Paradis
, si tune l'avois détourné
de l'obéïssance qu'il devoit
à son Createur? Dis, Colere,
comment aurois-tu détruit la
Republique Romaine,situne
t'etois servi de laDivision
pour animerPompée.& Jules
à une guerre intestine
,
l'une
çpnçre l'autre; Dis, Luxure,
comment aurois-tu ruiné les
Troyens
,
si tu n'avois separé
Helened'avec sonMary? Mais
toi,Envie,combien de foist'éstuefforcée
de ruiner par laditvHion
l'Empire Chrestien que
Dieu a fondé sur les trois Vertus
Theologales, la Foi,l'Esperance,
&la Charité
, comme sur,unefainteindivisible
Trinité,vomissant le vieux
venin de la dissention parmi
lessept Electeurs, qui sontles
colomnes & les principaux
Membres du saint Empire,
fc par l'éclat defquçls le saint
Empire doit estreéclairé,
Icomme-e, par sept flalnbea'Ux'¡
dont la lumiere elt fortiifés
par l'union dessept Dons du
Saint-Esprit? C'est pourquoy
estant obligez ,tant à cause
du devoir quenousimpose la
Dignité Imperiale dont nous
sommesrevêtus; que pour
maintenirnostreDroit d'Elec.
tear entant que Roy de Bohême
,
d'aller au-devant desdangereufes
suites que les divisions&
dissentions poudroient
faire naître à l'avenir entre les
ËJë&eùrsdont noussommes
dunombre;Nous, àprésavoir
tnetirement délibéréen fioifoè
Cour& Assemblée solemnelle
de Nurenrberg
, en presence
detousles Princes Elecmn.
5 Eccelesiastiques &: Seculiers,
& autresPrinces, COIntes,
Barons, Seigneurs, Gentilshommes,
& Villes, éstant
assis dansle Trône Imperial,
revestu des Habits, Impériaux,
.aveC" les ornemens en main
Il laCouronne sur la telle,
par laplenitudedelaPuissançe
Imperiale,avons fait &publie
parcet Editferme&irrevocable
les Loix suivantes
,
pour cultiver l'unionentre les
fcie&eurs
5
établiruneforme
d'Election unanime, &fermertout
cheminà cette divijinn
detestable&aux dangers
extrêmes quila suivent. Don-
- né l'andu Seigneur mille trois
cent cinquante-six
,
li-ididionneuviéme
le dixiéme Janvier,
de nostre regne le dixieme
,
te de nostre Empirele cond. tond.
ARTICLE PREMIEK,
-
Commenté*farquiUsEleftcufs
, doivent efireconduitsau Ikté
oùsefera l'Election du ROf
des Romains. -'- NOUS declarons & ordonnons
par le present
EdIt Impérial, qui durera
éternellement, de nôtre cer.
taine Science, pleine Puissance,
& Autorité Inlperiale)
Que toutes les fois qu'il arrivera
à l'avenir necessité ou
occasion d'élire un Roy des
Romains pour être Empereur,
& que les Ele&p^irs^'
suivant l'ancienne & louable
coustume
, auront à faire
voyage au sujet de telleElection,
chaquePrince Electeur
fera obligé en étant requis,
de faire conduire &escorter
{ùrçlpcnt & sans fraude par ses
Pays,Terres&lieux,&plus
loin même s'il peut, tous
ses co-Electeurs ou leurs Députez,
vers laVille où l'Election
se devra faire, tant en
allant qu'en retournant; sous
peinede parjure, &: deperdre
( mais pour cette foisseulement
) la voix &: le suffrage
qu'il devoit avoir dans
cette Election,déclarant celui
ou ceux qui se serontrendus
encecinegligens ou rebelles
avoir encouru dés-lors lesdites
peines, sans qu'il foie
besoin d'autre Déclaration
que la Presente.
§. 2. Nous ordonnons de
plus, & mandons à tous les
autres Princes qui tiennent
desFiefs du saint Empire ROH
main, quelque nom qu'ils
puissent avoir;comme aussi
à tous Comtes, Barons, Gens
de guerre & Vassaux
, tant
Nobles que non Nobles, Bourgeois & Communautés
de Bourgs,deVilles &dè
tous autres lieux du saint Empire,
qu'ils ayent ,
lorsqu'il
s'agira de procéder à l'Election
d'un Roi des Romains
pourêtreEmpereur,àcon8c
sans fraude, comme il a
estédit, par leurs Territoires
&:. ailleurs ,le plus loin qu'il
se pourra, chaque Prince
Electeur,oulesDéputez qu'il
envoyera àl'Election ,pour
lesquels aussi bien que pour
lui il leur aura demande ou
a aucun d'eux tel sauf-conduit
; '&-en cas que quelqu'un
ait la présomption de contrevenir
à nostre presenteOrdonnance,
qu'il encoure aussi
toutes les peines suivantes :
sçavoir
, en casde contravention
par les Princes, Comtes,
Barons,Gentilshommes, Gens
de guerre & Vassaux
,
la peine
de parjure, & la privation
de tous les Fiefs qu'ils tiennent
dusaint Empire Romaia
&de tousautres quelconque;
comme aussi de toutesleurs
autres possessionsdequelque
nature qu'elles soienn! Età
l'égard des Communautez &£
Bourgeois contrevenans àce
que dessus
,
qu'ils soient aum
reputez parjures, & qu'avec
cela ils soient privez de tous
les Droits
,
Libertez, Privileges
&: Graces qu'ils ont obtenuës
du. saint Empire, ôc
encourent en leurs Personnes
& en leurs biens, le Banc ÔC
la proscription Imperiale ;&
c'est pourquoy nous les privons
dés-à- present, comme
pour lors, le cas arrivant, de
tous Droits quelconques. Permettons
aussi à tous& un
chacun de courte fus aux
proscrits& de les attaquer,
offenser Se outrager impunémentd'autorité
privée ,sans
pour ce demander autre permiïïibri
des Magistrats,ny
avoirà craindre aucune pum-*
tion de la part de l'Empire ,
ou de quelqu'autre que ce
soit, attendu que lesdits prof.
crits font convaincus du crime
de felonie envers la Republique,
l'Etat &: la Dignité du
saint Empire, & même contre
leur honneur & leur salut ,
ayant méprisé temerairement
èc comme rebelles, desobéïssans
&traîtres, une chose si
importante au bien public.
- §. 3. Nous ordonnons
mandons aussi aux Bourgeois
de toutes les Villes, & aux
Communautez, de vendreou
faire vendre à chaque Electeur
ouà leurs Deputez pour
l'Election, tant en allant qu'en
retournant, à prixraisonnable
& sans fraude, les vivres
&: autres choses dont ils aiiront
besoin pour eux & pour
ceux de leur fuite;le tout fous
les mêmes peines ci
-
dessus
mentionnées à l'égard desdits
Bourgeois & Communautez
,
que nous declarons par eux
encouruës de fait.
§. 4. Que si quelque Prince,
Comte, Baron, Homme de
guerre, Vassal Noble ou Inoble,
Bourgeois ou Communauté
de Villes, estoit assez
temeraire pour apporter quel*
que empêchement ou tendre
quelques embûches aux
teurs ou à leurs Deputez allant
pour l'Election d'un Roy
des Romainsou en revenant,
&les attaquer, offenser ou inquieter
en leurs perfonncs
eu en celles de leurs domestiques
, suite
, ou même en
leurséquipages, soit qu'ils
eussent demandé le fau£-cor&-
duit ordinaire
,
soit qu'ils
n'eussent pas jugé à propos de
le demander:Nous déclarons
celuy-là& tous ses complices,
avoir encouru de fait les susdites
peines, felon la qualité
des personnes
,
ainsi qu'il est
ci-dessus marque.
§. 5. Et même si un Prince
Electeuravoit quelqueinimitié
,
différentou procésavec
quelqu'unde ses Collègues>
cette querelle ne le doit point
empêcher de donner,enestant
requis,laditeconduite ôcef*
corte à l'autre ou à ses Députcz
pour ladite Elçéhop
,
à
peine de parjure & de perdre
sa voix en l'Election pour cette
fois-làseulement,comme ii.g
,esté dit ci-dessus.
§.6.Commeaussi,silesautres
Princes, Comtes, Barons,
Gens de guerre, Vaflfauî*
Nobles,& Inobles,Bourgeois
&: Communautez des-Ville$
vouloient du malà quelque
Electeur ou à plusieurs
, ou
s'il y avoirquelque diiïerenç
ou guerre entr'eux, ils ne laisferont
pas,sans contradiction
pu fraude aucune,deconduire
al' d'escorterle Prince Electeur,
ou lesPrinces Electeurs
ou leurs Députez ,foit en
allant au lieu où se devrafaire
l'Election, foit en s'en retournant
, s'ils veulent éviter les
peines dont ils font menacez
par cet Edit, lesquelles ils
encourront de fait au même
temps qu'ils en useront ment.¡;' autre-
§: 7. Et pour une plus gran- defermeté, & plus ample
assurance de toutes les choses
ci-dessusmentionnées ,Nous
voulons & ordonnons, Que
tous & chacun les Princes
Electeurs & autres Princes,
Comtes
,
Barons,Nobles
Villes; ou leurs Communautez,
promettent par Lettres ,
&par Serment toutes lesdites
choses
, & qu'ils s'obligent
de bonne foy & sans fraude
de les accomplir , &c mettre
en effet ; & que quiconque
refusera de donner telles Lettres,
encoure defait les peines
ordonnées, pour estre executées
contre les refufans
,
selon
la £ondizinii des personnes.
§. 8. Que si quelque Prince
Electeur ou autre Prince
relevantde l'Empire
,
de quelque
qualité ou condition qu'ii soit, Comtes
,
Barons ou
Gentilhommes, leursSuccesfeursou
Heritiers tenans des
Fiefs du saint Empire
,
refu*-
soit d'accomplir nos Ordonnances
6c Loix Impériales cidessus
ôc ci-aprés écrites, ou qu'il
qu'il eût la presomption d'y
contrevenir ,
liceftunrElec*
teur , que dés-lors ses Coélecteurs
l'excluënt dorenavant
de leur Société,& qu'il soit
privé de savoix pour l'Election
&de la place, de la Dignité
& du Droit de P rince Elec., ,
teur ; & qu'il ne soit point
investi des Fiefs qu'il tiendra
du saint Empire Et si c'efl;
quelqu'autre Princeou
Gentilhomme (comme il a
esté dit ) quicontrevienne
àces mêmes Loix, qu'il ne
foit. point non plus investi
de Fiefs qu'il peut tenir de
l'Empire, oudequi quece
soitqu'il les tienne, &cependant
,qu'ilencoure dés-lors
lesmêmepeinespersonnelles
c§i-d.cElius tspécifiées. 1; encore quehîous
entendions & ordonnonsque
tous les Princes, Comtes,
Barons, Gentils- h01îlmeS:,
Gens deguerre, Vassaux; VisJ.
les & Communautez soient
obligezindifferemment de
donner ladite escorte Se. conduite
à chaque Electeur ou
à ses Deputez, comme il a
esté dit;Nous avons toutesfois
estimé à propos d'assigner
à chaque Electeur une escorte
& des conducteurs particuliers,
selonles pays & leslieux
où il aura à passer,comme il
se verra plus amplement par
ce qui fuit.
§.io. Premierement, le
Roy deBohemeArchiéchançon
du SaintEmpire, sera
conduit par l'Archevêque de
Mayence,parlesEvêquesde
Bamberg &de Virtzbourg,
par les Bourgraves de Nuremberg
, par ceux de Hohenloë,
deVertheim, de Bruneck &
de Hanau, &. par les Villesde
Nuremberg
,
de Rotembourg,
&deW indesteim.
- ii. L'Archevêque de
Cologne Archichancelier du
saint Empire en Italie, sera
conduit par desArchevêques
de Mayence & de Tréves,par
le Comte Palatin du Rhin^
par le LandgravedeHesse,
parlesComtes de Catzenellenbogen
,
de NafTaw ,
de
Dierz
,
d'Issembourg de
Westerbourg
-1
de Runc KC^r,
de Limbourg & de Falckenstein
,
& par les Villes de wetzlar
, de Geylnhaufen & de
Fridberg. ---»
§. 12. L'Archevêque de
Tréves Archichancelier du
saint Empire dans lesGaules
& au Royaume d'Arles, sera
conduit par l'Archevêque de
Mayence, par les Comtes Palatin
du Rhin, par lesComtes
de Spanheim & de Veldens,
par les Bourgraves&Wildgraves
de Nassavv, d'!ffem.L
bourg, de Westerbourg, de
deRanckel
,
de Limbourg, de Dietz
,
deCatzenellebogon
,
d'Eppenstein& de Falckenstein
,&parlaVille de
Mayence.
- v,$. 14Le Comte Palatin du
Rhin Archimaîtredu saint
Empire, fera conduit par
l'Archevêque de Mayence.
§. 14. Le Duc de Saxe Archimarêchal
du saint Empire,
seraconduit par le Roi de
Bohême, les Archevêques de
Mayence &: de Magdebourg,
les Evêques de Bamberg 8c
de Wirtzbourg, le Marquis
de Misnie, le Langravede
Hesse, les Abbez de Fulden
& de Hirchsfelt
,
les Bouc*-
graves de Nuremberg
, ceux
de Hohenloë,de Wertheim, de Bruneck
,
de Hanau)'cS¿: de
Falckenstein ; commeaussipar
les Villesd'Erford,Mulhausen
,, Nuremberg
, Rotembourg
&: Windesheim.
§«1j.Et tousceuxvieQ^•
nent d'estre nommez seront
pareillement tenus de conduire
le Marquis de BrandebEourgmArchpichanicerlieer
d.u s.
: §. 16.Voulons en outre,&
ordonnons expressément que
chaque Prince Electeur qui
voudra avoir tel sauf-conduit
&i escorte, le fasse duëment
sçavoir à ceux par lesquelsil
voudra estre conduit& escorté
,
leur indiquant le chemin
qu'il prendra; afin que
ceux qui font ordonnezpour
ladite conduite, & qui en auront
esté ainsi requis, s'y puissent
preparer commodement
& assez à temps. : §.17. Declarons toutefois,
jque les presentes Constitutions
faites àú sujet'deladittè
conduite,doivent estre entenduës,
en forte que chacun
dessus-nommez , ou toutau-*
tre qui n'a pas peut-êtreesté
ci-dessus dénommé à qui dans
le cas susdit il arrivera d'efirè
requis de fournir ladite con.
duite & escorte, foit obligé
de la donner dans ses Terres
& Pays feulement
, & même
au de-là, si loin qu'il le pourra,
le tout sans fraude, fous
lmes peineés cie- desssus e.xpri* • $. 18. Mandons & Ordonnons
de plus, que l'Archevê^
que de
-
Mayence qui tiendri
alors leSiege, envoye ses Let:..
tres Patentes par Couriers êxprés,
à chacundesditsaut4:ci
Princes Electeurs Ecclesiastiques
6c Seculiers
,
ses CoHejot
gues , pour leur intimer ladite
Election
; & que dans ces
Lettres soit exprimé le jour
& le terme dans lequel vraisemblablemeut
elles pourront
estre renduës à chacun deces
Princes.
§. 19. Ces Lettrescontiendront,
que dans trois mois, à
compter du jour qui y feraexr
primé, tous & chacun les
Princes Electeurs ayent à fit
rendre à Francfort sur leMein
en personne
, ou à y envoyer
leurs Ambassadeurs
, par eux
autentiquement autorisez &
munis de Procuration valable,
• iîgnée de leur main &: scellée
de leur grand Sceau,pourproceder
ceder à l'Election d'un Roy
des Romains futur Empereur.
§. 20. Or comment & en
quelle forme ces fortes de
Lettresdoivent estre dressées,
&quelle solemnité y doitestre
observée inviolablement, &e;i
quelle forme & maniere les
Princes Electeurs auront à
dresser&faire leurs Pouvoirs,
Mandemens 8>C Procurations
pour les Députez qu'ilsvoudront
envoyer à l'Election;
cela se trouvera plus clairement
exprimé à la fin de la
présente Ordonnance;laquelleforme
en cet endroit prescrite,
Ordonnons de nostre
pleine Puissance &: Autorité
Imperiale, estreen tout &:
par tout observée.
§..il. QiiFind les choses
serontvenuës à cepoint,que
la nouvellecertaine de lamort
.dç l'Empereur ouduRoydes
Romains sera arrivéedansle
Diocese de Mayence, Nous
commandons ôç ordonnons,
que dés-lors
,
dans l'espace
d'un mois, àcompter du jour
de l'avis reçu de cette piort
l'Archevêque de Mayence par
sesLettres Patentes en donne
part aux autres Princes Electeurs
, & fasse l'intimation
dontilest ci-dessusparlé. Que
il par hasard cet Archevêque
négligeoit ouapportoit de la
lenteur à faire ladite intimation
,
alors les autres Princes
Electeurs, de leurpropremouvement,
sans mêmeetreàpgellez
, & par lafidelité avec laquelle
ils sont obligez d'assisterle
saint Empire
,
se rendront
dans trois mois( ainsi
qu'il aesté dit) en ladite Ville
cleFrancfort, pour élire un
Roy des Romains futur Empereur.
§. il. Or chacun des Princes
Electeurs ou ses Ambassadeurs
, ne pourront entrer
dans le temps de ladite Election
en ladite Ville de Francfort
,qu'avec deux cent chevaux
feulement, parmi lesquels
il pourra y avoir cin-
; quante Cavaliers armez, ou
moins s'il veut, mais non pas
davantage.
§. 2 3. Le Prince Electeur
ainsi appellé & invité à cette
.Election^ & n'yvenant t\-s
ou n'y envoyantpasks Anibai--
sadeurs avec ses Lettres Patentes
scellées de son grand
Sceau, contenant un plein,
libre&entier pouvoir d'élire
un RoydesRomains, ou bien y
estant venu ou y ayant envoyé à
son deffaut les Ambassadeurs,
si ensuitelemême Prince
ou lesdits Ambassadeurs se
retiroient du lieu de l'Election
avant que le Roy desRomainsfutur
Empereur eust
esté élû) & sans avoir substituésolemnellement&
latRë
un, Procureur legitime, afin
d'y agir pour ce que dessus
,
que pour cette fois il soit privé
de sa voix pour l'^Icjfbion
& du Droit qu'il y avoit §c
(Ju'il aainsi abandonné.
§. 24. Enjoignons &mandons
aussiauxBourgeois de
Francfort, qu'en vertu du Serment
que Nous voulons qu'ils
prêtentàcette fin sur les fuints
Evangiles, ils ayent à proteger&
a"defféndCfe avec tout
foin,fidélité &vigilance,tous
nlees rParli,nces Elet-i-etirs en ge- &unchacund'eux en
particulier ; ensemble leurs
gens ,
<k chacun .desdeux
crnc Cavaliers qu'ils auront
amenez en laditeVille
, contre
toute insulte &attaque,
en cas qu'il arrivast quelque
dispute ou querelle entr'eux
,
&: ce envers &: contre tous; à faute de quoy encourront
la peine .de parjure, avec p?rte
de tous leurs Droits,Libertez,
Graces & Indults
qu'ils tiennent ou pourront
tenirduSaint Empire : & serontdésaussi-
tost mis avec
leurs Personnes & tous leurs
bièns
, au Banc Imperial: Et
dés-lors comme dés-à-prefent
, il fera loisible à tout
Homme de sa propre autorité
, sans estre obligé de recourirà
aucun Magistrat, d'attaquer
impunément ces inemes
Bourgeois, que nous privons
en ce cas dés-à-present
comme pour lors de tout
Droit, comme traîtres, infidelles
& rebelles à l'Empire ;
sans que ceux qui les attaqueront
pour ce sujet en doivent
apprehender,aucune punition
de la part du saintEmpire,ou
d'aucune autre-,par , §.25.Deplus, lesdits Bourgeoisde
laVille de Francfort
n'introduiront & ne permettront
fous quelque pretexte
que ce soit, de laisser entrer
en leur Ville aucun Etranger,
de quelque condition ou qualité
qu'il puisse estre, pendant
tout le temps qu'on procedera
à l'Election, à l'exception seulement
des Princes Electeurs,
leurs Deputez ou Procureurs,
chacun desquels pourra faire
entrer deux cent chevaux,
comme il a esté dit.
§. 16. Mais si après l'entrée
des mêmes Electeurs il se
trouvoit dans la Ville ou en
leur presence quelqueEtranger,
lesdits Bourgeoisen conséquence
du Serment qu'ils
aurontprêté pour ce sujet en
vertu de la presence Ordonnance
sur les saints Evangiles (comme il a esté ci -devant
marqué ) feront obligez de les'
faire sortir incontinent êc sans
retardement, fous les mêmes
peines ci-dessus prononcées
contre eux.
i>
Article II.
De l'Election du Roy des
ROrIJains.
§. I.APRE's que les Electeurs
ou leurs Plenipotentiaires
auront r1au leurs
entrées en la Ville de Francfort
, ils se transporteront le
lendemain du grand matin en
l'Eglise de Saint Barthelemy
Apôtre, &: là ils feront chanter
la Messe du Saint-Esprit,
&: yassisteront tous jusqu'à la
fin; afin que le même Saint-
Esprit éclairant leurs coeurs,
& répandant en eux la lumiere
de sa Vertu
,
ils puissent
estre fortifiez de son secours
pour élire Roy des Romains &
futur Empereur
, un Ho11me
juste, bon, &utile pour le salut
duPeuple Chrestien.
§. 2. Aussi-tost aprèsla Messe
, tous les Electeurs ou Plenipotentiairess'approcheront
de l'Autel où la Mené clé aura celebrée ; & là les Princes
Elèâréuri Ecclesiastiques,
l'Evangile de Saint Jean In
principio erat Verbum'dfcJ
estantexposée devant eux ,
mettront leurs mains avec reverence
sur la poitrine, & les
Princes Electeurs toucheront
réellement de leurs mains ledit
Evangile;àquoy tous avec
toute leur Famille assisteront
non-armez. Et alors l'Archevêque
de Mayence leur presentera
la forme du Serment;
& luy avec eux,&: eux ou les
Plenipotentiaires des absens
avec luy, prêteront le Serment
en cette maniere.
5* 3. Je N. Archevêque de
Mayence, Archichancelier du
Saint Empire en Allemagne &
Prince Electeur , jure sur ctf
SiilntsEvangilesky mis devant
moy , par la Foy avec laquelle je
suisobligé à Dieu dr au Saint
Empire Romain, que selon tout:
mon discernement, &jugement,
avec l'aide de Dieu
,
je veux élire
un Chef temporel auPeuple
Chrestien, c'est-à-dire un Roy
des Romains futur Empereur,
qui soit digne de l'estre autant
que par mon discernement &
mon jugement je le pourray connoistre
; ,& sur la même Foy je
donneray ma voix &monsuffrage
en ladite Election, sans aucun
pactenyesperance d'interest,
de récompense, ou de promesse,
0% d'aucune chosesemblable, de
quelquemanierequ'elle puisse
estre IlJpeUée. Ainsi Dieu m'aide
<&tous les Saints;
§. 4. Apres avoir preslc"Scr-,
ment en la forme & manieresusdite
,
fti fd1 te les Electeurs ou les
F il s o~t Ambassadeurs des absens procederont
à l'Election; & déslorsilsne
forciront plus dela
Ville de Francfort
,
.qu'aupav.
ravant ils n'ayent, àla pluralité
des voix,élû & donné ail
Monde ou au Peuple Chrêtien,
un Chef temporel,à
sfçauvoti ruunrREoymdpeseRroemuairn.s
§. 5. Que s'ilsdisseroient
de le E:ire dans trente jours
consecutifs,àcompterdujour
qu'ils auront presté le Serment
; alors,les trente jours
expirez ,ils n'auront, pour
nourriture que du pain &: de
Feau;&nc sortiront pas de la*».
dite Ville, qu'auparavant tous
oulaplus grande partie d'eux,
n'ayent élu unConducteur ou
Cheftemporel des Fidelles,
comme il aesté dit.
§. (y. Or après que les Electeurs
ou le plus grand nombre
d'eux l'aurontainsi élû dans
le même lieu
, cette Election
tiendra & fera réputée comme
si elle avoiresté faite par tous
unanimement sans contradiction
d'aucun.
§.7. Et si quelqu'un des Electeurs
ou desdits Ambassadeurs
avoit tardé quelque peu.cLe
tems à arriverà Francfort, ôc
quetoutefoisil yvintavantque •l'Ele&ionfr.fl: achevée;Nous
voulons qu'il soit admis à l'Election
en l'estat qu'elle se
trouvera lors de son arrivée.
§. 8.Et dautantque par une
coutume ancienne, approuvée
,&. loüable
, tout cequi estcidessousécrita
esté invariablement
observéjusqu'à pretent;
Nous, pour cette raison, voulons
&: ordonnons, de nostre
pleine puissance &: autorité
Imperiale, qu'à l'avenir celuy
qui dela maniere susdite aura
^fté élû Roy des Romains,
auaI-tofi après son Election
&C avant qu'il puisse se mesler
4e l'administration des autres
affaires de l'Empire.coiifiriiie
& approuve sans aucun délay,
par ses Lettres & son Sceau,
à tous & chacun les Princes
ElecteursEcclesiastiques&
Seculiers, comme aux principaux
Membres de l'Empire,
tous leurs Privileges,Lettres,
Droits, Libertez,Immunitez
,
Concessions anciennes
Coutumes & Dignitez,&
tout ce qu'ils ont obtenu ex;
possedé de l'Empire jusques au
jour de tonElection;&: qu'aprés
qu'il aura esté couronné
de la Couronne Imperiale, il
leur confirme de nouveautoutes
les choses susdites.
§. 9. Cette confirmation
fera faite par le Prince élua.
chacun des Princes L-leâeurs
en particulier, premierement
sous le Nom de Roy, & puis
renouvellée fous le Titre
d'Empereur
: Et fera tenu ledit
Prince élu d'y maintenir
sans fraude & de son bonmou*
vement les mêmes Princesen
général, &c chacun d'eux en
particulier; bien loin de leur
y donner aucun trouble ou
empêchement.
§. 10. Voulons enfin, & ordonnons
qu'au cas que trois
Electeurs presens, ou les Ambassadeurs.
des absenséliferçt.
un quatrième d'entr'eux, (çar
voir un Prince Elet[e-lli- present
ou absent, Roy des Romains
; lavoixde cet éllîs'il
est present,oulavoix de ses
Ambaissadeurs,s'il cil; absent,
ait sa vigueur & augmente Σ
nombre & la plus grande partie
des élisans, à l'instar des
autres Princes Electeurs,
ARTICLEIII.
'F>e la Séance des Archevêques
-
de Tréves, de CQtogm
drdeM-ayence. ,
9
A#nom de Lifaidtc{jr iiïdifViJi->
hle Trinité, d? à nojfreplus
grand bonheur. Ainsi soit-il.
iCgHraAcReLES IV.par la
de Dieu Empereur
des Romains, toujours Auguste&
Roy de Boheme; 'l
*kmémoire perpetuelle de la
chose.
§.I.L'union & la concordedes
venerables&illustres.
Princes Eleveurs, fait l'ornement
& la gloire du saint
Empire Romain, l'honneur
de la Majesté Impériale
, &:
l'avantage des autres Etats de
cette Republique, dont ces
Princes soutiennent l'édifice
sacré, comme en estant les
principales colonnes, par leur
pieté égale à leur prudence
: cesont euxaussi qui for.,.
tissent le bras de la PuiOEltlCC
Imperiale;& l'on peut dire
que plus le noeud de leuramitié
mutuelle s'étreint, plus le
Peuple chrestien joüit abondamment
de toutes les commoditez
qu'apporte la Paix &
la tranquillité.
§. 2. C'est pourquoy,pour
doresnavant prévenir lesdifputes
& les jalousies qui pourtoieht
naître entre les venetables
Archevêques de Mayeince,
de Cologne & de Tréves,
Princes Electeurs du Saint
Empire, à cause de la primauté
& du rang qu'ils doivent
avoir pour leursSéances
dans les Assemblées Imperiales
& Royales, & faire
en forte qu'ils demeurent entr'eux
dans un estattranquille
de coeur & d'esprit
,
& puissenttravailler
unanimement&
employer tous leurssoins aux
affaires & aux avantages du
saint Empire pour laconsolation
du Peuple Chrestien ;
Nous avons, par délibération
& par le Conseil de tousles
Electeurs, tant Ecclesiastiques
que Seculiers, arresté & oih
donné, arrestons & ordonnons
,
de nostre pleine Puissance
& Autorité Imperiale,
par ce present nostreEditperpetuel
& irrévocable
, que lesdics
vénérables Archevêques
auront Séance; sçavoir celuy
de Trevesvis-à-vis la face
de l'Empereur ;celuy de
Mayence, soit en ion Diocese
& en saProvince, soit même
hors de sa Province dans,
l'étenduë de la Chancellerie
Allemande, excepté en laProvince
de Cologne seulement,,.
à la main droite de l'Empereur
;ainsi que l'Archevêque
de Cologne l'aura en sa Province
& en fôn Diocese
, &:
hors de sa Province en toute
l'Italie & en France,àla
main droite de l'Empereur,
&: ce en tous les Actes publics
Impériaux , de même
qu'aux Jugemens, Collations,
Investitures desFiefs,Festins,
Conseils& en toutes leurs
autres Assemblées où il s'agira&
se traitera de l'honneur
& du bien de l'Empire Romain.
Voulantquecet ordre
de Séance foit observé entre
lesdits Archevêques de Colo-"*
gne, de Tréves & de Mayence
, & de leurs Successeurs cU
perpetuité
,
sans que l'on puisse
à jamais y apporter aucun
changement,ou y former aucune
contestation,
ArticleIV.
*Der Princes Electeurs en
commun.
§.1.oRdonnons aussi, que
coûtes les sois que
l'Empereur ou le Roy desRomains
se trouvera assis dans
les Assemblées Impériales,
foit au Conseil, à table, ou
eh toute autre rencontre avec
les Princes Electeurs, le Roy
de Boheme, comme le Prince
couronné &: sacré,occupela
la premiere place immédiatement
après l'Archevêque de
Mayence ou celuy de Cologne;
sçavoir après celuy d'eux deux
qui pour lors
,
selon la qualité
des lieux & varieté des Provinces
,
fera assis au cofté droit
de l'Empereur ou du Roy des
Romains
,
suivant la teneur de
son Privilege; &que le Comte
Palatin occupe aprés luy la
seconde place du même costé
droit : qu'aucofté gauche le
Ducde Saxe occupe la première
place aprèsl'Archevêque
qui fera assis à la main
gauchede l'Empereur;& que
le
,.
Marquis de Brandebourg
se mettra après le Duc de
Saxe. §.2.Toutes & quantefois
que le Saint Empire viendra
à vacquer ,
l'Archevêque de
Mayence aura le pouvoir qu'il
a eu d'ancienneté
,
d'inviter
jfar "LcttÉe's'les ancresPHT^
des sesConfreresdevenir àx
l'Election.
§. ~34
Touslesquels,ouceux
d'entr'eux qui auront pû ou
vtmluaflïftcr à ladite Elèétion
eilantalIèrnblez pour yprôceder
, ce fera à l'Electeur de
Mayence &: non à un autre ,de
-rêciieillir particulièrementles
voix de ce-Electeurs,enl'or-*'
dtoc fuivann I;*> -
era pre ic-@
;
§. 4. Il demanderapremier
rèment l'avis à l'Archevêque
de Trêves,àqui nousdeclarons
que le premier sutfrage
appartient,ainsî que nôus
avons trouvé qu'il luy avoio
appartenu jusqu'à present. Serondement
,àl'Archevêqud
deCologne, à qui appartient
l'honneur
l'honneur & l'office de mettre
le premierleDiadème sur la
teste du Roy des Romains.
Troisiémement
, au Roy de
Boheme qui tient laprimauté
par l'Eminence,le droit & le
mérité de sa Dignité Royale
entre les Electeurs Laïques.
En quatrième lieu
, au Comte
Palatin du Rhin. En cinquième
lieu, au Duc de Saxe; &.
en sixiéme lieu, auMarquis
de Brandebourg. L'A rchevêl-
que de Mayence ayant ainsi &:
en l'ordre susdit, recüeilli les
suffrages de tous, fera en- tendre aux Princes ses Confreres
& leur découvrira [es.
intentions, &: à qui il donne
sa voix, en estant par eux requis.
§. y'. Ordonnons aufh'qu'-
aux ceremonies des Festins
Imperiaux, le Marquis de
Brandebourg donnera l'eau à
laver les mains à l'Empereur
ou au Roy des Romains; le
Roy deBohême lui donnera la
pemiere fois à boire, (lequel
service toute-fois il ne serapas
tenu de rendre avec la Couronne
Royale sur la téte, conformément
aux Privilèges de
son Royaume, s'il ne le veut
de sa propre & libre volonté;)
le Comte Palatin du Ii. hin fera
tenu d'apporter la viandè; 8c
le Duc de Saxe exercera sa
charge d'Archi-marecchal ,
comme il a accoûtumé de faire
de toute ancienneté.
ARTICLE V.
Du Droit dIt Comte Palatirs
duRhin,&duDuc.
1. de Saxe.
§.I. DE plus, toutes les
fois ques le saint
Empire viendra à vaquer
comme il cfi dit, l'liluiti'e
Comte Palatin du Rhin Archimaître
du saint Empire Romain
,
fera l roviseur ou Vicaire
de l'impire dans les
partiedu Rhin& de la Suabc,,
& de la Jurisdiction de Franconie,
à cause de sa Principauté,
ou du Privilège du
ComtéPalatin, avec pouvoir
d'administrer la Jllfijce.,j- de
nommeraux Benefices -Ecc1e.,
siastiques, de recevoir le revenu
de l'Empire,,d'investir
des Fiefs,&de recevoirlesfoi
& hommages de la part & au
nom du saint Empire; coures
lesquelles choses toutefois seront
renouvellées en leur terris
par le Roy des Romains après
dûy auquel les foi & hommages
devront être de nouveau
prêtez ; à la reserve des Fiefs
des Princes, & de ceux qui se
donnent ordinairement avec
l'étendart,dontnous reservons
spécialement l'invèstiture & la
collation à l'Empereur seul ou
au Roy des Romains. Le
Comte Palatin sçaura toutefois
qu'illui est défendu exjsireffement
d'aliénner ou d'eri.
gager aucune chose appartenant
à l'Empire, pendant le
temps de son Administration
ouVicariat.
§. 2. Et Nousvoulons que
l'Illustre Duc de Saxe Archimareschal
du saint Empire
joüisse du mêmedroitd'Administration
dans les lieux où le
droit Saxon est observé, en
toutes les mêmes maniéres&.
cfonpditeioncs qiuitftonet cei-dseum.s
§. 3. Et quoi-que parune
coustume fort ancienne il ait
esté introduit que l'Empereur
ou le Roy des Romains cR:
obligéderépondre dans les
causesintentées contre luipardevant
le Comte Palatin du
Rhin Archimaistre, Prince
Electeur du saint Empire>leK
dit Cpmte Palatin ne pourra
toutefois exercer cette Jurisdiction
qu'en la Cour Impériale
où l'Empereur ou leRoy
des Romainsfera present en
personne,&:nonailleurs.
ARTICLE VI.
,De la compawifoM des Princes
ElecteuPrrsiancveesccomlmeusnasu. tres
NOU s ordonnons qu'en
toutes les Cérémonies
& Assemblées de la Cour Impériale
qui feront doresnavant
&: à l'avenir; les Princes Electeurs
Ecclesiastiques & Séculiers
tiendront invariablement
leursplaces à droite &à
gauche,selon l'ordre &:J«i
maniéré prescrite; ôc que nul
autre Prince,de quelque Etat,
dignitéPrééminence ou qualité
qu'il soit, ne leur puisse
être ou à aucuns d'eux,préféré
en aucunes actions quelconques
qui regarde, les Assemblées
Impériales, Toit en marchant
, séant ou demeurant
debout; avec cette condition
expresse, que le Roy de
Boheme nommément, précédera
invariablement dans toute?
& chacunes lesactions &:
célébrationssusdites des Assemblées
Imperiales, toutau-
,.tre Roy
,
quelque dignitéou
Prérogative particulière qu~ii
puisseavoir, & pour quelque
causeoucas qu'il y puissevenir
ou assister.
ARTICLE VII.
De la fùceejjion des Princes
Electeurs.
Au Nom de tif sainte & tndî~
visible Trinté, & à nojhré
plus grand bonheur. Ainjisoit-
il. cHARLES Quatrième
par la
-
grace de Dieu
Empereur des Romains toûjours
Auguste &: Roy de Bohême
; à la mémoire perpértuclte
delachose. 1
--
§. I. Parmi les soins inrion*
: brables que nous apportons
journellement pourmettre en1
un état heureux le saint Empire,
oùnousprésidons par
l'assistance duSeigneur,nôtre
principale aplication est à faire
fleurir & à entretenir toujours
parmi les Princes Electeurs du
saint Empire, une Unionsalutaire&
une concorde&charité
sincere, estant certain que
leurs conseils font d'autant
plus utiles au Monde Chrestien,
qu'ils se trouvent éloignez
de toute erreur; que la
Charité regne plus purement
entre eux; que tout doute en
est banni; &: que les droits
d'un chacunsont clairement
,diecllarez & specifiez.Certes, cftgeneralement manifesté
& notoire àtout le Monde,
que les Illustres le Roy de
Boheme, le Comte Palatin du
Rhin, le Duc de Saxe &: le
Marquis de Brandebourg : le
premier envertude son Royaume
, & les autres en vertu
de leurs Principautez, ont
droit, voix&séanceen l'tlection
du Roy des Romains futur
Empereur, avec les Princes
Ecclesiastiques leurs Coélec-
.'teints, avec lesquels ils sont
tous reputez, comme ils sont
en effet, vrais & légitimés
-
Princes Electeurs du saint
Empire.
§. 2. Néanmoins
,
afinqu'à
-l'avenir onjie puisse fufclcer
;¡aucun sujet de scandale & de
division entre les Fils de ces Princes Electeurs Seculiers,,
touchant lesdits droit, voix
&&: faculté d'élection ; SC
qu'àinsi le bien public ne cour- te aucun risque d'estre retardé
ou troublé par des délais dangereux
; Nous, avec l'aide de
Dieu, desirant en prévenir les
perils à venir.
§. ;. Statuons &: ordonnons
,
de notrePuissance &
Autorité Iir periale, par la presente
Loi perpetuelle, que cas
avenant que lesdits Princes
Electeurs Seculiers, &: quelqu'un
d'eux viennent à deceder,
le droit, la voix,& le
pouvoir d'élire, fera dévolu
librement & Las contradiction
de qui que ce (cit) à îoà
Fils aîné légitimé & laïque ;&
en cas que l'aîné ne fust plus
au monde, au Fils aînédel'ainé
semblablementlaïque.
§. 4. Et si ledit Fils aîné,
venoit à mourir sans laisser
d'enfansmâleslegitimes Iaft
ques, le droit, la voix &, le
pouvoir de l'élection feront
dévolus en vertu du presens
Edit, à son Frere puîné descenduen
ligne directe légitime
paternelle, & ensuite au Fîfé
aîné laïque de celui-ci.
§. y. Cette succession des
aînez &: des Héritiers de ces
Princes fera perpétuellement
observée en ce qui regarde le
sdurositd,liat. vvooiixx,. Ô&C le ppoouuvvooiirr
l, §. 6. A cette condition&
en sorte toutefois, que si le
Prince Eleaeur ou son Fils
aîné, ou le Filspuisné laïque
venoit à deceder, laissant des
Heritiers mâles legitimes laïques
mineurs, le plusâgé
Frere de ce désunt aîné fera
Tuteur &Administrateur desdits
mineurs
,
jusqu'à ce que
l'aîné d'entr'eux ait atteint
l'âge légitime »
lequel âge en
^in Prince Electeur, voulons
ordonnons estre à toujours
dedix-huit ans accomplis ; &
lorsquel'Electeur mineur aujra
atteint cet âge,son Tuteur
ou Administrateur fera tenu
de luy remettre incontinent
& entièrement le droit
,
la
yoix & le pouvoir avec l'Qf;
jrr
fices d;gieéteur ,Se généralement
tout ce qui en dé..
pend. .:tJ §. 7. Etsi quelqu'une deces
Principautez venoitàvacquer
au profit de l'Empire
,
l'Em",
pereur ou le Roy des Romains
d'alors en pourra disposer
comme d'une chose dévoluë
légitimement à luy &
au saintEmpire.
§. 8. Sans préjudice néan~
moins des Privileges,Droits
& Coutumes de nostre Royaume
de Boheme
,
pour ce qui
regardel'Election d'un nouveau
Royen cas de vaccance;
en vertu desquels les Regnicoles
de Boheme peuvent élire
un Roy de Boheme suivant
la Coutume observée detout
temps , &: la teneur desdits
Priviléges obtenus des Empereurs
ou Rois nos Predecesseurs
; ausquels Privilèges
1Nous n'entendons nullement
prejudicier par la presente
Sanction Imperiale, au contraire
ordonnons expressement
que nostredit Royaume
y soit maintenu
,
& que ses
Privilegesluy soient confervez
à perpétuité
,
selon leur
forme & teneur.
Article VIII.
De 1,Immunité du Roy de Bohê*
, ~me3& des Habitans audit
Royaume.
Ski.cOMME les Empe»
reurs & Rois nos
Predecesseurs ont accordé
aux Illustres Rois de Boheme
nos Ayeuls&Predecesseurs,
aussi-bien qu'au Royaume ÔC
à la Couronne de Boheme , Je Privilege qui par grace a
esté accordé & qui a eu son
effet dans ledit Royaume, sans
interruption dèpuis un temps
immemorial, par une lo.üa.
ble Coutume incontestablement
observée pendant tout
ce temps &: prescrite par l'ufage,
sans contradiction 8c interruption
aucune, qui est
qu'aucun Prince, Baron
Noble, Homme de , guerre,
Vassal, Bourgeois, Habitant,
Paisan & autre personne de
ce Royaume & de ses appartenances,
de quelque Etat,
Dignité,Prééminence ou
condition qu'il puisse être, ne
puisse pour quelque cause ou
fous quelque prétexte, ou par
quelque personne que ce soit,
être ajourné & cité hors le
Royaume &: pardevant d'autre
Tribunal, que celui du Roy
de Boheme &; des juges de sa
Cour Royale. Nous, desirans
renouveller &: confirmerledit
Induit,Usage&Privilege,Ordonnons
de nostre autorité &:
pleine Puissance Imperiale, par
cette Constitution perpetuelle
& irrévocable à toujours, que
si nonobstant ce Privilege,
Coûtume & Indult, quelque
Prince, Baron, Noble, Vassal,
Bourgeois ou Paisan,ouquelque,
autre personne susdite
, étoitcité ou ajourné à quelque
Tribunal que ce fut hors du
Royaume, pour cause quelconque
civile, criminelle ou
mixte, il ne foit nullement
tenu d'y comparoistre &: d'y
répond re, en aucun temps, en
personne ou parProcureur:Et
1 le Juge étranger &: qui ne
demeure point dans le Royaume,
quelque autorité qu'il
.air, ne laisse pas de proceder
contre les Défaillans ou le non
Comparant, & de passer outre
jusques à Jugementinterlocutoire
on definitif, &de rendre
.une ou plusieurs Sentences
.<lans les Causes &: Affaires
susdites., dequelque maniere
que cesoit;Nous déclarons,
de nostre Autorité & pleine
Puissence Imperiale, toutes
lesditesCitations, Commandemens
,P rocédures,Sentences
&: executions faitesen
consequence generaloment
quelconques, nulles. &de nul
effet,sansqu'il puisse <eftt?è
.., ïienexecutéou attentéaupréjudice
de ce Privilege.
§. 2. Surquoi Nous ajouicons
expressement & ordonjnons
par cet Edit Imperial,
perpetuel &: irrévocable,de
la même pleine Puissance &
Autorité;que comme dans ledit
Royaume de Boheme ila
été toujours & de tems immémorial
observé, il ne soit
permis à aucun Prince, Baron,
Noble, Homme de guerre,
Vassal, Citoyen, Bourgeois,
JPaïfan, ou tout autre Habitant
du Royaume de Boheme susdit,
de quelque Etat, Prééminence,
Dignité ou condition
qu'il foit, d'appeller à tout
autre Tribunal de quelcon<
tues, Procedures, Sentences
interlocutoires& définitives,
Mandemens ou Jugemens du
Roy de Boheme ou de ses
Juges; comme aussi de l'execution
desdites Sentences
--& jugemens rendus contre
acun d'eux, par le Roy ou
par les Tribunaux du Roy,
du Royaume &: des autres
Juges susdits, &C s'il arrive
qu'au préjudice de ce que
l'on interjette de tels appels,
qu'ilssoientdéclarez nuls ,(&
que les Appellans encourent
dés-lors réellement & de fait
la peine de leur Cause.
ARTICLEIX.
DesMinés d'or, d'Argent d.-
autres Métaux, NOu s ordonnons par la
presente Constitution
perpetuelle &: irrévocable
, & déclarons denostre Science
, que nos Successeurs Rois
de Bohême
, comme aussi
tous &: chacuns les Princes
ElecteursEcclesiastiques &
Seculiers presens & à venir,
pourrontjustement & legitimement
avoir & posseder toutes
les Mines & Minieres
d'Or,d'Argent, d' E taim, de
Cuivre,de Fer & de Plomb
3. & de toutes fortes d'au res
Métaux ; comme aussi les Salines
découvertes ou qui se
découvriront avec le tir ps
en nostredit Royam e & dans
les Terres &: Pays sujets audit
Royaume
, ce même que
lesdits Princes dans leursPrincipautez
,
Terres, Domaines
& Appartenances, avec tous
Droits, sans en excepter aucun
, comme ils peuveut ou
ont accoutumé de les posseder.
Pourront aussi donner retraite
aux Juifs & recevoir à
l'avenir les Droits <5c les Peages
établis par le passé, tout
ainsi qu'il a esté Jusqu'à present
observé & pratiqué legU
timement par nos Predecesseurs
Rois de Boheme d'heureuse
memoire
,
& par les
Princes Electeurs
,
& leurs
Predecesseurs
,
suivant l'ancienne
,
loüable & approuvée
Coutume, & le cours d'un
temps immemorial.
/lunom de lasainte c3- indivisible
Trinité. Ainsisoit-il. cH ARLES par la grace
de Dieu Empereur des
Romains, toujours Auguste
& Roy de Boheme ; à la mémoire
perpetuelle de lamofc-"
Tout Royaume divisé en foimême
fera desolé : & parce
que Ces Princes Ce sont faits
compagnons de voleurs, Dieu
a répandu parmi eux un esprit
d'étourdissement & de veritige
, afin qu'ils marchent
comme à tâtons enpleinmidi
d£nïcme<Jues'ils-efloient au
milieudesténèbres ; il a osté
leurs chandeliers du lieu où
ils estoient,afin qu'ils soient
aveugles & conducteurs d'aveugles.
Et en effet, ceux qui
marchent dans l'obscurité Ce
heurtent; &c'est dans la division
que les aveuglesdtpten..
dement commettentdes mê'.
chancetez. Dis, Orguëil,
comment aurois-tu regné en Lucifer, si tu n'avois appelle laDissention à ton secours?
Dis, Satan envieux commënt
aurois-tuchassé Adam du Paradis
, si tune l'avois détourné
de l'obéïssance qu'il devoit
à son Createur? Dis, Colere,
comment aurois-tu détruit la
Republique Romaine,situne
t'etois servi de laDivision
pour animerPompée.& Jules
à une guerre intestine
,
l'une
çpnçre l'autre; Dis, Luxure,
comment aurois-tu ruiné les
Troyens
,
si tu n'avois separé
Helened'avec sonMary? Mais
toi,Envie,combien de foist'éstuefforcée
de ruiner par laditvHion
l'Empire Chrestien que
Dieu a fondé sur les trois Vertus
Theologales, la Foi,l'Esperance,
&la Charité
, comme sur,unefainteindivisible
Trinité,vomissant le vieux
venin de la dissention parmi
lessept Electeurs, qui sontles
colomnes & les principaux
Membres du saint Empire,
fc par l'éclat defquçls le saint
Empire doit estreéclairé,
Icomme-e, par sept flalnbea'Ux'¡
dont la lumiere elt fortiifés
par l'union dessept Dons du
Saint-Esprit? C'est pourquoy
estant obligez ,tant à cause
du devoir quenousimpose la
Dignité Imperiale dont nous
sommesrevêtus; que pour
maintenirnostreDroit d'Elec.
tear entant que Roy de Bohême
,
d'aller au-devant desdangereufes
suites que les divisions&
dissentions poudroient
faire naître à l'avenir entre les
ËJë&eùrsdont noussommes
dunombre;Nous, àprésavoir
tnetirement délibéréen fioifoè
Cour& Assemblée solemnelle
de Nurenrberg
, en presence
detousles Princes Elecmn.
5 Eccelesiastiques &: Seculiers,
& autresPrinces, COIntes,
Barons, Seigneurs, Gentilshommes,
& Villes, éstant
assis dansle Trône Imperial,
revestu des Habits, Impériaux,
.aveC" les ornemens en main
Il laCouronne sur la telle,
par laplenitudedelaPuissançe
Imperiale,avons fait &publie
parcet Editferme&irrevocable
les Loix suivantes
,
pour cultiver l'unionentre les
fcie&eurs
5
établiruneforme
d'Election unanime, &fermertout
cheminà cette divijinn
detestable&aux dangers
extrêmes quila suivent. Don-
- né l'andu Seigneur mille trois
cent cinquante-six
,
li-ididionneuviéme
le dixiéme Janvier,
de nostre regne le dixieme
,
te de nostre Empirele cond. tond.
ARTICLE PREMIEK,
-
Commenté*farquiUsEleftcufs
, doivent efireconduitsau Ikté
oùsefera l'Election du ROf
des Romains. -'- NOUS declarons & ordonnons
par le present
EdIt Impérial, qui durera
éternellement, de nôtre cer.
taine Science, pleine Puissance,
& Autorité Inlperiale)
Que toutes les fois qu'il arrivera
à l'avenir necessité ou
occasion d'élire un Roy des
Romains pour être Empereur,
& que les Ele&p^irs^'
suivant l'ancienne & louable
coustume
, auront à faire
voyage au sujet de telleElection,
chaquePrince Electeur
fera obligé en étant requis,
de faire conduire &escorter
{ùrçlpcnt & sans fraude par ses
Pays,Terres&lieux,&plus
loin même s'il peut, tous
ses co-Electeurs ou leurs Députez,
vers laVille où l'Election
se devra faire, tant en
allant qu'en retournant; sous
peinede parjure, &: deperdre
( mais pour cette foisseulement
) la voix &: le suffrage
qu'il devoit avoir dans
cette Election,déclarant celui
ou ceux qui se serontrendus
encecinegligens ou rebelles
avoir encouru dés-lors lesdites
peines, sans qu'il foie
besoin d'autre Déclaration
que la Presente.
§. 2. Nous ordonnons de
plus, & mandons à tous les
autres Princes qui tiennent
desFiefs du saint Empire ROH
main, quelque nom qu'ils
puissent avoir;comme aussi
à tous Comtes, Barons, Gens
de guerre & Vassaux
, tant
Nobles que non Nobles, Bourgeois & Communautés
de Bourgs,deVilles &dè
tous autres lieux du saint Empire,
qu'ils ayent ,
lorsqu'il
s'agira de procéder à l'Election
d'un Roi des Romains
pourêtreEmpereur,àcon8c
sans fraude, comme il a
estédit, par leurs Territoires
&:. ailleurs ,le plus loin qu'il
se pourra, chaque Prince
Electeur,oulesDéputez qu'il
envoyera àl'Election ,pour
lesquels aussi bien que pour
lui il leur aura demande ou
a aucun d'eux tel sauf-conduit
; '&-en cas que quelqu'un
ait la présomption de contrevenir
à nostre presenteOrdonnance,
qu'il encoure aussi
toutes les peines suivantes :
sçavoir
, en casde contravention
par les Princes, Comtes,
Barons,Gentilshommes, Gens
de guerre & Vassaux
,
la peine
de parjure, & la privation
de tous les Fiefs qu'ils tiennent
dusaint Empire Romaia
&de tousautres quelconque;
comme aussi de toutesleurs
autres possessionsdequelque
nature qu'elles soienn! Età
l'égard des Communautez &£
Bourgeois contrevenans àce
que dessus
,
qu'ils soient aum
reputez parjures, & qu'avec
cela ils soient privez de tous
les Droits
,
Libertez, Privileges
&: Graces qu'ils ont obtenuës
du. saint Empire, ôc
encourent en leurs Personnes
& en leurs biens, le Banc ÔC
la proscription Imperiale ;&
c'est pourquoy nous les privons
dés-à- present, comme
pour lors, le cas arrivant, de
tous Droits quelconques. Permettons
aussi à tous& un
chacun de courte fus aux
proscrits& de les attaquer,
offenser Se outrager impunémentd'autorité
privée ,sans
pour ce demander autre permiïïibri
des Magistrats,ny
avoirà craindre aucune pum-*
tion de la part de l'Empire ,
ou de quelqu'autre que ce
soit, attendu que lesdits prof.
crits font convaincus du crime
de felonie envers la Republique,
l'Etat &: la Dignité du
saint Empire, & même contre
leur honneur & leur salut ,
ayant méprisé temerairement
èc comme rebelles, desobéïssans
&traîtres, une chose si
importante au bien public.
- §. 3. Nous ordonnons
mandons aussi aux Bourgeois
de toutes les Villes, & aux
Communautez, de vendreou
faire vendre à chaque Electeur
ouà leurs Deputez pour
l'Election, tant en allant qu'en
retournant, à prixraisonnable
& sans fraude, les vivres
&: autres choses dont ils aiiront
besoin pour eux & pour
ceux de leur fuite;le tout fous
les mêmes peines ci
-
dessus
mentionnées à l'égard desdits
Bourgeois & Communautez
,
que nous declarons par eux
encouruës de fait.
§. 4. Que si quelque Prince,
Comte, Baron, Homme de
guerre, Vassal Noble ou Inoble,
Bourgeois ou Communauté
de Villes, estoit assez
temeraire pour apporter quel*
que empêchement ou tendre
quelques embûches aux
teurs ou à leurs Deputez allant
pour l'Election d'un Roy
des Romainsou en revenant,
&les attaquer, offenser ou inquieter
en leurs perfonncs
eu en celles de leurs domestiques
, suite
, ou même en
leurséquipages, soit qu'ils
eussent demandé le fau£-cor&-
duit ordinaire
,
soit qu'ils
n'eussent pas jugé à propos de
le demander:Nous déclarons
celuy-là& tous ses complices,
avoir encouru de fait les susdites
peines, felon la qualité
des personnes
,
ainsi qu'il est
ci-dessus marque.
§. 5. Et même si un Prince
Electeuravoit quelqueinimitié
,
différentou procésavec
quelqu'unde ses Collègues>
cette querelle ne le doit point
empêcher de donner,enestant
requis,laditeconduite ôcef*
corte à l'autre ou à ses Députcz
pour ladite Elçéhop
,
à
peine de parjure & de perdre
sa voix en l'Election pour cette
fois-làseulement,comme ii.g
,esté dit ci-dessus.
§.6.Commeaussi,silesautres
Princes, Comtes, Barons,
Gens de guerre, Vaflfauî*
Nobles,& Inobles,Bourgeois
&: Communautez des-Ville$
vouloient du malà quelque
Electeur ou à plusieurs
, ou
s'il y avoirquelque diiïerenç
ou guerre entr'eux, ils ne laisferont
pas,sans contradiction
pu fraude aucune,deconduire
al' d'escorterle Prince Electeur,
ou lesPrinces Electeurs
ou leurs Députez ,foit en
allant au lieu où se devrafaire
l'Election, foit en s'en retournant
, s'ils veulent éviter les
peines dont ils font menacez
par cet Edit, lesquelles ils
encourront de fait au même
temps qu'ils en useront ment.¡;' autre-
§: 7. Et pour une plus gran- defermeté, & plus ample
assurance de toutes les choses
ci-dessusmentionnées ,Nous
voulons & ordonnons, Que
tous & chacun les Princes
Electeurs & autres Princes,
Comtes
,
Barons,Nobles
Villes; ou leurs Communautez,
promettent par Lettres ,
&par Serment toutes lesdites
choses
, & qu'ils s'obligent
de bonne foy & sans fraude
de les accomplir , &c mettre
en effet ; & que quiconque
refusera de donner telles Lettres,
encoure defait les peines
ordonnées, pour estre executées
contre les refufans
,
selon
la £ondizinii des personnes.
§. 8. Que si quelque Prince
Electeur ou autre Prince
relevantde l'Empire
,
de quelque
qualité ou condition qu'ii soit, Comtes
,
Barons ou
Gentilhommes, leursSuccesfeursou
Heritiers tenans des
Fiefs du saint Empire
,
refu*-
soit d'accomplir nos Ordonnances
6c Loix Impériales cidessus
ôc ci-aprés écrites, ou qu'il
qu'il eût la presomption d'y
contrevenir ,
liceftunrElec*
teur , que dés-lors ses Coélecteurs
l'excluënt dorenavant
de leur Société,& qu'il soit
privé de savoix pour l'Election
&de la place, de la Dignité
& du Droit de P rince Elec., ,
teur ; & qu'il ne soit point
investi des Fiefs qu'il tiendra
du saint Empire Et si c'efl;
quelqu'autre Princeou
Gentilhomme (comme il a
esté dit ) quicontrevienne
àces mêmes Loix, qu'il ne
foit. point non plus investi
de Fiefs qu'il peut tenir de
l'Empire, oudequi quece
soitqu'il les tienne, &cependant
,qu'ilencoure dés-lors
lesmêmepeinespersonnelles
c§i-d.cElius tspécifiées. 1; encore quehîous
entendions & ordonnonsque
tous les Princes, Comtes,
Barons, Gentils- h01îlmeS:,
Gens deguerre, Vassaux; VisJ.
les & Communautez soient
obligezindifferemment de
donner ladite escorte Se. conduite
à chaque Electeur ou
à ses Deputez, comme il a
esté dit;Nous avons toutesfois
estimé à propos d'assigner
à chaque Electeur une escorte
& des conducteurs particuliers,
selonles pays & leslieux
où il aura à passer,comme il
se verra plus amplement par
ce qui fuit.
§.io. Premierement, le
Roy deBohemeArchiéchançon
du SaintEmpire, sera
conduit par l'Archevêque de
Mayence,parlesEvêquesde
Bamberg &de Virtzbourg,
par les Bourgraves de Nuremberg
, par ceux de Hohenloë,
deVertheim, de Bruneck &
de Hanau, &. par les Villesde
Nuremberg
,
de Rotembourg,
&deW indesteim.
- ii. L'Archevêque de
Cologne Archichancelier du
saint Empire en Italie, sera
conduit par desArchevêques
de Mayence & de Tréves,par
le Comte Palatin du Rhin^
par le LandgravedeHesse,
parlesComtes de Catzenellenbogen
,
de NafTaw ,
de
Dierz
,
d'Issembourg de
Westerbourg
-1
de Runc KC^r,
de Limbourg & de Falckenstein
,
& par les Villes de wetzlar
, de Geylnhaufen & de
Fridberg. ---»
§. 12. L'Archevêque de
Tréves Archichancelier du
saint Empire dans lesGaules
& au Royaume d'Arles, sera
conduit par l'Archevêque de
Mayence, par les Comtes Palatin
du Rhin, par lesComtes
de Spanheim & de Veldens,
par les Bourgraves&Wildgraves
de Nassavv, d'!ffem.L
bourg, de Westerbourg, de
deRanckel
,
de Limbourg, de Dietz
,
deCatzenellebogon
,
d'Eppenstein& de Falckenstein
,&parlaVille de
Mayence.
- v,$. 14Le Comte Palatin du
Rhin Archimaîtredu saint
Empire, fera conduit par
l'Archevêque de Mayence.
§. 14. Le Duc de Saxe Archimarêchal
du saint Empire,
seraconduit par le Roi de
Bohême, les Archevêques de
Mayence &: de Magdebourg,
les Evêques de Bamberg 8c
de Wirtzbourg, le Marquis
de Misnie, le Langravede
Hesse, les Abbez de Fulden
& de Hirchsfelt
,
les Bouc*-
graves de Nuremberg
, ceux
de Hohenloë,de Wertheim, de Bruneck
,
de Hanau)'cS¿: de
Falckenstein ; commeaussipar
les Villesd'Erford,Mulhausen
,, Nuremberg
, Rotembourg
&: Windesheim.
§«1j.Et tousceuxvieQ^•
nent d'estre nommez seront
pareillement tenus de conduire
le Marquis de BrandebEourgmArchpichanicerlieer
d.u s.
: §. 16.Voulons en outre,&
ordonnons expressément que
chaque Prince Electeur qui
voudra avoir tel sauf-conduit
&i escorte, le fasse duëment
sçavoir à ceux par lesquelsil
voudra estre conduit& escorté
,
leur indiquant le chemin
qu'il prendra; afin que
ceux qui font ordonnezpour
ladite conduite, & qui en auront
esté ainsi requis, s'y puissent
preparer commodement
& assez à temps. : §.17. Declarons toutefois,
jque les presentes Constitutions
faites àú sujet'deladittè
conduite,doivent estre entenduës,
en forte que chacun
dessus-nommez , ou toutau-*
tre qui n'a pas peut-êtreesté
ci-dessus dénommé à qui dans
le cas susdit il arrivera d'efirè
requis de fournir ladite con.
duite & escorte, foit obligé
de la donner dans ses Terres
& Pays feulement
, & même
au de-là, si loin qu'il le pourra,
le tout sans fraude, fous
lmes peineés cie- desssus e.xpri* • $. 18. Mandons & Ordonnons
de plus, que l'Archevê^
que de
-
Mayence qui tiendri
alors leSiege, envoye ses Let:..
tres Patentes par Couriers êxprés,
à chacundesditsaut4:ci
Princes Electeurs Ecclesiastiques
6c Seculiers
,
ses CoHejot
gues , pour leur intimer ladite
Election
; & que dans ces
Lettres soit exprimé le jour
& le terme dans lequel vraisemblablemeut
elles pourront
estre renduës à chacun deces
Princes.
§. 19. Ces Lettrescontiendront,
que dans trois mois, à
compter du jour qui y feraexr
primé, tous & chacun les
Princes Electeurs ayent à fit
rendre à Francfort sur leMein
en personne
, ou à y envoyer
leurs Ambassadeurs
, par eux
autentiquement autorisez &
munis de Procuration valable,
• iîgnée de leur main &: scellée
de leur grand Sceau,pourproceder
ceder à l'Election d'un Roy
des Romains futur Empereur.
§. 20. Or comment & en
quelle forme ces fortes de
Lettresdoivent estre dressées,
&quelle solemnité y doitestre
observée inviolablement, &e;i
quelle forme & maniere les
Princes Electeurs auront à
dresser&faire leurs Pouvoirs,
Mandemens 8>C Procurations
pour les Députez qu'ilsvoudront
envoyer à l'Election;
cela se trouvera plus clairement
exprimé à la fin de la
présente Ordonnance;laquelleforme
en cet endroit prescrite,
Ordonnons de nostre
pleine Puissance &: Autorité
Imperiale, estreen tout &:
par tout observée.
§..il. QiiFind les choses
serontvenuës à cepoint,que
la nouvellecertaine de lamort
.dç l'Empereur ouduRoydes
Romains sera arrivéedansle
Diocese de Mayence, Nous
commandons ôç ordonnons,
que dés-lors
,
dans l'espace
d'un mois, àcompter du jour
de l'avis reçu de cette piort
l'Archevêque de Mayence par
sesLettres Patentes en donne
part aux autres Princes Electeurs
, & fasse l'intimation
dontilest ci-dessusparlé. Que
il par hasard cet Archevêque
négligeoit ouapportoit de la
lenteur à faire ladite intimation
,
alors les autres Princes
Electeurs, de leurpropremouvement,
sans mêmeetreàpgellez
, & par lafidelité avec laquelle
ils sont obligez d'assisterle
saint Empire
,
se rendront
dans trois mois( ainsi
qu'il aesté dit) en ladite Ville
cleFrancfort, pour élire un
Roy des Romains futur Empereur.
§. il. Or chacun des Princes
Electeurs ou ses Ambassadeurs
, ne pourront entrer
dans le temps de ladite Election
en ladite Ville de Francfort
,qu'avec deux cent chevaux
feulement, parmi lesquels
il pourra y avoir cin-
; quante Cavaliers armez, ou
moins s'il veut, mais non pas
davantage.
§. 2 3. Le Prince Electeur
ainsi appellé & invité à cette
.Election^ & n'yvenant t\-s
ou n'y envoyantpasks Anibai--
sadeurs avec ses Lettres Patentes
scellées de son grand
Sceau, contenant un plein,
libre&entier pouvoir d'élire
un RoydesRomains, ou bien y
estant venu ou y ayant envoyé à
son deffaut les Ambassadeurs,
si ensuitelemême Prince
ou lesdits Ambassadeurs se
retiroient du lieu de l'Election
avant que le Roy desRomainsfutur
Empereur eust
esté élû) & sans avoir substituésolemnellement&
latRë
un, Procureur legitime, afin
d'y agir pour ce que dessus
,
que pour cette fois il soit privé
de sa voix pour l'^Icjfbion
& du Droit qu'il y avoit §c
(Ju'il aainsi abandonné.
§. 24. Enjoignons &mandons
aussiauxBourgeois de
Francfort, qu'en vertu du Serment
que Nous voulons qu'ils
prêtentàcette fin sur les fuints
Evangiles, ils ayent à proteger&
a"defféndCfe avec tout
foin,fidélité &vigilance,tous
nlees rParli,nces Elet-i-etirs en ge- &unchacund'eux en
particulier ; ensemble leurs
gens ,
<k chacun .desdeux
crnc Cavaliers qu'ils auront
amenez en laditeVille
, contre
toute insulte &attaque,
en cas qu'il arrivast quelque
dispute ou querelle entr'eux
,
&: ce envers &: contre tous; à faute de quoy encourront
la peine .de parjure, avec p?rte
de tous leurs Droits,Libertez,
Graces & Indults
qu'ils tiennent ou pourront
tenirduSaint Empire : & serontdésaussi-
tost mis avec
leurs Personnes & tous leurs
bièns
, au Banc Imperial: Et
dés-lors comme dés-à-prefent
, il fera loisible à tout
Homme de sa propre autorité
, sans estre obligé de recourirà
aucun Magistrat, d'attaquer
impunément ces inemes
Bourgeois, que nous privons
en ce cas dés-à-present
comme pour lors de tout
Droit, comme traîtres, infidelles
& rebelles à l'Empire ;
sans que ceux qui les attaqueront
pour ce sujet en doivent
apprehender,aucune punition
de la part du saintEmpire,ou
d'aucune autre-,par , §.25.Deplus, lesdits Bourgeoisde
laVille de Francfort
n'introduiront & ne permettront
fous quelque pretexte
que ce soit, de laisser entrer
en leur Ville aucun Etranger,
de quelque condition ou qualité
qu'il puisse estre, pendant
tout le temps qu'on procedera
à l'Election, à l'exception seulement
des Princes Electeurs,
leurs Deputez ou Procureurs,
chacun desquels pourra faire
entrer deux cent chevaux,
comme il a esté dit.
§. 16. Mais si après l'entrée
des mêmes Electeurs il se
trouvoit dans la Ville ou en
leur presence quelqueEtranger,
lesdits Bourgeoisen conséquence
du Serment qu'ils
aurontprêté pour ce sujet en
vertu de la presence Ordonnance
sur les saints Evangiles (comme il a esté ci -devant
marqué ) feront obligez de les'
faire sortir incontinent êc sans
retardement, fous les mêmes
peines ci-dessus prononcées
contre eux.
i>
Article II.
De l'Election du Roy des
ROrIJains.
§. I.APRE's que les Electeurs
ou leurs Plenipotentiaires
auront r1au leurs
entrées en la Ville de Francfort
, ils se transporteront le
lendemain du grand matin en
l'Eglise de Saint Barthelemy
Apôtre, &: là ils feront chanter
la Messe du Saint-Esprit,
&: yassisteront tous jusqu'à la
fin; afin que le même Saint-
Esprit éclairant leurs coeurs,
& répandant en eux la lumiere
de sa Vertu
,
ils puissent
estre fortifiez de son secours
pour élire Roy des Romains &
futur Empereur
, un Ho11me
juste, bon, &utile pour le salut
duPeuple Chrestien.
§. 2. Aussi-tost aprèsla Messe
, tous les Electeurs ou Plenipotentiairess'approcheront
de l'Autel où la Mené clé aura celebrée ; & là les Princes
Elèâréuri Ecclesiastiques,
l'Evangile de Saint Jean In
principio erat Verbum'dfcJ
estantexposée devant eux ,
mettront leurs mains avec reverence
sur la poitrine, & les
Princes Electeurs toucheront
réellement de leurs mains ledit
Evangile;àquoy tous avec
toute leur Famille assisteront
non-armez. Et alors l'Archevêque
de Mayence leur presentera
la forme du Serment;
& luy avec eux,&: eux ou les
Plenipotentiaires des absens
avec luy, prêteront le Serment
en cette maniere.
5* 3. Je N. Archevêque de
Mayence, Archichancelier du
Saint Empire en Allemagne &
Prince Electeur , jure sur ctf
SiilntsEvangilesky mis devant
moy , par la Foy avec laquelle je
suisobligé à Dieu dr au Saint
Empire Romain, que selon tout:
mon discernement, &jugement,
avec l'aide de Dieu
,
je veux élire
un Chef temporel auPeuple
Chrestien, c'est-à-dire un Roy
des Romains futur Empereur,
qui soit digne de l'estre autant
que par mon discernement &
mon jugement je le pourray connoistre
; ,& sur la même Foy je
donneray ma voix &monsuffrage
en ladite Election, sans aucun
pactenyesperance d'interest,
de récompense, ou de promesse,
0% d'aucune chosesemblable, de
quelquemanierequ'elle puisse
estre IlJpeUée. Ainsi Dieu m'aide
<&tous les Saints;
§. 4. Apres avoir preslc"Scr-,
ment en la forme & manieresusdite
,
fti fd1 te les Electeurs ou les
F il s o~t Ambassadeurs des absens procederont
à l'Election; & déslorsilsne
forciront plus dela
Ville de Francfort
,
.qu'aupav.
ravant ils n'ayent, àla pluralité
des voix,élû & donné ail
Monde ou au Peuple Chrêtien,
un Chef temporel,à
sfçauvoti ruunrREoymdpeseRroemuairn.s
§. 5. Que s'ilsdisseroient
de le E:ire dans trente jours
consecutifs,àcompterdujour
qu'ils auront presté le Serment
; alors,les trente jours
expirez ,ils n'auront, pour
nourriture que du pain &: de
Feau;&nc sortiront pas de la*».
dite Ville, qu'auparavant tous
oulaplus grande partie d'eux,
n'ayent élu unConducteur ou
Cheftemporel des Fidelles,
comme il aesté dit.
§. (y. Or après que les Electeurs
ou le plus grand nombre
d'eux l'aurontainsi élû dans
le même lieu
, cette Election
tiendra & fera réputée comme
si elle avoiresté faite par tous
unanimement sans contradiction
d'aucun.
§.7. Et si quelqu'un des Electeurs
ou desdits Ambassadeurs
avoit tardé quelque peu.cLe
tems à arriverà Francfort, ôc
quetoutefoisil yvintavantque •l'Ele&ionfr.fl: achevée;Nous
voulons qu'il soit admis à l'Election
en l'estat qu'elle se
trouvera lors de son arrivée.
§. 8.Et dautantque par une
coutume ancienne, approuvée
,&. loüable
, tout cequi estcidessousécrita
esté invariablement
observéjusqu'à pretent;
Nous, pour cette raison, voulons
&: ordonnons, de nostre
pleine puissance &: autorité
Imperiale, qu'à l'avenir celuy
qui dela maniere susdite aura
^fté élû Roy des Romains,
auaI-tofi après son Election
&C avant qu'il puisse se mesler
4e l'administration des autres
affaires de l'Empire.coiifiriiie
& approuve sans aucun délay,
par ses Lettres & son Sceau,
à tous & chacun les Princes
ElecteursEcclesiastiques&
Seculiers, comme aux principaux
Membres de l'Empire,
tous leurs Privileges,Lettres,
Droits, Libertez,Immunitez
,
Concessions anciennes
Coutumes & Dignitez,&
tout ce qu'ils ont obtenu ex;
possedé de l'Empire jusques au
jour de tonElection;&: qu'aprés
qu'il aura esté couronné
de la Couronne Imperiale, il
leur confirme de nouveautoutes
les choses susdites.
§. 9. Cette confirmation
fera faite par le Prince élua.
chacun des Princes L-leâeurs
en particulier, premierement
sous le Nom de Roy, & puis
renouvellée fous le Titre
d'Empereur
: Et fera tenu ledit
Prince élu d'y maintenir
sans fraude & de son bonmou*
vement les mêmes Princesen
général, &c chacun d'eux en
particulier; bien loin de leur
y donner aucun trouble ou
empêchement.
§. 10. Voulons enfin, & ordonnons
qu'au cas que trois
Electeurs presens, ou les Ambassadeurs.
des absenséliferçt.
un quatrième d'entr'eux, (çar
voir un Prince Elet[e-lli- present
ou absent, Roy des Romains
; lavoixde cet éllîs'il
est present,oulavoix de ses
Ambaissadeurs,s'il cil; absent,
ait sa vigueur & augmente Σ
nombre & la plus grande partie
des élisans, à l'instar des
autres Princes Electeurs,
ARTICLEIII.
'F>e la Séance des Archevêques
-
de Tréves, de CQtogm
drdeM-ayence. ,
9
A#nom de Lifaidtc{jr iiïdifViJi->
hle Trinité, d? à nojfreplus
grand bonheur. Ainsi soit-il.
iCgHraAcReLES IV.par la
de Dieu Empereur
des Romains, toujours Auguste&
Roy de Boheme; 'l
*kmémoire perpetuelle de la
chose.
§.I.L'union & la concordedes
venerables&illustres.
Princes Eleveurs, fait l'ornement
& la gloire du saint
Empire Romain, l'honneur
de la Majesté Impériale
, &:
l'avantage des autres Etats de
cette Republique, dont ces
Princes soutiennent l'édifice
sacré, comme en estant les
principales colonnes, par leur
pieté égale à leur prudence
: cesont euxaussi qui for.,.
tissent le bras de la PuiOEltlCC
Imperiale;& l'on peut dire
que plus le noeud de leuramitié
mutuelle s'étreint, plus le
Peuple chrestien joüit abondamment
de toutes les commoditez
qu'apporte la Paix &
la tranquillité.
§. 2. C'est pourquoy,pour
doresnavant prévenir lesdifputes
& les jalousies qui pourtoieht
naître entre les venetables
Archevêques de Mayeince,
de Cologne & de Tréves,
Princes Electeurs du Saint
Empire, à cause de la primauté
& du rang qu'ils doivent
avoir pour leursSéances
dans les Assemblées Imperiales
& Royales, & faire
en forte qu'ils demeurent entr'eux
dans un estattranquille
de coeur & d'esprit
,
& puissenttravailler
unanimement&
employer tous leurssoins aux
affaires & aux avantages du
saint Empire pour laconsolation
du Peuple Chrestien ;
Nous avons, par délibération
& par le Conseil de tousles
Electeurs, tant Ecclesiastiques
que Seculiers, arresté & oih
donné, arrestons & ordonnons
,
de nostre pleine Puissance
& Autorité Imperiale,
par ce present nostreEditperpetuel
& irrévocable
, que lesdics
vénérables Archevêques
auront Séance; sçavoir celuy
de Trevesvis-à-vis la face
de l'Empereur ;celuy de
Mayence, soit en ion Diocese
& en saProvince, soit même
hors de sa Province dans,
l'étenduë de la Chancellerie
Allemande, excepté en laProvince
de Cologne seulement,,.
à la main droite de l'Empereur
;ainsi que l'Archevêque
de Cologne l'aura en sa Province
& en fôn Diocese
, &:
hors de sa Province en toute
l'Italie & en France,àla
main droite de l'Empereur,
&: ce en tous les Actes publics
Impériaux , de même
qu'aux Jugemens, Collations,
Investitures desFiefs,Festins,
Conseils& en toutes leurs
autres Assemblées où il s'agira&
se traitera de l'honneur
& du bien de l'Empire Romain.
Voulantquecet ordre
de Séance foit observé entre
lesdits Archevêques de Colo-"*
gne, de Tréves & de Mayence
, & de leurs Successeurs cU
perpetuité
,
sans que l'on puisse
à jamais y apporter aucun
changement,ou y former aucune
contestation,
ArticleIV.
*Der Princes Electeurs en
commun.
§.1.oRdonnons aussi, que
coûtes les sois que
l'Empereur ou le Roy desRomains
se trouvera assis dans
les Assemblées Impériales,
foit au Conseil, à table, ou
eh toute autre rencontre avec
les Princes Electeurs, le Roy
de Boheme, comme le Prince
couronné &: sacré,occupela
la premiere place immédiatement
après l'Archevêque de
Mayence ou celuy de Cologne;
sçavoir après celuy d'eux deux
qui pour lors
,
selon la qualité
des lieux & varieté des Provinces
,
fera assis au cofté droit
de l'Empereur ou du Roy des
Romains
,
suivant la teneur de
son Privilege; &que le Comte
Palatin occupe aprés luy la
seconde place du même costé
droit : qu'aucofté gauche le
Ducde Saxe occupe la première
place aprèsl'Archevêque
qui fera assis à la main
gauchede l'Empereur;& que
le
,.
Marquis de Brandebourg
se mettra après le Duc de
Saxe. §.2.Toutes & quantefois
que le Saint Empire viendra
à vacquer ,
l'Archevêque de
Mayence aura le pouvoir qu'il
a eu d'ancienneté
,
d'inviter
jfar "LcttÉe's'les ancresPHT^
des sesConfreresdevenir àx
l'Election.
§. ~34
Touslesquels,ouceux
d'entr'eux qui auront pû ou
vtmluaflïftcr à ladite Elèétion
eilantalIèrnblez pour yprôceder
, ce fera à l'Electeur de
Mayence &: non à un autre ,de
-rêciieillir particulièrementles
voix de ce-Electeurs,enl'or-*'
dtoc fuivann I;*> -
era pre ic-@
;
§. 4. Il demanderapremier
rèment l'avis à l'Archevêque
de Trêves,àqui nousdeclarons
que le premier sutfrage
appartient,ainsî que nôus
avons trouvé qu'il luy avoio
appartenu jusqu'à present. Serondement
,àl'Archevêqud
deCologne, à qui appartient
l'honneur
l'honneur & l'office de mettre
le premierleDiadème sur la
teste du Roy des Romains.
Troisiémement
, au Roy de
Boheme qui tient laprimauté
par l'Eminence,le droit & le
mérité de sa Dignité Royale
entre les Electeurs Laïques.
En quatrième lieu
, au Comte
Palatin du Rhin. En cinquième
lieu, au Duc de Saxe; &.
en sixiéme lieu, auMarquis
de Brandebourg. L'A rchevêl-
que de Mayence ayant ainsi &:
en l'ordre susdit, recüeilli les
suffrages de tous, fera en- tendre aux Princes ses Confreres
& leur découvrira [es.
intentions, &: à qui il donne
sa voix, en estant par eux requis.
§. y'. Ordonnons aufh'qu'-
aux ceremonies des Festins
Imperiaux, le Marquis de
Brandebourg donnera l'eau à
laver les mains à l'Empereur
ou au Roy des Romains; le
Roy deBohême lui donnera la
pemiere fois à boire, (lequel
service toute-fois il ne serapas
tenu de rendre avec la Couronne
Royale sur la téte, conformément
aux Privilèges de
son Royaume, s'il ne le veut
de sa propre & libre volonté;)
le Comte Palatin du Ii. hin fera
tenu d'apporter la viandè; 8c
le Duc de Saxe exercera sa
charge d'Archi-marecchal ,
comme il a accoûtumé de faire
de toute ancienneté.
ARTICLE V.
Du Droit dIt Comte Palatirs
duRhin,&duDuc.
1. de Saxe.
§.I. DE plus, toutes les
fois ques le saint
Empire viendra à vaquer
comme il cfi dit, l'liluiti'e
Comte Palatin du Rhin Archimaître
du saint Empire Romain
,
fera l roviseur ou Vicaire
de l'impire dans les
partiedu Rhin& de la Suabc,,
& de la Jurisdiction de Franconie,
à cause de sa Principauté,
ou du Privilège du
ComtéPalatin, avec pouvoir
d'administrer la Jllfijce.,j- de
nommeraux Benefices -Ecc1e.,
siastiques, de recevoir le revenu
de l'Empire,,d'investir
des Fiefs,&de recevoirlesfoi
& hommages de la part & au
nom du saint Empire; coures
lesquelles choses toutefois seront
renouvellées en leur terris
par le Roy des Romains après
dûy auquel les foi & hommages
devront être de nouveau
prêtez ; à la reserve des Fiefs
des Princes, & de ceux qui se
donnent ordinairement avec
l'étendart,dontnous reservons
spécialement l'invèstiture & la
collation à l'Empereur seul ou
au Roy des Romains. Le
Comte Palatin sçaura toutefois
qu'illui est défendu exjsireffement
d'aliénner ou d'eri.
gager aucune chose appartenant
à l'Empire, pendant le
temps de son Administration
ouVicariat.
§. 2. Et Nousvoulons que
l'Illustre Duc de Saxe Archimareschal
du saint Empire
joüisse du mêmedroitd'Administration
dans les lieux où le
droit Saxon est observé, en
toutes les mêmes maniéres&.
cfonpditeioncs qiuitftonet cei-dseum.s
§. 3. Et quoi-que parune
coustume fort ancienne il ait
esté introduit que l'Empereur
ou le Roy des Romains cR:
obligéderépondre dans les
causesintentées contre luipardevant
le Comte Palatin du
Rhin Archimaistre, Prince
Electeur du saint Empire>leK
dit Cpmte Palatin ne pourra
toutefois exercer cette Jurisdiction
qu'en la Cour Impériale
où l'Empereur ou leRoy
des Romainsfera present en
personne,&:nonailleurs.
ARTICLE VI.
,De la compawifoM des Princes
ElecteuPrrsiancveesccomlmeusnasu. tres
NOU s ordonnons qu'en
toutes les Cérémonies
& Assemblées de la Cour Impériale
qui feront doresnavant
&: à l'avenir; les Princes Electeurs
Ecclesiastiques & Séculiers
tiendront invariablement
leursplaces à droite &à
gauche,selon l'ordre &:J«i
maniéré prescrite; ôc que nul
autre Prince,de quelque Etat,
dignitéPrééminence ou qualité
qu'il soit, ne leur puisse
être ou à aucuns d'eux,préféré
en aucunes actions quelconques
qui regarde, les Assemblées
Impériales, Toit en marchant
, séant ou demeurant
debout; avec cette condition
expresse, que le Roy de
Boheme nommément, précédera
invariablement dans toute?
& chacunes lesactions &:
célébrationssusdites des Assemblées
Imperiales, toutau-
,.tre Roy
,
quelque dignitéou
Prérogative particulière qu~ii
puisseavoir, & pour quelque
causeoucas qu'il y puissevenir
ou assister.
ARTICLE VII.
De la fùceejjion des Princes
Electeurs.
Au Nom de tif sainte & tndî~
visible Trinté, & à nojhré
plus grand bonheur. Ainjisoit-
il. cHARLES Quatrième
par la
-
grace de Dieu
Empereur des Romains toûjours
Auguste &: Roy de Bohême
; à la mémoire perpértuclte
delachose. 1
--
§. I. Parmi les soins inrion*
: brables que nous apportons
journellement pourmettre en1
un état heureux le saint Empire,
oùnousprésidons par
l'assistance duSeigneur,nôtre
principale aplication est à faire
fleurir & à entretenir toujours
parmi les Princes Electeurs du
saint Empire, une Unionsalutaire&
une concorde&charité
sincere, estant certain que
leurs conseils font d'autant
plus utiles au Monde Chrestien,
qu'ils se trouvent éloignez
de toute erreur; que la
Charité regne plus purement
entre eux; que tout doute en
est banni; &: que les droits
d'un chacunsont clairement
,diecllarez & specifiez.Certes, cftgeneralement manifesté
& notoire àtout le Monde,
que les Illustres le Roy de
Boheme, le Comte Palatin du
Rhin, le Duc de Saxe &: le
Marquis de Brandebourg : le
premier envertude son Royaume
, & les autres en vertu
de leurs Principautez, ont
droit, voix&séanceen l'tlection
du Roy des Romains futur
Empereur, avec les Princes
Ecclesiastiques leurs Coélec-
.'teints, avec lesquels ils sont
tous reputez, comme ils sont
en effet, vrais & légitimés
-
Princes Electeurs du saint
Empire.
§. 2. Néanmoins
,
afinqu'à
-l'avenir onjie puisse fufclcer
;¡aucun sujet de scandale & de
division entre les Fils de ces Princes Electeurs Seculiers,,
touchant lesdits droit, voix
&&: faculté d'élection ; SC
qu'àinsi le bien public ne cour- te aucun risque d'estre retardé
ou troublé par des délais dangereux
; Nous, avec l'aide de
Dieu, desirant en prévenir les
perils à venir.
§. ;. Statuons &: ordonnons
,
de notrePuissance &
Autorité Iir periale, par la presente
Loi perpetuelle, que cas
avenant que lesdits Princes
Electeurs Seculiers, &: quelqu'un
d'eux viennent à deceder,
le droit, la voix,& le
pouvoir d'élire, fera dévolu
librement & Las contradiction
de qui que ce (cit) à îoà
Fils aîné légitimé & laïque ;&
en cas que l'aîné ne fust plus
au monde, au Fils aînédel'ainé
semblablementlaïque.
§. 4. Et si ledit Fils aîné,
venoit à mourir sans laisser
d'enfansmâleslegitimes Iaft
ques, le droit, la voix &, le
pouvoir de l'élection feront
dévolus en vertu du presens
Edit, à son Frere puîné descenduen
ligne directe légitime
paternelle, & ensuite au Fîfé
aîné laïque de celui-ci.
§. y. Cette succession des
aînez &: des Héritiers de ces
Princes fera perpétuellement
observée en ce qui regarde le
sdurositd,liat. vvooiixx,. Ô&C le ppoouuvvooiirr
l, §. 6. A cette condition&
en sorte toutefois, que si le
Prince Eleaeur ou son Fils
aîné, ou le Filspuisné laïque
venoit à deceder, laissant des
Heritiers mâles legitimes laïques
mineurs, le plusâgé
Frere de ce désunt aîné fera
Tuteur &Administrateur desdits
mineurs
,
jusqu'à ce que
l'aîné d'entr'eux ait atteint
l'âge légitime »
lequel âge en
^in Prince Electeur, voulons
ordonnons estre à toujours
dedix-huit ans accomplis ; &
lorsquel'Electeur mineur aujra
atteint cet âge,son Tuteur
ou Administrateur fera tenu
de luy remettre incontinent
& entièrement le droit
,
la
yoix & le pouvoir avec l'Qf;
jrr
fices d;gieéteur ,Se généralement
tout ce qui en dé..
pend. .:tJ §. 7. Etsi quelqu'une deces
Principautez venoitàvacquer
au profit de l'Empire
,
l'Em",
pereur ou le Roy des Romains
d'alors en pourra disposer
comme d'une chose dévoluë
légitimement à luy &
au saintEmpire.
§. 8. Sans préjudice néan~
moins des Privileges,Droits
& Coutumes de nostre Royaume
de Boheme
,
pour ce qui
regardel'Election d'un nouveau
Royen cas de vaccance;
en vertu desquels les Regnicoles
de Boheme peuvent élire
un Roy de Boheme suivant
la Coutume observée detout
temps , &: la teneur desdits
Priviléges obtenus des Empereurs
ou Rois nos Predecesseurs
; ausquels Privilèges
1Nous n'entendons nullement
prejudicier par la presente
Sanction Imperiale, au contraire
ordonnons expressement
que nostredit Royaume
y soit maintenu
,
& que ses
Privilegesluy soient confervez
à perpétuité
,
selon leur
forme & teneur.
Article VIII.
De 1,Immunité du Roy de Bohê*
, ~me3& des Habitans audit
Royaume.
Ski.cOMME les Empe»
reurs & Rois nos
Predecesseurs ont accordé
aux Illustres Rois de Boheme
nos Ayeuls&Predecesseurs,
aussi-bien qu'au Royaume ÔC
à la Couronne de Boheme , Je Privilege qui par grace a
esté accordé & qui a eu son
effet dans ledit Royaume, sans
interruption dèpuis un temps
immemorial, par une lo.üa.
ble Coutume incontestablement
observée pendant tout
ce temps &: prescrite par l'ufage,
sans contradiction 8c interruption
aucune, qui est
qu'aucun Prince, Baron
Noble, Homme de , guerre,
Vassal, Bourgeois, Habitant,
Paisan & autre personne de
ce Royaume & de ses appartenances,
de quelque Etat,
Dignité,Prééminence ou
condition qu'il puisse être, ne
puisse pour quelque cause ou
fous quelque prétexte, ou par
quelque personne que ce soit,
être ajourné & cité hors le
Royaume &: pardevant d'autre
Tribunal, que celui du Roy
de Boheme &; des juges de sa
Cour Royale. Nous, desirans
renouveller &: confirmerledit
Induit,Usage&Privilege,Ordonnons
de nostre autorité &:
pleine Puissance Imperiale, par
cette Constitution perpetuelle
& irrévocable à toujours, que
si nonobstant ce Privilege,
Coûtume & Indult, quelque
Prince, Baron, Noble, Vassal,
Bourgeois ou Paisan,ouquelque,
autre personne susdite
, étoitcité ou ajourné à quelque
Tribunal que ce fut hors du
Royaume, pour cause quelconque
civile, criminelle ou
mixte, il ne foit nullement
tenu d'y comparoistre &: d'y
répond re, en aucun temps, en
personne ou parProcureur:Et
1 le Juge étranger &: qui ne
demeure point dans le Royaume,
quelque autorité qu'il
.air, ne laisse pas de proceder
contre les Défaillans ou le non
Comparant, & de passer outre
jusques à Jugementinterlocutoire
on definitif, &de rendre
.une ou plusieurs Sentences
.<lans les Causes &: Affaires
susdites., dequelque maniere
que cesoit;Nous déclarons,
de nostre Autorité & pleine
Puissence Imperiale, toutes
lesditesCitations, Commandemens
,P rocédures,Sentences
&: executions faitesen
consequence generaloment
quelconques, nulles. &de nul
effet,sansqu'il puisse <eftt?è
.., ïienexecutéou attentéaupréjudice
de ce Privilege.
§. 2. Surquoi Nous ajouicons
expressement & ordonjnons
par cet Edit Imperial,
perpetuel &: irrévocable,de
la même pleine Puissance &
Autorité;que comme dans ledit
Royaume de Boheme ila
été toujours & de tems immémorial
observé, il ne soit
permis à aucun Prince, Baron,
Noble, Homme de guerre,
Vassal, Citoyen, Bourgeois,
JPaïfan, ou tout autre Habitant
du Royaume de Boheme susdit,
de quelque Etat, Prééminence,
Dignité ou condition
qu'il foit, d'appeller à tout
autre Tribunal de quelcon<
tues, Procedures, Sentences
interlocutoires& définitives,
Mandemens ou Jugemens du
Roy de Boheme ou de ses
Juges; comme aussi de l'execution
desdites Sentences
--& jugemens rendus contre
acun d'eux, par le Roy ou
par les Tribunaux du Roy,
du Royaume &: des autres
Juges susdits, &C s'il arrive
qu'au préjudice de ce que
l'on interjette de tels appels,
qu'ilssoientdéclarez nuls ,(&
que les Appellans encourent
dés-lors réellement & de fait
la peine de leur Cause.
ARTICLEIX.
DesMinés d'or, d'Argent d.-
autres Métaux, NOu s ordonnons par la
presente Constitution
perpetuelle &: irrévocable
, & déclarons denostre Science
, que nos Successeurs Rois
de Bohême
, comme aussi
tous &: chacuns les Princes
ElecteursEcclesiastiques &
Seculiers presens & à venir,
pourrontjustement & legitimement
avoir & posseder toutes
les Mines & Minieres
d'Or,d'Argent, d' E taim, de
Cuivre,de Fer & de Plomb
3. & de toutes fortes d'au res
Métaux ; comme aussi les Salines
découvertes ou qui se
découvriront avec le tir ps
en nostredit Royam e & dans
les Terres &: Pays sujets audit
Royaume
, ce même que
lesdits Princes dans leursPrincipautez
,
Terres, Domaines
& Appartenances, avec tous
Droits, sans en excepter aucun
, comme ils peuveut ou
ont accoutumé de les posseder.
Pourront aussi donner retraite
aux Juifs & recevoir à
l'avenir les Droits <5c les Peages
établis par le passé, tout
ainsi qu'il a esté Jusqu'à present
observé & pratiqué legU
timement par nos Predecesseurs
Rois de Boheme d'heureuse
memoire
,
& par les
Princes Electeurs
,
& leurs
Predecesseurs
,
suivant l'ancienne
,
loüable & approuvée
Coutume, & le cours d'un
temps immemorial.
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Résumé : BULLE D'OR. Au nom de la sainte & indivisible Trinité. Ainsi soit-il.
Le document 'BULLED'OR' expose les procédures et obligations relatives à l'élection du Roi des Romains et futur Empereur du Saint-Empire. Les Princes Électeurs doivent éviter les divisions et les querelles, et toute personne tentant de nuire à un Électeur encourt des sanctions. Tous les Princes Électeurs et autres princes doivent promettre par lettres et serment d'accomplir leurs obligations, sous peine de sanctions. Tout prince refusant d'accomplir les ordonnances impériales est exclu de la société des Électeurs et privé de ses droits et dignités. Chaque Électeur doit être escorté par des princes, comtes, barons, nobles, bourgeois, et communautés de villes spécifiques, selon les pays et lieux traversés. Après la nouvelle du décès de l'Empereur, l'Archevêque de Mayence informe les autres Électeurs, qui doivent se rendre à Francfort ou y envoyer des ambassadeurs pour procéder à l'élection. Les Électeurs ou leurs plénipotentiaires se rendent à l'église de Saint Barthélemy à Francfort, assistent à une messe, prêtent serment, et procèdent à l'élection d'un Roi des Romains. Les Électeurs jurent de choisir un chef temporel digne, sans pacte ni récompense, et donnent leur voix en conséquence. Si l'élection n'est pas réalisée dans les trente jours, les Électeurs ne reçoivent que du pain et de l'eau jusqu'à ce qu'un chef temporel soit élu. Un Électeur arrivant tard à Francfort peut être admis à l'élection en cours. Les procédures décrites doivent être observées invariablement, conformément aux coutumes anciennes et approuvées. Après son élection, le roi des Romains doit confirmer les privilèges, droits, libertés, immunités, et dignités des princes électeurs, tant ecclésiastiques que laïques, par des lettres et un sceau. Cette confirmation est renouvelée après son couronnement impérial. Les princes électeurs, par leur union et leur concorde, soutiennent l'édifice sacré du Saint-Empire Romain. Leur amitié mutuelle est essentielle pour la paix et la tranquillité du peuple chrétien. Lors des assemblées impériales, les archevêques de Trèves, de Mayence, et de Cologne ont des places spécifiques. Le roi de Bohême occupe la première place après l'archevêque de Mayence ou de Cologne, suivi du comte palatin, du duc de Saxe, et du marquis de Brandebourg. En cas de vacance de l'Empire, l'archevêque de Mayence invite les autres électeurs à l'élection. L'archevêque de Trèves donne le premier suffrage, celui de Cologne pose le diadème sur la tête du roi des Romains, et le roi de Bohême a la primauté parmi les électeurs laïques. Les princes électeurs sécularisés ont des droits spécifiques lors de l'élection du roi des Romains. En cas de décès d'un électeur, le droit de vote passe à son fils aîné légitime et laïque, ou à son frère puîné en ligne directe légitime. Si un électeur ou son fils aîné décède en laissant des héritiers mâles légitimes mineurs, le frère aîné du défunt devient tuteur et administrateur jusqu'à ce que l'aîné atteigne l'âge de dix-huit ans.
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27
p. 123-132
EXTRAIT.
Début :
Il nous est venu des Pays Estrangers un Receüil qui [...]
Mots clefs :
Allemagne, Recueil, Empire, Électeurs, Empereur, Cologne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT.
EXTRAIT.
Il nous est venu des Pays
Estrangersun Receüilqui
Comprend diffc'rentsE..
crirs sur les affaires d'Allemagne
que peu de gens
entendent bien, mais sur
lesquelles c'est la mode
aujourd'hui de raisonner
sans lesentendre;ce recuil
contient des reflexions
Politiques sur la fituatioii
presente dAllemagne,&
des avis dont lesEledeurs
& les autres Princes de
l'Empire pourront faire
usagesicet imprimé leur
tombe entre les mains.
Il y est parlé du Testament
d'un Ministre: de
l'Empereur Léopold lequel
y donnoit à son tnaiP.
tre pourassujettir l'Ailemagne
à sa Maison des
avis qui sontàla portée
de tout le monde~& qui
ne se ressentent pas des
1-. ..,J_.;
rafinemens de Machiavel.
On y voit beaucoup plus
d'intention de mal faire
que de capacité.Depuis
la publication du Telta.
ment Politique du Cardinal
de Richelieu qui s'est
acquis tant d'estime dans
le Public, bien des personnes
moins habiles que
luy ont voulu en composer
aussi.
UndesEcrits duRecuëil
dont je parle est une Lettretouchant
le Royaume
deBoheme, dans laquelle
on voit qu'elle a esté
la destinée de ce Royaume
fous les Rois de la
Maison de Luxembourg;
& des Jagellons, & d'Autriche.
Ses Princes ont
prétendu estre héreditaires
,
& les Bohemiens
ont prétenduqu'ils estoient
electifs. J'ay entendu
dire qu'on avoit des
Actes par lesquels il paroissoit
que rEmpereur
Rodolpheôcl'Empereur
Mathias Roy deBoheme
dela Maisond'Autriche
reconnoissoientlesprétentions
des Bohemiens pour
n'estre pas mal fondées,
mais la Lettre n'enparle
point. On y voit que les
Bohemiens pourroient
bien contester à l'Archiduc
le droit de prendre
seance dans le Collegé
Elecrotal en qualité de
Roy de Boheme.
L'autre Ecrit qui est le
fecond dans l'ordre de ce
Recuëil où on l' a renferméentre
les deux dont
jeviensde parler, paroist
tres -
solide & tres-sensé.
On y traite à fond la question
si l'Empereur peut
mettre au Ban un Eftàè
de l'Empire avec le concours
du seul College des
Electeurs,sansen consulter
le College des Princes
& le College des Villes
, sans faire l'application
de la question à aucun
; car l'article 28. de
laCapitulation Im periale
semble dire que l'Empereur
peut le faire avec le
consentement préalable
des Electeurs; mais l'Autheur
fait voir doctement
qu'elle ne peut estre entenduë
ainsi. La Capitulation
Imperiale qui n'est
dressée que par le College
des Electeurs,estunActe
subordonné à ceux qui
ont esté dressez par les
trois Colleges, c'est àdi*-
re, par l'Empire entier.
Telleestla PaixdeWestphalie
qui a esté mise par laDietede 1654.au nombre
des Constitutions de
l'Em pire. Or cette Paix
parle du Ban des Estars
de l'Empire comme d'une
matiere reservée aux Dietes.
Les Electeurs ne peuvent
doncen dressant la
Capitulation, s'arroger à
eux seu ls le droit d'authoriserun
Ban par leur
concours quand tout
l'Empire se l'est reservé.
Il cit facile de faire l'a pplication
de cette question
au cas où sont les
Electeurs de Cologne &
de Baviere. La proclamation
fulminée contre l'Electeur
de Cologne en
i-;o<. & le Ban publié en
mesme remps contre rE.
leétcur de Baviere furent
faits sans que l'Empereur
Joseph cuit consulté les
trois Colleges. L'affaire se
pouvoir se differer,& d'ailleurs
laDieteestoitactuel.
lement sceante à Ratisbonne.
La proclamation
contre l'Electeur de Cologne
,
ni la Sentence rendue
contre l'Electeur de
Baviere ne peut s'appeller
Ban, parce qu'il n'en a
point toutes les formes,
commeon la prouvé clairement
par un petit imprimé
qui paroist il y a
quelques années. Ce dernier
Ecrit dont j'ay parlé,
a paru aussi il y a deux
ans, or on donnera le
mois prochain d'autres
Remarques écrites sur
l'estat present de l'Allemagne.
Il nous est venu des Pays
Estrangersun Receüilqui
Comprend diffc'rentsE..
crirs sur les affaires d'Allemagne
que peu de gens
entendent bien, mais sur
lesquelles c'est la mode
aujourd'hui de raisonner
sans lesentendre;ce recuil
contient des reflexions
Politiques sur la fituatioii
presente dAllemagne,&
des avis dont lesEledeurs
& les autres Princes de
l'Empire pourront faire
usagesicet imprimé leur
tombe entre les mains.
Il y est parlé du Testament
d'un Ministre: de
l'Empereur Léopold lequel
y donnoit à son tnaiP.
tre pourassujettir l'Ailemagne
à sa Maison des
avis qui sontàla portée
de tout le monde~& qui
ne se ressentent pas des
1-. ..,J_.;
rafinemens de Machiavel.
On y voit beaucoup plus
d'intention de mal faire
que de capacité.Depuis
la publication du Telta.
ment Politique du Cardinal
de Richelieu qui s'est
acquis tant d'estime dans
le Public, bien des personnes
moins habiles que
luy ont voulu en composer
aussi.
UndesEcrits duRecuëil
dont je parle est une Lettretouchant
le Royaume
deBoheme, dans laquelle
on voit qu'elle a esté
la destinée de ce Royaume
fous les Rois de la
Maison de Luxembourg;
& des Jagellons, & d'Autriche.
Ses Princes ont
prétendu estre héreditaires
,
& les Bohemiens
ont prétenduqu'ils estoient
electifs. J'ay entendu
dire qu'on avoit des
Actes par lesquels il paroissoit
que rEmpereur
Rodolpheôcl'Empereur
Mathias Roy deBoheme
dela Maisond'Autriche
reconnoissoientlesprétentions
des Bohemiens pour
n'estre pas mal fondées,
mais la Lettre n'enparle
point. On y voit que les
Bohemiens pourroient
bien contester à l'Archiduc
le droit de prendre
seance dans le Collegé
Elecrotal en qualité de
Roy de Boheme.
L'autre Ecrit qui est le
fecond dans l'ordre de ce
Recuëil où on l' a renferméentre
les deux dont
jeviensde parler, paroist
tres -
solide & tres-sensé.
On y traite à fond la question
si l'Empereur peut
mettre au Ban un Eftàè
de l'Empire avec le concours
du seul College des
Electeurs,sansen consulter
le College des Princes
& le College des Villes
, sans faire l'application
de la question à aucun
; car l'article 28. de
laCapitulation Im periale
semble dire que l'Empereur
peut le faire avec le
consentement préalable
des Electeurs; mais l'Autheur
fait voir doctement
qu'elle ne peut estre entenduë
ainsi. La Capitulation
Imperiale qui n'est
dressée que par le College
des Electeurs,estunActe
subordonné à ceux qui
ont esté dressez par les
trois Colleges, c'est àdi*-
re, par l'Empire entier.
Telleestla PaixdeWestphalie
qui a esté mise par laDietede 1654.au nombre
des Constitutions de
l'Em pire. Or cette Paix
parle du Ban des Estars
de l'Empire comme d'une
matiere reservée aux Dietes.
Les Electeurs ne peuvent
doncen dressant la
Capitulation, s'arroger à
eux seu ls le droit d'authoriserun
Ban par leur
concours quand tout
l'Empire se l'est reservé.
Il cit facile de faire l'a pplication
de cette question
au cas où sont les
Electeurs de Cologne &
de Baviere. La proclamation
fulminée contre l'Electeur
de Cologne en
i-;o<. & le Ban publié en
mesme remps contre rE.
leétcur de Baviere furent
faits sans que l'Empereur
Joseph cuit consulté les
trois Colleges. L'affaire se
pouvoir se differer,& d'ailleurs
laDieteestoitactuel.
lement sceante à Ratisbonne.
La proclamation
contre l'Electeur de Cologne
,
ni la Sentence rendue
contre l'Electeur de
Baviere ne peut s'appeller
Ban, parce qu'il n'en a
point toutes les formes,
commeon la prouvé clairement
par un petit imprimé
qui paroist il y a
quelques années. Ce dernier
Ecrit dont j'ay parlé,
a paru aussi il y a deux
ans, or on donnera le
mois prochain d'autres
Remarques écrites sur
l'estat present de l'Allemagne.
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Résumé : EXTRAIT.
Un recueil d'écrits sur les affaires d'Allemagne, bien que peu comprises, est populaire. Il contient des réflexions politiques sur la situation actuelle de l'Allemagne et des avis destinés aux électeurs et autres princes de l'Empire. Le recueil mentionne le testament d'un ministre de l'Empereur Léopold, visant à soumettre l'Allemagne à sa maison, mais sans stratégie raffinée. Depuis la publication du Testament Politique du Cardinal de Richelieu, de nombreuses personnes ont tenté de composer des œuvres similaires. Un des écrits traite des disputes au Royaume de Bohême entre les princes prétendant à l'hérédité et les Bohemiens affirmant l'élection. Un autre écrit examine si l'Empereur peut mettre au ban un État de l'Empire avec seulement le concours des électeurs, sans consulter les princes et les villes. L'auteur argue que la Capitulation Impériale, rédigée par les électeurs, est subordonnée aux actes des trois collèges de l'Empire, comme stipulé par la Paix de Westphalie. Cette question est pertinente pour les cas des électeurs de Cologne et de Bavière, proclamés sans consulter les trois collèges, alors que la Diète était en session à Ratisbonne. Les proclamations contre ces électeurs ne peuvent être considérées comme des bans complets, car elles n'ont pas toutes les formes requises. D'autres remarques sur l'état présent de l'Allemagne seront publiées prochainement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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28
p. 43-61
EXTRAIT des protestations des Electeurs de Baviere & de Cologne.
Début :
L'Electeur de Cologne expose que son intention estoit de [...]
Mots clefs :
Électeur, Bavière, Cologne, Empire, Empereur, Guerre, Paix, Neutralité, Troupes, Alliés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT des protestations des Electeurs de Baviere & de Cologne.
EXTRAIT
des protestations des Llechuri
-
de Baviere & de Cologne. L'Electeur de Cologne
expose que son intennon
estoit de demeurer
neutre durant la guerre
qu'il voyoitpreste às'allumer
entre les Maisons de
France & d'Autriche pour
la successiond'Espagne. Il
devoit cette neutralité à
son peuple,attendu la situation
de sesétats,qui les
exposoit aux premiers desordres
de la guerre si le
Prince avoit pris un parti.
S. A. E. fit donc toutes les
démarches necessaires durant
l'automne de 1701. à
Vienne &à la Haye,pour
obtenir cette neutralité, &
il les fit avec d'autant plus
d'instance, que la guerre
estoit desormais certaine.
Dés le 7. du mois de Septembre
1701. l'Empereur
Leopold, le Roy Guillaume
,
& lesEtats Généraux
avoient signé le traité si
connu fous le nom de la
grandeAlliance.Le traitéestoit
une ligue offensive
contre les couronnes de
France & d'Espagne, par
laquelle les Puissancescontractantes
s'engagerent à
leur faire conjointementla
guerre,si dans six mois elles
ne donnoient à ces Alliez
des satisfactions & des
sûretez telles que des Princes
qui ont les armes à la
main ne les donnent qu'aprés
plusieurscampagnes
malheureuses. Suivant toutes
les constitutions de
l'Empire l'Electeur de Cologne
estoit loüable de
prendre le parti de la neutralité.
Jusques au 27. Septembre
1702.la guerre que
l'Empereur a faire aux couronnes
n'a point eité une
guerre de l'Empire. Ce ne
fut que le 27. Septembre
1701. datte itmirquable,
quel'Empire declara par
un resultat des trois Colleges
qui composentla
Diette,qu'il épousoit la
querelle de la Maison
d'Autriche, Se qu'il entroit
en sonnomdansla guerre
qu'elle faisoit aux couron
nes. Neanmoinslaneutralité
fut refusée à l'Electeur
deCologne à Vienne dés
le mois d'Octobre 1701. & laréponsequ'onluy tIt à la
Haye valoit un refus. Les
Hollandois dés le mois
d'Octobre 1701. commencerent
même a agir holli.
lement sur le territoire de
Liege, dont il est Evêque
&Prince, en y élevant des
fortifications sans son consentement.
Cet Electeur
qui n'avoit pas assez de
troupes pour maintenir sa
neutralité contre de si puissans
voisins, & contre l'Electeur
Palatin, & d'autres
Princes leurs Alliez,appella
& reçut dans ses places
au mois de Novembre
1701. les troupes du cercle
de Bourgogne,aprés leur
voir fait prêter serment
de
ae ne rien attenter contre
l'Empire, & de sortir de ses
placesdés qu'illerequereroit.
Suivant les constitutions
de l'Empire, il est
permis aux érars de l'Empire
dappeller à leur secours
les troupes des autres
états de l'Empire. Depuis
Charles-Quint le cercle
de Bourgogne est un
des états de l'Empire, &
les Empereurs de la Maison
d'Auftriche ont appellé
à leur secours, &
introduit souvent dans
: rf-a-npire les troupes de ce
cercle. L'Empereur publia
plusieurs mandemenscontre
l'Electeur de Cologne
qui écrivit le 19. Mars 1702.
à l'Empereur une lettre
aussi forte que respectueuse
pour défendre sa con
duite,dans laquelleon voit
que S. A. E. étoit prête d'écouter
la Diette, qui seule
étoit son juge competant,
avec toute sorte de déference.
Néanmoins dés le
mois de May 1702.les Hollandois
& d'autres Princes
alliez de l'Empereur attaquerent
Kaiservvert
, &
l'Electeur de Cologne estoit
presque dépoüillé de
tous ses états pour n a»-
voir pas voulu faire la
guerreconjointement avec
l'Empereur, quand
l'Empire declara le 27.
Septembre 1702. que ses
Membres devoient prendre
part à cette guerre.
Les choses en resterent
là durant la vie de l'Empereur
Leopold. L'Empereur
Joseph, dans la- premiere
année de son regne
,
publia une proclamation
dattée du25. Avril
1706. parlaquelle il mit
SonAltesse Electorale au
ban de l'Empire, autant
qu'un Ecclesiastique y
peut estre mis. La protestation
fait voir pleinement
l'iniquité ôç la nullité
de cette Sentence,
renduë contre un Prince
qui n'estoit pas coupable,
par un Tribunal incompetant;
puisque, suivant
les constitutions de l'Empire
,
la Diete seule peut
connoistre des causes capitales
des Electeurs, Princes,&
autres états del'Empîre.
Son Altesse Electoralefinit,
en protestant
de nullité contre l'élection
future d'un Empereur,
à laquelleon ne l'auroit
pas invitée, pour la
conservation de ses droits
& pour celle des droits de
son Eglise.
,-
La protestation de l'Electeur
de Baviere dattée
de Namur le 7. Juillet est
beaucoup plus courte. Cet
Electeur expose que son
honneur & ses interêts ne
lui permettoient pas d'entrer
en- guerre contre les
couronnes, lorsque l'Empereur
commença de sors
autorité privée en 1701. la
guerre qui dure encore
quil prit des mesures pour
demeurer neutre, & que
plusieurs estatsdel'Empire
se trouverent dans lesmêmes
sentimens que lui. Il
concerta avec eux pour
empêcher que la Cour de
Vienne n'arrachât d'eux
une déclaration forcée:
Mais cette Courgagna la
plûpart des états qui s'étoient
joints, ou qui devoient
sejoindre avec S. A.
E. pour empêcher que
l'Empirene fût obligé à
rentreren guerre,&à rom-r
pre la paix de Risvvik làns
sujet: en effet dés le mois
d'Avril 1702. il se fit plusieursviolences
dans l'Empire
par les Alliez de l'Empereur,
quiforçoient ceux
qui témoignoient vouloir
demeurer neutres, à se défaire
de leurs troupes. Dés,'
le mois de Juillet l'Empereur,
àquilesconstitutions
de l'Empiredéfendent é..:-,
troitement d'attaquerjamais
directement ni indirectement
la couronne de
France sans leconsentement
des trois Colleges ,
commençalefiegedeLandau,
de sa feule autorité.
L'Electeur de Bavieré ne
pouvoitplus douter aprés
ce qui s'étoit passé,qu'il ne
dût être attaqué incessamment,&
le 8Septemb. 1701.
il jetta des troupes dans
Ulm& dans Meminguen,
quiouvrent l'entrée de ses
états, pour se couvrir de
ces places durant le danger
, avec promesse de les
évacuer dés qu'il feroit
paffé. La Diette ne declara
qu'il falloit faire la guerre
à la France quele27.Septembre
1702. L'Electeur
de Baviere voulut demeurerneutre:
maisau mois de
Mars 1703.le Comte Schlik
entra hostilement dans ses
états, & le mit en droit de
pourvoir par toutes fortes
devoyes àsa juftedéfenfe;,,
Le 26.d'Avril 1706.l'Empereur
Joseph le mit au
ban de l'Empireparune
Sentenceémanée sur des
procedures du ConseilAulique,
qui n'est pas Juge
competanten pareil cas.
Le pretexte de cette Sentence
est l'infractiondela
constitutionde la paix publique
commise par l'Electeur
quand il occupaUlm.
On appelle enAllemagne
constitution de la paix publique
l'Ordonnance qui
fut publiée dans laDiete tenuëà
Vorms en 1495. sous
l'Empereur Maximilien I.
par laquelle il est défendu
aux états de l'Empire d'user
d'hostilitez les uns envers
les autres dans leurs querelles
particulieres :
L'Electeurn'occupa
Ulm que
pour fegarantir des insultes
qui avoient été faites à
d'autresPrincesdepuis peu.
de mois, parce qu'ils étoient
dans le même cas
que lui, avec promesse de
l'évacuerdésque labourasque
seroit passée.Toute occupation
de place n'est pas
une infraction de la paix
publique,& depuis quatre
mois il s'en est fait dans l'interieur
de l'Empire, qui
sont plus odieuses que celle
d'Ulm, & qui n'ont pas attiré
le moindre mandemenant
fait écrire aucunes
lettres avocatoires à l'EmpereurJoseph.
La plûpart
..¿es autres griefs rapportez
dans la Sentence de Ban ne
regardent pas l'Empire
mais l'Empereur comme
Archiduc d"Autricl-ic.»
L'Electeur proteste contre
ce Ban injuste dans le
fonds & dans les formes,
& contre ce qui s'estpassé
depuis; ainsi que contre
l'election d'un Empereur,
à laquelle il n'auroit point
étéappellé ,déclarant que
d'autres que lui seront coupables
pables des malheurs qu'une
pareille élection, faire
contre les Loix,pourroit
attirer sur l'Allemagne.
L'histoire qui fuit
des protestations des Llechuri
-
de Baviere & de Cologne. L'Electeur de Cologne
expose que son intennon
estoit de demeurer
neutre durant la guerre
qu'il voyoitpreste às'allumer
entre les Maisons de
France & d'Autriche pour
la successiond'Espagne. Il
devoit cette neutralité à
son peuple,attendu la situation
de sesétats,qui les
exposoit aux premiers desordres
de la guerre si le
Prince avoit pris un parti.
S. A. E. fit donc toutes les
démarches necessaires durant
l'automne de 1701. à
Vienne &à la Haye,pour
obtenir cette neutralité, &
il les fit avec d'autant plus
d'instance, que la guerre
estoit desormais certaine.
Dés le 7. du mois de Septembre
1701. l'Empereur
Leopold, le Roy Guillaume
,
& lesEtats Généraux
avoient signé le traité si
connu fous le nom de la
grandeAlliance.Le traitéestoit
une ligue offensive
contre les couronnes de
France & d'Espagne, par
laquelle les Puissancescontractantes
s'engagerent à
leur faire conjointementla
guerre,si dans six mois elles
ne donnoient à ces Alliez
des satisfactions & des
sûretez telles que des Princes
qui ont les armes à la
main ne les donnent qu'aprés
plusieurscampagnes
malheureuses. Suivant toutes
les constitutions de
l'Empire l'Electeur de Cologne
estoit loüable de
prendre le parti de la neutralité.
Jusques au 27. Septembre
1702.la guerre que
l'Empereur a faire aux couronnes
n'a point eité une
guerre de l'Empire. Ce ne
fut que le 27. Septembre
1701. datte itmirquable,
quel'Empire declara par
un resultat des trois Colleges
qui composentla
Diette,qu'il épousoit la
querelle de la Maison
d'Autriche, Se qu'il entroit
en sonnomdansla guerre
qu'elle faisoit aux couron
nes. Neanmoinslaneutralité
fut refusée à l'Electeur
deCologne à Vienne dés
le mois d'Octobre 1701. & laréponsequ'onluy tIt à la
Haye valoit un refus. Les
Hollandois dés le mois
d'Octobre 1701. commencerent
même a agir holli.
lement sur le territoire de
Liege, dont il est Evêque
&Prince, en y élevant des
fortifications sans son consentement.
Cet Electeur
qui n'avoit pas assez de
troupes pour maintenir sa
neutralité contre de si puissans
voisins, & contre l'Electeur
Palatin, & d'autres
Princes leurs Alliez,appella
& reçut dans ses places
au mois de Novembre
1701. les troupes du cercle
de Bourgogne,aprés leur
voir fait prêter serment
de
ae ne rien attenter contre
l'Empire, & de sortir de ses
placesdés qu'illerequereroit.
Suivant les constitutions
de l'Empire, il est
permis aux érars de l'Empire
dappeller à leur secours
les troupes des autres
états de l'Empire. Depuis
Charles-Quint le cercle
de Bourgogne est un
des états de l'Empire, &
les Empereurs de la Maison
d'Auftriche ont appellé
à leur secours, &
introduit souvent dans
: rf-a-npire les troupes de ce
cercle. L'Empereur publia
plusieurs mandemenscontre
l'Electeur de Cologne
qui écrivit le 19. Mars 1702.
à l'Empereur une lettre
aussi forte que respectueuse
pour défendre sa con
duite,dans laquelleon voit
que S. A. E. étoit prête d'écouter
la Diette, qui seule
étoit son juge competant,
avec toute sorte de déference.
Néanmoins dés le
mois de May 1702.les Hollandois
& d'autres Princes
alliez de l'Empereur attaquerent
Kaiservvert
, &
l'Electeur de Cologne estoit
presque dépoüillé de
tous ses états pour n a»-
voir pas voulu faire la
guerreconjointement avec
l'Empereur, quand
l'Empire declara le 27.
Septembre 1702. que ses
Membres devoient prendre
part à cette guerre.
Les choses en resterent
là durant la vie de l'Empereur
Leopold. L'Empereur
Joseph, dans la- premiere
année de son regne
,
publia une proclamation
dattée du25. Avril
1706. parlaquelle il mit
SonAltesse Electorale au
ban de l'Empire, autant
qu'un Ecclesiastique y
peut estre mis. La protestation
fait voir pleinement
l'iniquité ôç la nullité
de cette Sentence,
renduë contre un Prince
qui n'estoit pas coupable,
par un Tribunal incompetant;
puisque, suivant
les constitutions de l'Empire
,
la Diete seule peut
connoistre des causes capitales
des Electeurs, Princes,&
autres états del'Empîre.
Son Altesse Electoralefinit,
en protestant
de nullité contre l'élection
future d'un Empereur,
à laquelleon ne l'auroit
pas invitée, pour la
conservation de ses droits
& pour celle des droits de
son Eglise.
,-
La protestation de l'Electeur
de Baviere dattée
de Namur le 7. Juillet est
beaucoup plus courte. Cet
Electeur expose que son
honneur & ses interêts ne
lui permettoient pas d'entrer
en- guerre contre les
couronnes, lorsque l'Empereur
commença de sors
autorité privée en 1701. la
guerre qui dure encore
quil prit des mesures pour
demeurer neutre, & que
plusieurs estatsdel'Empire
se trouverent dans lesmêmes
sentimens que lui. Il
concerta avec eux pour
empêcher que la Cour de
Vienne n'arrachât d'eux
une déclaration forcée:
Mais cette Courgagna la
plûpart des états qui s'étoient
joints, ou qui devoient
sejoindre avec S. A.
E. pour empêcher que
l'Empirene fût obligé à
rentreren guerre,&à rom-r
pre la paix de Risvvik làns
sujet: en effet dés le mois
d'Avril 1702. il se fit plusieursviolences
dans l'Empire
par les Alliez de l'Empereur,
quiforçoient ceux
qui témoignoient vouloir
demeurer neutres, à se défaire
de leurs troupes. Dés,'
le mois de Juillet l'Empereur,
àquilesconstitutions
de l'Empiredéfendent é..:-,
troitement d'attaquerjamais
directement ni indirectement
la couronne de
France sans leconsentement
des trois Colleges ,
commençalefiegedeLandau,
de sa feule autorité.
L'Electeur de Bavieré ne
pouvoitplus douter aprés
ce qui s'étoit passé,qu'il ne
dût être attaqué incessamment,&
le 8Septemb. 1701.
il jetta des troupes dans
Ulm& dans Meminguen,
quiouvrent l'entrée de ses
états, pour se couvrir de
ces places durant le danger
, avec promesse de les
évacuer dés qu'il feroit
paffé. La Diette ne declara
qu'il falloit faire la guerre
à la France quele27.Septembre
1702. L'Electeur
de Baviere voulut demeurerneutre:
maisau mois de
Mars 1703.le Comte Schlik
entra hostilement dans ses
états, & le mit en droit de
pourvoir par toutes fortes
devoyes àsa juftedéfenfe;,,
Le 26.d'Avril 1706.l'Empereur
Joseph le mit au
ban de l'Empireparune
Sentenceémanée sur des
procedures du ConseilAulique,
qui n'est pas Juge
competanten pareil cas.
Le pretexte de cette Sentence
est l'infractiondela
constitutionde la paix publique
commise par l'Electeur
quand il occupaUlm.
On appelle enAllemagne
constitution de la paix publique
l'Ordonnance qui
fut publiée dans laDiete tenuëà
Vorms en 1495. sous
l'Empereur Maximilien I.
par laquelle il est défendu
aux états de l'Empire d'user
d'hostilitez les uns envers
les autres dans leurs querelles
particulieres :
L'Electeurn'occupa
Ulm que
pour fegarantir des insultes
qui avoient été faites à
d'autresPrincesdepuis peu.
de mois, parce qu'ils étoient
dans le même cas
que lui, avec promesse de
l'évacuerdésque labourasque
seroit passée.Toute occupation
de place n'est pas
une infraction de la paix
publique,& depuis quatre
mois il s'en est fait dans l'interieur
de l'Empire, qui
sont plus odieuses que celle
d'Ulm, & qui n'ont pas attiré
le moindre mandemenant
fait écrire aucunes
lettres avocatoires à l'EmpereurJoseph.
La plûpart
..¿es autres griefs rapportez
dans la Sentence de Ban ne
regardent pas l'Empire
mais l'Empereur comme
Archiduc d"Autricl-ic.»
L'Electeur proteste contre
ce Ban injuste dans le
fonds & dans les formes,
& contre ce qui s'estpassé
depuis; ainsi que contre
l'election d'un Empereur,
à laquelle il n'auroit point
étéappellé ,déclarant que
d'autres que lui seront coupables
pables des malheurs qu'une
pareille élection, faire
contre les Loix,pourroit
attirer sur l'Allemagne.
L'histoire qui fuit
Fermer
Résumé : EXTRAIT des protestations des Electeurs de Baviere & de Cologne.
En 1701, l'Électeur de Cologne tenta de maintenir la neutralité face à la guerre imminente entre les Maisons de France et d'Autriche pour la succession d'Espagne, justifiant cette position par la vulnérabilité de ses États. Ses démarches à Vienne et à La Haye restèrent vaines, et le 7 septembre 1701, le traité de la Grande Alliance fut signé par l'Empereur Léopold, le Roi Guillaume et les États Généraux, formant une ligue offensive contre les couronnes de France et d'Espagne. La neutralité de l'Électeur fut refusée en octobre 1701, et les Hollandais commencèrent à agir sur le territoire de Liège sans son consentement. L'Électeur, manquant de troupes pour défendre sa neutralité, appela les troupes du cercle de Bourgogne en novembre 1701. L'Empereur publia des mandements contre lui, mais l'Électeur défendit sa conduite dans une lettre en mars 1702. En mai 1702, les Hollandais et d'autres Princes alliés attaquèrent Kaiservert, privant presque l'Électeur de tous ses États. L'Empire déclara le 27 septembre 1702 que ses Membres devaient prendre part à la guerre. En 1706, l'Empereur Joseph mit l'Électeur de Cologne au ban de l'Empire, mais celui-ci protesta, affirmant que seule la Diète était compétente pour juger les causes capitales des Électeurs. L'Électeur de Bavière exprima son désir de neutralité dès 1701, mais fut forcé d'entrer en guerre. Il occupa Ulm et Memmingen pour se protéger et promit d'évacuer ces places une fois le danger passé. En avril 1706, l'Empereur Joseph mit également l'Électeur de Bavière au ban de l'Empire pour infraction à la constitution de la paix publique. L'Électeur de Bavière protesta contre cette décision, justifiant son occupation d'Ulm par les insultes subies par d'autres Princes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
29
p. 121-164
Bulle d'Or. [titre d'après la table]
Début :
ARTICLE XXII. De l'ordre de la Marche des Princes [...]
Mots clefs :
Bulle d'Or, Princes, Empereur, Électeurs, Roi, Romains, Cour, Ecclésiastique, Archevêque, Cheval, Duc, Honneur, Criminels, Sceau, Bâton, Logis, Saxe, Crime, Fille, Fils, Ordre, Coupable, Séance, Mort, Charge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Bulle d'Or. [titre d'après la table]
ARTLCLEXXII.
De l'ordre de la Marche des
FrincesELetteurs,dr parqui
sont portées les Marques honoraires.
pOur déclarer le rangquel
les Princes Electeurs doivent
tenir en marchant avec
l'Empereur ou avec le Roi
desRomains en public & erL
cérémonie, & dont nous
avons ci- dessus fait mention,
Nous ordonnons que toutes
les fois que pendant la tenuë
d'une Diete Imperiale, il
faudra que les Princes Electeurs
marchent processionnellement
avec l'Empereur au le
Roi des Romains, en quelques
actionsou solemnitez
que cesoit, & qu'ils y portent
les Ornemens Impériaux ou
Royalix; le Duc de Saxe portant
FEpee Imperiale ou
Royale, marchera immédiatement
devant l'Empereur,
étant au milieu entre luy &
l'Electeur de Trêves ; ledit
Electeur de Saxe aura à sa
droite le Comte Palatin du
Rhin, qui portera le Globe
ou la Pomme Imperiale, &à
sa gauche le Marquis de
Brandebourg
, portant le
Sceptre, tous trois marchant
de front: le. Roi de Boheme
suivra immédiatementl'EmpereurouleRoides
Romains;
sans que personne marche entre
l'Empereur ou ledit Roi
&lui.
ARTIClE XXIII.
DesBénédictions des Archevesques
en lapresence de1•'*-
,,.lT'Empereur. Outes les fois qu'on
celébrera en solemnité
la Méfie devant l'Empeteur
ou le Roy des Romains,
,U que les Archevesques de
Mayence, de Tréves & de
Cologne; ou deux d'entre eux s'y trouveront presens, on
observeraàla confession qui
se dità l'entrée de la Messe,
au baisen de l'Evangile & de
la Paix qu'on presente après
(Ag":/tsDei,& même aux Bénédictions
qui se donnent à la fin
de la Méfie
,
&: à celles qui
se font à l'entrée de table &
aux graces quife rendent après
le repas, cet ordre que Nous
avons estimé à propos d'y étatablir,
de leur avis & consentement;
qui est que le premier
aura cet honneur le premier
jour; le second, le second
jour; & le troisiéme, le
t,roin2e.m.e jour. Nousdéclarons en ce
cas, que l'ordre de la primauté
ou posteriorité entre
les Archevesques, doit estre
dreeglé sur l'ordre & le temps leur consecration. Et afin
qu'ils se préviennent les uns
les autres par des témoignages
d'honneur &de déference,
& que leur exemple oblige
les autres à s'honorer mutuellement,
Nous desirons que celui
que cet ordre, touchant
les choses susdites, regardera
le premier
,
fasse à ses Collegues
une civilité & une honnêteté
charitable pour les inviteràprendre
cet honneur, &
qu'après cela il procèdeaux
choses susdites, ou à quelqu'une
d'elles.
ARTICLE XXIV.
Les Loix suisantes ont ejlè
publiées en la Diete de Metz
lejour de Noël, l'an 13r6.
Par Charles IV.Empereur des
Romains toujours Auguste,
.RoydiBobeme,affiflédetous
les PÍinces Electeurs du Saint
Empire en presence du Vénérable
Pere en Dieu le Seigneur
Théodorique Evêque d'Albe,
Cardinal de la sainte Eglise
Romaine>& de CharlesFils
aîné du Roy de France, Illustre
Duc de Normandie, &
Dauphin de Viennois.
S.J. SI quelqu'un estoit
entrédans quelque
complotcriminel, ou auroit
fait ferment ou promesse de
s'y engager avec les Princes
& Gentilshommes, ou avec des Particuliers &: autres
Personnnes quelconques
mêmes roturieres, pour attenter
à la vie des Reverends
& Illustres Princes Electeurs
du saint Empire Romain,
tant Ecclesiastiques que Seculiers,
ou de quelqu'un d'eux,
qu'il périsse par le glaive, &:
que tous ses biens soient
confisquez comme criminel de
leze.Majesté ; car ils sont
partie de nostre Corps: Et en
ces rencontres les Loix punissent
lavolontéaveclamême
severité que le crime mesme.
Et bien qu'il fût juste que les
fils d'un tel parricide moururentd'une
pareille more)
parce que l'on en peut appréhender
les mêmes exemples;
néanmoins par une bonté
particuliére
,
Nous leur donnons
la vie: Mais Nous voulons
qu'ils soient fruftrez de
la succession maternelle ou
ayeule, comme aussi de tout
les biens qu'ils pouroient esperer
par droit d'heredité &
de succession, ou par testament
de leurs autres parens &.
amis; afin qu'étant toujours
pauvres & necessiteux, l'infamie
de leur pere les accompagne
toûjours;qu'ils ne puissent
jamais parvenir à aucun
honneur & Dignité, même à
celles qui sont conferées par
l'Eglise; & qu'ilssoient re-@
duits à telle extremité, qu'ils
languissent dans une necessité
continuelle
,
& trouvent par
ce moyen leur soulagement
dans la mort &: leur supplice
dans la vie. Nous voulons aussi
que ceux qui oseront intercéder
pour telles sortes de gens,
soient notez d'une infamie
perpetuelle.
§. 2. Pour ce qui est des
filles de ces criminels ,en
quelque nombre qu'elles
puissent estre
,
Nous ordonnons
qu'elles prennentla falcidie
ou la quatriéme partie
en la successionde leur mere,
foit qu'elle ait fait testament
ou non; afin qu'elles ayent plûcôc:
une médiocre nourriture
de fille, qu'un entier avantage
ou nom d'heritieres.Car
en effet la Sentence doit être
d'autant plus moderée à leur
égard, que nous sommes perfuadez
que la foiblesse de leur
sexe les empêchera de commettre
des crimes de cette
nature.
§. Déclarons aussi les
émancipations que telles gens
pourroient avoir faites de leur
fils ou de leurs filles, depuis
la publication de la presente
Loi
,
nulles &: de nul effet ;
pareillement Nous déclarons
nulles & de nulle valeur toutes
les constitutionsde dot, donations
& toutes les autres
aliénations qui auront été faites
par fraude
, &. même de
droit,depuis le temps qu'ils
auront commencé à faire le
premier projet de ces conspirations
&: complot. Si les
femmes ayant retiré leur dot
se trouvent en cet état, que
ce qu'elles auront reçu de
leurs maris à titre de donations,
elles le doiventreserver
à leurs fils, lorsquel'usufruit
n'aura plus lieu;qu'ellesçachent
que toutes ces choses,
qui selon la Loi devroient
retourner aux fils, seront appliquées
à nostre Fisc, à la
reserve de la falcidie ou quatriéme
qui en fera prise pour
les filles, & n n pour les fils.
§. 4. Ce que nous venons
de dire de ces criminels & de
leurs fils,doitaussi estre entendu
de leurs satelites, complices
& ministres, & de
leursfils. Toutefois si aucun
des complices, touché du
desir d'une veritable gloire
découvre la conspiration, en
son commencement, il en recevra
de Nous récompense
& honneur: Mais pour cel ui
qui aura eu part à ces conspirations
&: ne les aura revelées
que bien tard, avant
néanmoinsqu'elles ayent été
découvertes, il fera estimé
digne feulement d'absolution
&: du pardon de son crime.
§. 5. Nous ordonnons aussi,
que s'il est revelé quelque
attentat commis contre lesdits
Princes Electeurs Ecclesiastiques
ou Seculiers, l'on
puissemême après la mort
du coupable poursuivre de
nouveau la punition de ce
crime. ,-
§. 6.De même,l'on pourra
pour ce crime de leze-Majesté,
à l'égard deidics Princes
Electeurs, donner la question
aux serviteurs du Maître
qui aura été accusé.
- §.7. Ordonnons deplus
par ce presentEdit Imperial,
& voulons que même après
la mort du coupable l'on
puisse commencer à informer
contre lui,afin quele
crime, étant * averé, sa mémoire
puisse estre condamnée
&: ses biens confisquez.
Car dés là que quelqu'un a
formé le dessein d'uncrime
détestable,il en est en quelque
façon coupable & bourrelé
en son ame.
$. 8. C'estpourquoy, dés
que quelqu'un se trouvera
coupable d'untel attentat
Nous voulons qu'il ne puisse
plus ni vendre, ni aliener, ni
donner la liberté à ses esclaves,
& mêmequ'on ne lui
puissepluspayer ce qui lui
estdû.
§.9.Pareillement ordonnons
qu'à ce sujet on applique
à laquestion les serviteurs
du criminels c'est-à-dire,
pour le crime ducomplot détestable
fait contre les Princes
Electeurs Ecclesiastiques
'&. Seculiers.
§. 10. Et si quelqu'unde
ces criminels meurt pendant
l'instruction du Procez, Nous
voulons que ses biens, à cause
qu'on est encore incertain
qui en fera leSuccesseur,
soient mis entre les mains de
la Justice.
ARTICLE XXV.
De la conservation des Princi»
pautez, des Electeurs en
leurentier. sS'Il est expedient que toutes
Principautez soient
conservées en leur entier, afin
que la Justice s'affermisse, &
que les bons & fideles Sujets
jouissentd'un parfait repos
d'une paix profonde ;il est
encore ,
sans comparaison beaucoup plus juste queles,
grandes Principautez, Domaines
,
Honneurs & Droits
des Princes Electeurs
,
demeurent
aussi en leur entier;
car là où lepéril est leplus à
craindre
,
c'est là ou il faut
user de plus grandes précaurions
de peur que les colomnesVenant
à manquer 3 toute le bâtiment ne tombe
en ruine.
§. I. Nous voulons donc &
or donnons parcet Edit Imperial
perpetuel, qu'à l'avenir
&à perpétuité les grandes
& magnifiques Principatitez
,
tellesque sont le Royau-
me de Bohême , la Comtç,
Palatine du Rhin,la Duché
de Saxe & le Marquisat de
Brandebourg,leurs Terres
Jurisdictions , , Hommages &
Vasselages, avec leurs appartenances
& dépendances, ne
puissent estre partagées
,
diviséesoudémembrées
en
quelque façon que ce soit ;
mais qu'elles demeurent à
perpétuité unies &: conservées
en leur entier. ,:.
§. 2. Que le Fils aîné y
succéde,& que tout le Domaine&
tout le Droit appartienne
à luy seul ; si cen'est
qu'il soit insensé,ou qu'il ait
tel autre grand &: notable
défaut qui l'empêche absolument
de gouverner; auquel
cas la successionluy estanc
défenduë
,
Nous voulons que
le fécond Fils, s'il y en a un
en la même ligne, y foit appellé
; sinon l'aîné des Frères
ou Parens paternelslaïque
qui se trouvera estre le plus
proche en ligne directe &:
masculine: lequel toutefois
fera tenu de donner des preuves
continuelles de sa bonté
& liberalité envers ses autres
Frères ôc Soeurs, contribuant
à leur subsistance selon la
grace qu'il aura reçue de
Dieu, & selon la bonne vo- lonté& facultez de son
patrimoine; lui défendant
expressément tout partage, division&démembrement
des Principautez,&: de leurs
appartenances ôc dépendances,
en quelque façon que
ce puisse être.
ARTICLE XXV-I.,,-
De la Cour Impériale desa
séance. , I.LE jour que l'EmpereurouleRoides
Romains voudra tenir folemnellement
sa Cour, les Princes
Electeurs tant Ecclesiastiques
que Seculiers, se renfdront
à une heure ou environ,
au logis de la demeure
Impériale ou Royale,ou
l'Empereur ou le Roi, étant
revêtu de tous lesOrneniens
Impériaux monteraachevai,
avectous les Princes Electeurs
qui l'accompagneront
jusqu'au lieu préparé pour
la Séance chacun en l'ordre
& en la maniéré qui a été cidessusprescrite
, &: inserée
dans l'Ordonnance qui regle
les marches des mêmes Princes
Eleaeurs.
2. L'Archichancelier dansl'Archichancellariat
duquel
la Cour Impériale se tiendra,
portera aussi au bout d'un Bâton
d'argent tous les Sceaux'
Impériaux ou Royaux.
§. 3. Mais les Princes Electeurs
Seculiers porteront le
Septre
,
la Pomme & l'Epée
,
en la nlanie-re qui a été dite
ci
-
dessus.
§. 4.Quelques autres Prill
ces inférieurs qui feront dé
putez par l'Empereur &: à
son choix, porteront immédiatement
devant l'Archevesque
de Trevesmarchant eJt.,
son rang, premièrement la
Couronne d'Aix-la-Chapelle:,
& en secondlieu, celle de
Milan: Ce qui ne se pratiquera
feulement que devant
l'Empereur, orné de la Couronne
Impériale.
§. L'Imperatrice aussi, ou,
la Reine des Romains, étant
revêtue des Habits & Orne.
mens de Ceremonie, marchera
après le Roi ou l'Empereur
des Romains, &: auiïi
après le Roi de Boheme , qui
fuit immédiatement l'Emper
reur ,mais çloignécd'unçù.
pace compétant, & accom
pagnée de ses principaux Officiers
&: de ses Filles d'Honneur
¡& ce jusques au lieu de
la Séance.
ARTICLE XXVII.
Des Fondions des Princes Electeurs
dans les rencontres oh
lesEmpereurs oit. Rois des Romains
tiennent folemnellement
leur Cour. NOus ordonnons que
toutes les fois que l'Elnpereur
ou le Roi des Romains
voudra tenir solemnellement
sa Cour, &: où Ice
PrincesEle&enrs ferontobjigèt
de faireles Ponctions de,
leurs Charges,on observe eiv
cela l'ordre suivant.-
§. i.Premièrement,TEm-,
pereurou le Roides Roi-riainsf,-
étant assis en sa Chaire Roya-r
le, ou sur le TrôneImpérialv
le Duc de Saxe fera sa ChaiM
ge en la maniéré que nous;
allons dire. On mettra d-,
vàntle Logis de la Séance
Imperiale ou Royale, un tas
d'Avoine, de telle hauceuf)
qu'il aille jusqu'au poitrai"
ou juf ues à la Telle du cheval
sur lequel le Duc fera.,
monté;: & le Duc ayant en'
ses mai ns un Bâton d'argent
& une Mesure aussi d'argent,>
qui peseront ensemble douze,
Marcs d'argnt.'& étant ï;
cheval- remplira la' mesure
d'avoine & la donnerar' au
premier Palfrenier qu'il ren-'
contrera. Apres quoi, fichant
le Bâton dans l'avoine, il se
retirera; & son Vice-Maréchal
, sçavoir de Pappenheim,
s'approchant, ou lui
absent, le Mareschal de la
1Cour,Jpaermvettroa leipinllagee d.e
§.i Dés que l'Empereur
ou le Roi des Romains se fera
mis à table, les Princes Electeurs
Ecclesiastiques, c'est-à-,
dire les Archevêques, étant'
debout devant la table avec
les autres Prelats, la beniront
suivant l'ordre qui a été
ci- dessus par Nous prescrit.
La Bénédiction étant faite,
les
les mêmes Archevêques, s'ilt
font tous presens, ou bien
deux, ou un d'entr'eux, pren*
,dront les Sceaux Impériaux
ou Roïaux des mains du Chancelier
de la Cour;& l'Archevesque
dans lArchichancellariat
duquel la Cour se tiendra,
marchant au milieu des
deux autres Archevesques qui
feront à ses cotez,tenant avec
lui le Bâton d'argent où les
Sceaux feront suspendus
; tous
trois les porteront ainli, &
les mettront avec rcfpctt lui?
la Table devant l'Empereur
ou le Roy. Mais l'Empereur
cru le Roiles leur rendra auflktost
: Et celui dans l'Archichancellariat
duquell%Cerémonies
se feront, comml a
vçté dit, pendra à Ton col le
plus grand Sceau, & le portera
ainsi durant tout le Difner
& apiés, jusquesà ce qu'il
foit retourné à cheval du Pa-
Jais à son Logis. Or le Bâton
dont nous venons de parler,
doit estre d'argent, du poids
-de douze marcs; & les trois
Archevesques doivent payer
chacun le tiers, tant du poids
de l'argent que du prix de
la façon. Le Baston & les
Sceaux demeureront au Chancellier
de la Cour, qui en fera
ce qu'il lui plaira; & c'est
pourquoi aussi-tofi: que celui
des Archevesques auquel il
aura appartenu de porter le
plus grand Sceau au col, depuis
le-Palais jusqu'à son Logis
( comme il a été dit )y
sera arrivé) il renvoyera par
quelqu'un deses Domestiques
audit Chancelier de la. Cour
Imperiale,ledit Sceau sur le
même cheval; & l'Archevefque,
selon la décence desa
propre Dignité & l'amitié
qu'il portera audit Chancelier
de la Cour, fera tenu
de lui donner aussi le cheval.
§. 3. Ensuite le Marquis
de Brandebourg viendra à
cheval, ayant en ses mains un
Bassin &: une Aiguière d'Argent
, du poids de douze
marcs, avec de l'eau & une
belle Serviette. En mettant
pied à terre, il donnera à laver
au Seigneur Empereur
ou au Roi des Romains.
<§.A. Le Comte Palatin du
Rhin entrera de mesme à
Cheval, portant quatre Plats
d'argent remplis deViande,
chaque Plat du poids de trois
marcs; & ayant mis pied à
terre, mettra les Plats sur la
Table devant l'Empereur ou
Roi des Romains.
§,f. Aprés eux viendra
le Roi de Boheme, Archi-
Echanson, étant aussi à Cheval,
& tenant à la main une
Coupe ou Gobelet d'argent
du poids de douze marcs.
couvert tic plein de Vin &
d'eau;& ayant mis pied à
terre, presentera à boire à
l'Empereurou au -
Roi des
Romains.
§. 6. Nousordonnonsaussi,
quesuivant ce quia éç
ptac'iquéjufql'ici),lesPrin
ces Electeurs Seculiersayantfait
leuts Charges, le Vice-
Chambellan de Falkenstein
ait le Cheval , le Bassin &
l'Aiguiére du Marquis de
Brandebourg: le Maistre de
Cuisine de Norteniberg, le
Cheval &: les plats du Comte
Palatin du Rhin; le Vice-
Echanson de Limbourg, le
Cheval &le Gobelet du Roy
de Bohême ; & le Vice-
Marêchal de Pappenheim, le Cheval,le Bâton& la Mesure
du Duc de Saxe. Bien
entendu que c'est en cas que
ces Officiers se trouventen
Personne à la Cour Imperiale
ou Royale, &: y fassent les
Fonctions de leurs Charges:
Autrement
,
& siis sont tous
absens ou quelques-uns d'eux,
alors les Officiers ordinaires
de l'Empereur ou du Roy des
Romains serviront au lieu
des Absens, chacun en sa
Charge; & comme ils en
feront les fonctions
,
aussi
joyiront-ils des émolunens;
ARTICLE XXVIIL
Des Tables Impériales &
Electorales. ;I'LA Table Imperiale
ou Royale doitestre
disposée en forte qu'elle soit
plus haute de six pieds que
lesautres Tables de la Salle ;
& aux jours des Affciiiblée%
solemnelles personne ne s'y
mettra que l'Empereur ou le
Roy des Romains seul.
§. 2. Et même la Place ôâ
la Table de l'Impératrice ou
Reineseradressée à côté,&
plusbaffe de trois pieds que
celle de l'Empereur ou Roy
des Romains;mais plus haute
quecelle des Electeurs aussi
de trois pieds. Pour les Tables
& places des Princes
Electeurs
, on les dressera
toutes d'une même hauteur.
§. 3. On dressera sept Tables
pour les sept Elecceun
Ecclesiastiques & Seculiers,
au bas de la Table Impériale,
sçavoir trois du côté droit ,
&trois autres du côté gauche
& la septiéme vis-à-vis de
l'Empereur ou Roy des Romains
,
dans le même ordre
que nous avons dit icy à l'Article
des Séances & du Rang
des Princes Elctlcurs ; en
forte que Personne, de quelque
qualité & condition qu'elle
foit
, ne se puisse mettre
entre deux ou à leurs Tables.
§. 4. Il ne sera permis à
aucun des susdits Princes Electeurs
Seculiers qui aura raie
sa Charge, de s'aller mettre
à la Table qui luy aura esté
preparée
, que tous les autres
Electeurs les Collegues
n'ayent fait aussi leurs Charges
mais que dés que quelqu'un
d'eux ou quelqu'uns auroit
fait la leur, ils se retireront
auprès de leur Table, &: se
tiendront làdebout, jusqu'à
ce que tous les autres ayent
achevé les Fondions susdites
de leurs Charges; &: alors ils
s'assoiront tous en même
temps,chacun à sa Table. §. 5. Dautant que nous
prouvons par les Relations
tres-certaines& par des Tradirions
si anciennes qu'il n'y a
point de memoirede contraire,
qu'il a été de tout temps
heureusement observé, que
l'éledion du Roy des Romains
futur Empereur se doit faire
en la Ville de Francfort, & le
Couronnement à Aix-la-C ha
- pelle, &que l'Elû Empereur
doit tenir sa premiere Cour
Royale à Nuremberg
-,
c'est
pourquoy Nous voulons, par
plusieurs raisons, qu'il en soit
usé de même à l'avenir;si co
n'est qu'il y ait empêchement
legitimé.
§. 6. Toutes les fois que
quelque Electeur Ecclesiastique
ou Seculier qui aura esté
appelle à la Cour Imperiale,
ne pourra pour quelque raison
legitime s'y trouver en Personlie
,
&: qu'il yenvoyera un Ambassadeur
ou Deputé; cet Ambaffadeur
,
de quelque condition
ou qualité qu'il soit ;,
quoi qu'en vertu de son pouvoir
il doiveestre admis en la
place de celuyqu'ilreprefente,
ne se mettra pas à la Table
quel'on aura destinée pour celuy
qui l'aura envoyé.
b-,~ Enfin toutes les Ceremonies
de cette Cour Imperiale
estant achevées
, tout l'échaffaut
ou Bâtiment de bois qui
aura esté fait pour la Seance &
pour les Tables de l'Empereur
ou Roy des Romains,& des
Princes Electeursassemblez
pour ces Ceremonies solemnelles,
oupour donner l'Investiture
des Fiefs, appartiendraauMaistred'Hôtel.
ARTICLEXXIX,
Des Droits des officiers, lorsque
les Princes font Hommage
de leurs Fiefs à l'Empereurou
au Roydes Romains,
§.1.ORdonnons par le
present Edit Imperial,
que lorsque les Princes
Electeurs, tant Ecclesiastiques
que Seculiers,recevrontlenrs
Fiefs 011 Droits Souverains
des mains de l'Empereur ouJ
du Roy des Romains
,
ils ne
soient point obligez de payer
ou de donner aucune choseà
qui que se foit: Car comme
l'argent que l'on paye sousce
pretexte en:du aux Officiers,
& que les Princes Electeurs
ont la Superiorité sur tous les
Officiers de la Cour Impériale
, ayant même en ces fortes
d'Offices leurs Substituts étaablis
& gagezà cet eiFet par
les Empereurs, il feroit absurde
que des Officiers substituez
demandaient de l'argent
ou des«Presens à leurs
Supcrieurs; si ce n'est que
lesdits Princes Electeurs leus
veuillent donner quelque
chosede leur propre volonré
& libéralité.•
§. 2. Mais les autres Prin-
"#s de l'Empire, tant EccleSadiquesqueSéculiers,
en
recevant leurs Fiefs,comme
nous venons de dire, de l'Empereur
ou du Roy des Romains,
donneront aux Officiers
de la Cour Imperiale ou
Royale , ,chacun soixante-trois
marcs 5cun quart d'argent;
si ce n'est que quelqu'un d'eux
pûtverifier sonexemption,&
faire voir que par privilege
Impérial ou Royal il foit dispensé
de payer laditesomme
, & tous les autrès droits que
l'on a accoutumé de payer
quand on prend l'Invefiiture;
&. ce fera le Maistre d'Hostel
de l'Empereurou du Roydes
Romains qui fera le partage
de ladite somme de soixantetrois
marcs & un quart d'ar.
gent, enla manière quisuit.
Premièrement, il en prendra
dixmarcs pour lui; Il en
donnera autant au Chancelier
de l'Empereurou du Roi
des Romains ; aux Secrétaires
, Nottaires & Dicteurs
trois marcs ;& à celui qui
scelle
, pour la cire & le parchemin
,unquart; sans quele
C hancelier&les Secretaires
soient tenus de donner pour
cela autre chose, sinon un
Certificat du Fief reçû ou de
sîmples Lettres d'Investiture.
Semblablement, le Maistred'Hostel
donnera de ladite
somme dix marcs à l'Echanson
de Limbourg ; dix aux
Vice - Marêchal de Pappenheim
,
&dix auVice-Chambellan
de Falkenstein ; pourvu
qu'ils se trouvent en personne
à ces Investitures, ôc
qu'ils y fartent les Fondions
de leurs Charges; autrement
&: en leur absence
,
les Officiers
de la Cour de l' Empereur
ou du Roi des Romains
qui feront la Charge des Absens
, & qui enauront eu la
peine, en recevront aussi le
profit.& les émolumens
§. 3. Mais lorsquele Prince
monté sur un Cheval ou toute
autre Bête, recevra l'Investiture
deses Fiefsde l'Empereur
ou du Roi des Romains
, quelque foit cette Bête,
elleappartiendra au grand
Maréchal ,c'est-à-dirfcauDue
de Saxe, s'il estpresent; sinon
à son Vice-Marêchal de
Pappenheim, &- en son absence
au Marêchal dela Cour de
l'Empereur.
ARTicle XXX.
De ÏInftruftion des Princels
Electeurs aux Langues.
§. I.DAutant que la
Majestédusaint
EmpireRomain doit prc{cri..
re les Loix, & commander
plusieursPeuples de diverses
Nations, moeurs, façons
de faire &: de différentes Langues
; il est Julie, & les plus
Gige le jugent ainsi,.que tes
Princes Electeursquisont les
côlomnes & les arcs-boutans
de l'Empire, soient instruits
& ayent la connoissance de
plusieurs Langues;parce qu'étant
obligez de soulager lEm-'
pereur en ses plus importantes
affaires; il est necessaire
qu'ils entendent plusieurspersonnes
, & que reciproquement
ils se puissent faire entendre
à plusieurs.
2. C'est pourquoy Nous
ordonnons que les Fils ou Heritiers
& Successeurs des Illustres
Princes Electeurs; ravoir
du Roy de Bohême, du
Comte Palatin du Rhin, du
Duc de Saxe, & duMarquis
de Brandebourg, qui sçavent
apparemment la Langue Allemande,
parcequ'ils ta. doivent
avoir apprise.dés leur ensance
; estant parvenus à l'à..
ge de sept ans,se fassentinstruire
aux Langues Latines,
Italienne & Esclavonne : en
telle sorte qu'ayant atteint la
quatorzième annéede leurâge,
ils y soient sçavans, selon
le talent que Dieu leur en au.
ra-donné : ce que Nous ne
jugeons pas feulement utile;,
mais aussi necessaire, à eause
que l'usage de ces Langues
est fort ordinaire dans l'Empire
pour le maniement de ses
plus importantes affaires.
; §. 3. Nous laissons toutefois
à l'option des Peres le particulier
de cette Instruction;en
forte qu'ildépendra d'eux
d'envoyer leur fils ou les Tarens
qu'ils jugeront leur devoir
apparemment succéder
en l'Eledorat, aux lieux où
ils pourront apprendre commodément
ces Langues, ou
de leur donner dans leurs
Maison des Précepteurs &: de
jeunes Camarades, par l'inftruétion
8c la conversation desquels ils puissent s'instruire
dans ces Langues.
Fin.
De l'ordre de la Marche des
FrincesELetteurs,dr parqui
sont portées les Marques honoraires.
pOur déclarer le rangquel
les Princes Electeurs doivent
tenir en marchant avec
l'Empereur ou avec le Roi
desRomains en public & erL
cérémonie, & dont nous
avons ci- dessus fait mention,
Nous ordonnons que toutes
les fois que pendant la tenuë
d'une Diete Imperiale, il
faudra que les Princes Electeurs
marchent processionnellement
avec l'Empereur au le
Roi des Romains, en quelques
actionsou solemnitez
que cesoit, & qu'ils y portent
les Ornemens Impériaux ou
Royalix; le Duc de Saxe portant
FEpee Imperiale ou
Royale, marchera immédiatement
devant l'Empereur,
étant au milieu entre luy &
l'Electeur de Trêves ; ledit
Electeur de Saxe aura à sa
droite le Comte Palatin du
Rhin, qui portera le Globe
ou la Pomme Imperiale, &à
sa gauche le Marquis de
Brandebourg
, portant le
Sceptre, tous trois marchant
de front: le. Roi de Boheme
suivra immédiatementl'EmpereurouleRoides
Romains;
sans que personne marche entre
l'Empereur ou ledit Roi
&lui.
ARTIClE XXIII.
DesBénédictions des Archevesques
en lapresence de1•'*-
,,.lT'Empereur. Outes les fois qu'on
celébrera en solemnité
la Méfie devant l'Empeteur
ou le Roy des Romains,
,U que les Archevesques de
Mayence, de Tréves & de
Cologne; ou deux d'entre eux s'y trouveront presens, on
observeraàla confession qui
se dità l'entrée de la Messe,
au baisen de l'Evangile & de
la Paix qu'on presente après
(Ag":/tsDei,& même aux Bénédictions
qui se donnent à la fin
de la Méfie
,
&: à celles qui
se font à l'entrée de table &
aux graces quife rendent après
le repas, cet ordre que Nous
avons estimé à propos d'y étatablir,
de leur avis & consentement;
qui est que le premier
aura cet honneur le premier
jour; le second, le second
jour; & le troisiéme, le
t,roin2e.m.e jour. Nousdéclarons en ce
cas, que l'ordre de la primauté
ou posteriorité entre
les Archevesques, doit estre
dreeglé sur l'ordre & le temps leur consecration. Et afin
qu'ils se préviennent les uns
les autres par des témoignages
d'honneur &de déference,
& que leur exemple oblige
les autres à s'honorer mutuellement,
Nous desirons que celui
que cet ordre, touchant
les choses susdites, regardera
le premier
,
fasse à ses Collegues
une civilité & une honnêteté
charitable pour les inviteràprendre
cet honneur, &
qu'après cela il procèdeaux
choses susdites, ou à quelqu'une
d'elles.
ARTICLE XXIV.
Les Loix suisantes ont ejlè
publiées en la Diete de Metz
lejour de Noël, l'an 13r6.
Par Charles IV.Empereur des
Romains toujours Auguste,
.RoydiBobeme,affiflédetous
les PÍinces Electeurs du Saint
Empire en presence du Vénérable
Pere en Dieu le Seigneur
Théodorique Evêque d'Albe,
Cardinal de la sainte Eglise
Romaine>& de CharlesFils
aîné du Roy de France, Illustre
Duc de Normandie, &
Dauphin de Viennois.
S.J. SI quelqu'un estoit
entrédans quelque
complotcriminel, ou auroit
fait ferment ou promesse de
s'y engager avec les Princes
& Gentilshommes, ou avec des Particuliers &: autres
Personnnes quelconques
mêmes roturieres, pour attenter
à la vie des Reverends
& Illustres Princes Electeurs
du saint Empire Romain,
tant Ecclesiastiques que Seculiers,
ou de quelqu'un d'eux,
qu'il périsse par le glaive, &:
que tous ses biens soient
confisquez comme criminel de
leze.Majesté ; car ils sont
partie de nostre Corps: Et en
ces rencontres les Loix punissent
lavolontéaveclamême
severité que le crime mesme.
Et bien qu'il fût juste que les
fils d'un tel parricide moururentd'une
pareille more)
parce que l'on en peut appréhender
les mêmes exemples;
néanmoins par une bonté
particuliére
,
Nous leur donnons
la vie: Mais Nous voulons
qu'ils soient fruftrez de
la succession maternelle ou
ayeule, comme aussi de tout
les biens qu'ils pouroient esperer
par droit d'heredité &
de succession, ou par testament
de leurs autres parens &.
amis; afin qu'étant toujours
pauvres & necessiteux, l'infamie
de leur pere les accompagne
toûjours;qu'ils ne puissent
jamais parvenir à aucun
honneur & Dignité, même à
celles qui sont conferées par
l'Eglise; & qu'ilssoient re-@
duits à telle extremité, qu'ils
languissent dans une necessité
continuelle
,
& trouvent par
ce moyen leur soulagement
dans la mort &: leur supplice
dans la vie. Nous voulons aussi
que ceux qui oseront intercéder
pour telles sortes de gens,
soient notez d'une infamie
perpetuelle.
§. 2. Pour ce qui est des
filles de ces criminels ,en
quelque nombre qu'elles
puissent estre
,
Nous ordonnons
qu'elles prennentla falcidie
ou la quatriéme partie
en la successionde leur mere,
foit qu'elle ait fait testament
ou non; afin qu'elles ayent plûcôc:
une médiocre nourriture
de fille, qu'un entier avantage
ou nom d'heritieres.Car
en effet la Sentence doit être
d'autant plus moderée à leur
égard, que nous sommes perfuadez
que la foiblesse de leur
sexe les empêchera de commettre
des crimes de cette
nature.
§. Déclarons aussi les
émancipations que telles gens
pourroient avoir faites de leur
fils ou de leurs filles, depuis
la publication de la presente
Loi
,
nulles &: de nul effet ;
pareillement Nous déclarons
nulles & de nulle valeur toutes
les constitutionsde dot, donations
& toutes les autres
aliénations qui auront été faites
par fraude
, &. même de
droit,depuis le temps qu'ils
auront commencé à faire le
premier projet de ces conspirations
&: complot. Si les
femmes ayant retiré leur dot
se trouvent en cet état, que
ce qu'elles auront reçu de
leurs maris à titre de donations,
elles le doiventreserver
à leurs fils, lorsquel'usufruit
n'aura plus lieu;qu'ellesçachent
que toutes ces choses,
qui selon la Loi devroient
retourner aux fils, seront appliquées
à nostre Fisc, à la
reserve de la falcidie ou quatriéme
qui en fera prise pour
les filles, & n n pour les fils.
§. 4. Ce que nous venons
de dire de ces criminels & de
leurs fils,doitaussi estre entendu
de leurs satelites, complices
& ministres, & de
leursfils. Toutefois si aucun
des complices, touché du
desir d'une veritable gloire
découvre la conspiration, en
son commencement, il en recevra
de Nous récompense
& honneur: Mais pour cel ui
qui aura eu part à ces conspirations
&: ne les aura revelées
que bien tard, avant
néanmoinsqu'elles ayent été
découvertes, il fera estimé
digne feulement d'absolution
&: du pardon de son crime.
§. 5. Nous ordonnons aussi,
que s'il est revelé quelque
attentat commis contre lesdits
Princes Electeurs Ecclesiastiques
ou Seculiers, l'on
puissemême après la mort
du coupable poursuivre de
nouveau la punition de ce
crime. ,-
§. 6.De même,l'on pourra
pour ce crime de leze-Majesté,
à l'égard deidics Princes
Electeurs, donner la question
aux serviteurs du Maître
qui aura été accusé.
- §.7. Ordonnons deplus
par ce presentEdit Imperial,
& voulons que même après
la mort du coupable l'on
puisse commencer à informer
contre lui,afin quele
crime, étant * averé, sa mémoire
puisse estre condamnée
&: ses biens confisquez.
Car dés là que quelqu'un a
formé le dessein d'uncrime
détestable,il en est en quelque
façon coupable & bourrelé
en son ame.
$. 8. C'estpourquoy, dés
que quelqu'un se trouvera
coupable d'untel attentat
Nous voulons qu'il ne puisse
plus ni vendre, ni aliener, ni
donner la liberté à ses esclaves,
& mêmequ'on ne lui
puissepluspayer ce qui lui
estdû.
§.9.Pareillement ordonnons
qu'à ce sujet on applique
à laquestion les serviteurs
du criminels c'est-à-dire,
pour le crime ducomplot détestable
fait contre les Princes
Electeurs Ecclesiastiques
'&. Seculiers.
§. 10. Et si quelqu'unde
ces criminels meurt pendant
l'instruction du Procez, Nous
voulons que ses biens, à cause
qu'on est encore incertain
qui en fera leSuccesseur,
soient mis entre les mains de
la Justice.
ARTICLE XXV.
De la conservation des Princi»
pautez, des Electeurs en
leurentier. sS'Il est expedient que toutes
Principautez soient
conservées en leur entier, afin
que la Justice s'affermisse, &
que les bons & fideles Sujets
jouissentd'un parfait repos
d'une paix profonde ;il est
encore ,
sans comparaison beaucoup plus juste queles,
grandes Principautez, Domaines
,
Honneurs & Droits
des Princes Electeurs
,
demeurent
aussi en leur entier;
car là où lepéril est leplus à
craindre
,
c'est là ou il faut
user de plus grandes précaurions
de peur que les colomnesVenant
à manquer 3 toute le bâtiment ne tombe
en ruine.
§. I. Nous voulons donc &
or donnons parcet Edit Imperial
perpetuel, qu'à l'avenir
&à perpétuité les grandes
& magnifiques Principatitez
,
tellesque sont le Royau-
me de Bohême , la Comtç,
Palatine du Rhin,la Duché
de Saxe & le Marquisat de
Brandebourg,leurs Terres
Jurisdictions , , Hommages &
Vasselages, avec leurs appartenances
& dépendances, ne
puissent estre partagées
,
diviséesoudémembrées
en
quelque façon que ce soit ;
mais qu'elles demeurent à
perpétuité unies &: conservées
en leur entier. ,:.
§. 2. Que le Fils aîné y
succéde,& que tout le Domaine&
tout le Droit appartienne
à luy seul ; si cen'est
qu'il soit insensé,ou qu'il ait
tel autre grand &: notable
défaut qui l'empêche absolument
de gouverner; auquel
cas la successionluy estanc
défenduë
,
Nous voulons que
le fécond Fils, s'il y en a un
en la même ligne, y foit appellé
; sinon l'aîné des Frères
ou Parens paternelslaïque
qui se trouvera estre le plus
proche en ligne directe &:
masculine: lequel toutefois
fera tenu de donner des preuves
continuelles de sa bonté
& liberalité envers ses autres
Frères ôc Soeurs, contribuant
à leur subsistance selon la
grace qu'il aura reçue de
Dieu, & selon la bonne vo- lonté& facultez de son
patrimoine; lui défendant
expressément tout partage, division&démembrement
des Principautez,&: de leurs
appartenances ôc dépendances,
en quelque façon que
ce puisse être.
ARTICLE XXV-I.,,-
De la Cour Impériale desa
séance. , I.LE jour que l'EmpereurouleRoides
Romains voudra tenir folemnellement
sa Cour, les Princes
Electeurs tant Ecclesiastiques
que Seculiers, se renfdront
à une heure ou environ,
au logis de la demeure
Impériale ou Royale,ou
l'Empereur ou le Roi, étant
revêtu de tous lesOrneniens
Impériaux monteraachevai,
avectous les Princes Electeurs
qui l'accompagneront
jusqu'au lieu préparé pour
la Séance chacun en l'ordre
& en la maniéré qui a été cidessusprescrite
, &: inserée
dans l'Ordonnance qui regle
les marches des mêmes Princes
Eleaeurs.
2. L'Archichancelier dansl'Archichancellariat
duquel
la Cour Impériale se tiendra,
portera aussi au bout d'un Bâton
d'argent tous les Sceaux'
Impériaux ou Royaux.
§. 3. Mais les Princes Electeurs
Seculiers porteront le
Septre
,
la Pomme & l'Epée
,
en la nlanie-re qui a été dite
ci
-
dessus.
§. 4.Quelques autres Prill
ces inférieurs qui feront dé
putez par l'Empereur &: à
son choix, porteront immédiatement
devant l'Archevesque
de Trevesmarchant eJt.,
son rang, premièrement la
Couronne d'Aix-la-Chapelle:,
& en secondlieu, celle de
Milan: Ce qui ne se pratiquera
feulement que devant
l'Empereur, orné de la Couronne
Impériale.
§. L'Imperatrice aussi, ou,
la Reine des Romains, étant
revêtue des Habits & Orne.
mens de Ceremonie, marchera
après le Roi ou l'Empereur
des Romains, &: auiïi
après le Roi de Boheme , qui
fuit immédiatement l'Emper
reur ,mais çloignécd'unçù.
pace compétant, & accom
pagnée de ses principaux Officiers
&: de ses Filles d'Honneur
¡& ce jusques au lieu de
la Séance.
ARTICLE XXVII.
Des Fondions des Princes Electeurs
dans les rencontres oh
lesEmpereurs oit. Rois des Romains
tiennent folemnellement
leur Cour. NOus ordonnons que
toutes les fois que l'Elnpereur
ou le Roi des Romains
voudra tenir solemnellement
sa Cour, &: où Ice
PrincesEle&enrs ferontobjigèt
de faireles Ponctions de,
leurs Charges,on observe eiv
cela l'ordre suivant.-
§. i.Premièrement,TEm-,
pereurou le Roides Roi-riainsf,-
étant assis en sa Chaire Roya-r
le, ou sur le TrôneImpérialv
le Duc de Saxe fera sa ChaiM
ge en la maniéré que nous;
allons dire. On mettra d-,
vàntle Logis de la Séance
Imperiale ou Royale, un tas
d'Avoine, de telle hauceuf)
qu'il aille jusqu'au poitrai"
ou juf ues à la Telle du cheval
sur lequel le Duc fera.,
monté;: & le Duc ayant en'
ses mai ns un Bâton d'argent
& une Mesure aussi d'argent,>
qui peseront ensemble douze,
Marcs d'argnt.'& étant ï;
cheval- remplira la' mesure
d'avoine & la donnerar' au
premier Palfrenier qu'il ren-'
contrera. Apres quoi, fichant
le Bâton dans l'avoine, il se
retirera; & son Vice-Maréchal
, sçavoir de Pappenheim,
s'approchant, ou lui
absent, le Mareschal de la
1Cour,Jpaermvettroa leipinllagee d.e
§.i Dés que l'Empereur
ou le Roi des Romains se fera
mis à table, les Princes Electeurs
Ecclesiastiques, c'est-à-,
dire les Archevêques, étant'
debout devant la table avec
les autres Prelats, la beniront
suivant l'ordre qui a été
ci- dessus par Nous prescrit.
La Bénédiction étant faite,
les
les mêmes Archevêques, s'ilt
font tous presens, ou bien
deux, ou un d'entr'eux, pren*
,dront les Sceaux Impériaux
ou Roïaux des mains du Chancelier
de la Cour;& l'Archevesque
dans lArchichancellariat
duquel la Cour se tiendra,
marchant au milieu des
deux autres Archevesques qui
feront à ses cotez,tenant avec
lui le Bâton d'argent où les
Sceaux feront suspendus
; tous
trois les porteront ainli, &
les mettront avec rcfpctt lui?
la Table devant l'Empereur
ou le Roy. Mais l'Empereur
cru le Roiles leur rendra auflktost
: Et celui dans l'Archichancellariat
duquell%Cerémonies
se feront, comml a
vçté dit, pendra à Ton col le
plus grand Sceau, & le portera
ainsi durant tout le Difner
& apiés, jusquesà ce qu'il
foit retourné à cheval du Pa-
Jais à son Logis. Or le Bâton
dont nous venons de parler,
doit estre d'argent, du poids
-de douze marcs; & les trois
Archevesques doivent payer
chacun le tiers, tant du poids
de l'argent que du prix de
la façon. Le Baston & les
Sceaux demeureront au Chancellier
de la Cour, qui en fera
ce qu'il lui plaira; & c'est
pourquoi aussi-tofi: que celui
des Archevesques auquel il
aura appartenu de porter le
plus grand Sceau au col, depuis
le-Palais jusqu'à son Logis
( comme il a été dit )y
sera arrivé) il renvoyera par
quelqu'un deses Domestiques
audit Chancelier de la. Cour
Imperiale,ledit Sceau sur le
même cheval; & l'Archevefque,
selon la décence desa
propre Dignité & l'amitié
qu'il portera audit Chancelier
de la Cour, fera tenu
de lui donner aussi le cheval.
§. 3. Ensuite le Marquis
de Brandebourg viendra à
cheval, ayant en ses mains un
Bassin &: une Aiguière d'Argent
, du poids de douze
marcs, avec de l'eau & une
belle Serviette. En mettant
pied à terre, il donnera à laver
au Seigneur Empereur
ou au Roi des Romains.
<§.A. Le Comte Palatin du
Rhin entrera de mesme à
Cheval, portant quatre Plats
d'argent remplis deViande,
chaque Plat du poids de trois
marcs; & ayant mis pied à
terre, mettra les Plats sur la
Table devant l'Empereur ou
Roi des Romains.
§,f. Aprés eux viendra
le Roi de Boheme, Archi-
Echanson, étant aussi à Cheval,
& tenant à la main une
Coupe ou Gobelet d'argent
du poids de douze marcs.
couvert tic plein de Vin &
d'eau;& ayant mis pied à
terre, presentera à boire à
l'Empereurou au -
Roi des
Romains.
§. 6. Nousordonnonsaussi,
quesuivant ce quia éç
ptac'iquéjufql'ici),lesPrin
ces Electeurs Seculiersayantfait
leuts Charges, le Vice-
Chambellan de Falkenstein
ait le Cheval , le Bassin &
l'Aiguiére du Marquis de
Brandebourg: le Maistre de
Cuisine de Norteniberg, le
Cheval &: les plats du Comte
Palatin du Rhin; le Vice-
Echanson de Limbourg, le
Cheval &le Gobelet du Roy
de Bohême ; & le Vice-
Marêchal de Pappenheim, le Cheval,le Bâton& la Mesure
du Duc de Saxe. Bien
entendu que c'est en cas que
ces Officiers se trouventen
Personne à la Cour Imperiale
ou Royale, &: y fassent les
Fonctions de leurs Charges:
Autrement
,
& siis sont tous
absens ou quelques-uns d'eux,
alors les Officiers ordinaires
de l'Empereur ou du Roy des
Romains serviront au lieu
des Absens, chacun en sa
Charge; & comme ils en
feront les fonctions
,
aussi
joyiront-ils des émolunens;
ARTICLE XXVIIL
Des Tables Impériales &
Electorales. ;I'LA Table Imperiale
ou Royale doitestre
disposée en forte qu'elle soit
plus haute de six pieds que
lesautres Tables de la Salle ;
& aux jours des Affciiiblée%
solemnelles personne ne s'y
mettra que l'Empereur ou le
Roy des Romains seul.
§. 2. Et même la Place ôâ
la Table de l'Impératrice ou
Reineseradressée à côté,&
plusbaffe de trois pieds que
celle de l'Empereur ou Roy
des Romains;mais plus haute
quecelle des Electeurs aussi
de trois pieds. Pour les Tables
& places des Princes
Electeurs
, on les dressera
toutes d'une même hauteur.
§. 3. On dressera sept Tables
pour les sept Elecceun
Ecclesiastiques & Seculiers,
au bas de la Table Impériale,
sçavoir trois du côté droit ,
&trois autres du côté gauche
& la septiéme vis-à-vis de
l'Empereur ou Roy des Romains
,
dans le même ordre
que nous avons dit icy à l'Article
des Séances & du Rang
des Princes Elctlcurs ; en
forte que Personne, de quelque
qualité & condition qu'elle
foit
, ne se puisse mettre
entre deux ou à leurs Tables.
§. 4. Il ne sera permis à
aucun des susdits Princes Electeurs
Seculiers qui aura raie
sa Charge, de s'aller mettre
à la Table qui luy aura esté
preparée
, que tous les autres
Electeurs les Collegues
n'ayent fait aussi leurs Charges
mais que dés que quelqu'un
d'eux ou quelqu'uns auroit
fait la leur, ils se retireront
auprès de leur Table, &: se
tiendront làdebout, jusqu'à
ce que tous les autres ayent
achevé les Fondions susdites
de leurs Charges; &: alors ils
s'assoiront tous en même
temps,chacun à sa Table. §. 5. Dautant que nous
prouvons par les Relations
tres-certaines& par des Tradirions
si anciennes qu'il n'y a
point de memoirede contraire,
qu'il a été de tout temps
heureusement observé, que
l'éledion du Roy des Romains
futur Empereur se doit faire
en la Ville de Francfort, & le
Couronnement à Aix-la-C ha
- pelle, &que l'Elû Empereur
doit tenir sa premiere Cour
Royale à Nuremberg
-,
c'est
pourquoy Nous voulons, par
plusieurs raisons, qu'il en soit
usé de même à l'avenir;si co
n'est qu'il y ait empêchement
legitimé.
§. 6. Toutes les fois que
quelque Electeur Ecclesiastique
ou Seculier qui aura esté
appelle à la Cour Imperiale,
ne pourra pour quelque raison
legitime s'y trouver en Personlie
,
&: qu'il yenvoyera un Ambassadeur
ou Deputé; cet Ambaffadeur
,
de quelque condition
ou qualité qu'il soit ;,
quoi qu'en vertu de son pouvoir
il doiveestre admis en la
place de celuyqu'ilreprefente,
ne se mettra pas à la Table
quel'on aura destinée pour celuy
qui l'aura envoyé.
b-,~ Enfin toutes les Ceremonies
de cette Cour Imperiale
estant achevées
, tout l'échaffaut
ou Bâtiment de bois qui
aura esté fait pour la Seance &
pour les Tables de l'Empereur
ou Roy des Romains,& des
Princes Electeursassemblez
pour ces Ceremonies solemnelles,
oupour donner l'Investiture
des Fiefs, appartiendraauMaistred'Hôtel.
ARTICLEXXIX,
Des Droits des officiers, lorsque
les Princes font Hommage
de leurs Fiefs à l'Empereurou
au Roydes Romains,
§.1.ORdonnons par le
present Edit Imperial,
que lorsque les Princes
Electeurs, tant Ecclesiastiques
que Seculiers,recevrontlenrs
Fiefs 011 Droits Souverains
des mains de l'Empereur ouJ
du Roy des Romains
,
ils ne
soient point obligez de payer
ou de donner aucune choseà
qui que se foit: Car comme
l'argent que l'on paye sousce
pretexte en:du aux Officiers,
& que les Princes Electeurs
ont la Superiorité sur tous les
Officiers de la Cour Impériale
, ayant même en ces fortes
d'Offices leurs Substituts étaablis
& gagezà cet eiFet par
les Empereurs, il feroit absurde
que des Officiers substituez
demandaient de l'argent
ou des«Presens à leurs
Supcrieurs; si ce n'est que
lesdits Princes Electeurs leus
veuillent donner quelque
chosede leur propre volonré
& libéralité.•
§. 2. Mais les autres Prin-
"#s de l'Empire, tant EccleSadiquesqueSéculiers,
en
recevant leurs Fiefs,comme
nous venons de dire, de l'Empereur
ou du Roy des Romains,
donneront aux Officiers
de la Cour Imperiale ou
Royale , ,chacun soixante-trois
marcs 5cun quart d'argent;
si ce n'est que quelqu'un d'eux
pûtverifier sonexemption,&
faire voir que par privilege
Impérial ou Royal il foit dispensé
de payer laditesomme
, & tous les autrès droits que
l'on a accoutumé de payer
quand on prend l'Invefiiture;
&. ce fera le Maistre d'Hostel
de l'Empereurou du Roydes
Romains qui fera le partage
de ladite somme de soixantetrois
marcs & un quart d'ar.
gent, enla manière quisuit.
Premièrement, il en prendra
dixmarcs pour lui; Il en
donnera autant au Chancelier
de l'Empereurou du Roi
des Romains ; aux Secrétaires
, Nottaires & Dicteurs
trois marcs ;& à celui qui
scelle
, pour la cire & le parchemin
,unquart; sans quele
C hancelier&les Secretaires
soient tenus de donner pour
cela autre chose, sinon un
Certificat du Fief reçû ou de
sîmples Lettres d'Investiture.
Semblablement, le Maistred'Hostel
donnera de ladite
somme dix marcs à l'Echanson
de Limbourg ; dix aux
Vice - Marêchal de Pappenheim
,
&dix auVice-Chambellan
de Falkenstein ; pourvu
qu'ils se trouvent en personne
à ces Investitures, ôc
qu'ils y fartent les Fondions
de leurs Charges; autrement
&: en leur absence
,
les Officiers
de la Cour de l' Empereur
ou du Roi des Romains
qui feront la Charge des Absens
, & qui enauront eu la
peine, en recevront aussi le
profit.& les émolumens
§. 3. Mais lorsquele Prince
monté sur un Cheval ou toute
autre Bête, recevra l'Investiture
deses Fiefsde l'Empereur
ou du Roi des Romains
, quelque foit cette Bête,
elleappartiendra au grand
Maréchal ,c'est-à-dirfcauDue
de Saxe, s'il estpresent; sinon
à son Vice-Marêchal de
Pappenheim, &- en son absence
au Marêchal dela Cour de
l'Empereur.
ARTicle XXX.
De ÏInftruftion des Princels
Electeurs aux Langues.
§. I.DAutant que la
Majestédusaint
EmpireRomain doit prc{cri..
re les Loix, & commander
plusieursPeuples de diverses
Nations, moeurs, façons
de faire &: de différentes Langues
; il est Julie, & les plus
Gige le jugent ainsi,.que tes
Princes Electeursquisont les
côlomnes & les arcs-boutans
de l'Empire, soient instruits
& ayent la connoissance de
plusieurs Langues;parce qu'étant
obligez de soulager lEm-'
pereur en ses plus importantes
affaires; il est necessaire
qu'ils entendent plusieurspersonnes
, & que reciproquement
ils se puissent faire entendre
à plusieurs.
2. C'est pourquoy Nous
ordonnons que les Fils ou Heritiers
& Successeurs des Illustres
Princes Electeurs; ravoir
du Roy de Bohême, du
Comte Palatin du Rhin, du
Duc de Saxe, & duMarquis
de Brandebourg, qui sçavent
apparemment la Langue Allemande,
parcequ'ils ta. doivent
avoir apprise.dés leur ensance
; estant parvenus à l'à..
ge de sept ans,se fassentinstruire
aux Langues Latines,
Italienne & Esclavonne : en
telle sorte qu'ayant atteint la
quatorzième annéede leurâge,
ils y soient sçavans, selon
le talent que Dieu leur en au.
ra-donné : ce que Nous ne
jugeons pas feulement utile;,
mais aussi necessaire, à eause
que l'usage de ces Langues
est fort ordinaire dans l'Empire
pour le maniement de ses
plus importantes affaires.
; §. 3. Nous laissons toutefois
à l'option des Peres le particulier
de cette Instruction;en
forte qu'ildépendra d'eux
d'envoyer leur fils ou les Tarens
qu'ils jugeront leur devoir
apparemment succéder
en l'Eledorat, aux lieux où
ils pourront apprendre commodément
ces Langues, ou
de leur donner dans leurs
Maison des Précepteurs &: de
jeunes Camarades, par l'inftruétion
8c la conversation desquels ils puissent s'instruire
dans ces Langues.
Fin.
Fermer
Résumé : Bulle d'Or. [titre d'après la table]
Le texte présente plusieurs articles régissant les cérémonies et les lois du Saint-Empire Romain. L'article XXII décrit l'ordre de marche des Princes Électeurs lors des processions avec l'Empereur ou le Roi des Romains. Le Duc de Saxe porte l'épée impériale et marche devant l'Empereur, flanqué de l'Électeur de Trêves à gauche et du Comte Palatin du Rhin à droite, portant le globe impérial. Le Marquis de Brandebourg, portant le sceptre, complète ce trio. Le Roi de Bohême suit immédiatement l'Empereur sans que personne ne marche entre eux. L'article XXIII régit les bénédictions des archevêques en présence de l'Empereur. Les archevêques de Mayence, Trêves et Cologne se succèdent dans l'ordre de leur consécration pour les bénédictions lors des messes et des repas. L'article XXIV traite des lois contre les complots visant les Princes Électeurs. Toute personne impliquée dans un tel complot est passible de la peine de mort et de la confiscation de ses biens. Les descendants des criminels sont privés de leurs droits successoraux et des honneurs. Les complices peuvent obtenir une récompense s'ils révèlent le complot à temps. L'article XXV stipule que les grandes principautés des Princes Électeurs, telles que le Royaume de Bohême, la Comté Palatine du Rhin, le Duché de Saxe et le Marquisat de Brandebourg, doivent rester indivisibles et être transmises au fils aîné. En cas d'incapacité du fils aîné, la succession passe au frère ou au parent le plus proche. L'article XXVI décrit les cérémonies de la Cour Impériale. Les Princes Électeurs se rendent à la demeure impériale, où l'Empereur, revêtu de ses ornements, monte sur le trône accompagné des Électeurs. L'Archichancelier porte les sceaux impériaux, tandis que les Électeurs séculiers portent le sceptre, la pomme et l'épée. L'Impératrice ou la Reine des Romains suit l'Empereur. L'article XXVII détaille les fonctions des Princes Électeurs lors des cérémonies de la Cour Impériale. Le Duc de Saxe effectue une cérémonie symbolique avec de l'avoine et un bâton d'argent, suivie par son vice-maréchal ou le maréchal de la cour. Les archevêques bénissent la table avant que les Princes Électeurs ne prennent place. Les princes électeurs doivent accomplir leurs charges avant de s'asseoir à leurs tables respectives. La table impériale est la plus élevée, suivie de celle de l'impératrice, puis des tables des électeurs. Les cérémonies se déroulent traditionnellement à Francfort, Aix-la-Chapelle, et Nuremberg. Les princes électeurs ne paient pas pour recevoir leurs fiefs, mais les autres princes doivent verser une somme aux officiers impériaux. Les princes électeurs doivent également être instruits dans plusieurs langues pour mieux gérer les affaires de l'Empire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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30
p. 49-97
Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Début :
Tout le monde est persuadé de l'antiquité de l'illustre [...]
Mots clefs :
Généalogie, Maison de Montmorency, Noces, Origine, Alliances, France, Angleterre, Duc, Comte, Roi, Femme, Duchesse, Empereur, Branches, Armes, Mémoire, Paris, Royaume, Europe, Occident, Église, Guerre, Honneur, Seigneurs de Montmorency
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Discours nouveausur ïoriginey
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
1-t Genealogie, &la mal4
son de Montmorency. -% Tout le monde est persuadédel'antiquité
de l'illustre
Maison de Montmorency,&
personne ne
doute qu'elle ne soit une
des plus anciennes du
Royaume , la qualité de
premiersBarons Chrétiens
en France, avec lecry de
Guerre (Dieu aide au premier
Chrestien ) en marque la
grande antiquité. Mais la
révolution des siecles passez
a fait perdre les vieux
Titres
,
la negligence des
Historiens en dérobent
la memoire, & il est mal
aisé de sçavoir la verité de
son origine.
Celuy auquel nous avons
obligation de la connoissance
de cette Maison est
le fameux André Duchesne
qui par ses soins nous a
laisse dans un gros volume
toute sa posterité depuis
Bouchard I. qui vivoit en jj -' 954. maisil ne s'est pas embarrassé
de rapporter ceux
qui l'ont precedé
,
n'en
:t
ayant point trouvé de
preuves certaines; il rapporte
feulement ce que
d'anciens Autheurs ont dit
des premiers Seigneursde
Montmorency.
Ildit qu'il se trouve dans lapartiedes Gaules qu'on
appelle France deux insignes
commencemens de
conversion ; la premiere
par saint Denis premier
Evesque de Paris, qui a1 procuré la conversion des Gauloisla seconde saint par Remy, Archevesque
de Paris, qui convertit les
François; ces deux conversions
sont cause de deux
opinions touchant l'Autheur
d'une si nobleextraétion.
La premiere
, que LisbiusChevalierdune
tresgrande
Noblesse & d'autorité
parmy les Parisiens
estoit Seigneur de Mont-,
morency proche de cette
Ville, & fut le premier des
Gaulois qui embrassa la
Religion Chrestienne à la
prédication de saint Denis
vers l'an centième de nostre
Redemption, supposé
que ce fut saint Denis
l'Areopagite qui avoir esté
converty par saint Paul
Apostre : mais si l'on fuie
le sentiment de Gregoire
de Tours qui rapporte l'arrivée
de saint Denis dans
les Gaules sousle Coniulac
de Decius & de Gratus, la
conversion de Lisbius ne
pourroit estre que vers l'an
tJ3*
La seconde opinion qui
est de Robert Cenal, Evesque
d'Avranches, au premier
Livre de ses Remarques
Gau loises, & de Claude
Fauchée, au second Livre
de ses AntiquitézFrançoisesdisent
i que ce luy
qui a donné origine à la
Maison de Montmorency
nefutpas lefameux Gaulois
Lisbius,maisun Grand
Baron François nomme
Lisoie (lequel quand Clovis
premier Roy Chrestien
de France, fut baptisé par
saint Remy à Rheims en
499. ) fut le premier des
Seigneurs de sa suite
,
qui
se jetta dans la Cuve des
Fonds après luy
, en memoire
dequoy ses descendansmasles
ontestéhonorez
du titre de premiers
Barons Chrestiens deFrance
,
& ont tousjours eu depuis
pour cry de Guerre ,
Dieu aide au premier Chressien.
Quoy qu'il en soit, on
ne peut douter que les
deux qualitez qui ont tousjours
esté dans cetts illustre
Maison
,
de premier
Chrestien
, & de premier
Baron Chrestien en France,
n'ayent une origine
tres ancienne, &tr.--s illustre,
qui marque que les
anciens Seigneurs de
Montmorency eftoienc
des plus puissants du Royaume
: mais comme la
succession depuis Lisbius,
ou de Lisoie,n'apû se conserver
jusques à nous ,
il
faut s'en tenir à ce que
nous avons de plus asseuré,
& suivre ce qu'en a efcric
Duchesne auquel je renvoye
le Lecteur, qui commence
l'histoire de cette
Maison à Bouchard premier
, comme j'ay dit cydevant,
& quinous a donné
la suite desa posterité,
qui est rapportée dans la
Carte Chronologique de
cette Maison
, par MonsieurChevillard
qui donne
à ce Bouchard premier
un pere , un ayeul,
& un bisayeul
, que Duchesne
ne rapporte pas
mais les ayant trouvez
dans un autheur
)
il les a
rapportez pour faire connoistre
les alliances illustres
qu'ils avoient contractées,
puisque Jean Seigneur
de Montmorency pere de
Bouchard premier, qui vivoit
en 940. avoit épousé
Jeanne fille de Berenger
Comte de Beauvais, fils
d'AdolpheComte de Vermandois
, Everard Sei- j
gneur de Montmorency,
qui vivoit en 892. pere de
Jean & ayeul de Bouchard
premier, épousa Brunelle
fille deGaultier Comte de
Namur, & Leuto ou Leutard
Seigneur de Montmorency
qui vivoit en 845.
avoir épousé Everarde fille
d'un Comte de Ponchieu,
ce Leuto estoit pere d'Everard
& bisayeul de Bouchard
premier, c'est à luyqu'il
commence cet arbre
genealogique, afin defaire
connoistre les trois divers
changements qu'il y
a eus dans les Armes de la
Maison de Montmorency.
Ceux de cette Maison
avoient pris d'abord pour
leurs Armes, comme premiers
Chrestiens, d'or à la
croix de gueules;Bouchard
premier la cantonna de
quatre aiglettes ou allerions
d'azur, pour conservet
la memoire de quatre
Enseignes Impériales prises
à la victoire qu'il remporta
sur l'armée de tEmpereur
Othon II. Matthieu
II. dit le Grand, augmenta
les quatre allerions
de douze autres, en mémoire
de douze autres Enfeignes
Imperiales qui furent
prises à la bataille de
Bouvines sur l'Empereur
OthonIV. en1214 Ainsi
depuis ce temps- là les Seigneurs
de Montmorency
ont tousjours porté d'or à
la croix de gueules, cantonnée
de seize allerions
d'azur; & comme cette
Maison a formé quantité
de branches, ils ont brifé
leurs Armes differemment,
comme on le voit dans la
Carte genealogique, mais
à present comme labranche
aisnéeest éteinteenla
personne de Philippe de
Moutmorency Seigneur
de Nivelle, ôc Comte de
Horne décapité en 1^8.
auquel la branche de Fosfeux
a succedéàl'aisnesse,
toutes les autres branches
des Seigneurs de certe
Maison ont quitté leurs
brisures, & ont retenu les
Armes pleinesqu'ils portent
presentement.
La Maison de Montmorency
s'est separée en
quantité de branches, il y
en a eu plusieurs anciennes
qui font éteintes, mais
elle a conservé son nom
jusqu'à aujourd'huy, par la
succession de la branche
aisnée,dans plusieurs branches
qui subsistent,& quoy
qu'il paroisse de grandes
branches sorties de Mathieu
II. dit le Grand, Seigneur
de Montmorency
il n'y , a eu que la posterité
de son filsaisné Bouc hard
VI. qui ait retenule nom
de Montmorency, parce
que ion fils cadet Guyde
Montmorency fut Seigneur
de Laval, qui comme
heritier desa mereEme
de Laval, sortie d'une tres
noble & tres illustre Maison,
en atransmis le nom
à ses Descendans qui le retiennent
encore aujourd'huy,
ayant retenu les Armes
de Montmorency
,
la
Croix chargée de cinq coquilles
d'argent pour brisure,
comme cadets de sa
Maison.
Quant aux honneurs de
cette Maison, on ne peut
disconvenir qu'elle est des
plus illustrées
, tant dans
les alliances qu'ils ont contractées,
que dans les charges
qu'ils ont possedées,
les honneursqu'ils onteus
par leurs alliances, les font
toucher de près à tout ce
qu'il y a eu de Testes couronnées
dans l'Europe, &
pour le faire connoistre il
faut distinguer ses alliances
en trois manieres. Premierement
,
dans son ancienneté
: Secondement,
depuis
depuis la separation de ses
deux Branches, les Alliances
que celle de la Branche
de Montmorency a contractées
:
Troisiémement,
celle que la Branche de Laval
aeuës. Premierement, les Alliances
qu'ils ont eues anciennement
sont trcs considerables
puisque la premiere
qui estrapportée par
Duchesneestl'épouse qu'il
donne à Bouchard I.Elle
se nommoit Hildegarde,
& estoit fille de Thibaud I.
Comte de Chartres & de
de Bipis,ôc de Ledegarde
de Vermandois. Elle avoit
pour frere Eudes I. Comte
de Chartres & de Blois,
pere de Eudes II. Comte
de Champagne, duquel
sont forcis tous les Comtes
de Champagne; & pour
soeur Emme,femme de
GuillaumeIII. Duc de
Guyenne
, mere de Guillaume
IV. Ducde Guyenne
,
élu Roy d'Italie
, &
Empereur des Romains
duquel sont desçendus les,
Ducs deGuyenne,&Agnés
femme de l'Empereur
Henry III.
-
Hildegarde avoit pour
alliances du costé de sa
mere Ledgarde de Vermandois,
qui estoit fille de
Herbert II. Comte de Vermandois,&
d'une soeur de
Hugues le Grand, Duc de
France
,
& Comte de Paris
, pere du Roy Hugues
Capet; & aussi soeur d'Emme
,
Reine de France,
femme de Raoul, Duc de
Bourgogne, & Roy de
France, si bien qu'elle estoit
cousine du second au
troisiéme degré du Roy
Hugues Capec
,
chef de la
n'oineme Race des Rois
de France qui subsiste aujourd'huy.
Mathieu I. Seigneur de
Montmorency, Connestable
de France, épousa Aline
,
fille de Henry I. Roy
d'Angleterre, &en fecondes
nôces il épousa Alix de
Savoye
, veuve du Roy
Loüis VI. dit le Gros, mere
duRoy Loüis le Jeune, si
bien qu'il avoit l'honneur
d'estre beaupere du Roy
pour lors regnant.
BouchardV.s'alliaavec
Laurence, fille de Baudoüin,
Comte deHainaut,
descendu par les Comtes
de Flandres, de l'Empereur
Charlemagne; elle
estoit tante de BaudoüinV.
Comte de Flandres
, &
Empereur de Constantinople
,
d'Isabeau de Hainaut
,
Epouse du Roy de
France Philippe-Auguste,
& d'Ioland de Hainaut
Impératrice de Constanti-,
nople, femme de Pierre
de Courtenay, auquel elle
porta la Couronne
@
Imperiale.
Matthieu II. avoit épouse
en premières noces Gertrude
de Néelle
,
fille de Thomas Chastelain de ,
Bruges en Flandres
, &
d'une soeur d'Yves, Comte
de Soissons
,
Seigneur de
Néelle.C'estde cetteDame
quetoute la Maison de
Montmorency d'aujourd'huy
descend, parce que
Matthieu II épousa en secondes
noces Emme de
Laval qui luy donna pour
fils Guy de Montmorency,
Seigneur de Laval, comme
jelediray cy-aprés ; cette
Dame estoit soeur aisnée
d'Isabeau de Laval, femme
de Bouchard VI.Seigneur
de Montmorency, fils aisné
du premier lit de Mathieu
IL ainsi l'on peut dire
que dans la separation des
deux branches de Montmorency,
& de Laval, ils
ont les mesmes alliances,
puisque par les mariages
de ces deux Dames de la
Maison de Laval,ils se
trouvoient alliez des Maisons
de France ,
d'Angleterre,
d'Ecosse, de Castille,
des Comtes deThoulouse,&
de quantité d'autres
Maisons tres- considerables.
Secondement
,
les alliances
que la Maison de
Montmorency a contractéesdepuis
sa separation
d'avec la branche de Laval,
sont celles que Mathieu
III. contracta avec
Jeanne de Brienne fille de
Jean Roy de Jerusalem,
qui estoit fille de Henry
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem. Cette
alliance leur en donna de
nouvelles avec la Maison
de France,puisque Henry
Comte
Comte de Champagne
Roy de Jerusalem
,
avoit
pour mere Marie de France
fille du Roy Loüis le
Jeune, avec les Roys de
Navarre de la Maison de
Champagne
, & avec les
Roys de Jerusalem & de
Chypre, de la Maison de
Lefignen.
Mathieu IV.ditle Grand,
Seigneur de Montmorency
,
fils de Mathieu III.
s'allia avec Marie de
Dreux Princesse du sang
de France, fille de Robert
IV. Comte de Dreux,
qui avoit pour quatriéme
ayeul Robert de France
Comte de Dreux fils du
Roy Loiiis le Gros. D'ailleurs
elle estoit sa parente
par trois endroits,d'abord
au quatriéme degré du
costé maternel par laMaison
de Craon , parce que
Maurice Seigneur de
Craon fut pere de Havoise
de Craon,femme de Guy
VI. Seigneur de Laval, qui
estoit pere d'Isabeau de Laval
mar iée à Bouchard VI.
Seigneur de Montmorency
ayeul de MathieuIV.
Et d'Amaury de Craon,
pere de Jeanne de Craon
femme de Jean Comte de
Montfort ayeulle maternelle
de ladite Dame Marie
de Dreux, par la Maison
de Montfort. Elle estoit
sa parente du quatriéme
au cinquiémedegré,
& par celle de Coucy du
cinquiéme au sixiéme.
Ce ne seroit jamais fait
si on vouloit particularifcr
toutes les alliances les unes
aprés les autres, on se renferme
aux trois recentes; sa
premiereest celle queHenry
Duc de Montmorency
II. du nom,Pair, Marechal
& Amiral de France,
contractaavec Marie Felice
des Ursins en 1612 par
l'entremise du Roy Louis
XIII. & de la Reine Marie
de Medicis sa mere 3,
pour lorsRegente du Royaume
)
qui estoit sa parente
du deuxiéme au troisiéme
degré, puisque la
Reine avoir pour pere
François deMedicisGrand
Duc de Toscane
,
qui estoit
frere d'Elisabeth de
Medicis femme de Paul
des Ursins Duc de Bracciano,
ayeul de Madame la
Duchesse de Montmorency
: ainsil'on peut voir par
cette alliance, l'estime que
le Roy Louis XIII. d'heureuse
memoire,faifoic de
cetteMaison,puisqu'il faisoitépouserà
Monsieur le
Duc de Montmorency sa
parenteau troisiéme degré.
La féconde alliance des
trois ausquelles on s'est retranché
,
est celle de Charlote
Marguerite de Montmorency
,soeur & heritiere
de HenryII. Duc de
Montmorency mort sans
posterité
,
laquelle épousa
en 1609. Henry de Bourbon
II. du nom Prince de
Condé. Cette Princesse
aprés la , mort de son frere
, herita du Duché de
Montmorency, & de plusieurs
autres biens qui sont
entrez parcette alliance
dans laMaison de Condé.
La troisiéme alliance est
celle que fit François Henry
de Montmorency Duc
de Piney -
Luxembourg,
forti de la branche de Bouteville,
quiépousaen 1661.
Magdelaine- Charlotte-
Bonne-Therese de Clermont
Duchesse de Piney-
Luxembourg,fille de Charles-
Henry de C lermont-
Tonnerre, & de Marie de
Luxembourg Duchesse de
Piney
,
qui se défit de sa
Duché en mariant sa fille, àcondition que son époux
porteroit le nom & les Armes
de Luxembourg
,
luy
transmettant le droit de sa
Duché femelle, afin de
conserver le nom de cette
illustre Maison, qui a donné
plusieurs Empereurs
des Romains, des Roys de
Boheme, des Reines de
France, & à d'autres Couronnes
de l'Europe.
Ayant cy-dessus distingué
les alliances de la Maison
de Montmorency en
trois manieres. Premierement
, dans son commencement.
Secondement, depuis la separation de ses
deux grandes branches, &
en troisiéme lieu, en celle
que la branche de Laval a
euë depuis sa separation
d'avec celle de Montmorency.
J'en rapporte quatre
qui sont d'une tresgrande
îllustration. La premiereest
celle que Guy X.
Comte de Laval contracta
en 1347. avec Beatrix
fille d'Artus Duc de Bretagne
, &dont l'arriere petite
filleIsabeau de Laval
épousa Loüis de Bourbon
Comte de Vendôme. C'est
cette seconde alliance qui
doit aujourd'huy faire plus
de plaisir à la Maison de
Montmorency; puisque
c'est de cette Isabeau de
Laval que descend toute la
Maison Royalle de Bourbon,
estant la sixémeayeulle
paternelle de nostre
grand Monarque Loüis
XIV. à present regnant;
qui voit en cette presente
année 1711. son Throfne
affermi dans sa Maison
pour plusieursannées par
la naissance de ses arriere
petits fils Monseigneur le
Duc de Bretagne, &Monseigneur
le Duc d'Anjou,
&par cette alliance toutes
les Testes couronnées de
l'Europe qui regnent aujourd'huy
,
sont alliéesà la
Maison de Montmorency,
La troisiéme alliance
qui fait encore honneur à
cette Maison, c'estdevoir
René d'Anjou Roy de Na",
ples & de Jerusalem
,
qui
épousa Jeanne de Laval en
fecondes noces, mais cette
Reine n'en ayant point eu
d'enfans ,il n'est resté à sa
famille que le plaisir de
s'en souvenir.
La quatriéme & demiere
alliance est celle de
Charlotte d'Arragon fille
de Federic d'Arragon Roy
deNaples, qui fut femme
de Guy XVI. Comte de
Laval; ils eurent plusieurs
enfans, entre autres deux
filles, dont l'aisnée Catherine
de Laval épousa Claude
Sire de Rieux,qui porta
dans la Maison deColigny
le Comté de Laval,
qui a présl'excinction de
cette branche,est tombé
dans celle de sa soeur cadette
Anne de Laval qui
épousa François de la
Tremoille Vicomte de
Thouars,dont est descendu
Monsieur le Duc de la
Tremoille qui possedeaujourd'huy
le Comté de Laval,&
quiàcause de cette
alliance,faitses protcftations
à tous les Traitez de
Paix
,
où il envoye une
personne pour le reprefen"-
ccr , prétendant au Royaume
de Naples comme
heritier d'Anne de Laval
sa quatriéme ayeulle.
-
Sans s'attacher à toutes
les alliances souveraines
de cette illustre Maison,
je diray qu'il y en a quantité
d'autres tres conGderablesquiluy
sont alliées,
& le grand nombre de
Maisons qui y ont pris des
femmes, tient à honneur
d'en estre descendu
,
& se
font un plaisir d'arborer les;
Armes de Montmorency
dansleursalliances.
L'on voit parmy les 1
Grands Officiers du Royaume
de France plus de
Seigneurs de laMaison de
Montmorency que d'aucuneautreMaisons
l'on y
compte deux grands Senéchaux,
six Connestables,&
un Connestable d'Hibcrnie,
neufMaréchaux,quatre
Grands Amiraux, trois
Grands Maistres de la
Maison du Roy, trois
Grands Chambellans,deux
Grands Bouteillers ou Eschansons,
& deux Grands
Pannetiers.
Plusieurs Connestables,
& autres Grands Officiers
de France, sont sortis de
cette Maison tres illustre,
ouenontépousédesfilles,
outre que cette Maison a
aussi produit plusieursDucs
&DuchelTes.
Quoy que la vertu & la
Religion ayent tousjours
esté le partage des Seigneurs
de Montmorency
neanmoins l'on , en voit
tres peu qui ayent estérevestus
de Dignitez Ecclesiastiques;
l'on en voitcependant
un Archevesque
Duc de Reims, des Evesques
d'Orleans, & peu
d'autres.
ilsontencore l'honneur
d'avoir un Saint reconnu
par l'Eglise,donton revere
la memoire aux Vaux
de Cernay enBeauce,c'est
saint Thibaud de Mont-
-
morency Seigneur deMarly,
fils de Mathieu premier,
&
dAline d'Angleterre, lequel
se croisa en 1173. pour
le voyage de la Terre sainte.
A son retour il se fit
Religieux de l'Ordre de
Cisteaux, en l'Abbaye du
Val, puis ilfut Abbé des
Vaux de Cernay à quatre
lieuës de Versailles, entre
Chevreuse &: Ramboüillet,
où il mourut saintementvers
l'an 1189.
Enfin tant de grandeur
dans une Maisonfaitassez
connoistre que la valeur a
esté hereditaire dans l'âme
des Seigneurs de Montmorency,
& leur a tait meriter
tous ces honneurs,
pour avoir tousjours refpandu
leur fang pour la
deffensede leurs Roys, &
de leur patrie, s'estant tousjours
trouvez à la teste des
Armées qu'ils commandoient
en chef, où ils ont
fait paroistre leur courage
avec éclat au milieu des
plus grands perils.
Je n'en veux point un
plus grand exemple que
celuy d'Anne de Montmorency
Duc, Pair, Marechal
,
Connestable
, k,
Fi
Grand Maistre de France,
lequel aprèsavoirblanchi
fous le harnois militaire,
pour la deffenseduRoy,
& de la patrie, remporta
dans le tombeau la gloire
d'estre mort au lit d' honneur
,
puisque commandant
l'Armée Royalle à la
Bataille de saint Denis, il
y receut huit coups mortels
,
dont il mourut deux
jours aprés en son Hostel
de Montmorency à Paris,
estant âgé de prés de quatre
vingt ans, comblant
par ce moyen les derniers
jours de sa vie d'une fin
tres glorieuse, a prés avoir
servy cinq Roys, & après
avoir passé par tous les degrez
d'honneur, & s'estre
trouve à huitBatailles, en
ayant commandé quatre
en chef; aussi le Roy Charles
1X. voulant honorer la
memoire de ce grand Chef
de Guerre
,
ordonna que
sa Pompe funebre fust faite
en l'Eglise de Nostreme
de Paris,avec toute la
magnificencepossible, où
toutes les Cours souveraines
assisterent par ordre du
Roy. De là son corps fut
porté en l'Eglise de saint
Martin de Montmorency,
& son coeur en celle des
Celestins de Paris, où il
futmis dans un Caveau,
proche de celuy du Roy
HenryII. Il estoit bien
juste qu'un coeur quiavoit
esté aimé de son Prince,
& qui avoit eu part à ses
plus im portantes affaires,
fust après son trépas inhumé
proche de celuy qui
luy avoit fait tant d'honneur
durant sa vie,
Mr Chevillard vient de
mettre au jour une Carte
qui a pour Titre: Succession
Chronologique des Empereurs,
&des Impératrices d'Occident,
depuis Charlemagnejusqu'à
present.
On n'entreprend point
de rapporter dans cette
Carte les Empererus Romains,
ni les Empereurs
d'Orient, on s'est borné
à rapporter la Chronologie
des Empereurs, & des
Imperatrices d'Occident,
qui sont ceux qui ont regnéen
Europe depuis l'an
800. On commence par
Charlemagne que l'erreur
commune fait le restaurateur
de l'Empired'Occident
, quoyqu'il soit vray
qu'il estoitEmpereur avant
qu'il cust eHé reconnu tel
par les Romains estantEmpereur
par sa feule qualité
de Roy des François, l'Empire
d'Occident ou du
moins celuy des Gaules
ayant este cedé à Clovis en
508. & confirmé à ses petitsfils
par l'Empereur Justinien.
Il eftvrayque depuis
l'an875. on n'a reconnu
pour Empereurs que
ceux qui ont esté reconnus
tels par les Papes, que mesme
les Rois de Germanie;
& d'autres qui ont esté couronnezEmpereurs,
n'ayant
priscetitre, du moins jusqu'ausiecle
dernier, qu'après
ce couronnement, se
contentant, jusqu'à cette
ceremonie
,
de celuy de
Roy desR omains ou d'Empereurélu.
On met neanmoins
dans cette Carte
ceux que l'erreur publique
reconnoist pour Empereurs
ou qui ont ~estéélus
im Empereurs,
Empereurs
, par des partis,
pour les opposer à ceux
qui avoient esté légitimément
élûs,ilssont distinguez
par des Couronnes
differentes.
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Résumé : Discours nouveau sur l'origine, la Genealogie, & la Maison de Montmorency.
Le texte traite de la Maison de Montmorency, une des plus anciennes et illustres familles du Royaume de France, reconnue comme les premiers Barons Chrétiens avec le cri de guerre 'Dieu aide au premier Chrétien'. La révolution des siècles passés et la négligence des historiens ont obscurci les vieux titres et l'origine exacte de cette maison. André Duchesne est l'historien ayant le plus contribué à sa connaissance, retraçant sa postérité depuis Bouchard I, vivant en 954. Deux opinions principales existent sur son origine : la première attribue son origine à Lisbius, un noble gaulois converti par saint Denis, tandis que la seconde la rattache à Lisoie, un grand baron francique converti par saint Remy. La Maison de Montmorency a toujours revendiqué les qualités de premier Chrétien et de premier Baron Chrétien, marquant ainsi son ancienne et illustre origine. La succession depuis Lisbius ou Lisoie n'a pas pu être conservée jusqu'à nos jours. Duchesne commence l'histoire de cette Maison à Bouchard I, et Chevillard ajoute des ancêtres supplémentaires pour montrer les alliances illustres contractées par la famille. Les armes de la Maison de Montmorency ont évolué, passant d'une croix de gueules sur fond d'or à une croix cantonnée de seize aiglettes d'azur. La Maison s'est séparée en plusieurs branches, certaines éteintes, mais le nom de Montmorency a été conservé jusqu'à aujourd'hui. Les alliances de la Maison de Montmorency sont extrêmement prestigieuses, incluant des mariages avec des membres des familles royales de France, d'Angleterre, et d'autres maisons nobles. Les alliances plus récentes incluent des mariages avec des membres de la Maison de Condé et de la Maison de Luxembourg. La Maison de Montmorency compte de nombreux Grands Officiers du Royaume de France, tels que des Sénéchaux, Connétables, Maréchaux, Amiraux, Maîtres de la Maison du Roi, Chambellans, Bouteillers, et Pannetiers. Plusieurs membres ont également été Ducs et Duchesses. La famille a produit des dignitaires ecclésiastiques, dont un Archevêque Duc de Reims et des Évêques. Saint Thibaud de Montmorency, Seigneur de Marly, est un membre notable, ayant participé à la croisade et fondé l'abbaye des Vaux de Cernay. La valeur et le courage des Seigneurs de Montmorency sont soulignés, notamment à travers l'exemple d'Anne de Montmorency, Duc, Pair, Maréchal, Connétable et Grand Maître de France, qui mourut glorieusement après avoir commandé l'armée royale à la bataille de Saint-Denis. La mémoire de ce grand chef de guerre fut honorée par une pompe funèbre magnifiquement organisée par le roi Charles IX.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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31
p. 97-107
Discours sur la Dignitié des Empereurs, & sur son origine.
Début :
Le titre d'Empereur a pris son origine des Romains [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi, Auguste, Empire romain, Gaule
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texteReconnaissance textuelle : Discours sur la Dignitié des Empereurs, & sur son origine.
Discours sur la Dignité des
Empereurs
y
&surson
origine.
Le titre d'Empereur a
pris son origine des Romains
, elle ne signisïoit
au dessous de celuy de Roy,
&marquoit une puissance
moins absoluë, ce qui porta
Auguste à lu prendre,
lorsque vingt neuf années
avant la naissance de jesus-
Christ, il Ce fut rendu maistre
de Rome, & de tous les
pays sourmis à la Republique
Romaine, fous ce seul
titre d'Em pereur il jouit
d'une authoritésouveraine.
Ses successeurs prirent
ôc porterent lemesme titre
qu'ils eurentdans la
fuite fort superieuràceluy
de Roy, parce que leur
puissance & leur domination,
estoit plus grande que
celle, d'aucun Roy de la
terre.
Les pays soumis à la domination
Romaine s'appellerenc
l'Empire Romain,
cet Empire estoit
d'une estenduë tres vaste
il arrivoit souvent , par des
révoltés qu'on voyoit s'y
élever des Empereurs, que
l'ambition Romaine n'a
traité que de Tyrans. Postume
s'éleva de la force en
260.&forma l'Empire des
Gaules, qui comprenoit les
Gaules, l'Espagne & les
Isles Britanniques.
Cet Empire des Gaules,
decacbe de l'Empire Romain
,
subsista peu ,
&- se
restablis dans la fuite par
des parcages. Il fut le seul
que l'Empereur Contrant
pere de l'Empereur Constantinaitpessedé
; ce dernier
réunit tout l'Empire
en fo personne
)
ses fils le
partagerent, Constantin
, qui estoit l'asné,eut l'Empire
des Gaules & le posseda.
Dans la suite, & partie
culierement depuis la more
du grand Theodose
,
l'Empire
Romain setrouva partagé
en deux; sçavoir l'Empire
d'Occident, dont Rome
estoit la Ville capitale,
& l'Empire d'Orient, qui
avoir Constantinople pour
Ville principale; l'Empire
d'Occident finitenlapersonne
d'Auguste Momille
pris prisonnier & déposé
le31.Octobre476. L'Empire
d'Orient a fini le 20.
May 1453. par la mort de
Constantin Paleologue,qui
deffendant la Ville de Constantinople
contre Mahomet
II. Empereur des
Turcs, qui la tenoit assiegée.
Constantin fut étoufsé
par la foule à une des
portes de laVille,son corps
ayant ellé trouvé on luy
coupa la teste, qui futmise
au bout d'une pique, les
femmes & les enfans qui
restoient de la Maison Imperiale,
furent maflàcrez.,
ainsi finit l'Empire d'Orient
qui a esté depuis aux
Turcs qui le possedent depuis
ce temps.
L'Empire d'Occident,
ou du moins celuy des
Gaules, fut cédé à Clovis
en 508. ôc confirmé à ses
petits fils par rEmpereur
Justinien, ainsi Charlemagne,
que l'erreur commune
fait le restaurateur de
l'Empire d'Occident en
800. estoit Empereur par
sa seulequalité de Roy des
Françoise l'Empire a resté
dans la famille l'espace
de cent onze ans pendant
le regne de
neuf
Empereurs
descendus de luy,
cinq desquels ont este
Rois de France,aprés quoy
l'Empire a passé a desPrinces
dedifférentes Maisons
parélection. Il y en aeu
cinqde la Maison de Franconie
,
cinq de la Maison
de Saxe ,
sept de celle de
Souaube, deux de celle de
Brunswick,un de celle de
Nassau
,
cinq de celle de
Luxembourg
,
deux de Baviere,
seize de celle d'Autriche
, y compris l'election
del'Archiduc, desquels
seize Empereurs il y
en a treize de fuite & sans
interruption depuis l'élection
de l'EmpereurAlbert
*11. en 1438. qui font deux
cens soixante & rreize ans
que l'Empiren'est pas forty
de leur Maison. Il y a
eu quantité d'autres Maisons
quiontesté honorées
de la Pourpre Imperiale
r comme font celles de Spolette,
de Provence , de
Frioul, de Quefort
,
de
Hollande, d'Anglererre
,
& d'Espagne;tous lesquels
Empereurs se voyent dans
i la Carte que Mr Chevil-
[lard Historiographe de
France,&Genealogiste du
Roy vient demettreau
jour, dans laquelle font
compris chronologiquement
tous les Empereurs
d'Occident depuis Charlemagne
jusqu'à present,
avec les Impératrices leurs
Epouses.
- Monsieur Chevillard a
donné au public depuis
vingtans nombre de Cartes
de Chronologie, d'Histoire,
& de Blason, en qua- tre vingt deux feuilles, ôc
travaille à plusieurs autres
sujets, qu'il esperequi seront
plaisir au public. On
trouve encore chez ledit
Chevillard une grande
Carte en huit feuilles, de
l'histoire de l'ancien Testament
en genealogie, depuis
Adam jusqu'àJesus-
Christ
,
dans laquelle, outre
la Genealogie,il se trouve
l'Histoire sainte,& celle
desRoys contemporains
des Patriarches.
Monsieur Chevillarddemeure
tousjous rue neuve
[ Nostre-Dame, au Duc de
Bourgogne.
Empereurs
y
&surson
origine.
Le titre d'Empereur a
pris son origine des Romains
, elle ne signisïoit
au dessous de celuy de Roy,
&marquoit une puissance
moins absoluë, ce qui porta
Auguste à lu prendre,
lorsque vingt neuf années
avant la naissance de jesus-
Christ, il Ce fut rendu maistre
de Rome, & de tous les
pays sourmis à la Republique
Romaine, fous ce seul
titre d'Em pereur il jouit
d'une authoritésouveraine.
Ses successeurs prirent
ôc porterent lemesme titre
qu'ils eurentdans la
fuite fort superieuràceluy
de Roy, parce que leur
puissance & leur domination,
estoit plus grande que
celle, d'aucun Roy de la
terre.
Les pays soumis à la domination
Romaine s'appellerenc
l'Empire Romain,
cet Empire estoit
d'une estenduë tres vaste
il arrivoit souvent , par des
révoltés qu'on voyoit s'y
élever des Empereurs, que
l'ambition Romaine n'a
traité que de Tyrans. Postume
s'éleva de la force en
260.&forma l'Empire des
Gaules, qui comprenoit les
Gaules, l'Espagne & les
Isles Britanniques.
Cet Empire des Gaules,
decacbe de l'Empire Romain
,
subsista peu ,
&- se
restablis dans la fuite par
des parcages. Il fut le seul
que l'Empereur Contrant
pere de l'Empereur Constantinaitpessedé
; ce dernier
réunit tout l'Empire
en fo personne
)
ses fils le
partagerent, Constantin
, qui estoit l'asné,eut l'Empire
des Gaules & le posseda.
Dans la suite, & partie
culierement depuis la more
du grand Theodose
,
l'Empire
Romain setrouva partagé
en deux; sçavoir l'Empire
d'Occident, dont Rome
estoit la Ville capitale,
& l'Empire d'Orient, qui
avoir Constantinople pour
Ville principale; l'Empire
d'Occident finitenlapersonne
d'Auguste Momille
pris prisonnier & déposé
le31.Octobre476. L'Empire
d'Orient a fini le 20.
May 1453. par la mort de
Constantin Paleologue,qui
deffendant la Ville de Constantinople
contre Mahomet
II. Empereur des
Turcs, qui la tenoit assiegée.
Constantin fut étoufsé
par la foule à une des
portes de laVille,son corps
ayant ellé trouvé on luy
coupa la teste, qui futmise
au bout d'une pique, les
femmes & les enfans qui
restoient de la Maison Imperiale,
furent maflàcrez.,
ainsi finit l'Empire d'Orient
qui a esté depuis aux
Turcs qui le possedent depuis
ce temps.
L'Empire d'Occident,
ou du moins celuy des
Gaules, fut cédé à Clovis
en 508. ôc confirmé à ses
petits fils par rEmpereur
Justinien, ainsi Charlemagne,
que l'erreur commune
fait le restaurateur de
l'Empire d'Occident en
800. estoit Empereur par
sa seulequalité de Roy des
Françoise l'Empire a resté
dans la famille l'espace
de cent onze ans pendant
le regne de
neuf
Empereurs
descendus de luy,
cinq desquels ont este
Rois de France,aprés quoy
l'Empire a passé a desPrinces
dedifférentes Maisons
parélection. Il y en aeu
cinqde la Maison de Franconie
,
cinq de la Maison
de Saxe ,
sept de celle de
Souaube, deux de celle de
Brunswick,un de celle de
Nassau
,
cinq de celle de
Luxembourg
,
deux de Baviere,
seize de celle d'Autriche
, y compris l'election
del'Archiduc, desquels
seize Empereurs il y
en a treize de fuite & sans
interruption depuis l'élection
de l'EmpereurAlbert
*11. en 1438. qui font deux
cens soixante & rreize ans
que l'Empiren'est pas forty
de leur Maison. Il y a
eu quantité d'autres Maisons
quiontesté honorées
de la Pourpre Imperiale
r comme font celles de Spolette,
de Provence , de
Frioul, de Quefort
,
de
Hollande, d'Anglererre
,
& d'Espagne;tous lesquels
Empereurs se voyent dans
i la Carte que Mr Chevil-
[lard Historiographe de
France,&Genealogiste du
Roy vient demettreau
jour, dans laquelle font
compris chronologiquement
tous les Empereurs
d'Occident depuis Charlemagne
jusqu'à present,
avec les Impératrices leurs
Epouses.
- Monsieur Chevillard a
donné au public depuis
vingtans nombre de Cartes
de Chronologie, d'Histoire,
& de Blason, en qua- tre vingt deux feuilles, ôc
travaille à plusieurs autres
sujets, qu'il esperequi seront
plaisir au public. On
trouve encore chez ledit
Chevillard une grande
Carte en huit feuilles, de
l'histoire de l'ancien Testament
en genealogie, depuis
Adam jusqu'àJesus-
Christ
,
dans laquelle, outre
la Genealogie,il se trouve
l'Histoire sainte,& celle
desRoys contemporains
des Patriarches.
Monsieur Chevillarddemeure
tousjous rue neuve
[ Nostre-Dame, au Duc de
Bourgogne.
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Résumé : Discours sur la Dignitié des Empereurs, & sur son origine.
Le texte explore l'origine et l'évolution du titre d'Empereur, issu de l'Empire romain. Auguste, ayant pris ce titre en 29 avant J.-C., détenait une autorité souveraine sur Rome et les territoires soumis à la République romaine. Ses successeurs adoptèrent également ce titre, qui devint plus prestigieux que celui de roi en raison de leur puissance accrue. L'Empire romain, vaste et souvent perturbé par des révoltes, vit émerger des empereurs locaux comme Postume, qui forma l'Empire des Gaules en 260. Cet empire, comprenant les Gaules, l'Espagne et les Îles Britanniques, fut éphémère et réintégré plus tard à l'Empire romain. Après la mort de Théodose, l'Empire romain se divisa en deux : l'Empire d'Occident, avec Rome comme capitale, et l'Empire d'Orient, avec Constantinople. L'Empire d'Occident s'effondra en 476 avec la déposition de Romulus Augustule, tandis que l'Empire d'Orient tomba en 1453 lors du siège de Constantinople par Mahomet II. L'Empire d'Occident, ou celui des Gaules, fut cédé à Clovis en 508 et confirmé à ses descendants. Charlemagne, déjà roi des Francs, fut couronné empereur en 800. L'Empire resta dans sa famille pendant 111 ans, puis passa à diverses maisons princières par élection. Plusieurs dynasties se succédèrent, notamment celles de Franconie, de Saxe, de Souabe, de Brunswick, de Nassau, de Luxembourg, de Bavière et d'Autriche. Le texte mentionne également les travaux de Monsieur Chevillard, historiographe et généalogiste, qui a publié de nombreuses cartes chronologiques, historiques et héraldiques, ainsi qu'une grande carte de l'histoire de l'Ancien Testament. Chevillard réside rue Neuve Notre-Dame, au Duc de Bourgogne.
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32
p. 107-118
Ceremonie du Couronnement des Empereurs, [titre d'après la table]
Début :
Vous venez de voir l'origine des Empereurs ; voicy les [...]
Mots clefs :
Couronnement, Empereur, Aix-la-Chapelle, Prince, Roi des Romains, Pape
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texteReconnaissance textuelle : Ceremonie du Couronnement des Empereurs, [titre d'après la table]
Vous venez de voir l'origine
des Empereurs; voi-
;, cy les ceremonies de leurs
couronnements.
LEmpereur doit estre
couronne trois fois, & ce
n'est que par le dernier
couronnement qu'il esten
pleinepossession de son
estar.
Le premier couronnement
se doit faire a Aixla
Chapelle, où il est couronné
Roy de Germanie.
Cette ceremonie ie faiten
luy,métrant lur la teste la
Couronne de Charlemagne,
& en le revestantdes
autres ornements Royaux
qu'oncroit avoir servy à ce
Prince. Le Magistrat de
Nuremberg qui les a en
garde les apporte à Aix- laChapelle. On les appelle
ordinairement les
Joyaux ,ou les Clinodes de
l'Empire,en latin Clinodia
Imjxrik II arrive-souvent
que le couronnement ne
sefait pasà Aix, mais dans
une autre Ville d'Allemagne,
soit que la Guerre foit
-
dans les environs de cette
Ville, foit qu'il y ait des
maladies contagieuses, ou
par d'autresraisons que le
College des Electeurs trouve
valables. L'Empereur
Joseph avoit esté couronné
à Augsbourg
,
& son
pere l'Empereur Leopold
avoit esté couronne à
Francfort.
Suivant le quatriéme
Chapitre dela Bulle d'or,
le droit de couronner
l'Empereur à Aix-la-Chapelle
appartient à l'Electeur
de Cologne. Quand
il est arrivé que le couronnement
ne s'est point fait
à Aix, l'Eleveur dans la
Province Ecclesiastique
duquel il s'estfait, luy a
disputé son droit. Il a prétendu
que l'honneur de.
couronner l'Empereur,
n'estoitdéféré par la Bulle
d'or à l'Electeur de Colo- ,
;
gne que parce qu'Aix -la-
Chapelle est dans le ressort
Ecclesiastique de l'Archevesché
de Cologne. Jean
Philippe de Schonborn
Electeur de Mayence prétendit
couronner l'Empe-
: reur Leopold, parce que
; le couronnement de ce
Prince se faisoit à Francfort,
qui est du ressort de
l'Archevesché de Mayence.
Depuis ila esté fait
une transaction entre l'Electeur
de Mayence &celuy
de Cologne, qui dit
que lorsque le couronnement
se fera à Aix-la-Chapelle,
ilfera tousjours fait
par l'Eleveur deCologne.
Quand il se fera hors du
ressort de l'Archevesché de
Cologne
, ces Electeurs
doivent alterner. Le dernier
qui est celuy de l'Empereur
Joseph
,
fut fait à
Augsbourg par les mains
de l'Electeur de Mayence
de la Maisond'Ingelheim.
Ainsi c'est à l'Eledeur de
Cologne j.
Cologne à faire le premier.
",,: Quand on élit un Roy
des Romains, on le couronne
comme Roy de Germanie.
L'Empereur J oseph
fut ainu couronné à Augsbourg
en 1690 Voila pourquoy
il ne fut plus couronné
en Allemagne après la
more de son pere l'Empereur
Leopold.
Le secondcouronnement
de l'Empereur se doit
faire dans TEstas de Milan
avec -
la couronne des
Roys de Lombardie qu'on
appelle vulgairement la
Couronne de fer, quoy
qu'elle soit d'or, parce
qu'elle efl: soustenuë par un
cercle intérieur de fer. Par
ce couronnement l'Empereur
eA Roy de Lombardie.
Le troisiéme couronnement
se doit faire à Rome
par les mains du Pape, &
ce n'est que par ce troisiémecouronnement
que le
Prince est Empereur, & le
premier des Souverains de
la Chrestienté.Jusqu'à ce
couronnement luy-mesme
ne prend pas le titre d'Empereur
des Romains, mais
feulement le titre d'éleu „
Empereur des Romains.
On ne conçoit pas comment
il s'est estably
,
qu'il
ait néanmoins par luy &
par les Representants les
mesmes prérogatives que
s'il estoit veritablement
couronne Empereur quoy
cjue sa dignité ne soit qu'élective.
Charles Quint est
le dernier des Empereurs
qui ait esté couronné en
Italie, les autres n'ont esté
couronnez que comme
Roys de Germanie. CepenJdant
ils ont voulu se
mettre en possession de
tous les droits des Empereurs,
nrefme de ceux qui
paroissent attachez leplus
inseparablement à la couronneImperiale,
& au ferment
que le Prince éleu
doit faire à l'Eglise Romaine
en la recevant par les
mains duPape.Telest le
droit des premirresPrieres,
qui est à peu prés le mesme
que celuy qu'on appelleen
France Droit de joyeux avenement
à la Couronne.
»
Il consiste à nommer au
premier Canonicat vacant
dans les Cathedrales,tant
dans les Chapitres Catholiques,
que dans les Chapitres
Protestants. Quand
l'Empereur Joseph eut esté
éleu Roy des Romains, &
couronné Roy de Germanie
, son pere l'Empereur
Leopold consulta les plus
habiles gens d'Allemagne
pour sçavoirsi son fils, en
vertu de ce couronne- •
ment ,
pourroit se mettre
en possession du droit des
premières Prieres, Leurs responses
n'estant pas favorables,
il n'y eut point de
décisionen forme.
Monsieur Sevin
des Empereurs; voi-
;, cy les ceremonies de leurs
couronnements.
LEmpereur doit estre
couronne trois fois, & ce
n'est que par le dernier
couronnement qu'il esten
pleinepossession de son
estar.
Le premier couronnement
se doit faire a Aixla
Chapelle, où il est couronné
Roy de Germanie.
Cette ceremonie ie faiten
luy,métrant lur la teste la
Couronne de Charlemagne,
& en le revestantdes
autres ornements Royaux
qu'oncroit avoir servy à ce
Prince. Le Magistrat de
Nuremberg qui les a en
garde les apporte à Aix- laChapelle. On les appelle
ordinairement les
Joyaux ,ou les Clinodes de
l'Empire,en latin Clinodia
Imjxrik II arrive-souvent
que le couronnement ne
sefait pasà Aix, mais dans
une autre Ville d'Allemagne,
soit que la Guerre foit
-
dans les environs de cette
Ville, foit qu'il y ait des
maladies contagieuses, ou
par d'autresraisons que le
College des Electeurs trouve
valables. L'Empereur
Joseph avoit esté couronné
à Augsbourg
,
& son
pere l'Empereur Leopold
avoit esté couronne à
Francfort.
Suivant le quatriéme
Chapitre dela Bulle d'or,
le droit de couronner
l'Empereur à Aix-la-Chapelle
appartient à l'Electeur
de Cologne. Quand
il est arrivé que le couronnement
ne s'est point fait
à Aix, l'Eleveur dans la
Province Ecclesiastique
duquel il s'estfait, luy a
disputé son droit. Il a prétendu
que l'honneur de.
couronner l'Empereur,
n'estoitdéféré par la Bulle
d'or à l'Electeur de Colo- ,
;
gne que parce qu'Aix -la-
Chapelle est dans le ressort
Ecclesiastique de l'Archevesché
de Cologne. Jean
Philippe de Schonborn
Electeur de Mayence prétendit
couronner l'Empe-
: reur Leopold, parce que
; le couronnement de ce
Prince se faisoit à Francfort,
qui est du ressort de
l'Archevesché de Mayence.
Depuis ila esté fait
une transaction entre l'Electeur
de Mayence &celuy
de Cologne, qui dit
que lorsque le couronnement
se fera à Aix-la-Chapelle,
ilfera tousjours fait
par l'Eleveur deCologne.
Quand il se fera hors du
ressort de l'Archevesché de
Cologne
, ces Electeurs
doivent alterner. Le dernier
qui est celuy de l'Empereur
Joseph
,
fut fait à
Augsbourg par les mains
de l'Electeur de Mayence
de la Maisond'Ingelheim.
Ainsi c'est à l'Eledeur de
Cologne j.
Cologne à faire le premier.
",,: Quand on élit un Roy
des Romains, on le couronne
comme Roy de Germanie.
L'Empereur J oseph
fut ainu couronné à Augsbourg
en 1690 Voila pourquoy
il ne fut plus couronné
en Allemagne après la
more de son pere l'Empereur
Leopold.
Le secondcouronnement
de l'Empereur se doit
faire dans TEstas de Milan
avec -
la couronne des
Roys de Lombardie qu'on
appelle vulgairement la
Couronne de fer, quoy
qu'elle soit d'or, parce
qu'elle efl: soustenuë par un
cercle intérieur de fer. Par
ce couronnement l'Empereur
eA Roy de Lombardie.
Le troisiéme couronnement
se doit faire à Rome
par les mains du Pape, &
ce n'est que par ce troisiémecouronnement
que le
Prince est Empereur, & le
premier des Souverains de
la Chrestienté.Jusqu'à ce
couronnement luy-mesme
ne prend pas le titre d'Empereur
des Romains, mais
feulement le titre d'éleu „
Empereur des Romains.
On ne conçoit pas comment
il s'est estably
,
qu'il
ait néanmoins par luy &
par les Representants les
mesmes prérogatives que
s'il estoit veritablement
couronne Empereur quoy
cjue sa dignité ne soit qu'élective.
Charles Quint est
le dernier des Empereurs
qui ait esté couronné en
Italie, les autres n'ont esté
couronnez que comme
Roys de Germanie. CepenJdant
ils ont voulu se
mettre en possession de
tous les droits des Empereurs,
nrefme de ceux qui
paroissent attachez leplus
inseparablement à la couronneImperiale,
& au ferment
que le Prince éleu
doit faire à l'Eglise Romaine
en la recevant par les
mains duPape.Telest le
droit des premirresPrieres,
qui est à peu prés le mesme
que celuy qu'on appelleen
France Droit de joyeux avenement
à la Couronne.
»
Il consiste à nommer au
premier Canonicat vacant
dans les Cathedrales,tant
dans les Chapitres Catholiques,
que dans les Chapitres
Protestants. Quand
l'Empereur Joseph eut esté
éleu Roy des Romains, &
couronné Roy de Germanie
, son pere l'Empereur
Leopold consulta les plus
habiles gens d'Allemagne
pour sçavoirsi son fils, en
vertu de ce couronne- •
ment ,
pourroit se mettre
en possession du droit des
premières Prieres, Leurs responses
n'estant pas favorables,
il n'y eut point de
décisionen forme.
Monsieur Sevin
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Résumé : Ceremonie du Couronnement des Empereurs, [titre d'après la table]
Le texte décrit les cérémonies de couronnement des Empereurs du Saint-Empire romain germanique, qui doivent être couronnés trois fois pour être en pleine possession de leur état. Le premier couronnement se déroule à Aix-la-Chapelle, où l'Empereur reçoit la couronne de Charlemagne et les ornements royaux gardés par le magistrat de Nuremberg. En cas de guerre, de maladies contagieuses ou d'autres raisons jugées valables par le Collège des Électeurs, ce couronnement peut se dérouler dans une autre ville d'Allemagne. Par exemple, l'Empereur Joseph a été couronné à Augsbourg, et son père, l'Empereur Léopold, à Francfort. Le droit de couronner l'Empereur à Aix-la-Chapelle appartient à l'Électeur de Cologne. Cependant, des disputes ont surgi lorsque le couronnement se faisait dans une autre ville. Une transaction a été conclue entre les Électeurs de Mayence et de Cologne, stipulant que l'alternance des couronnements dépend du lieu choisi. Le second couronnement se déroule à Milan avec la couronne de fer, faisant de l'Empereur le roi de Lombardie. Le troisième couronnement, à Rome par le Pape, est nécessaire pour que le Prince soit reconnu comme Empereur et le premier des Souverains de la Chrétienté. Avant ce couronnement, il porte le titre d'Élu Empereur des Romains. Charles Quint est le dernier Empereur à avoir été couronné en Italie. Les Empereurs suivants ont revendiqué tous les droits impériaux, y compris le droit des premières prières, qui consiste à nommer au premier canonicat vacant dans les cathédrales. Lorsque l'Empereur Joseph a été élu roi des Romains et couronné roi de Germanie, son père, l'Empereur Léopold, a consulté des experts pour savoir s'il pouvait exercer ce droit, mais aucune décision formelle n'a été prise.
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33
p. 25-70
LETTRE A M. le Marquis de *** Sur un Livre intitulé, Les Soûpirs de l'Europe.
Début :
Vous croyez, Monsieur, que tous les soûpirs sont reservez pour [...]
Mots clefs :
Soupirs, Europe, France, Couronne, Empereur, Guerre, Paix, Monarchie, Puissances, Autriche, Hollande, Espagne, États du Royaume, Renonciations, Alliance, Projet, Intérêts, Testament, Tranquillité, Malheurs
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A M. le Marquis de *** Sur un Livre intitulé, Les Soûpirs de l'Europe.
LETTREA M.
-
le Marquis de***
Sur un Livre intitulé, Les
Soûpirs de l'Europe.
VOus croyez,Monsieur,
que tous les soûpirs sont
reservez pour l'amour, &
qu'il n'y a que le beau sexe
qui ait droit d'en exiger.
Je vous envoye un livre
nouveau qui vous apprendra que l'Europe loûfirc
aprésd'autres objets. Cest
a vous, Monsieur, à juger
si l'auteur est bien fondé à
faire joüer le personnage
d'Heraclite à la plus belle
partie du monde: mais prenez garde de rire dans le
temps que les autres sont
affligez; ce seroit un manque de charité de ne se pas
conformer au precepte de
saint Paul, qui veut qu'on
pleure avec ceux qui pleurent.
L'objet qui excite les [où.
pirs de l'Europe, est la Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement
sur le projet d'une paix génerale. Vous ferez surpris,
Monsieur, qu'on fasse soûpirer l'Europe à rafpeél:
d'un projet de paix, dans
le temps que tous les peuples concourent par leurs
vœux à obtenir du Ciel ce
qui fait le bonheur de la
terre.
La Reine de la Grande
Bretagne, plus sensible aux
vrais malheurs de l'Europe
qu'à ses pretendus soûpirs,
ayant enfin ouvert les yeux
sur les motifs qui ont, mis
la Chrétienté en combus-
tion, a reconnu que les desfeins ambitieux de deux
Puissances ont produit cet
embrasèmenr, ceux de la
Maison d'Autriche d'un côté
y
& ceux des Etats Generaux des Provinces Unies
de l'autre.
L'habileté de ces deux
Puissances avoir trouvé le
fecrer d'armer pour leur
querelle une partie desPrinces de l'Europe, pour combattre le chimérique projet de la Monarchie universelle dont elles accufoienr
la France,pendanr que dans
leurs trairez publics & secrets elles ne pensoient
qu'à leur agrandissement
particulier
,
aux dépens du
bien des autres Princes qui
s'étoientliguez avec elles.
Bien des années s'étoient
écoulées, sans que le voile
qui cachoit cet artifice eût
été tiré. Deux grands Capitaines en tenoient les
deux bouts, & empêchoient
par leurs soins que la PuiC
sance qui fournissoit leplus
à l'entretien de la guerre,
& qui y
prositoit le moins,
ne pût découvrir le myC.
tere de l'Empereur & des
Hollandois.
Ce n'est pas une chose
nouvelle de voir la Maison
d'Autriche attentive à son
agrandissement
:
mais c'en
est une de voir les principaux membres de l'Empire
travailler à leur propre deftruction.
Les Hollandois n'ont pas
moins manifesté leur ambition, quoy qu'ils l'ayent
conduite d'une maniere
plus couverte. Personne n'ignore que depuis l'établissement de leur Souverai-
netéparles secours des Rois
de France Henry IV. Louis
XIII. & LouisXIV.il n'y a
pas de partie dans le monde
où ils ne soient parvenus à
fonder leur domination,
fous pretexte de leur commerce
,
& même aux dépens de ceux qui sont aujourd'hui leurs plus grands
amis ôc leurs plus chers alliez.
e Pendant que l'Espagne a
été comme en brassiere sous
le regne de Charles II. les
Hollandois ont profité d-e
cet état d'impuissance pour
augmenter leur barriere-,
& tirer avantage du négoce des Indes Occidentales. Depuis ce temps-là il
ne paroît aucun traité, soit
de commerce, foit de guerre, danslequel les Etats Géneraux n'ayent glisse des
clauses nouvelles à leur
avantage ;
& c'estsapolitique dangereuse qui vient
d'êtredémarquée, c'est ce
manege qui vient d'engager la Reine d'Angleterre
& le nouveau Ministere a
ouvrir les yeux sur les véritables intérêts de leur na-
tion, en écoutant avec plus
de sagesse que ceux qui
gouvernent la Hollande,
les proportions du Roy de
France, quoique beaucoup
inférieures à celles que ce
Prince avoit fait presenter
à la Haye en 1709. &à Gertruidemberg en 1710.
Le systême de la grande
alliance n'a étéque d'en,
gager la Maison d'Autriche dans de si grandes entreprises, afin qu'après la
paix demeurant Titulaire
des Pays-Bas, & ne se trouvant pas en état de rem-
bourser les avances de la
Hollande,ilsalûtlaisser à
cette République, par engagemenr, les meilleures
places de ces Provinces qui
auroient eu le même fort
que la ville de Mastricht
& qui jointes à la barriere,
qu'on pretendoit de la France
,
auroit rendu dans la
fuite lesHollandoisSouverains des dix-sept Provinces. Ajoutez à cela que si
l'Empereur etoit devenu
maître de l'Espagne & des
Indes, ce Prince n'étant pas
en etat de faire le com-
merce de la mer, il auroit
étécontraint de s'enrapporter à eux, & par ce
moyen ils auroient éloigné
toute autre nation du com.
merce de l'Amerique.
Voila, Monsieur, la découverte que laReine d'Angleterre & son nouveau Ministere ont faite, qui devient pour les Hollandois
un veritable sujet de soûpirer.
L'Auteur du livre des
soûpirs de l'Europe auroit
parlé plus juste s'il avoit intitulé son ouvrage, les soû-
pirs de la Hollande, en
comparant les négociations d'Utrecht avec celles
de la Haye & deGertruidemberg
,
& en reflechissant sur les suites sacheuses
de la victoire de IJenain)
la prise de Marchiennes,
magasin de toute leur campagne, de la levée du siege
de Landreci, de la conquête de Douay
,
de celle
du Quesnoy, du renversement de toutes leurs grandes esperances, ôc de n'être pas en sûreté au milieu
de leur domination; eux qui
deux mois auparavant se
vantoient de mettre Paris
fous contribution, & de
faire hyverner leurs troupes au milieu de la France.
Le livre auquel jerépons
n'a pour fondement que la
renonciation de MarieTherese d'Autriche à la
Couronne d'Espagne. C'est
une piece produite au procés après l'arrêt rendu.
L'affaireestdecidée, Philippe V. restera sur le Trône d'Espagne, l'Angleterre
le reconnoît.
Tous ceux qui liront la
Harangue de la Reine à
son Parlement sans prévention, feront surpris du
mauvais sens que les alliez
donnent à cette déclaration
:
mais ils le feront encore davantage des efforts
que fait l'Auteur des Soûpirs, pour persuader au Public que les alliez n'ont jamais eu la moindre connoissance des projets de la
Reine touchant la paix generale.
Cet auteur a
oublié que
le livre de la conduite des
alliez a
désavoue son dis-
cours, puisque depuis un
an ils n'ont pas cessé de faire
agir leurs émissaires en Angleterre.
Si après toutes ces tentatives instructueuses on
veut faire semblant d'ignorer un fait rendu public
par des communications (ï
solemnelles, on veut prendre le monde pour dupe; il
est permis de ne les pas approuver: maisil est honceux de soûtenir qu'on ne
l'a pas sçû.
Dans les principes de
l'Empereur & des Etats Ge-
neraux le droit sur les Couronnes ne doit plus être réglé ni sur la proximité du
sang, ni sur lestitres les plus
autentiques, mais seulement sur ce qui peut convenir à l'intérêt de la Cour
de Vienne & des Hollandois:il leur suffira de craindre ragrandissement d'une
Puissance, pour armer toute
l'Europe contre un Prince
que la nature declare, &
que la Providence établit
héritier de ses ancêtres.
Dans une justice reglée
où l'équité decide, & non
la
la violence, il seroit aisé de
faire connoître que les Couronnes d'Espagne appartiennent légitimement à
Philippe V. & dans un pays
sensé où la raison gouverne, & non la passion, il ieroit aisé de démontrer qu'-
on ne peur les lui arracher.
La premiere se prouve,
parce que ses droits sont
fondez sur la nature, sur la
loy du pays, sur la coûtume
,
& sur le testament de
Charles II. confirmé par le
suffrage de tous les Etats
de la Monarchie, à qui,
selon l'auteur des Soûpirs,
il appartient de confirmer,
ou d'infirmer toutes disposrtions faites par les Rois
d'Espagne.L'Empereurn'opose à de si justes titres que
Ia- renonciation de MarieTherese d'Autriche,filleaînée de Philippe IV. maisil
y a
long-temps qu'on afait
toucher au doigt la nullité
de cet acte, & il suffit de
renvoyer aux livres imprimez celui qui voudra sçavoir & approfondir cette
matiere.Pourmoy, qui n'en
veux dire qu'un mot, mais
unmot peremptoire, je me
,
contenterai des mêmes argumens que l'auteur des
Soupirsemployepour prouver que si la renonciation
de MarieTheresed'Autriche est bonne, le testament deCharles II.estbon,
& que si le testament est
nul, la renonciation est encore plus nulle; par consequent ledroit naturel, le
droit du fang étant du côté
de Philippe V.la Couronne
d'Espagne lui appartient incontestablement
-,
donc la
guerre qu'on lui faitest injuste. - Dij
Car si par les remarques
de l'auteur des Soûpirs, p.
1 26. les Rois d'Espagne ne
possedant point le Royaume ex domino, ne peuvent
ni vendre, ni donner, ni
aliener leurs peuples comme un troupeau de moutons, par une même consequence les Rois d'Espagne peuvent encore moins
obliger leurs enfans à vendre, a
ceder,&àfaire quelque alienation que ce soit
des droits naturels qu'ils
ont sur la Couronne.
L'auteur rapporte plu-
sieurs exemples qui prouvent que tous actes qui
n', ., 1 ont point été approuvez
par les Etats du Royaume
n'ont jamais eu leur effet.
L'Empereur ne peut disconvenir ( & toute l'Europe
en est témoin) que le sesia..
ment de Charles II. n'ait
été approuve par tous les
Etats du Royaume d'Espagne,puisque d'abord après
la mort de Charles II. il y
eut une deputation solemnelle enFrance, pour prier
le Roy d'accorderà FEfpagne le Ducd'Anjou, fuu
vant la derniere volonté de
Charles II.
L'Empereur doit avouer
encore qu'avec toutes les
forces des alliez, & toutes
les profperitez imaginables,
il n'a jamais pu se faire reconnoîtreRoyparces peuples, quoyqu'il ait été deux
fois maître de Madrid.
Je voudrois donc bien
que l'auteur des Soûpirs
nous dît quel titre il fautavoir pour être legitimement Roy d'Espagne. Est-,
ce la loy du pays ?
elleest.
pour nous. Est-cel'usage ?
ilest pour nous. Est-ce un
testament ? nous l'avons.
Est-ce l'acclamation des
peuples? certainement nul
autreque Philippe V. ne
s'en peut vanter; elle a
été
universelle a son avenement, elle a
duré trois ans
entiers sans aucune contradiction. Cen'est qu'à force
d'intrigues qu'on lui a
débauché dans la fuite quelques sujets, convaincus par
là derébellion manifeste,
puis qu'ils ont violé leurs
premiers sermens.
Mais pourquoy l'auteur,
dans sa vaste érudition, ôc
dans le reüeil des pieces
qu'il rapporte
,
ne dit-il pas
un seul mot des testamens
fameux de Charles-Quint
& de Philippe second ? C'est
qu'ils l'égorgent, & qu'il
n'est pas payé pour alleguer
la vérité contre l'intention
de ceux qui le font écrire.
Or ces deux testamens renferment une substitution
graduelle lX. perpétuelle de
la Couronne d'Espagne, en
preferant les mâles aux
femelles, & au défaut des
mâles, les fillesaînées aux
cadet-
cadettes dans toute leur
posterité. Je dis donc: Ou
la successiond'Espagne doit
être reglée par les dispositions des Rois, ou elle ne
peut l'être que par le droit
du sang;enunmot oucette
Couronne elt alienable, ou
elle ne l'est pas: si elle effc
alienable, lasubstitution étant faite par les anciens
Rois de la Maison d'Autriche, leurs descendans n'ont
pû la changer; par consequent ni testamens posterieurs, ni renonciations, ni
autres dispositions quelcon-
ques ne peuvenc la détruire.
L'aureur est tropgrandJurisconsulte pour ignorer les
premiers élemens du Droit.
Si laCouronne n'estpasalienable, les testamens de
Charles-Quint & de Philippe II. ajoutez.y, si vous
voulez, celui deCharles Il
etoient inutiles, puis qu'ils
ne disent que ce que la loy
disoit avant eux: mais les
rciramens de Philippe III.
&de Philippe IV. contraires à la loy, sont nuls de
plein droit, & les renonciations d'Anne & deMarie.
Therese, contraires à la
loy,sont nulles de plein,
droit auili"; par consequent
les testamens des trois Monarques, par lesquels Philippe V. est appellé, ne sont
bons& respectables qu'autantqu'ils sont conformes
à laloyfondamentale de
TEcac: d'oùil s'enfuit que
-il Philippe IV. & MarieTherese safille avoient eu
la moindre autorité pour
exclure quelqu'un de leurs
descendans
,
contre toute
forte de justice, Charles II.
n'enavoit pas moins pour
les rétablir dansl'ordre de
la justicemême. Si le pere
a
ptt faire un mal
,
le fils à
plus forte raison a
pu le reparer;& voila precisément
en quoy la disposition de
Charles11. a
été legitime,
c'cft qu'elle a
remis les cho-
* ses dans leur état naturel;
c'est qu'elle a marqué en
quoy les renonciations étoient valables, je veux dire
dans le point d'incompatibilité de deux Couronnes:
& en quoy elles ne l'étoient
pas, je veux dire dans l'ex..
clusion du scul & veritable
,
héritier.
Ainsi Philippe V. ne vient
pas à la Couronne du droit
de la grandmere, ni du
droit de son bisayeul maternel
,
mais du sien propre. Il ne les represente
point pour être tenu de leurs
faits
;
il vient comme ap,
pellé par les loix,par le sang,
par la nature. CharlesII.
ne l'a pas proprement institué
;
il n'a fait que le désigner encre les vrais successeurs, parce que les autres
étoient destinez à porter la
Couronne de France, &c
qu'il convenoitpour le bien
des deux Royaumes, qu'ils
cussent deux Rois separez.
Voila ce qui s'appelle des
raisons ausquelles je défie
l'auteur en question de répondre autrement que par
des soûpirs: mais ce qu'il y
a
de plus curieux dans foii»
livre,c'est qu'après être
convenu des principes, il;
nie toutesles conséquences.
Les dispositions personnelles, selon lui, sont des chansons:mais les renonciations.
font des loix fondamental
les, comme si les renonciationsnetoient pas des dis-
goûtions personnelles.
Je voudrois bien lui de^
mander si les Cortes en 1618.
avoient plus d'autorité pour
renverserles anciennes, que
les Cortes en 1709. en avoient pour s'y conformer.
Les premieres ont exclules
enfans d'Anne, les fecondes ontjuré que Philippe V.
&[on filsétaient les veritables Rois. Si les premieres
ont pû faire une loy ,les lecondes en ont pu faire une
aussi. Quelle différence y
at-il donc entrç les deux?
C'estque la loy pretendue
de 1618. etoitcontradictoire
aux loix irrevocables de la
Monarchie, & que celles
de 1709. n'en croient que le
renouvellement & l'application. Remarquez en paffane) je vous prie
,
avec
quelle affectation les PrincesAurtrichiensont prissoin
de faire toujours renoncer
les Princesses qui pouvoient
porter ailleurs des droitssur
l'EÍpagne) Anne, MarieTherese
,
l'Archiduchesse
Electrice de Baviere; & jamais celles qui pouvoient la
porter dansla branche d'Al..
lemagne. Ne voit-on pas
que c'étoit uniquement
pourfixer ce patrimoine
chez eux,3malgréOles regles
qu'ilsleur avoient données,
la reconnoissant feminine
pour leur Maison
,
&masculine pourle reste du monde. C'étoir faire violence à
la nature ôc forcer la Providence
;
aussi, comme
vous voyez, la Providence
s'en est moquée, & la nature a
repris le dessus. Rien
n'est donc plus solidement
établi que le droit de Philippe V. & rien de plus mal
fondé que la prétention de
l'Empereur. Ilme reste à
prouver que laplus folle de
toutesles chimeresferoit de
s'obstiner au détrônement
de ce Roy,
Que n'a-t- on point fait
pour en venir à bout?combien de fang répandu?combien de trésors dissipezpour.
arriver à
ce but tant desiré,
par toutes les Puissances liguées?Esperet-on de plus
grandssuccés que ceux qui
nont servià rien? Tant que lesEspagnols feront fideles,
on gagneroit vingt batailles!.
de Sarragosse, on prendroit
vingt fois Madrid
,
qu'il
faudroir se retirer & s'enfuir.
Les alliez ont été sur
l'Espagne, comme les Chymisses sur la pierre philo-,
sophale;ilsonttoûjourscrû
la tenir, elle leur a
toûjours
échapé;la premiere matiere leur manquoit, c'est;
le cœur des peuples.
Mais, me dira l'auteur
des Soûpirs, vous accusez
donc laReine de s'être flatée mal à propos, lors qu'-
ellea déclarétantdefois
à son Parlement qu'il faloit
continuer la guerre jusqu'à
ce qu'on eût mis laMaison
d'Autriche en possession del'Espagne & des Indes?
Je répons à cela qn'il faut
distinguer.
1. Pendant que
l'Empereur Joseph étoit encore plein de vie, on pouvoirregarder les deux branches de cette Maison comme separées,de la même
façon qu'on regardeaujourd'hui celle de Bourbon: mais depuis sa mort,
sansensans mâles, tout eflr
sur unemême tête; & quoy
qu'en dise l'auteur avec ses
calculs frivoles, tant de
puissance entre les mains
d'un seul Prince, pour le
moins aussi fier & aussi ambitieux qu'aucun de ses predecesseurs, seroit enorme.
La Reine a
donc grande
raiion de penser differemment depuis le mois d'Avril 1711.2. L'experienceapprend quelque chose en ce
monde.Pouvoit-on deviner d'abord que Philippe
V. se feroit tellement aimer
de ses sujets, qu'il trouve,
roit toujours en eux des
ressources contre les plus
grands revers de la fortune,& que son rival neseroit
jamais moins maîtrede l'Espagne que lors qu'il en occuperoit la Capitale? Ce
sont des évenemens si merveilleux, qu'il faut les avoir
éprouvez pour les croirez
mais les éprouver deux fois,
sans les croire,c'est un aveuglement.
Nous n'avons plus qu'une choie à examiner,si l'Europe doit plutôt soûpirer
d'une paix
faite
sur le plan
de la Reine, que d'une
guerre éternelle faite sur le
,plan des Imperiaux & des
Hollandois.
Passons le lieu commun, f
qui dit qu'une
mauvaise paix vaut mieux
quunebonne guerre::
mais voyons un moment
avec l'auteur si la paix
qu'on veut faire n'estpas
meilleure que la guerre
qu'on veut continuer.
Mais si elle est mauvaise,
les hautsalliez ont eu
grand tort quand ilsont
fait en 1701. leur traitéde
la grande alliance
; car ils
ont par ce projet de pai:c
tour ce qu'ils souhaitoient
alors, & tout ce qu'ils se
sont propoiez de plus avantageux en prenant les armes. C'est proprement dans
retraite que la Reine de la
Grande Brctagne a
puisé les
articles de la satisfaction.
commune. Si l'Empereur &
les Hollandois n'ont pas eu
foin de leurs intérêts dans
un temps où rien ne les empêchoit de stipuler tout ce
qu'ils voutoient,c'est à
eux
seuls qu'ils doivent s'en
prendre: mais, dit l'auteur,
ils
ont eu depuis bien plus d'apperit,& ils pleureront si, on
ne les contente pas; ils se
sont flatez d'enlever une
Couronne, & de partager
l'autre. Ici je veux lui faire
une derniere question,& le
prier avec tous les écrivains
de libelles contre la France, de vouloir bien me définir,une fois pour tout,
sur quel pied on doit regarder cette Couronne. Ils
entreprennent ordinairement d'établir deux choses
contr'elle. La premiere;
qu'il fautabsolument dé-
truire sa puissance; !a~-
conde, qu'on lepeut facilement. Ces deux suppositions leur paroissent necessaires pour exciteren même temps la haine &,ree..
perancer: mais malheureusement ils tombent dans
une contradiction puerile;
car pour prouver l'une, ils
disent que la France a
des
forces redoutables, des tréfors infinis, & que si l'on n'y
prend garde, elle va tout
engloutir. Pour prouver
l'autre,ils disent que la
France cft aux abois, qu",.,
elle n'a plus qu'un souffle de
vie ,& qu'il ne faut qu'un
coup de collier pour la mettre à bas. Celane s'accorde
point, & il est aisé de leur
répondre.Sielleestsifoible,
pourquoy la craignez-vous
tant? si elleest si forte, comment l'abattrez-vous? Les
sages, qui n'aiment pas l'exaggeration, se contentent
de dire là dessus une chose
qui est vraye; c'est que la
France estassezpuissante
pour resister aux plus
grands effortsde ses ennemis, & qu'elle nel'est pas
assez pour attenter à la Ii.
berté de tout le monde. Si
elle a
songé às'étendre il y
a quarante ou cinquante
ans, c'est que Paris étoit un
peu trop prés de sa frontiere. Le PrinceEugene en
conviendra, puis qu'enassiegeant Landrecy
,
il promettoit à son armée de U
faire hyverner dansl'Isle de
France, & que le Major ge-:-
neral Grovestein avoir déja
marqué les logis. Ce n'est
donc pas avoir une ambition demesurée
,
que de
vouloir couvrir son Royau-
me par le côté qui le serre
le plus: mais c'en est une
que de vouloir posseder en
même temps l'Allemagne,
les Pays-Bas', la Hongrie,
la Boheme, l'Italie, l'Espagne, & les Indes.
Concluons donc, qu'une
guerre qui ne serviroit, en
reüssissant, qu'à doubler le
Domaine des Hollandois,
& qu'à quadrupler celui de
l'Empereur
,
& qui pourroir, en ne reüssissant pas,
donner à la France plus d'Etats qu'elle n'en veut ellemême, est une guerre qu'il
cft temps de finir;qu'au;
contraire une paix qui laisse
les deux grandes Maisons
dans un juste équilibre, &
qui rend àl'Europeaffligée
par tant de. malheurs une
tranquilité parfaire, -
ne peut
faire soûpirer que les perturbateurs durepos public.:
ôcles ennemis du genre hu*
main. Je suis, &c.
De Valenciennes le 8.
d'Oflobrc i711
-
le Marquis de***
Sur un Livre intitulé, Les
Soûpirs de l'Europe.
VOus croyez,Monsieur,
que tous les soûpirs sont
reservez pour l'amour, &
qu'il n'y a que le beau sexe
qui ait droit d'en exiger.
Je vous envoye un livre
nouveau qui vous apprendra que l'Europe loûfirc
aprésd'autres objets. Cest
a vous, Monsieur, à juger
si l'auteur est bien fondé à
faire joüer le personnage
d'Heraclite à la plus belle
partie du monde: mais prenez garde de rire dans le
temps que les autres sont
affligez; ce seroit un manque de charité de ne se pas
conformer au precepte de
saint Paul, qui veut qu'on
pleure avec ceux qui pleurent.
L'objet qui excite les [où.
pirs de l'Europe, est la Harangue de la Reine d'Angleterre à son Parlement
sur le projet d'une paix génerale. Vous ferez surpris,
Monsieur, qu'on fasse soûpirer l'Europe à rafpeél:
d'un projet de paix, dans
le temps que tous les peuples concourent par leurs
vœux à obtenir du Ciel ce
qui fait le bonheur de la
terre.
La Reine de la Grande
Bretagne, plus sensible aux
vrais malheurs de l'Europe
qu'à ses pretendus soûpirs,
ayant enfin ouvert les yeux
sur les motifs qui ont, mis
la Chrétienté en combus-
tion, a reconnu que les desfeins ambitieux de deux
Puissances ont produit cet
embrasèmenr, ceux de la
Maison d'Autriche d'un côté
y
& ceux des Etats Generaux des Provinces Unies
de l'autre.
L'habileté de ces deux
Puissances avoir trouvé le
fecrer d'armer pour leur
querelle une partie desPrinces de l'Europe, pour combattre le chimérique projet de la Monarchie universelle dont elles accufoienr
la France,pendanr que dans
leurs trairez publics & secrets elles ne pensoient
qu'à leur agrandissement
particulier
,
aux dépens du
bien des autres Princes qui
s'étoientliguez avec elles.
Bien des années s'étoient
écoulées, sans que le voile
qui cachoit cet artifice eût
été tiré. Deux grands Capitaines en tenoient les
deux bouts, & empêchoient
par leurs soins que la PuiC
sance qui fournissoit leplus
à l'entretien de la guerre,
& qui y
prositoit le moins,
ne pût découvrir le myC.
tere de l'Empereur & des
Hollandois.
Ce n'est pas une chose
nouvelle de voir la Maison
d'Autriche attentive à son
agrandissement
:
mais c'en
est une de voir les principaux membres de l'Empire
travailler à leur propre deftruction.
Les Hollandois n'ont pas
moins manifesté leur ambition, quoy qu'ils l'ayent
conduite d'une maniere
plus couverte. Personne n'ignore que depuis l'établissement de leur Souverai-
netéparles secours des Rois
de France Henry IV. Louis
XIII. & LouisXIV.il n'y a
pas de partie dans le monde
où ils ne soient parvenus à
fonder leur domination,
fous pretexte de leur commerce
,
& même aux dépens de ceux qui sont aujourd'hui leurs plus grands
amis ôc leurs plus chers alliez.
e Pendant que l'Espagne a
été comme en brassiere sous
le regne de Charles II. les
Hollandois ont profité d-e
cet état d'impuissance pour
augmenter leur barriere-,
& tirer avantage du négoce des Indes Occidentales. Depuis ce temps-là il
ne paroît aucun traité, soit
de commerce, foit de guerre, danslequel les Etats Géneraux n'ayent glisse des
clauses nouvelles à leur
avantage ;
& c'estsapolitique dangereuse qui vient
d'êtredémarquée, c'est ce
manege qui vient d'engager la Reine d'Angleterre
& le nouveau Ministere a
ouvrir les yeux sur les véritables intérêts de leur na-
tion, en écoutant avec plus
de sagesse que ceux qui
gouvernent la Hollande,
les proportions du Roy de
France, quoique beaucoup
inférieures à celles que ce
Prince avoit fait presenter
à la Haye en 1709. &à Gertruidemberg en 1710.
Le systême de la grande
alliance n'a étéque d'en,
gager la Maison d'Autriche dans de si grandes entreprises, afin qu'après la
paix demeurant Titulaire
des Pays-Bas, & ne se trouvant pas en état de rem-
bourser les avances de la
Hollande,ilsalûtlaisser à
cette République, par engagemenr, les meilleures
places de ces Provinces qui
auroient eu le même fort
que la ville de Mastricht
& qui jointes à la barriere,
qu'on pretendoit de la France
,
auroit rendu dans la
fuite lesHollandoisSouverains des dix-sept Provinces. Ajoutez à cela que si
l'Empereur etoit devenu
maître de l'Espagne & des
Indes, ce Prince n'étant pas
en etat de faire le com-
merce de la mer, il auroit
étécontraint de s'enrapporter à eux, & par ce
moyen ils auroient éloigné
toute autre nation du com.
merce de l'Amerique.
Voila, Monsieur, la découverte que laReine d'Angleterre & son nouveau Ministere ont faite, qui devient pour les Hollandois
un veritable sujet de soûpirer.
L'Auteur du livre des
soûpirs de l'Europe auroit
parlé plus juste s'il avoit intitulé son ouvrage, les soû-
pirs de la Hollande, en
comparant les négociations d'Utrecht avec celles
de la Haye & deGertruidemberg
,
& en reflechissant sur les suites sacheuses
de la victoire de IJenain)
la prise de Marchiennes,
magasin de toute leur campagne, de la levée du siege
de Landreci, de la conquête de Douay
,
de celle
du Quesnoy, du renversement de toutes leurs grandes esperances, ôc de n'être pas en sûreté au milieu
de leur domination; eux qui
deux mois auparavant se
vantoient de mettre Paris
fous contribution, & de
faire hyverner leurs troupes au milieu de la France.
Le livre auquel jerépons
n'a pour fondement que la
renonciation de MarieTherese d'Autriche à la
Couronne d'Espagne. C'est
une piece produite au procés après l'arrêt rendu.
L'affaireestdecidée, Philippe V. restera sur le Trône d'Espagne, l'Angleterre
le reconnoît.
Tous ceux qui liront la
Harangue de la Reine à
son Parlement sans prévention, feront surpris du
mauvais sens que les alliez
donnent à cette déclaration
:
mais ils le feront encore davantage des efforts
que fait l'Auteur des Soûpirs, pour persuader au Public que les alliez n'ont jamais eu la moindre connoissance des projets de la
Reine touchant la paix generale.
Cet auteur a
oublié que
le livre de la conduite des
alliez a
désavoue son dis-
cours, puisque depuis un
an ils n'ont pas cessé de faire
agir leurs émissaires en Angleterre.
Si après toutes ces tentatives instructueuses on
veut faire semblant d'ignorer un fait rendu public
par des communications (ï
solemnelles, on veut prendre le monde pour dupe; il
est permis de ne les pas approuver: maisil est honceux de soûtenir qu'on ne
l'a pas sçû.
Dans les principes de
l'Empereur & des Etats Ge-
neraux le droit sur les Couronnes ne doit plus être réglé ni sur la proximité du
sang, ni sur lestitres les plus
autentiques, mais seulement sur ce qui peut convenir à l'intérêt de la Cour
de Vienne & des Hollandois:il leur suffira de craindre ragrandissement d'une
Puissance, pour armer toute
l'Europe contre un Prince
que la nature declare, &
que la Providence établit
héritier de ses ancêtres.
Dans une justice reglée
où l'équité decide, & non
la
la violence, il seroit aisé de
faire connoître que les Couronnes d'Espagne appartiennent légitimement à
Philippe V. & dans un pays
sensé où la raison gouverne, & non la passion, il ieroit aisé de démontrer qu'-
on ne peur les lui arracher.
La premiere se prouve,
parce que ses droits sont
fondez sur la nature, sur la
loy du pays, sur la coûtume
,
& sur le testament de
Charles II. confirmé par le
suffrage de tous les Etats
de la Monarchie, à qui,
selon l'auteur des Soûpirs,
il appartient de confirmer,
ou d'infirmer toutes disposrtions faites par les Rois
d'Espagne.L'Empereurn'opose à de si justes titres que
Ia- renonciation de MarieTherese d'Autriche,filleaînée de Philippe IV. maisil
y a
long-temps qu'on afait
toucher au doigt la nullité
de cet acte, & il suffit de
renvoyer aux livres imprimez celui qui voudra sçavoir & approfondir cette
matiere.Pourmoy, qui n'en
veux dire qu'un mot, mais
unmot peremptoire, je me
,
contenterai des mêmes argumens que l'auteur des
Soupirsemployepour prouver que si la renonciation
de MarieTheresed'Autriche est bonne, le testament deCharles II.estbon,
& que si le testament est
nul, la renonciation est encore plus nulle; par consequent ledroit naturel, le
droit du fang étant du côté
de Philippe V.la Couronne
d'Espagne lui appartient incontestablement
-,
donc la
guerre qu'on lui faitest injuste. - Dij
Car si par les remarques
de l'auteur des Soûpirs, p.
1 26. les Rois d'Espagne ne
possedant point le Royaume ex domino, ne peuvent
ni vendre, ni donner, ni
aliener leurs peuples comme un troupeau de moutons, par une même consequence les Rois d'Espagne peuvent encore moins
obliger leurs enfans à vendre, a
ceder,&àfaire quelque alienation que ce soit
des droits naturels qu'ils
ont sur la Couronne.
L'auteur rapporte plu-
sieurs exemples qui prouvent que tous actes qui
n', ., 1 ont point été approuvez
par les Etats du Royaume
n'ont jamais eu leur effet.
L'Empereur ne peut disconvenir ( & toute l'Europe
en est témoin) que le sesia..
ment de Charles II. n'ait
été approuve par tous les
Etats du Royaume d'Espagne,puisque d'abord après
la mort de Charles II. il y
eut une deputation solemnelle enFrance, pour prier
le Roy d'accorderà FEfpagne le Ducd'Anjou, fuu
vant la derniere volonté de
Charles II.
L'Empereur doit avouer
encore qu'avec toutes les
forces des alliez, & toutes
les profperitez imaginables,
il n'a jamais pu se faire reconnoîtreRoyparces peuples, quoyqu'il ait été deux
fois maître de Madrid.
Je voudrois donc bien
que l'auteur des Soûpirs
nous dît quel titre il fautavoir pour être legitimement Roy d'Espagne. Est-,
ce la loy du pays ?
elleest.
pour nous. Est-cel'usage ?
ilest pour nous. Est-ce un
testament ? nous l'avons.
Est-ce l'acclamation des
peuples? certainement nul
autreque Philippe V. ne
s'en peut vanter; elle a
été
universelle a son avenement, elle a
duré trois ans
entiers sans aucune contradiction. Cen'est qu'à force
d'intrigues qu'on lui a
débauché dans la fuite quelques sujets, convaincus par
là derébellion manifeste,
puis qu'ils ont violé leurs
premiers sermens.
Mais pourquoy l'auteur,
dans sa vaste érudition, ôc
dans le reüeil des pieces
qu'il rapporte
,
ne dit-il pas
un seul mot des testamens
fameux de Charles-Quint
& de Philippe second ? C'est
qu'ils l'égorgent, & qu'il
n'est pas payé pour alleguer
la vérité contre l'intention
de ceux qui le font écrire.
Or ces deux testamens renferment une substitution
graduelle lX. perpétuelle de
la Couronne d'Espagne, en
preferant les mâles aux
femelles, & au défaut des
mâles, les fillesaînées aux
cadet-
cadettes dans toute leur
posterité. Je dis donc: Ou
la successiond'Espagne doit
être reglée par les dispositions des Rois, ou elle ne
peut l'être que par le droit
du sang;enunmot oucette
Couronne elt alienable, ou
elle ne l'est pas: si elle effc
alienable, lasubstitution étant faite par les anciens
Rois de la Maison d'Autriche, leurs descendans n'ont
pû la changer; par consequent ni testamens posterieurs, ni renonciations, ni
autres dispositions quelcon-
ques ne peuvenc la détruire.
L'aureur est tropgrandJurisconsulte pour ignorer les
premiers élemens du Droit.
Si laCouronne n'estpasalienable, les testamens de
Charles-Quint & de Philippe II. ajoutez.y, si vous
voulez, celui deCharles Il
etoient inutiles, puis qu'ils
ne disent que ce que la loy
disoit avant eux: mais les
rciramens de Philippe III.
&de Philippe IV. contraires à la loy, sont nuls de
plein droit, & les renonciations d'Anne & deMarie.
Therese, contraires à la
loy,sont nulles de plein,
droit auili"; par consequent
les testamens des trois Monarques, par lesquels Philippe V. est appellé, ne sont
bons& respectables qu'autantqu'ils sont conformes
à laloyfondamentale de
TEcac: d'oùil s'enfuit que
-il Philippe IV. & MarieTherese safille avoient eu
la moindre autorité pour
exclure quelqu'un de leurs
descendans
,
contre toute
forte de justice, Charles II.
n'enavoit pas moins pour
les rétablir dansl'ordre de
la justicemême. Si le pere
a
ptt faire un mal
,
le fils à
plus forte raison a
pu le reparer;& voila precisément
en quoy la disposition de
Charles11. a
été legitime,
c'cft qu'elle a
remis les cho-
* ses dans leur état naturel;
c'est qu'elle a marqué en
quoy les renonciations étoient valables, je veux dire
dans le point d'incompatibilité de deux Couronnes:
& en quoy elles ne l'étoient
pas, je veux dire dans l'ex..
clusion du scul & veritable
,
héritier.
Ainsi Philippe V. ne vient
pas à la Couronne du droit
de la grandmere, ni du
droit de son bisayeul maternel
,
mais du sien propre. Il ne les represente
point pour être tenu de leurs
faits
;
il vient comme ap,
pellé par les loix,par le sang,
par la nature. CharlesII.
ne l'a pas proprement institué
;
il n'a fait que le désigner encre les vrais successeurs, parce que les autres
étoient destinez à porter la
Couronne de France, &c
qu'il convenoitpour le bien
des deux Royaumes, qu'ils
cussent deux Rois separez.
Voila ce qui s'appelle des
raisons ausquelles je défie
l'auteur en question de répondre autrement que par
des soûpirs: mais ce qu'il y
a
de plus curieux dans foii»
livre,c'est qu'après être
convenu des principes, il;
nie toutesles conséquences.
Les dispositions personnelles, selon lui, sont des chansons:mais les renonciations.
font des loix fondamental
les, comme si les renonciationsnetoient pas des dis-
goûtions personnelles.
Je voudrois bien lui de^
mander si les Cortes en 1618.
avoient plus d'autorité pour
renverserles anciennes, que
les Cortes en 1709. en avoient pour s'y conformer.
Les premieres ont exclules
enfans d'Anne, les fecondes ontjuré que Philippe V.
&[on filsétaient les veritables Rois. Si les premieres
ont pû faire une loy ,les lecondes en ont pu faire une
aussi. Quelle différence y
at-il donc entrç les deux?
C'estque la loy pretendue
de 1618. etoitcontradictoire
aux loix irrevocables de la
Monarchie, & que celles
de 1709. n'en croient que le
renouvellement & l'application. Remarquez en paffane) je vous prie
,
avec
quelle affectation les PrincesAurtrichiensont prissoin
de faire toujours renoncer
les Princesses qui pouvoient
porter ailleurs des droitssur
l'EÍpagne) Anne, MarieTherese
,
l'Archiduchesse
Electrice de Baviere; & jamais celles qui pouvoient la
porter dansla branche d'Al..
lemagne. Ne voit-on pas
que c'étoit uniquement
pourfixer ce patrimoine
chez eux,3malgréOles regles
qu'ilsleur avoient données,
la reconnoissant feminine
pour leur Maison
,
&masculine pourle reste du monde. C'étoir faire violence à
la nature ôc forcer la Providence
;
aussi, comme
vous voyez, la Providence
s'en est moquée, & la nature a
repris le dessus. Rien
n'est donc plus solidement
établi que le droit de Philippe V. & rien de plus mal
fondé que la prétention de
l'Empereur. Ilme reste à
prouver que laplus folle de
toutesles chimeresferoit de
s'obstiner au détrônement
de ce Roy,
Que n'a-t- on point fait
pour en venir à bout?combien de fang répandu?combien de trésors dissipezpour.
arriver à
ce but tant desiré,
par toutes les Puissances liguées?Esperet-on de plus
grandssuccés que ceux qui
nont servià rien? Tant que lesEspagnols feront fideles,
on gagneroit vingt batailles!.
de Sarragosse, on prendroit
vingt fois Madrid
,
qu'il
faudroir se retirer & s'enfuir.
Les alliez ont été sur
l'Espagne, comme les Chymisses sur la pierre philo-,
sophale;ilsonttoûjourscrû
la tenir, elle leur a
toûjours
échapé;la premiere matiere leur manquoit, c'est;
le cœur des peuples.
Mais, me dira l'auteur
des Soûpirs, vous accusez
donc laReine de s'être flatée mal à propos, lors qu'-
ellea déclarétantdefois
à son Parlement qu'il faloit
continuer la guerre jusqu'à
ce qu'on eût mis laMaison
d'Autriche en possession del'Espagne & des Indes?
Je répons à cela qn'il faut
distinguer.
1. Pendant que
l'Empereur Joseph étoit encore plein de vie, on pouvoirregarder les deux branches de cette Maison comme separées,de la même
façon qu'on regardeaujourd'hui celle de Bourbon: mais depuis sa mort,
sansensans mâles, tout eflr
sur unemême tête; & quoy
qu'en dise l'auteur avec ses
calculs frivoles, tant de
puissance entre les mains
d'un seul Prince, pour le
moins aussi fier & aussi ambitieux qu'aucun de ses predecesseurs, seroit enorme.
La Reine a
donc grande
raiion de penser differemment depuis le mois d'Avril 1711.2. L'experienceapprend quelque chose en ce
monde.Pouvoit-on deviner d'abord que Philippe
V. se feroit tellement aimer
de ses sujets, qu'il trouve,
roit toujours en eux des
ressources contre les plus
grands revers de la fortune,& que son rival neseroit
jamais moins maîtrede l'Espagne que lors qu'il en occuperoit la Capitale? Ce
sont des évenemens si merveilleux, qu'il faut les avoir
éprouvez pour les croirez
mais les éprouver deux fois,
sans les croire,c'est un aveuglement.
Nous n'avons plus qu'une choie à examiner,si l'Europe doit plutôt soûpirer
d'une paix
faite
sur le plan
de la Reine, que d'une
guerre éternelle faite sur le
,plan des Imperiaux & des
Hollandois.
Passons le lieu commun, f
qui dit qu'une
mauvaise paix vaut mieux
quunebonne guerre::
mais voyons un moment
avec l'auteur si la paix
qu'on veut faire n'estpas
meilleure que la guerre
qu'on veut continuer.
Mais si elle est mauvaise,
les hautsalliez ont eu
grand tort quand ilsont
fait en 1701. leur traitéde
la grande alliance
; car ils
ont par ce projet de pai:c
tour ce qu'ils souhaitoient
alors, & tout ce qu'ils se
sont propoiez de plus avantageux en prenant les armes. C'est proprement dans
retraite que la Reine de la
Grande Brctagne a
puisé les
articles de la satisfaction.
commune. Si l'Empereur &
les Hollandois n'ont pas eu
foin de leurs intérêts dans
un temps où rien ne les empêchoit de stipuler tout ce
qu'ils voutoient,c'est à
eux
seuls qu'ils doivent s'en
prendre: mais, dit l'auteur,
ils
ont eu depuis bien plus d'apperit,& ils pleureront si, on
ne les contente pas; ils se
sont flatez d'enlever une
Couronne, & de partager
l'autre. Ici je veux lui faire
une derniere question,& le
prier avec tous les écrivains
de libelles contre la France, de vouloir bien me définir,une fois pour tout,
sur quel pied on doit regarder cette Couronne. Ils
entreprennent ordinairement d'établir deux choses
contr'elle. La premiere;
qu'il fautabsolument dé-
truire sa puissance; !a~-
conde, qu'on lepeut facilement. Ces deux suppositions leur paroissent necessaires pour exciteren même temps la haine &,ree..
perancer: mais malheureusement ils tombent dans
une contradiction puerile;
car pour prouver l'une, ils
disent que la France a
des
forces redoutables, des tréfors infinis, & que si l'on n'y
prend garde, elle va tout
engloutir. Pour prouver
l'autre,ils disent que la
France cft aux abois, qu",.,
elle n'a plus qu'un souffle de
vie ,& qu'il ne faut qu'un
coup de collier pour la mettre à bas. Celane s'accorde
point, & il est aisé de leur
répondre.Sielleestsifoible,
pourquoy la craignez-vous
tant? si elleest si forte, comment l'abattrez-vous? Les
sages, qui n'aiment pas l'exaggeration, se contentent
de dire là dessus une chose
qui est vraye; c'est que la
France estassezpuissante
pour resister aux plus
grands effortsde ses ennemis, & qu'elle nel'est pas
assez pour attenter à la Ii.
berté de tout le monde. Si
elle a
songé às'étendre il y
a quarante ou cinquante
ans, c'est que Paris étoit un
peu trop prés de sa frontiere. Le PrinceEugene en
conviendra, puis qu'enassiegeant Landrecy
,
il promettoit à son armée de U
faire hyverner dansl'Isle de
France, & que le Major ge-:-
neral Grovestein avoir déja
marqué les logis. Ce n'est
donc pas avoir une ambition demesurée
,
que de
vouloir couvrir son Royau-
me par le côté qui le serre
le plus: mais c'en est une
que de vouloir posseder en
même temps l'Allemagne,
les Pays-Bas', la Hongrie,
la Boheme, l'Italie, l'Espagne, & les Indes.
Concluons donc, qu'une
guerre qui ne serviroit, en
reüssissant, qu'à doubler le
Domaine des Hollandois,
& qu'à quadrupler celui de
l'Empereur
,
& qui pourroir, en ne reüssissant pas,
donner à la France plus d'Etats qu'elle n'en veut ellemême, est une guerre qu'il
cft temps de finir;qu'au;
contraire une paix qui laisse
les deux grandes Maisons
dans un juste équilibre, &
qui rend àl'Europeaffligée
par tant de. malheurs une
tranquilité parfaire, -
ne peut
faire soûpirer que les perturbateurs durepos public.:
ôcles ennemis du genre hu*
main. Je suis, &c.
De Valenciennes le 8.
d'Oflobrc i711
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Résumé : LETTRE A M. le Marquis de *** Sur un Livre intitulé, Les Soûpirs de l'Europe.
Le Marquis de*** critique le livre 'Les Soupirs de l'Europe' pour sa focalisation exclusive sur les soucis amoureux, préférant aborder les problèmes politiques européens. Il mentionne un discours de la Reine d'Angleterre à son Parlement concernant un projet de paix générale. La Reine impute les conflits européens aux ambitions de la Maison d'Autriche et des Provinces Unies, qui ont manipulé d'autres princes pour contrer un supposé projet de monarchie universelle de la France, tout en poursuivant leur propre expansion. La Maison d'Autriche et les Hollandais ont profité de la faiblesse de l'Espagne sous Charles II pour accroître leur influence. La Reine d'Angleterre et son ministère ont révélé ces manœuvres et ont commencé à envisager les propositions du Roi de France, bien que moins avantageuses que les précédentes. Le système de la grande alliance visait à renforcer l'influence hollandaise dans les Pays-Bas après la paix. Le texte réfute les affirmations des 'Soupirs de l'Europe' sur les projets de paix de la Reine, soulignant que les alliés étaient au courant de ces initiatives. Il défend les droits de Philippe V sur la couronne d'Espagne, fondés sur la nature, la loi, la coutume et le testament de Charles II, approuvé par les États espagnols. Il critique la renonciation de Marie-Thérèse et affirme que les rois d'Espagne ne peuvent aliéner leurs peuples ni forcer leurs enfants à renoncer à leurs droits. Le texte soutient que la couronne d'Espagne est inaliénable et que les testaments contraires à la loi sont nuls. Il dénonce les manœuvres des Princes Autrichiens et affirme que le droit de Philippe V est bien établi. Il conclut en posant la question de savoir si l'Europe doit choisir entre une paix basée sur le plan de la Reine ou une guerre perpétuelle selon les plans des Impériaux et des Hollandais.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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34
p. 182-184
Articles de Paix, [titre d'après la table]
Début :
Le sieur de Contade, Maréchal de Camp, Major General de [...]
Mots clefs :
Traité, Paix, Empereur, Guerre, Majesté, Empire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Articles de Paix, [titre d'après la table]
Le fieur de Contade , Maréchal
de Camp , Major General
de l'Infanterie , arriva
icy le 12. de ce mois , appor
tant au Roy le Traité de Paix
entre Sa Majefté & l'Empereur
, figné à Raftat le 6 .
par
le Maréchal de Villars, & par
le Prince Eugene de Savoye.
Les principales conditions de
ce Traité fontdu cofté de l'Allemagne
, le rétabliſſement du
Traité de Rifwick , & la reftitution
entiere des Electeurs
de Cologne & de Baviere
dans tous leurs Etats , rangs ,
prérogatives , regaux , biens ,
·
GALANT: 183
3
effers & dignitez , comme ils
en joüiffoient avant la guerre.
Du cofté des Païs Bas , les
chofes demeurent : par toute
la frontiere du Royaume ,
dans le même état , qui a cfté
reglé par le Traité d'Utrecht.
Et à l'égard de l'Italie , toutes
chofes y demeurant dans l'état
où elles font , l'Empereur
promet de rendre juſtice à
ceux qui ont efté privez de
leurs Etats & biens , pendant
le cours de la guerre ,. fans
qu'il foit permis de part ny
d'autre d'y reprendre les armes
ou d'y exercer aucune
184 MERCURE
hoftilité , fous quelque prétexte
que ce foit. Il y aura
un lieu d'affemblée en Suiffe ,
où les Plenipotentiaires de Sa
Majefté fe rendront avec ceux
de l'Empereur & de l'Empire ,
pour regler & pour mettre en
forme le Traité avec l'Empire.
Les conferences doivent commencer
le Avril ou le 1'
1.5.
May au plus tard , & fe terminer
dans le cours de deux
mois ou de trois mois au
plus.
de Camp , Major General
de l'Infanterie , arriva
icy le 12. de ce mois , appor
tant au Roy le Traité de Paix
entre Sa Majefté & l'Empereur
, figné à Raftat le 6 .
par
le Maréchal de Villars, & par
le Prince Eugene de Savoye.
Les principales conditions de
ce Traité fontdu cofté de l'Allemagne
, le rétabliſſement du
Traité de Rifwick , & la reftitution
entiere des Electeurs
de Cologne & de Baviere
dans tous leurs Etats , rangs ,
prérogatives , regaux , biens ,
·
GALANT: 183
3
effers & dignitez , comme ils
en joüiffoient avant la guerre.
Du cofté des Païs Bas , les
chofes demeurent : par toute
la frontiere du Royaume ,
dans le même état , qui a cfté
reglé par le Traité d'Utrecht.
Et à l'égard de l'Italie , toutes
chofes y demeurant dans l'état
où elles font , l'Empereur
promet de rendre juſtice à
ceux qui ont efté privez de
leurs Etats & biens , pendant
le cours de la guerre ,. fans
qu'il foit permis de part ny
d'autre d'y reprendre les armes
ou d'y exercer aucune
184 MERCURE
hoftilité , fous quelque prétexte
que ce foit. Il y aura
un lieu d'affemblée en Suiffe ,
où les Plenipotentiaires de Sa
Majefté fe rendront avec ceux
de l'Empereur & de l'Empire ,
pour regler & pour mettre en
forme le Traité avec l'Empire.
Les conferences doivent commencer
le Avril ou le 1'
1.5.
May au plus tard , & fe terminer
dans le cours de deux
mois ou de trois mois au
plus.
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Résumé : Articles de Paix, [titre d'après la table]
Le maréchal de Contade, Maréchal de Camp et Major Général de l'Infanterie, a apporté au roi le Traité de Paix entre Sa Majesté et l'Empereur, signé à Rastatt le 6 du mois par le maréchal de Villars et le prince Eugène de Savoie. Les principales conditions du traité incluent le rétablissement du Traité de Ryswick en Allemagne, avec la restitution complète des Électeurs de Cologne et de Bavière dans leurs États, rangs, prérogatives, biens, offices et dignités antérieurs à la guerre. En Pays-Bas, les dispositions du Traité d'Utrecht restent en vigueur. En Italie, la situation reste inchangée, avec la promesse de l'Empereur de rendre justice aux personnes privées de leurs États et biens pendant la guerre, sans reprise des hostilités. Un lieu d'assemblée en Suisse est prévu pour les Plénipotentiaires du roi et ceux de l'Empereur et de l'Empire afin de régler et formaliser le traité. Les conférences doivent commencer au plus tard le 1er mai et se terminer dans un délai de deux à trois mois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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35
p. 227-247
EXTRAIT du Traité de Paix conclud entre le Roy & l'Empereur, le 6. Mars dernier.
Début :
I. Il y aura une Paix Chrestienne universelle & une [...]
Mots clefs :
Roi, Empereur, Traité, Guerre, Empire, Droits, Électeur, Dépendances, Généraux, Ratifications
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT du Traité de Paix conclud entre le Roy & l'Empereur, le 6. Mars dernier.
EXTRAIT du Traité de
Paix conclud entre le Roy
& l'Empereur , le 6. Mars
dernier.
I.
IL y aura une Paix Chreftienne
univerfelle & une
amitié perpetuelle & fincere
entre fa, Majefté Imperiale
& le Roy Tres-
Chreftien .
228 MERCURE
II.
Il y aura un perpetuel
oubli & Amniftie de ce qui
s'eft fait dans cette
guerre .
III.
fi
Les Traitez de Weftphalie
, de Nimegue & de Rifwick
, feront executez
ce n'eft en ce qu'il y fera
expreffément derogé.
IV.
Le Roy rendra à l'Empereur
le vieux Brifach &
toutes fes dependances fituées
à la droite du Rhin ,
celles qui font à gauche demeurant
au Roy avec le
Fort du Mortier
.
GALANT. 2292
V.
Le Roy rendra auffi Fribourg
en l'eftat où il eft ,
avec tous les Forts , toutes
les archives & autres efcritures.
VI. MAT
རཱང ༔
>
Le Fort de Kell fera
pareillement rendu ; & le
Fort de la Pile & autres
jufqu'au Fort Louis , feront
rafez , fans qu'ils puiffent
eftre reftablis , & la navigation
du Rhin demeurera
11 libre , fans qu'on y puiffe :
d exiger de nouveaux droits,
230 MERCURE
VII.
Brifach , Fribourg &
Kell , feront rendus de
bonne foy , avec l'artillerie
qui y eftoit.
VIII .
Le Roy fera rafer les
fortifications faite vis à vis
d'Huningue & dans l'iſle ,
& demolir le Pont conftruit
en cet endroit , de mefme
du Pont qui conduit du
Fort Louis , au Fort de Se
lingen , qui ſera auffi raſé ,
& que le Fort Loüis demeurera
au Roy Tres-
Chreftien
.
GALANT . 231
IX .
Le Roy fera auffi rafer
les fortifications de Birſch
& de Hombourg , qui ne
pourront eftre reftablies.
X.
Tous les lieux cy- deffus
nommez , feront rendus
trente jours aprés le Traité
à faire entre l'Empereur ,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien,
XI.
Les places qui doivent
eftre demolies , le feront au
plus tard , deux mois aprés
Ï'eſchange des ratifications.
"
{
132 MERCURE
XII.
Le Roy promet d'executer
le Traité de Rifwick , & de
rendre tout ce quia efté pris
ou confifqué fur quelque
Prince ou Eftat .
XIII .
Reciproquement
l'Empereur
confent que le Roy
jouiffe de Landau & de ſes
dependances
, comme il en
jouiſſoit avant la guerre ,
fe faifant fort d'obtenir le
confentement
& l'approbation
de l'Empire.
XIV .
Le Roy reconnoiſtra
la
dignité
GALANT. 233
I
dignité Electorale dans la
Maifon de Brunswich Ha
nover.
XV.i
L'Electeur de Cologne
& l'Electeur de Baviere fe
ront reftablis dans tous
leurs Eftats ,
dignitez
rangs , prerogatives
, &
droits , comme ils en jouif
foient avant la guerre. On
leur rendra de bonne foy
tous leurs meubles , pierre-
I ries & autres effets , com-
DJ
me , auffi l'artillerie & les
munitions fpecifiées dans
les Inventaires. L'Electeur
་
Avril
1714.
V
$
234 MERCURE
de Cologne fera reftabli
dáns fon Archevefché de
Cologne, dans fes Evefchez
d'Hildesheim , de Ratifbo
ne , de Liege & dans fa Prevofté
de Berchtholfgaden
,
& il n'y aura dans Bonne
en temps de Paix , que les
Gardes de l'Electeur , mais
en temps de guerre l'Empereur
y pourra mettre les
troupes neceffaires. Ces
deux Princes feront tenus
de demander & de prendre
de l'Empereur le renouvellement
de l'inveftiture
de leurs Electorats , Princi
A
GALANT 235
5
1
I
pautez , Fiefs , Titres &
Droits , ainfi que les autres
Electeurs & Princes de
l'Empire.
XVI.
Les Officiers domefti
ques & vaffaux qui ont
fuivi l'un ou l'autre parti ,
jouiront de l'Amniftie , &
feront reftablis dans leurs
biens , charges & dignitez .
XVII .
Cette reftitution fe fera
un mois aprés l'efchange
des ratifications du Traité.
XVIII .
Si la Maiſon de Baviere
Vij
236 MERCURE
aprés fon reftabliſſement
total , trouve qu'il luy convienne
de faire quelques
changements de fes Eftats
contre d'autres , le Roy ne
s'y oppofera pas .
XIX .
Sa Majefté Tres - Chref
tienne ayant remis aux Eftats
Generaux pour la Maifon
d'Auftriche les Païs
Bas Espagnols tels que le
Roy Charles II. les poffedoit
, confent que l'Empereur
en prenne poffeffion ;
fauf les conventions que Sa
Majeſté Imperiale fera avec
GALANT . 237
les Eftars Generaux pour
leur barriere ; & le Roy de
Pruffe retiendra tout ce
qu'il poffede actuellement
du haut quartier de Gueldres
.
XX.
Le Roy ayant cedé aux
Eftats Generaux pour la
Maiſon d'Auftriche Menin
& fa Verge , Tournay & le
Tournailis Sa Majesté
confent qu'ils les rendent
à l'Empereur , quand ils
en feront convenus ,
5 aprés que les ratifications
du Traité à faire entre
&
238 MERCURE
l'Empereur , l'Empire & la
France auront efte efchangées
; & Saint Amand avec
fes dependances , & Mortagne
fans dependances , demeureront
au Roy.
XXI.
Sa Majefté Tres- Chref
tienne confirme la ceffion
qu'elle a faite aux Etats
Generaux , en faveur de la
Maiſon d'Auftriche , de
Furnes , de Furnambacht
de la Kenoque , de Loo ,
de Dixmude , d'lpres , de
Rouffelar , de Poperingue ,
de Warneton , de Comi-
3.
GALANT. 239
nes & de Warwick .
XXII.
La navigation de la Lys
depuis l'embouchure de la
Deule en remontant , fera
libre , & on n'y eftablira ny
peages ny impoſts.
XXXIII.
1 Il y aura un oubli & amniftie
perpetuelle & reciproque
de tout ce qui a
efté fait pendant cette
= guerre par les fujets des
Pays-Bas.
XXIV .
Ils pourront de part &
d'autre librement nego
240 MERCURE
cier,vendre & aliener , mef
me à des eftrangers , fans
autre permiffion que ce
Traité.
XXV.
Les mefmes fujets jouiront
de tout leurs biens , benefices
, charges & droits
comme avant la guerre
XXVI .
A l'egard des rentes affectées
fur quelque Province ,
on payera de coſté & d'autre
fa quote part , felon ce
que chacun poffede .
3167 XXVII. nog alt
Dans les pays cedez par
le
GALANT. 241
Roy , tout fera maintenu
en l'eftat où il eftoit , à l'égard
de la Religion Catholique
, des Magiftrats qui ne
pourront eftre que Catholiques
, du Clergé , des Monafteres
, Communautez &
autres..
XXVIII .
Ils feront maintenus dans
leurs Privileges , Droits &
Couftumes .
XXIX .
Les Beneficiers jouiront
des Benefices qui leur ont
efté conferez pendant la
guerre par l'un des deux
partis. X
242 MERCURE
XXX.
Comme cette Paix ne
doit eftre interrompuë fous
aucun prétexte , le Roy
promet de laiffer jouir tranquillement
l'Empereur de
tous les Eftats qu'il poffede
actuellement en Italie
l'Empereur promettant de
fon cofté de ne point troubler
la neutralité de l'Italie,
fuivant le Traité conclu à
Utrecht le 14. Mars 1713.
XXXI.
Comme auffi de rendre
bonne & promte juftice fur
leurs prétentions aux Ducs
GALANT 243
de Guaftalle & de la Mirandole
, & au Prince de Caftiglione.
XXXII.
Les autres prétentions
propofées de part & d'autre
ont efté remiſes au Traité
à faire entre l'Empereur,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien. >
XXXIII
Auquel Traité , l'Empe
reur promet que les Elec
teurs , Princes & Eftats de
l'Empire envoyeront des
pleins pouvoirs ou une Deputation
avec des pleins
X ij
244 MERCURE
pouvoirs , & qu'ils confentiront
à tous les points dont
on eft convenu dans le
fent Traité.
XXXIV .
pre-
Les conferences fe tiendront
dans une des trois
Villes qui feront nommées
en Suiffe , où elles commenceront
le 15. Avril ou
le 1. May au plus tard , &
feront terminées dans deux
où trois mois au plus tard.
XXXV.
Toutes hoftilitez ceffe
ront à la fignature de ce
Traité ; toutes contribu
GALANT. 245
tions à l'efchange des ratifications
, & tous prifonniers
d'Eftat & de guerre
feront renvoyez ſans rançon
.
XXXVI.
Le commerce
fera libre
comme avant la guerre.
XXXVII
.
Ce Traité fera ratifié
dans un mois .
Les trois Articles ſeparez
contiennent que l'Empereur
ayant pris des Titres
que le Roy ne pouvoit
admettre , on eft convenu
que les qualitez priſes ou
·X iij⋅
246 MERCURE
obmiſes de part & d'autre
ne donneront aucun droit,
ny ne cauſeront aucun prejudice
aux parties contractantes,
* V II. H
Que la
conjoncture prefente
n'ayant pas laiffé le
temps d'obferver les formalitez
requiſes à l'égard
de l'Empire , & le Traité
ayant efté redigé en Langue
Françoiſe contre la
couſtume obfervée ordinairement
dans les Traitez
faits entre l'Empereur
l'Empire & la France , cela
ne pourra eſtre allegué
GALANT . 247
pour exemple , ou tirer à
confequence.
III.
Que l'Empereur ayant
nommé Schaffoufe , Bade
& Frawenfeld en Suiffe ,
le Marefchal de Villars
n'ayant pû recevoir la nomination
que Sa Majesté
Tres - Chreftienne à faite
de l'une des trois , il l'envoyera
par un courier au
Prince Eugene . Fait au Palais
de Raftadt le 6. Mars
1714. Signé , EUGENE de
Savoye , le Mareſchal Duc
DE VILLARS , ratifié par
le Roy le 23. Mars 1714 .
Paix conclud entre le Roy
& l'Empereur , le 6. Mars
dernier.
I.
IL y aura une Paix Chreftienne
univerfelle & une
amitié perpetuelle & fincere
entre fa, Majefté Imperiale
& le Roy Tres-
Chreftien .
228 MERCURE
II.
Il y aura un perpetuel
oubli & Amniftie de ce qui
s'eft fait dans cette
guerre .
III.
fi
Les Traitez de Weftphalie
, de Nimegue & de Rifwick
, feront executez
ce n'eft en ce qu'il y fera
expreffément derogé.
IV.
Le Roy rendra à l'Empereur
le vieux Brifach &
toutes fes dependances fituées
à la droite du Rhin ,
celles qui font à gauche demeurant
au Roy avec le
Fort du Mortier
.
GALANT. 2292
V.
Le Roy rendra auffi Fribourg
en l'eftat où il eft ,
avec tous les Forts , toutes
les archives & autres efcritures.
VI. MAT
རཱང ༔
>
Le Fort de Kell fera
pareillement rendu ; & le
Fort de la Pile & autres
jufqu'au Fort Louis , feront
rafez , fans qu'ils puiffent
eftre reftablis , & la navigation
du Rhin demeurera
11 libre , fans qu'on y puiffe :
d exiger de nouveaux droits,
230 MERCURE
VII.
Brifach , Fribourg &
Kell , feront rendus de
bonne foy , avec l'artillerie
qui y eftoit.
VIII .
Le Roy fera rafer les
fortifications faite vis à vis
d'Huningue & dans l'iſle ,
& demolir le Pont conftruit
en cet endroit , de mefme
du Pont qui conduit du
Fort Louis , au Fort de Se
lingen , qui ſera auffi raſé ,
& que le Fort Loüis demeurera
au Roy Tres-
Chreftien
.
GALANT . 231
IX .
Le Roy fera auffi rafer
les fortifications de Birſch
& de Hombourg , qui ne
pourront eftre reftablies.
X.
Tous les lieux cy- deffus
nommez , feront rendus
trente jours aprés le Traité
à faire entre l'Empereur ,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien,
XI.
Les places qui doivent
eftre demolies , le feront au
plus tard , deux mois aprés
Ï'eſchange des ratifications.
"
{
132 MERCURE
XII.
Le Roy promet d'executer
le Traité de Rifwick , & de
rendre tout ce quia efté pris
ou confifqué fur quelque
Prince ou Eftat .
XIII .
Reciproquement
l'Empereur
confent que le Roy
jouiffe de Landau & de ſes
dependances
, comme il en
jouiſſoit avant la guerre ,
fe faifant fort d'obtenir le
confentement
& l'approbation
de l'Empire.
XIV .
Le Roy reconnoiſtra
la
dignité
GALANT. 233
I
dignité Electorale dans la
Maifon de Brunswich Ha
nover.
XV.i
L'Electeur de Cologne
& l'Electeur de Baviere fe
ront reftablis dans tous
leurs Eftats ,
dignitez
rangs , prerogatives
, &
droits , comme ils en jouif
foient avant la guerre. On
leur rendra de bonne foy
tous leurs meubles , pierre-
I ries & autres effets , com-
DJ
me , auffi l'artillerie & les
munitions fpecifiées dans
les Inventaires. L'Electeur
་
Avril
1714.
V
$
234 MERCURE
de Cologne fera reftabli
dáns fon Archevefché de
Cologne, dans fes Evefchez
d'Hildesheim , de Ratifbo
ne , de Liege & dans fa Prevofté
de Berchtholfgaden
,
& il n'y aura dans Bonne
en temps de Paix , que les
Gardes de l'Electeur , mais
en temps de guerre l'Empereur
y pourra mettre les
troupes neceffaires. Ces
deux Princes feront tenus
de demander & de prendre
de l'Empereur le renouvellement
de l'inveftiture
de leurs Electorats , Princi
A
GALANT 235
5
1
I
pautez , Fiefs , Titres &
Droits , ainfi que les autres
Electeurs & Princes de
l'Empire.
XVI.
Les Officiers domefti
ques & vaffaux qui ont
fuivi l'un ou l'autre parti ,
jouiront de l'Amniftie , &
feront reftablis dans leurs
biens , charges & dignitez .
XVII .
Cette reftitution fe fera
un mois aprés l'efchange
des ratifications du Traité.
XVIII .
Si la Maiſon de Baviere
Vij
236 MERCURE
aprés fon reftabliſſement
total , trouve qu'il luy convienne
de faire quelques
changements de fes Eftats
contre d'autres , le Roy ne
s'y oppofera pas .
XIX .
Sa Majefté Tres - Chref
tienne ayant remis aux Eftats
Generaux pour la Maifon
d'Auftriche les Païs
Bas Espagnols tels que le
Roy Charles II. les poffedoit
, confent que l'Empereur
en prenne poffeffion ;
fauf les conventions que Sa
Majeſté Imperiale fera avec
GALANT . 237
les Eftars Generaux pour
leur barriere ; & le Roy de
Pruffe retiendra tout ce
qu'il poffede actuellement
du haut quartier de Gueldres
.
XX.
Le Roy ayant cedé aux
Eftats Generaux pour la
Maiſon d'Auftriche Menin
& fa Verge , Tournay & le
Tournailis Sa Majesté
confent qu'ils les rendent
à l'Empereur , quand ils
en feront convenus ,
5 aprés que les ratifications
du Traité à faire entre
&
238 MERCURE
l'Empereur , l'Empire & la
France auront efte efchangées
; & Saint Amand avec
fes dependances , & Mortagne
fans dependances , demeureront
au Roy.
XXI.
Sa Majefté Tres- Chref
tienne confirme la ceffion
qu'elle a faite aux Etats
Generaux , en faveur de la
Maiſon d'Auftriche , de
Furnes , de Furnambacht
de la Kenoque , de Loo ,
de Dixmude , d'lpres , de
Rouffelar , de Poperingue ,
de Warneton , de Comi-
3.
GALANT. 239
nes & de Warwick .
XXII.
La navigation de la Lys
depuis l'embouchure de la
Deule en remontant , fera
libre , & on n'y eftablira ny
peages ny impoſts.
XXXIII.
1 Il y aura un oubli & amniftie
perpetuelle & reciproque
de tout ce qui a
efté fait pendant cette
= guerre par les fujets des
Pays-Bas.
XXIV .
Ils pourront de part &
d'autre librement nego
240 MERCURE
cier,vendre & aliener , mef
me à des eftrangers , fans
autre permiffion que ce
Traité.
XXV.
Les mefmes fujets jouiront
de tout leurs biens , benefices
, charges & droits
comme avant la guerre
XXVI .
A l'egard des rentes affectées
fur quelque Province ,
on payera de coſté & d'autre
fa quote part , felon ce
que chacun poffede .
3167 XXVII. nog alt
Dans les pays cedez par
le
GALANT. 241
Roy , tout fera maintenu
en l'eftat où il eftoit , à l'égard
de la Religion Catholique
, des Magiftrats qui ne
pourront eftre que Catholiques
, du Clergé , des Monafteres
, Communautez &
autres..
XXVIII .
Ils feront maintenus dans
leurs Privileges , Droits &
Couftumes .
XXIX .
Les Beneficiers jouiront
des Benefices qui leur ont
efté conferez pendant la
guerre par l'un des deux
partis. X
242 MERCURE
XXX.
Comme cette Paix ne
doit eftre interrompuë fous
aucun prétexte , le Roy
promet de laiffer jouir tranquillement
l'Empereur de
tous les Eftats qu'il poffede
actuellement en Italie
l'Empereur promettant de
fon cofté de ne point troubler
la neutralité de l'Italie,
fuivant le Traité conclu à
Utrecht le 14. Mars 1713.
XXXI.
Comme auffi de rendre
bonne & promte juftice fur
leurs prétentions aux Ducs
GALANT 243
de Guaftalle & de la Mirandole
, & au Prince de Caftiglione.
XXXII.
Les autres prétentions
propofées de part & d'autre
ont efté remiſes au Traité
à faire entre l'Empereur,
l'Empire & le Roy Tres-
Chreftien. >
XXXIII
Auquel Traité , l'Empe
reur promet que les Elec
teurs , Princes & Eftats de
l'Empire envoyeront des
pleins pouvoirs ou une Deputation
avec des pleins
X ij
244 MERCURE
pouvoirs , & qu'ils confentiront
à tous les points dont
on eft convenu dans le
fent Traité.
XXXIV .
pre-
Les conferences fe tiendront
dans une des trois
Villes qui feront nommées
en Suiffe , où elles commenceront
le 15. Avril ou
le 1. May au plus tard , &
feront terminées dans deux
où trois mois au plus tard.
XXXV.
Toutes hoftilitez ceffe
ront à la fignature de ce
Traité ; toutes contribu
GALANT. 245
tions à l'efchange des ratifications
, & tous prifonniers
d'Eftat & de guerre
feront renvoyez ſans rançon
.
XXXVI.
Le commerce
fera libre
comme avant la guerre.
XXXVII
.
Ce Traité fera ratifié
dans un mois .
Les trois Articles ſeparez
contiennent que l'Empereur
ayant pris des Titres
que le Roy ne pouvoit
admettre , on eft convenu
que les qualitez priſes ou
·X iij⋅
246 MERCURE
obmiſes de part & d'autre
ne donneront aucun droit,
ny ne cauſeront aucun prejudice
aux parties contractantes,
* V II. H
Que la
conjoncture prefente
n'ayant pas laiffé le
temps d'obferver les formalitez
requiſes à l'égard
de l'Empire , & le Traité
ayant efté redigé en Langue
Françoiſe contre la
couſtume obfervée ordinairement
dans les Traitez
faits entre l'Empereur
l'Empire & la France , cela
ne pourra eſtre allegué
GALANT . 247
pour exemple , ou tirer à
confequence.
III.
Que l'Empereur ayant
nommé Schaffoufe , Bade
& Frawenfeld en Suiffe ,
le Marefchal de Villars
n'ayant pû recevoir la nomination
que Sa Majesté
Tres - Chreftienne à faite
de l'une des trois , il l'envoyera
par un courier au
Prince Eugene . Fait au Palais
de Raftadt le 6. Mars
1714. Signé , EUGENE de
Savoye , le Mareſchal Duc
DE VILLARS , ratifié par
le Roy le 23. Mars 1714 .
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Résumé : EXTRAIT du Traité de Paix conclud entre le Roy & l'Empereur, le 6. Mars dernier.
Le traité de paix signé le 6 mars entre le roi et l'empereur établit une paix chrétienne universelle et une amitié perpétuelle entre leurs majestés. Il prévoit l'oubli et l'amnistie des actions commises durant la guerre. Les traités de Westphalie, Nimègue et Ryswick seront respectés, sauf dérogation expresse. Le roi rendra à l'empereur Brisach et ses dépendances situées à droite du Rhin, ainsi que Fribourg et le fort de Kehl, avec leur artillerie. La navigation du Rhin restera libre, sans nouveaux droits. Le roi rasera les fortifications vis-à-vis d'Huningue et démolira certains ponts et forts. Tous les lieux nommés seront rendus trente jours après le traité, et les places à démolir le seront deux mois après l'échange des ratifications. Le roi promet d'exécuter le traité de Ryswick et de rendre tout ce qui a été pris ou confisqué. L'empereur consent à ce que le roi jouisse de Landau et de ses dépendances. Le roi reconnaîtra la dignité électorale dans la maison de Brunswick-Hanover et restaurera les électeurs de Cologne et de Bavière dans leurs États, dignités, rangs, prérogatives et droits. Les officiers domestiques et vassaux qui ont suivi l'un ou l'autre parti jouiront de l'amnistie et seront rétablis dans leurs biens, charges et dignités. La navigation de la Lys sera libre, sans péages ni imposts. Les sujets des Pays-Bas bénéficieront d'un oubli et d'une amnistie perpétuelle et réciproque. Les rentes affectées à une province seront payées proportionnellement. Dans les pays cédés par le roi, la religion catholique, les magistrats, le clergé, les monastères et les communautés seront maintenus. Les privilèges, droits et coutumes seront également maintenus. Les bénéficiers jouiront des bénéfices qui leur ont été conférés pendant la guerre. La paix ne sera pas interrompue, et chaque partie laissera l'autre jouir tranquillement de ses États. Les conférences pour finaliser le traité se tiendront en Suisse et seront terminées dans les deux ou trois mois suivant leur début. Toutes hostilités cesseront à la signature du traité, et les prisonniers seront renvoyés sans rançon. Le commerce sera libre comme avant la guerre. Le traité sera ratifié dans un mois.
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36
p. 150-152
De Vienne le 6. May.
Début :
Le 24. le 25. & le 27. du mois dernier on célébra dans [...]
Mots clefs :
Vienne, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 6. May.
De Vienne le 6. May.
Le 24. le 25. & le 27. du
mois dernier on célébra dans
GALANT. 151
l'Eglise des Auguſtins avec
toute la pompe imaginable,
les Obfeques du Duc Antoine
Ulric de Wolfembutel : on avoit
dreflé dans cette Eglife
un Mauſolée de foixante pieds
de hauteur , éclairé d'un nombre
infini de cierges & de
Aambeaux , & orné de tous
les coſtez de Statuës , d'Infcriptions&
d'Emblêmes. A
Le Prince François , frere
du Duc de Lorraine & de l'E .
lecteur de Treves arriva icy
le 24 il alla deſcendre au Palais
où il eſt logé.
Les Comtes de Seileru &
N iiij
152 MERCURE
deGoes, Plenipotentiaires de
l'Empereur doivent partır inceſſament
pour Bade en Suifſe
, où pluſieurs Miniſtres
font déja; cependant on dit
icy que rien ne les preſſe , s'il
eſt vray, comme on l'aſſure,
que cette aſſemblée ne s'ouvrira
qu'au premier Juin pro
chain.
On parle fort d'un voyage
de l'Empereur à Preſbourg ,
pouryterminer les affaires de
Hongrie...
Le 24. le 25. & le 27. du
mois dernier on célébra dans
GALANT. 151
l'Eglise des Auguſtins avec
toute la pompe imaginable,
les Obfeques du Duc Antoine
Ulric de Wolfembutel : on avoit
dreflé dans cette Eglife
un Mauſolée de foixante pieds
de hauteur , éclairé d'un nombre
infini de cierges & de
Aambeaux , & orné de tous
les coſtez de Statuës , d'Infcriptions&
d'Emblêmes. A
Le Prince François , frere
du Duc de Lorraine & de l'E .
lecteur de Treves arriva icy
le 24 il alla deſcendre au Palais
où il eſt logé.
Les Comtes de Seileru &
N iiij
152 MERCURE
deGoes, Plenipotentiaires de
l'Empereur doivent partır inceſſament
pour Bade en Suifſe
, où pluſieurs Miniſtres
font déja; cependant on dit
icy que rien ne les preſſe , s'il
eſt vray, comme on l'aſſure,
que cette aſſemblée ne s'ouvrira
qu'au premier Juin pro
chain.
On parle fort d'un voyage
de l'Empereur à Preſbourg ,
pouryterminer les affaires de
Hongrie...
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Résumé : De Vienne le 6. May.
Les obsèques du Duc Antoine Ulric de Wolfenbüttel ont été célébrées les 24, 25 et 27 avril à Vienne. Un mausolée de soixante pieds, éclairé et orné, a été érigé. Le Prince François est arrivé le 24 avril. Les plénipotentiaires de l'Empereur partiront bientôt pour Bade. L'assemblée s'ouvrira le 1er juin. L'Empereur pourrait se rendre à Presbourg pour les affaires de Hongrie.
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37
p. 112-119
Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
La paix qui est à la veille d'être concluë entre tous [...]
Mots clefs :
Empereur, Roi, Comte, Camp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles, [titre d'après la table]
La paix qui eſt à la veille
d'être concluë entre tous
les Princes du Nord , & la
tranquilité dont l'Europe
va joüir , vont deſormais
faciliter les moyens d'éta.
blir des correſpondances ,
dont les nouvelles ne feront
ni
GALANT . 43
J
ni moins agreables , ni
moins intereſſantes , pour
n'être plus chargées du détail
des alarmes de la
fi
Les rebeles Catalans &
Barcelonois touchent au
moment de leur reduction.
Voiciunt extrait d'une
lettre que j'ai reçûë du
camp devant Barcelone ,
dattée du 29.May.
Aprés un ample détail de
tout ce qui s'eſt paffé au
- poſte des Capucins , que
Male Comte d'Eſtaires ,
Maréchal de Camp& Che -
Juin 1714 K
114 MERCURE
人
valier de la Toiſon d'Or , a
emporté avec toute la valeur
imaginable , on ajoûte
qu'on prend de ſi juſtes
meſures pour attaquer cette
ville avec la derniere vigueur
, qu'elle ne peut évi
ter d'être miſe en poudre ;
que M. Orry eſttoûjours au
camp , où il auroit voulu
traiter avec les Barcelo
nois , qui n'en ont point
voulu entendre parler , &
qui difent toûjours qu'ils
periront plutôt tous , que
de ſe rendre fans un ordre
de l'Empereur : mais mala
GALANTI
gré leurs beaux diſcours
on eft perfuadé qu'ils ne
défendront rien, fi on les
attaque auſſi vivement qu
ils l'apprehendent
On a eu avis de Varſovie
parune lettre du 12. deMay,
que le Palatin de Maſovie
feroit forti de Conſtantinople
depuis plus d'un mois
avec une entiere fatisfacu
tion , s'il avoit voulu con
fentir à figner le traité que
leGrandViſir lui a propofé
touchant lepaſſage du Roy
de Suede par la Pologhe,
& lacceffion debrUkraine.
Kij
116 MERCURE
Le Roy de Pologne a trouvécettedemandedesTurcsi
ſi injuſte , qu'il a ordonné à
ſes Generaux Saxons de te
nir leurs troupes prêtes à
marcher au premier ordre.
On apprehende fort que la
Nobleſſe de Lithuanie
celle de la grande Pologne
ne cauſe ici des defordres
anſquels il fera fort difficile
de remedier , ſi leRoyn'arrêre
pas les vexations & les
executions militaires que
les troupes Saxones font
fur leurs terres , & dont el
les demandent la fatisfac
GALANT. 117
tion qu'elles pretendent
leur être dûë.
On écrit de Hambourg ,
que la Reine d'Angleterre
a fait propoſer une ſuſpenſion
d'armes auRoy de Danemark
, à laquelle il a refufé
de conſentir auſſi bien
que le Czar.
Toutes les lettres d'Allemagne
ne parlent que de
la bonne intelligence du
Roy de Suede avec le
Grand Seigneur,qu'il a prié
de donner les ordres neceſſaires
pour fon retour
dans ſes Etats.i.amlyngby
118 MERCURE
Le May le Comte de
Seilern , Plenipotentiaire
de l'Empereur , partit de
Vienne , pour aller à l'afſemblée
de Bade en Suiſſe
travailler à la paix entre la
France & l'Empire.....
Le 11. le Comte de Goës,
auffi Plenipotentiaire de
l'Empereur , prit la même
route. Les conferences ont
été ouvertes le 4. à l'affemblée
de Bade.
On écrit de Milan que
Don Vincenzo Gonzaga ,
Duc de Guastalla , eft mort
d'apoplexie le 28. Avril, âgé
GALANT. 119
de quatre- vingt ans, a
Le s. May Aleſſandro Aldobrandini
, Nonce duPape
, fit ſon entrée publique
dans Venife.
Le 10. Fête de l'Afcenfion
,leDoge,accompagné
dusNonce , monta fur le
Bucentaure , où il fit , comme
cela ſe pratique tous les
ans à pareil jour , la ceremonie
d'époufer la mer.
d'être concluë entre tous
les Princes du Nord , & la
tranquilité dont l'Europe
va joüir , vont deſormais
faciliter les moyens d'éta.
blir des correſpondances ,
dont les nouvelles ne feront
ni
GALANT . 43
J
ni moins agreables , ni
moins intereſſantes , pour
n'être plus chargées du détail
des alarmes de la
fi
Les rebeles Catalans &
Barcelonois touchent au
moment de leur reduction.
Voiciunt extrait d'une
lettre que j'ai reçûë du
camp devant Barcelone ,
dattée du 29.May.
Aprés un ample détail de
tout ce qui s'eſt paffé au
- poſte des Capucins , que
Male Comte d'Eſtaires ,
Maréchal de Camp& Che -
Juin 1714 K
114 MERCURE
人
valier de la Toiſon d'Or , a
emporté avec toute la valeur
imaginable , on ajoûte
qu'on prend de ſi juſtes
meſures pour attaquer cette
ville avec la derniere vigueur
, qu'elle ne peut évi
ter d'être miſe en poudre ;
que M. Orry eſttoûjours au
camp , où il auroit voulu
traiter avec les Barcelo
nois , qui n'en ont point
voulu entendre parler , &
qui difent toûjours qu'ils
periront plutôt tous , que
de ſe rendre fans un ordre
de l'Empereur : mais mala
GALANTI
gré leurs beaux diſcours
on eft perfuadé qu'ils ne
défendront rien, fi on les
attaque auſſi vivement qu
ils l'apprehendent
On a eu avis de Varſovie
parune lettre du 12. deMay,
que le Palatin de Maſovie
feroit forti de Conſtantinople
depuis plus d'un mois
avec une entiere fatisfacu
tion , s'il avoit voulu con
fentir à figner le traité que
leGrandViſir lui a propofé
touchant lepaſſage du Roy
de Suede par la Pologhe,
& lacceffion debrUkraine.
Kij
116 MERCURE
Le Roy de Pologne a trouvécettedemandedesTurcsi
ſi injuſte , qu'il a ordonné à
ſes Generaux Saxons de te
nir leurs troupes prêtes à
marcher au premier ordre.
On apprehende fort que la
Nobleſſe de Lithuanie
celle de la grande Pologne
ne cauſe ici des defordres
anſquels il fera fort difficile
de remedier , ſi leRoyn'arrêre
pas les vexations & les
executions militaires que
les troupes Saxones font
fur leurs terres , & dont el
les demandent la fatisfac
GALANT. 117
tion qu'elles pretendent
leur être dûë.
On écrit de Hambourg ,
que la Reine d'Angleterre
a fait propoſer une ſuſpenſion
d'armes auRoy de Danemark
, à laquelle il a refufé
de conſentir auſſi bien
que le Czar.
Toutes les lettres d'Allemagne
ne parlent que de
la bonne intelligence du
Roy de Suede avec le
Grand Seigneur,qu'il a prié
de donner les ordres neceſſaires
pour fon retour
dans ſes Etats.i.amlyngby
118 MERCURE
Le May le Comte de
Seilern , Plenipotentiaire
de l'Empereur , partit de
Vienne , pour aller à l'afſemblée
de Bade en Suiſſe
travailler à la paix entre la
France & l'Empire.....
Le 11. le Comte de Goës,
auffi Plenipotentiaire de
l'Empereur , prit la même
route. Les conferences ont
été ouvertes le 4. à l'affemblée
de Bade.
On écrit de Milan que
Don Vincenzo Gonzaga ,
Duc de Guastalla , eft mort
d'apoplexie le 28. Avril, âgé
GALANT. 119
de quatre- vingt ans, a
Le s. May Aleſſandro Aldobrandini
, Nonce duPape
, fit ſon entrée publique
dans Venife.
Le 10. Fête de l'Afcenfion
,leDoge,accompagné
dusNonce , monta fur le
Bucentaure , où il fit , comme
cela ſe pratique tous les
ans à pareil jour , la ceremonie
d'époufer la mer.
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Résumé : Nouvelles, [titre d'après la table]
En juin 1714, des développements politiques et militaires significatifs se produisent en Europe. Une paix entre les princes du Nord est annoncée, promettant une tranquillité facilitant les correspondances. En Espagne, les rebelles catalans et barcelonais sont sur le point d'être vaincus après un assaut réussi au poste des Capucins par le comte d'Estaires. Les mesures contre Barcelone sont décrites comme implacables, malgré la volonté des Barcelonais de résister. En Pologne, le roi refuse les demandes turques concernant le passage du roi de Suède et l'accession de l'Ukraine, préparant ses troupes à une confrontation. La reine d'Angleterre propose une suspension d'armes au roi de Danemark, mais cette proposition est refusée par le Danemark et le Czar. En Allemagne, une bonne intelligence est notée entre le roi de Suède et le Grand Seigneur. Les plénipotentiaires de l'Empereur, le comte de Seilern et le comte de Goës, se rendent à l'assemblée de Bade pour travailler à la paix entre la France et l'Empire. Enfin, le duc de Guastalla, Don Vincenzo Gonzaga, décède d'apoplexie, et le nonce du Pape, Alessandro Aldobrandini, fait son entrée publique à Venise.
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38
p. 302-305
De Vienne le 4. Aoust.
Début :
Le jour du depart du Prince Eugene pour Baden, n'est pas [...]
Mots clefs :
Empereur, Vienne, Turcs, Roi de Suède, Régiments d'infanterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 4. Aoust.
De Viennele4.Aoust.
Le jour du départ du Prince
Eugene pour Baden, n'est pas
encore fixé, il assiste souvent
aux Conseils secrets, qui se
tiennent à l'arrivée des Exprés
qui viennent de Baden : mais
le resultatn'en est point rendu
publique.
Les Princes Protestants ont
envoyé leurs griefs à l'Empereur,
mais il les a renvoyez
à la Diete On dit que tout
ce qui regarde les deux Electeurs
est fini, & qu'il ne reste
plus qu'à decider des pretentions
des Princes d'Italie, ainsi
on compte que tout fera terminé
le mois prochain.
On ne sçait pas bien encore
quelle route prendra le Roy
jde Suede, Suivant les dernieres
nouvelles qu'on en a cuës, il
estoit encore a Demir-Toca,
attendant les ordres &de l'argent
du Grand Seigneur, pour
se mettre en marche.
Comme les Turcs font avancer
des troupes du costé
de Belgrade, pour y camper,
l'Empereur a envoyé des ordres
en Italie, pour en faire
revenir quatre Regimens d'Infanterie,
cinq deCavalerie&
deux de Dragons, pour les
envoyer en Hongrie, où on
pretend avoir à tout événement,
40. ou 50000. hommes
, non compris les garnisons,
dans le mois de Septembre
tembre prochain,auquel tems
l'Empereur doit aller à Presbourg.
Le jour du départ du Prince
Eugene pour Baden, n'est pas
encore fixé, il assiste souvent
aux Conseils secrets, qui se
tiennent à l'arrivée des Exprés
qui viennent de Baden : mais
le resultatn'en est point rendu
publique.
Les Princes Protestants ont
envoyé leurs griefs à l'Empereur,
mais il les a renvoyez
à la Diete On dit que tout
ce qui regarde les deux Electeurs
est fini, & qu'il ne reste
plus qu'à decider des pretentions
des Princes d'Italie, ainsi
on compte que tout fera terminé
le mois prochain.
On ne sçait pas bien encore
quelle route prendra le Roy
jde Suede, Suivant les dernieres
nouvelles qu'on en a cuës, il
estoit encore a Demir-Toca,
attendant les ordres &de l'argent
du Grand Seigneur, pour
se mettre en marche.
Comme les Turcs font avancer
des troupes du costé
de Belgrade, pour y camper,
l'Empereur a envoyé des ordres
en Italie, pour en faire
revenir quatre Regimens d'Infanterie,
cinq deCavalerie&
deux de Dragons, pour les
envoyer en Hongrie, où on
pretend avoir à tout événement,
40. ou 50000. hommes
, non compris les garnisons,
dans le mois de Septembre
tembre prochain,auquel tems
l'Empereur doit aller à Presbourg.
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Résumé : De Vienne le 4. Aoust.
Le 4 août à Vienne, le départ du Prince Eugène pour Baden n'est pas encore déterminé. Il participe régulièrement aux Conseils secrets, mais les décisions ne sont pas divulguées. Les Princes Protestants ont soumis leurs plaintes à l'Empereur, qui les a redirigées vers la Diète. Les questions concernant les deux Électeurs sont supposément résolues, ne laissant que les revendications des Princes d'Italie à traiter. Une conclusion est attendue pour le mois suivant. La route du Roi de Suède reste incertaine. Il se trouvait à Demir-Toca, attendant les instructions et les fonds du Grand Seigneur. Les Turcs déplacent des troupes vers Belgrade. En réponse, l'Empereur a ordonné le rappel de plusieurs régiments d'infanterie, de cavalerie et de dragons d'Italie pour les envoyer en Hongrie. L'objectif est de rassembler 40 000 à 50 000 hommes, en plus des garnisons, d'ici septembre, lorsque l'Empereur doit se rendre à Presbourg.
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39
p. 258-275
NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Début :
M Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain [...]
Mots clefs :
Duc, Comte, Prince, Baron, Empereur, Roi de France, Électeur, Abbé, Princes, Évêques, Congrès de la paix à Bade, Paix, Bade, Congrès, Envoyés, Plénipotentiaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
NOMS :
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
de Meſſicurs les Plenipoten-
1. tiaires &Envoyez qui fe
font trouvez au Congrez de
la Paix à Bade , commencé
le cinquiémeJuin 1714 .
De la part de l'Empereur.
i
M Jean Pierre de Goës ,
Comte du Saint Empire Romain
, Baron de Carleſbergà
Monbourg , Seigneur à Razzenegg
,Ebentalbach , Porhnftein
, & Liebenfels , & c. Conſeiller
de Sa Majesté Imperiale
GALANT. 259
*
& Catholique , Gouverneur
:du Duché de Carinthie , Ambaffadeur
Extraordinaire &
Plenipotentiaire au Congrez
de la Paix à Bade .
M Jean Friderich , Comte
de Scilern , &c. Confeiller &
Affeſſeur dela Chancellerie de
Cour , & Ambaſſadeur Extraordinaire
de Sa Majesté Imperiale
au Congrez de la Paix
àBade.
DuRoyde France.
M. François Charles deVinithamille
, des Comtes de Mar
Yij
260 MERCURE
ſeille , Comte du Luc , Marquis
de la Marthe, Lieutenant
du Roy en Provence , Commandeur
de l'Ordre de Saint
Loüis , Gouverneur des Ifles
Porquerolles , Ambaſſadeur
ordinaire de Sa Majefté aux
Ligues Suiffes & Grifons , &
fon Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire au
Congrez de la Paix.
M. Barberie , Seigneur de
faint Contest , Conſeiller du
Roy en tous ſes Conſeils ,
Maiſtre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel , Intendant
de Juſtice , Police & Fi
GALANT . 161
nances des trois Evêchez de
Metz , Toul , & Verdun , au
Pays de la Sarre & de l'Armée,
Ambaſſadeur Extraordinaire
& Plenipotentiaire de Sa Majeſté
au Congrez de la Paix à
Bade.
A
Son Alteſſe Monfieur.
Le Prince Henry d'Auvergne,
Grand Prevoſt de Strafbourg.
B
Del'Electeur de Baviere.
M. le Baron de Malknecht
>
262 MERCURE
Miniftre & Conſeiller d'Etat
de ſon A. E. de Baviere.
De l'Evesque de Bafle.
M Hauſt , Eveſque deDomitiopolis
, Suffragant &
Grand Doyen du Chapitre de
Bafle.
Des Princes de Birkenfeld.
M. Simon , Confeiller.
C
De l'Electeur de Cologne.
M. le Baron Kargde BeGALANT.
263
benbourg , Grand Chancelier
&Premier Miniſtre de ſon A.
E. Abbé du Mont de ſaint
Michel en Normandie.
Son Alteffe .
M. l'Abbé de Gonzague ,
Prince de Caſtillon , &c,
De Madame la Princeffe , veuve
deM. le Prince de Condé.
M. l'Abbé duBos.
D
DuMarquis de Bade- Dourlach.
M. Stadelman .
264 MERCURE
E
DeMadame la Ducheffe
d'Elbeuf.
M. le Comte Cremone ,
Gentilhomme de la Chambre
de feu M. le Duc deMantouë.
F
De la part des Etats Generaux
des Provinces-Unies..
M. Jean- Louis Ronchel ,
leur Secretaire , Reſident en
Suiffe.
G
GALANT. 268
ر
Du Duc de Guastalla .
M. leComte Loüis Canta
ni , Chambellan & Confcillet
intime de S. A. S. Antoine
Gonzague Duc de Guaſtalla
& Sabionnette, &c.
27 : pradDenGennes
07
2
T
4
M. de Sorba, Miniſtre d'Erat
& Reſident ordinaire à
H
DuLandgrave de Heffe-Caffel.
of germinalline morbent
M. le Baron de Mal ron de Malſbourg ,
Septembre 1714. Z
06 MERCURE
)
Miniſtre & Conſeiller Privé
deM. le Landgrave de Helle-
Caffel
M
Du Landgrave de Heffein
al 90635588 angesmoo
M.de Malcowsky, Con
ſeiller Privé& en même tems
Ple-
S. A.S. Ic
aauufſlſii Envobyyée&&MMiinniſtre
nipotentiaire de S.
Duc de Saxe Gotha , & des
Princes & Etats Proteftansda
Cercle du Haut Rhin , &c.
M. le Landgrave Guillaume le
jeune de Heffe-Rhinfels.
GALANT. 267
Des Chapitresde Hildesheim,
Spire.
M. le Baron de Twikel
d'Havixbek , Chanoine des
Cathedrales d'Hildesheim &
Spire , Archidiacre à Goflar,
Conſeillerd'Etat de l'Evêché
d'Hildesheim , Seigneur de
Meubourg.
DuPrinced'Ifenghein. 1
M. Sanfor , Conſeiller &
Intendant dudit Prince.
Zij
468 MERCURE
1
Du Duc de Lorraine .
M. le Begue , Seigneur de
Germini , & de Lhelod de
Chantreine ,&c. Conſeiller &
Secretaire d'Etat , Garde des
?.
Sceaux de S. A. R. de Lorraine.
Du Chapitre de Liege.
M. le Baron de Vanſoul,
Abbé de Damas , Chanoine
du Chapitre de Liege
GALANT. 269
DeM. le Prince de Ligne.
M. Merode.
M
DeModene.
M. le Comte Jean FrançoisBergomy
, Gentilhomme
de la Chambre , Conſeiller
d'Etat , Gouverneur de la Province
de Garffagnane.
M. l'Abbé Giardini , Conſeiller
& Miniſtre d'Etat de
fon A. S. le Duc de Modene.
Zij
270 MERCURE
• Du Duc de la Mirandole.
M. Regnault Dulioli , Noble
de Bologne ; Profeffeur
public dans les Univerſitez de
Bologne & Padouë.
Du Princede Montbeliard.
M. Charles Leopold Leſpe
rance,Baron de Sanderſleben.
M. Julien Guillaume de
Siegman, Confeiller.
M. Jacques Chriftophe
Cuvier , Confeiller,
GALANT. 277
N
M. le Prince de Naffan Sigben,
10
M. Rivage Co N
Eu-
M
Du Cardinal Ottoboni .
Dung ab pleપવા રૂચીગ
Il P. Ludovico Maria Mau
ro de Chierici Regolari minori
Cowls Mile Comte Paffionci, Reverondaire
de l'une & l'autre
fignature , Prelat domestique
Zamj
272 MERCURE
&Camerier ſecret de ſa Sainreté,
&c.
DuRoy de Pruffe. I
M. le Comte de Metternicht
,Chambellan de ſa Majeſté
Royale de Pruffe , Envoyé
à la Dicte de l'Empire à
Auſbourg.
DuDuc deParme.
bot
M. le Comte OctavioSaint
Severin d'Aragon , Comte
d'O'za , Gentilhomme de la
Chambre de S. A. S. le Duc
de Parme.
GALANT. 273.
François Marie Spinola ,
Duc de ſaint Pierre , Prince
deMolfeta ,&c Grand d'Efpagne
, Gentilhomme de la
Chambre de S.M.C. &Grand
Maistre de la Maiſon de la
Reine Doüaitiere ,&c? g
20
:
Du Roy de Sicile.
M. de Melarede , Miniſtre
d'Etat de S. M. Sicilienne ,
Premier Préſident de la Chambre
des Comptes de Turin..
A
هق
274 MERGURE
८ slu 192 De Spirecto
M. Drieshe , ConſeillerAu
lique & Directeur de laCham.
bre des Finances de S. A.
Monfieur l'Evêque & Prince
de Spire
T
De l'Electeur de Treves.
M. deUmbſcheinden,Con
ſeiller Privé d'Etat de S. A. E.
de Trevesationele M
Du Grand- Maistre de l'ordre
Teutonique.
M. le Baron de Waldecker
GALANT 378
Commandeur de Virnsberg
& Willembourg
M. Veringen , Confciller
de S. A. S.
W
১৯০
Du Duc de Wirtemberg.
M. de Heſpen , Miniſtre
d'Etat intime de Son A. S.
Monſeigneur le Duc Regens
de Wirtemberg:
Des Marquis Malaspina de
Mulezo&Madrignano.
M. l'Abbé Jean -Baptiste
Cioli.
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Résumé : NOMS de Messieurs les Plenipotentiaires & Envoyez qui se sont trouvez au Congrez de la Paix à Bade, commencé le cinquième Juin 1714.
Le document décrit la liste des plénipotentiaires et envoyés présents au Congrès de la Paix à Bade, qui a commencé le 5 juin 1714. Les représentants incluent plusieurs dignitaires de haut rang. Pour l'Empereur, les représentants sont Jean Pierre de Goës, Comte du Saint Empire Romain, et Jean Friderich, Comte de Scilern. Pour le Roi de France, les représentants sont François Charles de Vinithamille, Comte de Marville, et Barberie, Seigneur de Saint Contest. Divers princes et États sont également représentés, notamment le Prince Henry d'Auvergne, le Baron de Malknecht pour l'Électeur de Bavière, l'Évêque de Bâle, les Princes de Birkenfeld, l'Électeur de Cologne, Madame la Princesse veuve de Monsieur le Prince de Condé, le Marquis de Bade-Dourlach, Madame la Duchesse d'Elbeuf, les États Généraux des Provinces-Unies, le Duc de Guastalla, le Landgrave de Hesse-Cassel, le Landgrave de Hesse-Hanau, le Duc de Saxe Gotha, les Princes et États protestants du Cercle du Haut Rhin, les Chapitres d'Hildesheim et de Spire, le Prince d'Isembourg, le Duc de Lorraine, le Chapitre de Liège, le Prince de Ligne, le Duc de Modène, le Duc de la Mirandole, le Prince de Montbéliard, le Cardinal Ottoboni, le Roi de Prusse, le Duc de Parme, le Roi de Sicile, l'Évêque et Prince de Spire, l'Électeur de Trèves, le Grand-Maître de l'ordre Teutonique, le Duc de Wurtemberg, et les Marquis Malaspina de Mulazzo et Madrignano. Ces individus sont identifiés par leurs titres et fonctions respectifs, avec quelques détails supplémentaires pour certains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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40
p. 109-117
Nouvelles de Vienne. [titre d'après la table]
Début :
Les dernieres lettres de Vienne du 5. de ce mois [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Château, Empereur, Impératrice, Vienne, Cardinal, Cardinal de Saxe, Seigneurs
41
p. 3-169
JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Début :
Je vous entends, Messieurs, raisonner tous les jours les jours [...]
Mots clefs :
Journal historique, Roi, Ambassadeur de Perse, Enfant, Arméniens, Évêque, Seigneurs, Femmes, Logis, Roi de Perse, Fille, Mains, Corps, Hommes, Honneur, Cheval, Religion, Ambassadeur, Mort, Femme, Époux, Europe, Peuple, Qualité, Officiers, Cérémonie, Audience, Ville, Lettres, Empereur, Enfants, Baptême, Garçon, Constantinople, Marchands, Voyage, Yeux, Sultan, Commerce, Palais, Mahométans, Mosquée, Prince, Marbre, Vin, Discours, Chevaux, Arménie, Bruit, Ennemis
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texteReconnaissance textuelle : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
JOURNAL
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Ceyl
Godel HISTORIQUE 10.14 55
88594
DU VOYAGE
DE L'AMBASSADEUR
DE PERSE
EN FRANCE.
E vous entends,Mef.
fieurs , raifonner tous
les jours fur lesmotifs
qui peuvent avoir porté le
Roy de Perſe à envoyer un
Ambaſſadeur au ROY. C'eſt
A ij
7 JOURNAL
une choſe ſi rare qu'on n'en
trouve preſque point d'exemples
dans l'Histoire de cette
Monarchic. Enfin toutes vos
converſations roulent ſur les
honneurs qu'on luyfait ,& fur
les preſens qu'il apporte
Quoyque toutes ces cire
conſtances , dont nous n'avons
parlé juſqu'à preſent
que par conjectures , ſemblent
nous occuper d'une façon extraordinaire
, & quoy que
nous en tirions de grandes
conſequences de Commerce
&d'Union entre les Perſes &
nous ;permettez -moy de vous
HISTORIQUE.
fade.
dire que je n'y vois rienderare
que la nouveauté de l'Ambafob
onchlil ans alq
Unpareil évenement pourra
paroître plus merveilleux ,
lorſqu'il y aura quelque pa
ralelle à faire entre les autres
Rois de la terre & le noftre ;
mais le prodige ceſſe, puiſque
dans le fond cet hommage eft
tine eſpece de dette dont il
ſemble que les Maiſtres du
monde s'aquittent avec le
plus grand des Rois . 22
Jeme garderois bien ,Mef.
fieurs , d'approcher une main
profane de ce Modele fouve
A ij .
JOURNAL
rain de Grandeur & de Majeſté
, s'il n'eſtoit pas naturel
d'entendre les loüanges des
Dieux dans la bouche des
hommes : &j'entreprendrois
peut eltre, aprés tout le genre
humain, de le peindre tel
qu'il eſt ànos yeux , fi mes expreſſions
, quelques fortes qu'-
elles puiffent eſtre , l'eſtoient
affez pour vous retracer l'idée
que vous avez de ſes vertus.
En un mor , quelque veneration
, & quelque amour que
confervent pour luy les ſiecles
les plus reculez, ſon regne eſt
fibrillant,& fi neceflaire , que
HISTORIQUE.
le plus grand malheur de fes
Pouples , eft , qu'il ne puiffe
eftre immortel , que dans la
menoire des hommes. 國
. Mais il me ſemble vous
voir, Meffieurs , me reprocher
l'audace avec laquelle je vous
étale l'image de ces veritez.
Qu'avois -je de moins à dire ?
Mercure , dites-vous , doit
garder plus de meſures ; cet
auguſte tableau ne doit
point avoir de place dans ſes
ouvrages , & ce n'eſt que par
un excés d'indulgence , qu'on
luy permet d'en parler quelquefois
, fimplement enHif
torien. Aiiij
JOURNAUH
22 Je vous crois ,& je me tais
avechumilité ; mais jepenſeen
même temps que la pluſpart
de ceuxqui ſe mêlent dechanter
ces louanges , devroient ſe
taire avec la même humilité
quemoy
L'Ambaſſadeur de Perſe a
voit donné lieu au diſcours
que vous venez d'interrompre
; mais je n'ay pas de rancune
: & je vous demande ſeulement
en grace ( ſi vousvoulez
entendre le recit de ſes
avantures ) de me laiſſer réprendre
l'article qui le concerne,
aprés néanmoins vous
HISTORIQUE.
avoir entretenu en peu de
mots de l'Etat preſent de la
Perfolg it cop aquos 50
Le Royde Perſe , fils du
Sultan Soliman ,petit- fils du
Grand Sephi , s'appelle Sultan
Uſſain : Il eſt Souverain de
plus de douze Royaumes fort
vaſtes & tres - celebres dans
l'antiquité. Il ne prend que le
nom de Châ, qui veut dire
Roy, mais Roy par excellence.
Ses Sujets le croyent le plus
magnifique , le plus puiſſant ,
&leplus abſolu Prince de toute
l'Afic.
Ils l'appellent auſli Alum
10 JOURNAL
Pena , qui veut dire l'Ombre
duMonde , ou l'azile affuré de
toutes les Nations . Il a environ
trente huit ans, ſa taille eft
noble& belle, ſa phyfionomie
grande & majestueuse , & fon
air le diftingue de tous les
grands Seigneurs de la Perfe.
Il eſt doux , affable , il aime les
Errangers , & leur fait du
bien, & il eſt tellement ennemi
de la cruauté , qu'il n'a fait
encore mourir perfonne depuis
qu'il regne. Il y a prés de
vingt cinq ans qu'il eſt fur le
Trône.
Sa Cour eſt à peu prés dans
HISTORIQUE. IT
lemême état qu'elle étoit fous
le Regne de fon pere: mais
comme malgré les relations
des gens qui ont voyagé
dans ce Royaume , il ſe peut
faire , qu'au deffaut d'un évenement
auſſi extraordinaire
que celuy cy , peu de perfon
nes ayent été curieuſes de les
lire , j'ay crû , faifant naturellement
, & par la qualité
de mon employ , profeffion
d'etre plagiaire , que vous ne
me blameriez pas de piller
pour l'amour de vous quel
ques unes des principales re
principales
marques de ces Voyageurs,&
12 JOURNALH
de vous les donner comme
des chofes nouvelles , fur la
foy des témoins que vous
avez à préſent des veritez que
vous allez lire.
Le premier Pontife de Per
fe ,qui est la premiere perfonne
aprés le Roy , s'appelle
Sadré Caffa , c'est-à-dire , le
Pontifeprincipal : il eſt leChef
Spirituel de tout l'Empire ;
mais il ne s'occupe qu'à Gou
verner la confcience du Roy,
&à regler la Cour & la Ville
d'Hispahan ſelon les regles de
Alcoran.
La ſeconde perſonne dans
HISTORIQUE. 13
le ſpirituel s'appelle , Sadré
Elnan Alek ,il fait dans tout
le Royaume ceque le premier
Pontife ne fait quedans laMaiſonduRoy
,&dans le diſtrict
d'Hifpahan.
LetroifiémePontife de Per
ſe ſe nomme Akond , c'elt- àdire
, le Sçavent par excellence
, le Vieillard , ou le Venerable
de la Loy Mahometan
ne; il connoiſt des cauſes des
Pupilles, desVeuves, desContrats
, & des autres matieres
Civiles.. さい
Il y a fix Miniſtres d'Etat
dans la Perfe , que l'on appel-
1
14 JOURNALI
le Rohna Dolvet , c'eſt à dire,
les Colonnes qui ſoutiennent
l'Empire : fi vous eſtes curieux
d'apprendre quels font leurs
rangs & leur autorité , voyez
Chardin , & un autre Livre
qui a pour titre l'Etat preſent
de la Perſe. Mais il y a auprés
du Roy de Perſe des gens revêtus
de Charges , dont les
emplois ſont ſi extraordinaires
que jevous prie de mepermettre
de vous en dire quelque
chole ; par exemple.
Le Monadgen- Bachi , c'eſtà-
dire , le Grand Aftrologue
eſt toûjours placé fort prés du
HISTORIQUE. 15
Roy pour luy dire à chaque
inſtant ſa bonne ou ſa mauvaife
avanture; ſes predictions
font reſpectées comme des
Oracles ; le Roy n'entreprend
rien ſans l'avoir conſulté.
Le Hakim-Bachi , ou premierMedecin
eſt toujoursaflis
àcoſtédu Roy quand il mange
pour luy indiquer les viandes
qui luy font neceſſaires ,
il eſt celuy de tous les Officiers
de la Couronne qui a le plus
de credit , d'honneur ,& de
profit ; mais ſa Charge n'a
pas lieude faire envie ,car on
Ie rend reſponſabledela mort
16 JOURNAL
du Roy ,& fa vie paye toujours
pour celle du Prince.
C'eſt une Matrone du fond
du Haram * qui applique le
ſceau du Roy fur toutes les
Requeftes. Il y a dans la Perſe
un Ordre de gens qu'on appelle
l'Ordre des Sephi , ils
eſtoient autrefois en grande
veneration ; mais ils ſont
maintenant dans le dernier
mépris , parce qu'on les accuſe
de tenir des affemblées
nocturnes dont la pudeur
ne permet pas de parler.
L'appartement des Femmes.
Lcs
HISTORIQUE. 17
LesReligieux de cetOrdre ne
fervent plus que de portiers
& d'executeurs de Justice ;
cependant tous les Grands
Seigneurs en font ; le Roy en
eſtGrandMaitre; & c'eſt pour
cela que les Etrangers l'appel.
lent le Grand Sephi , je dis les
Etrangers , car cenom ferois
fort mal reçû en Perſe.
Quoyque les bâtiments de
Perſe n'ayent pas tant de jufteſſe
dans leur ſtructure que
ceux d'Europe , ils ont neanmoins
un certain agrément
qui donne de l'admiration aux
Européens même ,& il n'y en
Février 1715. B
18 JOURNAL
a pas un qui ait veu le Palais
du Roy de Perſe , fans avoir
été frappé de fabeauté. Il eſt
bâti à l'Occident d'une grande
place appellée Meidan ,
c'eſt à dire , Marché. Cette
place eſt la piece la plus curieufedu
Levant. Elle est fort vaſte
& plus longue que large ; fa
longueur eft tirée par des Angles
paralelles de fept cent
pas ordinaires de long ſurtrois
cent de largeur ; les quatre
coſtez ſont bâtis en Portiques
dela même ſtructure que les
aîles de l'entrée du Palais
comme on le peut voir dans
১
fo
HISTORIQUE. 19
le deſſeinqu'on en a tiré. Les
jeunes Seigneurs de Perſe s'e
xercent dans cette place à
joüer au Mail à cheval , à
jetter la lance , & la ramaffer
fans quitter l'un des étriers ,
&àtirer la fleche par deriere
en fuyant à toute bride felon
l'ancienne coûtume des Parthes.
Ils tirent au blanc de
cette maniere dans une affiere
d'or quel'on met au boutd'une
grande perche qui eftdref
fée au milieu de la place. Le
Royquivoit cet exercice de fa
Salle d'Audiance , donne un
Prix avec l'afficte d'or , à ce-
Bij
20 JOURNAUH
luyqui la met bas. Il luy ens
voye auffi quatre cent écus
pourune collation que leRoy
luy faitl'honneur d'aller prendre
chez luy ,& tous les Scigneursle
vont feliciter fur fon
adrefle , & fur l'honneur que
leRoy luy a fair. 1 zor
A l'Orient de cette place
vis à vis le Palais du Roy ,
paroiſt uneMoſquée dont le
Dôme eſt une piece tres hardie
à cauſe de ſa grande largeur
; les dehors de ce Dôme
font peints en Porcelaines ; il
eft entouré d'une ceinture
blanche , large de plus de
HISTORIQUE.
deux pieds; fur laquelle paroif
fent de gros caracteres Per
fans. La Pomme ,& le Croiſ
fant qui font au bout , font
dorez ; fon Portique eft de
Marbre, il eſt enrichi de plu
fieurs beaux ouvrages .
Dans l'un des bouts de
cette place du côté du Midy
eſt la grandeMoſquée du Roy
dediée par Cha- Abbas , le
GrandAmethi , le dernier des
douze Imams , ou Saints de
Perfe. Ils l'appellent Sahab
Zarman ,c'eſt à- dire , le Maî
tre du temps. Ils diſent qu'il
a été enlevé vivant comme
22 JOURNAL
Enoch , &qu'il doit venir à la
fin du monde , juger toutes
les Nations , aprés les avoir
parcouruës ,monté ſur le cheval
Duldul , qui étoit la monture
ordinaire de Mortus Ali.
Le Portail de cette Moſquée
eſt une piece qui pourroit donner
de l'admiration aux plus
habiles Architectes del Euro
pe. Il eſt d'une hauteur extraordinaire;
le bas a juſques à
trois toiſes de haut. Il eſtd'un
Marbre de pluſieurs couleurs;
& cette ceinture de marbre
continue dans les Portiques ,
&dans le corps de la Mof-
1
HISTORIQUE. 23 :
quée. Toute la façade eſt pein
re d'azur verniffé , elle est mêlangée
de pluſieurs feüillages ,
&feftons dorezen demi relief.
Le couronnement du frontif
pice eſt d'un plâtre relevé en
boſſes rondes marquetéesd'or,
travaillées d'une maniere ſidélicate
qu'ileſt difficile de mieux
employer le plâtre en aucun
autre lieu. La porte eſt couverte
de groſſes lames de vermeil
doré.On entre dans cette cour
fort vaſte , entourée de galeries
, dont les colomnes font
demarbre granite. Les chapiteaux,
la corniche , & la frife
L
*4 JOURNAL
de ces galeries ſont azurées ,
&dorées. Les Perſes font leurs.
prieres deflous , aprés avoir
fait leurs purifications dansde
grands baſſins de marbre , qui
font au milieu de cette Cour ;
la Moſquée eſt à droite; ony
entre par une arcade fort exhauffee,
embellie , peinte , &
dorée de la même maniere que
les galeries. Le corps de la
Moſquée est fort vaſte ; elle a
un double Dôme de lamême
ſtructure que celuy de laMofquée
precedente.
Il y a devant ces Dômes
deux Minarés couverts d'ouvrages
HISTORIQUE. is
vrages de marqueteric ; ce
font des eſpeces de petits clochers
bâtis de brique , qui
font fi hauts &fi menus ,
qu'on a de la peine à concevoir
comme un ſi petit bâtiment
peut foutenir une fi
grande hauteur. Ils ne contiennent
qu'un Eſcalier à vis,
qui tourne en ligne ſpirale ;
les degrez en ſont ſi étroits
qu'à peine un hommey peut
monter ,&le reſte fait l'épaiffeur
de la muraille qui ne paroît
pas plus large au piedqu'à
lapointe .LesOttomans font
crier leurs Mollas , qui font
Février 1715. C
26 JOURNAL
comme leurs Preſtres , ſur ces
Minarés,pour appeller le peuple
à la priere ; mais les Perſes
les font crier en bas , de peur
qu'ils ne voyent leurs femmes
dans leurs Jardins. Il faudroit
qu'elles fuſſent d'une grofleur
prodigieuſe , ou que ces
Crieurs euffent de bonnes lunettes
d'approche pour les regarder
de ſi haut, car ces Minarés
ne ſont pas moins élevez
que les plus hauts clochers de
France.
A
Je ne puis m'empêcher de
faire une digreſſion à l'occafion
de ces Crieurs deMofHISTORIQUE.
27
quée.Un d'entr'eux avoit mal,
traité un Chrêtien , & aprés
luy avoir fait ſouffrir de rudes
baſtonnades , il luy fit
faire une groſſe avanic par le
Gouverneur. Le Chrétien
pour ſe vanger de luy, attendit
qu'il fut monté au haut
du Minarés la nuit. Il y mon,
ta aprés luy , & il embarraſſa
le chemin deverres,&debouteilles
,&d'autres choſes propres
à faire une bonne collation.
Le Molla en defcendant
caſſa les bouteilles ,& répandit
le vin,& fit une gliſſade
qui luy fracaſſa le corps. Les
Cij
18 JOURNALH
cris qu'il fit obligerent les
Mahometans d'aller voir co
qui luy étoit arrivé als le
trouverent étendu dans le vin,
ils l'emporterent au Bacha qui
le condamna commeun pro
fanateur de Moſquée , & on
interdit leMinarés, de maniére
qu'on n'y monte plus pour
appeller le peuple à la priero.
- Au Nord de la place dont
on a parlé cy- deſſus , eſt une
galerie magnifique , dans la
quelle les Joücurs d'inftruments
du Roy joüent tous
les jours au Soleil couchant ,
deux heures aprés minuit &
:
HISTORIQUE
àmidy. Mais les jours deFeſtes
ils continuent leurs tintamarres
, car ils font plus de foixante
qui joüent pêle - mêle ,
les uns battent de gros tambours
, les autres des timbales,
d'autres joüent du hautbois,&
d'autres crient à pleine
gorgedans lestrompettes parlantes
, qui font des marques
dePrincipauté.
Le Palaisdu Roy eſt àl'Occident
delaplace. On y entre
par deux portes qui font auffi
magnifiques que l'entrée de la
Moſquée dont on vient de
parler.On a rangé entre ces
Cij
30 JOURNAALL
deux portes un grand nombre
de canons , que Cha-Abbas fit
apporter de la Ville d'Ormus ,
lorſqu'il l'eût priſe ſur les Portugais
; mais ils font fi mal
montez qu'on ne pourroit
pas s'en ſervir.
Laporte principale par
où on entre chez le Roy, s'appelle
Alla- Kapi, c'eſt à dire la
Porte de Dieu , parce qu'elle
eſt un lieu de refuge , d'où on
ne peut tirer aucun criminel
fans un ordre exprés de Sa
Majefté. Il y a deffus cette
porte un bâtiment de pluficurs
étages qui forment
HISTORIQUE . 31
beaucoup de chambres , de
forte qu'en la voyant de loin ,
on la prendroit pour unegrofſe
Tour environnée de galeries
dorées qui regnent autour
de tous les étages.
Le dernier étageforme une
tres-belle , & tres -grande Salle
qui commande toute la place.
Le Roy y tient toûjours Alſemblée
le premier jour du
Printemps , pour y recevoir
les Etrenes des Seigneurs , &
pour prendre le divertiſſement
des jeux , & des courſes des
chevaux , que les enfans de
qualité font en ſa prefence.
\
Cij
32. JOURNAL
Cette Salle eft affez ſpaticuſe
pour contenir cent Conviez ,
fans y comprendre les Gentilshommes
ſervans , & les Officiers
de guerrequi ſetiennent
debout derriere ceux qui ſont
affis. Elle eſt ouverte de trois
côtez , le plat- fond eſt d'un
bois bien travaillé , & bien
doré ; le lambris qui eſt dans
l'enfoncement , eſt d'un ouvrage
tres-delicat. Il y a beaucoupde
peintures ſur la muraille
; mais elles auroient beſoin
d'un bon peintrepour les
rendre regulieres. Leplat- fond
eſt ſouſtenu par douze colom
HISTORIQUE. 35
nesdorées enrelief, ce qui lui
donne un grand éclat du côté
de la place. La Salle eſt preſque
quarréc , & n'a pas moins de
ſoixante pieds de longueur. Il
ya au milicu un grand baſſin
de marbre; &quelque grande
que foit ſon élevation , elle
n'empêche pas qu'on ne faſſe
joüer des jets d'eau dans ce
baſſin par le moyen des pompes.
Il ya trois autres Sallesd'Audiances
dans l'interieur du
Palais , qui ſont beaucoup
plus vaſtes ,& plus magnifi
ques que celles-cy ; mais par34
JOURNAL
ce que je ne me ſuis propoſé
que de donner une idée legere
de la magnificenceduPalais du
Roy de Perſe , je ne m'engage
pas à en faire la deſcription ,
non plus que de fes maiſons
deplaiſance, qui font des lieux
enchantez , & fimagnifiques
qu'on ne voit rien d'approchant
dans l'Afie.
L'uſage des feſtins publics
eſtbien ancien en Perſe ; puifque
le Livre d'Esther fait mention
de la ſomptuoſité du
banquetd'Afluerus; mais ceux
qu'ony fait maintenant ſont
plutôt des feſtins d'Audiances,
HISTORIQUE. 35
quedesbanquets de réjoüiflances;
car c'eſt ences feſtins que
le Roy traite des affaires d'Esat
, qu'il donne Audiance
aux Miniſtres des Princes des
Etrangers ; ily en ad'ordinaire
qu'on fait les jours de grandes
fêtes , & des extraordinaires ,
qui ſont comme une convocation
des Etats pour quelques
affaires preffantes ; mais
dans quelque temps qu'on les
faffe , ils font toujours tres.
fuperbes ,&tres magnifiques,
parce qu'on y étale tout ce
qu'il ya de plus precieux dans
la maiſon du Roy ; tout y
1
36 JOURNALI
brille , les tapis ſur lesquels on
s'affeoit ſont de grand prix ,
les nappes qu'on étend deſſus
font de brocard . On fert le
Roy dansun vaſe d'or pur de
plus de trois piedsdediametre;
le couvercle ,& le cadenat
ſous lequel la portion du Roy
eft renfermée, font de la même
matiere , & on porte ce vaſe
en ceremonie ſur une eſpece
de civiere ornée de lames d'or .
L'Ecuyer tranchant ouvre le
cadenat devant Sa Majefté ,
il ſe met à genoux aprés en
avoir fait l'épreuve , & il fert
les mets dans pluſieurs plats
HISTORIQUE . 37
d'or qu'il remplit avec une
cücilliere ,&une longue fourchetic
d'or , qu'il porte à fon
côté , comme les marques qui
diftinguent faCharge.On fert
au Roy le vin dans des bouteilles
ſcellées; le Grand Maître
les ouvre devant luy , il en
fait l'épreuve avec les mêmes
ceremonies que l'Ecuyer tranchant
luy ſert ſon plat
Aprés qu'on a ſervi leRoy ,
on fert aux conviez le ris , le
boüilli ,& le rôti dans plus de
cent cinquante platsd'or avec
leurs couvercles qui peſent
deux fois autant; chaque plat
38 JOURNALLH
n'apas moins d'un pied& demy
de diametre. Les plats
d'entremets ſont d'or , & auparavant
qu'on ait fervi en
or, on adéja ſervi les confitures
en vaiſſelled'argent , & de
porcelaines. Le ſervice des
confitures&fucreries precede
toujours le repas. On les fert
aux conviez pendant que le
Roy donne les Audiances ; &
c'eſt auſſi dans ce temps que
leRoy fait donner duvin aux
Seigneurs de ſa Cour. Les
bouteilles & les taſſes dans
leſquelles onle ſert , ſont d'or
émaillé garnide pierrerics.On
HISTORIQUE. 39
lesrange ſur les bords du baffin
de marbre , qui eſt au milieu
de la Salle ; & on place
aux coins de ce baſſin quatre
petits tonneaux d'or & quatre
d'argent , qui peſent chacun
la charge d'un homme. On
les met en ordre avec les bouteilles
, les taſſes , les caſſolettes
,&les pots de fleurs qui
ſont tous d'or , ce qui faitune
agreable ſymmetrie.
On met en parade devant
la Salle quantité d'Elephans ,
de Lions , de Tigres , de Leopards
,& toutes les bêtes rares
de la Ménagèric. Les chat40
JOURNALS
nes ,& les cloux avec lesquels
on les attache ſont d'or , &
chacun de ces animaux a de
vant foy deux cuvettes d'or ,
dans l'une deſquelles eſt ſa
boiſſon , & dans l'autre fa
nourriture. Mais il n'y a rien
qui approche de la magnificence
de dix huit chevaux de
main , qu'on expoſe devant
cette Salle ; chaque cheval
vautun tréſor , les étriers ſont
d'or , les brides , les poitraux ,
les devants ,&les derrieres des
felles font d'or émaillé garni
de pierres precieuſes , auffibien
que les houffes qui font
fort
HISTORIQUE. 41
fort amples. Leharnois de l'un
eſt garni de diamans , de l'autre
d'émeraudes , de rubis , de
faphirs, detres groſſes perles ,
&de toutes fortes de joyaux
d'une groffeur ,& d'unebeauté
enchantée. Chaque cheval
a auſſi devant ſoy deux cuvertes
d'or , comme les autres
animaux dont je viens de parler.
On range quelquefoisparmi
tes chevaux des aſnes ſauvages.
Un Miſſionnaire Eſpagnol
ſe trouvant en cetteCour
poury preſenter au Roy unc
Lettre du Roy de Pologne
Fevrier 1715. D
42 JOURNAL
furpris de voir des ânes ſi bien
ornez , & fi richement couverts
, perdit ſa gravité ,& ne
pût s'empêcher de rire. Un
Officier de la Cour s'approcha
de luy , & luy demanda
fort civilement ce qui luy donnoit
occaſion de rire. Il répondit
, qu'il rioit de voir traiter
avec tant de distinction
des animaux qu'on traitoit
avec le dernier mépris en Efpagne.
L'Officier luy repliqua
avec efprit , c'est que les afnes
font communs en voſtre Pays,
nous en faiſons grand cas dans le
noſtre ; parce qu'ilsyfont rares,
HISTORIQUE. 43
Le Roy eſt dans l'enfoncement
de la Salle , affis fur une
Eſtrade , environnéed'un Corridor
doré. Il eſt aſſis les jambes
pliées ſur une efpece de
lit qu'on couvre d'un brocard
précieux. Il s'appuye fur un
carreau fort riche. Il n'y aque
luy qui en ait ,&qui foit affis
les jambes pliées ; les autres
Seigneurs font affis fur leurs
talons , qui eſt la maniere de
s'affeoir la plus reſpectueuſe.
Les Enfans du Serrail font debout
dans l'enfoncement de
P'Alcove Il y en a toûjours
deux qui rafraîchiffent l'ais
Dij
44 JOURNAL
autour, avec de longs éventails
faits de queuës de Paons. Ils
ont tous quelque Office auprés
de Sa Majeſté. L'un luy
fert le Goblet , l'autre le Tabac,
leCaffé, & le Baffin pour
laver aprés le repas. Les principaux
Eunuques ſont debout
aux coſtez du Roy , & les
Officiers d'armes forment une
ligne oblique depuis le basde
l'Eſtrade ou du Trônejuſques
aux deux premieres colomnes.
de la Salle.
* L'Ermadaulet eſt aſſis à la
premiere colomne du coſté
*Premier Ministre.
HISTORIQUE . 45
gauche qui eſt le colté d'honneur
dans la Perſe. Le Generaliſſime
des Troupes eſt à
droite ; & aprés luy les Miniſtres
d'Etat , les Valis , les
Kans, les Ambaſſadeurs ,&les
Hoſtes du Roy ſont affis en
ligne paralelle juſques au bas
de la Salle..
Les Muſiciens forment une
autre ligne , & rempliffent le
côté de la Salle qui eſt vis-à vis
le Trône du Roy.
Leur muſique & leur fymphonie
continuë durant l'Audiance
qui precede le repas :
On le fait cxprés afin que les
46 JOURNAL
)
conviez n'entendent pas ce qui
ſe dit auprés du Roy. Les
quarante Maiſtres d'Hoſtel
d'honneur appuyez fur leurs
baſtons , font un cercle devant
luy , qui empêche auſſi les
conviez de voir distinctement
ce qui ſe paſſe dans les Audiances
Il n'y a rien de plus beau
que de voir une ſi belle , & fi
nombreuſe aſſemblée de Scigneurs
dans leurs habits de
ceremonie ; car leur maniere
d'habillement eſt leſte , & approche
fort de celle des Ancicas
Romains. Leur coëffure
HISTORIQUE . 47
leur donne un fi grand air
que le Turban des Ottomans
paroift ridicule en comparaifon
de celuy qu'ils portent.
Deux aigrettes d'or s'élevent
pardeſſus , & c'eſt à cauſe de
cela qu'on les appelle Kzel -
Baches ; c'est-à-dire teſtes d'or
ou teſtes rouges. Leurs veſtes
de deſſous brillent merveilleuſement.
Elles ſont d'un brocard
à fond d'or ou à fond
d'argent , auffi bien que leurs
écharpes. Leurs cafaques font
garnies de peaux de zibelines,
& les deſſus ſont d'un drap
écarlate chamarré de paffe
48 JOURNAL
ments d'or , ou bien ils font
des plus précieux brocards de
Perle ,& un Kzel Bache ſe
contentera de pain , & de lait
aigre pour ſa nourriture , afin
de menager de quoy ſe bien
vêtir ,& entretenir , & orner
fon cheval .
Il ſemble que le Roy pour
mieux faire paroître l'éclat , &&
lebrillant des habits de ſesOfficiers
, veüille faire parmi cux
ce que font les ombres dans
un Tableau. Il affecte de le
vêtur d'une maniere ſimple ; il
n'y a que l'aigrette qu'il porte
fur lecôté gauche de ſonTurban
2
HISTORIQUE. 4
ban , qui le diftingue par les
pierreries dont elle eſt ornée ,
qui font de grand prix...
Sous le Regne du feuRoy,
les Perſes imitoient affez la
magnificence d'Aſſuerus dans
leurs feſtins ; mais ils n'imitoient
pas la temperance , &
la moderation que ce Prince
vouloit qu'on gardât dans les
fiens . Car on y forçoit les
Grands de boire juſques à un
excés qui avoit ſouvent des
fuites defagreables; cependant
le Roy l'ordonnoit par politi
que ; car le vin tiroit de leur
bouche bien des veritez qu'ils
qu'ils
Février 1715. E
So JOURNALE
luy auroient cáché étant fobres.
Il le faifoit auſſi pour ſe
divertir ; car fon plus grand
divertiſſement étoit de les voir
emporter hors du feſtin, comme
des corps morts. Il les réduiſoit
bientôt dans l'état où
il les vouloit mettre , pour ſe
divertir; car il les faifoit boire
dans une eſpece de gobelet à
manche , fait en forme d'une
cuilliere à pot , qui tenoit au
moins une bonne pinte de Paris.
Ils appellent ce genre de
gobelet Hazar Pecha , c'està-
dire , mille meſtiers , parce
qu'ils diſent que ceux qui le
HISTORIQUE. SI
vuident deux ou trois fois ,
peuvent parler à l'avanture do
mille fortes d'arts , & de profeffions
. On ne leur fert rien
qui corrige le vin , car ils le
boivent durant les Audiances,
lorſqu'on n'a encore ſervy que
< des ſuccreries , & des fruits .
Les Européens qui ont
l'honneur d'être appellez à
ces feſtins, y trouvent dequoy
fatisfaire leur appetit ; parce
que ce qu'on y ſert eſt bien
exquis , & bien apprêté ; mais
ils font fortembarraffez quand
il faut manger le ris à pleing
main , &déchirer le boüilli ,
E ij
52 JOURNAL
1-
& le rôti avec les doigts ; car
onn'y fert ny couteaux , ny
fourchettes ,& pas même des
ferviettes . On fert des cuillieres
de buis ; mais c'eſt pour
boire une certaine liqueur
compoſée d'eau roſe , de vin
cuit , & de verjus , qu'on boit
en mangeant leris. On ne peut
s'en ſervir pour manger , parce
qu'elles font fort larges , &
fort creuſes , de maniere qu'on
n'y peut prendre avec les levres
que la ſuperficie de ce qui
n'eſt pas liquide , le reſte demeurant
au fond.
La modeſtie , le refpect ,&
HISTORIQUE . SS
la retenue des Officiers eft
merveilleuſe ,& on n'obſerva
jamais mieux le Silence dans
les Communautez les
gulieres de l'Europe ,qu'on les
garde aux feſtins du Roy de
Perſe ; mais on ne s'y contraint
pas long temps ; car
mangeant toutes chofesàplei
nes mains , leur repas eft fi
court qu'à peine a ton achevé
de fervir àceux qui font en
bas , qu'on commence de
lever de devant ceux qui font
enhaut.
La magnificence du Roy
de Perſe paroiſt encore dans
Eij
54 JOURNAL
le grand nombre de Princes
Etrangers qu'il entretient à ſa
Cour. Le Prince de Georgie
&pluſieurs Princes Yuzbegues
avecleur Cour y vivent maintenant
à ſes dépens. Les Ambaffadeurs
, les Envoyez ,& les
Porteurs de Lettres des Princes
de l'Europe , & de l'Afic
qu'ony confond tous ſous le
nom d'Hôtes , ſont logez ,
meublez , & entretenus par la
liberalité du Roy , qui ne les
congedie jamais fans leur faire
un preſent d'argent , de brocard
, & d'étoffe de foye travaillées
dans ſes manufactures.
HISTORIQUE. 55
Il n'y arien de plus obligeant
que la maniere avec laquelle il
les reçoit Dés qu'ils font ar
rivez fur les confins , & qu'ils
ont fait ſçavoir au premier
Gouverneur qu'ils portent des
Dépêches au Roy de la part
des Princesquiles envoyent ,
leGouverneur leur donne des
chevauxpourmonter leur fuite
; & il leur fournit autant
de mulets , & de chameaux
qu'ilen faut pour porter leurs
bagages. Il envoye des Offi
ciers de fa maiſon pour les
conduire , avec un ordre de
leur faire donner une maiſon ,
Eiiij
36 JOURNALH
&leur dépenſe de bauche de
journée en journée , juſques à
cequ'ils arrivent à la Capita
let,&quand ils y font arrivez ,
ces Conducteurs les placent
dans une maiſon dans le Fauxbourg
,& ils vont donner avis
au Roy de leur arrivée. Le
Roy les reçoit au nombre de
ſes Hoſtes , il ordonne à l'Introducteur
des Ambaſſadeurs
de leur en porter la nouvelle
de ſa part , de leur preparer
une maiſon ,& des meubles,
&de les y introduire avechon
neur. L'Introducteur les va
complimenter dans le Faux
HISTORIQUE. ST
bourg,ilcompte ceux deleur
fuite,il en vient faire fon rapport
au Roy, qui leur affigne
des appointemens à propor
tion des gens qu'ils ont à leur
ſervice. Aprés cela l'Introduc
teur les vatrouver ,& les me
ne dans l'appartement qui leur
a eſté preparé. Il leur donne
un certain nombre de Gardes
du Roy qui ſe tiennent àla
porte pour empêcher qu'on
n'interrompe les Hoſtes de Sa
Majesté , & qu'on ne faſſe pas
d'inſulte à leurs Domeſtiques.
Il leur donne leurs appointemens
pour un mois , &il con
58 JOURNAL
tinuë de les leur apporter au
commencement de chaque
Lune. Illes viſite ſouvent pour
s'informer deleur ſanté,&de
leurs beſoins ,afin d'en informer
le Roy. Il les conduit à
toutes les audiances ,&à tous audiances
les feſtins publics , où ils ont
leur place avecdiſtinction ; ils
font honorez , & refpectez
par tout ; & ce ſeroit toucher
le Roy à la prunelle de ſes
yeux que de donner la moindre
occaſion de chagrin à fes
Hoſtes. Il a beaucoup d'égard
pour eux, il les défraye par le
chemin quand il les a congeHISTORIQUE.
رو
diez de la même maniere qu'il
les-a reçus.
Pour ce qui regarde les affai
res duConſeil du Roy , tout y
eft reglé. Ses Conſeillers de
Religion , d'Epée & de Robe
y font en nombre égal , tous
gens choiſis , d'eſprit & d'experience.
Ils ont de la pené
tration , & beaucoup de vivacité;
ils conçoivent aisément ,
ils donnent aux affaires toute
l'attention qu'elles meritent ,
&ne forment leurs déciſions .
que ſur des reflexions exactes .
Ils deliberent meurement ,&
ne ſe hâtent pas de decider.
60 JOURNAL
Ils ont cette maxime que le
temps fait plus qu'une année ,
&que ſçavoir temporifer
c'eſt ſçavoir vaincre fans peril.
Le ſecret eſt ſi grand dans
le Conſeil , qu'on a remarqué
qu'un pere ne revele pas à fon
fils les meſures qu'il fçait qu'on
ya priſes contre la vie.
Le Conſeil Privé eſt compofé
des principaux Eunuques
, & c'eſt dans ce Conſeil
que font decidées les affaires
les plus importantes del Erat.
Le premier Miniſtre ,& Isautres
Seigneurs ne ſçavent rien
de ce qui s'y paffe. Ces EunuHISTORIQUE.
GI
ques poſſedent les premieres
Charges , ils font gens de tête ,
& le Roy ſe repoſe ſur leur
fidelité.
Le Royaume des Perſans eſt
ſi vaſte & fi puiſſant , que tous
leurs voiſins qui ſont d'une
Secte Mahometane, differente
de la leur , conçoivent tant d'averſion
pour eux , que le Roy
eſt obligé d'entretenir des
Troupes nombreuſes pour
couvrir ſes Frontieres. Il a toûjours
au moins 12000. hommes
dans la Province de Kandahar
, qui confine au Grand
Mogol : 20000. dans le Ko62
JOURNAL
tasan , qui confine auxTartares
de Balk, Bokara, & Samarkand
: 15000.dans le Mazandran
, & le Guilan , qui confine
aux Moscovites , & aux Coſaques
par la Mer Caſpienne :
12000. dans le Derband , & le
Chiwan,qui confinent auxmêmes
Peuples , auffi bien qu'à la
Circaffie , à la Georgie , & à la
Colchide : 20000. dans laMedie
, dont la partie ſupericure
confine à la Turcomanie , &
l'inferieur auCurdiſtan: 12000.
à Erivan qui confine aux Etats
du Grand Seigneur , vers l'Armenie
Mineure : 12000. dans
HISTORIQUE. 63
le Laureſtan qui confine à Babylone
: 15000. dans la Su
ziene qui confine à l'Arabie ,
& 12000. dans l'anciennePerſe
, & la Caramanie qui s'étendent
depuis le Sein Perfique,
juſqu'au Fleuve del Inde.
Ces Troupes avec la Maiſon
du Roy ne font guere
moins de cent cinquante mil
hommes , fans y comprendre
les Garniſons des Villes qui
font dans le coeur du Royaume.
:
Le Roy de Perſe n'a pas
d'Infanterie ; parce qu'elle ne
pourroit pas ſouſtenir les fati64
JOURNAL
gues des Deferts & des Montagnes
dont la Perſe eſt remplie.
Ils ne ſe ſervent pas d'artillerie
pour la même raiſon.
Ils n'en ont pas beſoin pour
deffendre leursVilles, qui n'ont
ni murailles , ni fortifications.
Il n'a point de force fur
Mer , quoyqu'il ne tienne qu'à
luy d'entretenir de belles Flottes
, de ſe rendre le maître du
Golphe d'Ormus , de la Mer
d'Arabie , & de la Mer Cafpienne
: mais les Perſans n'aiment
point la navigation , ils
en ont même tant d'horreur
qu'ils appellent , Nacoda, c'està-
dire
HISTORIQUE . 65
à dire Athées , ceux qui expoſent
leur vie ſur un élement fi
peu fûr. Cela fait plaifir aux
Armeniens qui font tout le
commerce du Royaume.
Jecroy , Meffieurs , que ce
que vous venez de lire de la
Perſe ſuffit pour vous donner
une idée generale de ceRoyau.
me : finon la fidele Relation
que je vais vous faire du voyage
de ſon Ambaſſadeur , va
achever de remplir ce qui peut
manquer à votre curiofité ;
mais je penſe qu'il eſt à propos
de remonter , s'il eſt poſſible ,
à l'origine des chofes , pour
pour
Février 1715.
66 JOURNAL
vous mettre mieux au fait de =
cette Ambaſſade.
M. de Feriol étant Ambaffadeur
du Roy à la Porte , la
Cour envoya M. Fabre en
Perſe. M. Fabre dont l'hiſtoire
& le nom offrent à ma
memoire une des plus fingulie.
res& des plus galantes épiſodes
du monde & dont je
pourray vous entretenir ail-
Ieurs , alla juſtement mourir à
Erivan , en Armenie , Ville
Capitale de la Province de ce
nom ,& qui eſt le plus grand
Gouvernement de la Perſe.
Aprés ſa mort , M. Michel
HISTORIQUE. 67
aujourd'huy Conſul d'Alep ,
& qui étoit alors à Conſtantinople
, fut choiſi par la Cour
pour luy fuccéder dans ſa
Miſſion : il ſe rendit auſſitôt à
Erivan, & de là à Hifpahan ,
où il fit un Traité de Commerce
, par lequel Traité la
Courde Perſe confirmoit tous
les Privileges qui avoient éré
accordez juſqu'alorsen faveur
desMarchands & des Miffion
naires à la confideration de
l'Empereur de France.
Peu de temps aprés qu'il ſe
fût acquitté de la Commiffion
avec honneur , & qu'il fur
Fij
68 JOURNAL
parti de la Perſe , les Armeniens
firent tous leurs efforts.
pour rompre les meſures qu'il
avoit priſes pour l'affermiſſement
deſdits Privileges. Ils
maltraiterent les Marchands
François , ils accuſerent les
Miffionnaires , de toutes fortes
de crimes , & ils joignirent
àleurs impoſtures une Requête
dans laquelle ils repreſenterent
au Roy , que , non contents
d'enlever leurs femmes ,
& leurs enfants , ils pretendoient
encore les contraindre
à changer de Religion. Cette
Requête fut foutenuë par des
HISTORIQUE 69
Grands de la Cour qu'ils mi
rent dans leurs intereſts à force
depreſents ,& qui par furpriſe
, obtintent du Roy un
Commandement contradictoire
aux principaux articles
du Traité. En vertu dece
Commandement , les Marchands
& les Miſſionnaires répandus
dans les Provinces de
ce grand Royaume ,, curent
beaucoup àſouffrir ſur tout à
Amadan, l'ancienne Suſe, autrefoisla
Capitalede la Perfe ,&
leséjour de fes Roys , où l'on
affeure encore que deuxTombeaux
Superbes que les Juifsy confer70
JOURNAL
vent de tout temps, avec beau
coup deſoin & de veneration ,
font ceux d'Esther &de Mardochée.
Ils efſuyerent de pareils
traitements à Tauris , ( l'ancienne
Ecbatanne , où la vraye
Croixfut 14 ans entre les mains
de Cofroës , e jusqu'à ce que
Empereur Heraclius l'eûtobligé
de la luy rendre aprés une grande
Victoire qu'il gagna fur luy ; il
la porta ensuite en triomphe à
Ferufalem Ils n'curent pas
moins à fouffrir à Chamakée ,
Ville confiderable au Nord de la
Perfevers la Mer Cafpienne ,
où le Pere ChampionJefuite &
HISTORIQUE. 71
Son Compagnon furent misfous
lebâton,,&&eennsuite exilez. Ec
enfin àGandga autre Ville entre
Chamakée Tiflis Capitale
de la Georgie , où le Superieurdes
Capucins recent à differentes repriſes
,plus de deux mille coups
de bâtons ,&auroit eſté martyrifé
,fi on ne l'avoit délivré à
force d'argent. Tout cela cependant
s'étoit paflé contre
les intentions du Royde Perſe.
Voilà l'état où étoient les
affaires des Marchands & des
MiſſionnairesFrançois dans ce
Royaume,
Royaume , lorſque M. de
GaliſſonEvêque d'Agathople &
72 JOURNAL
Coadjuteur de M. Pidou de
S. Olon Evêque de Babylone ,
arriva en Armenie . D'abord
pour arrêter cette perfecution
, il déclara au Can * d'Erivan
, qu'il étoit chargé
d'une Lettre du Roy de France
pour l'Empereur de Perſe :
le Can en donna autfitoft avis
à la Cour , & aprés trois mois
de ſejour à Erivan , il le fic
conduire avec honneur à Hafpahan
, où on luy affigna foixante
écus par jour , quoyqu'on
ſcoûr qu'il n'avoit
* Ce Can s'appelle Beglerbay , on
Seigneur des Seigneurs
aucun
HISTORIQUE. 73
aucun Caractere. Mais ces
bienfaits , quelques confiderables
quils ſoient , font en uſa
ge chez les Rois de Perſe , &
ils ont tant de confideration
pour les Princes Etrangers ,
& fur tout pour les Rois de
France , qu'il ſuffit d'eſtre porteur
d'une Lettre de leur part ,
pour eſtre receu au nombre
delours Hoftes .
M. l'Evêque d'Agathople
eſtant arrivé àHifpahan , s'appliqua
uniquement à détromper
la Cour ſur les calomnies
qu'on avoit repanduës contre
les Miffionnaires & les Mar-
Février 1715 . G
74 JOURNAL
chands François qui estoient
alors en Perſe . Il chercha les
cauſes &les motifs de leurs impoſtures
dans leur commerce
&dans leur Religion.
Dans le commerce il découvrit
la haine & la jaloufie
des Armeniens liguez avec les
Anglois & les Hollandois
contre les Marchands de nôtre
Nation.
La guerre eſtoit alors allumée
dans toute l'Europe , ou
pour mieux dire les plus grandes
Puiſſances de l'Europe
avoient juré la ruine de la
France ; & le fuccés ne ré-
:
ま
A
HISTORIQUE. 75
pondant pas toûjours àl'équité
de nôtre cauſe, nos Ennemis
avoient ſoin de porter jufqu'aux
extremitez du monde
l'apparence de leur triomphe
avec le bruit de leurs menaces.
LesLettres&les diſcours qu'ils
ſemoient en tous lieux , produiſoient
alors des effets dont
nous nous reſſentions par
tout. Du coſté de la Religion,
il reconnut que les Armeniens
&fur tout leur Patriarche ef
toient les ennemis déclarez
des Miſſionnaires . Permettezmoy
icy , Meſſieurs, deux lignes
de digreſſion ſur la Reli
Gij
76 JOURNAL
gion des Armeniens. Vous
Içavez , ou vous ne ſçavez pas
ſans doute , qu'ils rejettent le
Concile de Calcedoine , qu'ils
excommunient tous les ans
S. Leon , & qu'ils ſuivent les
Dogmes d'Utuches qui ne reconnoiſſoit
qu'une nature en
J C. fans compter les autres
erreurs dont ils ſont infectez .
Mais ce n'eſtoit pas tout à fait
de cela qu'il eſtoit queſtion ,
& le Patriarche qui animoit
les Armeniens contre nos Mif
ſionnaires ne ſe ſeroit peutêtre
guere mis en peine du
changement qu'ils vouloient
HISTORIQUE. 77
leur inſpirer , s'il y avoit également
trouvé ſon compte du
côté de l'intereſt.
Ces découvertes faites , M.
l'Evêque d'Agathople travailla
au fuccés des deſſeins qu'il
avoit formez pour le ſervice
de tant de gens qui avoient
beſoin de ſon ſecours ; mais
malheureuſement la mort ne
luy laiſſa pas le loiſit d'y travailler
long- temps ,& il eût à
peine les yeux fermez que les
choſes retomberent dans la
confufion oùil les avoit trouvées.
M. Richard Miffionnaire
Gij
78 JOURNAL
des Millions Etrangeres
homme ſage & éclairé , ſe
trouva alors à Erivan , où l'Evêque
de Babylone luy écrivit
pluſieurs Lettres qui le
déterminerent enfin à ſe rendre
à Hifpahan , où quelque
temps aprés ſon arrivée, il fût
affez heureux pour pouvoir
faire preſenter une Requête
au Sultan Usſſain ,qui fut fi
touché du détail des choſes
qu'elle contenoit qu'il luy fic
donner deux mille cinq cens
écus , pour en payer huit cens
que devoit l'Evêque d'Agathople
en mourant ,&le refte
HISTORIQUE. 9
:
pour ſa ſubſiſtance Il luy fic
affigner_enſuite dix écus par
jour , le fit loger , & le receut
au nombre de ſes Hôtes .
Sur ces entrefaites M. Defalleures
Ambaſſadeur du Roy
à Conſtantinople envoya à
Hifpahan , les nouvelles imprimées
de la défaite entiere
des Ennemis à Marchiennes
&à Deſnain , & celle de la
levée du Siege de Landrecy ,
avec tout le détail des grandes
circonstances de cette memorable
Journée. Le Courier
chargé de ces Lettres , les remit
entre les mains de M. Ri-
Giiij
80 JOURNAL
chard qui les fit auffitôt traduire
en Perfien & preſenter
le lendemain à la Porte , où
l'Etmadaulet * accompagné
des plus grands Seigneurs de
la Perſe donnoit alors à ſon
ordinaire une Audiance publique.
Il n'eût pas plutôt
apperceu le Porteur de ce
paquet , qu'il demanda de
quoy il étoit queſtion. Seigneur
, luy dit il , ce ſont des
nouvelles d'une grande Victoire
que l'Empereur des Fran
çois a remporté de puis peu
fur ſes ennemis . Hâtez-vous ,
* C'est le nom du premier Ministre.
HISTORIQUE. 81
luy répondit ce Miniſtre ,
tranſporté de zele & de joye ,
hâtez vous , d'en faire la lecture.
Ce qu'on n'eût pas le
temps d'achever , parce que le
Sultan averti que l'Aúdiance
venoit d'eſtre rompuë par un
évenement fingulier , en envoya
demander la cauſe. L'Etmadaulet
fit donner auſſitôt à
P'Eunuque que le Sultan avoit
dépêche vers luy , le paquet
queM. Richard luy avoit envoyé.
Le Roy de Perfe non
moins impatient que ſon Miniſtre
, s'en fit ſur le champ
82 JOURNAL
faire la lecture, en preſence de
toutes lesFemmes &de ſes Eunuques
, & en reconnoiffance
du plaiſir qu'il avoit ſenti au
recit d'une ſigrande nouvelle,
il fit donner àM. Richard un
preſent de la valeur de plus de
deux cens écus.
Les affaires des François
changerent alors entierement
de face en Perſe , & il ne s'y
tint preſque plus de Conſeil
où il ne fut agité de quelle maniere
on s'y prendroit pour
envoyer inceſſammentunAmbaffadeur
en France, Enfin
malgré la longueur du voya
HISTORIQUE. 83
ge ,& les difficultez des paſſages
par la Turquie , ou par la
Moſcovie; en un mot malgré
tous les obſtacles preſque invincibles
qui parurent oppoſez
à ce deſſein , il fut cependant
executé de la maniereque
vous l'allez lire.
Il étoit important de ne
point donner d'ombrage à la
Porte Othomane ; &le ſecret
de cette Negociation étoit -
d'une ſigrande conſequence ,
qu'il y alloit de la viede l'Ambaffadeur
à être ſoupçonné
d'une Ambaſſade de cette nature
, juſqu'à ce qu'il fut hors
84 JOURNAL
des Etats du Grand Seigneur.
Les motifs de cette crainte
fondée ſur des principes tresraiſonnables
( que le Journal
de Verdun vous développera
de reſte , le mois qui vient )
determinerent le Premier Mi
niſtre de Perſe , à confier au
nom du Roy , à M. Richard ,
les Lettres& le treforde cette
Ambaffade, pour les remettre
au Can d Erivan. Ce qui fut
executé en la forme fuivante.
M.Richard reçût des Miniſtres
de Perſe , ſes inſtructions
pour ſon voyage vers
Lamy Carême 1713. Il fut
1
HISTORIQUE. 85
chargé des Lettres & des Preſents
du Roy le premier May
de la même année ; & le jour
de l'Afcenfion , avec une ef
corte de quarante hommes ,
il prit la route de l'Armenie.
Il courut pluſieurs grands perils
en chemin ,& il fut efcarmouché
par des gens des montagnes
qui ne ſubſiſtent que
des dépoüilles des gens qu'ils
pillent ; mais heureuſement
un petit defilé dont il s'empata
avant qu'ils puſſent y être ,
ou pour mieux dire ,un quart
d'heure de diligence , le ſauva
de leurs mains. Enfin aprés
86 JOURNAL
cinquante jours de marche , il
arriva à Erivan , où il alla d'abord
viſiter le Can , avec la
Lettre du Roy de Perſe dont
il étoit chargé pour luy , & en
même temps avec les Lettres
&les Prefents que ce Monarque
envoye au Roy.
Dés que le Can d'Erivan
eût receu ſur cette affaire les
ordres de ſon Maître , il laiſſa
à M. Richard la liberté de
paffer en Europe par où il le
jugeroit à propos , ce qu'il fit
par la Georgie , la Mingrelie ,
& la Mer Noire , pendant que
ceGouverneur prenoitde ſon
HISTORIQUE. 87
coſté, toutes les meſures qu'il
croyoit les plus juſtes pour
s'acquitter avec honneur dela
Commiſſion dont on ſe repoſoit
fur luy.
La Lettre que M. Richard
luy avoit renduë portoit en
ſubſtance, qu'il convenoit aux
intereſts de ſon Maiſtre qu'il
jettât les yeux ſur un des plus
éclairez & des premiers Seigneurs
de ſon Gouvernement,
pour l'envoyer , d'une maniere
convenable , à l'Empereur de
France , avec la qualité d'Ambaffadeur
de l'Empereur des
Perfes.
88 JOURNAL
Ce Can trouva alors dans
MehemetRıza Beg, Intendant
de la Province d'Erivan , Perfan
de Nation , & aprés luy la
premiere perſonne de fon
Gouvernement , un ſujet capable
de répondre par ſon
merite , & par l'éclat de ſon
Ambaſſade , à la haute idée
que les Peuples de l'Europe
ont des Souverains de l'Afie ,
&particulierement duRoyde
Perſe. En effet , dés qu'il l'eût
chargé de la part de ſon Maître
, de cette importanteCommiſſion
, il ſe diſpoſa à partir
avec un grand nombre de
chameaux ,
HISTORIQUE. 89
chameaux , de tantes ,debagages
, en un mot avec un
équipage auſſi ſuperbe qu'en
puiſſe avoir aucun des plus
grands Seigneurs de l'Afie.
Pendant que Mehemet RizaBegpreparoit
tout l'appareil
de ſon voyage , le Can
d'Erivan prenoit de ſon côté
toutes ſes précautions , pour
aſſurer le tranſport des preſens
du Roy de Perſe auRoy
de France.
Acob Jean , Armenien de
Nation , & le plus riche Marchand
de cette Contrée fuc
choiſi pour cette effet , & fon
Février 1715 . H
१० JOURNAL
bien , ſa femme, &les enfants
ſervirent d'ôrages pour la ſeu
reté de ce Treſor , dont on
luy confia particulierement &
la garde& les clefs.Enfin il partit
d'Erivan le 15. Mars 17 14 .
avec l'Ambaſſadeur , & ils prirent
enſemble la route de l'Eu .
rope , par la Natolie ; mais
pendant qu'ils traverſent ces
grands Deſerts qui font entre
la Turquie & la Perſe , où il
ne leur arrive rien qui ſoit
dignes de remarque , fouffrez ,
Meſſicurs , que pour vous donner
une juſte idée , ou plutôt
pour vous rafraîchir la me-
C
ま
HISTORIQUE.
moire de la maniere dont les
Armeniens vivent en Perſe ,
je vous preſente à leur ſujet
un extrait de quelques Chapitres
tirez des meilleurs Memoires
qui traitent des Etats
du Sephi.
Je vous ay dit dans un autre
endroit de ce Journal
quelle eſt en peu de mots , la
Religion qu'ils profeſſent.
Maintenant je croy que vous
ne me blâmerez pas de vous
dire quelque choſe des Ceremonies
de leurs Baptêmes , de
leurs Mariages , de leurs Enserrements
,& de la conſtan-
Hijy
92 JOURNAL
ce avec laquelle ils s'expoſent
aux plus affreux fupplices ,
plûtôt que de renier leur Religion.
C'eſt la coûtume des Armeniens
de baptifer les enfans
le Dimanche , & s'ils en
bapriſent quelques-uns dans
la ſemaine , c'eſt qu'ils ſe trouvent
en danger de mort. La
ceremonie ſe fait de cette maniere.
La Sage- femme prend
l'enfant qu'elle porte dans l'Eglife
, & le tient ſur ſes bras ,
juſqu'à ce que l'Archevêque ,
l'Evêque , ou le Prêtre qui lo
doit baptifer , ait die une par
HISTORIQUE. 9
tie de la Liturgie du Baptême.
Alors celuy qui baptife prend
l'enfant qui eſt nud , le plonge
dans l'eau , & l'en ayant retiré
le met ſur lesbras du Parrain ,
& lit encore quelques prieres.
Pendant qu'il les lit , il tient
ducoton dans ſes mains , qu'il
tord , & dont il fait un filet
de demie - aune de long. Il en
fait un autre de même longueur
d'une foye rouge qui
eſt plate , &de ces deux filets
qu'il tortille enſemble , il fait
un petit cordon qu'il met au
col de l'enfant. Ils diſent que
ce cordon fait de deux fils dif
94 JOURNAL
* ferens , l'un de coton blanc
l'autre de ſoye rouge , ſignifie
le ſang , & l'eau qui fortit du
Corps de JESUS CHRIST ,
lorſqu'il fut percé d'un coup
de lance à la Croix. Aprés ce
cordon noüé au col de l'enfant
, il prend de la Sainte
Huile pour l'en oindre en plufieurs
endroits du corps , en
faiſant le Signede laCroix fur
chaque endroit où il met de
l'huile , & prononçant à chaque
fois ces paroles :Je te baptiſe
au nom du Pere,du Fils,
du S. Efprit Il commence
l'onction par le front , de-là
HISTORIQUE.
au menton , puis il vient à l'eftomac,
aux aiffelles,aux mains,
& aux pieds.
La ceremonie du Baptême
étant achevée , le Parrain fort
de l'Eglife , ayant l'enfant fur
ſes bras ,& dans chaque main
un cierge de cire blanche allumé
, felon la qualité du pere
de l'enfant. On fort de l'Egliſe
au fon des tambours
des trompettes , des hautbois
, & d'autres fortes d'inſtrumens
du Pays qui vont
devant l'enfant qu'ils accom
pagnent juſques au logis , où
eſtant arrivez , le Parrain
JOURNAL
les remet entre les mains
de la mere. Elle ſe proſterne
enmême temps devant le Par
rain luy baiſant les pieds , &
pendant qu'elle eſt en cette
poſture , le Parrain luy baiſe
le deſſus de la tête. Le Pere ,
ni le Parrain ne donnent jamais
le nom à l'enfant ; mais
celuy qui le baptiſe luy donne
le nom du Saint dont la Fête
ſe rencontre le Dimanche du
Baptême. Si par hazard il n'y
a point de Saint dans leurCalendrier
ce jour de Dimanche ,
il prend le nom du premier
Saint qui vient dans la ſemai
ne
HISTORIQUE. 97
ne ,&de la forte, il n'y a point
parmy eux de nom affecté.
L'Enfant étant de retour au
logis , il s'y fait aſſemblée de
bien des gens , & le feſtin eſt
preparé pour les parents &
amis , & pour celuy quia baptiſé
l'Enfant , & qui eſt ſuivi
d'ordinaire de la plus grande
partie des Preſtres & Moines
du Convent , ou de la Paroifſe
où le Baptême s'eſt fait. Le
petit peuple s'engage tellement
pour ces fortes de feftins
, non ſeulement auxBaptêmes
, mais auſſi aux mariages
, & aux enterremens , que
Février 1715 . I
JOURNAL
le plus ſouvent dés le lendemain,
il n'ont plus de quoy
vivre, & qu'ils ne peuvent
payer ce qu'ils ont emprunté
pour cette inutile dépenſe.
C'eſt la coûtume en Perſe de
fairedonner aux coins des ruës
des coups de bâton à ceux qui
doivent , & qui ne peuvent
payer ; & ils font quelquefois
fi maltraitez ( car cela ſe fait
deux ou trois fois la ſemaine,)
que les ongles leur tombent
des pieds , & qu'ils ne peuvent
plus ſe ſoûtenir. Les creanciers
en uſent de la forte
,
afin que les parents & amis du
HISTORIQUE.
debiteur enayent compaſſion,
&luy donnent de quoypayet
ſes dettes ; mais ils trouvent
le moyen de ſe dérober à ce
fupplice , & quand ils voyent
qu'ils fontinſolvables,ils ſe retirent
dans le Alicapi,c'eſt àdire,
la porte de leur Prophete , qui
eſtun lieude retraite pour tous
ceux dont les affaires vont
mal , & qui ne peuvent ſatiſ
faire leurs creanciers. Ces lieux
là ſont ſi privilegiez , que le
Roymême ne peut les en tirer
& ils font nourris des rentes
anciennes qui ſont affectées
aux mêmes licux , & des au-
I ij
100 JOURNALI
mônes que l'on y fait tous les
jours. LesArmeniens qui ſont
pauvres ,& qui ne veulent pas
s'endetter pour les feſtins d'un
Baptême,ont introduit depuis
peu une coûtume , pour ſe
mettre à couvert de la honte
qu'ils croyent qu'il y a, de ne
pas faire grande chere à fes
amis dans cette rencontre. Ils
font baptifer l'enfant dans la
ſemaine, ce qui fait croire que
l'enfant eſt fort malade , d'au
tant plus qu'ils vont en hâte à
l'Egliſe ſans nulle cerémonie ,
&qu'ils ne ceffent de dire en
pleurant que l'enfant s'en va
mourir.
-
HISTORIQUE. FOT
Si une femme eft accouchée
quinze, ou vingt jours , &même
deux mois avant Noël , ils
different leBaptêmedel'enfant
juſqu'à cette Feſte , pourvû
toutefois que l'enfant ne de.
vienne pas malade. Voicy
qu'elle eſt la cérémonie que
l'on fait d'ordinaire à ce Baptême.
Dans toutes les Villes ,
ou Villages , où il y a des Armeniens
, & où il paſſe une
riviere, ou qu'ils'y trouvequelque
érang , ils ont deux ou
trois bâteaux plats couverts de
tapis fur quoy on marche , &
onydreſſe le jour de Noël unc
I ij
102 JOURNAL
maniere d'Autel. Le matindés
queSoleil ſe leve, tout leCler
gé Armenien, tant du licu ,
que des lieux circonvoiſins ,
ſe rend fur ces mêmes bâ
teaux vêtus defes orne
mens, avec les Croix , & les
Bannieres. Ils trempent la
Croix par trois fois dans l'eau,
&àchaque fois ils y jettent de
de la Sainte Huile. Aprés ils
liſent la Liturgie ordinaire du
Baptême , & l'Evêque , ou le
Preſtre prenant l'enfant il le
plonge dans l'étang , ou dans
la riviere juſqu'à trois fois , en
diſant les paroles ordinaires
HISTORIQUE. 103 .
Je tebaptise aunom du Pete,&c.
en l'oignant d'huile , comme
j'ay dit cy-deſſus. C'eſt une
merveille que la pluſpart de
ces enfants ne meurent de
froid , quand la ſaiſon eſtun
peu rude. Le Roy de Perfe
ſe trouve d'ordinaire à cette
cérémonie quand il eſt à Hifpahan
,&il ſe rend à cheval
au bord de la riviere avec les
Grands de ſa Cour. Laceremonie
achevée , il va àZulpha
au logis du Kalenter, qui eſt le
Gouverneur ou Juge des Armeniens
, chez lequel le diné
eſt preparé. Il n'y a point de
I iiij
104 JOURNAL
lieu au monde où l'on puiſſe
traiter un Roy avec moins de
peine que dans la Perſe;car ſi
un particulier prie le Roy à
manger chez luy ,& fi Sa Majeſté
veut luy faire cet honneur
, il n'a qu'à aller trouver
le Chef des Officiers , & luy
porter vingt tomans , qui font
environ trois cent écus, en luy
diſant que Sa Majesté vient
prendre un repas dans la maiſon
de ſon Eſclave ; alors
moyennant cette ſomme de
vingt tomans , leChefdes Officiers
eſt tenu d'envoyer au
logis de celuy qui traite leRoy ,
HISTORIQUE. 105
tout cequi eft neceſſaire pour
le repas ; fans cela c'eſt une
choſe qu'on ne pourroit entre
prendre, le Roy ne mangeant
jamais que dans de la vaifſelle
d'or , ce qu'un particulier
ne pourroit fournir. A l'iffuë
du repas on apporte au Roy
le preſent qu'on luy fait toûjours
dans ces rencontres , &
qui d'ordinaire eſt quelquegalanterie
qui vient d'Europe ,
& qui ne vaut gueres moins
de quatre ou cinq mille écus.
Quandils n'ont rien de galant
à luy preſenter , ils mettent
pareille valeur dans un baffin
106 1 JOURNAL
en Ducats d'or de Veniſe , &
l'offrent à Sa Majesté avec de
grandes foumiffions ; ils font
auſſi des prefens à quelques
Seigneurs , & aux principaux
Eunuques qui font à ſa ſuite,
fans compter ce qu'ils envoyent
à la mere du Roy s'il
en aune , aux Sultanes ſes femmes
,& à ſes foeurs. Ainfi ce
feſtin ſe faiſant ſans embarras
du coſté du traitement , ne ſe
fait pas du coſté de la bourſe
fans grande dépenſe ; mais les
Armeniens deZulpha peuvent
aisément la ſupporter.
Les Armeniens marient
HISTORIQUE. 107
d'ordinaire leurs enfants ſans
que les deux parties ſe foient
vûës ; & même ſans que les
peres ny les freres en ſçachent
rien. Il faut que ceux qu'on
veut marier ſe rapporte à ce
que les peres , ou les parens
leur endiſent. Aprés que les
meres ont conclu entr'elles le
mariage , elles en parlent à
leurs maris qui approuvent ce
qu'elles ont fait. Sur cette approbation
la mere du garçon
avec deux vieilles femmes ,&
un Prêtre vient au logis
de la mere de la fille ,& luy
preſente unebague de la part
108 JOURNAL
de celuy avec qui on veut la
fiancer. Le garçon paroît enfuite
, le Prêtre lit quelque
choſe de l'Evangile pour be
nir les deux parties , aprés
quoy on luy donne quelque
argent ſelon le bien qu'a le
pere de lafille. Puis on prefente
à boire à la compagnie ; &
cela s'appelle les fiançailles,
Quelquefois ils accordent les
enfants quand ils n'ont que
deux ou trois ans ; & même
lorſque deux femmes qui font
amics ſe trouvent enceintes
enmême temps,elles ſe promettent
de faire un malige
*1
HISTORIQUE. 109
,
des deux enfants qu'elle portent
, s'il arrive que l'une ait
un garçon & l'autre une fille.
Cela étant on les accorde dés
qu'ils font nez ; & depuis que
le garçon a donné la bague
quandil ſeroit vingt ans fans
ſe marier ,il eſt obligé d'envoyer
tous les ans le jour de
Pâques unhabit à ſa Maîtreſſe
avec tout l'afſſortiment ſelon
la qualité de la fille. Trois
jours avant que de celebrer le
mariage le pere & la mere du
garçon font préparer un feftin
qu'ils font porter chez le pere
&la mere de la fille , où fo
rro JOURNAL
trouvent les deux familles des
deux parties. Les hommes
font dans un licu àpart , & les
femmes dans un autre ; car ils
ne mangent jamais enſemble
dans des réjoüiſſances publi+
ques. La veille des nôces l'époux
envoye des habits à fon
épouſe , & quelque temps
aprés il vient prendre ce que
la mere de l'épouſe luy donne
de ſon côté. Que ſi l'époufe
n'a plus de mere , c'eſt quelque
vieille de ces plus proches
parentes qui habille l'époux.
Enſuite l'époux monte ſur un
cheval , & l'épouſe ſur un
:
HISTORIQUE. MI
autre , qui ont de magnifiques
harnois avec des brides d'or
&d'argent ſi ce ſont gens riches
;&ceux qui font pauvres,
&qui n'ont point de chevaux
àeux , ont recours auxGrands
qui leur en prêtent volontiers
pour cette Ceremonic. En
fortant du logis de la fille l'époux
va devant ; & a fur fa
tête un voile de gaze incarnate
, ou d'un retz d'or & d'argent
, dont les mailles font
fort preffées ; &qui le couvre
juſqu'àl'eſtomac. Il tient à ſa
main le bout d'une ceinture
qui a trois ou quatre aunes de
112 JOURNAL
long ; & l'épouſe qui vient
derriereà cheval tient l'autre
bout. Elle eſt auſſi couverte
d'un grand voile blanc depuis
la têtejuſqu'aux pieds , & le
cheval en eſt auſſi à moitié
couvert ; elle eſt ſi cachée ſous
ce voile , qui reſſemble plûtôt
àun grand linceul , qu'on ne
luy voit que les yeux. Deux
hommes marchent à côté de
chaque cheval pour tenir les
rênes ; & quand ce ſont des
enfants de trois ou quatre ans
(car on les marie quelquefois
dans ce bas âge ) il y a trois
ou quatre hommes pour les
tenir
:
HISTORIQUE. 113
tenir ſur la felle , ſelon la qualité
de leurs parents. Quantité
de jeunes hommes , tant des
parens , que desamis des deux
coſtez viennent à la ſuite , les
uns à cheval, les autres à pied,
avec un cierge à la main
comme s'ils alloient en proceffion
; & d'ailleurs les tambours,
les trompettes , les
haut bois , & autres inftrumens
à la mode du Pays , fuivent
toute la compagnie jufques
àl'Eglife. Quand ils ont
mis pied à terre , chacun fait
place à l'époux & à l'épouse ,
qui ſe vont rendre au pied de
Février 1715 K
114 JOURNAL
l'Autel tenant toûjours laceinture
; & il faut remarquer en
paſſant que dans chaque Egliſe
les Armeniens n'ont qu'un
Autel. Les époux ſe joignent
alors , & s'appuyent le front
l'un contre l'autre , puis le
Prêtre vient& tourne le dos à
l'Autel , aprés quoy prenant
laBible il la met ſur leurs têtes
qui luy ſervent de pupitre ;
&qui enfont affez chargées ,
parce que c'eſt d'ordinaire un
gros in folio affez peſant. Il y
demeure pendant qu'on lit le
formulaire du mariage , &
c'eſt le plus ſouvent un Eve
:
11.5 HISTORIQUE
que ou unArchevêque qui en
fait l'office. Ce formulaire eſt
fort approchant du noſtre.
L'Evêque demande à l'époux
Ne prenez - vous pas une telle
pour vostre Epouse ? & àl'époule:
Ne prenez- vous pas un tel
pour vostre mary ? & ils répondent
tous deux d'un ſigne de
teſte. La benediction matri
moniale étant faite , ils enten
dent la Meſſe , aprés quoy ils
retournent tous enſemble au
logis de la fille dans le même
ordre qu'ils en ſont partis . Les
nôces durent trois jours ,& il
ya , comme j'ay dit , depau
Kij
116 JOURNAL
vres gens qui ſe ruinent ences
occaſions ,& qui ne ſe peuvent
jamais remettre de la dépenſe
qu'ils y ont faite. Il ſe
boit plus de vin aux feſtins des
femmes qu'à ceux des hommes.
Lemary ſecouche lepremier,
la femme luy tire ſes bas,
& n'ôte ſon voile qu'aprés
avoir éteint ſa chandele. En
quelque temps que ce ſoit les
femmes ſe levent avant le jour.
Il y a tel Armenien qui depuis
dix ans qu'il eſt marié n'a jamais
vu le viſage de ſa femme
, & ne l'a jamais oüi parler
, car quoyque le mary luy
HISTORIQUE. 117
puiffe dire ,& tous les patens ,
elle ne répond que de la tête.
Elles ne mangent point avec
leurs maris, & file mariregale
ſes amis aujourd'huy , la femme
traite ſes amies le lendemain.
Dés qu'une perſonne eſt
decedée , un homme deſtiné
aux ſervices mortuaires va
promptementà l'Egliſe queris
un pot d'eau benite ,&l'ayant
apporté au logis du deffunt ,
il la jette dans un grand vaifſeau
plein d'eau , dans lequel
ils mettent le corps mort.Cer
homme s'appelle Mordichou ,
118 JOURNAL
c'eſtà dire celuy qui lave les
morts,& ces Mordichous ſont
en telle horreur parmi le peuple
, quec'eſt un infamie d'avoir
mange avec ces fortes de
gens. Tout ce qui ſe trouve
fur le mort lors de ſon decés
luy appartient,fur ce quelque
belle bague ,&c'eſtla couſtume
dans le Levant de coucher
avec le caleçon , la chemiſe ,
& la camiſole , parce qu'on
ne ſe ſert point dedraps.Aprés
que le morta eſté lavé , on le
revêt d'une chemiſe blanche ,
d'un caleçon , d'une camiſole,
&d'une toque ,& il faut que
HISTORIQUE. 119
letout ſoit neuf, ſans avoirjamais
ſervi à aucun autre. Puis
on le met dans un grand fac
de toile neuve ,& ils coufent
enfuite la bouche du ſac. Cela
étant fait , les Preſtres viennent
prendre le corps pour le
porter à l'Eglife ,& il eſt accompagnéde
tous les parents,
&amis du deffunt qui tiennent
tous un cierge à lamain.
Quand ils font à l'Egliſe ils
poſentle corps devant l'Autel
où le Preſtre dit quelques prieres
, puis on allume des cierges
autour du corps,&on le
laiffe en cet état toute lanuit.
εδωμέναι
120 JOURNALI
Le lendemain matin un Eveque
, ou un ſimple Preſtre dis
la Meſſe , à l'iſſuë de laquelle
on porte le corps devant la
porte de l'Archevêque , ou de
l'Evêque du lieu , où il eſt accompagné
de ſes parens , &
amis , & de tout le peuple qui
s'eſt trouvé à l'Eglife , la plû
partayantun cierge à la main,
Etant arrivez devantcetteporte
, l'Evêque fort de fon logis,
&vient direun Paterpour
Pame du deffunt. Cet acte fi
ni , la plupart de ceux qui ont
accompagné le corps depuis
l'Eglife juſques à la porte de
l'Evêque,
HISTORIQUE, 12t
l'Evêque, ſe retirent chez eux,
&il ne reſte que les parens ,&
quelques amis. Alors l'Evêque
,& les Preſtres font prendre
le corps par huit ou dix
pauvres qui ſe trouventlà ,&
qui le portent au Cimetiere.
Le long du chemin on chante
quelques Oraiſons , que les
Preſtres continuënt en dévalant
le corps dans la foſſe.Puis
l'Evêque prend de la terre par
trois fois , en diſant ces mots :
Tu es venu de terre ,& turetourneras
en terre,&demeures-y
jusqu'à ce que nostre Seigneur
vienne. Ces paroles dites on
Février 1715 . L
122 JOURNAL
remplit la foſſe. Ceux des parents
& amis qui veulent retourner
au logis du deffunt , y
trouvent le dîné prêt ; & même
s'il ſe preſente quelques
autres gens ,ils ne ſont pas refuſez.
Ils ont auſſi accoûtumé
de donner à dîner , & à ſouper
pendant ſept jours à quelques
Preſtres , & à quantité de pauvres
quand ils en ont le moïen.
Ils ne croyent pas que- l'ame
du deffunt ſoit ſauvée , s'ils ne
font cette dépenſe quand ils
le peuvent , & c'eſt d'où procede
que la pluſpart de ceux
dumenu peuple ſont toûjours
HISTORIQUE. 123
miferables,&comme eſclaves
des Mahometans , à cauſe de
l'argent qu'ils empruntent ,&
qu'ils ne peuvent payer.
1 Quand un Archevêque ou
un Evêque meurt ,ils fontcecy
de plus qu'à un Seculier.
Quand la Meſſe eſt dite , un
Archevêque , ou un Evêque
qui ſe trouve là écrit un billet
,& coupant le ſac où eſt le
mort , luy met dans la main le
billet où ſont écrits ces mots :
Souviens- toy que tu es venu de
terre , &que tu retourneras en
terre.
Si l'un de leurs Eſclaves
Lij
124 JOURNAL
meurt avant que ſon Maiſtre
luy ait donné ſa hberté,quand
le corps eft dans l'Eglife , le
Maiſtre écrit un billet fur lequel
il met ces mots : Qu'il
n'ait point de regret , je le tiens
franc ,&luy donne la liberté.
Car ils croyent qu'en l'autre .
monde on luy reprocheroit
qu'il feroit Eſclave , & que
fon ame en pourroit fouffrir
quelque douleur. Que fi l Ef
clave n'a point de Maiſtre , la
Maiſtreſſe , ou à ſon deffaut ,
les enfans font le billet.Quand
il arrive qu'un Armenien ſe
défait lay-même , on ne fait
HISTORIQUE. 125
point fortir le corps par la
porte du logis , mais on fait
un trou dans quelque endroit
du mur qu'on trouve le plus
commode pour mettre le
corps dehors , & delà il eſt
porté en terre fans nulle ce-
Temonie .
En general les Armeniens
font fort attachez à leurs coû
tumes , &à leurs ceremonies ,
&bien qu'il y en ait parmy
eux qui embraſſent le Mahometiſme
pour les interêts du
monde ces exemples font fort
Tares,& il s'en trouve au contraire
d'affez fermes & conf
L iij
126 JOURNAL
tans quand il faut ſoûtenir leur
Religion contre les perfecutions
des Mahometans. Le
Chapitre ſuivant en donnera
des exemples.
S'il y a des Armeniens qui
ont la foibleſſe de quitter
quelquefois leur Religion , ou
par quelque dépit , ou par
quelque honteux intereſt qui
les y pouſſe , la pluſpart y reviennent
par une ſerieuſe repentance
, & il s'en voit peu
qui ſe rangent pour jamais du
parti Mahometan. Quand un
Armenien qui eſt tombéde la
forte ,veut revenir à l'Eglife
HISTORIQUE. 127
pour reconnoiſtre la faute , il
n'en peut avoir l'abfolution
quedans le même lieu où fon
abjuration a été faite ,& on la
luy refuſeroit en toute autre
Ville ou Village où il la voudroit
demander. Ce qui les
porte le plus ſouvent à ce
changement , eft lorſqu'il y a
de jeunes gens qui ontdepensé
leur bien , & que le pere ne
leur en veut plus donner pour
leconfumer dans ladébauche,
Alors quelques uns ſe vont
faire Mahometans pour joür
du benefice de la Loy d'Ali ,
qui porte que quand unChe
Lij
128 JOURNAL
tien s'eſt rendu Mahometan ,
tout le bien de fon pere luy
doit appartenir , fans que fes
freres y puiffent avoir part.
Quand même il ne feroit que
coufin il prend alors le bien
de fon oncle , & il faut remarquer
que cette regle ne s'obſerve
que pour les Chrétiens
Sujets du Roy de Perſe. Mais
depuis quelques années les Armeniens
ont pourvû en quel
que maniere à empêcher ce
defordre. Car quand ils voyent
dans la Famille quelque debauché
, le pere , ou l'oncle
fait de bonne heure une feinte
HISTORIQUE. 129
vendition de ſes biens à quelqu'un
de ſes fideles amis. Il
faut que le contrat ſoit paffé
pardevant le Moufti ouleCadi
qui voyent bien que ce n'eſt
qu'une feinte ; mais qui toutefois
n'en difent mot ; & cela
eſt cauſe que peu de ces jeunes
Armeniens changent aujourd'huy.
Il y en eût un qui étoit venu
à Smyrne avec quantité de
marchandises, & pour en fruftrer
ſon pere , & fes freres ,
ſe rendit Mahometan. Aprés
avoir dépenſé en débauches
une partie de fon bien, il re130
JOURNAL
vint aux trois Eglifes où le
Grand Patriarche fait fa refidence
, pour avoir abſolution
de ſa faute ; mais il ne la
pût obtenir , &le Patriarche
luy dit qu'il falloit neceffairement
qu'il rétournât au
lieu où il avoit fait l'abjuration,
& qu'il reconnut fa faute
devant l'Evêque de Smyrne,
étant touché d'une veritable
repentance , il fit ce que le
Patriarche luy ordonnoit , &
quelques jours aprés avoir fait
la penitence qui luy fût en
jointe , & donné aux pauvres
la plus grande partie de ce qui
HISTORIQUE. 13t
luy reſtoitde bien , il futtrouver
le Cadi , à qui il tint ce
diſcours avec une reſolution
admirable , σου πω
Tu ſçais , luy dit-il , qu'ily a
quelques années que je me suis
fait Mahometan , je viens de
déclarerque je m'ensuis répenty ,
quejem'en repens, comme d'une
mauvaiſe Loy que j'avois embraßée
en reniant le Sauveur du
monde , e qu'ainſi je n'ay que
trop merité laMort. D'abord le
Cadi erut que c'eſtoit quel
que trait de folie dont il le
pouvoit guerir , & tachat de
le ramener doucement par de
132 JOURNALI
belles eſperances, mais voyant
que l'Armenien perfiſtoit
dans fa declaration , & s'emportoit
en des blafphemes
contreMahomet, il le fit mener
à la place, où il fut incontinent
mis en pieces à coups
de fabres ,&de fleches qui luy
percerentde corps. On peut
dire à la loüange des Armeniens
, que bien qu'ils foient
affez ignorans & malinſtruies
dans leur Religion , toutefois
quand il leur arrive quelque
disgrace , & qu'il faut qu'ils
meurent pour leur Foy, ils
vont au fupplice courageuſeHISTORIQUE.
133
ment& avec joie.
L'an 1651 dans Diarbekir
Ville de la Mesopotamie , il
ſe fit un mariage d'un jeune
Turc avec une fille de ſa Nation.
La mere de l'Epoux étoit
grande amie d'une Armenienne
des premieres de la Ville,&
cette femme n'avoit qu'un fils
de dix à douze ans . Elle fut
priée aux nôces du Turc
& elle ne pût refuſer de s'y
trouver , aprés lesgrandes follicitations
de fon amie. L'enfant
de l'Armenienne qui
avoit été preſent lorſque la
mere de l'Epoux vint inviter
$34 JOURNAL
la ſienne, ſouhaitta d'eſtre auffi
à cette feſte ,& demanda à ſa
mere ſi elle ne l'y meneroit
pas. Cette femme qui n'ignoroit
pas les coûtumes du Païs ,
dit à fon fils que cela ne ſe
pouvoit faire , & qu'au deſſus
de l'âge de cinq ou fix ans it
n'étoit pas permis à aucun
garçon de ſe meſler parmy les
femmes,& fillesTurqueſques,
L'Enfant ne ceſſa pas pour cela
de prier encore ſa mere de
lemener avec elle ,&une tante
qui ſe trouva là pour complaire
à ſon neveu , dit qu'elle
l'habilleroit en fille , & qu'on
HISTORIQUE. 135
n'y prendroit pas garde. En
un mot la mere ſe laiſſa perfuader
par la tante ,& par l'enfant,&
le jour venu , elle le
mena avec elle traveſti en fille.
Les noces en Turquie durent
au moins ordinairement trois
jours , & il ſe trouva en celles-
là une vieille femme qui
avoit tousjours l'oeil ſur l'enfant
de l'Armenienne , qu'elle
trouvoit trop adroit , &
trop agile pour une fille , particulierement
quand il danfoit.
Le ſoir les conviez s'étant
retirez , cette vieille pric
àpart la mere du marié ,&luy
136 JOURNAL
dit qu'elle ne croyoit pas que
l'Armenienne ſon amie eût
amené une fille ;& qu'à toutes
ſes actions elle jugeoit que
c'étoit un garçon que l'on
avoit deguiſé : le lendemain
toute la compagnie s'étant
raſſemblée , la vieille Turque
vint faire le même diſcours à
la mere ,& à la tante du jeune
Armenien , & ces deux femmes
témoignant d'en être fort
offenfees ; & affirmant que
c'étoit une fille , la Turque
pour n'en avoir pas le démenti
trouva moyen de prendre l'enfant
, & l'ayant mené dans la
chambre
HISTORIQUE. 137
chambre des Eſclaves de la
mariée;elles luy abatirent ſon
caleçon(car les filles en portent
dansle Levant de même que
les garçons )& elles trouverent
que la vicille ne s'étoit pas
trompée dans ſon jugement.
Le bruit s'en répandit auffitôt
dans le logis ,& ce bruit fut
ſuivi d'un grand tumulte.
Tous les gens de la noce crierent
que les chambres étoient
foüillées , & que l'Armenienne
avoit fait cela pour ſe mocquer
d'eux, & en dériſion de
leur Loy. Sur ces entrefaites
pluſieurs des principaux Ma-
Février 1715.
1
M
138 JOURNAL
hometans de la Ville accou
rurent au logis du marié;&fe
faiſifiant de la mere , de la
tante , & de l'enfant , les me
nerent au Bacha , afin qu'il en
fit juſtice. Le Bacha renvoya
les deux femmes &garda l'enfant
ſept ou huit jours croyant
que le peuple ſe pourroit appaiſer.
Mais il eût beau flacter
cette populace , & luy
remontrer que ce n'étoit
qu'un enfant, le pere
vaindedonner la moitié de ce
offit en
qu'il peſoit en or ; tout ce que
l'on put faire ,&dire ne fervit
de Fien , & le Bacha qui fe
HISTORIQUE. 139
vit preffe du peuple , ne voulant
pas donner Sentence de
mort contre l'enfant , le remit
entre les mains des parens
du marié , qui exercerent fur
luy des cruautez inoüies : ils
menerent ce pauvre enfant au
milieu de la grande place de
la Ville ; & l'ayant dépoüillé
nudàla reſervede fon caleçon
ils commencerent à l'écorcher
vif depuis le col juſques à la
ceinture , ne luy oſtant pour
ce jour- là que la peau du dos.
L'ayant laiſſe là toute lanuit
avec bonne garde, ils revinrent
le lendemain pour luy
Mij
140 JOURNAL
écorcher l'eſtomac, &les bras
Le Cadi , &le Moullah , &
pluſieurs des principaux Mahometans
de la Ville exhor
toient l'enfant à embraſſer
leur Loy ,& à ne fouffrir pas
qu'on luy fit plus de mal. Sa
mere y vint auffi ,& l'embrafſant
tendrement le conjura
d'avoir pitié d'elle & de luymême
,&de ſe rendre Maho
metan pour ſauver ſa vie ;
mais ni ſes Jarmes , ni toutes
les paroles les plus touchantes
que la douleur luy mit à la
bouche ne furent pas capables
d'ébranler la conſtance de
HISTORIQUE. 141
د
l'enfant. Ilrépondit à ſa mere
d'une voix ferme qu'il avoit
fouffert patiemment , & qu'il
fouffriroit encore , que les
tourmens ne luy faifoient
point de peur ; mais que fa
plus grande douleur étoit que
ſa propre mere le ſollicitoit à
renier fon Sauveur , ce qu'il
ne feroit pas. Les Turcs im
pitoyables au lieu d'être tou
chez de la conſtance de cet enfant
continuerent de luy
écorcher les bras, &l'eſtomac,
& aprés cette cruelle action le
laifferent encore là ſous bonne
garde juſques au lende
142 JOURNAL
main ; car ils avoient deſſein
de luy écorcher tous les jours
quelque partiede ſon corps ,
juſqu'à ce qu'il expirat. Enfin
le Bacha ayant horreur de ces
cruautez , vint le lendemain
de grand matin à la place avec
ſes Gardes ,&luy fit couper la
tête. On croit qu'il eût ſous
main quelque ſomme d'argent
pour ſauver l'enfant des
nouveaux fupplices qu'on luy
préparoit.
J'aurois abregé confiderablement
ce que j'ay tiré
d'Olearius , de Tavernier , de
Chardin & des autres Voya
HISTORIQUE. 143
geurs , fi aprés m'eſtre informé
exactement de la Religion
& des Moeurs des Perfans &
des Armeniens par ceux mêmes
qui font icy , ce que j'en
ay appris ne m'avoit pas parû
trop conforme à ce qu'on
nous en a laiſſé par écrit, pour
oferl'écrire moy-même,d'une
façon nouvelle ; fauf neanmoins
à ceux qui l'avoient lû
ailleurs , à s'épargner la peine
dele lire icy. Mais retournons
s'il vous plaiſt , Meffieurs , à
noſtre Ambaſſadeur.
Il partit d'Erivan comme
nous l'avons dit plus haut
744 JOURNALH
&
le . Mats pour fe
rendre à Smyrne , où aprés
quarante jours de marche,il
arriva le 28. Avril de la même
année , avec Ayoubehant
toute la fuite qui alors étoit
fort nombreuſe. Il fit auffi
toft avertir fecretement de
CatMfhoneMode Fontenu
Gonful François à Smyrne
Il loy recommanda la diligen
ce&lefecretpour fonembarquement:
illuy confiavecles
Lettres,les Preſents du Roy
fonMaſtre , qu'il fit embaler
dans desabales de foye , &
embarquer en même temps
fur
HISTORIQUE. 145
ſur un Navire François qui ſe
trouva dans le Port , preſt à
mettre à la voile ; & qui en
effet ſe hâta de prendre la
route de Marſeille , où il arri
va heureuſement.
Quatre ou cinq jours aprés
Agoubebant deguifé en matelot
, s'embarqua dans un autre
Navire , & ſuivit ſes Preſens.
Cependant legrand Doüa.
nier ſe méfiant du Perſan ,
&jugeant par le grand nombre
de Domestiques qu'il
avoit , qu'il n'étoit rien moins
qu'un Marchand, commed'abord
le bruit en avoit couru ,
Février 1715. N
4
746 JOURNALI
& encore moins un Pelerin
qui alloit à la Mecque ycom
me il le diſoitluy même, foupçonna
que tous les difcours
qui couroient fur ce ſujet,renfermoient
quelques myſteres,
il forma le defſſein de s'en éclaircir
, & pour cet effet , il mic
de tous les coſtez des Eſpions
en campagne pour examiner
les actions du faux Pelerin, &
pour empêcher qu'il ne pût
Juy échapper par Mer , ni par
Terre. En même temps il donna
avis de ſes ſoupçons à la
Porte.
Cependant Mehemet Riza
HISTORIQUE. 147
:
Beg aprés avoir refté vinge
ſept jours à Smyrne,& recon
nu l'impoſſibilité où il étoit
des'y embarquer pour laFran+
ce , ſe détermina à prendre la
routedeConſtantinople, dans
l'eſperance d'en pouvoir for.
tir plus facilement que de
Smyrne , & d'y demeurer du
moins inconnu juſqu'à ce que
M. Defalleurs pût luy facili
ter les moyens de ſe tirer des
mains des Turcs.
Il mit onze jours à ſe rens
dre de Smyrne à Brufſe , où il
séjourna fix jours , pour at
tendre la réponſe d'un Exprés
Nij
148 JOURNALH ,
qu'il avoit ſecretement dépêché
vers M. Defalleurs , afin
de luy donner avis de ſon ar
rivée dans cetteVillegg hop
Le Sieur Padery Secretaire
Interprete du Roy , Athenien
de Nation , fut choifi par M.
Deſalleurs pour aller luy rendre
la réponſe qu'il attendoit
à Bruſſe , pour luy dire qu'il
jugeoit à propos qu'il ne vint
pas avec tout fon monde , à
Conſtantinople , & qu'il fe
contentat ſeulement d'y
amener un ou deux de fes
Domeſtiques. Le Perfan ne
fut pas de cet avis , parce qu'il
HISTORIQUE. 149
croyoit avoir lieu de ſe méfier
de pluſieurs de ſes gens , craignant,
s'il les quittoit , que ce
qu'ils pourroient dire de luy
aprés ſon départ , ne luy fût
plus nuiſible , que cette marche
derobée , ne luy pourroit
être utile. Ainſi au licu
d'accepter cette propofition ,
il envoya à l'Ambaſſadeur
de France , Paderi, &fon Lieutenant
nommé Kadinchain
Perfan deNation , homme ex
pert dans les affaires , pour luy
remontrer que les difficultez
qu'il luy objectait eſtoient infurmontables
, qu'il falloit au
Niij
SO JOURNALH
contraire qu'ilarrivaravectout
fonmondeà Conſtantinople ,
&qu'on ne s'attachât uniquement
qu'à luy trouver une
maiſon écartée , où il pur ſe
diſpoſer on ſeureté à profi
ter du premier embarquementqui
ſe preſenteroit; que
c'étoit là en un mot la ſeule
choſe qu'il demandoit. Neanmoins
avant de ſuivre co
deſſein, Monfieur Defalleurs
luy fit propoſer encore
par le meſme Kadinchain de
venir à Conſtantinople de
guiſé ſous la figure d'un Marchand
&de ſe rendre dans
HISTORIQUE. ISI
un Camp comme le font ordinairement
les Marchands
Perfans. Que là il feroit plus
facile de trouver des expedients
pour ſon évaſion.Cette
propoſtion fut encore moins
goûtée que la premiere ,& en
confequence des inconveniens
dontelle parut environnée ,le
Kadinchain remontra à l'Ambaffadeur
deFrance, qu'il étoit
impoſſible de riſquer de s'expoſer
dans un Camp deMarchands
, fans courir le danger
d'eſtre reconnu à chaque inf
Lieu d'Assemblée pour les Marchands
Armeniens& Perfans.
Ninj
SA JOURIN A LIH
tant parades Armeniens ou
Perſans qui arrivent tous les
jours à Conftantinoplejoice
qui feroit trés préjudiciable à
l'Ambaffadeur de Perfe , veu
les avis qu'on avoitreceus à la
Portedetoutes parts ,& prin
cipalement du Grand Doüa
nier de Smyrne , qui le croyoin
plutôt ce qu'il étoit veritablement
, oudu moinsun Eſpion
dépêché pour enlever le frere
du Roy de Perſo , ou celuy
qui prend cette qualité , qui
eſt entre les mains des Turcs à
Lemnos ,que pourunJoü allier
ou un Pelerin comme on le
1
HISTORIQUE. S
publioit.Toutes ces objec
tions bien examinées ,M. Dofalleurs
duy fit offrit un afyle
dans ſon Palais ; mais Kadinchain
s'oppoſa à cet avis , en-
• core plus fortement qu'iln'avoit
fait aux autres. Il remon
tra que cette demarche ſuffis
roit pour attirer des affaires
trés-fâcheuſes à ſon Maiſtre ,
non ſeulement par rapport à
fa fuite nombreuſe , mais en
core parce qu'il ſçavoit que le
Doüanier de Smyrne avoit de
taché aprés luy deux Efpions
qui l'avoient ſuivy juſqu'à
Bruffe,&qui ne manqueroient
254 JOURNALHI
pas de le ſuivre juſqu'à Conf
rantinople. Enfin il fut arrêté
qu'il defcendroitdansunemai
fon , fur le Canal de la Mer
Noire,dans le quartier nommé
Kourouchechemée aufh-tô la
Veuve LoürfeBerot,Françoife,
Maiſtreſſe de la maiſon qu'on
luy choifit, eût ordred'en met
tre en poffeffion le St Paderi ,
qui endonnales clefs auKadına
chain pour y introduire ſon
Maistre incognito.op 21 ףילכ
Le ſecond jourde fon arri
vée M. Defalleurs députa
Paderi pour aller le comp
plimenter de la part , & luy
HISTORIQUE. ISS
dire que tout étoit prêt pour
fon embarquement , qu'il ſe
difpofât à partir le lendemain
au matin pour ſe rendre fecretement
au Port de Troye;
( c'est maintenant un Portdefert,
au lieu même où l'on dit que fût
l'ancienne &fameuse Ville de
Troye , qui a fait ,&quifait
encore àpreſent tant de bruitdans
lemonde. ) qu'il y trouveroit
laBarque nommée la Vierge
de Grace commandée par le
Capitaine Eſtiennede Cuges ,
& que Paderi l'y attendroit ,
qu'au reſte il ne luy recom
mandoit de gagner cette rade
15G JOURNALIH
en diligence , que pour préve
nir les dangers qu'il trouvoit
àle faire embarquer à Conf
tantinople.co
Mehemet Riza Beg , dit à
Paderi ,après avoir receu le
compliment del'Ambaffadeur
de France , qu'il enverroit
avantde partir , fon Lieutenant
, le remercier des foins
qu'il ſe donnoit pour luy.
Mais malheureuſement il fut
arrêté le même ſoir dans ſa
maifon par un ordre du
Grand Seigneur qui fut executé
par les gens du * Chaoux
*Grand Prevost 3
HISTORIQUE.
Bachi , du a Bostangi Bachi ,
& du grand Doüanier , chez
qui il fut mené d'abord avec
fon Secretaire Akond & lon
Kadinchain , où il fut interrogé
, & de la transferé chez le
Chaoux Bachi , de chez le
Chaoux Bachi, chez les b Reys
Effendi, où il fut encore interrogé
en prefence du grand
Tefterdar , dudKiaia duVifir,
&de pluſieurs autres grands
Officiers de la Porte , qui luy
foutinrent qu'ils avoient des
Grand fardinieregise bari
b ChefdeFruftice.nepal.
c Grand Treforier.
d Lieutenant du grand Vifir
4
5S JOURNALIH
avis certains qu'il étoit Am
baſſadeur du Roy de Perfo
& qu'il alloit en Franceplib
écouta tranquillement tout ce
qu'ils depoſerent contre luy ,
&leur répondit d'un air fimple
& ingenu , qu'il n'étoit
rien moins que ce qu'ils
croyoient , que le Roy de
Perſe avoit trop de ſujets
illuſtres par leur naiſſance &
par leur dignité ,& dignes de
porter les grands titres qu'ils
luy fuppofoient , pour l'honorer,
luy chetive creature,de
la qualité de ſon Ambaſſadeur
auprés de l'Empereur de FranHISTORIQUE.
159
un
cerCependant ſe ſentantvive.
ment preffé il leur fiton
difcours plein de feu & d'éloquence
,qu'il finit par un ferment
qu'il n'étoit ni Marchandini
Ambaſſadeur ; mais
un Pelerin , un fidele Mahometan
, un Muſſulman zelé ,
& qu'il alloit à la Mecque ,
pour accomplir , s'il pouvoit ,
Je voeuqu'il avoit fait de voir
le Tombeau du Prophete
avant de mourir. En un mot
il répondit à toutes les queftions
qu'ils luy firent avec tant
de force , de juſtefle , & de
preſenec d'esprit qu'il leur.
TOURNTUH
ferma la Bouche. W fut neang
moins remis entre les mains
du Chioux Bacchhii qui eur ors
dre de le garder avec fon
Akond , fon Kadinchain &
deux autres domeſtiques qui
le fervoient.
Le lendemain on fut viſiter
ſa maiſon , ton équipage .
fes hardes , ſes papiers ,& on
arreſta tous ſes gens qui furent
mis dans les prifons de la
Doüane ; mais il avoit fi bien
pris ſes meſures à Smyrne ,
qu'on ne trouva rien qui pût
dépoſer contre luy. Cependant
quoyque toutes ces ap
parences
HISTORIQUE. 161
parences luy fuffent favorablleess
,, on l'amena le même ſoir
avec fon Secretaire dans une
grande chambre , où on les
viſita encore juſques dans les
plis les plus fecrets de leurs vêremens.
Il avoit heureuſement
eu la précaution de donner le
Sceau de fes Armes , ou celuy
de fa Charge , à fon Secretaire
qui l'avoit enterré dans un
trou de la chambre où on
l'avoit enfermé la veille. Ce
qu'il y cût de plus fâcheux
pour luydans la rigueur de fes
perquiſicions , ce fut de ſe voir
obligé de déchirer & avaller
Février 1715.
162 JOURNALIHI
dix une Lettre de change de
mille piſtoles que le Kan d'Erivan
luy avoit donnée à prendre
, ſur le compte d'un gros
Marchand Armenien, nommé
Agabap , pour en recevoir la
valeur d'un de ſes neveux à
Conſtantinople.
à force
Paderi qui fut informé de
tout ce qui ſe paſſoit
de diligence & de ſoins , &
qu'on alloit refferrer encore
plus étroitement qu'on n'avoit
fait , Mehemet Riza Beg , fut
apprendre ces facheuſes nouvelles
àM. Defalleurs qui en
fut allarmé ,& qui luy donna
HISTORIQUE. 163
2010
la deffus ordre de redoubler
fes attentions , pour s'informer
directement , ou indirec
rement de ce qu'il deviendroit.
Il mit en effet tout en uſage,
pour s'mftruire du fort qu'on
luy deſtinoit , il přit toute for
re de figures , il te déguifa de
routes les manieres, tantoften
Juif, tantoſt en Armenien ,
tantoſt en Eſclave. A la fa
veur de ces déguiſemens , il
s'introduiſit chez les Grands ,
il ſe meſla avec leurs domeftiques
, en un mot il s'y prit fi
bien , que chaque jour , on
lay contoit , comme à un
Oij
264 JOURNALIH
homme fans conſequence st
toutes les circonstances d'une
affaire dont on ne le croyoit
pas fort curieux. Tantoſt on
luy diſoit que le Perfan qui
étoitdans la priſon duChaoux
Bachi , étoit reconnu pour
Eſpion , & que fon procés
étoit fait, tantoſt qu'on alloit
l'exiler , ou l'envoyer aux gale.
res , lorſqu'enfin on luyjura ,
qu'on étoit fûr qu'il étoit Ambaffadeurdu
Roy de Perſe en
France , qu'il étoit convaincu
d'avoir voulu traverſer les
Erats du Grand Seigneur
fans faire partde ſa Miſſion à
HISTORIQUE. 168
la Porte,qu'il alloit eſtre travé
comme un Elpion ; & qu'il
ne pouvoit plus en un mot
éviter la mort que fon attentat
meritoit. Il fut là-deſſus
rendre compte à M. Delalleurs
de tout ce qui le paſſoit.
Le peril étoit extrême , il y falloit
un prompt remede , ou le
Perfan alloit perir. Auffi ne
negligea til tien pour le tirer
d'un pas fi dangereux. Il cmploya
ſes ſoins , les preſents ,
For l'argent& ſes amis ,tout
enfin pour luy procurer fon
élargiſſement.
Sur ces entrefaites Paderi
166 JOURNALH
qui ne pouvoit nullement en
trer dans la maison duChaoux
Bachi , quoy qu'il fut de fes
amis , parce qu'il y étoit trop
connu , trouva le moyen de
s'aboucher avec un des Do
meſtiques de Mehemet Riza
Beg, qui (par grace fingulière )
alloit & venoir dans la Ville,
pourit acheter les provifions
neceſſaires à ſonMaiſtre. Il luy
donna plufieurs rendez vous ,
&receut de luy un détail de la
façon dont on traitoit l'Ambaffadeur.
En même temps
Paderi luy apprit tout ce que
M. Defafleurs faifoir pour fa
HISTORIQUE. 167
délivrance , & luy recommanda
de l'en informer pour l'encourager
: mais quelques jours
aprés luy avoir donné ces efperances
, les affaires de Mehemet
parurent encore plus
deſeſperées que jamais . Le même
Domestique vint dire à
Paderi qu'on devoit inceſſamment
faire mourir fon Maiftre;
que tous les jours ſes gens
étoient horriblement tourmentez
, qu'oonn les aſſommoit
de coups de bâton , qu'on les
menaçoit du feu , & qu'on les
appliquoit à la queſtion , pour
los obliger à déclarer ce qu'il
168 JOURNAL
étoit. Cependant nul d'entre
cux n'en voulut jamais rien
faire , ny par promelles , ny
par menaces.
(Un pareil exemple de conftance&
de fidelité , ſeroit , fr
je ne me trompe , bien rare
en France. )
Alors Paderi qui crût qu'il
n'y avoit plus rien à en efperer
, fut dire à M. Defalleurs
ce qu'il en penfoir. M. Defalleurs
auffi rôt le chargea d'un
double billet qu'il luy commanda
de donner au Domef
tique de l'Ambaſfadeur , afin
qu'il le remit entre les mains
de
1
HISTORIQQUUEE.. 169
de ſon Maiſtre , à qui l'un de
ces deux billets devoit apprendre
l'uſage qu'il pouvoit faire
de l'autre.
Fermer
Résumé : JOURNAL HISTORIQUE DU VOYAGE DE L'AMBASSADEUR DE PERSE EN FRANCE.
Le journal relate la visite exceptionnelle de l'ambassadeur de Perse en France, mettant en lumière l'honneur accordé à cet événement et l'intérêt suscité par ses présents. Le roi de Perse, Sultan Ussain, fils de Soliman et petit-fils du Grand Séfi, règne sur douze royaumes vastes et célèbres. Connu pour sa magnanimité et son aversion pour la cruauté, sa cour est structurée avec des figures clés telles que le Sadré Caffa, chef spirituel, et plusieurs ministres d'État appelés Rohna Dolvet. Le Monadgen-Bachi, astrologue royal, voit ses prédictions respectées. Le roi consulte régulièrement un devin et est accompagné par le Hakim-Bachi, premier médecin, lors des repas. Une matrone du harem appose le sceau royal sur les requêtes. Les bâtiments perses, bien que moins structurés que ceux d'Europe, possèdent un charme admiré par les Européens. Le palais royal, situé à l'ouest de la grande place appelée Meidan, est remarquable. Cette place est utilisée pour des exercices équestres et est bordée par une mosquée impressionnante. La grande mosquée du roi, dédiée à Cha-Abbas, possède un portail monumental et une façade peinte en azur avec des feuilles dorées. Les minarets servent à appeler les fidèles à la prière. Les festins publics en Perse sont somptueux et servent à traiter des affaires d'État et à recevoir des ministres étrangers. Lors des repas, le roi est servi en premier, et la salle est décorée de manière symétrique avec des objets en or et des animaux exotiques. Les nobles portent des habits somptueux, inspirés de la mode romaine antique. Au début du XVIIIe siècle, la cour perse imitait la magnificence d'Assuérus lors des festins, mais sans sa tempérance. Les Européens invités appréciaient la nourriture mais étaient gênés par les manières de table persanes, qui interdisaient l'usage de couteaux, fourchettes et serviettes. Le royaume perse, vaste et puissant, maintenait environ 150 000 hommes pour protéger ses frontières contre divers voisins mahométans. L'armée perse ne possédait pas d'infanterie ni d'artillerie, et les Perses n'avaient pas de force navale malgré leur potentiel, les Arméniens dominant le commerce maritime. En 1715, M. de Feriol envoya M. Fabre en Perse, remplacé par M. Michel après la mort de Fabre. Michel négocia un traité de commerce, mais les Arméniens s'y opposèrent, accusant les Français de crimes et cherchant à les forcer à changer de religion. Les missionnaires et marchands français furent persécutés, notamment à Gandja et Tiflis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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42
p. 241-279
« J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Début :
J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cheval, Roi, Chevaux, Maréchal de Matignon, Baron de Breteuil, Carrosse, Cour, Gardes, Duchesse, Princesse, Secrétaire, Lettres, Sa Majesté, Marseille, Roi de Perse, Seigneur, Honneurs, Empereur, Cérémonie, Trompettes, Dames, Valence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
Jay crû que la lecture de
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
ces Lettres pouvoit contribuer
à détruire une infinité
de mauvais difcours qu'on a
debité dans le monde , & certe
conſideration m'a determiné
à les donner telles à peu
prés que je les ay receuës.
J'aurois eſté quitte de ce ſoin
& j'aurois ſuivi ce Journal
ſimplement en Hiſtorien , ſi je
n'avois pas regardé ces Originaux
comme un für moyende
remettre du moins dans les efprits
prévenus , le ſens com.
Février 1715 . X
242 JOURNALH
mun qui doiry eftre. Je ſeray
contentde l'uſage que j'ay fait
de ces Lettres , fuellesfont le
ſuccés que j'en eſpere : en at
tendant je procederay, comme
je l'ay entrepris, à la conclu
fion de cette Hiftoire.
Quelques jours aprés que
l'Ambaſſadeur dePerſe fut en
trédans Marſeille ,M. Arnoul
Intendant des Galeres du
Roy ,& dont toute la Fran
ce connoît le merite , & Madame
l'Intendante fon Epouſe
accompagnez de toutes les
perſonnes de diftinction de la
Ville, furent le vifiter dans la
HISTORIQUE. 243
maiſon de M. deCartigny, Inf
pecteur General des Galeres ,
chez quiil a logé pendant ſon
féjour à Marseille. Il les re
ceut avec tant de politeſſe &
d'eſprit , que tout le monde
fut charmé de ſes difcours ,&
de ſes manieres , quoyque
fort differentes des noſtres.
Mais le François a commu
nément cela de particulier ,que
ce qui n'eſtpas àſa mode ,luy
paroît tout à fait extraordi
naire,&ce qu'il trouve extraor
dinaire luy paroiſt ridicule.
Curicux aujourd'huy à l'excés,
de ce qui le dégoûtera par-
Xij
244 JOURNAL
faitement demain , il croit
que la bigearrerie de ſon goût,
ſuffit pour autoriſer les caprices
de fon inconſtance. Tel
eſt le fort de toutes les nouveautez
en France , on ſe détrompe
cependant à la fin;
mais on n'y meriteles ſuffrages,
du Public , qu'aprés avoir
encouru toutes les diſgraces
de la cenfure.
Ce que je viens de dire a fon
application , mais il eſt inutile
d'en faire ici un détail que tout
lo monde ſçait ; & d'autres
Coins m'occupent upyo )
M. Intendant aprés avoir
4
HISTORIQUE . 243
1
1
A
donné tous les ordres qu'il
crût néceſſaires pour la commodité
de l'Ambaſſadeur de
Perfe ,& pour la ſeureté de
ſes Preſents , qu'il avoit confiez
à la garde du ſieur desMarais
Exempt de la Prevôté des
Galeres de Marseille , ne fongea
plus qu'à luy procurer des
plaiſirs qui puſſent le dédommager
des fatigues , & des pe.
rils de ſon voyage ; toutes les
Dames&tous les Officiers de
la Ville y contribuërent , par
tous les divertiſſements qu'on
pût imaginer. Les feftins , les
danſes , les promenades , les
Xiij
246 JOURNALH
ſpectacles & les aſſemblées ne
furent point épargnez; tour
enfin s'anima pour luy faire
des fêtes agreables .
Il y avoit alors à Marseille
unChaoux duGrand Seigneur,
qui fut témoin des honneurs
que recevoit tous les jours
l'Ambaſſadeur de Perfe. Il ſe
trouva juſtement logéàquatre
pas de fa maiſon. Il appric
qu'ildevoit retourner dans peu
de jours à Conftantinople , &
il ne voulut pas le laiſffer partic
fans le voir. Il l'envoya cher
cher par un de ſes Domeſtiques
qui le luy amena fur lo
champ.
HISTORIQUE. 247
Me donnois-tu bien , luy
ditil , dés qu'il le vit ? Non ,
Seigneur , loy répondit l'au
tre , mais j'ay oüy parler de
vous. Hé bien,teprit- il, puifque
tu ſçais que je fuis celuy
qu'on nommoit àConftanti .
nople Kadgi Mehemet , va din
rede mapart avecmalheureux,
àce fils de Peſcheur, à ce chien
deMehemerAga grandDoüanier
,que je n'étois ni Marchand
, ni Pelerin , qu'il eſt la
cauſe que j'ay perdu cent
bourſes; mais que fi Dicu me
fait la grace de retourner en
Cinquante mille éous.epis.
Xiiij
248 JOURNAL
۱
Perfe ,jeveux faire cloüer les
yeux à cinq cens devos Mar,
chands. Avons- nous laPaix ou
laGuerre avec vous ? Nous avons
laPaix , Seigneur , reprit
leChaoux en tremblant. Gela
érant , luy dit il , quel mal y
avoit il que je fuſſe Ambaſſa
deur icy ? m'y envoyoit-on
pour vous nuire ? j'y viens renouvellerune
ancienne amitié
qu'il y a entre l'Empereur de
France&le mien ,& vous vous
oppoſez àmon paſſage , vous
m'enfermez dans vos priſons ,
vous tourmentez mes Domeftiques
, & vous pillez mon
HISTORIQUE. 249
bien! Je vous reconnois mal
heureux , fils de Peſcheurs , à
ces marques d'infidelité! Je ſuis
lemaître de te trancher la tête;
mais cela ne feroit pas juſte.
Tu n'es pointdans nosEtats ,
&je ſuis fur les Terres de nos
amis , chez qui je ne voudrois
pas violer les droits de l'hof,
pitalitéqu'ils t'accordent. Scigneur,
lui dit lepauvreChaoux
bien effrayé , c'eſt le grand
Doüanier ,qui eſt ſeul cauſede
voſtre malheur , ne vous en
prenez pas à moy , je n'y ay
aucune part. Non non , re
prit-il , je ne m'en prends pas
250 JOURNALIH
à toy non plus , mais dis luy
feulementce quetu viensd'entendre.
Saluë de ma part le
Chaoux Bachy , c'eſt un fort
honnête homme , & l'Emir
Cheleby queje confidere fort.
Je tedonneraides Lettres pour
eux, reviens les chercher avane
de partie, auch and appr
Le Chaoux luy promit de
n'y pas manquer ; mais il ſe
gardabien d'en rien faire ,& il
ne fût pas plutôt hors de fa
maifon , qu'il jura de n'y ja
mais rentrer
M. de Beauvais , CommiffaireOrdonnateur,&
pluſieurs
HISTORIQUE. 251
Officiers de Marine furent té
moins de cette converſation ,
qui fut ſuivic aprés le diner ,
d'une Cavalcade à Mazargue.
M. l'Intendant avoit , dés
le commencement , cu foinde
luy faire donner des chevaux
qu'il fit harnacher à la Perfienne
, & qui luy ſervoient tous
lesjours à s'aller promener par
tout où il jugeoit à propos ;
tantôt dans la plaine de S.Michel
,&tantôt à Mazargue, où
il fut trois fois , & où il mit
tous les Païfans & toutes les
Païfanes en train dedanſer des
rigaudons & d'autres danſes
252 JOURNAL
!
du Païs. Ces feltes étoient tou .
jours ſuivies , ou de grands re .
pas , ou de collations magnifiques
, qui finifloient ordinairement
pardes Preſents de pieces
d'étoffe , ou d'argent même
qu'il donnoit de bonne
grace à ceux & à celles qui lui
plaifoient.
Sur ces entrefaites la Cour
envoïa M. de S. Olon à Marfeille,
pour lay faire de la pare
du Roy , les honneurs de la
France , & pour l'amener jufqu'à
Paris. Quelques jours
aprés fon arrivée , il regla l'ordre&
la ceremonie du voyage ;
L
HISTORIQUE. 253
& le vingt -trois Decembre mil
ſept cent quatorze il fortirde
Marſeille precedé d'un Déra
chement de Cavalerie du Regiment
de la Reine , ſuivi des
Gardes de M. le Comte de
Grignan. Les Gardes & le fieur
des Marais leur Exempt autour
du brancar où eſtoient les
Preſents qui estoient portez
par deux mules. Les Officiers ,
Maffiers , & autres gens de la
Maiſon de l'Ambaſſadeur devant
& autour de ſa perſonne.
La Marechauffée de Provence
s'eſtant avancée ſur le chemin
d'Aix à Marseille , ſe fit voit
234 3 TOURINTACE H
audit Ambaſladeur , à mefure
qu'il paſſoit , & marcha aprés
Il fut coucher à Aix & le
lendemain à Lambez , où Madame
de Simiane & tous les
principaux dela Ville furent le
voir. Il leur donna leCaffe &
les pria de danſer , ce que Mademoiselle
de Simiane fit de
bonne graces μα
De Lambez àOrgon.
D'Orgon à Avignon.
D'Avignon à Orange , où
il receut la viſite des Meſſieurs
&des Dames de la Ville , àqui
il donna le Thé& le Caffé ,&
**
HISTORIQUE. 255
qu'il pria de danſer , ce qu'ils
fitenre magne
DOrange àPierre Latte.
De Pierre Latre à Monte-
De Montelimar à Oriol
DOriol à Valence , où la
Garniſon ſe mit ſous les armes
& monta la garde chezluy
De Valence àS. Vallier...
De S. Vallier à Vienne , où
la Garniſon luy fit les mêmes
honneurs qu'à Valence ,& où
il receut les Dames & les Mefſieurs
à qui il donnale Thé &
loCaffe ,& qu'il pria de danſer
àl'ordinaire.
256 JOURNAL
De Vienne à Lyon où il
receut toutes fortes dhonneurs
, oùil fut viſiter Pegliſe
de faint Jean dont il fit fonner
la groſſe Cloche. Il demanda
aufli à voir la Maiſonde Ville ,
mais il vit une ſi grande affluence
de monde le jour qu'il
avoit choisi pour cette Cavalcade
, qu'il n'y voulut pas entrer.
Ily ſéjourna quatre jours.
Il eſtbonde remarquer , &de
dire en paſſant , qu'il faifoit des
preſents de pieces d'étoffe &
d'argent même dans tous les
lieux où on le recevoit à ſa
fantaifie.
De
HISTORIQUE. 257.
De Lyon à la Brefle.
De la Brefle à Tarare,
De Tarare à S. Syphorien.
De S. Syphorien à Roüane.
De Roüane à la Pacodiére.
De la Pacodiére à la Paliſſe .
De la Paliſſe à Varenne.
De Varenne à Moulins, où
il séjourna , & où il donna à
plus de quarante perſonnes de
diſtinction de la Ville un repas
magnifique à la Perfienne &
àla Françoiſe.
De Moulins à S. Pierre le
Mouſtier .
De S Pierre le Mouſtier à
Nevers.
Février 1715. Y
2 JOURNALH
داد
DeNevers à la Charitellus
De la Charité à Caunes .
DeCaunes à Neuvil
De Neuvil à Briart.
PAARA
De Briart à Montargis.
De Montargis à Nemours.
De Nemours à Melun.
De Melun à Charenton
où il arriva le vingt- fix Janvier
de la preſente année. Il y defcendit
dans la maiſon de M.
Dyonis , où on avoit eu ſoin
deluy preparer toutes les commoditez
imaginables .
A l'exception de quelques
circonſtances, tous lesLecteurs
font en cet endroit preſque
HISTORIQUE. 252
aufi- bien inſtruits que moy ,
du reſte des choses qui concernent
l'Amballadeur de
Perle ; & chacun ſçait qu'il
n'y a ni Curieux' , ni Curicuſes
à Paris qui n'ait été le voir à
Charenton ,& prendre ſa part
des feſtes , de la muſique,&des
liqueurs dont ily regaloit tout
le monde. Il y séjourna treize
jours ; & le furlendemain de
ſon arrivée , M. le Baron de
Breteüil , Introducteur des
Ambaſſadeurs& PrincesErrangers
, yalla luy faire unCompliment
de la part du Roy ;
honneur que Sa Majefté ne fait
१
Yij
60 BUJOURNALI
que tres rarement &dans des
occafions fingulieres, pub
Lo voicy mot pour moto
L'Empereurde France, mon
Maistre , le plus grand,o te
plus pieux des Empereurs. Chrétiens
, leplus magnifique des Rois
de l'Europe , le plus puiſſant en
guerre tant fur la Terre quefur
laMer , toûjours invincible ,l'a
mour deſes Peupleség le modele
parfait de toutes les vertus
Royales , m'envoye , Monfieur,
vous faire un Compliment de fa
part , ſe réjoir de vostre arrivée
auprés de Paris , la Capitale
de fon Empire , la plus ri
HISTORIQUE. 26t
che laplus fuperbe des Villes
de la partie du monde que nous
habitons. Ilfaitque l'Empereur
vostre Maistre , est le plus magnifique,&
le plus puißant Empereur
de l'Orient , & il est perfuadéqu'ayant
àſa Cour autant
de Perſonnages illustres qu'il en a,
il vous a choisi entr'eux comme
un Sujet d'un merite diftingué,
capable d'eftre le lien de l'union
de deuxfi Puißants Monarques
; il vous donnera ,Monfieur,
en toutes occafions des marques de
l'eftime ,&de la confideration
qu'il a pour un Ambaßadeu qui
vient de la part d'unfigrandEm
262 JOURNAL
pereur. Pour moy , Monfieur, je
regarde comme un bonheur d'eftre
le premier à qui il ait ordonnéde
vous venir complimenter de fa
part;j'iray au fortir de cette conference
luy rendre compte de l'execution
de ſes ordres , en
prendre de nouveaux pour vostre
entréeàParis, vostre audiance
à la magnifique Cour de Sa
Majesté Imperiale.
Le ſept de ce mois M. le
Marechal de Matignon &M.
le Baron de Breteül allerent
le prendre à Charenton dans
le Carroffe du Roy fuivi de
ceux des Princes & Princeſſes
<
HISTORIQUE. 263
de laMaifonRoyale ,&l'amerent
dans ce Carroffe , juſqu'à
l'entrée du Fauxbourg S. Antoine
, où ils deſcendirentdans
la maiton de M. Titon de
Villegenon qui les receut ,&
les regala avec toute la délicateſſe
, l'abondance & la magnificence
imaginables. Aprés
le diner , ils montérent tous
trois à cheval , & entrerent
dans Paris dans l'ordre qui
fuit.
La Compagnie des Inſpec .
teurs de Police à cheval uniformément
habillez , marchoit à
la teſte de tout.
264 JOURNALI
Ala distance do 30. ou 40.
pas le Carroffe du Baron de
Breteüil , & ceux du Maréchal
de Matignon.
Un Brancar porté par deux
mulets du Roy, fur lequel étoient
les Preſents que l'Ambaffadeur
apporte au Roy de
Ja part du Roy de Perfe : devant
& derriere ce Brancar
huit Trompettes de la Chambre
du Roy à cheval ,douze
chevaux de main des deux Ecuries
du Roy, magnifiquement
harnachez & menez par des
Palefreniers de la livrée de Sa
Majesté.
Quatre
HISTORIQUE. 265
Quatre chevaux de Sa Majeſté
avec des harnois à la Perfienne&
menez en main par
des Perfans.dridbigma
* Dix Perſans ou Armeniens
à Cheval portant haut de riches
fufils appuyez ſur la cuiffe.
Deux Armeniens chargez du
ſoin desPreſens duRoidePerſe.
Deux Pages de l'Ambaſſadeur
, ſon Maître des Ceremonie,&
fon Secretaire , l'Interprete.
L'Ambaſſadeur ſur un cheval
harnaché à la Perfienne
- avec le Maréchal de Matignon
à ſa droite , & le Baron de
Février 1715 . Z
1
266 JOURNAL
-:
Breteüil àta gauche marchant
tous trois de front.
Les Laquais Perfans & Armeniens
de l'Ambaſſadeur autour
de ſon cheval ; ceux du
Maréchal & du Baron de Breteüil
à coſté de leurs chevaux.
L'Ecuyer de l'Ambaſſadeur
portant l'Etendart du Roy de
Perſe , marchant immediatement
derriere luyavec un Page
qui portoit le ſabre de l'Ambaſſadeur
appuyé ſur ſa cuiffe.
Tous les chevaux qui ont fervi
à cette Entrée etaient des
Ecuries du Roy.
La marche étoit fermée par
HISTORIQUE. 267
le Carroffe du Roy , par ceux
deMadamela Ducheſſe deBerry
, de Madame , de M le Duc
d'Orleans , de Madame la Du
cheſſe d'Orleans , de Madame
la Princeſſe , de Madame la
Ducheffe Doüairiere , de M. le
Duc & de Madame la Ducheffe
, de Madame la Princeſſe de
Conty Doüairiere , de M. le
Prince , & de Madame la Princeſſe
de Conty , de M. le Duc
& de Madame la Ducheſſe du
Maine , de M. le Comte de
Toulouſe , de Madame la Ducheſſe
de Vandôme , & par celuy
de M. le Marquis de Tor
Zij
268 JOURNAL
cy , Miniftre & Secretaire d'Etat
pour les affaires eſtrangeres.
Le 19. de ce mois , M. le
Marêchal de Matignon & M.
le Baron de Breteüil , allerent
dans le Carroffe du Roy le
prendre à l'Hoſtel des Ambaffadeurs
, pour le conduire à
Verſailles . Toute ſa ſuite fut
montée ſur des chevaux de la
grande & de la petite Eſcurie ,
comme le jour de ſon entrée :
l'Eſtendart de Perſe marchoit
à coſté du Carroſſe : les douze
Fufilliers de l'Ambaſſadeur
auffi à cheval le fufil haut le
precedoient: lePrefentduRoy
HISTORIQUE. 269
de Perſe eſtoit porté dans un
autre Carroffe , par le ſicur
Agoubehant , Armenien , à
quí la clef en avoit eſté confiée
à Erivan : le Carrolle du Roy
s'arreſta dans l'avenuë de Verfailles,
chez le ſieur Bontemps ,
premier Valet deChambre du
Roy , &Gouverneur du Palais
des Thuilleries , qui avoit fait
preparer toutes fortes de rafraichiſſements
pour l'Ambaffadeur
& pour ſa ſuite: le
cheval que l'Ambaſladeur devoit
monter l'y attendoit,avec
des chevaux frais , pour toute
ſa ſuite , ainſi que les Trom
Zij
270 JOURNAL
pettes du Roy deſtinez pour
accompagner fa marche , qui
ſe fit en cet ordre , juſques au
Chaſteau . Le Carroffe du Baron
de Breteüil , precedé de
trois de ſes domeſtiques à cheval
: les deux Carroſſes du Marêchal
de Matignon , precedez
de même : douze chevaux de
main des deux Eſcuries du
Roy magnifiquement harnachez
& menez par des Palefreniers
de Sa Majeſté : quatre
chevaux du Roy avec des harnois
à la Perfienne , & menez
en main par des Perlans : les
douze Fufilliers à pied , por
HISTORIQUE. 271
tant haut leurs fufils :pluſieurs
domeſtiques de l'Ambaſladeur
à cheval : le Secretaire à la
conduite des Ambaſſadeurs :
le Moula de l'Ambaſſadeur ou
Docteur de ſa Loy : ſon Treforier
: le Page qui porte ſa
pipe : les huit Trompettes
de la Chambre du Roy:
Agoubehant auffi à cheval , &
portant fur fes deux mains le
Preſent & la Lettre du Roy de
Perſe enveloppez dans une
éroffe de ſoye à fleurs d'or : le
Maistre des Ceremonies de
l'Ambafladeur , & l'Interprete
à coſté de luy : l'Ambaſſadeur
Zij
272 JOURONTALH
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perſienne : le Marêchal
de Matignon à la droite,
&leBaron deBreteüil à ſa gauche
, marchant tous trois de
front: les Valets de pied Perfans
& Armeniens de l'Ambaffadeur
, autour de fon cheval:
la livrée du Maréchal de
Matignon& celle du Baron
de Breteüil à coſté de leurs
chevaux : l'Eſcuyer de l'Ambaſſadeur
à cheval , portant
l'Eſtendart du Roy de Perſe ,
marchoit inmediatement derriereluy
, avec unPage qui portoit
le fabrede l'Ambaſſadeur,
HISTORIQUE. 273
appuyé ſur ſa cuiffe : le Carroſſe
du Roy fermoit la marche.
Les Fufiliers de l'Am
bafladeur laiſſferent leurs armes
à la grille de l'avant-court du
Chateau ,& continuerent de
marcher fans armes. L'Ambaffadeur
trouva dans l'avantcourt
les Gardes Françoiſes &
Suiffes , au nombre de deux
mille hommes ſous les armes ,
les tambours appellant : fon
Eſcuyer laiffa l Eſtendard de
Perſeen dehors de la portede
la cour du Roy, où l'Ambaſſadeur
trouva les Gardes de la
Porte&de la Prevoſté auſſi en
274 JOURNALI
haye& tous les armes : elle étoit
remplie d'une ſi grande
multitude de perſonnes,queles
Gardes eurent bien de la peine
à faire faire place pour la marche
qui ſe fit autour de cette
cour , à la veuë des feneftres
deSa Majesté, A onze heures ,
l'Ambaffadeur accompagné
du Maréchal de Matignon &
du Baron de Bretcül , traverſa
la cour à pied , pour aller à
l'Audience du Roy parte degré
, qui conduit au grand ap.
partement de Sa Majesté.
L'Ambffdeur avant que d'y
aller , mit ſon fabre à ſon
• HISTORIQUE. 275
coſté : il portoit outre celaun
grand poignard dans un étuy
d'or à ſa ceinture , qu'il n'eſt
permis qu'aux Seigneurs qui
font Officiers du Roy de Perſe
de porter. Le Secretaire à
la conduite , marchoit à la
teſte du cortege , & Agoubehant
portant fur ſes mains
le Preſent découvert & la Lettredu
Roy de Perſe , precedé
des huit Trompettes du Roy ,
marchoit immediatement devant
l'Ambaladeur : il fut receu
au bas de l'Escalier , par
le Marquis de Dreux , Grand
Maiſtre des Ceremonies,& par
276 JOURNALI
le ſieur des Granges , Maiſtre
des Ceremonies , les cent Suifſes
eſtant fur l'eſcalier en habit
de ceremonie , la hallebarde
à la main : à la porte de
la Salle des Gardes en dedans
il fut receu par le Duc de
Noailles , Capitaine de la pre.
miere Compagnie des Gardes
du Corps, qui estoient en haye
&ſous les armes : ce fut là que
l'Ambaffadeur prit la Lettre
des mains d'Agoubebant ,&
la porta juſqu'au Thône du
Roy: elle eſtoit dans un fac
de brocard d'or d'environ un
pied & demi de longueur. Le
HISTORIQUE . 277
Thrône de Sa Majesté élevé
de huit marches , eſtoit au
fond de la gallerie de fon
grand appartement , en forte
que l'Ambaſſadeur arrivant
par la porte qui eft à l'autre
bout de la gallerie , apperceut
en entrant Sa Majeſté aſſiſe ſur
fon Thrône , ayant auprés
d'elle Monſeigneur le Dauphin,&
tous les Princes de la
Maiſon Royale : Sa Majesté
•avoitunair fi grand ,& fi
jeſtueux , que l'Ambaffadeur
en fut beaucoup plus frappé ,
que de l'éclat des pierreriesde
laCouronne dontl'habit de Sa
ma278
JOURNAL
Majeſté eſtoit couvert : ce fut
là qu'il commença ſon premier
falut. Sa Majesté en mefme
temps ſe leva , & oſta ſon
chapeau : la foule des Courtiſans
eſtoit ſi grande , que malgré
la vaſte étenduë de cette
gallerie , l'Ambaſſadeur fut
long temps fans pouvoir approcher
du Thrône , & fit fon
dernier ſalut , en y abordant ,
& monta juſques ſur le haut
du Throne: le Maréchal de .
Matignon , le Duc de Noailles
, le Marquis de Torcy , &
le Baron de Breteüil y monterent
auffi. L'Ambaſſadeur
HISTORIQUE . 279
en approchant duRoy, remit
d'abord la Lettre du Roy de
Perſe entre les mains de Sa
Majesté , qui la remit auffi toft
entre les mains du Marquis de
Torcy. Sa Majesté le couvrit;
& aprés que l'Interprete luy
eut expliqué ce que l'Ambaffadeur
ditoit , & dont voicy
les propres termes :
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Résumé : « J'ay crû que la lecture de ces Lettres pouvoit contribuer [...] »
En février 1715, Jay décide de publier des lettres pour contrer les discours négatifs. En décembre 1714, l'ambassadeur de Perse arrive à Marseille et est accueilli poliment par M. Arnoul, Intendant des Galères du Roi, et des notables locaux. Malgré les différences culturelles, l'ambassadeur charme par sa présence. M. Arnoul organise divers divertissements, y compris des festins et des spectacles. Un Chaouch exprime son mécontentement contre un douanier et reçoit des lettres à transmettre à Constantinople. L'ambassadeur participe également à des festivités à Mazargue, distribuant des présents et organisant des danses. Le voyage de l'ambassadeur de Perse en France commence le 23 décembre 1714 à Marseille. Il traverse plusieurs villes, accueilli par des honneurs militaires et des notables locaux. À Lyon, il visite l'église Saint-Jean. À Moulins, il offre un repas somptueux. À Charenton, il séjourne treize jours, recevant des visiteurs et offrant des festivités. Le baron de Breteuil lui transmet les compliments du roi de France. À Paris, une procession officielle accompagne l'ambassadeur, incluant des dignitaires français comme le maréchal de Matignon et le baron de Breteuil. La procession comprend des présents du roi de Perse, des trompettes, des chevaux, et la suite de l'ambassadeur. L'ambassadeur est ensuite escorté jusqu'à Versailles, où il remet une lettre du roi de Perse au roi de France en présence de dignitaires et de courtisans.
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43
p. 279-282
COMPLIMENT de Monsieur l'Ambassadeur de Perse ; interpreté & prononcé par le Sieur Paderi au Roy.
Début :
SIRE, l'Empereur mon Maistre qui est au service de [...]
Mots clefs :
Empereur, Ambassadeur de Perse, Étienne Padery
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT de Monsieur l'Ambassadeur de Perse ; interpreté & prononcé par le Sieur Paderi au Roy.
COMPLIMENT
de Monfieur l. Ambaſſadeurde
:
Perfe , interpreté & prononcé
par le Sieur Paderi au Roy.
SIRE ,
6
L'Empereur mon Maistre qui est
280 JOURNAL
aufervice de Dien & obfervateur
de la Loy du Grand Prophete , m'a
envoyé exprés , moy qui suis fon
esclave , au ſervice de Vostre Majesté,
pour demander à Dieu la
continuation de sa santé, en même
temps augmenter & renouveller
I'ancienne amitié. Il m'a ordonné
defortifier les fondements de cette
alliance , de la maniere que Vostre
Majestésouhaitteroit. Deplus j'ay
ordre de donner satisfaction , en
tout ce que vostre Majesté peut defirer&
de l'executer , pour ce qui
regarde encore quelques affaires
que Vorste Majesté a souhaitté.
Vostre esclave , SIRE, a ordre de la
part deSon Empereurde luy donner
toute lafatisfaction qu'un fils doit
donner à fon Pere puisqu'il confiderevostreMajestécommeſonpropre
Pere,
HISTORIQUE 281
Pere de plus SIRE , Elle peut
estre affeurée qu'il ne rompra jamais
de son coſté , le traitté ny
le nobleſeingSigné, à moins qu'il
ne provienne de la part de Vostre
Majesté.
F'espere auffi que Dieu mefera la
grace d'executer les ordres que
VostreMajestéme donnera icy;maintenant
que j'ay le bonheur de la
voir dansſon Trone de glaire ,je
Sens que c'est bien peu de choſe d'avoir
tant pâti pour le service de
deuxfi grands Empereurs
Que Dieu conferve à jamais
Vostre MajestésurfonThrone éclatant;
qu'il confonde toûjours ses
nnemis leur faffe reffentir la peinteur
defon bras redoutable ,
ن م
w'il luy plaiſe donner à Vostre
ajesté & à mon Empereur une
Février 1715 . Aa
282 JOURNAL
Paix profonde. Que Dien le
veuille.
de Monfieur l. Ambaſſadeurde
:
Perfe , interpreté & prononcé
par le Sieur Paderi au Roy.
SIRE ,
6
L'Empereur mon Maistre qui est
280 JOURNAL
aufervice de Dien & obfervateur
de la Loy du Grand Prophete , m'a
envoyé exprés , moy qui suis fon
esclave , au ſervice de Vostre Majesté,
pour demander à Dieu la
continuation de sa santé, en même
temps augmenter & renouveller
I'ancienne amitié. Il m'a ordonné
defortifier les fondements de cette
alliance , de la maniere que Vostre
Majestésouhaitteroit. Deplus j'ay
ordre de donner satisfaction , en
tout ce que vostre Majesté peut defirer&
de l'executer , pour ce qui
regarde encore quelques affaires
que Vorste Majesté a souhaitté.
Vostre esclave , SIRE, a ordre de la
part deSon Empereurde luy donner
toute lafatisfaction qu'un fils doit
donner à fon Pere puisqu'il confiderevostreMajestécommeſonpropre
Pere,
HISTORIQUE 281
Pere de plus SIRE , Elle peut
estre affeurée qu'il ne rompra jamais
de son coſté , le traitté ny
le nobleſeingSigné, à moins qu'il
ne provienne de la part de Vostre
Majesté.
F'espere auffi que Dieu mefera la
grace d'executer les ordres que
VostreMajestéme donnera icy;maintenant
que j'ay le bonheur de la
voir dansſon Trone de glaire ,je
Sens que c'est bien peu de choſe d'avoir
tant pâti pour le service de
deuxfi grands Empereurs
Que Dieu conferve à jamais
Vostre MajestésurfonThrone éclatant;
qu'il confonde toûjours ses
nnemis leur faffe reffentir la peinteur
defon bras redoutable ,
ن م
w'il luy plaiſe donner à Vostre
ajesté & à mon Empereur une
Février 1715 . Aa
282 JOURNAL
Paix profonde. Que Dien le
veuille.
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Résumé : COMPLIMENT de Monsieur l'Ambassadeur de Perse ; interpreté & prononcé par le Sieur Paderi au Roy.
Le Sieur Paderi prononce un discours diplomatique au nom de l'empereur de son pays, adressé à un roi. L'empereur envoie Paderi pour renouveler l'amitié entre les deux nations et renforcer leur alliance, conformément aux souhaits du roi. Paderi est chargé de satisfaire toutes les demandes du roi et de traiter les affaires mentionnées par celui-ci. Il exprime la loyauté de l'empereur envers le roi, le comparant à un père, et assure que l'empereur ne rompra pas le traité signé sauf si le roi le décide. Paderi espère exécuter les ordres du roi et exprime sa joie de voir le roi sur son trône glorieux. Il souhaite la conservation éternelle du roi sur son trône et la défaite de ses ennemis. Enfin, il prie pour une paix profonde entre les deux souverains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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44
p. 283-284
COMPLIMENT de l'Ambassadeur de Perse à Monseigneur le Dauphin.
Début :
MONSEIGNEUR, Je prie sa Divine Majesté qu'il veüille vous [...]
Mots clefs :
Dauphin, Empereur, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMPLIMENT de l'Ambassadeur de Perse à Monseigneur le Dauphin.
COMPLIMENT
de l'Ambaſſadeur de Perſe à
Monfeigneur le Dauphin.
MONSEIGNEUR ,
Jepriesa Divine Majesté qu'il
venille vous conferver ,qu'il augmente
vos jours & vos années ;
que vous deveniezbeaucoup vieux,
quevous imitiezvostre grand Pere ,
ce grand Empereur , à qui Dieu
donne longue vie ,afin qu'ilpuiße
vous donner l'éducation neceßaire
pour gouvernerfon Empire autant
que celuy de ce grand Empereur ,
que Dieu le fafſſe.
Si j'ofois prendre la liberté
Monseigneur de me profterner pour
vous baiser la main ,je leferois
Aa ij
284 JOURNAL
avec beaucoup de respect ; mais celuy
que j'ay pour vostre personne
facrée, estsigrandque je n'oſe m'en
approcher defipréssc'est lefeulmotif
qui m'en empêche. Que Dieu augmentevosjours
&vousfaſſe vieux.
de l'Ambaſſadeur de Perſe à
Monfeigneur le Dauphin.
MONSEIGNEUR ,
Jepriesa Divine Majesté qu'il
venille vous conferver ,qu'il augmente
vos jours & vos années ;
que vous deveniezbeaucoup vieux,
quevous imitiezvostre grand Pere ,
ce grand Empereur , à qui Dieu
donne longue vie ,afin qu'ilpuiße
vous donner l'éducation neceßaire
pour gouvernerfon Empire autant
que celuy de ce grand Empereur ,
que Dieu le fafſſe.
Si j'ofois prendre la liberté
Monseigneur de me profterner pour
vous baiser la main ,je leferois
Aa ij
284 JOURNAL
avec beaucoup de respect ; mais celuy
que j'ay pour vostre personne
facrée, estsigrandque je n'oſe m'en
approcher defipréssc'est lefeulmotif
qui m'en empêche. Que Dieu augmentevosjours
&vousfaſſe vieux.
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Résumé : COMPLIMENT de l'Ambassadeur de Perse à Monseigneur le Dauphin.
L'Ambassadeur de Perse adresse des vœux de longévité au Dauphin, espérant qu'il imite son grand-père, un grand empereur. Il souhaite que Dieu accorde une longue vie à cet empereur pour éduquer le Dauphin à gouverner. L'ambassadeur exprime son respect et renouvelle ses vœux de longévité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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45
p. 3-53
CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
Début :
J'APPREHENDE à un tel point que les / A tous ceux qui ces presentes verront, sçavoir faisons ; [...]
Mots clefs :
Empereur, Étrangers, Banque, Argent, Gouvernement, Cour, Finances, Royaumes, Paiement, Chambre des finances, Capitaux, Offices, États héréditaires, Privilèges, Chancellerie, Florins, Gouvernement, Charles VI, Institution, Confiscations, Somme
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texteReconnaissance textuelle : CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
APPREHENDE
à un tel point que les
Nouvelles Litteraires
n'excluënt de ce Livre les Nouvelles
generales , comme elles
ont fait le mois paffe , que
pour prevenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur .
May 1715 . A ij
4 MERCURE
CHAR LES VI.
par la Grace de Dieu , élû
Empereur des Romains , toujours
Auguſte , Roy de Germanie
, des Eſpagnes ,deHongrie,
de Bohême, de Dalmatie
, de Croatie , d'Esclavonie,
&c. Archiduc d'Autriche ,
Duc de Bourgogne , de Stirie ,
de Carinthie ,de Carniole,
Wirtemberg , Comte d'Habfpurg
,de Flandres , de Tirol ,
Goricic ,&c. هد
Atous ceux quices prefentes
verront , ſçavoir faiſons ;
GALANT. 5
qu'aprés la mort de Sa Majefté
Imperiale Joſeph I. noſtre trescher
Frere , de glorieuſe memoire
, étant entrez dans la
poſſeſſiondenos fidelesRoyaumes
, Pays , & Etats Hereditaires
, noſtre premier ſoin a
été , à l'exemple de nos glorieux
predeceffeurs,entr'autres
affaires importantes , d'aviſer
aux moyens de ſoulager nos
Sujets ,& Habitans , affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre , & par les contributions
qu'ils y ont ſupportées
comme auſſi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
:
A iij
6 MERCURE
de noſtre Chambre des Finan .
ces & autres. Sur quoi ayant
conſideré la conſtitution de
nofdits revenus , afin d'y
proportionner noſtre dépenſe
, & de rétablir la confiance
,& le credit qui avoient
fouffert quelque diminution
en forte que le commerce en
ſoit avancé , & les contributions
diminuées ; & que par
l'établiſſement d'une bonne
Oeconomie , & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes >
& Etats
Hereditaires , ils ayent occafion
de fleurir , & de profperer.
GALANT. 7
i
1
Deſſein ſalutaire que nous
n'avons pû executer juſqu'à
preſent , à cauſe de la guerre
paffée , & des autres fâcheuſes
circonſtances du temps. Et
ayant reconnuque de tous les
moyens poſſibles , pour parvenir
à cette noſtre intention ,
il n'y en avoit point de plus
convenable , que l'introduction
d'une eſpece de Banque
dans tous nos Royaumes , &
Etats Hereditaires , maintenant
que par la Providence &
bonté Divine ils joüiſſent tous
d'une tranquille Paix' : Nous
avons réſolu de l'avis de nos
A iiij
8 MERCURE
fideles Miniſtres , aprés meure
déliberation , d'ériger dans
tous nos ſuſdits Royaumes &
Etats , une Banque generale ,
libre & telle , que chacun y
trouve ſa ſcureté ,& non- feulement
de la munir d'un Gouvernement
autorisé , mais auffi
de le rendre indépendant du
Conſeil de la Chancellerie de
noſtre Cour , & autres Jurifdictions
ſubalternes . Nous
avons en outre pourvû , à ce
que ladite Banque ſoit établic
fur un fonds fuffilant , pour
fournir à tous les payemens
&debourſemens neceſſaires ,
GALANT. 9
ſans que l'on puiſſe jamais en
diftraire aucune partie , pour
s'en ſervir ailleurs , ni le charger
d'aucune forte d'impoſition.
Mais au contraire que
les Bancaliftes puiffent en donnant
des ſeuretez ſuffiſantes
pour le remboursement , y
trouver , de fois à autre , fur
leur credit , les ſommes dont
ils auront beſoin , pour faire
leurs payemens , & pour la
Manutention de leur trafic ,
negoce & Manufactures , &c.
moyennant trois pour cent
d'interêrs , par où ils éviteront
l'inconvenient des emprunts à
10 MERCURE
groſſe Ulure , àl'effet de quoi,
&pour conſtituer à ladite Banque
un fonds ſeur & ftable ,
Nous avons gracieuſement
réſolu .
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
, feront attribuez
& affectez à ladite Banque ,
comme en Dot , tous les reftans
ſans exception , qui nous
ſont dûs en divers Offices ou
Bureaux ,& deſquels le compte
n'a pas encore été rendu , ordonnant
, & donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque ,
d'en faire la recherche &liquiGALANT.
II
dation , & d'en exiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item .
2. Tout ce qui nous ſera
dû pour le Droit d'Abfart ,
qui ſe paye quand on délaiffe
totalement le Pays , ordonnant
aux Officiers de noſtre
Cour , & à nos Subſtituez ,
dans nos Royaumes& Etats
d'en rendre compte. Comme
auſſi , tous les biens qui ſetrouveront
nous écheoir par caducité
,toutes les contrebandes,
&toutes les confiſcations en
argent. Item.
,
11 MERCURE
3. Nous cedons & laiffons
àperpetuité à ladite Banque ,
le droit appellé la taxe , qui
nous appartient en noſtre qualité
de Souverain du Pays , &
generalement toutes les
amendes en argent qui tombent
en noſtre Treforerie.
Item.
4. Nous attribuons & affectons
à ladite Banque tout ce
que chacundevra payer, ſelon
ſa Claſſe , pour Arthes de Legitimation
, lorſque voulant
joüir des Privileges,Prerogatives
, Benefices , & Avantages
d'icelle, il ſe fera infcrire
GALANT. 13
dans le Regiſtre de la Banque
ſelon la Matricule cy- jointe ,
leſdites Claſſes y étant tellement
diſpoſées , que ceux de
la baſſe devront payer trois
cent florins,&ceux de la plus
haute deux cent. Item.
s. Tout ce qui ſe devra
payer pour Arthe de Legitimation
, par ceux qui poffedent
quelque Charge ouOffice
, dans tous nos Royaumes,
&Etats Hereditaires, ſoit dans
le Civil , ou dans le Militaire ,
foit dans nôtre Cour , ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent
, ſoit en nôtre Chambre
14 MERCURE
des Finances ou autres , & generalement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment , ou
qui reçoivent par an de nôtre
Treſorerie , la ſommede soo.
florins ou plus , pour Gages ,
Aides , ou Penſions , à l'exception
ſeulement des Gens de
Livrée qui ſervent à nosCours
Imperiales , nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois , fix pour cent
de l'argent qu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci -aprés quelques
Appointemens ,Gages ouPen-.
fions de soo. florins ou auGALANT.
15
deſſus , ils feront obligez d'en
laiſſer à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois , mais par Quartiers ; ſcavoir
le Premier , & le Troifiéme.
Moyennant quoy auſſi ,
ils ſeront exactement payez
dans la ſuite. Item .
6. Tout ce qui proviendra
de l'Arthe des Affignations
fur nos Revenus & Concefſions
, tant Militaires que de la
Chambredes Finances ,qui ſe
payent aux Gens deGuerre en
Argent comptant , & non en
Portions de Vivres , leſquels
Payemens pour plus de ſeure
16 MERCURE
té & de regularité , ſe feront
à l'avenir par la Caiffe generale
de la Banque , les aflignez
gardant neanmoins toûjours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en ſera de même de
ceux auſquels on aura donné
des Affeurances & Affignations
ſur la Banque , ou qui
ſeront compris dans l'état general
des Liquidations , & Difpoſitions
, leſquels y recevant
regulierement , & à tems le
Capital & les Interêts de la
ſomme qui leur aura été aſſignée
, en laifferont trois pour
Cent à ladite Banque , ce qui
leur
GALANT. 17
leur ſera une perte fort petite ,
&preſqu'inſenſible , en comparaiſon
de celle qu'ils étoient
ſouvent obligez de ſupporter
ci devant , par diverſes Avaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'Arrhe de Reſervation, qui
conſiſte en ce que ceux des
Bancaliſtes qui voudront retirer
leur Capital , payeront un
pourCent de Reconnoiffance,
au lieu que ceux qui l'y laiſſferont
, pourront , en vertu des
Privileges accordez aufdirs
Bancalides ,le negotier à vo-
May 1715. B
18 MERCURE
lonté , & neanmoins en recevoir
trois pour Cent d'Interêt
; de ſorte que les Negotians
qui voudront entrer dans
la participation de ladite Banque
, jou ront du Capital , &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Negociation. Mais
parce que ces Negociationslà
, & les Tranſports des Parties
aſſignées , emporteront
beaucoup d'Ecritures , laBanque
en retiendraun pourCent,
ainſi qu'il ſe pratique ailleurs .
Item.
8. L'Arrhe de ContribuGALANT.
I19
tion , que devront payer les
Juifs qui font tolerez dans nos
Royaumes & Pays Hereditaires
, & qui vivent ſous nôtre
Protection , laquelle Contribution
,ils devront payer fuivant
la Liſte cy-jointe , pour
joüir des Privileges & Benefices
de la Banque , & ils ne ſeront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trefore,
rie , ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au fervice
dans nôtre Chancellerie
de Cour , ou du Pays , avant
d'avoir payé ladite Arthe
moins encore de pouvoir de-
,
Bij
20 MERCURE
meurer dans nôtre Ville de
Refidence.
Et comme nôtre Intention
eſt , que les Biens , Effets & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque , pour luy ſervir
de Fonds ; ſçavoir , les reſtans
qui nous font encore dûs , les
Confiſcations , Caducitez
Contrebandes , Droits d'Abfart
, Taxe , Amendes pecuniaires
, Arthes de Legitimations
, d'Offices , de Reſervations
, & de Contributions des
Juifs , y entrent le plûtôt qu'il
ſera poſſible , afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer ,
GALANT. 21
ne ſouffre aucun retardement.
C'eſt pourquoy , Nous voulons
& ordonnons , que tous
ceux qui poffedent quelque
Charge & Office de nôtre
Cour ou des Jurisdictions
د
qui en dépendent , ſoit Civil
ou Militaire
,
comme auffi
ceux qui ſont au ſervice de la
Chambre des Finances , &les
Juifs qui vivent ſous nôtre
Protection , ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cela , dans le terme de fix ſemaines
, à compter du jour
de la Publication des preſentes
, toutes les ſommes qu'ils
22 MERCURE
doivent remettre ou payer ſuivant
la Matricule ; ſçavoir ,
pour laBaſſe Autriche à la Banque
même ici à Vienne , &
pour la Haute Autriche à ſes
Colleges ſubſtituez à Lintz.
En outre , pour alleurer àladite
Banque ,un établiſſement
d'autant plus ferme & folide ,
Nous avons gratieuſement
pourvû , à ce que , outre le
Fonds perpetuel ci-deſſus mentionné
, qui produira annuellement
de groſſes ſommes , il
y en ait encore deux autres
Subfidiaires , dont l'un facilitera
les Payemens , & l'autre
GALANT . 23
S
,
c
-
1
S
-
1
fournira aux Bancaliſtes unc
ſeure Garantie de leurs Capitaux.
Le premier fe formera
de tous nos Revenus , tantMilitaires
que de la Chambre ,
qui ſe payent en argent&non
ennature; nôtre volonté étant
qu'ils paſſent tous par la Banque
; Et le ſecond qui ſera le
Fonds de Garantie , ſe trouvera
dans l'obligation où ſeront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent ſera confié , d'y
dépoſer à la Caiſſe un Capital .
proportionné aux ſommes
dont ils auront le maniement ,
duquel Capital ils tireront an24
MERCURE
nuellement cinq pour cent
d'Interêt; Et comme tout Succeffeur
àl Office ſera obligé ,
de prendre ſur ſon compte ,la
ſomme que ſon Predeceffeur
avoit depofée à la Banque , il
en refultera uneperpetuité de
Fonds , de Seureté & de Garantie
,qui nedéfaudra point.
Item , pour mieux contribuer
encore à l'affermiſſement
& accroiffement de ladite Banque
, Nous luy avons gratieu-
• ſement Octroyéles Privileges,
Exemptions & Benefices Livans
, dont les uns ſont Rée's ,
& appartiennent à la Banque
même ,
:
GALANT. 25
:
même , & les autres Perſonnels
, c'est- à- dire , concernant
lesBancaliſtes , chacun ſelon la
ſomme qu'ily aura miſe ,&la
Claſſedont il ſera .
1. Que les Directeurs de la
Banque , avec leurs Colleges
ſubſtituez , feront exempts ,
eu égard à leur Adminiſtration
& Fonction , de la JurifdictionduConſeil
de la Chancellerie
de laCour , & de celle
de nôtre Chambre des Finances
,& de toutes les Jurifdictions
ou Inſtances qui ſe trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires , mais qu'ils
May 1715. C
26 MERCURE
F
dépendront uniquement de la
Direction & Sur - Intendance
du Gouvernement de la Ban.
que , lequel nous établiſſons
pour ſon avancement & conſervation
dans la maniere qui
fuit ; ſçavoir.
>
2. Qu'afin qu'elle ſe puiſſe
toûjours maintenir en bon
état , & qu'en cas de Peſte
de crainte de l'Ennemi , ou
d'autres accidens ſemblables ,
les Bancaliſtes , & les autres
Creanciers , puiſſent toûjours
y retrouver ,& en retirer fon
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
GALANT. 27
םי
,
コン
"
paſſé avec elle , à tel point
qu'elle ne ſera pas obligée de
donner credit , ni à nous , ni
àquelque Particulier que ce
foit,fans une fuffiſante ſeureté
qui la puiſſe garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les PlacesdeCaiſſiers ,Teneurs
de Livres , Ecrivains , &autres
Officiers Subalternes , les Directeurs
nommeront pour
e5s chaque Place trois Sujets ,
S
-
2
entre ceux qu'ils jugerontpropres
à les remplir , ils les propoſeront
au Gouvernement
de la Banque , & leGouverne-
Cij
28 MERCURE
ment en choiſira upasu
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuelleiment
à la petite Contribution
de la Banque , ſelon les Claſſes
de la Matricule , qui puiflent
poſſeder des Offices Civils ou
Militaires , ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie , & Jurifdiction
de noſtre Cour , ou autres qui
en dépendent , y compris les
Docteurs , Avocats , Agents ,
&autres ſemblables , tous lefquels
voulant conſerver leur
Office , feront obligez de ſe
GALANT. 29
1
faire infcrire , & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront ſeulement de nôtre
Conſeilde Guerre , & des
Tribunaux , Jurisdictions , &
Chancelleries ,qui en dépendent.
,
5. Iln'yauraque ceux qui
auront auparavant fervi fix
mois dans la Banque , qui
foient capables dans la ſuite
de parvenir à un autre pareil
Employ , Fonction ou Franchiſe
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous feroit devolu ,
ou de recevoir de nous quel
Ciij
30 MERCURE
quesAppointemens ,Aides ou
Penfions. Il ne ſera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôtre Cour , au Conſeil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent , aprés le terme
d'un an , à compter du jour de
la publication des preſentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de noſtre Bon plaifir ,
finon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Ban.
caliſtes , ſoit qu'ils les ayent
acquis par affignation , ou
qu'ils les ayent mis eux mêmes
à la Banque , feront francs
GALANT. 31
, aprés le terme de ſix mois
des Droitsque les autres biens
payent ,& de toute contribution
telle qu'elle puiſſe être.
Ils ne pourront y être ſoumis
fous quelque pretexte qu'on
ſe puiſſe imaginer. Parcillement.
7. S'il ſe fait quelque Arrêt ,
furquelques effets de la Banque
& que le Débiteur ſoit un
Bancaliſte , on ne pourra proceder
au tranſport deſdits
effets , au profit de ſes creanciers
, juſques à ce que l'on ait
fait recherche de ſes autres
Biens , &qu'il ait apparu qu'il
C iiij
32 MERCURE
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point ſujet à confiſcation
fice n'eſt pour crime de Leze
Majefté , ou qu'il y cût collu.
ſion entre deux Perſonnes ,
dont l'une prêteroit fonnom
à l'autre , par tromperie , &
en fraudede l'inſtitution.
9. Les Etrangers qui feront
intereſſez dans la Banque ,
joüiront avec nos ſujets &
habitans d'une égale ſeureté ,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y aura nulle difference
GALANTC. 33
entr'eux à cet égard ,& s'il
arrive une Guerre entre Nous
&le Prince , ou la Seigneurie,
dont le Bancaliſte étranger ſeroit
ſujet , fonCapital ne ſera
point ſujet aux confiſcations
&ſaiſies pratiquées en cesoccafions.
10. Quand aux Negotiations
ou Payemens qui ſe
feront dans la Banque , ou
par la Banque , il ne ſera pas
abfolument neceffaire pour
ſa propre ſeureté d'en avoir
des Certificats , & fi le Débiteur
venoit à perdre la Quittance
du payement qu'il au34
MERCURE
roit fait , il luy luffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en Juſtice , contre toute ex)
ception , à moins qu'elle ne
für tirée du contenu même de
l'Extrait.
9
11. S'il ſurvient des Differens
pour des affaires de laBanque
, quelles qu'elles foient
&qu'on en vienne à plaider
contradictoirement , les Bancaliſtes
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
pardevant les Tribunaux de la
Cour& autres qui endépendent
, encore que d'ailleurs ils
GALANT. 35
i
en relevaſſent , mais on connoîtradudifferend
dans la premiere
Inſtance judiciaire de la
Banque , d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque , qui en jugera
Souverainement , felon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires , & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Reviſion ou d'Appel.
12. Chaque Bancaliſte
pourra ſe prevaloir à laBanque,
d'une ſomme proportionnéc
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé ſuivant la
matricule ; c'est-à-dire qu'en
36 MERCURE
payant un florin , il pourra ſe
prevaloirdecentt,,&pour 200.
de vingt mille à trois pour le
cent d'intereſt , au cas que la
Banque y puiſſe fournir. Et
par contre.
13. Chaque Bancaliſte , retireratrois
pour cent d'interét ,
detoutes les ſommes qu'il aura
miſes àla Banque , c'eſt à dire
que de cent florins il en retirera
trois par an , & que de fix
mille fix cent foixante fix ,&
quarante Creutzers , il en retirera
deux cent. Et quoiqu'un
tel Bancaliſte vienne à
negotier par Affignation la
GALANT. 37
ſomme de fon Capital , il ne
laiſſera pas de joüir toûjours
de l'interêtde trois pour cent ,
àmoins qu'il ne vint à negotier
leCapital même , ou qu'il ne
le returâtde la Banque en argent
comptant , car le Benefi
ce de la Banque ſera tel , que
toutBancaliſte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
fommede ſonCapital,&neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
&tirer du profit. Mais ſi ce
Bancaliſte vouloit retirer fon
Capital de la Banque en argent
il feraobligé de le noti
38 MERCURE
fier fix mois devant , & ne le
pourrapas retirer avantl'expiration
de ce terme , quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
, mais il pourra , comme
il a été dit ci - deſſus , le tranfporter
ou affigner à un troifiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourſer à
un Bancaliſte ſon Capital ,
fans ſa volonté , ſans le luy
avoir notifié trois mois auparavant
.
14. Tout Bancaliſte pourra
depoſer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaiffe , fans payer
GALANT. 39
}
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
&fans aucune forte d'avarie.
On ne pourray dépoſer moins
de mille florins à la fois ,& en
le retirant , onne pourra en
prendre ou affigner des Parties
moindres de cent florins .Mais
lareception , & la reſtitution
s'en feront abſolument gratis ,
& fans frais. Les perſonnes
aſſignées ſur ledit dépoſt
pourront demême en diſpoſer
librement& fans frais . Par ce
moyen les riches Negotians
&autres pourront , s'il veulent
épargner la dépenſe annuelle
40 MERCURE
،
d'unCaiſſier , éviter le danger
de ſon infidelité , ou même de
leur vie , celuy du feu & autres
finiſtres accidents auf
quels font expoſez ceux qui
tiennent leur argent chez eux.
15. Il ſera pourvû contre
ledanger de la perte de Documents
, ou receus que la Banque
donnera des ſommes
qu'on y aura mifes , en forte
que le Poffeffeur illegitime ,
c'eſt à-dire celuy qui les auroit
derobez , ou acquis par d'autres
voyes indirectes ,ne pourra
s'en prevaloir s'il ne montre
un ſigne , que la Banquedonnera
GALANT. 41
nera au veritable proprietaire
, avec le receu de ſon argent
,& fi le vrayProprietaire
venoit àperdre ſonDocument
ou receu , par infidelité , incendie
, ou autre cas fortuit
il pourra toûjours , en produiſant
ledit ſigne , recevoir ſon
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque , ni
dans lesColleges ſubſtituez
ni même dans le ſervice &
adminiſtration d'icelle , que
des Bancaliſtes , & ils y feront
promus par Election , & avancez
chacun à proportion de
May 1715 . D
42 MERCURE
la Claſſe dont il ſera dans la
matricule.
Pour plus grande ſeuretédes
Bancalıſtes , & Crediteurs de
laBanque , nous avons encore
gracieuſement réſolu , d'y
établir un Gouvernement
fuperieur , auquel nous avons
donné telle autorité , qu'il
n'eſt pas même ſoumis à laJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour , mais ſeulement
ànous comme fuprême Prorecteur
& Conſervateur de
ladite Banque generale. Ledie
Gouvernement veillera fur
tout , à ce que l'on ne déroge
GALANT. 43
en rien aux Loix fondamentales
, Prerogatives , Privileges
&Franchiſes de la Banque. A
ce que le Fondsperpetuel n'en
foit point diſtrait ,& employé
ailleurs , & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances , qui
pafferont par la Caiſſe de la
Banque , ne foient point chargez
d'aſſignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effet il ſe fera tous les ans
un état de recette , &de dépenſeà
proportion de ce qui
ſera entré&cet état ſera dreſſé
de concert entre noſtre
"
Dij
44 MERGURE
Chambre des Finances , le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen , ceux qui feront affignez
ſur la Banque , entre lef
quels voulons qu'on ait un
égard particulier , aux gens
de noſtre Cour , & de Guerre,
comme auflianos Conſeillers
effectifs , gens d'offices & ferviteurs
à gages , dans tous nos
Royaumes & Pays hereditaires
, feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
GALANT 45
de l'année nous cuffions beſoin
du credit de la Banque ,
pour fournir à des dépenſes
inevitables , elle ne ſera en
nulle maniere obligée de les
prêter,au delàdes ſeuretez que
nous luy donnerons pour fon
remboursement. Et fi le gouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irregularité
ou negotiation prejudiciable
&dangereuſe , il y apportera
incontinent le remede convcnable.
Et afin que cela puiſſe être
facilement executé , nous
avons fait donner au Gouver
46 MERCURE
nement de la Banque , & à la
Banque mêmedes inſtructions
fuffiſantes pour prevenir les
malverſations , & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
regularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établiſſement au
Public,&à nos propres Finances
, doivent raffeurer contre
la crainte qu'il ſoit un jour
renverſé . Les revenus de nôtre
Chambre des Finances en
,
feront augmentez, & nos dertes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Treſoreric, ne ſera plus
GALANT. 47
chargée de dettes injuftes. Il
n'y aura que les legitimes qui
foient payées,& elles le ſeront
exactement. LesColleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays hereditaires , auront l'oeil
fur les gens d'Office. Ils cmpêcheront
les fraudes , & les
pratiques dangereuſes. Les
gensde Guerre aſſignez ſur la
Banque pour le payement de
leurs gages , les recevront
regulierement , & feront entretenus
en bon état. Nos
fidelles ſujets & habitans , y
trouveront en diverſes ma
48 MERCURE
nieres du foulagement. Le
credit ſera augmenté , & le
cours de l'uſure , ſi prejudiciable
à nous & à nos Etats
ſera arrêté . Par le retranchement
des intereſts exceſſifs
nôtre Treforerie ſera ſoula-
*
gée. Nôtredite Cour ſera
pourveuë à temps de choſes
neceſſaires , d'où ſuivra une
épargne conſiderable. L'on
aſſiſtera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands , qui
ſe ſeront intereſſez dans la Banque
, en leur fourniſſant de
groſſes ſommes , à petit intereſt.
On mettra le Payſan
en
GALANT. 49
:
en état de payer plus facilement
ſes redevances . Et enfin
par l'accroiffement du Commerce
, on procurera feurement
la profperité publique.
Confiderant donc les avantages
qui refulteront pour
nous , & pour le Public , de
cette inſtitution , nous n'entendons
pas ſeulement , que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il ſera poffible ,
mais auffi d'y établir unGouvernement
, lequel en nôtre
place aye plein pouvoir , de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme tou
May 1715. E
so MERCURE
,
chant les exemptions octroyées
, Capitaux cedez
& autres Sanctions & Benefi
ces ,contenus dans la preſente,
approuvant ce qui aura été
conclu , entre ledit Gouvernement
, & ladite Banque ,
fans qu'elle puiſſe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
,
comme
ſuprême Protecteur , &Conſervateur
d'icelle , avec toutes
les aſſeurances que le Prince
peut donner , de la proteger ,
défendre & accrediter , autant
ou plus que l'Inſtitution ne
porte ,file beſoin le requiert.
Σ
GALANT. SI
Concluſionque pour une plus
entiere ſeureté de la Banque
ſuſdite , de ſes intereſſez & de
ceux qui negoticront avecelle ,
Nous avons promis & declaré
de nôtre pleine Puiſſance &
Autorité Souveraine , pour
nous , nos Heritiers & Succefſeurs
, par acte obligatoire &
Lettre de Fondation , couchée
dans la meilleure forme de
Droit , pour ſervir de Pragmatique
Sanction , valable à
perpetuité &de contrat د
reſpectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien , qui ſoit contraire à la
E ij
52 MERCURE
,
,
Banque , moins encore , permettrons
. nous qu'aucune
ufurpation luy ſoit faite par
d'autres . En Foy de quoi nous
avons fait dreſſer trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
, ſignez de noſtre main
& fcellez de noſtre Sceau privé
Imperial , deſquels l'un ſera
remis à noſtre Gouvernement
de Banque , l'autre à laChambre
des Finances ;& le troifiéme
à la Banque libre& garande
; pour leur ſervir d'aſſeurance
& d'inſtruction. Donné
en noſtreVille Capitale & Refidence
de Vienne , le 14.
GALANT. 53
Decembre 1714. de noftre
Empire le quatrième , d'Efpagne
le douziéme , de Hongrie
,& de Bohême le quatrié
me. Ainfi ſigné
CHARLES. ( L.S. )
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SINZENDORF.
AdMandatum Sacre Cefa
rea add. & Catholica Majeftatis
proprium.
JAC. ERNST E. V. PLOCKNER.
à un tel point que les
Nouvelles Litteraires
n'excluënt de ce Livre les Nouvelles
generales , comme elles
ont fait le mois paffe , que
pour prevenir cet inconvenient
,je vais debuter par elles,
à commencer par ce nouvel
Edit de l'Empereur .
May 1715 . A ij
4 MERCURE
CHAR LES VI.
par la Grace de Dieu , élû
Empereur des Romains , toujours
Auguſte , Roy de Germanie
, des Eſpagnes ,deHongrie,
de Bohême, de Dalmatie
, de Croatie , d'Esclavonie,
&c. Archiduc d'Autriche ,
Duc de Bourgogne , de Stirie ,
de Carinthie ,de Carniole,
Wirtemberg , Comte d'Habfpurg
,de Flandres , de Tirol ,
Goricic ,&c. هد
Atous ceux quices prefentes
verront , ſçavoir faiſons ;
GALANT. 5
qu'aprés la mort de Sa Majefté
Imperiale Joſeph I. noſtre trescher
Frere , de glorieuſe memoire
, étant entrez dans la
poſſeſſiondenos fidelesRoyaumes
, Pays , & Etats Hereditaires
, noſtre premier ſoin a
été , à l'exemple de nos glorieux
predeceffeurs,entr'autres
affaires importantes , d'aviſer
aux moyens de ſoulager nos
Sujets ,& Habitans , affoiblis
par les calamitez d'une longue
Guerre , & par les contributions
qu'ils y ont ſupportées
comme auſſi de mettre un
meilleur ordre dans les revenus
:
A iij
6 MERCURE
de noſtre Chambre des Finan .
ces & autres. Sur quoi ayant
conſideré la conſtitution de
nofdits revenus , afin d'y
proportionner noſtre dépenſe
, & de rétablir la confiance
,& le credit qui avoient
fouffert quelque diminution
en forte que le commerce en
ſoit avancé , & les contributions
diminuées ; & que par
l'établiſſement d'une bonne
Oeconomie , & du foulagement
qui en reviendra à nos
fideles Royaumes >
& Etats
Hereditaires , ils ayent occafion
de fleurir , & de profperer.
GALANT. 7
i
1
Deſſein ſalutaire que nous
n'avons pû executer juſqu'à
preſent , à cauſe de la guerre
paffée , & des autres fâcheuſes
circonſtances du temps. Et
ayant reconnuque de tous les
moyens poſſibles , pour parvenir
à cette noſtre intention ,
il n'y en avoit point de plus
convenable , que l'introduction
d'une eſpece de Banque
dans tous nos Royaumes , &
Etats Hereditaires , maintenant
que par la Providence &
bonté Divine ils joüiſſent tous
d'une tranquille Paix' : Nous
avons réſolu de l'avis de nos
A iiij
8 MERCURE
fideles Miniſtres , aprés meure
déliberation , d'ériger dans
tous nos ſuſdits Royaumes &
Etats , une Banque generale ,
libre & telle , que chacun y
trouve ſa ſcureté ,& non- feulement
de la munir d'un Gouvernement
autorisé , mais auffi
de le rendre indépendant du
Conſeil de la Chancellerie de
noſtre Cour , & autres Jurifdictions
ſubalternes . Nous
avons en outre pourvû , à ce
que ladite Banque ſoit établic
fur un fonds fuffilant , pour
fournir à tous les payemens
&debourſemens neceſſaires ,
GALANT. 9
ſans que l'on puiſſe jamais en
diftraire aucune partie , pour
s'en ſervir ailleurs , ni le charger
d'aucune forte d'impoſition.
Mais au contraire que
les Bancaliftes puiffent en donnant
des ſeuretez ſuffiſantes
pour le remboursement , y
trouver , de fois à autre , fur
leur credit , les ſommes dont
ils auront beſoin , pour faire
leurs payemens , & pour la
Manutention de leur trafic ,
negoce & Manufactures , &c.
moyennant trois pour cent
d'interêrs , par où ils éviteront
l'inconvenient des emprunts à
10 MERCURE
groſſe Ulure , àl'effet de quoi,
&pour conſtituer à ladite Banque
un fonds ſeur & ftable ,
Nous avons gracieuſement
réſolu .
1. Qu'entr'autres biens venus
ou venans qui nous appartiennent
, feront attribuez
& affectez à ladite Banque ,
comme en Dot , tous les reftans
ſans exception , qui nous
ſont dûs en divers Offices ou
Bureaux ,& deſquels le compte
n'a pas encore été rendu , ordonnant
, & donnant pouvoir
aux Directeurs de la Banque ,
d'en faire la recherche &liquiGALANT.
II
dation , & d'en exiger le payement
de la maniere qu'ils trouveront
la plus convenable.
Item .
2. Tout ce qui nous ſera
dû pour le Droit d'Abfart ,
qui ſe paye quand on délaiffe
totalement le Pays , ordonnant
aux Officiers de noſtre
Cour , & à nos Subſtituez ,
dans nos Royaumes& Etats
d'en rendre compte. Comme
auſſi , tous les biens qui ſetrouveront
nous écheoir par caducité
,toutes les contrebandes,
&toutes les confiſcations en
argent. Item.
,
11 MERCURE
3. Nous cedons & laiffons
àperpetuité à ladite Banque ,
le droit appellé la taxe , qui
nous appartient en noſtre qualité
de Souverain du Pays , &
generalement toutes les
amendes en argent qui tombent
en noſtre Treforerie.
Item.
4. Nous attribuons & affectons
à ladite Banque tout ce
que chacundevra payer, ſelon
ſa Claſſe , pour Arthes de Legitimation
, lorſque voulant
joüir des Privileges,Prerogatives
, Benefices , & Avantages
d'icelle, il ſe fera infcrire
GALANT. 13
dans le Regiſtre de la Banque
ſelon la Matricule cy- jointe ,
leſdites Claſſes y étant tellement
diſpoſées , que ceux de
la baſſe devront payer trois
cent florins,&ceux de la plus
haute deux cent. Item.
s. Tout ce qui ſe devra
payer pour Arthe de Legitimation
, par ceux qui poffedent
quelque Charge ouOffice
, dans tous nos Royaumes,
&Etats Hereditaires, ſoit dans
le Civil , ou dans le Militaire ,
foit dans nôtre Cour , ou dans
les Jurisdictions qui en dépendent
, ſoit en nôtre Chambre
14 MERCURE
des Finances ou autres , & generalement
tous ceux qui nous
font obligez par Serment , ou
qui reçoivent par an de nôtre
Treſorerie , la ſommede soo.
florins ou plus , pour Gages ,
Aides , ou Penſions , à l'exception
ſeulement des Gens de
Livrée qui ſervent à nosCours
Imperiales , nôtre volonté
étant que tous les autres
payent une fois , fix pour cent
de l'argent qu'ils reçoivent par
an ; Et à l'égard de ceux qui
obtiendront ci -aprés quelques
Appointemens ,Gages ouPen-.
fions de soo. florins ou auGALANT.
15
deſſus , ils feront obligez d'en
laiſſer à la Banque une demie
année ; non pourtant à une
fois , mais par Quartiers ; ſcavoir
le Premier , & le Troifiéme.
Moyennant quoy auſſi ,
ils ſeront exactement payez
dans la ſuite. Item .
6. Tout ce qui proviendra
de l'Arthe des Affignations
fur nos Revenus & Concefſions
, tant Militaires que de la
Chambredes Finances ,qui ſe
payent aux Gens deGuerre en
Argent comptant , & non en
Portions de Vivres , leſquels
Payemens pour plus de ſeure
16 MERCURE
té & de regularité , ſe feront
à l'avenir par la Caiffe generale
de la Banque , les aflignez
gardant neanmoins toûjours
leur premier Droit d'Hypoteque.
Il en ſera de même de
ceux auſquels on aura donné
des Affeurances & Affignations
ſur la Banque , ou qui
ſeront compris dans l'état general
des Liquidations , & Difpoſitions
, leſquels y recevant
regulierement , & à tems le
Capital & les Interêts de la
ſomme qui leur aura été aſſignée
, en laifferont trois pour
Cent à ladite Banque , ce qui
leur
GALANT. 17
leur ſera une perte fort petite ,
&preſqu'inſenſible , en comparaiſon
de celle qu'ils étoient
ſouvent obligez de ſupporter
ci devant , par diverſes Avaries
qui leur étoient faites.
Item.
7. Tout ce qui proviendra
del'Arrhe de Reſervation, qui
conſiſte en ce que ceux des
Bancaliſtes qui voudront retirer
leur Capital , payeront un
pourCent de Reconnoiffance,
au lieu que ceux qui l'y laiſſferont
, pourront , en vertu des
Privileges accordez aufdirs
Bancalides ,le negotier à vo-
May 1715. B
18 MERCURE
lonté , & neanmoins en recevoir
trois pour Cent d'Interêt
; de ſorte que les Negotians
qui voudront entrer dans
la participation de ladite Banque
, jou ront du Capital , &
pourront en même tems en
faire ailleurs leur profit par la
voye de la Negociation. Mais
parce que ces Negociationslà
, & les Tranſports des Parties
aſſignées , emporteront
beaucoup d'Ecritures , laBanque
en retiendraun pourCent,
ainſi qu'il ſe pratique ailleurs .
Item.
8. L'Arrhe de ContribuGALANT.
I19
tion , que devront payer les
Juifs qui font tolerez dans nos
Royaumes & Pays Hereditaires
, & qui vivent ſous nôtre
Protection , laquelle Contribution
,ils devront payer fuivant
la Liſte cy-jointe , pour
joüir des Privileges & Benefices
de la Banque , & ils ne ſeront
point admis à pouvoir
negotier avec nôtre Trefore,
rie , ni de tenir ou obtenir ciaprés
quelque Employ au fervice
dans nôtre Chancellerie
de Cour , ou du Pays , avant
d'avoir payé ladite Arthe
moins encore de pouvoir de-
,
Bij
20 MERCURE
meurer dans nôtre Ville de
Refidence.
Et comme nôtre Intention
eſt , que les Biens , Effets & Revenus
que nous avons affectez
à la Banque , pour luy ſervir
de Fonds ; ſçavoir , les reſtans
qui nous font encore dûs , les
Confiſcations , Caducitez
Contrebandes , Droits d'Abfart
, Taxe , Amendes pecuniaires
, Arthes de Legitimations
, d'Offices , de Reſervations
, & de Contributions des
Juifs , y entrent le plûtôt qu'il
ſera poſſible , afin que l'utilité
que la Banque en doit retirer ,
GALANT. 21
ne ſouffre aucun retardement.
C'eſt pourquoy , Nous voulons
& ordonnons , que tous
ceux qui poffedent quelque
Charge & Office de nôtre
Cour ou des Jurisdictions
د
qui en dépendent , ſoit Civil
ou Militaire
,
comme auffi
ceux qui ſont au ſervice de la
Chambre des Finances , &les
Juifs qui vivent ſous nôtre
Protection , ayent à remettre
aux Receveurs Commis pour
cela , dans le terme de fix ſemaines
, à compter du jour
de la Publication des preſentes
, toutes les ſommes qu'ils
22 MERCURE
doivent remettre ou payer ſuivant
la Matricule ; ſçavoir ,
pour laBaſſe Autriche à la Banque
même ici à Vienne , &
pour la Haute Autriche à ſes
Colleges ſubſtituez à Lintz.
En outre , pour alleurer àladite
Banque ,un établiſſement
d'autant plus ferme & folide ,
Nous avons gratieuſement
pourvû , à ce que , outre le
Fonds perpetuel ci-deſſus mentionné
, qui produira annuellement
de groſſes ſommes , il
y en ait encore deux autres
Subfidiaires , dont l'un facilitera
les Payemens , & l'autre
GALANT . 23
S
,
c
-
1
S
-
1
fournira aux Bancaliſtes unc
ſeure Garantie de leurs Capitaux.
Le premier fe formera
de tous nos Revenus , tantMilitaires
que de la Chambre ,
qui ſe payent en argent&non
ennature; nôtre volonté étant
qu'ils paſſent tous par la Banque
; Et le ſecond qui ſera le
Fonds de Garantie , ſe trouvera
dans l'obligation où ſeront
tous les Officiers de la Banque,
à qui l'argent ſera confié , d'y
dépoſer à la Caiſſe un Capital .
proportionné aux ſommes
dont ils auront le maniement ,
duquel Capital ils tireront an24
MERCURE
nuellement cinq pour cent
d'Interêt; Et comme tout Succeffeur
àl Office ſera obligé ,
de prendre ſur ſon compte ,la
ſomme que ſon Predeceffeur
avoit depofée à la Banque , il
en refultera uneperpetuité de
Fonds , de Seureté & de Garantie
,qui nedéfaudra point.
Item , pour mieux contribuer
encore à l'affermiſſement
& accroiffement de ladite Banque
, Nous luy avons gratieu-
• ſement Octroyéles Privileges,
Exemptions & Benefices Livans
, dont les uns ſont Rée's ,
& appartiennent à la Banque
même ,
:
GALANT. 25
:
même , & les autres Perſonnels
, c'est- à- dire , concernant
lesBancaliſtes , chacun ſelon la
ſomme qu'ily aura miſe ,&la
Claſſedont il ſera .
1. Que les Directeurs de la
Banque , avec leurs Colleges
ſubſtituez , feront exempts ,
eu égard à leur Adminiſtration
& Fonction , de la JurifdictionduConſeil
de la Chancellerie
de laCour , & de celle
de nôtre Chambre des Finances
,& de toutes les Jurifdictions
ou Inſtances qui ſe trouvent
dans nos Royaumes ou
Pays Hereditaires , mais qu'ils
May 1715. C
26 MERCURE
F
dépendront uniquement de la
Direction & Sur - Intendance
du Gouvernement de la Ban.
que , lequel nous établiſſons
pour ſon avancement & conſervation
dans la maniere qui
fuit ; ſçavoir.
>
2. Qu'afin qu'elle ſe puiſſe
toûjours maintenir en bon
état , & qu'en cas de Peſte
de crainte de l'Ennemi , ou
d'autres accidens ſemblables ,
les Bancaliſtes , & les autres
Creanciers , puiſſent toûjours
y retrouver ,& en retirer fon
argent ; Nous l'avons affranchie
& renduë libre par acte
GALANT. 27
םי
,
コン
"
paſſé avec elle , à tel point
qu'elle ne ſera pas obligée de
donner credit , ni à nous , ni
àquelque Particulier que ce
foit,fans une fuffiſante ſeureté
qui la puiſſe garantir de
perte.
3. Quand il faudra remplir
les PlacesdeCaiſſiers ,Teneurs
de Livres , Ecrivains , &autres
Officiers Subalternes , les Directeurs
nommeront pour
e5s chaque Place trois Sujets ,
S
-
2
entre ceux qu'ils jugerontpropres
à les remplir , ils les propoſeront
au Gouvernement
de la Banque , & leGouverne-
Cij
28 MERCURE
ment en choiſira upasu
4. Iln'y aura que ceux qui
auront contribué annuelleiment
à la petite Contribution
de la Banque , ſelon les Claſſes
de la Matricule , qui puiflent
poſſeder des Offices Civils ou
Militaires , ou des Fonctions
publiques du nombre de celles
que nous conferons par la
Chancellerie , & Jurifdiction
de noſtre Cour , ou autres qui
en dépendent , y compris les
Docteurs , Avocats , Agents ,
&autres ſemblables , tous lefquels
voulant conſerver leur
Office , feront obligez de ſe
GALANT. 29
1
faire infcrire , & immatriculer
dans le terme ordonné. Toutefois
les Charges Militaires
dépendront ſeulement de nôtre
Conſeilde Guerre , & des
Tribunaux , Jurisdictions , &
Chancelleries ,qui en dépendent.
,
5. Iln'yauraque ceux qui
auront auparavant fervi fix
mois dans la Banque , qui
foient capables dans la ſuite
de parvenir à un autre pareil
Employ , Fonction ou Franchiſe
, ou d'obtenir quelque
Fief qui nous feroit devolu ,
ou de recevoir de nous quel
Ciij
30 MERCURE
quesAppointemens ,Aides ou
Penfions. Il ne ſera pas licite,
non plus à la Judicature de
nôtre Cour , au Conſeil de
la Chancellerie & autres qui
en dépendent , aprés le terme
d'un an , à compter du jour de
la publication des preſentes
d'expedier des Graces qui dépendent
de noſtre Bon plaifir ,
finon à ceux qui feront legitimez
comme il appartient.
6. Les Capitaux des Ban.
caliſtes , ſoit qu'ils les ayent
acquis par affignation , ou
qu'ils les ayent mis eux mêmes
à la Banque , feront francs
GALANT. 31
, aprés le terme de ſix mois
des Droitsque les autres biens
payent ,& de toute contribution
telle qu'elle puiſſe être.
Ils ne pourront y être ſoumis
fous quelque pretexte qu'on
ſe puiſſe imaginer. Parcillement.
7. S'il ſe fait quelque Arrêt ,
furquelques effets de la Banque
& que le Débiteur ſoit un
Bancaliſte , on ne pourra proceder
au tranſport deſdits
effets , au profit de ſes creanciers
, juſques à ce que l'on ait
fait recherche de ſes autres
Biens , &qu'il ait apparu qu'il
C iiij
32 MERCURE
n'en ait point d'autres que
ceux là.
8. L'argent qui aura été
mis ou confié à la Banque ne
fera point ſujet à confiſcation
fice n'eſt pour crime de Leze
Majefté , ou qu'il y cût collu.
ſion entre deux Perſonnes ,
dont l'une prêteroit fonnom
à l'autre , par tromperie , &
en fraudede l'inſtitution.
9. Les Etrangers qui feront
intereſſez dans la Banque ,
joüiront avec nos ſujets &
habitans d'une égale ſeureté ,
pour leurs Capitaux & Avances.
Il n'y aura nulle difference
GALANTC. 33
entr'eux à cet égard ,& s'il
arrive une Guerre entre Nous
&le Prince , ou la Seigneurie,
dont le Bancaliſte étranger ſeroit
ſujet , fonCapital ne ſera
point ſujet aux confiſcations
&ſaiſies pratiquées en cesoccafions.
10. Quand aux Negotiations
ou Payemens qui ſe
feront dans la Banque , ou
par la Banque , il ne ſera pas
abfolument neceffaire pour
ſa propre ſeureté d'en avoir
des Certificats , & fi le Débiteur
venoit à perdre la Quittance
du payement qu'il au34
MERCURE
roit fait , il luy luffira d'en
tirer un Extrait du Livre dela
Banque. Cet Extrait vaudra
en Juſtice , contre toute ex)
ception , à moins qu'elle ne
für tirée du contenu même de
l'Extrait.
9
11. S'il ſurvient des Differens
pour des affaires de laBanque
, quelles qu'elles foient
&qu'on en vienne à plaider
contradictoirement , les Bancaliſtes
ne pourront point être
attirez pour telles affaires
pardevant les Tribunaux de la
Cour& autres qui endépendent
, encore que d'ailleurs ils
GALANT. 35
i
en relevaſſent , mais on connoîtradudifferend
dans la premiere
Inſtance judiciaire de la
Banque , d'où l'on pourra appeller
au Gouvernement de
la même Banque , qui en jugera
Souverainement , felon les
Loix & Ordonnances qui en
feront faires , & l'on ne chargera
les Parties d'aucun Droit
de Reviſion ou d'Appel.
12. Chaque Bancaliſte
pourra ſe prevaloir à laBanque,
d'une ſomme proportionnéc
aux Arrhes de Contribution
qu'il y aura payé ſuivant la
matricule ; c'est-à-dire qu'en
36 MERCURE
payant un florin , il pourra ſe
prevaloirdecentt,,&pour 200.
de vingt mille à trois pour le
cent d'intereſt , au cas que la
Banque y puiſſe fournir. Et
par contre.
13. Chaque Bancaliſte , retireratrois
pour cent d'interét ,
detoutes les ſommes qu'il aura
miſes àla Banque , c'eſt à dire
que de cent florins il en retirera
trois par an , & que de fix
mille fix cent foixante fix ,&
quarante Creutzers , il en retirera
deux cent. Et quoiqu'un
tel Bancaliſte vienne à
negotier par Affignation la
GALANT. 37
ſomme de fon Capital , il ne
laiſſera pas de joüir toûjours
de l'interêtde trois pour cent ,
àmoins qu'il ne vint à negotier
leCapital même , ou qu'il ne
le returâtde la Banque en argent
comptant , car le Benefi
ce de la Banque ſera tel , que
toutBancaliſte pourra negotier
dedans ou hors la Banque la
fommede ſonCapital,&neanmoins
continuer de joüir effectivement
du Capital même
&tirer du profit. Mais ſi ce
Bancaliſte vouloit retirer fon
Capital de la Banque en argent
il feraobligé de le noti
38 MERCURE
fier fix mois devant , & ne le
pourrapas retirer avantl'expiration
de ce terme , quand
même il voudroit renoncer au
Benefice de le pouvoir negotier
, mais il pourra , comme
il a été dit ci - deſſus , le tranfporter
ou affigner à un troifiéme.
Pareillement la Banque
ne pourra pas rembourſer à
un Bancaliſte ſon Capital ,
fans ſa volonté , ſans le luy
avoir notifié trois mois auparavant
.
14. Tout Bancaliſte pourra
depoſer à la Banque l'argent
qu'il aura enCaiffe , fans payer
GALANT. 39
}
l'un pour cent de garde qui
s'exige en d'autres Banques ,
&fans aucune forte d'avarie.
On ne pourray dépoſer moins
de mille florins à la fois ,& en
le retirant , onne pourra en
prendre ou affigner des Parties
moindres de cent florins .Mais
lareception , & la reſtitution
s'en feront abſolument gratis ,
& fans frais. Les perſonnes
aſſignées ſur ledit dépoſt
pourront demême en diſpoſer
librement& fans frais . Par ce
moyen les riches Negotians
&autres pourront , s'il veulent
épargner la dépenſe annuelle
40 MERCURE
،
d'unCaiſſier , éviter le danger
de ſon infidelité , ou même de
leur vie , celuy du feu & autres
finiſtres accidents auf
quels font expoſez ceux qui
tiennent leur argent chez eux.
15. Il ſera pourvû contre
ledanger de la perte de Documents
, ou receus que la Banque
donnera des ſommes
qu'on y aura mifes , en forte
que le Poffeffeur illegitime ,
c'eſt à-dire celuy qui les auroit
derobez , ou acquis par d'autres
voyes indirectes ,ne pourra
s'en prevaloir s'il ne montre
un ſigne , que la Banquedonnera
GALANT. 41
nera au veritable proprietaire
, avec le receu de ſon argent
,& fi le vrayProprietaire
venoit àperdre ſonDocument
ou receu , par infidelité , incendie
, ou autre cas fortuit
il pourra toûjours , en produiſant
ledit ſigne , recevoir ſon
entier payement.
16. On ne recevra au Gouvernement
de la Banque , ni
dans lesColleges ſubſtituez
ni même dans le ſervice &
adminiſtration d'icelle , que
des Bancaliſtes , & ils y feront
promus par Election , & avancez
chacun à proportion de
May 1715 . D
42 MERCURE
la Claſſe dont il ſera dans la
matricule.
Pour plus grande ſeuretédes
Bancalıſtes , & Crediteurs de
laBanque , nous avons encore
gracieuſement réſolu , d'y
établir un Gouvernement
fuperieur , auquel nous avons
donné telle autorité , qu'il
n'eſt pas même ſoumis à laJurisdiction
du Tribunal de
nôtre Cour , mais ſeulement
ànous comme fuprême Prorecteur
& Conſervateur de
ladite Banque generale. Ledie
Gouvernement veillera fur
tout , à ce que l'on ne déroge
GALANT. 43
en rien aux Loix fondamentales
, Prerogatives , Privileges
&Franchiſes de la Banque. A
ce que le Fondsperpetuel n'en
foit point diſtrait ,& employé
ailleurs , & à ce que nos Revenus
militaires & de nôtre
Chambre des Finances , qui
pafferont par la Caiſſe de la
Banque , ne foient point chargez
d'aſſignation au delà de ce
qu'ils pourront fournir. Pour
cet effet il ſe fera tous les ans
un état de recette , &de dépenſeà
proportion de ce qui
ſera entré&cet état ſera dreſſé
de concert entre noſtre
"
Dij
44 MERGURE
Chambre des Finances , le
Gouvernement de la Banque,
& la Banque même. Par ce
moyen , ceux qui feront affignez
ſur la Banque , entre lef
quels voulons qu'on ait un
égard particulier , aux gens
de noſtre Cour , & de Guerre,
comme auflianos Conſeillers
effectifs , gens d'offices & ferviteurs
à gages , dans tous nos
Royaumes & Pays hereditaires
, feront payez regulierement
par quartiers ,& l'on en
fera tous les jours le compte
&le bilau.
En cas que dans les cours
GALANT 45
de l'année nous cuffions beſoin
du credit de la Banque ,
pour fournir à des dépenſes
inevitables , elle ne ſera en
nulle maniere obligée de les
prêter,au delàdes ſeuretez que
nous luy donnerons pour fon
remboursement. Et fi le gouvernement
de la Banque s'apperçoit
de quelque irregularité
ou negotiation prejudiciable
&dangereuſe , il y apportera
incontinent le remede convcnable.
Et afin que cela puiſſe être
facilement executé , nous
avons fait donner au Gouver
46 MERCURE
nement de la Banque , & à la
Banque mêmedes inſtructions
fuffiſantes pour prevenir les
malverſations , & pour y établir&
maintenir l'ordre & la
regularité.
Les avantages qui reviendront
de cet établiſſement au
Public,&à nos propres Finances
, doivent raffeurer contre
la crainte qu'il ſoit un jour
renverſé . Les revenus de nôtre
Chambre des Finances en
,
feront augmentez, & nos dertes
plûtôt acquittées. Par le
bon ordre qu'on y établira
nôtre Treſoreric, ne ſera plus
GALANT. 47
chargée de dettes injuftes. Il
n'y aura que les legitimes qui
foient payées,& elles le ſeront
exactement. LesColleges de la
Banque,&Controlleursétablis
dans tous nos Royaumes &
Pays hereditaires , auront l'oeil
fur les gens d'Office. Ils cmpêcheront
les fraudes , & les
pratiques dangereuſes. Les
gensde Guerre aſſignez ſur la
Banque pour le payement de
leurs gages , les recevront
regulierement , & feront entretenus
en bon état. Nos
fidelles ſujets & habitans , y
trouveront en diverſes ma
48 MERCURE
nieres du foulagement. Le
credit ſera augmenté , & le
cours de l'uſure , ſi prejudiciable
à nous & à nos Etats
ſera arrêté . Par le retranchement
des intereſts exceſſifs
nôtre Treforerie ſera ſoula-
*
gée. Nôtredite Cour ſera
pourveuë à temps de choſes
neceſſaires , d'où ſuivra une
épargne conſiderable. L'on
aſſiſtera dans leur trafic les
Bourgeois & Marchands , qui
ſe ſeront intereſſez dans la Banque
, en leur fourniſſant de
groſſes ſommes , à petit intereſt.
On mettra le Payſan
en
GALANT. 49
:
en état de payer plus facilement
ſes redevances . Et enfin
par l'accroiffement du Commerce
, on procurera feurement
la profperité publique.
Confiderant donc les avantages
qui refulteront pour
nous , & pour le Public , de
cette inſtitution , nous n'entendons
pas ſeulement , que
la Banque generale s'ouvre le
plûtôt qu'il ſera poffible ,
mais auffi d'y établir unGouvernement
, lequel en nôtre
place aye plein pouvoir , de
faire avec elle des Traitez &
Recez en bonne forme tou
May 1715. E
so MERCURE
,
chant les exemptions octroyées
, Capitaux cedez
& autres Sanctions & Benefi
ces ,contenus dans la preſente,
approuvant ce qui aura été
conclu , entre ledit Gouvernement
, & ladite Banque ,
fans qu'elle puiſſe jamais en
recevoir aucune incommodité.
Promettant
,
comme
ſuprême Protecteur , &Conſervateur
d'icelle , avec toutes
les aſſeurances que le Prince
peut donner , de la proteger ,
défendre & accrediter , autant
ou plus que l'Inſtitution ne
porte ,file beſoin le requiert.
Σ
GALANT. SI
Concluſionque pour une plus
entiere ſeureté de la Banque
ſuſdite , de ſes intereſſez & de
ceux qui negoticront avecelle ,
Nous avons promis & declaré
de nôtre pleine Puiſſance &
Autorité Souveraine , pour
nous , nos Heritiers & Succefſeurs
, par acte obligatoire &
Lettre de Fondation , couchée
dans la meilleure forme de
Droit , pour ſervir de Pragmatique
Sanction , valable à
perpetuité &de contrat د
reſpectif ; que nous n'entreprendrons&
ne ferons jamais
rien , qui ſoit contraire à la
E ij
52 MERCURE
,
,
Banque , moins encore , permettrons
. nous qu'aucune
ufurpation luy ſoit faite par
d'autres . En Foy de quoi nous
avons fait dreſſer trois Exemplaires
de la Lettre de Fondation
, ſignez de noſtre main
& fcellez de noſtre Sceau privé
Imperial , deſquels l'un ſera
remis à noſtre Gouvernement
de Banque , l'autre à laChambre
des Finances ;& le troifiéme
à la Banque libre& garande
; pour leur ſervir d'aſſeurance
& d'inſtruction. Donné
en noſtreVille Capitale & Refidence
de Vienne , le 14.
GALANT. 53
Decembre 1714. de noftre
Empire le quatrième , d'Efpagne
le douziéme , de Hongrie
,& de Bohême le quatrié
me. Ainfi ſigné
CHARLES. ( L.S. )
PHILIPPE LOUIS COMTE DE
SINZENDORF.
AdMandatum Sacre Cefa
rea add. & Catholica Majeftatis
proprium.
JAC. ERNST E. V. PLOCKNER.
Fermer
Résumé : CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
En mai 1715, Charles VI, Empereur des Romains, publie un édit visant à restaurer la confiance et le crédit après une longue guerre. Pour ce faire, il crée une Banque générale dans ses royaumes et États héréditaires afin de stimuler le commerce et les manufactures. Cette banque, indépendante et sécurisée, offre des prêts à 3 % d'intérêt pour les activités commerciales. Elle est financée par divers biens et revenus, incluant les sommes dues par les offices, les droits d'abstention, les biens caducs, les confiscations et les amendes. La banque perçoit également des frais de légitimation pour diverses charges et pensions. Les paiements aux militaires et autres bénéficiaires sont effectués via la caisse générale de la banque, garantissant ainsi plus de sécurité et de régularité. Les assignations sur la banque incluent un prélèvement de 3 % pour la banque, considéré comme mineur comparé aux risques antérieurs. Les banquiers peuvent négocier leur capital avec un intérêt de 3 %, tandis que ceux qui retirent leur capital paient 1 % de reconnaissance. Les Juifs tolérés doivent contribuer pour bénéficier des privilèges de la banque. La banque est protégée contre les saisies et les confiscations, sauf en cas de lèse-majesté ou de collusion frauduleuse. Les capitaux des bancalistes sont exempts de droits et de contributions après six mois. Les étrangers investissant dans la banque bénéficient de la même sécurité que les sujets locaux. Les directeurs de la banque sont exempts de certaines juridictions et dépendent uniquement de la direction du gouvernement de la banque. Le document met en avant la création et la protection de la Banque générale, soulignant les avantages pour les acteurs et le public. Il institue un gouvernement doté de pleins pouvoirs pour négocier des traités et obtenir des sanctions en faveur de la banque. Le souverain s'engage à protéger, défendre et accréditer la banque, garantissant qu'elle ne subira aucune entrave. Une lettre de fondation, valable à perpétuité, est rédigée pour assurer la sécurité de la banque et de ses intérêts. Ce document est daté du 14 décembre 1714 et signé par Charles, Philippe Louis Comte de Sinzendorf et Jac. Ernst E. von Plockner.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
45
CHARLES VI par la Grace de Dieu, élû Empereur des Romains, toûjours Auguste, Roy de Germanie, Des Espagnes, de Hongrie, de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, d'Esclavonie, &c. Archiduc d'Autriche, Duc de Bourgogne, de Stirie, de Carinthie, de Carniole, & Wirtemberg, Comte d'Habspurg, de Flandres, de Tirol, & Goricie, &c.
46
p. 134-156
Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Début :
Le matin dudit jour 11. Juin on tira le coup de partance [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Armée, Troupes, Chevalier, Guerre, Galères, Hommes, Marquis, Matin, Vaisseaux, Officiers, Débarquement, Transport, Grenadiers, Régiments, Cavalerie, Munitions, Empereur, Expédition, Roi d'Espagne, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Route de la Navigation faite
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
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Résumé : Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
En juin 1715, une expédition navale franco-espagnole se prépare pour attaquer Majorque. Le 8 juin, l'embarquement des troupes débute à Barcelone, et la flotte, composée de 280 bâtiments, prend la mer le même jour. Le 12 juin, une tempête disperse les barques de débarquement. Le 13 juin, la côte de Majorque est en vue, mais un conseil de guerre décide de ne pas débarquer en raison de la présence ennemie. Le 15 juin, 6 000 fantassins et la cavalerie débarquent avec succès aux calles Ferrera et Longa sous la direction du marquis de Cany. Le 16 juin, le marquis de Mari informe le roi à Aranjuez des événements. L'expédition comprend 146 navires, 44 bataillons, 3 régiments de cavalerie et des munitions pour cinq mois. Les troupes terrestres sont dirigées par le chevalier d'Asfeld et plusieurs maréchaux de camp. L'armée se dirige ensuite vers Santa Ponça, mais juge la place trop bien défendue. Le 14 juin, le débarquement reprend à Cala Ferrera avec environ 6 000 hommes et 500 chevaux. Les troupes avancent vers Alcúdia, où elles apprennent la prise de la ville par M. d'Asfeld le 20 juin. Le 23 juin, l'armée atteint Palma, la capitale, où tout est calme. Les galères et navires dispersés rejoignent l'armée le 21 juin, et l'infanterie ainsi que la cavalerie sont débarquées. L'armée navale lève l'ancre le 25 juin pour se diriger vers Palma.
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47
p. 156-161
Suite des Nouvelles de Mayorque.
Début :
Un Courrier extraordinaire arrivé d'Espagne en six jours, six [...]
Mots clefs :
Chevalier, Roi, Empereur, Majorque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Mayorque.
Suite des Nouvelles
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
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Résumé : Suite des Nouvelles de Mayorque.
Un courrier extraordinaire a révélé les détails de l'expédition de Majorque. Le Chevalier d'Asfeld, commandant les troupes impériales, a assiégé Palma. Le Marquis de Ruby, chef des forces anglaises, a été surpris par cette attaque en raison des négociations de paix en cours. D'Asfeld a informé Ruby de la rupture des négociations et a exigé sa reddition dans les vingt-quatre heures. Ruby a demandé une suspension d'armes pour obtenir des ordres, mais d'Asfeld a refusé, exigeant une reddition immédiate. Ruby s'est retiré en Sardaigne, tandis que le clergé, la noblesse et les magistrats ont accepté la domination du roi Philippe V. D'Asfeld a pris possession de la ville, acclamé par le peuple. Les îles d'Ivica et de Formantiere se sont également soumises. Par ailleurs, le Père Giubenton, confesseur du roi, a été bien reçu à Aranjuez. M. de Monteil et le Marquis de Cany ont informé le roi de la prise de Majorque, ce qui a été bien accueilli.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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48
p. 237-257
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Claude de Longüeil President à Mortier du Parlement, Marquis [...]
Mots clefs :
Président, Parlement, Seigneur, Chevalier, Gouverneur, Ambassadeur, Normandie, Empereur, Gouverneur, Femme, Frère, Roi, Conseiller
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
MessireClaudede Longueil
President à Mortier du Parlemené,
Marquis de Maisons
& de Poissy
,
&c. mourut à
Paris le 22..d'Aoustâgé de
47, ans. ,.
ilLa Maison de Longueil
est trèsancienne. La Terre de
Longueil est située en Normandieprés
de Dieppe.
Le I.decette Maison dont
les Historiens fassent mention
est Adam Sire de Longiivil
Chevalier Banneret qui accompagna
Guillaume le Conquêrant
Duc de Normandie
en saconqueste d'Angleterre
l'an 1066. (V.du PontHist.
des Princes Normands p. 1 5 1.
du Moulin histoire de Normandie
p. 188. A. du Chesne
p il6. Blanchart55.&c.
- Ileût pour fils Guillaume I.
Sire de Longüeil qui eût pour
femme Berthe de Villiers du
Haumer.
Richard I.fils de Guillaume,
Gouverneur de S. Valery
épousa Gervaise de Tournebus.
Richard II. Sire de Longüeil
épousa Blanche de Teville
,
il eûr pour fils Henry L Sire de
Lonoü,ll & de Rumeny qui
épousaMarie de S. Denis.
Adam II.sonfils Seigneur
de Longüeil Gouverneur ds
Lisieux & Capitaine de la Garde
du Roy Philippes Auguste,
& son Echanson
,
épousa
Marie d'Estouteville.
GuillaumeII. son fils Seigneur
de Logüeil Warengeville,
Offrainville,&c. Capitaine
de 50. Lances,Chambellan
de Charles de France
Roy de Naples & de Sicile ,
fÛC, de sa premiere femme
Christine de Coëtivy Jean I.
& Pierre de LongüeilEvêque
du Mans, Ambassadeur pour
Philippes le Bel, vers Henry
VII. Empereur; & vers le
Pape Jean XXII. il se trouva
au Concile General de Vienne
en 1310. &c. sa seconde
femme fut Briande de Saulx.
Jean I. du nom Gouverneurde
Normandie & Commandant
pour le Roy l'hilip.
pe* de Valois&Jeansonfils
Duc
Duc de Normandie, épousa
Peronelle Bourgot.
-
1
- Il cût pour fils Geoffroy
MarcelI. du nom Seigneur
des mêmeslieux Gouverneur
de Pontoise
,
Chevalier de
l'Ordre de l'Etoile
,
Vicomte
d'Auge; il épousa Isabelle
d'Auge: il fut tué àla bataille
dePoitiers en1356.avecdeux
de ses fils.
,
Guillaume III. son fils, Chevalier
Seigneur des mêmes
lieux,Gouverneur de Caën &
de Dieppe,tué avec son frere
& son fils aîné en la bataille
d'Azincourt. Il épousaen premieres
nôces Gillette Lalleman
de Cherville
,
dont il eût Jean
II. Ilépousaen secondes nôces
Catherine de Bourquenoble,
dont il ciu Richard Olivier
Cardinal du Titre de S. Eusebe
,
Premier Président de la
Chambre des Comptes
,
Ministre
d'Etat fous le RoisCharlesVII.&
LoüisXI.Evêquede
Coutances, &c. Député par le
Pape Calixte III. pour revoir
le Procés de la Pucelle d'Orleans.
Il eO: enterré dansla Basilique
de S. Pierre de Rome où
l'on voir encore son Epiraphe
& les Armes de sa Maison.Ses
Armessontaussi à la Statuë de
S. Pierre de Rome que ce Cardinal
fit faire de bronze.
Jean II. étoit Ecclesiastique
& Conseiller du Parlement,
lorsque son pere & ses freres
furent tuez à la bataille d'Azincourt;
il quittal'état Ecclesiastique
&épousa Jeanne de
Bouju: il fut fait Président à
Mortier duParlementen1418.
il est enterré avec sa femme
dans leurChapelle des Cordeliers
: c' est le premier qui ait
possedé le Marquisat de Maisons.
JeanIII.son fils,Chevalier
Sire de Longuëil, Marquis de
Maisons, &c. l'un desquatre
Maistres deRequestes de rHô'.
tel, Lieutenant CIvIl, Prtfïdent
aux Reqúcns du Palais,
Ambassadeur à Rome& à Venise,
épousa Marie de Morvilliers,
fille de Philippes de Morvilliers,
Premier Président du
Parlement,& soeur de Pierre,
Chancelier de France.Il eftqft
frere de Pierre de Longuëil,
Evêque d'Auxerre, Grand-
Maître de la Chapelle du Duc
de Bourgogne,vulgairement
appellé le bon Evêque,& Conseiller
du Parlement.
Jean de Longuëil IV. du
nom ,
Seigneur de Maisons,
&c. Conseiller au Parlement,
Ambassadeur en Angleterre,
épousa Marie de Marie, fille
d'Arnoul de Marie, Président
à Mortier duParlement.Il étoit
frere d'Antoine de Longuëil,
Evêque de Leon en Bretagne,
Chancelier&GrandAumônier
de la Reine Anne de Bretagne,
femme de Charles VIII & de
Loüis XII. Ambassadeur vers
l'Empereur Maximilien pour leDuc de Bretagne ,& puis
Ambassadeur pour le Roy
CharlesVIII. vers le même
Empereur,&ensuiteversFerdinand
V. Roy d'Espagne:il
conclud la Paix avec 1 Empereur
Maximilien, & fut pere
naturel du fameux Christophe
Longuëil qui s'est distingué
dans lesLettres.»*
jean-de Longuëil V. du
nom,Chevalier Seigneur de
Maisons, de Sevre, &c. Conseiller
du Parlement,épousa
Marie Clutin de Villeparisis :
il eût un frere
,
tige des fleurs
des Chenets, &c.
:
Jean de Longuëil VI.du
nom, &c. Conseiller au Parler
ment, Président aux Enquêtes,&
Conseiller d'Etat fous
H.^niy II.épousa Marie de
Dormans
,
fille de Guillaume
Premier Président au Par lement
de Bourgogne:il estoit
frere de Pierre de Longuëil,
Chevaliede l'Ordre deS.Jean
de Jerusalem
,
Grand Prieur de Champagne.
Il eût aussi pour frcre Jacques
de Longuëil
,
Chevalier
Seigneur de Sevre, Chevalier
de l'Ordre de S. Michel,Maître
d'Hostelordinaire du Roy,
lequel a fait la Branche des
Longuëil de Sevre, dont il y a
encore aujourd'huy MffitCMacé
de Longuëll, Chevalier 1
Seigneur de Sevre, &Messire
Nicolas, qui ont servi jusqu'à
la Paix de Riswick, ils n'ont
point d'enfans.
Jean de Longuëil VII. &c.
Conseiller au Parlement,épousa
Marche le Maître, fillede
Gilles, Premier Président du
Parlement de Paris.
Jean de Longuëil VIII. du
nom, Maître desComptes,
ensuiteConseiller d'Etat,épousa
Magdelaine l' Huilliet de
Boulencout, dont est issu
René de Longuëil I. du
nom,Marquis de Maisons,
Premier Président de la Cour
des Aides, Président à Mortier
du Parlement, Ministre d'Etat,
Sur-Intendant des Finances,
Gouverneur des Villes & Châteaux
d'Evreux
,
S. Germain
en Laye, & Verfailles, Capitainedes
Chasses desdits lieux.
Ilépousa MagdelaineBoulene
de Crevecoeur Damede Grisolles,
de laquelle ilaeu
Jean de Longuëil X. du
nom ,
MarquisdeMaisons,
Maistre des Requestes,PtefidentàMortierdu
Parlement,
Chancelier de la Reine Anne
,d'Auui<:hc
, Gouverneur des
Villes&Châteaux de S. Germain
en Laye,& Versailles : il
épousaLoüise de Fieubet, de
laquelle il a eu J:an de Longuël
XI. du nom, Marquis de
Poissy, Conseiller au Parlement,
mort sans posterité
,
&
ClaudedeLongueil, Murquis
de Maisons & dePoissy,
&c Président à Mortier,qui
avoit épouséD^moifclIcCharlote
Rocque de Varengeville.
Dontest iflj J.1n René de
Longueil ,Marquis de Maisons
& de Poissy ne le 14 de
Juillet 1699.aqui le Roya
accordé l'agrément de la ChargedePrésidentà
Mortier.
Messire Philippes d'Or-
-
leans
,
Marquis de Rothelin
,
mourut de la petite verole le
- 25Aoust âgé de 37. ans sans
estremarié,laisant pour ses
héritiers Meisseurs les Chevalier&
Abbé de Rochelin, ses
freres, le grand nom qu'il por
toit m'exempte d'entrer dans
aucun détail, généalogique sur
sonchapitre.
<
,
Dame Catherine. Pasquier
femme de Messire Henry de
Salis Comte de Labatut, mourut
le2.7. Aoust
,
elle étoit
1
fille de François Pasquier Seigneur
de BjIÎv Maîci ed'Hôtel
ordinaire du Roy; & de MargueriteHebert
duBuc, & petite
fîilc de Guy Pasquier Seigneur
de Bussy Auditeur des
Comptes & de Marie Roüillé.
Dame Catherine
-
Anne
Malon de Bercy veuve de
Messire André Potier Seigneur
de Novion Maître des Requêtes
& President au Parlement
en survivance
, mourut le premier
de ce mois )iujnc entr'autres
enfansMessire André
Potier de Novion aujourd'huy
PrésidentauPar lement.
Feu M. de Novion étoit fis de
MissireNicolas Potier Seigneur
de Novion Premier
Pi"si dent du Parlement,Secretaire
Greffier& Commandeur
de* Ordres du Roy, mortle
premier Septembre1693 &
petit fils d'André Potier ScigneurdeNovion
Présidentà
Mortier au Parlement
,
sorti
>d'une: des plus anciennes&des
plusillustres familles de Paris,
xlc laquelle M. le President de
Novion est chef, & M.le Duc
de Gesvres cadet,voyez-en la
w;-cnealogie dans l'Histoire des
des Présidens au Mortier
ci-dessus citée.
-
Feuë Madame de Novion
qui donne lieu à cet article
étoittante de M. de Bercy Intendant
desFinances,gendrede
M. DesmaretzContrôlleurGe
neral des Finances & Ministre
d'Etat, elleétoitfille d'Henry-
Charles Malon Seigneur de
Bercy Maître des Requestre &
Président au Grand Conseil
&petite fille deCharles Ma
lon Seigneur do Bercyaussi
Maître des Rêquestes & Presl
dent au Grand Conseil, (ail
d'une ancienne famille alkifl
aux plus illustres de la Rûhû
Messire Henry-Charles
Feydeau, President de la troisiéme
Chambre des Enquestes
du Par lement, mourut le 6.
de ce mois,en sa 36e.année.
Il étoit fils de Messire Henry
Feydeau Seigneur de Calendc,
President de la Quatrième des
Enquestes;&de Dame Marie
Fraguier; & petit fils de Charles
Feydeau Seigneur de Calende,
Maistre des Comptes à
Paris. La famille de Feydeau est
une des plus étendues & des
mieux alliées de la Robe.
Dame Marie Loüise de la
Chaussée d'Eu, Dame d'Atour
de Madame la Duchesse de
ij.,
Berry .rcmme de Messire René
François de LA VJCUVIIIC
Marquis de la Vieuville,Chevalier
d'honneur de la feuë
Reine
,
& Gouverneur de
Poitou,mourut le 10. de ce
mois; elle forroit d'un Maison
de Picardie, également
distinguée par son ancienneté
& par ses alliances. Pour celle
de la Vieuville
, comme je
vous en ay déja parlé dans
plusieurs de mes Journaux
trouvez bon que je vous y
renvoye ,
si mieux n'aimez
voir l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre
Cha pitre des Maréchaux de
France
,
&c.-
N. Girardon Sculpteur
ordinaire du Roy ,Chancelier
& Recteur de l'Académie
Roy le de Peinture & de Sculpture,
mourut le ~i.de ce mois
en réputation d'un des plus
hsabsileis
President à Mortier du Parlemené,
Marquis de Maisons
& de Poissy
,
&c. mourut à
Paris le 22..d'Aoustâgé de
47, ans. ,.
ilLa Maison de Longueil
est trèsancienne. La Terre de
Longueil est située en Normandieprés
de Dieppe.
Le I.decette Maison dont
les Historiens fassent mention
est Adam Sire de Longiivil
Chevalier Banneret qui accompagna
Guillaume le Conquêrant
Duc de Normandie
en saconqueste d'Angleterre
l'an 1066. (V.du PontHist.
des Princes Normands p. 1 5 1.
du Moulin histoire de Normandie
p. 188. A. du Chesne
p il6. Blanchart55.&c.
- Ileût pour fils Guillaume I.
Sire de Longüeil qui eût pour
femme Berthe de Villiers du
Haumer.
Richard I.fils de Guillaume,
Gouverneur de S. Valery
épousa Gervaise de Tournebus.
Richard II. Sire de Longüeil
épousa Blanche de Teville
,
il eûr pour fils Henry L Sire de
Lonoü,ll & de Rumeny qui
épousaMarie de S. Denis.
Adam II.sonfils Seigneur
de Longüeil Gouverneur ds
Lisieux & Capitaine de la Garde
du Roy Philippes Auguste,
& son Echanson
,
épousa
Marie d'Estouteville.
GuillaumeII. son fils Seigneur
de Logüeil Warengeville,
Offrainville,&c. Capitaine
de 50. Lances,Chambellan
de Charles de France
Roy de Naples & de Sicile ,
fÛC, de sa premiere femme
Christine de Coëtivy Jean I.
& Pierre de LongüeilEvêque
du Mans, Ambassadeur pour
Philippes le Bel, vers Henry
VII. Empereur; & vers le
Pape Jean XXII. il se trouva
au Concile General de Vienne
en 1310. &c. sa seconde
femme fut Briande de Saulx.
Jean I. du nom Gouverneurde
Normandie & Commandant
pour le Roy l'hilip.
pe* de Valois&Jeansonfils
Duc
Duc de Normandie, épousa
Peronelle Bourgot.
-
1
- Il cût pour fils Geoffroy
MarcelI. du nom Seigneur
des mêmeslieux Gouverneur
de Pontoise
,
Chevalier de
l'Ordre de l'Etoile
,
Vicomte
d'Auge; il épousa Isabelle
d'Auge: il fut tué àla bataille
dePoitiers en1356.avecdeux
de ses fils.
,
Guillaume III. son fils, Chevalier
Seigneur des mêmes
lieux,Gouverneur de Caën &
de Dieppe,tué avec son frere
& son fils aîné en la bataille
d'Azincourt. Il épousaen premieres
nôces Gillette Lalleman
de Cherville
,
dont il eût Jean
II. Ilépousaen secondes nôces
Catherine de Bourquenoble,
dont il ciu Richard Olivier
Cardinal du Titre de S. Eusebe
,
Premier Président de la
Chambre des Comptes
,
Ministre
d'Etat fous le RoisCharlesVII.&
LoüisXI.Evêquede
Coutances, &c. Député par le
Pape Calixte III. pour revoir
le Procés de la Pucelle d'Orleans.
Il eO: enterré dansla Basilique
de S. Pierre de Rome où
l'on voir encore son Epiraphe
& les Armes de sa Maison.Ses
Armessontaussi à la Statuë de
S. Pierre de Rome que ce Cardinal
fit faire de bronze.
Jean II. étoit Ecclesiastique
& Conseiller du Parlement,
lorsque son pere & ses freres
furent tuez à la bataille d'Azincourt;
il quittal'état Ecclesiastique
&épousa Jeanne de
Bouju: il fut fait Président à
Mortier duParlementen1418.
il est enterré avec sa femme
dans leurChapelle des Cordeliers
: c' est le premier qui ait
possedé le Marquisat de Maisons.
JeanIII.son fils,Chevalier
Sire de Longuëil, Marquis de
Maisons, &c. l'un desquatre
Maistres deRequestes de rHô'.
tel, Lieutenant CIvIl, Prtfïdent
aux Reqúcns du Palais,
Ambassadeur à Rome& à Venise,
épousa Marie de Morvilliers,
fille de Philippes de Morvilliers,
Premier Président du
Parlement,& soeur de Pierre,
Chancelier de France.Il eftqft
frere de Pierre de Longuëil,
Evêque d'Auxerre, Grand-
Maître de la Chapelle du Duc
de Bourgogne,vulgairement
appellé le bon Evêque,& Conseiller
du Parlement.
Jean de Longuëil IV. du
nom ,
Seigneur de Maisons,
&c. Conseiller au Parlement,
Ambassadeur en Angleterre,
épousa Marie de Marie, fille
d'Arnoul de Marie, Président
à Mortier duParlement.Il étoit
frere d'Antoine de Longuëil,
Evêque de Leon en Bretagne,
Chancelier&GrandAumônier
de la Reine Anne de Bretagne,
femme de Charles VIII & de
Loüis XII. Ambassadeur vers
l'Empereur Maximilien pour leDuc de Bretagne ,& puis
Ambassadeur pour le Roy
CharlesVIII. vers le même
Empereur,&ensuiteversFerdinand
V. Roy d'Espagne:il
conclud la Paix avec 1 Empereur
Maximilien, & fut pere
naturel du fameux Christophe
Longuëil qui s'est distingué
dans lesLettres.»*
jean-de Longuëil V. du
nom,Chevalier Seigneur de
Maisons, de Sevre, &c. Conseiller
du Parlement,épousa
Marie Clutin de Villeparisis :
il eût un frere
,
tige des fleurs
des Chenets, &c.
:
Jean de Longuëil VI.du
nom, &c. Conseiller au Parler
ment, Président aux Enquêtes,&
Conseiller d'Etat fous
H.^niy II.épousa Marie de
Dormans
,
fille de Guillaume
Premier Président au Par lement
de Bourgogne:il estoit
frere de Pierre de Longuëil,
Chevaliede l'Ordre deS.Jean
de Jerusalem
,
Grand Prieur de Champagne.
Il eût aussi pour frcre Jacques
de Longuëil
,
Chevalier
Seigneur de Sevre, Chevalier
de l'Ordre de S. Michel,Maître
d'Hostelordinaire du Roy,
lequel a fait la Branche des
Longuëil de Sevre, dont il y a
encore aujourd'huy MffitCMacé
de Longuëll, Chevalier 1
Seigneur de Sevre, &Messire
Nicolas, qui ont servi jusqu'à
la Paix de Riswick, ils n'ont
point d'enfans.
Jean de Longuëil VII. &c.
Conseiller au Parlement,épousa
Marche le Maître, fillede
Gilles, Premier Président du
Parlement de Paris.
Jean de Longuëil VIII. du
nom, Maître desComptes,
ensuiteConseiller d'Etat,épousa
Magdelaine l' Huilliet de
Boulencout, dont est issu
René de Longuëil I. du
nom,Marquis de Maisons,
Premier Président de la Cour
des Aides, Président à Mortier
du Parlement, Ministre d'Etat,
Sur-Intendant des Finances,
Gouverneur des Villes & Châteaux
d'Evreux
,
S. Germain
en Laye, & Verfailles, Capitainedes
Chasses desdits lieux.
Ilépousa MagdelaineBoulene
de Crevecoeur Damede Grisolles,
de laquelle ilaeu
Jean de Longuëil X. du
nom ,
MarquisdeMaisons,
Maistre des Requestes,PtefidentàMortierdu
Parlement,
Chancelier de la Reine Anne
,d'Auui<:hc
, Gouverneur des
Villes&Châteaux de S. Germain
en Laye,& Versailles : il
épousaLoüise de Fieubet, de
laquelle il a eu J:an de Longuël
XI. du nom, Marquis de
Poissy, Conseiller au Parlement,
mort sans posterité
,
&
ClaudedeLongueil, Murquis
de Maisons & dePoissy,
&c Président à Mortier,qui
avoit épouséD^moifclIcCharlote
Rocque de Varengeville.
Dontest iflj J.1n René de
Longueil ,Marquis de Maisons
& de Poissy ne le 14 de
Juillet 1699.aqui le Roya
accordé l'agrément de la ChargedePrésidentà
Mortier.
Messire Philippes d'Or-
-
leans
,
Marquis de Rothelin
,
mourut de la petite verole le
- 25Aoust âgé de 37. ans sans
estremarié,laisant pour ses
héritiers Meisseurs les Chevalier&
Abbé de Rochelin, ses
freres, le grand nom qu'il por
toit m'exempte d'entrer dans
aucun détail, généalogique sur
sonchapitre.
<
,
Dame Catherine. Pasquier
femme de Messire Henry de
Salis Comte de Labatut, mourut
le2.7. Aoust
,
elle étoit
1
fille de François Pasquier Seigneur
de BjIÎv Maîci ed'Hôtel
ordinaire du Roy; & de MargueriteHebert
duBuc, & petite
fîilc de Guy Pasquier Seigneur
de Bussy Auditeur des
Comptes & de Marie Roüillé.
Dame Catherine
-
Anne
Malon de Bercy veuve de
Messire André Potier Seigneur
de Novion Maître des Requêtes
& President au Parlement
en survivance
, mourut le premier
de ce mois )iujnc entr'autres
enfansMessire André
Potier de Novion aujourd'huy
PrésidentauPar lement.
Feu M. de Novion étoit fis de
MissireNicolas Potier Seigneur
de Novion Premier
Pi"si dent du Parlement,Secretaire
Greffier& Commandeur
de* Ordres du Roy, mortle
premier Septembre1693 &
petit fils d'André Potier ScigneurdeNovion
Présidentà
Mortier au Parlement
,
sorti
>d'une: des plus anciennes&des
plusillustres familles de Paris,
xlc laquelle M. le President de
Novion est chef, & M.le Duc
de Gesvres cadet,voyez-en la
w;-cnealogie dans l'Histoire des
des Présidens au Mortier
ci-dessus citée.
-
Feuë Madame de Novion
qui donne lieu à cet article
étoittante de M. de Bercy Intendant
desFinances,gendrede
M. DesmaretzContrôlleurGe
neral des Finances & Ministre
d'Etat, elleétoitfille d'Henry-
Charles Malon Seigneur de
Bercy Maître des Requestre &
Président au Grand Conseil
&petite fille deCharles Ma
lon Seigneur do Bercyaussi
Maître des Rêquestes & Presl
dent au Grand Conseil, (ail
d'une ancienne famille alkifl
aux plus illustres de la Rûhû
Messire Henry-Charles
Feydeau, President de la troisiéme
Chambre des Enquestes
du Par lement, mourut le 6.
de ce mois,en sa 36e.année.
Il étoit fils de Messire Henry
Feydeau Seigneur de Calendc,
President de la Quatrième des
Enquestes;&de Dame Marie
Fraguier; & petit fils de Charles
Feydeau Seigneur de Calende,
Maistre des Comptes à
Paris. La famille de Feydeau est
une des plus étendues & des
mieux alliées de la Robe.
Dame Marie Loüise de la
Chaussée d'Eu, Dame d'Atour
de Madame la Duchesse de
ij.,
Berry .rcmme de Messire René
François de LA VJCUVIIIC
Marquis de la Vieuville,Chevalier
d'honneur de la feuë
Reine
,
& Gouverneur de
Poitou,mourut le 10. de ce
mois; elle forroit d'un Maison
de Picardie, également
distinguée par son ancienneté
& par ses alliances. Pour celle
de la Vieuville
, comme je
vous en ay déja parlé dans
plusieurs de mes Journaux
trouvez bon que je vous y
renvoye ,
si mieux n'aimez
voir l'Histoire des Grands
Officiers de la Couronne au
Chapitre
Cha pitre des Maréchaux de
France
,
&c.-
N. Girardon Sculpteur
ordinaire du Roy ,Chancelier
& Recteur de l'Académie
Roy le de Peinture & de Sculpture,
mourut le ~i.de ce mois
en réputation d'un des plus
hsabsileis
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Résumé : Morts. [titre d'après la table]
Messire Claude de Longueil, Président à Mortier du Parlement, Marquis de Maisons et de Poissy, est décédé à Paris le 22 août à l'âge de 47 ans. La famille de Longueil, originaire de Normandie près de Dieppe, possède une riche histoire. Adam Sire de Longueuil participa à la conquête de l'Angleterre en 1066 aux côtés de Guillaume le Conquérant. Au fil des générations, plusieurs membres de cette famille ont occupé des postes prestigieux, tels que gouverneurs, ambassadeurs, chevaliers, et des rôles clés dans l'administration royale et ecclésiastique. Richard Olivier fut Cardinal et Premier Président de la Chambre des Comptes, tandis que Jean II devint Président à Mortier du Parlement en 1418. Jean de Longueuil, Marquis de Maisons et Chancelier de la Reine Anne d'Autriche, eut deux fils : Jean de Longueuil XI et Claude de Longueuil, qui épousa Charlotte Roque de Varengeville. Leur fils, Jean René de Longueuil, obtint l'agrément royal pour la charge de Président à Mortier. Philippe d'Orléans, Marquis de Rothelin, décéda de la variole le 25 août à l'âge de 37 ans sans s'être marié, laissant ses frères comme héritiers. Dame Catherine Pasquier, épouse de Henri de Salis, Comte de Labatut, mourut le 27 août. Elle était fille de François Pasquier, Maître d'Hôtel du Roi, et petite-fille de Guy Pasquier, Auditeur des Comptes. Dame Anne Malon de Bercy, veuve d'André Potier, Seigneur de Novion, décéda le 1er juin. Son fils, André Potier de Novion, est actuellement Président au Parlement. Feu M. de Novion appartenait à une des plus anciennes et illustres familles de Paris.
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49
p. 174-178
De Vienne le 28. Septembre.
Début :
L'Envoyé Turc Ibrahim Aga partit le 13. de ce mois [...]
Mots clefs :
Guerre, Empereur
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texteReconnaissance textuelle : De Vienne le 28. Septembre.
DeVienne le 28. Septembre.
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
L'Envoyé Turc Ibrahim
Aga partit le 13. de ce mois
par eau pour fe rendre à Belgrade
, aprés avoir terminé les
commiffions dont il étoit
chargé par le Grand Viſir Aly
Bacha Le 18. l'Empereur donna
le Regiment de Dragons
vacant par la mort duGeneral
de Vaubonne , au Baron de
Tige CommandantdeCronſtad
en Tranfilvanie. Le 19. le
Comte Louis de Harrach prit
pofleffion de la Charge de
GALANT 175
Maréchal & de Colonel General
de la Province de la baffe
Autriche, dans la maiſon des
Etats qui y étoient aſſemblez
pour ce ſujet. Le 2 2. on publia
dans toutes les Eglifes un Jubílé
accordé par le Pape , pour
demander àDieu ſon aſſiſtanze
dans la guerre contre les
Turcs :il commencera Dimanche
29. par une Procefſion
generale , & il durera
quinze jours. Le Prince Maximilion
Charles de Leweſtein
Worsheim, Conſeiller d'Etat,
&principal Commiſſaire Imperial
à la Diete de l'Empire ,
Pij
176 MERCURE
partit d'ici le même jour pour
ſe rendre à Ratisbonne. Le
25. leComte de Wolkra par.
tit en poſte de cette Ville , al .
lant en Angleterre , en qualité
d'Envoyé Extraordinaire ,
pourcomplimenter le Roy fur
fon avenement à la Couron.
ne. On continue avec ſuccés
à travailler aux recruës & aux
nouvelles levées ordonnées
par l'Empereur ; & on em
ploye la même diligence à ré
parer & à perfectionner les
fortifications des Places,de
Hongrie & de Tranfilvanie ,
comme auſſi à remplir lesma
GALANT . 177
gafins de vivres , & de munitions
de guerre. On croit que
ces précautions ſe prennent ,
de peur que les Turcsaprés le
ſuccés qu'ils ont eu en Morée,
n'entreprennent quelque
choſe du côté de la Hongrie,
d'autant plus qu'ils font paffor
beaucoupde troupes, pour
prendre le quartier d'hiver ſur
Je Danube. Mais on croit
qu'en cas que la guerre s'allume,
ce ne pourra être qu'au
Printemps prochain , & que
juſqu'à ce tems-là , Ic Sicur
Flechmans Reſident de l'Empereur
demeurera en Turquie
178 MERCURE
:
pour continuer fes négotiations.
Ondit que S. M. Im.
periale a nommé l'Electeur de
Baviere Generaliſſime de ſes
Troupes !'
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Résumé : De Vienne le 28. Septembre.
Le 28 septembre, plusieurs événements marquants ont eu lieu à Vienne. Ibrahim Aga, envoyé turc, est parti pour Belgrade après avoir accompli ses missions pour le Grand Visir Aly Bacha. Le 18 septembre, l'Empereur a attribué le régiment de dragons vacant, suite au décès du général de Vaubonne, au baron de Tige. Le 19 septembre, le comte Louis de Harrach a pris possession de la charge de Maréchal et de Colonel Général de la Basse-Autriche. Le 22 septembre, un jubilé papal a été publié pour demander l'assistance divine dans la guerre contre les Turcs, débutant le 29 septembre par une procession générale et durant quinze jours. Le prince Maximilien Charles de Löwenstein-Wursheim est parti pour Ratisbonne en tant que commissaire impérial à la Diète de l'Empire. Le 25 septembre, le comte de Wolkra s'est rendu en Angleterre pour féliciter le roi pour son avènement. Les recrutements et les fortifications en Hongrie et en Transylvanie continuent en prévision d'une offensive turque attendue au printemps. Le sieur Flechman poursuivra les négociations en Turquie jusqu'à cette date. L'Empereur a également nommé l'Électeur de Bavière généralissime de ses troupes.
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50
p. 59-74
CHAPITRE II. Comment Mehemet Riza Beg fut nommé par le Kan d'Erivan, Ambassadeur de Perse en France.
Début :
Aprés la mort de M. Fabre & la desertion de l'Heroïne de [...]
Mots clefs :
Homme, Mehmet Riza Beg, France, Lettre, Ambassadeur, Empereur, Smyrne, Perse, Ambassadeur de Perse, Capitaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHAPITRE II. Comment Mehemet Riza Beg fut nommé par le Kan d'Erivan, Ambassadeur de Perse en France.
CHAPITRE II.
Comment Mehemet Riza Beg
fut nommé par le Kan d'Eri-
-van , Ambassadeur dePerfe
en France.
Aprés la mort deM. Fabre
&ladefertion de l'Heroïne de
Perfe , M. Michel aujourd'hui
Conful d'Alep , & qui étoit
alors à Conftantinople , fut
choifi par la Cour pour ſucce
derrà M. Fabre , al fe rendir
auffingttà Eruvan , Meher
mot Rzabeg luy fitkonfidence
A
M 2
60 MERCURE
du ſervice quil avoit rendu à
Mademoiselle P. &le pria en
même temps de folliciter pour
luy la haute paye auprés du
premier Ministre du Sophi ,
lorſqu'il feroit arrivé à Hifpaham.
Michel luypromit tout,
& lorſqu'il fut arrivé dans la
Capitale de la Perſe ,il parla
en effet de luy au Vizir , com
me d'un homme d'eſprit &
de merite. La recommandation
de Michel luy valut la
place de * Kalenter', qui devint
alors vacante par la mort
de celuy qui l'occupoit. Cependant
Michel fu avec lesMin
* Maire.
GALANC. 61
niftres de Perfe un/ Traité
avantageux à laNation,& s'acquitta
avec honneur de fa commiſſion.
Le temps de fa Milfion
expiré , il retourna en Europe
par Erivan , où il trouva
Mehemet inſtallé dans la dignité
qu'il luy avoit procurée.
L'ingratMehemet feignit non
ſeulement de ne le pas reconnoître,
mais il le traita comme
un homme dont la prefence
l'importunoir. Cette horrible
ingratitude du Kalenter àl'endroit
d'un Chrêtien à qui il
devoit fa fortune , donna une
grande opinion de fon cou
62 MERCURE
rage aux Mutulmans , Perſon
nage au reſte dont il a à merveille
ſoûtenu le caractere en
France. :
Pluſieurs années aprés le
départ de Michel , une Eſcadre
Françoiſe commandée par M.
de Château-Moran porta en
Perſe la nouvelle de la grande
Journée de Marchiennes , où
M. le Maréchal de Villats remporta
une infigne victoire fur
nos Ennemis. Alors le fuccés
de nos armes nous faiſant des
amis même aux extrêmitez du
monde , nous attira des compliments
de pluſieurs Rois ſur
GALANT. 63.
lagloire de nos conquêtes.
Le Roy de Perſe voulut être
du nombre des congratulants.
Mais preffentant apparemment
qu'il étoit d'une extreme
importance pour le ſujet
fur qui tomberoit l'honneur
de fon choix, qu'on ignorarà
Conſtantinople qu'il envoïoit
un Ambaſladeur en France , il
ſe ſervit d'un Millionnaire ,
homme ayant du côté de l'efprit,
tous les talents neceſſaires
pour s'acquitter plus mal que
perſonne d'une grande commiffion
; il le fit charger de
ſes intentions& de ſes Lettres
64 MERCURE
par ſes Miniftres. Elles étoient
adreflees au Kan d'Erivan , &
portoient en ſubſtance que Sa
Hauteſſe 1 Empereur des Rois
& le grand Roy du monde ,
ayant deſlein d'envoyer un
Ambaſſadeur au trés grand
Empereur des François , il luy
étoit enjoint à luy Kan d'Armenie
, de choiſir entre tous
les Vaſſaux de ſon Gouvernement
,l'homme qu'il jugeroit
leplus digne deremplir cette
éclatante place , & de l'envoyer
le plus ſecretement qu'il
luy feroit poſſible , en France
avec les émeraudes pâles , les
perles
GALANT. 65
perles grifes , & les pots d'onguent
que le Miffionnaire luy
remettroit és mains. Le Kan
qui avoit perfecuté à outrance
tous les Marchands François
qui avoient paffé à Erivan ,
choiſit justement dans l'illuſtre
Mahomet Riza Beg un homme
qui ne les avoit pas mieux traité
que luy , il jetta les yeux fur
cet homme , non- feulement
en confideration de lahaine
qu'il luy sçavoit pour nous ;
mais parce qu'il lehaïffoit luy
même ,& qu'il préſumoit fur
quelques apparences ,que cette
commiffionl'éloigneroit peut-
Decembre 1715 . F
66 MERCURE
/
eftre pour toujours. Le Miffionnaire
voyant ce choix du
Kan ne pût s'empêcher de
lever les yeux au Ciel & de
ſe recrier ſur les qualitez du
perſonnage qu'on nous deſti
noit. Sondépit en fut même
fi grand , que quoyqu'il n'cut
que médiocrement d'efprit ,
il écrivit fur la muraille de la
maiſon oùil logeoit à Erivan ,
&dans tous les caravanfarais
de laGeorgie , de laMingrelie,
& de la Mer noire par où il
paffa en revenant en Europe.
Un teljourMhemet Riza Beg,
Kalenter d'Erivan,a esté nommé
CALANT. 67
:
Ambassadeurde l'Empereur de
Perſe, auprés de l'Empereur de
France.
L
Le bruit de cette Election
fe répandit bien toſt ſur la
route que devoit tenir l'Ambaffadeur
luy même. Les
Turcs ne tarderent pas à en
eſtre informez : & ce fut cette
malice dont le ſuccés ne nous
pouvoit eftre qu'avantageux ,
qui ſuſcita à Mehemet Riza
Beg toutes les traverſes qu'il
cut à efſſuyer àKaars , à Erzerom
, à Smyrne , à Conſtantinople
, & à Alexandrette , jufqu'au
moment que Paderi le
Fij
68 MERCURE
reçût dans la Barque du Capitaine
de Cuges. Mais ces perils
font amplement circonftanciez
dans le Journal qui a
paru de l'Hiſtoire de cet Ambaffadeur
, & il eſt trés inutile
de repeter ici aucune de ces
Avantures Il eſt ſeulement à
propos, pour donner une juſte
idée du génie de ce rare Perfonnage,
de dire deux mots de ce
qui luy arriva à Smyrne ; mais
pouvant, comme de raiſon ,
n'en eſtre pas crû fur ma parole
, je prie le Lecteur de me
permettre d'emprunter icy le
témoignage ſuffifant de M. de
GALANT. 69
L
Fontenu , Conſul de la Nation
Françoiſe à Smyrne. Voicy
mot pour mot la copie de
deux lettres de ſa main.
Extrait d'une Lettre de
Smyrne , 12. Juin 1715.
al
Vous avezraison , Monfieur,
d'eſtre ſurpris que l'Ambassadeur
de Perſe ayant fait un affezlong
Séjour à Smyrne , il ne ſe foit
pas embarquésur leVaisseau que
j'avois fait preparer pour porter
fes Prefents en France, avec une
partie defon équipage ; il n'a tenu
qu'à luy de le faire , je luy en
MERCURE
avois donne toutes les facilitez
imaginables ; mais c'est un esprit
fi bizarre&fifantaſsque , qu'il
ne m'a pas esté poſſible de vaincre
les difficultez chimeriques qu'il
P'étoit formées . M. de Saint
Olon pourra vous apprendre quelle
forte de caract re d'homme se peut
eftre. Je n'en connois
pareille trempe ; ainfi
s'en prendre qu'à luy feui de tous
les math urs qui luy font arrivez
en Turquie , depuis qu'ilaquitié
Smyrne contre mon avis.
aucun de
il ne doit
1 i
GALANT
Extrait d'une autre Lettre de
Smyrnedu 25 Jailler }
Vous m'apprennez, Monfieur,
que l'Ambassadeur de Perfe se
plaint de moy, la grandtori , ilde
vroit bienpluſtoſt s'en leür,ily
auroit bien de l'injustice dans fon
fait; de me rendre refponfable,tant
deses indifcretionsſurſa route en
Turquie, que pendant leféjour qu'-
itafait ààSSmmyrne, où il ne m'a
pas étépoffibledefurmonterfes dif
ficultez, quelquesfaciles quefuffiniles
moyensque je luy ay propofezpourfon
embarquement. Le
72 MERCURE
fait eft, que j'avois hors du Chateau
un Vaisseau tout preft, dont
le Capitaine homme de bonnevolonté
& d'expedients , ſecondoit
parfaitement mes vûës , pour les
temps , les lieux &la fireté du
paßage. Ce que j'ay fait pour le
bagage, les lettres de créance, les
Priſents , & quelques perfonnes
de la fuite de l'Ambassadeur,jus.
tifie aß zqu'il n'a tenu qu'à luy
de profiter des juſtes mesures que
j'avois priſes, &que ſes irrefor
lutions mal fondées ont rinduës
inutiles , à fon égard ſeulement.
Il ne doit donc s'en prendre qu'à
luy- même des traverſesfâcheuſes
dont
GALANT 73
dont cette fauffe & premiere dé
marche a estéſuivie. Le Capitaine
Marcel qui est trés connu
àToulon est témoin du procedé bi
zarre de cet Ambaſſadeur.
Cette lecture fuffit pour juftifier
tous les bruits qui ont
couru ſur le compte de cer
Ambaſſadeur , & pour condamner
tous les éloges que je
luy ay donnez moy même ;
mais on n'a point de reproche
à faire la deffus à un Auteur
qui travaille aujourd'huy
(comme bien d'autres ) plus
fans contredit pour ſon intereft
, que pour ſa gloire. D'ail-
Decembre 1715 . G
74 MERCURE
leurs le bon plaifir de mes fu
perieurs me preſcrivoit alors
d'en dire quatre fois plus de
bien que je n'en ſavois,
Comment Mehemet Riza Beg
fut nommé par le Kan d'Eri-
-van , Ambassadeur dePerfe
en France.
Aprés la mort deM. Fabre
&ladefertion de l'Heroïne de
Perfe , M. Michel aujourd'hui
Conful d'Alep , & qui étoit
alors à Conftantinople , fut
choifi par la Cour pour ſucce
derrà M. Fabre , al fe rendir
auffingttà Eruvan , Meher
mot Rzabeg luy fitkonfidence
A
M 2
60 MERCURE
du ſervice quil avoit rendu à
Mademoiselle P. &le pria en
même temps de folliciter pour
luy la haute paye auprés du
premier Ministre du Sophi ,
lorſqu'il feroit arrivé à Hifpaham.
Michel luypromit tout,
& lorſqu'il fut arrivé dans la
Capitale de la Perſe ,il parla
en effet de luy au Vizir , com
me d'un homme d'eſprit &
de merite. La recommandation
de Michel luy valut la
place de * Kalenter', qui devint
alors vacante par la mort
de celuy qui l'occupoit. Cependant
Michel fu avec lesMin
* Maire.
GALANC. 61
niftres de Perfe un/ Traité
avantageux à laNation,& s'acquitta
avec honneur de fa commiſſion.
Le temps de fa Milfion
expiré , il retourna en Europe
par Erivan , où il trouva
Mehemet inſtallé dans la dignité
qu'il luy avoit procurée.
L'ingratMehemet feignit non
ſeulement de ne le pas reconnoître,
mais il le traita comme
un homme dont la prefence
l'importunoir. Cette horrible
ingratitude du Kalenter àl'endroit
d'un Chrêtien à qui il
devoit fa fortune , donna une
grande opinion de fon cou
62 MERCURE
rage aux Mutulmans , Perſon
nage au reſte dont il a à merveille
ſoûtenu le caractere en
France. :
Pluſieurs années aprés le
départ de Michel , une Eſcadre
Françoiſe commandée par M.
de Château-Moran porta en
Perſe la nouvelle de la grande
Journée de Marchiennes , où
M. le Maréchal de Villats remporta
une infigne victoire fur
nos Ennemis. Alors le fuccés
de nos armes nous faiſant des
amis même aux extrêmitez du
monde , nous attira des compliments
de pluſieurs Rois ſur
GALANT. 63.
lagloire de nos conquêtes.
Le Roy de Perſe voulut être
du nombre des congratulants.
Mais preffentant apparemment
qu'il étoit d'une extreme
importance pour le ſujet
fur qui tomberoit l'honneur
de fon choix, qu'on ignorarà
Conſtantinople qu'il envoïoit
un Ambaſladeur en France , il
ſe ſervit d'un Millionnaire ,
homme ayant du côté de l'efprit,
tous les talents neceſſaires
pour s'acquitter plus mal que
perſonne d'une grande commiffion
; il le fit charger de
ſes intentions& de ſes Lettres
64 MERCURE
par ſes Miniftres. Elles étoient
adreflees au Kan d'Erivan , &
portoient en ſubſtance que Sa
Hauteſſe 1 Empereur des Rois
& le grand Roy du monde ,
ayant deſlein d'envoyer un
Ambaſſadeur au trés grand
Empereur des François , il luy
étoit enjoint à luy Kan d'Armenie
, de choiſir entre tous
les Vaſſaux de ſon Gouvernement
,l'homme qu'il jugeroit
leplus digne deremplir cette
éclatante place , & de l'envoyer
le plus ſecretement qu'il
luy feroit poſſible , en France
avec les émeraudes pâles , les
perles
GALANT. 65
perles grifes , & les pots d'onguent
que le Miffionnaire luy
remettroit és mains. Le Kan
qui avoit perfecuté à outrance
tous les Marchands François
qui avoient paffé à Erivan ,
choiſit justement dans l'illuſtre
Mahomet Riza Beg un homme
qui ne les avoit pas mieux traité
que luy , il jetta les yeux fur
cet homme , non- feulement
en confideration de lahaine
qu'il luy sçavoit pour nous ;
mais parce qu'il lehaïffoit luy
même ,& qu'il préſumoit fur
quelques apparences ,que cette
commiffionl'éloigneroit peut-
Decembre 1715 . F
66 MERCURE
/
eftre pour toujours. Le Miffionnaire
voyant ce choix du
Kan ne pût s'empêcher de
lever les yeux au Ciel & de
ſe recrier ſur les qualitez du
perſonnage qu'on nous deſti
noit. Sondépit en fut même
fi grand , que quoyqu'il n'cut
que médiocrement d'efprit ,
il écrivit fur la muraille de la
maiſon oùil logeoit à Erivan ,
&dans tous les caravanfarais
de laGeorgie , de laMingrelie,
& de la Mer noire par où il
paffa en revenant en Europe.
Un teljourMhemet Riza Beg,
Kalenter d'Erivan,a esté nommé
CALANT. 67
:
Ambassadeurde l'Empereur de
Perſe, auprés de l'Empereur de
France.
L
Le bruit de cette Election
fe répandit bien toſt ſur la
route que devoit tenir l'Ambaffadeur
luy même. Les
Turcs ne tarderent pas à en
eſtre informez : & ce fut cette
malice dont le ſuccés ne nous
pouvoit eftre qu'avantageux ,
qui ſuſcita à Mehemet Riza
Beg toutes les traverſes qu'il
cut à efſſuyer àKaars , à Erzerom
, à Smyrne , à Conſtantinople
, & à Alexandrette , jufqu'au
moment que Paderi le
Fij
68 MERCURE
reçût dans la Barque du Capitaine
de Cuges. Mais ces perils
font amplement circonftanciez
dans le Journal qui a
paru de l'Hiſtoire de cet Ambaffadeur
, & il eſt trés inutile
de repeter ici aucune de ces
Avantures Il eſt ſeulement à
propos, pour donner une juſte
idée du génie de ce rare Perfonnage,
de dire deux mots de ce
qui luy arriva à Smyrne ; mais
pouvant, comme de raiſon ,
n'en eſtre pas crû fur ma parole
, je prie le Lecteur de me
permettre d'emprunter icy le
témoignage ſuffifant de M. de
GALANT. 69
L
Fontenu , Conſul de la Nation
Françoiſe à Smyrne. Voicy
mot pour mot la copie de
deux lettres de ſa main.
Extrait d'une Lettre de
Smyrne , 12. Juin 1715.
al
Vous avezraison , Monfieur,
d'eſtre ſurpris que l'Ambassadeur
de Perſe ayant fait un affezlong
Séjour à Smyrne , il ne ſe foit
pas embarquésur leVaisseau que
j'avois fait preparer pour porter
fes Prefents en France, avec une
partie defon équipage ; il n'a tenu
qu'à luy de le faire , je luy en
MERCURE
avois donne toutes les facilitez
imaginables ; mais c'est un esprit
fi bizarre&fifantaſsque , qu'il
ne m'a pas esté poſſible de vaincre
les difficultez chimeriques qu'il
P'étoit formées . M. de Saint
Olon pourra vous apprendre quelle
forte de caract re d'homme se peut
eftre. Je n'en connois
pareille trempe ; ainfi
s'en prendre qu'à luy feui de tous
les math urs qui luy font arrivez
en Turquie , depuis qu'ilaquitié
Smyrne contre mon avis.
aucun de
il ne doit
1 i
GALANT
Extrait d'une autre Lettre de
Smyrnedu 25 Jailler }
Vous m'apprennez, Monfieur,
que l'Ambassadeur de Perfe se
plaint de moy, la grandtori , ilde
vroit bienpluſtoſt s'en leür,ily
auroit bien de l'injustice dans fon
fait; de me rendre refponfable,tant
deses indifcretionsſurſa route en
Turquie, que pendant leféjour qu'-
itafait ààSSmmyrne, où il ne m'a
pas étépoffibledefurmonterfes dif
ficultez, quelquesfaciles quefuffiniles
moyensque je luy ay propofezpourfon
embarquement. Le
72 MERCURE
fait eft, que j'avois hors du Chateau
un Vaisseau tout preft, dont
le Capitaine homme de bonnevolonté
& d'expedients , ſecondoit
parfaitement mes vûës , pour les
temps , les lieux &la fireté du
paßage. Ce que j'ay fait pour le
bagage, les lettres de créance, les
Priſents , & quelques perfonnes
de la fuite de l'Ambassadeur,jus.
tifie aß zqu'il n'a tenu qu'à luy
de profiter des juſtes mesures que
j'avois priſes, &que ſes irrefor
lutions mal fondées ont rinduës
inutiles , à fon égard ſeulement.
Il ne doit donc s'en prendre qu'à
luy- même des traverſesfâcheuſes
dont
GALANT 73
dont cette fauffe & premiere dé
marche a estéſuivie. Le Capitaine
Marcel qui est trés connu
àToulon est témoin du procedé bi
zarre de cet Ambaſſadeur.
Cette lecture fuffit pour juftifier
tous les bruits qui ont
couru ſur le compte de cer
Ambaſſadeur , & pour condamner
tous les éloges que je
luy ay donnez moy même ;
mais on n'a point de reproche
à faire la deffus à un Auteur
qui travaille aujourd'huy
(comme bien d'autres ) plus
fans contredit pour ſon intereft
, que pour ſa gloire. D'ail-
Decembre 1715 . G
74 MERCURE
leurs le bon plaifir de mes fu
perieurs me preſcrivoit alors
d'en dire quatre fois plus de
bien que je n'en ſavois,
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Résumé : CHAPITRE II. Comment Mehemet Riza Beg fut nommé par le Kan d'Erivan, Ambassadeur de Perse en France.
Après la mort de M. Fabre et la défection de l'héroïne de Perse, M. Michel, consul d'Alep, fut désigné pour lui succéder. À Erivan, Mehemet Riza Beg demanda à Michel de solliciter une haute paie auprès du premier ministre du Sophi pour un service rendu à Mademoiselle P. Michel obtint pour Mehemet la place de Kalenter après avoir recommandé ses mérites au vizir. Il négocia également un traité avantageux pour la nation française et s'acquitta honorablement de sa mission. Lors de son retour en Europe via Erivan, Michel retrouva Mehemet installé dans sa nouvelle dignité, mais celui-ci l'ignora et le traita avec mépris. Des années plus tard, une escadre française commandée par M. de Château-Moran apporta en Perse la nouvelle de la victoire de Marchiennes. Le roi de Perse décida d'envoyer un ambassadeur en France et chargea un millionnaire de transmettre ses intentions au Kan d'Erivan. Ce dernier choisit Mehemet Riza Beg, connu pour sa haine envers les Français, pour représenter le roi de Perse auprès de l'empereur français. Malgré le mécontentement du millionnaire, Mehemet fut nommé ambassadeur. Le voyage de Mehemet fut semé d'embûches, notamment à cause des Turcs, mais il parvint à destination. À Smyrne, il refusa d'embarquer sur le vaisseau préparé par le consul français, malgré les facilités offertes, en raison de son caractère difficile et fantasque. Une lettre datée du 25 juillet discute des plaintes de l'ambassadeur de Perse concernant son voyage en Turquie. L'auteur affirme que l'ambassadeur se plaint injustement, notamment pour des incidents survenus durant le trajet et lors du séjour à Smyrne. Il explique avoir pris toutes les dispositions nécessaires pour faciliter l'embarquement de l'ambassadeur, mais celui-ci a refusé les solutions proposées. Il mentionne également la disponibilité d'un vaisseau prêt à partir, avec un capitaine compétent, ainsi que les préparatifs pour le bagage, les lettres de créance, les présents et certaines personnes de la suite de l'ambassadeur. L'auteur conclut que les difficultés rencontrées sont imputables aux décisions de l'ambassadeur lui-même. Le capitaine Marcel est cité comme témoin de ce comportement étrange. La lettre critique également les éloges excessifs souvent accordés à cet ambassadeur, soulignant que certains auteurs écrivent davantage par intérêt personnel que par souci de vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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